Présidentielle 2017: Oui, la politique, c’est vraiment ça et dans tous les partis ! (Un ancien attaché parlementaire fictif de Bayrou découvre les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron)

7 mai, 2017
https://pbs.twimg.com/media/C_JkQusWsAAfKMR.jpg:large
La Commission nationale de contrôle a été saisie vendredi soir par le mandataire de M. Macron à la suite d’une attaque informatique dont son mouvement a été l’objet, et qui a donné lieu à la diffusion sur les réseaux sociaux de données présentées comme issues des systèmes d’information du candidat, mais dont une partie est probablement constituée de faux. Dans l’immédiat, compte tenu de l’entrée dans la période de réserve depuis vendredi minuit, et dans l’attente de la réunion de la Commission qui interviendra dans les prochaines heures, son président appelle l’attention des médias sur le sens des responsabilités dont ils doivent faire preuve, alors que sont en jeu la libre expression du suffrage des électeurs et la sincérité du scrutin. Il demande donc aux organes de presse, et notamment à leurs sites internet, de ne pas rendre compte du contenu de ces données, en rappelant que la diffusion de fausses informations est susceptible de tomber sous le coup de la loi, notamment pénale. Commission électorale
Le mouvement En Marche ! a été victime d’une action de piratage massive et coordonnée donnant lieu ce soir à la diffusion sur les réseaux sociaux d’informations internes de nature diverse (mails, documents comptables, contrats…). Les fichiers qui circulent ont été obtenus il y a plusieurs semaines grâce au hacking de boîtes mail personnelles et professionnelles de plusieurs responsables du mouvement. Ceux qui font circuler ces documents ajoutent à des documents authentiques nombre de faux documents afin de semer le doute et la désinformation. Intervenant dans la dernière heure de la campagne officielle, cette opération relève manifestement de la déstabilisation démocratique, comme cela s’est déjà vu aux Etats-Unis pendant la dernière campagne présidentielle. (…) Bien évidemment, les documents provenant du piratage sont tous légaux et traduisent le fonctionnement normal d’une campagne présidentielle. Leur diffusion rend publiques des données internes mais n’est pas de nature à nous inquiéter sur la remise en cause de la légalité et de la conformité des documents concernés. (…) Nous appelons les médias désireux de rendre compte de cette opération à prendre leurs responsabilités en conscience. Il ne s’agit en effet pas d’une simple opération de piratage mais bel et bien d’une tentative de déstabiliser l’élection présidentielle française. Il importe par conséquent de prendre en considération la nature des documents fuités, de bien prendre conscience de ce qu’une grande partie d’entre eux sont purement et simplement des faux et l’opportunité de l’écho à donner à cette opération de déstabilisation. Nous prendrons toutes les initiatives nécessaires auprès des acteurs publics et privés pour faire la clarté sur cette opération inédite dans une campagne électorale française. La gravité des faits est d’ores et déjà une certitude et nous ne saurions tolérer que les intérêts vitaux de la démocratie soient ainsi mis en danger. Communiqué En Marche !
On savait qu’il y aurait ces risques-là durant la campagne présidentielle puisque ça s’était produit ailleurs. Rien ne sera laissé sans réponse (…) S’il y a eu effectivement un certain nombre de parasitages ou de captations, il y aura des procédures qui vont entrer en vigueur. Il faut laisser les enquêtes se faire. François Hollande
De plus en plus dans la lumière, Pauline Doussau de Bazignan cultive pourtant une nature discrète. La quadragénaire essaie en effet, autant que faire se peut, de rester en dehors des affaires de son mari et de la politique. « Avec Pauline, nous avons essayé beaucoup de formules possibles pour conjuguer vie publique et vie privée. Le pire aura été de mélanger les deux », a écrit le candidat à la primaire dans son livre A nos enfants. Une conclusion sans doute liée aux révélations de Mediapart. En 2013, le site d’investigation a en effet révélé que depuis six ans, l’épouse de Bruno Le Maire était rémunérée aux frais de l’Hémicycle pour un poste à temps plein et ce, alors qu’au cours d’une interview accordée à Paris Match, elle se décrivait elle-même comme étant « petite-fille d’agriculteurs, artiste-peintre et mère ». Et si Pauline Doussau de Bazignan ne mentionnait pas son poste à l’Assemblée, son mari ne le faisait pas non plus. En réalité, madame Le Maire était en charge du site Internet de son mari, ce qui consistait notamment à rédiger des posts de blog, ce qu’elle pouvait faire depuis chez elle, a par la suite précisé Mediapart. De là à en oublier qu’elle était rémunérée pour cela ? C’était une « erreur de parcours », a par la suite reconnu celui que son épouse surnomme « coquito ». Depuis, ils ne travaillent plus ensemble. Planet.fr
Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence. Corinne Lepage (2004)
Oui, bon, j’ai dû rendre service à Force Démocrate. Je me rappelle très bien de cette personne. (…) Mais ce n’est pas l’affaire Fillon, hein ! En tout cas, à l’époque, cela ne me paraissait pas répréhensible. (…) « C’était normal qu’on aide son parti. Le mien était petit. Quand on pouvait, on lui donnait donc des moyens. Soit sous la forme d’une collaboration, soit via une cotisation exceptionnelle chaque mois. Moi j’ai fait ça pendant un certain nombre d’années. Ancien sénateur
Cela se pratiquait, c’est une réalité. Cela peut paraître choquant aujourd’hui. Cela ne l’était pas à l’époque. D’ailleurs, il y a vingt ans, vous ne m’auriez même pas appelé pour me poser ces questions. » L’élu poursuit : « Aujourd’hui, c’est mieux encadré. Et en raison des affaires, cela le sera encore davantage demain. Notre société avance comme cela, toujours en réaction à un accident. Ce n’est pas vertueux, mais c’est ainsi. Parlementaire socialiste
Les révélations sur les emplois présumés fictifs d’assistants parlementaires (François Fillon, Bruno Le Roux…), les promesses d’exemplarité, semblent libérer la parole de certains ex-collaborateurs. C’est le cas d’un Nantais qui assure avoir occupé, il y a vingt ans, deux emplois fictifs au profit du parti de… François Bayrou. (…) « Quand j’ai vu que François Bayrou se posait en monsieur Propre, en caution morale et père vertueux de la politique, mon sang n’a fait qu’un tour. » Pierre, appelons-le ainsi, la quarantaine, assure avoir occupé des emplois fictifs auprès de deux élus centristes, un député breton actuellement retraité de la politique, et un sénateur devenu juge constitutionnel. « Je ne les ai vus que trois fois en un an. J’ai perçu un salaire, des fiches de paie pour une activité que je n’exerçais pas. Je travaillais en fait pour le magazine Démocratie Moderne du parti Force Démocrate présidé par François Bayrou », révèle-t-il, contrats de travail et un bulletin de salaire à l’appui. La consigne à sa prise de poste, selon lui ? « Si l’on vous demande ce que vous faites au parti, ne dites pas que vous y travaillez. Répondez que vous êtes un militant. » Le Télégramme
Nicolas Grégoire a bien été en contact avec un journaliste de Libé peu après la publication de son premier article. Et il est vrai que nous n’avons rien fait sur le sujet. Par manque de temps, à cause de l’actu folle, parce que cette histoire datée n’est pas apparue aux yeux du journaliste comme une priorité, parce qu’enfin (ce n’est peut-être pas la meilleure raison mais le rapport à la source importe aussi dans ce métier) le ton des échanges (entre parano et accusations diverses) a conduit le journaliste de Libé à y mettre un terme. Il est difficile de dire que Libé a eu ou pas raison. Nous sommes sans cesse contraints à des choix. Peut-être qu’une histoire liée à l’UDF il y a vingt ans semblait moins prioritaire que de se consacrer aux affaires actuelles (Le FN par exemple). L’histoire (si elle se vérifie) aurait sûrement donné des éléments de contexte intéressant sur des pratiques dénoncées pour Fillon mais répandues au delà de ce cas précis. Bref, nous ne l’avons pas fait. Pourquoi les autres média ont visiblement fait le même choix? Peut-être pour les mêmes raisons. Mais il y a une chose qu’on peut dire, c’est que le deuxième article de Nicolas Grégoire, dénonçant la censure médiatique, la presse aux ordres de Bayrou, donc en fait Macron (quelle originalité!) n’a plus rien de journalistique. Le choix de Libé (peut-être mauvais) a été un choix éditorial, d’un seul journaliste qui n’aurait eu aucun mal à écrire sur le sujet s’il en avait eu le temps et l’envie. La question du traitement de l’affaire n’a été évoquée à aucun moment par la direction. Parler de censure est faux, tout simplement. Cédric Mathiot (Libération)
Pendant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fictifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je percevais un salaire, des fiches de paie, pour une activité que je n’exerçais pas. Jamais personne ne s’en est ému. Pourquoi suis-je le seul, en vingt ans, à l’avouer sans contrainte ? Durant mon séjour rue de l’Université, bordée par l’Assemblée, quadrillée de partis politiques et refuge de l’ENA, je n’ai vu mes parlementaires, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, que trois fois. Pour signer mes contrats. Pour travailler une matinée à trier du courrier. Et enfin, vidé et amer, en perte totale de repères, pour demander à être licencié. Fraîchement diplômé en journalisme européen, c’est un peu par hasard que j’ai rejoint l’équipe de Force démocrate, jeune parti d’un petit nouveau plein d’ambition : François Bayrou. Démocratie Moderne, magazine du parti dont Bayrou était directeur de la publication, cherchait un rédacteur. Jeune, malléable, pas regardant sur le salaire et recommandé par un ancien cadre, j’ai fait l’affaire. (…) A peine arrivé, je suis appelé au bureau de Huguette Ducloux, directrice des services. “Le parti n’a pas beaucoup d’argent, donc les parlementaires détachent des assistants pour nous aider”, me dit-elle. “L’utilisation des fonds est à leur discrétion, mais si l’on vous demande ce que vous faites au parti, vous ne dites pas que vous y travaillez. Vous dites que vous êtes un militant”, conclut-elle avec un demi-sourire entendu. Deux affirmations contradictoires dans une même phrase. Double langage politique, auquel j’allais vite m’habituer. (…)  Aujourd’hui, je me revois dans cette période un peu comme un étranger. Un nihiliste qui, à la moindre difficulté, cherchait à écraser. Un homme que le titre gonflé, “je suis attaché parlementaire”, suffisait à faire passer devant tout le monde aux urgences, sans avoir rien demandé. Comme tous les politiques, le pouvoir m’aidait à panser des plaies profondes, allant jusqu’à l’enfance. Je vois aisément pourquoi, après des décennies d’impunité, François Fillon ne comprend pas qu’on l’emmerde “pour des costards” ou son indemnité parlementaire. Sa réalité n’est pas la nôtre. Devant les affaires, je regarde les pantomimes d’outrage et les appels au complot avec une ironie toute professionnelle. L’enrichissement, les cadeaux, les voyages, les grands travaux avant les municipales, les élections internes truquées… Je n’ai plus jamais voté. Les sortants sont balayés. Les nouveaux jurent que tout va changer. Et on recycle. Ad nauseam. Malgré tout j’ai mal. Pour mon pays, car j’y habite. Et parce que j’ai cru en lui. (…) Bayrou, évidemment, nie. En politique, il faut toujours nier. Même la main dans le sac. “Si ça se sait, il niera”, ai-je tellement entendu sur d’autres sujets. Il me semblerait un peu naïf de ne pas y voir un système. Un système peut-être accentué chez les petits partis, qui n’ont pas beaucoup de subventions. Mais dont on retrouve la trace du PS au FN. Un système dans un monde politique qui se juge lui-même. Se finance lui-même. Et se renouvelle entre lui. C’est cette impunité, cette indignité cachée entre phrases choc et plateaux télé, qui a fait le lit de l’extrémisme qui sans une révolution morale finira, un jour, à l’Elysée. Aujourd’hui je regrette d’avoir délaissé une carrière de journaliste pour, même de quelques décimales, participer à la lente putréfaction des institutions françaises. Et je regrette d’avoir joui de cette impunité, qui transforme tant de politiques en fossoyeurs du bien public. “Tu te rends compte que tu vas être diabolisé ? Tu ne pourras plus travailler nulle part”, me dit un ancien du Figaro. Fonctionnement mafieux. Où seule la loyauté est récompensée. Et la trahison punie. Parfois jusqu’à la mort. “Qu’ils viennent. De toutes façons, je ne peux pas tomber de ma fenêtre, j’habite au rez-de-chaussée !” Nicolas Grégoire
Le 2 avril, j’ai décrit dans une tribune mon parcours dans les bas fonds de la politique. Emplois fictifs, extorsion, agressions sexuelles, tout y était, version François Bayrou. Plus de soixante-dix mille lecteurs plus tard, j’ai découvert les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron. (…) Oui, la politique, c’est vraiment ça : les avantages, les passe-droits. La vie en première classe. Oui, les emplois fictifs sont répandus. Dans tous les partis. (…) Le jour de la parution de Fictif(s), je reçois un email d’un journaliste de Marianne. “Compte-tenu de sa qualité, seriez-vous intéressé pour une éventuelle reprise sur le site de Marianne ?” J’accepte. Deux jours plus tard, je relance. Aucune réponse. Le lendemain, Marianne publie deux pages d’interview exclusive de François Bayou. Mediapart, qui n’avait pas voulu de mon papier, le publie maintenant sans mon autorisation. En signant “la rédaction de Mediapart”. Mes mails de protestation et de demande d’accès abonné n’ont pas de réponse. (…) Je contacte le Canard Enchaîné, dont je connais le rédacteur en chef, Erik Emptaz. “Le Canard vous remercie d’avoir pensé à lui, me répond la secrétaire de rédaction. Votre message est transmis à Erik Emptaz”. Soulagé, je réponds “vous vous réveillez enfin, c’est bien. Je commençais à me demander si vous protégiez Bayrou”. Le Canard ne publiera rien. Et enchaînera les révélations sur Fillon et Le Pen. (…) Quand les autres rédactions bloquent le sujet, Hervé Chambonnière, grand reporter au quotidien régional Le Télégramme, mène son enquête. Avec sérieux, courant après le scoop, il analyse mes preuves, appelle mon ancienne secrétaire de rédaction. Qui lui confirme que je travaillais au parti. Il rend visite à Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, mes financiers. Qui nient me connaître et m’avoir embauché. “Après 1988, impossible !” lui jure Hyest. Avant de retrouver la mémoire, devant un CDI signé de sa main. (…) Et pourtant les beaux jours sont terminés. Je vais découvrir les rouages d’une machine à influencer le résultat de l’élection présidentielle. Une alliance d’intérêts dont je n’aurais jamais deviné l’existence ou l’ampleur. (…) J’interpelle journalistes et rédactions sur Twitter. “Et ça, pourquoi vous n’en parlez pas ?” Je contacte les quotidiens. Ils connaissent mon papier, que de nombreux journalistes ont relayé sur les médias sociaux. J’envoie des mails à des adresses souvent bien cachées. (…) Et il ne se passe rien. D’abord réservé, Hervé Chambonnière finit par partager mon incrédulité. “C’est fou. Personne ?” Ce qui n’était qu’une possibilité devient pour moi une évidence : on protège François Bayrou. Mais surtout, via lui, Emmanuel Macron. La bonne société parisienne a choisi son candidat. (…) 21 avril. J’écris à un journaliste de Libération : “je viens avec des preuves d’un système de financement illégal d’un parti (fiches de paie, contrats de travail, preuves que je bossais à l’UDF) et ça ne sort pas. (…) Tous les jours on sort des trucs (et c’est bien) sur Fillon et Le Pen. Et Bayrou, allié de Macron, rien. C’est quand même plus que bizarre, vous ne trouvez pas ? D’ailleurs pourquoi Libé ou aucun quotidien national ne couvre ? J’aimerais qu’on m’explique en quoi les emplois fictifs chez Bayrou ce n’est pas de la news.” (…) Alors que chaque jour sort une révélation sur Fillon ou le FN, le clan Macron a l’air blanc comme neige. Sur les plateaux télé, François Bayrou donne des leçons d’honnêteté. Et personne ne lui pose la question qui dérange. 24 avril. Mediapart sort un article, La revanche de François Bayrou. Ses détournements de fonds n’y sont pas mentionnés, alors que Mediapart dispose des preuves. Nicolas Grégoire

Il fallait tout simplement sauver le soldat Macron !

En cette journée où, sous peine d’excommunication morale, la France entière est appelée …

Pour bouter à nouveau hors de la patrie en danger la « bête immonde »

A valider par son vote le choix de l’ancien conseiller et ministre d’un président qui termine son unique mandat à 12% d’avis favorables …

Suite à l’élimination par le coup d’Etat juridico-médiatique que l’on sait du véritable candidat de l’alternance

Retour sur les tentatives infructueuses d’un ancien attaché parlementaire fictif de Bayrou …

Pour révéler à des médias qui s’étaient montrés pourtant si courageux pour dénoncer les abus du système par le seul Fillon

Les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au bout et jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron ?

Pas avant le deuxième tour

En dénonçant Bayrou, je voulais changer la politique. Censuré, espionné, cambriolé, j’ai découvert que je ne pouvais pas gagner.

Nicolas Grégoire

3 mai 2017

Le 2 avril, j’ai décrit dans une tribune mon parcours dans les bas fonds de la politique. Emplois fictifs, extorsion, agressions sexuelles, tout y était, version François Bayrou. Plus de soixante-dix mille lecteurs plus tard, j’ai découvert les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron. Chronique d’un échec annoncé. Et d’une France qui n’est pas la nôtre.

Maintenant ou jamais

“Bonjour ! Je m’appelle Nicolas Grégoire, j’ai eu deux emplois fictifs à l’UDF pour François Bayrou. Et aujourd’hui, je balance”

C’était le bon moment : un mois avant le premier tour. Dans une élection qui s’annonçait serrée. Avec un bon texte, des preuves et une campagne sur les réseaux sociaux, tout le monde m’entendrait. Les médias, d’abord réticents, finiraient par relayer. Et François Hollande, soucieux de sa réputation et peu enclin à protéger ennemis et traîtres, resterait neutre.

En lisant mon brouillon, mes amis découvrent un Nicolas inconnu, un peu inquiétant. “Tout est vrai, sauf le rez-de-chaussée. Je préfère qu’on ne sache pas à quel étage j’habite”. Après quelques jours de relecture, ma souris reste comme suspendue au-dessus de Publier. Le temps ralentit. Avec l’angoisse des grandes décisions, mon doigt s’écrase sur le bouton.

Quinze minutes de célébrité

“Si vous devez lire une chose aujourd’hui, lisez-ça. Vraiment” — quelqu’un sur Twitter

D’abord partagé par trois personnes, Fictif(s) se propage sur les réseaux sociaux. De programmeur en programmeur. Puis un journaliste informatique. Puis France Culture. Puis Cécile Duflot. Puis tout le monde. Pendant deux jours je regarde, fasciné, mon histoire sillonner la France. Et faire le tour des rédactions.

Très vite, les demandes d’interviews arrivent. En choisissant mes mots, je leur dis la même chose. Oui, la politique, c’est vraiment ça : les avantages, les passe-droits. La vie en première classe. Oui, les emplois fictifs sont répandus. Dans tous les partis. “Ah bon, François Bayrou ne me connaît pas ? Pourtant, quand il y avait une coquille dans le journal du parti, il savait où me trouver !” J’insiste sur l’urgence de changer la vie politique avant que, demain ou après-demain, Marine Le Pen gagne l’Elysée. “François Bayrou a l’amnésie pratique. Je ne crois pas qu’il aura l’honneur d’admettre. Oui, il faut moraliser la vie politique. Mais Bayrou ne peut en être ni la caution, ni l’instrument”.

Le jour de la parution de Fictif(s), je reçois un email d’un journaliste de Marianne. “Compte-tenu de sa qualité, seriez-vous intéressé pour une éventuelle reprise sur le site de Marianne ?” J’accepte. Deux jours plus tard, je relance. Aucune réponse. Le lendemain, Marianne publie deux pages d’interview exclusive de François Bayou.

Mediapart, qui n’avait pas voulu de mon papier, le publie maintenant sans mon autorisation. En signant “la rédaction de Mediapart”. Mes mails de protestation et de demande d’accès abonné n’ont pas de réponse.

Très vite, la qualité de mes conversations téléphoniques avec les journalistes est particulièrement mauvaise. Après deux ou trois minutes, les voix se hachent, deviennent métalliques. “Vous voyez, j’habite dans une zone où ça capte plutôt mal. Ça va, mais je capte tout juste. Et là, clairement, quand j’appelle certaines personnes, de la bande passante s’échappe quelque part”.

Je contacte le Canard Enchaîné, dont je connais le rédacteur en chef, Erik Emptaz. “Le Canard vous remercie d’avoir pensé à lui, me répond la secrétaire de rédaction. Votre message est transmis à Erik Emptaz”. Soulagé, je réponds “vous vous réveillez enfin, c’est bien. Je commençais à me demander si vous protégiez Bayrou”. Le Canard ne publiera rien. Et enchaînera les révélations sur Fillon et Le Pen.

Les interviews s’enchaînent. On m’enregistre. On prend note. J’avertis : “Attention, il va y avoir des pressions !” Et toujours la même réponse. “Ah mais Bayrou et ses amis ne font pas la loi chez nous !” Et le sujet ne sort pas.

6 avril. Pour répondre aux demandes des médias et faire taire les mauvaises langues, je publie toutes mes preuves sur Twitter. Et mets les originaux en lieu sûr. Corinne Lepage, qui avait avant moi dénoncé les emplois fictifs chez François Bayrou, retweete immédiatement. Deux minutes plus tard, elle se rétracte.

22h. Dans un appartement éteint et silencieux, je lis à côté de ma fille qui dort à poings fermé. Mon chien bondit en direction de la porte d’entrée en poussant des hurlements. Exactement comme il y a huit ans, quand on essayait de me cambrioler. Je me lève. “Qu’est ce qui se passe, mon chien ?” J’entends quelqu’un dévaler l’escalier. Je reste là, une bonne minute. Le doute s’installe. Dans quoi me suis-je foutu.

Ca sort !

“C’est lui, Grégoire, qui vous a donné ça ? Il est gonflé, le mec !” — Jean-Jacques Hyest, devant mon contrat de travail

Quand les autres rédactions bloquent le sujet, Hervé Chambonnière, grand reporter au quotidien régional Le Télégramme, mène son enquête. Avec sérieux, courant après le scoop, il analyse mes preuves, appelle mon ancienne secrétaire de rédaction. Qui lui confirme que je travaillais au parti. Il rend visite à Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, mes financiers. Qui nient me connaître et m’avoir embauché. “Après 1988, impossible !” lui jure Hyest. Avant de retrouver la mémoire, devant un CDI signé de sa main.

Quatre jours après mes révélations, le Télégramme sort en exclusivité un article d’une page.

Bayrou se réfugie derrière son entourage, qui crie à l’élucubration. J’exulte. J’ai dû m’auto-publier. Me dénoncer. Mais la vérité, maintenant, règne. Et Sylvain Maillard, porte parole d’En Marche, me suit sur Twitter.

Le Télégramme en poche, j’appelle l’AFP. On prend mon message. A 20h, un SMS. “Bonjour, je suis journaliste AFP au bureau de Rennes. Pouvons-nous nous rencontrer ?” Tout sourire, mon ex-femme me dit “tu avais raison. Il suffisait qu’un seul le sorte !” L’ancien du Figaro, naguère si pessimiste, me félicite.

Et pourtant les beaux jours sont terminés. Je vais découvrir les rouages d’une machine à influencer le résultat de l’élection présidentielle. Une alliance d’intérêts dont je n’aurais jamais deviné l’existence ou l’ampleur.

Pressions, surveillance et petites lâchetés

“Mon rédacteur en chef ne veut pas le passer. Je comprends pas, je lui ai montré les preuves” — un journaliste de RMC.

10 avril. Trois journalistes d’Europe 1 me contactent en cinq minutes. A Paris, un homme à la voix de chroniqueur m’enregistre dans la cabine. “Mettez vos ceintures, le tourbillon médiatique va commencer”, dis-je à mes proches. On me dit que ça va passer au journal de 18 heures, ou à la matinale. Et le lendemain, sur Europe 1, j’entends : “sinon en politique aujourd’hui, pas grand-chose. On tourne en rond”.

Je contacte le journaliste. “On va le passer votre témoignage, me dit-il. Mais il y a beaucoup d’actu en ce moment”. Agacé, je prolonge par texto. “Bayrou, c’est au moins 12 ans de permanents du siège payés avec des contrats parlementaires : vous avez mon témoignage en 97 et celui de Lepage en 2009. (…) C’est un système couvert par tout le monde, amnistié cette année par un gouvernement de gauche. On n’est pas dans l’anecdote. C’est un scandale énorme. Faites votre enquête”. Une semaine après, je relance. On me répond “ce sujet est en attente”.

11 avril. Après un détour obligatoire sur une messagerie cryptée, je vois la journaliste de l’AFP au café du coin. Nous parlons longuement. Elle semble très intéressée.

12 avril. France Info m’invite à la matinale. “A la suite de votre annonce sur l’emploi fictif en tant qu’attaché parlementaire, seriez-vous disponible pour qu’on en discute pour une éventuelle interview en studio demain matin à 7h40 ?” J’accepte. Quelques heures plus tard, la chargée de production me dit “non, c’est trop compliqué pour demain. (…) Et comme on a déjà fait un sujet dessus ma rédaction en chef préfère attendre. Je suis désolée”. Je ne trouve aucune trace du sujet. Je demande qu’on me donne le nom du journaliste qui a couvert. Pas de réponse.

Le même jour, le responsable des investigations du Nouvel Observateur me dit “je vais prendre vos coordonnées, un journaliste va vous rappeler”. Personne ne rappelle. Et pourtant l’Obs couvre avec assiduité les affaires Fillon et Le Pen.

Après un début fracassant, je me sens cerné par un mur de silence. Au téléphone, l’ancien du Figaro est furieux. “C’est très grave ! On parle d’une élection présidentielle ! Bien sûr que quand ton rédac-chef te refuse un sujet comme ça, tu as envie de ne rien dire pour ne pas perdre ta place. Mais journaliste, c’est pas n’importe quel métier ! On a des responsabilités ! Il faut s’insurger !”

L’enthousiasme fait place à l’impatience. Puis à l’indignation. J’interpelle journalistes et rédactions sur Twitter. “Et ça, pourquoi vous n’en parlez pas ?” Je contacte les quotidiens. Ils connaissent mon papier, que de nombreux journalistes ont relayé sur les médias sociaux. J’envoie des mails à des adresses souvent bien cachées. En y mettant des pisteurs très sophistiqués. Certains ne les détectent pas. A Libération, l’Express, on ouvre mon mail, on clique sur ma tribune. Je les vois faire en direct. Et il ne se passe rien. D’abord réservé, Hervé Chambonnière finit par partager mon incrédulité. “C’est fou. Personne ?” Ce qui n’était qu’une possibilité devient pour moi une évidence : on protège François Bayrou. Mais surtout, via lui, Emmanuel Macron. La bonne société parisienne a choisi son candidat.

— T’as vu, ça sort nulle part !

— Attends, tu viens avec des preuves, et tu n’as aucun rédac-chef qui sort le truc, parce qu’ils ont tous peur d’être punis. Je vais te dire notre profession, elle est morte.

Silences et barbouzeries

“Le message est très clair : tu ne sortiras rien le week-end du premier tour. C’est déjà serré, tu vas pas faire chier”

18 avril. Je formate mon téléphone et mets à jour sa sécurité. Les problèmes de batterie et de qualité sonore disparaissent.

20 avril. Sur l’écran de mon ordinateur, une alerte de l’antivirus. “Votre protection est désactivée”. Impossible de reprendre la main sur le système. Au bout de trois minutes, tout revient à la normale.

21 avril. J’écris à un journaliste de Libération : “je viens avec des preuves d’un système de financement illégal d’un parti (fiches de paie, contrats de travail, preuves que je bossais à l’UDF) et ça ne sort pas. (…) Tous les jours on sort des trucs (et c’est bien) sur Fillon et Le Pen. Et Bayrou, allié de Macron, rien. C’est quand même plus que bizarre, vous ne trouvez pas ? D’ailleurs pourquoi Libé ou aucun quotidien national ne couvre ? J’aimerais qu’on m’explique en quoi les emplois fictifs chez Bayrou ce n’est pas de la news.” Et j’ajoute, écoeuré : “puisque c’est ainsi, je vais sortir un deuxième papier sur les trucs hallucinants qui se passent de mon côté (…). En tous cas, je n’épargnerai personne”.

J’appelle ensuite une amie, journaliste en Suède. En lui racontant ma semaine, j’ai l’impression d’évoluer dans une réalité parallèle. Où l’information est sous contrôle. Où l’on espionne les lanceurs d’alertes. “Bon allez, je te laisse, dis-je, il faut que j’aille à la piscine avec ma fille. A bientôt !” Deux heures plus tard, je m’installe à mon bureau, allume mon ordinateur. Rien. Des pans entiers de mon disque dur ont été effacés. Je pense à un piratage. Puis me souviens avoir éteint ma machine. Il fallait donc y accéder physiquement. On s’est introduit chez moi. Un vertige me prend. La voix tremblante, j’appelle l’ancien du Figaro.

— On m’a effacé mon disque dur.

— Tu sais qui fait ça…

— Les services ?

— Bah oui… C’est illégal. Quelqu’un risque sa carrière. Mais ils le font surtout pour te déstabiliser. Ne t’inquiètes pas, dans quinze jours, ça sera fini.

Comment les services auraient-ils pu aller si loin sans l’aval de l’Elysée ? En tous cas, mission accomplie. Alors que chaque jour sort une révélation sur Fillon ou le FN, le clan Macron a l’air blanc comme neige. Sur les plateaux télé, François Bayrou donne des leçons d’honnêteté. Et personne ne lui pose la question qui dérange.

24 avril. Mediapart sort un article, La revanche de François Bayrou. Ses détournements de fonds n’y sont pas mentionnés, alors que Mediapart dispose des preuves. Sur Twitter, encore une fois, je m’immisce. “Et les emplois fictifs de Bayrou, vous ne couvrez pas ?” Silence. Cette nuit-là, je rêve que je rentre chez moi. Que quelqu’un m’attend dans mon entrée. Ganté de cuir, pour m’étrangler.

— On va te traiter de parano, de conspirationniste.

— Je m’en doute. Mais je me suis pas cambriolé moi-même, non plus !

L’agence prend son temps

“Je vous prie d’arrêter d’être désobligeant” — journaliste de l’AFP

En plein blackout médiatique, je m’accroche à l’AFP. Et encore une fois, j’attends. Le 18, une semaine après l’interview, la journaliste me dit ne pas avoir “contacté tous les protagonistes. Ca devrait sortir mardi matin”.

Le 21 avril, jour de mon cambriolage et vendredi d’avant le premier tour, nouveau texto : “Avez-vous le contact de l’ancienne secrétaire de l’UDF ?” J’en suis sur le cul. Elle n’a même pas fini son article. “Dix jours pour faire une dépêche AFP ! Mais je te la dicte tout de suite, moi : ‘Un ancien assistant parlementaire accuse François Bayrou d’avoir favorisé un système d’emplois fictifs…’ Ca tient en une colonne”.

L’AFP ajoute “je ne connais pas la date de publication, car nous attendons la réaction de M. Bayrou”. Immédiatement, je tape :

— C’est honteux.

— Pardon ?

— Bayrou refuse de réagir en espérant que ça ne sorte pas et vous rentrez dans son jeu. C’est hallucinant.

— Ecoutez, ma collègue ne l’a pas encore contacté car elle croule sous le travail et je dois encore avoir M. Hyest. Evitez certains commentaires. Bonne journée.

— Vous avez des preuves, des contrats de travail. Le Télégramme est sorti il y a dix jours. Contrairement à vous, je dirai et j’écrirai ce que je voudrai.

— Vous n’allez pas me dicter ce que je dois faire ou écrire. Je vous prie d’arrêter d’être désobligeant.

— Oh, je ne vous dicte rien. Vous n’avez pas besoin de moi.

J’appelle Chambonnière. “Je vais sortir un deuxième papier. Mais cette fois-ci, je vais m’attaquer aux médias”. Il a un blanc. “C’est pas une bonne idée”.

Iceberg, droit devant

“Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d’autres.” — Georges Orwell, La ferme des animaux

Le soir, je regarde le ballet des motards autour de la voiture de Macron. Le dîner dans son Fouquet’s à lui. Au diable les apparences.

Le mercredi d’après le premier tour, l’AFP me demande encore des précisions. Quinze jours ! La dépêche n’est pas encore prête ! “Je n’ai jamais vu une attitude pareille, même Bayrou que je viens d’avoir au téléphone n’a pas été aussi agressif”, me glisse miss AFP Bretagne. Elle m’écrit ensuite “l’unique raison pour laquelle je n’ai pas rédigé le papier c’est tout simplement que je n’ai pas eu le temps. (…) Je vous aurais dit si mes chefs bloquaient le papier”. Tout va bien alors. Mais cela n’a plus d’importance. “De toutes façons, écris-je en conclusion, il fallait que ça sorte avant le premier tour, pour qu’acculés, Bayrou et surtout son allié Macron fassent des promesses fortes. Maintenant que Macron est assuré d’avoir la présidence, tout cela ne sert plus à grand-chose. J’ai perdu mon pari”.

La dépêche devrait sortir quelques jours avant l’élection. Devrait. Hier sûrement confiant d’avoir Matignon, Bayrou tremble, pantomime l’indignation. Il est sale, il le sait. Et pourtant, il s’absout. Comme je l’ai entendu dire en bureau politique : “on me dit ‘tu ne ramènes pas autant que Léotard’. C’est vrai, et j’en suis fier”. “Et quand il revenait d’Afrique, rigole un élu, il avait les mains vides. Parce que c’était Lehideux qui portait les valises !”

En politique, on a une drôle vision de la morale. Qui s’élastifie encore pour les élections. Macron trahit Hollande. Valls trahit Hamon. Les Républicains trahissent Juppé pour Fillon. Puis Fillon pour Juppé. Et retournent vers Fillon. Nicolas Dupont-Aignan trahit la République. Et l’Elysée trahit la liberté d’expression. Comme disait déjà Cicéron en s’adressant au Sénat : “vous êtes des putes”.

Cette réalité, les grands médias la connaissent bien. Mais vous comprenez, le peuple est trop simplet. Il faut lui tenir la main. Des grands médias contrôlés par une poignée de milliardaires. Et des journalistes politiques emplis d’eux-mêmes. Inféodés. Accros aux confidences de cocktails. A leurs places dans le Falcon présidentiel. Des journalistes méprisés par les politiques, qui jouissent à les manipuler.

Il est loin le temps où Maurice Maréchal, directeur du Canard Enchaîné, virait son journaliste pour avoir eu la Légion d’honneur. “Il ne fallait pas la mériter !” Ces copinages, cette soumission au clic de la grande presse, et surtout cette confusion entre informer et occulter, font le lit des extrémismes.

Pendant ce temps, dans l’Aisne, un homme vole une pièce de vingt centimes et écope d’un mois ferme. A Bordeaux, un autre homme sans ressources prend quinze jours pour un paquet de saucisses, des gâteaux et une brosse à dents. Et ma voisine fait des ménages au noir, pour compléter sa retraite. Avec quarante-deux ans de cotisation et une prothèse de genou. Noyée dans les vaines promesses, une France s’écroule. Le Front National a huit millions de votants. Le 7 mai, ils seront peut-être le double. Dans cinq ou dix ans, ils fêteront leur victoire. C’est le début de la fin pour une Cinquième usée, presque impotente.

Les politiques doivent être tenus en laisse. Il faut réformer la rémunération des parlementaires. Qu’ils arrêtent de l’utiliser pour s’acheter, légalement, des villas sur la côte d’Azur. Il faut punir sévèrement toute corruption. Tout favoritisme. Par une peine de prison ferme et l’inéligibilité à vie. Il faut une vraie transparence. Que pour tout, les politiques rendent des comptes. Il faut une nouvelle République, avec comme modèle la Suisse.

Et surtout il faut sortir cette race de seigneurs de ses palais, ses banquets, ses voitures à cocardes, ses gardes armés, ses jets privés, ses centre-villes privatisés. Ces politiques qui ne représentent qu’eux-mêmes.

La France appartient à ses habitants.

Epilogue

“C’est quand même sympa de la part de l’AFP de ne pas vouloir perturber l’élection avec de veilles affaires. Comme pour Fillon !”

3 mai. Histoire de laisser une dernière chance, j’écris encore à l’AFP.

— Bonjour, vous êtes vraiment sûre que vos chefs ne bloquent pas le sujet ?

— Pour être honnête, je ne sais pas. Dès que j’en sais plus je vous dis. Ca peut effectivement paraître après le second tour. Je ne suis plus décisionnaire depuis que je l’ai rédigé.

Dépité, je pars au bistrot du coin. Et m’épanche auprès de la tenancière. “Les médias décident pour qui on doit voter”. Elle hausse les épaules en essuyant un verre. “Ça c’est pas nouveau”. Je touille mon café chantilly. “Oui, mais il faut pas que Bayrou ait Matignon. Sinon je suis dans la merde”. Elle s’empare d’un plat de pommes de terre. “Bayrou premier ministre ? Quelle drôle d’idée ! Il passera pas, Macron. C’est Le Pen qui va passer”. J’arrête de touiller. “Ah bon ?” Elle nappe les pommes de terre d’huile. “De toutes façons on l’aura à un moment ou à un autre. Autant l’avoir maintenant.”

Voir aussi:

Fictif(s) : deux ans à l’UDF payé par la République

Parcours dans les bas-fonds de la politique française

Emploi fictif. Le terme resurgit de scandale en scandale. Pendant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fictifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je percevais un salaire, des fiches de paie, pour une activité que je n’exerçais pas. Jamais personne ne s’en est ému. Pourquoi suis-je le seul, en vingt ans, à l’avouer sans contrainte ?

Durant mon séjour rue de l’Université, bordée par l’Assemblée, quadrillée de partis politiques et refuge de l’ENA, je n’ai vu mes parlementaires, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, que trois fois. Pour signer mes contrats. Pour travailler une matinée à trier du courrier. Et enfin, vidé et amer, en perte totale de repères, pour demander à être licencié.

Fraîchement diplômé en journalisme européen, c’est un peu par hasard que j’ai rejoint l’équipe de Force démocrate, jeune parti d’un petit nouveau plein d’ambition : François Bayrou.

Démocratie Moderne, magazine du parti dont Bayrou était directeur de la publication, cherchait un rédacteur. Jeune, malléable, pas regardant sur le salaire et recommandé par un ancien cadre, j’ai fait l’affaire.

“Force démocrate, c’est le parti qui monte, avec six ministres au gouvernement”, me confie d’un ton feutré Rémy le Gall, rédacteur-en-chef de Démocratie Moderne, peu avant mon embauche. “Au début, il faut faire profil bas, surtout ne menacer personne. Et après, tout naturellement, tu t’imposes, comme une évidence.”

A peine arrivé, je suis appelé au bureau de Huguette Ducloux, directrice des services. “Le parti n’a pas beaucoup d’argent, donc les parlementaires détachent des assistants pour nous aider”, me dit-elle. “L’utilisation des fonds est à leur discrétion, mais si l’on vous demande ce que vous faites au parti, vous ne dites pas que vous y travaillez. Vous dites que vous êtes un militant”, conclut-elle avec un demi-sourire entendu. Deux affirmations contradictoires dans une même phrase. Double langage politique, auquel j’allais vite m’habituer.

Au pouvoir

Au cours des mois, je découvre les nombreux avantages de l’appartenance au “troisième plateau” de Force démocrate, qui allait dévorer l’UDF. A un poste modeste mais stratégique, je fais partie du clan. Le clan protège les siens. Et le pouvoir corrompt.

Besoin d’envoyer quelque chose du bureau ? Colis et lettres sont livrés par des motards de la gendarmerie nationale, qui font les coursiers pour le parti sans broncher. “Je t’envoie un motard !”

Problème avec la banque ? Il suffit de tourner son siège. “Dis moi, tu as un contact pour ma banque à Paris ?” Au services des élections, quelqu’un lève le nez et s’empare d’un énorme Rolodex, qu’il appelle “la bomba”. “Bouge pas… Voilà. Tu notes ?” Le directeur de la banque au détail d’une grande banque à trois lettres est dérangé en pleine réunion sur sa ligne directe. Mon agence passera des lettres de menaces à l’obtention d’un prêt. En me déclarant fonctionnaire. Et en saisissant de fausses données financières dans son système informatique, “pour que ça passe”. Prêt que, gagnant 9200 francs par mois (1405 €) je ne rembourserai jamais. La banque à trois lettres ne fit jamais valoir sa créance.

Vol d’une console vidéo dans mon bagage à Orly ? Un fax autoritaire à Aéroports de Paris, avec en-tête de l’Assemblée. Je suis immédiatement remboursé, sans demande de justificatifs. Je réalise que j’aurais pu inventer un ordinateur portable, engranger des milliers d’euros.

Contrôle routier ? Le motard regarde ma carte du Sénat avec autorité. “Et vous êtes assistant de quel sénateur ? Depuis combien de temps ?” En costume de banquier, je hausse immédiatement le ton. “Non mais dites donc, vous allez arrêter de m’emmerder, ou vous allez avoir de gros problèmes !” En à peine un an, j’ai adopté du politique le langage, dont la classique menace de “problèmes”. Immédiatement, son binôme plus âgé le pousse de côté. “Excusez-le monsieur. C’est un jeune, il est pas habitué. Excusez-le”. “Bon, ça va.” Je repars en trombe, énervé d’avoir été pris de haut par ce qui n’est plus pour moi qu’un coursier.

Une matinée à l’Assemblée

Député mais aussi vice-président du Conseil régional de Bretagne, Ambroise Guellec fit un jour part de son déplaisir de me voir passer mon temps au parti. Je me retrouve dans son petit bureau de la rue de l’Université. En bon assistant, je commence par trier le courrier. Demande après demande d’aide, de subventions, de locaux. Certains y incluent, naïfs, leur carte du parti. Une lettre et un projet sortent du lot. Je passe à Guellec : “ça m’a l’air bien, ça.” Après un bref coup d’œil, il la repose sur mon liège. “Non, on ne peut pas les aider”. Je demande pourquoi. Il me regarde, visiblement exaspéré. “Mais parce que c’est une association de gauche !”

Le soir même, je reviens “au siège” et demande à Rémy le Gall de me sortir de cette situation. “Tu y vas, et tu lui dis que t’as pas le temps”, me répond-il tranquillement. “Mais comment ça, je peux pas lui dire ça !” Le Gall me jette un de ses sourires narquois. “Tu lui dis que tu as vu ça avec Bayrou.”

C’est ainsi que, le lendemain, j’annonce à un parlementaire que mon activité illégale étant trop prenante, je ne vais plus bosser pour lui. “Et bien si c’est ça, j’arrête de payer !” me lance-t-il. “Non, je réponds tranquillement. J’ai vu ça avec François. Vous allez continuer à payer. Et je ne travaillerai plus pour vous.” Il baisse la tête, vaincu. Le pouvoir n’est pas toujours où l’on croit.

Fin de partie

Tout commence avec la fille de l’accueil. Appelons-la Emilie. Dans l’entrée du siège, spartiate espace sur cour composé d’un bureau, d’un canapé et de l’escalier principal, elle arrondit ses fins de mois en faisant la permanence du soir. Elle est très belle, rayonnante. Nous flirtons. Un soir, elle m’appelle. Et me dit s’être fait agresser sexuellement par Le Gall.

Les policiers refusent de prendre sa plainte. Elle me raconte aller de commissariat en commissariat avant de comprendre la futilité de sa démarche. Le lendemain, elle décide d’en informer Ducloux. Qui, me dit-elle, l’écoute patiemment, puis lui dit “à qui cherchez-vous à nuire ?” Emilie n’en trouve plus ses mots. Elle quitte le siège en pleurs.

La rumeur, grâce à moi, enfle. En comité de rédaction, Rémy le Gall prend les devants. “J’imagine que vous avez entendu les accusations portées contre moi. Tout cela est bien évidemment faux. Je pense ne pas avoir besoin de ça pour séduire”. Pour garder mon job, je me tais. C’est à mon tour de baisser la tête. “Rémy. Tu ries comme lui”, me dit Emilie, soudain distante. La lune de miel est terminée.

Un conseiller municipal me propose un HLM. 80 m² dans le 12e, pour 190 €. “Là j’ai un pompier, et puis après je t’en file un, si tu veux.” Je refuse. “C’est gentil, mais je suis sûr que d’autres gens en ont plus besoin que moi.” Il est stupéfait. On me propose la fédération des Jeunes du 8e. Je refuse. Maintenant le clan se méfie. Les regards changent.

Et puis vient ce déjeuner. Lors d’une grande tablée à La Poule au Pot, cantine officieuse de l’UDF, quelqu’un me reproche d’être un jeune apparatchik, mené uniquement par l’ambition. “C’est vrai, j’aime les responsabilités. Mais au fond, si je fais ce métier c’est pour, un jour, aider la France.” La salle hurle de rire. Rémy le Gall, rouge pivoine et larme à l’œil, se tourne vers moi. “Tu es un idéaliste, c’est bien !” Et j’ai compris qu’il fallait partir. Que ces gens me menaçaient. Au plus profond de mon être.

Que sont-ils devenus ?

En 1999, Huguette Ducloux devient conseillère de Nicole Fontaine, présidente du Parlement européen. Elle est aujourd’hui retraitée.

Rémy le Gall devient directeur de la communication de la mairie de Versailles. Scénariste de bande-dessinée, il publie quatre fictions sur la politique. En 2012, il est décoré Chevalier des Arts et Lettres. En 2016, il est condamné à six mois de prison pour harcèlement sexuel sur quatre de ses subordonnées. Durant son procès, il est décrit comme faisant “régner la terreur, la manipulation et le mensonge”.

En 2004, Jean-Jacques Hyest est élu président de la Commission des Lois du Sénat. En 2015, il est nommé au Conseil constitutionnel. Hyest siège également à la Haute Cour de justice de la République. Il est décoré Chevalier dans l’ordre des Palmes académiques.

Ambroise Guellec reste vice-président de la région Bretagne jusqu’en 2004. Il y est toujours conseiller régional.

De ralliement en retournement, François Bayrou est sûrement toujours convaincu d’être, un jour, président de la République. La moralité et l’exemplarité sont ses derniers chevaux de bataille.

Épilogue

Aujourd’hui, je me revois dans cette période un peu comme un étranger. Un nihiliste qui, à la moindre difficulté, cherchait à écraser. Un homme que le titre gonflé, “je suis attaché parlementaire”, suffisait à faire passer devant tout le monde aux urgences, sans avoir rien demandé. Comme tous les politiques, le pouvoir m’aidait à panser des plaies profondes, allant jusqu’à l’enfance.

Je vois aisément pourquoi, après des décennies d’impunité, François Fillon ne comprend pas qu’on l’emmerde “pour des costards” ou son indemnité parlementaire. Sa réalité n’est pas la nôtre.

Devant les affaires, je regarde les pantomimes d’outrage et les appels au complot avec une ironie toute professionnelle. L’enrichissement, les cadeaux, les voyages, les grands travaux avant les municipales, les élections internes truquées… Je n’ai plus jamais voté. Les sortants sont balayés. Les nouveaux jurent que tout va changer. Et on recycle. Ad nauseam. Malgré tout j’ai mal. Pour mon pays, car j’y habite. Et parce que j’ai cru en lui.

Dans son livre “Les mains propres”, publié en 2014, Corinne Lepage écrit :

“Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence.”

Bayrou, évidemment, nie. En politique, il faut toujours nier. Même la main dans le sac. “Si ça se sait, il niera”, ai-je tellement entendu sur d’autres sujets. Il me semblerait un peu naïf de ne pas y voir un système. Un système peut-être accentué chez les petits partis, qui n’ont pas beaucoup de subventions. Mais dont on retrouve la trace du PS au FN. Un système dans un monde politique qui se juge lui-même. Se finance lui-même. Et se renouvelle entre lui. C’est cette impunité, cette indignité cachée entre phrases choc et plateaux télé, qui a fait le lit de l’extrémisme qui sans une révolution morale finira, un jour, à l’Elysée.

Aujourd’hui je regrette d’avoir délaissé une carrière de journaliste pour, même de quelques décimales, participer à la lente putréfaction des institutions françaises. Et je regrette d’avoir joui de cette impunité, qui transforme tant de politiques en fossoyeurs du bien public.

“Tu te rends compte que tu vas être diabolisé ? Tu ne pourras plus travailler nulle part”, me dit un ancien du Figaro. Fonctionnement mafieux. Où seule la loyauté est récompensée. Et la trahison punie. Parfois jusqu’à la mort. “Qu’ils viennent. De toutes façons, je ne peux pas tomber de ma fenêtre, j’habite au rez-de-chaussée !”


Vous voulez des preuves ? Elles sont .

Voir également:

«Fictif(s): deux ans à l’UDF payé par la République»

La rédaction de Mediapart
3 avril 2017

« Emploi fictif. Le terme resurgit de scandale en scandale. Pendant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fictifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je percevais un salaire, des fiches de paie, pour une activité que je n’exerçais pas. Jamais personne ne s’en est ému. Pourquoi suis-je le seul, en vingt ans, à l’avouer sans contrainte ?

« Durant mon séjour rue de l’Université, bordée par l’Assemblée, quadrillée de partis politiques et refuge de l’ENA, je n’ai vu mes parlementaires, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, que trois fois. Pour signer mes contrats. Pour travailler une matinée à trier du courrier. Et enfin, vidé et amer, en perte totale de repères, pour demander à être licencié.

Fraîchement diplômé en journalisme européen, c’est un peu par hasard que j’ai rejoint l’équipe de Force démocrate, jeune parti d’un petit nouveau plein d’ambition : François Bayrou.

Démocratie Moderne, magazine du parti dont Bayrou était directeur de la publication, cherchait un rédacteur. Jeune, malléable, pas regardant sur le salaire et recommandé par un ancien cadre, j’ai fait l’affaire.

“Force démocrate, c’est le parti qui monte, avec six ministres au gouvernement”, me confie d’un ton feutré Rémy le Gall, rédacteur-en-chef de Démocratie Moderne, peu avant mon embauche. “Au début, il faut faire profil bas, surtout ne menacer personne. Et après, tout naturellement, tu t’imposes, comme une évidence.” »

La suite de ce billet de Nicolas Grégoire, qui se définit comme « rédacteur omnivore » et « petit politique repenti »est à lire sur son blog Medium.

Voir encore:


Présidentielle 2017: Vous avez dit racisme de classe ? (Will Obamalike Macron’s take on his country’s « deplorables » eventually pave the way for a future Trumplike presidency in France ?)

