Commémorations: A un moment trop de mémoire tue la mémoire (Spot the mistake: Repentance in the West, impunity in the East)

27 mai, 2015
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Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
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Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. G.K. Chesterton
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. René Girard
Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots. Jean Jaurès
D’ailleurs, qui a jamais cru que le général de Gaulle, étant appelé à la barre, devrait se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes ? Charles De Gaulle
Je suis moi aussi contre les euromissiles, seulement je constate que les pacifistes sont à l’Ouest et les euromissiles à l’Est. Mitterrand
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe. Vladimir Poutine (à Bill Clinton, novembre 1999)

Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres.
Alexandre Prokhanov
Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe. Vladimir Soloviev
Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire. L’Humanité
Le combat contre la barbarie nazie célébré aujourd’hui. Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay reposeront dans la crypte qui reste close aux résistants communistes, ainsi en a décidé François Hollande. Le PCF rend hommage à tous les combattants de l’ombre. L’Humanité
Tout se passe comme si, à l’heure actuelle, s’effectuait une distribution des rôles entre ceux qui pratiquent le repentir et l’autocritique – les Européens, les Occidentaux – et ceux qui s’installent dans la dénonciation sans procéder eux-mêmes à un réexamen critique analogue de leur propre passé – en particulier les pays arabes et musulmans. Tout indique même que notre mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience. Jacques Dewitte
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Le parlement français a adopté à l’unanimité une loi déclarant que « la traite transatlantique et de l’Océan Indien, perpétué à partir du 15ème siècle contre des Africains, Amérindiens, Malgaches et Indiens, constitue un crime contre l’humanité »: les siècles d’esclavage avant le 15e siècle et l’esclavage d’autres peuples ne constituant apparemment pas un tel crime, du moins en France. Pourquoi le parlement français devrait-il dénoncer l’esclavage post-15e siècle comme « crime contre l’humanité » mais pas celui qui a construit les Pyramides et le Parthénon et la plupart des autres grands monuments de l’Antiquité? Les millions d’Européens et d’Américains qui, aux 17e et 18èmes siècles, ont été enlevés et asservis par les Etats barbaresques de l’Afrique du nord n’ont-il pas eux aussi droit à des excuses, de la part par exemple de Khadafi ou du roi du Maroc? (…) Les agents de la fourrière deviendront-ils la Gestapo du 22e siècle, nos zoos son goulag, rappelés avec honte? Verra-t-on le magazine Hartford Courant qui a fait d’abjectes excuses pour avoir publié aux 18e et 19e siècles des pubs pour des ventes d’esclaves se confondre en excuses au siècle prochain pour avoir présenté des pubs de chiots à vendre? Gorman Beauchamp
Ce n’est pas une chose que nous devions approuver. La charia ne nous requiert pas d’approuver le port du coquelicot. Il est question ici de la Seconde Guerre Mondiale, et elle n’a rien à voir avec les musulmans. Il n’est pas permis aux musulmans de participer à quoi que ce soit qui est visiblement du nationalisme britannique. Anjem Choudary
Dire qu’il y a des commémorations qui seraient dignes d’être célébrées par la communauté nationale et d’autres qui ne le seraient pas, c’est prendre le risque d’ouvrir cette concurrence des mémoires. Patrick Lozès (président du Conseil représentatif des associations noires de France)
A un moment trop de mémoire tue la mémoire. André Kaspi
Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre de commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la Nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiplie les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes. Rapport Kaspi
Puisqu’il est maintenant redevenu à la mode de se référer au modèle américain, prenons-en de la graine. Les communautés porteuses de mémoire, de valeurs et de traditions se rappellent à l’attention de la nation en paradant dans les rues le jour qui leur convient : ainsi, New York pavoise en vert en mars, à la Saint-Patrick et en bleu et blanc en mai pour Yom Haatzmaout (indépendance d’Israël), et tout le monde est content. Rien n’empêche les officiels de se montrer au peuple ces jours-là, et aux amis des groupes concernés de faire la fête avec eux, ce qui ne manque pas de se produire, surtout à la Saint-Patrick largement plus arrosée que son homologue juive. En France, rien n’empêche les dépositaires des mémoires spécifiques de se manifester publiquement à une date qui leur semblera adéquate : s’ils savent s’y prendre, il verront affluer à leurs cérémonies le ban et l’arrière-ban de la République, et tous leurs amis, qui sont plus nombreux qu’ils ne le pensent. Luc Rosenzweig
Hors-la-loi est une suite d’Indigènes qui s’imposait, d’autant plus que le film précité se termine à Sétif où Abdelkader débarqua. Hors-la-loi va sans doute rétablir une vérité historique confinée dans les coffres. Je voudrais, à travers le cinéma, mettre la lumière sur une partie de l’histoire commune des deux nations. N’étant pas un documentaire historique, cette nouvelle œuvre cinématographique sera interprétée par de grands acteurs tels Djamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouadjila, Larbi Zekkal, Ahmed Benaïssa, Chafia Bouadraâ et Mourad Khan, pour ne citer que ceux-là. Plus de 12 000 figurants prendront en outre part au tournage qui aura lieu à Sétif, Kherrata, en France et en Allemagne. (…) Jacques Chirac, l’ex-président français, qui a été invité par mes soins à assister à l’avant-première de Indigènes, a été prié de réparer cette injustice subie par ces anciens combattants indigènes, lesquels ne percevaient que 5 ou 10 euros par trimestre. Le chef de l’Etat, qui n’est pas resté insensible devant le sacrifice de plus de 150 000 Algériens, a usé de tout son pouvoir pour qu’une loi soit votée à cet effet. J’espère que Hors-la-loi, dont une bonne partie sera consacrée aux événements du 8 Mai 45, fera la lumière sur ce pan de l’histoire commune aux deux pays. On va tout déballer à travers ce film ! (…) En tant que cinéaste, l’essentiel pour moi est de rétablir la vérité historique qu’on ne doit en aucune manière occulter. Rachid Bouchareb (El Watan, 21.06.09)
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Taiwan est un des rares problèmes stratégiques qui puisse provoquer une guerre mondiale aussi sûrement que l’Alsace-Lorraine au début du siècle dernier. Thérèse Delpech
Je crois aux principes affirmés à Nuremberg en 1945 : ’Les individus ont des devoirs internationaux qui transcendent les obligations nationales d’obéissance. Par conséquent, les citoyens ont à titre privé le devoir de violer les lois domestiques pour empêcher des crimes contre la paix et l’humanité d’avoir lieu.’ Edward Snowden
En politique étrangère, la France a, en quelque sorte, chaussé les bottes de la défunte Union Soviétique : même politique d’obstruction à l’ONU, même démagogie tiers-mondiste, même alignement sur le monde arabe, même ambition de prendre la tête d’une coalition d’Etats « anti-impérialistes » dirigée contre Washington. (…) L’analogie avec l’Union Soviétique va plus loin qu’il n’y paraît. En effet, la diplomatie française est moins inspirée par une Realpolitik cynique (d’où les échecs évoqués plus haut) que par une vision idéologique des choses. Son antiaméricanisme est la projection sur la scène internationale de son jacobinisme interne. La malsaine communion française dans l’anti-américanisme révèle le début de dérive totalitaire de notre pays, déjà perceptible au moment du deuxième tour des élections : Bush a remplacé Le Pen dans la fonction d’ennemi du peuple. L’ »antibushisme » peut se comparer à l’ »antifascisme » des années Trente et Quarante: il camoufle un consensus obligatoire de type communiste. Les dirigeants français, comme ceux de l’URSS brejnévienne, compensent par un ruineux activisme extérieur leur incapacité à lancer des réformes indispensables à l’intérieur, réformes impossibles car elles remettraient en cause les dogmes socialistes qui fondent l’étatisme français. Dans les deux cas, l’activisme extérieur accélère et accuse la crise interne. On a vu ce qu’il est advenu de l’URSS. En France, les indices d’une déliquescence de l’Etat se multiplient depuis deux ans, et l’affaire irakienne a servi de révélateur. Les dirigeants français ont cherché à justifier leur position sur la question irakienne en faisant valoir que la France refusait le « choc des civilisations » et favorisait, par conséquent, l’intégration des musulmans français. Certes, le président Chirac a été acclamé dans les banlieues. Mais l’antiaméricanisme officiel a favorisé la jonction explosive entre une mouvance trotskiste virulente, une mouvance islamiste, une mouvance anti-mondialiste et une mouvance tiers-mondiste. Ce cocktail vénéneux abreuve non seulement les jeunes des banlieues mais les lycéens et les étudiants, expédiés dans les manifestations pour la paix par leurs enseignants gauchistes, au nom de « l’engagement ». Dans ce sens, les orientations de la diplomatie française ne font que refléter la tiers-mondisation galopante de la France, à commencer par la tiers-mondisation des esprits. Le président Chirac défie Bush, mais capitule devant les banlieues. (…) La deuxième explication de la politique chiraquienne tient à l’inquiétude de la classe politique devant l’échec de plus en plus patent de l’ »intégration républicaine ». Au lieu de faire face au péril, on se réfugie dans la dénégation. On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. Françoise Thom
La Russie a su nous instiller une culpabilité corrosive pour avoir gagné la guerre froide. Elle s’est constamment posée en victime, au point que le refrain de la diplomatie française a été pendant des années qu’ »il ne fallait pas humilier la Russie ». Au nom de ce principe, cette dernière a bénéficié d’une indulgence exceptionnelle, dont elle a usé et abusé. Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations ? La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu’ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l’après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l’héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’Etat soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. Ainsi tout est bon : nous avons élargi l’OTAN, nous avons fait la guerre à la Yougoslavie, nous avons proclamé l’indépendance du Kosovo. En réalité, le tournant de la Russie vers ce qui allait devenir la dictature poutinienne a été pris avant ces événements. Il remonte à la crise de l’automne 1993, lorsque Boris Eltsine a donné la troupe contre la Douma et fait adopter une nouvelle Constitution qui mettait un terme à la séparation des pouvoirs et fermait à la Russie la voie de la démocratie libérale à l’européenne, – et cela, dès cette époque, au nom d’un renouveau impérial. Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu’en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et du « droit du peuple allemand à l’autodétermination », est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu’ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées. (…) Nous devons nous rappeler ce qu’il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l’organisation d’une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l’occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l’esprit de revanche. La Russie que nous voyons agir aujourd’hui en Géorgie atteste du succès de cette entreprise de création d’un homme nouveau qui n’a rien à envier à son précédent bolchevik. C’est devant cette Russie dangereuse que nous nous trouvons. Cessons de nous accuser et de trouver à la Russie mille excuses, qui ne servent qu’à justifier notre lâcheté. Elle nous dit qu’elle défend ses intérêts légitimes en envahissant un pays indépendant. Et dans les chancelleries occidentales, nombreux sont ceux qui sont prêts à lui reconnaître implicitement une « sphère d’influence », pour la « rassurer, apaiser » son complexe d’encerclement (c’est par les mêmes arguments que les Anglo-Saxons ont justifié l’abandon de la Pologne à Staline en 1944-1945). A ceux-là il faut rappeler que, une semaine avant de lancer l’opération d’annexion de la Géorgie, la Russie avait discrètement cédé à la Chine les territoires contestés qui avaient failli mener à une guerre entre les deux pays en 1969. Et dans ce cas les patriotes russes de service, toujours prêts à revendiquer les terres des pays voisins, sont restés muets. La conclusion est simple : la Russie poursuit de sa vindicte les Occidentaux et les pays qui s’orientent vers l’Europe et les Etats-Unis. Elle se prétend encerclée par l’OTAN et ne se soucie nullement d’une Chine autrement agressive, dynamique et dangereuse pour sa « sphère d’influence ». Ce qu’elle hait et redoute, c’est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d’aveuglement, de corruption et de capitulation préventive – et elle n’a que trop d’occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d’autres plus grandes. Françoise Thom
La politique de « redémarrage » des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée. Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien ! Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne. (…) Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler. Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2. Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage. Françoise Thom
Pour résumer, c’est attirance-répulsion. Surtout parmi les classes éduquées qui rêvent d’envoyer leurs enfants dans les universités américaines et en même temps peuvent être emplies de ressentiment à l’égard d’une Amérique qu’elles perçoivent comme hostile, pour beaucoup à cause de la propagande de leur gouvernement. Du communisme comme justificatif du pouvoir il ne reste rien. Le nouveau dogme est un nationalisme fondé sur l’exacerbation d’un sentiment victimaire vis-à-vis du Japon et des Etats-Unis. En Chine, à Singapour, en Corée du Sud, on constate une forte ambivalence typique de certaines élites, par ailleurs fortement occidentalisées, pour qui le XXIe siècle sera asiatique. Dans les années 1960, au Japon, a émergé une nouvelle droite ultranationaliste, dont les représentants les plus virulents étaient professeurs de littérature allemande ou française. Ils voulaient se sentir acceptés, légitimes en termes occidentaux, et se sentaient rejetés. C’est ce que ressentent aujourd’hui les nationalistes chinois. (…) L’obstacle à surmonter, en Chine, est que le confucianisme rejette la légitimité du conflit. L’harmonie est caractérisée par un ordre social ou règne l’unanimité. Donc la plus petite remise en cause apparaît instantanément menaçante. (…) Le plus grand obstacle est l’alliance entre les élites urbaines et le Parti communiste. Les deux ont peur de l’énorme masse paysanne ignorante. Ces élites ont une telle histoire récente de violence et une telle peur d’un retour du chaos qu’elles préfèrent un ordre qui leur assure la croissance, au risque d’avancer vers la démocratie. Pour le pouvoir, la grande faiblesse de ce système est que, le jour où l’économie cesse de croître et que l’enrichissement des élites urbaines s’arrête, l’édifice s’écroule. Dans ce cas, tout pourrait advenir, d’une alliance entre démocrates, ressortissants des nouvelles élites, et une fraction du parti, jusqu’à un coup d’Etat militaire. Ian Buruma
D’une certaine manière, le système chinois diffère du soviétique dans la mesure où il est encore plus intrusif : il pénètre plus profondément les rouages de l’administration et des institutions d’Etat. C’est comme si, chez vous, tous les ministres, tous les directeurs de journaux – de L’Expansion à Libération -, tous les présidents des chaînes de télévision, tous les responsables des grandes organisations – qu’il s’agisse d’universités ou de cabinets d’avocats -, tous les PDG des grandes entreprises, publiques comme privées, étaient nommés par un parti. Une fois que vous avez compris cela, vous mesurez le pouvoir du département de l’organisation centrale. (…) Lorsqu’on parle de la Chine, en Occident, c’est essentiellement en termes économiques, alors qu’il s’agit d’économie politique. Nombre de nos économistes ne l’ont pas compris. Ils savent manier les chiffres, mais ils ne sont pas formés pour penser politiquement. Or il faut penser l’économie chinoise en termes politiques, sinon il est impossible de comprendre ce qui s’y passe. Certains ont aussi intérêt à ne pas trop comprendre. Les règles du jeu que les Chinois voudraient imposer aux experts étrangers sont très claires : en aucun cas ils ne doivent exposer le vrai rôle du parti. Ceux qui acceptent de se plier à ces règles ne cherchent évidemment pas la transparence. Il est significatif qu’en Occident on présente Hu Jintao comme le « président chinois » alors que son titre le plus important est celui de secrétaire général du PC. Richard McGregor
Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? (…) Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi. Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti. Richard McGregor
L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction. L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste. Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. (…) Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique. Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme. L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941. La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant. Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures. La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée. Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage. Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction. Laurent Murawiec
En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre… Hamlaoui Mekachera
Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme. Jean-Jacques Mirassou (sénateur PS)
Un proche de Hollande: « Son discours au Panthéon sera le plus important du quinquennat ». Quand on parle non-stop, tout est nivelé… D. De Monvalon
S’inspirant du bicentenaire de la Révolution française, qui avait attiré 33 chefs d’Etat à Paris, le 14-Juillet 1989, la Mission du centenaire espérait organiser de grandes commémorations officielles internationales. Le rapport rendu le 15 septembre 2011 par M. Zimet au président Nicolas Sarkozy prévoyait d’inviter les chefs d’Etat des pays belligérants pour le centenaire de l’attentat de Sarajevo et pour le 14-Juillet. Ceux-ci ont préféré se rendre aux célébrations du 70e anniversaire du Débarquement, le 6 juin. Les tensions géopolitiques en Europe de l’Est et au Moyen-Orient montrent que le monde n’en a pas fini avec les conséquences du premier conflit mondial. « La mémoire de la Grande Guerre ravive les plaies des minorités, explique l’historien Rémi Dalisson. Le problème des nationalités, mis sous le boisseau pendant l’ère communiste, resurgit aujourd’hui. On le voit avec la redécouverte du nationalisme en Hongrie, l’éclatement des frontières en Ukraine. Dans ce contexte, il est difficile d’inviter des chefs d’Etat à Paris, où furent conclus les traités de paix en 1919-1920. La seconde guerre mondiale est plus facile à commémorer : on peut mettre tout le monde à la même table pour célébrer la victoire contre le nazisme. » Le Monde
Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements. La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record. Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme. Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. (…) Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration. Maxime Tandonnet
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres. (…) La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique. On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore. Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ». Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ». De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République. Bruno Roger-Petit
En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective (…) nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier de l’historien … Pierre Nora

Attention: une mémoire peut en cacher une autre !

Paris (11 janvier), Shoah (27 janvier), déportation (Stuthof, 27 avril), victoire des Alliés (8 mai), abolition de l’esclavage (10 mai),  Résistance (27 mai), morts d’Indochine (8 Juin), Jean Moulin (17 juin), appel de De Gaulle (18 juin), Justes de France (16 Juillet), harkis (25 Septembre), morts d’Algérie (5 Décembre) …

Au lendemain du Grand Pardon australien pour un prétendu « génocide »

Et en cette journée, française et déjà contestée par le parti des prétendus « 75 000 fusillés », de la panthéonisation de quatre résistants (en trois ans – dont deux cercueils vides – contre une sous de Gaulle, aucune sous Pompidou et Giscard, deux sous Chirac, une sous Sarkozy mais sept sous Mitterrand) …

Où, reprenant une tradition typiquement corrézienne de bouchage de trous d’agenda présidentiel et  de trous d’air sondagiers notre Inaugurateur-en-chef des chrysanthèmes devrait,  nous dit-on, prononcer son « discours le plus important du quinquennat »

Pendant que de l’autre côté de l’Atlantique le Flagellant-en-chef ne manque jamais de rappeler au monde nos croisades, inquisition et esclaves …

Face à un monde musulman dont, avec les papiers récemment publiés de Ben Laden, on mesure la véritable obsession de l’Occident …

Et, encouragés par le repentancisme occidental et l’impunité de leur quelque 100 millions de victimes au compteur, aux successeurs des communismes soviétique et chinois, toujours plus revanchistes et menaçants dans leur sphère auto-revendiquée d’influence …

Comment ne pas voir …

Avec ce doublement, sans compter les lois liberticides, des commémorations françaises en vingt ans …

Que « trop de mémoire », pour reprendre le mot de l’historien André Kaspi, finit par « tuer la mémoire » ?

Et surtout comment ne pas apercevoir …

L’inévitable envers de cette débauche unilatérale de repentir et d’autocritique …

A savoir tant les revendications toujours nouvelles et plus radicales, au niveau intérieur, du communautarisme mémoriel …

Que l’escalade de dénonciation et de revanchisme, au niveau extérieur, de nos grands amis démocrates du côté de la Russie, de la Chine ou des pays musulmans ?

La leçon d’histoire de Pierre Nora à Hollande, Taubira et Vallaud-Belkacem
Bruno Roger-Petit
Challenges
26-05-2015

Dans Le Figaro, l’historien membre de l’Académie française, dénonce la confusion entre mémoire et histoire. Un diagnostic qui vaut rappel à l’ordre républicain pour la gauche au pouvoir?

A la veille de la cérémonie de Panthéonisation de quatre figures de la Résistance, il faut lire Pierre Nora dans Le Figaro de ce mardi. L’historien dresse un tableau accablant des lieux de l’histoire telle qu’elle est devenue : un gadget mémoriel pour politiques en mal de profondeur et en quête de sens.

Et si Pierre Nora cite Christiane Taubira, directement désignée comme l’une des responsables de ce drame français, à travers une révision imposée de l’histoire du 18e siècle du fait de la loi qui porte son nom, le message vaut aussi pour François Hollande, Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem, les promoteurs et défenseurs d’une réforme d’une Collège qui heurte de plein fouet l’héritage républicain. « La réforme du Collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans » avance Pierre Nora.

On ne peut plus jouer avec la confusion Mémoire et Histoire dans la France d’aujourd’hui sans prendre le risque de désintégrer le lien républicain noué à partir de 1789, c’est la conséquence potentielle de « l’atomisation de la vie de l’esprit » propre à la France universitaire de l’époque, si bien diagnostiquée par Nora. Un exemple lui suffit pour convaincre de la nocivité intellectuelle de la confusion Histoire et Mémoire entretenue, avec une certaine forme d’inconscience, par les responsables politiques de la gauche de gouvernement.

Une atteinte à l’histoire
Revenant sur les mots choisis dans le programme d’histoire de 4e et 3e inscrits dans la réforme du Collège, l’historien démontre que présenter le 18e siècle comme « Un Monde dominé par l’Europe : empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières » est une atteinte à l’histoire : « La ‘domination’, condamnable, a remplacé ‘l’expansion’, dont la domination n’est que l’un des effets. Les empires coloniaux sont nés des rivalités entre puissances européennes ; quant aux traites négrières, si atroces qu’elles aient été, elles ne sont pas le trait majeur du 18e siècle ; mais leur étude est l’un des effets de la loi Taubira… »

L’enfer historique est parfois pavé des bonnes intentions de la mémoire. Comme le discerne Nora : « Nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier d’historien ». Et c’est ainsi que l’on décide d’enseigner l’histoire aux collégiens d’aujourd’hui.

Pourquoi en sommes-nous là ? Selon Nora parce que « Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé ‘l’accélération de l’histoire’. Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. (…) L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire (…) nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire. »

Comment ne pas penser, à lire Nora évoquer l’inflation de commémorations, ultime transformation de l’histoire en mémoire, à la cérémonie qui doit se tenir ce mercredi au Panthéon, sous les auspices de François Hollande, où quatre figures de la Résistance au nazisme, vont entrer dans le Temple des grands Hommes? S’agira-t-il d’Histoire? Sans doute pas. Car François Hollande, à l’instar de Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem est lui aussi prisonnier de la confusion.

Le goût des commémorations
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres.

Depuis quelques jours, parvient de l’Elysée l’écho que François Hollande s’apprête à délivrer le discours le plus important de son quinquennat. C’est fixer la barre très haut au regard de l’histoire, justement. Du reste, un président est-il le mieux placé pour discourir? Depuis quelques jours, à mesure que l’on approche de la cérémonie, on rappelle le fameux discours de Malraux, prononcé lors de l’entrée de Jean Moulin au Panthéon. Mais personne ne remarque l’essentiel ; à savoir que ce jour-là, le général de Gaulle lui-même s’était effacé derrière son ministre de la Culture. C’est que le général, sachant que l’on célébrait d’abord et avant tout la mémoire d’un Grand homme, avait compris qu’il fallait un poète pour se faire, et non un président en fonction.

Un bon coup événementiel
La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique.

On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore.

Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ».

Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ».

De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République.

Voir aussi:

Pierre Nora: «La France vit le passage d’un modèle de nation à un autre»
Vincent Tremolet de Villers
Le Figaro
25/05/2015

FIGAROVOX/EXTRAIT – L’académicien Pierre Nora revient sur la polémique autour des nouveaux programmes d’histoire. Une controverse qui traduit, selon lui, une profonde crise identitaire.

Pierre Nora est un historien français, membre de l’Académie française, connu pour ses travaux sur le «sentiment national» et sa composante mémorielle. Il a notamment dirigé l’ouvrage collectif: Les lieux de mémoire .
LE FIGARO: Le débat sur la réforme du collège a été très tendu. Que révèle-t-il de notre société?

Pierre NORA: Ce qui frappe, c’est l’emballement progressif à partir d’une mesure qui paraissait un simple ajustement à la société déjà décidé de longue date. En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective.

Vous êtes depuis longtemps l’un des acteurs et observateurs de la vie intellectuelle en France. Considérez-vous qu’elle s’est détériorée ces dernières années?

Peut-être le débat s’est-il déplacé des enjeux idéologiques et politiques vers des enjeux biologiques, scientifiques, et climatiques, mais pour ce qui est de la vie intellectuelle en général, on ne peut malheureusement que constater un rétrécissement des horizons et des curiosités. Depuis le déclin et la fin des grandes idéologies rassembleuses. Il y a aussi certainement une atomisation de la vie de l’esprit, où chacun travaille dans sa discipline, sans qu’aucun courant ne réunisse les milieux de pensées isolés. Il y a aussi, à coup sûr, une provincialisation nationale, qui résulte du recul de la langue française à travers le monde, comme en témoigne le nombre très faible des traductions à l’étranger.

Ma discipline, l’histoire, qui, il y a trente ans, était la curiosité du monde entier, est devenue la cinquième roue de la charrette internationale. Nous payons l’effondrement du système universitaire, qui était le terreau de la vie intellectuelle. Cela nous ramène à la question du collège. C’est-à-dire la grande incertitude sur le message éducatif. Cela étant, s’il n’y a plus de grands courants unificateurs, il me semble que l’on observe deux orientations principales de la vie intellectuelle. Une radicalisation à gauche, dans ce que Régis Debray appelait «la basse intelligentsia», et une orientation de la «haute intelligentsia», sinon vers la droite politique, du moins vers une sorte de réaction conservatrice.

L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre.
Le culte de l’instant est le contraire de la mémoire. Sommes-nous en train de perdre la mémoire?

Je dirais tout l’inverse. Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé «l’accélération de l’histoire». Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. Cela ressemble à ce qui s’est passé au lendemain de la Révolution française, le basculement qui a fait baptiser tout le passé de la France sous le nom d’«Ancien Régime». La coupure du monde contemporain dans les années 1970-1980 a été plus sourde, mais plus radicale encore. L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire. Nous sommes dans tous les domaines sollicités, pour ne pas dire condamnés à la mémoire. Un exemple entre mille: ces chefs d’entreprise qui ne voulaient entendre parler que de l’avenir se sont mis à engager des archivistes, à collectionner leurs produits anciens. Les archives elles-mêmes sont moins fréquentées par les historiens que par les familles en quête de leur généalogie. Toutes les institutions de mémoire se multiplient, à commencer par les musées. Les expositions temporaires débordent de visiteurs. Et nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire.»

(…)

Voir également:

Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. Fabrice d’Almeida

Panthéonisation : gare à la fuite dans la commémoration!
Maxime Tandonnet
Le Figaro

26/05/2015

FIGAROVOX/ANALYSE – Quatre résistants de la Deuxième Guerre mondiale vont entrer au Panthéon ce mercredi. Maxime Tandonnet déplore que le choix des personnalités honorées par cette commémoration soit à l’unique discrétion du président de la République.

Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour FigaroVox. Il est haut fonctionnaire, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République , Perrin, 2013. Son dernier livre Au coeur du Volcan, carnet de l’Élysée est paru le 27 août. Découvrez également ses chroniques sur son blog.

Décidée par François Hollande le 21 février 2014, la cérémonie solennelle de transfert au Panthéon des cendres de Pierre Brossolette, Jean Zay, Geneviève de Gaulle-Antonioz et Germaine Tillion a lieu ces 26 et 27 mai 2015.

La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France.

Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements.

La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record.

Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme.

Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. Aussi est-on en droit de réagir à l’absence, dans la liste des panthéonisés, d’Honoré d’Estienne d’Orves, premier grand résistant fusillé à 41 ans, père de quatre enfants.

L’arbitraire dans le choix qui est ainsi effectué, sur des critères non précisés, soulève des interrogations… Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration.

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Le PCF rend hommage à toute la Résistance, demain, mercredi 27 mai (PCF)
L’Humanité

26 Mai, 2015

Le PCF participera demain à la journée nationale de la Résistance. Dans tout le pays, les militants communistes vont prendre des initiatives pour commémorer l’unité de la résistance, le courage des résistants et le rôle majeur qu’ils ont joué dans la Libération de la France.

Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon.

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire.

« Résister hier et aujourd’hui » – Journée nationale de la Résistance

Mercredi 27 mai 2015 à 19h30

En présence de Pierre Laurent

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Même la panthéonisation de quatre résistants crée la polémique

L’Express

26/05/2015
A priori consensuel, le choix de François Hollande de rendre hommage à quatre figures héroïques de la Résistance ne va pas sans polémique, notamment au sujet de Jean Zay.
Mercredi, François Hollande fera entrer au Panthéon quatre grandes figures de la Résistance: Jean Zay, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. Des sommités, censées permettre à la Nation de communier dans le consensus républicain.

Mais aussi héroïques soient-elles, ces personnalités n’ont pas permis à l’Elysée d’éviter totalement les polémiques. Dès mars 2014, un Comité national d’Entente, qui regroupe une quarantaine d’associations d’anciens militaires, condamne le choix de Jean Zay. Peu importe que ce ministre radical du Front populaire ait démissionné pour rejoindre l’armée française pour se battre contre les nazis. Peu importe qu’il ait fait partie des parlementaires qui ont refusé de se soumettre aux Allemands et ont embarqué pour le Maroc. Peu importe qu’il ait été ensuite emprisonné par le régime de Vichy et assassiné par la Milice. Il a commis, selon ces mécontents, une « faute inexcusable », « celle de l’atteinte au symbole par excellence de notre patrie, de notre pays, de notre nation, le Drapeau ». En cause: un poème antimilitariste de Jean Zay, écrit en 1924 dans la foulée de la Première Guerre mondiale.

Pour Poisson, « un contre-signal d’unité nationale »

Dans ce texte, le jeune homme s’adresse au drapeau français: « Terrible morceau de drap coulé à ta hampe, je te hais férocement, Oui, je te hais dans l’âme, je te hais pour toutes les misères que tu représentes, Pour le sang frais, le sang humain aux odeurs âpres qui gicle sous tes plis Je te hais au nom des squelettes (…) Et n’oublie pas, malgré tes généraux, ton fer doré et tes victoires, Que tu es pour moi de la race vile des torche-culs ». Un poème pacifiste que le régime de Vichy utilisera déjà contre lui pour prouver son soi-disant antipatriotisme.

Le 20 mai dernier, c’est le député du parti chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson qui y va de son opposition sur son blog. « À l’heure où notre peuple a besoin de retrouver sa cohésion, le sens de ce qui unit les Français, l’intégration de Jean Zay au Panthéon est un contre-signal d’unité nationale. » Et le parlementaire des Yvelines de demander au gouvernement « de renoncer purement et simplement à la mise à l’honneur de Jean Zay à cette occasion ».

Le PCF surpris qu’il n’y ait pas de communistes

L’année dernière, c’est le député d’extrême droite Jacques Bompard qui s’était offusqué du choix de Jean Zay pour des raisons similaires. Dans une question adressée au ministre des Anciens combattants, il lui demandait de « marquer son attachement au drapeau français en annulant l’entrée au Panthéon » du résistant.

