Election américaine: Attention, une incompétence peut en cacher une autre ! (Sick and tired of hearing about your damn bathrooms: Guess who alone passed the Castro death test)

30 novembre, 2016
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Manifestation contre Donald Trump, président élu, à New York, le 9 novembre.
Je suis un peu dépassé en ce qui concerne Reagan. Je me suis trompé sur son compte à tous les coups ! Je n’ai pas cru qu’il obtiendrait l’investiture (…) Je me sens disqualifié pour parler de Reagan. Je l’ai d’abord traité de tête de linotte. Mais, quand il a obtenu l’investiture, j’ai dû réviser mon jugement, et je l’ai appelé la super-tête de linotte, Après le débat avec Carter, j’ai pensé que c’était un acteur de troisième catégorie. Cet homme a du mal à retenir même les mots qu’on utilise en politique. Quant à comprendre les idées politiques, cela le dépasse. (…) Si Reagan était démocrate, je crois que je le préférerais à Carter. S’il partageait la philosophie de Carter, ce serait un gain non négligeable puisqu’un homme doué d’une personnalité malheureuse a été remplacé par un homme qui a une personnalité agréable. Mais il y a aussi des problèmes politiques véritables, et je ne pense pas que Reagan soit équipé pour les affronter. Il faudra attendre. (…) Je pense que nous allons connaître la loi martiale. Non pas demain, mais dans quelques années.(…) Une autre chose m’inquiète en Amérique, c’est que les gens deviennent non pas fascistes, mais qu’ils se rapprochent de plus en plus des phases qui précèdent le fascisme. Norman Mailer (1980)
Le candidat républicain n’est pas qualifié pour être président. Je l’ai dit la semaine dernière. Il n’arrête pas de le démontrer. Le fait que Donald Trump critique une famille ayant fait des sacrifices extraordinaires pour ce pays, le fait qu’il ne semble pas avoir les connaissances de base autour de sujets essentiels en Europe, au Moyen-Orient, en Asie, signifient qu’il est terriblement mal préparé pour ce poste. Barack Hussein Obama
Les Américains en ont marre de vos satanés e-mails, parlons des vrais problèmes aux Etats-Unis. Bernie Sanders
Pour paraphraser Bernie Sanders, les Américains en ont marre des satanés toilettes des progressistes. Mark Lilla
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Notre pays est en colère, je suis en colère et je suis prêt à endosser le manteau de la colère. Donald Trump
Aujourd’hui, le monde marque le passage d’un dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple pendant près de six décennies. L’héritage de Fidel Castro, ce sont les pelotons d’exécution, le vol, des souffrances inimaginables, la pauvreté et le déni des droits de l’homme. Même si les tragédies, les morts et la souffrance provoquées par Fidel Castro ne peuvent pas être effacées, notre administration fera tout ce qu’elle peut pour faire en sorte que le peuple cubain entame finalement son chemin vers la prospérité et la liberté. Même si Cuba demeure une île totalitaire, mon espoir est que cette journée marque un éloignement avec les horreurs endurées trop longtemps et une étape vers un avenir dans lequel ce magnifique peuple cubain vivra finalement dans la liberté qu’il mérite si grandement. Donald Trump
Dans une époque où des nations opprimées sont privées des droits humains fondamentaux, de la justice et de la liberté, il reste heureusement des hommes libres qui restent dans la lutte jusqu’à leurs tout derniers jours. Hassan Rohani
J’adresse mes condoléances au gouvernement révolutionnaire et à la nation de Cuba après la mort de son excellence Fidel Castro, le dirigeant de la Révolution cubaine et personnalité centrale de la lutte contre le colonialisme et l’exploitation et symbole de la lutte pour l’indépendance des nations opprimées. Mohammad Javad Zarif
Fidel Castro était un exemple stimulant pour beaucoup de pays. Fidel Castro était un véritable ami de la Russie. Vladimir Poutine
Fidel a défendu son territoire et affermi son pays alors qu’il subissait un blocus américain éprouvant. Malgré cela, il a mené son pays sur la voie de l’autosuffisance et du développement indépendant. Mikhail Gorbatchev
Le peuple chinois a perdu un camarade proche et un ami sincère. Xi Jinping
Cuba, notre amie, a réussi sous sa conduite à résister aux sanctions et aux campagnes d’oppression les plus fortes jamais vues dans notre histoire récente, devant un flambeau de la libération des peuples d’Amérique du Sud et du monde entier. Le nom de Fidel Castro vivra à jamais dans l’esprit des générations et inspirera ceux qui aspirent à une véritable indépendance et à une libération du joug du colonialisme et de l’hégémonie. Bachar Al Assad
L’Histoire sera comptable et jugera de l’impact énorme de cette figure singulière sur le peuple et le monde qui l’entourent. Barack Hussein Obama
Rosalynn et moi partageons nos sympathies avec la famille Castro et le peuple cubain à la mort de Fidel Castro. Nous nous souvenons avec tendresse de nos visites avec lui à Cuba et de son amour pour son pays. Nous souhaitons aux citoyens cubains la paix et la prospérité dans les années à venir. Jimmy Carter
C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris aujourd’hui la mort du président cubain ayant le plus longtemps exercé cette fonction. Fidel Castro, leader plus grand que nature, a consacré près d’un demi-siècle au service du peuple cubain. Révolutionnaire et orateur légendaire, M. Castro a réalisé d’importants progrès dans les domaines de l’éducation et des soins de santé sur son île natale. Bien qu’il était une figure controversée, ses supporters et ses détracteurs reconnaissaient son amour et son dévouement immenses envers le peuple cubain, qui éprouvait une affection profonde et durable pour “el Comandante”. Je sais que mon père était très fier de le considérer comme un ami, et j’ai eu l’occasion de rencontrer Fidel lorsque mon père est décédé. Ce fut aussi un véritable honneur de rencontrer ses trois fils et son frère, le président Raúl Castro, au cours de ma récente visite à Cuba. Au nom de tous les Canadiens, Sophie et moi offrons nos plus sincères condoléances à la famille et aux amis de M. Castro ainsi qu’aux nombreuses personnes qui l’appuyaient. Aujourd’hui, nous pleurons avec le peuple de Cuba la perte d’un leader remarquable. Justin Trudeau
 Fidel Castro était une des figures historiques du siècle dernier et l’incarnation de la Révolution cubaine. Avec la mort de Fidel Castro, le monde perd un homme qui était pour beaucoup un héros. Il a changé le cours de l’histoire et son influence s’est propagée bien au-delà. Fidel Castro demeure une des figures révolutionnaires du XXe siècle. Il appartiendra à l’histoire de juger son héritage. Jean-Claude Juncker
Fidel Castro était une figure du XXe siècle. Il avait incarné la révolution cubaine, dans les espoirs qu’elle avait suscités puis dans les désillusions qu’elle avait provoquées. Acteur de la guerre froide, il correspondait à une époque qui s’était achevée avec l’effondrement de l’Union soviétique. Il avait su représenter pour les cubains la fierté du rejet de la domination extérieure. François Hollande
Fidel Castro était un géant de la scène internationale. Aux yeux des militants de ma génération, il incarnait l’esprit de résistance à l’impérialisme américain et la volonté de construire par la révolution une société plus juste. (…) Son oeuvre contrastée sera longtemps discutée ou contestée. Mais on ne peut oublier qu’il restera pour des milliers de latinos américains le Libertador, celui qui aura réussi à faire fasse opiniâtrement à la toute puissance américaine. Jack Lang
Fidel ! Fidel ! Mais qu’est-ce qui s’est passé avec Fidel ? Demain était une promesse. Fidel ! Fidel ! L’épée de Bolivar marche dans le ciel. Jean-Luc Mélenchon
Avec la mort de Fidel Castro disparait  une énorme figure de l’histoire moderne, de l’indépendance nationale et du socialisme du XXe siècle. De la construction d’un système de santé et d’éducation de premier ordre à l’impressionnant bilan de sa politique étrangère, les réalisations de Castro ont été nombreuses. Malgré tous ses défauts, le soutien de Castro à l’Angola a joué un rôle crucial pour mettre fin à l’Apartheid en Afrique du Sud et il restera dans l’histoire comme à la fois un internationaliste et un champion de la justice sociale. Jeremy Corbyn
Sometimes I wonder if Jeremy Corbyn even knows what he’s saying half the time. So often, he appears to be operating on some kind of 1980s student-union auto-pilot. But this is no joke. The latest example of Corbyn’s arrested development is the most serious yet. We now have to recognise that a major political party in Britain is being led by a teenage romantic revolutionary who just happens to be in his sixties. Martin Bright
L’appareil de propagande de l’organisation terroriste Daech a diffusé une séquence vidéo mettant en scène un terroriste parlant français, qui appelle ceux qu’il a été convenu d’appeler les loups solitaires de l’organisation, de perpétrer des attaques au couteau et de poignarder les gens au hasard dans les lieux de grande affluence, dans les capitales et villes des pays qui participent à la coalition qui combat Daech au moyen orient. La vidéo appelle les éléments terroristes à se contenter des attaques à l’arme blanche et à ne pas s’encombrer des attaques aux armes lourdes. C’est, apparemment, ce qu’a décidé de faire l’homme qui a attaqué le campus d’Ohio, ce lundi. Tunisie numérique
Notre volonté, c’est qu’au terme de ses études, chaque étudiant du secondaire ait au minimum été confronté à l’histoire de la colonisation et de la décolonisation au Congo. Mais aussi à celle d’un autre pays ‘à la carte’, en fonction du public scolaire. Catherine Moureaux (députée PS Molenbeeck, Belgique)
Obama will be remembered by historians as the man who turned over the White House to Donald Trump, the man who let Putin unleash the forces of Hell in Syria and Ukraine, and the man who honored European values but made the world steadily less safe for them. That Putin took the occasion of Obama’s final tour to open a wide new air offensive in Syria and withdraw from the ICC even as his allies celebrated victories in Estonia, Moldova and Bulgaria only underlines what a foreign policy disaster the 44th President has been. Many world leaders like Obama; some pity him; few respect him as a leader (rather than as a man); none fear him. Most are too busy coping with the consequences of his failures to spend a lot of time thinking about him at this point in his presidency. Even Germany, whose cheering crowds once greeted Obama as an enlightened internationalist in the mold of John F. Kennedy, has gradually lost faith in the President.The early signs of struggle and factionalism in the Donald Trump transition, meanwhile, are leading many foreigners to suppose that the next American President will be another inconsequential bumbler. We must hope that they are wrong; not even the power of the United States can survive a long string of failed Presidents unscathed. Walter Russell Mead
Une statistique plus brutale marque pourtant mieux que les autres la marque de fabrique du vote républicain. C’est le vote du white male, de l’homme blanc. Seuls 37 % d’entre eux ont voté pour Kerry, contre 62 % pour Bush, un écart considérable qui est près du double de celui enregistré pour les femmes blanches. Bill Clinton avait lancé le concept des soccer moms, ces femmes qui emmènent leurs enfants au soccer(football au sens où nous l’entendons, mais qui est plus chic aux Etats-Unis que le football américain) et qui votent démocrate. Bush capture le vote du nascar dad, qu’on pourrait traduire par le « papa-bagnole, qui se passionne pour les courses automobiles d’Indianapolis et de Daytona. Dans le langage des stratèges électoraux, les nascar dads sont les électeurs mâles, sans études supérieures, qui votaient jadis pour les démocrates et votent désormais pour les républicains. Grâce au Watergate et à la diffusion des enregistrements faits à la Maison Blanche, on sait que Nixon avait clairement saisi l’opportunité de rallier à la cause républicaine les cols bleus choqués par Woodstock et autres manifestations du « déclin de la civilisation occidentale ». C’est Reagan qui pousse à son paroxysme cette capture du vote ouvrier, dont Bush junior récolte les fruits bien mieux que son père. Dans un article publié par la New York Review of Book, « The White Man Unburdened », l’homme blanc privé de son fardeau, l’écrivain Norman Mailer faisait la liste de tout ce que l’homme blanc a perdu au cours des trente dernières années : son statut, son salaire, son autorité, ses athlètes (blancs) préférés…, pour expliquer le ralliement à la guerre irakienne de Bush (voir aussi le texte d’Arlie Hochschild « Let them eat war » sur tomdispatch.com). Il n’est pas besoin d’une longue démonstration pour voir apparaître, derrière un langage différent (la religion, le droit au port d’armes…), les mêmes traits qui ont expliqué en France le vote ouvrier en faveur de Le Pen. Loin d’apparaître comme un continent bizarre, si loin désormais de l’Europe, l’Amérique est soumise à un processus identique. Les mots pour le dire ne sont pas les mêmes, mais c’est le même désamour entre la gauche et la classe ouvrière qui s’est joué des deux côtés de l’Atlantique, qui marque dans les deux cas l’aboutissement d’un long processus de déracinement du monde ouvrier. Daniel Cohen
Il n’y a de compétences que s’il y a des connaissances (…) la société française utilise la loi et le dogme républicains pour éviter toute transparence. La société française est malade de son rapport à la réalité. Tous ceux qui refusent les statistiques sont du côté de l’égalité formelle et veulent que rien ne change. Laurent Bigorgne (Institut Montaigne)
La vérité qui dérange, (…) c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte. L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale. (…) Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits. (…) Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes. Arnaud Leparmentier (Le Monde)
Les élites « qui apprécient le dynamisme et l’authenticité des quartiers ethniques avec leurs merveilleux restaurants (…) n’envoient pas leurs enfants dans les écoles pleines d’enfants immigrés qui ressemblent à des centres de détention juvénile. Matthew B. Crawford (Esprit, octobre 2016)
La tragique élection de Trump a l’avantage de clarifier la situation politique d’ensemble. Le Brexit n’était pas une anomalie. Autant qu’on le sache et qu’on se prépare pour la suite. Chacune des grandes nations qui ont initié le marché mondial se retire l’une après l’autre du projet. Le prolongement de cette démission volontaire est d’une clarté terrible : d’abord l’Angleterre ; six mois plus tard les Etats Unis, qui aspirent à la grandeur des années 1950. Et ensuite ? Si l’on suit les leçons de l’histoire, c’est probablement, hélas, au tour de la France, avant celui de l’Allemagne. Les petites nations se sont déjà précipitées en arrière : la Pologne, la Hongrie et même la Hollande, cette nation pionnière de l’empire global. L’Europe unie, ce prodigieux montage inventé après la guerre pour dépasser les anciennes souverainetés, se retrouve prise à contre-pied. C’est un vrai sauve-qui-peut : « Tous aux canots ! » Peu importe l’étroitesse des frontières pourvu qu’elles soient étanches. Chacun des pays qui ont contribué à cet horizon universel de conquête et d’émancipation va se retirer des institutions inventées depuis deux siècles. Il mérite bien son nom, l’Occident, c’est devenu l’empire du soleil couchant… Parfait, nous voilà prévenus et peut-être capables d’être un peu moins surpris. Car enfin, c’est bien l’incapacité à prévoir qui est la principale leçon de ce cataclysme : comment peut-on se tromper à ce point ? Tous les sondages, tous les journaux, tous les commentateurs, toute l’intelligentsia. C’est comme si nous n’avions aucun des capteurs qui nous auraient permis d’entrer en contact avec ceux que l’on n’a même pas pu désigner d’un terme acceptable : les « hommes blancs sans diplôme », les « laissés-pour-compte de la mondialisation » — on a même essayé les « déplorables ». C’est sans doute une forme de peuple, mais à qui nous n’avons su donner ni forme ni voix. Je reviens de six semaines sur les campus américains, je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces « autres gens », aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les Barbares aux portes d’Athènes. Nous, « l’intelligence », nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements. Bruno Latour
Un conseil aux candidats à la présidentielle en France : fuyez les artistes et les intellectuels. Ne leur demandez pas de faire campagne, ne les faites pas monter sur l’estrade. Surtout si vous avez envie de l’emporter. On doutait déjà qu’une actrice ou qu’un rockeur fassent gagner des voix. Mais on ne savait pas qu’ils pouvaient en faire perdre. C’est une leçon de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Jamais on n’a vu le monde culturel s’engager à ce point, en l’occurrence pour Hillary Clinton. Aucun candidat n’avait reçu autant d’argent. De cris d’amour aussi – sur scène, à la télévision, sur les réseaux sociaux. On a même eu droit à la chanteuse Katy Perry qui se déshabille dans une vidéo pour inciter à voter Clinton, ou Madonna promettre de faire une fellation aux indécis. En face, Trump n’avait personne ou presque. Il n’a reçu que 500 000 dollars (environ 470 000 euros) d’Hollywood contre 22 millions de dollars pour la candidate démocrate. Alors il a moqué ce cirque à paillettes, dénoncé le star system, donc le système. Et il a gagné. Clinton a joué à fond les étoiles les plus brillantes, et elle a perdu. Prenons sa fin de campagne. Le 4 novembre, elle monte sur scène avec le couple Beyoncé et Jay Z (300 millions d’albums vendus à eux deux), à Cleveland, dans l’Ohio. Le 5, Katy Perry chante pour elle à Philadelphie (Pennsylvanie). Le 7, veille du scrutin, elle apparaît dans un meeting/concert de Jon Bon Jovi et de Bruce Springsteen devant 40 000 personnes, toujours à Philadelphie, puis finit la soirée à minuit avec Lady Gaga à Raleigh, en Caroline du Nord. Dans tous ces Etats clés, elle a perdu. Dans le même temps, Donald Trump a multiplié les meetings sur les tarmacs d’aéroports en disant qu’il n’a pas besoin de célébrités, puisqu’il a « le peuple des oubliés » – du pays et de la culture – avec lui. L’historien américain Steven Laurence Kaplan s’est indigné des mots de Trump qualifiant untel de stupide, de débile, de névrosé ou de raté, et traitant des femmes de « grosses cochonnes ». Il a raison. Mais il aurait pu ajouter que des notables culturels ont qualifié le candidat républicain de brute (Chris Evans), d’immonde (Judd Apatow), de porc (Cher), de clown (Michael Moore) ou de psychopathe (Moby). Robert De Niro, avant le scrutin, voulait lui mettre son poing dans la gueule. Chaque injure a fait grossir le camp conservateur et fait saliver son candidat. Car deux mondes s’ignorent voire se méprisent, séparés par un Grand Canyon de haine. Non pas les riches face aux pauvres. La fracture est culturelle et identitaire. Ceux qui ont gagné se sentent exclus du champ culturel et universitaire, et souvent le méprisent. Les perdants leur rendent bien ce mépris, les jugeant réactionnaires, racistes, etc., sans même voir que le monde se droitise.(…) L’autocritique du vaste champ culturel pourrait aller plus loin, sur le terrain de l’hypocrisie. Celle des artistes d’abord, dont l’engagement, souvent imprégné de pathos, apaise leur conscience, mais est souvent perçu comme faisant partie de leur spectacle permanent, dont ils tirent profit, et dont ils se détachent aussi vite pour retrouver, une fois déculpabilisés, leur monde ultra-protégé. Le meilleur exemple est Madonna qui, durant la soirée qui précède le vote, s’est mêlée à des badauds new-yorkais (des convaincus) pour improviser un bref concert en finissant par « demain sauvez ce pays en votant Hillary ». Les intellectuels des campus, quant à eux, insupportent le vote Trump par leur façon de lui faire la morale, de défendre un modèle multiculturel comme s’il s’agissait d’un paradis de fleurs. Ils font culpabiliser les riches en leur disant d’être plus généreux et les pauvres en leur disant d’accepter leurs voisins étrangers, sans vraiment montrer l’exemple. (…) On l’aura compris, la France culturelle et multiculturelle – c’est la même – a beaucoup à apprendre de cette élection passée, et à craindre de celle de 2017. Si elle ne se bouge pas. Michel Guerrin
If progressives will not heed principle, then maybe they will heed arithmetic. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? President-elect Trump might have some thoughts on that. Kevin D. Williamson
L’immigration massive ayant été érigée en dogme moral et en nécessité économique, les classes moyennes occidentales ont vu surgir au sein de leurs villes, de leurs quartiers et de leurs écoles, parfois jusqu’à les dominer, des populations dont la culture est certes respectable mais, dans le cas de l’islam, radicalement distincte de la leur, dans son rapport aux femmes, à la liberté de conscience, à la démocratie. Cette immigration, dans la réalité des faits, n’est pas choisie, mais subie. Quand, après trente années de ce régime migratoire, les mêmes « gens ordinaires » constatent que des candidats à la migration se pressent toujours plus nombreux à leurs frontières, ils se posent légitimement la question de la perpétuation de leur mode de vie. Comment s’étonner que le dogme de l’immigration anarchique soit rejeté ? Cela indépendamment de la question du terrorisme (alors qu’il est par exemple établi que dix des douze auteurs des effroyables attentats de Paris, le 13 novembre 2015, se sont inflitrés en Europe comme migrants, cfr. Le Figaro, 12 novembre 2016). Pour compléter la tableau, relevons la guerre culturelle qui est menée aux classes moyennes, sur la seule foi du sexe et de la couleur de la peau. Examinons les deux aspects de ce Kulturkampf. D’abord, la théorie du genre, selon laquelle la distinction des sexes masculin et féminin est une invention culturelle (Judith Butler, Anne Fausto-Sterling). Au nom de cette idéologie, dans l’infini chatoiement de ses variétés académiques et médiatiques, des minorités sexuelles en sont venues à exiger l’éradication de la référence à l’hétérosexualité, vécue comme oppressive et stigmatisante. La revendication est de brouiller les genres, en les multipliant à l’infini, et de quitter la notion — statistiquement incontestable — de « normalité » hétérosexuelle. D’où ces polémiques, souvent émaillées de violences, pour décider de la question de savoir si les « queer » et transgenres peuvent, ou pas, accéder aux vestiaires sportifs, scolaires et toilettes de leur sexe biologique, ou de leur sexe choisi, ou les deux, et comment vérifier ? Des parents se posent légitimement la question de savoir si leur petite fille de six ou sept ans risque de croiser dans les toilettes une « femme » de 45 ans avec ce que l’on appelait autrefois un sexe masculin entre les jambes. Se fédère à ces polémiques l’hostilité de principe témoignée au garçon hétérosexuel, institué en dépositaire de la sexualité « du passé », ce qui justifie qu’il soit rééduqué dès la plus tendre enfance — à l’école —, discriminé lors de son entrée éventuelle à l’université, et que le moindre de ses gestes et paroles soit justiciable des tribunaux. Cette guerre du genre est menée avec autant d’âpreté que d’efficacité : la grande majorité des diplômés de l’enseignement supérieur américain et européen sont des femmes, et la réalité biologique de la binarité sexuelle est battue en brèche jusque dans nos textes de loi (Convention d’Istanbul, Conseil de l’Europe, 2011). Vient enfin la résurgence du racisme. D’abord, il y eut le discours anti-raciste, réprouvant le rejet d’une personne sur la seule foi de sa race. L’écrasante majorité des Occidentaux ont acquiescé à ce discours. Toutefois une rhétorique subtile s’est enclenchée, particulièrement dans des pays comme les Etats-Unis et la France, jusqu’à permettre, puis encourager, la mise en accusation des populations blanches. Ainsi des « safe spaces » se sont-ils multipliés sur les campus américains, c’est-à-dire des espaces réservés aux minorités, pour leur permettre de se soustraire à la présence réputée suffocante des Américains « caucasiens ». Dit autrement, les étudiants blancs se voient refuser l’accès de certaines zones du campus sur la seule foi de la couleur de leur peau. Paradoxal retournement d’un discours anti-raciste qui en vient à légitimer, souvent par la violence, des pratiques racialistes au sens strict. Ainsi du discours sur le « white privilege », soit l’idée qu’un Américain blanc est privilégié du seul fait de la couleur de sa peau, quels que soient ses origines et milieu social, et que la loi doit donc discriminer en sa défaveur, toujours sur la seule foi de la couleur de sa peau. Considérons ce répertoire de journalistes récemment créé sous l’égide du gouvernement francophone belge, dont l’objet est d’inclure d’une part les femmes, d’autre part les « hommes et femmes issus de la diversité », ce qui exclut qui ? Les hommes blancs, avec pour seul critère la couleur de leur peau. Racisme, vous avez dit proto-fascisme ? Qui ne voit que ces discours et pratiques reposent sur les notions de responsabilité raciale collective, et de responsabilité à travers les âges, soit très exactement les concepts qui ont, de tout temps, fondé l’antisémitisme, comme Sartre l’a montré dans ses Réflexions sur la question juive ? Ce racisme au nom de l’anti-racisme, les classes moyennes occidentales n’y consentent plus. Il est à noter que cette guerre sexuelle et racialiste menace les gens ordinaires, non seulement dans leurs conditions d’existence (impôt, normes, quartiers), mais dans leur être naturel (sexe, couleur de la peau). Qu’un rejet radical — une révolution, selon Stephen Bannon, éminence grise du nouveau président américain — se dessine, est-ce surprenant ? Drieu Godefridi
Nous sommes devenus habités par l’idée que nous ne sommes pas des citoyens qui ont été modelés par un certain nombre de pratiques et de traditions que nous chérissons parce que nous sommes membres d’un Etat qui est notre maison. Nous nous voyons plutôt comme les porteurs de telle ou telle identité, qui serait la seule chose importante à dire sur nous. Si l’on suit ce chemin, le but de l’Etat n’est plus d’être le médiateur des intérêts des citoyens, mais le distributeur de ressources basées sur ce qui vous est dû, en raison de votre identité. (…) Si vous êtes afro-américain, ne mentionnez pas s’il vous plaît  que vous croyez en Dieu et allez à l’église; la politique de l’identité ne laisse aucune place au christianisme – bien qu’elle s’incline devant une pureté imaginaire de l’islam. Femmes? Vous pouvez avoir des craintes sur la façon dont la prolifération des «identités» de genre pèse sur votre lutte unique pour équilibrer et pour donner un sens aux exigences conflictuelles de la vie familiale et professionnelle. Vous ne devez cependant rien dire. Toute identité de genre imaginée doit être respectée. Vous pensiez que vous étiez spéciales, mais vous ne l’êtes pas. Nous vivons dans un monde où tout est possible. Quiconque parle de limites, de contraintes, est «phobique» d’une manière ou d’une autre. L’esprit bourgeois qui a construit l’Amérique, l’intérêt de gagner beaucoup d’argent, d’avoir «réussi», de prendre des risques – avant tout la force de l’âme nécessaire pour affronter l’échec et revenir plus fort – sont méprisés. Personne n’ose parler dans un monde politiquement correct. Les sentiments pourraient être blessés; les gens peuvent se sentir «mal à l’aise». Les avertissements de contenus sensibles et les «espaces sûrs» occupent notre attention. La tâche dans le monde hautement chorégraphié de la «politique de l’identité» n’est pas de durcir mais de domestiquer. Pas de combats. Pas d’insultes auxquelles nous répondons avec force et confiance en soi et assurance. Même par le rire! Partout: les protections rendues possibles par le Grand Protecteur – l’Etat – car nous ne pouvons pas nous montrer à la hauteur de l’occasion. La grandeur importe; si nous voulons l’avoir, personnellement et en tant que pays, nous devons rejeter le discours politiquement correct qui, en nous protégeant de la souffrance, fait de nous sa victime à perpétuité. Sur chacune de ces questions – les frontières, l’immigration, l’intérêt national, l’esprit d’entreprise, le fédéralisme et le discours politiquement correct – Hillary Clinton répond avec la novlangue de « la mondialisation et de la politique de l’identité », le langage qui nous a donné un monde qui est à présent épuisé, vicié et irrécupérable. C’est contre ce genre de monde que les citoyens se révoltent. Et pas seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe et en Grande-Bretagne. Les idées de «mondialisation» et de «politique de l’identité» qui nous ont fascinés après la guerre froide appartiennent maintenant à la poubelle de l’histoire. La question, plus importante que la question des personnalités de Hillary Clinton et de Donald Trump, est de savoir si nous aurons une nouvelle administration qui les autorise et essaie de résoudre nos problèmes à travers leur objectif. Joshua Mitchell
One of the many lessons of the recent presidential election campaign and its repugnant outcome is that the age of identity liberalism must be brought to an end. Hillary Clinton was at her best and most uplifting when she spoke about American interests in world affairs and how they relate to our understanding of democracy. But when it came to life at home, she tended on the campaign trail to lose that large vision and slip into the rhetoric of diversity, calling out explicitly to African-American, Latino, L.G.B.T. and women voters at every stop. This was a strategic mistake. If you are going to mention groups in America, you had better mention all of them. If you don’t, those left out will notice and feel excluded. Which, as the data show, was exactly what happened with the white working class and those with strong religious convictions. Fully two-thirds of white voters without college degrees voted for Donald Trump, as did over 80 percent of white evangelicals. (…) the fixation on diversity in our schools and in the press has produced a generation of liberals and progressives narcissistically unaware of conditions outside their self-defined groups, and indifferent to the task of reaching out to Americans in every walk of life. At a very young age our children are being encouraged to talk about their individual identities, even before they have them. By the time they reach college many assume that diversity discourse exhausts political discourse, and have shockingly little to say about such perennial questions as class, war, the economy and the common good. In large part this is because of high school history curriculums, which anachronistically project the identity politics of today back onto the past, creating a distorted picture of the major forces and individuals that shaped our country. (The achievements of women’s rights movements, for instance, were real and important, but you cannot understand them if you do not first understand the founding fathers’ achievement in establishing a system of government based on the guarantee of rights.) When young people arrive at college they are encouraged to keep this focus on themselves by student groups, faculty members and also administrators whose full-time job is to deal with — and heighten the significance of — “diversity issues.” Fox News and other conservative media outlets make great sport of mocking the “campus craziness” that surrounds such issues, and more often than not they are right to. Which only plays into the hands of populist demagogues who want to delegitimize learning in the eyes of those who have never set foot on a campus. How to explain to the average voter the supposed moral urgency of giving college students the right to choose the designated gender pronouns to be used when addressing them? How not to laugh along with those voters at the story of a University of Michigan prankster who wrote in “His Majesty”? This campus-diversity consciousness has over the years filtered into the liberal media, and not subtly. Affirmative action for women and minorities at America’s newspapers and broadcasters has been an extraordinary social achievement — and has even changed, quite literally, the face of right-wing media, as journalists like Megyn Kelly and Laura Ingraham have gained prominence. But it also appears to have encouraged the assumption, especially among younger journalists and editors, that simply by focusing on identity they have done their jobs. (…) How often, for example, the laziest story in American journalism — about the “first X to do Y” — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. (…) The media’s newfound, almost anthropological, interest in the angry white male reveals as much about the state of our liberalism as it does about this much maligned, and previously ignored, figure. A convenient liberal interpretation of the recent presidential election would have it that Mr. Trump won in large part because he managed to transform economic disadvantage into racial rage — the “whitelash” thesis. This is convenient because it sanctions a conviction of moral superiority and allows liberals to ignore what those voters said were their overriding concerns. It also encourages the fantasy that the Republican right is doomed to demographic extinction in the long run — which means liberals have only to wait for the country to fall into their laps. The surprisingly high percentage of the Latino vote that went to Mr. Trump should remind us that the longer ethnic groups are here in this country, the more politically diverse they become. Finally, the whitelash thesis is convenient because it absolves liberals of not recognizing how their own obsession with diversity has encouraged white, rural, religious Americans to think of themselves as a disadvantaged group whose identity is being threatened or ignored. Such people are not actually reacting against the reality of our diverse America (they tend, after all, to live in homogeneous areas of the country). But they are reacting against the omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by “political correctness.” Liberals should bear in mind that the first identity movement in American politics was the Ku Klux Klan, which still exists. Those who play the identity game should be prepared to lose it. (…) To paraphrase Bernie Sanders, America is sick and tired of hearing about liberals’ damn bathrooms. Mark Lilla (Columbia)
The death of Fidel Castro was the first foreign policy test for President-elect Donald Trump and he acquitted himself brilliantly. For anyone who thought that his tough talk was just campaign bluster, witness the incredibly strong statement made about the bloody Cuban strongman (…) For those of us used to President Barack Obama’s bland, milquetoast amorality on world affairs, and his practiced refusal to condemn evil, Trump’s words are a breath of fresh air and, God willing, portend a new American foreign policy based on the American principles of holding murderers accountable. Contrast Trump’s words with Obama’s perfection in saying absolutely nothing (…) This neutral nonsense betrays a cowardly refusal to condemn Castro as a tyrant. Most memorable is President Obama’s unique ability to make Castro’s death about himself and his own presidency. Perhaps President Obama forgot that he is leader of the free world and could have used the death of a dictator to say something about the importance of human liberty and human rights. But why, after eight years of Obama cozying up to Erdogan of Turkey and, worse, Ayatollah Khameini of Iran, should we expect anything else? (…) I have long said that President Obama’s greatest failure as a leader is his refusal to hate and condemn evil. Could there be any greater confirmation than this, and just six weeks before he leaves office? But while Trump distinguished himself as a leader prepared to bravely express his hatred of evil, virtually every other world leader followed President Obama instead, disgracing themselves to various degrees. I put them in three categories: brownnosers, appeasers, and suckups. Taking the pole position of brown-noser-in-chief is Canadian Prime Minister Justin Trudeau. His obsequiousness to the murderous Castro was so great that it read like parody (…) Here you have the leader of one of the Western world’s greatest democracies saying that an autocrat who murdered his people and ruled over them with an iron fist was loved by them. (…) Then there are the appeasers, those world leaders with no backbone, and who have probably set their sights on their countries opening up a beach resort in Cuba, or who will use Castro’s crimes to cover up their own. Bashar Assad of Syria, a man better known for gassing Arab children than writing eloquent eulogies said, “The name Fidel Castro will remain etched in the minds of all generations, as an inspiration for all the peoples seeking true independence and liberation from the yoke of colonization and hegemony.” U.N. Secretary-General Ban Ki Moon, a man who never met a dictator he couldn’t coddle, expressed how « at this time of national mourning, I offer the support of the United Nations to work alongside the people of the island. » I would never have thought Vladimir Putin of Russia a suckup, but how else to explain hailing Fidel Castro as a « wise and strong person » who was « an inspiring example for all countries and peoples.” Kind of stomach-turning.  But perhaps the most disappointing comment came from Pope Francis who sent a telegram to Raúl Castro: « Upon receiving the sad news of the passing of your beloved brother, the honorable Fidel Castro … I express my sadness to your excellency and all family members of the deceased dignitary … I offer my prayers for his eternal rest.” If there is any spiritual justice in the world the only place Castro will rest is in a warm place in Hell. The Pope, to whom so many millions, including myself, look to for moral guidance, on this occasion can look to the president-elect of the United States for the proper response in the confrontation with evil.  
La réaction de Barack Obama, l’islamo-gauchiste encore présent à la Maison Blanche, au moment de l’annonce du décès de Fidel Castro a été digne d’un disciple de Fidel Castro : prétendre tendre la main au peuple cubain tout en évoquant le statut “historique” d’un abject dictateur est méprisable. Le peuple cubain souffre sous le joug totalitaire depuis près de six décennies et lui tendre la main ne passe pas par l’évocation du statut “historique” du principal responsable de la souffrance subie. La réaction de Donald Trump a été infiniment plus digne, et a été celle d’un vrai Président des Etats Unis. Donald Trump a appelé le dictateur par son nom de dictateur, a rappelé ses multiples crimes, et a dit souhaiter la liberté pour les Cubains. La presse internationale, tout particulièrement en France, a, de manière générale, usé de mots élogieux pour décrire le mort. Elle continue, ce qui n’est pas étonnant. (…) L’ »ouverture” voulue ces dernières années par le pape François, pratiquée par Barack Obama, et, aussi, par le crétin de l’Elysée, est une façon de renflouer les caisses de la dictature, sans que rien n’ait changé aux pratiques de la dictature : c’est donc une assistance à dictature en danger, et un crime supplémentaire contre le peuple cubain. (…) La nostalgie de ceux qui parlent de Fidel le “révolutionnaire” est obscène : mais les gens de gauche sont souvent obscènes et n’ont aucun sens des valeurs éthiques les plus élémentaires. Ils marchent chaque jour sur des millions de cadavres suppliciés. Ils détestent Trump, élu démocratiquement, mais admirent l’assassin Fidel Castro comme ils ont admiré tant d’autres assassins : Lénine, Ho Chi Minh, Arafat, etc. Guy Millière

Et si pour une fois c’était les peuples qui avaient vu juste ?

A l’heure où après les avertissements des peuples qu’ont constitué, coup sur coup et contre tous les pronostics, les résultats du référendum britannique comme du véritable plébiscite de Trump ou de Fillon

Et la confirmation du véritable désastre qu’auront été, entre abandon criminel du Moyen-Orient et campagne aussi insignifiante que futile pour le mariage ou les toilettes pour tous, les politiques complètement déconnectées du réel de nos Obama, Hollande ou Merkel …

Nos donneurs de leçons en rajoutent sur l’incompétence du président-élu américain et, à défaut de pouvoir changer le peuple, appellent des deux côtés de l’Atlantique à contester dans la rue le résultat des urnes  …

Et qu’entre première présentatrice de télévision voilée au Canada et première candidate à l’élection de Miss America en burkini (ou était-ce homosexuelle ?) …

Ou entre deux attaques à la voiture-bélier ou pyromanes de nos chers réfugiés – pardon – loups solitaires auto-radicalisés via les consignes numériques de l’Etat islamique  …

Nos médias et nos élus (à quand après les cours islamiques  anglaises, les cours d’histoire aménagée selon l’origine des élèves ?) continuent à coup de « premières » leur matraquage multiculturaliste …

Devinez qui parmi l’ensemble des dirigeants de la planète …

Contre l’incroyable déni et auto-aveuglement de toute une génération d’élites nourries au petit lait de la mondialisation et de l’identité heureuses …

Et les tomberaux d’hommages qui ont salué la mort d’un des plus notoires dictateurs de la planète  ..

Aura eu le courage – ou le simple bon sens – d’appeler un chat un chat !

Fidel Castro, criminel contre l’humanité
Guy Millière

Dreuz

29 novembre 2016

La réaction de Barack Obama, l’islamo-gauchiste encore présent à la Maison Blanche, au moment de l’annonce du décès de Fidel Castro a été digne d’un disciple de Fidel Castro : prétendre tendre la main au peuple cubain tout en évoquant le statut “historique” d’un abject dictateur est méprisable.

Le peuple cubain souffre sous le joug totalitaire depuis près de six décennies et lui tendre la main ne passe pas par l’évocation du statut “historique” du principal responsable de la souffrance subie. La réaction de Donald Trump a été infiniment plus digne, et a été celle d’un vrai Président des Etats Unis. Donald Trump a appelé le dictateur par son nom de dictateur, a rappelé ses multiples crimes, et a dit souhaiter la liberté pour les Cubains.

La presse internationale, tout particulièrement en France, a, de manière générale, usé de mots élogieux pour décrire le mort. Elle continue, ce qui n’est pas étonnant.

Il faut donc le souligner une fois de plus.

Fidel Castro a été un dictateur féroce, dès son arrivée au pouvoir en 1959. Il s’est emparé de Cuba par la force des armes, y a installé un régime destructeur et barbare à la solde de l’Union Soviétique (et je le souligne : d’emblée à la solde de l’Union Soviétique). Il a fait assassiner des milliers d’opposants, en usant au commencement d’un exécuteur des basses oeuvres cruel et sadique appelé Ernesto Che Guevara, parti ensuite pratiquer le terrorisme en Afrique et en Amérique latine. Il a ravagé une économie qui, avant lui, était prospère, a provoqué une chute vertigineuse du niveau de vie du pays, aboli toutes les libertés, suscité l’exode de centaines de milliers de Cubains vers les Etats-Unis, volé des propriétés immobilières et des entreprises par centaines, transformé l’île en une grande prison.

Il faut le rappeler, Fidel Castro a failli provoquer une guerre mondiale en octobre 1962 quand il a accepté (ce qui était logique puisqu’il était un agent soviétique) l’installation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, missiles braqués vers les Etats Unis en un temps où l’Union Soviétique affichait ses intentions destructrices vis-à-vis de la principale puissance du monde libre. Fidel Castro a demandé explicitement à l’époque à l’Union Soviétique d’utiliser les missiles nucléaires installés à Cuba pour détruire les Etats-Unis. Nikita Khrouchtchev a refusé.

Il faut le rappeler aussi, Fidel Castro est le seul et unique responsable de la rupture de toute relation commerciale ou autre entre Cuba et les Etats-Unis. A l’arrivée de Fidel Castro au pouvoir, les Etats-Unis ont eu une attitude neutre, voire positive, vis-à-vis du nouveau régime : l’antipathie est vite venue, avec les exécutions sommaires, l’instauration de la dictature, la confiscation de toutes les entreprises américaines, la transformation de l’île en base soviétique.

Et il faut le dire : l’absence de toute relation entre Cuba et les Etats-Unis n’a jamais empêché Cuba sous Castro de commercer avec le reste du monde. La ruine économique de Cuba a une cause et une seule : la destruction de l’économie de marché et des structures de production du pays par des criminels sanguinaires, incompétents, vicieux, et méprisants envers l’être humain. Des gens tels qu’Hugo Chavez au Venezuela ou Jean-Luc Mélenchon s’il arrivait au pouvoir en France. Le crétin de l’Elysée, après avoir qualifié (comme Obama) Fidel Castro de grande figure historique, a incriminé l’embargo américain. Il aurait mieux fait d’incriminer les causes de la ruine de Cuba et de demander comme Trump un retour à la liberté à Cuba, mais le crétin en question étant socialiste, ce serait trop lui demander.

Il faut le dire : l’expédition de la Baie des Cochons fut une expédition libératrice qui aurait pu permettre au peuple cubain de retrouver la liberté face à la férocité qui s’abattait déjà sur lui. Elle a échoué à cause de la pusillanimité de John Kennedy, qui a retiré aux forces cubaines libres les moyens logistiques et l’appui qui leur avait été promis, cela au moment même où elles débarquaient. Si John Kennedy n’était pas mort à Dallas en 1963, le monde aurait fini par s’apercevoir qu’il était, outre un obsédé sexuel, un mauvais Président. Les Cubains de Floride se souviennent et savent que les démocrates sont, en général, des traîtres.

Il faut l’ajouter : le discours qui imprègne les grands médias aujourd’hui disant que, sous Battista, Cuba était un lieu de débauche et de prostitution est particulièrement infect. Cuba sous Battista avait un niveau de vie équivalent à celui de l’Italie de l’époque, et La Havane était une ville de casinos où la prostitution existait, une sorte de Las Vegas tropical. Des clubs de vacance existaient, les salaires allaient aux employés. Ces dernières années, quand les frères Castro ont eu besoin d’argent, des clubs de vacance ont ouvert, les salaires sont versés par les entreprises qui ont ouvert les clubs au gouvernement cubain, qui donne une pitance (20 dollars) équivalant à deux pour cent des salaires aux employés cubains utilisés, qui n’ont pas l’autorisation de ramener de la nourriture jetée dans les poubelles des clubs à leurs familles qui crèvent de faim. Les jeunes filles se prostituent pour un prix modique parce qu’elles crèvent de faim elles aussi.

Il faut l’ajouter : Fidel Castro n’a rien apporté au peuple cubain, sinon la souffrance et la mort. La médecine cubaine pour les Cubains est digne de celle du pire pays du tiers-monde (même les médicaments de base tels l’aspirine sont rationnés) tandis que des hôpitaux traitent, pour des sommes élevées de riches clients étrangers, tous les bénéfices allant au régime. Cuba était un pays très alphabétisé avant Castro, la différence est que l’alphabétisation désormais est totalement imprégnée de propagande léniniste monolithique.

L’ »ouverture” voulue ces dernières années par le pape François, pratiquée par Barack Obama, et, aussi, par le crétin de l’Elysée, est une façon de renflouer les caisses de la dictature, sans que rien n’ait changé aux pratiques de la dictature : c’est donc une assistance à dictature en danger, et un crime supplémentaire contre le peuple cubain.

La joie des Cubains de Floride est très logique et pleinement légitime. Les Cubains encore à Cuba ne peuvent exprimer la moindre joie sans risquer d’avoir à le payer cher.

La nostalgie de ceux qui parlent de Fidel le “révolutionnaire” est obscène : mais les gens de gauche sont souvent obscènes et n’ont aucun sens des valeurs éthiques les plus élémentaires. Ils marchent chaque jour sur des millions de cadavres suppliciés. Ils détestent Trump, élu démocratiquement, mais admirent l’assassin Fidel Castro comme ils ont admiré tant d’autres assassins : Lénine, Ho Chi Minh, Arafat, etc.

Que les cendres de Fidel Castro soient destinées à reposer là où se trouve la sépulture de José Marti, qui était un libéral, un démocrate, un défenseur de la liberté de parole, et qui est mort lors de la décolonisation de Cuba, menée grâce aux Etats-Unis en 1895, est une insulte à la mémoire de José Marti, dont Fidel Castro a piétiné l’héritage.

Voir aussi:

 While others fawn, Trump buries Castro with the truth

The death of Fidel Castro was the first foreign policy test for President-elect Donald Trump and he acquitted himself brilliantly.

For anyone who thought that his tough talk was just campaign bluster, witness the incredibly strong statement made about the bloody Cuban strongman:

Today, the world marks the passing of a brutal dictator who oppressed his own people for nearly six decades. Fidel Castro’s legacy is one of firing squads, theft, unimaginable suffering, poverty and the denial of fundamental human rights.

While Cuba remains a totalitarian island, it is my hope that today marks a move away from the horrors endured for too long, and toward a future in which the wonderful Cuban people finally live in the freedom they so richly deserve.

For those of us used to President Barack Obama’s bland, milquetoast amorality on world affairs, and his practiced refusal to condemn evil, Trump’s words are a breath of fresh air and, God willing, portend a new American foreign policy based on the American principles of holding murderers accountable.

Contrast Trump’s words with Obama’s perfection in saying absolutely nothing:

Today, we offer condolences to Fidel Castro’s family, and our thoughts and prayers are with the Cuban people. For nearly six decades, the relationship between the United States and Cuba was marked by discord and profound political disagreements.

During my presidency, we have worked hard to put the past behind us, pursuing a future in which the relationship between our two countries is defined not by our differences but by the many things that we share as neighbors and friends — bonds of family, culture, commerce, and common humanity.

This neutral nonsense betrays a cowardly refusal to condemn Castro as a tyrant. Most memorable is President Obama’s unique ability to make Castro’s death about himself and his own presidency.

Perhaps President Obama forgot that he is leader of the free world and could have used the death of a dictator to say something about the importance of human liberty and human rights. But why, after eight years of Obama cozying up to Erdogan of Turkey and, worse, Ayatollah Khameini of Iran, should we expect anything else?

Indeed, his Secretary of State John Kerry, whose tenure has been distinguished by near-total capitulation to Iran, the world’s foremost state sponsor of terrorism, said of Castro: « We extend our condolences to the Cuban people today as they mourn the passing of Fidel Castro … He played an outsized role in their lives, and he influenced the direction of regional, even global affairs.”

I’d be outraged if I were not already asleep.

I have long said that President Obama’s greatest failure as a leader is his refusal to hate and condemn evil. Could there be any greater confirmation than this, and just six weeks before he leaves office?

But while Trump distinguished himself as a leader prepared to bravely express his hatred of evil, virtually every other world leader followed President Obama instead, disgracing themselves to various degrees. I put them in three categories: brownnosers, appeasers, and suckups.

Taking the pole position of brown-noser-in-chief is Canadian Prime Minister Justin Trudeau. His obsequiousness to the murderous Castro was so great that it read like parody:

“Fidel Castro was a larger than life leader who served his people for almost half a century.” Trudeau added that Castro was “Cuba’s longest serving President.”

Notice that Castro “served” rather than ruled, and that he was “President” and not « dictator.”

But Trudeau’s just getting started.

“While a controversial figure, both Mr. Castro’s supporters and detractors recognized his tremendous dedication and love for the Cuban people who had a deep and lasting affection for ‘el Comandante…” He continued. Castro was “a legendary revolutionary and orator” and that his death at 90 had brought him “deep sorrow.”

Here you have the leader of one of the Western world’s greatest democracies saying that an autocrat who murdered his people and ruled over them with an iron fist was loved by them.

As an American who loves Canada and has the privilege of hosting a national TV show there, “Divine Intervention,” I am embarrassed for the good people of Canada.

Trudeau’s revolting comments were rightly exposed by Senator Marco Rubio as “shameful and embarrassing,” and by Senator Ted Cruz as “slobbering adulation.”

Then there are the appeasers, those world leaders with no backbone, and who have probably set their sights on their countries opening up a beach resort in Cuba, or who will use Castro’s crimes to cover up their own.

Bashar Assad of Syria, a man better known for gassing Arab children than writing eloquent eulogies said, “The name Fidel Castro will remain etched in the minds of all generations, as an inspiration for all the peoples seeking true independence and liberation from the yoke of colonization and hegemony.”

U.N. Secretary-General Ban Ki Moon, a man who never met a dictator he couldn’t coddle, expressed how « at this time of national mourning, I offer the support of the United Nations to work alongside the people of the island. »

I would never have thought Vladimir Putin of Russia a suckup, but how else to explain hailing Fidel Castro as a « wise and strong person » who was « an inspiring example for all countries and peoples.” Kind of stomach-turning.

But perhaps the most disappointing comment came from Pope Francis who sent a telegram to Raúl Castro: « Upon receiving the sad news of the passing of your beloved brother, the honorable Fidel Castro … I express my sadness to your excellency and all family members of the deceased dignitary … I offer my prayers for his eternal rest.”

If there is any spiritual justice in the world the only place Castro will rest is in a warm place in Hell.

The Pope, to whom so many millions, including myself, look to for moral guidance, on this occasion can look to the president-elect of the United States for the proper response in the confrontation with evil.

Boteach, “America’s Rabbi,” whom the Washington Post calls “the most famous Rabbi in America,” is founder of The World Values Network and is the international best-selling author of 31 books, including “The Israel Warrior,” which has just been published. Follow him on Twitter @RabbiShmuley.

Voir encore:

Fidel Castro: A Litmus Test Of American Political Thinking

Paul Roderick Gregory

Miami residents celebrate the death of Fidel Castro on November 26, 2016 in Miami, Florida. Cuba’s current President and younger brother of Fidel, Raul Castro, announced in a brief TV appearance that Fidel Castro had died at 22:29 hours on November 25 aged 90. (Gustavo Caballero/Getty Images)

Fidel Castro is dead at age 90. In power for more than a half century, his regime ruled the last planned socialist economy. (Unless we include quirky North Korea). In 1957, when Castro launched his Cuban revolution, Cuban GDP per capita equaled the Latin American average. On the day of Fidel’s death, it has fallen to less than half that average.  Over the fifty years of Castro’s communist rule, Cuba went from being among the more prosperous countries of Latin America to being among its poorest. When Fidel marched victoriously into Havana, it had fifty-eight national newspapers. Now it has six, all published by the Cuban communist party and its affiliates.

When Communism fell in the Soviet Union and Eastern Europe, advocates of Communism throughout the world shrugged. They argued that the Communist system is sound. The problem is that Communist countries have had the wrong leaders. Communist true believers, the world over, had to put their faith in Fidel and to hope that his example would spread Communism beyond Cuba’s shores – to countries like Venezuela and Nicaragua. Communist true believers looked at Fidel’s Cuba and praised its health-care and education systems, its income equality, and the fact that Cuba survived the U.S. embargo. They ignored the fact the Fidel remained in power thanks to repression of political opponents, his willingness to lose his most ambitious citizens as boat people to the US, and cheap oil as a client state of the USSR and then Venezuela.

Two decades back, only ten percent of Americans viewed Cuba favorably. On the day of Fidel’s death, more than half of Americans have a positive view of Cuba. The party divide is enormous: Three quarters of Democrats and one third of Republicans hold positive views of Cuba. In the 1960s, the New Left, with its ubiquitous Che posters, was enraptured by Castro and the Cuban model. More recent assessments by socialists fret that Cuba is not striving for a true form of socialism.

The American Left views Fidel as a veteran, battle-scarred in his battle against a US imperialism, bent on Cuba’s destruction. Despite all these obstacles, as stated by Bernie Sanders in 1985, people “forget that Castro educated their kids, gave their kids healthcare, and totally transformed society” in a “revolution of values.” The American Right sees Fidel’s Cuba as an oppressive one-party state that permits no dissent. It is managed by a regime that has run the economy into the ground, despite accomplishments in education and health care. Equality in Cuba means an equal right to poverty.

An oppressive dictator who imprisons opponents and forces his best-and-brightest to flee or a heroic leader thumbing his nose in the face of the global hegemon while providing his people with education and health, one thing is clear:  The Castro planned socialist economy has doomed the Cuban people to lives of poverty. If Cuba had simply matched the lackluster performance of Latin America, the Cuban people would have double the living standard they have today.

The rise in favorable American opinion about Cuba, especially among Democrats, reflects the leftward tilt of their thinking, and a naïve belief, as expressed by the Sanders campaign, that Democratic Socialism is possible. If so, let them give one real-world example, and not the phony Scandinavian model. Fidel knew otherwise and did not tinker with democracy, and he died in power. Gorbachev did not, and he was unceremoniously dumped from power. I imagine Raul Castro is aware of these facts.

Voir également:

The death of Fidel Castro is the perfect Rorschach test for our times.

Ryu Spaeth

The New Republic

November 26, 2016

What you thought of Castro, who died at the age of 90 on Friday, has always been a reflection of your politics, your nationality, and your age. He was a hero of the revolutionary left in Latin America, proving that a ragtag band of guerrillas could overthrow the Western Hemisphere’s hegemon. He was a communist stooge to the American officials who repeatedly tried to kill him, presiding over an outpost of the Soviet Union just off the coast of Florida. To Cubans themselves he was a dictator who impoverished the country, jailed and killed thousands of dissidents, and stripped citizens of their basic rights. And to those who came of age in the post-Cold War era, he was simultaneously a retro figure on a T-shirt and a cranky old man in an Adidas tracksuit.

The disintegration of the post-Cold War order—culminating in Brexit in Great Britain and the election of Donald Trump in the United States—has been mirrored in the chaotic response to Castro’s death. Jeremy Corbyn, the leader of Britain’s Labour Party, hailed Castro as a “champion of social justice,” which is decidedly more sympathetic than anything Tony Blair might have said. Paeans have poured in from predictable quarters (Brazil’s Dilma Rousseff, herself a one-time revolutionary) and those less so (Canada’s Justin Trudeau, the scion of a former prime minister). In the United States, a Democratic president who ushered in a new relationship with Cuba largely based on free market liberalization is being succeeded by a Republican businessman who has threatened to roll back this progress for a “better deal.”

What Trump and Cuban President Raul Castro plan to do now is the ultimate question hanging over Cuba in the wake of Fidel’s death. So far, Trump has indicated nothing more than that he is aware of the news, which we can all agree, even in these divided times, is a good start.

Voir encore:

Drieu Godefridi
Dreuz Info
24 novembre 2016
Le 8 novembre 2016 est une date historique. Elle marque l’accession prochaine à la présidence des Etats-Unis d’un homme, Donald J. Trump, qui, après le Brexit, incarne le surgissement sur la scène politique et culturelle occidentale d’une force nouvelle : les classes moyennes.

Ne sont-ce pas les classes moyennes qui, par définition, dominent la scène depuis les Trente Glorieuses ? Certes, mais la spécificité de la situation actuelle est que ces « gens ordinaires » que désigne le sociologue canadien Mathieu Bock-Côté se comportent désormais de façon politiquement cohérente. Avec une solidarité, une conscience de classe, comme disent les marxistes. Bref, elles votent en masse et en tant que telles.

« La démocratie est lente », constatait le communiste espagnol Denis Fernandez Récatala. De la survenance d’un problème à sa résolution par le mode démocratique — appropriation de la problématique par un parti, accession de ce parti au pouvoir, mise en œuvre d’une politique — s’écoulent souvent de longues années. Particulièrement lorsque le diagnostic est lui-même disputé.

Toutefois, certaines réalités économiques et culturelles sont devenues si prégnantes qu’elles ne peuvent plus être niées. Je soutiens que la révolte des classes moyennes occidentales est le fruit de la détérioration de ses conditions d’existence, dont les motifs sont similaires des deux côtés de l’Atlantique.

La taxation, dans nos pays, est confiscatoire. Depuis 1945, la part de richesse prélevée par l’Etat n’a cessé de croître. Même s’ils ignorent l’aphorisme de Frédéric Bastiat selon lequel « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde », les citoyens « sentent » que le système tourne à leurs dépens. Que l’Etat, pour octroyer telle prime, tel encouragement ou service, perçoit un impôt plus lourd que ne le serait le prix du service sans son intervention, car il doit rémunérer une pléthore d’agents, de partenaires et de clientèles. Cette réalité est d’autant moins tolérée qu’elle s’inscrit dans le contexte d’un « capitalisme de connivence » qui compense, avec l’argent des contribuables, et à coup de dizaines de milliards, les pertes abyssales d’un secteur financier dont les bénéfices sont privés.

Ayant payé son écot — de 50 à 65% de ses revenus, dans la plupart de nos pays — le citoyen dispose d’un capital résiduel. Ce capital, en principe il en use à sa guise, car nos régimes restent fondés sur le principe de l’autonomie de la volonté. Mais seulement en théorie. Car, à chaque instant le citoyen doit louvoyer et se glisser sous les clôtures électrifiées de normes toujours plus nombreuses. La gauche culturelle a longtemps soutenu, jusqu’à nos jours, que nous évoluons dans un univers capitaliste « dérégulé », dont la généalogie remonterait au règne de M. Reagan et de Mme Thatcher. Rien n’est plus faux. Que l’on regarde les chiffres de la production législative et réglementaire — disons normative — dans les pays européens et aux Etats-Unis, et l’on verra qu’aucun individu dans l’histoire de l’humanité ne s’est trouvé aussi étroitement sanglé de normes. L’Occidental est tel un Gulliver auquel on donne la liberté en titre, mais que l’on paralyse par mille liens. Ce n’est pas le lieu de produire des chiffres — je le ferai dans une étude comparative et historique à paraître — contentons-nous de relever que la France produit autant de normes chaque année que durant les cinq cent années qui vont du 13e siècle de Saint-Louis à la révolution de 1789. À ce formidable magma normatif en croissance exponentielle, vient encore s’agglutiner l’épaisse gangue des régulations que sécrètent les institutions européennes. Outre son caractère anti-économique, cette prolifération normative contraint, force et entrave les citoyens jusque dans les détails infimes et intimes de leur vie quotidienne.

La fiscalité et l’hyperinflation normative s’aggravent de la dégradation urbaine et scolaire. L’immigration massive ayant été érigée en dogme moral et en nécessité économique, les classes moyennes occidentales ont vu surgir au sein de leurs villes, de leurs quartiers et de leurs écoles, parfois jusqu’à les dominer, des populations dont la culture est certes respectable mais, dans le cas de l’islam, radicalement distincte de la leur, dans son rapport aux femmes, à la liberté de conscience, à la démocratie. Cette immigration, dans la réalité des faits, n’est pas choisie, mais subie. Quand, après trente années de ce régime migratoire, les mêmes « gens ordinaires » constatent que des candidats à la migration se pressent toujours plus nombreux à leurs frontières, ils se posent légitimement la question de la perpétuation de leur mode de vie. Comment s’étonner que le dogme de l’immigration anarchique soit rejeté ? Cela indépendamment de la question du terrorisme (alors qu’il est par exemple établi que dix des douze auteurs des effroyables attentats de Paris, le 13 novembre 2015, se sont inflitrés en Europe comme migrants, cfr. Le Figaro, 12 novembre 2016).

Pour compléter la tableau, relevons la guerre culturelle qui est menée aux classes moyennes, sur la seule foi du sexe et de la couleur de la peau. Examinons les deux aspects de ce Kulturkampf.

D’abord, la théorie du genre, selon laquelle la distinction des sexes masculin et féminin est une invention culturelle (Judith Butler, Anne Fausto-Sterling). Au nom de cette idéologie, dans l’infini chatoiement de ses variétés académiques et médiatiques, des minorités sexuelles en sont venues à exiger l’éradication de la référence à l’hétérosexualité, vécue comme oppressive et stigmatisante. La revendication est de brouiller les genres, en les multipliant à l’infini, et de quitter la notion — statistiquement incontestable — de « normalité » hétérosexuelle. D’où ces polémiques, souvent émaillées de violences, pour décider de la question de savoir si les « queer » et transgenres peuvent, ou pas, accéder aux vestiaires sportifs, scolaires et toilettes de leur sexe biologique, ou de leur sexe choisi, ou les deux, et comment vérifier ? Des parents se posent légitimement la question de savoir si leur petite fille de six ou sept ans risque de croiser dans les toilettes une « femme » de 45 ans avec ce que l’on appelait autrefois un sexe masculin entre les jambes. Se fédère à ces polémiques l’hostilité de principe témoignée au garçon hétérosexuel, institué en dépositaire de la sexualité « du passé », ce qui justifie qu’il soit rééduqué dès la plus tendre enfance — à l’école —, discriminé lors de son entrée éventuelle à l’université, et que le moindre de ses gestes et paroles soit justiciable des tribunaux. Cette guerre du genre est menée avec autant d’âpreté que d’efficacité : la grande majorité des diplômés de l’enseignement supérieur américain et européen sont des femmes, et la réalité biologique de la binarité sexuelle est battue en brèche jusque dans nos textes de loi (Convention d’Istanbul, Conseil de l’Europe, 2011).

Vient enfin la résurgence du racisme. D’abord, il y eut le discours anti-raciste, réprouvant le rejet d’une personne sur la seule foi de sa race. L’écrasante majorité des Occidentaux ont acquiescé à ce discours. Toutefois une rhétorique subtile s’est enclenchée, particulièrement dans des pays comme les Etats-Unis et la France, jusqu’à permettre, puis encourager, la mise en accusation des populations blanches. Ainsi des « safe spaces » se sont-ils multipliés sur les campus américains, c’est-à-dire des espaces réservés aux minorités, pour leur permettre de se soustraire à la présence réputée suffocante des Américains « caucasiens ». Dit autrement, les étudiants blancs se voient refuser l’accès de certaines zones du campus sur la seule foi de la couleur de leur peau. Paradoxal retournement d’un discours anti-raciste qui en vient à légitimer, souvent par la violence, des pratiques racialistes au sens strict. Ainsi du discours sur le « white privilege », soit l’idée qu’un Américain blanc est privilégié du seul fait de la couleur de sa peau, quels que soient ses origines et milieu social, et que la loi doit donc discriminer en sa défaveur, toujours sur la seule foi de la couleur de sa peau. Considérons ce répertoire de journalistes récemment créé sous l’égide du gouvernement francophone belge, dont l’objet est d’inclure d’une part les femmes, d’autre part les « hommes et femmes issus de la diversité », ce qui exclut qui ? Les hommes blancs, avec pour seul critère la couleur de leur peau. Racisme, vous avez dit proto-fascisme ? Qui ne voit que ces discours et pratiques reposent sur les notions de responsabilité raciale collective, et de responsabilité à travers les âges, soit très exactement les concepts qui ont, de tout temps, fondé l’antisémitisme, comme Sartre l’a montré dans ses Réflexions sur la question juive ? Ce racisme au nom de l’anti-racisme, les classes moyennes occidentales n’y consentent plus.

Il est à noter que cette guerre sexuelle et racialiste menace les gens ordinaires, non seulement dans leurs conditions d’existence (impôt, normes, quartiers), mais dans leur être naturel (sexe, couleur de la peau). Qu’un rejet radical — une révolution, selon Stephen Bannon, éminence grise du nouveau président américain — se dessine, est-ce surprenant ?

Tels sont les facteurs dont la conjugaison explique, selon moi, à la fois la détérioration des conditions de vie des classes moyennes occidentales, et leur révolte politique.

Voir de même:

The End of Identity Liberalism
Mark Lillanov
The New York Times
Nov. 18, 2016

It is a truism that America has become a more diverse country. It is also a beautiful thing to watch. Visitors from other countries, particularly those having trouble incorporating different ethnic groups and faiths, are amazed that we manage to pull it off. Not perfectly, of course, but certainly better than any European or Asian nation today. It’s an extraordinary success story.

But how should this diversity shape our politics? The standard liberal answer for nearly a generation now has been that we should become aware of and “celebrate” our differences. Which is a splendid principle of moral pedagogy — but disastrous as a foundation for democratic politics in our ideological age. In recent years American liberalism has slipped into a kind of moral panic about racial, gender and sexual identity that has distorted liberalism’s message and prevented it from becoming a unifying force capable of governing.

One of the many lessons of the recent presidential election campaign and its repugnant outcome is that the age of identity liberalism must be brought to an end. Hillary Clinton was at her best and most uplifting when she spoke about American interests in world affairs and how they relate to our understanding of democracy. But when it came to life at home, she tended on the campaign trail to lose that large vision and slip into the rhetoric of diversity, calling out explicitly to African-American, Latino, L.G.B.T. and women voters at every stop. This was a strategic mistake. If you are going to mention groups in America, you had better mention all of them. If you don’t, those left out will notice and feel excluded. Which, as the data show, was exactly what happened with the white working class and those with strong religious convictions. Fully two-thirds of white voters without college degrees voted for Donald Trump, as did over 80 percent of white evangelicals.

The moral energy surrounding identity has, of course, had many good effects. Affirmative action has reshaped and improved corporate life. Black Lives Matter has delivered a wake-up call to every American with a conscience. Hollywood’s efforts to normalize homosexuality in our popular culture helped to normalize it in American families and public life.

Have you changed anything in your daily life since the election? For example, have you tried to understand opposing points of view, donated to a group, or contacted your member of Congress? Your answer may be included in a follow up post.

But the fixation on diversity in our schools and in the press has produced a generation of liberals and progressives narcissistically unaware of conditions outside their self-defined groups, and indifferent to the task of reaching out to Americans in every walk of life. At a very young age our children are being encouraged to talk about their individual identities, even before they have them. By the time they reach college many assume that diversity discourse exhausts political discourse, and have shockingly little to say about such perennial questions as class, war, the economy and the common good. In large part this is because of high school history curriculums, which anachronistically project the identity politics of today back onto the past, creating a distorted picture of the major forces and individuals that shaped our country. (The achievements of women’s rights movements, for instance, were real and important, but you cannot understand them if you do not first understand the founding fathers’ achievement in establishing a system of government based on the guarantee of rights.)

When young people arrive at college they are encouraged to keep this focus on themselves by student groups, faculty members and also administrators whose full-time job is to deal with — and heighten the significance of — “diversity issues.” Fox News and other conservative media outlets make great sport of mocking the “campus craziness” that surrounds such issues, and more often than not they are right to. Which only plays into the hands of populist demagogues who want to delegitimize learning in the eyes of those who have never set foot on a campus. How to explain to the average voter the supposed moral urgency of giving college students the right to choose the designated gender pronouns to be used when addressing them? How not to laugh along with those voters at the story of a University of Michigan prankster who wrote in “His Majesty”?

This campus-diversity consciousness has over the years filtered into the liberal media, and not subtly. Affirmative action for women and minorities at America’s newspapers and broadcasters has been an extraordinary social achievement — and has even changed, quite literally, the face of right-wing media, as journalists like Megyn Kelly and Laura Ingraham have gained prominence. But it also appears to have encouraged the assumption, especially among younger journalists and editors, that simply by focusing on identity they have done their jobs.

Recently I performed a little experiment during a sabbatical in France: For a full year I read only European publications, not American ones. My thought was to try seeing the world as European readers did. But it was far more instructive to return home and realize how the lens of identity has transformed American reporting in recent years. How often, for example, the laziest story in American journalism — about the “first X to do Y” — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. No major news outlet in Europe would think of adopting such a focus.

But it is at the level of electoral politics that identity liberalism has failed most spectacularly, as we have just seen. National politics in healthy periods is not about “difference,” it is about commonality. And it will be dominated by whoever best captures Americans’ imaginations about our shared destiny. Ronald Reagan did that very skillfully, whatever one may think of his vision. So did Bill Clinton, who took a page from Reagan’s playbook. He seized the Democratic Party away from its identity-conscious wing, concentrated his energies on domestic programs that would benefit everyone (like national health insurance) and defined America’s role in the post-1989 world. By remaining in office for two terms, he was then able to accomplish much for different groups in the Democratic coalition. Identity politics, by contrast, is largely expressive, not persuasive. Which is why it never wins elections — but can lose them.

The media’s newfound, almost anthropological, interest in the angry white male reveals as much about the state of our liberalism as it does about this much maligned, and previously ignored, figure. A convenient liberal interpretation of the recent presidential election would have it that Mr. Trump won in large part because he managed to transform economic disadvantage into racial rage — the “whitelash” thesis. This is convenient because it sanctions a conviction of moral superiority and allows liberals to ignore what those voters said were their overriding concerns. It also encourages the fantasy that the Republican right is doomed to demographic extinction in the long run — which means liberals have only to wait for the country to fall into their laps. The surprisingly high percentage of the Latino vote that went to Mr. Trump should remind us that the longer ethnic groups are here in this country, the more politically diverse they become.

Finally, the whitelash thesis is convenient because it absolves liberals of not recognizing how their own obsession with diversity has encouraged white, rural, religious Americans to think of themselves as a disadvantaged group whose identity is being threatened or ignored. Such people are not actually reacting against the reality of our diverse America (they tend, after all, to live in homogeneous areas of the country). But they are reacting against the omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by “political correctness.” Liberals should bear in mind that the first identity movement in American politics was the Ku Klux Klan, which still exists. Those who play the identity game should be prepared to lose it.

We need a post-identity liberalism, and it should draw from the past successes of pre-identity liberalism. Such a liberalism would concentrate on widening its base by appealing to Americans as Americans and emphasizing the issues that affect a vast majority of them. It would speak to the nation as a nation of citizens who are in this together and must help one another. As for narrower issues that are highly charged symbolically and can drive potential allies away, especially those touching on sexuality and religion, such a liberalism would work quietly, sensitively and with a proper sense of scale. (To paraphrase Bernie Sanders, America is sick and tired of hearing about liberals’ damn bathrooms.)

Teachers committed to such a liberalism would refocus attention on their main political responsibility in a democracy: to form committed citizens aware of their system of government and the major forces and events in our history. A post-identity liberalism would also emphasize that democracy is not only about rights; it also confers duties on its citizens, such as the duties to keep informed and vote. A post-identity liberal press would begin educating itself about parts of the country that have been ignored, and about what matters there, especially religion. And it would take seriously its responsibility to educate Americans about the major forces shaping world politics, especially their historical dimension.

Some years ago I was invited to a union convention in Florida to speak on a panel about Franklin D. Roosevelt’s famous Four Freedoms speech of 1941. The hall was full of representatives from local chapters — men, women, blacks, whites, Latinos. We began by singing the national anthem, and then sat down to listen to a recording of Roosevelt’s speech. As I looked out into the crowd, and saw the array of different faces, I was struck by how focused they were on what they shared. And listening to Roosevelt’s stirring voice as he invoked the freedom of speech, the freedom of worship, the freedom from want and the freedom from fear — freedoms that Roosevelt demanded for “everyone in the world” — I was reminded of what the real foundations of modern American liberalism are.

Mark Lilla, a professor of the humanities at Columbia and a visiting scholar at the Russell Sage Foundation, is the author, most recently, of “The Shipwrecked Mind: On Political Reaction.”

Voir de plus:

An End of Identity Liberalism?
Kevin D. Williamson
The National review
November 27, 2016
Don’t count on it.
The New York Times, like Walt Whitman, contains multitudes and necessarily contradicts itself. In the Sunday edition there is an intelligent essay by Mark Lilla titled “The End of Identity Liberalism.” In the Times magazine is an essay by Alexander Fury asking “Can a Corset Be Feminist?” Lilla argues that the tiresomely omphaloskeptic identity politics of the contemporary Left is counterproductive, standing in the way of a genuine liberalism of principle and cosmopolitan broad-mindedness. He writes: “How often, for example, the laziest story in American journalism — about the ‘first X to do Y’ — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. No major news outlet in Europe would think of adopting such a focus.” If we were feeling generous, we could overlook the fact that such sterling progressives as Jonathan Chait began to question the value of identity politics right around the time that “Shut up, white man!” came to be accepted as an all-purpose response to columns by Jonathan Chait. Lilla’s understandably Europhilic column does not grapple with the demographic facts — that Switzerland is full of Swiss people and Mississippi isn’t — but his prescription for liberal reform is the right one, one that certainly would please conservatives even if it made no impression on the Left, which does not have very many liberals anymore. A liberal education system, Lilla writes, would acquaint students with the structures and dynamics of American government and prepare them for the duties of citizenship. A liberal press would take more than an “anthropological interest in the angry white male” and “would begin educating itself about parts of the country that have been ignored, and about what matters there, especially religion.” (Learning the elementary facts about firearms would be something, too.)
The most interesting and insightful part of Lilla’s essay is his argument that the right-leaning rural and small-town Americans are not in fact revolting against the fact of American diversity but against the “omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by ‘political correctness.’” That is exactly right. He ends with a salute to Franklin Roosevelt’s “Four Freedoms,” without getting into the messy fact that the Democratic party has declared open war on two of them — freedom of speech and freedom of worship — with Harry Reid’s Senate caucus having gone so far as to vote for repealing the First Amendment. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? How different is Alexander Fury’s essay on the corset, by comparison. Fury’s piece is the usual exercise in progressive moral panic: How should the right sort of people feel about corsets? (Kale? Juice cleanses? Whole Foods? Tesla automobiles?) The corset, Fury says, is not just another article of clothing, and one can feel a dreadful premonition of the abuse of the word “literally” before Fury gets around to writing it: “As opposed to merely transforming our perceptions of the figure, as with the padding and extensions of 18th-century pannier skirts, or the 19th-century bustle, the corset acted — and still acts — directly on the form, kneading and shifting flesh to literally carve out a new body for its wearer, no situps required.” We are all good liberals here, but I am confident that literally carving the human body remains a crime, even in New York. RELATED: Identity Politics Are Ripping Us Apart Fury’s version of things is the opposite of Lilla’s tolerant liberalism: To be the right sort of people, we must be feminists, and to be feminists, we must have opinions on . . . everything, and assign to the entirety of the universe moral gradations based upon the feminist position that all of the right sort of people must assume. Fury ultimately comes down as a corset libertarian: “A woman wearing a corset today is a symbol of empowerment, of sexual freedom, of control. She’s the one holding the laces, the one constructing her own femininity.” But the problem is less the answer than the question, and the question-begging — the identification of feminism with virtue and the hunt for heresy. More P.C. Culture Football and Fallacies Enemies of Language If You Need a Hotline to Handle Thanksgiving, Then You Actually Need to Get Over Yourself Lilla’s plea is probably doomed to fall upon deaf ears — or ears that are at the very least not listening. There is almost nothing that people enjoy so much as talking about themselves and all of the splendid ways in which they and their experiences are utterly unique, and it is very difficult to listen to others while talking about one’s self. Sir Richard Francis Burton wasn’t entirely wrong to conclude that “man never worshipped anything but himself.” But if progressives will not heed principle, then maybe they will heed arithmetic. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? President-elect Trump might have some thoughts on that. — Kevin D. Williamson is the roving correspondent for National Review.

Voir encore:

After Globalism and Identity Politics
Joshua Mitchell
Providence
August 29, 2016

Since the end of the Cold War, America has been mesmerized by two ideas that have given hazy coherence to the post-1989 world: “globalism” and “identity politics.” Formidable political movements in America and in Europe, still raucous and unrefined, now reject both ideas. Political and intellectual elites dismiss these movements because they believe the post-1989 world as they have understood it is still intact, and that no thoughtful person could think otherwise. Hence, the only-dumb-white-people-vote-for-Trump trope.

The “globalization” idea has expressions on both the Left and Right: on the Left, the emphasis has been on so-called “global norms” and culture; on the Right, the emphasis has been on so-called “free-trade” and democracy promotion through military means. Both sides believe in the inevitability of their idea of globalization. We live, however, in a world of states. In that world, the movement of cultural information and material goods has not been free-flowing, and really can never be. Regulatory agencies within the state, often captured by corporations who by virtue of economies of scale can afford large back-office compliance staff, determine what comes in and what stays out. NAFTA is hundreds of pages long. TPP is thousands of pages long. The real beneficiaries of these arrangements are state regulators and large corporations. They will always be in favor of so-called “free trade.” They both gain; but American workers generally do not. Consumers get cheaper goods, but a chasm opens up between those who are in on the game and those who are not. Standards of living fall for all but the few. Government grows. Corporations get rich. What happens to everybody else?

“Globalization” suggests a world where states matter little. If states matter little, then citizenship matters little. To assist in this diminishment of the importance of the state, we have become enthralled by the idea that we are not citizens who have been encultured into a certain set of practices and traditions that we hold dear because we are legal members of a state in which we find our home. Rather, we are bearers of this or that “identity,” which is the only really important thing about us. With this idea, the purpose of the state shifts from mediating the interests of lawful citizens (with a view to defending liberty and property) to disseminating resources based on what you deserve because of your “identity.” The “aggrieved” person is not an active citizen, encouraged to build a common world with his or her neighbors, but a passive victim who is to receive assistance from the state. The real debt of money does not matter, for the U.S. Government can go deeper into debt without cost. All that matters is that educators and politicians continue to chant about the debt you are owed because of your “identity.” In exchange, you, the identity-bearing citizen, must continue to chant about “global norms” and “free trade” that elites promise will redound to the benefit of all. And if it doesn’t, all is not lost, because even if the crony-capitalists and state regulators don’t do anything but line their own pockets, you will at least get the satisfaction that you are owed something because of your victim-status. They, who are getting rich while you are getting poor, tell you so. Indeed, the price of admission to their world, is that you should continue to be mesmerized by “globalization” and “identity politics.” Here, parenthetically, is the corruption at the heart of the American University, without which this configuration of ideas could not have come to prevail in the post-1989 world.

