Hanouka/2184e: Trump invente le sionisme antisémite ! (Ultimate sleight of hand: How can opposition to the existence of an apartheid state be called racism ?)

23 décembre, 2019
tied willyPresident Trump at the Israeli American Council National Summit last week in Hollywood, Fla.En ces jours-là surgit d’Israël une génération de vauriens qui séduisirent beaucoup de personnes en disant : “Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes séparés d’elles, bien des maux nous sont advenus.” (…) Plusieurs parmi le peuple s’empressèrent d’aller trouver le roi, qui leur donna l’autorisation d’observer les coutumes païennes. Ils construisirent donc un gymnase à Jérusalem, selon les usages des nations, se refirent des prépuces et renièrent l’alliance sainte pour s’associer aux nations. 1 Maccabées 1: 11-15
Il n’était même pas permis de célébrer le sabbat, ni de garder les fêtes de nos pères, ni simplement de confesser que l’on était Juif. On était conduit par une amère nécessité à participer chaque mois au repas rituel, le jour de la naissance du roi et, lorsqu’arrivaient les fêtes dionysiaques, on devait, couronné de lierre, accompagner le cortège de Dionysos. (…) Ainsi deux femmes furent déférées en justice pour avoir circoncis leurs enfants. On les produisit en public à travers la ville, leurs enfants suspendus à leurs mamelles, avant de les précipiter ainsi du haut des remparts. D’autres s’étaient rendus ensemble dans des cavernes voisines pour y célébrer en cachette le septième jour. Dénoncés à Philippe, ils furent brûlés ensemble, se gardant bien de se défendre eux-mêmes par respect pour la sainteté du jour. (…) Eléazar, un des premiers docteurs de la Loi, homme déjà avancé en âge et du plus noble extérieur, était contraint, tandis qu’on lui ouvrait la bouche de force, de manger de la chair de porc. Mais lui, préférant une mort glorieuse à une existence infâme, marchait volontairement au supplice de la roue,non sans avoir craché sa bouchée, comme le doivent faire ceux qui ont le courage de rejeter ce à quoi il n’est pas permis de goûter par amour de la vie. 2 Maccabées 6 : 6-20
On célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace. C’était l’hiver. Et Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon. Jean 10: 22
La crise maccabéenne n’est pas un affrontement entre un roi grec fanatique et des Juifs pieux attachés à leurs traditions. C’est d’abord une crise interne au judaïsme, d’un affrontement entre ceux qui estiment qu’on peut rester fidèle au judaïsme en adoptant néanmoins certains traits de la civilisation du monde moderne, le grec, la pratique du sport, etc.., et ceux qui au contraire, pensent que toute adoption des mœurs grecques porte atteinte de façon insupportable à la religion des ancêtres. Si le roi Antiochos IV intervient, ce n’est pas par fanatisme, mais bien pour rétablir l’ordre dans une province de son royaume qui, de plus, se place sur la route qu’il emprunte pour faire campagne en Égypte. (…) Là où Antiochos IV commettait une magistrale erreur politique, c’est qu’il n’avait pas compris qu’abolir la Torah ne revenait pas seulement à priver les Juifs de leurs lois civiles, mais conduisait à l’abolition du judaïsme. Maurice Sartre
L’assemblée générale (…) considère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale. Résolution 379 (ONU, le 10 novembre 1975)
L’assemblée générale décide de déclarer nulle la conclusion contenue dans le dispositif de sa résolution 3379 (XXX) du 10 novembre 1975. Résolution 4686 (ONU, le 16 décembre 1991)
I stand before you as the daughter of Palestinian immigrants, parents who experienced being stripped of their human rights – the right to freedom of travel, equal treatment. I cannot stand by and watch this attack on our freedom of speech and the right to boycott the racist policies of the government and the State of Israel. I love our country’s freedom of speech, madam speaker. Dissent is how we nurture democracy. and grow to be better and more humane and just. This is why I oppose resolution 243. All Americans have a right, a constitutional right guaranteed by the first amendment to freedom of speech. To petition their government and participate in boycotts. Speech in pursuit of civil rights at home and abroad is protected by our first amendment. That is one reason why our first amendment is so powerful. With a few exceptions the government is simply not allowed to discriminate against speech based on its viewpoint or speaker. The right to boycott is deeply rooted in the fabric of our country. What was the Boston tea party but a boycott ? Where would we be now with the civil rights activists in the 1950’s and 1960’s like the united farm workers grape boycott? Some of this country’s most important advances in racial equality and equity and workers’ rights has been achieved through collective action, protected by our constitution. Americans of conscience have long and proud history of participating in boycotts, specifically to advocate for human rights abroad. Americans boycotted nazi Germany in response to dehumanization, imprisonment, and genocide of Jewish people. In the 1980’s, many of us in this very body boycotted South African goods in the fight against apartheid. Our right to free speech is being threatened with this resolution. It sets a dangerous precedent because it attempts to delegitimatize a certain people’s political speech and to send a message that our government can and will take action against speech it doesn’t like. Madam speaker, the Supreme court has time and time again recognized the expressive conduct is protected by the constitution. from burning a flag to baking a cake, efforts to restrict and target that protected speech run the risk of eroding the civil rights that form the foundation of our democracy. All Americans have the right to participate in boycotts, and I oppose all legislative efforts that target speech. I urge congress, state governments, and civil rights leaders from all communities to preserve our constitution, preserve our bill of rights, and preserve the first amendment’s guaranteed of freedom of speech by opposing h. res. 246 and the boycott, anti-boycott efforts wherever they rise. Rashida Tlaib (July 23, 2019)
Melania and I send our warmest wishes to Jewish people in the United States, Israel and across the world as you commence the 8-day celebration of Hanukkah. More than 2,000 years ago, the Maccabees boldly reclaimed the Holy Temple in Jerusalem, securing a victory for the Jewish people and their faith. They proudly lit the menorah to rededicate the Second Temple. Even though there was only enough olive oil to burn for one day, through divine providence, the flames miraculously burned for eight nights. As the Jewish community gathers together to celebrate this special and sacred time of year, we are reminded of God’s message of hope, mercy, and love. Throughout the coming eight days, each candle to be lit on the menorah will signal to the world that freedom and justice will always shine brighter than hate and oppression. Today, the relationship between the United States and Israel, one of our most cherished allies and friends, is stronger than ever. We will continue to stand with the Jewish people in defending the God-given right to worship freely and openly. As our Jewish brothers and sisters gather around the menorah each night, we pray for a memorable and blessed celebration of the Festival of Lights. May the light of the menorah and the fellowship of family and friends fill your hearts with happiness and a renewed sense of faith. Happy Hanukkah! President Trump
Le président Donald J. Trump prend un décret présidentiel pour renforcer la lutte contre la montée de l’antisémitisme aux États-Unis. Le décret du président Trump indique clairement que le Titre VI de la loi sur les droits civils de 1964 s’applique à la discrimination antisémite fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale. Dans le cadre de l’application du Titre VI contre la discrimination antisémite dissimulée, les agences se référeront à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) ainsi que ses exemples contemporains. (…) Ces dernières années, les Américains ont assisté à une augmentation inquiétante des incidents antisémites et à une montée de la rhétorique correspondante dans l’ensemble du pays. (…) Les incidents antisémites se sont multipliés en Amérique depuis 2013, en particulier dans les écoles et sur les campus universitaires. Il s’agit en particulier d’actes de violence horribles à l’encontre de Juifs américains et de synagogues aux États-Unis. 18 membres démocrates du Congrès ont coparrainé cette année une législation en faveur du mouvement antisémite « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS). Dans leur résolution, ces membres du Congrès comparaient de manière choquante le soutien à Israël à celui à l’Allemagne nazie. Ambassade des Etats-Unis en France
États-unis. Quand Trump voit le judaïsme comme une nationalité: Sous prétexte de combattre l’antisémitisme, le président américain signe un décret qui empêche toute critique d’Israël. L’Humanité
Le président Trump prévoit de signer mercredi un décret visant à cibler ce qu’il considère comme de l’antisémitisme sur les campus universitaires en menaçant de retenir l’argent fédéral des établissements d’enseignement qui ne parviennent pas à lutter contre la discrimination, ont déclaré mardi trois responsables de l’administration. L’ordonnance devrait effectivement interpréter  le judaïsme comme une race ou une nationalité, et pas seulement comme une religion, pour inciter une loi fédérale pénalisant les collèges et universités qui se dérobent à leur responsabilité à favoriser un climat ouvert pour les étudiants issus de minorités. Ces dernières années, le boycott, le désinvestissement et les sanctions – ou B.D.S. – le mouvement contre Israël a troublé certains campus, laissant certains étudiants juifs se sentir importuns ou attaqués. En signant l’ordonnance, M. Trump utilisera son pouvoir exécutif pour agir là où le Congrès ne l’a pas fait, reproduisant essentiellement une législation bipartite bloquée par le Capitol Hill depuis plusieurs années. D’éminents démocrates se sont joints aux républicains pour promouvoir un tel changement de politique afin de combattre l’antisémitisme ainsi que le mouvement de boycott d’Israël. Mais les critiques se sont plaints qu’une telle politique pourrait être utilisée pour étouffer la liberté d’expression et l’opposition légitime à la politique d’Israël envers les Palestiniens au nom de la lutte contre l’antisémitisme. La définition de l’antisémitisme utilisée dans l’ordonnance correspond à celle utilisée par le Département d’État et par d’autres nations, mais elle a été critiquée comme étant trop ouverte et trop générale. Par exemple, il y est décrit comme antisémite « nier au peuple juif son droit à l’autodétermination » dans certaines circonstances et offre comme exemple de ce comportement « affirmer que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste ». (…) Les responsables de l’administration, qui ont insisté sur l’anonymat pour discuter de l’ordonnance avant son annonce officielle, ont déclaré qu’elle n’était pas destiné à étouffer la liberté d’expression. La Maison Blanche a contacté certains démocrates et groupes militants qui ont critiqué le président pour obtenir un soutien à cette décision. (…) Au fil des ans, M. Trump a été accusé de faire des remarques antisémites, de fermer les yeux sur les tropes antisémites ou d’enhardir les suprémacistes blancs comme ceux de Charlottesville, en Virginie, en 2017. Le week-end dernier, il a été critiqué pour ses propos tenus en Floride devant le Conseil israélo-américain au cours de laquelle il a déclaré au public juif qu’ils n’étaient « pas des gens sympas » mais qu’ils appuieraient sa réélection parce que « vous n’allez pas voter pour l’impôt sur la fortune ». Mais il s’est également positionné comme un partisan indéfectible d’Israël et un champion des Juifs américains, en déplaçant l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, en soutenant les colonies en Cisjordanie et en reconnaissant la saisie des hauteurs du Golan. Il a également agressé la représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, lorsqu’elle a déclaré que le soutien à Israël était « tout au sujet des Benjamins », ce qui signifie de l’argent. (…) L’ordonnance à signer par M. Trump habiliterait le Département de l’éducation à de telles actions. En vertu du titre VI de la loi sur les droits civils de 1964, le ministère peut retenir le financement de tout collège ou programme éducatif qui établit une discrimination «fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale». La religion n’était pas incluse dans les catégories protégées, donc l’ordre de Donald Trump aura pour effet d’embrasser un argument selon lequel les Juifs sont un peuple ou une race d’origine nationale collective au Moyen-Orient, comme les Italo-Américains ou les Polonais américains. La définition de l’antisémitisme qui doit être adoptée par le Département d’État et formulée à l’origine par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste comprend « une certaine perception des Juifs, qui peut être exprimée comme de la haine envers les Juifs ». Cependant, elle ajoute que « des critiques d’Israël similaires à ce niveau contre tout autre pays ne peut pas être considéré comme antisémite ». (…) Bien qu’un ordre exécutif ne soit pas aussi permanent que la législation et puisse être annulé par le prochain président, l’action de M. Trump peut avoir pour effet d’étendre la politique au-delà de son administration, car ses successeurs peuvent trouver politiquement peu attrayant de le renverser. NYT
President Trump plans to sign an executive order on Wednesday targeting what he sees as anti-Semitism on college campuses by threatening to withhold federal money from educational institutions that fail to combat discrimination, three administration officials said on Tuesday. The order will effectively interpret Judaism as a race or nationality, not just a religion, to prompt a federal law penalizing colleges and universities deemed to be shirking their responsibility to foster an open climate for minority students. NYT
In an alternate universe, the idea of a presidential order designed to protect Jews from discrimination on college campuses would not necessarily create a firestorm of mutual recrimination and internecine political warfare. True, there is no consensus on whether “Jewish” is a religious, cultural, ethnic, or national identity. Most often, it is framed as a combination of at least three, but not always and certainly not in the views of all the various denominations and sects that accept the appellation. But there is no question that anti-Semitic acts are increasing across the United States, and they are being undertaken by people who could not care less about these distinctions. And there is nothing inherently objectionable about using the power of the federal government to try to protect people, including college students, from those incidents’ consequences. But in this universe, the guy who ordered this protection, Donald Trump, has revealed himself repeatedly to be an inveterate anti-Semite. (…) That’s on the one hand. On the other, Trump has been a perfect patsy for Israel’s right-wing government and its supporters in what is misnamed the American “pro-Israel” community. While previous presidents sought, without much success, to restrain Israel on behalf of a hoped-for future peace agreement with the Palestinians, Trump has given that nation’s most corrupt and extremist leadership in its 71-year-history carte blanche—peace and the Palestinians be damned. If the simultaneous embrace of anti-Semitism at home and philo-Semitism when it comes to Israel strikes one as contradictory, this is a mistake. Trump, like so many of today’s elected “populists,” sees considerable advantage in playing to hometown prejudices for personal gain while boosting Israel as a bulwark against worldwide Islam, which many of the president’s supporters consider an even greater offense to Christian belief than Jews are. Jews may be greedy and disloyal at home, but as long as Israel is out there kicking the shit out of the Arabs, it’s a trade-off that right-wing autocrats and their neofascist followers can get behind. (…) But the issue of the executive order is complicated by the fact that it is understood by all to be a means for the federal government to step in and quash the intensifying criticism of Israel on college campuses—most notably, criticism that takes the form of the boycott, divestment, and sanctions movement, or BDS. And it does this in part by insisting, as Jared Kushner recently argued in a New York Times op-ed, that all “anti-Zionism is anti-Semitism.” I’ve been an outspoken critic of the academic BDS movement for some time now. But if you ask me, the movement has been a spectacular failure in every respect, save one: It has succeeded in turning many college campuses into anti-Israel inculcation centers and therefore has scared the bejesus out of the Jewish parents paying for their kids to attend them. At the same time—even if you allow that occasional anti-Semitic comments and actions by some of BDS’s supporters are outliers and not indicative of most of its followers—I find the idea and, even more so, the practice of an academic boycott to be undeniably contradictory to universities’ philosophical commitment to freedom of expression and ideas. Nonetheless, the explicit and intellectually indefensible equation of anti-Zionism with actionable anti-Semitism is an obvious offense to the notion of freedom of expression, however much it cheers the tiny hearts of right-wing Jews and other Trump defenders. Jewish students already had all the protections they needed before Trump’s executive order. Title VI of the Civil Rights Act covers discrimination on the basis of a “group’s actual or perceived ancestry or ethnic characteristics” or “actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.” The New York Times’ early, inaccurate reporting on the executive order, in which the paper falsely stated that the order would “effectively interpret Judaism as a race or nationality,” deserves special mention here for creating the panic. But the result of the entire episode is that, yet again, the Trump administration has placed a stupid, shiny object before the media, and the hysteria that has ensued has divided Americans, Jews, liberals and conservatives, and free speech and human rights activists, all while the administration continues its relentless assault on our democracy and better selves. The Nation
US President Donald Trump thinks that anti-Semitism is a serious problem in America. But Trump is not so much concerned about neo-Nazis who scream that Jews and other minorities “will not replace us,” for he thinks that many white supremacists are “very fine people.” No, Trump is more worried about US college campuses, where students call for boycotts of Israel in support of the Palestinians. (…) In the first years of the Jewish state, Israel was popular among many leftists, because it was built on socialist ideas. Left-wing opinion in Europe and the United States began to turn against Israel after the Six-Day War in 1967, when Arab territories were occupied by Israeli troops. More and more, Israel came to be seen as a colonial power, or an apartheid state. One may or may not agree with that view of Israel. But few would deny that occupation, as is usually the case when civilians are under the thumb of a foreign military power, has led to oppression. So, to be a strong advocate for Palestinian rights and a critic of Israeli policies, on college campuses or anywhere else, does not automatically make one an anti-Semite. But there are extreme forms of anti-Zionism that do. The question is when that line is crossed. Some would claim that it is anti-Semitic to deny Jews the right to have their own homeland. This is indeed one of the premises of Trump’s presidential order. There are also elements on the radical left, certainly represented in educational institutions, who are so obsessed by the oppression of Palestinians that they see Israel as the world’s greatest evil. Just as anti-Semites in the past often linked Jews with the US, as the twin sources of rootless capitalist malevolence, some modern anti-Zionists combine their anti-Americanism with a loathing for Israel.In the minds of certain leftists, Israel and its American big brother are not just the last bastions of racist Western imperialism. The idea of a hidden Jewish capitalist cabal can also enter left-wing demonology as readily as it infects the far right. This noxious prejudice has haunted the British Labour Party, something its leader, Jeremy Corbyn, has consistently failed to recognize.In short, anti-Zionism can veer into anti-Semitism, but not all critics of Israel are anti-Zionist, and not all anti-Zionists are prejudiced against Jews.Quite where people stand on this issue depends heavily on how they define a Jew – a source of endless vagueness and confusion. (…)There is, in any case, something ill-conceived about the stress on race and nationhood in Trump’s order on combating anti-Semitism. Israel is the only state claiming to represent all Jews, but not all Jews necessarily identify with Israel. Some even actively dislike it. Trump’s order might suggest that such people are renegades, or even traitors. This idea might please Israel’s current government, but it is far from the spirit of the Halakha, or even from the liberal idea of citizenship.Defining Jews as a “race” is just as much of a problem. Jews come from many ethnic backgrounds: Yemenite, Ethiopian, Russian, Moroccan, and Swedish Jews are hard to pin down as a distinctive ethnic group. Hitler saw Jews as a race, but that is no reason to follow his example.To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake. Extreme anti-Zionists may be a menace; all extremists are. But they should be tolerated, as long as their views are peacefully expressed. To stifle opinions on campuses by threatening to withhold funds runs counter to the freedom of speech guaranteed by the US Constitution. This is, alas, not the only sign that upholding the constitution is not the main basis of the current US administration’s claim to legitimacy. Ian Buruma
Donald Trump has a knack for taking some of humanity’s most problematic ideas and turning them on their head to make them even worse. He has done it again. On Wednesday, he signed an executive order that will allow federal funds to be withheld from colleges where students are not protected from anti-Semitism—using an absurdly defined version of what constitutes anti-Semitism. Recent precedent and the history of legislative efforts that preceded the executive order would suggest that its main targets are campus groups critical of Israeli policies. What the order itself did not make explicit, the President’s son-in-law did: on Wednesday, Jared Kushner published an Op-Ed in the Times in which he stressed that the definition of anti-Semitism used in the executive order “makes clear what our administration has stated publicly on the record: Anti-Zionism is anti-Semitism.” Both Kushner and the executive order refer to the definition of anti-Semitism that was formulated, in 2016, by the International Holocaust Remembrance Alliance; it has since been adopted by the State Department. The definition supplies examples of anti-Semitism, and Kushner cited the most problematic of these as the most important: “the targeting of the state of Israel, conceived as a Jewish collectivity”; denial to “the Jewish people their right to self-determination, e.g. by claiming that the existence of a state of Israel is a racist endeavor”; and comparing “contemporary Israeli policy to that of the Nazis.” All three examples perform the same sleight of hand: they reframe opposition to or criticism of Israeli policies as opposition to the state of Israel. And that, says Kushner, is anti-Semitism. To be sure, some people who are critical of Israeli policies are opposed to the existence of the state of Israel itself. And some of those people are also anti-Semites. I am intimately familiar with this brand of anti-Semitism, because I grew up in the Soviet Union, where anti-Zionist rhetoric served as the propaganda backbone of state anti-Semitism. The word “Zionist,” when deployed by Pravda, served as incitement to violence and discrimination against Soviet Jews. All of this can be true at the same time that it is also true that Israel has effectively created an apartheid state, in which some Palestinians have some political rights and the rest have none. Human-rights organizations such as Breaking the Silence and B’Tselem—Israeli groups, founded and run by Jews—continue to document harrowing abuse of Palestinians in Israel, the occupied West Bank, and Gaza. One does not have to be an anti-Semite to be an anti-Zionist, but one certainly can be both an anti-Semite and an anti-Zionist. Trump, however, has inverted this formula by positioning himself as a pro-Zionist anti-Semite. Masha Gessen (New Yorker)
The key point we were making is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination. Sam Bagenstos (University of Michigan Law School)
The text of the order, which leaked on Wednesday, does not redefine Judaism as a race or nationality. It does not claim that Jews are a nation or a different race. The order’s interpretation of Title VI—insofar as the law applies to Jews—is entirely in line with the Obama administration’s approach. It only deviates from past practice by suggesting that harsh criticism of Israel—specifically, the notion that it is “a racist endeavor”—may be used as evidence to prove anti-Semitic intent. There is good reason, however, to doubt that the order can actually be used to suppress non-bigoted disapproval of Israel on college campuses. Title VI bars discrimination on the basis of “race, color or national origin” in programs that receive federal assistance—most notably here, educational institutions. It does not prohibit discrimination on the basis of religion, an omission that raises difficult questions about religions that may have an ethnic component. For example, people of all races, ethnicities, and nationalities can be Muslim. But Islamophobia often takes the form of intolerance against individuals of Arab or Middle Eastern origin. If a college permits rampant Islamophobic harassment on campus, has it run afoul of Title VI? In a 2004 policy statement, Kenneth L. Marcus—then–deputy assistant secretary for enforcement at the Department of Education’s Office of Civil Rights—answered that question. “Groups that face discrimination on the basis of shared ethnic characteristics,” Marcus wrote, “may not be denied the protection” under Title VI “on the ground that they also share a common faith.” Put differently, people who face discrimination because of their perceived ethnicity do not lose protection because of their religion. The Office of Civil Rights, Marcus continued, “will exercise its jurisdiction to enforce the Title VI prohibition against national origin discrimination, regardless of whether the groups targeted for discrimination also exhibit religious characteristics. Thus, for example, OCR aggressively investigates alleged race or ethnic harassment against Arab Muslim, Sikh and Jewish students.” The Obama administration reaffirmed this position in a 2010 letter written by Assistant Attorney General Thomas E. Perez, who is now the chair of the Democratic National Committee. “We agree,” Perez wrote, with Marcus’ analysis. “Although Title VI does not prohibit discrimination on the basis of religion, discrimination against Jews, Muslims, Sikhs, and members of other religious groups violates Title VI when that discrimination is based on the group’s actual or perceived shared ancestry or ethnic characteristics, rather than its members’ religious practice.” Perez added that Title VI “prohibits discrimination against an individual where it is based on actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.” On Wednesday, I asked Perez’s former principal deputy, Sam Bagenstos—now a professor at University of Michigan Law School—whether he felt this reasoning equated any religious group of a nationality or race. “The key point we were making,” he told me, “is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination.” Trump’s executive order mostly just reaffirms the current law. Trump’s EO does not deviate from this understanding of the overlap between discrimination on the basis of race or nationality and discrimination against religion. It only changes the law insofar as it expands the definition of anti-Semitism that may run afoul of Title VI. In assessing potential violations, the order directs executive agencies to look to the International Holocaust Remembrance Alliance’s definition—chiefly “hatred toward Jews” directed at individuals, their property, their “community institutions and religious facilities.” Agencies must also refer to the IHRA’s “Contemporary Examples of Anti-Semitism.” That list contains a number of obvious, unobjectionable examples. But it also includes two more controversial examples: “Denying the Jewish people their right to self-determination, e.g., by claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor,” and “Applying double standards by requiring of it a behavior not expected or demanded of any other democratic nation.” To the extent that anyone is alarmed by Wednesday’s order, these examples should be the focus of their concern. A tendentious reading of this rule could theoretically get students in trouble for severe condemnation of Israeli policy, even when it does not cross the line into a condemnation of Jews. But the order only directs agencies to consider the IHRA’s list “to the extent that any examples might be useful as evidence of discriminatory intent.” In other words, applying double standards to Israel alone would not trigger a Title VI investigation. Instead, the IHRA’s list would only come into play after an individual is accused of overt anti-Semitism with an ethnic component, and then only as evidence of bigoted intent. Moreover, the order states that agencies “shall not diminish or infringe upon any right protected under Federal law or under the First Amendment” in enforcing Title VI. Because political criticism of Israel is plainly protected speech, the impact of the order’s revised definition of anti-Semitism will likely be limited. In fact, it’s unclear whether Wednesday’s order will have any impact, given that it mostly just reaffirms the current law. The New York Times’ reporting provoked anger among many Jews, who feared that an order to “effectively interpret Judaism as a race or nationality” would stoke anti-Semitism. But the order does no such thing. It restates the federal government’s long-standing interpretation of Title VI to encompass some anti-Jewish bias. And it raises the faint possibility that, in some case down the road, a student’s sharp criticism of Israel may be used as evidence of anti-Semitic intent after he has been accused of targeting Jews because of their perceived race or nationality. Is this order red meat for Republicans who believe colleges are increasingly hostile to Jews? Probably. Will it quash the pro-Palestine movement on campuses or impose an unwanted classification on American Jews? Absolutely not.

Plus raciste que moi, tu meurs !

En cette première journée d’Hanoukah, la Fête des lumières juive célébrant la reconsécration du Temple par les Maccabées en décembre 165 avant notre ère suite à sa désécration par le roi Séleucide (syrien descendant des généraux d’Alexandre) Antiochus (ou Antiochos) IV dit Epiphane …

Qui derrière la tentative d’héllénisation forcée et les mesures d’une sorte de génocide culturel …

Et la véritable crise identitaire que déclencha, avant celle des Romains puis la nôtre aujourd’hui, cette première mondialisation …

Vit en fait au sein même d’Israël non seulement une révolte fiscale…

Mais une véritable guerre civile entre factions opposées du judaïsme (héllenisés contre traditionalistes) …

Les premiers allant jusqu’à faire appel à la puissante occupante des Séleucides pour arbitrer le conflit …

Et au lendemain de la retentissante et réjouissante remise aux poubelles de l’histoire par le peuple britannique …

De la véritable institutionnalisation de l’antisémitisme, derrière le parti de Jeremy Corbyn, de toute une gauche européenne et américaine …

Comment ne pas voir rejouer sous nos yeux, toutes proportions gardées, cette même guerre culturelle …

Au sein même de la communauté juive aussi bien américaine que mondiale …

Et, 70 ans après sa re-création, ce même refus d’une souveraineté juive restaurée

Suite aux premières fuites (d’un toujours aussi zélé NYT ayant conclu un peu hâtivement à une assimilation qui y aurait été faite du judaïsme à une race ou un groupe ethnique) d’un décret que vient de publier le président Trump contre l’antisémitisme  …

Qui, entre appels au boycott d’Israël et intimidation de toute parole pro-israélienne, continue ses ravages sur les campus américains …

Et comment ne pas découvrir horrifié derrière l’interdiction de l’antisionisme …

L’opposition à un « Etat d’apartheid » ne pouvant être, y compris on le sait à coup d’associations au nazisme, qualifié de racisme …

L’abomination de cette nouvelle race de super-racistes …

A savoir celle du… sioniste antisémite ?

Trump’s Racist Ban on Anti-Semitism
To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake.
Ian Buruma
Project syndicate
Dec 13, 2019

NEW YORK – US President Donald Trump thinks that anti-Semitism is a serious problem in America. But Trump is not so much concerned about neo-Nazis who scream that Jews and other minorities “will not replace us,” for he thinks that many white supremacists are “very fine people.” No, Trump is more worried about US college campuses, where students call for boycotts of Israel in support of the Palestinians.

Trump just signed an executive order requiring that federal money be withheld from educational institutions that fail to combat anti-Semitism. Since Jews are identified in this order as a discriminated group on the grounds of ethnic, racial, or national characteristics, an attack on Israel would be anti-Semitic by definition. This is indeed the position of Jared Kushner, Trump’s Jewish son-in-law, who believes that “anti-Zionism is anti-Semitism.”There are, of course, as many forms of anti-Semitism as there are interpretations of what it means to be Jewish. When Trump and his supporters rant in campaign rallies about shadowy cabals of international financiers who undermine the interests of “ordinary, decent people,” some might interpret that as a common anti-Semitic trope, especially when an image of George Soros is brandished to underline this message. Trump even hinted at the possibility that the liberal Jewish human rights promoter and philanthropist was deliberately funding “caravans” of refugees and illegal aliens so that they could spread mayhem in the US. In Soros’s native Hungary, attacks on him as a cosmopolitan enemy of the people are unmistakably anti-Semitic.Conspiracy theories about sinister Jewish power have a long history. The Protocols of the Elders of Zion, a Russian forgery published in 1903, popularized the notion that Jewish bankers and financiers were secretly pulling the strings to dominate the world. Henry Ford was one of the more prominent people who believed this nonsense.The history of extreme anti-Zionism is not so long. In the first years of the Jewish state, Israel was popular among many leftists, because it was built on socialist ideas. Left-wing opinion in Europe and the United States began to turn against Israel after the Six-Day War in 1967, when Arab territories were occupied by Israeli troops. More and more, Israel came to be seen as a colonial power, or an apartheid state.One may or may not agree with that view of Israel. But few would deny that occupation, as is usually the case when civilians are under the thumb of a foreign military power, has led to oppression. So, to be a strong advocate for Palestinian rights and a critic of Israeli policies, on college campuses or anywhere else, does not automatically make one an anti-Semite. But there are extreme forms of anti-Zionism that do. The question is when that line is crossed.

Some would claim that it is anti-Semitic to deny Jews the right to have their own homeland. This is indeed one of the premises of Trump’s presidential order. There are also elements on the radical left, certainly represented in educational institutions, who are so obsessed by the oppression of Palestinians that they see Israel as the world’s greatest evil. Just as anti-Semites in the past often linked Jews with the US, as the twin sources of rootless capitalist malevolence, some modern anti-Zionists combine their anti-Americanism with a loathing for Israel.

In the minds of certain leftists, Israel and its American big brother are not just the last bastions of racist Western imperialism. The idea of a hidden Jewish capitalist cabal can also enter left-wing demonology as readily as it infects the far right. This noxious prejudice has haunted the British Labour Party, something its leader, Jeremy Corbyn, has consistently failed to recognize.In short, anti-Zionism can veer into anti-Semitism, but not all critics of Israel are anti-Zionist, and not all anti-Zionists are prejudiced against Jews.Quite where people stand on this issue depends heavily on how they define a Jew – a source of endless vagueness and confusion. According to Halakha, or Jewish law, anyone with a Jewish mother, or who has converted to Judaism, is Jewish. That is the general Orthodox view. But more liberal Reform Jews allow Jewish identity to pass through the father as well.On the other hand, while most Orthodox Jews consider a person to be Jewish even if they convert to another religion, Reform Jews do not. Israel’s Law of Return grants “every Jew” the right to immigrate, but refrains from defining Jewishness. Since 1970, even people with one Jewish grandparent have been eligible to become Israeli citizens. In the infamous Nuremberg laws, promulgated by the Nazis in 1935, people with only one Jewish parent could retain German citizenship, while “full” Jews could not.The whole thing is so complicated that Amos Oz, the Israeli novelist, once sought to simplify the matter as follows: “Who is a Jew? Everyone who is mad enough to call himself or herself a Jew, is a Jew.”There is, in any case, something ill-conceived about the stress on race and nationhood in Trump’s order on combating anti-Semitism. Israel is the only state claiming to represent all Jews, but not all Jews necessarily identify with Israel. Some even actively dislike it. Trump’s order might suggest that such people are renegades, or even traitors. This idea might please Israel’s current government, but it is far from the spirit of the Halakha, or even from the liberal idea of citizenship.Defining Jews as a “race” is just as much of a problem. Jews come from many ethnic backgrounds: Yemenite, Ethiopian, Russian, Moroccan, and Swedish Jews are hard to pin down as a distinctive ethnic group. Hitler saw Jews as a race, but that is no reason to follow his example.To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake. Extreme anti-Zionists may be a menace; all extremists are. But they should be tolerated, as long as their views are peacefully expressed. To stifle opinions on campuses by threatening to withhold funds runs counter to the freedom of speech guaranteed by the US Constitution. This is, alas, not the only sign that upholding the constitution is not the main basis of the current US administration’s claim to legitimacy.

Voir aussi:

The Real Purpose of Trump’s Executive Order on Anti-Semitism
The President’s new order will not protect anyone against anti-Semitism, and it’s not intended to. Its sole aim is to quash the defense—and even the discussion—of Palestinian rights.
Masha Gessen
The New Yorker
December 12, 2019

Donald Trump has a knack for taking some of humanity’s most problematic ideas and turning them on their head to make them even worse. He has done it again. On Wednesday, he signed an executive order that will allow federal funds to be withheld from colleges where students are not protected from anti-Semitism—using an absurdly defined version of what constitutes anti-Semitism. Recent precedent and the history of legislative efforts that preceded the executive order would suggest that its main targets are campus groups critical of Israeli policies. What the order itself did not make explicit, the President’s son-in-law did: on Wednesday, Jared Kushner published an Op-Ed in the Times in which he stressed that the definition of anti-Semitism used in the executive order “makes clear what our administration has stated publicly on the record: Anti-Zionism is anti-Semitism.”

Both Kushner and the executive order refer to the definition of anti-Semitism that was formulated, in 2016, by the International Holocaust Remembrance Alliance; it has since been adopted by the State Department. The definition supplies examples of anti-Semitism, and Kushner cited the most problematic of these as the most important: “the targeting of the state of Israel, conceived as a Jewish collectivity”; denial to “the Jewish people their right to self-determination, e.g. by claiming that the existence of a state of Israel is a racist endeavor”; and comparing “contemporary Israeli policy to that of the Nazis.” All three examples perform the same sleight of hand: they reframe opposition to or criticism of Israeli policies as opposition to the state of Israel. And that, says Kushner, is anti-Semitism.

To be sure, some people who are critical of Israeli policies are opposed to the existence of the state of Israel itself. And some of those people are also anti-Semites. I am intimately familiar with this brand of anti-Semitism, because I grew up in the Soviet Union, where anti-Zionist rhetoric served as the propaganda backbone of state anti-Semitism. The word “Zionist,” when deployed by Pravda, served as incitement to violence and discrimination against Soviet Jews. All of this can be true at the same time that it is also true that Israel has effectively created an apartheid state, in which some Palestinians have some political rights and the rest have none. Human-rights organizations such as Breaking the Silence and B’Tselem—Israeli groups, founded and run by Jews—continue to document harrowing abuse of Palestinians in Israel, the occupied West Bank, and Gaza.

In August, I went on a tour designed by Breaking the Silence that aims to show Israelis and foreigners what the occupation looks like. This particular tour ended in a Palestinian village which has been largely overtaken by an Israeli settlement that is illegal under international law. One of the Palestinian houses ended up on territory claimed by the settlers, so the settlers built a chain-link cage around the house, the yard, and the driveway. A young Palestinian child, who is growing up in a house inside a cage, waved to us through the fencing. Comparing this sort of approach to Nazi policies may not make for the most useful argument, but it is certainly not outlandish. The memory of the Holocaust stands as a warning to humanity about the dangers of dehumanizing the other—and invoking that warning in Palestine is warranted.

One does not have to be an anti-Semite to be an anti-Zionist, but one certainly can be both an anti-Semite and an anti-Zionist. Trump, however, has inverted this formula by positioning himself as a pro-Zionist anti-Semite. He has proclaimed his support often for the state of Israel. His Administration’s policies, which have included moving the U.S. Embassy to Jerusalem and, more recently, declaring that the U.S. does not view Israeli settlements in the West Bank as illegal, have pleased the state of Israel, especially its most militantly expansionist citizens. Over the weekend, however, at the Israeli American Council National Summit, in Florida, Trump gave a speech that brimmed with Jewish stereotypes: Jews and greed, Jews and money, Jews as ruthless wheeler-dealers. “A lot of you are in the real estate business because I know you very well,” he said. « You’re brutal killers, not nice people at all.” It was the kind of stuff that requires no definitions, op-eds, or explanations—it was plain, easily recognizable anti-Semitism. And it was not the first time that Trump trafficked in anti-Semitic stereotypes. The world view behind these stereotypes, combined with support for Israel, is also recognizable. To Trump, Jews—including American Jews, some of whom vote for him—are alien beings whom he associates with the state of Israel. He finds these alien beings at once distasteful and worthy of a sort of admiration, perhaps because he ascribes to them many of the features that he also recognizes in himself.

It should come as no surprise that anti-Semitic incidents in the U.S. increased by sixty per cent during the first year of Trump’s Presidency, according to the Anti-Defamation League. The current year is on track to set a record for the number of anti-Semitic attacks. The latest appears to have occurred on Tuesday, when shooters reportedly connected to a fringe group targeted a kosher supermarket in Jersey City, killing four people.

The new executive order will not protect anyone against anti-Semitism, and it’s not intended to. Its sole aim is to quash the defense—and even the discussion—of Palestinian rights. Its victim will be free speech.

Voir également:

No, the Trump Administration Is Not Redefining Judaism as a Nationality

Its executive order on anti-Semitism won’t change much at all.

The New York Times published a bombshell report on Tuesday claiming that President Donald Trump planned to sign an executive order that interpreted Judaism “as a race or nationality” under Title VI of the Civil Rights Act of 1964. Title VI governs federally funded educational programs, so the Times warned that the order might be deployed to squelch anti-Israel speech on campus. “Mr. Trump’s order,” the Times further claimed, “will have the effect of embracing an argument that Jews are a people or a race with a collective national origin in the Middle East, like Italian Americans or Polish Americans.”

That turned out to be untrue. The text of the order, which leaked on Wednesday, does not redefine Judaism as a race or nationality. It does not claim that Jews are a nation or a different race. The order’s interpretation of Title VI—insofar as the law applies to Jews—is entirely in line with the Obama administration’s approach. It only deviates from past practice by suggesting that harsh criticism of Israel—specifically, the notion that it is “a racist endeavor”—may be used as evidence to prove anti-Semitic intent. There is good reason, however, to doubt that the order can actually be used to suppress non-bigoted disapproval of Israel on college campuses.

Title VI bars discrimination on the basis of “race, color or national origin” in programs that receive federal assistance—most notably here, educational institutions. It does not prohibit discrimination on the basis of religion, an omission that raises difficult questions about religions that may have an ethnic component. For example, people of all races, ethnicities, and nationalities can be Muslim. But Islamophobia often takes the form of intolerance against individuals of Arab or Middle Eastern origin. If a college permits rampant Islamophobic harassment on campus, has it run afoul of Title VI?

In a 2004 policy statement, Kenneth L. Marcus—then–deputy assistant secretary for enforcement at the Department of Education’s Office of Civil Rights—answered that question. “Groups that face discrimination on the basis of shared ethnic characteristics,” Marcus wrote, “may not be denied the protection” under Title VI “on the ground that they also share a common faith.” Put differently, people who face discrimination because of their perceived ethnicity do not lose protection because of their religion. The Office of Civil Rights, Marcus continued, “will exercise its jurisdiction to enforce the Title VI prohibition against national origin discrimination, regardless of whether the groups targeted for discrimination also exhibit religious characteristics. Thus, for example, OCR aggressively investigates alleged race or ethnic harassment against Arab Muslim, Sikh and Jewish students.”

The Obama administration reaffirmed this position in a 2010 letter written by Assistant Attorney General Thomas E. Perez, who is now the chair of the Democratic National Committee. “We agree,” Perez wrote, with Marcus’ analysis. “Although Title VI does not prohibit discrimination on the basis of religion, discrimination against Jews, Muslims, Sikhs, and members of other religious groups violates Title VI when that discrimination is based on the group’s actual or perceived shared ancestry or ethnic characteristics, rather than its members’ religious practice.” Perez added that Title VI “prohibits discrimination against an individual where it is based on actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.”

On Wednesday, I asked Perez’s former principal deputy, Sam Bagenstos—now a professor at University of Michigan Law School—whether he felt this reasoning equated any religious group of a nationality or race. “The key point we were making,” he told me, “is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination.”

Trump’s EO does not deviate from this understanding of the overlap between discrimination on the basis of race or nationality and discrimination against religion. It only changes the law insofar as it expands the definition of anti-Semitism that may run afoul of Title VI. In assessing potential violations, the order directs executive agencies to look to the International Holocaust Remembrance Alliance’s definition—chiefly “hatred toward Jews” directed at individuals, their property, their “community institutions and religious facilities.”

Agencies must also refer to the IHRA’s “Contemporary Examples of Anti-Semitism.” That list contains a number of obvious, unobjectionable examples. But it also includes two more controversial examples: “Denying the Jewish people their right to self-determination, e.g., by claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor,” and “Applying double standards by requiring of it a behavior not expected or demanded of any other democratic nation.” To the extent that anyone is alarmed by Wednesday’s order, these examples should be the focus of their concern. A tendentious reading of this rule could theoretically get students in trouble for severe condemnation of Israeli policy, even when it does not cross the line into a condemnation of Jews.

But the order only directs agencies to consider the IHRA’s list “to the extent that any examples might be useful as evidence of discriminatory intent.” In other words, applying double standards to Israel alone would not trigger a Title VI investigation. Instead, the IHRA’s list would only come into play after an individual is accused of overt anti-Semitism with an ethnic component, and then only as evidence of bigoted intent. Moreover, the order states that agencies “shall not diminish or infringe upon any right protected under Federal law or under the First Amendment” in enforcing Title VI. Because political criticism of Israel is plainly protected speech, the impact of the order’s revised definition of anti-Semitism will likely be limited.

In fact, it’s unclear whether Wednesday’s order will have any impact, given that it mostly just reaffirms the current law. The New York Times’ reporting provoked anger among many Jews, who feared that an order to “effectively interpret Judaism as a race or nationality” would stoke anti-Semitism. But the order does no such thing. It restates the federal government’s long-standing interpretation of Title VI to encompass some anti-Jewish bias. And it raises the faint possibility that, in some case down the road, a student’s sharp criticism of Israel may be used as evidence of anti-Semitic intent after he has been accused of targeting Jews because of their perceived race or nationality. Is this order red meat for Republicans who believe colleges are increasingly hostile to Jews? Probably. Will it quash the pro-Palestine movement on campuses or impose an unwanted classification on American Jews? Absolutely not.

Voir de même:

In an alternate universe, the idea of a presidential order designed to protect Jews from discrimination on college campuses would not necessarily create a firestorm of mutual recrimination and internecine political warfare. True, there is no consensus on whether “Jewish” is a religious, cultural, ethnic, or national identity. Most often, it is framed as a combination of at least three, but not always and certainly not in the views of all the various denominations and sects that accept the appellation. But there is no question that anti-Semitic acts are increasing across the United States, and they are being undertaken by people who could not care less about these distinctions. And there is nothing inherently objectionable about using the power of the federal government to try to protect people, including college students, from those incidents’ consequences.

But in this universe, the guy who ordered this protection, Donald Trump, has revealed himself repeatedly to be an inveterate anti-Semite. Just a few days before he issued the executive order, he told supporters of the Israeli-American Council, “You’re brutal killers, not nice people at all…. Some of you don’t like me. Some of you I don’t like at all, actually.” He went on to insist nevertheless that the Jews gathered to hear him were “going to be my biggest supporters,” because Democrats were proposing to raise taxes on the superwealthy. In other words, Jews are greedy and care only about their personal fortunes. Trump, of course, was playing to type. He, his party, and his highest-profile supporters have repeatedly demonized Jews in political advertisements, deploying age-old anti-Semitic tropes that have been used to stir up violence against vulnerable Jewish communities in Europe and elsewhere. In addition, Trump frequently implies that Jews are not “real” Americans. He tells Jews that Bibi Netanyahu is “your prime minister” and complains that Jewish Democrats—which is most Jews—are “disloyal to Israel.”

That’s on the one hand. On the other, Trump has been a perfect patsy for Israel’s right-wing government and its supporters in what is misnamed the American “pro-Israel” community. While previous presidents sought, without much success, to restrain Israel on behalf of a hoped-for future peace agreement with the Palestinians, Trump has given that nation’s most corrupt and extremist leadership in its 71-year-history carte blanche—peace and the Palestinians be damned.

If the simultaneous embrace of anti-Semitism at home and philo-Semitism when it comes to Israel strikes one as contradictory, this is a mistake. Trump, like so many of today’s elected “populists,” sees considerable advantage in playing to hometown prejudices for personal gain while boosting Israel as a bulwark against worldwide Islam, which many of the president’s supporters consider an even greater offense to Christian belief than Jews are. Jews may be greedy and disloyal at home, but as long as Israel is out there kicking the shit out of the Arabs, it’s a trade-off that right-wing autocrats and their neofascist followers can get behind.

Most American Jews understandably want no part of this devil’s bargain. They are not interested in having their patriotism questioned. They remain among the most loyal and liberal constituencies in what is left of the decidedly tattered New Deal coalition that Franklin Roosevelt constructed back in the 1930s. And most hold Trump and his alt-right supporters accountable for the atmosphere of menace that has led to horrific attacks on Jews, like the massacre at a Pittsburgh synagogue last year.

But the issue of the executive order is complicated by the fact that it is understood by all to be a means for the federal government to step in and quash the intensifying criticism of Israel on college campuses—most notably, criticism that takes the form of the boycott, divestment, and sanctions movement, or BDS. And it does this in part by insisting, as Jared Kushner recently argued in a New York Times op-ed, that all “anti-Zionism is anti-Semitism.”

I’ve been an outspoken critic of the academic BDS movement for some time now. But if you ask me, the movement has been a spectacular failure in every respect, save one: It has succeeded in turning many college campuses into anti-Israel inculcation centers and therefore has scared the bejesus out of the Jewish parents paying for their kids to attend them. At the same time—even if you allow that occasional anti-Semitic comments and actions by some of BDS’s supporters are outliers and not indicative of most of its followers—I find the idea and, even more so, the practice of an academic boycott to be undeniably contradictory to universities’ philosophical commitment to freedom of expression and ideas.

Nonetheless, the explicit and intellectually indefensible equation of anti-Zionism with actionable anti-Semitism is an obvious offense to the notion of freedom of expression, however much it cheers the tiny hearts of right-wing Jews and other Trump defenders. Jewish students already had all the protections they needed before Trump’s executive order. Title VI of the Civil Rights Act covers discrimination on the basis of a “group’s actual or perceived ancestry or ethnic characteristics” or “actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.”

The New York Times’ early, inaccurate reporting on the executive order, in which the paper falsely stated that the order would “effectively interpret Judaism as a race or nationality,” deserves special mention here for creating the panic. But the result of the entire episode is that, yet again, the Trump administration has placed a stupid, shiny object before the media, and the hysteria that has ensued has divided Americans, Jews, liberals and conservatives, and free speech and human rights activists, all while the administration continues its relentless assault on our democracy and better selves.

The president’s order would allow the government to withhold money from campuses deemed to be biased, but critics see it as an attack on free speech.

Peter Baker and

NYT

WASHINGTON — President Trump plans to sign an executive order on Wednesday targeting what he sees as anti-Semitism on college campuses by threatening to withhold federal money from educational institutions that fail to combat discrimination, three administration officials said on Tuesday.

The order will effectively interpret Judaism as a race or nationality, not just a religion, to prompt a federal law penalizing colleges and universities deemed to be shirking their responsibility to foster an open climate for minority students. In recent years, the Boycott, Divestment and Sanctions — or B.D.S. — movement against Israel has roiled some campuses, leaving some Jewish students feeling unwelcome or attacked.

In signing the order, Mr. Trump will use his executive power to take action where Congress has not, essentially replicating bipartisan legislation that has stalled on Capitol Hill for several years. Prominent Democrats have joined Republicans in promoting such a policy change to combat anti-Semitism as well as the boycott-Israel movement.

But critics complained that such a policy could be used to stifle free speech and legitimate opposition to Israel’s policies toward Palestinians in the name of fighting anti-Semitism. The definition of anti-Semitism to be used in the order matches the one used by the State Department and by other nations, but it has been criticized as too open-ended and sweeping.

For instance, it describes as anti-Semitic “denying the Jewish people their right to self-determination” under some circumstances and offers as an example of such behavior “claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor.”

Yousef Munayyer, the executive director of the U.S. Campaign for Palestinian Rights, said Mr. Trump’s order is part of a sustained campaign “to silence Palestinian rights activism” by equating opposition to Israeli treatment of Palestinians with anti-Semitism.

“Israeli apartheid is a very hard product to sell in America, especially in progressive spaces,” Mr. Munayyer said, “and realizing this, many Israeli apartheid apologists, Trump included, are looking to silence a debate they know they can’t win.”

Administration officials, who insisted on anonymity to discuss the order before its official announcement, said it was not intended to squelch free speech. The White House reached out to some Democrats and activist groups that have been critical of the president to build support for the move.

Among those welcoming the order on Tuesday was Jonathan Greenblatt, the chief executive of the Anti-Defamation League, who said the group recorded its third-highest level of anti-Semitic episodes in the United States last year.

“Of course we hope it will be enforced in a fair manner,” he said. “But the fact of the matter is we see Jewish students on college campuses and Jewish people all over being marginalized. The rise of anti-Semitic incidents is not theoretical; it’s empirical.”

David Krone, a former chief of staff to Senator Harry Reid of Nevada when he was Senate Democratic leader, has lobbied for years for such a policy change and praised Mr. Trump for taking action.

“I know people are going to criticize me for saying this,” Mr. Krone said, “but I have to give credit where credit is due.” He added, “It’s too important to let partisanship get in the way.”

Mr. Reid helped push for legislation similar to the order called the Anti-Semitism Awareness Act of 2016. It passed the Senate in December 2016 unanimously but died in the House as that session of Congress ended. It has been reintroduced by Democrats and Republicans but has made little progress to Mr. Trump’s desk.

Mr. Krone continued to work on the issue after Mr. Reid retired and reached out through a mutual friend last summer to Jared Kushner, the president’s son-in-law and senior adviser. The Jewish grandson of Holocaust survivors, Mr. Kushner embraced the idea, which also had been explored over the past year by the president’s domestic policy aides. With Mr. Kushner’s support, the White House drafted the order and Mr. Trump agreed to sign it.

Mr. Trump over the years has been accused of making anti-Semitic remarks, turning a blind eye to anti-Jewish tropes or emboldening white supremacists like those in Charlottesville, Va., in 2017. Just last weekend, he drew criticism for remarks in Florida before the Israeli American Council in which he told the Jewish audience they were “not nice people” but would support his re-election because “you’re not going to vote for the wealth tax.”

But he has also positioned himself as an unflinching supporter of Israel and a champion of Jewish Americans, moving the United States Embassy to Jerusalem, supporting settlements in the West Bank and recognizing the seizure of the Golan Heights. He also assailed Representative Ilhan Omar, Democrat of Minnesota, when she said support for Israel was “all about the Benjamins,” meaning money.

Jeremy Ben-Ami, the president of J Street, a liberal Israel advocacy group, said the president’s order was a cynical effort to crack down on critics, not to defend Jews from bias. “It is particularly outrageous and absurd for President Trump to pretend to care about anti-Semitism during the same week in which he once again publicly spouted anti-Semitic tropes about Jews and money,” he said in a statement.

The president’s action comes soon after the Education Department ordered Duke University and the University of North Carolina at Chapel Hill to remake their joint Middle East studies program on the grounds that it featured a biased curriculum. The move was part of a broader campaign by Betsy DeVos, the education secretary, and her civil rights chief, Kenneth L. Marcus, to go after perceived anti-Israel bias in higher education.

The order to be signed by Mr. Trump would empower the Education Department in such actions. Under Title VI of the Civil Rights Act of 1964, the department can withhold funding from any college or educational program that discriminates “on the ground of race, color, or national origin.” Religion was not included among the protected categories, so Mr. Trump’s order will have the effect of embracing an argument that Jews are a people or a race with a collective national origin in the Middle East, like Italian Americans or Polish Americans.

The definition of anti-Semitism to be adopted from the State Department and originally formulated by the International Holocaust Remembrance Alliance includes “a certain perception of Jews, which may be expressed as hatred toward Jews.” However, it adds that “criticism of Israel similar to that leveled against any other country cannot be regarded as anti-Semitic.”

The American Civil Liberties Union was among the groups that opposed using the definition in the 2016 legislation, deeming it overly broad. “It cannot and must not be that our civil rights laws are used in such a way to penalize political advocacy on the basis of viewpoint,” the group said in a letter to Congress at the time. Kenneth S. Stern, the original lead author of the definition, also objected to using it, saying that “students and faculty members will be scared into silence, and administrators will err on the side of suppressing or censuring speech.”

But Representative Ted Deutch, Democrat of Florida, who was among the sponsors of the 2016 legislation, wrote in an op-ed article in The Times of Israel last week that the definition “was drafted not to regulate free speech or punish people for expressing their beliefs.” Instead, he wrote, “This definition can serve as an important tool to guide our government’s response to anti-Semitism.”

Last week, a group of 80 education, civil rights and religious organizations sent a letter to Ms. DeVos complaining that some Middle East studies centers on college campuses financed by the government under Title VI have sought to boycott Israel or shut down their universities’ study abroad programs in Israel.

“Recent incidents have demonstrated the willingness of faculty across the country to implement the academic boycott of Israel on their campuses,” the letter said.

The president is expected to be joined at the signing by several prominent Republican lawmakers, including Senators Tim Scott of South Carolina and James Lankford of Oklahoma and Representative Doug Collins of Georgia. But Democrats who have advocated the legislation in the past are not expected, including Representative Jerrold Nadler of New York, who on Tuesday released articles of impeachment against Mr. Trump.

While an executive order is not as permanent as legislation and can be overturned by the next president, Mr. Trump’s action may have the effect of extending the policy beyond his administration anyway because his successors may find it politically unappealing to reverse.

Peter Baker reported from Washington, and Maggie Haberman from Hershey, Pa.

Etats-Unis/Antisémitisme – Donald Trump cible l’antisémitisme et le boycott israélien sur les campus universitaires

L’ordonnance du président permettrait au gouvernement de retenir de l’argent sur les campus réputés biaisés, mais les critiques y voient une attaque contre la liberté d’expression.

Publié le 10 décembre dans le New York Times sous le titre Trump Targets Anti-Semitism and Israeli Boycotts on College Campuses

Traduction proposée par le Crif

Le président Trump prévoit de signer mercredi un décret visant à cibler ce qu’il considère comme de l’antisémitisme sur les campus universitaires en menaçant de retenir l’argent fédéral des établissements d’enseignement qui ne parviennent pas à lutter contre la discrimination, ont déclaré mardi trois responsables de l’administration.

L’ordonnance interprétera efficacement le judaïsme comme une race ou une nationalité, et pas seulement comme une religion, pour inciter une loi fédérale pénalisant les collèges et universités réputés pour se dérober à leur responsabilité afin de favoriser un climat ouvert pour les étudiants issus de minorités. Ces dernières années, le boycott, le désinvestissement et les sanctions – ou B.D.S. – le mouvement contre Israël a troublé certains campus, laissant certains étudiants juifs se sentir importuns ou attaqués.

En signant l’ordonnance, M. Trump utilisera son pouvoir exécutif pour agir là où le Congrès ne l’a pas fait, reproduisant essentiellement une législation bipartite bloquée par le Capitol Hill depuis plusieurs années. D’éminents démocrates se sont joints aux républicains pour promouvoir un tel changement de politique afin de combattre l’antisémitisme ainsi que le mouvement de boycott d’Israël.

Mais les critiques se sont plaints qu’une telle politique pourrait être utilisée pour étouffer la liberté d’expression et l’opposition légitime à la politique d’Israël envers les Palestiniens au nom de la lutte contre l’antisémitisme. La définition de l’antisémitisme utilisée dans l’ordonnance correspond à celle utilisée par le Département d’État et par d’autres nations, mais elle a été critiquée comme étant trop ouverte et trop générale.

Par exemple, il y est décrit comme antisémite « nier au peuple juif son droit à l’autodétermination » dans certaines circonstances et offre comme exemple de ce comportement « affirmer que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste ».

Yousef Munayyer, directeur exécutif de la Campagne américaine pour les droits des Palestiniens, a déclaré que l’ordonnance de M. Trump faisait partie d’une campagne soutenue « pour faire taire l’activisme pour les droits des Palestiniens » en assimilant l’opposition au traitement israélien des Palestiniens à l’antisémitisme.

« L’apartheid israélien est un produit très difficile à vendre en Amérique, en particulier dans les espaces progressistes« , a déclaré M. Munayyer, « et réalisant cela, de nombreux apologistes de l’apartheid israélien, Trump inclus, cherchent à faire taire un débat qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas gagner… « 

Les responsables de l’administration, qui ont insisté sur l’anonymat pour discuter de l’ordonnance avant son annonce officielle, ont déclaré qu’elle n’était pas destiné à étouffer la liberté d’expression. La Maison Blanche a contacté certains démocrates et groupes militants qui ont critiqué le président pour obtenir un soutien à cette décision.

Mardi, Jonathan Greenblatt, directeur général de la Ligue anti-diffamation, a déclaré que le groupe avait enregistré son troisième épisode antisémite aux États-Unis l’année dernière.

« Bien sûr, nous espérons qu’il sera appliqué de manière équitable », a-t-il déclaré. « Mais le fait est que nous voyons des étudiants juifs sur les campus universitaires et des Juifs partout marginalisés. La montée des incidents antisémites n’est pas théorique; c’est empirique. « 

David Krone, ancien chef de cabinet du sénateur Harry Reid du Nevada lorsqu’il était leader démocrate du Sénat, a fait pression pendant des années pour un tel changement de politique et a félicité M. Trump d’avoir pris des mesures.

« Je sais que les gens vont me critiquer pour avoir dit cela », a déclaré M. Krone, « mais je dois donner du crédit là où le mérite est dû ». Il a ajouté: « Il est trop important de laisser la partisanerie faire obstacle. »

M. Reid a aidé à faire pression pour une législation similaire à l’ordonnance appelée Anti-Semitism Awareness Act of 2016. Elle a été adoptée à l’unanimité par le Sénat en décembre 2016, mais est décédée à la Chambre à la fin de cette session du Congrès. Il a été réintroduit par les démocrates et les républicains mais a peu progressé sur le bureau de M. Trump.

M. Krone a continué de travailler sur la question après que M. Reid a pris sa retraite et a contacté l’été dernier un ami commun avec Jared Kushner, gendre du président et conseiller principal. Le petit-fils juif des survivants de l’Holocauste, M. Kushner, a adopté l’idée, qui avait également été explorée au cours de l’année écoulée par les aides à la politique intérieure du président. Avec le soutien de M. Kushner, la Maison-Blanche a rédigé l’ordonnance et M. Trump a accepté de la signer.

Au fil des ans, M. Trump a été accusé de faire des remarques antisémites, de fermer les yeux sur les tropes antisémites ou d’enhardir les suprémacistes blancs comme ceux de Charlottesville, en Virginie, en 2017. Le week-end dernier, il a critiqué les propos tenus dans La Floride devant le Conseil israélo-américain au cours de laquelle il a déclaré au public juif qu’ils n’étaient « pas des gens sympas » mais qu’ils appuieraient sa réélection parce que « vous n’allez pas voter pour l’impôt sur la fortune ».

Mais il s’est également positionné comme un partisan indéfectible d’Israël et un champion des Juifs américains, en déplaçant l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, en soutenant les colonies en Cisjordanie et en reconnaissant la saisie des hauteurs du Golan. Il a également agressé la représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, lorsqu’elle a déclaré que le soutien à Israël était « tout au sujet des Benjamins », ce qui signifie de l’argent.

Jeremy Ben-Ami, président de J Street, un groupe de défense libéral d’Israël, a déclaré que l’ordre du président était un effort cynique pour réprimer les critiques, pas pour défendre les Juifs contre les préjugés. « Il est particulièrement scandaleux et absurde que le président Trump prétende se préoccuper de l’antisémitisme au cours de la même semaine au cours de laquelle il a de nouveau publiquement jeté des tropes antisémites sur les Juifs et l’argent », a-t-il déclaré dans un communiqué.

L’action du président intervient peu de temps après que le département de l’éducation a ordonné à l’Université Duke et à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill de refaire leur programme d’études conjointes sur le Moyen-Orient au motif qu’il comportait un programme biaisé. Cette décision faisait partie d’une campagne plus large menée par Betsy DeVos, la secrétaire à l’Éducation, et son chef des droits civiques, Kenneth L. Marcus, pour s’attaquer aux préjugés anti-Israël perçus dans l’enseignement supérieur.

L’ordonnance à signer par M. Trump habiliterait le Département de l’éducation à de telles actions. En vertu du titre VI de la loi sur les droits civils de 1964, le ministère peut retenir le financement de tout collège ou programme éducatif qui établit une discrimination «fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale». La religion n’était pas incluse dans les catégories protégées, donc l’ordre de Donald Trump aura pour effet d’embrasser un argument selon lequel les Juifs sont un peuple ou une race d’origine nationale collective au Moyen-Orient, comme les Italo-Américains ou les Polonais américains.

La définition de l’antisémitisme qui doit être adoptée par le Département d’État et formulée à l’origine par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste comprend « une certaine perception des Juifs, qui peut être exprimée comme de la haine envers les Juifs« . Cependant, elle ajoute que « des critiques d’Israël similaires à ce niveau contre tout autre pays ne peut pas être considéré comme antisémite ».

L’American Civil Liberties Union faisait partie des groupes qui se sont opposés à l’utilisation de la définition dans la législation de 2016, la jugeant trop large. « Il ne peut et ne doit pas être que nos lois sur les droits civils sont utilisées de manière à pénaliser le plaidoyer politique sur la base du point de vue », a déclaré le groupe dans une lettre au Congrès de l’époque. Kenneth S. Stern, l’auteur principal de la définition, s’est également opposé à son utilisation, affirmant que « les étudiants et les professeurs seront effrayés dans le silence, et les administrateurs se tromperont du côté de la suppression ou de la censure du discours. »

Mais le représentant Ted Deutch, démocrate de Floride, qui était parmi les sponsors de la législation de 2016, a écrit dans un article d’opinion dans le Times of Israel la semaine dernière que la définition « avait été rédigée pour ne pas réglementer la liberté d’expression ou punir les gens pour avoir exprimé leur opinion ». Au lieu de cela, il a écrit: « Cette définition peut servir d’outil important pour guider la réponse de notre gouvernement à l’antisémitisme ». 

La semaine dernière, un groupe de 80 organisations de l’éducation, des droits civils et des organisations religieuses a envoyé une lettre à Mme DeVos se plaignant que certains centres d’études du Moyen-Orient sur les campus universitaires financés par le gouvernement au titre VI ont cherché à boycotter Israël ou à fermer les programmes d’études de leurs universités à l’étranger en Israël.

« Les récents incidents ont démontré la volonté des professeurs à travers le pays de mettre en œuvre le boycott universitaire d’Israël sur leurs campus », indique la lettre.

Le président devrait être rejoint lors de la signature par plusieurs éminents législateurs républicains, dont les sénateurs Tim Scott de Caroline du Sud et James Lankford d’Oklahoma et le représentant Doug Collins de Géorgie. Mais les démocrates qui ont préconisé la législation dans le passé ne sont pas attendus, y compris le représentant Jerrold Nadler de New York, qui a publié mardi des articles de destitution contre M. Trump.

Bien qu’un ordre exécutif ne soit pas aussi permanent que la législation et puisse être annulé par le prochain président, l’action de M. Trump peut avoir pour effet d’étendre la politique au-delà de son administration, car ses successeurs peuvent trouver politiquement peu attrayant à renverser.

Voir de plus:

Donald Trump signe un décret controversé pour élargir la définition de l’antisémitisme sur les campus

Alors que le décret présidentiel vise à défendre les étudiants juifs, les détracteurs de Donald Trump dénoncent une atteinte à la liberté d’expression.

Le Monde avec AFP

12 décembre 2019

Le président américain se retrouve au cœur d’une nouvelle controverse. Donald Trump a signé, mercredi 11 décembre, un décret visant à lutter contre l’antisémitisme sur les campus américains. Ce texte élargit la définition de l’antisémitisme utilisée par le ministère de l’éducation lorsqu’il fait appliquer la loi sur les droits civiques de 1964. Il ordonne en particulier d’utiliser la définition de l’antisémitisme donnée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA).

« C’est notre message aux universités : si vous voulez bénéficier des énormes sommes que vous recevez chaque année de la part de l’Etat fédéral, vous devez rejeter l’antisémitisme », a déclaré M. Trump à l’occasion d’une cérémonie à la Maison Blanche pour célébrer Hanouka, la fête des lumières. Avec ce décret, Donald Trump « défend les étudiants juifs » et « indique clairement que l’antisémitisme ne sera pas toléré », a insisté son gendre et conseiller Jared Kushner dans une tribune publiée dans le New York Times.

Un décret pour « limiter » les critiques visant Israël

Mais des défenseurs de la liberté d’expression redoutent qu’une définition trop large et trop vague de l’antisémitisme soit utilisée pour interdire tous les propos critiques envers la politique du gouvernement israélien.

Pour Jeremy Ben-Ami, président de l’organisation progressiste juive J-Street, le décret présidentiel « semble moins destiné à combattre l’antisémitisme qu’à limiter la liberté d’expression et sévir sur les campus contre les critiques visant Israël ».

Voir encore:

Ambassade des Etas-Unis en France

« Le poison vil et haineux de l’antisémitisme doit être condamné et combattu quel que soit le lieu et le moment auquel il surgit. »

Président Donald J. Trump

COMBATTRE L’ANTISÉMITISME : Le président Donald J. Trump prend un décret présidentiel pour renforcer la lutte contre la montée de l’antisémitisme aux États-Unis.

  • Le décret du président Trump indique clairement que le Titre VI de la loi sur les droits civils de 1964 s’applique à la discrimination antisémite fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale.
  • Dans le cadre de l’application du Titre VI contre la discrimination antisémite dissimulée, les agences se référeront à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) ainsi que ses exemples contemporains.
  • Le président demande également aux agences fédérales d’identifier d’autres moyens par lesquels le gouvernement peut utiliser ses pouvoirs en matière de lutte contre la discrimination pour combattre l’antisémitisme.
  • Cette action démontre en outre l’engagement indéfectible du président Trump et de son administration à lutter contre toutes les formes d’antisémitisme.

LUTTER CONTRE LA MONTÉE DE LA HAINE : Ces dernières années, les Américains ont assisté à une augmentation inquiétante des incidents antisémites et à une montée de la rhétorique correspondante dans l’ensemble du pays.

  • Au cours des quelques dernières années, on a assisté à une tendance inquiétante à la montée de l’antisémitisme aux États-Unis.
  • Les incidents antisémites se sont multipliés en Amérique depuis 2013, en particulier dans les écoles et sur les campus universitaires.
  • Il s’agit en particulier d’actes de violence horribles à l’encontre de Juifs américains et de synagogues aux États-Unis.
  • 18 membres démocrates du Congrès ont coparrainé cette année une législation en faveur du mouvement antisémite « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS).
    • Dans leur résolution, ces membres du Congrès comparaient de manière choquante le soutien à Israël à celui à l’Allemagne nazie.

AGIR : Le président Trump et son administration ont pris des mesures à plusieurs reprises pour lutter contre la haine et soutenir la communauté juive.

  • Lors du discours sur l’état de l’Union de cette année, le président Trump a promis de « ne jamais ignorer le vil poison de l’antisémitisme ou ceux qui répandent cette idéologie venimeuse ».
  • Depuis janvier 2017, la division des droits civils du département de la Justice a obtenu 14 condamnations dans des affaires d’attentats ou de menaces contre des lieux de culte.
    • La division a également obtenu 11 condamnations dans des affaires de crimes motivés par la haine en raison des convictions religieuses des victimes.
  • Le département de la Justice a lancé un nouveau site web complet qui constitue un portail centralisé permettant aux forces de l’ordre, aux médias, aux groupes de défense des droits et à d’autres organismes d’accéder à des ressources sur les crimes motivés par la haine.
  • Le service des relations avec la communauté du département de la Justice a facilité 17 forums axés sur la protection des lieux de culte et la prévention des crimes motivés par la haine depuis septembre 2018.
  • Le président a signé la loi JUST Act en faveur des efforts de restitution à la suite de l’Holocauste.
  • L’administration Trump a expulsé le dernier criminel nazi connu des États-Unis.
    Voir enfin:

    NYT

    WASHINGTON — The House, brushing aside Democratic voices of dissent over American policy in the Middle East, on Tuesday overwhelmingly passed a bipartisan resolution condemning the boycott-Israel movement as one that “promotes principles of collective guilt, mass punishment and group isolation, which are destructive of prospects for progress towards peace.”

    The 398-to-17 vote, with five members voting present, came after a debate that was equally lopsided; no one in either party spoke against the measure. The House’s two most vocal backers of the boycott movement — Representatives Rashida Tlaib of Michigan and Ilhan Omar of Minnesota, freshman Democrats and the first two Muslim women in Congress — did not participate in the floor debate.

    However, earlier in the day, Ms. Tlaib, who is Palestinian-American, delivered an impassioned speech in defense of the boycott movement. She branded Israel’s policies toward Palestinians “racist” and invoked American boycotts of Nazi Germany, among others, as an example of what she described as a legitimate economic protest to advance human rights around the world.

    “I stand before you as the daughter of Palestinian immigrants, parents who experienced being stripped of their human rights, the right to freedom of travel, equal treatment,” Ms. Tlaib said. “So I can’t stand by and watch this attack on our freedom of speech and the right to boycott the racist policies of the government and the state of Israel.”

    The Boycott, Divestment and Sanctions, or B.D.S., movement is intended, among other things, to pressure Israel into ending the occupation of the West Bank, and backed by some who advocate a single state with equal rights for all, instead of a Palestinian state alongside Israel. Opponents warn it would lead to the destruction of Israel as a Jewish state; during Tuesday’s debate, they repeatedly quoted from a founder of the movement, Omar Barghouti, who has argued for the creation of a “secular democratic state” and has called for Israel to “accept the dismantling of its Zionist apartheid regime.”

    “Boycotts have been previously used as tools for social justice in this very country,” said Representative Ted Deutch, Democrat of Florida and a backer of the resolution. “But B.D.S. doesn’t seek social justice. It seeks a world in which the state of Israel doesn’t exist.”

    For months, Ms. Tlaib and Ms. Omar have been the target of intense criticism for statements about Israel and Israel’s supporters that many have regarded as anti-Semitic tropes, including insinuations that Jews have dual loyalty to the United States and Israel. Ms. Omar drew the condemnation of House Democratic leaders, and was forced to apologize after invoking an ancient trope about Jews and money by suggesting that American support for Israel was “all about the Benjamins” — a reference to $100 bills.

    At a hearing last week, Ms. Omar spoke out forcefully against Israel, and the resolution.

    “We should condemn in the strongest terms violence that perpetuates the occupation, whether it is perpetuated by Israel, Hamas or individuals,” she said. “But if we are going to condemn violent means of resisting the occupation, we cannot also condemn nonviolent means.”

    Ms. Tlaib, Ms. Omar and two other freshman Democratic women of color — Representatives Ayanna S. Pressley of Massachusetts and Alexandria Ocasio-Cortez of New York — have lately been under fire from President Trump, who has accused them of being anti-American and suggested they should “go back” to their home countries, even though just one of them, Ms. Omar, was born outside the United States. Ms. Ocasio-Cortez voted against the resolution, as did a number of other progressives; Ms. Pressley voted in favor.

    The timing of the vote drew complaints from Palestinian rights activists and supporters of Ms. Omar and Ms. Tlaib, who said House Democratic leaders were effectively isolating them. Both women have also joined with Representative John Lewis, Democrat of Georgia and a civil rights icon, in introducing a measure affirming that “all Americans have the right to participate in boycotts in pursuit of civil and human rights at home and abroad,” as protected by the First Amendment.

    “They are displaying leadership even as the president is attacking and marginalizing people of color,” said Yousef Munayyer, the executive director of the U.S. Campaign for Palestinian Rights.

    But Democratic backers of Israel were eager to have their votes on record before Congress goes home for its six-week August recess. Earlier Tuesday, Representative Josh Gottheimer, an ardent supporter of Israel, was joined in his home state, New Jersey, by Elan Carr, the State Department’s envoy to combat anti-Semitism, at an event billed to address anti-Semitism.

    The coming vote proved to be a central topic.

    “There is of course nothing wrong about having a robust debate about our foreign policy, as I said, but that debate veers into something much darker when there is talk of dual loyalty or other ancient tropes,” Mr. Gottheimer said. “These are not legitimate opinions about our foreign policy. We have often seen such anti-Semitic tropes and rhetoric when it comes to the global B.D.S. movement.”

    Asked if he thought the timing of the vote was inopportune, Mr. Gottheimer said, “We should look for any moment to stand up to anti-Semitism, and I think, to me, the sooner the better.”

    Backers of the boycott movement say the resolution threatens free speech rights, and they argue that boycotts are a legitimate form of economic protest. In her remarks, Ms. Tlaib cited civil rights boycotts, boycotts of apartheid South Africa and American boycotts of Nazi Germany “in response to dehumanization, imprisonment and genocide of Jewish people” — a comment that raised eyebrows among Republicans.

    Proponents of the resolution argue that nothing in it abridges the right to free speech; indeed, House Democrats rejected a more far-reaching bill, passed by the Republican-led Senate, that would allow state and local government to break ties with companies that participate in the boycott movement.

    The chief sponsor of the Senate bill, Senator Marco Rubio, Republican of Florida, on Tuesday accused Speaker Nancy Pelosi of promoting a watered-down measure and allowing “the radical, anti-Semitic minority in the Democratic Party to dictate the House floor agenda.”

    During Tuesday’s floor debate, many Republicans, including Representative Lee Zeldin of New York and Representative Steve Scalise of Louisiana, the Republican whip, argued for the Rubio measure. But in a rare moment of House comity, both sounded eager to join with Democrats in passing the bipartisan resolution.

    “If a boycott is being used to advance freedom, that’s one we should support,” Mr. Scalise said. “But if a boycott is being used to undermine the very freedoms that exist in the only real elective democracy in the Middle East, we all need to rise up against that.”


When they see us: Dans notre société tout homme qui ne parle pas bien risque d’être condamné à mort (Just in time: Guess why a Netflix series by Obama close friend on the 30-year old Central Park Five wilding case amplifying the theme that Trump is a longtime racist just happened to come out a year and a half away from election time ?)