Dans un tout autre registre, le Parti communiste exprime lui également son « incompréhension » face au choix de François Hollande. Tout en prenant soin de saluer « les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon », le PCF s’étonne que soient honorées « toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste ». « La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire », s’offusquent les communistes qui rendront hommage à 19h30 au siège du PCF à Marie-Claude Vaillant-Couturier, une résistante de leur bord politique. Jean-Marc Todeschini, le secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire, y assistera.

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Commémoration de la guerre d’Algérie: l’UMP ne digère pas le 19 mars
Laure Equy

Libération

9 novembre 2012

DÉCRYPTAGE Les sénateurs de l’opposition ont saisi le Conseil constitutionnel pour tenter d’invalider le texte, voté jeudi, qui fixe la journée d’hommage aux victimes de la guerre d’Algérie. La date choisie continue de faire débat.

«Séance de repentance», «non sens historique», «faute politique»,… Au lendemain de l’adoption au Sénat d’une proposition de loi faisant du 19 mars la journée nationale «à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc», la droite ne décolère pas. Christine Boutin (parti chrétien démocrate) dénonce des «décisions à la fois inutiles et dangereuses» qui «réveillent de veilles rancœurs», le député (UMP) Jacques Myard accuse un gouvernement d’«apprentis sorciers» de «réécrire l’histoire et (de) rouvrir des plaies toujours sanglantes». Et les sénateurs UMP ont saisi, ce vendredi, le Conseil constitutionnel pour tenter de faire censurer le texte. Invoquant un «brouillage démocratique», ils rappellent que la proposition de loi remonte à janvier 2002, lorsqu’elle avait été adoptée par les députés – à majorité de gauche -, avant de prendre la poussière dans les placards du Sénat. A trois mois de la présidentielle, le Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, avait renoncé à présenter le texte au Sénat. Depuis plus de dix ans, les parlementaires et associations d’anciens combattants et de rapatriés d’Algérie se déchirent sur la date à laquelle doit se tenir cet hommage.

C’est bien le choix du 19 mars, en référence au cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian du 18 mars 1962, qui hérisse la droite. Pour elle, c’est oublier les dizaines de milliers de victimes, harkis et pieds noirs, tuées après le cessez-le-feu en Algérie. «Une insulte adressée à l’ensemble des personnes ayant subi la violence du FLN», s’insurge Christine Boutin. Autre problème pour les détracteurs du 19 mars: comment imaginer commémorer une défaite de la France? «Cela divise trop. L’Algérie a fait imprimer des timbres où il était inscrit « 19 mars: fête de la victoire »», déplore le sénateur (UMP) Jean-Claude Carle.

«On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage»
Pour le rapporteur du texte, Alain Néri, il n’est pas question d’occulter les massacres commis dans les mois qui ont suivi les accords d’Evian. Le socialiste fait valoir que pour les deux précédentes «générations du feu», «les combats ont aussi continué après le 11 novembre 1918 et après le 8 mai 1945», sans que les dates de commémoration des deux guerres mondiales soient contestées. «On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage, c’est différent», explique-t-il. Surtout il estime que le 19 mars a le mérite d’«avoir une portée historique et symbolique».

Comprendre: pas comme le 5 décembre, choisi en 2003 pour rendre «hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord». Que s’est-il passé un 5 décembre? Pas grand chose. Ce jour-là en 2002, le chef de l’Etat, Jacques Chirac, avait inauguré le mémorial du quai Branly (Paris), dédié aux militaires «morts pour la France». «Le 5 décembre renvoie seulement à un trou dans l’agenda du Président. Les victimes et leurs familles méritent autre chose qu’une date de mascarade», s’irrite Alain Néri. Au groupe UMP, on assume le choix d’une «date neutre historiquement parlant qui a l’avantage de n’offenser personne» et on ajoute que depuis février 2012, on commémore, le 11 novembre, «tous les morts pour la France» dans l’ensemble des conflits. «Une commémoration doit être faite dans le rassemblement et en toute sérénité, avec le 19 mars c’est l’inverse», souligne Jean-Claude Carle.

«Hollande voulait partir en Algérie avec cette loi votée»
L’opposition n’en démord pas, si la gauche revient sur ce dossier, malgré un calendrier commémoratif qui a été étoffé, ce serait pour «faire repentance». Elle en veut pour preuve le voyage de François Hollande en Algérie en décembre. «Il semble que ce soit pour faire un usage diplomatique de ce texte que [le président de la République] en brusque l’examen», accuse Joëlle Garriaud-Maylam (UMP). «Il voulait partir en Algérie avec cette loi votée et donner des signes à son aile gauche ainsi qu’à la Fnaca, même si 40 autres associations étaient contre», complète Jean-Claude Carle. La Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie (350.000 adhérents) était favorable depuis longtemps à une journée d’hommage le 19 mars, mais une quarantaine d’autres associations s’y opposait.

Le sénateur UMP veut croire que le Conseil constitutionnel rejettera la proposition de loi en raison de ces «dix années de stand by» entre Assemblée et Sénat et du «changement de contexte»: «depuis l’Assemblée s’est renouvelée deux fois et il y a eu une alternance au Sénat.» Mais selon Alain Néri, «le réglement du Sénat prévoit que des textes déposés sans avoir été mis en discussion n’ont pas une durée de validité limitée»

Voir de même:

Le 27 mai, future « journée nationale de la Résistance »?

Thomas Wieder

Le Monde

27.03.2013

Pour la deuxième fois depuis l’élection de François Hollande à la présidence de la République, la liste des commémorations nationales pourrait s’allonger. Quatre mois après l’instauration du 19 mars comme « journée nationale » en mémoire des victimes de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc, une nouvelle date pourrait intégrer le calendrier des célébrations officielles : celle du 27 mai, qu’une proposition de loi du groupe socialiste, examinée jeudi 28 mars au Sénat, vise à transformer en « journée nationale de la Résistance ».

Comme cela avait été le cas pour le 19 mars, c’est la gauche qui a pris l’initiative d’instituer cette nouvelle commémoration. Mais, cette fois, elle ne devrait pas se heurter à l’opposition de la droite, à la fois parce que la mémoire de la Résistance est beaucoup moins clivante que ne l’est celle de la guerre d’Algérie, et parce que la date retenue est des plus consensuelles.

LARGE ASSENTIMENT

Le 27 mai correspond en effet à ce jour de 1943 où les représentants des principaux mouvements de résistance, des deux grandes centrales syndicales et des différents partis politiques hostiles à la collaboration ont participé, autour de Jean Moulin, à la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR). En somme, c’est une date qui renvoie aux Français une image d’unité et de gloire. Sa signification est très différente de celle du 19 mars, qui correspond à l’anniversaire des accords signés à Evian en 1962, donc à la fin d’une guerre peu glorieuse, voire à la fin d’un monde pour tous ceux qui n’ont jamais accepté la fin de l’Algérie française.

En toute logique, donc, la proposition de loi sur le 27 mai devrait rencontrer un large assentiment. A la différence de ce qui s’était passé pour le 19 mars, « une grande majorité des membres du groupe UMP devraient voter « pour » », pronostique ainsi Bernard Fournier, sénateur UMP de la Loire.

Si l’issue du vote ne fait guère de doute, c’est aussi parce que la gauche ne souhaite pas politiser le débat. Jean-Jacques Mirassou, sénateur PS de Haute-Garonne et auteur de la proposition de loi, insiste en effet sur la portée civique de l’initiative. « Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme », plaide-t-il.

PAS DE REVENDICATION MASSIVE

Souhaitée depuis plusieurs années par l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (Anacr), marquée à gauche, la création de cette journée nationale ne faisait toutefois pas l’objet d’une revendication massive. « Nous n’étions pas spécialement demandeurs, mais nous sommes pour, et tant qu’à choisir une date, celle du 27 mai est sans doute la meilleure », explique ainsi Pascal Convert, directeur général de la Fondation de la Résistance. « Je n’étais pas au courant de cette initiative, mais je trouve que la date est excellente, alors oui, pourquoi pas », estime quant à lui Daniel Cordier, ancien secrétaire et biographe de Jean Moulin.

Ce sont les historiens, en réalité, qui sont les plus sceptiques. « On célèbre déjà la mémoire de la Shoah le 27 janvier, les victimes de la déportation le dernier dimanche d’avril, la victoire des Alliés le 8 mai, Jean Moulin le 17 juin, l’appel de De Gaulle le lendemain, les victimes de Vichy et les Justes en juillet, cela fait déjà beaucoup : à un moment trop de mémoire tue la mémoire », estime ainsi André Kaspi, auteur en 2008 d’un rapport sur la modernisation des commémorations.

Spécialiste de la Résistance et de sa mémoire, Olivier Wieviorka partage son avis: « Le politique n’a-t-il pas mieux à faire qu’accorder une journée ? A la limite, ne serait-il pas plus judicieux de réfléchir à un vrai lieu de mémoire pour la Résistance, comme il y a Verdun ou la tombe du soldat inconnu pour la guerre de 1914 ? »

Voir aussi:

Russia is so desperate to hide its military involvement in Ukraine that it has brought in mobile crematoriums to destroy the bodies of its war dead, say U.S. lawmakers who traveled to the war-torn country this spring.

The U.S. and NATO have long maintained that thousands of Russian troops are fighting alongside separatists inside eastern Ukraine, and that the Russian government is obscuring not only the presence but also the deaths of its soldiers there. In March, NATO Deputy Secretary General Alexander Vershbow told a conference, « Russian leaders are less and less able to conceal the fact that Russian soldiers are fighting — and dying — in large numbers in eastern Ukraine. »

Hence the extreme measures to get rid of the evidence. “The Russians are trying to hide their casualties by taking mobile crematoriums with them,” House Armed Services Committee Chairman Mac Thornberry told me. “They are trying to hide not only from the world but from the Russian people their involvement.”

Thornberry said he had seen evidence of the crematoriums from both U.S. and Ukrainian sources. He said he could not disclose details of classified information, but insisted that he believed the reports. “What we have heard from the Ukrainians, they are largely supported by U.S. intelligence and others,” he said.

Representative Seth Moulton, a former Marine Corps officer and a Democrat on the Armed Services Committee, was with Thornberry on the Ukraine trip in late March. He tweeted about the mobile crematoriums at the time, but didn’t reveal his sources. He told me this week the information didn’t come just from Ukrainian officials, whose record of providing war intelligence to U.S. lawmakers isn’t stellar.

“We heard this from a variety of sources over there, enough that I was confident in the veracity of the information,” Moulton said, also being careful not to disclose classified U.S. intelligence.

Both Thornberry and Moulton agreed with Vershbow’s assessment that Russian President Vladimir Putin was struggling to keep up the ruse that he has no soldiers fighting inside Ukraine. Moulton said the mounting evidence of dead Russian soldiers is causing a domestic backlash for Putin. Russian and Ukrainian bloggers and activists have been compiling lists of Russian soldiers killed in Ukraine, including details of their service and circumstances of their deaths. New organizations in Russia representing soldiers’ families have sprung up to publicly challenge Putin’s narrative.

“Russia is clearly having a problem with their home front and the casualties they are taking from the war,” Moulton said. “The fact that they would resort to burning the bodies of their own soldiers is horrific and shameful.”

There had been unconfirmed reports of Russia using mobile crematoriums in Ukraine for months, including leaked videos purporting to show them. But never before have U.S. lawmakers confirmed that American officials also believe the claims.

The head of Ukraine’s security service, Valentyn Nalyvaichenko, said in January that seven truck-mounted crematoriums crossed into his country over a four-day period. « Each of these crematoriums burns 8-10 bodies per day, » he said.

The next month, Ukrainian President Petro Poroshenko held up the passports of several Russian soldiers and intelligence officers he said were captured or killed in Ukraine, rejecting the Russian assertions that these troops had accidentally wandered over the border.

For many in Washington, the Russian casualties represent a rare vulnerability for Putin — one that should be exploited through providing weapons to the Ukrainian military. This is a position held by the top U.S. military commander in Europe, General Philip Breedlove, Secretary of State John Kerryand many top lawmakers in both parties.

Yet, in the face of European resistance, President Barack Obama said in March that he was still pondering providing defensive arms to Ukraine. More than two months later, he has yet to make a decision. The result has been a de facto policy of limiting U.S. assistance to Kiev to non-military items. Even that assistance has been delivered late, or in many cases not at all.

Thornberry said arming the Ukrainians would raise the price Putin pays for his aggression. As long as Putin feels the cost of his Ukraine policy is manageable, Russian fueled instability will continue, he said.

The recently passed House version of next year’s national defense authorization act contains explicit authorization for appropriations to support Ukraine’s military and provide it with defensive lethal weapons. This goes further than the action Congress took last year in passing the Ukrainian Freedom Support Act, which Obama signed but still has not acted on with regard to lethal support for Ukraine. The new legislation would set aside money specifically for the arms, and provide for increased production of items the Ukrainians want including Javelin anti-tank missiles.

“We’re doing anything we can possibly think of to get at legislatively forcing it to happen.  How do we force the president to provide weapons to a country if he doesn’t want to? » Thornberry said. « I can’t find anyone who is against this except for President Obama.”

Moulton said that the West has a moral obligation to help the Ukrainians, and under current conditions, the Ukrainian military simply can’t face down the heavy weapons Russia continues to pour into Ukraine. He also said that if Putin isn’t confronted now, he will only become more aggressive later. “When a bear comes out of hibernation, he doesn’t have a few blueberries and go back to sleep. He is hungry for more,” said Moulton.

The Obama administration is understandably concerned that giving the Ukrainians arms will fuel the fire and risk a retaliatory Russian escalation. But if that’s the decision, Obama should let the Ukrainians and the American public know it. He then must come up with an alternative to the current, failing approach to stopping Putin’s murderous mischief.

Voir aussi:

Guerre d’Algérie, un jour qui ne fait pas date
Jean-Dominique Merchet

Libération

18 septembre 2003

Controverse sur le 5 décembre pour commémorer en France la fin du conflit.

La «journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord» aura lieu le 5 décembre, a annoncé hier le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, Hamlaoui Mekachera. Cette date a été approuvée hier en Conseil des ministres. Pourquoi le 5 décembre qui ne correspond à aucun événement connu de la guerre d’Algérie ? Uniquement parce que, l’an dernier, Jacques Chirac était libre ce jour-là ! Le président de la République avait alors inauguré un mémorial, quai Branly à Paris, consacré aux 24 000 militaires «morts pour la France». «En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre…», dit Hamlaoui Mekachera.

Cessez-le-feu. «C’est bien la première fois que l’inauguration d’un monument devient une date historique», s’insurge Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca (fédération nationale des anciens combattants d’Algérie). Cette organisation, qui revendique 370 000 adhérents, milite pour la reconnaissance officielle du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian. Fêté en Algérie comme la victoire contre la France, le 19 mars est un chiffon rouge pour les autres associations d’anciens combattants. «La guerre ne s’est pas terminée à la date du cessez-le-feu. Il y a encore eu des milliers de morts après», explique Pierre Durr, secrétaire général de la Fédération nationale des combattants et prisonniers de guerre. C’est aussi l’avis du secrétaire d’Etat, qui était officier à l’époque. «Il nous fallait une date neutre», reconnaît Pierre Durr. D’où l’idée de l’inauguration du mémorial par Chirac, approuvée par neuf associations d’anciens combattants sur douze.

«C’est parfaitement arbitraire, constate l’historien Guy Pervillé, auteur d’un Atlas de la guerre d’Algérie (La Découverte). Ceux qui ne veulent pas du 19 mars n’ont toujours pas trouvé une autre date à commémorer.» Au regard du droit, il en existe pourtant une : le 2 juillet 1962. C’est la date limite pour l’attribution de la carte de combattant d’Afrique du Nord. «Mais c’est aussi l’indépendance de l’Algérie ! Difficile de commémorer cela en France», affirme Pierre Durr. D’autres vétérans célèbrent le 16 octobre 1977, quand un soldat inconnu d’Algérie a été inhumé à Notre-Dame de Lorette.

Le gouvernement voulait mettre de l’ordre dans ces histoires de calendrier. La gauche avait failli le faire en janvier 2002. Une proposition de loi socialiste avait été adoptée en première lecture par les députés, reconnaissant le 19 mars, mais, devant le concert de protestations à quelques mois des élections, le gouvernement Jospin avait reculé. En demandant que le texte soit approuvé par plus de 70 % des parlementaires. Revenue au pouvoir, la droite crée une commission. Présidée par l’historien Jean Favier, elle regroupe les représentants du monde combattant. Le 22 janvier 2003, ils remettent leur rapport, proposant la date du 5 décembre, contre l’avis de la Fnaca.

«Trahis». «Nous ne nous associerons pas aux cérémonies du 5 décembre et nous continuerons de notre côté à commémorer le 19 mars», prévient Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca. «Une commémoration doit rassembler. Or, le 19 mars n’aurait jamais fait l’unanimité, remarque Guy Pervillé. Pour certains anciens d’Algérie, c’est la date à partir de laquelle ils se sont sentis trahis par la métropole.» Seul point d’accord entre tous : personne ne réclame que cet «hommage national» devienne un jour férié chômé supplémentaire. Dommage.

Voir encore:

Etats-Unis. La bibliothèque de Ben Laden, un reflet de son obsession de l’Occident
Courrier international
21/05/2015

Livres, articles, lettres, rapports et un certain nombre de documents sur la France… La Direction nationale du renseignement américain a décidé de déclassifier la liste des documents trouvés dans la résidence du chef d’Al-Qaida à Abbottabad.

“La bibliothèque d’Oussama Ben Laden reflète la fixation qu’il faisait sur l’Occident”, titre le New York Times. Et pour cause, dans la liste déclassifiée des documents trouvés à Abbottabad lors du raid de mai 2011 publiée sur le site de la Direction nationale du renseignement américain figurent de nombreux ouvrages américains plutôt critiques à l’égard de la politique étrangère de la Maison-Blanche, des livres conspirationnistes et de nombreux articles et rapports sur différents aspects de la politique et de la société américaines.

Pour le quotidien, qui note également la présence dans cette bibliothèque de livres sur le djihad mais aussi sur l’art de la calligraphie ou la nutrition, ces ouvrages “montrent la fascination d’Oussama pour l’Ouest et les efforts qu’il faisait pour essayer de comprendre l’Amérique (pour mieux la combattre) et son besoin de confirmer ses croyances en la rapacité et la corruption américaine (peut-être pour mieux justifier les attentats d’Al-Qaida)”.

Une sorte d’étudiant en terrorisme
Le New York Times rappelle que le chef d’Al-Qaida avait étudié l’anglais dans une école de style occidental à Djeddah, en Arabie Saoudite, et que ses lectures suggèrent qu’“il a passé ses dernières années à plancher – comme une sorte d’étudiant en terrorisme spécialisé dans l’impérialisme américain”.

Enfin, le quotidien new-yorkais souligne qu’un grand nombre de documents retrouvés à Abbottabad concernent la France, “dont un rapport sur les inégalités de salaires en France, et un autre sur la gestion des déchets nucléaires dans l’Hexagone”.

Voir aussi:

Au Panthéon, les cercueils des deux résistantes seront vides
Laure Dautriche avec Cécile Bouanchaud

26 mai 2015

Les familles de Geneviève de Gaulle et de Germain Tillion ne souhaitent pas que les dépouilles quittent le caveau familial. Mais les cercueils ne seront pas vraiment vides.
Le Panthéon va accueillir mercredi quatre grands noms de la résistance. Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay vont en effet faire leur entrée dans ce temple des Grands hommes. A cette occasion, François Hollande prononcera un discours pour célébrer l’esprit de résistance. Et dès mardi, une cérémonie d’hommages est prévue en fin d’après midi à la Sorbonne, où les cercueils seront veillés toute la nuit par des militaires. Deux des cercueils ne contiendront toutefois aucune dépouille. Les familles de Germaine Tillion et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz ont préféré que les dépouilles restent dans les caveaux familiaux. Mais c’est avant tout le symbole qui compte.

Les corps restent avec les dépouilles familiales. Ainsi, leur esprit sera au Panthéon, mais pas leur corps. L’Elysée a d’ailleurs accepté « avec une grand compréhension » la demande des deux familles. La mère de Germaine Tillion étant morte dans les chambres à gaz, « nous n’avons jamais pu faire notre deuil, faute de corps », racontent ses proches. Ils ne veulent donc pas revivre cette situation avec Germaine Tillion. La dépouille de l’ethnographe et ethnologue restera donc au cimetière de Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne.

Une poignée de terre en guise de dépouille. La famille de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, elle, refuse que sa dépouille quitte le petit cimetière de Haute-Savoie, où elle est enterrée avec son mari. Leurs enfants ne veulent pas les séparer. « Elle avait une sépulture avec mon père, résistant savoyard, dans un petit village de Haute-Savoie, où il se sont mariés », détaille sa fille Isabelle. Dans le cercueil de Geneviève de Gaulle-Anthonioz au Panthéon, il y aura donc une poignée de terre mise dans une petite boite sculptée par un des enfants de cette résistante du réseau du musée de l’homme.

« J’avais entendu que la famille d’Aimé Césaire avait fait la même démarche pour que sa sépulture reste en terre de Martinique. Il nous semblait vraiment important de respecter cet état, cette situation. On est allé dans l’intimité la plus absolue, la plus familiale, prendre une poignée de terre au cimetière de ce petit village, qu’on a mis dans une boîte, en y ajoutant quelques petits souvenirs. Maman était quelqu’un d’assez discret, très aimante, d’extrêmement humain, donc on y va presque sur la pointe des pieds », confie sa fille, Isabelle Anthonioz-Gaggini, qui a écrit un ouvrage sur les deux femmes panthéonisées.

« Les femmes ont joué un rôle prépondérant » dans la résistance. Cette dernière s’enthousiasme donc que les deux femmes, très peu nombreuses dans le temple républicain, entrent au Panthéon. « Mais par contre, ça me semble important que tout le monde sache que les femmes ont joué un rôle vraiment prépondérant à ce moment là de l’histoire et que ce rôle doit être dans nos mémoires, compte-tenu de tout ce qui continue à se passer aujourd’hui en matière de droits de l’Homme », réagit-elle.

D’autres cercueils sans dépouille. Au Panthéon, les quatre cercueils seront tous dans la même crypte, à part, pas très loin d’André Malraux et de Jean Moulin. Des cercueils presque vides, il y en a d’autres. En 1920, la famille de Léon Gambetta n’a donné au Panthéon que son « cœur » et elle a gardé le reste de sa dépouille. Pour Jean Moulin, qui est mort torturé par les nazis, son corps n’a jamais été retrouvé et ce sont ces « cendres présumées  » qui sont là au Panthéon.

Voir enfin:

Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
Selon un sondage Ifop pour Atlantico 62% des Français trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations. Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président. Un chiffre qui témoigne de la persistance du sentiment républicain en France.

Sondage Ifop-Atlantico
11 Août 2014
Info Atlantico

Atlantico : Le président de la République a été présent à de nombreuses commémorations cet été, que ce soit pour le débarquement de Normandie, ou plus récemment avec le 100ème anniversaire du début de la Première guerre mondiale. Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 62% des Français trouvent qu’il est légitime pour un président de la République d’y participer. Comment les Français ont-ils perçu la participation de François Hollande à ces événements historiques ?
Jérôme Fourquet : En dépit d’une polémique médiatique sur un excès de commémoration et une éventuelle stratégie de communication qui s’apparenterait à une stratégie de diversion, près de deux tiers des français (62%), trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations.

Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président.

Les sensibilités politiques individuelles s’y retrouvent : ainsi, les sympathisants de gauche estiment à 78% qu’il est normal et légitime quand ceux du Front National sont à 44%, et 59% à l’UMP. Cela signifie que même dans les camps les plus opposés à François Hollande, soit l’UMP et le FN, il y a un sentiment d’approbation à ce que le représentant du peuple français participe aux commémorations du débarquement de Normandie, et au centenaire du début de la Grande Guerre qui a traumatisé et changé en profondeur notre pays. Dans les institutions de la Vème république, il est communément admis et partagé, au-delà des clivages politiques, qu’un pays comme la France se doit d’être présent lors de ce type de cérémonie

Quelle est l’influence des sensibilités politiques des Français ?
Le fait que les sympathisants FN remettent en cause la capacité de François Hollande à représenter le peuple français renvoie à un déficit d’incarnation et de « présidentialité » qui lui est reproché depuis le début de son mandat. L’idée d’un président normal accolé aux polémiques de l’affaire Gayet-Closer a laissé des traces.

La question porte donc moins sur l’intensité des commémorations, que sur sa capacité à bien représenter la France, de manière plus globale, c’est-à-dire sur le style de sa présidence.

Le président sera d’ailleurs présent lors des commémorations du débarquement de Provence sur le Charles de Gaulle le 15 aôut, mais à la lueur de ce sondage, on peut penser qu’il n’y aura pas matière à relancer la polémique.

Les résultats de ce sondage montrent aussi que le sentiment républicain existe encore dans ce pays, puisqu’une large majorité estime qu’il est normal qu’il y participe.

Néanmoins, dans cette séquence si consensuelle, on aurait pu imaginer qu’à la deuxième question il ait eu des scores plus élevés. On voit que 45% estiment qu’il n’a pas bien fait son travail. Les 45% de mécontents montrent qu’il y a encore beaucoup d’efforts à accomplir pour que François Hollande soit pleinement reconnu dans sa fonction présidentielle sous la Vème République.

A quel point ces résultats pourraient influencer sa cote de popularité, à l’aube d’une rentrée politique qui s’annonce difficile ?
Je pense qu’il est assez illusoire de s’attendre à un regain dans les cotes de popularité. Les 45% de Français qui lui dénient de bien assurer sa prestation illustre le lien très dégradé qui le lie avec les Français. Ils attendent plus qu’un beau discours, François Hollande est attendu sur le front économique, pour sortir de la crise, ils attendent de lui qu’il passe un cap, ainsi qu’une certaine autorité pour mettre à bien les réformes. Dans quelques jours, l’Insee publiera l’activité économique au premier semestre, et les bruits de couloirs disent qu’ils ne sont pas bons.

Les membres du gouvernement ont donc commencé à préparer le terrain, en prévenant que la croissance risquait d’être atone, et que les engagements déficitaires ne seront pas tenus. C’est bien là-dessus que les français élaboreront leur opinion sur le président.

En début d’année 2013, lorsque François Hollande a décidé d’envoyer une force militaire au Mali, on avait pu voir la polémique, en partie équivalente sur le fait qu’il voulait endosser les habits de commandant en chef pour grimper dans les sondages. Au final, le gain de popularité n’avait été que d’un point. Les Français font donc la part des choses. Après le 15 août en revanche, François Hollande sera confronté sur des sujets beaucoup plus réels puisqu’il sera confronté à son bilan, et il lui sera difficile d’invoquer l’héritage et l’ardoise laissés par ses prédécesseurs après deux ans et demi de mandat.

Que penser de l’opinion des sympathisants du Front national, réputés attachés aux évènements qui fondent l’histoire de la France ?
L’élément moteur qui explique ce rejet, c’est que c’est dans cet électorat, l’idée du complot est le plus répandu que dans les autres formations. Les électeurs du FN sont donc plus prompts à voir dans un certain nombre d’actions du gouvernement une stratégie de diversion. C’est l’électorat qui est le plus inquiet pour le pays, dans sa situation sociétale, sociale et économique. Si vous écoutez Marine Le Pen qui est, et c’est heureux pour elle, assez en phase avec son électorat, ces représentations ne sont que des paroles. On va être dans une lecture très pessimiste de l’histoire, et elle dit clairement que les gouvernants ont refusé à gouverner et qu’il s’agit de « discours de façade ». Le décalage avec le réel, la capacité à faire respecter une interdiction de manifester, ramener l’ordre dans les banlieues est jugé trop important. De même, Marine Le Pen illustrait bien cette idée en disant que François Hollande n’était qu’un « sous-préfet » de Bruxelles, le ramenant alors à une fonction qui ne serait qu’honorifique, comme son homologue allemand en Alsace pour l’anniversaire du début de la Grande Guerre.

Voir par ailleurs:

Un seul empereur sous le ciel ?

Laurent Murawiec

L’Esprit des Nations

Editions Odile Jacob, 2001, pp. 102-106

L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction.

L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste.

Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. Comme l’écrit un idéologue du régime : « La renaissance de l’esprit chinois sera comme la cloche du matin pour l’ère du [monde centré sur l’océan] Pacifique. Toute gloire à la Grande Chine. L’avenir appartient à l’esprit chinois modernisé au nom du siècle nouveau. » À cet avenir glorieux, à la vassalisation par la Chine, les Etats-Unis sont l’obstacle premier.

La Chine de ne veut pas de confrontation militaire, elle veut intimider et dissuader, et forcer les Etats-Unis à la reculade. Deng l’avait fortement exprimé devant Henry Kissinger : « La Chine ne craint rien sous le Ciel ni sur la Terre. » De même, avec précision, le général Mi Zhenyu, commandant en second de l’Académie des sciences militaires : [En ce qui concerne les Etats-Unis,] pendant une période de temps assez considérable, nous devons absolument entretenir notre soif de vengeance […]. Nous devons celer nos capacités et attendre notre heure. » Qu’est-ce qu’une grande stratégie chinoise ?

L’ « Esquisse d’un excellent stratège chinois » de l’universitaire taiwanais Chien Chao l’avait montré : « Il attend patiemment l’occasion propice, en alerte, observant et analysant constamment la situation. Quand il agit, ses actions tendent à être indirectes et trompeuses, et souvent il essaie d’atteindre son but en utilisant une tierce partie. Quelques fois exagérera-t-il et mentira, mais toujours il feindra. Il fait de son mieux pour stopper l’avance de son adversaire. Il pourra attirer, éprouver et menacer l’adversaire, mais, à moins que cela ne soit absolument nécessaire, il ne lancera pas de choc frontal réel avec lui. S’il le doit, il agira avec promptitude et voudra prendre rapidement le contrôle de l’adversaire. Il est toujours disposé à abandonner ou à se retirer, car cela n’est qu’un pas en arrière avant de revenir. »

Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique.

Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme.

L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941.

La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant.

Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures.

La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée.

Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage.

Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction.

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Beijing warns US: ‘We will fight back’ as battle of words escalates over South China Sea
China reveals ‘active defence’ military strategy after US flies surveillance jet over disputed territory
Jamie Fullertone
Beijing
The Independent
26 May 2015

China has upped its military posturing, issuing a strategy paper saying Beijing would “surely counterattack if attacked” by an enemy amid concerns from the US and neighbouring countries over its developments in the South China Sea.
The release of the document came shortly after Beijing lodged a complaint against the US for flying a surveillance jet over disputed territory in the South China Sea, where China is building artificial islands.

Chinese state media reported that the white paper, issued by the state council, the country’s cabinet, underscored that Beijing was committed to world peace and believed that a world war was unlikely. But it added that “small-scale wars, conflicts and crises are recurrent in some regions”. The state-owned news agency Xinhua highlighted one particular phrase, which appeared in the “Strategic Guideline of Active Defence” section: “We will not attack unless attacked, but we will surely counterattack if attacked.”