The upcoming Presidential campaign is about many things, not least the persons of Donald Trump and Hillary Clinton. In the midst of a world that longs for perfection, we find ourselves with two human-all-too-human candidates.

Beyond the lure or abhorrence of their character is the singular question: will the next Administration double-down on the mesmerizing configuration of “globalization” and “identity politics,” and in the process fortify the crony-capitalist class and those who think they profit from identity politics? Hillary Clinton and The Clinton Foundation are ground-zero for this configuration. Donald Trump opposes that configuration, on a good day gives inchoate expression of a genuine alternative, on a bad day blunders horribly, and will probably lose the upcoming national election.

The outlines of a genuine alternative involve the following correlated ideas, some of which have been clearly formulated in Trump’s campaign, while others have been lurking in it or are merely encouraged by it:

Because States are territories within which specific laws are enforced, borders matter. Borders mark where one set of laws begins and another set of laws ends. Tender-hearted sentiments about “universal humanity” cannot overrule this consideration. If mercy is shown, it is as an exception to generally-binding law, and not a repudiation of it. Borders matter.

Because the laws of States work only when people are acculturated to them and adopt them as their own, legal immigration of people from cultures not accustomed to the laws of the State and their practical foundation must proceed slowly, and with the understanding that it takes several generations to acculturate them. Immigration policy matters.
Because we live in a world of States, there will always be war. Therefore we must firmly establish who our allies are, and what we will do to defend them. In keeping with a somber view of the world, we cannot be driven by the dreamy ideals of universal world-around democracy in choosing our allies. Foreign policy is for the purpose of defending our own nation, not spending blood and treasure trying to persuade other nations to imitate our laws and ways. National interests, not so-called universal interests, matter.

Because the United States is composed of immigrants, admission into the Middle Class, made possible by robust economic growth, must be among the highest domestic priorities. Crony-capitalism diminishes growth by pre-determining permanent winners and permanent losers. So-called “free trade” agreements that benefit crony-capitalists eventually slow growth. Also slowing growth is the ever-increasing state regulation of nearly every aspect of daily life, which purports to protect us from harm. What good is such protection, however, when citizens cease to believe that they are responsible for themselves, their families, and their neighbors; and when the very spirit of entrepreneurship is undermined by it? The spirit of entrepreneurship, not just state-sponsored “care” of docile citizens, matters.

Because the sway of lobbyists in national politics grows in proportion to the growth of the federal government, the distorting power of lobbyists cannot be curtailed until the Constitutional limits on the federal government, established by the Founding Fathers, are observed anew. The federal government was set up to adjudicate certain issues, but not others. Those other issues—issues pertaining to the daily life of citizens—were to be adjudicated by state and local governments. When the purview of the federal government is extended beyond its original bounds, it becomes dysfunctional, and the power of the Executive and the Courts extends to compensate. This invites the tyranny of the Executive. The greater danger is not the person holding the Presidential office at any given time; the greater danger is the nature of the Executive office when the federal government grows disproportionally. Federalism and the decentralization of power matters.

Because “identity politics” undermines the idea of citizens who must engage one-another based not on their identity, but on “the content of their character” as Martin Luther King famously said, the politically correct speech that destroys citizenship and the possibility of any common accord about what personal and national greatness may involve must be roundly repudiated. PC speech is corrosive to the soul of America. It is humorless; it reduces all real “differences” to highly contrived, orchestrated, and controlled categories, the cost of straying from which is ostracism or worse. The Salem witch trials of 1692-93 have nothing on us today. America: ever involved in casting out the impure and the doubting. If you are African-American, please don’t mention that you believe in God and go to Church; identity politics allows no room for Christianity—though it bows before an imagined purity of Islam. Women? You may have apprehensions about how the proliferation of gender “identities” bears on your unique struggle to balance and to make sense of the conflicting demands of family and professional life. You, however, must say nothing. Every imagined gender identity is to be equally respected. You thought you were special, but you are not. We live in a world where all things are possible. Anyone who speaks of limits, of constraints, is “phobic” in one way or another. The bourgeois spirit that built America, the interest in making lots of money, in being “successful,” in taking risks—above all the strength of soul necessary to face failure and come back from it, stronger—these are held in contempt. No one dares speak up in a PC world. Feelings might be hurt; people may feel “uncomfortable.” Trigger warnings and “safe spaces” occupy our attention. The task in the highly choreographed world of “identity politics” is not to toughen up but to domesticate. No fights. No insults to which we respond with strength and self-assurance and overweening confidence. Indeed, with laughter! Everywhere: protections made possible by The Great Protector—the State—for by ourselves we cannot rise to the occasion. Greatness matters; if we are to have it, personally and as a country, we must cast off PC speech that in “protecting” us from suffering causes us to be its victim in perpetuity.

On each of these issues—borders, immigration, national interest, the spirit of entrepreneurship, federalism, and PC speech—Hillary Clinton responds with “globalization-and-identity-politics-SPEAK,” the language that has given us a world that is now exhausted, stale, and unredeemable. It is against this sort of world that citizens are revolting. And not just in the United States, but in Europe and Britain as well. The ideas of “globalization” and “identity politics” that mesmerized us in the aftermath of the Cold War now belong in the dust-bin of history. The question, bigger than the question of the personalities of Hillary Clinton and Donald Trump, is whether we will have one more Administration that authorizes them and tries to solve our problems through their lens.

Joshua Mitchell is a Professor of Government at Georgetown University. His most recent book is Tocqueville in Arabia: Dilemmas in a Democratic Age.

Voir de plus:

« Entre globalisés et passéistes, le match reste nul »

L’utopie d’un retour au passé et aux nations fortes des partisans de Donald Trump est aussi obsolète que celle de la mondialisation, estime le philosophe Bruno Latour.

Bruno Latour (Philosophe)

Le Monde

12.11.2016

La tragique élection de Trump a l’avantage de clarifier la situation politique d’ensemble. Le Brexit n’était pas une anomalie. Autant qu’on le sache et qu’on se prépare pour la suite. Chacune des grandes nations qui ont initié le marché mondial se retire l’une après l’autre du projet.

Le prolongement de cette démission volontaire est d’une clarté terrible : d’abord l’Angleterre ; six mois plus tard les Etats Unis, qui aspirent à la grandeur des années 1950. Et ensuite ? Si l’on suit les leçons de l’histoire, c’est probablement, hélas, au tour de la France, avant celui de l’Allemagne. Les petites nations se sont déjà précipitées en arrière : la Pologne, la Hongrie et même la Hollande, cette nation pionnière de l’empire global.

L’Europe unie, ce prodigieux montage inventé après la guerre pour dépasser les anciennes souverainetés, se retrouve prise à contre-pied. C’est un vrai sauve-qui-peut : « Tous aux canots ! » Peu importe l’étroitesse des frontières pourvu qu’elles soient étanches. Chacun des pays qui ont contribué à cet horizon universel de conquête et d’émancipation va se retirer des institutions inventées depuis deux siècles. Il mérite bien son nom, l’Occident, c’est devenu l’empire du soleil couchant…

Parfait, nous voilà prévenus et peut-être capables d’être un peu moins surpris. Car enfin, c’est bien l’incapacité à prévoir qui est la principale leçon de ce cataclysme : comment peut-on se tromper à ce point ? Tous les sondages, tous les journaux, tous les commentateurs, toute l’intelligentsia. C’est comme si nous n’avions aucun des capteurs qui nous auraient permis d’entrer en contact avec ceux que l’on n’a même pas pu désigner d’un terme acceptable : les « hommes blancs sans diplôme », les « laissés-pour-compte de la mondialisation » — on a même essayé les « déplorables ».

C’est sans doute une forme de peuple, mais à qui nous n’avons su donner ni forme ni voix. Je reviens de six semaines sur les campus américains, je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces « autres gens », aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les Barbares aux portes d’Athènes. Nous, « l’intelligence », nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements.

Deux bulles d’irréalisme

La vraie tragédie, c’est que ces autres vivent eux aussi dans une bulle, dans un monde du passé que la mutation climatique ne viendra pas déranger, qu’aucune science, aucune étude, aucun fait ne viendront ébranler. La preuve, c’est qu’ils ont avalé tous les mensonges de cet appel à la restauration d’un ordre ancien sans qu’aucun « fact-checker » n’émousse leur enthousiasme. Un Trump, ça trompe énormément, mais quel plaisir de se laisser tromper. Il ne faut pas compter sur eux pour jouer le rôle du bon peuple plein de bon sens et les pieds sur terre. Leurs idéaux sont encore plus éthérés que les nôtres.

Nous nous retrouvons donc avec des pays coupés en deux, chaque moitié devenue incapable de capter sa réalité aussi bien que celle de l’autre. Les premiers, disons les globalisés, croient encore que l’horizon de l’émancipation et de la modernité (souvent confondu avec le règne de la finance) ne va cesser de s’étendre en recouvrant la planète.

Les seconds ont décidé de se retirer sur l’Aventin en rêvant au retour d’un monde passé. Deux utopies par conséquent ; celle de l’avenir affrontée à celle du passé. Ce que figurait plutôt bien le choc Trump contre Clinton. Deux bulles d’irréalisme. Pour le moment, l’utopie du passé triomphe. Rien ne prouve que les choses se seraient arrangées durablement si l’utopie du futur avait triomphé.

Il s’est passé en effet quelque chose depuis vingt ans qui explique cette frénésie de déconnexions. Si l’horizon du globe ne peut plus attirer les masses, c’est que tout le monde a compris plus ou moins clairement qu’il n’y a pas de planète, je veux dire de vie réelle, matérielle correspondant à ces visions de terres promises. Il y a juste un an, la COP21 aura servi de déclaration solennelle à cette impossibilité : le global est trop vaste pour la terre.

Au-delà de ces limites, nos tickets ne sont plus valables. Quant au retour aux terroirs des anciens pays, il n’y faut pas compter davantage. Ils ont tous disparu. De toute façon, ils sont trop riquiqui pour y faire tenir la nouvelle terre. La mutation écologique est passée par là. Pas étonnant que les deux parties fassent assaut d’irréalisme.

L’éléphant est dans la pièce

Toute la question est maintenant de savoir si la tragédie du 8 novembre venant après celle du Brexit peut nous rendre capable d’éviter la suite. Autrement dit, peut-on s’éloigner des deux utopies, celle du global comme celle du retour à l’ancien sol ? Il faudrait pouvoir atterrir sur une terre un peu solide, réaliste et durable. Pour le moment hélas la crise écologique est l’éléphant dans la pièce mais on fait comme si de rien n’était, comme si le choix était de continuer courageusement à marcher en avant vers le futur ou à s’accrocher au passé. Trump et les siens ont même choisi de nier l’existence de cette crise.

Pourtant, à ma connaissance, personne n’a expliqué clairement que la globalisation était terminée et qu’il fallait de toute urgence se rapatrier vers une terre qui ne ressemble pas plus aux frontières protectrices des Etats-nations qu’à l’horizon infini de la mondialisation. Le conflit des utopies du passé et du futur ne doit plus nous occuper.

Ce qui compte, c’est comment apparier deux sortes de migrants : ceux qui se voient obligés par la mutation écologique de changer de monde en traversant les frontières et ceux qui se voient obligés de changer de monde sans pour autant avoir bougé — et que les frontières ne protègent plus.

Si nous ne parvenons pas à donner forme à cette terre et à rassurer ceux qui y migrent, jamais elle n’aura assez de puissance d’attraction pour contrebalancer les forces opposées de ceux qui rêvent encore de l’ancien globe ou de l’ancienne nation. Dans ce cas, une chose est sûre : en 2017, ce sera au tour de la France de rendre son tablier.

Voir encore:

« Conseil aux candidats à la présidentielle : fuyez les artistes et les intellectuels »

Aux Etats-Unis, les élites ignorent les partisans de Donald Trump. Mais sa victoire montre que le monde intellectuel a tout intérêt à faire une autocritique.

Michel Guerrin

Le Monde
18.11.2016

Un conseil aux candidats à la présidentielle en France : fuyez les artistes et les intellectuels. Ne leur demandez pas de faire campagne, ne les faites pas monter sur l’estrade. Surtout si vous avez envie de l’emporter.

On doutait déjà qu’une actrice ou qu’un rockeur fassent gagner des voix. Mais on ne savait pas qu’ils pouvaient en faire perdre. C’est une leçon de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche.

Jamais on n’a vu le monde culturel s’engager à ce point, en l’occurrence pour Hillary Clinton. Aucun candidat n’avait reçu autant d’argent. De cris d’amour aussi – sur scène, à la télévision, sur les réseaux sociaux. On a même eu droit à la chanteuse Katy Perry qui se déshabille dans une vidéo pour inciter à voter Clinton, ou Madonna promettre de faire une fellation aux indécis.

En face, Trump n’avait personne ou presque. Il n’a reçu que 500 000 dollars (environ 470 000 euros) d’Hollywood contre 22 millions de dollars pour la candidate démocrate. Alors il a moqué ce cirque à paillettes, dénoncé le star system, donc le système. Et il a gagné.

Un Grand Canyon de haine

Clinton a joué à fond les étoiles les plus brillantes, et elle a perdu. Prenons sa fin de campagne. Le 4 novembre, elle monte sur scène avec le couple Beyoncé et Jay Z (300 millions d’albums vendus à eux deux), à Cleveland, dans l’Ohio. Le 5, Katy Perry chante pour elle à Philadelphie (Pennsylvanie). Le 7, veille du scrutin, elle apparaît dans un meeting/concert de Jon Bon Jovi et de Bruce Springsteen devant 40 000 personnes, toujours à Philadelphie, puis finit la soirée à minuit avec Lady Gaga à Raleigh, en Caroline du Nord.

Dans tous ces Etats clés, elle a perdu. Dans le même temps, Donald Trump a multiplié les meetings sur les tarmacs d’aéroports en disant qu’il n’a pas besoin de célébrités, puisqu’il a « le peuple des oubliés » – du pays et de la culture – avec lui.

L’historien américain Steven Laurence Kaplan s’est indigné des mots de Trump qualifiant untel de stupide, de débile, de névrosé ou de raté, et traitant des femmes de « grosses cochonnes ». Il a raison. Mais il aurait pu ajouter que des notables culturels ont qualifié le candidat républicain de brute (Chris Evans), d’immonde (Judd Apatow), de porc (Cher), de clown (Michael Moore) ou de psychopathe (Moby). Robert De Niro, avant le scrutin, voulait lui mettre son poing dans la gueule. Chaque injure a fait grossir le camp conservateur et fait saliver son candidat.

Car deux mondes s’ignorent voire se méprisent, séparés par un Grand Canyon de haine. Non pas les riches face aux pauvres. La fracture est culturelle et identitaire. Ceux qui ont gagné se sentent exclus du champ culturel et universitaire, et souvent le méprisent.

Les perdants leur rendent bien ce mépris, les jugeant réactionnaires, racistes, etc., sans même voir que le monde se droitise. Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York et proche de Donald Trump, surfe sur cette fracture quand il dit que les campus américains sont truffés « de véritables crétins de gauchistes ».

Monde ultra-protégé

Dans une tribune publiée dès le 23 juillet sur le Huffington Post, le cinéaste Michael Moore a compris que hurler était contre-productif, et annoncé la victoire de Trump, en expliquant que le monde intellectuel vivait dans « une bulle ».

Dans nos pages, l’essayiste Paul Berman ajoute que cette élection traduit un « effondrement culturel » : les voix qui structurent une société ne sont plus écoutées. Toujours dans nos pages, le sociologue Bruno Latour a évoqué sa récente tournée des campus américains : « Je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces autres gens, aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les barbares aux portes d’Athènes. Nous, l’intelligence, nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements. »

L’autocritique du vaste champ culturel pourrait aller plus loin, sur le terrain de l’hypocrisie. Celle des artistes d’abord, dont l’engagement, souvent imprégné de pathos, apaise leur conscience, mais est souvent perçu comme faisant partie de leur spectacle permanent, dont ils tirent profit, et dont ils se détachent aussi vite pour retrouver, une fois déculpabilisés, leur monde ultra-protégé.

Le meilleur exemple est Madonna qui, durant la soirée qui précède le vote, s’est mêlée à des badauds new-yorkais (des convaincus) pour improviser un bref concert en finissant par « demain sauvez ce pays en votant Hillary ».

« Parler à des gens différents »

Les intellectuels des campus, quant à eux, insupportent le vote Trump par leur façon de lui faire la morale, de défendre un modèle multiculturel comme s’il s’agissait d’un paradis de fleurs. Ils font culpabiliser les riches en leur disant d’être plus généreux et les pauvres en leur disant d’accepter leurs voisins étrangers, sans vraiment montrer l’exemple.

Notre confrère Nicolas Truong racontait très bien cela dans Le Monde du 14 novembre. Il citait le philosophe Matthew B. Crawford (revue Esprit, octobre 2016), pour qui les élites « qui apprécient le dynamisme et l’authenticité des quartiers ethniques avec leurs merveilleux restaurants (…) n’envoient pas leurs enfants dans les écoles pleines d’enfants immigrés qui ressemblent à des centres de détention juvénile ».

On l’aura compris, la France culturelle et multiculturelle – c’est la même – a beaucoup à apprendre de cette élection passée, et à craindre de celle de 2017. Si elle ne se bouge pas.

Le directeur de la rédaction du New York Times, Dean Baquet, écrit qu’il faut aller sur le terrain pour « parler à des gens différents de ceux à qui nous parlons ». C’est vrai aussi, en France comme ailleurs, pour les gens de culture et les universitaires. D’autant qu’en France, nous avons une politique culturelle publique dont la priorité est de s’adresser à tous mais qui, toujours plus, bénéficie essentiellement aux riches. On l’a déjà écrit dans cette chronique. L’élection de Trump le confirme, hélas.

Voir de même:

Wasted Words

Obama’s Never-Ending Lecture Tour

Les vérités qui dérangent

Certains résultats de l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France « laissent pantois ». D’autres études devraient être menées pour savoir si une partie de la population est en « rébellion idéologique vis-à-vis du reste de la société française ».

Arnaud Leparmentier

Le Monde

Une vérité qui dérange. Chacun se rappelle le film d’Al Gore sur le réchauffement climatique, sorti en 2006. Prouver à force de graphiques et d’études, contre les lobbys, l’origine humaine du phénomène. La vérité qui dérange, c’est un peu la plume portée dans la plaie d’Albert Londres, une nécessité démocratique.

Et la vérité de la semaine, c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte.

L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale.

« La société française est malade de son rapport à la réalité »

Tabou brisé

C’est toutefois insuffisant. Il convient, tel Al Gore, de multiplier les enquêtes pour en savoir plus. Le gouvernement serait avisé de dépenser 150 000 euros pour poser une batterie de questions plus précises, pour savoir si la supériorité de la charia relève d’une conviction intime ou d’une volonté de supplanter l’ordre républicain ; si la polygamie est une revendication d’immigrants récents qui s’estompe bien vite, etc. Bref, savoir si une partie de la population est en « rébellion idéologique vis-à-vis du reste de la société française ».

Viendra ensuite l’analyse des causes – celles sociales, sont évidentes, lorsqu’on découvre que 30 % des musulmans de France sont inactifs non retraités et que l’on lit l’édifiante étude de France Stratégie sur les discriminations – puis les solutions. L’Institut Montaigne a fait ses propositions, très inclusives, d’autres peuvent être présentées. L’essentiel est d’accepter de travailler sur des données et de sortir du « on-fait-dire-aux-chiffres-ce-que-l’on-veut », gri-gri des obscurantistes des temps modernes.

Laurent Bigorgne, directeur général de l’Institut Montaigne, qui combat sans relâche les discriminations, voit bien le tabou brisé. « Il n’y a de compétences que s’il y a des connaissances, explique-t-il, déplorant que la société française utilise la loi et le dogme républicains pour éviter toute transparence. La société française est malade de son rapport à la réalité. Tous ceux qui refusent les statistiques sont du côté de l’égalité formelle et veulent que rien ne change. »

Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ? Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits.

L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain

Déni populiste

C’est l’objectif poursuivi par Jean Pisani-Ferry, directeur de France Stratégie : réduire le champ des désaccords aux remèdes, mais pas aux constats, comme c’est le cas désormais grâce aux chiffres du Conseil d’orientation des retraites. L’effort est parfois douloureux. « Sur les diagnostics, il ne faut pas avoir peur. Longtemps, le politiquement correct disait que l’euro nous avait protégés. Or la Suède se porte mieux que la zone euro », concède Pisani-Ferry, qui met en garde : « Avoir des zones d’ombre sur des phénomènes sociaux ou économiques qu’on ne regarde pas crée de la défiance. Aujourd’hui, la distance entre perception et réalité est énorme. » Ainsi, les Français ont le plus peur de tomber dans la pauvreté, alors que le taux de pauvreté y est l’un des plus faibles de la zone euro.

Cette exigence est d’autant plus forte que le monde occidental entre, selon Pisani, dans une « grande régression », avec les mensonges du Brexit et le phénomène Trump : « Le fact-checking sur Trump ne donne rien. Faire fortune en politique en niant la réalité, c’est très impressionnant, et cela va faire école. »

Certes, mais le déni populiste ne vient pas de nulle part. Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes.

Voir encore:

Voir enfin:

Norman Mailer, le président et le bourreau

Norman Mailer, le romancier du  » rêve américain « , a une passion pour les personnages-limites, auxquels il s’identifie volontiers : par exemple le président des États-Unis ou l’assassin Gary Gilmore, héros de son dernier livre.

Pierre Dommergues

Le Monde

01.12.1980

NORMAN MAILER, c’est d’abord un romancier. Comme cous les romanciers américains, il rêve d’écrire le  » grand roman américain « , cette mère qu’aucun d’eux n’a jamais rencontrée, mais qu’ils recherchent tous Mailer a néanmoins écrit plusieurs  » grands romans américains  » : les Nus et les Morts, en 1948, il avait alors vingt-cinq ans et ce fut la gloire du jour au lendemain. Puis Un rêve américain (1965), et Pourquoi sommes-nous au Vietnam ? (1967) Enfin, le plus accessible de tous, le Chant du bourreau, qui sort cette semaine aux éditions Laffont, où Mailer évoque l’histoire de Gary Gilmore, cet assassin qui refusa de faire appel et exigea d’être exécuté (1).

Mailer est aussi l’un des observateurs les plus attentifs de la scène américaine, dont il décrit les vibrations, les contradictions infinies. C’est toute l’Amérique que l’on retrouve dans ses interviews, ses articles, ses essais, ses romans – reportages. Le phénomène beatnik (Advertisements for Myself, 1959), les luttes contre la guerre du Vietnam (les Armées de la nuit, 1968), les conventions politiques (Miami and the Siege of Chicago, 1968), le problème du féminisme (le Prisonnier du sexe, 1971), l’impact sur l’imaginaire américain du débarquement sur la Lune (Bivouac sur la Lune, 1969).

 » Vous êtes le seul grand écrivain américain à vous être intéressé – jusqu’à l’obsession – aux présidents des États-Unis. Dès 1948, vous faisiez campagne pour Henry Wallace. Au début des années 60, vous écriviez un essai enthousiaste sur J.F. Kennedy (Presidential Papers 1963). Le spectre de Lyndon Johnson plane sur les Armées de la nuit (1968). Dans Saint George and the Godfather (1972), McGovern est le saint, Nixon le parrain. En 1976, vous publiez un entretien avec le président Carter dans le New York Times. Pourquoi cette fascination pour la race des présidents ?

– Je n’y ai encore jamais pensé. Ce sont sans doute les circonstances particulières de ma vie. Mon premier succès avec les Nus et les Morts (1948), mon brusque passage de l’obscurité à ce qui m’est apparu comme la lumière spectrale de la célébrité. Ma vie m’a toujours semblé étrange, différente de celle des autres. J’ai toujours été fasciné par ces gens qui pouvaient avoir mes problèmes, de façon parfois encore plus aiguë. Les présidents ont des existences artificielles. À vingt-cinq ans, j’ai découvert que ma vie était devenue parfaitement artificielle. Les gens ne réagissaient plus envers moi parce qu’ils m’aimaient ou qu’ils me détestaient. Tant qu’on est inconnu, les amitiés se forment sur une base organique. Les amis poussent sur le même terrain que vous. Ils ont la compatibilité des légumes qui ont levé côte à côte dans le même potager. Avec la célébrité, c’est comme si l’on vous transplantait dans la stratosphère. Vous devenez une plante hydroponique.

 » Une autre explication ? Ma conception de l’écrivain qui, pour moi, n’est rien d’autre qu’un calculateur – comme l’est un joueur professionnel. Il évalue sans cesse ses chances, examine les occasions, cherche à laisser sa trace. Les écrivains sont les derniers entrepreneurs du neuvième siècle. Donc, de mon point de vue de calculateur, j’avais une position idéale sur écrire sur ces gens. J’étais capable de les voir du dedans, alors que ceux qui écrivent sur les personnalités politiques ou sur les présidents acceptent généralement les airs que ces derniers se donnent. La terminologie, médiocre et ridicule, utilisée par les politiciens est, de surcroît, reprise par ces commentateurs qui tentent d’expliquer ces hommes politiques à la nation.

 » Les politiciens ne s’intéressent pas aux problèmes politiques, ce sont des acteurs. C’est encore plus vrai aux États-Unis qu’en Europe, où il y a une tradition politique. En Amérique, la politique est un sport à l’usage des très ambitieux. En Europe, où elle procède moins du vedettariat, la politique est aussi pus professionnelle. C’est une carrière raisonnable. On y trouve une certaine sécurité, absente de la vie américaine.

De l’audace

– Plus précisément, qu’est-ce qui vous a fasciné chez un Kennedy, un Johnson ou un Nixon ?

– Chez Kennedy, c’était une certaine audace. Dans les années 50, le seul fait de dire :  » Je veux me présenter à l’élection présidentielle, et j’ai mes chances  » était une hypothèse tout à fait remarquable. Kennedy a pris des risques. À l’époque, les hommes politiques étaient beaucoup plus circonspects en ce qui concerne la sexualité. Bien longtemps avant qu’on ait entendu parler de Kennedy, en tant que  » grand homme politique « , on connaissait le  » grand amant « .

 » Johnson avait potentiellement bien plus de valeur qu’il ne voulait le montrer. Mais c’était un hypocrite, et il avait un tel mépris du public que ça en devenait stupide. Malgré son intelligence et son astuce, il n’a jamais compris ce que Kennedy a réussi Ni que Kennedy l’avait battu parce qu’il était plus passionnant que lui. Johnson faisait tout pour maintenir les Américains dans l’ennui. C’est tout ce qu’il avait appris au Texas : ennuyer les gens ; et il a transposé cette pratique sur le plan national. Johnson a desservi le peuple américain. Pour moi, un président a le devoir d’être intéressant. C’est pour cela que Carter a été repoussé par les électeurs : il traitait le public américain comme une vache. Il prédigérait la nourriture avant de l’enfourner dans la panse de la bête.

 » Nixon ? Un jour que j’interviewais Kissinger – c’était à l’époque du Watergate, – il me dit combien il était dommage que je ne rencontre pas le président. Nixon, disait-il, m’aurait fasciné. C’était un homme sur lequel il faudrait écrire. Si lui, Kissinger, avait été écrivain, ajoutait le secrétaire d’État (c’est un des charmes de Kissinger : quand il est avec un écrivain, il lui donne l’impression qu’il aimerait écrire, et quand il est avec P.-D. G., qu’il aimerait, etc.). Bref, il me déclara que Nixon était aux portes de la grandeur, non seulement pour son époque, mais à l’égard de l’histoire, car il allait conclure la paix dans le monde, pour cinquante ans, pour un siècle peut-être. Ce petit Watergate, ce misérable grain de poussière dans un œil, allait le détruire pouce après pouce. Kissinger parlait avec une grande tristesse, car, en fin de compte, si Nixon avait fait la paix. Kissinger en aurait été le principal architecte.

 » J’ai beaucoup écrit sur Nixon, mais je ne suis pas d’accord avec Kissinger. Pour écrire un roman sur Nixon, il faudrait pouvoir vider sa propre tête. Je ne crois pas que j’en serai capable. Je ne le comprends pas suffisamment. De l’extérieur, oui, Mais c’est une chose de comprendre un personnage du dehors et une autre de pénétrer dans sa tête. C’est un saut périlleux. Je ne comprends pas comment un homme de sa trempe a pu se laisser flétrir. Chaque fois qu’il ouvrait la bouche pour faire un discours, c’était un échec esthétique. Il était particulièrement terne. Il aurait été l’un des plus mauvais acteurs du monde, car il était incapable de communiquer une émotion ou un sentiment sans l’afficher grossièrement. S’il disait que l’Amérique devait être forte, il brandissait le poing. S’il voulait exprimer sa joie à l’annonce d’une bonne nouvelle. Il souriait de toutes ses dents. Il faisait tout ce que les jeunes acteurs apprennent à ne plus faire après un premier cours d’art dramatique. Pourtant, quand il était jeune, il rêvait d’être acteur !

 » L’histoire des États-Unis aurait pu être différente si Nixon avait eu une personnalité agréable. Il a sans doute été le président le plus profond que nous ayons jamais eu. Oui, même s’il est aussi un fils de pute et une pourriture ! Il avait au moins une appréhension globale des réalités politiques. Seul Nixon pouvait faire la paix avec la Chine. Ce fut une étape extraordinaire.

Tête de linotte

– Et Reagan, le président élu ?

– Je suis un peu dépassé en ce qui concerne Reagan. Je me suis trompé sur son compte à tous les coups ! Je n’ai pas cru qu’il obtiendrait l’investiture, je pensais que Connally serait le gagnant. Je pensais aussi que ce serait un combat entre Kennedy et Connally. Je me sens disqualifié pour parler de Reagan. Je l’ai d’abord traité de tête de linotte. Mais, quand il a obtenu l’investiture, j’ai dû réviser mon jugement, et je l’ai appelé la super-tête de linotte, Après le débat avec Carter, j’ai pensé que c’était un acteur de troisième catégorie. Cet homme a du mal à retenir même les mots qu’on utilise en politique. Quant à comprendre les idées politiques, cela le dépasse.

 » Reagan concrétise une autre de mes idées, à savoir que le président dont l’Amérique a besoin est un leader et non plus un politicien. Il y a des limites à ce que peut faire un homme politique. La fonction de président relève en partie du cérémonial et en partie de l’organisation. Mais, en dernière analyse, le rôle principal du président est de donner un peu de chaleur, un peu d’humour, un peu d’énergie au peuple américain…

– Mais n’est-ce pas là ce que Reagan peut apporter ?

– Peut-être ! Si Reagan était démocrate, je crois que je le préférerais à Carter. S’il partageait la philosophie de Carter, ce serait un gain non négligeable puisqu’un homme doué d’une personnalité malheureuse a été remplacé par un homme qui a une personnalité agréable. Mais il y a aussi des problèmes politiques véritables, et je ne pense pas que Reagan soit équipé pour les affronter. Il faudra attendre.

– Si vous deviez rencontrer Reagan, quelles questions lui poseriez-vous ?

– On ne peut pas obtenir de réponse de Reagan. Beaucoup ont essayé. Comment peut-on parler de réduire les impôts et, en même temps, d’augmenter les dépenses militaires ? Si vous ne pouvez pas mener de front ces deux objectifs (et, pour l’instant, personne n’a montré comment), il est évident que l’on commencera par la remilitarisation qui apportera à l’Amérique un peu de prospérité pour quelque temps. Mais cela va également accroître le taux d’inflation et aussi l’impôt si on prétend équilibrer le budget. Alors va-t-on renverser la vapeur et renoncer au sacro-saint équilibre budgétaire, ou va-t-on, au contraire, réduire les dépenses sociales ?

 » Dans le second cas, cela équivaudrait à supprimer les ressources d’un très grand nombre de Noirs, et les villes américaines connaîtraient – disons dans deux ans peut-être – une situation critique. En effet, le libéralisme a acheté la colère des Noirs au cours des deux dernières décennies. Ils en ont maintenant pris l’habitude. Ils ont grandi avec un nouveau style de vie, que vous leur enlèveriez sans rien leur donner de substantiel à la place. Ils sont des millions. Et l’industrie de guerre ne va pas fournir l’équivalent sous forme d’emplois nouveaux. Alors que faire si les villes bougent une fois encore ?

 » Avec Reagan, je ne pourrais jamais aller aussi loin dans les questions. Il faudrait un entretien de cinq heures ! C’est un politicien qui connaît ses faiblesses mieux que son interlocuteur, et qui a l’art de la dérive. Mais la véritable réponse, je crois, serait la suivante :  » Que ces Noirs durcissent leurs positions, et on les matera.  » Je pense que nous allons connaître la loi martiale. Non pas demain, mais dans quelques années.

 » Je dois ajouter que je ne sais pas grand-chose en économie et que, comme la plupart des grands économistes d’aujourd’hui, je ne comprends pas ce qui se passe. Aussi n’est-il pas impossible que l’économie fonctionne un petit peu mieux, que l’Amérique émerge de certaines de ses difficultés et que, dans ce cas, l’ère de Reagan ne soit pas pire que celle d’Eisenhower. Une autre chose m’inquiète en Amérique, c’est que les gens deviennent non pas fascistes, mais qu’ils se rapprochent de plus en plus des phases qui précèdent le fascisme.

 » Ma bête noire  »

– Vous avez toujours été hostile aux idéologies. Mais, aujourd’hui, alors que le libéralisme, le christianisme, le judaïsme, le radicalisme sont attaqués aussi violemment par la droite que par la gauche, en France comme aux États-Unis, quelle est votre attitude à leur égard ?

– Je ne pense pas qu’il existe une idéologie, quelle qu’elle soit, qui ait aujourd’hui la moindre utilité. Sa seule fonction est de permettre aux gens de poursuivre leur vie quotidienne en se raccrochant à quelques lambeaux. La plupart des gens ne peuvent pas vivre sans idéologie. Elles servent de garde-fou aux psychismes de millions de personnes. Mais, en ce qui concerne la façon de résoudre les problèmes à venir, il va falloir trouver de nouvelles sources, de nouvelles idées politiques.

 » Si je me représentais à des élections (2), je ne le ferais certainement pas sur la base d’idées reçues. Je choisirais un thème dément. Par exemple, l’impôt unique, un peu à la manière de Henry George (3), qui se proposait de substituer un impôt sur la terre à l’impôt sur le revenu et aux diverses taxes locales. Bien sûr, il ne s’agirait pas aujourd’hui d’un impôt sur la terre, ce serait injuste pour ceux qui en vivent, cela avantagerait systématiquement les revenus industriels. Je serais pour ma part, favorable à un impôt unique qui frappe, par exemple, les plastiques. Je considère que le plastique détruit notre niveau de vie, qu’il dégrade notre existence. C’est la peste des temps modernes. Il dilue la substance la plus intime de notre être. C’est ma bête noire (4). En s’appuyant sur la sensibilité écologique, nous pourrions concevoir une politique fondée sur l’idée que les gens se déterminent en fonction de la nocivité des substances qui les entourent. Les produits considérés comme les plus nocifs par consensus démocratique seraient les plus fortement imposés. Telle serait l’assiette de l’impôt.

 » Je ne veux même pas prendre en compte l’idée de communisme ou de capitalisme. Je suis prêt à m’accommoder du capitalisme, non pas parce que j’en suis épris, mais parce que le capitalisme est plus existentiel que le communisme. Pour certains, la gestion de leurs petites entreprises est le seul élément de créativité dans l’existence. J’en viens à l’idée que tout être qui mène une vie un tant soit peu créative est légèrement moins malheureux que celui qui mène une existence totalement dépourvue de créativité. C’est en ce sens que je peux m’entendre avec le petit capitalisme.

 » Je pense, par contre, que les sociétés multinationales ne sont que des vaisseaux de guerre, versions miniaturisées du communisme. Ce sont des États collectivistes, des enclaves dans la nation. De même que le communisme crée les principales difficultés en Union soviétique, de même le capitalisme multinational est à l’origine des principaux problèmes de l’Amérique. Il ne cesse de nous gaver de produits que nous n’aimons pas. Il nous impose des styles de vie. Il faut commencer par attaquer le mal à la racine. Un nouveau modèle d’imposition peut être une des voies pacifiques pour atteindre cet objectif.

 » Pourquoi pas moi ?  »

– Considérez-vous que l’on assiste, aujourd’hui, à un essor du conservatisme aux États-Unis et que Reagan a été élu par une nouvelle coalition qui exprime ce courant ?

– Il y a autour de Reagan quelques conservateurs sérieux qui ont des idées intéressantes. Le député Jack Kemp, par exemple, que, selon moi, Reagan aurait dû choisir comme vice-président. Je ne suis d’accord avec lui que sur très peu de points, mais c’est un conservateur intelligent.

– Un conservateur à la Edmund Burke ?

– Un jour, je me suis défini comme un  » conservateur de gauche « . J’avais dit que si l’on devait me demander : doit-on fusiller ces cinq hommes ou abattre ces cinq arbres, je répondrais : montrez-les-moi, mettez les hommes à gauche les arbres à droite… Le véritable conservatisme nous vient de Burke : il considérait que les grands chênes de la vieille Angleterre constituaient un héritage humain plus important que l’homme moderne lui-même.

 » Et pourtant, que croient les conservateurs américains d’aujourd’hui ? Que le gouvernement en soi est un mal et que moins il y en aura, plus grandes seront les chances de voir renaître la productivité et les activités créatrices ! Et ils sont prêts à dépouiller l’État d’une grande partie de ses pouvoirs.

 » Je ne pense pas que Reagan soit un conservateur véritable. Il représente tous ceux qui, en Amérique, ont pillé la nation depuis quarante ans et qui veulent la piller encore davantage. C’est le chef de file des  » Je veux ma part de gâteau, Joe « , dans un style un peu nouveau avec un saupoudrage de conservatisme, mais au fond, Reagan est un centriste, un homme de gouvernement. Il veut tout simplement que l’État donne encore plus aux super-riches et moins au super-pauvres. Le problème est que les gens qui sont au haut de l’échelle et qui s’approprient les trois quarts des dépouilles, du surplus si vous préférez, veulent désormais récupérer le dernier quart. Ils acceptent mal l’idée que ceux qui sont au bas de l’échelle aient, eux aussi, droit à une partie du gaspillage. Ils n’ont pas la moindre culpabilité à l’endroit des Noirs qu’ils ont maintenus en esclavage pendant des siècles. Mais les Noirs se sont habitués depuis les vingt dernières années à ce que le gouvernement les aide.  » Mec, pourquoi pas moi, pensent-ils, pourquoi je n’aurais pas ma part du gaspi ! « . Et, à mon avis, ils ont parfaitement raison.

Punks

– Et la classe moyenne dans ce schéma ?

– Elle a le grand avantage de prendre peu de risques et d’avoir beaucoup de sécurité. Son plus grand problème est de se mesurer au vice et de résister à son emprise. La classe moyenne ressemble à la race des prisonniers à vie : ou bien votre vie s’améliore, ou bien elle se détériore. Je n’ai pas de grande sympathie pour cette Amérique moyenne qui a pourtant subventionné le haut et le bas de l’échelle. J’aurai beaucoup plus d’estime à son endroit lorsqu’elle se rendra compte que l’élite lui prélève une part plus importante de ses ressources que les pauvres.

– Quels sont, aujourd’hui, les facteurs de revitalisation ? Dans la gamme des personnages qui, dans votre œuvre, vont du saint au psychopathe – et dont le  » White Negro  » (le Blanc au comportement de nègre) était pour vous le prototype dans les années 60, – quel serait aujourd’hui l’équivalent de ce héros existentiel sauvé par son ancrage dans le présent ?

– Je ne sais pas. Peut-être les adolescents qui vont dans les concerts punks. J’y suis allé trois ou quatre fois à New-York. Et j’y ai senti une sorte de ferment sauvage et révolutionnaire. J’ai été surpris de voir à quel point j’éprouvais de la sympathie pour eux, alors que, pour moi, cette musique est bruyante, vraiment assourdissante. Ces jeunes ont été élevés dans le boucan de la télé interrompue toutes les sept minutes par les publicités. Ils doivent trouver une forme de transgression à écouter du bruit ininterrompu. Le punk est la valve de sécurité de leurs nerfs déchiquetés. C’est une nouvelle explosion, encore plus intense, qui pulvérise les débris de la première. C’est là que subsiste une forme de rébellion qui ne peut pas être étouffée.

 » Je voudrais revenir à une autre raison pour laquelle je ne peux pas m’imaginer président des États-Unis. Cela voudrait dire en effet que les Américains auraient opté contre le réarmement. Un de mes thèmes serait de montrer qu’il est ridicule de poursuivre la course aux armes nucléaires. Il vaudrait mieux inviter les Soviétiques à venir chez nous. Rien ne détruirait plus rapidement leur système qu’une tentative de nous gouverner d’en haut et de l’extérieur. L’Amérique organiserait le plus puissant réseau de résistance que l’histoire ait jamais connu. Le communisme serait détruit de l’intérieur. Les Russes n’ont en fait aucun désir de contrôler les États-Unis. Ils sont trop préoccupés par la croissance de leur propre empire. Ils sont notoirement sous-équipés pour lutter contre les idéologies étrangères, et aucune ne l’est davantage que la nôtre avec sa profonde tradition individualiste.

Un roman

– La première partie de votre nouveau roman – le Chant du bourreau – est une très belle histoire d’amour entre un Roméo et une Juliette qui partagent leur temps entre la cavale et le pénitencier. Gary Gilmore, le protagoniste principal, n’est-il pas également une sorte de dissident, l’homme qui résiste aux manipulations des avocats qui veulent le sauver contre son gré et des journalistes qui veulent faire un scoop avec le récit en direct de son exécution ?

– C’est absolument exact. Gary est constamment manipulé. En prison, les processus de manipulation sont concentrés. Vous êtes manipulés par les autorités pénitentiaires, par certains codétenus, par des cliques à l’intérieur, par la famille à l’extérieur. Les prisonniers finissent par se considérer comme des condamnés plutôt que comme des détenus. Et ils partagent avec Gilmore cet élan de résistance.

 » Mais je me méfie de la dissidence. C’est un autre piège qui renforce encore le bras des fascistes à venir. Beaucoup de jeunes cassent tout ce qu’ils voient et détruisent toutes les idées. Est-ce parce que je vieillis ? Mais je ne trouve plus cela très amusant. Et puis on nous rabâche la vieille rengaine d’il y a cinquante ou cent ans : éduquez les masses afin qu’elles comprennent ce qui leur arrive. Comment les éduquer quand on sait à peine ce qui se passe, quand on comprend si mal ce qui arrive. Le monde était plus simple, il y a trente ans.

– Cette complexité explique-t-elle la place importante de la réalité dans votre fiction ? Le Chant du bourreau, comme le précise le sous-titre anglais, est l’histoire réelle de Gary Gilmore, exécuté en janvier 1977 dans le pénitencier de l’Utah.

– Dans ce livre, mon projet est de mettre à nu la réalité, 1e l’enregistrer telle qu’elle est, au mieux de mes capacités. J’ai voulu écrire un livre où l’on puisse reconnaître des détails sur l’espace, le temps, l’atmosphère. Quelques détails suffisent parfois à remettre un peu d’ordre dans le monde. S’il y avait cinq ou six livres comme celui-ci qui présentent différents aspects de la vie américaine, nous aurions peut-être une idée plus nette de l’Amérique. C’est ce que Balzac a entrepris pour la société française, à lui seul. Zola a poursuivi la tâche. Flaubert a hérité d’une vision restée globale jusqu’à Proust, qui lui ajoute encore une dimension nouvelle. C’est pourquoi les Français, à la différence des Américains, ont une vision d’ensemble de leur monde.

– On est frappé par la ressemblance entre Gary, ce condamné à mort qui avait fait la couverture de Newsweek il y a quatre ans, et vous-même tel que vous vous présentez dans vos essais et récits autobiographiques. Avez-vous tenté de  » maile-riser  » votre personnage ?

– Oui, au début. J’ai pensé que si j’avais commis un meurtre comme le sien, j’aurais agi comme lui – peut-être, car il est prétentieux d’affirmer qu’on pourrait être aussi courageux que lui. Peu de gens comprennent le courage qu’il faut pour aller jusqu’au bout de sa propre exécution. C’est un peu comme si vous étiez l’acteur principal d’une pièce et que, à la fin de la première, après avoir connu toutes les épreuves, vous vous avanciez vers le public pour que l’on vous exécute. C’est un geste ambitieux, même s’il y a quelque chose de tordu dans ce comportement. Au cours de mes recherches, après neuf mois de travail, j’ai su que je n’essaierais pas de façonner Gary à mon image. Au contraire, j’ai voulu qu’il ait une existence totalement indépendante de la mienne.

– Comment s’effectue pour vous le passage de la réalité, de l’autobiographie et de la biographie (les divers matériaux que vous utilisez) à la fiction ?

– Je viens de publier sur Marilyn Monroe un nouveau livre que j’appelle une  » fausse autobiographie  » ou  » pseudo-Mémoires « . J’essaie de raconter l’histoire de quelques années de sa vie, comme si elle parlait à son scribe ou à elle-même. C’est un exemple de l’imbrication biographie-fiction.

 » Les Armées de la nuit offre un deuxième cas de figure : c’est un reportage, si vous voulez, bien que je n’aime pas le terme. Il s’agit plutôt d’impressions en profondeur. La première partie, la plus longue, généralement considérée comme la plus réussie, est centrée autour de ce qui m’est arrivé pendant la marche sur le Pentagone en 1967. La seconde partie, plus courte, totalement objective, tente de cerner ce qui s’est passé à Washington au cours de la manifestation.

 » Le Chant du bourreau est totalement différent. Il n’y a rien d’autobiographique, c’est un véritable morceau d’écriture romanesque. La seule différence avec un roman traditionnel, c’est que les éléments constitutifs ne sont pas  » fictifs « , ils ne sont pas sortis de mon imagination. Mais l’essentiel de l’œuvre d’art est l’agencement de ces éléments, quelle que soit leur origine. En ce sens, le Chant du bourreau est un roman au sens le plus strict du terme, le travail d’un romancier qui fonctionne, j’ose l’espérer, à pleine vapeur ou presque…

Dieu

– Que signifie le titre ?

– Il y a deux significations principales sans rapport, l’une et l’autre, avec le problème de la peine capitale, ni avec l’exécution de Gilmore, au sens littéral. La première, c’est que Gilmore est le bourreau, le livre est donc le chant de Gilmore. La seconde, c’est que, en fin de compte, Dieu est notre exécuteur à tous, il choisit le moment de notre mort. Mais dans ce livre, que j’ai essayé d’écrire avec le maximum de distanciation, il ne s’agit pas d’un Dieu qui médite sur les événements, mais plutôt d’une voix romanesque qui vient de loin, qui émerge de ces merveilleux romans du dix-neuvième siècle écrits à la troisième personne, comme ceux de Thomas Hardy. On sent que ce n’est pas Dieu qui est présent, mais l’œil de la providence qui jette son regard sur le monde.

– Ce regard de Dieu, ce chant, n’est-ce pas aussi celui de Mailer, l’artiste ?

– Non, sauf si vous considérez que tout artiste, tout romancier, est à la fois une incarnation personnelle et une représentation de l’esprit. On ne peut pas écrire pendant trente ou quarante ans, comme je l’ai fait, sans participer à cette spiritualité abstraite. Il n’est pas impossible que tout ce que j’ai appris au cours de ces années sur le détachement de la voix de l’auteur se trouve en quelque sorte concentré dans cet ouvrage. Mes précédents romans sont plus personnels, plus individuels. Dans celui-ci, la distance est plus grande que jamais entre le matériau que j’ai utilisé et moi-même. C’est sans doute cette part neuve et inutilisée de moi-même qui explique ce détachement nouveau.  »


(1) Voir P. Dommergues,  » Un  » roman-vérité  » de Norman Mailer  » le Monde des livres, 28 décembre 1979.

(2) En 1969, Mailer est candidat à la mairie de New-York.

(3) Henry George est un économiste réformiste américain du dix-neuvième siècle, qui propose un système de l’impôt unique sur la terre, à une époque où commencent les grandes spéculations foncières en Californie

(4) En français dans l’entretien

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/archives/article/1980/12/01/norman-mailer-le-president-et-le-bourreau_2808528_1819218.html#D25wVIPCx1m7iuqv.99


Primaire de la droite: Attention, une campagne dégueulasse peut en cacher une autre ! (In France’s deeply ingrained statist culture, guess who is denounced as an ultra-liberal and medieval reactionary Thatcherite !)

23 novembre, 2016
 fillonthatcher ali-juppe2
collectivite
fillon-not-a-chancejuppe-deja-gagneQu’est-ce que c’est, dégueulasse ? Patricia
Il n’y en aura que deux, Juppé et Sarkozy. Fillon n’a aucune chance. Non parce qu’il n’a pas de qualités, il en a sans doute; ni un mauvais programme, il a le programme le plus explicite; non parce qu’il n’a pas de densité personnelle … Mais son rôle est tenu par Juppé. C’est-à-dire pourquoi voter Fillon alors qu’il y a Juppé ? il n’y aurait pas Juppé, je dirais, oui, sans doute que Fillon est le mieux placé pour disputer à Sarkozy l’investiture. Mais il se trouve qu’il y a Juppé. François Hollande
Le masque d’Alain Juppé va tomber tôt ou tard quand les Français s’apercevront qu’il est le même qu’en 1986, le même qu’en 1995. À savoir, un homme pas très sympathique qui veut administrer au pays une potion libérale. François Hollande
C’est un Corrézien qui avait succédé en 1995 à François Mitterrand. Je veux croire qu’en 2012, ce sera aussi un autre Corrézien qui reprendra le fil du changement. François Hollande
Chirac, c’est l’empathie avec les gens, avec le peuple, c’est la capacité d’écoute. C’est un peu l’exemple que je cherche à suivre». (…) Je veux poursuivre l’œuvre de Jacques Chirac. Alain Juppé
Je relis les magnifiques pages des Mémoires d’Outre-Tombe que Chateaubriand consacre à l’épopée napoléonienne. Alain Juppé (16/10/2016)
Nous devons (…) gagner pour sortir la France du marasme où elle stagne aujourd’hui. (…) La première condition sera de rassembler dès le premier tour les forces de la droite et du centre autour d’un candidat capable d’affronter le Front national d’un côté et le PS ou ce qui en tiendra lieu de l’autre. Si nous nous divisons, l’issue du premier tour devient incertaine et les conséquences sur le deuxième tour imprévisibles. Alain Juppé (20/08/2014)
Est-ce vraiment un revenu universel ? Est-ce que tout le monde va le toucher, de Madame Bettencourt (…) à la vendeuse de Prisunic. Alain Juppé
Je vais mettre toute la gomme ! Alain Juppé
J’ai la pêche et avec vous, j’ai la super pêche ! Alain Juppé
Je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion. Alain Juppé
Je suis candidat pour porter un projet de rupture et de progrès autour d’une ambition : faire de la France la première puissance européenne en dix ans. François Fillon
Quand ma maman allait à la messe, elle portait un foulard. Alain Juppé
J’aurais aimé qu’un certain nombre de mes compétiteurs condamnent cette campagne ignominieuse, je le répète. Mais lorsque la calomnie se cache derrière l’anonymat, la bonne foi est impuissante et je vous demande de vous battre contre ces messages parce qu’ils ont fait des dégâts.  Et j’ai des témoignages précis, dans les queues au moment du bureau de vote la semaine dernière, de personnes qui parfois ont changé leur vote parce qu’elles avaient été impressionnées par cette campagne dégueulasse, je n’hésite pas à le dire ! Alain Juppé
Il y a un discours privé et un discours public très différents l’un de l’autre. Il n’assume pas et il omet. Il faut qu’il clarifie les choses. Évoquer la Manif pour tous comme si elle était infréquentable, quand il nous a reçus, tout à fait à l’écoute, en acceptant des pistes de travail communes, notamment sur la question de la filiation et de l’adoption, et de l’intérêt supérieur de l’enfant, je trouve ça étonnant. J’ai rencontré tous les candidats à la primaire (de la droite). Le dernier, c’était Juppé. Est-il purement électoraliste ? (…) S’il traite François Fillon de traditionaliste pour sa proximité avec la Manif pour tous, le lien est exactement le même avec lui. Ludivine de la Rochère (Manif pour tous)
 Il y a beaucoup à dire sur les naïvetés d’Alain Juppé en matière de lutte contre l’intégrisme, catholique ou musulman. On a raison de s’inquiéter de sa complicité, ancienne, avec l’imam de Bordeaux. Tareq Oubrou a beau passer pour un modéré sur toutes les antennes, il n’a jamais renié son appartenance à l’UOIF, ni ses maîtres à penser, et joue les entremetteurs entre les islamistes et l’extrême droite. Pas vraiment un atout contre la radicalisation. Caroline Fourest
Suppression des 35 heures et de l’ISF, coupes dans la fonction publique, détricotage des lois Taubira, rétablissement de la double peine… Le programme ultraconservateur et ultralibéral de François Fillon. Libération
Journée des dupes. Beaucoup d’électeurs ont voulu écarter un ancien président à leurs yeux trop à droite. Impuissants devant la mobilisation de la droite profonde, ils héritent d’un candidat encore plus réac. C’est ainsi que le Schtroumpf grognon du conservatisme se retrouve en impétrant probable. «Avec Carla, c’est du sérieux», disait le premier. Avec Fillon, c’est du lugubre. Bonjour tristesse… La droitisation de la droite a trouvé son chevalier à la triste figure. C’est vrai en matière économique et sociale, tant François Fillon en rajoute dans la rupture libérale, décidé à démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du Conseil national de la Résistance. Etrange apostasie pour cet ancien gaulliste social, émule de Philippe Séguin, qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française. Aligner la France sur l’orthodoxie du laissez-faire : le bon Philippe doit se retourner dans sa tombe. On comprend le rôle tenu par les intellectuels du déclin qui occupent depuis deux décennies les studios pour vouer aux gémonies la «pensée unique» sociale-démocrate et le «droit-de-l’hommisme» candide : ouvrir la voie au meilleur économiste de la Sarthe, émule de Milton Friedman et de Vladimir Poutine. Nous avions l’Etat-providence ; nous aurons la providence sans l’Etat. C’est encore plus net dans le domaine sociétal, où ce chrétien enraciné a passé une alliance avec les illuminés de la «manif pour tous». Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique. Le révérend père Fillon s’en fait le prêcheur mélancolique. D’ici à ce qu’il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies, il n’y a qu’un pas. Avant de retourner à leurs querelles de boutique rose ou rouge, les progressistes doivent y réfléchir à deux fois. Sinon, la messe est dite. Libération
François Fillon est triplement coupable d’être de droite, d’être croyant et, pour parachever le mauvais goût, d’avoir été soutenu par le mouvement catholique Sens commun. (…) Tous les coups bas sont permis, y compris en provenance des alliés politiques. Alain Juppé, chassé de son piédestal de grand favori consensuel, ne se prive pas de patauger dans les mesquineries boueuses de ce terrain glissant, jusqu’à faire passer son rival pour un affreux réac. Il l’accuse même d’avoir bénéficié des voies de la fachosphère, comme s’il y pouvait quelque chose. Que ne ferait-on pour draguer le camp d’en face. De celui qui fut lui-même Premier ministre il y a plus de vingt ans, on attendait une hauteur de vue qu’on n’espérait plus de la part de Nicolas Sarkozy. Erreur. Le second a ravalé la rancœur de la défaite derrière un discours digne, responsable et, osons le mot, élégant, appelant à voter Fillon ; tandis que le premier s’est cramponné à ses avidités électorales et ratisse tous azimuts. Aurait-il dû se retirer de la course? Dans l’absolu, c’eût été l’attitude la plus respectable: faire bloc autour du vainqueur. (…) Ce deuxième tour aura toutefois l’avantage de permettre à François Fillon de clarifier son projet et de court-circuiter les critiques de la gauche et du FN qui ne manqueront pas de pleuvoir durant la campagne de 2017. La tactique usée jusqu’à la corde est déjà perceptible. Le débat sera déplacé vers le registre de l’affect: Fillon deviendra l’émissaire du Malin qui veut anéantir le modèle social français et le service public, en supprimant 500 000 postes de fonctionnaires. Manuel Valls fourbit ses armes, au cas où. Sait-on jamais. Il dénonce des «solutions ultralibérales et conservatrices» qui déboucheront sur «moins de gendarmes, moins de profs, moins de police». Comme si la fonction publique à la sauce socialiste, totalement désorganisée par les 35 heures, avait gagné en efficacité. Ultralibéral, Fillon? Non, libéral. L’économiste Marc de Scitivaux voit dans ses objectifs une «remise à niveau» consistant à accomplir «avec vingt ans de retard tout ce que les autres pays ont fait». 40 milliards de baisse de charges pour les entreprises, ses 10 milliards d’allègements sociaux et fiscaux pour les ménages et ses 100 milliards de réduction des dépenses publiques sur cinq ans: la méthode Fillon se veut le défibrillateur qui réanimera un Hexagone réduit à l’état végétatif par les Trente Frileuses d’une gouvernance bureaucratique. Sa France sera «celle de l’initiative contre celle des circulaires». Il joue franc-jeu: les deux premières années, à l’issue desquelles s’opérera le retournement, seront difficiles – elles devraient en outre coûter 1,5 % de PIB, prévient Emmanuel Lechypre. Le redressement sera effectif au bout du quinquennat et fera de la France la première nation de l’Europe au terme d’une décennie, annonce le candidat en meeting près de Lyon. Ambitieux, flamboyant. Et irréaliste, tancent ses opposants, conditionnés dans l’idée qu’il est urgent de ne rien faire ou si peu. Eloïse Lenesley
Mr. Fillon (…) says France “for 40 years hasn’t understood that it is private firms that create jobs—not the state.” His solution is to reverse the balance of power between state and citizens. He proposes cutting €100 billion ($105.92 billion) in public spending over five years, reducing government expenditure as a share of gross domestic product to less than 50% from 57% (the comparable figure is 44% in Germany and 38% in the U.S.). He proposes to abolish the 35-hour workweek and a wealth tax that are the bane of job creators in France. Mr. Fillon also wants to cut €40 billion in corporate taxes and “social fees” and €10 billion in personal taxes. And he calls for a €12 billion expansion in defense and security spending in response to Europe’s perilous security climate. Many of Mr. Fillon’s economic plans track those of Mr. Juppé, who also has been a longtime critic of the French welfare state. Where the two men mainly differ is on foreign policy. Mr. Juppé is more of a traditional Atlanticist, while Mr. Fillon seems to have a fondness for Russia’s Vladimir Putin and says he favors Bashar Assad in Syria’s civil war. He also indulges the French tendency to disparage the U.S. on foreign and trade policy, and he rails against a European free-trade agreement with America. These columns endorse ideas, not candidates, and we’ve long been disappointed in center-right French politicians promising economic reforms but never delivering. Still, if Sunday’s primary says anything, it’s that France’s center-right voters are eager for a leader who will deliver a smaller government and faster growth, not another subsidy to a favored constituency. That’s progress. WSJ
Alors que la France devrait baisser le nombre de fonctionnaires pour diminuer son déficit et ses dépenses publiques, leur nombre augmente. Nous avons le plus grand pourcentage (24 %) de fonctionnaires (avec statut) par rapport à la population active de tous les pays membres de l’OCDE (en moyenne, 15 %). En France, il y a 90 fonctionnaires pour 1000 habitants alors qu’il y en a seulement 50 pour 1000 en Allemagne ! L’explication est simple : nous sommes incapables de créer des emplois et nous continuons à augmenter la taille de l’Etat et des collectivités locales. Et nous avons perdu le contrôle. (…) Il existe des difficultés car dans de nombreux pays les fonctionnaires ne bénéficient plus d’un statut comme en France. Plus d’emploi à vie, ni de privilèges. Prenons un exemple. Dans le tableau de l’OCDE, en Suède, la proportion de fonctionnaires par rapport à la population active serait encore plus élevée qu’en France (27 % contre 24 %). Or, en Suède, il n’y a plus de statut, ni d’emploi à vie. Ces fonctionnaires sont employés comme dans le privé et peuvent être licenciés. (…)  La France reste pratiquement le seul pays à ne pas avoir touché au statut ! (…)  Partout, le nombre de fonctionnaires baisse et on transfère au privé des missions de l’Etat. Le Canada et la Suède l’ont fait dans les années 1990, l’Allemagne au début des années 2000. En Grande-Bretagne par exemple, depuis 2010 et l’arrivée au gouvernement des conservateurs, le secteur public a vu entre 500 000 et 600 000 emplois publics supprimés. Entre 2009 et décembre 2012, sous Obama, le nombre de fonctionnaires territoriaux a connu une chute spectaculaire aux Etats-Unis : – 560 000 (- 4%). Sur (presque) la même période (2009-déc. 2011), le nombre de fonctionnaires des collectivités locales françaises a augmenté de… 70 000 personnes (+ 4%). Au total, plus de 720 000 postes de fonctionnaires ont été supprimés aux Etats-Unis depuis 2009. D’autres pays comme l’Irlande, le Portugal, l’Espagne ou même la Grèce ont drastiquement baissé le nombre de fonctionnaires. L’Irlande  a réduit leurs salaires jusqu’à 20% tandis que l’Espagne est allé jusqu’à 15% et, comme le Portugal, a choisi de remplacer seulement 1 fonctionnaire sur 10 ! Contrairement à la France, ces Etats qui ont décidé de tailler dans le vif montrent – Grande-Bretagne, Etats-Unis et Irlande en tête – affichent de vrais signes de reprise économique. (…) La sécurité sociale et l’Education sont les secteurs avec la plus grande bureaucratie. C’est là qu’on pourrait économiser plusieurs milliards en coupant dans les effectifs. Mais tout cela ne peut être réalisé que grâce à des réformes structurelles : ouverture à la concurrence du secteur de la santé, privatisation des écoles… C’est ce qui a été fait aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suède ou en Suisse. Mais ce n’est pas la voie empruntée par le gouvernement socialiste… (…) J’ai déjà écrit sur Météo-France qu’il faudrait fermer car depuis Internet, la météo est fournie par de nombreux organismes beaucoup moins chers. Mais on peut s’attaquer à de plus grands organismes qui coûtent encore plus cher : la Banque de France par exemple, où les frais de personnel sont 2 fois plus élevés que ceux de la Bundesbank (4000 employés de plus !),  les salaires, 24 % de plus qu’à la Bundesbank et le coût des retraites, 300 Millions d’euros de plus. (…)  Dans les années 1990, la Suède, le Canada ou les Pays-Bas ont fait des coupes drastiques dans leurs dépenses et ont diminué le nombre de fonctionnaires. Des ministères ont eu leur budget divisé par deux et les postes de fonctionnaires par trois ou quatre. Le statut des fonctionnaires a même été supprimé, en Suède par exemple, et certaines administrations sont devenues des organismes mi-publics, mi-privé. Il faut noter aussi que ces réformes ont été menées par des gouvernements de centre-gauche ou de gauche comme en Suède ou au Canada, pays terriblement étatisés et au bord de la faillite au début des années 1980. Au Canada, on a adopté à l’époque la règle suivante : 7 dollars d’économies pour 1 dollar d’impôts nouveaux (en France, le chiffre est plus qu’inversé aujourd’hui : 20 euros d’impôts nouveaux pour 1 euro d’économie). Dans ces pays, les fonctionnaires n’ont pas été mis à la porte du jour au lendemain. On a privilégié les retraites anticipées avec des primes au départ. Mais, en même temps, les nouveaux venus perdaient tous les avantages de leurs prédécesseurs : plus de statut, ni de privilèges. C’est un bon exemple pour la France. Nicolas Lecaussin
La France est en effet l’un cinq des pays de l’OCDE où la part des employés publics (ce qui est plus large encore car il faut inclure de nombreux emplois qui ne sont pas fonctionnaires) dans le total des personnes employées est la plus forte. Cela s’explique certainement par une tradition d’interventionnisme public très fort en France depuis la fin de Seconde guerre mondiale. L’augmentation continue de la dépense publique est allée de pair avec des recrutements massifs, qui représentent environ un quart de la dépense publique (c’est à dire de l’Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale). Les rémunérations des seuls fonctionnaires représentent 13% du PIB et un tiers du budget de l’Etat. Or un fonctionnaire représente une dépense rigide de très long terme : le contribuable doit payer son salaire et sa retraite. Le poids de l’emploi public s’explique également, comme le montre la note de l’INSEE, par la multiplication des échelons administratifs : départements, régions, communes, intercommunalités … à chaque niveau cela suppose des agents (pour la sécurité, l’entretien, le secrétariat, le suivi des dossiers). (…) Dans les autres pays de l’Union européenne, la tendance n’est pas vraiment à la hausse de l’emploi public, faute de moyens. En Grande-Bretagne par exemple, le Gouvernement avait annoncé dès 2010 la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires… La question qui se pose réellement est celle de l’efficacité de ce poids des fonctionnaires. D’un point de vue économique, elle n’est pas évidente. Les fonctionnaires ont plus de vacances (INSEE), partent à la retraite plus tôt (DREES) et sont en moyenne mieux payés (INSEE). Est-ce justifié par une efficacité claire pour la collectivité ? Plus largement, le poids des fonctionnaires dans l’économie entretient les connivences et le copinage, ce qui nuit à la performance économique et à l’équité sociale. Au-delà, ce poids des fonctionnaires pose des questions démocratiques. Ils sont surreprésentés à l’Assemblée Nationale et leur engagement dans la vie politique pose clairement des conflits d’intérêts : comment comprendre qu’un magistrat administratif, qui doit juger en toute impartialité, affiche des préférences politiques. (…) L’Etat a eu tendance, ces dernières années, à baisser le nombre de ses fonctionnaires, alors que les collectivités locales ont fait exploser tous les plafonds. En ce sens, la rationalisation du nombre d’échelons administratifs, comme l’a proposé Manuel Valls, est une bonne chose. Pour autant, il faut aller plus loin et se poser la question de l’efficacité de la dépense publique. Le Président Hollande, jusqu’à maintenant, a fait le choix de partir du principe que la quantité d’agents publics était une réponse pertinente : c’est ce qu’il fait par exemple avec le dogme des « 60 000 postes » dans l’Education nationale. Or, ce n’est absolument pas évident. En Grande-Bretagne, David Cameron a tenu le discours suivant en matière d’éducation : gardons la dépense publique, pour autant qu’elle soit efficace ; pour cela, l’Etat pourra se tourner vers des partenaires privés pour fournir les services scolaires. En l’occurrence, il a fait appel aux parents, qui ont créé leurs propres écoles. La France doit faire une révolution mentale. Même Terra Nova a défendu l’idée qu’on peut très bien avoir un service public rendu par une entreprise privée et des salariés privés. Ce qui importe, c’est la qualité du service rendu à l’usager, pas la nature du contrat de l’agent qui le fournit ni la nature juridique (publique ou privée) du prestataire. Erwan Le Noan
La dépense publique n’a (…) pas reculé en valeur en France depuis 1960, date des premières statistiques de l’Insee dans ce domaine. En revanche, il est possible de réduire le poids relatif de l’Etat dans l’économie. La Suède ou le Canada ont enregistré des succès en la matière au début des années 1990. « Mais ces pays ont dû effectuer des arbitrages. Ils ont choisi que telle ou telle fonction ne dépendrait plus de l’Etat mais relèverait désormais de la sphère privée « , selon Olivier Chemla, économiste à l’Association française des entreprises privées (Afep). En clair, la politique du rabot ne peut suffire à faire maigrir l’Etat. Dans leur ouvrage « Changer de modèle » paru l’an passé, les économistes Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen calculaient que, entre 1995 et 2012, les pays rhénans (Allemagne, Belgique et Pays-Bas) avaient réduit la part des dépenses publiques dans le PIB de 7 points, à 48,8 %. Sur la même période, celle des pays scandinaves (Suède, Danemark et Finlande) a reculé de 6 points, à 56 %. En Suède, la part des prestations sociales dans le PIB est passée de 22,2 % en 1994 à 18,5 % en 1997. Le nombre de fonctionnaires est passé de 400.000 à 250.000 entre 1993 et 2000. Les réformes sont donc douloureuses. Elles interviennent à chaque fois après une crise et après qu’un nouveau gouvernement a été mis en place, notent les trois auteurs. Seulement, à chaque fois aussi, les politiques sont coordonnées : la couronne suédoise et le dollar canadien se sont beaucoup dépréciés au moment où les réformes ont été entreprises, afin de relancer l’activité. L’Allemagne aussi, qualifiée d’« homme malade de l’Europe » au début des années 2000, a profité de la bonne santé économique de ses partenaires commerciaux pour entamer ses réformes… pour finir en excédent budgétaire cette année. Toute la difficulté de la politique économique réside entre une rigueur nécessaire pour les finances publiques sans pour autant casser l’activité. Ce qui signifie une coordination entre la politique budgétaire et la politique monétaire, dont l’absence dans la zone euro n’a pas cessé d’être critiquée par Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Comme le disait l’économiste John Maynard Keynes, « les périodes d’expansion, et non pas de récession, sont les bonnes pour l’austérité « . (…) Dans la zone euro, outre l’Allemagne, le seul grand pays à avoir réellement réussi à faire baisser l’importance de ses dépenses publiques est l’Espagne, au prix d’un effort drastique. Les Echos
Notre pays est probablement le seul parmi les membres les plus riches de l’OCDE à ne pas avoir touché au nombre de fonctionnaires et à leurs privilèges. Et pourtant, plus de 23 % de la population active travaille pour l’Etat et les collectivités locales contre 14 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Nous avons 90 fonctionnaires pour 1 000 habitants contre 50 pour 1 000 en Allemagne. Notre Etat dépense en moyenne 135 Mds d’euros de plus par an que l’Etat allemand. Et, d’après les calculs de Jean-Philippe Delsol, 14.5 millions de Français vivent, directement ou indirectement, de l’argent public. Il y a donc urgence à faire de vraies réformes. D’autant plus que tout le monde l’a fait ou est en train de le faire. Un Rapport (Economic Policy Reforms 2014) de l’OCDE qui vient de sortir (février 2014) montre que pratiquement tous les pays membres (à l’exception de plusieurs émergents) ont mis en place depuis le début de la crise de 2008 des réformes structurelles importantes. Parmi ceux qui ont agi le plus figurent aussi les plus touchés par la crise : l’Irlande, l’Espagne, le Portugal ou bien la Grèce. L’Irlande par exemple a été l’un des pays les plus touchés par la crise de 2008. Les dépenses publiques et le chômage ont explosé, par l’effet direct de l’écroulement du secteur immobilier et des faillites bancaires. Fin 2010, l’économie du pays était à l’agonie, dont la dette et les déficits récurrents le prédestinaient à un avenir toujours plus morose. Dès 2011, le Fonds monétaire international et l’Union européenne venaient à son secours et débloquaient 85 Md€ d’aides financières, soit plus de la moitié de son PIB. Dès 2010, l’Irlande décide de réduire sont budget de 10 Md€, soit 7 % du PIB (l’Irlande est d’ailleurs championne d’Europe de la baisse des dépenses publiques). Par comparaison, c’est l’équivalent d’une réduction de la dépense publique de l’ordre de 120 Md€ en France ! Pour y parvenir, l’Irlande sabre dans les services publics, et réduit de 20 % les traitements de ses fonctionnaires, ainsi que les pensions de retraites. De plus, l’Irlande décide de ne pas céder au chantage de l’Union européenne et de garder son taux d’IS (Impôt sur les sociétés) à 12.5 %. Cet entêtement a porté ses fruits : Il y a trois ans, le marché de l’emploi détruisait 7 000 emplois par mois. Aujourd’hui, on assiste à une création nette mensuelle de 5 000 postes. En Espagne, pour économiser 50 Mds d’euros sur trois ans, le Premier ministre de l’époque, Zapatero a annoncé en 2010 une réduction en moyenne de 5 % des salaires des fonctionnaires (le gouvernement s’appliquera une réduction de 15%), le renouvellement d’un seul fonctionnaire sur 10 partant à la retraite et la baisse de l’investissement public de 6 Mds d’euros en 2010 et en 2011. En 2012, le nouveau chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, décide de frapper fort en baissant drastiquement les dépenses publiques. Les budgets des ministères espagnols sont réduits de 17 % en moyenne et les salaires des fonctionnaires restent gelés. On prévoit aussi la suppression de la plupart des niches fiscales et une amnistie fiscale pour lutter contre l’économie au noir qui représenterait environ 20 % du PIB. Les communautés autonomes sont aussi obligées de baisser leurs dépenses afin d’arriver à l’équilibre budgétaire. Le Portugal a baissé le nombre de fonctionnaires et leurs salaires (jusqu’à 20 % de réduction sur la fiche de paye). Même la Grèce l’a fait : 150 000 postes de fonctionnaires supprimés entre 2011 et 2014, soit 20 % du total ! En Grande-Bretagne on ne parle que du chiffre de 700.000. C’est le nombre de fonctionnaires que le gouvernement anglais a programmé de supprimer entre 2011 et 2017 : 100.000 par an. Par comparaison, la France a supprimé, au titre de la politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, seulement 31 600 en 2011. Trois fois moins qu’en Grande-Bretagne qui a – déjà – beaucoup moins de fonctionnaires que la France : 4 millions contre 6 millions… Depuis 2010, et l’arrivée au gouvernement des conservateurs, le secteur public a vu entre 500 000 et 600 000 emplois publics supprimés (et cela continue) là où le secteur privé a créé 1,4 millions. La Grande-Bretagne ne fait pas aussi bien que les Etats-Unis (1 emploi public supprimé et 5 emplois créés dans le privé) mais elle se situe nettement au-dessus de la France : 2.8 emplois créés dans le privé pour 1 emploi supprimé dans le public entre 2010 et 2013. Aux Etats-Unis donc, sous Obama, entre 2010 et début 2013, on a supprimé 1.2 millions d’emplois dans le secteur public ! Plus de 400 000 postes de fonctionnaire centraux ont été supprimés et aussi plus de 700 000 postes de fonctionnaires territoriaux. A titre de comparaison, sur la même période (2010-2013), le nombre d’agents publics a augmenté de 13 000 en France (surtout au niveau local) et on a compté 41 000 emplois privés détruits tandis que l’Amérique en créait 5.2 millions ! Toutes ces réformes ont été provoquées par la crise de 2008 mais aussi par les exemples canadien et suédois. Ces pays ont déjà diminué le poids de l’Etat dès le début des années 1990. Et cela s’est vu car les deux pays ont plutôt été épargnés par la crise comme l’Allemagne qui a aussi réformé durant les années Gerhart Schroeder. Une comparaison mérite l’attention. Le Canada a supprimé environ 23 % de sa fonction publique en trois ans (entre 1992 et 1995). Si la France faisait la même réforme et dans les mêmes proportions, 1.3 millions de fonctionnaires français devraient quitter leurs postes ! Mais les réformes ont concerné aussi la fiscalité. (…) Il y a deux ans, la Grande-Bretagne avait annoncé une baisse de l’impôt sur les sociétés de 28 à 24 %. Mais le gouvernement de David Cameron veut aller encore plus loin et annonce une baisse jusqu’à 22 % d’ici 2015. Moins 6 points en 3 ans seulement. En janvier 2013, l’impôt sur les sociétés a baissé de 26.3 à 22 % en Suède. Une baisse sensible, qui suit l’exemple d’autres pays comme l’Allemagne (de 30 à 26 %). La Finlande l’a fait aussi (de 28 à 26 %). Et le Danemark : son taux d’impôt sur les sociétés passera d’ici 2016 de 25 à 22 %. Tous les pays ont d’ailleurs compris qu’il faut soulager les entreprises sauf… la France. Dans le classement des taux d’imposition sur les sociétés, la France est championne européenne avec un taux à plus de 36 %. L’IREF a même montré que parmi les membres de l’OCDE, c’est en Norvège que l’IS génère le plus de rentrées fiscales (11 % du PIB). Et pourtant, le taux de l’IS se situe à 24 %, plus de 10 points de moins que l’IS français (36 %) qui ne fait rentrer que… 2.5 % du PIB. Voici d’autres exemples : au Luxembourg, le taux d’IS est à 17.1 % mais les recettes générées représentent 5 % du PIB, le double de ce qu’elles génèrent en France. En Grande-Bretagne, c’est 3 % du PIB pour un IS à 26,7 %. En Belgique, c’est 3 % du PIB pour un IS à 17 %. Faut-il encore rappeler le 12,5 % de l’Irlande qui avec 2,6 % du PIB rapporte davantage que ce que nous vaut le taux français, trois fois supérieur ! IREF
La Suède a supprimé le statut de fonctionnaire. Il y en a encore, mais sans la garantie de l’emploi. Elle a licencié 20% des effectifs. Une cure deux fois plus sévère que celle proposée par François Fillon dans son programme. Elle l’a fait en dix ans dans les années 90. Au Royaume-Uni, ce sont 15% des effectifs des fonctionnaires qui ont été supprimés par David Cameron de 2010 à 2014, notamment dans la police, la défense et les transports. Au Canada, ce sont plus de 20% des fonctionnaires qui ont été licenciés en seulement trois ans dans les années 2000. Chaque ministère a dû couper dans ses budgets et là encore privatisation des chemins de fer et des aéroports. Conséquences, des dysfonctionnements dans les urgences à cause des fermetures d’hôpitaux au Canada. Au Royaume-Uni, le nombre d’élèves par classe a augmenté. La dette a néanmoins été divisée par deux en dix ans au Canada. Jean-Paul Chapel
Le refrain de « l’ultra-libéralisme » est en effet entonné dans tous les médias de gauche et par Manuel Valls lui-même à l’encontre de François Fillon. Notons d’abord la connotation doublement polémique de ce terme dans notre culture politique : « ultra » renvoie aux aristocrates réactionnaires de la Restauration qui, selon le mot de Talleyrand, n’avaient « rien appris, ni rien oublié ». Quant à « libéral », on sait qu’il est chez nous l’équivalent de « loi de la jungle » de « droit du plus fort » et d’ »anti-social ». François Hollande vient ainsi de tweeter que le « libéralisme, c’est la liberté des uns contre celle des autres ». Notre tradition étatiste et égalitariste nous a fait largement oublié que le libéralisme est d’abord une philosophie de la liberté qui a inspiré notamment la Déclaration des droits de l’homme, l’instruction publique et l’émancipation féminine. Autrement dit, personne n’est plus « anti-ultra » que les libéraux ! La dénonciation de « l’ultra-libéralisme » est donc, en même temps qu’une double charge polémique, un double contre-sens historique et idéologique. A quoi s’ajoute que, de Montesquieu à Revel en passant par Tocqueville, Bastiat, Alain et Aron, la France est très riche de cette pensée libérale.  Mais nos lycéens et même nos étudiants n’ont pas le droit de le savoir… Dans votre question, il y a le mot « remise en ordre » : de fait la volonté d’ordre est plus typique de l’horizon politique de la droite conservatrice que de celle du libéralisme qui croit davantage à l’ordre spontané du marché, sous réserve d’une régulation juridique de l’Etat, ce que l’on oublie toujours. Quant au sérieux budgétaire, il n’a rien de libéral en soi : tout dépend des circonstances. Poincaré, Rueff, Barre ou Bérégovoy y croyaient parce qu’ils constataient l’impasse de la gabegie budgétaire. Il est vrai que la chose s’est un peu perdue depuis les années 2000. Allons plus loin : en bon libéral, je m’interroge sur les motivations de tant commentateurs qui hurlent au loup (c’est-à-dire à « l’ultra-libéralisme ») devant le programme de F. Fillon. Et je constate que ces hurlements viennent des innombrables rentiers de l’Etat qui s’inquiètent naturellement de la perspective d’une baisse des dépenses publiques et défendent non moins naturellement leurs intérêts : fonctionnaires, syndicats, classe politique, audiovisuel public et une bonne partie de la presse…Pour certains, comme Libération, c’est une question de survie : on comprend leur violence anti-Fillon. Cette hostilité de « l’establishment d’Etat » va rendre la tâche très difficile à ce dernier, dès cette semaine et plus encore lors de la campagne présidentielle, s’il franchit les primaires. (…) François Fillon l’a dit lui-même : son libéralisme n’est pas un « choix idéologique » mais un « constat » : l’excès des charges pesant sur les entreprises et sur le travail est l’une des causes majeures du déclin français. Le taux de prélèvements obligatoires est passé de 30 à 45% du PIB depuis 1960. Il n’y nulle contradiction dans son nouveau positionnement qui est simplement lié à l’évolution des choses et notamment du niveau de la dépense publique. J’observe que les commentaires de la plupart des médias présentent ce programme comme « dur », « violent ». Mais pour qui ? Certainement pas pour les entreprises qui vont connaître une baisse sans précédent de leurs charges sociales et fiscales (40 milliards), ni pour les familles des classe moyennes ; ni pour les millions de chômeurs qui sont évincés d’un marché du travail hyper-rigide ; ni pour les commerçants et indépendants dont le régime fiscal et social sera aligné sur le statut d’autoentrepreneur . Demandez-leur s’ils redoutent davantage « l’ultralibéralisme » supposé de Fillon ou la spoliation actuelle du RSI ? Curieusement, on ne parle jamais de ces catégories fort nombreuses lorsqu’on aborde l’impact des « mesures Fillon » sur les uns ou les autres… Pour le reste, le parcours de F. Fillon est celui d’un gaulliste social. Son programme vise à mettre en place des coopérations renforcées en Europe, nullement un Etat supranational. De plus, son indulgence pour Poutine ne traduit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un penchant libéral. Pas plus que ces positions dans le domaine sociétal. François Fillon est donc non pas un libéral mais un PRAGMATIQUE en matière économique, un conservateur en matière sociétale (mais non un réactionnaire puisqu’il ne reviendra ni sur le mariage pour tous ni sur l’avortement) et un champion de « l’intérêt national » sur le plan extérieur. En somme, la parfaite définition d’un gaulliste qui raisonne et agit, comme disait le Général, « les choses étant ce qu’elles sont ». Avec un léger penchant russophile, comme de Gaulle lui-même au demeurant. (…) On mesure ici le non-libéralisme de Fillon qui ne croit pas aux vertus du libre-échange. Celui-ci n’est pas un « dogme » mais une démonstration économique que l’on doit à Ricardo et un constat des résultats positifs de l’intégration économique européenne sur notre pouvoir d’achat ou de la mondialisation en matière de baisse spectaculaire de la pauvreté (ce que les Français ignorent). F. Fillon se méfie de la mondialisation, même s’il ne propose pas -pragmatisme là encore oblige- de « démondialisation ». Il s’oppose au TAFTA, comme… Trump, qui n’est pas non plus un libéral. La bonne position aurait été de défendre bec et ongles les intérêts français et européens – ce que l’on n’a pas assez fait avec la Chine – mais non de renoncer dès à présent au TAFTA. Le risque de surenchère protectionniste est réel et devrait nous alerter quand on connaît les précédents, tant au XIXème siècle que dans les années 30. L’un dans l’autre, Génération libre n’avait mis que 12/20 à Fillon en matière de libéralisme. Il est vrai qu’avec cette note il arrivait quand même en deuxième position derrière NKM. Ce qui en dit long sur le libéralisme de nos hommes politiques, droite comprise… Christophe de Voogd
La droite française depuis plus de 20 ans est beaucoup plus à gauche et antilibérale que les droites classiques européennes, et même que certaines gauches sociales-démocrates (Blair et même Schroeder plus libéraux que Chirac, etc.). Et dans ce contexte franchouillard, oui, Fillon est libéral. Mais le fait que Gorbatchev était plus libéral que Brejnev et beaucoup plus libéral que Staline n’en faisait pas pour autant un authentique libéral. C’est l’histoire du borgne aux pays des aveugles : Fillon est un poil plus libéral que l’archétype des énarques (Juppé), que l’idéal-type des énarques (Le Maire) et que le prince des interventionnistes (Sarkozy). Mais il ne faut pas avoir peur du ridicule pour le comparer à Margareth Thatcher. Cette dernière avait un programme, des troupes, du courage. On est aussi assez loin de Jacques Rueff. A moins que Fillon nous étonne sur le tard, c’est plus un « budgétariste » et éventuellement un réformateur qu’un libéral. Il est plus proche de Juppé que de Madelin (regardez sur son site internet le chapitre « créer des géants européens du numérique », par exemple, on est bien loin de la Sillicon Valley, idem sur la culture, le logement, l’agriculture, etc.). Ce sera un bon administrateur, il a un track record de cinq ans en la matière, pas un libéral, là il n’y a guère que la privatisation de France Telecom à son actif. Mais dans l’opinion cela suffira peut-être : après cinq années de hollandisme, n’importe quelle présidence même centriste apparaîtra comme très libérale.  (…) Séguiniste à 18 ans (mais pas après, faut pas déconner…), je suis sans doute mal placé pour critiquer le sombre passé politique du futur président. Il y a tout de même des passés plus troubles que celui là (Chirac ancien communiste pas vraiment repenti, Jospin ancien trotsko pas vraiment repenti, Mitterrand ancien pétainiste pas vraiment repenti, etc.). Ce n’est certes pas le parcours d’un pur libéral, mais c’est logique puisqu’un libéral intransigeant ne rassemblerait pas 44% des voix dans une primaire de la droite en France. Il faudra juger sur les actes, et ce n’est certainement pas en promettant de monter la TVA que Fillon deviendra le grand président libéral de notre pays socialiste. (…) En déclarant qu’il ne considère pas « le libre-échange comme l’alpha et l’oméga de la pensée économique », Fillon joue un jeu dangereux. Cela s’accompagne comme toujours de la petite musique traditionnelle selon laquelle « les USA, eux, savent défendre leurs intérêts », musique idiote dans la mesure où : a) ce n’est pas parce que les autres se tirent une balle dans le pied qu’il faut impérativement en faire autant, b) on fait mine ainsi de penser que nous avons les marges de manœuvre d’un pays cinq fois plus peuplé, six fois plus riche et cinquante fois plus libre monétairement,  c) ce sont souvent les mêmes qui dénoncent le néoprotectionnisme américain et qui soulignent dans le même temps leur activisme dans les instances libre-échangistes globales et/ou l’amplitude de leurs déficits commerciaux ; comprenne qui pourra. (…) Toujours, bien entendu, pour protéger les plus démunis, alors que ce sont les rentiers qui demandent et qui obtiennent des protections. Mais Fillon, comme Hollande ou Merkel, sait surfer sur ce qui marche et éviter les combats impopulaires, et il se trouve que le TAFTA n’est pas en odeur de sainteté par les temps qui courent. Pas sûr qu’il ait lu Bastiat, comme Ronald Reagan. Pas sûr par conséquent qu’il reste très « libéral » entre 2017 et 2022 si les vents de l’opinion deviennent (comme c’est probable) trop défavorables à cette orientation, a fortiori s’il veut rassembler sa famille puis donner quelques gages à la gauche après une victoire au 2e tour contre Le Pen. Mathieu Mucherie

Vous avez dit dégueulasse ?