6 mai, 2017
https://pbs.twimg.com/media/C_JkQusWsAAfKMR.jpg:large

Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron
C’est le comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. Jean-Luc Mélenchon (sur Pierre Moscovici, 23.03.13)
Ce jour est un jour de deuil pour nous et pour de très nombreux peuples et militants. Nous nous sentons liés de cœur. Chavez a été la pointe avancée d’un processus large dans l’Amérique latine qui a ouvert un nouveau cycle pour notre siècle, celui de la victoire des révolutions citoyennes. (…) Ce qu’est Chavez ne meurt jamais. C’est l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste, de la révolution. (…) Il n’a pas seulement fait progresser la condition humaine des Vénézuéliens, il a fait progresser d’une manière considérable la démocratie.  (…) Les Européens si prétentieux, arrogants, méprisants, l’infecte social-démocratie qui depuis 24 heures se répand en injure contre les figures progressistes d’Amérique latine feraient bien de se souvenir qu’au Venezuela contrairement à la France (…) on a fait reculer la pauvreté de manière spectaculaire, éradiqué ce qui est classé comme extrême pauvreté (…) l’analphabétisme a été éradiqué (…) on est parvenu à faire progresser de 70% la scolarisation des enfants. Voilà le bilan que nous portons fièrement à l’heure où l’image d’Hugo Chavez va se retirer. J’ai honte pour nous tous en Europe du niveau lamentable des commentaires que j’ai vus. Comment pouvez-vous être aussi infâmes et aussi bas? Comment pouvez-vous être devenus à ce point aussi insensibles à ce que représente le progressisme latino-américain dans ces moments de l’histoire pour avoir pour tout commentaire des insultes ?. (…) Les cendres de Chavez sont chaudes, sont brûlantes, et nous avons au cœur non seulement l’idée que nous continuons ce combat mais la haine intacte que nous avons contre les puissants et les puissances qui même à l’heure de la mort sont incapables du respect qu’ils manifestent pour tant d’autres qui le méritent moins. Jean-Luc Mélenchon (2013)
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir … François Morel (France inter)
A la limite, je préfère la savoir dans un arbre qu’au ministère de la Justice. Anne-Sophie Leclère
Anne-Sophie Leclère, ancienne candidate du Front national aux municipales dans les Ardennes, a été condamnée mercredi à 3.000 euros d’amende avec sursis pour injure raciale, après avoir comparé l’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira à un singe. Le parquet avait requis deux mois de prison avec sursis. RTL
Pourquoi on tolérerait tous ces chanteurs de cantiques de l’Internationale et pas les autres? Jean-Claude Gaudin
A representative of the globalist elite faces a tribune of globalization’s victims. That’s the superficial read on Sunday’s presidential runoff between Emmanuel Macron and Marine Le Pen in France. The deeper question is whether French voters accommodate themselves to reality or cling tighter to their economic illusions. Plenty of clues about which path France might take were on display during the May Day holiday. Start with the France of illusions. An estimated 40,000 red-clad activists snaked their way from the Place de la République to the Place de la Nation in the early afternoon. Hammer-and-sickle flags abounded. So did portraits of beloved mass murderers like Che Guevara. Gangs of masked youth set off firecrackers that boomed like gunshots. One placard showed Ms. Le Pen and Mr. Macron side by side, asking: “Plague or Cholera?” A typical slogan was “Neither nation nor boss!”—a double rejection of Ms. Le Pen’s nationalism and Mr. Macron’s free-market liberalism. These sum up the views of supporters of Jean-Luc Mélenchon, the leftist firebrand who was eliminated, barely, in the first round last month. The Mélenchonists have a great deal in common with Ms. Le Pen’s National Front, which held its own angry rally earlier in the day. Both camps would lower the retirement age to 60 from 62. Ms. Le Pen would keep the 35-hour workweek while Mr. Mélenchon would shorten it to 32 hours. Both would boost welfare spending and sever or strain the country’s trade ties in various ways. The Le Pen-Mélenchon Venn diagram has a large overlapping set, because both camps blame everyone but the French for the country’s malaise. (…) Yet it wasn’t shadowy globalists who in 1999 imposed a 35-hour workweek to make overtime labor prohibitively expensive. The law was meant to encourage firms to hire more workers, but like most efforts to subjugate markets to politics, it ended up doing more harm than good. Now it’s the main barrier to hiring in a country where the unemployment rate is stuck north of 10%. Nor was it global markets that levied a corporate tax rate of 33% (plus surcharges for larger firms), a top personal rate of 45%, and a wealth tax and other “social fees” that repelled investors and forced the country’s best and brightest to seek refuge in places like London, New York and Silicon Valley. Nor did globalization build a behemoth French bureaucracy that crowds out the private economy. As of January, this has created a 98% public-debt-to-GDP ratio. Perhaps the strangest aspect of the recrudescence of collectivist politics in France is the willingness of some American conservatives to indulge it. Yes, Ms. Le Pen and Mr. Mélenchon are intemperate and authoritarian, the thinking goes, but they give voice to real frustrations with globalization and other market evils like gentrification and automation. If vituperation alone conferred political credibility, Louis Farrakhan would be the most credible figure in American politics. What U.S. conservatives tempted by Ms. Le Pen don’t notice is that much of her rage against globalization is the same old conspiratorial anti-Americanism dressed up for a new age of anxiety. (…) Whether a President Macron turns out to be the reformer France needs remains to be seen. His platform is if anything too modest, and he has a tendency to speak to both sides of every issue. But give Mr. Macron and his supporters this: They don’t peddle dangerous illusions. NYT
As France picks its next president on Sunday, National Front nominee Marine Le Pen, 48, enjoys significant support among an unlikely population: gay voters. According to a survey released Wednesday by Hornet, a gay social network, 36.5 percent back Le Pen, while 63.5 percent favor former Socialist Party member and reputed centrist Emmanuel Macron, 39. Among Hornet’s younger subscribers, 43.5 percent of 18-to-29-year-olds want Le Pen — and fully 49 percent of those age 25. While Le Pen surely would appreciate even higher numbers, pundits are surprised that the so-called far-Right candidate does this well with typically Left-leaning voters. Why? Le Pen’s previously hostile party now welcomes gays, and militant-Islamic attacks inside and outside of France have ushered gays into Le Pen’s largely open arms. Le Pen has “un-demonized” the National Front by distancing herself from the party’s founder (her anti-Semitic father), appealing to Jewish voters, avoiding mass protests against gay marriage (although her party’s platform promises to scrap it), and choosing gay men Florian Philippot as her chief deputy and Sébastien Chenu as her leading adviser. These efforts have boosted the party among gay voters. In April 2012’s presidential election, 26 percent of gay Parisians picked Le Pen. She scored just 16 percent of the straight vote. A third of gays who married after same-sex nuptials were legalized in 2013 reportedly voted for her party in 2015’s regional contests. Many of these “homonationalists,” as they’ve been dubbed, applaud Le Pen’s straight talk about Islamic fundamentalism’s existential challenge to French lives and lifestyles. NY Post
The paradox of France is that it is desperate for reform — and desperate not to be reformed. It wants the benefits of a job-producing competitive economy but fears relinquishing a job-protecting uncompetitive one. A Macron presidency will have to devote its intellectual and rhetorical energies to explaining that it can be one or the other, but not both. I don’t want to close this column without allowing for the awful chance that Le Pen might win. That would be a moral tragedy for France and a probable disaster for Europe. But it would also be a reminder that chronic economic stagnation inevitably begets nationalist furies. In the United States, a complacent left acquits itself too easily of its role in paving the way to the Trump presidency. Many of Le Pen’s supporters might be bigots, but their case against the self-satisfaction, self-dealing, moral preening and economic incompetence of the French ruling classes is nearly impeccable. Bret Stephens
A la préfecture de police de Paris, pendant la cérémonie en l’honneur de Xavier Jugelé, l’officier de police tué à Paris le mois dernier, son compagnon Etienne Cardiles, accablé de douleur, parla de l’amour qu’ils se portaient et adressa ces mots au meurtrier: «Vous n’aurez pas ma haine». Cette affirmation était en cohérence avec la résolution et la dignité qu’affiche la France face au terrorisme qui frappe le pays depuis quelques années. La République, plus éprouvée dernièrement que les Etats-Unis, n’a succombé ni à la peur ni au fanatisme. Elle a tenu tête et ainsi renforcé, en ces temps d’indignité, la dignité de l’état français. Dimanche, en votant pour élire son prochain président — soit Marine Le Pen, à droite, soit Emmanuel Macron, au centre — la France aura plusieurs choix à faire, notamment le choix entre maintenir ou renoncer aux valeurs de la République, entre rester au-dessus de la mêlée ou descendre dans le bourbier. (…) Si Le Pen était élue, une ombre tomberait sur la France et sur l’Europe. (…) Les Américains qui se sont gaussés du candidat improbable qu’était Donald Trump pour ensuite découvrirent qu’il était soudain devenu leur président reconnaîtront les facteurs qui ont contribué à la montée en puissance de Le Pen. Parmi ceux-ci il y a la colère contre le système, la conviction que la mondialisation n’est qu’un instrument au service des plus riches, l’exaspération envers l’impunité des responsables de l’effondrement financier en 2008 et de la crise de l’euro, l’abîme culturel et économique séparant les métropoles connectées de la périphérie dystopique les inégalités grandissantes, et les bassins industriels désertés. (…) Elle est aussi, et toujours, la porte-parole d’un parti raciste et qui hait les musulmans; une adversaire de l’Union européenne, qui pourtant tira le continent de ses heures les plus sombres; un membre de plein droit du club en plein essor des nationalistes-autocrates, avec ses arborescences à Moscou, Ankara et Washington; et l’avocate d’un nationalisme «La France d’abord» dont l’issue finale, comme le notait le Président François Mitterrand, est la guerre. (…) Macron est une valeur inconnue. Personne ne sait ce qu’il a dans les tripes. Mais il s’est montré courageux, en particulier dans son soutien à l’Union européenne et sa résistance à la caricature dénigrante faite des migrants, et il est déterminé à revitaliser une France qui stagne. A l’heure qu’il est, c’est le meilleur espoir pour la France, pour l’Europe et pour la civilité. Dimanche, les électeurs français peuvent dire: «Vous n’aurez pas ma haine». Je pense qu’ils le feront. Et dans ce cas, le monde aura de quoi leur être reconnaissant. Roger Cohen
Marine Le Pen aurait pu être la porte-parole du parti de l’inquiétude, elle aurait pu faire venir sur le plateau l’humeur de cette partie du pays qui voit sa disparition programmée et s’en désole. Elle aurait pu évoquer le séparatisme islamiste et l’immense tâche qui nous attend consistant à convaincre des dizaines, peut-être des centaines, de milliers de jeunes Français de l’excellence de leur pays, de ses arts, ses armes et ses lois. Or, du début à la fin, elle a paru retourner à son adversaire le procès en légitimité dont elle est sans cesse l’objet. Incapable de lui concéder le moindre point, autant que de lui opposer une véritable vision, elle a ânonné des mots-clefs comme « UOIF » et « banquier », croyant sans doute que cela suffirait à faire pleuvoir les votes, ce qui laisse penser qu’elle tient ses électeurs en piètre estime. Les insinuations sur l’argent de son adversaire, sa façon de dire à demi-mot au téléspectateur « si vous êtes dans la mouise, c’est parce que lui et ses amis se goinfrent », m’ont rappelé les heures sombres de l’affaire Fillon, quand des journalistes répétaient en boucle le même appel au ressentiment. L’autre France, celle qui n’a pas envie de l’avenir mondialisé et multiculti qu’on lui promet, mérite mieux que ce populisme ras des pâquerettes. (…) On n’est pas obligé, cependant, de hurler avec les bisounours. Quoi que répètent fiévreusement ceux qui adorent voler au secours des victoires, un faux pas, même de taille, ne suffit pas à faire de Marine Le Pen quelqu’un d’infréquentable. À la différence de l’intégralité de mes confrères qui se frottent les mains sur l’air de « je vous l’avais bien dit ! », je ne suis pas sûre qu’elle ait « montré son vrai visage ». L’ayant interviewée à plusieurs reprises, nous avons eu avec elles des engueulades homériques : jamais je ne l’ai vue, dans ces circonstances, faire preuve de la mauvaise foi fielleuse qu’elle a opposée à son adversaire – et je ne lui avais jamais vu, même sur un plateau, ce masque sarcastique. Avait-elle en quelque sorte intégré sa propre illégitimité, a-t-elle été mal conseillée par son cher Florian Philippot ou était-elle décidément très mal préparée à la fonction qu’elle briguait ? Toujours est-il qu’elle a raté son rendez-vous avec le peuple français. (…) Il faudra bien résoudre un jour ce petit problème de logique : il existe chez nous un parti que les tribunaux ne peuvent pas interdire, qui a le droit de se présenter aux élections, mais les électeurs n’ont pas le droit de voter pour lui et ses dirigeants n’ont pas le droit de gagner. Ce qui, on en conviendra, est assez pratique pour ceux qui l’affrontent en duel. On me dit qu’il respecte le cadre de la République, mais pas ses fameuses valeurs. Sauf que, pardon, qui est arbitre des valeurs, Le Monde, les Inrocks, Jacques Attali ? N’est-ce pas une façon bien commode d’exclure de la compétition ceux qui vous déplaisent ? Je ne me résous pas à vivre dans un monde où il y a une seule politique possible, un seul vote raisonnable et un seul point de vue acceptable. (…) Post Scriptum : je viens d’entendre un bout de la chronique de François Morel, l’un des papes du comico-conformisme sur France Inter. Il comparait – ou assimilait je ne sais – Marine Le Pen à une primate: Taubira, c’était dégueulasse; mais pour une Le Pen, c’est normal. Digne conclusion de la quinzaine de la haine (et de l’antifascisme nigaud) que nous a offerte la radio publique. Elisabeth Lévy
Faire le jeu de Le Pen, qui l’a fait mieux et avec une science plus consommée que le mortifère Mitterrand en son temps ? Il y a d’ailleurs eu quelque chose de profondément déplaisant à voir la fille de celui-ci venir sur un plateau déclarer avec candeur qu’elle allait voter Chirac en se bouchant le nez, sans qu’aucun serf médiatique ose lui rappeler que s’il y a bien quelqu’un qui a savamment peloté à son profit pendant quatorze ans la boule puante qui vient de nous exploser au nez c’est son père. De même, par la bouche mielleuse de ses représentants, la gauche sublime et fracassée, mais toujours aussi magnifique, ne s’est-elle pas privée de reprocher tartuffiennement à la droite de ne pas manifester à ses côtés dans la rue. Et personne n’a osé lui répondre que d’abord c’était sa rue, gloubiboulguisée à son image et ressemblance, et transformée en espaces de création, en zones franches pour le libre tapage des teufeurs sacrés de la scène techno ; et, surtout, que c’était son Le Pen. On leur laisse tout ça. Qui d’autre en a l’usage ?Pour comprendre dans ses tréfonds l’extase anti-lepéniste de ces derniers jours, il suffit de se souvenir, a contrario, de l’enthousiasme très modéré qu’avait suscité chez ces mêmes anti-lepénistes, à la fin de 1998, la brutale scission du Front national. L’éditorialiste Serge July, sous le coup de cette surprise, qui aurait dû être considérée, et à bon droit cette fois, pour divine, mais qui ne le fut pas du tout, alla jusqu’à écrire avec mélancolie : « Jean-Marie Le Pen est devenu bizarrement indispensable au bon fonctionnement de la démocratie française. »Il fallait comprendre que la modernité emballée en avait besoin pour rendre ses surenchères de toute façon plus aimables que lui ; et que s’il n’existait plus, il fallait le réinventer. Eh bien ça y est. Le malheur des temps l’a ressuscité in extremis. Philippe Muray (2002)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un dégré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique Reynié
Toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans, et bien sûr c’est une toute petite minorité de la communauté musulmane et les musulmans en sont les premières victimes. Roger Cukierman
Et voilà que Roger Cukierman s’avise soudainement (…) de dire des banalités : d’abord, les violences antijuives sont très majoritairement commises par des musulmans, deuxio que Marine Le Pen, sur ce point est irréprochable – bon, je n’aurais peut-être pas dit irréprochable, mais je dois être plus politique que lui. Ces propos déclenchent un charivari indescriptible et la défection bruyante de Boubakeur. Mais le véritable scandale, celui qui déclenche des réactions furibardes de Jack Lang à Sarkozy, c’est le quitus accordé à Cukierman à Marine Le Pen, comme si, en la lavant du soupçon d’antisémitisme, il risquait de faire sauter la dernière digue qui empêche pas mal d’électeurs, et pas seulement les juifs, de voter FN. L’indignation enfle de toutes parts jusqu’à ce que, le lendemain, Cukierman fasse piteusement repentance en jurant qu’on l’a mal compris et en affirmant que Marine Le Pen n’est finalement pas si irréprochable que cela. La franchise de Cukierman me semble à vrai dire plus honorable que sa reddition. Qu’il ait été lynché pour avoir dit des vérités ou en tout cas des choses raisonnables prouve, si besoin est, que le déni de réel est en passe de devenir un devoir civique. Elisabeth Lévy
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
La France est la perdante du pénible débat, mercredi, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La foire d’empoigne a montré la gravité de la crise de la politique. Ce sont deux candidats immatures – Macron arrogant, Le Pen provocante – qui vont prétendre dimanche au pouvoir suprême. Ce délitement reflète le mal qui ronge la nation, vidée de son génie par quarante ans d’un lent décervelage visant à la rendre malléable. Macron est le produit du manichéisme officiel ; il lui fait dire qu’il a accepté de se « salir un peu » en affrontant son adversaire. Le Pen est l’expression de l’exaspération de ceux qui veulent se faire entendre ; cette impatience lui a fait refuser de jouer le jeu d’une confrontation policée. Le résultat n’est pas à la hauteur de la France ni de sa civilité. (…) Ceux qui, écœurés, veulent quitter la politique (Pierre Lellouche, Henri Guaino, etc.) prennent acte de la fin d’une époque. Mais la transition s’annonce chaotique. Les insultes et obscénités jetées sur Nicolas Dupont-Aignan après son choix, vendredi 28 avril, de rejoindre Le Pen sont aussi à l’image de cette campagne, médiocre et déloyale. Les « progressistes » trépignent de joie à l’idée d’annoncer, dimanche, la victoire de Macron : elle serait la revanche inespérée de François Hollande, son ombre tutélaire. Mais le bruit et la fureur qui ont accompagné l’ascension du prodige, aspiré par son ambition, ont accumulé des nuages noirs. Ils portent les souvenirs du lynchage de François Fillon et de l’hystérie des moralistes. Ceux-là assurent, devant les tueurs djihadistes : « Vous n’aurez pas ma haine ». Mais ils la réservent à ceux qui veulent se protéger des fanatiques et en finir avec la faiblesse d’État. Pour avoir, après Marie-France Garaud, rompu le cordon sanitaire avec le FN, Dupont-Aignan subit la rage du Système piqué au vif. L’ébauche de recomposition politique a peu de chances de remporter cette élection déjà ficelée. Mais seule une union des droites fera obstacle à cette gauche redoutablement stratège. Le Macron « antifasciste » manie les grosses ficelles laissées par François Mitterrand : il y a trente ans, il déclarait le FN hérétique afin d’asseoir la gauche sur une droite éclatée. Ivan Rioufol
La Commission nationale de contrôle a été saisie vendredi soir par le mandataire de M. Macron à la suite d’une attaque informatique dont son mouvement a été l’objet, et qui a donné lieu à la diffusion sur les réseaux sociaux de données présentées comme issues des systèmes d’information du candidat, mais dont une partie est probablement constituée de faux. Dans l’immédiat, compte tenu de l’entrée dans la période de réserve depuis vendredi minuit, et dans l’attente de la réunion de la Commission qui interviendra dans les prochaines heures, son président appelle l’attention des médias sur le sens des responsabilités dont ils doivent faire preuve, alors que sont en jeu la libre expression du suffrage des électeurs et la sincérité du scrutin. Il demande donc aux organes de presse, et notamment à leurs sites internet, de ne pas rendre compte du contenu de ces données, en rappelant que la diffusion de fausses informations est susceptible de tomber sous le coup de la loi, notamment pénale. Commission électorale
Le mouvement En Marche ! a été victime d’une action de piratage massive et coordonnée donnant lieu ce soir à la diffusion sur les réseaux sociaux d’informations internes de nature diverse (mails, documents comptables, contrats…). Les fichiers qui circulent ont été obtenus il y a plusieurs semaines grâce au hacking de boîtes mail personnelles et professionnelles de plusieurs responsables du mouvement. Ceux qui font circuler ces documents ajoutent à des documents authentiques nombre de faux documents afin de semer le doute et la désinformation. Intervenant dans la dernière heure de la campagne officielle, cette opération relève manifestement de la déstabilisation démocratique, comme cela s’est déjà vu aux Etats-Unis pendant la dernière campagne présidentielle. (…) Bien évidemment, les documents provenant du piratage sont tous légaux et traduisent le fonctionnement normal d’une campagne présidentielle. Leur diffusion rend publiques des données internes mais n’est pas de nature à nous inquiéter sur la remise en cause de la légalité et de la conformité des documents concernés. (…) Nous appelons les médias désireux de rendre compte de cette opération à prendre leurs responsabilités en conscience. Il ne s’agit en effet pas d’une simple opération de piratage mais bel et bien d’une tentative de déstabiliser l’élection présidentielle française. Il importe par conséquent de prendre en considération la nature des documents fuités, de bien prendre conscience de ce qu’une grande partie d’entre eux sont purement et simplement des faux et l’opportunité de l’écho à donner à cette opération de déstabilisation. Nous prendrons toutes les initiatives nécessaires auprès des acteurs publics et privés pour faire la clarté sur cette opération inédite dans une campagne électorale française. La gravité des faits est d’ores et déjà une certitude et nous ne saurions tolérer que les intérêts vitaux de la démocratie soient ainsi mis en danger. Communiqué En Marche !
On savait qu’il y aurait ces risques-là durant la campagne présidentielle puisque ça s’était produit ailleurs. Rien ne sera laissé sans réponse (…) S’il y a eu effectivement un certain nombre de parasitages ou de captations, il y aura des procédures qui vont entrer en vigueur. Il faut laisser les enquêtes se faire. François Hollande
Leçon numéro 1. Le sacrifice de François Fillon, unique objet du premier tour, est complètement raté. Certes, sa candidature a été tuée, mais les électeurs ne sont pas en phase avec les sacrificateurs. Or, l’immolation est faite pour construire du consensus, pour détendre tout le monde, et le bourreau est supposé être l’artisan de la justice. Dans le cas de Fillon, l’exécution a exaspéré la méfiance à l’égard des gouvernants, de la justice, des médias, et de ses adversaires politiques. Au lieu de les libérer, le sacrifice a exaspéré les tensions. Leçon numéro 2. Le sacrifice de Marine Le Pen, objet unique du second tour, est non moins raté. Certes, elle ne gagnera très probablement pas, car une partie des électeurs est encore en faveur de l’ancienne liturgie dans laquelle un Front Républicain fait barrage au Mal, mais le doute a gagné les partisans du Bien – doute qui s’exprime dans l’abstention ou tout simplement dans le peu de conviction avec laquelle la « diabolisation » s’exprime – et les partisans du Mal deviennent de plus en plus décontractés, de moins en moins concernés par l’injonction morale, l’admonestation solennelle, l’argument d’autorité « antifa ». Leçon numéro 3. Donc, la victoire de Macron apparaîtra comme le résultat d’un double sacrifice raté. On le regardera comme une sorte d’importun, voire d’imposteur, qui n’aura pas réussi à transformer sa victoire sur les autres en victoire pour tout le pays. Il ne sera pas élu, il sera placé premier. Et nul doute que tout le monde réclamera la vidéo car le match a été scandaleusement arbitré. Leçon numéro 4. Nous avions bien compris, et toute la campagne l’a montré : le monde de Macron, c’est le hub France, avec ce raffinement de cruauté qu’il est en plus drogué à la dépense publique. Le hub France, c’est l’aéroport de Roissy. Au premier étage, une entrée réservée et discrète : dans des fauteuils cools, des dirigeants zens s’envoient un whisky japonais pas pingre en discutant avec leur private banker sur Internet. Au rez-de-chaussée, des cadres moyens sirotent de la bière et grignotent des cacahouètes dans un confort relatif, en gérant leur crédit revolving sur leur application bancaire de masse. Au sous-sol, les bagagistes payés au lance-pierre n’ont d’autre choix que le fondamentalisme (anti-immigré ou musulman) ou le vote Mélenchon. Faute de leur avoir enseigné La Fontaine et leur avoir donné des perspectives décentes, difficile de leur en vouloir, même s’il faut les dominer. Personne ne veut de ce monde-là. Nous allons voter pour. Le masochisme est officiellement devenu une catégorie de la pensée citoyenne. Ça faisait longtemps que ça couvait, ont noté les meilleurs observateurs. Leçon numéro 5. Il y a plus : sur le plan de la politique économique, Macron, c’est la double peine : le socialisme en grand et le libéralisme en roue libre. L’Etat local hypertrophié entièrement au service de la mondialisation, c’est-à-dire de la séparation des pauvres et des riches à l’échelle planétaire, comme elle déjà eu lieu à l’échelle urbaine, et entre les villes et les campagnes. Des entraves étatiques partout, obsédantes, au service de la libération des forces du marché, c’est-à-dire de la cupidité décomplexée. Le pire de la bourgeoisie, le pire de la bureaucratie. Le Français contemporain doit s’habituer à avoir deux maîtres : l’inquisition de la cupidité et l’inquisition administrative. Comme tout le monde ne peut pas avoir un parcours d’inspecteur des finances, élite pointue qui peut avoir une carrière de double inquisiteur, très peu gagneront dans ce monde. Gageons que sur les 250 000 marcheurs que revendique le mouvement d’Emmanuel Macron, à peine mille verront leur avenir s’éclaircir. Aux yeux des Français, Macron peut passer en six mois pour un uber gandin au centre d’une cour de gastéropodes liberticides, valets de l’esprit ploutocratique. Leçon numéro 6. Ce n’est pas parce qu’il est devenu à peu près normal que le FN est devenu intelligent. Sa fonction était de transformer la colère et la méchanceté irréfléchies en proposition politique pour lutter contre leurs racines même : l’ignorance, l’oisiveté démunie, le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants de la communauté nationale, la fierté blessée, l’humiliation de l’expulsé, l’angoisse du déracinement, la morsure du mépris. Le FN a beau dire qu’avec la bénédiction de Nicolas Dupont-Aignan, il a opéré la jonction des républicains et des patriotes, il y a des trous dans la raquette républicaine et des trous dans la raquette patriotique. Des trous dans la raquette républicaine, car son programme est marqué par une sorte de naïveté restauratrice – c’était mieux avant, retournons-y -, par la préférence pour une pédagogie punitive, et par l’absence de stratégie globale tant sur le plan européen que sur le plan économique, qui sont à pleurer. Sa conception de la République est celle d’un colonel d’infanterie en 1950. Respectable, mais l’expérience du monde réel et l’imagination véritablement constructive sont ailleurs. Et des trous dans la raquette patriotique, car, quand bien même le mot de souverainisme met d’accord les patriotes et les nationalistes, la ligne de fracture en ces deux sensibilités persiste, et reste lourde de malentendus, de querelles, de conflits. J’appelle patriotique le sentiment que la patrie doit être respectée et aimée comme l’espace qui nous vient du temps, si je puis dire, et dans lequel la communauté s’organise solidairement pour continuer son histoire ; j’appelle nationaliste ce sentiment d’exaltation qui nous vient des batailles, de la culture de la guerre, et qui nous porte à préférer la France à tout, y compris à la réflexion et à la sympathie. La difficulté qu’a le FN à se débarrasser des hibernatus maurrassiens qui se nourrissent à sa racine belliqueuse est le signe malheureux de son incapacité à distinguer les deux, et à en tirer les conséquences politiques. Il va falloir choisir entre la psychologie de la guerre et celle de la paix, quand on parle de la France. Marin de Viry
On a le sentiment d’un monde parisiano-parisien qui joue un jeu légèrement autiste. Celui de se rassurer. Celui des postures… Un monde qui regarde la France depuis son piédestal, la tête dans les nuages, dans la ouate rassurante de l’entre-soi du VIe arrondissement, et qui refuse d’être à l’écoute du peuple, qui est, soit dit en passant, souvent son public… et qui donnera vraisemblablement dimanche un score supérieur à 40% à la candidate du FN. En faisant pourtant un effort simple cette élite aurait certainement pu approcher et interroger les origines du mal, les racines du vote extrémiste – dans un contexte de crise économique interminable, de promesses non tenues de redressement de la courbe du chômage, et de pays sous tension, gangréné par la montée des fondamentalismes, le terrorisme qui est un cancer de ce siècle, et des violences quotidiennes. Mais pour comprendre ça, cette caste aurait peut-être dû faire l’effort de sortir la tête de sa poubelle dorée. Cette élite qui cherche encore à faire l’opinion, qui a le monopole de la parole public, qui possède les médias, quand elle n’est pas possédée par eux… Ce week-end, dans le cadre de la manifestation traditionnelle du 1er mai, en fin de cortège, les forces de l’ordre ont été l’objet d’attaques violentes de la part de casseurs et des membres des « Black Blocs », prétendument antifascistes. Frappé par un cocktail Molotov, un CRS d’une quarantaine d’années s’est transformé en torche humaine. L’image a fait le tour du monde, et notamment la Une du New-York Times. Elle semble avoir un peu moins passionné la presse française. L’homme est dans un état grave, brûlé au troisième degré. Où étaient, ces derniers jours, les pétitionnaires qui réclamaient encore il y a peu « justice pour Théo », et propageaient de manière irresponsable l’idée d’une police en guerre totale contre les jeunes-des-quartiers© ? Où étaient-ils pour dénoncer cette image – qui aura certainement plus d’impact que la plupart des discours, des débats, et des mises en garde pontifiantes sur le vote de dimanche ? Et ce n’est là qu’un exemple. Et dans la France macronienne hors-sol qui s’annonce, le ressentiment qui nourrit le vote extrême ne peut que prospérer. Dans la France de Macron, que l’on entrevoit dans son programme et ses discours, son effervescence de mots vides et de phrases creuses ; son charabia managérial ; La France « Start-up nation » ; la France de l’ubérisation ; la France qui fait (quoi ?) ; la France qui ose (quoi ?) ; quelle place pour l’autre France ? Celle que l’on a appelé « périphérique », qui souffre, qui est déclassée et se sent trahie ? Contre la montée en puissance de ce ressentiment, la farandole antifasciste, les cocktails dinatoires au théâtre du Rond-Point et les imprécations médiatiques n’auront aucun impact. Et ne feront même que renforcer ce sentiment d’humiliation. Continuons sur ce ton et nous aurons vraiment le Front national au pouvoir en 2022. Et, comme le rajoutait en plaisantant un ami, certainement Hans Gruber en 2027… François-Xavier Ajavon
Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. (…) [Macron] Il y a au moins une chose qu’on ne peut pas lui reprocher : il n’avance pas masqué ! Il ne cherche pas à faire semblant de tenir un discours « de gauche ». Il dit : « pour s’en sortir, il faut encore plus de libéralisme » ce qui est assez cohérent intellectuellement et assez représentatif de ce qu’est devenue la gauche. Christophe Guilluy
Le clivage sépare ceux qui bénéficient de la mondialisation de ceux qui en pâtissent. Il est à la fois géographique et social. Que ce soit aux États-Unis, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas ou en Autriche, les territoires s’adaptent toujours de la même façon au modèle économique mondialisé : les métropoles deviennent de nouvelles citadelles, un monde fermé auquel on ne peut accéder sans ticket d’entrée. Impossible pour les classes populaires d’y acheter leur logement, compliqué d’y louer, à moins d’habiter dans des quartiers de logements sociaux. On nous explique que la révolution numérique efface les différences entre New York et le Cantal, ce n’est pas vrai. Les catégories supérieures se replient de plus en plus dans les territoires gagnants de la mondialisation, alors que la classe moyenne disparaît. (…) Nous assistons à un clivage à l’intérieur même des classes populaires. Le FN reste en tête avec un score de 37 % chez les ouvriers et Jean-Luc Mélenchon engrange effectivement des voix, notamment au sein des catégories populaires de banlieue. Ce sont les mêmes qui avaient voté Hollande en 2012. À l’inverse, les catégories populaires de la France périphérique ont plutôt voté FN. La question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques. (…) il y a une dimension ethnoculturelle très nette. Ce fonctionnement est en place depuis plus de quinze ans, rien de très neuf. Nous ne sommes plus sur un clivage strictement social. Prenez une cité d’Hénin-Baumont par exemple, le « petit Blanc » va voter FN et le « petit beur » va voter Mélenchon… Alors même que les deux partagent une réalité géographique et sociale, leur vote diverge ! Cela signifie bien que la question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques ! Les partis dits républicains prétendent le contraire la main sur le cœur, mais c’est bien évidemment faux. Au moins sur la question de l’émergence de la société multiculturelle, les partis américains ont moins de pudeur sur le sujet. (…) C’est ce fait de ne pas pouvoir partager un capital culturel ou historique commun que j’appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène est assez universel, par exemple, la petite bourgeoisie magrébine quitte les quartiers où se concentre l’immigration africaine. En réalité, personne ne souhaite être minoritaire, car cela signifie dépendre de la bienveillance de la majorité. (…) On constate une féminisation de cet électorat  [FN], même s’il reste majoritairement masculin, et une progression dans des catégories jusqu’ici peu séduites par le FN. C’est le cas des employés, dont 32 % ont voté en faveur de Marine Le Pen, ou des salariés de la fonction publique, qui sont 27 % à avoir porté leurs voix en faveur de la représentante du FN. Sur le plan géographique, le vote progresse dans des régions que l’on disait traditionnellement plus hermétiques à ce vote, comme la Bretagne avec plus de 15 % en faveur du FN. Cela peut sembler inattendu, mais c’est en réalité très logique. (…) Il faut regarder sur le temps long : le Brexit puise ses racines dans la politique menée par Margaret Thatcher dans les années 80. De la même manière, l’élection de Donald Trump n’aurait pu se produire sans la financiarisation de l’économie sous Bill Clinton… En France, la désaffiliation politique des classes populaires germe à la fin des années 70, lors du démarrage de la désindustrialisation. Cette désaffiliation augmente en même temps que la classe moyenne disparaît catégorie après catégorie. Cela a commencé avec les ouvriers, puis les paysans, maintenant les employés… Des bataillons entiers sortent progressivement de la classe moyenne, basculent dans le chômage ou la précarisation de leur emploi. Il y a dans l’esprit des gens l’idée que les classes populaires, c’est une France finissante vouée à disparaître un jour ou l’autre. Sauf que les gens ne disparaissent pas physiquement ! Prenez les 15 premières métropoles de France. Elles représentent 40 % de la population. Si l’on remonte les recensements, les mêmes métropoles en 1968 représentaient… 40 % de la population ! Cela peut sembler contre-intuitif, mais leur poids démographique n’a pas bougé, car, contrairement à ce que l’on imagine, la croissance des territoires a suivi celle des métropoles. (…) Ce qui est frappant, c’est qu’il y a un potentiel majoritaire avec des gens qui se croient minoritaires. En somme, c’est un conflit de classe, sans conscience de classe. Nous ne sommes pas la Grèce : il y a encore beaucoup de gens qui ont beaucoup à perdre. Les retraités et les fonctionnaires, qui sont protégés de la mondialisation, n’ont aucune raison de renverser la table. Il y a aussi, à la marge, le vote des minorités qui va se porter vers le parti le moins anti-immigrés. On voit bien que le Front national est bloqué par sa sociologie : les catégories populaires ne lui suffiront pas. Mais les coups de boutoir seront de plus en plus violents. On peut très bien imaginer demain voir un FN atteindre les 30-35 % au premier tour. Cela signifiera que les digues sont en train de céder. Pour l’instant, la difficulté que rencontre Emmanuel Macron est la suivante : comment tenir un discours optimiste sur la mondialisation, tout en captant les voix des perdants de cette mondialisation, ceux dont le niveau de vie a diminué ces vingt dernières années ? Pas facile. (…) Tout d’abord, le clivage gauche-droite ne structure plus complètement l’opinion. La preuve : le candidat de droite comme le candidat de gauche ont été éjectés dès le premier tour. Ceux qui ont franchi l’obstacle, ce sont des candidats qui se revendiquent « ni de droite ni de gauche ». Ce vieux clivage n’est encore pertinent que pour les retraités et les fonctionnaires. Les autres électeurs se déterminent désormais par des thématiques, comme la mondialisation ou l’immigration. Cela n’en fait pas spécifiquement des gens de gauche ou de droite. Si le pays avait vraiment « basculé à droite », l’État providence serait par exemple remis en question par l’opinion. Or, c’est tout le contraire. L’attachement aux services publics se vérifie, tout particulièrement dans la France périphérique, où la fermeture d’un bureau de poste peut devenir un casus belli. Même chose sur la question de la laïcité : il existe des électeurs de droite comme de gauche qui y sont attachés. Le clivage gauche-droite était le clivage du XIXe et du XXe siècle. Ce qui détermine le vote aujourd’hui, c’est le rapport à la mondialisation, à l’économie et le niveau de désaffiliation aux partis. (…) Les résultats du second tour devraient dessiner une carte « chimiquement pure » de cette France périphérique, qui ne nous dira pas ce qui est urbain ou rural, mais qui nous éclairera sur la proximité ou non du marché de l’emploi. Deux grands pôles sont en train de se mettre en place. La question des clivages de classe, clivages culturels, clivages géographiques va enfin être posée. (…) On meurt de l’absence de conflits et de débats ! Si on veut éviter les violences réelles, il faut que cette conflictualité se traduise en débats à l’Assemblée nationale. Il serait tout à fait sain que les députés s’affrontent autour de thèmes qui parlent à l’opinion. Le pire moment est celui que nous vivons : il n’existe aucune connexion entre le monde d’en haut et celui d’en bas. Cela conduit à l’assèchement de la pensée. Malheureusement, pour l’heure, la France « d’en haut » est encore dans ce mode de fonctionnement, très pratique pour ne jamais mettre les vraies questions sur la table. Cette posture applique la règle suivante : « Ceux qui votent pour le FN sont fascistes. Les classes populaires votent FN, donc, elles sont fascistes. Et comme on ne parle pas aux fascistes, on ne parle pas aux classes populaires. » Fermez le ban ! Si on assiste réellement à l’émergence de ces deux blocs, les gens « d’en bas » considéreraient enfin que l’Assemblée nationale travaille pour eux. Ils auraient envie d’élire des majorités qui vont les représenter, disposer de ministres qui défendent leurs intérêts… Cette recomposition, les partis politiques n’ont pas voulu l’entreprendre, alors que le corps électoral l’attendait depuis des années. Christophe Guilluy
Les candidats ont compris que la France périphérique existait, c’est pourquoi leurs diagnostics sont assez proches. Mais ils ont la plus grande difficulté à remettre en cause leur modèle économique, aussi ne dépassent-ils pas le stade du constat. Un parti et un discours politiques s’adressent d’abord à un électorat. Or, l’électorat de la France périphérique se trouve ailleurs que dans les grands partis de gouvernement, ce qui complique un peu les choses. François Fillon a compris que son socle électoral libéral-conservateur ne suffisait pas et qu’il devait aussi parler à cette France populaire périphérique. Au PS, certains cadres m’ont contacté pendant la primaire car ils ont compris que quelque chose se jouait dans ces territoires. Mais ces élus lucides sont enfermés dans leur électorat, ce qui n’aide pas ces thématiques à émerger. En réalité, aucune thématique n’a émergé dans la campagne présidentielle. Une fois l’affaire Fillon retombée, le débat portera sur un autre sujet monothématique :  quel niveau le Front national atteindra. Cela permet de ne pas parler de l’essentiel. (…) Le Front national n’est que la fin d’une longue histoire de mise à l’écart de ce qu’on appelait hier la classe moyenne et aujourd’hui les classes populaires. Ces dernières soulèvent des problèmes aussi essentiels que le choix du modèle économique mondialisé, le multiculturalisme, les flux migratoires. Passer son temps à se demander si Marine Le Pen peut atteindre 30%, 35%, 45% voire être élue permet de faire l’impasse sur le fond. Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant le modèle dominant sous une autre étiquette gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de basculement. Il suffit de prolonger les courbes et les dynamiques en cours pour comprendre que si cela ne se fait pas maintenant, cela arrivera plus tard. De deux choses l’une : soit on décide de se rendre sur ces territoires délaissés et de prendre au sérieux le diagnostic des habitants, soit on reste dans une logique de citadelle qui consiste à serrer les fesses pour préserver l’essentiel et essayer de passer encore un tour. (…) Rien ne sert de s’alarmer sans comprendre les causes des phénomènes qu’on combat. Le FN n’est qu’un indicateur. De la même manière, après le Brexit et l’élection de Trump, le monde d’en haut a exprimé son angoisse. Mais les racines du Brexit sont à chercher dans le thatchérisme qui a désindustrialisé le Royaume-Uni. Et les racines de la victoire de Trump se trouvent dans les années 1980 et 1990, époque de dérégulation et de financiarisation de l’économie sous Reagan et Clinton. Sur le temps long, l’émergence du Front national correspond bien sûr à l’installation d’une immigration de masse mais aussi à la désindustrialisation de la France engagée à la fin des années 1970. (…) C’est systémique. Jusqu’à une certaine mesure, la diabolisation du FN marche. Car si on prend une à une les grandes thématiques qui structurent l’électorat, comme le rapport à la mondialisation, le capitalisme mondialisé, la financiarisation, l’immigration (70% des Français considèrent qu’il faut arrêter les flux migratoires !), on obtient des majorités écrasantes en faveur du discours du FN. Et pourtant le Front national ne rassemble qu’une minorité d’électeurs. Cela veut bien dire que la diabolisation fonctionne, quoique de plus en plus mal. Si le système en place parvient à faire élire un Macron, il préservera l’essentiel mais en sortira fragilisé : certains sondages donnent Marine Le Pen à 40% voire 45% au second tour, ce qui est considérable par rapport aux 18% de Jean-Marie Le Pen en 2002. La dynamique est de ce côté-là. De ce point de vue, la grande différence entre Marine Le Pen et Donald Trump c’est que celui-ci avait la puissance du Parti républicain derrière lui, ce dont ne dispose pas la présidente du FN. (…) N’oublions pas que la France d’en haut agglomère beaucoup de monde, toutes les catégories qui veulent sauver le statu quo ou l’accentuer, autant dire les privilégiés et les bénéficiaires du système économique en place. Ce qui est intéressant chez Macron, c’est qu’il se définit comme un candidat ni de gauche ni de droite. Il arrive d’en haut et en cas de duel avec Marine Le Pen au second tour, on verra un clivage chimiquement pur : le haut contre le bas, les métropoles mondialisées contre la France périphérique, etc. Même si ces sujets-là ne seront à mon avis pas abordés si on a droit à une quinzaine antifasciste entre les deux tours. On voit bien que le clivage droite-gauche est cassé. Mais l’amusant, c’est qu’au moment où ce clivage ne marche plus, on organise des primaires de gauche et de droite dont les vainqueurs (Hamon et Fillon) sont d’ailleurs aujourd’hui dans l’impasse ! (…) J’avais rencontré Emmanuel Macron et lui avais montré mes cartes. Dans son livre Révolution, il cite d’ailleurs La France périphérique plusieurs fois. C’est quelqu’un d’intelligent qui valide mon diagnostic sans bouger de son système idéologique. Selon la bonne vieille logique des systèmes, quand le communisme ne marche plus, il faut plus de communisme, quand le modèle mondialisé ne fait pas société, quand la métropolisation ne marche pas, il faut encore plus de mondialisation et de métropolisation ! Le bateau ne change pas de direction mais tangue sérieusement (…) Pour le moment, personne n’offre de véritable modèle alternatif. C’est toute la difficulté. Quand je me balade en France, j’entends des élus qui ont des projets de développement locaux mais tout cela est très dispersé et ne fait pas un projet à l’échelle du pays. D’autant que ces élus et ces territoires détiennent de moins en moins de pouvoir politique. A l’image de la Clause Molière contre le travail détaché, c’est par petites touches que le système sera grignoté. Mais n’oublions pas que les élus locaux ne pèsent absolument rien ! Les départements n’ont par exemple plus aucune compétence économique, ce qui fait que la France périphérique a perdu non seulement sa visibilité culturelle mais aussi son pouvoir politique. Changer les choses exige une certaine mobilité intellectuelle car il ne s’agira pas de gommer du jour au lendemain le modèle économique tel qu’il est. On ne va pas supprimer les métropoles et se priver des deux tiers du PIB français ! Dans l’état actuel des choses, l’économie française se passe de la France périphérique, crée suffisamment de richesses et fait un peu de redistribution. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’idée du revenu universel arrive aujourd’hui sur le devant de la scène avec Benoît Hamon. (…) La question centrale demeure : comment donner du travail à ces millions de Français ? Comment faire société avec cette France rurale et péri-urbaine ? Le revenu universel valide la mise à l’écart de la classe moyenne paupérisée dans les pays développés. A partir de là, reste à gérer politiquement la question pour éviter les révoltes et autres basculements politiques violents. Dans l’esprit des gagnants de la mondialisation, cela risque de se faire à l’ancienne, avec beaucoup de redistribution, des cotations, voire un revenu universel. Mais ils oublient un petit détail : ce gros bloc constitue potentiellement une majorité de Français !  En réalité, les tenants du système n’ont aucun projet pour le développement économique de ces territoires, si ce n’est de prétendre que la prospérité des métropoles arrivera par ruissellement jusqu’aux zones rurales et que le numérique nous fera nous en sortir. Ils ne perçoivent absolument pas la dynamique de désaffiliation politique et culturelle qui s’approfondit dans ces territoires. Ce n’est pas socialement  ni politiquement durable. Si la France d’en haut ne fixe pas comme priorité le sauvetage des classes populaires, le système est condamné. Les métropoles sont devenues les citadelles intellectuelles du monde d’en haut (…) Le FN, qui est le parti de la sortie de la classe moyenne, a capté les catégories délaissées les unes après les autres. D’abord les ouvriers, premiers touchés par la mondialisation, puis les employés, les paysans et maintenant la petite fonction publique. En face, le monde hyper-intégré se réduit comme peau de chagrin. Christophe Guilluy

Comment ça, deux poids deux mesures ?

« Sauvagerie », « obsessions tribales », « primate » …

A l’heure où avec une belle unanimité et un rare civisme

Les mêmes médias qui nous avaient abreuvé quotidiennement de révélations supposées confidentielles mais toujours plus croustillantes du dossier judiciaire d’un candidat …

Qui se trouvait être lors du premier tour le seul candidat d’une véritable alternance

Et dont l’élimination, par explosion en vol programmée, allait permettre l’élection probable à nouveau demain soir d’un futur président accidentel  …

Se refusent, à la demande de la Commission de contrôle de la campagne électorale, de publier les informations confidentielles sur  ce dernier obtenues par des hackers russes …

Et les mêmes qui avaient littéralement encensé …

Les imprécations, entre Hugo et Jaurès, du néo-léniniste et chavéziste de la France insoumise

Et qui viennent à jet continu deux semaines durant de nous sommer de voter sous peine d’excommunication morale …

Pour le même futur président par défaut pour contrer le prétendu retour de la bête immonde …

Contre laquelle où, qualifications de « primate » comprises, tous les coups semblent désormais permis …

Comment ne pas voir ….

Derrière cette fascisation d’une classe entière d’électeurs

Au-delà des évidentes inepties économiques, largement partagées à l’autre extrême de l’échiquier, de leur candidate …

Après le précédent américain comme le rappelle le géographe Christophe Guilluy …

La véritable arme de classe de toute une bonne société …

Permettant d’éviter, entre deux attentats ou prises d’otages par la racaille de quartiers entiers, les questions qui fâchent

Sur le sort d’une bonne moitié d’une population dont la mondialisation n’a tout simplement plus besoin ?

«En 2017 ou en 2022, la France périphérique fera basculer la présidentielle»

Entretien avec le géographe social Christophe Guilluy

Daoud Boughezala
Causeur

20 mars 2017

Faut-il encore présenter Christophe Guilluy ? Le géographe social, fin observateur de la France périphérique et théoricien de l’insécurité culturelle, voit ses analyses confirmées par les sondages. Si Marine Le Pen ne l’emportera peut-être pas dès 2017, la France périphérique finira cependant par triompher un jour ou l’autre dans les urnes face aux candidats des gagnants de la mondialisation que sont Hamon, Fillon et Macron.

Daoud Boughezala. Votre diagnostic des « fractures françaises » et de l’abandon de la France périphérique (rurale et péri-urbaine) infuse le débat public ces dernières années. Avez-vous l’impression d’influencer les discours des candidats à l’élection présidentielle ?Christophe Guilluy. Les candidats ont compris que la France périphérique existait, c’est pourquoi leurs diagnostics sont assez proches. Mais ils ont la plus grande difficulté à remettre en cause leur modèle économique, aussi ne dépassent-ils pas le stade du constat. Un parti et un discours politiques s’adressent d’abord à un électorat. Or, l’électorat de la France périphérique se trouve ailleurs que dans les grands partis de gouvernement, ce qui complique un peu les choses. François Fillon a compris que son socle électoral libéral-conservateur ne suffisait pas et qu’il devait aussi parler à cette France populaire périphérique. Au PS, certains cadres m’ont contacté pendant la primaire car ils ont compris que quelque chose se jouait dans ces territoires. Mais ces élus lucides sont enfermés dans leur électorat, ce qui n’aide pas ces thématiques à émerger. En réalité, aucune thématique n’a émergé dans la campagne présidentielle. Une fois l’affaire Fillon retombée, le débat portera sur un autre sujet monothématique :  quel niveau le Front national atteindra. Cela permet de ne pas parler de l’essentiel.

Justement, quel est l’essentiel à vos yeux ?

Le Front national n’est que la fin d’une longue histoire de mise à l’écart de ce qu’on appelait hier la classe moyenne et aujourd’hui les classes populaires. Ces dernières soulèvent des problèmes aussi essentiels que le choix du modèle économique mondialisé, le multiculturalisme, les flux migratoires. Passer son temps à se demander si Marine Le Pen peut atteindre 30%, 35%, 45% voire être élue permet de faire l’impasse sur le fond. Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant le modèle dominant sous une autre étiquette gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de basculement. Il suffit de prolonger les courbes et les dynamiques en cours pour comprendre que si cela ne se fait pas maintenant, cela arrivera plus tard. De deux choses l’une : soit on décide de se rendre sur ces territoires délaissés et de prendre au sérieux le diagnostic des habitants, soit on reste dans une logique de citadelle qui consiste à serrer les fesses pour préserver l’essentiel et essayer de passer encore un tour.

N’est-il pas légitime de s’inquiéter de la montée des « populismes » ?

Rien ne sert de s’alarmer sans comprendre les causes des phénomènes qu’on combat. Le FN n’est qu’un indicateur. De la même manière, après le Brexit et l’élection de Trump, le monde d’en haut a exprimé son angoisse. Mais les racines du Brexit sont à chercher dans le thatchérisme qui a désindustrialisé le Royaume-Uni. Et les racines de la victoire de Trump se trouvent dans les années 1980 et 1990, époque de dérégulation et de financiarisation de l’économie sous Reagan et Clinton. Sur le temps long, l’émergence du Front national correspond bien sûr à l’installation d’une immigration de masse mais aussi à la désindustrialisation de la France engagée à la fin des années 1970.

En cas de second tour entre Marine Le Pen d’un côté et François Fillon ou Emmanuel Macron de l’autre,  les sondages annoncent la victoire des gagnants de la mondialisation, pourtant minoritaires dans le pays…

C’est systémique. Jusqu’à une certaine mesure, la diabolisation du FN marche. Car si on prend une à une les grandes thématiques qui structurent l’électorat, comme le rapport à la mondialisation, le capitalisme mondialisé, la financiarisation, l’immigration (70% des Français considèrent qu’il faut arrêter les flux migratoires !), on obtient des majorités écrasantes en faveur du discours du FN. Et pourtant le Front national ne rassemble qu’une minorité d’électeurs. Cela veut bien dire que la diabolisation fonctionne, quoique de plus en plus mal. Si le système en place parvient à faire élire un Macron, il préservera l’essentiel mais en sortira fragilisé : certains sondages donnent Marine Le Pen à 40% voire 45% au second tour, ce qui est considérable par rapport aux 18% de Jean-Marie Le Pen en 2002. La dynamique est de ce côté-là. De ce point de vue, la grande différence entre Marine Le Pen et Donald Trump c’est que celui-ci avait la puissance du Parti républicain derrière lui, ce dont ne dispose pas la présidente du FN.

Pour l’instant, Marine Le Pen se fait systématiquement battre dans les sondages par le champion libéral-libertaire Emmanuel Macron…

N’oublions pas que la France d’en haut agglomère beaucoup de monde, toutes les catégories qui veulent sauver le statu quo ou l’accentuer, autant dire les privilégiés et les bénéficiaires du système économique en place. Ce qui est intéressant chez Macron, c’est qu’il se définit comme un candidat ni de gauche ni de droite. Il arrive d’en haut et en cas de duel avec Marine Le Pen au second tour, on verra un clivage chimiquement pur : le haut contre le bas, les métropoles mondialisées contre la France périphérique, etc. Même si ces sujets-là ne seront à mon avis pas abordés si on a droit à une quinzaine antifasciste entre les deux tours. On voit bien que le clivage droite-gauche est cassé. Mais l’amusant, c’est qu’au moment où ce clivage ne marche plus, on organise des primaires de gauche et de droite dont les vainqueurs (Hamon et Fillon) sont d’ailleurs aujourd’hui dans l’impasse !

Macron serait-il plus lucide ?

J’avais rencontré Emmanuel Macron et lui avais montré mes cartes. Dans son livre Révolution, il cite d’ailleurs La France périphérique plusieurs fois. C’est quelqu’un d’intelligent qui valide mon diagnostic sans bouger de son système idéologique. Selon la bonne vieille logique des systèmes, quand le communisme ne marche plus, il faut plus de communisme, quand le modèle mondialisé ne fait pas société, quand la métropolisation ne marche pas, il faut encore plus de mondialisation et de métropolisation ! Le bateau ne change pas de direction mais tangue sérieusement.

Au-delà du diagnostic et des grandes incantations autour du besoin de frontières et du patriotisme économique, le FN propose-t-il une alternative crédible  pour remédier aux inégalités socio-territoriales ?

Pour le moment, personne n’offre de véritable modèle alternatif. C’est toute la difficulté. Quand je me balade en France, j’entends des élus qui ont des projets de développement locaux mais tout cela est très dispersé et ne fait pas un projet à l’échelle du pays. D’autant que ces élus et ces territoires détiennent de moins en moins de pouvoir politique. A l’image de la Clause Molière contre le travail détaché, c’est par petites touches que le système sera grignoté. Mais n’oublions pas que les élus locaux ne pèsent absolument rien ! Les départements n’ont par exemple plus aucune compétence économique, ce qui fait que la France périphérique a perdu non seulement sa visibilité culturelle mais aussi son pouvoir politique. Changer les choses exige une certaine mobilité intellectuelle car il ne s’agira pas de gommer du jour au lendemain le modèle économique tel qu’il est. On ne va pas supprimer les métropoles et se priver des deux tiers du PIB français ! Dans l’état actuel des choses, l’économie française se passe de la France périphérique, crée suffisamment de richesses et fait un peu de redistribution. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’idée du revenu universel arrive aujourd’hui sur le devant de la scène avec Benoît Hamon.

Que voulez-vous dire ?

La question centrale demeure : comment donner du travail à ces millions de Français ? Comment faire société avec cette France rurale et péri-urbaine ? Le revenu universel valide la mise à l’écart de la classe moyenne paupérisée dans les pays développés. A partir de là, reste à gérer politiquement la question pour éviter les révoltes et autres basculements politiques violents. Dans l’esprit des gagnants de la mondialisation, cela risque de se faire à l’ancienne, avec beaucoup de redistribution, des cotations, voire un revenu universel. Mais ils oublient un petit détail : ce gros bloc constitue potentiellement une majorité de Français !  En réalité, les tenants du système n’ont aucun projet pour le développement économique de ces territoires, si ce n’est de prétendre que la prospérité des métropoles arrivera par ruissellement jusqu’aux zones rurales et que le numérique nous fera nous en sortir. Ils ne perçoivent absolument pas la dynamique de désaffiliation politique et culturelle qui s’approfondit dans ces territoires. Ce n’est pas socialement  ni politiquement durable. Si la France d’en haut ne fixe pas comme priorité le sauvetage des classes populaires, le système est condamné. Les métropoles sont devenues les citadelles intellectuelles du monde d’en haut.

… et le FN, le porte-voix de la France d’en bas ?

Le FN, qui est le parti de la sortie de la classe moyenne, a capté les catégories délaissées les unes après les autres. D’abord les ouvriers, premiers touchés par la mondialisation, puis les employés, les paysans et maintenant la petite fonction publique. En face, le monde hyper-intégré se réduit comme peau de chagrin.

Voir aussi:

« Faire passer les classes populaires pour fascisées est très pratique »
De l’Amérique de Trump à la France périphérique, il n’y a qu’un pas. Le géographe Christophe Guilluy nous explique pourquoi. Interview.
Propos recueillis par Clément Pétreault
Le Point
16/11/2016

« Trumpisation » de la société, « lepénisation des esprits », « jeanpierrepernaultisation de l’information », les éditorialistes ne savent plus qui accabler pour expliquer la montée des populismes. Il existe pourtant une autre lecture du phénomène. Christophe Guilluy est le géographe maudit de la gauche française. Ses torts ? Une analyse qui prend les réformistes à rebrousse-poil et des livres qui décortiquent les rouages inconscients de notre ordre social. Si Manuel Valls considère qu’expliquer, c’est déjà vouloir excuser, Christophe Guilluy préfère comprendre plutôt que condamner.

Le Point.fr : L’élection d’un populiste comme Donald Trump ne semble pas vous étonner. Un tel scénario pourrait-il advenir en France ?

Christophe Guilluy : Étant donné l’état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle.

Vous considérez que personne n’a vu venir le phénomène Trump ou le Brexit, car les représentations des classes populaires sont erronées…

Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut.

Oui, la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux.

Pour expliquer l’élection de Trump, les médias américains évoquent « la vengeance du petit blanc ». Un même désir de vengeance pourrait-il peser dans la prochaine élection française ?

Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer.

C’est-à-dire ?

Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire.

Voir aussi:

« Il n’existe aucune connexion entre le monde d’en haut et celui d’en bas »
Pour le géographe Christophe Guilluy, qui dénonce un « assèchement de la pensée », le rapport à la mondialisation détermine désormais le vote.
Clément Pétreault
02/05/2017

Le géographe Christophe Guilluy avait depuis longtemps théorisé la fracture entre deux France, celle globalisée des métropoles et celle populaire des périphéries. Pour Le Point, l’auteur du Crépuscule de la France d’en haut (Flammarion) et de La France périphérique (Flammarion) analyse le second tour d’une élection présidentielle qui, selon lui, confirme que la mondialisation ou l’immigration sont devenues les vrais sujets de clivage au-delà de la droite ou de la gauche.

Le Point.fr : Que nous apprend la carte du vote du premier tour de la présidentielle ?

Christophe Guilluy : Il y a une confirmation du mouvement entamé ces dix dernières années avec une forte poussée du FN dans les périphéries. Quelle que soit la région, la dynamique est là. Pour le second tour, ces périphéries devraient logiquement donner de forts scores à Marine Le Pen, alors qu’Emmanuel Macron sera vainqueur dans les centres urbains. Évidemment, ces constatations n’effacent pas la géographie traditionnelle, à savoir l’Est plutôt à droite, l’Ouest à gauche. Mais le fond du décor est en train de s’estomper peu à peu.

L’analyse qui oppose un vote des villes à un vote des campagnes est-elle pertinente ?

Elle est imprécise. Le clivage sépare ceux qui bénéficient de la mondialisation de ceux qui en pâtissent. Il est à la fois géographique et social. Que ce soit aux États-Unis, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas ou en Autriche, les territoires s’adaptent toujours de la même façon au modèle économique mondialisé : les métropoles deviennent de nouvelles citadelles, un monde fermé auquel on ne peut accéder sans ticket d’entrée. Impossible pour les classes populaires d’y acheter leur logement, compliqué d’y louer, à moins d’habiter dans des quartiers de logements sociaux. On nous explique que la révolution numérique efface les différences entre New York et le Cantal, ce n’est pas vrai. Les catégories supérieures se replient de plus en plus dans les territoires gagnants de la mondialisation, alors que la classe moyenne disparaît.

Vous avez l’ habitude de dire que les classes populaires ont tourné le dos à la gauche. Or, 24 % des ouvriers ont voté pour Jean-Luc Mélenchon. Ce n’ est pas négligeable…

Nous assistons à un clivage à l’intérieur même des classes populaires. Le FN reste en tête avec un score de 37 % chez les ouvriers et Jean-Luc Mélenchon engrange effectivement des voix, notamment au sein des catégories populaires de banlieue. Ce sont les mêmes qui avaient voté Hollande en 2012. À l’inverse, les catégories populaires de la France périphérique ont plutôt voté FN.
La question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques

Donc, pour vous, ce succès de Mélenchon chez les ouvriers, c’ est un vote ethnique ?

Pas seulement, mais il y a une dimension ethnoculturelle très nette. Ce fonctionnement est en place depuis plus de quinze ans, rien de très neuf. Nous ne sommes plus sur un clivage strictement social. Prenez une cité d’Hénin-Baumont par exemple, le « petit Blanc » va voter FN et le « petit beur » va voter Mélenchon… Alors même que les deux partagent une réalité géographique et sociale, leur vote diverge ! Cela signifie bien que la question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques ! Les partis dits républicains prétendent le contraire la main sur le cœur, mais c’est bien évidemment faux. Au moins sur la question de l’émergence de la société multiculturelle, les partis américains ont moins de pudeur sur le sujet.

C ‘est ce que vous appelez « l’ insécurité culturelle »…

J’ai élaboré ce concept opérationnel pour analyser les demandes d’attribution de logement dans le parc social et pour étudier les leviers de l’ethnicisation de certaines cités. Je me suis rendu compte que, parfois, alors qu’il n’y avait ni problème d’insécurité physique ni grande précarisation, les habitants d’un quartier cherchaient à déménager pour échapper à une instabilité démographique. Cette instabilité renvoyait aux individus l’idée qu’ils étaient minoritaires ou en passe de le devenir dans leur quartier. Cette prise de conscience faisait flamber les demandes de changement d’attribution. C’est ce fait de ne pas pouvoir partager un capital culturel ou historique commun que j’appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène est assez universel, par exemple, la petite bourgeoisie magrébine quitte les quartiers où se concentre l’immigration africaine. En réalité, personne ne souhaite être minoritaire, car cela signifie dépendre de la bienveillance de la majorité.
Le clivage gauche-droite était le clivage du XIXe et du XXe siècle
Fin publicité dans 2 s

Le profil de l’ électeur FN change au fur et à mesure que ses scores progressent ?

Oui. On constate une féminisation de cet électorat, même s’il reste majoritairement masculin, et une progression dans des catégories jusqu’ici peu séduites par le FN. C’est le cas des employés, dont 32 % ont voté en faveur de Marine Le Pen, ou des salariés de la fonction publique, qui sont 27 % à avoir porté leurs voix en faveur de la représentante du FN. Sur le plan géographique, le vote progresse dans des régions que l’on disait traditionnellement plus hermétiques à ce vote, comme la Bretagne avec plus de 15 % en faveur du FN. Cela peut sembler inattendu, mais c’est en réalité très logique.

C ‘est-à-dire ?

Il faut regarder sur le temps long : le Brexit puise ses racines dans la politique menée par Margaret Thatcher dans les années 80. De la même manière, l’élection de Donald Trump n’aurait pu se produire sans la financiarisation de l’économie sous Bill Clinton… En France, la désaffiliation politique des classes populaires germe à la fin des années 70, lors du démarrage de la désindustrialisation. Cette désaffiliation augmente en même temps que la classe moyenne disparaît catégorie après catégorie. Cela a commencé avec les ouvriers, puis les paysans, maintenant les employés… Des bataillons entiers sortent progressivement de la classe moyenne, basculent dans le chômage ou la précarisation de leur emploi. Il y a dans l’esprit des gens l’idée que les classes populaires, c’est une France finissante vouée à disparaître un jour ou l’autre. Sauf que les gens ne disparaissent pas physiquement ! Prenez les 15 premières métropoles de France. Elles représentent 40 % de la population. Si l’on remonte les recensements, les mêmes métropoles en 1968 représentaient… 40 % de la population ! Cela peut sembler contre-intuitif, mais leur poids démographique n’a pas bougé, car, contrairement à ce que l’on imagine, la croissance des territoires a suivi celle des métropoles.

Dans ce cas, comme expliquer qu’ Emmanuel Macron soit donné gagnant au second tour, alors que la France périphérique représenterait 60 % de la population ?

Ce qui est frappant, c’est qu’il y a un potentiel majoritaire avec des gens qui se croient minoritaires. En somme, c’est un conflit de classe, sans conscience de classe. Nous ne sommes pas la Grèce : il y a encore beaucoup de gens qui ont beaucoup à perdre. Les retraités et les fonctionnaires, qui sont protégés de la mondialisation, n’ont aucune raison de renverser la table. Il y a aussi, à la marge, le vote des minorités qui va se porter vers le parti le moins anti-immigrés. On voit bien que le Front national est bloqué par sa sociologie : les catégories populaires ne lui suffiront pas. Mais les coups de boutoir seront de plus en plus violents. On peut très bien imaginer demain voir un FN atteindre les 30-35 % au premier tour. Cela signifiera que les digues sont en train de céder. Pour l’instant, la difficulté que rencontre Emmanuel Macron est la suivante : comment tenir un discours optimiste sur la mondialisation, tout en captant les voix des perdants de cette mondialisation, ceux dont le niveau de vie a diminué ces vingt dernières années ? Pas facile.
Les résultats du second tour devraient dessiner une carte « chimiquement pure » de cette France périphérique

Certains analystes affirment que l’ on assiste à une « droitisation de la France »… Pour vous, c’est un leurre ?

Tout d’abord, le clivage gauche-droite ne structure plus complètement l’opinion. La preuve : le candidat de droite comme le candidat de gauche ont été éjectés dès le premier tour. Ceux qui ont franchi l’obstacle, ce sont des candidats qui se revendiquent « ni de droite ni de gauche ». Ce vieux clivage n’est encore pertinent que pour les retraités et les fonctionnaires. Les autres électeurs se déterminent désormais par des thématiques, comme la mondialisation ou l’immigration. Cela n’en fait pas spécifiquement des gens de gauche ou de droite. Si le pays avait vraiment « basculé à droite », l’État providence serait par exemple remis en question par l’opinion. Or, c’est tout le contraire. L’attachement aux services publics se vérifie, tout particulièrement dans la France périphérique, où la fermeture d’un bureau de poste peut devenir un casus belli. Même chose sur la question de la laïcité : il existe des électeurs de droite comme de gauche qui y sont attachés. Le clivage gauche-droite était le clivage du XIXe et du XXe siècle. Ce qui détermine le vote aujourd’hui, c’est le rapport à la mondialisation, à l’économie et le niveau de désaffiliation aux partis

Pour vous, la recomposition politique qui s ‘annonce est une bonne nouvelle ?

Oui. Les résultats du second tour devraient dessiner une carte « chimiquement pure » de cette France périphérique, qui ne nous dira pas ce qui est urbain ou rural, mais qui nous éclairera sur la proximité ou non du marché de l’emploi. Deux grands pôles sont en train de se mettre en place. La question des clivages de classe, clivages culturels, clivages géographiques va enfin être posée.

Cela ne risque pas d ‘accentuer la conflictualité ?

On meurt de l’absence de conflits et de débats ! Si on veut éviter les violences réelles, il faut que cette conflictualité se traduise en débats à l’Assemblée nationale. Il serait tout à fait sain que les députés s’affrontent autour de thèmes qui parlent à l’opinion. Le pire moment est celui que nous vivons : il n’existe aucune connexion entre le monde d’en haut et celui d’en bas. Cela conduit à l’assèchement de la pensée. Malheureusement, pour l’heure, la France « d’en haut » est encore dans ce mode de fonctionnement, très pratique pour ne jamais mettre les vraies questions sur la table. Cette posture applique la règle suivante : « Ceux qui votent pour le FN sont fascistes. Les classes populaires votent FN, donc, elles sont fascistes. Et comme on ne parle pas aux fascistes, on ne parle pas aux classes populaires. » Fermez le ban ! Si on assiste réellement à l’émergence de ces deux blocs, les gens « d’en bas » considéreraient enfin que l’Assemblée nationale travaille pour eux. Ils auraient envie d’élire des majorités qui vont les représenter, disposer de ministres qui défendent leurs intérêts… Cette recomposition, les partis politiques n’ont pas voulu l’entreprendre, alors que le corps électoral l’attendait depuis des années.

Voir également:

Le Point
05.05.2017
Il a jugé la campagne « passionnante », mais il a souffert. « D’un malaise croissant qui s’est peu à peu transformé en honte. » Michel Houellebecq a fait plus d’un aveu jeudi soir àL’Émission politique sur France 2. Le premier : il ne « connaît pas » la France périphérique, cette « deuxième France », celle qui a voté Marine Le Pen ou qui hésite à ne pas voter. Et ça, pour un romancier, c’est « une faute professionnelle grave ». « J’ai perdu le contact, a reconnu l’auteur de La Carte et le Territoire. Je ne pourrais pas écrire sur elle. »
Un aveu d’autant plus frappant que l’écrivain s’est fait le chroniqueur du déclin du pays au fil de ses ouvrages. Mais il est vrai que ses narrateurs lui ressemblent, qu’il soit fonctionnaire, universitaire ou cadre en entreprise. Or, deuxième aveu : « Je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant », explique-t-il, lui qui a longtemps choisi de vivre en Irlande avant de rentrer en France en 2013. « Elle (la France périphérique, NDLR) n’habite pas à Paris. À Paris, Le Pen n’existe pas. Elle existe dans des zones mal connues », révélées par le géographe Christophe Guilluy. Houellebecq ne croit pas « au vote idéologique, mais au vote de classe ». Désormais, explique-t-il, la France est coupée en quatre entre Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et François Fillon. « Je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon et je ne suis pas un héritier pour voter Fillon. »
Par déduction, donc, s’il votait, il devrait choisir Macron. Mais comme à chaque élection, excepté les référendums, dimanche 7 mai, Houellebecq restera chez lui. Et de lâcher qu’il n’est pas sûr d’avoir vu un présidentiable lors du débat laborieux de mercredi soir.

La France « ingouvernable »

À ce sujet, l’auteur de Soumission se livre à un troisième aveu : la dernière fois qu’il a voté, c’était pour… Balladur. Oui, Édouard, répond-il à Léa Salamé interloquée. Car il était « rassurant ». À l’époque, il y avait eu un détournement d’avion et l’assaut avait été lancé sur l’aéroport de Marignane. Une preuve de sang-froid, et c’est ce que lui attend d’un président : « Sang-froid, décision et écoute de ses subordonnés. »
Mais revenons à cette campagne. Houellebecq l’a trouvée « palpitante », même si, « au bout du bout, le résultat est désespérant ». Le paysage est bouleversé, le PS est mort, la droite moribonde. Pour finir, nous voilà dans un rapport de force à trois, le FN, Macron et La France insoumise – peut-être quatre, concède-t-il, si la droite arrive à « survivre » –, qui rend la France « ingouvernable ».
Et de se fendre d’un quatrième aveu : le phénomène qui l’a le plus surpris, c’est l’émergence d’un « vrai parti confessionnel, précisément catholique ». Un aveu qui affaiblit la prédiction de Soumission, son dernier roman très polémique. Rappelons que le roman imaginait l’arrivée au pouvoir en France d’un parti musulman. Il n’y avait pas trace d’un courant catholique. Au contraire, l’absence de foi dans l’électorat – excepté musulman – expliquait, entre autres, la résignation au nouvel ordre islamique qui suivait l’élection. Cependant, dans son ouvrage, il voyait « la réélection d’un président de gauche dans un pays de plus en plus ouvertement à droite ».

Autopsie de la droite républicaine

Dans ce paysage inédit et plutôt désolé qu’il décrit, que retenir du phénomène Macron ? Houellebecq y voit « une thérapie de groupe ». À ce pays malade de pessimisme, « se comparant de manière obsessionnelle à l’Allemagne », le leader d’En marche ! propose une petite cure d’optimisme.
Houellbecq, optimiste ? Quand même pas. « Si on accepte le jeu de la mondialisation – à supposer qu’on ait le choix –, on peut faire autre chose que des smartphones », juge-t-il. Quoi ? « De l’artisanat, de la gastronomie, du tourisme », comme il l’avait décrit dans La Carte et le Territoire, où la France devenait un écomusée. Certes, il le reconnaît dans une moue, ce n’est pas très glorieux, mais, souligne-t-il, « ce n’est pas délocalisable ». « Je n’ai aucune confiance dans l’entreprise, souligne Houellebecq, citant le cas de Whirlpool, une usine « bénéficiaire, qui a reçu des subsides publics » et qui, pourtant, déménage en Pologne.
Alors Houellebecq aurait-il envie de faire un roman sur cette campagne ? « J’avoue que c’est fascinant », répond-il prudemment. Et de faire ce dernier aveu. Il aimerait être dans les bureaux politiques des Républicains, pour s’y « cacher dans un coin ». « Ça doit valoir le coup. » Et de lancer cette invitation aux responsables politiques, à qui il reconnaît le droit d’être secrets. « Je ne parle pas, je peux témoigner que je ne parle pas. » À bon entendeur…

Voir encore:

Comment répondre à la France en colère

La France est la perdante du pénible débat, mercredi, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La foire d’empoigne a montré la gravité de la crise de la politique. Ce sont deux candidats immatures – Macron arrogant, Le Pen provocante – qui vont prétendre dimanche au pouvoir suprême. Ce délitement reflète le mal qui ronge la nation, vidée de son génie par quarante ans d’un lent décervelage visant à la rendre malléable. Macron est le produit du manichéisme officiel ; il lui fait dire qu’il a accepté de se « salir un peu » en affrontant son adversaire. Le Pen est l’expression de l’exaspération de ceux qui veulent se faire entendre ; cette impatience lui a fait refuser de jouer le jeu d’une confrontation policée. Le résultat n’est pas à la hauteur de la France ni de sa civilité. D’ailleurs, si 30 millions de téléspectateurs avaient suivi en 1988 le débat Chirac-Mitterrand, ils n’étaient plus que 15,1 millions l’autre soir. Ceux qui, écœurés, veulent quitter la politique (Pierre Lellouche, Henri Guaino, etc.) prennent acte de la fin d’une époque. Mais la transition s’annonce chaotique.

Les insultes et obscénités jetées sur Nicolas Dupont-Aignan après son choix, vendredi 28 avril, de rejoindre Le Pen sont aussi à l’image de cette campagne, médiocre et déloyale. Les « progressistes » trépignent de joie à l’idée d’annoncer, dimanche, la victoire de Macron : elle serait la revanche inespérée de François Hollande, son ombre tutélaire. Mais le bruit et la fureur qui ont accompagné l’ascension du prodige, aspiré par son ambition, ont accumulé des nuages noirs. Ils portent les souvenirs du lynchage de François Fillon et de l’hystérie des moralistes. Ceux-là assurent, devant les tueurs djihadistes : « Vous n’aurez pas ma haine ». Mais ils la réservent à ceux qui veulent se protéger des fanatiques et en finir avec la faiblesse d’État. Pour avoir, après Marie-France Garaud, rompu le cordon sanitaire avec le FN, Dupont-Aignan subit la rage du Système piqué au vif. L’ébauche de recomposition politique a peu de chances de remporter cette élection déjà ficelée. Mais seule une union des droites fera obstacle à cette gauche redoutablement stratège.

Le Macron « antifasciste » manie les grosses ficelles laissées par François Mitterrand : il y a trente ans, il déclarait le FN hérétique afin d’asseoir la gauche sur une droite éclatée.

Voir par ailleurs:

Présidentielle. L’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira a critiqué vendredi la “sauvagerie” de Marine Le Pen lors du débat télévisé d’entre-deux tours face à Emmanuel Macron, et appelé à un “rejet massif” de la candidate du FN en votant pour le candidat d’En Marche !.

Valeurs actuelles

5 mai 2017

“Le débat (de mercredi) a montré aussi ce que c’est que la sauvagerie, parce que cette dame-là, elle a montré, au-delà de sa vulgarité et de sa grossièreté, ce que c’est qu’une société sans règles, ce que c’est une société où on fait n’importe quoi, ce qu’on veut et on se croit au-dessus de tous”, a expliqué Christiane Taubira, invitée ce matin sur France Inter.

“Ni républicaine, ni démocrate”

L’ancienne garde des Sceaux poursuit : “Est-ce que nous pouvons être indifférents à une présence politique qui est une présence essentiellement de vulgarité, de grossièreté, de rage, de rejet ? Est-ce que nous sommes indifférents à ça ? Est-ce que nous sommes indifférents par rapport à nous-mêmes et par rapport à l’image que nous renvoyons au monde ? » A l’adresse des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, dont une partie compte voter blanc ou s’abstenir dimanche selon les instituts de sondage, Christiane Taubira a dit qu’“il n’y a pas d’équivalence” avec Emmanuel Macron. “Mme Le Pen n’est ni républicaine, ni démocrate et j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer, ce n’est pas un slogan pour moi. Elle n’est pas républicaine parce qu’avec ses obsessions tribales, elle ne conçoit pas la nation civique, elle ne conçoit pas que nous soyons différents et que nous puissions faire nation, elle ne conçoit pas que nous soyons singuliers et que nous puissions être des citoyens égaux. Elle ne le conçoit pas, c’est un impossible pour elle”.

“Je pense que le 7 mai est déterminant parce que si le résultat est massif du rejet, il n’y aura pas d’ambiguïté sur l’interprétation, il y aura donc un message pour nous-mêmes, il y aura un message au monde, mais il y aura un message aussi pour le futur probable président”. Et de conclure : “La gauche a un devoir impérieux de se reconstruire, de se ressaisir parce que c’est elle qui porte l’idéal d’égalité qui est la réponse cardinale à la dislocation du monde actuel”.

Valeurs actuelles, avec AFP. 

Voir de plus:

« Macronleaks »: Les médias appelés à ne pas relayer les documents piratés

06/05/2017

PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE- La Commission de contrôle de la campagne électorale pour la présidentielle française a appelé samedi les médias à s’abstenir de relayer les documents provenant de l’attaque informatique massive qu’a subie l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, baptisés sur les réseaux sociaux « Macronleaks ».

Dans un communiqué, la commission a indiqué que cette attaque s’est traduite par la diffusion, sur certains réseaux sociaux, d’un nombre important de données présentées comme provenant des systèmes d’information du candidat et de comptes de messagerie de certains responsables de sa campagne.

« La Commission souligne que la diffusion ou la rediffusion de telles données, obtenues frauduleusement, et auxquelles ont pu, selon toute vraisemblance, être mêlées de fausses informations, est susceptible de recevoir une qualification pénale à plusieurs titres et d’engager la responsabilité de ses auteurs ».

Elle a par ailleurs appelé « l’ensemble des acteurs présents sur les sites internet et les réseaux sociaux, au premier chef les médias, mais également tous les citoyens, à faire preuve d’esprit de responsabilité et à ne pas relayer ces contenus, afin de ne pas altérer la sincérité du scrutin, de ne pas enfreindre les interdictions édictées par la loi et de ne pas s’exposer à la commission d’infractions pénales ».

Action de piratage massive

Le mouvement En Marche! avait indiqué vendredi soir, avoir été « victime d’une action de piratage massive et coordonnée donnant lieu ce soir à la diffusion sur les réseaux sociaux d’informations internes de nature diverse (mails, documents comptables, contrats…) ».

« Les fichiers qui circulent ont été obtenus il y a plusieurs semaines grâce au hacking de boîtes mail personnelles et professionnelles de plusieurs responsables du mouvement. Ceux qui font circuler ces documents ajoutent à des documents authentiques nombre de faux documents afin de semer le doute et la désinformation », a-t-il indiqué dans un communiqué. Cette opération « relève manifestement de la déstabilisation démocratique, comme cela s’est déjà vu aux Etats-Unis pendant la dernière campagne présidentielle ».

Voir de plus:

Why many French gays adore Marine Le Pen

As France picks its next president on Sunday, National Front nominee Marine Le Pen, 48, enjoys significant support among an unlikely population: gay voters.

According to a survey released Wednesday by Hornet, a gay social network, 36.5 percent back Le Pen, while 63.5 percent favor former Socialist Party member and reputed centrist Emmanuel Macron, 39. Among Hornet’s younger subscribers, 43.5 percent of 18-to-29-year-olds want Le Pen — and fully 49 percent of those age 25.

While Le Pen surely would appreciate even higher numbers, pundits are surprised that the so-called far-Right candidate does this well with typically Left-leaning voters. Why? Le Pen’s previously hostile party now welcomes gays, and militant-Islamic attacks inside and outside of France have ushered gays into Le Pen’s largely open arms.

Le Pen has “un-demonized” the National Front by distancing herself from the party’s founder (her anti-Semitic father), appealing to Jewish voters, avoiding mass protests against gay marriage (although her party’s platform promises to scrap it), and choosing gay men Florian Philippot as her chief deputy and Sébastien Chenu as her leading adviser.

These efforts have boosted the party among gay voters. In April 2012’s presidential election, 26 percent of gay Parisians picked Le Pen. She scored just 16 percent of the straight vote. A third of gays who married after same-sex nuptials were legalized in 2013 reportedly voted for her party in 2015’s regional contests.

Many of these “homonationalists,” as they’ve been dubbed, applaud Le Pen’s straight talk about Islamic fundamentalism’s existential challenge to French lives and lifestyles.

In light of the November 2015 ISIS terror attacks that killed 130 in Paris, Tunisian immigrant Mohamed Lahouaiej-Bouhlel’s truck rampage that murdered 86 pedestrians in Nice last July and other acts of extremist bloodshed, Le Pen said, “Islamism is a monstrous totalitarian ideology that has declared war on our nation, on reason, on civilization.” She also wants to renew border checks and eject foreigners who are on France’s terror-watch list.

Violent Muslim-extremist homophobia has battered France for years:

  • Then-Mayor Bertrand Delanoë of Paris was stabbed in the stomach by Azedine Berkane, a devout Muslim and son of Algerian immigrants, at City Hall in October 2002. Delanoë survived after two weeks in the hospital. According to justice officials, Berkane “explained his strong religious views made him reject homosexuality as unnatural.”
  •  “Up until 2005, Bordeaux was a very gay-friendly city,” Patrick McCarthy told Britain’s The Spectator. “Same-sex couples could openly walk down the street holding hands without any problems,” the Bordeaux resident continued. “However, in the space of two months, five gay men were murdered in the city. The blame was put on Bordeaux’s Muslim community, since some of these hate crimes were carried out by people of Arabic origins.”
  •  In April 2013, Dutch librarian Wilfred de Bruijn and his boyfriend, Olivier Couderc, strolled arm in arm after dinner in a highly Muslim district in Paris. “Hey, look. They’re gays,” Couderc recalled hearing before attackers pounced. They kicked de Bruijn in the face, delivered five cranial fractures, knocked out a tooth, and left both men unconscious. Three men of North African heritage paid for this carnage in June 2014. K. Taieb and M. Abdel Malik, both 19, earned 2½-year prison terms. T. Kide, 21, received six months’ probation for not stopping this brutality.
  •  When the ISIS-tied Karim Cheurfi fired his Kalashnikov on Paris’ Champs-Élyseés on April 20, he killed Xavier Jugelé, 37, an openly gay cop. Cheurfi most likely knew nothing about Jugelé’s sexuality, but he nonetheless made Jugelé yet another gay victim of France’s Islamic-extremist mayhem.

Marine Le Pen remains Sunday’s underdog. If she manages a Trump-like upset, it may be thanks to voters like Kelvin Hopper, 25, a gay artist and Le Pen supporter in Paris. Hopper told the AP: “Faced with the current threats, particularly from radical Islam, gays have realized they’ll be the first victims of these barbarians, and only Marine is proposing radical solutions.”

Deroy Murdock is a Fox News contributor and a contributing editor with National Review Online.

Voir de même:

The French Illusions That Die Hard

Free markets and ‘globalists’ didn’t wreck the French economy. The political class did.

Paris

A representative of the globalist elite faces a tribune of globalization’s victims. That’s the superficial read on Sunday’s presidential runoff between Emmanuel Macron and Marine Le Pen in France. The deeper question is whether French voters accommodate themselves to reality or cling tighter to their economic illusions. Plenty of clues about which path France might take were on display during the May Day holiday.

Start with the France of illusions. An estimated 40,000 red-clad activists snaked their way from the Place de la République to the Place de la Nation in the early afternoon. Hammer-and-sickle flags abounded. So did portraits of beloved mass murderers like Che Guevara. Gangs of masked youth set off firecrackers that boomed like gunshots.

One placard showed Ms. Le Pen and Mr. Macron side by side, asking: “Plague or Cholera?” A typical slogan was “Neither nation nor boss!”—a double rejection of Ms. Le Pen’s nationalism and Mr. Macron’s free-market liberalism. These sum up the views of supporters of Jean-Luc Mélenchon, the leftist firebrand who was eliminated, barely, in the first round last month.

The Mélenchonists have a great deal in common with Ms. Le Pen’s National Front, which held its own angry rally earlier in the day. Both camps would lower the retirement age to 60 from 62. Ms. Le Pen would keep the 35-hour workweek while Mr. Mélenchon would shorten it to 32 hours. Both would boost welfare spending and sever or strain the country’s trade ties in various ways.

The Le Pen-Mélenchon Venn diagram has a large overlapping set, because both camps blame everyone but the French for the country’s malaise.

“The French try to erase historical experience,” Pascal Bruckner tells me. The literary journalist is one of a very few classical liberals among French public intellectuals. He says his compatriots “have forgotten the experience of 1989 and only see the bad aspects of capitalism and liberal democracy.”

The tragedy of France, Mr. Bruckner says, is that the country never had a Margaret Thatcher or Gerhard Schröder to implement a dramatic pro-growth program. Incremental, haphazard changes have only prolonged the crisis. “So if you’re unemployed it must be because of the market economy.”

Yet it wasn’t shadowy globalists who in 1999 imposed a 35-hour workweek to make overtime labor prohibitively expensive. The law was meant to encourage firms to hire more workers, but like most efforts to subjugate markets to politics, it ended up doing more harm than good. Now it’s the main barrier to hiring in a country where the unemployment rate is stuck north of 10%.

Nor was it global markets that levied a corporate tax rate of 33% (plus surcharges for larger firms), a top personal rate of 45%, and a wealth tax and other “social fees” that repelled investors and forced the country’s best and brightest to seek refuge in places like London, New York and Silicon Valley.

Nor did globalization build a behemoth French bureaucracy that crowds out the private economy. As of January, this has created a 98% public-debt-to-GDP ratio.

Perhaps the strangest aspect of the recrudescence of collectivist politics in France is the willingness of some American conservatives to indulge it. Yes, Ms. Le Pen and Mr. Mélenchon are intemperate and authoritarian, the thinking goes, but they give voice to real frustrations with globalization and other market evils like gentrification and automation.

If vituperation alone conferred political credibility, Louis Farrakhan would be the most credible figure in American politics. What U.S. conservatives tempted by Ms. Le Pen don’t notice is that much of her rage against globalization is the same old conspiratorial anti-Americanism dressed up for a new age of anxiety. It’s telling, too, that you never read about the 35-hour workweek in their accounts, which tend to make France sound more like America during the robber-baron era than a stultifying welfare state.

And what would happen to the unprotected if Ms. Le Pen became president? Within a year the country would become a European Venezuela, warns Mr. Bruckner. With her protectionist threats, “nobody would invest in France. Banks would close. People would withdraw their money and go abroad.”

Which brings us to the other France. It was also on display on May Day, when supporters of Mr. Macron turned out in droves to hear him speak at a convention center in northeast Paris. They were diverse, mostly young, well-dressed and well-behaved. The watchwords were opportunity, growth, aspiration, competitiveness and—yes—liberty.

Whether a President Macron turns out to be the reformer France needs remains to be seen. His platform is if anything too modest, and he has a tendency to speak to both sides of every issue. But give Mr. Macron and his supporters this: They don’t peddle dangerous illusions.

Mr. Ahmari is a Journal editorial writer in London.

Voir encore:

What Has Failed in France

Americans live to work, while the French work to live. That’s the cliché, and it’s time to retire it. If Emmanuel Macron defeats Marine Le Pen in Sunday’s election — let’s pray the polls are right this time — the message from voters will be: The vacation in Martinique will have to wait. First, we’d like to work.

That’s the real story of this election, the most stunning aspect of which isn’t that the French might possibly install a crypto-fascist in the Élysée Palace. It’s that they seem strongly inclined to elect a former Rothschild investment banker who evinces no sense of guilt about his elite pedigree, capitalist profession and market-friendly economic inclinations that include tax cuts for corporations and an easing of the 35-hour workweek.

And no wonder. The French are desperate. Jobs are the No. 1 election concern, ahead of terrorism and the migration crisis. As of March, the unemployment rate was 10.1 percent. Youth unemployment: 23.7 percent. These figures would be shocking in the midst of a recession.

What ails France? The facile answer is to cite forces beyond French control: bureaucracy in Brussels; the currency straitjacket of the euro; the European Central Bank; the dark winds of globalization. Le Pen specializes in just this sort of blame shifting, which is another way in which she and Donald Trump are kindred spirits.