8 décembre, 2019

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J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale :“Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Albert Camus (préface américaine à L’Etranger, 1955)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus (discours de Suède, 1957)
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard (Critiques dans un souterrain, 1976)
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
What they’re trying to do is what the KGB under Lavrentiy Beria said to Stalin, the dictator — I’m not comparing our country to the Soviet Union — I just want to make sure it never becomes anything like that. Beria, once the Soviet deputy premier and interior minister, famously would reassure Stalin, « Show me the man and I’ll find you the crime. » And that’s what some of the Democrats are doing. They have Trump in their sights. They want to figure out a way of impeaching him and they’re searching for a crime. First, they came up with abuse of power — not a crime — it’s not in the Constitution. So now they’re saying ‘bribery,’ but they’re making it up. There is no case for bribery based on, even if all the allegations against the president were to be proved, which they haven’t been. Alan Dershowitz
I see him as the quintessential bully. Too much power truly does warp a person, even a very brilliant person who was once an authentic idealist. Like some of today’s bullies and Machiavellian politicians, he and his family benefited from the democratic society that he later scorned and tried to overpower. We can look back and use the clarity about the past to raise a warning about the present. You can experience viscerally what we lost when we let corrupt people move unchecked. What is our core national character?  Are we going to make heroes out of bullies and prioritize the achievements of power, or are we going to assert that heroism means having empathy for people’s struggles? Edward Norton
C’est une période au cours de laquelle les choses changeaient. On associe souvent New York à une ville libérale, progressive et cosmopolite. Mais dans les années 50, il y avait énormément d’anti-démocratie, de racisme, ce qui a eu un important impact sur le reste du siècle, jusqu’à aujourd’hui. Et je crois que choisir cette période m’a permis d’évoquer ce qui se passe aujourd’hui sans en parler directement. Edward Norton
In an op-ed from Tuesday’s Wall Street Journal, former New York City prosecutor Linda Fairstein responded to the recent Netflix series on the Central Park Five, and accused its producer, Ava DuVernay, of fabricating words attributed to her character, played by Felicity Huffman, to portray her as a racist who was determined to convict the teens in the face of an alleged lack of evidence against them. Fairstein began the article, titled « Netflix’s False Story of the Central Park Five, » by declaring that the series, When They See Us, is « so full of distortions and falsehoods as to be an outright fabrication, » and complained that it is « an utterly false narrative involving an evil mastermind (me) and the falsely accused (the five). » She added that it « attempts to portray me as an overzealous prosecutor and a bigot, the police as incompetent or worse, and the five suspects innocent of all charges against them. None of this is true. Fairstein listed a number of pieces of misinformation from the series and argued that there was plenty of evidence to reasonably convict them at the time, as she stood by charges that they attacked several other people in the park that same night. Among several pieces of misinformation she claimed were included in the series was that it « portrays the suspects as being held without food, deprived of their parents’ company and advice, and not even allowed to use the bathroom, » and argued that if such accusations were true, they would have come out in the pre-trial hearings or inthe lawsuit that was filed years after their release from prison. Fairstein — who was supervisor over the sex crimes unit — argued that the series exaggerates how closely involved she was in handling the case and recalled that she « did not run the investigation, and never made any of the comments the screenwriter attributes to me. » She also directly contradicted a couple of scenes involving the questioning of an underage member of the group: The film claims that when Mr. Salaam’s mother arrived and told police that her son was only 15 — meaning they could not question him without a parent in the room — I tried to stop her, demanding to see a birth certificate. The truth is that Mr. Salaam himself claimed to be 16 and even had a forged bus pass to « prove » it. When I heard his mother say he was 15, I immediately halted his questioning. This is all supported by sworn testimony. The former prosecutor also argued that there was additional evidence of their guilt: There is, for example, the African American woman who testified at the trial — and again at the 2002 reinvestigation — that when Korey Wise called her brother, he told her that he had held the jogger down and felt her breasts while others attacked her. There were blood stains and dirt on clothing of some of the five. She soon added that more than a dozen other witnesses « named some or all of the five » in helping attack other victims. It is noteworthy that, while the Netflix series depicts the five teens as innocent bystanders who merely witnessed other assailants attacking and beating up other victims in the park, the film, The Central Park Five, by Ken Burns, accepted that they were « beating up other people » in the park even while that film was devoted to defending the teens regarding the attack on the jogger, Trisha Meili. Fairstein also recalled that Salaam « testified that he had gone into the park carrying a 14-inch metal pipe — the same type of weapon that was used to bludgeon both a male school teacher and Ms. Meili. » The former prosecutor also argued that the fact that DNA testing on the semen found at the scene did not match any of the five teens did not mean that they could not have been part of the attack on her, as they were charged as « accomplices » to the person who eventually confessed to raping her, serial rapist Matias Reyes. She further recalled that « two of them admitted to climbing on top of her and siimulating intercourse, » adding that « Semen was found on the inside of their clothing, corroborating those confessions. » Fairstein concluded her article: That Ms. DuVernay ignored so much of the truth about the gang of 30 and about the suffering of their victims — and that her film includes so many falsehoods — is nonetheless an outrage. Ms. DuVernay does not define me, and her film does not speak the truth. Newsbusters
The NYPD police officer who made the first arrests in the Central Park Five investigation has condemned Netflix’s drama When They See Us as ‘lies’ and said it puts the lives of cops and prosecutors at risk. Eric Reynolds, who as a plainclothes officer arrested Raymond Santana and Kevin Richardson, tells DailyMailTV that the four-part television adaptation is so filled with errors that it is ‘malicious recreation’. He described the miniseries, produced by Robert De Niro and Oprah Winfrey and directed by Ava DuVernay, as ‘total nonsense’ that left him ‘flabbergasted’ (…) He spoke out after an outcry in the wake of the series led to prosecutors Linda Fairstein and Elizabeth Lederer losing publishing contracts, board seats and lecturing roles. Reynolds, 59, rejected criticism of the investigation, prosecution and conviction of the five for the rape of 28-year-old jogger, Patricia Meili – and particularly took issue with the portrayal of the black men as victims of a racist system. As an African American, he said, the allegations of racism cut particularly deep. (…) And he said that even the brief appearance he makes in the series, which has been watched by 23 million Netflix accounts worldwide, is pure ‘fiction,’ portraying events which simply did not happen; he was shown as a uniformed officer when he in fact wore plain clothes. He believes the series is inflammatory by depicting members of the five looking badly beaten when they were arrested. Reynolds told DailyMailTV, ‘Please, someone, show me the pictures of them. Show me the injuries, show me the black eyes, show me the swollen faces because every single one of them that came out of that precinct had none of that.’ He has shared his own recollections of the night of April 19, 1989 when more than 30 young men embarked on a violent spree of terror, and Meili was found raped and close to death in Central Park. Raymond Santana, then 14, Kevin Richardson, 14, Korey Wise, 16, Antron McCray, 15 and Yusef Salaam, 15 all confessed and were convicted of participating in multiple crimes on April 19. But the one that is remembered is Meili’s rape. In 2002 their convictions were sensationally vacated in their entirety when Matias Reyes, a serial rapist already in prison, confessed to the crime and claimed to have acted alone. The five sued New York City, said their confessions were coerced and won a $41 million payout. Supporters said they had been exonerated and the Central Park Five became synonymous with an unimaginable miscarriage of justice. When They See Us opens on the night of the ‘wilding’, where a mass of young men rushed through Central Park, casting the five very squarely as innocents caught up in events and on the fringes of any violence. Reynolds said, ‘When I saw the opening scenes it was like watching a musical. I was flabbergasted. That absolutely was not what occurred.’ The Central Park Five had their convictions vacated after serial rapist Matias Reyes admitted raping jogger Patricia Meili. His DNA matched evidence found at the scene In one scene a man, most likely a depiction of teacher John Loughlin, is shown being felled by a single punch while three of the five look on. Reynolds said, ‘It did not happen that way. They were beating him with a pipe. They beat him so savagely that both of his eyes were shut and he had a cracked skull.’ Testimony from one who was there stated that Yusef Salaam was wielding that pipe and ‘going to work on him.’ The cop who found Loughlin told Reynolds that he ‘looked like his head was dunked in a bucket of blood.’ In another scene the boys are part of a crowd halfheartedly harassing a couple on a tandem bike. Again Reynolds watched in outrage at what he said is a ‘total fiction.’ He explained, ‘The group lay in wait. They stretched out across the roadway and held hands to knock them off their bike. It was a couple on the tandem and the woman said she was scared for her life. ‘Her boyfriend just told her, ‘Put your head down and pedal as hard as you can.’ And they rode through them as they were grabbing at her clothes and by the grace of God they got away.’ Pointing to the couple attacked on their tandem he said it was the violence, not the ethnicity, of its perpetrators that mattered to police officers. He said, ‘I don’t understand how that’s a race issue if you’re in the middle of a park riding on a bike in the middle of the night and a group of males, whether they’re black, white or whatever, you know are standing on the road with the express purpose of knocking you off the bike. (…) He recalled, ‘We were getting numerous radio runs of a large crowd of black and Hispanic kids assaulting and robbing people. We had people going into the station house and cops out in the field who had gotten flagged down by civilians saying, ‘There’s a crowd of kids there. They’ve tried to assault us and thrown rocks. (…)  Reynolds recalled, ‘There were 30 of them on the move. There’s only two of us so, you know, clearly we’re not going to get all of them. Long story short we got five of them.’ Two were Raymond Santana – who had, Reynolds said, been leading the pack – and Kevin Richardson who started crying in the back of the squad car. Reynolds said, ‘He [Richardson] started crying and saying that he ‘knew who did the murder’. He said it was Antron McCray and he would tell us where he lived.’ The officers assumed he was talking about Loughlin who was beaten unconscious. (…) Reynolds’ partner asked Santana and Stephen Lopez, a member of the group he was arrested alongside, what they were doing out making trouble and why weren’t they with their girlfriends instead. According to Reynolds, ‘Santana said, ‘I already got mine,’ and they kind of laughed. I just assumed it was an in-joke. It only became significant after we learned what had happened to the jogger.’ (…) While the boys were waiting, at around 1.30am, the call came in that a female jogger had been found in the park, raped and beaten to within an inch of her life. The detectives responding to the crime had been told that Reynolds had arrested five out of a group of about 30 kids ‘wilding’ in the park. Now they instructed Reynolds not to let them go. He recalled, ‘They said, ‘Look, we don’t think these kids have anything to do with it but they were up there at the same time that she was attacked. They might have seen something so we’re going to come down and debrief them.’ Reynolds was in the room for all of those interviews. He said, ‘Their parents are there, they’re getting their rights read. We ask them what happened in the park? According to Reynolds they did not ask the kids about the rape directly. The first two kids told almost identical stories. They said they’d been in the park with a bunch of kids who were beating people up but they didn’t touch anybody Reynolds wrote them up and let them go home. Then, he said, ‘The third kid is Kevin Richardson. He’s there with his mother. We read him his rights. We ask him what happened. He said the exact same thing the other kids said – everyone else was beating people up but I didn’t touch anyone.’ Then one of the detectives noticed he had a scratch on his face. They asked him how he’d got it and at first he blamed Reynolds’s partner for the injury. When told the officer was next door and would be asked if that was true Richardson changed his story. Reynolds said, ‘He said, « Okay, it was the female jogger. » And I’ll be honest with you I almost fell off my seat because I was not expecting him to say that. ‘And then he starts to go into the story of the attack on the jogger. No coercion. We didn’t even think he was involved. He starts to give it up right there in front of us.’ Ultimately police questioned 37 boys and, contrary to Netflix’s dramatic depiction, there was nothing random or rushed in the five who were ultimately charged. They became the Central Park Five, he said, not because cops were anxious to pin the crime on someone but because they implicated themselves and each other when interviewed. In DuVernay’s drama particular attention is given to Korey Wise’s story. He is shown accompanying his friend Salaam to the station, an act of loyalty that sees him embroiled in the case when he wasn’t even on the cops’ radar. Reynolds is exasperated by this. He said: ‘Korey Wise was named by other participants in the wilding that day. We went specifically to look for him. ‘When detectives asked a couple of people in front of their building if they had seen him they said they saw him earlier and he said, « Y’all better stay away from me because the cops are after me. »‘ When they asked him why, Reynolds said, the people in front of the building stated that Wise had told them: ‘You see that woman in Central Park last night? That was us.’ (…) Reynolds points to a wealth of physical evidence that was never refuted at trial: hair and blood ‘consistent’ with the jogger’s was found on the boys’ sneakers and clothing, along with semen in the boys’ underwear. The fact that none of them claimed to be able to finish the act of penetrative sex is the reason, Reynolds said, that their semen was only found on the inside of their underwear and clothing rather than on Meili. (…) Reynolds explained, ‘Reyes comes forward to say he did it by himself and he can prove it because he knows something we don’t know. And he’s correct. ‘She had a fanny pack with her Walkman in it and he took it and he threw it away. (…) ‘But then Armstrong found that a detective had taken some notes of an interview with Korey Wise. And Korey said that there was a guy named ‘Rudy,’ who he said took her fanny pack and her Walkman.’ Reynolds believes that Rudy was Reyes and his name muddled up by Wise who has hearing difficulties. He said, ‘He told that to us on April 20, 1989, the day after. So how in the world does Korey Wise know about her fanny pack and Walkman in 1989 when Reyes says he knows about it because he was the only person there?’ (…) The report stated, ‘the most likely scenario for the events of April 19, 1989 was that the defendants came up on the jogger and subjected her to the same kind of attack, albeit with sexual overtones, that they inflicted upon other victims in the park that night. ‘Perhaps attracted to the scene by the jogger’s screams, Reyes either joined in the attack as it was ending or waited until the defendants have moved on to their next victims before descending upon her himself, raping her and inflicting upon her the brutal injuries that almost caused her death.’ Reynolds’s view is supported by both the medical opinion of Meili’s two Urgent Care Physicians at Metropolitan Hospital and the Armstrong Report. Dr Robert Kurtz is on record as saying Meili had injuries consistent with a sharp, clean blade or object while Reyes’ confession only mentioned a blunt object. Dr Kurtz noted that Reyes, ‘never said he had used a knife, or broken glass, or broken bottle or something like that that would have been able to inflict a clean laceration.  Dr Jane Mauer, a surgeon who helped reconstruct Meili’s face recalled seeing hand print bruising on her thighs Dr Mauer said, ‘You could see the four fingers and the thumb indented in her skin to hold her legs apart.’ It led her to doubt that this could be the work of one man. Moreover the Armstrong Report concluded Reyes could not be considered a reliable witness. It revealed a fellow inmate in prison with Reyes said Reyes told him ‘the attack on the jogger was already in progress when he joined, attracted to the scene by the jogger’s screams.’ Reynolds does not believe that the five should still be in prison. He said, ‘They did their time. They paid the price for what they did. You know, that’s it.’ When Bill de Blasio was elected New York City mayor in 2014 he ordered the $41 million settlement to go through for the five men. All legal action finished in 2016 when the men were awarded a further $3.9 million from New York State But despite the case now being closed, Reynolds feel the Netflix mini-series is unfairly punishing people who prosecuted the five. In the wake of the drama’s release Linda Fairstein, who supervised the prosecution, and lead prosecutor Elizabeth Lederer have both fallen victim to an angry public backlash. Fairstein, who now writes crime fiction, was dropped by her publisher. Lederer, who continues to work in the District Attorney’s office, resigned from teaching law as an adjunct at Columbia University in New York. Reynolds said, ‘It’s like mob justice. People are doing everything they can to destroy these women’s lives and they’ve done nothing wrong. They don’t even know that they’re not basing their opinions and their fury on what actually happened. (…) Reynolds believes the show falsely depicts a racist criminal justice system. He is keen to point out that growing up in Eighties New York, criminals posed the threat to public safety, not police officers. (…) He said, ‘This has got people so divided and so at each other’s throats it’s sad. Let me tell you there’s a lot of people who believe that they are guilty but they’re not going to say anything because they don’t want to get shouted down. They don’t want to be called racist.’ Daily Mail
More than three decades have passed since Jane Jacobs and Robert Caro tore down Moses’s once pristine public image, but his physical legacy remains standing. Our New York is Moses’s New York. He built 13 bridges, 416 miles of parkways, 658 playgrounds, and 150,000 housing units, spending $150 billion in today’s dollars. If you are riding the waves at Jones Beach or watching the Mets at Shea Stadium or listening to « La Traviata » at Lincoln Center or using the Triborough Bridge to get to the airport, then you are in the New York that Moses built. If we are to realize Mayor Bloomberg’s plans for a city of 9 million people with newer, greener infrastructure, then New York will again need to embrace construction and change. We will need again builders like Moses, who can put the needs of the city ahead of the opposition of a neighborhood. Yet Moses’s flaws, which were emphasized so eloquently by Jacobs and Mr. Caro, have led many to see nothing but evil in Moses and his works. Moses’s supposed villainy has established its place in the iconography of the preservationists who stand against growth. The opening of a three-part exhibition on Moses — at the Queens Museum of Art on January 28, at the Wallach Art Gallery of Columbia University on January 31, and at the Museum of the City of New York on February 1 — gives us a chance to reappraise his achievements. We should avoid the excesses of Moses’s early hagiography or his later vilification. The successes and failures of this master builder teach us that great cities need great builders, but that we must check their more Pharaonic excesses. The lessons of Moses’s life are taught by his projects. His best work, such as the parks and pools that had large benefits and modest costs, happened early in his career. When he was starting as Governor Smith’s park tsar, Moses could get public funding for his projects only if they were popular. The need to build support didn’t stop Moses from taking risks. Indeed, Smith accused Moses of wanting to « give the people a fur coat when what they need is red flannel underwear, » but Moses’s bold vision was just what the public wanted. Society was getting richer, and those parks and pools helped New York succeed as a place of consumption and as a center of production. Most of Moses’s bridges and expressways are also major successes. New York is a city of islands. The city’s waterways were ideal in the ages of sail and steam, but they became a major headache in the age of the car. Despite his lack of a driver’s license, Moses understood that New York needed to adapt to the automobile. His bridges made it easier for cars to cross between the city’s islands. His parkways made it more pleasant to drive into New York. Boston’s Big Dig should remind us that it is hard to retrofit a pre-car city for the automobile. By comparison, Moses’s achievements look cheap and effective. Some say Moses was wrong to build for the car. Some say the city should have bet exclusively on public transportation that would better serve the poor. But those critics ignore the millions of people who fled the older cities that weren’t car friendly. Every one of the 10 largest cities in the country in 1950 — except for Los Angeles and, miraculously, New York — lost at least one-fifth of its population between 1950 and today. Moses’s bridges and highways helped to keep some drivers living and working in New York. Those middle-class drivers helped New York to survive and grow, while every other large, cold city in the second half of the 20th century shrank. Not all of Moses’s transportation projects were winners. To build the Cross Bronx Expressway, Moses took thousands of apartments using the power of eminent domain. Neighborhoods were shattered as the highway smashed through a once-vibrant area. I cannot tell whether the benefits to the millions who have used the expressway outweigh the costs to the thousands who were evicted, but I am sure that the process was deeply flawed. To any friend of liberty, Robert Moses’s use of eminent domain represents big government at its most terrifying. At the stroke of a pen, entire communities can be wiped out because someone in government thinks that this removal is in the public interest. Without eminent domain, however, large-scale projects will either flounder or cost as much as the Big Dig. Mayor Bloomberg’s dream of a renewed New York will need eminent domain. But I hope that eminent domain in the post-Bloomberg era will become much fairer than it was during the era of Robert Moses. The state should develop better legal infrastructure to oversee takings. Perhaps there should be a state-level commission, independent of local government, with both elected and appointed members, that can subject each use of eminent domain to cost-benefit analysis and determine just compensation for the evicted. The right response to Moses’s excesses is not to renounce eminent domain, but to strengthen the process so that it can play its needed role. Mr. Caro criticizes Moses for catering to the prosperous by destroying low-income housing to build roads, housing, and amenities for the rich like Lincoln Center. This criticism may be apt, but the problem lies not in the man but in his situation. Moses was an appointed official whose career depended on the approval of elites, not the votes of the poor. While elected officials have an unfortunate tendency toward shortsighted populism, appointed officials have a tendency to cater to the well-connected. One of the most bizarre responses to the unelected power of Moses was to create the unelected power of the Landmarks Preservation Commission, which seems almost designed to empower the most eloquent of squeaky wheels. A better response would have been to seek pro-growth solutions that combine the involvement of appointed and elected officials. Moses’s greatest failures were his housing projects. More than 40 years ago, Jacobs attacked Moses for replacing well-functioning neighborhoods with Le Corbusier-inspired towers. She was prescient. Moses spent millions and evicted tens of thousands to create buildings that became centers of crime, poverty, and despair. A simple but stark lesson emerged from Moses’s travails as housing tsar: The government is not good at the housing business. New York is filled with apartment buildings that provide decent housing and a comfortable social environment for their residents. Almost none of them were built by the government. New York has an affordable-housing problem, but it is the result of government intervention in the housing market that has limited housing supply. Rent control and an increasingly anti-growth regulatory environment have ensured that new supply has not kept up with the demand to live in reinvigorated New York. We need people with the vision of Robert Moses building homes in New York, but they should come from a private sector that is less fettered by government constraints. Moses was at his best when he had to make sure his projects would fund themselves or would really appeal to the people of New York. When Moses acquired vast federal funding, he also acquired the freedom to pursue his own vision, and that vision wasn’t always in the interests of the city. Mr. Bloomberg’s plan for New York in 2030 needs its own Moses-like master builders, but the city will be best served if those builders are funded by and accountable to the city. Those builders must not be beholden to every neighborhood group or cadre of unelected elites. While Moses’s successes would have been impossible under such conditions, his failures could have been checked if he had faced a greater degree of citywide oversight. Edward Glaeser
La violence le long de la ligne de tramway bordée de chênes Uptown a troublé ce qui avait été jusque là une journée de festivités plutôt paisible dans laquelle des centaines de milliers de personnes avaient fait la fête dans les rues en ce dernier jour du carnaval. NYT (sur les six victimes du Mardi gras de la Nouvelle–Orléans hier soir)
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu’ »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Cologne résonne pourtant avec ce qui a pu être constaté en Egypte. On pense au film de Mohamed Diab Les Femmes du bus 678 (2011), et la façon dont des femmes subissent des attouchements. On pense à une enquête de l’écrivain et ancien journaliste du Monde Robert Solé qui décrivait les viols collectifs à répétition en Egypte (« Culture & idées » du 27 avril 2013). Des dizaines voire des centaines d’hommes se jettent sur une ou plusieurs femmes pour arracher leurs vêtements, les toucher, les pénétrer avec leurs doigts. Cette folie collective porte le nom de « taharosh ». Elle a souvent lieu lors de fêtes religieuses. Cela ressemble à ce qui s’est passé lors du soulèvement place Tahrir, au Caire, en 2011. Et cela ressemble à Cologne. Le Monde
We see more blind violence where people are attacked, ambushed and beaten up. This is terrorising our community. Jan Bøhler (Norwegian Labour Party)
Over the last month (…) Oslo’s city centre has witnessed an eruption of unprovoked attacks on random victims—most of them ethnic Norwegian men—by what police have described as youth gangs, each consisting of five to 10 young immigrants. The attacks typically take place on weekends. On Saturday, October 19, as many as 20 such attacks were recorded, with victims suffered varying degrees of injuries. One of the incidents involved a group of young men, originally from the Middle East, detained for attacking a man in his twenties in the affluent west end. According to police, the victim had been kicked repeatedly in the head while lying on the ground, in what appeared to be a random, unprovoked beating. Another victim that weekend was the uncle of Justice Minister Jøran Kallmyr, who suffered several broken ribs after being mobbed at the Romsås subway station. The following weekend in Oslo, Kurds and Turks clashed over recent developments in Turkey, and ended up looting a branch of the Body Shop on Karl Johan gate, as well as destroying several cars. Car fires also have been on the rise, though the problem has been around for years. (Even in 2013, cars were set alight in Oslo at the rate of about one per week, mostly in the city’s poorer east end.) Overall, crime rates are still low by the standards of other cities, but the recent rise in youth crime suggests that may be changing. “We see more blind violence where people are attacked, ambushed and beaten up,” said Labour Party politician Jan Bøhler to the media last month. “This is terrorising our community.” While such observations are widely shared, Bøhler is notable for being one of the few politicians on the left who’s raised his voice about rising crime among young immigrants. Oslo is the fastest growing capital city in Europe, despite the fact the country now is registering fewer births than at any time since the government started keeping track in the 19th century. About 14% of the country’s population is now composed of immigrants, with Poles, Lithuanians and Swedes topping the European migration sources; and Somalian, Pakistan, Iraq and Syria supplying the greatest number of non-OECD arrivals. Many of the immigrants congregate in Oslo, where, according to Statistics Norway, about a third of all residents are immigrants or born to immigrants. (As recently as 2004, the figure was just 22%.) In several areas, such as Stovner, Alna and Søndre Nordstrand, the figure is over 50%. According to a 2015 Statistics Norway report, “most persons with an immigrant background living in Oslo come from Pakistan (22,000), while 13-14,000 are from Poland, Sweden and Somalia. There are large differences between the districts: Persons with a background from Pakistan and Sri Lanka are most represented in [the far eastern suburbs of] Oslo.” By one 2012 estimate, 70 percent of Oslo’s first- and second-generation immigrants will have roots outside Europe by 2040, and about half of the city’s residents will be immigrants. Until now, Norway had seemed to cope well with the influx of immigrants from war-torn Muslim countries, in part because the intake levels generally were kept at a level that permitted newcomers to be integrated without overwhelming local resources. Indeed, there has been a broad consensus in Norwegian politics to keep immigration rates lower than those of comparable countries such as Sweden and Germany. Nevertheless, concerns have been rising in recent years, even if the ruling class was hesitant to discuss the issue. The country’s libertarian Progress Party (Fremskrittspartiet) has repeatedly asked the country’s statistical agency to report on the statistical relationship between crime and country of origin. In the past, Statistics Norway refused, saying that such a task was “beyond its capacity.” But this year, for the first time, such a report was published. And the numbers were clear: Immigrants from certain backgrounds—particularly Palestinians, Iraqis and Afghanis—were many times more likely to commit violent crimes than other Norwegians (including other immigrant groups). In 65 out of 80 crime categories, non-Norwegians were over-represented. The largest discrepancy was in regard to domestic violence: Immigrants from non-Western countries were found to be eight times more likely to be charged for such crimes. Rape and murder were also heavily skewed toward these immigrant groups. Worryingly, the figures showed that second-generation immigrants were more likely to be criminals than their parents. For a long time, the expression svenske tilstander—“Swedish conditions”—has been used to describe large Swedish cities such as Malmö, Gothenburg and Stockholm, which feature areas plagued by bombings, gang-related gun violence, robbery and rape. In the past, Norwegians used the expression somewhat disparagingly, insisting that such issues would never arise in Norway (while also suggesting that the situation in Sweden was itself exaggerated by those with an anti-immigration agenda). But gradually, “Swedish conditions” have seemed less distant. Heidi Vibeke Pedersen, a Labour politician representing the immigrant-heavy area of Holmlia, recently wrote a Facebook post about her own experience, which was subsequently reprinted in VG, Norway’s biggest tabloid, under the headline “We have a problem in Oslo” (…) Pedersen’s article alluded to the fact that, in the quest to maintain their own cultures, some Muslims in Norway prefer to segregate instead of integrate. The newspaper Aftenposten recently uncovered the existence of Islamic schools presenting as cultural centres. And Islamsk Råd, the Islamic Council of Norway, now has proposed a separate branch of the Barnevernet—the government-run social services responsible for children—to deal with Muslim children. The article was shared by many. But Pedersen’s use of such terms as “Norwegian-Norwegian” (or norsk-norske) didn’t sit well with progressives and community advocates. Hasti Hamidi, a writer and Socialist Party politician, and Umar Ashraf, a Holmlia resident, wrote in VG that Pedersen’s use of the term “must mean that the author’s understanding of Norwegian-ness is synonymous with white skin.” Camara Lundestad Joof, a well known anti-racist activist and writer at the Dagbladet newspaper, accused Pedersen of branding local teenagers as terrorists. Using her own hard-done-by brother as an example, she explained how, in her opinion, Norwegian society has failed non-white young people. Had he been treated better, she argues, he and others like him would fare better. (One problem with this argument is that Norway is one of the least racist countries in the world.) Of course, this tension between racial sensitivity and blunt talk on crime has existed for generations in many Western societies. But it’s a relatively new topic in Norway, which is only now embracing certain hyper-progressive academic trends. (Oslo Metropolitan University, for instance, has recently produced an expert in so-called Whiteness Studies.) In fact, some influential Norwegians apparently would prefer that Statistics Norway had never released its report on crime and immigration in the first place. This includes Oslo’s vice mayor, Kamzy Gunaratnam, who told Dagbladet, “Damn, I’m angry! I’m not interested in these numbers…We don’t have a need to set people up against each other. These are our children, our people.” But burying the truth is never a good long-term strategy for anyone, including members of immigrant communities. The more persuasive view is that these issues should be addressed candidly, while they are still manageable. Unlike many other European countries, Norway doesn’t yet have an influential far-right party. But that may change if voters see that mainstream politicians are too polite to address a problem that ordinary people all over Oslo are talking about. Quillette
Les jeunes grandissent aujourd’hui dans un environnement où les menaces et la violence sont monnaie courante, où les adultes ont parfois peur d’intervenir et où on leur dit que la police est raciste. Notre quartier est de plus en plus divisé. Nous avons des régions qui sont principalement ‘norvégiennes-norvégiennes’, et d’autres à forte majorité immigrée. Ce n’est pas cela, la diversité. Heidi Vibeke Pedersen (élue travailliste norvégienne)
Depuis plusieurs semaines, le centre-ville d’Oslo est le théâtre d’agressions gratuites, qui prennent pour cible des hommes norvégiens « de souche ». Le mode opératoire est désormais connu des policiers, qui évoquent des gangs de jeunes immigrés, dont le nombre varie entre 5 et 10 habituellement. Une vingtaine de ces attaques, d’une rare violence, ont été recensées durant le seul samedi 19 octobre. Un jeune du quartier riche de la ville avait notamment été passé à tabac, prenant plusieurs cours de pied au visage. Au même moment, l’oncle du ministre de la Justice, le jeune Jøran Kallmyr, s’est fait casser plusieurs côtes. Le week-end suivant, plusieurs voitures ont été brûlées dans des échauffourées entre communautés turque et kurde. Mais en Norvège, rares sont les politiciens à se prononcer sur la hausse de la criminalité chez les jeunes immigrés… Valeurs actuelles
The random, apparently motiveless rampage in Central Park last week that the suspects in the case called wilding was an especially ferocious version of group delinquency that is common but usually not so vicious, law-enforcement officials and psychologists said this week. A 28-year-old investment banker, who was raped and savagely beaten, remains in a coma at Metropolitan Hospital as a result of the gang violence, and at least eight other people were assaulted by members of a group that the police now say numbered between 32 and 41. Eight youths have been arraigned on charges of rape, assault and attempted murder in the case, while five charges of assault, one involving a 13-year-old suspect, have been filed in the beating of a male jogger in his 40’s, who was seriously wounded in the head with a metal pipe. He was released from St. Luke’s-Roosevelt Hospital Center over the weekend. Also, a 15-year-old has been charged with being one of 17 youths who beat and robbed a male jogger who has been identified only as wearing an Army jacket. A grand jury is expected to take up all of the cases on Thursday.  »’Wilding seems to be a new term, but it’s hardly a new activity, » said Peter Reinharz, chief prosecutor for the Family Court Division of the city’s Law Department.  »In terms of group attacks, the No. 1 crime that we’ve seen among juveniles in Family Court, at least prior to the crack invasion, is robbery 2 – that is, aided robberies, the wolf-pack robberies.  »Prior to that, » he said,  »the No. 1 crime was jostling, which is pickpocketing. But for some reason, I guess it became a little bit easier to knock the old lady over and just grab the bag rather than to reach into the pocket and hope you came out with something. So things have gotten a lot rougher in the city with respect to wolf packs. » Last year, Mr. Reinharz said, 622 wolf-pack cases were referred to Family Court, along with 139 attempted robberies of that type. In 1987, there were 608 such cases and 144 attempted wolf-pack robberies. The police quoted some of the youths questioned in the case, all of whom live in Harlem near the park, as saying that the rampage grew out of a plan to attack joggers and bicyclists in the park for fun.  »It certainly got out of control, » Mr. Reinharz said of the episode,  »but I don’t know if it was out of control for these types of kids. I think that kids like this, given what I would call their predatory nature, are people who, given the chance, would do something like this again. There really isn’t any way to control them – at least we haven’t found it in the juvenile justice system. Although Chief of Detectives Robert Colangelo said last week that the eight separate assaults on nine people seemed unrelated to money, drugs, alcohol or race, police officials said yesterday that they were investigating to what extent racial factors may have played a role in the youths’ choice of victims.  »The question of whether this was a series of bias-related incidents is being looked at very closely, » said Deputy Police Commissioner Alice T. McGillion. Police officials said that the evidence of bias consisted of testimony from victims, as well as a statement from one suspect in the rape attack, 15-year-old Yusef Salaam, who is said to have told detectives that one member of the group had suggested that they  »get a white girl. » Another 15-year-old, Jermain Robinson, who is charged with robbery of the male jogger in the Army jacket, is also said to have told detectives that youths who chased and threw stones at a white couple on a tandem bicycle had shouted racial epithets. All of those involved in the Central Park attacks are said to be black. The victims were a black man, who was briefly harassed until one youth shouted that he knew the man, two Hispanic people, – and six whites. Police investigators also said that while the other suspects had made no explicit references to racial factors, their acknowledgement that the chief target of their forays were joggers and bicyclists in the park was an indication that a racial motive was at work because, the police suggested, the majority of those who tend to use that part of the park at night tend to be white. For many psychologists, the idea of attacking people who seem to personify a level of unattainable affluence is a common pattern among particpants in wolf-pack attacks.  »From what I have been able to gether about the Central Park case, there seem to be some socioeconomic factors involved, » said Dr. Leah Blumberg Lapidus, a specialist in adolescent behavior in Columbia University’s department of clinical psychology.  »The media, especially television, is constantly advertising these various things that are necessary to define yourself, and the joggers may represent a level of socioeconomic attainment that the media has convinced everybody is necessary to have in order to be an acceptable person, » she said.  »So, to that extent, such people become a target. » On the other hand, Dr. Lapidus said, that did not explain why some of the victims were black or Hispanic. Law-enforcement officials said the the scale of the Central Park episode was reminiscent of an incident in July 1983, when gangs of youths ran amok at a Diana Ross concert in Central Park, beating and robbing scores of people. Two years later, in April 1985, a March of Dimes walkathon in which 26,000 people marched through Manhattan broke up in turmoil after packs of youths attacked and harassed dozens of people in and around Central Park, snatching chains, purses and other property. Police officials, who said Friday that none of the suspects in the park case had a criminal record, said yesterday that they had discovered that that one, 17-year-old Michael Brisco, had been on three years’ probation since December after a wolf-pack-style robbery last year. Officials said he and two others, 12 and 15 years old, had assaulted and robbed a 14-year-old on Nov. 10 on East 90th Street near Second Avenue. Authorities reported over the weekend that they were investigating the possibility that some of the participants in the park attacks had been involved in three separate robbery sprees four days earlier in East Harlem, one of which involved a stabbing. Professor Lapidus and another psychologist, Dr. Ann M. Jernberg, who is director of the Theraplay Institute of Chicago and Wilmette, Ill., both said that what they found set the park rampage apart from others were the intensity of the violence and the apparent failure of almost all of the nine accused youths to show any remorse. Police and prosecutors said they laughed and joked while in police custody, and that only one expressed any sorrow.  »This lack of awareness of the consequences of what they’ve done – almost as if they’re benumbed – is a little more extreme than what we’ve seen, » Dr. Lapidus said. For Dr. Jernberg, who traces the origin of many forms of antisocial behavior to early childhood problems in the family,  »the mob psychology that these kids were obviously caught up in protects them against remorse. » ‘You get together a group of adolescents and you’ve got the worst possible combination for trouble, » Dr. Jernberg said in a telephone interview from Chicago.  »The idea of collective violence, the risks involved, is terribly exciting, very dramatic, and sometimes all kids this age need is to see a violent movie or hear a song to encourage them. » For Mr. Reinharz, the randomness of such attacks – which he believes are largely underreported because  »people expect this kind of activity in the city » – is a component of what he called the  »predatory instincts » of youths who carry out wolf-pack behavior. NYT
En quatre épisodes, Dans leur regard reconstitue par la fiction l’affaire des “cinq de Central Park”, symbole de la violence et de l’arbitraire de la justice américaine envers les Noir.e.s. Au printemps 1989, cinq adolescents (quatre Afro-Américains et un Hispanique) ont été injustement accusés du viol et de la tentative de meurtre d’une joggeuse à Central Park. Condamnés par deux jurys successifs, ils ont passé entre six et treize ans derrière les barreaux avant que le véritable coupable ne se dénonce. Exonérés de toutes les charges en 2002, ils n’ont obtenu réparation de la part de l’Etat de New York qu’en 2014. Les Inrockuptibles
Pour ceux qui ne connaitraient pas l’affaire, elle a secoué New York et les États-Unis à la fin des années 80, et ses dernières répercussions ont eu lieu en 2014. Dans la nuit du 19 avril 1989, la joggeuse Trisha Melli est sauvagement attaquée, violée et laissée pour morte dans Central Park. La même nuit, une bande d’ados afro-américains et latinos (dont Raymond Santana et Kevin Richardson), sortis pour terrifier les promeneurs du parc, est raflée par la police et emmenée au poste. Le lendemain, trois autres jeunes (Antron McCray, Yusef Salaam, et Korey Wise) sont à leurs tours arrêtés, interrogés par les inspecteurs et poussés à avouer ce crime qu’ils n’ont jamais commis.  Les cinq garçons seront jugés coupables et jetés en prison en 1990. Il faudra attendre 2002 pour que le véritable criminel (ironie du sort, il était blanc) vienne se dénoncer et soit arrêté. La libération de Korey Wise et l’acquittement des cinq garçons suivront plus ou moins rapidement. Enfin, en 2014, ils recevront une compensation financière d’environ 40 millions de dollars. (…) Comment dépeindre, 30 ans après les faits, un New York pré-Giuliani gangréné par la drogue et les violences interraciales ? (…) Comment la presse a-t-elle a pu les jeter en pâture et les rendre coupables avant même le procès ? (…) Mais l’injustice de l’histoire de ce garçon commence bien avant le procès : au départ, il n’aurait même pas dû être arrêté. Celui qui n’était pas sur la liste de noms donnés par Raymond Santana au moment de son arrestation, celui qui s’est retrouvé au poste dans l’unique but de ne pas laisser son ami seul, est finalement celui qui a purgé la plus longue peine et a connu les conditions d’incarcération les plus difficiles – conditions auxquelles un jeune de 16 ans n’est absolument pas préparé. Le choix d’Ava DuVernay d’offrir à Korey Wise un épisode entier n’a alors rien d’étonnant. Si le calvaire du jeune garçon est de moins en moins supportable à regarder à mesure que l’épisode se déroule, c’est sans doute grâce au talent de son interprète. (…) Dans leur regard est puissante, l’injustice de son histoire et la souffrance de ses personnages font facilement passer de la rage aux larmes. En 1989, l’affaire avait pris une proportion nationale. L’attaque raciale et contre les minorités avait été mise en avant par les défenseurs des « Cinq de Central Park ». Mais Ava DuVernay se plaît à rappeler autre chose : contre eux, il y avait un milliardaire de l’immobilier (dont les bureaux bordaient le parc) maintenant président des États-Unis. Donald Trump avait payé plus de 80 000 dollars pour des pages entières dans des journaux, appelant notamment au rétablissement de la peine de mort dans l’État. Outre Donald Trump, la procureur Linda Fairstein, campée par Felicity Huffman, est également pointée du doigt. Les accusations de la réalisatrice vont même plus loin : elle serait responsable de l’arrestation et surtout de l’acharnement de la police et de la cour sur les cinq adolescents et leur famille. Aujourd’hui, l’ex-procureur reconvertie en autrice est à son tour lynchée sur la place publique (et notamment la tweetosphère). Il faut dire que devant les conditions des interrogatoires des cinq garçons, la violence verbale et physique dont ils ont (ou auraient, pour Fairstein) fait les frais, et l’instrumentalisation politique de leur incarcération, l’opportunisme de la procureur se confond facilement avec un racisme aveugle. Aujourd’hui encore, la femme dément la vision des interrogatoires que propose DuVernay et reproche à la réalisatrice d’avoir non seulement omis une grande partie des méfaits du gang cette nuit du 19 avril 1989, mais aussi de ne s’être penchée que sur l’innocence des cinq garçons. S’il fallait faire un reproche à la série émouvante et militante, on pourrait pointer du doigt sa mise en scène très classique. Comme le but n’est pas d’esthétiser, mais de redonner leur place, leur parole et leur dignité à des personnes à jamais meurtries, la réalisation use d’effets dramatiques (musique, ralentis…) pour augmenter l’empathie du spectateur. C’est un peu facile et attendu, mais rien d’étonnant de la part de la réalisatrice de Selma. Ecran large
“The fact that wilin’ became wilding, became wolf pack, became these boys are animals… I remember for the first time realizing that the news might not be true, that the news is something that you have to really think about and question. Ava DuVernay
When Donald Trump took out that full-page ad, and put them in all of New York City’s newspapers, calling for our execution, he placed a bounty on our head. Yusuf Salaam
I look at Donald Trump, and I understand him as a representation of a symptom of America. We were convicted because of the colour of our skin. People thought the worst of us. And this is all because of prominent New Yorkers – especially Donald Trump. Yusuf Salaam
Though the Central Park attacks were certainly the backdrop to Trump’s ad, his language did not presume the guilt of the defendants, whom he scarcely mentioned, and he did not call specifically for the execution of anyone. In fact, Trump demanded capital punishment only for murderers, and by the time his ad appeared, Trisha Meili was expected to survive. Moreover, Trump was hardly alone, in New York City, in expressing horror and anguish about the attack—neither the New York Times nor the Daily News objected to running the ad, after all. New York City in 1989 was under violent assault from predatory criminals. There were nine times as many murders then as now; robbery and muggings were more than ten times as frequent as they are today. Rape and felony assault were well over double today’s rates. Pack-style violence like what happened that night in Central Park was all too common. Gangs “ran amok” at a 1983 Diana Ross concert in the Park, according to the Times, “beating and robbing scores of people.” In 1985, a March of Dimes walkathon was broken up around Central Park when “packs of youth attacked and harassed dozens of people,” stealing jewelry and pocketbooks. David Dinkins, running against Ed Koch in the 1989 Democratic primary for mayor, called for “anti-wilding” legislation in the wake of the Central Park Jogger attack. He won the general election against Rudy Giuliani in part for his promise to be tough on crime. Trump’s ad, though cast as a brutal call for revenge, is actually a demand for public safety, and a return to the “feeling of security New York’s finest once gave to the citizens of this City.” Written in 1989, it is a prescient call for Broken Windows policing, which from 1994 on resulted in the sharpest and most enduring decrease in crime that any city has seen in American history. The policies that Trump called for saved the lives of tens of thousands of people—most of them black and Latino—who would otherwise have fallen victim to New York’s spiraling violence. The latest outbreak of passions regarding this case, and the novel twist of making Trump a central player in it, raise other questions. Given that there have been no new developments, except for the city payouts, in the Central Park case since Burns’s 2012 documentary, why was a new movie called for, anyway? The Netflix series, arguably, exists only to make Trump a target for his behavior in a long-ago New York episode—just in time for the 2020 campaign. Ana DuVernay, director of the docudrama, is a close friend of Barack and Michelle Obama. Like DuVernay, the Obamas have multiyear, multimillion-dollar development deals with Netflix. Amplifying the theme that Trump is a longtime racist is likely to be part of the eventual Democratic candidate’s campaign strategy. When They See Us may be a valuable tool for that purpose; it certainly has little value for truthfulness. Seth Barron
Before their arrest, the teens crested through their city with youthful ebullience. They were “just baby boys.” But in the days following the rape of Trisha Meili, the teens—ages 14 to 16—transmogrified into a “wolf pack.” They became “savage.” Meili, who became known as the “Central Park jogger,” was often characterized as their “prey.” The flurry of media attention reached a galling crescendo when Donald J. Trump, then a local real-estate mogul, purchased full-page ads in four New York publications calling for the return of the death penalty so that the boys could be executed. The boys eventually became known as the “Central Park Five,” a pithy moniker picked up by local and national media outlets that served as much to undercut their humanity as it did to free up copy space. “If they had their way,” Salaam told CNN in 2012, 10 years after a man named Matias Reyes confessed to the crime and two years before the Central Park Five received a $41 million settlement from the City of New York, “we would have been hanging from one of those lovely trees here in Central Park.” In rendering their journeys, DuVernay pays careful attention to the terrifying power of language, especially the animalistic rhetoric with which prosecutors and journalists referred to the teens. (Trump is referenced often, particularly in the second installment; he is depicted as the most powerful of the boys’ zealous detractors, not the sole purveyor of racial animus.) In its early installments, When They See Us implicates New York media, and the ensuing frenzy of the public, in spurring along the boys’ wrongful verdicts. The series re-creates the glee with which people seized upon words such as wildin’, common slang for any range of boisterous behavior, as evidence of the boys’ inherent criminality. The series enters a broader landscape of artistic reckoning with the Central Park Five case, as well as with the country’s history of weaponizing language against black and brown people. Most immediately, a new project from the artist and journalist Alexandra Bell appears in this year’s Whitney Biennial. No Humans Involved—After Sylvia Wynter takes its name from a seminal 1994 essay by the scholar and poet. In it, Wynter wrote at length about “NHI,” the unofficial acronym that Los Angeles law enforcement used to classify cases involving black men. Referencing a term coined by the sociologist Helen Fein, Wynter wrote that the acronym, and its attendant category of “nonhuman,” rendered black men (and by extension, all black people) targets for systemic violence: For the social effects to which this acronym, and its placing outside the “sanctified universe of obligation,” of the category of young Black males to which it refers, leads, whilst not overtly genocidal, are clearly having genocidal effects with the incarceration and elimination of young Black males by ostensibly normal and everyday means. Bell’s Wynter-inspired series is composed of photo prints she made using an exacting process of lithography and screen-printing. No Humans Involved zeroes in on the New York Daily News coverage of the Central Park Five case. The paper published some of the most egregious reporting on the case—details of the minors’ addresses and family histories, and inflammatory headlines such as “WOLF PACK’S PREY”—well before the case was even (wrongfully) adjudicated. The Daily News also published Trump’s full-page ad. By redacting and highlighting specific text and images from 10 days of the publication’s 1989 issues, Bell underscores the devastating effects of the outlet’s glaring bias against the young black and brown boys. “I really want people to look at [my series] and question the role that the Daily News played in the way we viewed these particular people,” she told The New Yorker recently. “And maybe even in some ways the outcome ultimately of the case.” (…) DuVernay’s project enters a wildly different political landscape. The man who wielded his money and influence to call for the teens’ execution now occupies the White House. From his perch, he refers to Mexicans as “rapists” and black men as “thugs”; the language of dehumanization has again shed its politesse. It’s understandable, then, if also sometimes frustrating, that When They See Us sometimes abandons subtlety in its references to Trump. The president’s lengthy, bombastic oeuvre of bigotry creates both a moral terror and an artistic quandary. Still, When They See Us pulls back the language of biased prosecution and journalistic malfeasance to revelatory effect. At the end—despite the cloud of animus that surrounds them—Yusef, Antron, Kevin, Korey, and Raymond get to be human. The Atlantic
In an interview with The Hollywood Reporter, DuVernay said that when the case was first publicized, she was shocked at how the media’s misinterpretation of slang in the Central Park Five case led to the further dehumanization of the boys. One scene in Episode Two shows how, after some of the boys told detectives that they were “wilin’ out” in Central Park on the same night the rape occurred, the media interpreted the phrase to mean “wilding,” when it just means having fun or hanging out. The screen cuts to tabloids and newspapers with the words “WILDING” splashed across them as an indictment. Audio clips play newscasters interpreting « wilin’ out » as a description of violent acts committed by “wolf packs” of young people. To translate « wilin’ out » as « wilding » cements a vision of these innocent boys as « wild, » as savage, as animal, as other, a vision that’s rooted in the institutional dehumanization of Black people. (…) Unfortunately, even though the Central Park Five were convicted in 1990, this is still an issue today. In addition to facing barriers in employment, housing, healthcare, and education, Black people are often punished simply for a way of speaking. Black language is thought to be deviant, something that is undesirable or indicative of unintelligence, criminality, or depravity (until, of course, it’s appropriated by non-Black pop stars). When neither court recorders, jurors, lawyers, or judges possess a grasp of this valid form of language, it can lead to injustices that take years to correct — if they ever are meaningfully addressed. The men of the Central Park Five case lost years of their lives because of linguistic discrimination. How many are still suffering? Bustle

Attention: une instrumentalisation peut en cacher une autre !

A l’heure où, entre chasse aux sorcières et procès de Moscou, un parti d’opposition américain n’ayant jamais accepté le choix populaire poursuit sa fuite en avant suicidaire pour se débarrasser de Trump …

Et où une vidéo de surveillance montre deux jeunes noirs cagoulés dévalisant avec force violence deux jeunes touristes étrangères à leur sortie du métro de Brooklyn …

Pendant que de Cologne à Stockholm ou même  Oslo, l’Europe découvre à son tour l’autre face de la diversité

Comment ne pas voir …

Ecrite par une proche de la famille Obama eux-mêmes sous contrat de la plateforme et sortie à un an et demi d’une élection présidentielle cruciale …

Et suvie de près, Alec Baldwin dans le rôle du méchant promoteur compris, par un autre film anti-Trump

La minisérie de Netflix sur les Cinq de Central Park « sortis pour terrifier les promeneurs du parc » (sic) .. …

Comme la continuation, sous prétexte d’une tribune alors publiée appelant au retour de la paix civile y compris par la peine de mort, de l’actuel hallali sur l’actuel occupant de la maison Blanche ?

Et au moment où faisant l’impasse sur nombre des conditions de l’affaire comme notamment le climat de véritable sauvagerie de bandes de jeunes noirs descendant, avant la reprise de contrôle par Giuliani, en meutes dépouiller et molester les passants du célèbre parc de New York …

La réalisatrice elle-même et certains des commentateurs présentent les évnèments comme un effet de la discrimination linguistique …

Ne pas repenser au premier Camus qui avant de remettre lui-même en cause le « thème du poète maudit » qui ne pouvait s’affirmer que « contre la société de son temps, quelle qu’elle soit » …

Expliquait aussi doctement que faussement que « dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort » ?

Ava DuVernay’s new Netflix docuseries When They See Us depicts the heartbreaking story of the 1990 Central Park Five case in which a group of young Black and Latinx boys were convicted of a crime that they did not commit. Antron McCray, Kevin Richardson, Yusef Salaam, Raymond Santana, and Korey Wise, falsely confessed to the rape of a female jogger, which led to them being imprisoned for six to 13 years. The series explores the ways the Central Park Five were villainized in the media and in public opinion — and particularly for their use of African American English (AAVE) and Black slang.

In an interview with The Hollywood Reporter, DuVernay said that when the case was first publicized, she was shocked at how the media’s misinterpretation of slang in the Central Park Five case led to the further dehumanization of the boys. One scene in Episode Two shows how, after some of the boys told detectives that they were “wilin’ out” in Central Park on the same night the rape occurred, the media interpreted the phrase to mean “wilding,” when it just means having fun or hanging out. The screen cuts to tabloids and newspapers with the words “WILDING” splashed across them as an indictment. Audio clips play newscasters interpreting « wilin’ out » as a description of violent acts committed by “wolf packs” of young people. To translate « wilin’ out » as « wilding » cements a vision of these innocent boys as « wild, » as savage, as animal, as other, a vision that’s rooted in the institutional dehumanization of Black people.

“The fact that wilin’ became wilding, became wolf pack, became these boys are animals… I remember for the first time realizing that the news might not be true, that the news is something that you have to really think about and question,” DuVernay told The Hollywood Reporter. Unfortunately, even though the Central Park Five were convicted in 1990, this is still an issue today. In addition to facing barriers in employment, housing, healthcare, and education, Black people are often punished simply for a way of speaking.

It’s important to stress that not every Black person speaks AAVE and not every speaker of AAVE is Black. Nonetheless, it is a Black dialect with its own unique structure, rules, and syntax — all vital components of every language. Although many linguists now recognize the validity of AAVE, its association with a marginalized racial group can have devastating consequences.

University of Pennsylvania linguist Taylor Jones, along with New York University sociologist Jessica Kalbfeld, Ryan Hancock of Philadelphia Lawyers for Social Equity and Robin Clark, recently authored a study showing that Philadelphia court reporters frequently misinterpret AAVE. Philadelphia court reporters are required to score 95% accuracy when transcribing court proceedings, but none were able to score 95% when tested on AAVE. The study also found that most of the court recorders held negative beliefs about both AAVE and Black people, impacting their ability to correctly interpret what they heard.

Taylor tells Bustle that his team’s research illuminates how “the toxic mix of misunderstanding the language, negative attitudes about the language, negative attitudes about slang, and not understanding facial expressions,” can lead to unfair legal consequences for Black people. Think of what happened when Warren Demesme, then 22, was denied a lawyer because, during an interrogation by New Orleans police, he said, “just give me a lawyer, dawg.” This was misinterpreted to mean that he wanted a canine attorney and his request was denied, in a bewildering misapplication of justice. Anyone familiar with hip-hop slang or pop culture at large would know that “dawg” is shorthand for “dude” or “man.” While this kind of willfully obtuse reading of AAVE ultimately is rare, the more common forms of misinterpretation are more insidious.

That’s one reason, of many, that the Central Park Five case is so haunting.

Taylor points out that due to extensive racial segregation in the U.S., many non-Black folks truly don’t understand the most basic expressions of AAVE. He says although their study was intentionally careful about omitting slang terms — which he says are “ever-changing and shifting » — the participants were not able to accurately translate AAVE language structures into standard English. “We assume that we understand way more than we do and we assume that we’re communicating more effectively than we are,” Taylor says, meaning that sometimes AAVE speakers also don’t realize that they aren’t being heard.

Many speakers of AAVE — and this includes non-Black people, too — have found that to avoid the the possibility of their dialect being misinterpreted, they must code-switch, or use different tone and diction in different social settings. As a Black woman, I’ve had to code-switch in all aspects of my life. I even had to code-switch around my own family, as my great-grandmother felt that Black American language and slang was « undignified. » However, the ability to code-switch is a kind of privilege of its own, because as Taylor’s study points out, dialect is also correlated with socio-economic status. And while many people are vulnerable to discrimination within the criminal justice system, lower-income people with less education are disproportionately impacted. And in moments of intense emotion — such as an interrogation — anyone’s ability to code-switch can be impacted. This lack of access to code-switching can be devastating.

A 2016 paper by Stanford University researchers John R. Rickford and Sharese King argues that linguistic discrimination led to the acquittal of George Zimmerman, the man who killed 17-year-old Trayvon Martin. Martin’s close friend Rachel Jeantel was the prosecution’s main witness, but because she spoke Carribbean-inflected AAVE, Rickford and King say her “crucial testimony was dismissed as incomprehensible and not credible.” On Megyn Kelly’s show America Live, attorney Jonna Spilbor said that Jeantel, then 19, seemed “brutally ignorant.” On Fox News, Sean Hannity said that she had a “credibility problem.” In their paper, Rickford and King state that “the disregard for her speech in court and the media is familiar to vernacular speakers.”

These cases are infuriating, because they’re unfair. It’s shocking to think of how many people might be wrongfully punished simply because they use a dialect that’s different to what’s considered standard. That’s one reason, of many, that the Central Park Five case is so haunting; these men spent years in prison because of institutionalized racism around the way they spoke.

Black language is thought to be deviant, something that is undesirable or indicative of unintelligence, criminality, or depravity (until, of course, it’s appropriated by non-Black pop stars). When neither court recorders, jurors, lawyers, or judges possess a grasp of this valid form of language, it can lead to injustices that take years to correct — if they ever are meaningfully addressed. The men of the Central Park Five case lost years of their lives because of linguistic discrimination. How many are still suffering?

Voir aussi:

Is Trump the Real Target of a Netflix Series?

A new film about the Central Park Jogger case seems conveniently timed.

Seth Barron
City journal

June 13, 2019

A Netflix docudrama about the 1989 Central Park “wilding” case has enflamed passions about the purported injustice done to the five teenagers who went to prison for it. Though they confessed that they had sexually assaulted Trisha Meili and beaten half-a-dozen other people in the park that night, their convictions were vacated 12 years later when a convicted murderer—whose DNA matched semen found on the victim—owned up to the rape. In 2014, Mayor Bill de Blasio settled a civil suit brought by the “Central Park Five,” and the city paid out more than $40 million in damages—even though Linda Fairstein, head of the Manhattan District Attorney’s Sex Crimes Unit in 1989, and others have long maintained that significant evidence exists that the young men participated in the attack on Meili and committed other acts of violence in the park that night.

When They See Us, the new film about the case, has sparked fury among activists and retaliation against both Fairstein and Elizabeth Lederer, the prosecutor in the case. Fairstein, also a bestselling novelist, has been dumped by her publisher, Dutton, and Lederer has quit her professorship at Columbia University. Jumaane Williams, the New York City public advocate, has called for both women to be disbarred and wants all their previous cases opened for review by Manhattan DA Cy Vance.

Somehow, amid the current rage about the Central Park case, President Trump has become a part of the story—at least, the story that activists are telling. That’s because, on May 1, 1989, ten days after news of the assaults broke, Trump took out a full-page ad in four New York City dailies calling for a tough-on-crime approach to policing in a city then suffering an average of more than five murders a day. “Bring back the death penalty. Bring back our police!” the ad blared in bold type. Trump spoke of the “complete breakdown of life as we knew it,” and lamented that “New York families—White, Black, Hispanic, and Asian—have had to give up the pleasure of a leisurely stroll in the Park at dusk.” Trump affirmed his “hate” for “muggers and murderers,” who, he said, “should be forced to suffer and, when they kill, they should be executed for their crimes.”

In Netflix’s dramatized version of the story, Trump’s role in the prosecution of the teens is pivotal. “That devil wants to kill my son,” says the mother of one of the defendants. “You gonna take an ad out about killing my son?” The media have amplified this theme of Trump as a central figure in the purported hysteria surrounding the case. Receiving a “courage award” from the ACLU last week, Yusuf Salaam, one of the participants in the 1989 Central Park wilding, tearfully said, “when Donald Trump took out that full-page ad, and put them in all of New York City’s newspapers, calling for our execution, he placed a bounty on our head.”

Ken Burns, whose documentary about the Central Park case was highly regarded but lacked the cultural impact of When They See Us, now gives Trump more significance than he did in his 2012 film. “There was an orange-haired real estate developer in New York. . . . And he believed that these children should be executed.” Time reports that “President Trump played a key role in the Central Park Five case.” The BBC tells us that Trump’s ad fed into “the atmosphere of high crime rates and poor race relations in the city at the time.” The New Yorker says that “one of Trump’s first political acts” was to demand the teens’ execution. CNN White House correspondent April Ryan tweeted, “The injustice against the Central Park Five and @realDonaldTrump inability to apologize after wrongfully asking for the death penalty is horrific.”

Though the Central Park attacks were certainly the backdrop to Trump’s ad, his language did not presume the guilt of the defendants, whom he scarcely mentioned, and he did not call specifically for the execution of anyone. In fact, Trump demanded capital punishment only for murderers, and by the time his ad appeared, Trisha Meili was expected to survive. Moreover, Trump was hardly alone, in New York City, in expressing horror and anguish about the attack—neither the New York Times nor the Daily News objected to running the ad, after all. New York City in 1989 was under violent assault from predatory criminals. There were nine times as many murders then as now; robbery and muggings were more than ten times as frequent as they are today. Rape and felony assault were well over double today’s rates.

Pack-style violence like what happened that night in Central Park was all too common. Gangs “ran amok” at a 1983 Diana Ross concert in the Park, according to the Times, “beating and robbing scores of people.” In 1985, a March of Dimes walkathon was broken up around Central Park when “packs of youth attacked and harassed dozens of people,” stealing jewelry and pocketbooks. David Dinkins, running against Ed Koch in the 1989 Democratic primary for mayor, called for “anti-wilding” legislation in the wake of the Central Park Jogger attack. He won the general election against Rudy Giuliani in part for his promise to be tough on crime.

Trump’s ad, though cast as a brutal call for revenge, is actually a demand for public safety, and a return to the “feeling of security New York’s finest once gave to the citizens of this City.” Written in 1989, it is a prescient call for Broken Windows policing, which from 1994 on resulted in the sharpest and most enduring decrease in crime that any city has seen in American history. The policies that Trump called for saved the lives of tens of thousands of people—most of them black and Latino—who would otherwise have fallen victim to New York’s spiraling violence.

The latest outbreak of passions regarding this case, and the novel twist of making Trump a central player in it, raise other questions. Given that there have been no new developments, except for the city payouts, in the Central Park case since Burns’s 2012 documentary, why was a new movie called for, anyway? The Netflix series, arguably, exists only to make Trump a target for his behavior in a long-ago New York episode—just in time for the 2020 campaign. Ana DuVernay, director of the docudrama, is a close friend of Barack and Michelle Obama. Like DuVernay, the Obamas have multiyear, multimillion-dollar development deals with Netflix. Amplifying the theme that Trump is a longtime racist is likely to be part of the eventual Democratic candidate’s campaign strategy. When They See Us may be a valuable tool for that purpose; it certainly has little value for truthfulness.

Voir également:

David E. Pitt
The New York Times
April 25, 1989

The random, apparently motiveless rampage in Central Park last week that the suspects in the case called wilding was an especially ferocious version of group delinquency that is common but usually not so vicious, law-enforcement officials and psychologists said this week.

A 28-year-old investment banker, who was raped and savagely beaten, remains in a coma at Metropolitan Hospital as a result of the gang violence, and at least eight other people were assaulted by members of a group that the police now say numbered between 32 and 41.

Eight youths have been arraigned on charges of rape, assault and attempted murder in the case, while five charges of assault, one involving a 13-year-old suspect, have been filed in the beating of a male jogger in his 40’s, who was seriously wounded in the head with a metal pipe. He was released from St. Luke’s-Roosevelt Hospital Center over the weekend. Also, a 15-year-old has been charged with being one of 17 youths who beat and robbed a male jogger who has been identified only as wearing an Army jacket. A grand jury is expected to take up all of the cases on Thursday.

‘Things Have Gotten a Lot Rougher’

 »’Wilding seems to be a new term, but it’s hardly a new activity, » said Peter Reinharz, chief prosecutor for the Family Court Division of the city’s Law Department.  »In terms of group attacks, the No. 1 crime that we’ve seen among juveniles in Family Court, at least prior to the crack invasion, is robbery 2 – that is, aided robberies, the wolf-pack robberies.

 »Prior to that, » he said,  »the No. 1 crime was jostling, which is pickpocketing. But for some reason, I guess it became a little bit easier to knock the old lady over and just grab the bag rather than to reach into the pocket and hope you came out with something. So things have gotten a lot rougher in the city with respect to wolf packs. »

Last year, Mr. Reinharz said, 622 wolf-pack cases were referred to Family Court, along with 139 attempted robberies of that type. In 1987, there were 608 such cases and 144 attempted wolf-pack robberies.

The police quoted some of the youths questioned in the case, all of whom live in Harlem near the park, as saying that the rampage grew out of a plan to attack joggers and bicyclists in the park for fun.

 »It certainly got out of control, » Mr. Reinharz said of the episode,  »but I don’t know if it was out of control for these types of kids. I think that kids like this, given what I would call their predatory nature, are people who, given the chance, would do something like this again. There really isn’t any way to control them – at least we haven’t found it in the juvenile justice system.

Racial Epithets, But Victims Mixed

Although Chief of Detectives Robert Colangelo said last week that the eight separate assaults on nine people seemed unrelated to money, drugs, alcohol or race, police officials said yesterday that they were investigating to what extent racial factors may have played a role in the youths’ choice of victims.

 »The question of whether this was a series of bias-related incidents is being looked at very closely, » said Deputy Police Commissioner Alice T. McGillion.

Police officials said that the evidence of bias consisted of testimony from victims, as well as a statement from one suspect in the rape attack, 15-year-old Yusef Salaam, who is said to have told detectives that one member of the group had suggested that they  »get a white girl. »

Another 15-year-old, Jermain Robinson, who is charged with robbery of the male jogger in the Army jacket, is also said to have told detectives that youths who chased and threw stones at a white couple on a tandem bicycle had shouted racial epithets.

All of those involved in the Central Park attacks are said to be black. The victims were a black man, who was briefly harassed until one youth shouted that he knew the man, two Hispanic people, – and six whites.

Police investigators also said that while the other suspects had made no explicit references to racial factors, their acknowledgement that the chief target of their forays were joggers and bicyclists in the park was an indication that a racial motive was at work because, the police suggested, the majority of those who tend to use that part of the park at night tend to be white.

For many psychologists, the idea of attacking people who seem to personify a level of unattainable affluence is a common pattern among particpants in wolf-pack attacks.

 »From what I have been able to gether about the Central Park case, there seem to be some socioeconomic factors involved, » said Dr. Leah Blumberg Lapidus, a specialist in adolescent behavior in Columbia University’s department of clinical psychology.

 »The media, especially television, is constantly advertising these various things that are necessary to define yourself, and the joggers may represent a level of socioeconomic attainment that the media has convinced everybody is necessary to have in order to be an acceptable person, » she said.  »So, to that extent, such people become a target. »

On the other hand, Dr. Lapidus said, that did not explain why some of the victims were black or Hispanic.

Law-enforcement officials said the the scale of the Central Park episode was reminiscent of an incident in July 1983, when gangs of youths ran amok at a Diana Ross concert in Central Park, beating and robbing scores of people.

Two years later, in April 1985, a March of Dimes walkathon in which 26,000 people marched through Manhattan broke up in turmoil after packs of youths attacked and harassed dozens of people in and around Central Park, snatching chains, purses and other property.

Police officials, who said Friday that none of the suspects in the park case had a criminal record, said yesterday that they had discovered that that one, 17-year-old Michael Brisco, had been on three years’ probation since December after a wolf-pack-style robbery last year. Officials said he and two others, 12 and 15 years old, had assaulted and robbed a 14-year-old on Nov. 10 on East 90th Street near Second Avenue.

Authorities reported over the weekend that they were investigating the possibility that some of the participants in the park attacks had been involved in three separate robbery sprees four days earlier in East Harlem, one of which involved a stabbing.

Unusual in Intensity

Professor Lapidus and another psychologist, Dr. Ann M. Jernberg, who is director of the Theraplay Institute of Chicago and Wilmette, Ill., both said that what they found set the park rampage apart from others were the intensity of the violence and the apparent failure of almost all of the nine accused youths to show any remorse. Police and prosecutors said they laughed and joked while in police custody,and that only one expressed any sorrow.

 »This lack of awareness of the consequences of what they’ve done – almost as if they’re benumbed – is a little more extreme than what we’ve seen, » Dr. Lapidus said. For Dr. Jernberg, who traces the origin of many forms of antisocial behavior to early childhood problems in the family,  »the mob psychology that these kids were obviously caught up in protects them against remorse. »

 »You get together a group of adolescents and you’ve got the worst possible combination for trouble, » Dr. Jernberg said in a telephone interview from Chicago.  »The idea of collective violence, the risks involved, is terribly exciting, very dramatic, and sometimes all kids this age need is to see a violent movie or hear a song to encourage them. »

Attacks Thought Underreported

For Mr. Reinharz, the randomness of such attacks – which he believes are largely underreported because  »people expect this kind of activity in the city » – is a component of what he called the  »predatory instincts » of youths who carry out wolf-pack behavior.

 »These tend to be situations where these kids get together and there really isn’t any specific plan, » he said,  »I’m not a psychologist, so I don’t profess to understand them – but it seems to me that that one of the common threads you see among the most violent of these kids is that they really don’t have a game plan with respect to the day, let alone their lives.

 »They get up in the morning, or they get up in the afternoon many of them certainly only have only limited contact with school – and they just live for the moment. »

Slight Improvement Seen

Physicians at Metropolitan Hospital caring for the Wall Street banker said yesterday that she was still comatose and in critical condition, and that the prospects for her survival remained uncertain.

There have been a few improvements, including a reduction of brain swelling, according to Dr. Robert S. Kurtz, assistant chief of surgery and director of the surgical intensive care unit, and Dr. Kent Duffy, chief of neurosurgery.

Besides brain injuries, the woman also sustained fractures of the skull, of the bone around the left eye and the bone crossing the left temple.

 »We are worried about brain damage caused by lack of oxygen during the four to five hours she lay in the in the park, » Dr. Kurtz said.  »We won’t be able to assess that until the swelling is down. That is our deep and underlying concern. But the statistics are against her. »

Voir de plus:

EXCLUSIVE: ‘When They See Us is LIES.’ NYPD cop who arrested two of the Central Park Five says they DID attack jogger and forensic evidence proves it – and showing police and prosecutors as racist is putting lives at risk

  • On April 19, 1989, more than 30 young men terrorized New York’s Central Park, teacher James Loughlin was beaten and jogger Patricia Meili was raped
  • Raymond Santana, then 14, Kevin Richardson, 14, Korey Wise, 16, Antron McCray, 15 and Yusef Salaam, 15 all confessed and were convicted of participating in multiple crimes. They were known as the Central Park Five.
  • In 2002 their convictions were vacated after serial rapist Matias Reyes said he was Meili’s lone attacker. His DNA matched evidence found at the scene
  • The five sued New York City, said their confessions were coerced and won a $41 million payout
  • Their arrest, incarceration and exoneration is the subject of Netflix miniseries When They See Us, directed by Ava DuVernay and produced by Oprah Winfrey
  • But Eric Reynolds, lead police officer in the Central Park Five case tells DailyMailTV the series is filled with ‘malicious’ lies
  • Reynolds believes the Central Park Five did attack Meili and said, ‘That notion that there was none, no physical evidence, that tied them to the crime is an absolute lie.
  • Despite Reyes confession for rape, Reynolds said, ‘There was blood, semen, there was grass stains on Kevin Richardson’s underwear.’
  • He said inaccuracies in the show could cause people to threaten the lives of Central Park Five prosecutors Linda Fairstein and Elizabeth Lederer
  • Reynolds said: ‘It’s a malicious recreation, which has nothing to do with the facts other than they ended up arrested and going to jail’

The NYPD police officer who made the first arrests in the Central Park Five investigation has condemned Netflix‘s drama When They See Us as ‘lies’ and said it puts the lives of cops and prosecutors at risk.

Eric Reynolds, who as a plainclothes officer arrested Raymond Santana and Kevin Richardson, tells DailyMailTV that the four-part television adaptation is so filled with errors that it is ‘malicious recreation’.

He described the miniseries, produced by Robert De Niro and Oprah Winfrey and directed by Ava DuVernay, as ‘total nonsense’ that left him ‘flabbergasted’.

Reynolds retired in 2001 after a 20-year career where he rose to Detective Third Grade and earned department recognition multiple times for his police work.

He spoke out after an outcry in the wake of the series led to prosecutors Linda Fairstein and Elizabeth Lederer losing publishing contracts, board seats and lecturing roles.

Reynolds, 59, rejected criticism of the investigation, prosecution and conviction of the five for the rape of 28-year-old jogger, Patricia Meili – and particularly took issue with the portrayal of the black men as victims of a racist system.

As an African American, he said, the allegations of racism cut particularly deep.

Asked if he has been accused of being a race-traitor he said, ‘Oh yes and worse.’ Yet all he wanted to do as an officer was, he said, ‘serve his community.’

And he said that even the brief appearance he makes in the series, which has been watched by 23 million Netflix accounts worldwide, is pure ‘fiction,’ portraying events which simply did not happen; he was shown as a uniformed officer when he in fact wore plain clothes.

He believes the series is inflammatory by depicting members of the five looking badly beaten when they were arrested.

Reynolds told DailyMailTV, ‘Please, someone, show me the pictures of them. Show me the injuries, show me the black eyes, show me the swollen faces because every single one of them that came out of that precinct had none of that.’

He has shared his own recollections of the night of April 19, 1989 when more than 30 young men embarked on a violent spree of terror, and Meili was found raped and close to death in Central Park.

Raymond Santana, then 14, Kevin Richardson, 14, Korey Wise, 16, Antron McCray, 15 and Yusef Salaam, 15 all confessed and were convicted of participating in multiple crimes on April 19. But the one that is remembered is Meili’s rape.

In 2002 their convictions were sensationally vacated in their entirety when Matias Reyes, a serial rapist already in prison, confessed to the crime and claimed to have acted alone. The five sued New York City, said their confessions were coerced and won a $41 million payout.

Supporters said they had been exonerated and the Central Park Five became synonymous with an unimaginable miscarriage of justice.

When They See Us opens on the night of the ‘wilding’, where a mass of young men rushed through Central Park, casting the five very squarely as innocents caught up in events and on the fringes of any violence.

Reynolds said, ‘When I saw the opening scenes it was like watching a musical. I was flabbergasted. That absolutely was not what occurred.’

The Central Park Five had their convictions vacated after serial rapist Matias Reyes admitted raping jogger Patricia Meili. His DNA matched evidence found at the scene

In one scene a man, most likely a depiction of teacher John Loughlin, is shown being felled by a single punch while three of the five look on.

Reynolds said, ‘It did not happen that way. They were beating him with a pipe. They beat him so savagely that both of his eyes were shut and he had a cracked skull.’

Testimony from one who was there stated that Yusef Salaam was wielding that pipe and ‘going to work on him.’

The cop who found Loughlin told Reynolds that he ‘looked like his head was dunked in a bucket of blood.’

In another scene the boys are part of a crowd halfheartedly harassing a couple on a tandem bike. Again Reynolds watched in outrage at what he said is a ‘total fiction.’

He explained, ‘The group lay in wait. They stretched out across the roadway and held hands to knock them off their bike. It was a couple on the tandem and the woman said she was scared for her life.

‘Her boyfriend just told her, ‘Put your head down and pedal as hard as you can.’ And they rode through them as they were grabbing at her clothes and by the grace of God they got away.’

Pointing to the couple attacked on their tandem he said it was the violence, not the ethnicity, of its perpetrators that mattered to police officers.

He said, ‘I don’t understand how that’s a race issue if you’re in the middle of a park riding on a bike in the middle of the night and a group of males, whether they’re black, white or whatever, you know are standing on the road with the express purpose of knocking you off the bike.

‘As a woman I think you’re going to be scared out of your mind.’

As an example of one of the worst ‘lies’ in the drama Reynolds pointed to the scenes where Fairstein, played by Felicity Huffman, arrives at the precinct to take charge of the rape investigation.

She is shown repeatedly referring to the boys in the park as ‘animals’ and delivering orders to detectives with the words, « I need the whole group. Every young black male who was in the park. You go into the projects and stop every motherf**** you see. »‘

According to Reynolds, ‘It is so preposterous that it’s laughable. The sad thing is people believe it and are incensed by this.

‘As detectives we work on evidence. We don’t go rounding people up and Linda Fairstein wasn’t even there the first day. It just never happened.’

Reynolds was a plainclothes officer in the Anti-Crime Unit on patrol with his partner on the night of April 19, 1989.

He recalled, ‘We were getting numerous radio runs of a large crowd of black and Hispanic kids assaulting and robbing people. We had people going into the station house and cops out in the field who had gotten flagged down by civilians saying, ‘There’s a crowd of kids there. They’ve tried to assault us and thrown rocks.’

Reynolds and his partner were just one of many units looking for the group reportedly moving through the vast dark interior of Central Park.

And the reports were getting more serious. Reynolds said, ‘We find out about John Loughlin who had been beaten savagely and we figured because there were so many cops in the park they must have left.’

The cops were barely out of the park when they saw them. Reynolds recalled, ‘There were 30 of them on the move. There’s only two of us so, you know, clearly we’re not going to get all of them. Long story short we got five of them.’

Two were Raymond Santana – who had, Reynolds said, been leading the pack – and Kevin Richardson who started crying in the back of the squad car.

Reynolds said, ‘He [Richardson] started crying and saying that he ‘knew who did the murder’. He said it was Antron McCray and he would tell us where he lived.’

The officers assumed he was talking about Loughlin who was beaten unconscious.

Back at the precinct Reynolds began processing the arrests, reaching out to their parents and writing up appearance tickets for the boys who, as juveniles, would have to return to family court at a later date.

Reynolds’ partner asked Santana and Stephen Lopez, a member of the group he was arrested alongside, what they were doing out making trouble and why weren’t they with their girlfriends instead.

According to Reynolds, ‘Santana said, ‘I already got mine,’ and they kind of laughed. I just assumed it was an in-joke. It only became significant after we learned what had happened to the jogger.’

Reynolds couldn’t release any of them or complete the mounds of paperwork required by their juvenile status until their parents had shown up.

Reynolds, played by ‘Power’ actor Ty Jones, makes a brief appearance in the mini-series’ first episode – but Reynolds says the show makers got this wrong as well.

Reynolds is seen angrily remonstrating with Santana’s father Raymond Santana Sr, played by John Leguizamo, for turning up late. Reynolds says that never happened.

Instead, Reynolds explained, he sent a squad car to bring Santana’s grandmother to the station as various family members who said they would come failed to show.

He also noted, as a plainclothes officer, he never wore his uniform when in the police precinct. Jones wears a uniform in the scene.

While the boys were waiting, at around 1.30am, the call came in that a female jogger had been found in the park, raped and beaten to within an inch of her life.

The detectives responding to the crime had been told that Reynolds had arrested five out of a group of about 30 kids ‘wilding’ in the park. Now they instructed Reynolds not to let them go.

He recalled, ‘They said, ‘Look, we don’t think these kids have anything to do with it but they were up there at the same time that she was attacked. They might have seen something so we’re going to come down and debrief them.’

Reynolds was in the room for all of those interviews. He said, ‘Their parents are there, they’re getting their rights read. We ask them what happened in the park?’

According to Reynolds they did not ask the kids about the rape directly. The first two kids told almost identical stories. They said they’d been in the park with a bunch of kids who were beating people up but they didn’t touch anybody.

Reynolds wrote them up and let them go home.

Then, he said, ‘The third kid is Kevin Richardson. He’s there with his mother. We read him his rights. We ask him what happened. He said the exact same thing the other kids said – everyone else was beating people up but I didn’t touch anyone.’

Then one of the detectives noticed he had a scratch on his face. They asked him how he’d got it and at first he blamed Reynolds’s partner for the injury.

When told the officer was next door and would be asked if that was true Richardson changed his story.

Reynolds said, ‘He said, « Okay, it was the female jogger. » And I’ll be honest with you I almost fell off my seat because I was not expecting him to say that.

‘And then he starts to go into the story of the attack on the jogger. No coercion. We didn’t even think he was involved. He starts to give it up right there in front of us.’

Ultimately police questioned 37 boys and, contrary to Netflix’s dramatic depiction, there was nothing random or rushed in the five who were ultimately charged.

They became the Central Park Five, he said, not because cops were anxious to pin the crime on someone but because they implicated themselves and each other when interviewed.

In DuVernay’s drama particular attention is given to Korey Wise’s story. He is shown accompanying his friend Salaam to the station, an act of loyalty that sees him embroiled in the case when he wasn’t even on the cops’ radar.

Reynolds is exasperated by this. He said: ‘Korey Wise was named by other participants in the wilding that day. We went specifically to look for him.

‘When detectives asked a couple of people in front of their building if they had seen him they said they saw him earlier and he said, « Y’all better stay away from me because the cops are after me. »‘

When they asked him why, Reynolds said, the people in front of the building stated that Wise had told them: ‘You see that woman in Central Park last night? That was us.’

This account was committed to written statements.

Reynolds also pointed to the fact that the first thing Wise did when he got home late on April 19 was wash the clothes he’d been wearing.

When they went to pick up Antron McCray – whom Reynolds had earlier let go – the detective asked him to go and get the clothes he had been wearing the night before.

Reynolds said, ‘He comes back out and he’s got on a sweat suit. The front of it is completely covered with mud from head to toe. What could he possibly be doing that he’s completely flat in mud?’

NYPD mug shots taken of the Central Park Five on April 23, 1989. Top Row (L-R): Yusef Salaam, Raymond Santana. Lower Row (L-R) Kevin Richardson, Korey Wise, Antron McCray

Reynolds said the officers who discovered the jogger told him she was ‘covered from head to toe in mud.’

Several weeks after his police confession to participating in the attack on Meili, McCray repeated this admission, while minimizing his own role, to the pre-trial psychologist appointed by his own team.

Meanwhile, while Wise was being held on Riker’s Island awaiting trial, a female friend came forward with information she thought would exonerate him but in fact only bolstered the case against him.

Reynolds said, ‘He called this young lady and she was surprised to hear his voice. She was like, ‘Korey, what did you do? They’re saying that you raped this woman.’

‘He says, ‘I didn’t rape her. I only held her legs while Kevin Richardson f***** her.’

If true, that scenario would make Wise every bit as guilty of rape as Richardson under New York law.

The crime, the trial and the convictions of the four black and one Hispanic teen were the focus of public outrage and racial conflict at the time.

Donald Trump took out newspaper advertisements demanding the death penalty for the Central Park Five in 1989

Donald Trump, then a real estate mogul in New York, took out newspaper advertisements calling for the return of the death penalty.

But Reynolds insisted, ‘Look, this idea that there’s outside pressure for us to wrap it up and get some suspects is totally false.

‘Nobody was looking at the newspaper and saying, ‘Donald Trump’s mad, we’d better do something.’ And the jury weren’t asking to see the newspaper, they were asking to see the evidence.’

Reynolds points to a wealth of physical evidence that was never refuted at trial: hair and blood ‘consistent’ with the jogger’s was found on the boys’ sneakers and clothing, along with semen in the boys’ underwear.

The fact that none of them claimed to be able to finish the act of penetrative sex is the reason, Reynolds said, that their semen was only found on the inside of their underwear and clothing rather than on Meili.

But isn’t Reynolds in danger of sounding like somebody who just can’t accept that he was involved in a terrible miscarriage of justice?

After all, weren’t the five exonerated thanks to Reyes’ confession – one backed up by the presence of his DNA on the victim and clear proof that he had penetrated her?

Reynolds rejected this notion. He does not equate the vacation of the five’s sentences with their exoneration. And he does not believe that Reyes’ clear guilt is proof of the others’ innocence.

Reynolds said, ‘They were not cleared. The convictions were vacated. They were given the opportunity to have another trial but there was no reason to retry because they had already done their time.

‘The reason they were granted that is because Matias Reyes came forward with the fictitious claim that he had attacked her alone.

Reynolds explained, ‘Reyes comes forward to say he did it by himself and he can prove it because he knows something we don’t know. And he’s correct.

‘She had a fanny pack with her Walkman in it and he took it and he threw it away.

‘She didn’t have it on her in the hospital. She was in a coma for 50 something days. She couldn’t tell us that she’d had one and it had been stolen, right?

‘But then Armstrong found that a detective had taken some notes of an interview with Korey Wise. And Korey said that there was a guy named ‘Rudy,’ who he said took her fanny pack and her Walkman.’

Reynolds believes that Rudy was Reyes and his name muddled up by Wise who has hearing difficulties.

He said, ‘He told that to us on April 20, 1989, the day after. So how in the world does Korey Wise know about her fanny pack and Walkman in 1989 when Reyes says he knows about it because he was the only person there?’

The Armstrong report noted, ‘At the time of this interview the police had no way of knowing that the jogger had a Walkman or that she carried it in a pouch.’

It said that, based on the evidence including Reyes confession, ‘it was more likely than not that the defendants participated in an attack upon the jogger.’

The report stated, ‘the most likely scenario for the events of April 19, 1989 was that the defendants came up on the jogger and subjected her to the same kind of attack, albeit with sexual overtones, that they inflicted upon other victims in the park that night.

‘Perhaps attracted to the scene by the jogger’s screams, Reyes either joined in the attack as it was ending or waited until the defendants have moved on to their next victims before descending upon her himself, raping her and inflicting upon her the brutal injuries that almost caused her death.’

Reynolds’s view is supported by both the medical opinion of Meili’s two Urgent Care Physicians at Metropolitan Hospital and the Armstrong Report.

Dr Robert Kurtz is on record as saying Meili had injuries consistent with a sharp, clean blade or object while Reyes’ confession only mentioned a blunt object.

Dr Kurtz noted that Reyes, ‘never said he had used a knife, or broken glass, or broken bottle or something like that that would have been able to inflict a clean laceration.’

Dr Jane Mauer, a surgeon who helped reconstruct Meili’s face recalled seeing hand print bruising on her thighs.

Dr Mauer said, ‘You could see the four fingers and the thumb indented in her skin to hold her legs apart.’

It led her to doubt that this could be the work of one man.

Moreover the Armstrong Report concluded Reyes could not be considered a reliable witness.

It revealed a fellow inmate in prison with Reyes said Reyes told him ‘the attack on the jogger was already in progress when he joined, attracted to the scene by the jogger’s screams.’

Reynolds does not believe that the five should still be in prison. He said, ‘They did their time. They paid the price for what they did. You know, that’s it.’

When Bill de Blasio was elected New York City mayor in 2014 he ordered the $41 million settlement to go through for the five men.

All legal action finished in 2016 when the men were awarded a further $3.9 million from New York State.

But despite the case now being closed, Reynolds feel the Netflix mini-series is unfairly punishing people who prosecuted the five.

In the wake of the drama’s release Linda Fairstein, who supervised the prosecution, and lead prosecutor Elizabeth Lederer have both fallen victim to an angry public backlash.

Fairstein, who now writes crime fiction, was dropped by her publisher. Lederer, who continues to work in the District Attorney’s office, resigned from teaching law as an adjunct at Columbia University in New York.

Reynolds said, ‘It’s like mob justice. People are doing everything they can to destroy these women’s lives and they’ve done nothing wrong. They don’t even know that they’re not basing their opinions and their fury on what actually happened.

‘If they knew what actually happened they would be ashamed of themselves.’

But, he said, ‘Don’t come back for revenge and destroy two people who were only doing their job and did nothing wrong. Linda Fairstein and Elizabeth Lederer did absolutely nothing wrong.’

Reynolds believes the show falsely depicts a racist criminal justice system.

He is keen to point out that growing up in Eighties New York, criminals posed the threat to public safety, not police officers.

He said, ‘I grew up in the projects, my mother used to go to school at night. She got her high school diploma the same year I got mine. She went to college at night also.

‘I would have to go every night and meet [my mother] at the bus-stop and bring her upstairs because it just wasn’t safe. And who was she going to get victimized by? It wasn’t the cops.’

Reynolds said of When They See Us, ‘We can’t even call it a sanitized version. It’s a malicious recreation, which has nothing to do with the facts other than they ended up arrested and going to jail.

‘I think that’s the only thing in it that stays true to what actually occurred.’

He said, ‘This has got people so divided and so at each other’s throats it’s sad. Let me tell you there’s a lot of people who believe that they are guilty but they’re not going to say anything because they don’t want to get shouted down. They don’t want to be called racist.’

But Reynolds, who was there and part of it all, believes facing that backlash is the lesser of two evils and remaining silent in the face of what he sees as injustice isn’t an option.

For Reynolds, his reason for speaking up is clear and unimpeachable, ‘The truth matters.’

Voir encore:

In an op-ed from Tuesday’s Wall Street Journal, former New York City prosecutor Linda Fairstein responded to the recent Netflix series on the Central Park Five, and accused its producer, Ava DuVernay, of fabricating words attributed to her character, played by Felicity Huffman, to portray her as a racist who was determined to convict the teens in the face of an alleged lack of evidence against them.

Fairstein began the article, titled « Netflix’s False Story of the Central Park Five, » by declaring that the series, When They See Us, is « so full of distortions and falsehoods as to be an outright fabrication, » and complained that it is « an utterly false narrative involving an evil mastermind (me) and the falsely accused (the five). »

She added that it « attempts to portray me as an overzealous prosecutor and a bigot, the police as incompetent or worse, and the five suspects innocent of all charges against them. None of this is true. »

Fairstein listed a number of pieces of misinformation from the series and argued that there was plenty of evidence to reasonably convict them at the time, as she stood by charges that they attacked several other people in the park that same night.

Among several pieces of misinformation she claimed were included in the series was that it « portrays the suspects as being held without food, deprived of their parents’ company and advice, and not even allowed to use the bathroom, » and argued that if such accusations were true, they would have come out in the pre-trial hearings or inthe lawsuit that was filed years after their release from prison.

Fairstein — who was supervisor over the sex crimes unit — argued that the series exaggerates how closely involved she was in handling the case and recalled that she « did not run the investigation, and never made any of the comments the screenwriter attributes to me. » She also directly contradicted a couple of scenes involving the questioning of an underage member of the group:

The film claims that when Mr. Salaam’s mother arrived and told police that her son was only 15 — meaning they could not question him without a parent in the room — I tried to stop her, demanding to see a birth certificate. The truth is that Mr. Salaam himself claimed to be 16 and even had a forged bus pass to « prove » it. When I heard his mother say he was 15, I immediately halted his questioning. This is all supported by sworn testimony.

The former prosecutor also argued that there was additional evidence of their guilt:

There is, for example, the African American woman who testified at the trial — and again at the 2002 reinvestigation — that when Korey Wise called her brother, he told her that he had held the jogger down and felt her breasts while others attacked her. There were blood stains and dirt on clothing of some of the five.

She soon added that more than a dozen other witnesses « named some or all of the five » in helping attack other victims.

It is noteworthy that, while the Netflix series depicts the five teens as innocent bystanders who merely witnessed other assailants attacking and beating up other victims in the park, the film, The Central Park Five, by Ken Burns, accepted that they were « beating up other people » in the park even while that film was devoted to defending the teens regarding the attack on the jogger, Trisha Meili.

Fairstein also recalled that Salaam « testified that he had gone into the park carrying a 14-inch metal pipe — the same type of weapon that was used to bludgeon both a male school teacher and Ms. Meili. »

The former prosecutor also argued that the fact that DNA testing on the semen found at the scene did not match any of the five teens did not mean that they could not have been part of the attack on her, as they were charged as « accomplices » to the person who eventually confessed to raping her, serial rapist Matias Reyes.

She further recalled that « two of them admitted to climbing on top of her and siimulating intercourse, » adding that « Semen was found on the inside of their clothing, corroborating those confessions. »

Fairstein concluded her article:

That Ms. DuVernay ignored so much of the truth about the gang of 30 and about the suffering of their victims — and that her film includes so many falsehoods — is nonetheless an outrage. Ms. DuVernay does not define me, and her film does not speak the truth.

Voir par ailleurs:

Dans leur regard Saison 1 : pourquoi Netflix frappe fort avec sa nouvelle série puissante, révoltante et politique

Camille Vignes
Ecran large
15 juin 2019

Après le biopic un peu académique Selma, et après le four Un raccourci dans le tempsAva DuVernay revient avec une nouvelle oeuvre engagée et sans concession, sur Netflix cette fois. Dans leur regard retrace la sordide histoire de cinq jeunes de Harlem, arrêtés en 1989, accusés à tort du viol d’une joggeuse et incarcérés. Et c’est certainement l’une des séries les plus bouleversantes de l’année, s’attaquant au racisme institutionnel et systémique aux Etats-Unis.

« CENTRAL PARK FIVE »

D’Escape at Dannemora(série de Brett Johnson et Michael Tolkin, réalisée par Ben Stiller) à The Act(de Nick Antosca et Michelle Dean), en passant par Dirty John (d’Alexandra Cunningham) ou American Crime Story : The People v OJ Simpson, c’est une mutation qui anime la télévision américaine depuis quelques années, laissant fleurir de plus en plus de séries romancées retraçant des faits divers glaçants. Que ce soit pour pointer du doigt un système corrompu ou pour en montrer l’efficacité, un nombre croissant de showrunners s’attaque à des affaires criminelles pour rappeler leur importance dans l’histoire judiciaire américaine.

Loin de la froideur et de la rigidité induite par le format du documentaire classique, comme The Central Park Five(Ken BurnsSarah Burns et David McMahon), et ne lésinant pas sur les effets de pathos, la minisérie Netflix Dans leur regard (When They See Us en VO – « Quand ils nous voient ») d’Ava DuVernay se détache du lot. La cinéaste (qui a coécrit et réalisé les quatre épisodes) se penche sur l’histoire tristement connue des « Cinq de Central Park ». 

Pour ceux qui ne connaitraient pas l’affaire, elle a secoué New York et les États-Unis à la fin des années 80, et ses dernières répercussions ont eu lieu en 2014. Dans la nuit du 19 avril 1989, la joggeuse Trisha Melli est sauvagement attaquée, violée et laissée pour morte dans Central Park. La même nuit, une bande d’ados afro-américains et latinos (dont Raymond Santana et Kevin Richardson), sortis pour terrifier les promeneurs du parc, est raflée par la police et emmenée au poste. Le lendemain, trois autres jeunes (Antron McCray, Yusef Salaam, et Korey Wise) sont à leurs tours arrêtés, interrogés par les inspecteurs et poussés à avouer ce crime qu’ils n’ont jamais commis. 