Alors qu’au lendemain d’un premier tour d’une primaire qui, fidèle au scénario inauguré par le référendum du Brexit et la présidentielle américaine, a bousculé tous les pronostics

Le lecteur exalté des Mémoires d’Outre-Tombe et héritier chiraquien revendiqué qui peine, entre « Prisunic », « gomme » et « super pêche », à faire oublier ses vénérables 71 ans

Dénonce, tout en jouant sur tous les tableaux, la « France nostalgique de l’ordre ancien » prétendument personnifiée par son adversaire …

Mais aussi, pour sa notoire complaisance avec l’islam politique, la « campagne dégueulasse » et « ignominieuse » dont il est l’objet de la part de sites d’extrême-droite …

Pendant que l’ancien banquier d’affaires et ministre d’un gouvernement socialiste ne nous sort rien de moins que la « Révolution » …

Comment ne pas voir …

Avec le site Atlantico

La véritable campagne de désinformation de nos dûment stipendiés médias …

Face au prétendu, Libération et sa couverture de Fillon Thatcherisé dixit, « programme ultraconservateur et ultralibéral » et « Tariq Ramadan des sacristies » …

D’un  candidat ancien séguiniste et anti-TAFTA que l’actuel président n’arrivait même pas à distinguer d’Alain Juppé lui-même ?

Comme les côtés autant surréalistes que révélateurs d’un tel débat …

Dans un pays qui alors qu’après le Canada et la Suède dans les années 90 la plupart des pays occidentaux ont réduit drastiquement leur fonction publique …

Continue à employer quelque 5,5 millions de fonctionnaires soit un Français sur cinq (24 % de la population active contre 15 % en moyenne pour l’OCDE) ?

Pourquoi François Fillon n’est pas l’ultra-libéral que veulent voir ses opposants de tous bords
Si l’accusation d’ultra-libéral revient souvent dans la bouche des opposants à François Fillon, le parcours politique du candidat LR à la primaire de la droite et ses prises de position sur certains sujets majeurs sont pourtant loin de coller avec la pensée « ultra-libérale »

Atlantico

22 novembre 2016

Atlantico : En termes de vision économique, François Fillon est souvent taxé d’ultra-libéral par une partie de ses opposants. Est-ce vraiment un « procès » qu’on peut lui faire ? Le sérieux budgétaire et la volonté de remise en ordre qu’il incarne sont-ils vraiment une marque « d’ultra-libéralisme » ?

Christophe de Voogd : Le refrain de « l’ultra-libéralisme » est en effet entonné dans tous les médias de gauche et par Manuel Valls lui-même à l’encontre de François Fillon. Notons d’abord la connotation doublement polémique de ce terme dans notre culture politique : « ultra » renvoie aux aristocrates réactionnaires de la Restauration qui, selon le mot de Talleyrand, n’avaient « rien appris, ni rien oublié ». Quant à « libéral », on sait qu’il est chez nous l’équivalent de « loi de la jungle » de « droit du plus fort » et d’ »anti-social ». François Hollande vient ainsi de tweeter que le « libéralisme, c’est la liberté des uns contre celle des autres ». Notre tradition étatiste et égalitariste nous a fait largement oublié que le libéralisme est d’abord une philosophie de la liberté qui a inspiré notamment la Déclaration des droits de l’homme, l’instruction publique et l’émancipation féminine. Autrement dit, personne n’est plus « anti-ultra » que les libéraux ! La dénonciation de « l’ultra-libéralisme » est donc, en même temps qu’une double charge polémique, un double contre-sens historique et idéologique. A quoi s’ajoute que, de Montesquieu à Revel en passant par Tocqueville, Bastiat, Alain et Aron, la France est très riche de cette pensée libérale.  Mais nos lycéens et même nos étudiants n’ont pas le droit de le savoir…

Dans votre question, il y a le mot « remise en ordre » : de fait la volonté d’ordre est plus typique de l’horizon politique de la droite conservatrice que de celle du libéralisme qui croit davantage à l’ordre spontané du marché, sous réserve d’une régulation juridique de l’Etat, ce que l’on oublie toujours. Quant au sérieux budgétaire, il n’a rien de libéral en soi : tout dépend des circonstances. Poincaré, Rueff, Barre ou Bérégovoy y croyaient parce qu’ils constataient l’impasse de la gabegie budgétaire. Il est vrai que la chose s’est un peu perdue depuis les années 2000.

Allons plus loin : en bon libéral, je m’interroge sur les motivations de tant commentateurs qui hurlent au loup (c’est-à-dire à « l’ultra-libéralisme ») devant le programme de F. Fillon. Et je constate que ces hurlements viennent des innombrables rentiers de l’Etat qui s’inquiètent naturellement de la perspective d’une baisse des dépenses publiques et défendent non moins naturellement leurs intérêts : fonctionnaires, syndicats, classe politique, audiovisuel public et une bonne partie de la presse…Pour certains, comme Libération, c’est une question de survie : on comprend leur violence anti-Fillon. Cette hostilité de « l’establishment d’Etat » va rendre la tâche très difficile à ce dernier, dès cette semaine et plus encore lors de la campagne présidentielle, s’il franchit les primaires.

Mathieu Mucherie : La droite française depuis plus de 20 ans est beaucoup plus à gauche et antilibérale que les droites classiques européennes, et même que certaines gauches sociales-démocrates (Blair et même Schroeder plus libéraux que Chirac, etc.). Et dans ce contexte franchouillard, oui, Fillon est libéral. Mais le fait que Gorbatchev était plus libéral que Brejnev et beaucoup plus libéral que Staline n’en faisait pas pour autant un authentique libéral. C’est l’histoire du borgne aux pays des aveugles : Fillon est un poil plus libéral que l’archétype des énarques (Juppé), que l’idéal-type des énarques (Le Maire) et que le prince des interventionnistes (Sarkozy). Mais il ne faut pas avoir peur du ridicule pour le comparer à Margareth Thatcher. Cette dernière avait un programme, des troupes, du courage. On est aussi assez loin de Jacques Rueff.

A moins que Fillon nous étonne sur le tard, c’est plus un « budgétariste » et éventuellement un réformateur qu’un libéral. Il est plus proche de Juppé que de Madelin (regardez sur son site internet le chapitre « créer des géants européens du numérique », par exemple, on est bien loin de la Sillicon Valley, idem sur la culture, le logement, l’agriculture, etc.). Ce sera un bon administrateur, il a un track record de cinq ans en la matière, pas un libéral, là il n’y a guère que la privatisation de France Telecom à son actif. Mais dans l’opinion cela suffira peut-être : après cinq années de hollandisme, n’importe quelle présidence même centriste apparaîtra comme très libérale.

Le parcours politique de François Fillon (opposition au traité de Maastricht, filiation séguiniste…) est-il vraiment en accord avec ce que l’on pourrait attendre d’un « ultra-libéral » ?

Mathieu Mucherie : La plupart des authentiques libéraux ont trouvé que le traité de Maastricht était un carcan incompatible avec les libertés à long terme et avec l’efficience économique à tous les horizons ; surtout l’idée de taux de changes nominaux fixes « pour l’éternité » avec en plus une gestion de la monnaie par une banque centrale indépendante (indépendante des autres sphères, autant dire un État dans l’État). Ce n’est pas une histoire de droite ou de gauche : quand des gens aussi éloignés que Paul Krugman, Milton Friedman ou Martin Feldstein arrivent grosso modo à la même conclusion, on peut se douter que l’édifice construit par nos élites européennes n’est peut-être pas très libéral, quelle que soit la définition que l’on donne à ce terme. Les pays les plus libéraux (Angleterre, Suisse…) ne s’y sont pas trompés.

Séguiniste à 18 ans (mais pas après, faut pas déconner…), je suis sans doute mal placé pour critiquer le sombre passé politique du futur président. Il y a tout de même des passés plus troubles que celui là (Chirac ancien communiste pas vraiment repenti, Jospin ancien trotsko pas vraiment repenti, Mitterrand ancien pétainiste pas vraiment repenti, etc.). Ce n’est certes pas le parcours d’un pur libéral, mais c’est logique puisqu’un libéral intransigeant ne rassemblerait pas 44% des voix dans une primaire de la droite en France. Il faudra juger sur les actes, et ce n’est certainement pas en promettant de monter la TVA que Fillon deviendra le grand président libéral de notre pays socialiste.

Christophe de Voogd : François Fillon l’a dit lui-même : son libéralisme n’est pas un « choix idéologique » mais un « constat » : l’excès des charges pesant sur les entreprises et sur le travail est l’une des causes majeures du déclin français. Le taux de prélèvements obligatoires est passé de 30 à 45% du PIB depuis 1960. Il n’y nulle contradiction dans son nouveau positionnement qui est simplement lié à l’évolution des choses et notamment du niveau de la dépense publique. J’observe que les commentaires de la plupart des médias présentent ce programme comme « dur », « violent ». Mais pour qui ? Certainement pas pour les entreprises qui vont connaître une baisse sans précédent de leurs charges sociales et fiscales (40 milliards), ni pour les familles des classe moyennes ; ni pour les millions de chômeurs qui sont évincés d’un marché du travail hyper-rigide ; ni pour les commerçants et indépendants dont le régime fiscal et social sera aligné sur le statut d’autoentrepreneur . Demandez-leur s’ils redoutent davantage « l’ultralibéralisme » supposé de Fillon ou la spoliation actuelle du RSI ? Curieusement, on ne parle jamais de ces catégories fort nombreuses lorsqu’on aborde l’impact des « mesures Fillon » sur les uns ou les autres…

Pour le reste, le parcours de F. Fillon est celui d’un gaulliste social. Son programme vise à mettre en place des coopérations renforcées en Europe, nullement un Etat supranational. De plus, son indulgence pour Poutine ne traduit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un penchant libéral. Pas plus que ces positions dans le domaine sociétal.

François Fillon est donc non pas un libéral mais un PRAGMATIQUE en matière économique, un conservateur en matière sociétale (mais non un réactionnaire puisqu’il ne reviendra ni sur le mariage pour tous ni sur l’avortement) et un champion de « l’intérêt national » sur le plan extérieur. En somme, la parfaite définition d’un gaulliste qui raisonne et agit, comme disait le Général, « les choses étant ce qu’elles sont ». Avec un léger penchant russophile, comme de Gaulle lui-même au demeurant.

En quoi la position de François Fillon sur le libre-échange, et notamment le controversé traité TAFTA, s’inscrit-elle en faux avec la pensée des économistes et politiques « ultra-libéraux » ?

Christophe de Voogd : Après tout ce qui précède, vous admettrez que j’écarte ce mot « d’ultralibéral » ! On mesure ici le non-libéralisme de Fillon qui ne croit pas aux vertus du libre-échange. Celui-ci n’est pas un « dogme » mais une démonstration économique que l’on doit à Ricardo et un constat des résultats positifs de l’intégration économique européenne sur notre pouvoir d’achat ou de la mondialisation en matière de baisse spectaculaire de la pauvreté (ce que les Français ignorent). F. Fillon se méfie de la mondialisation, même s’il ne propose pas -pragmatisme là encore oblige- de « démondialisation ». Il s’oppose au TAFTA, comme… Trump, qui n’est pas non plus un libéral. La bonne position aurait été de défendre bec et ongles les intérêts français et européens – ce que l’on n’a pas assez fait avec la Chine – mais non de renoncer dès à présent au TAFTA. Le risque de surenchère protectionniste est réel et devrait nous alerter quand on connaît les précédents, tant au XIXème siècle que dans les années 30.

L’un dans l’autre, Génération libre n’avait mis que 12/20 à Fillon en matière de libéralisme. Il est vrai qu’avec cette note il arrivait quand même en deuxième position derrière NKM. Ce qui en dit long sur le libéralisme de nos hommes politiques, droite comprise…

Mathieu Mucherie : En déclarant qu’il ne considère pas « le libre-échange comme l’alpha et l’oméga de la pensée économique », Fillon joue un jeu dangereux. Cela s’accompagne comme toujours de la petite musique traditionnelle selon laquelle « les USA, eux, savent défendre leurs intérêts », musique idiote dans la mesure où :

a) ce n’est pas parce que les autres se tirent une balle dans le pied qu’il faut impérativement en faire autant,
b) on fait mine ainsi de penser que nous avons les marges de manœuvre d’un pays cinq fois plus peuplé, six fois plus riche et cinquante fois plus libre monétairement,
c) ce sont souvent les mêmes qui dénoncent le néoprotectionnisme américain et qui soulignent dans le même temps leur activisme dans les instances libre-échangistes globales et/ou l’amplitude de leurs déficits commerciaux ; comprenne qui pourra.

En vérité, le meilleur test consiste à demander : êtes-vous favorable, partout et tout le temps, au désarmement douanier le plus total et le plus unilatéral ? un non-économiste cherchera toujours à négocier sur ce point, à tergiverser, à éluder ou à inventer des contre-exemples historiques ou théoriques, tous foireux (dans le best of, l’argument des droits de douane américains élevés au XIXe siècle, qui se garde bien de préciser où en étaient la fiscalité et la réglementation aux USA à l’époque, sans parler de la mobilité des hommes et des capitaux). Toujours, bien entendu, pour protéger les plus démunis, alors que ce sont les rentiers qui demandent et qui obtiennent des protections. Mais Fillon, comme Hollande ou Merkel, sait surfer sur ce qui marche et éviter les combats impopulaires, et il se trouve que le TAFTA n’est pas en odeur de sainteté par les temps qui courent. Pas sûr qu’il ait lu Bastiat, comme Ronald Reagan. Pas sûr par conséquent qu’il reste très « libéral » entre 2017 et 2022 si les vents de l’opinion deviennent (comme c’est probable) trop défavorables à cette orientation, a fortiori s’il veut rassembler sa famille puis donner quelques gages à la gauche après une victoire au 2e tour contre Le Pen.

Voir aussi:

Primaire
Qui veut la peau d’«Ali Juppé» ?
Laure Equy et Dominique Albertini

Libération

22 novembre 2016

Cible d’une campagne grotesque mais efficace sur sa supposée complaisance envers l’islam politique, le challenger de Fillon à la primaire de droite s’est résolu à contre-attaquer.

«Cette histoire de mosquée, ça le met dans une colère noire», soufflent ses conseillers depuis le début de la campagne. Depuis des mois, Alain Juppé a les sites et twittos d’extrême droite aux basques. Un harcèlement viral parti de sa ville de Bordeaux et qui a pris, avec la primaire, une dimension nationale. S’il a longtemps laissé courir, le candidat dénonce désormais avec force une «campagne de caniveau», «ignominieuse», «des attaques franchement dégueulasses». C’est que – son équipe et lui en sont convaincus – ces caricatures et intox relayées sur les réseaux sociaux et via des chaînes de mails ont fait dimanche de sérieux dégâts dans les urnes.

Quelle forme prend la cabale ?
A l’origine de cette campagne de diffamation, l’extrême droite et une partie de la droite dite «classique» – mais désormais alignée sur le FN en matière identitaire. Sur Internet, des représentants de ces milieux ne désignent plus le maire de Bordeaux que par le surnom d’«Ali Juppé», l’accusant de compromissions avec les franges les plus rétrogrades de l’islam.

Parce qu’il permet l’anonymat et la circulation virale de ces attaques, Internet est devenu le terrain privilégié de ce procès en islamophilie. C’est la «fachosphère» qui est à l’œuvre : un ensemble confus et mouvant de blogueurs, d’utilisateurs des réseaux sociaux ou de commentateurs des sites d’information, dont l’islamophobie est l’un des combats fédérateurs. Au sein de cette nébuleuse décentralisée, on partage avec enthousiasme les rumeurs les plus fantaisistes, mais aussi les productions les plus «réussies», notamment les images. Telle cette caricature d’un Juppé léchant la babouche de Tariq Ramadan, ou ce photomontage le représentant barbu et vêtu d’un kamis musulman.

De manière moins visible, ces attaques ont aussi atterri dans les boîtes mails de nombreux électeurs, via des «chaînes de messages» que chaque récepteur est invité à partager avec ses contacts. «Il s’agit d’un procédé de diffusion dont l’audience n’est pas quantifiable, contrairement aux réseaux sociaux, explique Jonathan Chibois, chercheur en anthropologie politique. C’est très souterrain. Ces chaînes de mails fonctionnent toutefois très bien chez ceux qui n’utilisent pas Twitter ou Facebook, notamment les personnes âgées. Quand on vit à la campagne, on s’en aperçoit bien. Même lorsque ces récits ne sont pas pris au sérieux, ils installent une ambiance, en jouant sur l’adage populaire « il n’y a pas de fumée sans feu ».»

Cette campagne a même trouvé un relais chez Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire, qui a repris le couplet, évoquant une proximité entre Juppé et «des organisations directement liées aux Frères musulmans». Idem pour l’hebdo très droitier Valeurs actuelles, qui a décrit un Juppé «aux petits soins avec les Frères musulmans».

D’où viennent ces accusations ?
C’est un projet de «centre culturel et cultuel musulman», lancé au milieu des années 2000 par la Fédération musulmane de la Gironde (FMG), qui a enflammé la fachosphère. Censé répondre aux besoins des musulmans locaux, le bâtiment doit réunir une salle de prière, une bibliothèque, un restaurant ou encore une salle d’exposition. Le maire de Bordeaux n’est pas opposé au projet : «Nous sommes en discussion avec la communauté musulmane, indique-t-il en 2008. Nous avons d’excellentes relations avec ses principaux leaders. J’ai déjà indiqué qu’un terrain leur serait proposé.»

Cette ouverture vaut à Juppé d’être ciblé par l’extrême droite. En 2009, des militants du mouvement Génération identitaire occupent le toit d’un parking bordelais et y suspendent une banderole proclamant : «Ce maire commence à poser un vrai problème». Le Front national local ne tarde pas à embrayer, accusant faussement la municipalité de vouloir financer la construction de la mosquée. Et un site à la dénomination apparemment neutre, «Infos Bordeaux» – en réalité relais d’opinion pour l’extrême droite – agite depuis des années le spectre d’une «mosquée-cathédrale».

Aujourd’hui, pourtant, la «grande mosquée de Bordeaux» n’est pas sortie de terre. Selon la première adjointe, Virginie Calmels, Alain Juppé aurait exigé que le projet ne reçoive pas de financement étranger et aucun permis de construire n’a été déposé.

L’offensive contre l’édile bordelais s’était intensifiée pendant la campagne municipale de 2014 puis aux dernières régionales contre Virginie Calmels. Un tract du FN, titré «Non au centre islamique à Bordeaux», accusait la candidate (LR) pour la région Nouvelle Aquitaine et Alain Juppé de préparer «une islamisation de Bordeaux» et de vouloir financer le projet «d’un coût de 22 millions d’euros en grande partie avec l’argent des contribuables». Calmels a porté plainte pour diffamation, sans succès.

Ce n’est pas tout : c’est aussi sur ses liens avec l’imam bordelais Tareq Oubrou qu’Alain Juppé est attaqué par l’extrême droite. Probable recteur du futur lieu de culte, si celui-ci existe un jour, Obrou est membre de l’Union des organisations islamiques de France (l’UOIF), vitrine française des Frères musulmans. L’homme entretient de cordiales relations avec le maire de Bordeaux. Il n’en fallait pas plus pour que ce dernier soit accusé de connivence avec le fondamentalisme musulman – voire d’antisémitisme. «Tareq Oubrou serait-il le Premier ministre d’Ali Juppé ?» questionnait en juillet le site xénophobe et anti-islam Riposte laïque, accusant l’imam de vouloir «imposer la charia en Europe et en France». Tareq Obrou a par le passé défendu une stricte orthodoxie religieuse. Mais il promeut aujourd’hui une conception libérale de l’islam, affirmant par exemple qu’«une musulmane qui ne se couvre pas les cheveux est aussi musulmane que celle qui se couvre», ou laissant femmes et hommes prier ensemble dans sa mosquée. Peu importe pour les détracteurs de l’imam (et du maire de Bordeaux), convaincus que ce dernier dissimulerait ses vraies convictions.

Quel impact sur la campagne ?
Alors que l’ex-Premier ministre a fait le pari d’assumer son objectif de «l’identité heureuse», cette offensive visant à le faire passer pour un faible à l’égard des islamistes a pu troubler certains électeurs, «des esprits mal informés», dixit Juppé. Qu’importe si le candidat prône l’expulsion des imams radicaux ou l’obligation du prêche en français, la puissance de la charge rend parfois inaudible les déclarations du candidat et les éléments de programme.

«Cela a été un bruit de fond qui a parasité toute la campagne», soupire Aurore Bergé, responsable de la campagne numérique de Juppé, qui reconnaît la difficulté de mettre sur pied une riposte : «C’est très compliqué d’établir la bonne stratégie. On peut tenter d’opposer des arguments mais clairement, ces attaques ne parlent pas à la rationalité des gens.» Poursuivre pour diffamation ? Selon elle, beaucoup de ces comptes Twitter sont hébergés à l’étranger. Et n’est-ce pas risquer d’amplifier l’écho de leurs allégations ? Interpellés régulièrement, Juppé et son entourage ont dénoncé cette «propagande sur les réseaux sociaux», notamment au JT de TF1 en juin, mais ont préféré ne pas faire mousser leurs détracteurs. «On a considéré qu’il valait mieux traiter par le mépris car le truc est tellement invraisemblable», explique un membre de son équipe. Après avoir subi le même dénigrement en 2014, «il a été élu au premier tour à 61 %. Juppé s’est dit que les Bordelais savaient que tout cela était complètement diffamatoire, rappelle sa première adjointe, Virginie Calmels. Mais le problème est qu’on a changé d’échelle.» Pour Aurore Bergé, il faudra, si Juppé devient dimanche le candidat de la droite à la présidentielle, «trouver des modes d’action pour déconstruire la parole d’extrême droite, et pas seulement des gentils Tumblr. Même si on doit sourcer, être rigoureux sur les contenus qu’on produit».

Depuis quelques jours, et particulièrement après le premier tour, Juppé hausse le ton. Dans l’Express, il va jusqu’à souligner son pedigree catholique : «Je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion.» Lundi sur France 2, il concédait que «la bonne foi est souvent impuissante contre la calomnie, surtout quand elle est anonyme». Mais il s’en prend aussi à ses concurrents, remarquant mardi matin sur Europe 1 qu’aucun «n’a condamné» cette campagne contre lui. Son équipe observe d’ailleurs que des militants sarkozystes ou fillonistes n’ont pas manqué de faire tourner ces intox sur les réseaux sociaux.

Et ces attaques ne devraient pas disparaître d’ici à dimanche. «Pour contrer le vote musulman, votons Fillon en masse !» exhorte le site Riposte laïque, où l’on présente Juppé comme «le plus islamo-collabo, le plus francophobe, le plus immigrationniste» des candidats de la primaire. Jusqu’alors épargné, Fillon, désormais favori, devrait toutefois être ciblé à son tour. Depuis lundi, remontent sur Twitter des photos de lui inaugurant en 2010 la mosquée d’Argenteuil (Val-d’Oise). Un autre site islamophobe entend épingler «ces membres de l’équipe Fillon qui collaborent avec des mosquées en mairie».

Voir également:

Juppé «observe» des «soutiens d’extrême droite» pour Fillon
Libération/AFP

22 novembre 2016

Alain Juppé a observé mardi que «depuis quelques jours les soutiens d’extrême droite arrivent en force» en faveur de François Fillon, son adversaire au second tour de la primaire de la droite.

Evoquant lors d’un meeting à Toulouse «la reconstitution de l’équipe 2007-2012», M. Juppé a dit : «J’observe que depuis quelques jours d’ailleurs les soutiens de l’extrême droite arrivent en force pour cette équipe».

Interrogée, son équipe a cité les noms de Jacques Bompard et de Carl Lang, ancien secrétaire général du FN et président du Parti de la France, qui a souhaité dimanche «confirmer au deuxième tour le rejet d’Alain Juppé». Mais M. Lang a précisé à l’AFP qu’il n’entendait pas voter dimanche.

Une autre groupe d’extrême droite, Riposte laïque, a lancé un appel contre le maire de Bordeaux mardi: «pour contrer le vote musulman, votons Fillon en masse!».

Alain Juppé a lancé pour sa part: «Moi je suis soutenu par une grande partie de LR, par l’UDI, le MoDem, le rassemblement qui nous a toujours permis de gagner».

«François Fillon a reçu le soutien de Nicolas Sarkozy, ce qui reconstitue l’équipe de 2007-2012», a-t-il ajouté.

«Il paraît que François Fillon a été choqué que je lui demande de clarifier sa position sur l’IVG – c’était quand même nécessaire puisqu’il y a quelque temps il écrivait dans un livre que c’était un droit fondamental de la femme, avant de changer d’avis puis de donner un sentiment personnel et de dire qu’il ne changerait rien à la législation actuelle».

«Et je vous le dis, je ne renoncerai pas à poser d’autres questions», a-t-il lancé. «L’IVG est un droit fondamental, durement acquis par les femmes», a-t-il ajouté.

François Fillon s’est indigné mardi que son concurrent lui demande de «clarifier» sa position.

Alain Juppé s’est par ailleurs ému face aux «attaques personnelles ignominieuses» émanant des réseaux sociaux le baptisant «Ali Juppé, grand mufti de Bordeaux» et aux calomnies sur le «salafisme et l’antisémitisme». Le maire de Bordeaux s’était déjà insurgé à plusieurs reprises contre ces calommnies.

«Ca a fait des dégâts, j’ai des témoignages précis dans des queues de personnes qui parfois ont changé leur vote parce qu’ils ont été impressionnés par cette campagne dégueulasse!», s’est-il emporté. «J’aurais aimé que certains de mes compétiteurs condamnent cette campagne ignominieuse», a-t-il lancé.

Alain Juppé, arrivé près de 16 points derrière François Fillon au premier tour alors qu’il était le favori du scrutin, a de nouveau pointé «la brutalité» du programme «mal étudié» qui n’a «pas de sens» de son adversaire. «On ne supprimera pas 500.000 fonctionnaires en 5 ans», a-t-il dit. «Cela ne se fera pas», a-t-il assuré, opposant au contraire la «crédibilité» de son programme.

«J’ai dans mon conseil municipal un représentant de +Sens Commun+ (mouvement hostile au mariage pour tous qui soutient Fillon), qui appartient à ma majorité, parce que je l’ai embarqué dans ma liste – voyez que je suis ouvert d’esprit- eh bien chaque fois qu’il y a une subvention — pas souvent, de temps en temps — qui va à une association d’homosexuels eh bien il refuse de voter», a-t-il expliqué. «Ce n’est pas ma conception de la société», a-t-il déclaré.

Jean-François Copé, qui a rallié le maire de Bordeaux, a loué son «sang froid» ainsi que son «courage». Nathalie Kosciusko-Morizet avait également fait le déplacement, ralliée «pas par calcul» mais «pas par hasard». «Je me suis battue et je continuerai à le faire contre les conservatismes de droite et de gauche et aujourd’hui, c’est toi, Alain, qui portes la tête de ce combat», a-t-elle lancé.

Voir encore:

Sacristie

Laurent Joffrin
Libération
21 novembre 2016 
Édito

Journée des dupes. Beaucoup d’électeurs ont voulu écarter un ancien président à leurs yeux trop à droite. Impuissants devant la mobilisation de la droite profonde, ils héritent d’un candidat encore plus réac. C’est ainsi que le Schtroumpf grognon du conservatisme se retrouve en impétrant probable. «Avec Carla, c’est du sérieux», disait le premier. Avec Fillon, c’est du lugubre. Bonjour tristesse… La droitisation de la droite a trouvé son chevalier à la triste figure. C’est vrai en matière économique et sociale, tant François Fillon en rajoute dans la rupture libérale, décidé à démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du Conseil national de la Résistance. Etrange apostasie pour cet ancien gaulliste social, émule de Philippe Séguin, qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française. Aligner la France sur l’orthodoxie du laissez-faire : le bon Philippe doit se retourner dans sa tombe. On comprend le rôle tenu par les intellectuels du déclin qui occupent depuis deux décennies les studios pour vouer aux gémonies la «pensée unique» sociale-démocrate et le «droit-de-l’hommisme» candide : ouvrir la voie au meilleur économiste de la Sarthe, émule de Milton Friedman et de Vladimir Poutine. Nous avions l’Etat-providence ; nous aurons la providence sans l’Etat. C’est encore plus net dans le domaine sociétal, où ce chrétien enraciné a passé une alliance avec les illuminés de la «manif pour tous». Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique. Le révérend père Fillon s’en fait le prêcheur mélancolique. D’ici à ce qu’il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies, il n’y a qu’un pas. Avant de retourner à leurs querelles de boutique rose ou rouge, les progressistes doivent y réfléchir à deux fois. Sinon, la messe est dite.

Voir de plus:

Alain Juppé: « La vision de François Fillon me paraît tournée vers le passé »
Presidentielle 2017
Propos recueillis par Corinne Lhaïk

Libération

22/11/2016

Alain Juppé revient dans une longue interview à L’Express sur son programme et sa vision de la France alors qu’il est confronté à François Fillon, très en avance dans les sondages, pour le second tour de la primaire à droite.
Vous décrivez une différence de degré avec vous, pas de nature…

Il y a une différence de nature quand, moi, je veux une France moderne, ouverte sur l’avenir. Sa vision me paraît beaucoup plus traditionaliste et tournée vers le passé. Sur les questions sociales, sur l’évolution des moeurs, la prise en compte de deux enjeux fondamentaux – l’égalité entre les femmes et les hommes ou la conception d’une nouvelle croissance pour sauver la planète du réchauffement climatique -, il s’est peu exprimé.

Vos positions sur des sujets de société peuvent susciter l’incompréhension de certains électeurs de droite. Que leur dites-vous?

Je leur ai toujours dit que je respectais leurs convictions. Je suis moi-même catholique, contrairement à l’ignominieuse campagne développée par je ne sais qui et qui me présente comme converti à l’islam et complaisant vis-à-vis de l’islamisme. Cette campagne de caniveau a fait des dégâts sur certains esprits mal informés. Je suis catholique, je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion et je comprends parfaitement le point de vue de mes coreligionnaires catholiques. Certains sont plus intégristes, moi, je me reconnais davantage dans la vision du pape François.

Voir de même:

La victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, dimanche, a surpris jusqu’à l’Elysée, où le président n’avait pas vu venir la défaite de Nicolas Sarkozy.

Europe 1

21 novembre 2016

Un résultat sans appel qui a surpris tout le monde. Personne n’avait imaginé une telle avance pour François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, dimanche soir. Encore moins le président de la République. François Hollande n’avait pas non plus vu venir la défaite de Nicolas Sarkozy. Dans cette soirée électorale, le chef de l’Etat a perdu son ennemi préféré et il n’a surtout plus grand-chose à quoi se raccrocher. Explications.

Hollande ne l’avait pas vu venir. Chez les proches du président, c’est l’abattement en fin de soirée. « Regardez Fillon, glisse l’un de ses proches, il était dans les choux à la rentrée. Ça prouve que rien ne se passe jamais comme prévu ». L’analyse peut paraître ironique quand on sait que le président ne prédisait pas du tout ce résultat il y a encore quelques mois. « Fillon n’a aucune chance », prophétisait-il à Gérard Davet et Fabrice Lhomme, dans le fameux livre d’entretiens Un président ne devrait pas dire ça (éditions Stock).

Fillon, le plus réactionnaire pour Hollande. Dimanche soir, devant sa télévision, dans ses appartements privés de l’Elysée, le chef de l’Etat a échangé frénétiquement par SMS avec ses conseillers, ses amis. Le message est désormais clair : François Fillon est le plus libéral, le plus réactionnaire, selon François Hollande. Face à cet adversaire, il peut encore incarner la défense du modèle social.

Personne ne veut d’un remake de 2012. Mais une partie de la gauche fait déjà une toute autre lecture du scrutin, persuadée que le résultat de dimanche montre surtout une chose : personne ne veut d’un remake de 2012. Un député proche de Manuel Valls sort déjà les crocs : « Hollande n’aura pas son match retour avec Sarkozy, c’est un signe de plus qu’il faut laisser la place ».

Voir aussi:

Hollande pense que « le masque de Juppé va tomber »

En petit comité, le chef de l’État explique que la popularité d’Alain Juppé explosera à la lumière de la primaire, quand « le masque va tomber ».

Emmanuel Berretta

Le Point
09/03/2016

Dylan nobélisé: The day the truth died (Sinatra of history: How smooching Dylan bended the truth about « Hurricane »)

19 octobre, 2016

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You can’t fake true cool. Publicité Chrysler
If you were going to sell out to a commercial interest, which one would you choose? Ladies garments. Rolling stone
I see, I see lovers in the meadow I see, I see silhouettes in the window I’m sick of love, I wish I’d never met you I’m sick of love, I’m tryin’ to forget you. Just don’t know what to do I’d give anything to Be with you. I’m sick of love, I wish I’d never met you I’m sick of love, I’m tryin’ to forget you. Just don’t know what to do I’d give anything to Be with you. Publicité Victoria’s secret
Now for ten years we’ve been on our own And moss grows fat on a rollin’ stone But that’s not how it used to be When the jester sang for the king and queen In a coat he borrowed from James Dean And a voice that came from you and me Oh, and while the king was looking dow The jester stole his thorny crown Do you recall what was revealed The day the music died? Don McLean
Si l’on considère qu’aujourd’hui encore tous les grands événements publics se glissent secrètement et comme voilés sur la scène du monde, qu’ils sont cachés par des faits insignifiants, côté desquels ils paraissent petits, que leurs effets profonds, leurs contrecoups ne se manifestent que longtemps après qu’ils se sont produits, quelle importance peuton alors accorder à la presse, telle qu’elle existe aujourd’hui, avec sa quotidienne dépense de poumons pour hurler, assourdir, exciter et effrayer ? la presse estelle autre chose qu’un bruit aveugle et permanent qui détourne les oreilles et les sens vers une fausse direction ? Nietzsche
C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
Pour conclure, on se pose la question de savoir si des témoignages tirés de l’histoire soviétique et librement réécrits, coupés, arrangés et placés hors contexte historique et temporel peuvent être livrés et reçus comme tels. Matière première pour la fiction ou document historique ? Certes, Svetlana Alexievitch elle-même n’insiste pas sur le côté documentaire de son œuvre, en la qualifiant de « romans de voix », mais le fait même d’indiquer les noms, l’âge, la fonction de chaque personne interrogée entretient la confusion chez le lecteur par la mise en œuvre d’une esthétique du témoignage. Mais une esthétique du témoignage est-elle possible sans éthique du témoignage ? On est en droit de poser la question suivante : si les livres d’Alexievitch n’avaient pas ces mentions de noms de témoins et si elle les avait présentés comme de la fiction (en somme, la littérature de fiction est le plus souvent inspirée des histoires réelles), quelle aurait été la réception de cette œuvre ? Aurions-nous eu le même engouement que provoque chez le lecteur le sentiment de vérité ? Serions-nous bouleversés par ces histoires dont beaucoup nous seraient parues, du coup, incroyables ? Le récit prend ici son caractère d’authenticité et de vérité qui exerce un travail émotionnel sur celui qui le reçoit. C’est la fonction de la télé-réalité et de l’exposition généralisée du « vrai malheur » de « vrais gens » qui a gagné les médias depuis quelques années et qui substitue à la critique politique des problèmes sociaux un espace intime dominé par les affects et le psychisme. L’exemple de l’œuvre d’Alexievitch et de sa réception nous montrent à la fois les enjeux et les limites d’une littérature de témoignage qui ne serait pas fermement enracinée dans une perspective critique et historique ainsi que les limites d’une « dissidence » ou d’une « discordance » qui ne serait pas restituée avec précision dans son contexte historique. Le témoignage a, à coup sûr, sa place dans l’œuvre littéraire, d’autant plus que depuis la Shoah et la Seconde Guerre mondiale, le rapport entre le témoignage et l’histoire est repensé à grands frais. Mais la responsabilité du témoin face à la mémoire collective engage tout autant l’acteur que le narrateur, surtout lorsqu’il s’agit de deux personnes différentes. François Dosse insiste sur l’articulation nécessaire du témoignage, mémoire irremplaçable mais insuffisante, et du discours de la socio-histoire, travail indispensable d’analyse explicative et compréhensive. Si, pour reprendre la formule chère à Paul Ricœur, le témoignage a d’autant plus sa place dans la littérature que les générations présentes entretiennent une dette envers le passé (et envers le futur avec l’avenir contaminé de Tchernobyl), ce qui conduit à donner la parole aux « sans parole », aux vaincus de l’histoire, il implique en retour de redoubler de précaution face aux usages de la mémoire, mémoire aveugle, prisonnière d’imaginaires sociaux et historiques particuliers que le narrateur ne saurait faire passer pour des universaux. En ce sens, on devrait évaluer l’œuvre de Svetlana Alexievitch, qui appartient à un genre littéraire particulier basé sur une construction avec une très forte charge émotionnelle où les témoins sont transformés en porteurs « types » de messages idéologiques, avec des critères littéraires, plutôt que d’y chercher des vérités documentées comme l’a trop souvent fait la presse française et internationale. Galia Ackerman  et Frédérick Lemarchand
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…)  C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. Christophe Guilluy
Though Obama, the son of a Kenyan immigrant, lagged in polls as late as mid-February, he surged to the front of the pack in recent weeks after he began airing television commercials and the black community rallied behind him. He also was the beneficiary of the most inglorious campaign implosion in Illinois political history, when multimillionaire Blair Hull plummeted from front-runner status amid revelations that an ex-wife had alleged in divorce papers that he had physically and verbally abused her. After spending more than $29 million of his own money, Hull, a former securities trader, finished third, garnering about 10 percent of the vote. (…) Obama ascended to front-runner status in early March as Hull’s candidacy went up in flames amid the divorce revelations, as well as Hull’s acknowledgment that he had used cocaine in the 1980s and had been evaluated for alcohol abuse. The Chicago Tribune (17.03.04)
Axelrod is known for operating in this gray area, part idealist, part hired muscle. It is difficult to discuss Axelrod in certain circles in Chicago without the matter of the Blair Hull divorce papers coming up. As the 2004 Senate primary neared, it was clear that it was a contest between two people: the millionaire liberal, Hull, who was leading in the polls, and Obama, who had built an impressive grass-roots campaign. About a month before the vote, The Chicago Tribune revealed, near the bottom of a long profile of Hull, that during a divorce proceeding, Hull’s second wife filed for an order of protection. In the following few days, the matter erupted into a full-fledged scandal that ended up destroying the Hull campaign and handing Obama an easy primary victory. The Tribune reporter who wrote the original piece later acknowledged in print that the Obama camp had  »worked aggressively behind the scenes » to push the story. But there are those in Chicago who believe that Axelrod had an even more significant role — that he leaked the initial story. They note that before signing on with Obama, Axelrod interviewed with Hull. They also point out that Obama’s TV ad campaign started at almost the same time. The NYT (01.04.07)
One lesson, however, has not fully sunk in and awaits final elucidation in the 2012 election: that of the Chicago style of Barack Obama’s politicking. In 2008 few of the true believers accepted that, in his first political race, in 1996, Barack Obama sued successfully to remove his opponents from the ballot. Or that in his race for the US Senate eight years later, sealed divorced records for both his primary- and general-election opponents were mysteriously leaked by unnamed Chicagoans, leading to the implosions of both candidates’ campaigns. Or that Obama was the first presidential candidate in the history of public campaign financing to reject it, or that he was also the largest recipient of cash from Wall Street in general, and from BP and Goldman Sachs in particular. Or that Obama was the first presidential candidate in recent memory not to disclose either undergraduate records or even partial medical. Or that remarks like “typical white person,” the clingers speech, and the spread-the-wealth quip would soon prove to be characteristic rather than anomalous. Few American presidents have dashed so many popular, deeply embedded illusions as has Barack Obama. And for that, we owe him a strange sort of thanks. Victor Davis Hanson
I am sentimental/ So I walk in the rain/ I’ve got some habits/ Even I can’t explain/ I go away week-ends / And leave my keys on the door/ Why try to change me now  ? Frank Sinatra
How can the life of such a man be in the palm of some fool’s hand To see him obviously framed Couldn’t help but make me feel ashamed to live in a land where justice is a game Bob Dylan
In folk and jazz, quotation is a rich and enriching tradition…It has to do with melody and rhythm, and then after that, anything goes. You make everything yours. We all do it. Bob Dylan
Les chansons ne sont pas apparues par magie, je ne les ai pas fabriquées à partir de rien. J’ai appris à écrire des paroles en écoutant des chansons folk. Et je les ai jouées (…) je n’ai rien chanté d’autre que des folk songs, et elles m’ont ouvert le code pour tout ce qui est de bonne chasse, tout ce qui appartient à tout le monde. Si vous aviez chanté John Henry aussi souvent que moi – John Henry was a steel-driving man/Died with a hammer in his hand/John Henry said a man ain’t nothin but a man/Before I let that stea drill drive me down/I’ll die with my hammer in my hand. Si vous aviez chanté cette chanson aussi souvent que moi, vous aussi, vous auriez écrit “How many roads must a man walk down” » (le premier vers de Blowin’ in the Wind). (…) Les Byrds, les Turtles, Sonny and Cher… ils ont transformé certaines de mes chansons en succès de hit-parade, mais je n’étais pas un auteur de chansons pop, et ce n’est pas vraiment ce que je voulais être. Mais c’est bien que ce soit arrivé. Leurs versions de mes chansons étaient comme des publicités. (…) les critiques disent que je mutile mes mélodies, que je rends mes chansons méconnaissables. Vraiment ?  (…) Sam Cooke [chanteur de rhythm’n’blues à la voix d’ange] a répondu ceci quand on lui a dit qu’il avait une belle voix : “c’est très gentil à vous, mais les voix ne doivent pas être jugées en fonction de leur joliesse. Elles ne comptent que si elles vous convainquent qu’elles disent la vérité”. Bob Dylan
He’s a great humanitarian, he’s great philanthropist He knows just where to touch you honey, and how you like to be kissed He’ll put both his arms around you You can feel the tender touch of the beast You know that sometimes Satan comes as a man of peace. Standing on the water, casting your bread (…) Fools rush in where angels fear to tread (…) You’re a man of the mountains, you can walk on the clouds Manipulator of crowds, you’re a dream twister You’re going to Sodom and Gomorrah (…) Well, the Book of Leviticus and Deuteronomy The law of the jungle and the sea are your only teachers In the smoke of the twilight on a milk-white steed Michelangelo indeed could’ve carved out your features Resting in the fields, far from the turbulent space Half asleep near the stars with a small dog licking your face. (…) Well, the rifleman’s stalking the sick and the lame Preacherman seeks the same, who’ll get there first is uncertain Nightsticks and water cannons, tear gas, padlocks Molotov cocktails and rocks behind every curtain False-hearted judges dying in the webs that they spin Only a matter of time ’til the night comes stepping in. Bob Dylan
Bob is not authentic at all. He’s a plagiarist, and his name and voice are fake. Everything about Bob is a deception. We are like night and day, he and I. Joni Mitchell
I like a lot of Bob’s songs. Musically he’s not very gifted. He’s borrowed his voice from old hillbillies. He’s got a lot of borrowed things. He’s not a great guitar player. He’s invented a character to deliver his songs. Sometimes I wish that I could have that character — because you can do things with that character. It’s a mask of sorts. Joni Mitchell
The songwriter has borrowed material before. He often makes passing references to the Bible or to works of literature in his songs. On « Love and Theft, » he briefly quotes a passage from « The Great Gatsby. » As an aspiring artist, Mr. Dylan, né Zimmerman, is often said to have taken his name from the late Welsh poet, Dylan Thomas, though Mr. Dylan has sometimes denied that. He’s like « some very imaginative sponge, » says Christopher Ricks, a professor of humanities at Boston University, who has lectured on Mr. Dylan’s works. Usually, says Mr. Ricks, Mr. Dylan’s sponging is a healthy part of the creative process. The songwriter takes a few words, twists them, changes their context, and produces an entirely new work of art. But Mr. Ricks says he was surprised by the extent to which Mr. Dylan seems to have borrowed from « Confessions of a Yakuza » on his latest album. « No one of these instances was very telling, » he says. « But when you put together the whole string of them, it’s quite striking. » The WSJ
I kind of wondered if he had done a lot of that before on other albums. But if he’d been doing this all along, somebody would have caught him a long time ago. Chris Johnson.
L’ironie du sort veut que ce Nobel lui tombe dessus alors que ses derniers albums ne contiennent que des morceaux écrits par d’autres, vieux standards de sa jeunesse ressuscités par une voix de crooner usé. Mais attention, le prochain sera celui d’un Nobel. Télérama
Part protest song, part historical document, Dylan’s runaway, eight-minute epic reads like a legal brief, as the singer punches holes in the prosecutor’s Lafayette killings case, spitting out the lyrics with passion and contempt. After attorneys at Dylan’s label, Columbia Records, asked for slight changes in the song to avoid possible lawsuits (Dylan agreed), « Hurricane » was quickly shipped out to radio. In the fall of 1975, Dylan took his Rolling Thunder Revue, starring Joan Baez, Joni Mitchell, Allen Ginsberg and Roberta Flack, out on the road. (…) On Dec. 7, the Revue pulled into Carter’s New Jersey prison for a show of support. (…) The next night the Revue played to a sold-out Madison Square Garden, where more than a $100,000 was collected forCarter’s legal fund. One month later, Hurricane II, another charity concert for Carter, was held, as Dylan’s Revue was joined by Isaac Hayes, Stevie Wonder, Steven Stills, Carlos Santana, Richie Havens and Rick Danko of the Band at Houstons’ Astrodome. Just two months after that show, the New Jersey Supreme Court, prompted by Bello’s recantation in the pages of the New York Times, unanimously overturned the Lafayette convictions, ruling that the prosecution withheld evidence favorable to the defense, and ordered a new trial for Carter and Artis. Incredibly, in 1976 both men were again convicted, this time when prosecutors were allowed to introduce as a motive the notion that Carter and Artis gunned down the three whites in retaliation for a killing earlier that night in Paterson, wherein a black bar owner had been killed by a white. It took eight more years before a federal district court judge in Newark, N.J., finally overturned Carter’s conviction, insisting, « The extensive record clearly demonstrates that the petitioners’ convictions were predicated upon an appeal to racism rather than reason, and concealment rather than disclosure. » Or, as Dylan had sung ten years earlier: « How can the life of such a man Be in the palm of some fool’s hand? To see him obviously framed Couldn’t help but make me feel ashamed to live in a land Where justice is a game. » Rolling Stone
Le 17 juin 1966, à environ 2 h 30 du matin, deux hommes entrèrent dans le Lafayette Bar and Grill, à Paterson (New Jersey) et tirèrent. Le patron, Jim Oliver, et un client, Fred Cedar Grove Bob Nauyoks, furent tués sur le coup. Hazel Tanis, une cliente grièvement blessée, fut touchée à la gorge, à l’estomac, aux intestins, à la rate et au poumon gauche, ainsi qu’à un bras qui éclata sous l’impact des balles de plomb. Elle mourut près d’un mois plus tard. Un troisième client, Willie Marins, survécut à l’attaque bien qu’il ait été atteint à la tête, perdant l’usage d’un œil. Un petit délinquant, Alfred Bello, qui se trouvait près du Lafayette pour commettre un cambriolage la même nuit, fut témoin oculaire des faits. Bello fut l’une des premières personnes présentes sur le lieu du crime et c’est lui qui appela un opérateur téléphonique pour avertir la police. Une résidente de l’appartement situé au deuxième étage au-dessus du Lafayette, Patricia Graham (qui devint Patricia Valentine), vit quant à elle deux hommes noirs monter dans une voiture blanche et partir vers l’ouest en quittant le bar. Un autre voisin, Ronald Ruggiero, entendit également les coups de feu et lorsqu’il regarda par sa fenêtre, il vit Bello courir de la rue Lafayette vers la 16e rue. Il entendit aussi le crissement des pneus et vit une voiture blanche s’échapper, prendre la direction de l’ouest, avec deux hommes noirs assis à l’avant. La couleur de la voiture de Carter correspondait à la description faite par les témoins. La police l’arrêta et amena Carter et l’autre occupant, John Artis, sur la scène du crime environ trente minutes après l’incident. Il y avait peu de preuves matérielles : la police ne prit pas d’empreintes digitales sur le lieu du crime et n’avait pas l’équipement nécessaire pour effectuer un test à la paraffine sur Carter et Artis. Aucun des témoins oculaires n’identifia Carter ou Artis comme l’un des tireurs, pas plus que Willie Marins lorsque la police amena Carter et Artis à l’hôpital pour qu’il les voie. Cependant, en fouillant la voiture de Carter, la police trouva un pistolet de calibre 32 à proximité et une cartouche de fusil de chasse de diamètre 12 – les mêmes calibres que ceux utilisés lors de la fusillade. Carter et Artis furent amenés au poste par la police et questionnés. Dans l’après-midi, les deux hommes passèrent l’épreuve du détecteur de mensonge. Malgré les doutes, l’examinateur John J. McGuire rapporta plus tard les conclusions suivantes pour chacun des deux suspects : « Après une analyse rigoureuse de l’enregistrement du détecteur de mensonge du sujet, il est de l’avis de l’examinateur que ce sujet a tenté de frauder à toutes les questions pertinentes. Il était impliqué dans ce crime. Après l’interrogatoire et confronté à l’avis des examinateurs, le sujet a nié une quelconque participation au crime »5. Les valeur et fiabilité scientifiques des tests au polygraphe étaient cependant discutées, et ceux-ci étaient généralement considérés comme des preuves irrecevables. Carter et Artis furent libérés plus tard dans la journée. Plusieurs mois plus tard, Bello révéla à la police qu’il avait un complice lors de sa tentative de cambriolage, Arthur Dexter Bradley. Après un interrogatoire supplémentaire, Bello et Bradley identifièrent, chacun séparément, Carter comme l’un des deux Noirs qu’ils avaient vus armés sortir du bar la nuit des meurtres. Bello identifia aussi Artis en tant que deuxième homme. En se fondant sur ces témoignages concordants, Carter et Artis furent arrêtés et inculpés. (…) Ajouté à l’identification de la voiture de Carter par Patricia Valentine, aux munitions trouvées dans la voiture de Carter et aux doutes concernant les versions données par les témoins de l’alibi de Carter, cela convainquit un jury composé uniquement de Blancs que Carter et Artis étaient les tueurs. Les deux hommes furent jugés coupables et condamnés à la prison à perpétuité. Pendant sa peine de prison, Carter écrivit son autobiographie Le 16e Round (The Sixteenth Round: From Number 1 Contender to #45472), publiée en 1974. Il continua à clamer son innocence et gagna un soutien populaire grandissant pour un nouveau procès ou une amnistie. Le chanteur Bob Dylan écrivit et joua une chanson en son honneur, intitulée Hurricane (1975), laquelle exprimait l’avis que Carter était innocent. Les faits tels que chantés par Bob Dylan peuvent être néanmoins remis en cause. Tout au long de son incarcération, il fut soutenu par de nombreuses personnes, anonymes ou célèbres, telles que la chanteuse Joni Mitchell ou encore le boxeur Mohammed Ali. Pendant cette période, des enquêteurs et journalistes pro-Carter persuadèrent Alfred Bello et Arthur Bradley de revenir sur le témoignage qu’ils avaient donné au procès de 1967. En 1974, les deux témoins clés dans la condamnation de Carter se rétractèrent. Ces rétractations servirent comme base d’une motion pour un nouveau procès. Mais le juge Larner, qui présida à la fois au premier procès et à l’audition des rétractations, décida que celles-ci « sonnaient faux », et rejeta la motion. Cependant, les avocats de la défense déposèrent une autre motion, fondée sur de nouvelles preuves apportées pendant le procès de rétractation (dont une qui reposait sur un enregistrement policier d’un entretien avec Bello). Bien que Larner rejetât également cette motion, la Cour suprême du New Jersey accorda à Carter et Artis un nouveau procès en 1976, concédant que la preuve de divers « marchés » passés entre l’accusation et les témoins Bello et Bredley aurait dû être divulguée à la défense avant ou pendant le procès de 1967. (…) L’année suivante, en 1975, Bello changea de nouveau sa version de l’histoire, contrairement à Bradley. Il déclara qu’en réalité, il était à l’intérieur du bar au moment des coups de feu. (…) En mars 1976, la Cour suprême du New Jersey cassa les précédents verdicts, estimant que les condamnés n’avaient pas bénéficié de tous leurs droits pour se défendre. Carter et Artis furent ainsi libérés sous caution (respectivement 20 000 $ et 15 000 $). En décembre 1976, au second procès, Bello changea encore son témoignage, répétant celui donné en 1967 qui le situait en dehors du bar. Le juge Leopizzi indiqua aux jurés que s’ils ne croyaient pas au témoignage de Bello, ils seraient dans l’obligation d’acquitter les accusés. L’État fit objection et demanda à la cour d’informer le jury qu’une condamnation pourrait être fondée sur l’autre preuve que l’État allait introduire, mais sa requête fut rejetée. Néanmoins, Carter et Artis furent encore désignés coupables, cette fois par un jury comprenant deux afro-américains, en moins de 9 heures. Après 6 mois de liberté, Carter et Artis furent renvoyés en prison à perpétuité. (…) En 1982, la Cour suprême du New Jersey admit que l’accusation avait retenu des preuves pouvant servir à la défense, une soi-disant violation de Brady, mais confirma les précédentes condamnations par 4 voix contre 3. (…) Trois ans plus tard, les avocats de Carter déposèrent une demande d’habeas corpus à la cour fédérale, une pétition légale souvent infructueuse demandant la révision fédérale de la constitutionnalité des décisions de la cour d’état. L’effort fut payant : en novembre 1985, le juge Haddon Lee Sarokin de la Cour de District des États-Unis déclara que Carter et Artis n’avaient pas reçu de procès équitable, considérant que l’accusation était « fondée sur le racisme plutôt que sur la raison et sur la dissimulation plutôt que sur la transparence. » Il ordonna la libération immédiate de Carter « au nom de la simple décence ». Il réprimanda l’État du New Jersey pour avoir caché les doutes sur les résultats de Bello au détecteur de mensonge, et mis de côté leur véracité13. Les procureurs du New Jersey firent appel sans succès du verdict de Sarokin devant la cour d’appel des États-Unis pour le troisième circuit qui confirma l’avis de Sarokin sur un des deux points permettant la libération de Carter. Ils s’adressèrent aussi à la cour suprême des États-Unis, qui refusa d’écouter le dossier. Bien qu’ils aient pu tenter de les faire condamner une troisième fois, les procureurs du comté de Passaic choisirent de ne pas le faire. Depuis l’époque des faits, les témoins avaient disparu ou étaient morts, le coût aurait été extrêmement élevé. Même une condamnation n’aurait eu que peu de résultats. Artis, lui, avait déjà été libéré sur parole, et ne serait pas retourné en prison même s’il était recondamné. En 1988, les procureurs du New Jersey enregistrèrent une motion pour effacer les accusations originales intentées contre Carter et Artis en 1966, abandonnant réellement toutes les charges. Le 26 février 1988, Rubin Carter bénéficia d’un non-lieu. Wikipédia
Hurricane est un protest song de Bob Dylan au sujet de l’emprisonnement de Rubin « Hurricane » Carter. Elle résume les prétendus actes de racisme envers Carter, que Dylan décrit comme la principale raison de la condamnation dans ce qu’il considère comme un faux procès. Cette chanson fut l’une des quelques protest songs qu’écrivit Dylan dans les années 1970, et ce fut l’un de ses singles ayant eu le plus de succès de cette décennie, atteignant le 31e rang du Billboard. L’album de Bob Dylan Desire s’ouvre avec le titre Hurricane, dénomination inspirée du surnom de Rubin Carter et dépeignant l’histoire de ce boxeur noir américain, ancien prétendant au titre des poids moyens, accusé du meurtre de trois personnes en 1966. Dylan eut envie d’écrire cette chanson après avoir lu l’autobiographie de Carter Le Seizième Round (The Sixteenth Round), que celui-ci lui avait envoyée « à cause de ses engagements antérieurs dans le combat pour les droits civiques ». Dans son autobiographie, Carter continuait à clamer son innocence et son histoire poussa Dylan à aller lui rendre visite à la prison d’État de Rahway à Woodbridge (New Jersey). (…)  Dylan doit ré-enregistrer la chanson en modifiant les paroles relatives à Alfred Bello et Arthur Dexter Bradley qui « ont dépouillé les corps » (« robbed the bodies »). Les avocats de la Columbia l’ont prévenu qu’il risque un procès pour diffamation. Ni Bello, ni Bradley n’ont jamais été accusés de tels actes. (…) Même avec ces paroles révisées, la controverse continue de croître autour de Hurricane. Les critiques de l’époque lui reprochent de ne raconter qu’une version des faits, le passé judiciaire de Carter étant ignoré dans l’histoire que Dylan raconte, et de manquer d’objectivité. Il y a d’autres inexactitudes, comme par exemple la description de Carter comme prétendant n°1 au titre de champion des poids moyens (« Number one contender for the middleweight crown ») alors que le classement de mai 1966 de Ring Magazine ne le situait qu’au neuvième rang à l’époque de son arrestation. Mike Cleveland du Herald-News, Robert Christgau, et de nombreux autres critiques mettent en question l’objectivité de Bob Dylan au moment de la sortie de la chanson. Cal Deal, journaliste au Herald-News qui couvre l’affaire Carter entre 1975 et 1976, interviewant Carter en août et décembre 1975, accuse plus tard Dylan d’avoir un fort parti pris pour Carter tout en utilisant énormément d’effets artistiques. Pendant la tournée précédant la sortie de Desire, Dylan et le Rolling Thunder Revue participent à La Nuit de l’Ouragan I4 en l’honneur de Carter au Madison Square Garden de New York, le 12 août 1975. De nombreuses vedettes, dont Mohamed Ali, sont présentes à ce concert caritatif où un exposé de 20 minutes explique la situation du boxeur emprisonné. L’année suivante, ils mettent sur pied la Nuit de l’Ouragan II, cette fois-ci à l’Astrodome de Houston. Ce super-concert, organisé le 25 janvier 1976 est néanmoins un fiasco malgré la présence de Stevie Wonder, Stephen Stills, Ringo Starr ou encore Santana. Trente mille personnes assistent au spectacle mais l’organisation prévoyait plus du double6. En fin de compte, Hurricane rapporte assez de fonds et de publicité pour aider Carter à lancer un recours. En novembre 75 d’abord, la Cour Suprême annonce qu’elle compte réviser l’appel. Un mois plus tard, Carter et Artis retirent leur demande de pardon, souhaitant une réhabilitation complète. En mars 1976, ils sont même libérés sous caution et gagnent le droit à un nouveau procès. Mais Carter est de nouveau condamné à deux peines de prison à vie successives en décembre 1976. Ni Dylan, ni aucun autre défenseur célèbre n’assiste au procès7. En 1985 la justice américaine reconnaît que Carter et Artis n’ont pas bénéficié d’un procès juste et équitable. Carter est remis en liberté. Dylan n’a plus interprété cette chanson depuis le 25 janvier 1976 à Houston, Texas. Wikipedia
The struggle of Mr. Carter, whose first name is Rubin, for exoneration is the subject of  »The Hurricane, » a film directed by Norman Jewison, with Denzel Washington portraying the boxer whose compelling real-life story touches on thorny issues of race, civil rights and celebrity involvement in criminal trials.  »The Hurricane, » which opens tomorrow, is being billed as  »the triumphant true story of an innocent man’s 20-year fight for justice. » But the discrepancy between the  »true story » and what is seen on screen raises serious questions about how Hollywood presents actual events and the liberties taken with the truth. The film bases its authenticity on  »Lazarus and the Hurricane, » by Sam Chaiton and Terry Swinton, published in 1991 (Viking), and on Mr. Carter’s autobiography,  »The 16th Round, » published in 1974 (Viking). The film, written by Armyan Bernstein and Dan Gordon, depicts Mr. Carter’s turbulent life as a rebellious youth, a ferocious boxer and a tormented prisoner. But it presents a false vision of the legal battles and personal struggles that led to his freedom and creates spurious heroes in fictionalized episodes that attribute his vindication to members of a Canadian commune who unearth long suppressed evidence. (…) A major fabrication is the creation of a racist Javert-type detective who hounds Mr. Carter from the age of 11 until he finally ensnares him in the triple homicide. The film brands the phantom detective as primarily responsible for framing Mr. Carter. The actual story is more harrowing because it exposes an underlying frailty in a criminal-justice system that convicted Mr. Carter, not once but twice. The convictions were obtained not by a lone, malevolent investigator but by a network of detectives, prosecutors and judges who countenanced the suppression and tainting of evidence and the injection of racial bias into the courtroom. The film also sterilizes Mr. Carter’s history before his arrest for murder. He is characterized as a nearly model citizen who overcame persecution as a juvenile and remade himself as a boxer and civil rights advocate. What is omitted is that Mr. Carter served four years in prison as an adult for three muggings, crimes that later tarnished him as potentially violent and damaged his cause in the murder case. And while the film would have audiences believe that Mr. Carter was a teetotaler, he never denied taking part in an occasional pub crawl and, although married, having a romantic fling. One of those night owl excursions enmeshed him in the murders, a fact obscured in the movie. The forgotten man of the film is Mr. Artis, the other defendant, whose life was almost destroyed. Seen only briefly, Mr. Artis is portrayed as a clueless youth. The only recognition given to him is a brief prison encounter when Mr. Denzel suddenly addresses him as  »my hero. » In reality Mr. Artis defiantly rejected an offer to avoid a long prison sentence by falsely incriminating Mr. Carter. Many defense supporters were also drawn to the case because of their faith in Mr. Artis, who had an unblemished reputation and no police record. The true nightmare for both men began after the early-morning shotgun and pistol-fire slayings of two men and a woman in the Lafayette Grill, a Paterson bar. The murders occurred only hours after a black tavern owner had been fatally shot by a white man in Paterson, and the police immediately theorized that racial retaliation was the motive for the Lafayette Grill attack. Shortly after the murders Mr. Carter, then 29, and Mr. Artis, 21, were picked up in Mr. Carter’s white Dodge, which the police said resembled the getaway car. The movie, however, disregards vital elements the police used against Mr. Carter: the finding of a shotgun and a bullet in the Dodge and the murder of the black tavern owner. Except for being black, neither Mr. Carter nor Mr. Artis resembled the original descriptions of the killers, and they were released after passing lie detector tests. Three months later, however, the two men were indicted based on statements by two petty criminals, Alfred P. Bello and Arthur D. Bradley, two white men who admitted that they had been committing a burglary near the Lafayette Grill and said that they had seen Mr. Carter and Mr. Artis emerge with guns in their hands. (…) Mr. Carter, a charismatic figure inside prison as well as outside, enlisted help from Fred W. Hogan, an investigator for the New Jersey public defender’s office, and Richard Solomon, a freelance writer. On his own time Mr. Hogan searched for evidence while Mr. Solomon rekindled interest by establishing a minuscule defense committee and by soliciting journalists to write about Mr. Carter’s plight. In 1973 and 1974 Mr. Hogan and this reporter tracked down Mr. Bello and Mr. Bradley, and both men separately recanted their identifications of Mr. Carter and Mr. Artis. They asserted that Lt. Vincent DeSimone, the lead detective in the case, and other investigators, some of whom made racist slurs, had pressured them into incriminating Mr. Carter and Mr. Artis. The lies were in exchange for lenient sentences in their own crimes and the lure of a $10,000 reward. The New York Times published front-page articles about the recantations and about other questionable evidence used by the prosecution. Overnight Mr. Carter became an international cause celebre, with civil rights leaders, politicians, writers, and entertainment figures joining his defense committee. Bob Dylan supported Mr. Carter in his song  »Hurricane » (which is used in the new movie). Based on the recantations and the concealment of promises to the prosecution’s main witnesses, the New Jersey Supreme Court overturned the guilty verdicts. But in 1976 at a second trial prosecutors resuscitated an old theory, charging that Mr. Carter and Mr. Artis had exacted racial revenge for the earlier murder of the black tavern owner. Mr. Bello, in a surprise twist, resurfaced to recant his recantation, testifying as the only prosecution witness who placed Mr. Carter and Mr. Artis at the murder scene. After nine months of freedom Mr. Carter and Mr. Artis were found guilty, cast back into prison and deserted by most of the celebrities and civil rights figures. Still, the principal defense lawyers, Myron Beldock, Lewis Steel and Leon Friedman of New York City, who worked for a decade without payment, persisted in unearthing evidence that the prosecution had concealed at the second trial. Numerous appeals over nine years in New Jersey courts failed. But when the issues were heard for the first time in federal court, a judge in 1985 overturned the convictions on constitutional grounds, saying the prosecution had  »fatally infected the trial » by resorting, without proof, to the racial revenge theory and had withheld evidence that disproved the identifications made by Mr. Bello, the star prosecution witness. In 1988 the United States Supreme Court upheld the appeal, and after 22 years all accusations against Mr. Carter and Mr. Artis were dismissed. In the film the two trials are confusingly compressed into a brief courtroom sentencing scene with Mr. Carter protesting that he had been convicted by an all-white jury. (In reality the first jury was all white; the second included two elderly blacks.) Many pivotal scenes revolve around Mr. Carter’s relationship with members of a secretive Canadian commune, especially a young black man, Lesra Martin, who befriended him in the later years of his imprisonment. In the film the young Mr. Martin and the commune revive a supposedly despairing Mr. Carter’s faith in himself and in his quest for freedom. They are depicted as demon sleuths who uncover vital evidence including a secret diary kept by an investigator, a forged police document and incontestable proof that Mr. Carter’s car was not the get-away vehicle. These incidents are fairy tales. All essential evidence concerning constitutional violations, manipulated witnesses and prosecutorial misconduct was found by defense lawyers. And the film concocts suspenseful encounters — unmentioned in the Canadians’ own book,  »Lazarus and the Hurricane, » nor reported elsewhere — in which commune members are menaced by the reincarnated Javert and narrowly escape death. Mr. Carter’s lawyers do credit the Canadians with extensive paralegal work that spared them hundreds of hours of research and expenses. In an authorized biography,  »Hurricane, » by James S. Hirsch, to be published next month by Houghton Mifflin, Mr. Carter says he instantly bonded with Mr. Martin and was indebted to the Canadians for spending $400,000 — mainly on living expenses for themselves and him — before and after his release. (…) Missing from the film are the recantations by Mr. Bello and Mr. Bradley, the critical disclosures that reopened a dead case and figured prominently in Mr. Carter’s ultimate exoneration. Nor is there an indication of the support Mr. Carter received from relatives and friends long before the affluent Canadians arrived. (…) The film closes with a courtroom scene signifying the judicial defeat of evil, attributed to the indomitable Canadians. It fades out with a stirring (but invented) speech by Mr. Carter about injustice and his embracing of Mr. Martin, and Lisa Peters, the leader of the Canadians. A feel-good screen afterword notes that Mr. Carter lives in Canada and runs an organization that seeks to correct judicial wrongs, and that Mr. Martin has become a lawyer in Canada. Left unsaid is both men’s eventual disenchantment with the commune and its treatment of them. After his release Mr. Carter married Ms. Peters. But he soon ended all relations with her and other commune members, asserting in his biography that they patronized him as a  »trophy horse » whose main purpose was to raise money for the group. He further complains that the commune tried to control his life, with members escorting him everywhere and censoring his words. The WSJ

Après le « Sinatra de la politique », le Sinatra de l’histoire !