But the French can thank their lucky stars for reasonably stable money, the E.C.B.’s bond-buying spree and membership in a Union that allows French job seekers a chance to find work in higher-growth economies — including an estimated 300,000 in Britain alone.

A more honest account of France’s travails starts — and pretty much ends — with what the French often call their “social model.” France ranks first in the O.E.C.D.’s tables for government spending (57 percent of gross domestic product, tied with Finland) and welfare spending (31.5 percent). As of 2014, the total tax take was second only to Denmark’s.

This isn’t just a tax-and-spend model of government. More like: tax-spend-cosset-strangle. At least until the outgoing government of President François Hollande managed to ram through some modest labor-market reforms last year, the French labor code ran to over 3,000 pages.

The code is designed to make firing a full-time employee as difficult as possible — which makes hiring them that much more unlikely. As The Times’s Adam Nossiter reported last year, “90 percent of jobs created in France” in 2015 were “unstable, poorly paid and short term.”

None of this is a mystery to a majority of the French, though it often eludes credulous foreigners who extol the benefits of the French model without counting or being subject to its costs. The French twice elected conservative presidents — Jacques Chirac in 1995 and Nicolas Sarkozy in 2007 — on the strength of promises to pare the state. Twice disappointed, they turned to the Socialist Hollande in 2012, but his flirtation with soak-the-rich policies was short-lived.

(Recent polls have been cruel to the president, but like Germany’s Gerhard Schroder, he will be remembered as one of the more courageous economic reformers in recent history, if perhaps only because he had so little politically to lose.)

Assuming Macron wins, his challenge won’t simply be political. It will also be pedagogical. Le Pen has offered him a relatively easy ideological foil, given how thoroughly tainted her party is by xenophobia and anti-Semitism.

Yet it’s one thing to make the abstract case for openness, competitiveness and globalization in the face of a bigot. The harder climb will be to press for changes that inevitably take things away from people.

The paradox of France is that it is desperate for reform — and desperate not to be reformed. It wants the benefits of a job-producing competitive economy but fears relinquishing a job-protecting uncompetitive one. A Macron presidency will have to devote its intellectual and rhetorical energies to explaining that it can be one or the other, but not both.

I don’t want to close this column without allowing for the awful chance that Le Pen might win. That would be a moral tragedy for France and a probable disaster for Europe. But it would also be a reminder that chronic economic stagnation inevitably begets nationalist furies.

In the United States, a complacent left acquits itself too easily of its role in paving the way to the Trump presidency. Many of Le Pen’s supporters might be bigots, but their case against the self-satisfaction, self-dealing, moral preening and economic incompetence of the French ruling classes is nearly impeccable.

What has failed in France is an idea — an idea about the role of the state. Macron’s challenge, should he win, is to show the French there’s a better one.

Voir enfin:

Macron et la défense de la République

A la préfecture de police de Paris, pendant la cérémonie en l’honneur de Xavier Jugelé, l’officier de police tué à Paris le mois dernier, son compagnon Etienne Cardiles, accablé de douleur, parla de l’amour qu’ils se portaient et adressa ces mots au meurtrier: «Vous n’aurez pas ma haine».

Cette affirmation était en cohérence avec la résolution et la dignité qu’affiche la France face au terrorisme qui frappe le pays depuis quelques années. La République, plus éprouvée dernièrement que les Etats-Unis, n’a succombé ni à la peur ni au fanatisme. Elle a tenu tête et ainsi renforcé, en ces temps d’indignité, la dignité de l’état français.

Dimanche, en votant pour élire son prochain président — soit Marine Le Pen, à droite, soit Emmanuel Macron, au centre — la France aura plusieurs choix à faire, notamment le choix entre maintenir ou renoncer aux valeurs de la République, entre rester au-dessus de la mêlée ou descendre dans le bourbier.

Si Le Pen était élue, une ombre tomberait sur la France et sur l’Europe.

Son père Jean-Marie façonna l’image d’un Front National raciste, antisémite, digne des héritiers de Vichy, le gouvernement français aux ordres des Nazis. Il qualifia autrefois l’Holocauste de «détail de l’histoire» et a dit de l’occupation allemande qu’elle n’avait pas été «particulièrement inhumaine». Les immigrés d’Afrique du Nord ne valaient pas mieux que de la vermine. Marine Le Pen a déployé de grands efforts pour exciser, ou du moins camoufler, tout cela.

Sur les affiches électorales, elle est simplement «Marine» et le parti n’est pas nommé. Elle s’est efforcée de remplacer la xénophobie fanatique par un discours nationaliste prônant l’opposition à l’immigration — en particulier l’immigration de musulmans — pour des raisons sécuritaires et économiques.

Combiné à l’agilité politique de Le Pen et à son affabilité terre à terre, ce relooking a été efficace. Alors que son père n’avait obtenu que 18% des votes au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002, elle réussira certainement à faire au moins le double de ce score. Elle pourrait même dépasser Macron, aidée par une abstention massive résultant de la posture de l’extrême gauche qui a appelé les électeurs à «faire exploser le système».

Cela est peu probable: dans les sondages, Macron, le jeune et nouvel arrivé de cette élection, a une nette avance. Mais ça n’est pas impossible. Le Front National de Marine Le Pen est devenu un parti «normal».

Les Américains qui se sont gaussés du candidat improbable qu’était Donald Trump pour ensuite découvrirent qu’il était soudain devenu leur président reconnaîtront les facteurs qui ont contribué à la montée en puissance de Le Pen. Parmi ceux-ci il y a la colère contre le système, la conviction que la mondialisation n’est qu’un instrument au service des plus riches, l’exaspération envers l’impunité des responsables de l’effondrement financier en 2008 et de la crise de l’euro, l’abîme culturel et économique séparant les métropoles connectées de la périphérie dystopique les inégalités grandissantes, et les bassins industriels désertés.

Il se passe quelque chose. Nous ne savons pas ce que c’est. Le Pen en est la porte-parole.

Elle est aussi, et toujours, la porte-parole d’un parti raciste et qui hait les musulmans; une adversaire de l’Union européenne, qui pourtant tira le continent de ses heures les plus sombres; un membre de plein droit du club en plein essor des nationalistes-autocrates, avec ses arborescences à Moscou, Ankara et Washington; et l’avocate d’un nationalisme «La France d’abord» dont l’issue finale, comme le notait le Président François Mitterrand, est la guerre.

La rénovation de son parti est une imposture. Elle nie encore la responsabilité de la France dans la déportation et la mort de 76,000 juifs au cours de la Seconde Guerre Mondiale; elle maintient encore des relations avec les negationistes; elle et son entourage font encore commerce de la calomnie de l’Islam; et elle s’efforce encore de se parer d’airs gaullistes pour dissiper la puanteur de Vichy.

Pour résumer, le choix dimanche est clair. Emmanuel Todd, un intellectuel de gauche de renom, a déclaré qu’il s’abstiendra «avec joie». Certains sympathisants de Jean-Luc Mélenchon, qui a recueilli près de 20% des voix au premier tour, tentent d’assimiler Macron le capitaliste et ex-banquier à Le Pen la xénophobe raciste, les renvoyant dos à dos comme deux exemples d’iniquité équivalents. Cela n’a aucun sens. C’est même une forme de malhonnêteté morale et intellectuelle.

La gauche française doit faire un examen de conscience, avec soin, avant d’appeler à l’abstention. Elle risque sinon d’encourager les héritiers de la droite et des fascistes ennemis du Front Populaire de Léon Blum. En 1936, Blum devint le premier chef du gouvernement de la France juif et socialiste, mais il fut par la suite condamné par le gouvernement de Vichy et emprisonné à Buchenwald.

Macron est une valeur inconnue. Personne ne sait ce qu’il a dans les tripes. Mais il s’est montré courageux, en particulier dans son soutien à l’Union européenne et sa résistance à la caricature dénigrante faite des migrants, et il est déterminé à revitaliser une France qui stagne. A l’heure qu’il est, c’est le meilleur espoir pour la France, pour l’Europe et pour la civilité.

Dimanche, les électeurs français peuvent dire: «Vous n’aurez pas ma haine». Je pense qu’ils le feront. Et dans ce cas, le monde aura de quoi leur être reconnaissant.


1917-2017: Au secours, Lénine revient ! (A la veille du premier tour d’une élection présidentielle décisive, un essayiste qui a connu la dictature de Ceausescu met en garde contre les conséquences potentiellement désastreuses de l’étrange obsession antilibérale française)

23 avril, 2017

« Mélenchon, Poutou et Arthaud ne me font pas rire : moi, le communisme, je l'ai vécu ! »

La consternation des Vénézuéliens de Paris face à MélenchonNo automatic alt text available.Image may contain: textFondé sous l’égide de Jean-Paul Sartre, le journal paraît pour la première fois le 18 avril 1973 et reprend le nom d’un titre de presse similaire créé en 1927 par le libertaire Jules Vignes, nom qui sera également celui d’un des journaux de la Résistance dirigé par Emmanuel d’Astier de La Vigerie. Situé à l’extrême gauche à ses débuts, Libération évolue vers la gauche sociale-démocrate à la fin des années 1970 après la démission de Jean-Paul Sartre en 1974. En 1978, le journal n’a déjà plus rien de maoïste : Serge July le décrit alors comme « libéral-libertaire ». Aujourd’hui, sa ligne éditoriale est toujours de centre gauche ou de gauche sociale-démocrate, selon l’échiquier politique français habituellement utilisé, et son lectorat est majoritairement de gauche. Wikipedia
Sale temps pour les sondages. Paniqués à l’idée de « rater » le premier tour de l’élection présidentielle, les voici challengés par de nouveaux venus : les spécialistes du big data, qui utilisent l’analyse des données à grande échelle pour établir une autre cartographie de l’opinion. Première mauvaise nouvelle pour les sondeurs, dont la méthodologie est ouvertement contestée : contrairement à eux, ces concurrents du big data ont su prédire la qualification de François Fillon au premier tour de la primaire à droite. Et aussi l’élection de Donald Trump et, pour Vigiglobe, la victoire du Brexit. Trois échecs cuisants pour les instituts de sondages. Deuxième mauvaise nouvelle : les prédictions de Filteris, de Vigiglobe et de l’algorithme Predict My President ne valident pas celles des sondages. Ceux-ci ne cessent d’annoncer un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Au contraire, les trois initiatives misent sur la qualification de François Fillon. Ils diffèrent par contre sur le ou la candidate qui l’accompagnera au second tour. Une question de méthodologie qui révèle aussi les limites de l’exercice. [Filteris] Dans sa dernière mesure du vendredi 21 avril, François Fillon arrive en tête avec 22,09%. Il est suivi par Marine Le Pen, avec 21,75%, puis Jean-Luc Mélenchon (21,11%) et enfin Emmanuel Macron (19,92%). Les quatre candidats se tiennent à un peu plus de deux points. Autrement dit, dans un mouchoir de poche. C’est la 16è mesure d’opinion de Filteris depuis le 3 avril. Les 14 premières indiquaient que François Fillon et Marine Le Pen figureraient au second tour. Seule la 15è, du jeudi 20 avril, anticipait un second tour Fillon-Mélenchon. (…) Filteris a correctement prédit la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. L’entreprise n’a pas travaillé sur le Brexit. Contrairement aux sondages, Filteris a su prédire la première place de François Fillon à la primaire de la droite. Mais l’entreprise attendait Nicolas Sarkozy en deuxième position, alors que c’est Alain Juppé qui s’est qualifié. Elle s’est en outre trompée sur le premier tour de la primaire de la gauche : Benoît Hamon, qui est arrivé en première position, était donné troisième, derrière Manuel Valls et Arnaud Montebourg. (…) Contrairement à ses concurrents, Vigiglobe ne se risque pas au jeu des prédictions. En revanche, la startup estimait, jeudi 20 avril, que François Fillon a « de grandes chances de se qualifier pour le second tour ». Ses algorithmes d’analyse du sentiment voient se dégager un trio de tête dans un mouchoir de poche : François Fillon (qui dispose en plus du plus grand nombre de messages positifs), Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Contrairement aux sondages et aux autres spécialistes du big data, Vigiglobe estime que Marine Le Pen est en sérieuse perte de vitesse, et qu’elle pourrait, par conséquent, ne pas se qualifier pour le second tour. Leendert de Voogd, le Pdg, précise toutefois que l’attaque des Champs-Elysées profitait vendredi 21 avril à François Fillon et à Marine Le Pen, en nette hausse par rapport aux jours précédents. (…) Vigiglobe a correctement identifié les dynamiques portant à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, à la victoire du Brexit au Royaume-Uni, de François Fillon à la primaire de la droite, et de Benoît Hamon à celle de la gauche. (…) Predict My President est un programme mené depuis plusieurs mois par cinq étudiants de l’école Télécom Paris tech pour l’hebdomadaire Le Point. L’objectif est de pallier les « failles » des sondages en remplaçant les enquêtes d’opinion par une analyse socio-économique des électeurs, couplée à une analyse de la popularité des candidats sur la Toile. (…) Le 19 avril, Predict My President voyait se profiler un duel entre Marine Le Pen (24,13%) et François Fillon (21,77%). Emmanuel Macron arriverait troisième avec 20,32%, suivi par Jean-Luc Mélenchon avec 18,66%. (…) les sondages (…) Dans la dernière ligne droite, tous notent une progression de François Fillon, confirmant ainsi la dynamique relevée par les spécialistes du big data, mais pas suffisamment pour atteindre le second tour. Tous les instituts le donnent troisième derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La Tribune
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (2001)
La droite républicaine a besoin d’une colonne vertébrale. Villepin (2017)
Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. Jean-Luc Mélenchon
Le Venezuela avait une politique sociale-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a jamais eu de nationalisation non plus. J’ai soutenu Chavez contre l’agression des Américains. Et aujourd’hui le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien! Jean-Luc Mélenchon
[Chávez et Castro] sont morts tous les deux. Je les ai défendus dans des circonstances où ils étaient attaqués. Cuba a défendu tous les mouvements de libération nationale d’Amérique latine et dû subir l’embargo des États-Unis, pourtant condamné par l’Onu. Mais je n’ai jamais approuvé la façon dont était organisée politiquement Cuba. Je n’ai pas l’intention de faire Cuba en France. (…) Le Venezuela avait une politique de social-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a pas eu de nationalisations non plus. J’ai soutenu Chávez contre l’agression des Américains. Aujourd’hui, le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien. Je trouve que c’est un signe d’extrême désarroi intellectuel de m’affronter sur un terrain pareil avec une telle caricature. Jean-Luc Mélenchon
Il s’est passé à l’époque quelque chose qui m’intéressait beaucoup, qui était un gouvernement qui partageait la rente pétrolière avec le peuple et avec les pauvres, si bien que des millions de gens ont été sortis de la pauvreté. Mais je ne suis pas gouvernant du Venezuela. Je voyais un partage extrêmement intéressant et fécond entre le partage de la rente pétrolière au Venezuela, et l’accaparation de cette même richesse au Qatar ou en Arabie Saoudite où les pauvres gens n’ont accès à rien. (…) Et bien oui ce sont des manifestations d’opposition (…) Vous ne m’interrogez pas sur Bahreïn, sur le Yémen Monsieur Bourdin, vous avez vos prédilections… Vous avez vos massacres préférés. (…) Vous passez votre temps, vous et quelques autres, à essayer d’effrayer à mon sujet (…) Je ne fais pas campagne au Venezuela, je suis en train de faire campagne en France. Jean-Luc Mélenchon
Je n’ai pas regardé précisément ce point 62. (…) Ecoutez, je vais regarder dans le détail ce point-là. (…) Je ne sais pas exactement ce qui a conduit à ce point 62. (…) Ce qui compte, c’est la logique générale. Clémentine Autain
Monsieur Villepin ne déçoit jamais dans sa capacité à marquer des buts contre son camp. C’est l’homme de la dissolution qui a amené Lionel Jospin au pouvoir, c’est l’homme des coups bas contre Nicolas Sarkozy. Il poursuit aujourd’hui dans la collaboration avec Emmanuel Macron. Eric Ciotti
Les sondages mesurent une situation à des instants figés. Mais ils sont difficilement extrapolables : ce qui va se passer n’est pas forcément inscrit dans ce qui est déjà arrivé. Prenons l’exemple de l’eau. Cette molécule peut passer de l’état liquide à gazeux ou glacé. Si je n’étudie que ses propriétés sous forme liquide sans prendre en compte les interactions entre les molécules, je ne pourrai pas prévoir son comportement sous forme solide. C’est la même chose pour les intentions de vote. Je fais le postulat qu’elles dépendent de discussions, de débats, que les dynamiques d’opinion sont régies par des lois d’interactions entre les individus. (…) Il ne s’agit pas de transposer les lois de l’atome à l’humain, mais plutôt d’aborder des questions sociales et politiques comme un physicien face à un problème complexe. Par exemple, comment des personnages aux convictions inflexibles peuvent influencer le comportement d’électeurs plus ouverts et donc changer le résultat d’une élection. (…) Exactement. Dans le cas de la peine de mort, par exemple, une majorité d’individus pense qu’il faut maintenir son abolition. Mais si on faisait un référendum, il y aurait de forts risques que par le débat les gens changent d’opinion. Alors qu’on aurait enrichi notre vision du problème, on aboutirait à une rationalité manipulée qui suivrait nos préjugés communs les plus archaïques. L’impact des préjugés est l’un des composants de mon modèle. L’impact des gens inflexibles en est un autre. (…) Les inflexibles sont ceux qui sont sûrs de leur vote. Par exemple, Marine Le Pen bénéficie d’un fort électorat d’inflexibles. Coûte que coûte, ils voteront pour elle. Mais il existe aussi une catégorie d’inflexibles anti-FN qui ne voteront jamais pour elle. Eux non plus ne changeront pas d’avis. Et ils sont plus de la moitié. Ce qui fait que, pour l’instant, elle ne peut pas gagner au second tour. [Mais] pour la première fois, des électeurs anti-FN ne sont pas prêts à aller voter pour le challenger. La pilule est trop difficile à avaler. La victoire de Le Pen est improbable mais n’est plus impossible. (…) C’est l’intensité de la campagne et des discussions avec les inflexibles qui peuvent faire basculer la distribution de votes. D’après mon modèle, Fillon détient le plus grand nombre d’inflexibles (ceux capables de convaincre les autres). Il suffit que ces influenceurs augmentent de 2-3 points pour que Fillon batte Macron (qui a moins d’inflexibles) au premier tour. Quant à la montée de Mélenchon, si elle se poursuit, elle pourrait contribuer à faire redémarrer Fillon. (…) Aujourd’hui, les discussions peuvent amener les macronistes (refroidis par les affaires de Fillon) à voter Mélenchon. Mais d’après mon modèle, dans un deuxième temps, si Mélenchon devient un candidat sérieux face à Marine Le Pen, ces ex-Macron pourraient, poussés par les inflexibles pro-Fillon, se tourner vers Fillon pour s’opposer à la politique économique de Mélenchon. Serge Galam
Je montre la possibilité d’un paradoxe. C’est-à-dire que le jour de l’élection, si Marine Le Pen a 44 % d’intentions de votes, contre 56 % d’intentions de votes pour son challenger, normalement elle perd l’élection. Simplement, ce qui est inédit dans cette élection, c’est que beaucoup d’électeurs anti-FN vont se trouver face à un dilemme très difficile à résoudre car pour mettre en pratique leur refus du FN ils vont devoir voter pour un candidat pour lequel ils ont également une aversion, que ce soit Fillon, Macron ou Mélenchon. C’est une abstention inavouée. Serge Galam
Vous vous moquiez des codes. Vous étiez peu enclin aux règles du jeu politique traditionnel. Vous disiez que vous n’aimiez pas le microcosme. Vous étiez atypique dans ce milieu ». Vous disiez que vous aviez l’intention d’aller le plus loin possible. Vous vouliez renverser la table, changer la vie, faire la Révolution. Vous savez comment on vous surnomme (…) ? On vous surnomme « Monsieur ‘et en même temps’. Vous vouliez supprimer l’ISF et en même temps vous avez préféré le garder dans une version patrimoniale. Vous vouliez supprimer les 35 heures et en même temps vous vous êtes dit qu’il valait mieux rechercher des accords d’entreprises. Vous disiez vouloir préparer une réforme de la fonction publique et vous attaquer au statut des fonctionnaires et en même temps vous avez décidé de ne pas vous attaquer à ce statut mais de le moderniser ». (…) Sur Notre-Dame-des-Landes, vous avez dit qu’il y avait eu un référendum et qu’il fallait le respecter et en même temps vous avez proposé de nommer un médiateur. Sur la colonisation vous avez parlé de crimes contre l’humanité et en même temps, après avoir réfléchi vous avez déclaré qu’il s’agissait plutôt de crimes contre l’humain. Vous avez jugé que les anti-mariage pour tous ont été humiliés et en même temps vous avez estimé que l’humiliation avait été aussi du côté des pro-mariage. Et sur la peopolisation, vous avez déclaré que vous aviez fait une erreur de vous exposer avec votre épouse et en même temps vous avez continuez à vous prêter au jeu. (…) Sous vos airs polis, vous avez dit beaucoup de choses et leurs contraires. Alba Ventura
Son parti s’est effondré, le candidat PS Benoit Hamon est crédité de moins de 10% dans les sondages, le chômage est toujours au plus haut, les tensions identitaires et religieuses, notamment liées à l’islam politique, sont extrêmement vives. Mais le “Premier secrétaire de la République” se vante. “Je laisserai à mon successeur un pays en bien meilleur état que celui que j’ai trouvé”. Valeurs actuelles
Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable. Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique. (…) Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle. Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. (…) Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs. Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire. Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse. Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française. Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres. Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées. Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires. (…) Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France. Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah – un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ». En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. (…) S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service. Et tous, en masse, se sont ralliés à la candidature Macron – un candidat trop profondément ignorant de ces questions pour pouvoir contrer leur influence s’il était élu. Amram Castellion
La France se rend aux urnes pour une élection plus incertaine que jamais, qui pourrait voir la gauche écartée du second tour laissant face à face droite réac et extrême droite. (…) Voter pour qui? Certainement pas pour les diviseurs des Français qui récupèrent le drame pour achalander leur douteuse boutique. Libération
Le monde entier a montré sa solidarité avec l’opposition vénézuélienne et condamné l’attitude du pouvoir chaviste. Et Mélenchon continue à défendre un régime coupable de multiples violations des droits de l’homme. Chaque fois qu’il en parle, Mélenchon décrit Chavez comme un grand humaniste. Tout le monde sait que c’est faux. Il ment quand il dit qu’il n’y a pas eu d’expropriations. Il doit le savoir! Il est venu si souvent dans mon pays. Avec un menteur comme lui, il n’y a pas de discussion possible. Aujourd’hui, au Venezuela, des gens fouillent dans les poubelles pour trouver à manger. Paula Osorio
Mélenchon est comme un mari trompé qui ne veut pas voir que sa femme lui est infidèle. Il nie la réalité alors qu’il la connaît. Il se ment à lui-même car il a trouvé dans son soutien à Chavez une part de romantisme qui le nourrit dans son combat politique. Mélenchon ne peut pas être un bon président s’il continue à vivre dans une utopie. Et pourtant de nombreux points de son programme me plaisent. Mais cet aveuglement sur mon pays est insultant pour tous les Vénézuéliens qui souffrent. Francisco Moreno (ancien cadre de la compagnie nationale pétrolière vénézuélienne PDVSA)
Mélenchon parle d’un Venezuela qui n’existe pas. Il nourrit ses fantasmes de révolution sud-américaine de l’histoire d’un pays où certains habitants n’ont même plus la possibilité de se soigner car il n’y a plus de médicaments dans les pharmacies et les hôpitaux depuis des mois. Manifestant vénézuélien à Paris
Alors que l’opposition vénézuélienne défile en masse dans les rues de Caracas pour demander l’organisation d’élections, de nombreux Vénézuéliens parisiens s’offusquent des déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur leur pays. Ils dénoncent les contre-vérités exprimées par le candidat à la présidentielle. (…) Par ailleurs, à une question sur France Info sur le point 62 du programme de Mélenchon qui prône l’adhésion de la France l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), Clémentine Autain a montré qu’elle ne connaissait pas ce point du programme du candidat dont elle est la porte-parole. L’Alba est une organisation fondée par Hugo Chavez qui visait à créer des solidarités avec les pays latino-américains et caraïbes adhérents aux préceptes du socialisme du XXIe siècle (Cuba, Bolivie, Nicaragua, République dominicaine, Équateur, notamment). Cette alliance est en train de péricliter. La rente pétrolière vénézuélienne ayant fondu, Caracas ne peut plus apporter son aide aux pays membres. La proposition d’adhésion de la France à cette alliance est pour le moins incongrue.  (…) Mercredi 19 avril, dans la cour de la reine dans le 8e arrondissement de Paris, les opposants au régime chaviste se sont réunis au pied de la statue de Simon Bolivar pour montrer leur solidarité avec leurs compatriotes qui défilaient dans les rues de Caracas au même moment. Au milieu des slogans demandant le respect des droits à manifester et de la constitution ainsi que la libération des prisonniers politiques, la colère contre Jean-Luc Mélenchon était présente. La plupart des participants exprimaient spontanément leur consternation face aux «contre-vérités» exprimées par le candidat de la France insoumise sur le Venezuela. Le Figaro
C’était par les yeux de la France que je commençais à voir. Rudyard Kipling
[Le maoïsme], c’était de la poésie. Philippe Solers
Suite à la tribune de 25 prix Nobel d’économie rappelant l’erreur que constituerait une sortie de l’UE, un recours au protectionnisme ou à la dévaluation, une centaine d’économistes a décidé de prendre la plume pour signer, à son tour, une tribune en faveur du programme de Jean-Luc Mélenchon. Sans doute ont-ils ressenti le message des « Nobel » comme une menace pour leur champion. Que nous apprend cette démarche qui interpelle davantage par le nombre de signataires que par le fond de leur analyse ? Il faut d’abord noter le pathétique de cette décision. Lorsque 25 Nobel, ayant des opinions politiques diverses et des méthodologies très différentes, rappellent que certains faits économiques sont indiscutables, ils démontrent qu’il existe un consensus scientifique qui dépasse les croyances individuelles. En s’opposant frontalement à leurs conclusions, pour mieux soutenir leur candidat, ces « économistes » relèguent la science économique au rang de simple débat d’idées. Selon eux, l’économie serait affaire de goûts et relèverait davantage de discussion de cafés du commerce que de science. Cela en dit long sur l’estime qu’ils ont de leur profession. Mais il y a plus grave. Un tel comportement favorise le relativisme ambiant qui, en matière économique, empêche tout consensus et donc toute discussion rationnelle et dépassionnée sur la pertinence des programmes électoraux. Voilà déjà un point choquant. Pourtant, celui-ci n’est rien en regard de ce que cette tribune révèle sur le système universitaire français. Parmi ces signataires, plusieurs appartiennent au mouvement des Economistes Atterrés qui n’a jamais caché son penchant anticapitaliste, anti-marché et révolutionnaire. Ceux-là sont donc dans leur rôle (sic) lorsqu’ils soutiennent le candidat qui pleure Castro et appelle de ses vœux un rapprochement avec l’Alliance Bolivarienne. Ceux qui le sont moins sont les nombreux signataires membres du CNU – Conseil National des Universités. Le CNU est l’institution déterminante pour la carrière des jeunes universitaires. Il délivre les précieuses « qualifications » sans lesquelles un docteur ne peut intégrer l’université au titre de Maître de Conférences. Et depuis peu, il est aussi l’instance qui octroie le prestigieux statut de Professeur. Or, comme en témoigne la liste des signataires soutenant cette tribune, ce Conseil sensé évaluer la recherche scientifique est composé, pour partie, d’idéologues niant les conclusions des Nobels et considérant au moins implicitement, que l’économie serait un art au service d’un idéal politique plus vaste. Voilà pourquoi l’économie est de moins en moins bien enseignée à l’université. Et voilà pourquoi les Français sont si ignorants en matière économique. Ce qui devrait être le temple de l’excellence scientifique est devenu l’arrière-boutique d’une idéologie dépassée, où se décident les carrières des futurs professeurs, non selon la qualité de leurs travaux mais selon leurs opinions politiques. Devenue un instrument politique au sein d’une institution dépossédée de sa nature scientifique, l’économie perd inévitablement son statut et son importance dans le débat politique, interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité. On s’interroge souvent sur les causes du marasme économique français. L’inculture et le relativisme économiques en sont les principales. Pour comprendre l’économie, pour choisir un programme économique plutôt qu’un autre, il faut déjà accepter que l’économie est une science, avec ses règles et ses mécanismes. Or, cela même les membres des plus hautes instances universitaires semblent l’avoir oublié, en faisant passer leur idéologie avant la réalité des faits, telle qu’énoncée par 25 Nobels ! Tant que les gardiens du temple seront des idéologues, favorables à un système qui n’a jamais fonctionné qui plus est, il n’y aura aucun débat rationnel. Et la France ne s’en remettra pas. Pierre Bentata (Université Panthéon Assas)
Quand je suis arrivé en France au début des années 1990, je pensais avoir laissé derrière moi le cauchemar de l’idéologie communiste. Je pensais ne plus revivre l’atmosphère sombre et pesante de l’époque, la tension et la peur permanentes, les files interminables devant les magasins vides et les pénuries – de la boîte d’allumettes jusqu’au papier hygiénique – et cette sensation terrible qu’on ne s’en sortirait jamais. Je croyais que c’en était fini des deux heures de télé par jour sur la seule chaîne, deux heures consacrées en grande partie au «Conducator bien aimé», le dictateur Ceausescu. (…) Plus de 25 ans après la chute du communisme, je suis en train de vivre une expérience que je n’aurais jamais pensé retrouver: la France, mon pays de cœur et d’adoption, manifeste une sympathie incorrigible pour les idées communistes que je n’ai cessé de combattre depuis mon enfance! Quelle ironie du sort: en 2017, sur onze candidats à l’élection présidentielle, neuf affichent clairement leurs penchants léninistes et leurs programmes marxisants. Sommes-nous en 2017 ou en 1917? (…) Quel décalage avec la France d’aujourd’hui! Un pays qui fait la couverture des magazines pour son taux de chômage qui bat des records ou pour sa bureaucratie sans équivalent dans les grands pays riches et démocratiques. Un pays dont l’économie étouffe sous la pression d’un État omniprésent et qui voit ses jeunes partir en masse à l’étranger. Un pays qui a envoyé aux oubliettes les vraies valeurs de l’école et les a remplacées par le pédagogisme et la sociologie égalitariste de Pierre Bourdieu ; une école phagocytée par les syndicats de gauche qui n’acceptent aucune réforme et par des enseignants complètement éloignés du monde de l’entreprise. Un pays qui chasse les jeunes, les chefs d’entreprise, les riches et qui n’attire plus les élites. Un pays dirigé par une classe politique en très grande partie déconsidérée et biberonnée à l’étatisme. Un pays où un parti dit d’extrême droite puise son programme dans les idées marxistes et obtient des scores électoraux impressionnants, un pays où plusieurs autres partis et candidats, enfin, se déclarent ouvertement communistes. Quel est ce pays qui renie ses racines chrétiennes et ses valeurs historiques? Qui a transformé l’antilibéralisme et l’antiaméricanisme en repères moraux? Qui passe son temps à insulter l’Europe et les présidents américains, parfaits boucs émissaires, et dresse des lauriers à des criminels comme Mao, Castro ou Che Guevara? (…) En France, le socialisme a toujours baigné dans la bienveillance, alors que le libéralisme a toujours souffert d’une présomption d’injustice et de culpabilité. L’étatisme marxisant bénéficie de la clause de l’idéologie la plus favorisée et c’est ce qui tue la France encore aujourd’hui. D’autres pays s’en sont sortis, en saisissant toutes les bouées de sauvetage que nous, nous repoussons. Souffririons-nous du syndrome de Stockholm à l’échelle nationale? D’une inconscience infantile qui pourrait se révéler lourde de conséquences? Où est la France de mon enfance? Bogdan Calinescu

Attention: un retour vers le futur peut en cacher un autre !

A l’heure où après des mois d’une véritable machination juridico-médiatique contre le seul candidat de la véritable alternance

Pour avoir, avec une centaine de ses collègues députés, tiré parti d’un système effectivement douteux mais à l’époque légal …

Et profitant de son titre prestigieux (repris d’un journal de résistance certes fondé par des compagnons de route  du PCF et refondés par des maoïstes) …

Le principal journal de gauche français appelle à voter littéralement n’importe quoi

Pour contrer dans le plus éhonté des amalgames « droite réac » et extrême droite …
Pendant qu’au nom du relativisme le plus échevelé et au moment même où à Caracas les manifestants tombent sous les balles du chavisme …
Une centaine d’économistes apportent leur soutien à l’appel, par un candidat ouvertement castriste et chaviste, à un rapprochement de la France avec l’Alliance bolivarienne
Encourageant de fait, comme le rappelle le chercheur en économie  Pierre Bentata, non seulement la notoire inculture des Français en matière économique …
Mais « interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité » …
Et qu’au prétendu centre et sur fond de sondages largement relativisés par une masse inédite d’indécis, un Monsieur Et en même temps nous ressort les restes quasi-momifiés d’une Chiraquie que l’on croyait morte et enterrée …
Comment ne pas voir  …
Avec l’essayiste Nicolas Lecaussin qui a connu, lui, la dictature sous le Ceausescu de sa Roumanie natale …
L’étrange obsession antilibérale d’un pays qui, en ce triste centenaire de l’idéologie la plus meurtrière de l’histoire …
 Aligne à l’élection présidentielle et entre deux attentats ou menaces djihadistes …
Pas moins de neuf candidats sur onze « affichant clairement leurs penchants léninistes et programmes marxisants » ?

« Mélenchon, Poutou et Arthaud ne me font pas rire : moi, le communisme, je l’ai vécu ! »
Nicolas Lecaussin
Le Figaro
21/04/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE- A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, l’essayiste Nicolas Lecaussin, qui a connu la dictature de Ceausescu en Roumanie, met en garde contre les candidats d’extrême gauche et l’état marxisant qu’ils souhaitent mettre en place.


Bogdan Calinescu publie en France sous le pseudonyme de Nicolas Lecaussin. Il est directeur de l’IREF et a écrit plusieurs essais dont Cet État qui tue la France, L’absolutisme efficace, Au secours, ils veulent la peau du capitalisme, L’obsession antilibérale française, et Échec de l’État (coauteur).


Quand je suis arrivé en France au début des années 1990, je pensais avoir laissé derrière moi le cauchemar de l’idéologie communiste. Je pensais ne plus revivre l’atmosphère sombre et pesante de l’époque, la tension et la peur permanentes, les files interminables devant les magasins vides et les pénuries – de la boîte d’allumettes jusqu’au papier hygiénique – et cette sensation terrible qu’on ne s’en sortirait jamais. Je croyais que c’en était fini des deux heures de télé par jour sur la seule chaîne, deux heures consacrées en grande partie au «Conducator bien aimé», le dictateur Ceausescu.

Enfant, je voyais mon père, intellectuel, enseignant la littérature française, prendre d’énormes risques en critiquant le régime et je me rappelle très bien comment, lors d’une perquisition de la police politique chez nous, à 6 heures du matin, il avait réussi à glisser dans mon cartable, avant que je ne parte à l’école, quelques documents «compromettants» qui auraient pu lui coûter cher… En les déposant chez un ami de la famille qui les a brûlés tout de suite, j’avais – déjà, à 13 ans – la satisfaction d’avoir accompli l’acte d’un véritable résistant au régime. Malgré l’ubuesque et l’impitoyable dictature de Ceausescu, j’ai eu la chance de grandir dans une atmosphère francophile, j’ai eu la chance de pouvoir déchiffrer le monde libre, sa littérature, son actualité.

Plus de 25 ans après la chute du communisme, je suis en train de vivre une expérience que je n’aurais jamais pensé retrouver: la France, mon pays de cœur et d’adoption, manifeste une sympathie incorrigible pour les idées communistes que je n’ai cessé de combattre depuis mon enfance! Quelle ironie du sort: en 2017, sur onze candidats à l’élection présidentielle, neuf affichent clairement leurs penchants léninistes et leurs programmes marxisants. Sommes-nous en 2017 ou en 1917?

Je me souviens très bien du moment où la France est devenue pour moi l’objectif à atteindre, l’endroit où je devais absolument vivre. Adolescent, je suis tombé sur ce texte de Rudyard Kipling qui, en 1878, à l’âge de 12 ans, visite Paris avec son père. Il a l’occasion de grimper dans la statue de la Liberté qui n’avait pas encore été envoyée à New York. En regardant de l’intérieur à travers ses yeux, il comprend: «C’était par les yeux de la France que je commençais à voir»… Des années plus tard, en 1922, lors d’un discours à la Royal Society of St. George, ce grand amoureux de la France affirmait: «Les Français représentent le seul autre (avec les Anglais) peuple dans le monde qui compte.» Néanmoins, l’Angleterre devrait suivre l’exemple de la France… Et Kipling d’énumérer les atouts de notre pays: l’éthique du travail, son économie, la simplicité, l’autodiscipline et la discipline extérieure ainsi que «la vie rude qui fortifie l’être moral». «La France est un exemple pour le monde entier»!

Quel décalage avec la France d’aujourd’hui! Un pays qui fait la couverture des magazines pour son taux de chômage qui bat des records ou pour sa bureaucratie sans équivalent dans les grands pays riches et démocratiques. Un pays dont l’économie étouffe sous la pression d’un État omniprésent et qui voit ses jeunes partir en masse à l’étranger. Un pays qui a envoyé aux oubliettes les vraies valeurs de l’école et les a remplacées par le pédagogisme et la sociologie égalitariste de Pierre Bourdieu ; une école phagocytée par les syndicats de gauche qui n’acceptent aucune réforme et par des enseignants complètement éloignés du monde de l’entreprise. Un pays qui chasse les jeunes, les chefs d’entreprise, les riches et qui n’attire plus les élites. Un pays dirigé par une classe politique en très grande partie déconsidérée et biberonnée à l’étatisme. Un pays où un parti dit d’extrême droite puise son programme dans les idées marxistes et obtient des scores électoraux impressionnants, un pays où plusieurs autres partis et candidats, enfin, se déclarent ouvertement communistes.

Quel est ce pays qui renie ses racines chrétiennes et ses valeurs historiques? Qui a transformé l’antilibéralisme et l’antiaméricanisme en repères moraux? Qui passe son temps à insulter l’Europe et les présidents américains, parfaits boucs émissaires, et dresse des lauriers à des criminels comme Mao, Castro ou Che Guevara? Je me souviendrai toujours de ce que m’avait dit l’intellectuel Philippe Sollers lorsque je lui avais demandé pourquoi il avait été maoïste: «C’était de la poésie», m’avait-il répondu en balayant d’un revers de main sa sympathie pour le plus grand criminel de l’Histoire. Alors, les admirateurs d’Hitler, c’était aussi de la poésie? En France, le socialisme a toujours baigné dans la bienveillance, alors que le libéralisme a toujours souffert d’une présomption d’injustice et de culpabilité.

L’étatisme marxisant bénéficie de la clause de l’idéologie la plus favorisée et c’est ce qui tue la France encore aujourd’hui. D’autres pays s’en sont sortis, en saisissant toutes les bouées de sauvetage que nous, nous repoussons. Souffririons-nous du syndrome de Stockholm à l’échelle nationale? D’une inconscience infantile qui pourrait se révéler lourde de conséquences? Où est la France de mon enfance?

Voir aussi:

MÉDIAS
« Tout sauf eux »: La Une engagée de Libération à la veille du premier tour de la présidentielle
Dans le viseur du quotidien, François Fillon et Marine Le Pen, « droite réac » et « extrême droite ».
Jade Toussay
Huffington post.fr
22/04/2017

PRÉSIDENTIELLE 2017 – « Tout sauf eux ». Eux, c’est-à-dire Marine Le Pen et François Fillon, qui s’affichent ce samedi 22 avril à la Une de l’édition week-end de Libération, dominée par le scrutin du premier tour de dimanche.

« La France se rend aux urnes pour une élection plus incertaine que jamais, qui pourrait voir la gauche écartée du second tour laissant face à face droite réac et extrême droite. » A la veille d’un scrutin décisif pour la France, le quotidien renoue avec l’une de ses grandes traditions éditorialistes et prend clairement position dans la campagne.

Sur la Une et dans l’éditorial « Voter c’est se battre » de Laurent Joffrin, le journal d’opinion appelle les électeurs français à voter. « Voter pour qui? Certainement pas pour les diviseurs des Français qui récupèrent le drame pour achalander leur douteuse boutique », assène le directeur de la rédaction, en faisant allusion aux réactions politiques qui ont suivi l’attentat sur les Champs-Elysées jeudi 20 avril.

Un avertissement, un cri du cœur, qui n’est sans rappeler la prise de position de certains autres quotidiens nationaux, qui ont, au cours de la campagne, pris plusieurs fois position contre la candidate frontiste et le candidat de la droite.

« Voilà deux possibles futurs présidents de la République »

Le 18 avril, Le Monde publiait un éditorial cinglant contre Marine Le Pen, accusée d’avoir franchi « la frontière de l’indécence ». En ligne de mire la déclaration polémique de la présidente du FN sur la sécurité nationale et le terrorisme: « Avec moi, il n’y aurait pas eu de Mohamed Merah, Français grâce au droit du sol, il n’y aurait pas eu les attentats du Bataclan et Stade de France. »

Sauf qu' »on ne récolte pas de voix sur le dos des morts », comme le martèle le texte publié le lendemain sur le site du Monde. « C’est une sorte de ligne rouge d’ordre moral – et qui préserve l’avenir. Cette ligne rouge, la chef du Front national, Marine Le Pen, vient de la franchir. »

Le quotidien n’épargne pas non plus François Fillon, englué dans des scandales politique, financier et surtout moral. « François Fillon, Marine Le Pen: même au mépris de la loi », s’intitule ainsi un autre éditorial, paru cette fois le 15 mars, au lendemain de la mise en examen du candidat de la droite, et alors que la candidate frontiste est elle aussi visée par des soupçons d’emplois fictifs au Parlement Européen.

« Voilà deux possibles futurs présidents de la République –et, à ce titre, gardiens des institutions– qui invoquent sans vergogne le verdict des électeurs pour mieux écarter le jugement des magistrats. Voilà une campagne définitivement empoisonnée et le débat présidentiel torpillé par ces affaires. Voilà enfin, c’est inévitable, les Français confortés dans leur défiance à l’égard de la parole publique et dans leur rejet, voire leur dégoût, des responsables politiques. De cela, en tout cas, François Fillon et Marine Le Pen sont dès à présent coupables », tranche ainsi le journal.

Voir également:

Un rappel aux économistes qui soutiennent Mélenchon
Pierre Bentata
La Tribune
20/04/2017

Les 100 économistes signataires de la tribune pro-Mélenchon sont le révélateur d’un malaise dans l’enseignement de l’économie en France. Par Pierre Bentata, chercheur en économie à l’Université Panthéon Assas

Suite à la tribune de 25 prix Nobel d’économie rappelant l’erreur que constituerait une sortie de l’UE, un recours au protectionnisme ou à la dévaluation, une centaine d’économistes a décidé de prendre la plume pour signer, à son tour, une tribune en faveur du programme de Jean-Luc Mélenchon. Sans doute ont-ils ressenti le message des « Nobel » comme une menace pour leur champion.

Que nous apprend cette démarche qui interpelle davantage par le nombre de signataires que par le fond de leur analyse ?

Consensus scientifique

Il faut d’abord noter le pathétique de cette décision. Lorsque 25 Nobel, ayant des opinions politiques diverses et des méthodologies très différentes, rappellent que certains faits économiques sont indiscutables, ils démontrent qu’il existe un consensus scientifique qui dépasse les croyances individuelles. En s’opposant frontalement à leurs conclusions, pour mieux soutenir leur candidat, ces « économistes » relèguent la science économique au rang de simple débat d’idées. Selon eux, l’économie serait affaire de goûts et relèverait davantage de discussion de cafés du commerce que de science. Cela en dit long sur l’estime qu’ils ont de leur profession.

Mais il y a plus grave. Un tel comportement favorise le relativisme ambiant qui, en matière économique, empêche tout consensus et donc toute discussion rationnelle et dépassionnée sur la pertinence des programmes électoraux. Voilà déjà un point choquant. Pourtant, celui-ci n’est rien en regard de ce que cette tribune révèle sur le système universitaire français.

Parmi ces signataires, plusieurs appartiennent au mouvement des Economistes Atterrés qui n’a jamais caché son penchant anticapitaliste, anti-marché et révolutionnaire. Ceux-là sont donc dans leur rôle (sic) lorsqu’ils soutiennent le candidat qui pleure Castro et appelle de ses vœux un rapprochement avec l’Alliance Bolivarienne. Ceux qui le sont moins sont les nombreux signataires membres du CNU – Conseil National des Universités. Le CNU est l’institution déterminante pour la carrière des jeunes universitaires. Il délivre les précieuses « qualifications » sans lesquelles un docteur ne peut intégrer l’université au titre de Maître de Conférences. Et depuis peu, il est aussi l’instance qui octroie le prestigieux statut de Professeur. Or, comme en témoigne la liste des signataires soutenant cette tribune, ce Conseil sensé évaluer la recherche scientifique est composé, pour partie, d’idéologues niant les conclusions des Nobels et considérant au moins implicitement, que l’économie serait un art au service d’un idéal politique plus vaste.

L’arrière-boutique d’une idéologie dépassée

Voilà pourquoi l’économie est de moins en moins bien enseignée à l’université. Et voilà pourquoi les Français sont si ignorants en matière économique. Ce qui devrait être le temple de l’excellence scientifique est devenu l’arrière-boutique d’une idéologie dépassée, où se décident les carrières des futurs professeurs, non selon la qualité de leurs travaux mais selon leurs opinions politiques. Devenue un instrument politique au sein d’une institution dépossédée de sa nature scientifique, l’économie perd inévitablement son statut et son importance dans le débat politique, interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité.

On s’interroge souvent sur les causes du marasme économique français. L’inculture et le relativisme économiques en sont les principales. Pour comprendre l’économie, pour choisir un programme économique plutôt qu’un autre, il faut déjà accepter que l’économie est une science, avec ses règles et ses mécanismes. Or, cela même les membres des plus hautes instances universitaires semblent l’avoir oublié, en faisant passer leur idéologie avant la réalité des faits, telle qu’énoncée par 25 Nobels !

Tant que les gardiens du temple seront des idéologues, favorables à un système qui n’a jamais fonctionné qui plus est, il n’y aura aucun débat rationnel. Et la France ne s’en remettra pas.

Voir encore:

La consternation des Vénézuéliens de Paris face à Mélenchon
Le candidat de la France insoumise érige le régime chaviste en modèle et a inscrit l’adhésion de la France à l’Alliance bolivarienne pour les Amériques dans son programme.
Patrick Bèle
Le Figaro
20/04/2017

Alors que l’opposition vénézuélienne défile en masse dans les rues de Caracas pour demander l’organisation d’élections, de nombreux Vénézuéliens parisiens s’offusquent des déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur leur pays. Ils dénoncent les contre-vérités exprimées par le candidat à la présidentielle. Dans un entretien accordé à Ouest France la semaine dernière, il déclarait: «Le Venezuela avait une politique sociale-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a jamais eu de nationalisation non plus. J’ai soutenu Chavez contre l’agression des Américains. Et aujourd’hui le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien!» «Six affirmations et quatre purs mensonges», déplore Jose Ocariz, qui vit en France depuis une quinzaine d’années.

Une alliance en train de péricliter

Par ailleurs, à une question sur France Info sur le point 62 du programme de Mélenchon qui prône l’adhésion de la France l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), Clémentine Autain a montré qu’elle ne connaissait pas ce point du programme du candidat dont elle est la porte-parole. L’Alba est une organisation fondée par Hugo Chavez qui visait à créer des solidarités avec les pays latino-américains et caraïbes adhérents aux préceptes du socialisme du XXIe siècle (Cuba, Bolivie, Nicaragua, République dominicaine, Équateur, notamment).

Cette alliance est en train de péricliter. La rente pétrolière vénézuélienne ayant fondu, Caracas ne peut plus apporter son aide aux pays membres. La proposition d’adhésion de la France à cette alliance est pour le moins incongrue. «Le monde entier a montré sa solidarité avec l’opposition vénézuélienne et condamné l’attitude du pouvoir chaviste, explique Paula Osorio, en France depuis dix ans. Et Mélenchon continue à défendre un régime coupable de multiples violations des droits de l’homme. Chaque fois qu’il en parle, Mélenchon décrit Chavez comme un grand humaniste. Tout le monde sait que c’est faux. Il ment quand il dit qu’il n’y a pas eu d’expropriations. Il doit le savoir! Il est venu si souvent dans mon pays. Avec un menteur comme lui, il n’y a pas de discussion possible. Aujourd’hui, au Venezuela, des gens fouillent dans les poubelles pour trouver à manger.»

Consternation face aux «contre-vérités»

Pour Francisco Moreno, ancien cadre de PDVSA, le géant pétrolier appartenant à l’État vénézuélien, qui a quitté le pays au moment de la grande purge de la compagnie au début des années 2000, Mélenchon est «comme un mari trompé qui ne veut pas voir que sa femme lui est infidèle. Il nie la réalité alors qu’il la connaît. Il se ment à lui-même car il a trouvé dans son soutien à Chavez une part de romantisme qui le nourrit dans son combat politique. Mélenchon ne peut pas être un bon président s’il continue à vivre dans une utopie. Et pourtant de nombreux points de son programme me plaisent. Mais cet aveuglement sur mon pays est insultant pour tous les Vénézuéliens qui souffrent».

Jose Ocariz, qui se place plutôt à gauche, s’étonne lui aussi des «mensonges» de Jean-Luc Mélenchon. «Personne n’a été exproprié? Il suffit de taper «Expropiese» sur un moteur de recherche pour trouver de nombreux extraits des shows de télé réalité du colonel Chavez. Il s’agit d’humiliation publique, montrant des personnes réduites au silence à l’annonce en live de leur ruine car expropriés, suivie d’une salve d’applaudissements serviles.»

Mercredi 19 avril, dans la cour de la reine dans le 8e arrondissement de Paris, les opposants au régime chaviste se sont réunis au pied de la statue de Simon Bolivar pour montrer leur solidarité avec leurs compatriotes qui défilaient dans les rues de Caracas au même moment. Au milieu des slogans demandant le respect des droits à manifester et de la constitution ainsi que la libération des prisonniers politiques, la colère contre Jean-Luc Mélenchon était présente.

La plupart des participants exprimaient spontanément leur consternation face aux «contre-vérités» exprimées par le candidat de la France insoumise sur le Venezuela. «Mélenchon parle d’un Venezuela qui n’existe pas, s’insurgeait un participant qui préfère rester anonyme. Il nourrit ses fantasmes de révolution sud-américaine de l’histoire d’un pays où certains habitants n’ont même plus la possibilité de se soigner car il n’y a plus de médicaments dans les pharmacies et les hôpitaux depuis des mois.»

Voir par ailleurs:

Présidentielle 2017 : le big data donne Fillon au second tour, pas les sondages. Qui aura raison ?

Sylvain Rolland
La Tribune
21/04/2017
Filteris, Vigiglobe et Predict My President, trois initiatives différentes dans leur méthodologie de big data électoral, prédisent la qualification de François Fillon au second tour de l’élection présidentielle. Les derniers sondages, eux, continuent d’anticiper un duel Macron-Le Pen. Explications.

Sale temps pour les sondages. Paniqués à l’idée de « rater » le premier tour de l’élection présidentielle, les voici challengés par de nouveaux venus : les spécialistes du big data, qui utilisent l’analyse des données à grande échelle pour établir une autre cartographie de l’opinion.

Première mauvaise nouvelle pour les sondeurs, dont la méthodologie est ouvertement contestée : contrairement à eux, ces concurrents du big data ont su prédire la qualification de François Fillon au premier tour de la primaire à droite. Et aussi l’élection de Donald Trump et, pour Vigiglobe, la victoire du Brexit. Trois échecs cuisants pour les instituts de sondages.

Deuxième mauvaise nouvelle : les prédictions de Filteris, de Vigiglobe et de l’algorithme Predict My President ne valident pas celles des sondages. Ceux-ci ne cessent d’annoncer un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Au contraire, les trois initiatives misent sur la qualification de François Fillon. Ils diffèrent par contre sur le ou la candidate qui l’accompagnera au second tour. Une question de méthodologie qui révèle aussi les limites de l’exercice.

Retour sur ces trois trublions de la campagne, leur méthodologie, leur crédibilité, leurs prédictions. Puis celles, très différentes, des tout derniers sondages.

Filteris : un second tour Fillon / Le Pen

Qu’est-ce que c’est ? Filteris est une société canadienne créée en 2002 par Jérôme Coutard et Isabelle Dornic, tous deux docteurs en sciences sociales. L’entreprise est spécialisée dans l’analyse d’image, la gestion et la sécurisation de l’identité numérique des entreprises, institutions et personnalités. Depuis 2007, Filteris a développé une expertise dans l’analyse du buzz généré sur le web et les réseaux sociaux dans des contextes électoraux, baptisée BuzzPol.

Quelle méthodologie ?  BuzzPol réalise, comme les sondages, des mesures régulières de l’opinion. Mais contrairement aux sondeurs, BuzzPol ne se base pas sur le recueil d’intentions de vote auprès d’un public représentatif, mais sur l’analyse à grande échelle des perceptions, avis et opinions exprimés sur le web et les réseaux sociaux. Son algorithme permet d’analyser ces points de vue de manière quantitative et qualitative, puis de générer un score sur 100, réparti entre les candidats.

Quel est son pronostic ? Dans sa dernière mesure du vendredi 21 avril, François Fillon arrive en tête avec 22,09%. Il est suivi par Marine Le Pen, avec 21,75%, puis Jean-Luc Mélenchon (21,11%) et enfin Emmanuel Macron (19,92%). Les quatre candidats se tiennent à un peu plus de deux points. Autrement dit, dans un mouchoir de poche.

C’est la 16è mesure d’opinion de Filteris depuis le 3 avril. Les 14 premières indiquaient que François Fillon et Marine Le Pen figureraient au second tour. Seule la 15è, du jeudi 20 avril, anticipait un second tour Fillon-Mélenchon.

Quelle crédibilité ? Filteris a correctement prédit la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. L’entreprise n’a pas travaillé sur le Brexit. Contrairement aux sondages, Filteris a su prédire la première place de François Fillon à la primaire de la droite. Mais l’entreprise attendait Nicolas Sarkozy en deuxième position, alors que c’est Alain Juppé qui s’est qualifié. Elle s’est en outre trompée sur le premier tour de la primaire de la gauche : Benoît Hamon, qui est arrivé en première position, était donné troisième, derrière Manuel Valls et Arnaud Montebourg.

Vigiblobe : Fillon probablement qualifié, Macron et Mélenchon en embuscade, Le Pen hors de l’équation

Qu’est-ce que c’est ? Vigiglobe est une startup française dirigée par Leendert de Voogd, un ancien directeur mondial de l’institut de sondage TNS. Son credo : l’analyse des réseaux sociaux Twitter et Facebook pour repérer les tendances émergentes afin d’orienter la communication de ses clients, les marques. La startup a aussi développé des outils d’analyse spécialement conçus pour les élections, afin de repérer les signaux faibles qui traduisent des dynamiques qui échappent aux sondeurs – ou que ces derniers perçoivent trop tard.

Quelle méthodologie ? Vigiglobe utilise des algorithmes, développés en interne, de machine learning (apprentissage par la machine à base d’intelligence artificielle), capables d’analyser à la fois quantitativement (qui suscite le plus de réactions ?) et qualitativement (quelle tonalité ?) les messages postés sur les réseaux sociaux. Grâce à des partenariats exclusifs avec Facebook et Twitter, la startup a accès à l’ensemble des contenus publiés. La moitié des Français est sur Facebook, et Twitter revendique 15 millions de comptes en France.

Quel est son pronostic ? Contrairement à ses concurrents, Vigiglobe ne se risque pas au jeu des prédictions. En revanche, la startup estimait, jeudi 20 avril, que François Fillon a « de grandes chances de se qualifier pour le second tour ». Ses algorithmes d’analyse du sentiment voient se dégager un trio de tête dans un mouchoir de poche : François Fillon (qui dispose en plus du plus grand nombre de messages positifs), Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Contrairement aux sondages et aux autres spécialistes du big data, Vigiglobe estime que Marine Le Pen est en sérieuse perte de vitesse, et qu’elle pourrait, par conséquent, ne pas se qualifier pour le second tour. Leendert de Voogd, le Pdg, précise toutefois que l’attaque des Champs-Elysées profitait vendredi 21 avril à François Fillon et à Marine Le Pen, en nette hausse par rapport aux jours précédents.

Quelle crédibilité ? Vigiglobe a correctement identifié les dynamiques portant à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, à la victoire du Brexit au Royaume-Uni, de François Fillon à la primaire de la droite, et de Benoît Hamon à celle de la gauche.

Predict My President : Le Pen et Fillon au second tour

Qu’est-ce que c’est ? Predict My President est un programme mené depuis plusieurs mois par cinq étudiants de l’école Télécom Paris tech pour l’hebdomadaire Le Point. L’objectif est de pallier les « failles » des sondages en remplaçant les enquêtes d’opinion par une analyse socio-économique des électeurs, couplée à une analyse de la popularité des candidats sur la Toile.

Quelle méthodologie ? Les élèves ont bâti un logiciel nourri à partir des données numériques issues du réseau social Twitter et des recherches des internautes sur Google, pour déceler la popularité des candidats et analyser le contenu des messages les concernant. Ces data sont croisées par des données socio-économiques remontant jusqu’à 1981 (taux de chômage par département, résultats des élections locales, etc.), issues des plateformes gouvernementales d’open data et de l’Insee. Un algorithme pondère les différentes analyses et aboutit à des prédictions de vote. Ou quand le big data et l’analyse socio-économique remplacent les sondages.

Quel est le pronostic ? Le 19 avril, Predict My President voyait se profiler un duel entre Marine Le Pen (24,13%) et François Fillon (21,77%). Emmanuel Macron arriverait troisième avec 20,32%, suivi par Jean-Luc Mélenchon avec 18,66%.

Quelle crédibilité ? Verdict dimanche.

Et les sondages ?

Dans la dernière ligne droite, tous notent une progression de François Fillon, confirmant ainsi la dynamique relevée par les spécialistes du big data, mais pas suffisamment pour atteindre le second tour. Tous les instituts le donnent troisième derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Voici les résultats des derniers sondages publiés le vendredi 21 avril:

  • Odoxa pour Le Point

Emmanuel Macron (24,5%) vs Marine Le Pen (23%). François Fillon et Jean-Luc Mélenchon sont tous les deux à 19%.

  • BVA pour La Dépêche du Midi

Emmanuel Macron (24%) vs Marine Le Pen (23%). François Fillon et Jean-Luc Mélenchon sont tous les deux à 19%.

  • OpinionWay-ORPI pour Les Echos et Radio Classique

Emmanuel Macron (23%) vs Marine Le Pen (22%). François Fillon est troisième avec 21%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 18%.

  • Ifop-Fiducial pour Paris Match, CNews et Sud Radio

Emmanuel Macron (24,5%) vs Marine Le Pen (22,5%). François Fillon est troisième avec 19,5%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 18,5%.

  • Elabe pour BFMTV et L’Express

Emmanuel Macron (24%) vs Marine Le Pen (21,5%). François Fillon est troisième avec 20%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 19,5%.

Voir enfin:

Il avait prédit la victoire de Trump, aujourd’hui il révèle qui pourrait être le président de la République

Serge Galam avait prédit la victoire de Donald Trump, le Brexit ou encore l’élimination d’Alain Juppé à la primaire. Aujourd’hui, il révèle qui pourrait devenir le chef d’État français

Le Soir
23 avril 2017

Serge Galam ne se base pas sur de simples spéculations lorsqu’il prédit des événements politiques. Ce professeur à Science-Po est l’initiateur de la sociophysique. Une science qui tient compte du comportement, du choix des électeurs, des influences auxquelles ils sont confrontés corrélant le tout avec des statistiques souvent récoltées dans des sondages officiels. Serge Galam cherche à mathématiser le cheminement de l’opinion. Mais ces sondages ne peuvent pas être pris en compte seuls. Explications.

Une victoire improbable

«  Les sondages mesurent une situation à des instants figés. Mais ils sont difficilement extrapolables : ce qui va se passer n’est pas forcément inscrit dans ce qui est déjà arrivé. Prenons l’exemple de l’eau. Cette molécule peut passer de l’état liquide à gazeux ou glacé. Si je n’étudie que ses propriétés sous forme liquide sans prendre en compte les interactions entre les molécules, je ne pourrai pas prévoir son comportement sous forme solide. C’est la même chose pour les intentions de vote. Je fais le postulat qu’elles dépendent de discussions, de débats, que les dynamiques d’opinion sont régies par des lois d’interactions entre les individus  » relaye le magazine Grazia. Ainsi, il explique comment Marine LePen pourrait gagner les élections. Une victoire qu’il estime aujourd’hui «  improbable mais n’est plus impossible  ». Car, en effet, l’élection française se montre presque imprévisible et la distribution des votes pourrait encore basculer.

Tout peut basculer

«  Je montre la possibilité d’un paradoxe. C’est-à-dire que le jour de l’élection, si Marine Le Pen a 44 % d’intentions de votes, contre 56 % d’intentions de votes pour son challenger, normalement elle perd l’élection. Simplement, ce qui est inédit dans cette élection, c’est que beaucoup d’électeurs anti-FN vont se trouver face à un dilemme très difficile à résoudre car pour mettre en pratique leur refus du FN ils vont devoir voter pour un candidat pour lequel ils ont également une aversion, que ce soit Fillon, Macron ou Mélenchon. C’est une abstention inavouée  », rapporte RCF Radio.

Ainsi, le rapport minorité-majorité pourrait être inversé par les inflexibles – ceux qui voteront coûte que coûte pour un candidat – capables d’influencer les plus « flexibles ».


Présidentielle 2017: Et si les bobos se réjouissaient trop vite ? (Behind Valls’s sacrifice hit or hail Mary pass, the reality of the soon-coming Trumpian revenge of back row France ?)