Much to the concern of its neighbours and the US, China, the dominant powerhouse in the region, has been building artificial islands and buildings in the disputed South China Sea, where the Philippines, Vietnam, Malaysia, Brunei and Taiwan all have overlapping claims.

In one area, the Spratly islands, the US says China has created 2,000 acres of land, with satellite images showing what appears to be an airstrip.

The paper said that China’s armed forces would work to “resolutely safeguard China’s sovereignty [and] security and development interests” and work towards “realising the Chinese dream of achieving the great rejuvenation of the Chinese nation”.

The white paper on China’s military strategy said it would fight back if attacked (Reuters)

Announcing its release, the People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun appeared to be referring to the US when he said that “outside powers” were attempting to “tarnish the Chinese military’s reputation and create an atmosphere of exaggerated tension.” He added: “We cannot eliminate the possibility that this is to create excuses for the actions that certain countries may be planning to take.”

Although President Barack Obama recently said that China was acting like a “bully” towards its neighbours in the South China Sea, the US refrained from having a physical presence in the disputes until it flew a spy plane over the region. The move sparked a diplomatic row, and the Chinese foreign ministry spokeswoman Hua Chunying called the flyover “provocative behaviour”.

China’s rampant land reclamation efforts in the sea have alarmed its neighbours and the US over Beijing’s potential military ambitions there. But despite satellite images showing runways and helipads, Beijing has never acknowledged that the building work is military in nature.

People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun holds a copy of the annual white paper during a news conference in Beijing (Reuters)

On Tuesday, it compared the building efforts to simple road construction.
“Every day all around China, there are all kinds of construction projects being started [such as] building homes, paving roads, building bridges, opening new farmland, etc,” Mr Yang said. “Looking from the angle of sovereignty, China’s development of construction on its islands is no different at all from all the other types of construction going on around the country.”

Taiwan’s President Ma Ying-jeou proposed a peace initiative yesterday for the South China Sea, asking claimants to cast aside disputes and concentrate on sharing resources instead. “We demand that freedom of navigation and overflight be respected in the South China Sea,” he said, urging a resolution before “major conflict breaks out.”

The statement was rebuffed by Ms Hua, who said in response: “We believe Chinese people on both sides of the Strait have a duty to jointly protect China’s territorial sovereignty and maritime rights and interests and safeguard the stability of the South China Sea region.”

Voir aussi:

US-China war ‘inevitable’ unless Washington drops demands over South China Sea
Warning from state-run China newspaper as Beijing reveals plans for development of disputed South China Sea islands
Julian Ryall, Tokyo
26 May 2015

China’s armed forces are to extend their operations and its air force will become an offensive as well as defensive force for the first time, in a major shift in policy that will strengthen fears of accidental conflict.
A policy document by the state council, or cabinet, said China faced a “grave and complex array of security threats”, justifying the change.
The People’s Liberation Army, including its navy and air force, will be allowed to “project power” further beyond its borders at sea and more assertively in the air in order to safeguard its maritime possessions, the white paper stated.

The navy will add “open seas protection” to a traditional remit of “offshore waters defence”, it said.
The posture risks escalating the tension over disputed islands in the South China Sea and elsewhere in the Pacific, where the United States is determined to protect the interests of allies like Taiwan and the Philippines.

Only last week, a US aircraft ignored repeated warnings from the Chinese military to fly a reconnaissance mission over the islands.

Global Times, a tabloid newspaper run by the Communist Party, said that China might have to “accept” there would be conflict with the United States.

“If the United States’ bottom line is that China has to halt its activities, then a US-China war is inevitable in the South China Sea”, said the paper, which is often seen as a mouth-piece of hardline nationalists in the government in Beijing.

State media reported on Tuesday that Beijing had begun building two lighthouses on reefs in the Spratly Islands, a smattering of outcrops that are claimed by an array of countries including not only China but also Vietnam and the Philippines.

Last month, satellite imagery revealed the Chinese had almost completed an air strip on another reef – Fiery Cross – while they are turning another rock, Mischief Reef, into a full island through land reclamation.

The Global Times article described the construction of runways, harbour facilities and buildings on the disputed Spratly Islands as the nation’s “most important bottom line”.

Speaking at a press conference in Beijing, Yang Yujun, a spokesman for the Defence Ministry, dismissed international criticism of China’s policies in the South China Sea, claiming the work was the same as building roads and homes on mainland China and that it would benefit “the whole of international society”.

“From the perspective of sovereignty, there is absolutely no difference”, he said, adding that “some external countries are also busy meddling in South China Sea affairs”.

Analysts say neither Washington nor Beijing appear to be in the mood to back down and that there is a serious risk of a minor incident in airspace around the islands escalating rapidly.

“I think the concern has to be that China misjudges the situation”, said Robert Dujarric, director of the Institute of Contemporary Asian Studies at the Japan campus of Temple University.

“Neither party wants a war if it can be avoided, but there are red lines for both sides”, he said. “I worry whether Beijing considers the US to be a declining power and assumes that Washington will back down if it shoots down a US observation aircraft”.

Washington chose to “de-escalate” a major crisis that blew up after a Chinese fighter collided with a US Navy intelligence-gathering aircraft off Hainan Island in April 2001.

However, Prof. Dujarric said there would be a different response if a similar incident were to occur in what Washington insists is international air space over the South China Sea.

Recent developments have provoked new concerns in the region, with Ma Ying-jeou, the president of Taiwan, calling for the different nations laying claim to the South China Sea to put their differences aside and carry out joint development of natural resources.

Voir enfin:

La guerre cachée  du Kremlin contre l’Europe

Françoise Thom*

* Historienne, spécialiste de la Russie. Auteur, entre autres nombreuses publications

POLITIQUE INTERNATIONALE

« Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe » (Vladimir Poutine à Bill Clinton en novembre 1999) (1).

« Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres » (Alexandre Prokhanov) (2).

« Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe ». (Vladimir Soloviev) (3).

Une ambition de puissance qui ne date pas d’hier

En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée.

Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest

Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien !

Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne.

Dès mars 1993, Boris Eltsine exigeait que « les organisations

internationales, y compris l’ONU, reconnaissent à la Russie des

droits particuliers en tant que garante de la paix et de la stabilité

sur le territoire de l’ex-URSS ». À partir de l’arrivée d’Evguéni

Primakov aux Affaires étrangères en janvier 1996, la diplomatie

russe prend une tournure néo-soviétique de plus en plus mar-
quée. Un nouvel accent est mis sur les relations avec les voisins

de la Russie  : avec les pays d’Europe centrale et orientale que

M­oscou avait négligés depuis la fin du Pacte de Varsovie, mais

aussi avec le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et l’Extrême-Orient.

Les axes eurasiatiques de l’action russe se dessinent clairement :

« partenariat stratégique » avec la Chine (4) en 1996 ; création à

l’automne 1997 d’une troïka Eltsine-Kohl-Chirac dans laquelle la

Russie voit l’embryon d’un directoire européen à vocation anti-
américaine (« la première victoire presque inconditionnelle [de la

Russie] en politique étrangère » (5) selon la presse de l’époque) ;

Françoise Thom 71

consolidation de l’emprise russe sur la CEI, marquée notamment

par un accord de réintégration signé avec le Bélarus en avril 1997 ;

un traité d’amitié avec l’Arménie en août 1997, prévoyant une

alliance militaire entre les deux pays, et donc des bases russes en

Arménie. Le  1er décembre 1999, la  Douma adopte en première

lecture un  projet de  loi intitulé «  Modalités pour l’adhésion à

la  Fédération de Russie et la  création au  sein de  la  Fédération

d’une nouvelle formation territoriale ». Cette loi réglemente non

seulement le  redécoupage des  «  sujets  » de  la  Fédération, mais

aussi l’inclusion éventuelle d’États étrangers ou de  territoires

appartenant à des États étrangers (article 4) (6). On le voit : les

ingrédients de la politique de Poutine étaient déjà présents durant

les années Eltsine. Ce qui manquait à l’époque à la diplomatie

russe, c’étaient les moyens, la discipline et la persévérance.

Première phase : la mobilisation de l’opinion en Russie

On a répété à l’envi que Poutine et la caste tchékiste qui l’en-
toure ne sont pas des stratèges, qu’ils ne font qu’« improviser ».

L’analyse de la politique conduite depuis 1999 révèle au contraire

un esprit de suite et une obstination dans la poursuite des objectifs

Commençons par le premier acte. Pour les siloviki (les offi-
ciers des structures de sécurité), l’étape préalable à la restauration

du grand empire eurasien détruit par l’impéritie de l’ancienne

nomenklatura communiste est le retournement de l’opinion

en Russie même. Il fallait un choc pour inciter la société russe

à faire bloc derrière la nouvelle élite tchékiste. Du 4  au16  sep-
tembre 1999, quatre mystérieuses explosions meurtrières se pro-
duisent dans des villes de Russie (deux à Moscou), faisant plus

de 300 morts. Poutine, qui vient d’être nommé premier ministre,

attribue ces attentats plus que suspects (7) aux Tchétchènes. Sa

rhétorique musclée suscite une vague patriotique qui lui permettra

de se présenter en chef de guerre et de se faire élire président en

mars 2000, en pleine guerre contre la Tchétchénie.

Le nouveau chef de l’État et la secte de l’ex-KGB propulsée

avec lui au Kremlin peuvent se féliciter : désormais, le rétablis-
sement de la grande puissance russe est un objectif partagé par

l’opinion. La Russie a cessé de se débobiner avec l’écrasement

de la rébellion tchétchène. À présent, elle peut entamer la phase

de reflux, récupérer les terres perdues avec la chute de l’URSS.

Comme l’écrit Alexandre Prokhanov, l’un des idéologues en vogue

à l’époque du troisième mandat de Vladimir Poutine, entamé en

2012 : « À la fin des années 1990 et au début des années 2000, il

fut décidé de renoncer à l’idée mort-née de l’État national.

Après la deuxième guerre de Tchétchénie commença la renais-
sance de l’empire russe. Après avoir écrasé les séparatistes, le

Kremlin recolla le pays grâce à de nouvelles agrafes d’acier — les

districts fédéraux — et rectifia les Constitutions et les lois locales.

(…) Maintenant, la Russie est prête à revenir dans les régions d’où

elle avait reflué à l’époque de sa faiblesse » (8).

L’exaltation patriotique et les succès économiques — dus à

la hausse du prix des hydrocarbures — font accepter à la majorité

de la population la mise au pas du pays, l’asservissement de la

presse, le grignotage inexorable des libertés. La première moda-
lité de la « guerre hybride » qui fera ses preuves en Ukraine en

2014  est appliquée contre la société russe durant cette période

initiale du régime poutinien : se camouflant derrière l’Inspection

fiscale, le parquet, des partis bidons, voire des oligarques, n’agis-
sant jamais à visage découvert, le Kremlin éradique et neutralise

tous ses adversaires et fait de la Russie une parfaite table rase.

Le pays devient un tremplin monolithique à partir duquel ­Poutine

peut se consacrer à la phase suivante  de son grand dessein : la

réintégration autour de Moscou de l’espace ex-soviétique. Car

« le véritable critère de la souveraineté et de l’indépendance d’un

État est sa capacité à être le noyau et le centre de rassemble-
ment d’autres États, à court terme et à long terme » (9).

Dans un premier temps, les hommes du Kremlin ont un sens

aigu de la faiblesse de la Russie. Ils sont conscients que leur projet

visant à reconstituer l’empire n’est réalisable que si les États-Unis

et l’UE sont neutralisés. La « guerre contre le terrorisme » per-
mettra un rapprochement avec l’administration Bush. Aux

­Européens Poutine propose un « partenariat énergétique » que les

intéressés saisissent avec empressement. Dès 2000, les dirigeants

russes envisagent d’utiliser les Européens de l’Ouest pour for-
cer les pays d’Europe centrale et orientale à déférer aux volon-
tés de Moscou. Par exemple la Pologne, toujours rebelle : « La

­Russie préfère prendre toutes les décisions à Bruxelles et dans les

capitales ouest-européennes, dans la certitude que les partenaires

européens aînés pourront agir sur la Pologne. Il se peut que la

position arrogante des négociateurs russes soit payante et que les

Polonais cèdent devant les pressions conjointes des Russes et des

Mais, d’emblée, Moscou donne la préférence à sa politique

traditionnelle de priorité aux relations bilatérales avec les États

européens, ce qui permet la mise en concurrence de ceux-ci pour

l’obtention des faveurs de Poutine. Dès 2004, Sergueï Markov,

un expert proche du Kremlin, explique qu’il est souhaitable pour

Moscou d’avoir affaire « non à la bureaucratie européenne, mais

aux locomotives de l’intégration, surtout l’Allemagne et la France,

de même que l’Espagne, l’Italie et l’Angleterre » car « les bureau-
crates européens considèrent la Russie comme un problème et

n’ont pas peur d’entrer en conflit avec elle » (11).

Poutine sait que les contrats gaziers entraînent une dépen-
dance durable entre consommateurs et producteurs. En liant les

pays européens à Gazprom, il travaille à créer dans chacun d’entre

eux un lobby pro-russe proche du pouvoir, capable de bloquer

toute initiative jugée indésirable à Moscou et de faire passer les

initiatives voulues par le Kremlin. Dans la logique de rapport

des forces qui est la sienne, la Russie préfère avoir affaire à des

États européens isolés, car elle est alors en mesure d’obtenir ce

qu’elle veut grâce au parti russe bien implanté dans chaque capi-
tale européenne : très vite, en Europe, on comprend que ceux qui

servent les intérêts russes sont généreusement rétribués. Hommes

politiques, industriels, journalistes et experts se pressent pour

bénéficier de la manne. Le calcul de Moscou est de créer une

situation où les grands pays d’Europe (l’Allemagne, l’Italie, la

France pour le gaz) dépendront des hydrocarbures russes, et de

former un « politburo européen » regroupant ces pays et leurs diri-
geants « schröderisés ». Grâce à ce réseau de relations bilatérales

patiemment tissé, la Russie se retrouverait alors en position domi-
nante — un peu comme le Pacte de Varsovie était venu, en 1955,

couronner les accords bilatéraux entre l’URSS et les démocraties

À partir de 2004, la politique de Poutine va s’infléchir, sous

l’influence de l’enlisement américain en Irak, de l’augmen-
tation du prix des hydrocarbures, de l’élargissement de l’UE

et de l’éclatement de plusieurs «  révolutions de couleur  » dans

l’espace post-soviétique. Comme le président russe et sa cote-
rie de siloviki ne comprennent ni la liberté ni la complexité des

74 POLITIQUE INTERNATIONALE

phénomènes sociaux, ils voient dans ces révolutions le résultat

de complots ourdis par des puissances hostiles à la Russie, au

premier rang desquelles les États-Unis. Ils en tirent la conclusion

que ceux-ci n’ont pas l’intention de laisser l’Europe à la ­Russie,

contrairement à ce que donnait à penser l’attitude europhobe des

néo-conservateurs de l’entourage du président Bush. Poutine en

conçoit un violent ressentiment contre l’Amérique. Ce glissement

vers un affrontement avec Washington (dont les Américains ne

sont guère conscients) s’accompagne d’une activation de la poli-
tique européenne. La Russie s’efforce de faire main basse sur les

infrastructures énergétiques de son «  étranger proche  » et des

nouveaux membres de l’UE. Parallèlement, elle cherche à obtenir

un accès aux réseaux de distribution dans les pays de l’UE. Dès

2005, après la signature avec l’Allemagne d’un accord en vue de

la construction du Northstream (un pipeline reliant directement

les deux pays sous la mer Baltique), elle se considère comme une

superpuissance énergétique. Elle peut se permettre de fermer les

robinets du gaz aux pays insoumis et de forcer les autres à lui

abandonner des pans toujours plus importants de leur souverai-
neté en échange de rabais sur la facture gazière.

Avec la crise des subprimes en 2007-2008, les dirigeants

russes pressentent non seulement le recul des États-Unis mais la

défaite de l’Occident tout entier. Désormais, au révisionnisme

post-soviétique s’ajoute un révisionnisme néo-soviétique  : de

même que l’URSS ne s’était jamais résignée à l’ordre européen

de l’après-guerre — qui reposait sur la coopération puis sur la

construction d’un espace commun sous la garantie de sécurité

apportée par les États-Unis —, la Russie de Poutine ambitionne

de subvertir cet ordre européen des années 2000  qui l’empêche

de s’assurer une position dominante sur le continent. Les adeptes

russes de la géopolitique sont persuadés que l’Union soviétique

a implosé parce que Moscou n’avait pas réussi à instaurer son

contrôle sur le « Rimland » de l’Europe, c’est-à-dire sur les pays

ouest-européens. La reconstitution du « grand espace » eurasien

doit donc englober l’Europe occidentale si l’empire est bâti pour

durer. C’est pourquoi la réintégration de l’espace ex-soviétique doit

nécessairement s’accompagner d’un démantèlement de l’Union

européenne et de l’effilochage du lien transatlantique : autrement

dit de la destruction de tout l’ordre européen de l’après-guerre.

La crise géorgienne offre à la Russie la première occasion

de mesurer les progrès de sa stratégie. En avril 2008, lors du

sommet de Bucarest de l’Otan, Moscou remporte un grand suc-
cès  : la France et l’Allemagne bloquent le Membership Action

Program (MAP), l’étape préalable de l’élargissement de l’Alliance

atlantique à la Géorgie et à l’Ukraine. Pour le Kremlin, le test

est positif  : Paris et Berlin ont pris le parti de Moscou contre

Washington. Il est maintenant possible d’aller plus loin. Le

président Medvedev, tout juste élu, propose la mise en place d’un

nouveau système de sécurité en Europe. Cette démarche résulte

de l’évaluation faite à Moscou de la nouvelle «  corrélation des

forces ». Aux yeux des dirigeants russes, l’effacement américain

est acquis ; il faut que l’Europe en prenne acte et donne une forme

institutionnelle à la situation qui s’est créée. Pour les Russes, le

droit est toujours la codification d’un rapport des forces. Celui-ci

ayant évolué au détriment des États-Unis et en faveur de la Russie,

l’architecture de sécurité européenne doit être modifiée en consé-

quence. En s’adressant aux États européens « en qualité d’États

nationaux, en excluant les considérations de bloc ou de grou-
pements » (12), le pacte proposé par Medvedev a vocation à mar-
ginaliser les structures existantes auxquelles la Russie n’est pas

en mesure de dicter sa volonté, à savoir l’Otan et l’UE. Tel est le

contexte de la guerre russo-géorgienne d’août 2008 qui poursuit

deux objectifs : montrer que la Russie estime désormais avoir les

mains libres pour agir dans l’espace ex-soviétique comme bon lui

semble ; et prouver à tous les alliés des États-Unis que la protec-
tion américaine est devenue une fiction. À Moscou, l’Otan est

perçue « non comme un bloc militaire mais comme un club poli-
tique amorphe et mou » qui étale sa faiblesse en Afghanistan (13) :

preuve que les innombrables experts qui font valoir que l’élargis-
sement de l’Otan serait vu à Moscou comme une « menace » sont

loin du compte. La Russie ne prend plus l’Otan au sérieux en tant

que force militaire depuis longtemps. Si elle s’oppose à son élar-
gissement, ce n’est pas parce qu’elle craint pour sa sécurité mais

parce que l’adhésion à l’Otan rend les pays limitrophes moins

vulnérables au chantage et à la subversion russes.

2008-2014 : la reprise en main de l’« étranger proche »

La crise de 2008-2009 frappe la Russie de plein fouet et dissipe

quelque peu l’euphorie patriotique qu’avait suscitée le démembre-
ment de la Géorgie. Mais au Kremlin, on se console en consta-
tant que les circonstances sont propices aux ambitions russes  :

la montée du populisme anti-européen  ; le rejet des politiques

d’austérité  ; la vogue du souverainisme et du protectionnisme  ;

et la flambée de xénophobie dans nombre de pays de l’Union

européenne. Autant de phénomènes dont on se félicite à Moscou.

Comme l’a dit Marine Le Pen, visiblement bien briefée par ses

mentors moscovites : « La crise donne la possibilité de tourner le

dos à l’Amérique et de se tourner vers la Russie » (14).

Les suites de la guerre russo-géorgienne conduisent le

Kremlin à une double conclusion. D’un côté, l’Union européenne

semble plus que jamais un obstacle aux ambitions russes. En mai

2009, en effet, l’UE instaure le Partenariat oriental, auquel sont

invités l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Bélarus, la Géorgie, la

Moldavie et l’Ukraine ; et en juillet 2009, elle adopte le troisième

paquet énergétique qui prévoit la dissociation de la production et

de l’acheminement des ressources énergétiques — une mesure

qui vise avant tout l’empire Gazprom. En revanche, la politique

de rapprochement bilatéral avec les États européens paraît por-
ter ses fruits. Les Américains se désintéressent de l’Europe et se

lancent dans la politique du « reset », comme s’il ne s’était rien

passé en Géorgie. Nombre d’États européens, la France en tête, se

ruent dans la coopération militaire avec la Russie, appâtés par le

faux dégel impulsé à ces fins par Medvedev, l’homme de paille de

Les responsables russes prévoient de créer l’Union eurasienne

en janvier 2015. La perspective de faire renaître le grand empire

continental dont la Russie entend être la force dirigeante confère

une nouvelle urgence à la tâche à laquelle le Kremlin travaille

depuis longtemps : l’éclatement de l’Union européenne. Car, tant

que cette dernière subsiste, l’Union eurasienne ne peut qu’être

fragilisée par ce pôle d’attraction dont la force se fait encore sen-
tir malgré la crise de 2008-2009. « Si l’Union européenne est une

pure zone d’occupation par les États-Unis, l’Union eurasienne,

elle, se présente en tant qu’alternative à l’occupation améri-
caine » (15). Dans l’esprit des hommes du Kremlin, l’heure du

bras de fer avec l’UE et les États-Unis approche. Comme l’a dit

Sergueï Markov  : « En 1939, nous avons conclu un pacte avec

le diable pour diviser le front occidental solidaire. Aujourd’hui,

notre tâche est de détruire le front commun entre les États-Unis et

l’Union européenne — un front où, en guise de voix de l’Europe,

nous entendons seulement l’écho de Washington » (16).

Après le lancement par l’UE du Partenariat oriental, Moscou

décide de précipiter la signature de l’Union douanière entre la

Russie, le Bélarus et le Kazakhstan en janvier 2010. Cette date

coïncide avec une grande victoire de Vladimir Poutine : son favori

Viktor Ianoukovitch, un ancien repris de justice multirécidiviste,

est élu à la présidence de l’Ukraine. Il est instructif d’examiner

la façon dont la Russie a, au cours des années suivantes, noyauté

l’Ukraine. Kiev est d’abord appâté par une substantielle baisse des

ministre ukrainien de l’Éducation nationale, Dmitri Tabatchnik,

qui considère que le « monde russe » contribue à la renaissance

spirituelle des Ukrainiens, joue un rôle important dans ce pro-
cessus. Non content d’imposer la conception russe de l’histoire

ukrainienne en faisant réécrire les manuels d’histoire, il patronne

la création d’une multitude de centres de culture russe qui ser-
vent de points d’appui à la subversion de l’État ukrainien par les

services de Moscou. À partir de 2010, le Centre de coordination

des organisations de compatriotes russes chapeaute 116 groupes

dispersés sur le territoire de toute l’Ukraine (17). À l’été 2012,

le Comité des relations avec les Russes de la CEI est invité à

intensifier son activité. Il est alors décidé de regrouper dans une

organisation unique — «  Notre patrie l’Union eurasienne  » —

tous les groupes pro-russes actifs sur le territoire de la CEI. Il est

aussi question de recruter des « bataillons slaves » sous l’égide de

cette organisation. Des « cabinets du monde russe » sont ouverts

à Sébastopol, Kherson, Kharkov et Lougansk. De 2010 à la chute

de Ianoukovitch en février 2014, la Russie va systématiquement

phagocyter l’État ukrainien, détruisant son armée, ses services

secrets, sa police et son économie (à l’exception des industries

travaillant pour le complexe militaro-industriel russe).

L’Ukraine passée sous le contrôle russe, le moment est venu

d’accélérer la défection des États de la périphérie de l’UE. Le

Kremlin va utiliser à cette fin ses atouts habituels : le pétrole et le

au lieu de 330 auparavant. Le

La stratégie de grignotage de l’UE à la périphérie

L’examen des méthodes de Moscou dans un certain nombre

de pays nous en apprend beaucoup sur l’approche russe. Comme

on va le voir, des méthodes similaires sont, en effet, appliquées

En avril 2010, le président Medvedev annonce que le prix

du gaz russe vendu à l’Ukraine sera réduit de 30 %. En échange,

l’Ukraine s’engage à ne pas exporter vers la Pologne le gaz de

pays tiers, tant que Varsovie ne sera pas parvenue à un accord

avec Moscou. Medvedev annonce que les pays que le Kremlin

considère comme ses «  partenaires  » recevront un «  traitement

préférentiel  ». L’offre est étendue à la Pologne. Façon, pour la

Russie, de tester la capacité de l’UE à imposer le troisième paquet

énergétique. Le président Kaczynski s’oppose à la signature de

ce contrat avec Gazprom. Sur ce, le 10 avril 2010, se rendant à

Katyn pour y commémorer le massacre des officiers polonais

commis par l’Armée rouge en 1940, le président polonais périt

dans un accident d’avion au-dessus de Smolensk, avec 95  per-
sonnes représentant une bonne partie de l’élite anti-russe de la

Pologne, y compris les officiers supérieurs de l’état-major polo-
nais formés aux États-Unis. La Russie, chargée de l’enquête sur

les causes de la catastrophe, fournit une foule d’explications

contradictoires, sans parvenir à convaincre les sceptiques : car la

mort de Lech Kaczynski est littéralement providentielle pour le

Kremlin. Le 29 octobre 2010, malgré les objections de l’UE, le

premier ministre Donald Tusk signe le contrat avec Gazprom, qui

prévoit la livraison de 11  milliards de m3 de gaz russe pendant

vingt ans. Gazprom a obtenu gain de cause sur l’essentiel  : le

maintien de son monopole sur le gazoduc Yamal-Europe traver-
sant la Biélorussie et la Pologne. Désormais, la Russie a barre

sur la Pologne. Gazprom se sent assez puissant pour circonvenir

le gouvernement comme en témoigne l’affaire du mémorandum

signé en avril 2013 avec EuroPolGaz, l’opaque compagnie gérant

le secteur polonais du gazoduc Yamal-Europe. Ce document enga-
geait les deux parties à construire un gazoduc de transit permet-
tant de contourner l’Ukraine en échange d’une baisse des prix du

gaz russe à la Pologne. Ce mémorandum fut signé à l’insu du gou-
vernement polonais et le premier ministre Tusk, dont la position

avait évolué entre-temps, dut intervenir pour faire avorter l’affaire

et enquêter sur les différents leviers que Gazprom avait utilisés

Succès encore plus éclatant en Hongrie  : le 29  mai 2010,

Viktor Orban devient chef du gouvernement. Il a l’intention de

laisser filer le déficit public, mais se heurte à l’opposition de

Bruxelles. Poutine saute sur l’occasion et parvient à retourner cet

ancien anticommuniste en faisant miroiter un gros contrat avec

Rosatom, l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique. Il s’agit

d’agrandir la centrale nucléaire hongroise de Paks. Les Russes

s’engagent à financer le projet en prêtant 10 milliards d’euros à la

Hongrie. Le 3 mars 2015, le Parlement hongrois porte de quinze

à trente ans la durée pendant laquelle cet accord nucléaire avec la

Russie devra rester secret, alors que l’opposition dénonce l’opacité

des transactions ayant débouché sur ce contrat attribué sans appel

d’offres. En outre, la Hongrie achète 50 % de son gaz à la Russie.

Poussé par son ami Poutine, Orban va maintenant s’arranger pour

rendre la vie impossible aux grands groupes d’énergie européens

qu’il force à quitter le pays. Un départ qui se fait au bénéfice d’un

petit cercle de proches qui profitent de la générosité de Gazprom

et des gros contrats avec la Russie (19). Ainsi, le rapprochement

économique avec la Russie se traduit par une « poutinisation » du

régime qui s’appuie de plus en plus sur des oligarques proches du

pouvoir et prospérant grâce aux largesses du Kremlin. Orban n’a

plus rien à refuser à Moscou. Encouragé par le Kremlin, il soutient

l’irrédentisme hongrois en Ukraine, n’hésitant pas depuis mars

2010 à distribuer des passeports hongrois aux citoyens ukrainiens

d’origine hongroise (ils sont environ 150 000) : « Les Hongrois

établis dans le bassin des Carpates sont en droit de prétendre à la

double nationalité et à l’autonomie (…). Voilà en clair ce que nous

attendons de la nouvelle Ukraine » (20).

Le Parti des droits civiques (SPO) de Milos Zeman, qui

échoue de peu aux élections législatives de 2010, est financé par la

compagnie pétrolière russe Lukoil. En 2013, Milos Zeman est élu

président de la République. En 2014, il sera de ceux qui condam-
neront les sanctions prises contre la Russie, estimant que la guerre

en Ukraine est une « guerre civile » (21).

La Slovaquie dépend de Gazprom pour 60 % de ses appro-
visionnements en gaz. Depuis l’arrivée au pouvoir des sociaux-
démocrates (ex-communistes) de Robert Fico en 2006, ce pays a

épousé les positions de la Russie sur la question du Kosovo et sur

la guerre russo-géorgienne. Bratislava a manifesté une mauvaise

volonté évidente lorsque l’UE a tenté d’organiser un approvision-
nement de l’Ukraine en gaz « de revers », afin de contourner le

chantage de Gazprom (22). En 2014, Fico a estimé que les sanc-
tions édictées contre la Russie étaient « absurdes ».

Le cas de la Serbie est particulièrement instructif car ce pays

revêt une importance énorme aux yeux de Moscou, pour des rai-
sons historiques et géopolitiques. Après la chute de Milosevic en

2000, les gouvernements serbes avaient poursuivi une politique

plutôt pro-occidentale. Mais, en 2008, la Serbie signe un accord

gazier et pétrolier avec la Russie. La compagnie GazpromNeft

acquiert le bloc de contrôle de la grande compagnie pétrogazière

serbe Naftna Industrija Srbije (NIS). En échange, GazpromNeft

promet d’investir 500 millions d’euros dans la modernisation de

NIS jusqu’en 2012. Le montant total de la transaction est d’en-
viron 2 milliards d’euros. Gazprom s’engage à construire sur le

territoire de la Serbie un tronçon de 400  km du gazoduc South

Stream (23). Il s’agit du plus grand investissement étranger des

dernières décennies dans l’économie de la république. Selon le

président Medvedev, cet accord « jette les fondements du régime

de sécurité énergétique dans l’Europe unie  ». Igor Tomberg, le

commentateur russe de ces accords, souligne que le président

Medvedev « luttera pour transposer en dehors du pays la souve-
raineté russe (sic), c’est-à-dire pour accroître l’influence de la

Russie dans le monde. Les instruments employés pour cela restent

très traditionnels : les ressources énergétiques et les grands projets

d’infrastructures dans le complexe combustibles-énergie » (24).