Evidentes erreurs factuelles et fausses déclarations (la serveuse ne pouvait voir les corps en entrant dans le bar et nie avoir prononcé les paroles qui lui sont attribuées, contre-vérités (Rubin Carter ne fut pas innocenté, mais bénéficia d’un non-lieu;  au moment de son incarcération, la carrière du boxeur était en fait sur le déclin; les deux suspects furent arrêtés non dans une autre partie de la ville mais à quelques pâtés de maisons seulement du lieu du crime, l’arrestation eut lieu seulement 30 minutes après le crime et non le lendemain matin),  thèse non prouvée d’une arrestation à caractère raciste, portrait flatteur de Rubin Carter alors que celui-ci avait déjà eu affaire à la justice à de nombreuses reprises avant l’affaire …

Après la si séduisante « cool attitude » qui nous a valu l’élection et la réélection d’un véritable accident industriel à la Maison Blanche …

Comme du plus rapide et immérité prix Nobel de la paix de l’histoire …

Et à nouveau la semaine dernière après la première journaliste l’an dernier, le choix du premier chanteur prix Nobel de littérature

Pendant qu’à la veille d’une des plus importantes élections américaines après huit longues années de dérives, le candidat du vrai changement voit converger sur lui …

Coup tordu après coup tordu, l’ensemble des forces du politiquement correct et du statu quo

Comment ne pas voir l’aboutissement de décennies de petits arrangements avec la vérité au nom de la sacro-sainte victime et de la cause du moment ?

Et quelle meilleure illustration que celui qui a si longtemps passé pour la conscience de toute une génération

Et qui au delà du légendaire mépris affiché pour son public ou ses pairs qui l’avaient fait connaitre et de sa longue réputation d ‘ « éponge »

Ou de ses règlements de compte personnels par chansons interposées et de sa cession de certaines de ses plus célèbres chansons à la publicité (y compris sa plus emblématique « protest song » «The Times they are a changing» pour la Bank of Montreal, « I want you » pour les yaourts Chobani ou « Love sick » pour la lingerie Victoria’s Secret !)  …

N’hésita pas avec l’affaire Rubin Carter et la fameuse chanson « Hurricane »

Et entre contre-vérités et inventions pures et simples à l’instar du film à qui la chanson sert de bande sonore …

A littéralement réécrire l’histoire ?

Compléments d’information sur les paroles

Extrait des Paroles Commentaire
« Pistol shots ring out in the barroom night
Enter Patty Valentine from the upper hall.
She sees the bartender in a pool of blood,
Cries out, « My God, they killed them all! »
 »
L’intro : Patty Valentine, en entrant dans le bar, ne pouvait pas voir le barman car son corps gisait derrière le comptoir. De plus, elle nie avoir prononcé ces mots9.
« The man the authorities came to blame
For somethin’ that he never done.
 »
Rubin Carter ne fut pas innocenté, mais bénéficia d’un non-lieu en 1988
« …he could-a been
The champion of the world.
 »
Au moment de son incarcération, la carrière de boxeur de Rubin Carter semblait sur le déclin. En effet, depuis 1965, son classement était passé de 3e prétendant au titre à 9e.
« 
… »I didn’t do it, » he says, and he throws up his hands
« I was only robbin’ the register, I hope you understand.
I saw them leavin’, »…
 »
En 2000, Patty Valentine nia avoir eu une quelconque conversation de ce type avec Bello. De plus, Alfred Bello n’avoua avoir vidé la caisse enregistreuse que 4 mois après le triple meurtre.
« « One of us had better call up the cops. » » En réalité, Patty Valentine et Alfred Bello appelèrent la police, chacun de son côté.
« 
Meanwhile, far away in another part of town
Rubin Carter and a couple of friends are drivin’ around.
 »
Dans les faits, Rubin Carter et John Artis furent arrêtés à quelques pâtés de maisons seulement du lieu du crime. Selon leurs témoignages, ceux-ci venaient de quitter le Nine Spot, un bar avoisinant.
« 
In Paterson that’s just the way things go.
If you’re black you might as well not show up on the street
 »
Dylan avance la thèse d’une arrestation à caractère raciste, même si cela n’a jamais été prouvé.
« Alfred Bello…
…said, « I saw two men runnin’ out, they looked like middleweights
They jumped into a white car with out-of-state plates. »
 »
Le témoignage de Bello cette nuit-là fut plus précis concernant la voiture des deux tueurs, en particulier au sujet des feux arrières en forme de papillon. Ceci fut l’une des principales raisons de l’arrestation de la voiture de Rubin Carter.
« 
Four in the mornin’ and they haul Rubin in,
 »
L’arrestation de Rubin Carter et de John Artis eut lieu seulement 30 minutes après le crime, contrairement à ce que chante Dylan.
« 
The wounded man…
Says, « Wha’d you bring him in here for? He ain’t the guy! »
 »
En réalité, Willie Marins dit « Je ne sais pas. » (« I don’t know. »), ce qu’il fit de nouveau lors des procès.
« 
Arthur Dexter Bradley said, « I’m really not sure. »
Cops said…
Now you don’t wanta have to go back to jail, be a nice fellow.
 »
Arthur Dexter Bradley était déjà en prison au moment où il décrit Rubin Carter comme étant le coupable.
« 
That sonofabitch is brave and gettin’ braver.
We want to put his ass in stir

He ain’t no Gentleman Jim. »
 »
Dylan continue de décrire la police comme étant raciste. « Gentleman Jim » était un célèbre boxeur blanc.
« 
Rubin could take a man out with just one punch

And when it’s over I’d just as soon go on my way
Up to some paradise
 »
Cette partie de la chanson dresse un portrait flatteur de Rubin Carter, alors que celui-ci avait déjà eu affaire à la justice à de nombreuses reprises avant l’affaire du triple meurtre.
« 
The D.A. said he was the one who did the deed
And the all-white jury agreed.
 »
Au moment de la sortie de la chanson, le second procès (avec un jury comprenant deux afro-américains cette fois) n’avait pas encore eu lieu.

Voir aussi:

Dylan’s distortion of the facts in « Hurricane » is appalling, irresponsible and wrong

He failed to do his homework, and good people suffer as a result

NEW! See Carter’s getaway route on YouTube!

UPDATED 11/06

How Dylan’s Song « Hurricane »
Murders the Truth

What’s good is bad, what’s bad is good

The lyrics are all over the Internet, but only here do you get the other side of the story. « The record is inaccurate and untrue. I wonder what Bob Dylan would write if he had been at the bar that night. »

— Al Bello (left) to Cal Deal, 1976. Bello is the person who identified Carter an Artis as the gunmen.
Click here for more.

LYRICSe
« You … cover up the truth with lies. »

COMMENTS &
DOCUMENTATION
Pistol shots ring out in the barroom night
Enter Patty Valentine from the upper hall.
She sees the bartender in a pool of blood,
Cries out, « My God, they killed them all! »
Mr. Dylan takes poetic license with the facts throughout the song, particularly in his descriptions of what people said and did. His quotes are not real (according to the real « Miss Patty Valentine, » who was interviewed for this report).

Valentine could not see the bartender. His body was behind the bar. (See photo)

Read Pat Valentine’s 1967 trial testimony in full! PDF file.

Here comes the story of the Hurricane,
The man the authorities came to blame
For somethin’ that he never done.
Put in a prison cell, but one time he could-a been
The champion of the world.
The « somethin’ that he never done » line fails the accuracy test. [See « Carter Guilty » headline that appeared a year after this song came out]

Could-a been the champ? His record was 7-7-1 in 1965-’66 and getting worse each year.
Ring Magazine says Carter’s career is going down the tubes. Article published two months before the murders.
View his boxing record for 1965-’66.

Three bodies lyin’ there does Patty see
And another man named Bello, movin’ around mysteriously.
« I didn’t do it, » he says, and he throws up his hands
« I was only robbin’ the register, I hope you understand.
I saw them leavin’, » he says, and he stops
« One of us had better call up the cops. »
And so Patty calls the cops
And they arrive on the scene with their red lights flashin’
In the hot New Jersey night.
Mr. Dylan’s imagination is running wild again.

It was four months later when Bello admitted to police that he had taken cash from the register. See report from October 1966

Bello DID NOT step over bodies to go steal money from the cash register. He went to the register to get a dime to call police and took an extra $60 in cash — which he fully admitted at trial. Yes he stole it; no, that was not his reason for going to the register. [Read his taped statement]

Pat Valentine said on 1/12/00 that none of this exchange between her and Bello actually happened.

BOTH Bello and Valentine called the cops. Bello was so rattled while he was on the phone that he couldn’t remember what street the bar was on and ran outside to look for a sign. He couldn’t find it — even though it was right there on the corner. [Read his taped statement about the phone call]

Meanwhile, far away in another part of town
Rubin Carter and a couple of friends are drivin’ around.
Number one contender for the middleweight crown
Had no idea what kinda shit was about to go down
NEW! (11-06) Now you can ride along on Carter’s getaway route using YouTube. See for yourself where he was pulled over … just minutes from the murder scene, not « far away in another part of town, » as Dylan wrote. Click here

Dylan’s language implies that it was a casual drive, but prosecutors believe that after the shootings Carter rendezvoused with accomplices, dumped the guns at an apartment and was trying to get home when he was first stopped by police, as the map shows. Also see getaway graphics on main page and the YouTube video of the getaway route.

Carter admitted he was only a few blocks away just before the murders, in a bar called the Nite Spot. [SEE Carter’s hangout AND the murder scene in one photo!] — [See map of getaway route.]

Number One Contender??? Carter was No. 3 in May 1965, but just 10 months later he had fallen to No. 9, according to « Ring » magazine. That last ranking was published in May of 1966, the month before the murders. « Ring » said Carter’s hopes for a crack at the middleweight title were dead.

View « Ring’s » 1966 article about Carter’s fading career.

Carter’s record was a dismal 7-7-1 in 1965 and 1966.

Ring Magazine’s rankings for Carter:

  • 1962: Unranked
  • 1963: No. 3 contender
  • 1964: No. 3 contender
  • 1965: No. 5 contender
  • 1966: Unranked

(The champion is on top of the rankings, then comes the No. 1 contender and so on.)

When a cop pulled him over to the side of the road
Just like the time before and the time before that.
In Paterson that’s just the way things go.
If you’re black you might as well not show up on the street
‘Less you wanna draw the heat.
This is the first of several verses in which Dylan uses racism over reason in an attempt to discredit those who prosecuted Carter. His use of racism is coupled with generalizations that don’t address the facts. Well, that’s just the way things go.

No act of racism by prosecutors has ever been documented.

The judge who freed Carter said the use of the racial revenge theory, which calls the murders retaliation for the earlier killing of a black man, appealed to « racism over reason. » But the jury that convicted Carter in 1976 had two voting black members, and a black legislator (working with a black investigator) who examined the case for the N.J. governor said racial revenge was the only plausible explanation for the murders. See Hawkins report.

On the day of the murders, press reports raised the possibility of racial revenge. See end of article.

Carter’s car was pulled over because it matched the description of the getaway car — perfectly. See car graphic.

Alfred Bello had a partner and he had a rap for the cops.
Him and Arthur Dexter Bradley were just out prowlin’ around
He said, « I saw two men runnin’ out, they looked like middleweights
They jumped into a white car with out-of-state plates. »
Bello did not admit the attempted burglary until months later when he gave a full statement about what he saw that night. [Read that portion of statement] (Bello and Bradley were near the murder scene to break into a sheet metal company.)

[Bello explains why he kept his mouth shut for four months in this police report]

The quote is made up, and the description of the car was much more precise because it included the distinctive butterly taillights. It was so precise that two police officers immediately recognized Carter’s car from the description because they had pulled it over minutes before. [See car graphic][See Prosecutor’s brief]

And Miss Patty Valentine just nodded her head.
Cop said, « Wait a minute, boys, this one’s not dead »
So they took him to the infirmary
And though this man could hardly see
They told him that he could identify the guilty men.
This implies that Valentine just went along with the racist conspiracy when in fact she too described the getaway car, its distinctive taillights, and its out-of-state plates. Within an hour of the crime, she positively identified Carter’s car as the killers’ getaway car. [See Valentine’s 2000 statement][See Prosecutor’s brief]
Four in the mornin’ and they haul Rubin in,
Take him to the hospital and they bring him upstairs.
The wounded man looks up through his one dyin’ eye
Says, « Wha’d you bring him in here for? He ain’t the guy! »
Wrong! Wrong! Wrong! Two cops stopped Carter’s car just 10 minutes after the murders and let him go. Minutes later, after getting a detailed description of the killers’ car, those cops realized Carter’s car fit the description and went looking for it. They found it — with Carter and Artis inside — just 30 minutes after the murders. THAT is how Carter got caught. See map[See Prosecutor’s brief]

He ain’t the guy?! The wounded man, Willie Marins, made no such statement. He said « I don’t know. » [See graphic] [See clipping]

Marins was too scared to identify Carter publicly, but privately he told his brother and two friends that it was Carter and Artis who did the shooting. (See news story.)

Significantly, Marins NEVER SAID it was NOT Carter and Artis. Carter reports that fact in his own book on Page 329. See story.

Four months later, the ghettos are in flame,
Rubin’s in South America, fightin’ for his name
While Arthur Dexter Bradley’s still in the robbery game
And the cops are puttin’ the screws to him, lookin’ for somebody to blame.
« Remember that murder that happened in a bar? »
« Remember you said you saw the getaway car? »
« You think you’d like to play ball with the law? »
« Think it might-a been that fighter that you saw runnin’ that night? »
« Don’t forget that you are white. »
This is made up and another irresponsible attempt to discredit by using racism without facts. The quotes are all made up.

The cops had no need to put the screws to Bradly because his partner Bello had already identified Carter by name. See graphic.

After Bello gave his statement, detectives went to interview Bradley — who was 75 miles away in a reformatory and therefore could not have coordinated stories with Bello. During the interview, Bradley was afraid to identify Carter while a guard was present, but said the killer « has many fans » and said his initials are « R.C., » [Read the detectives’ report] Bradley’s full statement about the events of that night matched Bello’s.

Arthur Dexter Bradley said, « I’m really not sure. »
Cops said, « A poor boy like you could use a break
We got you for the motel job and we’re talkin’ to your friend Bello
Now you don’t wanta have to go back to jail, be a nice fellow.
You’ll be doin’ society a favor.
This is all made up.

Bradley was already IN jail (a reformatory) when he was approached by detectives.

According to the investigating detectives’ report: « The guard went out of the room for a short period and Bradley said the he saw Rubin Carter come around the corner with what he thought was a rifle. … Bradley confirmed the story told to us by Alfred Bello. » Read the report (same page as in preceding graph)

That sonofabitch is brave and gettin’ braver.
We want to put his ass in stir
We want to pin this triple murder on him
He ain’t no Gentleman Jim. »
Dylan is again trying to discredit police by attributing their actions to racism without citing facts.

I think the « braver » line is an allusion to Carter’s comments in the Saturday Evening Post about shooting cops. See story. Carter blames the story for bringing the cops down on him — but then, he blames others for virtually everything bad that ever happened to him.

Gentleman Jim was a famous white boxer.

Rubin could take a man out with just one punch
But he never did like to talk about it all that much.
It’s my work, he’d say, and I do it for pay
And when it’s over I’d just as soon go on my way
Up to some paradise
Where the trout streams flow and the air is nice
And ride a horse along a trail.
But then they took him to the jailhouse
Where they try to turn a man into a mouse.
Noooo — he liked to talk about punching out horses. See story. And shooting at people. See story.

Paradise? Trout streams? Nice air? Oh c’mon, Bob! He left his wife at home and was hanging around and drinking in Paterson bars that night. He spent so much time at the Nite Spot he had a special table.

This is a lame attempt to portray Carter — who was convicted of beating and robbing people before he became a convicted murderer — as a nature-loving man of peace. Funny. And sad. [See page about the Content of Carter’s Character page]

Months after Dylan released this song, Carter beat up a woman who was the leader of the « Free Carter » campaign in New Jersey. [See Prosecutor’s Brief.] [See news story from 1976.]

All of Rubin’s cards were marked in advance
The trial was a pig-circus, he never had a chance.
The judge made Rubin’s witnesses drunkards from the slums
To the white folks who watched he was a revolutionary bum
« Marked in advance? » Ah, the police conspiracy. Doesn’t it strike you as odd that no credible evidence of a conspiracy has been revealed in over 35 years? Has Carter team ever taken their conspiracy allegations to higher authorities? Has Carter ever sued? No.

Pig-circus = police slur. Another attempt to discredit by generalizing without facts.

The judge made them out to be drunkards from the slums? That’s news to me. That alone would have been grounds for a new trial. [The judge did ask one drunken witness how many drinks he had consumed before testifying.]

Revolutionary? Will someone please fill me in on Rubin Carter’s civil rights achievements? I am aware of none — except his claim to have turned down Dr. King when King allegedly asked him to join a march. All the black leaders Carter claims to have been friends with are dead (King, Malcolm X, Steve Biko). Does that tell you anything? ($100 REWARD for a clipping that proves Carter’s civil rights claims.)

And to the black folks he was just a crazy nigger.
No one doubted that he pulled the trigger.
And though they could not produce the gun,
The D.A. said he was the one who did the deed
And the all-white jury agreed.
No guns were needed to get a conviction. Two trials proved that.

The jury that convicted Carter in 1976 had two blacks. Of course, that trial occurred after this song was written.

Prosecutor Burrell Ives Humphreys, the man who at the 1976 trial said Carter « did the deed, » was a civil rights activist and a member of the NAACP. He was about as far from being a racist as a white guy can get. See excerpts from 1967 interview.

Rubin Carter was falsely tried.
The crime was murder « one, » guess who testified?
Bello and Bradley and they both baldly lied
And the newspapers, they all went along for the ride.
Bello and Bradley baldly lied? They were interviewed separately and had not seen each other in months, yet they told the same story about that night. Other witnesses corroborated parts of their stories. See graphic.

Newspapers went along for the ride? Here’s another pathetic attempt to discredit without offering a shred of facts. When this song was being written, my paper was printing « the other side of the story, » which showed why Carter was guilty. Carter’s team didn’t like that. [Now you can read local newspaper coverage of Carter’s 1967 trial. More than 50 actual clippings!]

If Dylan had adhered to the standards of ethics and accuracy that are followed by good newspaper reporters, this would be a much different song.

How can the life of such a man
Be in the palm of some fool’s hand?
To see him obviously framed
Couldn’t help but make me feel ashamed to live in a land
Where justice is a game.
I take this to be a shot at Lt. DeSimone, by all accounts a decent, honest and sensitive man, and not a racist. [See graphic.] [See his obituary.] [See testimonial dinner program] The attacks in this song were very hurtful to DeSimone and his family.

His boss was also a very ethical man. See excerpts from 1967 interview (same as two blocks above).

Now all the criminals in their coats and their ties
Are free to drink martinis and watch the sun rise
While Rubin sits like Buddha in a ten-foot cell
An innocent man in a living hell.
That’s the story of the Hurricane,
But it won’t be over till they clear his name
And give him back the time he’s done.
Put in a prison cell, but one time he could-a been
The champion of the world. Copyright © 1975 Ram’s Horn Music
People have received millions of dollars for being falsely imprisoned. So why hasn’t Rubin Carter sued?

Could-a been a champion? More likely he could-a been a Quadruple Murderer.

Bottom line … it’s a great song if you just ignore the words.

– Cal Deal (e-mail)

Voir également:

‘Hurricane’: For Bob Dylan, Rubin Carter fight was personal 

 David Hinckley

The story of Bob Dylan’s song « Hurricane » is far more than a minor footnote to the story of the late Rubin Carter.

Many Dylan fans consider the 1975 epic to be his last great protest song — and one of his greatest songs, period.

After Dylan played « Hurricane » on virtually every date of his wildly popular 1975 Rolling Thunder tour, Carter’s incarceration became an unavoidable subject of national discussion.

It also intertwined Dylan and the song permanently with Carter’s own life and campaign.

What it didn’t do was set Carter free. The following year he was retried and reconvicted for three 1966 murders in a Paterson, N.J., bar.

It would be almost a decade before Federal Judge H. Lee Sarokin turned Carter loose for good.

Interestingly, Sarokin made almost exactly the same argument as Dylan: that the Paterson police and the prosecutors saw a powerful black man as an easy mark for a conviction, no matter how thin the evidence.

But « Hurricane » wasn’t just a legal brief set to music.

It’s also a great song, a musical freight train that picks up terrifying speed and fury as it roars down the track.

In its unapologetic anger, it remains reminiscent of songs Dylan had written in the early 1960s.

Perhaps it was closest to « The Lonesome Death of Hattie Carroll, » about a Baltimore maid who died after a rich drunken white man hit her with his cane. The assailant got six months in jail.

« Hattie Carroll » was the kind of song on which Dylan built much of his early reputation, attacking racists, warmongers and similar targets.

But almost every time Dylan has sensed the wind is blowing one way, he blows an other.

By the end of 1964, he had tacitly renounced what were called « finger-pointing songs. » Most of his songs over the next few years, widely considered his creative Mount Everest, were more personal, more abstract or both.

He would point an occasional finger, as he did on « George Jackson » in 1971. But his 1975 album « Blood on the Tracks, » heavily influenced by his separation from his wife Sara, was so raw and personal some of the material felt like he was opening a vein.

So it came as no surprise he took a different tack on his next round of songs, and one was « Hurricane. »

Dylan got the idea from Carter’s book « The Sixteenth Round, » which Carter’s defense team had sent him. It may or may not have made a difference that Dylan was and is a boxing fan who sometimes spars himself.

Dylan visited Carter in prison and said he found someone who looked at the world much the way Dylan did.

Dylan obviously also believed Carter was innocent.

So he wrote « Hurricane » and recorded it, first at a somewhat slower tempo than the familiar version.

The lawyers at his record label, Columbia, asked for a couple of small tweaks in the lyrics. Dylan agreed and rerecorded it, this time at the pace of a whirling dervish.

He used almost a wall of sound, with Scarlet Rivera’s ominous violin punctuating the verses.

Dylan later said he wrote the lyrics based on press clippings from the case, as supplied to him by Carter’s team.

He stayed with the basic facts, though it was still a song and not a school report.

Several lines used in the song as quotes are presumably not verbatim, such as the point where Dylan has the police saying to Arthur Dexter Bradley, Carter’s chief accuser, « Think it might have been that fighter you saw running that night? Don’t forget that you are white. »

In the broader sense, « Hurricane » fell in line with a centuries-old tradition of musical ballads about real-life events. Almost all such ballads editorialize and enhance the drama with imagined dialogue or emotions.

Dylan did eventually get sued over « Hurricane. » The waitress in the bar where the murders occurred, Patricia Valentine, claimed Dylan had defamed her. She lost.

The album on which Dylan included « Hurricane, » his 1976 « Desire, » also included an even longer ballad inspired by a contemporary figure: « Crazy Joe » Gallo, the mobster who was gunned down at Umberto’s Claim House in the Village.

Dylan was more philosophical and less personally outraged over Crazy Joe’s demise, making the song more quirky than intense.

« Hurricane, » in any case, still blows through his work as powerfully as it blew through Rubin Carter’s life.

Voir encore:

Dylan’s « Hurricane »: A Look Back

« Hurricane » movie invites a new look at Bob Dylan’s stirring protest

Music historians take note: The critically acclaimed new movie The Hurricane not only tells the harrowing tale of Rubin « Hurricane » Carter, the former No. 1 middleweight contender who spent nineteen years in prison for a murder he did not commit, but it also resurrects one of rock’s most powerful, and effective, protest songs: Bob Dylan’s « Hurricane. »

It was Dylan’s landmark, 1975 song, and his relentless promotion of Carter’s case during the infamous Rolling Thunder Revue tour that same year that helped broadcast the boxer’s plight to mainstream America.

Carter’s nightmare dates back to the night of June 16, 1967, when three white people were gunned down at the Lafayette Bar and Grill in Paterson, N.J. Moments later, hometown boxer Rubin Carter and his friend John Artis were pulled over by the police, who brought the two men to a nearby hospital to see if one of the dying men could I.D. Carter and Artis as the trigger men. The victim did not.

Within weeks the grand jury investigating the Lafayette murders declined to indict either man. Three months later though, career criminal Alfred Bello, who had been lurking around the Lafayette on the night of June 16, and was looking for leniency from police, told prosecutors he could identify the two black men as the killers. On May 27, 1967, with no motive offered by prosecutors, Artis and Carter were convicted on three counts of murder and sentenced to life in prison.

Eight years later, Carter sent a copy of his autobiography, The Sixteenth Round: From Number 1 Contender to #45472, to Dylan. Within thirty days Dylan came to visit Carter in prison. The singer told a writer at the time, « The first time I saw him, I left knowing one thing … I realized that the man’s philosophy and my philosophy were running down the same road, and you don’t meet too many people like that ».

Dylan sat down with producer Jacques Levy and the two men quickly penned the classic « Hurricane. » Part protest song, part historical document, Dylan’s runaway, eight-minute epic reads like a legal brief, as the singer punches holes in the prosecutor’s Lafayette killings case, spitting out the lyrics with passion and contempt. After attorneys at Dylan’s label, Columbia Records, asked for slight changes in the song to avoid possible lawsuits (Dylan agreed), « Hurricane » was quickly shipped out to radio.

In the fall of 1975, Dylan took his Rolling Thunder Revue, starring Joan Baez, Joni Mitchell, Allen Ginsberg and Roberta Flack, out on the road. (The tour is perhaps best remembered today as the one in which the enigmatic Dylan performed in whiteface make-up.) On Dec. 7, the Revue pulled into Carter’s New Jersey prison for a show of support. (According to Rolling Stone, only R&B singer Flack received a warm welcome from the inmate population; quiet folkie Mitchell nearly got booed off the stage.) The next night the Revue played to a sold-out Madison Square Garden, where more than a $100,000 was collected forCarter’s legal fund. One month later, Hurricane II, another charity concert for Carter, was held, as Dylan’s Revue was joined by Isaac Hayes, Stevie Wonder, Steven Stills, Carlos Santana, Richie Havens and Rick Danko of the Band at Houstons’ Astrodome.

Just two months after that show, the New Jersey Supreme Court, prompted by Bello’s recantation in the pages of the New York Times, unanimously overturned the Lafayette convictions, ruling that the prosecution withheld evidence favorable to the defense, and ordered a new trial for Carter and Artis. Incredibly, in 1976 both men were again convicted, this time when prosecutors were allowed to introduce as a motive the notion that Carter and Artis gunned down the three whites in retaliation for a killing earlier that night in Paterson, wherein a black bar owner had been killed by a white.

It took eight more years before a federal district court judge in Newark, N.J., finally overturned Carter’s conviction, insisting, « The extensive record clearly demonstrates that the petitioners’ convictions were predicated upon an appeal to racism rather than reason, and concealment rather than disclosure. »

Or, as Dylan had sung ten years earlier:

« How can the life of such a man
Be in the palm of some fool’s hand?
To see him obviously framed
Couldn’t help but make me feel ashamed to live in a land
Where justice is a game. »

Voir enfin:

A-hed

Did Bob Dylan Lift Lines From Dr. Saga?

Don’t Think Twice, It’s All Right Is the View of This Japanese Writer

As a 62-year-old physician and writer in a small town north of Tokyo, Junichi Saga knows almost nothing about 62-year-old Bob Dylan.

« Bob Dylan is a very famous American country singer, yes? » asks Dr. Saga. « I’m not familiar with these things. »

Mr. Dylan, on the other hand, would seem to be quite familiar with Dr. Saga’s work. On the legendary singer-songwriter’s most recent studio album, « Love and Theft, » he appears to have lifted about a dozen passages from Dr. Saga’s book, « Confessions of a Yakuza. »

Jonathan Eig in Chicago and Sebastian Moffett in Tsuchiura, Japan

« I’m not quite as cool or forgiving as I sound, » sings Mr. Dylan on the song « Floater, » from his 2001 album. « I’m not as cool or as forgiving as I might have sounded, » writes Dr. Saga on page 158 of his oral history of a Japanese gangster, which was published to little acclaim or profit more than a decade before the release of Mr. Dylan’s album. To date, Dr. Saga says he has earned about $8,500 from his book.

Doris Kearns Goodwin and the late Stephen Ambrose, among others, have gotten in some trouble in recent years for doing similar things. But Dr. Saga, unlike a good many other imitated authors, isn’t angry. He’s delighted.

« Please say hello to Bob Dylan for me because I am very flattered and very happy to hear this news, » the writer says. He is hoping that Mr. Dylan’s fans might go out and buy the book. « Confessions » has sold only about 25,000 copies in English and fewer still in Japanese. Indeed, the Japanese edition is out of print.

Mr. Dylan’s manager, Jeff Rosen, said Mr. Dylan couldn’t be reached for comment. « As far as I know, » Mr. Rosen said, « Mr. Dylan’s work is original. » The liner notes for « Love and Theft » list Mr. Dylan as the sole author of the 12 songs on the album.

The songwriter has borrowed material before. He often makes passing references to the Bible or to works of literature in his songs. On « Love and Theft, » he briefly quotes a passage from « The Great Gatsby. » As an aspiring artist, Mr. Dylan, né Zimmerman, is often said to have taken his name from the late Welsh poet, Dylan Thomas, though Mr. Dylan has sometimes denied that.

He’s like « some very imaginative sponge, » says Christopher Ricks, a professor of humanities at Boston University, who has lectured on Mr. Dylan’s works. Usually, says Mr. Ricks, Mr. Dylan’s sponging is a healthy part of the creative process. The songwriter takes a few words, twists them, changes their context, and produces an entirely new work of art.

But Mr. Ricks says he was surprised by the extent to which Mr. Dylan seems to have borrowed from « Confessions of a Yakuza » on his latest album. « No one of these instances was very telling, » he says. « But when you put together the whole string of them, it’s quite striking. »

No one was more surprised than Dr. Saga. The internist, writer and painter lives a life of prosperous, suburban tranquility in Tsuchiura, a small city of 134,000 people north of Tokyo. His home and clinic are set in a dense garden with stone footpaths.

This is where he wrote « Confessions, » which is based on the testimony of one of his patients, a retired gangster named Eiji Ijichi. The story is set in pre-World War II Japan. Men and women in his book live hard, rootless lives, filled with gambling, prostitution and violence. The book, Dr. Saga says, is about people who find love despite bad luck and bitter lives. « The two themes are love and the life of an outlaw — in other words love and theft, » he says.

After learning from a reporter that some of his prose had turned up on Mr. Dylan’s album, Dr. Saga, who usually favors opera, bought a copy of the CD. « I like this album, » he says. « His lines flow from one image to the next and don’t always make sense. But they have a great atmosphere. »

He says he’s pleased that Mr. Dylan read his book — if, indeed, he did — and chose to adapt some of the language to fit his songs. Dr. Saga says he has no intention of suing. « I don’t want this to become a bad thing, » he says. But he would like to see Mr. Dylan acknowledge his source — perhaps with a note in future editions of the liner notes. « That would be very honorable, » the author says.

The similarities between the album and the book were first spotted by an American living in Japan. He recently submitted a comparison of the two works to a Web site devoted to Mr. Dylan’s music. Soon after the comparison was posted, « Confessions of a Yakuza » jumped more than 20,000 places, to about 45,000 — on the Amazon.com list of best-selling books. But Dr. Saga’s publisher, Kodansha International, with offices in Tokyo, New York and London, says it’s too soon to tell whether the controversy will significantly boost sales.

« I guess we should print the next edition with Bob Dylan’s picture on the cover, » says Stephen Shaw, editorial director for Kodansha and the editor of « Confessions. » Absent a photo, Mr. Shaw says, the publisher would at least like to have a blurb from Mr. Dylan for the book’s jacket.

Mr. Shaw says he and other members of the staff at Kodansha were surprised that Mr. Dylan made so little effort to change lines appearing in the book. « It struck me as a little bit lazy, » he says. But he doesn’t want to make too much of a fuss. « We’re flattered as hell, let’s face it, » Mr. Shaw says.

Mr. Dylan’s apparent muse might not have been discovered were it not for Chris Johnson, a Minnesota native and Dylan fan who happened upon a copy of « Confessions » while browsing in a bookstore in Fukuoka. He knew little about Japan’s seamy side and was glad to find a book on the subject.

On the first page, Mr. Johnson read the following line: « My old man would sit there like a feudal lord…. » It reminded him instantly of a lyric from the Dylan song « Floater »: « My old man, he’s like some feudal lord. »

« I’ve probably listened to that album at least a hundred times, so the matching phrases just jumped right out at me, » says Mr. Johnson, a 29-year-old English teacher in Kitakyushu. « They may as well have been printed in red ink. »

He began searching for more phrases from the recording as he read the book, folding down pages as he found them. By the time he had finished the book, he had folded a dozen pages.

Mr. Dylan didn’t choose the most poetic or most powerful lines from the book, Mr. Johnson says. He appears at times to have clipped phrases almost randomly. Mr. Johnson has given a lot of thought to the process by which Mr. Dylan wrote his lyrics. He imagines the singer sitting in a hotel in Japan, where he has often appeared over the years, and browsing through « Confessions » as he worked on a new batch of tunes, using lines from the book as kindling for his imagination.

« I kind of wondered if he had done a lot of that before on other albums, » says Mr. Johnson. « But if he’d been doing this all along, somebody would have caught him a long time ago. »

Write to Jonathan Eig at jonathan.eig@wsj.com and Sebastian Moffett at sebastian.moffett@wsj.com

« CONFESSIONS OF A YAKUZA » BY JUNICHI SAGA* « LOVE AND THEFT » BY BOB DYLAN**
« My old man would sit there like a feudal lord… » (« Confessions of a Yakuza, » page 6) « My old man, he’s like some feudal lord/Got more lives than a cat » (« Floater »)
« If it bothers you so much, » she’d say,  » why don’t you just shove off? » (« Confessions, » page 9) « Juliet said back to Romeo, ‘Why don’t you just shove off/If it bothers you so much?' » (« Floater »)
« My mother…was the daughter of a wealthy farmer…(she) died when I was eleven…I heard that my father was a traveling salesman who called at the house regularly, but I never met him. (My uncle) was a nice man, I won’t forget him…After my mother died, I decided it’d be best to go and try my luck there. » (« Confessions, » pages 57-58) « My mother was a daughter of a wealthy farmer/My father was a traveling salesman, I never met him/When my mother died, my uncle took me in — he ran a funeral parlor/He did a lot of nice things for me and I won’t forget him » (« Po’ Boy »)
« Break the roof in! » he yelled…. (He) splashed kerosene over the floor and led a fuse from it outside. » (« Confessions, » page 63) « Yes, I’m leaving in the morning just as soon as the dark clouds lift/Gonna break the roof in — set fire to the place as a parting gift » (« Summer Days »)
« I won’t come anymore if it bothers you. » (« Confessions, » page 139) « Some things are too terrible to be true/I won’t come here no more if it bothers you » (« Honest With Me »)
« D’you think I could call myself a yakuza if I couldn’t stand up to some old businessman? » (« Confessions, » page 141) « The fog is so thick that you can’t even spy the land/What good are you anyway, if you can’t stand up to some old businessman? » (« Summer Days »)
 » …I heard he caused some kind of trouble that put him on bad terms with the younger men.… A good bookie makes all the difference in a gambling joint– it’s up to him whether a session comes alive or falls flat.… But even kicking him out wasn’t as easy as that.… So I decided to wait a while and see how it worked out.… But age doesn’t matter in that business…. Age by itself just doesn’t carry any weight. (« Confessions, » pages 153- 155) « The old men ’round here, sometimes they get on/Bad terms with the younger men, But old, young , age don’t carry weight/It doesn’t matter in the end » (« Floater ») « Things come alive or they fall flat » (« Floater ») « It’s not always easy kicking someone out/Gotta wait a while – it can be an unpleasant task » (« Floater »)
« Actually, though, I’m not as cool or forgiving as I might have sounded. » (« Confessions, » page 158) « I’m not quite as cool or forgiving as I sound/I’ve seen enough heartaches and strife » (« Floater »)
« Tears or not, though, that was too much to ask…. » (« Confessions, » page 182) « Sometimes somebody wants you to give something up/And tears or not, it’s too much to ask (« Floater »)
« Just because she was in the same house didn’t mean we were living together as man and wife…I don’t know how it looked to other people, but I never even slept with her–not once. » (« Confessions, » page 208) « Samantha Brown lived in my house for about four or five months/Don’t know how it looked to other people/I never slept with her even once » (« Lonsesome Day Blues »)
« They were big, those trees–a good four feet across the trunk…. » (« Confessions, page 241) « There’s a new grove of trees on the outskirts of town/The old one is long gone/Timber two-foot six across/Burns with the bark still on » (« Floater »)
« There was nothing sentimental about him–it didn’t bother him at all that some of his pals had been killed. (« Confessions, » page 243) « My captain, he’s decorated — he’s well schooled and he’s skilled/He’s not sentimental — don’t bother him at all/How many of his pals have been killed » (« Lonesome Day Blues »)

*Quotations and page numbers come from the English paperback edition of « Confessions of a Yakuza, » published by Kodansha in 1995. The Japanese edition was originally published in 1989. **Lyrics from « Love and Theft » are quoted from http://www.bobdylan.com, a Web site maintained by Columbia records.

Voir par ailleurs:

The 10 Sins of Bob Dylan

Accelerated decrepitude

I just finished reading the best Dylan bio ever (surpassing previous title holder Clinton Heylin’s Bob Dylan: Behind the Shades), Brit journalist Howard Sounes’ Down the Highway: The Life of Bob Dylan (2001). Based on painstaking new research, including the real dope on Dylan’s myth-stoked 1967 motorcycle accident, it really details the human side of Bobby Zimmerman, especially his womanizing – there’s even a suggestion that his embrace of Christianity in the 80s was partly because of his affairs with his born again Soul Sista backup singers Clydie King, Carole Childs, and Carolyn Dennis (who he secretly married, divorced, and had a love child with).

Though I’m a true Dylan fan, I learned some rather unsavory things about my hero. Nobody’s perfect, I know that. It’s like Sir Mick once sang, « Every cop is a criminal, and all the sinners saints. » I don’t put anybody on a pedestal. But the following are such egregious and heinous wrongs that I must set the record right by deeming them…

The Top 10 Sins of Bob Dylan:

1. « Ballad In Plain D »
Dylan’s diatribe against the Rotolo sisters, ex-girlfriend Suze and her « parasite » sister Carla, was the one song Dylan regretted writing. Inspired by his anger following an ugly breakup with Suze at Carla’s apartment, it hung its dirty laundry out to dry on 1964’s Another Side of Bob Dylan. In the liner notes to 1985’s Biograph box set, Dylan admitted that « It was a mistake to record it and I regret it. » The closest he came to an apology, apparently.

2. Wanton Womanizing
Ah, Dylan’s labrynthine love life…it obviously inspired him, as many women played the part of his muse, but it also taxed him – quite literally. His two divorces -from « Sad-Eyed Lady of the Lowlands » Sara Lowndes in ’77 and backup singer Carolyn Dennis in ’92 – cost him many the pretty penny an no doubt had something to do with his relentless touring schedule (touring providing both an escape from the troubles at home and mucho moolah with which to pay alimony and child support – not to mention opportunities for more « road women » affairs and future palimony suits!) It was Dylan’s infidelity that cost him first Echo Star Helstrom (« Girl From the North Country »), cheerleader-cute Bonnie Beecher (another candidate for the real « Girl From the North Country »), Suze Rotolo (who was so upset by his flagrant affair with Joan Baez that she attempted suicide and, later, chose to have an abortion when pregnant with Bob’s child), Sad-Eyed Sara Lownds, and Joan Baez (who only found out that Dylan had dumped her when Sara answered the door to his room in 1965).

3. Trading Elvis for a Sofa
Andy Warhol gave Dylan an original silk screen of his famous cowboy Elvis painting, but Dylan hated it, first hanging it upside down in his home, then putting it in a cupboard before finally trading it to manager Albert Grossman – FOR A SOFA! Grossman knew a sweet swindle when he saw it (like the contracts he signed with Dylan and The Band), and eventually sold the Warhol at auction for $750,000! Hope that sofa offers state-of-the-art comfort, Bob!

4. Horace Freeland Judson
There are many cruel scenes in Dont Look Back, D. A. Pennebaker’s documentary about Dylan’s 1965 European tour – the patronization of fellow troubadour Donovan, the cold shoulder given Joan Baez, the drunken party at London’s Savoy Hotel suite party – but none more mean-spirited than the assault on Time reporter Horace Freeland Judson, who Dylan rips apart as if he were the clueless Mr. Jones himself from « Ballad of a Thin Man. » It’s painful to watch. Dylan the rock star is a total dick to a guy just doing his job. What would Woody think?(Reporter Rant Runner-up: The Silver Medal for Media Surliness surely goes to Dylan’s Swedish Radio Interview from the same tour).

5. Joan Baez
Dylan asked, « How many roads must a man go down, before he can call himself a man? » Joan should have asked, « How many doors must be shut in your face before you get a clue that hie doesn’t care for you? » Poor Joan. She helped Dylan get early folk creds when she brought him on her tours and shared her bed and home with him when he stayed with her in Monterey. And in return? He asked her to join him on his 1965 Dont Look Back tour, then gave her the total cold shoulder, insulted her by never asking her to join in on stage, and made fun of her with his sycophantic cronies (Bobby Neurith chief among them). It eventually was enough to send her back home crying. Even then Joan didn’t get it. Hearing that Bob had taken ill in Italy, she went to his hotel room only to have the door answered by Sara – the girlfriend he neglected to tell Joan (or anybody for that matter) about. Oopsie! It would be 10 years before the two saw each other again, this time for the Rolling Thunder Revue and Dylan’s cinematic messterpiece, Renaldo and Clara, in which Joan had to act alongside Mrs. Dylan, Sara Lowndes. Glutton for punishment, Joan?

6. Eating the Documents
Dylan cut up the 1966 European tour footage filmed by D.A. Pennebaker, without allowing Penny to make a duplicate print to preserve the valuable historical (and musical concert) footage for posterity. Dylan the Auteur’s disjointed mess of a « home movie, » Eat the Document, was a bust. Rejected by NBC, which had originally planned to air it as a TV documentary, it took Martin Scorcese to finally salvage and properly edit the footage for his excellent 2005 documentary No Direction Home. Thanks Marty! On a similar note, Renaldo and Clara remains the best record of Dylan’s 1975-1976 Rolling Thunder Revue tour, but Dylan had to turn in an artsy-fartsy, imcomprehensible 4-hour « messterpiece » that is, by most accounts, completely unwatchable. Even Dylan fans can’t sit through it. Leave the directing to the pros, Bob! They don’t tell you how to play music, do they?

7. Love and Theft
Dylan was once asked jokingly at a press conference, « Do you think you’ll ever be hung as a horse thief? » It was a funny line, until you consider that in real life, Dylan the record-lover was twice caught stealing people’s record collections. When Dylan was in college and living in Minneapolis’ Bohemian Dinkytown, he stole his friend Jon Pankake’s valuable Harry Smith-curated Anthology of American Folk Music collection. And when he was staying in Denver in 1960, he stole singer Walt Conley’s albums and was busted by the police. Charges were dropped by a forgiving Conley, and Dylan hitch-hiked back East. Dave Van Ronk described the early Dylan as a snorer, a Yiddish word for « professional mooch, » and this early behavior more than justifies that characterization.

8. Dave Van Ronk
Dylan lifted Dave Van Ronk’s arrangement – the one he taught the kid himself! – of « House of the Risin’ Sun » for inclusion on his first album and recorded it before Van Ronk’s version came out. Van Ronk asked his friend not to record it before his own version came out, but Dylan did and Van Ronk was miffed. Van Ronk eventually forgave him when Eric Burdon and The Animals copped Dylan’s version for their hit single version.

9. Liam Clancy’s Girlfriend
Dylan’s friendship with the Clancy Brothers dated back to his fledgling folk coffeehouse days in Greenwich Village. In 1992, after the Clancy Brothers performed as part of a Dylan 30th Anniversary Concert Celebration in New York, Liam Clancy asked Bob if he ever screwed Liam’s girlfriend Cathy while the Brothers were on the road. Dylan hemmed and hawed but finally admitted he did. « Man, she loved you. But she was so lonesome…and…I did comfort her. » Some friend. Too old (or drunk) to fight about it, Liam just handed Dylan a guitar and made him sing an Irish folk song for pennance.

10. Faridi McFree
Dylan boinked ex-wife Sara’s Nanny, Faridi McFree, the very day the news broke that his divorce was settled. Sara was vacationing with the kids in Hawaii at the time and McFree was home house-sitting for her. Dylan later dropped McFree to insure that Sara, who felt betrayed by her ingrate Nanny, would give him visitation rights with his children. This one hit just a little too close to home.

Voir encore:
Movies
Separating Truth From Fiction in ‘The Hurricane’
Selwyn Raab

Dec. 28, 1999

On a soft spring night in 1966, at a time when many American cities were torn by racial tension, two black men stormed into a Paterson, N.J., tavern and unleashed a barrage of gunfire that killed the bartender and two patrons, all white. Soon after, Hurricane Carter, a contender for the middleweight boxing championship, was convicted of the crime and imprisoned for 19 years in a case that was eventually overturned in a landmark ruling.

The struggle of Mr. Carter, whose first name is Rubin, for exoneration is the subject of  »The Hurricane, » a film directed by Norman Jewison, with Denzel Washington portraying the boxer whose compelling real-life story touches on thorny issues of race, civil rights and celebrity involvement in criminal trials.

 »The Hurricane, » which opens tomorrow, is being billed as  »the triumphant true story of an innocent man’s 20-year fight for justice. » But the discrepancy between the  »true story » and what is seen on screen raises serious questions about how Hollywood presents actual events and the liberties taken with the truth.

The film bases its authenticity on  »Lazarus and the Hurricane, » by Sam Chaiton and Terry Swinton, published in 1991 (Viking), and on Mr. Carter’s autobiography,  »The 16th Round, » published in 1974 (Viking). The film, written by Armyan Bernstein and Dan Gordon, depicts Mr. Carter’s turbulent life as a rebellious youth, a ferocious boxer and a tormented prisoner.

But it presents a false vision of the legal battles and personal struggles that led to his freedom and creates spurious heroes in fictionalized episodes that attribute his vindication to members of a Canadian commune who unearth long suppressed evidence.

While glorifying the Canadians, the film plays down the heroic efforts of the lawyers whose strategy finally won the day for Mr. Carter. And virtually obliterated in the film version is the vital role played by John Artis, Mr. Carter’s co-defendant, who was also wrongly convicted and imprisoned for 15 years.

Two films in this decade,  »J.F.K., » Oliver Stone’s conspiracy version of the assassination of President John F. Kennedy, and  »The Insider, » an account of the perils of a tobacco-industry whistle-blower, directed by Michael Mann, have also provoked debates over skewed history torn from headlines.

Of course filmmakers have always taken dramatic license, simplifying history and conflating characters and events for narrative purposes. They defend their interpretations by emphasizing that their films are not documentaries but vivid adaptations of complex stories that retain the essence if not the literal truth of important events that would otherwise be unknown to the huge audiences that movies attract.

Whatever its intentions,  »The Hurricane » falls into the category of history contorted for dramatic effect.

A major fabrication is the creation of a racist Javert-type detective who hounds Mr. Carter from the age of 11 until he finally ensnares him in the triple homicide. The film brands the phantom detective as primarily responsible for framing Mr. Carter.

The actual story is more harrowing because it exposes an underlying frailty in a criminal-justice system that convicted Mr. Carter, not once but twice. The convictions were obtained not by a lone, malevolent investigator but by a network of detectives, prosecutors and judges who countenanced the suppression and tainting of evidence and the injection of racial bias into the courtroom.

The film also sterilizes Mr. Carter’s history before his arrest for murder. He is characterized as a nearly model citizen who overcame persecution as a juvenile and remade himself as a boxer and civil rights advocate. What is omitted is that Mr. Carter served four years in prison as an adult for three muggings, crimes that later tarnished him as potentially violent and damaged his cause in the murder case.

And while the film would have audiences believe that Mr. Carter was a teetotaler, he never denied taking part in an occasional pub crawl and, although married, having a romantic fling. One of those night owl excursions enmeshed him in the murders, a fact obscured in the movie.

The forgotten man of the film is Mr. Artis, the other defendant, whose life was almost destroyed. Seen only briefly, Mr. Artis is portrayed as a clueless youth. The only recognition given to him is a brief prison encounter when Mr. Denzel suddenly addresses him as  »my hero. »

In reality Mr. Artis defiantly rejected an offer to avoid a long prison sentence by falsely incriminating Mr. Carter. Many defense supporters were also drawn to the case because of their faith in Mr. Artis, who had an unblemished reputation and no police record.

The true nightmare for both men began after the early-morning shotgun and pistol-fire slayings of two men and a woman in the Lafayette Grill, a Paterson bar. The murders occurred only hours after a black tavern owner had been fatally shot by a white man in Paterson, and the police immediately theorized that racial retaliation was the motive for the Lafayette Grill attack.

Shortly after the murders Mr. Carter, then 29, and Mr. Artis, 21, were picked up in Mr. Carter’s white Dodge, which the police said resembled the getaway car. The movie, however, disregards vital elements the police used against Mr. Carter: the finding of a shotgun and a bullet in the Dodge and the murder of the black tavern owner.

Except for being black, neither Mr. Carter nor Mr. Artis resembled the original descriptions of the killers, and they were released after passing lie detector tests.

Three months later, however, the two men were indicted based on statements by two petty criminals, Alfred P. Bello and Arthur D. Bradley, two white men who admitted that they had been committing a burglary near the Lafayette Grill and said that they had seen Mr. Carter and Mr. Artis emerge with guns in their hands.

At a trial in 1967 the prosecution offered no motive for the murders. Mr. Bello and Mr. Bradley were the only witnesses who identified Mr. Carter and Mr. Artis, and their testimony was decisive in the convictions and the imposition of life sentences.

All appeals failed. By 1973 the penniless Mr. Carter’s prospects for a new trial seemed doomed. Nevertheless, Mr. Carter, a charismatic figure inside prison as well as outside, enlisted help from Fred W. Hogan, an investigator for the New Jersey public defender’s office, and Richard Solomon, a freelance writer. On his own time Mr. Hogan searched for evidence while Mr. Solomon rekindled interest by establishing a minuscule defense committee and by soliciting journalists to write about Mr. Carter’s plight. In 1973 and 1974 Mr. Hogan and this reporter tracked down Mr. Bello and Mr. Bradley, and both men separately recanted their identifications of Mr. Carter and Mr. Artis. They asserted that Lt. Vincent DeSimone, the lead detective in the case, and other investigators, some of whom made racist slurs, had pressured them into incriminating Mr. Carter and Mr. Artis. The lies were in exchange for lenient sentences in their own crimes and the lure of a $10,000 reward.

The New York Times published front-page articles about the recantations and about other questionable evidence used by the prosecution. Overnight Mr. Carter became an international cause celebre, with civil rights leaders, politicians, writers, and entertainment figures joining his defense committee. Bob Dylan supported Mr. Carter in his song  »Hurricane » (which is used in the new movie).

Based on the recantations and the concealment of promises to the prosecution’s main witnesses, the New Jersey Supreme Court overturned the guilty verdicts. But in 1976 at a second trial prosecutors resuscitated an old theory, charging that Mr. Carter and Mr. Artis had exacted racial revenge for the earlier murder of the black tavern owner.

Mr. Bello, in a surprise twist, resurfaced to recant his recantation, testifying as the only prosecution witness who placed Mr. Carter and Mr. Artis at the murder scene.

After nine months of freedom Mr. Carter and Mr. Artis were found guilty, cast back into prison and deserted by most of the celebrities and civil rights figures. Still, the principal defense lawyers, Myron Beldock, Lewis Steel and Leon Friedman of New York City, who worked for a decade without payment, persisted in unearthing evidence that the prosecution had concealed at the second trial.

Numerous appeals over nine years in New Jersey courts failed. But when the issues were heard for the first time in federal court, a judge in 1985 overturned the convictions on constitutional grounds, saying the prosecution had  »fatally infected the trial » by resorting, without proof, to the racial revenge theory and had withheld evidence that disproved the identifications made by Mr. Bello, the star prosecution witness.

In 1988 the United States Supreme Court upheld the appeal, and after 22 years all accusations against Mr. Carter and Mr. Artis were dismissed.

In the film the two trials are confusingly compressed into a brief courtroom sentencing scene with Mr. Carter protesting that he had been convicted by an all-white jury. (In reality the first jury was all white; the second included two elderly blacks.)

Many pivotal scenes revolve around Mr. Carter’s relationship with members of a secretive Canadian commune, especially a young black man, Lesra Martin, who befriended him in the later years of his imprisonment. In the film the young Mr. Martin and the commune revive a supposedly despairing Mr. Carter’s faith in himself and in his quest for freedom. They are depicted as demon sleuths who uncover vital evidence including a secret diary kept by an investigator, a forged police document and incontestable proof that Mr. Carter’s car was not the get-away vehicle.

These incidents are fairy tales. All essential evidence concerning constitutional violations, manipulated witnesses and prosecutorial misconduct was found by defense lawyers. And the film concocts suspenseful encounters — unmentioned in the Canadians’ own book,  »Lazarus and the Hurricane, » nor reported elsewhere — in which commune members are menaced by the reincarnated Javert and narrowly escape death. Mr. Carter’s lawyers do credit the Canadians with extensive paralegal work that spared them hundreds of hours of research and expenses. In an authorized biography,  »Hurricane, » by James S. Hirsch, to be published next month by Houghton Mifflin, Mr. Carter says he instantly bonded with Mr. Martin and was indebted to the Canadians for spending $400,000 — mainly on living expenses for themselves and him — before and after his release.

Mr. Carter, in an interview, said he had little control over the screenplay. He added that he had not objected to the description of the Canadians’ role because of his gratitude to for their moral and financial support.

Missing from the film are the recantations by Mr. Bello and Mr. Bradley, the critical disclosures that reopened a dead case and figured prominently in Mr. Carter’s ultimate exoneration. Nor is there an indication of the support Mr. Carter received from relatives and friends long before the affluent Canadians arrived. While Mr. Carter’s affection for Mr. Martin is the keystone of the movie, viewers have little sense of the son and a daughter with whom he has had a distant relationship even out of prison. And there is only the merest suggestion of the loyalty of his first wife.

The film closes with a courtroom scene signifying the judicial defeat of evil, attributed to the indomitable Canadians. It fades out with a stirring (but invented) speech by Mr. Carter about injustice and his embracing of Mr. Martin, and Lisa Peters, the leader of the Canadians.

A feel-good screen afterword notes that Mr. Carter lives in Canada and runs an organization that seeks to correct judicial wrongs, and that Mr. Martin has become a lawyer in Canada. Left unsaid is both men’s eventual disenchantment with the commune and its treatment of them.

After his release Mr. Carter married Ms. Peters. But he soon ended all relations with her and other commune members, asserting in his biography that they patronized him as a  »trophy horse » whose main purpose was to raise money for the group. He further complains that the commune tried to control his life, with members escorting him everywhere and censoring his words.

As for Mr. Martin, he was expelled. His crime: dating a woman without the commune’s permission.

Pourquoi le prix Nobel de littérature à Bob Dylan est une grossière erreur

Tentative d’explication des raisons pour lesquelles l’attribution du prix Nobel de littérature à un chanteur est une erreur, car la chanson, quelles que soient ses qualités artistiques, n’est pas de la littérature, dont le mode d’action sur le public est différent, car son mécanisme est lié au fait que la littérature  ne peut être que solitaire.

Chacun peut comprendre la spécificité du phénomène de la lecture en le comparant à celui du théâtre :

lorsque nous regardons une pièce de théâtre que nous n’avons jamais lue , l’impression produite dépend en grande partie des choix du metteur en scène et du physique et du jeu des acteurs : ceci nous est fourni tel quel et est, de notre part, un phénomène de réception passive, identique et collective pour l’ensemble du public;

-lorsque nous lisons une pièce de théâtre que nous n’avons jamais vue représenter, nous sommes alors dans la lecture pure, et tout ce travail de mise en scène, d’imagination du physique des acteurs et de leur jeu doit être fait par nous-mêmes: il s’agit donc d’un phénomène actif et solitaire de notre part, et dont le résultat sera différent pour chaque lecteur.

IL FAUT DONC SE POSER D’ABORD LA QUESTION  : QU’EST-CE QUE L’ART ?

(Sources : « L’Homme précaire et la littérature », d’André Malraux, et «Histoire de l’art », d’Elie Faure.)

(ceux qui estiment superflue ou trop longue  cette réflexion -pourtant à mon avis indispensable- sur la définition de l’art peuvent se rapporter d’emblée au dernier paragraphe de cet article : VI -ET REVENONS À LA QUESTION: UN AUTEUR-COMPOSITEUR DE CHANSONS MERITE-T-IL UN PRIX NOBEL DE LITTERATURE ?)

I – INTRODUCTION

On peut partir de la définition de Malraux : « L’œuvre art répond à cette définition aussi facile à énoncer que difficile à comprendre : avoir survécu ».

Une idée fausse serait d’y voir un processus continu : l’ humanité produirait de l’art, et chaque époque, qui aurait forcément  meilleur goût que les précédentes, éliminerait ensuite ce qui n’était qu’effet de mode. En réalité, chaque époque, pour des raisons complexes, élimine ce que d’autres avait admiré, et admire ce que d’autres avaient ignoré.

Par exemple, la Renaissance a redécouvert les œuvres de  Antiquité : non pas après des fouilles archéologiques, mais parce que, jusque là, les gens passaient à côté des sculptures ou des édifices gréco-romains avec la même indifférence avec laquelle nous passons devant les bustes qu’on trouve, dans certains squares, de certaines personnalités barbichues aujourd’hui inconnues de la IIIème République et que nous ne considérerions jamais comme des œuvres d’ Art ; et puis, pour des raisons mystérieuses et complexes, un beau jour, les hommes se sont mis à les considérer comme des œuvres d’ Art –ce qui sera peut-être un jour le sort glorieux de ces petits bustes des squares que personne ne regarde, il est impossible d’affirmer que ce ne sera jamais le cas.

Ainsi, chaque époque pourrait-elle communier, à travers l’ art, avec des époques précédentes, illustrant la phrase de Malraux «  Les religions et l’art sont les deux seules choses que l’homme a trouvé à opposer à la mort » ? Trop beau pour être vrai, car le même Malraux écrit ailleurs : « Toute communion est fondée sur un malentendu » (et qui s’applique à bien des choses : la communion religieuse, politique, etc.) ; en fait, nous croyons communier avec des sensibilités dont, en réalité, nous ignorons tout, car nous ne pourrons jamais entrer dans l’esprit des hommes ayant vécu dans d’autres sociétés et d’autres époques que la nôtre ; par exemple, si quelqu’un se mettait à peinturlurer des statues grecques  exposées au Louvre, il serait aussitôt emprisonné pour vandalisme ; or, on sait qu’ elles étaient toutes  recouvertes de peintures aux couleurs criardes et violentes sans lesquelles leurs contemporains ne les appréciaient absolument pas ; il en est de même de nos « blanches cathédrales », qui étaient violemment peintes.

Il faut donc lever ce malentendu ; quand quelqu’un écrit aujourd’hui  « ce qui fait le génie de Baudelaire » il entend : « ce pour quoi NOUS l’admirons » ; il faut y rajouter l’élément, que nous ne pouvons absolument pas connaître « ce pour quoi les siècles prochains l’admireront autrement, et qui n’a rien à voir avec les raisons pour lesquelles nous l’admirons –ou , au contraire, ce pourquoi les siècles prochains l’abandonneront à un oubli total » : on ne peut prévoir la vie posthume des œuvres d’art. Si nous-mêmes ne lisons pas Baudelaire comme le lisaient ses contemporains, c’est qu’entretemps nous avons lu Rimbaud et bien d’autres : nous portons en nous un Musée Imaginaire fait de tout ce que nous connaissons, musée qui métamorphose toutes les œuvres que nous y faisons entrer, et cette métamorphose permanente nous sépare de tout génie par toutes les créations qui ont succédé aux siennes.

Je vous demande de garder bien présente à l’esprit cette notion de la métamorphose permanente des œuvres d’art, par le changement  permanent du regard que portent sur elles les différentes générations qui se succèdent, car nous la retrouverons plus loin.

II- LA MORT DE L’IMAGINAIRE CHRETIEN

On sait que la notion de l’ Art en tant que « production de la sensibilité personnelle d’un individu » est tout à fait récente ; sans remonter aux peintures rupestres préhistoriques type Lascaux, dont on ignore les fonctions sociales exactes et combien de leurs contemporains pouvaient les regarder (certaines, très peu et uniquement ceux qui les avaient exécutées , et qui avaient dû ramper à plat ventre jusqu’à l’endroit  où ils les avaient peintes), dans l’ Egypte pharaonique, l’artiste n’était qu’un exécutant d’une œuvre qui n’avait qu’une fonction  purement symbolique –à la fois religieuse et politique – et on voit, dans certaines peintures tombales, les corrections à effectuer indiquées par les prêtres, en fonction de critères qui ne relevaient en rien de l’esthétique ; ce que nous appelons aujourd’hui l’ « artiste » n’était qu’un technicien exécutant, comme un maçon pour une maison contemporaine, dont il serait impossible de reconnaître le style personnel, et à qui il ne serait jamais venu à l’idée de signer son œuvre.

Sautons quelques millénaires, pour ne pas finir trop tard.

Du XIIIème au XVIIIè siècle, le chrétien a subi une mutation totale, son lien avec l’imaginaire ayant totalement changé. Le Moyen-Age a cru à son imaginaire  comme un vrai communiste croyait au communisme, et non pas comme les habitants des pays démocratiques croient à la démocratie, c’est-à-dire distraitement. Le temps de Saint-Louis est un cinéma religieux dans lequel statues, vitraux, images n’imitaient pas ce qu’ils représentaient, ils formaient le SEUL monde d’images existant, et le moyen le plus puissant de communication avec le surnaturel. L’important était l’invisible, et les images ne figuraient que lui, ou que ce qui s’y rapportait ; et la cathédrale dans laquelle se trouvaient ces statues, ces tableaux et  ces vitraux leur apportait ce que le fond d’or apportait aux icônes byzantines : la participation à l’inaccessible.

Et puis vint la Renaissance ; s’il nous faut faire un effort pour comprendre ce qui a déconcerté à ce point les hommes de cette époque, c’est que la pluralité des civilisations nous est une notion familière : or, à l’époque, elle ne l’était à presque personne ; et cela eu une conséquence majeure, une des plus grandes métamorphoses de l’ humanité : la religion est devenue relative : ceci n’a pas détruit la foi, mais elle en a détruit tout l’imaginaire ; jamais ne reparaîtront les siècles où l’ Imaginaire avait été la Vérité, et la foi, l’évidence : le monde chrétien est devenu, même pour les chrétiens, un monde parmi d’autres : et  on ne construira presque plus de cathédrales.

En résumé : la chrétienté  s’est métamorphosée lorsque le chrétien a cessé de tenir son imaginaire religieux pour vérité suprême : et c’est alors qu’est né ce que le XIX ème siècle appellera « Art ».

Si la Renaissance rejoint l’ Antiquité, c’est parce que lorsqu’un sculpteur romain sculptait une déesse, elle ne se confondait pas, pour lui, avec la statue d’une mortelle, mais elle ne représentait pas, pour lui, son Imaginaire de Vérité : 1500 ans plus tard, à la Renaissance, le sculpteur de Florence sculptant la Vierge ne lui accordait, lui non plus, aucun caractère sacré : elle ne représentait pas, pour lui non plus, une mortelle, mais, comme le sculpteur d’une déesse de l’ Antiquité, il trouvait, dans cette forme née de la divinité, son propre accomplissement personnel : la divinisation transformée en technique.  L’action qui va devenir une valeur suprême est celle d’une beauté codifiée : on appellera désormais « beau » ce qui plaira. Avec l’imprimerie, apparaîtront les premières anthologies, les premières reproductions d’œuvres du monde entier, réalisées par quelques très rares amateurs, qui ont voyagé, les ont dessinées, puis fait imprimer : elles stupéfieront le reste de l’humanité, lui faisant découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence (au Moyen Age, très peu de gens voyageaient, et ceux qui le faisaient n’allaient pas visiter des musées qui n’existaient pas ; même les grands peintres français ignoraient tout de la peinture flamande, italienne ou espagnole, sans parler de la russe).

Mais pour que l’imaginaire profane atteigne  la dignité et l’importance de  l’imaginaire religieux du Moyen Age, il faudra attendre que la littérature devienne enfin l’égale, en diffusion,  de la peinture, de la sculpture et des vitraux.

III- L’IMAGINAIRE DE L’ECRIT

Lire la Bible sans la rapporter au culte, à la superstition ou à l’ Histoire, dire que « nous la lisons pour rien, juste pour elle-même », signifie que nous la lisons en tant que texte littéraire – de même que transporter une sculpture  de la cathédrale où elle se trouvait à un musée veut dire que nous la faisons passer du monde de la foi au monde de l’art, autrement dit que nous en changeons la nature : toute œuvre née pour un lieu d’irréel se métamorphose lorsque l’irréel du lieu a disparu. On avait déjà  connu le même phénomène lorsque les gens, à la fin du Moyen Age, ont commencé à posséder, chez eux, une Vierge d’ivoire, transformant la piété liturgique collective en piété privée ; et cet imaginaire collectif a été remplacé à la Renaissance  par un autre, celui du théâtre et de la fiction théâtrale : on n’avait plus joué l’ Homme dans une salle de spectacle depuis l’ Antiquité. En France, le mythe de Racine devient peu à peu symbole unique du classicisme, s’étend aux arts, à l’architecture, à l’esprit : il impose pour deux siècles à la société cette notion si étrangère au Moyen Age : le bon goût, la plus complète rationalisation de l’art qui soit.

Et puis, nouvelle révolution,  arrive le romantisme, qui exige de la littérature qu’elle annule la distance qui sépare l’œuvre du spectateur, alors que le classicisme, lui,  est inséparable de cette distance : il continue à se tenir pour l’expression suprême de l’homme depuis l’ Antiquité ; cette métamorphose romantique est une révolution : elle entreprend de détruire le mythe de la perfection éternelle aux dépens de celui du génie individuel ; l’artiste devient un prophète d’un nouveau dieu, l’ Art, qui se manifeste à travers lui.

Et c’est là la révolution qu’apporte ce genre nouveau qu’est le roman : toute révolution de l’imaginaire, avant de se marquer par la substitution d’un genre à un autre, se marque par un changement de liturgie : de même qu’on avait déjà découvert qu’on pouvait prier seul sa Vierge d’ivoire, on va découvrir qu’on peut écouter un livre tout seul.

On sait qu’on a d’abord nommé romans les histoires écrites en langue romane pour qu’un lecteur les récitât à un public qui ne savait pas lire. Mais ce que nous appelons roman n’eut pas été concevable sans la lecture en silence et solitaire ; il s’agit de la découverte, par le romancier, de son ubiquité, de son omnipuissance, de sa liberté, de l’autonomie de ses œuvres qui ne se limitent plus aux histoires : peu à peu, il découvrira l’existence, dans un roman, de ce qui n’est pas l’histoire qu’il raconte, cet « autre chose » qui en fait la valeur et se perd chaque fois qu’on l’adapte au cinéma ; ce qu’on peut appeler l’ Imaginaire du Silence : le romancier découvre empiriquement le cache-cache par lequel il habite tour à tour chacun de ses personnages en même temps qu’il fait qu’il leur arrive des choses : jamais, auparavant, on n’avait tenté de saisir l’homme du dedans et du dehors à la fois, faire habiter des personnages par des démons à transformations, proclamer les droits de l’irrationnel et de l’impulsion.

Tout se passe, au XIXè siècle, comme si l’ Occident découvrait qu’il s’est toujours mépris sur la fiction : on prend conscience que le monde du roman constitue un imaginaire particulier. La volonté d’écrire est clairement antérieure à celle de la décision d’entreprendre un récit: Flaubert ou Balzac n’estiment pas qu’ils ont une histoire qu’il leur faut raconter, ils cherchent des sujets car il leur faut satisfaire leur besoin d’écrire, leur drogue, et ce besoin d’écrire précède l’histoire qu’ils vont faire semblant de raconter. Pourquoi, chez Dostoïevski, la pensée d’un prédicateur d’un christianisme de croisade s’incarne-t-elle dans l’imaginaire romanesque ? Les textes sacrés suffiraient à fonder sa pensée ; mais s’il travaille à l’élaboration d’un roman, c’est que sa nécessité de retrouver chaque jour des êtres fictifs est d’un autre ordre : le romancier établit avec ses fictions une relation continue – ce qui pourrait être une définition de la folie. Le roman n’est pas une photographie du XIXème siècle, c’est l’imaginaire de l’écriture, correspondant à notre lecture solitaire et silencieuse, dans laquelle le fou Dostoïevski va s’intoxiquer de ses Karamazov, dont le fou-lecteur-solitaire va s’intoxiquer à son tour : la création romanesque naît de l’intervalle qui sépare le roman de l’histoire qu’il raconte, et dans lequel se déroule le dialogue de l’auteur avec son imagination, dialogue qui va rencontrer  celle du lecteur avec la sienne.

L’échec de adaptation du roman en film allait révéler le secret du roman, comme la découverte de la photographie avait fait découvrir   le secret de la peinture.

Ici, une petite parenthèse s’impose : l’illusionnisme (ou, si vous préférez, la découverte technique) donne toujours la fausse impression d’approcher davantage la réalité, alors qu’il ne fait que nous faire comprendre ce que nous admirions, sans le savoir, dans ce qui l’avait précédé : il a fallu attendre l’invention de la photographie pour que la peinture devienne davantage elle-même, en devenant non figurative, et en abandonnant totalement à la photographie sa fausse mission de « reproduire le réel le mieux possible » : le notable bourgeois ne se fera plus faire son portrait par un peintre, il ira se faire prendre en photo : et si nous admirons aujourd’hui certains tableaux de notables flamands du XVI ème siècle, c’est en ignorant totalement s’ils sont ressemblants, ce qui est le cadet de nos soucis ; de même,  nous avons pris conscience de ce que le cinéma était muet à la découverte du parlant (on n’avait jamais imaginé, auparavant, que des images pourraient parler un jour) , nous avons pris conscience de ce qu’il était en noir et blanc à la découverte du cinéma en couleur (et que, du coup, ce que nous aimions dans le noir et blanc, c’était un certain rapport entre les noirs, les blancs et les gris, les cadrages, etc. :tout ce qui n’a aucun rapport avec le réel), nous avons pris conscience de ce le cinéma était plat à la découverte du cinéma en 3D, qui sera sans doute un échec, car ce que nous recherchons, ce n’est pas, comme nous le croyons naïvement, un  « toujours plus proche de la réalité », au contraire.

Cette  parenthèse fermée, reprenons : il n’y a pas d’identité entre le roman et le film qu’on en tire, mais entre l’histoire que semble raconter le roman et l’histoire que semble raconter le film : et pas plus que le scénario d’un grand film ne constitue jamais un grand roman, un grand roman ne peut donner, à lui seul, un grand film : on ne peut pas plus ramener un personnage de roman à sa biographie qu’on ne peut ramener un roman à son intrigue. Le roman nous impose son imaginaire comme il nous impose les héroïnes dont il nous charge d’imaginer le visage. Le lecteur croit voir, dans le romancier, l’interprète de l’histoire qu’il raconte, mais il se trompe : il n’existe pas plus de Chartreuse de Parme non écrite que de symphonie imaginaire ou de modèle d’un tableau cubiste.

On voit donc que la littérature, qui  avait longtemps voisiné avec l’anecdote, voisine depuis le roman avec la névrose. L’homme ne gouverne pas son imagination comme son esprit, mais aléatoirement, comme il gouverne sa sexualité : il ne décide pas d’imaginer comme il décide de danser, il est un animal imaginant. L’ Eglise avait entretenu le chrétien dans un mystère sans fin; ce qui nous surprend le plus, dans la fiction du roman, c’est qu’elle nous semble moins fictive que celle de l’audiovisuel : non par plus de réalisme, mais par une prise de l’homme sur sa vie. Jusqu’au cinéma et à l’audiovisuel, c’est dans l’imaginaire que l’homme s’interrogeait de la façon la plus pressante sur sa vie, par des voies dont la voie royale est celle du roman qui pousse le lecteur à la complicité. Toute interrogation d’un art de l’imaginaire rencontre le sentiment religieux : l’art n’est pas une religion, mais l’artiste-créateur obéit à une définition qui se rapporte à celle de la foi : «  adhésion totale du cœur et de l’esprit » ; pendant des millénaires, les arts plastiques ont représenté ce que nul ne pouvait voir que par eux : les dieux ; l’art a-t-il pris le relais pour remplacer les dieux par cet autre mystère insondable par la raison : l’homme ?  Alors : art, folie, religion : trois termes synonymes ? En tous cas, on peut se poser cette question, qui est le titre de mon dernier chapitre :

IV- L’ART EST-IL UNE SECTE ?

Il existe sur terre quelques millions d’amoureux de l’art qui, sans devenir fous, ont avec la vie une relation spécifique : ils subissent ce que les autres appellent imaginaire avec la force que d’autres accordent au réel. Les sectes ne sont pas formées d’hommes libres de les quitter à l’occasion, mais d’intoxiqués : les grands peintres occasionnels du dimanche sont rares. Nul ne se montre amateur de littérature de temps en temps : on vit, ou non, d’une vie littéraire. Baigné par l’imaginaire, le monde parallèle de cette secte reste une île inabordable pour la majorité. L’extraordinaire est qu’elle assure une survie provisoire, alors que l’immensité, les non-membres de la secte, est promise à la mort. La littérature unit présent et passés littéraires, comme les grandes religions unissent présents et passé sacrés. Aux yeux d’un non-membre de la secte, un livre n’est qu’un témoin ou un contemporain d’un passé, il dira « il faut lire Balzac, parce que ça donne une bonne idée de la France du XIXème siècle », et, en le lisant, il sautera ses interminables descriptions, ce que ne fera jamais un membre de la secte qui sait, lui, que ces descriptions sont aussi des personnages: l’action de la bibliothèque ou du musée modernes, est qu’elle reconnaît comme membre de la secte celui qui est atteint de la même façon par une œuvre contemporaine que par une œuvre passée, et cet état d’esprit permanent est plus important que le palmarès des œuvres qu’il tient pour œuvres d’art – palmarès toujours changeant, comme nous l’avons vu au début.

Sans le savoir, nous appelons artiste (créateur ou non) tout homme à qui un art (qu’il en  soit producteur ou simple consommateur)  est nécessaire , et dont il ne pourrait se passer. Rien ne justifie la permanence, dans nos bibliothèques ou dans nos musées imaginaires personnels, des œuvres du passé, sinon un consensus basé sur une nouvelle relation entre l’homme et les arts : nous devinons, dans la littérature, la présence d’un élément qui n’est pas que littéraire, dans la peinture la présence d’un élément non-pictural, etc. C’est la première fois que l’énigme fait partie de la relation fondamentale entre l’homme et l’art du passé. Notre civilisation est la première à découvrir que le besoin de création semble aussi constant, dans l’ Histoire de l’humanité, que celui de communion, et que seule la création artistique rivalise avec la Création. Car un des caractères majeurs de la création artistique, nous l’avons vu au début, est de vouer l’œuvre à la métamorphose permanente, donc de lui donner proprement la vie. L’art ne rend pas les fidèles de sa secte immortels, mais il les fait accéder, comme autrefois les religions,  à un monde où la mort ne triomphe pas.

V- CONCLUSION (car il en faut bien une…)

Pour qu’on puisse découvrir une culture chez les grandes peintres, les grands sculpteurs, les grands romanciers, etc., il fallut que l’ Occident prît conscience que l’homme vit dans un imaginaire dérisoire, et qu’une grande œuvre, par exemple romanesque, impose un monde à ce fatras. Les valeurs suprêmes des civilisations, notamment les religions, avaient toujours été des valeurs ordonnatrices. Le scientisme, en tant que croyance, fit partie, à ses débuts, de cette mégalomanie. Puis on découvrit que la science ne possède aucune valeur ordonnatrice :  elle peut envoyer des hommes sur la lune, elle ne peut pas dire comment élever un adolescent ; le christianisme avait formé des chrétiens, la science s’est vite aperçue qu’elle ne formait nullement des athées.

Ce qui est intéressant, c’est que cette mutation de notre imaginaire s’est produite dans une civilisation, la nôtre, qui est devenue incapable de se concevoir elle-même: une civilisation technicienne exige une méthode expérimentale, mais, pour tout ce qui échappe à la méthode, notre civilisation est devenue aléatoire : notre époque élève efficacement une civilisation qu’elle se montre inapte à ordonner.

C’est par l’aléatoire que nous avons conquis le passé du monde :on n’avait jamais vu, jusqu’à présent, une civilisation  capable de glorifier un autre art religieux que le sien : un homme du Moyen Age qui admirait les sculptures de ses cathédrales  n’aurait pas pu admirer un masque rituel dogon –et réciproquement- parce que nous les admirons autrement, après avoir métamorphosé  la nature de ces productions  par le regard différent que nous portons sur elles . Tous nos musées, toutes nos bibliothèques, sont les cathédrales de la métamorphose. Devant l’aléatoire, ni le monde ni l’homme n’ont de sens, puisque sa définition même est l’impossibilité d’un sens : devant l’aléatoire, il n’y a pas plus d’athées que de croyants ; l’aléatoire exige un agnosticisme de l’esprit : pour lui, , l’homme n’est qu’un objet d’interrogation, comme le monde l’est pour la science. Comme la chrétienté a enfanté le chrétien, la plus puissante civilisation de tous les temps aura enfanté ce que Malraux appelle l’homme précaire –c’est à dire : nous; et il conclut, comme moi, par cette question : « Faut-il voir dans l’homme un animal qui s’obstine à penser un monde qui, par nature, échappe à son esprit ? »

VI -ET REVENONS À LA QUESTION: UN AUTEUR-COMPOSITEUR DE CHANSONS MERITE-T-IL UN PRIX NOBEL DE LITTERATURE ?