30 mars, 2017

La vengeance est un plat qui se mange froid. Proverbe bien connu
Chassez le naturel: il revient au galop ! Autre proverbe bien connu
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises.  Bourdieu
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais, en même temps, elle doit s’ancrer dans l’immanence complète, de la matérialité. Emmanuel Macron
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Well, my joke is that I consider myself a bobo with bad grades. If I’d studied more, I would have gotten into Harvard and I could afford the big kitchen and all that. But I am a bobo in some sense. You know, the essence of bobo life is people who consider themselves sort of artistic or writers or intellectuals but find themselves in the world of making money, in the world of commerce. And so I certainly am in that. You know, I consider myself a writer, and I live for ideas and things like that. But I also want a big house, so I’m caught between money and spirituality. David Brooks
I’ve written of the great divide in America as between the protected and the unprotected—those who more or less govern versus the governed, the facts of whose lives the protected are almost wholly unaware. Mr. Arnade sees the divide as between the front-row kids at school waving their hands to be called on, and the back-row kids, quiet and less advantaged. The front row, he says, needs to learn two things. “One is how much the rest of the country is hurting. It’s not just economic pain, it’s a deep feeling of meaninglessness, of humiliation, of not being wanted.” Their fears and anxieties are justified. “They have been excluded from participating in the great wealth of this country economically, socially and culturally.” Second, “The front-row kids need humility. They need to look in the mirror, ‘We messed this up, we’ve been in charge 30 years and haven’t delivered much.’ ” “They need to take stock of what has happened.” Of those falling behind: “They’re not lazy and weak, they’re dealing with bad stuff. Both conservative and progressive intellectuals say Trump voters are racist, dumb. When a conservative looks at a minority community and says, ‘They’re lazy,’ the left answers, ‘Wait a minute, let’s look at the larger context, the availability of jobs, structural injustice.’ But the left looks at white working-class poverty and feels free to judge and dismiss.” Peggy Noonan
It’s not just visual: In interview after interview in all corners of the state, I’ve found that Trump’s support across the ideological spectrum remains strong. Democrats, Republicans, independents, people who have not voted in presidential elections for years — they have not wavered in their support. Two components of these voters’ answers and profiles remain consistent: They are middle-class, and they do not live in a big city. They are suburban to rural and are not poor — an element I found fascinating, until a Gallup survey last week confirmed that what I’ve gathered in interviews is more than just freakishly anecdotal. The Gallup analysis, based on 87,000 interviews over the past year, shows that while economic anxiety and Trump’s appeal are intertwined, his supporters for the most part do not make less than average Americans (not those in New York City or Washington, perhaps, but their Main Street peers) and are less likely to be unemployed. The study backs up what many of my interviews across the state found — that these people are more concerned about their children and grandchildren. While Trump supporters here are overwhelmingly white, their support has little to do with race (yes, you’ll always find one or two who make race the issue) but has a lot to do with a perceived loss of power. Not power in the way that Washington or Wall Street board rooms view power, but power in the sense that these people see a diminishing respect for them and their ways of life, their work ethic, their tendency to not be mobile (many live in the same eight square miles that their father’s father’s father lived in). Thirty years ago, such people determined the country’s standards in entertainment, music, food, clothing, politics, personal values. Today, they are the people who are accused of creating every social injustice imaginable; when anything in society fails, they get blamed. The places where they live lack economic opportunities for the next generation; they know their children and grandchildren will never experience the comfortable situations they had growing up — surrounded by family who lived next door, able to find a great job without going to college, both common traits among many successful small-business owners in the state. These Trump supporters are not the kind you find on Twitter saying dumb or racist things; many of them don’t have the time or the patience to engage in social media because they are too busy working and living life in real time. These are voters who are intellectually offended watching the Affordable Care Act crumble because they warned six years ago that it was an unworkable government overreach. They are the same people who wonder why President Obama has not taken a break from a week of golfing to address the devastating floods in Louisiana. (As one woman told me, “It appears as if he only makes statements during tragedies if there is political gain attached.”) Voice such a remark, and you risk being labeled a racist in many parts of America. The Joe-Six-Pack stereotype of a Trump supporter was not created in a vacuum; it’s real and it’s out there. Yet, if you dig down deep into the Gallup survey — or, better yet, take a drive 15 minutes outside of most cities in America — you will learn a different story. That is, if you look and listen. Salena Zito
America is coming apart. For most of our nation’s history, whatever the inequality in wealth between the richest and poorest citizens, we maintained a cultural equality known nowhere else in the world—for whites, anyway. (…) But t’s not true anymore, and it has been progressively less true since the 1960s. People are starting to notice the great divide. The tea party sees the aloofness in a political elite that thinks it knows best and orders the rest of America to fall in line. The Occupy movement sees it in an economic elite that lives in mansions and flies on private jets. Each is right about an aspect of the problem, but that problem is more pervasive than either political or economic inequality. What we now face is a problem of cultural inequality. When Americans used to brag about « the American way of life »—a phrase still in common use in 1960—they were talking about a civic culture that swept an extremely large proportion of Americans of all classes into its embrace. It was a culture encompassing shared experiences of daily life and shared assumptions about central American values involving marriage, honesty, hard work and religiosity. Over the past 50 years, that common civic culture has unraveled. We have developed a new upper class with advanced educations, often obtained at elite schools, sharing tastes and preferences that set them apart from mainstream America. At the same time, we have developed a new lower class, characterized not by poverty but by withdrawal from America’s core cultural institutions. (…) Why have these new lower and upper classes emerged? For explaining the formation of the new lower class, the easy explanations from the left don’t withstand scrutiny. It’s not that white working class males can no longer make a « family wage » that enables them to marry. The average male employed in a working-class occupation earned as much in 2010 as he did in 1960. It’s not that a bad job market led discouraged men to drop out of the labor force. Labor-force dropout increased just as fast during the boom years of the 1980s, 1990s and 2000s as it did during bad years. (…) As I’ve argued in much of my previous work, I think that the reforms of the 1960s jump-started the deterioration. Changes in social policy during the 1960s made it economically more feasible to have a child without having a husband if you were a woman or to get along without a job if you were a man; safer to commit crimes without suffering consequences; and easier to let the government deal with problems in your community that you and your neighbors formerly had to take care of. But, for practical purposes, understanding why the new lower class got started isn’t especially important. Once the deterioration was under way, a self-reinforcing loop took hold as traditionally powerful social norms broke down. Because the process has become self-reinforcing, repealing the reforms of the 1960s (something that’s not going to happen) would change the trends slowly at best. Meanwhile, the formation of the new upper class has been driven by forces that are nobody’s fault and resist manipulation. The economic value of brains in the marketplace will continue to increase no matter what, and the most successful of each generation will tend to marry each other no matter what. As a result, the most successful Americans will continue to trend toward consolidation and isolation as a class. Changes in marginal tax rates on the wealthy won’t make a difference. Increasing scholarships for working-class children won’t make a difference. The only thing that can make a difference is the recognition among Americans of all classes that a problem of cultural inequality exists and that something has to be done about it. That « something » has nothing to do with new government programs or regulations. Public policy has certainly affected the culture, unfortunately, but unintended consequences have been as grimly inevitable for conservative social engineering as for liberal social engineering. The « something » that I have in mind has to be defined in terms of individual American families acting in their own interests and the interests of their children. Doing that in Fishtown requires support from outside. There remains a core of civic virtue and involvement in working-class America that could make headway against its problems if the people who are trying to do the right things get the reinforcement they need—not in the form of government assistance, but in validation of the values and standards they continue to uphold. The best thing that the new upper class can do to provide that reinforcement is to drop its condescending « nonjudgmentalism. » Married, educated people who work hard and conscientiously raise their kids shouldn’t hesitate to voice their disapproval of those who defy these norms. When it comes to marriage and the work ethic, the new upper class must start preaching what it practices. Charles Murray
We’re in the midst of a rebellion. The bottom and middle are pushing against the top. It’s a throwing off of old claims and it’s been going on for a while, but we’re seeing it more sharply after New Hampshire. This is not politics as usual, which by its nature is full of surprise. There’s something deep, suggestive, even epochal about what’s happening now. I have thought for some time that there’s a kind of soft French Revolution going on in America, with the angry and blocked beginning to push hard against an oblivious elite. It is not only political. Yes, it is about the Democratic National Committee, that house of hacks, and about a Republican establishment owned by the donor class. But establishment journalism, which for eight months has been simultaneously at Donald Trump’s feet (“Of course you can call us on your cell from the bathtub for your Sunday show interview!”) and at his throat (“Trump supporters, many of whom are nativists and nationalists . . .”) is being rebelled against too. Their old standing as guides and gatekeepers? Gone, and not only because of multiplying platforms. (…) All this goes hand in hand with the general decline of America’s faith in its institutions. We feel less respect for almost all of them—the church, the professions, the presidency, the Supreme Court. The only formal national institution that continues to score high in terms of public respect (72% in the most recent Gallup poll) is the military (…) we are in a precarious position in the U.S. with so many of our institutions going down. Many of those pushing against the system have no idea how precarious it is or what they will be destroying. Those defending it don’t know how precarious its position is or even what they’re defending, or why. But people lose respect for a reason. (…) It’s said this is the year of anger but there’s a kind of grim practicality to Trump and Sanders supporters. They’re thinking: Let’s take a chance. Washington is incapable of reform or progress; it’s time to reach outside. Let’s take a chance on an old Brooklyn socialist. Let’s take a chance on the casino developer who talks on TV. In doing so, they accept a decline in traditional political standards. You don’t have to have a history of political effectiveness anymore; you don’t even have to have run for office! “You’re so weirdly outside the system, you may be what the system needs.” They are pouring their hope into uncertain vessels, and surely know it. Bernie Sanders is an actual radical: He would fundamentally change an economic system that imperfectly but for two centuries made America the wealthiest country in the history of the world. In the young his support is understandable: They have never been taught anything good about capitalism and in their lifetimes have seen it do nothing—nothing—to protect its own reputation. It is middle-aged Sanders supporters who are more interesting. They know what they’re turning their backs on. They know they’re throwing in the towel. My guess is they’re thinking something like: Don’t aim for great now, aim for safe. Terrorism, a world turning upside down, my kids won’t have it better—let’s just try to be safe, more communal. A shrewdness in Sanders and Trump backers: They share one faith in Washington, and that is in its ability to wear anything down. They think it will moderate Bernie, take the edges off Trump. For this reason they don’t see their choices as so radical. (…) The mainstream journalistic mantra is that the GOP is succumbing to nativism, nationalism and the culture of celebrity. That allows them to avoid taking seriously Mr. Trump’s issues: illegal immigration and Washington’s 15-year, bipartisan refusal to stop it; political correctness and how it is strangling a free people; and trade policies that have left the American working class displaced, adrift and denigrated. Mr. Trump’s popularity is propelled by those issues and enabled by his celebrity. (…) Mr. Trump is a clever man with his finger on the pulse, but his political future depends on two big questions. The first is: Is he at all a good man? Underneath the foul mouthed flamboyance is he in it for America? The second: Is he fully stable? He acts like a nut, calling people bimbos, flying off the handle with grievances. Is he mature, reliable? Is he at all a steady hand? Political professionals think these are side questions. “Let’s accuse him of not being conservative!” But they are the issue. Because America doesn’t deliberately elect people it thinks base, not to mention crazy. Peggy Noonan
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
La mixité sociale, comme le précise Michel Pinçon, c’est le mélange des catégories sociales définies selon le revenu, le niveau de scolarisation, etc. Toutefois, on s’intéresse souvent à la mixité sociale de l’habitat, c’est-à-dire à une vision nocturne de Paris (où est-ce que les différents groupes sociaux dorment la nuit ?). Il faudrait tenir compte du million de banlieusards qui viennent chaque jour travailler dans Paris ; cette image diurne de Paris se fait alors plus mixte. On peut aussi se demander quelle est l’échelle pertinente pour apprécier la mixité sociale : est-ce l’immeuble ? l’îlot urbain ? le quartier ? la ville ? l’agglomération ? Pour les Pinçon – Charlot, Paris est une capitale assez petite en Europe (seulement 87 km2 sans les bois), une ville qu’on peut traverser à pied (aucun point de la ville est à moins d’une heure de marche du centre-ville), et une ville bien identifiée par ses boulevards périphériques : aussi ont-ils choisi l’aire de la ville pour évaluer cette mixité sociale. Alors qu’à la Libération, Paris comptait 65% d’ouvriers et d’employés pour 35% de cadres et de patrons, les proportions se sont aujourd’hui inversées, la mixité a changé. On est passé d’une ville populaire à une ville bourgeoise. Quel changement par rapport à l’après-guerre, où Paris était plus populaire que la moyenne nationale !
Monique Pinçon-Charlot insiste alors sur le terme de gentrification, à préférer au terme d’embourgeoisement. Les bourgeois bohèmes, ou bobos, sont très différents des bourgeois traditionnels de l’Ouest de Paris. La gentrification est un processus culturel et géographique qui transforme les quartiers populaires du centre et de l’est de Paris au bénéfice de cette nouvelle petite bourgeoisie émergente. Son mode de vie est très différent de celui des petits bourgeois traditionnels. Les bobos vivent de leur travail, non pas de leur patrimoine, ils se disent volontiers écolo et anti-racistes, favorables au PACS et à la parité, ou adeptes de la nourriture bio. Les Pinçon – Charlot ont un passage savoureux dans leur livre sur l’épicerie « Aux produits d’Auvergne », rue de Lappe, échoppe si appréciée par les bobos du Faubourg Saint-Antoine. Puisque le saucisson ou les fromages gras ne convenaient pas à ceux et celles qui veulent garder la ligne, le commerçant a dû s’adapter à la nouvelle clientèle et proposer du saucisson maigre et de la tomme maigre ! Peu représentatif de l’ensemble national à cet égard, Paris concentre énormément de métiers artistiques, de la mode, du cinéma, de la presse. Or, les « bobos » sont justement nés du développement de secteurs économiques comme les nouvelles technologies, la grande distribution, l’enseignement ou les médias, qui ont produit une nouvelle élite, des actifs plus jeunes que la moyenne, des diplômés assez à l’aise dans des familles recomposées avec une idéologie libertaire, menant des modes de vie très différents de la bourgeoisie de l’Ouest. Les bobos Faubourg Saint-Antoine n’ont rien à voir avec les bourgeois de l’Avenue Henri Martin. Parlons donc de gentrification plutôt que d’embourgeoisement, pour éviter les confusions. Les bobos profitent des espaces libérés à la faveur de la désindustrialisation de la capitale. Le parc André-Citroën laisse difficilement imaginer aujourd’hui les 17000 salariés de la marque automobile éponyme qui travaillaient sur les lieux mêmes en 1968. Aujourd’hui la verdure et les grands immeubles modernes ont biffé l’occupation ouvrière des lieux. Ironiquement, Paris a basculé à gauche au moment où elle devenait moins populaire que jamais. (…) Eric Maurin montre justement dans Le ghetto français que le phénomène de ségrégation commence par le haut de l’échelle sociale : les très riches ne veulent pas vivre avec les riches, les riches ne veulent pas vivre avec les moyennement riches, et ainsi de suite jusqu’aux chômeurs qui ne veulent pas vivre à côté des immigrés les plus récents… Tout en bas, les très pauvres n’ont plus que la possibilité de se loger là où il leur reste de la place. Sa recherche révèle donc en chacun de nous un complice plus ou moins actif de la ségrégation urbaine. On peut expliquer la concentration des plus riches par la recherche du contexte social le plus propice pour la réussite scolaire. Le milieu dans lequel on vit est ce qui fait la différence dans la réussite scolaire. En somme, si les enfants de votre voisinage réussissent à l’école, vos enfants réussiront aussi, quelles que soient les ressources de votre famille. Avec la démocratisation de l’enseignement, la compétition scolaire se fait plus importante. Comme les familles ont moins de pouvoir prescriptif aujourd’hui, elles comptent à présent sur le contexte favorable à la réussite scolaire pour assurer l’avenir de leurs enfants. Le contexte dans lequel on vit devient alors absolument crucial. (…) Monique Pinçon-Charlot souligne que les bobos de l’Est parisien ont un rapport assez particulier à l’école. Dans les interviews, ils se déclarent heureux de la mixité sociale, de vivre dans un quartier qui a des apparences populaires, mais quand on demande où ils scolarisent leurs enfants, leurs visages se ferment immédiatement ! Ils ne scolarisent pas les enfants dans leurs quartiers, mais contournent la carte scolaire et cherchent à bénéficier de dérogations. A contrario, les bourgeois traditionnels revendiquent explicitement de ne surtout pas scolariser leurs enfants avec des jeunes de milieux populaires. (…) Michel Sivignon s’étonne que l’on n’ait jamais autant parlé de mixité sociale – tout le monde semble pour ! – au moment où elle est la moins mise en pratique. Monique Pinçon – Charlot souligne que les grands bourgeois ne veulent pas de la mixité sociale. Ils habitent les beaux quartiers de l’Ouest, envoient leurs enfants dans des rallyes, tandis que les parents fréquentent des cercles fondés sur la cooptation sociale. En revanche, quand on a des responsabilités politiques, on ne peut pas se permettre de se proclamer contre la mixité sociale. (…) En fait, comme le précise Michel Pinçon, ceux qui prônent la mixité sociale sont simplement ceux qui ont la parole, notamment les bobos des milieux artistiques ou médiatiques. A cet égard, l’ouvrage des Pinçon – Charlot, Sociologie de Paris, relate les showrooms, magasins de mode et ateliers de la Goutte d’Or qui ont bousculé l’ambiance urbaine. Lors d’une inauguration, « le contraste était violent entre les journalistes (…) minces et légèrement vêtues de tenues estivales, et les femmes maghrébines portant, malgré la chaleur, voiles et djellabas. Dans les vitrines des mannequins présentaient des vêtements tout aussi peu gourmands en tissu, rendant leurs prix encore plus étonnants pour la population locale. Les jeunes créateurs disent apprécier ’’l’environnement pluri-ethnique, très favorable pour l’inspiration’’ » … (…) Les milieux populaires ne veulent pas forcément de la mixité sociale. Beaucoup d’anciens résidents du quartier de l’Horloge ont préféré quitter leur quartier après sa rénovation : il ne correspondait plus du tout à leur milieu de vie, la rénovation a mené à une gentrification fatale à son ambiance populaire. La ségrégation sociale est donc bien plus complexe que ce que l’on imagine. (…) L’idée de mixité sociale est née dans les milieux politiques, mais il y a un danger à mêler dans une même école des enfants d’origine sociale trop différente : les enfants de milieu populaire risquent de prendre en pleine face leur infériorité sociale et d’intérioriser leur situation de dominés et se persuader qu’ils sont mauvais. Monique Pinçon-Charlot rappelle l’expérience d’échanges d’élèves un jour par mois entre le lycée Janson de Sailly et le lycée de Goussainville. Les élèves favorisés de Janson ont beaucoup apprécié l’expérience, tandis que les élèves de Goussainville ont trouvé l’expérience beaucoup trop difficile pour eux. Tout y était question de violence symbolique : ce déplacement dans l’espace social leur faisait prendre conscience de leur infériorité… Le thème de la mixité sociale doit donc être manié avec des pincettes !D’autant que notre langage est remarquablement ambigu : quand un quartier populaire accueille des plus riches, donc quand la mixité sociale augmente, on parle positivement de gentrification ; quand un quartier riche accueille des plus pauvres, donc quand la mixité sociale augmente tout autant, on parle négativement de paupérisation ! Olivier Milhaud
Un ancien conseiller d’Hillary Clinton était à Paris la semaine dernière, John Podesta. Il racontait que la plupart, une grande partie, des électeurs américains se sont décidés dans la dernière semaine de campagne. Ce qui peut aussi se produire en France parce que (…) il y a beaucoup de gens qui sont indécis. Et sur la majeure partie de ces gens qui se sont décidés la dernière semaine, une grande partie d’entre eux ont voté pour Donald Trump. Que vont faire aujourd’hui les Français dont on dit aujourd’hui qu’ils vont s’abstenir? L’enquête Ipsos qui avait été publiée dans Le Monde début mars disait qu’il y avait à peu près (…) 32% d’abstentions. Et sur ces 32%, vous en avez 45% de gens qui s’autopositionnent à droite. C’est énorme ! Si ces gens-là décident, la dernière semaine, après le dernier débat le 20 avril de se dire: ‘Finalement, Fillon, oui, c’est mon candidat.» Ca change tout. Ca peut faire basculer. Carl Meeus (Figaro magazine)
Ce qu’on voit en tout cas dans les reportages – Le Monde a plein de reporters qui suivent tous les candidats ou ne suivent pas les candidats mais qui vont voir les Français. On voit deux, trois choses qui sont nouvelles quand même. Effectivement, un électorat de droite qui normalement avait toutes les chances  de voir son candidat arriver au pouvoir, qui est en partie tétanisé. Vraiment, et ça, c’est très frappant ! J’étais il y a une dizaine de jours dans la Sarthe, si vous voulez,  personne ne parlait de l’élection présidentielle tellement c’était un sujet tabou (…) Et on voit ça dans beaucoup de régions qui normalement votent à droite où là vous avez une partie des électeurs fillonistes qui restent fillonistes mais qui sont très radicalisés. Et puis une partie d’électeurs qui sont complètement perdus  et qui ne savent pas du tout où aller et qui vous demandent même: « Qu’est-ce qui peut se passer ? Qu’est-ce que je dois voter ? » Ca, c’est tout à fait nouveau, vraiment ! (…) Là, aujourd’hui, on voit vraiment de vraies difficultés sur l’électorat de droite. Et pour l’électorat d’Emmanuel Macron, il y a une partie des gens qui ne sont pas encore tout à fait sûrs. Et un paradoxe qui joue. Des gens qui aiment le renouvellement qu’incarne Emmanuel Macron et qui  ont peur de ce renouvellement parce qu’ils ne savent pas très bien où ils vont. Donc, ça, c’est vraiment les deux, je trouve, phénomènes nouveaux de cette campagne. Raphaelle Bacqué
Emmanuel Macron est le nom d’une bulle médiatico-sondagière qui éclatera dans le feu de la campagne électorale. Le candidat «En marche», novice en politique, finira bien par trébucher. Ces anticipations d’un affaissement inéluctable du champion d’un parler «et droite et gauche», qui résiste généralement mal à l’épreuve de vérité d’une campagne présidentielle, ont pour elles les leçons de l’histoire. Le candidat occupant la position la plus centrale dans le spectre politique part habituellement auréolé d’excellents sondages d’intentions de vote qui fondent au fur et à mesure que la bataille politique s’intensifie. (…) La malédiction du centre pèsera peut-être moins aujourd’hui en raison d’une configuration électorale très particulière. Une candidature centriste comme celle de Macron ne peut prospérer qu’en présence de candidats de droite et de gauche structurellement affaiblis. (…) La faiblesse personnelle du candidat de la droite républicaine et la faiblesse politique du candidat de la gauche socialiste se conjuguent pour offrir une exceptionnelle fenêtre de tir à une candidature authentiquement centriste. Tel est bien le positionnement du libéral de gauche Macron, adoubé par Bayrou, et qui aimante désormais les personnalités modérées de divers horizons. Un duel de second tour entre Le Pen et Macron exprimerait sans doute une certaine vérité de la période. Le clivage droite-gauche céderait la place à l’opposition ouverture-fermeture (version Macron) ou mondialistes-patriotes (version Le Pen). Qu’il s’agisse du libéralisme économique, du libre-échange, de l’Europe, de la mondialisation ou de l’immigration, l’affrontement se ferait presque terme à terme. Encore cette nouvelle polarité centre-extrême présenterait-elle sans doute un risque non négligeable pour la démocratie. Bénéficiaire de nombreuses complicités médiatiques et d’appuis importants dans les milieux économiques, Macron pourrait facilement faire alors figure de candidat des «élites». Les sondages qui le créditent d’une large victoire contre Le Pen au second tour n’ont, au stade actuel, guère de signification. Atypique, cette présidentielle pourrait bien l’être jusqu’au bout. Eric Dupin
En se focalisant sur les «ultras-riches» on loupe toujours le coche dans les débats sur la répartition des revenus: on montre du doigt certaines catégories étroites pour éviter une redistribution bien plus globale. Certes, l’enrichissement des très riches est indécent, mais se concentrer sur ce point est une façon pour les catégories aisées de se défausser, de repasser le mistrigri de la solidarité. Aujourd’hui, en France avec 3.000 euros nets par mois pour une personne seule (après impôts et prestations sociales), vous faites partie du club des 10% des plus favorisés. Vous êtes quoi? «Moyen»? Tout une partie des catégories aisées, qui peuvent se réclamer de la gauche, se déguisent en «classes moyennes», parfois «supérieures». Si tout le monde est moyen alors tout va bien, et il n’y a plus de domination sociale! (…) Une situation où les inégalités se creusent parce que les plus riches ont des revenus fous mais où les plus pauvres continuent à s’élever est très différente d’une situation où les écarts se creusent des deux côtés. Plus encore qu’au sein des classes moyennes, une partie des couches populaires sont exclues du progrès et le vivent très concrètement avec la baisse de leur niveau de vie. (…) L’école est génératrice d’inégalités sociales très structurantes. Avec le statut stable d’emploi, qui assure qu’on aura encore du travail demain, le diplôme est devenu l’une des protections majeures. Il sépare très souvent le monde des «stables» et celui des «flexibles». Les serviteurs des autres classes sont massivement des jeunes (parfois pas tant que cela) peu diplômés qui travaillent en horaires décalés, le dimanche, le soir pour des faibles salaires, ceux qui ont les emplois les plus difficiles et les tâches les plus épuisantes, sont massivement des gens qui n’ont pas réussi à obtenir le bon diplôme dans le système scolaire. Les stables ont besoin de toujours plus de flexibilité des flexibles, pour mieux les servir. Un diplômé peut aussi connaître une période de chômage, et son niveau de vie va peut-être baisser. Mais sa probabilité de retrouver un emploi n’a rien à voir avec celle des non diplômés, qui eux resteront sur le bord de la route. Au-delà de l’emploi, le formalisme du titre scolaire et son poids dans les parcours professionnels structure très fortement notre société. Un peu comme l’étiquette sociale dans l’Angleterre du XIXe siècle, le diplôme français joue cette forme d’étiquette beaucoup plus puissante que dans d’autres pays. (…) Comme pour les revenus, il faut remettre certaines pendules à l’heure. En France, 16% de la population française de plus de 25 ans a un diplôme supérieur au niveau Bac +2. Les classes moyennes du diplôme, c’est le CAP our le BEP, les pauvres, le certificat d’études. N’oublions pas que plus de la moitié des 25-29 ans ne sont pas diplômés de l’enseignement supérieur. Arrêtons de faire comme si c’était la règle. Le décalage est total entre la façon dont on se représente la société chez les diplômés et la société réelle: d’où notamment une incompréhension d’une partie de la classe politique, dont le discours s’adresse à une poignée de bac+5. Les autres ne comprennent pas son langage abscons. (…) Le discours sur la soi-disant précarisation en masse, les «intellos précaires», est un discours de réassurance des diplômés. Refuser de voir que les non diplômés sont bien plus souvent concernés est une manière de s’approprier la crise, de se placer parmi ses victimes et d’occulter la valeur du diplôme. (…) On confond donc des parcours de vie qui n’ont rien à voir en terme de statut et de position sociale, entre des Bac +5 dont une partie va effectivement avoir des difficultés quelques années avant de se stabiliser, et des sans diplôme qui vont galérer une grande partie de leur vie professionnelle et la terminer au niveau du Smic. S’apitoyer sur le déclassement des diplômés de l’enseignement supérieur est aussi une façon de ne pas parler de la vie des jeunes de milieux populaires, de les rendre invisibles. (…) Tout est une question d’accès à la parole publique: les Bac +5 peuvent se faire entendre, les autres beaucoup moins. La bourgeoisie culturelle –horrifiée si on la qualifie de «bobo»– refuse absolument de se voir bourgeoise, et tente de nier le rôle essentiel du titre scolaire qui forme son capital. Elle manifeste bruyamment contre le Grand Capital économique, mais pour elle ses titres ne sont pas du capital. Il y a aujourd’hui un discours de classe des diplômés ­–elle a toute une presse pour cela– qui occulte totalement la situation des couches populaires pour se concentrer sur sa prétendue misère. Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt, on reste dans un système de domination de groupes sociaux par d’autres. Curieusement, on ne se demande pas qui est propriétaire du capital culturel, comment ses membres le conservent, avec quelles stratégies scolaires notamment. On le voit dès qu’on soulève la question de la démocratisation de l’école: essayez d’assouplir un tout petit peu la compétition scolaire ou de toucher à un cheveu de leur emblème, les «grandes écoles», et la réaction est immédiate. Ces classes diplômées ressortent leurs pancartes sur la complainte du niveau scolaire, en se servant de pseudo-intérêts des classes populaires pour justifier leur conservatisme. Le tour est joué. Notons que les porteurs de pancartes sont autant de gauche que droite, qu’ils sont très organisés, et d’une violence à la hauteur des enjeux pour eux: imaginez si leurs enfants n’étaient plus certains de prendre leur place! C’est tout l’ordre social qui serait alors bouleversé. C’est pour cela qu’aucun candidat à l’élection présidentielle n’a de projet de refonte sérieuse de notre système scolaire mais ne propose que des replâtrages. Il existe une forme de consensus des conservateurs de tous bords pour ne rien toucher au fond, pour ne pas transformer le système, se contenter d’empiler quelques dispositifs comme le nombre d’élèves par classe, de donner un peu plus dans quelques quartiers, mais ne pas toucher à la façon dont l’enseignement français est construit, à son élitisme, à son côté extrêmement académique, où tout est dans l’implicite pour les élèves, au système de notation sanction, etc. (…) Un système éducatif ne vise pas uniquement à produire l’excellence, il forme tout le monde. Il faut renverser notre mode de fonctionnement. L’école ne doit pas chercher à produire une élite soi-disant issue de tous les milieux (l’élitisme républicain, un mythe depuis le début) mais à faire progresser tout le monde, à ne laisser personne en chemin. Ce qui n’a rien d’incompatible avec des filières plus poussées. Mais il faut accepter d’en donner un peu moins à ceux qui ont déjà beaucoup et un peu plus à ceux qui ont peu. Regardez comment se lamentent les parents ultras diplômés dès qu’un de leur enfants soi-disant «s’ennuie» à l’école, et vous avez tout compris. Ou les tonnes de littérature sur nos pauvres «surdoués». C’est vrai que ceux qui dorment au fond de la classe, tout est de leur faute. Comme en plus une partie est d’origine immigrée… (…) Il y a également une lutte politique entre les formes d’inégalités, on pourrait parler d’une inégalité entre les inégalités. Pour ne pas voir les écarts de classe, on met en avant les «nouvelles inégalités» de la France dite «post-moderne». Très souvent, on s’inquiète de la parité entre femmes et hommes en oubliant la précarité. Vive les femmes au conseil d’administration du CAC 40, peu importe le temps partiel contraint, massivement féminin. Les femmes touchent 10% de moins que les hommes à poste équivalent, tout le monde connaît ce chiffre. Mais les femmes ouvrières gagnent trois fois moins que les femmes cadres, cela ne pose aucun problème. De la même façon, la mise en avant de la «diversité» sert souvent à faire diversion par rapport aux inégalités sociales. Plus de femmes ou de personnes de couleur dans les entreprises, cela ne remet pas en cause leur mode de fonctionnement, ni la répartition des revenus dans la société. On s’inquiète de l’égalité des «chances» pour mieux oublier à quoi mènent ces «chances», comment sont construites nos sociétés, leurs hiérarchies, les rapports de force qui s’y jouent. Tant que le système n’est pas bousculé, il a tout intérêt à mettre en avant quelques leurres. (…) Mais une forme d’inégalité ne doit pas en cacher une autre. Les tensions importantes de notre société naissent dans le refus de voir la situation de domination des catégories aisées, tant sur le plan des revenus que du diplôme, sur le reste de la population. Louis Maurin

Attention, une inégalité peut en cacher une autre !

A l’heure où tout à leur machiavélique et jusqu’ici redoutablement efficace machination contre la seule véritable alternance …

Nos médias et nos juges-justiciers nous ont déjà vendu, via leurs supplétifs de sondeurs-ventriloques, le résultat d’une élection qui n’a jamais connu autant d’indécis …

Et où perdu pour perdu, l’ancien premier ministre Manuel valls semble prêt à jouer la banque pour achever de plomber sa némésis et ancien collègue …

Déjà bien chargé avec dans ses fourgons pas moins de onze anciens ministres de Chirac (dixit Mélenchon) et on ne sait pas encore combien de Hollandais ..

En misant sur une (encore improbable) victoire Fillon avec lequel il s’est dit par ailleurs en ce cas prêt à collaborer

Qui prend encore la peine de rappeler non seulement la traditionnelle malédiction des candidats du centre …

Mais tout simplement le précédent Trump où se décidant la dernière semaine la majeure partie des indécis ont voté pour celui que tout le monde avait depuis longtemps condamné …

Ou même le véritable danger pour la démocratie que pourrait constituer au 2e tour voire après …

La non-prise en compte à nouveau, par un discours politique qui n’a que les mot parité et diversité à la bouche, de la véritable inégalité qui touche toute une population de précaires et de sous-diplômés

Par un candidat ou un vainqueur qui, fort de ses complicités médiatiques et économiques, n’apparaitrait alors que comme le candidat des élites ?

Une situation si extraordinaire qu’elle peut propulser un centriste à l’Elysée

Eric Dupin

Slate.fr

28.02.2017

Les précédents historiques montrent qu’un candidat centriste échoue généralement à conquérir la présidence. Mais Emmanuel Macron profite d’un contexte exceptionnel: le discrédit personnel du candidat de la droite conjugué à la faiblesse politique du candidat socialiste.

Emmanuel Macron est le nom d’une bulle médiatico-sondagière qui éclatera dans le feu de la campagne électorale. Le candidat «En marche», novice en politique, finira bien par trébucher. Ces anticipations d’un affaissement inéluctable du champion d’un parler «et droite et gauche», qui résiste généralement mal à l’épreuve de vérité d’une campagne présidentielle, ont pour elles les leçons de l’histoire.

Le candidat occupant la position la plus centrale dans le spectre politique part habituellement auréolé d’excellents sondages d’intentions de vote qui fondent au fur et à mesure que la bataille politique s’intensifie. C’est la mésaventure qu’ont connue Raymond Barre en 1988 et Edouard Balladur en 1995.

Un contre-exemple est cependant fourni par la campagne victorieuse de Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Le candidat du «changement sans le risque» l’avait l’emporté grâce à la trahison de Jacques Chaban-Delmas par Jacques Chirac et ses amis, qui avait profondément divisé le camp gaulliste. Le soutien accordé à Macron par des personnalités socialistes droitières comme Gérard Collomb ou Christophe Caresche, s’il manifeste un réel trouble au sein du PS, n’a pas aujourd’hui la même portée.

Plus récemment, les candidatures présidentielles qui prétendaient chevaucher le clivage droite-gauche ont enregistré des résultats décevants après avoir eu leur heure de gloire. Jean-Pierre Chevènement, qui avait espéré réunir «les Républicains des deux rives», n’a obtenu que 5,3% des voix en 2002 après avoir culminé à 11-14% des intentions de vote.

En 2007, le centriste François Bayrou avait franchi la barre des 20% d’intentions de vote, se hissant parfois à 22-24% des suffrages potentiels, mais il n’a réalisé que 18,6% des voix le jour du scrutin. Un score tout de même honorable qui s’explique assez largement par les préventions suscitées, dans leur propre camp, par les deux principaux candidats de la droite et de la gauche, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal (ce qui nous rapproche un peu du cas présent).

Un potentiel électoral affermi

La fragilité des intentions de vote en faveur de Macron s’est longtemps lue dans la forte proportion de sondés qui le choisissaient mais déclaraient pouvoir encore changer d’avis. Il semble néanmoins que cette caractéristique, annonciatrice de futurs reculs, s’estompe.

Dans la dernière enquête Kantar-Sofres-OnePoint, 54% des électeurs de Macron se disent «sûrs de leur choix» (plus douze points par rapport à janvier), soit nettement moins que Marine Le Pen (78%) mais autant que Benoît Hamon (54%) et un peu moins que François Fillon (58%).

Le candidat «en marche» a également réussi à traverser sans dévisser ses premières polémiques électorales. Vers la mi-février, il pouvait s’être mis à dos, coup sur coup, son électorat de droite en qualifiant la colonisation de «crime contre l’humanité» et son électorat de gauche en estimant que les opposants au mariage homosexuel avaient été «humiliés».

Les intentions de vote en sa faveur ont effectivement glissé de 22 à 20% dans l’enquête en continu OpinionWay et de 19,5% à 18,5% dans celle de l’Ifop. Mais l’électorat semble y avoir moins vu des messages codés à destinations de certaines clientèles que l’expression de la franchise d’un non-professionnel de la politique.

Le ralliement de François Bayrou, porteur de la vraie croix centriste s’il en est, l’a aidé à se tirer de cette mauvaise passe pour renouer avec une dynamique ascendante qui le place désormais à 23-25% des intentions de vote selon les instituts, soit nettement au-dessus de François Fillon (20-21%).

Deux candidats entravés

La malédiction du centre pèsera peut-être moins aujourd’hui en raison d’une configuration électorale très particulière. Une candidature centriste comme celle de Macron ne peut prospérer qu’en présence de candidats de droite et de gauche structurellement affaiblis.

Or, c’est bien ce qui se passe actuellement. Les deux hommes qui portent les couleurs des deux partis qui ont dirigé le pays depuis plusieurs décennies –le Parti socialiste et les Républicains– mènent une campagne lourdement entravée malgré leur succès à leurs primaires respectives.

L’image personnelle de François Fillon a été gravement abîmée par ses affaires d’emplois fictifs. Pas moins de 64% des sondés ne l’aiment pas du tout ou peu contre seulement 17% d’appréciations positives, selon la dernière enquête Ipsos. Même Marine Le Pen est mieux notée, avec 23% de notes positives et 61% de négatives.

Et ce ne sont pas les déclarations excessives de l’ancien Premier ministre, décrivant un pays «en quasi-guerre civile», qui vont redorer son image dans l’électorat de la droite modérée. Politiquement, Fillon est en outre aux prises avec un exercice délicat de recentrage de son programme, comme il a commencé à le faire sur les questions de santé, pour tenter d’en gommer ses propositions les plus impopulaires.

Enfin, le candidat LR est contraint par la puissante menace lepéniste à regarder sur sa droite. Les accents sarkozystes de ses derniers discours de campagne, centrés autour des thématiques de la sécurité et de l’immigration, trahissent son souci de contenir la concurrence du FN. Ce faisant, Fillon laisse filer une partie de l’électorat de centre-droit vers Macron.

Le candidat socialiste est confronté à une problématique symétrique. Dans son cas, c’est la poussée de Jean-Luc Mélenchon qui contraint Hamon à regarder vers sa gauche. Le candidat de la «France insoumise» n’est qu’à deux à quatre points derrière celui du PS. Ce vif jeu de concurrence interne à la gauche permet à Macron de séduire les électeurs de centre-gauche.

Cette déperdition est d’autant plus forte que le programme de Hamon est très décentré à gauche par rapport à l’orientation et aux choix effectués par le PS tout au long de ce quinquennat. Cette contradiction reste le talon d’Achille du candidat socialiste. Elle explique que les sympathisants socialistes qui ont l’intention de voter Macron sont aussi nombreux sont que ceux qui choisissent Hamon.

Le retrait de Yannick Jadot permet au candidat socialiste de s’enlever une petite concurrence. Mais l’accord passé entre le PS et EELV, qui fait la part belle aux revendications écologistes, risque aussi d’ancrer Hamon sur une orientation de nature à inquiéter l’électorat de la gauche modérée.

Polarité centre-extrême

La faiblesse personnelle du candidat de la droite républicaine et la faiblesse politique du candidat de la gauche socialiste se conjuguent pour offrir une exceptionnelle fenêtre de tir à une candidature authentiquement centriste. Tel est bien le positionnement du libéral de gauche Macron, adoubé par Bayrou, et qui aimante désormais les personnalités modérées de divers horizons.

Un duel de second tour entre Le Pen et Macron exprimerait sans doute une certaine vérité de la période. Le clivage droite-gauche céderait la place à l’opposition ouverture-fermeture (version Macron) ou mondialistes-patriotes (version Le Pen). Qu’il s’agisse du libéralisme économique, du libre-échange, de l’Europe, de la mondialisation ou de l’immigration, l’affrontement se ferait presque terme à terme.

Encore cette nouvelle polarité centre-extrême présenterait-elle sans doute un risque non négligeable pour la démocratie. Bénéficiaire de nombreuses complicités médiatiques et d’appuis importants dans les milieux économiques, Macron pourrait facilement faire alors figure de candidat des «élites». Les sondages qui le créditent d’une large victoire contre Le Pen au second tour n’ont, au stade actuel, guère de signification. Atypique, cette présidentielle pourrait bien l’être jusqu’au bout.

Voir aussi:

«Les tensions de notre société naissent dans le refus de voir la situation de domination des catégories aisées»Les diplômés ont-ils pris en otage le discours sur les inégalités au détriment des classes populaires? C’est ce qu’explique Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

Slate.fr

Jean-Laurent Cassely

29.03.2017

Fondé en 2003, l’Observatoire des inégalités est devenu une référence sur le sujet pour tous ceux qui recherchent une information précise et fiable sur les multiples dimensions du phénomène. L’Observatoire s’apprête à lancer un Rapport sur les inégalités en France, panorama complet de la question pour lequel il fait appel aux dons des citoyens jusqu’au 24 avril. L’occasion de revenir avec son directeur, Louis Maurin, sur quelques idées reçues et de tenter de répondre à d’épineuses questions.

Alors que l’éducation supérieure devient l’atout primordial dans une économie de la connaissance, ce poids culturel est comme nié ou à tout le moins minoré au profit d’autres thématiques plus consensuelles, en particulier le déclassement des classes supérieures. Sans nier ces préoccupations, Louis Maurin invite à prendre du recul avec un discours qui risque de rendre invisibles des pans bien plus larges de la société française.

La représentation de la société française semble prisonnière de stéréotypes: un pays surprotégé ou, à l’inverse, malheureux et en déclin. Qu’en est-il réellement?

Le débat sur les inégalités reste complètement pollué. D’un côté, par ceux qui nous disent que tout va pour le mieux, de l’autre par ceux qui exagèrent. Prenons l’exemple de la pauvreté. On estime que notre pays compte 9 millions de pauvres dont les revenus sont de 60% du niveau de vie médian (niveau qui partage la population en deux), alors que pendant très longtemps la référence était la moitié du niveau de vie médian.

En changeant de seuil, on passe de 4,5 à 8,8 millions de pauvres… Or, ce seuil correspond à 2.500 euros de revenu (après impôts et prestations sociales) pour une famille avec deux enfants. On est très loin du niveau de vie de certaines familles parmi les plus démunies, qui doivent faire appel à des secours d’urgence ou à des associations caritatives. À force de tout confondre, on arrive à ces discours selon lesquels en fait, les pauvres sont riches, ils ont des téléphones portables et des écrans plats et donc tout va bien dans la société française.

Tout en restant un des pays où le taux de pauvreté est parmi les plus faibles au monde avec les pays du nord de l’Europe, la France a vu le nombre de pauvres augmenter d’un million en dix ans –au seuil de 50% du niveau de vie médian donc. Sans avoir connu une explosion des inégalités comparable à celle des pays anglo-saxons, la France a connu un phénomène d’accroissement des inégalités qui ne s’observe pas seulement «par le haut», au sommet des revenus, mais aussi «par le bas».

Un des lieux communs des inégalités consiste à opposer les ultrariches au reste de la population. Or, vous écrivez que cette focalisation sur le 1% nous exonère de réfléchir en profondeur aux questions qui fâchent…

En France, les «riches» sont tous ceux qui gagnent plus que nous… Tout le monde pense qu’il y a trop d’inégalités, c’est normal. Mais en se focalisant sur les «ultras-riches» on loupe toujours le coche dans les débats sur la répartition des revenus: on montre du doigt certaines catégories étroites pour éviter une redistribution bien plus globale. Certes, l’enrichissement des très riches est indécent, mais se concentrer sur ce point est une façon pour les catégories aisées de se défausser, de repasser le mistrigri de la solidarité. Aujourd’hui, en France avec 3.000 euros nets par mois pour une personne seule (après impôts et prestations sociales), vous faites partie du club des 10% des plus favorisés. Vous êtes quoi? «Moyen»? Tout une partie des catégories aisées, qui peuvent se réclamer de la gauche, se déguisent en «classes moyennes», parfois «supérieures». Si tout le monde est moyen alors tout va bien, et il n’y a plus de domination sociale!

Les inégalités augmentent-elles?

On peut faire trois constats.

En haut de l’échelle des revenus, le «festival» des années 2000, qui ont conjugué marasme économique, montée du chômage, baisses d’impôts et hausse des hauts revenus s’est un peu atténué. Les rendements financiers ne sont plus les mêmes et entre 2011 et 2013 la fiscalité s’est accrue pour les plus riches. Ils continuent de s’enrichir, mais plus avec les mêmes perspectives.

Les catégories moyennes, qui ne sont ni «martyrisées» ni «étranglées» contrairement à ce qu’on entend parfois, ont, en revanche, depuis 2008 un niveau qui n’augmente plus. Or, en matière de revenus comme dans bien des domaines, c’est moins le niveau lui-même qui compte que l’écart entre votre situation et ce à quoi vous aspirez. Vous n’êtes pas «étranglé», votre situation est meilleure que celle des catégories inférieures, mais le freinage est brusque: il marque une rupture.

On est depuis dix ans une société de stagnation des revenus, et c’est un changement historique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, une partie des catégories sociales modestes (ouvriers, employés, agriculteurs), ont été aspirées par le haut et, à force de mobilité sociale, ont accédé aux couches moyennes. Elles arrivaient jusque récemment à obtenir des niveaux de consommation toujours plus élevés, une amélioration du logement, etc. Désormais, elles font du surplace.  Rien ne dit que cela durera toujours, mais il faut y prêter attention, ce phénomène de freinage est une source de tensions. Alors que les politiques publiques ont, c’est normal, comme priorité d’alléger le fardeau des plus démunis, une partie des classes moyennes ont tendance à se sentir oubliées.

«Le diplôme est devenu une des protections majeures, qui sépare le monde des “stables” et celui des “flexibles”.»

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des Inégalités

En bas de l’échelle sociale, enfin, on observe un phénomène vraiment nouveau depuis notre précédent rapport de 2015: la baisse de niveau de vie réel des plus pauvres. Là, il ne s’agit plus de stagnation, mais bien de marche arrière. Jusqu’à présent, le modèle social a amorti en partie le choc, ce qui explique qu’on ne vive pas une situation à l’américaine avec un effondrement du niveau de vie. Mais avec le chômage, les indemnisations qui arrivent à leur terme, les jeunes qui arrivent à l’âge adulte et deviennent autonomes avec des niveaux de vie de plus en plus faibles et les familles qui en se séparant peuvent devenir deux foyers pauvres, le phénomène est inquiétant.

Une situation où les inégalités se creusent parce que les plus riches ont des revenus fous mais où les plus pauvres continuent à s’élever est très différente d’une situation où les écarts se creusent des deux côtés. Plus encore qu’au sein des classes moyennes, une partie des couches populaires sont exclues du progrès et le vivent très concrètement avec la baisse de leur niveau de vie.

Parmi les dimensions des inégalités sociales, lesquelles sont les plus handicapantes?

L’école est génératrice d’inégalités sociales très structurantes. Avec le statut stable d’emploi, qui assure qu’on aura encore du travail demain, le diplôme est devenu l’une des protections majeures. Il sépare très souvent le monde des «stables» et celui des «flexibles». Les serviteurs des autres classes sont massivement des jeunes (parfois pas tant que cela) peu diplômés qui travaillent en horaires décalés, le dimanche, le soir pour des faibles salaires, ceux qui ont les emplois les plus difficiles et les tâches les plus épuisantes, sont massivement des gens qui n’ont pas réussi à obtenir le bon diplôme dans le système scolaire. Les stables ont besoin de toujours plus de flexibilité des flexibles, pour mieux les servir.

Un diplômé peut aussi connaître une période de chômage, et son niveau de vie va peut-être baisser. Mais sa probabilité de retrouver un emploi n’a rien à voir avec celle des non diplômés, qui eux resteront sur le bord de la route. Au-delà de l’emploi, le formalisme du titre scolaire et son poids dans les parcours professionnels structure très fortement notre société. Un peu comme l’étiquette sociale dans l’Angleterre du XIXe siècle, le diplôme français joue cette forme d’étiquette beaucoup plus puissante que dans d’autres pays.

«Le discours sur la soi-disant précarisation en masse et les “intellos précaires”, est un discours de réassurance des diplômés. C’est une manière de s’approprier la crise, de se placer parmi ses victimes et d’occulter la valeur du diplôme.»

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des Inégalités

Même avec la massification scolaire, il y a encore deux France dans le rapport aux études supérieures?

Comme pour les revenus, il faut remettre certaines pendules à l’heure. En France, 16% de la population française de plus de 25 ans a un diplôme supérieur au niveau Bac +2. Les classes moyennes du diplôme, c’est le CAP our le BEP, les pauvres, le certificat d’études. N’oublions pas que plus de la moitié des 25-29 ans ne sont pas diplômés de l’enseignement supérieur. Arrêtons de faire comme si c’était la règle. Le décalage est total entre la façon dont on se représente la société chez les diplômés et la société réelle: d’où notamment une incompréhension d’une partie de la classe politique, dont le discours s’adresse à une poignée de bac+5. Les autres ne comprennent pas son langage abscons.

Vous êtes vous-mêmes assez critique sur le «déclassement» social que connaîtraient les «intellos précaires» et plus généralement les catégories diplômées…

Le discours sur la soi-disant précarisation en masse, les «intellos précaires», est un discours de réassurance des diplômés. Refuser de voir que les non diplômés sont bien plus souvent concernés est une manière de s’approprier la crise, de se placer parmi ses victimes et d’occulter la valeur du diplôme.

Je ne veux surtout pas nier qu’il y a de vrais phénomènes de déclassement pour certains diplômes universitaires: les niveaux scolaires ne conduisent plus aux mêmes positions qu’hier. Comme pour les revenus, ce qui compte est l’écart entre les aspirations et la réalité. Au passage, c’est pour cela qu’il est totalement absurde de traiter les Français de «pessimistes», comme le laissait croire un rapport de France stratégie opposant la perception des inégalités par les Français à la «réalité».

Le Bac +5 ne vaut plus ce qu’il valait il y a vingt ans ou trente ans: que la jeunesse diplômée déclassée ait du ressentiment, c’est compréhensible. Mais il n’y a rien de commun entre la situation de ces classes-là et celles d’en dessous qui n’ont pas de diplôme. Certes, quand on part de rien et qu’on aboutit à rien, on tombe de moins haut, mais on vit avec rien. On confond donc des parcours de vie qui n’ont rien à voir en terme de statut et de position sociale, entre des Bac +5 dont une partie va effectivement avoir des difficultés quelques années avant de se stabiliser, et des sans diplôme qui vont galérer une grande partie de leur vie professionnelle et la terminer au niveau du Smic. S’apitoyer sur le déclassement des diplômés de l’enseignement supérieur est aussi une façon de ne pas parler de la vie des jeunes de milieux populaires, de les rendre invisibles.

Comment expliquer cette focalisation sur le «malheur» des plus diplômés? Est-ce le signe qu’ils vivent dans un «ghetto culturel» comme le formule Emmanuel Todd?

Tout est une question d’accès à la parole publique: les Bac +5 peuvent se faire entendre, les autres beaucoup moins. La bourgeoisie culturelle –horrifiée si on la qualifie de «bobo»– refuse absolument de se voir bourgeoise, et tente de nier le rôle essentiel du titre scolaire qui forme son capital. Elle manifeste bruyamment contre le Grand Capital économique, mais pour elle ses titres ne sont pas du capital. Il y a aujourd’hui un discours de classe des diplômés ­–elle a toute une presse pour cela– qui occulte totalement la situation des couches populaires pour se concentrer sur sa prétendue misère.

Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt, on reste dans un système de domination de groupes sociaux par d’autres. Curieusement, on ne se demande pas qui est propriétaire du capital culturel, comment ses membres le conservent, avec quelles stratégies scolaires notamment. On le voit dès qu’on soulève la question de la démocratisation de l’école: essayez d’assouplir un tout petit peu la compétition scolaire ou de toucher à un cheveu de leur emblème, les «grandes écoles», et la réaction est immédiate. Ces classes diplômées ressortent leurs pancartes sur la complainte du niveau scolaire, en se servant de pseudo-intérêts des classes populaires pour justifier leur conservatisme. Le tour est joué.

Notons que les porteurs de pancartes sont autant de gauche que droite, qu’ils sont très organisés, et d’une violence à la hauteur des enjeux pour eux: imaginez si leurs enfants n’étaient plus certains de prendre leur place! C’est tout l’ordre social qui serait alors bouleversé. C’est pour cela qu’aucun candidat à l’élection présidentielle n’a de projet de refonte sérieuse de notre système scolaire mais ne propose que des replâtrages.

Il existe une forme de consensus des conservateurs de tous bords pour ne rien toucher au fond, pour ne pas transformer le système, se contenter d’empiler quelques dispositifs comme le nombre d’élèves par classe, de donner un peu plus dans quelques quartiers, mais ne pas toucher à la façon dont l’enseignement français est construit, à son élitisme, à son côté extrêmement académique, où tout est dans l’implicite pour les élèves, au système de notation sanction, etc.

«Les femmes touchent 10% de moins que les hommes à poste équivalent, tout le monde connaît ce chiffre. Mais les femmes ouvrières gagnent trois fois moins que les femmes cadres, cela ne pose aucun problème»

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des Inégalités

Mais on va vous rétorquer qu’on vise l’excellence…

C’est tout le problème. Un système éducatif ne vise pas uniquement à produire l’excellence, il forme tout le monde. Il faut renverser notre mode de fonctionnement. L’école ne doit pas chercher à produire une élite soi-disant issue de tous les milieux (l’élitisme républicain, un mythe depuis le début) mais à faire progresser tout le monde, à ne laisser personne en chemin. Ce qui n’a rien d’incompatible avec des filières plus poussées. Mais il faut accepter d’en donner un peu moins à ceux qui ont déjà beaucoup et un peu plus à ceux qui ont peu. Regardez comment se lamentent les parents ultras diplômés dès qu’un de leur enfants soi-disant «s’ennuie» à l’école, et vous avez tout compris. Ou les tonnes de littérature sur nos pauvres «surdoués». C’est vrai que ceux qui dorment au fond de la classe, tout est de leur faute. Comme en plus une partie est d’origine immigrée…

La France a mis du temps pour ajouter les discriminations (ethniques, de genre) au logiciel des inégalités. Quels contasts l’Observatoire fait-il sur le caractère pluriel des inégalités?

Les inégalités se cumulent, et notre rapport donne toute leur place aux inégalités entre catégories sociales, entre femmes et hommes, entre Français et étrangers ou entre générations. Une femme noire originaire d’un pays extérieur à l’Union européenne et de parents ouvriers n’est pas dans la même situation qu’un homme blanc de plus de 50 ans.

Il y a également une lutte politique entre les formes d’inégalités, on pourrait parler d’une inégalité entre les inégalités. Pour ne pas voir les écarts de classe, on met en avant les «nouvelles inégalités» de la France dite «post-moderne». Très souvent, on s’inquiète de la parité entre femmes et hommes en oubliant la précarité. Vive les femmes au conseil d’administration du CAC 40, peu importe le temps partiel contraint, massivement féminin. Les femmes touchent 10% de moins que les hommes à poste équivalent, tout le monde connaît ce chiffre. Mais les femmes ouvrières gagnent trois fois moins que les femmes cadres, cela ne pose aucun problème.

De la même façon, la mise en avant de la «diversité» sert souvent à faire diversion par rapport aux inégalités sociales. Plus de femmes ou de personnes de couleur dans les entreprises, cela ne remet pas en cause leur mode de fonctionnement, ni la répartition des revenus dans la société. On s’inquiète de l’égalité des «chances» pour mieux oublier à quoi mènent ces «chances», comment sont construites nos sociétés, leurs hiérarchies, les rapports de force qui s’y jouent. Tant que le système n’est pas bousculé, il a tout intérêt à mettre en avant quelques leurres. Ça ne mange pas de pain.

Il ne s’agit pas d’occulter la domination masculine, le racisme, les discriminations et leur violence dans notre société. La femme dont les parents sont ouvriers, elle est aussi noire et en subit les conséquences. Aujourd’hui, les immigrés sont une cible facile pour l’homme blanc. Mais une forme d’inégalité ne doit pas en cacher une autre. Les tensions importantes de notre société naissent dans le refus de voir la situation de domination des catégories aisées, tant sur le plan des revenus que du diplôme, sur le reste de la population. Ces gourmands ont besoin de toujours plus de flexibilité à leur service. Ils risquent une indigestion.

Voir enfin:

Macron, confidences sacrées

Celui que ses adversaires accusent d’être un gourou « ne renie pas la dimension christique » du chemin qu’il suit. « La politique, c’est mystique. Mais je ne crois pas à la transcendance éthérée. Je ne sépare pas Dieu du reste ».

Le JDD

12 février 2017

C’est un petit rectangle de papier blanc très fin plié en quatre. Emmanuel Macron le sort de sa poche dans le TGV qui, vendredi, le conduit de Saint-Pierre-des-Corps à Paris. Et de le tendre à une collaboratrice : « C’est ce que m’a donné la dame qui avait une vision d’en haut… » Sourire suspendu du candidat d’En marche! On demande à lire. On n’est pas déçu. « Ce sera vous… Vous avez été choisi par ce qui est au-dessus de nous. Mais attention, restez toujours en harmonie avec votre âme. Annie M… » S’ensuivent un numéro de portable « 06 03… », et cette précision : « Candidature déposée dès votre appel du 19 janvier 2017. Troisième circonscription d’Indre-et-Loire. » Le mot, écrit à l’encre bleue, est daté du jour. Cette « Annie » qui tient « Emmanuel » pour un prophète le lui a remis pendant la séance de dédicaces de son livre.

«Il y a beaucoup de gens qui ont ça en tête. La politique, c’est mystique»

On demande à l’ancien ­ministre si cela lui arrive souvent. Il acquiesce : « Il y a beaucoup de gens qui ont ça en tête. La politique, c’est mystique. » Il est convaincu, Macron, que ce n’est pas parce qu’ils haïssent les politiques que les Français ont renoncé au sacré… « C’est tout mon combat. C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne. Les médias passent du commentaire d’un point de détail mineur du programme aux pires polémiques, et ainsi de suite. » Macron prend ce va-et-vient de haut. Il entend « construire une sacralité, selon l’un de ses amis, en ne s’abaissant pas à dire du mal des autres et en ne faisant pas de off avec les journalistes ». Il faut dire qu’il était à bonne école avec ­François Hollande : il lui suffit de faire l’inverse.

Macron a interdit à son public de siffler

« La politique, c’est comme la littérature, c’est un style, affirme l’ancien chouchou du Président. C’est une magie. Il faut définir le cœur de ce qu’on veut porter. » Ça ne nous en dit pas beaucoup plus. Un membre de son tout premier cercle risque un diagnostic : « Ce qui se passe entre Emmanuel et les Français repose non pas sur une idée choc qu’il aurait mise sur la table, mais sur une capacité de fascination de sa personne qui est l’émanation de ce qui l’anime. »

«J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité»

L’intéressé, lui, se propose de répondre à une question que nous ne lui avions pas posée : « Comment se construit le pouvoir charismatique? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité. Je ne crois pas à la transcendance éthérée. Il faut tresser les deux, l’intelligence et la spiritualité. Sinon l’intelligence est toujours malheureuse. Sinon les gens n’éprouvent de sensations que vers les passions tristes, le ressentiment, la jalousie, etc. Il faut donner une intensité aux passions heureuses. » En prêchant? « Dans mes discours, j’essaie de convaincre en donnant à voir. Contrairement aux autres, je n’ai pas un parti de gens qui réagissent de manière pavlovienne. Je leur ai interdit de siffler. Je leur donne à voir quelque chose d’autre. » Quoi? Un homme qui leur a hurlé sa ferveur, en décembre, à Paris, jusqu’à se casser la voix ; qui achève ses réunions publiques les bras en croix ; qui prône la « bienveillance » ; que Mélenchon accuse d’être « un champignon hallucinogène » et Fillon, « un gourou ».

« Je ne suis pas sûr que Dieu ait jamais parlé »

Dieu lui parle-t-il? À cet instant, il baisse la voix. Ne sourit plus. « Non. » Il tourne la tête vers la vitre de la voiture – de seconde classe, s’il vous plaît – et lance sans nous regarder, alors même qu’il n’aime rien tant, d’ordinaire, que planter ses pupilles dans celles de ses « semblables », comme il a dit en citant René Char, et les écarquiller un peu, un tout petit peu, juste ce qu’il faut pour vous faire sentir qu’il y a là de la profondeur et de l’étrangeté. « Je ne suis pas sûr que Dieu ait jamais parlé. À la fin, ce sont les voix qu’on crée soi-même. » Il a dit cela tellement vite. À croire qu’il se parle à lui-même.

C’est seulement après qu’il se retourne vers nous. On pense à Dominique de Villepin qui sature l’espace de ses mots empanachés et discourt de tout, sauf de Dieu : « Parce que c’est fondamental, nous avoua ce dernier il y a une poignée d’années. Je n’en parle jamais. C’est si fortement ancré en moi que ça ne se formalise pas politiquement. » On le raconte à Macron. Vous êtes pareil? on lui demande. « Je sais en parler de manière latérale. » Qu’est-ce à dire? « Je sais en dire ce qu’on peut en dire sans rien dévoiler. » Bigre. « Je ne sépare pas Dieu du reste. Je fais le lien entre la transcendance et l’immanence. » Dit autrement : là où Villepin ne s’adressait qu’à l’Histoire et aux étoiles, Macron se veut aussi en adéquation avec le monde réel.

«J’aime les gens qui ont un monde à part»

Mais le parallèle avec l’ancien Premier ministre ne le gêne ni ne le surprend. « Villepin reste d’une intelligence sur l’âme française qui est stupéfiante. On a une idée très semblable de ce qu’est la France. Je le vois régulièrement. J’aime beaucoup échanger avec lui. J’aime les gens qui ont un monde à part. » Estime-t-il, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, qu' »il y a quelque chose de christique dans ce qui lie l’électeur à l’élu »? « La dimension christique, je ne la renie pas ; je ne la revendique pas. » Ainsi soit-il.

Il insiste néanmoins : « Je ne cherche pas à être un prédicateur christique. » Dans la bouche de l’un de ses lieutenants, cela donne : « Attention, Macron n’est pas un déglingué qui vaticine. »

« Il faut osciller entre humilité et arrogance »

Depuis le début de la conversation, il n’a pas touché aux deux iPhone qu’il a posés à l’envers sur la tablette devant lui. Une politesse qui ne se fait (presque) plus. À l’instar de son refus du casse-croûte proposé par son équipe – « Je ne vais pas parler en mangeant, ce n’est pas correct » – ou encore de l’expression d’enfant de chœur qu’il emploie au sujet de cette bague qu’il porte à l’annulaire de la main droite, en parfaite symétrie avec son alliance – « parce que j’ai vécu longtemps hors mariage ». « Hors mariage », il a dit.

On sent que c’est important, ce talisman contre le sentiment d’avoir péché. La sémantique de communiant a contaminé ses proches. « Pour lui, cette campagne est un chemin de vie, assure l’un d’eux. Il suit ce chemin. » Depuis qu’il s’est mis en marche, la voie semble se dégager et les planètes s’aligner dans le ciel au-dessus de sa tête. « C’est ce que j’appelle la ruse de l’Histoire », confirme celui qui a l’œil ostentatoirement humble et le nez affûté par l’arrogance. « Il faut osciller entre humilité et arrogance. Si vous tombez d’un côté, vous devenez soit inefficace soit dangereux. » Amen.

Anna Cabana – Le Journal du Dimanche


Ecoutes de l’Elysée: Hollande m’a mis sur écoute (Fillon, quoting new book, says Hollande had him tapped)

24 mars, 2017
L’Élysée n’écoute rien. Il n’y a pas de système d’écoutes ici (…). Moi, personnellement, je n’en ai jamais lu une seule. François Mitterrand (02.04. 1993)
Il n’y a pas de cabinet noir à l’Elysée. Il y a un cabinet qui travaille mais nous n’avons pas à nous mêler des affaires et ma position a toujours été l’indépendance de la justice, le respect de la présomption d’innocence, et ne jamais interférer. C’est très différent de mes prédécesseurs. François Hollande (24/03/2017)
Le président Obama est tombé bien bas pour mettre mes téléphones sur écoute durant une période d’élections sacrée. C’est Nixon/Watergate. Une personne malfaisante (ou malade)! Donald Trump
N’oubliez pas : quand je dis écoutes téléphoniques, ces mots étaient entre guillemets […] parce que les écoutes téléphoniques, c’est quelque chose de plutôt vieux jeu. Mais cela recouvre vraiment la surveillance et beaucoup d’autres choses. Donald Trump
Vous savez pourquoi ils m’ont invitée ? Parce que, ce que je viens de vous dire, eux [les journalistes] ne peuvent pas le dire. Christine Angot
Je vais mettre en cause le président de la République. Il y a un livre sur le ministère de l’Intérieur et la place Beauvau dont j’ai pu lire les bonnes feuilles et qui explique comment Hollande fait remonter les écoutes judiciaires à son bureau, comment il est au courant des moindres faits et des filatures. On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé. Je demande qu’une enquête soit ouverte sur les allégations qui sont portées dans ce livre, parce que c’est un scandale d’Etat. Si ce qui est écrit dans ce livre est vrai, je pense que dans l’histoire récente de la Ve République, un chef d’Etat n’est jamais allé aussi loin dans l’illégalité, la prise de pouvoir sur des services sur lesquels il ne devrait pas avoir autorité. François Fillon
J’ai simplement dit qu’il y a un livre qui sort, dont j’ai découvert le contenu ces derniers jours. Il décrit un mécanisme incroyable d’intervention du pouvoir dans les affaires judiciaires. J’ai simplement dit que ce livre fait des révélations qui, si elles s’avèrent exactes, sont un scandale d’État. Il dit que les écoutes remontent directement à l’Elysée, que le président de la République a connaissance de toutes les procédures, etc. Je ne sais pas si c’est vrai ! Donc, il doit y avoir une enquête. François Fillon
Le retour aux affaires des chiraquiens nourrit bien évidemment le soupçon d’un cabinet noir.  Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire!  Mais l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil ploicier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes et dont le rayon d’action ne serait pas cantonné au seul renseignement territorial.  (…) Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du 9e arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui.  Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé
Quelquefois ce n’est pas l’information elle-même qui est révélatrice de l’époque dans laquelle nous vivons, mais plutôt les réactions qu’elle suscite, et la manière dont elle nous est présentée. Ou occultée. (…) Hier, au cours d’une conférence de presse, Devin Nunes, actuel président de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants a confirmé que des agences de renseignement américaines avaient collecté des informations concernant des citoyens américains participant au processus de transition de l’administration suite à l’élection de Donald Trump. Il a précisé que ces collectes, très probablement légales, avaient été réalisées entre novembre 2016 et janvier de cette année et ne concernaient en aucune manière la Russie.   Le problème, selon lui, est qu’un certain nombre de ces documents laissaient clairement deviner l’identité réelle des citoyens américains concernés, et que ces documents avaient largement circulé parmi des responsables (autorisés) de l’administration Obama  (…) Il a ajouté que la Commission du renseignement allait procéder à une enquête approfondie concernant ces opérations de surveillance et la dissémination des informations (confidentielles, ndlr) qui en résultèrent. Soulignant que ces écoutes avaient probablement été récoltées de manière fortuite, c’est-à-dire que les personnes concernées n’étaient pas directement visées par la surveillance, Devin Nunes a jugé troublant que leurs identités aient été «dévoilées» et s’est interrogé sur les raisons de ce choix. Mais le fait que l’élu républicain aille directement voir le locataire de la Maison Blanche sans informer au préalable les autres membres de la Commission du renseignement a provoqué le colère des démocrates qui ont dénoncé un coup politique. Lors d’une audition parlementaire lundi, le directeur du FBI avait affirmé ne disposer d’aucune information permettant d’accréditer la thèse d’écoutes de la Trump Tower mise en avant par Donald Trump. (…) C’est étrange, à l’époque où nous vivons, plus connectée que jamais, les nouvelles ont toujours du mal à franchir l’Atlantique, et quand elles le font, quelquefois, le contenu fait penser à ce qui reste d’un message après avoir été transmis par « téléphone arabe ». Alors précisons tout de suite que cette news avait fait l’objet d’une dépêche AFP dont le contenu reste encore accessible aujourd’hui dans le cache de Google.  Bon alors évidemment, c’est l’AFP, c’est l’aspect « téléphone arabe » de la chose.  Soit ils sont sourds, soit ils sont moins-comprenants, soit [mettez ici ce que vous voulez]. Parce qu’en effet le contenu (…) Ne semble pas refléter (c’est un euphémisme) les propos de l’intéressé, dont la vidéo est disponible un peu partout. Et dans la presse française ça devient… Apparemment, quelques idées se seraient encore perdues en cours de route, d’autres auraient été ajoutées, bref, c’est plus de l’intox, ça confine à l’art abstrait (France24) : Le président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants a affirmé mercredi que des communications de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, avaient été interceptées pendant la période de transition. Donald Trump, dans la tourmente pour avoir accusé sur Twitter, sans éléments de preuve, Barack Obama de l’avoir placé sur écoute, s’est dit, mercredi 22 mars, conforté par les déclarations d’un élu républicain sur de possibles opérations de surveillance qui n’avaient pas été révélées à ce jour. Devin Nunes, président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, a affirmé, tout en restant avare en détails, que les agences de renseignement américaines avaient intercepté des communications des membres de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, durant la période de transition. «Il y a beaucoup d’informations dans les rapports que j’ai vus qui m’amènent à penser que l’administration précédente et nombre d’agences avaient une très bonne idée de ce que le président élu Trump faisait», a déclaré l’élu républicain, après avoir rencontré le chef de l’État à la Maison Blanche. «J’ai pensé qu’il était important que le président le sache», a-t-il ajouté. Donald Trump, qui s’exprimait au même moment lors d’une table ronde avec des élus afro-américains, a fait part de sa satisfaction. « Êtes-vous conforté par ces déclarations ? », lui a demandé un journaliste.  « Oui, d’une certaine manière. Je suis content qu’ils aient trouvé ce qu’ils ont trouvé », a-t-il répondu, sans autres précisions. Soulignant que ces écoutes avaient probablement été récoltées de manière fortuite, c’est-à-dire que les personnes concernées n’étaient pas directement visées par la surveillance, Devin Nunes a jugé troublant que leurs identités aient été «dévoilées» et s’est interrogé sur les raisons de ce choix. Mais le fait que l’élu républicain aille directement voir le locataire de la Maison Blanche sans informer au préalable les autres membres de la Commission du renseignement a provoqué le colère des démocrates qui ont dénoncé un coup politique. Lors d’une audition parlementaire lundi, le directeur du FBI avait affirmé ne disposer d’aucune information permettant d’accréditer la thèse d’écoutes de la Trump Tower mise en avant par Donald Trump. Source France24 avec AFP (…)  Exit donc le principal sujet de la conférence, à savoir que le nom des personnes sous écoutes étaient facilement reconnaissables (quand ils n’étaient pas en clair), et bonjour un tout nouveau grief, qui ne figure absolument pas dans la déclaration de l’intéressé : « voire de Donald Trump lui-même ».  Or Devin Nunes a déclaré, au contraire, que ces écoutes concernaient des personnes liées à la transition présidentielle, et non le président lui-même ou des membres de l’équipe de campagne (cela se passe après l’élection, ndlr). Une accusation pareille serait gravissime, surtout venant du président de la Commission du Renseignement, et à ce titre, l’invention pure et simple d’un pareil argument devrait valoir au journal qui l’aurait publié un joli macaron DecodexTM rouge, et la qualification de « fake news » sans parler du joli petit article dans Crosscheck qui va bien avec. Le Vilain petit canard
Les écoutes de l’Élysée, c’est l’un des premiers scandales de la présidence Mitterrand. En 1982, le chef de l’État souhaite la création d’une cellule antiterroriste à l’Élysée. Plusieurs gendarmes, dont Christian Prouteau, la composent. Il s’agit alors d’assurer la protection du président, ébranlée après l’attentat de la rue des Rosiers, et pour les gendarmes de dénicher de vraies informations afin de gommer l’affaire des Irlandais de Vincennes. Mais l’objet de la cellule déborde vite de ce cadre, qu’on pourrait qualifier d’intérêt général. Les gendarmes ouvrent de plus en plus grandes leurs oreilles. Les vingt lignes téléphoniques mises à leur disposition tournent à plein régime, hors des circuits officiels, au service quasi personnel de François Mitterrand. Avec des mobiles souvent fallacieux, on épie Jean-Edern Hallier – décidé à révéler l’existence de Mazarine Pingeot -, Carole Bouquet – peut-être parce que son mari d’alors était proche de la présidence algérienne -, Charles Pasqua, l’académicien Michel Droit… Et, dans cette liste assez extravagante, le journaliste du Monde Edwy Plenel, dont la mise sur écoute fut demandée expressément par François Mitterrand. L’affaire est jugée en 2004. Sur le banc des accusés, douze prévenus, douze maillons de la chaîne, du supergendarme Christian Prouteau à l’ancien directeur de cabinet de François Mitterrand, Gilles Ménage, en passant par celui du Premier ministre Laurent Fabius, Louis Schweitzer. François Mitterrand, décédé huit ans plus tôt, n’en est pas moins au coeur des débats. C’est le tribunal qui l’affirme : « Un grand nombre des écoutes reprochées aux différents prévenus ont pour origine une décision ou un choix émis par la plus haute autorité de l’État, à savoir le président de la République. » Sept des onze prévenus, dont Prouteau et Ménage, sont condamnés, ce que confirmera la Cour de cassation. Au tribunal, il manque un prévenu : le capitaine Guézou, le gendarme qui transcrivait les conversations et les apportait à l’Élysée. Le 12 décembre 1994, quelques jours après sa mise en examen, il s’est pendu. Le Point
Très clairement, un système a été mis en place, des hommes de confiance ont été placés à des postes stratégiques de façon à faire remonter les informations utiles. Ce qu’on appelle informations utiles, évidemment à l’Elysée, ce sont les informations qui concernent les affaires judiciaires qui visent Nicolas Sarkozy. (…) C’est simplement une organisation en fait. On appelle ça un cabinet noir mais c’est la mise en place d’une organisation, c’est-à-dire d’un système de relais au Ministère de la Justice, donc au cabinet du ministre, de la ministre à l’époque où on écrivait encore. Et puis aussi au Ministère de l’Intérieur et en tout cas, dans tous les endroits où des informations susceptibles d’être utilisées peuvent remonter. Stéphanie Marteau (20/04/2016)
Pour nous, l’affaire la plus symptomatique, c’est celle des écoutes contre Nicolas Sarkozy dans l’affaire incidente Bettencourt lorsque le parquet national financier lance une enquête sur le financement de la campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy. (…) En fait, on choisit en général les gens qui sont amenés à enquêter sur ces affaires. (…) Très concrètement, les policiers sont choisis en fonction de leurs états de service en général proches du pouvoir. Et notamment, l’enquête qui a été menée sur cette affaire par l’Office anticorruption de la Direction centrale de la Police judiciaire était dirigée et l’équipe d’enquête est clairement proche du pouvoir et proche du parti socialiste. (….) On choisit les gens mais ce ne sont pas que des magistrats. (…) Vous avez aussi des magistrats qui résistent. Par exemple, le procureur-général François Faletti (…) qu’on a mis à la retraite d’office, qui est quelqu’un qui a longtemps résisté à cette tendance à divulguer des informations sorties du dossier d’instruction afin qu’elles soient médiatisées et portent préjudice évidemment à Nicolas Sarkozy. Aziz Zemouri  (20/04/2016)
Les auteurs ne valident pas à proprement parler cette thèse du cabinet noir. « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire! » Mais ils pointent tout de même « l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants. (…) Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes ». En fait, sans apporter la démonstration d’une orchestration des affaires judiciaires, ils éreintent la thèse selon laquelle l’Elysée aurait découvert la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy dans la presse. Et les auteurs d’affirmer que François Hollande, comme d’autres avant lui, a utilisé les administrations régaliennes pour recueillir des informations sur ses adversaires politiques. « L’impréparation, la méconnaissance de l’appareil policier et judiciaire ainsi que les circonstances ont très vite amené François Hollande à renier ses principes et adopter des méthodes qui n’ont rien à envier à celles de ses prédécesseurs ». Le livre décrit surtout comment l’Elysée a tenté de faire pièce aux réseaux sarkozystes, qui avaient noyauté l’appareil policier et judiciaire depuis une décennie. François Hollande a ainsi placé soit des proches soit des anciens chiraquiens à la plupart des postes clefs: à Tracfin, la cellule de renseignement de Bercy, à la Direction des affaires criminelles et des grâces, place Vendôme, et bien sûr au sein des renseignements et de la police.  Un chapitre est notamment consacré à Bernard Bajolet, patron de la DGSE, le service extérieur. Surnommé « l’autre espion du président », il reste tout de même relativement épargné par les auteurs. « Il est à Hollande ce que Squarcini était à Sarkozy, la faconde en moins, la rigueur et le courage en plus. L’un était flic de renseignement, amateur de coups tordus. L’autre est un diplomate, expert en rapport de force ». Le livre s’attarde aussi longuement sur l’affrontement, plus surprenant, entre François Hollande et Manuel Valls pour le contrôle de l’appareil d’Etat. Car il n’y a pas que les sarkozystes qui accusent l’Elysée d’avoir fomenté des coups bas contre leur champion, les vallsistes aussi. L’enquête sur le financement de l’orchestre de son épouse Anne Gravoin, qui a fuité dans l’Obs, aurait ainsi été conduite par « une société d’intelligence économique proche de l’Élysée, qui travaille en sous-main avec la DGSE… » Ils notent aussi qu’un proche de Hollande, Pierre-René Lemas, à la tête de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), est à l’origine de l’enquête judiciaire sur les contrats noués entre la CDC et le criminologue Alain Bauer, ami intime de Valls. Challenges
«La seule personne qui croit qu’il y a un cabinet noir à l’Élysée, c’est François Fillon », s’aventure même notre volatile, très vite devenu bien tatillon. Comparons. «Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande», écrit celui qui dénonce (dénonçait ?) dans son livre « les secrets inavouables d’un quinquennat ». On pourrait s’arrêter là. Mais, bon public, continuons. « Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président[sic]. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du 9e arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui. » Encore ? « Depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir, c’est comme si une malédiction judicaire s’était abattue sur son prédécesseur. » Une dernière : un « cabinet noir » ? « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! » Mais il existe une « addition d’indices troubles et de témoignages étonnants » En effet, Didier Hassoux « n’a pas dit ça ».  Mieux, on déduit de la lecture de son enquête que François Hollande serait à l’origine de toutes les affaires qui ont touché le camp adverse pendant son mandat, sauf de celle-là. C’est vrai quoi, François Fillon on n’y touche pas. La preuve, le président l’a (re)dit lui-même ce matin: « il n’y a pas de cabinet noir à l’Elysée » (il n’a pas parlé de Bercy). C’est clair ? « Macron c’est moi » mais François Fillon c’est pas moi ! Si le malheur de l’un fait le bonheur de mon poulain c’est totalement fortuit. « Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire. […] Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante. […]Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. » J’utiliserai seulement comme tel celui de mon prédécesseur pour mieux faire en sorte de choisir mon successeur. Ah non pardon, ça non plus il ne l’a pas dit… Causeur
Les bonnes feuilles de Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat, que nous publions, éclaboussent comme jamais auparavant la présidence de François Hollande. L’affaire est grave. Elle met en lumière les dérives de la présidence de la République, qui a cherché à s’informer et à déstabiliser, par (presque) tous les moyens, ses opposants. Trois journalistes d’investigation lèvent ainsi le voile sur la manière dont François Hollande a tenté d’utiliser le ministère de l’Intérieur et ses outils de surveillance et de collecte d’informations pour servir sans succès un intérêt politique : sa réélection. Mais aussi la presse, en n’hésitant pas à faire fuiter opportunément des informations compromettantes sur ses opposants, jusque dans son propre camp, comme ce fut le cas manifestement contre Manuel Valls et son équipe rapprochée — son chef de cabinet sera photographié au téléobjectif. L’espionnage politique au sommet de l’État semble être devenu une manie, tout comme les nominations au sein de l’appareil judiciaire, pour pouvoir “être branché” en permanence avec les affaires politico-financières du moment. À lire les trois auteurs, les écoutes téléphoniques et la diffusion de leurs transcriptions sur des “blancs” se sont presque généralisées. Plus accablant : la production de ces notes blanches sur la vie privée de concurrents et sur les affaires judiciaires touchant à la politique a même explosé depuis 2012. Méthodiquement, chaque adversaire politique fait l’objet d’un traitement individuel avec une utilisation systématique de leviers variés : campagnes de presse, divulgations de procédures judiciaires, révélations et menaces sur la vie privée de candidats potentiels à la présidentielle. Les auteurs du livre ne l’affirment-ils pas ? « Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande. » Pas vraiment classés à droite, Didier Hassoux, journaliste au Canard enchaîné, Christophe Labbé, qui a rejoint le “palmipède” il y a quelques mois après avoir été au Point pendant de longues années, tout comme Olivia Recasens, qui a quitté l’hebdomadaire il y a quelques semaines, publient cette enquête implacable nourrie aux meilleures sources. S’ils révèlent que le chef de l’État ne s’était pas préparé à prendre en main l’appareil policier, ils racontent comment toutefois il se serait servi d’un cabinet noir pour discréditer ses concurrents à la présidentielle de 2017. Élection à laquelle il s’était préparé à concourir en duel face à Nicolas Sarkozy, avant de se prendre les pieds dans le tapis et de finalement disparaître du jeu. En octobre 2013, lorsque Valeurs actuelles révèle l’existence d’un cabinet noir à l’Élysée, personne n’imagine ce qui va être écrit moins de quatre ans plus tard dans ce livre, qui prouve et même aggrave — si les informations sont confirmées — les charges pesant contre l’Élysée. Une cellule aux ramifications profondes, dans les plus hautes sphères de l’appareil de l’État, a été mise en place par François Hollande. Objectif : empêcher par tous les moyens que Nicolas Sarkozy puisse se présenter à l’élection présidentielle. Écoutes abusives, fuites de dossiers judiciaires (en théorie protégés par le secret de l’instruction), publication des comptes rendus de ses auditions devant les juges et de ses conversations téléphoniques. Les policiers et les magistrats qui nourrissent la presse, en violation de la loi, ne seront jamais inquiétés. Sous la pression, Nicolas Sarkozy sera même obligé d’ouvrir une ligne sous un faux nom — Paul Bismuth — afin d’échanger avec son avocat — un comble ! — pour échapper aux écoutes. Même ce téléphone finira par être identifié par la justice et finalement placé, lui aussi, sur écoute. Le système médiatique, aidé par une partie de l’appareil judiciaire et de certains fonctionnaires de police, participe ainsi au petit jeu de massacre. Alors qu’arrive la fin du quinquennat, les langues se délient. Et les acteurs de la présidence Hollande livrent les secrets les plus inavouables. Déjà, dans l’Élysée off , Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri, en 2016, confirmaient : « Oui, il y a bien un cabinet noir à l’Élysée. » Selon eux, les informations collectées transitent par Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Élysée, qui les « distille ensuite au président de la République ». Sans surprise, François Fillon est depuis le début de sa campagne sous le feu nourri du même système qui ne veut pas de candidat de droite à la présidentielle. Qu’il s’appelle Sarkozy ou Fillon. Le candidat aura mis du temps à établir les liens. Il a affaire aux mêmes juges que Nicolas Sarkozy : Serge Tournaire, Aude Buresi ; au même service d’enquête, l’OCLCIFF ; au même parquet, le PNF ; les journalistes qui bénéficient de la violation du secret de l’instruction pour publier leurs scoops sont aussi précisément les mêmes. La technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” se révèle d’une efficacité redoutable : une affaire permet d’en ouvrir une autre, et ainsi de suite. Diaboliquement efficace pour convaincre l’opinion publique de la culpabilité d’un homme politique. Mais aussi, de moins en moins discrète, c’est l’objet de cette enquête : montrer comment, depuis le sommet de l’État, sont orchestrées les cabales politiques, judiciaires et médiatiques. Valeurs actuelles

Surveillance, écoutes abusives, diffusion de leurs transcriptions sur des “blancs”, collecte d’informations,  fuites opportunes d’informations compromettantes et de dossiers judiciaires (en théorie protégés par le secret de l’instruction), publication dans la presse des comptes rendus des auditions devant les juges et des conversations téléphoniques, nominations au sein de l’appareil judiciaire pour pouvoir “être branché” en permanence avec les affaires politico-financières du moment, campagnes de presse, divulgations de procédures judiciaires, révélations et menaces sur la vie privée de candidats potentiels à la présidentielle, cabinet noir pour discréditer ses concurrents, technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” (une affaire permet d’en ouvrir une autre, et ainsi de suite) …

Nous avions un Obama Big brother à l’Elysée et nous ne le savions pas !

