Philosophie: Les métaphysiciennes sont-elles des blondes parfumées qui séduisent les extra-terrestres? (Barbarella at College de France: First woman at France’s top philosophy position faces her country’s usual parochialism and sexism)

30 juin, 2011
Pourquoi est-ce toujours le romantisme, et jamais le rationalisme, qui donne l’impression d’être plus profond et de se rapprocher davantage de l’essentiel ? Il n’est tout de même pas exclu que ce que Derrida appelle « une philosophie assurée dans son humanisme libéral et démocratique de gauche » puisse être néanmoins une grande philosophie, ni même que notre siècle en ait donné certains exemples. Il ne va pas de soi que la profondeur doive toujours être située du côté de l’inquiétant et du diabolique et que la pensée rationaliste, libérale, démocratique et humaniste soit nécessairement condamnée à en rester à une analyse superficielle des choses. L’analyse de la situation du monde contemporain qui est proposée par un rationaliste comme Musil me paraît bien supérieure, pour ce qui est de la perspicacité, de la subtilité et du sens de la complexité, à celle de Heidegger. Jacques Bouveresse
Il y a des formes de nationalisme philosophique que je ne peux considérer autrement que comme puériles et déshonorantes, en particulier celle dont la rue d’Ulm semble être devenue depuis quelque temps la représentante par excellence dans sa façon de militer pour le retour à la seule philosophie digne de ce nom – autrement dit, la philosophie française, et plus précisément la « French Theory ». Verra-t-on un jour arriver enfin une époque où on trouvera normal, pour ceux qui estiment avoir des raisons de le faire, de pouvoir critiquer certaines des gloires de la philosophie française contemporaine, comme Derrida, Deleuze, Foucault et d’autres, sans risquer d’être soupçonné immédiatement d’appartenir à une sorte de « parti de l’étranger » en philosophie ? Si la philosophie, au moins quand il s’agit de penseurs de cette sorte, est en train de se transformer en une sorte de religion dont les dogmes et les ministres sont à peu près intouchables, je préfère renoncer tout simplement, pour ma part, à la qualité de philosophe. (…) Dans les années 1960-1970, j’ai entendu moi-même à plusieurs reprises des philosophes comme Althusser, Derrida, Foucault et d’autres déplorer le provincialisme de la philosophie française et son manque d’ouverture sur l’étranger, en particulier sur le monde anglo-saxon. Même s’ils n’ont pas fait eux-mêmes grand-chose de concret pour essayer de mettre en pratique ce qu’ils prêchaient, ils trouvaient néanmoins normal d’encourager ceux qui essayaient de le faire. C’est à la demande d’Althusser – qui, s’il n’était sûrement pas un libéral en matière théorique, l’était néanmoins à coup sûr en matière d’organisation de l’enseignement -, que j’ai donné à la rue d’Ulm pendant les années 1966-1969 des cours sur la philosophie analytique. C’est bien la dernière chose qu’il pourrait me venir à l’esprit d’essayer de faire aujourd’hui. Jacques Bouveresse
La philosophie jouit en France d’un prestige singulier. Elle est enseignée en classe de terminale, ce qui est presque unique au monde. Elle fait des triomphes en librairie. Nombre de nos grands intellectuels (Sartre en étant l’archétype) sont philosophes de formation, et de vastes campagnes commémoratives confortent le public dans l’idée que la France produit un génie philosophique tous les dix ou quinze ans. Ce qui est un très bon rythme au regard de la moyenne historique mondiale. La philosophie est chez nous une véritable institution, et de celles que l’on songe le moins à suspecter. Que cette situation ne soit pas, à tout prendre, très heureuse et qu’elle repose sans doute sur un grave malentendu quant à ce que la philosophie peut offrir et ce que l’on doit attendre d’elle : voilà une idée qui a donc peu de chances de susciter l’enthousiasme au pays de Descartes. (…) Comme le signale Jean-Jacques Rosat dans son excellente préface, le ton adopté par Bouveresse est aux antipodes du « style héroïque » prisé par les tenants d’une vision légendaire de la philosophie. C’est en moraliste ironique que Bouveresse scrute les dernières décennies de notre vie intellectuelle. (…) La légende raconte une histoire tourmentée, pleine d’innovations fracassantes : nos philosophes, à la force du concept, terrassent des géants (tour à tour la morale, le pouvoir, le sujet, la métaphysique, l’objectivité, ou la « pensée 68 ») ; le public, qui n’a rien vu venir, est averti qu’une nouvelle ère vient de s’ouvrir, celle de la structure, de la déconstruction, ou plus récemment de la morale et du droit qui avaient été bannis quelques années plus tôt. Le moraliste est plutôt frappé par la morne constance des mœurs de la tribu. Elle est d’un nationalisme invétéré : pour elle, rien de vraiment sérieux, encore moins de profond, n’est à attendre, par exemple, de la philosophie de langue anglaise. Elle ignore d’ailleurs les philosophes de langue allemande dont l’unique défaut, semble-t-il, est de ne pouvoir être comptés ni parmi les précurseurs de Heidegger ni parmi ses épigones. Changeant plus facilement de dieux que de vice, elle méprise volontiers la logique. Quand on ne soupçonne pas celle-ci d’être le masque d’une autorité répressive (Bouveresse rappelle à ce propos d’accablantes déclarations de Foucault et Deleuze), on tient du moins ses exigences pour de mesquines chicanes. Un argument peut être à la fois un pur sophisme, et délivrer une vérité profonde, et d’autant plus utile qu’elle s’affranchit justement de la rationalité ordinaire (« Visiblement, même dans le monde intellectuel, les fautes contre la raison et la logique scandalisent beaucoup moins que le manque d’égard pour l’affectivité »). L’épisode des « nouveaux philosophes » ou celui des réactions françaises face à la « révélation » des sympathies durables de Heidegger pour le régime nazi inspirent à Bouveresse de salutaires réflexions sur les rapports entre nos grands philosophes et la politique. Comme on le sait, il n’est guère en ce siècle de mauvaise cause qui n’ait été soutenue avec ferveur par les intellectuels les plus adulés. Le philosophe, pourtant, ne se trompe jamais, car les raisons de ses erreurs sont encore préférables aux vérités que les autres ont atteintes au même moment par des moyens plus ordinaires. Certains en voudront peut-être à Bouveresse de revenir sur ces mésaventures passées : mais le fait que certaines options soient aujourd’hui démodées ne signifie aucunement que les dispositions qui les ont produites ont disparu, ni que l’on a tiré toutes les conséquences des égarements du passé. La satire est pour Bouveresse la façon de soulever un problème de fond, celui de la spécificité française de la philosophie. Comparant les penseurs continentaux à leurs homologues anglo-saxons, il discerne chez les premiers une tendance à penser que la philosophie doit inventer « de nouvelles façons de parler » plutôt que formuler « des propositions à propos desquelles la question de la vérité et de la justification pourrait réellement se poser ». De là, sans doute, la tendance de nos philosophes à l’obscurité, au style poétique ou grandiloquent, et le fait qu’ils « ne croient généralement pas qu’il puisse exister en philosophie quelque chose comme une erreur (ou a fortiori un non-sens)». Ce dernier trait, qui devrait être rédhibitoire, est au contraire à la source des espérances que nourrit aujourd’hui la philosophie. Vincent Aubin (Le Figaro littéraire)
Parfois, quand je les entends, j’ai l’impression d’assister à un conseil d’administration où un nouveau manager vous bombarderait de termes anglais. Russell, Popper, on pensait que c’était ça la philosophie analytique. Ce que représente quelqu’un comme Mme Tiercelin, c’est encore autre chose : des problèmes hyper pointus, exprimés dans un jargon très intérieur. C’est une philosophie qui se veut argumentative mais avec laquelle il est très difficile d’argumenter. Philosophe (ENS)
Deux ou trois livres sur le pragmatisme de Charles Peirce… et même pas de fiche Wikipédia. Consoeur philosophe
Quelles que soient les qualités de sa nouvelle collègue, sa vivacité et son intelligence, qu’il salue, le linguiste Claude Hagège, professeur honoraire du Collège, résume un sentiment assez général en voyant dans cette mise à l’honneur d’une disciple de Searle et Peirce «un symptôme certain de notre américanisation». Répétiteur à l’ENS, le philosophe Quentin Meillassoux se déclare lui aussi troublé de voir que, par une inversion spectaculaire, c’est désormais aux Etats-Unis que la French Theory est obligée de se réfugier. Plus sévère encore, Alain Badiou, star de la Rue d’Ulm, voit dans cette élection le résultat de vingt-cinq années d’abaissement qui auront abouti à faire de l’institution où enseignèrent Barthes et Foucault «une sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine, favorisant le consensus conservateur au détriment du contemporain novateur». Le Nouvel Observateur
Songez qu’Alain Corbin n’y est pas ! Ni Michelle Perrot, ni Jacques Rancière, ni Badiou, ni Jean-Claude Milner… Elisabeth Roudinesco (psychanalyste)
Foucault ne serait plus élu aujourd’hui, ni Bourdieu. Disciple de Bourdieu
Vous voulez savoir qui gagnera à la fin? C’est nous qui allons gagner. Ils peuvent se faire élire où ils veulent, ils peuvent pérorer à Oxford ou Acapulco, mais ils n’ont pas d’oeuvres dignes de ce nom. Or vous savez quoi ? A la fin, c’est l’oeuvre qui gagne. Disciple de Derrida
Pour dire les choses crûment, la philosophie analytique, c’est celle qui se pratique dans le monde entier, de Taïwan jusqu’en Australie. S’ils ne veulent rien y entendre, tant pis pour eux. (…) Moi aussi j’ai dévoré Nietzsche, Deleuze, «De la grammatologie», tout ça… Mais c’est vrai qu’à un moment donné cette pensée «profonde», métaphorique, ne m’a pas suffi. J’ai commencé à suivre les cours de Bouveresse et Vuillemin [NDLR : philosophe des sciences au Collège de France, de 1962 à 1990], et je suis partie aux Etats-Unis. Claudine Tiercelin
Peirce est le fondateur du pragmatisme, souvent présenté de façon caricaturale. On lui fait dire que le vrai se réduit à l’utile, la connaissance à l’action, la réalité à ce qu’on en fait. C’est tout le contraire ! Peirce était un philosophe scientifique, un évolutionniste qui se demandait comment peuvent émerger des normes et des valeurs dans un univers soumis au hasard. Pour lui, la vérité est le but idéal de l’enquête scientifique ; la connaissance porte sur un monde réel, fait de possibles et de propriétés stables, sous forme de capacités ou de dispositions naturelles et mentales. Sa métaphysique est celle d’un logicien et d’un savant. Pour Peirce, il y a des propriétés universelles réelles, thèse qu’il emprunte à Duns Scot. Cela m’a conduite à m’intéresser à la métaphysique médiévale. J’y ai découvert un type de philosophie où l’ontologie tutoyait la logique, la théorie de la connaissance et la théorie des signes. On dira : et la théologie ? Certes, elle y est, sans cesse, mais je n’ai jamais conçu la philosophie comme une « servante de la théologie », selon la formule célèbre. Les servantes, de nos jours, se rebiffent ! (…) On tend à considérer la métaphysique comme une sorte de nacelle pour nous élever vers le ciel avec des crochets célestes. Je la vois plutôt comme un véhicule lent, roulant au ras du sol, enregistrant les propriétés réelles des choses et la manière dont elles tiennent ensemble (…) La philosophie (…) n’est pas une sagesse, elle ne protège et ne console de rien, et c’est fort bien ainsi. Elle ne doit surtout pas être oraculaire : un philosophe est un animal social, pas un animal grégaire, et il ne saurait servir de mouton de tête. Comme toute entreprise rationaliste dont le but est la connaissance, la philosophie se pratique sur le mode de l’enquête, non pas dans le silence du cabinet, mais dans un esprit de laboratoire, en testant ses hypothèses. Elle doit donc se tenir prête à jeter par-dessus bord toutes ses croyances, si des chocs avec le réel la forcent à en douter. Claudine Tercelin
Il y a quelques semaines, La pensée du discours s’est penchée sur la question de la description des intellectuelles dans la presse à travers deux articles de Libération, l’un sur la philosophe Cynthia Fleury, qui était décrite comme une « jolie blonde cheveux sagement tirés en arrière en une longue queue de cheval », l’autre sur l’écrivaine Silvia Avallone, dont on mentionnait les « gros seins, son sourire, ses cheveux bouclés en cascade, son imposant tatouage tribal sur l’épaule gauche qui date de ses 15 ans ». C’était une « réflexion sur la question potiche ». Je poursuis aujourd’hui cette enquête en proposant quelques pistes pour l’analyse d’une question autrement plus importante : les métaphysiciennes sont-elles des blondes parfumées qui séduisent les extra-terrestres ? Aude Lancelin a signé le 14 juin dans le Nouvel observateur un papier titré L’inconnue du collège de France, portrait de la philosophe Claudine Tiercelin, récemment nommée sur une chaire intitulée « Métaphysique et philosophie de la connaissance » (…). Elle cède elle aussi à cette bizarre habitude que semblent avoir les journalistes d’agrémenter leurs portraits de marqueurs physiques et de comparaisons qui, sur le plan de l’information, n’apportent rien à leur travail. Claudine Tiercelin y est en effet décrite comme un « petit personnage blond perdu derrière trois vastes tableaux noirs », porteuse d’un « parfum poudré », et, clou de la technique descriptive néo-balzacienne de la journaliste, comme une éventuelle « Barbarella du concept yankee ». Alors évidemment, l’idée même d’associer Claudine Tiercelin à quoi que ce soit de « petit » est déjà désopilante et le coup du parfum est assez bête. Mais alors, la « Barbarella du concept yankee », on en redemande… On sait bien quel est le trait dominant du personnage de Barbarella : la séduction féminine sexualisée, emblématisée par le célèbre orgasmotron. Donc on n’en sort pas : la femme philosophe ou écrivaine ne peut être décrite hors de sa composante sexuelle dont on se demande un peu ce qu’elle vient faire dans l’enseignement de la métaphysique et la recherche en philosophie de la connaissance.  Marie-Anne Paveau

« Inconnue du Collège de France », « petit personnage blond perdu derrière trois vastes tableaux noirs », « parfum poudré », « Barbarella du concept yankee », ex-shampouineuse chez L’Oréal , « encore inconnue il y a un mois, même chez les libraires les plus pointus », « même pas de fiche Wikipédia », « courant anglo-saxon épris de formalisme logique et notoirement arrogant à l’égard d’une tradition continentale plus volontiers littéraire », « nuée de patronymes anglo-saxons inconnus », « Dame de fer» du Collège », « petite Bretonne débarquée à Paris, fille de militaire brestois », « tropisme pour les concepts anglo-saxons », « symptôme certain de notre américanisation », « résultat de vingt-cinq années d’abaissement », « sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine » …

En cette semaine de premières pour les femmes …

Après la nomination de la première femme (et non-économiste) à la tête du FMI (remplacée à Bercy par un ancien journaliste chiraquien) et la condamnation de la première femme pour génocide

Retour, avec la linguiste Marie-Anne Paveau, sur le petit joyau de nationalisme et de sexisme ordinaire avec lequel le Nouvel Observateur a salué l’élection le mois dernier au plus haut rang de l’enseignement supérieur français et dans la reine jusque-là exclusivement masculine des disciplines, de la première femme à la chaire de métaphysique et philosophie de la connaissance du Collège de France, Claudine Tiercelin

Et dans lequel, reprenant largement les dires de ses adversaires et multipliant à l’envi marqueurs physiques comme comparaisons les plus futiles, Aude Lancelin nous présente cettte disciple de Bouveresse et Bourdieu passé par Berkeley non seulement comme une « inconnue », incarnation de l’irrémédiable noyautage scientiste de ce dernier temple des sciences humaines qui avait déjà refusé refus d’élire Derrida (traité d’«astrologue» par les neurobiologistes!).

Mais aussi, à l’instar de son mentor pour qui « le rôle de la philosophie n’est pas d’avancer des thèses mais de dissoudre des faux problèmes », un inquiétant symbole de l’américanisation rampante de la patrie de notre Badiou national.

Censé apporter la dernière touche, à l’heure où « par une spectaculaire inversion c’est aux Etats-Unis que la French Theory est obligée de se réfugier », à la transformation de notre dernier haut « lieu de sacralisation des hérétiques » en vulgaire »sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine » …

Barbarella au collège de France. Du traitement médiatique de la métaphysique et des métaphysiciennes

Marie-Anne Paveau

La pensée du discours

15/06/2011

Il y a quelques semaines, La pensée du discours s’est penchée sur la question de la description des intellectuelles [1] dans la presse à travers deux articles de Libération, l’un sur la philosophe Cynthia Fleury, qui était décrite comme une « jolie blonde cheveux sagement tirés en arrière en une longue queue de cheval », l’autre sur l’écrivaine Silvia Avallone, dont on mentionnait les « gros seins, son sourire, ses cheveux bouclés en cascade, son imposant tatouage tribal sur l’épaule gauche qui date de ses 15 ans ». C’était une « réflexion sur la question potiche ». Je poursuis aujourd’hui cette enquête en proposant quelques pistes pour l’analyse d’une question autrement plus importante : les métaphysiciennes sont-elles des blondes parfumées qui séduisent les extra-terrestres ?

Aude Lancelin a signé le 14 juin dans le Nouvel observateur un papier titré L’inconnue du collège de France [2], portrait de la philosophe Claudine Tiercelin [3], récemment nommée sur une chaire intitulée « Métaphysique et philosophie de la connaissance » (merci à Xavier Molénat @SH_lelabo [4] d’avoir twitté l’info). Elle cède elle aussi à cette bizarre habitude que semblent avoir les journalistes d’agrémenter leurs portraits de marqueurs physiques et de comparaisons qui, sur le plan de l’information, n’apportent rien à leur travail. Claudine Tiercelin y est en effet décrite comme un « petit personnage blond perdu derrière trois vastes tableaux noirs », porteuse d’un « parfum poudré », et, clou de la technique descriptive néo-balzacienne de la journaliste, comme une éventuelle « Barbarella du concept yankee ».

[5]Alors évidemment, l’idée même d’associer Claudine Tiercelin à quoi que ce soit de « petit » est déjà désopilante et le coup du parfum est assez bête. Mais alors, la « Barbarella du concept yankee », on en redemande… On sait bien quel est le trait dominant du personnage de Barbarella : la séduction féminine sexualisée, emblématisée par le célèbre orgasmotron [6]. Donc on n’en sort pas : la femme philosophe ou écrivaine ne peut être décrite hors de sa composante sexuelle dont on se demande un peu ce qu’elle vient faire dans l’enseignement de la métaphysique et la recherche en philosophie de la connaissance.

Et puis, en lisant attentivement l’article, on comprend peut-être : bien qu’elle soit elle-même agrégée de philosophie (me dit Wikipedia), Aude Lancelin (que d’aucuns surnomment la « Zaza du Nouvel Obs » [7]) semble avoir des connaissances un peu fragiles sur la philosophie analytique. Elle écorche d’ailleurs Quine en Quayle, ce que remarque un commentaire. Ne sont citées dans son article que de rares références de Claudine Tiercelin dont est curieusement absent Le doute en question [8], qui est l’un des livres importants de ces dernières années en philosophie de la connaissance (2005, Éditions de l’Éclat). Elle ignore également beaucoup du système relationnel complexe que constitue le champ philosophique en France, qu’elle réduit au triangle rue d’Ulm-Sorbonne-Collège de France, et surtout des pratiques et rituels discursifs en milieu universitaire… Du coup, elle rapporte, à tous les sens du terme, et l’article est parcouru de ces discours malveillants que l’on appelle des médisances. En ce sens il constitue presque un bon corpus d’étude pour l’hétérogénéité énonciative [9], que l’on définit comme une multiplicité des voix et des points de vue qui traversent un texte. Elle rapporte, comme elle la qualifie elle-même, la « perfidie d’une consœur » qui considère Claudine Tiercelin comme une « inconnue » (Claudine Tiercelin, la Jane Doe de la rue des Écoles ?), les commentaires très négatifs d’un « philosophe trentenaire déjà renommé » rue d’Ulm (mais qui ne se nomme pas), le sentiment protectionniste de Claude Hagège qui fait de cette nomination « un symptôme certain de notre américanisation », et les diatribes d’Alain Badiou considérant que cette élection contribue à faire du Collège de France « une sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine ». Mais la journaliste rapporte aussi, sans guillemets, dans les interdiscours non questionnés qui forment la toile de fond de son propre discours, des points de vue et des jugements de valeur, en particulier issus de la fameuse querelle philosophie continentale vs philosophie analytique qui parcourt la communauté. À partir de quoi choisit-elle le camp des continentaux en attribuant autant de points négatifs à la métaphysicienne, comme le montre sa conclusion prédisant la victoire des disciples de Derrida, si ce n’est les on-dits et mé-dits qu’elle recueille, en lieu et place d’une enquête sérieuse ? Un bon corpus, cet article, également, pour l’étude des méthodes d’enquête et les pratiques journalistiques…

Claudine Tiercelin a terminé sa leçon inaugurale du 5 mai dernier par une phrase qui m’a beaucoup frappée : la moindre des choses pour un philosophe est de ne pas s’avancer masqué, a-t-elle dit en substance. Je ne sais pas s’il existe beaucoup de philosophes, hommes ou femmes, blondes ou brunes, Barbarella ou Minnie Mouse, qui assumeraient un discours de ce type. J’ai écrit il y a quelques mois [10] quels étaient pour moi les « marqueurs » de Claudine Tiercelin et j’avoue que la couleur de cheveux ou le type de parfum de la « fille de militaire brestois » (ah là là, ces filles de militaires !), m’indiffèrent. Ce qui m’intéresse, c’est sa pensée. Elle l’a magistralement, méthodiquement, pédagogiquement et fermement exposée dans Le ciment des choses [11]. Elle y est sévèrement critique avec certaines postures nécessairement constructivistes de la linguistique, et je suis parfois en profond désaccord avec elle. Mais son propos sur la réalité des choses me semble extrêmement précieux pour penser la théorie du discours et retravailler l’épistémologie des sciences du langage. La linguiste brune essaiera de rendre tout cela explicite dans un très prochain billet.

Crédits : « Barbarella poster », Michael Heilemann, 2003, galerie de l’auteur sur Flickr, CC.

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Billet imprimé depuis La pensée du discours: http://penseedudiscours.hypotheses.org

URL du billet: http://penseedudiscours.hypotheses.org/5674

URLs dans ce billet :

[1] intellectuelles: http://penseedudiscours.hypotheses.org/4698

[2] L’inconnue du collège de France: http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110608.OBS4766/l-inconnue-du-college-de-france.html

[3] Claudine Tiercelin: http://sites.google.com/site/claudinetiercelin/

[4] @SH_lelabo: https://twitter.com/#!/SH_lelabo

[5] Image: http://penseedudiscours.hypotheses.org/5674/27277634_4fd37fb730

[6] orgasmotron: http://www.youtube.com/watch?v=p82DoH96yAY

[7] la « Zaza du Nouvel Obs »: http://vipere-litteraire.over-blog.com/article-28756039.html

[8] Le doute en question: http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Le-doute-en-question.html

[9] l’hétérogénéité énonciative: http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lgge_0458-726x_1984_num_19_73_1167

[10] il y a quelques mois: http://penseedudiscours.hypotheses.org/2713

[11] Le ciment des choses: http://www.ithaque-editions.fr/livre/20/Le+Ciment+des+choses+-+Petit+traite+de+metaphysique+scientifique+realiste

Voir aussi :

http://blog.agone.org/post/2011/06/27/Poussee-de-nationalisme-philosophique-a-la-rue-d-Ulm#rev-pnote-616524-4

Poussée de nationalisme philosophique à la rue d’Ulm

Agone

27 juin 2011

Lettre ouverte de Jacques Bouveresse au Nouvel Observateur

Élue professeure au Collège de France, la philosophe Claudine Tiercelin y a présenté le 5 mai dernier sa leçon inaugurale, La Connaissance métaphysique. Son projet s’inscrit dans un large courant international récent, qui développe une approche rationaliste, scientifique et réaliste des questions métaphysiques. Elle s’appuie résolument sur une certaine tradition du rationalisme en France, largement ouverte aux philosophies de langue allemande et anglaise et au style de pensée analytique – tradition incarnée au Collège de France notamment par Jules Vuillemin (1962-1992) et par Jacques Bouveresse (1995-2010).

Sous la plume d’Aude Lancelin, Le Nouvel Observateur – arbitre autoproclamé des valeurs philosophiques en France – a discrédité la nouvelle élue, ironisant dans un article de quatre pages sur « L’inconnue du Collège de France ».

« Stupéfaction rue d’Ulm. Émoi place de la Sorbonne… » Le trait le plus remarquable de cet article est que les seuls cités ne sont pas seulement des adversaires de la philosophie en question : tous crient haut et fort que celle-ci n’a aucune valeur, qu’elle n’est d’ailleurs pas française, et qu’elle ne devrait donc pas avoir droit de cité dans un haut-lieu de la recherche et de la pensée comme le Collège de France.

Jacques Bouveresse n’a cessé depuis les années 1970 de dénoncer la mainmise d’un certain journalisme sur le monde philosophique français et l’utilisation des médias par certains courants philosophiques à la recherche de pouvoir. Voici la lettre qu’il vient d’adresser au Nouvel Observateur.

Puisque vous m’aviez fait l’honneur de me demander, dans un mail daté du 23 mai dernier, ma réaction à propos de l’élection de Claudine Tiercelin au Collège de France (je vous ai expliqué, je crois de façon suffisamment claire, pourquoi j’étais dans une position qui aurait rendu pour le moins étrange une intervention de ma part dans la presse sur ce point [1]), je me permets de vous faire part de l’étonnement et de l’indignation que suscite en moi l’article que vous venez de publier dans Le Nouvel Observateur. Il n’est pas seulement méprisant, mais même à bien des égards insultant, pour Claudine Tiercelin et pour tous les philosophes qui, en France, se rattachent de près ou de loin à la tradition analytique. Le titre lui-même, « L’inconnue du Collège de France », me semble déjà pour le moins contestable. Je ne suis pas surpris que Claudine Tiercelin soit inconnue du Nouvel Observateur et des médias en général, mais la présenter comme une inconnue tout court n’a pas de sens. Elle est tout à fait connue dans les milieux philosophiques et intellectuels qui ont des raisons de s’intéresser à ce qu’elle fait, et elle a même une réputation internationale que beaucoup de philosophes pourraient lui envier.