Si on estime que les textes seuls d’un chanteur, sans sa musique, méritent le prix Nobel de littérature, il n’y a pas de problème : la poésie fait partie de la littérature au même titre que le roman, l’essai, la nouvelle; le premier prix Nobel de littérature fut attribué en 1901 à un poète, Sully Prudhomme.

Mais si on considère qu’il faut leur rajouter la musique pour qu’ils le méritent, alors ils méritent peut-être un prix Nobel, mais pas de littérature : et pourquoi pas, alors, un prix Nobel de littérature à un auteur d’opéras – à condition qu’il soit aussi l’auteur du livret ?

Et pourquoi pas, alors, uniquement aux textes qui exigent qu’on y ajoute de la musique pour mériter un prix Nobel de littérature ? Pourquoi pas à des textes qui exigent qu’on y ajoute des images, c’est-à-dire pourquoi pas un prix Nobel de littérature à un auteur de grands films, à condition qu’ils soient parlants? Tout ce qui contient des mots et a une valeur artistique n’est pas de la littérature; la chanson, l’opéra et le cinéma parlant ne sont pas de la littérature.

Il ne s’agit pas de nier que certaines chansons, certains films, sont des œuvres artistiques: il s’agit de nier que ce sont des œuvres littéraires. Bien sûr, il y a évidemment des relations entre la chanson, la poésie, la littérature, la musique et la danse, mais des rapports qui ne signifient identité: s’il y avait, en plus du prix Nobel de littérature, un prix Nobel de musique, auquel des deux aurait eu droit Bob Dylan ? Si on veut donner un prix Nobel à Bob Dylan, (ou à Trenet, ou à Brassens, s’ils étaient encore vivants) il faut créer un prix Nobel de la chanson, mais pas les  « raccrocher » à un art différent.

Pour être honnête : j’avoue que je suis très impressionné par le fait que : mais je n’ai trouvé nulle part leurs arguments.Car (voir le lien donné avec leurs noms) le débat entre écrivains pro et anti-ce prix Nobel ne porte que sur la qualité de l’oeuvre de Bob Dylan, et pas sur le fait de savoir si la chanson fait partie de la littérature, ou bien si elle  est un art différent : nous ne parlons pas de la même chose. Je ne nie pas que Bob Dylan mérite peut-être un prix Nobel ( Alain Mabanckou dit qu’il en est de même pour Georges Brassens, et  Joyce Carol Oates pour les Beatles), mais un prix Nobel… de quoi ?

Voir encore:

Du bon et du mauvais usage du témoignage dans l’œuvre de Svetlana Alexievitch
Galia Ackerman  [*]Essayiste et journaliste
et Frédérick Lemarchand Université de Caen Basse-Normandie

1On assiste, depuis les dernières décennies, à une prolifération de documents à caractère historiographique sur le XXe siècle ; le « vécu » est en vogue, tout autant que la mémoire fantasmatique de l’ex-URSS devenue — du moins le croit-on — enfin accessible depuis la fin de la guerre froide. On est confronté à une avalanche de livres, de reportages et de films documentaires, sans compter l’inévitable « télé-réalité », si près du réel… Et l’on aspire, dans une post-histoire réconciliée avec elle-même, à découvrir enfin la vérité que les appareils d’État nous avaient si longtemps cachée. Cependant, le genre documentaire, dont les règles ne sont pas réellement délimitées, pose de nombreuses questions, d’autant plus que la déontologie n’en est pas proprement établie, contrairement au travail de l’historien professionnel. S’il est évident qu’un document à l’état pur n’existe que dans des archives, l’écriture d’un livre ou la réalisation d’un film supposent une modification du document originel par sa soumission à des procédés tels que le découpage et le montage, notamment dans le passage de l’oral à l’écrit. Partant, si le degré de réécriture répond d’abord à une question de forme esthétique, il n’en constitue pas moins un problème éthique, d’autant plus que les « voix discordantes » qui se sont élevées et s’élèvent encore pour rendre compte d’une tragédie encore largement enfouie sous une mémoire officielle, ou historique, reposent sur rien moins que la mémoire de dizaines de millions de victimes (purges, famines programmées), la liquidation de la culture russe et d’une grande partie de ses acteurs par le régime, la spoliation et la contamination de millions d’hectares de terres jadis habitables (notamment après Tchernobyl). En d’autres termes, nous sommes ici confrontés à une mémoire traumatique renvoyant peu ou prou à toutes les formes imaginables de la catastrophe moderne ou de la « tempête du progrès » : totalitarisme, massacres de masse en temps de guerre, déportation, famines, crime écologique… La question de savoir jusqu’à quel point nous sommes en droit de réécrire un témoignage sans le dénaturer, sans porter atteinte à son authenticité, n’en a que plus de pertinence. C’est ce genre de questions que se posaient, par exemple, Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman lors de la rédaction du Livre noir [1][1] Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg, Le Livre noir,… où l’équipe du Comité antifasciste juif rassembla des témoignages de survivants de l’Holocauste. Ces questions se posent désormais avec la même acuité dans l’analyse des œuvres de témoignages issues de l’expérience soviétique, et en particulier s’agissant de celles qui portent sur la période totalitaire.
2Dans la mesure où elle témoigne plus généralement de l’expérience de la catastrophe dans l’histoire soviétique et post-soviétique, une œuvre comme celle de l’écrivain biélorusse Svetlana Alexievitch, dont les livres n’ont pas encore fait l’objet d’études systématiques en France, pourrait constituer un cas idéal-typique des questions que pose la conception d’une part, et la réception occidentale d’autre part, d’une littérature perçue comme l’expression d’une « voix discordante » à l’est — parce que sensément proche de la vérité —, depuis la Grande Guerre Patriotique (La guerre n’a pas un visage de femme [2][2] Presses de la Renaissance, 2004 (traduit par Galia…), jusqu’à la chute du système soviétique (Les derniers témoins [3][3] Presses de la Renaissance, 2005 (traduit par Anne … et Ensorcelés par la mort [4][4] Plon, 1995 (traduit par Sophie Benech).), en passant par la guerre d’Afghanistan (Les cercueils de zinc [5][5] Christian Bourgois, 1991/2002 (traduit par Wladimir…) et Tchernobyl (La supplication [6][6] Editions Lattès, 1998 (traduit par Galia Ackerman et…). Nous proposons de retracer les premiers pas de l’analyse de la démarche de cet auteur original qui a ému tant de lecteurs dans des dizaines de pays.
Littérature et témoignage
3Il nous faut tout d’abord opérer une distinction entre la littérature de témoignage dont les auteurs ont fait directement l’expérience de ce dont ils témoignent, comme Primo Levi ou Varlam Chalamov, et les témoignages collectés par des journalistes, écrivains ou historiens, qui visent à présenter un événement à travers des récits, concordants ou contradictoires, en accompagnant ceux-là de commentaire et d’analyse. Cependant, l’œuvre de Svetlana Alexievitch reste un phénomène à part au sein de cette littérature riche et variée, raison pour laquelle la presse française, en panne de classement, l’a comparée à Varlam Chalamov ou à Jean Hatzfeld. Il y a, à ce phénomène, plusieurs raisons. Les cinq livres représentent des collections de témoignages consacrés chaque fois à un événement majeur de l’histoire soviétique : la Seconde Guerre mondiale (vue par les femmes et les enfants), la guerre d’Afghanistan, la catastrophe de Tchernobyl et l’éclatement de l’URSS. Ces livres ne sont pas tous construits de la même façon : La guerre n’a pas un visage de femme, Les cercueils de zinc et La supplication combinent de longs monologues avec des séquences de courts extraits de témoignages qui forment une sorte de « chœurs », en allusion à la tragédie grecque ; deux autres livres, Les derniers témoins et Ensorcelés par la mort, ont une structure plus linéaire : les témoignages s’y enchaînent sans entrer en interaction, ce qui s’explique visiblement par leur nature. Cependant, l’essentiel de la méthode employée par Svetlana Alexievitch ne change pas d’un livre à l’autre. Selon ses propres affirmations, elle collecte pour chaque livre cinq cents à sept cents témoignages [7][7] Ce chiffre figure dans sa propre présentation sur son…, puis les trie pour n’en sélectionner que quelques dizaines, particulièrement poignants, et en faire finalement « un roman des voix ». Mis à part son premier livre, La guerre n’a pas un visage de femme, achevé en 1983 et publié pour la première fois en 1985, dans lequel elle décrit succinctement ses rencontres avec les personnes interviewées, sa présence est toujours effacée de sorte que l’on est confronté uniquement à des voix qui racontent chacune leur histoire, affirment chacune leur « vérité ». En fait, c’est dans cet effacement apparent de l’auteur par rapport aux personnes interviewées et à l’événement qu’elle ne décrit ni ne commente que réside l’originalité de sa méthode. « Il y a des choses dans l’homme dont l’art ne soupçonne pas l’existence, ne les devine pas », écrit Svetlana Alexievitch [8][8] Cf. le website de Svetlana Alexievitch.. « Et moi, je n’écris pas une histoire sèche, nue d’un événement, j’écris l’histoire des sentiments. Qu’est-ce que l’homme pensait, comprenait et retenait pendant un tel événement ? En quoi croyait-il ou ne croyait-il pas ? Quelles illusions, espoirs, peurs avait-il ? C’est ce qu’on ne peut imaginer, inventer, en tout cas, pas dans une telle multitude de détails véridiques. Nous oublions rapidement comment nous étions il y a dix, vingt ou cinquante ans. Et parfois, nous en avons honte, ou ne croyons plus avoir vécu une telle chose. L’art peut mentir, le document trompe… Mais je compose le monde de mes livres de milliers de voix, de destins, de morceaux de notre quotidien et de notre existence… Ma chronique englobe des dizaines de générations (sic !). Elle commence par la mémoire des gens qui avaient connu la révolution, qui ont traversé des guerres, des camps staliniens, et elle continue jusqu’à aujourd’hui. C’est l’histoire d’une âme — de l’âme russe… ».
4L’intention de l’auteur est pour le moins ambitieuse et novatrice : capter ce que « l’art » (faut-il entendre : les autres écrivains et les artistes ?) n’a pas su explorer, écrire l’histoire des sentiments de plusieurs générations de Soviétiques, montrer « le petit homme face à la grande utopie, au mystère du communisme », faire parler les gens qui « ont aimé cette idée, ont tué en son nom, et qui maintenant essaient de s’en éloigner, de s’en libérer, de devenir comme tout le monde ». Il s’agit en outre, à travers cette phénoménologie des sentiments, de construire à chaque fois une image kaléidoscopique des plus grands événements formateurs de l’histoire soviétique, à partir de la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à l’éclatement final de l’Empire. Voici ce que Svetlana Alexievitch répond à la question d’un journaliste sur sa méthode de travail, lors d’un débat télévisé : « Le problème ne consiste pas à collecter le matériau. Le problème, c’est d’avoir une vision. Cela veut dire qu’il faut d’abord que je m’assemble moi-même, que j’élabore ma propre vision : pour pouvoir arracher à la réalité ordinaire sa couverture émotionnelle si banale, il est crucial d’avoir une vision du monde. Et après, je me mets à chercher des gens. Des gens bouleversés par l’événement que je veux raconter, bouleversés par le mystère même de la vie, le mystère de la guerre, le mystère de chaque existence humaine, le mystère des recherches d’un sens… Et alors, ce n’est plus du journalisme, mais de la littérature [9][9] Cf. la transcription de cette interview sur le site…. »
5L’ambition intellectuelle de l’auteur ne fait-elle pas pendant à son ambition artistique ? Dans la même interview, elle confie : « Il ne me suffit pas d’écouter une personne, je dois ensuite transformer cette horreur en un objet artistique… Mes larmes m’importent peu… Mais aller jusqu’au bout dans ma réflexion, extraire un sens, donc faire un effort intellectuel, c’est cela qui me demande un courage particulier. » Au cours d’une récente table ronde, Svetlana Alexievitch a ainsi déploré l’incurie des écrivains contemporains face à la réalité de plus en plus terrible et imprévisible : « Je pense que nous, les écrivains, ne faisons pas notre travail principal : nous n’avons pas de nouvelles idées. Nous ne les produisons pas, nous ne réfléchissons pas jusqu’au bout, nous pleurons comme des demoiselles chez Tourgueniev, nous nous fâchons. Or, les gens qui ont la vocation de penser ne doivent pas se fâcher contre l’Histoire [10][10] Cf. le site du journal-Internet BelaPAN, 26.7.2002…. » Au nom de cette réflexion qui lui permet d’élaborer sa vision propre, elle a souvent déclaré que la place de l’artiste, de l’écrivain, n’est pas sur les barricades mais au contraire « en retrait » de l’histoire : « Il est difficile, surtout chez nous, en Biélorussie, de rester à son bureau, de s’inventer une tour intellectuelle et de s’y terrer. C’est tout bonnement impossible. Mais en même temps, des doutes me tourmentent : que chercher dans la foule à la fin du XXe siècle ? Et cette foule, de quoi est-elle capable à part la destruction ? La barricade n’est-elle pas dangereuse pour un artiste, n’y gâche-t-il pas sa vision, son ouïe ? Et qu’est-ce qu’on peut juste voir à partir de la barricade ? Rien d’autre qu’une cible de tir [11][11] Cf. le site de la radio Svoboda, programme de Lev Roïtman,…… » La tâche que s’assigne Svetlana Alexievitch — et pour laquelle elle préfère rester loin des « barricades » — est sans doute titanesque, comparable à celles que se sont donné deux géants de la littérature russe du XXe siècle, Vassili Grossman et Alexandre Soljenitsyne, auteurs d’œuvres monumentales et essentielles. Comme elle l’affirme, « j’ai rempli honnêtement mon devoir d’écrivain. C’est ainsi que j’ai été élevée par la culture et la littérature russes [12][12] Ibid. ».
6S’agissant du procédé, l’auteur, après avoir très brièvement énoncé le sujet, laisse parler les témoins, en ne les interrompant que rarement, voire jamais. Mais il ne s’agit pas, comme nous allons le voir et contrairement aux apparences, de témoignages bruts : la parole de chacun est soigneusement traitée, découpée et arrangée de telle sorte qu’elle devienne un élément constitutif d’un agencement artistique. Selon ses propres définitions, Svetlana Alexievitch essaie de créer un « roman des voix » ou « un chœur des voix », où chaque partie vocale est orchestrée par l’écrivain. Elle a souvent répété qu’elle se voyait « comme un chercheur d’or qui passe au tamis des tonnes de matière brute afin de trouver tantôt un récit entier, tantôt une page, tantôt une ligne, dignes de Dostoïevski ». Le condensé de ces récits, de ces pages, de ces lignes est ensuite arrangé par thèmes ou suivant d’autres critères d’ordre esthétique, de façon à former un ensemble de fragments dont la puissance bouleverse le lecteur occidental — et plus largement étranger à l’histoire soviétique — par la force, voire la cruauté des images, celles d’une histoire authentiquement tragique : ici, une infirmière qui ronge avec ses dents le bras blessé d’un soldat, dans La guerre n’a pas un visage de femme [13][13] Presses de la Renaissance, 2004 (traduit par Galia…, là, les ossements roses de bébés brûlés par les nazis (à la différence de la cendre noire des adultes), dans Les derniers témoins [14][14] Ce livre n’a pas encore été publié en France., là encore la chair déchiquetée de soldats russes en Afghanistan que l’on rassemble à la pelle, dans des seaux, dans Les cercueils de zinc [15][15] Christian Bourgois, 1991/2002. ou enfin une jeune mariée qui enlève à la main des lambeaux d’organes internes pourrissants de son mari gravement irradié dans La supplication. C’est ce principe qui a suscité de très nombreuses adaptations théâtrales des œuvres d’Alexievitch, par le développement d’une esthétique du fragment ressaisi dans une totalité dramatique qui dépasse le pathos du récit individuel. L’homme y est le plus souvent réduit à un geste, à un moment, à une circonstance spectaculaire de sa vie, et devient de ce fait un symbole universel dont le nom, qui figure pourtant dans le livre, n’a plus d’importance.
La curieuse histoire de Tamara Oumniaguina
7Faute de pouvoir examiner ici toute l’œuvre d’Alexievitch, nous partirons d’un livre, La guerre n’a pas un visage de femme, que nous avons choisi pour la raison suivante : dans la perspective de la réédition de son livre en russe et en allemand, et aussi pour sa première édition en français, l’auteur a procédé à sa réécriture. Après avoir ajouté quelques scènes rayées par la censure et par sa propre autocensure, ainsi que des pages du journal qu’elle avait tenu pendant la collecte des interviews, elle a réécrit pratiquement tous les témoignages pour en renforcer l’effet dramatique. C’est grâce à cette réécriture que nous pouvons pénétrer dans le laboratoire de Svetlana Alexievitch et analyser sa méthode littéraire, notamment dans l’analyse des contenus [16][16] Dans cette analyse, nous nous appuyons sur nos précédentes….
8Au-delà d’un simple travail stylistique, le procédé qu’emploie Alexievitch consiste notamment à réutiliser certains témoignages, mais en les arrangeant différemment et en les mettant dans un contexte différent, soit à la faveur d’une réédition de ses œuvres, soit pour les placer dans d’autres essais. Ainsi, dans l’essai Paysage de la solitude, Svetlana Alexievitch présente trois générations de femmes de la même famille [17][17] Littératures métisses, Le Paresseux, n°25, 2003, A…. Ce texte illustre parfaitement l’ambiguïté entre document et récit romancé que l’auteur entretient savamment. Dans l’essai, il est question de trois femmes qui représentent trois époques différentes :
9« Voici l’histoire de trois personnes appartenant à la même famille : une grand-mère, sa fille et sa petite-fille. Tel est le destin de cette famille que d’être composée uniquement de femmes. Le grand-père est mort il y a dix ans, le père, il n’y a pas longtemps. La petite-fille étudie à la fac, elle a vingt ans, et pour l’instant, elle n’a pas l’intention de se marier. Elles vivent toutes les trois ensemble, dans un grand appartement, à Minsk. »
10Cette introduction est suivie de trois récits, qui sont présentés comme étant contemporains, dont le premier est celui de « Tamara Stepanovna Oumniaguina, la grand-mère, qui, pendant la guerre, a servi au service sanitaire de l’armée ». Retenons qu’en 2003, au moment de la publication de l’essai écrit sur la commande du festival des Littératures métisses, Madame Oumniaguina était en vie et partageait un appartement avec sa fille et sa petite-fille. Or, on retrouve la même Tamara Oumniaguina livrant le même témoignage dans le premier livre d’Alexievitch, La guerre n’a pas un visage de femme, achevé en 1983 et publié en 1985 ! La dame y est présentée de la façon suivante :
11« C’est une femme petite, très “domestique”, et en même temps, ce n’est pas une personne, mais un nerf ouvert. Pour cette nature poétique, très sensible, tout était encore plus difficile que pour les autres. C’est pourquoi elle n’a pas la sensation d’un passé éloigné, elle répète tout le temps en se souvenant : “Même aujourd’hui, on peut perdre la raison d’un tel tableau”… Je ne peux oublier sa façon de raconter. Elle était une conteuse rare ».
12Ce n’est pas tout. L’histoire change encore dans l’édition française de La guerre n’a pas un visage de femme, parue en 2005. Voici ce que nous y apprenons au sujet du même personnage :
13« J’avais une amie : Tamara Stepanovna Oumniaguina », écrit Svetlana Alexievitch. « Mais nous n’avions jamais parlé de la guerre, elle refusait d’aborder le sujet… Et puis, un jour, je reçois un coup de fil : “Viens, j’ai peur de mourir bientôt. Mon cœur me joue des tours. Et je crains de ne pas avoir le temps”. Ce qui est arrivé. Quelques jours après notre conversation… Hémorragie cérébrale. Ses dernières paroles, rapportées par les médecins à sa fille : “Je n’ai pas eu le temps…” De quoi n’avait-elle pas eu le temps ? … On ne le saura jamais. C’est pourquoi je n’ai pas retranché un mot de son récit. J’ai tout conservé ».
14On reste perplexe, car il s’agit pour l’essentiel toujours du même récit. Il est plus court dans la première version du livre que dans la deuxième, et il est différemment découpé dans l’essai mentionné ci-dessus. Admettons qu’en 2003 Madame Oumniaguina était encore en vie, et qu’elle soit en effet décédée à la fin de 2003 ou début 2004, cela signifie que son témoignage daté au plus tard de 1983 a été recueilli en pleine époque soviétique. Or, l’intérêt du témoignage réside justement, comme nous l’avons rappelé en introduction, dans son inscription dans le contexte de l’époque où il a été donné. Outre le fait qu’il y a mensonge délibéré concernant les « révélations » de la dame sur son lit de mort en 2003, alors que Svetlana Alexievitch avait noté son témoignage vingt ans auparavant, nos repères sont finalement complètement brouillés car on ne raconte pas de la même façon « à chaud » ou avec un recul temporel, et surtout, dans un contexte historique totalement changé. C’est qu’entre-temps, un événement de taille s’était produit : l’éclatement de l’Union soviétique, précédé de l’éclatement de l’idéologie communiste officielle et de son système de valeurs. Svetlana Alexievitch n’a-t-elle pas écrit elle-même : « Mon but : avant tout obtenir la vérité de ces années-là. De ces jours-là. Une vérité débarrassée de toute fausseté de sentiments. Sans doute, juste après la Victoire, la personne aurait-elle raconté une guerre, et dix ans plus tard, une autre, parce qu’elle engrange désormais dans ses souvenirs sa vie toute entière. Son être tout entier. La manière dont elle a vécu ces dernières années, ce qu’elle a lu, ce qu’elle a vu, les gens qu’elle a rencontrés. Enfin, le fait d’être heureux ou malheureux [18][18] La guerre n’a pas un visage de femme, pp. 14-15. » ?
15On est donc en droit de se poser des questions sur ce récit où aucun mot n’aurait été « retranché ». La deuxième version est-elle la version complète du témoignage raconté en 1983 ? L’interviewée a-t-elle raconté à l’auteur des choses différentes avant de mourir ? La deuxième version ne serait-elle pas agrémentée d’éléments stylistiques censés en renforcer la dimension tragique, mais sortis tout droit de l’imagination de l’auteur ?
16La fiction ne s’arrête pas là. Dans l’essai cité ci-dessus, le deuxième récit est celui de la fille de Madame Oumniaguina, Margarita Pogrebitskaïa. Celle-ci parle de sa vie et de sa foi en l’idée socialiste, en sa Patrie, de la déception que lui a causé l’effondrement des valeurs auxquelles elle avait cru sa vie durant. En fait, ce récit présente une version soigneusement expurgée du récit de la même personne publié dans le livre Ensorcelés par la mort. Dans le livre, achevé en 1993, Madame Pogrebitskaïa, médecin âgée de 52 ans, se trouve, au moment de ses confidences, à l’hôpital psychiatrique, après une tentative de suicide. La femme y parle après un énorme choc émotionnel qui l’a amenée à vouloir mourir : elle y raconte notamment la mort atroce du fils de sa belle-fille et d’une autre parente, assassinés par des Azéris à Bakou lors d’un pogrom contre les Arméniens. A-t-on le droit de citer une partie de ce récit, dix ans plus tard, pour illustrer un propos totalement différent, et comme si cette femme se livrait en 2003 ?
Du témoignage à la fiction
17Procédons encore à quelques comparaisons entre la version initiale qui date de 1983 au plus tard (les témoignages ont été collectés, nécessairement, au cours des années précédentes), et celle qui a été remaniée vingt ans plus tard. Voici l’histoire de la partisane Fiokla Strouï de la région de Vitebsk. Amputée de ses deux jambes gelées pendant l’encerclement de son détachement par les Allemands, elle est devenue, après la guerre, une responsable de l’administration locale. Dans la version 1983, elle parle de ses activités après la guerre et conclut ainsi :
18« Or, je recevais une pension, je pouvais vivre pour moi. Mais je ne pouvais rester à la maison, je voulais être utile. Je voulais être comme tout le monde. Je vis ici avec ma sœur… On nous a construit une maison…
19C’est une bonne maison. Vaste, haute. Je n’ai pas encore vu de maisons avec des plafonds aussi hauts… (réplique d’Alexievitch)
20Non, me prend par la main Fiokla Fiodorovna, elle te semble tellement haute, parce qu’il n’y a pas d’enfants dedans [19][19] Toutes les citations de la version 1983 sont traduites…… »
21Voilà comment cette fin est aménagée dans la version 2004 :
22« Or, je recevais une pension, je pouvais vivre pour moi, pour moi seule. Mais je voulais vivre pour les autres. Je suis une communiste…
23Je ne possède rien en propre. Juste des décorations : ordres, médailles, diplômes d’honneur. C’est l’État qui a construit ma maison. Si elle paraît si grande, et que les plafonds semblent si hauts, c’est parce qu’il n’y a pas d’enfants dedans, c’est la seule raison… Nous sommes deux à vivre là : ma sœur et moi. Elle est à la fois ma sœur, ma mère, ma nounou. Je suis vieille à présent… Le matin, je ne peux plus me lever toute seule…
24Nous vivons ensemble toutes les deux, nous vivons du passé. Nous avons un beau passé… Notre vie a été dure mais belle et honnête, et je ne regrette pas mon sort. Je ne regrette pas ma vie [20][20] Les citations sont faites d’après l’édition française…… »
25Comme il est difficile de supposer que le passage ajouté dans la version 2004 ait pu être supprimé par la censure, il faut croire qu’il s’agit d’un embellissement qui rend le portrait de Fiokla Strouï plus expressif : une Soviétique fière de son passé et en même temps si fragile, dépendante. Ces motifs se répètent à plusieurs reprises dans le livre, en créant une image collective d’une humble héroïne qui se cramponne à son passé.
26Passons maintenant à l’histoire d’Antonina Lenkova de Berdiansk, une jeune fille cultivée qui adorait Lidia Tcharskaïa, Tourgueniev et la poésie, et qui est devenue, pendant la guerre, mécanicienne dans un atelier militaire. Dans le texte de 1983, son discours n’a pas de caractéristiques linguistiques particulières, mais dans la version 2004, elle commence à répéter fréquemment une expression assez vulgaire que nous pouvons rendre par : « Oh ! putain de ta mère ! ». Si ce refrain obsessionnel ne cadre pas vraiment avec une lectrice assidue de la prose russe sentimentale, il permet par contre d’individualiser le personnage. La comparaison entre deux versions est, ici aussi, explicite :
27« Nous étions une usine sur roues… Une machine-outil était servie par deux personnes dont chacune travaillait douze heures de suite, sans une seule minute de pause. Au moment du déjeuner, du dîner, du petit-déjeuner, le coéquipier prenait le relais. Et si c’était le tour de votre coéquipier d’être de corvée, vous étiez bon pour turbiner vingt-quatre heures d’affilée. Le plus difficile était l’assemblage. Ici, il n’y avait pas de changement d’équipe. L’ordre était — un moteur en vingt-quatre heures. Le travail ne s’arrêtait pas même sous les bombes. L’on mourait, en enlaçant les moteurs… On travaillait dans la neige, dans la boue. Et il n’y avait pas un seul cas de travail bâclé…
28Une fois, je crois que c’était à Zimovniki, j’étais à peine arrivée pour dormir deux heures qu’un bombardement a commencé. Je me suis dit : mieux vaut être tuée qu’être privée d’un bon roupillon. Je me suis tourné sur l’autre côté et je me suis bouché les oreilles. Et là, parmi le fracas des bombes qui explosaient pas très loin, j’ai distingué le bruit d’un objet tombé tout près. La bombe allait exploser, mais il n’y a pas eu d’explosion. Ca a foiré, je pouvais donc dormir, et j’ai plongé dans un sommeil profond. » (Version 1983)
29Nous étions une usine sur roues… Une machine-outil était servie par deux personnes dont chacune travaillait douze heures de suite, sans une seule minute de pause. Au moment du déjeuner, du dîner, du petit-déjeuner, le coéquipier prenait le relais. Et si c’était le tour de votre coéquipier d’être de corvée, vous étiez bon pour turbiner vingt-quatre heures d’affilée. On bossait dans la neige, dans la boue. Sous les bombes. Et personne ne disait plus que nous étions de jolies filles. Mais on avait pitié des jolies filles à la guerre, on les plaignait davantage, c’est vrai. Ca faisait de la peine de les enterrer… Ca faisait de la peine de devoir expédier un avis de décès à leurs mamans… Oh ! putain de ta mère !…
30Je rêve souvent de mes camarades… Je rêve de la guerre… Et plus le temps passe, plus ça m’arrive souvent. Dans un rêve, une seconde suffit pour voir se dérouler ce qui, dans la vie, prend généralement des années. Mais parfois, je ne sais plus bien où est le rêve et où la réalité… Je crois que c’était à Zimovniki,où je devais faire une sieste de deux heures : j’étais à peine arrivée qu’un bombardement a commencé. Oh, putain de ta mère !… Je me suis dit : mieux vaut être tuée qu’être privée d’un bon roupillon… Je me suis endormie en pensant : pourvu que je voie maman en rêve. Même si, à dire vrai, pendant la guerre je ne faisais jamais de rêves. Quelque part dans le voisinage a retenti une violente explosion. Toute la maison a tremblé. Mais je me suis endormie quand même… » (Version 2004)
31Sont soulignés les passages qui sont entièrement absents dans la version 1983. Là aussi, l’auteur renforce le caractère dramatique du récit, en y rajoutant un passage qu’elle a peut-être entendu de la bouche d’un homme, sur la mort de jolies filles, ainsi que le passage probablement inventé sur les rêves qui est censé souligner la sensibilité profonde de cette dame ayant perdu sa santé à la guerre. La version 2004 arrête le récit à ses maladies incapacitantes, alors que dans la version 1983, Madame Lenkova raconte qu’elle a eu deux fils et qu’elle a pu obtenir, malgré son état de santé, deux diplômes de l’enseignement supérieur : d’abord, celui d’hydrologue, et ensuite, celui de journaliste.
32Dans le récit d’Oumniaguina, déjà citée, la réécriture est également importante :
33« Je revois tout, j’imagine : comment les tués gisent – bouches ouvertes, tripes à l’extérieur. J’ai vu dans ma vie moins de bois coupé que de cadavres… À la guerre, les gars disaient : “S’il faut mourir, que ce soit avec Tamara, avec elle, on va rigoler aussi dans l’au-delà”. Je le raconte pour expliquer que j’étais une jeune fille gaillarde, forte. Mais dès que la guerre fut terminée, c’en était fini. Je n’en peux plus… Cinéma, livres — de toute façon, on n’y trouve pas ce que nous avons vu. Je n’ai lu nulle part à quel point on a peur à la guerre. On a tellement peur, surtout dans un combat au corps à corps, qu’après, on bégaie pendant des jours, on n’arrive pas à prononcer un mot correctement. Est-ce que celui qui n’y a pas été peut le comprendre ? » (Version 1983)
34« Je revois tout et j’imagine : les corps gisant, la bouche ouverte, ils criaient et n’ont pas achevé leur cri, leurs tripes qui s’échappent de leur ventre… J’ai vu dans ma vie moins de bois coupé que de cadavres… Et quelle épouvante ! Quelle épouvante lors des combats au corps à corps, quand les hommes s’affrontent à la baïonnette. La baïonnette au clair. On se met à bégayer, pendant plusieurs jours on ne parvient plus à prononcer un mot correctement. On perd l’usage de la parole. Qui pourrait comprendre ça s’il ne l’a pas connu lui-même ? Et comment le raconter ? Avec quels mots ? Quel visage ? Certains y arrivent plus ou moins… Ils en sont capables… Mais moi, non. Je pleure. Or, il faut, il faut que ça reste. Il faut transmettre tout ça. Que quelque part dans le monde on puisse encore entendre nos cris… Nos hurlements… Notre souffle. » (Version 2004)
35Est souligné, là aussi, le passage qui n’appartient pas à la version initiale, mais qui, par contre, correspond bien aux interrogations de l’écrivain elle-même qui semble mettre ainsi ses propres paroles dans la bouche d’un témoin. Ce procédé est répété à la fin du témoignage de Tamara Oumniaguina qui raconte comment, à Stalingrad, elle a sauvé un soldat soviétique et un Allemand, en les traînant, à tour de rôle, d’un champ de bataille :
36« Maintenant, lorsque je pense à cette histoire, je m’étonne toujours de moi-même. C’était pendant les combats les plus terribles. Lorsque je voyais des fascistes tués, je me réjouissais, j’étais heureuse qu’on en ait autant trucidés. Et ici ? Je suis médecin, je suis une femme… Et je sauvais la vie. La vie humaine nous était précieuse. Je sauvais le monde…
37Après la guerre, je n’arrivais pas à m’habituer qu’il ne fallait plus avoir peur du ciel. Lorsque je me suis démobilisée, avec mon mari, et que nous rentrions chez nous, je ne pouvais regarder par la fenêtre. Tellement de destruction, tellement de dévastation… Des cheminées noires, vides qui semblaient, je ne sais pourquoi, très hautes. Je me souviens d’un four blanc avec sa cheminée, planté au milieu d’un champ. Juste un four au milieu d’un grand champ plat. » (Version 1983)
38« On était pourtant à Stalingrad… Aux heures les plus effroyables de la guerre. Et malgré tout, je ne pouvais pas tuer… abandonner un mourant… Ma très précieuse… On ne peut avoir un cœur pour la haine et un autre pour l’amour. L’homme n’a qu’un seul cœur, et j’ai toujours pensé préserver le mien.
39Après la guerre, pendant longtemps j’ai eu peur du ciel, peur même de lever la tête en l’air. J’avais peur de voir un champ labouré… Or, déjà les freux s’y promenaient paisiblement… Les oiseaux ont vite oublié la guerre… » (Version 2004)
40Dans ce passage, sont soulignées deux phrases qui ont des correspondances dans la version 1983, sans pour autant faire partie du témoignage de Madame Oumniaguina. En fait, la première phrase appartient à Svetlana Alexievitch, qui conclut ainsi le témoignage de Véra Maksimovna Berestova, lieutenant du service médical de l’armée, qui est supprimé dans la version 2004 :
41« L’homme peut-il avoir un cœur pour la haine et un autre pour l’amour ? Cette femme n’avait qu’un cœur »
42Quant à la deuxième phrase attribuée à Madame Oumniaguina, elle est puisée dans le témoignage de la partisane Véra Iossifovna Odinets qui est supprimé dans la version 2004 :
43« La partisane Véra Iossifovna Odinets ne pouvait voir, pendant longtemps, la terre labourée, il lui semblait que c’étaient des traces d’un bombardement ou d’un pilonnage récent [21][21] Cf. pp. 274 et 275 de l’édition russe citée.. »
44On voit clairement que pour construire une image de Madame Oumniaguina, Svetlana Alexievitch, outre qu’elle recourt aux moyens d’individualisation et de dramatisation que nous avons déjà observés, lui attribue également ses propres propos, ainsi que des sentiments d’un autre témoin. Il s’agit de procédés simples, mais efficaces de la création d’un personnage littéraire, et les exemples de ce type pourraient être facilement multipliés si l’on fait une comparaison systématique entre les deux versions.
45L’on pourrait objecter que la version réécrite de La guerre n’a pas un visage de femme a beau avoir subi un traitement littéraire qui en diminue le caractère documentaire en faveur de la dimension tragique, rien ne prouve que cette méthode de travail fut également utilisée par Svetlana Alexievitch dans l’écriture des « versions originelles » de ses cinq livres [22][22] Il existe également une nouvelle version remaniée des…. Faute de pouvoir accéder aux archives de l’écrivain et faire la lumière sur son processus créatif, nous possédons néanmoins certaines indications. L’une est fournie par le procès qui fut intenté à l’auteur par quelques personnages des Cercueils de zinc, militaires ou mères de soldats et officiers morts en Afghanistan : leurs témoignages, anonymes dans le livre (la liste des témoins est donnée au début, mais on ne peut formellement attribuer tel témoignage à telle personne de la liste), auraient été en quelque sorte « détournés » par la réécriture, la mise hors contexte et le refus de prendre en compte leur sensibilité et leur culture politique [23][23] Au procès organisé à Minsk, en 1993, avec le soutien…. Ce procès, qui n’est nullement celui de la liberté de l’écrivain dans le traitement de n’importe quel sujet, nous ramène à la question initiale : témoignage ou fiction ? Une précieuse possibilité de pénétrer dans le « laboratoire » de l’écrivain nous a été fournie par Tatiana Loguinova, la cameraman de Minsk qui a accompagné Svetlana Alexievitch dans son périple « tchernobylien ». Tatiana a filmé 41 heures d’entretiens de l’écrivain avec la majorité des témoins qui figurent dans La supplication, entretiens — encore en notre possession — dont nous avons pu visionner les plus importants, dont celui qui commence et celui qui clôt le livre. On se rend alors compte à quel point les entretiens filmés furent modifiés dans le livre, avec l’utilisation des mêmes procédés que ceux décrits précédemment. Cela est tout particulièrement vrai pour le cas de Valentina Panassevitch, épouse d’un liquidateur défunt. Au cours de l’entretien, Svetlana Alexievitch incite cette femme, qui était follement amoureuse de son mari, à raconter les rapports qu’elle a eus avec lui dans les derniers mois, voire les derniers jours de sa vie, alors qu’il était littéralement transformé en un déchet radioactif monstrueux et pourrissant. Sous prétexte que « l’on est entre femmes », Alexiévitch incite Valentina à lui livrer ses confessions intimes en lui annonçant qu’elle a coupé le micro… ce qu’elle ne fait pas. Au fil de leur dialogue, Alexiévitch commente le récit de Madame Panasevitch par des phrases qui, dans le livre, sont finalement placées dans la bouche de cette dernière.
46Pour conclure sur ce point, il peut paraître curieux qu’une œuvre aussi complexe que celle de Svetlana Alexievitch n’ait fait, à notre connaissance, l’objet d’aucune étude plus sérieuse en France, malgré les centaines d’articles de journaux et d’émissions radio qui lui furent consacrés, malgré plusieurs prix internationaux décernés à cet auteur qui a publié en une vingtaine de langues et vendu des millions d’ouvrages. On pourra encore se demander comment la sorte de portrait collectif d’homo sovieticus, saisi dans quatre moments cruciaux de son existence (la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Afghanistan, Tchernobyl et l’éclatement de l’Union soviétique) que l’auteur a essayé de créer à travers cinq livres a été reçu hors de l’ex-URSS. Ainsi, la question que nous allons aborder à présent est, selon nous, plus problématique.
Du témoignage au révisionnisme historique
47Les questions de l’authenticité, de la datation et de l’absence de contexte dans lequel se sont déroulées les interviews conduites par Svetlana Alexievitch ne sont pas les seules questions que pose cette œuvre très émouvante. Lorsque nous lui avions demandé, quelques années plus tôt, de verser les entretiens qu’elle avait réalisés dans les zones contaminées au fonds Tchernobyl que nous voulions créer au Mémorial de Caen, elle répondit à notre grande stupéfaction, qu’elle n’avait gardé aucune trace de ces bandes, que telle n’était pas sa vocation d’écrivain. Sans traces ni archives, nous penchons donc radicalement du côté de la littérature et non plus de celui de la « vérité historique » prônée par l’auteur. Mais la méthode utilisée par Svetlana Alexievitch contient une autre faille que nous ne pouvons passer sous silence.
48La publication de l’édition française de La guerre n’a pas un visage de femme, a été saluée par la presse française comme une révélation, car rares sont ceux qui en Occident mesurent l’immense exploit du peuple soviétique dans la guerre contre l’envahisseur nazi. Cependant, ceux qui connaissent bien l’histoire de cette guerre et ont eu le bonheur de lire non seulement des romans officiels soviétiques comme La jeune garde d’Alexandre Fadeïev, mais aussi les livres de Vassili Grossman ou de Gueorgui Vladimov (Le général et son armée), pourraient se poser un certain nombre de questions. Le projet de l’écrivaine biélorusse désormais rendue célèbre par son travail sur Tchernobyl (La supplication) et la guerre d’Afghanistan (Les cercueils de zinc) consiste, comme nous l’avons montré, à produire une œuvre littéraire qui, tout en satisfaisant aux exigences de la littérature (liberté de l’auteur de réécrire la parole des témoins), puisse s’inscrire dans le cadre d’une historiographie de la mémoire collective appréhendée à hauteur d’homme, par le biais du témoignage. Seulement l’ouvrage accueilli en France comme étant l’expression d’une « vérité » exprimée par la voix des femmes engagées volontaires sur le front russe, présente en fait plus d’ambiguïté qu’il n’est censé en dépasser. C’est au début de la décennie quatre-vingt que la jeune journaliste soviétique S. Alexiévitch, sur les conseils de l’écrivain biélorusse de renom Ales Adamovitch, décide d’aller questionner plusieurs centaines de femmes qui ont fait l’expérience volontaire du front, afin de transformer en une sorte de portrait collectif le vécu de ces centaines de milliers de combattantes. Prêtes à sacrifier leur vie (et celle des autres) pour la Patrie et pour Staline, comme il est abondamment rappelé au fil des témoignages, aucune de ces femmes – à l’époque âgées d’à peine vingt ans – ne semble donc avoir de recul par rapport à la manière de mener la guerre, y compris des sacrifices inutiles de centaines de milliers de soldats et des sacrifices volontaires de populations civiles. Le sort de centaines d’Oradour-sur-Glane biélorusses a été scellé au Kremlin qui dirigeait des opérations de partisans insensées, malgré d’horribles représailles. Il s’ensuit que quarante ans plus tard, au moment des enquêtes (avant la Perestroïka), on pourra donc s’interroger sur les limites de la « vérité profonde » de leur récit, nécessairement reconstruit a posteriori, et surtout sur leur volonté de maintenir vivant le portrait de la « femme vaillante » soviétique. Si l’on peut considérer qu’elles demeurent sincères — à leurs engagements — face à la journaliste, on ne peut pour autant en conclure à l’universalité de leur propos sans interroger le type d’humanité de l’homme qu’a cherché à produire l’imaginaire stalinien.
49L’écrivain qui a défini son genre comme un « roman des voix » est donc à l’écoute de personnages dont elle réécrit les propos pour forger des images à forte charge émotionnelle. Cependant, on ne voit nulle part de tentative critique de confronter ces récits forts aux faits établis et connus grâce à différentes historiographies dont certaines ont eu recours au témoignage. Au contraire, elle entend nier la valeur de l’histoire connue pour en écrire une autre, que personne n’a sue, comme si toute l’historiographie existante n’était qu’une sorte de propagande officielle. C’est ainsi que dans La guerre n’a pas un visage de femme elle dénonce, avec une verve féministe un peu obsolète, la guerre décrite par les hommes, par la « conspiration masculine », qui a fait florès dans le cadre de sa réception en Europe : « Nous sommes prisonniers d’images “masculines” et de sensations “masculines” de la guerre » écrit-elle. « De mots “masculins”… Les récits de femmes sont d’une autre nature et traitent d’un autre sujet. La guerre “féminine” possède ses propres couleurs, ses propres odeurs, son propre éclairage et son propre espace de sentiments. Ses propres mots enfin. On n’y trouve ni héros ni exploits incroyables, mais simplement des individus absorbés par une inhumaine besogne humaine. Et ils (les humains !) n’y sont pas les seuls à souffrir : souffrent avec eux la terre, les oiseaux, les arbres. La nature entière » (p. 9).
50Ce désir de faire abstraction de l’histoire de la Grande Guerre patriotique [24][24] C’est ainsi qu’on appelait en URSS le volet soviétique… conduit finalement à des aberrations particulièrement regrettables pour le lecteur occidental qui, dans la plupart des cas, éprouvera quelques difficultés à replacer ces témoignages dans un contexte historique approprié. C’est ainsi que ces femmes présentées comme « hypersensibles » et par là même source de vérité n’ont pas fait mention une seule fois, dans leurs récits sur l’occupation de la Biélorussie survenue dans les premiers jours de l’offensive nazie contre l’URSS, du sort réservé par les nazis aux Juifs. Il est rigoureusement impossible qu’aucune d’elles n’ait jamais rien vu, rien su, rien entendu : rien qu’en Biélorussie, quatre cent mille Juifs au moins furent victimes de la politique d’extermination commencée bien avant la proclamation de la « solution finale », et le plus souvent avec le concours d’une partie de la population locale [25][25] Voir Vassili Grossman, Vie et Destin, Pocket, 2002…. Dans cette seule république soviétique, on dénombra plus d’une centaine de ghettos et de camps improvisés dont le grand ghetto de Minsk qui renfermait près de cent mille personnes [26][26] Il existait trois ghettos à Minsk, dont le plus grand,…. Comment se fait-il que la sensibilité de ces jeunes filles, car elles étaient jeunes voire très jeunes à l’époque, soit passée outre de telles atrocités ? Il s’agit en fait d’une question de méthode.
51Svetlana Alexievitch, qui nie la possibilité d’une sensibilité masculine, a cherché ses interlocutrices essentiellement dans des clubs de vétérans : elle ne s’est donc entretenue qu’avec les patriotes les plus endurcies qui avaient intériorisé les consignes de la politique stalinienne — notoirement antisémite — de l’après-guerre. Rappelons qu’il était alors d’usage d’occulter totalement l’histoire de la Shoah et de ne parler que d’extermination de « citoyens soviétiques [27][27] Ainsi, le tirage du « Livre noir », recueil de documents… ». Mais si les vaillantes combattantes de la Seconde Guerre mondiale évitaient de parler de la Shoah, elles ont été, par contre, très franches dans la description crue de la guerre, ce qui est certainement le mérite de l’auteur qui a su gagner leur confiance. Dans ce sens, La guerre n’a pas un visage de femme eut, au moment de sa publication en 1985, l’effet d’une vérité « révélée », car ces femmes parlaient non seulement de leur besogne militaire, mais aussi de leur quotidien dans l’armée ou chez les partisans. Cette approche, ainsi que la reconnaissance du rôle joué par les femmes, ces oubliées de la guerre dans la société machiste soviétique, furent perçues comme une véritable révolution des idées. Cependant, à y regarder de plus près, l’image collective de cette jeune Soviétique intrépide chez Alexievitch n’est pas très différente de celle que les idéologues du régime instillaient dans la conscience des masses. Que penser d’une jeune partisane qui, après plusieurs séances d’atroces tortures, donne au nazi qui l’interroge un cours de quatre heures sur l’invincibilité du marxisme-léninisme ? Que penser d’une jeune mère, agent de liaison de la résistance, qui frotte régulièrement avec du sel et de l’ail son bébé âgé de quelques mois pour qu’il ait de la fièvre et pleure, afin de traverser des postes de contrôle allemands ? Ou encore de celle qui attache des tracts tout autour du corps de sa fillette, sous la robe, pour traverser ainsi la ville et qui fait placer une bombe dans le panier que porte son enfant ? Que penser de toutes ces innombrables jeunes filles qui exhortaient leurs supérieurs de pouvoir partir combattre en première ligne pour mourir à coup sûr pour la Patrie et pour Staline ? L’auteur ne se laisse-t-il pas prendre au leurre de ces femmes qui, tout en racontant leurs histoires remplies de détails cruels et imagés, idéalisent leur image en vertu de l’idéologie encore en vigueur à la fin de l’époque communiste ? Nous pourrions, avec E. Bloch [28][28] E. Bloch, Héritage de ce temps, Paris, Payot, 1978… dont les travaux sur la non-contemporaneité des couches sociales physiquement co-présentes ont largement éclairé l’énigmatique question du nazisme, supposer que des imaginaires sociaux plus anciens du système soviétique, l’imaginaire stalinien en l’occurrence, puissent continuer à produire du sens bien après la disparition « officielle » du stalinisme. Comme de nombreux vétérans poursuivis par une expérience traumatique, ces femmes, à présent âgées, n’ont pu trouver pour pouvoir rendre compte de leurs actes et rationaliser leur malheur, d’autre système de valeurs que celui qui les a conduites au front. Probablement parce qu’il n’en existe précisément pas d’autre que l’on puisse mettre à la place : ni l’idéal des Lumières, ni les droits de l’homme. Finalement, si l’auteur de l’ouvrage s’attache à donner une dimension humaine au mythe en mettant en avant force détails intimes, la banalité de la vie quotidienne ne vient-elle pas justement masquer ici l’essentiel de ce que nous dit ce texte sur la force destructrice qu’exerce l’imaginaire stalinien sur les esprits, dans la société et dans les corps ? Le hiatus est que l’auteur ne porte aucun regard sur ce problème, ne pose aucune question. Peut-être ne connaît-elle elle-même que trop mal cette aveuglante histoire ? Quel est alors l’intérêt de publier vingt ans après sa première édition soviétique, et dix ans après l’effondrement de l’URSS, un tel ouvrage en l’état, en y ajoutant certes quelques extraits omis par la censure et par l’autocensure de l’auteur, et en faisant un travail stylistique supplémentaire, mais sans formuler véritablement de nouvelles interrogations ? Il est indéniable que les femmes enquêtées auraient aujourd’hui pour une large part un autre regard sur leur histoire — il en est ainsi de la mémoire collective dans sa capacité d’oubli et dans le jeu qu’elle installe entre le réel et le sujet, fût-il collectif. Si nous remodelons constamment « la réalité » en fonction des nouveaux contextes d’énonciation, le livre lui-même est désormais daté.
Vérité historique ou perpétuation d’un mythe soviétique ?
52Telle est la question que l’on se pose déjà à la lecture de la première version de La guerre n’a pas un visage de femme, achevée en 1983. Or, dans les années quatre-vingt-dix, la vérité sur la guerre partisane en Biélorussie a commencé à sortir au grand jour. S’il reste difficile de donner une évaluation globale du mouvement des partisans en Biélorussie, à cause de sa diversité idéologique dans la mesure où il existait aussi des groupes nationalistes, surtout en Biélorussie occidentale annexée en 1940 en vertu du pacte Molotov-Ribbentrop, qui combattaient à la fois les Allemands et les Soviétiques et dont l’histoire est encore très mal connue [29][29] Des mouvements partisans nationalistes et la résistance…, on peut néanmoins affirmer que tous les groupes d’obédience soviétique étaient dirigés depuis Moscou. La « science historique » soviétique a fabriqué une image de « vengeurs populaires » et exalté les exploits militaires des partisans, en ignorant leur rôle en tant que « bras long » du NKVD. En vertu de la directive du Sovnarkom [30][30] Abréviation pour le Conseil des Commissaires du Peuple,… de l’URSS du 29 juin 1941 sur le caractère inadmissible de toute forme de vie civile sous l’occupation, les partisans brûlaient des écoles de village et liquidaient les « traîtres » tels que des responsables locaux (des starosty et des maires), des instituteurs, des policiers, des paysans qui vendaient du blé aux Allemands, souvent avec leurs familles. Selon les calculs de l’historien polonais Youri Touronok, les trois quarts des décès de la population civile pendant l’occupation de la Biélorussie ont été causés par l’activité des partisans soviétiques et nationalistes (y compris, bien sûr, les représailles allemandes [31][31] Cf. Youri Touronok, Biélorussie sous l’occupation allemande…), de sorte que Vassili Bykov, le classique de la littérature biélorusse, dont l’œuvre fut presque entièrement consacrée à la Seconde Guerre mondiale, a parlé à maintes reprises de la « guerre civile » qui eut lieu dans son pays. Apparemment, dans la polémique suscitée par les recherches de Touronok et de quelques autres historiens, par exemple A. Koloubovitch, Svetlana Alexievitch s’est rangée du côté de Bykov. Dans une interview publiée dans les Izvestia, le 29 février 1996, elle affirmait notamment que les partisans formaient des « bandes » dirigées par des petits despotes qui pouvaient fusiller n’importe qui, et que « les gens dans des villages mettaient souvent sur le même plan les Allemands et les partisans ». Mais alors comment expliquer que dans une nouvelle édition, pourtant très soigneusement remaniée pour accentuer le caractère dramatique des témoignages, elle n’a pas introduit le moindre commentaire qui aurait aidé le lecteur à comprendre les raisons de l’hécatombe subie par le peuple biélorusse en général, et par les habitants juifs de ce pays en particulier ? Rappelons que selon les statistiques officielles, un habitant sur quatre en Biélorussie a péri pendant la guerre, alors que pour l’ensemble de la population soviétique, ce chiffre était de dix pour cent ?
53En 1988, le dissident soviétique Alexandre Ginzburg a prononcé une phrase remarquable : « L’Union Soviétique est un pays unique au monde : depuis vingt ou trente ans pas un seul communiste n’y est né [32][32] Interview dans la revue Continent , 89/1, Albin Michel,… ». En effet, depuis les années soixante, l’idéologie soviétique s’était graduellement effritée pour ne plus représenter qu’un rituel auquel plus personne ou presque n’attachait de grande importance : c’était la règle du jeu, sans plus, ce qui devait être tenu pour « vérité », mais auquel on ne demandait pas vraiment de croire. Et s’il en avait été autrement, il y a fort à parier que l’effondrement spectaculaire du régime communiste ne se serait pas passé dans l’indifférence générale ! Il suffit de lire un seul ouvrage tel que Vie et Destin de Vassili Grossman, achevé vers 1960 [33][33] Le manuscrit de ce livre confisqué en 1960 par le KGB…, sans parler d’une multitude d’autres romans, témoignages, mémoires, etc., pour se convaincre que l’humanité soviétique n’était pas constituée, même à l’époque stalinienne, que d’homines sovietici, mais de gens très différents, les véritables partisans du régime étant fortement minoritaires au sein d’une population dominée et terrorisée par les purges. On pourra donc à juste titre se demander d’où Svetlana Alexievitch puise son interminable galerie de personnages qui racontent leurs convictions communistes dans la mesure où il ne s’agit pas que d’anciens partisans ou combattants de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi de militaires soviétiques qui se sont battus en Afghanistan et de leurs parents, de suicidés lors de l’effondrement de l’Union soviétique, de ceux qui ont été touchés par l’immense drame de Tchernobyl ? Visiblement, le facteur géographique joue là un rôle important. Après la guerre, la Biélorussie où se déroulent la plupart des enquêtes de Svetlana Alexievitch a probablement été la république la plus « communiste » de toute l’Union soviétique, pour la simple raison que c’était aussi la république la plus industrialisée, où se trouvaient notamment des fleurons de l’industrie militaire. Même à l’époque post-communiste, ce pays est resté une sorte de réserve naturelle du soviétisme, comme en témoigne le monument aux soldats-internationalistes soviétiques morts en Afghanistan à Minsk, inauguré par le président Alexandre Loukachenko en 1997.
54Cependant, cet homo sovieticus qui fascine tant l’écrivain — et son public occidental — n’est pas un type figé d’un livre à l’autre. À ce titre, il est intéressant de noter que dans le livre Les derniers témoins, on trouve quelques récits d’enfants qui racontent le sort des Juifs : à la différence des anciennes combattantes au moral inébranlable, les gens ayant subi les traumatismes de la guerre en tant qu’enfants étaient visiblement moins engagés politiquement et donc plus libres dans leurs souvenirs. En général, les « voix » dans les livres d’Alexievitch deviennent plus libres au fur et à mesure de l’avancement de la perestroïka et du dépérissement du système soviétique. Dans ce sens, l’ensemble de son œuvre est un précieux témoignage de l’évolution de l’homo sovieticus dans la dernière période de l’existence de cette espèce humaine unique. Et c’est pour cette même raison que son dernier livre, La supplication, achevé en 1997, se démarque tellement du reste de son œuvre : ce sont des textes issus de témoignages de gens libérés d’une chape idéologique, et qui se retrouvent « hommes nus sur une terre nue » (expression aimée de l’écrivain), devant une catastrophe de dimensions cosmiques (car la radioactivité agit pendant des centaines de milliers d’années). On ne peut donc que déplorer que l’auteur se soit mise à réécrire ses livres et à brouiller de cette façon les pistes de leur lecture sociologique.
55Pour conclure, on se pose la question de savoir si des témoignages tirés de l’histoire soviétique et librement réécrits, coupés, arrangés et placés hors contexte historique et temporel peuvent être livrés et reçus comme tels. Matière première pour la fiction ou document historique ? Certes, Svetlana Alexievitch elle-même n’insiste pas sur le côté documentaire de son œuvre, en la qualifiant de « romans de voix », mais le fait même d’indiquer les noms, l’âge, la fonction de chaque personne interrogée entretient la confusion chez le lecteur par la mise en œuvre d’une esthétique du témoignage. Mais une esthétique du témoignage est-elle possible sans éthique du témoignage ? On est en droit de poser la question suivante : si les livres d’Alexievitch n’avaient pas ces mentions de noms de témoins et si elle les avait présentés comme de la fiction (en somme, la littérature de fiction est le plus souvent inspirée des histoires réelles), quelle aurait été la réception de cette œuvre ? Aurions-nous eu le même engouement que provoque chez le lecteur le sentiment de vérité ? Serions-nous bouleversés par ces histoires dont beaucoup nous seraient parues, du coup, incroyables ? Le récit prend ici son caractère d’authenticité et de vérité qui exerce un travail émotionnel sur celui qui le reçoit. C’est la fonction de la télé-réalité et de l’exposition généralisée du « vrai malheur » de « vrais gens » qui a gagné les médias depuis quelques années et qui substitue à la critique politique des problèmes sociaux un espace intime dominé par les affects et le psychisme. L’exemple de l’œuvre d’Alexievitch et de sa réception nous montrent à la fois les enjeux et les limites d’une littérature de témoignage qui ne serait pas fermement enracinée dans une perspective critique et historique ainsi que les limites d’une « dissidence » ou d’une « discordance » qui ne serait pas restituée avec précision dans son contexte historique. Le témoignage a, à coup sûr, sa place dans l’œuvre littéraire, d’autant plus que depuis la Shoah et la Seconde Guerre mondiale, le rapport entre le témoignage et l’histoire est repensé à grands frais. Mais la responsabilité du témoin face à la mémoire collective engage tout autant l’acteur que le narrateur, surtout lorsqu’il s’agit de deux personnes différentes. François Dosse [34][34] In Témoignage et écriture de l’histoire. Décade de… insiste sur l’articulation nécessaire du témoignage, mémoire irremplaçable mais insuffisante, et du discours de la socio-histoire, travail indispensable d’analyse explicative et compréhensive. Si, pour reprendre la formule chère à Paul Ricœur, le témoignage a d’autant plus sa place dans la littérature que les générations présentes entretiennent une dette envers le passé (et envers le futur avec l’avenir contaminé de Tchernobyl), ce qui conduit à donner la parole aux « sans parole », aux vaincus de l’histoire, il implique en retour de redoubler de précaution face aux usages de la mémoire, mémoire aveugle, prisonnière d’imaginaires sociaux et historiques particuliers que le narrateur ne saurait faire passer pour des universaux. En ce sens, on devrait évaluer l’œuvre de Svetlana Alexievitch, qui appartient à un genre littéraire particulier basé sur une construction avec une très forte charge émotionnelle où les témoins sont transformés en porteurs « types » de messages idéologiques, avec des critères littéraires, plutôt que d’y chercher des vérités documentées comme l’a trop souvent fait la presse française et internationale.
Notes
[*] Auteur de Tchernobyl : retour sur un désastre, Gallimard Folio, 2007.
[1] Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg, Le Livre noir, 1, et Le Livre noir, 2, Livre de poche, 2001.
[2] Presses de la Renaissance, 2004 (traduit par Galia Ackerman et Paul Lequesne).
[3] Presses de la Renaissance, 2005 (traduit par Anne Coldéfy-Faucard).
[4] Plon, 1995 (traduit par Sophie Benech).
[5] Christian Bourgois, 1991/2002 (traduit par Wladimir Berelowitch, avec la collaboration d’Elisabeth Mouravieff).
[6] Editions Lattès, 1998 (traduit par Galia Ackerman et Pierre Lorrain).
[7] Ce chiffre figure dans sa propre présentation sur son website, mais elle donne parfois un chiffre bien inférieur. Ainsi, dans un entretien accordé à la radio Écho de Moscou, elle parle de 200-300 personnes interviewées pour chaque livre. Cf. le site Ekho Moskvy, 7.7.2001 (en russe).
[8] Cf. le website de Svetlana Alexievitch.
[9] Cf. la transcription de cette interview sur le site du canal télévisé russe « Koultoura », le 24.5.2004 (en russe).
[10] Cf. le site du journal-Internet BelaPAN, 26.7.2002 (en russe).
[11] Cf. le site de la radio Svoboda, programme de Lev Roïtman, 9.10.1999 (en russe).
[12] Ibid.
[13] Presses de la Renaissance, 2004 (traduit par Galia Ackerman et Paul Lequesne).
[14] Ce livre n’a pas encore été publié en France.
[15] Christian Bourgois, 1991/2002.
[16] Dans cette analyse, nous nous appuyons sur nos précédentes publications. Voir G. Ackerman, F. Lemarchand, « Vérité ou perpétuation d’un mythe ? », La Quinzaine Littéraire, n°880 (1-15 juillet 2004) ; G. Ackerman, « Le témoignage est-il soluble dans la littérature ? Lire l’œuvre de Svetlana Alexievitch », Cahiers d’Histoire Sociale, n°25, 2005.
[17] Littératures métisses, Le Paresseux, n°25, 2003, Angoulême.
[18] La guerre n’a pas un visage de femme, pp. 14-15.
[19] Toutes les citations de la version 1983 sont traduites par G. Ackerman d’après l’édition : Svetlana Alexievitch, Ou voïny ne jenskoïe litso. Posledniïe svideteli, Moscou, Editions Ostojié, 1998. Il s’agit d’une réédition russe, non remaniée par rapport au texte original de 1985.
[20] Les citations sont faites d’après l’édition française et parfois légèrement modifiées pour les rapprocher de l’original russe. Le texte russe qui a servi pour la traduction française fut également utilisé pour la nouvelle édition russe. Cf. Ou voïny ne jenskoïe litso, Editions Palmira, Moscou, 2004.
[21] Cf. pp. 274 et 275 de l’édition russe citée.
[22] Il existe également une nouvelle version remaniée des Derniers témoins, celle-là même qui a servi pour la traduction française.
[23] Au procès organisé à Minsk, en 1993, avec le soutien des militaires, Svetlana Alexievitch a été accusée de dénigrer la mémoire des soldats péris en Afghanistan. Sous la pression internationale, ce procès s’est soldé pratiquement par un non-lieu : l’auteur a été condamnée à s’excuser devant un plaignant. Les matériaux relatifs à ce procès ont été publiés dans : Svetlana Alexievitch, Les cercueils de zinc, Christian Bourgois, Paris, 2002.
[24] C’est ainsi qu’on appelait en URSS le volet soviétique de la Seconde Guerre mondiale.
[25] Voir Vassili Grossman, Vie et Destin, Pocket, 2002 (première édition, 1980) ou la récente exposition intitulée La Shoah par balle.
[26] Il existait trois ghettos à Minsk, dont le plus grand, qui a existé d’août 1941 à octobre 1943, était le deuxième, par sa population, après celui de Lvov (136 000 personnes) sur le territoire soviétique.
[27] Ainsi, le tirage du « Livre noir », recueil de documents et de témoignages sur l’extermination des Juifs soviétiques par les nazis, fut entièrement détruit en 1949 et le livre n’a été publié en ex-URSS qu’à l’époque post-soviétique (sa première publication en langue russe, en Israël, date de 1980). Cf. Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg, Le Livre noir 1 et Le Livre noir 2, op. cit.
[28] E. Bloch, Héritage de ce temps, Paris, Payot, 1978/1935.
[29] Des mouvements partisans nationalistes et la résistance au régime communiste ont existé partout dans les territoires annexés. Après la fin de la guerre, la résistance a continué pendant quelques années en Ukraine occidentale et dans les Pays Baltes, ainsi qu’au Caucase. Il ne faut pas oublier non plus l’armée Vlassov, composée essentiellement de prisonniers de guerre soviétiques, et qui comptait deux millions d’hommes, qui a combattu du côté nazi.
[30] Abréviation pour le Conseil des Commissaires du Peuple, nom donné à l’époque au Conseil des ministres.
[31] Cf. Youri Touronok, Biélorussie sous l’occupation allemande (en langue biélorusse), Minsk, 1993.
[32] Interview dans la revue Continent , 89/1, Albin Michel, p. 86.
[33] Le manuscrit de ce livre confisqué en 1960 par le KGB surgit miraculeusement en Occident en 1980 où il est immédiatement publié pour devenir, aux yeux de beaucoup, le Guerre et Paix du XXe siècle.
[34] In Témoignage et écriture de l’histoire. Décade de Cerisy, 21-31 juillet. Paris, L’Harmattan, 2003, 480 p.

Voir enfin:

Causeur
19 octobre 2016
Avec son nouveau livre « Le crépuscule de la France d’en haut », le géographe le plus scandaleux de France débusque les intérêts de classe qui se cachent derrière le discours antiraciste de la bourgeoisie et décrypte le mépris des grands médias pour le petit peuple.

Propos recueillis par Daoud Boughezala, Élisabeth Lévy et Gil Mihaely

Causeur. La lutte entre les riches qui souhaitent le rester et les pauvres qui aimeraient l’être moins est une réalité vieille comme le capitalisme. Qu’y a-t-il de neuf dans notre situation – et dans Le Crépuscule de la France d’en haut, votre nouveau livre ?

Christophe Guilluy. Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte »« ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations.

Ne s’agit-il pas avant tout d’une panne grave de l’ascenseur social ?

Bien sûr, mais pas seulement. C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population.

Comme le dit l’économiste Joan Robinson que vous citez, il y a pire que d’être exploité, c’est de ne pas être exploité. C’est un peu la situation de cette France périphérique : faute d’emploi, ses habitants n’ont même pas la possibilité d’être exploités !

Exactement. Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne.

Cependant le FN plafonne à 30 % de l’électorat ? Votre France périphérique serait-elle une minorité en voie de disparition ?

Toucher 100 % d’un groupe ou d’un territoire est impossible. Mais j’insiste sur le fait que les classes populaires (jeunes, actifs, retraités) restent majoritaires en France. La France périphérique, c’est 60 % de la population. Elle ne se résume pas aux zones rurales identifiées par l’Insee, qui représentent 20 %. Je décris un continuum entre les habitants des petites villes et des zones rurales qui vivent avec en moyenne au maximum le revenu médian et n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers.

Ces cadres capables de payer le prix d’un logement de centre-ville, ceux que vous appelez « les bobos », n’ont fondamentalement rien de méchant. Ils ne fomentent aucun complot et ne forment même pas une classe sociale douée d’une conscience et d’une volonté propres…

Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien.

Et face à cette exclusion, comment réagit la France périphérique ?

La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État.

Pourquoi ces Français paupérisés ne comptent-ils pas sur les HLM construites autour des grandes villes ? Pourquoi ne pas déménager à Aulnay-sous-Bois ou Grigny, où le logement est peu cher et le bassin d’emploi accessible ?

Même si l’on installe 20 % de logements sociaux partout dans les grandes métropoles, cela reste une goutte d’eau par rapport au parc privé « social de fait » qui existait à une époque. Les ouvriers, autrefois, n’habitaient pas dans des bâtiments sociaux, mais dans de petits logements, ils étaient locataires, voire propriétaires, dans le parc privé à Paris ou à Lyon. C’est le marché qui crée les conditions de la présence des gens et non pas le logement social. Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes.

S’ils ne vont pas dans les banlieues, n’est-ce pas aussi pour ne pas vivre avec les immigrés ?

Tout à fait ! In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires.


Burkini: Aussi symbolique de l’islam que le col Mao de la culture chinoise (Look what they’ve done to our nuns’s coiffe, Ma !)