A l’heure où commencent à se confirmer aux Etats-Unis les rumeurs d’écoutes de l’Administration Obama …

Pour tenter d’empêcher l’élection puis de discréditer l’élu du peuple américain …

Au lendemain d’une invitation du candidat de la droite sur la télévision d’Etat …

Qui, commissaire politique déguisée en « invitée surprise » comprise, avait tout d’un traquenard

Devinez qui de ce côté-ci de l’Atlantique …

Et 30 ans après les tristement célèbres écoutes du président Mitterrand

Semble se profiler derrière l’évidente machination

Qui entre campagnes de presse et divulgations de procédures judiciaires …

Et en dépit des étranges dénégations de dernière minute de ceux par qui le scandale est arrivé …

Vise à éliminer le seul candidat crédible de l’alternance ?

Les dossiers noirs de l’Élysée (écoutes, filatures, surveillance…)
Louis de Raguenel
Valeurs actuelles

23 mars 2017

En couverture. Écoutes, filatures, surveillance : un livre révèle les manoeuvres de François Hollande pour combattre ses adversaires politiques. Une enquête accablante qui achève le président sortant.

Les bonnes feuilles de Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat, que nous publions, éclaboussent comme jamais auparavant la présidence de François Hollande. L’affaire est grave. Elle met en lumière les dérives de la présidence de la République, qui a cherché à s’informer et à déstabiliser, par (presque) tous les moyens, ses opposants. Trois journalistes d’investigation lèvent ainsi le voile sur la manière dont François Hollande a tenté d’utiliser le ministère de l’Intérieur et ses outils de surveillance et de collecte d’informations pour servir sans succès un intérêt politique : sa réélection. Mais aussi la presse, en n’hésitant pas à faire fuiter opportunément des informations compromettantes sur ses opposants, jusque dans son propre camp, comme ce fut le cas manifestement contre Manuel Valls et son équipe rapprochée — son chef de cabinet sera photographié au téléobjectif.

« Difficile de ne pas voir la patte de Hollande »

L’espionnage politique au sommet de l’État semble être devenu une manie, tout comme les nominations au sein de l’appareil judiciaire, pour pouvoir “être branché” en permanence avec les affaires politico-financières du moment. À lire les trois auteurs, les écoutes téléphoniques et la diffusion de leurs transcriptions sur des “blancs” se sont presque généralisées. Plus accablant : la production de ces notes blanches sur la vie privée de concurrents et sur les affaires judiciaires touchant à la politique a même explosé depuis 2012. Méthodiquement, chaque adversaire politique fait l’objet d’un traitement individuel avec une utilisation systématique de leviers variés : campagnes de presse, divulgations de procédures judiciaires, révélations et menaces sur la vie privée de candidats potentiels à la présidentielle. Les auteurs du livre ne l’affirment-ils pas ? « Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande. »

Pas vraiment classés à droite, Didier Hassoux, journaliste au Canard enchaîné, Christophe Labbé, qui a rejoint le “palmipède” il y a quelques mois après avoir été au Point pendant de longues années, tout comme Olivia Recasens, qui a quitté l’hebdomadaire il y a quelques semaines, publient cette enquête implacable nourrie aux meilleures sources. S’ils révèlent que le chef de l’État ne s’était pas préparé à prendre en main l’appareil policier, ils racontent comment toutefois il se serait servi d’un cabinet noir pour discréditer ses concurrents à la présidentielle de 2017. Élection à laquelle il s’était préparé à concourir en duel face à Nicolas Sarkozy, avant de se prendre les pieds dans le tapis et de finalement disparaître du jeu.

La technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” se révèle d’une efficacité redoutable

En octobre 2013, lorsque Valeurs actuelles révèle l’existence d’un cabinet noir à l’Élysée, personne n’imagine ce qui va être écrit moins de quatre ans plus tard dans ce livre, qui prouve et même aggrave — si les informations sont confirmées — les charges pesant contre l’Élysée. Une cellule aux ramifications profondes, dans les plus hautes sphères de l’appareil de l’État, a été mise en place par François Hollande. Objectif : empêcher par tous les moyens que Nicolas Sarkozy puisse se présenter à l’élection présidentielle. Écoutes abusives, fuites de dossiers judiciaires (en théorie protégés par le secret de l’instruction), publication des comptes rendus de ses auditions devant les juges et de ses conversations téléphoniques. Les policiers et les magistrats qui nourrissent la presse, en violation de la loi, ne seront jamais inquiétés. Sous la pression, Nicolas Sarkozy sera même obligé d’ouvrir une ligne sous un faux nom — Paul Bismuth — afin d’échanger avec son avocat — un comble ! — pour échapper aux écoutes. Même ce téléphone finira par être identifié par la justice et finalement placé, lui aussi, sur écoute. Le système médiatique, aidé par une partie de l’appareil judiciaire et de certains fonctionnaires de police, participe ainsi au petit jeu de massacre.

Alors qu’arrive la fin du quinquennat, les langues se délient. Et les acteurs de la présidence Hollande livrent les secrets les plus inavouables. Déjà, dans l’Élysée off , Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri, en 2016, confirmaient : « Oui, il y a bien un cabinet noir à l’Élysée. » Selon eux, les informations collectées transitent par Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Élysée, qui les « distille ensuite au président de la République ».

Sans surprise, François Fillon est depuis le début de sa campagne sous le feu nourri du même système qui ne veut pas de candidat de droite à la présidentielle. Qu’il s’appelle Sarkozy ou Fillon. Le candidat aura mis du temps à établir les liens. Il a affaire aux mêmes juges que Nicolas Sarkozy : Serge Tournaire, Aude Buresi ; au même service d’enquête, l’OCLCIFF ; au même parquet, le PNF ; les journalistes qui bénéficient de la violation du secret de l’instruction pour publier leurs scoops sont aussi précisément les mêmes. La technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” se révèle d’une efficacité redoutable : une affaire permet d’en ouvrir une autre, et ainsi de suite. Diaboliquement efficace pour convaincre l’opinion publique de la culpabilité d’un homme politique. Mais aussi, de moins en moins discrète, c’est l’objet de cette enquête : montrer comment, depuis le sommet de l’État, sont orchestrées les cabales politiques, judiciaires et médiatiques. Extraits.

Seize mois après avoir quitté l’Élysée, Nicolas Sarkozy a été placé sur écoute. Pendant près d’un an, la police judiciaire a espionné ses conversations. Une première dans les annales de la Ve République. Depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir, c’est comme si une malédiction judiciaire s’était abattue sur son prédécesseur. En 2017, cinq ans après sa défaite électorale, ce sont pas moins de treize affaires judiciaires qui empoisonnent Nicolas Sarkozy ou son entourage. Au point que les sarkozystes, prompts à s’afficher en victimes, y voient la main d’un cabinet noir.

Comment Hollande utilise la chancellerie et Tracfin

Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes, et dont le rayon d’action ne se serait pas cantonné au seul renseignement territorial. […]

Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement financier de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du IXe arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui. Chaque semaine, le patron de Tracfin prend le chemin de l’Élysée pour assister, avec les directeurs des six autres services secrets, à la réunion organisée par le coordinateur du renseignement. […] Afin d’allumer la mèche d’une affaire politico-financière, il suffit que Tracfin pêche au bon endroit, remonte dans ses filets une infraction et la transmette officiellement à la justice. Ou officieusement à un service enquêteur qui se chargera de mener “une enquête d’initiative” avant qu’un magistrat ne la reprenne à son compte.

Une fois la machine lancée, le dossier emprunte un alambic judiciaire, sous le regard d’un autre ami du président, le directeur des affaires criminelles et des grâces, Robert Gelli, qui a partagé la même chambrée que François Hollande et Michel Sapin lors de leur service militaire. […] Lorsqu’il dirigeait l’association des procureurs, Gelli en avait fait l’arme de guerre des “petits pois” (expression péjorative de Nicolas Sarkozy pour désigner les juges, qui « se ressemblaient tous ») contre Sarkozy, déclenchant même une pétition chez les parquetiers — une jacquerie sans précédent. Il avait à cette époque comme adjoint au sein de l’association Bruno Dalles, l’actuel patron de Tracfin.

Depuis la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG), véritable tour de contrôle de la Place Vendôme, Gelli peut suivre en temps réel l’avancement de tous les dossiers politico-financiers. « La DACG n’est pas seulement l’oeil de la chancellerie, c’est aussi un moyen de piloter discrètement les dossiers politiquement sensibles », allègue un parquetier. Une pratique assumée par la chancellerie. Sur le papier, pourtant, c’en est fini de l’ère Sarkozy : il n’y a plus d’“affaires signalées”, ces dossiers que le pouvoir exécutif surveille de près et sur lesquels il intervient autant que de besoin, par le biais d’“instructions individuelles” adressées aux magistrats. « En fait, les choses se font plus subtilement, par exemple, sur l’opportunité d’ouvrir une information judiciaire, des consignes sont données… mais oralement », nous précise un magistrat. Chaque fois, ce sont les mêmes juges d’instruction qui sont désignés pour les affaires qui intéressent le Château. Ils sont moins de cinq, dont on retrouve le nom dans tous les dossiers qui concernent Sarkozy. Des habitués de la méthode des poupées russes.

Hollande informé par des “blancs” : Sarkozy dans le viseur

Un dérapage verbal incontrôlé : « Sarkozy, je le surveille, je sais tout ce qu’il fait », fanfaronne le président devant dix-neuf députés socialistes qu’il reçoit, le 17 février 2014, à l’Élysée. « Hollande a toujours voulu garder un oeil sur ses ennemis et même sur ses alliés de circonstance qui pourraient devenir ses adversaires », prévient en écho un éléphant socialiste qui a pratiqué à ses dépens l’ancien premier secrétaire du PS. Un “allié de circonstance” comme Alain Juppé, fidèle de Chirac s’il en est ? François Hollande n’a-t-il d’ailleurs pas nommé Augustin de Romanet, un des soldats du maire de Bordeaux, à la tête de l’un des plus gros fromages de la République : Paris Aéroport. Est-ce pour garder un oeil sur lui que Hollande y a également placé l’ex-préfet de Corrèze Alain Zabulon [celui-ci a régulièrement été cité dans les enquêtes de Valeurs actuelles comme une pièce maîtresse du cabinet noir, NDLR], ancien coordinateur national du renseignement ? Un homme en qui le président a toute confiance et qu’il a suggéré à Augustin de Romanet comme directeur de la sûreté.

Les propos imprudents de Hollande sur la surveillance de Sarkozy, Bruno Le Roux, le patron du groupe PS à l’Assemblée nationale, s’est aussitôt empressé de les démentir : « Le président de la République n’écoute ni ne surveille personne ! » Celui qui n’était pas encore ministre de l’Intérieur avait sans doute encore à apprendre, du moins si l’on en croit un vieux routard de la PJ : « Quand on branche une personnalité, on sait que les infos récoltées ne partent pas toujours uniquement au bureau du juge. Elles peuvent aussi nourrir des “blancs”. On sait que notre hiérarchie va faire remonter ces informations en haut lieu. C’est une pratique qui a toujours existé… » Lui comme ses collègues, manifestement rompus à ces méthodes, ne croient pas une seconde au scénario servi par l’Élysée, selon lequel François Hollande aurait découvert la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy en lisant le journal le Monde. Pas plus qu’ils n’imaginent un Manuel Valls laissé dans l’ignorance.

[…] Quant à la Place Beauvau, elle est nécessairement dans la boucle dès le départ, puisque ce sont les fameux policiers de la Division nationale de l’investigation financière et fiscale, devenue l’Office central de lutte contre la corruption, les infractions financières et fiscales, qui ont branché les téléphones de l’ancien président, puis retranscrit ses conversations, tout en le géolocalisant en temps réel.

La police judiciaire de la préfecture de police de Paris pilotée depuis l’Élysée

Le patron de la PJ parisienne [Bernard Petit, NDLR] règne sur deux mille deux cents policiers et voit passer des dossiers politiquement très sensibles. En lien direct avec l’Élysée, véritable contre-pouvoir au ministère de l’Intérieur, la PJPP est aussi un sacré panier de crabes où les carrières se font et se défont, et les rivalités s’exacerbent.

L’étonnante demande de Bernard Petit

À peine arrivé, [le vallsiste Bernard Petit, patron de la PJ parisienne de décembre 2013 à février 2015, au moment des révélations contre Nicolas Sarkozy, NDLR] aurait demandé au chef de la Crim’ s’il avait quelqu’un pour faire des fadettes en toute discrétion. Une demande aussitôt ébruitée.

Une cellule de renseignement occulte d’une dizaine de personnes

Afin de prendre le contrôle de la boutique, Jack Bauer [surnom de Bernard Petit, NDLR] se donne six à huit mois. Et il a un plan. Dupliquer le service de renseignement criminel dont il avait fait une arme de guerre lorsqu’il était à Nanterre. […] Pour monter au 36 cette cellule rens’ d’une dizaine de personnes, Petit recrute même à la DGSE. Avec, en appui opérationnel, des hommes fiables qu’il dissémine dans différents services de la PJ sous la casquette de “documentaliste”.

Des “Imsi-catchers” utilisés contre Nicolas Sarkozy ?

Comment le portable caché de Sarkozy, le “toc”, comme on dit dans un jargon commun aux flics et aux voyous, a-t-il été repéré ? Quand Thierry Herzog achète dans une boutique SFR, à Nice, deux puces téléphoniques prépayées, avec la carte d’identité de l’un de ses anciens copains de lycée, Paul Bismuth, les deux hommes sont persuadés d’avoir parfaitement sécurisé leurs communications secrètes d’autant qu’ils n’utilisent ces lignes que pour échanger entre eux. D’où la sidération de l’avocat, lorsque des policiers se présentent à son domicile à la recherche du toc en question. « Les collègues lui ont ordonné de présenter ses téléphones. Il leur en a donné deux ou trois. Ils ont demandé s’il en avait un autre. Herzog a répondu “non”. Ils ont alors composé le numéro du téléphone de Bismuth, qui s’est mis à sonner dans la poche de son peignoir. L’avocat était livide… », raconte avec gourmandise un officier de la PJ de Nanterre. […]

« Savoir que la personne “branchée” utilise aussi un toc est une chose, identifier le numéro caché en est une autre, ajoute notre OPJ. […] le plus simple est d’utiliser un Imsi-catcher. » Des appareils [utilisés dans les affaires de terrorisme, NDLR] dissimulables dans un sac à dos ou une valise qui, en imitant le fonctionnement d’une antenne relais de téléphonie mobile, avalent à distance les communications de tous les portables qu’ils identifient y compris en mode veille. La plupart des Imsi-catchers sont en dotation à la DGSI et à la DGSE : les espions des deux services secrets en possèdent au moins une douzaine.

Une cellule chargée des surveillances discrètes dans les domaines sensibles

Pour placer des hommes fiables à des postes clefs dans l’appareil sécuritaire, des “flics” chiraquiens sont appelés à la rescousse. Le plus marqué est sans conteste Philippe Klayman. […] [Il] a tout de suite dit “oui” lorsque, quatre mois après l’élection de Hollande, le nouveau pouvoir lui a proposé de devenir patron des CRS. Un poste ultra-sensible parce que le maintien de l’ordre est une matière politiquement explosive, encore plus sous la gauche. Et puis les CRS ont une autre mission, plus confidentielle, celle de protéger en deuxième rideau l’intimité du président et des membres du gouvernement.

C’est cette même proximité avec la Chiraquie qui conduit la gauche à nommer directeur du renseignement territorial Jérôme Léonnet. À cette place stratégique, cet ancien conseiller sécurité de Dominique de Villepin […] a pour mission de redéployer une force susceptible de collecter autant d’infos que les ex-Renseignements généraux. […] Il dote ce nouveau service d’un bras armé, la Division nationale de la recherche et de l’appui (DNRA). Forte d’une soixantaine de personnes, la DNRA, ou “D7” pour les intimes, est officiellement chargée des surveillances discrètes dans les domaines sensibles. […] Léonnet nourrit la curiosité du Château avec des notes “qui n’ont jamais existé” sur des sujets politico-financiers.

Le chef de cabinet de Valls photographié soudainement par la police

À l’époque où François Hollande n’a pas encore renoncé à être candidat à sa propre succession, un autre rival potentiel que Sarkozy est dans son collimateur : Manuel Valls. Le chef de l’État ne va pas se priver de brider les ambitions de son Premier ministre.

Le 5 septembre 2014, Sébastien Gros et Serge Kasparian, attablés au Caméléon, un bistrot chic de la rive gauche parisienne, ne se doutent pas un seul instant qu’ils sont photographiés au téléobjectif. Les policiers des Courses et Jeux qui immortalisent la scène savent que leurs clichés vont faire date. Le chef de cabinet du Premier ministre Manuel Valls est surpris en grande conversation avec le patron de l’un des cercles de jeux parisiens visés par une opération mains propres. Sébastien Gros, trente-cinq ans, est l’homme de confiance de Valls. […] Ce jour-là, il rencontre un drôle de zigoto. Serge Kasparian, la cinquantaine, silhouette massive et visage buriné, dirige le Cercle Cadet, un établissement de jeux du nord parisien où l’argent coule à flots. En toute logique, le parquet de Paris [a ouvert] une enquête préliminaire le 28 décembre 2012 [concernant le Cercle Cadet]. Six mois plus tard, l’embryon de dossier [était] transmis à Serge Tournaire. Ce juge d’instruction est apprécié à l’Élysée pour son opiniâtreté dans les affaires mettant en cause Sarkozy. Star du pôle financier, il est l’un des premiers à découvrir les surprenantes photos de Sébastien Gros mais aussi à entendre ce qui se dit au cours du déjeuner. […] À la Direction des affaires criminelles et des grâces, Robert Gelli, proche de Hollande, suit avec attention le déroulé des événements.

Si la volonté de l’Intérieur est de nettoyer les cercles de jeux, considérés à juste titre comme des lessiveuses à argent sale, l’Élysée y voit sûrement un autre avantage. […] avec cette opération main propres, qui touche un proche conseiller de Manuel Valls, l’Élysée double la mise.

L’entourage de Manuel Valls en est pour sa part totalement persuadé : le Château fomente des coups bas. Comme cette fâcheuse rumeur d’une liaison entre le chef du gouvernement et sa ministre de l’Éducation qui alimente les conversations dans les salles de rédaction. L’ami Stéphane Fouks est illico appelé à la rescousse pour éteindre l’incendie médiatique. Le pape de la communication de crise, patron de Havas Worldwide, ex-Euro RSCG, est un copain de fac du Premier ministre. C’est le même qui joue le pompier volant, lorsque l’épouse de Manuel Valls, Anne Gravoin, est épinglée dans l’Obs. Un article décrit les conditions de financement de l’orchestre de la jeune femme par un curieux attelage : un mystérieux homme d’affaires algérien représentant en France un conglomérat koweitien, un marchand d’armes sud-africain, qui préside le plus grand groupe d’armement du continent, et l’homme de confiance du président congolais Denis Sassou Nguesso, un ancien de la Françafrique décoré en catimini de la Légion d’honneur par Manuel Valls. Dans les couloirs de Matignon, on fait remarquer aux curieux que cette enquête à charge a été conduite par une société d’intelligence économique proche de l’Élysée, qui travaille en sous-main avec la DGSE…

Valls à son tour victime de Hollande ?

En octobre 2016, alors que Manuel Valls caresse l’idée de se présenter à la présidentielle, sort un livre qui déstabilise un de ses amis. Dans Nos très chers émirs, consacré aux liens entre la France et les monarchies du Golfe, le secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement Jean-Marie Le Guen est accusé d’avoir reçu des pots-de-vin de l’ambassade du Qatar. Le jour même de la publication, le chef du gouvernement dénonce sur les ondes de France Inter une « campagne de déstabilisation » à son encontre. Dans sa tête, les munitions contre Le Guen ont été, en partie, fournies par le Château avec l’aide d’un dévoué artificier, Bernard Bajolet, le directeur de la DGSE.

La cible était d’autant plus idéale que Le Guen, censé consacrer tout son temps aux députés et aux sénateurs, accompagne Valls dans nombre de ses déplacements à l’étranger. Avec une prédilection pour les destinations africaines. Parce qu’il se croyait intouchable, le Premier ministre n’a pas vu venir le coup…

“Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat”, d’O. Recasens, D. Hassoux et C. Labbé, Robert Laffont, 264 pages, 19,50 €.

Voir aussi:

Valeurs actuelles

23 mars 2017

Débat. Invité sur le plateau de L’Emission politique sur France 2, François Fillon a dû faire face de nombreuses accusations et a eu même un clash avec l’écrivain Christine Angot. Il a aussi violemment chargé François Hollande et a dénoncé un « scandale d’Etat »…

Invité sur le plateau de L’Emission politique sur France 2, François Fillon a dû faire face de nombreuses accusations portant sur ses problèmes judiciaires et a eu même un clash avec l’écrivain Christine Angot. Il a aussi violemment chargé François Hollande et a dénoncé un “scandale d’Etat”

“Je vais mettre en cause le président de la République”

Au début de l’émission, en faisant un rapprochement avec ses mésaventures judiciaires du moment, François Fillon a frappé fort en évoquant l’existence d’un “cabinet noir” à l’Élysée. Il s’est ensuite attaqué frontalement à François Hollande.

“Je vais mettre en cause le président de la République”, a annoncé François Fillon. “Il y a un livre sur le ministère de l’Intérieur et la place Beauvau dont j’ai pu lire les bonnes feuilles et qui explique comment Hollande fait remonter les écoutes judiciaires à son bureau, comment il est au courant des moindres faits et des filatures. On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé. Je demande qu’une enquête soit ouverte sur les allégations qui sont portées dans ce livre, parce que c’est un scandale d’Etat. Si ce qui est écrit dans ce livre est vrai, je pense que dans l’histoire récente de la Ve République, un chef d’Etat n’est jamais allé aussi loin dans l’illégalité, la prise de pouvoir sur des services sur lesquels il ne devrait pas avoir autorité.”, a-t-il fustigé, en faisant référence à un ouvrage de révélations qui sort ces jours-ci en librairie, intitulé “Bienvenue Place Beauveau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat” (Robert Laffont).

Une déclaration qui a fortement déplu à l’intéressé. En effet, dans un communiqué, François Hollande a condamné “avec la plus grande fermeté les allégations mensongères de François Fillon”. Les propos du candidat des Républicains apportent “un trouble insupportable” à la campagne présidentielle, ajoute le président de la République. “L’exécutif n’est jamais intervenu dans aucune procédure judiciaire”, a ajouté l’Elysée, assurant que “sur les affaires particulièrement graves concernant M. Fillon, (…) le président de la République n’en a été informé que par la presse”.

Le programme économique

Entre les accusations et questions, parfois déplacées, sur l’emploi fictif de sa femme, ses costumes, son rapport à l’argent, François Fillon a tout de même parlé de son programme.

En abordant son programme économique, il a déclaré vouloir “relancer la dynamique de compétitivité”. “Depuis 20 ou 30 ans on a essayé de faire une politique qu’on jugeait la plus juste dans l’immédiat, la plus susceptible de donner des voix. Je veux mettre fin à cette situation qui a conduit à 6 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres en relançant la dynamique de compétitivité (…) Chez nos voisins, la fiscalité du capital est à peu près à 30%. Chez nous elle est environ à 60-70%. On doit baisser la fiscalité du capital, et on le fait en baissant la fiscalité sur ceux qui ont du capital”, a-t-il expliqué.

En outre, il a exposé son projet pour les dotations allouées aux collectivités locales. “Je n’ai pas dit qu’on baissera les dotations aux collectivités locales, j’ai juste dit que la sphère des collectivités territoriales devait baisser leurs dépenses de 20 milliards d’euros (…) On s’est accordé sur une baisse d’un milliard et demi d’euros par an de baisse des dotations. Soit 7,5 milliards d’euros sur le quinquennat. On va passer un contrat ensemble. Ils auront une visibilité sur la baisse des dotations pour cinq ans, mais en échange on, va mettre en place des simplifications de normes, on va supprimer la réforme sur les rythmes scolaires”. “Mon programme (…) peut permettre de créer le plus d’emplois dans le pays, plus d’1,5 million”, argue l’ancien Premier ministre, notamment dans les services à la personne. François Fillon souhaite aussi réformer le statut d’auto-entrepreneur.

« Invitée surprise » de l’émission, l’écrivain Christine Angot

Dès son arrivée sur le plateau, Christine Angot a employé un ton particulièrement sec et accusateur face à François Fillon. Elle a affirmé que ce n’était pas un “dialogue” et ne voulait pas réellement écouter le candidat. Ce dernier ne s’est pas laissé marcher dessus. “Si vous êtes élu, on aura un président en qui une large partie population n’aura pas confiance (…) Si vous vous étiez retiré, dans le cas d’un second tour entre Les Républicains et le Front national, on aurait voté Les Républicains. Là Monsieur, le front républicain est mis en danger”, a-t-elle lancé. “Est-ce que vous nous faites un chantage au suicide?”, a poursuivi Christine Angot, évoquant la référence de François Fillon au suicide de Bérégovoy en 1993.

“De quel droit vous me condamnez ? Ce n’est pas parce qu’un journal a décidé de m’accuser que je suis coupable”, a rétorqué le candidat. “Vous savez pourquoi ils m’ont invitée ?”, a lancé l’écrivaine à François Fillon. “Parce que, ce que je viens de vous dire, eux [les journalistes] ne peuvent pas le dire”, a ajouté Christine Angot en quittant le plateau.

Un débat avec trois citoyens invités

François Fillon a d’abord été interrogé par une enseignante au sujet des programmes scolaires, et notamment sur les programmes d’histoire. “Quand on regarde les difficultés qu’on a à créer une cohésion de la nation française, on se dit que l’école a aussi une vocation d’éducation civique. Je demande donc qu’on fasse des corrections des programmes d’Histoire”, a expliqué l’ancien Premier ministre, ajoutant que “ce sont des enseignants qui doivent rédiger les programmes”. “Il ne s’agit pas d’enjoliver l’Histoire, mais de permettre aux enfants de mieux l’appréhender dans son ensemble. Que cela leur permette d’aimer notre pays car, vous le voyez bien, il y a de vraies fractures aujourd’hui”, a-t-il précisé. Puis, c’est Mireille Robin qui a interpellé le candidat de la droite au sujet du chômage. “Mon programme est destiné à donner du travail à tout le monde, car si on n’avait pas aujourd’hui 10 % de chômage, le débat qu’on a là aujourd’hui serait plus facile. Or on a ce chiffre très élevé, ça fait vingt-cinq ans qu’on n’arrive pas à résoudre le chômage, tout a échoué. La première chose que je propose c’est une vraie politique de relance de l’économie”, a déclaré François Fillon.

In fine, Steeve Briois, maire (FN) d’Hénin-Beaumont a débattu avec l’ancien maire de Sarthe  de la question de l’immigration. Un échange tendu, puisque Steeve Briois ne croit pas aux promesses de François Fillon, qui souhaite réduire drastiquement l’immigration légale, et promet de combattre durement l’immigration clandestine. “Tout ça, c’est du blabla”, lance l’élu FN. “Marine Le Pen fait des discours, mais il n’y a pas de mesures”. François Fillon lui répond alors : “Quand je regarde le programme de Mme Le Pen, elle dit ‘je ne veux aucune immigration’, ce qui n’a aucun sens. La France est un pays qui accueille des personnes étrangères. Cette histoire de zéro immigration est absurde.”

Voir également:

Christine Angot face à François Fillon : « Le coup de Bérégovoy, ça ne passe pas »

Pour son Emission politique, France 2 choisit un invité surprise de marque : l’écrivaine Christine Angot. L’échange fut très houleux avec le candidat de la droite décomplexée.

L’Obs
23 mars 2017

C’est un moment de télévision. Où il est en passe de le devenir. Pour son Emission politique, ce jeudi 23 mars, France 2 choisit un invité surprise de marque : l’écrivaine Christine Angot. Elle avait publié dans le « Journal du dimanche » une lettre ouverte, demandant à François Hollande de revenir sur sa décision de ne pas se représenter. L’échange fut très houleux entre l’écrivaine et François Fillon. Jusqu’au malaise, presque.

Christine Angot attaque d’emblée le candidat de la droite décomplexée : « Vous savez que si vous êtes élu, on aura un président en qui une large partie de la population n’aura pas confiance ? ». L’écrivaine raconte une histoire personnelle sur un bracelet qu’une amie lui aurait offert avant que cette dernière lui demande un papier sur son dernier livre. Et d’asséner :

« On ne comprend pas pourquoi vous ne vous êtes pas retiré. »

Le présentateur de l’Emission politique, David Pujudas, tente un moment d’organiser le débat et la discussion. « Non », répond Christine Angot.

« Moi j’ai rendu les costumes »

Réplique de François Fillon : « De quel droit vous me condamnez ? De quel droit vous estimez que l’emploi de mon épouse était illégal ? » Et d’enchaîner :

« On est dans un pays de droit, ce n’est pas parce qu’un journal a décidé de m’accuser que je suis coupable, et je ne le suis pas. Vous parliez de votre bracelet, moi j’ai rendu les costumes. « 

Pendant tout l’échange, les soutiens de François Fillon ont applaudi, puis hué ou même sifflé Christine Angot, qui accuse François Fillon, en faisant « le coup de Bérégovoy », de « faire du chantage au suicide ». « Ça ne passe pas. »

« Le pompon de toute cette histoire, c’est le coup de Bérégovoy. »

L’écrivaine quitte précipitamment le plateau de France 2. Un malaise est perceptible. « Vous savez pourquoi ils m’ont invitée ? », lance l’écrivaine à François Fillon.

« Parce que ce que je viens de vous dire, eux [les journalistes, NDLR] ne peuvent pas le dire ».

Voir encore:

Affaire Fillon: Canard qui s’en dédit…

Quand un journaliste de l’hebdo satirique se dément lui-même

Kevin Erkeletyan
Journaliste

24 mars 2017

Il est des oies dont on bourre le foie et des canards dont on bourre le mou. Mais quelle torture a-t-on bien pu faire subir à Didier Hassoux, le journaliste du Canard enchaîné, pour lui faire ainsi changer de ton ? Gêné aux entournures par « l’instrumentalisation politique » de son bouquin par la cible privilégiée de son employeur, le co-auteur de Bienvenue Place Beauvau n’a pas attendu plus tard qu’hier soir pour en faire l’autodafé. « On n’a pas écrit ça », a éructé le journaliste. Ecrit quoi ? Qu’il existe un « cabinet noir » à la main de François Hollande susceptible d’être à l’origine de l’interminable affaire Fillon. Accusation portée par ce dernier, sur la base de l’enquête du journaliste, sur le plateau de « L’Emission politique » hier soir.

«La seule personne qui croit qu’il y a un cabinet noir à l’Élysée, c’est François Fillon », s’aventure même notre volatile, très vite devenu bien tatillon. Comparons.

«Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande», écrit celui qui dénonce (dénonçait ?) dans son livre « les secrets inavouables d’un quinquennat ». On pourrait s’arrêter là. Mais, bon public, continuons. « Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président[sic]. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du 9e arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui. » Encore ? « Depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir, c’est comme si une malédiction judicaire s’était abattue sur son prédécesseur. » Une dernière : un « cabinet noir » ? « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! » Mais il existe une « addition d’indices troubles et de témoignages étonnants »

En effet, Didier Hassoux « n’a pas dit ça ».  Mieux, on déduit de la lecture de son enquête que François Hollande serait à l’origine de toutes les affaires qui ont touché le camp adverse pendant son mandat, sauf de celle-là. C’est vrai quoi, François Fillon on n’y touche pas. La preuve, le président l’a (re)dit lui-même ce matin: « il n’y a pas de cabinet noir à l’Elysée » (il n’a pas parlé de Bercy). C’est clair ? « Macron c’est moi » mais François Fillon c’est pas moi ! Si le malheur de l’un fait le bonheur de mon poulain c’est totalement fortuit. « Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire. […] Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante. […]Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. » J’utiliserai seulement comme tel celui de mon prédécesseur pour mieux faire en sorte de choisir mon successeur. Ah non pardon, ça non plus il ne l’a pas dit…

Voir de plus:

RMC/BMFTV
20/04/2016

« Cabinet noir »: ce qu’il y a vraiment dans le livre brandi par Fillon

Dans le livre « Bienvenue place Beauvau », trois journalistes évoquent une possible instrumentalisation de l’appareil policier et judiciaire par l’Elysée. Mais ils se refusent à voir un « cabinet noir » derrière le Penelopegate.

« On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé le cabinet noir ». Invité sur France 2 hier soir, François Fillon a  de nouveau dénoncé le complot politique qui serait ourdi contre lui à travers le Penelopegate et ses conséquences judiciaires. Pour étayer ses propos, il s’appuie, cette fois assez habilement, sur un nouveau livre: Bienvenue place Beauvau. Police: les secrets inavouables d’un quinquennat (éditions Robert Laffont).

Il est écrit par trois journalistes qu’on ne peut accuser de connivence avec la droite et son candidat. Ils ont réalisé, en 2012, un livre-enquête fouillé et à charge sur l’ex-patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini: L’espion du président, au cœur de la police politique de Sarkozy (éditions Robert Laffont). Deux d’entre eux, Christophe Labbé et Didier Hassoux travaillent au Canard Enchaîné, tandis que la troisième,

La thèse d’un cabinet noir anti-Sarkozy

Quid alors de ce fameux cabinet noir? Au risque de décevoir le candidat LR,  le livre précise bien au sujet du Penelopegate: « le supposé cabinet noir de l’Élysée n’y est pour rien. » Ce sont, en fait, des proches de Nicolas Sarkozy qui alimentent la thèse d’une officine anti-Sarkozy au cœur du pouvoir. Ils dénoncent notamment les treize procédures diligentées contre l’ex-président, placé sur écoutes pendant près d’un an par des juges.

Les auteurs ne valident pas à proprement parler cette thèse du cabinet noir. « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire! » Mais ils pointent tout de même « l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants. (…) Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes ».

En fait, sans apporter la démonstration d’une orchestration des affaires judiciaires, ils éreintent la thèse selon laquelle l’Elysée aurait découvert la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy dans la presse. Et les auteurs d’affirmer que François Hollande, comme d’autres avant lui, a utilisé les administrations régaliennes pour recueillir des informations sur ses adversaires politiques. « L’impréparation, la méconnaissance de l’appareil policier et judiciaire ainsi que les circonstances ont très vite amené François Hollande à renier ses principes et adopter des méthodes qui n’ont rien à envier à celles de ses prédécesseurs ».

Bataille de réseaux au sein de l’appareil policier

Le livre décrit surtout comment l’Elysée a tenté de faire pièce aux réseaux sarkozystes, qui avaient noyauté l’appareil policier et judiciaire depuis une décennie. François Hollande a ainsi placé soit des proches soit des anciens chiraquiens à la plupart des postes clefs: à Tracfin, la cellule de renseignement de Bercy, à la Direction des affaires criminelles et des grâces, place Vendôme, et bien sûr au sein des renseignements et de la police.

Un chapitre est notamment consacré à Bernard Bajolet, patron de la DGSE, le service extérieur. Surnommé « l’autre espion du président », il reste tout de même relativement épargné par les auteurs. « Il est à Hollande ce que Squarcini était à Sarkozy, la faconde en moins, la rigueur et le courage en plus. L’un était flic de renseignement, amateur de coups tordus. L’autre est un diplomate, expert en rapport de force ».

Le livre s’attarde aussi longuement sur l’affrontement, plus surprenant, entre François Hollande et Manuel Valls pour le contrôle de l’appareil d’Etat. Car il n’y a pas que les sarkozystes qui accusent l’Elysée d’avoir fomenté des coups bas contre leur champion, les vallsistes aussi. L’enquête sur le financement de l’orchestre de son épouse Anne Gravoin, qui a fuité dans l’Obs, aurait ainsi été conduite par « une société d’intelligence économique proche de l’Élysée, qui travaille en sous-main avec la DGSE… » Ils notent aussi qu’un proche de Hollande, Pierre-René Lemas, à la tête de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), est à l’origine de l’enquête judiciaire sur les contrats noués entre la CDC et le criminologue Alain Bauer, ami intime de Valls.

Voir par ailleurs:

Potential ‘smoking gun’ showing Obama administration spied on Trump team, source says

Republican congressional investigators expect a potential “smoking gun” establishing that the Obama administration spied on the Trump transition team, and possibly the president-elect himself, will be produced to the House Intelligence Committee this week, a source told Fox News.

Classified intelligence showing incidental collection of Trump team communications, purportedly seen by committee Chairman Devin Nunes, R-Calif., and described by him in vague terms at a bombshell Wednesday afternoon news conference, came from multiple sources, Capitol Hill sources told Fox News. The intelligence corroborated information about surveillance of the Trump team that was known to Nunes, sources said, even before President Trump accused his predecessor of having wiretappedhim in a series of now-infamous tweets posted on March 4.

The intelligence is said to leave no doubt the Obama administration, in its closing days, was using the cover of legitimate surveillance on foreign targets to spy on President-elect Trump, according to sources.

The key to that conclusion is the unmasking of selected U.S. persons whose names appeared in the intelligence, the sources said, adding that the paper trail leaves no other plausible purpose for the unmasking other than to damage the incoming Trump administration.

The FBI hasn’t been responsive to the House Intelligence Committee’s request for documents, but the National Security Agency is expected to produce documents to the committee by Friday. The NSA document production is expected to produce more intelligence than Nunes has so far seen or described – including what one source described as a potential “smoking gun” establishing the spying.

Some time will be needed to properly assess the materials, with the likely result being that congressional investigators and attorneys won’t have a solid handle on the contents of the documents – and their implications – until next week.

Because Nunes’s intelligence came from multiple sources during a span of several weeks, and he has not shared the actual materials with his committee colleagues, he will be the only member of the panel in a position to know whether the NSA has turned over some or all of the intelligence he is citing. However, Fox News was told Intelligence Committee Ranking Member Rep. Adam Schiff, D-Calif., had been briefed on the basic contents of the intelligence described by Nunes.

CIA Director Mike Pompeo is also sympathetic to the effort to determine, with documentary evidence, the extent of any alleged Obama administration spying on the Trump team, sources said.

At a dramatic Wednesday news conference, Nunes claimed to have seen evidence that members of the Trump transition team, possibly including the president-elect, were subjected to “incidental surveillance” collection that Nunes characterized as legal but troubling.

“What I’ve read bothers me,” he told reporters, “and I think it should bother the president himself, and his team because I think some of it seems to be inappropriate.”

Schiff blasted Nunes for not coming first to the Intelligence Committee with the information.

« If accurate, this information should have been shared with members of the committee, but it has not been, » Schiff said in a Wednesday statement.

James Rosen joined Fox News Channel (FNC) in 1999. He currently serves as the chief Washington correspondent and hosts the online show « The Foxhole. » His latest book is « A Torch Kept Lit: Great Lives of the Twentieth Century » (Crown Forum, October 4, 2016).

Voir aussi:

Fake News – Affaire des écoutes de Washington

Ph. Huysmans
Le vilain petit canard
23 March 2017

Quelquefois ce n’est pas l’information elle-même qui est révélatrice de l’époque dans laquelle nous vivons, mais plutôt les réactions qu’elle suscite, et la manière dont elle nous est présentée. Ou occultée.

Vous vous souvenez sans doute du tollé qu’avait provoqué, en pleine campagne présidentielle américaine, la publication de plusieurs dizaines de milliers d’e-mails de John Podesta, l’un des directeurs de campagne de la candidate démocrate, Hillary Clinton.

Cette affaire, révélée par Wikileaks et son dirigeant charismatique, Julian Assange, avait fortement ébranlé le camp démocrate par le caractère compromettant de certaines révélations.  Ainsi nous apprenions par Hillary Clinton elle-même qu’elle était parfaitement au courant du soutien des monarchies du Golfe (Arabie Saoudite, Qatar) à l’État Islamique, en Syrie.

Le camp démocrate avait rapidement réagi en rejetant la responsabilité sur les Russes TM, et en insinuant une possible collusion entre le candidat des républicains, Donald Trump et les services secrets de Vladimir Poutine, le nouvel épouvantail de service.  Vous aurez noté qu’à aucun moment les démocrates n’ont songé à nier les allégations de Wikileaks, ce qui aurait, en tout état de cause amené logiquement à démontrer que ces e-mails étaient authentiques.

Foin de tout cela, l’establishment américain, furieux de la victoire de Donald Trump et de la défaite de sa « pouliche » n’en démord pas : ce sont les Russes TM !  Même si entretemps Wikileaks a révélé un autre scandale plus inquiétant encore : Vault 7.  Il s’agit d’un ensemble de 8.761 documents de la CIA en provenance d’un réseau hautement sécurisé au sein du Centre de Cyber-renseignement à Langley (Virginie).   Ces documents comprennent des informations confidentielles relatives à la plupart des outils faisant partie de l’arsenal électronique de l’agence.  Malwares, virus, chevaux de Troie, exploits de failles dites « zero day », utilitaires de prise de contrôle distant, ainsi que leur documentation.  Cette collection extraordinaire, qui compte plusieurs centaines de millions de lignes de code conférerait à son propriétaire la même capacité de piratage que la CIA elle-même.

Parmi ces outils, certains portent la marque de hackers russes, ce qui rend possible, pour la CIA, de pirater un système tout en laissant des traces (fingerprints) laissant penser que la source du piratage était russe.

Les faits

Hier, au cours d’une conférence de presse, Devin Nunes, actuel président de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants a confirmé que des agences de renseignement américaines avaient collecté des informations concernant des citoyens américains participant au processus de transition de l’administration suite à l’élection de Donald Trump.

Il a précisé que ces collectes, très probablement légales, avaient été réalisées entre novembre 2016 et janvier de cette année et ne concernaient en aucune manière la Russie.   Le problème, selon lui, est qu’un certain nombre de ces documents laissaient clairement deviner l’identité réelle des citoyens américains concernés, et que ces documents avaient largement circulé parmi des responsables (autorisés) de l’administration Obama :

« The real issue, Mr. Nunes told reporters, was that he could figure out the identities of Trump associates from reading reports about intercepted communications that were shared among Obama administration officials with top security clearances. He said some Trump associates were also identified by name in the reports. Normally, intelligence agencies mask the identities of American citizens who are incidentally present in intercepted communications. » Source : NYTimes

Il a ajouté que la Commission du renseignement allait procéder à une enquête approfondie concernant ces opérations de surveillance et la dissémination des informations (confidentielles, ndlr) qui en résultèrent.

Il s’est par ailleurs entretenu avec le président Trump pour lui faire part de ces découvertes, jugeant « important » que le président soit informé.  Celui-ci s’est dit satisfait.

Pendant de temps, dans la presse des bisounours

C’est étrange, à l’époque où nous vivons, plus connectée que jamais, les nouvelles ont toujours du mal à franchir l’Atlantique, et quand elles le font, quelquefois, le contenu fait penser à ce qui reste d’un message après avoir été transmis par « téléphone arabe ».

Alors précisons tout de suite que cette news avait fait l’objet d’une dépêche AFP dont le contenu reste encore accessible aujourd’hui dans le cache de Google.  Bon alors évidemment, c’est l’AFP, c’est l’aspect « téléphone arabe » de la chose.  Soit ils sont sourds, soit ils sont moins-comprenants, soit [mettez ici ce que vous voulez].

Parce qu’en effet le contenu :

Donald Trump’s communications may have been swept up in intelligence gathering on suspected foreign agents, according to explosive allegations made by the Republican head of the House intelligence committee.

Devin Nunes — who worked on Trump’s transition team and is now leading an investigation into possible links between that campaign team and Russia — said Trump’s communications may have been intercepted late last year.

Nunes however said there was no evidence that then-president Barack Obama ordered the surveillance — as Trump has claimed — or that the Republican billionaire was the target.

Rather, Nunes suggested, Trump’s communications were picked up during court-approved targeting of suspected foreign intelligence operatives.

The communications were not linked to Russia, he said, adding that they appeared to have «little or no intelligence value.»

«The president himself and others in the Trump transition team were clearly put into intelligence reports,» Nunes told reporters in front of the White House after briefing the president on the situation.

The information collected — spanning the November-January period between Trump’s election victory and his inauguration — was «widely disseminated» in US intelligence circles, he said.

US intelligence community rules dictate that information on Americans picked up incidentally in surveillance must be scrubbed or masked in intelligence reports.

Nunes suggested those involved in the surveillance had violated those rules.

As for Trump, he indicated he felt vindicated by the revelation.

«I somewhat do. I must tell you I somewhat do,» he said during a separate White House meeting. AFP/File / Nicholas Kamm

Ne semble pas refléter (c’est un euphémisme) les propos de l’intéressé, dont la vidéo est disponible un peu partout.

Et dans la presse française ça devient…

Apparemment, quelques idées se seraient encore perdues en cours de route, d’autres auraient été ajoutées, bref, c’est plus de l’intox, ça confine à l’art abstrait (France24) :

Le président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants a affirmé mercredi que des communications de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, avaient été interceptées pendant la période de transition.

Donald Trump, dans la tourmente pour avoir accusé sur Twitter, sans éléments de preuve, Barack Obama de l’avoir placé sur écoute, s’est dit, mercredi 22 mars, conforté par les déclarations d’un élu républicain sur de possibles opérations de surveillance qui n’avaient pas été révélées à ce jour.

Devin Nunes, président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, a affirmé, tout en restant avare en détails, que les agences de renseignement américaines avaient intercepté des communications des membres de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, durant la période de transition.

«Il y a beaucoup d’informations dans les rapports que j’ai vus qui m’amènent à penser que l’administration précédente et nombre d’agences avaient une très bonne idée de ce que le président élu Trump faisait», a déclaré l’élu républicain, après avoir rencontré le chef de l’État à la Maison Blanche. «J’ai pensé qu’il était important que le président le sache», a-t-il ajouté.

Des écoutes récoltées de manière fortuite

Donald Trump, qui s’exprimait au même moment lors d’une table ronde avec des élus afro-américains, a fait part de sa satisfaction. « Êtes-vous conforté par ces déclarations ? », lui a demandé un journaliste.  « Oui, d’une certaine manière. Je suis content qu’ils aient trouvé ce qu’ils ont trouvé », a-t-il répondu, sans autres précisions.

Soulignant que ces écoutes avaient probablement été récoltées de manière fortuite, c’est-à-dire que les personnes concernées n’étaient pas directement visées par la surveillance, Devin Nunes a jugé troublant que leurs identités aient été «dévoilées» et s’est interrogé sur les raisons de ce choix.

Mais le fait que l’élu républicain aille directement voir le locataire de la Maison Blanche sans informer au préalable les autres membres de la Commission du renseignement a provoqué le colère des démocrates qui ont dénoncé un coup politique.

Lors d’une audition parlementaire lundi, le directeur du FBI avait affirmé ne disposer d’aucune information permettant d’accréditer la thèse d’écoutes de la Trump Tower mise en avant par Donald Trump. Source France24 avec AFP

Exit donc le principal sujet de la conférence, à savoir que le nom des personnes sous écoutes étaient facilement reconnaissables (quand ils n’étaient pas en clair), et bonjour un tout nouveau grief, qui ne figure absolument pas dans la déclaration de l’intéressé : « voire de Donald Trump lui-même ».  Or Devin Nunes a déclaré, au contraire, que ces écoutes concernaient des personnes liées à la transition présidentielle, et non le président lui-même ou des membres de l’équipe de campagne (cela se passe après l’élection, ndlr)[1].

Une accusation pareille serait gravissime, surtout venant du président de la Commission du Renseignement, et à ce titre, l’invention pure et simple d’un pareil argument devrait valoir au journal qui l’aurait publié un joli macaron DecodexTM rouge, et la qualification de « fake news » sans parler du joli petit article dans Crosscheck qui va bien avec.

Mais vous n’en verrez rien, il n’y aura pas d’erratum, et encore moins de macaron.  Ceci n’est pas une fausse news.  C’est de la réalité augmentée.  D’ailleurs on ne peut pas coller un macaron rouge à un journal mainstream, il n’y a rien pour l’accrocher, du coup, ça ne tient pas.

Note

[1] Representative Devin Nunes of California, the Republican chairman of the House Intelligence Committee, introduced the new claim into the deepening controversy over Russian meddling in the 2016 election. Yet Mr. Nunes also told reporters on Wednesday that he had no evidence to support Mr. Trump’s claim that he was directly or personally wiretapped.  Source : NYTimes

Voir enfin:

Mitterrand, le maître des écoutes

La gauche crie au scandale après les révélations sur Buisson. Aurait-elle oublié l’affaire bien plus grave des écoutes de l’Élysée de 1983 à 1986 ?

Michel Revol

Le Point
12/03/2014

Présidence Trump: Attention, une faute peut en cacher une autre (Twitter president: That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked and acted will remain one of the astonishing ironies of American political history)

18 mars, 2017
Language-Infographic2https://i0.wp.com/cdn-europe1.new2.ladmedia.fr/var/europe1/storage/images/le-lab/des-elus-fn-et-lr-moquent-les-grosses-fautes-dorthographe-du-community-manager-de-lelysee-2939594/30501620-1-fre-FR/Des-elus-FN-et-LR-moquent-les-grosses-fautes-d-orthographe-du-community-manager-de-l-Elysee.jpghttps://i0.wp.com/www.lepoint.fr/images/2016/02/09/2912814lpw-2912829-jpg_3362065.jpg
 