D’autre part, je trouve particulièrement inquiétante la tendance que l’on a aujourd’hui de plus en plus à oublier que la célébrité médiatique et la célébrité tout court ne constituent pas une preuve suffisante de la qualité et de l’importance, et n’en sont pas non plus une condition nécessaire. Le fait d’être inconnu ou peu connu n’a jamais constitué et ne constituera jamais par lui-même un argument sérieux à utiliser contre un intellectuel. Enfin, je remarque que votre journal se contentait jusqu’à présent d’ignorer ostensiblement à peu près tout ce qu’écrivent les philosophes qui, en France, se rattachent de près ou de loin à la tradition analytique en philosophie. Je ne pensais pas, je vous l’avoue, en être réduit à penser un jour, comme cela a été le cas lorsque j’ai lu votre article, que c’était peut-être, tout compte fait, encore ce qui pouvait leur arriver de plus supportable.

Quand j’ai reçu votre mail, je me suis imaginé naïvement qu’il s’agissait pour l’essentiel de donner à vos lecteurs une idée un peu plus précise de ce que fait Claudine Tiercelin, de l’importance de la contribution qu’elle apporte à la philosophie d’aujourd’hui et des raisons qui ont pu motiver le choix de quelqu’un comme elle pour une chaire au Collège de France. Je ne me doutais pas qu’il s’agissait en réalité avant tout de permettre à un certain nombre de gens qui sont mécontents de cette élection de régler leurs comptes à travers la presse. Votre article n’apporte malheureusement aucun des éclaircissements que l’on était en droit d’attendre sur ce que fait exactement Claudine Tiercelin, sur les raisons pour lesquelles on peut parler depuis quelque temps d’un véritable renouveau de la métaphysique, dont il était important qu’il soit représenté au Collège de France, et qui a la particularité de s’effectuer pour le moment davantage dans des pays comme l’Australie ou les États-Unis qu’en France. Les seules personnes à qui vous avez donné la parole, à peu près comme s’il n’y avait pas également des philosophes qui ont trouvé pleinement justifié le choix de Claudine Tiercelin et s’en sont réjoui, se trouvent être des gens hostiles a priori et qui, si j’en juge d’après les propos qu’ils tiennent, n’ont aucune connaissance réelle de son œuvre. Je pense que, dans les cas de cette sorte, il faudrait peut-être faire l’effort d’aller chercher des informations également dans d’autres endroits que les librairies du Quartier latin et la rue d’Ulm – dont les philosophes les plus représentatifs, ou en tout cas les plus en vue, semblent convaincus plus que jamais qu’il ne se fait rien d’intéressant en philosophie en dehors de la France [2].

Je ne reproche pas, bien entendu, aux gens auxquels vous vous êtes adressée de ne savoir manifestement pas grand-chose de philosophes aussi importants que Peirce (je parle ici de Peirce métaphysicien), Bradley, McTaggart, David Lewis, David Armstrong et d’autres, dont ils n’ont même peut-être jamais entendu parler ; mais la moindre des choses, en pareil cas, est de se montrer un peu plus prudent et un peu moins catégorique dans ses jugements ; et, pour un journal, de ne pas reproduire ceux-ci sans prendre au moins un minimum de distance par rapport à eux.

Je ne veux pas entrer dans les détails d’une discussion qui m’entraînerait beaucoup trop loin et ne servirait manifestement pas à grand-chose. Mais je me permettrai néanmoins de faire quelques remarques sur des points particuliers :

1. Dire que des gens comme Foucault ou Bourdieu ne seraient pas élus aujourd’hui au Collège de France est une affirmation gratuite et parfaitement absurde, formulée par quelqu’un qui ignore manifestement tout de la situation réelle.

2. Le comble de l’inexactitude est atteint par la déclaration de Badiou [3]. Sur les quatre philosophes qui ont enseigné au Collège de France depuis le départ à la retraite, en 1990, de Jules Vuillemin et Gilles-Gaston Granger et avant l’élection de Claudine Tiercelin, aucun ne peut être considéré, même de loin, comme un représentant de la philosophie analytique américaine. Ce n’est sûrement pas le cas d’Anne Fagot-Largeault, ni de Jon Elster, dont la formation philosophique a, du reste, été pour une part essentielle française (Jean Hyppolite, Raymond Aron, etc.), et même pas non plus de Ian Hacking, qui est un admirateur et un disciple de Foucault. Quant à moi, que Badiou a qualifié autrefois de « héraut de l’hégémonie anglo-saxonne », j’ai travaillé en fait essentiellement, comme il est facile de s’en rendre compte en regardant simplement une bibliographie, sur des philosophes et des écrivains qui sont autrichiens ou allemands ; et si j’ai effectivement une certaine proximité avec la philosophie analytique, ce n’est sûrement pas en priorité avec la philosophie analytique américaine. En dépit de tout ce que certains d’entre nous ont essayé de dire sur ce point, Badiou, depuis les années 1960, continue à répéter à peu près les mêmes clichés et les mêmes contre-vérités à propos de la philosophie analytique en général et également de Wittgenstein.

3. Il y a des formes de nationalisme philosophique que je ne peux considérer autrement que comme puériles et déshonorantes, en particulier celle dont la rue d’Ulm semble être devenue depuis quelque temps la représentante par excellence dans sa façon de militer pour le retour à la seule philosophie digne de ce nom – autrement dit, la philosophie française, et plus précisément la « French Theory ». Verra-t-on un jour arriver enfin une époque où on trouvera normal, pour ceux qui estiment avoir des raisons de le faire, de pouvoir critiquer certaines des gloires de la philosophie française contemporaine, comme Derrida, Deleuze, Foucault et d’autres, sans risquer d’être soupçonné immédiatement d’appartenir à une sorte de « parti de l’étranger » en philosophie ? Si la philosophie, au moins quand il s’agit de penseurs de cette sorte, est en train de se transformer en une sorte de religion dont les dogmes et les ministres sont à peu près intouchables, je préfère renoncer tout simplement, pour ma part, à la qualité de philosophe. Et s’il y a une régression qui est en train de s’effectuer, je crains malheureusement que ce ne soit pas dans le sens qui est suggéré par les gens que vous avez interrogés, mais plutôt dans l’autre [4]. J’ai, en effet, bien peur que ce ne soient d’abord ceux qui, comme moi, depuis le milieu des années 1960 ont essayé, dans des conditions particulièrement défavorables, d’ouvrir la philosophie française sur l’étranger et de l’internationaliser un peu plus, qui ont des raisons de s’inquiéter. Mais c’est, me semble-t-il, plutôt de leur côté que de celui des défenseurs de la philosophie essentiellement et même parfois uniquement « française » que devrait se situer un journal ayant des ambitions intellectuelles comme le vôtre.

Quand je parle de « régression », je ne compare pas simplement, bien entendu, la situation actuelle à ce que les choses étaient encore il y a une dizaine d’années. Dans les années 1960-1970, j’ai entendu moi-même à plusieurs reprises des philosophes comme Althusser, Derrida, Foucault et d’autres déplorer le provincialisme de la philosophie française et son manque d’ouverture sur l’étranger, en particulier sur le monde anglo-saxon. Même s’ils n’ont pas fait eux-mêmes grand-chose de concret pour essayer de mettre en pratique ce qu’ils prêchaient, ils trouvaient néanmoins normal d’encourager ceux qui essayaient de le faire. C’est à la demande d’Althusser – qui, s’il n’était sûrement pas un libéral en matière théorique, l’était néanmoins à coup sûr en matière d’organisation de l’enseignement -, que j’ai donné à la rue d’Ulm pendant les années 1966-1969 des cours sur la philosophie analytique. C’est bien la dernière chose qu’il pourrait me venir à l’esprit d’essayer de faire aujourd’hui. Et si j’avais eu encore des hésitations sur ce point, ce que j’ai lu dans Le Nouvel Observateur me les aurait sûrement enlevées.

4. Le nom de l’auteur du livre intitulé Ontological Relativity (1969) n’est pas « Quayle », mais « Quine » (prénom : « Willard van Orman ») (1908-2000). Il est probablement le philosophe américain le plus célèbre et le plus important du XXe siècle ; et il aurait droit, me semble-t-il, au moins à ce que son nom soit cité correctement.

5. Bien que cela puisse sembler un détail insignifiant, je tiens à vous signaler que Jules Vuillemin n’était pas, en tout cas sûrement pas uniquement ni même d’abord, un « philosophe des sciences », mais un philosophe tout court, au sens le plus classique et le plus plein du terme, et un historien de la philosophie de premier ordre (c’était un élève et un héritier de Martial Gueroult). Si je vous dis cela, c’est parce que qualifier quelqu’un de « philosophe des sciences » revient toujours à suggérer implicitement qu’il ne s’attaque pas aux « grands » problèmes philosophiques et ne peut intéresser qu’un nombre tout à fait restreint de spécialistes, ce qui, dans le cas de Vuillemin, ne correspond en aucun cas à la réalité. Je ne vois d’ailleurs pas ce qui autorise à parler, comme vous le faites dans l’article, d’un « effet de terreur garanti [5] » quand des gens qui sont de vrais savants s’efforcent de communiquer au moins une partie de leur savoir à des auditeurs qui sont venus là pour apprendre et n’ont aucune raison de se sentir terrorisés. C’est une sensation que je n’ai en tout cas jamais eue quand je me suis trouvé ou me trouve encore aujourd’hui dans une situation de cette sorte.

Après vous avoir envoyé, dans un premier temps, une version de ce message à titre personnel, j’ai décidé de le diffuser publiquement, avec quelques corrections et adjonctions : je me suis senti obligé de le faire tellement les choses sont en train de prendre une tournure désagréable (pour ne pas dire plus).

Bien cordialement à vous,

Jacques Bouveresse

——

Pour une analyse complémentaire de l’article en question, lire Marie-Anne Paveau, « Barbarella au Collège de France. Du traitement médiatique de la métaphysique et des métaphysiciennes », La Pensée du discours, 15 juin 2011. [ndlr]

Notes

[1] « En ce qui concerne l’élection de Claudine Tiercelin au Collège de France, je n’ai pas à exprimer une réaction, puisque c’est moi qui ai proposé et défendu sa candidature (toute proposition de création d’une chaire nouvelle au Collège de France doit être présentée devant l’assemblée des professeurs par l’un d’entre eux). Il serait même, je crois, assez incongru que je m’exprime dans la presse pour dire tout le bien que je pense de ce qu’elle fait (sans cela, je n’aurais évidemment pas pensé à elle pour occuper une chaire au Collège de France). De toute façon, il me semble que ce qui compte dans cette affaire et ce à quoi Le Nouvel Observateur devrait s’intéresser est essentiellement la qualité, la nouveauté et l’importance de son travail, et non l’opinion que je peux avoir sur lui. » (25 mai 2011).

[2] Dans sa réponse à Jacques Bouveresse, avec la simplicité et la bonne foi caractéristique des grands médias en général et du Nouvel Observateur en particulier, la journaliste explique avoir « recherché activement des défenseurs pour l’élection de Mme Tiercelin » et que « cette mission est quasi impossible aujourd’hui à Paris ». Il est intéressant de remarquer qu’en plus du refus de Jacques Bouveresse Le Nouvel Observateur n’aurait parfois même pas eu de réponse à ses demandes. Ce qui est une bonne nouvelle : on commencerait à se défier de l’usage que la presse officielle peut faire des propos cités ? [ndlr]

[3] « Alain Badiou, écrit la journaliste, voit dans cette élection le résultat de vingt-cinq années d’abaissement qui auront abouti à faire de l’institution où enseignèrent Barthes et Foucault “une sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine, favorisant le consensus conservateur au détriment du contemporain novateur” »,  »Le Nouvel observateur », 14 juin 2011.

[4] Le Nouvel Observateur rapporte, par exemple, que « la psychanalyste Elisabeth Roudinesco évoque une grande période de déclin pour l’institution [le Collège de France] » et que « Quentin Meillassoux, répétiteur à l’ENS, se déclare troublé de voir que, par une inversion spectaculaire, c’est désormais aux États-unis que la French Theory est obligée de se réfugier ». (Ibid.)

[5] Le Nouvel Observateur écrit que le cours de Claudine Tiercelin produirait « un effet de terreur garanti pour quiconque est plutôt coutumier de l’établissement d’en face [la Sorbonne]. » (Ibid.)

Voir enfin:

L’inconnue du Collège de France

Aude Lancelin

le Nouvel Observateur

9 juin 2011.

Mais qui est donc Claudine Tiercelin? Depuis le 5 mai, elle incarne la philosophie dans la prestigieuse institution où enseignèrent Bergson et Foucault. Une élection qui déchaîne les passions. Aude Lancelin a enquêté.

«Claudine, qui ?» Stupéfaction Rue-d’Ulm. Emoi place de la Sorbonne, où la nouvelle élue au Collège de France, Claudine Tiercelin, était encore inconnue il y a un mois, même chez les libraires les plus pointus. «Deux ou trois livres sur le pragmatisme de Charles Peirce… et même pas de fiche Wikipédia», souligne perfidement une consoeur. A 58 ans, c’est pourtant elle qui vient de décrocher une chaire de métaphysique et philosophie de la connaissance dans le prestigieux établissement fondé en 1530 par François Ier, soit le plus haut rang de l’enseignement supérieur français.

Elle qui est appelée à y prendre la relève de Bergson, Merleau-Ponty, Aron ou Foucault, entre autres figures mythiques à avoir professé dans ces murs. Une seule femme l’y avait jusqu’ici précédée en philosophie : Anne Fagot-Largeault, aujourd’hui professeur honoraire. Mais il s’agissait d’une chaire de philosophie des sciences biologiques et médicales, domaine plus technique, bien moins symbolique que ce champ métaphysique au lustre notoirement masculin.

A cette première bizarrerie, forcément sympathique, viennent toutefois s’en ajouter d’autres. C’est à une mouvance montante mais très contestée en France qu’appartient en effet Claudine Tiercelin. La philosophie analytique, courant anglo-saxon épris de formalisme logique et notoirement arrogant à l’égard d’une tradition continentale plus volontiers littéraire. Une querelle à couteaux tirés, notamment illustrée en France par l’hostilité de Jacques Bouveresse, héritier de la philosophie du langage de Wittgenstein et proche des «analytiques», à l’égard des maîtres-penseurs des années 1970 comme Derrida ou Deleuze.

On se souvient d’ailleurs que celui-ci avait épaulé Sokal et Bricmont lors de la parution d’«Impostures intellectuelles», en 1997, livre qui raillait l’incompétence scientifique de certaines gloires philosophiques françaises. C’est justement à Bouveresse, son ancien directeur de thèse, désormais retraité du Collège de France, que la nouvelle recrue doit en grande partie son élection. C’est lui qui l’a proposée au suffrage des 57 autres professeurs du Collège, au détriment d’autres figures légitimes, comme Christiane Chauviré, aujourd’hui dévastées par ce choix.

Petit personnage blond perdu derrière trois vastes tableaux noirs, Claudine Tiercelin ne laisse pas d’impressionner par la fermeté de son ton. Lorsqu’on pénètre ce mercredi dans l’immense amphithéâtre Marguerit-de-Navarre, c’est le troisième cours que la philosophe dispense depuis sa leçon inaugurale, le 5 mai. Un public épars d’étudiants, de geeks et de retraités, deux cents personnes peut-être, écoute dans un silence religieux ses considérations sur «l’irréalisme pluraliste» de Goodman ou la «relativité ontologique» chez Quayle  (sic).

Effet de terreur garanti pour quiconque est plutôt coutumier de l’établissement d’en face, la Sorbonne. Renforcée par une nuée de patronymes anglo-saxons inconnus, la stupeur se dissipe à peine quand résonne une citation de Wittgenstein, nom familier : «Si un lion parlait, nous ne le comprendrions pas.» Et si c’était un philosophe analytique qui parlait?

«Parfois, quand je les entends, j’ai l’impression d’assister à un conseil d’administration où un nouveau manager vous bombarderait de termes anglais, témoigne rue d’Ulm un philosophe trentenaire déjà renommé. Russell, Popper, on pensait que c’était ça la philosophie analytique. Ce que représente quelqu’un comme Mme Tiercelin, c’est encore autre chose : des problèmes hyper pointus, exprimés dans un jargon très intérieur. C’est une philosophie qui se veut argumentative mais avec laquelle il est très difficile d’argumenter.»

Ce procès-là, Claudine Tiercelin l’écarte d’un revers de main. «Pour dire les choses crûment, la philosophie analytique, c’est celle qui se pratique dans le monde entier, de Taïwan jusqu’en Australie. S’ils ne veulent rien y entendre, tant pis pour eux.» Rire cordial et fréquent, parfum poudré, la nouvelle «Dame de fer» du Collège vous reçoit dans une splendide crypte restaurée à neuf, sous la cour d’honneur. Les polémiques, elle en a vu d’autres. Au début des années 2000 surtout, lorsque Claude Allègre en fit la première femme présidente d’un jury d’agrégation de philosophie.

Bronca, appel au boycott, déjà la fulgurante ascension de celle qui se décrit comme une «petite Bretonne débarquée à Paris» révulse le milieu. Fille de militaire brestois, Claudine Tiercelin a 9 ans quand son père meurt durant la guerre d’Indochine. Pupille de la nation, elle obtient une bourse pour le lycée français de Londres. Son tropisme pour les concepts anglo-saxons daterait-il de là ? Pas du tout.

Le premier texte de philosophie à l’avoir littéralement empoignée, à 16 ans, c’est «le Traité de la réforme de l’entendement» de Spinoza. «J’ai compris qu’il me faudrait une vie pour démêler tout ça. C’est ce qui est fascinant avec la philosophie. Vous reprenez un livre vingt ans plus tard et, subitement, les écailles vous tombent des yeux. C’est comme le vin, la philosophie, il faut la laisser mûrir, il faut y consacrer du temps, beaucoup de temps.»

Après avoir intégré l’Ecole normale supérieure de filles, elle vient souvent écouter Althusser et Derrida à Ulm. «Moi aussi j’ai dévoré Nietzsche, Deleuze, «De la grammatologie», tout ça… Mais c’est vrai qu’à un moment donné cette pensée «profonde», métaphorique, ne m’a pas suffi. J’ai commencé suivre les cours de Bouveresse et Vuillemin [NDLR : philosophe des sciences au Collège de France, de 1962 à 1990], et je suis partie aux Etats-Unis.»

Avant de rejoindre Berkeley aux côtés du philosophe Pascal Engel, aujourd’hui encore son mari, elle connaîtra une parenthèse inattendue et non dénuée de sel. Fraîchement agrégée, elle décide de s’inscrire en DEA avec Pierre Bourdieu pour tester d’autres possibles. Titre du mémoire: «les Usages sociaux des sciences sociales dans l’entreprise». Sur le conseil de l’auteur des «Héritiers», elle postule pour un stage en entreprise. Ce sera shampouineuse chez L’Oréal, où là aussi sa discipline fait merveille. Rapidement on lui propose un poste de marketing à Orléans. «Ca devenait gênant… à un moment, il a bien fallu que je me dévoile.»

Il y a deux ans, Claudine Tiercelin a failli quitter l’Hexagone. Appelée par l’université de Fordham à New York, elle a passé avec succès une redoutable batterie de tests pour y devenir professeur. Au dernier moment, la Française a renoncé à s’expatrier. Quelles que soient les qualités de sa nouvelle collègue, sa vivacité et son intelligence, qu’il salue, le linguiste Claude Hagège, professeur honoraire du Collège, résume un sentiment assez général en voyant dans cette mise à l’honneur d’une disciple de Searle et Peirce «un symptôme certain de notre américanisation».

Répétiteur à l’ENS, le philosophe Quentin Meillassoux se déclare lui aussi troublé de voir que, par une inversion spectaculaire, c’est désormais aux Etats-Unis que la French Theory est obligée de se réfugier. Plus sévère encore, Alain Badiou, star de la Rue d’Ulm, voit dans cette élection le résultat de vingt-cinq années d’abaissement qui auront abouti à faire de l’institution où enseignèrent Barthes et Foucault «une sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine, favorisant le consensus conservateur au détriment du contemporain novateur».

Une Barbarella du concept yankee, elle? Claudine Tiercelin assure tout simplement qu’on ne l’a pas lue. «Mon travail se situe pleinement dans la tradition du rationalisme français. Celui d’un Etienne Gilson ou d’un Martial Guéroult, qui jusqu’à preuve du contraire furent aussi professeurs au Collège…» Son intérêt pour la spéculation métaphysique n’en fait certes pas une philosophe analytique ordinaire.

Paru en avril, son nouveau livre, «le Ciment des choses» (Editions Ithaque), montre aussi un véritable refus du jargon et un dialogue serré avec le kantisme et l’ontologie grecque, que ses pairs anglo-saxons, comme Putnam, tiennent, eux, pour un «cadavre puant». Pas davantage elle n’accepte bien sûr d’être dépeinte en continuatrice servile. «Bouveresse ne tardera pas à trouver mes audaces coupables. La métaphysique, voilà ce qui nous sépare. En grand wittgensteinien, il considère que le rôle de la philosophie n’est pas d’avancer des thèses mais de dissoudre des faux problèmes.»

Mais, bien au-delà du cas Tiercelin et des aigreurs qu’il suscite fatalement, c’est l’évolution du Collège de France qui se voit aujourd’hui impitoyablement jugée. Les élections, noyautées par les scientifiques, en effet surreprésentés au Collège, ne seraient plus capables d’y promouvoir un seul grand nom des sciences humaines. «Foucault ne serait plus élu aujourd’hui, ni Bourdieu», jure un disciple de ce dernier.

Le refus d’élire Derrida, barré par les neurobiologistes et traité d’«astrologue», était déjà un signal désastreux. Chacun ne cesse depuis lors d’égrener les oublis du Collège de France, ses injustices honteuses, ses frilosités coupables. «Songez qu’Alain Corbin n’y est pas ! Ni Michelle Perrot, ni Jacques Rancière, ni Badiou, ni Jean-Claude Milner…», s’indigne la psychanalyste Elisabeth Roudinesco, qui évoque une grande période de déclin pour l’institution, à l’exception de quelques individualités brillantes.

Passionnée par la philosophie américaine, Sandra Laugier, professeur à Paris-I, se félicite, elle, que ce courant soit honoré mais déplore également la cooptation qui prévaut au Collège de France, barrant le passage aux gens plus originaux. «Lieu de sacralisation des hérétiques», selon le mot de Bourdieu, l’institution a souvent fonctionné comme un recours pour esprits iconoclastes et grands blacklistés de la Sorbonne, à commencer par Bergson et Lévi-Strauss. Serait-elle aujourd’hui devenue le temple du conformisme?

Le problème, c’est que chacun des camps en présence se perçoit comme celui des persécutés. L’aura de la pensée française des années 1970 en Californie angoisse les amis de Claudine Tiercelin, tandis que leurs adversaires croient au contraire voir surgir des hordes de vandales scientistes dans tous les lieux de pouvoir universitaire français.

«Vous voulez savoir qui gagnera à la fin?», demande une disciple de Derrida dans un sourire féroce. «C’est nous qui allons gagner. Ils peuvent se faire élire où ils veulent, ils peuvent pérorer à Oxford ou Acapulco, mais ils n’ont pas d’oeuvres dignes de ce nom. Or vous savez quoi ? A la fin, c’est l’oeuvre qui gagne.» Le Collège de France, un western pour vrais durs.

Voir par ailleurs:

Rencontre

Claudine Tiercelin : « La philosophie ne protège et ne console de rien »

Roger-Pol Droit

LE MONDE DES LIVRES

| 30.06.11

Des femmes philosophes, il y en a un bon nombre. Celles qui se proclament ouvertement métaphysiciennes ne sont pas légion. Mais pour se réclamer à la fois des sciences contemporaines et de la métaphysique classique, de la philosophie analytique et de la tradition rationaliste française, il n’y a que Claudine Tiercelin. Elle vient d’inaugurer, au Collège de France, sa « chaire de métaphysique et de philosophie de la connaissance » et résume une partie de ses analyses actuelles dans un livre qui vient de paraître, Le Ciment des choses (voir ci-dessous).

Les collectionneurs d’anecdotes seront déçus, les amateurs d’esclandres, frustrés : le parcours de Claudine Tiercelin se confond avec son travail – solide, charpenté, plus soucieux d’arguments, de concepts et de vérité que de réseaux mondains. Née à Brest en 1952, elle entre à 20 ans à Normale Sup et à 25 se retrouve déjà à Berkeley (Etats-Unis), agrégation de philosophie en poche, diplôme de sociologie avec Bourdieu en prime. Tout en enseignant successivement à Rouen, Tours, Paris, Berkeley, New York – sans oublier quelques pérégrinations au Danemark, en Australie, en Finlande -, en présidant aussi le jury de l’agrégation, elle a commencé par explorer et faire découvrir aux autres l’oeuvre de Charles Sanders Peirce (1839- 1914). Ce « Leibniz américain » – mathématicien, logicien, philosophe – a laissé… 80 000 pages de notes manuscrites sur des sujets aussi divers que la théorie du signe, pour laquelle il est célèbre, et les vins de Bordeaux, où il est moins connu.

En s’immergeant dans cette oeuvre-fleuve, en cours d’édition en France comme aux Etats-Unis, Claudine Tiercelin a d’abord été conduite à rectifier un grand malentendu à son propos. « Peirce est le fondateur du pragmatisme, souvent présenté de façon caricaturale, souligne-t-elle. On lui fait dire que le vrai se réduit à l’utile, la connaissance à l’action, la réalité à ce qu’on en fait. C’est tout le contraire ! Peirce était un philosophe scientifique, un évolutionniste qui se demandait comment peuvent émerger des normes et des valeurs dans un univers soumis au hasard. Pour lui, la vérité est le but idéal de l’enquête scientifique ; la connaissance porte sur un monde réel, fait de possibles et de propriétés stables, sous forme de capacités ou de dispositions naturelles et mentales. Sa métaphysique est celle d’un logicien et d’un savant. »

Relisez les lignes qui précèdent, vous aurez, à peu de choses près, le cadre de la recherche poursuivie aujourd’hui par Claudine Tiercelin. Ce qu’elle a trouvé chez Peirce, ce n’est pas simplement un grand ancêtre mais un programme de travail autant qu’une armature conceptuelle. « Pour Peirce, ajoute-t-elle, il y a des propriétés universelles réelles, thèse qu’il emprunte à Duns Scot. Cela m’a conduite à m’intéresser à la métaphysique médiévale. J’y ai découvert un type de philosophie où l’ontologie tutoyait la logique, la théorie de la connaissance et la théorie des signes. On dira : et la théologie ? Certes, elle y est, sans cesse, mais je n’ai jamais conçu la philosophie comme une « servante de la théologie », selon la formule célèbre. Les servantes, de nos jours, se rebiffent ! »

Apparemment, les métaphysiciennes aussi. Car Claudine Tiercelin n’ignore pas que son programme de métaphysique scientifique peut susciter malentendus ou scepticisme. « On tend à considérer la métaphysique comme une sorte de nacelle pour nous élever vers le ciel avec des crochets célestes. Je la vois plutôt comme un véhicule lent, roulant au ras du sol, enregistrant les propriétés réelles des choses et la manière dont elles tiennent ensemble. » Son projet, en une phrase ? « Reformuler les problèmes de la métaphysique classique en tenant compte des acquis de la science. » Mais la philosophe se hâte de préciser aussitôt : « Tenir compte de la science ne signifie pas s’en laisser conter par elle. La philosophie ne doit pas devenir « silencieuse », comme si ses questions s’effaçaient derrière celles des sciences. »

Le prochain livre de Claudine Tiercelin, à paraître chez Gallimard, doit s’intituler L’Identité de la philosophie. En attendant, quelle serait une définition provisoire de la philosophie ? « Ce n’est pas une sagesse, elle ne protège et ne console de rien, et c’est fort bien ainsi. Elle ne doit surtout pas être oraculaire : un philosophe est un animal social, pas un animal grégaire, et il ne saurait servir de mouton de tête. Comme toute entreprise rationaliste dont le but est la connaissance, la philosophie se pratique sur le mode de l’enquête, non pas dans le silence du cabinet, mais dans un esprit de laboratoire, en testant ses hypothèses. Elle doit donc se tenir prête à jeter par-dessus bord toutes ses croyances, si des chocs avec le réel la forcent à en douter. »

Peut-être entrevoit-on un peu mieux, alors, ce que veut dire « métaphysique scientifique réaliste ». Pour en savoir plus, il faudra découvrir cette oeuvre exigeante. Dont on peut parier sans crainte qu’on n’a pas fini d’entendre parler.