Les cinq garçons seront jugés coupables et jetés en prison en 1990. Il faudra attendre 2002 pour que le véritable criminel (ironie du sort, il était blanc) vienne se dénoncer et soit arrêté. La libération de Korey Wise et l’acquittement des cinq garçons suivront plus ou moins rapidement. Enfin, en 2014, ils recevront une compensation financière d’environ 40 millions de dollars. 

DÉCOUPE CHIRURGICALE

Comment traiter une affaire aussi difficile et injuste ? Comment dépeindre, 30 ans après les faits, un New York pré-Giuliani gangréné par la drogue et les violences interraciales ?

Deux questions simples, terriblement actuelles et tellement innocentes comparées à celles que n’importe quelle personne ayant vu la série a dû se poser. Comment est-il possible de traiter cinq jeunes de la sorte ? Comment une procureur et un système peuvent-ils être assez cruels pour ignorer l’amas d’éléments prouvant leur innocence ? Comment la presse a-t-elle a pu les jeter en pâture et les rendre coupables avant même le procès ?

Divisé en quatre longues parties (64, 71, 73 et 88 minutes), le récit d’Ava DuVernay est extrêmement bien construit. Chacun des chapitres s’attarde sur un élément clef de l’histoire globale des cinq accusés, sans jamais dépasser le propos ni tomber dans la simplicité ou le cliché d’une série policière ou du récit d’un procès. Ce découpage permet non seulement de remettre en question différents aspects du système judiciaire américain, mais surtout de faire monter crescendo le sentiment de révolte et d’injustice du spectateur. 

Le premier chapitre montre comment les cinq jeunes ont été piégés et forcés de mentir pour avouer un crime qu’ils n’ont pas commis, pointant du doigt les méthodes plus que douteuses de la police et de la procureur Linda Fairstein (Felicity Huffman). Ils auraient contourné la loi et mené la plupart des interrogatoires sans la présence des parents (alors que les jeunes étaient âgés de 14 à 16 ans).

Le deuxième chapitre est centré sur le déroulement du procès, expliquant rapidement pourquoi il a été divisé en deux, mettant sous le feu des projecteurs le racisme systémique américain, et laissant tomber comme une sentence de mort la décision du jury en fin de course.

Après la narration linéaire des deux premiers chapitres, les deux suivants s’aventurent dans des chemins différents, s’attardant plus sur les destins des accusés. Le troisième épisode montre ainsi l’adaptation en milieu carcéral des quatre plus jeunes (Raymond Santana, Kevin Richardson, Antron McCray et Yusef Salaam) et surtout leur difficile tentative de réhabilitation dans le monde à leur sortie de prison, de nombreuses années après (6 à 13 ans).

Quant au dernier chapitre, il tourne autour de Korey Wise et de l’enfer qu’il a vécu en prison, entre passages à tabac et isolement volontaire. Âgé de 16 ans au moment des faits et jugé comme un adulte, il passe de prison en prison, demandant son transfert régulièrement pour se rapprocher de sa mère – sans réussite. 

WISE DECISION

Ce dernier chapitre est tout particulièrement poignant. S’il fallait faire une gradation, l’histoire de Korey Wise reste d’ailleurs peut-être la plus déchirante. Parce qu’il avait 16 ans au moment des faits, il a été jugé et jeté dans une prison pour adulte, alors que tous les autres ont été placés en détention pour mineurs. 

Mais l’injustice de l’histoire de ce garçon commence bien avant le procès : au départ, il n’aurait même pas dû être arrêté. Celui qui n’était pas sur la liste de noms donnés par Raymond Santana au moment de son arrestation, celui qui s’est retrouvé au poste dans l’unique but de ne pas laisser son ami seul, est finalement celui qui a purgé la plus longue peine et a connu les conditions d’incarcération les plus difficiles – conditions auxquelles un jeune de 16 ans n’est absolument pas préparé. Le choix d’Ava DuVernay d’offrir à Korey Wise un épisode entier n’a alors rien d’étonnant.

Si le calvaire du jeune garçon est de moins en moins supportable à regarder à mesure que l’épisode se déroule, c’est sans doute grâce au talent de son interprèteJharrel Jerome (vu dans MoonlightMr. Mercedesou encore Mon premier combat) se glisse dans la peau de Korey avec brio. C’est le seul à jouer le Korey Wise adolescent et adulte, alors que les quatre autres personnages ont chacun deux interprètes. C’est certainement l’acteur le plus marquant et puissant, même si Kevin RichardsonCaleel HarrisEthan Herisse, Marquis Rodriguez, Michael Kenneth WilliamsJovan AdepoChris Chalk et Justin Cunningham font aussi un excellent travail.

Et justement, deux de ses scènes sont particulièrement déchirantes et méritent d’être citées (bien qu’elles ne soient absolument pas les seules à révéler l’acteur). La première a lieu pendant le procès de Korey, alors qu’il est appelé à la barre, et qu’on le harcèle pour qu’il lise sa déposition, alors qu’il a bien dit et répété ne pas en être capable : il y a une telle détresse dans le regard de l’acteur, une telle incompréhension, que l’on ne peut qu’être révolté avec lui. 

La seconde arrive quand il est en prison, à des centaines de kilomètres de New York. Alors qu’il passe la plupart de son temps dans une cellule isolée pour ne pas se faire battre à mort par les autres détenus, il implore sa mère de venir le voir plus souvent lors d’une de ses trop rares visites. La scène est un véritable crève-coeur, un moment de désespoir brut.  

QUAND FICTION ET RÉALITÉ S’EMMÊLENT

Dans leur regard est puissante, l’injustice de son histoire et la souffrance de ses personnages font facilement passer de la rage aux larmes. En 1989, l’affaire avait pris une proportion nationale. L’attaque raciale et contre les minorités avait été mise en avant par les défenseurs des « Cinq de Central Park ».

Mais Ava DuVernay se plaît à rappeler autre chose : contre eux, il y avait un milliardaire de l’immobilier (dont les bureaux bordaient le parc) maintenant président des États-Unis. Donald Trump avait payé plus de 80 000 dollars pour des pages entières dans des journaux, appelant notamment au rétablissement de la peine de mort dans l’État.

Outre Donald Trump, la procureur Linda Fairstein, campée par Felicity Huffman, est également pointée du doigt. Les accusations de la réalisatrice vont même plus loin : elle serait responsable de l’arrestation et surtout de l’acharnement de la police et de la cour sur les cinq adolescents et leur famille. Aujourd’hui, l‘ex-procureur reconvertie en autrice est à son tour lynchée sur la place publique (et notamment la tweetosphère).

Il faut dire que devant les conditions des interrogatoires des cinq garçons, la violence verbale et physique dont ils ont (ou auraient, pour Fairstein) fait les frais, et l’instrumentalisation politique de leur incarcération, l’opportunisme de la procureur se confond facilement avec un racisme aveugle. Aujourd’hui encore, la femme dément la vision des interrogatoires que propose DuVernay et reproche à la réalisatrice d’avoir non seulement omis une grande partie des méfaits du gang cette nuit du 19 avril 1989, mais aussi de ne s’être penchée que sur l’innocence des cinq garçons. 

S’il fallait faire un reproche à la série émouvante et militante, on pourrait pointer du doigt sa mise en scène très classique. Comme le but n’est pas d’esthétiser, mais de redonner leur place, leur parole et leur dignité à des personnes à jamais meurtries, la réalisation use d’effets dramatiques (musique, ralentis…) pour augmenter l’empathie du spectateur. C’est un peu facile et attendu, mais rien d’étonnant de la part de la réalisatrice de Selma.

Dans tous les cas, Dans leur regard reste un uppercut porté par des acteurs formidables, et une série passionnante et déchirante, particulièrement importante.

Dans leur regard est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 31 mai.

Résumé

L’adaptation de faits réels en fiction se soumet toujours à un point de vue (auteur, réalisateur…), et Dans leur regard n’y échappe pas. C’est pourtant une série forte, qui imprègne le spectateur et le suivra plusieurs heures après l’avoir finie. Et quand bien même le personnage incarné par Felicity Huffman n’est pas un témoignage de vérité, la série rappelle que le racisme institutionnel accuse encore aujourd’hui sans savoir. Elle éveille les consciences et met la lumière sur un système judiciaire américain à deux vitesses, qui existe toujours. 

Voir encore:

Dans leur regard: que vaut la mini-série de Netflix réalisée par Ava DuVernay?

 Constance Jamet

Le Figaro

CRITIQUE – Avec cette mini-série qui provoque une véritable onde de choc outre-Atlantique, Ava DuVernay, la réalisatrice de Selma, poursuit sa trilogie sur le racisme dans le système judiciaire américain.

C’est une des plus édifiantes erreurs judiciaires de l’histoire contemporaine américaine. En 1989, cinq adolescents originaires de Harlem sont condamnés à tort pour le viol barbare d’une joggeuse blanche dans Central Park. Embarqués par des policiers sur les dents, les garçons, quatre Afro-Américains et un Hispanique, se promenaient ce soir-là dans le parc de New York. Ils livrent des confessions forcées au bout de 42 heures d’interrogatoire musclé sans sommeil, sans nourriture, sans avocat. Malgré l’absence de preuves matérielles (leurs ADN ne correspondent pas à celui trouvé sur la victime) et leurs protestations, ils passeront entre six et quatorze ans en prison. Et ne seront innocentés qu’après les aveux du vrai coupable… en 2002.

Ce fait divers qui avait inspiré Donald Trump, alors simple magnat, à demander le rétablissement de la peine de mort, a divisé les États-Unis mais reste peu connu en France. Il est à redécouvrir dans le puissant réquisitoire Dans leur regard (When they see us), remarquable mini-série de quatre épisodes signée pour Netflix par Ava DuVernay. La réalisatrice engagée de Selma poursuit sa réflexion implacable sur le racisme latent du système judiciaire américain, inadapté à protéger les plus faibles. Comme avec son film Middle of Nowhere et son documentaire 13, nommé aux Oscars, qui liait esclavage et incarcération de masse, la cinéaste déconstruit les préjugés à l’égard des minorités.

Procès ubuesque

Face à l’engrenage, le quinté d’ados est d’une naïveté enfantine douloureuse. Ignorant jusqu’à la définition du mot viol. Considérés d’office comme de la mauvaise graine. Des boucs émissaires de l’insécurité qui gangrenait alors la Grosse pomme. Perdus, leurs parents les poussent à dire ce que les enquêteurs veulent entendre.

Lycéenne au moment des faits, Ava DuVernay s’est laissé convaincre de reconstituer l’affaire après avoir été contactée sur Twitter par l’un des membres de cette tragédie. Épaté par la rigueur de la réalisatrice sur Selma, Raymond Santana rêvait du même traitement pour raconter leur histoire. La réalisatrice a passé quatre ans de sa vie à discuter avec Santana, ses compagnons d’infortune et leurs familles.

Dans leur regard ne retrace pas uniquement le procès ubuesque. La fiction plonge dans l’enfer carcéral, les marques que ces années passées derrière les barreaux ont laissées. Corruption des gardiens, passage à tabac des autres détenus, isolement, réinsertion impossible… La série montre comment le système pousse à la récidive. Comme dans le fabuleux et éprouvant Chernobyl, le sens méticuleux des détails le dispute à l’humanité des personnages. Mention spéciale à Jharrel Jerome. Découvert dans Moonlight, il interprète Korey Wise, l’un des cinq innocents, à tous les âges. Fiction la plus regardée sur Netflix aux États-Unis depuis son lancement fin mai, Dans leur regard a déjà un impact qui la dépasse. Face à cette onde de choc, l’ex-procureur en charge du dossier a été lâché par son éditeur. De même, l’avocate générale de l’époque a démissionné de l’université de Columbia où elle enseignait. Et cette réparation tardive n’est sans doute pas terminée…

Voir enfin:

Fearful Norwegians Wonder: Are ‘Swedish Conditions’ Coming to the Streets of Oslo?

Quillette
November 21, 2019

Oslo is an unremarkable place compared to other European capitals, lacking the picturesque charm of smaller Norwegian cities such as Bergen, Trondheim and Stavanger. But it’s pleasant and pretty enough. Tourists find it easy to get around, with lots to explore. The Oslo Opera House, which opened in 2008, is spectacular. And in summer, you can swim in the Oslofjord and enjoy expensive utepils (“outside beer”) on the seafront or on Karl Johans gate, the city’s broad main street. Like the rest of Norway, Oslo traditionally has been a safe place, even by the standards of other wealthy countries. It’s also remained more demographically homogenous than most of its neighbours, being geographically isolated from migration patterns that have affected the rest of Europe.

Over the last month, however, Oslo’s city centre has witnessed an eruption of unprovoked attacks on random victims—most of them ethnic Norwegian men—by what police have described as youth gangs, each consisting of five to 10 young immigrants. The attacks typically take place on weekends. On Saturday, October 19, as many as 20 such attacks were recorded, with victims suffered varying degrees of injuries.

One of the incidents involved a group of young men, originally from the Middle East, detained for attacking a man in his twenties in the affluent west end. According to police, the victim had been kicked repeatedly in the head while lying on the ground, in what appeared to be a random, unprovoked beating. Another victim that weekend was the uncle of Justice Minister Jøran Kallmyr, who suffered several broken ribs after being mobbed at the Romsås subway station.

The following weekend in Oslo, Kurds and Turks clashed over recent developments in Turkey, and ended up looting a branch of the Body Shop on Karl Johan gate, as well as destroying several cars. Car fires also have been on the rise, though the problem has been around for years. (Even in 2013, cars were set alight in Oslo at the rate of about one per week, mostly in the city’s poorer east end.) Overall, crime rates are still low by the standards of other cities, but the recent rise in youth crime suggests that may be changing. “We see more blind violence where people are attacked, ambushed and beaten up,” said Labour Party politician Jan Bøhler to the media last month. “This is terrorising our community.” While such observations are widely shared, Bøhler is notable for being one of the few politicians on the left who’s raised his voice about rising crime among young immigrants.

Oslo is the fastest growing capital city in Europe, despite the fact the country now is registering fewer births than at any time since the government started keeping track in the 19th century. About 14% of the country’s population is now composed of immigrants, with Poles, Lithuanians and Swedes topping the European migration sources; and Somalian, Pakistan, Iraq and Syria supplying the greatest number of non-OECD arrivals. Many of the immigrants congregate in Oslo, where, according to Statistics Norway, about a third of all residents are immigrants or born to immigrants. (As recently as 2004, the figure was just 22%.) In several areas, such as Stovner, Alna and Søndre Nordstrand, the figure is over 50%.

According to a 2015 Statistics Norway report, “most persons with an immigrant background living in Oslo come from Pakistan (22,000), while 13-14,000 are from Poland, Sweden and Somalia. There are large differences between the districts: Persons with a background from Pakistan and Sri Lanka are most represented in [the far eastern suburbs of] Oslo.” By one 2012 estimate, 70 percent of Oslo’s first- and second-generation immigrants will have roots outside Europe by 2040, and about half of the city’s residents will be immigrants.

Until now, Norway had seemed to cope well with the influx of immigrants from war-torn Muslim countries, in part because the intake levels generally were kept at a level that permitted newcomers to be integrated without overwhelming local resources. Indeed, there has been a broad consensus in Norwegian politics to keep immigration rates lower than those of comparable countries such as Sweden and Germany. Nevertheless, concerns have been rising in recent years, even if the ruling class was hesitant to discuss the issue. The country’s libertarian Progress Party (Fremskrittspartiet) has repeatedly asked the country’s statistical agency to report on the statistical relationship between crime and country of origin. In the past, Statistics Norway refused, saying that such a task was “beyond its capacity.”

A map of the Oslo area published by Statistics Norway, showing immigrant concentrations, from under 20% (yellow) to over 40% (brown).

But this year, for the first time, such a report was published. And the numbers were clear: Immigrants from certain backgrounds—particularly Palestinians, Iraqis and Afghanis—were many times more likely to commit violent crimes than other Norwegians (including other immigrant groups). In 65 out of 80 crime categories, non-Norwegians were over-represented. The largest discrepancy was in regard to domestic violence: Immigrants from non-Western countries were found to be eight times more likely to be charged for such crimes. Rape and murder were also heavily skewed toward these immigrant groups. Worryingly, the figures showed that second-generation immigrants were more likely to be criminals than their parents.

For a long time, the expression svenske tilstander—“Swedish conditions”—has been used to describe large Swedish cities such as Malmö, Gothenburg and Stockholm, which feature areas plagued by bombings, gang-related gun violence, robbery and rape. In the past, Norwegians used the expression somewhat disparagingly, insisting that such issues would never arise in Norway (while also suggesting that the situation in Sweden was itself exaggerated by those with an anti-immigration agenda). But gradually, “Swedish conditions” have seemed less distant.

Heidi Vibeke Pedersen, a Labour politician representing the immigrant-heavy area of Holmlia, recently wrote a Facebook post about her own experience, which was subsequently reprinted in VG, Norway’s biggest tabloid, under the headline “We have a problem in Oslo”:

Yesterday, my 15-year-old daughter went past [the suburb of] Bøler on a bus half an hour before another 15-year-old was robbed and beaten. Now I need to make a risk assessment: Is it too dangerous for her to go alone to the youth club…Young people now grow up in an environment where threats and violence are common, where adults might be afraid to interfere, and where they are told that the police are racist…Our part of the city is becoming more and more divided. We have areas that are mainly “Norwegian-Norwegian,” and others that have large immigrant populations. This isn’t diversity.

Pedersen’s article alluded to the fact that, in the quest to maintain their own cultures, some Muslims in Norway prefer to segregate instead of integrate. The newspaper Aftenposten recently uncovered the existence of Islamic schools presenting as cultural centres. And Islamsk Råd, the Islamic Council of Norway, now has proposed a separate branch of the Barnevernet—the government-run social services responsible for children—to deal with Muslim children.

The article was shared by many. But Pedersen’s use of such terms as “Norwegian-Norwegian” (or norsk-norske) didn’t sit well with progressives and community advocates. Hasti Hamidi, a writer and Socialist Party politician, and Umar Ashraf, a Holmlia resident, wrote in VG that Pedersen’s use of the term “must mean that the author’s understanding of Norwegian-ness is synonymous with white skin.”

Camara Lundestad Joof, a well known anti-racist activist and writer at the Dagbladet newspaper, accused Pedersen of branding local teenagers as terrorists. Using her own hard-done-by brother as an example, she explained how, in her opinion, Norwegian society has failed non-white young people. Had he been treated better, she argues, he and others like him would fare better. (One problem with this argument is that Norway is one of the least racist countries in the world.)

Of course, this tension between racial sensitivity and blunt talk on crime has existed for generations in many Western societies. But it’s a relatively new topic in Norway, which is only now embracing certain hyper-progressive academic trends. (Oslo Metropolitan University, for instance, has recently produced an expert in so-called Whiteness Studies.)

In fact, some influential Norwegians apparently would prefer that Statistics Norway had never released its report on crime and immigration in the first place. This includes Oslo’s vice mayor, Kamzy Gunaratnam, who told Dagbladet, “Damn, I’m angry! I’m not interested in these numbers…We don’t have a need to set people up against each other. These are our children, our people.”

But burying the truth is never a good long-term strategy for anyone, including members of immigrant communities. The more persuasive view is that these issues should be addressed candidly, while they are still manageable. Unlike many other European countries, Norway doesn’t yet have an influential far-right party. But that may change if voters see that mainstream politicians are too polite to address a problem that ordinary people all over Oslo are talking about.

Kathrine Jebsen Moore grew up in Norway. She now lives with her husband and four children in Edinburgh.


Médias: Vous avez dit « fake news » ? (What casual, everyday bias of reporters ?)

22 novembre, 2019
Lors d\'une manifestation contre la politique de Donald Trump sur l\'immigration, le 9 juin 2019, à Los Angeles (Etats-Unis).
L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. (…) Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l’hitlérisme? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme? Non, incontestablement, car beaucoup de choses demeuraient incomprises par la masse ou l’ennuyaient, du fait de leur éternelle répétition.[…] Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich)
Parmi les hommes, ce sont ordinairement ceux qui réfléchissent le moins qui ont le plus le talent de l’imitation. Buffon
La tendance à l’imitation est vivace surtout chez les sauvages. Darwin
Comme la faculté d’imitation dépend de la faculté d’observation, elle se développera d’autant plus chez les animaux qu’ils seront plus intelligents. George John Romanes
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Les journalistes moyens à qui nous parlons ont 27 ans et leur seule expérience de journaliste, c’est de suivre les campagnes politiques. C’est un changement radical. Ils ne savent littéralement rien. (…) Nous avons créé une chambre d’écho. Ils disaient des choses qui validaient ce que nous leur avions donné à dire.  Ben Rhodes (conseiller-adjoint à la sécurité extérieure d’Obama)
Media feeding frenzies have become almost commonplace in recent years, as Gary Hart, Oliver North, Vice President Dan Quayle and Speaker of the House Jim Wright, among many others, could readily attest. But in McMartin, the media seemed especially zealous–in large part because of the monstrous, bizarre and seemingly incredible nature of the original accusations. More than most big stories, McMartin at times exposed basic flaws in the way the contemporary news organizations function. Pack journalism. Laziness. Superficiality. Cozy relationships with prosecutors. A competitive zeal that sends reporters off in a frantic search to be first with the latest shocking allegation, responsible journalism be damned. A tradition that often discourages reporters from raising key questions if they aren’t first brought up by the principals in a story. In the early months of the case in particular, reporters and editors often abandoned two of their most cherished and widely trumpeted traditions–fairness and skepticism. As most reporters now sheepishly admit–and as the record clearly shows–the media frequently plunged into hysteria, sensationalism and what one editor calls « a lynch mob syndrome. » On so volatile an issue in an election year, defense attorneys maintain, that helped make it all but inevitable that the case would be prosecuted on a scale greater than the actual evidence warranted. There were stories about child prostitution and massive child pornography rings, stories about children being exchanged between preschools for sexual purposes, stories about a connection between alleged molestation at McMartin and a murder eight years earlier. None of these charges was ultimately proved, but the media largely acted in a pack, as it so often does on big events, and reporters’ stories, in print and on the air, fed on one another, creating an echo chamber of horrors. The LA Times
La presse accréditée à la Maison-Blanche est-elle victime du syndrome de Stockholm? Dans un livre devenu un classique du reportage politique américain, The Boys on the Bus, le reporter de Rolling Stone Timothy Crouse comparait en 1973 le convoi de la presse présidentielle sous Nixon à «un affreux petit camp de prisonniers de guerre, le chouchou du commandant, un officier débutant bien dressé et trop zélé, persécutant les prisonniers, étudiant leurs failles, récompensant leurs échecs, les punissant pour leurs succès et les encourageant à se dénoncer mutuellement». Jean-Marie Pottier
Les experts politiques ne sont pas un groupe très diversifié et ont tendance à accorder beaucoup de confiance aux opinions de leurs confrères et des autres membres de l’establishment politique. Une fois établi, le consensus tend à se renforcer jusqu’à et à moins que ne viennent l’interrompre des preuves absolument irréfutables. Les médias sociaux, Twitter en particulier, ne peuvent qu’aggraver encore le phénomène de pensée de groupe jusqu’à la création d’une véritable chambre d’écho. (…) Depuis au moins l’époque des « Boys on the bus, » le journalisme politique souffre d’une mentalité de meute. Les événements tels que les conventions et les débats rassemblent dans la même salle des milliers de journalistes; il suffit d’assister à l’un de ces événements pour presque littéralement sentir la nouvelle doxa se fabriquer en temps réel.  Nate Silver
Political experts aren’t a very diverse group and tend to place a lot of faith in the opinions of other experts and other members of the political establishment. Once a consensus view is established, it tends to reinforce itself until and unless there’s very compelling evidence for the contrary position. Social media, especially Twitter, can amplify the groupthink further. It can be an echo chamber. James Surowiecki’s book “The Wisdom of Crowds” argues that crowds usually make good predictions when they satisfy these four conditions: Diversity of opinion. “Each person should have private information, even if it’s just an eccentric interpretation of the known facts.” Independence. “People’s opinions are not determined by the opinions of those around them.” Decentralization. “People are able to specialize and draw on local knowledge.” Aggregation. “Some mechanism exists for turning private judgments into a collective decision.” Political journalism scores highly on the fourth condition, aggregation. While Surowiecki usually has something like a financial or betting market in mind when he refers to “aggregation,” the broader idea is that there’s some way for individuals to exchange their opinions instead of keeping them to themselves. And my gosh, do political journalists have a lot of ways to share their opinions with one another, whether through their columns, at major events such as the political conventions or, especially, through Twitter. But those other three conditions? Political journalism fails miserably along those dimensions. Diversity of opinion? For starters, American newsrooms are not very diverse along racial or gender lines, and it’s not clear the situation is improving much. And in a country where educational attainment is an increasingly important predictor of cultural and political behavior, some 92 percent of journalists have college degrees. A degree didn’t used to be a de facto prerequisite for a reporting job; just 70 percent of journalists had college degrees in 1982 and only 58 percent did in 1971. The political diversity of journalists is not very strong, either. As of 2013, only 7 percent of them identified as Republicans (although only 28 percent called themselves Democrats with the majority saying they were independents). And although it’s not a perfect approximation — in most newsrooms, the people who issue endorsements are not the same as the ones who do reporting — there’s reason to think that the industry was particularly out of sync with Trump. Of the major newspapers that endorsed either Clinton or Trump, only 3 percent (2 of 59) endorsed Trump. By comparison, 46 percent of newspapers to endorse either Barack Obama or Mitt Romney endorsed Romney in 2012. Furthermore, as the media has become less representative of right-of-center views — and as conservatives have rebelled against the political establishment — there’s been an increasing and perhaps self-reinforcing cleavage between conservative news and opinion outlets such as Breitbart and the rest of the media. Although it’s harder to measure, I’d also argue that there’s a lack of diversity when it comes to skill sets and methods of thinking in political journalism. Publications such as Buzzfeed or (the now defunct) Gawker.com get a lot of shade from traditional journalists when they do things that challenge conventional journalistic paradigms. But a lot of traditional journalistic practices are done by rote or out of habit, such as routinely granting anonymity to staffers to discuss campaign strategy even when there isn’t much journalistic merit in it. Meanwhile, speaking from personal experience, I’ve found the reception of “data journalists” by traditional journalists to be unfriendly, although there have been exceptions. Independence? This is just as much of a problem. Crowds can be wise when people do a lot of thinking for themselves before coming together to exchange their views. But since at least the days of “The Boys on the Bus,” political journalism has suffered from a pack mentality. Events such as conventions and debates literally gather thousands of journalists together in the same room; attend one of these events, and you can almost smell the conventional wisdom being manufactured in real time. (Consider how a consensus formed that Romney won the first debate in 2012 when it had barely even started, for instance.) Social media — Twitter in particular — can amplify these information cascades, with a single tweet receiving hundreds of thousands of impressions and shaping the way entire issues are framed. As a result, it can be largely arbitrary which storylines gain traction and which ones don’t. What seems like a multiplicity of perspectives might just be one or two, duplicated many times over. Decentralization? Surowiecki writes about the benefit of local knowledge, but the political news industry has become increasingly consolidated in Washington and New York as local newspapers have suffered from a decade-long contraction. That doesn’t necessarily mean local reporters in Wisconsin or Michigan or Ohio should have picked up Trumpian vibrations on the ground in contradiction to the polls. But as we’ve argued, national reporters often flew into these states with pre-baked narratives — for instance, that they were “decreasingly representative of contemporary America” — and fit the facts to suit them, neglecting their importance to the Electoral College. A more geographically decentralized reporting pool might have asked more questions about why Clinton wasn’t campaigning in Wisconsin, for instance, or why it wasn’t more of a problem for her that she was struggling in polls of traditional bellwethers such as Ohio and Iowa. If local newspapers had been healthier economically, they might also have commissioned more high-quality state polls; the lack of good polling was a problem in Michigan and Wisconsin especially. There was once a notion that whatever challenges the internet created for journalism’s business model, it might at least lead readers to a more geographically and philosophically diverse array of perspectives. But it’s not clear that’s happening, either. Instead, based on data from the news aggregation site Memeorandum, the top news sources (such as the Times, The Washington Post and Politico) have earned progressively more influence over the past decade: The share of total exposure for the top five news sources climbed from roughly 25 percent a decade ago to around 35 percent last year, and has spiked to above 40 percent so far in 2017. While not a perfect measure, this is one sign the digital age hasn’t necessarily democratized the news media. Instead, the most notable difference in Memeorandum sources between 2007 and 2017 is the decline of independent blogs; many of the most popular ones from the late ’aughts either folded or (like FiveThirtyEight) were bought by larger news organizations. Thus, blogs and local newspapers — two of the better checks on Northeast Corridor conventional wisdom run amok — have both had less of a say in the conversation. All things considered, then, the conditions of political journalism are poor for crowd wisdom and ripe for groupthink. Likewise, improving diversity is liable to be a challenge, especially because the sort of diversity that Surowiecki is concerned with will require making improvements on multiple fronts (demographic diversity, political diversity, diversity of skill sets). Still, the research Surowiecki cites is emphatic that there are diminishing returns to having too many of the same types of people in small groups or organizations. Teams that consist entirely of high-IQ people may underperform groups that contain a mix of high-IQ and medium-IQ participants, for example, because the high-IQ people are likely to have redundant strengths and similar blind spots. That leaves independence. In some ways the best hope for a short-term fix might come from an attitudinal adjustment: Journalists should recalibrate themselves to be more skeptical of the consensus of their peers. That’s because a position that seems to have deep backing from the evidence may really just be a reflection from the echo chamber. You should be looking toward how much evidence there is for a particular position as opposed to how many people hold that position: Having 20 independent pieces of evidence that mostly point in the same direction might indeed reflect a powerful consensus, while having 20 like-minded people citing the same warmed-over evidence is much less powerful. Obviously this can be taken too far and in most fields, it’s foolish (and annoying) to constantly doubt the market or consensus view. But in a case like politics where the conventional wisdom can congeal so quickly — and yet has so often been wrong — a certain amount of contrarianism can go a long way. Nate Silver
Dans les médias de la communication, une chambre d’écho, ou chambre d’écho médiatique est une description métaphorique d’une situation dans laquelle l’information, les idées, ou les croyances sont amplifiées ou renforcées par la communication et la répétition dans un système défini. Il s’agit d’une analogie avec la chambre d’écho acoustique, ou chambre réverbérante, dans laquelle les sons sont réverbérés par les murs. À l’intérieur d’une chambre d’écho médiatique, les sources ne sont généralement pas remises en question et les points de vues opposés sont censurés ou sous-représentés. John Scruggs, lobbyiste chez le cigarettier Philip Morris, décrit en 1998 deux mécanismes de ce qu’il appelle les «chambres d’écho». Le premier consiste en la répétition d’un même message par différentes sources. Le second mécanisme consiste en la diffusion de messages similaires mais complémentaires par une seule source. Scruggs décrit la chambre d’écho comme stratégie pour augmenter la crédibilité de certaines informations au regard d’une audience cible. Avec la démocratisation de l’internet et l’arrivée des médias sociaux, les chambres d’écho se sont multipliées. Les algorithmes des réseaux sociaux agissent comme des filtres et engendrent ce qu’on a nommé des bulles de filtres. L’utilisateur à l’intérieur d’une telle bulle obtient de l’information triée à son insu en fonction de son activité sur un réseau. L’accessibilité accrue aux informations correspondant aux opinions des individus fait que ces derniers sont moins exposés à des opinions différentes des leurs. Dans les chambres d’échos, les opinions opposées à celles de la majorité sont peu diffusées et, lorsqu’elles le sont, sont souvent la cible d’attaques par cette majorité pour les discréditer. Lorsqu’une information est reprise par de nombreux médias, elle peut être déformée, exagérée, jusqu’à être plus ou moins dénaturée. En augmentant l’exposition à une fausse rumeur, sa crédibilité a tendance à augmenter. À l’intérieur d’une chambre d’écho, il peut ainsi arriver qu’une majorité d’individus croient en une version dénaturée d’une information véridique, ou en une information carrément fausse. Wikipédia
With ten people shot and four killed, this obviously meets the media’s current definition of a mass shooting. So where was the outrage? Where were the calls for new gun control laws? How did this tragedy turn into a non-story? First of all, the victims were all adult males from the Hmong community. And while police said they didn’t find any ties to gang activity among the victims, they were looking into a recent “disturbance” between some of them and members of one of the local Hmong gangs. (Fresno has had problems with gang violence, including Hmong groups, for quite a while now.) Another factor is the fact that police reported the assailants using semiautomatic handguns. The event was reportedly over pretty quickly, so they probably weren’t using collections of extended magazines. In other words, this mass shooting is uninteresting to much of the media because it fails all the normal tests and doesn’t fit in with the narrative. Had the men at least been using “assault rifles” they might have merited a bit more coverage. But those events are vanishingly rare because most gang members are well aware that it’s tough to hide a long gun when walking down the street to attack someone or while fleeing the scene afterward. Further, if initial reports prove accurate, this was an incident of adult Asian people shooting other adult Asian people. And most of the press has about as much interest in that story as one where black gang members are shooting other black people. In short… basically none. It’s reminiscent of the Bunny Friend Park shooting in New Orleans back in 2015. It was the second-largest mass shooting of the year in the United States. Seventeen people were shot in the middle of a public festival but if you didn’t live in New Orleans or subscribe to the Times-Picayune, you probably never heard about it. Why? Because it was two rival gangs composed primarily of African-Americans settling a turf war. Unfortunately, they were such poor marksmen that almost all of the victims were bystanders, including a young boy who was shot through the spine and will likely spend his life in a wheelchair. So the Fresno shooting has effectively already gone down the memory hole, while the last school shooting (that claimed fewer victims) is still popping up in the news a week later. Hot air
Les États-Unis ont « le plus haut taux d’enfants en détention au monde ». Est-ce que ça vaut la peine d’être signalé ? Peut-être, peut-être pas. Néanmoins, l’Agence France-Presse, ou AFP, et Reuters l’ont signalé, attribuant l’information à une « étude des Nations Unies » sur les enfants migrants détenus à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Puis les deux agences sont revenues sur leur déclaration. Supprimée, retirée, démolie. S’ils avaient pu utiliser l’un de ces hommes en noir, ils l’auraient fait. Les deux agences de presse ont expliqué que, voyez-vous, les données de l’ONU dataient de 2015 – dans le cadre d’une répression à la frontière qui avait commencé des années auparavant. Nous savons tous qui était le président en 2015. Ce n’était pas ce monstre maléfique qu’est le président Trump. C’était ce gentil, compatissant, monstre de garderie qu’était le président Barack Obama. Zap. L’histoire a fait passer Obama pour le méchant. Donc l’histoire a été retirée. Pas mise à jour ou corrigée, supprimée. Je sais que c’est un environnement médiatique dense. Qui peut suivre ? Mais essayez de vous souvenir de celle-ci, car elle est instructive. Les gens croient que les organes de presse fabriquent délibérément des fausses nouvelles, mais c’est rarement le cas. Les fausses nouvelles sont un problème qui surgit ici et là, mais les attaques beaucoup plus systématiques et profondément ancrées contre la vérité sont les distorsions quotidiennes et désinvoltes des journalistes. L’AFP et Reuters ont supprimé une histoire qui était, dans un sens strict, vraie – une étude de l’ONU a affirmé que les États-Unis avaient quelque 100 000 enfants en détention liée aux migrations. L’ONU est horriblement partiale contre l’Amérique et l’Occident. Pourtant, sur le plan du journalisme paresseux et axé sur la diffusion de communiqués de presse, l’histoire des enfants enfermés n’avait qu’une validité minimale. Ce que les agences ne semblaient pas apprécier, c’était l’implication de l’histoire : Obama, plutôt que Trump, a enfermé beaucoup d’enfants. C’est ce qui est important : non pas que l’AFP et Reuters aient supprimé une histoire, mais que l’implication de l’histoire signifie quelque chose pour eux. Chaque fois que vous lisez quelque chose de l’AFP et de Reuters (et de CNN et du Washington Post), vous devriez penser non pas ‘C’est une fausse nouvelle’ mais : ‘Quel est l’ordre du jour ?’ Pour paraphraser le commentaire tristement célèbre et instructif de Chuck Schumer sur la CIA, les médias ont six façons de vous faire penser ce qu’ils veulent que vous pensiez, dont aucune ne consiste à inventer des choses. L’une d’elles consiste à ne pas communiquer les choses. Les nouvelles qui ne sont pas mentionnées n’arrivent pas au public. Les cotes d’approbation d’Obama étaient pour la plupart très basses, comparables à celles de Trump, généralement dans les 40%. Les sondages le disaient, et les Ron Burgundy ne le signalaient tout simplement pas. Trump ne bénéficie pas de cette courtoisie. Il ne peut pas non plus être associé à de bonnes nouvelles. Un récent sondage de Newsbusters a révélé que, sur une récente période de six semaines, même pas un pour cent des médias ayant rapporté des nouvelles sur l’administration de Trump ont mentionné des mesures économiques positives. Une autre astuce consiste à rapporter sobrement les propositions politiques du politicien un, mais en se concentrant entièrement sur les mésaventures et les controverses mesquines du politicien deux. Vous pourriez, si vous êtes un consommateur d’actualités, avoir l’impression que la sénatrice Elizabeth Warren a un ensemble de plans sobres et bien raisonnés. Ces plans sont, cependant, si farfelus qu’ils sont à couper le souffle. Elle a promis 20,5 billions de dollars en nouvelles dépenses fédérales, soit une augmentation de 40 % par rapport aux montants actuels. Et pourtant, Warren n’est pas une candidate que les médias dépeignent comme déséquilibrée. Pendant ce temps, les gaffes des démocrates suscitent très peu d’intérêt . (…) Une autre astuce consiste à décider qu’une affaire qui fait avancer le mauvais récit est simplement une « nouvelle locale », et ne mérite donc pas l’attention des grands médias. Tout crime commis par des migrants illégaux peut être ignoré sans problème par CNN, mais tout crime associé à l’aile droite devient une cause de consternation nationale et d’introspection. Cette semaine, CNN a fait un reportage de grande envergure impliquant les talents de cinq reporters après que personne de l’Université de Syracuse ait envoyé un manifeste de la suprématie blanche à « plusieurs » téléphones portables et que des graffitis racistes aient été découverts dans une résidence. Auparavant, des incidents similaires sur le campus s’étaient avérés être basés sur des canulars. En cas de dissipation de cette histoire, CNN peut affirmer avec justesse: nous ne faisions que rapporter que les étudiants étaient effrayés. L’impression créée par un millier de récits de ce genre – que l’Amérique de 2019 est un cauchemar de la suprématie blanche – persistera tout de même. Utiliser ou ignorer les faits selon qu’ils créent ou non l’impression souhaitée est le principal objectif des médias d’aujourd’hui. NY Post
Séparer les enfants de leurs parents, comme cela a été fait par l’administration Trump, même de jeunes enfants, à la frontière avec le Mexique (…) constitue un traitement inhumain à la fois pour les parents et pour l’enfant. Manfred Nowak
Plus de 100 000 enfants sont actuellement détenus en lien avec l’immigration aux Etats-Unis. Ce total comprend les enfants détenus avec leurs parents et les mineurs détenus séparément, a affirmé lundi 18 novembre l’ONU. Plus précisément, « le nombre total des (enfants) détenus est de 103 000 », a déclaré à l’AFP Manfred Nowak, principal auteur de l’Etude globale des Nations unies sur les enfants privés de liberté. Il a qualifié de « prudente » cette estimation, basée sur les chiffres officiels ainsi que sur des sources complémentaires « très fiables ». Au niveau mondial, ce sont au moins 330 000 enfants qui sont détenus dans 80 pays pour des raisons liées aux migrations, selon cette étude. « Un traitement inhumain à la fois pour les parents et pour l’enfant » Selon Manfred Nowak, le nombre de 103 000 enfants détenus aux Etats-Unis comprend les mineurs non accompagnés, ceux qui ont été arrêtés avec leurs proches, et ceux qui ont été séparés de leurs parents avant la détention. L’étude examine notamment les violations de la Convention des droits de l’enfant, qui stipule que la détention des enfants ne doit être utilisée « que comme une mesure de dernier recours et pour la durée possible la plus courte ». Les Etats-Unis sont le seul pays membre des Nations unies à n’avoir pas ratifié la convention, entrée en vigueur en 1990. Mais Manfred Nowak a souligné que cela n’exonérait pas l’administration du président Donald Trump de la responsabilité de ses actes en matière de détention d’enfants migrants à sa frontière avec le Mexique. France info
Étude : 1/3 des enfants immigrés détenus dans le monde le sont aux États-Unis Triste record pour les États-Unis. Alors que l’administration Trump mène une politique unique dans l’histoire des USA en matière d’immigration, l’on apprend via un rapport que le nombre d’enfants détenus dans le cadre de la lutte contre l’immigration atteint un sommet comparé aux statistiques mondiales. Et pour cause, avec un total de 330.000 enfants détenus dans le monde pour des raisons migratoires, les États-Unis de Donald Trump tiennent le haut du pavé avec un total de plus de 100.000 enfants détenus pour les mêmes raisons. La Nouvelle tribune
The Associated Press has withdrawn its story about a claim about the number of children being held in migration-related detention in the United States. The story quoted an independent expert working with the U.N. human rights office saying that over 100,000 children are currently being held. But that figure refers to the total number of U.S. child detentions for the year 2015, according to the U.N. refugee agency. A substitute version will be sent. The AP
AFP is withdrawing this story. The author of the report has clarified that his figures do not represent the number of children currently in migration-related US detention, but the total number of children in migration-related US detention in 2015. We will delete the story. AFP
Correction: Report Withdrawn Because Of Error In Study Data An updated report about the study and the author’s error has been posted here. We have withdrawn this story about U.S. incarceration rates of children because the U.N. study’s author has acknowledged a significant error in the data. We will post a revised article with more complete information as soon as possible. Because of an error by the study’s author, NPR removed its original story about a study of U.S. incarceration rates of children. NPR has published a new story about the study here. NPR

Vous avez dit « fake news » ? (recette incluse)

Sortez un titre choc (« United States has the world’s highest rate of children in detention”, « Les États-Unis, champions du monde de la détention de mineurs », Étude : 1/3 des enfants immigrés détenus dans le monde le sont aux États-Unis) …

Ou plus factuellement subtil (« Plus de 100 000 enfants en détention aux Etats-Unis en lien avec l’immigration« ) …

N’hésitez pas à forcer la dose avec un chiffre ahurissant (en fait, le total accumulé de tous les enfants détenus en une année) …

Attribuez le aux seuls Etats-Unis (Corée du nord comprise !)

Citez un rapport de l’ONU (une étude de 2005 fera l’affaire) …

Sortez l’info massivement dans toutes les agences de presse internationales (AFP, Associated Press, Reuters)

Et même pour faire bonne mesure les organes de presse nationaux (National Public radio, France info) …

Comme les quotidiens de référence (NYT) …

N’oubliez pas une photo bien larmoyante d’enfants manifestants contre ledit traitement inhumain (ou au pire une photo de barbelés) …

Enfin en cas d’impair …

Entre un dessin antisémite et une rétention d’information

Retirez tranquillement l’info (un simple 404 ou au besoin trois lignes de communiqué sur Twitter ou un site de journal) …

Et, le tour est joué, …

Ne rappelez surtout pas …

Qui était président des Etats-Unis en 2015 (pour les mémoires chancelantes, Donald Trump arrive au pouvoir en janvier 2017) !

Plus de 100 000 enfants en détention aux Etats-Unis en lien avec l’immigration

 Au niveau mondial, ce sont au moins 330 000 enfants qui sont détenus dans 80 pays pour des raisons liées aux migrations.

Lors d\'une manifestation contre la politique de Donald Trump sur l\'immigration, le 9 juin 2019, à Los Angeles (Etats-Unis).

Lors d’une manifestation contre la politique de Donald Trump sur l’immigration, le 9 juin 2019, à Los Angeles (Etats-Unis). (DAVID MCNEW / AFP)

Voir aussi:

Then the two agencies retracted the story. Deleted, withdrew, demolished. If they could have used one of those Men in Black memory-zappers on us, they would have. Sheepishly, the two news organizations explained that, you see, the UN data was from 2015 — part of a border crackdown that had begun years earlier.

We all know who the president was in 2015. It wasn’t evil, child-caging monster President Trump. It was that nice, compassionate, child-caging monster President Barack Obama.

Zap. The story made Obama look bad. Hence the story was removed. Not updated or corrected, removed.

I know it’s a heavy news environment. Who can keep up? But try to remember this one, because it’s instructive. People think news organizations flat-out fabricate stories. That isn’t often the case. Fake news is a problem that pops up here and there, but the much more systematic and deeply entrenched attack on truth is the casual, everyday bias of reporters.

AFP and Reuters deleted a story that was, in a narrow sense, true — that a UN study claimed the United States had some 100,000 children in migrant-related detention. The United Nations is horribly biased against America and the West. Still, on the level of lazy, news-release-driven journalism, the locked-up-kids story was minimally valid.

At any rate, what the agencies didn’t seem to like was the story’s changed implication: That Obama, rather than Trump, locked up a lot of children. This is what’s important: Not that AFP and Reuters deleted a story, but that the implication of the story meant everything to them.

Every time you read something from AFP and Reuters (and CNN and the Washington Post), you should be thinking not “This is fake news” but: “What’s the agenda?” To paraphrase Chuck Schumer’s infamous, and instructive, comment on the CIA, news outlets have six ways from Sunday of getting you to think what they want you to think, none of which involve making up stuff.

One is simply not reporting things. News that isn’t mentioned didn’t really happen to that outlet’s consumers. Obama’s approval ratings were mostly really low, comparable to Trump’s, typically in the low to mid-40s. Polls would come out saying this, and the Ron Burgundys would simply not report it.

Using, or ignoring, facts in accordance with whether they create the desired impression is the principal agenda of today’s media.

Trump doesn’t enjoy this courtesy. Nor can he be associated with good news. A recent Newsbusters survey found that, over a recent six-week period, not even 1 percent of network news reporting on the Trump administration even mentioned positive economic news.

Another trick is soberly reporting the policy proposals of Politician One but focusing entirely on the miscues and petty controversies of Politician Two. You might, if you are a news consumer, be under the impression that Sen. Elizabeth Warren has a sober, well-reasoned set of plans. These plans are, however, so far-fetched as to be breathtaking. She has vowed $20.5 trillion in new federal spending, an increase of 40 percent on top of current levels. Yet Warren isn’t the candidate the media habitually portray as unhinged.

Meanwhile, the gaffes of Democrats attract very little interest; network news basically ignored the mini-scandal involving Pete Buttigieg, who promoted a list of black supporters, many of whom either were not black or did not support him. The networks declined to cast Buttigieg as racially insensitive.

Still another trick is deciding that a matter that advances the wrong narrative is simply “local news,” hence not worthy of attention from the major outlets. Any crimes committed by illegal immigrants can be safely ignored by CNN, but any crimes associated with right-wingers become cause for national dismay and soul searching.

CNN did a massive story this week involving the talents of five reporters after someone at Syracuse University sent out a white supremacist manifesto to “several” cellphones and racist graffiti was discovered in a residence hall. Previously, similar outbreaks of campus fear turned out to be based on hoaxes. Yet if this story dissolves, CNN can accurately claim, hey, we were just reporting that students were scared.

The impression created by a thousand stories like this — that America in 2019 is a white supremacist nightmare — will linger all the same. Using, or ignoring, facts in accordance with whether they create the desired impression is the principal agenda of today’s media.

Voir également:

Surprise! Reports claiming US has ‘more than 100,000 children’ currently in migration-related detention facilities are bogus
Becket Adams
The Washington Examiner
November 19, 2019

Various news outlets, including Agence France-Presse, the Associated Press, National Public Radio, and Reuters, reported this week that a United Nations study showed that there are « more than 100,000 children in migration-related U.S. detention.”

That sounds pretty bad. It means America has “the world’s highest rate of children in detention,” in violation of “international law.”

Except, oops! It is total nonsense.

First, the number of minors currently detained in the United States is more like 6,500: 1,500 detained by the Department of Homeland Security and 5,000 detained by the Department of Health and Human Services, as attorney and Washington Examiner contributor Gabriel Malor helpfully notes.

Second, newsrooms wrongly blamed the Trump administration for what was actually a study of the cumulative (not current) number of migration-related detentions for the year 2015. The 100,000 figure cited in the U.N. study includes everything from minors who were held for a day to minors who were held for several months. Further, you might recall — if you are not suffering too severely from « Trump derangement syndrome » — that Trump was not even sworn in to the White House until January 2017. In fact, in 2015, nobody thought Trump would ever be president.

That “100,000” figure should have never made it past the editing process, let alone launch a handful of headlines declaring the U.S. the leader in detained children. That figure requires not just shoddy math but also a total suspension of disbelief regarding what goes on in the darker, more tyrannical corners of the world. To say the U.S. is a world leader in detained minors would mean that America is measured against all countries, including China, Russia, and North Korea. If you believe U.N. investigators have reliable figures from any of those countries, then, oh boy, have I got a bridge to sell you.

To the surprise of absolutely no one with even an ounce of skepticism, the supposedly shocking news report has fallen apart. A few of the outlets that misreported the U.N. study have announced since that they are withdrawing their respective articles.

“AFP is withdrawing this story,” the French newsgroup announced Tuesday. “The author of the report has clarified that his figures do not represent the number of children currently in migration-related U.S. detention, but the total number of children in migration-related U.S. detention in 2015. We will delete the story.”

Voir de plus:

Étude : 1/3 des enfants immigrés détenus dans le monde le sont aux États-Unis
Sam Boton
La Nouvelle tribune (Maroc)
19 novembre 2019

Triste record pour les États-Unis. Alors que l’administration Trump mène une politique unique dans l’histoire des USA en matière d’immigration, l’on apprend via un rapport que le nombre d’enfants détenus dans le cadre de la lutte contre l’immigration atteint un sommet comparé aux statistiques mondiales.

Et pour cause, avec un total de 330.000 enfants détenus dans le monde pour des raisons migratoires, les États-Unis de Donald Trump tiennent le haut du pavé avec un total de plus de 100.000 enfants détenus pour les mêmes raisons.

STORY REMOVED: BC-EU–UN-US-Detained Children

The Associated Press has withdrawn its story about a claim about the number of children being held in migration-related detention in the United States. The story quoted an independent expert working with the U.N. human rights office saying that over 100,000 children are currently being held. But that figure refers to the total number of U.S. child detentions for the year 2015, according to the U.N. refugee agency.

A substitute version will be sent.

The AP

Voir encore:

 

 

Bill Chappell

Posted on Nov. 20 at 5:15 p.m. ET

An updated report about the study and the author’s error has been posted here.

Posted on Nov. 19 at 6:53 p.m. ET

We have withdrawn this story about U.S. incarceration rates of children because the U.N. study’s author has acknowledged a significant error in the data. We will post a revised article with more complete information as soon as possible.

Correction Nov. 20, 2019

Because of an error by the study’s author, NPR removed its original story about a study of U.S. incarceration rates of children. NPR has published a new story about the study here.

Voir par ailleurs:

Why you’re not hearing more about that mass shooting in Fresno

This particular bit of awful news out of Fresno, California broke on Sunday evening and at first, it caused quite a stir in the media. A mass shooting had taken place in the back yard of a family home where a group of people had gathered to watch football. Multiple gunmen entered the yard through a side gate and without saying a word began firing into the crowd. When they fled there were four dead and six more injured. People were justifiably horrified. (Associated Press)

A close-knit Hmong community was in shock after gunmen burst into a California backyard gathering and shot 10 men, killing four.

“We are right now just trying to figure out what to do, what are the next steps. How do we heal, how do we know what’s going on,” said Bobby Bliatout, a community leader…

“Our community is in mourning, and we still don’t know what’s going on, or who are the suspects,” said Pao Yang, CEO of the Fresno Center, a Hmong community group.

This shooting qualified for multiple Breaking News announcements on cable news and announcements arriving in people’s email inboxes. And then a strange thing seemed to happen. By Monday morning there was almost no additional coverage. I think I saw it mentioned briefly twice on CNN, and then it was back to the impeachment hearings pretty much non-stop

With ten people shot and four killed, this obviously meets the media’s current definition of a mass shooting. So where was the outrage? Where were the calls for new gun control laws? How did this tragedy turn into a non-story?

First of all, the victims were all adult males from the Hmong community. And while police said they didn’t find any ties to gang activity among the victims, they were looking into a recent “disturbance” between some of them and members of one of the local Hmong gangs. (Fresno has had problems with gang violence, including Hmong groups, for quite a while now.)

Another factor is the fact that police reported the assailants using semiautomatic handguns. The event was reportedly over pretty quickly, so they probably weren’t using collections of extended magazines.

In other words, this mass shooting is uninteresting to much of the media because it fails all the normal tests and doesn’t fit in with the narrative. Had the men at least been using “assault rifles” they might have merited a bit more coverage. But those events are vanishingly rare because most gang members are well aware that it’s tough to hide a long gun when walking down the street to attack someone or while fleeing the scene afterward.

Further, if initial reports prove accurate, this was an incident of adult Asian people shooting other adult Asian people. And most of the press has about as much interest in that story as one where black gang members are shooting other black people. In short… basically none. It’s reminiscent of the Bunny Friend Park shooting in New Orleans back in 2015. It was the second-largest mass shooting of the year in the United States.

Seventeen people were shot in the middle of a public festival but if you didn’t live in New Orleans or subscribe to the Times-Picayune, you probably never heard about it. Why? Because it was two rival gangs composed primarily of African-Americans settling a turf war. Unfortunately, they were such poor marksmen that almost all of the victims were bystanders, including a young boy who was shot through the spine and will likely spend his life in a wheelchair.

So the Fresno shooting has effectively already gone down the memory hole, while the last school shooting (that claimed fewer victims) is still popping up in the news a week later. There’s no real underlying lesson here that we didn’t already know about. I only bring it up as a useful data point for future reference. The police still have no suspects identified in the Fresno shooting, but hopefully, progress will be made. We should send out our thoughts and prayers to the victims and their families.


Iran: Quel soulèvement national ? (Iranian thugs shoot unarmed protesters in Lebanon, Iraq and now Iran itself and guess who the whole world keeps denouncing ?)

19 novembre, 2019


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Les Iraniens sont dans les rues et manifestent contre le régime. Récemment, les mollahs ont perdu tous leurs alliés en raison de leurs tentatives de déstabilisation du Moyen-Orient et leur volonté permanente d’agiter les marchés pétroliers pour forcer leurs adversaires à capituler. Manquant de tout notamment de carburant pour produire de l’électricité nécessaire à leur régime et leur sécurité, ils ont repris le projet de paupérisation du peuple pour préserver les stocks existants de vivres et de carburant en augmentant par surprise le vendredi 15 novembre 2019 le prix du carburant de 300%. Les Iraniens dépités par cette décision inhumaine qui allait aggraver leur misère sont descendus dans la rue en attaquant les sièges de la milice du régime avec la ferme intention de mettre fin au pouvoir des mollahs et leurs associés. Le prince Reza Pahlavi qui est très aimé en Iran a apporté son soutien à ce mouvement et a appelé les forces de l’ordre à en faire autant. Sa mère, la reine Farah Pahlavi, encore plus populaire, en raison de la gigantesque popularité de son mari (le Shah d’Iran) et de son père, Reza Shah Reza Shah, depuis plusieurs années et aussi en raison des épreuves familiales qu’elle a endurées, a aussi apporté son soutien au peuple. Trump a aussi apporté son soutien au peuple, mais en revanche hélas pas les Européens. Cependant, les miliciens de base du régime se sont gardés de le défendre. Grâce à leur passivité bienveillante, il y a désormais des manifestations hostiles au régime dans tout le pays. Les rares miliciens fidèles au régime sont débordés. La chute du régime est vue comme possible à court terme. Le régime a coupé l’internet pour limiter le transfert des informations via les réseaux sociaux, mais les Iraniens se débrouillent et ont envoyé quelques vidéos pour montrer qu’ils comptaient continuer jusqu’à la chute du régime. Les rares miliciens restés fidèles au régime ne parviennent pas à contenir les manifestants. Le régime désespéré par le manque de sa capacité à réprimer les Iraniens leur envoie des SMS pour les avertir qu’ils pourraient les arrêter. Chers lecteurs français. Nous avons besoin de vous. Vos dirigeants ainsi que leurs collègues européens ne font rien pour aider la chute des mollahs. Nous comptons sur vous pour mettre fin à leur passivité car en dehors des considérations humanistes, la chute des mollahs, patrons du terrorisme islamique et de la propagande intégriste, permettra de sauver votre pays et de nombreux pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient que vous aimez. Iran Resist
Les Iraniens sont dans les rues et manifestent contre le régime après une très forte hausse du carburant de 300% destinée à entraîner une forte hausse de tous les prix. Il y a une semaine, nous vous avons expliqué que les mollahs n’avaient plus d’alliés car les Irakiens et les Libanais se sont soulevés contre le Hezbollah et Russie et la Syrie se sont rapprochés de Trump… Dès lors, en attendant le succès de leurs provocations intimidantes ou un changement de la conduite du Hezbollah, les mollahs, manquant d’alliés pour obtenir des produits alimentaires qu’ils ont cessé de produire, de fait confrontés à un risque plus élevé de pénuries et d’émeutes, ont continué à ne pas payer les ouvriers et de nombreux fonctionnaires ou retraités pour limiter leur pouvoir d’achat afin d’éloigner les pénuries et les émeutes qu’elles provoqueraient. Ces mesures qui comme toujours punissaient le peuple sans peser sur les responsables du régime et les dévier de leur terrorisme régional ont renforcé la contestation du régime par les ouvriers et les fonctionnaires iraniens. Les routiers les ont aussi rejoints. Même des proches du régime rassemblés à Yazd pour applaudir Rohani l’ont hué à en début de la semaine dernière. La semaine dernière, ils ont aussi prélevé 1000 dollars sur les comptes d’épargne de tous les Iraniens notamment leurs cadres administratifs qu’ils avaient déjà siphonnés il y a un an en annulant les épargnes déposées dans des organismes de crédit. Le résultat a été le boycott interne de l’anniversaire de la prise de l’ambassade américaine : moins de 200 personnes à Téhéran et rien dans les autres villes car on a seulement vu des images pour Ardabil et il s’agissait des images d’archive étant donné que les gens étaient en chemisette alors que la température était de seulement 1° ! Les mollahs ont alors cherché à provoquer la panique dans la région en parlant de nouvelles armes disponibles pour les Houthis et le Hezbollah et d’un plus fort taux d’enrichissement pour faire reculer Trump et ses nouveaux alliés. Mais ils ont échoué et ont une la confirmation de leur isolement car le Hezbollah s’est gardé de les soutenir. La soudaine chute des températures il y deux jours parfois jusqu’à -12° les a exposés à une explosion de la consommation des carburants qu’ils ne produisent plus depuis des années pour en acheter aux pays industrialisés afin d’acheter leur soutien. Les mollahs, certains de ne pouvoir trouver de carburant pour l’alimentation des centrales thermiques qui produisent l’essentiel de l’énergie en Iran, ont intensifié le rationnement de l’essence en augmentant son prix de 1000 à 1500 tomans (+50%) pour une consommation limitée à 60 litres pour les particuliers et à 400 litres pour les taxis. Ils ont aussi fixé le prix à 3000 tomans (+200%) pour une consommation hors ces rations. Ils ont ainsi imposé indirectement une hausse de 50 à 200 % à tous les produits nécessitant des livraisons (essentiellement les produits alimentaires) et ont tenté de duper les Iraniens en affirmant qu’ils allaient leur distribuer les revenus de cette hausse !!! Les gens n’ont pas été dupes et ont immédiatement investi les rues en criant leur haine des mollahs et ont attaqué les dépôts de carburants des mollahs ainsi que les postes de la police ou les bureaux des renseignements de la milice ! Les mollahs n’ont pas trouvé assez de miliciens de base pour se défendre. On a même vu une vidéo d’un commandant de la police affirmant aux manifestants qui l’appelaient à les rejoindre qu’il était leur serviteur ! Le refus des miliciens de la police ou l’armée de frapper les manifestants a souligné la fragilité de leur régime ! Les mollahs ont demandé au peu de miliciens insolvables qui leur sont fidèles en raison de passé de tortionnaires d’intervenir et de tirer sur les manifestants. À l’heure actuelle, selon les nouvelles, il y aurait au moins 300 blessés et plus d’une vingtaine de morts dans plusieurs villes du pays. Depuis le régime est en état d’alerte au point que certains mollahs ont pris la défense du peuple après avoir été parmi ses bourreaux et ses voleurs pendant 40 ans ! Voici d’autres images du régime en danger et le peuple en révolte pour s’en débarrasser… Aidez-les svp en diffusant ces nouvelles sur tous les réseaux sociaux. Iran Resist
Protests have erupted across Iran after the government unexpectedly announced it was rationing petrol and increasing its price. At least one person has been killed and others injured in the violence. Officials say the changes, which have seen prices rise by at least 50%, will free up money to help the poor. Iran is already suffering economically due to stiff sanctions imposed by the US after Washington decided to pull out of the 2015 Iran nuclear deal. Protests erupted hours after the new policies were announced on Friday – with fresh demonstrations on Saturday in some cities. Fresh protests were held Saturday in the cities of Doroud, Garmsar, Gorgan, Ilam, Karaj, Khoramabad, Mehdishahr, Qazvin, Qom, Sanandaj, Shahroud and Shiraz, Irna reported. Footage posted on social media suggest other people may have been killed on Saturday. The semi-official Isna news agency reported that security officials have threatened to legally pursue social media users who were sharing footage online. On both days there were reports of angry motorists blocking some roads by turning off car engines or abandoning vehicles in traffic. Videos posted online purportedly showed motorists in the capital, Tehran, stopping traffic on the Imam Ali Highway and chanting for the police to support them. Another clip shows what appeared to be a roadblock across the Tehran-Karaj motorway, hit by the season’s first heavy snowfall. Other videos spreading online show clashes between security forces and protesters, and banks burning in several cities. Some pictures appeared to show police stations aflame in the southern city of Shiraz. Under the new fuel measures, each motorist is allowed to buy 60 litres (13 gallons) of petrol a month at 15,000 rials ($0.13; £0.10) a litre. Each additional litre then costs 30,000 rials. Previously, drivers were allowed up to 250 litres at 10,000 rials per litre, AP reports. The revenues gained from removing subsidies on petrol will be used for cash payments to low-income households, the government says. BBC
L’ancien système fondé sur les appartenances ethniques et religieuses ne fonctionne plus. Aujourd’hui la répartition de la population a changé et l’équilibre du pouvoir n’est plus le même entre les trois communautés du Liban : les chiites, les sunnites et les chrétiens. C’est vrai que ce système a fonctionné pendant longtemps, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. À cela s’ajoute également le fait qu’une grande partie des hommes politiques libanais sont à la fois corrompus et incompétents, incapables de gérer correctement les affaires du pays. C’est le cas aussi en Irak, où les dirigeants politiques sont gangrenés par la corruption. (…) Le Hezbollah sait qu’il va tout perdre en cas d’un véritable changement politique dans le pays. Le parti chiite a gagné la sympathie des Libanais en tenant tête à Israël. Mais il s’est montré incapable de gérer les affaires politiques du pays en temps de paix, il a donc perdu sa popularité. Les agents du Hezbollah sont peut-être de bons soldats, mais ils n’ont aucune compétence sur les plans politique, économique et social, comme d’ailleurs leurs frères iraniens. Le parti de Hassan Nassrallah est aussi corrompu et nul que les ayatollahs de Téhéran lorsqu’il s’agit de gérer les intérêts nationaux de leur pays. (…) La République islamique n’est pas de taille pour pouvoir imposer son ingérence dans la région. L’Iran d’aujourd’hui est un pays en plein chaos politique et économique à cause de quarante ans de politique belliqueuse de ses dirigeants et de leur incompétence légendaire en matière de gestion des affaires internes du pays. Ils ont plutôt intérêt à s’occuper de leur pays au lieu de s’ingérer dans le système politique des pays de la région comme l’Irak et le Liban. Les ayatollahs de Téhéran n’ont ni la capacité ni la légitimité de le faire. Les contestations massives des Libanais et des Irakiens montrent à quel point les peuples ne veulent pas de l’ingérence de la République islamique dans leur pays. Et cela est précisément en harmonie avec ce que les Iraniens ont toujours demandé de leurs dirigeants : Que faites-vous en Irak, au Liban, en Syrie ou ailleurs ? Pourquoi vous lapidez notre richesse ailleurs ? Pour les manipuler, pour semer les troubles chez eux ? Il s’agit d’une incompréhension totale des Iraniens envers les ayatollahs corrompus de Téhéran. En Iran, les gens ne peuvent pas exprimer leur colère face à un régime qui les réprime, qui les tue et qui verrouille toute possibilité de révolte politique populaire. C’est pour ça que les Iraniens jubilent en voyant ce qui se passe en Irak et au Liban. (…) La région est en train de sortir du système de gouvernance fondé sur les communautés ethniques et religieuses. Les Libanais ont pris conscience de cela. De même pour les Irakiens. Les manifestations au Liban et en Irak sont d’ordre éminemment politique et dévoilent la force de l’identité nationale, au-delà de toute appartenance ethnique ou religieuse. » Mahnaz Shirali
La police va massacrer les gens sur le campus. C’est Tiananmen bis. On ne sait pas du tout comment aider ceux restés sur place. On essaie tout ce qu’on peut, on essaie juste de gagner du temps. Jeune Hongkongaise
With virtually no chance Senate Republicans will vote to remove President Trump from office, House Democrats’ drive for impeachment is more likely aimed at creating a deluge of negative daily headlines hoping to cripple Trump going into next year’s election. If that is indeed Democrats’ goal, then the three broadcast networks are doing everything they can to help achieve this partisan objective… But while media coverage of the U.S. mission against al-Baghdadi was mostly positive, the President’s role in it was not. Out of nine evaluative statements about the President himself, two-thirds (67%) were negative. These focused on his refusal to brief congressional leaders, as well as his belittling description of the cruel ISIS leader’s last moments (“He died like a dog….He died like a coward….Whimpering, screaming and crying.”) “It’s possible that President Trump’s bellicose language about the manner in which he died could actually inspire some ISIS fighters to retaliate,” NBC’s Courtney Kube speculated on the October 27 Nightly News. (…) Silent on Economic Success: Despite record highs in the stock market and a fifty-year low in the unemployment rate, the President’s handling of the economy was given a stingy 4 minutes, 6 seconds of airtime during these six weeks, or less than one percent of all Trump administration news (645 minutes). Impeachment Diverting Airtime from 2020 Democrats: TV’s heavy coverage of impeachment has essentially smothered coverage of the Democratic presidential race, which drew a meager 110 minutes of coverage during these six weeks — barely a third of the airtime granted to the 2016 campaign during these same weeks in 2015 (312 minutes). Nearly half of this year’s campaign coverage (51 minutes) was about Joe Biden, his son and the Ukraine, leaving only 59 minutes for non-impeachment related topics. The next most-covered campaign event, Bernie Sanders’ heart attack, drew just 16 minutes of airtime. Boosting Biden: But when it came his Ukraine dealings, Biden has received the best press of his campaign (71% positive), as some journalists repeated a mantra that “there is no evidence of any wrongdoing” (ABC’s Jon Karl, September 24), while others traveled to the Ukraine to make the same point. “Did you ever see any evidence of wrongdoing by Joe Biden,” CBS’s Roxana Saberi asked an ex-deputy prosecutor. “Never, ever,” came the reply… Newsbusters
According to a recent Reuters/Ipsos poll, 36 percent of independents said they did not watch, read, or hear anything about the hearings. Of the 64 percent of independents who have paid some attention to the hearings, only 19 percent actually watched them. Seventeen percent said they watched or listened to news summaries, and 30 percent said they read or listened to news summaries. While the poll shows that most independents are paying attention, it also shows that they are not as engaged as other demographics.The poll showed that Democrats were the most engaged demographic — with 35 percent watching or listening to the hearing compared to only 26 percent of Republicans. And more Democrats than Republicans and independents watched, listened to, or read news summaries about the hearings. That could be bad news for Democrats who are hoping the hearings will sway the American public and persuade Republicans in the Senate to support impeachment. It could also be good news for Republicans, who do not think the American people care to tune into the hearings, which have often turned into history lessons on U.S.-Ukraine relations. Breitbart
Demander aux distributeurs d’ajouter « colonie israélienne » sur les produits en provenance « de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du Golan » relève d’un traitement discriminatoire appliqué au seul État d’Israël alors que de nombreux autres pays sont concernés par des conflits territoriaux similaires. Au moment où la paix dans la région est un enjeu essentiel, cette décision qui vise à isoler Israël ne répond pas à l’impartialité nécessaire pour prétendre jouer un rôle constructif et aura pour conséquence certaine le ralentissement des initiatives économiques dans ces territoires et un appauvrissement des Palestiniens qui travaillent dans ces entreprises. Le Crif rappelle que l’obsession anti-israélienne contribue à l’importation du conflit en France et attise la haine. Pour Francis Kalifat, Président du Crif, cette décision discriminatoire ne va pas dans le sens de l’apaisement et renforce le mouvement illégal BDS qui déverse sa haine et sa détestation d’Israël, appelant au mépris de la loi, au boycott et à la dé légitimation du seul état du peuple juif, pratiquant ainsi un antisionisme obsessionnel qui véhicule la forme moderne de l’antisémitisme. CRIF (29.11.2016)
Imposer l’étiquetage de produits israéliens alors qu’on ne le fait pas pour des denrées fabriquées au Tibet, à Chypre-Nord ou en Crimée, cela s’appelle de la discrimination. Ce type de décision est de nature à encourager ceux qui appellent au boycott pur et simple d’Israël, et à conforter leur obsession antisioniste. Francis Kalifat (CRIF)
C’est la fin d’une ambiguïté. Dans un arrêt rendu mardi à Luxembourg, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a tranché que les denrées alimentaires produites dans les colonies israéliennes de Cisjordanie et commercialisées sur le continent devront à l’avenir porter la mention explicite de leur origine. Cette décision est applicable non seulement en France, où le ministère des Finances avait pris les devants en réclamant un tel étiquetage dès novembre 2016, mais aussi dans les nombreux pays européens qui hésitaient jusqu’à présent à le mettre en œuvre. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Israël Katz, a aussitôt dénoncé un arrêt «inacceptable à la fois moralement et en principe». «J’ai l’intention de travailler avec les ministres des Affaires étrangères européens afin d’empêcher la mise en œuvre de cette politique profondément erronée», a-t-il ajouté. Saeb Erekat, le négociateur en chef de l’Organisation de libération de la Palestine, s’est au contraire réjoui. «Nous appelons tous les pays européens à mettre en oeuvre cette obligation légale et politique», a-t-il déclaré, ajoutant : «Nous ne voulons pas seulement que ces produits soient uniquement identifiés comme provenant de colonies illégales, mais souhaitons qu’ils soient bannis des marchés internationaux». Plus de 400.000 Israéliens vivent dans la centaine de colonies de peuplement aménagées après la conquête de la Cisjordanie lors de la guerre des Six-Jours, en juin 1967. La communauté internationale considère, dans sa grande majorité, que l’occupation de ce territoire est illégale (ce que l’Etat hébreu conteste) et appelle à y créer un Etat palestinien, dans un cadré négocié. En l’absence de processus de paix, les ministres européens des Affaires étrangères sont tombés d’accord en 2011 pour promouvoir une politique de «différenciation» entre les denrées fabriquées dans les frontières d’Israël et celles qui sont produites en Cisjordanie occupée. En novembre 2015, la Commission européenne a fait un pas de plus en demandant aux Etats membres d’identifier celles-ci par un étiquetage explicite. Initiative aussitôt condamnée par les autorités israéliennes. Rejetant le principe même d’une telle différenciation, les viticulteurs de Psagot, une colonie édifiée en lisière de Ramallah, croyaient sans doute frapper un coup de maître lorsqu’ils saisirent la CJUE en juillet 2018. Objet de leur démarche : faire annuler le texte réglementaire par lequel la France a réclamé en novembre 2016 l’étiquetage des produits fabriqués dans les colonies. A court terme, l’initiative permet de geler son application. Mais elle va vite se retourner contre eux. En juin 2019, l’avocat général de la Cour, Gérard Hogan, prend fait et cause pour l’étiquetage. « De même que de nombreux consommateurs européens étaient opposés à l’achat de produits sud-africains à l’époque de l’apartheid avant 1994, écrit-il, les consommateurs d’aujourd’hui peuvent, pour des motifs similaires, s’opposer à l’achat de produits en provenance d’un pays donné ». Dans son arrêt rendu mardi, la CJUE estime que les denrées alimentaires produites dans des territoires occupés par l’Etat d’Israël devront dorénavant « porter la mention de leur territoire d’origine, accompagnée, lorsque ces denrées proviennent d’une colonie israélienne à l’intérieur de ce territoire, de la mention de cette provenance ». Il s’agit, précise la Cour, d’éviter toute ambiguïté susceptible d’«induire les consommateurs en erreur». «L’information doit permettre à ces derniers de se décider en toute connaissance de cause et dans le respect non seulement de considérations sanitaires, économiques, écologiques ou sociales, mais également d’ordre éthique ou ayant trait au respect du droit international». En saisissant une juridiction européenne qui s’était jusqu’à présent tenue à l’écart du dossier, les colons israéliens ont en quelque sorte marqué un but contre leur camp. Sa décision a en effet vocation à s’appliquer dans tous les Etats membres. Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, qui s’était associé à la démarche des viticulteurs de Psagot, a exprimé mardi sa «grande déception». «Imposer l’étiquetage de produits israéliens alors qu’on ne le fait pas pour des denrées fabriquées au Tibet, à Chypre-Nord ou en Crimée, cela s’appelle de la discrimination, estime-t-il. Ce type de décision est de nature à encourager ceux qui appellent au boycott pur et simple d’Israël, et à conforter leur obsession antisioniste». Le Figaro
Could uprisings in Iraq and Lebanon, coupled with US sanctions, permanently impair Iran’s influence in the region? In the past few weeks, frustrated and fed-up demonstrators have taken to the streets of Lebanon and Iraq to voice grievances against their governments. The perception of Iranian infiltration and influence certainly continues to impact this political shake-up in both regions. These protests have toppled two governments in just three days. Saad Hariri, Lebanon’s prime minister, announced his resignation last week. Iraq’s President Barham Salih stated that Prime Minister Adil Abdul-Mahdi had also agreed to resign from office once a successor is decided upon. (…) in both regions, prominent Shia parties are conjoined with Iran. Since protesters are demanding an end to their government’s power-sharing system, Tehran is in trouble. Supreme Leader Ali Khamenei announced via Twitter on Thursday that, “The people [protesters] have justifiable demands, but they should know their demands can only be fulfilled within the legal structure and framework of their country. When the legal structure is disrupted in a country, no action can be carried out.” This statement, riddled with irony, completely discounts the revolution which birthed the government Khamenei currently leads. The ayatollah also verified how deeply entrenched Hezbollah has become in Lebanon’s political makeup. For over two decades, Tehran has played the role of puppet-master in Beirut, attempting to counter the influence of its enemies: the US, Israel and Saudi Arabia. Hezbollah’s critical influence in the region was demonstrated during the 2006 war with Israel and with the Islamic Revolutionary Guard Corps’ (IRGC) intervention in the Syrian conflict. Although Hezbollah’s military wing was rightfully designated as a terrorist organization in April by US President Donald Trump, the organization’s military and political wings work in tandem to export the regime’s disturbing agenda. In 2017, the US State Department identified more than 250 operatives and 150 companies with Hezbollah ties. Last year, the details of Project Cassandra exposed the sophistication and breadth of Hezbollah’s billion-dollar criminal enterprise. Since Tehran heavily invests in Hezbollah’s role globally, these protests do not bode well for the regime. Iranian leadership clearly grasps the magnitude of these demonstrations since its officials have attempted to paint them as manifestations of foreign meddling. Khamenei has accused “US and Western intelligence services, with the financial backing of evil countries,” of orchestrating these protests. In Iraq, anti-Iran sentiment has monopolized the demonstrations. Last week in Baghdad, protesters were pictured torching an Iranian flag. On Sunday, they threw gasoline bombs at the Iranian Consulate in the country’s capital of Karbala. The former head of the Iraqi National Archives explained that, “the revolution is not anti-American, it is anti-Iran; it is anti-religion – anti-political religion, not religion as such.” Pro-Iranian paramilitary forces have violently intervened in recent demonstrations. Since October 1, the Iraqi High Commission for Human Rights reports that 301 protesters have been killed, and thousands more injured. As Tehran continues to dismiss these protests as inauthentic and foreign-led, demonstrators will only gain more momentum. While Iran grapples with the economic consequences of Trump’s maximum-pressure campaign, it may not be able to survive the coupled onslaught of these protests.
To summarize, the September 14 attack on the Saudi oil facilities was a brilliant feat of arms. It was precise, carefully-calibrated, devastating yet bloodless – a model of a surgical operation that reaped for Iran a rich political and military harvest at the minimal cost of a few cheap unmanned vehicles, yet with a low risk of retribution. The planning and execution of the operation was flawless. The Iranians managed to mask their own role, to divert responsibility to their Houthi allies, to sneak two flights of unmanned air vehicles into two of Saudi Arabia’s most important oil facilities, and to execute unprecedented precision strikes on their installations without even breaking a window in a nearby town. And all this with utter surprise, with no intelligence leaks and without being detected either upon launch or on the way to the targets. The US armed forces could not do any better. (…) While there is no information on who directed this feat of arms, there is no doubt that it was authorized by the highest level of government in Iran. Simply put, its strategic purpose was to knock Saudi Arabia out of the war. It stands to reason that this prospect became tempting after Iran’s success in knocking the UAE out of the war. In June 2019 the UAE announced that it was withdrawing most of its troops from Yemen and shifting from a “military first” to “diplomacy first” policy in that country. Speculations about UAE motives abounded. Yet the impact of the purported attacks on Dubai and Abu Dhabi international airports by long-range Houthi UAVs during the summer of 2018 cannot be dismissed. Whether these attacks actually took place is controversial. In May 2019 the Houthis released a video purporting to show security camera footage of an attack by a fairly large, straight-wing and most probably propeller-driven UAV on a truck park inside Abu Dhabi’s international airport, causing an explosion. The Emirati authorities conceded that an “incident involving supply trucks” had occurred in that airport but did not specify its nature or cause. The video could be fabricated. Abu Dhabi’s airport is almost 1400 km. away from Houthiland, and thus the prospects of a simple propeller UAV traversing this distance with no hitch are far from sure, and the video itself has some suspicious features. Yet, if the attack did occur, it might have damped the ardor of UAE to involve itself any further in the Yemen war. The UAE’s warning after the Sept 14 attack about the consequence of any attack on their major cities illustrates its concern. Iran took big political and military risks by launching an attack of such magnitude on September 14. Had its key role in this attack been exposed right away, it night have faced both military retaliation from the US and diplomatic censure from the international community. That Iran was ready to take this risk indicates Iranian confidence in its ability to hide its role as well as confidence in US passivity. The Iranians clearly sense US reluctance to use force in the region. After all, the US failed to retaliate significantly after Iran shot down a $220 million American UAV several months ago. This, coupled with the UAE withdrawal, may have emboldened Iran to raise the stakes in its struggle for regional hegemony. It now threatens to raise the stakes even further, by threatening through the Houthis to launch further and even more devastating attacks on Saudi Arabia’s oil facilities. Whether this will knock Saudi Arabia out of the war, leaving Iran the master of Yemen and the key holder of the Bab el-Mandeb straights remain to be seen. Nevertheless, this impressive feat of arms has raised Iran’s prestige in the region, and no less important within Iran itself, and this at a time when US sanctions are imposing hardships on the Iranian public. Judging by the hardly concealed glee in the tightly controlled Iranian press, the regime is exploiting its success to the hilt to ensure public resilience in face of the economic pressures. Evidently, the Houthis and their Iranian sponsors have discovered a chink in Saudi Arabia’s armor. Air and missile defense radars are configured to detect high-flying threats. Since they are not required to detect ground-hugging objects, they are usually aimed a few degrees above the horizon to avoid ground clutter from nearby topographic features. This creates a gap between the radar fence and the ground, through which low-flying air threats can sneak in undetected. The Iranians apparently used this technique in earlier operations deep inside Saudi Arabia. In May 2019 two Saudi oil pumping stations in Afif and Dawadimi (770 and 820 km. respectively from the Yemeni border) were struck by UAVs, causing a temporary surge in global oil prices. On August 17 the Shayba oil field in eastern Saudi Arabia, almost 1200 km. from Houthiland, was struck, causing gas fires. Regardless from where the UAVs came from – they might have been launched locally by dissidents or by Houthi raiders – the fact is that they succeeded to slip through whatever defenses may have been protecting those installations. In many senses, the May and August raids were the precursors of the more devastating September 14 attack. (…) Defense systems require detection and tracking of their targets. Without detection there is no engagement and no interception. It stands to reason, then, that the inactivity of the Saudi air defenses was an inevitable result of the lack of early warning and detection. This had nothing to do with any real or imaginary flaws in the US- and European-supplied Saudi air and missile defense systems but with the fact that they were not designed to deal with ground-hugging threats. Simply put, the Iranians outfoxed the defense systems. To summarize, the September 14 attack on the Saudi oil facilities was a brilliant feat of arms. It was precise, carefully-calibrated, devastating yet bloodless – a model of a surgical operation that reaped for Iran a rich political and military harvest at the minimal cost of a few cheap unmanned vehicles, yet with a low risk of retribution. The planning and execution of the operation was flawless. The Iranians managed to mask their own role, to divert responsibility to their Houthi allies, to sneak two flights of unmanned air vehicles into two of Saudi Arabia’s most important oil facilities, and to execute unprecedented precision strikes on their installations without even breaking a window in a nearby town. And all this with utter surprise, with no intelligence leaks and without being detected either upon launch or on the way to the targets. The US armed forces could not do any better. While there is no information on who directed this feat of arms, there is no doubt that it was authorized by the highest level of government in Iran. Simply put, its strategic purpose was to knock Saudi Arabia out of the war. It stands to reason that this prospect became tempting after Iran’s success in knocking the UAE out of the war. In June 2019 the UAE announced that it was withdrawing most of its troops from Yemen and shifting from a “military first” to “diplomacy first” policy in that country. Speculations about UAE motives abounded. Yet the impact of the purported attacks on Dubai and Abu Dhabi international airports by long-range Houthi UAVs during the summer of 2018 cannot be dismissed. Whether these attacks actually took place is controversial. In May 2019 the Houthis released a video purporting to show security camera footage of an attack by a fairly large, straight-wing and most probably propeller-driven UAV on a truck park inside Abu Dhabi’s international airport, causing an explosion. The Emirati authorities conceded that an “incident involving supply trucks” had occurred in that airport but did not specify its nature or cause. The video could be fabricated. Abu Dhabi’s airport is almost 1400 km. away from Houthiland, and thus the prospects of a simple propeller UAV traversing this distance with no hitch are far from sure, and the video itself has some suspicious features. Yet, if the attack did occur, it might have damped the ardor of UAE to involve itself any further in the Yemen war. The UAE’s warning after the Sept 14 attack about the consequence of any attack on their major cities illustrates its concern. Iran took big political and military risks by launching an attack of such magnitude on September 14. Had its key role in this attack been exposed right away, it night have faced both military retaliation from the US and diplomatic censure from the international community. That Iran was ready to take this risk indicates Iranian confidence in its ability to hide its role as well as confidence in US passivity. The Iranians clearly sense US reluctance to use force in the region. After all, the US failed to retaliate significantly after Iran shot down a $220 million American UAV several months ago. This, coupled with the UAE withdrawal, may have emboldened Iran to raise the stakes in its struggle for regional hegemony. It now threatens to raise the stakes even further, by threatening through the Houthis to launch further and even more devastating attacks on Saudi Arabia’s oil facilities. What was the secret of the Iranian’s success in the Sept 14 attack? While detailed information is still lacking, we can hazard some speculation about its ingredients. First is the successful maintenance of absolute secrecy which assured a complete surprise. The second factor is a good appreciation of the performance and vulnerabilities of Saudi Arabia air and missile defense systems. Third, a comprehensive intelligence picture of their deployment at the time of the attack. Fourth, a meticulous planning of flight paths to avoid terrain obstacles and to circumvent Saudi radars or fly below their horizons. Fifth, the last word in automatic optical homing to ensure surgical precision. Of these five factors, the most decisive factor is the undetected access to the targets. The surgical precision was useful but not crucial. Even with coarser GPS guidance, and armed with explosive warheads, the incoming UAVs could devastate the Khurais and Abqaiq facilities, albeit less elegantly and probably with some loss of Saudi lives. Simply put, good secret-keeping and good intelligence allowed the Iranians to exploit the gaps in Saudi Arabia air and missile defense. Could this happen to Israel?  As noted, UAVs are not hard to shoot down, provided they are detected in time. Simple, relatively low-tech radar guided anti-aircraft guns can destroy low flying UAVs once they are detected. A good example of a simple yet effective close air defense system that can shoot down low flying UAVs is the Russian “Panzir” (SA-22), comprised of a radar, two 30 mm. cannons and 12 short-range ground-to-air heat-seeking missiles mounted on a truck chassis. Comparable systems can be improvised in the West in short order. More readily but more expensively, the Patriot system can shoot down UAVs, as was demonstrated by Israel during the 2014 Gaza war. The key question then is not how to shoot down UAVs but how to detect them in time. The Iranians sneaked through the inherent, built-in gaps in Saudi detection systems. Do such gaps exist in Israel, and if so, can they be closed? When asked by CBS’s “Sixty Minutes” program why his county’s air defense systems failed to detect the incoming UAVs, Crown Prince Mohammed Bin Salman replied that “Saudi Arabia is almost the size of a continent. It is bigger than all of Western Europe. We have 360 degrees of threats. It’s challenging to cover all of this fully.” In other words, Saudi Arabia does not have a comprehensive, country-wide detection system, due to its huge size. There are probably only local “bubbles” of radar coverage, in between which low-flying raiders can penetrate. In contrast, Israel is one of the smallest countries in the world. Israel Air Force controllers routinely shush away civilian ultralight aircraft and paragliders that stray into no-fly zones – which are basically comparable to low-flying UAVs. It can therefore be deduced that Israel’s airspace is fully transparent to air force controllers, at least from a certain altitude and above. Whether there exists a gap between the detectability horizon of Israel’s airspace control radars and the ground, of the kind that allowed the Houthi and Iranian UAVs to sneak below radar coverage, is unknown. Still, even if such gap exists it can be easily closed by existing means such as inexpensive Doppler radars of the kind used in the US Marine Corps MRZR anti-drone system (These radars, incidentally, are of Israeli origin). The sophistication of the September 14 attack in Saudi Arabia stands in stark contrast to the desultory efforts of Iran’s Quds force to strike Israel in recent times. Quds forces fired 32 rockets on May 10, 2018 targeting the Golan Heights. Most failed to reach Israel and fell harmlessly in Syria while four were shot down by Israel’s Iron Dome system. In January 2019 Quds forces near Damascus fired one rocket at Israel’s Mount Hermon. The rocket was destroyed by Iron Dome. On August 25, 2019 Israel frustrated a Quds force drone attack on its territory by destroying the base near Damascus from which the attack was to originate. These feeble, low-scale operations were aimed to retaliate against effective (and painful) Israeli strikes on Quds assets in Syria. The contrast to the level of effort and ingenuity invested by Iran in the September 14 attack on Saudi Arabia cannot be sharper. This disparity begs an explanation. Perhaps the answer lies in Iran’s strategic priorities. It stands to reason that Yemen and the preservation of the Houthi regime takes precedence in Iran’s calculus; while confronting Israel is relegated, for the time being, to the back burner. There are important reasons for Iran to make this choice. The painful sanctions by the US probably contribute to its urgent need to break the logjam and bring Saudi Arabia to the negotiating table. When this is achieved, there is little doubt that Iran will turn westwards and ratchet-up its confrontation with Israel. No one can know when this might happen, but if and when it does, a September 14-style attack on Israel’s key infrastructures cannot be excluded. This is a serious threat. Israel’s successes thus far in the so-called “war between the wars” against Iran should not be taken for granted. Complacence is the mother of misfortune. The key to avoiding a Saudi-style debacle in Israel is prior intelligence and seamless early warning systems. Israel’s political and military leadership must draw the appropriate conclusions from Saudi Arabia’s “Black September.” Dr. Uzi Rubin
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Although much of this was known, the 700 pages of documents, translated from Farsi, show new details and, the report notes, shows how Iran got a firm grip on Iraq and is using it as a “gateway for Iranian power” that now stretches through Syria to Lebanon and increasingly threatens Israel. Iraq is the “near abroad” for Iran now, and Iran is building its own IRGC in Iraq, called the Popular Mobilization Units (PMU). The archive of documents comes from 2014-2015 and is from “officers of Iran’s Ministry of Intelligence and Security.” 2014-2015 was a pivotal year because it is when ISIS swallowed up a third of Iraq and threatened Baghdad. In response, Iran sent advisors, and Iraq’s Ayatollah Ali Sistani called for mass mobilization of Shi’ite men to fight. That became the PMU, which became part of the Iraqi Security Forces; now their party is the second largest in Iraq. 2015 was also the year of the Iran deal when Washington and Tehran appeared on the same page in Iraq. The US under the Obama administration supported the Iranian-backed Shi’ite sectarian Nouri al-Maliki to be prime minister and then supported his replacement Haider al-Abadi. In both cases, Washington wanted a “strong man” in Baghdad. And they got one. But so did Iran. Later, the US would encourage Abadi to attack the Kurds in Kirkuk, helping Iran’s Qasem Soleimani seize a strategic region of Iraq in 2017. The US thought it was empowering Baghdad to be “nationalist” and got Abadi a meeting with the Saudis. In fact, America was backing Iran’s influence, punishing its own Kurdish allies in a method that would replay itself in Syria. Iran didn’t have an uphill battle in Iraq, the documents show. Many leading Shi’ite Iraqis had aided Iran in the 1980s against the brutal Saddam Hussein regime. While Donald Rumsfeld was shaking hands with Saddam, men like Hadi al-Amiri were with the IRGC. Even current Prime Minister Adel Abdul-Mahdi had a “special relationship” with Iran, the documents note. In each case that means Tehran had an open door to most ministries, including key areas like the Interior and oil sector. IT’S HARD to know what “close ties to Iran,” means when Iran and Iraq are neighbors. Many American politicians may have close friends in Canada, but it doesn’t make them agents of Trudeau. Proximity and Shi’ite milieu make for close connections, as well as the clear militant link between leaders of the PMU and the IRGC. But Iran didn’t just want friends or allies. It wanted to know what the Americans were doing. To do that it needed men with a certain set of skills. In one quoted document, an informant was procured to try to insert themself into a place where they would become knowledgeable about US “covert operations” or to know what the State Department was doing. Iran even worked to find a “spy inside the State Department” and sought to roll up former CIA assets and put them on the dole. In the free-for-all days after the 2003 US invasion, Iran also “moved some of its best officers from both the intelligence ministry and from the Intelligence Organization of the Revolutionary Guards” to Iraq, the Intercept notes. The report characterizes some Iranian actions as silly, such as breaking into a German cultural institute, but not having the right codes. Is that more silly than the Watergate break in during the 1970s? The important thing is they tried to get to the Germans – and that Iran wanted to be everywhere. What were Iran’s goals? It wanted Iraq not to sink into chaos, as eventually happened in 2014. It wanted to stop an “independent Kurdistan,” which it did in 2017. It wanted to protect Shi’ites. It wanted to crush Sunni takfiri (apostates), and jihadists, like ISIS. It has done that. Win, win, win, and another win for Iran. Unsurprisingly, Tehran benefited not because it is some genius actor in Iraq but because it had a massive pool of recruits and sympathizers, and people that needed its largesse. When ISIS came knocking in 2014, it’s no surprise that Soleimani of the IRGC’s Quds Force was looked on as a savior by some in the Shi’ite sectarian militias. Iran also benefited from how the US tends to treat its friends in the Middle East. Because the US, through men like James Jeffrey at the State Department, view relationships with people in Iraq and Syria as “temporary, transactional and tactical, » the US doesn’t cultivate long-term friends. It uses locals and then discards them, thinking that this short-term planning will work. Iran played the long game, the one where you start in 1981 and you work your way to get to 2019. “The CIA had tossed many of its longtime secret agents out on the street, leaving them jobless,” the Intercept notes. Whoops. One man said that he had worked for the US for 18 months and been paid $3,000 a month. That’s a large amount in Iraqi terms. Oddly, the agent’s fake name was “Donnie Brasco,” named after an FBI agent who infiltrated the mob. In this case he apparently infiltrated Al Qaeda. Once again though, the reports of the agents reveal things that make sense. Another man, who apparently worked for Iraqi military intelligence, went to meet his Iranian “brothers” to tell them some details. His commander was happy, noting they are all fighting ISIS together. This wasn’t exactly clandestine. “All of the Iraqi army’s intelligence, consider it yours,” they told Tehran. To track the American efforts, the Iranians not only infiltrated Sunni Arab parties and offices in Baghdad, they also followed US movements. They were concerned that Washington would work with Sunnis as it had in the past. THE REAL coup for Iran was penetration of government institutions at all levels. In one discussion, in late 2014 or early 2015, the Iranians went down a list of Iraqi officials. At the Minister of Municipalities they didn’t need to worry: These were members of the Badr Organization, linked to the PMU and also to Amiri, allies of Iran. The Minister of Transport was close to Iran. Abdul-Mahdi was close to Iran. The foreign minister was close to Iran. The Minister of Health is from Maliki’s Dawa Party. He’s “loyal,” the note said. They were concerned about men close to Sadr, who now runs the largest party in Iraq. They preferred others. Iran had larger strategic considerations as well. It needed Iraqi airspace to supply the Syrian regime and also to get weapons to Hezbollah. Soleimani was sent to deal with the problem through the Ministry of Transport. It wasn’t even a discussion; the minister put a hand over his eyes to indicate that he would pretend not to see the flights. Soleimani kissed the man’s forehead. It was a tender moment. But Iran may have overstretched and been too arrogant. In 2015, an agent described the Sunnis in Iraq as “vagrants” and mocked their cities for having been destroyed by ISIS. They had little future. The Iranians would also outplay the Kurds in 2017 and use the Americans to help punish the Kurdish region. By 2018 they were supremely confident, but protests against Iran and its allied militias were beginning. Now those protests have grown. Soleimani went to Baghdad in October to help suppress them. 350 Iraqis have been gunned down by snipers, many allegedly backed by Iran. But it could backfire. Indeed, agents reported back to Iran that Soleimani’s star was fading. He was posting too much on social media. Iraqis, angry at Shia militia abuses were saying they would turn to America and “even Israel” to enter Iraq and save it from Iran. There, the seeds were sown in 2015 for the mass protests that have come in 2019. Iraq’s future is still unclear. But what is clear is that Iran sought total domination of Iraq. It grew arrogant through the open channels of support it had, often due to the legacy of the 1980s war. But a new generation was rising and they only knew Iran as the power in charge: not the liberator, not the underdog. For them, Soleimani, Amiri, Abu Mahdi al-Muhandis, Qais Khazali, Abadi, Maliki and so many others were not young men fighting the power of America and Saddam, but the big men running things. Iran now has to control Iraq, not be the one choosing the time and place of its battles. And Iraq is not easy to control. Seth J. Frantzman
A l’inverse, la situation de l’Iran se dégrade aussi concernant certains paramètres : il disposera de moins en moins de fonds pour payer l’entretien de ses milices (évaluées à 200.000 combattants au total) et la fourniture de services aux populations locales où elles sont cantonnées tant que des sanctions économiques américaines perdureront ; des mouvement de masse puissants et durables se sont développés au Liban et en Irak pour protester contre la présence de ses milices supplétives et son emprise sur les états nationaux, ce qui multiplie les aléas qui pèsent sur sa stratégie expansionniste et en augmentent le coût ; la dégradation de la situation économique de Téhéran ne peut pas manquer d’accroître l’instabilité intérieure du régime, ce qui devrait aussi modérer ses avancées régionales. Que veut exactement l’Iran ? Comme « partisan d’Ali » Khomeiny a donné à sa révolution la mission de rétablir l’essence divine de la succession du Prophète, c’est-à-dire d’amener les musulmans à rallier la vraie foi et d’écarter du pouvoir islamique suprême quiconque ne peut faire valoir un lien de filiation avec lui. Le rêve du régime est de chasser du Moyen-Orient le grand Satan américain pour agir sans entraves, de détruire le petit Satan israélien pour se poser en libérateur, et de retirer à la famille Saoud, dépourvue de tout lien familial avec Mohamed, la fonction de gardien des deux villes saintes de l’Islam, La Mecque et Médine. Il pourrait sur la base de ces victoires devenir le phare des musulmans et leur rendre leur foi épurée des 15 derniers siècles d’errements. C’est en cela qu’il s’agit d’un régime d’essence révolutionnaire et que tout ses actes doivent être rapportés à cette grille de lecture. Enfin, depuis plusieurs décennies, les Khomeynistes rêvent de sanctuariser leur pré carré et s’ouvrir des opportunités de conquête en développant un armement nucléaire et balistique moderne. Au-delà de ces rêves entretenus avec persévérance depuis 40 ans, les ayatollahs sont pragmatiques et opportunistes en même temps. Ils poursuivent aujourd’hui des objectifs d’étape très concrets. La destruction d’Israël n’est pas leur première urgence. Ils la voient comme le couronnement de leur emprise sur le Moyen-Orient dans un processus progressif d’isolement, de harcèlement et d’étranglement, car leur doctrine opérationnelle leur commande de masquer leurs coups et d’agir par procuration. Ils s’attachent actuellement à multiplier les sites d’origine de leurs possibles attaques, et à disperser des cibles toujours plus nombreuses pour compliquer la défense d’Israël. Mais pour sécuriser leur implantations en Irak et en Syrie exposées aux frappes israéliennes, ils pourraient lancer à n’importe quel moment des attaques à l’intérieur de l’État hébreu sur le modèle de celle qui a ébranlé l’Arabie saoudite le 14 septembre, ou sur une mode nouveau, moins prévisible. On peut anticiper leur agenda : le raid écrasant qu’ils ont mené le 14 septembre sur les champs pétroliers du cœur de l’Arabie avait sans doute pour objectif premier l’abandon par Riyad de son intervention au Yémen. D’ailleurs, après les Émirats arabes unis, ils semble que ce pays ait baissé les bras et soit en train de négocier sa sortie du théâtre yéménite d’importance majeure pour son avenir. Dans cette affaire, l’Iran trouve l’avantage de consolider le règne de son obligé Houthi qui lui offre des positions rêvées à l’entrée du détroit stratégique de Bab el-Mandel. Le second objectif, c’est d’obtenir un gel progressif des sanctions américaines en cours. Christopher Ford déclarait lors de la conférence de Tel Aviv évoquée plus haut que les États-Unis avaient proposé à l’Iran une offre de négociation comprenant : « l’allègement de toutes les sanctions[…] le rétablissement des relations diplomatiques et des relations de coopération semblables à celles avec les États normaux[…] Vous devez vous comporter comme un État normal, mais j’espère que l’Iran fera ce choix[à son tour]. » Les ayatollahs attendent sans doute pour acquiescer d’avoir la garantie, façon Obama, qu’un nouvel accord scellera la réconciliation sans vraiment brider la poursuite de leur programme nucléaire et balistique. L’Iran poursuivra naturellement l’édification du « cercle de feu » autour d’Israël en stabilisant les groupes armés supplétifs déjà déployés, en les équipant d’armes toujours plus avancées, en améliorant leur coordination et leur capacité de manœuvre. De ce point de vue, la Jordanie est dans l’œil du cyclone car elle dispose de longues frontières avec l’Irak et aussi avec Israël. On peut s’attendre à des opérations de subversion téléguidées depuis Téhéran pour contraindre ce royaume sunnite à intégrer « l’axe chiite ». Enfin, la campagne électorale américaine s’achèvera le 03 novembre 2020, dans un peu moins d’une année. Comme l’a bien précisé Christopher Ford, l’Iran aura dans cette période une totale liberté d’action y compris concernant la conduite de son programme nucléaire. Les ayatollahs pourraient parfaitement saisir cette fenêtre inespérée pour se projeter dans le « saut nucléaire », la construction de la bombe, qui nécessiterait théoriquement un an mais en réalité, chacun le sait, seulement quelques mois. Quelle stratégie pour Israël ? Dans un affrontement sur un théâtre stratégique aussi vaste, élargi encore de milliers de kilomètres par la portée nouvelle des missiles, l’un des impératifs est d’identifier les alliances possibles. Les premiers alliés potentiels d’Israël face à l’Iran devraient être les pays européens, pas par excès de sympathie pour l’État juif, mais parce qu’ils partagent avec lui d’importants intérêts communs. L’Europe est à portée des missiles intercontinentaux de l’Iran et elle sait que ces missiles risquent d’être bientôt garnis d’ogives nucléaires. Elle sait aussi avec quelle brutalité les ayatollahs poussent leurs pions. Les 58 soldats du poste Drakkar tués en 1983, les attentats de Paris de 1985/86 et les prises d’otage du Liban, l’attentat déjoué de Villepinte en 2018, sont dans les mémoires. Elle sait que l’Iran est en train de s’approcher de la Méditerranée, leurs arrière-cour en quelque sorte. Enfin, elle sait enfin qu’étant déployés dans le Golfe persique et aux abords de Bab el-Mandel, les Iraniens tiennent des routes maritimes stratégiques du sud qu’ils peuvent assaisonner à leur gré, provoquant s’il le faut un séisme dans l’économie mondiale dont l’Europe serait la première victime. Israël doit rechercher et nourrir cette alliance dans un esprit créatif. Par ailleurs, Israël doit se préparer à l’éventualité d’attaques massives par des vagues de missiles. On estime que le Hezbollah dispose au Liban de 130 à 150.000 missiles qui pour une part disposent d’un guidage de précision. En cas de guerre totale, le groupe terroriste, qui est en fait une armée, pourrait lancer 1.000 missiles par jour. Il est impossible d’interrompre ce genre d’offensive par des dispositifs antimissiles (qui seraient saturés) ni par l’aviation qui n’est pas configurée pour frapper une quantité indéterminée de micro cibles. La seule solution serait le déploiement immédiat de troupes au sol pour occuper au plus vite le terrain. Cela suppose un changement radical de doctrine militaire. Depuis 1982 la doctrine d’Israël est résumée en une formule, « Intel/Firepower », soit renseignement et frappes puissantes sur les cibles. Cette option permet d’économiser les déploiements au sol, donc la vie des soldats. Mais l’ennemi s’est adapté. Il sait disperser les cibles, il sait déployer de pseudo-cibles, il sait enterrer ses hommes et ses armes. D’où un rendement décroissant du couple Intel/Firepower. L’alternative est le retour à la doctrine antérieure des « résultats décisifs », c’est-à-dire combattre au sol sur le territoire de l’ennemi pour mettre un terme effectif à sa capacité de nuisance. La victoire dans la seconde Intifada est intervenue en avril 2002 avec l’opération « Rempart », quand après des centaines de victimes on a enfin consenti à envoyer les soldats dans les grandes villes palestiniennes d’où partaient les commandos jihadistes. La construction d’une armée conventionnelle capable d’exceller dans les manœuvres au sol est une option complexe qui prend du temps. L’état-major israélien en est parfaitement conscient. Le troisième aspect de la stratégie d’Israël est la défense contre les missiles de croisière et les drones d’attaque si difficiles à détecter. Si les satellites américains et saoudiens et les dispositifs au sol ont été incapables de détecter les deux essaims de missiles et de drones d’attaque iraniens qui approchaient de leurs cibles en volant près du sol, c’est en partie parce que la zone à couvrir était immense. La surface de l’Arabie saoudite est du même ordre que celle de l’Europe entière. De ce point de vue, Israël a deux avantages. D’un coté, il n’est pas soumis à l’effet de surprise puisque le raid en Arabie est antérieur et qu’il a été dument analysé. De l’autre, vu l’exigüité la zone à couvrir, la couverture actuelle est presque suffisante et il existe des radars Doppler bon marché, de conception israélienne, qui peuvent couvrir l’espace éventuel entre l’horizon de détectabilité des dispositifs actuels et le sol. Enfin, last but not least, quelle réponse apporter à un Iran qui aurait entrepris le « saut nucléaire », une hypothèse bien plausible, on l’a vu. L’état-major israélien connait ses propres moyens et les difficultés d’une telle entreprise. A trois reprises, de 2010 à 2012, Bibi Netanyahou et Ehoud Barak auraient commandé à l’armée des raids de destruction des installations du programme nucléaire des ayatollahs que les responsables de la défense Meir Dagan et Gabi Askhenazi en 2010, puis Benny Gantz en 2011, ont refusé d’exécuter. La troisième tentative en 2012 a avorté suite à un différend sur le calendrier entre Netanyahou et Barak. En 2019, l’opération est beaucoup plus compliquée car l’Iran s’est doté, 10 ans après, de moyens de défense et de riposte nouveaux. L’affaire est aujourd’hui entre les mains des hiérarchies politiques et militaires du pays. Ce qui est sûr c’est qu’il y a plusieurs façons de poser le problème iranien en général. A demi-mots Yaakov Amidror suggère une critique de la politique suivie dans la dernière décennie : une stratégie « prudente », donc perdante, a laissé le Hezbollah accumuler un arsenal offensif monstrueux sur la gorge de l’état juif. Ensuite, avec la guerre de Syrie, une « stratégie agressive », donc gagnante, a permis de freiner les transferts d’armes vers le nord, la diffusion des systèmes de guidage de précision des missiles et l’installation de bases militaires. Que nous suggère Yaakov Amidror ? « L’Iran s’est rendu compte qu’Israël a réussi en Syrie [à démanteler une machine de guerre], alors il a commencé à construire une branche de sa machine de guerre indépendante en Irak…. Pour l’Iran, l’idée est d’avoir une capacité militaire proche d’Israël, tout en restant à distance. Une question intéressante est de savoir quelle devrait être la réaction d’Israël dans une telle situation. Nous savons que la tête du serpent est en Iran. Israël va-t-il poursuivre des cibles en Syrie, en Irak, au Liban ou au Yémen ? Ou irons-nous directement à la tête du serpent ? » Jean-Pierre Bensimon
Cherchez l’erreur !
Alors qu’après les Libanais et les Irakiens, le peuple iranien lui-même se soulève contre 40 ans d’oppression de la part du principal Etat terroriste de la planète …
Et que dans l’indifférence générale à Hong Kong, nos amis chinois préparent tranquillement leur nouveau Tiananmen
Devinez entre le soporifique procès de Moscou du président Trump à la Chambre des repésentants américaine et l’infamante étoilejaunisation européenne des seuls produits israéliens
Quel camp la France et l’Europe ainsi que leurs laquais des médias ont à nouveau choisi ?