La satisfaction de Medvedev se comprend : par cet accord, la

Russie prend le contrôle de la distribution d’énergie dans un pays

central de son dispositif d’expansion économique en Europe du

Sud-Est. À partir de ce moment, la Serbie devient dépendante de

Moscou. Or elle formule sa demande pour engager le processus

d’adhésion à l’Union européenne le 23 décembre 2009. Moscou

semble alors hésiter entre deux politiques : torpiller l’adhésion de

la Serbie à l’Union européenne ; ou bien autoriser cette dernière

à y entrer, dans l’idée de faire de la Serbie un cheval de Troie

russe au sein de l’UE. À l’initiative de l’idéologue de l’eurasisme

Alexandre Douguine  (25), une succursale du mouvement de la

jeunesse poutinienne Nachi (26) est créée en 2010 en Serbie, qui

milite pour le rattachement de la Serbie à l’Union eurasienne (27).

En 2011, un centre russo-serbe de lutte contre les désastres natu-
rels est établi à Niš. En Occident, on soupçonne qu’il s’agit d’une

couverture pour les services spéciaux russes désireux d’espion-
ner la mise en œuvre du programme de défense antimissile amé-

ricain en Europe. Après la visite d’Angela Merkel en Serbie en

août 2011, les relations entre Moscou et le gouvernement Tadic se

dégradent. Le 2 mars 2012, le Conseil européen accorde le statut

de candidat officiel à la Serbie grâce à l’appui de la France, de

Moscou réagit sans tarder. À l’été 2012, à l’instigation du

Kremlin, les deux forces sur lesquelles s’appuyait le régime

­Milosevic — le Parti progressiste (issu du Parti radical lié aux

ultranationalistes russes) et le Parti socialiste (ex-communiste),

l’allié traditionnel de Moscou — forment une coalition et arrivent

au pouvoir. Le Parti socialiste a largement bénéficié, dans sa cam-
pagne, de l’argent de Gazprom. En mai 2012, Tomislav Nikolic, le

nouveau président serbe — d’abord membre du Parti radical, puis,

après la scission de celui-ci en 2008, du Parti progressiste qui

regroupe l’aile du Parti radical favorable à l’adhésion à l’Union

européenne —, choisit Moscou pour sa première visite à l’étran-
ger. En août 2012, Aleksandar Vucic, le nouveau ministre de la

Défense, également un ancien du Parti radical passé au Parti pro-
gressiste, se rend à Moscou et rencontre Dmitri Rogozine, vice-
premier ministre, responsable du complexe militaro-industriel

russe. La Russie commence à infiltrer l’armée serbe. En mai 2013,

le président Nikolic signe une Déclaration de partenariat straté-

gique  avec la Russie. Le ministre russe des Affaires étrangères

Sergueï Lavrov se rend le 16 juin à Belgrade et annonce la mise en

place d’« une coopération globale en matière de sécurité », notam-
ment en prévision de la présidence serbe de l’OSCE  (28). Un

important accord de coopération militaire est signé en novembre

2013. Ce qui se passe en Serbie rappelle en tous points ce à

quoi on a assisté en Ukraine à partir de l’arrivée au pouvoir de

En 2013, Nikolaï Patrouchev, le chef du Conseil de sécurité

russe, un proche de Poutine, se rend en Serbie. Le résultat de cette

visite ne tarde pas à se concrétiser. Des agents russes apparte-
nant à ce que l’on a appelé l’« orchestre de Poutine » pénètrent

toutes les institutions stratégiques serbes, le cabinet présidentiel,

le gouvernement, les cercles des affaires, le secteur de l’énergie,

les services spéciaux, les médias, sans oublier le monde univer-
sitaire où les ultranationalistes proches des eurasiens russes sont

Cette politique d’infiltration se double d’une politique de

«  relations publiques  » aux accents nettement panslavistes et

eurasiens (l’ambassade russe a d’ailleurs ouvert à Belgrade un

Centre d’études eurasiennes). L’Église orthodoxe serbe — qui a

décoré Leonid Rechetnikov, l’ancien chef du secteur des Balkans

au SVR (service de renseignement extérieur russe) — encourage

la dérive pro-russe  (29). Nikolic va jusqu’à recevoir Alexandre

Zaldostanov, le chef des Loups de la nuit, un gang de motards pro-
tégé par le président Poutine (Zaldostanov, surnommé le « chirur-
gien », que Poutine considère comme « son frère », est connu pour

son antisémitisme). Sous Aleksandar Vucic, qui devient président

en avril 2014, la Serbie est en voie de poutinisation rapide : même

conspirationnisme, même hostilité envers l’Occident, même auto-
ritarisme. Belgrade refuse de s’associer aux sanctions de l’UE

contre la Russie, ce qui reviendrait à « perdre le Kosovo » selon

la formule de Vucic (mai 2014) (30). En octobre 2014, Gazprom-
Neft promet d’investir un milliard de dollars supplémentaire dans

la société pétrolière serbe NIS, malgré les difficultés économiques

de la Russie : preuve de l’importance de la Serbie dans la straté-

gie du Kremlin. En novembre 2014, la Serbie et la Russie organi-
sent des manœuvres militaires communes. L’intérêt russe pour le

noyautage des élites serbes est d’autant plus grand que le 1er jan-
vier 2015, la Serbie a pris pour un an la présidence de l’OSCE.

Notons aussi qu’en Bosnie-Herzégovine Moscou s’efforce

de s’appuyer sur la Republika Srpska pour dominer tout le pays :

elle encourage les velléités de sécession de cette dernière, surtout

depuis l’annexion de la Crimée. De même, la Russie est le plus

important investisseur étranger au Monténégro. Elle contrôle un

tiers des sociétés de ce pays (31), mais n’est pas encore parvenue

à transformer cette pénétration économique en alignement poli-
tique : fin 2014, le Monténégro a refusé l’installation d’une base

russe (32) malgré les milliards que faisait miroiter Moscou.

Le scénario est celui que nous commençons à connaître. Dans

un premier temps, profitant des difficultés traversées par la Grèce,

Moscou a massivement investi dans les infrastructures touristiques

et énergétiques du pays. La préparation d’une relève pro-russe

au gouvernement grec commence en 2012. Le leader d’extrême

droite Panos Kammenos fonde en février 2012 un parti nationa-
liste, les Grecs indépendants. Cette formation s’est construite sur

des thèses conspirationnistes, dénonçant la « déshellénisation

du pays ».  Le rapprochement entre Alexandre Tsipras, chef du

parti d’extrême gauche Syriza, et Kammenos s’est esquissé en

mai 2012. Kammenos se rend souvent à Moscou. Il est en relation

avec l’oligarque Konstantin Malofeev (33), un proche du Kremlin

placé sur la liste des sanctions européennes pour avoir très géné-

reusement aidé les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine.

La Russie cultive aussi Nikos Kotzias, autre fréquent visiteur à

Moscou qui deviendra ministre des Affaires étrangères dans le

Parallèlement se déploie en Grèce une campagne idéolo-
gique anti-américaine et anti-UE, notamment dans le milieu

universitaire. Comme par hasard, Kammenos fonde un Institut

d’études géopolitiques qui s’associe à l’Institut russe des études

stratégiques (RISI), un think tank rattaché à l’Administration pré-

sidentielle russe, connu pour avoir élaboré la politique de dépeçage

de l’État ukrainien. En avril 2013, Alexandre Douguine est invité

par Nikos Kotzias à l’Université du Pirée afin de participer à une

conférence portant sur « la vision eurasiste de la politique inter-
nationale » (34). « En Grèce, nos partenaires potentiels pourraient

être les gauchistes de Syriza, qui refusent l’atlantisme, le libéra-
lisme et les forces de la finance mondiale  », écrivait Alexandre

Douguine en 2013 sur le site Contre-courant (35).

Dès février 2015, Panos Kammenos, devenu ministre de la

Défense du gouvernement constitué par le parti Syriza, est invité

à Moscou « pour discuter de coopération stratégique ».

La mainmise progressive sur la Grèce est complétée par une

politique d’expansion à Chypre. 50 000 Russes y vivent à l’année.

La découverte de gisements gaziers en 2011  a décuplé l’intérêt

de Moscou pour l’île. La Russie a octroyé à Nicosie un prêt de

2,5 milliards d’euros en 2011, aide conditionnée à un accroisse-
ment de l’influence des oligarques russes sur des banques chy-
priotes.  La communauté russe est tellement importante dans la

ville de Limassol, située dans le sud de Chypre, que les Russes

l’ont rebaptisée «  Limassolgrad  ». C’est en 2013  que Chypre

engage les premières négociations portant sur l’ouverture à la

marine russe d’une base à Limassol et la mise à la disposition

de l’aviation russe de la base de Paphos. Moscou parvient à un

accord avec Chypre fin février 2015. « L’apparition au centre de

la ­Méditerranée d’une base à partir de laquelle peuvent agir des

avions russes et où plusieurs dizaines d’appareils peuvent être

transférés dans des délais très courts modifie considérablement

l’équilibre des forces dans la région  », commentent les médias

La politique d’effritement de l’Union européenne par la péri-
phérie est complétée par un redoutable dispositif dont les ten-
tacules s’étendent au cœur de tous les pays européens. Il s’agit

d’un nouveau Komintern rassemblant au service du Kremlin les

partis d’extrême droite et d’extrême gauche, la droite chrétienne

traditionnelle, les « antiglobalistes » de toutes espèces, les « sou-
verainistes », les europhobes, les adversaires de la « finance inter-
nationale », des irrédentistes encore fort actifs dans certains pays

d’Europe centrale et orientale, etc. C’est Alexandre Douguine qui

est chargé de coordonner ce nouveau Komintern et d’en faire une

Les services russes s’intéressent depuis longtemps à l’ex-
trême droite européenne. Voilà plus de vingt ans qu’Alexandre

Douguine cultive des relations et des échanges avec toute une

nébuleuse d’adeptes de cette tendance. Le premier voyage de

Jean-Marie Le Pen à Moscou remonte à 1991  (37). Le chef du

Front national revient dans la capitale russe en 2003, à l’invi-
tation  de Sergueï Babourine, l’un des leaders de la mouvance

«  communo-patriote  ». Il y rencontre alors le père Tikhon (le

confesseur de Poutine) et Vladimir Krioutchkov, l’ancien chef

du KGB. Il revient à Moscou en juin 2005, invité cette fois par

le mouvement nationaliste Rodina. À l’été 2012, la Russie aide

au lancement sur Internet d’une chaîne de télévision francophone

imaginée par d’anciens cadres du Front national  : ProRussia.tv,

dont le nom est tout un programme. En juin 2013, Marine Le

Pen est reçue à M­oscou par le président de la Douma, Sergueï

­Narychkine, un ancien tchékiste proche de Poutine. Elle rencontre

également Dmitri Rogozine. Le Front national reçoit en 2014 un

crédit de 9  millions d’euros d’une banque russe contrôlée par

Les pays d’Europe centrale et orientale se caractérisent par

une grande instabilité politique et des gouvernements de coalition

fragiles. D’où l’utilité pour Moscou de pouvoir compter sur des

petits partis certes minoritaires, mais d’autant plus dociles qu’ils

dépendent du financement russe. En Hongrie, le parti d’extrême

droite Jobbik (38), dirigé par Gabor Vona, dont le but déclaré est

de « délivrer la Hongrie de l’esclavage euro-atlantique » (39), peut

apporter son soutien à Orban au cas où les libéraux le mettraient

en difficulté. Jobbik milite pour une intégration de la Hongrie

dans l’Union eurasienne. En Bulgarie, le parti d’extrême droite

Ataka (40) a menacé les sociaux-démocrates de retirer son soutien

à la coalition gouvernementale si celle-ci appuyait la politique de

Au fur et à mesure que s’aggrave la crise entre l’UE et la

Russie, Moscou cherche à mobiliser sa cinquième colonne et à

l’exploiter au maximum. Le néo-Komintern compte aussi dans

ses rangs le parti de la Liberté en Autriche, le Vlaams Belang en

Belgique, la Ligue du Nord en Italie, sans oublier Aube dorée

en Grèce. Début 2014, un partenariat se noue entre l’oligarque

­Malofeev et Alexandre Douguine. Ce dernier sert en quelque sorte

de chasseur de têtes : il indique à Malofeev les personnalités et

partis dignes de recevoir les subventions russes. Le 16 mars 2014,

sur ordre de Moscou, les séparatistes de Crimée improvisent un

référendum. Les seuls « observateurs » ayant consenti à donner

leur caution à cette farce proviennent de l’extrême droite euro-
péenne, rassemblés par l’Observatoire eurasien de la démocra-
tie et des élections créé à Bruxelles par le néo-nazi belge Luc

Michel (41). Aymeric Chauprade, alors conseiller pour l’interna-
tional de Marine Le Pen, se rend à Moscou et assure à la télévision

russe que tout s’est déroulé selon les règles. Il en profite pour

rencontrer l’inévitable Malofeev. Lors des élections au Parlement

européen en mai 2014, 24  partis populistes de droite raflent un

quart des sièges : 15 d’entre eux sont d’orientation pro-russe (42).

Fin mai 2014, une conférence financée par Malofeev réunissant

les personnalités d’extrême droite cultivées par Moscou se tient à

Vienne. L’ambition de Douguine est de rassembler une élite inter-
nationale européenne au service du futur empire eurasien.

À l’instar du Komintern, qui possédait une section chargée

des opérations secrètes, Douguine a développé ses réseaux clan-
destins. L’Union de la Jeunesse eurasienne, fondée en 2005 pour

«  former un bouclier humain face au bulldozer de la révolution

orange  », ressemble à l’organisation secrète du Komintern. On

peut lire dans le catéchisme de cette organisation : « Nous sommes

des bâtisseurs d’empire d’un type nouveau et nous ne serons

satisfaits que lorsque nous aurons le pouvoir sur le monde. Car

nous sommes les maîtres de la Terre, parce que nous sommes les

enfants et les petits-enfants des maîtres de la Terre. Les peuples

et les pays s’agenouillaient devant nous, notre main s’étendait sur

la moitié du monde, nos semelles foulaient les montagnes et les

vallées de tous les continents du globe terrestre. Cette puissance,

nous la restaurerons » (43). En avril 2014, l’Union de la Jeunesse

eurasienne infiltre en Ukraine des activistes chargés de s’emparer

du Parlement et d’autres édifices gouvernementaux, en se faisant

passer pour des membres de l’«  extrême droite  » ukrainienne.

Douguine est également l’un des organisateurs du mouvement

séparatiste du Donbass. Les services ukrainiens ont intercepté

l’un de ses entretiens téléphoniques avec une militante locale,

dans lequel Douguine donnait ses instructions  : «  Ne cherchez

pas une entente avec Kiev, agissez radicalement… Le Kremlin est

décidé à soutenir résolument l’indépendance de l’est et du sud de

Mais aux yeux de Douguine et de ses protecteurs en haut

lieu, la destruction de l’Ukraine ne fait qu’annoncer un dessein

beaucoup plus ambitieux que Douguine lui-même a évoqué avec

candeur dans une interview télévisée en avril 2014  : «  Nous

devons conquérir l’Europe. L’élite européenne a déjà pensé livrer

l’­Europe à une Russie conservatrice forte et sûre d’elle. Nous

pouvons déjà compter sur une cinquième colonne européenne. Ce

sont des intellectuels européens qui veulent consolider leur iden-
tité européenne. (…) Quant aux forces armées européennes, elles

sont nulles, l’Europe est faible. Et pour ce qui concerne l’Otan,

nous avons pu constater, en Ossétie du Sud, qu’en cas d’interven-
tion musclée elle ne réagit pas. Nous ne voulons qu’un protecto-
rat sur l’Europe. Nous n’avons pas besoin de faire la guerre pour

cela. Le soft power suffira. Nous proposerons aux Européens de

les sauver des gays, des Pussy Riot, des Femen. (…) Les Euro-
péens se rendent compte qu’ils sont dégénérés. L’Europe se hait

et est fatiguée du nihilisme. Nous dirons aux Européens  : “La

repentance, c’est fini. Vous n’arrivez pas à venir à bout de l’im-
migration, nous le ferons pour vous.” L’Europe entrera dans notre

union eurasiatique (…). Nous avons l’expérience de l’expansion

en Europe, celle du Komintern et de l’infiltration des ­Parlements

européens. Aujourd’hui, nous pouvons trouver d’autres parte-
naires. (…) Annexer l’Europe, c’est un grand dessein digne de la

Russie. (…) Nous prendrons leurs technologies d’un seul coup :

plus besoin de gaz et de pétrole pour les obtenir au compte-
gouttes. Voilà la modernisation et l’européanisation de la Russie.

Le soft power suffira : trouver une cinquième colonne, propulser

au pouvoir les gens que nous contrôlons, acheter avec l’argent

de Gazprom des spécialistes de la réclame (…). Nous utiliserons

les ONG comme eux le font contre nous (…). Le tsar russe ou le

président russe doivent être un tsar européen ou un président de

l’Europe  »  (45). Rien dans le comportement russe tel que nous

venons de le dépeindre ne dément l’existence d’une telle ambi-
tion. Au contraire, la politique russe semble se conformer en tous

points aux grandes lignes esquissées par Douguine…

Une gigantesque machine de propagande

Tout comme l’action du Komintern était épaulée, dans les

années 1930, par la machine de propagande communiste, le néo-
Komintern d’aujourd’hui s’appuie sur un impressionnant disposi-
tif visant à imposer les vues du Kremlin sur la situation mondiale.

La pièce maîtresse de ce dispositif est la chaîne Russia Today,

fondée en 2005, dont le budget atteint 300  millions de dollars

en 2010, 445  millions en 2014, et doit augmenter de 41  % en

2015 (46) (de 2007 à 2014, le Kremlin a dépensé 50 milliards de

dollars pour la propagande russe à l’étranger)  (47). Comme l’a

dit Poutine en 2013  lors d’un entretien avec les journalistes de

RT, cette chaîne est devenue «  une arme formidable permettant

de manipuler l’opinion publique  »  (48). Clé du succès de RT  :

elle se présente comme « anti-establishment », prétend dévoiler

les coulisses de la politique mondiale, ce qu’on cache au grand

public, avec bien entendu un fort penchant pour le complotisme

(par exemple, à en croire RT, la CIA a trempé dans les attentats

du 11  Septembre et dans ceux de Boston, prétexte à rogner les

libertés du peuple américain) et l’irrationalisme. Contrairement à

la propagande communiste handicapée par la langue de bois et la

nécessité de coller aux dogmes, la propagande poutinienne peut se

livrer à son travail de sape sans avoir à se soucier d’un agenda posi-
tif. L’essentiel est de discréditer les Occidentaux, d’introduire un

coin entre les citoyens et leur gouvernement, de semer la zizanie.

Le deuxième volet du dispositif de propagande poutinien

concerne Internet et les réseaux sociaux «  qui sont favorables

à Poutine, à la différence des médias établis » (49). C’est après

les manifestations de l’automne-hiver 2011 que l’administration

présidentielle russe décide d’utiliser les réseaux sociaux pour

manipuler et désorganiser l’opposition. La tâche est confiée à

Viatcheslav Volodine, le nouveau chef de l’Administration prési-
dentielle. L’opération est considérée comme un grand succès ; si

grand, d’ailleurs, qu’il est décidé, à l’automne 2013, d’appliquer

cette expérience à l’étranger (50). La Russie entretient désormais

une armée de « trolls du Net » dont la tâche est de dénigrer les

adversaires du Kremlin et de donner l’impression que la ligne

pro-russe a le soutien de la majorité  (51). Ces trolls poutiniens

arpentent le web, chargés de discréditer les publications considé-

rées comme anti-russes et de figurer de vastes mouvements d’opi-
nion spontanés favorables aux thèses russes.

Le livret de la propagande russe a été complété au moment de

la guerre contre l’Ukraine. Cette propagande s’organise autour de

deux grands axes. Le premier est l’anti-américanisme, ingrédient

essentiel de l’idéologie poutinienne. C’est le seul élément trans-
national de l’ancien dispositif idéologique soviétique qui subsiste,

l’anti-américanisme étant largement répandu et exploitable dans le

monde. Le messianisme russe s’est identifié à lui : la Russie se voit

comme le point de ralliement et l’état-major de toutes les forces

anti-américaines de la planète. La tâche historique de la Russie,

répètent les plumitifs du Kremlin, est de faire échouer ceux qui

ambitionnent de mettre en place une domination mondiale. Grâce

à Washington, «  Poutine est devenu un leader global contre la

domination hégémonique des États-Unis et les nouvelles valeurs

du post-modernisme » (52). Le droit international n’existe pas :

c’est une fiction dont les Américains se servent pour justifier leur

hégémonisme, tout comme la démocratie. Le conflit ukrainien

est causé par la volonté d’expansion américaine en Ukraine. Les

­Américains voulaient se venger du fait que Poutine les avait empê-

chés de bombarder la Syrie. Ils détestent Poutine car il constitue

l’obstacle principal à leur hégémonie globale. Notons qu’en pré-

sentant le conflit ukrainien comme le résultat d’une rivalité géopo-
litique entre la Russie et les États-Unis Moscou laisse également

entendre aux Européens que « ce n’est pas leur guerre » (53).

Bref, les Occidentaux sont les responsables de la crise

ukrainienne. Ils ont tout fait pour rendre l’Ukraine anti-russe. Ils ont

violé l’accord du 21 février 2014 et laissé choir ­Ianoukovitch (54).

Quant au gouvernement ukrainien, il s’agit d’une « junte fasciste ».

L’armée ukrainienne est une légion étrangère de l’Otan. La solu-
tion du conflit ukrainien se trouve dans une coopération entre les

Européens et Moscou, les premiers ayant enfin compris qu’il fal-
lait « tenir compte des intérêts nationaux russes » en Ukraine en

se faisant les instruments de la politique du Kremlin pour imposer

Le second axe est la prétendue « défense des valeurs tradi-
tionnelles ». La Russie se pose en championne de la chrétienté,

en rempart contre l’islam. Elle seule n’a pas oublié ses racines

chrétiennes, elle seule s’oppose à la propagande de l’homosexua-
lité, etc. Comme l’explique le patriarche Kirill, « la Sainte Russie

reste l’idéal spirituel et moral de notre peuple. Cet idéal s’exprime

dans la sainteté. D’ordinaire, les peuples ont d’autres idéaux,

liés à l’existence profane, à la richesse, au pouvoir, au prestige.

Mais, pour notre peuple, l’idée nationale est la sainteté  »  (55).

Les peuples européens étant nivelés par l’eudémonisme, la Russie

guerrière reprendra le flambeau de la civilisation européenne. Sous

sa direction, l’Europe peut s’extraire de la spirale de la décadence

dans laquelle elle est engagée. En France, les réseaux du Kremlin

ont immédiatement compris tout le profit qu’ils pouvaient tirer

de la « Manif pour tous ». Un think tank financé par la Russie et

implanté à Paris, l’Institut de la démocratie et de la coopération,

dirigé par une historienne, Natalia Narotchnitskaia, s’est hâté

d’organiser dans la capitale française un colloque sur la défense

de la famille auquel a participé Christine Boutin (4 juillet 2013).

Ce qu’oublient les poutinolâtres, c’est que les chiffres de

la pratique religieuse régulière ne sont pas plus élevés en Russie

qu’en France et que l’avortement est encore une pratique de masse

en Russie (880 000 répertoriés dans les statistiques en 2014, mais

on peut penser que les chiffres réels sont plus élevés).

Ce qu’ils oublient, aussi, c’est que les dirigeants russes uti-
lisent les idées de manière instrumentale, exactement comme à

l’époque communiste. Les thèmes de campagne sont mis en avant

pour faire pencher en faveur de Moscou le rapport des forces, aussi

bien en politique intérieure qu’en politique étrangère. On exploite

des slogans qui permettent de ratisser large, comme la campagne

contre le mariage gay qui rappelle l’« antifascisme » dans l’uti-
lisation qu’en faisait le Komintern dans les années 1930  ou la

« lutte pour la paix » dans les années 1950. De même, la rhéto-
rique anti-islamique — simple produit d’exportation comme le

prouve, par exemple, la réaction russe à l’attentat contre Charlie

Hebdo (56). On se souvient qu’après le pacte germano-soviétique

de 1939 l’« antifascisme » a, du jour au lendemain, été remplacé

dans la presse communiste par la dénonciation des « fauteurs de

guerre franco-britanniques  ». Ceux qui croient à l’engagement

russe contre l’islam pourraient fort bien avoir une surprise simi-
laire un de ces jours  : la passion dominante en Russie étant la

haine de l’Occident, on peut tout à fait concevoir un retour à la

politique d’alliance de l’orthodoxie avec l’islam qu’a longtemps

préconisée Alexandre Douguine. Cette approche purement ins-
trumentale des idées explique pourquoi la mouvance pro-russe

englobe harmonieusement l’extrême droite et l’extrême gauche,

les nostalgiques du communisme et les libertariens radicaux. On

remarquera que les propagandistes du Kremlin et Poutine lui-
même recyclent et amplifient les critiques formulées en Occident

contre la mondialisation, la perte de l’identité nationale, la bureau-
cratie de l’UE, etc., tout à fait comme à l’époque communiste ils

empruntaient des thèmes développés par la gauche occidentale et

les répercutaient largement grâce aux réseaux kominterniens.

Comment expliquer le succès de la propagande russe ? La

raison profonde tient à ce qu’elle exploite le malaise de l’homme

post-moderne qui se sent pris par des forces qui le dépassent —

la globalisation, la finance internationale, etc. — et s’imagine

que la politique n’a plus lieu d’être puisque, croit-il, les déci-
sions se font ailleurs. Les idéologues poutiniens personnalisent ce

mal cosmique, lui façonnent un visage — les États-Unis… ou la

bureaucratie de Bruxelles ! — et redonnent un sens au politique

en désignant un ennemi. Le complotisme fait le reste : désormais,

la complexité du monde disparaît, tout a une explication simple

lorsque l’on sait où regarder. On constate aujourd’hui en Russie

les résultats de cette irradiation de l’esprit par la propagande : la

population russe semble avoir perdu la capacité de lier la cause

et les effets. Frappée de plein fouet par la crise économique due

à la politique de Poutine, elle l’explique par les agissements des

États-Unis et exprime un soutien redoublé au maître du Kremlin.

La sur-réalité créée par le régime est acceptée sans une hésitation.

Le 1er mars 2014, la Douma vote à l’unanimité l’autorisation au

président Poutine d’envoyer des troupes en Ukraine : pas une voix

discordante, pas une question. On a l’impression que le lavage de

cerveau a pour résultat de débrancher jusqu’à l’instinct de conser-
vation des peuples, en Russie et en Europe. Imagine-t-on qu’après

Munich la France ait vendu des bombardiers à la Wehrmacht et

qu’elle ait entraîné sur son sol les officiers du Reich ? Et pourtant,

nous avons vendu des Mistral à la Russie quelques mois après

l’amputation de la Géorgie, alors que le comportement de plus en

plus agressif du Kremlin sautait aux yeux. Le pire est que la sur-
réalité créée par la propagande russe s’impose aussi à l’extérieur

des frontières de la Russie, grâce au pilonnage de l’« orchestre du

Kremlin ». Les adeptes du « parti russe » deviennent insensibles

au démenti des faits, un peu comme s’ils appartenaient à une secte

faisant bloc autour de son gourou. On trouve souvent chez eux

l’extrême agressivité qui caractérise les médias russes.

Si puissante soit-elle, la propagande a ses limites. Et depuis

les succès de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis à

partir de 2009, le Kremlin a pris conscience que l’arme énergé-

tique n’était pas aussi infaillible qu’il se l’imaginait auparavant. Il

a donc entrepris de se donner les moyens de faire la guerre.

C’est à partir de l’été 2007 que la Russie commence à mul-
tiplier les démonstrations de force militaire. En mai, elle teste un

nouveau missile balistique intercontinental. Elle reprend ses vols

de bombardiers stratégiques, renouant avec une tradition héritée

de la guerre froide, et ne cesse de violer l’espace aérien des pays

de l’Otan. En septembre 2008, le président Medvedev annonce une

réforme militaire radicale qui prévoit une amélioration de la capa-
cité de déploiement des troupes, des systèmes de commandement

et de contrôle, ainsi que de l’entraînement  ; le développement

d’un armement de haute technologie ; l’amélioration de la situa-
tion matérielle des militaires ; le développement d’une flotte de

sous-marins armés de missiles de croisière ; et la création d’un

système de défense dans l’espace. En janvier 2009, les stratèges

russes décident de procéder à une expansion navale en dehors de

l’espace post-soviétique en installant des bases dans les territoires

amis. De 2011 à 2014, le budget militaire a augmenté de 20 % par

an. En 2013, le budget militaire russe s’élevait à 68,8  milliards

de dollars, en 2014 à près de 100 milliards de dollars. Il est prévu

d’augmenter les dépenses militaires de 30 % en 2015 par rapport

à 2014. Celles-ci représentent actuellement 19 % du budget fédé-

ral (57). En 2013, Poutine s’est engagé à allouer 718 milliards de

dollars d’ici à 2020  au réarmement des forces russes, citant en

exemple le « bond » réalisé par Staline dans les années 1930. En

outre, Moscou projette de renouveler tout son arsenal nucléaire

Non contente de dénoncer le traité limitant les forces conven-
tionnelles en Europe (11 mars 2015), la Russie se prépare à une

confrontation nucléaire. N’oublions pas que depuis 2004  les

manœuvres russes près de la Baltique mettent en œuvre l’arme

nucléaire tactique  (58). Au cours des manœuvres de septembre

2010 auxquelles ont participé 13 000 militaires sur le territoire du

Bélarus et à Kaliningrad, Moscou et Minsk ont simulé des opéra-
tions offensives visant la Pologne et prévoyant une frappe nucléaire,

l’assaut des plages et une attaque du gazoduc Yamal-Europe. En

2014, Moscou a décidé de déployer en Crimée des bombardiers

Backfire qui disposent d’un rayon d’action de plus de 2 500 km et

sont armés de missiles de croisière X-22 d’une portée de 500 km.

Conséquence  : la Russie est capable d’infliger des frappes à

l’Europe entière. Aux yeux des stratèges russes, la combinaison

de ces bombardiers et des missiles Iskander-M, d’une portée de

500 à 2 000 km, neutralisera les éléments du bouclier antimissile

américain qu’il était prévu de déployer en Pologne et en ­Roumanie

en 2018-2020 (59). Un investissement de 1,75 milliard de dollars

est prévu en faveur de la flotte de la mer Noire. Par surcroît, la

Russie est en train de procéder à une militarisation accélérée de

l’Arctique. Elle réclame un « élargissement de sa souveraineté »

dans la zone arctique, c’est-à-dire le contrôle de 1,2 million de km2

supplémentaires (60). Elle vient de se doter d’un Commandement

militaire du Nord et d’une unité spéciale capable de combattre en

climat polaire. Elle se donne ainsi les moyens de contrôler la voie

de la mer du Nord. Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là : en

janvier 2015, Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense,

a annoncé que le Kremlin avait l’intention d’ouvrir des bases au

Vietnam, à Cuba, au Venezuela et au Nicaragua (61).