A working class hero is something to be. John Lennon
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
J’appelle stratégies de condescendance ces transgressions symboliques de la limite qui permettent d’avoir à la fois les profits de la conformité à la définition et les profits de la transgression : c’est le cas de l’aristocrate qui tape sur la croupe du palefrenier et dont on dira «  Il est simple », sous-entendu, pour un aristocrate, c’est-à-dire un homme d’essence supérieure, dont l’essence ne comporte pas en principe une telle conduite. (…) Le consacré condescendant choisit délibérément de passer la ligne ; il a le privilège des privilèges, celui qui consiste à prendre des libertés avec son privilège. Pierre  Bourdieu
Il faut inscrire dans la théorie le principe réel des stratégies, c’est-à-dire le sens pratique ou, si l’on préfère, ce que les sportifs appellent le sens du jeu, comme maîtrise pratique de la logique ou de la nécessité immanente d’un jeu qui s’acquiert par l’expérience du jeu et qui fonctionne en deçà de la conscience et du discours (à la façon par exemple des techniques du corps). (…) Mais on peut refuser de voir dans la stratégie le produit d’un programme inconscient sans en faire le produit d’un calcul conscient et rationnel. Elle est le produit du sens pratique comme sens du jeu, d’un jeu social particulier, historiquement défini, qui s’acquiert dès l’enfance en participant aux activités sociales, notamment (…) aux jeux enfantins. Le bon joueur, qui est en quelque sorte le jeu fait homme, fait à chaque instant ce qui est à faire, ce que demande et exige le jeu. Cela suppose une invention permanente, indispensable pour s’adapter à des situations indéfiniment variées, jamais parfaitement identiques. Ce que n’assure pas l’obéissance mécanique à la règle explicite, codifiée (quand elle existe). (…) On voit qu’il n’y a pas à poser le problème en termes de spontanéité et de contrainte, de liberté et de nécessité, d’individu et de social. L’habitus comme sens du jeu est le jeu social incorporé, devenu nature. Rien n’est plus libre ni plus contraint à la fois que l’action du bon joueur. Il se trouve tout naturellement à l’endroit où la balle va tomber, comme si la balle le commandait, mais, par là, il commande à la balle. Pierre Bourdieu (1985)
Rien n’illustre mieux la liberté extraordinaire que donne à l’émetteur une conjonction de facteurs favorisants, que le phénomène de l’hypocorrection. Inverse de l’hypercorrection, phénomène caractéristique du parler petit-bourgeois, l’hypocorrection n’est possible que parce que celui qui transgresse la règle (Giscard par exemple lorsqu’il n’accorde pas le participe passé avec le verbe avoir) manifeste par ailleurs, par d’autres aspects de son langage, la prononciation par exemple, et aussi par tout ce qu’il est, par tout ce qu’il fait, qu’il pourrait parler correctement. Pierre Bourdieu 
C’est une chose que Weber dit en passant dans son livre sur le judaïsme antique : on oublie toujours que le prophète sort du rang des prêtres ; le Grand Hérésiarque est un prophète qui va dire dans la rue ce qui se dit normalement dans l’univers des docteurs. Bourdieu
Samedi 31 décembre, François Hollande prononçait depuis l’Élysée ses derniers vœux présidentiels. Comme il est d’usage lorsque le chef de l’État prend la parole, le compte Twitter de l’Élysée a relayé les phrases les plus importantes du discours en direct. Sauf que le community manager (la personne en charge des réseaux sociaux) du Président l’a fait avec une foultitude de fautes d’orthographes. Ainsi « je me rendrais » au lieu de « rendrai » pour exprimer le futur ; « vous avez tenu bons » avec un « s » en trop ; « le socle et là » au lieu de « est » ; « la France a un rang et des valeurs a défendre » (sans accent sur le « à ») ; « c’est vous qui auraient le dernier mot », pour « aurez ». Le Lab Europe 1
A toutes les équipes de l’École de Gendarmerie de Tulle, mille mercis pour votre engagement aux côtés de nos personnels de l’Éducation. Votre expertise, votre professionalisme impressionnant nous sont plus que précieux. Amitiés. Najat Vallaud-Belkacem
J’adresse mes plus chaleureuses félicitations au Paris Saint Germain qui a fait rêvé notre jeunesse. Najat Vallaud-Belkacem
La brutalité de la droite extrême vêtue d’une parka aussi rouge que le gros rouge qui tâche, voilà ce qui attend le pays. Najat Vallaud-Belkacem
Twitter users are the least literate of the internet users we looked at, with 0.56% of words on the network being either misspelled or otherwise unofficial, perhaps due to its stricter character limit. Americans tend to deviate slightly more than those based in the UK, with the Brits at 0.53% and the USA at the global average of 0.56%. Interestingly, tweeters have been getting increasingly literate over the past few years, getting 0.01% more literate each year since 2011 – is this a result of increased adoption of auto-correcting devices perchance? Females are more likely to deviate too, using unofficial language every 169 words, whereas males do it once every 192. The fairer gender are also responsible for elongating words like arghhh, awwww, soooo and ahhh much more than males, who instead prefer to shorten them to things like gonna, wanna and kinda. The most common form of ‘error’ is the exclusion of apostrophes, resulting in words like im, wont, cant, theres, hes, womens and parents. The second most frequent deviation was the usage of acronyms, the widest used of which was LOL, followed by WTF, LMAO, YOLO, OMG and FFS. In terms of the actual words that are misspelled, here are the favourites: definitely separate embarrass achieve surprise weird government argument. Brandwatch
Bosses regularly complain about the poor literacy standards among school leavers, whose written English in applications forms and CVs can be shocking. The research uses examples such as one applicant stating: ‘I wont to work wiv you’re company.’ Others regularly confuse the words ‘to’ and ‘too’, such as: ‘I’d like too work with you’, while asking whether job ‘oppurtunities’ are ‘avalible’ at the company. Others sign their letters with several kisses, showing an inappropriate level of friendliness with a potential boss who they have never met. Tracy Newby, head of English at Ringmer Community College in East Sussex, said helping her students to learn good spelling and grammar involves a ‘fight’ with social media. She said: ‘Social media has a massive impact on students every day. The Daily Telegraph
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Nous avons gagné chez les évangélistes. Nous avons gagné avec les jeunes. Avec les vieux. Avec les diplômés de l’enseignement supérieur. Avec ceux qui sont peu diplômés. J’aime ceux qui sont peu diplômés. Donald Trump
Sorry losers and haters, but my I.Q. is one of the highest -and you all know it! Please don’t feel so stupid or insecure, it’s not your fault. Donald Trump (2013)
I’m much smarter than them. I think I have a much higher IQ. I think I went to a better college — better everything. Donald Trump
Maybe if these elites-pretending-not-to-be-elites deigned to talk to some knowledgeable elites in government once in a while, they might emerge from the distorted, belligerent, dystopian, Darwinian, cracked-mirror world that is alarming Americans and our allies. They might even stop ripping off the working-class people they claim to be helping. Maureen Dowd
I was in Doha last week, and a Sudanese woman approached me to explain how desperate she felt about the fact that her son, at school in the United States, now felt unable to travel to see her. He was afraid that if he left he might not be allowed back. In lots of small and not-so-small ways, the mean, militaristic mind of the American president has come to inhabit people’s lives. If a budget can be a portrait of a soul, then this president’s is arid and shriveled. It is filled with contempt for the needy. Here is a man dismissive of the arts, the environment, the humanities, diplomacy, peacekeeping, science, public education and civilian national service — in short, civilization itself. If he could defund goodness he would. Charity is also ripe for the ax. Creativity needs skewering. Giving is weakness. All that counts are acquisitive instinct, walls and bans (of the kind that keep mother and son apart), displays of power, and the frisson of selective cruelty that lay behind his successful TV show. Everyone is now Donald Trump’s apprentice, at least as he sees it. In Doha, at The New York Times “Art for Tomorrow” conference, I met the artist Christo. This was before rumors that Trump wants to cut all funding to the National Endowment for the Arts were confirmed. It’s been a particularly hard couple of months for Christo. He knows all about walls. He knows all about being a refugee. As a young man in the 1950s, he fled communist Bulgaria, then part of the totalitarian Soviet imperium. When the Berlin Wall went up in 1961, he made a wall of oil barrels on the Rue Visconti in Paris. From 1964 to 1967, he lived as an illegal immigrant in New York with his late wife Jeanne-Claude, before getting a green card and becoming a citizen in 1973. By the time America opened its arms to him, he had been stateless for 17 years. Freedom meant something. The United States was more than a country; it was an idea. (…) For more than two decades, Christo has labored to create a work called “Over the River” in Colorado — a canopy of silvery fabric that was to have been suspended for two weeks over 42 miles of the Arkansas River, a flowing, billowing liquid mirror. But now, after spending some $15 million, he has walked away in perhaps the biggest single act of protest by an artist against Donald Trump. Much of the land is federally owned. As Christo explained to my colleague Randy Kennedy earlier this year, “The federal government is our landlord. They own the land. I can’t do a project that benefits this landlord.” In Doha, Christo, who is 81, refused to sit down. Defiance is part of him. To live freely is an immense act of will. For an hour he spoke with irrepressible vitality. Eat little, he counseled, in order to channel energy (in his case yogurt with garlic for breakfast, then nothing until dinner). Decide what you want — that is the most difficult part — and then apply yourself without compromise to that end. (…) The only use I can imagine for Trump’s grotesque wall is for Christo to wrap it and set us free. Roger Cohen
It’s bizarre that Trump, who has bragged about his MBA from the University of Pennsylvania, is now lumping himself in with the « poorly educated. »But it’s true that the more educated Republicans are, the less likely they are to warm up to him. According to exit polls, Trump won Nevada voters without a high school degree with 57 percent of the vote. He won voters with some college with 49 percent of the vote. He won college graduates with 42 percent of the vote. And among those with a postgraduate degree, his share was only 37 percent. Vox
Trump did graduate from the Wharton School of business at the University of Pennsylvania, an Ivy League college. But Trump did not get an MBA from Wharton; he has a much less prestigious undergraduate degree. He was a transfer student who arrived at Wharton after two years at Fordham University, which U.S. News & World Report currently ranks 66th among national universities. (Besides, simply going to an Ivy League school doesn’t prove you’re a genius.) Gwenda Blair, in her 2001 book “The Trumps,” said that Trump’s grades at Fordham were just “respectable” and that he got into Wharton mainly because he had an interview with an admissions officer who had been a high school classmate of his older brother. And Wharton’s admissions team surely knew that Trump was from one of New York’s wealthiest families. For years, numerous media reports said Trump graduated first in his class from Wharton, but that’s wrong. The 1968 commencement program does not list him as graduating with any sort of honors. In fact, the Boston Globe reported that he barely made an impression at all: “His former classmates said he seemed a student who spoke up a lot but rarely shined in class, who barely participated in campus activities, shunned fraternity parties.” 
He’s done so well with these people with who are high school educated, and I don’t mean this in a demeaning way at all, but it’s the fact, and the more blue collar workers who really are the heart of America and they think finally somebody is speaking for them but the truth is he is not for them not in his real life and that needs to be highlighted. (…) It doesn’t seem like he can be beaten at this point because he not only has all these poll figures in his favor but he has the momentum. The momentum is not only moving with him but ahead of him because people are still excited to see Donald Trump, if for the show if nothing else. (…)  you can’t keep saying he’s not a conservative because no one really cares about that apparently. They’re not driven by ideological arguments; they’re driven by their emotional feel that he’s on their team which is another joke. What they can do is make a very clear case how Donald Trump has crushed the little man on his way to larger and taller monuments to himself. Kathleen Parker (Washington Post)
Les gens  attendaient  Trump  et  son  discours franc, qui dit les choses comme elles sont et qui promet de défendre les intérêts du peuple.  Il  ne  tourne  pas  autour  du  pot  et c’est ça qu’on aime. (…)  et même si Trump ne le sait pas,  je  suis  persuadé  qu’il  a  été  envoyé par Dieu pour réparer ce pays et lui rendre  sa  grandeur  !  Le  système  est  corrompu,  nous  devons  revenir  aux  fondamentaux  :  les  valeurs  américaines,  le travail, le respect. Obama  est  allé  s’excuser  autour  du  monde, et  résultat,  personne  ne  nous  respecte. Cela va changer. Kelly Lee (électeur)
Les choses vont changer avec Trump car ce  n’est  pas  un  politicien,  il  ne  doit rien à cette élite qui vit entre elle depuis si longtemps. Mike Costello (électeur)
Les médias sont en embuscade, mais nous ne sommes pas inquiets parce que le peuple a vraiment vu le vrai visage partisan  de  ces  médias.  Trump  ne  se  laissera pas  faire.  Au  début  j’ai  été  choquée  de voir   son   usage   de   Twitter   car   je   suis conservatrice. Mais maintenant, je comprends.  Il  déjouera  leurs  plans  et  dira aux gens ce qu’il pense vraiment s’ils déforment    ses    propos. Nous avons besoin de lois. Aujourd’hui, les  gardes-frontières  n’ont  pas  le  droit d’arrêter les illégaux et laissent des villes sanctuaires  les  protéger  sans  la  moindre sanction.  Est-ce  normal  ?  La  presse  dit que c’est raciste de penser ce que je vous dis,   mais   c’est   ridicule   !   Nous   serions donc devenus une nation de racistes par- ce   que   nous   ne   sommes   pas   d’accord avec  ce   laxisme ? Annette (électrice)
Ce  qui  nous  plaît   chez Trump, c’est qu’il ne doit rien à personne. Il est milliardaire mais il accepte de faire  ce  job  pour  sauver  le  pays.  Il  n’en   avait pas besoin. C’est son atout. Car il va  pouvoir  se  concentrer  sur  l’essentiel,  au   lieu de penser à être réélu.  Obama  s’est  trop  excusé, nous devons montrer notre force. Nous espérons  que  Trump  sera  le  Reagan  de   notre  génération. James Mack (ouvrier machiniste de Pennsylvanie)
It’s not just visual: In interview after interview in all corners of the state, I’ve found that Trump’s support across the ideological spectrum remains strong. Democrats, Republicans, independents, people who have not voted in presidential elections for years — they have not wavered in their support. Two components of these voters’ answers and profiles remain consistent: They are middle-class, and they do not live in a big city. They are suburban to rural and are not poor — an element I found fascinating, until a Gallup survey last week confirmed that what I’ve gathered in interviews is more than just freakishly anecdotal. The Gallup analysis, based on 87,000 interviews over the past year, shows that while economic anxiety and Trump’s appeal are intertwined, his supporters for the most part do not make less than average Americans (not those in New York City or Washington, perhaps, but their Main Street peers) and are less likely to be unemployed. The study backs up what many of my interviews across the state found — that these people are more concerned about their children and grandchildren. While Trump supporters here are overwhelmingly white, their support has little to do with race (yes, you’ll always find one or two who make race the issue) but has a lot to do with a perceived loss of power. Not power in the way that Washington or Wall Street board rooms view power, but power in the sense that these people see a diminishing respect for them and their ways of life, their work ethic, their tendency to not be mobile (many live in the same eight square miles that their father’s father’s father lived in). Thirty years ago, such people determined the country’s standards in entertainment, music, food, clothing, politics, personal values. Today, they are the people who are accused of creating every social injustice imaginable; when anything in society fails, they get blamed. The places where they live lack economic opportunities for the next generation; they know their children and grandchildren will never experience the comfortable situations they had growing up — surrounded by family who lived next door, able to find a great job without going to college, both common traits among many successful small-business owners in the state. These Trump supporters are not the kind you find on Twitter saying dumb or racist things; many of them don’t have the time or the patience to engage in social media because they are too busy working and living life in real time. These are voters who are intellectually offended watching the Affordable Care Act crumble because they warned six years ago that it was an unworkable government overreach. They are the same people who wonder why President Obama has not taken a break from a week of golfing to address the devastating floods in Louisiana. (As one woman told me, “It appears as if he only makes statements during tragedies if there is political gain attached.”) Voice such a remark, and you risk being labeled a racist in many parts of America. The Joe-Six-Pack stereotype of a Trump supporter was not created in a vacuum; it’s real and it’s out there. Yet, if you dig down deep into the Gallup survey — or, better yet, take a drive 15 minutes outside of most cities in America — you will learn a different story. That is, if you look and listen. Salena Zito
America is coming apart. For most of our nation’s history, whatever the inequality in wealth between the richest and poorest citizens, we maintained a cultural equality known nowhere else in the world—for whites, anyway. (…) But t’s not true anymore, and it has been progressively less true since the 1960s. People are starting to notice the great divide. The tea party sees the aloofness in a political elite that thinks it knows best and orders the rest of America to fall in line. The Occupy movement sees it in an economic elite that lives in mansions and flies on private jets. Each is right about an aspect of the problem, but that problem is more pervasive than either political or economic inequality. What we now face is a problem of cultural inequality. When Americans used to brag about « the American way of life »—a phrase still in common use in 1960—they were talking about a civic culture that swept an extremely large proportion of Americans of all classes into its embrace. It was a culture encompassing shared experiences of daily life and shared assumptions about central American values involving marriage, honesty, hard work and religiosity. Over the past 50 years, that common civic culture has unraveled. We have developed a new upper class with advanced educations, often obtained at elite schools, sharing tastes and preferences that set them apart from mainstream America. At the same time, we have developed a new lower class, characterized not by poverty but by withdrawal from America’s core cultural institutions. (…) Why have these new lower and upper classes emerged? For explaining the formation of the new lower class, the easy explanations from the left don’t withstand scrutiny. It’s not that white working class males can no longer make a « family wage » that enables them to marry. The average male employed in a working-class occupation earned as much in 2010 as he did in 1960. It’s not that a bad job market led discouraged men to drop out of the labor force. Labor-force dropout increased just as fast during the boom years of the 1980s, 1990s and 2000s as it did during bad years. (…) As I’ve argued in much of my previous work, I think that the reforms of the 1960s jump-started the deterioration. Changes in social policy during the 1960s made it economically more feasible to have a child without having a husband if you were a woman or to get along without a job if you were a man; safer to commit crimes without suffering consequences; and easier to let the government deal with problems in your community that you and your neighbors formerly had to take care of. But, for practical purposes, understanding why the new lower class got started isn’t especially important. Once the deterioration was under way, a self-reinforcing loop took hold as traditionally powerful social norms broke down. Because the process has become self-reinforcing, repealing the reforms of the 1960s (something that’s not going to happen) would change the trends slowly at best. Meanwhile, the formation of the new upper class has been driven by forces that are nobody’s fault and resist manipulation. The economic value of brains in the marketplace will continue to increase no matter what, and the most successful of each generation will tend to marry each other no matter what. As a result, the most successful Americans will continue to trend toward consolidation and isolation as a class. Changes in marginal tax rates on the wealthy won’t make a difference. Increasing scholarships for working-class children won’t make a difference. The only thing that can make a difference is the recognition among Americans of all classes that a problem of cultural inequality exists and that something has to be done about it. That « something » has nothing to do with new government programs or regulations. Public policy has certainly affected the culture, unfortunately, but unintended consequences have been as grimly inevitable for conservative social engineering as for liberal social engineering. The « something » that I have in mind has to be defined in terms of individual American families acting in their own interests and the interests of their children. Doing that in Fishtown requires support from outside. There remains a core of civic virtue and involvement in working-class America that could make headway against its problems if the people who are trying to do the right things get the reinforcement they need—not in the form of government assistance, but in validation of the values and standards they continue to uphold. The best thing that the new upper class can do to provide that reinforcement is to drop its condescending « nonjudgmentalism. » Married, educated people who work hard and conscientiously raise their kids shouldn’t hesitate to voice their disapproval of those who defy these norms. When it comes to marriage and the work ethic, the new upper class must start preaching what it practices. Charles Murray
We’re in the midst of a rebellion. The bottom and middle are pushing against the top. It’s a throwing off of old claims and it’s been going on for a while, but we’re seeing it more sharply after New Hampshire. This is not politics as usual, which by its nature is full of surprise. There’s something deep, suggestive, even epochal about what’s happening now. I have thought for some time that there’s a kind of soft French Revolution going on in America, with the angry and blocked beginning to push hard against an oblivious elite. It is not only political. Yes, it is about the Democratic National Committee, that house of hacks, and about a Republican establishment owned by the donor class. But establishment journalism, which for eight months has been simultaneously at Donald Trump’s feet (“Of course you can call us on your cell from the bathtub for your Sunday show interview!”) and at his throat (“Trump supporters, many of whom are nativists and nationalists . . .”) is being rebelled against too. Their old standing as guides and gatekeepers? Gone, and not only because of multiplying platforms. (…) All this goes hand in hand with the general decline of America’s faith in its institutions. We feel less respect for almost all of them—the church, the professions, the presidency, the Supreme Court. The only formal national institution that continues to score high in terms of public respect (72% in the most recent Gallup poll) is the military (…) we are in a precarious position in the U.S. with so many of our institutions going down. Many of those pushing against the system have no idea how precarious it is or what they will be destroying. Those defending it don’t know how precarious its position is or even what they’re defending, or why. But people lose respect for a reason. (…) It’s said this is the year of anger but there’s a kind of grim practicality to Trump and Sanders supporters. They’re thinking: Let’s take a chance. Washington is incapable of reform or progress; it’s time to reach outside. Let’s take a chance on an old Brooklyn socialist. Let’s take a chance on the casino developer who talks on TV. In doing so, they accept a decline in traditional political standards. You don’t have to have a history of political effectiveness anymore; you don’t even have to have run for office! “You’re so weirdly outside the system, you may be what the system needs.” They are pouring their hope into uncertain vessels, and surely know it. Bernie Sanders is an actual radical: He would fundamentally change an economic system that imperfectly but for two centuries made America the wealthiest country in the history of the world. In the young his support is understandable: They have never been taught anything good about capitalism and in their lifetimes have seen it do nothing—nothing—to protect its own reputation. It is middle-aged Sanders supporters who are more interesting. They know what they’re turning their backs on. They know they’re throwing in the towel. My guess is they’re thinking something like: Don’t aim for great now, aim for safe. Terrorism, a world turning upside down, my kids won’t have it better—let’s just try to be safe, more communal. A shrewdness in Sanders and Trump backers: They share one faith in Washington, and that is in its ability to wear anything down. They think it will moderate Bernie, take the edges off Trump. For this reason they don’t see their choices as so radical. (…) The mainstream journalistic mantra is that the GOP is succumbing to nativism, nationalism and the culture of celebrity. That allows them to avoid taking seriously Mr. Trump’s issues: illegal immigration and Washington’s 15-year, bipartisan refusal to stop it; political correctness and how it is strangling a free people; and trade policies that have left the American working class displaced, adrift and denigrated. Mr. Trump’s popularity is propelled by those issues and enabled by his celebrity. (…) Mr. Trump is a clever man with his finger on the pulse, but his political future depends on two big questions. The first is: Is he at all a good man? Underneath the foul mouthed flamboyance is he in it for America? The second: Is he fully stable? He acts like a nut, calling people bimbos, flying off the handle with grievances. Is he mature, reliable? Is he at all a steady hand? Political professionals think these are side questions. “Let’s accuse him of not being conservative!” But they are the issue. Because America doesn’t deliberately elect people it thinks base, not to mention crazy. Peggy Noonan
In 1978, the eminent sociologist William Julius Wilson argued confidently that class would soon displace race as the most important social variable in American life. As explicit legal barriers to minority advancement receded farther into the past, the fates of the working classes of different races would converge. By the mid 2000s, Wilson’s thesis looked pretty good: The black middle class was vibrant and growing as the average black wealth nearly doubled from 1995 to 2005. Race appeared to lose its salience as a political predictor: More and more blacks were voting Republican, reversing a decades-long trend, and in 2004 George W. Bush collected the highest share of the Latino (44 percent) vote of any Republican ever and a higher share of the Asian vote (43 percent) than he did in 2000. Our politics grew increasingly ideological and less racial: Progressives and the beneficiaries of a generous social-welfare state generally supported the Democratic party, while more prosperous voters were more likely to support Republicans. Stable majorities expressed satisfaction with the state of race relations. It wasn’t quite a post-racial politics, but it was certainly headed in that direction. But in the midst of the financial crisis of 2007, something happened. Both the white poor and the black poor began to struggle mightily, though for different reasons. And our politics changed dramatically in response. It’s ironic that the election of the first black president marked the end of our brief flirtation with a post-racial politics. By 2011, William Julius Wilson had published a slight revision of his earlier thesis, noting the continued importance of race. The black wealth of the 1990s, it turned out, was built on the mirage of house values. Inner-city murder rates, which had fallen for decades, began to tick upward in 2015. In one of the deadliest mass shootings in recent memory, a white supremacist murdered nine black people in a South Carolina church. And the ever-present antagonism between the police and black Americans — especially poor blacks whose neighborhoods are the most heavily policed — erupted into nationwide protests. Meanwhile, the white working class descended into an intense cultural malaise. Prescription-opioid abuse skyrocketed, and deaths from heroin overdoses clogged the obituaries of local papers. In the small, heavily white Ohio county where I grew up, overdoses overtook nature as the leading cause of death. A drug that for so long was associated with inner-city ghettos became the cultural inheritance of the southern and Appalachian white: White youths died from heroin significantly more often than their peers of other ethnicities. Incarceration and divorce rates increased steadily. Perhaps most strikingly, while the white working class continued to earn more than the working poor of other races, only 24 percent of white voters believed that the next generation would be “better off.” No other ethnic group expressed such alarming pessimism about its economic future. And even as each group struggled in its own way, common forces also influenced them. Rising automation in blue-collar industries deprived both groups of high-paying, low-skill jobs. Neighborhoods grew increasingly segregated — both by income and by race — ensuring that poor whites lived among poor whites while poor blacks lived among poor blacks. As a friend recently told me about San Francisco, Bull Connor himself couldn’t have designed a city with fewer black residents. Predictably, our politics began to match this new social reality. In 2012, Mitt Romney collected only 27 percent of the Latino vote. Asian Americans, a solid Republican constituency even in the days of Bob Dole, went for Obama by a three-to-one margin — a shocking demographic turn of events over two decades. Meanwhile, the black Republican became an endangered species. Republican failures to attract black voters fly in the face of Republican history. This was the party of Lincoln and Douglass. Eisenhower integrated the school in Little Rock at a time when the Dixiecrats were the defenders of the racial caste system.(…) For many progressives, the Sommers and Norton research confirms the worst stereotypes of American whites. Yet it also reflects, in some ways, the natural conclusions of an increasingly segregated white poor. (…) The reality is not that black Americans enjoy special privileges. In fact, the overwhelming weight of the evidence suggests that the opposite is true. Last month, for instance, the brilliant Harvard economist Roland Fryer published an exhaustive study of police uses of force. He found that even after controlling for crime rates and police presence in a given neighborhood, black youths were far likelier to be pushed, thrown to the ground, or harassed by police. (Notably, he also found no racial disparity in the use of lethal force.) (…) Getting whipped into a frenzy on conspiracy websites, or feeling that distant, faceless elites dislike you because of your white skin, doesn’t compare. But the great advantages of whiteness in America are invisible to the white poor, or are completely swallowed by the disadvantages of their class. The young man from West Virginia may be less likely to get questioned by Yale University police, but making it to Yale in the first place still requires a remarkable combination of luck and skill. In building a dialogue around “checking privilege,” the modern progressive elite is implicitly asking white America — especially the segregated white poor — for a level of social awareness unmatched in the history of the country. White failure to empathize with blacks is sometimes a failure of character, but it is increasingly a failure of geography and socialization. Poor whites in West Virginia don’t have the time or the inclination to read Harvard economics studies. And the privileges that matter — that is, the ones they see — are vanishing because of destitution: the privilege to pay for college without bankruptcy, the privilege to work a decent job, the privilege to put food on the table without the aid of food stamps, the privilege not to learn of yet another classmate’s premature death. (…) Because of this polarization, the racial conversation we’re having today is tribalistic. On one side are primarily white people, increasingly represented by the Republican party and the institutions of conservative media. On the other is a collection of different minority groups and a cosmopolitan — and usually wealthier — class of whites. These sides don’t even speak the same language: One side sees white privilege while the other sees anti-white racism. There is no room for agreement or even understanding. J. D. Vance
Est-ce le plus beau cadeau qu’Hillary Clinton ait fait à son adversaire ? En traitant “la moitié” des électeurs de Trump de “basket of deplorables”, Hillary a donné à l’équipe Trump un nouveau slogan de campagne : Les Deplorables (en français sur l’affiche avec le “e” sans accent, et aussi sur les t-shirts, sur les pots à café, dans la salle, etc.) ; avec depuis hier une affiche empruntée au formidable succès de scène de 2012 à Broadway Les Misérables (avec le “é” accentué, ou Les Mis’, tout cela en français sur l’affiche et sur la scène), et retouchée à la mesure-Trump (drapeau US à la place du drapeau français, bannière avec le nom de Trump). Grâce soit rendue à Hillary, le mot a une certaine noblesse et une signification à la fois, – étrangement, – précise et sophistiqué, dont le sens négatif peut aisément être retourné dans un contexte politique donné (le mot lui-même a, également en anglais, un sens négatif et un sens positif), surtout avec la référence au titre du livre de Hugo devenu si populaire aux USA depuis 2012…  L’équipe Trump reprend également la chanson-standard de la comédie musicale “Do You Hear the People Sing”, tout cela à partir d’une idée originale d’un partisan de Trump, un artiste-graphiste qui se désigne sous le nom de Keln : il a réalisé la composition graphique à partir de l’affiche des Misérables et l’a mise en ligne en espérant qu’elle serait utilisée par Trump. Depuis quelques jours déjà, les partisans de Trump se baptisent de plus en plus eux-mêmes Les Deplorables (comme l’on disait il y a 4-5 ans “les indignés”) et se reconnaissent entre eux grâce à ce mot devenu porte-drapeau et slogan et utilisé sur tous les produits habituels (“nous sommes tous des Deplorables”, comme d’autres disaient, dans le temps, “Nous sommes tous des juifs allemands”). De l’envolée de Clinton, – dont elle s’est excusée mais sans parvenir à contenir l’effet “déplorable” pour elle, ni l’effet-boomerang comme on commence à le mesurer, –nous écrivions ceci le 15 septembre : « L’expression (“panier” ou “paquet de déplorables”), qui qualifie à peu près une moitié des électeurs de Trump, est assez étrange, sinon arrogante et insultante, voire sophistiquée et devrait être très en vogue dans les salons progressistes et chez les milliardaires d’Hollywood ; elle s’accompagne bien entendu des autres qualificatifs classiques formant le minimum syndical de l’intellectuel-Système, dits explicitement par Hillary, de “racistes”, xénophobes”, et ajoutons comme sous-entendus “crétins absolus” ou bien “sous-hommes”, et ajoutons encore implicitement “irrécupérables” et de la sorte “à liquider” ou à envoyer en camp de rééducation ou plutôt à l’asile, comme l’éclairé Bacri conseille de faire avec Zemmour. » Récupéré par les électeurs de Trump eux-mêmes puis par l’équipe Trump, le slogan peu résonner comme un cri de révolte qui pourrait donner un formidable rythme et un atout considérable de communication à la campagne du candidat républicain. Philippe Grasset
Hillary Clinton’s comment that half of Donald Trump’s supporters are “racist, sexist, homophobic, xenophobic, Islamophobic”—a heck of a lot of phobia for anyone to lug around all day—puts back in play what will be seen as one of the 2016 campaign’s defining forces: the revolt of the politically incorrect. They may not live at the level of Victor Hugo’s “Les Misérables,” but it was only a matter of time before les déplorables—our own writhing mass of unheard Americans—rebelled against the intellectual elites’ ancien régime of political correctness. (…) Mrs. Clinton’s (…) dismissal, at Barbra Streisand’s LGBT fundraiser, of uncounted millions of Americans as deplorables had the ring of genuine belief. Perhaps sensing that public knowledge of what she really thinks could be a political liability, Mrs. Clinton went on to describe “people who feel that the government has let them down, the economy has let them down, nobody cares about them . . . and they’re just desperate for change.” She is of course describing the people in Charles Murray’s recent and compelling book on cultural disintegration among the working class, “Coming Apart: The State of White America, 1960-2010.” This is indeed the bedrock of the broader Trump base. Mrs. Clinton is right that they feel the system has let them down. There is a legitimate argument over exactly when the rising digital economy started transferring income away from blue-collar workers and toward the “creative class” of Google and Facebook employees, no few of whom are smug progressives who think the landmass seen from business class between San Francisco and New York is pocked with deplorable, phobic Americans. Naturally, they’ll vote for the status quo, which is Hillary. But in the eight years available to Barack Obama to do something about what rankles the lower-middle class—white, black or brown—the non-employed and underemployed grew. A lot of them will vote for Donald Trump because they want a radical mid-course correction. (…) The progressive Democrats, a wholly public-sector party, have disconnected from the realities of the private economy, which exists as a mysterious revenue-producing abstraction. Hillary’s comments suggest they now see much of the population has a cultural and social abstraction. (…) Donald Trump’s appeal, in part, is that he cracks back at progressive cultural condescension in utterly crude terms. Nativists exist, and the sky is still blue. But the overwhelming majority of these people aren’t phobic about a modernizing America. They’re fed up with the relentless, moral superciliousness of Hillary, the Obamas, progressive pundits and 19-year-old campus activists. Evangelicals at last week’s Values Voter Summit said they’d look past Mr. Trump’s personal résumé. This is the reason. It’s not about him. The moral clarity that drove the original civil-rights movement or the women’s movement has degenerated into a confused moral narcissism. (…) It is a mistake, though, to blame Hillary alone for that derisive remark. It’s not just her. Hillary Clinton is the logical result of the Democratic Party’s new, progressive algorithm—a set of strict social rules that drives politics and the culture to one point of view. (…) Her supporters say it’s Donald Trump’s rhetoric that is “divisive.” Just so. But it’s rich to hear them claim that their words and politics are “inclusive.” So is the town dump. They have chopped American society into so many offendable identities that only a Yale freshman can name them all. If the Democrats lose behind Hillary Clinton, it will be in part because America’s les déplorables decided enough of this is enough. Bret Stephens
Il n’y a évidemment que des coups à prendre – et ils sont nombreux – lorsque l’on dénonce les discours alarmistes qui visent l’Amérique de Donald J. Trump.  Mais, contrairement aux chiens de garde de BFMTV, la Rédaction de Marianne ne « dégage » pas ceux qui font entendre une voix dissonante (un cas de « délit d’opinion » s’y est produit ces jours derniers), ce qui est tout à l’honneur de Delphine Legouté et Renaud Dely, en particulier, mais également de TSF Jazz et Radio Nova qui ont régulièrement donné la parole à l’auteur de ce blog qui existe depuis mars 2012. La démocratie à l’épreuve du verbe est tout ce que ceux qui se revendiquent du camp des « progressistes » redoutent. L’histoire n’est pas nouvelle. Ceux qui se paient de mots et veulent censurer les mots des autres n’ont rien de différents de ces gens qui se rendent le dimanche à la messe et sont, pour quelques un, des salauds hors les murs de l’église ou trop souvent, des intolérants, et de ces autres dont Montaigne disait qu’ils «envoyent leur conscience au bordel, et tiennent leur contenance en règle». Le tout, c’est de conserver un langage agréable à l’oreille, d’afficher des convictions à vous faire croire que certains humains naissent naturellement purs de tout instinct grisâtre et de toute idée injuste et surtout, de défendre la belle idée plutôt que l’action qui elle, comporte toujours sa part de risque et d’échec. Les centaines de milliers de personnes qui viennent de défiler, aux Etats-Unis et à travers le monde, pour crier leur opposition voire leur haine contre le 45ème président des Etats-Unis sont tout à fait en droit de revendiquer, mais que revendiquent-ils au juste ? Ils disent s’opposer à la violence, et la chanteuse Madonna porte leur voix en disant qu’elle a pensé à « faire exploser la Maison-Blanche ». Ils veulent la paix dans le monde et ne se sont pas lancés dans les rues pour demander à « leur » président, Barack Obama, de traiter la montée de l’Etat Islamique et l’effondrement de la société syrienne avec le sérieux nécessaire. Ils demandent le respect vis-à-vis des immigrants mais on ne les a vu nulle part pour s’opposer à la plus grande vague d’expulsions jamais organisée et qui a marqué les deux mandats de Barack Obama, sans compter le travail des fameuses brigades « ICE », en charge de la traque des illégaux. On ne les a jamais vus, non plus, le long des 1300 kilomètres de mur déjà construit à la frontière avec le Mexique. Ils n’ont pas organisé de « sittings » géants pour demander la fin des exécutions capitales ou la grâce de Snowden, Manning ou Bregham. Pire : les « millennials », ainsi que l’on appelle les plus jeunes, ou les Afro-Américains, ont boudé les urnes et ont fait défaut à la candidate démocrate Hillary Clinton le 8 novembre. Ce sont les mêmes qui scandent « Trump n’est pas mon président ». Les femmes ? Offusquées, scandalisées par les propos et les attitudes de Trump, oui, mais leur colère date t-elle de son apparition dans le paysage politique américain ? Et cette colère, dont on ne sait plus ni les contours ni les messages tant ils sont portés par une rage totale, quelle est sa finalité, quelle mesure, quel changement, au juste, peuvent l’apaiser ? On ne sait plus. (…) Comment expliquer tant de frustrations, de colères, de fureurs, au terme de huit années de pouvoir d’un homme aussi célébré que Barack Obama ? On lui impute soudain mille législations et actions positives, alors que l’on dénonçait, hier encore, l’obstruction systématique des Républicains – élus, soit dit en passant, lors des élections intermédiaires – à toutes ses entreprises. On s’attaque à un système électoral que personne ne change depuis sa mise en place et que l’on ne dénonce pas quand il profite à son camp. On annonce une guerre totale contre l’administration Trump lorsqu’hier, on s’en prenait au manque d’esprit bipartite du camp républicain. Tout cela est incohérent. Toute cette séquence, en réalité, est de pure rhétorique. Certes, dans nos pays européens, à l’exception de l’Angleterre, où l’expression publique est bornée par des lois visant à contenir certains outrages, Donald J. Trump se serait exposé à de nombreuses plaintes sinon condamnations. Mais quelle ironie que de voir les Américains, qui vénèrent la liberté d’expression totale et méprisent nos entraves à cette liberté, s’émouvoir soudain des débordements de M. Trump. Le puritanisme américain a encore de beaux jours devant lui. C’est le même qui préside au sentiment de bien faire, d’exporter la démocratie dans le monde, tout en pilotant des drones meurtriers ou en fabriquant de futurs terroristes dans des geôles à Guantanamo ou ailleurs : l’important, c’est de faire les choses avec une bonne intention, de ne pas en parler et d’avoir bonne conscience, bref, de garder son exquise politesse. C’est au nom de cet état d’esprit que l’Amérique – et le monde – célèbre toujours un John Fitzgerald-Kennedy quand bien-même ce dernier fut le premier président autorisant fin août 1961, le premier usage du Napalm sur les paysans vietnamiens. Ce n’est pas une affaire strictement américaine : la France et son Indochine, avec son discours sur la patrie des droits de l’Homme et ses Sangatte, n’a pas de leçon à donner aux Yankees. Tout comme l’époque est au ricanement, comme le dit fort justement Alain Finkielkraut, tout comme l’époque est au souriant antisémitisme ou la célébration de tout ce qui est jeune, femme ou de couleur dans le camp des prétendu « progressistes », elle l’est au déni. Désormais, chaque action, chaque signature du nouveau président américain fera résonner le monde de colère et de condamnation, et la politique américaine va se résumer à un vaste complot visant à l’abattre et avec lui, son administration. C’est cela, désormais, la démocratie, la lutte des gens « bien » contre les méchants et les imbéciles. Le problème, c’est que les gens bien se plaignent de tout ce qu’ils on fait et n’ont pas fait lorsqu’ils en avaient le pouvoir, pour le reprocher à ceux auxquels il a été confié. Une histoire de fou. Stéphane Trano 
Le génie Trump a vu que la classe politique était un tigre de papier et que le pays était en colère. En prenant la main sur un parti politique américain majeur en tant qu’outsider, il a fait quelque chose de jamais vu, et c’est lui qui devrait gagner. Conrad Black
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Barack Obama is the Dr. Frankenstein of the supposed Trump monster. If a charismatic, Ivy League-educated, landmark president who entered office with unprecedented goodwill and both houses of Congress on his side could manage to wreck the Democratic Party while turning off 52 percent of the country, then many voters feel that a billionaire New York dealmaker could hardly do worse. If Obama had ruled from the center, dealt with the debt, addressed radical Islamic terrorism, dropped the politically correct euphemisms and pushed tax and entitlement reform rather than Obamacare, Trump might have little traction. A boring Hillary Clinton and a staid Jeb Bush would most likely be replaying the 1992 election between Bill Clinton and George H.W. Bush — with Trump as a watered-down version of third-party outsider Ross Perot. But America is in much worse shape than in 1992. And Obama has proved a far more divisive and incompetent president than George H.W. Bush. Little is more loathed by a majority of Americans than sanctimonious PC gobbledygook and its disciples in the media. And Trump claims to be PC’s symbolic antithesis. Making Machiavellian Mexico pay for a border fence or ejecting rude and interrupting Univision anchor Jorge Ramos from a press conference is no more absurd than allowing more than 300 sanctuary cities to ignore federal law by sheltering undocumented immigrants. Putting a hold on the immigration of Middle Eastern refugees is no more illiberal than welcoming into American communities tens of thousands of unvetted foreign nationals from terrorist-ridden Syria. In terms of messaging, is Trump’s crude bombast any more radical than Obama’s teleprompted scripts? Trump’s ridiculous view of Russian President Vladimir Putin as a sort of « Art of the Deal » geostrategic partner is no more silly than Obama insulting Putin as Russia gobbles up former Soviet republics with impunity. Obama callously dubbed his own grandmother a « typical white person, » introduced the nation to the racist and anti-Semitic rantings of the Rev. Jeremiah Wright, and petulantly wrote off small-town Pennsylvanians as near-Neanderthal « clingers. » Did Obama lower the bar for Trump’s disparagements? Certainly, Obama peddled a slogan, « hope and change, » that was as empty as Trump’s « make America great again. » (…) How does the establishment derail an out-of-control train for whom there are no gaffes, who has no fear of The New York Times, who offers no apologies for speaking what much of the country thinks — and who apparently needs neither money from Republicans nor politically correct approval from Democrats? Victor Davis Hanson
In another eerie ditto of his infamous 2008 attack on the supposedly intolerant Pennsylvania “clingers,” Obama returned to his theme that ignorant Americans “typically” become xenophobic and racist: “Typically, when people feel stressed, they turn on others who don’t look like them.” (“Typically” is not a good Obama word to use in the context of racial relations, since he once dubbed his own grandmother a “typical white person.”) Too often Obama has gratuitously aroused racial animosities with inflammatory rhetoric such as “punish our enemies,” or injected himself into the middle of hot-button controversies like the Trayvon Martin case, the Henry Louis Gates melodrama, and the “hands up, don’t shoot” Ferguson mayhem. Most recently, Obama seemed to praise backup 49ers quarterback and multimillionaire Colin Kaepernick for his refusal to stand during the National Anthem, empathizing with Kaepernick’s claims of endemic American racism. (…) Even presidential nominee and former Secretary of State Hillary Clinton is not really defending the Obama administration’s past “red line” in Syria, the “reset” with Vladimir Putin’s Russia, the bombing of Libya, the Benghazi tragedy, the euphemistic rebranding of Islamic terrorism as mere “violent extremism,” the abrupt pullout from (and subsequent collapse of) Iraq, or the Iran nuclear deal that so far seems to have made the theocracy both rich and emboldened. (…) Racial relations in this country seem as bad as they have been in a half-century. (…) Following the Clinton model, a post-presidential Obama will no doubt garner huge fees as a “citizen of the world” — squaring the circle of becoming fabulously rich while offering sharp criticism of the cultural landscape of the capitalist West on everything from sports controversies to pending criminal trials. What, then, is the presidential legacy of Barack Obama? It will not be found in either foreign- or domestic-policy accomplishment. More likely, he will be viewed as an outspoken progressive who left office loudly in the same manner that he entered it — as a critic of the culture and country in which he has thrived. But there may be another, unspoken legacy of Obama, and it is his creation of the candidacy of Donald J. Trump. Trump is running as an angry populist, fueled by the promise that whatever supposed elites such as Obama have done to the country, he will largely undo. Obama’s only legacy seems to be that “hope and change” begat “make America great again.” Victor Davis Hanson
After the election, in liberal, urban America, one often heard Trump’s win described as the revenge of the yahoos in flyover country, fueled by their angry “isms” and “ias”: racism, anti-Semitism, nativism, homophobia, Islamophobia, and so on. Many liberals consoled themselves that Trump’s victory was the last hurrah of bigoted, Republican white America, soon to be swept away by vast forces beyond its control, such as global migration and the cultural transformation of America into something far from the Founders’ vision. As insurance, though, furious progressives also renewed calls to abolish the Electoral College, advocating for a constitutional amendment that would turn presidential elections into national plebiscites. Direct presidential voting would shift power to heavily urbanized areas—why waste time trying to reach more dispersed voters in less populated rural states?—and thus institutionalize the greater economic and cultural clout of the metropolitan blue-chip universities, the big banks, Wall Street, Silicon Valley, New York–Washington media, and Hollywood, Democrat-voting all. Barack Obama’s two electoral victories deluded the Democrats into thinking that it was politically wise to jettison their old blue-collar appeal to the working classes, mostly living outside the cities these days, in favor of an identity politics of a new multicultural, urban America. Yet Trump’s success represented more than simply a triumph of rural whites over multiracial urbanites. More ominously for liberals, it also suggested that a growing minority of blacks and Hispanics might be sympathetic with a “country” mind-set that rejects urban progressive elitism. For some minorities, sincerity and directness might be preferable to sloganeering by wealthy white urban progressives, who often seem more worried about assuaging their own guilt than about genuinely understanding people of different colors. Trump’s election underscored two other liberal miscalculations. First, Obama’s progressive agenda and cultural elitism prevailed not because of their ideological merits, as liberals believed, but because of his great appeal to urban minorities in 2008 and 2012, who voted in solidarity for the youthful first African-American president in numbers never seen before. That fealty wasn’t automatically transferable to liberal white candidates, including the multimillionaire 69-year-old Hillary Clinton. Obama had previously lost most of America’s red counties, but not by enough to keep him from winning two presidential elections, with sizable urban populations in Wisconsin, Michigan, Ohio, and Pennsylvania turning out to vote for the most left-wing presidential candidate since George McGovern. Second, rural America hadn’t fully raised its electoral head in anger in 2008 and 2012 because it didn’t see the Republican antidotes to Obama’s progressive internationalism as much better than the original malady. Socially moderate establishmentarians like the open-borders-supporting John McCain or wealthy businessman Mitt Romney didn’t resonate with the spirit of rural America—at least not enough to persuade millions to come to the polls instead of sitting the elections out. Trump connected with these rural voters with far greater success than liberals anticipated. Urban minorities failed in 2016 to vote en bloc, in their Obama-level numbers; and rural Americans, enthused by Trump, increased their turnout, so that even a shrinking American countryside still had enough clout to win. What is insufficiently understood is why a hurting rural America favored the urban, superrich Trump in 2016 and, more generally, tends to vote more conservative than liberal. Ostensibly, the answer is clear: an embittered red-state America has found itself left behind by elite-driven globalization, battered by unfettered trade and high-tech dislocations in the economy. In some of the most despairing counties, rural life has become a mirror image of the inner city, ravaged by drug use, criminality, and hopelessness. Yet if muscular work has seen a decline in its relative monetary worth, it has not necessarily lost its importance. After all, the elite in Washington and Menlo Park appreciate the fresh grapes and arugula that they purchase at Whole Foods. Someone mined the granite used in their expensive kitchen counters and cut the timber for their hardwood floors. The fuel in their hybrid cars continues to come from refined oil. The city remains as dependent on this elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as it always was. The two Palo Altoans at Starbucks might have forgotten that their overpriced homes included two-by-fours, circuit breakers, and four-inch sewer pipes, but somebody somewhere made those things and brought them into their world. In the twenty-first century, though, the exploitation of natural resources and the manufacturing of products are more easily outsourced than are the arts of finance, insurance, investments, higher education, entertainment, popular culture, and high technology, immaterial sectors typically pursued within metropolitan contexts and supercharged by the demands of increasingly affluent global consumers. A vast government sector, mostly urban, is likewise largely impervious to the leveling effects of a globalized economy, even as its exorbitant cost and extended regulatory reach make the outsourcing of material production more likely. Asian steel may have devastated Youngstown, but Chinese dumping had no immediate effect on the flourishing government enclaves in Washington, Maryland, and Virginia, filled with well-paid knowledge workers. Globalization, big government, and metastasizing regulations have enriched the American coasts, in other words, while damaging much of the nation’s interior. Few major political leaders before Trump seemed to care. He hammered home the point that elites rarely experienced the negative consequences of their own ideologies. New York Times columnists celebrating a “flat” world have yet to find themselves flattened by Chinese writers willing to write for a fraction of their per-word rate. Tenured Harvard professors hymning praise to global progressive culture don’t suddenly discover their positions drawn and quartered into four part-time lecturer positions. And senators and bureaucrats in Washington face no risk of having their roles usurped by low-wage Vietnamese politicians. Trump quickly discovered that millions of Americans were irate that the costs and benefits of our new economic reality were so unevenly distributed. As the nation became more urban and its wealth soared, the old Democratic commitment from the Roosevelt era to much of rural America—construction of water projects, rail, highways, land banks, and universities; deference to traditional values; and Grapes of Wrath–like empathy—has largely been forgotten. A confident, upbeat urban America promoted its ever more radical culture without worrying much about its effects on a mostly distant and silent small-town other. In 2008, gay marriage and women in combat were opposed, at least rhetorically, by both Barack Obama and Hillary Clinton in their respective presidential campaigns. By 2016, mere skepticism on these issues was viewed by urban elites as reactionary ignorance. In other words, it was bad enough that rural America was getting left behind economically; adding insult to injury, elite America (which is Democrat America) openly caricatured rural citizens’ traditional views and tried to force its own values on them. Lena Dunham’s loud sexual politics and Beyoncé’s uncritical evocation of the Black Panthers resonated in blue cities and on the coasts, not in the heartland. Only in today’s bifurcated America could billion-dollar sports conglomerates fail to sense that second-string San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick’s protests of the national anthem would turn off a sizable percentage of the National Football League’s viewing audience, which is disproportionately conservative and middle American. These cultural themes, too, Trump addressed forcefully. In classical literature, patriotism and civic militarism were always closely linked with farming and country life. In the twenty-first century, this is still true. The incubator of the U.S. officer corps is red-state America. “Make America Great Again” reverberated in the pro-military countryside because it emphasized an exceptionalism at odds with the Left’s embrace of global values. Residents in Indiana and Wisconsin were unimpressed with the Democrats’ growing embrace of European-style “soft power,” socialism, and statism—all the more so in an age of European constitutional, financial, and immigration sclerosis. Trump’s slogan unabashedly expressed American individualism; Clinton’s “Stronger Together” gave off a whiff of European socialist solidarity. Trump, the billionaire Manhattanite wheeler-dealer, made an unlikely agrarian, true; but he came across during his presidential run as a clear advocate of old-style material jobs, praising vocational training and clearly enjoying his encounters with middle-American homemakers, welders, and carpenters. Trump talked more on the campaign about those who built his hotels than those who financed them. He could point to the fact that he made stuff, unlike Clinton, who got rich without any obvious profession other than leveraging her office. Give the thrice-married, orange-tanned, and dyed-haired Trump credit for his political savvy in promising to restore to the dispossessed of the Rust Belt their old jobs and to give back to farmers their diverted irrigation water, and for assuring small towns that arriving new Americans henceforth would be legal—and that, over time, they would become similar to their hosts in language, custom, and behavior. Ironically, part of Trump’s attraction for red-state America was his posture as a coastal-elite insider—but now enlisted on the side of the rustics. A guy who had built hotels all over the world, and understood how much money was made and lost through foreign investment, offered to put such expertise in the service of the heartland—against the supposed currency devaluers, trade cheats, and freeloaders of Europe, China, and Japan. Trump’s appeal to the interior had partly to do with his politically incorrect forthrightness. Each time Trump supposedly blundered in attacking a sacred cow—sloppily deprecating national hero John McCain’s wartime captivity or nastily attacking Fox superstar Megyn Kelly for her supposed unfairness—the coastal media wrote him off as a vulgar loser. Not Trump’s base. Seventy-five percent of his supporters polled that his crude pronouncements didn’t bother them. As one grape farmer told me after the Access Hollywood hot-mike recordings of Trump making sexually vulgar remarks had come to light, “Who cares? I’d take Trump on his worst day better than Hillary on her best.” Apparently red-state America was so sick of empty word-mongering that it appreciated Trump’s candor, even when it was sometimes inaccurate, crude, or cruel. Outside California and New York City and other elite blue areas, for example, foreigners who sneak into the country and reside here illegally are still “illegal aliens,” not “undocumented migrants,” a blue-state term that masks the truth of their actions. Trump’s Queens accent and frequent use of superlatives—“tremendous,” “fantastic,” “awesome”—weren’t viewed by red-state America as a sign of an impoverished vocabulary but proof that a few blunt words can capture reality. To the rural mind, verbal gymnastics reveal dishonest politicians, biased journalists, and conniving bureaucrats, who must hide what they really do and who they really are. Think of the arrogant condescension of Jonathan Gruber, one of the architects of the disastrous Obamacare law, who admitted that the bill was written deliberately in a “tortured way” to mislead the “stupid” American voter. To paraphrase Cicero on his preference for the direct Plato over the obscure Pythagoreans, rural Americans would have preferred to be wrong with the blunt-talking Trump than to be right with the mush-mouthed Hillary Clinton. One reason that Trump may have outperformed both McCain and Romney with minority voters was that they appreciated how much the way he spoke rankled condescending white urban liberals. Poorer, less cosmopolitan, rural people can also experience a sense of inferiority when they venture into the city, unlike smug urbanites visiting red-state America. The rural folk expect to be seen as deplorables, irredeemables, and clingers by city folk. My countryside neighbors do not wish to hear anything about Stanford University, where I work—except if by chance I note that Stanford people tend to be condescending and pompous, confirming my neighbors’ suspicions about city dwellers. And just as the urban poor have always had their tribunes, so, too, have rural residents flocked to an Andrew Jackson or a William Jennings Bryan, politicians who enjoyed getting back at the urban classes for perceived slights. The more Trump drew the hatred of PBS, NPR, ABC, NBC, CBS, the elite press, the universities, the foundations, and Hollywood, the more he triumphed in red-state America. Indeed, one irony of the 2016 election is that identity politics became a lethal boomerang for progressives. After years of seeing America reduced to a binary universe, with culpable white Christian males encircled by ascendant noble minorities, gays, feminists, and atheists—usually led by courageous white-male progressive crusaders—red-state America decided that two could play the identity-politics game. In 2016, rural folk did silently in the voting booth what urban America had done to them so publicly in countless sitcoms, movies, and political campaigns. In sum, Donald Trump captured the twenty-first-century malaise of a rural America left behind by globalized coastal elites and largely ignored by the establishments of both political parties. Central to Trump’s electoral success, too, were age-old rural habits and values that tend to make the interior broadly conservative. That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked, and acted, and adjusted his message and style accordingly, will remain one of the astonishing ironies of American political history. Victor Davis Hanson
After his Nevada win, Donald Trump preened and affectionately recounted the numbers that added up to his huge victory. “We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated, » he said. My Twitter timeline was splattered as suddenly and thoroughly as a windshield in a Florida downpour. That last sentence was repeated in laughing disbelief. What does Trump think about the poorly educated? A man who might be President just said “I love the poorly educated.” “I love the poorly educated” is the drop-the-mic ending to America’s superpower status. I grew up in New York, and have been unhappily acquainted with Trump’s brand of glitzy racist megalomania for decades. This campaign has distilled and revealed him: liar, misogynist, ableist, xenophobe, wannabe war-mongerer. As the man himself might say, Trump is a terrible candidate and person! Sad! But please, stop the titters and eyerolls about his “poorly educated” line. First, his fans – the Trumpkins – already believe Democrats and journalists are snotty elitists. In this case, the cut-ups are proving the Trumpkins right. What is funny about saying “I love the poorly educated”? Of course Trump loves poorly educated voters. Who else would be asinine enough to buy his tripe? But some of the same people who have been laughing because he said he loves the poorly educated also denounce voter ID laws. Why? They disenfranchise Americans who are disproportionately lower-income workers, minorities — and poorly educated. They denounce the laws because they believe — rightly — that an education is neither necessary nor sufficient for thoughtful democratic participation. Of course, “I love the poorly educated” is ostensibly funny because what politician actually says something like that? Any politician who thought for half a second before speaking would say, “I’m grateful for the support of working class Americans.” But Trump does not tiptoe. That is at least partly because, unlike many of the candidates and most of the media, he actually loves the poorly educated. He is not laughing at them or ignoring them or wishing them away or informing them that they are wrong about what is really best for them. Trumpkins say they love how Trump speaks his mind. Maybe some admire his outspoken bigotry. But maybe others also like the way he talks about them. Straightforwardly. Acceptingly. As a friend tweet-stormed, “If you self-identify as undereducated and feel bad about it…the guy ‘loves’ you (after a fashion) and wants to be greedy for you.” A February 24th poll shows Trump beating Hillary Clinton by 46 to 40 among voters without college degrees in the must-win state of Ohio. Meanwhile, the highly educated scratch their heads and cannot understand why he is not imploding like they keep predicting. Elizabeth Priciutto

Attention: une faute peut en cacher une autre!

Intelligence avec l’ennemi, parties fines avec prostituées, racisme, sexisme, homophobie, fascisme, populisme, folie …

Y a-t-il une accusation qui n’aura pas été formulée contre le président Trump ?

Détournement de fonds publics, recel et complicité d’abus de biens sociaux, manquement aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, trafic de décorations, prêts, costumes de luxe …

Ou de ce côté-ci de l’Atlantique une révélation qui n’aura pas été faite contre celui qui dans au moins 30 départements différents

Vient de remporter haut la main – qui en parle ? – le premier tour du nombre de parrainages  ?

Pendant que c’est désormais du côté des dollars de parangons de la liberté et accessoirement fourriers du terrorisme comme le Qatar …

Que nos nouveaux résistants et croisés de l’antifascisme nous envoient désormais leurs missives anti-Trump …

A l’heure où pour disqualifier le choix du peuple

Tous les moyens semblent désormais bons pour nos médias et nos juges …

Comment s’étonner que des médias qui nous avaient vendu comme intellectuel …

Un ancien rédacteur en chef de la Harvard Review of Law avec aucun article de fond à son nom …

Ou l’auteur supposé de deux livres écrits on ne sait à combien de mains et dédiés à sa seule propre gloire …

S’attaquent à présent à l’utilisation par son successeur, pour les court-circuiter, de l’équivalent actuel des causeries au coin du feu de Roosevelt ou de Reagan

Et notamment, énième preuve supplémentaire de son impéritie, à son rapport si particulier avec l’orthographe ?

Mais surtout au-delà d’un mode de communication qui avec ses contraintes de 140 signes, ses mots nécessairement tronqués, ses acronymes et ses néologismes

Fait le désespoir de tant d’enseignants et de parents …

Et qui se révèle être à 50% de plus que Facebook et 25% que Google …

Le média social le plus touché, Elysée ou Ministère de l’éducation français compris, par les coquilles ou fautes d’orthographe …

Comment ne pas comprendre du coup leur véritable hargne …

Face à un véritable animal politique qui non content de la proclamer à chacune de ses diatribes …

Incarne face à la rhétorique vide comme au politiquement correct sermonneur et méprisant de ses adversaires …

Et jusque dans ses mauvaises manières et la pauvreté dévastatrice de son langage …

La proximité avec les plus démunis culturelllement de ses électeurs …

Que ceux-ci avaient perdue depuis si longtemps ?

Voices

Donald Trump’s ‘I love the poorly educated’ isn’t actually a bad mantra – and attacking him for it is wrong
Trump actually does love the poorly educated. He is not laughing at them or ignoring them or wishing them away or informing them that they are wrong about what is really best for them
Elizabeth Picciuto
The Independent
25 February 2016

After his Nevada win, Donald Trump preened and affectionately recounted the numbers that added up to his huge victory. “We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated, » he said.

My Twitter timeline was splattered as suddenly and thoroughly as a windshield in a Florida downpour. That last sentence was repeated in laughing disbelief.

What does Trump think about the poorly educated?

A man who might be President just said “I love the poorly educated.”

“I love the poorly educated” is the drop-the-mic ending to America’s superpower status.

I grew up in New York, and have been unhappily acquainted with Trump’s brand of glitzy racist megalomania for decades. This campaign has distilled and revealed him: liar, misogynist, ableist, xenophobe, wannabe war-mongerer. As the man himself might say, Trump is a terrible candidate and person! Sad!

But please, stop the titters and eyerolls about his “poorly educated” line.

First, his fans – the Trumpkins – already believe Democrats and journalists are snotty elitists. In this case, the cut-ups are proving the Trumpkins right.

What is funny about saying “I love the poorly educated”? Of course Trump loves poorly educated voters. Who else would be asinine enough to buy his tripe?

But some of the same people who have been laughing because he said he loves the poorly educated also denounce voter ID laws. Why? They disenfranchise Americans who are disproportionately lower-income workers, minorities — and poorly educated.

They denounce the laws because they believe — rightly — that an education is neither necessary nor sufficient for thoughtful democratic participation.

Of course, “I love the poorly educated” is ostensibly funny because what politician actually says something like that? Any politician who thought for half a second before speaking would say, “I’m grateful for the support of working class Americans.”

But Trump does not tiptoe. That is at least partly because, unlike many of the candidates and most of the media, he actually loves the poorly educated.

He is not laughing at them or ignoring them or wishing them away or informing them that they are wrong about what is really best for them.

Trumpkins say they love how Trump speaks his mind. Maybe some admire his outspoken bigotry. But maybe others also like the way he talks about them. Straightforwardly. Acceptingly.

As a friend tweet-stormed, “If you self-identify as undereducated and feel bad about it…the guy ‘loves’ you (after a fashion) and wants to be greedy for you.”

A February 24th poll shows Trump beating Hillary Clinton by 46 to 40 among voters without college degrees in the must-win state of Ohio.

Meanwhile, the highly educated scratch their heads and cannot understand why he is not imploding like they keep predicting.

Voir aussi:

The strangest line from Donald Trump’s victory speech: “I love the poorly educated”
Libby Nelson
Vox
Feb 24, 2016

Donald Trump loves « the poorly educated. » And they love him back.

In his victory speech after clinching the Nevada caucuses, Trump rattled off the groups he won in the Silver State. But his supporters without a college degree got a special note of praise:

« We won the evangelicals, » Trump said. « We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated — I love the poorly educated. We’re the smartest people, we’re the most loyal people. »

It’s bizarre that Trump, who has bragged about his MBA from the University of Pennsylvania, is now lumping himself in with the « poorly educated. »

But it’s true that the more educated Republicans are, the less likely they are to warm up to him. According to exit polls, Trump won Nevada voters without a high school degree with 57 percent of the vote. He won voters with some college with 49 percent of the vote. He won college graduates with 42 percent of the vote. And among those with a postgraduate degree, his share was only 37 percent.

Voir également:

Everyone’s favorite apricot demagogue won big in another state last night. Donald Trump carried Nevada with the support of 45 percent of caucus-goers, 22 points clear of his nearest rival, Marco Rubio. But the specifics of the win—that is, who exactly came out to support him—were just as remarkable. Trump being Trump, he said as much in his victory speech:

« We won the Evangelicals. We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated. We’re the smartest people, we’re the most loyal people. »

Now, it’s obviously unusual to call attention to your supporters’ low level of education—it’s normally a seen-not-heard situation. But Trump, who graduated from an Ivy League school, also seems to be putting himself in this group. We’re smart and loyal, he says to his kindred spirits, We’re just proud Americans with common sense. Trump also has plenty of reason to love the less-educated: the half of voters without a college degree he took in Nevada (including 57 percent of those with no college at all) was right in line with what he’s been doing across the country.

He also had time to gloat about his (admittedly remarkable) support among Hispanics. He took 45 percent of the Hispanic vote in Nevada, about what Ted Cruz and Marco Rubio got combined.

All this is to say that, while identity politics plays a part—South Carolina showed that he has the white supremacist vote locked up—there’s clearly more than that to the Trump phenomenon. After all, he also won among the well-educated last night.

Voir de plus:

Trump, Working-Class Zero
Maureen Dowd
The New York Times
MARCH 18, 2017

It’s not unknown, of course.

In ancient Egypt, there was the symbol of the ouroboros, the snake that eats its own tail. Nerve-addled octopuses sometimes consume their own arms.

But we’ve never watched a president so hungrily devour his own presidency.

Soon, there won’t be anything left except the sound of people snickering.

Consumed by his paranoia about the deep state, Donald Trump has disappeared into the fog of his own conspiracy theories. As he rages in the storm, Lear-like, howling about poisonous fake news, he is spewing poisonous fake news.

The Hirshhorn has a sold-out exhibit of Yayoi Kusama’s stunning infinity mirror rooms. But they are nothing compared to the infinity mirror room of Trump’s mind, now on display a mile and a half away at the White House.

Many voters who took a chance on the real estate mogul and reality TV star hoped he would grow more mature and centered when confronted with the august surroundings of the White House and immensity of the job. But instead of improving in office, Trump is regressing. The office has not changed Trump. Trump has changed the office.

He trusts his beliefs more than facts. So many secrets, so many plots, so many shards of gossip swirl in his head, there seems to be no room for reality.

His grandiosity, insularity and scamming have persuaded Trump to believe he can mold his own world. His distrust of the deep state, elites and eggheads — an insecurity inflamed by Steve Bannon — makes it hard for him to trust his own government, or his own government’s facts.

Angela Merkel did not get a surprise shoulder squeeze from this president. He ignored the chancellor’s request to shake hands. But Merkel still looked jittery.

Many who meet with Trump — from foreign leaders to our own lawmakers — look like cats on a hot stove. One Democratic senator told me he was determined not to smile in a session with the president in case Trump suddenly said something offensive or batty while the senator was politely grinning for the cameras.

Everyone is tiptoeing around the mad king in his gilded, sparse court. His lieges make fools of themselves trying to justify or interpret his transcendentally nutty tweets and willfully ignorant comments.

For two weeks, he has refused to back off his unhinged claim that his predecessor tapped his phones during the election.

According to CNN’s Jeff Zeleny, Trump got furious reading a Breitbart report that regurgitated a theory by conservative radio host Mark Levin that Barack Obama and his allies had staged a “silent coup.”

It is surpassingly strange that the president would not simply pick up the phone and call his intelligence chiefs before spitting out an inflammatory accusation with no proof, just as it was bizarre that Trump shrugged off the regular intelligence briefings after he was elected. He preferred living in his own warped world.

Sean Spicer offered a shaky Jenga tower of media citations to back up the president, including the contention of Fox’s Judge Andrew Napolitano that Obama had used GCHQ, a British intelligence agency, to spy on Trump.

In a rare public statement, the GCHQ called the claim “utterly ridiculous.”

Fox News also demurred, with Shepard Smith saying it “knows of no evidence of any kind that the now president of the United States was surveilled at any time, in any way. Full stop.”

Even Devin Nunes, chairman of the House Intelligence Committee, gave up the Sisyphean effort of defending Trump’s tripe. He said that if you took Trump’s remarks “literally” — as we expect to do with our commander in chief’s words — “clearly the president was wrong.”

Asked by a German reporter about GCHQ rubbishing the wiretapping claims, Trump was dismissive. “All we did was quote a certain very talented legal mind,” he said. “You should be talking to Fox.”

Trump’s aversion to veracity is exacerbated by his inner circle of sycophants and conspiracists. As far as Trump is concerned, his budget and health care plan are going great, when everyone else in Washington is averting their eyes.

In a Wall Street Journal piece, Bannon said his anti-elitist worldview was shaped by his father’s decision during the financial crisis in 2008 to sell his AT&T stock, at a loss of more than $100,000. Marty Bannon, who started at AT&T as a lineman, got spooked by Jim Cramer’s advice on the “Today” show to take “whatever money you may need for the next five years” out of the market.

Even though one son, Steve, was a banker at Goldman Sachs and another son had an investment background, Marty Bannon did not consult them or a financial adviser until the sale was completed.

He preferred, like Trump, to get crucial information from TV pundits and eschew the experts in his own circle who might have told him that selling during panics is not wise and that having one stock in an undiversified portfolio is not smart.

“Everything since then has come from there, all of it,” Steve Bannon, the multimillionaire architect of Trumpworld, said of the stock sale. So, essentially, because Bannon’s father made a bad, hurried financial decision based on watching TV, we now have to slash Meals on Wheels, Big Bird, the arts, after-school programs, health insurance, immigration from Muslim countries, climate change research, diplomats and taxes for the rich.

Maybe if these elites-pretending-not-to-be-elites deigned to talk to some knowledgeable elites in government once in a while, they might emerge from the distorted, belligerent, dystopian, Darwinian, cracked-mirror world that is alarming Americans and our allies. They might even stop ripping off the working-class people they claim to be helping.

Voir de même:

Christo Wraps Donald Trump

I was in Doha last week, and a Sudanese woman approached me to explain how desperate she felt about the fact that her son, at school in the United States, now felt unable to travel to see her. He was afraid that if he left he might not be allowed back. In lots of small and not-so-small ways, the mean, militaristic mind of the American president has come to inhabit people’s lives.

If a budget can be a portrait of a soul, then this president’s is arid and shriveled. It is filled with contempt for the needy. Here is a man dismissive of the arts, the environment, the humanities, diplomacy, peacekeeping, science, public education and civilian national service — in short, civilization itself. If he could defund goodness he would. Charity is also ripe for the ax. Creativity needs skewering. Giving is weakness. All that counts are acquisitive instinct, walls and bans (of the kind that keep mother and son apart), displays of power, and the frisson of selective cruelty that lay behind his successful TV show. Everyone is now Donald Trump’s apprentice, at least as he sees it.

In Doha, at The New York Times “Art for Tomorrow” conference, I met the artist Christo. This was before rumors that Trump wants to cut all funding to the National Endowment for the Arts were confirmed. It’s been a particularly hard couple of months for Christo. He knows all about walls. He knows all about being a refugee.

As a young man in the 1950s, he fled communist Bulgaria, then part of the totalitarian Soviet imperium. When the Berlin Wall went up in 1961, he made a wall of oil barrels on the Rue Visconti in Paris. From 1964 to 1967, he lived as an illegal immigrant in New York with his late wife Jeanne-Claude, before getting a green card and becoming a citizen in 1973. By the time America opened its arms to him, he had been stateless for 17 years. Freedom meant something. The United States was more than a country; it was an idea.

For more than two decades, Christo has labored to create a work called “Over the River” in Colorado — a canopy of silvery fabric that was to have been suspended for two weeks over 42 miles of the Arkansas River, a flowing, billowing liquid mirror. But now, after spending some $15 million, he has walked away in perhaps the biggest single act of protest by an artist against Donald Trump. Much of the land is federally owned. As Christo explained to my colleague Randy Kennedy earlier this year, “The federal government is our landlord. They own the land. I can’t do a project that benefits this landlord.”

In Doha, Christo, who is 81, refused to sit down. Defiance is part of him. To live freely is an immense act of will. For an hour he spoke with irrepressible vitality. Eat little, he counseled, in order to channel energy (in his case yogurt with garlic for breakfast, then nothing until dinner). Decide what you want — that is the most difficult part — and then apply yourself without compromise to that end.

Last year he made another work involving water, called “The Floating Piers,” at Lake Iseo in northern Italy. On top of 220,000 interlocking polyethylene cubes, Christo installed a glowing unfenced walkway connecting an island in the lake with the shore. Over a couple of weeks about 1.2 million visitors came. They wanted to walk on water. It’s possible to walk on water. In times of oppression freedom is also a fierce act of the imagination.

Christo, born Christo Vladimirov Javacheff in communist Bulgaria, wrapped the Reichstag in 1995, six years after the fall of the Berlin Wall. The Reichstag had burned in 1933, an act of arson three Bulgarian communists were accused of orchestrating. Hitler used the fire, whose cause is still disputed, to impose despotic terror. Christo’s wrapping preceded by a few years the return of the parliament of a free, united Germany to the building that had stood adjacent to the dividing line of Europe. A Bulgarian freed by America declared his liberty — the ultimate freedom of the imagination — at Europe’s pivot. That is worth recalling today.

The only use I can imagine for Trump’s grotesque wall is for Christo to wrap it and set us free.

Voir encore:

États-Unis : Trump tweet sur la Chine avec une faute, les internautes se moquent

En voulant écrire « sans précédent », Donald Trump a tweeté « sans président », avant de corriger son erreur.

Eléanor Douet et AFP

Le président élu Donald Trump a fait savoir son mécontentement après la saisie par Pékin d’une sonde de la marine américaine en mer de Chine méridionale, twittant un message avec une grosse faute qui a fait les délices des réseaux sociaux samedi 17 décembre. « La Chine vole un drone de recherche de la marine américaine dans les eaux internationales – le sort de l’eau et le ramène en Chine dans un acte sans président » (sic), a-t-il écrit de bon matin sur le réseau social, en voulant clairement évoquer un acte « sans précédent ». Dans la version anglaise le mot utilisé, « unpresidented » (au lieu de « unprecedented ») est très vite devenu le mot clé le plus en vogue sur Twitter aux États-Unis.

Le milliardaire populiste a corrigé son erreur en effaçant le tweet erroné et en le renvoyant, cette fois sans coquille, une heure après son message initial. L’auteure britannique J.K. Rowling, auteure de la série des Harry Potter s’amusait de ce message, pointant « l’efficacité non présidentielle » de Donald Trump. Le magnat de l’immobilier avait déjà fait une petite faute d’orthographe dans un précédent tweet jeudi, un message qu’il avait déjà corrigé peu après.

Ses supporteurs le défendaient, estimant qu’au lieu de se moquer de ces petites erreurs les gens feraient mieux de s’intéresser aux vrais problèmes soulevés par les messages du président élu. Au-delà de cette erreur, Donald Trump voulait en effet surtout souligner son mécontentement vis à vis de la Chine, dont un navire s’est emparé jeudi soir d’un drone sous-marin appartenant à la marine américaine, qui évoluait à quelque 50 milles marins au large des Philippines, selon le Pentagone. Toutefois, la Chine a assuré que le drone serait rendu aux États-Unis.

Voir de même:

Ce mot malencontreusement inventé par Donald Trump résume le sentiment de millions d’Américains

Particulièrement virulent sur Twitter, le Président élu des Etats-Unis a laissé passer une petite faute.

Jade Toussay
Huffington post
10/12/2016

INTERNATIONAL – Entre Donald Trump et Twitter, c’est une histoire sans fin. Le président élu des Etats-Unis communique en effet très souvent en 140 caractères, notamment pour répondre à ses détracteurs. Mais sur Twitter comme ailleurs, la relecture s’impose, et ce samedi 10 décembre Donald Trump a laissé passer une faute qui a rapidement été interprétée.

Dans ces nouveaux tweets, Donald Trump répondait à la dernière polémique sur son avenir au sein de son émission de télé-réalité « Celebrity Apprentice ». Le 8 décembre dernier, le site Variety affirmait en effet que le futur président des Etats-Unis continuerait à produire son émission, en tant que producteur exécutif. Des propos repris par CNN, qui précise que cet arrangement « signifie que le Président pourrait avoir un intérêt dans le show diffusé par un média qui rend également compte du déroulement de sa présidence » et souligne le « conflit d’intérêt majeur » provoqué par cette situation.

Alors une fois de plus, Donald Trump a pris le clavier. « Je n’ai rien à voir avec The Apprentice, à l’exception du fait que je l’ai créé avec Mark B (Burnett, ndlr) et que j’ai investi là-dedans. Je ne lui consacrerai pas de temps! », a-t-il posté, avant de s’adresser directement à CNN. « Les informations de CNN selon lesquelles je travaillerai sur The Apprentice pendant ma présidence, même à temps partiel, sont (ridicules) et fausses – FAUSSE INFORMATION! »

Sauf que comme vous pouvez le voir dans la publication ci-dessus, Donald Trump a commis une petite faute de frappe en écrivant « rediculous » au lieu de « ridiculous ». Et si le magnat de l’immobilier a fini par supprimer son tweet et poster une version corrigée quelques heures plus tard, il n’en fallait pas plus pour que les internautes s’emparent de cette méprise et de ce mot absurde, qui en dit long selon eux sur les aptitudes du 45e président des Etats-Unis.

Voir encore:

De Nicolas Sarkozy à Najat Vallaud-Belkacem : quand les politiques sont pris en faute (d’orthographe)

LCI

A PEU PRÈS – Depuis ce week-end, la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, se fait épingler sur les réseaux sociaux pour une faute d’orthographe dans un livre d’or. Elle n’est pas la première, et sûrement pas la dernière, à se faire ainsi taper sur les doigts.

Aïe. L’intention était bonne. Mais elle a mal tourné. Depuis quelques heures, Najat Vallaud-Belkacem se fait étriller sur les réseaux sociaux. En cause, un petit mot que la ministre de l’Education a laissé dans le livre d’or de l’école de gendarmerie de Tulle. Avec une grosse faute d’orthographe.

Alors, vous avez trouvé la faute ? Outre l’oubli de plusieurs accents, c’est surtout l’omission d’un « N » au mot « professionnalisme » qui saute aux yeux… ouvrant la voie aux sarcasmes sur les réseaux sociaux, où l’ortographe est pourtant loin de régner en maître…

Reste que ce petit dérapage orthographique d’un politique n’est pas vraiment une première.

La palme 2017 revenait pour l’heure à l’Elysée, qui s’est fait remarquer dès les vœux du 1er janvier sur Twitter. « Face aux attaques, vous avez tenu bons, vous avez montrez que vous étiez forts, soldaires (sic) » ; « le socle et là et les base sont solides » ; « C’et vous qui auraient le dernier mot », sont quelques-uns des tweets que les followers du palais ont pu voir défiler…

Les fautes sont évidemment dues au community manager, qui a voulu rendre compte en direct de l’intervention de François Hollande. Et semble avoir oublié au passage la première des règles : toujours bien se relire avant d’envoyer son message.

D’ailleurs en la matière, l’Elysée n’en est pas à sa première bourde. En 2015, l’écrivain et essayiste Christian Combaz s’insurgeait dans Le Figaro après avoir vu passer un communiqué de presse truffé de fautes d’orthographe et de grammaire.   « Sait-on parler Français à l’Elysée ? On peut s’interroger sur la qualité (ou l’intention) de ceux qui ont à relire ce genre de prose avant de l’envoyer », écrivait-il. « Ou ils sont carrément nuls, ce qui est une éventualité, ou ils font exprès de laisser passer des bourdes pareilles sans la moindre remise en forme pour accabler leur patron.  »

Nul n’aura sans doute jamais la réponse à cette question. Mais ce petit buzz n’avait cependant pas atteint celui de 2011, à l’occasion d’un hommage à Danielle Mitterrand. Le compte de l’Elysée avait été retweeté des centaines de fois et recommandé 20.000 fois sur Facebook. Trois paragraphes, et six fautes, relevées par l’Express. Pas mal :

Quoiqu’il en soit, les fautes d’orthographe chez les politiques ne sont pas l’apanage de la gauche. Les politiques de droite sont même assez concurrentiels en la matière, rappelait Rue 89 il y a quelques années.  En 2009, le maire de Nice Christian Estrosi, alors ministre de l’Industrie, s’était vu reprocher un message envoyé sur Twitter : « Je commence le bêtisier : Bourquin PS : efficacité du service publique mais cette efficacité pas au détriment du service publique. » Forcément, c’est un socialiste, le sénateur Martial Bourquin lui-même, qui s’était fait un petit plaisir de le corriger publiquement. « Monsieur Estrosi, je suis un autodidacte comme vous. « Service public », c’est un « c », c’est pas « que ». Quand on parle de l’identité nationale… l’orthographe fait partie de l’identité nationale. »

En même temps, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le ton était donné, orthographe approximative et syntaxe douteuse ponctuant allègrement nombre de ses discours et de ses interventions. Sont ainsi restés dans les annales son « Si y en a que ça les démange d’augmenter les impôts..  » ou encore son « Chère Christine Lagarde, monsieur le Sénateur, et tous ceux qui sont importants, bonjour ». Autre jolie faute de Nicolas Sarkozy, griffonnée durant un discours avant d’être relevée par le Petit journal en 2008 : « fréquenter l’infrécentable ». Un président prolixe en la matière, au point qu’en mars 2009, Le Parisien avait publié un recueil de ses meilleurs trouvailles en pleine Semaine de la langue française. Un bel hommage.

Mais ces approximations orthographiques ont le don d’énerver les milieux intellectuels. Comme cette chercheuse au CNRS, Barbara Cassin, qui s’était indignée dans une tribune du Monde intitulée « Sarkozy m’à tuer » de la « présence massive de fautes d’orthographe sur le site de la présidence de la République française » : « Ces fautes, on ne les tolère pas en classe parce qu’elles sont le signe que l’élève ne comprend pas le mécanisme de la langue », écrivait-elle. « Tous les niveaux de discours sont confondus, nivelés au ras de la langue par le plus authentique, irrépressible et immédiat « Casse-toi pauv’ con ». »

Et en matière d’Education, ce ne sont pas les ministres en charge du portefeuille qui sont le plus exemplaires. Luc Chatel, en septembre 2009, avait fait distribuer un dossier truffé de fautes… pour la rentrée scolaire. Extrait : « La rèforme de l’enseignement primaire, qui est entré en application à la rentrée 2008, s’appuie sur des horaires et des Les programmes, redéfinis par arrêtés du 9 juin 2008 qui s’articulent avec les sept grandes compétences du socle commun. »

Une mise en application de la réforme de l’orthographe ?

Magie de l’Internet, les fautes peuvent être rapidement effacées, et nulle trace ne reste… sauf sur certains sites qui se font un plaisir de graver les bourdes dans le marbre de l’Internet. Comme Bescherelle ta mère, qui se fait une joie de nous rappeler que Marine Le Pen, prompte à crucifier sur les réseaux les fauteurs d’orthographe, s’y adonne elle-même… au point qu’il est parfois difficile de percevoir le sens de ses tweets.

Un autre compte, sijauraisu.fr, en a aussi repéré une flopée, qu’on vous rappelle, pour le plaisir…

Mais peut-être les politiques ne font-ils que mettre en œuvre les nouvelles « directives orthographiques » qui sont mises en place en cette rentrée, comme l’explique cette professeure dans un article de Télérama. Atterrée, elle raconte qu’elle a participé à une formation sur l’étude de la langue, où on lui a appris que dorénavant, « en langue, tout est négociable » : « Je vous jure. Si l’élève a fait une faute, mais qu’il est capable de justifier son choix, alors nous devons considérer qu’il a raison », écrit-elle. « Par exemple, s’il écrit ‘Les cadeaux que Lucie a reçue lui ont plue’, nous sommes en droit de lui demander des comptes sur ses accords défaillants des participes passés. Mais si l’élève répond ‘Ben on parle de Lucie, or Lucie est une fille, donc j’ai mis des E’, eh bien cet élève, qui a fait preuve d’une capacité à justifier ses erreurs… a finalement raison ! » Magique.

Voir aussi:

Mangled Trumpian Grammar as New American English?

Farooq A. Kperogi, Ph.D.

Notes from Atlanta

November 13, 2016

The just concluded American presidential election didn’t excite me at all. That was why I didn’t write about it. But now that the election is over, I want to take some time to reflect on the effect the campaigns have had on English grammar and usage. I will start with Donald Trump.