Iran : un soulèvement national (J+4)
Iran Resist
19.11.2019

Les Iraniens sont dans les rues et manifestent contre le régime. Récemment, les mollahs ont perdu tous leurs alliés en raison de leurs tentatives de déstabilisation du Moyen-Orient et leur volonté permanente d’agiter les marchés pétroliers pour forcer leurs adversaires à capituler. Manquant de tout notamment de carburant pour produire de l’électricité nécessaire à leur régime et leur sécurité, ils ont repris le projet de paupérisation du peuple pour préserver les stocks existants de vivres et de carburant en augmentant par surprise le vendredi 15 novembre 2019 le prix du carburant de 300%.
Les Iraniens dépités par cette décision inhumaine qui allait aggraver leur misère sont descendus dans la rue en attaquant les sièges de la milice du régime avec la ferme intention de mettre fin au pouvoir des mollahs et leurs associés.
Le prince Reza Pahlavi qui est très aimé en Iran a apporté son soutien à ce mouvement et a appelé les forces de l’ordre à en faire autant. Sa mère, la reine Farah Pahlavi, encore plus populaire, en raison de la gigantesque popularité de son mari (le Shah d’Iran) et de son père, Reza Shah Reza Shah, depuis plusieurs années et aussi en raison des épreuves familiales qu’elle a endurées, a aussi apporté son soutien au peuple. Trump a aussi apporté son soutien au peuple, mais en revanche hélas pas les Européens.
Cependant, les miliciens de base du régime se sont gardés de le défendre. Grâce à leur passivité bienveillante, il y a désormais des manifestations hostiles au régime dans tout le pays. Les rares miliciens fidèles au régime sont débordés. La chute du régime est vue comme possible à court terme.
Le régime a coupé l’internet pour limiter le transfert des informations via les réseaux sociaux, mais les Iraniens se débrouillent et ont envoyé quelques vidéos pour montrer qu’ils comptaient continuer jusqu’à la chute du régime.
Les rares miliciens restés fidèles au régime ne parviennent pas à contenir les manifestants. Le régime désespéré par le manque de sa capacité à réprimer les Iraniens leur envoie des SMS pour les avertir qu’ils pourraient les arrêter.
Chers lecteurs français. Nous avons besoin de vous. Vos dirigeants ainsi que leurs collègues européens ne font rien pour aider la chute des mollahs. Nous comptons sur vous pour mettre fin à leur passivité car en dehors des considérations humanistes, la chute des mollahs, patrons du terrorisme islamique et de la propagande intégriste, permettra de sauver votre pays et de nombreux pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient que vous aimez.
Voir aussi:

Iran’s Islamic Regime Fires Upon Unarmed Protestors Against the Regime

The world is witnessing the biggest revolt against the Iranian regime since the Islamic revolution back in 1979. One can say that the economic sanctions are working. Iranians are protesting the horrific economic situation of the country. Ironically enough, the world is not really able to witness everything that is going on because the Islamic regime of Iran has shut down all internet access for the country. Iranians are outraged that they are suffering tremendously economically while the Shiite Islamic Republic of Iran invests billions of dollars in military programs to take over the Middle East. Iran spends money on developing nuclear weapons, it supports their proxy Shiite forces to destroy Israel, including Hizbullah in Lebanon as well as the Islamic Jihad and Hamas in Gaza, as well as supports the Houthis in Yemen, to pose a threat to Sunni Yemen and Saudi Arabia. Most Iranians do not support the Islamic regime. They want to live normal lives and they are against the fanatical Islamic agenda of their Shiite leaders.
Ironically, while today Iran is Israel’s biggest enemy, Iran used to be Israel’s biggest ally in the Middle East to counter their joint enemy, the Sunni Muslim states. Today, it is the Sunni Muslim states, like Saudi Arabia, Egypt, Jordan etc. that are reaching out to Israel for help to stop the Islamic regime of Iran! Israel has always said that Iranians are not the enemy, just the fanatical Shiite Muslim regime that leads Iran. They are the enemy.
Reports are also coming in that Lebanese and Iraqis are also protesting against the Islamic Regime of Iran right now. Both Lebanon and Iraq are basically Iranian proxy countries, a dangerous development that was allowed during the Obama regime, since former President Obama preferred partnering with Shiite Iran over the Sunni countries.
Why no international outrage?
Where is the United Nations and all the Western nations of the world decrying Iran for shooting innocent, unarmed protestors? There is total silence regarding this massive human rights abuse.
If Israel would as much as harm an Arab, even if he is a terrorist, then the world goes wild with UN resolutions against Israel. Just now, the UN passed 8 resolutions against Israel, following Israel’s killing 25 Islamic Jihad terrorists, and defending itself from more than 450 rocket attacks on its civilian population. Yet, the UN is silent about Iran murdering its own peaceful protestors in the street!
It is clear that the world has one standard for Israel and another standard for the rest of the world.
Voir encore:

Is Iran losing the Middle East?

Hezbollah is certainly the Islamic Republic of Iran’s most successful export.

Could uprisings in Iraq and Lebanon, coupled with US sanctions, permanently impair Iran’s influence in the region?
In the past few weeks, frustrated and fed-up demonstrators have taken to the streets of Lebanon and Iraq to voice grievances against their governments. The perception of Iranian infiltration and influence certainly continues to impact this political shake-up in both regions.

These protests have toppled two governments in just three days. Saad Hariri, Lebanon’s prime minister, announced his resignation last week. Iraq’s President Barham Salih stated that Prime Minister Adil Abdul-Mahdi had also agreed to resign from office once a successor is decided upon.

In both Iraq and Lebanon, political factions are divided by religions and sects. These government systems are designed to limit sectarian conflicts by ensuring a sharing of power to different communities. However, in both regions, prominent Shia parties are conjoined with Iran. Since protesters are demanding an end to their government’s power-sharing system, Tehran is in trouble.
Supreme Leader Ali Khamenei announced via Twitter on Thursday that, “The people [protesters] have justifiable demands, but they should know their demands can only be fulfilled within the legal structure and framework of their country. When the legal structure is disrupted in a country, no action can be carried out.”

This statement, riddled with irony, completely discounts the revolution which birthed the government Khamenei currently leads. The ayatollah also verified how deeply entrenched Hezbollah has become in Lebanon’s political makeup.

Hezbollah is certainly the Islamic Republic of Iran’s most successful export. For over two decades, Tehran has played the role of puppet-master in Beirut, attempting to counter the influence of its enemies: the US, Israel and Saudi Arabia. Hezbollah’s critical influence in the region was demonstrated during the 2006 war with Israel and with the Islamic Revolutionary Guard Corps’ (IRGC) intervention in the Syrian conflict.

Although Hezbollah’s military wing was rightfully designated as a terrorist organization in April by US President Donald Trump, the organization’s military and political wings work in tandem to export the regime’s disturbing agenda. In 2017, the US State Department identified more than 250 operatives and 150 companies with Hezbollah ties. Last year, the details of Project Cassandra exposed the sophistication and breadth of Hezbollah’s billion-dollar criminal enterprise.

Since Tehran heavily invests in Hezbollah’s role globally, these protests do not bode well for the regime. Iranian leadership clearly grasps the magnitude of these demonstrations since its officials have attempted to paint them as manifestations of foreign meddling. Khamenei has accused “US and Western intelligence services, with the financial backing of evil countries,” of orchestrating these protests.

In Iraq, anti-Iran sentiment has monopolized the demonstrations. Last week in Baghdad, protesters were pictured torching an Iranian flag. On Sunday, they threw gasoline bombs at the Iranian Consulate in the country’s capital of Karbala. The former head of the Iraqi National Archives explained that, “the revolution is not anti-American, it is anti-Iran; it is anti-religion – anti-political religion, not religion as such.” Pro-Iranian paramilitary forces have violently intervened in recent demonstrations. Since October 1, the Iraqi High Commission for Human Rights reports that 301 protesters have been killed, and thousands more injured.

As Tehran continues to dismiss these protests as inauthentic and foreign-led, demonstrators will only gain more momentum. While Iran grapples with the economic consequences of Trump’s maximum-pressure campaign, it may not be able to survive the coupled onslaught of these protests.

The writer is a master’s candidate in counter-terrorism and homeland security at IDC Herzliya’s Lauder School of Government. She is also associate producer and analyst at the Center for Security Policy in Washington.

Voir par ailleurs:
Communiqués de presse
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#Crif – Communiqué de presse : Halte à la discrimination d’Israël

CRIF

29 Novembre 2016

Le Crif condamne avec la plus grande fermeté la décision du gouvernement français.

Le Crif rappelle que l’obsession anti-israélienne contribue à l’importation du conflit en France et attise la haine

Le Crif condamne avec la plus grande fermeté la décision du gouvernement français de rendre obligatoire le double étiquetage des produits en provenance d’Israël.
Demander aux distributeurs d’ajouter « colonie israélienne » sur les produits en provenance « de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du Golan » relève d’un traitement discriminatoire appliqué au seul État d’Israël alors que de nombreux autres pays sont concernés par des conflits territoriaux similaires.
Au moment où la paix dans la région est un enjeu essentiel, cette décision qui vise à isoler Israël ne répond pas à l’impartialité nécessaire pour prétendre jouer un rôle constructif et aura pour conséquence certaine le ralentissement des initiatives économiques dans ces territoires et un appauvrissement des Palestiniens qui travaillent dans ces entreprises.
Le Crif rappelle que l’obsession anti-israélienne contribue à l’importation du conflit en France et attise la haine.
Pour Francis Kalifat, Président du Crif, cette décision discriminatoire ne va pas dans le sens de l’apaisement et renforce le mouvement illégal BDS qui déverse sa haine et sa détestation d’Israël, appelant au mépris de la loi, au boycott et à la dé légitimation du seul état du peuple juif, pratiquant ainsi un antisionisme obsessionnel qui véhicule la forme moderne de l’antisémitisme.

La justice européenne impose l’étiquetage des produits fabriqués dans les colonies israéliennes

La haute juridiction avait été saisie en juillet 2018 par des viticulteurs de Psagot (Cisjordanie), qui contestaient un texte réglementaire français.

Cyrille Louis

C’est la fin d’une ambiguïté. Dans un arrêt rendu mardi à Luxembourg, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a tranché que les denrées alimentaires produites dans les colonies israéliennes de Cisjordanie et commercialisées sur le continent devront à l’avenir porter la mention explicite de leur origine. Cette décision est applicable non seulement en France, où le ministère des Finances avait pris les devants en réclamant un tel étiquetage dès novembre 2016, mais aussi dans les nombreux pays européens qui hésitaient jusqu’à présent à le mettre en œuvre.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Israël Katz, a aussitôt dénoncé un arrêt «inacceptable à la fois moralement et en principe». «J’ai l’intention de travailler avec les ministres des Affaires étrangères européens afin d’empêcher la mise en œuvre de cette politique profondément erronée», a-t-il ajouté. Saeb Erekat, le négociateur en chef de l’Organisation de libération de la Palestine, s’est au contraire réjoui. «Nous appelons tous les pays européens à mettre en oeuvre cette obligation légale et politique», a-t-il déclaré, ajoutant : «Nous ne voulons pas seulement que ces produits soient uniquement identifiés comme provenant de colonies illégales, mais souhaitons qu’ils soient bannis des marchés internationaux».

Une décision saluée par les autorités palestiniennes

Plus de 400.000 Israéliens vivent dans la centaine de colonies de peuplement aménagées après la conquête de la Cisjordanie lors de la guerre des Six-Jours, en juin 1967. La communauté internationale considère, dans sa grande majorité, que l’occupation de ce territoire est illégale (ce que l’Etat hébreu conteste) et appelle à y créer un Etat palestinien, dans un cadré négocié. En l’absence de processus de paix, les ministres européens des Affaires étrangères sont tombés d’accord en 2011 pour promouvoir une politique de «différenciation» entre les denrées fabriquées dans les frontières d’Israël et celles qui sont produites en Cisjordanie occupée. En novembre 2015, la Commission européenne a fait un pas de plus en demandant aux Etats membres d’identifier celles-ci par un étiquetage explicite. Initiative aussitôt condamnée par les autorités israéliennes.

Rejetant le principe même d’une telle différenciation, les viticulteurs de Psagot, une colonie édifiée en lisière de Ramallah, croyaient sans doute frapper un coup de maître lorsqu’ils saisirent la CJUE en juillet 2018. Objet de leur démarche : faire annuler le texte réglementaire par lequel la France a réclamé en novembre 2016 l’étiquetage des produits fabriqués dans les colonies. A court terme, l’initiative permet de geler son application. Mais elle va vite se retourner contre eux. En juin 2019, l’avocat général de la Cour, Gérard Hogan, prend fait et cause pour l’étiquetage. « De même que de nombreux consommateurs européens étaient opposés à l’achat de produits sud-africains à l’époque de l’apartheid avant 1994, écrit-il, les consommateurs d’aujourd’hui peuvent, pour des motifs similaires, s’opposer à l’achat de produits en provenance d’un pays donné ».

Dans son arrêt rendu mardi, la CJUE estime que les denrées alimentaires produites dans des territoires occupés par l’Etat d’Israël devront dorénavant « porter la mention de leur territoire d’origine, accompagnée, lorsque ces denrées proviennent d’une colonie israélienne à l’intérieur de ce territoire, de la mention de cette provenance ». Il s’agit, précise la Cour, d’éviter toute ambiguïté susceptible d’«induire les consommateurs en erreur». «L’information doit permettre à ces derniers de se décider en toute connaissance de cause et dans le respect non seulement de considérations sanitaires, économiques, écologiques ou sociales, mais également d’ordre éthique ou ayant trait au respect du droit international».

En saisissant une juridiction européenne qui s’était jusqu’à présent tenue à l’écart du dossier, les colons israéliens ont en quelque sorte marqué un but contre leur camp. Sa décision a en effet vocation à s’appliquer dans tous les Etats membres. Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, qui s’était associé à la démarche des viticulteurs de Psagot, a exprimé mardi sa «grande déception». «Imposer l’étiquetage de produits israéliens alors qu’on ne le fait pas pour des denrées fabriquées au Tibet, à Chypre-Nord ou en Crimée, cela s’appelle de la discrimination, estime-t-il. Ce type de décision est de nature à encourager ceux qui appellent au boycott pur et simple d’Israël, et à conforter leur obsession antisioniste».

Voir enfin:

Qui attaquera qui ? L’Iran et le destin d’Israël, Jean-Pierre Bensimon

Publié le 15 novembre 2019 par danilette’s

Il faut lire cet analyse magistrale, très documentée
de Jean-Pierre Bensimon !

L’éventualité d’une attaque iranienne imminente est la question que se posent avec plus d’acuité que jamais les responsables politiques et militaires israéliens. Dans les derniers mois le paysage stratégique a changé radicalement. A l’occasion de l’installation de la 22ème Knesset le 3 octobre dernier, Netanyahou soulignait : « Nous sommes confrontés à un énorme défi sécuritaire, qui en fait s’intensifie de semaine en semaine. ». Le chef d’état major Aviv Kochavi confirmait cette évolution le 24 octobre : « Sur les fronts Nord et Sud, la situation est fragile et tendue et pourrait dégénérer en confrontation »[1] Son directeur des opérations, le général Aaron Haliva, précisa « Il y a des menaces qui pèsent sur notre Est, notre Nord et notre Sud… L’année prochaine ne sera pas favorable à la sécurité d’Israël… il y a des forces iraniennes sur le plateau du Golan, ce n’est pas de l’alarmisme, ils sont là. »[2] Dans le même temps, Yaakov Amidror, l’un des experts les plus remarquables du pays, observait que l’Iran veut construire autour de l état juif un « cercle de feu ».[3] De leur coté les Iraniens multiplient les variations autour de leur promesse éradicatrice. Pour Hossein Salami, le chef des Gardes de la révolution, « le sinistre régime doit être rayé de la surface de la terre, et ce n’est plus un rêve lointain, ….mais un but atteignable. »[4]. Deux jours plus tôt son adjoint chargé des opérations, Abbas Nilforoushan, se vantait dans le même esprit : « l’Iran a encerclé Israël de quatre cotés. Il ne restera rien d’Israël. »[5]

Les données de l’affrontement israélo-iranien avant l’été 2019

En fait si le tableau de l’affrontement s’est radicalement modifié à l’été 2019, on doit rappeler les données de la situation antérieure pour comprendre ce qui est en train de se passer.

A la suite de l’accord nucléaire de Vienne de juillet 2015, l’Iran a bénéficié d’un redressement spectaculaire de ses finances. Outre 100 milliards de dollars restitués en cash et 15 milliards offerts en récompense de son consentement à négocier, Téhéran recevait une pléthore d’investissements en provenance d’Europe, de Chine, de Russie, etc. Fort de ses victoires diplomatiques et financières, profitant de la faiblesse de ses partenaires occidentaux et d’abord du calcul de Barack Obama qui voulait en fait lui remettre les clés de la région, l’avenir s’éclairait pour le régime des ayatollahs. Allait-il penser à l’existence quotidienne de son peuple ou à la modernisation de sa société ? Il fallait un certain penchant pour l’élucubration, souvent présente chez l’occidental post-moderne et universaliste, pour le croire. L’Autre ne voit pas ce que vous imaginez qu’il voit, quand vous portez vos lunettes noires. Le régime iranien avait fait dès sa naissance le choix idéologique de servir le triomphe planétaire de l’islam. « l’Armée de la République islamique d’Iran et le Corps des Gardes de la Révolution islamique … seront responsables, non seulement de la garde et de la préservation des frontières du pays, mais aussi de l’exécution de la mission idéologique du jihad sur la voie de Dieu, c’est-à-dire de l’expansion de la souveraineté de la Loi de Dieu à travers le monde… » [6]

Concrètement, l’Iran se fixait en juillet 2015 le double objectif de précipiter son effort nucléaire et redoubler ses menées expansionnistes dans la région. Concernant l’armement nucléaire, il se focalisait sur les technologies et les moyens qui lui manquaient encore : l’usinage de la bombe, sa miniaturisation[7] et un système de missiles balistiques intercontinentaux. Concernant la région, il allait déclencher des guerres pour investir en profondeur de nouveaux espaces, la Syrie, l’Irak et le Yémen. Ainsi, le parlementaire Ali Reza Zakani  ou l’ayatollah Ali Yunesi, conseiller de Rohani, se vanteront dès 2015 de contrôler Beyrouth, Damas, Bagdad, et Sanaa.

Les tactiques de guerre de l’Iran sont originales à cette échelle. Elles consistent grossièrement à créer ou à contrôler des groupes, partis, milices, tribus, clans, qui feront la guerre pour son compte par procuration, sur le modèle du Hezbollah iranien, du Djihad islamique palestinien ou des Houthi yéménites. C’est ce qui permet aux ayatollahs de ne pas s’afficher en première ligne dans les campagnes ordonnées aux supplétifs, ni d’endosser les horreurs qu’ils commettent. En même temps, ils économisent hommes et finances dans ces conflits relativement peu coûteux. Dans cette logique, l’Iran n’hésite pas à transférer massivement les armes et les technologies les plus avancées à ses milices. Par exemple, après avoir abondamment doté en missiles le Hezbollah, il lui apporte aujourd’hui le savoir-faire et les équipements pour ajouter sur place des systèmes de guidage de précision sur les engins de son arsenal, ce qui en multiplie la dangerosité.

Aujourd’hui les Occidentaux sont alarmés par une disposition de l’accord de Vienne qui limite à cinq ans l’embargo sur les livraisons d’armes avancées à l’Iran. La Chine et la Russie auront à ce terme le feu vert pour livrer des engins avancés comme les missiles de croisière et les technologies connexes à Téhéran, lequel s’empressera de les confier à ses « proxies ». Bian Hook, le représentant spécial des États-Unis pour l’Iran, a mis en garde la commission des affaires étrangères du Sénat à ce sujet : « Depuis 2017, l’Iran a élargi ses activités en matière de missiles balistiques à ses partenaires dans toute la région. »[8] L’embargo devra être levé le 18 octobre 2020, et ni la Chine, ni la Russie, qui ont droit de veto à l’ONU ne semblent disposés à le proroger. Les armes concernées peuvent frapper Israël, mais l’Europe tout aussi bien.

Ainsi, les guerres de l’Iran par supplétifs interposés, en marge du droit et des conventions internationales, qu’on les appelle asymétriques ou terroristes, lui permettent de réaliser la fusion inouïe, entre le rôle de mentor d’une politique révolutionnaire et celui de membre de la communauté internationale, entre le statut de seigneur de la subversion et celui de zélateur de l’ordre international.[9]

La stratégie israélienne de guerre entre deux guerres

de son coté, Israël ne peut pas accepter trois implications de la poussée des fous de Dieu chiites après 2015 :

  1. a) que l’Iran devienne nucléaire. En effet la bombe atomique peut infliger des dommages immenses à un pays  exigu, où les populations et les infrastructures sont aussi concentrées. Sans même l’utiliser directement, elle constituerait un moyen de chantage imparable rendant vite la vie impossible dans l’état juif. Et même, strictement cantonnée à la défense d’un Iran mythique qui serait prudent et rationnel, son déploiement se terminerait inéluctablement en apocalypse comme l’a démontré avec finesse Steven R. Davis ;[10]
  2. b) que se forme à sa frontière Nord avec la Syrie et au-delà en Irak, un second front sur le modèle de celui du Liban-sud, avec le déploiement de milices pro-iraniennes à sa frontière et de missiles à moyenne distance ;
  3. c) que des arsenaux de missiles dotés d’un guidage de précision soient déployés à portée de son « interland » mettent ses populations, ses villes, et ses infrastructures à la merci des supplétifs du Guide suprême iranien.

C’est ainsi que les stratèges de Jérusalem ont inventé et appliqué le concept de « guerre entre deux guerres »[11], c’est-à-dire d’opérations ponctuelles interdisant à proximité des frontières, le déploiement de troupes ou d’infrastructures ennemies et les transports d’armes conventionnelles et de systèmes de guidage « game changers », c’est-à-dire susceptibles de bouleverser l’équilibre des forces militaires. Les opérations sont parfois militaires mais elles peuvent aussi bien consister en cyber-attaques, en guerre psychologique, économique et même diplomatique. Pour rester « entre deux guerres » ces initiatives ne doivent pas déboucher sur une guerre générale et elles sont soigneusement sélectionnées pour obéir à cette condition. Mais la non-guerre n’est pas la paix ; c’est le moment « gris » où l’on agit ponctuellement pour ne pas aborder la guerre suivante dans des conditions défavorables. Ainsi, selon des rapports étrangers, on ne compte pas moins de 300 cibles frappées par Israël en Syrie seulement. D’autres rapports évoquent une activité encore plus importante. Yaakov Amidror, cité plus haut, se félicite des résultats de cette stratégie « agressive » mais regrette à demi-mots la stratégie antérieure de « prudence » qui a laissé le Hezbollah accumuler de 130 à 150.000 missiles au Liban sud.[12] Cependant il semble bien que depuis que l’Iran a fait savoir qu’il riposterait aux attaques sur ses forces ou ses installations, Israël fasse preuve d’une retenue inhabituelle. Selon certains observateurs, trop de choses ont changé, la guerre entre deux guerre est un concept désormais caduc.[13] Pour eux, il faut revoir d’urgence la doctrine stratégique du pays et l’ajuster à la situation nouvelle.

Les grands changements de l’été 2019

Dès le mois de juin, l’Iran est passé à l’offensive, bouleversant la politique américaine au point que Donald Trump est passé de la position de celui qui impose des négociations à l’Iran à celui qui les quémande. Abandonnant du même coup ses alliés traditionnels, il a perdu toute fiabilité à leurs yeux. Cela les a incités à rechercher des relations directes avec l’Iran pour obtenir des accommodements. De plus Téhéran a montré des capacités tactiques inattendues . Déjouant par un coup de maître stupéfiant tous les systèmes de détection américains et saoudiens il a paralysé en quelques minutes par des frappes ponctuelles, 50% du potentiel pétrolier de Riyad, sans faire de morts ni de blessés, sans même casser une vitre dans un bâtiment des environs.[14] Sa liberté d’action est désormais si totale qu’il n’hésite plus à se libérer ouvertement des contraintes de l’accord nucléaire.

Le naufrage de Donald Trump

Le 8 mais 2018 Donald Trump s’était retiré de l’accord iranien conformément à son engagement électoral de refuser le « pire des accords ». Il avait auparavant demandé à Téhéran, sans succès, une réouverture des négociations. Il voulait revenir sur le caractère temporaire des restrictions de la production iranienne de matière fissile (sunset clauses) et élargir la discussion aux missiles à longue portée et aux activités subversives des ayatollahs dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Devant le refus persistant de ces derniers, il annonçait un retour progressif au régime des sanctions dans les 180 jours. Plusieurs trains de ces mesures ont fini par créer une situation où l’Iran, désertée par les multinationales qui développaient des projets sur son sol, était privé d’exportation de son pétrole, les pays étrangers acheteurs y compris la Chine risquant eux-mêmes des sanctions.

Ce régime de « pressions maximales » devait amener Téhéran à accepter d’entrer en négociation dans les termes voulus par Donald Trump. Mais l’Iran a tout de suite exigé le retrait préalable des sanctions avant d’envisager l’opportunité d’une négociation. La situation était bloquée et l’ardeur d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel qui ajoutaient une soulte de 15 milliards de $ pour complaire aux ayatollahs ne fit pas avancer les choses d’un pouce.

Au lieu de s’incliner, l’Iran choisit l’offensive. Une série d’opérations d’intimidation intervenaient à partir du mois de mai 2019, juste après l’expiration des autorisations provisoires d’achat de pétrole iranien accordées pour 6 mois à quelques pays. Très agressives, elles allaient du sabotage de pétroliers en mer, à la capture de cargos et de pétroliers, et aux frappes sur des terminaux en l’Arabie saoudite. Pour couronner le tout, un drone de surveillance Global Hawk aux couleurs américaines, particulièrement onéreux, était abattu le 20 juin 2019. L’Iran ne reconnait jamais qu’il est l’auteur ou l’inspirateur de ces opérations de guérilla étatique. Il oppose aux accusations un déni moqueur, y compris dans le cas du drone américain abattu, l’accusant d’avoir violé son espace aérien.

L’Iran a démontré à Trump qu’il pouvait paralyser les routes maritimes de la zone du Golfe, ouvrir divers fronts dans la région, et l’entrainer dans le bourbier d’une guerre asymétrique, le cauchemar absolu du Pentagone et du candidat à la réélection en 2020.

Résumons : Trump a cru qu’il pourrait faire plier l’Iran avec des sanctions économiques. L’Iran a répondu en menaçant de le contraindre à une guerre asymétrique globale par procuration qui lui coûterait sa réélection. Khamenei a ainsi triomphé de Trump par ippon.

S’ouvrait l’ère du recul. KO debout, Donald Trump a commencé par s’abstenir de répondre militairement aux perturbation des routes maritimes, aux sabotages, aux captures de pétroliers, à la destruction d’un drone d’observation aux couleurs de l’Amérique, à la frappe du 14 septembre au cœur du territoire de son allié saoudien. La première mesure administrative de cette marche arrière date du 1er août 2019. Ce jour-là le président américain renouvela les dérogations (waivers) autorisant certains pays à coopérer avec l’Iran dans le nucléaire civil, l’une des voies identifiées de la poursuite clandestine de son programme nucléaire militaire. Selon Michael Doran, l’un des experts américains les plus pointus, « Pour Khamenei, alors, les dérogations sont la pierre angulaire de l’accord nucléaire, la structure qui procure une couverture internationale pour le programme d’armes nucléaires de l’Iran. ”[15] C’est cette pierre angulaire que Trump n’a toujours pas osé renverser en révoquant les fameux « waivers » à l’échéance de la fin octobre, alors que les Iraniens s’autorisent officiellement une reprise des activités nucléaires interdites à Fordow et à Arak, deux infrastructures nucléaires majeures de leur programme d’armement.[16] En cohérence avec ce rétropédalage général, il avait déjà congédié le 10 septembre son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, un partisan d’une ligne de fermeté.[17]

Les « pressions maximales » ne sont désormais rien de plus qu’un slogan. Lors de la session de rentrée de l’Assemblée générale de l’Onu à Washington, Trump s’humiliait en quémandant un entretien téléphonique  à Hassan Rohani dans son hôtel, lequel ne daigna pas prendre l’appel.

Comment expliquer ce désastre historique ? On peut évoquer la campagne électorale en cours, Trump ayant promis à ses électeurs de retirer les États-Unis des guerres entamées par ses prédécesseurs et de ne pas en engager de nouvelles. Il y a aussi la perte de valeur relative de la région moyen-orientale pour des États-Unis désormais autosuffisants en pétrole. Il y a l’habile stratégie iranienne de refus du rapport des forces, de montée aux extrêmes, attitude totalement inimaginable pour un artiste du business. Il y a la nécessaire focalisation des moyens américains sur l’Asie où la Chine leur taille des croupières. Cependant, ces contraintes ne justifient nullement les choix hasardeux de l’actuel locataire de la Maison Blanche.

Fondamentalement, les failles de Trump ont été de deux ordres : l’ignorance de l’histoire, l’absence d’une vision d’un coté, des méthodes de travail qui confinent à la légèreté de l’autre. Sa conception du leadership se limite à l’art du deal, à gagner sur le tapis une série ininterrompue de conflits matériels. Elle néglige la vision de l’avenir et le poids des éléments immatériels. Le président ne saisit visiblement pas la force mentale des convictions partagées ni la puissance des postures comme le respect des engagements, la distinction entre amis et ennemis, la dissuasion à l’endroit de l’ennemi, la coïncidence entre les paroles et les actes, etc. En matière de prise de décision, ce qui frappe c’est son amateurisme : incapable d’envisager le second et le troisième coup qui suivent une décision, sa méconnaissance de l’histoire est flagrante comme son incapacité à stabiliser et à animer les travaux de ses équipes de conseillers. Plus que le cynisme, c’est la médiocrité qu’il faut incriminer.

La liberté d’action de l’Iran et sa maîtrise des technologies militaires de pointe

La déconfiture de Trump a eu un effet immédiat : l’impunité de l’Iran. L’héritier de la Perse antique  ne craint plus les représailles potentiellement redoutables de l’Amérique quelles que soient ses prises de risque dans la région. Il a pu frapper impunément à Abqaiq et Khurais le vieil allié du Pacte du Quincy de 1945 avec une arrogance inouïe, privant la communauté internationale de 5% de ses ressources en hydrocarbures. Il a pu abattre impunément le fameux drone d’observation. Il a pu fournir impunément aux Houthi des armes avancées, se comporter en occupant en Irak, etc.

La seconde liberté d’action obtenue par Téhéran est le produit de la déconfiture de ses adversaires sunnites directs l’Arabie, Bahreïn,  et les Émirats arabes Unis, exposés à ses coups de boutoir. Ils sont allés à Canossa, c’est-à-dire à la cour de Khamenei, pour s’épargner de nouvelles volées de bois vert iranien. « Le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir a confirmé sur Twitter que l’Arabie saoudite a relayé un message à l’Iran via un  » pays frère « , à savoir que l’Arabie saoudite a toujours recherché la stabilité et la sécurité régionales. »[18] Les ayatollahs n’ont plus de souci à se faire de ce coté là, du moins à court terme, car l’antagonisme ancré dans les appartenances religieuses est trop profond pour être si aisément résolu.

Restent deux questions : 1) l’Amérique de Trump restera-t-elle neutre si l’Iran attaque Israël ? 2) Restera-t-elle en dehors du jeu si l’Iran décide de passer au « saut nucléaire » ?

Des réponses assez nettes ont été apportées par les dirigeants des deux pays. Netanyahou ne se fait aucune illusion : il aurait déclaré au membres du cabinet « que le président américain Donald Trump n’agirait pas contre l’Iran avant les élections générales américaines de novembre 2020 au plus tôt … »[19] Christopher Ford, secrétaire d’État adjoint à la non prolifération des États-Unis participait à Tel Aviv à une conférence de l’INSS (Institute for National Security Studies) le 11 novembre dernier. Interrogé sur l’attitude des États-Unis face à la violation croissante par l’Iran des limitations de l’accord nucléaire, il répondit que ceux-ci « ne peuvent pas forcer l’Iran à revenir sur l’impasse que connait l’accord nucléaire… nous avons mis autant de contraintes que possible sur le comportement de l’Iran… » Visiblement il faut entendre que les États-Unis ne veulent utiliser, même dans les cas les plus graves, d’autres moyens de contrainte, les moyens militaires par exemple.[20] Le général Yaakov Amidror qui participait à la même réunion que le secrétaire d’état américain n’est pas allé par quatre chemins : « Il se peut que nous devions agir directement en Iran pour arrêter les Iraniens… Le monde n’est pas prêt à agir, ..ni l’Otan, ni les USA… ils préfèrent fermer les yeux. » ajoutant « si le monde n’empêchait pas l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, l’Arabie saoudite et la Turquie le feraient aussi et de nombreux pays du Moyen-Orient auraient éventuellement des armes qui pourraient potentiellement dévaster Moscou, Berlin et Washington. »[21]

Comment se présente en définitive le théâtre du Moyen-Orient pour Israël à la fin de l’été 2019 ?

  1. Son principal allié, l’Amérique, qui a perdu son influence dissuasive sur les acteurs locaux, laisse une liberté d’action entière à l’Iran, y compris s’il s’engage dans le « saut nucléaire »;
  2. L’Iran maîtrise des technologies militaires comme le traitement avancé du renseignement et l’emploi de missiles et de drone de croisière particulièrement indétectables. Il représente donc une menace stratégique toute nouvelle qu’Israël ne sait pas forcement traiter ;
  3. Les alliés arabes, coalisés face à l’Iran sous l’aile américaine, se débandent désormais et négocient avec les ayatollahs, ce qui permettra d’attendre d’eux, au mieux, une certaine neutralité dans l’affrontement d’Israël avec l’Iran ;
  4. La « guerre entre deux guerres » qui limitait l’arrivée des armes avancées, l’incrustation des milices sur le Golan et les tirs venant d’Irak, semble être ravalée par l’Iran à un casus belli, retirant à Jérusalem une option pour se défendre tout en évitant la  guerre ouverte ;
  5. Les capacités offensives des milices supplétives de l’Iran au Liban, à Gaza, en Syrie, en Irak et au Yémen sont en progression rapide puisque l’Iran leur transfère systématiquement des armes avancées (en partie missiles de croisière, drones d’attaque) et les technologies pour les produire sur place ;
  6. Les origines géographiques possibles de la menace se sont élargies puisque le Yémen, destinataire de missiles iraniens à longue portée, s’est ajouté à la liste des pays d’où l’Iran peut lancer ses attaques, par le sud cette fois-ci, prenant à revers les défenses israéliennes plutôt orientées contre une menace venant du nord.

A l’inverse, la situation de l’Iran se dégrade aussi concernant certains paramètres :

  1. Il disposera de moins en moins de fonds pour payer l’entretien de ses milices (évaluées à 200.000 combattants au total) et la fourniture de services aux populations locales où elles sont cantonnées tant que des sanctions économiques américaines perdureront ;
  2. Des mouvement de masse puissants et durables se sont développés au Liban et en Irak pour protester contre la présence de ses milices supplétives et son emprise sur les états nationaux , ce qui multiplie les aléas qui pèsent sur sa stratégie expansionniste et en augmentent le coût ;
  3. La dégradation de la situation économique de Téhéran ne peut pas manquer d’accroître l’instabilité intérieure du régime, ce qui devrait aussi modérer ses avancées régionales.

Que veut exactement l’Iran ?

Comme « partisan d’Ali » Khomeiny a donné à sa révolution la mission de rétablir l’essence divine de la succession du Prophète, c’est-à-dire d’amener les musulmans à rallier la vraie foi et d’écarter du pouvoir islamique suprême quiconque ne peut faire valoir un lien de filiation avec lui.

Le rêve du régime est de chasser du Moyen-Orient le grand Satan américain pour agir sans entraves, de détruire le petit Satan israélien pour se poser en libérateur, et de retirer à la famille Saoud, dépourvue de tout lien familial avec Mohamed, la fonction de gardien des deux villes saintes de l’Islam, La Mecque et Médine. Il pourrait sur la base de ces victoires  devenir le phare des musulmans et leur rendre leur foi épurée des 15 derniers siècles d’errements. C’est en cela qu’il s’agit d’un régime d’essence révolutionnaire et que tout ses actes doivent être rapportés à cette grille de lecture.

Enfin, depuis plusieurs décennies, les Khomeynistes rêvent de sanctuariser leur pré carré et s’ouvrir des opportunités de conquête en développant un armement nucléaire et balistique moderne.

Au-delà de ces rêves entretenus avec persévérance depuis 40 ans, les ayatollahs sont pragmatiques et opportunistes en même temps. Ils  poursuivent aujourd’hui des objectifs d’étape très concrets. La destruction d’Israël n’est pas leur première urgence. Ils la voient comme le couronnement de leur emprise sur le Moyen-Orient dans un processus progressif d’isolement, de harcèlement et d’étranglement, car leur doctrine opérationnelle leur commande de masquer leurs coups et d’agir par procuration. Ils s’attachent actuellement à multiplier les sites d’origine de leurs possibles attaques, et à disperser des cibles toujours plus nombreuses pour compliquer la défense d’Israël. Mais pour sécuriser leur implantations en Irak et en Syrie exposées aux frappes israéliennes, ils pourraient lancer à n’importe quel moment des attaques à l’intérieur de l’État hébreu sur le modèle de celle qui a ébranlé l’Arabie saoudite le 14 septembre, ou sur une mode nouveau, moins prévisible.

On peut anticiper leur agenda : le raid écrasant qu’ils ont mené le 14 septembre sur les champs pétroliers du cœur de l’Arabie avait sans doute pour objectif premier l’abandon par Riyad de son intervention au Yémen. D’ailleurs, après les Émirats arabes unis, ils semble que ce pays ait baissé les bras et soit en train de négocier sa sortie du théâtre yéménite d’importance majeure pour son avenir. Dans cette affaire, l’Iran trouve l’avantage de consolider le règne de son obligé Houthi qui lui offre des positions rêvées à l’entrée du détroit stratégique de Bab el-Mandel.

Le second objectif, c’est d’obtenir un gel progressif des sanctions américaines en cours. Christopher Ford déclarait lors de la conférence de Tel Aviv évoquée plus haut que les États-Unis avaient proposé à l’Iran une offre de négociation comprenant : « l’allègement de toutes les sanctions[…] le rétablissement des relations diplomatiques et des relations de coopération semblables à celles avec les États normaux[…] Vous devez vous comporter comme un État normal, mais j’espère que l’Iran fera ce choix[à son tour]. »[22] Les ayatollahs attendent sans doute pour acquiescer d’avoir la garantie, façon Obama, qu’un nouvel accord scellera la réconciliation sans vraiment brider la poursuite de leur programme nucléaire et balistique.

L’Iran poursuivra naturellement l’édification du « cercle de feu » autour d’Israël en stabilisant les groupes armés supplétifs déjà déployés, en les équipant d’armes toujours plus avancées, en améliorant leur coordination et leur capacité de manœuvre. De ce point de vue, la Jordanie est dans l’œil du cyclone car elle dispose de longues frontières avec l’Irak et aussi avec Israël. On peut s’attendre à des opérations de subversion téléguidées depuis Téhéran pour contraindre ce royaume sunnite à intégrer « l’axe chiite ».

Enfin, la campagne électorale américaine s’achèvera le 03 novembre 2020, dans un peu moins d’une année. Comme l’a bien précisé Christopher Ford, l’Iran aura dans cette période une totale liberté d’action y compris concernant la conduite de son programme nucléaire. Les ayatollahs pourraient parfaitement saisir cette fenêtre inespérée pour se projeter dans le « saut nucléaire », la construction de la bombe, qui nécessiterait théoriquement un an mais en réalité, chacun le sait, seulement quelques mois.

Quelle stratégie pour Israël ?

Dans un affrontement sur un théâtre stratégique aussi vaste, élargi encore de milliers de kilomètres par la portée nouvelle des missiles, l’un des impératifs est d’identifier les alliances possibles. Les premiers alliés potentiels d’Israël face à l’Iran devraient être les pays européens, pas par excès de sympathie pour l’État juif, mais parce qu’ils partagent avec lui d’importants intérêts communs. L’Europe est à portée des missiles intercontinentaux de l’Iran et elle sait que ces missiles risquent d’être bientôt garnis d’ogives nucléaires. Elle sait aussi avec quelle brutalité les ayatollahs poussent leurs pions. Les 58 soldats du poste Drakkar tués en 1983, les attentats de Paris de 1985/86 et les prises d’otage du Liban, l’attentat déjoué de Villepinte en 2018, sont dans les mémoires. Elle sait que l’Iran est en train de s’approcher de la Méditerranée, leurs arrière-cour en quelque sorte. Enfin, elle sait enfin qu’étant déployés dans le Golfe persique et aux abords de Bab el-Mandel, les Iraniens tiennent des routes maritimes stratégiques du sud qu’ils peuvent assaisonner à leur gré, provoquant s’il le faut un séisme dans l’économie mondiale dont l’Europe serait la première victime. Israël doit rechercher et nourrir cette alliance dans un esprit créatif.

Par ailleurs, Israël doit se préparer à l’éventualité d’attaques massives par des vagues de missiles. On estime que le Hezbollah dispose au Liban de 130 à 150.000 missiles qui pour une part disposent d’un guidage de précision. En cas de guerre totale, le groupe terroriste, qui est en fait une armée, pourrait lancer 1.000 missiles par jour. Il est impossible d’interrompre ce genre d’offensive par des dispositifs antimissiles (qui seraient saturés) ni par l’aviation qui n’est pas configurée pour frapper une quantité indéterminée de micro cibles. La seule solution serait le déploiement immédiat de troupes au sol pour occuper au plus vite le terrain.

Cela suppose un changement radical de doctrine militaire. Depuis 1982 la doctrine d’Israël est résumée en une formule, « Intel/Firepower », soit renseignement et frappes puissantes sur les cibles. Cette option permet d’économiser les déploiements au sol, donc la vie des soldats. Mais l’ennemi s’est adapté. Il sait disperser les cibles, il sait déployer de pseudo-cibles, il sait enterrer ses hommes et ses armes. D’où un rendement décroissant du couple Intel/Firepower. L’alternative est le retour à la doctrine antérieure des « résultats décisifs », c’est-à-dire combattre au sol sur le territoire de l’ennemi pour mettre un terme effectif à sa capacité de nuisance. La victoire dans la seconde Intifada est intervenue en avril 2002 avec l’opération « Rempart », quand après des centaines de victimes on a enfin consenti à envoyer les soldats dans les grandes villes palestiniennes d’où partaient les commandos jihadistes. [23]La construction d’une armée conventionnelle capable d’exceller dans les manœuvres au sol est une option complexe qui prend du temps. L’état-major israélien en est parfaitement conscient.

Le troisième aspect de la stratégie d’Israël est la défense contre les missiles de croisière et les drones d’attaque si difficiles à détecter. Si les satellites américains et saoudiens et les dispositifs au sol ont été incapables de détecter les deux essaims de missiles et de drones d’attaque iraniens qui approchaient de leurs cibles en volant près du sol, c’est en partie parce que la zone à couvrir était immense. La surface de l’Arabie saoudite est du même ordre que celle de l’Europe entière. De ce point de vue, Israël a deux avantages. D’un coté, il n’est pas soumis à l’effet de surprise puisque le raid en Arabie est antérieur et qu’il a été dument analysé[24]. De l’autre, vu l’exigüité la zone à couvrir, la couverture actuelle est presque suffisante et il existe des radars Doppler bon marché, de conception israélienne, qui peuvent couvrir l’espace éventuel entre l’horizon de détectabilité des dispositifs actuels et le sol.

Enfin, last but not least, quelle réponse apporter à un Iran qui aurait entrepris le « saut nucléaire », une hypothèse bien plausible, on l’a vu. L’état-major israélien connait ses propres moyens et les difficultés d’une telle entreprise. A trois reprises, de 2010 à 2012, Bibi Netanyahou et Ehoud Barak auraient commandé à l’armée des raids de destruction des installations du programme nucléaire des  ayatollahs que les responsables de la défense Meir Dagan et Gabi Askhenazi  en 2010, puis Benny Gantz en 2011, ont refusé d’exécuter. La troisième tentative en 2012 a avorté suite à un différend sur le calendrier entre Netanyahou et Barak.[25] En 2019, l’opération est beaucoup plus compliquée car l’Iran s’est doté, 10 ans après,  de moyens de défense et de riposte nouveaux. L’affaire est aujourd’hui entre les mains des hiérarchies politiques et militaires du pays.

Ce qui est sûr c’est qu’il y a plusieurs façons de poser le problème iranien en général. A demi-mots Yaakov Amidror suggère une critique de la politique suivie dans la dernière décennie : une stratégie « prudente », donc perdante, a laissé le Hezbollah accumuler un arsenal offensif monstrueux sur² la gorge de l’état juif. Ensuite, avec la guerre de Syrie, une « stratégie agressive », donc gagnante, a permis de freiner les transferts d’armes vers le nord, la diffusion des systèmes de guidage de précision des missiles et l’installation de bases militaires. Que nous suggère Yaakov Amidror ? « L’Iran s’est rendu compte qu’Israël a réussi en Syrie [à démanteler une machine de guerre], alors il a commencé à construire une branche de sa machine de guerre indépendante en Irak…. Pour l’Iran, l’idée est d’avoir une capacité militaire proche d’Israël, tout en restant à distance. Une question intéressante est de savoir quelle devrait être la réaction d’Israël dans une telle situation. Nous savons que la tête du serpent est en Iran. Israël va-t-il poursuivre des cibles en Syrie, en Irak, au Liban ou au Yémen ? Ou irons-nous directement à la tête du serpent ? »[26]

[1] Israel’s army chief stands alone against security threats Ben Caspit October 25, 2019  https://www.al-monitor.com/pulse/originals/2019/10/israel-security-threat-us-withdrawal-iran-russia-kochavi.html#ixzz64rLtM5eE

[2] Idf Operations Head: Threat Posed By Iran Is Not ‘Fear-Mongering’ https://www.jpost.com/Arab-Israeli-Conflict/IDF-Operations-Head-Threat-posed-by-Iran-is-not-fear-mongering-606991

[3] Foreign-policy experts predict that an Iranian attack on Israel is just a matter of time  Israel Kasnett, JNS, 4 nov 2019 https://www.jns.org/foreign-policy-experts-predict-that-an-iranian-attack-on-israel-is-just-a-matter-of-time/

[4] Iran Guards chief: Destroying Israel now not a dream but an ‘achievable goal’ AFP andTOI STAFF30 Sept. 2019, https://www.timesofisrael.com/iran-guards-chief-says-destroying-israel-is-not-a-dream-but-an-achievable-goal/

[5] ibi

[6] Préambule de la constitution iranienne du 24 octobre 1979 http://www.servat.unibe.ch/icl/ir00000_.html

[7] Pour être tranquilles, les Iraniens interdirent aux inspecteur de l’AIEA l’accès des sites militaires où ces recherché étaient menées, sans que les vertueux pays négociateurs de l’accord de Vienne s’en émeuvent…

[8] Iranian Mayhem Is About to Get Worse, Eli Lake, 24 Octobre 2019 https://www.bloomberg.com/opinion/articles/2019-10-24/iranian-mayhem-in-the-middle-east-is-about-to-get-worse

[9] Ce thème est développé dans le remarquable rapport de l’International Institute for Strategic Studies Iran’s Networks of Influence in the Middle East, 7 Nov. 2019, https://www.iiss.org/publications/strategic-dossiers

[10]Armed and Dangerous: Why a Rational, Nuclear Iran Is an Unacceptable Risk to Israel , Prof. Steven R. David,  1er Novembre 2013 https://besacenter.org/wp-content/uploads/2013/11/MSPS104.pdf

[11] The Campaign Between Wars: How Israel Rethought Its Strategy to Counter Iran’s Malign Regional Influence, Gadi Eisenkot et Gabi Siboni, PolicyWatch 3174, 04 Sept. 2019, https://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/the-campaign-between-wars-how-israel-rethought-its-strategy-to-counter-iran

[12] Foreign-policy experts predict that an Iranian attack on Israel is just a matter of time  Israel Kasnett op. cit.

[13] Israel’s restraint comes with a price by Yoav Limor, Israel Hayom, 07 nov 2019 https://www.israelhayom.com/2019/11/07/israels-restraint-comes-with-a-price/

[14] Saudi Arabia’s Black September, Dr. Uzi Rubin, 15 oct. 2019, https://jiss.org.il/en/rubin-saudi-arabias-black-september/

[15] What Iran Is Really Up To, Michael Doran, June 24 2019 https://mosaicmagazine.com/observation/politics-current-affairs/2019/06/what-iran-is-really-up-to/

[16]  Trump renews sanctions waivers to allow Russia, China and Europe to continue nuclear work in Iran, Negar Mortazavi, 31 October 2019, https://www.independent.co.uk/news/world/americas/trump-iran-nuclear-work-russia-china-europe-sanction-a9180121.html

[17] The Purge of John Bolton, Dr. Jiri et Leni Valenta, 15 oct. 2019, https://www.gatestoneinstitute.org/15021/bolton-purge-trump-obama-moments

[18] A Possible Thaw in Iranian-Saudi Tensions: Ramifications for the Region and for Israel, Yoel GuzanskySima Shine, INSS Insight No. 1222, November 3, 2019 https://www.inss.org.il/publication/a-possible-thaw-in-iranian-saudi-tensions-ramifications-for-the-region-and-for-israel

[19] Netanyahu told ministers Trump can’t be counted on to act against Iran, TOI STAFF,  01 November 2019,https://www.timesofisrael.com/netanyahu-told-ministers-us-cant-be-counted-on-against-iran-report/

[20] Top Us Official: We Can’t Force Iran To Change, But Have Cornered It, YONAH JEREMY BOB,  NOVEMBER 11, 2019 https://www.jpost.com/Middle-East/Top-US-official-We-cant-force-Iran-to-change-but-have-cornered-it-607529

[21] Top Us Official: We Can’t Force Iran To Change, But Have Cornered It op. cit.

[22] Top Us Official: We Can’t Force Iran To Change, But Have Cornered It op. cit.

[23] Prepare For War – The Right Way, David M. Weinberg,  25 oct. 2019, https://www.jpost.com/Opinion/Prepare-for-war-the-right-way-605734

[24] Saudi Arabia’s Black September, op. cit.

[25] Israel’s true failures on Iran , Dr. Limor Samimian-Darash, 10 oct. 2019 https://www.israelhayom.com/opinions/israels-true-failures-on-iran/

[26] Foreign-policy experts predict that an Iranian attack on Israel is just a matter of time, Israel Kasnett JNS 04 nov. 2019 https://www.jns.org/foreign-policy-experts-predict-that-an-iranian-attack-on-israel-is-just-a-matter-of-time/


Ecologie: Hypocrites de tous les pays, unissez-vous ! (Guess who keep lecturing us about climate change, but flaunt carbon footprints 300 times bigger than the rest of us ?)

10 novembre, 2019

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Chers journalistes qui nous avez traités d’hypocrites, vous avez raison. Notre empreinte carbone est élevée et celle des industries dont nous faisons partie est énorme. Comme vous, et tous les autres, nous sommes coincés dans une économie basée sur l’énergie fossile et sans changement radical, nos styles de vie continueront à endommager le climat et l’écologie. Il y a cependant une histoire plus urgente sur laquelle nos profils et nos plates-formes peuvent attirer l’attention. Le changement climatique arrive plus vite et plus fort que prévu ; des millions de personnes en souffrent, quittent leur maison pour arriver à nos frontières en tant que réfugiés. Aux côtés de ces personnes qui payent déjà le prix de notre économie basée sur l’énergie fossile, il y a des millions d’enfants – appelés par Greta Thunberg – qui nous implorent, nous les personnes de pouvoir et d’influence, de nous battre pour leur futur qui est déjà dévasté. Nous ne pouvons ignorer leur appel. Même si en leur répondant nous nous retrouvons dans votre ligne de mire. Les médias existent pour dire la vérité aux gens. En ce moment, il n’y a pas de besoin plus urgent que de vous renseigner sur le CEE (Climate and Ecology Emergency) et que vous utilisiez votre voix pour atteindre de nouveaux publics avec la vérité. Collectif de célébrités
C’est grâce à Greta et aux jeunes militants du monde entier que je suis optimiste quant à l’avenir. C’était un honneur de passer du temps avec Greta. Elle et moi nous sommes fait la promesse de nous supporter l’un et l’autre, dans l’espoir de créer un avenir plus réjouissant pour notre planète. Leonardo DiCaprio
C’était fantastique de rencontrer la semaine dernière @GretaThunberg, mon amie et mon héroïne, et de faire ensemble un tour de Santa Monica à vélo. J’étais tellement excité à l’idée de la présenter à ma fille Christina. Continue de nous inspirer Greta!  Arnold Schwarzenegger
Ce que je veux, c’est que les gens réalisent que nous devons faire quelque chose pour le monde. Sinon, ce sera le début de notre extinction. Quel est le message derrière? Peut-être de lancer la conversation avec des amis: ‘Vous avez vu la peinture murale de Greta? A quel sujet ? Le changement climatique.’ Andres “Cobre” Petreselli
The Kadıköy Municipality, run by [the main opposition Republican People’s Party] CHP, painted a mural of Greta Thunberg, who officially filed a complaint against Turkey at the United Nations. The mayor must put an end to this mural scandal of the girl who is the enemy of Turks! Aydoğan Ahıakın (AKP)
Let’s cut off the electricity, natural gas and Internet at her house in Stockholm, take away her smart phone, then watch her vignette full of mimicry that she rehearses in front of a mirror. Cem Toker (Turkey’s Liberal Party)
Greta, who had been portrayed as a sympathetic and respected young woman by the vast majority of the Turkish media before the UNGA sessions in New York City, submitted a legal complaint against five countries including Turkey to the UN Committee on the Rights of the Child, accusing them of “recklessly causing and perpetuating life-threatening climate change [and] failing to take necessary preventive and precautionary measures to respect, protect, and fulfill the petitioners’ rights.” “16-year-old girl files complaint against Turkey at UN” dominated the headlines in Turkey, and a campaign to discredit her was kicked off on social and government-controlled mass media immediately afterwards. Many Twitter users — apparently nationalists and supporters of the government — reposted a doctored image of her posing with George Soros, who Turkish President Recep Tayyip Erdoğan once described as a famous Hungarian Jew who attempted to overthrow his government in 2013. The original image, in fact, was a photo on Greta’s Instagram account with Al Gore. Banu Avar, an ultranationalist journalist known for her conspiracy theories and xenophobia, tweeted that the powers behind Greta were Bill Gates and George Soros, referring to the Nya Tider website, the media outlet of a Nazi organization called Nordiska motståndsrörelsen, (Nordic Resistance Movement) in Sweden. İsmail Kılıçarslan of the pro-government Yeni Şafak daily claimed that Greta Thunberg had surpassed her namesake, world-famous Swedish-American film actress Greta Garbo, in making a splash and posted a chart on carbon emissions showing Turkey was already far behind many developing countries. However Thunberg’s submission to the UN had nothing to do with carbon emissions. Kılıçaraslan also added Greta to a list of people who are allegedly trying to tarnish Turkey’s image at home and abroad. Melih Altınok, a columnist for the Sabah daily, which is run by the Erdoğan family, accused Greta’s parents of child abuse and described her efforts as a part of a Stockholm-style environmentalism that claims “cow farts” will cause the end of the world. Mevlüt Tezel of Sabah wrote in his column titled “Project girl, haven’t you found another country to blame?” that Greta, who he described as a polished setup girl, became popular only after US President Donald Trump made fun of her. Conspiracist and columnist for the same daily Ferhat Ünlü mentioned her in his last column about HAARP (High Frequency Active Auroral Research Program), which was claimed to be a US project to produce weapons that trigger earthquakes, writing “… those who made a child who reportedly has Asperger’s Syndrome speak at the UN on the condition of accusing Turkey and similar countries hesitate to discuss HAARP.” No doubt, the most extreme reaction came from a politician, namely, Aydoğan Ahıakın, head of the governing Justice and Development Party (AKP) branch in Kadıköy, one the biggest districts in İstanbul. Ahıakın tweeted that “the Kadıköy Municipality, run by [the main opposition Republican People’s Party] CHP, painted a mural of Greta Thunberg, who officially filed a complaint against Turkey at the United Nations. The mayor [Şerdil Dara Odabaşı] must put an end to this mural scandal of the girl who is the enemy of Turks!” Ahıakın did not forget to mention Turkey’s Interior Ministry, which supervises municipalities in Turkey. The ministry recently removed several mayors in prominent Kurdish cities. Journalist and television host Ahmet Hakan Coşkun, who works for the pro-government Hürriyet daily and disreputable CNN-Türk, wrote in his column that he found Greta so unnatural, he simply was unable to develop a good feeling for her. Calling her a poseur and crabby, Çoşkun likened her to children who went crazy while reading epic poems. Meanwhile, there are those who discredit and oppose Greta ideologically as well. Hüseyin Vodinalı, a columnist for Aydınlık, the media outlet of Turkey’s neo-nationalist Homeland Party, said that “capitalism is hiding behind Greta.” Accusing her of roleplaying, Vodinalı wrote that global finance barons representing $118 trillion were using a small girl as a screen. Vodinalı also claimed that Greta’s mother, father and grandfather were all actors (which is not true) and that that was why her acting was so realistic. Gaffar Yakınca, another Aydınlık columnist, wrote two pieces on Greta. Yakınca portayed Greta as the new face of imperialism. Referring to her Asperger’s Syndrome, Yakınca claimed she had been dismayed by disaster scenarios since she was 8, adding that as an abused child she had fallen under the responsibility of Sweden’s ministry of social affairs. In his second column Yakınca likened Greta to Private Ryan, the main character of the movie “Saving Private Ryan,” which tells the story of a mentally ill American soldier who was rescued by the US Army during wartime. Yakınca claims that Greta is the last member of the same army. Greta’s peers were also hardhearted. The Union of High School Students, an organization affiliated with the Homeland Party, issued a statement accusing the West of using the old tactic of sending children to the fight first. Despite a note stating that Greta was not their addressee but rather her global masters, it is full of defamation and humiliation of the young activist. It would be incorrect to say that only pro-government journalists and ultranationalists were trying to defame the 16-year-old activist. For instance, Cem Toker, the former chairman of Turkey’s Liberal Party, wrote on his Twitter account in response to a user who expressed support for Greta, “Let’s cut off the electricity, natural gas and Internet at her house in Stockholm, take away her smart phone, then watch her vignette full of mimicry that she rehearses in front of a mirror.” Greta continues to travel the world. Turkey would be an amazing destination for her, departing from Stockholm, sailing the Mediterranean on a zero carbon yacht, meeting with activists whom she previously acknowledged for their protest of a gold mining company. However, it would be wise to postpone it for as long as xenophobia is on the rise in Turkey. Nordicmonitor
C’est ce qui s’appelle une boulette ! L’acteur oscarisé pour son rôle dans The Revenant s’est attiré les foudres de tous les écologistes samedi 21 mai 2016, en faisant un aller-retour entre Cannes et New York en jet privé pour aller chercher un prix. Banal, pour une star multimillionnaire. Oui, sauf quand il s’agit de recevoir une récompense en faveur de la planète… Alors qu’il était sur la Croisette pour le 69ème Festival de Cannes, Leonardo DiCaprio a dû s’éclipser quelques jours pour se rendre au Riverkeeper Fishermen’s Ball, un événement écologiste qui se déroulait à New York, soit à plus de 6000 kilomètres de Cannes. Pour faire l’aller-retour rapidement et récupérer son prix « green » des mains de Robert De Niro, l’acteur n’a pas trouvé d’autre solution que de prendre son jet privé. Une initiative qui fait désordre, surtout quand on sait qu’une heure de vol dans un jet privé brûle autant de carburant qu’une année entière de conduite d’une voiture, à en croire les rapports écologistes. Pourtant, Leonardo Dicaprio est plein de bonnes intentions pour la protection de notre belle planète. Le 20 janvier 2016, lors du dernier World Economic Forum, il signait un chèque de 15 millions de dollars en faveur des causes environnementales. Pendant la dernière cérémonie des Oscars, en février dernier, il profitait de son discours pour rappeler que « le changement climatique est réel. Cela arrive maintenant, et c’est la plus urgente menace pour notre espèce ». Ces démonstrations pour l’écologie avaient conduit le comédien à recevoir ce fameux prix vert le mercredi 18 mai 2016. Fier de sa récompense, l’acteur avait aussitôt publié une photo de son trophée sur son compte Instagram en se disant « honoré » d’avoir été invité à participer à un tel événement et en affirmant sa volonté de « créer et protéger un monde plus sain pour des millions de gens ». L’acteur star de Titanic, revenu sur la Croisette le jeudi 19 mai 2016 pour prononcer un discours lors du gala de l’amfAR contre le Sida, était loin de se douter que sa petite virée allait faire autant de vagues. Le porte-parole de l’acteur a pris sa défense en déclarant que Leonardo Dicaprio aurait en réalité profité d’un vol qu’effectuait un de ces amis, lequel faisait lui aussi l’aller-retour Cannes-New York. Orange
They lecture other people about the need to take action on climate change but then climb aboard private jets. Celebrity “super-emitters” have carbon footprints up to 300 times bigger than the average person and may encourage others to adopt their dirty habits by flaunting their frequent flying on social media, a study says. Bill Gates, the Microsoft billionaire, has the biggest carbon footprint of the ten celebrities whose travel habits were examined by the study. He took 59 flights in 2017, travelling 343,000km (213,000 miles). The study assumed he flew in his private jet, which he has described as his “guilty pleasure” and “big splurge”, and calculated his flying produced 1,600 tonnes of carbon dioxide, compared to a global average of less than five tonnes per person. Other celebrity frequent flyers included in the study by Lund University in Sweden include Paris Hilton who took 68 flights and travelled 275,000km, Jennifer Lopez 77 flights and 224,000km, and Oprah Winfrey 29 flights and 134,000km. The researchers examined the Facebook, Instagram and Twitter accounts of ten celebrities to establish their movements and looked at media reports and other sources to try to establish the type of plane in which they had travelled. Steffan Gossling, the lead author, said the example of Greta Thunberg, the teenage climate change activist who has vowed not to fly and has herself become famous, had “broken the convention” that celebrities were expected to travel in style. The emergence of the concept of flygskam, which is Swedish for “flight shame”, had also prompted more questions about the impact of frequent flyers, he said. He called on governments to “stem the growing class of very affluent people who contribute very significantly to emissions and encourage everyone else to aspire to such damaging lifestyles”. He added: “It’s increasingly looking like the climate crisis can’t be addressed while a small but growing group of super-emitters continue to increase their energy consumption and portray such lifestyles as desirable through their social media channels “As Greta Thunberg affirmed early on, ‘The bigger your carbon footprint, the bigger your moral duty’. And flying, as a very energy-intensive activity, has been identified as particularly harmful and socially undesirable.” Emma Watson, the actress and the only British celebrity among the ten, had the lowest carbon footprint as she flew only 14 times in 2017 and travelled 68,000km, all on scheduled airlines. But her carbon footprint of 15 tonnes from flying alone was still more than three times that of the average person from all activities. A spokesman said that Watson pays to offset the carbon emissions of the flights that she takes through the organisation. The study, published in the journal Annals of Tourism Research, added: “Scheduled air traffic, even though twice as energy-intense in business/first class, requires only a fraction of the energy consumed by private jets.” Mr Gossling said he had given up flying for leisure more than 20 years ago when he became aware of its damaging impact. However, he admitted to taking a flight yesterday from Germany to Denmark to attend an academic conference. He said he did not have the time to make the outward journey by rail but intended to spend 13 hours on trains tomorrow on the return journey. Ben Webster

Charité bien ordonnée commence par soi-même !