22 août, 2016
KabulIranFemale_hijab_in_Islamburkini-not-allowedcol-mao LangJack_Lang_MottakiFencingJe suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos)
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Au printemps, le keffieh se portera en étendard : en version classique noir et blanc, en bleu indigo ou de toutes les couleurs… Magazine féminin  
Le tourisme halal est une sous-catégorie du tourisme religieux qui s’adresse aux familles musulmanes se conformant aux règles de l’islam. Les hôtels de ces destinations ne servent pas d’alcool et ont des piscines et spas séparés pour les hommes et les femmes. La Malaisie, la Turquie ainsi que beaucoup d’autres pays tentent d’attirer les touristes musulmans du monde entier en leur proposant des services conformes à leurs convictions religieuses. L’industrie du tourisme Halal offre aussi des vols où l’on ne sert ni alcool ni produits à base de porc, où les horaires de prière sont annoncés et où des émissions religieuses font partie des divertissements proposés à bord de l’avion. Wikipedia
En Turquie, les hôtels répondant aux règles islamiques voient leur fréquentation croître de façon exponentielle. Cet engouement va de pair avec l’enrichissement de classes sociales amatrices d’un tourisme de loisir mais aussi culturel. Saphir news
Austria‘s alpine towns of Zell am See and Kaprun have been criticised for producing an eight-page guide for Middle Eastern tourists, featuring « cultural advice » on how to behave. The booklet, in English and Arabic, features tips such as the idea that Austrian shopkeepers do not expect haggling over prices, and that eating on the floor in hotel rooms is a « no-no ». Drivers are informed that wearing seatbelts is compulsory, and they will be given guidance on understanding road signs, to reduce their risks while driving. Visitors are also advised not to wear burkas, and to « adopt the Austrian mentality ». (…) It explains that there are many restaurants where Halal meat is served, and with Arabic-speaking staff, but that Austrians also pride themselves on their food. (…) Alpine destinations are exceedingly popular in the summer with Middle Eastern travellers, who look to escape the extreme heat of their home countries. (…) Leo Bauernberger, executive director of the Salzburger Land Tourism company, told the Austria Press Agency that « Arabs are here in the summer for more than 470,000 nights, making them the second largest visitor group after Germans ». But Peter Padourek, mayor of Zell am See, said that tourists wearing the burka was a cause of friction in the area.(…) But other hotel operators have criticised the leaflets, saying that it unfairly stigmatised Arab visitors – who spend an average of £195 per person per day; more than double the daily amount dispensed with by European tourists. Telegraph
SURFERS Paradise and Broadbeach will convert to Islam and feature more prayer rooms, halal restaurants and extended trading hours, says Mayor Tom Tate. On his return from the Middle East, Cr Tate will meet with traders, restaurant owners, hotels and marketing bodies to look at how both tourism areas can better cater for high-yield Middle Eastern tourists. He also wants to extend trading hours during Ramadan to cater for the later rising and dining tourists as one of the major criticisms was the early closing hours of many Gold Coast restaurants. About 20,000 Gulf tourists visit the region each year, staying on average for about a month with combined spending of between $53 million and $75 million.  Gold coast.com
C’est en fait un bikini deux pièces islamique, ce qui peut sembler idiot. Aheda Zanetti 
Le climat politique actuel n’est pas facile, les musulmans sont scrutés à la loupe et j’espère que les gens comprennent à travers moi ce que veut dire être musulmane. Ibtihaj Muhammad
In 2009, a public swimming pool in Emerainville excluded a burkini-wearing woman, on the grounds that she violated pool rules by wearing street clothes. But burkinis only erupted into a national political issue on Aug. 12 when the mayor of Cannes, a resort town on the French Riviera, banned burkinis (without legally defining what exactly they are) on the Cannes beaches because it represents Islamism. (…) This development astonishes me, someone who has argued that the burqa (and the niqab, a similar article of clothing that leaves a slit for the eyes) needs to be banned from public places on security grounds. Those formless garments not only hide the face, permitting criminals and jihadis to hide themselves but they permit the wearer to hide, say, an assault rifle without anyone knowing. Men as well as women use burqas as accessories to criminal and jihadi purposes. Indeed, I have collected some 150 anecdotes of bank robberies, abductions, murders, and jihadi attacks since 2002; Philadelphia has become the Western capital of burqas and niqabs as criminal accessories, with at least 34 incidents in 9 years. In contrast, the burkini poses no danger to public security. Unlike the burqa or niqab, it leaves the face uncovered; relatively tight-fitting, it leaves no place to hide weapons. Men cannot wear it as a disguise. Further, while there are legitimate arguments about the hygiene of large garments in pools (prompting some hotels in Morocco to ban the garment), this is obviously not an issue on the coastal beaches of France.Accordingly, beach burkinis should be allowed without restriction. Cultural arguments, such as the one made by Valls, are specious and discriminatory. If a woman wishes to dress modestly on the beach, that is her business, and not the state’s. It’s also her prerogative to choose unflattering swimwear that waterlogs when she swims. The Islamist threat to the West is very real, from the Rushdie rules to sex gangs, taharrush, polygyny, honor killings, partial no-go zones, and beheadings. With the influx to Europe of millions of unvetted Muslim migrants, these problems will grow along with the number of Islamists. Nerves are on edge and the political scene is changing rapidly, as symbolized by half the vote for president of Austria recently going to a hardline anti-immigration politician.Issues concerning Islam are arguably Europe’s number-one concern, ahead even of the European Union and the financial crisis; they need to be dealt with by confronting real problems, not by focusing on symbolic irrelevancies such as burkinis, halal shops, and minarets. Burqas and niqabs must be banned (as the German government may soon do), freedom of speech about Islam and Muslims must be reconfirmed, Saudi and Iranian funding for religious purposes must be cut, and a single legal code must apply to all. So, my advice: focus on these real problems and let Muslims wear what they wish to the beach. Daniel Pipes
« What is it about Philadelphia, burqas, and robberies? » (…) The demographics of Philadelphia, whose Muslim population is among the largest in the U.S., make it particularly fertile ground. While only a very small percentage of Philadelphians wear niqabs, they are sufficiently numerous to be seen with regularity. Desensitizing the public to this radical attire opens many doors. (…) Simply put, the increasing prevalence of face-cloaking Islamic garb is rendering traditional masks obsolete. Both provide anonymity, but a niqab grants the wearer access that a mask does not. Whereas spotting a masked individual entering a bank or business strongly indicates a robbery, someone in a niqab doing so may represent just another patch in Philadelphia’s multicultural quilt. Indecision about the wearer’s motives — indeed, most women in niqabs do not have criminal intent — buys crucial time for a heist to unfold on the perpetrator’s terms. The relatively common sight of niqabs, as opposed to masks, also enables a robber to travel to the crime scene in the same face-blocking apparel, further lowering the chances of being identified. Moreover, they take advantage of political correctness, which cautions against scrutinizing people who don such clothes. (…) Islamists promote this cultural paralysis. Case in point: the victimhood narrative pushed in the wake of the latest Philadelphia robberies. One imam declared them « a hate crime against Muslims, » as they allegedly put Muslim women « in danger of being stereotyped, victimized, and ostracized. » City Councilman Curtis Jones Jr. doubled down on the persecution theme: « In many ways I’m reminded of the shooting of Trayvon Martin, stereotyped because of a garment called a hoodie. » Ibrahim Hooper of the Council on American-Islamic Relations (CAIR) chimed in as well. « Islamophobes love to see this sort of thing, because it gives them fuel to express their hatred, » he claimed. « Now they can say, ‘See, this is why Muslim women shouldn’t dress the way they do.' » Therefore, banks must run the gauntlet of « Islamophobia » charges if they pursue a seemingly obvious remedy: forbidding attire that hides customers’ faces from security cameras. Financial institutions nationwide have worked to deter more conventional robberies, reportedly with some success, by implementing dress codes that ban hats, hoods, and sunglasses, but Islamists have fought restrictions on headgear. When disputes arose several years ago over women being asked to remove headscarves or be served in alternate areas, CAIR characteristically demanded more sensitive policies and issued dubious calls for federal probes. Just as predictably, the banks and credit unions tended to cave and exempt hijabs. No doubt robbers note the deference toward Islam enforced by Islamists — a phenomenon exacerbated in cities like Philadelphia with copious Muslims and an aggressive CAIR chapter. (…) How to proceed? The ultimate solution would entail proscribing face-covering apparel everywhere in public, as France and Belgium have done. Yet American banks enjoy plenty of leeway to ban it on their premises right now, assuming that they ignore CAIR’s specious threats and frequently bogus tales of Muslim victimhood. The First Amendment may protect niqabs on the streets, but banks are private entities and thus not bound by it. They also are not listed in Title II of the 1964 U.S. Civil Rights Act among « places of public accommodation » where religiously discriminating against clients is illegal — not that faith-neutral dress codes are « discriminatory » anyway, regardless of Islamists’ pleas. In addition, though numerous states, including Pennsylvania, have civil rights laws that are more expansive than the federal version, the various requirements to accommodate religious practices of customers or employees are not absolute and typically must be balanced against the hardships imposed on others. One can debate whether banks should tolerate hijabs, which often obscure less of the face than hoodies or caps, but it is inconceivable that banks are somehow obligated to welcome niqabs that purposefully hide the face and burden others by undermining safety in a venue where security is paramount. If ski masks are not permitted, niqabs should not be either. Drawing the line with clear policies that prohibit all criminal-friendly garments on bank property would be a significant step in the appropriate direction — and almost certainly a legal one. Situated at the leading edge of this problem in the U.S., Philadelphians have a special responsibility to find effective solutions. Other American cities must stay alert as well, because the ingredients that make Philadelphia a prime target exist elsewhere; Detroit comes to mind. If Philadelphia manages to curtail the trend, its approach can be a template for comparable cities to follow. But if it fails, criminals in the country’s niqab-heavy metropolitan areas may soon thank the trailblazing burqa bandits of Philadelphia for having provided a successful model of their own. David J. Rusin
Aheda Zanetti, une entrepreneuse australienne d’origine libanaise, ne s’attendait certainement pas à ce que tous les regards se braquent un jour sur sa société, Ahiida, créée en 2004 à Sydney lorsqu’elle était à peine âgée de 40 ans. (…) À l’origine, Aheda Zanetti affirme avoir eu l’idée de créer ce concept de mode pour aider les jeunes femmes musulmanes à faire du sport. Arrivée du Liban en Australie lorsqu’elle avait deux ans, la créatrice explique sur son site de vente en ligne: «J’ai remarqué que les jeunes filles et femmes qui suivent les préceptes de l’Islam, en adoptant notamment des tenues vestimentaires modestes, doivent souvent se résigner à ne pas participer aux activités sportives que l’Australie a à offrir.» Il y a 12 ans, estimant que le marché avait du potentiel, elle a donc lancé son entreprise de mode spécialisée dans les maillots de bains et tenues de sports pour les musulmanes. Elle a, dans la foulée en 2006, déposé les marques Ahiida®, Burqini® et Burkini®. Le succès a été immédiat, selon l’entrepreneuse. «Nous avons vendu plus de 700.000 tenues de bain (depuis la création de la marque, NDLR) et nous écoulons également bien nos produits en Europe et en France», explique l’entrepreneuse au Figaro. Les ventes ont, selon elle, augmenté de 40% durant l’été 2016. (…) D’après Aheda Zanetti, 40% environ du marché est porté par des clientes non-musulmanes, pour certaines des femmes qui veulent se protéger du soleil avec ces tenues. Slim fit, grande taille, anti-coup de soleil, la gamme de vêtements proposée par Ahiida est vaste. Les prix oscillent de près de 80 euros (même si en ce moment certains produits sont en promotion à environ 60 euros) jusqu’à près de 130 euros, selon les coupes, par exemple. L’entreprise propose aussi des modèles pour enfants. Malgré les polémiques récurrentes à travers le monde, et sans doute aussi un peu pour en profiter, les grandes marques commencent à s’intéresser à ce marché. Marks & Spencer a lancé une collection de burkinis au printemps dernier, une initiative que la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol avait alors qualifiée d’«irresponsable». De leur côté, les enseignes de mode peuvent-elles réellement passer à côté de la manne de consommation que représente la clientèle musulmane? Selon une étude de Thomson Reuters et de l’institut d’études newyorkais DinarStandard, les dépenses en habillement de la communauté musulmane dans le monde devraient passer de 230 milliards de dollars (204 mds€) en 2014 à 327 milliards (290 mds€) en 2020. Le Figaro
Contraction de « bikini » et « burqa », le burkini est un costume de bain qui enveloppe l’ensemble du corps, des cheveux jusqu’aux chevilles. Son invention est attribuée à l’Australienne Aheda Zanetti, qui a lancé sa gamme de tenues pratiques pour le sport et « religieusement correctes » en 2003. En Australie, où la plage est une véritable « culture », que ce soit pour le surf ou la simple baignade, il y avait « un vide qu’il fallait combler », expliquait-elle à l’Agence France-Presse en 2007. (…) Dans le livre sacré des musulmans, explique Franck Fregosi, spécialiste de l’islam, « il y a des éléments relatifs aux règles de pudeur, mais pas de codification ». Si plusieurs versets du Coran mentionnent le voile, son port n’est pas explicitement exigé, et les avis divergent quant à l’interprétation des textes. (…) Le burkini ne cache pas le visage. Comme le voile, il est donc autorisé en France dans les lieux publics. Seul le voile dissimulant le visage (niqab) est proscrit dans l’espace public depuis 2011. Les municipalités côtières qui ont récemment pris des arrêtés prohibant le burkini sur les plages ont mis en avant le risque de « troubles à l’ordre public » dans le contexte de menaces d’attentats. Le Point
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
Amid all this intellectual and moral confusion, Ian Buruma and Avishai Margalit have deftly proposed the notion of « Occidentalism. » This is a play on « Orientalism, » the formulation advanced by the late Edward Said, whereby a society or its academics and intellectuals can be judged by their attitude to the « other. » Avishai Margalit is a professor at the Hebrew University of Jerusalem and has been very much identified with the secular and internationalist wing of the Israeli peace camp. Ian Buruma is known to a large audience for his witty and profound studies of Asia, Germany and England. Both authors had in common a friendship with, and a strong admiration for, Isaiah Berlin. … The authors demonstrate that there is a long history of anti-Western paranoia in the intellectual tradition of the « East, » but that much of this is rooted in non-Muslim and non-Oriental thinking. Indeed, insofar as the comparison with fascism can be made, it can be derived from some of the very origins and authors that inspired fascism itself. In many areas of German, Russian and French culture, one finds the same hatred of « decadence, » the same cultish worship of the pitiless hero, the same fascination with the infallible « leader, » the same fear of a mechanical civilization as opposed to the « organic » society based on tradition and allegiance. Christopher Hitchens
We generally understand « radical Islam » as a purely Islamic phenomenon, but Buruma and Margalit show that while the Islamic part of radical Islam certainly is, the radical part owes a primary debt of inheritance to the West. Whatever else they are, al Qaeda and its ilk are revolutionary anti-Western political movements, and Buruma and Margalit show us that the bogeyman of the West who stalks their thinking is the same one who has haunted the thoughts of many other revolutionary groups, going back to the early nineteenth century. In this genealogy of the components of the anti-Western worldview, the same oppositions appear again and again: the heroic revolutionary versus the timid, soft bourgeois; the rootless, deracinated cosmopolitan living in the Western city, cut off from the roots of a spiritually healthy society; the sterile Western mind, all reason and no soul; the machine society, controlled from the center by a cabal of insiders, often jews, pulling the hidden levers of power versus an organically knit-together one, a society of « blood and soil. » The anti-Western virus has found a ready host in the Islamic world for a number of legitimate reasons, they argue, but in no way does that make it an exclusively Islamic matter. The Economist
They are not expressions of an outburst in the West of the [Israeli-Palestinian] conflict in the Middle East. It is truly modern, aimed against American imperialism, capitalism, etc. In other words, they occupy the same space that the proletarian left had thirty years ago, that Action Directe had twenty years ago. . . . It partakes henceforth of the internal history of the West. (…) It can feel like a time-warp, a return to the European left of the 1970s and early 1980s. Europe’s radical-mosque practitioners can appear, mutatis mutandis, like a Muslim version of the hard-core intellectuals and laborers behind the aggrieved but proud Scottish National party in its salad days. (…) In the last three centuries, Europe has given birth and nourishment to most of mankind’s most radical causes. It shouldn’t be that surprising to imagine that Europe could nurture Islamic militancy on its own soil. (…) In Europe as elsewhere, Westernization is the key to the growth and virulence of hard-core Islamic radicalism. The most frightening, certainly the most effective, adherents of bin Ladenism are those who are culturally and intellectually most like us. The process of Westernization liberates a Muslim from the customary sanctions and loyalties that normally corralled the dark side of the human soul. (…) It would be a delightful irony if the more progressive political and religious debates among the Middle East’s Muslims saved their brethren in the intellectually backward lands of the European Union. Reuel Marc Gerecht
Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. It is a war against a particular idea of the West – a bourgeois society addicted to money, creature comforts, sex, animal lusts, self-interest, and security – which is neither new nor unique to Islamist extremism. This idea has historical roots that long precede any form of ‘U.S. imperialism’ . (…) Blood, soil, and the spirit of the Volk were what German romantics in the late 18th and early 19th centuries invoked against the universalist claims of the French Enlightenment, the French Revolution, and Napoleon’s invading armies. This notion of national soul was taken over by the Slavophiles in 19th-century Russia, who used it to attack the « Westernizers, » that is, Russian advocates of liberal reforms. It came up again and again, in the 1930s, when European fascists and National Socialists sought to smash « Americanism, » Anglo-Saxon liberalism, and « rootless cosmopolitanism » (meaning Jews). Aurel Kolnai, the great Hungarian scholar, wrote a book in the 1930s about fascist ideology in Austria and Germany. He called it War Against the West. Communism, too, especially under Stalin, although a bastard child of the Enlightenment and the French Revolution, was the sworn enemy of Western liberalism and « rootless cosmopolitanism. » Many Islamic radicals borrowed their anti-Western concepts from Russia and Germany. The founders of the Ba’ath Party in Syria were keen readers of prewar German race theories. Jalal Al-e Ahmad, an influential Iranian intellectual in the 1960s, coined the phrase « Westoxification » to describe the poisonous influence of Western civilization on other cultures. He, too, was an admirer of German ideas on blood and soil. Clearly, the idea of the West as a malign force is not some Eastern or Middle Eastern idea, but has deep roots in European soil. Defining it in historical terms is not a simple matter. Occidentalism was part of the counter-Enlightenment, to be sure, but also of the reaction against industrialization. Some Marxists have been attracted to it, but so, of course, have their enemies on the far right. Occidentalism is a revolt against rationalism (the cold, mechanical West, the machine civilization) and secularism, but also against individualism. European colonialism provoked Occidentalism, and so does global capitalism today. But one can speak of Occidentalism only when the revolt against the West becomes a form of pure destruction, when the West is depicted as less than human, when rebellion means murder. Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. Isaiah Berlin once described the German revolt against Napoleon as « the original exemplar of the reaction of many a backward, exploited, or at any rate patronized society, which, resentful of the apparent inferiority of its status, reacted by turning to real or imaginary triumphs and glories in its past, or enviable attributes of its own national or cultural character. » The same thing might be said about Japan in the 1930s, after almost a century of feeling snubbed and patronized by the West, whose achievements it so fervently tried to emulate. It has been true of the Russians, who have often slipped into the role of inferior upstarts, stuck in the outer reaches of Asia and Europe. But nothing matches the sense of failure and humiliation that afflicts the Arab world, a once glorious civilization left behind in every respect by the post-Enlightenment West. Humiliation can easily turn into a cult of the pure and the authentic. Among the most resented attributes of the hated Occident are its claims to universalism. Christianity is a universalist faith, but so is the Enlightenment belief in reason. Napoleon was a universalist who believed in a common civil code for all his conquered subjects. The conviction that the United States represents universal values and has the God-given duty to spread democracy in the benighted world belongs to the same universalist tradition. Some of these values may indeed be universal. One would like to think that all people could benefit from democracy or the use of reason. The Code Napoleon brought many benefits. But when universal solutions are imposed by force, or when people feel threatened or humiliated or unable to compete with the powers that promote such solutions, that is when we see the dangerous retreat into dreams of purity. Not all dreams of local authenticity and cultural uniqueness are noxious, or even wrong. As Isaiah Berlin also pointed out, the crooked timber of humanity cannot be forcibly straightened along universal standards with impunity. The experiments on the human soul by Communism showed how bloody universalist dreams can be. And the poetic romanticism of 19th-century German idealists was often a welcome antidote to the dogmatic rationalism that came with the Enlightenment. It is when purity or authenticity, of faith or race, leads to purges of the supposedly inauthentic, of the allegedly impure, that mass murder begins. The fact that anti-Americanism, anti-Zionism, anti-Semitism, and a general hostility to the West often overlap is surely no coincidence. Even in Japan, where Jews play no part in national life, one of the participants at the 1942 Kyoto conference suggested that the war against the West was a war against the « poisonous materialist civilization » built on Jewish financial capitalist power. At the same time, European anti-Semites, not only in Nazi Germany, were blaming the Jews for Bolshevism. Both Bolshevism and capitalism are universalist systems in the sense that they do not recognize national, racial, or cultural borders. Since Jews are traditionally regarded by the defenders of purity as the congenital outsiders, the archetypal « rootless cosmopolitans, » it is no wonder that they are also seen as the main carriers of the universalist virus. To be sure, Jews had sound reasons to be attracted to such notions as equality before the law, secular politics, and internationalism, whether of a socialist or capitalist stamp. Exclusivity, whether racial, religious, or nationalist, is never good for minorities. Only in the Middle East have Jews brought their own form of exclusivity and nationalism. But Zionism came from the West. And so Israel, in the eyes of its enemies, is the colonial outpost of « Westoxification. » Its material success only added to the Arab sense of historic humiliation. The idea, however, that Jews are a people without a soul, mimics with no creative powers, is much older than the founding of the State of Israel. It was one of the most common anti-Semitic slurs employed by Richard Wagner. He was neither the first to do so, nor very original in this respect. Karl Marx, himself the grandson of a rabbi, called the Jews greedy parasites, whose souls were made of money. The same kind of thing was often said by 19th-century Europeans about the British. The great Prussian novelist Theodor Fontane, who rather admired England, nonetheless opined that « the cult of the Gold Calf is the disease of the English people. » He was convinced that English society would be destroyed by « this yellow fever of gold, this sellout of all souls to the devil of Mammon. » And much the same is said today about the Americans. Calculation — the accounting of money, interests, scientific evidence, and so on — is regarded as soulless. Authenticity lies in poetry, intuition, and blind faith. The Occidentalist view of the West is of a bourgeois society, addicted to creature comforts, animal lusts, self-interest, and security. It is by definition a society of cowards, who prize life above death. As a Taliban fighter once put it during the war in Afghanistan, the Americans would never win, because they love Pepsi-Cola, whereas the holy warriors love death. This was also the language of Spanish fascists during the civil war, and of Nazi ideologues, and Japanese kamikaze pilots. The hero is one who acts without calculating his interests. He jumps into action without regard for his own safety, ever ready to sacrifice himself for the cause. And the Occidentalist hero, whether he is a Nazi or an Islamist, is just as ready to destroy those who sully the purity of his race or creed. It is indeed his duty to do so. When the West is seen as the threat to authenticity, then it is the duty of all holy warriors to destroy anything to do with the « Zionist Crusaders, » whether it is a U.S. battleship, a British embassy, a Jewish cemetery, a chunk of lower Manhattan, or a disco in Bali. The symbolic value of these attacks is at least as important as the damage inflicted. What, then, is new about the Islamist holy war against the West? Perhaps it is the totality of its vision. Islamism, as an antidote to Westoxification, is an odd mixture of the universal and the pure: universal because all people can, and in the eyes of the believers should, become orthodox Muslims; pure because those who refuse the call are not simply lost souls but savages who must be removed from this earth. Hitler tried to exterminate the Jews, among others, but did not view the entire West with hostility. In fact, he wanted to forge an alliance with the British and other « Aryan » nations, and felt betrayed when they did not see things his way. Stalinists and Maoists murdered class enemies and were opposed to capitalism. But they never saw the Western world as less than human and thus to be physically eradicated. Japanese militarists went to war against Western empires but did not regard everything about Western civilization as barbarous. The Islamist contribution to the long history of Occidentalism is a religious vision of purity in which the idolatrous West simply has to be destroyed. The worship of false gods is the worst religious sin in Islam as well as in ancient Judaism. The West, as conceived by Islamists, worships the false gods of money, sex, and other animal lusts. In this barbarous world the thoughts and laws and desires of Man have replaced the kingdom of God. The word for this state of affairs is jahiliyya, which can mean idolatry, religious ignorance, or barbarism. Applied to the pre-Islamic Arabs, it means ignorance: People worshiped other gods because they did not know better. But the new jahiliyya, in the sense of barbarism, is everywhere, from Las Vegas and Wall Street to the palaces of Riyadh. To an Islamist, anything that is not pure, that does not belong to the kingdom of God, is by definition barbarous and must be destroyed. Just as the main enemies of Russian Slavophiles were Russian Westernizers, the most immediate targets of Islamists are the liberals, reformists, and secular rulers in their own societies. They are the savage stains that have to be cleansed with blood. But the source of the barbarism that has seduced Saudi princes and Algerian intellectuals as much as the whores and pimps of New York (and in a sense all infidels are whores and pimps) is the West. And that is why holy war has been declared against the West. Ian Buruma
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Tell that to the creator of the burkini, the Australian designer Aheda Zanetti, who coined the name for a line of swimwear she introduced to offer women who did not want to expose their bodies — for whatever reason — the freedom to enjoy water sports and the beach. The British chef and television star Nigella Lawson wore a burkini on an Australian beach in 2011, presumably of her own free will. Meanwhile, the world has watched Muslims proudly compete at the Olympics in Rio in body-covering sportswear
Le multiculturalisme c’est justement accepter que l’autre soit culturellement différent, et l’on ne peut imposer une culture exclusive sans aliéner ceux qui s’en sentent exclus. Annika
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Germany is facing its hijab problem, with a number of Islamist organizations suing federal and state authorities for “religious discrimination” because of bans imposed on the controversial headgear. In the United States, several Muslim women are suing airport-security firms for having violated their First Amendment rights by asking them to take off their hijab during routine searches of passengers. All these and other cases are based on the claim that the controversial headgear is an essential part of the Muslim faith and that attempts at banning it constitute an attack on Islam. That claim is totally false. The headgear in question has nothing to do with Islam as a religion. It is not sanctioned anywhere in the Koran, the fundamental text of Islam, or the hadith (traditions) attributed to the Prophet. This headgear was invented in the early 1970s by Mussa Sadr, an Iranian mullah who had won the leadership of the Lebanese Shi’ite community. In an interview in 1975 in Beirut, Sadr told this writer that the hijab he had invented was inspired by the headgear of Lebanese Catholic nuns, itself inspired by that of Christian women in classical Western paintings. (A casual visit to the Metropolitan Museum in New York, or the Louvres in Paris, would reveal the original of the neo-Islamist hijab in numerous paintings depicting Virgin Mary and other female figures from the Old and New Testament.) Sadr’s idea was that, by wearing the headgear, Shi’ite women would be clearly marked out, and thus spared sexual harassment, and rape, by Yasser Arafat’s Palestinian gunmen who at the time controlled southern Lebanon. Sadr’s neo-hijab made its first appearance in Iran in 1977 as a symbol of Islamist-Marxist opposition to the Shah’s regime. When the mullahs seized power in Tehran in 1979, the number of women wearing the hijab exploded into tens of thousands. In 1981, Abol-Hassan Bani-Sadr, the first president of the Islamic Republic, announced that “scientific research had shown that women’s hair emitted rays that drove men insane.” To protect the public, the new Islamist regime passed a law in 1982 making the hijab mandatory for females aged above six, regardless of religious faith. Violating the hijab code was made punishable by 100 lashes of the cane and six months imprisonment. By the mid 1980s, a form of hijab never seen in Islam before the 1970s had become standard gear for millions of women all over the world, including Europe and America. Some younger Muslim women, especially Western converts, were duped into believing that the neo-hijab was an essential part of the faith. (Katherine Bullock, a Canadian, so loved the idea of covering her hair that she converted to Islam while studying the hijab.) The garb is designed to promote gender apartheid. It covers the woman’s ears so that she does not hear things properly. Styled like a hood, it prevents the woman from having full vision of her surroundings. It also underlines the concept of woman as object, all wrapped up and marked out. Muslim women, like women in all societies, had covered their head with a variety of gears over the centuries. These had such names as lachak, chador, rusari, rubandeh, chaqchur, maqne’a and picheh, among others. All had tribal, ethnic and generally folkloric origins and were never associated with religion. (In Senegal, Muslim women wear a colorful Headgear against the sun, while working in the fields, but go topless.) Muslim women could easily check the fraudulent nature of the neo-Islamist hijab by leafing through their family albums. They will not find the picture of a single female ancestor of theirs who wore the cursed headgear now marketed as an absolute “must” of Islam. This fake Islamic hijab is nothing but a political prop, a weapon of visual terrorism. It is the symbol of a totalitarian ideology inspired more by Nazism and Communism than by Islam. It is as symbolic of Islam as the Mao uniform was of Chinese civilization. It is used as a means of exerting pressure on Muslim women who do not wear it because they do not share the sick ideology behind it. It is a sign of support for extremists who wish to impose their creed, first on Muslims, and then on the world through psychological pressure, violence, terror, and, ultimately, war. The tragedy is that many of those who wear it are not aware of its implications. They do so because they have been brainwashed into believing that a woman cannot be a “good Muslim” without covering her head with the Sadr-designed hijab. Even today, less than 1 percent of Muslim women wear the hijab that has bewitched some Western liberals as a symbol of multicultural diversity. The hijab debate in Europe and the United States comes at a time when the controversial headgear is seriously questioned in Iran, the only country to impose it by law. (…) The delicious irony of militant Islamists asking “Zionist-Crusader” courts in France, Germany and the United States to decide what is “Islamic” and what is not will not be missed. The judges and the juries who will be asked to decide the cases should know that they are dealing not with Islam, which is a religious faith, but with Islamism, which is a political doctrine. Amir Taheri

Attention: une coiffe peut en cacher une autre !

A l’heure où la température du débat sur le burkini va bientôt dépasser celle du soleil sur nos plages …

Et que de l’autre côté de l’Atlantique, l’on présente comme une grande avancée de l’émancipation féminine une musulmane qui pousse la pudeur jusqu’à porter le masque sous son masque d’escrimeuse …

Pendant que pour  fustiger une France qui a dix fois plus de musulmans, le NYT lui-même monte au créneau …

Pendant que de l’autre côté de la Méditerranée l’on interdit tranquillement dans les piscines des grands hôtels …

Ou qu’entre la Turquie et la Malaisie ou l’Autriche ou l’Australie se développe le « tourisme halal »

Peut-être faudrait-il aussi rappeler avec le politologue irano-américain Amir Taheri …

Qu’au-delà des radicaux qui récupèrent ou tirent plus ou moins les ficelles derrière …

Ou, contrairement au burkini légalement non-sanctionnable, des petits malins qui s’en servent pour commettre des délits

Et bien après les pratiques ancestrales qu’elles sont censées reprendre et sans compter les fantasmes de nos orientalistes …

Le hijab comme la version plage de la burkha (c’est l’étymologie proprement oxymorique – voire « idiote » du propre aveu de sa créatrice libano-australienne – du terme burkini) sont, comme l’islamisme, toutes des inventions récentes inspirées et imitées d’inventions occidentales (la tunique, le voile et la guimpe de nos religieuses, notamment au Liban pour le premier, les tenues de plongée moderne pour le second) …

Par des musulmans immigrés en Occident ou occidentalisés redécouvrant et faisant redécouvrir à leurs contemporains, en réaction avec l’Occident qui les fascine et donc comme nouveau marqueur identitaire à la manière de nos « born again » et avec le zèle du nouveau converti (voire, pour les plus intellos, comme l’équivalent féminin de la vareuse, de la casquette ou du col du Grand Timonier aux 30 millions de morts qu’appréciaient tant nos jeunes gens engagés des années 60 ou du keffieh des terroristes palestiniens si tendance d’aujourd’hui) …

Une pratique de l’islam largement et souvent volontairement oubliée comme rétrograde par la génération de leurs parents à leur âge, Iran comme Algérie ou Afghanistan compris …

Et donc que l’on est et que l’on reste effectivement en plein multiculturalisme, invention aussi occidentale que récente !

This is Not Islam

FRANCE’S Prime Minister Jean-Pierre Raffarin has just appointed a committee to draft a law to ban the Islamist hijab (headgear) in state-owned establishments, including schools and hospitals. The decision has drawn fire from the French “church” of Islam, an organization created by Raffarin’s government last spring.

Germany is facing its hijab problem, with a number of Islamist organizations suing federal and state authorities for “religious discrimination” because of bans imposed on the controversial headgear.

In the United States, several Muslim women are suing airport-security firms for having violated their First Amendment rights by asking them to take off their hijab during routine searches of passengers.

All these and other cases are based on the claim that the controversial headgear is an essential part of the Muslim faith and that attempts at banning it constitute an attack on Islam.

That claim is totally false. The headgear in question has nothing to do with Islam as a religion. It is not sanctioned anywhere in the Koran, the fundamental text of Islam, or the hadith (traditions) attributed to the Prophet.

This headgear was invented in the early 1970s by Mussa Sadr, an Iranian mullah who had won the leadership of the Lebanese Shi’ite community.

In an interview in 1975 in Beirut, Sadr told this writer that the hijab he had invented was inspired by the headgear of Lebanese Catholic nuns, itself inspired by that of Christian women in classical Western paintings. (A casual visit to the Metropolitan Museum in New York, or the Louvres in Paris, would reveal the original of the neo-Islamist hijab in numerous paintings depicting Virgin Mary and other female figures from the Old and New Testament.)

Sadr’s idea was that, by wearing the headgear, Shi’ite women would be clearly marked out, and thus spared sexual harassment, and rape, by Yasser Arafat’s Palestinian gunmen who at the time controlled southern Lebanon.

Sadr’s neo-hijab made its first appearance in Iran in 1977 as a symbol of Islamist-Marxist opposition to the Shah’s regime. When the mullahs seized power in Tehran in 1979, the number of women wearing the hijab exploded into tens of thousands.

In 1981, Abol-Hassan Bani-Sadr, the first president of the Islamic Republic, announced that “scientific research had shown that women’s hair emitted rays that drove men insane.” To protect the public, the new Islamist regime passed a law in 1982 making the hijab mandatory for females aged above six, regardless of religious faith. Violating the hijab code was made punishable by 100 lashes of the cane and six months imprisonment.

By the mid 1980s, a form of hijab never seen in Islam before the 1970s had become standard gear for millions of women all over the world, including Europe and America.

Some younger Muslim women, especially Western converts, were duped into believing that the neo-hijab was an essential part of the faith. (Katherine Bullock, a Canadian, so loved the idea of covering her hair that she converted to Islam while studying the hijab.)

The garb is designed to promote gender apartheid. It covers the woman’s ears so that she does not hear things properly. Styled like a hood, it prevents the woman from having full vision of her surroundings. It also underlines the concept of woman as object, all wrapped up and marked out.

Muslim women, like women in all societies, had covered their head with a variety of gears over the centuries.
These had such names as lachak, chador, rusari, rubandeh, chaqchur, maqne’a and picheh, among others.

All had tribal, ethnic and generally folkloric origins and were never associated with religion. (In Senegal, Muslim women wear a colorful Headgear against the sun, while working in the fields, but go Topless.)

Muslim women could easily check the fraudulent nature of the neo-Islamist hijab by leafing through their family albums. They will not find the picture of a single female ancestor of theirs who wore the cursed headgear now marketed as an absolute “must” of Islam.

This fake Islamic hijab is nothing but a political prop, a weapon of visual terrorism. It is the symbol of a totalitarian ideology inspired more by Nazism and Communism than by Islam. It is as symbolic of Islam as the Mao uniform was of Chinese civilization.

It is used as a means of exerting pressure on Muslim women who do not wear it because they do not share the sick ideology behind it.
It is a sign of support for extremists who wish to impose their creed, first on Muslims, and then on the world through psychological pressure, violence, terror, and, ultimately, war.

The tragedy is that many of those who wear it are not aware of its implications. They do so because they have been brainwashed into believing that a woman cannot be a “good Muslim” without covering her head with the Sadr-designed hijab.

Even today, less than 1 percent of Muslim women wear the hijab that has bewitched some Western liberals as a symbol of multicultural diversity. The hijab debate in Europe and the United States comes at a time when the controversial headgear is seriously questioned in Iran, the only country to impose it by law.

Last year, the Islamist regime authorized a number of girl colleges in Tehran to allow students to discard the hijab while inside school buildings. The experiment was launched after a government study identified the hijab as the cause of “widespread depression and falling academic standards” and even suicide among teenage girls.

The Ministry of Education in Tehran has just announced that the experiment will be extended to other girls schools next month when the new academic year begins. Schools where the hijab was discarded have shown “real improvements” in academic standards reflected in a 30 percent rise in the number of students obtaining the highest grades.

Meanwhile, several woman members of the Iranian Islamic Majlis (parliament) are preparing a draft to raise the legal age for wearing the hijab from six to 12, thus sparing millions of children the trauma of having their heads covered.

Another sign that the Islamic Republic may be softening its position on hijab is a recent decision to allow the employees of state-owned companies outside Iran to discard the hijab. (The new rule has enabled hundreds of women, working for Iran-owned companies in Paris, London, and other European capitals, for example, to go to work without the cursed hijab.)

The delicious irony of militant Islamists asking “Zionist-Crusader” courts in France, Germany and the United States to decide what is “Islamic” and what is not will not be missed. The judges and the juries who will be asked to decide the cases should know that they are dealing not with Islam, which is a religious faith, but with Islamism, which is a political doctrine.

The hijab-wearing militants have a right to promote their political ideology. But they have no right to speak in the name of Islam.

Voir aussi:

France’s Burkini Bigotry

By THE EDITORIAL BOARD
The NYT

After bans on full-face veils, head scarves in schools and rules about students’ skirt lengths, France’s perennial problem with Muslim women’s attire has taken its most farcical turn yet with a new controversy over the “burkini,” body-covering swimwear whose name is an amalgam of burqa and bikini. As of Thursday, five French mayors had banned the burkini, calling it, variously, a threat to public order, hygiene, water safety and morality, tantamount to a new weapon of war against the French republic. Thierry Migoule, an official with the city of Cannes, the first to ban the burkini, declared the swimwear “clothing that conveys an allegiance to the terrorist movements that are waging war against us.”

This hysteria threatens to further stigmatize and marginalize France’s Muslims at a time when the country is listing to the Islamophobic right in the wake of a series of horrific terrorist attacks. And with presidential elections scheduled for next spring and the right-wing National Front’s popularity on the rise, French officials and politicians have leapt to support the mayors.

Prime Minister Manuel Valls on Wednesday called the burkini a symptom of “the enslavement of women” that “is not compatible with the values of France” and said “the nation must defend itself.” France’s women’s rights minister, Laurence Rossignol, declared the burkini “the beach version of the burqa” and said “it has the same logic: Hide women’s bodies in order to better control them.”

Tell that to the creator of the burkini, the Australian designer Aheda Zanetti, who coined the name for a line of swimwear she introduced to offer women who did not want to expose their bodies — for whatever reason — the freedom to enjoy water sports and the beach. The British chef and television star Nigella Lawson wore a burkini on an Australian beach in 2011, presumably of her own free will. Meanwhile, the world has watched Muslims proudly compete at the Olympics in Rio in body-covering sportswear.

The fact that French parents are increasingly dressing their toddlers in remarkably similar suits to protect them from the sun, or that a wet suit also covers the head and body, adds to the hypocrisy of this debate. But at the heart of the dispute is something far darker: French politicians’ paternalistic pronouncements on the republic’s duty to save Muslim women from enslavement — by dictating to them what they can and can’t wear. The burkini rumpus is also a convenient distraction from the problems France’s leaders have not been able to solve: high unemployment, lackluster economic growth and a still very real terrorist threat.

Voir également:

Burkini®, une marque déposée en 2006 en Australie

La société Ahiida a été créé en Australie en 2004 par Aheda Zanetti. Elle est aujourd’hui implantée au Moyen Orient, au Canada, à Singapour, en Afrique du Sud et en Europe. D’autres marques se sont lancées sur ce créneau.

Aheda Zanetti, une entrepreneuse australienne d’origine libanaise, ne s’attendait certainement pas à ce que tous les regards se braquent un jour sur sa société, Ahiida, créée en 2004 à Sydney lorsqu’elle était à peine âgée de 40 ans. En pleine polémique sur le burkini en France -qui s’étend en Espagne-, des voix s’élèvent pour demander une loi afin d’interdire ce type de tenue de plage couvrant le corps et la tête des femmes. À l’origine, Aheda Zanetti affirme avoir eu l’idée de créer ce concept de mode pour aider les jeunes femmes musulmanes à faire du sport. Arrivée du Liban en Australie lorsqu’elle avait deux ans, la créatrice explique sur son site de vente en ligne: «J’ai remarqué que les jeunes filles et femmes qui suivent les préceptes de l’Islam, en adoptant notamment des tenues vestimentaires modestes, doivent souvent se résigner à ne pas participer aux activités sportives que l’Australie a à offrir.»

Il y a 12 ans, estimant que le marché avait du potentiel, elle a donc lancé son entreprise de mode spécialisée dans les maillots de bains et tenues de sports pour les musulmanes. Elle a, dans la foulée en 2006, déposé les marques Ahiida®, Burqini® et Burkini®. Le succès a été immédiat, selon l’entrepreneuse. «Nous avons vendu plus de 700.000 tenues de bain (depuis la création de la marque, NDLR) et nous écoulons également bien nos produits en Europe et en France», explique l’entrepreneuse au Figaro. Les ventes ont, selon elle, augmenté de 40% durant l’été 2016.

À l’international, Ahiida a désormais un pied sur chaque continent. L’entreprise est, d’après son site, implantée au Moyen Orient, au Canada, à Singapour, en Afrique du Sud et en Europe. «Nous sommes ravis du volume de commandes internationales, passées par des femmes en quête de tenues de bain et de sports pudiques», commente Aheda Zanetti. «Nos marchés les plus importants sont les États-Unis, le Canada et l’Europe.» Selon elle, les ventes de l’entreprise ne souffrent pas des interdictions prononcées dans certains pays, comme cela a été le cas au Maroc. «Nous pensons que les femmes européennes, notamment, ont adhéré à nos lignes Burkini Swimwear et Hijood Sportwear et à ce qu’elles représentent.» D’après Aheda Zanetti, 40% environ du marché est porté par des clientes non-musulmanes, pour certaines des femmes qui veulent se protéger du soleil avec ces tenues.

Boom de la consommation musulmane

Slim fit, grande taille, anti-coup de soleil, la gamme de vêtements proposée par Ahiida est vaste. Les prix oscillent de près de 80 euros (même si en ce moment certains produits sont en promotion à environ 60 euros) jusqu’à près de 130 euros, selon les coupes, par exemple. L’entreprise propose aussi des modèles pour enfants.

Malgré les polémiques récurrentes à travers le monde, et sans doute aussi un peu pour en profiter, les grandes marques commencent à s’intéresser à ce marché. Marks & Spencer a lancé une collection de burkinis au printemps dernier, une initiative que la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol avait alors qualifiée d’«irresponsable». De leur côté, les enseignes de mode peuvent-elles réellement passer à côté de la manne de consommation que représente la clientèle musulmane? Selon une étude de Thomson Reuters et de l’institut d’études newyorkais DinarStandard, les dépenses en habillement de la communauté musulmane dans le monde devraient passer de 230 milliards de dollars (204 mds€) en 2014 à 327 milliards (290 mds€) en 2020.

Voir encore:

Histoire du burkini, des origines aux polémiques

Après la polémique, retour sur l’histoire du burkini : son invention, son apparition en France, et le marché qu’il représente aujourd’hui.

Source AFP

 Le Point
17/08/2016|

Edward Saïd: Celui qui ferma les yeux de l’Occident sur la triste réalité de l’islamisme (The continuation of antisemitism by other means: 40 years of Said and you get Ken Livingstone)

2 mai, 2016
Affiche_Folies_Bergère_Loïe_Fuller_edward_said_1La danse des sept voiles a peut-être son origine dans le mythe de la déesse Ishtar et du dieu Tammuz qui appartiennent aux croyances assyriennes et babyloniennes. Selon ce mythe, après la mort de Tammuz, l’amant d’Ishtar, la déesse s’approcha des portes des enfers et voulut à tout prix que le gardien les ouvrît. Le gardien la laissa pénétrer dans le monde souterrain, en n’ouvrant qu’une porte à chaque fois. À chacune d’entre elles, Ishtar devait se dépouiller d’un vêtement, si bien qu’elle se retrouva nue après avoir passé enfin la septième porte. (…) En anglais, l’expression « faire la danse des sept voiles » est une métaphore qui désigne la révélation progressive d’une information, où l’on va d’étape en étape, quitte à faire languir ses interlocuteurs. Wikipedia
Bentley notes that the Babylonian goddess Ishtar « performed the first documented striptease » when she descended into the underworld in search of Tammuz. Ishtar had to « relinquish her jewels and robes at each of the seven gates to the underworld until she stands naked in the ‘land of no return.’ Oscar Wilde assigned this symbolic descent to the underworld of the unconscious, a ceremony that equates stripping naked to being in a state of truth, the ultimate unveiling, to Salome. » Wilde’s concept of « seven veils » is believed to be derived from the popularity of what were known as veil dances at the time. These were westernised versions of imagined Middle Eastern styles of dance. The dancer Loïe Fuller was especially associated with such dances. In 1886, Fuller appeared at New York’s Standard Theater in a show called The Arabian Nights. Wikipedia
C’est vendredi soir, le moment traditionnel où, chaque semaine, les juifs vont pleurer, en un lieu spécial concédé par les Turcs, sur les ruines de ce temple de Salomon, qui « ne sera jamais rebâti ». Et nous voulons passer, avant la nuit, par cette place des Lamentations. Après les terrains vides, nous atteignons maintenant d’étroites ruelles, jonchées d’immondices, et enfin une sorte d’enclos, rempli du remuement d’une foule étrange qui gémit à voix basse et cadencée. Déjà commence le vague crépuscule. Le fond de cette place, entourée de sombres murs, est fermé, écrasé par une formidable construction salomonienne, un fragment de l’enceinte du Temple, tout en blocs monstrueux et pareils. Et des hommes en longues robes de velours, agités d’une sorte de dandinement général, comme les ours des cages, nous apparaissent là vus de dos, faisant face à ce débris gigantesque, heurtant du font ces pierres et murmurant une sorte de mélopée tremblotante. L’un d’eux, qui doit être quelque chantre ou rabbin, semble mener confusément ce chœur lamentable. Mais on le suit peu ; chacun, tenant en main sa bible hébraïque, exhale à sa guise ses propres plaintes.Les robes sont magnifiques : des velours noirs, des velours bleus, des velours violets ou cramoisis, doublés de pelleteries précieuses. Les calottes sont toutes en velours noir, – bordées de fourrures à longs poils qui mettent dans l’ombre les nez en lame de couteau et les mauvais regards. Les visages, qui se détournent à demi pour nous examiner, sont presque tous d’une laideur spéciale, d’une laideur à donner le frisson : si minces, si effilés, si chafouins, avec de si petits yeux sournois et larmoyants, sous des retombées de paupières mortes… Des teints blancs et roses de cire malsaine, et, sur toutes les oreilles, des tire-bouchons de cheveux, qui pendent comme les « anglaises » de 1830, complétant d’inquiétantes ressemblances de vieilles dames barbues. Il y a des vieillards surtout, des vieillards à l’expression basse, rusée, ignoble. Mais il y a aussi quelques tout jeunes, quelques tout petits Juifs, frais comme des bonbons de sucre peint, qui portent déjà deux papillotes comme les grands, et qui se dandinent et pleurent de même, une bible à la main. […] En pénétrant dans ce cœur de la juiverie, mon impression est surtout de saisissement, de malaise et presque d’effroi. Nulle part je n’avais vu pareille exagération du type de nos vieux marchands d’habits, de guenilles et de peaux de lapin ; nulle part, des nez si pointus, si longs et si pâles. C’est chaque fois une petite commotion de surprise et de dégoût, quand un de ces vieux dos, voûtés sous le velours et la fourrure, se retourne à demi, et qu’une nouvelle paire d’yeux me regarde furtivement de côté, entre des papillotes pendantes et par-dessous des verres de lunettes. Vraiment, cela laisse un indélébile stigmate, d’avoir crucifié Jésus ; peut-être faut-il venir ici pour s’en convaincre, mais c’est indiscutable, il y a un signe particulier inscrit sur ces fronts, il y a un sceau d’opprobre dont toute cette race est marquée. […] Et il y en a deux ou trois, de ces vieux, qui versent de vraies larmes, qui ont posé leur Bible dans les trous des pierres, pour avoir les mains libres et les agiter au-dessus de leur tête en geste de malédiction. […]  En soi, cela est unique, touchant et sublime : après tant de malheurs inouïs, après tant de siècles d’exil et de dispersion, l’attachement inébranlable de ce peuple à une patrie perdue ! Pour un peu, on pleurerait avec eux, – si ce n’était des Juifs, et si on ne se sentait le cœur étrangement glacé par toutes leurs abjectes figures. […] Ce soir est, paraît-il, un soir spécial pour mener deuil, car cette place est presque remplie. Et, à tout instant, il en arrive d’autres, toujours pareils, avec le même bonnet à poils, le même nez, les mêmes anglaises sur les tempes ; et aussi sordides et aussi laids, dans d’aussi belles robes. Ils passent, tête baissée sur leur bible ouverte, et tout en faisant mine de lire leurs jérémiades, nous jettent, de côté et en dessous, un coup d’œil comme une piqûre d’aiguille ; – puis vont grossir l’amas des vieux dos de velours qui se pressent le long de ces ruines du Temple : avec ce bourdonnement, dans le crépuscule, on dirait un essaim de ces mauvaises mouches, qui parfois s’assemblent, collées à la base des murailles. […] Quand nous nous en allons, remontant vers la ville haute par d’affreuses petites ruelles déjà obscures, nous en croisons encore, des robes de velours et des longs nez, qui se dépêchent de descendre, rasent les murs pour aller pleurer en bas. Un peu en retard, ceux-là, car la nuit tombe ; – mais, vous savez les affaires !… Et au-dessus des noires maisonnettes et des toits proches, apparaît au loin, éclairé des dernières lueurs du couchant, l’échafaudage des antiques petites coupoles dont le mont Sion est couvert. En sortant de ce repaire de la juiverie, où l’on éprouvait malgré soi je ne sais quelles préoccupations puériles de vols, de mauvais œil et de maléfices, c’est un soulagement de revoir, au lieu des têtes basses, les belles attitudes arabes, au lieu des robes étriquées, les amples draperies nobles. Puis, le canon tonne au quartier turc et c’est, ce soir, la salve annonciatrice de la lune nouvelle, la fin du ramadan. Et Jérusalem, pour un temps, va redevenir sarrasine dans la fête religieuse du baïram. Pierre Loti (1895)
L’Asie souffre, mais sa souffrance menace l’Europe : l’éternelle frontière toute hérissée persiste entre l’Est et l’Ouest, presque sans changement depuis l’Antiquité classique. Edward Saïd
L’Asie a les prophètes ; l’Europe a les docteurs (…) Toute révélation vient d’orient et, transmise à l’occident, s’appelle tradition. Edgar Quinet
Mieux vaut les critiques d’un seul que l’assentiment de mille. Sima Qian (145-90 av. JC)
In the country of Tibet are special properties in respect of their air and water, their mountains and plains. A man there laughs and rejoices continually. Mu’jam al-Buldän (13th century)
Nous vous bénissons, nous bénissons les Mourabitoun (hommes) et les Mourabitat (femmes). Nous saluons toutes gouttes de sang versées à Jérusalem. C’est du sang pur, du sang propre, du sang qui mène à Dieu. Avec l’aide de Dieu, chaque djihadiste (shaheed) sera au paradis, et chaque blessé sera récompensé. Nous ne leur permettrons aucune avancée. Dans toutes ses divisions, Al-Aqsa est à nous et l’église du Saint Sépulcre est notre, tout est à nous. Ils n’ont pas le droit de les profaner avec leurs pieds sales, et on ne leur permettra pas non plus. Mahmoud Abbas
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Si Israël est un occupant dans son pays, le christianisme, qui tire sa légitimité de l’histoire d’Israël, l’est aussi comme le serait tout autre État infidèle. Bat Ye’or
Le révisionnisme historique va faire son entrée dans l’un des plus prestigieux festivals de cinéma au monde. Le film « Munich: A Palestinian Story » du réalisateur Nasri Hadjadj, libanais d’origine arabe palestinienne, va être projeté lors du prochain Festival de Cannes. Il ne fait toutefois pas partie du programme officiel du festival mais sera projeté en marge, dans le cadre d’un Festival du Film arabe , sous les couleurs de la « Palestine ». Le réalisateur affirme vouloir « montrer cet attentat selon la version palestinienne »!! A titre d’exemple, le film décrit les terroristes comme des « combattants de la liberté » et explique que « tout s’est terminé lorsque les forces de sécurité allemandes ont donné l’assaut, tuant cinq Palestiniens et onze sportifs israéliens ». Nasri Hadjadj explique « vouloir montrer pourquoi un tel attentat s’est produit » (avec les réponses que l’on peut imaginer), et décrit son film comme « la première réalisation documentaire palestinienne sur ces événements, qui jettera de la lumière sur beaucoup de zones d’ombres… LPHinfo
A travers la région (à quelques exceptions), des minorités non-islamiques – c’est-à-dire généralement des minorités chrétiennes – sont chassées par l’abus physique, la discrimination légale, le meurtre et la destruction ou la confiscation des maisons, des entreprises et des églises. Appelons ça nettoyage religieux. C’est une stratégie politique susceptible de donner à terme à l’Iran, l’Irak, l’Egypte et les terres saintes de la Palestine une homogénéité culturelle qui n’a jamais existé dans l’histoire humaine, avant ou après le Christ. Il y a des douzaines de groupes chrétiens avec de riches histoires, s’étendant du Syriaque antique et des églises syro-chaldéennes qui parlent toujours la langue (l’araméen) de Jésus Christ aux églises coptes en Egypte qui préservent la langue des pharaons. . . Il y a des fidèles de Jean-Baptiste en Irak et en Iran. Les Zoroastriens de l’Iran remontent peut-être à 3.000 ans. C’était sous leur puissance et influence que le grand roi de Perse, Cyrus, a mis un terme à la captivité babylonienne des enfants d’Israel. » L’Islam fondamentaliste les met tous sous pression. Beaucoup plient bagage tout simplement. L’oppression des chrétiens coptes de l’Egypte, qui constituent 10% de la population, est brutale. Pendant la semaine de Pâques en avril dernier à Alexandrie, des musulmans armés de couteaux ont attaqué des fidèles de plusieurs églises coptes… Comme d’habitude, les fonctionnaires égyptiens locaux empêchent les Coptes de reconstruire leurs églises… En Terre sainte, les populations chrétiennes de Bethlehem, Nazareth et Jérusalem ont émigré sous la coercition après des décennies où le gouvernement palestinien s’est entendu pour extorquer la propriété des propriétaires fonciers chrétiens. L’exode (et la chute des taux de natalité) des chrétiens dans le Moyen-Orient est un phénomène bien documenté et analysé depuis le siècle dernier … Les fondamentalistes islamiques ont accru et étendu leurs agressions anti-minorité – au Soudan, en Somalie, au Nigéria, en Indonésie et au Pakistan (où des membres de la minorité musulmane d’Ahmadi ont été abattus comme apostats). Le Moyen-Orient est purgé d’une diversité historiquement enrichissante dont l’existence à long terme est pratiquement condamnée. Ce qui restera est une menace homogène et auto-proclamée pour le reste du monde… les pathologies et les méthodes dirigées contre des minorités non protégées seront employées ensuite contre d’autres musulmans et gouvernements. Il n’est pas exagéré de suggérer que les violences contre ces chrétiens locaux sont perçues avec raison comme l’avenir de ce qui attend le reste du monde. Daniel Henninger
Ce qui vient de se passer à l’UNESCO tient du meurtre symbolique, ce qui n’est pas rien car c’est une fois qu’on a déshumanisé quelqu’un qu’on peut l’abattre en toute moralité, avec, ici, la garantie de la supposée «communauté internationale» et de l’agence chargée de prendre soin du «patrimoine de l’humanité»… Dans sa résolution du 16 avril 2016, le Conseil exécutif de l’UNESCO avalise une réécriture de l’histoire. On y apprend en effet que les Juifs (et pas seulement les Israéliens) sont des intrus et des étrangers dans le Pays d’Israël, qu’ils n’ont aucun lieu saint à Jérusalem, qu’il n’y a jamais eu de Temple sur le Mont du Temple (l’»esplanade des mosquées» chère à l’A.F.P.), que le tombeau des Patriarches et le mausolée de Rachel sur la route de Bethléem sont des lieux saints musulmans, et, suprême ethnocentrisme, que le «mur des Lamentations» est un lieu saint musulman, le mur d’où la jument de Mahomet s’est «envolée» vers La Mecque… Dans la nouvelle doctrine palestinienne, en effet, c’est toute la montagne et ses alentours qui constituent la «mosquée El Aksa» et pas seulement la mosquée de ce nom.Tout le Mont du Temple, y compris le «mur des lamentations» sont revendiqués comme un lieu de culte exclusivement musulman, c’est à dire interdit aux non musulmans. La présence physique des Juifs dans toutes ces enceintes profanerait leur pureté islamique: Mahmoud Abbas a fustigé il y a quelques semaines «les pieds sales» des Juifs qui foulent le Mont du Temple. L’affabulation historique est si épaisse qu’elle se transforme même en théorie du complot: Israël se voit accusé d’installer de fausses tombes juives dans des cimetières musulmans pour empêcher les musulmans d’y enterrer leurs morts! (…) C’est qu’il y a là une dimension théologique propre à l’islam dans son ensemble qui voit dans le Coran le livre originel de la révélation de sorte que les livres judéo-chrétiens ne peuvent être que sa falsification. Le récit de la Bible hébraïque qui nous rapporte l’histoire d’Israël en Terre d’Israël, la royauté et les temples de Salomon et de Néhémie à Jérusalem (autant pour les chrétiens: les pérégrinations de Jésus durant l’époque du Deuxième Temple) serait entièrement faux et biaisé. Et Jésus n’était-il pas un «Palestinien»? C’est toute une réécriture de l’histoire selon l’islam qui se joue aujourd’hui sous la dictée de l’Organisation de la Conférence Islamique, un imposant bloc d’une soixantaine d’Etats, aux directives de laquelle les puissances occidentales, parties prenantes de son programme «alliance des civilisations», se sont honteusement soumises sous le couvert du mythe de l’»âge d’or» andalou: une réécriture que l’Union Européenne met en œuvre jusque dans les manuels d’histoire de ses pays membres. Le plus grand scandale de la décision de l’UNESCO, c’est qu’il se trouve une majorité de pays pour s’aligner derrière la résolution concoctée. Qu’est-ce qui a pu motiver le vote de pays occidentaux? Soumise aux 58 membres du Conseil exécutif, la résolution compte parmi les pays qui l’ont adoptée la France, l’Espagne, la Suède, la Russie et la Slovénie, des «amis» d’Israël. Dans les votes négatifs, on recense seulement six Etats: l’Estonie, l’Allemagne, la Lithuanie, les Pays Bas, le Royaume Uni et les Etats-Unis. Une remarque s’impose: les pays d’origine protestante sont nombreux dans le camp qui a voté négativement alors que France, Espagne, Slovénie relèvent d’un univers qui fut catholique romain. Ce sont là des univers religieux dans lesquels l’»Ancien Testament» a été reconnu (protestants) ou escamoté (catholiques), des pays où la philosophie politique de la démocratie s’est inspirée d’Athènes (la réaction anti-catholique du XIX° siècle) ou de Jérusalem et de Moïse (la philosophie politique protestante des XVI° et XVII° siècles)… Les pays «contre» sont également des pays où l’identité collective et culturelle reste encore forte dans ce sens où ils n’ont pas (encore?) cédé à la réécriture «politiquement correcte» de leur histoire pour complaire aux directives de l’ «Alliance des civilisations». On atteint ici au plan des fondamentaux des civilisations, le politique touchant au métaphysique et au méta-historique… Shmuel Trigano
Said not only taught an entire generation of Arabs the wonderful art of self-pity (if only those wicked Zionists, imperialists and colonialists would leave us alone, we would be great, we would not have been humiliated, we would not be backward) but intimidated feeble Western academics, and even weaker, invariably leftish, intellectuals into accepting that any criticism of Islam was to be dismissed as orientalism, and hence invalid. (…) Relativism, and its illegitimate offspring, multiculturalism, are not conducive to the critical examination of Islam. Said wrote a polemical book, Orientalism (1978), whose pernicious influence is still felt in all departments of Islamic studies, where any critical discussion of Islam is ruled out a priori. For Said, orientalists are involved in an evil conspiracy to denigrate Islam, to maintain its people in a state of permanent subjugation and are a threat to Islam’s future. These orientalists are seeking knowledge of oriental peoples only in order to dominate them; most are in the service of imperialism. Said’s thesis was swallowed whole by Western intellectuals, since it accords well with the deep anti-Westernism of many of them. This anti-Westernism resurfaces regularly in Said’s prose, as it did in his comments in the Guardian after September 11th. The studied moral evasiveness, callousness and plain nastiness of Said’s article, with its refusal to condemn outright the attacks on America or show any sympathy for the victims or Americans, leave an unpleasant taste in the mouth of anyone whose moral sensibilities have not been blunted by political and Islamic correctness. In the face of all evidence, Said still argues that it was US foreign policy in the Middle East and elsewhere that brought about these attacks. Ibn Warraq
Amid all this intellectual and moral confusion, Ian Buruma and Avishai Margalit have deftly proposed the notion of « Occidentalism. » This is a play on « Orientalism, » the formulation advanced by the late Edward Said, whereby a society or its academics and intellectuals can be judged by their attitude to the « other. » Avishai Margalit is a professor at the Hebrew University of Jerusalem and has been very much identified with the secular and internationalist wing of the Israeli peace camp. Ian Buruma is known to a large audience for his witty and profound studies of Asia, Germany and England. Both authors had in common a friendship with, and a strong admiration for, Isaiah Berlin. … The authors demonstrate that there is a long history of anti-Western paranoia in the intellectual tradition of the « East, » but that much of this is rooted in non-Muslim and non-Oriental thinking. Indeed, insofar as the comparison with fascism can be made, it can be derived from some of the very origins and authors that inspired fascism itself. In many areas of German, Russian and French culture, one finds the same hatred of « decadence, » the same cultish worship of the pitiless hero, the same fascination with the infallible « leader, » the same fear of a mechanical civilization as opposed to the « organic » society based on tradition and allegiance. Christopher Hitchens
Il faut rappeler d’abord que le savoir moderne sur l’Orient est né de la force. L’Europe agit sur la scène théâtrale mondiale. Elle a conscience d’être un acteur qui prend la parole et domine la scène de manière conquérante. Cette conscience de supériorité, nous ne la trouvons pas chez les Orientaux. Aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, il y a eu, dans le monde arabo-islamique, une conscience locale concernant les problèmes intérieurs; cette conscience ne se prend pas pour une parole qui se diffuse et s’exporte. Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas des énergies et des débats internes. Mais en tant que culture et pouvoir du mot qui résistent à la conquête, ces énergies n’existaient pas. Bonaparte a emmené dans ses bagages une équipe de savants et d’intellectuels pour mieux assimiler la logique non évidente, intérieure du peuple et de la société à conquérir. Il y a une conscience de l’identité conquérante nourrie et soutenue par une série de personnages conquérants dans l’histoire occidentale (Alexandre, César, Marc-Antoine, Auguste…). Bonaparte ne fait que poursuivre une tradition bien ancrée dans la conscience et l’histoire occidentales. Il partait en Égypte comme un nouvel Alexandre, un peu pour justifier les observations faites par Talleyrand, à propos  » des avantages à retirer des colonies nouvelles « . (…) Et pour moi cela reste inexplicable. Je ne comprends pas encore comment, pour ne parler que du monde arabe, l’Occident a réussi à le dominer. L’instinct de domination est inscrit dans l’histoire de l’Occident et non dans celle de l’Orient. Je peux l’expliquer, mais en me référant à mon histoire de Palestinien : je revois encore les immigrants juifs venant d’Europe nous repousser et s’infiltrer dans nos terres et foyers. Bien sûr il y avait une forte résistance, mais ce qui a manqué c’était la résistance systématique et dans le détail. Rappelez-vous la phrase de Weizmann :  » Another acre, another goat  » ( » Petit à petit « ). À cette politique du  » petit à petit « , très systématique et très étudiée, les Arabes n’avaient pas de réponse. Ils résistaient de manière générale ; ils ont refusé la conquête et n’ont jamais admis le fait accompli, et nous le voyons encore aujourd’hui chez les Palestiniens. Ce n’est que depuis la guerre de 1967 que la résistance palestinienne s’est adaptée à ce genre de conquête et de politique. (…) Malheureusement, je ne crois pas que j’aurais écrit ce livre si j’étais resté dans le monde arabe. Il fallait, pour en arriver à ce livre, une distance et une désorientation. C’est le livre d’un exilé. Il fallait être entre les cultures et non dans les cultures. J’ai essayé de faire l’inventaire du processus par lequel nous, Orientaux, sommes devenus  » orientaux « , c’est-à-dire image et fantasme de l’Occident. J’ai essayé de reconquérir cette partie de notre identité qui était construite, manipulée et possédée par les autres. En tant qu’universitaire américain qui enseigne la littérature anglaise et comparée, j’ai essayé de faire un travail de critique qui dépasse les limites de la  » littéralité  » pour démontrer l’affiliation entre l’écriture, les institutions de la société et le pouvoir. Donc ce livre est adressé à tous ceux de mes compatriotes, tous ceux qui ont vécu la domination politique et culturelle et qui, peut-être, ignorent les mécanismes cachés ou trop immédiats (invisibles) de la domination. Je vise les intellectuels du monde arabe qui parlent trop globalement et en général de l’Occident… et qui sont aussi fascinés par cet Occident… Je vise aussi les intellectuels occidentaux, qui se mettent à élaborer les idéologies dominantes dans leur spécialité universitaire, qui font l’éloge de la  » science  » sans avoir suffisamment la conscience critique. Je tiens beaucoup plus à ce que Marx appelle  » les armes de la critique  » qu’aux institutions de la science qui me semblent toujours prises dans une complicité mystifiée avec leurs racines sociales. (…) Ce qui est totalement négatif, pour moi, c’est la position de l’orientalisme en tant que science, et l’orientaliste en tant que spectateur d’un objet inerte, qui ne peut aboutir qu’à la situation que j’ai décrite dans mon livre. Mais ce que je veux sauver de l’orientalisme, c’est le travail de collaboration entre les hommes et les cultures, pour aboutir à une découverte collective et non à des résultats privilégiant une race sur une autre. (…) Ceux-là manifestent un esprit anticolonial et antiraciste dans leur travail. J’admire beaucoup l’érudition prodigieuse qui est basée sur un humanisme philologique. D’un autre côté, j’admire l’esprit critique et pertinent des jeunes orientalistes qui, dans leur travail, ont réagi contre les idées reçues de cette discipline. Ce que j’estime le plus, c’est surtout la conscience critique qui se réfléchit et doute. Je pense que le véritable esprit chercheur est celui qui ne cherche pas des absolus, et qui reconnaît le fait que toute interprétation implique des circonstances existentielles de travail scientifique. Il n’y a pas d’interprétation scientifique à la manière d’une science de la nature. Les sciences humaines ne sont pas des sciences naturelles. Il n’y a pas LA science qui concerne toute l’humanité. Il y a des sciences et des interprétations qui luttent entre elles pour des positions d’efficacité dominantes et  » véridiques « . Cela ne veut pas dire que toutes les interprétations sont égales, ni que toutes les interprétations sont intéressées et vulgaires. (…) [la critique de Maxime Rodinson] est une simplification et même une perversion de ce que j’ai écrit. Je suppose que personne ne puisse nier le fait que la  » science  » surgit de la société et que les circonstances (la quotidienneté de la science) sont toujours là. L’histoire de l’orientalisme et les résultats administratifs et coloniaux ont toujours été dissimulés par la rhétorique de la science. Je ne veux pas dire que la science n’est que ces circonstances et sa provenance. Ce que je dis est que la science n’est jamais absolue, mais toujours liée forcément aux besoins de la société et aux désirs de l’individu. Peut-être que Rodinson a une recette pour purger la science de sa gangue sociale. (…) Ce qui caractérise l’intellectuel arabe contemporain, c’est une tendance à traduire la pensée occidentale en des langages locaux. Si vous prenez la carrière des hommes de la Nahda (Renaissance), il y a un effort conscient de moderniser le monde arabo-islamique selon les lois postulées par l’Occident. C’est l’effort de Boustani et de Mohamed Abdou de répondre à l’Occident et de transformer l’islam pour qu’il puisse être perçu dans un rapport d’égalité avec la modernité définie par l’Occident. Je pense que cette tentative est terminée. À présent ce qu’on voit, c’est un islam qui réagit contre l’Occident (Khomeiny) ; c’est la partie la plus dramatique et la plus visible de ce qui se passe. Justement, ce phénomène justifie les craintes traditionnelles et culturelles de l’Occident d’islam militant a toujours fait peur). La notion de Jihad (guerre sainte) a été aussi montée en épingle. Mais, sous cette surface, il y a un islam que j’appellerais investigateur, qui commence à se manifester à travers les efforts de plusieurs penseurs, écrivains et poètes ; il redéfinit la réalité actuelle du monde islamique. Edward Saïd
De tous les orientalistes, c’est Bernard Lewis, le plus célèbre, qui fera l’objet de ses plus virulentes attaques. En caricaturant : Lewis, en historien, explique que l’islam, après un millénaire de puissance, est entré dans une phase de déclin inexorable par fermeture sur lui-même et par incapacité à prendre le train de la modernité politique et technologique occidentale. Il porte seul la responsabilité de ce déclin et personne d’autre que lui-même ne l’en sortira, conclut le maître de Princeton. Faux ! rétorque Said en « analyste du discours ». D’abord parce que l’islam comme catégorie sui generis n’existe pas – d’ailleurs, « Orient et Occident ne correspondent à aucune réalité stable en tant que faits naturels » -, ensuite parce que le pseudo-« monde arabo-musulman » est aussi celui que les Occidentaux, en particulier par le colonialisme, en ont fait. La vision biaisée des « orientalistes », conclut-il, ne sert que les intérêts néo-impérialistes des puissances occidentales, Etats-Unis en tête. Le Monde
Le multiculturalisme est la dynamique idéologique dominante de notre temps, et cela en Amérique du nord comme en Europe occidentale. Chez les élites, il suscite la même admiration béate ou la même passion militante. Il propose toujours le même constat: nos sociétés sont pétries de stéréotypes et de préjugés, elles sont fermées à la différence et elles doivent se convertir à la diversité pour enfin renaître, épurées de leur part mauvaise, lavées de leurs crimes. Pour emprunter les mots d’un autre, le multiculturalisme se présente comme l’horizon indépassable de notre temps et comme le seul visage possible de la démocratie. La gauche européenne, en général, y voit d’ailleurs le cœur de son programme politique et idéologique. (…) Je note autre chose: le multiculturalisme est partout en crise, parce qu’on constate qu’une société exagérément hétérogène, qui ne possède plus de culture commune ancrée dans l’histoire et qui par ailleurs, renonce à produire du commun, est condamnée à entrer en crise ou à se déliter. Lorsqu’on légitime les revendications ethnoreligieuses les plus insensées au nom du droit à la différence, on crée les conditions d’une déliaison sociale majeure. Mais devant cette crise, le multiculturalisme, loin de s’amender, loin de battre en retraite, se radicalise incroyablement. Pour ses thuriféraires, si le multiculturalisme ne fonctionne pas, c’est qu’on y résiste exagérément, c’est que les nations historiques, en refusant de s’y convertir, l’empêchent de transformer pour le mieux nos sociétés selon les termes de la promesse diversitaire. Il faudra alors rééduquer les populations pour transformer leur identité et les amener à consentir à ce nouveau modèle: on cherche, par l’école, à fabriquer un nouveau peuple, ayant pleinement intériorisé l’exigence diversitaire. On cherchera à culpabiliser les peuples pour les pousser à enfin céder à l’utopie diversitaire. (…) c’est le même logiciel idéologique qui est à l’œuvre. Il repose sur l’historiographie victimaire, qui criminalise les origines de la nation ou réduit son histoire à ses pages noires, sur la sociologie antidiscriminatoire, qui annihile la possibilité même d’une culture commune, dans la mesure où elle n’y voit qu’une culture dominante au service d’une majorité capricieuse, et sur une transformation de la démocratie, qui sera vidée de sa substance, dans la mesure où la judiciarisation des problèmes politiques et le transfert de la souveraineté vers le gouvernement des juges permet de désarmer institutionnellement un peuple qu’on soupçonne de céder au vice de la tyrannie de la majorité. En un mot, si l’idéologie multiculturaliste s’adapte à chaque pays où elle s’implante, elle fait partout le même diagnostic et prescrit les mêmes solutions: c’est qu’il s’agit d’une idéologie, finalement, qui pose un diagnostic global et globalement négatif sur l’expérience historique occidentale. Je nuancerais. Le multiculturalisme comme idéologie s’est développée au cœur des luttes et contestations qui ont caractérisé les radical sixties et les radical seventies et s’est alimenté de références idéologiques venant des deux côtés de l’Atlantique. Par ailleurs, de grands intellectuels français ont joué un rôle majeur dans la mise en place de cette idéologie, née du croisement d’un marxisme en décomposition et des revendications issues de la contre-culture. Michel Foucault et Alain Touraine, par exemple, ont joué un grand rôle dans la construction globale de l’idéologie multiculturaliste. En fait, je dirais que la crise du progressisme a frappé toutes les gauches occidentales. Chose certaine, il ne faut pas confondre l’idéologie multiculturaliste avec une simple expression globalisée de l’empire américain. C’est une explication trop facile à laquelle il ne faut pas céder. Il est contesté partout, il est contesté au Québec, il est contesté en Grande-Bretagne, il est contesté aux États-Unis, il est aussi contesté chez vous, cela va de soi. Sur le fond des choses, le refus du multiculturalisme repose sur le refus d’être dépossédé de son pays et de voir la culture nationale transformée en identité parmi d’autres dans une citoyenneté mosaïque. Il serait quand même insensé que la civilisation française devienne optionnelle sur son territoire, certains pouvant s’en réclamer, d’autres pas, mais tous cohabitant dans une fausse harmonie que de vrais propagandistes nommeront vivre-ensemble. Le drame de cette contestation, c’est qu’elle est souvent inhibée, disqualifiée ou criminalisée. La simple affirmation du sentiment national a longtemps passé pour de la xénophobie plus ou moins avouée, qu’il fallait combattre de toutes les manières possibles. D’ailleurs, la multiplication des phobies dans le discours médiatique, qui témoigne d’une psychiatrisation du débat public: on veut exclure du cercle de la respectabilité démocratique ceux qui sont attachés, d’une manière ou d’une autre, à l’État-nation. On ne sortira pas de l’hégémonie multiculturaliste sans réaffirmer la légitimité du référent national, sans redonner ses lettres de noblesse à un patriotisme enraciné et décomplexé. (…) partout en Occident, la question de l’Islam force les pays à se poser deux questions fondamentales: qu’avons-nous en propre, au-delà de la seule référence aux droits de l’homme, et comment intégrer une population qui est culturellement très éloignée, bien souvent, des grands repères qui constituent le monde commun en Occident? Cela force, à terme, et cela de manière assez étonnante, plusieurs à redécouvrir la part chrétienne oubliée de notre civilisation. Non pas à la manière d’une identité confessionnelle militante, évidemment, mais tout simplement sous la forme d’une conscience de l’enracinement. Les musulmans qui arrivent en Occident doivent accepter qu’ils arrivent dans une civilisation qui a longtemps été le monde chrétien, et où sur le plan symbolique, l’héritage chrétien conserve une prédominance naturelle et légitime. (…) la question de l’islam nous pousse à redécouvrir des pans oubliés de notre identité, même si cette part est aujourd’hui essentiellement culturalisée. L’islamisme a un certain génie stratégique: il mise sur les droits consentis par les sociétés occidentales pour les retourner contre elles. Il se présente à la manière d’une identité parmi d’autres dans la société plurielle: il prétend s’inscrire dans la logique du multiculturalisme, à travers lui, il banalise ses revendications. Il instrumentalise les droits de l’homme pour poursuivre l’installation d’un islam radical dans les sociétés occidentales et parvient à le faire en se réclamant de nos propres principes. Il se présente à la manière d’une identité parmi d’autres qui réclame qu’on l’accommode, sans quoi il jouera la carte victimaire de la discrimination. C’est très habile. À travers cela, il avance, il gagne du terrain et nous lui cédons. Devant cela, nous sommes moralement désarmés. Il faudrait pourtant se rappeler, dans la mesure du possible, que lorsqu’on sépare la démocratie libérale de ses fondements historiques et civilisationnels, elle s’effrite, elle se décompose. La démocratie désincarnée et dénationalisée est une démocratie qui se laisse aisément manipuler par ses ennemis déclarés. Mathieu Bock-Côté
La fascination a pu opérer de plusieurs manières. Depuis quatorze siècles, d’une certaine façon, l’Occident est fasciné par l’islam, parce que celui-ci a été longtemps son rival, son concurrent, son ennemi souvent, le plus proche au niveau des mondes culturels globaux. L’islam s’est présenté, dès ses débuts, comme le grand rival de l’Europe chrétienne, en lui enlevant la domination sur un grand nombre de régions dans le monde… L’Oriental, ennemi farouche, mais situé sur le même plan au Moyen Age, homme avant tout sous son déguisement pour le XVIIIe siècle et l’idéologie de la Révolution Française qui en était issue, devient un être à part, muré dans sa spécificité qu’on veut bien d’ailleurs condescendre à exalter. C’est la naissance du concept de l’homo islamicus qui est encore loin d’être ébranlé… Maxime Rodinson (La fascination de l’islam, 1980)
La guerre entre les pays de l’islam et les pays chrétiens sous leurs étendards religieux respectifs dure depuis le début de l’islam, il y a plus de quatorze siècles. Le conflit a même parfois été plus dur qu’aujourd’hui. Prenez les croisades, les guerres coloniales, entre autres… Actuellement, la tendance est à tout réduire au facteur national. Mais c’est une erreur. Un exemple : le film du cinéaste égyptien Youssef Chahine sur l’expédition en Egypte de Bonaparte en 1799. Chahine nous présente les choses avec la vision nationaliste contemporaine : les Arabes qui habitaient l’Egypte se révoltèrent contre l’intrusion des étrangers. En vérité, c’était davantage une indignation de musulmans. De musulmans, plus que d’Arabes… Le fait national agissait de manière complexe, caché, mais les contemporains considéraient les événements d’un point de vue religieux : les infidèles viennent nous attaquer. (…) C’est ainsi depuis le début : l’islam fut considéré dès sa formation au VIIe siècle comme une hérésie chrétienne. Des individus sous la direction d’un faux prophète proclament des faussetés sur la nature de Dieu, les obligations des fidèles, le rôle de Jésus… (…) Quand deux mondes s’affrontent, tout joue. L’argent, le pouvoir, la foi… Quelle motivation l’emporte sur l’autre ? C’est indémêlable. Ce qui s’est passé à New York n’est pas isolable de la lutte Orient-Occident dans sa globalité. (…) Qu’est-ce que l’Occident pour les musulmans ? Un monde chrétien, donc un monde d’infidèles, d’incroyants, de gens qui disent des horreurs sur le prophète Mahomet. Ils doivent être combattus par la parole si c’est possible, et sinon, dans certaines circonstances, par le glaive. Cette haine a aussi une dimension patriotique si l’on peut dire. Tant que l’Occident ne vous dérange pas, ça va. Mais aussitôt qu’il veut ou paraît vouloir imposer ses valeurs… Au nom de ses valeurs à soi, le spectre resurgit. Aujourd’hui, on regarde les choses avec plus de modération, mais depuis une cinquantaine d’années à peine. Le concile Vatican II, en 1965, a considéré qu’il y avait des valeurs précieuses dans l’islam. Mais les papes récents ont eu beaucoup de difficulté à imposer cette version des choses. (…) Le décalage de la prospérité joue évidemment un grand rôle. Les musulmans subissent l’influence des modes et des représentations européennes, non sans humiliation. (…) Cela a commencé bien avant (la colonisation]. Dès le… VIIe siècle. Les musulmans n’en ont pas toujours conscience, mais ils se sont imposés les premiers en Europe comme concurrents, avec des aspirations dominatrices. La plupart des pays musulmans actuels étaient alors chrétiens – l’Egypte, la Syrie, la Turquie… Pendant longtemps, les musulmans ont été les plus forts, les plus riches, les plus civilisés. (…) Au bout de plusieurs siècles, par la force, mais aussi par les idées et le commerce (…) L’Occident chrétien a définitivement emporté la partie quand, à partir des années 1800, sa domination technologique a été écrasante. En fait, quand les canons et les fusils occidentaux se sont mis à tirer plus vite… Maxime Rodinson
Il est possible de parler de regards européens sur l’islam comme du développement, en Occident, d’une curiosité, puis d’une connaissance articulée qui, progressant avec le temps, a conduit à une meilleure compréhension de civilisations lointaines – et, pensait-on un peu, à un rapprochement entre les peuples. La vigoureuse récusation lancée par Edward Saïd dans son Orientalism (1978), qui analyse cette connaissance comme un instrument de domination, dans le cadre d’un projet colonial, invite à une remise en question. Nous souhaitons le faire, sans suivre la thèse d’Edward Saïd cependant, mais en montrant que les termes mêmes de la réflexion – l’opposition entre un observateur et un « objet » observé – ne vont pas de soi. A partir d’une large enquête conduite dans le cadre de l’élaboration d’un Dictionnaire historique et critique des orientalistes de langue française (pour paraître chez Karthala), nous voulons rétablir un peu la réalité des processus de connaissance (et de domination), et montrer qu’il y a une inextricable  imbrication entre observateurs et observés. Les représentations ne se construisent pas de façon unilatérale, comme dans un rêve, mais dans une relation où des discours tenus, des images produites, des choses alternativement exhibées ou cachée, conduisent à l’affirmation d’une identité collective, à la construction d’un patrimoine, aux rapports réfléchis entre une tradition locale et une modernité mondialisée. Même s’ils se présentent sous la forme d’essences intemporelles, occultant les processus anthropologiques dont ils sont les produits transitoires (hier comme objet d’une science irénique, aujourd’hui inscrits dans un  « choc des civilisations »), les objets sociaux et leurs images sont des formations réactives et rétrospectives terriblement inscrites dans l’Histoire, et la dénonciation de certains « regards européens » occupe désormais une part importante dans leur construction. François Pouillon (CHSIM-EHESS)
L’orientalisme n’est pas apparu avec le colonialisme. Il se développe aux XVIIe et XVIIIe siècles dans le cadre des études bibliques et de l’érudition académique classique. Au XIXe, quand triomphe le colonialisme, la recherche universitaire n’y occupe d’abord qu’une place modeste. Et ce n’est pas principalement dans les métropoles impériales, la France et l’Angleterre : dans ce domaine, c’est l’érudition allemande qui a la première place. Pour le reste, les “drogmans”, intermédiaires locaux avec les institutions et les voyageurs européens, et plus généralement, les intellectuels autochtones vont continuer, au XXe siècle encore, à jouer un rôle fondamental. Si les écoles française et anglaise ont pris en effet toute leur place, c’est selon des histoires et des rythmes significativement différents – ce qui n’est pas sans faire problème. Par ailleurs, il faut souligner que le développement d’un courant orientaliste dans les registres de la peinture, de la musique, des arts décoratifs, de la culture en général, ne suit pas les mêmes chronologies. Globalement, il apparaît que, dans l’étude de l’orientalisme, une part trop importante a été faite jusqu’ici aux intellectuels, aux écrivains, aux universitaires. Les spécialistes du monde arabe et musulman n’ont finalement eu qu’un rôle minime dans le développement du racisme et du sionisme. François Pouillon
Il est dommage, pour le public francophone, que l’essai consacré par Simon Leys à l’orientalisme tel qu’Edward Said l’envisageait, n’ait été publié qu’en anglais, en 1984. En résumé, Leys y reprochait à l’auteur palestinien naturalisé américain de ne voir, dans l’orientalisme, qu’une « conspiration colonialo-impérialiste ». Tout en ironisant sur le fait que, si l’on devait un jour découvrir que c’est la CIA qui a financé les meilleures études sur la poésie des Tang et la peinture des Song, cela aurait moins le mérite de rehausser l’image de l’agence de renseignement américaine, Simon Leys demandait plus sérieusement pourquoi l’orientalisme, et plus généralement la curiosité pour une culture « autre », ne pouvaient pas être tout simplement considérés sous l’angle de l’admiration et de l’émerveillement, pour conduire à une meilleure connaissance des autres et de soi, et par conséquent à une prise de conscience des limites de sa propre civilisation. Philippe Paquet 
In the late 1970s Edward Said created a small sensation in a variety of disciplines with his now well-known book Orientalism. Said maintained that the West had constructed an “Orient,” a largely imagined and stereotyped realm whose construction as a violent, sensual, objectified “other” was meant to accord with and left the entire colonial enterprise. Said argued that the seemingly “objective” construction of the Orient was, in fact, the product of the specific context from which it had been viewed (…) Found guilty in this Orientalist enterprise were not only novelists and colonial officials but just about everyone else remotely involved, including philologists and archeologists. Said’s argument was scathingly parodied by Simon Leys in a critique in which he conceded the point that everyone is influenced in some degree by his or her environment (…) The point, of course, is that although one is subject to influences, these can still be understood in a variety of (often contradictory) ways and may or may not have the meaning Said finds overriding on the individual level. There is no doubt that there are biases and stereotypes (both positive and negative) that operate among people. However, the manner in which these might be manifested in a given individual cannot simply be reduced to a function of that individual’s class, nation, and so forth. As a result, the critique of stereotypical images of Asia that has been spawned by Orientalism is in many instances the product of a large-scale decontextualization: The non-Western precedents for these stereotypes—including those of Tibet itself—are wholly ignored. Most people are familiar with one or another of the Chinese stereotypes of Tibetans and other Inner Asians as “barbarians.” An interesting stereotype about tea and its power over Tibetans and Mongols evolved in Ming and Qing times, on the basis of which the directors of Chinese statecraft proposed controlling them by cutting off their imports of Chinese tea. This idea carried over into foreign policy dealings with the British “other” during the late eighteenth century, when it was maintained that the British would find their lives endangered were they to go for a few days without Chinese tea and rhubarb. Might we term this “Occidentalism”? As it grew, the anti-Orientalist argument came to encompass critiques and attacks on alleged purveyors of both negative stereotypes of the Orient and its inhabitants (dirty, violent, poor, dishonest, etc.) and positive ones (spiritual, hard-working, noble, close to nature, ecological, etc.). These latter images, of course, present the romanticized version of the Orient, and although considered positive stereotypes, are nevertheless still held to be a construction based primarily on Western psychological needs. For a number of years this basic outline of the anti-Orientalist argument has held: The “Orient” is a Western construct meant to further imperial our Western psychological needs. It has even entered into the Western view of Tibet. (…) It is self-evident that there are any number of stereotypes about the East that are part of our environment; however, their variety and roles cannot be simplified and apportioned as the “anti-Orientalists” would have it. As Sen makes clear, both positive and negative stereotypes have been at work in creating modern notions about India among Westerners and non-Westerners alike, as well as Indians. And in fact it has become increasingly recognized that ostensibly “Western” stereotypes and images of Asia are more universal than was previously acknowledged. The issue is not whether these stereotypical ideas exist as such, or whether they exert an influence on one peoples’ view of another or on a peoples’ self-image; the issue is whether they need to be understood in the reductionist, deterministic manner that is in evidence in much that has been written about them. Which brings us back now to our original subject, the notion of the Dalai Lamas as almost uniquely men of peace, love, and compassion. It goes without saying that there are a variety of stereotypical notions associated with Tibet. But as with India, it is no longer possible to dismiss these simply as Western constructs. They have come to play a significant role in the Tibetan presentation of Tibet, particularly among Tibetans in exile. This is perhaps a natural development out of Tibetan participation in intellectual, political, and other facets of modern international life. It is, so to speak, an assimilation of viewpoints that have currency and legitimacy in the modern world, viewpoints that very much want to see a cloistered realm far away where people devote themselves uniquely to spiritual pursuits and not to the aspects of life that breed strife and discord. But these sorts of stereotypical images are not (with due respect to the anti-Orientalists) singularly Western—or even singularly modern. Starting, say, with the Taohuayuan ji of Tao Yuanming, one can make a respectable list of non-Western expressions of comparable yearnings for hidden realms of peace. In its popular presentation to much of the modern world, the complex mix of ideas and doctrines in Tibetan Buddhism is often reduced (of late, by the Tibetan exile community) to an essential emphasis on love and compassion. As a result, a more balanced picture of the role of Tibetan Buddhism in the political world over the centuries has been lost to large numbers of people along the way. One might almost imagine that Tibetan Buddhism is a rather suicidal sort of faith, one whose adherents would rather see it perish than lift a hand in violence. That, frankly, has not been the case in Tibetan history. It was not the position of the Fifth Dalai Lama, who supported the use of military force in defense of Gelugpa interests. (And we may note that during his time the survival of Tibetan Buddhism in general was not at issue, just the welfare and authority of Ganden Phodrang). It was certainly not the position of the Thirteenth Dalai Lama, who actively sanctioned armed Tibetan attacks on the Qing forces in Lhasa that were attempting to assert Qing rule in Tibet just before the dynasty’s collapse. Ultimately the reduction of Tibetan Buddhism, as far as its modern, international image is concerned, to a doctrine of nonviolence of the absolutist sort must be seen in light of the Tibetan exile assimilation of common images about the East, in much the same way as was the case with the generation of Gandhi and Nehru. (…) If we are to understand the institution of the Dalai Lama, we must accept that values and policies practiced by the Dalai Lamas cannot be wholly separated from their contemporary and historical milieu—though it must be emphasized again that we need not adopt a reductionist or ideological approach in order to understand or perceive the workings of such influences. The notion of the Dalai Lamas and the Tibetan Buddhist faith remaining untouched by the currents of time and history, with the former preaching peace and nonviolence to all peoples at all times, is part of a fanciful image of Tibet that unfortunately persists. The historical record contradicts it rather clearly; continuing attempts to present it as historical reality can only impede our understanding of Tibetan history, past and present. Elliot Sperling
Unless one chooses to focus on the evolution of specific conceptual tradition … “internal consistency” is precisely what is hard to find in the variety of Western conceptions of, in this instance, India. For there are several fundamentally contrary ideas and images of India, and they have quite distinct roles in the Western understanding of the country, and also in influencing the manner in which Indians see themselves. Amartya Sen
No one has ever devised a method of detaching the scholar from the circumstances of life, from the fact of his involvement (conscious or unconscious) with a class, a set of beliefs, a social position, or from the mere activity of being a member of a society … I doubt that it is controversial, for example, to say that an Englishman in India or Egypt in the later nineteenth century took an interest in those countries that was never far from their status as British colonies. To say this may seem quite different from saying that all academic knowledge about India and Egypt is somehow tinged and impressed with, violated by, gross political fact —and yet that is what I am saying in this study of Orientalism. For if it is true that no production of knowledge in the human sciences can ever ignore or disclaim its author’s involvement as a human subject in his own circumstances, then it must also be true that for a European or American studying the Orient there can be no disclaiming the main circumstances of his actuality: that he comes up against the Orient as a European or American first, as an individual second. And to be a European or an American in such a situation is by no means an inert fact. It meant and means being aware, however dimly, that one belongs to a power with definite interests in the Orient, and more important, that one belongs to a part of the earth with a definite history of involvement in the Orient since almost the time of Homer. Edward Said
Edward Said’s main contention is that “no production of knowledge in the human sciences can ever ignore or disclaim the author’s involvement as a human subject in his own circumstances.” Translated into plain English, this would seem to mean simply that no scholar can escape his original condition: his own national, cultural, political, and social prejudices are bound to be reflected in his work. Such a commonsense statement hardly warrants any debate. Actually, Said’s own book is an excellent case in point; Orientalism could obviously have been written by no one but a Palestinian scholar with a huge chip on his shoulder and a very dim understanding of the European academic tradition (here perceived through the distorted prism of a certain type of American university with its brutish hyperspeculization, nonhumanistic approach, and close, unhealthy links with government). Said seems to include “sinology” implicitly in his concept of “orientalism.” (I insist on the word seems; the point remains obscure, like a great many other points in his book.) Said’s contention is that whenever an orientalist makes a statement in his own specialised area, this statement accrues automatically to the broader picture of a mythical “East.” I do not know whether this is true for scholars involved with Near and Middle East studies, but it certainly does not apply to sinologists. The intellectual and physical boundaries of the Chinese world are sharply defined; they encompass a reality that is so autonomous and singular that no sinologist in his right mind would ever dream of extending any sinological statement to the non-Chinese world. For a serious sinologist (or for any thinking person, for that matter) concepts such as “Asia” or “the East” have never contained any useful meaning. No sinologist would ever consider himself an orientalist. (Some sinologists, it is true, may occasionally be seen participating in one of those huge fairs that are periodically held under the name of “International Orientalist Congress,” but this is simply because similar junkets undertaken under the mere auspices of the Club Méditerranée would not be tax-deductible.) Orientalism is a colonialist-imperialist conspiracy. Quite possibly. To some extent, it may also be true for sinology. Who knows? One day it will perhaps be discovered that the best studies on Tang poetry and on Song painting have all been financed by the CIA — a fact that should somehow improve the public image of this much-maligned organisation. Orientalists hate and despise the Orient; they deny its intellectual existence and try to turn it into a vacuum. (…) The notion of an “other” culture is of questionable use, as it seems to end inevitably in self-congratulation, or hostility and aggression. Why could it not equally end in admiration, wonderment, increased self-knowledge, relativisation and readjustment of one’s own values, awareness of the limits of one’s own civilisation? Actually, most of the time, all of these seem to be the natural outcome of our study of China (and it is also the reason why Chinese should be taught in Western countries as a fundamental discipline of the humanities at the secondary-school level, in conjunction with, or as an alternative to, Latin and Greek). Joseph Needham summed up neatly what is the common feeling of most sinologists: “Chinese civilisation presents the irresistible fascination of what is totally ‘other,’ and only what is totally ‘other’ can inspire the deepest love, together with a strong desire to know it.” From the great Jesuit scholars of the sixteenth century down to the best sinologists of today, we can see that there was never a more powerful antidote to the temptation of Western ethnocentrism than the study of Chinese civilisation. (It is not a coincidence that Said, in his denunciation of “illiberal ethnocentrism,” found further ammunition for his good fight in the writings of a sinologist who was attacking the naïve and arrogant statement of a French philosopher describing Thomistic philosophy as “gathering up the whole of human tradition.” Indignant rejection of such crass provincialism will always come most spontaneously to any sinologist).  “Interesting work is more likely to be produced by scholars whose allegiance is to a discipline defined intellectually and not to a field like Orientalism, [which is] defined either canonically, imperially, or geographically.” The sinological field is defined linguistically; for this very reason, the concept of sinology is now being increasingly questioned (in fact, in the John King Fairbank Center for Chinese Studies at Harvard, I recently heard it used as a term of abuse). Perhaps we ought to rejoice now as we see more historians, philosophers, students of literature, legal scholars, economists, political scientists and others venturing into the Chinese field, equipped with all the intellectual tools of their original disciplines. Still, this new trend is encountering one stubborn and major obstacle that is not likely ever to disappear: no specialist, whatever his area of expertise, can expect to contribute significantly to our knowledge of China without first mastering the Chinese literary language. To be able to read classical and modern Chinese it is necessary to undergo a fairly long and demanding training that can seldom be combined with the acquisition and cultivation of another discipline. For this reason, sinology is bound to survive, in fact, if not necessarily in name, as one global, multidisciplinary, humanistic undertaking, based solely upon a specific language prerequisite. Actually, this situation, imposed by the nature of things, does have its advantages. Chinese civilisation has an essentially holistic character that condemns all narrowly specialised approaches to grope in the dark and miss their target — as was well illustrated a few years ago by the spectacular blunders of nearly all the “contemporary China” specialists. (In this respect, it is ironic to note that it was precisely the so-called Concerned Asian Scholars — on whom Said set so much store in his book, as he saw in them the only chance of redemption for the orientalist establishment — that failed most scandalously in their moral responsibilities toward China and the Chinese people during the Maoist era.) Simon Leys

Attention: un négationnisme peut en cacher un autre !