Voir aussi:

Critique

Avoir accès à ce qui est

R.-P. D

LE MONDE DES LIVRES

30.06.11

Débutants s’abstenir. Si ce « petit traité » de plus de 400 pages est rédigé dans une langue volontairement limpide, sa lecture est souvent technique, malgré tout, réservée à des esprits aguerris, disposés à arpenter des contrées nouvelles. Ou plutôt de vieux territoires, mais dans de nouveaux équipages. Objectif final : discerner des propriétés fondamentales de la nature, connaître la structure même de la réalité, discerner les relations des choses et les lois qui les gouvernent. Bref, avoir accès à ce qui est. Par la connaissance, non par l’intuition. Rien de moins. En amont, trois étapes. D’abord, une analyse des outils logiques dont nous disposons et de leur évolution contemporaine vers la primauté des relations sur les substances. Ensuite, une mise à l’écart des pièges du scientisme comme des pièges de l’apriorisme. Enfin, une défense et illustration du réalisme en métaphysique.

L’originalité n’est pas seulement dans les références. Certes, David Lewis, David Armstrong, Saul Kripke, D. H. Mellor ou Kit Fine ne sont pas les auteurs de chevet habituels des philosophes hexagonaux. La vraie singularité de Claudine Tiercelin est de réunir ces métaphysiciens du courant analytique à des médiévaux comme Duns Scot, pour tenter de transformer la métaphysique en connaissance effective de la réalité. Les philosophes, mais aussi les scientifiques, auraient tort de s’abstenir.

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Le Ciment des choses. Petit traité de métaphysique scientifique réaliste, de Claudine Tiercelin, Les éditions d’Ithaque, « Science et métaphysique », 416 p., 25 €.

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Idées reçues: Les filles sont nulles en génocide (Life imitates the Onion)

28 juin, 2011
Il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
« Où est Dieu? » cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Qu’avons-nous fait, de désenchaîner cette terre de son soleil? Vers où roule-t-elle à présent? Vers quoi nous porte son mouvement? Loin de tous les soleils? Ne sommes-nous pas précipités dans une chute continue? Et cela en arrière, de côté, en avant, vers tous les côtés? Est-il encore un haut et un bas? N’errons-nous pas comme à travers un néant infini? Ne sentons-nous pas le souffle du vide? Ne fait-il pas plus froid? Ne fait-il pas nuit sans cesse et de plus en plus nuit? Ne faut-il pas allumer les lanternes dès le matin? N’entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui ont enseveli Dieu? Ne sentons-nous rien encore de la putréfaction divine? – les dieux aussi se putréfient! Dieu est mort! Dieu reste mort! Et c’est nous qui l’avons tué! Comment nous consoler, nous, les meurtriers des meurtriers? Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux – qui essuira ce sang de nos mains? Quelle eau lustrale pourra jamais nous purifier? Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? La grandeur de cette action n’est-elle pas trop grande pour nous? Ne nous faut-il pas devenir nous-mêmes des dieux pour paraîtres dignes de cette action? Il n’y eut jamais d’action plus grande – et quiconque naîtra après nous appartiendra, en vertu de cette action même, à une histoire supérieure à tout ce que fut jamais l’histoire jusqu’alors! Nietzsche
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où à un poste important on désignerait une femme incompétente. Françoise Giroud (1983)
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Je souhaite que si la gauche l’emporte, une loi soit adoptée. Je pense que ce sera le cas. Ce devra être une des premières lois emblématiques de la gauche. Jack Lang (Marche des fiertés homosexuelles 2011)
You know who’s led, like, every single genocide ever? Yup, boys. (…) there’s no way a girl would get up and make a big speech in front of thousands of Brownshirts. (…) Know how many major genocides there were in the 20th century? The encyclopedia CD-ROM in the library says seven. A whole 50 or 60 million people got killed altogether. But was even one of the genocides done by a girl? Nope. Did any of the tyrannical dictator boys have a « right-hand girl » who was carrying out his orders for him? No way! (…) You never see a genocidal dictator wearing a dress and being all afraid he’ll ruin it. He’s out there in military fatigues, getting down in the mud, making sure his orders are being carried out. (…) I bet you have to know a lot about guns if you want to make a genocide. Everyone knows boys are better gun-shooters than girls. Who knows even one girl who shoots guns? Also, I bet a big part of being one of those genocidal maniacs is designing stuff, like big camps and ovens and stuff. (…) To be good at genocide, you probably have to be really good at bossing people around. That’s something girls can’t do. (…) Unlike boys, girls just aren’t bossy or stubborn enough to eradicate a race of people from the face of the Earth. (…) Girls always want to help people. They want to take care of babies and feed them and dress them up. They don’t want to throw them into pits and cover them with dirt while they’re still alive.  (…) God, I wish I were a boy. The Onion
En tant que femme, je ne comprends pas qu’une femme qui a donné la vie ait pu inciter des gens à violer d’autres femmes. (…) Il s’agissait d’éliminer les Tutsis physiquement, mais aussi psychologiquement. Rose Burizihiza (rescapée toutsie)
Selon un autre témoin, Pauline se rendit dans un enclos où un groupe d’Interahamwe gardait 70 femmes et filles tutsies. Pauline ordonna de brûler les femmes et ajouta : « Pourquoi ne les violez-vous pas avant de les tuer ? ». « Mais nous avions tué des gens toute la journée, et nous étions fatigués. Nous avons simplement mis l’essence dans des bouteilles et l’avons versé sur les femmes, puis on a mis le feu », indique ce témoin. The NYT
Bien que la plupart des femmes aient été tuées avant de pouvoir raconter ce qui leur était arrivé, un rapport des Nations unies a conclu qu’au moins 250 000 femmes furent victimes de viol au cours du génocide. Certaines furent pénétrées avec des lances, des canons de revolver, des bouteilles ou des branches de bananier. Leurs organes sexuels furent mutilés à la machette, à l’eau bouillante et à l’acide, et certaines femmes eurent les seins coupés. Une étude montre que la province de Butare compte à elle seule plus de 30 000 survivantes de viol. Davantage de femmes encore furent tuées après avoir été violées. (…) Pis encore, les viols – la plupart commis par plusieurs hommes à la suite – furent fréquemment accompagnés d’autres formes de tortures physiques et souvent mis en scène publiquement pour augmenter l’impact de la terreur et de l’humiliation. Tant de femmes les redoutaient qu’elles suppliaient souvent qu’on les tue avant. Fréquemment, le viol précédait le meurtre. Parfois, la victime n’était pas tuée, mais violée à plusieurs reprises et laissée en vie. L’humiliation, alors, n’affectait pas seulement la femme violée, mais également son entourage. D’autres fois encore, les femmes étaient utilisées dans un autre but : à moitié morte, ou déjà sans vie, une femme était violée en public pour servir d’élément rassembleur des Interahamwe. Mais l’exhibition publique et la destruction ne s’arrêtaient pas avec le viol lui-même. Nombre de femmes étaient laissées en vie exprès pour qu’elles meurent lentement du sida. L’actuel président du Rwanda, Paul Kagame, a abordé le sujet des viols massifs dans une interview donnée au siège du gouvernement de Kigali. « Nous savions que le gouvernement faisait sortir des malades du sida des hôpitaux pour former des bataillons de violeurs », raconte-t-il. Selon une estimation, 70 % des femmes violées pendant le génocide ont contracté le sida. Le plus diabolique des objectifs des viols de Butare était de transmettre une mort lente et angoissante. « En utilisant une maladie, une peste, une terreur apocalyptique comme une arme biologique, vous annihilez les procréateurs en perpétuant la mort dans les prochaines générations », s’indigne Charles B. Strozier, psychanalyste et professeur d’histoire au John Jay College of Criminal Justice de New York. « La tuerie persiste et s’éternise. » The NYT

A quelles nouvelles aberrations l’obsession de l’égalité nous conduira-t-elle encore?

En ces temps étranges où, preuve ultime d’égalité au nom du prétendu bien public et sur fond de chômage et de déficits abyssaux, un ancien travailleur social  redouble d’efforts pour démontrer à la planète entière qu’un président noir peut être aussi nul que n’importe quel Blanc  …

Et où, confirmation de la puissance suggestive des minorités actives et des millions de dollars de propagande qu’elles peuvent mobiliser un groupe comprenant moins de 2% de la population peut apparaitre à l’ensemble comme 12, 5 fois plus important et ainsi imposer à tous les pires aberrations telles que tout récemment à New York le vote du droit au prétendu « mariage homosexuel »…

Pendant qu’avec la double aberration du prétendu droit au « mariage homosexuel » et à « l’homoparentalité » le plus ardent représentant d’une gauche caviar française suiveuse et toujours à l’affut de la dernière mode du moment vient comme prévu de nous fournir une nouvelle raison de ne pas voter pour elle …

Retour, au lendemain de la première condamnation d’une femme pour génocide qui voyait une ancienne travailleuse sociale et ministre de la Famille et de la Promotion féminine (Pauline Nyiramasuhuko) orchestrer non seulement le génocide mais la systématisation du viol comme arme de guerre, sur une nouvelle illustration de la capacité aussi étrange qu’apparemment infaillible de la réalité à rattraper la plus incroyable des fictions

A savoir, la tribune imaginaire du journal parodique en ligne américain The Onion qui, il y à peine 10 ans, imaginait une petite fille se lamentant de l’apparemment insurmontable incapacité des femmes à réaliser quoi que ce soit de conséquence dans l’histoire humaine et bien sûr le crime des crimes de génocide …

Oh, Girls Are No Good At Genocide

Alyssa Elver

The Onion

September 5, 2001

I hate being a girl. It totally stinks. Boys are better at everything. In gym class, whenever we divide up into boys against girls, the boys always win. Boys are better at PlayStation and at drawing robots. Who do you think got to go to summer science camp this year? Danny Grella. A boy. Not that I wanted to go to retarded science camp anyway, but you know what I mean.

I was thinking about this even more in Social Studies class today. We learned all about what genocide is. And you know who’s led, like, every single genocide ever? Yup, boys.

A lot of the girls in my class are smart, but most of them are too shy to say anything, so no one even notices they’re smart. Even if they know the answer, Mrs. Culver has to call on them and ask them if they know it before they’ll say it. So there’s no way a girl would get up and make a big speech in front of thousands of Brownshirts. She’d be way too embarrassed.

Know how many major genocides there were in the 20th century? The encyclopedia CD-ROM in the library says seven. A whole 50 or 60 million people got killed altogether. But was even one of the genocides done by a girl? Nope. Did any of the tyrannical dictator boys have a « right-hand girl » who was carrying out his orders for him? No way! There’s one more thing girls are no good at.

I like to get dirty and play flag football with the boys, but none of the other girls in my class want to get their stupid clothes dirty. All they care about is going to the mall and buying stupid nail polish and purses and makeup. It’s so lame. Maybe that’s why girls aren’t any good at overseeing the systematic mass murder of an entire race. It’s too messy.

You never see a genocidal dictator wearing a dress and being all afraid he’ll ruin it. He’s out there in military fatigues, getting down in the mud, making sure his orders are being carried out. This boy dictator we learned about named Suharto, I bet he wasn’t afraid to get a little blood splattered on his shirt. Girls hate blood. They run screaming from it.

I bet you have to know a lot about guns if you want to make a genocide. Everyone knows boys are better gun-shooters than girls. Who knows even one girl who shoots guns? Also, I bet a big part of being one of those genocidal maniacs is designing stuff, like big camps and ovens and stuff. And for that, you need to be really good at math. I suck at math. I just can’t figure it out. That’s because I’m a girl.

Danny Grella says girls don’t have to be smart, because they just stay home and have babies. Well, my mom had babies and a career. Still, she’s not the boss where she works. My dad is the boss where he works. My mom has to go in to work on Saturday if Mr. Nagel says so.

To be good at genocide, you probably have to be really good at bossing people around. That’s something girls can’t do. My brother Josh always gets to watch what he wants on TV, even if I really want to watch something. I usually just let him get away with it because I don’t feel like getting in a big fight about it. Unlike boys, girls just aren’t bossy or stubborn enough to eradicate a race of people from the face of the Earth. It just would never happen.

Girls always want to help people. They want to take care of babies and feed them and dress them up. They don’t want to throw them into pits and cover them with dirt while they’re still alive.

In gym class, when we divide into teams for dodgeball, the girls are always picked last. Maybe that’s what happens when a group of extremists is looking for somebody to head their regime. The Khmer Rouge picked Pol Pot because they knew he’d be good at murder and torture and all that other boy stuff. A girl probably would have planted flowers in the killing fields.

Sure, there have been a couple of evil girls, but they’re never as evil as the boys. Nothing on the level of Idi Amin, this boy who killed 300,000 Christians in Uganda during the 1970s.

All Hitler had to say was « jump » and everybody jumped. There’s no way a girl could grow a mean mustache like his. Then there was Stalin. I bet no one put stupid frilly curtains up in Stalin’s bedroom when he was away at summer camp and then told him they had to stay there because the old curtains were already in the garbage.

God, I wish I were a boy.

Voir aussi:

U.S. Adults Overestimate Homosexual Population by As Much As Tenfold

 Andrew Herzog

 CSN news

June 02, 2011

(CNSNews.com) –While a recent Gallup poll showed that U.S. adults, on average, think homosexuals make up about 25 percent of the entire population, official data reveal that gays and lesbians comprise between 2 percent and 4 percent of the population.

In a May 5-8 telephone survey, Gallup asked more than 1,000 U.S. adults in all 50 states: “Just your best guess, what percent of Americans today would you say are gay or lesbian?”

The adults polled estimated that 25 percent – one quarter of all Americans – are gay or lesbian.

According to Gallup, over half of Americans (52 percent) said that at least one in five Americans is homosexual, and 35 percent estimated more than one in four. Only 30 percent estimated under 15 percent.

However, official estimates of the homosexual population range from 2 to 4 percent – well under the 25 percent “guesstimate.”

According to the U.S. Census Bureau, which began asking questions about same-sex household information in the 1990 Census, only 581,300 individuals were part of a same-sex household in 2009. That’s less than one-half of one percent (0.5 percent) of the 307 million people living in the U.S. in 2009.

Furthermore, data from the Census Bureau’s 2010 Demographic Profile shows that “same-sex spouses” accounted for a mere 2.5 percent of the U.S. population, which is nearly 8 million people out of the total 309 million Americans.

The 2006-2008 National Survey of Family Growth found that 3.7 percent of adults aged 18 to 44 were homosexual or bisexual. The survey is administered by the National Center for Health Statistics, part of the federal Centers for Disease Control. It consists of an in-person interview in which the respondent enters his or her own answers into the computer without telling them to an interviewer.

The University of Chicago’s National Opinion Research Center, which has been conducting scientifically designed surveys on homosexuality for close to 30 years – far longer than the U.S. Census Bureau – found the percentage of gays, lesbians, and bisexuals in the United States in 2008 was 2 percent – a number that has been stable since the late ‘80s, according to Tom Smith, director of the General Social Survey at NORC. (pg. 57)

“In general, these figures have changed little from our first studies in the late 1980s through 2010,” Smith told CNSNews.com.

The Gallup poll was a random digit dial telephone interview which surveyed 1,018 adults, aged 18 and older, living in all 50 U.S. states and the District of Columbia on May 5-8, 2011. The margin of error was plus-or-minus 4 percentage points.

 Voir enfin:

LE VIOL COMME MÉTHODE DE GÉNOCIDE AU RWANDA

Pauline Nyiramasuhuko, la barbarie au féminin

En même temps que l’extermination des trois quarts de la population tutsie au Rwanda s’est déroulée une autre horreur, le viol de 250 000 femmes. Parmi les responsables figure une Hutue, aujourd’hui jugée pour incitation au viol de masse. Elle était… ministre de la Promotion féminine.

Peter Landesman

The New York Times

14.11.2002

Au printemps de 1994, l’horreur est arrivée à Butare, une ville rwandaise tranquille, brûlée par le soleil. A l’époque, des escadrons de la mort hutus, armés de machettes et de bâtons surmontés de clous, brûlaient, tuaient et pillaient dans tout le pays. Des barrages installés sur les routes piégeaient les Tutsis en fuite, qui se faisaient alors massacrer. Pendant la troisième semaine d’avril, alors que le génocide atteignait son summum, des dizaines de milliers de cadavres pourrissaient dans les rues de Kigali, la capitale. Butare – un bastion de Tutsis et de Hutus modérés qui avaient résisté aux ordres de génocide du gouvernement – était la prochaine cible. Ses habitants entendirent des coups de feu dans les collines de l’ouest ; la nuit, ils virent la lueur provenant des villages avoisinants en proie aux flammes. Des Hutus en armes ne tardèrent pas à se rassembler à la périphérie de la ville, mais les habitants paniqués de Butare ne se laissèrent pas faire.

Mis en rage par la révolte de Butare, le gouvernement par intérim de Kigali y envoya en mission Pauline Nyiramasuhuko, ministre de la Famille et de la Promotion féminine. Avant de devenir l’une des femmes les plus influentes du gouvernement, Pauline avait grandi dans une petite commune rurale juste à côté de Butare. Comme elle était l’exemple d’une réussite locale, son retour aurait sûrement un impact persuasif.

Peu après l’arrivée de Pauline en ville, des voitures surmontées de haut-parleurs parcouraient les petites routes autour de Butare en annonçant que la Croix-Rouge s’était installée dans un stade non loin de là pour fournir nourriture et asile à la population. Le 25 avril, des milliers de Tutsis se rendirent dans ce stade. C’était un piège. Au lieu de trouver nourriture et abri, les réfugiés furent encerclés par les Interahamwe, de violents maraudeurs hutus dont le nom signifie « ceux qui attaquent ensemble ». Selon un témoin, Pauline, qui avait 48 ans à l’époque, supervisait la scène. Elle encourageait les Interahamwe et donnait des ordres en ces termes : « Avant de tuer les femmes, vous devez les violer », témoigne Foster Mivumbi, qui a confessé sa participation au massacre. Des femmes tutsies furent alors sélectionnées parmi la foule du stade et emmenées dans les fourrés pour être violées, se souvient Mivumbi. Sur le stade, Pauline agitait les bras et observait sans rien dire les Interahamwe qui mitraillaient les réfugiés et leur lançaient des grenades. Les Hutus achevèrent les survivants à la machette. Cela dura une heure et se termina à midi. Pauline, raconta Mivumbi, resta jusqu’à l’arrivée d’un bulldozer qui commença à empiler les corps pour les enterrer dans une fosse voisine. Peu après, selon un autre témoin, Pauline se rendit dans un enclos où un groupe d’Interahamwe gardait 70 femmes et filles tutsies. Pauline ordonna de brûler les femmes et ajouta : « Pourquoi ne les violez-vous pas avant de les tuer ? »

« Mais nous avions tué des gens toute la journée, et nous étions fatigués. Nous avons simplement mis l’essence dans des bouteilles et l’avons versé sur les femmes, puis on a mis le feu », indique ce témoin. A peu près au même moment, des Interahamwe arrivèrent à l’hôpital local où Rose, une jeune Tutsie, avait trouvé refuge. « Ils ont dit que Pauline leur avait permis de se faire les filles tutsies, qui étaient trop orgueilleuses, raconta-t-elle. Elle était ministre ; alors, ils ont dit qu’ils en avaient le droit. » Pauline avait fait comprendre aux soldats que le viol était une récompense. A l’hôpital se trouvait le fils unique de Pauline, Arsène Shalom Ntahobali, un étudiant âgé de 24 ans qui était l’un des chefs Interahamwe. Rose raconta que Shalom, qui claironnait sans cesse qu’il avait la « permission » de sa mère de violer des Tutsies, la viola contre le mur.

Il n’y aura jamais de décompte précis du nombre de Rwandais assassinés entre avril et juillet 1994. L’organisation Human Rights Watch estime qu’ils furent au moins 500 000, et l’ONU évalue entre 800 000 et 1 million le nombre de Rwandais qui moururent durant cette période. Quel que soit le total, le volume du carnage et la concentration des assassinats leur donnent le sinistre honneur de constituer le meurtre de masse le plus féroce de l’Histoire : les trois quarts de la population tutsie furent exterminés.

Il est compréhensible que l’attention du monde se soit tournée vers les proportions du massacre rwandais. Mais, aujourd’hui, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui siège à Arusha, en Tanzanie, est en train de reconnaître un autre genre d’horreur, laissée dans l’ombre. Bien que la plupart des femmes aient été tuées avant de pouvoir raconter ce qui leur était arrivé, un rapport des Nations unies a conclu qu’au moins 250 000 femmes furent victimes de viol au cours du génocide. Certaines furent pénétrées avec des lances, des canons de revolver, des bouteilles ou des branches de bananier. Leurs organes sexuels furent mutilés à la machette, à l’eau bouillante et à l’acide, et certaines femmes eurent les seins coupés. Une étude montre que la province de Butare compte à elle seule plus de 30 000 survivantes de viol. Davantage de femmes encore furent tuées après avoir été violées.

Deux jeunes femmes tutsies, Mary Mukangoga, 24 ans, et Chantal Kantarama, 28 ans, avaient trouvé refuge dans la préfecture de Butare. Mais quand Pauline et Shalom vinrent à la préfecture avec les jeunes hommes de l’Interahamwe, ils sélectionnèrent des filles à violer.

En silence, Mary et Chantal retournent jusqu’aux ruines de ce qui fut autrefois une usine de plastique, dans un bosquet d’arbres à 200 mètres de la préfecture. Elles expliquent qu’elles furent entraînées hors de la préfecture, amenées ici et violées plusieurs fois. « Pauline venait et disait : ‘Je ne veux pas de cette merde ici, débarrassez-vous de cette merde' », raconte Chantal.

Les deux jeunes femmes firent partie d’un groupe de cinq esclaves sexuelles, gardées à la préfecture et violées régulièrement et ensemble, tous les soirs pendant des semaines. Puis, un jour, elles furent jetées dans une fosse pleine de cadavres. Le charnier, qui faisait à peu près 38 mètres carrés, est aujourd’hui à moitié rempli de gravats et d’herbes. « Ils ont tué à la machette celles qui résistaient, et les ont jetées dans le trou », témoigne l’une de ces femmes, qui resta dans la fosse une nuit et une journée, puis, la seconde nuit, escalada le monceau de cadavres pour sortir du trou.

En juillet 1994, Pauline a fui le Rwanda au milieu de l’exode de masse de plus de 1 million de Hutus craignant la vengeance de l’armée des rebelles tutsis, le Front patriotique rwandais, qui gagnait du terrain. Après s’être cachée dans un camp de réfugiés au Zaïre de l’époque [aujourd’hui RDC], elle a fini par se rendre au Kenya, où elle a vécu en fugitive pendant presque trois ans. Le 18 juillet 1997, elle fut interpellée à Nairobi par les autorités kenyanes et internationales. Shalom fut capturé six jours plus tard, dans une épicerie de Nairobi qu’il gérait. Ils furent tous deux livrés au Tribunal d’Arusha.

Onze charges sont retenues contre Pauline Nyiramasuhuko, dont génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. C’est la première femme à être accusée de ces crimes dans une cour internationale, et la première à être accusée de viol en tant que crime contre l’humanité. (Son fils Shalom plaide non coupable sur les dix chefs d’accusation portés contre lui.)

Pauline et Shalom sont jugés ensemble, avec quatre autres chefs hutus de Butare également accusés de génocide. La plupart du temps, Pauline est accusée d’incitation au crime plutôt que de perpétration. Cependant, selon un document préparé par les enquêteurs du TPIR en prévision du procès, un témoin, surnommé Q. C., a vu un chef de communauté tutsi mourir « des mains de Nyiramasuhuko ». Les avocats de chacun des six accusés vont probablement débuter leur défense en 2004, après que le procès aura traîné pendant encore au moins deux ans : la justice avance avec une extrême lenteur à Arusha, avec seulement huit condamnations et un acquittement en sept ans.

Pauline Nyiramasuhuko est née en 1946 au milieu d’une forêt de bananiers et de vallées verdoyantes perdues dans les nuages. Ses parents, des paysans qui produisaient juste de quoi vivre, habitaient un village situé à 10 kilomètres à l’est de Butare. Au collège, Pauline devint l’amie d’Agathe Kanziga, qui épousa plus tard le président hutu Juvénal Habyarimana. Ce fut une rencontre décisive. Après ses études, elle quitta Butare pour Kigali et rejoignit le ministère des Affaires sociales, qui mettait en place à l’époque un réseau de centres sociaux devant enseigner aux femmes comment prendre soin de leur famille, des enfants et comment faire la cuisine. Pauline n’avait que 22 ans quand Agathe l’aida à gravir d’un coup les échelons administratifs et à devenir inspectrice nationale au ministère.