A l’heure où …

De Bristol à Istanbul et San Francisco

Et par fresques géantes interposées …

Se poursuit la béatification santo subito de la jeune activiste du climat suédoise Greta Thunberg …

Comment ne pas se réjouir …

De voir ses amis de la jet set …

Aux empreintes carbone jusqu’à 300 fois la nôtre …

Commencer enfin à appliquer à eux-mêmes

Les leçons d’écologie qu’ils nous avaient jusqu’ici si généreusement offertes ?

VIDEO. Plusieurs stars affirment être « hypocrites » face au changement climatique

ECOLOGIE Ce sont elles qui le disent dans une lettre ouverte publiée par Extinction Rebellion

20 Minutes
17/10/19

Plusieurs célébrités ont signé une lettre publiée par Extinction Rebellion dans laquelle elles admettent être « hypocrites » face au combat contre le changement climatique. De Benedict Cumberbatch au chanteur de Radiohead, Thom Yorke, en passant par Lily Allen, ils s’adressent aux journalistes qui les ont épinglés sur leurs habitudes de vie peu compatibles avec la protection de l’environnement.

« Chers journalistes qui nous avez traités d’hypocrites, vous avez raison. Notre empreinte carbone est élevée et celle des industries dont nous faisons partie est énorme. Comme vous, et tous les autres, nous sommes coincés dans une économie basée sur l’énergie fossile et sans changement radical, nos styles de vie continueront à endommager le climat et l’écologie », peut-on lire dans cette lettre relayée par plusieurs médias, dont la BBC.

Tous avec Greta Thunberg

Ils apportent également leur soutien à Greta Thunberg. « Le changement climatique arrive plus vite et plus fort que prévu ; des millions de personnes en souffrent, quittent leur maison pour arriver à nos frontières en tant que réfugiés. Aux côtés de ces personnes qui payent déjà le prix de notre économie basée sur l’énergie fossile, il y a des millions d’enfants – appelés par Greta Thunberg – qui nous implorent, nous les personnes de pouvoir et d’influence, de nous battre pour leur futur qui est déjà dévasté. Nous ne pouvons ignorer leur appel. Même si en leur répondant nous nous retrouvons dans votre ligne de mire », ajoutent-ils.

L’interprète de Sherlock Holmes et les autres ont également une requête adressée aux journalistes. « Les médias existent pour dire la vérité aux gens. En ce moment, il n’y a pas de besoin plus urgent que de vous renseigner sur le CEE (Climate and Ecology Emergency) et que vous utilisiez votre voix pour atteindre de nouveaux publics avec la vérité », peut-on lire également.

Voir aussi:

Jet-setting stars exposed over hypocrisy on climate change
Ben Webster, Environment Editor
October 24 2019
The Times

They lecture other people about the need to take action on climate change but then climb aboard private jets.

Celebrity “super-emitters” have carbon footprints up to 300 times bigger than the average person and may encourage others to adopt their dirty habits by flaunting their frequent flying on social media, a study says.

Bill Gates, the Microsoft billionaire, has the biggest carbon footprint of the ten celebrities whose travel habits were examined by the study. He took 59 flights in 2017, travelling 343,000km (213,000 miles).

The study assumed he flew in his private jet, which he has described as his “guilty pleasure” and “big splurge”, and calculated his flying produced 1,600 tonnes of carbon dioxide, compared to a global average of less than five tonnes…

They lecture other people about the need to take action on climate change but then climb aboard private jets.

Celebrity “super-emitters” have carbon footprints up to 300 times bigger than the average person and may encourage others to adopt their dirty habits by flaunting their frequent flying on social media, a study says.

Bill Gates, the Microsoft billionaire, has the biggest carbon footprint of the ten celebrities whose travel habits were examined by the study. He took 59 flights in 2017, travelling 343,000km (213,000 miles).

The study assumed he flew in his private jet, which he has described as his “guilty pleasure” and “big splurge”, and calculated his flying produced 1,600 tonnes of carbon dioxide, compared to a global average of less than five tonnes per person.

Other celebrity frequent flyers included in the study by Lund University in Sweden include Paris Hilton who took 68 flights and travelled 275,000km, Jennifer Lopez 77 flights and 224,000km, and Oprah Winfrey 29 flights and 134,000km.

The researchers examined the Facebook, Instagram and Twitter accounts of ten celebrities to establish their movements and looked at media reports and other sources to try to establish the type of plane in which they had travelled.

Steffan Gossling, the lead author, said the example of Greta Thunberg, the teenage climate change activist who has vowed not to fly and has herself become famous, had “broken the convention” that celebrities were expected to travel in style.

The emergence of the concept of flygskam, which is Swedish for “flight shame”, had also prompted more questions about the impact of frequent flyers, he said.

He called on governments to “stem the growing class of very affluent people who contribute very significantly to emissions and encourage everyone else to aspire to such damaging lifestyles”.

He added: “It’s increasingly looking like the climate crisis can’t be addressed while a small but growing group of super-emitters continue to increase their energy consumption and portray such lifestyles as desirable through their social media channels

“As Greta Thunberg affirmed early on, ‘The bigger your carbon footprint, the bigger your moral duty’. And flying, as a very energy-intensive activity, has been identified as particularly harmful and socially undesirable.”

Emma Watson, the actress and the only British celebrity among the ten, had the lowest carbon footprint as she flew only 14 times in 2017 and travelled 68,000km, all on scheduled airlines.

But her carbon footprint of 15 tonnes from flying alone was still more than three times that of the average person from all activities. A spokesman said that Watson pays to offset the carbon emissions of the flights that she takes through the organisation ClimateCare.org.

The study, published in the journal Annals of Tourism Research, added: “Scheduled air traffic, even though twice as energy-intense in business/first class, requires only a fraction of the energy consumed by private jets.”

Mr Gossling said he had given up flying for leisure more than 20 years ago when he became aware of its damaging impact. However, he admitted to taking a flight yesterday from Germany to Denmark to attend an academic conference.

He said he did not have the time to make the outward journey by rail but intended to spend 13 hours on trains tomorrow on the return journey.

Voir également:

Eco-campaigner Leonardo DiCaprio, 44, finally ditches private jet and deigns to fly commercial with girlfriend Camila Morrone, 21, at JFK Airport

 He has been criticized before for his use of private jets despite his interest in environmental causes.

But it seems like Leonardo DiCaprio has turned over a new leaf.

The 44-year-old actor was spotted heading to a commercial flight out of JFK Airport in New York on Sunday alongside 21-year-old girlfriend Camila Morrone.

As the actor has been criticized over his carbon footprint despite being an advocate for environmental issues, he made a much more conscious decision in taking a regular flight out.

Leo attempted to keep it low-key as he sported a black hoodie and matching puffer jacket, TUMI pack and Dodgers cap.

Camila looked fashionable in a  bright red puffer jacket as she followed her Oscar-winning boyfriend.

The model and the Hollywood icon were first linked in December 2017 when DiCaprio was pictured leaving her Los Angeles home.

The actor is a staunch supporter of environmental issues and used his acceptance speech at the 2016 Academy Awards to urge lawmakers to ‘stop procrastinating’ about the issues surrounding climate change.

The Revenant star has set up the Leonardo DiCaprio Foundation, which is ‘dedicated to the long-term health and well-being of the Earth’s inhabitants’ and has been largely praised for his conservation work.

 He has been criticized in the past for his use of private jets as in 2014, emails hacked from film studio Sony revealed he took six private flights in just six weeks which cost $177,550. This travel included two round trips from Los Angeles to New York, and one from LA to Las Vegas.

Outspoken: The actor – pictured 2018 in Las Vegas –  is a staunch supporter of environmental issues and used his acceptance speech at the 2016 Academy Awards to urge lawmakers to ‘stop procrastinating’ about the issues surrounding climate change

The actor is no stranger to dating models, with his previous conquests including the likes of Nina Agdal, Kelly Rohrbach, Toni Garrn, Gisele Bündchen, and Bar Refaeli.

His longest term relationship was with Brazilian supermodel Gisele, 37 – now married to New England Patriots star Tom Brady, 40 – from 1999 to 2005.

DiCaprio also dated Israeli catwalk queen, Bar Refaeli, 32, for six years from 2005 to 2011.

The actor’s most recent serious relationship was with Danish beauty Nina Agdal, 25, for a year.

DiCaprio has cast his previous type aside for brief romances with pop princess Rihanna, 29, and Gossip Girl star Blake Lively, 30.

Voir de plus:

Leonardo DiCaprio écolo : il voyage en jet privé pour aller récupérer son prix
Hélène Garçon
Orange
19 mai 2016

C’est ce qui s’appelle une boulette ! L’acteur oscarisé pour son rôle dans The Revenant s’est attiré les foudres de tous les écologistes samedi 21 mai 2016, en faisant un aller-retour entre Cannes et New York en jet privé pour aller chercher un prix. Banal, pour une star multimillionnaire. Oui, sauf quand il s’agit de recevoir une récompense en faveur de la planète…

Alors qu’il était sur la Croisette pour le 69ème Festival de Cannes, Leonardo DiCaprio a dû s’éclipser quelques jours pour se rendre au Riverkeeper Fishermen’s Ball, un événement écologiste qui se déroulait à New York, soit à plus de 6000 kilomètres de Cannes. Pour faire l’aller-retour rapidement et récupérer son prix « green » des mains de Robert De Niro, l’acteur n’a pas trouvé d’autre solution que de prendre son jet privé. Une initiative qui fait désordre, surtout quand on sait qu’une heure de vol dans un jet privé brûle autant de carburant qu’une année entière de conduite d’une voiture, à en croire les rapports écologistes.

Pourtant, Leonardo Dicaprio est plein de bonnes intentions pour la protection de notre belle planète. Le 20 janvier 2016, lors du dernier World Economic Forum, il signait un chèque de 15 millions de dollars en faveur des causes environnementales. Pendant la dernière cérémonie des Oscars, en février dernier, il profitait de son discours pour rappeler que « le changement climatique est réel. Cela arrive maintenant, et c’est la plus urgente menace pour notre espèce« . Ces démonstrations pour l’écologie avaient conduit le comédien à recevoir ce fameux prix vert le mercredi 18 mai 2016.

Fier de sa récompense, l’acteur avait aussitôt publié une photo de son trophée sur son compte Instagram en se disant « honoré » d’avoir été invité à participer à un tel événement et en affirmant sa volonté de « créer et protéger un monde plus sain pour des millions de gens« .

L’acteur star de Titanic, revenu sur la Croisette le jeudi 19 mai 2016 pour prononcer un discours lors du gala de l’amfAR contre le Sida, était loin de se douter que sa petite virée allait faire autant de vagues. Le porte-parole de l’acteur a pris sa défense en déclarant que Leonardo Dicaprio aurait en réalité profité d’un vol qu’effectuait un de ces amis, lequel faisait lui aussi l’aller-retour Cannes-New York.

Voir encore:

Leonardo DiCaprio et Greta Thunberg, la rencontre
Paris Match
02/11/2019

L’acteur de 44 ans et la militante de 16 ans se sont rencontrés à Los Angeles. Leonardo DiCaprio lui a dédié un message sur Instagram.

Une rencontre entre deux défenseurs de la nature. Vendredi, la jeune militante suédoise Greta Thunberg a rencontré Leonardo DiCaprio à Los Angeles. Messager de la Paix pour la protection du climat, l’acteur de 44 ans est également à la tête de sa propre fondation dédiée à la protection de la planète. «Il y a peu de moments dans l’Histoire où des voix ont un impact à des moments aussi cruciaux [qu’aujourd’hui] et à l’aube d’une transformation, mais Greta Thunberg est devenue une leadeuse de notre époque», a écrit la star hollywoodienne sur son compte Instagram.

Il a poursuivi son message en faisant comprendre aux détracteurs de la fondatrice des «FridaysForFuture» qu’ils portaient un mauvais jugement envers elle : «L’histoire nous jugera pour ce que nous faisons aujourd’hui afin de garantir que les générations futures puissent jouir de la même planète habitable que nous avons si ostensiblement tenue pour acquise. J’espère que le message de Greta sonne l’avertissement des dirigeants du monde où le temps de l’inaction est révolu. Avant de conclure: «C’est grâce à Greta et aux jeunes militants du monde entier que je suis optimiste quant à l’avenir. Ce fut un honneur de passer du temps avec Greta. Elle et moi sommes engagés à nous soutenir mutuellement, dans l’espoir d’assurer un avenir meilleur à notre planète». Des actions communes à venir ? Mystère

Greta veut se rendre à Madrid

Greta Thunberg poursuit son combat à travers le monde. Aux Etats-Unis depuis fin août, elle cherche désormais à revenir en Europe par la voie maritime. «J’ai besoin de trouver un moyen pour traverser l’Atlantique en novembre… Si quelqu’un pouvait me trouver un moyen de transport, je serais extrêmement reconnaissante», a tweeté l’adolescente de 16 ans, qui refuse de prendre l’avion, moyen de transport très polluant. Elle veut se rendre à Madrid, où se déroulera la conférence internationale sur le climat, COP25, initialement prévue au Chili.

Voir aussi:

Lutte pour le climat : après DiCaprio, Greta Thunberg a rencontré Schwarzenegger
De passage aux Etats-Unis, la militante suédoise a rencontré successivement deux des monuments du cinéma américain engagés dans la lutte pour le climat.
Le Parisien
5 novembre 2019

Le duo est presque improbable. L’acteur américain Arnold Schwarzenegger a posté ce mardi des clichés de lui, pédalant dans les rues de Santa Monica aux côtés de la jeune activiste suédoise Greta Thunberg. « C’était fantastique de rencontrer la semaine dernière @GretaThunberg, mon amie et mon héroïne, et de faire ensemble un tour de Santa Monica à vélo. J’étais tellement excité à l’idée de la présenter à ma fille Christina. Continue de nous inspirer Greta! », a tweeté, visiblement très enthousiaste, l’interprète de Terminator et ancien gouverneur de Californie.

Leur rencontre est loin d’être anodine : comme Greta Thunberg, arrivée à bord d’un voilier aux Etats-Unis en septembre, pour poursuivre son plaidoyer en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, Arnold Schwarzenegger s’active depuis près d’une décennie pour promouvoir R20, l’ONG spécialisée dans la défense de l’environnement dont il est à l’origine.

« C’était un honneur de passer du temps avec Greta »

Avant sa rencontre avec « Schwartzie », de 53 ans son aîné, la jeune suédoise avait déjà été vue en compagnie d’un autre monument du cinéma américain. Vendredi, Leonardo DiCaprio, lui aussi fervent défenseur de l’écologie, a posté sur Instagram une photo de lui, posant près de l’adolescente.

Un cliché accompagné d’un commentaire laudateur. « C’est grâce à Greta et aux jeunes militants du monde entier que je suis optimiste quant à l’avenir », écrit l’acteur quadragénaire. « C’était un honneur de passer du temps avec Greta. Elle et moi nous sommes fait la promesse de nous supporter l’un et l’autre, dans l’espoir de créer un avenir plus réjouissant pour notre planète. »

La jeune Suédoise doit dorénavant rejoindre l’Espagne, pays hôte de la prochaine COP25, initialement prévue au Chili. Elle cherche toujours un moyen d’y parvenir sans exploser son bilan carbone.

Voir par ailleurs:

Greta Thunberg mise à l’honneur dans une impressionnante peinture murale à Bristol

Un street-artiste britannique a peint la jeune activiste suédoise sur un mur de Bristol pour saluer son combat pour le climat.

Morgane Guillou
Huffington Post

INTERNATIONAL – Un street-artiste britannique a honoré Greta Thunberg dans une étonnante peinture murale dans la ville de Bristol au sud-ouest de l’Angleterre, comme le montre la vidéo en tête d’article.

La jeune activiste suédoise pour le climat y apparaît le corps et le visage à moitié recouverts par les eaux de glaciers fondants derrière elle, sous un ciel noir et orageux. Ce paysage symbolise le réchauffement climatique et certaines de ses conséquences les plus inquiétantes, à savoir la fonte des glaciers et la récurrence d’épisodes climatiques désastreux.

Le street-artiste Jody Thomas a voulu saluer Greta Thunberg pour son combat sur le climat. À mesure qu’il avançait dans l’élaboration de son oeuvre, il s’est étonné du nombre de personnes qui semblaient reconnaître la jeune militante de 16 ans.

Cette dernière s’est récemment illustrée au Parlement européen et dans plusieurs pays où elle a donné des discours sur l’inquiétude des jeunes générations face à l’avenir de la planète et de l’humanité.

Cette peinture murale en son honneur a été très acclamée par une large partie du public de Bristol, haut lieu du street art et connue pour être la ville natale de Banksy.

Greta Thunberg a été invitée pour juillet à l’Assemblée nationale française par les députés membres du collectif transpartisan pour le climat “Accélérons”.

Voir aussi:

Greta Thunberg, activiste suédoise pour le climat, reçoit une fresque à San Francisco

Le muraliste argentin Andres Iglesias, qui signe son art avec le pseudonyme de Cobre, devrait achever l’oeuvre de l’artiste suédois de 16 ans sur la place de la ville, Union Square, la semaine prochaine.

Cobre a confié au site d’information SFGate qu’il donnait de son temps pour achever les travaux et qu’il espérait que la murale aiderait les gens à comprendre « nous devons prendre soin du monde ».

Cobre a déclaré qu’il cherchait un bâtiment pour une nouvelle peinture murale lorsque One Atmosphere, un organisme sans but lucratif responsable de l’environnement, l’a approché à propos du projet.

Le directeur exécutif, Paul Scott, a déclaré qu’il pensait que Cobre était le choix idéal pour créer le premier de ce que l’organisation espère être une série de travaux rendant hommage aux activistes du changement climatique.

Mme Thunberg elle-même avait passé la journée à un rassemblement sur les changements climatiques à Charlotte, en Caroline du Nord, et avait arrêté une démérite qui essayait de perturber son discours.

« Je pense que si vous voulez parler avec moi personnellement, peut-être que vous pourrez le faire plus tard », a déclaré Mme Thunberg avant que la foule n’éclate en scandant son prénom.

La jeune femme, âgée de 16 ans, qui voyageait en Amérique du Nord pour sensibiliser l’opinion au changement climatique, implorait d’autres leaders de la jeunesse de s’exprimer dans la lutte contre le réchauffement climatique lorsqu’elle a fait une pause alors qu’une personne proche de la scène tentait de s’exprimer à son sujet.

« Dans de telles circonstances, il peut être difficile de trouver de l’espoir, je peux vous le dire », a déclaré Mme Thunberg.

« Et je peux vous dire que je n’ai pas trouvé beaucoup d’espoir dans les politiciens et les entreprises. Ce sont désormais les gens qui constituent notre plus grande source d’espoir.

« Même si nous, les jeunes, ne sommes peut-être pas en mesure de voter ou de prendre des décisions aujourd’hui, nous avons quelque chose d’aussi puissant », a-t-elle déclaré. « Et ce sont nos voix. Et nous devons les utiliser. »

Comme dans ses discours précédents, Mme Thunberg a réprimandé les adultes pour leur inaction dans la lutte contre le changement climatique.

« Ce sont nous les jeunes qui formons l’avenir », a-t-elle poursuivi.

« Nous n’avons pas assez de temps pour attendre que nous grandissions et que nous devenions les responsables, car nous devons faire face à l’urgence climatique et écologique dès maintenant.

« Si les adultes et les personnes au pouvoir sont trop immatures pour s’en rendre compte, alors nous devons leur faire savoir. »

Voir enfin:

Celebrities backing Extinction Rebellion say ‘yes, we are all hypocrites’ in open letter to media

Email: press@risingup.org.uk

Phone: +44(0) 7811 183633

#EverybodyNow  #ExtinctionRebellion

  • Open letter signed by more than 100 high-profile names, including actors Jude Law, Benedict Cumberbatch and Jamie Winstone, musicians Mel B, Natalie Imbruglia and Thom Yorke, and comedians Steve Coogan and Ruby Wax
  • List of notable names admit hypocrisy and urge that attention is drawn to the more pressing issue of the Climate and Ecological Emergency
  • Signatories stand firm that they will continue to speak out on the issue despite the criticisms they face from the media

Celebrities have issued a mea culpa to the media today in response to criticism that they are guilty of being hypocrites for backing Extinction Rebellion and continuing to live high carbon lives. The open letter has been signed by more than 100 high profile names, including actors, musicians, comedians, writers and even a former Archbishop of Canterbury.

Countless notable figures have chosen to back Extinction Rebellion in recent weeks, including a number who have visited the Rebellion sites. In almost all cases there has been a follow-up article in the media criticising them for being hypocrites.

Sarah Lunnon of Extinction Rebellion said: “We are so impressed by these personalities for coming forward. It’s easy to call people out for being hypocrites but that’s really a distraction from the much bigger, and perhaps more confronting conversation we need to have about the unworkable system in which we live. None of us is perfect. What matters is that more and more people are ready to talk about transforming how we relate to the planet, and we are prepared to put our liberty on the line to do so.”

The letter starts:

Dear journalists who have called us hypocrites,

‘You’re right. 

‘We live high carbon lives and the industries that we are part of have huge carbon footprints. Like you – and everyone else – we are stuck in this fossil-fuel economy and without systemic change, our lifestyles will keep on causing climate and ecological harm.

Despite the criticism they face, the signatories say that they are resolute in still speaking out on the issue of the climate and ecological emergency. The letter also urges the media to do more to support the cause. The letter goes on to say: ‘The stories that you write calling us climate hypocrites will not silence us.

‘The media exists to tell the public the truth. Right now there has never been a more urgent need for you to educate yourselves on the CEE (Climate and Ecological Emergency) and to use your voices to reach new audiences with the truth.’

Steve Coogan said: “Extinction Rebellion is a grassroots movement that should be applauded for putting this issue at the top of the agenda where it belongs.

“I stand in full support of these brave, determined activists who are making a statement on behalf of us all.”

Actor Jaime Winstone said: “I will continue to change my life for the greater good for the planet.

“I will continue to push for climate justice…we all need to change the way we live our lives for a healthier living planet and stop living in denial that climate crisis isn’t real.

“It’s happening. We all need to make changes if we want to survive and our children to thrive.”

The full text of the letter reads:

Dear journalists who have called us hypocrites,

You’re right. 

We live high carbon lives and the industries that we are part of have huge carbon footprints. Like you – and everyone else – we are stuck in this fossil-fuel economy and without systemic change, our lifestyles will keep on causing climate and ecological harm. 

There is, however, a more urgent story that our profiles and platforms can draw attention to.

Life on earth is dying.  We are living in the midst of the 6th mass extinction. For those who still doubt the severity of our situation, here is the International Monetary Fund on 10th October 2019 :

“Global warming causes major damage to the global economy and the natural world and engenders risks of catastrophic and irreversible outcomes”

And here is Sir David Attenborough on 3rd December 2018 : 

“Right now, we are facing a man-made disaster of global scale. Our greatest threat in thousands of years. Climate change. If we don’t take action, the collapse of our civilisations and the extinction of much of the natural world is on the horizon.”

Climate change is happening faster and more furiously than was predicted; millions of people are suffering, leaving their homes and arriving on our borders as refugees. 

Alongside these people who are already paying the price for our fossil fuelled economy, there are millions of children – called to action by Greta Thunberg – who are begging us, the people with power and influence, to stand up and fight for their already devastated future.

We cannot ignore their call.  Even if by answering them we put ourselves in your firing line.

The stories that you write calling us climate hypocrites will not silence us.  

The media exists to tell the public the truth. Right now there has never been a more urgent need for you to educate yourselves on the CEE (Climate and Ecological Emergency) and to use your voices to reach new audiences with the truth. 

We invite all people with platforms and profiles to join us and move beyond fear, to use your voices fearlessly to amplify the real story.

Thousands of ordinary people are risking their freedom by taking part in non-violent civil disobedience.  We’ve been inspired by their courage to speak out and join them. We beg you to do the same.

With love,

Riz Ahmed (actor), Simon Amstell (comedien), Mel B – Spice Girls (musician), Matt Berry (actor), Melanie Blatt – All Saints (musician), Baroness Rosie Boycott, Rory Bremner (comedien), Tom Burke (actor), David Byrne – Talking Heads (musician),  Peter Capaldi (actor), Jake Chapman (artist), Mary Charteris (model / musician/ DJ), Grace Chatto – Clean Bandit (musician), Adam Clayton – U2 (musician), Jarvis Cocker (musician), Lily Cole (actor & model), Steve Coogan (actor), Laura Crane (pro surfer & model), Alfonso Cuaron (director), Benedict Cumberbatch (actor), Stephen Daldry (director), Poppy Delevingne (actor / model), Jeremy Deller (artist), Emily Eavis (Glastonbury Festival), Katy England (fashion stylist), Brian Eno (musician),  Paapa Essiedu (actor), Livia Firth (Eco Age – founder), Jerome Flynn (actor), Stephen Frears (director), Bella Freud (designer), Sonia Friedman OBE (producer), Neil Gaiman (writer), Bob Geldof (musician and campaigner), Aileen Getty (activist and philanthropist),  Simon Green – Bonobo (musician), Natalie Imbruglia (singer), Helena Kennedy QC, Idris Khan OBE (artist), Vanessa Kirby (actor), Nan Goldin (artist), Antony Gormley (artist), Jack and Finn Harries (film-makers and influencers), MJ Harper (dancer), Paul and Phil Hartnoll – Orbital (musicians), Lena Headly (actor), Imogen Heap (musician), Dr. Pam Hogg (fashion designer), Jon Hopkins (musician), Nick Hornby (writer), Julietthe Larthe (producer), Jude Law (actor), Howard and Guy Lawrence – Disclosure (musicians), Daisy Lowe (model), Phil Manzanera – Roxy Music (musician), Simon McBurney OBE (theatre maker), Ian McEwan (writer), Fernando Meirelles (director), Sienna Miller (actor), George Monbiot (journalist), David Morrissey (actor), Sir Michael and Lady Clare Morpurgo (writer), Sophie Muller (director), Robert Del Naja – Massive Attack (musician), Andrea (Andi) Oliver (TV chef), Chris Packham (conservationist), Amanda Palmer (musician), Cornelia Ann Parker OBE (artist), Bill Paterson (actor), Caius Pawson (Young Turks – Founder and XL Recordings – A&R Director), Grayson Perry (artist & broadcaster),  Gilles Peterson (DJ & broadcaster), Yannis Philippakis and Edwin Congreave – Foals (musicians), Jason Pierce – Spiritualized (musician), Heydon Prowse (writer and director), Jonathan Pryce (actor), Gareth Pugh (designer), Sir Mark Rylance (actor), Nitin Sawney (musician), Tracey Seaward (film producer), Wilf Scolding (actor), Alison Steadman (actor), Juliet Stevenson (actor), Justin Thornton and Thea Bregazzi (Preen by Thornton Bregazzi, designers), Geoff Travis (Rough Trade, founder), Gavin Turk (artist), Mark Wallinger (artist), Ruby Wax (writer, performer and comedian), Rowan Williams (theologian), Jaime Winstone (actor), Ray Winstone (actor), Jeanette Winterstone (writer), Thom Yorke (musician), Dan Haggis, Matthew Murphy & Tord Øverland Knudsen – The Wombats (musicians), Deborah Curtis (artist),   and Lady Clare Morpurgo, Geoff Jukes (music manager), Joe Murphy (playwright), David Lan (theatre writer and producer), Alice Aedy (photographer), Kate Fahy (actor), Fay Milton – Savages (musician), Johnny Flynn (actor and musician), William Rees – Mystery Jets (musician), Flora Starkey (floral artist), MJ Delaney (director), Brian Ogle (architect),James Suckling (fashion consultant), Miquita Oliver (presenter), A Fletcher Cowan (presenter), Eliza Caird (musician), Lee Sharrock (PR and curator), Joe Robertson (playwright), Olivia Calverley (TV producer), Tia Grazette (creative director), Sam Conniff (author and pirate), Stefan Bartlett (designer), Matt Lambert (artist), J. Doyne Farmer (Baillie Gifford Professor, Mathematical Institute, University of Oxford), Carolyn Benson (Benson Studios Interior Design), Georgina Goodwin (broadcaster), Jon McClure – Reverend and the Makers (musician), Ruth Daniel (cultural producer), David Graeber (anthropologist and writer), George Hencken (film maker), Ebe Oke (musician), Evgeny Morozov (writer), Anthony Barnett, (Co-Founder, openDemocracy), Henry Porter (novelist), Warren Ellis – Nick Cave and The Bad Seeds (musician), Jonathan Reekie (Somerset House, director), Theresa Boden (actor/writer), Nick Welsh (designer/producer), Louis Savage (A&R rep), Guy Standing (economist), Pippa Small MBE (designer), Peter Marston (designer), Richard Sennett OBE FBA, Clare Kenny (musician), Ginevra Elkann (director), John Reynolds (music producer), Laurence Bell (Domino Records, founder), Margy Fenwick (landscape gardener), Seb Rochford (musician), Nick Laird-Clowes (musician), Roman Krznaric (philosopher), Will McEwan (scientist), Beth Orton (musician), Dawn Starin (anthropologist), Charlotte Trench (actor and director), Jonathan Glazer (director), Iain Forsyth (artist), Jane Pollard (artist), Ian Rickson (director),Sam Lee (musician), ​David Lan – ​DL (producer and writer), Liz Jensen (author), Michael Pawlyn (architect), Simon Stephens (playwrite), Kobi Prempeh (curator), Steve Tompkins (architect), Annie Morris (artist), Conrad Shawcross (artist), Mira Calix (artist), Andy Holden (artist), Andrew O’Hagan (writer), David Lan – DL (producer and writer), Alison Brooks (architect), Prof Sadie Morgan (architect), Ackroyd & Harvey (Artists), Eva Wiseman (editor), Mark Wallinger (artist), Carson McCol (artist), Ivan Harbour (architect), Angharad Cooper (producer), Jem Finer (musician and artist), Rauol Martinez (writer and filmmaker), Francesca Martinez (comedien and writer), Glen Hansard (musician), Frances Stoner Saunders (writer), Geeta Dayal (writer), Amanda Levete (architect) Jack Penate (singer) and Ted Cullinan MBE RDI RA (architect).


Caricatures: Un antisémite est caché dans ce dessin, sauras-tu le retrouver ? (Looking back with Plantu at Le Monde’s long tradition of antisemitic cartoons)

3 novembre, 2019

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Le Monde should be mindful that what started as cartoons in the 1930’s ultimately led to violence and unspeakable tragedy. French Jewry has seen enough in the way of terror and violence and anti-Semitic vitriol, undoubtedly fueled by hateful cartoons like these. It’s not only libelous, it’s reckless and dangerous in light of the terror attacks earlier this year. There is an ignorance and prejudice buried in the image itself. It says more about the preconception in the mind of the illustrator than the reality on the ground. Joe Hyams (HonestReporting)
A political cartoon is one of the most effective tools of communication. People see an image and remember it longer than an article or an essay. Unfortunately, it’s also an extremely effective way of passing misinformation. And that’s the problem with a recent cartoon in Le Monde, France’s paper of record. The cartoon shows an IDF soldier firing his gun at Palestinian civilians, who appear to be dying in the rubble in front of him. The soldier is joined by a stereotypical religious Jew, depicted with a long beard, hat and coat, and even a rifle on his shoulder. The religious Jew is also holding a suitcase labeled New Settlements, and he’s telling the soldier: “Can’t you shoot any quicker? I’m in a hurry to move in!” In the background, an Israeli helicopter is firing on Palestinian buildings. The meaning of the cartoon is unmistakable: Israel is intentionally killing Palestinians in order to steal the land for its own use. The cartoon, by veteran cartoonist Jean Plantureux (known as Plantu), is shocking not only because of its false and gruesome depiction of Israeli soldiers and its caricature of the religious but also because it comes at a time of deep soul searching in Israel over the death of a Palestinian baby, who was killed in a house fire widely believed to have been set by Jewish extremists. The incident was widely condemned across Israeli society and led to stricter security measures against Israeli extremists. To present Israeli soldiers as wanton killers and religious Jews as promoters of genocide is a crass distortion of Israel that will breed more hate towards Jews and less understanding of the complex reality in the region. The death of the baby does not appear to be referenced in the cartoon. Instead, it may have been triggered by an announcement of plans for 300 new units in the settlements, which took place as Israeli security forces grappled with the removal of Jewish homes in Beit El. Honest reporting

Un antisémite est caché dans ces dessins, sauras-tu le retrouver ?

Suite à l’invitation de Plantu lui-même sur sa page Facebook

Avec la reproduction de son dessin faussement didactique de l’Express de 2015 …

Intitulé « Un Etat palestinien est caché dans ce dessin, sauras-tu le retrouver ? » …

Et dénonçant les nouvelles implantations (pardon: « colonies » israéliennes) dans les territoires occupés (pardon: « palestiniens ») …

Petit retour en images …

Les quelques exceptions qui confirment la règle mises à part …

Sur la longue tradition à laquelle …

Entre deux caricatures anti-américaines

Il a largement contribué avec Le Monde

Israel Accused of Genocide in Outrageous Cartoon

A political cartoon is one of the most effective tools of communication. People see an image and remember it longer than an article or an essay. Unfortunately, it’s also an extremely effective way of passing misinformation. And that’s the problem with a recent cartoon in Le Monde, France’s paper of record.

The cartoon shows an IDF soldier firing his gun at Palestinian civilians, who appear to be dying in the rubble in front of him. The soldier is joined by a stereotypical religious Jew, depicted with a long beard, hat and coat, and even a rifle on his shoulder. The religious Jew is also holding a suitcase labeled New Settlements, and he’s telling the soldier: “Can’t you shoot any quicker? I’m in a hurry to move in!” In the background, an Israeli helicopter is firing on Palestinian buildings.

The meaning of the cartoon is unmistakable: Israel is intentionally killing Palestinians in order to steal the land for its own use.

The cartoon, by veteran cartoonist Jean Plantureux (known as Plantu), is shocking not only because of its false and gruesome depiction of Israeli soldiers and its caricature of the religious but also because it comes at a time of deep soul searching in Israel over the death of a Palestinian baby, who was killed in a house fire widely believed to have been set by Jewish extremists.

The incident was widely condemned across Israeli society and led to stricter security measures against Israeli extremists. To present Israeli soldiers as wanton killers and religious Jews as promoters of genocide is a crass distortion of Israel that will breed more hate towards Jews and less understanding of the complex reality in the region.

The death of the baby does not appear to be referenced in the cartoon. Instead, it may have been triggered by an announcement of plans for 300 new units in the settlements, which took place as Israeli security forces grappled with the removal of Jewish homes in Beit El.

It’s actually the third straight cartoon by Plantu on the settlement issue, but the first directly accusing Israel of genocide.

HonestReporting CEO Joe Hyams condemned Le Monde for spreading hateful propaganda that reinforces a false narrative.

“Le Monde should be mindful that what started as cartoons in the 1930’s ultimately led to violence and unspeakable tragedy,” Mr Hyams said. “French Jewry has seen enough in the way of terror and violence and anti-Semitic vitriol, undoubtedly fueled by hateful cartoons like these.

“It’s not only libelous, it’s reckless and dangerous in light of the terror attacks earlier this year. There is an ignorance and prejudice buried in the image itself. It says more about the preconception in the mind of the illustrator than the reality on the ground,” he added.

CALL TO ACTION:

We call on Le Monde to remove the cartoon and acknowledge the damage to the Jewish community. Let the editors know what you think on their Facebook page at https://www.facebook.com/lemonde.fr

This is not the first time Israel has been demonized through political cartoons. The slidshow below looks at some of the recent examples.


Identités: Cachez cette loi commune que je ne saurai voir ! (Will the new religion of social justice, identity politics and intersectionality help reelect America’s most unpolitically correct president ?)