A l’heure où prolongeant l’actuelle épuration ethnique du Moyen-Orient avec le soutien de la France, de l’Espagne et de la Suède, l’UNESCO apporte une nouvelle pierre cette fois terminologique à l’entreprise islamique de négation, au profit d’une religion qui lui est plus de mille ans postérieure, de rien de moins que l’existence du temple juif de Jérusalem …

Et où à la veille de l’élection peut-être du premier maire musulman de sa capitale, la Grande-Bretagne découvre enfin le degré d’antisémitisme auquel est arrivé sa gauche …

Pendant qu’entre Nuit debout,  camp décolonial et apologie du terrorisme, une France tout juste sortie de ses frayeurs terroristes redécouvre les prétendues vertus de l’anticapitalisme et du multiculturalisme les plus délirants …

Comment ne pas repenser …

A l’occasion de la sortie de la biographie de « celui qui ouvrit les yeux de l’Occident sur la triste réalité du maoïsme » …

A l’un des textes qui aura le plus fait pour lancer les aberrations actuelles de la « diversité » …

Et que ne manqua pas de dénoncer en son temps le sinologue belge de Canberra  …

A savoir ce pur produit de l’université américaine que fut le fameux « Orientalisme » d’Edward Saïd de 1978 …

Qui réduisit non seulement l’Orient à sa seule composante arabo-musulmane …

Mais l’Occident à son seul « instinct » supposé de « domination » …

Et partant tout « discours occidental » à sa seule fonction de légitimation de l’entreprise impériale et coloniale …

Réussit à jeter, en une sorte de danse des sept voiles inversée, le voile sur quelque 14 siècles de bellicisme musulman ?

Simon Leys, un système antitotalitaire
Entretien avec son biographe Philippe Paquet
Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur
Causeur
30 avril 2016

Dans une biographie monstre, Philippe Paquet retrace l’itinéraire de celui qui ouvrit les yeux de l’Occident sur la triste réalité du maoïsme. On y découvre un Simon Leys empreint de foi catholique, passionné par ses premières amours que sont la navigation, le dessin, la peinture… et pourvu d’un sens de l’humour à toute épreuve.
Journaliste à La Libre Belgique et sinologue, Philippe Paquet est l’auteur d’une biographie de Mme Chiang Kai-shek. Il côtoya Simon Leys durant la dernière partie de sa vie, lui faisant lire la première mouture du livre éponyme qu’il lui a consacré, Simon Leys. Navigateur entre les mondes (Flammarion, 2016).

Daoud Boughezala : Séduit par le maoïsme dans sa prime jeunesse, Pierre Rickmans alias Simon Leys (1935-2014) n’aura séjourné que quelques mois en chine, en 1955 puis en 1972. Comment a-t-il pu devenir le meilleur interprète de la Révolution culturelle sans l’observer de l’intérieur ?
Philippe Paquet : C’est effectivement un paradoxe que l’un des meilleurs connaisseurs de la Chine communiste n’y ait séjourné que brièvement – mais le pays était largement fermé aux étrangers à l’époque, en particulier à ceux qui ne se montraient pas spécialement complaisants à l’égard du régime. Simon Leys n’en était, toutefois, pas très éloigné lorsqu’éclata la Révolution culturelle. Il se trouvait à Hong Kong, alors colonie britannique : un poste d’observation privilégié puisque, en raison de sa situation géographique (à proximité de la ville de Canton) et politique (une enclave occidentale sur le continent chinois), c’était le lieu de passage obligé pour ceux qui visitaient la Chine. On y disposait des sources d’informations les plus variées : la presse de Chine populaire et de Taïwan (partisane, sans doute, mais toujours très bien renseignée), les publications locales en chinois et en anglais, les bulletins des agences de renseignements étrangères, etc. Et puis il y avait les contacts personnels que Leys, parlant couramment le chinois, pouvaient établir : beaucoup d’intellectuels chinois s’étaient établis à Hong Kong et, avec la Révolution chinoise, un grand nombre de réfugiés allaient y affluer. Simon Leys pourrait obtenir d’eux une masse d’informations, qui faisait défaut à ceux qui analysaient les événements de l’Europe ou des Etats-Unis.

Si je résume la lecture leysienne de la Révolution culturelle, celle-ci n’a de culturelle et de révolutionnaire que le nom puisqu’il s’agissait pour Mao de recouvrer le pouvoir. Comment l’avait-il perdu ?
Mao conservait son prestige en tant que père de la révolution et de la « Chine nouvelle », mais, après l’échec du Grand Bond en avant, lancé en 1958, il avait été largement confiné dans un rôle de demi-dieu, tenu à l’écart de la gestion effective du pays, notamment dans le domaine économique. Le Grand Bond en avant, qui entendait hisser en très peu de temps la Chine au niveau des puissances industrielles, s’était soldé par un désastre. Au début des années 1960, l’économie chinoise était ruinée, en particulier le secteur agricole. Une famine sans précédent décima la population ; les estimations les plus récentes, chinoises notamment, parlent de trente-cinq millions de morts au moins… Malgré quoi, Mao ne pouvait supporter cette mise à l’écart. Il ne pouvait concevoir la Chine sans lui. Il ne pouvait imaginer ne pas avoir les pleins pouvoirs pour la diriger. Alors que ses adversaires politiques (les « pragmatiques », comme Liu Shaoqi ou Deng Xiaoping) donnaient la priorité à l’économie, le Grand Timonier entendit restaurer la primauté du politique, à travers la « lutte des classes ». Il fallait de nouveau être « plus rouge qu’expert ». C’est le sens de la « révolution culturelle » – une expression que Simon Leys plaça toujours entre guillemets, parce qu’elle n’était pas, à ses yeux, une « révolution », pas plus qu’elle n’était « culturelle ».

Rétrospectivement, on a peine à se figurer l’opprobre dont Leys a été couvert pour avoir simplement décrit la réalité du maoïsme. Le catholique conservateur Pierre Rickmans est devenu Simon Leys grâce à l’édition des Habits neufs du président Mao par le situationniste René Viénet. Avant sa popularisation par les Nouveaux philosophes, l’antitotalitarisme se cantonnait-il aux marges du spectre politique ?
Il faut le croire puisque Simon Leys eut toutes les peines du monde à se faire éditer, non seulement pour Les Habits neufs du président Mao, mais aussi pour Ombres chinoises qui lui fera suite en 1974. C’est une maison marginale de « l’ultra-gauche », Champ libre, qui publia finalement Les Habits neufs, ce qui, estimait Leys, était peut-être moins étonnant qu’il n’y paraît à première vue. Le livre, remarquait-il, dénonce Mao « d’un point de vue de gauche », en exposant son caractère « féodal-rétrograde », et cette analyse était, selon lui, inacceptable pour la gauche française orthodoxe et incompréhensible pour la droite.

Au temps du maoïsme triomphant, dans les années 1970, comment expliquez-vous « cet aveuglement volontaire qui conduisit tant d’intellectuels occidentaux à prendre les vessies chinoises pour des lanternes rouges », selon votre expression, alors même que la Révolution culturelle était en partie dirigée contre les intellectuels ? 

Pour être honnête, on ne se l’explique pas. Pareil égarement est sans doute unique dans l’histoire des idées. L’éloignement de la Chine, tant sur le plan de la distance que de l’exotisme, permet sans doute d’expliquer en partie pourquoi il était a priori difficile de comprendre ce qui s’y passait. La barrière de la langue constitue probablement un obstacle supplémentaire, bien que la plupart des textes sur lesquels les maoïstes étrangers fondèrent leur idolâtrie étaient disponibles dans des traductions. Enfin, il faut reconnaître, à la décharge des admirateurs de la Chine maoïste, que, sur le papier, les idéaux professés à Pékin pouvaient résonner positivement sous nos latitudes. Dans une France confrontée à la guerre d’Algérie, puis aux convulsions de Mai 68, prôner la paix, l’harmonie, l’égalité, ne pouvait que sembler extrêmement séduisant. Cela dit, il n’était pas impossible de voir clair, d’interpréter la réalité chinoise correctement. Tout le monde ne s’est pas trompé à l’époque, à Paris ou ailleurs, même si Leys put compter sur les doigts d’une main ceux qui eurent le courage de le défendre en partageant son analyse.

Dans des pages assez drôles, vous revenez notamment sur les tribulations des auteurs de la revue Tel Quel en Chine. Au contraire du maolâtre Sollers, Roland Barthes a-t-il alors pris conscience des bizarreries maoïstes ?
On ne peut pas vraiment dire cela quand on lit le compte rendu qu’il fit, dans le journal Le Monde, de son périple en Chine lors de l’équipée Tel Quel. Trouver la Chine « fade » et « paisible » (sic) alors qu’elle était encore plongée dans la Révolution culturelle et qu’on y menait la fameuse campagne « contre Lin Biao et Confucius » (dont le thème, dirait Barthes, « sonnait comme un grelot »), trahissait au minimum une singulière incompréhension des événements. S’il trouva effectivement la Chine de Mao pour le moins « bizarre » (ce qu’atteste la publication posthume de son carnet de voyage), Barthes ne la dénonça pas pour autant avec la clairvoyance qu’on attendrait d’un grand intellectuel, en particulier d’un sémiologue capable, par définition, d’effectuer divers degrés de lecture d’une réalité donnée.

Sans l’expertise du sémiologue, mais avec la lucidité d’un bilingue honnête, Leys a dénoncé la caricature de la culture confucéenne chinoise, souvent réduite à une doctrine de l’obéissance. Partant, pourquoi a-t-il croisé le fer avec Edward Said, contestant sa déconstruction de l’orientalisme en tant que catégorie essentialiste forgée par l’Occident ?
Il est dommage, pour le public francophone, que l’essai consacré par Simon Leys à l’orientalisme tel qu’Edward Said l’envisageait, n’ait été publié qu’en anglais, en 1984. En résumé, Leys y reprochait à l’auteur palestinien naturalisé américain de ne voir, dans l’orientalisme, qu’une « conspiration colonialo-impérialiste ». Tout en ironisant sur le fait que, si l’on devait un jour découvrir que c’est la CIA qui a financé les meilleures études sur la poésie des Tang et la peinture des Song, cela aurait moins le mérite de rehausser l’image de l’agence de renseignement américaine, Simon Leys demandait plus sérieusement pourquoi l’orientalisme, et plus généralement la curiosité pour une culture « autre », ne pouvaient pas être tout simplement considérés sous l’angle de l’admiration et de l’émerveillement, pour conduire à une meilleure connaissance des autres et de soi, et par conséquent à une prise de conscience des limites de sa propre civilisation.

Cela pourrait être la définition de la traduction, art dans lequel Leys excellait. Au XIXe siècle, le meilleur traducteur chinois de La Dame aux camélias et d’autres chefs d’œuvre de la littérature européenne dans la Chine du XIXe siècle ne parlait d’autre langue que le mandarin. Comment se fait-ce ?
Simon Leys a consacré la moitié de sa vie à la traduction. Il a par ailleurs écrit un remarquable essai sur les exigences de ce métier (« L’expérience de la traduction littéraire », repris dans L’Ange et le cachalot), texte dans lequel il fait cette constatation, a priori paradoxale, qu’il ne faut pas nécessairement connaître la langue de départ pour être un bon traducteur. Il en veut pour exemple le cas de Lin Shu, ce lettré de la dynastie des Qing qui, sans connaître aucune langue étrangère, traduisit en chinois quelque deux cents romans européens, de Goethe à Shakespeare et de Tolstoï à Hugo. Sa méthode était aussi simple qu’efficace. Un ami, versé dans la langue de l’auteur à traduire, lui faisait la lecture de l’ouvrage en question, et Lin Shu recomposait ensuite le récit en chinois. Cette version n’épousait, certes, pas le texte original au plus près, mais elle était fidèle à l’intrigue et à l’esprit de l’œuvre. La version de La Dame aux camélias donnée par Lin Shu enthousiasma ainsi plusieurs générations de lecteurs chinois et jusqu’à Mao lui-même (qui en parla à François Mitterrand !).

Puisque vous ré-exhumez cette figure tutélaire, que reste-t-il  aujourd’hui de Mao à la Chine, qui semble avoir tourné le dos à son passé communiste ?
Mao est devenu ce que Simon Leys avait prédit : une icône. Son effigie orne encore tous les billets de banque de la République populaire de Chine, alors que le pays a viré au capitalisme (ou plutôt à « l’économie socialiste de marché », comme le disent pudiquement les dirigeants du parti communiste chinois). Son portrait géant, accroché à la porte Tian’anmen, devant la place du même nom, paraît toujours veiller sur la nation, tandis que chauffeurs de bus et de taxis accrochent des médaillons à son image sur leur tableau de bord, à côté d’autres saints protecteurs empruntés au bouddhisme et au taoïsme. S’agissant d’un homme qui aspirait à éradiquer les croyances religieuses, la revanche de l’Histoire ne manque pas de piquant.

Persona non grata en Chine continentale – on comprend aisément pourquoi ! – Simon Leys a vécu en Australie les quarante dernières années de sa vie. S’est-il autant épanoui dans ce pays de la fin de l’Histoire parce qu’il pouvait y assouvir sa passion pour la mer ?
Simon Leys était profondément reconnaissant à l’Australie de l’avoir accueilli, de lui avoir donné les moyens d’assouvir ses passions, et d’abord de lui avoir fourni, en 1970, son premier emploi stable et décemment rémunéré, grâce à un poste d’enseignant et de chercheur à l’Université nationale d’Australie à Canberra (il avait jusque-là vécu d’expédients). L’Australie procura, je pense, cinq avantages au moins à Simon Leys. Premièrement, comme je viens de le souligner, la possibilité d’une carrière universitaire en sinologie (et les universités australiennes avaient des ressources considérables dans ce domaine). Deuxièmement, un cadre de vie agréable pour un ménage avec quatre enfants (ce n’était plus l’appartement exigu de Hong Kong, mais une maison avec jardin…). Troisièmement, pour un homme passionné par la mer et initié dès son plus jeune âge à la navigation à voile (il en apprit les techniques à l’école des Glénans), la possession d’un bateau. Quatrièmement, à l’époque des fureurs maoïstes, une retraite aussi éloignée qu’il était possible des cénacles parisiens et des sollicitations médiatiques qu’il n’aimait guère. Cinquièmement, et c’est probablement la chose la plus importante, l’opportunité de devenir un écrivain de langue anglaise. Leys n’était pas peu fier d’être aussi reconnu et apprécié en anglais qu’en français.

Voir aussi:

ORIENTALISM AND SINOLOGY*

Simon Leys

EDWARD Said’s main contention is that “no production of knowledge in the human sciences can ever ignore or disclaim the author’s involvement as a human subject in his own circumstances.” Translated into plain English, this would seem to mean simply that no scholar can escape his original condition: his own national, cultural, political and social prejudices are bound to be reflected in his work. Such a common-sense statement hardly warrants debate. Actually, Said’s own book is an excellent case in point; Orientalism could obviously have been written by no one but a Palestinian scholar with a huge chip on his shoulder and a very dim understanding of the European academic tradition (here perceived through the distorted prism of a certain type of American university, with its brutish hyper-specialisation, non-humanistic approach, and close, unhealthy links with government).[1]

My task here is not to write a review of Orientalism (thank God!), but merely to see whether Said’s arguments present any relevance for Chinese studies.

Said seems to include “sinology” implicitly in his concept of “orientalism.” (I insist on the word seems; the point remains obscure, like a great many other points in his book.) Said’s contention is that whenever an orientalist makes a statement in his own specialised area, this statement accrues automatically to the broader picture of a mythical “East.” I do not know whether this is true for scholars involved with Near and Middle East studies, but it certainly does not apply to sinologists. The intellectual and physical boundaries of the Chinese world are sharply defined; they encompass a reality that is so autonomous and singular that no sinologist in his right mind would ever dream of extending any sinological statement to the non-Chinese world. For a serious sinologist (or for any thinking person, for that matter) concepts such as “Asia” or “the East” have never contained any useful meaning. No sinologist would ever consider himself an orientalist. (Some sinologists, it is true, may occasionally be seen participating in one of those huge fairs that are periodically held under the name of “International Orientalist Congress,” but this is simply because similar junkets undertaken under the mere auspices of the Club Méditerranée would not be tax-deductible.)

Orientalism is a colonialist-imperialist conspiracy.[2] Quite possibly. To some extent, it may also be true for sinology. Who knows? One day it will perhaps be discovered that the best studies on Tang poetry and on Song painting have all been financed by the CIA — a fact that should somehow improve the public image of this much-maligned organisation.

Orientalists hate and despise the Orient; they deny its intellectual existence and try to turn it into a vacuum. Whether most sinologists love China or hate it is largely irrelevant. One important fact is absolutely evident: Western sinology in its entirety is a mere footnote appended to the huge sinological corpus that Chinese intellectuals have been building for centuries to this day. The Chinese are our first guides and teachers in the exploration of their culture and history; fools who ignore this evidence do so at their own risk and pay dearly for it. Further, it should be noted that today a significant proportion of the leading sinologists in the Western academic world are Chinese; through their teaching and research, they play a decisive role in Western sinology.

The notion of an “other” culture is of questionable use, as it seems to end inevitably in self-congratulation, or hostility and aggression. Why could it not equally end in admiration, wonderment, increased self-knowledge, relativisation and readjustment of one’s own values, awareness of the limits of one’s own civilisation? Actually, most of the time, all of these seem to be the natural outcome of our study of China (and it is also the reason why Chinese should be taught in Western countries as a fundamental discipline of the humanities at the secondary-school level, in conjunction with, or as an alternative to, Latin and Greek). Joseph Needham summed up neatly what is the common feeling of most sinologists: “Chinese civilisation presents the irresistible fascination of what is totally ‘other,’ and only what is totally ‘other’ can inspire the deepest love, together with a strong desire to know it.” From the great Jesuit scholars of the sixteenth century down to the best sinologists of today, we can see that there was never a more powerful antidote to the temptation of Western ethnocentrism than the study of Chinese civilisation. (It is not a coincidence that Said, in his denunciation of “illiberal ethnocentrism,” found further ammunition for his good fight in the writings of a sinologist who was attacking the naïve and arrogant statement of a French philosopher describing Thomistic philosophy as “gathering up the whole of human tradition.” Indignant rejection of such crass provincialism will always come most spontaneously to any sinologist.)

“Interesting work is more likely to be produced by scholars whose allegiance is to a discipline defined intellectually and not to a field like Orientalism, [which is] defined either canonically, imperially, or geographically.” The sinological field is defined linguistically; for this very reason, the concept of sinology is now being increasingly questioned (in fact, in the John King Fairbank Center for Chinese Studies at Harvard, I recently heard it used as a term of abuse). Perhaps we ought to rejoice now as we see more historians, philosophers, students of literature, legal scholars, economists, political scientists and others venturing into the Chinese field, equipped with all the intellectual tools of their original disciplines. Still, this new trend is encountering one stubborn and major obstacle that is not likely ever to disappear: no specialist, whatever his area of expertise, can expect to contribute significantly to our knowledge of China without first mastering the Chinese literary language. To be able to read classical and modern Chinese it is necessary to undergo a fairly long and demanding training that can seldom be combined with the acquisition and cultivation of another discipline. For this reason, sinology is bound to survive, in fact, if not necessarily in name, as one global, multidisciplinary, humanistic undertaking, based solely upon a specific language prerequisite. Actually, this situation, imposed by the nature of things, does have its advantages. Chinese civilisation has an essentially holistic character that condemns all narrowly specialised approaches to grope in the dark and miss their target — as was well illustrated a few years ago by the spectacular blunders of nearly all the “contemporary China” specialists. (In this respect, it is ironic to note that it was precisely the so-called Concerned Asian Scholars — on whom Said set so much store in his book, as he saw in them the only chance of redemption for the orientalist establishment — that failed most scandalously in their moral responsibilities toward China and the Chinese people during the Maoist era.)

“We should question the advisability of too close a relationship between the scholar and the state.” You bet we should! On this point I could not agree more with Said — yet it is hardly an original conclusion. The very concept of the “university” has rested for some 700 years on the absolute autonomy and freedom of all academic and scholarly activities from any interference and influence of the political authorities. It is nice to see that Said is now rediscovering such a basic notion; I only deplore that it took him 300 pages of twisted, obscure, incoherent, ill-informed and badly written diatribe to reach at last one sound and fundamental truism.

1984

*Reply to an inquiry launched by the Asian Studies Association of Australia: scholars involved in different areas of Asian studies were invited to comment on the relevance of Edward Said’s Orientalism (New York: Pantheon, 1979) to the problems entailed in the approaches and methods of their respective fields.

Voir aussi:

Grande-Bretagne: scandale antisémite à gauche

L’info antiraciste

jeudi 28 avril 2016

Actualisation 30 avril:

Enfin une prise de conscience?
Le chef du Parti travailliste britannique Jeremy Corbyn a déclaré vendredi 29 avril qu’il allait ouvrir une enquête indépendante sur les allégations d’antisémitisme au sein de son propre parti, dirigée par Shami Chakrabarti, ancienne chef du groupe « Liberty » pour la promotion des droits de l’Homme.
Selon le journal britannique Guardian, Chakrabarti s’entretiendra avec des représentants de la communauté juive, ainsi qu’avec des représentants d’autres minorités au cours des deux prochains mois. Le but est de de proposer au parti un rapport  qui inclura des moyens de combattre l’antisémitisme, ainsi que d’autres formes de préjugés.A suivre avec attention.

Memorial 98

En Grande-Bretagne, nouvelle irruption antisémite à gauche,  au prétexte de « combat antisioniste ».

Des voix au sein du parti travailliste (Labour) s’inquiètent fréquemment d’une dérive antisémite de certains secteurs du parti. Ces derniers glissent en effet régulièrement d’une mise en cause légitime de la politique des gouvernements israéliens vers l’appel à la destruction d’Israël puis à la mise en cause des Juifs stigmatisés comme « sionistes » et à une banalisation des crimes nazis.
Cette fois-ci c’est le récidiviste Ken Livingstone, ancien maire de Londres, qui se manifeste à nouveau. Il a été suspendu jeudi 27 avril du Parti travailliste pour avoir déclaré que Hitler  » soutenait le sionisme … » Il dit ainsi:  » …  Quand Hitler a gagné les élections en 1932, sa politique était que les juifs devraient être déplacés vers Israël. Il soutenait le sionisme avant de devenir fou et de finir par tuer six millions de juifs ».
Ainsi la Shoah ne serait qu’un accident inattendu, dû à la soudaine « folie » du dirigeant nazi .
Livingstone reprend ainsi les formules négationnistes les plus extrêmes, qui englobent la nazisme et ses chefs dans le « complot sioniste » et nient les projets antisémites inscrits dans la substance même du nazisme.
Le même Livingstone avait comparé en 2005 un journaliste juif à « un gardien de camp de concentration » et commis d’autres déclarations antisémites.

Le contexte dans lequel Livingstone a tenu ces propos montre clairement qu’il s’agit pour lui d’ utiliser une diversion antisémite et négationniste, sous prétexte de « débat historique »  . Il prétendait se porter au secours d’une députée travailliste, Naz Shah, suspendue le 27 avril de participation aux instances du Labour Party par Jeremy Corbyn qui le préside,  pour avoir posté en 2014 des commentaires  antisémites.

Avant qu’elle ne soit élue, Naz Shah avait partagé sur Facebook un montage montrant l’État d’Israël incrusté dans une carte des États-Unis sous le titre : « Solution pour le conflit israélo-palestinien : relocalisez Israël aux États-Unis », suivi du commentaire : « problème résolu ».

Le montage ajoutait  notamment que : « les prix du pétrole vont baisser, l’inflation va baisser, le monde entier sera heureux ».
Shah ajoutait  : «  Vous économisez 3 milliards de livres de frais bancaires que vous transférez chaque année » Elle avait également posté un commentaire parfaitement négationniste disant : « N’oubliez jamais que tout ce que Hitler a fait en Allemagne était légal. »

Livingstone  a tenté de la défendre en justifiant que: « ses remarques étaient exagérées, mais elle n’est pas antisémite ». Or Naz Shah a elle-même reconnu que ses propos étaient choquants. Elle a présenté des excuses à la Chambre des communes en disant: « J’accepte et je comprends que les mots que j’ai utilisé ont bouleversé et blessé la communauté juive et je le regrette profondément. L’antisémitisme est du racisme, point final »

Mais il apparaît déjà que Naz Shah a également publié d’autres déclarations antisémites, non incluses dans sa mise au point. Il s’agit notamment d’un tweet en août 2014, avec un lien vers un blog qui revendique que le sionisme a été utilisé pour « encourager » les Juifs à « exercer une influence politique au plus haut niveau de la fonction publique ».
Les révélations britanniques sonnent comme un avertissement particulièrement grave, montrant une diffusion de thèses antisémites, complotistes et négationnistes, au motif de défendre la cause palestinienne. Cette dernière se trouve au contraire salie et affaiblie par la tonalité antisémite de ces « soutiens ».
On constate aussi une  tolérance inexcusable à l’égard de positions racistes antisémites au sein de partis de gauche, puisque des mesures ne sont prises que suite à des révélations et scandales, alors que la direction du Labour était bien alertée et informée des horreurs diffusées.
Après des scandales récents semblables au sein de la gauche en Espagne et en Grèce , un grand « ménage » et une vigilance approfondie sont nécessaires afin de combattre ce fléau.
Voir encore:
Quand une résolution de l’UNESCO réécrit l’histoire de Jérusalem
Shmuel Trigano
Le Figaro
02/05/2016FIGAROVOX/ANALYSE – Une résolution de l’UNESCO affirme la prévalence des musulmans et des palestiniens sur le site de la Mosquée El Aqsa et nie tout lien entre ce site et le Peuple Juif. Pour Shmuel Trigano, il s’agit d’une réécriture de l’histoire selon l’islam.Spécialiste de la tradition hébraïque et du judaïsme contemporain, Shmuel Trigano est Professeur émérite des UniversitésCe qui vient de se passer à l’UNESCO tient du meurtre symbolique, ce qui n’est pas rien car c’est une fois qu’on a déshumanisé quelqu’un qu’on peut l’abattre en toute moralité, avec, ici, la garantie de la supposée «communauté internationale» et de l’agence chargée de prendre soin du «patrimoine de l’humanité»…Les dessous d’une ré-écriture de l’histoireDans sa résolution du 16 avril 2016, le Conseil exécutif de l’UNESCO avalise une réécriture de l’histoire. On y apprend en effet que les Juifs (et pas seulement les Israéliens) sont des intrus et des étrangers dans le Pays d’Israël, qu’ils n’ont aucun lieu saint à Jérusalem, qu’il n’y a jamais eu de Temple sur le Mont du Temple (l’»esplanade des mosquées» chère à l’A.F.P.), que le tombeau des Patriarches et le mausolée de Rachel sur la route de Bethléem sont des lieux saints musulmans, et, suprême ethnocentrisme, que le «mur des Lamentations» est un lieu saint musulman, le mur d’où la jument de Mahomet s’est «envolée» vers La Mecque… Dans la nouvelle doctrine palestinienne, en effet, c’est toute la montagne et ses alentours qui constituent la «mosquée El Aksa» et pas seulement la mosquée de ce nom.Tout le Mont du Temple, y compris le «mur des lamentations» sont revendiqués comme un lieu de culte exclusivement musulman, c’est à dire interdit aux non musulmans. La présence physique des Juifs dans toutes ces enceintes profanerait leur pureté islamique: Mahmoud Abbas a fustigé il y a quelques semaines «les pieds sales» des Juifs qui foulent le Mont du Temple. L’affabulation historique est si épaisse qu’elle se transforme même en théorie du complot: Israël se voit accusé d’installer de fausses tombes juives dans des cimetières musulmans pour empêcher les musulmans d’y enterrer leurs morts!Et Jésus n’était-il pas un «Palestinien»? C’est toute une réécriture de l’histoire selon l’islam qui se joue aujourd’hui sous la dictée de l’Organisation de la Conférence Islamique …
Il est intéressant de noter que la résolution a été proposée par des Etats arabes réputés «modérés», si l’on excepte l’Algérie, (un pays dont le code de la nationalité a décrété au lendemain de l’indépendance que pour être citoyen algérien il fallait être musulman): le Maroc, l’Egypte, les Emirats Arabes Unis, le Koweït, et la Tunisie (si «démocratique» selon la presse française!). C’est qu’il y a là une dimension théologique propre à l’islam dans son ensemble qui voit dans le Coran le livre originel de la révélation de sorte que les livres judéo-chrétiens ne peuvent être que sa falsification. Le récit de la Bible hébraïque qui nous rapporte l’histoire d’Israël en Terre d’Israël, la royauté et les temples de Salomon et de Néhémie à Jérusalem (autant pour les chrétiens: les pérégrinations de Jésus durant l’époque du Deuxième Temple) serait entièrement faux et biaisé. Et Jésus n’était-il pas un «Palestinien»? C’est toute une réécriture de l’histoire selon l’islam qui se joue aujourd’hui sous la dictée de l’Organisation de la Conférence Islamique, un imposant bloc d’une soixantaine d’Etats, aux directives de laquelle les puissances occidentales, parties prenantes de son programme «alliance des civilisations», se sont honteusement soumises sous le couvert du mythe de l’»âge d’or» andalou: une réécriture que l’Union Européenne met en œuvre jusque dans les manuels d’histoire de ses pays membres.

Au delà du politique…

Le plus grand scandale de la décision de l’UNESCO, c’est qu’il se trouve une majorité de pays pour s’aligner derrière la résolution concoctée. Qu’est-ce qui a pu motiver le vote de pays occidentaux? Soumise aux 58 membres du Conseil exécutif, la résolution compte parmi les pays qui l’ont adoptée la France, l’Espagne, la Suède, la Russie et la Slovénie, des «amis» d’Israël. Dans les votes négatifs, on recense seulement six Etats: l’Estonie, l’Allemagne, la Lithuanie, les Pays Bas, le Royaume Uni et les Etats-Unis.

Une remarque s’impose: les pays d’origine protestante sont nombreux dans le camp qui a voté négativement alors que France, Espagne, Slovénie relèvent d’un univers qui fut catholique romain. Ce sont là des univers religieux dans lesquels l’»Ancien Testament» a été reconnu (protestants) ou escamoté (catholiques), des pays où la philosophie politique de la démocratie s’est inspirée d’Athènes (la réaction anti-catholique du XIX° siècle) ou de Jérusalem et de Moïse (la philosophie politique protestante des XVI° et XVII° siècles)… Les pays «contre» sont également des pays où l’identité collective et culturelle reste encore forte dans ce sens où ils n’ont pas (encore?) cédé à la réécriture «politiquement correcte» de leur histoire pour complaire aux directives de l’ «Alliance des civilisations». On atteint ici au plan des fondamentaux des civilisations, le politique touchant au métaphysique et au méta-historique…

Israël: le canari dans la mine pour l’Occident? Sans oublier l’Etat-nation démocratique!

Voir de plus:

Sinology and Simon Leys
Alan Baumler
12/15/2013

New York Review of Books Classics has re-printed Simon Leys’ The Hall of Uselessness: Selected Essays. This makes him the first Sinologist to crack the NYRB Classics list as one of the masters of world literature, this despite the fact that the original book of these essays only came out in 2011. Leys write about all sorts of things, from Orwell to Cervantes to Zhou Enlai, but his chief claim to fame, at least for me, was his caustic criticism of westerners who had been taken in by the Maoist myth.

Why read this book? Well, he writes well, both in the sense of being able to describe things and in the sense of knowing exactly when to stick the knife in. From the piece on Zhou En-lai

Alone among the Maoist leaders, Zhou Enlai had cosmopolitan sophistication, charm, wit and style. He certainly was one of the greatest and most successful comedians of our century. He had a talent for telling blatant lies with angelic suavity….Everyone loved him. He repeatedly and literally got away with murder. No wonder politicians from all over the world unanimously worshipped him…

..no interlocutors ever appeared to small, too dim or too irrelevant not to warrant a special effort on his part to charm them, to wow, them..He was..the ultimate Zelig of politics, showing tolerance, urbanity and a spirit of compromise to urbane Western liberals, eating fire and spitting hatred to suit the taste of embittered Third World leaders; displaying culture and refinement with artists; being pragmatic with pragmatists, philosophical with philosophers, and Kissingerian with Kissinger.
Most China scholars don’t write like that, but Leyes is not a China scholar, he is a Sinologist, and while he is certainly a scholar he is rightly sceptical about the modern academic world. You can see this pretty clearly the essay on Said’s Orientalism. In this essay Leys was trying to figure out if Said’s work had any relevance for China folk. This is a topic that has been hashed out a bit. Said did not make it clear what the “east” was for him, and while ome East Asia folk use and talk about the idea others don’t.

What is Leys’ take?

Edward Said’s main contention is that “no production of knowledge in the human sciences can ever ignore or disclaim the author’s involvement as a human subject in his own circumstances.” Translated into plain English, this would seem to mean simply that no scholar can escape his original condition: his own national, cultural, political and social prejudices are bound to be reflected in his work. Such a common-sense statement hardly warrants debate. Actually Said’s own book is an excellent case it point: Orientalism could obviously have been written by no one but a Palestinian scholar with a huge chip on his shoulder and a very dim understanding of the European academic tradition (here perceived through the distorted prism of a certain type of American university, with its brutish hyper-specialization, non-humanistic approach, and close, unhealthy links with government.)1
In general East Asia folk seems to be less afraid of getting the Orientalist cooties than Middle East people, and and Leys helps explain why. Part of Orientalism is worrying that you are essentializing the “timeless East” and while Leys has no patience with anyone foolish enough to lump everything from Syria to Shandong into an “East” he points out that ”Western sinology in its entirety is a mere footnote appended to the huge sinological corpus that Chinese intellectuals have been building for centuries to this day.” Although Leys does not point it out, if you want essentialization of Chinese culture 漢學 is a good place to look, and if you want to understand China Chinese scholars are the first people you should talk to.

For Leys the study of China is not part of euro-american empire2 or ‘othering’, but part of humanistic education. “Chinese should be taught in Western countries as a fundamental discipline of the humanities at the secondary-school level, in conjunction with, or as an alternative to, Latin and Greek.” Actually, if we wanted to put good old fashioned Classical Studies back in American High Schools I would guess making them Chinese classical studies would be the way to do it. More likely to be useful in Shenzhen.

While I like reading Leys his flavor of Sinology sometimes leaves me cold. In his essay on Confucius he claims that the Analects was written withing 75 years of Confucius’s death and shows a single voice. He compares those who claim that the text was compiled over a much longer period to those scholars who question the Gospels, and here he enlists the novelist Julien Gracq.

Gracq first acknowledged the impressive learning of one of these scholars as well as a devastating logic of his reasoning; but he confessed that, in the end, he still found himself left with one fundamental objection: for all his formidable erudition, the scholar in question simply had no ear-he could not hear what should be so obvious to any sensitive reader-that, underlying the text of the Gospels, there is a masterly and powerful unity of style which derives from one unique and inimitable voice.
I think he is wrong there, both about Jesus and about Confucius, but far worse is the footnote to his claim that in the Analects “there are very few stylistic anachronisms: the language and syntax of most of the fragments is coherent and pertains to the same period.” The note reads “On these problems of chronology and textual analysis, see E. Bruce Brooks, The Original Analects (Columbia University Press, 1998)” This is a pretty serious failure of scholarly courtesy, first in erasing Brooks’ co-author, but more importantly enlisting him in support of the claim that Analects is a coherent text.3 What’s the point in reading books and citing them if you are just going to make up things about what is in them? I would like to think it is possible to be both a scholar and a sensitive reader, but Leys is not helping me here.

This goes farther than just sloppy scholarship. Leys wants to uncover the real Confucius under the distortions of “Imperial Confucianism [which] only extolled those statements from the Master that prescribed submission to the established authorities.” This seems wrong to me and more importantly leaves you uninterested in the period from the Han to the present when the ru were always intertwined with the state. Leys’ condemnations of the dupes of Maoism are always fun to read, and lord knows he was fighting the good fight4 when he took them on. While he has some real insights on the period, he is not a very good guide to the Mao era, which for him was grotesque and alien. Grotesque certainly; In “The China Experts” he skewers Edward Friedman, Han Suyin and Ross Terrill.

Perhaps we should not be too harsh on the these experts; the fraternity recently suffered a traumatic experience and is still in a state of shock. Should fish suddenly start to talk, I suppose that ichthyology would also have to undergo a dramatic revision of its basic approach. A certain type of “instant sinology” was indeed based on the assumption that the Chinese people were as different from us in their fundimental aspirations, and as unable to communicate with us, as the inhabitants of the oceanic depths; and when they eventually rose to the surface and began to cry out sufficiently loudly for their message to get through to the general public there was much consternation among the China pundits.
Leys gives us lots of examples of China pundits (mostly Terrill) swallowing the most absurd nonsense about how the Chinese loved Chairman Mao. The problem of course, is that the Chinese did love Chairman Mao. You can’t start a Cultural Revolution memoir without explaining your youthful loyalty to the red, red sun of Chairman Mao, and you can’t treat Mao period as something alien to China. How can you write about people becoming disillusioned unless you can explain how they became believers in the first place?  Leys’ China is as much a place to find Simon Leys as a place to find Chinese people, (just like Europeans used to do with Greece and Rome) and while I like reading him on Said or Terrill, I suspect he would not be as helpful for reading Mark Edward Lewis or Elizabeth Perry.

Yes, I am quoting a lot, but Leys is a hard guy to paraphrase. [ ]
Almost the only mention of East Asia in Said is an approving comment on the Concerned Asian Scholars, who he praised for their condemnation of American imperialism in Asia while for Said they ‘failed most scandalously in their moral responsibilities toward China and the Chinese people.’ [ ]
Which seems the obvious way to read that note for me. [ ]
at some risk to his reputation in academic circles, which does not seem to have worried him [ ]

Voir encore:

“Orientalism” and Aspects of Violence in the Tibetan Tradition¹
Elliot Sperling
Department of Central Eurasian Studies
Indiana University

The dragon year of 1640-41, as described by the Fifth Dalai Lama in his autobiography, was marked by some rather unsettling events. Problems the Gelugpa (dGe lugs pa) sect had been experiencing in the Tsang (gTsang) region were ominous in view of the fact that the sect’s political position was still not fully secure. The Dalai Lama noted that in the Tiger Year (1638-39) the regions’ ruler, the Tsangpa Desi (gTsang pa sde srid), had instigated a variety of problems for the monastery of Tashilhunpo (bKra shis Ihun po). People reported seeing a tired, worn-out Panchen Lama, the monastery’s chief hierarch, bemoaning the state of affairs. All sorts of talk about the situation had arisen; people traveling to the Tsongon (mTsho sngon) region in the northeastern reaches of the Tibetan Plateau reported what they had seen and heard of all this to the leader of the Qosot Mongols, Gusri Qan, who was also the most powerful among the patrons and supporters of the Dalai Lama and the Gelugpa. Gusri Qan was incensed. Suddenly, the Dalai Lama records, word came that he was en route to Central Tibet but had taken a route via Beri (Bi ri), in Kham (Khams), where the Gelugpa were also opposed by the local ruler.² A military response to the travails of the Gelugpa was clearly imminent.

In the summer a number of Mongols from Khams began arriving in the Lhasa area. Sidi Batur, one of Gusri Qan’s officers, brought a letter from the Mongol king and spoke with the Dalai Lama, who noted in his autobiography:

For our part, [I stated,] “Relying on that particular virtue which encompasses the bodhisattva—i.e., thinking of oneself and others in an equal manner—has not held back strife. Thus, though we might [continue] to act in accord with this sort of pretense, nothing other than shame before others would come of it.”³
Furthermore, in relation to the actions of the Tsangpa, he said “Though we might take revenge, I, the last of those of Chongye (Phyongs rgyas), the cleric occupying the seat of the omniscient ones, would not appear as a disobedient monk.”⁴ The Dalai Lama then ordered that Beri should be destroyed and that strife (that is, opposition) would not be tolerated.

Another incident throws further light on the Fifth Dalai Lama’s thinking with regard to the use of military force to protect the interests of his government and his sect. In early 1660 he was confronted with a situation that he himself described as one of chaotic strife rooted in a rebellion in Tsang. Asserting that he was acting for the sake of beings in the area of Nyangme (Nyang smad), he sent out instructions that were direct and clear:

[Of those in] the band of enemies who have despoiled the duties entrusted to them:
Make the male lines like trees that have had their roots cut;
Make the female lines like brooks that have dried up in winter;
Make the children and grandchildren like eggs smashed against rocks;
Make the servants and followers like heaps of grass consumed by fire;
Make their dominion like a lamp whose oil has been exhausted;
In short, annihilate any traces of them, even their names.⁵

With his own pen the Fifth Dalai Lama made clear his role in the events just described. With regard to the first of these, he was explicit about authorizing the activities of Gusri Qan, through warfare, which made Ganden Phodrang (Dga’ Idan pho brang) the unquestioned center of authority in Tibet. With regard to the second, his instructions evince a clear determination to unleash severe military retribution against those who had risen against his authority. One may say with some confidence that the Fifth Dalai Lama does not fit the standard image that many people today have of a Dalai Lama, particularly the image of a Nobel Peace Prize laureate.

I have purposely couched these remarks in provocative terms in order to emphasize the point that we cannot simplistically mix the actions and standards of different eras. This would seem to be obvious, yet it happens all the time. For partisan reasons one often finds discussions of historical figures from centuries ago framed around arguments relating to human rights values, democracy, and so forth, which were not part of the intellectual atmosphere of the period at issue.⁶ While this is often done with a harshly critical goal in mind, the opposite also occurs, whereby polemical needs lead people into various lines of argumentation in order to prove that such and such a figure, institution, or state organization from earlier times in fact accorded with the standards of our own time and place (with the implication often being that the standards and values in question are positive and admirable ones). Thus my comment juxtaposing the actions of the Fifth Dalai Lama and the image of the Nobel Laureate; for we can in fact find modern writers projecting current ideas concerning the nonviolence associated with the present Dalai Lama back onto previous Dalai Lamas. This in turn makes it seem as if nonviolence of the Gandhian sort were one of the basic hallmarks of Tibetan Buddhism in general, not only in the religious and philosophical sphere, but in the political sphere as well.⁷

I should not be misunderstood here; kindness and compassion toward sentient beings are a significant part of Tibetan Buddhism, as is, of course, the idea of working for the benefit of sentient beings. These are not, however, identical with Gandhian ahimsa; nor are they all there is to Tibetan Buddhism in practice; among those ideas that have played a role in the political history of Tibet are notions about protecting the doctrine. These ideas and the methods for realizing them have, in fact, been of crucial significance in making Tibetan Buddhism a vehicle for power in the arena of world history, first for Tangut emperors, then for Mongol, Chinese, and Manchu rulers: Tibetan Buddhism, from this perspective, was a means toward the attainment of power—in defense of and for the spread of the doctrine, to be sure. It was clearly used by Zhang Rinpoche (1123/24-1193/94), whose disciples made war on his behalf and are said to have experienced religious visions in the midst of battle.⁸ Yuan-dynasty Chinese writers recorded that when the armies of Qubilai swept into southern China, above them in the sky could be seen Mahakala, a result of the propitiation rites performed by the Sakyapa (Sa skya pa) cleric sGa A-gnyan dam-pa.⁹

In spite of this, however, we can easily find descriptions of Tibetan Buddhism that take the present Dalai Lama’s views on nonviolence—phrased, significantly, with the Gandhian term ahimsa—and make of them a Buddhist value that has dominated Tibetan political history and the institution of the Dalai Lama for centuries. Thus we come up with simplistic accounts that describe the Mongol adoption of Tibetan Buddhism in the thirteenth century solely in terms of the moral attraction that Buddhism held for the Mongol emperors. This is not to say that morality is not a part of Tibetan Buddhism, but the account we are often given of the conversion of the Mongols is a rather skewed reading of what actually transpired. The Fifth Dalai Lama has been described as having brought about the pacification of the Mongols four centuries later through his charismatic teaching of Buddhism. Lost in such descriptions is the fact that militant Mongol imperial ambitions were only quashed through the bloody extirpation of the Jungar Mongols in the mid-eighteenth century by the armies of Qianlong, who was revered by Tibetans in his own lifetime as an emanation of Manjusri.¹⁰ Such nonviolent readings of Tibetan history seem designed to create a historical tradition for the present Dalai Lama’s views on the primacy of ahimsa.¹¹

Why is there a need to create this sort of tradition? Given contemporary ideas and expectations, it’s easy to see the utility of presenting Tibetan Buddhism to the present-day world as an eternal store of teachings on nonviolence and peace. Nevertheless, Tibetan Buddhism and the Dalai Lama are in and of the world, and (along with our perception of them) have to a certain degree been influenced by general currents in thought in the last decades of this century. They have not stood apart from or above all other things. The present Dalai Lama’s views on non­violence, laudable as they may be, cannot simply be ascribed to a largely unchanged, centuries-old tradition.

To clarify this it is necessary to digress a bit. In the late 1970s Edward Said created a small sensation in a variety of disciplines with his now well-known book Orientalism. Said maintained that the West had constructed an “Orient,” a largely imagined and stereotyped realm whose construction as a violent, sensual, objectified “other” was meant to accord with and left the entire colonial enterprise. Said argued that the seemingly “objective” construction of the Orient was, in fact, the product of the specific context from which it had been viewed:

No one has ever devised a method of detaching the scholar from the circumstances of life, from the fact of his involvement (conscious or unconscious) with a class, a set of beliefs, a social position, or from the mere activity of being a member of a society … I doubt that it is controversial, for example, to say that an Englishman in India or Egypt in the later nineteenth century took an interest in those countries that was never far from their status as British colonies. To say this may seem quite different from saying that all academic knowledge about India and Egypt is somehow tinged and impressed with, violated by, gross political fact —and yet that is what I am saying in this study of Orientalism. For if it is true that no production of knowledge in the human sciences can ever ignore or disclaim its author’s involvement as a human subject in his own circumstances, then it must also be true that for a European or American studying the Orient there can be no disclaiming the main circumstances of his actuality: that he comes up against the Orient as a European or American first, as an individual second. And to be a European or an American in such a situation is by no means an inert fact. It meant and means being aware, however dimly, that one belongs to a power with definite interests in the Orient, and more important, that one belongs to a part of the earth with a definite history of involvement in the Orient since almost the time of Homer.¹²
Found guilty in this Orientalist enterprise were not only novelists and colonial officials but just about everyone else remotely involved, including philologists and archeologists.

Said’s argument was scathingly parodied by Simon Leys in a critique in which he conceded the point that everyone is influenced in some degree by his or her environment:

Edward Said’s main contention is that “no production of knowledge in the human sciences can ever ignore or disclaim the author’s involvement as a human subject in his own circumstances.” Translated into plain English, this would seem to mean simply that no scholar can escape his original condition: his own national, cultural, political, and social prejudices are bound to be reflected in his work. Such a commonsense statement hardly warrants any debate. Actually, Said’s own book is an excellent case in point; Orientalism could obviously have been written by no one but a Palestinian scholar with a huge chip on his shoulder and a very dim understanding of the European academic tradition (here perceived through the distorted prism of a certain type of American university with its brutish hyperspeculization, nonhumanistic approach, and close, unhealthy links with government).¹³
The point, of course, is that although one is subject to influences, these can still be understood in a variety of (often contradictory) ways and may or may not have the meaning Said finds overriding on the individual level. There is no doubt that there are biases and stereotypes (both positive and negative) that operate among people. However, the manner in which these might be manifested in a given individual cannot simply be reduced to a function of that individual’s class, nation, and so forth. As a result, the critique of stereotypical images of Asia that has been spawned by Orientalism is in many instances the product of a large-scale decontextualization: The non-Western precedents for these stereotypes—including those of Tibet itself—are wholly ignored.¹⁴ Most people are familiar with one or another of the Chinese stereotypes of Tibetans and other Inner Asians as “barbarians.” An interesting stereotype about tea and its power over Tibetans and Mongols evolved in Ming and Qing times, on the basis of which the directors of Chinese statecraft proposed controlling them by cutting off their imports of Chinese tea.¹⁵ This idea carried over into foreign policy dealings with the British “other” during the late eighteenth century, when it was maintained that the British would find their lives endangered were they to go for a few days without Chinese tea and rhubarb.¹⁶ Might we term this “Occidentalism”?

As it grew, the anti-Orientalist argument came to encompass critiques and attacks on alleged purveyors of both negative stereotypes of the Orient and its inhabitants (dirty, violent, poor, dishonest, etc.) and positive ones (spiritual, hard-working, noble, close to nature, ecological, etc.). These latter images, of course, present the romanticized version of the Orient, and although considered positive stereotypes, are nevertheless still held to be a construction based primarily on Western psychological needs. For a number of years this basic outline of the anti-Orientalist argument has held: The “Orient” is a Western construct meant to further imperial our Western psychological needs. It has even entered into the Western view of Tibet.¹⁷

In an interesting article that appeared in 1993 Amartya Sen, writing about India, pointed out that:

[U]nless one chooses to focus on the evolution of specific conceptual tradition … “internal consistency” [which Said found underlying “Orientalist” images] is precisely what is hard to find in the variety of Western conceptions of, in this instance, India. For there are several fundamentally contrary ideas and images of India, and they have quite distinct roles in the Western understanding of the country, and also in influencing the manner in which Indians see themselves.¹⁸
It is self-evident that there are any number of stereotypes about the East that are part of our environment; however, their variety and roles cannot be simplified and apportioned as the “anti-Orientalists” would have it. As Sen makes clear, both positive and negative stereotypes have been at work in creating modern notions about India among Westerners and non-Westerners alike, as well as Indians. And in fact it has become increasingly recognized that ostensibly “Western” stereotypes and images of Asia are more universal than was previously acknowledged. The issue is not whether these stereotypical ideas exist as such, or whether they exert an influence on one peoples’ view of another or on a peoples’ self-image; the issue is whether they need to be understood in the reductionist, deterministic manner that is in evidence in much that has been written about them.

Which brings us back now to our original subject, the notion of the Dalai Lamas as almost uniquely men of peace, love, and compassion. It goes without saying that there are a variety of stereotypical notions associated with Tibet. But as with India, it is no longer possible to dismiss these simply as Western constructs. They have come to play a significant role in the Tibetan presentation of Tibet, particularly among Tibetans in exile. This is perhaps a natural development out of Tibetan participation in intellectual, political, and other facets of modern international life. It is, so to speak, an assimilation of viewpoints that have currency and legitimacy in the modern world, viewpoints that very much want to see a cloistered realm far away where people devote themselves uniquely to spiritual pursuits and not to the aspects of life that breed strife and discord. But these sorts of stereotypical images are not (with due respect to the anti-Orientalists) singularly Western—or even singularly modern. Starting, say, with the Taohuayuan ji of Tao Yuanming, one can make a respectable list of non-Western expressions of comparable yearnings for hidden realms of peace.

In its popular presentation to much of the modern world, the complex mix of ideas and doctrines in Tibetan Buddhism is often reduced (of late, by the Tibetan exile community) to an essential emphasis on love and compassion. As a result, a more balanced picture of the role of Tibetan Buddhism in the political world over the centuries has been lost to large numbers of people along the way. One might almost imagine that Tibetan Buddhism is a rather suicidal sort of faith, one whose adherents would rather see it perish than lift a hand in violence. That, frankly, has not been the case in Tibetan history. It was not the position of the Fifth Dalai Lama, who supported the use of military force in defense of Gelugpa interests. (And we may note that during his time the survival of Tibetan Buddhism in general was not at issue, just the welfare and authority of Ganden Phodrang). It was certainly not the position of the Thirteenth Dalai Lama, who actively sanctioned armed Tibetan attacks on the Qing forces in Lhasa that were attempting to assert Qing rule in Tibet just before the dynasty’s collapse.¹⁹ Ultimately the reduction of Tibetan Buddhism, as far as its modern, international image is concerned, to a doctrine of nonviolence of the absolutist sort must be seen in light of the Tibetan exile assimilation of common images about the East, in much the same way as was the case with the generation of Gandhi and Nehru.

A fairly clear clue to this is found in the two versions of the Fourteenth Dalai Lama’s autobiography My Land and My People (1962) and Freedom in Exile (1990). In both works the Dalai Lama writes of the influence he felt from Gandhi’s life and philosophy when he visited the Rajghat. In the later version he specifically notes that the visit left him convinced that nonviolence was the only path for political action. While in the earlier one he states that he was determined never to associate himself with acts of violence, what “associate” means in this context must be tempered by further remarks in both versions of his autobiography. In the second the Dalai Lama tells of his escape and of the protection afforded him by armed guerillas—freedom fighters, he calls them—including at least two CIA-trained fighters. However, in the first he is more specific about his interests and concern for these Tibetan soldiers:

In spite of my beliefs, I very much admired their courage and their determination to carry on the grim battle they had started for our freedom, culture, and religion. I thanked them for their strength and bravery, and also, more personally, for the protection they had given me … By then I could not in honesty advise them to avoid violence. In order to fight they had sacrificed their homes and all the comforts and benefits of a peaceful life. Now they could see no alternative but to go on fighting, and I had none to offer.²⁰
While the mention of Gandhi in both versions reveals the influence of a general, modern attitude to the Indian leader prevalent throughout the world at the time of the Dalai Lama’s visit to the Rajghat, the quote from the earlier autobiography reveals a sentiment largely in line with more traditional Tibetan (and even Tibetan Buddhist) attitudes on political violence. The influences that have led the Dalai Lama to threaten to resign his leadership role if Tibetans act violently toward Chinese in Tibet were not yet there;²¹ indeed, one can hardly imagine the Dalai Lama making such a statement to the soldiers who guided him to safety in 1959.

Frankly, the adoption of ahimsa as an overriding principle represented a significant change in attitude from that of previous Dalai Lamas and from the policies of Ganden Phodrang. Most likely, the Dalai Lama came to adhere to it in a gradual manner. Only in India, in a milieu in which stereotypical ideas about the Orient and India were part of the intellectual environment, did it take on the centrality that people now associate with it. The Dalai Lama, as a human being in the world, certainly was influenced by this new environment that postulated nonviolence as one of the primary virtues—if not the highest of them—that an “Oriental” sage could espouse.

This is not necessarily to imply anything cynical or manipulative about the Dalai Lama’s adoption of nonviolence as a leading principle. This is simply to place the Dalai Lama in history as a human being and as a party to intellectual and other currents that flow through the modern world. It is the assimilation of images and stereotypes espoused by Westerners and non-Westerners (including Tibetan exiles) that has placed the Dalai Lama within a constructed myth of eternal holy men practicing eternal virtues and eternal verities.

Kindness, compassion, nonviolence: All these have their place in Tibetan life and Tibetan Buddhist doctrine. But prior to the last three or more decades their centrality was nothing like what one sees now. Dalai Lamas have certainly counseled against violence and bloodshed in the past. But they have also found it necessary to sanction force to protect their perceived interests. There are instances in which Tibetan Buddhists have historically sanctioned force in the protection and advancement of the doctrine. This aspect of Tibetan Buddhist doctrine, including the empowerment of worldly monarchs who act to protect and advance the doctrine, is part of the political history of Tibet and of Tibet’s relations with neighboring peoples. It is important to remember that Tibetan Buddhism has not always been opposed to the use of violent force under any circumstances. What one sees in recent years, a Dalai Lama threatening to abandon his leadership position if Tibetans use any violence against Chinese, is unprecedented. The extent to which this is so can be appreciated by the fact that it is generally acknowledged that the period since Tibet’s annexation by the PRC has constituted a grave crisis for Tibet and Tibetan civilization, far greater than the threats occasioned by the Tsangpa rulers and their allies in the seventeenth century or even by Zhao Erfeng’s occupation force in Lhasa in 1910-12, at which times both the Fifth and Thirteenth Dalai Lamas saw force as necessary.

A further interesting fact that I might add at this point relates to the Thirteenth Dalai Lama’s reaction to a letter from Gandhi in which the Indian leader—mistakenly making a typical “Orientalist” assumption!—had expressed the hope that the Tibetans would diligently practice the Buddha’s teaching of ahimsa. The Dalai Lama replied that he had no idea about what the word ahimsa meant as either an English or mantra term and that he needed further clarification of the term. Knowing of Gandhi’s activities in general, though, he did tell him about Buddhism’s concept of saving people from suffering.²² If one takes his actions as a guide, however, it is obvious that the Thirteenth Dalai Lama did not consider the use of violent force to be at odds with this idea. Clearly, one can assume that he felt the use of force was sometimes necessary to prevent greater suffering. The corollary to this would then be that refraining from violence under such circumstances can actually engender even greater agonies.

Gandhian ahimsa as a primary Tibetan Buddhist tenet is a new phenomenon. Certainly we cannot speak of it as the overriding principle of political action for all previous Dalai Lamas. If we are to understand the institution of the Dalai Lama, we must accept that values and policies practiced by the Dalai Lamas cannot be wholly separated from their contemporary and historical milieu—though it must be emphasized again that we need not adopt a reductionist or ideological approach in order to understand or perceive the workings of such influences. The notion of the Dalai Lamas and the Tibetan Buddhist faith remaining untouched by the currents of time and history, with the former preaching peace and nonviolence to all peoples at all times, is part of a fanciful image of Tibet that unfortunately persists. The historical record contradicts it rather clearly; continuing attempts to present it as historical reality can only impede our understanding of Tibetan history, past and present.  ■
Notes
¹ A longer version of this paper was originally presented in a lecture at the Amnye Machen Institute in Dharamsala in 1994. It will be published in the near future in Lungta.

² Ngag-dbang blo-bzang rgya-mtsho, Za-hor-gyi ban-de Ngag-dbang blo-bzang rgya-mtsho’i ‘di snang-‘khrul-ba’i rol-rtsed rtogs-brjod-kyi tshul-du bkod-pa du-kü-la’i gos-bzang, vol. 1 (Lhasa: 1989), p. 192.

³ Ibid, p. 193: rang-ngos-kyi cha bdag-gzhan mnyam-brje’i byang-chub-kyi sems dang Idan-pa’i yon-tan khyad-par-can-la brten-nas bde-gzar bshol-ba min-pas de-‘dra’i o-zob byas-kyang gzhan khrel-ba-las mi-yong/.

⁴ Ibid, pp. 193-94: gal-te dgra-sha blangs-kyang nga ‘Phyongs-rgyas-pa’i mi-mjug [194] thams-cad mkhyen-pa’i gdan-sar bsdad-pa’i btsun-pa zhig ban-log-pa mi-‘char.

⁵ rGyal-dbang lnga-pa, Rgya-Bod-Hor-Sog-gi mchog-dman bar-pa-rnams-la ‘phrin-yig snyan-ngag-tu bkod-pa rab-snyan rgyud-mang (Xining, 1993), p. 225: gnyer-du gtad-pa’i dam-nyams dgra-tshogs-kyi/pho-brgyud shing-sdong rtsa-ba bcad-ltar thong/ mo-brgyud dgun-gyi chu-phran skems-ltar thong/ bu-tsha sgo-nga brag-la brdabs-ltar thong/ g.yog-‘khor rtsa-phung me-yis bsregs-ltar thong/ mnga’-thang snum-zad mar-me bzhin-du thong/ mdor-na ming dang rjes-tsam med-par mdzod/ (the full text of the letter is on pp. 223-25).

Note by Elliot Sperling, Feb. 4, 2016: “Rather than indicating military action, as the original article mistakenly implied, the missive from the 5th Dalai Lama was addressed to a protector deity and sought the punishments that are mentioned therein via divine means. I’m grateful to Samten Karmay for pointing this out and to Sean Jones for spurring further inquiry. ES”

⁶ E.g., some (but not all) of the polemics surrounding the five-hundredth anniversary of Columbus’ 1492 Atlantic crossing typify this. Cf. Sale, 1990, and its review by Wills, 1990.

⁷ The most recent expression of these views is given by Thurman, 1995: 38-40, where the Fifth Dalai Lama is credited with having created in Tibet a “unilaterally disarmed society.”

⁸ dPa’-bo gtsug-lag phreng-ba, Dam-pa’i chos-kyi ‘khor-lo bsgyur-ba-rnams-kyi byung-ba gsal-byed-pa mkhas-pa’i dga’-ston (Beijing: 1986), p. 808: “[T]here were many among his disciples in whom Mahamudra insight was born on the battle lines. The officer Dar-ma gzhon-nu had a vision of Samvara (bDe-mchog) on the battle lines.” Cf. Martini 1990: 7.

⁹ See Franke, 1984: 161-62.

10 On the Jungar campaign, particularly the war of extermination in 1757, see Courant, 1912: 106-12. Note the reference, p. 108, to monks taking part in the fighting on the side of the Jungars. See too the reference to the campaigns in Thu’u-bkwan Blo-bzang chos-kyi nyi-ma, ICang-skya Rol-pa’i rdo-rje’i rnam-thar [Khyab-bdag rdo-rje sems-dpa’i ngo-bo dpal-ldan bla-ma dam-pa ye-shes bstan-pa’i sgron-me dpal bzang-po’i rnam-par thar-pa mdo-tsam brjod-pa dge-ldan bstan-pa’i mdzes-rgyan] (Lanzhou, 1989: 363-64). See also the positive comments and reactions of Thu’u-bkwan and ICang-skya Rol-pa’i rdo-rje to the rather bloody Manchu conquest of rGyal-rong in the 1770s, taken from the same work and cited by Martin, 1990a: 8-12.

¹¹ Again, for the most recent expression of these views, see Thurman, 1995: 36-38.

¹² Said, 1979: 10-11.

¹³ Leys, 1985: 95-96.

¹⁴ The best-known whipping boy in this context, the Western notion of Tibet as Shangri-la, is a good example, with antecedents going back several centuries. In the thirteenth century already we find an Arabic description of Tibet that notes: “In the country of Tibet are special properties in respect of their air and water, their mountains and plains. A man there laughs and rejoices continually.” See the translation from the Mu’jam al-Buldän in Dunlop, 1973: 313.

¹⁵ For a modern version of this belief, see Gu Daquan, 1982: 49. An early Ming formulation of this idea can be found in Gu Zucheng et al., 1982: 107-8.

¹⁶ Peyrefitte, 1992: 526.

¹⁷ See, for example, the formulation of Bishop, 1989, particularly pp. 191-239.

¹⁸ Sen, 1993: 27-28.

¹⁹ Cf. Bell, 1987: 140-42.

²⁰ Dalai Lama, 1964: 190.

²¹ See “Dalai Lama Interviewed,” AFP report in FBIS-CHI-89-047, March 13, 1989, pp. 24-25: “If the militant types become more influential and go out of my control and won’t listen to my ideas, then my alternative is I withdraw. I oppose violence.”

²² See Tsering, 1984: 11-12.

Voir encore:

Les vrais discours de l’orientalisme
IMA

Robert Irwin, historien britannique, écrivain, critique littéraire au Times Literary Supplement, était l’invité de ce trimestre. Il était présenté par François Pouillon, lui-même spécialiste du monde arabe et islamique, et directeur d’études à l’EHESS, comme une figure majeure des études arabes, relativement méconnu en France, où l’on connaît davantage son œuvre de romancier – Arabian nightmare est paru en français chez Phébus, sous le titre Nocturne oriental –.

Son dernier ouvrage, For Lust of Knowing (2006), veut récuser la thèse fameuse d’Edward Saïd, énoncée voilà trente ans dans son livre Orientalism, et selon laquelle le « discours orientaliste » tenu par les savants européens de ces derniers siècles se serait mis au service de l’entreprise impériale et coloniale. Robert Irwin, lui, considère que l’activité de recherche, d’observation, d’analyse à laquelle des générations successives de voyageurs et de savants européens se sont livrées sur le « terrain » des pays arabes, mais aussi d’autres régions du Moyen-Orient, et dont les résultats constituent aujourd’hui une vaste bibliothèque, était fondamentalement motivée par le « désir de savoir » (la libido sciendi, dira plus tard un intervenant du public).

Lisant un texte rédigé, Robert Irwin s’est montré sévère à l’égard de l’ouvrage d’Edward Saïd. Il a noté de prime abord que l’idée de départ de ce dernier – que les orientalistes marchaient main dans la main avec les conquérants – n’est pas validée par l’observation des faits. En Inde, par exemple, systématiquement conquise et administrée au XIXème siècle, les savants britanniques sont peu présents. Là comme au Moyen-Orient, on remarque davantage la présence et l’activité des savants allemands. Au demeurant, les études arabes auront longtemps été dominées par une perspective biblique, qui cherchait essentiellement à confirmer par ce détour les vérités du christianisme.

Il convient aussi de prendre garde aux différences de périodisation : l’orientalisme en peinture (et en musique) se déploie au début du XIXème siècle, avec le mouvement romantique, alors que la Grande-Bretagne n’acquiert de positions stratégiques dans le monde arabe, et d’abord en Egypte, que plus tard, dans les années 80 du siècle. Peut-on d’ailleurs parler vraiment, comme le fait Edward Saïd, de « discours orientaliste » unifié, cohérent ? Un discours qui serait de surcroît bâti sur une logique politique… Sans doute non. D’ailleurs, la plus grande partie de la littérature savante sur l’Orient produite aux XVIIème et XVIIIème siècles, et dans une moindre mesure au XIXème, l’était en latin, langue véhiculaire commune à tous les membres de la République des lettres, et bien évidemment impropre à porter un message de type national et impérialiste. Pour autant cette perspective de quête de savoir et de fascination pour un Orient rêvé avant d’être exploré, si elle est loin de s’inscrire dans une logique impérialiste, n’est pas entièrement dénuée de visées politiques. Un auditeur a remarqué à juste titre que les valeurs implicites de la culture classique sont essentiellement politiques, et que la Grande-Bretagne s’est longtemps réclamée du modèle impérial romain pour justifier son expansion et son œuvre de civilisation. Les candidats à un emploi dans l’East India Company, au XIXème siècle, se voyaient proposer un exercice d’explication de textes d’Hérodote ou de Tite-Live…

Il est certes un contre-exemple à cette théorie d’une indifférence des orientalistes aux enjeux proprement stratégiques de leur discipline: c’est celui du livre de Lane : Manners and customs of modern Egyptians, paru au milieu du XIXème siècle, comme une sorte de préparation à l’occupation du pays, survenue quelques années plus tard. Il faut toutefois observer que cet ouvrage, rédigé par un voyageur certes bien informé et plein de curiosité pour la population vivante du pays, mais ni arabisant ni membre d’une quelconque société savante, n’a bénéficié d’aucun soutien officiel du gouvernement britannique et n’a connu d’abord qu’une diffusion restreinte. D’ailleurs les sociétés savantes en Angleterre, et dans une moindre mesure en France, étaient peuplées d’aristocrates et d’ecclésiastiques, les universitaires et spécialistes étant en général allemands, donc assez peu concernés par les projets d’expansion coloniale. Mais les membres aristocrates des sociétés savantes anglaises, ou les savants qui fréquentaient les salons de la haute société parisienne, tel Renan, habitué de celui de la Princesse Mathilde, l’étaient-ils davantage ? Il semble bien que les valeurs promues par la littérature, et plus encore la peinture orientaliste soient celles-là même que pratiquaient les riches protecteurs des savants, ou ces savants eux-mêmes : curiosité, goût de l’aventure, esthétisme, mêlé sans doute d’une certaine condescendance à l’égard des populations locales, en aucun cas de racisme ou d’esprit de conquête.

La richesse et l’ampleur du champ de la recherche – accrue encore considérablement si l’on prend en compte les contributions des orientalistes italiens, polonais, russes… – interdisent que l’on tire des conclusions définitives sur ce mouvement qui est tout autant intellectuel qu’esthétique, et aussi dans une certaine mesure, politico-stratégique. L’auteur de For Lust of knowing avait eu, au moment de la parution d’Orientalism, une correspondance critique avec Edward Saïd, où déjà il défendait ces thèses. Trente ans plus tard, il a le sentiment qu’elles se trouvent largement validées. (LB)

Voir de plus:

L’Orient, rêve de l’Occident
Antoine de Baecque

Le Monde des livres

04.06.2014

Qu’est-ce que l’orien­­talisme, si ce n’est se sentir étranger partout, oriental en Occident, occidental en Orient ? Edward W. Said fut cet ­intellectuel en perpétuel exil. ­Disparu voici une décennie, l’homme (1935-2003) était arabe mais pas musulman (chrétien protestant), il a été élevé en Egypte sans être égyptien (il était palestinien), il a écrit son œuvre en anglais sans être de culture anglaise et a enseigné trente ans à l’université Columbia de New York sans être américain. Il se sentait appartenir à plusieurs univers, différentes langues, maintes cultures en même temps, et cette simultanéité fut chez lui un art du contrepoint à la fois mélancolique, déstabilisant, infiniment ­fécond et inventif.