L’État russe, comme l’État soviétique avant lui, n’est au

fond qu’une gigantesque armée qui s’appuie sur une gigantesque

police (en 2014, la Russie a dépensé pour la police et les services

secrets 55 milliards de dollars, soit 14 % du budget fédéral — à

titre de comparaison, ce chiffre avait été de 35 milliards de dollars

en 2011) et sur un appareil de propagande tentaculaire. En face

de cet État-garnison rassemblé autour de son chef se trouve une

Europe minée de l’intérieur, démoralisée, divisée, affaiblie par la

crise, handicapée par la relative médiocrité de sa classe politique,

inconsciente même du danger dans lequel elle se trouve.

Depuis 2013, la Russie a perdu l’illusion qu’elle pourrait

devenir une grande puissance économique. Vers la fin 2014, elle a

aussi compris que la Chine, uniquement soucieuse de ses propres

intérêts, ne l’aiderait pas. Elle a donc absolument besoin d’une

Europe soumise pour assurer l’intendance. Pour y parvenir, elle

mise de plus en plus sur l’intimidation militaire. Galvanisée par

quinze ans de lavage de cerveau nationaliste, elle n’hésite plus

à se livrer à un chantage nucléaire. Dmitri Kisselev, l’un des as

de la propagande poutinienne, déclare à la chaîne de télévision

«  R­ossia  » le 16  mars 2014  : «  La Russie est le seul pays du

monde qui puisse réellement transformer les États-Unis en cendres

radioactives  », insinuant qu’Obama avait flanché devant cette

menace et adopté un profil bas dans la crise ukrainienne parce

qu’il avait pris conscience de la puissance russe.

De son côté, Poutine multiplie les déclarations martiales. Le

17 avril 2014, répondant à une question du même Dmitri Kisselev

sur la politique de l’Otan qui « nous donne l’impression d’étouf-
fer  », il déclare  : «  C’est nous qui les étoufferons tous, vous

n’avez pas à avoir peur. Nous n’avons pas peur, je n’ai pas peur

et personne ne doit avoir peur. » Tout à l’euphorie de l’annexion

de la Crimée, Poutine explique pourquoi la Russie doit aller de

l’avant  : « Comme un aspirateur, notre pays a absorbé d’autres

nations, d’autres peuples, d’autres ethnies — ce qui n’a pas seule-
ment formé notre code culturel commun, mais un code génétique

exceptionnellement puissant. Car les gènes se sont mélangés pen-
dant des millénaires et des siècles. Ce code génétique est presque

certainement l’un de nos avantages concurrentiels dans le monde

extérieur. Il est très souple, résistant. (…) Le Russe ou celui qui

appartient au monde russe est persuadé que l’homme a une voca-
tion morale supérieure. C’est pourquoi il n’est pas tourné vers

lui-même, mais vers l’extérieur. (…) Alors que l’Occidental, lui,

est tourné vers lui-même, vers la réussite personnelle. (…) Il me

semble que seul notre peuple pouvait formuler le proverbe : “Une

mort glorieuse est belle.” On me dira : la mort est épouvantable.

Eh bien, non. Une mort glorieuse, c’est une mort pour ses proches,

pour son peuple, pour la Patrie… » (62).

Ces épanchements récents de Poutine révèlent des accents

nouveaux dans l’idéologie du maître du Kremlin. À ses yeux, la

supériorité du peuple russe est biologique. Poutine est un adepte

de la théorie de la «  passionarnost’  », qu’on peut traduire par

« élan vital ». Face à l’Europe avachie se dresse la Russie guer-
rière, portée par la « passionarnost’ » qu’incarne son chef. Dans

le documentaire commémorant l’annexion de la Crimée projeté

à la télévision russe le 15  mars dernier, Poutine se souvient du

dialogue imaginaire qu’il menait avec les Occidentaux durant ces

journées dramatiques : « Au nom de quoi iriez-vous vous battre là-

bas ? Vous ne le savez pas ? Quant à nous, nous le savons. Et nous

sommes prêts à tout… » Et de préciser qu’il avait donné l’ordre de

mettre les forces nucléaires en état d’alerte. Outre le « triomphe

de la volonté », on voit aussi poindre un thème inquiétant, large-
ment répercuté dans les médias russes : celui de la guerre comme

« régénération » de la société. Ces inflexions récentes ne laissent

pas d’inquiéter. Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler.

Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2  (63). Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage.

(1) Cité in : André Fontaine, « Pourquoi l’Occident soutient Poutine », Le Monde, 20 mars

(2) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut » (« Nous devons nous étendre, faute de quoi nous

nous ferons bouffer »), Argumenty i Fakty, 29 octobre 2008.

(4) La Chine vient à ce moment-là de provoquer une crise dans ses relations avec les États-Unis en envoyant des missiles balistiques à quelques kilomètres des grandes villes

94 POLITIQUE INTERNATIONALE

(5) N. Kučin, Novoe Vremia, n° 42, 26 octobre 1997.

(6) Gazeta.ru, 25 février 2000. (7) À Riazan, le FSB a été pris en flagrant délit le 22 septembre en train d’installer des

(8) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut », art. cit.

(11) Sergueï Markov, Interfax, 24 février 2004.

(12) http://www.kremlin.ru/appears/2008/06/05/1923_type63374type63376type63377_

(13) Interview de D. Rogozine à Zavtra, 20 août 2008.

(14) Cité in : Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révélations sur les réseaux russes des Le

Pen », Le Nouvel Observateur, 27 novembre 2014.

(15) V. Korovin, regnum.ru, 27 décembre 2014.

(18) Vladimir Socor, « Polish Government Sheds Light on Gazprom-EuroPolGaz MOU »,

Eurasia Daily Monitor, Volume 10, n° 80, 29 avril 2013.

(19) Charles Haquet, « Viktor Orban, le petit Poutine de Budapest », L’Express, 21 février

(21) Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », Newsweek, 16 février

(22) L’Ukraine a signé en 2012 un contrat avec l’Allemand RWE en vue de lui acheter du

gaz à un prix moins élevé que celui imposé par le géant gazier russe, tout en important éga-
lement du gaz à partir de la Hongrie. En avril 2014, la Slovaquie et l’Ukraine sont parve-
nues à un accord sur les livraisons à Kiev de gaz en provenance de l’Europe occidentale en

utilisant le vieux gazoduc de réserve de Vojany en Slovaquie orientale, de faible capacité,

faute de pouvoir mettre en œuvre les gazoducs existants contrôlés par Gazprom. Il s’agit

de donner la possibilité à certains pays européens de rétrocéder à l’Ukraine une partie du

gaz qu’ils achètent à la Russie à des tarifs moindres que ceux qui sont désormais imposés

http://www.leblogfinance.com/2014/04/lukraine-saccorde-avec-la-slovaquie-pour-rece- voir-du-gaz-russe.html

(23) South Stream devait passer par la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie, la Grèce

(24) http://fr.sputniknews.com/opinion/20080227/100140136.html#ixzz3TnEwuyih

(25) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « L’idéologue de Poutine »,

(26) Mouvement de jeunesse fondé officiellement le  15  avril  2005  pour empêcher une

(27) http://openrevolt.info/2014/03/10/eurasian-serbia-interview-with-vjekoslav-

(28) http://www.stopfake.org/en/putin-seeks-to-influence-radical-parties-in-bid-to-desta- bilise-europe/

(29) Jelena Milić, « The Russification of Serbia », New Eastern Europe, 16 octobre 2014.

(30) Bodo Weber et Kurt Bassuener, « The Western Balkans and the Ukraine crisis — a

changed game for EU and US policies ? », DPC Policy Paper, septembre 2014.

http://www.democratizationpolicy.org/pdf/briefs/DPC%20Policy%20Paper%20Wes-
tern%20Balkans%20&%20Ukraine%20crisis.pdf

(32) http://www.balkaneu.com/government-refuses-russias-request-set-military-base-

http://www.b92.net/eng/news/region.php?yyyy=2015&mm=01&dd=28&nav_id=93007

Françoise Thom 95

(33) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « Russie : le credo ortho- doxe », n°145, automne 2014.

(35) http://www.tdg.ch/monde/Syriza-quels-liens-avec-les-nationalistes-russes/story/

(36) http://fr.sputniknews.com/french.ruvr.ru/2014_01_15/La-Russie-derange-l-OTAN-

(37) Voir à ce propos et pour ce qui va suivre Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révéla-

(38) Le Jobbik adopte une orientation pro-russe en 2008 sous l’influence de Bela Kovacs,

son conseiller en politique étrangère. Kovacs était en poste à Moscou en 1988. Très lié aux

milieux d’affaires russes, il a adhéré au Jobbik en 2005. Devenu milliardaire, il se rend à

Moscou tous les mois. En mai 2014, le parquet hongrois a ouvert une enquête contre lui,

l’accusant d’espionner les institutions européennes pour le compte de Moscou. Son épouse

russo-autrichienne est soupçonnée d’être un agent du contre-espionnage russe.

Voir http://www.heraldscotland.com/news/world-news/hungary-s-far-right-backed-by-

(39) Cité in : Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », art. cit.

(40) Ataka a été créée en 2005. Sa direction compte un grand nombre d’ex-officiers de la

Sécurité d’État de l’époque communiste. http://www.riskandforecast.com/post/in-depth-

(41) Anton Shekhovtsov, « The Kremlin’s marriage of reason with the European far-right »,

(42) Owen Matthews, “The Kremlin’s Campaign to Make Friends”, art. cit.

(43) Vladimir Abarinov, «  Okkultnaja ličnost  » [Une personnalité occulte], grani.ru,

(44) Oleg Shynkarenko, « Alexander Dugin : The Crazy Ideologue of the New Russian

(45) Newsland, 12 avril 2014. Interview de A. Douguine sur tv.russia.ru. Douguine fait

actuellement partie du Conseil consultatif du président de la Douma Sergueï Narychkine.

(46) http://euromaidanpress.com/2014/09/23/russia-to-increase-budget-by-2-2-times-for-
its-main-propagandists-russia-today-and-dmitry-kiseliov/

(48) Simon Shuster, « Inside Putin’s on-air machine », Time, 5 mars 2015.

(49) Sergei Markov, « Russia Must Stop U.S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014. « Moscou s’efforcera d’alléger la pression [américaine] et de trouver un sou- tien à l’étranger en amplifiant sa campagne d’information parmi les centaines de millions

de citoyens de l’UE qui sympathisent avec la position de Poutine contre Washington et

qui apprécient son soutien aux valeurs traditionnelles rejetées par les élites européennes »,

(51) Chris Elliott, « The readers’ editor on… pro-Russia trolling below the line on Ukraine

(52) Sergei Markov, « Russia Must Stop U. S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014.

(53) Monika Garbačiauskaitė, « Historian Timothy Snyder : Ukrainian crisis is not about

Ukraine, it’s about Europe» », DELFI, 12 novembre 2014.

(54) Cet accord signé par Ianoukovitch et les leaders de l’opposition grâce à une médiation

européenne prévoyait une élection présidentielle anticipée ; une révision de la Constitution

visant à réduire les pouvoirs présidentiels et à augmenter ceux du Parlement dans l’esprit

de la Constitution de 2004 ; et la formation d’un gouvernement d’union nationale. La fuite

(55) I. Jakovenko, « Mediafrenia », Eženedelny Žurnal, 29 juillet 2014.

96 POLITIQUE INTERNATIONALE

(56) Le 19 janvier 2015, Ramzan Kadyrov, le satrape de Poutine en Tchétchénie, a organisé

une manifestation monstre contre Charlie Hebdo. À Moscou, les rares manifestants pro-

(57) Vladimir Ryzhkov, « Russia is Burdened by the Weight of Empire », Moscow Times,

(59) http://www.regnum.ru/news/polit/1784592.html#ixzz2xoLViTTO

(60) Business Insider, 2  décembre 2014. Voir également  : http://www.aif.ru/politics/

(62) Conférence de presse du 17 avril 2014 : http://www.regnum.ru/news/polit/1792501.

(63) Négociés par les dirigeants allemand, français, ukrainien et russe, signés le 12 février,

ces accords prévoient un cessez-le-feu à partir du 15 février, le retrait « de toutes les armes

lourdes par les deux parties », la mise en place d’une bande démilitarisée d’une largeur

de 50 à 140 kilomètres, la reprise par Kiev du financement des territoires sous contrôle

rebelle, et une réforme constitutionnelle d’ici à fin 2015, préparant une «  décentralisa- tion », en accord avec les représentants des régions de Donetsk et de Lougansk. Par ces

accords, la Russie obtient l’essentiel  : l’assurance d’une ruine prolongée de l’Ukraine

obligée d’assumer le fardeau économique des enclaves pro-russes aux mains des réseaux

mafieux et l’assurance que l’État ukrainien sera faible, avec pour Moscou la perspective de

contrôler le gouvernement de Kiev grâce aux régions de l’Est.


Shabouot/Pentecôte: A quand un référendum sur les dix commandements ? (Robespierre’s one-day religion: Looking back at the ceremony that was to abolish 2, 000 years of “perverted” christianism)

24 mai, 2015
https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/32/Decalogue_parchment_by_Jekuthiel_Sofer_1768.jpghttps://i2.wp.com/judaisme.sdv.fr/perso/rneher-b/tabloi/decl1789.jpg
https://i0.wp.com/i-cms.linternaute.com/image_cms/750/1729145-monument-de-joseph-sec.jpghttps://i1.wp.com/judaisme.sdv.fr/perso/rneher-b/tabloi/mallet.jpg
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https://i1.wp.com/www.je-suis-stupide-j-ai-vote-hollande.fr/blog/wp-content/uploads/gpa.pngHomme et femme, il les créa. Genèse 1: 27
Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. Jésus (Jean 14: 6)
Dans le calendrier juif, Chavouot se déroule « sept semaines entières » ou cinquante jours jusqu’au lendemain du septième sabbat » après la fête de Pessa’h. De là son nom de Fête des Semaines (Chavouot, en hébreu) et celui de Pentecôte (cinquantième [jour], en grec ancien) dans le judaïsme hellénistique. (…) Ce n’est qu’à partir du IIe siècle que le pharisianisme liera la fête de la moisson à la commémoration du don de la Loi au Sinaï. Les Actes des Apôtres situent explicitement lors de cette fête juive le récit où les premiers disciples de Jésus de Nazareth reçoivent l’Esprit Saint et une inspiration divine dans le Cénacle de Jérusalem : des langues de feu se posent sur chacun d’eux, formalisant la venue de l’Esprit (…) L’image du feu — conforme à la tradition juive de l’époque sur l’épisode de la révélation sinaïtique que l’épisode entend renouveler — matérialise la Voix divine. La tradition chrétienne perçoit et présente la Pentecôte comme la réception du don des langues qui permet de porter la promesse du salut universel aux confins de la terre ainsi que semble en attester l’origine des témoins de l’évènement, issus de toute la Diaspora juive. Wikipedia
Dans l’ancien Orient, lors d’une alliance entre deux puissances, on disposait, dans le temple des partenaires, un document écrit devant être lu périodiquement12, il n’est donc pas surprenant que les Tables de la Loi soit le témoignage concret de l’Alliance entre Dieu et son peuple. C’est la raison pour laquelle, les images des tables sont souvent présentes sur le fronton des synagogues. (…) Dans les temples protestants, une représentation des Tables de la Loi remplaçait, jusqu’au XVIIe siècle, la croix des églises catholiques. Wikipedia
Tous les préceptes du Décalogue se peuvent déduire de la justice et de la bienveillance universelle que la loi naturelle ordonne. (…) Le Décalogue ne contient donc que les principaux chefs ou les fondements politiques des Juifs ; mais néanmoins ces fondements (mettant à part ce qui regardait en particulier la nation judaïque) renferment des lois qui sont naturellement imposées à tous les hommes et à l’observance desquelles ils sont tenus dans l’indépendance de l’état de la nature comme dans toute société civile. Louis  de Jancourt (article Décalogue, Encyclopédie dirigée par D’Alembert et Diderot, 1 octobre 1754)
L’Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de l’Homme et du Citoyen… Préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
Le texte s’inscrit sur deux registres, dont la forme évoque celles des Tables de la Loi rapportées par Moïse du mont Sinaï. Il est accompagné de figures allégoriques personnifiant la France et la Renommée, et de symboles comme le faisceau (unité), le bonnet « phrygien » (liberté), le serpent se mordant la queue (éternité), la guirlande de laurier (gloire), les chaînes brisées (victoire sur le despotisme) ; l’ensemble étant placé sous l’œil du Dieu créateur, rayonnant d’un triangle à la fois biblique et maçonnique. Philippe de Carbonnières
Le Judaïsme a abandonné la lecture quotidienne des proclamations des ‘sectaires’ (Chrétiens) (Berachot 12a). Les partisans de Paul croyaient que seuls les Dix Commandements et non le reste de la loi mosaïque étaient divins, éternels et obligatoires. Dans ce contexte, pour les Juifs, donner la priorité au Décalogue aurait pu signifier un accord avec les sectaires, aussi la lecture quotidienne a été abandonnée de façon à montrer que toutes les autres 613 mitzvot étaient des commandements divins. Raymond Apple
Les Tables ne sont pas un symbole laïc ou païen. A la différence du bonnet phrygien, du serpent qui se mord la queue, des faisceaux de licteurs, etc., leur référent n’est pas l’antiquité païenne, mais la Bible, au message religieux évident. Pourtant, dans la France chrétienne du 18e siècle, le message religieux normalement reçu est lié à une symbolique chrétienne, que justement la Révolution repousse. La mentalité révolutionnaire est donc à la recherche d’une symbolique qui ne soit pas chrétienne (puisque l’Eglise est désormais perçue comme synonyme de fanatisme et d’absolutisme despotique), mais qui soit cependant suffisamment religieuse pour satisfaire le sentiment religieux profond qui réside au coeur de chaque révolutionnaire (…) Mais par-delà la croyance sentimentale difficilement déracinable existe aussi un pragmatisme politique. Il peut être dangereux de déraciner tout symbole religieux dans l’imagerie populaire et donc dans les mentalités qu’on veut forger. Représenter des symboles chrétiens est exclu, puisque contraire aux principes jacobins. Les Tables de la Loi s’offrent donc d’une manière idéale pour répondre à un certain besoin religieux sans pour autant laisser croire à une affiliation cléricale. Les Tables de la Loi fournissent ainsi « les vêtements du sacré » à la religion de la Patrie. Nous les voyons figurer sur des allégories patriotiques, sur le soleil qui doit faire sortir le monde vers l’âge des lumières, sur des médailles en fer de grande diffusion, représentant l’Egalité et la Justice, sur des gravures évoquant des fêtes populaires, et jusque sur les uniformes militaires, au milieu des canons. On les trouve sur les médailles d’identification des membres des diverses assemblées révolutionnaires comme celle du Conseil des Cinq-Cents. (…) La laïcisation des Tables de la Loi peut aller jusqu’au cas limite où un contenu nouveau est donné au Décalogue. C’est ainsi qu’une gravure populaire présente « les Dix Commandements républicains » dans le cadre graphique des Tables de la Loi. Les Tables de la Loi remplissent donc un rôle important dans l’iconographie de la Révolution. Elles permettent à la Révolution de déconnecter ses emblèmes de tout ce qui est chrétien sans se prévaloir uniquement de symboles d’origine antique et païenne. Elles permettent de donner une coloration religieuse mais dans un ton pour ainsi dire « neutre » aux idéaux de justice, d’égalité, de soumission à une loi égale pour tous, que prône la Révolution. La défaite de l’arbitraire royal et l’apparition d’une Constitution garantissant les Droits de l’homme sont très clairement symbolisés par les Tables de la Loi, ce qui explique leur place récurrente dans l’iconographie de la Révolution. Renée Neher-Bernheim
On a supposé qu’en accueillant des offrandes civiques, la Convention avait proscrit le culte catholique. Non, la Convention n’a point fait cette démarche téméraire: la Convention ne la fera jamais. Son intention est de maintenir la liberté des cultes, qu’elle a proclamée, et de réprimer en même temps tous ceux qui en abuseraient pour troubler l’ordre public; elle ne permettra pas qu’on persécute les ministres paisibles du culte, et elle les punira avec sévérité toutes les fois qu’ils oseront se prévaloir de leurs fonctions pour tromper les citoyens et pour armer les préjugés ou le royalisme contre la république. (…) Il est des hommes qui veulent aller plus loin; qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l’athéisme lui-même. (…) La Convention n’est point un faiseur de livres, un auteur de systèmes métaphysiques, c’est un corps politique et populaire, chargé de faire respecter, non seulement les droits, mais le caractère du peuple français. Ce n’est point en vain qu’elle a proclamé la déclaration des droits de l’homme en présence de l’Etre suprême!” (…) L’athéisme est aristocratique; l’idée d’un grand être, qui veille sur l’innocence opprimée, et qui punit le crime triomphant, est toute populaire. Le peuple, les malheureux m’applaudissent; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches et parmi les coupables. J’ai été, dès le collège, un assez mauvais catholique; je n’ai jamais été ni un ami froid, ni un défenseur infidèle de l’humanité. Je n’en suis que plus attaché aux idées morales et politiques que je viens de vous exposer: “Si Dieu n’existait pas, il faudrait |’inventer.” (…) Ce sentiment est celui de l’Europe et de l’univers, c’est celui du peuple français. Ce peuple n’est attaché ni aux prêtres, ni à la superstition, ni aux cérémonies religieuses; il ne l’est qu’au culte en lui-même, c’est-à-dire à l’idée d’une puissance incompréhensible, l’effroi du crime et le soutien de la vertu, à qui il se plaît à rendre des hommages qui sont autant d’anathèmes contre l’injustice et contre le crime triomphant. Si le philosophe peut attacher sa moralité à d’autres bases, gardons-nous néanmoins de blesser cet instinct sacré et ce sentiment universel des peuples. Quel est le génie qui puisse en un instant remplacer, par ses inventions, cette grande idée protectrice de l’ordre social et de toutes les vertus privées? Maximilien Robespierre (club des Jacobins, 21 novembre 1793)
Si quelqu’un me prouvait que le Christ est en dehors de la vérité, et qu’il serait réel que la vérité fût en dehors du Christ, j’aimerais mieux alors rester avec le Christ qu’avec la vérité. Dostoeivski
Si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité?  (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
Toute idée fausse finit dans le sang, mais il s’agit toujours du sang des autres. C’est ce qui explique que certains de nos philosophes se sentent à l’aise pour dire n’importe quoi. Camus
Dans ces temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire.  George Orwell (?)
Si les faits ne coïncident pas avec la théorie, il faut changer les faits ! Albert Einstein (?)
La vérité ne se décide pas au vote majoritaire. Doug Gwyn
Dans l’histoire de l’Europe moderne, c’est la Révolution française qui la première fit passer dans la réalité l’idée d’exterminer une classe ou un groupe. Ernst Nolte
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Si les forêts tropicales méritent notre protection, l’homme (…) ne la mérite pas moins (…) Parler de la nature de l’être humain comme homme et femme et demander que cet ordre de la création soit respecté ne relève pas d’une métaphysique dépassée. Benoit XVI
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vieConférence des évêques
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé. Hasan al-Bannâ (préambule de la charte du Hamas, 1988)
Le Mouvement de la Résistance Islamique est un mouvement palestinien spécifique qui fait allégeance à Allah et à sa voie, l’islam. Il lutte pour hisser la bannière de l’islam sur chaque pouce de la Palestine. Charte du Hamas (Article six)
Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. (…) Le partage de la Palestine en 1947 et la création de l’État d’Israël sont des événements nuls et non avenus. (…) La Charte ne peut être amendée que par une majorité des deux tiers de tous les membres du Conseil national de l’Organisation de libération de la Palestine réunis en session extraordinaire convoquée à cet effet. Charte de l’OLP (articles 15, 19 et 33)
Je mentirais si je vous disais que je vais l’abroger. Personne ne peut le faire. Yasser Arafat (Harvard, octobre 1995)
Abraham n’était pas juif, pas plus que c’était un Hébreu, mais il était tout simplement irakien. Les Juifs n’ont aucun droit de prétendre disposer d’une synagogue dans la tombe des patriarches à Hébron, lieu où est inhumé Abraham. Le bâtiment tout entier devrait être une mosquée. Yasser Arafat, cité dans le Jerusalem Report, 26 décembre 1996)
Mariage homosexuel : l’Irlande plus démocratique que les socialistes français, fait un référendum. Les votes sont clos, en République d’Irlande, où plus de 3.2 millions d’habitants étaient appelés à prendre part à un référendum sur la légalisation du mariage homosexuel. 3,2 millions d’Irlandais chanceux qu’on leur demande s’il veulent que la constitution du pays soit modifiée pour autorisé le mariage des couples de gays et lesbiennes. 3,2 millions d’Irlandais plus chanceux que les Français, méprisé par les élites et les dirigeants politiques socialistes, qui ont fait passer leur réforme malgré l’hostilité de millions de Français dans les rues. 3,2 millions d’Irlandais respectés par leur gouvernement, qui, pour un sujet de société aussi important, les a consultés. Jean-Patrick Grumberg
Le Luxembourg donne l’image d’un pays en avance sur les questions de société. C’est un message envoyé à un moment où l’homophobie est en train de monter en Europe. (…) J’aurais pu le cacher, ou le refouler et être malheureux toute ma vie. J’aurais pu avoir une relation avec quelqu’un de l’autre sexe et avoir des relations homosexuelles en cachette. Mais je me suis dit : si tu veux faire de la politique et être honnête en politique, tu dois être honnête avec toi-même et donc t’accepter toi-même. Charles Michel (Premier ministre belge)
Le Luxembourg a célébré une grande première. Le Premier ministre libéral du Luxembourg Xavier Bettel a épousé vendredi son compagnon belge Gauthier Destenay. Il est ainsi devenu le premier dirigeant uni par les liens d’un mariage homosexuel dans l’Union européenne. Europe 1
Pour fêter les deux ans du mariage homo­sexuel léga­lisé en avril 2013. Et puis, je suis très heureux, alors ça donne envie de faire bouger les menta­li­tés. Mon mari et moi sommes venus vivre à Las Vegas pour être libres d’avoir l’en­fant que nous n’au­rions pas pu avoir en France. À Paris, on a parfois l’im­pres­sion qu’il ne faut être ni juif ni noir, ni arabe ni homo­sexuel. Je ne supporte plus le refus de l’autre. J’en ai assez qu’on dise à Romain de féli­ci­ter sa femme pour la nais­sance. Moi-même je devrais me taire. Eh bien non. Je le reven­dique : nous sommes deux hommes, nous avons fait un enfant et ça se passe bien. Alex Goude (animateur M6)
L’Irlande devient ainsi le premier pays au monde à autoriser le mariage gay par voie référendaire. (…) Plus de 3,2 millions d’Irlandais ont été appelés à se prononcer sur une modification de la Constitution proposant d’autoriser « le mariage entre deux personnes, sans distinction de sexe ». L’Irlande devient ainsi le 19e pays, le 14e en Europe, à légaliser le mariage gay. Il est par contre le seul pays à l’avoir fait par référendum, les autres ayant opté pour la voie parlementaire. « C’est historique », a souligné le ministre de la Santé, Leo Varadkar. Ce référendum, a-t-il estimé, constitue « une révolution culturelle » dans un pays longtemps conservateur et où l’homosexualité n’a été dépénalisée qu’en 1993. « Je suis tellement fier d’être Irlandais aujourd’hui », avait tweeté en début de journée, Aodhan O Riordain, secrétaire d’Etat pour l’Egalité, tandis que, dans les rues de Dublin, des Irlandais, hommes et femmes de tous âges, exultaient et se prenaient dans les bras. Avant même la publication des résultats, un des principaux responsables de la campagne du non, David Quinn, avait concédé la défaite de son camp. « C’est une claire victoire pour le camp du oui », a-t-il déclaré, adressant ses « félicitations » aux partisans du mariage homosexuel. Francetvinfo
Une Allemande de 65 ans, mère de 13 enfants et grand-mère de 7 petits-enfants, a accouché de quadruplés « pas complètement développés » à Berlin, un cas controversé mêlant médecine et téléréalité qui relance le débat sur les grossesses tardives. Annegret Raunigk, qui a procédé à des fécondations in vitro en Ukraine, est désormais la mère de quadruplés la plus âgée au monde, selon la chaîne de télévision RTL, détentrice des droits exclusifs sur cette grossesse hors normes. Les bébés prématurés, trois garçons et une fille, sont nés mardi par césarienne, après seulement 26 semaines de grossesse. Ils ont été placés en couveuse mais ont « de bonnes chances de survivre », selon un communiqué de RTL. « Toutefois, les bébés, par comparaison avec une naissance normale dans la 40e semaine de grossesse, ne sont pas encore développés complètement. D’éventuelles complications ne peuvent donc pas être complètement exclues », poursuit la chaîne. (…) Cette femme élégante, les cheveux roux et une fine paire de lunettes sur les yeux, n’en est pas à sa première grossesse tardive. En 2005, alors âgée de « seulement » 55 ans, elle avait mis au monde une petite fille. C’est d’ailleurs pour répondre au souhait de sa dernière fille d’avoir un petit frère ou une petite sœur qu’elle a décidé de retenter une insémination artificielle, a-t-elle expliqué. Nés de 5 pères différents, les autres enfants d’Annegret Raunigk ont déjà tous quitté le domicile maternel. RTL
L’homme et la femme utilisent tous les deux ces poupées pour remplacer un compagnon humain, que ce soit par choix ou par nécessité. Je pense qu’il n’y a aucun inconvénient à cela, surtout si les journées en deviennent plus supportables » (…) Mes photos concernent la vie, les relations amoureuses et la sexualité. Les poupées repoussent certaines personnes, tandis que d’autres sont empathiques envers elle. Au fur et à mesure que le monde devient plus numérique et moins personnel, il sera de plus en plus banal que des poupées et des robots soient utilisés en tant que substituts pour les relations amoureuses. Je peux uniquement espérer que mes photos déclenchent une émotion ou une connexion chez le spectateur. Stacy Leigh
Une reconnaissance de l’Etat de Palestine par le Saint-Siège est un signe fort envoyé aux pays musulmans. C’est un appel à l’apaisement. (…) En règle générale, le Saint-Siège reconnaît des pays qui l’ont déjà été par la communauté internationale et les grandes puissances. C’est bien le style du pape François de bousculer ainsi les habitudes. François Mabille
Israël-Palestine : la France veut renverser la table Paris propose un projet de résolution poussant les deux parties à s’entendre en 18 mois. Sous peine de reconnaître l’État palestinien. Le Point
Banking on Netanyahu’s assertion while campaigning for re-election that there would be no Palestinian state during his term in office, Obama is reported exclusively by our sources to have given the hitherto withheld green light to European governments to file a UN Security Council motion proclaiming an independent Palestinian state. Although Netanyahu left the foreign affairs portfolio in his charge and available to be filled by a suitably moderate figure as per the White House’s expectations did not satisfy the US President. The White House is confident that, with the US voting in favor, the motion will be passed by an overwhelming majority and therefore be binding on the Israeli government. To show the administration was in earnest, senior US officials sat down with their French counterparts in Paris last week to sketch out the general outline of this motion. According to our sources, they began addressing such questions as the area of the Palestinian state, its borders, security arrangements between Israel and the Palestinians and whether or not to set a hard-and-fast timeline for implementation, or phrase the resolution as  a general declaration of intent. Incorporating a target date in the language would expose Israel to Security Council sanctions for non-compliance. (…) At the same time, both American and French diplomats are already using the club they propose to hang over the Netanyahu government’s head for gains in other spheres. French President Francois Hollande, for instance, the first foreign leader ever to attend a Gulf Council of Cooperation summit, which opened in Riyadh Tuesday to discuss Iran and the Yemen war, used the opportunity to brief Gulf Arab rulers on Washington’s turnaround on the Israeli-Palestinian issue. And US Secretary of State John Kerry plans to present the Obama administration’s new plans for Palestinian statehood to Saudi leaders during his visit to Riyadh Wednesday and Thursday, May 6-7. Kerry will use Washington’s willingness to meet Palestinian aspirations as currency for procuring Saudi and Gulf support for a Yemen ceasefire and their acceptance of the nuclear deal shaping up with Iran. Debka file
Once again, Barack Obama was riffing off the cosmic joke that he is somehow anti-Semitic, when in fact, as many people understand, he is the most Jewish president we’ve ever had (except for Rutherford B. Hayes). No president, not even Bill Clinton, has traveled so widely in Jewish circles, been taught by so many Jewish law professors, and had so many Jewish mentors, colleagues, and friends, and advisers as Barack Obama (though it is true that every so often he appoints a gentile to serve as White House chief of staff). (…) I’ll grapple with the meaning of Obama’s Jewishness later, but the dispute between the Jewish right and the Jewish left over Obama is actually not about whether he is anti-Jewish or pro-Jewish, but over what sort of Jew he actually is. Jeffrey Goldberg
I’ve been called the first Jewish president, you know. Barack Hussein Obama
Maximilien Robespierre, known as l’Incorruptible, is at the summit of his glory.  Rivers of blood, flowing from the guillotines of France, have washed away the Girondins and anyone who had pactised with them; the Jacobins, even though they were close to him;  certain Montagnards and, curiously, some of his friends who had too openly supported the theses of the atheists… (…) So great is his power now, that to have any opinion at all is a crime of lese-Revolution.  Since obtaining the head of Louis XVI, he seems to be invested with a sort of absolute power, a divine right. (…) When, after having voted for death, the Convention came to its senses, terrified at what it had just decided, he demanded an immediate execution.  (…)  Everyone is waiting to see how the High Priest is going to organize the next part of the sacrifice.  For a whole month, a great silence settles on Paris, troubled only by the cries of the executed.  The Convention, the clubs, the army, the Commune and even the revolutionary tribunal, remain quiet… At last, on 6 May, l’Incorruptible climbs up to the tribunal.  He is wearing his sacerdotal clothes, a sky blue riding-coat and white stockings.  (…)  By degrees, he asks the Deputies to recognize the existence of a “Supreme Being and immortality as the directing power of the Universe”. Then to the stupefaction of some, and the enthusiasm of others, he wants to give his vibrant profession of faith the form of a decree, with immediate effect. His speech, which at the end rises in a passionate plea for a regenerated Humanity, is welcomed by unending applause. Couthon spurs his gendarme mount and proclaims that this great piece of literature must be displayed throughout the whole country.  That it should be translated into all languages, too, and diffused throughout the whole universe. The fabulous decree which institutes in France a new religion and proposes a festival in the style of the celebrations of Antiquity, is voted with enthusiasm and without any discussion.  In the corridors, when the euphoria has died down, the least terrorised start to murmur that, when they had voted the King’s death, they thought that they had also voted that of God. The French people welcome back a divinity.  For months, the churches had been profaned.  Mountain decors peopled with mythological characters symbolising Reason had been built in them.  In a lot of places, prostitutes, “living marbles of public flesh” had draped themselves, completely naked, on the altars. God was now being re-installed under the name of Supreme Being. In Paris, it is not yet known that this Being will soon take on the profile of l’Incorruptible.  But perhaps this will eclipse in a brilliant manner the red reflects of the guillotine, of which everybody is secretly very tired. (…) To bring God back to Earth, Robespierre engages the most gifted director, the painter David, who will soon plant the scene of other festivities, this time imperial… (…) On the terrace of the Tuileries Palace, a colossal amphitheatre, whose floor completely covers the ornamental lake, begins to grow.  Cyclopean statues rise above the formal French gardens, which have become the Jardin national.  They symbolise Atheism, Ambition, Discord, Egoism, and will explode on the day of the ceremony…  It is on 20 prairial, year II (8 June, 1794) that it will take place.  Robespierre has chosen the Sunday which, according to the former Roman Catholic rites, was Pentecost. On the Champs-de-Mars, the Holy Mountain is nearly finished.  The People’s representatives will take place on it, along with the choirs, the orchestras and the banner-bearers.  On its summit, a column fifty feet high overlooks the entrance to a deep cave, lit by giant candelabra.  A river seeps from it, snaking between Etruscan tombs in the shade of an oak tree, and an antique altar, a pyramid, a sarcophage and a temple with twenty columns, complete this mythology.  It takes only a month for a swarm of ditch-diggers, masons, carpenters and artists of all kinds, to finish this unusual church. And here, at last, is the astonishing day of 8 June 1794.  Starting at five o’clock in the morning, the sound of pikes striking the pavement, the rattling of sabres, and the noise of a great troop marching, out-of-step and almost in silence, for a lot of these men do not have shoes, is to be heard.  Robespierre sees, parading under his windows, in columns of twelve, some of the forty-eight Sections of the People who are hurrying towards the meeting places, followed by the Parisians who, already the day before, had discovered the altars of the Supreme Being. (…) Occupied by the armies of Europe outside, chopped down by the butchers of the revolutionary tribunal on the inside, the capital escapes for the first time in months from the baseness of this time of proscriptions…  A lot of people cry and embrace each other in the fading light. (…) From 8 June, the day of the Festival of the Supreme Being, Robespierre will have fifty more days to live.  (…) For Robespierre, the sense and the aim of this festival were to replace the pagan, dry and materialistic cult of Reason by a religion which restored transcendance, a God, without Whom, no man worthy of the name, could live… Right from the beginning of the Revolution, Robespierre had tried to stop the dechristianisation of France.  As a faithful disciple of Rousseau, whom he qualified as a “divine man”, he was sure that Man is a “religious animal”, incapable of durably banishing his spiritual needs.  He shared the feeling of the curate of Boissis-la-Bertrand who was willing to renounce his “mummeries”, that is to say, all formal aspects of the cult, but not his religion. (…) The 8 June festival gives a fairly precise idea of the religion that Robespierre wanted, but did not have the time to develop. (…) What originally caused Robespierre’s downfall was the Deputies’ certainty that he wanted to install a new religion of which he would be the High Priest, and this enormous misunderstanding would be fatal to him.  It was not the god of the christian religion that he wanted to install, of course.  He most certainly wanted to radically end the christian institutions and abolish two thousand years of “perverted” christianism, to return to the spirit and the liturgy of the Roman Republic, the religion of Antiquity.  His ideal not only had the sense of political revolution, but also that of a fundamental cultural revolution. This was his great dream.  He succeeded in giving it body for a few hours by getting five hundred thousand French people to live a day in the fashion of Antiquity. Louis Pauwels