25 octobre, 2019

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Political Cartoons by Bob Gorrell
Ce sera pour vous (…) une loi perpétuelle. Lévitique 16: 31
A la résurrection, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel.  Jésus (Matthieu 22: 30)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul (Galates 3: 28)
Bernard de Chartres avait l’habitude de dire que nous sommes comme des nains sur les épaules de géants, afin que nous puissions voir plus qu’eux et les choses plus éloignées, pas en vertu d’une netteté de la vue de notre part, ou d’une distinction physique, mais parce que nous sommes portés haut et soulevé vers le haut par leur taille gigantesque. John de Salisbury (1159)
Si j’ai vu plus loin que les autres, c’est parce que j’ai été porté par des épaules de géants. Isaac Newton (1676)
Sachent donc ceux qui l’ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu’ils prennent, qu’entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. Le droit est l’épée des grands, le devoir est le bouclier des petits. Henri Lacordaire (52e conférence de Notre-Dame, 16 avril 1848)
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation. (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Je condamne le christia­nisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible de toutes les accusa­tions, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption possible. L’Église chrétienne n’épargna sur rien sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de chaque intégrité une bassesse d’âme (…) L’ « égalité des âmes devant Dieu », cette fausseté, ce prétexte aux rancunes les plus basses, cet explosif de l’idée, qui finit par devenir Révo­lution, idée moderne, principe de dégénérescence de tout l’ordre social — c’est la dynamite chrétienne… (…) Le christianisme a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué (…) La pitié entrave en somme la loi de l’évolution qui est celle de la sélection. Elle comprend ce qui est mûr pour la disparition, elle se défend en faveur des déshérités et des condamnés de la vie. Par le nombre et la variété des choses manquées qu’elle retient dans la vie, elle donne à la vie elle-même un aspect sombre et douteux. On a eu le courage d’appeler la pitié une vertu (— dans toute morale noble elle passe pour une faiblesse —) ; on est allé plus loin, on a fait d’elle la vertu, le terrain et l’origine de toutes les vertus. Nietzsche
A l’origine, la guerre n’était qu’une lutte pour les pâturages. Aujourd’hui la guerre n’est qu’une lutte pour les richesses de la nature. En vertu d’une loi inhérente, ces richesses appartiennent à celui qui les conquiert. Les grandes migrations sont parties de l’Est. Avec nous commence le reflux, d’Ouest en Est. C’est en conformité avec les lois de la nature. Par le biais de la lutte, les élites sont constamment renouvelées. La loi de la sélection naturelle justifie cette lutte incessante en permettant la survie des plus aptes. Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. Hitler
Jésus a tout fichu par terre. Le Désaxé (Les braves gens ne courent pas les rues, Flannery O’Connor)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Tout le monde sait que l’avenir de l’idée européenne, et donc aussi de la vérité chrétienne qui la traverse, se jouera en Amérique du Sud, en Inde, en Chine, tout autant qu’en Europe. Cette dernière a joué, mais en pire, le rôle de l’Italie pendant les guerres du XVIe siècle  : le monde entier s’y est battu. C’est un continent fatigué, qui n’oppose plus beaucoup de résistance au terrorisme. D’où le caractère foudroyant de ces attaques, menées souvent par des gens « de l’intérieur ». La résistance est d’autant plus complexe en effet que les terroristes sont proches de nous, à nos côtés. L’imprévisibilité de ces actes est totale. L’idée même de « réseaux dormants » vient corroborer tout ce que nous avons dit de la médiation interne, de cette identité des hommes entre eux qui peut soudain tourner au pire. (…) Le nombre croissant d’attentats en Irak est impressionnant. Je trouve étrange qu’on s’intéresse si peu à ces phénomènes qui dominent le monde, comme la guerre froide le dominait auparavant. Depuis quand ? On ne le sait même pas, au juste. Personne n’aurait pu imaginer, après l’effondrement du mur de Berlin, qu’on en serait là, à peine vingt ans plus tard. Ceci ébranle notre vision de l’histoire, telle qu’elle s’écrit depuis les Révolutions américaine et française, et qui ne tient pas compte du fait que l’Occident tout entier est défié, menacé par cela. On est obligé de dire « cela », parce qu’on ne sait pas ce que c’est. La révolution islamiste a été relancée avec des attentats contre deux ambassades en Afrique, sous la présidence de Bill Clinton. On a bien cherché, mais on n’a rien trouvé. (…) Les gens s’imaginent-ils vraiment dans quelle histoire ils sont entrés ? et de quelle histoire ils sont sortis ? Je n’ai plus grand-chose à dire à partir d’ici, parce que cette réalité est trop inconnue, et que notre réflexion connaît là ses limites. Je me sens, devant cela, un peu comme Hölderlin devant l’abîme qui le séparait de la Révolution française. Même à la fin du XIXe siècle, on se serait encore aperçu qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire. Nous assistons à une nouvelle étape de la montée aux extrêmes. Les terroristes ont fait savoir qu’ils avaient tout leur temps, que leur notion du temps n’était pas la nôtre. C’est un signe clair du retour de l’archaïque : un retour aux VIIe-IXe siècles, qui est important en soi. Mais qui s’occupe de cette importance, qui la mesure ? Est-ce du ressort des Affaires étrangères ? Il faut s’attendre à beaucoup d’imprévu dans l’avenir. Nous allons assister à des choses qui seront certainement pires. Les gens n’en resteront pas moins sourds. Au moment du 11 Septembre, il y a quand même eu un ébranlement, mais il s’est tout de suite apaisé. Il y a eu un éclair de conscience, qui a duré quelques fractions de seconde : on a senti que quelque chose se passait. Et une chape de silence est venue nous protéger contre cette fêlure introduite dans notre certitude de sécurité. Le rationalisme occidental agit comme un mythe : nous nous acharnons toujours à ne pas vouloir voir la catastrophe. Nous ne pouvons ni ne voulons voir la violence telle qu’elle est. On ne pourra pourtant répondre au défi terroriste qu’en changeant radicalement nos modes de pensée. Or, plus ce qui se passe s’impose à nous, plus le refus d’en prendre conscience se renforce. Cette configuration historique est si nouvelle que nous ne savons par quel bout la prendre. Elle est bien une modalité de ce qu’avait aperçu Pascal  : la guerre de la violence et de la vérité. Songeons à la carence de ces avant-gardes qui nous prêchaient l’inexistence du réel ! Il nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les Croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. Les points de vue des pays occidentaux constituent tout au plus pour les islamistes un décor sans importance. Ils pensent le monde occidental comme devant être islamisé le plus vite possible. Les analystes tendent à dire qu’il s’agit là de minorités isolées, très étrangères à la réalité de leur pays. Elles le sont sur le plan de l’action, bien sûr, mais sur le plan de la pensée ? N’y aurait-il pas là, malgré tout, quelque chose d’essentiellement islamique ? C’est une question qu’il faut avoir le courage de poser, quand bien même il est acquis que le terrorisme est un fait brutal qui détourne à son profit les codes religieux. Il n’aurait néanmoins pas acquis une telle efficacité dans les consciences s’il n’avait actualisé quelque chose de présent depuis toujours dans l’islam. Ce dernier, à la grande surprise de nos républicains laïcs, est encore très vivant sur le plan de la pensée religieuse. Il est indéniable qu’on retrouve aujourd’hui certaines thèses de Mahomet. Mais ce à quoi nous assistons avec l’islamisme est néanmoins beaucoup plus qu’un retour de la Conquête, c’est ce qui monte depuis que la révolution monte, après la séquence communiste qui aura fourni un intermédiaire. Le léninisme comportait en effet déjà certains de ces éléments. Mais ce qui lui manquait, c’était le religieux. La montée aux extrêmes est donc capable de se servir de tous les éléments : culture, mode, théorie de l’État, théologie, idéologie, religion. Ce qui mène l’histoire n’est pas ce qui apparaît comme essentiel aux yeux du rationaliste occidental. Dans l’invraisemblable amalgame actuel, je pense que le mimétisme est le vrai fil conducteur. Si l’on avait dit aux gens, dans les années 1980, que l’islam jouerait le rôle qu’il joue aujourd’hui, on serait passé pour dément. Or il y avait déjà dans l’idéologie diffusée par Staline des éléments para-religieux qui annonçaient des contaminations de plus en plus radicales, à mesure que le temps passerait. L’Europe était moins malléable au temps de Napoléon. Elle est redevenue, après le Communisme, cet espace infiniment vulnérable que devait être le village médiéval face aux Vikings. La conquête arabe a été fulgurante, alors que la contagion de la Révolution française a été freinée par le principe national qu’elle avait levé dans toute l’Europe. L’islam, dans son premier déploiement historique, a conquis religieusement. C’est ce qui a fait sa force. D’où la solidité aussi de son implantation. L’élan révolutionnaire accéléré par l’épopée napoléonienne a été contenu par l’équilibre des nations. Mais celles-ci se sont enflammées à leur tour et ont brisé le seul frein possible aux révolutions qui pointent. Il faut donc changer radicalement nos modes de pensée, essayer de comprendre sans a priori cet événement avec toutes les ressources que peut nous apporter l’islamologie. Le chantier est à entreprendre, et il est immense. J’ai personnellement l’impression que cette religion a pris appui sur le biblique pour refaire une religion archaïque plus puissante que toutes les autres. Elle menace de devenir un instrument apocalyptique, le nouveau visage de la montée aux extrêmes. Alors qu’il n’y a plus de religion archaïque, tout se passe comme s’il y en avait une autre qui se serait faite sur le dos du biblique, d’un biblique un peu transformé. Elle serait une religion archaïque renforcée par les apports du biblique et du chrétien. Car l’archaïque s’était évanoui devant la révélation judéo-chrétienne. Mais l’islam a résisté, au contraire. Alors que le christianisme, partout où il entre, supprime le sacrifice, l’islam semble à bien des égards se situer avant ce rejet. Certes, il y a du ressentiment dans son attitude à l’égard du judéo-christianisme et de l’Occident. Mais il s’agit aussi d’une religion nouvelle, on ne peut le nier. La tâche qui incombe aux historiens des religions, voire aux anthropologues, sera de montrer comment et pourquoi elle est advenue. Car il y a dans certains aspects de cette religion un rapport à la violence que nous ne comprenons pas et qui est justement d’autant plus inquiétant. Pour nous, être prêt à payer de sa vie le plaisir de voir l’autre mourir, ne veut rien dire. Nous ne savons pas si ces phénomènes relèvent ou non d’une psychologie particulière. On est donc dans l’échec total, on ne peut pas en parler. Et on ne peut pas non plus se documenter, car le terrorisme est une situation inédite qui exploite les codes islamiques, mais qui n’est pas du tout du ressort de l’islamologie classique. Le terrorisme actuel est nouveau, même d’un point de vue islamique. Il est un effort moderne pour contrer l’instrument le plus puissant et le plus raffiné du monde occidental : sa technologie. Il le fait d’une manière que nous ne comprenons pas, et que l’islam classique ne comprend peut-être pas non plus. Il ne suffit donc pas de condamner les attentats. La pensée défensive que nous opposons à ce phénomène n’est pas forcément désir de compréhension. Elle est même souvent désir d’incompréhension, ou volonté de se rassurer. Clausewitz est plus facile à intégrer dans un développement historique. Il nous fournit un outillage intellectuel pour comprendre cette escalade violente. Mais où trouve-t-on de telles idées dans l’islamisme ? Le ressentiment moderne, en effet, ne va jamais jusqu’au suicide. Nous n’avons donc pas les chaînes d’analogies qui nous permettraient de comprendre. Je ne dis pas qu’elles ne sont pas possibles, qu’elles ne vont pas apparaître, mais j’avoue mon impuissance à les saisir. C’est pourquoi les explications que nous donnons sont souvent du ressort d’une propagande frauduleuse contre les musulmans. Nous ne savons pas, nous n’avons aucun contact, intime, spirituel, phénoménologique avec cette réalité. Le terrorisme est une violence supérieure, et cette violence affirme qu’elle va triompher. Mais rien ne dit que le travail qui reste à faire pour libérer le Coran de ses caricatures aura une quelconque influence sur le phénomène terroriste lui-même, à la fois lié à l’islam et différent de lui. On peut donc dire, de façon tout à fait provisoire, que la montée aux extrêmes se sert aujourd’hui de l’islamisme comme elle s’est servie hier du napoléonisme ou du pangermanisme. Le terrorisme est redoutable dans la mesure où il sait très bien s’articuler sur les technologies les plus mortifères, et ceci hors de toute institution militaire. La guerre clausewitzienne était une analogie encore imparfaite pour l’appréhender. Il est indéniable, en revanche, qu’elle l’annonçait. J’ai emprunté au Coran, dans La Violence et le Sacré, l’idée que le bélier qui sauve Isaac du sacrifice est le même que celui qui avait été envoyé à Abel pour ne pas tuer son frère : preuve que le sacrifice est là aussi interprété comme un moyen de lutter contre la violence. On peut en déduire que le Coran a compris des choses que la mentalité laïque ne comprend pas, à savoir que le sacrifice empêche les représailles. Il n’en reste pas moins que cette problématique a disparu dans l’islam, de la même manière qu’elle a disparu en Occident. Le paradoxe que nous devons donc affronter est que l’islam est plus proche de nous aujourd’hui que le monde d’Homère. Clausewitz nous l’a fait entrevoir, à travers ce que nous avons appelé sa religion guerrière, où nous avons vu apparaître quelque chose de très nouveau et de très primitif en même temps. L’islamisme est, de la même façon, une sorte d’événement interne au développement de la technique. Il faudrait pouvoir penser à la fois l’islamisme et la montée aux extrêmes, l’articulation complexe de ces deux réalités. L’unité du christianisme du Moyen Âge a donné la Croisade, permise par la papauté. Mais la Croisade n’a pas l’importance que l’islam imagine. C’était une régression archaïque sans conséquence sur l’essence du christianisme. Le Christ est mort partout et pour tout le monde. Le fait de concevoir les juifs et les chrétiens comme des falsificateurs, en revanche, est ce qu’il y a de plus irrémédiable. Ceci permet aux musulmans d’éliminer toute discussion sérieuse, toute approche comparative entre les trois religions. C’est une manière indéniable de ne pas vouloir voir ce qui est en jeu dans la tradition prophétique. Pourquoi la révélation chrétienne a-t-elle été soumise pendant des siècles à des critiques hostiles, aussi féroces que possible, et jamais l’islam ? Il y a là une démission de la raison. Elle ressemble par certains côtés aux apories du pacifisme, dont nous avons vu à quel point elles pouvaient encourager le bellicisme. Le Coran gagnerait donc à être étudié comme l’ont été les textes juifs et chrétiens. Une approche comparative révélerait, je pense, qu’il n’y a pas là de réelle conscience du meurtre collectif. Il y a, en revanche, une conscience chrétienne de ce meurtre. Les deux plus grandes conversions, celle de Pierre et celle de Paul, sont analogues : elles ne font qu’un avec la conscience d’avoir participé à un meurtre collectif. Paul était là quand on a lapidé Étienne. Le départ pour Damas se greffe sur ce lynchage, qui ne peut que l’avoir angoissé terriblement. Les chrétiens comprennent que la Passion a rendu le meurtre collectif inopérant. C’est pour cela que, loin de réduire la violence, la Passion la démultiplie. L’islamisme aurait très tôt compris cela, mais dans le sens du djihad. Il y a ainsi des formes d’accélération de l’histoire qui se perpétuent. On a l’impression que le terrorisme actuel est un peu l’héritier des totalitarismes, qu’il y a des formes de pensées communes, des habitudes prises. Nous avons suivi l’un des fils possibles de cette continuité, avec la construction du modèle napoléonien par un général prussien. Ce modèle a été repris ensuite par Lénine et Mao Tsé-Toung, auquel se réfère, dit-on, Al Qaida. Le génie de Clausewitz est d’avoir anticipé à son insu une loi devenue planétaire. Nous ne sommes plus dans la guerre froide, mais dans une guerre très chaude, étant donné les centaines, voire demain les milliers de victimes quotidiennes en Orient. Le réchauffement de la planète et cette montée de la violence sont deux phénomènes absolument liés. J’ai beaucoup insisté sur cette confusion du naturel et de l’artificiel, qui est ce que les textes apocalyptiques apportent peut-être de plus fort. L’amour s’est en effet « refroidi ». Certes, on ne peut pas nier qu’il travaille comme il n’a jamais travaillé dans le monde, que la conscience de l’innocence de toutes les victimes a progressé. Mais la charité fait face à l’empire aujourd’hui planétaire de la violence. Contrairement à beaucoup, je persiste à penser que l’histoire a un sens, qui est précisément celui dont nous n’avons cessé de parler. Cette montée vers l’apocalypse est la réalisation supérieure de l’humanité. Or plus cette fin devient probable, et moins on en parle. J’en suis venu à un point décisif : celui d’une profession de foi, plus que d’un traité stratégique, à moins que les deux mystérieusement s’équivalent, dans cette guerre essentielle que la vérité livre à la violence. J’ai toujours eu l’intime conviction que cette dernière participe d’une sacralité dégradée, redoublée par l’intervention du Christ venu se placer au cœur du système sacrificiel. Satan est l’autre nom de la montée aux extrêmes. Mais ce que Hölderlin a entrevu, c’est aussi que la Passion a radicalement transformé l’univers archaïque. La violence satanique a longtemps réagi contre cette sainteté qui est une mue essentielle du religieux ancien. C’est donc que Dieu même s’était révélé en son Fils, que le religieux avait été confirmé une fois pour toutes dans l’histoire des hommes, au point d’en modifier le cours. La montée aux extrêmes révèle, à rebours, la puissance de cette intervention divine. Du divin est apparu, plus fiable que dans toutes les théophanies précédentes, et les hommes ne veulent pas le voir. Ils sont plus que jamais les artisans de leur chute, puisqu’ils sont devenus capables de détruire leur univers. Il ne s’agit pas seulement, de la part du christianisme, d’une condamnation morale exemplaire, mais d’un constat anthropologique inéluctable. Il faut donc réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire. René Girard
Depuis toujours, dès que la France est affaiblie, les élites ont tendance à sacrifier la France et le peuple français à leurs idéaux universalistes. C’est très frappant. Vous verrez dans le livre. Je remonte le temps. Je suis remonté à l’évêque Cauchon et Jeanne d’Arc. On voit bien que cela a toujours été une tentation des élites françaises. Pour aller vite, depuis 1940, la France est très affaiblie. Et nous avons des élites qui ont décidé de jeter par-dessus bord la France et le peuple français au nom de l’Europe, des droits de l’homme et de l’universalisme. Macron est vraiment l’incarnation de ces élites-là. Il est passionnant, car c’est une espèce de quintessence chimiquement pure. Quand il dit : « Nous avons fait du mal », c’est déjà le discours de Chirac sur le Vel’ d’Hiv’ ou le discours de Hollande sur le Vel’ d’Hiv’ et en Algérie. Paul Thibaud avait écrit un très bon article qui faisait remarquer que, comme les politiques ne maîtrisaient plus rien, ils ont trouvé une posture qui consiste à dire du mal de nos ancêtres pour exister. (…) C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch à la fin des années 70. Il avait très bien vu cela aux États-Unis. C’est évidemment venu chez nous ensuite. (…) Je voulais montrer aux gens que tout cela était lié à une histoire millénaire et qu’il y avait des petites pierres comme dans Le Petit Poucet qu’on pouvait retrouver à chaque fois. Certaines époques nous ressemblent de plus en plus. Je retrouvais la phrase de René Girard dans son dernier livre qui disait : « Nous devons entrer dans une pensée du temps où Charles Martel et les croisades seront plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. » Je trouve cette phrase très frappante. Lorsque je dis cela, on dit que j’ai des obsessions et que je ne pense qu’à l’islam. Pourtant, ces paroles viennent de René Girard. Il a très bien compris que nous étions revenus dans un temps qui est celui des affrontements de civilisations entre chrétienté et islam, des guerres de religion et de la féodalité pré-étatique. (…) Ces pays de l’Est se révoltent, parce que la Hongrie a connu trois siècles d’occupation ottomane. C’est un roi polonais Jean III Sobieski , qui a arrêté les Ottomans à Vienne, en 1683. Il n’y a pas de hasard. Cette Histoire revient à une vitesse folle. Tout se remet en place pour nous rappeler à cette Histoire. (…) il y a effectivement un effet d’accumulation de toutes les crises du passé qui se concentrent aujourd’hui. C’est pour cette raison qu’il y a autant de pessimisme chez moi. L’idée même de roman national est finie. Je n’ai même pas essayé de refaire un roman national. La déconstruction des historiens qui, depuis cinquante ans, nous interdisent de parler de roman national était trop forte. Il n’en reste presque que des ruines. Si j’avais voulu faire un roman national, j’aurais fait une romance nationale. Ce n’est pas ce que j’ai fait. En revanche, j’ai voulu écrire une Histoire de France réaliste, non pas en fonction des idéaux et des populations d’aujourd’hui, mais en fonction de la réalité historique de l’époque. Aujourd’hui, les historiens ont décidé d’inventer une Histoire de France qui correspond à leurs obsessions et à leurs idéologies actuelles. Ils disent que j’ai des obsessions, mais les leurs sont : une histoire féministe, une histoire des minorités africaines et maghrébines, une histoire pacifiste, c’est-à-dire une histoire qui n’a jamais existé. Dans les livres d’histoire d’aujourd’hui, sur la Révolution française, il y a deux pages sur Olympe de Gouges, la grande militante féministe. Quand elle est guillotinée, en 93, par Robespierre, j’ai coutume de dire, pour plaisanter, que Robespierre ne sait même pas qu’il l’a fait guillotiner, tellement elle compte peu. Lors d’une émission sur France 2, mardi dernier, on a vu une grande fresque qui expliquait comment la France a été faite par les immigrés nord-africains et africains avec un grand manitou qui s’appelle de Gaulle. C’est une histoire inventée. (…) Ils sont tellement allés loin dans la diabolisation de Pétain et dans l’invention d’une histoire qui ne correspond plus à la réalité. Lorsqu’on repose le tableau de Pétain, de De Gaulle, de ce qu’était Vichy à l’époque et de ce qu’était 1940, que je dis que tout le monde se moquait, à l’époque, du statut des Juifs d’octobre 40, à Paris, à Vichy ou à Londres, et que les rats qui s’y intéressent disent « il a bien raison », car ils estiment à l’époque que les Juifs ont une responsabilité dans la défaite, j’ai l’impression de blasphémer. C’est tout simplement la réalité historique. On a tellement réinventé une histoire en disant que l’essentiel de la Seconde Guerre mondiale était la question juive qu’on tombe des nues quand je dis qu’à l’époque, personne n’en parlait. À Londres, ceux qui rejoignent le général de Gaulle sont d’accord avec Vichy là-dessus. Aujourd’hui, la réalité paraît blasphématoire. C’est extraordinaire. C’est pour dire la force inouïe de cette déconstruction historique. Pour moi, c’est le grand effacement de l’histoire pour correspondre au Grand Remplacement des populations. Eric Zemmour
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
L’éthique de la victime innocente remporte un succès si triomphal aujourd’hui dans les cultures qui sont tombées sous l’influence chrétienne que les actes de persécution ne peuvent être justifiés que par cette éthique, et même les chasseurs de sorcières indonésiens y ont aujourd’hui recours. La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous devons reconnaître le caractère révolutionnaire de la pensée paulinienne. Paul marquera profondément l’histoire de l’Occident en fondant un nouveau type de communauté que ne connaissaient ni le judaïsme ni le monde gréco-romain. La société qui se construit ainsi est marquée à la fois par son universalisme – elle est ouverte à tous – et par son pluralisme – elle n’abolit pas les différences entre les personnes, mais considère que ces différences ne créent pas de hiérarchie devant Dieu. L’Antiquité n’a jamais connu de société qui combine d’une telle façon l’universalisme et le pluralisme, l’ouverture à tous et la particularité de chacun. Le type de communauté que fonde Paul se démarque à la foi de l’universalisme centralisateur (empire romain) et du pluralisme discriminatoire (synagogue). Le Dieu de Paul est le Dieu de tous et de chacun. Daniel Marguerat
Inévitablement, nous considérons la société comme un lieu de conspiration qui engloutit le frère que beaucoup d’entre nous ont des raisons de respecter dans la vie privée, et qui impose à sa place un mâle monstrueux, à la voix tonitruante, au poing dur, qui, d’une façon puérile, inscrit dans le sol des signes à la craie, ces lignes de démarcation mystiques entre lesquelles sont fixés, rigides, séparés, artificiels, les êtres humains. Ces lieux où, paré d’or et de pourpre, décoré de plumes comme un sauvage, il poursuit ses rites mystiques et jouit des plaisirs suspects du pouvoir et de la domination, tandis que nous, »ses« femmes, nous sommes enfermées dans la maison de famille sans qu’il nous soit permis de participer à aucune des nombreuses sociétés dont est composée sa société. Virginia Woolf (1938)
Plus les femmes deviennent fortes, plus les hommes aiment le football. Mariah Burton Nelson (1994)
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie  dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu (1998)
The real core of the feminist vision, its revolutionary kernel if you will, has to do with the abolition of all sex roles – that is, an absolute transformation of human sexuality and the institutions derived from it. In this work, no part of the male sexual model can possibly apply. Equality within the framework of the male sexual model, however that model is reformed or modified, can only perpetuate the model itself and the injustice and bondage which are its intrinsic consequences. I suggest to you that transformation of the male sexual model under which we now all labor and « love » begins where there is a congruence, not a separation, a congruence of feeling and erotic interest; that it begins in what we do know about female sexuality as distinct from male – clitoral touch and sensitivity, multiple orgasms, erotic sensitivity all over the body (which needn’t – and shouldn’t – be localized or contained genitally), in tenderness, in self-respect and in absolute mutual respect. For men I suspect that this transformation begins in the place they most dread – that is, in a limp penis. I think that men will have to give up their precious erections and begin to make love as women do together. I am saying that men will have to renounce their phallocentric personalities, and the privileges and powers given to them at birth as a consequence of their anatomy, that they will have to excise everything in them that they now value as distinctively « male. » No reform, or matching of orgasms, will accomplish this. Andrea Dworkin (Our Blood: Prophecies and Discourses on Sexual Politics, 1976)
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption. Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant. Pierre Bergé
Si les forêts tropicales méritent notre protection, l’homme (…) ne la mérite pas moins (…) Parler de la nature de l’être humain comme homme et femme et demander que cet ordre de la création soit respecté ne relève pas d’une métaphysique dépassée. Benoit XVI
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Toutefois, ces formes radicales de refus du réel restent marginales et relativement exceptionnelles. L’attitude la plus commune, face à la réalité déplaisante, est assez différente. Si le réel me gêne et si je désire m’en affranchir, je m’en débarrasserai d’une manière généralement plus souple, grâce à un mode de réception du regard qui se situe à mi-chemin entre l’admission et l’expulsion pure et simple : qui ne dit ni oui ni non à la chose perçue, ou plutôt lui dit à la fois oui et non. Oui à la chose perçue, non aux conséquences qui devraient normalement s’ensuivre. Cette autre manière d’en finir avec le réel ressemble à un raisonnement juste que viendrait couronner une conclusion aberrante : c’est une perception juste qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. Je ne refuse pas de voir, et ne nie en rien le réel qui m’est montré. Mais ma complaisance s’arrête là. J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, je maintiens mon point de vue, persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu. Coexistent paradoxalement ma perception présente et mon point de vue antérieur. Il s’agit là moins d’une perception erronée que d’une perception inutile. Clément Rosset
G. K. Chesterton (…) insiste sur le caractère parasitique du monde moderne, qui vit de principes, de biens et de conquêtes intellectuelles, spirituelles et morales qui lui sont antérieurs. (…) L’idée fondamentale de ce livre, qui se reflète aussi à travers le titre, est que les biens intellectuels et moraux dont nous vivons ont tendance à se dissoudre lorsqu’ils sont plongés dans un milieu moderne, et fleurissent lorsqu’ils sont replacés dans le contexte prémoderne qui les a hébergés. (…) En raison de son mantra “du passé faisons table rase”, de cette volonté de repartir de zéro en balayant les héritages du passé. J’analyse tout particulièrement cela dans le Règne de l’homme. Il s’agit de suspendre tout ce dont on vivait pour construire sur une base entièrement nouvelle, ou de détourner le capital des mondes anciens pour servir les nouveaux buts de ce monde moderne. Dans les Déshérités, ou l’urgence de transmettre, François-Xavier Bellamy identifie les trois auteurs correspondant aux trois étapes de répudiation de l’héritage : Descartes, Rousseau et Bourdieu. On a ainsi progressivement perdu le sens de la continuité et du développement. Pourtant, j’estime que la continuité devrait être l’un des droits les plus fondamentaux de l’humanité, pour reprendre la formule de Charles Dupont-White, « la continuité est un droit de l’homme ». Il ne s’agit pas d’exalter un fixisme mais de ne pas perdre le contact avec ce qui nous a faits et de faire que l’héritage et les beautés du passé enrichissent l’avenir. Car qu’on le veuille ou non, nous sommes des héritiers. Les physiciens expliquent d’ailleurs que les atomes qui font nos corps sont apparus quelques secondes après le big bang. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’histoire serait notre code, mais cela demande un certain respect pour ce qui a été, ne serait-ce que pour ne pas scier la branche de l’arbre sur laquelle nous sommes assis. La continuité est la condition de la continuation : si on se coupe de tout ce qui nous précède, on est obligé de s’arrêter pour panne sèche. C’est ce qui me fait donner une acception positive au terme “tradition”. La tradition a, en effet, un avantage : elle a abouti à nos personnes. En revanche, il n’est pas certain que nos modes de vie contemporains puissent produire un avenir. (…) Certes, il y a une prise de conscience en matière d’ écologie mais, en ce qui concerne la disparition des pratiques culturelles, ce niveau de conscience est dans les limbes. Notamment quand on voit la façon dont on se débarrasse des grands écrivains français, de moins en moins étudiés à l’école. Au moins, les classes préparatoires littéraires, si elles ne donnent évidemment pas la connaissance de l’ensemble de l’histoire littéraire, ont l’avantage de faire découvrir l’existence d’auteurs de plus en plus oubliés. Elles donnent la carte du pays de la culture. [ce refus de la continuité] provient du rêve de ne pas dépendre d’autre chose que soi. De l’idée d’autonomie comprise de travers par rapport à sa signification philosophique, qui est d’“être capable d’avoir accès soi-même à la loi”. Cela ne veut pas dire n’en faire qu’à sa tête, c’est même presque le contraire, car n’en faire qu’à sa tête met à la merci de tous ses désirs et entraîne ainsi une perte de liberté. Mais la liberté que comprennent beaucoup de nos contemporains est celle de la chute libre de la pierre ou encore de la liberté du taxi vide, qui ne va nulle part et que n’importe qui peut prendre et mener où il veut tant qu’il peut payer. (…) L’idée d’un progrès irrésistible qui nous mènerait, que nous le voulions ou non, vers des “sommets radieux”, pour parler comme Staline. Elle fait d’ailleurs système avec l’idée de “projet” : je détermine désormais ce que je vais être. Il s’agit d’une confusion grossière. Il y a eu, ces derniers siècles, un accroissement de nos connaissances et une augmentation de notre pouvoir d’agir sur l’extérieur (la technologie). L’idée de progrès est alors née au XVIIIe siècle, quand on s’est dit que de ces augmentations allait découler nécessairement une amélioration des régimes politiques. Et que de cette amélioration des régimes allait découler, quasi automatiquement, une élévation du niveau moral de l’humanité. Le XIXe siècle a orchestré cela, puis le XXe siècle, avec deux guerres mondiales et des génocides qui ont fait de ce siècle le nadir de tous les siècles, est venu briser cette illusion. Les gens un peu intelligents en Europe ont alors cessé de croire que nous étions sur un tapis roulant qui nous mènerait vers les “lendemains qui chantent”. Mais l’idée reste dans les milieux populaires, car on se scandalise que la vie ne s’améliore pas, comme si le temps travaillait pour nous. Certains surfent sur cette idée tenace : on essaye de nous vendre des réformes dites “sociétales” en affirmant qu’elles constituent des avancées. Mais qui nous dit qu’elles avancent dans le bon sens ? (…) l’État, selon sa propre logique, a intérêt à être la seule instance vers laquelle puisse se tourner un individu isolé. L’existence de la famille, de tout corps intermédiaire est un obstacle à l’action de l’État. Car pour l’État, on doit recevoir ce que l’on mérite, ni plus ni moins. Or cela ne se passe pas ainsi au sein de la famille : on aime ses enfants quoi qu’ils fassent. La logique de la famille n’est pas celle de l’État et encore moins celle du marché. Pour ce dernier, la situation idéale est celle du consommateur isolé qui fait ses courses au supermarché et qui n’a d’autres soucis que de minimiser la dépense et maximiser le gain. (…) Loin d’être l’époque obscurantiste que l’on cherche souvent à nous dépeindre, le Moyen Âge fut une période au cours de laquelle grandeur et misère, innovation et conservation n’ont cessé de se mêler. Je ne me fais aucune illusion sur le Moyen Âge réel : les gens étaient aussi bêtes et méchants qu’avant et que nous maintenant – ce qui n’est pas peu dire ! Je ne crois pas du tout au progrès linéaire. Mais il y existait un rattachement à la transcendance, en particulier au sein des élites, qui donnait sens et orientait l’existence. Les vertus étaient présentes sous leur forme originelle et n’avaient pas encore subi les distorsions de la modernité. L’autre Moyen Âge possible qui s’offre à nous est l’islam, sous sa forme la plus bête : une loi divine qu’on ne discute pas mais que l’on fait appliquer et qui régit tous les domaines de la vie humaine. À nous de voir quel Moyen Âge nous choisirons. Mais si ce pas en arrière n’est pas fait, nous allons disparaître, car nous n’aurons plus de raisons réelles d’exister ou de perpétuer l’espèce humaine. [l’athéisme] Il faut déjà lui concéder que la science n’a pas besoin de ce que Laplace appelait “l’hypothèse Dieu” pour élaborer une description rigoureuse de l’univers : il suffit de trouver les lois mathématiques qui le gouvernent. Par ailleurs, en politique, on peut construire un système dans lequel la croyance est rejetée dans le domaine privé : il suffit de mettre au point une sorte de gentleman’s agreement dans lequel personne n’aura intérêt à faire du mal à son prochain. Je ne suis d’ailleurs pas certain que ce système, qui s’est mis en place par étapes, puisse perdurer sur le long terme. En revanche, l’athéisme se trouve sans réponse quand il s’agit de justifier le pourquoi de l’existence d’un être capable de faire de la science et de la politique. Il se trouve incapable de répondre à l’interrogation : pourquoi est-il bon que les hommes existent ? Car pour justifier cette existence, il faut un point de référence extérieure sur lequel s’appuyer. Quelqu’un qui nous dise : “Choisis la vie !” Rémi Brague
51% of Americans think the First Amendment is outdated and should be rewritten. The First Amendment protects your right to free speech, free assembly, and freedom of religion, among other things. 48% believe “hate speech” should be illegal. (“Hate speech” is not defined—we left it up to the individual participant.) Of those, about half think the punishment for “hate speech” should include possible jail time, while the rest think it should just be a ticket and a fine. 80% don’t actually know what the First Amendment really protects. Those polled believed this statement is true: “The First Amendment allows anyone to say their opinion no matter what, and they are protected by law from any consequences of saying those thoughts or opinions.” It’s actually not true. The First Amendment prevents the government from punishing you for your speech (with exceptions such as yelling “fire” in a crowded area to induce panic). But more broadly, freedom of speech does not mean you are protected from social consequences for your speech. You may have the right to say something extreme or hateful and not get thrown in jail, but others in society have the right to shun you. What explains these results? We believe there are at least two factors at play. One is the obvious polarization of politics and the media. While many who identify as conservative may dislike the reporting of CNN and would likely favor sanctions for “fake news,” many progressives or liberals may feel the same way towards Fox News. Second, we hear much about “hate speech.” Although the term is never defined, most agree that it should be opposed, rebuked, and criticized. But should it be punished by the government? If the government is in charge of determining what is hate speech, then it inevitably becomes political—a weapon that can be used to punish people on the other side of an issue. Campaign for free speech
Il existe en effet des enjeux qui ne peuvent être traités sous l’empire du «en même temps». Et la laïcité en fait partie! Sur l’immense majorité des sujets, on peut prendre «en même temps» des mesures de droite et de gauche: sur la fiscalité, sur la politique sociale… Mais il existe des enjeux politiques fondamentaux sur lesquels c’est impossible. Sur ce sujet, on ne peut pas être «en même temps» d’accord avec Aurélien Taché et Jean-Louis Bianco d’un côté, et de l’autre avec Marlène Schiappa ou Jean-Michel Blanquer par exemple, il faut choisir une vision, une orientation. Le chef de l’État sait parfaitement que la laïcité ne se résume pas à la loi de 1905. Le principe avant même le mot trouve son origine pendant la Révolution française et prend toute sa force au moment de la fondation de l’école publique dans les années 1880. La laïcité ne renvoie pas seulement à la liberté de conscience et de culte (article 1er de la loi de 1905) et à la séparation des Églises et de l’État (prévue à l’article 2 et organisée par les articles suivants) ; il ne s’agit pas uniquement de principes juridiques mais aussi de garanties politiques. La laïcité est le pilier de l’identité collective française contemporaine: elle organise notre rapport à la liberté et à l’égalité, et elle contribue à définir notre citoyenneté, notre commun. Or Emmanuel Macron ne répond pas aux interrogations qui traversent aujourd’hui la société française de manière architectonique sur tous ces enjeux. Comme s’il les laissait délibérément de côté afin de ne pas avoir à trancher entre les grandes orientations possibles qui s’ordonnent autour d’interprétations divergentes de la laïcité. (…) Schématiquement, il y a d’un côté un courant que l’on peut qualifier de libéral, au sens contemporain du libéralisme globalisé d’origine américaine, tolérantiste et multiculturaliste, qu’incarne bien le député Aurélien Taché par exemple au sein de La République en Marche. Ce courant vise à faire entrer la laïcité française dans le moule de ce libéralisme aujourd’hui dominant. Dans cette perspective, l’idée fondamentale est que toutes les opinions, tous les choix individuels, sont légitimes dès lors qu’ils sont adoptés librement, c’est la liberté définie par «c’est mon choix». Ce qui donne une laïcité réduite à son principe de liberté comme droit, sans responsabilité ni devoir collectifs. C’est une laïcité individualiste sans élément permettant de construire le commun ; elle concerne l’individu et non le citoyen. Une telle conception est très éloignée de la laïcité telle qu’elle a été pensée et construite en France, elle ne mérite d’ailleurs pas le nom de laïcité, c’est un usage abusif du terme qui est fait par ceux qui s’en réclament. (..) Au sens général, philosophique ou politique, la laïcité englobe toutes ces dimensions! Sur le plan cultuel, elle permet de répondre à de nombreuses questions: faut-il autoriser les processions ou les prières de rue, les crèches dans les mairies, les réunions publiques dans les lieux de culte, certains financements publics dans des lieux de culte?… C’est ce qu’on appelle la «police des cultes». Mais la laïcité, c’est aussi un enjeu culturel! Lorsque le chef de l’État déclarait, face à Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, que «le voile n’est pas conforme à la civilité dans notre pays», il reconnaissait que la laïcité dépasse la seule régulation des cultes, qu’elle touche à ce qui nous est commun, aux fondements de ce qui fait de nous des Français et non des Anglais, des Allemands ou des Américains. Il faut donc être à la fois extrêmement clair et précis sur un tel sujet. La confusion, c’est de dire que la laïcité se limiterait à une question purement juridique, et donc qu’on se refuse à l’invoquer dès lors qu’une pratique n’est pas interdite au sens strict par une loi. Outre que le droit n’est pas lui-même toujours parfaitement défini – les travaux sur les frontières et les zones grises en la matière de mes collègues juristes spécialistes de ce sujet, Gwénaèle Calvès ou Frédérique de la Morena l’ont bien montré -, la laïcité est aussi et sans doute même avant tout un principe philosophique et politique. Ce qui n’en fait pas pour autant une doctrine ou une idéologie, contrairement à ce qu’opposent régulièrement à ses partisans ceux qui voudraient en amoindrir la portée. Ainsi, lorsque l’on défend la laïcité comme élément fondamental de notre commun, on est vite accusé d’être un «laïcard», de vouloir s’en prendre aux religions dans l’espace public notamment, au nom de je ne sais quelle idée, comme si l’on voulait à tout prix renvoyer les laïques vers l’athéisme ou l’anticléricalisme, comme si l’on était un disciple d’Émile Combes! N’en déplaise à tous les tenants de la normalisation libérale que j’évoquais plus haut, on peut parfaitement être républicain et en faveur de la liberté la plus étendue possible, mais une liberté qui s’applique et concerne d’abord les citoyens, et non les individus. Une liberté qui permet d’organiser le corps social et non de le diviser voire de le dissoudre. (…) La laïcité est l’une des réponses possibles à cette préoccupation que l’on retrouve dans de nombreux contextes nationaux aujourd’hui, c’est la réponse française, celle de la politique de civilisation que nous avons choisie et que nous devons continuer de choisir, collectivement, entre citoyens. Elle s’est forgée tout au long de notre histoire, et elle forge notre identité commune. C’est elle qui permet de donner un sens à toutes nos différences, culturelles ou religieuses notamment, en laissant à chacun la plus grande liberté possible et en assurant la protection des citoyens vis-à-vis non seulement des empiétements toujours possibles de l’État mais aussi, on l’oublie souvent, des autres individus ou des communautés sur notre propre liberté, tout spécialement en matière religieuse. Ainsi, en matière religieuse, la neutralité de l’État sert-elle à nous protéger, en tant que citoyen, de l’État lui-même bien évidemment ; mais elle sert aussi et indissociablement à protéger chacun d’entre nous de nos coreligionnaires le cas échéant ou plus largement de toute croyance ou pratique que l’on voudrait nous imposer dans la société. La laïcité est une liberté publique. Dans les systèmes hérités du droit anglo-saxon, cette protection est laissée aux individus eux-mêmes, au fonctionnement de la société civile, et en particulier aux communautés religieuses qui y évoluent librement, on parle alors de liberté civile. Il s’agit de deux modèles, de deux manières différentes de comprendre la liberté. Or aujourd’hui, notre modèle français et républicain est très minoritaire parmi les démocraties occidentales et sous la pression à la fois des représentations culturelles venues des États-Unis et d’un droit d’inspiration anglo-saxonne. D’où l’attention permanente portée aux droits individuels, à la satisfaction des revendications identitaires promues par les représentants de «minorités» qui se définissent comme victimes de l’oppression majoritaire. Dans le cas de l’islam dans les pays occidentaux, cela conduit le plus souvent à une forme d’inversion du combat laïque: l’exigence que l’on applique au christianisme (religion majoritaire) n’est pas la même que celle que l’on applique à l’islam. Or pour un républicain laïc, tout le monde est citoyen avant d’être chrétien, musulman, juif, athée, etc., et les individus sont protégés comme citoyens, pas comme croyants. C’est ce point précis que les tenants d’une laïcité libérale telle que définie ci-dessus ne veulent pas voir ou ne veulent pas comprendre, par aveuglement ou par idéologie. C’est pourtant fondamental à l’âge identitaire si l’on veut continuer de construire du commun plutôt que de se recroqueviller sur telle ou telle de nos différences. Laurent Bouvet
Les questions d’identité collective (laïcité, place de l’Islam, immigration…) divisent profondément la majorité. Il sera très difficile au président de la République de clarifier la ligne en la matière. Il a en effet besoin de l’ensemble de sa majorité, composée de lignes irréconciliables sur ces questions, pour pouvoir continuer son action et évidemment être réélu en 2022. Le plus probable est donc qu’il tentera de ménager les contraires, de continuer une forme de «en même temps». Le problème est que sur ce type d’enjeux, il n’y a pas de « en même temps » qui tienne, en tout cas pas aux yeux de nos concitoyens. Précisément parce que ce sont des enjeux d’identité qui impliquent des conceptions essentielles de ce que nous sommes et de ce que nous voulons faire ensemble, comme Français. C’est le plus grand danger politique pour le chef de l’État qui a construit sa victoire à la présidentielle et sa majorité sans avoir à traiter de ces enjeux. Ceux qui l’ont rejoint, que ce soit par conviction ou par opportunisme, n’y ont pas plus prêté attention. Or on ne peut ignorer, politiquement, de telles questions. On vit aujourd’hui le retour du boomerang. (…) Qu’on pense simplement ici à l’inversion spectaculaire du principe de liberté qui consiste à dire que c’est le port du voile qui rend la femme libre! La responsabilité de tous ceux qui appuient ou corroborent cette inversion, à gauche, chez les féministes, parmi les intellectuels, dans les médias… est immense. Ils minent les fondements mêmes de notre société tels qu’ils ont été refondés avec les Lumières. Au nom d’une vision profondément biaisée de l’émancipation, qui serait réservée uniquement à certaines catégories de population eu égard à leurs identités d’origine, ils sapent la possibilité même d’une humanité commune. C’est cette démarche, essentialiste, identitaire, réductionniste… qui stigmatise et exclut les femmes musulmanes. Laurent Bouvet
Article après article, avec un bonheur incertain, je m’essaie de faire comprendre à mes contemporains que nous vivons un temps médiatique névrotique et même schizophrénique. J’essaie aussi d’expliquer que cette névrose profonde provient d’un antiracisme dévoyé, lui-même issu d’un antinazisme devenu fou. Le courant médiatique islamo-gauchiste considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans. La folle quinzaine qui commença par le drame de quatre policiers assassinés par un islamiste à la préfecture de Paris pour s’achever par un psychodrame disproportionné autour d’une femme voilée à la vie paraît-il gâchée en est la triste et énième illustration. Tellement prévisible également. Qu’on me permette de citer la conclusion de la chronique que j’ai publiée dans ces mêmes colonnes le 7 octobre dernier : «Mais pas d’illusions, le réel sera vite à nouveau rattrapé par le virtuel. Aujourd’hui l’heure est encore à la colère avec la mise en accusation du laxisme envers les islamistes. Demain, viendra l’oubli des victimes quand elles reposeront dedans la guerre froide. Après-demain, un nouveau pilori sera dressé pour ceux qui font radicalement le procès de l’islam radical. Le jour d’après, sera jour d’attentat.» Nous avons donc connu le troisième jour: celui de la victimisation à l’envers. C’était un jour forcément nécessaire. La France était la seule victime, les Français étaient en colère, l’islamisme coupable était montré du doigt. Comme à chaque fois, le courant médiatique que je ne peux nommer autrement qu’islamo-gauchiste mais qui par capillarité a contaminé depuis des lustres l’inconscient collectif bien au-delà de l’islam et bien au-delà du gauchisme, considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans. Le prétexte de la sortie funeste et maladroite de Julien Odoul au sein d’une assemblée territoriale mettant en cause une femme voilée en présence de son enfant affolé n’était pas mal trouvé. Une pétition dans Le Monde donnait le la à la musique de la victimisation frénétique. La névrose médiatique faisait le reste. Une pétition dans Le Monde signée notamment par des artistes à la réflexion politique étroite mais à la morale esthétique infinie donnait le la à la musique de la victimisation frénétique. Notre président de la République, illustra jusqu’à la perfection son ambivalence hybride qui se mariait harmonieusement avec l’esprit schizophrénique du temps. Au premier jour de l’assassinat des quatre authentiques martyrs de l’islamisme, Monsieur Macron n’hésitait pas à appeler martialement au devoir de «vigilance» contre «l’hydre islamiste». J’écrivais alors que l’exercice s’avérerait périlleux dans la pratique, au regard du surmoi prétendument antiraciste. Je ne croyais pas si bien écrire: dans un article du Figaro daté du 16 octobre («Détection de la radicalisation à l’université: un sujet délicat») Marie-Estelle Pech raconte comment l’université de Cergy-Pontoise a été contrainte, après protestations, de regretter un appel à la vigilance dans lequel on considérait par courriel comme inquiétants le fait, notamment , qu’un étudiant ou un fonctionnaire dédaignerait l’autorité des femmes ou porterait «une djellaba, ou un pantalon dont les jambes s’arrêtent à mi-mollets». Frédérique Vidal, notre ministre de l’enseignement supérieur aura été de ceux qui auront condamné cette vigilance politiquement osée. Au demeurant, l’université de Cergy-Pontoise aura été bien naïve de prendre le discours présidentiel à la lettre et de ne pas donner du temps psychodramatique aux temps dramatiques. Dès que le psychodrame de la femme voilée s’empara des esprits tourmentés et que celle-ci déclarait à ce CCIF proche des Frères musulmans qui traque l’islamophobie «qu’on avait gâché sa vie», notre président vigilant appelait désormais les Français à la vigilance non plus contre l’hydre islamiste mais contre cette vieille hydre de la «stigmatisation». Je défie cependant qui que ce soit de me mettre sous les yeux la moindre déclaration d’un seul membre de l’Assemblée nationale élue par les Français incriminant l’ensemble de la population musulmane en tant que responsable des attentats islamistes. Ou que l’on me montre la moindre agression physique d’un salaud exalté contre une femme voilée. Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron. Il était pourtant à la portée de l’intelligence présidentielle de comprendre que c’est précisément cette victimisation imaginaire qui est depuis longtemps l’une des matrices de la radicalisation islamique et de ses conséquences. Tant il est caractéristique de l’esprit humain de se persuader sincèrement que l’on est une victime. A fortiori lorsque de grands esprits vous l’affirment. Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel. Gilles William Goldnadel
Même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, les choses ont évolué. Toutefois, cela n’ est pas suffisant pour une certaine partie de la gauche qui estime que l’échelle des privilèges doit être inversée. Dans cette vision du monde, les groupes qui étaient auparavant marginalisés devraient maintenant être privilégiés et inversement. Comme la situation a été trop injuste pendant très longtemps, des gens de gauche bien intentionnés s’attellent à réparer toutes les inégalités en même temps, ce qui conduit à une sorte de période jacobine de rectitude morale (mais sans la guillotine), un concept familier aux lecteurs français. Telle est la bataille qui se déroule en Amérique aujourd’hui. La gauche est perçue comme trop sensible et la droite comme ignorante et anhistorique. Ces deux manières de les présenter recèlent, chacune, une part de vérité. Pour un écrivain, ce contexte est troublant. Alors que les jugements critiques émanaient autrefois de la seule droite, ils émergent aujourd’hui avec la même vigueur, voire avec plus de virulence, de la gauche qui, tout en prétendant abhorrer l’héritage de Staline, n’est que trop heureuse d’imiter son approche de la culture. Aux États-Unis, existent désormais deux phénomènes : la call-out culture (culture de la dénonciation), qui signifie que si une personne fait une déclaration perçue comme une chose à ne pas dire, elle se fera lyncher sur Twitter, mais aussi la cancel culture (littéralement «culture de l’effacement »), une version encore plus acerbe de la call-out culture, dont le but est littéralement de ruiner la carrlère de la personne en question. La situation est intenable et manque cruellement d’humour. L’humour fait, à présent, l’objet d’une surveillance étroite. La police de l’humour est partout, ce qui tombe plutôt bien puisqu’un clown occupe la Maison-Blanche. (…) À gauche, il existe toutes sortes de tests de pureté conçus pour déterminer si quelqu’un est suffisamment woke (éveillé, conscient des injustices qui pèsent sur les minorités, NDRL), une expression qui s’est répandue depuis que j’ai commencé à écrire le livre et qui signifie, globalement, être favorable au programme de l’ extrême gauche. À l’heure actuelle, aux États-Unis, la « gauche éveillée » est en conflit avec les progressistes traditionnels et ma crainte est que cette lutte fratricide pourrait conduire à la réélection de Trump. (…) Bien que les réseaux sociaux aient leur utilité (je vais tweeter un lien vers cette interview!), ils sont, en grande partie, un ramassis de déchets toxiques et l’un des aspects les plus inacceptables de ce nouveau monde dans lequel nous vivons est le lynchage qui s’y déroule. « Lyncher » est un mot profondément chargé d’histoire aux États- Unis, pour des raisons évidentes, mais en tant que verbe qui décrit une exécution extrajudiciaire métaphorique, il est difficile de trouver mieux. Puisque la culture de la honte reste particulièrement ancrée dans le pays (à l’exception de Donald Trump qui n’a honte de rien), se faire lyncher sur les réseaux sociaux reste un véritable problème pour la plupart des gens à qui cela arrive. (…) L’un des effets secondaires regrettables de ce phénomène est que les écrivains et les artistes s’autocensurent désormais, bien plus qu’ils ne l’auraient probablement fait avant l’ avènement de Twitter et de ses esprits prompts à s’enflammer. C’est un contexte difficile pour les personnes créatives et cela nous ramène à votre question précédente sur le politiquement correct. La gauche et la droite sont tout aussi coupables d’essayer de détruire des gens sur les réseaux sociaux, mais il faut bien avouer que, dans cet exercice, la gauche est bien meilleure. Seth Greenland
En Amérique, chaque saison universitaire apporte désormais son épisode à la chronique ubuesque de la vie des campus et de la frénésie idéologique robespierrienne de ses « justiciers sociaux ». En 2017, les errements du collège Evergreen, dans l’État de Washington, avaient défrayé la chronique, quand un professeur de biologie, Bret Weinstein, progressiste déclaré, fut pris à partie pour avoir refusé de participer à « une journée de l’absence » blanche organisée par des associations d’étudiants de couleur anti-racistes. Venu donner ses cours, Il fut encerclé par des activistes l’ accusant de racisme et l’appelant à démissionner très agressivement. Des vidéos finirent par révéler les séquences pathétiques durant lesquelles les professeurs d’ Evergreen énuméraient en public « les cartes de leurs privilèges » (être blanc, homme, hétéro, éduqué, etc.), afin d’ aider au rétablissement de la justice sociale. Quand Weinstein demanda pourquoi il était accusé de racisme, on lui répondit que le demander était raciste. Sa « blanchité » le mettait d’entrée de jeu dans le camp du « racisme systémique » , concept qui fait fureur dans les départements d’ études critiques d ‘outre-Atlantique (et de plus en plus hélas en France). Au terme d ‘une négociation, l’administration, qui avait pris lâchement le parti de la rébellion étudiante, fut condamnée à verser à Weinstein 500 000 dollars en échange de sa démission. Il fut aussi reçu devant une commission du Congrès mise en place par les républicains. Mais l’épidémie du « politiquement correct » continua, portée par l’idée qu’il faut interdire tout discours qui pourrait « offenser » les sensibilités des minorités. En 2018, c’était au tour de Christina Hoff Sommers, philosophe féministe de gauche, d’être forcée de partir au milieu d’un discours au College Lewis and Clark. Accusée de fascisme pour avoir osé dire que toutes les différences entre les genres ne sont pas sociales ! La fonction délibérative de l’université, où la recherche de la vérité doit faire l’objet d’un débat, se retrouve menacée. L’idéologie de la justice sociale imprègne largement le programme des démocrates, qui comptent sur l’arc-en-ciel des minorités « opprimées » pour gagner en 2020. Ce prisme identitaire a joué un rôle clé dans le succès de Donald Trump, par effet boomerang. Des bataillons d’ électeurs blancs des classes populaires ont plébiscité ses écarts de langage, y voyant « un bol d’air frais » alors que ses prédécesseurs républicains s’ étaient pliés poliment aux règles de bienséance verbale des élites libérales. L’un des effets collatéraux de cette « libération » trumpienne du langage a été l’apparition de hordes racistes qui font, elles, un usage inquiétant de leur liberté de parole, nourrissant les arguments des extrémistes de l’anti-racisme. Mais l’un des éléments notables de cette bataille vient du malaise grandissant des libéraux de l’ancienne génération, à gauche mais désormais pris à partie par les vigles du politiquement correct. Selon Jamie Kirschik, de la Brookings Institution, nombre d’élus démocrates n’ oseraient pas s’ exprimer, de crainte d’être « lynchés » par les « justiciers » de leur camp sur les réseaux sociaux. Laure Mandeville
Trump (…) n’est pas un politicien classique. Contrairement à la plupart des politiques traditionnels, qui s’en tiennent encore à des règles de bienséance communément admises, (ce qui pourrait changer dans l’avenir à son exemple), il est sans filtre. Il est donc capable de parler comme le gars du café du commerce, qui assis au comptoir, déclare que ceux qui ne sont pas contents «n’ont qu’à rentrer chez eux», ce qu’il a fait il y a quelques jours. En ce sens, pour reprendre là encore, une formule de Mansfield, il représente le côté «vulgaire de la démocratie» au sens littéral du terme Vulgaire. Il donne une voix au Vulgus, au peuple. (…) Mais je ne vois pas pour autant Trump comme un raciste prêt à discriminer quelqu’un sur sa couleur de peau, pas plus qu’il n’est «anti-femme», à mon avis, contrairement à ce que soutiennent là encore ses ennemis politiques. Aurait-il sinon suggéré à la célèbre star démocrate de la téléréalité Oprah Winfrey, une Afro-américaine, d’être son binôme quand il envisageait déjà une campagne présidentielle dans le passé? Je peux me tromper, mais je vois plutôt Trump comme un gars grandi dans la banlieue new-yorkaise de Queens dans les années 50, habitué au multiculturalisme mais surtout aux rapports de force, et ayant l’habitude de ne prendre de gants avec personne, quelle que soit sa couleur ou son sexe. Ceci dit, il joue sur tous les tableaux pour aller à la chasse aux voix, sans se préoccuper de savoir si cela peut exciter les franges minoritaires racistes, ce que ses adversaires ont beau jeu de souligner. Mais Trump sait surtout que beaucoup d’Américains sont réceptifs au coup de gueule qu’il a poussé et ses électeurs n’apprécient pas que les élues de la gauche démocrate aient le culot de comparer les camps installés sur la frontière mexicaine par la police des frontières à des camps nazis (car cette comparaison est tout à fait absurde). Alors il pousse son avantage. Il a compris qu’il pouvait profiter du radicalisme de ces quatre jeunes députées, pour coller à l’ensemble du parti démocrate une image extrémiste. De ce point de vue, beaucoup estiment qu’il a trouvé son thème pour 2020. Se présenter comme un rempart contre l’extrémisme culturel de la Gauche tout en vantant son bilan économique. (…) Il ne faut pas s’attendre à un changement de thèmes de campagne, car ceux que le président a lancés sans crier gare dans la conversation électorale en 2016, restent extrêmement porteurs auprès de son électorat: l’immigration hors de contrôle, l’ouvrier américain mis sur la touche par la globalisation et la délocalisation massive, l’importance de rétablir du coup une forme de protectionnisme. La bataille contre la Chine. Le retour à une forme de nationalisme et de restreinte en matière d’interventions extérieures, au motif que l’Amérique, en portant seule le fardeau de gendarme du monde, s’est affaiblie. Et bien sûr la bataille contre le politiquement correct. Regardez d’ailleurs son nouveau slogan de campagne, ce n’est pas «Rendre sa grandeur à l’Amérique» comme en 2016, c’est désormais «Maintenir la grandeur de l’Amérique», ce qui veut dire la même chose, sauf qu’il sous-entend qu’il a tenu ses promesses. (…) Donald Trump est adoré par sa base, détesté par l’autre partie du pays, et toléré par les élites du parti républicain, qui à l’exception d’un petit bataillon de «Never Trumpers» (les Jamais Trumpistes), essaient de s’accommoder de sa présidence, à défaut de pouvoir l’influencer (parce qu’ils estiment que le camp démocrate est pire). Bien sûr, il y a dans les rangs du centre, chez les indépendants susceptibles de voter alternativement à droite ou à gauche, et chez une partie des républicains modérés des gens qui sont très embarrassés par les mauvaises manières de Trump et ses dérapages. Je me souviens que pendant sa campagne de 2016, beaucoup de ses électeurs fronçaient les sourcils et disaient qu’ils aimeraient qu’il apprenne à «fermer parfois sa grande gueule». Mais ils ajoutaient aussi qu’il ne fallait pas prendre les sorties de Trump de manière littérale, et qu’eux ne le faisaient pas. Les troupes trumpiennes ont toujours reconnu les défauts de Trump, mais elles sont passées outre car elles ont vu en lui l’homme capable de dire des vérités que personne ne voulait plus entendre, notamment sur la question des frontières (son idée qu’un pays sans frontières n’est plus un pays). Les électeurs républicains et la partie des ex-démocrates qui ont voté pour lui ont soutenu Trump, parce qu’il est indomptable et qu’ils voient en lui l’homme qui a porté leur rébellion contre le système jusqu’au cœur de la Maison blanche. Ils ont le sentiment qu’il n’a pas changé et ne les a pas trahis, et d’une certaine manière, c’est vrai. Il reste leur homme. Regardez la vigueur il essaie contre vents et marées de faire construire son fameux Mur. Je pense que ses électeurs le soutiennent aussi d’autant plus que les démocrates n’ont jamais renoncé à l’expulser du pouvoir, le déclarant illégitime depuis le premier jour et maintenant ouverte la possibilité d’une destitution jusqu’à aujourd’hui. Pour la base républicaine, cet acharnement contre Trump est la meilleure preuve qu’il est l’homme qu’il leur faut. L’acharnement des médias mainstream à son encontre joue aussi en sa faveur. C’est trop voyant, trop unanime, trop obsessionnel, le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif. Beaucoup de gens à droite sont fatigués de Trump, voire exaspérés. Ils s’inquiètent aussi à juste titre de son mode de fonctionnement purement tactique, du chaos qui règne dans son équipe, où tout est suspendu à ses humeurs et ses derniers tweets. Mais ils en ont marre, aussi, de l’anti-trumpisme primaire et constatent que l’apocalypse économique et politique qui avait été annoncée à l’arrivée de Trump n’a pas eu lieu. L’économie affiche une santé insolente, malgré toutes ses foucades, le président n’a pas déclenché la guerre nucléaire que tant d’observateurs annonçaient vu sa supposée «folie». Bien sûr, son action suscite bien des controverses et donne le vertige. Reste ouverte la possibilité d’un dérapage en politique extérieure, si ses interlocuteurs chinois, nord-coréens ou iraniens décident de le tester. Mais ce que nous ne mesurons pas bien, c’est si l’embarras et l’inquiétude que suscite Trump sont supérieurs à la satisfaction que suscite sa capacité à s’élever contre les élites. C’est sans doute dans ce dilemme que se jouera l’élection. (…) La question du degré de division de l’Amérique est un sujet sur lequel tout observateur des États-Unis finit par s’interroger. S’accroît-elle ou est-elle une donnée persistante, dont on oublie seulement l’acuité avec le temps? La présidence Trump l’a-t-elle exacerbée? Quand les Américains vous disent qu’ils n’ont jamais vu «division pareille», on a tendance à les croire sur parole, mais on réalise ensuite qu’ils oublient parfois largement l’intensité des fractures du passé, alors qu’elles ont toujours été là. Entre le Sud anciennement ségrégationniste et le Nord largement abolitionniste, entre la droite chrétienne conservatrice et les libéraux laïques. Entre l’Amérique démocrate des côtes, et le pays profond du milieu. Entre les partisans de l’État minimal et les partisans du New Deal et des lois sociales…L’opposition entre la gauche américaine et les Mccarthystes dans les années 50 était-elle vraiment moins profonde que celle des démocrates et des républicains sous Trump? Et que dire de la bataille jonchée de cadavres des années 60 pour arracher les droits civiques des Noirs sous Kennedy et sous Johnson, puis des divisions sociétales autour de la guerre du Vietnam? A-t-on oublié les furieuses batailles sous Reagan, sous Clinton, sous les Bush Père et fils, puis sous Obama, qui devait pourtant réconcilier l’Amérique bleue des démocrates et l’Amérique rouge des républicains? Qu’est-ce qui change sous Trump par rapport au passé? En dehors de la personnalité même du président, qui a effectivement le plus haut taux d’impopularité d’un président, les vieux routiers de la politique washingtonienne citent la disparition quasi-totale des ailes modérées des deux camps, qui ne sont plus vraiment représentées au Congrès, ce qui rend de plus en plus difficile la création de compromis. Les compromis exigeaient la volonté de «travailler avec l’autre aile». Mais ce champ s’étiole faute de «soldats» désireux de coopérer. La radicalisation du champ de l’information sous l’effet des réseaux sociaux participe aussi à l’accroissement des fossés, car on ne partage plus les mêmes faits! Du coup, on est dans un combat sans répit et un dialogue de sourds, dont l’issue semble être de vouloir annihiler l’autre camp, au lieu de le laisser vivre. La manière dont la confirmation du juge Bret Kavanaugh a tourné au pugilat, à l’automne, a été à cet égard très significative, car les «troupes» des deux camps ne se sont pas privées d’envoyer des «commandos de militants» huer et menacer les élus qui avaient pris des positions nuancées contraires à l’orthodoxie du parti, pour ou contre le juge suprême! Il me semble qu’entre Trump et les démocrates, la confrontation est presque devenue un jeu de rôles ; une sorte de théâtre, où chacun s’enferme dans son personnage ou son parti…Trump est traité de «raciste», lui dénonce à son tour le caractère «anti-américain» de ses adversaires, et cela s’enflamme. C’est comme si ces deux forces se nourrissaient l’une l’autre. Le problème est de savoir comment tout cela est reçu «en bas», chez les électeurs de base. J’ai peur qu’à force de jouer la carte de l’ennemi, les gens finissent par se haïr vraiment. Les attaques seront-elles encore pires en 2020 qu’en 2016? C’est possible car dans les deux partis, ce sont les plus vocaux et les plus extrêmes, qui couvrent le débat de leur brouhaha et semblent donner le «la». Il règne un véritable climat de «guerre civile politique». Il faut espérer que la violence ne sortira pas du cadre verbal. (…) Élément intéressant, Trump est aujourd’hui aussi populaire que Reagan au même moment, ce qui veut dire qu’il pourrait aussi surprendre et faire mieux que la dernière fois chez les minorités, le taux de chômage des noirs par exemple, ayant atteint un seuil à la baisse historique. Surtout, Trump pourrait bénéficier d’un cru démocrate où les candidats capables de s’imposer dans le fameux Midwest ne sont pas légion, en dehors de l’ancien vice président Joe Biden, originaire de Pennsylvanie, et qui a été récemment l’objet d’une attaque en règle de la Gauche identitaire du parti démocrate, qui l’accuse de sexisme et de racisme, rien de moins! (…) Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, le parti démocrate a été si sonné et si ulcéré de le voir gagner au détriment de la «reine Hillary» qu’il a conclu à son illégitimité. Il en a fait un repoussoir, un diable qui finirait par être expulsé de la Maison Blanche, rapidement. Pendant deux ans et demi, leur stratégie a donc consisté à attaquer chaque sujet sous l’angle de la personnalité de Trump, au lieu de prendre la mesure des problèmes que son élection révèle. Ainsi par exemple de la question de la migration, approchée seulement sous l’angle de la «cruauté» de Trump, de sa folie et de son racisme supposés, sans aucune tentative de prise en compte de la crise migratoire aiguë réelle, qui se joue à la frontière avec le Mexique. Mais cette stratégie a échoué à atteindre son but et de ce point de vue, l’intervention du procureur spécial Robert Mueller devant le Congrès, qui n’a pas apporté confirmation de l’attitude criminelle du président en matière d’obstruction (même s’il a clairement eu la tentation d’arrêter l’enquête), ni trace d’une collusion avec la Russie, marque la fin d’un cycle. (…) Si une centaine d’élus souhaiteraient poursuivre la procédure de destitution, une partie très substantielle du camp démocrate n’en veut pas, persuadé que cette stratégie serait perdue d’avance et qu’il est temps de passer à l’ordre du jour. Dans ce camp, figure notamment la Speaker de la Chambre Nancy Pelosi, mais aussi toute une série d’élus des États du MidWest, qui souhaiteraient aussi s’éloigner du parti pris idéologique centré sur la défense des minorités, la fameuse «politique des identités», pour revenir à une approche plus sociale des dossiers et construire une alternative crédible à Trump, prenant en compte les problèmes qu’il a soulevés. L’autre camp, qui regroupe notamment le fameux commando des quatre élues en bataille contre Trump, mais aussi une grande partie des élites intellectuelles, veut persister dans l’entreprise de destitution du président avec une ferveur quasi religieuse. (…) Du coup, les démocrates se retrouvent presque forcés d’endosser des propositions incroyablement radicales venues de la gauche sur le financement de l‘assurance médicale pour les illégaux en situation irrégulière, la nécessité de dissoudre les services d’immigration ICE. Une radicalisation qui ouvrira un boulevard à Trump dans le Midwest si l’aile modérée ne parvient pas à contenir ces élans. Le paradoxe est que cette approche excessive permet à Trump de se recentrer et de passer par pertes et profits tous ses gigantesques travers, et notamment sa sous-estimation inquiétante des attaques russes sur les élections américaines. En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates l’ont presque sanctuarisé… Leur persistance à jouer la carte identitaire, et à tenter de rassembler toutes les minorités, femmes y compris, contre «le patriarcat de «l’Homme blanc» qu’il incarnerait supposément, pourrait lui servir de tremplin. Si on ajoute à ça, ses excellents chiffres économiques et l’absence de leader clair et incontesté face à lui, on voit à quel point la bataille va être difficile pour les démocrates. Encore une fois, la manière dont ils ont attaqué Joe Biden, le seul candidat susceptible de concurrencer Trump dans les États pivots du MidWest, révèle le piège dans lequel ils pourraient se laisser enfermer. Il faut en effet reconnaître qu’accuser de racisme supposé, l’homme qui a été le vice président du premier président noir de l’Histoire des États-Unis ne manque pas de sel. Laure Mandeville
La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne. Christopher Caldwell
La question de la langue, des mots pour dire les choses, est absolument décisive en ce domaine, comme dans tous les autres d’ailleurs : il ne pourra y avoir de politique à la hauteur des défis que l’islamisation de la France nous pose, aussi longtemps que nous en resterons à cette langue de carton. Même si naturellement, cela ne saurait suffire. On le voit avec notre Président qui excelle dans l’art de nommer les choses, il n’a pas craint de parler d’ « hydre islamiste », de volonté de « sécession » de l’islam politique, mais comme si c’était une fin en soi. Je ne demande qu’à être détrompée, mais jusqu’à présent, Emmanuel Macron s’est seulement distingué, par rapport à ses prédécesseurs, dans l’exercice de ce que le philosophe Clément Rosset appelait la « perception inutile » : « C’est une perception juste, explique-il, qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. […] J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, […] je persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu ». (…) Si j’exclus de parler d’actes à caractère spirituel, il me semble en revanche pertinent de les qualifier d’idéologiques, au sens littéral qu’Hannah Arendt donnait à ce terme dans les Origines du Totalitarisme, comme « logique d’une idée » c’est-à-dire reposant sur un grand récit d’une cohérence extrême qui « ne se rencontre nulle part dans la réalité », qui offre ceci de formidablement réconfortant pour l’esprit humain qu’il « permet de tout expliquer jusqu’au moindre événement ». Évidemment cela a un prix, pour pouvoir ainsi tout expliquer, il faut « s’affranchir de toute expérience », « s’émanciper de toute réalité que nous percevons au moyen de nos cinq sens et affirmer l’existence d’une réalité “plus vraie” qui se dissimule derrière les choses que l’on perçoit ». D’où l’adhésion à l’idéologie complotiste. (…) Sans exonérer un instant les coupables de leur responsabilité – on pactise toujours en première personne avec le diable –, il est difficile de ne pas penser que l’attrait qu’exerce l’islamisme sur une partie des musulmans soit sans lien avec la philosophie et l’anthropologie qui nous gouvernent depuis les années 1970. Le péché originel du progressisme est d’avoir prêté des vertus émancipatrices à la désaffiliation et à la désidentification d’avoir prétendu que l’individu serait d’autant plus libre, plus original qu’li serait délié de toute héritage. Depuis lors, l’éducation consiste en une succession de désidentifications : désidentification religieuse, désidentification nationale, et désormais, dernier avatar de ce processus, désidentification sexuée et sexuelle. d’abord religieux, ensuite national. Le retrait de l’identité nationale – seule identité à fabriquer du commun, à cimenter un peuple – a permis l’offensive actuelle des identités particulières, et singulièrement du communautarisme musulman. Quand nous travaillons avec obstination à délester l’individu de tout passé, de toute histoire, l’islamisme leur livre un kit identitaire n’autorisant aucun jeu, aucun écart ; quand nous nous faisons un devoir de lever tous les interdits, l’islam radical parle d’autorité, imposant prescriptions, proscriptions à ses recrues, leur confie des missions, meurtrières assurément mais qui donnent un sens, dans la double acception du mot, une signification et une direction, à leur vie. La propagande islamiste vient ainsi moins satisfaire un irrésistible besoin de spiritualité ou de religion que combler un vide creusé par l’éducation et la pensée progressistes. Les communiqués djihadistes diffusés en français jouent de cet argument d’un besoin spirituel ou religieux sacrifié par l’Occident et tout particulièrement par la France, opposant ce « pays faible [qui] abrutit son peuple de divertissement » à l’État islamique dont chaque membre est « un combattant en puissance, ayant suivi un entraînement militaire, faisant la guerre pour sa foi, espérant le paradis éternel s’il est tué ». L’abrutissement des masses par l’industrie de l’entertainment est parfaitement indifférent à un islam qui n’exècre rien tant que l’esprit des Lumières et la passion du questionnement, du discernement. Notre enfoncement dans le consumérisme et l’utilitarisme travaille assurément contre nous. « La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne », écrivait ainsi en 2011 le journaliste américain Christopher Caldwell. Kamel Daoud a très bien raconté comment, dans sa jeunesse, il se laissa harponner par la rhétorique des Frères musulmans : « L’offre religieuse donnait du sens à mon corps, à ma sexualité, à mon rapport à la femme, à l’au-delà, etc. L’effondrement philosophique est plus grave que l’échec économique. » (…) On sait que les mouvements dits masculinistes qui sont venus répliquer à la criminalisation des hommes blancs par les mouvement féministes, sont puissants aux Etats-Unis et entretiennent une idée régressive, caricaturale de la virilité. On ne rappellera jamais assez que notre idée de la virilité était faite de codes, de normes, elle consistait en une domestication des pulsions, une mise en forme du désir, un idéal de constance, de fermeté. La négation de la différence des sexes et la disqualification des représentations traditionnelles livre le jeune garçon à des formes de masculinité des plus sommaires. Cependant, la crise de la masculinité ne peut à elle seule expliquer les tueries de masse. Quant aux attentats islamistes, les hommes n’en ont pas l’exclusivité. Certes jusqu’à présent, ceux qui nous ont frappés ont été commis par des hommes mais au moment même où Mickaël Harpon égorgeait ses victimes à la Préfecture de police se déroulait le procès de quatre des huit jeunes filles poursuivies pour tentative d’attentat à proximité de Notre-Dame en septembre 2016. (…) La pratique des jeux vidéos contribue à faire vivre celui qui en est familier dans un monde fictif. Les jeux vidéo, mais aussi la pratique des réseaux sociaux, sont de redoutables machines à déréaliser le réel. Et cela rejoint ce que je disais plus haut concernant le caractère idéologique de ces actes. Bérénice Levet
Il est surprenant d’entendre dire de la part du ministre de l’intérieur ainsi que de son secrétaire d’État que la tuerie qui a eu lieu à la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme. Certes, cette tuerie n’a pas été faite par une bande organisée comme cela a été le cas de la tuerie du Bataclan en 2015. Mais tout de même, si ce n’est pas du terrorisme qu’est-ce ? Dans la façon dont les medias ainsi que les responsables politiques distinguent la tuerie de la Préfecture de Police du terrorisme, on sent comme une peur d’apparaître comme raciste en les reliant. Ce comportement est d’autant plus étrange que Jeudi 10 Octobre le ministre de l’Intérieur a interdit la tenue d’une manifestation à Gonesse lancée par un activiste s’insurgeant contre l’amalgame entre la tuerie de la Préfecture de Police et le terrorisme islamiste. Il faut savoir : ou il n’y a aucun lien et dans ce cas on n’interdit pas la manifestation prévue à Gonesse, ou il y a lien et dans ce cas on le dit. En vérité, une fois de plus, à chaque fois qu’un attentat islamiste a lieu on passe davantage de temps à expliquer que cela n’a rien à voir avec l’islam et qu’il ne faut pas faire d’amalgame qu’à comprendre pourquoi il s’agit d’un attentat effectivement islamiste. L’islamisme fascine un certain nombre de jeunes. La raison en est simple. Il leur offre de pouvoir jouer avec la violence en toute légitimité en reconnaissant cette violence comme un acte héroïque au nom des valeurs supérieures Quand l’islamisme attire et recrute il le fait de trois façons : par le combat militaire direct, par l’attentat en bande organisée ou bien par l’action purement solitaire comme celle du tueur qui se précipite au milieu d’une foule avec un couteau en tuant au nom de « Allah Akbar », « Dieu est grand ». Le ministre de l’intérieur pense que la tuerie de la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme parce qu’elle est le fait d’un tueur isolé et non d’une bande. Il néglige le fait que tuer de façon solitaire est recommandé par Daech depuis sa défaite. Quand donc un tueur agit de façon solitaire, il est le terrorisme à lui tout seul. C’est d’ailleurs pour cela qu’il tue, être le terrorisme à lui tout seul étant ce qui le fascine. (…) Dans l’Islam on trouve des courants religieux comme le soufisme qui, étant d’une haute spiritualité, sont totalement éloignés de la violence qu’ils réprouvent. Il y a cependant des courants religieux qui sont radicalement le contraire en prêchant la violence. Ces courants reproduisent ce à quoi on assiste toujours quand on a affaire à un maniement primaire des idées à savoir d’abord l’apparition d’un système politique ou religieux prétendant tout expliquer, puis transformation de cette théorie prétendant tout expliquer en théorie prétendant tout régler pratiquement, enfin transformation de cette théorie prétendant tout régler pratiquement en projet de dictature, puis passage à l’acte et mise en place de la dictature par des actes au sein d’une milice, d’une bande ou seul. Dans les années soixante dix le gauchisme en Europe a fonctionné sur ce mode. Aujourd’hui, c’est l’islamisme, avec parfois une convergence de luttes entre gauchisme et islamisme débouchant sur l’islamo-gauchisme. Pour comprendre ce qui se passe, autrement dit, ne faisons pas l’erreur de parler de religion ou de spiritualité. Parlons plutôt du poids des images et des idées à l’intérieur du champ religieux, politique, social et culturel, la violence terroriste étant le fait de l’emprise des mots, des images, des idées, des idéaux et derrière eux de la passion de « la solution finale » pour tout, que ce soit la pensée, la pratique, la religion, la culture et l’humanité dans son ensemble. (…) Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec la violence il importe de distinguer ce qui nous est propre, l’attentat d’extrême droite en Allemagne et les attentats islamistes de Paris et de Manchester. La crise spirituelle liée à la déconstruction nous concerne. Elle ne concerne pas l’extrême droite allemande et les islamistes. La France a été un pays catholique. Puis elle a été un pays républicain. Aujourd’hui la déconstruction ne veut ni du catholicisme ni de la République mais l’ultra-démocratie et l’individualisme absolu. Cela se traduit non pas par un terrorisme physique faisant des attentats mais par un terrorisme intellectuel jouant à fond la carte du politiquement correct, de l’ultra-féminisme et de l’ultra-écologie. Via cette radicalité on voit s’exprimer un désir de liberté et de pureté comblant une mystique qui n’a pas lieu. Il n’y a pas d’attentat physique, mais il convient d’être prudent. Il y a les gilets jaunes, les black blocks, les zadistes, les vegan qui attaquent des boucheries et un militantisme écologique prenant d’assaut des grandes surfaces comme à la place d’Italie le weekend dernier ou bien récemment un pont près de l’île de la Cité. S’agissant de l’extrême droite allemande on est dans une autre problématique. Manifestement de jeunes allemands épris de provocation s’identifient à l’antisémitisme nazi. À cela s’ajoute le réveil de l’extrême droite en Allemagne et dans l’Europe de l’Est. S’ajoute également un courant anti-migrants qui y prend de l’ampleur. Enfin, il y a la mouvance islamiste. Si l’on considère les jeunes qui rejoignent celle-ci une chose est frappante : ces jeunes sont attirés par la structure à la fois rigide et communautaire que l’islam leur offre. Alors que certains jeunes s’engagent dans l’armée pour ces mêmes raisons, eux s’engagent dans l’islam. Pour ces jeunes, l’Islam est commode. Il leur permet de revenir vers des valeurs dites traditionnelles comme la religion,  mais via l’islam comme figure contestataire de l’Occident. Si bien que l’islam leur permet d’être traditionnaliste dans la contestation et contestataire dans une tradition. Une façon de dépasser l’opposition droite-gauche qui n’intéresse plus personne. Autrement dit, ce n’est pas vraiment la déconstruction qui est à la base des attentats qui se commettent : leur source se trouve dans la provocation. (…) Certes, ce sont des hommes qui font les attentats. Mais attribuer ces derniers à la crise de la virilité n’est pas la bonne raison. Qui s’intéresse à la crise de la virilité ? Ceux qui cherchent à la mettre en crise comme la LGBT ou bien encore l’ultra-féminisme. Pour faire advenir la transsexualité comme vérité de la sexualité, la LGBT a besoin à tout prix de défaire la notion de virilité. Aussi ne perd-telle pas une occasion de mettre celle-ci en crise en se servant par exemple des attentats commis par des hommes. De son côté, quand il attaque la virilité, l’ultra-féminisme ne cherche pas tant à faire advenir le transsexualisme qu’à attaquer le machisme en se servant là encore de toutes les occasions. Quand un attentat se produit tout le monde cherche à en tirer profit en voyant dans celui-ci la confirmation des thèses qu’il défend. Un homme sort un couteau dans la foule ? La LGBT va y voir l’expression d’un monde qui ignore le transsexualisme en se disant que si cet homme avait été un transsexuel jamais il n’y aurait eu d’attentat. L’ultra-féminisme va y voir de son côté une manifestation du machisme. Si celui a commis un attentat avait été transsexuel, jamais il n’y aurait eu d’attentat. La psychologie est intéressante. Elle n’explique pas tout et notamment les attentats dont les racines plongent dans le pouvoir de l’idéologie. La théorie du genre entend réinterpréter l’ensemble de la culture mondiale. L’idée que le terrorisme est lié à une quête éperdue de virilité par peur de se dépouiller de l’orgueil masculin a encore du chemin à faire afin d’être convaincante. D’autant qu’il va falloir que celle-ci explique pourquoi, il y a deux ans de cela, des jeunes filles ont été arrêtées à la suite d’un projet d’attentat avec bouteilles de gaz et clous, pourquoi d’autre jeunes femmes ont décidé d’aller en Syrie combattre aux côtés de Daech, pourquoi certaines jeunes filles aujourd’hui deviennent musulmanes et décident de prendre le voile musulman. (…) Il est vrai que le nihilisme ainsi que le cynisme s’appuient sur une vision du monde dans laquelle tout est jeu. Il est vrai également que certaines violences produites par la délinquance sont liées au désir de reproduire la toute puissance que l’on voit s’exercer dans les jeux vidéo où il s’agit de tuer un maximum d’adversaires. Il est vrai enfin que des films comme La tour infernale ont pu donner des idées aux terroristes du 11 Septembre 2001 à New York. Néanmoins, n’oublions jamais le poids de l’idéologie. Quand un terroriste d’extrême droite fait un attentat comme à Halle, si la modalité de son attentat relève d’une mise en scène ludique le fond de son geste criminel renvoie au simplisme idéologique qui s’est emparé de son esprit à travers des explications expéditives de la réalité et des solutions improvisées toutes aussi expéditives. En fait, il y a derrière de tels comportements un jeu idéologique réducteur se mariant avec un univers ludique pour déboucher sur un scénario de films d’épouvante. Bertrand Vergely
La distinction entre immigration légale et illégale doit tenir. Certaines personnes, qui prônent l’ouverture des frontières, demandent «quelle est la différence?» La réponse est «la loi». (…) C’est pourquoi je dis que si nous ne parvenons pas à maintenir nos lois et nos frontières maintenant, alors nous n’avons aucune chance de résister. (…) Tous ces phénomènes sont largement favorisés par les ONG «open borders», organisations dirigées par des gens qui sont de véritables extrémistes. Ils distribuent des informations aux migrants et aux migrants potentiels pour les aider à contourner les règles existantes et en leur expliquant comment rester définitivement en Europe. Ces ONG pensent que le monde ne devrait pas avoir de frontières. Que les frontières sont racistes. Que les frontières causent tous les problèmes du monde. Ils ont pris sur eux d’affaiblir les frontières de l’Europe. Les autorités italiennes ont pris un certain nombre d’ONG en flagrant délit de coopération actrive avec les réseaux de contrebande. Ces ONG ont été surprises au téléphone avec des contrebandiers, arrangeant les points de rencontre et retournant même les bateaux aux gangs. Qui a donné à ces groupes le droit de dicter l’avenir de notre continent? Qui leur a permis d’être nos arbitres de moralité? Ou de décider de notre avenir sociétal à court et à long terme?  Douglas Murray
The explanations for our existence that used to be provided by religion went first, falling away from the nineteenth century onwards. Then over the last century the secular hopes held out by all political ideologies began to follow in religion’s wake. In the latter part of the twentieth century we entered the postmodern era. An era which defined itself, and was defined, by its suspicion towards all grand narratives. However, as all schoolchildren learn, nature abhors a vacuum, and into the postmodern vacuum new ideas began to creep, with the intention of providing explanations and meanings of their own. Douglas Murray
Dans ce livre, Douglas Murray s’interroge sur les dérives de la nouvelle orthodoxie en matière de justice sociale très marquée par des préoccupations identitaires. Celle-ci prend la place des grands récits qui donnaient du sens à l’existence. Elle a tout d’une nouvelle religion. L’intersectionnalité y joue un rôle fondamental en établissant une hiérarchie des identités dites vulnérables en quête de justice sociale. Et les vivants et les morts ont intérêt à se trouver du bon côté. Le combat identitaire pour la justice sociale est sorti de l’espace confiné des sciences sociales. The Guardian a ainsi pu titrer le 13 juin 2018 à propos des pistes cyclables à Londres : “Roads designed by men are killing women”. Douglas Murray consacre un chapitre à chaque aspect des politiques identitaires (Gays, femmes, race, trans) très en vogue aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et dont la France ne connaît encore que les prémisses. Son dernier chapitre sur la transsexualité est celui qui rend sans doute le mieux compte de la folie collective qui nous a saisis. Il y ajoute des interludes dans lesquels il approfondit certains aspects transversaux à ces différentes causes. Tous ces combats identitaires pour la justice sociale ont en commun d’avoir été des mouvements légitimes à leurs débuts, mais de s’être emballés en prétendant que la situation n’avait jamais été pire alors que la victoire était en vue. Douglas Murray évoque à ce propos la jolie formule du philosophe australien Kenneth Minogue : le syndrome de Saint-Georges à la retraite. Que faire après avoir terrassé le dragon ? S’en inventer de nouveaux ? Notre monde est rempli, écrit Douglas Murray, de gens qui veulent absolument construire leur barricade alors que la révolution est finie. Et l’affichage vertueux nécessite une surestimation des problèmes. Toutes ces questions identitaires mises ensemble sont à l’origine d’une folie collective dont Douglas Murray se demande comment on pourrait en sortir. Un premier pas dans cette direction serait, écrit-il, de pouvoir en parler librement. C’est ce qu’il fait dans ce livre en illustrant son argumentation, comme dans son précédent livre, par des exemples très éclairants. (…) En fait, on se rend compte que l’intersectionnalité, c’est de la blague la plupart du temps, tant les argumentations sont changeantes et contradictoires. Celle des transgenres ne s’appliquerait pas à la race. L’argument tant décrié des femmes, selon lequel les trans nés hommes ne peuvent savoir ce que c’est qu’être une femme, est jugé recevable s’agissant de la race. La testostérone que prennent les athlètes trans en transition n’est pas considérée comme un dopant. Les trans veulent être considérés comme des femmes mais refusent qu’un trans soit incarné au cinéma par une femme ! Il est devenu difficile de s’orienter dans un tel champ de mines et un des plaisirs favoris de l’époque est de voir un des gardiens de l’orthodoxie poser le pied sur une mine dont il ne soupçonnait pas l’existence et essayer de sauver sa carrière en postant des douzaines de tweets d’excuses. Ceux qui attendent que le mouvement pour toujours plus de justice sociale s’effondre sous le poids de ses contradictions peuvent attendre longtemps car ils ignorent le soubassement marxiste du mouvement. Une telle espérance suppose que ce mouvement ait en vue la résolution des problèmes. Or la description qu’ils font de la société ne les conduit pas à chercher à l’améliorer mais à la détruire. Le but n’est pas de remédier mais de diviser, d’enflammer. Si l’on ne peut faire tout s’effondrer, reste l’option de semer le doute, la division, l’animosité et la crainte. Douglas Murray cherche à savoir comment sortir de ce guêpier. Essayer de faire usage de la bienveillance à l’égard des opposants pour les contraindre à une discussion plus sérieuse ? On peut tenter de semer le doute chez les avocats des causes identitaires en leur demandant quel système plus performant que celui des sociétés occidentales ils ont en vue. Et, lorsqu’ils se réfèrent à une société qui n’existe pas encore, la suspicion devrait être de mise, compte tenu des ravages que ce genre de doctrine a déjà produit. Douglas Murray nous incite à dépolitiser nos vies, à garder un intérêt pour la chose politique sans que ce soit ce qui leur donne un sens. S’il faut faire en sorte que la vie de quelqu’un ne soit pas entravée en raison de caractéristiques contre lesquelles il ne peut rien, il ne faut guère aller au-delà. Fonder sa vie sur la bataille politique identitaire pour la justice sociale, c’est gâcher sa vie. Michèle Tribalat
Je suis très proche des idées de Jean-Pierre Chevènement. Avant, j’étais proche du Parti communiste, lorsque celui-ci représentait les classes populaires ; Georges Marchais dénonçait les flux migratoires qui représentaient une menace de dumping social : vous verrez, prédisait-il en 1981, la droite et l’élite de gauche nous traiteront de « beaufs », de racistes. C’est aussi ce qu’on a vécu avec les « gilets jaunes » : en quarante-huit heures, le mouvement est devenu xénophobe, antisémite, homophobe, sexiste, etc. Christophe Guilluy
Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. Muriel Fabre-Magnan
Une des raisons qui m’ont poussée à écrire ce livre était la lassitude de voir des termes juridiques employés à contresens, comme le contrat ou le consentement, qu’on associe toujours à la liberté dans le grand public, alors qu’en réalité, pour un juriste, qui dit contrat et consentement dit au contraire que l’on renonce à une partie de sa liberté ; le contrat n’est pas le mode normal de l’exercice des libertés. Je voulais alors souligner le risque de retournement de la liberté qui en résulte. Le lexique utilisé dans le cadre de débats de société conduit en outre souvent à polariser les opinions. La question de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est un excellent exemple. On trouve un camp qui pousse à une interprétation toujours plus individualiste des droits de l’homme par la CEDH et un autre qui condamne de façon générale les droits de l’homme. Le Royaume-Uni, par exemple, avait menacé de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme avant même le Brexit. Il me semble possible et préférable de trouver une voie alternative : il faut en effet défendre les droits de l’homme, qui sont une avancée démocratique essentielle, et la CEDH a ainsi rendu une série d’arrêts extrêmement précieux, par exemple pour condamner l’état des prisons, garantir le respect des droits de la défense ou encore dénoncer des pays qui se livrent à des traitements inhumains ou dégradants. Et, en même temps, la CEDH dérape parfois dans ses arrêts et abuse de ses prérogatives. Seule une analyse juridique précise permet de démonter les rouages, comprendre à quel endroit exact se fait ce dérapage et d’essayer d’y remédier. Sinon, on est inévitablement conduit à adopter une position excessive dans un sens ou dans un autre. (…) C’est effectivement très récemment que ce terme de liberté a pris un sens général, et presque philosophique, qui est celui du droit pour les individus de mener leur vie comme ils l’entendent. La liberté est devenue la faculté de pouvoir faire tous les choix pour soi-même, ce qu’on appelle aujourd’hui un droit à l’autonomie personnelle. Cet énoncé peut certes sembler satisfaisant dans un cadre autre que juridique, mais demander au droit de garantir que les personnes puissent faire ce qu’elles veulent quand elles veulent conduit à l’effet inverse et à un risque de retournement de cette liberté. Si, en effet, le droit doit garantir à toute personne la possibilité de faire ce qu’elle veut, y compris de renoncer à sa liberté, on finit évidemment par détruire le concept même de liberté. (…) Et, comme le soulignent plusieurs auteurs, l’ultralibéralisme économique ou sociétal sont les deux faces d’une même médaille. La liberté est souvent revendiquée pour que les autres puissent se mettre à notre disposition. La faculté de renoncer à sa liberté n’est cependant pas la liberté. Plus généralement, ce qu’on appelle une protection des personnes contre elles-mêmes, et qui est dénoncé comme une forme de paternalisme étatique, est en réalité toujours une protection des personnes contre autrui. L’exemple de la prostitution est assez typique, et il illustre aussi un des autres points que je voulais souligner dans ce livre, à savoir que tous les débats contemporains, sociétaux ou économiques qui posent la question de la licéité sont toujours appréciés par rapport au seul critère du consentement. Cela signifie que l’on ramène tout à un débat interindividuel quand il serait plus pertinent de s’interroger, par exemple, sur les politiques économiques et sociales donnant aux personnes une plus grande faculté de choix de vie. Que signifie le consentement d’une prostituée si elle n’a pas d’autre choix que de consentir ? (…) La liberté sexuelle implique la faculté pour chacun d’avoir la sexualité de son choix sans avoir à subir aucune discrimination. Mais pourquoi l’État devrait-il donner sa bénédiction à chaque nouvelle pratique ? De même, la contractualisation des relations sexuelles n’est pas la meilleure façon de protéger juridiquement contre les agressions sexuelles ni de respecter le consentement des personnes. Si on contractualise, on s’oblige à ces pratiques. Or la liberté consiste en la capacité de pouvoir refuser un rapport initialement consenti. (…) Le droit doit tenir compte des évolutions sociales, mais il est aussi un horizon tracé pour une société. Il est en effet de l’ordre du devoir-être. Les juristes opposent toujours le fait et le droit, donc le réel et ce qui doit être. Le droit est, dans une société, les valeurs et les objectifs sur lesquels les personnes s’accordent. Pour vivre ensemble, il est nécessaire de définir un projet commun, lequel peut évidemment évoluer dans le temps. Le terme d’institution de la liberté cherche à exprimer l’aspect dynamique de cette liberté et le rôle que le droit doit jouer pour la garantir. On ne naît pas libre, on le devient, et c’est ce processus d’émancipation que doit soutenir le droit. Muriel Fabre-Magnan
C’est peu dire que Michael Pollak n’apprécia pas le titre donné par Pierre Bourdieu au numéro d’Actes de la recherche en sciences sociales dans lequel furent publiés les premiers résultats de son enquête sur l’expérience concentrationnaire (Pollak 1986a et b) : des années de travail avec plusieurs collaborateurs ; seize longs entretiens avec des rescapées d’Auschwitz-Birkenau en France, Autriche, Allemagne et Pologne ; l’analyse de vingt-cinq textes autobiographiques en français, anglais et allemand ; le dépouillement attentif des dépositions judiciaires conservées dans différentes archives et des témoignages historiques recueillis par plusieurs commissions ou centres de recherche ; des analyses thématiques, des tableaux synoptiques, de longues heures de lectures, de discussions, de réflexions, d’écriture1 – tout cela pour figurer dans un numéro de revue intitulé L’illusion biographique… Je n’ai sans doute pas pris toute la mesure, à l’époque, de la blessure que cela a pu représenter pour Michael. Je le ressens mieux aujourd’hui. (…) La première illusion épistémique qui transparaît dans cet article de Bourdieu (1986) touche au dogme constructiviste. Celui-ci en effet ne ressortit pas seulement au simple constat de la nature foncièrement « sociale » des faits sociaux (constat qui n’est rien d’autre, tout compte fait, qu’une lapalissade, tout juste bonne à épater les profanes), mais aussi et surtout à la dénonciation de leur artificialisme, de leur conventionalité : dénonciation qui elle-même s’adosse, implicitement, à l’idée que seul serait nécessaire ce qui relèverait de la « nature » et non de la « construction sociale » – celle-ci ne pouvant renvoyer qu’à l’arbitraire, au contingent. C’est dire à quel point le constructivisme postmoderne (que Bourdieu ne se privait pas de moquer d’une main tout en le pratiquant, si nécessaire, de l’autre) est englué dans un naturalisme rampant, héritier des conceptions pré-sociologiques – propres à la tradition philosophique comme au sens commun – qui ne connaissent d’autres réalités que celle, métaphysique, de la « nature » et celle, concrète, de l’individu hic et nunc. Les sciences sociales ont pourtant largement montré la puissance du langage, des institutions, des conventions, des mœurs, des lois, supérieure et aux données de la « nature », et aux capacités d’action du « sujet ». Qu’importe : voilà qu’on nous serine encore qu’un récit ne serait « que » socialement construit, donc artificiel, mensonger, illusoire, autant dire dispensable dans la panoplie des méthodes offertes aux sciences sociales. À naïf, qui « croit » à la transparence du discours, naïf et demi : celui qui croit, comme Bourdieu, qu’un « bon » discours » serait un discours transparent à la réalité qu’il vise. Alors que tout discours devient intéressant, pertinent, riche de sens, dès lors qu’on s’attache à rendre signifiante son opacité même – c’est-à-dire ses propriétés, pragmatiques autant que discursives –, en tant qu’elle nous conduit à la façon dont la réalité en question fait sens pour celui qui la vit. Mais pour concevoir cela, il faut sortir d’une autre illusion, également présente dans la dénonciation bourdieusienne de l’« illusion biographique » : non plus l’illusion naturaliste, mais l’illusion explicative. « Rendre compte d’un trajet dans le métro », écrit donc Bourdieu dans son second argument. On a beaucoup glosé sur la métaphore du métro, mais je m’attarderai plutôt ici sur le sens de ce « rendre compte ». S’agit-il d’expliquer la logique objective d’un choix d’itinéraire par une mise à plat (une « objectivation », dans son langage) de l’ensemble des trajets possibles ? Ou bien s’agit-il de comprendre la façon dont ce trajet-ci est vécu par le voyageur ? L’une et l’autre perspectives – explicative, compréhensive – sont parfaitement légitimes, intéressantes, utiles. Simplement, elles ne visent pas la même opération intellectuelle et n’emploient pas les mêmes outils. Or, ce que vise Bourdieu dans cette image du métro, c’est manifestement une explication – structuraliste, objectiviste, spatialisée – de l’expérience par ses causes objectives : explication qu’il oppose à une autre – narrative, subjectiviste, temporalisée. Mais ce qu’il ne voit pas, c’est que l’outil biographique donne bien plutôt accès à une compréhension, c’est-à-dire une explicitation des raisons, des logiques sous-jacentes au vécu du sujet. Dans les deux cas, on « rend compte », certes, mais pas des mêmes réalités. Et l’illusion ici consiste à ne pas voir la discordance entre la visée et l’outil, parce qu’on ne voit pas qu’une autre visée est à l’œuvre. Je ne m’attarderai pas sur cette opposition bien connue entre explication et compréhension : bien connue, mais dont on sous-estime sans doute les implications pour les sciences sociales et les confusions qu’elle entraîne. Ici, la principale confusion porte sur le fait que dans une perspective explicative et objectiviste, le récit biographique n’est qu’un outil, faute de mieux, pour atteindre la réalité à laquelle il réfère tout en la déformant ; alors que dans une perspective compréhensive (qui ne serait subjectiviste, soit dit en passant, qu’à condition de s’exonérer de toute comparaison entre les différentes expériences, et de toute tentative pour dégager la structuration de l’espace des possibles telle qu’elle s’offre aux acteurs), ce récit fait partie de la matière même de l’investigation : non pas seulement ce qui permet de comprendre, mais aussi ce qui doit être compris. Dans cette dernière perspective, le soupçon du sociologue « désillusionnant » se retourne contre lui-même : le naïf n’est plus celui qui croirait à l’« objectivité » du récit biographique, comme ne cesse de le marteler Bourdieu, mais il est celui qui croit, comme lui, que le locuteur et son interlocuteur prennent ce récit pour la réalité, alors que l’un et l’autre savent bien qu’ils ont affaire à un récit – cette forme particulière de réalité, si riche d’enseignements pour peu qu’on l’écoute vraiment, c’est-à-dire pour elle-même en tant qu’elle vise, avec ses moyens propres, son référent, et non pour ce référent lui-même. Face, donc, à celui qui se gausse des naïfs amateurs de biographies, on a envie de poser la question fameuse de Paul Veyne (1982) : dans quelle mesure, de quelle façon, à quelles conditions les biographiés croient-ils à l’histoire qu’ils racontent, et les biographes à celle qu’on leur raconte ? Et, au-delà de l’adhésion (de la « croyance ») à ce que racontent ces récits, quelles fonctions revêtent pour leurs narrateurs leur production et leur circulation ? De quels outils disposent-ils pour les rendre dicibles et intelligibles ? C’est là qu’intervient un autre déplacement de la pensée sociologique : non plus de l’explication à la compréhension, mais de la visée référentielle à l’outil sémiotique. Encore une fois, Bourdieu n’y a vu que du feu. « Le récit, qu’il soit biographique ou autobiographique, comme celui de l’enquêté qui “se livre” à un enquêteur », écrit-il (1986 : 69). Cet écrasement des genres narratifs en dit long sur son peu d’intérêt envers la matière du récit et les conditions de sa production ; autrement dit, sur la logique des choix de narration adoptés par le sujet, à laquelle donne accès la perspective compréhensive. Car la question primordiale que devrait se poser le chercheur face à ce genre de récits n’est pas de savoir dans quelle mesure ils sont « véridiques », « manipulés », « artificiels » ou purement « rhétoriques », mais dans quel contexte ils ont été produits et, le cas échéant, publiés, et sous quelle forme : biographie rédigée par un tiers, autobiographie spontanée ou sollicitée, entretien – et quel sens peut avoir l’adoption de tel genre discursif par rapport à l’expérience relatée. Ce furent, précisément, l’originalité et l’intelligence du travail de Pollak sur la déportation : au lieu de se laisser fasciner par le contenu atroce des récits, s’obliger à se concentrer tout d’abord sur le filtre de leur forme. (…) C’est dire combien le titre de l’article de Bourdieu et de ce numéro de la revue fut mal venu, j’ajouterai même dans ce contexte, indécent : plutôt que l’« illusion biographique », c’est le « travail biographique » qu’il aurait fallu saluer. Avec le respect dû à tout travail – celui du biographié comme celui du biographe. (…) On est loin, très loin, de l’« illusion biographique » sous le chapeau de laquelle furent publiés ces deux articles, à l’extrême opposé de l’esprit dans lequel ils avaient été écrits. Et c’est pitié, en y revenant plus de vingt ans après, que de réaliser à quel point la superbe intelligence qui fut celle de Bourdieu a pu se dévoyer dans cette forme de bêtise typique de notre époque que sont le soupçon généralisé, la critique aveugle et systématique. Nathalie Heinich
L’identité est à la fois une notion de sens commun et un concept utilisé par les sciences de l’homme – psychologie, sociologie, histoire, anthropologie, polito-logie… En tant que notion de sens commun, elle tend à être perçue, selon une tradition essentialiste et métaphysique, comme une réalité objective, intemporelle, transcendante, qui existerait indépendamment de l’idée qu’on s’en ferait : par exemple, « l’identité de la France ». En tant que concept savant, elle est plutôt analysée comme une construction historique sans autre fondement que la croyance en son existence, autrement dit comme une illusion – c’est la position postmoderne, constructiviste et critique. La première acception nourrit les usages « droitiers » de la notion, en tout cas en matière d’identité nationale et de politique « identitariste » ; la seconde alimente ses critiques « gauchistes ». Le problème est que l’une et l’autre conceptions sont aussi naïvement erronées l’une que l’autre. (…) Certes (…) soumise aux contingences temporelles, narratives et représentationnelles, l’identité est tout sauf un fait brut, une réalité évidente. Malheureusement, la suite du raisonnement tombe aisément dans les sophismes de la pensée postmoderne mâtinée de French theory : l’identité ne serait, de ce fait, qu’une « illusion », comme l’affirma Pierre Bourdieu en son temps. Une telle conclusion pèche par une faute de raisonnement classique dans les sciences sociales contemporaines : le monde serait fait soit de faits bruts, soit de faits « socialement construits », donc assimilables à des illusions ; ou, en d’autres termes, soit de réalité, soit de fictions – plus ou moins naïves ou intéressées, c’est-à-dire mensongères. Pris comme synonyme de « fabriqué » au sens de factice, donc d’inauthentique, le « construit » devient, dans cette perspective critique, rien de mieux qu’une « fable », un « mythe », dont il ne reste rien une fois qu’on l’a dévoilé comme tel. Dès lors on pourrait en faire ce qu’on veut, s’en débarrasser ou le transformer selon son bon vouloir. C’est le programme qui sous-tend la réduction de la notion d’identité à un simple « discours », soumis aux aléas de la temporalité, du récit et de la variabilité des points de vue : l’élimination pour cause d’inconsistance. C’est ainsi que l’argument de la « construction » historique et sociale glisse du statut de découverte à celui de lieu commun, puis de dénonciation en forme de critique de la « croyance ». C’est en matière d’identité sexuée que le glissement s’est produit de la façon la plus flagrante, sur fond de confusion entre différence et discrimination (la différence des sexes impliquerait forcément inégalité, donc devrait être éradiquée pour cause d’inconvenance politique), ainsi que de fantasme de toute-puissance poussant à refuser et donc à récuser toute catégorisation, synonyme de limitation. Le déconstructionnisme derridien s’en donne ici à cœur joie (…) Ce type de raisonnement repose sur la suprématie non négociable de la liberté individuelle contre la contrainte du « social » : dans cette perspective, qui rappelle étrangement les rêves infantiles de toute-puissance, la notion d’identité n’est supportable qu’à condition d’être dépouillée de toute limite, de tout ancrage, de toute stabilité, libérée donc de toute réduction à un fait social, voire à un fait tout court. Bref, la différence des sexes, puisque « socialement construite », ne serait qu’une « illusion » destinée à perpétrer la « domination masculine ». Ces dérives à partir d’une tentative – légitime – pour désubstantialiser la notion d’identité reposent sur une ignorance mal-heureusement largement répandue, y compris chez des chercheurs estimables : l’ignorance de la notion de représentation, au sens de « se représenter », c’est-à-dire l’ignorance de ce que le monde social est fait beaucoup plus de conceptions mentales partagées – plus ou moins véridiques – que de faits bruts ou, plus encore, d’illusions. Ainsi, ce n’est pas parce que l’identité est plurielle, variable et historiquement construite qu’elle serait illusoire : ni illusion ni, à l’opposé, réalité objective, elle est une représentation mentale, plus ou moins partagée et plus ou moins agissante, que se font les individus de ce qu’ils sont, de ce que sont les autres ou de ce qu’est une entité abstraite tel qu’un pays. Ni totalement objective ni totalement contingente, cette représentation est structurée, appuyée sur des caractéristiques factuelles et des institutions, qui peuvent être décrites et analysées : ainsi, les plus graves problèmes d’identité n’empêchent pas que l’identité d’un sujet soit ancrée dans un corps, instituée par un nom propre et par une signature. De même, l’identité sexuée, quoique soumise à maintes variations socio-historiques, ne peut se modifier d’un mot ou d’un trait de plume, étant composée à la fois de réalités physiologiques, d’expériences psychiques, de procédures administratives et, éventuellement, de manipulations cosmétiques, prises dans un système symbolique et juridique fortement institué. De même encore, s’agissant de l’identité nationale, elle repose sur des propriétés récurrentes tels qu’un État, une langue, une conscience historique, un patrimoine, une mémoire collective: vue sous cet angle, la notion d’« identité nationale » peut devenir un objet de recherche ou de réflexion qui ne soit instrumentalisé ni par la mémoire militante et le nationalisme ni, à l’inverse, par la stigmatisation a priori de tout attachement patriotique.Il n’est guère aujourd’hui de notion qui, davantage que celle d’identité, subisse les ravages intellectuels qu’engendre le déni des représentations, dans une conception binaire du monde qui ne laisserait exister que des faits bruts ou des illusions, du naturel ou de l’artificiel, du donné ou du fabriqué, du nécessaire ou du contingent : une conception qui ignore le poids des réalités sociales et des institutions, des traces mémorielles et des images mentales, des catégories et des mots – qui ignore, autrement dit, ce qui fait la spécificité de l’existence humaine dans un monde partagé. L’identité a donc des limites, non parce qu’elle serait une réalité factuelle et inamovible, mais parce que, en tant que représentation soutenue par des données objectivables, elle n’est pas accessible à toutes les manipulations individuelles, à toutes les modifications fantasmatiques. Faut-il s’en désoler ? Ce serait là adhérer à une conception de l’identité qu’Elias stigmatisait comme celle de l’Homo clausus, l’individu fermé sur lui-même, indépendant de toute interaction, de toute influence de et sur autrui : un individu qui pourrait donc être totalement libre ou, du moins, non déterminé – mais qui serait du même coup irrémédiablement seul. Et la juriste Muriel Fabre-Magnan a raison d’évoquer à ce sujet ce que la contrainte juridique peut avoir de protecteur pour les individus : « Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. » Car les limites, ce sont d’abord les mots et les catégories qui nous permettent de nous orienter dans le monde, et c’est aussi ce qui nous permet de nous coordonner avec autrui, de faire commerce avec les autres, de cultiver en paix les interdépendances qui nous construisent, tout autant que nos libres mouvements. Et parmi les nombreuses limites qui bornent notre monde tout en l’organisant, les limites identitaires – notre sexe, notre âge, notre profession, notre origine géographique ou sociale, notre religion si nous en avons une, notre nationalité, voire notre sexualité si nous en faisons une façon de nous définir – ne sont pas les moins efficaces pour nous aider à être au monde sans risquer de nous y perdre. Nathalie Heinich

Légalisation, via le mariage pour tous et la PMA, du mensonge sur l’origine de nos enfants …

Résurrection, via la criminalisation –  jusque dans les écoles de nos enfants – du discours dit « de haine », des lois anti-blasphèmes les plus rétrogrades …

Demande, entre appels à la dénonciation et à l’ « effacement » (autrement dit au boycott), de modification du 1er amendement américain …

Persécution d’esthéticiennes refusant d’épiler le sexe masculin d’une femme transexuelle …

Sportifs transexuels raflant toutes les médailles dans les compétitions féminines ou potentiellement dangereux pour leurs adversaires  …

Mise à disposition de la castration chimique à des enfants de sept ans …

Remise en question, pour cause de non-parité stricte, des collections d’animaux des musées d’histoire naturelle

Cachez cette loi commune que je ne saurai voir !

En ces temps étranges …

Entre soupe alphabétique d’identités sexuelles ou raciales et immigration sauvage sur fond de terrorisme islamique

Du sansfrontiérisme le plus débridé …

Où malgré quelques avancées comme, véritable « mur de Trump payé par le Mexique« , la reprise du contrôle de leurs frontières par les autorités mexicaines …

Et de Hong Kong à l’Irak et au Liban ou à l’Amérique latine et avant l’Iran, le début de soulèvement des peuples contre leurs kleptocraties …

Se creuse la fracture, cinéma compris, entre gagnants de la mondialisation des grandes métropoles et perdants des zones périphériques …

Et  où la « plaisanterie de l’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » dont parlait René Girard

Nous plonge dans un ultra-christianisme anti-chrétien toujours plus caricatural …

Comment ne pas voir avec la sociologue Nathalie Heinich

L’aberration d’un déconstructionnisme sans limites …

Qui réduisant l’identité à de la pure illusion prétend la recréer à l’infini  …

Ou repérer avec la juriste Muriel Fabre-Magnan

Derrière la demande toujours plus grande de législation …

La réalité d’une dilution et d’un dévoiement de l’idée de liberté …

Qui ignorant la dimension protectrice du droit et des interdits …

Va jusqu’à basculer, via le prétendu droit à son renoncement, dans son retournement et sa propre négation ….

Et pourrait à nouveau réussir l’exploit de faire réélire l’an prochain …

L’un des présidents américains les plus politiquement incorrects ?

LES LIMITES DE L’IDENTITÉ
Nathalie Heinich
Nathalie Heinich est sociologue. Dernier ouvrage publié : Ce que n’est pas l’identité (Gallimard, 2018).› nathalie.heinich@ehess.fr
Revue des deux mondes
avril 2019

L’identité est à la fois une notion de sens commun et un concept utilisé par les sciences de l’homme – psychologie, sociologie, histoire, anthropologie, polito-logie… En tant que notion de sens commun, elle tend à être perçue, selon une tradition essentialiste et métaphysique, comme une réalité objective, intemporelle, transcendante, qui existerait indépendamment de l’idée qu’on s’en ferait : par exemple, « l’identité de la France ». En tant que concept savant, elle est plutôt analysée comme une construction historique sans autre fondement que la croyance en son existence, autrement dit comme une illusion – c’est la position postmoderne, constructiviste et critique.La première acception nourrit les usages « droitiers » de la notion, en tout cas en matière d’identité nationale et de politique « identitariste » ; la seconde alimente ses critiques « gauchistes ». Le problème est que l’une et l’autre conceptions sont aussi naïvement erronées l’une que l’autre (1).

La vulgate postmoderne

Certes, la critique postmoderne d’une conception substantialiste de l’identité (ou de « l’illusion essentialiste », comme l’a justement qualifiée le philosophe Pierre-André Taguieff (2)) s’appuie sur des constats qui ont leur part de vérité. Le premier constat est celui de la temporalité, qui soumet toute identité au changement, faisant d’elle non pas une « substance inaltérable » mais une « entité historique » (3): « L’identité n’est pas tant celle d’une substance que celle de la continuité des transforma-tions conduisant d’un stade au suivant » (4), expliquait le sociologue Norbert Elias. Et il ajoutait : « Il s’agit d’une continuité remémorée », ce qui nous renvoie au deuxième constat rendant illusoire la conception substantialiste, à savoir celui de sa dimension narrative, qui fait de l’iden-tité non un fait brut mais un « récit », selon le philosophe Paul Ricœur (5), ou encore une affaire de « réflexivité », selon le sociologue Anthony Giddens (6). Enfin, un troisième constat met à mal la croyance naïve en une réalité factuelle de l’identité, à savoir celui de sa pluralité, sa multiplicité, sa labilité (7). Ainsi le sociologue Erving Goffman a utilisé la métaphore de la barbe-à-papa : l’identité personnelle serait un « enregistrement unique et ininterrompu de faits sociaux qui vient s’attacher, s’entortiller, comme de la barbe-à-papa, comme une substance poisseuse à laquelle se collent sans cesse de nouveaux détails biographiques » (8). Bref, soumise aux contingences temporelles, narratives et représentationnelles, l’identité est tout sauf un fait brut, une réalité évidente.Malheureusement, la suite du raisonnement tombe aisément dans les sophismes de la pensée postmoderne mâtinée de French theory : l’identité ne serait, de ce fait, qu’une « illusion », comme l’affirma Pierre Bourdieu en son temps (9). Une telle conclusion pèche par une faute de raisonnement classique dans les sciences sociales contemporaines : le monde serait fait soit de faits bruts, soit de faits « socialement construits », donc assimilables à des illusions ; ou, en d’autres termes, soit de réalité, soit de fictions – plus ou moins naïves ou intéressées, c’est-à-dire mensongères (10). Pris comme synonyme de « fabriqué » au sens de factice, donc d’inauthentique, le « construit » devient, dans cette perspective critique, rien de mieux qu’une « fable », un « mythe », dont il ne reste rien une fois qu’on l’a dévoilé comme tel. Dès lors on pourrait en faire ce qu’on veut, s’en débarrasser ou le transformer selon son bon vouloir. C’est le programme qui sous-tend la réduction de la notion d’identité à un simple « discours », soumis aux aléas de la temporalité, du récit et de la variabilité des points de vue : l’élimination pour cause d’inconsistance.

C’est ainsi que l’argument de la « construction » historique et sociale glisse du statut de découverte à celui de lieu commun, puis de dénonciation en forme de critique de la « croyance ». C’est en matière d’identité sexuée que le glissement s’est produit de la façon la plus flagrante, sur fond de confusion entre différence et discrimination (la différence des sexes impliquerait forcément inégalité, donc devrait être éradiquée pour cause d’inconvenance politique (11)), ainsi que de fantasme de toute-puissance poussant à refuser et donc à récuser toute catégorisation, synonyme de limitation. Le déconstructionnisme der-ridien s’en donne ici à cœur joie : « Dès qu’on entend le mot “genre”, dès qu’il paraît, dès qu’on tente de le penser, une limite se dessine. Et quand une limite vient à s’assigner, la norme et l’interdit ne se font pas attendre : “il faut”, “il ne faut pas”, dit le “genre”, le mot “genre”, la figure, la voix ou la loi du genre. (12) »Ce type de raisonnement repose sur la suprématie non négociable de la liberté individuelle contre la contrainte du « social » : dans cette perspective, qui rappelle étrangement les rêves infantiles de toute-puissance, la notion d’identité n’est supportable qu’à condition d’être dépouillée de toute limite, de tout ancrage, de toute stabilité, libérée donc de toute réduction à un fait social, voire à un fait tout court. Bref, la différence des sexes, puisque « socialement construite », ne serait qu’une « illusion » destinée à perpétrer la « domination masculine ».

L’ignorance des représentations

Ces dérives à partir d’une tentative – légitime – pour désubstantialiser la notion d’identité reposent sur une ignorance mal-heureusement largement répandue, y compris chez des chercheurs estimables : l’ignorance de la notion de représentation, au sens de « se représenter », c’est-à-dire l’ignorance de ce que le monde social est fait beaucoup plus de conceptions mentales partagées – plus ou moins véridiques – que de faits bruts ou, plus encore, d’illusions. Ainsi, ce n’est pas parce que l’identité est plurielle, variable et historiquement construite qu’elle serait illusoire : ni illusion ni, à l’opposé, réalité objective, elle est une représentation mentale, plus ou moins partagée et plus ou moins agissante, que se font les individus de ce qu’ils sont, de ce que sont les autres ou de ce qu’est une entité abstraite tel qu’un pays.Ni totalement objective ni totalement contingente, cette représentation est structurée, appuyée sur des caractéristiques factuelles et des institutions, qui peuvent être décrites et analysées : ainsi, les plus graves problèmes d’identité n’empêchent pas que l’identité d’un sujet soit ancrée dans un corps, instituée par un nom propre et par une signature. De même, l’identité sexuée, quoique soumise à maintes variations socio-historiques (13), ne peut se modifier d’un mot ou d’un trait de plume, étant composée à la fois de réalités physiologiques, d’expériences psychiques, de procédures administratives et, éventuellement, de manipulations cosmétiques, prises dans un système symbolique et juridique fortement institué (14). De même encore, s’agissant de l’identité nationale, elle repose sur des propriétés récurrentes tels qu’un État, une langue, une conscience historique, un patrimoine, une mémoire collective (15): vue sous cet angle, la notion d’« identité nationale » peut devenir un objet de recherche ou de réflexion qui ne soit instrumentalisé ni par la mémoire militante et le nationalisme (16) ni, à l’inverse, par la stigmatisation a priori de tout attachement patriotique.Il n’est guère aujourd’hui de notion qui, davantage que celle d’identité, subisse les ravages intellectuels qu’engendre le déni des représentations, dans une conception binaire du monde qui ne laisse-rait exister que des faits bruts ou des illusions, du naturel ou de l’artificiel, du donné ou du fabriqué, du nécessaire ou du contingent : une conception qui ignore le poids des réalités sociales et des institutions, des traces mémorielles et des images mentales, des catégories et des mots – qui ignore, autrement dit, ce qui fait la spécificité de l’existence humaine dans un monde partagé.L’identité a donc des limites, non parce qu’elle serait une réalité factuelle et inamovible, mais parce que, en tant que représentation soutenue par des données objectivables, elle n’est pas accessible à toutes les manipulations individuelles, à toutes les modifications fantasmatiques. Faut-il s’en désoler ? Ce serait là adhérer à une conception de l’identité qu’Elias stigmatisait comme celle de l’Homo clausus, l’individu fermé sur lui-même, indépendant de toute interaction, de toute influence de et sur autrui : un individu qui pourrait donc être totalement libre ou, du moins, non déterminé – mais qui serait du même coup irrémédiablement seul. Et la juriste Muriel Fabre-Magnan a raison d’évoquer à ce sujet ce que la contrainte juridique peut avoir de protecteur pour les individus : « Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. (17) »Car les limites, ce sont d’abord les mots et les catégories qui nous permettent de nous orienter dans le monde, et c’est aussi ce qui nous permet de nous coordonner avec autrui, de faire commerce avec les autres, de cultiver en paix les interdépendances qui nous construisent, tout autant que nos libres mouvements. Et parmi les nombreuses limites qui bornent notre monde tout en l’organisant, les limites identitaires – notre sexe, notre âge, notre profession, notre origine géographique ou sociale, notre religion si nous en avons une, notre nationalité, voire notre sexualité si nous en faisons une façon de nous définir – ne sont pas les moins efficaces pour nous aider à être au monde sans risquer de nous y perdre.

1. Cet article reprend en les développant une partie des propositions présentées dans Nathalie Heinich, Ce que n’est pas l’identité, Gallimard, 2018.

2. « L’illusion essentialiste » consiste à « figer et réifier ce qui est intrinsèquement fluctuant, mouvant et diversifié » (Pierre-André Taguieff, « Être français : une évidence, un “je-ne-sais-quoi” et une énigme », Dogma. Revue de philosophie et de sciences humaines, mars 2016).

3. Vincent Descombes, Les Embarras de l’identité, Gallimard, 2013, p. 174.

4. Norbert Elias, Du temps (1984), Fayard, 1996, p. 53, note 1.

5. Cf. Paul Ricœur, Temps et récit, Seuil, 1984.

6. Cf. Anthony Giddens, Modernity and Self-Identity. Self and Society in the Late Modern Age, Polity Press, 1991.

7. Cf. notamment Alex Mucchielli, L’Identité, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1986, p. 7.

8. Erving Goffman, Stigmate (1963), Minuit, 1975, p. 74.

9. Cf. Pierre Bourdieu, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 62-63, juin 1986.

10. Cf. Nathalie Heinich, « Pour en finir avec “l’illusion” biographique », L’Homme, n° 195-196, juillet-décembre 2010 (repris dans Sortir des camps, sortir du silence, Les Impressions nouvelles, 2011).

11. Sur ce sophisme qui alimente malheureusement les tendances les plus naïves du féminisme et de la « théorie du genre », cf. Nathalie Heinich, Le Bêtisier du sociologue, Klincksieck, 2009.

12. Jacques Derrida, Parages, Galilée, 1986, p. 252.

13. Cf. notamment Élisabeth Badinter, XY. De l’identité masculine, Odile Jacob, 1992.

14. Cf. notamment Pierre Legendre, Sur la question dogmatique en Occident, Fayard, 1999 ; Jean-Pierre Lebrun, Un monde sans limites. Essai pour une clinique psychanalytique du social, Érès, 1997.

15. Cf. Pierre Nora, « Les avatars de l’identité française », Le Débat, n° 159, mars-avril 2010.

16. Idem, p. 18-19.17. Muriel Fabre-Magnan, L’Institution de la liberté, Presses universitaires de France, 2018, p 220.

Voir aussi:

Fabre-Magnan : l’interdit n’est pas l’ennemi de la liberté
Dans « L’Institution de la liberté », Muriel Fabre-Magnan critique le désir de faire reconnaître par le droit certaines pratiques individuelles. Entretien.
Propos recueillis par Gabriel Bouchaud
13/10/2018
Le Point
Muriel Fabre-Magnan est professeure de droit à l’université Paris-1.

Le Point : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ? La liberté telle qu’elle est garantie par le droit est-elle menacée ?

Muriel Fabre-Magnan : Une des raisons qui m’ont poussée à écrire ce livre était la lassitude de voir des termes juridiques employés à contresens, comme le contrat ou le consentement, qu’on associe toujours à la liberté dans le grand public, alors qu’en réalité, pour un juriste, qui dit contrat et consentement dit au contraire que l’on renonce à une partie de sa liberté ; le contrat n’est pas le mode normal de l’exercice des libertés. Je voulais alors souligner le risque de retournement de la liberté qui en résulte. Le lexique utilisé dans le cadre de débats de société conduit en outre souvent à polariser les opinions. La question de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est un excellent exemple. On trouve un camp qui pousse à une interprétation toujours plus individualiste des droits de l’homme par la CEDH et un autre qui condamne de façon générale les droits de l’homme. Le Royaume-Uni, par exemple, avait menacé de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme avant même le Brexit. Il me semble possible et préférable de trouver une voie alternative : il faut en effet défendre les droits de l’homme, qui sont une avancée démocratique essentielle, et la CEDH a ainsi rendu une série d’arrêts extrêmement précieux, par exemple pour condamner l’état des prisons, garantir le respect des droits de la défense ou encore dénoncer des pays qui se livrent à des traitements inhumains ou dégradants. Et, en même temps, la CEDH dérape parfois dans ses arrêts et abuse de ses prérogatives. Seule une analyse juridique précise permet de démonter les rouages, comprendre à quel endroit exact se fait ce dérapage et d’essayer d’y remédier. Sinon, on est inévitablement conduit à adopter une position excessive dans un sens ou dans un autre.

La conception de ce qu’est la liberté a-t-elle beaucoup évolué dans les dernières décennies ? Y a-t-il une confusion dans les termes que l’on emploie à cause de cette évolution ?

C’est effectivement très récemment que ce terme de liberté a pris un sens général, et presque philosophique, qui est celui du droit pour les individus de mener leur vie comme ils l’entendent. La liberté est devenue la faculté de pouvoir faire tous les choix pour soi-même, ce qu’on appelle aujourd’hui un droit à l’autonomie personnelle. Cet énoncé peut certes sembler satisfaisant dans un cadre autre que juridique, mais demander au droit de garantir que les personnes puissent faire ce qu’elles veulent quand elles veulent conduit à l’effet inverse et à un risque de retournement de cette liberté. Si, en effet, le droit doit garantir à toute personne la possibilité de faire ce qu’elle veut, y compris de renoncer à sa liberté, on finit évidemment par détruire le concept même de liberté.

Vous citez le proverbe du renard libre dans le poulailler libre qui, sous couvert d’une liberté absolue de tous, garantit un retour de la loi du plus fort sur le plus faible…

Tout à fait. Et, comme le soulignent plusieurs auteurs, l’ultralibéralisme économique ou sociétal sont les deux faces d’une même médaille. La liberté est souvent revendiquée pour que les autres puissent se mettre à notre disposition. La faculté de renoncer à sa liberté n’est cependant pas la liberté. Plus généralement, ce qu’on appelle une protection des personnes contre elles-mêmes, et qui est dénoncé comme une forme de paternalisme étatique, est en réalité toujours une protection des personnes contre autrui. L’exemple de la prostitution est assez typique, et il illustre aussi un des autres points que je voulais souligner dans ce livre, à savoir que tous les débats contemporains, sociétaux ou économiques qui posent la question de la licéité sont toujours appréciés par rapport au seul critère du consentement. Cela signifie que l’on ramène tout à un débat interindividuel quand il serait plus pertinent de s’interroger, par exemple, sur les politiques économiques et sociales donnant aux personnes une plus grande faculté de choix de vie. Que signifie le consentement d’une prostituée si elle n’a pas d’autre choix que de consentir ?

Vous soulignez un écart entre l’encadrement de facto des pratiques sexuelles et la demande d’encadrement de ces pratiques. Le droit a-t-il cette vocation ?

La liberté sexuelle implique la faculté pour chacun d’avoir la sexualité de son choix sans avoir à subir aucune discrimination. Mais pourquoi l’État devrait-il donner sa bénédiction à chaque nouvelle pratique ? De même, la contractualisation des relations sexuelles n’est pas la meilleure façon de protéger juridiquement contre les agressions sexuelles ni de respecter le consentement des personnes. Si on contractualise, on s’oblige à ces pratiques. Or la liberté consiste en la capacité de pouvoir refuser un rapport initialement consenti.

Pour vous, le droit doit-il plutôt représenter un horizon de ce que la société devrait être, à travers des garanties, ou encadrer ce qui existe déjà ?

Les deux aspects coexistent. Le droit doit tenir compte des évolutions sociales, mais il est aussi un horizon tracé pour une société. Il est en effet de l’ordre du devoir-être. Les juristes opposent toujours le fait et le droit, donc le réel et ce qui doit être. Le droit est, dans une société, les valeurs et les objectifs sur lesquels les personnes s’accordent. Pour vivre ensemble, il est nécessaire de définir un projet commun, lequel peut évidemment évoluer dans le temps. Le terme d’institution de la liberté cherche à exprimer l’aspect dynamique de cette liberté et le rôle que le droit doit jouer pour la garantir. On ne naît pas libre, on le devient, et c’est ce processus d’émancipation que doit soutenir le droit.