En 1968, Pauline épousa Maurice Ntahobali, qui devint président de l’Assemblée nationale rwandaise, puis ministre de l’Education supérieure et enfin recteur de l’Université nationale de Butare. Pauline fut alors l’une des rares femmes rwandaises à s’inscrire en droit. En 1992, elle était déjà l’un des leaders du Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND, parti unique du président Habyarimana), et elle fut nommée ministre de la Famille et de la Promotion féminine. Soucieuse de faire ses preuves dans la structure d’un parti construit autour d’hommes au sein de la société patriarcale rwandaise, Pauline se rendit compte rapidement que le chemin du succès politique passait par son lieu de naissance. Or la ville de Butare était devenue une épine dans le pied du gouvernement. Elle comptait les citoyens les plus éclairés du pays, une université et un institut de recherche scientifique, et abritait la plus grande concentration de Tutsis du Rwanda. Elle avait été largement préservée de l’extrémisme hutu, et le MRND n’y avait jamais pris racine. Pauline tenta de changer tout cela au moyen d’un programme d’intimidation. Elle parcourait la ville avec les brutes du parti qui élevaient des barricades dans les rues, paralysaient la circulation et semaient le trouble. Les invasions régulières de Pauline vinrent à être connues sous le nom de « journées fantômes », pendant lesquelles Butare retenait son souffle.

Pauline fut vite embrigadée dans l’idéologie antitutsie de son parti. Léoncie Mukamisha, une ancienne camarade de classe de Pauline qui travaillait sous ses ordres au ministère, raconte que l’obéissance et la haine virulente des Tutsis qu’affichait Pauline gagnèrent les faveurs du président, qui lui assigna un certain nombre d’idéologues extrémistes hutus en tant que conseillers.

Il ne sera peut-être jamais possible de savoir ce qui a motivé les actes de Pauline. Peut-être a-t-elle ressenti une rage viscérale à l’encontre des Tutsis, peut-être n’était-elle qu’une opportuniste assoiffée de pouvoir. En tout cas, dès 1994, son zèle antitutsi était connu de tous. Pendant le génocide, elle prononça des discours déchaînés sur les ondes de Radio Rwanda. « Nous sommes tous membres de la milice, disait Pauline. Nous devons travailler ensemble pour traquer les membres du Front patriotique rwandais. »

Dans ses aveux de génocide et de crimes contre l’humanité, l’ancien Premier ministre hutu, Jean Kambanda, identifie les membres de son conseil privé, où fut élaboré le projet du génocide. Cinq noms seulement apparaissent, parmi lesquels figure celui de Pauline Nyiramasuhuko.

Et puis, il y a la génération des enfants nés de tous ces viols. Cinq mille d’entre eux sont enregistrés, et il semble fort probable que ceux qui ne l’ont jamais été soient bien plus nombreux. « Le viol force les victimes à vivre avec les conséquences, les dégâts, les enfants », explique Sydia Nduna, conseillère à l’International Rescue Committee Rwanda, qui collabore à un programme de Kigali visant à réduire la violence entre les sexes. L’impact des viols massifs au Rwanda, affirme-t-elle, se fera sentir pendant plusieurs générations.

Pis encore, les viols – la plupart commis par plusieurs hommes à la suite – furent fréquemment accompagnés d’autres formes de tortures physiques et souvent mis en scène publiquement pour augmenter l’impact de la terreur et de l’humiliation. Tant de femmes les redoutaient qu’elles suppliaient souvent qu’on les tue avant. Fréquemment, le viol précédait le meurtre. Parfois, la victime n’était pas tuée, mais violée à plusieurs reprises et laissée en vie. L’humiliation, alors, n’affectait pas seulement la femme violée, mais également son entourage. D’autres fois encore, les femmes étaient utilisées dans un autre but : à moitié morte, ou déjà sans vie, une femme était violée en public pour servir d’élément rassembleur des Interahamwe. Mais l’exhibition publique et la destruction ne s’arrêtaient pas avec le viol lui-même. Nombre de femmes étaient laissées en vie exprès pour qu’elles meurent lentement du sida.

L’actuel président du Rwanda, Paul Kagame, a abordé le sujet des viols massifs dans une interview donnée au siège du gouvernement de Kigali. « Nous savions que le gouvernement faisait sortir des malades du sida des hôpitaux pour former des bataillons de violeurs », raconte-t-il. Selon une estimation, 70 % des femmes violées pendant le génocide ont contracté le sida.

Le plus diabolique des objectifs des viols de Butare était de transmettre une mort lente et angoissante. « En utilisant une maladie, une peste, une terreur apocalyptique comme une arme biologique, vous annihilez les procréateurs en perpétuant la mort dans les prochaines générations », s’indigne Charles B. Strozier, psychanalyste et professeur d’histoire au John Jay College of Criminal Justice de New York. « La tuerie persiste et s’éternise. » L’utilisation du sida comme arme contre les femmes tutsies a permis aux magistrats d’Arusha de considérer le viol comme un élément principal du génocide. « L’infection par le VIH est un meurtre », a déclaré Silvana Arbia, procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda. « L’agression sexuelle est un acte de génocide au même titre que le meurtre. »

Le viol est depuis longtemps une arme de guerre. Selon la légende, la Rome antique a été unie après que Romulus et ses soldats eurent terrorisé leurs ennemis, les Sabins, en violant leurs femmes.

L’agression sexuelle à grande échelle est répétée dans des conflits qui vont des croisades aux guerres napoléoniennes.

C’est Abraham Lincoln qui a établi la notion moderne de viol en tant que crime de guerre. En 1863, il commissionna Francis Lieber, un juriste expert, pour développer un ensemble d’instructions destinées aux armées pendant la guerre de Sécession. Francis Lieber qualifia le viol de crime assez sérieux pour être passible de la peine de mort. « Le code Lieber était révolutionnaire », juge Kelly Askin, directrice de l’International Criminal Justice Institute. « Auparavant, les crimes sexuels étaient largement ignorés. »

Le droit international se montra plus réticent face au problème. « Le viol était considéré comme une sorte de dommage collatéral », explique Rhonda Copelon, professeur de droit à CUNY [Université de New York]. « C’était un des avatars inévitables de la culture de la guerre. » Après la Seconde Guerre mondiale, les viols de femmes chinoises par des soldats japonais à Nankin furent jugés comme des crimes de guerre par un tribunal international, mais uniquement s’ils étaient accompagnés d’autres violences. Le même tribunal, pourtant, ne poursuivit pas la plus institutionnalisée des formes de violence sexuelle, l’esclavage des « femmes de réconfort » par l’armée japonaise. En 1946, une loi établie par les Alliés et destinée aux tribunaux devant juger les crimes de guerre allemands qualifia le viol de crime contre l’humanité, mais elle ne fut jamais appliquée. Ce n’est qu’en 1995, au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie [TPIY], que le viol fut désigné comme crime grave équivalant à la torture.

L’accusé de ce procès de 1995 était un policier serbe appelé Dusan Tadic. Le tribunal l’inculpa de divers crimes, dont le viol d’une femme bosniaque dans un camp de prisonniers. Cet acte fut qualifié de crime contre l’humanité, ainsi qu’un autre crime perpétré contre des hommes. Tadic avait en effet torturé deux prisonniers bosniaques, forçant l’un des deux à arracher les testicules de l’autre avec ses dents. L’homme mutilé mourut d’hémorragie. La mise en accusation par le tribunal créa un important précédent. Malheureusement, les procureurs durent abandonner l’accusation de viol car la victime de Tadic refusa de témoigner, par peur des représailles. En revanche, ils eurent plus de succès avec les accusations de mutilation sexuelle. Accusé de torture, entre autres crimes, Tadic fut condamné à vingt ans de prison.

Les histoires de viol commencèrent à s’accumuler au Rwanda dès la fin du génocide, la plupart du temps à travers des interviews réalisées par des organisations comme Human Rights Watch. Mais, parce que la culture rwandaise décourage les femmes d’aborder des sujets sexuels et parce que l’idée du viol comme « dommage collatéral » restait enracinée auprès de la communauté judiciaire, les procureurs d’Arusha n’ont pas fait immédiatement le lien entre les viols et le projet de génocide hutu. Le changement décisif eut lieu en 1998 pendant le procès de Jean-Paul Akayesu, le maire de la commune rwandaise de Taba.

Au départ, Akayesu n’était inculpé que de génocide. Parmi les survivants qui témoignaient contre lui se trouvait une femme, surnommée H. « Avant d’aller à la barre, H. m’a révélé qu’elle avait été violée dans les buissons », expliqua Pierre-Richard Prosper, l’ambassadeur américain chargé de mission pour les questions de crimes de guerre qui a mené les poursuites contre Akayesu. « Elle a raconté que les Interahamwe venaient à la fin de la journée pour violer les femmes et qu’Akayesu était présent. » Pierre-Richard Prosper envoya des enquêteurs au Rwanda, chargés de trouver des femmes violées à Taba pendant les troisième et quatrième semaines d’avril. Ces enquêteurs découvrirent que presque toutes les 500 femmes qu’ils savaient avoir été retenues prisonnières avaient été tuées et jetées dans une fosse commune. Seule une douzaine d’entre elles avaient pu s’échapper, telle une femme surnommée J. J.

L’ambassadeur a fait venir J. J. à la barre. Son histoire était atrocement familière : des Interahamwe l’avaient emmenée à l’écart et violée à plusieurs reprises. Elle expliqua qu’Akayesu la regardait se faire violer depuis l’encadrement de la porte en encourageant les Interahamwe et qu’il disait en riant : « Ne me demandez plus jamais quel goût a une femme tutsie. »

La mise en accusation d’Akayesu fut modifiée pour prononcer la première accusation de viol en tant que crime contre l’humanité. Pierre-Richard Prosper affirma que la remarque désinvolte d’Akayesu aux hommes qui violaient J. J. valait ordre d’en violer d’autres.

Le 2 septembre 1998, Akayesu fut reconnu coupable de génocide et de crimes contre l’humanité, dont le viol. Il fut condamné à trois peines de perpétuité, à quatre-vingts ans d’emprisonnement et transféré dans une prison sous contrôle de l’ONU au Mali.

Le 10 août 1999, un an après la condamnation d’Akayesu, le chef d’accusation de Pauline Nyiramasuhuko fut modifié pour inclure le viol en tant que crime contre l’humanité. L’accusation portée contre Pauline renforce le précédent établi dans le procès d’Akayesu : l’incitation au viol massif constitue un crime contre l’humanité, mais le cas de Pauline dépasse la jurisprudence. Elle représente une nouvelle sorte de criminelle. « Il existe une notion, généralement partagée dans les différentes cultures, que les femmes ne font pas ce genre de choses », explique Carolyn Nordstrom, anthropologue à l’Université de Notre-Dame [dans l’Indiana]. « La société n’a pas encore trouvé le moyen d’en parler, car cela va à l’encontre de toutes nos représentations de la nature des femmes. »

Le racisme mortel du Rwanda ne pourra jamais être aussi clairement défini que l’était, par exemple, le nazisme de l’Allemagne. Le fait que les Hutus et les Tutsis constituent des groupes ethniques distincts est un sujet de débat, mais ce n’est qu’après l’arrivée des colons européens au Rwanda qu’une différence politique fut faite entre eux. Les mariages intercommunautaires étaient courants depuis longtemps, les deux groupes parlaient la même langue et pratiquaient la même religion. Au tournant du XXe siècle, cependant, les colons allemands et belges mirent en pratique une logique raciale douteuse pour désigner les Tutsis minoritaires comme classe dominante et en faire leurs fondés de pouvoir : les Tutsis auraient, d’après eux, une apparence plus « blanche ».

Dans les années 30, les Belges eurent besoin de savoir exactement qui était qui afin de limiter les postes administratifs et l’éducation supérieure aux seuls Tutsis. La procédure la plus efficace consistait à enregistrer toute la population et à la forcer à porter des cartes d’identité précisant l’appartenance de chaque individu à l’un ou l’autre des groupes : 84 % de la population se déclara hutue et 15 % tutsie. Etant donné le nombre de mariages entre les deux communautés dans l’histoire rwandaise, ce décompte pouvait difficilement passer pour scientifique. En outre, les Rwandais changeaient parfois d’identité ethnique, les riches se qualifiant de Tutsis et les pauvres de Hutus.

« L’identité finit par dépendre de la façon dont chacun s’en sortait », raconte Alison Des Forges, conseillère à la division africaine de Human Rights Watch, qui étudie le Rwanda depuis trente ans. « La moitié des gens ne sont pas clairement reconnaissables, les mariages ayant été très nombreux. Les femmes qui répondaient au stéréotype tutsi (plus grandes, la peau plus claire, les traits plus fins) sont devenues désirables. Mais cela ne signifiait pas qu’elles appartenaient à l’un ou l’autre des groupes. »

Avec le désir est arrivé son alter ego émotionnel, la rancoeur. En 1959, une révolution amena la majorité hutue au pouvoir. Alors que les tensions augmentaient au cours des années 90, les politiciens commencèrent à répandre une propagande dénonçant les femmes tutsies comme des tentatrices, des prostituées et des perverses sexuelles. Avant le début du génocide de 1994, les journaux hutus publiaient sans cesse des dessins humoristiques montrant les femmes tutsies telles des séductrices lascives.

A l’inverse des nazis, motivés par le mythe de la supériorité aryenne, les Hutus se laissaient guider par une rage accumulée provoquée par leur statut inférieur et leur ressentiment vis-à-vis de la beauté et de l’arrogance des Tutsis.

« La propagande a rendu les femmes tutsies puissantes et désirables et a fait d’elles en conséquence un objet qui devait être détruit, raconte Rhonda Copelon. Quand vous prétendez que la femme est une menace, vous renforcez l’idée que la violence envers elle est légitime. »

Cette idée pernicieuse a connu son apogée pendant le génocide. « Cela devient un désir profond et commun d’éliminer le mal. Les Tutsis doivent être tués jusqu’au dernier afin de permettre l’avènement de l’utopie. Dans un sens, ils sont considérés comme déjà morts », explique le psychiatre américain Robert Jay Lifton.

Les crimes dont Pauline Nyiramasuhuko est accusée sont monstrueux. Mais, en cherchant une explication raisonnable à sa barbarie, il faut se souvenir des mots d’Alison Des Forges, de Human Rights Watch : « Ce comportement est enfoui, pas si profondément, en chacun de nous. Les récits simplifiés des génocides permettent d’établir une distance entre nous et leurs auteurs. Ils sont si horribles que nous ne pouvons nous imaginer faisant la même chose. Mais, si vous prenez en compte la pression terrible sous laquelle ces gens agissaient, alors, leur humanité s’impose automatiquement à vous, et cela devient effrayant. Vous êtes obligé de vous projeter dans ces situations précises et de vous dire : ‘Qu’aurais-je fait ?’ Parfois, la réponse n’est pas encourageante. »


Réseaux sociaux: Attention, une émeute peut en cacher une autre (Vancouver rioters face unprecedented tyranny of social networks)

27 juin, 2011
We gonna be burning an a-looting tonight (…) burning all illusion tonight … Bob Marley
Les vrais fans ne font pas d’émeutes. Page Facebook
J’ai participé aux émeutes, j’ai renversé une voiture, fracassé la Banque de Montréal, les arrêts d’autobus… Une grosse soirée! Sienna St-Laurent (14 ans)
Je ne sais pas, je voulais me sentir cool. Sienna St-Laurent
Près d’une semaine après les émeutes de Vancouver — pour une vulgaire histoire de hockey et de défaite — la Toile s’est mise en mouvement, à l’appel de la police, pour se transformer en immense espace de délation des émeutiers. Une justice populaire, numérique, instantanée, nominative, faisant fi des cadres légaux en place qui inquiète quelques juristes, protecteurs des droits civiques et pourfendeurs des dérives contemporaines. Alors que la jeunesse branchée qui a accepté d’alimenter ce nouveau travers des réseaux sociaux ne semble pas vraiment s’en formaliser. Le Devoir

Jeune vandale contraint de se livrer aux autorités et de s’excuser publiquement, déménagement de la famille d’un vandale sous la pression publique, adolescents victime de messages haineux après s’être vantée sur son blog de sa soirée d’émeutes, émeutière perdant son emploi à temps partiel après avoir été reconnue sur des images sur l’internet, arrestations d’émeutiers reconnus par leurs voisins et amis à partir d’images diffusées sur les réseaux sociaux …

Les réseaux sociaux, en  cette véritable société orwellienne où l’on ne peut même plus casser en paix, ont encore frappé !

En ces temps étranges où, pour avoir l’aval des médias ou être élus, nos responsables politiques se félicitent comme à New York de voter des aberrations du type droit au « mariage homosexuel » …

Où le maire d’une ville de nos banlieues françaises ravagée par le trafic de drogue et prise les échanges de tirs entre gangs de trafiquants en appelle démagogiquement à la fois à l’envoi de casques bleus et à une dépénalisation de l’usage du cannabis qui ne peut que pousser les trafiquants à passer à d’autres drogues plus dures et plus lucratives …

Et où , dans la Région Centre , une rectrice se voit contrainte à la rétractation pour avoir osé évoque le secret de polichinelle du rapport entre une immigration non choisie et la baisse des résultats du système éducatif français dans les comparaisons internationales …

Véritable « émeute » de bons sentiments chez nos courageuses belles âmes …

S’inquiétant suite à la mise à sac de la ville de Vancouver (117 arrestations, 150 blessés hospitalisés, pillages de magasins, voitures brûlées, des millions de dollars de dégats dans la nuit du 14 au 15 juin) par de jeunes émeutiers en furie après la perte par leur équipe du championnat de Hockey de …

la réaction citoyenne d’internautes outrés par un tel déferlement gratuit de violence gratuite !

Émeutes : le rôle des médias sociaux et des internautes

Le Devoir

21 juin 2011

Des témoins des émeutes ont capté des images des évènements

Près d’une semaine après les émeutes qui ont suivi la finale de la Coupe Stanley à Vancouver, Internet est devenu la plaque tournante des témoignages entourant les événements. La chasse aux malfaiteurs se poursuit dans les médias sociaux, et plusieurs Vancouvérois l’apprennent à leurs dépens.

Alors que certains utilisent Internet pour excuser leurs méfaits, la majeure partie d’entre eux dénoncent et publient les photos et les identités des suspects. Depuis mercredi dernier, la police de Vancouver a reçu des centaines de photos, de vidéos et d’images des émeutes.

Le professeur de sociologie à l’Université de la Colombie-Britannique, Christopher Schneider, parle d’une tyrannie des médias sociaux sans précédent.

C’est problématique parce que la protection de l’identité des présumés délinquants mineurs n’existe plus.

— Christopher Schneider, professeur de sociologie

Par voie de communiqué, la police de Vancouver a d’ailleurs demandé aux citoyens lundi de résister à la tentation de se faire justice eux-mêmes, en raison du danger grandissant des médias sociaux.

Aucune vengeance physique n’a été rapportée pour le moment, mais les menaces sont bien réelles pour ceux qui figurent sur ces images.

En quelques heures seulement, le nom de Nathan Kotylak, 17 ans, s’est retrouvé partout sur Internet, en plus de l’adresse de sa famille et de son numéro de téléphone. L’étoile montante de l’équipe canadienne junior de Water Polo s’est livrée aux autorités vendredi et s’est excusée publiquement d’avoir commis des actes de vandalisme.

Malgré tout, les menaces se poursuivent. Craignant des représailles, la famille Kotylak a même dû quitter son domicile de Maple Ridge le week-end dernier.

Des feux brûlent sur la rue Georgia à Vancouver

De son côté, Sienna St-Laurent, 14 ans, a elle aussi appris à ses dépens l’effet pervers des médias sociaux. En rentrant chez elle le soir des émeutes, elle a publié un message sur son blogue. « J’ai participé aux émeutes, j’ai renversé une voiture, fracassé la Banque de Montréal, les arrêts d’autobus… Une grosse soirée! », a-t-elle écrit.

Des dizaines de messages haineux ont ensuite rempli sa boîte de courrier électronique. « Trouve un pont et saute en bas. […] Tu es la honte du pays », disaient certains d’entre eux. D’autres ont demandé l’adresse de sa résidence.

« Je ne sais pas, je voulais me sentir cool, dit-elle. Je sais très bien maintenant que ce ne l’était pas. » Elle se dit aujourd’hui navrée pour ses gestes.

Pour sa part, Camille Cacnio a créé un blogue pour exprimer ses regrets et reconnaître ses torts. L’étudiante en biologie à l’Université de la Colombie-Britannique a notamment été prise en photo en train de s’amuser au milieu des émeutiers et a avoué avoir volé une paire de pantalons. Ces images lui ont fait perdre son emploi à temps partiel chez un concessionnaire automobile.

Quoi qu’il en soit, les images publiées sur Internet ont grandement aidé la police de Vancouver. Cette dernière a reçu près de 3500 courriels de gens qui dénoncent des participants aux émeutes de mercredi dernier à l’adresse de courriel robbery@vpd.ca et plus de 900 autres courriels ont été envoyés à son bureau de relations publiques.

Il reste toutefois beaucoup à faire, car même s’il y a eu plus d’une centaine d’arrestations, des mises en accusation formelles ne sont toujours pas garanties.

Voir aussi :

http://blogs.hbr.org/samuel/2011/06/in-vancouver-troubling-signals.html

http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=4122

Cyber-délation à grande échelle, après des émeutes à Vancouver

Une défaite en hockey avait provoqué pillages, affrontements et arrestations

Gilles Klein

Arrêt sur images

24/06/2011

Polémique au Canada : après les violentes émeutes qui ont choqué Vancouver (117 arrestations, 150 blessés hospitalisés, pillages de magasins, voitures brûlées, des millions $ de dégats dans la nuit du 14 au 15 juin après un match de hockey) des internautes via blogs, Twitter et Facebook se sont lancés à la chasse aux images d’émeutiers pour les identifier, répondant à l’appel lancé par la police. Certains approuvent, d’autres sont choqués par le procédé.

La page Facebook « Vancouver riot pics: post your photos » (Photos des émeutes de Vancouver : mettez en ligne vos images) illustrée par un slogan tagué sur un mur « Les vrais fans ne font pas d’émeutes » a attiré plus de 100 000 fans.

Sur son blog VanCity Justice, un internaute présente « une galerie d’images de ces salauds, ces déchets impliqués dans les émeutes de la Stanley Cup le 15 juin 2011 ».

Exemple avec « Est-ce quelqu’un peut identifier ce type ? »

On trouve de très nombreuses vidéos sur YouTube montrant les incidents.

Ici un jeune homme (chauve, sac à dos, tee-shirt noir) essaie de protéger sa camionnette entourée par la foule qui crie « brulez le camion ». Il finit par frapper celui qui vient de jeter un cocktail molotov dans son véhicule, mais il est aussitôt submergé par des manifestants qui le rouent de coups.

Les commentaires sur YouTube sous la vidéo saluent son courage et dénoncent ceux qui l’attaquent « comme un troupeau de singes sans cerveaux »

« Les médias sociaux rassemblent les images pour aider la police à épingler les émeutiers » constate le quotidien 24 Hours Vancouver qui estime que près de 70 000 personnes ont envahi les rues dans la nuit du 14 au 15 juin après la défaite de l’équipe de Vancouver, puis tout a dégénéré en émeutes pendant plusieurs heures.

Après avoir lancé un appel aux témoignages, selon l’agence La Presse Canadienne, le 20 juin, la police a déjà « reçu quelque 3500 courriels du public, qui contenaient 53 vidéos en pièce jointe, 676 liens vers YouTube, 708 images et 1011 hyperliens pour aider à identifier les émeutiers. L’émeute a fait l’objet d’une forte réprobation du public, et plusieurs casseurs ont également été identifiés par des amis et des connaissances dans des photos publiées sur divers sites web. Dans certains cas, les adresses et les informations personnelles sont également accessibles à tous. La policière Lindsey Houghton a indiqué que la police était au courant de l’existence de sites comprenant des messages de ces défendeurs de l’ordre, mais qu’elle ne les condamnait pas. »

« Nous recevons encore des centaines d’informations et d’images concernant les émeutes. Voci comment nous faire parvenir vos images et vidéos au Vancouver Police Department » (VPD) explique un Tweet sur le compte officiel de la police de Vancouver

Sur son site la VPD demande, le 20 juin, aux émeutiers de se rendre eux-mêmes à la police. Puis le 21 juin souligne le « Danger d’une justice expéditive » :

« Vu l’émotion provoquée par les émeutes dues au hockey, il y a un danger croissant que les outils du réseau social soient utilisés pour mettre en place une justice sommaire. »

« Le Vancouver Police Departement et son équipe d’enquête demandent au public de résister à la tentation de faire la justice eux-mêmes. Nous vous demandons d’être patients et de continuer à vous comporter en citoyens responsables alors que l’enquête avance »

Une « tyrannie des médias sociaux »

Le professeur de sociologie à l’Université de la Colombie-Britannique, Christopher Schneider, parle d’une tyrannie des médias sociaux sans précédent : « C’est problématique parce que la protection de l’identité des présumés délinquants mineurs n’existe plus. » souligne Radio-Canada.

« Aucune vengeance physique n’a été rapportée pour le moment, mais les menaces sont bien réelles pour ceux qui figurent sur ces images.En quelques heures seulement, le nom de Nathan Kotylak, 17 ans, s’est retrouvé partout sur Internet, en plus de l’adresse de sa famille et de son numéro de téléphone. L’étoile montante de l’équipe canadienne junior de Water Polo s’est livrée aux autorités vendredi et s’est excusée publiquement d’avoir commis des actes de vandalisme. Malgré tout, les menaces se poursuivent. Craignant des représailles, la famille Kotylak a même dû quitter son domicile de Maple Ridge le week-end dernier. »

« De son côté, Sienna St-Laurent, 14 ans, a elle aussi appris à ses dépens l’effet pervers des médias sociaux. En rentrant chez elle le soir des émeutes, elle a publié un message sur son blogue. «J’ai participé aux émeutes, j’ai renversé une voiture, fracassé la Banque de Montréal, les arrêts d’autobus… Une grosse soirée!», a-t-elle écrit. Des dizaines de messages haineux ont ensuite rempli sa boîte de courrier électronique. « 

Camille Cacnio, étudiante en biologie à l’université de Colombie-Britannique, a été brièvement filmée, joyeuse, sortant du magasin Black & Lee pillé, un pantalon volé à la main (1mn30 à 1mn33 dans cette vidéo).

Cacnio a perdu son emploi à temps partiel dans une concession automobile, Burrad Acura, dont le patron, comme il l’a expliqué à CBC News, a reçu une série d’appels téléphoniques et d’e-mails furieux et/ou menaçants évoquant la présence d’une de ses employées dans l’émeute. Elle a ouvert un blog pour publier un message d’excuse, après avoir rapporté le pantalon, et s’être présentée à la police.

Elle s’excuse auprès des habitants de Vancouver, du magasin, de son employeur, et de son université.

Certains n’apprécient pas du tout cettte chasse aux délinquants via Internet.