Attention: une solution finale peut en cacher une autre !

En ce jour où avec le don du Décalogue et de l’Esprit Saint pour l’universaliser, la Synagogue et l’Eglise ne fêtent rien de moins que leur fondation et acte de naissance

Et où après l’église protestante des Européens les plus mécréants et avant la Cour suprême du peuple jusqu’ici le plus croyant du monde, c’est à présent aux Européens les plus christianisés mais aussi à l’église la plus décrébilisée par les scandales de pédophilie …

Que se décide au vote majoritaire (A quand un référendum sur la pédophilie ?) la vérité sur l’origine de la vie elle-même …

Alors qu’avec une science désormais capable de s’affranchir du temps, on peut à présent  changer  les faits qui ne coïncident plus avec la théorie …

Pendant qu’après l’Amérique d’Obama et la France de Hollande, c’est au tour du Vatican du petit père des peuples François d’imposer au seul Israël …

La prétendue nouvelle vérité d’un Etat qui n’existe même pas sur le papier

Mais qui à l’instar de la purification de toute trace du judéo-christianisme qui se poursuit dans le berceau de celui-ci et pendant que les mollahs eux préparent tranquillement leur Arme fatale, prétend à rien de moins que l’annihilation de son voisin …

Comment ne pas repenser …

A cette même journée de Pentecôte-Shabouot de 1794

Où redescendant de son Horeb en papier-maché du champ de Mars …

Après le sacrifice par régions et tombereaux entiers des réfractaires comme du roi et de son grand rival Danton …

Et avec son nouveau culte de la Raison et ses autels couverts de marbres vivants de chair publique …

L’Incorruptible et nouveau Moïse entendait apporter sous les vivats de la foule …

L’ultime solution finale à la question chrétienne en France  ?

8 juin 1794
La fête de l’Être suprême
À Paris, le 8 juin 1794 (20 prairial An II), le tout-puissant Maximilien de Robespierre conduit la première fête en l’honneur de l’Être suprême. Par cette cérémonie qui se veut grandiose, civique et religieuse à la fois, l’« Incorruptible » tente de concilier la déchristianisation menée par le Comité de Salut public avec les aspirations religieuses de la grande masse des Français.

Fabienne Manière

Hérodote

L’Être suprême plutôt que Dieu
Depuis l’exécution de son principal rival, Danton, le 5 avril 1794, Robespierre écrase de son autorité le Comité de Salut public (le gouvernement révolutionnaire) ainsi que l’assemblée de la Convention. Celle-ci est dominée par les députés de la Montagne (ainsi nommés parce qu’ils siègent sur les bancs les plus élevés). Alliés aux sans-culottes des sections et des clubs parisiens, ils sont disposés à suivre Robespierre sur le chemin sans fin de la Révolution.

Robespierre a recours à la Terreur contre les citoyens suspects de tiédeur révolutionnaire. Il est décidé d’autre part à mener la déchristianisation de la France à son terme.

Mais l’« Incorruptible » ne veut pas priver le peuple de références religieuses et morales car il caresse l’idéal rousseauiste d’une société vertueuse, démocratique et égalitaire. Lui-même se veut déiste, à l’encontre de nombre de ses anciens adversaires, athées déclarés tels Anacharsis Cloots, « pape des athées » ou encore Danton et Desmoulins. Au Club des Jacobins, il lance : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ! »

À son instigation, la Convention décrète le 18 floréal An II (7 mai 1794) : « le peuple français reconnaît l’existence de l’Être suprême et de l’Immortalité de l’âme ». Par la même occasion, elle annonce une grande fête destinée à inaugurer ce nouveau culte fondé sur la raison.

Vive la fête
Arrive le jour fixé pour la fête de la nouvelle divinité sans nom et sans visage. Il coïncide avec le dimanche de la Pentecôte (commémoration par les chrétiens de la révélation de l’Esprit-Saint aux apôtres du Christ). À l’initiative du peintre et conventionnel Louis David, grand ordonnateur des festivités, les maisons de Paris ont été fleuries et enguirlandées pour l’occasion.

Robespierre, en habit bleu à revers rouge, met d’abord le feu à une effigie de l’Athéisme, installée au milieu du bassin des Tuileries. En s’effondrant, elle révèle la statue de la Sagesse !

Puis le dictateur prend la tête d’un cortège magnifique, un bouquet de fleurs et d’épis à la main. Il se rend au Champ-de-Mars où a été dressée une montagne surmontée d’un obélisque et de la statue du Peuple français.

La foule des sans-culottes semble apprécier les effets de scène mais le ridicule de la cérémonie suscite des ricanements dans l’entourage de l’« Incorruptible ». Celui-ci, qui s’en aperçoit, dissimule mal son ressentiment.

Retour à la tradition

Quelques semaines plus tard, la victoire de Fleurus rassure les conventionnels sur le sort du pays. Elle les convainc de se défaire d’un chef devenu encombrant et décidément imprévisible. La chute de Robespierre, le 27 juillet 1794 (9 thermidor An II), entraîne la disparition de l’Être suprême.

Les conventionnels n’en ont pas fini pour autant avec les fêtes civiques. Le 11 octobre 1794, ils organisent l’entrée solennelle au Panthéon de la dépouille de leur maître à penser Jean-Jacques Rousseau. Ils créent aussi sept fêtes nationales : fête de la République (1er vendémiaire), fête de la Jeunesse (10 germinal), fête des Époux (10 floréal), fête de la Reconnaissance (10 prairial), fête de l’Agriculture (10 messidor), fête de la Liberté (9 et 10 thermidor – chute de Robespierre ! -), fête de la Vieillesse (10 fructidor).

Dans un ultime effort pour déchristianiser la société, la loi du 9 septembre 1798 instaure la fête du décadi en remplacement du dimanche ; ce jour-là, le président de chaque municipalité, en uniforme d’apparat, doit rassembler les habitants sur la place du village, les informer des lois et des nouvelles, prononcer un sermon civique et célébrer les mariages civils !

Avec le Concordat de 1802, enfin, la religion catholique va retrouver les faveurs des autorités publiques.

Voir aussi:

Mariage homosexuel : l’Irlande plus démocratique que les socialistes français, fait un référendum

Les votes sont clos, en République d’Irlande, où plus de 3.2 millions d’habitants étaient appelés à prendre part à un référendum sur la légalisation du mariage homosexuel.

3,2 millions d’Irlandais chanceux qu’on leur demande s’il veulent que la constitution du pays soit modifiée pour autorisé le mariage des couples de gays et lesbiennes.

3,2 millions d’Irlandais plus chanceux que les Français, méprisé par les élites et les dirigeants politiques socialistes, qui ont fait passer leur réforme malgré l’hostilité de millions de Français dans les rues.

3,2 millions d’Irlandais respectés par leur gouvernement, qui, pour un sujet de société aussi important, les a consultés.

Le résultat du référendum irlandais sur le mariage homosexuel semble se diriger vers deux fois plus de oui que de non.

Il semble même que dans les régions rurales les plus conservatives, le vote se situe aux alentours de 50/50.

A Dublin, le vote est massivement pour le Oui.

Voir également:

L’Irlande a voté en faveur du mariage homosexuel à 62,1% selon les résultats définitifs
L’Irlande devient ainsi le premier pays au monde à autoriser le mariage gay par voie référendaire.

Francetvinfo avec AFP et Reuters

23/05/2015

Les Irlandais se sont prononcés massivement en faveur de la légalisation du mariage homosexuel, selon des résultats définitifs de ce référendum historique, organisé vendredi, et publiés samedi 23 mai. Le oui l’emporte largement avec 62,1% des voix, selon des résultats publiés par la chaîne nationale RTE.

Plus de 3,2 millions d’Irlandais ont été appelés à se prononcer sur une modification de la Constitution proposant d’autoriser « le mariage entre deux personnes, sans distinction de sexe ».

Le 19e pays dans le monde à légaliser le mariage gay
L’Irlande devient ainsi le 19e pays, le 14e en Europe, à légaliser le mariage gay. Il est par contre le seul pays à l’avoir fait par référendum, les autres ayant opté pour la voie parlementaire.

« C’est historique », a souligné le ministre de la Santé, Leo Varadkar. Ce référendum, a-t-il estimé, constitue « une révolution culturelle » dans un pays longtemps conservateur et où l’homosexualité n’a été dépénalisée qu’en 1993. « Je suis tellement fier d’être Irlandais aujourd’hui », avait tweeté en début de journée, Aodhan O Riordain, secrétaire d’Etat pour l’Egalité, tandis que, dans les rues de Dublin, des Irlandais, hommes et femmes de tous âges, exultaient et se prenaient dans les bras.

Avant même la publication des résultats, un des principaux responsables de la campagne du non, David Quinn, avait concédé la défaite de son camp. « C’est une claire victoire pour le camp du oui », a-t-il déclaré, adressant ses « félicitations » aux partisans du mariage homosexuel.

Voir également:

Pédophilie: excuses du primat d’Irlande
Le Figaro/AFP
17/03/2010

Le primat d’Irlande, au coeur d’une polémique pour n’avoir pas dénoncé des abus sexuels dont il avait eu connaissance, a présenté aujourd’hui ses excuses et exprimé sa « honte » de n’avoir pas défendu les valeurs qu’il professe.

Des familles de victimes ont réclamé la démission du cardinal Sean Brady depuis que l’église catholique d’Irlande a reconnu qu’il avait participé à deux réunions en 1975 au cours desquelles deux victimes présumées d’abus sexuels avaient signé des promesses de silence.

« Je voudrais dire à tous ceux qui ont été blessés par des manquements de ma part, que je leur présente des excuses du fond du coeur », a déclaré le cardinal Brady dans son homélie en la cathédrale d’Armagh (Irlande du nord), selon un communiqué de l’église publié à Dublin. « Je voudrais également présenter mes excuses à tous ceux qui ont l’impression que je les ai laissés tomber », a-t-il ajouté. « Avec le recul, j’ai honte de n’avoir pas toujours soutenu les valeurs que je défendais et en lesquelles je crois ».

Une culture de « silence » et de « secret

Le primat d’Irlande avait affirmé lundi qu’il ne présenterait sa démission qu’à la demande du pape Benoît XVI. Selon l’Eglise catholique, le cardinal Sean Brady a participé à deux réunions en 1975, alors qu’il était prêtre. Au cours de ces réunions, deux victimes présumées « ont signé des engagements promettant de respecter la confidentialité de la récolte d’informations », a confirmé l’Eglise.

Les autorités ecclésiastiques enquêtaient alors sur le père Brendan Smyth, considéré comme responsable d’abus sexuels sur des centaines d’enfants sur une période de 40 ans et mort en prison après son arrestation dans les années 1990.
Sur la radio BBC Ulster, le cardinal Brady avait expliqué lundi qu’il régnait il y a 35 ans une culture de « silence » et de « secret » concernant les abus sexuels à la fois dans le clergé et dans la société civile, et qu’il n’avait pas jugé de sa responsabilité de dénoncer le pédophile.

Mariage gay : L’Eglise protestante unie de France autorise la bénédiction des couples de même sexe
Rédaction du HuffPost avec AFP
17/05/2015

MARIAGE POUR TOUS – L’Eglise protestante unie de France (EPUdF) a adopté dimanche la possibilité de bénir les couples homosexuels à l’issue d’un vote très largement positif, une quasi-première en France, a indiqué le porte-parole de la principale Église protestante du pays.

Sur la centaine de délégués de l’EPUdF réunis à Sète (Hérault) et ayant pris part au vote, 94 ont voté pour la possibilité d’offrir une bénédiction religieuse aux couples homosexuels, et trois contre, a-t-il précisé.

Ce vote donne la possibilité aux 500 pasteurs de l’EPUdF de bénir des couples homosexuels, sans pour autant y obliger ceux des pasteurs qui sont opposés à un tel geste.

Le protestantisme est actuellement la 3e religion en France. Selon des données de l’INED de 2008, 45% des Français se déclarent sans religion, 43% se disent catholiques, 8% musulmans, 2% protestants et 0,5% juifs. En 2012, le CSA estimait de son coté que les catholiques représentaient 56% de la population adulte, les musulmans 6%, les protestants 2% et les juifs 1%.

Même bénédiction que celle accordée aux couples hétérosexuels

Le mariage n’est pas un sacrement pour les protestants, mais les couples hétérosexuels unis en mairie peuvent être bénis au temple. En France, seule la Mission populaire évangélique (MPEF), une Eglise beaucoup plus petite que l’EPUdF, autorise un « geste liturgique d’accueil et de prière » pour les homosexuels.

Cette décision intervient deux ans après l’adoption de la loi Taubira sur le mariage gay. Les délégués de la principale Eglise protestante française sont réunis depuis jeudi autour du thème « Bénir, témoins de l’Evangile dans l’accompagnement des personnes et des couples ».

L’EPUdF, qui incarne le courant historique du protestantisme français, revendique 110.000 membres actifs parmi 400.000 personnes faisant appel à ses services.

Tout en se défendant d’être en concurrence avec une mouvance évangélique en forte croissance, elle parie désormais sur une démarche missionnaire pour « passer d’une Eglise de membres à une Eglise de témoins ».

Voir encore:

Etats-Unis : la Cour suprême s’apprête à légaliser le mariage gay
La Cour suprême des Etats-Unis examine mardi la constitutionnalité du mariage homosexuel pour dire si les couples de même sexe peuvent se marier partout dans le pays. Deux ans après le premier round, la plus haute juridiction des Etats-Unis arbitre le second lors d’une audience exceptionnelle de deux heures et demie.
Le Parisien

28 Avril 2015

La Cour suprême des Etats-Unis examine ce mardi, lors d’une audience exceptionnelle de deux heures et demie, la constitutionnalité du mariage homosexuel. Il s’agit de dire si les couples de même sexe peuvent se marier partout dans le pays. Des centaines de militants des deux camps étaient attendus dans la journée devant le temple de la justice.

Une première dans l’UE : le Premier ministre du Luxembourg épouse son compagnon
Plusieurs milliers d’Américains ont déjà manifesté ce week-end à Washington, dont certains ont campé au pied des marches de la haute Cour pour s’assurer une place dans la salle d’audience.

Quatre Etats réfractaires

Légal dans 37 Etats sur 50 (dont certains en appel) ainsi que dans la capitale fédérale Washington, le mariage homosexuel doit encore être reconnu dans tout le pays. C’est ce que réclament des gays et lesbiennes de quatre Etats interdisant le mariage homosexuel, le Tennessee, le Kentucky, le Michigan et l’Ohio. Soutenus par l’administration Obama, les 16 plaignants veulent pouvoir se marier légalement ou voir leur mariage reconnu dans l’Etat où ils vivent. Les quatre Etats incriminés, soutenus par nombre d’organisations religieuses et conservatrices, définissent le mariage comme l’union entre un homme et une femme, refusent de marier des hommes entre eux ou des femmes entre elles, et ne reconnaissent pas le mariage homosexuel lorsqu’il a été légalement célébré ailleurs.

Les quatre Etats visés arguent de leur droit à protéger la définition traditionnelle du mariage, pour «respecter la complémentarité biologique des deux sexes» dans l’éducation des enfants et dans la société. De leur côté, les plaignants ne voient rien d’autre qu’une discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. «Quelles que soient les limites imposées au droit à se marier, le genre des conjoints ne peut pas être l’une d’elles», arguent les couples du Michigan. Ils jugent aussi que les quatre Etats violent leur liberté de voyager en refusant de reconnaître leur mariage lorsqu’il a été légalement célébré.

Trois questions pour les neuf Sages

Pour savoir si elle légalise le mariage gay sur tout le territoire américain, la haute Cour se demandera d’abord si le 14e Amendement de la Constitution exige d’un Etat qu’il unisse par les liens du mariage les couples de même sexe. Dans un deuxième temps, elle déterminera si le même Amendement requiert qu’un Etat reconnaisse un mariage homosexuel légalement célébré dans un autre Etat. Dans les deux cas, elle s’appuiera sur le principe d’égalité de tous devant la loi et sur le droit fondamental au mariage. Sur la base du principe de «rationnalité», les neuf sages se demanderont également si un Etat a un intérêt légitime à interdire le mariage des couples de même sexe ou si c’est purement arbitraire.

Fin juin 2013, la Cour suprême a abrogé une partie d’une loi fédérale qui définissait le mariage comme l’union entre un homme et une femme, ouvrant de facto les droits fédéraux à la retraite, à la succession ou aux abattements fiscaux à tous les couples légalement mariés, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Mais le mariage restait du ressort des Etats. Or la haute Cour protège traditionnellement les principes de fédéralisme.

Une marche arrière difficile

D’avis d’experts, la reconnaissance du mariage pour tous à l’échelle du pays semble désormais «inévitable». Traditionnel défenseur des droits homosexuels, le juge conservateur Anthony Kennedy devrait rejoindre les quatre juges progressistes de la haute Cour pour valider le mariage homosexuel au niveau national.

Ces dernières années, la haute Cour américaine, pourtant à majorité conservatrice, a confirmé toutes les décisions judiciaires en faveur des unions des couples de même sexe, «ce qui rend une marche arrière vraiment difficile», estime Steven Schwinn, professeur de la John Marshall Law School.

Cette controverse sur la mariage gay présente un caractère historique. Plus de 150 argumentaires ont été déposés – un record – dont une vingtaine par les deux parties. Sur ces argumentaires, 78 soutiennent les plaignants homosexuels, dont l’administration Obama ; 67 prennent position pour les Etats, dont la Conférence des évêques des Etats-Unis.

Voir de même:

Luxembourg : le Premier ministre épouse son compagnon
B.W avec AFP

Europe 1

15 mai 2015

INÉDIT – Le Premier ministre luxembourgeois s’est marié avec son compagnon, une première pour un chef de gouvernement de l’Union européenne.
Le Luxembourg a célébré une grande première. Le Premier ministre libéral du Luxembourg Xavier Bettel a épousé vendredi son compagnon belge Gauthier Destenay. Il est ainsi devenu le premier dirigeant uni par les liens d’un mariage homosexuel dans l’Union européenne. « Le Luxembourg donne l’image d’un pays en avance sur les questions de société. C’est un message envoyé à un moment où l’homophobie est en train de monter en Europe » », a insisté Charles Michel, le Premier ministre belge.

Le mariage homosexuel légalisé en 2014. Xavier Bettel et Gauthier Destenay, tous deux en costumes sombres, sont arrivés en marchant, la main dans la main. Deux cent personnes étaient présentes devant l’hôtel de ville de Luxembourg et ont applaudi le couple à son arrivée. Les mariés sont revenus sur le perron pour les saluer après la cérémonie et ont eu droit à un lancer de riz. Le jeune Premier ministre, 42 ans, avait fait savoir en août 2014 son intention de se marier avec Gauthier Destenay, un architecte belge. L’annonce était intervenue deux mois après l’adoption à une très large majorité de la législation autorisant le mariage et l’adoption pour les couples du même sexe au Luxembourg.

« Tu dois être honnête avec toi-même ». Xavier Bettel a été nommé chef du gouvernement fin 2013. Il n’a jamais caché son homosexualité à ses compatriotes. « J’aurais pu le cacher, ou le refouler et être malheureux toute ma vie. J’aurais pu avoir une relation avec quelqu’un de l’autre sexe et avoir des relations homosexuelles en cachette. Mais je me suis dit : si tu veux faire de la politique et être honnête en politique, tu dois être honnête avec toi-même et donc t’accepter toi-même », a-t-il expliqué sur la chaîne de télévision belge RTBF. Le Luxembourgeois n’est cependant pas le Premier chef de gouvernement homosexuel à se marier en Europe. La Première ministre islandaise Johanna Sigurdardottir, au pouvoir depuis 2009, a épousé sa compagne en 2010, mais l’Islande n’est pas membre de l’UE.

Voir de plus:

Exclu Gala – Alex Goude: « Avec Romain, on aime­rait un second enfant »
L’anima­teur raconte son homo­pa­ren­ta­lité
Séverine Servat

Gala

22 mai 2015

Alex Goude, anima­teur de La France a un incroyable talent, dévoile sa vie privée. Comme un acte mili­tant. Avec Romain, son mari et amou­reux depuis cinq ans, ils ont eu un fils, Elliot, né par mère porteuse aux États-unis. Rencontre dans leur home sweet home, à Las Vegas.

Du centre-ville truffé de casi­nos, il faut quinze minutes pour arri­ver devant la maison du trublion de M6 située dans un coquet lotis­se­ment de Las Vegas. Deux voitures, dont une imma­tri­cu­lée au nom de son chien, une piscine entou­rée de palmiers fichés sous le soleil de plomb de la ville, deux chambres d’amis et un écran de télé­vi­sion géant exté­rieur signent l’abou­tis­se­ment du rêve améri­cain d’Alex Goude. Voici deux ans qu’il s’est installé à Las Vegas et prend l’avion pour tour­ner ses émis­sions en France. Dans un tran­sat, son fils Elliot, trois mois. Un tableau ordi­naire, sauf qu’El­liot a la parti­cu­la­rité d’avoir deux papas. Alex est marié à Romain, trente ans, et l’en­fant du couple est né par gesta­tion pour autrui. Cette démarche, inter­dite en France, pousse plus loin le débat autour des droits des homo­sexuels. Que penser de ce tableau de famille 2.0, homo­pa­ren­tal, qui oscille entre conte de fées contem­po­rain et étran­geté assu­mée ? Lorsque la nais­sance s’af­fran­chit des lois de la nature, que reste-t-il de nos repères ? L’ani­ma­teur livre ses convic­tions.

Gala : Pourquoi choi­sir, aujourd’­hui, de parler de votre vie privée ?

Alex Goude : Pour fêter les deux ans du mariage homo­sexuel léga­lisé en avril 2013. Et puis, je suis très heureux, alors ça donne envie de faire bouger les menta­li­tés. Mon mari et moi sommes venus vivre à Las Vegas pour être libres d’avoir l’en­fant que nous n’au­rions pas pu avoir en France. À Paris, on a parfois l’im­pres­sion qu’il ne faut être ni juif ni noir, ni arabe ni homo­sexuel. Je ne supporte plus le refus de l’autre. J’en ai assez qu’on dise à Romain de féli­ci­ter sa femme pour la nais­sance. Moi-même je devrais me taire. Eh bien non. Je le reven­dique : nous sommes deux hommes, nous avons fait un enfant et ça se passe bien.

Gala : S’as­su­mer et s’y tenir, c’est un long chemi­ne­ment ?

A. G. : On n’ima­gine pas à quel point. Jusqu’à vingt-cinq ans, je pensais que j’étais hété­ro­sexuel,  j’avais du succès avec les filles, je devais me fian­cer, avoir des enfants comme tout le monde. Puis tout a basculé.

Gala : Vous avez réalisé que ce ne serait pas votre destin ?

A. G. : Oui, j’ai pris des cours de théâtre et à force d’en­dos­ser des person­na­li­tés diffé­rentes, je me suis libéré. Un jour, j’ai embrassé un homme. Le lende­main, j’ai pleuré toute la jour­née, sous le choc. L’his­toire d’amour a duré six mois. J’ai à nouveau aimé des femmes et puis fina­le­ment mon choix s’est à nouveau porté sur un homme.

Gala : Vous l’avez annoncé à vos parents ?

A. G. : Mon père était tombé dans l’al­cool. On ne se parlait plus (le père d’Alex est décédé des suites de son alcoo­lisme). Pour ma mère, qui m’avait connu hétéro, c’était dur à imagi­ner. J’étais son fils unique, elle a pensé qu’elle ne serait jamais grand-mère. Aujourd’­hui elle est heureuse, la vraie ‘Lady Gaga’, c’est elle.