Avec une claire lucidité, parfois plongeant loin les racines dans une forme de scepticisme inquiet, Said confie dans trois entretiens donnés dans les années 1980-1990 à des revues intellectuelles anglo-saxonnes, réunis en un petit volume chez Payot sous le titre Dans l’ombre de l’Occident, cette place si particulière et essentielle de l’exilé, qui détermine chez lui tout rapport aux autres et aux cultures. Vivants, sentis, pensés, ces dialogues sont davantage encore que de courtes autobiographies en actes. Ils offrent la clé d’une situation personnelle et d’un contexte qui empêchent Said de jamais se « sentir bien », d’être serein, posé, arrivé.

NOUER LES REGARDS

Son pessimisme est terrible : « Je pense que la situation est en train d’empirer, déclare-t-il en 1996. Presque aucun Nord-Américain ne connaît le monde islamique. C’est lointain, principalement désertique, il y a beaucoup de moutons, des chameaux, des gens avec des couteaux entre les dents qui font métier de terroristes… D’un autre côté, (…) tous les Américains sont obsédés par le sexe, ils ont des grands pieds et mangent trop. Le résultat est que là où il devrait y avoir une présence humaine, il y a un vide, et là où il devrait y avoir échange, dialogue, il y a une forme dégradée de non-échange. » Mais c’est un pessimisme qui l’incite justement à combler le vide, à nouer les langues, les regards et les cultures.

Dans son livre fondateur, paru en 1978, L’Orientalisme (Seuil, 2005), l’un des tournants capitaux des sciences humaines du dernier XXe siècle, Said a montré que l’Orient n’a existé que dans le rêve des Occidentaux, de la fin du XVIIIe siècle au monde contemporain. Il met en cause le désintéressement érudit et la mission civilisatrice qui ont construit le savoir académique sur l’Orient, éclairant au contraire la dimension idéologique, colonisatrice du regard occidental. S’il fabrique des connaissances sur l’Orient, voire suscite l’admiration et l’amour de ces civilisations, ce savoir élabore dans le même temps un discours colonial de représentation de l’autre comme sujet inférieur réduit à un stéréotype figé. L’orientalisme invente une fiction : ces valeurs, ces sociétés, ces habitudes, ces œuvres, qualifiées d’orientales, n’ont jamais existé que comme « façon de réifier en dehors d’eux leur “autre” chez les Européens », selon la formule de Tzvetan Todorov, qui présenta au public français, en 1980, la traduction de l’essai de Said.

L’AUTRE ORIENTAL

Il est passionnant de confronter L’Orientalisme de Said à ce qui fut évidemment l’une de ses sources, La Renaissance orientale de Raymond Schwab (1884-1956), magnifique somme d’érudition et de passion racontant les effets culturels de la découverte des civilisations de l’Orient en Europe, parue trente ans auparavant, en 1950. Une réédition de belle facture le permet enfin, alors que le livre de Schwab, homme de lettres, poète, traducteur, était introuvable depuis belle lurette. Said a puisé maints exemples et citations des XVIIIe et XIXe siècles européens dans cette mine qui montre tout ce que cette « seconde ­renaissance » doit, tant pour la linguistique, l’histoire, la philosophie, l’art, l’anthropologie naissante, à l’autre oriental considéré dès lors comme originel. Si cette profondeur orientale intéresse le penseur palestinien, il y adjoint son propre regard : une dimension politique qui souligne, à travers la perspective coloniale, absente chez Raymond Schwab, la volonté de domination de l’Occident masquée sous ce discours orientaliste. Said a dit sa dette et cette mutation qu’il a imposée à la vision de Schwab, et l’on regrettera que cette édition ne reprenne pas le texte que le Palestinien avait écrit lors de la traduction américaine de La Renaissance orientale, en 1984.

A cette idéalisation idéologique de l’Orient, Said oppose non pas une alternative radicale et une identité clairement constituée, fuyant – de par sa biographie, sa manière de vivre, ses choix et ses idées – aussi bien le nationalisme arabe, la révolution tiers-mondiste que le prétendu « choc des civilisations » qui opposerait bloc à bloc la chrétienté et l’islam. Il préfère parler d’hybridation des cultures et des savoirs, d’imbrication de sociétés et de pensées qui n’ont jamais existé de manière isolée. Il n’y a pas d’essence de l’Occident ou de l’Orient, mais des formes profondément mêlées, métissées, qui n’en sont pas moins des témoignages, parfois violemment réducteurs, de domination impériale.

La grande force d’Edward Said, lecteur cultivé, philologue amoureux des textes et néanmoins analyste sans concession des constructions politiques coloniales, fut précisément de pouvoir dire, parallèlement, et la grandeur artistique de textes comme Au cœur des ténèbres (1899), de Conrad, L’Etranger (1942), de Camus, Robinson Crusoé (1719), de Defoe, ou, chez ce grand mélomane, Aïda (1871), de Verdi, et leur soubassement idéologique réducteur. Le volume consacré à Said par la revue de la Sorbonne, Sociétés & Représentations (n° 37, printemps 2014) explore en une douzaine d’articles détaillés cette « conscience inquiète du monde », tout en revenant sur les principaux apports épistémologiques, mais aussi polémiques, de Said, qui était également un intellectuel au combat, engagé pour la cause palestinienne. Cet ensemble, dirigé par Guillaume Bridet et Xavier Garnier, en s’arrêtant sur les différents aspects de la pensée de Said, multiple, complexe, parfois contradictoire, souligne avec beaucoup d’à-propos son rapport musical au monde, défini comme un « art critique du contrepoint », une  « implication dans la rumeur polyphonique ».

SOURCE VIVE

Cette position de l’entre-deux est spécifiquement celle qui a présidé, depuis une trentaine d’années, à la naissance puis au développement des études postcoloniales, d’abord en Amérique, ensuite en Europe et en France – non sans quelques réticences –, champ de pensée et de recherches dont L’Orientalisme de Said est littéralement la source vive. Les études postcoloniales se situent explicitement, épistémologiquement, des deux côtés de cette fracture : il s’agit d’y croiser les deux regards, celui du colonisateur qui a construit une rhétorique justifiant, même et y compris avec humanisme et empathie, son impérialisme, et celui du colonisé, ou ex-colonisé, qui a pu intégrer la culture occidentale pour mieux pouvoir comprendre sa situation dominée et savoir (ou non d’ailleurs) y remédier.

Dans un bel essai autobiographique et intime consacré à son père, Les Voix de l’Orient, Christine Buci-Glucksmann rejoint très justement Said en proposant une lecture tout à la fois sensible et critique, amicale et alternative, passionnée et distante, de cet amour qu’éprouvèrent bon nombre d’Européens pour l’Orient de leurs rêves. Elle y parvient en ­revisitant la vie de celui qui fut interprète de langues orientales et communiqua à sa fille « sa passion de l’Orient ». « Les écrits de Said ont précisé et nuancé [mon rapport à mon père], écrit la philosophe. Plus qu’une simple idéologie d’exclusion, l’orientalisme fut un mythe, une fan­tasmagorie. » C’est en définitive grâce à la vision construite par Edward Said que nous avons pu comprendre l’Orient tel qu’il nous parle : ce qu’il révèle bien davantage des Occidentaux et de leurs constructions imaginaires que des Orientaux et de leurs ­stéréotypes.

Dans l’ombre de l’Occident, d’Edward Said, suivi des Arabes peuvent-ils parler ?, de Seloua Luste Boulbina, traduit de l’anglais par  Léa Gauthier, Payot, « Petite bibliothèque », 208 p., 8,15 €.

La Renaissance orientale, de Raymond Schwab, Payot, 688 p., 32 €.

Les Voix de l’Orient. Le livre du père, de Christine Buci-Glucksmann, Galilée, 110 p., 20 €.

L’Orient au bout du monde
Patrick Boucheron, maître de conférences à l’Université Paris-I et Julien Loiseau, maître de conférences à l’Université Montpellier-III

Le Monde

13.10.2011

C’est une affaire entendue : l’Orient est, en grande partie, l’invention des orientalistes. L’Europe a rêvé et pensé l’Orient dans le temps même où, au XIXe siècle, elle imposait ses empires à la plus grande partie du monde. Ainsi ce que l’on nomme orientalisme n’est rien d’autre que la postérité artistique et savante de l’impérialisme européen – et c’est pourquoi les historiens se sentent fondés, depuis les travaux d’Edward Saïd, à l’envisager avec suspicion.

Celui des Anglais se plaisait de l’Inde à l’Irak, dans l’espace de culture persane ; celui des Français davantage d’Alger à Damas, dans les pays de langue arabe. A mesure que s’accélérait la mise en connexion du monde, c’est l’Orient dans son ensemble qui semblait se figer dans un passé immobile, l’arrimant à une altérité radicale sur laquelle se penchaient philologues, archéologues et ethnographes.

Rarement deux catégories savantes auront été plus éloignées : le monde emporté dans le tourbillon de son unification, l’Orient pris dans la gangue de sa différence. Il suffit pourtant de se retourner de quelques siècles, se placer à l’aube de la première mondialisation, pour constater combien les cartes étaient autrement distribuées, à la fin de ce que nous appelons le Moyen Âge.

Dans les cours princières de l’Italie de la Renaissance, on ne se piquait pas seulement de lire le grec mais également d’apprendre l’arabe, de lire le Coran ou encore ces manuscrits de magie judéo-arabes que le Sicilien Guglielmo Moncada, un juif converti, introduisit à la cour du pape Sixte IV. Cette curiosité n’était certes pas motivée par un goût des autres désintéressé : il y entrait des calculs et des rancoeurs, la volonté de mieux connaître l’adversaire pour le vaincre ou le convaincre. Mais elle n’était pas pour autant réductible au désir de domination. De cet Orient si proche, celui de l’islam, on fréquentait déjà les villes, on prisait les plus beaux objets, dont les monuments et les motifs formaient le décor familier de la peinture vénitienne. Gentile Bellini figurait ainsi des hommes en turban et des femmes en voile dans la foule assistant, sur fond de minarets, à la prédication de saint Marc en Alexandrie. Mais l’Orient plus lointain était également dans tous les esprits. En s’embarquant à l’été 1492 pour un fameux voyage, cinglant plein ouest, Christophe Colomb avait en tête le Livre des merveilles de Marco Polo et pour destination finale les Indes orientales, via Cipango (le Japon) et la cour mongole du grand khan.

Pour ces hommes de la fin du Moyen Age, l’Orient n’était plus seulement l’origine onirique de toute chose, l’emplacement du paradis perdu, mais un horizon nouveau, un espace tellement attractif que l’on cherchait, comme les Portugais dans l’interminable contournement de l’Afrique, de nouvelles voies pour l’atteindre. L’Orient occupait, à proprement parler, le centre du monde. A vouloir le circonscrire cependant, définir ses frontières et lui assigner des noms, on ferait certainement fausse route. L’Orient à l’heure de la première mondialisation n’était pas un lieu, mais une direction, celle que prenaient les empires dans leur rêve de domination universelle. On se souvenait alors que l’empire romain, s’il était borné à l’ouest, n’avait pas de limite à l’est, seulement l’horizon d’une conquête espérée. L’empire byzantin hérita de cette dissymétrie idéologique, et c’est pourquoi la prise de Constantinople par Mehmed II le 29 mai 1453 désorienta, au sens propre, l’Occident.

Et plus encore peut-être qu’une direction imaginaire, l’Orient était pour le monde du XVe siècle un noeud de réseaux bien réels. Réseaux de négoce, qui couraient de la douane d’Aden aux entrepôts de Malacca, se prolongeaient jusqu’aux villes chinoises du bassin du fleuve Bleu, et faisaient retour avec les vents de la mousson d’hiver – entre les mains des nakhudha, les « maîtres des navires » hindous ou musulmans établis dans le petit sultanat indien du Gujarat.

Réseaux de savoir, savoirs techniques des marins de l’océan Indien, savoir-faire des artisans qui façonnaient la porcelaine ou fondaient le métal, savoir lettré des marchands-missionnaires dont le grand succès fut incontestablement l’islam, de Gedi en Afrique orientale à Java et jusqu’aux mosquées de Pékin. Réseaux de pouvoir, enfin, ceux que bâtissaient depuis plusieurs siècles déjà les armées de mercenaires turcs, de l’Egypte mamelouke au sultanat de Delhi, ou ceux, plus éphémères, qui se formaient dans le sillage d’une aventure impériale, comme celle de l’empereur de Chine Yongle dont les navires, armés à Nankin, sillonnèrent les côtes de l’océan Indien et mouillèrent même à Jeddah, le port de La Mecque, en 1433 – l’année où s’achevèrent ces expéditions maritimes. Si cet Orient en réseaux excédait largement le domaine de l’islam, celui-ci en était le principal dénominateur commun, et le sésame : dans les années 1470, le marchand russe Afanasij Nikitine ne recommandait-il pas, pour réussir dans le commerce des Indes, de laisser sa foi au pays et d’invoquer Mahomet ? Voici sans doute l’apport le plus incontestable de la world history, telle qu’elle se développe depuis une trentaine d’années : avoir montré que l’océan Indien, qui constituait alors le second théâtre de l’islamisation du monde, fut le premier espace interconnecté avant l’ère de la mondialisation européenne.

Replacer l’Orient au centre du monde au moment où, pour la première fois, les hommes furent en mesure d’en parcourir la boucle, est sans doute aujourd’hui le meilleur chemin pour réfléchir autrement à l’histoire de la mondialisation. Il en va d’une rupture salutaire avec le récit épique des grandes découvertes et du destin de l’aventure européenne. C’est un fait : le pouls de l’histoire universelle ne bat pas depuis cinq siècles à l’extrémité occidentale du continent Eurasiatique. Le monde n’était pas un objet inerte à « découvrir » ; il n’attendait pas les marins venus d’Europe pour se déployer à la surface des mers. Mais il ne s’agit pas pour autant de substituer à cette épopée un autre grand récit dont l’Orient serait le héros collectif. La Renaissance est le nom que l’Europe a donné à son ambition de penser la totalité du monde, passé et présent réunis ; elle désigne sa prétention à assumer seule la marche à la modernité. Nul besoin par conséquent d’en équilibrer le discours, en cherchant à identifier dans l’histoire de l’Orient d’autres renaissances, dans la Chine des Song ou l’Iran des descendants de Tamerlan, qui expliqueraient de manière tout aussi providentielle la richesse caduque de l’un ou la puissance en devenir de l’autre. De même que la Renaissance ne préfigurait en rien la domination coloniale des empires européens du XIXe siècle, l’Orient à la fin du Moyen Age n’était pas la promesse de notre présent mondialisé. Ainsi la Chine des Ming s’empressa-t-elle d’oublier les aventures océaniques de l’amiral Zheng He et d’en faire disparaître les archives, pour mieux décréter « la fermeture des mers » (haijin) et l’interdiction du commerce maritime.

L’Orient a d’autres vertus heuristiques. De nous dépayser de notre propre passé, de nous en faire ressentir toute l’étrangeté, mais également de décentrer notre regard, de nous faire voir le monde sous d’autres angles, dans d’autres miroirs, à travers d’autres régimes de temps. Regarder le monde depuis l’Orient à la fin du Moyen Age est une invitation joyeuse à renoncer au récit univoque, à la narration unilatérale, pour mieux écouter la rumeur fluctuante des histoires contradictoires. Il n’est pas besoin de leur conférer le ton véhément et impérial qui accompagnait le récit glorieux de l’occidentalisation du monde, et dont l’orientalisme constituait le contrepoint discret. Se défaire enfin du roman oriental est sans doute la meilleure chose qui soit arrivée depuis longtemps à l’histoire, aux historiens et à leurs lecteurs.
Patrick Boucheron, maître de conférences à l’Université Paris-I, est historien du Moyen Age et de la Renaissance, spécialiste de l’Italie, et Julien Loiseau est maître de conférences en histoire de l’islam médiéval à l’Université Montpellier-III. Ensemble, ils ont dirigé et coordonné la publication d’une « Histoire du monde au XVe siècle » (Fayard, 2009).

Rencontres avec l’Islam Un autodafé pour les orientalistes
Jean-Pierre Péroncel-Hugoz

Le Monde

24.10.1980
HENRI GUILLEMIN s’est fait une réputation en remettant en cause tel ou tel personnage historique. Edward Saïd, professeur de littérature anglaise à l’université Columbia, à New-York, s’attaque, lui, à toute une science, vieille de deux siècles, dans sa version moderne : l’orientalisme.

Devant une telle entreprise on incline d’abord au scepticisme. Certes, la discipline visée n’a pas, loin de là, produit que des chefs-d’œuvre, parmi les quelque quatre-vingt mille ouvrages qu’elle a suscités dans les langues européennes depuis 1800 ; mais elle a toute de même contribué à restituer leur passé préislamique à l’Égypte ou à la Mésopotamie, et elle a apporté à l’intelligentsia occidentale une connaissance, certes insuffisante de l’univers arabo-musulman (1), mais mille fois plus large que le savoir sur l’Occident répandu parmi l’élite pensante arabophone – l’  » occidentalisme  » qui, en deux cents ans, n’a donné que quelques centaines d’études, restant un projet.

Puis on se dit : après tout, pourquoi pas ? Rien n’est sacré, ni définitif. De plus, l’auteur a un profil qui peut séduire ; d’origine palestinienne, élevé en Égypte, attentif à la culture française, âgé aujourd’hui d’à peine quarante ans, ne rabâchant pas les vieux clichés marxisants chers à nombre de ses pairs il a en outre la vertu, une fois établi à New-York, de braver, avec le groupe des diplômés arabes américains, le robuste conformisme intellectuel, trop marqué par le sionisme, de cette ville.

De Dante à Kissinger

Et on se lance dans le texte très serré de l’Orientalisme. Dès l’introduction, on bute sur Flaubert, rescapé de Sartre et qui, bien que n’ayant jamais prétendu au titre d’orientaliste, eut l’imprudence de commettre un certains nombre de pages orientales. Cela lui vaut, cette fois, d’inaugurer le jeu de massacre qu’Edward Saïd va mener d’une seule haleine durant quatre cents pages contre les orientalistes, ou assimilés, français et anglo-saxons. Les ébats auxquels Flaubert se livra (à Esneh, en Haute-Égypte, et non pas à Ouadi-Halfa, à la frontière soudanaise, à environ 500 km de là, comme l’écrit E. Saïd), avec l’aimée Koutchouk-Hanem, peuvent servir de  » prototype au rapport de forces entre l’Orient et l’Occident et au discours sur l’Orient que [ce rapport de forces] a permis « . L’orientalisme implique bien  » volonté de savoir et connaissance « , mais cela est gâté par le fait qu’il est  » tout agression, activité, jugement « .

Si Flaubert, malgré sa prétention à vouloir par son art  » ramener l’Orient à la vie « , reste malgré tout, comme Nerval, un  » écrivain de génie « , il est aussi  » l’incorrigible créateur d’un Orient imaginaire  » et sa vision est  » négative « . Avant eux, Dante a eu le tort, dans l’Enfer, d’infliger un  » châtiment (…) particulièrement répugnant  » au prophète  » Maometto « ,  » sans fin fendu en deux du menton à l’anus  » pour avoir été  » seminator di scandalo e di scisma « . Après eux, Kissinger a commis l’erreur de diviser la planète entre des sociétés occidentales  » newtoniennes  » et un tiers -monde qui. selon l’ancien secrétaire d’État américain, n’a pas admis que l’univers réel soit extérieur et non pas intérieur à l’observateur.

Ensuite, Edward Saïd place sur la sellette Chateaubriand, à  » l’esprit de vengeance chrétien  » et qui, sans vergogne,  » s’approprie (l’Orient), le représente et parle pour lui  » ; mais l’auteur de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem a plus de chance que Lamartine,  » Chateaubriand de basse époque « , compromis par un Voyage  » impérialiste  » au Levant… Goethe, Byron et Hugo ne voient tous trois dans l’Orient qu’un  » lieu d’occasions originales  » pour rimer.

Même Marx.

Michelet dit  » exactement le contraire de ce qu’il faut dire  » sur cette partie du monde. L’Anglais Lane, auteur de Manners and Customs of the Modem Egyptians, réédité plusieurs fois depuis 1836 et encore en 1978, traduit sa  » mauvaise foi  » en se déguisant en mahométan. Le réalisme de Renan est  » raciste « . Marx lui-même, que l’on s’étonne de rencontrer dans ces allées bourgeoises, est épingle pour avoir émis des idées  » romantiques et même messianiques  » sur l’Orient. Massignon, enfin, le grand Massignon (1883-1962), a bien laissé des  » interprétations d’une intelligence presque écrasante « , mais son Orient  » hors du commun  » est  » un peu bizarre « .

L’une des principales faiblesses de la thèse d’Edward Saïd est d’avoir mis sur le même plan les créations littéraires inspirées par l’Orient à des écrivains non orientalistes, dont l’art a nécessairement transformé la réalité, et l’orientalisme purement scientifique, le vrai. C’est du reste au sein de celui-ci que quelques rares noms trouvent grâce à ses yeux : l’Anglais Norman Daniel (2) et les Français Jacques Berque, Maxime Rodinson, Yves Lacoste, Roger Arnaldez.

En revanche un nom comme celui de Vincent Monteil, à l’œuvre si ample, si généreuse sur le monde musulman, n’est même pas cité une fois ! Pas plus que ceux d’autres spécialistes contemporains comme Régis Blachère, Henri Corbin, Henri Laoust, Louis Gardet, Robert Mantran, René Raymond, le Père Jacques Jomier, etc. C’est le cas aussi du baron de Slane, qui, au siècle dernier, rappela pourtant au monde l’existence cinq siècles plus tôt d’Ibn Khaldoun, inventeur de la sociologie.

Quelle lacune enfin de ne pas même mentionner l’arabisant Antoine Galland, qui, sous Louis XIV, sauva de l’oubli ce monument de la culture arabe que sont les Mille et Une Nuits, dont la future publication complète en arabe devait être en partie traduite du français !

Quant à Champollion, le temps n’est pas encore venu de lui chercher querelle pour avoir déchiffré les hiéroglyphes, mais son maître, Silvestre de Sacy,  » père de l’orientalisme « , n’est au fond qu’un compilateur  » cérémonieusement didactique « . Et les  » savants  » qui acceptèrent de suivre Bonaparte en Égypte ont droit à des guillemets, car ils inaugurent une période où  » la spécialité de l’orientaliste (sera) mise directement au service de la conquête coloniale « . Ce qu’Edward Saïd ne dit pas – mais le sait-il ? – c’est que cent quatre-vingts ans après cette expédition, on discute encore au Caire pour savoir s’il ne serait pas impie de traduire in extenso dans la langue du Coran, car ils sont consacrés à des  » idoles « , les trente-trois volumes monumentaux de la Description de l’Égypte, publiés en France de 1803 à 1828 et que l’auteur de l’Orientalisme ravale au rang de  » grande appropriation collective d’un pays par un autre « .

Rejeter Ibn Khaldoun ?

Même si tous les orientalistes – qu’il faut désormais appeler des  » spécialistes d’aire culturelle… » – avaient été des auxiliaires de la colonisation, ce qui n’est pas le cas, il crève les yeux qu’il resterait quand même d’eux un énorme apport scientifique pour une meilleure connaissance des sociétés orientales. Si cet apport doit être refusé à cause de son utilisation passée ou actuelle à des fins politiques ou en raison des positions personnelles dépassées de certains orientalistes, il faut brûler également maints voyageurs arabes du Moyen Âge ou le Père Huc et ses pérégrinations sino-tibétaines, les premiers pensant à islamiser, le second à évangéliser ; il convient même de rejeter Ibn Khaldoun à cause de son colonialisme arabe, de sa dureté à l’égard des minoritaires chrétiens et de son racisme à l’endroit des Noirs…

En réalité, même s’il s’en défend, Edward Saïd, bien qu’il soit d’origine chrétienne et de formation américaine, participe – sans nuance, ce qui est grave de la part d’un intellectuel – au grand refus musulman (3) qui, de Fès à Lahore, tente aujourd’hui de faire échapper l’islam tant à l’influence occidentale qu’au regard étranger. Surtout à ce regard.

Au cri sophistiqué de l’universitaire arabe de New-York, accentué encore par la blessure palestinienne, répond le prône du vendredi de n’importe quelle mosquée du Caire en 1980 :  » Les incroyants n’ont pas le droit de venir voir comment nous vivons, comment nous traitons nos femmes, comment nous gouvernons notre patrie islamique…  »
(1) L’orientalisme stricto sensu peut englober l’Asie entière et l’Afrique arabisée, mais Edward Saïd s’est essentiellement consacré à l’orientalisme arabisant.

(2) Auteur d’Islam and the West, il vit aujourd’hui avec sa femme chez les dominicains du Caire.

(3) Edward Saïd relève que Massignon – prémonitoirement ? – se représente  » l’islam [comme] une religion sans cesse impliquée dans des refus « .

L’Orient, fantasme de l’Occident
Tahar Ben Jelloun

Le Monde

08.12.1980
LORSQUE Bonaparte partit à la conquête de l’Égypte, il se fit accompagner d’un groupe de savants chargés d’étudier la culture du peuple soumis. Ainsi l’orientalisme, cette invention des intellectuels occidentaux, s’est épanoui dans le sillage de la domination militaire. Fait culturel, cette science est aussi un phénomène politique s’inscrivant dans la tradition impérialiste. Même si elle a revêtu des formes diverses, allant du racisme de Renan à la défense de l’islam et des Arabes, par Louis Massignon, en passant par la quête onirique de Nerval, le romantisme de Lawrence ou le messianisme de Marx.

Arabe, Palestinien, professeur de littérature anglaise et comparée à Columbia University (New-York), Edward Saïd vient d’étudier et de démonter les rouages du discours orientaliste. Son livre l’Orientalisme ; l’Orient créé par l’Occident (le Seuil) marque une étape importante dans le processus de décolonisation du discours que l’Occident a tenu et tient encore sur les Arabes et l’islam (1).

Pourquoi l’Orient en tant qu’entité n’a-t-il pu se représenter lui-même ? Autrement dit quelles sont les conditions historiques et culturelles qui ont permis à l’orientalisme – en tant que vision coloniale – d’exister et de fonctionner comme rapport à l’autre ?

– Il faut rappeler d’abord que le savoir moderne sur l’Orient est né de la force. L’Europe agit sur la scène théâtrale mondiale. Elle a conscience d’être un acteur qui prend la parole et domine la scène de manière conquérante. Cette conscience de supériorité, nous ne la trouvons pas chez les Orientaux. Aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, il y a eu, dans le monde arabo-islamique, une conscience locale concernant les problèmes intérieurs; cette conscience ne se prend pas pour une parole qui se diffuse et s’exporte.

 » Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas des énergies et des débats internes. Mais en tant que culture et pouvoir du mot qui résistent à la conquête, ces énergies n’existaient pas. Bonaparte a emmené dans ses bagages une équipe de savants et d’intellectuels pour mieux assimiler la logique non évidente, intérieure du peuple et de la société à conquérir. Il y a une conscience de l’identité conquérante nourrie et soutenue par une série de personnages conquérants dans l’histoire occidentale (Alexandre, César, Marc-Antoine, Auguste…). Bonaparte ne fait que poursuivre une tradition bien ancrée dans la conscience et l’histoire occidentales. Il partait en Égypte comme un nouvel Alexandre, un peu pour justifier les observations faites par Talleyrand, à propos  » des avantages à retirer des colonies nouvelles « .

– Si Bonaparte a une tradition qui le pousse vers l’Égypte, ne pensez-vous pas qu’il y a aussi de la part des Orientaux une absence de résistance ou une forme de passivité ?

– C’est vrai. Et pour moi cela reste inexplicable. Je ne comprends pas encore comment, pour ne parler que du monde arabe, l’Occident a réussi à le dominer. L’instinct de domination est inscrit dans l’histoire de l’Occident et non dans celle de l’Orient. Je peux l’expliquer, mais en me référant à mon histoire de Palestinien : je revois encore les immigrants juifs venant d’Europe nous repousser et s’infiltrer dans nos terres et foyers. Bien sûr il y avait une forte résistance, mais ce qui a manqué c’était la résistance systématique et dans le détail. Rappelez-vous la phrase de Weizmann :  » Another acre, another goat  » ( » Petit à petit « ). À cette politique du  » petit à petit « , très systématique et très étudiée, les Arabes n’avaient pas de réponse. Ils résistaient de manière générale ; ils ont refusé la conquête et n’ont jamais admis le fait accompli, et nous le voyons encore aujourd’hui chez les Palestiniens. Ce n’est que depuis la guerre de 1967 que la résistance palestinienne s’est adaptée à ce genre de conquête et de politique.

Exil

– Ne pensez-vous pas qu’il y avait dans le monde arabe une disponibilité, non à être conquis et dominé, mais à recevoir l’Autre ? Il y aurait comme une curiosité naïve, où n’est pas prévu l’aspect dominateur et conquérant ?

– Oui, il y a dans le monde arabe une curiosité paresseuse et un manque de vigilance. L’Orient est ouvert sur le monde extérieur (en tout cas en tant que consommateur d’objets et d’idéologies). Par cette porte entrent aussi bien l’ami que le conquérant. Depuis quelques années pullulent en Occident des centres d’études sur le monde arabe et islamique, alors que dans le monde arabo-islamique, même aujourd’hui, c’est-à-dire en ce moment de conflit latent avec l’Occident, rien de semblable n’existe. Je dirais même que cette curiosité est d’ordre affectif. Mais le monde arabo-islamique ne connaît pas suffisamment les rouages et la logique de l’Occident.

– Mais vous, vous connaissez très bien ce qu’est l’Occident. Votre livre est une analyse pertinente et scientifique de l’hégémonisme européen et de son ethnocentrisme. L’auriez-vous écrit si vous étiez resté en Palestine ou en Égypte ? À qui le destinez-vous ? Comment a-t-il été reçu aussi bien par le public occidental (anglo-saxon) que par les intellectuels et les responsables arabes ?

– Malheureusement, je ne crois pas que j’aurais écrit ce livre si j’étais resté dans le monde arabe. Il fallait, pour en arriver à ce livre, une distance et une désorientation. C’est le livre d’un exilé. Il fallait être entre les cultures et non dans les cultures. J’ai essayé de faire l’inventaire du processus par lequel nous, Orientaux, sommes devenus  » orientaux « , c’est-à-dire image et fantasme de l’Occident. J’ai essayé de reconquérir cette partie de notre identité qui était construite, manipulée et possédée par les autres. En tant qu’universitaire américain qui enseigne la littérature anglaise et comparée, j’ai essayé de faire un travail de critique qui dépasse les limites de la  » littéralité  » pour démontrer l’affiliation entre l’écriture, les institutions de la société et le pouvoir.

 » Donc ce livre est adressé à tous ceux de mes compatriotes, tous ceux qui ont vécu la domination politique et culturelle et qui, peut-être, ignorent les mécanismes cachés ou trop immédiats (invisibles) de la domination. Je vise les intellectuels du monde arabe qui parlent trop globalement et en général de l’Occident…

– … et qui sont aussi fascinés par cet Occident…

– Je vise aussi les intellectuels occidentaux, qui se mettent à élaborer les idéologies dominantes dans leur spécialité universitaire, qui font l’éloge de la  » science  » sans avoir suffisamment la conscience critique. Je tiens beaucoup plus à ce que Marx appelle  » les armes de la critique  » qu’aux institutions de la science qui me semblent toujours prises dans une complicité mystifiée avec leurs racines sociales.

– À la fin de votre livre, on a une impression trop négative.

Dans cette aventure orientaliste il n’y a rien à sauver, pas même Massignon que vous respectez par ailleurs…

– Ce qui est totalement négatif, pour moi, c’est la position de l’orientalisme en tant que science, et l’orientaliste en tant que spectateur d’un objet inerte, qui ne peut aboutir qu’à la situation que j’ai décrite dans mon livre. Mais ce que je veux sauver de l’orientalisme, c’est le travail de collaboration entre les hommes et les cultures, pour aboutir à une découverte collective et non à des résultats privilégiant une race sur une autre.

– Vous dites des choses gentilles sur ceux qui ont perpétué la tradition de Massignon comme Berque, Rodinson et d’autres chercheurs anglo-saxons. Que pensez-vous de cet orientalisme nouvelle manière, c’est-à-à-dire anticolonial ?

– Ceux-là manifestent un esprit anticolonial et antiraciste dans leur travail. J’admire beaucoup l’érudition prodigieuse qui est basée sur un humanisme philologique. D’un autre côté, j’admire l’esprit critique et pertinent des jeunes orientalistes qui, dans leur travail, ont réagi contre les idées reçues de cette discipline. Ce que j’estime le plus, c’est surtout la conscience critique qui se réfléchit et doute. Je pense que le véritable esprit chercheur est celui qui ne cherche pas des absolus, et qui reconnaît le fait que toute interprétation implique des circonstances existentielles de travail scientifique. Il n’y a pas d’interprétation scientifique à la manière d’une science de la nature. Les sciences humaines ne sont pas des sciences naturelles. Il n’y a pas LA science qui concerne toute l’humanité. Il y a des sciences et des interprétations qui luttent entre elles pour des positions d’efficacité dominantes et  » véridiques « . Cela ne veut pas dire que toutes les interprétations sont égales, ni que toutes les interprétations sont intéressées et vulgaires.

En profondeur

– Maxime Rodinson vous reproche de tomber dans  » la voie des deux sciences  » et va jusqu’à citer Lyssenko en vous accusant de faciliter l’existence  » d’une science bourgeoise, d’une science prolétarienne, une science blanche et une science noire, une science occidentale et une science orientale. ( » Libération « , 21 octobre 1980.)

– C’est une simplification et même une perversion de ce que j’ai écrit. Je suppose que personne ne puisse nier le fait que la  » science  » surgit de la société et que les circonstances (la quotidienneté de la science) sont toujours là. L’histoire de l’orientalisme et les résultats administratifs et coloniaux ont toujours été dissimulés par la rhétorique de la science. Je ne veux pas dire que la science n’est que ces circonstances et sa provenance. Ce que je dis est que la science n’est jamais absolue, mais toujours liée forcément aux besoins de la société et aux désirs de l’individu. Peut-être que Rodinson a une recette pour purger la science de sa gangue sociale.

– Pensez-vous que le monde arabe a intériorisé la vision orientaliste ?

– Ce qui caractérise l’intellectuel arabe contemporain, c’est une tendance à traduire la pensée occidentale en des langages locaux. Si vous prenez la carrière des hommes de la Nahda (Renaissance), il y a un effort conscient de moderniser le monde arabo-islamique selon les lois postulées par l’Occident.

 » C’est l’effort de Boustani et de Mohamed Abdou de répondre à l’Occident et de transformer l’islam pour qu’il puisse être perçu dans un rapport d’égalité avec la modernité définie par l’Occident. Je pense que cette tentative est terminée. À présent ce qu’on voit, c’est un islam qui réagit contre l’Occident (Khomeiny) ; c’est la partie la plus dramatique et la plus visible de ce qui se passe. Justement, ce phénomène justifie les craintes traditionnelles et culturelles de l’Occident d’islam militant a toujours fait peur). La notion de Jihad (guerre sainte) a été aussi montée en épingle.

 » Mais, sous cette surface, il y a un islam que j’appellerais investigateur, qui commence à se manifester à travers les efforts de plusieurs penseurs, écrivains et poètes ; il redéfinit la réalité actuelle du monde islamique. Pour ne citer que quelques exemples, les œuvres de l’Iranien Ali Chariati, les écrits du Marocain Laroui, les textes du poète Adonis… participent de ce travail en profondeur. »

(1) Voir  » le Monde des livres « , du 24 octobre 1980.
TAHAR BEN JELLOUN

Impossible Histories: Why the Many Islams Cannot be Simplified

Edward Said

Harper’s, July 2002

Discussed in this essay: Islam: A Short History , by Karen Armstrong. Modern Library, 2000. 222 pages. $19.95.

What Went Wrong? Western Impact and Middle Eastern Response , by Bernard Lewis. Oxford University Press, 2002. 180 pages. $23.

The history of trying to come to terms with this somewhat fictionalized (or at least constructed) Islam in Europe and later in the United States has always been marked by crisis and conflict, rather than by calm, mutual exchange. There is the added factor now of commercial publishing, ever on the lookout for a quick bestseller by some adept expert that will tell us all we need to know about Islam, its problems, dangers, and prospects. In my book Orientalism, I argued that the original reason for European attempts to deal with Islam as if it were one giant entity was polemical — that is, Islam was considered a threat to Christian Europe and had to be fixed ideologically, the way Dante fixes Muhammad in one of the lower circles of hell. Later, as the European empires developed over time, knowledge of Islam was associated with control, with power, with the need to understand the « mind » and ultimate nature of a rebellious and somehow resistant culture as a way of dealing administratively with an alien being at the heart of the expanding empires, especially those of Britain and France. During the Cold War, as the United States vied with the Soviet Union for dominance, Islam quickly became a national-security concern in America, though until the Iranian revolution (and even after it, during the Soviet invasion of Afghanistan) the United States followed a path of encouraging and actually supporting Islamic political groups, which by definition were also anti-Communist and tended to be useful in opposing radical nationalist movements supported by the Soviets. After the Cold War ended and the United States became the « world’s only superpower, » it soon became evident that in the search for new world-scale, outside enemies, Islam was a prime candidate, thus quickly reviving all the old religiously based clichés about violent, antimodernist, and monolithic Islam. These clichés were useful to Israel and its political and academic supporters in the United States, particularly because of the emergence http://www.mtholyoke.edu/acad/intrel/crisis/said.htm (1 of 7) [1/2/2009 5:45:48 PM] Edward Said, « Impossible Histories: Why the Many Islams Cannot be Simplified, » Harper’s, July 2002 of Islamic resistance movements to Israel’s military occupation of the Palestinian territories and Lebanon. Suddenly a rush of what appeared to be respectably expert material spouted up in the periodical press, most of it purporting to link « Islam » as a whole to such absurdly reductive passions as rage, antimodernism, anti-Americanism, antirationalism, violence, and terror. Quite unsurprisingly, when Samuel Huntington’s vastly overrated article on the clash of civilizations appeared in 1993, the core of its belligerent (and dishearteningly ignorant) thesis was the battle between the « West » and « Islam » (which he sagely warned would become even more dangerous when it was allied with Confucianism). What wasn’t immediately noted at the time was how Huntington’s title and theme were borrowed from a phrase in an essay, written in 1990 by an energetically self-repeating and self-winding British academic, entitled « The Roots of Muslim Rage. » Its author, Bernard Lewis, made his name forty years ago as an expert on modern Turkey, but came to the United States in the mid-seventies and was quickly drafted into service as a Cold Warrior, applying his traditional Orientalist training to larger and larger questions, which had as their immediate aim an ideological portrait of « Islam » and the Arabs that suited dominant pro-imperial and pro- Zionist strands in U.S. foreign policy. It should be noted that Orientalist learning itself was premised on the silence of the native, who was to be represented by an Occidental expert speaking ex cathedra on the native’s behalf, presenting that unfortunate creature as an undeveloped, deficient, and uncivilized being who couldn’t represent himself. But just as it has now become inappropriate for white scholars to speak on behalf of « Negroes, » it has, since the end of classical European colonialism, stopped being fashionable or even acceptable to pontificate about the Oriental’s (i.e., the Muslim’s, or the Indian’s, or the Japanese’s) « mentality. » Except for anachronisms like Lewis. In a stream of repetitious, tartly phrased books and articles that resolutely ignored any of the recent advances of knowledge in anthropology, history, social theory, and cultural studies, he persisted in such « philological » tricks as deriving an aspect of the predilection in contemporary Arab Islam for revolutionary violence from Bedouin descriptions of a camel rising. For the reader, however, there was no surprise, no discovery to be made from anything Lewis wrote, since it all added up in his view to confirmations of the Islamic tendency to violence, anger, antimodernism, as well as Islam’s (and especially the Arabs’) closed-mindedness, its fondness for slavery, Muslims’ inability to be concerned with anything but themselves, and the like. From his perch at Princeton (he is now retired and in his late eighties but still tirelessly pounds out polemical tracts), he seems unaffected by new ideas or insights, even though among most Middle East experts his work has been both bypassed and discredited by the many recent advances in knowledge about particular forms of Islamic experience. With his veneer of English sophistication and perfect readiness never to doubt what he is saying, Lewis has been an appropriate participant in post-September discussion, rehashing his crude simplifications in The New Yorker and the National Review, as well as on the Charlie Rose show. His jowly presence seems to delight his interlocutors and editors, and his http://www.mtholyoke.edu/acad/intrel/crisis/said.htm (2 of 7) [1/2/2009 5:45:48 PM] Edward Said, « Impossible Histories: Why the Many Islams Cannot be Simplified, » Harper’s, July 2002 trenchant, if wildly unprovable, anecdotes of Islamic backwardness and antimodernism are eagerly received. His view of history is a crudely Darwinian one in which powers and cultures vie for dominance, some rising, some sinking. Lewis’s notions (they are scarcely ideas) seem also to have a vague Spenglerian cast to them, but he hasn’t got any of Spengler’s philosophic ambition or scope. There isn’t much left to what Lewis says, therefore, than that cultures can be measured in their most appallingly simplified terms (my culture is stronger — i.e., has better trains, guns, symphony orchestras — than yours). For obvious reasons, then, his last book, What Went Wrong? which was written before but published after September 11, has been faring well on the bestseller lists. It fills a need felt by many Americans: to have it confirmed for them why « Islam » attacked them so violently and so wantonly on September 11, and why what is « wrong » with Islam deserves unrelieved opprobrium and revulsion. The book’s real theme, however, is what went wrong with Lewis himself: an actual, rather than a fabricated subject. For the book is in fact an intellectual and moral disaster, the terribly faded rasp of a pretentious academic voice, completely removed from any direct experience of Islam, rehashing and recycling tired Orientalist half (or less than half) truths. Remember that Lewis claims to be discussing all of « Islam, » not just the mad militants of Afghanistan or Egypt or Iran. All of Islam. He tries to argue that it all went « wrong, » as if the whole thing — people, languages, cultures — could really be pronounced upon categorically by a godlike creature who seems never to have experienced a single living human Muslim (except for a small handful of Turkish authors), as if history were a simple matter of right as defined by power, or wrong, by not having it. One can almost hear him saying, over a gin and tonic, « You know, old chap, those wogs never really got it right, did they? » But it’s really worse than that. With few exceptions, all of Lewis’s footnotes and concrete sources (that is, on the rare occasion when he actually refers to something concrete that one could look up and read for oneself) are Turkish. All of them, except for a smattering of Arabic and European sources. How this allows him to imply that his descriptions have relevance, for instance, to all twenty-plus Arab countries, or to Indonesia or Pakistan or Morocco, or to the 30 million Chinese Muslims, all of them integral parts of Islam, is never discussed; and indeed, Lewis never mentions these groups as he bangs on about Islam’s tendency to do this, that, or the other, backed by a tiny group of Turkish sources. Although it is true that he protects himself at first by saying that his polemic « especially but not exclusively » concerns an area he vaguely calls the Middle East, he throws restraint to the winds in all of what follows. Announcing portentously that Muslims have « for a long time » been asking « what went wrong? » he then proceeds to tell us what they say and mean, rarely citing a single name, episode, or period except in the most general way. One would never allow an undergraduate to write so casually as he does that, during the nineteenth century, Muslims were « concerned » about the art of warfare, or that in the twentieth « it became abundantly clear in the Middle East and indeed all over the lands of Islam that things had indeed gone badly wrong. » How he impresses nonexpert Americans with generalities that would never pass http://www.mtholyoke.edu/acad/intrel/crisis/said.htm (3 of 7) [1/2/2009 5:45:48 PM] Edward Said, « Impossible Histories: Why the Many Islams Cannot be Simplified, » Harper’s, July 2002 in any other field or for any other religion, country, or people is a sign of how degraded general knowledge is about the worlds of Islam, and how unscrupulously Lewis trades on that ignorance — feeds it, in fact. That any sensible reader could accept such nonsensical sentences as these (I choose them at random) defies common sense: For the whole of the nineteenth and most of the twentieth century the search for the hidden talisman [an invention of Lewis’s, this is the supposed Muslim predilection for trying to find a simple key to « Western » power] concentrated on two aspects of the West — economics and politics, or to put it differently, wealth and power. And what proof is offered of this 200-year « search, » which occupied the whole of Islam? One statement, made at the start of the nineteenth century, by the Ottoman ambassador in Paris. Or consider this equally precise and elegant generalization: During the 1930s, Italy and then, far more, Germany offered new ideological and political models, with the added attraction of being opposed to the Western powers. [Never mind the dangling « being opposed » — Lewis doesn’t bother to tell us to whom the models were offered, in what way, and with what evidence. He trudges on anyway.] These won widespread support, and even after their military defeat in World War II, they continued to serve as unavowed models in both ideology and statecraft. Mercifully, since they are « unavowed models, » one doesn’t need to offer any proof of their existence as models. Naturally Lewis offers none. Or consider, even more sublime, this nugget, which is intended to prove that even when they translated books from European languages, the wretched Muslims didn’t do it seriously or well. Note the brilliant preamble: « A translation requires a translator, and a translator has to know both languages, the language from which he is translating and the language into which he is translating. » (It is difficult for me to believe that Lewis was awake when he wrote this peculiarly acute tautology — or is it only a piercingly clever truism?) Such knowledge, strange as it may seem, was extremely rare in the Middle East until comparatively late. There were very few [sic] Muslims who knew any Christian language; it was considered unnecessary, even to some extent demeaning. For interpreters, when needed for commerce, diplomacy, or war, they relied first on refugees and renegades from Europe and then, when the supply of these dried up, on Levantines. Both groups lacked either the interest or the capacity to do literary translations into Middle-Eastern languages. http://www.mtholyoke.edu/acad/intrel/crisis/said.htm (4 of 7) [1/2/2009 5:45:48 PM] Edward Said, « Impossible Histories: Why the Many Islams Cannot be Simplified, » Harper’s, July 2002 And that is it: no evidence, no names, no demonstration or concrete documentation of all these Middle Eastern and Muslim incapacities. To Lewis, what he writes about « Islam » is all so self-evident that it allows him to bypass normal conventions of intellectual discourse, including proof. When Lewis’s book was reviewed in the New York Times by no less an intellectual luminary than Yale’s Paul Kennedy, there was only uncritical praise, as if to suggest that the canons of historical evidence should be suspended where « Islam » is the subject. Kennedy was particularly impressed with Lewis’s assertion, in an almost totally irrelevant chapter on « Aspects of Cultural Change, » that alone of all the cultures of the world Islam has taken no interest in Western music. Quite without any justification at all, Kennedy then lurched on to lament the fact that Middle Easterners had deprived themselves even of Mozart! For that indeed is what Lewis suggests (though he doesn’t mention Mozart). Except for Turkey and Israel, « Western art music, » he categorically states, « falls on deaf ears » in the Islamic world. Now, as it happens, this is something I know quite a bit about, but it would take some direct experience or a moment or two of actual life in the Muslim world to realize that what Lewis says is a total falsehood, betraying the fact that he hasn’t set foot in or spent any significant time in Arab countries. Several major Arab capitals have very good conservatories of Western music: Cairo, Beirut, Damascus, Tunis, Rabat, Amman — even Ramallah on the West Bank. These have produced literally thousands of excellent Western-style musicians who have staffed the numerous symphony orchestras and opera companies that play to sold-out auditoriums all over the Arab world. There are numerous festivals of Western music there, too, and in the case of Cairo (where I spent a great deal of my early life more than fifty years ago) they are excellent places to learn about, listen to, and see Western instrumental and vocal music performed at quite high levels of skill. The Cairo Opera House has pioneered the performance of opera in Arabic, and in fact I own a commercial CD of Mozart’s Marriage of Figaro sung most competently in Arabic. I am a decent pianist and have played, studied, written about, and practiced that wonderful instrument all of my life; the significant part of my musical education was received in Cairo from Arab teachers, who first inspired a love and knowledge of Western music (and, yes, of Mozart) that has never left me. In addition, I should also mention that for the past three years I have been associated with Daniel Barenboim in sponsoring a group of young Arab and Israeli musicians to come together for three weeks in the summer to perform orchestral and chamber music under Barenboim (and in 1999 with Yo- Yo Ma) at an elevated, international level. All of the young Arabs received their training in Arab conservatories. How could Barenboim and I have staffed the West-Ostlicher Diwan workshop, as it is called, if Western music had fallen on such deaf Muslim ears? Besides, why should Lewis and Kennedy use the supposed absence of Western music as a club to beat « Islam » with anyway? Isn’t there an enormously rich panoply of Islamic musics to take account of instead of indulging in this ludicrous browbeating? I have gone into all this detail to give a sense of the unrelieved rubbish of which Lewis’s book is made up. That it should fool even so otherwise alert and critical an historian as Paul http://www.mtholyoke.edu/acad/intrel/crisis/said.htm (5 of 7) [1/2/2009 5:45:48 PM] Edward Said, « Impossible Histories: Why the Many Islams Cannot be Simplified, » Harper’s, July 2002 Kennedy is an indication not only of how low most people’s expectations are when it comes to discussions of « Islam » but of the mischievous ideological fictions that pseudo-experts like Bernard Lewis trade in, and with which they hoodwink nonexperts in the aftermath of September 11. Instead of making it possible for people to educate themselves in how complex and intertwined all cultures and religions really are, available public discourse is polluted with reductive clichés that Lewis bandies about without a trace of skepticism or rigor. The worst part of this method is that it systematically dehumanizes peoples and turns them into a collection of abstract slogans for purposes of aggressive mobilization and bellicosity. This is not at all a matter of rational understanding. The study of other cultures is a humanistic, not a strategic or security, pursuit: Lewis mutilates the effort itself and pretends to be delivering truths from on high. In fact, as even the most cursory reading of his book shows, he succeeds only in turning Muslims into an enemy people, to be regarded collectively with contempt and scorn. That this has to do neither with knowledge nor with understanding is enough to dismiss his work as a debased effort to push unsuspecting readers toward thinking of « Islam » as something to judge harshly, to dislike, and therefore to be on guard against. Karen Armstrong is the other best-selling author tossed up by the mass anxiety so well traded on by the media in recent months. Like Lewis, she wrote her book long before the September events, but her publishers have pushed it forward as an answer to the problem of our times. I wish I could say more enthusiastically that in its modest way it is a useful book, but, alas, for too much of the time it ’ s too humdrum for that. Yet her intentions seem decent enough. Most of the book is potted history that chronicles events since Muhammad ’ s birth without much insight or particularly fresh knowledge. The reader would get as much out of a good encyclopedia article on « Islam » as from Armstrong, who seems to be a very industrious if not especially knowledgeable author. Her Arabic is frequently flawed (« madrasahs » for mada ̄ris, for example), her narrative often muddy, and, above all, one reads her prose without much sense of excitement. It is all very dutiful and, like Lewis ’ s book, too frequently suggests great distance and dehumanization rather than closeness to the experience of Islam in all its tremendous variety. Unlike Lewis, however, she is interested in concrete aspects of Islamic religious life, and there she is worth reading. Her book ’ s most valuable section is that in which she discusses the varieties of modern fundamentalism without the usual invidious focus on Islam. And rather than seeing it only as a negative phenomenon, she has an admirable gift for understanding fundamentalism from within, as adherence to a faith that is threatened by a strong secular authoritarianism. As an almost doctrinaire secularist myself, I nevertheless found myself swayed by her sympathetic and persuasive argument in this section, and wished that instead of being hobbled by a rigid chronological approach she had allowed herself to wander among aspects of the spiritual life of Islam that, as a former nun, she has obviously found congenial. Of course one can learn about and understand Islam, but not in general and not, as far too many of our expert authors propose, in so unsituated a way. To understand anything about human history, it is necessary to see it from the point of view of those who made it, not to http://www.mtholyoke.edu/acad/intrel/crisis/said.htm (6 of 7) [1/2/2009 5:45:48 PM] Edward Said, « Impossible Histories: Why the Many Islams Cannot be Simplified, » Harper’s, July 2002 treat it as a packaged commodity or as an instrument of aggression. Why should the world of Islam be any different? I would therefore suggest that one should begin with some of the copious first-person accounts of Islam available in English that describe what it means to be a Muslim, as in Muhammad Asad ’ s extraordinary book The Road to Mecca (a gripping account of how Leopold Weiss, 1900 – 92, born in Lvov, became a Muslim and Pakistan ’ s U.N. representative), or in Malcolm X ’ s account in his memoir, or in Taha Hussein ’ s great autobiography, The Stream of Days. The whole idea would be to open up Islam ’ s worlds as pertaining to the living, the experienced, the connected-to-us, rather than to shut it down, rigidly codifying it and stuffing it into a box labeled « Dangerous — do not disturb. » Above all, « we » cannot go on pretending that « we » live in a world of our own; certainly, as Americans, our government is deployed literally all over the globe — militarily, politically, economically. So why do we suppose that what we say and do is neutral, when in fact it is full of consequences for the rest of the human race? In our encounters with other cultures and religions, therefore, it would seem that the best way to proceed is not to think like governments or armies or corporations but rather to remember and act on the individual experiences that really shape our lives and those of others. To think humanistically and concretely rather than formulaically and abstractly, it is always best to read literature capable of dispelling the ideological fogs that so often obscure people from each other. Avoid the trots and the manuals, give a wide berth to security experts and formulators of the us-versus-them dogma, and, above all, look with the deepest suspicion on anyone who wants to tell you the real truth about Islam and terrorism, fundamentalism, militancy, fanaticism, etc. You ’ d have heard it all before, anyway, and even if you hadn ’ t, you could predict its claims. Why not look for the expression of different kinds of human experience instead, and leave those great non- subjects to the experts, their think tanks, government departments, and policy intellectuals, who get us into one unsuccessful and wasteful war after the other? Return to Vinnie’s Home Page Return to Political Islam Page http://www.mtholyoke.edu/acad/intrel/crisis/said.htm (7 of 7) [1/2/2009 5:45:48 PM]

Orientalism: An Exchange

Edward W. Said and Oleg Grabar, reply by Bernard Lewis
August 12, 1982 Issue
In response to:
The Question of Orientalism from the June 24, 1982 issue

To the Editors:

Insouciant, outrageous, arbitrary, false, absurd, astonishing, reckless—these are some of the words Bernard Lewis [NYR, June 24] uses to characterize what he interprets me as saying in Orientalism (1978). Yet despite these protestations, the sheer length of his diatribe and the four years of gestation he needed to produce it suggest that he takes what I say quite seriously, non-Orientalist though I may be. It is edifying to note that between Lewis and his Princeton co-luminary Clifford Geertz, whose rather trivial arguments against me were presented only a few weeks before, they seem to have unlimited indulgence to display their attitudes in The New York Review of Books (given that Orientalism was already reviewed in its pages three years ago). Lewis’s verbosity scarcely conceals both the ideological underpinnings of his position and his extraordinary capacity for getting everything wrong. Of course, these are familiar attributes of the Orientalists’ breed, some of whom have at least had the courage to be honest in their active denigration of Islamic, as well as other non-European peoples. Not Lewis. He proceeds in his usual mode by suppressing or distorting the truth and by innuendo, methods to which he adds that veneer of omniscient tranquil authority which he supposes is the way scholars talk. The fact is that the present political moment allows him to deliver ahistorical and willful political assertions in the form of scholarly argument, a practice thoroughly in keeping with the least creditable aspects of old-fashioned colonialist Orientalism.

To imply as he does that the branch of Orientalism dealing with Islam and the Arabs is a learned discipline that can be compared with classical philology is as appropriate as comparing Professor Menachem Milson, Israeli Orientalist and civilian governor of the West Bank, with Wilamowitz. On the one hand Lewis wishes to reduce Islamic Orientalism to the status of an innocent and enthusiastic department of scholarship; on the other he wishes to pretend that Orientalism is too complex, various and technical to exist in a form for any non-Orientalist (like myself and many others) to criticize. Lewis’s tactic here is blatantly to suppress a significant amount of history. European interest in Islam derived from fear of a monotheistic, culturally and militarily formidable competitor to Christianity. The earliest scholars of Islam, as numerous historians have shown, were medieval polemicists writing to ward off the threat of Muslim hordes and of apostasy. In one way or another that combination of fear and hostility has persisted to the present day both in scholarly and non-scholarly attention to an Islam which is viewed as belonging to a part of the world, the Orient, counterposed imaginatively, geographically, and historically against Europe and the West.

The most interesting problems about Islamic or Arabic Orientalism are, first, the forms taken by the medieval vestiges persisting in it so tenaciously, and, second, the whole history and sociology of connections between it and the societies that produced it. There are strong affiliations between Orientalism and, for example, the literary imagination as well as the imperial consciousness. What is therefore striking about many periods of European history is the traffic between what scholars and specialists wrote and what poets, novelists, politicans, and journalists then wrote about Islam. In addition—and this is what Lewis neither can nor will deal with—there is a remarkable (but nonetheless intelligible) coincidence between the rise of modern Orientalist scholarship and the acquisition of vast Eastern empires by Britain and France.

Although the relationship of a classical education within British education contemporaneous with the extension of the British empire is more complex than Lewis might suppose, no such glaring coincidence exists in the modern history of classical studies. Much of the information and knowledge about Islam and the Orient that was used by the colonial powers to justify their colonialism derived from Orientalist scholarship. Even if the reverse is not entirely true, a fairly consistent interchange still continues between area scholars like Orientalists and government departments of foreign affairs. In addition, many of the stereotypes of Islamic sensuality, sloth, fatalism, cruelty, degradation and splendor to be found in writers from John Buchan to V.S. Naipaul are also presuppositions underlying the adjoining field of academic Orientalism. In contrast, the trade in clichés between Indology and Sinology on the one hand, and general culture on the other is not as flourishing. Nor is there very much similarity between what obtains in Sinology and Indology and the fact that many professional scholars of Islam spend their lives studying it and still find it an impossible religion and culture to like, much less admire. To say that this is a matter of not espousing “fashionable causes” is not quite to address the question of why, for example, so many Islamic spècialists actively work for, were and still are routinely consulted by governments whose designs in the Islamic world are economic exploitation, domination or outright aggression, or why so many Islamic scholars—like Lewis himself—voluntarily feel that it is part of their duty to mount attacks on modern Arab or Islamic peoples with the pretense that “classical” Islamic culture can nevertheless be the object of disinterested scholarly concern. The spectacle of specialists in the history of medieval Islamic guilds being sent on State Department missions to brief area embassies on US security interests in the Gulf does not spontaneously suggest anything resembling love of Hellas. But it does suggest Lewis and of course Milson, the Orientalists who each in his own way put theory directly into practise.

It is therefore not surprising that the field of Islamic and Arabic Orientalism, always ready to deny its complicity with state power, has never produced a critique of the affiliations I have just been describing, and that Lewis can utter the amazing statement that a criticism of Orientalism would be “meaningless.” It is also not surprising that with a few exceptions most of the negative criticism my work has elicited from “specialists” has been, like Lewis’s, banal description of a barony violated by a crude trespasser. (Incidentally, Lewis is as usual inaccurate in saying that Le Monde reviewed the French translation of Orientalism unfavorably: there are two reviews, one of them favorable. As for the specialist reviews they were mixed and Lewis wrong again. The special issue of Annales on Islam gave it a good review, as did most of the contributors to a symposium on the book in the Journal of Asian Affairs.) The only specialists (again with a few exceptions) who attempted to deal with what I discuss—which is not only the content of Orientalism, but its relationships, affiliations, political tendencies, world-view—were Sinologists, Indologists, and the like: one example is Benjamin Schwartz of Harvard, who used the occasion of his presidential address to the Asian Studies Association not only to disagree with some of my criticism, but also to welcome my arguments intellectually. The Arabists and Islamicists have responded with the aggrieved outrage that is their substitute for self-reflection; most of them use words like malign, dishonor, libel, as if criticism itself were an impermissible violation of their sacrosanct academic preserve. In Lewis’s case the defense he offers is an act of breathtakingly bad faith, since as I shall show, more than most Orientalists he has been a passionate political partisan against Arab causes in such places as the US Congress, Commentary, and elsewhere. The proper response to him must therefore include an account of what politically and sociologically he is all about when he pretends to be defending the “honor” of his field, a defense which, it will be evident enough, is an elaborate confection of ideological half-truths designed to mislead non-specialist readers.

In short, the relationship between Islamic or Arab Orientalism and modern European culture can be studied without at the same time describing every Orientalist who ever lived, every Orientalist tradition, or everything written by Orientalists. It is idiotic to say that Orientalism is a conspiracy or to suggest that “the West” is evil: both are among the egregious fatuities that Lewis has the gall to ascribe to me. On the other hand it is rank hypocrisy to suppress the cultural, political, ideological, and institutional contexts in which people write, think, and talk about the Orient, whether they are scholars or not. And I believe it is extremely important to understand the fact that the reason why Orientalism is opposed by so many thoughtful Arabs and Muslims is that its modern discourse is correctly perceived as a discourse of power. In this discourse, based mainly upon the assumption that Islam is monolithic and unchanging and therefore marketable by “experts’ for powerful domestic political interests, neither Muslims nor Arabs recognize themselves as human beings or their observers as simple scholars. Most of all they see in the discourse of modern Orientalism a chronic tendency to deny, suppress or distort the cultural context of Orientalism in order to maintain the fiction of its scholarly disinterest. It is precisely this tendency that Lewis’s rejoinder to me exemplifies.

Take first his charges of inaccuracy, ignorance or tendentious analysis. He appeals to an audience that is most unlikely to know how deliberately imprecise his points are but is very likely to assume that since Clifford Geertz has told them I am an intemperate left-wing non-Orientalist Christian Palestinian, I cannot be trusted. This is not an epistemological issue but a political one, and Lewis exploits it shamelessly. He says that my knowledge of Arabic and Islam shows astonishing gaps—as if my knowledge of Arabic isn’t beside the point entirely. His example is my alleged mistranslation of the Arabic word tawhid which, borrowing without acknowledgement from H.A.R. Gibb, Lewis says is monotheism. I don’t wish to argue with Lewis or to show that no Muslim, no Islamic scholar, certainly no literate historian of religion would want to reduce as important a word as tawhid as clumsily as Lewis does to one meaning (especially when elsewhere in his polemics Lewis is at pains to show that words have many meanings). I just want to note that in his unseemly haste to attack me Lewis has overlooked the fact that what I said about tawhid occurs in a discussion of Louis Massignon that is footnoted, and that the reference is to Jacques Waardenburg quoting Massignon’s translation of tawhid verbatim. Now ask literally anyone—including Lewis—with any idea at all about Islam whether he or she would trust Massignon or Lewis and Gibb on the question of tawhid, and the matter would be closed. Fortunately, even that isn’t necessary since Lewis’s carelessness in reading English disqualifies him from argument well before we get to Arabic.

Then there is the meaning of thawra, the common modern Arabic term for revolution, and Lewis’s description of it. His discussion of thawra incidentally is one of two occasions in an enormous article in which Lewis reveals that he is writing not just as a defender of Orientalism, but as someone I had criticized in two of my books. His declaration of interest, as so often, is extremely discreet. With bogus learning, Lewis parades meanings of thawra acquired from a superifical survey of sources. His Orientalist account of the word has very little to do with what it means in contemporary usage; thus his method of proceeding is peculiar to a field that studiously places a greater value on what European scholars thought and said than on what users of a language thought and said. One of his examples is that thawra is associated with the act of rising up, after which Lewis affixes to “rising up” a parenthetical instance, “e.g., a camel.” This he says in his defense follows “the standard classical Arabic dictionaries, and would have been immediately recognized by anyone familiar with Arabic lexicography.” Arabic lexicography isn’t the issue here: the real issue is whether Lewis is right to associate rising camels with the contemporary meaning of the term thawra, and whether anyone using the term in Arabic, i.e., a native speaker, would find the rising camel of any relevance. In fact the standard Arabic dictionaries do not all use the camel example, and when they do (e.g., Lisan al Arab of Ibn Manzur, Tahdhib al lugha by al-Azhari, which are among the very earliest dictionaries) the camel is an insignificant illustration, usually given one or two inconspicuous lines out of a total of several pages. More correct than rising up is the association between thawra and anger as a cause for the movement of armies, people, etc. A very important dictionary, Zamakhshiri’s eleventh-century Assas al Balagha, doesn’t even mention the rising camel. So we see that Lewis deliberately chooses an unimportant example first in order to indulge the well-known Orientalist prejudice that all Semitic languages ought to be understood with reference to concrete or desert usages, and second, to score a point against the modern Arabs whose use of thawra is undercut by the word’s undignified origins. In so doing of course he scants actual usage, the elucidation of which is presumably why he wrote the article. Lewis’s master in this procedure is Renan whose hatred of Arabs and Jews was customarily laced with instances revealing the primitive arrested mentality of desert dwellers lurking beneath a superficially modern exterior.

All of Lewis’s scholarly points are of the same kind and don’t require as much disproof. Certainly his contention that I only discuss minor works by minor Orientalists is about as well-founded as his confusion of revolution with a rising camel. When he says that I malign Lane and Sacy he is reading his own insecurity into what I said. For my purposes Lane’s Modern Egyptians was more important than his Lexicon (to which I devote some words) because so many writers, including Flaubert and Nerval, make use of it as a canonical authority on Oriental life; merely to say that the Lexicon is much more important (perhaps because in its first volume Lane cites the camel-thawra connection in a subsidiary verb form) is to say something very arguable indeed. As for Schlegel’s division of languages into Indo-European and Semitic families, I didn’t cite it as something to be objected to, only to show how Schlegel used the distinction—I quote from pp. 97-98 of Orientalism—to utter strictures on, for example, “the dead empty theism of Islam.” Once again Lewis cannot read what I say with anything resembling accuracy.

Certainly I omitted German scholars, although I would have thought Lewis would have been able to understand my reason for doing so, which (to repeat) is that since I was not talking about everything Orientalists did, and since I was interested principally in the relationship between Orientalism and the two major imperialist powers in the Orient, the German school—despite its prodigious output—can best be regarded as elaborating and extending the essential Weltanschauung adumbrated by its French and British predecessors. Lewis is not the first Orientalist to hector me with omitting the Germans, nor is he the first to cite dutifully a lot of names that I don’t mention. Had he had the intellectual rigor to blame me for not discussing Israeli Orientalists, he would have made a good point. Nevertheless, he needs to be reminded again that I didn’t write a biographical dictionary of Orientalists, and that he and his “specialist” colleagues should produce substantive reasons as to why the Germans and all the others should be mentioned. Otherwise we shall have to conclude that lists of names and expressions of outrage are the extent of what Orientalists can utter when they are criticised intellectually.

Lewis’s ideological unwillingness to confront my essential argument extends naturally to his habit of distorting how I state it. The few sentences he reproduces from my account of Silvestre de Sacy are mischievously purged of the crucial phrases I use to describe the man’s enormous efforts and influence: for example, that “Sacy’s achievement was to have produced a whole field.” Far from dating the rise of Orientalism from the late eighteenth century, I specifically date it from 1312 (pp. 49-50). Having mistaken the fourteenth century for the eighteenth, Lewis is scarcely in a position to fault my sense of history. And given his extraordinarily careless way with what he reads it is no wonder that he cannot grasp the self-evident truth that modern knowledge of the Orient was based on the literal capture, transport, and consequent study by Europeans of documents from the Orient. How and where does Lewis suppose that English and French scholars found the texts on which Orientalism as a science was based? Does he seriously believe that we can just pretend as he does that conquest and acquisition played no part in what Raymond Schwab calls “les étapes litérales” of Orientalist history?

The rest of Lewis’s detailed criticisms have a distinctly nasty political tone about them. When he says that I don’t attack the Soviet Orientalists for their attacks on Mohammed, he signals the audience that I may after all be a Soviet apologist. This bit of red-baiting cannot conceal the obvious, that if the Soviet Russian Orientalists attacked Islam they also attacked Christianity, Judaism, as well as all other religions for being opiates of the people. There is a difference between that, however, and invidiously singling out Islam, a practice more common among Western Orientalists. Interestingly Lewis doesn’t mind citing the great Marxist scholar Rodinson, but he opportunistically omits to mention (a) that far from being a routine academic Marxist, Rodinson was a professed Stalinist member of the French CP, (b) that when Rodinson said of my formulations that pushed to the limit they would lead to a kind of Zhdanovism, Rodinson also made it clear that I did not so push my formulations, and (c) that in his book La Fascination de l’Islam and in an interview given to al-Hawadess, Rodinson made it abundantly clear that he was in substantial agreement with my work.

So sloppy a performance somewhat undermines Lewis’s claims to “scholarly validity” and “intellectual precision.” As a defense of Orientalism then what he says must be judged on the political grounds which his rhetoric has insufficiently hidden. Most Arabs and Muslims today would consider Lewis as their ideological and political enemy. That his books have been translated into Arabic is as much a sign of his popularity among Arabs and Muslims as the Hebrew translation of my book The Question of Palestine is a sign of my popularity in Israel. When he claims that my views about Arab scholars show contempt for them he clumsily misses the point I was making, that Western Orientalists don’t feel they have to read Arab journals as much as Arabs feel they must read Western journals; this is the context of my remark about the absence of a “major” Arab journal. As a perfect instance of what I mean there is Clifford Geertz’s study of a Moroccan market. Aside from giving no proof that he knows the spoken or written language of that market place, Geertz affixes twenty-eight pages of double-columned footnotes in extremely fine print as bibliographical and critical support for his description of a Moroccan souk. In none of this is there any mention of Arab scholarship, much less of Arabic literature, anthropological observation, or history. All the references are essentially to European and American sources.

Not content with pretending that he is a defender of the Arabs, Lewis insinuates that as a Christian Arab I must be perceived as demonstrating the insecure minority status I feel as a non-Muslim within the Islamic world. Geertz openly says the same thing, having the bad taste to explain me as a leftwing Christian Palestinian in an omnibus review of several books that makes a point of not saying anything about the racial origins of authors with whose views he is evidently in political and intellectual agreement. That Geertz should also pair me off with Elie Kedourie, whom he describes as a right-wing Iraqi Jew, merely underlines the racist Orientalist habit of reducing the intellectual positions of wogs to their ethnic genealogy, then pairing them off like matched fighting-cocks. (Would it be regarded as within the limits of polemical etiquette were I similarly to comment upon the ethnic origins of my assailants?)

Since Lewis’s apologia and attack in The New York Review of Books borrows verbatim from his congressional testimony (e.g., his ecological homily on the polluted meaning of the word Arabist), it is proper for me to sketch out the reality of his position and of his “scholarly” activities. He is a frequent visitor to Washington where his testimony before the likes of Senator Henry Jackson mixes standard Cold War bellicosity with fervent recommendations to give Israel more, and still more, arms—presumably so that it may go on improving the lot of Muslims and Arabs who fall within the range of its artillery and airpower. He gives university lectures on such subjects as “Media and Techniques of Propaganda in Islam” in which a highlight of the talk is an allusive—Lewis is always allusive—comparison of the opening phrase to the Islamic call to prayer “God is great” (allah akbar) with Sieg Heil and Il Duce, although I hasten to add that to their credit his audiences on such occasions have received his remarks unkindly. He has the nerve to pretend that only the Arabs are sensitive to what is taught in US and European universities, whereas he knows as well as anyone that such groups as the American Jewish Committee have conducted studies which look for bias and political prejudice in exactly the same places. In fact he is quoted as having said—in terms very far from those a disinterested Orientalist scholar might be expected to use—that “if need be they [Jewish scholars of Islam and the Arabs] ought to wage battle from the relative safety of the growing Jewish studies programs.”

But it is when Lewis tries to hide politics beneath the umbrella of academic respectability that he is at his most unscholarly, and most overtly the active policy scientist, lobbyist and propagandist. His lame concession to even-handedness is that at one of his Princeton international seminars he did invite a Sudanese Muslim to debate the proposition with Africans put forward by “some Israeli scholars” that it was Arab nations “who depopulated their [African] countries in time past.” And if that isn’t lobbying enough he ran a seminar in 1978 on the millet system in which the Palestinian Arab “minority” was spoken for by an Israeli professor mellifluously discussing the Palestinians’ behavior without much reference to the legal strictures against them as non-Jews in a Jewish state, and in which the whole concept of millets, as an implied “solution” for the Middle East’s instability, was presented throughout the seminar in ways that strikingly reproduce the Zionist vision of a world divided into racial and ethnic ghettoes.

Thus for the past several years Lewis has been engaged in preaching scholarship and practising politics. It is of course quite natural for scholars to have political views and even to impart those views to their students and colleagues in an honest manner. Lewis is guilty of no such balance or discipline. Politics always overrides everything except the facade of scholarship. Only “the Arabs” among the peoples, he says with characteristic modesty, vituperatively attack Orientalists. Could it perhaps be that “the Arabs” find Orientalists like Lewis particularly hard not to attack, especially when political attack is the real substance of the scholarship such Orientalists offer?

When Lewis writes as a professional Orientalist historian that

unlike countless millions of refugees in Europe, Asia and Africa who were displaced in the aftermath of World War II, the Palestinian refugees were not resettled but kept in their camps for thirty years. To retain the identity imposed on them by the defunct British mandate, and use it to resist absorption into the vast lands and expanding economies of the Arab world, required a great act of will, and was a remarkable achievement of the Palestinian Arab leadership.
We find not history, not scholarship, but direct political violence substituting for reasoned judgement. To say that Palestinian identity is simply the creation of British colonialism—as if Palestinian history prior to 1920 did not exist—is not only to utter a scandalous falsehood based on a typical Orientalist disregard of mere natives: it is also to propose that resettlement and absorption might be possible if the will of the Palestinian Arab leadership were to be broken. Note also that in making no mention of the 600,000 Israeli Palestinians or of the 1.3 million West Bankers and Gazans, Lewis wishes them away; like Rabbi Kahane and Gush Emunin he therefore seems to advocate driving them out into Arab countries. The resemblance between Lewis’s view of the history and desirable future of the question of Palestine and Menachem Milson’s is chilling. Milson of course has the West Bank, Gaza and Lebanon on which to project his ideas, and General Sharon’s tanks and jets to impose them. Lewis’s field of operation is the scholarly equivalent of theirs, although he calls what he does Orientalism.

Edward W. Said
Columbia University

New York, New York

To the Editors:

I have little quarrel with Professor Bernard Lewis’s article on “The Question of Orientalism.” Both in his rebuttals of specific points raised by anti-orientalists and in his general elaboration of the numerous and complex accomplishments of scholars proud to be called orientalists, he is right on nearly every point, inasmuch as he freely acknowledges the unavoidable and human prejudices of some otherwise excellent scholars as well as arbitrary and at times anachronistically silly use of certain labels like Arabist or in fact Orientalist. Most importantly, Professor Lewis is absolutely right in emphasizing the point that there is a level of scholarly accomplishment which knows no ideological, ethnic, national, or cultural frontiers, even if individual practitioners are occasionally guilty of the narrowest prejudices or of misplaced intellectual allegiances.

Yet Professor Lewis does not really ask the fundamental questions which is why the antiorientalist movement has been so successful, in spite of mostly negative reviews by specialists. It obviously corresponds to something which is deeply rooted in the minds of many young and not so young scholars from the Muslim world and it cannot be answered simply by pointing out factual errors or willful misunderstandings. The opening paragraphs of his article proposing a model of revisionist classical studies based on an adaptation to them of what has allegedly happened to Islamic studies are a disingenuous, if amusing, caricature of a phenomenon which is not simply the silly reaction of disgruntled and linguistically or mentally narrow intellectuals. And, while I agree with Professor Lewis that V.S. Naipaul’s book is a very lucid, if depressing, depiction of the world of Islam as it appears to an intelligent outsider, it is still true, I feel, that it is a book which judges from the outside, which does not penetrate into the anguish and the hopes of the believers themselves.

The key point, it seems to me, is that most of us, scholars of the Muslim past, Western orientalists or orientalists de l’intérieur, have separated a completed, discrete, past (the Ottomans, the Mughals, the Umayyads) from the contemporary scene; but many of us have often been tempted to jump from our competence in the past to an explanation of today; how many Western medievalists are called upon to explain contemporary culture? On the other hand, to many younger Muslims and to a number of Westerners who have lived through the upheavals of recent years in the Muslim world, the issue is one of reconciling the turmoils of today with the correct or not images of the past.

In my own field of art and architecture, acute questions have arisen. Why have buildings in the contemporary International Style been imposed so easily on the traditional Islamic architecture of so many cities? Is there something fundamentally Islamic about the past which can be expressed in contemporary terms? Is it a legitimate cause for resentment when interpretations of Islamic forms are based on Western criteria? These are not idle, foolish, or intemperate questions, even if they are sometimes put in unnecessarily truculent terms. They are genuine searches for a self-identity in the contemporary world which are thwarted by an interpretation of the Muslim tradition based on the past. It would be foolish to explain contemporary France in the terms of the passage from the Romanesque to the Gothic, yet this is precisely what is consistently done in dealing with the Muslim world. It is done by non-Muslims as well as by Muslims, in a pattern of mutual influences which may have something to do with the orientalist’s fascinatio