« « Je ne crois pas que j’ai envie de vivre dans une société qui transforme les réseaux sociaux en outil de contrôle et de surveillance sociale et collective. Ça me rend d’autant plus inconfortable quand je pense que cela pourrait être repris par le lobby pro-vie pour dénoncer les femmes sur le point d’avorter, des régimes totalitaires ou des patrons homophobes pour traquer les employés qui participent au défilé de la Gay Pride ». « écrit dans la Harvard Business Review Alexandra Samuel, directrice du Centre des médias sociaux et interactifs de l’Université Emily Carr

Sous le titre « Vancouver: après les émeutes, les réseaux sociaux livrent leur pire côté »le quotidien francophone Le Devoir s’inquiète le 21 juin : « Près d’une semaine après les émeutes de Vancouver — pour une vulgaire histoire de hockey et de défaite — la Toile s’est mise en mouvement, à l’appel de la police, pour se transformer en immense espace de délation des émeutiers. Une justice populaire, numérique, instantanée, nominative, faisant fi des cadres légaux en place qui inquiète quelques juristes, protecteurs des droits civiques et pourfendeurs des dérives contemporaines. Alors que la jeunesse branchée qui a accepté d’alimenter ce nouveau travers des réseaux sociaux ne semble pas vraiment s’en formaliser. »

Voir enfin:

After a Loss in Vancouver, Troubling Signals of Citizen Surveillance

Alexandra Samuel

Harvard Business Review

June 16, 2011

Last night’s post-Stanley Cup riots left me disappointed in my community. Not my local community in Vancouver: after a decade living here, I can no longer be surprised by the intensity of this city’s hockey madness. And to be fair, most of my fellow Vancouverites took the loss in stride. It was only a handful of drunken hooligans who turned the let-down into a crime spree.

The community that disappointed me was my community online. No sooner were the riots underway than the tweets began:

One thing. Social media should be used to arrest all the idiots being, well, idiots. #canucks #riots

So anyone going through their PVR when they get home and posting screenshots of rioters? Website idea: « Identify this Idiot »

Hey riot dummies: social media didn’t exist in ’94. You’re gonna get busted, and I hope you do #canucksriot

Dear Vancouver, #riot degenerates are still out. I hope with social media, these douchebags are identified by their own family and friends.

This enthusiastic embrace of social media’s potential role in identifying the trouble-makers immediately troubled me. I wasn’t alone. As one widely-retweeted message put it:

This is the downside of smartphones and social media: douchebags taking pics and tweeting about being in the midst of the riot.

But the worrying thing about social media users turning into riot documentarians wasn’t (just) the way they contributed to the crowding of Vancouver’s streets. I was deeply disturbed to see the community of social media enthusiasts embrace a new role: not in observation, not in citizen journalism, but in citizen surveillance.

Documentation and narration is a core part of social media culture. There’s nothing wrong with social media users snapping photos or video as part of their organic experience of an event. Whether it’s for a Facebook update now or a blog post you’re writing tomorrow, posting live images is a routine part of telling a story online.

But it’s one thing to take pictures as part of the process of telling your story, or as part of your (paid or unpaid) work as a citizen journalist. It’s another thing entirely to take and post pictures and videos with the explicit intention of identifying illegal (or potentially illegal) activity. At that moment you are no longer engaging in citizen journalism; you’re engaging in citizen surveillance.

And I don’t think we want to live in a society that turns social media into a form of crowdsourced surveillance. When social media users embrace Twitter, Facebook, YouTube and blogs as channels for curating, identifying and pursuing criminals, that is exactly what they are moving toward. It may seem constructive to post photos of someone burning a car in a hockey riot, and it certainly satisfies the online community’s craving to show that yes, social media can have a tangible impact. (See! The cops got a measurable ROI from their investment in Twitter!)

I am much less comfortable when I think about other ways that crowdsourced surveillance has been or might be put to use: By pro-life demonstrators posting photos of women going into clinics that provide abortions. By informants in authoritarian states tracking posts and tweets critical of the government. By employers that scan Facebook to see which of their employees have been tagged in photos on Pride Day or 4/20.

Social media users need to decide whether surveillance is going to be part of our collective mission and culture online. We need to distinguish between the opportunity (and perhaps even responsibility) that comes with widespread ownership of camera phones, and the decision to post what we snap or film. Beginning with Rodney King, we’ve learned that citizens with cameras may often capture the footage that is key to addressing an injustice or resolving a crime, and it’s in that spirit that the Vancouver Police wisely tweeted this request last night:

Anyone with photos of people committing criminal acts, please hold onto them. With the situation on-going we will need them later. thnx

But passing along the odd photo isn’t the same as turning yourself into a security camera. And it’s certainly not the same as tweeting, Facebooking or blogging your way to a comprehensive portfolio of public crimes and misdemeanours.

What social media is for — or what it can be for, if we use it to its fullest potential — is to create community. And there is nothing that will erode community faster, both online and off, than creating a society of mutual surveillance.


Françafrique: C’est peut-être un putschiste mais c’est notre putschiste (When democracy serves to validate putschists and ballot stuffers)

23 juin, 2011
C’est peut-être un salaud, mais c’est notre salaud. Roosevelt (ou Dulles?)
Ce rachat s’inscrit dans la politique nationale du Qatar puisque QIA, le fonds d’investissement du prince héritier, est un fonds souverain. Cette décision découle d’une stratégie sportive importante du Qatar, qui compte devenir un Etat sportif. Il y a déjà eu l’obtention de la Coupe du monde 2022 de football et d’autres événements sportifs internationaux. Il y a aussi une stratégie plus générale d' »achat » d’athlètes puisqu’on peut être naturalisé en 15 jours au Qatar, ce qui constitue le record mondial en la matière ! Cela avait d’ailleurs beaucoup inquiété le Comité international olympique (CIO) au début. Le rachat du PSG correspond complètement à cette stratégie générale. Le club de la capitale appartient d’une certaine façon à l’état du Qatar. Wladimir Andreff (économiste du sport, Sorbonne)
C’est la victoire du courant le plus religieux. On se trompe quand on présente la victoire de l’AKP comme celle de la modernité. Il ne faut pas oublier que si Erdogan envoie ses filles dans une université aux Etats-Unis, c’est parce que là-bas elles ont le droit d’être voilées. Alain Juppé (cité par Le Canard enchainé, 22.06.11)
L’un des premiers freins au développement, c’est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie de structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants. Quand le baril est à 100 dollars et que d’importants pays producteurs de pétrole ne parviennent pas à se développer, la gouvernance est en question. Quand les indicateurs sociaux de ces pays stagnent ou régressent, tandis qu’une minorité mène un train de vie luxueux, la gouvernance est en question. Que deviennent ces revenus pétroliers? Pourquoi la population n’en bénéficie-t-elle pas? Est-il légitime que notre aide au développement soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources?  J.-M. Bockel (ex-ministre de la Coopération débarqué à la demande du président Bongo)
Nous allons « fêter » – entre guillemets – le retour en démocratie de la Mauritanie, après ce coup d’Etat, à la suite de la demande de la France et des amis étrangers, tout l’international a fait pression sur la Mauritanie pour qu’elle revienne en démocratie. Il y a eu des élections, elles ont été validées par le conseil constitutionnel là-bas et le nouveau président va prendre ses fonctions. Il est normal que la France salue ce retour en démocratie. (…) il a fait tout ce qu’on lui a demandé. Il a démissionné de l’armée, il a démissionné justement de la haute autorité de transition, il a repris une totale indépendance, comme les autres candidats. (…) Et aujourd’hui, plus personne ne conteste cette élection. Elle s’est passée avec des règles normales et il a été élu dès le premier tour, démocratiquement, et donc, nous saluons cette élection. (…) Non, ce n’est pas la Françafrique. (…) Je revendique aussi quelque part l’influence française, l’importance pour la France d’être présente sur ce continent africain. Je vous rappelle que l’Afrique est à douze kilomètres des côtes européennes. Il faut savoir ce qu’on veut, est-ce qu’on veut que l’avenir se construise avec nous ou qu’il se construise avec des Chinois, des Américains, tout le monde sauf nous ? (…) Et partout, nous menons ce grand combat pour que la démocratie arrive en Afrique. (…) C’est grâce à nous, quelque part, que comme en Mauritanie, la démocratie revient. Donc il faut faire les deux. Il faut se battre pour le retour à la démocratie, pour la transparence, pour l’honnêteté totale dans les procédures de développement au plan international. Mais en même temps, il faut être présent, il faut positiver. (…) C’est diversement réalisé sur le terrain. Sur les 53 Etats africains, je vous assure qu’il y a dans une petite quarantaine d’entre eux beaucoup de progrès, des objectifs du millénaire pour le développement commencent à être atteints dans un certain nombre de pays. (…) Prenons le Ghana par exemple : le Ghana a une croissance a deux chiffres, où les Africains profitent de ce développement, où il y a une démocratie exemplaire. Un président vient d’être élu, il s’était déjà présenté deux fois auparavant. Le président Kufuor qui était quelqu’un de remarquable, vient finalement de passer la main à son opposant. Et c’est comme ça dans beaucoup de pays africains. Alors c’est vrai qu’il reste encore une dizaine de pays dans lesquels nous avons de véritables problèmes. A la fois de coups d’Etat, de sécurité, de problèmes culturels aussi, on le voit bien. Mais franchement, l’Afrique avance, et les jeunes générations d’Africains ont envie d’y aller. Nous, il faut que nous soyons à leur côté. Vous me parlez de la Chine ; qu’est-ce qu’on fait ? On laisse la Chine ou est-ce que la France, demain, est présente au coeur de l’Afrique ? Et moi, je veux que nous soyons présents.  Alain Joyandet (ministre de la Coopération, 03.08.09)

Quand la démocratie sert à légitimer les putschistes et les bourreurs d’urnes …

Urnes fictives ou bourrées, bulletins non comptés, violences et intimidations d’opposants, élection par 10 % de la population, résultats « chiraquiens » (80% au 2e tour, voire 65% dès le premier tour), régularisation de coups d’Etat, déclarations fracassantes de soutien ou invitations en grande pompe à Bruxelles de truqueurs notoires, observateurs peu curieux ou tenus à l’écart des tricheries, publication obligeamment différée des rapports …

A l’heure où, grâce aux pétrodollars de jihadTV, le PSG est en train de vivre son printemps arabe …

En cette année électorale record pour l’Afrique (18 scrutins présidentiels plus une multitude d’autres élections) …

Au lendemain de législatives qui viennent d’offrir un 3e mandat au premier ministre islamiste d’un pays qui, entre mise sur écoutes, arrestations ou confiscations d’entreprises de presse d’opposants, occupe depuis près de 40 ans plus d’un tiers du territoire d’un membre de l’Union européenne …

Et à la veille de présidentielles françaises qui, avec la multiplication évangélique des candidats, semble bien décidée à nous ressortir, quitte à l’inverser (le président sortant se voyant dès le 1er tour bouté par la candidate du FN), un nouveau 21 avril …

Le fameux palmipède du mercredi a beau jeu de pointer, derrière l’approche française officielle de bonne gouvernance en Afrique, les restes toujours bien vivants d’une sorte de « doctrine Eisenhower » en VF.

A savoir que, gros intérêts ou lutte antiterroriste et surout concurrence chinoise ou américaine obligent, le Pays des droits de l’homme « ne se contente pas de soutenir, sans états d’âme, certains dictateurs » mais n’hésite pas, avec Bruxelles et à grands frais (38 millions d’euros), à « jouer les vigies de la démocratie », apportant aux pouvoirs invitants, exception faite de quelques cas d’alternance pour l’instant relativement réussie (Guinée et Côte d’Ivoire), la plus bienvenue des cautions internationales.

Mais aussi, même si à l’occasion « l’arrivée d’une délégation étrangère peut être est un signe d’espoir pour les populations opprimées », combien la soupe peut être bonne (de 150 à 200 euros par jour, billet d’avion payé, plus de 10 000 euros mensuels pour les experts « de long terme ») pour des observateurs pas trop curieux ou parfois auto-déclarés qui ont l’obligeance de publier leurs éventuels rapports critiques plusieurs mois après le scrutin quand tout est oublié …

Quand Paris installe  » démocratiquement  » les chefs d’Etat africains

22 Juin 2011

Lu pour vous

L’hebdomadaire français « Le Canard Enchaîné », dans l’article ci-dessous, publié le 22 juin, n’apprend rien aux Africains sur le sujet. Ceux-ci savent de longue date que les chefs de comptoirs coloniaux que sont les hommes qui les gouvernent ne sont rien sans  » la mère patrie  » qui les a adoubés et bénis.

Sur les fraudes bénies par Paris ils n’ont besoin de personne pour le savoir : ainsi les Congolais savent-ils qu’en 2009 Sassou par exemple a été élu par 10 % de la population, ce que se sont bien gardés de rapporter les  » observateurs  » français dépêchés sur place, histoire peut-être d’avoir une chance de revenir au palais de Mpila la prochaine fois, un endroit où, paraît-il, la soupe est bonne.

Paris a béni les trucages électoraux africains

Jean-François Julliard

Le Canard Enchaîné

22/06/11

LA France ne se contente pas de soutenir, sans états d’âme, certains dictateurs africains, elle ne craint pas d’en rajouter en jouant les vigies de la démocratie sur ce continent. Des observateurs pointilleux surveillent, en son nom, la régularité des élections. Et Paris participe très activement aux « programmes de soutien à la démocratisation » supervisés par l’Union européenne. Cette année, avec 18 scrutins présidentiels – un record – plus une multitude d’autres élections, l’« observation » marche à plein régime. Bruxelles y met les moyens : 38 millions !

Peu curieuses ou tenues à l’écart des tricheries, certaines missions sont une aubaine pour les pays « invitants ». Elles leur permettent de s’offrir une caution internationale et de conforter leur pouvoir. D’autres rapports, franchement critiques, eux, sont inopérants. Leur publication intervient plusieurs mois après le scrutin. Uand tout est oublié.

Exemple : les légilsatives de février au Tchad. Un observateur français, consulté par « Le Canard », les qualifie de « mascarade ». Les remarques gênantes de la mission dont il était membre n’ont été rendues publiques… que le 27 mai.

Quelques jours après le vote, Catherine Ashton, ministre des Affaires étrangères de l’UE, a donc salué le « bon déroulement » des opérations dans un « climat apaisé et serein ». Au pouvoir depuis son coup d’Etat de 1990, le dictateur Idriss Déby en est sorti plus fort. En avril, il a été triomphalement réélu président. Cette fois sans témoins internationaux.

Pas de tintouin au Congo

Autre parodie, il y a trois mois, en Centrafrique. L’ONU et Bruxelles avaient pourtant dépensé 9,5 millions et Paris 500 000 euros pour l’organisa¬tion du scrutin présidentiel et le déplacement des observateurs. Dans leur rapport : urnes fictives ou bourrées, bulletins non comptés (25 %), violences et intimidations d’opposants. Et « réélection » (65 % au premier tour) du général Bozizé…

Les experts internationaux ont relevé des facéties du même calibre au Congo et en Mauritanie (juillet 2009) ainsi qu’au Togo (février 2010). La France, impavide, a célébré la « victoire » des présidents sortants. Alain Joyandet, à l’époque ministre de la Coopération, s’est autocongratulé au sujet de l’un d’eux, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat quelques mois avant cette élection : « C’est grâce à nous, quelque part, qu’en Mauritanie la démocratie revient. »

Bien sûr, les observateurs ne sont pas toujours de simples faire-valoir. Leur apport a, par exemple, été reconnu lors des récentes élections en Guinée et en Côte d’Ivoire (novembre 2010), qui ont abouti à l’alternance. « Et l’arrivée d’une délégation étrangère est toujours un signe d’espoir pour les populations opprimées », constate une habituée des missions dans les ex-Républiques soviétiques.

« Le problème, renchérit un familier de l’Afrique, c’est que nos critiques — même virulentes — ne sont pas suivies de mesures de contraintes à l’égard des régimes. » Ainsi, alors que le rapport sur la présidentielle éthiopienne, en 2005, s’annonçait calamiteux, Javier Solana, haut représentant pour la politique étrangère de l’UE, avait, comme le raconte « Jeune Afrique », invité en grande pompe à Bruxelles le vainqueur et roi de la fraude, Meles Zenawi.

Pour certains « observateurs », les conditions matérielles des missions ne sont pas à négliger. Le job est dépaysant et bien rémunéré : de 150 à 200 euros par jour, billet d’avion payé. Les experts dits « de long terme », qui préparent durant des mois, sur le terrain, l’arrivée de leurs collègues « de court terme », peuvent, eux, toucher plus de 10 000 euros mensuels.

Admirateurs de Ben Ali

Mais l’appât du gain ou la sympathie pour un régime généreux suscitent d’autres vocations. Sous le couvert, parfois, d’un organisme bidon, des élus, des juristes ou des universitaires s’improvisent « observateurs indépendants ». Edmond Jouve et André Decocq méritent d’être cités en exemple. En octobre 2009, ces deux profs de droit avaient cautionné les législatives organisées par Ben Ali, dont ils sou¬lignaient « l’intégrité et la transparence ». Fallait oser…

Au Burkina (novembre 2010), l’ancien ministre Jacques Godfrain, un parlementaire UMP et un dirigeant de Bolloré, ont salué la troisième réélection (irrégulière) du président Blaise Compaoré. Au Congo- Brazzaville (juillet 2009), l’ex-ministre Jacques Toubon et les députés UMP Jean-Michel Fourgous et Jean-François Mancel ont porté la soupe à l’inoxydable Denis Sassou Nguesso.

Il s’est aussi trouvé des témoins complaisants pour juger « libre, transparente et crédible » la présidentielle de Djibouti (avril 2011). Ismaël Omar Guelleh y a été sacré avec 80 % des voix. La France, qui, avec les Etats-Unis, soutient à bout de bras cet autocrate, a envoyé le 8 mai Henri de Raincourt féliciter l’heureux élu. Ministre de la Coopération, il y a croisé – sans faire la moindre remarque – le Soudanais Omar El Bechir, poursuivi par la justice internationale pour crime contre l’humanité et génocide.

Difficile de lui en vouloir : Béchir était sûrement venu en simple « observateur »…

Voir aussi: 

Interview de M. Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la coopération et à la francophonie, à RMC le 3 août 2009, sur les relations entre la France et l’Afrique.

Personnalité, fonction : JOYANDET Alain.

FRANCE. Secrétaire d’Etat à la coopération et à la francophonie

Circonstances : Déplacement en Guinée, au Mali et en Mauritanie, du 3 au 5 août 2009

G. Cahour.- Nous sommes en quelque sorte, ce studio, la zone d’embarquement avant que vous preniez votre avion juste après cette émission, parce que vous partez en Guinée, au Mali et en Mauritanie. Pourquoi ce déplacement en plein été, alors que tous vos collègues au Gouvernement sont en vacances ?

Parce que nous allons « fêter » – entre guillemets – le retour en démocratie de la Mauritanie, après ce coup d’Etat, à la suite de la demande de la France et des amis étranger, tout l’international a fait pression sur la Mauritanie pour qu’elle revienne en démocratie. Il y a eu des élections, elles ont été validées par le conseil constitutionnel là-bas et le nouveau président va prendre ses fonctions. Il est normal que la France salue ce retour en démocratie.

Ce sera la dernière étape de votre voyage la Mauritanie, mais on va commencer par ça, avec cet ex-putschiste qui a été élu. Franchement, un ex-putschiste élu président, ce n’est pas très bon signe pour l’avenir démocratique d’un pays ?

Sauf qu’il a fait tout ce qu’on lui a demandé. Il a démissionné de l’armée, il a démissionné justement de la haute autorité de transition, il a repris une totale indépendance, comme les autres candidats.

Il était militaire, c’est ça ?

Il était militaire auparavant. Comme les autres candidats, il s’est soumis à la règle, à la règle démocratique…

La règle démocratique, c’est qu’on ne reste pas militaire en étant candidat ?

Voilà. Et on organise des élections qui sont surveillées par les pouvoirs internationaux. Et donc on se soumet et on rentre dans cette démarche totalement transparente. Et aujourd’hui, plus personne ne conteste cette élection. Elle s’est passée avec des règles normales et il a été élu dès le premier tour, démocratiquement, et donc, nous saluons cette élection.

Donc, un nouveau président mauritanien, et le secrétaire d’Etat chargé de la Coopération y va ?

Oui, parce que je crois qu’il faut qu’à chaque fois…

C’est la Françafrique, c’est ça ?

Non, ce n’est pas la Françafrique.

C’est pour renouer les réseaux d’influence là-bas ?

Je revendique aussi quelque part l’influence française, l’importance pour la France d’être présente sur ce continent africain. Je vous rappelle que l’Afrique est à douze kilomètres des côtes européennes. Il faut savoir ce qu’on veut, est-ce qu’on veut que l’avenir se construise avec nous ou qu’il se construise avec des Chinois, des Américains, tout le monde sauf nous ?

Pourquoi la Guinée ?

La Guinée ça va moins. Et comme je ne suis pas très loin et qu’il y a le groupe de contact international justement à la suite d’un autre coup d’Etat, celui de Guinée, les choses se passent moins bien, les engagements qui ont été pris ne sont pas totalement respectés, nous sommes inquiets. Et je vais porter le message de la France et de la communauté internationale à l’occasion de la réunion de ce groupe de contact pour dire « attention – c’est un autre militaire, capitaine Camara – lui dire, attention vous avez pris des engagements, il faut les tenir ».

Il a organisé un putsch ?

Il a organisé un putsch mais on est un peu inquiet sur l’avenir, on n’est pas sûr que les élections vont avoir lieu.

Théoriquement, elles ont lieu quand là-bas ?

Normalement, elles devraient avoir lieu avant la fin de l’année, mais…

C’est mal parti ?

C’est assez mal parti…

En clair, [inaud.], quoi ?

Les militaires prennent goût parfois au pouvoir et quand il y a des problèmes, ils ont envie de rester un peu plus longtemps et c’est ce qui se passe là-bas à Conakry. On va donc dire au capitaine Camara, avec le groupe de contact, qu’il faut respecter les engagements qui ont été pris, il faut organiser ses élections, autrement la communauté internationale va retirer son aide.

C’est déjà le cas ou pas ? Est-ce que vous avez retiré une partie de l’aide ?

Pour l’instant, non, parce que pour l’instant, on peut encore organiser les élections. Il faut faire la pression, comme cela a été fait d’ailleurs en Mauritanie. Cela ne s’est pas fait tout seul en Mauritanie. Il a fallu que nous agissions beaucoup. Et partout, nous menons ce grand combat pour que la démocratie arrive en Afrique.

Combien on verse d’aide à la Guinée, nous, Français ?

La Guinée, depuis très longtemps, ne recevait plus rien puisque vingt-six ans de régime difficile. Donc nous étions restés en retrait. Nos politiques de coopération sont prêtes à reprendre si toutefois les élections ont lieu…

Donc là on ne verse pas un centime ?

Là, on a versé quelques centaines de milliers d’euros pour aider à l’organisation des élections, pour être sûrs que ces élections soient bien organisées avant la fin de l’année.

Quand on sait que de tout façon, l’aide au développement est souvent détournée, finalement, dire « on ne vous verse plus rien », c’est un manière de dire, on vous coupe les vivres, votre argent de poche », quoi ?

Non, parce qu’on ne coupe pas tout en général. On a nos ONG sur place, on veut continuer à aider les populations et on ne veut pas, justement, que les plus pauvres subissent les conséquences de ces coups d’Etat. Donc, ce que nous faisons, c’est que nous retirons les aides directes au gouvernement, mais nous maintenons nos aides humanitaires à travers les ONG.

Avant de parler plus largement des relations de la France avec l’Afrique, le Mali est la dernière étape de votre déplacement ; qu’est-ce qui s’y passe ?

C’est un pays ami. Et puis c’est surtout, là-bas, une grande opération de coopération, c’est plus de 110 millions d’euros par an, parce que le Mali est un partenaire privilégié de la France et la France est le premier donateur pour le Mali. Le Mali qui, d’ailleurs, à une très forte communauté en France.

Quelques petites questions un peu précises, un peu tatillonnes. Qui a dit : « est-il légitime que notre aide soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ? »

Joker.

C’est votre prédécesseur, c’est J.-M. Bockel qui a dit cela. C’était notamment quand il disait qu’il voulait en finir avec la Françafrique, ce qui lui a valu, d’ailleurs, dit-on, son poste. Vous vous retrouvez dans cette déclaration, dans cette interrogation ?

Je me retrouve forcément un peu dans cette interrogation, mais pas trop non plus parce que, vous savez, moi j’ai toujours dit, depuis que je suis arrivé, que je voulais construire et que je pense qu’on ne construit rien sur les avis de décès. Et on est obligé aujourd’hui, vous savez, de tenir compte de la mondialisation, de tenir de la concurrence aussi, que nous rencontrons, y compris dans les actions de coopération. Moi, je revendique cette volonté d’influence pour mon pays, pour la France parce que je veux que la France soit présente. Et en même temps, notre présence fait que nous sommes exigeants et que c’est grâce à nous, quelque part, que comme en Mauritanie, la démocratie revient. Donc il faut faire les deux. Il faut éviter se battre pour le retour à la démocratie, pour la transparence, pour l’honnêteté totale dans les procédures de développement au plan international. Mais en même temps, il faut être présent, il faut positiver. Vous savez, il faut aussi penser à toute cette jeunesse en Afrique, une jeunesse formidable ! Il faut arrêter de vouloir construire l’avenir en regardant dans le rétroviseur. Moi, j’ai envie de construire avec ces jeunes. C’est l’intérêt de la France et c’est l’intérêt de l’Europe. Si on ne le fait pas, que va-t-il se passer dans les vingt ans à venir ? Si les jeunes africains ne construisent pas avec nous, ils construiront avec d’autres. C’est donc l’intrêt de la France, et c’est l’intérêt de la jeunesse française de construire avec la jeunesse africaine.

Est-ce que vous conditionnez l’aide au développement dans tous ces pays à la bonne gouvernance ?

Bien sûr ! D’ailleurs, avec l’Europe et les accords de Cotonou, nous y sommes contraints. C’est-à-dire que dès qu’il n’y a pas bonne gouvernance, les interventions sont suspendues. On entre dans ce qu’on appelle le dialogue politique avec des exigences très fermes, et en Mauritanie, article 96, Cotonou, c’est ce que nous avons fait.

Mais là, ce que vous êtes en train de nous décrire, c’est exactement ce que disait lui-même F. Mitterrand, dans le discours de la Baule en 1990. Il prônait le conditionnement de l’aide publique à la bonne gouvernance. Donc, finalement, il n’y a pas de rupture ?

Je pense que dans tout ce qu’a dit F. Mitterrand en parlant de l’Afrique, il y a un certain nombre de choses que je fais miennes. Et je pense qu’il y a aussi une continuité française, heureusement, une continuité de la République française pour toujours faire la pression partout dans le monde. D’ailleurs, c’est la diplomatie…

Sauf qu’on a vu quand même que pendant toutes ces années, ça n’a pas fonctionné, voire ça n’a pas été fait. Il y avait les paroles et puis il y avait la réalité sur le terrain qui était la Françafrique, l »influence, les affaires, les ventes d’armes, la corruption, les aides détournées. Tout ça, c’était une réalité. Ça l’est peut-être encore aujourd’hui ; c’est ça qui est difficile aujourd’hui en vous écoutant.