Trump contorted the English language in more ways than any presidential candidate did. First, he was notorious for terrible, sometimes hilarious, misspellings on Twitter. After the Republican primary debates on February 26, 2016, for instance, Trump tweeted: “Wow, every poll said I won the debate last night. Great honer!” He had earlier tweeted the following: “Lying Ted Cruz and leightweight chocker Marco Rubio teamed up last night in a last ditch effort to stop our great movement. They failed!”

Trump became the object of ridicule. Senator Marco Rubio viciously excoriated him for his poor spelling the following day at a campaign rally.  A headline in the website Mediaite.com captured it well. “Donald Trump Is Cluelessly and Hilariously Spelling Everything Wrong on Twitter Today,” it said. Even the Merriam-Webster Dictionary couldn’t help pillorying Trump. It sent out a tweet where it defined “honer” as “one that hones,” and adds: “leightweight: We have no. idea.” It also defined “chocker” in obvious dig at Trump’s clumsy attempt to spell “choker.” (By “honer,” Trump meant to write “honor.”)

But it’s Trump’s unusual turns of phrase and simplistic, repetitive vocabulary that have attracted the most attention from American grammarians. A famous study by Carnegie Mellon University concluded that he speaks at a Third Grade Level, that is, the level of an American Primary School kid.

English teachers have also torn apart his grammar. For instance, he mistook “temper” for “temperament” during one of his debates with Hillary Clinton. He also uttered the nonstandard “you was” during the debate. He said, « But you was totally out of control! » instead of the standard “But you were totally out of control!” Grammar pedants tore him to shreds.

And when he said, « They talk good around election » instead of “they speak well around election time,” many English teachers took to social media to say he had lost their votes. It is impossible to chronicle all the Trumpian solecisms in this article, but others that stood out include, « I pay tremendous numbers of taxes » and « Give economics to people. »

Bad Grammar as Strategy of Condescension 

But as a rhetorician, I know Trump’s mangled, dialectal English isn’t necessarily a product of insufficient mastery of the language. It was a deliberate rhetorical strategy designed to establish identification with the lower end of the American social stratum that constitutes the « base » of the Republican Party. Poor, rural, uneducated white Americans who form the bulk of Trump’s support base speak the kind of regional, nonstandard English Trump spoke on the campaign trail.

In his book Language and Symbolic Power, French theorist Pierre Bourdieu calls this « strategy of condescension. » Bourdieu didn’t mean « condescension » in the everyday sense of the word as disdain for one’s social inferiors; he meant the ability to negotiate and seamlessly traverse several « linguistic markets, » as he called it. He said this ability invests elites with immense social and cultural capital. As Peter Haney puts it, strategies of condescension occur « when someone at the top of a social hierarchy adopts the speech or style of those at the bottom. With such a move, the dominant actor seeks to profit from the inequality that he or she ostensibly negates. »

George Bush used it to maximum effect. People still remember him as the former US president who could barely string together grammatically correct sentences in English, who spoke with a Texan drawl. But Bush is the scion of « old money » who went to elite prep schools and grew up mostly in America’s northeast. If he wanted to sound « polished » and « cultivated, » he could, but he would risk calling attention to his privilege and thereby alienating people he wanted to appeal to. Scholars actually systematically compared his speeches before he became governor of Texas and after he became governor of Texas and found radical differences in his grammar, enunciation, and speech mannerisms. Before he became governor of Texas, he spoke like a typical American northeaster. His grammar and usage were polished and educated.

That doesn’t mean people at the upper end of the social scale don’t innocently mangle the language. For instance, when Hillary Clinton recently characterized some Trump supporters as belonging to a « basket of deplorables, » American English grammarians took her on; they said « deplorable » is an adjective, not a noun, and therefore can’t be pluralized as « deplorables » since only nouns are pluralized. But « deplorables » may well become mainstream in the coming years if enough people with social and cultural capital use it the same way Hillary used it. That’s how language evolves.

In any case, the English language is full of examples of adjectives that became nouns. They are called nominalized adjectives. The word “greats” (meaning great people) comes to mind. It started out as an adjective.

In a February 3, 2013 column titled « How Political Elite Influence English Grammar and Vocabulary, » I pointed out several examples of the changes in the lexis and grammar of the language that were instigated by political and cultural elites across the pond. When former US President Warren Harding first used the word « normalcy » instead of the then usual « normality, » he was ridiculed. But « normalcy » is now mainstream.

As I pointed out in the article, “Even the Queen of England, the unofficial guardian of the English tongue, is given to occasional violation of the rules of her own language. In their book Longman Guide to English Usage, Professors Sidney Greenbaum and Janet Whitcut shared how the Queen misused the expression ‘due to’ and inadvertently caused the rule to be changed in favor of her misuse.

“In traditional grammar ‘due’ is an adjective, and when it is followed by the preposition ‘to’ it should be attached to a noun (example: the cancellation of the event was due to the rain). The use of ‘due to’ at the beginning of a sentence in the sense of ‘because of’ or ‘owing to’ was considered uneducated.

“But when the Queen of England, in a Speech from the Throne, said, ‘Due to inability to market their grain, prairie farmers have been faced for some time with a serious shortage,’ this ‘uneducated’ usage gained respectability. It is no longer bad grammar.

“I once observed that this example shows the arbitrariness and unabashed elitism of (English) usage norms. But that’s only partly true. What is equally true is that research has shown that the Queen of England has lately been speaking like her subjects, leading the Daily Mail, UK’s second-biggest selling newspaper, to write in a recent story that ‘The Queen no longer speaks the Queen’s English.’”

Unfortunately, only native English speakers get to have that much influence on the language, which is both unsurprising and invidious, given the status of English as a world language with more non-native speakers than native speakers. Creative deviations from the norm that emerge from non-native speakers are often condemned to marginality.

There are exceptions, though. Chinese English speakers in the US have made enduring contributions to the lexis and structure of the language in very fascinating ways. For instance, the expression « long time no see » came to English by way of Chinese English speakers in California.

As I pointed out in my book, Glocal English: The Changing Face and Forms of Nigerian English in a Global World, this ungrammatical but nonetheless fixed English expression, which is used as a salutation by people who have not seen each other for a long time, is a loan translation from Mandarin hǎo jiǔ bú jiàn, which literally means « very long time no see. » It was initially derided as « broken » English in California, but because the expression filled a real lexical and idiomatic void in the language, it quickly spread to other parts of the US, then crossed the pond to the UK, and is now part of the repertoire of international English.

Expressions like « no-go area, » « have a look-see, » etc. were also Chinese broken English expressions that are now idiomatic in the language. (Check out my April 19, 2015 column titled « Popular Expressions English Borrowed from Other Languages » and my 4-part series titled « The African Origins of Common English Words »).

Given the impact that the cultural and political elite have on language, would Trumpian grammar change American English in significant ways? Business Insider thinks so: “Donald Trump may have forever changed the English language. Sad!”

Voir également:

America has never been entirely sure what to do with its white poor. For complicated historical and political reasons, we associate “poor” in our public consciousness with “black”. Terms such as “welfare queen” and “culture of poverty” became associated uniquely with the social maladies of African Americans in urban ghettos, despite the fact that poor whites outnumbered poor blacks.

It wasn’t always thus. When President Lyndon Baines Johnson launched his “War on Poverty” in the 1960s, he did so from eastern Kentucky coal country, then and now one of the poorest regions of the country. That region is my ancestral homeland, the place from which my grandparents emigrated to avoid the sort of material destitution President Johnson highlighted. Like millions of southern and Appalachian migrants, they moved north to the booming industrial economies of Ohio, Pennsylvania and similar states.

They moved in the hope of finding better jobs and higher wages and for a time they found those things. Yet in the wake of a long-term decline in manufacturing in the United States, the economic boomtown my grandparents migrated to began to struggle in many of the same ways as the eastern Kentucky town they left behind. By the time their grandchildren reached adulthood in the early 2000s, joblessness and despair had replaced the optimism that characterised my grandparents 50 years earlier. And though the local economies of each region differed – in Detroit, automobile manufacturing; in southern Ohio, steel and paper mills; in Pennsylvania and West Virginia, coal mining – the social problems looked eerily similar. All across Appalachia and the Rust Belt, opioid addiction, family breakdown and rising mortality set in. And the ills afflicting the white working class, so similar to those stereotypically assigned to the black poor, became impossible to ignore.

To many commentators, these problems are statistics to be analysed, but to me, they were the backdrop of my youth. As a kid, I sorted Middletown into three basic geographic regions. First, the area surrounding the high school, which opened in 1969. The “rich” kids lived here. Large homes mixed comfortably with well-kept parks and office complexes. If your dad was a doctor, he almost certainly owned a home or had an office here, if not both. I dreamed that I’d own a house in Manchester Manor, a relatively new development not a mile from the high school, where a nice home went for less than a fifth of the price of a decent house in San Francisco. Next, the poor kids (the really poor kids) lived near Armco, where even the nice homes had been converted into multi-family apartment units. I didn’t know until recently that this neighbourhood was actually two neighbourhoods – one inhabited by Middletown’s working-class black population, the other by its poorest white population. Middletown’s few housing projects stood there.

Then there was the area where we lived – mostly single-family homes, with abandoned warehouses and factories within walking distance. Looking back, I don’t know if the “really poor” areas and my block were any different or whether these divisions were the constructs of a mind that didn’t want to believe we were really poor.

Across the street from our house was Miami Park, a single city block with a swing set, a tennis court, a baseball field and a basketball court. As I grew up, I noticed that the tennis court lines faded with each passing month and that the city had stopped filling in the cracks or replacing the nets on the basketball courts. I was still young when the tennis court became little more than a cement block littered with grass patches. I learned that our neighbourhood had “gone downhill” after two bikes were stolen in the course of the week. For years, Mamaw said, her children had left their bikes unchained in the yard with no problems. Now we woke to find thick locks cracked in two by deadbolt cutters. From that point forward, I walked.

Downtown Middletown is little more than a relic

If Middletown had changed little by the time I was born, the writing was on the wall almost immediately thereafter. It’s easy even for residents to miss how much Middletown has changed because the change has been gradual – more erosion than mudslide. But it’s obvious if you know where to look and a common refrain for those of us who return intermittently is: “Geez, Middletown is not looking good.”

In the 1980s, Middletown had a proud, almost idyllic downtown: a bustling shopping centre, restaurants that had operated since before the Second World War and a few bars where men like Papaw would gather and have a beer (or sometimes many) after a hard day at the steel mill. My favourite store was the local Kmart, which was the main attraction in a strip mall, near a branch of Dillman’s, a local grocer with three or four locations. Now the strip mall is mostly bare: Kmart stands empty and the Dillman family closed that big store and all the rest, too. The last I checked, there was only an Arby’s, a discount grocery store, and a Chinese buffet in what was once a Middletown centre of commerce. The scene at that strip mall is hardly uncommon. Few Middletown businesses are doing well and many have ceased operating altogether. Twenty years ago, there were two malls. Now one of those malls is a parking lot and the other serves as a walking course for the elderly.

Today, downtown Middletown is little more than a relic of American industrial glory. Abandoned shops line the heart of downtown Middletown, where Central Avenue and Main Street meet. Richie’s pawnshop has long since closed, though the hideous yellow and green sign still marks the site, last time I checked. Richie’s isn’t far from an old pharmacy that, in its heyday, had a soda bar and served root beer floats. Across the street is a building that looks like a theatre, with one of those giant triangular signs that reads “ST–L” because the letters in the middle were shattered and not replaced. A little farther down the road is a cash-for-gold store and not far from that is a payday lending outfit.

Not far from the main drag of empty shops and boarded-up windows is the Sorg mansion. The Sorgs, a powerful and wealthy industrial family dating back to the 19th century, operated a large paper mill in Middletown. They donated enough money to put their names on the local opera house and helped build Middletown into a respectable enough city to attract Armco. Their mansion, a gigantic manor home, sits near a formerly proud Middletown country club. Despite its beauty, a Maryland couple recently purchased the mansion for $225,000 or about half of what a decent multi-room apartment sets you back in Washington DC.

Located quite literally on Main Street, the Sorg mansion is just up the road from a number of opulent homes that housed Middletown’s wealthy in their heyday. Most have fallen into disrepair. Those that haven’t have been subdivided into small apartments for Middletown’s poorest residents. A street that was once the pride of Middletown is now a notorious spot for druggies and dealers. Main Street is now the place you avoid after dark.

The white working class had grown angry. And it had no heroes

City leaders have tried in vain to revive Middle-town’s downtown, though in recent years they’ve met with some limited success, as a few businesses have opened near the newest branch of a local community college. Despite some progress, efforts to reinvent downtown Middletown are likely futile. People didn’t leave because our downtown lacked trendy cultural amenities. The trendy cultural amenities left because there weren’t enough consumers in Middletown to support them. And why weren’t there enough well-paying consumers? Because there weren’t enough jobs to employ those consumers. Downtown Middletown’s struggles were a symptom of everything else happening to Middletown’s people, especially the collapsing importance of the local steel mill.

Unfortunately, very few of America’s political or financial classes understood what was happening in towns such as Middletown. And this ignorance comes in part from their increasing segregation from working- and middle-class families. In booming Washington DC, cosmopolitan New York and hi-tech San Francisco, people rarely come face to face with the poor, with the possible exception of the random beggar. Their interactions with the poor of rural and suburban America are rarer still. Meanwhile, as a 2011 Brookings Institute study found, “compared to 2000, residents of extreme-poverty neighbourhoods in 2005–2009 were more likely to be white, native-born, high-school or college graduates, homeowners and not receiving public assistance”. The white poor always existed, but they were rapidly growing in numbers and America’s wealthiest and most powerful residents seemed unaware.

Indeed, if they deigned to care much about the white working class, they often expressed little more than condescension or outright disdain. As my grandma once told me, “hillbillies” – by which she meant poor whites with some connection to Appalachia – were the only group of people that elites felt comfortable stereotyping and looking down upon. From MTV’s chronicle of a “wild” white family in West Virginia to Justified, a popular show about eastern Kentucky, the media’s interest in the region seemed confined to entertaining caricature.

The political system’s response was even worse. While candidate Obama in 2007 secretly chastised poor whites for “clinging to their guns and religion,” the Republican party, where most white, working-class Americans made a political home, seemed completely unaware that its own base was struggling. In 2012, Mitt Romney ran on a platform that celebrated the noble business owner, even as polls showed that the white working class increasingly mistrusted the business owners perceived to push them from their work.

And in late 2015, the party appeared ready to crown Jeb Bush, the scion of a wealthy family whose policy programme differed little from Mitt Romney’s, even as his tone did. This was the brother of a man who started two unsuccessful wars, wars whose burden was disproportionately shouldered by the white middle and working class. And though a number of putative challengers offered stylistic contrasts with the younger Bush brother, no one challenged the core premise at the heart of his candidacy: tax cuts and deregulation at home combined with an active, military-focused foreign policy abroad. Just eight years after George W Bush left office to historically low approval numbers, the party appeared primed to double down on Bush, both in policy and in genetics. And no one seemed that interested in stopping it.

Except for Donald Trump.

In a now famous September debate among Republican presidential candidates, Jeb offered a robust defence of his brother’s foreign policy: “As it relates to my brother, there’s one thing I know for sure: he kept us safe.” In interviews after the debate and on social media, Trump filleted Bush repeatedly, noting the failures of the war and even blaming Bush for his failure to prevent the 9/11 terrorist attacks. It was the third rail of Republican politics and television commentators predicated that it was the end of Trump’s candidacy. How, many asked, could Trump survive such an aggressive criticism of the party’s most recent president? Instead, Trump thrived, building on his lead in the polls and cruising to the Republican nomination.

What so many commentators failed to understand was that the Republican party of George W Bush had changed. In the eight years since Obama’s election, the white working class had grown angry: at the economy that failed to deliver good jobs, at the failed prosecution of two wars, at a government bureaucracy that failed to deliver good healthcare for veterans, at policy-makers who bailed out megabanks in the 2008 financial crisis even as many Americans lost their homes. The party didn’t want another Mitt Romney and it sure as hell didn’t want another Bush. It wanted, most of all, a man whose very existence is the opposite of everything prior nominees stood for.

This was about more than finances and the macroeconomy problem. As a culture, working-class white Americans like myself had no heroes. We loved the military but had no George S Patton figure in the modern army. I doubt my neighbours could even name a high-ranking military officer. The space programme, long a source of pride, had gone the way of the dodo and with it the celebrity astronauts. We had lost any trust in the media as guardians of truth and consequently many were willing to believe all manner of conspiracies about our allegedly foreign-born president and his supposed grabs for power.

In style and tone Trump reminds blue-collar workers of themselves

To understand the significance of this cultural detachment, you must appreciate that much of my family’s, my neighbourhood’s and my community’s identity derives from our love of country. I once interviewed my grandma for a class project about the Second World War. After 70 years filled with marriage, children, grandchildren, death, poverty and triumph, the thing about which she was unquestionably the proudest and most excited was that she and her family did their part during the war.

We spoke for minutes about everything else; we spoke for hours about war rations, Rosie the Riveter, her dad’s wartime love letters to her mother from the Pacific and the day “we dropped the bomb”. My grandma always had two gods: Jesus Christ and the United States of America. I was no different and neither was anyone else I knew.

Many in the US and abroad marvel that a showy billionaire could inspire such allegiance among relatively poor voters. Yet in style and tone, Trump reminds blue-collar workers of themselves. Gone are the poll-tested and consultant-approved political lines, replaced with a backslapping swashbuckler unafraid of saying what’s on his mind. The elites of DC and NY see an offensive madman, blowing through decades of political convention with his every word. His voters, on the other hand, see a man who’s refreshingly relatable, who talks about politics and policy as if he were sitting around the dinner table.

More important is Trump’s message. Implicit in the slogan “Make America Great Again” is a belief that one’s country is not especially great right now and that’s certainly how many of Middletown’s residents felt. In the wake of the Great Recession, there was something almost spiritual about the cynicism of the community at large. If America was the lynchpin of a civic faith, then many in the white working class were losing something like a religion.

In America, commentators have devoted dozens of essays and think pieces to the question of whether Trump’s rise is primarily a function of economic insecurity or racial anxiety. The question is easy to answer – it’s both – and yet not especially helpful. Donald Trump isn’t just the candidate of economically dispossessed whites, though he is that. Nor is he just the candidate of racially anxious whites, though he is also that.

He’s the candidate of the man who opens his morning paper to find that another of his neighbours has died of a heroin overdose; of the woman who proudly sent her son to fight in Iraq only to watch it break his body and mind; of the father who spends hours on the phone with the Department of Veterans Affairs, begging for medical care that his former Marine nephew is owed both legally and morally; of the proud coal miner who voted for Bill Clinton and then watched as his wife promised to “put a lot of coal miners and coal companies out of business”. Donald Trump is the candidate of a patriotic people who feel an almost apocalyptic apprehension about the future. His great insight was to recognise and exploit that apprehension.

The tragedy of Trump’s candidacy is that, embedded in his furious exhortations against Muslims and Mexicans and trade deals gone awry is a message that America’s white poor don’t need: that everything wrong in your life is someone else’s fault. No one doubts that globalisation and automation have disproportionately had an impact on the white working class and no responsible politics should fail to appreciate and address that fact. Yet our neighbourhoods and our communities create certain pressures and instil certain values that make it harder for our children to lead happy lives.

Trump’s entire candidacy consists of pointing the finger at someone else

During my junior year of high school, our neighbour Pattie called her landlord to report a leaky roof. The landlord arrived and found Pattie topless, stoned and unconscious on her living-room couch. Upstairs, the bathtub was overflowing, thus the leaking roof. Pattie had apparently drawn herself a bath, taken a few prescription painkillers and passed out. The top floor of her home and many of her family’s possessions were ruined. This is the reality of our community. It’s not just about hard-working people dispossessed by globalisation, though that’s undoubtedly true for many people. It’s also about a naked druggie destroying what little of value exists in her life. It’s about children who lose their toys and clothes to a mother’s addiction. It’s about families torn apart by domestic violence and students afraid to go home when the school bell rings at the end of the day.

Psychologists call it “learned helplessness” when a person believes, as I did during my youth, that their choices have no effect on their life’s outcomes. We acquired that sense of helplessness from a number of sources: from families who felt that you had to pretend to be “black or liberal” to get into an Ivy League school; from the home life that showed us the world could be turned upside down in an instant; from seeing so few of our neighbours succeed in the modern economy that we wondered whether success was even possible for those like us.

To recognise that these neighbourhoods and attitudes affect us is not to place moral blame on the poor. Indeed, many of the obstacles folks like me perceive are quite real. But it is dangerous, even destructive, to give up completely on the role of agency. The white working class must build a set of values that recognises life’s unfairness while constructively engaging with it – in our community institutions, in our government and in our families. Yet Trump’s message for the white voter so desperately in need of introspection and self-reflection is: it’s all someone else’s fault. His rallies may be cathartic, as he screams and yells at conjured enemies, but he offers no solutions. His entire candidacy is an exercise in pointing the finger at someone else.

In pointing that finger so repeatedly and enthusiastically, Donald Trump has debased our entire political culture. On the right, the party of robust American global leadership now finds itself apologising for a man who apologises for Vladimir Putin even as he scares our staunchest European allies.

The Republican speaker of the house, a brilliant, respected leader, regularly repudiates some noxious statement of Trump’s even as he cannot politically repudiate the man himself. On the left, the cosmopolitan elites of the Democratic party have taken to Facebook and Twitter to denounce half of their fellow citizens, people they rarely see, much less know. In the eyes of American elites, Trump’s voters are racist rednecks, finally reaping what they’ve sown.

In this age of Trump, each tribe has lost the ability to show even a hint of compassion for the other side.

The great irony is that the people who may make Trump president are among those who most need a constructive politics and an engaged leader. They need a life raft and a mirror. Trump instead offers a political high, a promise to “Make America Great Again” without a single good idea regarding how.

Hillbilly Elegy by JD Vance is published by William Collins on 22 September, £16.99

Voir encore:

Five myths Donald Trump tells about Donald Trump
Glenn Kessler
The Wall Street Journal

January 28, 2016

All politicians like to brag about their abilities and achievements. But rarely has a presidential hopeful emerged like Donald Trump, who consistently touts his résumé and plans for the nation in sweeping and over-the-top terms. Trump is particularly unique in how he talks about himself. Plenty of would-be presidents make dubious claims about what they have accomplished in elected office (created millions of jobs! slashed spending!). Few make such claims about their personal attributes. Trump has no such hesitation. Just before the Iowa caucuses, here are five of the biggest myths Donald Trump tells about himself.

1. “I’m, like, a really smart person.

Trump is not shy about his intellectual prowess. As he tweeted in 2013: “Sorry losers and haters, but my I.Q. is one of the highest -and you all know it! Please don’t feel so stupid or insecure, it’s not your fault.”

Of course, “smart” is a bit subjective. There’s book smarts as well as street smarts. Many would say Trump has run a pretty smart campaign. But clearly he’s saying that his brain is very sharp — as he puts it, “super-genius stuff.’’ At one point, Trump rebutted criticism from columnist George Will and GOP consultant Karl Rove by saying: “I’m much smarter than them. I think I have a much higher IQ. I think I went to a better college — better everything.”

Trump’s college background, in fact, is often his key piece of evidence for his intellectual superiority. But there’s less here than meets the eye. Trump did graduate from the Wharton School of business at the University of Pennsylvania, an Ivy League college. But Trump did not get an MBA from Wharton; he has a much less prestigious undergraduate degree. He was a transfer student who arrived at Wharton after two years at Fordham University, which U.S. News & World Report currently ranks 66th among national universities. (Besides, simply going to an Ivy League school doesn’t prove you’re a genius.)

Gwenda Blair, in her 2001 book “The Trumps,” said that Trump’s grades at Fordham were just “respectable” and that he got into Wharton mainly because he had an interview with an admissions officer who had been a high school classmate of his older brother. And Wharton’s admissions team surely knew that Trump was from one of New York’s wealthiest families.

For years, numerous media reports said Trump graduated first in his class from Wharton, but that’s wrong. The 1968 commencement program does not list him as graduating with any sort of honors. In fact, the Boston Globe reported that he barely made an impression at all: “His former classmates said he seemed a student who spoke up a lot but rarely shined in class, who barely participated in campus activities, shunned fraternity parties.”

2. “I have the world’s greatest memory.

One of Trump’s most controversial claims is that he saw a television news report about thousands of Muslims in New Jersey cheering the collapse of the World Trade Center in 2001. That statement ended up on the Washington Post Fact Checker’s list of 2015’s biggest Pinocchios.

Trump insisted he was right because he has such a great memory.

But no television network could find such a clip — though extensive searches were made. No news reports were tracked down to validate Trump’s claim of “thousands.” The closest thing ever found was a local newscast at the time, from a CBS affiliate in New York, that reported on the arrest of eight men who neighbors said had celebrated the attack. That’s a far cry from thousands. There were also video clips of several Palestinians in the Israeli-occupied territories cheering. But that wasn’t New Jersey — and again, it wasn’t thousands.

Trump also tried to point to a line in a Washington Post article written days after the attacks that said law enforcement authorities detained and questioned some people who were allegedly seen celebrating . But when one of the reporters, Serge Kovaleski, said the article did not validate Trump’s claim, the real estate magnate mocked Kovaleski’s disability. (Kovaleski has a chronic condition that limits his mobility.)

What is Donald Trump’s net worth?

Here’s the answer to one of the most Googled questions about one of the most Googled candidates. (Osman Malik and Sarah Parnass/The Washington Post)

Trump later denied doing so, claiming that he didn’t know the reporter — even though Kovaleski had closely covered Trump in the 1980s and 1990s and had interviewed him several times.

Maybe Trump should rephrase his boast: “I have the world’s most selective memory.”

3. “I’m proud of my net worth. I’ve done an amazing job.

Trump frequently touts his financial acumen. He often says he is worth $10 billion, though most analysts say that is exaggerated. Bloomberg News closely studied his 92-page financial disclosure report and concluded that he is really worth $2.9 billion.

That may sound like a lot of money. But don’t forget that Trump inherited a lot of money, too — about $40 million in 1974. In 1978, his net worth was estimated by BusinessWeek at $100 million. The Post’s Wonkblog calculated that if Trump had gotten out of real estate, put his money in an index fund based on the Standard & Poor’s 500 index and reinvested the dividends, he’d be worth twice as much — $6 billion — today.

National Journal noted that Warren Buffett was also worth $40 million in 1974 — and he managed to turn that into $67 billion today. But then Buffett doesn’t have a long list of business flops, such as Trump Airlines, Trump Vodka, various Trump casinos, Trump Steaks and Trump University.

4. “I’m self-funding my campaign.

Trump keeps saying that unlike his rivals, he’s paying for his own presidential campaign, but that’s largely false.

At the start of his campaign, he loaned his political operation $1.8 million. As of Oct. 1, he had given his campaign an additional $104,829.27 — but he had also received $3.9 million from donors, which accounted for the vast majority of the $5.8 million his campaign had taken in by then. His campaign website features a prominent “donate” button on its homepage. Trump has spent $5.4 million, and interestingly, about one-quarter of his spending has gone to Trump-owned entities (mainly his private jet company).

In January, Trump launched an ad campaign in Iowa and New Hampshire, saying he planned to spend $2 million. He also claimed that his campaign was $35 million to $40 million below budget. Ultimately, all of his spending — and where the money came from — will have to be disclosed in campaign finance reports. The odds are his personal share of the spending will be less than 50 percent.

5. “I’m probably the least racist person on Earth.

When people have criticized Trump for promising to build a wall on the U.S.-Mexico border or proposing a ban on all Muslims from entering the country, he has defended himself by saying he’s not motivated by racism. Still, he has a pattern of racially tinged remarks and actions.

The very first article about Trump in the New York Times — it appeared 42 years ago — was headlined “Major Landlord Accused Of Antiblack Bias in City.” Trump was quoted saying the charges in a lawsuit brought by the Justice Department against the company he and his father ran were “absolutely ridiculous.” The sides settled — but three years later, the Justice Department charged Trump’s organization with continuing to discriminate against blacks.

When five black and Latino teenagers were implicated in a brutal attack on a white woman jogging in Central Park in 1989, Trump took out full-page newspaper ads calling for the death penalty for “criminals of every age.” The suspects were convicted but later exonerated by DNA evidence — and Trump then called their wrongful-conviction settlement a “disgrace.”

Trump Plaza Hotel and Casino President John R. O’Donnell, in the 1991 book “Trumped,” alleged that Trump once said that “laziness is a trait in blacks.” He also claimed Trump said, of his accountants: “Black guys counting my money! I hate it. The only kind of people I want counting my money are little short guys that wear yarmulkes every day.” (Trump has called O’Donnell a disgruntled employee, but he has not disputed the remarks. “The stuff O’Donnell wrote about me is probably true,” he told Playboy in an interview published in May 1997.)

Speaking to the Republican Jewish Coalition in December, Trump made a speech riddled with Jewish stereotypes, such as: “Look, I’m a negotiator like you folks; we’re negotiators.” And: “I know why you’re not going to support me. You’re not going to support me because I don’t want your money.”

Another Trump observation: “A well-educated black has a tremendous advantage over a well-educated white in terms of the job market. . . . If I were starting off today, I would love to be a well-educated black, because I believe they do have an actual advantage.’’

When Trump launched his campaign, he made a broad-brush accusation against Mexico: “They’re sending people that have lots of problems, and they’re bringing . . . drugs, they’re bringing crime, they’re rapists. And some, I assume, are good people.”

The Washington Post
February 15 2017
President Trump’s administration has a spelling problem, and it seems to be getting worse.The latest cringe-worthy gaffe, courtesy of the Education Department, was a double whammy: In a tweet Friday, the agency misspelled the name of the late scholar-activist and NAACP co-founder W.E.B. Du Bois. Then it followed up with a correction, with its own glaring error: “Our deepest apologizes for the earlier typo.”It wasn’t long ago that pretty much everyone across the political spectrum could agree that it was embarrassing when our elected officials failed to use the English language correctly. Just ask former vice president Dan Quayle how to spell “potato.”

Yet as critics pounced on the latest errors as a sign of carelessness or incompetence, Trump defenders howled back, blasting the criticism as liberal-elite snobbery. It’s come to this: The fault lines of our deeply divided country have crossed into the once-neutral territory of grammar and spelling.

So how problematic is the administration’s spelling — really? We decided to take a closer look at a few recent incidents.

1. The ‘to’/‘too’ mix-up on the official Trump inauguration poster

The poster had to be removed from the Library of Congress website after people noticed that something seemed to be missing from the quote emblazoned on it. Can you spot it? Look closer. Ah, yes — one of those pesky “to”/“too” confusions. Too often the eye just skips over it, and even spell check won’t always help you with that one. Who among us hasn’t committed this offense? (But, no, probably not on an official presidential portrait.)

2. Betsy DeVos’s ‘historical’ error

Plenty of public-school alumni jumped on this usage error by the school-vouchers advocate, who has since been confirmed as education secretary. It might not have been the most egregious error — “historical” is often confused as a synonym for “historic” but actually means “belonging to the past”; and she’s hardly the only person we know who randomly capitalizes nouns such as “inauguration” that don’t actually merit it. But still, not a great look for the nation’s top education policy guru.

3. Trumps great honer

The tweet was sent by Trump on his first full day in office. It was swiftly deleted and reposted with the correct spelling — but not before the original version was immortalized online. It might have been just one misplaced vowel, but he’d made this mistake on Twitter before, after a February 2016 presidential debate. (“Wow, every poll said I won the debate last night. Great honer!” — that tweet, too, was quickly corrected.) We’ll be blunt: “Honer” doesn’t even look close to correct, and we’re not sure how he made this blooper. But in fairness, Twitter is where we make all our finger-slip errors, too.

3. Marco Rubio the ‘leightweight chocker’

In an oft-mocked tweet in February 2016, Trump lashed out at primary opponents Ted Cruz and Marco Rubio: “Lying Ted Cruz and leightweight chocker Marco Rubio teamed up last night in a last ditch effort to stop our great movement. They failed!”

Look, we get that “choker,” though correct, looks nearly as strange as “chocker” the more you stare at it. And we can see how someone focused on getting the e-i order correct in “weight” might overcompensate and screw up the “light” part — but wouldn’t you see “leightweight” and know you’d done something wrong?

As per usual, the tweet was deleted — but not before the dictionary folks supplied a snarky response.

4. Lose vs. Loose

No way around it: There is so much wrong with this one, gnarled syntax as well as troubled spelling. Fortunately, Twitter was there to help.

“Insticts” is pretty odd, but you can see how someone who spends a lot of time tweeting about “losers” could get lost trying to spell “loose.” The standard U.S. spelling, of course, is “judgment,” not “judgement,” but again — Twitter.

5. Terrorist ‘attakers’

When the White House released a list of 78 “under-reported’ terrorist attacks earlier this month — aiming to prove that the media had played down the terrorism threat — reporters found themselves wading through a document riddled with typos and errors. Among other mistakes, the report misspelled “attacker” and “attackers” as “attaker” and “attakers” 27 times. Who does that? And this wasn’t a Twitter typo, but a document prepared for public release by the communications staff. This is — bad. A new level of bad. We’ve left Quayle far, far behind.

6. An unprecedented misspelling

This one was particularly regrettable because of the Freudian-slip undertones. It quickly spawned a trending hashtag, an onslaught of jokes and more than a few anti-Trump protest signs at subsequent rallies. Again, the dictionary couldn’t let this pass without taking a shot.

“Unpresidented” did earn an official entry in Urban Dictionary, however. (It isn’t very flattering.)

7. Theresa May vs. Teresa May

One is the name of the British prime minister. The other is the name of a British former soft-porn actress. Guess which one appeared three times on an official White House schedule?

This one would feel more relatable and excusable — we’ve all done something like this — except we’re not talking about bungling the name of your cousin’s new boyfriend on a party invitation. We’re talking about the name of a foreign head of government, misspelled three times on an official White House document.

Voir par ailleurs:

Research Shows Twitter is Driving English Language Evolution

Joel Windels
Brandwatch
May 29th 2013

It’s no surprise that technology has been a driving factor in how we communicate. 140 character limits, the need to be succinct and other prevailing memes have transformed the ways we talk to each other online.

It’s not rare to hear celebrated literary experts lament the demise of the second-most widely spoken language in the world, but seldom to we ever witness any evidence of such change beyond the anecdotal.

Accordingly, we have taken it upon ourselves to conduct our own research into how social media is helping drive evolution in the English language.

Deviating from official English

Twitter users are the least literate of the internet users we looked at, with 0.56% of words on the network being either misspelled or otherwise unofficial, perhaps due to its stricter character limit.

Twitter                 0.56% or 1 in 179

Google+              0.42% or 1 in 238

Facebook            0.31% or 1 in 323

Forums                0.18% or 1 in 556

Americans tend to deviate slightly more than those based in the UK, with the Brits at 0.53% and the USA at the global average of 0.56%.

Interestingly, tweeters have been getting increasingly literate over the past few years, getting 0.01% more literate each year since 2011 – is this a result of increased adoption of auto-correcting devices perchance?

Females are more likely to deviate too, using unofficial language every 169 words, whereas males do it once every 192. The fairer gender are also responsible for elongating words like arghhh, awwww, soooo and ahhh much more than males, who instead prefer to shorten them to things like gonna, wanna and kinda.

The most common form of ‘error’ is the exclusion of apostrophes, resulting in words like im, wont, cant, theres, hes, womens and parents.

The second most frequent deviation was the usage of acronyms, the widest used of which was LOL, followed by WTF, LMAO, YOLO, OMG and FFS.

In terms of the actual words that are misspelled, here are the favourites:

  • definitely
  • separate
  • embarrass
  • achieve
  • surprise
  • weird
  • government
  • argument
Voir aussi:
‘Twitter will increasingly shape our spelling and grammar – we just have to accept it’

As new research finds Twitter users make more spelling mistake than other social networks, Tech & Gadgets editor Hannah Bouckley confesses to some social networking grammatical shortcuts.

Hannah Bouckley

BT

11 June 2013

According to new research, Twitter users make twice as many spelling mistakes as Facebook users.
The study by Brandwatch analysed 10,000 tweets from 1,000 randomly selected Twitter accounts. 
  • It found one in every 150 words posted on Twitter is spelt incorrectly, in contrast to one in 323 words on Facebook.

    The figure doesn’t just refer to spelling mistakes. It includes the use of abbreviations (such as LOL), grammatical errors, word elongation and shortening.

    Women are more likely to make errors and use abbreviations than men, averaging one in every 169 words, as opposed to one in 192 words.

    I use Twitter quite a lot and I must admit to taking some grammatical shortcuts.

    With just 140 characters to play with per Tweet, it’s really frustrating to get to the end of a sentence and be just one character short.

    Rather than rewriting the tweet, I will go back and substitute the likes of “I’m” for “Im”.

    I think there’s a difference between the odd grammatical tweak and glaring spelling errors. Twitter is a public forum and consistently poor spelling and grammar look like you don’t care.

    In Twitter arguments, spelling mistakes are one of the first things people criticise. Making a spelling mistake on Twitter looks like you aren’t in control – especially as mobile phone spell checks are getting better.

    Out of all the social networks, I think we should be forgiving of mistakes on Twitter »

    Twitter is about spontaneous reactions to events and if you are in a hurry it’s easy to make mistakes, particularly if you’re typing using a small keyboard.

    For the majority of people, it doesn’t really matter if there’s a mistake – for professions like politics or teaching, it’s a different story.

    Interestingly Brandwatch’s study found that on Twitter women tend to elongate words, while men shorten them.

    Common words used by women include: soo, aww and ohh. Men use lota, lol, lonna and wanna.

    I’m guilty of the odd aww and soo. But I would use those terms on Facebook and emails to friends.

    Writing a letter or sending a Facebook message can be unwittingly formal. People can read sentences in different ways and misconstrue the original meaning.  By using such language I’m hoping my message sounds a little more conversational and a little how I’d say it in person.

    According to the survey the most common grammatical errors are related to misuse of the apostrophe: im, wont, cant, dont, id.

    There’s a movement online called Kill The Apostrophe “on the basis that it serves only to annoy those who know how it is supposed to be used and to confuse those who dont.”

    I’m not in favour of removing the apostrophe. Twitter and text speech is only a small facet of the way we use our language, enough people still write emails or letters using the apostrophe for it to be useful.

    In the future Twitter and other social networks are likely to increasingly shape our language and we have to get used to it. Language has evolved centuries and will continue to do so.

    It’s not all bad news: it has also been revealed that Twitter users have been getting more literate each year since 2011.

    Overall, I suggest tolerance towards language quirk on Twitter and yes to abbreviation and elongation – in moderation.

    I advise anyone who cares to take a few seconds to correct typos before hitting send.

    Voir également:

Twitter users ‘can’t spell’

Twitter users make more than twice as many spelling mistakes as those on Facebook, new research has revealed – with apostrophes the most common source of errors.
Jennifer O’Mahony
The Daily Telegraph
29 May 2013

Britons’ well-documented struggles with their own language appear to be particularly acute when they post on the microblogging service, a study by social media monitoring service Brandwatch has found.

One in every 150 English words posted on Twitter is spelt incorrectly, with missing apostrophes the most common grammar crime.

Apostrophes, or a lack thereof, were followed by the use of acronyms such as LOL (laugh out loud) and YOLO (you only live once) as the most frequent examples of misuse in English.

Twitter’s strict 140-character limit for posts is undoubtedly the cause of much mangled language, a constraint that forces users to innovate by cutting linguistic corners.

Brandwatch analysed almost one million randomly selected online interactions across Twitter, forums, Facebook and Google+ in the month of March over a three-year period.

Twitter recently announced it counts an average of 400 million tweets posted by users every day, but it fared worst among all social networks for the quality of spelling and grammar.

By contrast, Facebook’s users compose just one in every 323 words incorrectly, though this rose to one in every 238 on Google+.

The research comes in the wake of comments by Simon Horobin, an English professor at Magdalen College, Oxford, who suggested that “they’re”, “their” and “there” could be spelt in the same way. Prof Horobin, speaking at the Telegraph Hay Festival, said: « I am not saying we should just spell freely, but sometimes we have to accept spellings change ».

Minimal differences were found between the accuracy levels of American and British tweeters, but analysts discovered women tended to elongate words and use onomatopoeia such as « soooo » or « argh », while men favoured shortened slang, including « gonna » and « gotta ».

« Whether through deliberate misuse or ignorance, it is clear that the nature of Twitter and its strict character limit continues to encourage a higher rate of unofficial English. But rather than bemoaning the loss of the language, shouldn’t we instead be recognising this for what it is – a natural evolution? » said Joel Windels, Lead Community Manager at Brandwatch.

« Last year the Oxford English Dictionary added well over 1,000 new words and meanings, including web-speak words ‘lolz’ and ‘tweeps.’ Changes to language are nothing new, but this research highlights just how much of an influence social media is having on how we communicate. »

The government may not welcome the sentiments of Mr Windels and Prof Horobin.

Michael Gove, the Education Secretary, has published a list of 162 words which all 11-year-olds would be expected to spell correctly, and has said that « too little attention » has been paid to spelling and grammar in schools in recent years.

Voir encore:

How social media has shaped the English language

Castleford Staff

31/05/2013

The days of writing grammatically correct, perfectly punctuated sentences may seem like a thing of the past – but what role has social media played in this trend?

If new research from Brandwatch is anything to go by, it could be said that social networks have transformed modern day English, with Twitter presenting the greatest threat.

The site analysed the effect of various social media sites on the English language to find that Twitter users are the most likely to deviate from correct spelling and grammar.

A total of 0.56 per cent of words posted on the micro-blogging site are either misspelled or unofficial, although it has been suggested that this might be down to its strict 140-character limit.

Taking up second place is Google+ with 0.42 per cent of misspelled words, followed by Facebook with 0.31 per cent.

However, it’s not all bad news for Twitter users, as the website found that people have become increasingly literate since 2011 – although how much of this is down to autocorrect features?

Women were found to be more likely to deviate from the official language than their male counterparts, as well as being more inclined to elongate their words for effect.

Men, perhaps unsurprisingly, showed a preference for shortening words, instead using phrases such as ‘kinda’ and ‘wanna’.

Now it’s not uncommon for even the greatest of spelling aficionados to struggle with the odd word or two, but Brandwatch’s analysis found that some words are more commonly misspelled than others.

The worst offenders were definitely, separate, embarrass and achieve, with weird and surprise also featuring on the list.

It just goes to show that even in a field as broad as social media, people are still on the lookout for good spelling and grammar – something that people running Twitter campaigns should bear in mind.

 Voir de plus:

Facebook and Twitter ‘harm pupils literacy’: Headmasters claims children are so distracted by the sites they don’t bother to read books

Children’s literacy is being damaged by social media, headmasters claim.

They say pupils are too distracted by sites such as Facebook and Twitter to bother to read a book.

As a result, thousands are poor spellers and have little understanding of grammar.

Children’s literacy is being damaged by social media, headmasters claim. They say pupils are too distracted by sites such as Facebook and Twitter to bother to read a book

A survey of 214 secondary school heads found that 70 per cent believe Facebook and Twitter are ‘bad for literacy’.

Excessive use of such sites means youngsters’ spelling and grammar have deteriorated. For example, some write ‘l8’ rather than ‘late’, while others rely on computer spellcheckers to correct their mistakes.

To make matters worse, many parents do nothing to try to improve these crucial skills.

The research, conducted by Booked, a magazine for schools, found that half of Britain’s headmasters are concerned about their pupils’ approach to reading.

Tsol Keoshgerian, chairman of Booked, said: ‘This is a worrying snapshot of literacy standards.

It appears to confirm that the massive rise in social media use among the young is having a major impact on writing skills th little or no attempt by parents to stop it.’

Tsol Keoshgerian, chairman of Booked, which encourages children to read and write, said: ‘This is a worrying snapshot of literacy standards in the UK today.

‘From a social perspective, it appears to confirm the massive rise in social media use among the young is having a major impact on writing skills with little or no attempt by parents to stop it.’

Bosses regularly complain about the poor literacy standards among school leavers, whose written English in applications forms and CVs can be shocking.

Bosses regularly complain about the poor literacy standards among school leavers, whose written English in applications forms and CVs can be shocking

The research uses examples such as one applicant stating: ‘I wont to work wiv you’re company.’

Others regularly confuse the words ‘to’ and ‘too’, such as: ‘I’d like too work with you’, while asking whether job ‘oppurtunities’ are ‘avalible’ at the company.

Others sign their letters with several kisses, showing an inappropriate level of friendliness with a potential boss who they have never met.

Tracy Newby, head of English at Ringmer Community College in East Sussex, said helping her students to learn good spelling and grammar involves a ‘fight’ with social media.

She said: ‘Social media has a massive impact on students every day.

‘Ask a Year 10 class [aged 14 and 15] how many of them have read a book for pleasure recently and you might get two or three hands.

‘Ask them how many have checked Twitter or Facebook that day and every hand will shoot up.’

Miss Newby runs workshops and competitions at her school to encourage the children to read and to find reading exciting and interesting.

One head teacher, who did not want to be named, said: ‘I do feel that, to a certain extent, the use of electronic media, particularly a reliance on spell checks, has resulted in a decline in old-fashioned grammar and spelling.’

Another said: ‘Parents are less inclined to help children at home with reading.

‘Parents need to be aware of how important their role is. We hold regular evenings for parents and a very low percentage attend.’ It comes after a damning report from the Organisation for Economic Co-operation and Development revealed the scale of the problem.

England is the only developed country producing children who are worse at reading and maths than their grandparents, according to a recent report from the Organisation for Economic Co-operation and Development.

John Allan, national chairman of the Federation of Small Businesses, said: ‘Young people don’t have the literacy and numeracy skills to do the job properly.

‘What we need now is action to improve these crucial basic skills from an early age.

‘While the Government is doing good work to improve the rigour of the curriculum, it must also learn lessons from those countries that perform well, on how to improve and retain these vital skills, to ensure the UK doesn’t find itself with an unskilled workforce.’

Voir de même:

Trump’s tweets are little different from FDR’s chats

Trump’s tweets represent ‘empathy’ but don’t always reflect ‘judgment,’ says Andrew Card
MarketWatch

Jan 23, 2017

‘FDR started it.’ Andrew Card, chief of staff to President George W. Bush
Donald Trump, arguably, has already changed the office of the presidency forever, with his prolific tweets, some of which, at least in the lead-up to his Friday inauguration, endorsed specific companies, lashed out at impersonations and even laid the groundwork for complex policies. Cabinet appointees have found themselves walking back his remarks with some regularity.

Some observers embrace the transparency of the unfiltered Trump experienced on Twitter TWTR, -0.72% . The public wasn’t ruffled one bit when a newly elected Trump’s staff blew off the protocol for press pool reports and end-of-day signoffs.

Trump’s delivery mechanism may be relatively new, but the motivation isn’t. Circumventing the press, and even the carefully crafted press release, is a presidential tack that can be traced as far back as Franklin Delano Roosevelt’s “fireside chats,” which leveraged the radio medium to deliver Roosevelt directly into American living rooms, said Andrew Card, in an MSNBC interview. Card, White House chief of staff to the second President Bush, also served in the administrations of Ronald Reagan and George H.W. Bush.

And: Trump’s tweets ‘speak for themselves’ as he holds media off for now

FDR delivered his first radio address on March 12, 1933, in the middle of the crisis of confidence over the U.S. banking system. The intent? Reassure the public as if the president had stopped by personally. It was only after the broadcast’s relative success that they eventually earned the “fireside chat” familiarity. Trump’s tweets are the president-elect’s way to get closer to Americans, too, said Card.

And that’s not without risk. Trump’s words represent “empathy” but don’t always reflect “judgment,” said Card.

There have been, of course, other media firsts for the executive office. President Dwight Eisenhower created the White House TV studio, according to NPR. It was Reagan, the former actor, who first went prime time and live on network television to enter American homes.

Presidents have taken liberties with format in other ways, too. Barack Obama, whose White House was no stranger to social media, squeezed in “Between Two Ferns” alongside comedian Zach Galifianakis to promote the contentious Affordable Care Act.

Voir enfin:

“I love the poorly educated”—Read Donald Trump’s full Nevada victory speech

Quartz

February 24, 2016

Oh boy. We love Nevada. We love Nevada. Thank you. Thank you. Oh this is a great place. Thank you very much. Great evening. We will be celebrating for a long time tonight. Have a good time. Have a good time.

You know we weren’t expecting—a couple of months ago, we weren’t expecting to win this one, you know that, right? We weren’t. Of course if you listen to the pundits, we weren’t expected to win too much, and now we’re winning, winning, winning the country. And soon the country’s going to start winning, winning, winning. So I want to thank the volunteers. They’ve been unbelievable. These people, they work like endlessly, endlessly. We’re not going to forget it. And we’ve had some great numbers coming out of Texas, and amazing numbers coming out of Tennessee and Georgia and Arkansas and then in a couple of weeks later Florida. We love Florida so. We’re going to do very well in Ohio. We’re beating the governor. It’s always nice to be beating the governor. And Michigan—the whole thing. It’s going to be an amazing two months.

We might not even need the two months, folks, to be honest. So tonight we had 45 to 46%, and tomorrow you’d hear them say, you know, if they could just take the other candidates and add them up, and if you could add them up because you know the other candidates amount to 55%. So if they could—they keep forgetting that when people drop out, we’re going to get a lot of votes. You know they keep forgetting.

So I want to begin by thanking my boys, Eric has been all over the place making speeches. He’s getting better than me so I’m a little jealous. And Don went to _____, you were all over, right?

He loves the rifle stuff. This is serious rifle. This is serious NRA, both of them, both of them. We love the Second Amendment folks. Nobody loves it more than us, so just remember that.

And Corey and Hope, the staff, the whole group, and Charles and Dan and what a group we have. I want to just thank a couple of friends of mine that are here, the owner of this incredible hotel, Mr. and Mrs. Phil Ruffin, stand up. Great guy. Phil said, “Donald,”—like for the last three months he’s driving me crazy, he said—”Donald, I want to put $10 million into your campaign.” I said, “Phil I don’t want your money. I don’t want to do it. I’m self funding.” Every time I see him. It’s hard for me to turn down money because that’s what I’ve done in my whole life. I grab and grab and grab. You know I get greedy. I want money, money.

I’ll tell you what we’re going to do, right? We get greedy, right? Now we’re going to get greedy for the United States. We’re going to grab and grab and grab. We’re going to bring in so much money and so much everything. We’re going to make America great again, folks, I’m telling you folks, we’re going to make America great again.

And another great friend of mine, someone respected by everybody, a great friend of Phil too—Mr. and Mrs. Steve Wynn. Stand up, Steve. Stand up. Two great people. Steve is always calling. He’s always got advice, right Steve? “Donald I think you should do this and that.” His advice I like to listen to, I’ll be honest. So Phil and Steve and families, we appreciate it. You’ve been great friends. Thank you, thank you.

So this was very exciting tonight. But I’ll tell you it looks like we won by a lot evangelicals. I love evangelicals, and I have to tell you pastor [Robert] Jeffress has been so incredible on television and elsewhere. He has been great. And as you know Liberty University—do we love Liberty University? Huh? Jerry Falwell Jr., an unbelievable guy, and he has been with us and with us from the beginning, and I want to thank Jerry and his family. It’s been amazing, the relationship. So we won the evangelicals.

We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated. We’re the smartest people, we’re the most loyal people, and you know what I’m happy about? Because I’ve been saying it for a long time. 46% were the Hispanics—46%, No. 1 one with Hispanics. I’m really happy about that.

So I’m very proud of you, this is an amazing night. I love the country, I love the country. We’re going in the wrong direction. We’re going to keep—as you know Gitmo, we’re keeping that open, and we’re going to load it up with bad dudes. We’re going to load it up w a lot of bad dudes out there. We’re going to have our borders nice and strong. We’re going to build the wall, you know that. We’re going to build the wall. And I have a lot of respect from Mexico, and you just heard we won Hispanics. But let me tell you Mexico is going to pay for the wall, right? It’s going to happen. It’s going to happen. They know it. I know it. We all know it.

We have a tremendous deficit. We have a trade deficit with Mexico. They’ll pay for the wall. They’ll be very happy about it. Believe me. I’ll talk to them. They’re going to be very, very thrilled. They’re going to be thrilled to be paying for the wall.

We’re going to be the smart people. We’re not going to be the people that get pushed around all over the place. We’re going to be the smart people. You’re going to be proud of your president, and you’re going to be even prouder of your country, OK?


Présidence Trump: Attention un président peut en cacher un autre (The Ronald was once a Donald too)

12 mars, 2017

Governor Reagan does not dye his hair. He is just turning prematurely orange. Gerald Ford (Gridiron Dinner, 1974)
Au cours de ces 100 premiers jours, qu’est-ce qui vous a le plus surpris sur la présidence ? Qu’est-ce qui vous a le plus enchanté ? Vous a ramené à la réalité ? Et vous a le plus inquiété ? Jeff Zeleney
Vous avez accumulé beaucoup de victoires au cours des dernières semaines que beaucoup de gens pensaient difficiles. Êtes-vous prêt à vous appeler le  »comeback kid’ ? Carry Bohan
You racked up a lot of wins in the last few weeks that a lot of people thought would be difficult to come by. Are you ready to call yourself the ‘comeback kid’ ? Carry Bohan
During these first 100 days, what has surprised you the most about this office? Enchanted you the most from serving in this office? Humbled you the most? And troubled you the most? Jeff Zeleney (the New York Times)
Ronald Reagan has absolutely confounded prediction… Today, at the age of 77, he relinquishes the office so many people thought he never could get, being, it was said eight years ago, too old, too ideological, too conservative, too poorly informed, too politically marginal — in short, too out of it. But there he is, going out in a rare end-of-the-term surge of good feeling, his critics — on key issues, we are emphatically among them — still at a loss as to how to assess and finally even understand this man. The Washington Post (1989)
With a year left in the Gipper’s administration, Washington Post columnist Charles Krauthammer wrote that the Jim and Tammy Faye Bakker scandal signaled “the end of the Age of Reagan” and his time in Washington was marked by “more disgraces than can fit in a nursery rhyme. (…) Before he went to Washington, and after he left Washington, the dominant culture loathed Ronald Reagan, had always loathed Reagan, would always loathe Reagan, and spent many an hour trying to tear him down. Simply understood, Ronald Reagan had made a lifetime of challenging conventional wisdom. Even in the hours after his death, they attacked and criticized him, even taking time to lambaste his movie career, which had ended exactly fifty years earlier in 1964. Craig Shirley
There are a lot of people who have a lot of reason to be fearful of him, mad at him. But that was one of the most extraordinary moments you have ever seen in American politics, period. And he did something extraordinary, and for people who have been hoping that he would become unifying, hoping that he might find some way to become presidential, they should be happy with that moment. For people who have been hoping that he would remain a divisive cartoon, which he often does, they should be a little worried tonight. That thing you just saw him do, if he finds way to do that over and over again, he’ll be there eight years. There was a lot he said in that speech that was counter-factual, not true, not right, and I oppose and will oppose, but he did something you can’t take away from him, he became president of the United States. Van Jones
Clashes among staff are common in the opening days of every administration, but they have seldom been so public and so pronounced this early. “This is a president who came to Washington vowing to shake up the establishment, and this is what it looks like. It’s going to be a little sloppy, there are going to be conflicts,” said Ari Fleischer, President George W. Bush’s first press secretary. All this is happening as Mr. Trump, a man of flexible ideology but fixed habits, adjusts to a new job, life and city. Cloistered in the White House, he now has little access to his fans and supporters — an important source of feedback and validation — and feels increasingly pinched by the pressures of the job and the constant presence of protests, one of the reasons he was forced to scrap a planned trip to Milwaukee last week. NYT
The media suffer the lowest approval numbers in nearly a half-century. In a recent Emerson College poll, 49 percent of American voters termed the Trump administration “truthful”; yet only 39 percent believed the same about the news media. Every president needs media audit. The role of journalists in a free society is to act as disinterested censors of government power—neither going on witch-hunts against political opponents nor deifying ideological fellow-travelers. Sadly, the contemporary mainstream media—the major networks (ABC, CBS, NBC, CNN), the traditional blue-chip newspapers (Washington Post, New York Times), and the public affiliates (NPR, PBS)—have lost credibility. They are no more reliable critics of President Trump’s excesses than they were believable cheerleaders for Barack Obama’s policies. Trump may have a habit of exaggeration and gratuitous feuding that could cause problems with his presidency. But we would never quite know that from the media. In just his first month in office, reporters have already peddled dozens of fake news stories designed to discredit the President—to such a degree that little they now write or say can be taken at face value. No, Trump did not have any plans to invade Mexico, as Buzzfeed and the Associated Press alleged. No, Trump’s father did not run for Mayor of New York by peddling racist television ads, as reported by Sidney Blumenthal. No, there were not mass resignations at the State Department in protest of its new leaders, as was reported by the Washington Post. No, Trump’s attorney did not cut a deal with the Russians in Prague. Nor did Trump indulge in sexual escapades in Moscow. Buzzfeed again peddled those fake news stories. No, a supposedly racist Trump did not remove the bust of Martin Luther King Jr. from the White House, as a Time Magazine reporter claimed. No, election results in three states were not altered by hackers or computer criminals to give Trump the election, as implied by New York Magazine. No, Michael Flynn did not tweet that he was a scapegoat. That was a media fantasy endorsed by Nancy Pelosi. (…) We would like to believe writers for the New York Times or Washington Post when they warn us about the new president’s overreach. But how can we do so when they have lost all credibility—either by colluding with the Obama presidency and the Hillary Clinton campaign, or by creating false narratives to ensure that Trump fails? (…) There are various explanations for the loss of media credibility. First, the world of New York and Washington DC journalism is incestuous. Reporters share a number of social connections, marriages, and kin relationships with liberal politicians, making independence nearly culturally impossible. More importantly, the election in 2008 of Barack Obama marked a watershed, when a traditionally liberal media abandoned prior pretenses of objectivity and actively promoted the candidacy and presidency of their preferred candidate. The media practically pronounced him god, the smartest man ever to enter the presidency, and capable of creating electric sensations down the legs of reporters. (…)  Obama, as the first African-American president—along with his progressive politics that were to the left of traditional Democratic policies—enraptured reporters who felt disinterested coverage might endanger what otherwise was a rare and perhaps not-to-be-repeated moment. We are now in a media arena where there are no rules. The New York Times is no longer any more credible than talk radio; CNN—whose reporters have compared Trump to Hitler and gleefully joked about his plane crashing—should be no more believed than a blogger’s website. Buzzfeed has become like the National Inquirer. Trump now communicates, often raucously and unfiltered, directly with the American people, to ensure his message is not distorted and massaged by reporters who have a history of doing just that. Unfortunately, it is up to the American people now to audit their own president’s assertions. The problem is not just that the media is often not reliable, but that it is predictably unreliable. It has ceased to exist as an auditor of government. Ironically the media that sacrificed its reputation to glorify Obama and demonize Trump has empowered the new President in a way never quite seen before. At least for now, Trump can say or do almost anything he wishes without media scrutiny—given that reporters have far less credibility than does Trump. Trump is the media’s Nemesis—payback for its own hubris. Victor Davis Hanson
The final irony? The supposedly narcissistic and self-absorbed Trump ran a campaign that addressed in undeniably sincere fashion the dilemmas of a lost hinterland. And he did so after supposedly more moral Republicans had all but written off the rubes as either politically irrelevant or beyond the hope of salvation in a globalized world. How a brutal Manhattan developer, who thrived on self-centered controversy and even scandal, proved singularly empathetic to millions of the forgotten is apparently still not fully understood. Victor Davis Hanson
In its most recent attack on Donald Trump and his supporters by the Wall Street Journal editorial page, one of its leading columnists, Peggy Noonan, asserted that Trump supporters are historically inaccurate in comparing Trump to the late President. She described Trump-Reagan comparisons as “desperate” and those who draw them as “idiots” and historical “illiterates.” She questions the level of competence of Trump but ignores that Reagan was also regarded as grossly incompetent — by media and GOP establishment hard-losers and spoilers, not Republican voters —and especially dangerous in foreign policy, which, presumably, only elites can understand foreign. Reagan was depicted as some sort of cowboy B-rated-film-star yahoo and loose cannon by the “chattering class” of 1980, one who might be tolerable as a governor, but who was definitely not sophisticated enough to comprehend let alone conduct foreign policy. Peggy Noonan relates in her column an adoring revisionist depiction of Ronald Reagan, as he has come to be appreciated today in the retrospective light of history. The Ronald Reagan she summons to make her case, however, is far from the Ronald Reagan of historical accuracy. The Ronald Reagan of the 1970s and 1980s was derided as inept and a potential disaster by status quo apologists, much as Donald Trump is being mocked today. (…) Like Donald Trump, Ronald Reagan was an entrepreneur – an aspiring broadcast sports reporter and film actor. He had to face the brutal competition of Hollywood, a place in which most aspirants to stardom failed. He started by himself, by selling his brand, just as Donald Trump started building hotels and golf courses by himself, also selling his brand (and did not squander his money, as young people from means often do, but multiplied it a thousand fold – and more — making the correct plans and decisions in difficult situations, and plain hard work). Reagan had to sell himself as a labor union leader, too – to character actors and extras in the movie industry, not just stars. He was not involved with any governmental entity early in his career. Later, he worked for General Electric, one of the largest capitalist success stories in the U.S. at the time. Before he became governor of California, he was a man of business in the entertainment industry, climbing up the ladder of success in radio, movies, and television completely on his own. Ronald Reagan believed in free market capitalism and would have been deeply impressed, I believe, by the business accomplishments and acumen of Donald Trump. Ronald Reagan knew the core greatness of the U.S. lies not in government and the wisdom of professional politicians but in that very private sector in which Donald Trump has thrived and achieved an extraordinary level of success. Donald Trump’s children, obviously well brought up, appear to be following in his footsteps. (…) Ronald Reagan knew the sting of being called a “light weight” movie star, a graduate of rural Midwestern Eureka College which no one among the elite had ever heard of. And doubtless ad hominem attacks detracted from, and damaged in some respects, his core message of more limited government and defeat of the Soviet empire. But he persisted despite the snide heckling of the arrogant establishment of the time, and he communicated his message honestly and directly – and, turns out, successfully — to the American people, thereby, accomplishing much good for the nation. Yes, and he also gave wings to a powerful political force, conservatism, which today, I suggest, finds its relevant fresh champion, however odd and imperfect the fit might seem at times, in the likes of a populist New York billionaire businessman who has a propensity to communicate his message of a better life and more secure future for Americans, directly and honestly, and with conviction, to the American body politic. Ronald Reagan as President of the United States? NEVER, they said. But the people voted, the nation spoke, and so, they were wrong. Today, despite differences over style and some issues, one thing we can all agree on: Hillary Clinton is no Ronald Reagan.  Ambassador Faith Whittlesey
Trump is a unique figure in American political history, but the nature of his singularity is not necessarily appreciated. He appalls people on both ends of the spectrum because his behavior and statements are not what we expect from our political leaders. His vulgarity, lack of impulse control, and willingness to ignore the truth and to spew abuse at anyone who criticizes him are — in the context of normative conduct among our power elites, let alone polite society — abnormal. His stubborn refusal to conform to conventional ideas about how leaders should behave still shocks those who consider themselves the gatekeepers of American politics. It isn’t so much that Trump is wrong on the issues in the eyes of those gatekeepers; it’s that they think his behavior makes him unfit for the presidency. While we give lip service to the notion that class distinctions shouldn’t matter, what is truly galling about Trump is that he won’t bow to the expectations of the powerful; instead, he has refused to assimilate into their culture. When they suggest that democracy is failing or accuse of Trump of being authoritarian or even anti-Semitic, what they are really doing is voicing dismay at the way he breaks the rules they hold sacred. What they are not doing is credibly asserting that he is a threat. But Trump’s refusal to live by the behavioral rules of our governing class heightens his appeal to many Americans who are sick of conventional politicians and the culture that produced them. He is a living, breathing rebuke to the deadening hand of political correctness that has gained such a grip on public discourse for just about everyone except Donald Trump. (…) Trump didn’t come to politics through the usual paths of law school, issues advocacy, or low-level political involvement, during the course of which standard-issue politicians learn how to behave in the manner we expect from members of the governing and chattering classes. He comes from great wealth and attended elite institutions, but he is the product of outer-borough New York, with its chip-on-the-shoulder sensibility, and the rough-and-tumble of the real-estate business. He spent the decades before his presidential campaign running a high-stakes business that placed him in the unorthodox worlds of the gaming industry and entertainment, not the corridors of political power. His niche was in celebrity culture, where people who more or less own permanent space in the gossip pages of New York tabloids, as Trump did throughout much of his adult life, might mix with those who run the country and sometimes donate to their campaigns but are not considered their peers. It might seem odd to claim that a billionaire who lived in a gold-plated Fifth Avenue penthouse has more in common with blue-collar Americans than with the country’s elites. But this is exactly the way Trump is perceived; it is also the way he acts. Despite the vituperation against his immigration policies or the effort to inflate alleged Russian connections into a new Watergate, it is this class factor that is at the heart of anti-Trump sentiment. If you are a member of our educated professional classes, Trump’s manners and statements appall you no matter where you stand on the political spectrum. They might also lead you to believe that his refusal to abide by the accepted rules of public discourse constitutes an encouragement of bigots — the tiny number of Americans who dwell in the political fever swamps and think Trump’s intemperate statements echo their own hate. But the belief that Trump is “dog whistling” to hate groups makes his critics largely blind to their own misjudgment: They cannot distinguish between, on one hand, their disgust with his manners and, on the other, policy disagreements with Trump, even though he is advocating either traditional conservative beliefs or populist stands that are likely to generate significant support across the political spectrum. Tuesday’s speech to Congress was not the beginning of the “pivot” that pundits have talked about since he started running for president. Trump will always be Trump in that he will never entirely conform to the cultural norms of the governing class, and its members within the media and the bureaucracy will continue trying to undermine him every chance they get. Yet his performance illustrates that he can also play the Washington game. And he can play it in a manner that could marginalize those who are still convulsed by the mad rage he generates in those who are offended by his conduct. Stories about Trump’s alleged ties to Russia help Democrats keep the national conversation focused on the administration’s illegitimacy. As long as such stories are front and center, Democrats can avoid confronting the source of their anger at him. Yet the shock when he speaks in a way that reassures the country that he can govern — as he did in Congress –unnerves his opponents because it illustrates that he can transcend class differences. And it’s Trump’s non-elite class affiliations that make them think they can eventually cast him out of power without having to appeal to the voters who put him in the White House. Unless the Russia stories become a genuine scandal that undoes his administration, a few more such presidential moments point the way to a Trump presidency that could be more successful than either his liberal or conservative critics could have imagined. Jonathan S. Tobin
Reagan’s and Trump’s opposing styles belie their similarities of substance. Both have marketed the same brand of outrage to the same angry segments of the electorate, faced the same jeering press, attracted some of the same battlefront allies (Roger Stone, Paul Manafort, Phyllis Schlafly), offended the same elites (including two generations of Bushes), outmaneuvered similar political adversaries, and espoused the same conservative populism built broadly on the pillars of jingoistic nationalism, nostalgia, contempt for Washington, and racial resentment. They’ve even endured the same wisecracks about their unnatural coiffures. (…) Though Reagan’s 1980 campaign slogan (“Let’s Make America Great Again”) is one word longer than Trump’s, that word reflects a contrast in their personalities — the avuncular versus the autocratic — but not in message. Reagan’s apocalyptic theme, “The Empire is in decline,” is interchangeable with Trump’s, even if the Gipper delivered it with a smile.  (…) Grassroots Republicans, whom Reagan had been courting for years with speeches, radio addresses, and opinion pieces beneath the mainstream media’s radar, were indeed in his camp. But aside from a lone operative (John Sears) (…) “the other major GOP players — especially Easterners and moderates — thought Reagan was a certified yahoo.” (…) Only a single Republican senator, Paul Laxalt of Nevada, signed on to Reagan’s presidential quest from the start, a solitary role that has been played in the Trump campaign by Jeff Sessions of Alabama. What put off Reagan’s fellow Republicans will sound very familiar. He proposed an economic program — 30 percent tax cuts, increased military spending, a balanced budget — whose math was voodoo and then some. He prided himself on not being “a part of the Washington Establishment” and mocked Capitol Hill’s “buddy system” and its collusion with “the forces that have brought us our problems—the Congress, the bureaucracy, the lobbyists, big business, and big labor.” He kept a light campaign schedule, regarded debates as optional, wouldn’t sit still to read briefing books, and often either improvised his speeches or worked off index cards that contained anecdotes and statistics gleaned from Reader’s Digest and the right-wing journal Human Events — sources hardly more elevated or reliable than the television talk shows and tabloids that feed Trump’s erroneous and incendiary pronouncements. Like Trump but unlike most of his (and Trump’s) political rivals, Reagan was accessible to the press and public. His spontaneity in give-and-takes with reporters and voters played well but also gave him plenty of space to disgorge fantasies and factual errors so prolific and often outrageous that he single-handedly made the word gaffe a permanent fixture in America’s political vernacular. He confused Pakistan with Afghanistan. He claimed that trees contributed 93 percent of the atmosphere’s nitrous oxide and that pollution in America was “substantially under control” even as his hometown of Los Angeles was suffocating in smog. He said that the “finest oil geologists in the world” had found that there were more oil reserves in Alaska than Saudi Arabia. He said the federal government spent $3 for each dollar it distributed in welfare benefits, when the actual amount was 12 cents. He also mythologized his own personal history in proto-Trump style. As Garry Wills has pointed out, Reagan referred to himself as one of “the soldiers who came back” when speaking plaintively of his return to civilian life after World War II — even though he had come back only from Culver City, where his wartime duty was making Air Force films at the old Hal Roach Studio. Once in office, he told the Israeli prime minister Yitzhak Shamir that he had filmed the liberated Nazi death camps, when in reality he had not seen them, let alone (as he claimed) squirreled away a reel of film as an antidote to potential Holocaust deniers. For his part, Trump has purported that his enrollment at the New York Military Academy, a prep school, amounted to Vietnam-era military service, and has borne historical witness to the urban legend of “thousands and thousands” of Muslims in Jersey City celebrating the 9/11 attacks. Even when these ruses are exposed, Trump follows the Reagan template of doubling down on mistakes rather than conceding them. Nor was Reagan a consistent conservative. He deviated from party orthodoxy to both the left and the right. He had been by his own account a “near hopeless hemophilic liberal” for much of his adult life, having campaigned for Truman in 1948 and for Helen Gahagan Douglas in her senatorial race against Nixon in California in 1950. He didn’t switch his registration to Republican until he was 51. As California governor, he signed one of America’s strongest gun-control laws and its most liberal abortion law (both in 1967). His vocal opposition helped kill California’s 1978 Briggs Initiative, which would have banned openly gay teachers at public schools. As a 1980 presidential candidate, he flip-flopped to endorse bailouts for both New York City and the Chrysler Corporation. Reagan may be revered now as a free-trade absolutist in contrast to Trump, but in that winning campaign he called for halting the “deluge” of Japanese car imports raining down on Detroit. “If Japan keeps on doing everything that it’s doing, what they’re doing, obviously, there’s going to be what you call protectionism,” he said. Republican leaders blasted Reagan as a trigger-happy warmonger. Much as Trump now threatens to downsize NATO and start a trade war with China, so Reagan attacked Ford, the sitting Republican president he ran against in the 1976 primary, and Henry Kissinger for their pursuit of the bipartisan policies of détente and Chinese engagement. The sole benefit of détente, Reagan said, was to give America “the right to sell Pepsi-Cola in Siberia.” For good measure, he stoked an international dispute by vowing to upend a treaty ceding American control over the Panama Canal. “We bought it, we paid for it, it’s ours, and we’re going to keep it!” he bellowed with an America First truculence reminiscent of Trump’s calls for our allies to foot the bill for American military protection. Even his own party’s hawks, like William F. Buckley Jr. and his pal John Wayne, protested. Goldwater, of all people, inveighed against Reagan’s “gross factual errors” and warned he might “take rash action” and “needlessly lead this country into open military conflict.” Trump’s signature cause of immigration was not a hot-button issue during Reagan’s campaigns. In the White House, he signed a bill granting “amnesty” (Reagan used the now politically incorrect word) to 1.7 million undocumented immigrants. But if Reagan was free of Trump’s bigoted nativism, he had his own racially tinged strategy for wooing disaffected white working-class Americans fearful that liberals in government were bestowing favors on freeloading, lawbreaking minorities at their expense. Taking a leaf from George Wallace’s populist campaigns, Reagan scapegoated “welfare chiselers” like the nameless “strapping young buck” he claimed used food stamps to buy steak. His favorite villain was a Chicago “welfare queen” who, in his telling, “had 80 names, 30 addresses, and 12 Social Security cards, and is collecting veterans’ benefits on four nonexistent deceased husbands” to loot the American taxpayer of over $150,000 of “tax-free cash income” a year. Never mind that she was actually charged with using four aliases and had netted $8,000: Reagan continued to hammer in this hyperbolic parable with a vengeance that rivals Trump’s insistence that Mexico will pay for a wall to fend off Hispanic rapists. The Republican elites of Reagan’s day were as blindsided by him as their counterparts have been by Trump. Though Reagan came close to toppling the incumbent president at the contested Kansas City convention in 1976, the Ford forces didn’t realize they could lose until the devil was at the door. A “President Ford Committee” campaign statement had maintained that Reagan could “not defeat any candidate the Democrats put up” because his “constituency is much too narrow, even within the Republican party” and because he lacked “the critical national and international experience that President Ford has gained through 25 years of public service.” In Ford’s memoirs, written after he lost the election to Jimmy Carter, he wrote that he hadn’t taken the Reagan threat seriously because he “didn’t take Reagan seriously.” Reagan, he said, had a “penchant for offering simplistic solutions to hideously complex problems” and a stubborn insistence that he was “always right in every argument.” Even so, a Ford-campaign memo had correctly identified one ominous sign during primary season: a rising turnout of Reagan voters who were “not loyal Republicans or Democrats” and were “alienated from both parties because neither takes a sympathetic view toward their issues.” To these voters, the disdain Reagan drew from the GOP elites was a badge of honor. During the primary campaign, Times columnist William Safire reported with astonishment that Kissinger’s speeches championing Ford and attacking Reagan were helping Reagan, not Ford — a precursor of how attacks by Trump’s Establishment adversaries have backfired 40 years later. Much of the press was slow to catch up, too. A typical liberal-Establishment take on Reagan could be found in Harper’s, which called him Ronald Duck, “the Candidate from Disneyland.” That he had come to be deemed “a serious candidate for president,” the magazine intoned, was “a shame and embarrassment for the country.” But some reporters who tracked Reagan on the campaign trail sensed that many voters didn’t care if he came from Hollywood, if his policies didn’t add up, if his facts were bogus, or if he was condescended to by Republican leaders or pundits. As Elizabeth Drew of The New Yorker observed in 1976, his appeal “has to do not with competence at governing but with the emotion he evokes.” As she put it, “Reagan lets people get out their anger and frustration, their feeling of being misunderstood and mishandled by those who have run our government, their impatience with taxes and with the poor and the weak, their impulse to deal with the world’s troublemakers by employing the stratagem of a punch in the nose.” The power of that appeal was underestimated by his Democratic foes in 1980 even though Carter, too, had run as a populist and attracted some Wallace voters when beating Ford in 1976.  (…) Voters wanted to “follow some authority figure,” he theorized — a “leader who can take charge with authority; return a sense of discipline to our government; and, manifest the willpower needed to get this country back on track.” Or at least a leader from outside Washington, like Reagan and now Trump, who projects that image (“You’re fired!”) whether he has the ability to deliver on it or not. (…) Were Trump to gain entry to the White House, it’s impossible to say whether he would or could follow Reagan’s example and function within the political norms of Washington. His burlesque efforts to appear “presidential” are intended to make that case: His constant promise to practice “the art of the deal” echoes Reagan’s campaign boast of having forged compromises with California’s Democratic legislature while governor. More likely a Trump presidency would be the train wreck largely predicted, an amalgam of the blunderbuss shoot-from-the-hip recklessness of George W. Bush and the randy corruption of Warren Harding, both of whom were easily manipulated by their own top brass. The love child of Hitler and Mussolini Trump is not. He lacks the discipline and zeal to be a successful fascist. The good news for those who look with understandable horror on the prospect of a Trump victory is that the national demographic math is different now from Reagan’s day. The nonwhite electorate, only 12 percent in 1980, was 28 percent in 2012 and could hit 30 percent this year. Few number crunchers buy the Trump camp’s spin that the GOP can reclaim solidly Democratic territory like Pennsylvania and Michigan — states where many white working-class voters, soon to be christened “Reagan Democrats,” crossed over to vote Republican in Reagan’s 1984 landslide. Many of those voters are dead; their epicenter, Macomb County, Michigan, was won by Barack Obama in 2008. Nor is there now the ’70s level of discontent that gave oxygen to Reagan’s insurgency. President Obama’s approval numbers are lapping above 50 percent. Both unemployment and gas prices are low, hardly the dire straits of Carter’s America. Trump’s gift for repelling women would also seem to be an asset for Democrats, creating a gender gap far exceeding the one that confronted Reagan, who was hostile to the Equal Rights Amendment. And yet, to quote the headline of an Economist cover story on Reagan in 1980: It’s time to think the unthinkable. Trump and Bernie Sanders didn’t surge in a vacuum. This is a volatile nation. Polls consistently find that some two-thirds of the country thinks the country is on the wrong track. The economically squeezed middle class rightly feels it has been abandoned by both parties. The national suicide rate is at a 30-year high. Anything can happen in an election where the presumptive candidates of both parties are loathed by a majority of their fellow Americans, a first in the history of modern polling. It’s not reassuring that some of those minimizing Trump’s chances are the experts who saw no path for Trump to the Republican nomination. There could be a July surprise in which party divisions capsize the Democratic convention rather than, as once expected, the GOP’s. An October surprise could come in the form of a terrorist incident that panics American voters much as the Iranian hostage crisis is thought to have sealed Carter’s doom in 1980. Frank Rich
Et si comme le Ronald avant lui le Donald faisait un bon président ?
Même âge avancé, même situation maritale douteuse, même orange décrié des cheveux teints, (quasi) identique slogan de campagne, même passage dans le monde du spectacle, mêmes changements d’étiquettes politiques, même opposition y compris des caciques de son propre parti, même succession à une présidence faible et largement catastrophique, mêmes moqueries continuelles, (quasi) identique surnom dévalorisant, menaces d’assassinat, même retrait du diner annuel des correspondants  …
A l’heure où malgré un premier discours au Congrès pour une fois salué par tous
Vite éclipsé certes par ses allégations sur la surveillance de ses communications pendant sa campagne électorale de la part d’une Administration Obama …