Voir également:

Christophe Guilluy: « NOTRE MODÈLE DE SOCIÉTÉ N’EST PLUS VIABLE »
Valérie Toranian
Revue des deux mondes
avril 2019

Il fut le premier à théoriser et à populariser le concept de France périphérique, cette France des classes populaires vivant à l’écart des grands centres urbains. Sans surprise, la cartographie de ces territoires délaissés par la République se superpose à celle des ronds-points envahis par les « gilets jaunes » depuis le 17 novembre 2018. L’auteur de No Society analyse les racines profondes de cette fracture française et interpelle les élites dirigeantes. Si rien ne bouge après le mouvement des « gilets jaunes », s’inquiète le géographe, « la tentation d’un totalitarisme soft » nous guette.

«Revue des Deux Mondes – Comment qualifier la séquence des « gilets jaunes » ? Est-ce une révolte, une révolution, une insurrection, une jacquerie ?

Christophe Guilluy J’essaye de ne pas voir dans un mouvement contemporain une résurgence d’un épisode du XIXe ou du XXe siècle. Nous ne sommes pas dans la révolution française, ni dans Mai 68, cela ne ressemble à aucun mouvement social connu. Le mouvement peuple contre élites. histoire d’une France brisée social classique se caractérise par un lien entre la classe populaire et la bourgeoisie, et par des relais au sein des milieux intellectuels et journalistiques. Les « gilets jaunes » sont en dehors des partis et des syn-dicats ; ils n’ont pas de représentant politique, intellectuel, culturel. Le mouvement naît après trente ans de ce que Christopher Lasch (1) a appelé la sécession des élites ; les classes populaires ont répondu par ce que je qualifie de marronage – « on va voir ailleurs ». Et ce « on va voir ailleurs » donne des mouvements non structurés, aux revendications tous azimuts. C’est toute la symbolique du « gilet jaune » : je veux être vu. Nous sommes dans une crise démocratique, intellectuelle et une crise de représentation : la scission du monde d’en haut a abouti à un assèchement de la pensée. Ces catégories populaires ne sont plus incarnées. J’ai parlé de France périphérique. Le concept n’a pas toujours été bien compris. Je suis géographe mais je ne crois pas au territoire. Un territoire ne veut rien dire ; ce qui compte, ce sont les personnes vivant sur ce territoire. Celui-ci peut changer du jour au lendemain si la population change. Il n’y a pas de déterminisme géographique, j’explique d’ailleurs exactement le contraire. Le concept a été élaboré à partir de travaux réalisés avec un autre géographe, Christophe Noyé ; nous repérions les espaces où vivaient les catégories modestes, c’est ce que nous avons appelé un indicateur de fragilité sociale : nous partions donc des personnes ; nous nous moquions de savoir si celles-ci vivaient à la campagne, dans une petite ville, dans une ville moyenne… la question était de repérer les territoires où il y avait une majorité de classes populaires : ouvriers, employés, « petites gens », paysans. Ce socle, potentiellement majoritaire, se situe aujourd’hui, le plus souvent, en dehors des grands centres urbains. Les quinze plus grandes métropoles représentent 40 % de la population comme en 1968, cela n’a pas changé. La recomposition sociale dans ces villes, elle, a changé : hier vous aviez dans Paris une composante populaire, avec des ouvriers, des « petites gens » ; tout cela s’est réduit comme peau de chagrin ; la partie populaire des grandes métropoles est désormais constituée par les quartiers « sensibles ».

Les grandes métropoles se caractérisent par leur dynamisme économique, c’est là que se concentre l’essentiel des richesses. Il y a donc une dimension économique, sociale, culturelle. Et une plus grande mobilité sociale, contrairement aux trois quarts des classes populaires dispersées dans la France périphérique. On le constate lors des plans sociaux : on demande aux salariés d’aller vivre dans un territoire où il y a de l’emploi – c’est ce qu’on avait dit aux femmes de Moulinex et aux « bonnets rouges ». Seulement quand vous êtes propriétaire d’une maison dans ces territoires-là, vous ne pouvez pas acheter ou louer à Paris, à Nantes ou à Toulouse. Les logiques foncières rendent l’accès à la ville très difficile et les gens ne veulent pas vivre dans les logements sociaux, là où se concentrent les populations immigrées. La France périphérique n’est pas une géographie ni une cartographie de la pauvreté : la France métropolitaine compte aussi des pauvres. Comme hier, la bourgeoisie instrumentalise la question de la pauvreté : la vieille bourgeoisie catholique redistribuait quelques subsides aux populations pauvres et niait le prolétariat ; aujourd’hui, la nouvelle bourgeoisie, ce que j’appelle la « bourgeoisie cool », met en avant banlieues et minorités et nie l’existence d’une France périphérique. Dans les deux cas, on oppose les classes populaires aux pauvres pour nier une question sociale majoritaire.

Revue des Deux Mondes – Vos détracteurs vous reprochent d’opposer la France périphérique des « petits Blancs » à la population issue de l’immigration, des quartiers populaires des métropoles, qui bénéficieraient de plus de subventions que la France périphérique. Les pouvoirs publics en ont-ils trop fait avec la politique de la ville et pas assez avec la France périphérique ?

Christophe Guilluy Je ne l’ai jamais dit ni écrit ! La France périphérique, dans laquelle se classent d’ailleurs les départements et territoires d’outre-mer, n’est pas exclusivement blanche. Il suffit de se balader en France pour le constater. Concernant les quartiers de la politique de la ville, on peut rappeler que les quartiers sensibles de petites et moyennes villes de la France périphérique sont plus pauvres que les quartiers de logements sociaux de Seine-Saint-Denis. Cela s’explique par le fait que le dynamisme économique y est beaucoup plus faible. Pourquoi autant d’attention aux banlieues des grandes villes ? Parce qu’elles se situent dans les grandes métropoles, là où vivent les élites, les prescripteurs d’opinion, là où est le business. On n’a pas intérêt à ce que ces territoires explosent. Aucun gouvernement de droite ou de gauche n’a remis en cause la politique de la ville. On ne peut réaliser un diagnostic objectif de la politique de la ville si l’on ne prend pas en compte le fait que ces quartiers sont devenus des sas : on y entre, on en sort. Dès qu’on a intégré le marché de l’emploi, on cherche à quitter les lieux. Ces populations partantes sont remplacées par des populations venues de l’extérieur, beaucoup plus précaires. En fait, il y a une instrumentalisation des questions autour de l’immigration alors que le sujet est consensuel dans la population : tout le monde souhaite la régulation des flux migratoires. Selon les sondages, 65 à 80 % des Français sont pour l’arrêt de l’immigration. Ces Français ne sont pas tous blancs ; ils sont aussi noirs, maghrébins, etc. Ces questions sont clivées non pas ethniquement mais socialement. La demande de régulation émane des « petits » Blancs, des « petits » Noirs, des « petits » Maghrébins, des « petits » musulmans. Elle est majoritaire en France, en Europe, aux États-Unis, en Algérie, au Maroc, en Israël. La question de la régulation s’impose. Elle est devenue idéologique, alors qu’elle ne pourra se traiter que sur des critères pragmatiques et réalistes. J’ai travaillé par le passé sur la question du logement social à Paris dans le XIXe arrondissement et c’est à cette occasion que j’ai développé le concept d’insécurité culturelle. Ma mission était de comprendre pourquoi les gens demandaient des changements d’attribution de logement alors qu’ils habitaient des quartiers où il n’y avait pas trop de violence ni trop de trafic de drogue. Toutes ces demandes émanaient d’immeubles dans lesquels il y avait eu un turnover important : les Blancs étaient déjà partis et à leur tour les populations maghrébines se trouvaient dans des situations d’insécurité culturelle par rapport à de nouvelles populations comme les Tchétchènes, etc. Ce qui n’a rien de scandaleux : on souhaite tous vivre dans des immeubles où tout ne change pas en permanence, dans lesquels on peut communiquer avec ses voisins et partager des valeurs communes. Cela n’interdit pas l’accueil, mais personne ne souhaite devenir minoritaire. C’est une question anthropologique : quand on est minoritaire, on dépend de la bienveillance de la majorité. J’avais travaillé sur les populations juives et leur déplacement en région pari-sienne dès les années deux mille. Je travaillais avec des gens de gauche et je pensais que dénoncer l’antisémitisme serait une évidence. Or pas du tout. On m’a sévèrement critiqué pour cela.

Revue des Deux Mondes – La société multiculturelle est-elle un échec ?

Christophe Guilluy La société multiculturelle, c’est la société où l’autre ne devient pas soi. À partir du moment où l’autre ne devient pas moi, la loi du nombre joue. Nous avons besoin de préserver un capital social et un capital culturel. C’est fondamental, quelles que soient votre origine et votre religion.Revue des Deux Mondes – Croyez-vous encore en l’efficacité du modèle républicain ?

Christophe Guilluy J’y ai longtemps cru. Je suis très proche des idées de Jean-Pierre Chevènement. Avant, j’étais proche du Parti communiste, lorsque celui-ci représentait les classes populaires ; Georges Marchais dénonçait les flux migratoires qui représentaient une menace de dumping social : vous verrez, prédisait-il en 1981, la droite et l’élite de gauche nous traiteront de « beaufs », de racistes. C’est aussi ce qu’on a vécu avec les « gilets jaunes » : en quarante-huit heures, le mouvement est devenu xénophobe, antisémite, homophobe, sexiste, etc.

Revue des Deux Mondes – Il y avait des radicaux. Et des antisémites comme Alain Soral et Dieudonné. Alain Finkielkraut a été agressé ver-balement par un antisémite…

Christophe Guilluy Le nouvel antisémitisme s’est répandu dans la société et l’incident avec Alain Finkielkraut en est une illustra-tion mais qui n’est pas représentative des « gilets jaunes ». La technique d’invisibilisation et de délégitimisation des classes populaires remonte aux années quatre-vingt, quand la gauche a abandonné la question sociale. La vieille technique de l’antiracisme et de l’antifascisme est devenue une arme de classe : on se protège en délégitimant le diagnostic des gens d’en bas. Il y a autant de racistes, d’antisémites et d’homophobes dans le monde d’en haut sauf qu’ils sont beau-coup plus discrets. L’antisémitisme de gauche, appelé antisionisme, est culturellement très puissant. Ce n’est pas le monde d’en bas qui contourne la carte scolaire à Paris et qui déscolarise ses enfants des collèges à majorité d’immigrés. Ce sont des bons bobos parisiens de gauche.

Revue des Deux Mondes – Les mouvements sociaux vont-ils devenir de plus en plus violents ?

Christophe Guilluy Le « gilet jaune » n’est pas un saint. Tous les mouvements sociaux dégénèrent et sont aujourd’hui violents. La question est l’instrumentalisation de la violence. Même si les gens la condamnent, ils l’instrumentalisent : elle attire les médias. Les barri-cades sur les Champs-Élysées ont fait la une du New York Times. Par ailleurs, ces mouvements n’ont plus rien à voir avec des mouvements sociaux traditionnels. L’idée de réunir le plus de personnes possible pour aller d’un point A à un point B afin d’obtenir quelque chose est com-plètement dépassée. On a un mouvement du XXIe siècle sans représen-tant, sans corps intermédiaires, sans revendications claires. Il vaut mieux mille manifestations de cent personnes qu’une manifestation de cent mille personnes à Paris.Revue des Deux Mondes – Marie Le Pen est-elle la candidate naturelle des « gilets jaunes » ?

Christophe Guilluy Une fraction importante ira vers le parti le plus en dehors du système, le plus ostracisé. C’est pour cela que Jean-Luc Mélenchon perd : c’est un ancien sénateur, il fait partie du système. Tous les mouvements populistes sont structurés autour de la même sociologie : l’ancien socle de la classe moyenne occiden-tale (ouvriers, employés, petits indépendants…) et une même géo-graphie : en général, les zones les plus éloignées des grandes métro-poles mondialisées (zones rurales, petites villes, villes moyennes, en excluant évidemment la ville riche du coin). Il s’agit toujours de la même spirale : d’abord vous avez une désaffiliation, puis un marronnage, une abstention et/ou un vote populiste plus ou moins majoritaire. À chaque fois on retrouve les mêmes indicateurs : reléga-tion culturelle, éloignement des territoires, perte de pouvoir d’achat, parfois pauvreté. À chaque fois on retrouve les mêmes catégories : l’Allemagne périphérique se compose de l’ex-Allemagne de l’Est et des franges rurales en Bavière dans des régions riches. L’Italie péri-phérique, c’est le Mezzogiorno avec certaines franges rurales et de petites communes dans le Nord qui regroupent constamment les mêmes catégories. Ainsi, l’électorat de la Ligue du Nord se compose de petits indépendants mais aussi d’ouvriers et d’employés. Même chose en Suède : l’émergence des populistes suédois a été un choc dans ce pays, considéré comme le modèle absolu. Le vote d’extrême droite est pourtant très fort dans le nord du pays, dans le Sud rural et dans les petites villes désindustrialisées.
Revue des Deux Mondes – Certaines catégories, comme les retraités, qui étaient hostiles aux extrêmes pourraient-elles basculer ?
Christophe Guilluy Emmanuel Macron s’est fait élire par des gagnants du système, des retraités et une partie de la fonction publique. Ces deux catégories, qui représentaient le dernier socle de résistance à la tentation populiste, sont celles qu’il a le plus fragilisées économi-quement ! Les retraités ont fait le Brexit au Royaume-Uni parce que les pensions de retraite sont quasi nulles et que l’État-providence s’est effondré depuis les années quatre-vingt. La protection sociale n’existe pas. Quand vous n’avez rien à perdre, vous êtes prêt à faire basculer les choses.
Revue des Deux Mondes – Le statut des retraités en France est différent…
Christophe Guilluy Les retraités ont très longtemps été re la ti-vement protégés. La pension médiane est de 1 100 euros. Il faut mettre un bémol : le retraité de la Côte d’Azur n’est pas celui du fin fond de la Creuse. La hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) fragilisait des catégories modestes. Pour le pouvoir, c’était prendre un risque important. Le système tient grâce à ces catégories-là, surtout dans un pays qui vieillit. La droite grâce aux retraités, et la gauche grâce aux fonctionnaires. Ce sont les dernières catégories issues de la classe moyenne qui sont encore debout. Mais pour combien de temps ? Nous sommes dans un processus que j’appelle de sortie de la classe moyenne. C’est du temps long, cela a commencé avec les ouvriers (la désindustrialisation), puis les paysans, les employés, les petits indépendants, etc. et ce, en touchant à des territoires très différents : les zones industrielles du Nord et de l’Est, certaines zones rurales, puis les villes moyennes, avec la désertification commerciale…
Revue des Deux Mondes – Vous dites que la classe moyenne a dis-paru en tant que classe intégrée économiquement et référente culturellement…
Christophe Guilluy Auparavant, les partis politiques s’adressaient à elle. Ils la représentaient et portaient ses aspirations. Les intellectuels aussi s’adressaient à cette classe moyenne, dans laquelle on trouvait les ouvriers, les employés, les fonctionnaires, des universitaires… Tout s’est rompu avec le modèle économique mondialisé : il y a désormais deux catégories d’emplois, très qualifiés et précaires, qui se retrouvent dans les grandes métropoles avec la population précaire et immigrée et les catégories supérieures. Ce qui disparaît, c’est la classe moyenne et ses emplois. C’est vrai à Paris comme à New York, à Milan ou à Stockholm. Le modèle mondialisé n’a plus besoin du socle représenté par la classe moyenne. On a une déconnexion entre l’économie et la société. C’est la première fois que cela arrive. Avant, l’économie fai-sait société : elle intégrait. Il y avait une logique vertueuse, avec une intégration politique. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La croissance au XXIe siècle est une croissance sans emploi, et s’il y a croissance de l’emploi, elle va se concentrer toujours dans les mêmes lieux. Elle ne bénéficie pas aux catégories populaires.
Revue des Deux Mondes – N’est-ce pas un peu facile et excessif d’accuser la mondialisation, le néolibéralisme et l’Europe de tous les maux ?
Christophe Guilluy Le débat pour ou contre la mondialisation est stupide, comme le débat pour ou contre le multiculturalisme. Les classes populaires ne sont pas contre la mondialisation, contre l’Europe. Aujourd’hui elles sont contre un modèle qui ne leur a pas été bénéfique, c’est différent.On a besoin des grandes métropoles, qui créent deux tiers du PIB, ce produit intérieur brut qui n’a cessé d’augmenter ces qua-rante-cinquante dernières années. Nous sommes de plus en plus riches. Si le modèle ne fonctionnait pas, on le changerait. La ques-tion est : comment faire société avec une économie qui divise de plus en plus, et qui ne permet pas d’intégrer les autres ? La mondialisation continuera à produire des inégalités, à renforcer les fractures géogra-phiques. Comment compenser ses effets négatifs ? Certains secteurs stratégiques essentiels ne doivent-ils pas être protégés ? On peut ima-giner des modèles mixtes. Il faut être pragmatique. Faire vivre des projets contradictoires, voilà les vertus essentielles de la démocratie. Le modèle actuel n’est plus viable. Ce qui émerge n’est pas le retour de l’ancien monde contre le nouveau – les « gilets jaunes », par leur sociologie, incarnent le nouveau monde. La question fondamentale qui se pose est : comment faire cohabiter tout le monde, soit par exemple, au Royaume-Uni, la City et les brexiters ? Car le Royaume-Uni, c’est bien la City et les brexiters, pas l’une contre les autres. Nous devons impérativement donner du pouvoir aux élus des terri-toires les plus fragilisés. On a fait le contraire avec la réforme territoriale : les pouvoirs se concentrent dans les grandes métropoles, qui sont déjà hégémoniques culturellement et économiquement.
Revue des Deux Mondes – Emmanuel Macron a fait appel aux maires. Sont-ils les bons interlocuteurs ?
Christophe Guilluy Oui, les maires ou les présidents de conseils départementaux. Je ne suis pas un nostalgique du département. Que l’on fasse disparaître les départements dans des espaces où se trouvent les grandes métropoles, comme le département du Rhône ou les départements franciliens, ne me choquerait pas. Je suis dans une logique pragmatique : nous avons des métropoles, profitons-en, supprimons ces départements et donnons à ces métropoles la politique sociale pour qu’elles gèrent elles-mêmes toute la politique de la ville. Cela permettrait de faire baisser la tension chez certains habitants ruraux, persuadés que l’on donne tout aux banlieues. On peut de cette façon imaginer des organisations différentes et souples. En revanche, sur les autres territoires, le département me semble assez pertinent : il favorise la connaissance des élus de leur territoire. Les présidents de conseils départementaux que j’ai rencontrés, qu’ils soient de droite ou de gauche, connaissent parfaitement leur terri-toire. Ils sont très bons, savent quelles sont les entreprises qui fonc-tionnent ou non, quelles sont les zones en difficulté, les populations au chômage, etc. Mais ils n’ont aucun pouvoir, aucune compétence économique. Le département est devenu un guichet social, avec le RSA (revenu de solidarité active) à payer, les dépendances pour les personnes âgées, etc. C’est illogique. Nous avons là des territoires qui doivent penser leur développement de manière souple et décentralisée. Qu’il y ait de l’emploi ou non dans cette France périphérique ne changera absolument rien au niveau du PIB. On gagnerait peut-être 0,1 % de PIB. En revanche, et c’est fondamental, cela fera société : les gens seront économiquement et culturellement intégrés.
Revue des Deux Mondes – Rien ne sera possible sans une recon-naissance culturelle de la classe moyenne, dites-vous. Par quoi cela passe-t-il ?
Christophe Guilluy Il faut penser la question du modèle d’intégra-tion. Les Américains, les Britanniques, les Scandinaves, les Allemands, qui ont tous des modèles différents, ont le même débat. Aucun modèle ne fonctionne. Toutes ces sociétés deviennent multiculturelles ; elles ont toutes fragilisé le socle de la classe moyenne. Vous ne pouvez pas avoir d’intégration et d’assimilation si les classes populaires et moyennes ne sont pas respectées culturellement. Hier, les gens qui arrivaient en France ne se disaient pas « je vais épouser le modèle assimilationniste républicain, celui des Lumières et de la révolution française ». L’intégration et l’assimilation fonctionnaient parce que l’immigré avait envie de ressembler à son voisin ouvrier ou employé dans son quartier. C’est la même chose aux États-Unis. L’American way of life n’était pas unique-ment porté par Hollywood, James Stewart ou New York. Il était porté par l’ouvrier américain. Quand cet ouvrier devient le looser culturel et économique, personne n’a envie de lui ressembler. Le modèle d’assimi-lation ne fonctionne plus. Le modèle, pour certains Français musul-mans, peut alors devenir celui d’un islam politique identitaire.
Revue des Deux Mondes – La question de l’islam politique n’est pas uniquement liée au facteur économique. Ne sous-estimez-vous pas la résurgence identitaire de l’islam au niveau mondial ?
Christophe Guilluy Hier, les valeurs de la République s’incar-naient dans un mode de vie : il était hors de question de porter un voile ou une kippa dans la rue ; ce n’était pas une loi, décidée d’en haut, cela ne se faisait tout simplement pas dans le quartier. Pas besoin de grands discours, ni même de pression sociale. On voulait partager des valeurs, être intégré économiquement, respecté culturellement… C’est fini. À partir des années quatre-vingt, nous avons commencé à basculer à la fois démographiquement et politiquement dans la société multiculturelle.
Revue des Deux Mondes – Au moment où la gauche « renonce au peuple » ?
Christophe Guilluy Oui, le basculement date de 1983 et depuis – et on ne le dit pas assez – les banlieues n’ont jamais participé à aucun mouvement social. Pire, aucun mouvement social n’a émergé des ban-lieues. C’est un fantasme complet. Il y a eu des émeutes, et c’est tout. SOS Racisme était une émanation du Parti socialiste, ce n’était pas quelque chose de spontané. L’intelligentsia a survalorisé la banlieue, la considérant comme un prolétariat de substitution ; elle pensait qu’un mouvement social émergerait, mais rien n’a eu lieu. Les gens ne se reconnaissent pas dans les mouvements sociaux qui sont ceux de la classe moyenne, ceux des catégories dénigrées.Revue des Deux Mondes – Se reconnaissent-ils dans des combats identitaires ?
Christophe Guilluy Oui, car il ne reste plus que cela. Une mani-festation cégétiste du 1er Mai est un truc de « beauf blanc » du point de vue de la banlieue, et non quelque chose censé vous représenter. La gauche en banlieue ne représente rien. Elle gagne les élections avec des taux d’abstention de 80 %. Les classes populaires se moquent é per-dument des représentations politiques et syndicales.Revue des Deux Mondes – Pourquoi Emmanuel Macron est-il détesté à ce point ?

Christophe Guilluy Emmanuel Macron s’est fait élire sur une image un peu subversive, il avait compris que le clivage gauche-droite était terminé. Il avait aussi compris que la classe moyenne, telle qu’elle existe aujourd’hui, allait disparaître. Seulement il n’est pas allé au bout ; il aurait dû penser contre lui-même, ne pas enfiler les chaussons du libé-ralisme le plus échevelé et encourager ce qui marche. Le pouvoir et les élites ont oublié les classes moyennes. Il est d’ailleurs frappant de remarquer à quel point le monde de la culture s’est relativement peu engagé en faveur des « gilets jaunes », à son début, avant les violences, alors qu’il fut le premier à se manifester en faveur de mouvements comme « Nuit debout ». Si ce monde ne prend pas au sérieux les catégories qui sont dans la rue aujourd’hui, eh bien les populistes qui jouent jusqu’à présent le jeu de la démocratie ne le joueront plus demain. Les réactions du monde d’en haut à l’égard des « gilets jaunes » m’effraient un peu. C’est la première fois dans l’histoire des mouvements sociaux, sauf erreur, que des intellectuels, des journalistes et des universitaires ont essayé de prou-ver à quel point ces gens finalement ne vivaient pas si mal : ils possédaient un écran plat, un smartphone, etc. Lorsqu’il y a des mouvements de cheminots, des manifestations de la CGT, se demande-t-on si le cheminot possède une grande télévision ou s’il part en vacances sur la Côte d’Azur ? Est-on allé dans le salon des émeutiers de banlieue ? On essaie de faire passer le message : « mais de quoi se plaignent-ils ? » Tout cela reflète quelque chose de plus profond, de manque de légitimation de ce peuple et de mépris de classe. Personne n’aurait osé faire un tel constat lors des émeutes en banlieue ou pendant les grèves de 1995.

Revue des Deux Mondes – La gauche a-t-elle une carte à jouer ?

Christophe Guilluy Le schéma gauche-droite est dépassé. Les individus sont sociaux et identitaires. La droite y voit un révélateur de la droitisation de la société. La gauche, elle, évoque un mouvement social. C’est stupide. Il n’y a pas de droitisation de la société française mais simplement des gens qui dressent un constat sur leur vie : cela va du pouvoir d’achat à l’immigration en passant par le culturel. C’est« notre modèle de société n’est plus viable  lun bloc. La demande est d’abord une demande d’intégration et de respect culturel : « j’existe, je veux continuer à exister ». Tout cela se diffuse aussi dans le champ culturel. Le Prix Goncourt 2018, Nicolas Mathieu (2), a dit : « J’ai fait le roman de la France périphérique. »Revue des Deux Mondes – Le mouvement des « gilets jaunes » peut-il déboucher sur un mouvement comme 5 étoiles en Italie ?

Christophe Guilluy Le Mouvement 5 étoiles est plutôt sur la dimension sociale et la Ligue du Nord est plutôt sur la dimension culturelle et identitaire. C’est cette combinaison-là qui est gagnante. Je ne crois absolument pas au grand clash, au grand soir. Je crois au mouvement réel des sociétés, celui du plus grand nombre. La demande majoritaire est simple : un travail, une intégration économique – et non un revenu universel, les gens ne veulent pas la charité. Emmanuel Macron a émergé en six mois environ. Un Beppe Grillo français peut-il émerger dans le même laps de temps ? Tout est possible.

Revue des Deux Mondes – Êtes-vous optimiste ou pessimiste ?

Christophe Guilluy Je crois au soft power des classes populaires. Leurs demandes, parce qu’elles sont majoritaires, parce qu’elles repré-sentent la société elle-même, s’imposeront et fragiliseront intellectuel-lement le monde d’en face. Après le mouvement des « gilets jaunes », il va falloir bouger ou alors ce sera la tentation d’un totalitarisme soft. Soit on croit à la démocratie, soit on n’y croit pas. J’y crois encore. Le monde d’en haut va-t-il parvenir à faire sa révolution culturelle et intellectuelle ? Il ne s’agit pas de se faire hara-kiri, il s’agit de penser un peu contre soi-même. De toute façon, il n’a pas le choix. Le peuple n’a pas disparu.

1. Voir l’entretien avec Renaud Beauchard, « L’actualité de Christopher Lasch », dans ce même numéro, p. 56.

2. Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Actes sud, 2018.

Voir de plus:

Ce fléau du politiquement correct qui divise la gauche américaine
Laure Mandeville
Le Figaro
17 octobre 2019

En Amérique, chaque saison universitaire apporte désormais son épisode à la chronique ubuesque de la vie des campus et de la frénésie idéologique robespierrienne de ses « justiciers sociaux ». En 2017, les errements du collège Evergreen, dans l’État de Washington, avaient défrayé la chronique, quand un professeur de biologie, Bret Weinstein, progressiste déclaré, fut pris à partie pour avoir refusé de participer à « une journée de l’absence » blanche organisée par des associations d’étudiants de couleur anti-racistes. Venu donner ses cours, Il fut encerclé par des activistes l’ accusant de racisme et l’appelant à démissionner très agressivement. Des vidéos finirent par révéler les séquences pathétiques durant lesquelles les professeurs d’ Evergreen énuméraient en public « les cartes de leurs privilèges » (être blanc, homme, hétéro, éduqué, etc.), afin d’ aider au rétablissement de la justice sociale. Quand Weinstein demanda pourquoi il était accusé de racisme, on lui répondit que le demander était raciste. Sa « blanchité » le mettait d’entrée de jeu dans le camp du « racisme systémique » , concept qui fait fureur dans les départements d’ études critiques d ‘outre-Atlantique (et de plus en plus hélas en France).

Au terme d ‘une négociation, l’administration, qui avait pris lâchement le parti de la rébellion étudiante, fut condamnée à verser à Weinstein 500 000 dollars en échange de sa démission. Il fut aussi reçu devant une commission du Congrès mise en place par les républicains.

Mais l’épidémie du « politiquement correct » continua, portée par l’idée qu’il faut interdire tout discours qui pourrait « offenser » les sensibilités des minorités. En 2018, c’était au tour de Christina Hoff Sommers, philosophe féministe de gauche, d’être forcée de partir au milieu d’un discours au College Lewis and Clark. Accusée de fascisme pour avoir osé dire que toutes les différences entre les genres ne sont pas sociales ! La fonction délibérative de l’université, où la recherche de la vérité doit faire l’objet d’un débat, se retrouve menacée. L’idéologie de la justice sociale imprègne largement le programme des démocrates, qui comptent sur l’arc-en-ciel des minorités « opprimées » pour gagner en 2020. Ce prisme identitaire a joué un rôle clé dans le succès de Donald Trump, par effet boomerang. Des bataillons d’ électeurs blancs des classes populaires ont plébiscité ses écarts de langage, y voyant « un bol d’air frais » alors que ses prédécesseurs républicains s’ étaient pliés poliment aux règles de bienséance verbale des élites libérales. L’un des effets collatéraux de cette « libération » trumpienne du langage a été l’apparition de hordes racistes qui font, elles, un usage inquiétant de leur liberté de parole, nourrissant les arguments des extrémistes de l’anti-racisme. Mais l’un des éléments notables de cette bataille vient du malaise grandissant des libéraux de l’ancienne génération, à gauche mais désormais pris à partie par les vigles du politiquement correct. Selon Jamie Kirschik, de la Brookings Institution, nombre d’élus démocrates n’ oseraient pas s’ exprimer , de crainte d’être « lynchés » par les « justiciers » de leur camp sur les réseaux sociaux. Tocqueville et ses interactions locales entre citoyens, seule garantie d’une démocratie protégée « des errements de l’opinion publique », paraissent bien loin.

Voir encore:

Laure Mandeville: «En persistant à jouer la carte identitaire, les démocrates aident Trump»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – La fin de son mandat approchant, le président américain continue d’alimenter les polémiques. Laure Mandeville, grand reporter pour Le Figaro, analyse sa stratégie et ses chances de remporter à nouveau les élections présidentielles face à un camp démocrate divisé.

Alexandre Devecchio et Louise Darbon
2 août 2019

Laure Mandeville est grand reporter chargée des enquêtes sur l’Europe et les États-Unis au Figaro. Elle est l’auteur de Qui est vraiment Donald Trump? (Éditions des Équateurs, 2016)


FIGAROVOX.- Donald Trump a été très critiqué pour une série de déclarations jugées racistes. Il semble jouer avec la même rhétorique que lors des dernières élections, va-t-on revivre la même campagne qu’en 2016, sans renouveau dans le camp républicain?

Laure MANDEVILLE.- Comme disent les observateurs américains, Trump fera toujours du Trump! Il ne faut donc pas s’attendre à un changement de style, mais cela n’exclut pas les surprises qui font partie de l’arsenal politique du président américain. Depuis son entrée en politique en juin 2015, il n’a pas bougé d’un iota dans son comportement, multipliant les déclarations à l’emporte-pièce, et déclinant les mêmes thèmes dans un style qui a créé un véritable tremblement de terre politique. C’est une sorte d’ouragan fait homme. Armé de son compte Twitter, et désormais fort de la chambre d’écho formidable que lui donne le «pupitre» présidentiel, il scandalise, indigne, choque, se permet presque tout dans la rhétorique, même l’indécence. Comme le soulignait récemment le professeur de science politique de Harvard, Harvey Mansfield lors des Conversations Tocqueville, de ce point de vue, c’est clairement un adepte de Machiavel: tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins.

Trump ne changera pas car ce n’est pas un politicien classique. Contrairement à la plupart des politiques traditionnels, qui s’en tiennent encore à des règles de bienséance communément admises, (ce qui pourrait changer dans l’avenir à son exemple), il est sans filtre. Il est donc capable de parler comme le gars du café du commerce, qui assis au comptoir, déclare que ceux qui ne sont pas contents «n’ont qu’à rentrer chez eux», ce qu’il a fait il y a quelques jours. En ce sens, pour reprendre là encore, une formule de Mansfield, il représente le côté «vulgaire de la démocratie» au sens littéral du terme Vulgaire. Il donne une voix au Vulgus, au peuple.

Ses adversaires y voient la preuve de son «racisme» envers les minorités de couleur. Donald Trump est-il raciste?

Ses récentes déclarations sont indignes d’un président vis-à-vis d’élues qui sont des citoyennes américaines. Cette inadéquation de la rhétorique hante beaucoup d’observateurs, qui se demandent, non sans raison, quel impact de long terme sur les mœurs politiques aura l’abaissement de la fonction présidentielle, car jusqu’ici, le président se devait d’être un exemple. Mais je ne vois pas pour autant Trump comme un raciste prêt à discriminer quelqu’un sur sa couleur de peau, pas plus qu’il n’est «anti-femme», à mon avis, contrairement à ce que soutiennent là encore ses ennemis politiques. Aurait-il sinon suggéré à la célèbre star démocrate de la téléréalité Oprah Winfrey, une Afro-américaine, d’être son binôme quand il envisageait déjà une campagne présidentielle dans le passé? Je peux me tromper, mais je vois plutôt Trump comme un gars grandi dans la banlieue new-yorkaise de Queens dans les années 50, habitué au multiculturalisme mais surtout aux rapports de force, et ayant l’habitude de ne prendre de gants avec personne, quelle que soit sa couleur ou son sexe. Ceci dit, il joue sur tous les tableaux pour aller à la chasse aux voix, sans se préoccuper de savoir si cela peut exciter les franges minoritaires racistes, ce que ses adversaires ont beau jeu de souligner. Mais Trump sait surtout que beaucoup d’Américains sont réceptifs au coup de gueule qu’il a poussé et ses électeurs n’apprécient pas que les élues de la gauche démocrate aient le culot de comparer les camps installés sur la frontière mexicaine par la police des frontières avec des camps nazis (car cette comparaison est tout à fait absurde). Alors il pousse son avantage. Il a compris qu’il pouvait profiter du radicalisme de ces quatre jeunes députées, pour coller à l’ensemble du parti démocrate une image extrémiste. De ce point de vue, beaucoup estiment qu’il a trouvé son thème pour 2020. Se présenter comme un rempart contre l’extrémisme culturel de la Gauche tout en vantant son bilan économique.

Les thèmes de la campagne de 2016 restent extrêmement porteurs auprès de son électorat.

Il ne faut pas s’attendre à un changement de thèmes de campagne, car ceux que le président a lancés sans crier gare dans la conversation électorale en 2016, restent extrêmement porteurs auprès de son électorat: l’immigration hors de contrôle, l’ouvrier américain mis sur la touche par la globalisation et la délocalisation massive, l’importance de rétablir du coup une forme de protectionnisme. La bataille contre la Chine. Le retour à une forme de nationalisme et de restreinte en matière d’interventions extérieures, au motif que l’Amérique, en portant seule le fardeau de gendarme du monde, s’est affaiblie. Et bien sûr la bataille contre le politiquement correct. Regardez d’ailleurs son nouveau slogan de campagne, ce n’est pas «Rendre sa grandeur à l’Amérique» comme en 2016, c’est désormais «Maintenir la grandeur de l’Amérique», ce qui veut dire la même chose, sauf qu’il sous-entend qu’il a tenu ses promesses.

Sa popularité est en hausse chez les sympathisants républicains et reste stable dans l’ensemble du pays. Jusqu’à présent, ses multiples provocations ne lui ont rien coûté sur le plan électoral, est-ce parti pour continuer?

Donald Trump est adoré par sa base, détesté par l’autre partie du pays, et toléré par les élites du parti républicain, qui à l’exception d’un petit bataillon de «Never Trumpers» (les Jamais Trumpistes), essaient de s’accommoder de sa présidence, à défaut de pouvoir l’influencer (parce qu’ils estiment que le camp démocrate est pire). Bien sûr, il y a dans les rangs du centre, chez les indépendants susceptibles de voter alternativement à droite ou à gauche, et chez une partie des républicains modérés des gens qui sont très embarrassés par les mauvaises manières de Trump et ses dérapages. Je me souviens que pendant sa campagne de 2016, beaucoup de ses électeurs fronçaient les sourcils et disaient qu’ils aimeraient qu’il apprenne à «fermer parfois sa grande gueule». Mais ils ajoutaient aussi qu’il ne fallait pas prendre les sorties de Trump de manière littérale, et qu’eux ne le faisaient pas. Les troupes trumpiennes ont toujours reconnu les défauts de Trump, mais elles sont passées outre car elles ont vu en lui l’homme capable de dire des vérités que personne ne voulait plus entendre, notamment sur la question des frontières (son idée qu’un pays sans frontières n’est plus un pays). Les électeurs républicains et la partie des ex-démocrates qui ont voté pour lui ont soutenu Trump, parce qu’il est indomptable et qu’ils voient en lui l’homme qui a porté leur rébellion contre le système jusqu’au cœur de la Maison blanche. Ils ont le sentiment qu’il n’a pas changé et ne les a pas trahis, et d’une certaine manière, c’est vrai.. Il reste leur homme. Regardez la vigueur il essaie contre vents et marées de faire construire son fameux Mur.

Le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif.

Je pense que ses électeurs le soutiennent aussi d’autant plus que les démocrates n’ont jamais renoncé à l’expulser du pouvoir, le déclarant illégitime depuis le premier jour et maintenant ouverte la possibilité d’une destitution jusqu’à aujourd’hui. Pour la base républicaine, cet acharnement contre Trump est la meilleure preuve qu’il est l’homme qu’il leur faut. L’acharnement des médias mainstream à son encontre joue aussi en sa faveur. C’est trop voyant, trop unanime, trop obsessionnel, le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif. Beaucoup de gens à droite sont fatigués de Trump, voire exaspérés. Ils s’inquiètent aussi à juste titre de son mode de fonctionnement purement tactique, du chaos qui règne dans son équipe, où tout est suspendu à ses humeurs et ses derniers tweets. Mais ils en ont marre, aussi, de l’anti-trumpisme primaire et constatent que l’apocalypse économique et politique qui avait été annoncée à l’arrivée de Trump n’a pas eu lieu. L’économie affiche une santé insolente, malgré toutes ses foucades, le président n’a pas déclenché la guerre nucléaire que tant d’observateurs annonçaient vu sa supposée «folie». Bien sûr, son action suscite bien des controverses et donne le vertige. Reste ouverte la possibilité d’un dérapage en politique extérieure, si ses interlocuteurs chinois, nord-coréens ou iraniens décident de le tester. Mais ce que nous ne mesurons pas bien, c’est si l’embarras et l’inquiétude que suscite Trump sont supérieurs à la satisfaction que suscite sa capacité à s’élever contre les élites. C’est sans doute dans ce dilemme que se jouera l’élection.

L’opinion publique n’est cependant pas majoritairement acquise à sa cause: sa présidence n’a-t-elle pas finalement exacerbé les divisions entre les Américains (divisions sur lesquelles ont pu jouer les démocrates)?

La question du degré de division de l’Amérique est un sujet sur lequel tout observateur des États-Unis finit par s’interroger. S’accroît-elle ou est-elle une donnée persistante, dont on oublie seulement l’acuité avec le temps? La présidence Trump l’a-t-elle exacerbée? Quand les Américains vous disent qu’ils n’ont jamais vu «division pareille», on a tendance à les croire sur parole, mais on réalise ensuite qu’ils oublient parfois largement l’intensité des fractures du passé, alors qu’elles ont toujours été là. Entre le Sud anciennement ségrégationniste et le Nord largement abolitionniste, entre la droite chrétienne conservatrice et les libéraux laïques. Entre l’Amérique démocrate des côtes, et le pays profond du milieu. Entre les partisans de l’État minimal et les partisans du New Deal et des lois sociales…L’opposition entre la gauche américaine et les Mccarthystes dans les années 50 était-elle vraiment moins profonde que celle des démocrates et des républicains sous Trump? Et que dire de la bataille jonchée de cadavres des années 60 pour arracher les droits civiques des Noirs sous Kennedy et sous Johnson, puis des divisions sociétales autour de la guerre du Vietnam? A-t-on oublié les furieuses batailles sous Reagan, sous Clinton, sous les Bush Père et fils, puis sous Obama, qui devait pourtant réconcilier l’Amérique bleue des démocrates et l’Amérique rouge des républicains? Qu’est-ce qui change sous Trump par rapport au passé?

Il règne un véritable climat de « guerre civile politique  ».

En dehors de la personnalité même du président, qui a effectivement le plus haut taux d’impopularité d’un président, les vieux routiers de la politique washingtonienne citent la disparition quasi-totale des ailes modérées des deux camps, qui ne sont plus vraiment représentées au Congrès, ce qui rend de plus en plus difficile la création de compromis. Les compromis exigeaient la volonté de «travailler avec l’autre aile». Mais ce champ s’étiole faute de «soldats» désireux de coopérer. La radicalisation du champ de l’information sous l’effet des réseaux sociaux participe aussi à l’accroissement des fossés, car on ne partage plus les mêmes faits! Du coup, on est dans un combat sans répit et un dialogue de sourds, dont l’issue semble être de vouloir annihiler l’autre camp, au lieu de le laisser vivre. La manière dont la confirmation du juge Bret Kavanaugh a tourné au pugilat, à l’automne, a été à cet égard très significative, car les «troupes» des deux camps ne se sont pas privées d’envoyer des «commandos de militants» huer et menacer les élus qui avaient pris des positions nuancées contraires à l’orthodoxie du parti, pour ou contre le juge suprême!

Il me semble qu’entre Trump et les démocrates, la confrontation est presque devenue un jeu de rôles ; une sorte de théâtre, où chacun s’enferme dans son personnage ou son parti…Trump est traité de «raciste», lui dénonce à son tour le caractère «anti-américain» de ses adversaires, et cela s’enflamme. C’est comme si ces deux forces se nourrissaient l’une l’autre. Le problème est de savoir comment tout cela est reçu «en bas», chez les électeurs de base. J’ai peur qu’à force de jouer la carte de l’ennemi, les gens finissent par se haïr vraiment. Les attaques seront-elles encore pires en 2020 qu’en 2016? C’est possible car dans les deux partis, ce sont les plus vocaux et les plus extrêmes, qui couvrent le débat de leur brouhaha et semblent donner le «la». Il règne un véritable climat de «guerre civile politique». Il faut espérer que la violence ne sortira pas du cadre verbal.

Trump devra-t-il adopter une stratégie particulière pour élargir sa base électorale?

L’élection se jouera à nouveau à la marge dans les États clé du Midwest, mais aussi en Floride, au Nevada ; dans le Missouri, tous ces États violets, à moitié rouges et à moitié bleus, où la question de la participation et donc de la mobilisation de la base sera clé….Il faudra aussi aller chercher les électeurs au centre, ces fameux indépendants ou ces démocrates reaganiens, qui se définissent comme conservateurs et qui tout en votant souvent démocrate pour des raisons historiques, ne se reconnaissent plus dans le parti démocrate actuel, parti trop à gauche. Dans le cas de Trump, cela veut dire qu’il lui faut persister dans son approche ouvriériste de défense de l’ouvrier américain et de renégociation musclée des conséquences de la globalisation, bref, miser sur son cœur de cible, en présentant l’adversaire comme une armée de radicaux inquiétants.

Il ne faut pas sous-estimer la capacité de Trump à l’emporter à nouveau en 2020.

Si certains observateurs notent que Trump part avec un désavantage car il va devoir convaincre les électeurs désabusés par ses scandales et sa pusillanimité, il ne faut pas sous-estimer sa capacité à l’emporter à nouveau, qui est très réelle, même si rien ne peut être prédit aujourd’hui, vu l’éloignement de la date. Car il présente aussi des avantages. Il n’a peur de rien, il tient ses promesses (en tout cas certaines!). Il est drôle et il crée sans cesse l’évènement. L’ancienne porte-parole du Pentagone Dana White que j’interviewais récemment, estime qu’ «il sera réélu d’abord parce qu’il est le président sortant, un avantage énorme, deuxièmement parce que l’économie affiche des chiffres excellents, notamment en matière de chômage, mais aussi parce que le pays ne devient pas plus violet, mais plus rouge là où il est rouge, et plus bleu là où il est bleu, ce qui signifie que Trump devrait gagner à nouveau le MidWest». White remarque à juste titre qu’ «il y a une majorité silencieuse dans ces États pivots qui pense que le président Trump se bat pour eux-mêmes quand le combat tourne au pugilat» . Élément intéressant, Trump est aujourd’hui aussi populaire que Reagan au même moment, ce qui veut dire qu’il pourrait aussi surprendre et faire mieux que la dernière fois chez les minorités, le taux de chômage des noirs par exemple, ayant atteint un seuil à la baisse historique. Surtout, Trump pourrait bénéficier d’un cru démocrate où les candidats capables de s’imposer dans le fameux Midwest ne sont pas légion, en dehors de l’ancien vice président Joe Biden, originaire de Pennsylvanie, et qui a été récemment l’objet d’une attaque en règle de la Gauche identitaire du parti démocrate, qui l’accuse de sexisme et de racisme, rien de moins!

Une procédure de destitution à l’encontre de Trump a échoué à la chambre des Représentants pourtant contrôlée par les démocrates. Est-ce que cela témoignerait d’une division également présente au sein du camp démocrate? Est-ce que cela pourrait profiter à Trump en pleine campagne pour sa réélection en 2020?

Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, le parti démocrate a été si sonné et si ulcéré de le voir gagner au détriment de la «reine Hillary» qu’il a conclu à son illégitimité. Il en a fait un repoussoir, un diable qui finirait par être expulsé de la Maison Blanche, rapidement. Pendant deux ans et demi, leur stratégie a donc consisté à attaquer chaque sujet sous l’angle de la personnalité de Trump, au lieu de prendre la mesure des problèmes que son élection révèle. Ainsi par exemple de la question de la migration, approchée seulement sous l’angle de la «cruauté» de Trump, de sa folie et de son racisme supposés, sans aucune tentative de prise en compte de la crise migratoire aiguë réelle, qui se joue à la frontière avec le Mexique. Mais cette stratégie a échoué à atteindre son but et de ce point de vue, l’intervention du procureur spécial Robert Mueller devant le Congrès, qui n’a pas apporté confirmation de l’attitude criminelle du président en matière d’obstruction (même s’il a clairement eu la tentation d’arrêter l’enquête), ni trace d’une collusion avec la Russie, marque la fin d’un cycle.

En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates ont sanctuarisé Trump.

Si une centaine d’élus souhaiteraient poursuivre la procédure de destitution, une partie très substantielle du camp démocrate n’en veut pas, persuadé que cette stratégie serait perdue d’avance et qu’il est temps de passer à l’ordre du jour. Dans ce camp, figure notamment la Speaker de la Chambre Nancy Pelosi, mais aussi toute une série d’élus des États du MidWest, qui souhaiteraient aussi s’éloigner du parti pris idéologique centré sur la défense des minorités, la fameuse «politique des identités», pour revenir à une approche plus sociale des dossiers et construire une alternative crédible à Trump, prenant en compte les problèmes qu’il a soulevés. L’autre camp, qui regroupe notamment le fameux commando des 4 élues en bataille contre Trump, mais aussi une grande partie des élites intellectuelles, veut persister dans l’entreprise de destitution du président avec une ferveur quasi religieuse. D’après ce que rapporte l’analyste James Kirchick de la Brookings Institution, la bataille qui se joue en coulisses pour trancher ce désaccord est si féroce qu’un groupe d’élus démocrates modérés aurait fait passer discrètement récemment auprès des journaux américains un sondage révélant la faible popularité de la jeune pasionaria de gauche Alexandra Ocasio Cortez et de ses trois alliées. Cette offensive ne se fait pas au grand jour, car bien des élus ont peur d’être accusés de racisme et ne veulent pas donner d’armes à Trump. Du coup, les démocrates se retrouvent presque forcés d’endosser des propositions incroyablement radicales venues de la gauche sur le financement de l‘assurance médicale pour les illégaux en situation irrégulière, la nécessité de dissoudre les services d’immigration ICE. Une radicalisation qui ouvrira un boulevard à Trump dans le Midwest si l’aile modérée ne parvient pas à contenir ces élans.

Le paradoxe est que cette approche excessive permet à Trump de se recentrer et de passer par pertes et profits tous ses gigantesques travers, et notamment sa sous-estimation inquiétante des attaques russes sur les élections américaines. En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates l’ont presque sanctuarisé…Leur persistance à jouer la carte identitaire, et à tenter de rassembler toutes les minorités, femmes y compris, contre «le patriarcat de «l’Homme blanc» qu’il incarnerait supposément, pourrait lui servir de tremplin. Si on ajoute à ça, ses excellents chiffres économiques et l’absence de leader clair et incontesté face à lui, on voit à quel point la bataille va être difficile pour les démocrates. Encore une fois, la manière dont ils ont attaqué Joe Biden, le seul candidat susceptible de concurrencer Trump dans les États pivots du MidWest, révèle le piège dans lequel ils pourraient se laisser enfermer. Il faut en effet reconnaître qu’accuser de racisme supposé, l’homme qui a été le vice président du premier président noir de l’Histoire des États-Unis ne manque pas de sel…

Voir aussi:

« Aux États-Unis, les écrivains et artistes s’autocensurent par peur du lynchage »
PROPOS RECUEILLIS PAR EUGÉNIE BASTIÉ
Le Figaro
17 octobre 2019

LE FIGARO – Certains critiques ont comparé votre roman au Bûcher des vanités de Tom Wolfe. Que pensez-vous de cette comparaison ?

Seth GREENLAND. – Je suis un grand fan de Tom Wolfe depuis que j’ ai lu Acid Test quand j’avais 17 ans et j’ai beaucoup aimé Le Bûcher des vanités. J’ai lu tous ses romans et je pense, d’ailleurs, que c’est son meilleur. Quelques similitudes existent, bien évidemment, avec Méca-nique de la chute. Un puissant homme blanc américain tue accidentellement un homme noir et les problèmes sur-viennent. Mais, globalement, les similitudes s’arrêtent là. Tom Wolfe, malgré son indéniable talent de conteur, n’est pas un auteur axé sur la psychologie. J’ai écrit un roman psychologique dans lequel le lecteur a constamment accès à l’intériorité du héros, Jay Gladstone, mais également à celle de tous les personnages principaux. Contrairement à Sherman McCoy, obscur trader dans le roman de Wolfe, Jay Gladstone est une personnalité publique vivant à l’ère d’internet. Son malheur est inéluctable-ment lié aux circonstances particulières de son épo-que, celle de la po-pulace de Twitter, des fusillades policières et du politiquement correct. En outre, Gladstone est juif et l’un des thè-mes de mon livre est la relation historique tendue entre Juifs et Afro-Américains aux États-Unis.

Vous décrivez très habilement les mécanismes du politiquement correct. Diriez-vous que le politiquement correct reste une réalité incontestable dans I’Amérique d’aujourd’ hui ?

Le débat national sur le politiquement correct en est venu à définir l’époque dans laquelle nous vivons. Commençons par définir cette expression : le politique-ment correct, dans son sens le plus élémentaire, désigne la sensibilité aux sentiments des autres. La plupart des êtres humains rationnels, à savoir ceux qui ne sont pas des sociopathes, peuvent convenir que pour vivre dans une société pacifique et productive, faire preuve d’une certaine sensibilité aux sentiments des autres est une bonne chose. Examinons, à présent, le contexte historique. Depuis la fondation de l’Amérique et jusqu’à très récemment, les femmes, les homo-sexuels, les Afro-Américains et d’autres groupes marginalisés n’ont pas eu le même accès aux avantages que confère la citoyenneté américaine que les hommes blancs chrétiens. La plupart des Américains se sont mis d’accord au fil des cinquante dernières années pour dire que cela devrait changer et notre société s’est transformée à tel point que nous avons déjà eu un président noir (qu’est-ce qu’il nous manque ! ) , que les couples gays peu-vent se marier et que les portes qui étaient fermées aux femmes sont désormais grandes ouvertes. Ainsi, même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, les choses ont évolué. Toutefois, cela n’ est pas suffisant pour une certaine partie de la gauche qui estime que l’échelle des privilèges doit être inversée. Dans cette vision du monde, les groupes qui étaient auparavant marginalisés devraient maintenant être privilégiés et in-versement. Comme la situation a été trop injuste pendant très longtemps, des gens de gauche bien intentionnés s’attellent à réparer toutes les inégalités en même temps, ce qui conduit à une sorte de pé-riode jacobine de rectitude morale (mais sans la guillotine), un concept familier aux lecteurs français.

Telle est la bataille qui se déroule en Amérique aujourd’hui. La gauche est perçue comme trop semsible et la droite comme ignorante et anhistorique. Ces deux manières de les présenter recèlent, chacune, une part de vérité. Pour un écrivain, ce contexte est troublant. Alors que les jugements critiques émanaient autrefois de la seule droite, ils émergent aujourd’hui avec la même vigueur, voire avec plus de virulence, de la gauche qui, tout en prétendant abhorrer l’héritage de Staline, n’est que trop heureuse d’imiter son approche de la culture. Aux États-Unis, existent désormais deux phénomènes : la call-out culture (culture de la dénonciation), qui signifie que si une personne fait une déclaration perçue comme une chose à ne pas dire, elle se fera lyncher sur Twitter, mais aussi la cancel culture (littéralement «culture de l’effacement »), une version encore plus acerbe de la call-out culture, dont le but est littéralement de ruiner la carrlère de la personne en question. La situation est intenable et manque cruellement d’humour. L’humour fait, à présent, l’objet d’une surveillance étroite. La poli-ce de l’humour est partout, ce qui tombe plutôt bien puisqu’un clown occupe la Maison-Blanche.

Votre personnage principal,

Jay Gladstone, est un milliardaire démocrate juif persuadé d’ être du côté du progrès, mais il est sévèrement critiqué par sa propre fille qui étudie le genre et la race à l’université. La morale de cette histoire est-elle que les libéraux sont dévorés par leurs propres héritiers ? Même si ce n’était pas mon intention lorsque j’ai commencé à écrire ce livre, la relation entre Jay Gladstone et sa fille Aviva reflète ce qui se joue actuellement au sein du Parti démocrate où l’aile gau

che (Aviva) lutte avec le centre (Jay) pour prendre le contrôle du parti. Pour Aviva et ses amis, Jay est un capitaliste vorace et les idées progressistes qu’il défend sont tout sauf convaincantes. À gauche, il existe toutes sortes de tests de pureté conçus pour déterminer si quelqu’un est suffisamment woke (éveillé, conscient des injustices qui pèsent sur les minorités, NDRL), une expression qui s’est répandue depuis que j’ai commencé à écrire le livre et qui signifie, globalement, être favorable au programme de l’ extrême gauche. À l’heure actuelle, aux États-Unis, la « gauche éveillée » est en conflit avec les progressistes traditionnels et ma crainte est que cette lutte fratricide pourrait conduire à la réélection de Trump.

Sans entrer dans un débat sur la politique publique, ces désaccords entre gens de gauche arrivent au plus mauvais moment. Défendre les droits des personnes transgenres pour qu’elles puissent utiliser les toilettes qu’elles veulent est certes important, mais cela ne devrait pas faire partie du débat national, en ce moment, si l’objectif est de se débarrasser de Trump.

Votre livre décrit également la chute d ‘un homme incapable de se défendre. Êtes-vous préoccupé par la notion de lynchage médiatique à I’ère des réseaux sociaux ?

Bien que les réseaux sociaux aient leur utilité (je vais tweeter un lien vers cette interview!), ils sont, en grande partie, un ramassis de déchets toxiques et l’un des aspects les plus inacceptables de ce nouveau monde dans lequel nous vivons est le lynchage qui s’y déroule. « Lyncher » est un mot profondément chargé d’histoire aux États- Unis, pour des raisons évidentes, mais en tant que verbe qui décrit une exécution extrajudiciaire métaphorique, il est difficile de trouver mieux. Puisque la culture de la honte reste particulièrement ancrée dans le pays (à l’exception de Donald Trump qui n’a honte de rien), se faire lyncher sur les réseaux sociaux reste un véritable problème pour la plupart des gens à qui cela arrive. Alors, est-ce que cela m’inquiète ? Oui, bien sûr. L’un des effets secondaires regrettables de ce phénomène est que les écrivains et les artistes s’autocensurent désormais, bien plus qu’ils ne l’auraient probablement fait avant l’ avènement de Twitter et de ses esprits prompts à s’enflammer. C’est un contexte difficile pour les personnes créatives et cela nous ramène à votre question précédente sur le politiquement correct. La gauche et la droite sont tout aussi coupables d’essayer de détruire des gens sur les réseaux sociaux, mais il faut bien avouer que, dans cet exercice, la gauche est bien meilleure.

Quand on généralise la souffrance, on a le communisme. Quand on particularise la souffrance, on a la littérature, écrivait Philip Roth dans J’ai épousé un communiste. Êtes-vous d’ accord ? Je suis ravi que vous parliez de Philip Roth. Cela m’offre l’opportunité de vous dire à quel point j’admire son œuvre. Je suis d’accord avec ce qu’il a écrit à pro-pos du communisme et de la littérature. La littérature est un antidote parfait à l’idéologie puisqu’elle exalte l’individu.

Elle nous permet d’accéder à la conscience d’une autre personne dans une plus grande mesure que toute autre forme d’art. Elle favorise l’empathie, ce qui est rare de nos jours, et l’appréciation de la nuance.

Voir également:

De Mickaël Harpon, au pilote de Germanwings, en passant par les tueurs de masse : la crise du sens qui ébranle le monde occidental
Atlantico
13 octobre 2019

Atlantico : On en sait désormais davantage sur le profil de Mikhaël Harpon, le tueur de la Préfecture de Police de Paris. Comme l’a indiqué Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur : « La piste privilégiée est celle d’un individu passant à l’acte au nom d’un « projet personnel ». Les tueurs de ces dernières semaines sont des « loups solitaires » ne faisant partie d’aucune organisation politique les poussant à agir. Faut-il conclure que leurs motivations sont spirituelles ?

Bérénice Levet : Je ne parlerai pas de « loup solitaire », cette expression est sans fondement, Gilles Kepel l’a puissamment établi : quand bien même Mickaël Harpon aurait agi seul, il s’inscrit dans un faisceau de relations, son acte est directement inspiré par les vidéos diffusées par les réseaux islamistes.

On ne saurait qualifier ces tueries de spirituelles. La vie de l’esprit est une chose trop noble pour les en gratifier. Gardons-nous de confondre le prêt-à-penser délivré par le discours islamiste avec le travail de la pensée. La vie de l’esprit est d’abord inquiétude au sens étymologique du terme, c’est-à-dire non repos. Elle suppose la passion d’interroger. Socrate, le premier des philosophes, lui-même se compare un taon. Autant de choses étrangères aux terroristes.

Qu’entendait Laurent Nuñez par la formule « projet personnel » ? Sans doute lui-même l’ignore-t-il ! Permettez-moi à cet égard, une brève parenthèse. La question de la langue, des mots pour dire les choses, est absolument décisive en ce domaine, comme dans tous les autres d’ailleurs : il ne pourra y avoir de politique à la hauteur des défis que l’islamisation de la France nous pose, aussi longtemps que nous en resterons à cette langue de carton. Même si naturellement, cela ne saurait suffire. On le voit avec notre Président qui excelle dans l’art de nommer les choses, il n’a pas craint de parler d’ « hydre islamiste », de volonté de « sécession » de l’islam politique, mais comme si c’était une fin en soi. Je ne demande qu’à être détrompée, mais jusqu’à présent, Emmanuel Macron s’est seulement distingué, par rapport à ses prédécesseurs, dans l’exercice de ce que le philosophe Clément Rosset appelait la « perception inutile » : « C’est une perception juste, explique-il, qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. […] J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, […] je persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu ».

J’en reviens à votre question. Si j’exclus de parler d’actes à caractère spirituel, il me semble en revanche pertinent de les qualifier d’idéologiques, au sens littéral qu’Hannah Arendt donnait à ce terme dans les Origines du Totalitarisme, comme « logique d’une idée » c’est-à-dire reposant sur un grand récit d’une cohérence extrême qui « ne se rencontre

nulle part dans la réalité », qui offre ceci de formidablement réconfortant pour l’esprit humain qu’il « permet de tout expliquer jusqu’au moindre événement ». Évidemment cela a un prix, pour pouvoir ainsi tout expliquer, il faut « s’affranchir de toute expérience », « s’émanciper de toute réalité que nous percevons au moyen de nos cinq sens et affirmer l’existence d’une réalité “plus vraie” qui se dissimule derrière les choses que l’on perçoit ». D’où l’adhésion à l’idéologie complotiste.

Bertrand Vergely : Il est surprenant d’entendre dire de la part du ministre de l’intérieur ainsi que de son secrétaire d’État que la tuerie qui a eu lieu à la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme. Certes, cette tuerie n’a pas été faite par une bande organisée comme cela a été le cas de la tuerie du Bataclan en 2015. Mais tout de même, si ce n’est pas du terrorisme qu’est-ce ? Dans la façon dont les medias ainsi que les responsables politiques distinguent la tuerie de la Préfecture de Police du terrorisme, on sent comme une peur d’apparaître comme raciste en les reliant. Ce comportement est d’autant plus étrange que Jeudi 10 Octobre le ministre de l’Intérieur a interdit la tenue d’une manifestation à Gonesse lancée par un activiste s’insurgeant contre l’amalgame entre la tuerie de la Préfecture de Police et le terrorisme islamiste. Il faut savoir : ou il n’y a aucun lien et dans ce cas on n’interdit pas la manifestation prévue à Gonesse, ou il y a lien et dans ce cas on le dit.

En vérité, une fois de plus, à chaque fois qu’un attentat islamiste a lieu on passe davantage de temps à expliquer que cela n’a rien à voir avec l’islam et qu’il ne faut pas faire d’amalgame qu’à comprendre pourquoi il s’agit d’un attentat effectivement islamiste.

L’islamisme fascine un certain nombre de jeunes. La raison en est simple. Il leur offre de pouvoir jouer avec la violence en toute légitimité en reconnaissant cette violence comme un acte héroïque au nom des valeurs supérieures Quand l’islamisme attire et recrute il le fait de trois façons : par le combat militaire direct, par l’attentat en bande organisée ou bien par l’action purement solitaire comme celle du tueur qui se précipite au milieu d’une foule avec un couteau en tuant au nom de « Allah Akbar », « Dieu est grand ». Le ministre de l’intérieur pense que la tuerie de la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme parce qu’elle est le fait d’un tueur isolé et non d’une bande. Il néglige le fait que tuer de façon solitaire est recommandé par Daech depuis sa défaite. Quand donc un tueur agit de façon solitaire, il est le terrorisme à lui tout seul. C’est d’ailleurs pour cela qu’il tue, être le terrorisme à lui tout seul étant ce qui le fascine.

La spiritualité est ce qu’il y a de plus élevé dans la vie humaine. Résidant dans le fait de pratiquer l’esprit qui est présence et intelligence de la présence, cette expérience est tellement passionnante que l’on pense à tout sauf à aller égorger ses semblables. Quand il y a tuerie cela ne peut jamais venir de la spiritualité mais plutôt de son absence. Dans l’Islam on trouve des courants religieux comme le soufisme qui, étant d’une haute spiritualité, sont totalement éloignés de la violence qu’ils réprouvent. Il y a cependant des courants religieux qui sont radicalement le contraire en prêchant la violence. Ces courants reproduisent ce à quoi on assiste toujours quand on a affaire à un maniement primaire des idées à savoir d’abord l’apparition d’un système politique ou religieux prétendant tout expliquer, puis transformation de cette théorie prétendant tout expliquer en théorie prétendant tout régler pratiquement, enfin transformation de cette théorie prétendant tout régler pratiquement en projet de dictature, puis passage à l’acte et mise en place de la dictature par des actes au sein d’une milice, d’une bande ou seul. Dans les années soixante dix le gauchisme en Europe a fonctionné sur ce mode. Aujourd’hui c’est l’islamisme, avec parfois une convergence de luttes entre gauchisme et islamisme débouchant sur l’islamo-gauchisme. Pour comprendre ce qui se passe, autrement dit, ne faisons pas l’erreur de parler de religion ou de spiritualité. Parlons plutôt du poids des images et des idées à l’intérieur du champ religieux, politique, social et culturel, la violence terroriste étant le fait de l’emprise des mots, des images, des idées, des idéaux et derrière eux de la passion de « la solution finale » pour tout, que ce soit la pensée, la pratique, la religion, la culture et l’humanité dans son ensemble.

À la base des tueurs n’y a-t-il pas une crise spirituelle ? Et cette crise n’est-elle pas le résultat de la déconstruction des repères traditionnels (famille, religion, patriotisme) qui donnaient un sens à la vie ? 

Bérénice Levet : Sans exonérer un instant les coupables de leur responsabilité – on pactise toujours en première personneavec le diable –, il est difficile de ne pas penser que l’attrait qu’exerce l’islamisme sur une partie des musulmans soit sans lien avec la philosophie et l’anthropologie qui nous gouvernent depuis les années 1970. Le péché originel du progressisme est d’avoir prêté des vertus émancipatrices à la désaffiliation et à la désidentification d’avoir prétendu que l’individu serait d’autant plus libre, plus original qu’li serait délié de toute héritage. Depuis lors, l’éducation consiste en une succession de désidentifications : désidentification religieuse, désidentification nationale, et désormais, dernier avatar de ce processus, désidentification sexuée et sexuelle. d’abord religieux, ensuite national. Le retrait de l’identité nationale – seule identité à fabriquer du commun, à cimenter un peuple – a permis l’offensive actuelle des identités particulières, et singulièrement du communautarisme musulman.

Quand nous travaillons avec obstination à délester l’individu de tout passé, de toute histoire, l’islamisme leur livre un kit identitaire n’autorisant aucun jeu, aucun écart ; quand nous nous faisons un devoir de lever tous les interdits, l’islam radical parle d’autorité, imposant prescriptions, proscriptions à ses recrues, leur confie des missions, meurtrières assurément mais qui donnent un sens, dans la double acception du mot, une signification et une direction, à leur vie.

La propagande islamiste vient ainsi moins satisfaire un irrésistible besoin de spiritualité ou de religion que combler un vide creusé par l’éducation et la pensée progressistes. Les communiqués djihadistes diffusés en français jouent de cet argument d’un besoin spirituel ou religieux sacrifié par l’Occident et tout particulièrement par la France, opposant ce « pays faible [qui] abrutit son peuple de divertissement » à l’État islamique dont chaque membre est « un combattant en puissance, ayant suivi un entraînement militaire, faisant la guerre pour sa foi, espérant le paradis éternel s’il est tué ». L’abrutissement des masses par l’industrie de l’entertainment est parfaitement indifférent à un islam qui n’exècre rien tant que l’esprit des Lumières et la passion du questionnement, du discernement. Notre enfoncement dans le consumérisme et l’utilitarisme travaille assurément contre nous. « La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne », écrivait ainsi en 2011 le journaliste américain Christopher Caldwell. Kamel Daoud a très bien raconté comment, dans sa jeunesse, il se laissa harponner par la rhétorique des Frères musulmans : « L’offre religieuse donnait du sens à mon corps, à ma sexualité, à mon rapport à la femme, à l’au-delà, etc. L’effondrement philosophique est plus grave que l’échec économique. »

Bertrand Vergely : Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec la violence il importe de distinguer ce qui nous est propre, l’attentat d’extrême droite en Allemagne et les attentats islamistes de Paris et de Manchester. La crise spirituelle liée à la déconstruction nous concerne. Elle ne concerne pas l’extrême droite allemande et les islamistes. La France a été un pays catholique. Puis elle a été un pays républicain. Aujourd’hui la déconstruction ne veut ni du catholicisme ni de la République mais l’ultra-démocratie et l’individualisme absolu. Cela se traduit non pas par un terrorisme physique faisant des attentas mais par un terrorisme intellectuel jouant à fond la carte du politiquement correct, de l’ultra-féminisme et de l’ultra-écologie. Via cette radicalité on voit s’exprimer un désir de liberté et de pureté comblant une mystique qui n’a pas lieu. Il n’y a pas d’attentat physique, mais il convient d’être prudent. Il y a les gilets jaunes, les black blocks, les zadistes, les vegan qui attaquent des boucheries et un militantisme écologique prenant d’assaut des grandes surfaces comme à la place d’Italie le weekend dernier ou bien récemment un pont près de l’île de la Cité. S’agissant de l’extrême droite allemande on est dans une autre problématique. Manifestement de jeunes allemands épris de provocation s’identifient à l’antisémitisme nazi. À cela s’ajoute le réveil de l’extrême droite en Allemagne et dans l’Europe de l’Est. S’ajoute également un courant anti-migrants qui y prend de l’ampleur. Enfin il y a la mouvance islamiste. Si l’on considère les jeunes qui rejoignent celle-ci une chose est frappante : ces jeunes sont attirés par la structure à la fois rigide et communautaire que l’islam leur offre. Alors que certains jeunes s’engagent dans l’armée pour ces mêmes raisons, eux s’engagent dans l’islam. Pour ces jeunes, l’Islam est commode. Il leur permet de revenir vers des valeurs dites traditionnelles comme la religion,  mais via l’islam comme figure contestataire de l’Occident. Si bien que l’islam leur permet d’être traditionnaliste dans la contestation et contestataire dans une tradition. Une façon de dépasser l’opposition droite-gauche qui n’intéresse plus personne. Autrement dit, ce n’est pas vraiment la déconstruction qui est à la base des attentats qui se commettent : leur source se trouve dans la provocation .

Pour expliquer les tueries qui ont lieu au États unis certains avancent une crise de la masculinité. Dans les faits tous les terroristes qui sont passés à l’acte sont des hommes. L’explosion de violence à laquelle nous assistons est-elle liée au bouleversement actuel des modèles de virilité ? 

Bérénice Levet : On sait que les mouvements dits masculinistes qui sont venus répliquer à la criminalisation des hommes blancs par les mouvement féministes, sont puissants aux Etats-Unis et entretiennent une idée régressive, caricaturale de la virilité. On ne rappellera jamais assez que notre idée de la virilité était faite de codes, de normes, elle consistait en une domestication des pulsions, une mise en forme du désir, un idéal de constance, de fermeté. La négation de la différence des sexes et la disqualification des représentations traditionnelles livre le jeune garçon à des formes de masculinité des plus sommaires.

Cependant, la crise de la masculinité ne peut à elle seule expliquer les tueries de masse.

Quant aux attentats islamistes, les hommes n’en ont pas l’exclusivité. Certes jusqu’à présent, ceux qui nous ont frappés ont été commis par des hommes mais au moment même où Mickaël Harpon égorgeait ses victimes à la Préfecture de police se déroulait le procès de quatre des huit jeunes filles poursuivies pour tentative d’attentat à proximité de Notre-Dame en septembre 2016.

Bertrand Vergely. Certes, ce sont des hommes qui font les attentats. Mais attribuer ces derniers à la crise de la virilité n’st pas la bonne raison. Qui s’intéresse à la crise de la virilité ? Ceux qui cherchent à la mettre en crise comme la LGBT ou bine encore l’ultra-féminisme. Pour faire advenir la transsexualité comme vérité de la sexualité la LGBT a besoin à tout prix de défaire la notion de virilité. Aussi ne perd-telle pas une occasion de mettre celle-ci en crise en se servant par exemple des attentats commis par des hommes. De son côté quand il attaque la virilité L’ultra-féminisme ne cherche pas tant à faire advenir le transsexualisme qu’à attaquer le machisme en se servant là encore de toutes les occasions. Quand un attenta se produit tout le monde cherche à en tirer profit en voyant dans celui-ci la confirmation des thèses qu’il défend. Un homme sort un coteau dans la foule ? La LGBT va y voir l’expression d’un monde qui ignore le transsexualisme en se disant que si cet homme avait été un transsexuel jamais il n’y aurait eu d’attentat. L’ultra-féminisme va y voir de son côté une manifestation du machisme. Si celui a commis un attentat avait été transsexuel, jamais il n’y aurait eu d’attentat. La psychologie est intéressante. Elle n’explique pas tout et notamment les attentats dont les racines plongent dans le pouvoir de l’idéologie. La théorie du genre entend réinterpréter l’ensemble de la culture mondiale. L’idée que le terrorisme est lié à une quête éperdue de virilité par peur de se dépouiller de l’orgueil masculin a encire du chemin à faire afin d’être convaincante. D’autant qu’il va falloir que celle-ci explique pourquoi, il y a deux ans de cela, des jeunes filles ont étét arrêtées à la suite d’un projet d’attentat avec bouteilles de gaz et clous, pourquoi d’autre jeunes femmes ont décidé d’aller en Syrie combattre aux côtés de Daech, pourquoi certaines jeunes filles aujourd’hui deviennent musulmanes et décident de prendre le voile musulman.

Pour expliquer son acte le tueur de Halle en Allemagne s’est appuyé sur les jeux vidéo qui utilisent des cibles parmi lesquelles certaines sont qualifiées de « bonus ». Quel rôle joue la montée d’un monde ludique dans les tueries auxquelles nous assistons ? 

Bérénice Levet : La pratique des jeux vidéos contribue à faire vivre celui qui en est familier dans un monde fictif. Les jeux vidéo, mais aussi la pratique des réseaux sociaux, sont de redoutables machines à déréaliser le réel. Et cela rejoint ce que je disais plus haut concernant le caractère idéologique de ces actes.

Bertrand Vergely : Il est vrai que le nihilisme ainsi que le cynisme s’appuient sur une vision du monde dans laquelle tout est jeu. Il est vrai également que certaines violences produites par la délinquance sont liées au désir de reproduire la toute puissance que l’on voit s’exercer dans les jeux vidéo où il s’agit de tuer un maximum d’adversaires. Il est vrai enfin que des films comme La tour infernale ont pu donner des idées aux terroristes du 11 Septembre 2001 à New York. Néanmoins, n’oublions jamais le poids de l’idéologie. Quand un terroriste d’extrême droite fait un attentat comme à halle si la modalité de son attentat relève d’une mise en scène ludique le fond de son geste criminel renvoie au simplisme idéologique qui s’est emparé de son esprit à travers des explications expéditives de la réalité et des solution s improvisées toutes aussi expéditives. En fait, il y a derrière de tels comportements un jeu idéologique réducteur se mariant avec un univers ludique pour déboucher sur un scénario de films d’épouvante.

Voir de plus:

THE MADNESS OF CROWDS
gender, race and identity
Douglas Murray
Bloomsbury Continuum
Michèle Tribalat
17 septembre 2017, 288 p.

Dans ce livre, Douglas Murray s’interroge sur les dérives de la nouvelle orthodoxie en matière de justice sociale très marquée par des préoccupations identitaires. Celle-ci prend la place des grands récits qui donnaient du sens à l’existence. Elle a tout d’une nouvelle religion. L’intersectionnalité y joue un rôle fondamental en établissant une hiérarchie des identités dites vulnérables en quête de justice sociale. Et les vivants et les morts ont intérêt à se trouver du bon côté.

Le combat identitaire pour la justice sociale est sorti de l’espace confiné des sciences sociales. The Guardian a ainsi pu titrer le 13 juin 2018 à propos des pistes cyclables à Londres : “Roads designed by men are killing women”. Douglas Murray consacre un chapitre à chaque aspect des politiques identitaires (Gays, femmes, race, trans) très en vogue aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et dont la France ne connaît encore que les prémisses. Son dernier chapitre sur la transsexualité est celui qui rend sans doute le mieux compte de la folie collective qui nous a saisis. Il y ajoute des interludes dans lesquels il approfondit certains aspects transversaux à ces différentes causes.

Tous ces combats identitaires pour la justice sociale ont en commun d’avoir été des mouvements légitimes à leurs débuts, mais de s’être emballés en prétendant que la situation n’avait jamais été pire alors que la victoire était en vue. Douglas Murray évoque à ce propos la jolie formule du philosophe australien Kenneth Minogue : le syndrome de Saint-Georges à la retraite. Que faire après avoir terrassé le dragon ? S’en inventer de nouveaux ? Notre monde est rempli, écrit Douglas Murray, de gens qui veulent absolument construire leur barricade alors que la révolution est finie. Et l’affichage vertueux nécessite une surestimation des problèmes.

Toutes ces questions identitaires mises ensemble sont à l’origine d’une folie collective dont Douglas Murray se demande comment on pourrait en sortir. Un premier pas dans cette direction serait, écrit-il, de pouvoir en parler librement. C’est ce qu’il fait dans ce livre en illustrant son argumentation, comme dans son précédent livre, par des exemples très éclairants.

LES GAYS

Ce qui a changé l’opinion publique à l’égard des gays est la vision de l’homosexualité comme étant innée (hardware) et non plus comme un choix (software) qu’on pourrait réexaminer. Pourquoi punir quelqu’un pour quelque chose sur lequel il n’a pas de prise ? Même si la plupart des études génétiques n’ont guère été conclusives, l’esprit du temps a opté pour « né comme ça ». À tel point qu’un gay qui ne l’est plus passe pour quelqu’un qui vit dans le mensonge. À vrai dire, personne n’a envie aujourd’hui de risquer sa réputation pour trancher la question, d’autant qu’on a déjà décidé de la réponse.

On parle des LGBT comme d’une communauté religieuse alors que gays et lesbiennes n’ont pas grand-chose en commun, sans parler de la dispute à propos des transsexuels. Les gays se divisent en deux camps : 1) ceux qui se pensent comme les autres, à l’exception de leur préférence sexuelle ; 2) les queers qui veulent être reconnus comme des êtres complètement différents. Ceux qui soutiennent la vision queer ont tendance, écrit Douglas Murray, à laisser croire qu’être gay est un travail à plein temps, ce que les gays n’aiment pas trop. Le désir d’égalité trouve aussi ses limites dans les spécificités du mariage gay dont les partenaires, bien que mariés, ont tendance à se déclarer dans une relation ouverte, tolérant l’infidélité. Égaux, écrit Douglas Murray, mais avec un petit bonus gay. Il est aussi de bon ton aujourd’hui de répondre par l’affirmative, sauf à paraître borné, à la question : « Deux hommes peuvent-ils avoir un bébé ? »

On finit par se demander si être gay c’est être attiré par des personnes de même sexe ou si c’est être partie prenante d’un grand projet politique. En effet, lorsque des gays célèbres prennent position du mauvais côté d’une question, ils se voient répudiés par la « communauté » même s’ils couchent avec des hommes.

Interlude sur les fondements marxistes

« J’y crois parce que c’est absurde », attribué à Tertullien

Dans la nouvelle formule marxiste, c’est le pouvoir patriarcal des mâles blancs qu’il faut abattre. Les Universités ont été le lieu d’élaboration de la nouvelle théorie marxiste qui s’est ensuite répandue dans la société. Pour les héritiers de Michel Foucault, tout dans la vie est politique et tout est à déconstruire, tout particulièrement ce qui, précédemment, semblait à peu près certain. Des textes d’universitaires américains (Peggy McIntosh, Kimberlé Crenshaw), tout particulièrement ceux de Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (Hegemony and Socialist Strategy, 1985), ont construit les fondements de ce qui allait devenir la politique des identités. Pour revivifier la cause socialiste, il fallait trouver une nouvelle classe exploitée et les nouveaux mouvements identitaires, tout en poursuivant chacun leur cause sous le parapluie de la lutte socialiste, étaient les bons clients. La rhétorique marxiste pouvait alors reprendre des couleurs et décrire les opposants comme n’agissant que pour les motivations les plus basses.

Les écrits intersectionnalistes dissimulent leurs contradictions dans une prose à peu près illisible mais qui se veut scientifique par la multitude d’écrits de la même eau auxquels ils font référence. C’est pourquoi Butler et les autres écrivent si mal, nous dit Douglas Murray et deviennent incapables de détecter les faux. Douglas Murray raconte la série de canulars acceptés par des revues scientifiques et proposés par l’équipe Peter Boghossian et James Lyndsay, dont un texte mêlant des extraits de Mein Kampf et des pastiches de littérature féministe intitulé « Our Struggle is My Struggle ».  Il n’y a aucune limite aux sottises susceptibles de recevoir un adoubement scientifique, pourvu qu’elles confirment les théories identitaires et qu’elles soient écrites de manière incompréhensible. La réponse des pairs offusqués fut d’essayer de faire expulser Boghossian de sa position universitaire.

LES FEMMES

Steven Pinker avait montré dans Blank Slate, The Modern Denial of Human Nature, publié en 2002, que les effets de la testostérone et des androgènes sur le cerveau ne s’accordaient guère avec la thèse de l’indifférenciation. Depuis Pinker, le délire sur l’absence de différence entre les sexes s’est aggravé. On est prié de se fonder sur les mensonges des sciences sociales sur le sujet plutôt que sur la science ou ce que l’on a sous les yeux.

Hollywood reflète assez bien la confusion ambiante sur le rôle des femmes, entre libertinage et pruderie. Surtout depuis Metoo. Douglas Murray déclare qu’avec un peu d’honnêteté on est obligé de reconnaître qu’il arrive aux femmes, particulièrement les plus célèbres, d’envoyer des messages confus sur le sujet. Comment soutenir, par exemple, que porter des « stick nipples » ou des « camel toe underwears »  sert à se sentir bien et non à « faire saliver » (make him drool !) les hommes ? En fait, cela revient à soutenir qu’une femme peut être aussi sexy et suggestive qu’elle le veut sans être sexualisée. N’est-ce pas une demande excessive faite aux hommes s’interroge Douglas Murray ? Une étude de Bloomberg auprès des plus hauts dirigeants de la finance, qui sont très souvent des hommes (30 entretiens), a montré qu’ils ne voulaient plus diner avec des collègues femmes, s’asseoir à leur côté dans l’avion, avoir une chambre au même étage dans l’hôtel et qu’ils évitaient les rencontres en face-à-face.

On nous répète aussi que les femmes sont pareilles aux hommes mais en même temps meilleures. Ainsi, Christine Lagarde a déclaré en 2018, que le monde aurait pu être différent si la banque Lehman Brothers s’était appelée Lehman Sisters !

Le succès de la notion d’intersectionnalité a entraîné le développement de formations et de tests censés détecter nos biais inconscients. Douglas Murray se demande quels pourront bien être les effets de ces expérimentations à large échelle qui cherchent à agir sur les connections dans le cerveau (rewire the brain). La pyramide hiérarchique construite par l’intersectionnalité a fabriqué des groupes structurellement opprimés dont l’intérêt commun serait de déloger celui qui se trouve placé en haut de la pyramide. Comme avec la politique d’affirmative action aux Etats-Unis, la course à la diversité dans les entreprises a favorisé ceux qui, dans leur groupe, l’étaient déjà. La nouvelle hiérarchie intersectionnelle secrète ainsi ses oppresseurs et ses opprimés.

La dernière vague du féminisme, celle des années 2010, semble souffrir du syndrome de Saint Georges à la retraite. Mais, déjà au début des années 1990, Marilyn French avait intitulé son livre The War Against Women. Elle y déclarait que, si les femmes étaient les égales des hommes il y a 3,5 millions d’années, la situation n’avait cessé d’empirer depuis ! À l’exagération et au catastrophisme, s’ajoute la haine des hommes, comme l’indique le succès sur Twitter de hashtags tels que : “Men are trash” et même “Kill All Men”. Cette violence, infiniment plus grande que lorsque les enjeux étaient plus importants, trouve un encouragement dans les commentaires lénifiants qu’elle suscite. D’ailleurs, cette tonalité agressive a terni la réputation du féminisme. Une enquête britannique en 2016 a montré que l’association spontanée la plus fréquente avec le féminisme était « bitchy «  (garce, vacharde). Cependant, une étude menée en 2014-2017 montrait que l’homme attractif, pour les femmes comme pour les gays, était musclé et riche.

Contrairement à la stratégie gay des années 1990 visant à faire de l’homosexualité une question hardware, les féministes ont suivi le chemin inverse, laissant ainsi les femmes démunies face à la transsexualité. Ce revirement nous demande de croire que tout ce que l’on a vu et su jusque-là était un mirage et de transformer nos vies et sociétés en conséquence.