Mais si je vous parle de ces jeunes africains qui entreprennent, à qui on prête de l’argent. Si je vous parle de la croissance à deux chiffres dans de nombreux pays, si je vous parle de la démocratie qui progresse en Afrique… Et je peux vous parler de beaucoup de sujets positifs. Je sais que les trains qui arrivent à l’heure intéressent beaucoup moins, c’est normal, c’est comme ça.

Non, ce n’est pas forcément les trains qui arrivent à l’heure c’est simplement que ce type de scandales de la Françafrique, on connaît les détails, disons, de l’état, et qu’aujourd’hui, vous êtes en train de nous présenter les mêmes arguments que ceux qui nous étaient présentés il y a dix ans. Donc on a du mal à savoir si aujourd’hui, c’est devenu une réalité.

Je ne suis pas certain qu’il y a dix ans, on présentait autant de choses positives que je présente moi en matière de développement économique, de création d’entreprises, de coopération. Tout cela, on en parlait beaucoup moins il y a dix. C’est ce qui est en train de se passer en ce moment. Et moi, je souhaite qu’on soit au coeur de ce développement économique.

Puisque que vous nous parlez de ce développement économique, quelle peut être la place de l’Afrique dans la mondialisation ? Parce que les pays d’Asie, l’Inde, on en parle beaucoup, on voit quelle place ils arrivent à occuper, comment ils arrivent à se développer. D’abord, en devenant une sorte d’usine du monde et puis ensuite, en montant en qualité. Mais l’Afrique, comment ?

Je pense que l’Afrique, si on s’y prend bien, ce n’est pas un problème, c’est une solution pour l’avenir. Parce que dans l’avenir, on aura besoin de croissance, on aura besoin d’endroit où entreprendre, d’endroits où il y a des richesses naturelles. Il y a beaucoup de richesses naturelles en Afrique. Je suis persuadé que ce qui s’est passé en Asie depuis vingt ans va se passer en Afrique, à condition qu’on s’y prenne bien. C’est vrai que ce n’est pas la même culture, c’est vrai qu’il faudra sans doute être beaucoup plus exigeant. Et encore. Parce que je ne veux pas non plus que systématiquement, on montre l’Afrique du doigt. Vous savez, ce qui se passe partout dans le monde, moi qui vais sur les cinq continents, si on regarde ce qui se passe même en Europe, à l’Est, si on regarde ce qui se passe en Asie, franchement, ce qui se passe en Afrique, c’est vrai que c’est un peu plus spécifique parce que ce n’est pas la même culture, mais au fond, je pense qu’on ne peut pas sans cesse, sans cesse, ne montrer que l’Afrique du doigt et ne pas regarder ce qui se passe ailleurs.

Vous parlez des ressources : les ressources, on les a bien identifiées, on les a bien exploitées aussi.

Oui, mais tout le monde les a exploitées.

Tout le monde continue de les exploiter, les Chinois aussi. Ils arrivent avec des valises entières de cash, et c’est comme ça qu’ils récupèrent les ressources. Mais comment les Africains profitent de cette mondialisation ?

C’est diversement réalisé sur le terrain. Sur les 53 Etats africains, je vous assure qu’il y a dans une petite quarantaine d’entre eux beaucoup de progrès, des objectifs du millénaire pour le développement commencent à être atteints dans un certain nombre de pays.

Est-ce qu’il y a un pays africain que vous pouvez nous citer où les Africains profitent de la richesse de leurs ressources ?

Prenons le Ghana par exemple : le Ghana a une croissance a deux chiffres, où les Africains profitent de ce développement, où il y a une démocratie exemplaire. Un président vient d’être élu, il s’était déjà présenté deux fois auparavant. Le président Kufuor qui était quelqu’un de remarquable, vient finalement de passer la main à son opposant. Et c’est comme ça dans beaucoup de pays africains. Alors c’est vrai qu’il reste encore une dizaine de pays dans lesquels nous avons de véritables problèmes. A la fois de coups d’Etat, de sécurité, de problèmes culturels aussi, on le voit bien. Mais franchement, l’Afrique avance, et les jeunes générations d’Africains ont envie d’y aller. Nous, il faut que nous soyons à leur côté. Vous me parlez de la Chine ; qu’est-ce qu’on fait ? On laisse la Chine ou est-ce que la France, demain, est présente au coeur de l’Afrique ? Et moi, je veux que nous soyons présents.

Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 3 août 2009

Voir enfin:

Omar Bongo a eu la peau de Jean-Marie Bockel

David Servenay

Rue89

20/03/2008

Les déclarations du secrétaire d’Etat à la Coopération avaient déplu au président gabonais. Elles lui ont coûté son poste.

« C’est un signe intéressant. » Le porte-parole du gouvernement gabonais a accueilli chaleureusement la « bonne nouvelle » du départ de Jean-Marie Bockel du secrétariat d’Etat à la Coopération. En clair : victoire par KO d’Omar Bongo qui, ayant demandé sa tête, a obtenu la dépouille du maire Gauche moderne de Mulhouse. Celui qui, dans ses voeux à la presse, appelait à signer « l’acte de décès de la Françafrique ». Vous avez dit « rupture » ? …

« L’un des premiers freins au développement, c’est la mauvaise gouvernance. »

L’affaire avait fait grand bruit du côté de Libreville. A peine revenu de vacances, dans la litanie monotone des vœux, Jean-Marie Bockel avait lâché un pavé dans le marigot. Bien que réécrit par les conseillers de l’Elysée, son discours entendait marquer une certaine rupture…

« L’un des premiers freins au développement, c’est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie de structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants.

“Quand le baril est à 100 dollars et que d’importants pays producteurs de pétrole ne parviennent pas à se développer, la gouvernance est en question.

‘Quand les indicateurs sociaux de ces pays stagnent ou régressent, tandis qu’une minorité mène un train de vie luxueux, la gouvernance est en question.

Que deviennent ces revenus pétroliers ? Pourquoi la population n’en bénéficie-t-elle pas ? Est-il légitime que notre aide au développement soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ? ’

Devant les journalistes, Bockel avançait un message très clair : fini les liens occultes des coulisses franco-africaines, vive la transparence ! Le secrétaire d’Etat à la Coopération appelait même à renforcer les mécanismes d’évaluation des programmes d’aide, en les conditionnant à la ‘bonne gouvernance’. Une idée pas vraiment neuve (voir le discours mitterrandien de la Baule en… 1990), mais pas forcément inutile.

Dans l’après-midi de ce mardi 15 janvier, le secrétaire d’Etat fait un addendum public à son discours où -détail important- il n’a pas lâché un seul nom. Dans un entretien au Monde, Jean-Marie Bockel cite un nom, un seul, celui du ‘président du Gabon’. Badaboum ! Au Palais du bord de mer, le sang du ‘sage’ Omar Ondimba Bongo ne fait qu’un tour. A tel point qu’un communiqué officiel du conseil des ministres rappelle, le 17 janvier, à la France les règles de bienséance :

‘De tels propos ne peuvent être mus que par l’ignorance des réalités de la coopération franco-africaine. Aussi, le gouvernement gabonais marque-t-il sa surprise face au constat suivant : à savoir que, depuis l’arrivée à la tête de la France du président Nicolas Sarkozy, soient véhiculés a un tel niveau de responsabilité des clichés méprisants faisant des Etats africains de vulgaires mendiants sollicitant sans fin l’aumône de la France.

Le Gabon s’étonne de cette attitude d’autant plus inacceptable quand on sait les avantages que tirent la France et les autres Etats occidentaux de leurs rapports économiques avec notre pays depuis toujours, avantages mutuels par ailleurs.’

En coulisse, le syndicat des chefs d’Etat africains s’organise. Bongo, Sassou (président du Congo) et Biya (président du Cameroun) prennent leur téléphone pour réclamer à Nicolas Sarkozy la tête de l’impétrant. Les jeux sont faits.

‘Tuer les petites pratiques moribondes et renouveler le dialogue avec les Africains’

Deux mois plus tard, la sanction tombe, alors même que le flamboyant Bockel s’est ravisé. D’ailleurs, le secrétaire d’Etat à la Coopération faisait preuve d’une grande modération dans sa volonté de ‘rupture’, misant sur la volonté du président de la République :

‘Pour faire évoluer les choses, on peut provoquer le conflit. Ma méthode est différente, forte et pédagogique, non idéologique. Il s’agit de conditionner notre aide à une bonne gouvernance, faire comprendre à l’opinion et aux dirigeants que ce serait plus efficace.

Le moment est venu d’une piqûre de rappel pour aller plus loin dans la démarche de rupture et mettre nos principes en actes. Tuer les petites pratiques moribondes et renouveler notre manière de dialoguer avec les Africains. Le Président sera en Afrique à la fin de février : c’est le bon moment.’

Présomptueux… En Afrique du Sud, devant le Parlement réuni au Cap, Nicolas Sarkozy a bien proposé une révision des accords militaires. Mais de vraie rupture, point. Et surtout, il n’a pas précisé sa méthode.

Jean-Marie Bockel a-t-il été victime d’un reportage de France 2 ?

Un reportage diffusé sur France 2 début mars n’a sans doute pas aidé à reconduire le patron de la Coopération. Reprenant les informations mises au jour par les policiers l’été dernier, la chaîne publique montre l’étendue du patrimoine immobilier du président Bongo : 33 appartements ou maisons, un hôtel particulier de 18 millions d’euros…

Re-colère d’Omar Bongo qui, en guise de représailles, expulse deux ressortissants français. Evoquant une véritable ‘cabale’ et un ‘complot contre le Gabon et son président’, le porte-parole du gouvernement, René Ndemezo” Obiang, fustige la diffusion du reportage dans un communiqué :

“En autorisant la diffusion par les chaînes publiques de reportages divulguant l’adresse privée du président de la République gabonaise en France, mettant ainsi en danger son intégrité physique ainsi que celle de sa famille, les autorités françaises ont manqué à leurs obligations de protection d’un chef d’Etat en exercice.”

Le ton menaçant et inhabituellement peu diplomatique laisse augurer des conversations houleuses échangées entre les deux palais. Deux semaines plus tard, Bockel fait ses valises pour les Anciens combattants, où il pourra méditer sa propre réponse faite au Monde, qui l’interrogeait sur le précédent de Jean-Pierre Cot, écarté en 1982 de la Coopération par François Mitterrand pour cause de réformisme trop enthousiaste :

“C’est un vieil ami. Il s’est vite isolé et n’a pas forcément fait la bonne analyse. Moi, je suis avant tout un pragmatique. Je sais gérer les gens, les budgets, les contradictions.

‘Je sais qu’on ne décalquera pas du jour au lendemain notre morale en Afrique. Je sais aussi que l’Afrique est le continent de demain, et qu’il en va de l’intérêt de la France de mettre en œuvre cette rupture. La jeunesse africaine l’attend.’

Elle attendra encore un peu, la jeunesse africaine.


Religion/France: Attention, un indigène peut en cacher un autre (Reverse Fidei Donum : After the Polish plumber, will the African priest save France from impending doom ?)

22 juin, 2011
Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus
Cette affaire est très grave, car la directive Bolkestein permet à un plombier polonais ou à un architecte estonien de proposer ses services en France, au salaire et avec les règles de protection sociale de leur pays d’origine. Sur les 11 millions de personnes actives dans les services, un million d’emplois sont menacés par cette directive. Il s’agit d’un démantèlement de notre modèle économique et social. Philippe De Villiers
Ces dernières années, la reproduction de villes européennes est devenue un sport national en Chine, avec l’inauguration, entre autres en 2005, de Chengdu British Town, calquée sur la ville anglaise de Dorchester. Direct matin
Pour des touristes, ce sont peut-être des œuvres d’art. Pour nous, ce sont des monuments à la gloire de Dieu, et ils doivent le rester. Richard Czurylo (prêtre d’un petit village autrichien)
Si dans les enquêtes PISA, dans tous les pays concernés, on enlève finalement les enfants issus de l’immigration, on n’a pas du tout les mêmes résultats. Marie Reynier (rectrice de l’académie d’Orléans-Tours)
Certains ont raconté à la police qu’ils sont pourchassés dans leur pays. Ils ont si bien préparé leur histoire qu’elle est entrée dans leur ventre – même un détecteur de mensonges ne peut découvrir la vérité. Amidou (patron de cybercafé camerounais, Hong Kong)
Terre de tradition anticléricale, le Limousin (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne) est un quasi-désert religieux. Aujourd’hui, la présence cléricale y est maintenue par des prêtres venus d’ailleurs : Europe de l’Est, Vietnam et, surtout, Afrique. Le père Auguste Coly, sénégalais, exerce dans les paroisses des beaux quartiers de Limoges. La paroisse Saint-Jean-Baptiste, que dessert le père Barthélemy Binia depuis Pierre-Buffière (1 200 habitants, chef-lieu de canton), englobe quinze «clochers». D’autres sont venus du Congo-Brazzaville, du Bénin ou du Burkina Faso. Entre planification des messes quotidiennes, baptêmes, obsèques, organisation de la catéchèse, ces prêtres sillonnent leur territoire à raison de plusieurs centaines de kilomètres par mois. Le Monde magazine
En Afrique, les églises débordent, ici elles sont presque vides ; en Afrique, leur fréquentation est jeune, ici elle est âgée. Là-bas, les messes sont joyeuses et débordantes de mouvement; ici, elles sont silencieuses, les gens ne les chantent pas et pour nous elles sont tristes. (…) Ici, vous ouvrez la messe par la contrition et l’imploration. En Afrique, on l’ouvre par la joie et la jubilation devant la beauté du monde. (…) C’est vrai que le pays et la famille me manquent ; mais j’ai des amitiés ici. Et puis, il y a du boulot. Barthélemy Binia (prêtre centrafricain)
Le statut de prêtre «Fidei Donum» (don de la foi) a été créé par une encyclique du pape Pie XII, le 21 avril 1957, pour ouvrir aux prêtres diocésains les «appels de la mission», jusqu’alors confiés à des ordres missionnaires spécialisés, aujourd’hui en manque d’effectifs. Les départs sont conclus pour trois ans renouvelables, par accords entre l’évêché d’origine et l’évêché de destination. A la promulgation de l’encyclique, 950 prêtres français sont partis en Afrique et en Amérique latine. Depuis, l’effondrement du nombre des ordinations a inversé la situation. Pour 165 prêtres français qui officient à l’étranger, 1 472 prêtres étrangers officient en France (avril 2010), soit 13 % de l’effectif national du clergé paroissial. Ils sont venus d’Afrique (793), d’Europe de l’Est (316), d’Asie (222), d’Amérique latine (104), du Moyen-Orient (37). Parfois, ces prêtres d’ailleurs emportent avec eux leurs habitudes, leurs rites. Le «rite congolais», par exemple, est né de «l’inculturation » de la liturgie catholique en Afrique, c’est-à-dire de l’adaptation de l’Evangile dans les cultures populaires. Il se caractérise par l’importance de la musique, des danses et par la transformation de l’homélie en échanges de paroles – les «palabres » – entre le prêtre officiant et les fidèles. Il modifie aussi le déroulement de la messe et célèbre les ancêtres au même titre que les saints. Un office peut durer jusqu’à trois heures et plus. Ce rituel est apparu spontanément et progressivement à partir de l’indépendance du Congo belge, en 1960. Il a été peu à peu formalisé, sous l’influence du cardinal Joseph-Albert Malula (1917- 12989), évêque de Kinshasa, et reconnu licite par le Vatican en 1998. (…) Barthélemy Binia, originaire de RDC, réfute le terme d’«animisme » et préfère parler de «religion traditionnelle». Et puis, il s’amuse : «Le Limousin a lui aussi ses pratiques animistes. Quand je suis arrivé ici, j’ai été stupéfait de voir des gens qui ne mettent jamais les pieds à l’église venir me demander d’aller bénir leurs fontaines», sourit-il. Les «bonnes f o n t a i n e s » – près de 300 recensées en Limousin – sont réputées guérisseuses, chacune pour une pathologie identifiée, et visibles dans le paysage par l’accumulation de vêtements accrochés en ex-voto dans les branchages alentour. Le père Barthélémy Binia s’est étonné, aussi, le jour où un paroissien lui a offert un couteau, de l’entendre lui réclamer en échange une pièce de monnaie parce que le don d’un couteau, «ça coupe l’amitié !». Le Monde magazine

Après le plombier polonais … le curé congolais ? Et après la cuisine et la tauromachie, va-t-il falloir, pour la sauver, inscrire la religion chrétienne en France au Patrimoine de l’UNESCO?

A l’heure où certaines de nos chères têtes blondes accourent de la planète entière pour accéder au rare privilège de passer leur bac en voile

Et où une rectrice d’Académie se voit contrainte d’abjurer pour avoir dit la vérité sur le lien évident entre la part d’enfants issus de l’immigration et la baisse du système éducatif français dans les enquêtes internationales …

Pendant que, dépopulation oblige, nos amis et maitres es contrefaçons chinois se démènent pour sauver de l’extinction nos villages pittoresques   …

Retour, avec Le Monde magazine, sur, déchristinaisation oblige, ces Africains qui après le bâtiment, l’enlèvement des ordures et le gardiennage, tentent de ressusciter un nouveau secteur en perdition de l’économie de la Fille ainée de l’Eglise … les paroisses de nos villes et villages !

Clocher. Dans le coeur rural de la France, des prêtres congolais, sénégalais ou burkinabés assurent les offices des paroisses désertées par leurs pairs français et souvent par leurs ouailles. Rencontre avec ces nouveaux propagateurs de la foi.

Missionnaires africains chez les indigènes limousins

Georges Châtain

Le Monde Magazine

Le père Barthélemy Binia, curé à Pierre- Buffière (87), s’amuse en relisant Tintin au Congo. «C’est avec les aventures de Tintin que j’ai appris le français. C’est vrai que nous autres, Congolais, n’y sommes pas gâtés, mais il n’y a pas de quoi en faire un plat. C’était le regard de l’Europe coloniale, l’histoire est comme ça.» Terre de tradition anticléricale, le Limousin (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne) est un quasi-désert religieux. Aujourd’hui, la présence cléricale y est maintenue par des prêtres venus d’ailleurs : Europe de l’Est, Vietnam et, surtout, Afrique. Le père Auguste Coly, sénégalais, exerce dans les paroisses des beaux quartiers de Limoges. La paroisse Saint-Jean-Baptiste, que dessert le père Barthélemy Binia depuis Pierre-Buffière (1 200 habitants, chef-lieu de canton), englobe quinze «clochers». D’autres sont venus du Congo-Brazzaville, du Bénin ou du Burkina Faso. Entre planification des messes quotidiennes, baptêmes, obsèques, organisation de la catéchèse, ces prêtres sillonnent leur territoire à raison de plusieurs centaines de kilomètres par mois. Ils sont des personnages familiers de la vie sociale rurale et villageoise. «Il m’arrive même d’être invité aux repas de chasse», confesse Barthélemy Binia.

«Je suis arrivé en septembre 1997, raconte Auguste Coly. Je m’étais rendu en France dans le cadre d’échanges intercatholiques et j’avais appris que l’épiscopat français peinait à trouver des renforts saisonniers pendant les vacances. Je suis venu pour un ou deux mois, et puis, vous voyez, je suis toujours là.» Il a commencé dans une commune rurale du Quercy avant d’être nommé à Limoges en 2007. Barthélemy Binia, ordonné prêtre en 1971, a lui d’abord été secrétaire de l’évêque de Kinshasa, avant de choisir la vie missionnaire en 1989. D’abord au Cameroun. Puis «en 2005, j’ai pris une année sabbatique en France. J’étais en contact avec l’évêque de Limoges, très en prise avec l’Eglise africaine. J’ai effectué plusieurs remplacements et j’ai décidé de rester. C’est comme ça qu’en 2006 je suis devenu limousin». Barthélémy Binia ne se souvient que d’un jeune couple qui a refusé d’être marié par un Noir. «Il n’était pas question de les forcer, mais pas question non plus de céder devant ce genre de refus. Ils n’ont donc pas été mariés par un prêtre, mais par un diacre », explique-t-il. Les souvenirs d’Auguste Coly sont plus sympathiques : «Pour ma première célébration, l’église était pleine. Plusieurs villageois m’avaient apporté des champignons et des fromages, deux produits inconnus et plutôt repoussants pour un Sénégalais. Et puis cela s’est renouvelé, et je ne pouvais pas refuser des dons aussi gentiment offerts. Alors j’ai appris à aimer les champignons et le fromage.» L’effet de surprise, aux dires de Barthélemy Binia, a plutôt concerné les arrivants : «En Afrique, les églises débordent, ici elles sont presque vides ; en Afrique, leur fréquentation est jeune, ici elle est âgée. Là-bas, les messes sont joyeuses et débordantes de mouvement; ici, elles sont silencieuses, les gens ne les chantent pas et pour nous elles sont tristes.» Alors, il a décidé d’inoculer à ses célébrations un peu de l’esprit des pratiques de chez lui qui bouscule l’ordonnance et la componction de la messe. «Ici, vous ouvrez la messe par la contrition et l’imploration. En Afrique, on l’ouvre par la joie et la jubilation devant la beauté du monde.» Musicien, il chante, fait chanter et met dans ses offices une verve qui a d’abord surpris, puis séduit. A Limoges, Auguste Coly a lui aussi donné une coloration nouvelle à ses célébrations: «Je l’ai fait naturellement, sans bien m’en rendre compte. En Afrique, nous aimons animer la messe.»

N’y a-t-il pas pour autant des coups de nostalgie et des envies de retour au pays ? «C’est la famille qui manque, bien sûr, répond Auguste Coly. Je téléphone tous les dimanches.» Mais il aimerait rester encore au moins trois ou quatre ans, pour terminer, parallèlement à son ministère, un doctorat sur «le rôle des associations de parents dans la politique éducative». Barthélemy Binia, lui, est partagé : «C’est vrai que le pays et la famille me manquent ; mais j’ai des amitiés ici. Et puis, il y a du boulot.»

Voir aussi:

«Fidei Donum», la carrière des prêtres en CDD

Georges Châtain

Le Monde Magazine

Le statut de prêtre «Fidei Donum» (don de la foi) a été créé par une encyclique du pape Pie XII, le 21 avril 1957, pour ouvrir aux prêtres diocésains les «appels de la mission», jusqu’alors confiés à des ordres missionnaires spécialisés, aujourd’hui en manque d’effectifs. Les départs sont conclus pour trois ans renouvelables, par accords entre l’évêché d’origine et l’évêché de destination. A la promulgation de l’encyclique, 950 prêtres français sont partis en Afrique et en Amérique latine.

Depuis, l’effondrement du nombre des ordinations a inversé la situation. Pour 165 prêtres français qui officient à l’étranger, 1 472 prêtres étrangers officient en France (avril 2010), soit 13 % de l’effectif national du clergé paroissial. Ils sont venus d’Afrique (793), d’Europe de l’Est (316), d’Asie (222), d’Amérique latine (104), du Moyen-Orient (37). Parfois, ces prêtres d’ailleurs emportent avec eux leurs habitudes, leurs rites. Le «rite congolais», par exemple, est né de «l’inculturation » de la liturgie catholique en Afrique, c’est-à-dire de l’adaptation de l’Evangile dans les cultures populaires. Il se caractérise par l’importance de la musique, des danses et par la transformation de l’homélie en échan ges de paroles – les «palabres » – entre le prêtre officiant et les fidèles. Il modifie aussi le déroulement de la messe et célèbre les ancêtres au même titre que les saints. Un office peut durer jusqu’à trois heures et plus. Ce rituel est apparu spontanément et progressivement à partir de l’indépendance du Congo belge, en 1960. Il a été peu à peu formalisé, sous l’influence du cardinal Joseph-Albert Malula (1917- 12989), évêque de Kinshasa, et reconnu licite par le Vatican en 1998.

Barthélemy Binia, originaire de RDC, réfute le terme d’«animisme » et préfère parler de «religion traditionnelle». Et puis, il s’amuse : «Le Limousin a lui aussi ses pratiques animistes. Quand je suis arrivé ici, j’ai été stupéfait de voir des gens qui ne mettent jamais les pieds à l’église venir me demander d’aller bénir leurs fontaines», sourit-il. Les «bonnes f o n t a i n e s » – près de 300 recensées en Limousin – sont réputées guérisseuses, chacune pour une pathologie identifiée, et visibles dans le paysage par l’accumulation de vêtements accrochés en ex-voto dans les branchages alentour. Le père Barthélémy Binia s’est étonné, aussi, le jour où un paroissien lui a offert un couteau, de l’entendre lui réclamer en échange une pièce de monnaie parce que le don d’un couteau, «ça coupe l’amitié !».

Les candidates voilées peuvent passer le bac

Pierre Teiller

Le Figaro

18/06/2010

Une enseignante agacée par une consigne qui rappelle que des candidates voilées ont le droit de passer l’examen.

Coup de colère d’une professeure de lettres dans un établissement public. Elle s’apprêtait comme chaque année à faire passer les épreuves de français du bac dans un lycée de l’Oise.

En milieu de semaine, elle assiste à une réunion technique préalable aux examens du baccalauréat. Comme elle, les examinateurs sont convoqués pour connaître les modalités, s’accorder sur des barèmes de notation. Du classique. Mais, lors de cette rencontre, le représentant de l’académie d’Amiens croit bon cette année de préciser le comportement à adopter si une candidate arrive voilée. «Elle sera acceptée, dit-il, mais devra soulever son voile pour que vous puissiez vérifier son identité. Ensuite, elle sera autorisée à remettre son voile pour toute la durée de l’examen.»

De quoi agacer l’enseignante qui estime que «cette directive de l’académie d’Amiens va à l’encontre de l’oral de français pour lequel l’expression et l’engagement physique du candidat sont très importants». Si le cas se présentait, l’enseignante l’assure, elle refuserait d’entendre le candidat : «On ne peut pas refuser le voile dans le cadre de l’enseignement tout au long de l’année scolaire et l’autoriser lors du passage du baccalauréat. Pour moi, c’est hypocrite», s’insurge-t-elle.

Pourtant, si la loi interdit bel et bien le voile dans les établissements scolaires, c’est uniquement durant le temps scolaire, dans le cadre strict de l’école. Pas durant les examens.

Un porte-parole de l’académie d’Amiens justifie les conseils donnés aux correcteurs. «Nous adoptons les consignes aux populations qui sont susceptibles de se présenter. Par ailleurs, il faut faire la différence, souligne-t-elle, entre une candidate libre et une candidate scolarisée de façon classique durant l’année. Ces dernières connaissent les règles et ne décident pas de revêtir leur voile le jour de l’examen. En revanche, le cas peut se produire avec une jeune fille suivant les cours à distance du Cned.» Même son de cloche dans les Vosges où quelques cas ont été recensés sans qu’ils ne posent problème. Comme ailleurs dans l’Hexagone, les candidates qui se sont présentées voilées aux épreuves du baccalauréat suivaient généralement leur scolarité par correspondance.