Qui en son temps n’avait pas hésité à lancer le fisc sur ses ennemis ou faire écouter certains journalistes …

Se confirme, jour après jour et fuite après fuite, la véritable campagne de déstabilisation de la nouvelle administration américaine par la collusion des services secrets et de la presse …

Qui se souvient encore …
Contrastant avec l’étrange complaisance qui avait accueilli son prédécesseur …
Et au-delà d’une évidente différence d’expérience politique et de style …
Des moqueries et de l’opposition qu’avait attiré lui aussi à ses débuts …

Jusqu’à une tentative d’assassinat le privant notamment pour la première fois d’assister au fameux diner annuel des correspondants

Avant de devenir le président respecté des historiens aujourd’hui…
Celui que l’on qualifiait alors méchamment de… « le Ronald » ?
Ronald Reagan Was Once Donald Trump
What The Donald Shares With The Ronald
The Trump candidacy looks a lot more like Reagan’s than anyone might care to notice
Frank Rich
NY magazine
June 1, 2016
In an election cycle that has brought unending surprises, let it be said that one time-honored tradition has been upheld: the Republican presidential contenders’ quadrennial tug-of-war to seize the mantle of Ronald Reagan. John Kasich, gesturing toward the Air Force One on display at the Reagan-library debate, said, « I think I actually flew on this plane with Ronald Reagan when I was a congressman. » Rand Paul claimed to have met Reagan as a child; Ben Carson said he switched parties because of Reagan; Chris Christie said he cast his first vote for Reagan; Ted Cruz cheered Reagan for having defeated Soviet Communism and vowed, for nonsensical good measure, to « do the same thing. » And then there was Donald Trump, never one to be outdone by the nobodies in any competition. « I helped him, » he said of Reagan on NBC last fall. « I knew him. He liked me and I liked him. »The Reagan archives show no indication that the two men had anything more than a receiving-line acquaintanceship; Trump doesn’t appear in the president’s voluminous diaries. But of all the empty boasts that have marked Trump’s successful pursuit of the Republican nomination, his affinity to Reagan may have the most validity and the most pertinence to 2016. To understand how Trump has advanced to where he is now, and why he has been underestimated at almost every step, and why he has a shot at vanquishing Hillary Clinton in November, few road maps are more illuminating than Reagan’s unlikely path to the White House. One is almost tempted to say that Trump has been studying the Reagan playbook — but to do so would be to suggest that he actually might have read a book, another Trumpian claim for which there is scant evidence.

Before the fierce defenders of the Reagan faith collapse into seizures at the bracketing of their hero with the crudest and most vacuous presidential candidate in human memory, let me stipulate that I am not talking about Reagan the president in drawing this parallel, or about Reagan the man. I am talking about Reagan the candidate, the canny politician who, after a dozen years of failed efforts attended by nonstop ridicule, ended up leading the 1980 GOP ticket at the same age Trump is now (69) and who, like his present-day counterpart, was best known to much of the electorate up until then as a B-list show-business personality.

It’s true that Reagan, unlike Trump, did hold public office before seeking the presidency (though he’d been out of government for six years when he won). But Trump would no doubt argue that his executive experience atop the august Trump Organization more than compensates for Reagan’s two terms in Sacramento. (Trump would also argue, courtesy of Arnold Schwarzenegger, that serving as governor of California is merely a bush-league audition for the far greater responsibilities of hosting Celebrity Apprentice.) It’s also true that Reagan forged a (fairly) consistent ideology to address late-20th-century issues that are no longer extant: the Cold War, a federal government that feasted on a top income-tax bracket of 70 percent, and runaway inflation. Trump has no core conviction beyond gratifying his own bottomless ego.

Remarkably, though, the Reagan model has proved quite adaptable both to Trump and to our different times. Trump’s tenure as an NBC reality-show host is comparable to Reagan’s stint hosting the highly rated but disposable General Electric Theater for CBS in the Ed Sullivan era. Trump’s embarrassing turn as a supporting player in a 1990 Bo Derek movie (Ghosts Can’t Do It) is no more egregious than Reagan’s starring opposite a chimp in Hollywood’s Bedtime for Bonzo of 1951. While Trump has owned tacky, bankrupt casinos in Atlantic City, Reagan was a mere casino serf — the emcee of a flop nightclub revue featuring barbershop harmonizing and soft-shoe dancing at the Frontier Hotel in Las Vegas in 1954. While Trump would be the first president to have been married three times, here, too, he is simply updating his antecedent, who broke a cultural barrier by becoming the first White House occupant to have divorced and remarried. Neither Reagan nor Trump paid any price with the Evangelical right for deviations from the family-values norm; they respectively snared the endorsements of Jerry Falwell and Jerry Falwell Jr.

Reflecting the contrasting pop cultures of their times, Reagan’s and Trump’s performance styles are antithetical. Reagan’s cool persona of genial optimism was forged by his stints as a radio baseball broadcaster and a movie-studio utility player, and finally by his emergence on television when it was ruled by the soothing suburban patriarchs of Ozzie and Harriet, Father Knows Best, and Leave It to Beaver. Trump’s hot shtick, his scowling bombast and put-downs, is tailor-made for a culture that favors conflict over consensus, musical invective over easy listening, and exhibitionism over decorum in prime time. The two men’s representative celebrity endorsers — Jimmy Stewart and Pat Boone for Reagan, Hulk Hogan and Bobby Knight for Trump — belong to two different American civilizations.

But Reagan’s and Trump’s opposing styles belie their similarities of substance. Both have marketed the same brand of outrage to the same angry segments of the electorate, faced the same jeering press, attracted some of the same battlefront allies (Roger Stone, Paul Manafort, Phyllis Schlafly), offended the same elites (including two generations of Bushes), outmaneuvered similar political adversaries, and espoused the same conservative populism built broadly on the pillars of jingoistic nationalism, nostalgia, contempt for Washington, and racial resentment. They’ve even endured the same wisecracks about their unnatural coiffures. “Governor Reagan does not dye his hair,” said Gerald Ford at a Gridiron Dinner in 1974. “He is just turning prematurely orange.” Though Reagan’s 1980 campaign slogan (“Let’s Make America Great Again”) is one word longer than Trump’s, that word reflects a contrast in their personalities — the avuncular versus the autocratic — but not in message. Reagan’s apocalyptic theme, “The Empire is in decline,” is interchangeable with Trump’s, even if the Gipper delivered it with a smile.

Craig Shirley, a longtime Republican political consultant and Reagan acolyte, has written authoritative books on the presidential campaigns of 1976 and 1980 that serve as correctives to the sentimental revisionist history that would have us believe that Reagan was cheered on as a conquering hero by GOP elites during his long climb to national power. To hear the right’s triumphalism of recent years, you’d think that only smug Democrats were appalled by Reagan while Republicans quickly recognized that their party, decimated by Richard Nixon and Watergate, had found its savior.

Grassroots Republicans, whom Reagan had been courting for years with speeches, radio addresses, and opinion pieces beneath the mainstream media’s radar, were indeed in his camp. But aside from a lone operative (John Sears), Shirley wrote, “the other major GOP players — especially Easterners and moderates — thought Reagan was a certified yahoo.” By his death in 2004, “they would profess their love and devotion to Reagan and claim they were there from the beginning in 1974, which was a load of horse manure.” Even after his election in 1980, Shirley adds, “Reagan was never much loved” by his own party’s leaders. After GOP setbacks in the 1982 midterms, “a Republican National Committee functionary taped a piece of paper to her door announcing the sign-up for the 1984 Bush for President campaign.”

Shirley’s memories are corroborated by reportage contemporaneous with Reagan’s last two presidential runs. (There was also an abortive run in 1968.) A poll in 1976 found that 90 percent of Republican state chairmen judged Reagan guilty of “simplistic approaches,” with “no depth in federal government administration” and “no experience in foreign affairs.” It was little different in January 1980, when a U.S. News and World Report survey of 475 national and state Republican chairmen found they preferred George H.W. Bush to Reagan. One state chairman presumably spoke for many when he told the magazine that Reagan’s intellect was “thinner than spit on a slate rock.” As Rick Perlstein writes in The Invisible Bridge, the third and latest volume of his epic chronicle of the rise of the conservative movement, both Nixon and Ford dismissed Reagan as a lightweight. Barry Goldwater endorsed Ford over Reagan in 1976 despite the fact that Reagan’s legendary speech on behalf of Goldwater’s presidential campaign in October 1964, “A Time for Choosing,” was the biggest boost that his kamikaze candidacy received. Only a single Republican senator, Paul Laxalt of Nevada, signed on to Reagan’s presidential quest from the start, a solitary role that has been played in the Trump campaign by Jeff Sessions of Alabama.

What put off Reagan’s fellow Republicans will sound very familiar. He proposed an economic program — 30 percent tax cuts, increased military spending, a balanced budget — whose math was voodoo and then some. He prided himself on not being “a part of the Washington Establishment” and mocked Capitol Hill’s “buddy system” and its collusion with “the forces that have brought us our problems—the Congress, the bureaucracy, the lobbyists, big business, and big labor.” He kept a light campaign schedule, regarded debates as optional, wouldn’t sit still to read briefing books, and often either improvised his speeches or worked off index cards that contained anecdotes and statistics gleaned from Reader’s Digest and the right-wing journal Human Events — sources hardly more elevated or reliable than the television talk shows and tabloids that feed Trump’s erroneous and incendiary pronouncements.

Like Trump but unlike most of his (and Trump’s) political rivals, Reagan was accessible to the press and public. His spontaneity in give-and-takes with reporters and voters played well but also gave him plenty of space to disgorge fantasies and factual errors so prolific and often outrageous that he single-handedly made the word gaffe a permanent fixture in America’s political vernacular. He confused Pakistan with Afghanistan. He claimed that trees contributed 93 percent of the atmosphere’s nitrous oxide and that pollution in America was “substantially under control” even as his hometown of Los Angeles was suffocating in smog. He said that the “finest oil geologists in the world” had found that there were more oil reserves in Alaska than Saudi Arabia. He said the federal government spent $3 for each dollar it distributed in welfare benefits, when the actual amount was 12 cents.

He also mythologized his own personal history in proto-Trump style. As Garry Wills has pointed out, Reagan referred to himself as one of “the soldiers who came back” when speaking plaintively of his return to civilian life after World War II — even though he had come back only from Culver City, where his wartime duty was making Air Force films at the old Hal Roach Studio. Once in office, he told the Israeli prime minister Yitzhak Shamir that he had filmed the liberated Nazi death camps, when in reality he had not seen them, let alone (as he claimed) squirreled away a reel of film as an antidote to potential Holocaust deniers. For his part, Trump has purported that his enrollment at the New York Military Academy, a prep school, amounted to Vietnam-era military service, and has borne historical witness to the urban legend of “thousands and thousands” of Muslims in Jersey City celebrating the 9/11 attacks. Even when these ruses are exposed, Trump follows the Reagan template of doubling down on mistakes rather than conceding them.

Nor was Reagan a consistent conservative. He deviated from party orthodoxy to both the left and the right. He had been by his own account a “near hopeless hemophilic liberal” for much of his adult life, having campaigned for Truman in 1948 and for Helen Gahagan Douglas in her senatorial race against Nixon in California in 1950. He didn’t switch his registration to Republican until he was 51. As California governor, he signed one of America’s strongest gun-control laws and its most liberal abortion law (both in 1967). His vocal opposition helped kill California’s 1978 Briggs Initiative, which would have banned openly gay teachers at public schools. As a 1980 presidential candidate, he flip-flopped to endorse bailouts for both New York City and the Chrysler Corporation. Reagan may be revered now as a free-trade absolutist in contrast to Trump, but in that winning campaign he called for halting the “deluge” of Japanese car imports raining down on Detroit. “If Japan keeps on doing everything that it’s doing, what they’re doing, obviously, there’s going to be what you call protectionism,” he said.

Republican leaders blasted Reagan as a trigger-happy warmonger. Much as Trump now threatens to downsize NATO and start a trade war with China, so Reagan attacked Ford, the sitting Republican president he ran against in the 1976 primary, and Henry Kissinger for their pursuit of the bipartisan policies of détente and Chinese engagement. The sole benefit of détente, Reagan said, was to give America “the right to sell Pepsi-Cola in Siberia.” For good measure, he stoked an international dispute by vowing to upend a treaty ceding American control over the Panama Canal. “We bought it, we paid for it, it’s ours, and we’re going to keep it!” he bellowed with an America First truculence reminiscent of Trump’s calls for our allies to foot the bill for American military protection. Even his own party’s hawks, like William F. Buckley Jr. and his pal John Wayne, protested. Goldwater, of all people, inveighed against Reagan’s “gross factual errors” and warned he might “take rash action” and “needlessly lead this country into open military conflict.”

Trump’s signature cause of immigration was not a hot-button issue during Reagan’s campaigns. In the White House, he signed a bill granting “amnesty” (Reagan used the now politically incorrect word) to 1.7 million undocumented immigrants. But if Reagan was free of Trump’s bigoted nativism, he had his own racially tinged strategy for wooing disaffected white working-class Americans fearful that liberals in government were bestowing favors on freeloading, lawbreaking minorities at their expense. Taking a leaf from George Wallace’s populist campaigns, Reagan scapegoated “welfare chiselers” like the nameless “strapping young buck” he claimed used food stamps to buy steak. His favorite villain was a Chicago “welfare queen” who, in his telling, “had 80 names, 30 addresses, and 12 Social Security cards, and is collecting veterans’ benefits on four nonexistent deceased husbands” to loot the American taxpayer of over $150,000 of “tax-free cash income” a year. Never mind that she was actually charged with using four aliases and had netted $8,000: Reagan continued to hammer in this hyperbolic parable with a vengeance that rivals Trump’s insistence that Mexico will pay for a wall to fend off Hispanic rapists.

The Republican elites of Reagan’s day were as blindsided by him as their counterparts have been by Trump. Though Reagan came close to toppling the incumbent president at the contested Kansas City convention in 1976, the Ford forces didn’t realize they could lose until the devil was at the door. A “President Ford Committee” campaign statement had maintained that Reagan could “not defeat any candidate the Democrats put up” because his “constituency is much too narrow, even within the Republican party” and because he lacked “the critical national and international experience that President Ford has gained through 25 years of public service.” In Ford’s memoirs, written after he lost the election to Jimmy Carter, he wrote that he hadn’t taken the Reagan threat seriously because he “didn’t take Reagan seriously.” Reagan, he said, had a “penchant for offering simplistic solutions to hideously complex problems” and a stubborn insistence that he was “always right in every argument.” Even so, a Ford-campaign memo had correctly identified one ominous sign during primary season: a rising turnout of Reagan voters who were “not loyal Republicans or Democrats” and were “alienated from both parties because neither takes a sympathetic view toward their issues.” To these voters, the disdain Reagan drew from the GOP elites was a badge of honor. During the primary campaign, Times columnist William Safire reported with astonishment that Kissinger’s speeches championing Ford and attacking Reagan were helping Reagan, not Ford — a precursor of how attacks by Trump’s Establishment adversaries have backfired 40 years later.

Much of the press was slow to catch up, too. A typical liberal-Establishment take on Reagan could be found in Harper’s, which called him Ronald Duck, “the Candidate from Disneyland.” That he had come to be deemed “a serious candidate for president,” the magazine intoned, was “a shame and embarrassment for the country.” But some reporters who tracked Reagan on the campaign trail sensed that many voters didn’t care if he came from Hollywood, if his policies didn’t add up, if his facts were bogus, or if he was condescended to by Republican leaders or pundits. As Elizabeth Drew of The New Yorker observed in 1976, his appeal “has to do not with competence at governing but with the emotion he evokes.” As she put it, “Reagan lets people get out their anger and frustration, their feeling of being misunderstood and mishandled by those who have run our government, their impatience with taxes and with the poor and the weak, their impulse to deal with the world’s troublemakers by employing the stratagem of a punch in the nose.”

The power of that appeal was underestimated by his Democratic foes in 1980 even though Carter, too, had run as a populist and attracted some Wallace voters when beating Ford in 1976. By the time he was up for reelection, Carter was an unpopular incumbent presiding over the Iranian hostage crisis, gas shortages, and a reeling economy, yet surely the Democrats would prevail over Ronald Duck anyway. A strategic memo by Carter’s pollster, Patrick Caddell, laid out the campaign against Reagan’s obvious vulnerabilities with bullet points: “Is Reagan Safe? … Shoots From the Hip … Over His Head … What Are His Solutions?” But it was the strategy of Caddell’s counterpart in the Reagan camp, the pollster Richard Wirthlin, that carried the day with the electorate. Voters wanted to “follow some authority figure,” he theorized — a “leader who can take charge with authority; return a sense of discipline to our government; and, manifest the willpower needed to get this country back on track.” Or at least a leader from outside Washington, like Reagan and now Trump, who projects that image (“You’re fired!”) whether he has the ability to deliver on it or not.

What we call the Reagan Revolution was the second wave of a right-wing populist revolution within the GOP that had first crested with the Goldwater campaign of 1964. After Lyndon Johnson whipped Goldwater in a historic landslide that year, it was assumed that the revolution had been vanquished. The conventional wisdom was framed by James Reston of the Times the morning after Election Day: “Barry Goldwater not only lost the presidential election yesterday but the conservative cause as well.” But the conservative cause hardly lost a step after Goldwater’s Waterloo; it would soon start to regather its strength out West under Reagan. It’s the moderate wing of the party, the GOP of Nelson Rockefeller and George Romney and Henry Cabot Lodge and William Scranton, that never recovered and whose last, long-smoldering embers were finally extinguished with a Jeb Bush campaign whose high-water mark in the Republican primaries was 11 percent of the vote in New Hampshire.

Mitt Romney and his ilk are far more conservative than that previous generation of ancien régime Republicans. But the Romney crowd is not going to have a restoration after the 2016 election any more than his father’s crowd did post-1964 — regardless of whether Trump is buried in an electoral avalanche, as Goldwater was, or wins big, as Reagan did against both Carter and Walter Mondale. Trump is far more representative of the GOP base than all the Establishment conservatives who are huffing and puffing that he is betraying the conservative movement and the spirit of Ronald Reagan. When the Bush family announces it will skip the Cleveland convention, the mainstream media dutifully report it as significant news. But there’s little evidence that many grassroots Republicans now give a damn what any Bush has to say about Trump or much else.

The only conservative columnist who seems to recognize this reality remains Peggy Noonan, who worked in the Reagan White House. As she pointed out in Wall Street Journal columns this spring, conservatism as “defined the past 15 years by Washington writers and thinkers” (i.e., since George W. Bush’s first inauguration) — “a neoconservative, functionally open borders, slash-the-entitlements party” — appears no longer to have any market in the Republican base. A telling poll by Public Policy Polling published in mid-May confirmed that the current GOP Washington leadership is not much more popular than the departed John Boehner and Eric Cantor: Only 40 percent of Republicans approve of the job performance of Paul Ryan, the Establishment wonder boy whose conservative catechism Noonan summarized, while 44 percent disapprove. Only 14 percent of Republicans approve of Mitch McConnell. This is Trump’s party now, and it was so well before he got there. It’s the populist-white-conservative party that Goldwater and Reagan built, with a hefty intervening assist from Nixon’s southern strategy, not the atavistic country-club Republicanism whose few surviving vestiges had their last hurrahs in the administrations of Bush père and fils. The third wave of the Reagan Revolution is here to stay.

Were Trump to gain entry to the White House, it’s impossible to say whether he would or could follow Reagan’s example and function within the political norms of Washington. His burlesque efforts to appear “presidential” are intended to make that case: His constant promise to practice “the art of the deal” echoes Reagan’s campaign boast of having forged compromises with California’s Democratic legislature while governor. More likely a Trump presidency would be the train wreck largely predicted, an amalgam of the blunderbuss shoot-from-the-hip recklessness of George W. Bush and the randy corruption of Warren Harding, both of whom were easily manipulated by their own top brass. The love child of Hitler and Mussolini Trump is not. He lacks the discipline and zeal to be a successful fascist.

The good news for those who look with understandable horror on the prospect of a Trump victory is that the national demographic math is different now from Reagan’s day. The nonwhite electorate, only 12 percent in 1980, was 28 percent in 2012 and could hit 30 percent this year. Few number crunchers buy the Trump camp’s spin that the GOP can reclaim solidly Democratic territory like Pennsylvania and Michigan — states where many white working-class voters, soon to be christened “Reagan Democrats,” crossed over to vote Republican in Reagan’s 1984 landslide. Many of those voters are dead; their epicenter, Macomb County, Michigan, was won by Barack Obama in 2008. Nor is there now the ’70s level of discontent that gave oxygen to Reagan’s insurgency. President Obama’s approval numbers are lapping above 50 percent. Both unemployment and gas prices are low, hardly the dire straits of Carter’s America. Trump’s gift for repelling women would also seem to be an asset for Democrats, creating a gender gap far exceeding the one that confronted Reagan, who was hostile to the Equal Rights Amendment.

And yet, to quote the headline of an Economist cover story on Reagan in 1980: It’s time to think the unthinkable. Trump and Bernie Sanders didn’t surge in a vacuum. This is a volatile nation. Polls consistently find that some two-thirds of the country thinks the country is on the wrong track. The economically squeezed middle class rightly feels it has been abandoned by both parties. The national suicide rate is at a 30-year high. Anything can happen in an election where the presumptive candidates of both parties are loathed by a majority of their fellow Americans, a first in the history of modern polling. It’s not reassuring that some of those minimizing Trump’s chances are the experts who saw no path for Trump to the Republican nomination. There could be a July surprise in which party divisions capsize the Democratic convention rather than, as once expected, the GOP’s. An October surprise could come in the form of a terrorist incident that panics American voters much as the Iranian hostage crisis is thought to have sealed Carter’s doom in 1980.*

While I did not rule out the possibility that Trump could win the Republican nomination as his campaign took off after Labor Day last year, I wrote that he had “no chance of ascending to the presidency.” Meanwhile, he was performing an unintended civic service: His bull-in-a-china-shop candidacy was exposing, however unintentionally, the sterility, corruption, and hypocrisy of our politics, from the consultant-and-focus-group-driven caution of candidates like Clinton to the toxic legacy of Sarah Palin on a GOP that now pretends it never invited her cancerous brand of bigoted populism into its midst. But I now realize I was as wrong as the Reagan naysayers in seeing no chance of Trump’s landing in the White House. I will henceforth defer to Norm Ornstein of the American Enterprise Institute, one of the few Washington analysts who saw Trump’s breakthrough before the pack did. As of early May, he was giving Trump a 20 percent chance of victory in November.

What is to be done to lower those odds further still? Certainly the feeble efforts of the #NeverTrump Republicans continue to be, as Trump would say, Sad! Alumni from the Romney, Bush, and John McCain campaigns seem to think that writing progressively more enraged op-ed pieces about how Trump is a shame and embarrassment for the country will make a difference. David Brooks has called this a “Joe McCarthy moment” for the GOP — in the sense that history will judge poorly those who don’t stand up to the bully in the Fifth Avenue tower. But if you actually look at history, what it says is that there were no repercussions for Republicans who didn’t stand up to McCarthy — or, for that matter, to Nixon at the height of his criminality. William Buckley co-wrote a book defending McCarthy in 1954, and his career only blossomed thereafter. Goldwater was one of McCarthy’s most loyal defenders, and Reagan refused to condemn Nixon even after the Republican senatorial leadership had deserted him in the endgame of Watergate. Far from being shunned, both men ended up as their party’s presidential nominees, and one of them became president.

If today’s outraged Republican elites are seriously determined to derail Trump, they have a choice between two options: (1) Put their money and actions where their hashtags are and get a conservative third-party candidate on any state ballots they can, where a protest vote might have a spoiler effect on Trump’s chances; (2) Hold their nose and support Clinton. Both (1) and (2) would assure a Clinton presidency, so this would require those who feel that Trump will bring about America’s ruin to love their country more than they hate Clinton.

Dream on. That’s not happening. It’s easier to write op-ed pieces invoking Weimar Germany for audiences who already loathe Trump. Meanwhile, Republican grandees will continue to surrender to Trump no matter how much they’ve attacked him or he’s attacked them or how many high-minded editorials accuse them of failing a Joe McCarthy moral test. Just as Republican National Committee chairman Reince Priebus capitulated once Trump signed a worthless pledge of party loyalty last fall, so other GOP leaders are now citing Trump’s equally worthless list of potential Supreme Court nominees as a pretext for jumping on the bandwagon.

The handiest Reagan-era prototype for Christie, McCain, Nikki Haley, Peter King, Bobby Jindal, and all the other former Trump-haters who have now about-faced is Kissinger. Reagan had attacked him in the 1976 campaign for making America what Trump would call a loser — “No. 2” — to the Soviets in military might. Kissinger’s disdain of Reagan was such that, as Craig Shirley writes, he tried to persuade Ford to run again in 1980 so Reagan could be blocked. When that fizzled, Kissinger put out the word that Reagan was the only Republican contender he wouldn’t work with. But once Reagan had locked up the nomination, Kissinger declared him the “trustee of all our hopes” and lobbied to return to the White House as secretary of State. As I write these words, Kissinger is meeting with Trump.

And the Democrats? Hillary Clinton is to Trump what Carter and especially Mondale were to Reagan: a smart, mainstream liberal with a vast public-service résumé who stands for all good things without ever finding that one big thing that electrifies voters. No matter how many journalistic exposés are to follow on both candidates, it’s hard to believe that most Americans don’t already know which candidate they prefer when the choices are quantities as known as she and Trump. The real question is which one voters are actually going to show up and cast ballots for. Could America’s fading white majority make its last stand in 2016? All demographic and statistical logic says no. But as Reagan seduced voters and confounded the experts with his promise of Morning in America, we can’t entirely rule out the possibility that Trump might do the same with his stark, black-and-white entreaties to High Noon.

*This article appears in the May 30, 2016 issue of New York Magazine.

Voir aussi:

In its most recent attack on Donald Trump and his supporters by the Wall Street Journal editorial page, one of its leading columnists, Peggy Noonan, asserted that Trump supporters are historically inaccurate in comparing Trump to the late President. She described Trump-Reagan comparisons as “desperate” and those who draw them as “idiots” and historical “illiterates.”

She questions the level of competence of Trump but ignores that Reagan was also regarded as grossly incompetent — by media and GOP establishment hard-losers and spoilers, not Republican voters —and especially dangerous in foreign policy, which, presumably, only elites can understand foreign. Reagan was depicted as some sort of cowboy B-rated-film-star yahoo and loose cannon by the “chattering class” of 1980, one who might be tolerable as a governor, but who was definitely not sophisticated enough to comprehend let alone conduct foreign policy.

Peggy Noonan relates in her column an adoring revisionist depiction of Ronald Reagan, as he has come to be appreciated today in the retrospective light of history. The Ronald Reagan she summons to make her case, however, is far from the Ronald Reagan of historical accuracy. The Ronald Reagan of the 1970s and 1980s was derided as inept and a potential disaster by status quo apologists, much as Donald Trump is being mocked today.

Noonan also cites Reagan’s experience as president of a labor union as a qualification for the Presidency that candidate Reagan had, but that candidate Trump lacks. Taking away nothing from Ronald Reagan, I suggest that managing a multi-billion dollar business for decades, one that operates in practically every corner of the globe, as Donald Trump has done, might count as roughly equivalent to heading a Screen Actors Guild – and maybe even serving as a governor of California.

She also says Trump, unlike Reagan, is not a “leader of men.” Here, again, the columnist tries too hard to make her argument. Reagan “was the leader of an entire political movement,” Noonan writes. The people “elected him in landslides,” she asserts. Who does that sound like today? What political candidate in 2016 best resembles Reagan in both respects? Fortunately, voters create political verdicts, not columnists, and Donald Trump both leads a very substantial populist political movement and has won many primaries, often by unprecedented margins.

Noonan denigrates the historical comparison of Donald Trump and Ronald Reagan that Trump supporters often make. On closer inspection, it is she who is more historically “illiterate” or, to be kinder, “forgetful” — of the complete facts of Ronald Reagan’s rise to power, and how in so many respects that rise parallels Donald Trump’s emergence as a conservative challenger to the status quo.

Like Donald Trump, Ronald Reagan was an entrepreneur – an aspiring broadcast sports reporter and film actor. He had to face the brutal competition of Hollywood, a place in which most aspirants to stardom failed. He started by himself, by selling his brand, just as Donald Trump started building hotels and golf courses by himself, also selling his brand (and did not squander his money, as young people from means often do, but multiplied it a thousand fold – and more — making the correct plans and decisions in difficult situations, and plain hard work).

Reagan had to sell himself as a labor union leader, too – to character actors and extras in the movie industry, not just stars. He was not involved with any governmental entity early in his career. Later, he worked for General Electric, one of the largest capitalist success stories in the U.S. at the time. Before he became governor of California, he was a man of business in the entertainment industry, climbing up the ladder of success in radio, movies, and television completely on his own.

Ronald Reagan believed in free market capitalism and would have been deeply impressed, I believe, by the business accomplishments and acumen of Donald Trump. Ronald Reagan knew the core greatness of the U.S. lies not in government and the wisdom of professional politicians but in that very private sector in which Donald Trump has thrived and achieved an extraordinary level of success. Donald Trump’s children, obviously well brought up, appear to be following in his footsteps.

Do Mr. Trump’s business accomplishments count for so little at the Wall Street Journal? How many other men have tried and failed to do what Donald Trump has done in the private sector? Has his extraordinary success not won him some plaudits from a leading member of the conservative free market press? In her column, Noonan also makes numerous points about Trump’s lack of record as a proven governmental leader, as if this deficiency were disqualifying. Since when in the U.S. have we belittled a man of business accomplishments with such venom? Isn’t it entrepreneurs who built the prosperity of our great nation? The accusation Noonan levels against Donald Trump of “serving only himself” is the charge collectivists the world over frequently lodge against free market capitalists.

Ronald Reagan would never have discounted Donald Trump’s achievements, as the Wall Street Journal editorial page frequently does. Ronald Reagan was wiser than that. He would have praised them. He never would have said that because a man has not held elected office in this nation that he is, ipso facto, not a “leader of men.” A man who employs thousands (22,500 at last report) is not a “leader of men”? Someone who has built an enormous international business that brings him into contact on any given day with foreign leaders, both business and political, is not a leader? To recall a touch more history, the Founding Fathers were overwhelmingly men of property as well as “citizen leaders” like both Ronald Reagan and Donald Trump. They were not career politicians.

Ronald Reagan knew the sting of being called a “light weight” movie star, a graduate of rural Midwestern Eureka College which no one among the elite had ever heard of. And doubtless ad hominem attacks detracted from, and damaged in some respects, his core message of more limited government and defeat of the Soviet empire. But he persisted despite the snide heckling of the arrogant establishment of the time, and he communicated his message honestly and directly – and, turns out, successfully — to the American people, thereby, accomplishing much good for the nation.

Yes, and he also gave wings to a powerful political force, conservatism, which today, I suggest, finds its relevant fresh champion, however odd and imperfect the fit might seem at times, in the likes of a populist New York billionaire businessman who has a propensity to communicate his message of a better life and more secure future for Americans, directly and honestly, and with conviction, to the American body politic.

Ronald Reagan as President of the United States? NEVER, they said. But the people voted, the nation spoke, and so, they were wrong.

Today, despite differences over style and some issues, one thing we can all agree on: Hillary Clinton is no Ronald Reagan.

Ambassador Faith Whittlesey served as White House Director of the Office of Public Liaison from 1983 to 1985 and twice, from 1981 to 1983 and again from 1985 to 1988, as U.S. Ambassador to Switzerland. She also was active in President Reagan’s unsuccessful 1976 campaign and was Co-chairman of President Reagan’s Pennsylvania campaign in 1980.

Voir également:

Deja Vu All Over Again?

‘Ronald’ Trump: Why 2016 Is Looking a Lot Like 1980

In memory, Reagan’s victory seems easy and inevitable. It was anything but. And the parallels to today are a little creepy.

Meg Jacobs

The Daily Beast

05.24.16

It’s 1980 all over again. A media celebrity runs for the GOP nomination—something he has been planning for years—and sweeps the primaries, rattling the Republican establishment along the way. That’s the story of Ronald Reagan as he mobilized for what would be his landslide 1980 victory. And it is the story of Donald Trump too.

Trump and Speaker Paul Ryan met in an effort to heal the wounds that have opened up in this brutal primary. Come convention time, if history is any indicator, they will join together. But it is likely to be a rocky road. The same was true in 1980.

Today Republicans lionize Reagan and remember him as the quintessential coalition-builder. He brought the Republican Party together, unlike Donald Trump, who spent the spring tearing the GOP apart. But the truth is that in real time in 1980, Reagan was seen as the outside antiestablishment candidate. He was also seen as less than a serious contender, even when it looked like he would secure the nomination.When the Republican primary season started out, he was the only one out of seven candidates who had not held a government position inside Washington, a roster that included two senators, three congressmen, and a Treasury Secretary. Instead, Reagan was best known for his starring roles in middle-brow American movies, a career he parlayed into a run as California governor. When he announced his candidacy, critics derided him as the “celebrity in chief.”

Reagan held himself up as the icon of conservatism but, much like Trump, his past suggested a history of political flexibility if not outright liberalism. He had once been a Roosevelt Democrat. By the 1964 presidential race, he’d endorsed the GOP’s Senator Barry Goldwater and made his conversion to full-fledged conservative.

Still, in his years in the California governorship, Reagan continued to demonstrate political flexibility. He supported abortion rights, welfare spending, and, when necessary, tax increases. True, he called for cracking down on campus unrest. And by now his hallmark issue was fierce anticommunism as well as anti taxation. But Reagan understood that he governed in a state where ideological purity would not have secured for him the office he sought given that Democrats greatly outnumbered Republicans.

And yet in 1980 Reagan ran as the standard bearer of the Republican Party. Throughout the primary season, there was deep skepticism. George H.W. Bush was the presumptive establishment candidate. He had been a congressman, the Republican National chairman, an ambassador to the UN and China, and the CIA director. Bush’s early victory in the Iowa caucus suggested that voters were not sold on the movie star.

But Reagan was onto something, much the same way that Trump is. After a decade of slow growth, declining productivity, double-digit inflation—and an energy crisis that graphically demonstrated the government’s incapacity to solve problems—America was eager for solutions. What people hungered for more than anything else was leadership. Jerry Rafshoon, President Carter’s adviser, told him, ”People want you to act like a leader.”

And that is what Reagan understood. In short, digestible sound bites, he promised Americans that they would once again be great. On foreign policy, he would bring peace through strength. If Trump promises to build a wall, Reagan would tear one down. And on domestic policy, he would cut taxes. To Trump’s protectionism, Reagan offered supply-side economics. The master of media knew a winning platform when he saw it.

The establishment was slow to rally behind him. With the disastrous memory of 1964, when Barry Goldwater and his brand of conservatism lost in a landslide, Reagan seemed too risky. Moderates worried that his fierce anticommunist rhetoric would escalate tensions with the Soviet Union—even Barry Goldwater called him “trigger happy”—while mainstream fiscal conservatives said his budget numbers did not add up. Bush denounced this policy as “voodoo economics.”

Gerald Ford called Reagan “unelectable” in late March. Many Washington insiders and party regulars saw Reagan as too extreme and hoped that the former president would throw his hat in. Indeed, early polls showed Ford with greater appeal than Reagan among Democrats, a serious liability in a race where Republicans would need to attract cross-over voters to win. In early match ups, Ted Kennedy, who was challenging Carter from the left in the Democratic primary, beat Reagan by as much as 64 to 34 percent.

And age seemed a problem too. Reagan turned 69 a month into the primaries and, if elected, would surpass William Henry Harrison as the oldest president, who in 1841 caught a cold delivering his inaugural address, developed pneumonia, and died a month later. A Newsday reporter said Reagan was in a “race against time.”

He was also vulnerable as a celebrity. Reagan was, as one commentator explained, a “the end product of television politics . . . It is a show and he’s a star actor.” That was not a compliment.

Reagan won in New Hampshire, but the primary season was long and drawn out. In Massachusetts, he came in third behind Bush and John Anderson, the Illinois Senator who dropped out of the Republican contest and ran as an Independent. The conventional wisdom maintained that Anderson would draw votes from Carter as a moderate alternative, but nevertheless, his presence in the race suggested that the electorate might not be ready for Reagan’s brand of conservatism.

Indeed, Bush scored important victories in Pennsylvania and in Michigan. As Bush did well, some rallied behind Reagan, including Senator Howard Baker, who dropped out of the race, saying: “Only divisions from within our party can keep us from benefiting from the bitter divisions within the Democratic Party. The time has come to give Ronald Reagan our prayers, our nomination, our enthusiastic support.”

But the primary season did not come to an end until late May when, at last, Reagan secured enough delegates to win the nomination. And even then, many embraced Reagan only as an act of political pragmatism. As Ohio Governor James Rhodes explained, “I love George Bush. I love Gerald Ford. I love Ronald Reagan. Sometimes in love you have to make your choice. My choice is Ronald Reagan.”

As the GOP convention drew closer, other leading Republicans fell in line, among them the most senior liberal Republican, Senator Jacob Javits. He had refused to endorse Goldwater in 1964, but now he cast his lot with Reagan. With the endorsement, Javits would be a delegate at large. “I felt it was important for me to have an input,” he said, “and I knew I couldn’t have it unless I cast my vote for Reagan.” The New York senator was up for reelection, and he also believed that the GOP had a chance, with Reagan at the head of the ticket, to reclaim the Senate. (It did, but without him—Javits was upset in the Republican primary by the more conservative Al D’Amato)

But the prospect of party disunity did not end at the convention. Now it was the Republican right’s turn to fret about its candidate. When Reagan announced that he was selecting George Bush as his running mate, a decision that came only at the end of the convention and after much media speculation, the right threatened to walk. In 1976, Reagan had subverted his effort to win the Republican nomination over President Gerald Ford when he announced that his running mate would be Pennsylvania Republican Richard Schweiker, a liberal Republican who was antithetical to Reagan’s conservative claims. Now he seemed to be toying with moderation once again.

With evangelical voters mobilizing at the grassroots and many entering electoral politics for the first time, the leaders of this new social force wanted someone who would fight for their causes. Paul Weyrich, the head of right-wing Committee for the Survival of a Free Congress, was angry. “I feel no need obligation to bring about our own destruction,” Weyrich thundered. “I won’t support a Reagan-Bush ticket.”

Reagan attempted to appease the right by signing onto a platform that dropped the ERA and called for an anti-abortion amendment. He also called evolution just a “theory” and expressed skepticism about the man-made causes of pollution. But the establishment was still worried. Texas Senator John Tower, who chaired the convention’s platform committee, warned his colleagues, “Republicans have a singular facility sometimes for snatching defeat from the jaws of victory. Disunity has cost us elections in the past.” Nevada Senator Paul Laxalt said the new right is “afraid of Ron.”

The general election was far from a shoo-in. The polls were all over the place, including placing President Carter ahead of the insurgent candidate. In the end, Reagan scored a decisive victory. But his success, and the ingredients that allowed for this landslide victory, were clear only in hindsight. A week before the election, it was too close to call.

Rather than moderating his rhetoric and toning down his platform in the general election, Reagan stepped up his game. He blamed Carter personally for the gas lines that had signaled the decline of American strength and prosperity. It was Carter’s fault that Iranian terrorists seized the American embassy in Teheran and held American hostages. And Carter’s efforts to negotiate nuclear deals with the Soviets were a disaster.

Reagan was a master of the sound bite: « A recession is when you lose your job, a depression is when your neighbor does, and a recovery is when Jimmy Carter does.” And he told a narrative that simultaneously devastated Carter while instilling confidence in him. His signature campaign slogan captured it all: “Are you better off than you were four years ago?”

These messages appealed to independent voters and white working-class voters, the so-called Reagan Democrats, who were suffering from slow growth and stagnant wages as they saw jobs disappearing overseas.
Reagan also eagerly embraced the race card. He went after white voters in the South, saying he was a defender of states’ rights near where civil rights workers had been brutally murdered in 1964. He denounced “welfare queens in fashion jeans” as the embodiment of excessive government waste, another not so subtly coded racial message.

1980 was also the first gender gap election when there was a clear discrepancy between how men and women voted. Reagan’s cowboy swagger and tough sounding rhetoric appealed to men. Lee Atwater explained it wasn’t so much that women didn’t like Reagan, it was just that men liked him so much.

If 1980 is any indicator of how an unlikely outspoken conservative candidate with a liberal background could win, Trump is well on his way. And Reagan did not just win; he won in a landslide, one that many did not see coming, and one that severely weakened much of the liberal agenda and put the country on a rightward path that still shapes politics today. Like Reagan, Trump has dominated the primaries, worried the establishment, and yet reveals himself to have deep-seated support. Like Reagan, he is the master of a new media to mobilize and rally supporters, especially white men. In spite of the media criticism he receives as running a post-policy campaign, his supporters feel he provides solutions and refreshingly says what he wants.

Just as Reagan did, Trump has had his eye set on the White House for a long time. In a 1990 Playboy interview, he said, “I hate seeing this country go to hell. We are laughed at by the rest of the world.” He also said, “Vision is my best asset. I know what sells and I know what people want.” Like Reagan, he has spent decades crafting his message. And so far his strategy seems to be working.

Voir encore:

Liberals sneered at Reagan yet he stunned the world. Don’t laugh, but Trump could too, says Justin Webb

‘He’s a lightweight, not someone to be considered seriously.’ It could have been the judgment of the world on Donald Trump. But, actually, it wasn’t. It was Ronald Reagan (pictured)

The verdict is unambiguous: ‘He’s a lightweight, not someone to be considered seriously.’ It could have been the judgement of the world on Donald Trump. But, actually, it wasn’t.

These words were spoken by President Richard Nixon about Ronald Reagan in the Seventies. Nixon added, for good measure, that Reagan was ‘shallow’ and of ‘limited mental capacity’.

Gerald Ford, who took over the presidency when Nixon had to resign after the Watergate scandal, was no less dismissive.

In a 1976 press release when Reagan announced he would challenge Ford as Republican nominee for the White House, Ford stated: ‘The simple political fact is that he cannot defeat any candidates the Democrats put up. Reagan’s constituency is much too narrow, even within the Republican Party.’

The Democrats were equally nonplussed. Those who did not write him off him as a man itching to start World War III, saw Reagan as merely useless —a B-list Hollywood actor whose best film was called Bedtime For Bonzo and starred a monkey.

Dunce

Washington grandee Clark Clifford — who was an adviser to four Democrat Presidents including JFK — simply called Reagan ‘an amiable dunce’.

Yet Reagan not only won the election in 1980 and 1984; he went on to become one of the 20th century’s towering figures.

Today, many of the U.S.’s brightest and best are once again united in their view: the man the Republicans have chosen as Presidential candidate is so unqualified for the job that this was — in effect — the week Hillary Clinton became the 45th president.

Yes, she has to see off her pesky Left-wing challenger Bernie Sanders before she can win her party’s official nomination.

But that’s almost done. And the rest is easy. Come the November presidential poll, she will face a man so barmy, so extreme, so utterly unpresidential, that she can’t lose. A dunce who is not even amiable. Donald Trump is going to gift Hillary Clinton the White House.

But some serious U.S. commentators are questioning conventional wisdom and citing Reagan’s rise to the White House all those years ago as a possible portent of things to come.

They are chastened by how wrong so many pundits have already been over ‘The Donald’, how he was written off from the start — only to come out with the Republican nomination.

They are seriously starting to wonder if he could go all the way and win the U.S. election in November.

Likewise, some in the British Establishment now fear David Cameron will have to work hard to patch things up with Trump after saying the tycoon’s suggested ban on Muslims was ‘divisive, stupid and wrong’ — and that if Trump ‘came to visit our country he’d unite us all against him’.

Could ‘The Donald’ really make the White House? If so, what kind of President would he be?

Let’s be blunt about the task Trump faces. He is massively unpopular. A Washington Post/ABC News poll last month found 67 per cent of likely voters had an unfavourable opinion of him.

Could ‘The Donald’ really make the White House? If so, what kind of President would he be?

Among most Americans he is only slightly less popular than Vladimir Putin (who comes in at around 70 per cent unfavourable). And in certain key groups, Hispanics, women, the young, he is off the scale — properly detested, even feared.

But American presidents are not elected in a single nationwide contest. And it is because of this that he could secure victory.

Under its Electoral College system, the people don’t actually vote directly for the President; they vote for a group of electors in their own state.

And these electors — 538 in total — then cast their votes to decide who enters the White House. The point is that in the U.S. Presidential election of 2012, if just 64 electors’ votes had gone to the other side, the Republican candidate Mitt Romney would have beaten Barack Obama.

Since most states are already firmly in the Republican or Democrat camp, it is these few votes at the margins that count.

And Trump, with his hugely resourced campaign and outrageous populist pledges, could swing them his way.

Moreover, he represents the anti-Establishment, a no-nonsense change for those fed up with the entire political class.

In New York a few weeks ago, I met Carl Paladino, who ran for the New York state governorship for the Republicans in 2010.

He is a Trump man now, and waves aside what he regards as old-fashioned talk of Democrats and Republicans and party allegiances.

‘Imagine you are a carpenter on a building site,’ he told me, ‘you sweat all day and get wet and cold. You don’t care about party. You want a champion. That’s Trump. It’s about him.’

The carpenters, united, could swing it Trump’s way. They would need help from fitters and joiners and other men (yes, his supporters are almost entirely men) who work with their hands. But it could be done.

The so-called rust belt states — in the north-east and midwest — are ripe for the picking. Trump does best in areas where the death rate among white people under 49 is highest — the downtrodden working class.

Megalomaniac

Many of these people traditionally vote Democrat, but they have been voting for Bernie Sanders — Hillary Clinton’s Left-wing rival for the Democrat nomination — rather than Hillary herself. She lost the Michigan contest to Sanders, just as she lost Indiana to him this week.

Yes, Sanders is a socialist and Trump a billionaire plutocrat. But on trade — protection of American jobs — Sanders and Trump are on the same page.

Add a dash of Trump’s xenophobia and he’s in business.

Those who voted for Sanders because he speaks up for the little guy might well feel that Trump is closer to their hearts than Hillary.

The so-called rust belt states — in the north-east and midwest — are ripe for the picking. Many of these people traditionally vote Democrat, but they have been voting for Bernie Sanders — Hillary Clinton’s Left-wing rival for the Democrat nomination — rather than Hillary herself

So President Trump is not a fantasy. There is a path for him.

Not an easy one, but a path nonetheless.

But if he won, what then?

Again, the conventional wisdom might well be wrong. He is portrayed as a dictator. A megalomaniac. A man who has taken over a political party for his own crazed purposes.

All of which might be true.

But if Trump seriously thinks he can run America as he runs Trump Casinos, he has a shock coming. America was designed to be ungovernable without the consent of Congress.

Trump may have pledged to build a wall with Mexico, but he could never get that passed, still less a scheme to keep Muslims out of America.

He would need Congress on his side. He would need the Supreme Court to agree that it was constitutional.

Defeat

Remember the key Obama policy of closing Guantanamo Bay was stymied not by Republicans but by members of his own party in Congress? He said: ‘DO IT’. They said no. And Guantanamo is still open.

Even in foreign affairs, where presidents can make quite a splash, the system is likely to defeat him. Trump seems, for instance, to be in favour of torture and has said that, as President, he’d authorise ‘worse than waterboarding’ against suspected terrorist captives.

But already John Rizzo, a top lawyer at the CIA when the agency employed so-called enhanced interrogation techniques, has pointed out that President Trump would face a revolt by his own staff.

It would be carnage if he tried to implement his preferred torture measures. Not for the captives, but for the President.

But would he care? Would he not just shrug and move on?

Perhaps the greatest oddness of Trump is that his core supporters are a fading and old-fashioned constituency — angry white people — but his politics are uber-modern.

He has no ideology. He believes in what works, and is, in some ways, surprisingly Left-wing.

He will fight a dizzying campaign this summer, coming at Hillary Clinton from the Right and from the Left. He will even accuse her of sexism for sticking up for Bill during his ‘bimbo eruptions’. He’ll dodge and weave, confuse and outrage, and generally shake up the nation.

He is no Ronald Reagan — at least not yet. But who knows, Donald Trump could yet surprise everyone and end up as the most unexpected President the White House has ever seen.

Voir par ailleurs:

Très attendue, l’intervention du président américain face à un Congrès au grand complet lui a permis d’endosser un ton rassembleur, sans pour autant préciser clairement les priorités et le chiffrage de sa politique ambitieuse.

C’était il y a plus de cinq semaines, le 20 janvier dernier. Lors de son investiture sur les marches du capitole, à Washington, Donald Trump était apparu à la tribune poing levé, et avait tenu un premier discours de président particulièrement sombre, évoquant un « carnage américain » dont sont victimes « trop de nos concitoyens ». Et promis d’y mettre fin « ici et maintenant », assurant que « chaque décision sur le commerce, les impôts, l’immigration, les affaires étrangères sera prise pour le bénéfice des familles et des travailleurs américains ».

C’est dire si, cinq semaines plus tard, sa première intervention solennelle devant le Congrès était attendue. Surtout après plus d’un mois passé à la Maison-Blanche, au cours duquel le 45e président des États-Unis a multiplié les annonces et déclarations qui ont jeté le flou sur sa capacité à endosser son costume présidentiel et à fixer des priorités dans sa politique.

Cravate bleue rayée et ton solennel

Sur la forme, Donald Trump, ce mardi 28 février au soir, devant un Congrès au grand complet, où siégeaient pour la circonstance les représentants, sénateurs, ministres et juges de la Cour suprême, a tenu sans doute son discours le plus « présidentiel », le plus modéré, le moins provocateur.

Apparu à la tribune, pour une fois, paré d’une cravate bleue rayée, comme pour rompre également avec son style habituel sur le plan vestimentaire, le président américain a fait une déclaration plus solennelle et optimiste, sans doute, saluant l’émergence d’une « nouvelle fierté nationale », saluant « un nouveau chapitre de la grandeur américaine (qui) débute », plaidant pour un « renouveau de l’esprit américain » indissociable, selon lui, d’une grande fermeté sur l’immigration, l’un des thèmes qu’il a le plus développés lors de son intervention.

Au cours de son discours, qu’il a voulu rassembleur, il a également à plusieurs reprises salué la présence de « témoins » dans l’assistance, auxquels il a rendu hommage, chacun venant incarner un chapitre de la politique qu’il entendait mettre en œuvre : une personne ayant subi une agression de la part d’un immigré en situation irrégulière sur le sol américain, les parents de policiers tués dans leur mission…

Hommage unanime à la veuve d’un soldat tué au Yémen

Ou encore la veuve du soldat Ryan Owens, membre des forces spéciales américaines, tué le 29 janvier dernier au cours d’une opération au Yémen. Assise aux côtés d’Ivanka Trump, fille du président, Carryn Owens, émue aux larmes a été longuement ovationnée par l’ensemble du congrès, offrant à cette cérémonie un moment d’unité nationale inédit depuis la prise de fonction de Donald Trump.

Sur le fond, le 45e président américain a repris nombre de ses thèmes favoris, promettant en particulier de ramener « des millions d’emplois » aux Américains ou dénonçant les accords de libre-échange. Il a fait peu de nouvelles annonces, et est resté pour l’heure en deçà des attentes sur ce que seraient véritablement ses priorités, ainsi que le financement de ses différentes mesures. Le discours, sur ce plan, s’annonce comme un prélude à la bataille pour le budget 2018 qui s’ouvre au Congrès, où les alliés républicains du président sont majoritaires.

Les premiers mots de son discours ont rendu hommage aux « célébrations du mois de l’Histoire des Noirs » et ont donné au président l’occasion de condamner solennellement « les dernières menaces en date visant des centres de la communauté juive et le vandalisme contre des cimetières juifs ». Il a également dénoncé une attaque raciste visant deux ressortissants indiens, dont l’un a été tué, une semaine plus tôt dans le Kansas.

Un effort de « reconstruction nationale »

Sur le plan économique, Donald Trump a énoncé deux principes qui reprennent ceux de son discours du 20 janvier : « achetez américain, engagez américain ». Il est revenu pour s’en féliciter sur les annonces d’investissement aux États-Unis de la part de plusieurs constructeurs automobiles, qui doivent selon lui mener à la création de nombreux emplois. Il a aussi salué la reprise des travaux des oléoducs Keystone XL et Dakota Access Pipeline.

Il en a également appelé à un effort de « reconstruction nationale » : « Pour lancer la reconstruction du pays, je vais demander au Congrès d’approuver une législation qui déclenchera des investissements de mille milliards de dollars pour les infrastructures aux États-Unis, financés grâce à des capitaux à la fois publics et privés, et créera des millions d’emplois », a-t-il déclaré, non sans déplorer que son pays ait dépensé jusqu’ici « des milliards et des milliards de dollars à l’étranger ».

Donald Trump a également évoqué son projet de réforme fiscale sans s’appesantir : « Notre équipe économique est en train de préparer une réforme fiscale historique qui réduira le montant des impôts de nos entreprises pour qu’elles puissent concurrencer n’importe qui et prospérer n’importe où et avec n’importe qui. En même temps, nous réduirons de manière massive les impôts pour la classe moyenne. » « Nous devons faire en sorte qu’il soit plus facile pour nos entreprises de faire des affaires aux États-Unis et plus difficile pour elles de partir », a-t-il aussi martelé.

Il a aussi demandé au Congrès de promulguer une loi afin de remplacer l’Obamacare, la loi sur la santé emblématique de Barack Obama, appelant de ses vœux « des réformes qui étendront le choix, donneront un meilleur accès (aux soins) et réduiront les coûts ».

Immigration : un système « basé sur le mérite »

Le président américain a abordé le sujet de l’immigration, un thème sur lequel il était très attendu, d’autant que, peu avant son allocution, lors d’une rencontre avec des journalistes de télévision à la Maison-Blanche, il avait provoqué la surprise en évoquant la possibilité d’une loi de régularisation pour les sans-papiers n’ayant pas commis de délit.

Il n’en a toutefois pas été question lors du discours au Congrès, du moins pas ouvertement. Mais Donald Trump a évoqué une réforme législative et proposé d’abandonner le système actuel, pour adopter à la place « un système basé sur le mérite ».

« Je pense qu’une réelle réforme positive de l’immigration est possible, pour autant que nous nous concentrons sur les objectifs suivants : améliorer l’emploi et les salaires des Américains, renforcer la sécurité de notre pays et restaurer le respect de nos lois », a-t-il aussi déclaré, confirmant par la même occasion son intention de construire un mur à la frontière avec le Mexique, ainsi que l’imminence d’un nouveau décret après l’échec du premier, bloqué par la justice.

Sur ce thème de l’immigration, il a encore annoncé la création d’un bureau spécial pour les victimes de crimes « d’immigration », baptisé VOICE (Victims Of Immigration Crime Engagement). « Nous donnons une voix à ceux qui sont ignorés par les médias et réduits au silence par les intérêts particuliers », a affirmé Donald Trump dans une de ses rares piques hostiles aux médias.

« Représenter les États-Unis d’Amérique » plutôt que « le monde »

Enfin, Donald Trump est revenu sur sa demande au Congrès, annoncée la veille, de valider une hausse des dépenses militaires de 54 milliards de dollars. Il a toutefois précisé que son rôle n’était pas « de représenter le monde mais de représenter les États-Unis d’Amérique ». Sans donner de précision sur sa politique étrangère, il a prôné « l’harmonie et la stabilité », plutôt que « des guerres et des conflits », et réaffirmé son attachement à l’Otan, mis en doute par des déclarations antérieures évoquant obsolescence de l’Alliance.

Les représentants démocrates sont restés pour la plupart assis dans leurs sièges, visage fermé et bras croisés après ce discours. En signe de protestation silencieuse, une quarantaine d’élues démocrates s’étaient habillées en blanc, la couleur symbolisant la défense des droits des femmes.

La chaîne d’information CNN a pour sa part publié un sondage peu après le discours : une majorité de téléspectateurs y ont réagi positivement.

Voir aussi:
The Metaphysics of Trump
 Paradox: How does a supposedly bad man appoint good people eager to advance a conservative agenda that supposedly more moral Republicans failed to realize?
Victor Davis Hanson
National Review
February 28, 2017

We variously read that Trump should be impeached, removed, neutralized — or worse. But until he is, are his appointments, executive orders, and impending legislative agenda equally abhorrent? General acclamation followed the Trump appointments of retired Generals H. R. McMaster as national-security adviser, James Mattis as defense secretary, and John Kelly to head Homeland Security. The brief celebration of Trump’s selections was almost as loud as the otherwise daily denunciations of Trump himself. Trump’s equally inspired decisions, such as the nomination of Neil Gorsuch to the Supreme Court and Jeff Sessions as attorney general, presented the same ironies.

Most of these and other fine appointments came amid a near historic pushback against Trump, mostly over what he has said rather than what he’s done. But again, do the appointments create a dilemma for his existential critics who have gone beyond the traditional media audit of a public official and instead descended into calls for his removal — or worse?

Indeed, removal chic is now widespread, as even conservatives ponder impeachment, invoking the 25th Amendment for mental unfitness, while the more radical (here and abroad and both Right and Left) either abstractly or concretely ponder a coup or some other road to his demise.

How do his opponents square such excellent appointments with Trump himself? Even bad people can occasionally do good?

Are his Cabinet secretaries patriotically (as I believe) serving their president, even if prepared at times to nudge him away from what they might feel are occasional unwise detours? Appointees of the caliber of a Mattis, McMaster, or Kelly do not go to work for any president with the likelihood of becoming undercover actors — undercutting his authority, or posing to the press that they are the moral superior to their boss, or leaking information to massage favorable accounts of their superior savvy or morality at the president’s expense. No, they serve the president because they want their country to prosper and think that it can if their commander in chief (whose agendas for the most part they share) is successful.

Or do critics argue that such fine men and women are “selling out” by putting careers before principled resistance to a president who will supposedly usher in unprecedented disasters? So far, even the most vehement Trump censors have not faulted these fine appointees for supposedly being soiled by association with Trump, whom they have otherwise accused, in varying degrees, of partaking of fascism, Stalinism, and Hitlerism.

Again, the point is, How do critics square the circle of damning Trump as singularly unfit while simultaneously praising his inspired appointees, who, if they were to adopt a similar mindset, would never set foot in a Trump White House? How does someone so unqualified still manage to listen to advice or follow his own instincts to appoint so many willing, gifted public servants — at a time, we are told, when nearly the entire diplomatic and security establishment in Washington refuses to work for such a reprobate?

The same disconnect holds true for Trump’s executive orders. Except for the rocky rollout of the temporary ban on immigration — since rectified and reformulated — his executive orders seem inspired and likely to restore the rule of law, curb endless and burdensome new regulations, address revolving-door ethics, enhance the economy, halt federal bloat, promote energy production, and create jobs. Without the Trump victory, the Paul Ryan agenda — radical tax reform and deregulation — that has been comatose for a decade would never have become viable. So, is the position of the conservative rejectionists something like the following: “I detest Trump because even his positive agendas are spoiled by his sponsorship?”

Or do they reason that because his views deviate from free-market economics (when he jawbones companies and aims to renegotiate bilateral rather than multi-country trade deals, or use quid pro quo import taxes), so too his otherwise conservative positions on social issues, school choice, Obamacare’s repeal, defense spending, and tax reform are likewise suspect or irrelevant? Of course, his leftist critics face no such dilemmas and are far more consistent: They hate the Trump the man, and they hate Trump’s initiatives, and the two to them are inseparable and logical consequences of each other.

I thought that both Bush presidents were fine and good men and their agendas far preferable to the alternative. But was either in a political position to effect (or perhaps even willing to embrace) the sort of conservative change that the supposedly “not a conservative” Trump might well attempt? That irony too raises another metaphysical question: Does the Trump moment come despite or because of his take-no-prisoners rhetorical style?

In some sense (to adopt a taboo military metaphor) is Trump a sort of shaped charge? That is, is Trump’s combative coarseness the radiant outer shell that is necessary to melt through the deep state and bureaucratic armor so that the inner explosive of a conservative revolutionary agenda may reach its target intact? Given the hysterical and entrenched opposition, I’m not sure that John McCain or Mitt Romney would have enforced immigration law, frozen government hiring, or embraced Reagan-like tax and regulatory reform, although to be sure, McCain and Romney would have avoided Trump’s rhetorical excesses, his Twitter storms, and his occasional coarseness.

Which should properly be more exasperating: Trump’s over-the-top rhetoric that accompanies a possibly revolutionary and realized conservative agenda, or McCain and Romney’s sober and judicious failures at pushing a mostly Bush-like agenda? By not fighting back in take-no-prisoner terms, both Republican candidates failed, ensuring eight years of Obama — years that in my view have done far more damage to the country than anything envisioned by Trump’s first administration.

Even conservatives sometimes seem more bothered by Trump’s raw uncouthness in service to a conservative agenda than they were by Obama’s sautéed orneriness in advancing progressive hope and change. Years of the Cairo Speech, the apology tours, the Iran deal, the Iraq pullout, Obamacare, record debt and low growth — editorialized by chronic attacks on Fox News, along with “you didn’t build that,” “punish our enemies,” and “I won” putdowns from Obama — never prompted calls for the 25th Amendment like those in some anti-Trump tweets. Is the difference predicated on class, accent, education, tone, appearance, tastes, comportment, or the idea that a shared Beltway culture trumps diverse politics? If a polished and now-president Marco Rubio had the same agendas as Trump, but avoided his rhetoric and bluster, would anti-Trump conservatives be pro-Rubio? And would Rubio’s personality and cunning have ensured his election and confidence in steamrolling such an agenda through the Congress?

I don’t have easy answers to any of these paradoxes but will only suggest that in the last 40 years, despite three different Republican administrations, frequent GOP control of the House and Senate, and ostensible Republican majorities on the Supreme Court, the universities have eroded, the borders have evaporated, the government has grown, the debt has soared, the red–blue divide has intensified, identity politics have become surrea