Gala : Le grand public, lui, n’en a jamais rien su…

A. G. : Ma chaine, M6, en tout cas, est au courant et assume. Je n’au­rais jamais parlé de ma vie privée si je ne rece­vais pas sans arrêt, via les réseaux sociaux, des témoi­gnages de jeunes gays déses­pé­rés.

Gala : Vous les écou­tez?

A. G. : Mieux: je leur réponds. L’ho­mo­sexua­lité est encore lour­de­ment stig­ma­ti­sée. En Espagne en 2005 ou au Portu­gal en 2010, la léga­li­sa­tion du mariage est passée en douceur. En France, le débat a été instru­men­ta­lisé. Les gens sont sortis défi­ler en assu­mant leur homo­pho­bie. A ce moment, des adoles­cents me disaient « mes parents me forcent à mili­ter avec eux, ils ne savent pas que je suis homo ». C’était choquant. Qu’est-ce que les parents d’un enfant de six ans qu’on emmène défi­ler savent de la voie qu’il emprun­tera plus tard? Si je peux montrer qu’on réus­sit à fonder une famille malgré tout, alors je le fais.

Gala : Votre enfant est né d’une mère porteuse. Vous auriez pour­tant pu recou­rir à l’adop­tion…

A.G. : En tant que céli­ba­taire oui, mais pas en tant que couple. Pour être en mesure d’adop­ter, en France, aujourd’­hui, on doit taire son homo­sexua­lité. Je n’avais pas envie de mentir. Et puis c’est vrai que Romain et moi, rêvions d’un lien du sang.

Gala : Vous aviez des exemples autour de vous ?

A.G. : Bien sûr. Au sein du show­biz français, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu recours à la gesta­tion pour autrui, mais le sujet est tabou. D’au­tant qu’on doit partir à l’étran­ger pour le faire. Aux États-Unis, où la gesta­tion pour autrui (GPA) est légale, les profes­sion­nels ont plus de vingt-cinq ans de recul sur le sujet. Et les enfants, une fois adultes, vont bien. Nous avons fait appel à une agence sérieuse.

Gala : Pour bien comprendre, quel est le proto­cole à suivre ?

A.G. : On l’a débuté avant même de se marier, en mars 2013. D’abord, il faut répondre à des ques­tions sur son couple avec un psy, une démarche que jamais aucun parent biolo­gique n’a évidem­ment à subir pour mettre au monde un enfant. Puis s’in­for­mer des impli­ca­tions psycho­lo­giques qui sont assez complexes, c’est vrai. Il faut être très clair : deux hommes ne peuvent pas faire un enfant. Le tiers, c’est la mère, et on doit respec­ter son rôle. On choi­sit alors une donneuse d’ovule, et une mère porteuse, qui est une personne diffé­rente de la donneuse d’ovule.

Gala : A ce moment, quels ont été vos critères de choix?

A. G. : Romain et moi avons choisi la donneuse qui parais­sait le mieux dans sa peau. Ensuite, nous avons aussi choisi, par goût, une personne aux yeux bleus (ndlr : Elliot a les yeux clairs) comme plusieurs personnes de nos familles respec­tives. C’est une jeune femme qui travaille dans la mode, une yuppie, qui a déjà donné ses ovules à deux autres couples. Elle est dans une démarche altruiste.

Gala : Mais la mère porteuse, elle fait ça pour l’argent, non?

A. G. : Le recours à la GPA pour un couple coûte très cher, mais dans tout le proces­sus, celle qui touche le moins d’argent, c’est la mère porteuse. Elle gagne moins que l’avo­cat, le méde­cin ou l’agence. La nôtre est noire – déjà maman parce que c’est la condi­tion pour porter le bébé d’un autre – et suit des études de psy. Elle avait déjà porté un enfant pour un autre couple. Nous sommes deve­nus amis après avoir commu­niqué avec elle par Skype tout le temps de la gros­sesse. D’après les psys, l’enfant, plus tard, est moins atta­ché à la donneuse d’ovule qu’à la mère porteuse. Cette dernière nous a déjà dit qu’elle voudrait porter notre deuxième enfant. Je comprends le débat autour de la marchan­di­sa­tion des corps, mais dans les faits, ça ne se passe pas comme ça.

Gala : Comment vos voisins prennent-ils votre famille atypique?

A. G. : Sans préju­gés. On se reçoit les uns les autres pour des barbe­cues. Et nous veillons à garder des réfé­rents fémi­nins avec ma mère, celle de Romain, ma tante et sa fille, qui habitent près de chez nous à Las Vegas.

Gala : Comment envi­sa­gez-vous la suite ?

A.G. : On n’a pas voulu savoir si Elliot est mon fils ou celui de Romain. Mais on aime­rait avoir un second enfant et qu’il soit de l’autre papa, c’est ce qu’on a demandé au méde­cin.

Gala : Vous n’avez pas l’im­pres­sion de propo­ser une sorte de monde virtuel, de labo­ra­toire expé­ri­men­tal ?

A.G. : Ecou­tez, pour être clair, quand on est là en train de se tripo­ter devant une éprou­vette pour avoir un bébé alors que c’est tout simple pour les hété­ros, bien sûr, on voit bien que ce n’est pas natu­rel. Mais dans 99% des cas, les psys disent que ce que l’en­fant retient, in fine, c’est la volonté farouche qu’ont eue ses parents de l’avoir.

Voir aussi:

En Allemagne, une femme de 65 ans, mère de 13 enfants, donne naissance à des quadruplés
AFP/ RTL

23 mai 2015

Une Allemande de 65 ans, mère de 13 enfants et grand-mère de 7 petits-enfants, a accouché de quadruplés « pas complètement développés » à Berlin, un cas controversé mêlant médecine et téléréalité qui relance le débat sur les grossesses tardives.

Annegret Raunigk, qui a procédé à des fécondations in vitro en Ukraine, est désormais la mère de quadruplés la plus âgée au monde, selon la chaîne de télévision RTL, détentrice des droits exclusifs sur cette grossesse hors normes.

Les bébés prématurés, trois garçons et une fille, sont nés mardi par césarienne, après seulement 26 semaines de grossesse. Ils ont été placés en couveuse mais ont « de bonnes chances de survivre », selon un communiqué de RTL.

« Toutefois, les bébés, par comparaison avec une naissance normale dans la 40e semaine de grossesse, ne sont pas encore développés complètement. D’éventuelles complications ne peuvent donc pas être complètement exclues », poursuit la chaîne.

Annegret Raunigk, enseignante d’anglais et de russe qui doit prendre sa retraite à l’automne, avait effectué de multiples tentatives en Ukraine avec un donneur et une donneuse anonymes. La dernière tentative s’est avéré un succès puisque les quatre ovules implantés avaient été fécondés.

Malgré des conditions exceptionnelles, « la grossesse s’est déroulée étonnement sans problèmes », assure RTL, sur la foi des témoignages de médecins qui l’ont prise en charge.

Cette femme élégante, les cheveux roux et une fine paire de lunettes sur les yeux, n’en est pas à sa première grossesse tardive. En 2005, alors âgée de « seulement » 55 ans, elle avait mis au monde une petite fille.

C’est d’ailleurs pour répondre au souhait de sa dernière fille d’avoir un petit frère ou une petite sœur qu’elle a décidé de retenter une insémination artificielle, a-t-elle expliqué. Nés de 5 pères différents, les autres enfants d’Annegret Raunigk ont déjà tous quitté le domicile maternel.

Avant même de naître, Neeta (655 g, 30 cm), Dries (960 g, 35 cm), Bence (680 g, 32 cm) et Fjonn (745 g, 32,5 cm) ont suscité un vif intérêt médiatique en Allemagne. Il faut dire que la chaîne de télévision privée, qui diffuse nombre d’émissions de téléréalité et de télécrochet, s’est assuré les droits exclusifs sur cette histoire rocambolesque.

C’est la chaîne qui avait d’ailleurs révélé cette grossesse en avril.

Après avoir suivi Annegret Raunigk ces derniers mois sous la forme d’un « journal de grossesse », RTL a promis de poursuivre l’histoire, même si elle assure qu’aucun tournage n’a eu lieu dans l’hôpital où sont nés les bébés.

La chaîne a également précisé que la mère ne répondrait à aucune demande d’interview d’autres médias.

Lors de la révélation de cette grossesse extraordinaire, la Berlinoise n’avait accordé d’entretien qu’à la chaîne RTL et au quotidien à grand tirage Bild qui l’avait fait poser en Une sous le titre: « J’ai 65 ans et j’attends des quadruplés ».

Annegret Raunigk n’en est pas à sa première coopération avec le groupe RTL. Il y a dix ans, elle avait déjà négocié un contrat d’exclusivité avec la chaîne et le journal Bild pour la naissance de sa fille.

Interviewée en avril, la Berlinoise avait balayé les critiques sur son manque de responsabilité, notamment sur le fait qu’elle aura plus de 70 ans quand les enfants entreront à l’école. « On ne peut jamais savoir ce qui va se passer. Il peut aussi se passer des choses à 20 ans », avait-elle argumenté, affirmant que c’était à chacun de décider pour soi-même de devenir parent.

« Les enfants me permettent de rester jeune », avait-elle lancé.

Ces dernières années, plusieurs cas de grossesse tardive ont attiré l’attention, notamment en Italie. En Allemagne, la chanteuse italienne très populaire Gianna Nannini avait aussi retenu l’attention en 2010 en mettant au monde une petite fille à l’âge de 56 ans.

Voir également:

Mère de quadruplés à 65 ans  : l’indignation du professeur Nisand
Une femme de 65 ans, ayant recours à une fécondation in-vitro en Ukraine, a donné naissance à quatre enfants prématurés en Allemagne. «  Il ne faut surtout pas y voir un exploit. On est juste dans la médecine du fric et de l’irresponsabilité » , dénonce  le professeur Israël Nisand , chef du pôle de gynécologie-obstétrique du CHRU de Strasbourg,

La Croix

23/5/15

Le professeur Israël Nisand dénonce avec force le recours à une fécondation in vitro chez cette femme de 65 ans, mère de quadruplés.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Chef du pôle de gynécologie-obstétrique du CHRU de Strasbourg, le professeur Israël Nisand cite spontanément Rabelais pour exprimer sa consternation après l’annonce, samedi 23 mai, de l’accouchement d’une Allemande de 65 ans, qui a mis au monde quatre enfants très prématurés. Le cas de cette sexagénaire, Annegret Raunigk, déjà mère de 13 enfants et grand-mère de 7 petits-enfants, avait défrayé la chronique en avril lors de l’annonce de sa grossesse. Après cet accouchement, elle est désormais la mère de quadruplés la plus âgée au monde. «  Il ne faut surtout pas y voir un exploit, ni un record à célébrer. Et les médecins, qui l’ont aidé dans cette démarche, n’ont pas de quoi être fiers. On est juste dans le champ de la médecine du fric et de l’irresponsabilité  », s’agace le professeur Nisand.

«  Ils iront à l’école avec une mère qui aura plus de 70 ans »
Les bébés prématurés, trois garçons et une fille, sont nés mardi par césarienne, après seulement 26 semaines de grossesse. Ils sont dans en situation de grande prématurité et ont été placés en couveuse. « Une naissance à 26 semaines de grossesse expose les enfants à des handicaps qui peuvent être lourds. Et même si tout se passe bien pour eux, il faut songer à leur vie plus tard », explique le professeur Nisand. «  Ils iront à l’école avec une mère qui aura plus de 70 ans », ajoute-il. Interviewée en avril sur ce thème, Annegret Raunigk, avait rejeté les critiques sur son manque de responsabilité « On ne peut jamais savoir ce qui va se passer. Il peut aussi se passer des choses à 20 ans », avait-elle estimé affirmant que c’était à chacun de décider pour soi-même de devenir parent. « Les enfants me permettent de rester jeune », avait-elle ajouté.

Un enfant après 40 ans
Une fécondation in-vitro en Ukraine
Cette enseignante d’anglais et de russe, qui doit prendre sa retraite à l’automne, s’est rendue en Ukraine pour de multiples tentatives de fécondation in-vitro avec un donneur et une donneuse anonymes. La dernière tentative s’est avérée être un succès puisque les quatre ovules implantés ont été fécondés. « Il n’existe malheureusement aucune réglementation internationale permettant d’éviter ce type de bavures médicales, indique le professeur Nisand. On arrive forcément à des dérives quand la médecine emprunte des chemins dévoyés et que des praticiens se comportent comme des prestataires de service avec pour seul principe que celui ou celle qui paie peut tout avoir  ».

Des pays connus pour accepter ces pratiques
Selon le professeur Nisand, plusieurs pays sont connus pour abriter certains médecins qui acceptent de favoriser ces grossesses tardives via les techniques d’assistance médicale à la procréation. «  C’est le cas de l’Ukraine, de la Grèce et surtout de la Turquie. Sinon, il y a aussi l’Inde où quelques médecins peuvent accepter de faire des choses très déraisonnables », indique le médecin, en se félicitant de l’existence en France des lois de bioéthiques qui s’opposent à ces pratiques.

En France, des techniques réservées aux couples « en âge de procréer »
En France, les techniques d’assistances médicales à la procréation (AMP) sont réservées aux couples confrontées à une infertilité médicalement constatée ou pour éviter la transmission d’une maladie grave. La loi ne fixe pas un âge limite précis au delà duquel il n’est plus possible de bénéficier de ces techniques. Elle stipule simplement que le couple (un homme et une femme) doit être en « âge de procréer ». Ce sont donc les médecins qui décident à partir de ce critère. Une autre limite est le fait que l’assurance-maladie ne prend pas en charge une fécondation in-vitro pour une femme au delà de l’âge de 43 ans. Les médecins, en pratique, ne prennent pas non plus en charge les couples dans lesquels l’homme à dépassé 60 ans.

En 2009, une mère de triplés à 59 ans à Paris
En France, ce débat sur les grossesses tardives, favorisées par la médecine, s’était posé en septembre 2008. Une femme de 59 ans avait alors donné naissance à Paris à trois enfants, conçus via une FIV au Vietnam. L’implantation de ces trois embryons avait été, à l’époque, qualifiée de « faute médicale », par le professeur René Frydman, interrogé par la Croix, « Néanmoins, nos services accueillent de plus en plus souvent des femmes enceintes de 45 ans ou plus Elles se rendent principalement en Espagne ou en Belgique, là où le don d’ovocyte est plus répandu puisqu’il est rémunéré 900 €, ou encore en Grèce, à Chypre ou en Ukraine », expliquait alors le célèbre gynécologue-obstétricien, alors chef de service à la maternité de l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart.

Voir encore:

L’autoconservation des ovocytes ou la tentation de s’affranchir du temps
Aux États-Unis, les entreprises Apple et Facebook ont annoncé qu’elles couvriraient les frais engagés par leurs salariées qui souhaitent reporter leur projet de grossesse au-delà de 40 ans en ayant recours à la congélation de leurs ovocytes. Une possibilité interdite en France, mais réclamée par certains.

Flore Thomasset

La Croix

27/10/14

Aux États-Unis, certains n’hésitent pas à parler d’une «révolution» comparable à celle que fut, dans les années 1970, l’arrivée de la pilule. L’autoconservation des ovocytes permet à une jeune femme de faire prélever ses ovocytes, notamment quand sa fertilité est maximum, vers 20 ou 30ans, puis de les congeler. Plus tard, vers 40 ou 50ans, elle pourra les faire décongeler, féconder in vitro puis se les voir réimplanter pour commencer sa grossesse.

La technique est pratiquée depuis plusieurs années outre-Atlantique, où elle est en vogue. Mais deux grandes entreprises, Facebook et Apple, viennent d’y apporter un nouvel élan, en annonçant, comme d’autres avant elles, qu’elles prendraient en charge à hauteur de 20000 dollars (16 000€) les traitements contre l’infertilité de leurs salarié(e)s, y compris l’autoconservation des ovocytes  (lire La Croix du 20 octobre)  .

À l’heure où l’âge du premier enfant ne cesse de reculer, où les relations amoureuses sont de plus en plus chaotiques et les ruptures tardives, les femmes y ayant recours se disent libérées de la pression de «l’horloge biologique» et de l’obligation, à 30 ou 35ans, de trouver «absolument» un père pour leur enfant. Surtout, les trentenaires entendent ainsi s’investir pleinement dans leur vie professionnelle, sans être freinées dans leur ascension par la maternité : plutôt que de choisir entre l’une et l’autre, elle diffère la seconde. Les entreprises, évidemment, y trouvent aussi leur compte.

Combien de femmes ont déjà eu recours à cette technique, autorisée aux États-Unis, mais aussi en Espagne, en Belgique, en Italie ? Dans la presse américaine, médecins et laboratoires parlent de 2 000 à 5 000 bébés nés. Dans un article publié dans BusinessWeek en avril, le New York University Fertility Center assurait procéder à 5 à 10ponctions par semaine.

En 2013, l’autoconservation représentait le tiers de leur «business». Car c’est bien de cela qu’il s’agit : aux États-Unis, l’ensemble de la procédure (stimulation hormonale, suivi médical, ponction des ovocytes, vitrification) coûte entre 10 000 et 15 000 dollars (entre 7 900 € et 11 800€), auxquels il faut ajouter 500 à 1000 dollars (393€ à 786€) par an pour la conservation. Sur une dizaine d’années (prélèvement avant 35ans, grossesse avant 45ans), le procédé revient donc très cher.

Et en France, qu’en est-il ? L’autoconservation «sociétale» ou «pour convenance» est interdite. En revanche, elle est autorisée pour raisons médicales, depuis la loi de bioéthique de 2011. Ainsi, elle est régulièrement pratiquée quand une femme est soumise à des traitements qui peuvent rendre infertiles, comme une chimiothérapie. La loi autorise aussi l’autoconservation pour les femmes donnant leurs ovocytes : une partie du prélèvement est donnée, l’autre est conservée pour son propre et éventuel futur usage. Cette mesure, qui n’est cependant pas appliquée faute de décret, a été décidée pour favoriser le don d’ovocytes, qui connaît une pénurie en France.

Pour le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), l’autoconservation ne peut être un élément de marchandage en échange du don, elle doit être ouverte à toutes les femmes.

En décembre 2012, le CNGOF a officiellement pris position en ce sens, estimant que cette technique est, «avec le don d’ovocytes, la seule méthode de traitement de l’infertilité réellement efficace à 40 ans et plus». «Il y a un fait de société majeur et largement sous-estimé qui est le retard de la procréation, explique son président, Bernard Hédon. Nous ne cessons de recevoir dans nos cabinets des femmes de 40 ans passés qui, bien qu’elles aient su qu’il ne fallait pas trop attendre pour concevoir, n’ont pas pu le faire avant. On les engage alors dans des processus de FIV (fécondation in vitro) complexes, coûteux et qui sont loin de donner toujours des résultats.»

Plus qu’une affaire de relations ou de carrière, c’est selon lui, plus globalement, une question de mentalité : «Aujourd’hui, quand une femme de 25 ans devient enceinte, on lui dit qu’elle est bien jeune pour cela, remarque-t-il. Or, c’est pourtant le bon âge, d’un point de vue biologique. Le message essentiel doit d’ailleurs rester : “Faites des enfants jeunes.” Car la congélation n’offre aucune garantie de grossesse : ce n’est qu’une aide, limitée, quand on n’a pas pu faire autrement.»

Sauf que pour beaucoup de médecins, l’ouverture de cette technique pour convenance envoie justement un message contradictoire. Elle risque de favoriser les grossesses tardives, au-delà de 43ans, à haut risque pour la mère et l’enfant : fausse couche, diabète gestationnel, hypertension… Une des questions posées par cette technique est d’ailleurs : jusqu’à quel âge réimplanterait-on l’ovocyte fécondé ? Des exemples extrêmes de mères accouchant à 60 ans font régulièrement la une des journaux. Le CNGOF, lui, fixe une limite à 45ans, voire 50ans pour une femme qui ne cumule aucun autre facteur de risque.

«On crée l’illusion que la science peut tout, que l’on peut avoir un enfant à n’importe quel âge, alors que la procréation est quand même un processus naturel, déplore Louis Bujan, président de la fédération des Centres d’études et de conservation des œufs et du sperme (Cecos). On crée des besoins qui n’existent pas : certes, l’âge de la maternité recule, mais il y a encore de la marge avant d’en arriver à ces âges-là. Plutôt que d’abonder dans ce sens, il faudrait se poser la question de savoir pourquoi les femmes reculent leurs projets de maternité.»

En janvier 2013, la fédération a pris position contre l’autoconservation pour convenance, insistant notamment sur la question du coût et de la prise en charge : «Cela pose un vrai problème éthique, poursuit Louis Bujan. Étant donné le coût, que l’on pourrait estimer à 3000€ en France, hors fécondation in vitro et réimplantation, toutes les femmes n’y auront pas accès. Faut-il que la Sécurité sociale le prenne en charge ? Et si oui, au détriment de quel autre remboursement ?»

C’est ainsi un véritable choix de société qui est en jeu. L’Observatoire de la parentalité en entreprise ne s’y est pas trompé, son président, Jérôme Ballarin, se disant «choqué» par l’annonce de Facebook et Apple : «C’est en réorganisant la vie professionnelle autour de la vie privée et non en faisant l’inverse que nous construirons une société équitable et épanouie», a-t-il jugé dans un communiqué. Quant à la ministre de la santé, Marisol Touraine, elle a estimé que «le débat est un débat médical, éthique, ça n’est certainement pas un débat pour directeurs de ressources humaines».

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CE QUE DIT LA LOI BIOÉTHIQUE
En juillet 2011, la révision de loi de bioéthique autorise, en France, «la technique de congélation ultra-rapide des ovocytes». En France, le premier bébé conçu après cette technique naît le 4 mars 2012.
Quand une femme donne ses ovocytes, une partie de la ponction peut être conservée pour usage propre : «Lorsqu’il est majeur, le donneur peut ne pas avoir procréé. Il se voit alors proposer le recueil et la conservation d’une partie de ses gamètes (…) en vue d’une éventuelle réalisation ultérieure, à son bénéfice, d’une assistance médicale à la procréation».
En France, le don d’ovocytes souffre d’une pénurie: en 2012, 422 femmes ont fait un don pour près de 800 fécondations in vitro réalisées ; 2 110 couples étaient en attente d’un don d’ovocytes; 164 enfants sont nés suite à une PMA avec un don.

Voir de même:

Sci/Tech/Health Journalism Ethics News :
Daily Media Pick
Same Sex Marriage Study: At least 12 News Outlets retract or add Editor’s Note
Sydney Smith
iMediaethics

May 20, 2015

Since the news broke that a study on same-sex marriage published last year in Science may be based on fabricated information, most of the news outlets that reported on the study have warned readers about the problems with the study they covered.

As iMediaEthics previously reported, one of the study’s co-authors Donald Green issued a retraction request after saying he learned there were problems with his co-author Michael LaCour’s work. While LaCour hasn’t spoken out yet and said he is still working on a response, Green said at first LaCour « confessed to falsely describing at least some of the details of data collection, » Retraction Watch reported. LaCour later said he didn’t fabricate and that instead he can’t find research evidence to support his study.

The discovery was made when two graduate students tried to further the research and encountered problems. For example, when they went to Qualtrics, the company who LaCour said he got the survey data from, Qualtrics said it couldn’t find that data.

A spokesperson for UCLA, where LaCour is a Ph.D. candidate, told iMediaEthics: « UCLA expects its students to demonstrate integrity in all academic endeavors.  UCLA is reviewing allegations regarding data published by UCLA graduate student Michael LaCour.  UCLA will assess these allegations pursuant to UCLA policy and in a manner that provides due process to Mr. LaCour. »

Below, see a collection of editor’s notes added to news reports because of the questions raised by the study.

1. The Washington Post has added an editor’s note to its story: « Editor’s Note: Since the publication of this post on a study examining how easily people’s minds can be changed concerning same-sex marriage, a co-author has disavowed its findings. Donald P. Green is seeking a retraction of the study from the journal Science, which originally published the research. » Science told iMediaEthics it is reviewing the case.

2. US News added this editor’s note to its Dec. 22, 2014 story that reads: « Editor’s Note: The data used in the study recently were found to have been falsified, » linking to its report on the debunking

3. This American Life retracted its report on the Science study. « Our original story was based on what was known at the time, » This American Life‘s Ira Glass wrote in part. « Obviously the facts have changed. We’ll update today as we learn more. The apparent fakery was discovered by researchers at UC Berkeley and Stanford who tried to replicate the findings in the original study. How they figured it out is a great story in itself. »

4. New York Magazine‘s Dec. 11, 2014 story, « A 20-Minute Chat with a Gay Person Made People Much More Supportive of Gay Marriage » now has this note: « (UPDATE: This study has been retracted by Science. Science of Us has posted an explanation here.) »

5. Bloomberg tacked on an editor’s note to its Oct. 6 story, « How do you Change Someone’s Mind About Abortion? Tell Them You Had One. » That reads:

« EDITOR’S NOTE, May 20, 2015: The findings from the field experiment on attitudes toward gay marriage conducted by UCLA graduate student Michael LaCour described below—which were published in the journal Science two months after Bloomberg Politics reported on the research—have been called into question by co-author Don Green, who yesterday requested that the journal retract the article. ‘Michael LaCour’s failure to produce the raw data,’ Green wrote to the journal’s editors, ‘undermines the credibility of the findings.' »

6. BuzzFeed added an editor’s note to its Dec. 11, 2014 story, « Scientists Report Gay People are the Best at Changing Minds on Marriage Equality. » It states: [Update: The study described in the article below was retracted in May 2015 after the lead author said his co-author faked data. BuzzFeed News reports here.]

7. Business Insider‘s May 12, 2015 story, « How to convince anyone to change their mind on a divisive issue in just 22 minutes — with science, » has this update.  « *Update 5/20: While trying to follow up on the study cited in the story below, researchers have found that some of the data in the original study was falsified. The authors say they’ve requested that the paper be retracted from the journal Science. »

8. Vox retracted its story on the study earlier today, warning readers « don’t believe » it.

9. The New York Times added an editor’s note to its two stories on the study, a spokesperson for the newspaper told iMediaEthics. The editor’s note on The New York Times‘ Dec. 12, 2014 story, « Gay Advocates Can Shift Same-Sex Marriage Views, »  and the New York Times’ Dec. 18 story, « How Same Sex Marriage Effort Found a Way Around Polarization » reads:

« An article on Dec. 12, 2014, reported on a study published by the journal Science that said gay political canvassers could change conservative voters’ views on gay marriage by having a brief face-to-face discussion about the issue. The editor in chief of the journal said on Wednesday that the senior author of the study had now asked that the report be retracted because of the failure of his fellow author to produce data supporting the findings. »

New York Times public editor Margaret Sullivan told iMediaEthics she doesn’t plan to address this issue in her blogs or columns and pointed us to the Times‘ PR.

10. The Los Angeles Times added a note to its Dec. 12, 2014 article « Doorstep visits change attitudes on gay marriage. » That update, at the bottom of the article, states: « May 20, 2015: Science published an ‘Expression of Concern’ about the study reported on here. ‘Serious questions have been raised about the validity’ of the report, which claimed that skeptics of same-sex marriage could be persuaded to accept it after talking with a gay lobbyist for 20 minutes. One of the study’s co-authors, Donald Green, said he no longer has confidence in the data and has requested that the study be retracted. Read our full story here. »

The Los Angeles Times also posted a follow-up story on the news, a spokesperson for the newspaper told iMediaEthics.

11. Mother Jones added an update to its Dec. 18, 2014 story, « How a 20-Minute Conversation Can Convince People with Anti-Gay Views to Change Their Mind, a spokesperson for the magazine told iMediaEthics. The update reads: « The following study was retracted following allegations the data had been faked by a co-author. « I am deeply embarrassed by this turn of events and apologize to the editors, reviewers, and readers of Science, » author Columbia University political science professor Donald Green said. The original article follows but be forewarned that its contents are no longer credible given this revelation. »

12. The Wall Street Journal posted this « note to readers » on its Feb. 25, 2015 story, « Gay Marriage: How to Change Minds. »

« NOTE TO READERS: According to an Associated Press report, data in the Science magazine study to which the article below alludes have come under question, as one of the authors of the study has asked the magazine to retract it. Read the article. »

UCLA and Columbia issued a press release last year touting the study.  iMediaEthics has written to Columbia for comment.

Other outlets that reported on the study without adding a flag to readers about the study’s retraction request as of 3 PM EST are:

UPDATED: 5/20/2015 5:57 PM EST Added responses from UCLA, additional info from the New York Times

UPDATED: 5/20/2015 8:32 PM EST Added response from the Los Angeles Times

UPDATED: 5/21/2015 12:42 PM EST Updated with notes from Mother Jones and Wall Street Journal

Voir de plus:

Des poupées sexuelles touchantes

  21/05/2015

ART – Voilà une artiste dont les muses sont assez surprenantes. À travers une série de clichés, la photographe new-yorkaise Stacy Leigh a souhaité montrer que des poupées sexuelles en caoutchouc pouvaient être touchantes.

Si à première vue, les images peuvent paraître glamour et sexy, il suffit de les observer de plus près pour que cette dimension charmante s’amenuise. Le maquillage, les vêtements et la position des poupées… Tout est mis en scène pour qu’elles ressemblent le plus possible à de véritables femmes.

À l’origine, ces poupées pour adulte grandeur nature sont conçues pour donner du plaisir, mais elles servent aussi à apporter de la compagnie. Stacy Leigh l’explique elle-même au site du Mirror: « L’homme et la femme utilisent tous les deux ces poupées pour remplacer un compagnon humain, que ce soit par choix ou par nécessité. Je pense qu’il n’y a aucun inconvénient à cela, surtout si les journées en deviennent plus supportables ». Au total, Stacy Leigh en possède 12, qui valent chacune 4000 livres sterling (5630.80 euros).

Si la série de photos s’intitule « Américains moyens« , c’est parce que l’artiste de 43 ans tient à interpréter une certaine réalité selon laquelle les humains artificiels finiront par faire partie de notre quotidien.

« Mes photos concernent la vie, les relations amoureuses et la sexualité. Les poupées repoussent certaines personnes, tandis que d’autres sont empathiques envers elle. Au fur et à mesure que le monde devient plus numérique et moins personnel, il sera de plus en plus banal que des poupées et des robots soient utilisés en tant que substituts pour les relations amoureuses. Je peux uniquement espérer que mes photos déclenchent une émotion ou une connexion chez le spectateur« .

Celle qui s’auto-décrit comme une « peintre frustrée » raconte comment elle en est arrivée à utiliser des poupées gonflables comme modèles il y a 10 ans, après avoir regardé une série documentaire télévisée sur HBO, « Real Sex« . Au départ, elle reconnaît que c’était plutôt effrayant.