Interlude : L’impact de la technologie

L’atmosphère politique à la Silicon Valley est encore quelques degrés à gauche de celle d’une université d’art libérale, écrit Douglas Murray. Internet nous entraîne à nous placer dans les hiérarchies intersectionnelles. Les entreprises tech investissent dans une “Machine Learning Fairness” afin d’aboutir à une forme d’équité dont aucun humain ne serait capable. Ainsi, une recherche “white men”  sur Google va donner en 1er, David Beckham, en 2ème un mannequin noir et, toutes les cinq images à peu près, un ou deux noirs. De nombreuses images d’hommes blancs sont celles de personnes reconnues coupables de crimes, ce qui sous-entend que les hommes blancs sont mauvais. Mais dans une recherche “black men”, il faut attendre une douzaine de lignes avant de voir un blanc. Plus on s’éloigne des langues européennes – de l’anglais surtout – plus on a de chances de tomber sur le contenu recherché. De même, si on cherche “Asian couple”, on n’aura presque que ce que l’on recherche. On ne s’embarrasse pas de rééduquer les Asiatiques.  On sacrifie ainsi la vérité pour achever un but politique. Résultat : les gens qui se servent de cette technologie obtiennent quelque chose qu’ils n’ont pas demandé, en ligne avec un projet pour lequel ils n’ont pas signé et à la poursuite d’un but qu’ils jugent indésirable.

LA RACE

Même problème avec la race. À un moment où elle aurait pu être mise de côté, elle est devenue à nouveau une question importante. C’est venu, là encore, de l’Université, notamment avec les Whiteness Studies, et s’est étendu à l’ensemble de la société. Ce qui a fait dire à Andrew Sullivan : « maintenant, nous vivons tous sur un campus ».

À force de problématiser la blancheur, on en arrive à des situations où tout est considéré non seulement en termes de race mais aussi dans des termes racistes les plus agressifs possibles. Et c’est dans les lieux les plus irréprochables en matière de racisme que l’on trouve les réclamations et les comportements les plus extrêmes.

Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de l’Université Evergreen, ils peuvent regarder le documentaire en langue française – https://www.europe-israel.org/2019/07/evergreen-une-universite-americaine-bascule-dans-la-pensee-antiraciste-radicale-des-professeurs-demissionnent/ – ou lire ce qu’en disent Greg Lukianoff et Jonathan Haidt (http://www.micheletribalat.fr/440866626).

Qu’on regarde devant ou derrière, c’est toujours à travers les lunettes de la race. C’est ainsi qu’en 2018, le magazine National Geographic a consacré un numéro à s’excuser d’avoir publié un article traitant des Aborigènes d’Australie datant de… 1916 ! Ce qui a fait dire à David Olusago dans The Gardian que l’excuse n’avait que trop tardé ! Pas étonnant, écrit Douglas Murray, que l’on soit aujourd’hui saisi d’une crainte névrotique pour savoir quoi dire.

L’art et la fiction sont devenus les terrains privilégiés de la bataille pour l’exclusivité et l’exclusion raciales. La dénonciation de l’appropriation culturelle vient des Postcolonial Studies. Douglas Murray raconte l’histoire de cette femme qui, à Portland dans l’Oregon, en 2016, avait ouvert un bistro appelé Saffron Colonial (Le safran des colonies). Elle dut débaptiser son restaurant. Dans tous ces épisodes de foules enragées, ce sont ceux qui se déclarent les plus mécontents qui reçoivent le plus d’attention médiatique.

Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. Tantôt ce sont les caractéristiques de celui qui parle qui comptent, tantôt c’est ce qu’il dit. Le rappeur Kanye West prit une volée de bois vert de la part de la « communauté » noire lorsqu’il fut reçu par Donald Trump qu’il disait soutenir. Par contre, le New York Times défendit Sarah Jeong qui venait de rejoindre son comité de rédaction, malgré des tweets du genre : « Mec,  c’est un truc de dingue à quel point je prends plaisir à être cruelle avec des hommes blancs et vieux. » On est donc gracié ou condamné en fonction de qui on est et de ceux contre qui on porte les attaques. Une option est de ne rien dire d’important en public, stratégie adoptée par de nombreux politiques.

Dans la marche des femmes à Londres en janvier 2018 se côtoyaient, à côté du cénotaphe en hommage aux jeunes combattants de la 1ère Guerre mondiale, dont beaucoup étaient blancs et n’avaient pas eu le temps de vieillir comme le souligne Douglas Murray, une banderole portée par une jeune femme sur laquelle était écrit “No Country for an Old White Man” et celle d’un travailleur socialiste disant “No to racism” !

Douglas Murray aborde aussi la question des différences raciales de QI, en rappelant le destin de Charles Murray qui, avec Richard Herrnstein (mort peu de temps après la parution de leur livre), avait mis les pieds dans ce champ de mines et publié The Bell Curve en 1994. Expérience qui fera « marcher sur des œufs » les scientifiques qui s’approcheront ensuite de ce sujet. Pour Charles Murray, la rage qui s’est abattue sur lui tient à l’engagement de toutes les institutions sur l’égalité et la diversité qui exige que tout le monde soit pareil “above the neck ”.

Harvard, qui se vante d’éliminer les biais de sélection est confronté à un procès mené par des étudiants asiatiques qui se disent discriminés pour satisfaire des quotas raciaux. Si Harvard l’a pour l’instant emporté en 1ère instance, l’examen de dossiers sur plusieurs années a montré que les Asiatiques étaient mal notés sur les traits de personnalité alors qu’Harvard n’avait pas forcément eu d’entretien avec eux. En fait, si Harvard ne désavantageait pas certains candidats, ses étudiants seraient, de manière disproportionnée, asiatiques ou juifs ashkénazes, écrit Douglas Murray.

Interlude sur l’indulgence, le pardon (Forgiveness)

L’abolition de la barrière entre vie privée et vie publique sur les réseaux sociaux produit des catastrophes sans possibilité de les réparer. Si c’est la foule qui décide de ce que l’on est, nous avons du souci à nous faire. Le pardon est lié à l’oubli. Or il n’y a pas d’oubli sur internet. Nous vivons dans un monde où chacun d’entre nous court le risque de devoir être étiqueté sa vie durant d’après sa plus mauvaise blague. De nouveaux crimes sont inventés sans cesse et nous ne savons pas comment sera vu dans 20 ans ce que nous faisons aujourd’hui. Comment anticiper sur ce que pourraient être les retournements de foule au cours de notre vie ? Aujourd’hui, nos erreurs nous suivent partout et c’est l’instinct de châtiment qui domine à l’égard des gens d’autrefois. Regarder le passé avec indulgence est pourtant la condition pour être traité avec indulgence plus tard, ou tout au moins compris.

LES TRANSSEXUELS

Douglas Murray commence ce chapitre par le récit de la vie tragique d’une jeune fille belge qui avait trois frères – chouchous des parents –, qui a subi de multiples opérations pour devenir un homme et s’est finalement fait euthanasiée pour ne pas vivre dans la peau d’un monstre. Douglas Murray en conclut que la médecine belge a essayé de faire d’une femme un homme et, n’ayant pas réussi, l’a finalement tuée, le tout dans un esprit de compassion.

La question des trans est devenue une sorte de dogme en un temps record. Elle concerne en partie les intersexués qui présentent des organes des deux sexes. Leur cas relevant du hardware, ils ont plutôt attiré la sympathie, mais leur cause n’a pas retenu l’attention parce qu’elle a été captée par celle des trans qui a émergé en même temps. Pourtant, cette dernière est beaucoup plus problématique car on n’a pas trouvé de différences physiologiques entre les trans et ceux qui ne le sont pas. Qu’est-ce qui relève du hardware ou du software ? Ceux qui s’aventurent sur le terrain ont intérêt, eux aussi, à se placer du bon côté, sauf à subir des campagnes de dénigrement féroces. Comme pour les gays, la tendance est à essayer de prouver que les trans sont « nés comme ça » et la cause transsexuelle est devenue la nouvelle frontière à conquérir dans la bataille des droits civiques. Si des réticences subsistent, c’est parce que les connaissances sont incertaines et que les interventions médicales et chirurgicales sont irréversibles. C’est particulièrement vrai pour la dysphorie de genre des enfants dont on a constaté qu’elle a tendance à augmenter dans une école qui a connu des demandes trans.

La question trans rend visibles les contradictions intersectionnelles. Les gays ont admis que les revendications des trans étaient dans le continuum des leurs, alors qu’elles les sapent : les hommes un peu efféminés ne seraient pas gays mais habiteraient un corps qui n’est pas le bon. Revendiquer que la condition trans relève du hardware suppose qu’être une femme est du software ! Ce que des féministes « traditionnelles » ne peuvent admettre. Mais elles se font alors excommunier par la dernière vague féministe qui a grandement bénéficié de ce que les premières ont conquis. C’est ce qui est arrivé à Germaine Greer, notamment pour avoir déclaré qu’une opération ne fait pas d’un trans une femme. D’autant que ces trans piétinent souvent les conquêtes féministes. C’est le cas par exemple lorsque, en 2015, la trans Jane Fae vint sur un plateau de télévision avec son tricot !

La question du changement de genre est un drame pour les parents. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ces derniers sont inquiets de la publicité qui est faite sur les écrans en faveur du changement de sexe. Par exemple, lorsqu’une drag-queen âgée de 9 ans dit dans un spot publicitaire pour la mode LGBT sur Youtube : «  Si vous voulez être une drag-queen et que vos parents ne veulent pas, il vous faut de nouveaux parents ». Ou lorsque l’école change, à l’insu des parents, le pronom avec lequel elle s’adresse à leur enfant en classe. Les extraits de la série documentaire I am Jazz (qui en est à sa cinquième saison), sur la transformation de Jazz Jennings, né garçon en 2000, qui vient d’avoir 18 ans et va se faire opérer, ont été consultés des millions de fois sur Youtube.

Mais il ne faut pas sous-estimer la connivence des professionnels de la médecine. Ainsi le NSH en Angleterre a signé une convention dans laquelle les professionnels s’engagent à ne pas réfréner l’expression de l’identité de genre. Les parents sont souvent démunis face à des professionnels qui leur disent, par exemple, que leur consentement est le 1er pas pour prévenir un suicide de leur enfant. Une des grandes « prêtresses » sur le sujet est Johanna Olson-Kennedy. Elle dirige le centre pour le développement et la santé des jeunes trans à l’hôpital des enfants de Los Angeles, la plus grande clinique de la jeunesse transgenre des Etats-Unis, laquelle participe à une étude, sans groupe de contrôle, sur l’impact des bloqueurs de puberté et des hormones sur les enfants. Des enfants sont devenus éligibles pour ces traitements dès 8 ans. Pour Johanna Olson-Kennedy, c’est un choix comme un autre qu’il faut respecter et qui marche la plupart du temps. Sur la question de l’ablation des seins, elle prétend qu’en cas de regret, « on vous en fera de nouveaux ». Elle a participé, en février 2017, à une conférence inaugurale de l’ONG WPATH (World Professional Association for Transgender Health) intitulée : Sortir du binaire (Outside of the binary). Elle y raconta l’histoire d’une fillette de 8 ans qui s’habillait comme un garçon et était vue comme telle dans une école religieuse pour filles. Lorsqu’elle la reçut avec sa mère, elle demanda à la petite fille si elle était une fille ou un garçon. Ce à quoi la gamine répondit : « une fille à cause de ce corps ». Pour l’aider à se déterminer, elle lui demanda de se prononcer sur une tarte à la framboise qui se trouverait dans un emballage censé ne contenir que des tartes à la cannelle. Était-ce encore une tarte à la framboise ? La gamine, qui a tout de suite compris l’allusion, dit alors à sa mère qui la prit alors dans ses bras : « je pense que je suis un garçon dissimulé dans une fille ». Johanna Olson-Kennedy conclut l’anecdote en disant qu’il était important de donner à cette enfant le langage lui permettant de parler de son genre. Elle-même a opéré la transition vers un homme, a subi une double mastectomie et est consultante pour l’entreprise Endo qui commercialise la testostérone.

De LGBT, c’est la lettre T la plus déstabilisante, écrit Douglas Murray. L’âge à partir duquel on encourage les enfants à subir un traitement n’a cessé de baisser, ce qui s’explique par la rhétorique menaçante et catastrophiste avec laquelle les spécialistes s’adressent aux parents. Une autre tendance inquiétante est celle qui consiste à présenter une question incroyablement difficile comme la plus évidente et la mieux connue.

En fait, on se rend compte que l’intersectionnalité c’est de la blague la plupart du temps, tant les argumentations sont changeantes et contradictoires. Celle des transgenres ne s’appliquerait pas à la race. L’argument tant décrié des femmes, selon lequel les trans nés hommes ne peuvent savoir ce que c’est qu’être une femme, est jugé recevable s’agissant de la race. La testostérone que prennent les athlètes trans en transition n’est pas considérée comme un dopant. Les trans veulent être considérés comme des femmes mais refusent qu’un trans soit incarné au cinéma par une femme ! Il est devenu difficile de s’orienter dans un tel champ de mines et un des plaisirs favoris de l’époque est de voir un des gardiens de l’orthodoxie poser le pied sur une mine dont il ne soupçonnait pas l’existence et essayer de sauver sa carrière en postant des douzaines de tweets d’excuses. Ceux qui attendent que le mouvement pour toujours plus de justice sociale s’effondre sous le poids de ses contradictions peuvent attendre longtemps car ils ignorent le soubassement marxiste du mouvement. Une telle espérance suppose que ce mouvement ait en vue la résolution des problèmes. Or la description qu’ils font de la société ne les conduit pas à chercher à l’améliorer mais à la détruire. Le but n’est pas de remédier mais de diviser, d’enflammer. Si l’on ne peut faire tout s’effondrer, reste l’option de semer le doute, la division, l’animosité et la crainte.

Douglas Murray cherche à savoir comment sortir de ce guêpier. Essayer de faire usage de la bienveillance à l’égard des opposants pour les contraindre à une discussion plus sérieuse ? On peut tenter de semer le doute chez les avocats des causes identitaires en leur demandant quel système plus performant que celui des sociétés occidentales ils ont en vue. Et, lorsqu’ils se réfèrent à une société qui n’existe pas encore, la suspicion devrait être de mise, compte tenu des ravages que ce genre de doctrine a déjà produit. Douglas Murray nous incite à dépolitiser nos vies, à garder un intérêt pour la chose politique sans que ce soit ce qui leur donne un sens. S’il faut faire en sorte que la vie de quelqu’un ne soit pas entravée en raison de caractéristiques contre lesquelles il ne peut rien, il ne faut guère aller au-delà. Fonder sa vie sur la bataille politique identitaire pour la justice sociale, c’est gâcher sa vie.

Voir encore:

The Madness of Crowds by Douglas Murray — slay the dragon, then stop
A robust critique of progressives fails to explore their impact on populism
The Financial Times
Eric Kaufmann
October 11 2019

“Kill all men” and “cancel white people” are harmless satire, but “America is a colour-blind society” is racist. Gender and race are social constructs, so changing gender is great. Changing your race, however, is a no-no — one of many contradictions in the social justice religion. Get it wrong and you wind up Twitter-mobbed or fired.

Douglas Murray’s new book reports from the front lines of the “culture wars”, the battle to define the core values of western societies. The deepening cultural divide between progressives and conservatives is reshaping politics, displacing the left-right economic cleavage of the past century. But economic interests are easier to reconcile than sacred values: if we fail to make cultural peace, our future looks bleak.

Murray is a prominent British member of the “Intellectual Dark Web” (IDW) of countercultural intellectuals — such as Sam Harris or Jordan Peterson — who openly contest the sacralisation of disadvantaged race, gender and sexual identities. The IDW’s willingness to transgress the speech rules of the progressive twitterati marks them out as heretics who violate the sensibility of academia, Hollywood and parts of the media.

How did our societies become so insane? In The Madness of Crowds, Murray argues that it’s because highly educated people cling to a new religion known variously as “social justice”, “identity politics” or “intersectionality”. Essentially this is the old Marxist faith poured from the class bottle into the race-sex-gender one. Meaning is realised through struggle against those who commit wrongthink.

Identity politics helped reduce prejudice but, having vanquished its foe, began manufacturing phantom enemies. Murray, following the late conservative political theorist Kenneth Minogue, dubs this “St George in retirement” syndrome. Having slain the dragon, he charges off in pursuit of ever-smaller ones and ends by “swinging his sword at thin air, imagining it to contain dragons”.

Murray’s tone, as in his previous book on immigration, The Strange Death of Europe, is often contemplative. As a gay man, he captures the way identity politics flattens the complexity of the homosexual experience. Ignoring the literary tradition of gays as privy to the mysteries each sex holds for the other, it reduces them to moral ciphers, what Bret Easton Ellis terms “The Gay Man as Magical Elf . . . some kind of saintly ET” who symbolises how tolerant we are.

Murray’s analytical frame turns on his distinction between identity as “hardware” or “software”. That is, whether race, sexuality and gender are hard-wired by nature or learned through nurture. Science tells us a great deal about these questions. But faith, not science, guides radical progressivism. Gender is held to be socially constructed, hence the vitriol directed at TERFs (trans-exclusionary radical feminists) such as Germaine Greer, who question the bona fides of trans women. Homosexuality, however, is a genetic characteristic that only a religious fundamentalist would suggest is learned.

The new sensibility tells us when race is, or isn’t, biological. “Whiteness” is a social construct designed to divide the workers and bolster caste privilege. However, Murray notes that when Rachel Dolezal, a white woman, passed herself off as black, she was attacked as an interloper. And when philosopher Rebecca Tuvel asked whether, since transgenderism is possible, transracialism should be, all hell broke loose. Radical progressives penned an open letter and both Tuvel and the journal she published in prostrated themselves before the Twitter authorities. The journal apologised and its editors resigned. As hoax papers by academics Helen Pluckrose, Peter Boghossian and James Lindsay later revealed, “grievance studies” fields like feminism or critical race studies are anchored by holy writ, not logic and evidence.

Murray catalogues the injustice of the progressive mob — reputations trashed, careers ruined — and their illiberal stifling of intellectual freedom. But such concerns can appear distant for some. Murray might therefore have explored how these ideas fuel the polarisation and populism of our time. He hints at these effects, but studies show that hostility to political correctness powered the Trump vote, while Murray’s “tripwires” establishing boundaries of acceptable debate shut down discussion of immigration. This allowed populists to own the issue and flourish. The book could also have drawn on data to establish the parameters of the problem and propose policy solutions.

The “madness” of the title points to the way radical progressivism weaponises norms that allow for civilised societies. Norms are the control mechanism in systems like herds: if a few activist sheep command, everyone follows out of fear. Disrupting the herding taking place in cultural institutions is one of our great challenges. At its heart, the problem is how to moderate cultural egalitarianism, balancing it against competing aims like liberty, reason and community. We accept limits on economic levelling but have yet to reject the misguided idea that all race and gender groups must have equal outcomes.

Murray’s book performs a great service in exposing the excesses of the left-modernist faith. Let’s hope we find a way to slay this dragon. The Madness of Crowds: Gender, Race and Identity, by Douglas Murray, Bloomsbury Continuum, RRP£20, 288 pages Eric Kaufmann is author of ‘Whiteshift: Populism, Immigration and the Future of White Majorities’ (Penguin)

Voir aussi:

The Madness of Crowds by Douglas Murray review – a rightwing diatribe
Do racism and sexism really exist, or are they just the creation of angry lefties? The bizarre fantasies of a rightwing provocateur, blind to oppression
William Davies
The Guardian
19 Sep 2019

Being stuck in a culture war is a bit like being a driver stuck in a traffic jam. From within one’s own car, the absurdity and injustice of the situation is abundantly plain. Other drivers can be seen cutting in, changing lanes excessively, and getting worked up. Roadworks appear needlessly restrictive. Why are there so many cars on the road anyway? Horns begin to honk. There is one question that few drivers ever consider: what is my own contribution to this quagmire?

Psychoanalysts refer to the process of “splitting”, where the self is unable to cope with its good and bad qualities simultaneously, and so “splits” the bad ones off and attributes them to other people. The result is an exaggerated sense of one’s own virtue and innocence, but an equally exaggerated sense of the selfishness and corruption of others. We are all guilty of this from time to time, rarely more so than on social media, where the world can appear perfectly split into goodies and baddies. Populism and culture warriors exploit this aspect of human psychology, reinforcing the comforting (but ultimately harmful) feeling that any conflict in the world is their fault not ours.

The left is not averse to playing this game. Why did the financial crisis occur? Because bankers and Blairites are bad, selfish people. Apart from anything else, this makes for woeful social science. But the right plays it more dangerously. Where the left spies moral depravity in centres of wealth and power (which, as we know, can produce antisemitic conspiracy theories), the right sees it among newcomers, intellectuals and the already marginalised. The potential political implications of this don’t need spelling out.

In The Madness of Crowds, Douglas Murray sets out to explain why societies are now so characterised by conflict. “In public and in private, both online and off, people are behaving in ways that are increasingly irrational, feverish, herd-like and simply unpleasant. The daily news cycle is filled with the consequences. Yet while we see the symptoms everywhere, we do not see the causes.”

Few would fail to recognise this as a starting point. MPs and journalists are being harassed and threatened simply for doing their jobs. A university was recently forced out of Hungary by the government. The Home Office is growing increasingly anxious about the threat of far-right extremists cooperating across Europe. But there is not so much as a sniff of these trends in The Madness of Crowds. Instead, Murray organises his material into four themes: “Gay”, “Gender”, “Race” and “Trans”. You can see where this is heading.

Murray’s stock in trade is a tone of genteel civility. He writes gracefully and wittily, in keeping with his demeanour as a clubbable conservative, who simply wishes we could all just muddle through a little better. While never over-egging it, he proffers a kindly Christian gospel of love and forgiveness, which he believes might rid us of the political and cultural toxins that have so polluted our lives. Scratch beneath the surface, though, and his account of recent history is clear: authorised by leftwing academics, minority groups have been concocting conflict and hatred out of thin air, polluting an otherwise harmonious society, for their own gratification.

His narrative is roughly as follows. The decline of ideologies at the end of the 20th century created a vacuum of meaning, which was waiting to be filled. This coincided with the birth of a whole range of critical cultural theories, producing fields of gender studies, race studies and queer studies. Most damagingly of all, for Murray, was the rise of intersectional feminism, which assumes that different types of oppression (especially racial and patriarchal) tend to “intersect” and reinforce one another.

The bitter irony, as far as Murray is concerned, is that these new theories of oppression arose at the precise moment in human history when actual racism, sexism and homophobia had evaporated. “Suddenly – after most of us had hoped it had become a non-issue – everything seemed to have become about race,” he writes. This seems to bug him more than anything else: “Among the many depressing aspects of recent years, the most troubling is the ease with which race has returned as an issue.”

History, therefore, is much as his fellow neoconservative Francis Fukuyama brashly described it in 1989: ended. Or rather, it could have ended, if it weren’t for troublemaking intellectuals and activists. Murray is quick to celebrate past struggles for racial, sexual and gay equality, but he is adamant that they have now been settled. Questions persist regarding the nature of sex, sexuality and innate ability (what belongs to our physical “hardware” and what to our cultural “software”, as he puts it), but these are far better handled by biologists than political thinkers. The problem, as he sees it, is that malicious, fraudulent and resentful forces – emerging from universities – have refused to accept that justice has now been delivered.

The acclaimed gender theorist Judith Butler is held up as a malignant fraud who hides behind the complexity of her prose. The entire venture of social science is deemed corrupted by its insidious fixation on oppression. Murray turns to recent hoax articles that were published in the academic journal Cogent Social Sciences (a prank that he describes as “one of the most beautiful things to happen in recent years”) as evidence that social and cultural theory is all a sham. The reader is assured – falsely – that this is all a vast Marxist project, aimed at sowing dissatisfaction and discord.

Murray presumably knows that Michel Foucault was not a Marxist, but it’s important to his branch of conservatism that this is brushed over. The M word serves as a coded way of tying together the humanities, Marx himself and (with a small leap of imagination) the Gulag. The fact that it is now illegal to teach gender studies in Hungary, as decreed by Viktor Orbán (favourite intellectual: Douglas Murray), poses questions as to where the real threat to liberty is coming from. But you won’t find any discussion of that in The Madness of Crowds.

We learn that the doctrine of intersectionality has now swept the world, even becoming embedded in the search algorithms written in Silicon Valley. Why? Because tech workers “have decided to ‘stick’ it to people” towards whom they “feel angry”. It’s for this reason, apparently, that Google image search throws up a disproportionate number of black faces. Intersectionality is being “force-fed” to people, encouraging them to seek “revenge” on white men, and that is why there is so much conflict.

Murray has no shortage of examples and anecdotes to back this up, many gleaned from the US. But it’s notable that they nearly all operate at the level of discourse, and mostly in the media and social media. It’s not difficult to come up with absurd cases of “social justice warriors” saying stupid and hypocritical things online, especially when the Daily Mail appears to have an entire desk dedicated to unearthing them.

And there are plenty of well-known cases of people being shamed and sacked for things they’ve said, many of which are unfair and sadistic. One critique of this would be that the logic of public relations and credit rating has now infiltrated every corner of our lives, such that we are constantly having to consider the effects of our words on our reputations. Another is that a global “Marxist” conspiracy has duped people into a fantasy of their own oppression. I know which I find more plausible.

Whenever Murray strays too close to any actual oppression (as opposed to the controversies surrounding it), he quickly veers away. His chapter on gender refers to the “‘MeToo’ claims against Harvey Weinstein”, but never to Weinstein or the power structures he built. His chapter on race (the longest in the book) makes no reference to one of the most controversial campaigns in recent US history, Black Lives Matter, presumably because it’s impossible to discuss without acknowledging what prompted it: black men being gunned down by police officers.

Anger is ultimately a mystery to Murray, seeming to emanate spontaneously from his political and ideological foes. He can come up with no better explanation for it than that bad people enjoy it, that “their desire is not to heal but to divide, not to placate but to inflame”. And yet when an author goes to such great lengths to assure you that others are degraded, and that “we” white, male conservatives simply want to live in harmony, you have to wonder whom much of this anger truly belongs to.

Nervous States: How Feeling Took Over the World by William Davies is out in paperback from Vintage. The Madness of Crowds: Gender, Race and Identity is published by Bloomsbury (£20). To order a copy go to guardianbookshop.com or call 0330 333 6846. Free UK p&p over £15, online orders only. Phone orders min p&p of £1.99.

Voir encore:

Goldnadel: «Faux prétexte et stigmatisation imaginaire»

FIGAROVOX/TRIBUNE – L’avocat Gilles-William Goldnadel fustige une victimisation des musulmans qu’il juge imaginaire, née d’un dévoiement de l’antiracisme.

Gilles William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Son récent ouvrage, Névroses Médiatiques. Le monde est devenu une foule déchaînée, est paru chez Plon.


Article après article, avec un bonheur incertain, je m’essaie de faire comprendre à mes contemporains que nous vivons un temps médiatique névrotique et même schizophrénique. J’essaie aussi d’expliquer que cette névrose profonde provient d’un antiracisme dévoyé, lui-même issu d’un antinazisme devenu fou.

Le courant médiatique islamo-gauchiste considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans.

La folle quinzaine qui commença par le drame de quatre policiers assassinés par un islamiste à la préfecture de Paris pour s’achever par un psychodrame disproportionné autour d’une femme voilée à la vie paraît-il gâchée en est la triste et énième illustration. Tellement prévisible également. Qu’on me permette de citer la conclusion de la chronique que j’ai publiée dans ces mêmes colonnes le 7 octobre dernier : «Mais pas d’illusions, le réel sera vite à nouveau rattrapé par le virtuel. Aujourd’hui l’heure est encore à la colère avec la mise en accusation du laxisme envers les islamistes. Demain, viendra l’oubli des victimes quand elles reposeront dedans la guerre froide. Après-demain, un nouveau pilori sera dressé pour ceux qui font radicalement le procès de l’islam radical. Le jour d’après, sera jour d’attentat.»

Nous avons donc connu le troisième jour: celui de la victimisation à l’envers. C’était un jour forcément nécessaire. La France était la seule victime, les Français étaient en colère, l’islamisme coupable était montré du doigt. Comme à chaque fois, le courant médiatique que je ne peux nommer autrement qu’islamo-gauchiste mais qui par capillarité a contaminé depuis des lustres l’inconscient collectif bien au-delà de l’islam et bien au-delà du gauchisme, considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans.

Le prétexte de la sortie funeste et maladroite de Julien Odoul au sein d’une assemblée territoriale mettant en cause une femme voilée en présence de son enfant affolé n’était pas mal trouvé.

Une pétition dans Le Monde donnait le la à la musique de la victimisation frénétique.

La névrose médiatique faisait le reste. Une pétition dans Le Monde signée notamment par des artistes à la réflexion politique étroite mais à la morale esthétique infinie donnait le la à la musique de la victimisation frénétique.

Notre président de la République, illustra jusqu’à la perfection son ambivalence hybride qui se mariait harmonieusement avec l’esprit schizophrénique du temps. Au premier jour de l’assassinat des quatre authentiques martyrs de l’islamisme, Monsieur Macron n’hésitait pas à appeler martialement au devoir de «vigilance» contre «l’hydre islamiste».

J’écrivais alors que l’exercice s’avérerait périlleux dans la pratique, au regard du surmoi prétendument antiraciste. Je ne croyais pas si bien écrire: dans un article du Figaro daté du 16 octobre («Détection de la radicalisation à l’université: un sujet délicat») Marie-Estelle Pech raconte comment l’université de Cergy-Pontoise a été contrainte, après protestations, de regretter un appel à la vigilance dans lequel on considérait par courriel comme inquiétants le fait, notamment , qu’un étudiant ou un fonctionnaire dédaignerait l’autorité des femmes ou porterait «une djellaba, ou un pantalon dont les jambes s’arrêtent à mi-mollets». Frédérique Vidal, notre ministre de l’enseignement supérieur aura été de ceux qui auront condamné cette vigilance politiquement osée.

Au demeurant, l’université de Cergy-Pontoise aura été bien naïve de prendre le discours présidentiel à la lettre et de ne pas donner du temps psychodramatique aux temps dramatiques.

Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron.

Dès que le psychodrame de la femme voilée s’empara des esprits tourmentés et que celle-ci déclarait à ce CCIF proche des Frères musulmans qui traque l’islamophobie «qu’on avait gâché sa vie», notre président vigilant appelait désormais les Français à la vigilance non plus contre l’hydre islamiste mais contre cette vieille hydre de la «stigmatisation».

Je défie cependant qui que ce soit de me mettre sous les yeux la moindre déclaration d’un seul membre de l’Assemblée nationale élue par les Français incriminant l’ensemble de la population musulmane en tant que responsable des attentats islamistes. Ou que l’on me montre la moindre agression physique d’un salaud exalté contre une femme voilée.

Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron.

Il était pourtant à la portée de l’intelligence présidentielle de comprendre que c’est précisément cette victimisation imaginaire qui est depuis longtemps l’une des matrices de la radicalisation islamique et de ses conséquences. Tant il est caractéristique de l’esprit humain de se persuader sincèrement que l’on est une victime. A fortiori lorsque de grands esprits vous l’affirment.

Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel.

Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore compris le lien insécable dans l’inconscient collectif entre le destin juif éprouvé et le destin musulman fantasmé, agité depuis des lustres par des intellectuels tels qu’Edwy Plenel, je signale ce dessin qui agite actuellement la toile électronique.

On y voit à droite une mère de famille portant en 1940 sur son manteau l’étoile juive tenant par la main son petit enfant et à gauche une autre maman voilée en 2019 tenant par la main un enfant marqué du croissant, en partance toutes deux vers un destin incertain.

Au-delà de l’obscénité de la comparaison qui rejoint l’obscénité du temps, nul ne m’empêchera de rappeler que les 11 juifs tués parce que juifs depuis 2006 l’ont été tous par des musulmans radicaux.

Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel.

Voir par ailleurs:

Roads designed by men are killing women – and stop millions from cycling

It will come as little surprise to anyone who cycles that twice as many men as women ride their bikes at least once a week, according to research from Sustrans, the cycling and walking charity. Almost three-quarters of women living in seven major UK cities never cycle for local journeys, the study found. Despite this, over two-thirds said their home town would be a better place if more people pedalled. Some 76% of women who already cycled or wanted to start said segregated lanes would help them to cycle more.

As a woman who cycles, I am often asked why so few others follow suit. Is it because of helmet hair? Or the bottom-amplifying effects of Lycra? There’s no doubt that women generally feel more pressure to look presentable than men. And although I’m rarely troubled by saddle sores, I find the logistics of cycling to work a right pain in the bum: the skanky showers, the outfit changes, the struggle to find somewhere discreet to plug in a hairdryer. And yes, I know that everyone in the Netherlands rides in their ordinary clothes, but I live in Stockport and work in Manchester: would you like to sit next to me unwashed after I’ve ridden 10 miles?

The main reason most women don’t cycle in the UK is because they think it is dangerous. You can tell them until the cows come home that the roads are statistically safe, and that you are more likely to be killed walking than on a bicycle. But when they sit on the top deck of a bus and look down to see a cyclist squashed up against the kerb they feel no compulsion whatsoever to join them. Women do seem to be more vulnerable, perhaps because they are often more reluctant to “own” the lane and so end up in the gutter: 10 out of 13 cyclists killed in London in 2009 were women, and eight of them were killed by left-turning HGVs, according to the campaign group Cycling UK.

Xavier Brice, at Sustrans, believes city planners are to blame. “Fifty-one per cent of the UK population is female, yet most of our cities are failing to design roads and streets for women to cycle,” he says. It cannot help that women remain under-represented among the transport planners and engineers who design our streets. And most council leaders, who decide how to spend the transport budget, are men.

Take Manchester, which has been ruled for more than 20 years by Richard Leese, the council leader. He cycles but was always lukewarm on segregated cycle lanes, say local campaigners. His view, they say, was that smoother tarmac was the answer: if only they could find the cash to fill in all the potholes then more people would saddle up. When new infrastructure was proposed he was against it if it threatened traffic flows.

Recently Leese has changed his tune: a nasty scare after getting his wheel stuck in the tram tracks may or may not have sped up his conversion. He now has an Olympic champion on his case too, after Andy Burnham, Greater Manchester’s mayor, appointed Chris Boardman to be its first cycling and walking commissioner. In his first interview after getting the job last year Boardman told me even he no longer felt safe riding on UK streets. Now we have a developing network of segregated lanes in Greater Manchester, with Boardman due to announce more by the end of the month. I regularly ride along one of them, which goes through the university and hospital districts, and am often struck by how many women I see. On Tuesday I took a Mobike to interview students at Manchester Met and was pleased to see a nurse fly by in her blue uniform, perhaps late for a shift at the infirmary.

Until very recently I took a slightly quicker route home, bombing along main roads. Then I got knocked off by someone who didn’t bother looking before he opened his door. I was unhurt, and will not appear in the cycling safety statistics. But when women tell me cycling is too dangerous I can’t, in good conscience, persuade them otherwise.

Helen Pidd is the Guardian’s North of England editor

Voir de plus:

Meet the “new man”: whatever others say he is.

Mr. Labash is the author of “Fly Fishing With Darth Vader.”

The New York Times

John Wayne, that repository of testosterone — now considered an illicit substance in many states — once played a character who said, “You have to be a man first, before you’re a gentleman.” Who knows what, exactly, he meant by it? It sounded like a fine thing to say, back when men were unabashed “men.” Now, we have #MeToo, and toxic males, and even such a once man-friendly rag as Gentlemen’s Quarterly (i.e., GQ), which has historically celebrated men, seems to be just sick about them, eager to atone for their Y chromosome.

As a subscriber for decades — and as a biological male — I eagerly delved into GQ’s “New Masculinity” issue. I’ve historically read the magazine that “meets millions of modern men where they live” for high-grade long-form journalism, or to settle existential quandaries such as, “What the hell is face serum and do I need to use it?” Still, one generally doesn’t turn to men’s magazine editors with soft hands who fret about conquering “your complex pant-shoe relationship” for instruction on the meaning of manhood. Not to pick on GQ, which, after all, helps us perform vital functions, such as how to “salute the celebrity mustache.”

But after years of #MeToo scandals, which have revealed weirdos and perverts and sex criminals (and that’s just R. Kelly), “toxic masculinity” is now regarded as tautology in some quarters. In more than a few tellings today, just to be a man is to be toxic.

So GQ’s newish editor in chief, Will Welch, is taking a crack at overhauling our benighted gender, presenting an issue in which, as he puts it, “traditional notions of masculinity are being challenged” and “overturned.” In doing so, he holds, we can be more generous, empathetic humans, even to ourselves, since “toxicity simply cannot thrive in the golden presence of genuine self-love.” Tell that to Harvey Weinstein, who allegedly “self-loved” into a potted plant in front of one of his trapped victims.

For those curious to see just how much American masculinity is shifting — at least at Condé Nast headquarters in Manhattan — the trouble starts on the cover, in which the singer Pharrell Williams sports a canary-yellow, high-fashion Moncler sleeping-bag-as-gown, looking like Cinderella going to the Dick’s Sporting Goods ball. From there, “The Glorious Now of Men in Makeup” spread is little surprise, with lacquered-up boy-banders, models and influencers dispensing invaluable beauty pointers, such as Gen Z trans model Casil McArthur, who advises going with “mascara and lip tint. If I want to be extra, I’ll incorporate intense sparkles.”

It’s difficult to envision the guys down at the tackle shop or Tractor Supply going in for sleeping-bag couture and hot makeup tips. But then, they’re the Old Man, the kind of man the new masculinity seeks to leave behind. Maybe they haven’t paraded around female job applicants with open kimono, à la Charlie Rose, or haven’t traumatized female colleagues by subjecting them to pelvic pinball, à la Mark Halperin. But in GQ’s eyes they’re guilty of a more universal sin: They’re still living as men undefined by non-men.

The bulk of GQ’s conversation starter is a package in which “18 powerful voices” have their say on the new masculinity. You’d think this would make for an interesting cross-section of representative men, but there, you’d largely be wrong, since traditional men seem afterthoughts in their own discussion. As the writer Rod Dreher has noted in his own analysis of the GQ spread, scratching out some back-of-the-envelope calculations, of these 18 purportedly definitive figures, there are perhaps four who are heterosexual cis men, about 20 percent (even though 95 percent of all males identify as hetero).

Aside from the views of men like the filmmaker John Waters (“men are the ones who have penis envy”), or Magic Johnson’s son, who has chosen a life “embracing traditionally feminine clothing and cosmetics,” GQ seems primarily interested in soliciting women’s opinions of what being a man means. Imagine Ms. or Jezebel doing the mirror version of this, with men mansplaining what women should be. Then run for your life.

You do get transgender men, like the boxer Thomas Page McBee, celebrating his “newly weaponized body,” which might sound like a threat to women if he hadn’t been originally gender-assigned to womanhood. There’s the rapper Killer Mike, who, along with his wife, Shana Render, is interviewed in one of Atlanta’s iconic strip clubs. But don’t strip clubs demean women? No bother. Killer Mike is otherwise woke enough to pass muster (he is, after all, a Bernie Sanders supporter), and Ms. Render informs that they do dispense investment tips to strippers. “Catering, massage companies, real estate,” Killer Mike adds.

Otherwise, there are a lot of women, all kinds of women. There’s the comedian Hannah Gadsby, who suggests men scale back their confidence, refrain from sharing their opinions, while looking “to traditional feminine traits” and then “incorporating them into your masculinity.” And there’s Al Freeman, whose soft-sculpture work is an effort to examine hypermasculine spaces, “a mirror of the things that I wish would be softer, or more benign, or less threatening somehow.” Think pillow versions of male genitalia or frat-house Jagermeister bottles. “I guess it’s castrating humor, to some degree,” Ms. Freeman says.

In an interview with Gayle King on “CBS This Morning,” Mr. Welch reported that in GQ’s survey of attitudes on masculinity, 97 percent said they felt masculinity was changing, and “30 percent of men said that they were confused by the changes.”

Wonder how that could’ve happened.

As for me, I might be tempted to answer Vox’s Liz Plank, one of GQ’s 18 voices, who recently published a book, “For the Love of Men.” While writing it, she went to Washington Square in Manhattan, thoughtfully asking men, “What’s hard about being a man?”

“Having to listen to people who aren’t men, or who are ashamed of manhood, constantly telling me how to be one,” would be my short answer, after I stopped, dropped and rolled for cover.

But for actual guidance — more sage than anything I read in GQ’s masculinity symposium — I’d turn to Edward Abbey, the ornery liberal who enjoyed baiting those on his own team. By most lights, he was a more reliable environmentalist than he was a feminist. (“The feminists have a legitimate grievance,” he said. “But so does everyone else.”) But Mr. Abbey, a former park ranger, did spend a lot of time observing nature up close, and not just the flora and fauna. Of man/woman relations, he wrote, “It is the difference between men and women, not the sameness, that creates the tension and the delight.”

Why keep fuzzing distinctions that for millenniums have resisted fuzzing? Punish the sex criminals and pelvic pinball wizards. Good riddance to them all. But otherwise, let men and women be men and women, however that appropriately breaks, without laboring so hard to fuse them. Maybe our opposites attracting, which the furtherance of our species has depended on, isn’t a design flaw, but its very essence. And maybe the wokerati ought to take their own most oft-repeated cliché to heart: Our diversity is our strength.

Matt Labash was a national correspondent at The Weekly Standard.

Voir enfin:

Pour en finir avec l’ “illusion biographique”
Nathalie Heinich
L’Homme, 195-196
2010

C’est peu dire que Michael Pollak n’apprécia pas le titre donné par Pierre Bourdieu au numéro d’Actes de la recherche en sciences sociales dans lequel furent publiés les premiers résultats de son enquête sur l’expérience concentrationnaire (Pollak 1986a et b) : des années de travail avec plusieurs collaborateurs ; seize longs entretiens avec des rescapées d’Auschwitz-Birkenau en France, Autriche, Allemagne et Pologne ; l’analyse de vingt-cinq textes autobiographiques en français, anglais et allemand ; le dépouillement attentif des dépositions judiciaires conservées dans différentes archives et des témoignages historiques recueillis par plusieurs commissions ou centres de recherche ; des analyses thématiques, des tableaux synoptiques, de longues heures de lectures, de discussions, de réflexions, d’écriture1 – tout cela pour figurer dans un numéro de revue intitulé L’illusion biographique… Je n’ai sans doute pas pris toute la mesure, à l’époque, de la blessure que cela a pu représenter pour Michael. Je le ressens mieux aujourd’hui.

« L’illusion biographique » : c’était aussi le titre du court article que Bourdieu publia dans ce même numéro (Bourdieu 1986), seul texte théorique au milieu de contributions variées portant aussi bien sur les témoignages de rescapés des camps que sur la confession, les fils de pasteur, la vie d’un artisan, la trajectoire d’un ouvrier, l’itinéraire d’un drogué… Pourquoi ne pas l’avoir placé plutôt en tête, ou en conclusion, comme la logique l’aurait voulu ? Sans doute pour atténuer l’effet d’auto-contradiction que ne pouvait manquer de produire cette disqualification, par le directeur d’une revue, de l’objet même des contributions rassemblées par lui ? Peut-être aussi par un reste de scrupule envers ses auteurs ? Je ne vois pas aujourd’hui d’autre explication à ce choix éditorial pour le moins étrange.

Quant aux raisons, sur le fond, de cette démolition qui apparaît comme un règlement de compte, je n’en trouve pas d’autre que celle-ci : à la même époque se tenait à l’Ihtp (l’Institut d’histoire du temps présent, dont Pollak était membre) une table ronde sur l’histoire orale, dont les actes paraîtront un an plus tard dans la revue de l’institut, avec une introduction de son directeur, Jean-Pierre Rioux (1987), et un long article liminaire de Pollak (1987) ; elle faisait suite à une première table ronde sur le même sujet organisée six ans auparavant. Ce début des années 1980 avait été marqué dans nos disciplines par l’arrivée de la « micro-histoire » (cf. notamment Ginzburg & Poni 1981), l’intérêt pour les « histoires de vie » et, plus généralement, l’appui sur le matériau biographique et autobiographique. Bourdieu prenait donc, d’une certaine façon, le train en marche en consacrant un numéro de sa revue à ce thème (sans oublier que Sartre, dont il ne cessa pas de se démarquer tout en le « marquant » – comme on dit au football –, Sartre, donc, en avait fait figure de locomotive avec son essai sur Flaubert). Sans doute n’en fallait-il pas plus pour l’inciter à minimiser d’une main ce qui ne l’avait pas attendu pour exister, en même temps que de l’autre il affirmait sa présence dans un domaine devenu porteur. Peut-être ce jeu de positionnements stratégiques dans le milieu intellectuel n’était-il pas la seule raison de cette suspicion affichée envers la biographie ; en tout cas, c’est une raison cohérente avec ce qu’on connaît de lui par ailleurs2.

Mais les marquages de territoire ne sont pas tout : encore faut-il des arguments pour prendre position. Que pouvait donc reprocher Bourdieu à la biographie ? Deux choses, essentiellement – le premier argument étant longuement développé, le second à peine esquissé.

La biographie à l’épreuve du soupçon

Le sujet se prêtait admirablement à la sociologie du soupçon, jamais mieux à son aise qu’avec tout ce qui peut entrer dans la vaste orbite de la « construction sociale ». Bien naïf en effet, argumentait Bourdieu dans son article, celui qui ne verrait pas ce qui, dans le récit de vie, relève « en fait » : du mensonge ou, du moins, de la dissimulation et de la déformation, opposées à la transparence du discours (« se faire l’idéologue de sa propre vie en sélectionnant… » [1986 : 69]) ; de l’illusion propre à toute entreprise narrative, opposée à la pureté de l’expérience vécue (« illusion rhétorique » [ibid. : 70]) ; de l’artificialisme, opposé à la réalité brute des faits (« création artificielle de sens » [ibid. : 69], « cette sorte d’artefact socialement irréprochable qu’est “l’histoire de vie” » [ibid. : 71]) ; de la convention et de l’officialité, opposées à l’authenticité (« convention rhétorique », « présentation officielle de soi » [ibid. : 70]) ; de l’instabilité stratégique, opposée à la stabilité du monde tel qu’il est (« le récit de vie variera, tant dans sa forme que dans son contenu, selon la qualité sociale » [ibid. : 71]) ; du marché, forcément corrupteur, opposé à l’état de nature (« selon la qualité sociale du marché sur lequel il sera offert » [ibid.]) ; de la contrainte, opposée à la libre expression (« un surcroît de contraintes et de censures spécifiques » [ibid.]) ; de la manipulation, opposée au libre choix individuel (« manipuler » [ibid.]).

Mais bien naïf aussi – et c’est la dernière phrase de l’article, qui tempère quelque peu cet argumentaire foncièrement rousseauiste – celui qui ne verrait pas, dans l’entreprise biographique, tout ce qui ressortit à l’illusion individualiste, simple support du « narcissisme », opposée à la vérité du « social » : « l’individu […] vers lequel nous porte irrésistiblement une pulsion narcissique socialement renforcée, est aussi la plus réelle, en apparence, des réalités » (ibid. : 72). Bref, toute entreprise biographique est forcément suspecte, au plus haut point, tant en ce qui provient du biographié lui-même que de la « complicité naturelle du biographe » (ibid. : 69).

Ci-gît, donc, la biographie…

L’identité à l’épreuve de l’habitus

Après ce facile jeu de massacre constructiviste appliqué à l’illusion d’une « identité » objective3 (exercice devenu banal et qui serait sans doute accessible aujourd’hui à n’importe quel étudiant en sociologie), arrive un second argument :

« Essayer de comprendre une vie comme une série unique et à soi suffisante d’événements successifs sans autre lien que l’association à un “sujet” dont la constance n’est sans doute que celle d’un nom propre, est à peu près aussi absurde que d’essayer de rendre compte d’un trajet dans le métro sans prendre en compte la structure du réseau, c’est-à-dire la matrice des relations objectives entre les différentes stations »(ibid. : 71).

Jean-Claude Passeron a montré, dans un article un peu postérieur, que le principal problème posé aux sciences sociales par l’approche biographique relève moins du matériau (comme le suggère l’argument constructiviste longuement décliné par Bourdieu) que de la méthode appliquée à ce matériau4. En l’occurrence, le problème de méthode que pointe Bourdieu dans ce second argument renvoie à l’opposition classique entre le point de vue individuel et le point de vue collectif, entre le niveau micro et le niveau macro : opposition que la question biographique permet de retraduire sous une autre forme, celle de l’opposition entre, d’une part, la temporalité (accessible à la perception individuelle des profanes) et, de l’autre, les structures (qui n’apparaissent que grâce à la prise en compte de la dimension collective par le travail des sciences sociales)5. Ainsi l’entrée par la biographie – forcément narrative – apparaît-elle comme un crime de lèse-habitus – incorporé et structuré.

Ajoutons une dernière hypothèse quant aux motifs non plus seulement stratégiques ni même théoriques mais, peut-être, infra-conscients, de cette distance prise à l’égard de l’approche biographique et, plus précisément, autobiographique : c’est qu’elle requiert à la fois la collaboration active du sujet (et non plus sa soumission passive à l’interprétation du sociologue), la confiance dans le langage comme conducteur de sens, y compris dans ses non-dits ou ses errances (et non plus sa disqualification comme écran à traverser pour atteindre la vérité), et le recours à la mémoire, avec et malgré ses manques (et non plus l’observation du présent ou la prévision des conduites à venir). Elle est proche en cela de la cure analytique6 : propriété qui n’avait rien pour lui attirer la sympathie de Bourdieu, pris dans une lutte hégémonique de la sociologie avec non seulement la philosophie, dont il venait, mais aussi avec la psychanalyse dont, à l’évidence, il ne voulait pas.

Il se peut que sur le moment cette double attaque, constructiviste et structuraliste, contre l’approche biographique ait pu faire impression. À l’usage, toutefois, elle échoue devant l’intérêt des travaux issus de ce type de matériau (dont ceux de Pollak lui-même), et qui ne cessent d’en prouver par l’exemple la richesse et la productivité. Reste qu’il peut être intéressant de comprendre en quoi cette tentative de disqualification n’atteint pas son objet : en d’autres termes, en quoi Bourdieu s’est enferré ici dans l’« illusion d’une illusion ».

À naïf, naïf et demi : l’illusion naturaliste

La première illusion épistémique qui transparaît dans cet article de Bourdieu (1986) touche au dogme constructiviste. Celui-ci en effet ne ressortit pas seulement au simple constat de la nature foncièrement « sociale » des faits sociaux (constat qui n’est rien d’autre, tout compte fait, qu’une lapalissade, tout juste bonne à épater les profanes), mais aussi et surtout à la dénonciation de leur artificialisme, de leur conventionalité : dénonciation qui elle-même s’adosse, implicitement, à l’idée que seul serait nécessaire ce qui relèverait de la « nature » et non de la « construction sociale » – celle-ci ne pouvant renvoyer qu’à l’arbitraire, au contingent.

C’est dire à quel point le constructivisme postmoderne (que Bourdieu ne se privait pas de moquer d’une main tout en le pratiquant, si nécessaire, de l’autre) est englué dans un naturalisme rampant, héritier des conceptions pré-sociologiques – propres à la tradition philosophique comme au sens commun – qui ne connaissent d’autres réalités que celle, métaphysique, de la « nature » et celle, concrète, de l’individu hic et nunc. Les sciences sociales ont pourtant largement montré la puissance du langage, des institutions, des conventions, des mœurs, des lois, supérieure et aux données de la « nature », et aux capacités d’action du « sujet ». Qu’importe : voilà qu’on nous serine encore qu’un récit ne serait « que » socialement construit, donc artificiel, mensonger, illusoire, autant dire dispensable dans la panoplie des méthodes offertes aux sciences sociales.

À naïf, qui « croit » à la transparence du discours, naïf et demi : celui qui croit, comme Bourdieu, qu’un « bon » discours » serait un discours transparent à la réalité qu’il vise. Alors que tout discours devient intéressant, pertinent, riche de sens, dès lors qu’on s’attache à rendre signifiante son opacité même – c’est-à-dire ses propriétés, pragmatiques autant que discursives –, en tant qu’elle nous conduit à la façon dont la réalité en question fait sens pour celui qui la vit.

Mais pour concevoir cela, il faut sortir d’une autre illusion, également présente dans la dénonciation bourdieusienne de l’« illusion biographique » : non plus l’illusion naturaliste, mais l’illusion explicative.

À naïf, naïf et demi : l’illusion explicative

« Rendre compte d’un trajet dans le métro », écrit donc Bourdieu dans son second argument. On a beaucoup glosé sur la métaphore du métro, mais je m’attarderai plutôt ici sur le sens de ce « rendre compte ». S’agit-il d’expliquer la logique objective d’un choix d’itinéraire par une mise à plat (une « objectivation », dans son langage) de l’ensemble des trajets possibles ? Ou bien s’agit-il de comprendre la façon dont ce trajet-ci est vécu par le voyageur ?

L’une et l’autre perspectives – explicative, compréhensive – sont parfaitement légitimes, intéressantes, utiles. Simplement, elles ne visent pas la même opération intellectuelle et n’emploient pas les mêmes outils. Or, ce que vise Bourdieu dans cette image du métro, c’est manifestement une explication – structuraliste, objectiviste, spatialisée – de l’expérience par ses causes objectives : explication qu’il oppose à une autre – narrative, subjectiviste, temporalisée. Mais ce qu’il ne voit pas, c’est que l’outil biographique donne bien plutôt accès à une compréhension, c’est-à-dire une explicitation des raisons, des logiques sous-jacentes au vécu du sujet. Dans les deux cas, on « rend compte », certes, mais pas des mêmes réalités. Et l’illusion ici consiste à ne pas voir la discordance entre la visée et l’outil, parce qu’on ne voit pas qu’une autre visée est à l’œuvre

Je ne m’attarderai pas sur cette opposition bien connue entre explication et compréhension : bien connue, mais dont on sous-estime sans doute les implications pour les sciences sociales et les confusions qu’elle entraîne7. Ici, la principale confusion porte sur le fait que dans une perspective explicative et objectiviste, le récit biographique n’est qu’un outil, faute de mieux, pour atteindre la réalité à laquelle il réfère tout en la déformant ; alors que dans une perspective compréhensive (qui ne serait subjectiviste, soit dit en passant, qu’à condition de s’exonérer de toute comparaison entre les différentes expériences, et de toute tentative pour dégager la structuration de l’espace des possibles telle qu’elle s’offre aux acteurs), ce récit fait partie de la matière même de l’investigation : non pas seulement ce qui permet de comprendre, mais aussi ce qui doit être compris.

Dans cette dernière perspective, le soupçon du sociologue « désillusionnant » se retourne contre lui-même : le naïf n’est plus celui qui croirait à l’« objectivité » du récit biographique, comme ne cesse de le marteler Bourdieu, mais il est celui qui croit, comme lui, que le locuteur et son interlocuteur prennent ce récit pour la réalité, alors que l’un et l’autre savent bien qu’ils ont affaire à un récit – cette forme particulière de réalité, si riche d’enseignements pour peu qu’on l’écoute vraiment, c’est-à-dire pour elle-même en tant qu’elle vise, avec ses moyens propres, son référent, et non pour ce référent lui-même.

Face, donc, à celui qui se gausse des naïfs amateurs de biographies, on a envie de poser la question fameuse de Paul Veyne (1982) : dans quelle mesure, de quelle façon, à quelles conditions les biographiés croient-ils à l’histoire qu’ils racontent, et les biographes à celle qu’on leur raconte ? Et, au-delà de l’adhésion (de la « croyance ») à ce que racontent ces récits, quelles fonctions revêtent pour leurs narrateurs leur production et leur circulation ? De quels outils disposent-ils pour les rendre dicibles et intelligibles ?

La confusion des genres

C’est là qu’intervient un autre déplacement de la pensée sociologique : non plus de l’explication à la compréhension, mais de la visée référentielle à l’outil sémiotique. Encore une fois, Bourdieu n’y a vu que du feu.

« Le récit, qu’il soit biographique ou autobiographique, comme celui de l’enquêté qui “se livre” à un enquêteur », écrit-il (1986 : 69). Cet écrasement des genres narratifs en dit long sur son peu d’intérêt envers la matière du récit et les conditions de sa production ; autrement dit, sur la logique des choix de narration adoptés par le sujet, à laquelle donne accès la perspective compréhensive. Car la question primordiale que devrait se poser le chercheur face à ce genre de récits n’est pas de savoir dans quelle mesure ils sont « véridiques », « manipulés », « artificiels » ou purement « rhétoriques », mais dans quel contexte ils ont été produits et, le cas échéant, publiés, et sous quelle forme : biographie rédigée par un tiers, autobiographie spontanée ou sollicitée, entretien – et quel sens peut avoir l’adoption de tel genre discursif par rapport à l’expérience relatée.

Ce furent, précisément, l’originalité et l’intelligence du travail de Pollak sur la déportation : au lieu de se laisser fasciner par le contenu atroce des récits, s’obliger à se concentrer tout d’abord sur le filtre de leur forme. Avec, en toile de fond, ce constat originel, accablant : leur existence même est fonction de la capacité des narrateurs à avoir survécu à l’expérience qui en fait la substance. Car, en matière concentrationnaire, un témoin, avant d’être quelqu’un qui a décidé de témoigner, est quelqu’un qui en est revenu. Codicille : un rescapé qui témoigne est quelqu’un qui est revenu avec, non seulement, la possibilité physique de s’exprimer, mais aussi avec sa possibilité morale ; quelqu’un donc dont l’identité n’a pas été détruite au point de ne plus pouvoir s’autoriser à parler. Et enfin : un rescapé qui témoigne est quelqu’un qui a trouvé une écoute ou, au moins, la promesse, l’espoir qu’il y aurait un jour une écoute.

C’est cela « la gestion de l’indicible », selon le beau titre de l’article de Pollak (1986b). Et ce sont ces trois conditions – la condition de la survie, la condition du maintien de l’identité, la condition de l’écoute – qui ont fait l’objet conjoint de son travail sur ces récits, sans que jamais ces trois dimensions ne soient déconnectées les unes des autres. D’où l’attention scrupuleuse qu’il porte à la forme et aux conditions du témoignage, à la différenciation entre dépositions juridiques, témoignages historiques, autobiographies et romans, ainsi qu’à l’examen attentif des formes rhétoriques – usage des pronoms personnels, temps grammaticaux, organisation plus ou moins chronologique ou thématique de la narration. Tout cela a du sens, car ces choix génériques et formels sont étroitement liés – comme le montrera finalement ce travail – et au contexte de production du récit, et aux conditions de l’expérience elle-même (cf. Heinich 2005).

C’est dire combien le titre de l’article de Bourdieu et de ce numéro de la revue fut mal venu, j’ajouterai même dans ce contexte, indécent : plutôt que l’« illusion biographique », c’est le « travail biographique » qu’il aurait fallu saluer. Avec le respect dû à tout travail – celui du biographié comme celui du biographe.

L’impératif de cohérence

S’il avait eu cela en tête, sans doute Bourdieu se serait-il aussi abstenu – et je finirai sur ce point – de fustiger l’effort de cohérence du récit biographique, en réduisant la visée de « consistance et de constance » à une simple « prétention » (« prétendent à s’organiser en séquences ordonnées selon des relations intelligibles ») : pour lui, établir « des connexions propres à donner cohérence », ce n’est rien d’autre que ce qui se fabrique avec la « complicité naturelle du biographe » (1986 : 69) ; et « traiter la vie comme une histoire, c’est-à-dire comme le récit cohérent d’une séquence signifiante et orientée d’événements », c’est l’« illusion rhétorique », ou encore la « convention rhétorique », forcément « arbitraire », du roman « comme histoire cohérente et totalisante » (ibid. : 70).

Michael Pollak, lui, s’est bien gardé de faire du souci de cohérence une illusion propre à berner le naïf. Au contraire, il a su y voir ce qu’il est : une valeur, c’est-à-dire une visée partagée. Mais, dans la sociologie de Bourdieu, les valeurs ne peuvent être qu’illusions naïves ou cyniques dissimulations d’intérêts. Comment aurait-il pu dans ces conditions prendre au sérieux l’impératif de cohérence, cette valeur fondamentale que tout un chacun vise tant bien que mal à réaliser ? Et qui ne peut se réaliser qu’avec l’aide des institutions (oui, ces repaires de la « convention », de l’« artificialité », de la « contrainte »), au premier rang desquelles cette « institution du sens » par excellence qu’est le langage (cf. Descombes 1996) ?

« L’histoire orale », écrivait ainsi Pollak, « rejoint ici les préoccupations des nouvelles théories de la communication qui ne considèrent plus comme évidentes la cohérence et la continuité de la réalité, mais qui posent plutôt la question : comment le monde social s’y prend-il pour se doter de cohérence et de continuité ? » (1987 : 17). Or, la réponse à cette question réside pour une bonne part, précisément, dans l’activité narrative, qu’elle soit fictionnelle ou documentaire, collective ou individuelle, profane ou savante :

« Une telle pratique ouverte de la recherche historique, en montrant à quel point il a toujours été difficile dans la réalité sociale de créer de la continuité et de la cohérence, nous rappellerait que celle-ci, loin de constituer un équilibre stable que l’historiographie peut se contenter de décrire, représente un précaire équilibre de forces qui résulte d’un travail permanent de négociation et de compromis auquel la production historique elle-même n’est pas étrangère, tant dans sa constitution que dans son utilisation »(Pollak 1986a : 26).

C’est sur ce constat à la fois riche d’ouvertures épistémiques et plein d’humanité que se clôt l’article de Pollak, rendant finalement leur place, dans un nouage serré, au point de vue individuel, à la dimension institutionnelle et au regard du chercheur :

« Cette recherche sur une expérience-limite rappelle aussi combien est difficile le maintien de la continuité et de la cohérence, tant pour un individu que pour un groupe […]. Ainsi, en rendant compte de troubles identitaires fondamentaux et de leur possible maîtrise, l’analyse de l’expérience concentrationnaire atteste à quel point […] les individus, en tant qu’ils sont le produit d’une construction sociale, sont également une construction d’eux-mêmes »(Ibid. : 29).

On est loin, très loin, de l’« illusion biographique » sous le chapeau de laquelle furent publiés ces deux articles, à l’extrême opposé de l’esprit dans lequel ils avaient été écrits. Et c’est pitié, en y revenant plus de vingt ans après, que de réaliser à quel point la superbe intelligence qui fut celle de Bourdieu a pu se dévoyer dans cette forme de bêtise typique de notre époque que sont le soupçon généralisé, la critique aveugle et systématique.

Bibliographie

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Bourdieu, Pierre, 1986 « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : L’illusion biographique : 69-72.
DOI : 10.3406/arss.1986.2317

Descombes, Vincent, 1996 Les Institutions du sens. Paris, Minuit (« Critique »).

Ginzburg, Carlo & Carlo Poni, 1981 « La micro-histoire », Le Débat 17 : 133-136.
DOI : 10.3917/deba.017.0133

Heinich, Nathalie, 2005 « Les limites de la fiction », L’Homme 175-176 : Vérités de la fiction : 57-76.
—, 2007a « Hommage à Michael Pollak », in Comptes rendus à Walter Benjamin, Pierre Bourdieu, Norbert Elias, Erving Goffman, Françoise Héritier, Bruno Latour, Erwin Panofsky, Michael Pollak. Paris, Les Impressions nouvelles (« Réflexions faites »).
—, 2007b Pourquoi Bourdieu. Paris, Gallimard (« Le débat »).
—, 2008 « Régime vocationnel et pluriactivité chez les écrivains : une perspective compréhensive et ses incompréhensions », Socio-logos 3.
[http://socio-logos.revues.org/1793]
DOI : 10.4000/lhomme.29504

Israël, Liora & Danièle Voldman, eds, 2008 Michael Pollak. De l’identité blessée à une sociologie des possibles. Paris, Complexe (« Histoire du temps présent »)

Jackson, John E., 1988 « Mythes du sujet : à propos de l’autobiographie et de la cure analytique », in Michel Neyraut et al., eds, L’Autobiographie : 6e rencontres psychanalytiques d’Aix-en-Provence. Paris, Les Belles Lettres (« Confluents psychanalytiques »).

Passeron, Jean-Claude, 1990 « Biographies, flux, itinéraires, trajectoires », Revue française de sociologie 31 (1) : 3-22.
DOI : 10.2307/3321486

Pollak, Michael, 1986a « Le témoignage (avec Nathalie Heinich) », Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : L’illusion biographique : 3-29.
—, 1986b « La gestion de l’indicible », Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : L’illusion biographique : 30-53.
—, 1987 « Pour un inventaire », Cahiers de l’Ihtp 4 : Questions à l’histoire orale, table ronde du 20 juin 1986 : 11-31.
—, 1990 L’Expérience concentrationnaire. Essai sur le maintien de l’identité sociale. Paris, Métailié.

Rioux, Jean-Pierre, 1987 « Six ans après », Cahiers de l’Ihtp 4 : Questions à l’histoire orale, table ronde du 20 juin 1986 : 1-11.

Veyne, Paul, 1982 Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination constituante. Paris, Le Seuil (« Des travaux »).

Notes

1 L’ensemble de ce travail a été publié dans Pollak (1990) ; sur la place de cette recherche dans son œuvre, cf. Israël & Voldman (2008) ; sur les circonstances dans lesquelles elle a été menée, cf. Heinich (2007a).

2 Sur quelques stratégies analogues de « double discours », cf. Heinich (2007b).

3 Notons que Bourdieu aurait pu citer là Ricœur, dont les trois volumes de Temps et Récit venaient de paraître au Seuil en 1983, 1984 et 1985.

4 « On voit que l’hésitation porte sur les choix de traitement et non de matériau : le matériau biographique est du matériau historique comme un autre et souvent plus complet qu’un autre, en tout cas toujours organisé autrement ; la question est de savoir qu’en faire » (Passeron 1990 : 10).

5 C’est ce que met en évidence Passeron (in ibid.).

6 « La cure analytique et l’autobiographie se rejoignent encore, dans la visée qu’un je y poursuit de son unité, par leur élection commune du champ dans lequel elles choisissent de se déployer ainsi que du mode sur lequel ce champ se découvre : le langage et la remémoration » (Jackson 1988 : 139).

7 Pour un exemple récent, je me permets de renvoyer à Heinich (2008).

Pour citer ce document

Référence papier

Nathalie Heinich, « Pour en finir avec l’ “illusion biographique” », L’Homme, 195-196 | 2010, 421-430.

Référence électronique

Nathalie Heinich, « Pour en finir avec l’ “illusion biographique” », L’Homme [En ligne], 195-196 | 2010, mis en ligne le 04 novembre 2012, consulté le 24 octobre 2019. URL : http://journals.openedition.org/lhomme/22560 ; DOI : 10.4000/lhomme.22560

Cet article est cité par

  • (2017) Juifs d’Europe. DOI: 10.4000/books.pufr.16170
  • André, Bernard. (2013) Évaluer la formation pratique des enseignants : enjeux, défis et propositions. Revue française de pédagogie. DOI: 10.4000/rfp.4208
  • Maitilasso, Annalisa. (2014) « Raconte-moi ta migration ». Cahiers d’études africaines. DOI: 10.4000/etudesafricaines.17655
  • Eczet, Jean-Baptiste. Cometti, Geremia. (2017) Est-il possible de faire le portrait d’un migrant ?. Terrain. DOI: 10.4000/terrain.16129

Auteur

Nathalie Heinich

Centre national de la recherche scientifiqueLaboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture (Lahic), Charenton-le-Pont

Du même auteur

COMPLEMENT:

Rémi Brague : “L’idée d’un progrès irrésistible vers des sommets radieux est complètement folle”
La volonté moderne de la table rase porte atteinte à nos biens intellectuels et moraux, déplore Rémi Brague.
Anne-Laure Debaecker
Valeurs actuelles
27/10/2019

Sauver les vertus, les idées ou les vérités que le projet moderne a conduites à la folie, c’est là l’intention de Rémi Brague dans son ouvrage Des vérités devenues folles qui regroupe les textes de diverses conférences prononcées entre 2009 et 2016, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis. À travers ces textes, le philosophe et essayiste, membre de l’Institut de France, souligne les impasses générées par le culte du progrès et appelle à renouer avec la forme prémoderne de ces vertus, idées et vérités enracinées dans la culture occidentale issue aussi bien d’Athènes que de Jérusalem.

Valeurs actuelles. Pourquoi ce titre évocateur ?
Rémi Brague. 
Mon titre est une allusion tout à fait claire à la fameuse phrase de G. K. Chesterton dans Orthodoxie , selon laquelle le monde moderne est « saturé de vieilles vertus chrétiennes virant à la folie » . Je critique cette formulation car il n’y a pas de vertus chrétiennes, il y a des vertus tout court, qui sont approfondies par le christianisme.

Il n’existe pas deux manières d’être juste, d’être courageux, d’être tempérant… C’est pour cela que j’ai aussi introduit un autre texte de Chesterton, issu du chapitre « L ‘humanisme est-il une religion ? » de Pourquoi je suis catholique , dans lequel il insiste sur le caractère parasitique du monde moderne, qui vit de principes, de biens et de conquêtes intellectuelles, spirituelles et morales qui lui sont antérieurs. Ils datent du Moyen Âge, le Moyen Âge ayant lui-même approfondi et développé une partie de l’héritage antique. En matière de philosophie morale médiévale, saint Thomas d’Aquin emprunte des pans entiers à Aristote. Et Roger Bacon cite des pages entières de Sénèque. Ainsi, il n’y a pas de vertus chrétiennes, il y a une manière chrétienne de vivre et d’exercer des vertus humaines.

L’idée fondamentale de ce livre, qui se reflète aussi à travers le titre, est que les biens intellectuels et moraux dont nous vivons ont tendance à se dissoudre lorsqu’ils sont plongés dans un milieu moderne, et fleurissent lorsqu’ils sont replacés dans le contexte prémoderne qui les a hébergés.

Pourquoi le projet moderne a-t-il un tel impact sur nos biens intellectuels et moraux ?
En raison de son mantra “du passé faisons table rase”, de cette volonté de repartir de zéro en balayant les héritages du passé. J’analyse tout particulièrement cela dans le Règne de l’homme . Il s’agit de suspendre tout ce dont on vivait pour construire sur une base entièrement nouvelle, ou de détourner le capital des mondes anciens pour servir les nouveaux buts de ce monde moderne. Dans les Déshérités, ou l’urgence de transmettre, François-Xavier Bellamy identifie les trois auteurs correspondant aux trois étapes de répudiation de l’héritage : Descartes, Rousseau et Bourdieu. On a ainsi progressivement perdu le sens de la continuité et du développement. Pourtant, j’estime que la continuité devrait être l’un des droits les plus fondamentaux de l’humanité, pour reprendre la formule de Charles Dupont-White, « la continuité est un droit de l’homme ». Il ne s’agit pas d’exalter un fixisme mais de ne pas perdre le contact avec ce qui nous a faits et de faire que l’héritage et les beautés du passé enrichissent l’avenir. Car qu’on le veuille ou non, nous sommes des héritiers. Les physiciens expliquent d’ailleurs que les atomes qui font nos corps sont apparus quelques secondes après le big bang. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’histoire serait notre code, mais cela demande un certain respect pour ce qui a été, ne serait-ce que pour ne pas scier la branche de l’arbre sur laquelle nous sommes assis. La continuité est la condition de la continuation : si on se coupe de tout ce qui nous précède, on est obligé de s’arrêter pour panne sèche. C’est ce qui me fait donner une acception positive au terme “tradition”. La tradition a, en effet, un avantage : elle a abouti à nos personnes. En revanche, il n’est pas certain que nos modes de vie contemporains puissent produire un avenir.

Le mouvement écologiste prend d’ailleurs de l’ampleur…
Certes, il y a une prise de conscience en matière d’ écologie mais, en ce qui concerne la disparition des pratiques culturelles, ce niveau de conscience est dans les limbes. Notamment quand on voit la façon dont on se débarrasse des grands écrivains français, de moins en moins étudiés à l’école. Au moins, les classes préparatoires littéraires, si elles ne donnent évidemment pas la connaissance de l’ensemble de l’histoire littéraire, ont l’avantage de faire découvrir l’existence d’auteurs de plus en plus oubliés. Elles donnent la carte du pays de la culture.

Comment expliquer ce refus de la continuité ?
Il provient du rêve de ne pas dépendre d’autre chose que soi. De l’idée d’autonomie comprise de travers par rapport à sa signification philosophique, qui est d’“être capable d’avoir accès soi-même à la loi”. Cela ne veut pas dire n’en faire qu’à sa tête, c’est même presque le contraire, car n’en faire qu’à sa tête met à la merci de tous ses désirs et entraîne ainsi une perte de liberté. Mais la liberté que comprennent beaucoup de nos contemporains est celle de la chute libre de la pierre ou encore de la liberté du taxi vide, qui ne va nulle part et que n’importe qui peut prendre et mener où il veut tant qu’il peut payer.

Quelle définition de la liberté lui préférez-vous ?
La route du bien est ouverte !

Quelle est l’idée du monde moderne devenue la plus folle ?
L’idée d’un progrès irrésistible qui nous mènerait, que nous le voulions ou non, vers des “sommets radieux”, pour parler comme Staline. Elle fait d’ailleurs système avec l’idée de “projet” : je détermine désormais ce que je vais être. Il s’agit d’une confusion grossière. Il y a eu, ces derniers siècles, un accroissement de nos connaissances et une augmentation de notre pouvoir d’agir sur l’extérieur (la technologie). L’idée de progrès est alors née au XVIIIe siècle, quand on s’est dit que de ces augmentations allait découler nécessairement une amélioration des régimes politiques. Et que de cette amélioration des régimes allait découler, quasi automatiquement, une élévation du niveau moral de l’humanité. Le XIXe siècle a orchestré cela, puis le XXe siècle, avec deux guerres mondiales et des génocides qui ont fait de ce siècle le nadir de tous les siècles, est venu briser cette illusion. Les gens un peu intelligents en Europe ont alors cessé de croire que nous étions sur un tapis roulant qui nous mènerait vers les “lendemains qui chantent”. Mais l’idée reste dans les milieux populaires, car on se scandalise que la vie ne s’améliore pas, comme si le temps travaillait pour nous. Certains surfent sur cette idée tenace : on essaye de nous vendre des réformes dites “sociétales” en affirmant qu’elles constituent des avancées. Mais qui nous dit qu’elles avancent dans le bon sens ?

Comment expliquez-vous la destruction de la famille traditionnelle par l’État et le marché, dont nous avons encore un exemple récent avec le projet de loi bioéthique ?
Parce que l’État, selon sa propre logique, a intérêt à être la seule instance vers laquelle puisse se tourner un individu isolé. L’existence de la famille, de tout corps intermédiaire est un obstacle à l’action de l’État. Car pour l’État, on doit recevoir ce que l’on mérite, ni plus ni moins. Or cela ne se passe pas ainsi au sein de la famille : on aime ses enfants quoi qu’ils fassent. La logique de la famille n’est pas celle de l’État et encore moins celle du marché. Pour ce dernier, la situation idéale est celle du consommateur isolé qui fait ses courses au supermarché et qui n’a d’autres soucis que de minimiser la dépense et maximiser le gain.

« D’une manière ou d’une autre, notre culture devra faire un pas en arrière en direction d’un certain Moyen Âge. » Pourquoi ?
Loin d’être l’époque obscurantiste que l’on cherche souvent à nous dépeindre, le Moyen Âge fut une période au cours de laquelle grandeur et misère, innovation et conservation n’ont cessé de se mêler. Je ne me fais aucune illusion sur le Moyen Âge réel : les gens étaient aussi bêtes et méchants qu’avant et que nous maintenant – ce qui n’est pas peu dire ! Je ne crois pas du tout au progrès linéaire. Mais il y existait un rattachement à la transcendance, en particulier au sein des élites, qui donnait sens et orientait l’existence. Les vertus étaient présentes sous leur forme originelle et n’avaient pas encore subi les distorsions de la modernité.

L’autre Moyen Âge possible qui s’offre à nous est l’islam, sous sa forme la plus bête : une loi divine qu’on ne discute pas mais que l’on fait appliquer et qui régit tous les domaines de la vie humaine. À nous de voir quel Moyen Âge nous choisirons. Mais si ce pas en arrière n’est pas fait, nous allons disparaître, car nous n’aurons plus de raisons réelles d’exister ou de perpétuer l’espèce humaine.

Vous mettez en avant l’importance de la transcendance. Quelles sont les limites de l’athéisme ?
Il faut déjà lui concéder que la science n’a pas besoin de ce que Laplace appelait “l’hypothèse Dieu” pour élaborer une description rigoureuse de l’univers : il suffi t de trouver les lois mathématiques qui le gouvernent. Par ailleurs, en politique, on peut construire un système dans lequel la croyance est rejetée dans le domaine privé : il suffi t de mettre au point une sorte de gentleman’s agreement dans lequel personne n’aura intérêt à faire du mal à son prochain. Je ne suis d’ailleurs pas certain que ce système, qui s’est mis en place par étapes, puisse perdurer sur le long terme.

En revanche, l’athéisme se trouve sans réponse quand il s’agit de justifier le pourquoi de l’existence d’un être capable de faire de la science et de la politique. Il se trouve incapable de répondre à l’interrogation : pourquoi est-il bon que les hommes existent ? Car pour justifier cette existence, il faut un point de référence extérieure sur lequel s’appuyer. Quelqu’un qui nous dise : “Choisis la vie !”

Des vérités devenues folles, de Rémi Brague, éditions Salvator, 192 pages, 20 €.

Voir par ailleurs:

 Il est vraiment sincère, ce film » : dans les petites et moyennes villes, « Au nom de la terre » fait carton plein

Le film sur un agriculteur poussé au suicide a été vu par 1,3 million de personnes, surtout dans les villes qui épousent la géographie agricole et rurale.

Sandrine Blanchard

Le Monde

23 octobre 2019

REPORTAGE Abbeville, Amiens, Doullens(somme) ­ envoyée spéciale

René et Marie ont du malà se souvenir de leur dernière sortie au ci­néma. « Ce devait être pour Qu’est­-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?, en janvier », finit par se remémorer ce couple de retraités. Dimanche 20 octobre,en fin d’après­midi, ils font la queue au CGR d’Abbeville (Somme) pour découvrir le film Au nom de la terre. « On vit dans une région agricole, alors on est intéressés par le sujet », explique René. « Et puis on a vu Guillaume Canet en parler au journal de France 2, je l’aime bien cet ac­teur », complète Marie.

Dans ce multiplexe installé à l’entrée de la ville sur l’ancienne friche industrielle de la sucrerie, dont il ne reste que la cheminée en briques au milieu du parking, la séance pour ce drame vécu par un agriculteur affiche complet. « C’est comme ça depuis plus de trois semaines, le film fonctionne super bien, constate la guiche­tière, et il sera encore à l’affiche la semaine prochaine. »

Depuis sa sortie, le 25 septem­bre, ce premier long­métrage d’Edouard Bergeon, inspiré de l’histoire de son père, qui s’est suicidé sous le poids des dettes et du travail, cumule plus de 1,3 mil­lion d’entrées en France. Pour sa cinquième semaine d’exploita­tion, il sera sur 550 écrans, contre 437 au départ. « Ça nous dé­passe », reconnaît, face à ce succès inattendu, le producteur, Christo­phe Rossignon, cogérant de Nord­Ouest Films et, comme le réalisateur, fils d’agriculteur.

L’exception Paris intra-muros

Dans la Somme, où les champs cultivés s’étendent à perte de vue, entre villages de briques rouges et éoliennes, nombreux sont les spectateurs, à l’image de René et Marie, qui ont été ou connaissent des agriculteurs. « On est de ce mi­lieu, l’histoire de ce film m’inter­pelle, c’est vrai qu’on ne sait jamais à quelle heure on va terminer la journée, tellement y a de boulot », témoigne Vincent, venu en fa­mille. « Notre petit­ fils fait ses étu­des au lycée agricole, ça nous parle », racontent Mireille et Ger­main, qui n’avaient pas mis les pieds au cinéma depuis Belle et Sébastien 3 en 2018.

Que ce soit à Abbeville (23 000habitants), à Amiens (134 000 ha­bitants) ou à Doullens (6 000 ha­bitants), Au nom de la terre fait un carton. « Même à la séance de mercredi soir, alors que d’habi­tude peu de gens ici sortent en se­maine, on a fait le plein », constate Fabrice Lejeune, responsable du cinéma Le Tivoli (93 places) à Doullens.

Entre mercredi 16 et di­manche 20 octobre, le film a enre­gistré, en quatre séances, 338 en­trées dans cette petite commune, contre 117 pour Rambo : LastBlood, et 6 pour la comédie Le Dindon avec Dany Boon. « Au­delà du public habituel, je vois de nou­veaux spectateurs. On est dans un milieu rural, les gens sont très tou­chés par cette histoire », témoigne Fabrice Lejeune. Samedi, Brigitte et Gaby sortentde la séance le cœur serré. « On a été agriculteurs, on a vécu cette pé­riode productiviste, cet engrenage terrible, se souviennent-­ils. On ne pouvait plus cultiver comme nos parents. Aujourd’hui, on est con­tents que nos enfants fassent un autre métier. » Et Brigitte d’ajou­ter : « Il est vraiment sincère ce film, et très réaliste. »

En haut du box­ office, juste der­rière Joker, le succès de ce long ­métrage à 5 millions d’euros de budget épouse en grande partie la géographie agricole et rurale française. Dans les petites et moyennes villes des Hauts­ de ­France, de Bretagne, de Norman­die, des Pays de la Loire, etc., il fait carton plein. En revanche, l’en­gouement est beaucoup moins fort en Provence­Alpes­Côte d’Azur et surtout à Paris, où sa programmation a fondu comme neige au soleil.

« L’exception, c’est vraiment Paris intra­muros, parce qu’à Lyon, Bordeaux, Lille ou en pé­riphérie, ça va », résume le pro­ducteur Chistophe Rossignon. « Le rapport Paris­ province est din­gue, constate Michel Saint­Jean, président de la société de distri­bution Diaphana. D’habitude, la proportion est de 1 à 3 – si vous fai­tes 100 000 entrées dans la capitale, vous ferez 300 000 en France. Là, il va être de 1 à 17, c’est disproportionné. »

Comment expliquer cet écart considérable entre Paris et le reste du pays ? « Ce gap, on n’en sort pas, mais quand vous faites de tels scores en province vous vous en moquez », balaie Christo­phe Rossignon. Avant de livrer son « analyse » : « A Paris, il y a pro­bablement encore l’influence de certaines critiques des médias na­tionaux. Le casque et l’enclume [allusion à l’émission « Le Mas­que et la plume » sur France Inter] nous a massacrés, et Le Monde ignorés. On nous a accusés d’être cucul la praline avec une histoire soi­-disant trop facile qui tire les larmes à la fin à cause des vraies images du père du réalisateur. Quand ce sont les Américains qui font ça, c’est génial, quand c’est nous, c’est de la merde. »

Le lancement d’Au nom de laterre a été mûrement planifié. Enjuin et juillet, 356 avant­-premiè­res ont été organisées à travers la France. « Je n’avais jamais fait ça en trente ans de carrière », recon­naît Michel Saint­Jean. Cette« tournée » s’est réalisée avec le soutien de l’association nationale Solidarité paysans. Puis, la promo­tion a repris dès le 20 août, Guillaume Canet participant à de nombreuses séances et France Bleu (partenaire du film) relayant sa médiatisation.

« Les débats après les projections se sont souvent éloignés de l’his­toire pour embrasser d’autres sujets prégnants comme l’utilisation des produits chimiques et la malbouffe, se souvient le distributeur. Il y a la prise de conscience que quelque chose ne tourne pas rond, insiste Christophe Rossignon, et que la souffrance de l’agriculteur arrive peut­être jusqu’à notre assiette. »