Une façon pour elles d’étudier tout en restant chez elles et de ne pas avoir à retirer leur voile comme elles y seraient contraintes durant des cours dispensés dans les établissements scolaires.

Au ministère de l’Éducation nationale, on affirme d’ailleurs ne pas avoir connaissance de l’ampleur du phénomène et de conflits qui seraient nés à ce sujet. «Nous ne comptabilisons pas les cas qui, de toute façon, sont rares et conformes à la loi.»


Bacille de Yersin/117e: La peste ne meurt jamais (The plague never dies, it just lies dormant)

20 juin, 2011
 
Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui firent cette question: Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? Jésus répondit: Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché … Jean (9: 1-3)
Il savait que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. Albert Camus (La Peste)
(Au XVIIIe) la catastrophe-châtiment reste bien l’idée directrice : elle est un message à déchiffrer. Une catastrophe n’est jamais dépourvue de signification. Elle est un message à déchiffrer. Un message envoyé par Dieu. La divinité utilise l’arme de la peur pour rappeler les humains à la relativité de la vie terrestre et à l’absolu du salut et de la damnation éternels.  Anne-Marie Mercier-Faivre, Chantal Thomas (L’invention de la catastrophe au XVIIIe siècle: du châtiment divin au désastre naturel, 2008)
En 1662, Colbert introduit la technique de la «ligne» en France. Un corps de médecins est spécialement chargé de détecter l’épidémie et l’armée se doit d’isoler avec rigueur les zones contaminées. C’est un succès et l’on n’entend bientôt plus parler de foyers d’infection. Mais, au fil des années, la vigilance se relâche et c’est ainsi que va survenir le drame de Marseille en 1720, der nière manifestation du fléau en Europe. André Larané
 Le 25 mai 1720, un navire, le Grand-Saint-Antoine, entre dans le port de Marseille. Il ramène de Syrie un passager clandestin, le bacille de la peste ! En deux mois, la ville de Marseille va perdre la moitié de ses 100.000 habitants et la peste va tuer dans l’ensemble de la région pas moins de 220.000 personnes !Les Français du «Siècle des Lumières», qui vivaient dans l’insouciance de la Régence (le roi Louis XV a alors 10 ans) et se croyaient à l’abri des grandes épidémies, vont devoir en catastrophe restaurer une sévère prévention. Camille Vignolle.
La peste est considérée par l’OMS comme une maladie réémergente. De 1987 à 2009, 53 417 cas de peste humaine ayant causé 4 060 décès ont été notifiés à travers le monde (soit une moyenne de 2 322 cas et de 177 décès par an), 95 % des cas étant africains. Un foyer malgache est responsable de 31 % des cas mondiaux et de 37 % des décès7. Il s’agit essentiellement de peste bubonique (entre 80 et 95 % des cas) avec une mortalité comprise entre 4 et 10 % des cas (9,1 % à Madagascar) (…) D’après l’OMS, l’Afrique est le continent le plus touché (hauts plateaux du centre de l’île de Madagascar, Mozambique, Tanzanie, République démocratique du Congo), suivie de l’Asie (Inde). Ces deux continents regroupent près de 99 % des cas rapportés dans le monde en 1997. 13 cas de peste ont été détectés en Libye à la mi-juin 2009, mais l’épidémie a été enrayée immédiatement. L’Amérique du Sud et l’Ouest des États-Unis ont répertorié quelques cas en 1997. La peste est actuellement inexistante en Europe. Wikipedia
L’époque de la médecine triomphante est bel et bien derrière nous. La  révolution antibiotique nous a conduits à baisser la garde et à ne plus  enseigner les vieux principes de l’hygiène dans les écoles, en pensant qu’on  allait facilement venir à bout de toutes les maladies infectieuses. Il faut  réapprendre les gestes simples de la salubrité. (…) Et il va sans doute falloir abandonner nos  traditionnelles poignées de  main. Cette coutume fraternelle remonte aux premiers chrétiens, qui prouvaient  ainsi leur solidarité en bravant le péril oro-fécal (déjà connu). Mais  aujourd’hui, nous sommes trop nombreux, nous croisons trop de monde à longueur de journée et les maladies émergentes sont potentiellement trop graves pour ne  pas remettre notre comportement en question. D’ailleurs, ni les Américains ni les Asiatiques ne se touchent autant que les Français. Frédéric Saldmann

A l’heure où, entre la suppression de certains insecticides, la généralisation des voyages et la baisse de vigilance,  nos villes retrouvent avec les punaises de lit certains hôtes qu’on croyait à tout jamais disparus …

Retour, en ce 117e anniversaire de l’identification  du bacille qui en était responsable par le Vaudois et héros national du Vietnam Alexandre Yersin

Et avec le site d’histoire Hérodote …

Sur  la longue et terrifiante marche,  des steppes d’Asie aux ports de notre Méditerranée et à intervalles réguliers du VIe au XVIIIe siècles, d’un des pires fléaux (« pestis » en latin) de l’histoire humaine, à savoir la peste.

Longtemps terme générique pour toutes sortes d’épidémies comme le typhus mais responsable, avec la fuite des populations qui avant qu’on ne comprenne qu’il fallait au contraire isoler les zones touchées en accéléraient la diffusion,  de véritables hécatombes (jusqu’à 40% de la population de certaines zones pour un total de dizaines de millions de victimes pour la seule « Peste noire » européenne du XIVe siècle) mais aussi par contrecoup de jacqueries et de pogroms sur les habituels boucs émissaires juifs accusés d’empoisonner les puits …

Ce n’est qu’en 1894 et à Hong Kong en effet que l’on comprit finalement que Yersinia pestis (du nom de son découvreur suisse dépêché sur place par l’Institut Pasteur de Paris) était en fait une maladie de rongeurs asiatiques transmis à l’homme via les puces.

Mais  qui, comme le rappelait Camus à la toute fin de son roman éponyme et l’OMS tout récemment, nous attend toujours prête à repartir, véritable épée de Damocles au-dessus de nos têtes en ces temps de voyages de masse intercontinentaux, états faillis et oubli occidental des règles de base de l’hygiène, dans des sortes d’immenses « réservoirs naturels » entre l’Afrique, l’Amérique ou l’Asie …

Sans compter les nouvelles « pestes » modernes dites aujourd’hui « pandémies » telles que la grippe de 1918  dite « espagnole » (plus de victimes, avec quelque 60 millions – sur 1 milliard de malades soit la moitié de la population mondiale de l’époque – que la Grande Guerre, issue de Chine mais apportée vraisemblablement en Europe par les soldats américains et, censure militaire oblige, révélée d’abord dans la seule Espagne neutre) ….

Ou, plus récemment, le SIDA et autres grippes aviaire ou porcine

Des origines à 1894

Histoire d’un fléau immémorial, la peste

René Castillon

Hérodote

La peste, dont le nom vient du latin pestis (fléau), n’a été identifiée qu’en 1894 par le médecin Aexandre Yersin. Elle provient d’un microbe très résistant qui porte le nom de son découà la toute fin de vreur : le bacille de Yersin. Il existe à l’état naturel chez certains rongeurs d’Asie et peut être transmis par l’intermédiaire de puces à des rats et, de là, à l’homme. La puce en question est rebutée par l’odeur des moutons et des chevaux, de là le fait que les bergers et les palefreniers n’étaient pas contaminés par la maladie.

Signalons que la peste a souvent été confondue avec d’autres maladies. Ainsi c’est le typhus qui a emporté Périclès à Athènes en 329 avant JC et Saint Louis devant Tunis en 1270.

René Castillon.

Peste bubonique, peste pulmonaire

La peste proprement dite est de deux sortes. On distingue :

– la peste bubonique avec des pustules qui se nécrosent et des bubons dans le cou, des accès de fièvre, des vertiges et des délires, et néanmoins quelques guérisons quasi-miraculeuses,

– la peste pulmonaire, occasionnée par la présence du bacille dans la salive et entraînant une mort inéluctable dans les trois jours.

Premières apparitions du fléau

La peste apparaît pour la première fois en Europe et dans le bassin de la Méditerranée en 541-542, au temps des rois mérovingiens et de l’empereur Justinien. Chaque année, elle prélève son lot de victimes dans la population, affaiblie par la misère et l’insécurité propres aux temps barbares. Puis, à partir de 767, au temps de Charlemagne, les chroniques en perdent la trace… mais elle reste endémique en Orient, en Inde et en Chine.

La peste bubonique (avec apparition de «bubons» ou tumeurs à l’aine) fait sa réapparition en 1320 en Mongolie. De là, elle se répand alentour et atteint la mer Noire fréquentée par les Génois. Ceux-ci vont imprudemment l’amener jusqu’à Marseille.

En accostant à Marseille le 1er novembre 1347, ils vont ouvrir au fléau les portes de l’Occident.

L’épidémie se développe d’autant mieux et plus vite que la population est épuisée. Après trois siècles d’expansion démographique, l’Europe est saturée d’hommes que les sols peinent à nourrir. Les disettes, famines et «chertés» se font plus fréquentes et à ces pénuries alimentaires s’ajoute la guerre entre Français et Anglais.

Les Européens croient au début que les miasmes de la peste se répandent par voie aérienne. Aussi n’ont-ils rien de plus pressé, lorsque l’épidémie atteint une ville, que de fuir celle-ci. Le poète Boccace raconte cela dans le Décaméron, son recueil de contes écrit après que Florence ait été atteinte par la Grande Peste de 1347. Cette fuite est la pire attitude qui soit car elle a pour effet d’accélérer la diffusion de l’épidémie.

La «Grande Peste» ou «Peste noire» va ainsi tuer en quelques mois jusqu’à 40% de la population de certaines régions, ressurgissant par épisodes ici ou là. En quatre ans, 25 à 40 millions d’Européens vont en mourir. Par milliers, des villages sont désertés. Les friches, la forêt et les bêtes sauvages regagnent le terrain perdu au cours des deux siècles précédents qui avaient vu les campagnes se développer et se peupler à grande vitesse…

Mais, dès la génération suivante, la vie reprend le dessus. Paysans et manouvriers, profitant de la raréfaction de la main-d’oeuvre, imposent aux seigneurs et aux employeurs des libertés nouvelles et des augmentations de salaires. Ces revendications s’accompagnent de graves crises sociales, la plus célèbre étant la Grande Jacquerie de 1358.

Les débuts de la prévention

Au début du XVIe siècle, l’Italien Jérôme Fracastor conteste que la maladie se propage par voie aérienne et suggère une contagion d’homme à homme ou d’animal à homme.

Dans ces conditions, il importe avant tout d’isoler les villes et les régions atteintes. En 1478, en Catalogne, pour la première fois, on a l’idée d’isoler les villes contaminées par des cordons de soldats. Cette technique dite de la «ligne» est peu à peu perfectionnée par les Espagnols avec un réel succès : l’armée coupe les communications et tire à vue sur les personnes qui tentent de passer !

Cela n’empêche pas la peste de refaire son entrée en France sous le règne de Louis XIII, toujours par le port de Marseille. En 1628-1631, elle touche plusieurs dizaines de cités, de Toulouse à Dijon, et tue encore quelques centaines de milliers de victimes.

En 1662, Colbert introduit la technique de la «ligne» en France. Un corps de médecins est spécialement chargé de détecter l’épidémie et l’armée se doit d’isoler avec rigueur les zones contaminées. C’est un succès et l’on n’entend bientôt plus parler de foyers d’infection. Mais, au fil des années, la vigilance se relâche et c’est ainsi que va survenir le drame de Marseille en 1720, dernière manifestation du fléau en Europe.

La peste proprement dite est de deux sortes. On distingue :

– la peste bubonique avec des pustules qui se nécrosent et des bubons dans le cou, des accès de fièvre, des vertiges et des délires, et néanmoins quelques guérisons quasi-miraculeuses,

– la peste pulmonaire, occasionnée par la présence du bacille dans la salive et entraînant une mort inéluctable dans les trois jours.

Voir aussi :

20 juin 1894

Alexandre Yersin isole le bacille de la peste

Gabriel Vital-Durand

Hérodote

20 juin 2011

Le 20 juin 1894, Alexandre Yersin, un jeune médecin militaire formé à l’institut Pasteur, isole à Hong-Kong le bacille de la peste

Un Franco-Suisse aimé des Vietnamiens

Le jeune homme est né en 1863 dans une famille puritaine de la région de Lausanne. Il s’intéresse très jeune à la flore et à la faune, avant de se déterminer à étudier la médecine, d’abord à Marbourg, puis à Paris. Engagé comme préparateur par Roux, il effectue à l’Institut Pasteur une thèse sur la tuberculose tout en contribuant à l’isolement de la toxine diphtérique.

Faisant preuve d’une indépendance d’esprit singulière pour l’époque, il suit le cours de bactériologie de Koch à l’Institut d’hygiène de Berlin.

À partir de 1890, il profite d’un séjour en Indochine pour explorer les hauts plateaux de Cochinchine et d’Annam.

En 1894, une épidémie de peste ravage la Chine méridionale.

Alexandre Yersin se rend à Hong-Kong et, pourvu de moyens dérisoires, réussit à identifier et isoler en trois semaines le responsable de ce fléau immémorial qui terrorise les hommes de toutes conditions et de tous pays.

Il s’agit d’un microbe très résistant qui porte depuis lors le nom de son découvreur : le bacille de Yersin («Yersinia pestis»).

Il existe à l’état naturel chez certains rongeurs d’Asie et peut être transmis par l’intermédiaire de puces à des rats et, de là, à l’homme.

Le docteur teste avec succès le bacille sur des chevaux puis sur ses serviteurs, dans la paillotte ci-contre.

Revenu à Paris l’année suivante, Alexandre Yersin met au point avec Calmette et Roux un vaccin et un sérum contre la peste. De retour à Canton, il démontre l’efficacité de ces remèdes sur un séminariste promis à la mort.

Le médecin porte dès lors ses efforts sur le développement des Instituts Pasteur fondés à Hanoi, Saigon, Nha Trang et Dalat (sérums, vaccins, travaux d’hygiène). Il encourage en parallèle l’introduction dans le pays de l’arbre à caoutchouc et de l’arbre à quinine. Il élève des chevaux pour la fabrication du sérum et implante des races de vaches laitières.

Il promeut l’extraction industrielle de la quinine et choisit Dalat pour y établir des sanatoria. Yersin devient le premier doyen de la faculté de médecine de Hanoï en 1902, mais il renonce bientôt aux honneurs pour défendre les intérêts du peuple annamite fort méprisé et exploité, vivant au sein de la population dans le village de Soui Dau, près du port de Nha Trang (Annam).

Selon les termes d’une lettre écrite vers 1890, «demander de l’argent pour soigner un malade, c’est un peu lui dire la bourse ou la vie !»

Alexandre Yersin meurt en 1943, pendant l’occupation japonaise. C’est à peu près la seule figure de l’époque coloniale qui n’a pas cessé d’être vénérée au Viet-Nam, où toutes les villes ont un lycée à son nom. Paradoxalement, la Suisse et la France (dont il avait adopté la nationalité) l’ont en revanche bien délaissé…

Voir également:

1er novembre 1347

La peste entre à Marseille

Le 1er novembre 1347, les responsables du port de Marseille acceptent un bateau génois dont ils savent pourtant qu’il est porteur de la peste…

André Larané

Une si longue absence…

Après plusieurs siècles d’absence, la peste bubonique (avec apparition de «bubons» ou tumeurs à l’aine) fait sa réapparition en 1320 en Mongolie. De là, elle se répand alentour et atteint la mer Noire fréquentée par les Génois.

Comme les Mongols assiègent la ville de Caffa (aujourd’hui Féodossia, en Ukraine), ils envoient des cadavres contaminés par-dessus les murailles. Des marins génois arrivent à fuir la ville mais en emportant avec eux le terrible bacille. En accostant à Marseille, ils vont ouvrir au fléau les portes de l’Occident.

Un mois plus tard, la peste atteint la Corse et Aix-en-Provence. En janvier 1348, elle est à Arles et Avignon où, en six semaines, elle fait onze mille morts. En avril, la voilà en Auvergne, à Toulouse et Montauban. En juin à Lyon, en juillet à Bordeaux et dans le Poitou. Le 20 août 1348, on la signale à Paris. En décembre, elle atteint Metz…

Durant les premiers mois, le fléau progresse à une moyenne de 75 km par jour en profitant des circuits d’échanges, en particulier fluviaux et maritimes. Sa diffusion est favorisée par le surpeuplement des villes et aussi le goût des habitants pour les bains publics, lesquels vont devoir être fermés les uns après les autres. La peste fait 100.000 morts à Florence. À Paris, on compte 500 morts par jour.

Selon Froissart, un tiers de la population française décède mais sans doute s’agit-il d’une exagération manifeste. Les estimations varient selon les régions d’1/8 à 1/3 de la population

L’épidémie va tuer en quelques mois jusqu’à 40% de la population de certaines régions européennes, ressurgissant par épisodes ici ou là. En quatre ans, 25 à 40 millions d’Européens vont néanmoins mourir de la «Grande Peste» ou «Peste noire».

Impuissance de la médecine

Les médecins médiévaux attribuent la peste aux humeurs ou à l’empoisonnement de l’air. Ils pratiquent la saignée et les purges avec des résultats catastrophiques et récusent l’idée pourtant évidente de la contagion. Les citadins n’ont rien de plus pressé, lorsque l’épidémie atteint une ville, que de fuir celle-ci. Le poète Boccace raconte cela dans le Décaméron, son recueil de contes écrit après que Florence ait été atteinte par la Grande Peste de 1347. Cette fuite est la pire attitude qui soit car elle a pour effet d’accélérer la diffusion de l’épidémie.

La population, en de nombreux endroits, soupçonne les juifs d’empoisonner les puits ! Dès 1348, une quarantaine sont massacrés à Toulouse.

En 1349 apparaît le mouvement des flagellants ; c’est la résurgence d’un mouvement localisé en Italie au XIe siècle. Il se répand dans toute la chrétienté occidentale et ne tarde pas à se structurer. Ses membres s’engagent à se flageller pendant 33 jours et demi (autant que d’années passées sur terre par le Christ). Les flagellants finissent par s’en prendre à l’Église institutionnelle à laquelle ils reprochent son comportement indigne. Le mouvement s’éteint néanmoins en quelques mois, aussi vite qu’il est apparu.

Un ordre social boulevers

L’épidémie se développe d’autant mieux et plus vite que la population est épuisée. Après trois siècles d’expansion démographique, l’Europe est saturée d’hommes que les sols peinent à nourrir. Les disettes, famines et «chertés» se font plus fréquentes et à ces pénuries alimentaires s’ajoute la guerre entre Français et Anglais. Par milliers, des villages sont désertés. Les friches, la forêt et les bêtes sauvages regagnent le terrain perdu au cours des deux siècles précédents qui avaient vu les campagnes se développer et se peupler à grande vitesse…

Les prix des céréales qui avaient chuté dans les premiers mois de l’épidémie, du fait du manque de consommateurs, remontent très vite dans les années suivantes du fait du manque de bras !

Dès la génération suivante, la vie reprend le dessus. Paysans et manouvriers, profitant de la raréfaction de la main-d’œuvre, imposent aux seigneurs et aux employeurs des libertés nouvelles et des augmentations de salaires. Ces revendications s’accompagnent de graves crises sociales, la plus célèbre étant la Grande Jacquerie de 1358. Le servage achève de disparaître et les petites seigneuries rurales sont ruinées.

Un monde nouveau émerge suite à la Grande Peste. Après une rémission, l’épidémie revient en 1360 puis de façon erratique jusqu’en 1721. Chaque retour entraîne une hystérie collective mais aussi, après une brutale mortalité, une forte reprise de la nuptialité et de la natalité.

L’épidémie a des répercussions aussi sur l’art avec l’apparition des premières représentations de la mort dans l’art occidental. Les danses macabres se développent dès 1380. Les riches défunts sont représentés sur les sarcophages non plus dans leurs plus beaux atours mais dans l’état de décomposition qui suit la mort : ce sont les «transis».

Voir encore:

25 mai 1720

Le retour de la peste à Marseille

Le 25 mai 1720, un navire, le Grand-Saint-Antoine, entre dans le port de Marseille. Il ramène de Syrie un passager clandestin, le bacille de la peste !

En deux mois, la ville de Marseille va perdre la moitié de ses 100.000 habitants et la peste va tuer dans l’ensemble de la région pas moins de 220.000 personnes !

Les Français du «Siècle des Lumières», qui vivaient dans l’insouciance de la Régence (le roi Louis XV a alors 10 ans) et se croyaient à l’abri des grandes épidémies, vont devoir en catastrophe restaurer une sévère prévention.

Camille Vignolle.

Victimes de l’oubli et du relâchement

Parti de Marseille le 22 juillet 1719, le Grand-Saint-Antoine gagne les escales ou ports du Levant. Or la peste sévit à ce moment-là en Syrie.

Un passager turc embarqué à Tripoli le 3 avril 1720 meurt deux jours après sur des cordages. Puis, sur le chemin du retour, le voilier perd successivement sept matelots et le chirurgien de bord. Un huitième matelot tombe malade peu avant l’arrivée à Livourne, en Italie. À chaque fois, on trouve de bonnes raisons pour se dissimuler la vérité sur l’épidémie. À l’escale de Livourne (Italie), les médecins ne font rien pour retenir le navire.

Le capitaine Jean-Baptiste Chataud a lui-même hâte de livrer sa cargaison (des ballots de tissus d’une valeur de 100.000 écus) avant la foire de Beaucaire. Il amarre son voilier au Brusc, près de Marseille, et fait discrètement prévenir les armateurs ou propriétaires du navire.

Ceux-ci font jouer leurs relations. Ils en appellent aux échevins de Marseille pour éviter une quarantaine brutale qui consisterait à isoler le navire (et sa cargaison) en pleine mer pendant quarante jours. Les uns et les autres considèrent que la peste est une histoire du passé et prennent l’affaire avec détachement.

Finalement, ils demandent au capitaine de repartir à Livourne chercher une «patente nette», certificat attestant que tout va bien à bord. Les autorités de Livourne, qui n’ont pas envie de s’encombrer du navire, ne font pas de difficultés pour délivrer ledit certificat.

C’est ainsi que le Grand-Saint-Antoine est mis en quarantaine «douce» : les marins sont débarqués et enfermés dans un lazaret ou dispensaire, près de l’île de Pomègues. Mais les hommes, une fois à terre, n’entendent plus s’occuper de leur linge sale. Ils en font des ballots et le jettent à des lavandières par-dessus la palissade du lazaret…

Le retour du fléau

Le 20 juin, rue Belle-Table, dans un misérable quartier de la ville, une lavandière de 58 ans, Marie Dunplan, meurt après quelques jours d’agonie. Elle a un charbon sur les lèvres. Les médecins n’y prennent pas garde. Comment feraient-ils le rapprochement avec la Peste noire des temps médiévaux ? Le 28 juin, dans le même quartier, meurt à son tour un tailleur de 45 ans, Michel Cresp. Deux jours plus tard, c’est au tour de sa femme…

Le 9 juillet enfin, deux médecins, les Peyronnel père et fils, se rendent au chevet d’un enfant de treize ans, rue Jean-Galant. Et là, tout de suite, ils comprennent : la peste ! Ces deux excellents médecins avertissent les autorités. Il faut aller vite… Le 22 juillet, un gros orage, accompagné de chaleur et d’humidité, accélère la prolifération du bacille. Bientôt, l’épidémie fait un millier de morts par jour dans la ville. Les victimes de la contagion meurent en moins de deux jours.

On mure les maisons des victimes. On poudre les cadavres de chaux… L’évêque de Marseille, Henri-François-Xavier de Belsunce de Castelmoron, conseiller du roi et éminent personnage du royaume, se signale par son dévouement exceptionnel. Il met le palais épiscopal au service du corps médical en veillant à la propreté du linge. Lui-même parcourt les rues, assiste et secourt les malades, au mépris de la mort qui finalement l’épargnera. Le cours Belsunce et le lycée du même nom rappellent son héroïsme.

Un autre personnage, le chevalier Nicolas Roze, se détache des secouristes. Cet échevin offre la liberté à des galériens en échange de leur assistance. Sous sa conduite, les bagnards et 40 soldats volontaires s’entourent le visage de masques en tissu et enlèvent, puis incinèrent, les 8000 cadavres qui pourrissent sur la place de la Tourette et alentour.

Tâche indispensable et ô combien dangereuse ! Sur 200 bagnards libérés le 1er septembre, 12 sont encore en vie le… 6 septembre. Le chevalier Roze, renouvelant ses effectifs, poursuit inlassablement sa tâche. Lui-même est atteint par la peste mais il en réchappe par miracle (les chances de survie ne dépassent pas 1 pour mille).

Riposte et rémission

Monsieur de Langeron, chef de l’escadron des galères, est nommé commandant de la ville et, avec six compagnies de soldats, fait rapidement fermer les lieux de rassemblement (églises, tripots….) et arrêter les pilleurs. La mortalité dans la ville commence à baisser en décembre avec seulement un ou deux morts par jour. Enfin, le 29 septembre 1721, après 40 jours sans nouvelle victime, la population rend grâce à Dieu pour l’avoir enfin délivrée du fléau.

Mais on s’est décidé trop tard à boucler Marseille, début septembre, et le bacille a pu se répandre dans l’intérieur des terres de sorte qu’il faudra encore deux années de luttes pour éradiquer la peste du Languedoc et de la Provence.

Le Grand-Saint-Antoine est remorqué sur l’île Jarre, en face des calanques, et brûlé le 26 septembre 1720 sur ordre du Régent Philippe d’Orléans (on peut encore voir ses restes). Quant au capitaine Chataud, il est emprisonné sur l’île d’If.

Après cet épisode dramatique, on n’entendra plus jamais reparler de la peste en Europe… mais les sociétés prospères du continent auront hélas d’autres occasions de découvrir que l’on n’est jamais à l’abri d’une épidémie, de la grippe espagnole au sida.

Voir enfin:

Bubonic Plague in America, Part II: Undercover Science

mutantdragon

May 20, 2011

Summer in Hong Kong is often a time of high heat and torrential rain. It was no different in 1894, when colonial doctor Alexandre Yersin first arrived; a monsoon storm greeted his ship the day it docked. For Yersin, however, the inclement weather soon proved less irksome — and certainly less unexpected — than the recalcitrant English bureaucracy. He’d travelled from Saigon to hunt down a killer. And now the British bureaucrats wouldn’t even let him in the morgue.

Yersin was ill-equipped by temperament and experience to cope with this kind of problem. As a child, he was a shy introvert, and even as an adult he remained socially awkward; he never married and seemed uninterested in women. An accident during his medical training in 1886 brought him to the attention of none other than Louis Pasteur. He took up a position in Pasteur’s Institute later that year, writing an award-winning thesis and collaborating in the Institute’s famous work on diphtheria.

Despite this early success, Yersin remained dissatisfied, and in 1890, at the age of 27, he abandoned his promising career to become a ship’s doctor on a vessel bound for what is today the country of Vietnam. Pasteur and Roux tried to talk him out of it, but without success.

French colonial doctor Alexandre Yersin. Austere and dedicated, he abandoned a promising scientific career to work in Indochina instead.

Clearly this sudden departure was a momentous decision — a little like turning down a tenure-track position at Harvard to go work for a tiny nonprofit. Yersin’s reasons aren’t entirely clear. Perhaps he wanted adventure; maybe he found Paris life unbearable, or perhaps it was the idealistic streak in him. “I find great pleasure in taking care of those who come to me for help, but I do not want to make a profession of medicine,” he once wrote. “That is, I could never ask a sick human being to pay me for the care that I have given him. To ask for money for treating the sick is a bit like telling them, ‘Your money or your life!’ “

Whatever his motivations, it soon seemed he’d made the right choice; in Indochina, he turned into an unlikely hero. He quickly learned the local language and a talent for mapmaking. When his tour of duty as ship doctor ended in 1892, he secured a commission to explore the uncharted land towards the Mekong Delta and Phnom Penh. During his travels, he survived multiple adventures unlike any in Paris — a bout of dysentery, a scuffle with a band of pirates, torrential jungle rain.

Back home in Switzerland, his mother wasn’t too happy with her son’s choice of career. Really, she’d wanted him to stay at the Pasteur Institute. Yersin remained unmoved. “My firm intention is never again to work at the Pasteur Institute,” he wrote at one point. “Now that I am far away, I can judge it more objectively. Life in a laboratory would seem impossible to me after having tasted the freedom and life of the open air.”[2]

But Fate plays strange tricks, and when Yersin returned to Saigon from an expedition in 1894, he found interesting news and a cable from Paris awaiting him. An outbreak of plague was ravaging Hong Kong. And his old colleagues at the Pasteur Institute needed his help.

In through the Out Door

In June, Yersin set sail for Hong Kong on behalf of the French government and the Pasteur Institute, hoping to track down the deadly plague bacteria. Unfortunately, his British hosts proved uncooperative right from the start.

When Yersin asked Scottish hospital director James Lowson for access to cadavers of plague victims, Lowson told him it was out of the question. The Chinese were very superstitious, Lowson explained, and they believed it was sacrilegious to dissect dead bodies. Moreover, they mistrusted British colonial government, and there had already been a riot. If local Chinese people found out someone had dissected their relatives’ remains, there would be serious trouble.

This much was true, but it wasn’t the whole truth. Japanese scientist Shibasaburo Kitasato had arrived in Hong Kong 3 days before Yersin and been given everything he needed, cadavers included. To make matters worse, Lowson wouldn’t even let Yersin have any lab space of his own — and lab space had nothing to do with Chinese beliefs. So what was Lowson’s game?

Doctor and hospital director James Lowson, from [1].

No one can say for sure, but we can make a guess. Lowson had already tried to isolate the bacterium without any luck. Assisting Kitasato was an honor that might earn Lowson some credit; Kitasato was a big-name scientist with an international reputation, whereas outside French circles, Yersin was completely unknown. Besides, the British and French colonial governments were rivals at that time, so Lowson may have felt he was under no obligations to this Frenchman anyway. Whatever Lowson’s motives may have been, however, Yersin was stuck.

At this point an unlikely ally came to his aid. Yersin didn’t speak English, so an old Italian missionary named Father Vigano was acting as his interpreter. Vigano sympathized with Yersin’s predicament, and he suggested a solution that might seem a little odd coming from a priest. The hospital mortuary was guarded by British naval conscripts, Vigano pointed out. Why not bribe the sentries to let him into the morgue?

It was a dangerous gamble, but Yersin took him up on it. With Vigano as interpreter, Yersin approached the two sentries. The affable priest explained Yersin’s dilemma and offered the sentries a little money in exchange for a trivial favor. To Yersin’s surprise, they accepted.

While Vigano waited outside with the sentries, Yersin hastily searched among the corpses in the dark converted cellar that served as a morgue. He found the body of an epidemic victim, sliced out one of the buboes and hurried back to his makeshift workbench with his grisly prize. Later that day, he jotted the following in his notebook:

“June 20, 1894. The specimen is full of microbes, all looking alike, with rounded ends, staining very poorly (Gram-negative)”.[5]

Further experiments with rodents revealed that the bacteria he’d found were indeed the germs that caused plague.

Ironically, despite being denied nearly everything he needed for his research, Yersin beat his Japanese rival to the punch. True, Kitasato also claimed he’d found the plague bacteria, but the bacteria Kitasato initially described could move and were Gram-positive (definitely not Y. pestis, on both counts). Probably Kitasato’s samples were contaminated. At least one author speculates that Lowson, hoping for a share in the glory, persuaded Kitasato to rush to publication anyway.[1] In any event, even though Kitasato published first, his findings appear to have been flawed, and Yersin eventually received credit for the discovery.

Japanese scientist Shibasaburo Kitasato (from [1]) was already famous by the time he came to Hong Kong. He rushed his incomplete findings to publication — possibly on Lowson’s advice.

And Yersin had another contribution to make as well. The rats of Hong Kong were dying in large numbers. Intrigued, Yersin examined specimens from the dead rodents. When he did so, he found more of the same plague bacteria he’d isolated from human cadavers. He realized what no one else had until that time: bubonic plague was predominantly a disease of rodents, not humans.

Stowaway

Yersin had identified the bacterium that caused plague, but the Hong Kong outbreak was still far from under control. Shortly thereafter, plague bacteria embarked on a voyage halfway around the world.

No one knows for sure which boat(s) brought the plague to San Francisco. One ship, however, stands out as a prime suspect. The Japanese passenger liner Nippon Maru was carrying plague-infected rats when it arrived. It sailed from Hong Kong in 1899; two passengers died of plague during the trip, and San Fran authorities were on alert before the boat even came to port.

When it showed up in San Francisco in June, the Nippon Maru was placed in quarantine. Shortly thereafter, health officials transferred it to Angel Island, removed all the passengers and carefully inspected the whole ship. They found no fewer than 9 Japanese stowaways hidden aboard. Unfortunately, they didn’t realize that two stowaways were missing.

Several days later, the bodies of the two missing stowaways were found floating in the bay. Both of the two bodies contained plague bacteria.

San Francisco newspapers had a field day. “San Francisco is Endangered by the Federal Quarantine Officer,” headlines blared [7], and local officials blamed Federal officials for the escape of the two stowaways. In the end, owing to local mistrust, the ship was fumigated not once but twice.

Did infected rats from the Nippon Maru smuggle the plague ashore? Maybe so. Alternatively, another boat might have brought the plague to America instead; the ship Australia , for example, has been named as a possible culprit. Either way, the plague had definitely arrived by March of the following year, when a Chinese man was found dead in San Francisco’s Globe Hotel. Tests performed by Dr. Kinyoun of the Federal government’s Marine Hospital Service revealed the man had died of plague. The ensuing furore made the earlier plague scare seem tame by comparison.

Business interests, journalists and many politicians insisted the “plague death” was a hoax. Plague in San Francisco? Not possible. Besides, admitting the presence of the disease would be bad for business. The California governor, no less, accused Dr. Kinyoun of fabricating the autopsy results. Another city newspaper (this one owned by William Randolph Hurst) went to the opposite extreme, running hysterical articles that predicted impeding catastrophe. Soon, the straightforward task of controlling the outbreak bogged down into a two-party political battle.

As if this wasn’t controversial enough, racial bigotry reared its ugly head. Sinophobia was rampant in San Fran at that time, and some Americans blamed the outbreak on the Chinese. ” ‘The almond-eyed Mongolian is watching for his opportunity, waiting to assassinate you and your children with one of his many maladies,’ ” a union newspaper told its readers [6]. The authorities imposed a quarantine applying only to Asians. In response, the Chinese community filed a lawsuit alleging discrimination and won. At one point, the City Board of Health wanted to remove the entire Chinese population to Angel Island and demolish Chinatown; a judge ruled their plan was unconstitutional.

While bureaucrats, journalists, and health officials quarreled, one by one, plague victims began to die. At some point during this period, the plague quietly took root in the wild rodent populations of the Western US, where it has remained ever since.


Présidentielle 2012: Je préfère quatre ans avec Sarkozy que douze avec Chirac (Foster daughter sets the record straight about both last and would-be next French presidents!)

19 juin, 2011
En 1979, Jacques Chirac est maire de Paris. Depuis deux ans, des milliers de réfugiés fuient le nouveau régime vietnamien et, refoulés des pays limitrophes, embarquent dans des radeaux de fortune : on les appelera les boat-people. Le nouveau maire de Paris s’émeut de leur sort et organise l’accueil d’une partie des réfugiés en France. Anh Dao a alors 18 ans et fait partie des 150 premiers exilés qui atterrissent à Orly. Le couple Chirac remarque cette jeune fille apeurée et esseulée, dont les parents sont restés au Vietnam, emprisonnés dans un camp de redressement. Ils lui proposent de l’aider et la prennent sous leur aile. Devient-elle pour autant leur « troisième fille » après Laurence l’aînée et Claude, la chef scout qui manage aujourd’hui l’image médiatique de son père ? (…) Anh Dao n’a en fait vécu que deux ans au côté de la famille Chirac, qui lui apprend le français et guide ses débuts professionnels. Elle n’est pas « adoptée » au sens légal du terme puisqu’elle n’est pas orpheline. Par la suite, Jacques Chirac réussit à faire revenir ses parents : elle s’affranchit dès lors du prestigieux parrainage. Présidentielles.net
 Je ne me souviens pas des paroles exactes, mais le sens du message de Jacques Chirac était très clair : « Il faut nous débarrasser de Giscard ! » J’en ai été très surpris. François Mitterrand
Je n’ai été élu que grâce aux 550 000 voix que m’a apportées Jacques Chirac au deuxième tour. François Mitterrand
La trahison est le gimmick des élections présidentielles, surtout à droite. En 1974, Jacques Chirac a trahi Jacques Chaban-Delmas pour faire élire Valéry Giscard d’Estaing et, en 1981, il a trahi Valéry Giscard d’Estaing pour faire élire François Mitterrand. Mais c’est quand il a lui-même été trahi par Edouard Balladur, en 1995, qu’il est enfin devenu président de la République. Pour les politiciens d’envergure, la trahison, c’est quand on en est victime qu’on en est bénéficiaire. Libération
 J’ai commencé à réfléchir au choix du nouveau Premier ministre dès le lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. […] Nicolas Sarkozy paraît le mieux préparé à occuper cette fonction, ne serait-ce que parce qu’il en est lui-même convaincu au point, comme je l’apprendrai incidemment, d’avoir déjà entrepris de composer son cabinet ministériel. Je ne mésestime pas ses qualités : sa force de travail, son énergie, son sens tactique, ses talents médiatiques, qui font de lui, à mes yeux, l’un des hommes politiques les plus doués de sa génération. Son expérience gouvernementale, son dynamisme, son insatiable appétit d’action plaident aussi en sa faveur. Certains membres de mon entourage, tel Dominique de Villepin, sont favorables à sa nomination, l’estimant utile pour lui permettre de faire ses preuves. D’autres, plus nombreux, me la déconseillent, qui ne jugent pas Nicolas Sarkozy assez fiable par rapport à ce qu’un président de la République, conformément à l’esprit de nos institutions, est en droit d’attendre de son Premier ministre : une loyauté, une transparence totale dans leurs relations. Le risque, en effet, serait de me trouver très vite confronté à un chef de gouvernement prompt à affirmer son autonomie, voire à me disputer mes propres prérogatives, sans s’interdire de paraître déjà briguer ma succession. Bref, de subir les désagréments d’une nouvelle cohabitation… Le fait est que j’ai besoin d’un Premier ministre avec lequel je me sente en complète harmonie et sur lequel je puisse m’appuyer en toute confiance. La confiance ne se décrète pas mais c’est une nécessité impérative. Or il subsiste trop de zones d’ombre et de malentendus entre Nicolas Sarkozy et moi pour que ces conditions soient pleinement remplies. J’ajoute, et c’est le plus important, que nous ne partageons probablement pas la même vision de la France.
Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy est élu président de la République. Nous sommes réunis à l’Elysée ce soir-là avec Bernadette, mon petit-fils Martin, ainsi que l’ensemble de mes collaborateurs, pour entendre la première déclaration du futur chef de l’Etat. Chacun de nous écoute avec la plus grande attention chaque phrase, chaque mot qu’il prononce, guettant secrètement le moment où il citera sans doute le nom de celui auquel il s’apprête à succéder, ou même le remerciera du soutien qu’il lui a apporté. Mais ce moment ne viendra jamais. Pour ma part, je m’abstiens de manifester la moindre réaction. Mais au fond de moi je suis touché, et je sais désormais à quoi m’en tenir. Mémoires de Chirac
J’ai beaucoup d’estime pour Francois Hollande. Je peux le dire, moi je suis le passé mais lui c’est l’avenir il va être candidat.
J’aime beaucoup Alain (Juppé) mais comme il ne sera pas candidat, je voterai pour toi. Chirac
Moi, je voterai Hollande !Chirac
Jacques Chirac savait très bien ce qu’il faisait. Il exprimait la disponibilité de beaucoup de Français qui ne veulent pas d’une solution sarkozyste en 2012. Jean-Marie Le Guen (député PS strauss-kahnien)
La référence à Jacques Chirac n’est pas pour le présent, le passé et l’avenir une référence positive. La France a besoin de changement (…) pas d’une France pépère (…) qui sent bon la naphtaline. Manuel Valls (candidat à la primaire socialiste)
Peut-être que Chirac croit que la Corrèze a pris son indépendance et que Hollande est candidat à la présidence de la République de Corrèze. Jean-Marie Le Pen
Il écrit : « Nous ne partagions pas la même vision de la France. » Le problème, c’est que c’est bien lui qui a fait de Sarkozy un dirigeant du RPR, puis un ministre d’État. On est content d’apprendre qu’il avait une divergence de fond avec celui à qui il a confié la sécurité, puis l’économie du pays – avant de soutenir sa candidature à la présidentielle. C’est le Dr Frankenstein qui critique sa créature ! (…) Au fond, Sarkozy est critiqué pour ne pas avoir réussi à faire ce que Chirac, lui, n’a même pas tenté : changer, réformer. Hervé Gattegno (Le Point)
Revoici donc Jacques Chirac : il tient deux discours concomitants et opposés, sans que ce tête-à-queue ne trouble les observateurs. « N’attendez pas de moi que je m’immisce dans le débat présidentiel à venir (…). Je ne fais plus de politique  », explique-t-il au Figaro, samedi, en appui au tome II de ses Mémoires dont la publicité vante «  la vérité d’un président ». Il insiste sur la capacité que doit avoir l’UMP, son parti, à « soutenir un candidat à la présidentielle  » dans une « exigence d’unité et de rassemblement  ». Puis le jour même, en Corrèze avec François Hollande, candidat aux primaires du PS, il martèle sous les micros et caméras : « Je peux dire que je voterai Hollande !  » Cette pratique du double langage, qui enchante le microcosme depuis des lustres, a démonétisé la parole politique. Ivan Rioufol
Depuis quatre ans, Nicolas Sarkozy a prouvé qu’il était un un grand réformateur. Lui, il a essayé de faire quelque chose, surtout pour que la France s’en sorte pendant la crise. Jacques Chirac est très populaire depuis qu’il n’est plus président, mais c’était quand même une catastrophe son second mandat. Il a rien fait ! Il a rien fait, à part de dire « non » à la guerre en Irak. Quelque part, je préfère quatre ans avec Sarkozy que douze ans avec Chirac. On ne fait rien, et comme ça on est tranquille. Je ne suis pas d’accord. Le monde change, il faut qu’on s’adapte. (…) depuis quand Hollande est un vrai homme d’Etat ? Au moment de la loi sur le voile à l’école, il n’était que premier secrétaire du PS, député socialiste. Il n’a pas porté la loi, ce n’est pas vrai… Anh-Dao Traxel

Qui avait dit que rien ne serait plus commıe avant après l’Affaire DSK?

Après une semaine où, à la veille d’une énième convocation devant ses juges, le délinquant multirécidiviste et maitre es trahisons qui, après un score africain, a squatté pendant 12 ans l’Elysée…

Fait, tout en jouant les prétendus « vieux sages de la politique française », la une de nos journaux de révérence en mal de nouvelles avec une démolition en règle de son successeur dans un livre et un pathétique appel à voter pour l’un de ses rivaux socialistes …

Petite et bienvenue remise des pendules à l’heure avec l’une des rares déclarations sensées de toute la semaine.

A savoir, en deux petites phrases sur à la fois l’ancien et le (possible) futur présidents français,  celle de la fille « adoptive » de l’ex-président Chirac, Anh Dao-Traxel.

Qui, dans un entretien avec les journalistes de France Soir et après l’avoir pourtant longtemps défendu, rappelle tant les 12 longues années de roi fainéant de son « père adoptif » que, malgré ses nombreux défauts, la réelle volonté de réforme de Nicolas Sarkozy.

Mais aussi le secret de polichinelle de l’évident manque d’envergure du candidat socialiste actuellement en tête dans les sondages, un certain François Hollande.

Et surtout, derrière tout ça (outre l’évident gâtisme sur lequel elle fait charitablement silence : on ne compte plus, entre ses dragues ouvertes de journalistes ou d’élues, ses esclandres au Conseil constitutionnel, au théâtre ou au casino!), la pitoyable petitesse d’un ancien président désormais motivé que par l’unique rancoeur de ne pas avoir été salué par son successeur le soir de la victoire de Sarkozy en 2007 …

“Chirac n’aurait pas dû écrire ça”

La “fille de cœur” de l’ancien président critique ses Mémoires.

France Soir

10 juin 2011

Anh Dao-Traxel réagit de façon à la fois amère et cruelle à la parution du second tome des mémoires de Chirac. Et défend Sarkozy.

FRANCE-SOIR Qu’avez-vous pensé du deuxième tome des Mémoires de Jacques Chirac ?

ANH DAO TRAXEL Je n’en ai lu que les extraits publiés dans la presse, mais je regrette beaucoup les critiques sur Nicolas Sarkozy. Ecrire des choses comme ça, ce n’est vraiment pas bien. Et surtout à un an de la présidentielle ! Tout ce que Jacques Chirac dit, ça joue énormément, évidemment. Ce n’est vraiment pas sympa de sa part. Il n’en sort pas grandi, et je trouve ça dommage. Ce qu’il écrit là, j’aurais préféré qu’il ne le dise pas, pour qu’il garde son image de sage. François Mitterrand, est-ce qu’il a critiqué ses successeurs ? Non. Et bien chapeau Mitterrand ! Lui, c’est un « king ».

F.-S. Il était resté discret sur son successeur jusque-là. Pourquoi sort-il ainsi de son silence ?

A. D.-T. Pour moi, ce n’est pas l’ex-président de la République qui s’exprime dans ce livre. C’est l’homme avant tout. Avec ses humeurs, ses rancœurs. Un homme blessé que Sarkozy ne l’ait pas remercié le soir de sa victoire en 2007. Jacques Chirac, c’est un homme qui a tout eu, qui a été roi, et qui, le jour où il a quitté l’Elysée, s’est sûrement dit : « C’est fini pour moi. » Quelque part, c’est très dur pour lui d’encaisser ça, malgré la popularité.

F.-S. Le fait que Nicolas Sarkozy n’ait pas eu un mot pour lui en 2007, cela ne vous choque pas, vous ?

A. D.-T. Pendant trente ans, Sarkozy en a bavé dans la vie politique pour en arriver là. Personne ne l’a aidé !… Personne !… Vous croyez que Chirac lui a fait des cadeaux ? Alors, le soir de sa victoire, il a d’abord remercié le peuple : c’est normal. Le problème, c’est que Sarkozy, il a du caractère. C’est comme si Chirac jouait le rôle de maître, avec un élève turbulent qui ne l’écoute pas. Et ça le dérange.

F.-S. Chirac écrit quand même ne pas avoir la « même vision de la France » que Sarkozy…

A. D.-T Là, moi je comprends plus rien. Ils sont quand même tous les deux de droite ! C’est de l’hypocrisie tout ça. Ce n’est quand même pas normal de faire des compliments sur Villepin, Juppé, Raffarin, tous ses anciens collaborateurs, et de ne dire que des horreurs sur Sarkozy : qu’il est nerveux, agité, excité, presque violent, qu’il n’est pas fiable… Pourtant, tout l’entourage de Jacques Chirac – François Baroin, Alain Juppé,… – est aujourd’hui autour de Sarkozy. Ça veut bien dire qu’il a des qualités ! Il a parlé du Kärcher ? Mais moi je suis pour !… Jacques Chirac reproche à Sarkozy d’avoir de l’ambition ? Mais, lui, il n’en avait pas ? Trois fois, il a été candidat à la présidentielle ! En 1995, j’étais avec lui le soir de l’élection. Il était dans son fauteuil et il a lancé : « Enfin ! C’est pas trop tôt. » C’est trop facile de critiquer Sarkozy.

F.-S. Que pensez-vous, vous, de son action ?

A. D.-T. Depuis quatre ans, Nicolas Sarkozy a prouvé qu’il était un un grand réformateur. Lui, il a essayé de faire quelque chose, surtout pour que la France s’en sorte pendant la crise. Jacques Chirac est très populaire depuis qu’il n’est plus président, mais c’était quand même une catastrophe son second mandat. Il a rien fait ! Il a rien fait, à part de dire « non » à la guerre en Irak. Quelque part, je préfère quatre ans avec Sarkozy que douze ans avec Chirac. On ne fait rien, et comme ça on est tranquille. Je ne suis pas d’accord. Le monde change, il faut qu’on s’adapte.

F.-S. Chirac qualifie aussi François Hollande d’« homme d’Etat »…

A. D.-T. C’est quand même insensé. Ils ont sympathisé en Corrèze, d’accord, mais depuis quand Hollande est un vrai homme d’Etat ? Au moment de la loi sur le voile à l’école, il n’était que premier secrétaire du PS, député socialiste. Il n’a pas porté la loi, ce n’est pas vrai…

F.-S. Vous nous avez confié avoir été reçue par Nicolas Sarkozy le 6 septembre dernier…

A. D.-T. Oui, il m’a invitée à l’Elysée pour lui parler de mon association. Il était en bras de chemise, dans son bureau, les pieds sur la table basse. J’ai parlé vingt minutes avec le Président : c’est quand même quelque chose ! Sarkozy, il s’intéresse beaucoup aux gens qui sont sur le terrain pour aider les plus démunis.

Par Propos recueillis par Gaëtane Morin et Christine Ollivier

Voir aussi :

S’agissant de mon successeur, je me suis tenu et je me tiendrai toujours à une ligne: ne jamais gêner son action par quelque commentaire que ce soit.

Dominique de Villepin est un homme de caractère et d’idées. Il a été un excellent premier ministre. Mais n’attendez pas de moi que je m’immisce dans le débat présidentiel à venir. Ce n’est pas mon rôle. Je ne fais plus de politique et je n’interviendrai pas, sauf si des circonstances exceptionnelles l’exigeaient.

Nous avons, aujourd’hui, des relations franches, cordiales et personnelles. Et plus que tout autre, je sais la difficulté de sa tâche.

Je suis fier du bilan que j’ai pu présenter aux Français. Un bilan dont Nicolas Sarkozy pouvait, malgré le thème de la rupture, revendiquer toute sa part. Un bilan dont je suis d’ailleurs convaincu qu’il a constitué un élément non négligeable de sa victoire.

En République, c’est le peuple qui choisit. Je n’ai jamais eu à l’esprit de désigner un successeur. Pour autant, tout le monde sait les relations que j’ai toujours entretenues avec Alain Juppé. J’ai pour lui estime et affection. C’est un homme de conviction et d’engagement. Il a toujours servi son pays avec rigueur. Il a chevillé au corps le sens de l’intérêt général et une très haute idée du rôle de la France dans le monde.

Je n’ai pas vocation à attribuer les bons ou les mauvais points à tel ou tel. J’ai tenu à témoigner qu’à un moment important pour notre pays, où certains, à droite comme à gauche, doutaient de la nécessité de rappeler fermement les règles de la laïcité, François Hollande a fait preuve de courage, de lucidité et d’un grand sens des responsabilités. Il a su sortir des logiques partisanes pour faire le choix de l’intérêt supérieur. Ce n’est malheureusement pas si fréquent.

À quelques mois seulement d’une échéance présidentielle capitale pour l’avenir de notre pays, prenons garde à ne pas sortir du cadre du respect de l’autre, du débat d’idées et de la confrontation des projets. Nous le devons aux Français.

Voir aussi:

Bloc-notes: pourquoi la parole politique se démonétise

Ivan Rioufol

Le Figaro

17 juin 2011

Revoici donc Jacques Chirac : il tient deux discours concomitants et opposés, sans que ce tête-à-queue ne trouble les observateurs. « N’attendez pas de moi que je m’immisce dans le débat présidentiel à venir (…). Je ne fais plus de politique  », explique-t-il au Figaro, samedi, en appui au tome II de ses Mémoires dont la publicité vante «  la vérité d’un président ». Il insiste sur la capacité que doit avoir l’UMP, son parti, à « soutenir un candidat à la présidentielle  » dans une « exigence d’unité et de rassemblement  ». Puis le jour même, en Corrèze avec François Hollande, candidat aux primaires du PS, il martèle sous les micros et caméras : « Je peux dire que je voterai Hollande !  » Cette pratique du double langage, qui enchante le microcosme depuis des lustres, a démonétisé la parole politique.

« L’humour corrézien », avancé comme excuse par les proches de l’ancien président, dissimule un évident affaiblissement de son état général. Les médias veulent ignorer ce point. Or, il mériterait un intérêt au moins identique à celui qu’ils portent ces jours-ci, dans un voyeurisme en l’occurrence déplacé, aux altérations des facultés mentales dont souffrirait Liliane Bettencourt dans la gestion de ses affaires privées. En comparaison, la résonance des propos de Chirac, qui semble s’être défait de son surmoi et de sa langue de bois, devrait inviter à s’interroger davantage sur son discernement. Il est sûrement sincère quand il soutient Hollande, en oubliant ce que son double vient de déclarer. Mais l’instrumentalisation de sa faiblesse n’en demeure pas moins déloyale.

Chirac, qui se contredit dans l’indifférence générale, dévoile néanmoins une des causes de la crise de confiance qui affecte le monde politique : sa légèreté. (…)


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