« Elles avaient un effet étrange sur moi. J’étais empathique à leur égard parce qu’elles avaient l’air si réelles, mais je me suis aussi sentie très mal à l’aide, je sentais qu’elles étaient en train de m’observer », confie-t-elle à nos confrères du Huffington Post américain. Avant d’ajouter: « J’ai ressenti le besoin de montrer à quoi elles ressembleraient si elles étaient intégrées dans notre société ».

Jusqu’ici, les poupées gonflables sexuelles n’avaient rien d’humain. Mais plus elles deviennent réalistes, plus leur popularité augmente. « Les clients peuvent choisir de personnaliser absolument tout, qu’il s’agisse de la couleur des cheveux, des yeux et de la peau, de la taille des seins, et même de la forme et du style du vagin », peut-on ainsi lire sur le DailyMail. Inquiétant, vous avez dit?

Voir par ailleurs:

Dans un accord bilatéral, le Saint-Siège reconnaît « l’Etat de Palestine »
Sixtine Dechancé
La Vie

13/05/2015

Dans un accord bilatéral conclu ce 13 mai avec la Palestine, le Saint-Siège reconnaît clairement « l’État de Palestine ». La signature définitive du texte, qui établit une reconnaissance juridique de l’Eglise catholique dans les territoires palestiniens, devrait avoir lieu dans les jours à venir.

Le président palestinien Mahmoud Abbas sera en effet présent au Vatican les 16 et 17 mai, où il assistera à la canonisation de deux palestiniennes, la carmélite Mariam Bawardi et Soeur Marie-Alphonsine Ghattas, co-fondatrice de la congrégation des Soeurs du Rosaire. Toutes deux nées au XIXe siècle, elles deviendront les premières saintes palestiniennes de l’époque contemporaine. Le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, a souligné l’importance de cet événement, « signe d’espoir » pour la Terre Sainte et le Moyen-Orient « déchirés par la guerre ».

Le texte, qui attend encore d’être signé, est le fruit d’un long travail entre le Saint-Siège et l’autorité palestinienne, depuis l’accord initial qui les a liés en février 2000. Il s’agissait alors de garantir sur le territoire palestinien la liberté de religion et l’égalité devant la loi des institutions et des fidèles de toutes confessions, ainsi que le libre accès aux lieux saints. Ces dispositions sont renforcées dans le nouvel accord, qui permettra à l’Église, selon Mgr Antoine Camilleri, sous-secrétaire pour les relations avec les États, « d’assurer un service plus efficace à la société ».

La référence explicite à « l’État de Palestine » n’est pas une nouveauté pour le Saint-Siège, qui employait déjà cette expression dans ses communiqués diplomatiques depuis 2012 et plaide depuis longtemps pour la « solution des deux Etats ». Néanmoins, le texte de cet accord bilatéral est appelé à faire jurisprudence.

« Il peut être suivi par d’autres pays, même ceux à majorité musulmane, et il montre qu’une telle reconnaissance [de l’Église] n’est pas incompatible avec le fait que la majorité de la population du pays appartient à une autre religion », a assuré Mgr Camilleri dans une interview à L’Osservatore Romano, le quotidien du Vatican.

Pour François Mabille, spécialiste de la géopolitique vaticane, l’accord est à replacer dans le contexte de crise que subissent les chrétiens au Moyen-Orient : « Une reconnaissance de l’Etat de Palestine par le Saint-Siège est un signe fort envoyé aux pays musulmans. C’est un appel à l’apaisement », interprète-t-il. Bien que la démarche s’inscrive dans la continuité de la politique internationale vaticane, le chercheur y voit une nouveauté : « En règle générale, le Saint-Siège reconnaît des pays qui l’ont déjà été par la communauté internationale et les grandes puissances. C’est bien le style du pape François de bousculer ainsi les habitudes. »

Soulignant dans L’Osservatore Romano « le souhait d’une résolution de la question palestinienne et du conflit israélo-palestinien dans le cadre de la solution des deux Etats », Mgr Antoine Camilleri rappelle également qu’un seul de ces deux Etats existe pour le moment  (Israël). Il réaffirme le souhait du Saint-Siège de voir « l’établissement et la reconnaissance d’un Etat palestinien indépendant, souverain et démocratique ».

Dans le quotidien israélien Haaretz, un membre du ministère des Affaires étrangères critique ce geste du Vatican : « Israël est déçu d’apprendre la décision du Saint-Siège de valider un texte d’accord qui mentionne le terme d' »Etat de Palestine » ». « Ce geste ne fait pas avancer le processus de paix, et éloigne même les autorités palestiniennes d’un retour à des négociations directes et bilatérales. Israël va examiner cet accord et étudier une réaction proportionnée », ajoute-t-il.

Voir aussi:

Exclusive: Obama to back Palestinian state at Security Council – payback for Israel’s right-wing cabinet
DEBKA file

May 6, 2015

US President Barack Obama did not wait for Binyamin Netanyahu to finish building his new government coalition by its deadline at midnight Wednesday, May 6, before going into action to pay him back for forming a right-wing cabinet minus any moderate figure for resuming negotiations with the Palestinians.

Banking on Netanyahu’s assertion while campaigning for re-election that there would be no Palestinian state during his term in office, Obama is reported exclusively by our sources to have given the hitherto withheld green light to European governments to file a UN Security Council motion proclaiming an independent Palestinian state. Although Netanyahu left the foreign affairs portfolio in his charge and available to be filled by a suitably moderate figure as per the White House’s expectations did not satisfy the US President.

The White House is confident that, with the US voting in favor, the motion will be passed by an overwhelming majority and therefore be binding on the Israeli government.

To show the administration was in earnest, senior US officials sat down with their French counterparts in Paris last week to sketch out the general outline of this motion. According to our sources, they began addressing such questions as the area of the Palestinian state, its borders, security arrangements between Israel and the Palestinians and whether or not to set a hard-and-fast timeline for implementation, or phrase the resolution as  a general declaration of intent.

Incorporating a target date in the language would expose Israel to Security Council sanctions for non-compliance.
It was indicated by the American side in Paris that the Obama administration would prefer to give Netanyahu a lengthy though predetermined time scale to reconsider his Palestinian policy or even possibly to broaden and diversify his coalition by introducing non-aligned factions or figures into such key posts as foreign affairs.
At the same time, both American and French diplomats are already using the club they propose to hang over the Netanyahu government’s head for gains in other spheres.

French President Francois Hollande, for instance, the first foreign leader ever to attend a Gulf Council of Cooperation summit, which opened in Riyadh Tuesday to discuss Iran and the Yemen war, used the opportunity to brief Gulf Arab rulers on Washington’s turnaround on the Israeli-Palestinian issue.

And US Secretary of State John Kerry plans to present the Obama administration’s new plans for Palestinian statehood to Saudi leaders during his visit to Riyadh Wednesday and Thursday, May 6-7. Kerry will use Washington’s willingness to meet Palestinian aspirations as currency for procuring Saudi and Gulf support for a Yemen ceasefire and their acceptance of the nuclear deal shaping up with Iran.

Voir également:

Le règne de la vertu – La dictature de Robespierre
Louis Madelin
Revue des Deux Mondes tome 1, 1911

Le 16 germinal an II, Jacques Danton montait à l’échafaud avec ses « complices ; » le 4 du même mois, Jacques Hébert et sa « bande » avaient péri. Seuls, depuis le lamentable effondrement des Girondins, Hébert et Danton gênaient, à des degrés divers, l’omnipotence de Robespierre. Leur sang semblait donc pour longtemps cimenter le pouvoir de Maximilien et je peux dire son sacerdoce ; ce sang impur n’était-il pas offert en holocauste à l’Etre Suprême, trop longtemps offensé par l’athéisme et l’immoralité de ces scélérats ? Les « victoires » du 4 au 16 germinal, ne nous y trompons point, ne sont pas seulement celles d’un homme, ni même d’une politique : voyons-y le passager triomphe d’une secte religieuse. Désormais la « Vertu » l’emporte et, avec elle, Dieu ressuscita. Jusqu’au 9 thermidor, quatre mois durant, la France va connaître le gouvernement le plus singulier et d’ailleurs le plus effroyable, celui qui fera rouler des têtes au nom d’une mission divine.

I
Certes, depuis plus de huit mois, Robespierre semblait l’homme le plus puissant du pays. Après avoir, avec l’appui de Danton, précipité les Girondins du pouvoir, il avait, le 10 juillet 1793, fait éliminer Danton du Comité de Salut public où un instant celui-ci avait paru régner ; Maximilien y avait prudemment, — c’était sa façon, — fait entrer ses amis, puis le 27 juillet, la majorité lui étant assurée, s’y était fait élire. Et depuis lors, il semblait, de cette célèbre salle verte du Pavillon de Flore, où besognait le terrible Comité, dominer la Convention et le pays.

Il s’en fallait cependant qu’avant le printemps de 1794, il pût tout diriger. Il avait dû assister presque impuissant aux « intrigues des factions » et presque à leur triomphe. Plusieurs fois, la Convention avait failli faire rentrer Danton au Comité et sa faction d’indulgens ; par ailleurs, Maximilien avait dû, la rage au cœur, accepter cet opprobre : le triomphe momentané de la faction des exagérés, ces Hébertistes transgressant les dogmes qui lui étaient chers et froissant ses sentimens les plus intimes. Enfin, des provinces où ils desservaient sa politique, les proconsuls l’avaient presque bravé, des « pourris » par surcroît, que son incorruptibilité vomissait et que soutenaient les « factions » de Paris.

Le « règne de la Vertu » ne s’établit donc pas en un jour et il importe de voir de quelle réaction la redoutable dictature parut le fruit : l’Eglise robespierriste avait été militante et même souffrante, avant d’être, pour une heure, triomphante.

Eglise ! Le mot s’impose à nous, mais il avait déjà cours. Son chef et ses apôtres suffisent à marquer d’un caractère vraiment sacerdotal cette singulière confrérie.

Interrogeait-on sur Robespierre un des séides qui l’entouraient, il répondait : Maximilien est l’homme de la vertu.

Il était l’homme de la vertu : probe, chaste, moral, il avait, de l’aveu de Danton, étonné, « peur de l’argent ; » il avait plus peur encore de la femme, et, en ayant la peur, il en avait la haine. Cette phobie était avérée : si, en décembre 1793, une « patriote » pourtant pure, Emilie Laroche, plaide près de lui la cause de Hérault de Séchelles, on écrit : « Il n’y fera pas attention : c’est d’une femme. » Bien au contraire, telle intervention suffirait à perdre le bel Hérault, spécialement haï parce que lui, au contraire, pratique la femme. On dira de Maximilien qu’il est « un prêtre : » par certains côtés il semble plus : quelque moine fanatique persuadé que la femme est « la bête de perdition » destinée à dégrader l’homme et à le faire tomber : il n’a ni épouse ni maîtresse ; il méprise qui se laisse conduire par la maîtresse ou l’épouse : Danton, Hébert, Desmoulins, Tallien, Barras, Fréron encourent à bien des titres sa rancune, mais il déteste spécialement en eux des hommes « avilis » que conduisent des femmes. Mme Roland l’a littéralement exaspéré : nul n’a plus contribué que lui à mener à l’échafaud l’héroïque Manon. C’est lui qui, d’ailleurs, y jettera Lucile Desmoulins qui l’a longtemps cru son ami, et la « veuve Hébert, » après la « veuve Capet. » Et c’est lui encore qui, à la veille de Thermidor, y acheminera, avec une sorte de joie cruelle, cette belle fille de Thérézia Cabarrus, la maîtresse de Tallien. Si, de sa prison, elle réclame moins de gêne : « Qu’on lui donne un miroir, » ricanera-t-il. Et on sent passer, dans cette raillerie, la haine de cette beauté féminine qui a stupidement ensorcelé Tallien, hier « pur. » Il n’est pas jusqu’à sa sœur Charlotte qu’il n’ait, d’une main froide, écartée de sa vie. Pour la première fois, ce pays de France, sentimental et rieur, est gouverné par un ennemi de la femme et du rire.

Il n’est pas laid cependant, ce Maximilien : les demoiselles Duplay, dont il est l’hôte, le trouvent charmant et le lui font bien voir ; la citoyenne Jullien dont, à la vérité, les lettres sont celles d’une fanatique du prophète, lui trouve « les traits doux ; » et, de fait, aucun portrait ne révèle « la figure de chat » dont parle aigrement Buzot. Son portrait par Danloux nous présente un jouvenceau élégant, à la taille mince, aux traits à la vérité un peu forts, le nez et les lèvres trop larges, mais, en dernière analyse, de physionomie fort peu antipathique. Les yeux, sans doute, clignotaient derrière des besicles bleues ; c’était, disait-on, pour ne se point laisser pénétrer : au demeurant, d’une correction parfaite, les cheveux frisés, poudrés, les joues toujours soigneusement rasées, le petit corps maigre bien pris dans une redingote bleue ou marron qu’il porte sur la veste de casimir, chemise brodée à jabots, manchettes toujours blanches, ce sans-culotte se culotte de soie, trop fier pour sacrifier au débraillement républicain. Jusqu’au bout, les effets resteront sans taches, jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à cette horrible matinée du 10 thermidor où il viendra s’échouer, éclaboussé de sang et d’ordure, en lambeaux, sur la table du Comité de Salut public, en attendant l’échafaud : « habit de drap de Silésie taché de sang, » lit-on dans l’inventaire du greffe. Sa chambre aux rideaux bleus, son cabinet, où il peine cependant (car sa littérature sent l’huile), sont toujours bien rangés, — remplis d’ailleurs (plusieurs témoins signalent ce trait) de ses portraits et de ses bustes : on y voit Maximilien « sous toutes les formes. »

Le trait est à retenir. Maximilien est avant tout personnel. Nul n’a porté plus haut l’orgueil d’être soi. « Vertueux, » il a reçu du Très-Haut mission de faire régner la vertu. Infortune affreuse, voici la France aux mains d’un de ces terribles missionnaires qui sévissent de temps à autre pour écraser « les impies » et les « corrompus, » les « Amalécites, » disait Cromwell, bref les « non-conformistes. » Ce sont les pires tyrans. A une mission surnaturelle la nature même doit être sacrifiée : Robespierre lui sacrifiera tout, et d’abord l’amitié, la reconnaissance, la tendresse. De Camille Desmoulins, son vieux camarade de Louis-le-Grand, à la petite Lucile au mariage de laquelle il a servi de témoin ; de Brissot, avec lequel il a probablement grossoyé chez le procureur, à Danton dont il sait fort bien qu’il fut un loyal compagnon de luttes, il n’hésitera jamais à jeter un ami sous le couperet. Sa sœur put penser qu’il l’y voulait envoyer. Au fond, il n’aimait personne, parce qu’il se vénérait.

« Etre atroce qui ment à sa conscience, » a écrit de lui la vindicative Manon Roland. Non ! Il obéit, au contraire, à sa conscience ; pénétrée de sa mission, cette conscience lui commandera la calomnie (contre les Girondins notamment) et jusqu’au faux (s’il s’agit de perdre un Hérault de Séchelles contre lequel il forge une pièce) : c’est qu’il ne s’agit point aux yeux de Maximilien de frapper un ennemi personnel : son ennemi est « l’ennemi de la vertu. »

D’ailleurs, aucun doute : s’il incarne la vertu, il tient la vérité. D’où une sorte de sérénité : celle d’un prêtre infaillible : le caractère frappe, dès 1792, qui l’approche. « Robespierre est un prêtre, » a-t-on écrit alors (probablement le mot est-il de Condorcet) : un prêtre et presque un prophète du nouveau Millénaire. « Il y avait en cet homme-là du Mahomet et du Cromwell, » dit un conventionnel. Du pontife il a l’impassibilité. Certes, il n’est pas immuable, étant, ainsi que l’écrivait récemment un excellent historien, M. Sagnac, « grand opportuniste ; » il n’est pas immuable dans ses attitudes, mais il l’est, au fond, dans l’idée maîtresse de sa vie. Il y croit sincèrement, et sa force est dans sa sincérité. Il n’est pas l’ « hypocrite raffiné » que Bossuet a flétri en Olivier Cromwell. Se tenant pour l’homme de la Liberté, de la République, de la Révolution, il estime en toute candeur que quiconque lui fait obstacle est l’ennemi de la Révolution, de la République et de la Liberté. Or lui fait obstacle quiconque excite sa « bilieuse jalousie : » qui a plus de talent et de succès, plus d’audace et plus d’entregent, lui porte nécessairement ombrage. Sa jalousie inquiète multiplie ses ennemis : ce sont ceux de la Patrie. Celui qui n’est pas avec lui est contre elle.

Le prophète proclame des dogmes. Tout d’abord, la Terreur soutenant la Vertu et la Vertu justifiant la Terreur. Le 25 décembre, le dogme fondamental a été proclamé par le pontife infaillible. « Le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la Vertu ; en révolution, il est à la fois la Vertu et la Terreur. » Certes, il n’a inventé ni le système ni le mot. Dès le 5 septembre, « les sections de Paris » sont venues demander qu’on « plaçât la Terreur à l’ordre du jour » et, depuis l’été de 1793, Fouquier-Tinville expédie à Sanson « gros et petit gibier. » Ce n’est cependant que du jour où la doctrine a été proclamée par l’Incorruptible sainte, pure et indiscutable, que « l’activité du tribunal » a redoublé. Alors commencent les belles fournées de l’hiver de l’an II qui deviendront « magnifiques » une fois les Indulgens supprimés en germinal (155 victimes en germinal, 354 en floréal), et formidables, quand la loi de Prairial, qu’on peut appeler la loi Couthon-Robespierre, permettra à l’accusateur public d’envoyer, en quarante-sept jours, 1 366 « cliens » au « rasoir national. »

Il serait injuste de faire de cet homme le bouc émissaire de la Terreur. Des proconsuls qu’il n’aimait pas, Carrier, Lequinio, Tallien, Barras, Fréron, Fouché, Collot d’Herbois, Javogue, Le Bon, Schneider, faisaient à Nantes, Lorient, Bordeaux, Toulon, Marseille, Lyon, Amis, Strasbourg, tomber des têtes avant que Paris connût « les belles fournées d’aristocrates. » Mais s’il parut un jour les blâmer, c’est moins d’avoir terrorisé, que d’avoir terrorisé « sans vertu. » De toutes parts, le monde infâme que la Terreur exaltait jusqu’à la démence avait les yeux fixés sur lui avec une sorte de gratitude. Tyranneaux subalternes et délateurs immondes l’adoraient parce qu’il leur avait appris que, forgeant des fers et répandant le sang, ils servaient « la Loi, » « la Patrie, » la Vertu » surtout. « Quelles délices tu aurais goûtées, a écrit un de ces misérables, Achard (de Lyon où l’on mitraille) : quelles délices tu aurais goûtées, si tu eusses vu, avant-hier, cette justice nationale de 209 scélérats ! » et la lettre adressée à un ami du « grand patriote » se termine par : « Le bonjour à Robespierre. » Ils l’adorent tous.

C’est que Robespierre a proclamé ces mouchards, ces geôliers et ces bourreaux, les « hommes de la Vertu. »

Deux autres dogmes cependant seront proclamés ex cathedra : la croyance à l’Etre Suprême, sanction de la vertu, satisfaction donnée aux « âmes pures » et aux élans vers le ciel du Vicaire savoyard, et, par ailleurs, le respect de la propriété sacro-sainte, fondement de l’Etat et de la République ; car, s’il a pu, à certaines heures, paraître mériter, par des concessions purement verbales, les félicitations de la Société des indigens, Maximilien restera, de 1789 à 1794, socialement parlant, un conservateur.

Déiste et conservateur, il l’est avec le même dogmatisme que moraliste et terroriste, c’est-à-dire qu’il se sent une sorte de haine contre les non-conformistes en matière sociale et religieuse comme en matière politique. « Mauvais citoyen, » certes, celui qui prêche « l’indulgence » ou qui, sans vertu, pratique la terreur, mais « mauvais citoyen » aussi qui nie l’existence de l’Etre Suprême et « mauvais citoyen » qui ose prêcher le partage des terres. Telles dispositions lui font apercevoir un monde de « scélérats. » Dans ce pays où, s’est-il écrié en janvier 1793, « la vertu est en minorité ; » mais plus précisément dans cette Convention où Danton et Hébert ont tant d’amis, que peu d’élus au regard de tant de réprouvés ! Sa sombreur s’en augmente. Son maître Rousseau dont il commente le soir, aux enfans du menuisier Duplay, l’œuvre immortelle, « comme un curé de village, dit Barras, explique l’Evangile à ses paroissiens, » entend que les non-conformistes soient chassés de la Cité. Le prophète appliquera la doctrine du Dieu, mais de terrible manière ; ce n’est point seulement hors de la Cité que seront jetés ces scélérats, mais sous le couteau. Au fond ces « scélérats ». soiit des hérétiques, car Robespierre, comme Torquemada, est, suivant le mot ironique de M. Aulard, « le maître de la vérité. »

« La vertu a toujours été en minorité ! » Robespierre ne compte que sur quelques amis, surtout à la Convention : Couthon, Saint-Just, Le Bas. Ce sont les séides de ce Mahomet, les émirs du Prophète.

Couthon plaît à Maximilien par son spiritualisme : lui a non seulement lu le Vicaire savoyard, mais il l’a paraphrasé. Ce n’est pas sans quelque regret que le représentant du Puy-de-Dôme a vu disparaître « messieurs les curés » dont, à la fin de 1791, il louait encore « le zèle et la délicatesse ; » il a toujours protesté que, loin de travailler contre « la religion de nos pères, » les députés travaillaient pour elle « par le rétablissement des mœurs. » Car s’il est religieux, il l’est avec ce puritanisme qui est vraiment la marque du groupe : ce malheureux Couthon, à dire vrai, a peut-être moins de mérite qu’un autre à être de mœurs pures, infortuné qui s’avoue cousu de maux, geint en toutes ses lettres sur son sang avarié et ses jambes recroquevillées, et ne quitte sa voiturette de cul-de-jatte que pour se faire porter à la tribune. A la veille de Thermidor, c’est lui qui, fort de ses bonnes mœurs, dénoncera avec âpreté « les hommes impurs qui cherchent à corrompre la morale publique sur le tombeau des mœurs et de la vertu. » Mais dès 1793, il a admis que « la religion était l’appui des bonnes mœurs, » et si, à l’automne de cette année-là, il a supprimé le culte catholique, c’est avec les considérans d’un puritain d’Ecosse abolissant le presbytérianisme après le papisme : car louant « l’architecte » qui « maintient l’harmonie dans la nature » et dont nous sommes « les enfans, » il affirme n’avoir « détruit la religion des prêtres » que pour instaurer « la religion de Dieu. » Ce « Dieu de vérité » qu’il salue du haut de la tribune, il trouve sa main partout. Nul orateur « clérical » n’a aussi souvent fait appel au Très-Haut et discerné sa dextre : c’est le Très-Haut qui « servant mieux la Révolution que les hommes » a « rappelé » Léopold d’Autriche, ennemi de la France ; et c’est Lui qui, inondant de soleil la fête de la Victoire en 1794, a marqué sa prédilection aux républicains, en « ouvrant pour la première fois depuis longtemps son œil bienfaisant. »

Personne n’a, plus que ce singulier Jacobin, entretenu Robespierre dans cette sorte de mysticisme déiste que le groupe imposera, nous le verrons, aux agens subalternes à l’heure des passagers triomphes. Personne aussi ne contribue plus à donner à cette religion un caractère sombre et terrifiant. L’infirme qu’aigrit son malheur et auquel ses maux font pousser parfois en pleine assemblée des cris de douleur, ne saurait être un souriant apôtre. Dans ses lettres nous le trouvons hanté jusqu’au délire par la crainte des éternels conspirateurs : « Le nombre des complices est immense… Patience, ajoute-t-il, nous saurons délivrer la République de tous ses ennemis. »

Le vrai séide n’est cependant point Couthon, c’est Saint-Just, qu’on appellerait l’enfant de chœur de cette église (il a vingt-cinq ans en 1794), s’il n’était fort supérieur à Robespierre en intelligence et en talent. « Esprit de feu, cœur de glace, » le mot est de Barère et paraît exact. Ce joli garçon, dont Greuze a laissé un charmant portrait, est « un terrible adolescent. » Les Robespierristes eux-mêmes en gardaient un souvenir terrifiant. « Son enthousiasme résultait d’une certitude mathématique, écrit l’un d’eux, Levasseur de la Sarthe… Pour fonder la République qu’il avait rêvée, il aurait donné sa tête, mais aussi cent mille têtes d’hommes avec la sienne. » L’ex-conventionnel Baudot nous le peint, vibrant et coupant, « ne parlant que par sentences. » Orgueilleux jusqu’au miracle, il « portait sa tête comme un Saint-Sacrement : » ne riant qu’ironiquement, il rebutait et alarmait. Audacieux et inflexible, il dépassait Robespierre, — s’il était possible, — en dogmatisme. Nouveau venu à la « vertu » (il avait, dans sa prime jeunesse, composé un poème érotique et commis plus d’une peccadille), il savait parler de la morale mieux qu’homme du monde. « Voyant des criminels dans tous les dissidens, » dit un conventionnel, il flattait l’idée favorite de Robespierre. Il avait épaulé celui-ci, mais le poussait : moins « légaliste » que Maximilien, il était l’agent des exécutions, « le chevalier porte-glaive, » dit M. Claretie. Il eût renié le Maître, si celui-ci avait faibli.

Quant à Le Bas, son fanatisme a quelque chose d’émouvant. Aveugle lorsqu’il s’agissait de Robespierre, ce jeune Le Bas livre, dans ses lettres à Elisabeth Duplay, sa fiancée, puis sa femme, une âme ingénue : pour servir le Maître, il sacrifie tout, s’arrache en soupirant de son idylle, mais sans hésiter, et, après lui avoir voué sa vie, se vouera pour lui à la mort, sachant que tous, là-bas chez les Duplay, l’approuveront, la jeune femme, la belle-sœur, le papa et la maman Duplay. Vraiment les seuls prophètes trouvent de tels serviteurs et les grands égoïstes de tels amis.

II
Le reste du monde politique, Robespierre l’avait en méfiance, surtout en cet hiver de 1793-1794 où la Convention semblait encore subir l’influence de Danton tantôt, et tantôt de l’Hôtel de Ville hébertiste. En somme, tout ce monde lui paraissait tenir en échec la Vertu.

Grand réaliste en face de cet idéaliste presque mystique, brutal, violent, mais parfois généreux, impulsif, autant que l’autre était calculateur, Danton est l’antithèse de Robespierre. Capable de folles colères suivies de prompts retours, d’actes de prodigieuse énergie et d’inexplicables nonchalances, c’était pour Maximilien un adversaire redoutable, mais dont la cuirasse de bronze présentait vingt défauts. Robespierre le tenait pour improbe. Avait-il tort ou raison ? Danton peut-être ne tripota pas, mais couvrit plus d’un tripotage. En cette âme tumultueuse et trouble on découvre, pêle-mêle, dans une lave incandescente des métaux précieux et d’horribles scories. Assurément, on volait autour de lui et l’on jouissait. Lui, truculent, ardent, aimant la femme, — plus particulièrement la sienne, les siennes, car il en eut deux qu’il adora follement, — se plaisant à la ripaille, vrai personnage de Shakspeare, fanfaron de vices et parfois de crimes, paraissait assurément s’éloigner fort de « l’homme de la Vertu. » Il plaisantait d’ailleurs ceux que son ami Chabot (celui-là un vrai voleur) appelait « les catonistes, » et toute cette famille Duplay où prêchait Robespierre, un sot qui fanatisait ces belles filles au lieu de les aimer et transformait en Spartiates et en Romaines ces petites Parisiennes : « Cornélie Copeau, » disait-il en riant de la fille du menuisier, platonique et grave amoureuse.

Au fond, c’étaient ces railleries que Robespierre ne pardonnait pas, et moins encore le génie de ce Danton qui vraiment, à nos yeux, domine de cent coudées l’étroit politicien. Mais il affectait d’être avant tout scandalisé des « mœurs » de son adversaire : un « scélérat, » dira Couthon, qui pratiquait un « système d’immoralité, d’athéisme et de corruption, » et particulièrement avait affirmé — abominable chose, — qu’après la mort, l’homme rentrait dans « le néant. »

En fait Danton paraît bien avoir été athée, sans d’ailleurs avoir jamais voulu ériger en doctrine un sentiment tout personnel. Libre penseur, il n’était pas fanatique. Les prêtres ne l’occupaient pas : il en avait laissé massacrer une centaine aux Carmes sans remords, mais quand, en pleine Terreur, sa fiancée (bonne catholique), avait entendu faire bénir leur union par un « réfractaire, » il y avait consenti. Il n’était point pour une Eglise d’Etat, pas plus la constitutionnelle que la catholique, et pas plus le culte de la Raison que celui de l’Être Suprême. Il pensait que chacun devait vivre à sa guise et, Robespierre étant partisan de l’école obligatoire (pour ne citer qu’un trait), Danton la voulait libre. Mais cette facilité de doctrine même, Robespierre la tenait pour immorale. En toute sincérité, il tenait pour un médiocre républicain ce Danton, dix fois plus « libre penseur » que lui.

D’autre part, depuis quelques mois, en cet hiver de l’an II, — ce terrible Danton encourait à d’autres titres l’excommunication majeure. Ne voulait-il point qu’on mît fin à la Terreur, lui l’homme qui avait presque assumé la responsabilité des massacres de Septembre ? Ce dessein était connu. Au scandale des purs, Danton prônait « l’indulgence. » Lorsque, après la condamnation des Girondins, Camille Desmoulins était venu, en pleurs, se jeter dans ses bras, criant : « C’est moi qui les tue ! » Danton avait pleuré avec lui, et, un soir, passant sur le Pont-Neuf, il avait, dans une sorte d’hallucination, montré à Camille la Seine qu’éclairait le soleil couchant : « Regarde : la Seine coule du sang. Ah ! c’est trop de sang versé. Allons, reprends ta plume et demande qu’on soit clément. » Desmoulins l’avait entendu. Lui aussi avait autrefois allumé les incendies ; mais, depuis des mois, il restait consterné du désastre : « Ce pauvre Camille, » avait écrit de lui le puissant Mirabeau. Il restait « ce pauvre Camille, » enfant terrible, journaliste d’élan, ne calculant rien, âpre folliculaire en 1789, dont un charmant mariage avait adouci l’âme ulcérée, en le dotant d’ailleurs de quelques rentes. Danton ayant parlé, Camille avait lancé son terrible Vieux Cordelier qui prenait à la gorge le Père Duchesne, organe ignoble de l’Extrême Terreur, en attendant qu’il flétrît, avec la basse délation et la terreur sanglante, toute la clientèle de Robespierre.

Robespierre avait cependant, lors de l’apparition du Vieux Cordelier, détourné pour un instant de la tête de Desmoulins les foudres des Jacobins. C’est qu’il lui plaisait que les amis de Danton éventrassent ceux d’Hébert. Il les voulait tous détruire : le Père Duchesne jeté par terre, on tordrait le cou au Vieux Cordelier. Le Père Duchesne, en effet, c’était Hébert, c’était Chaumette, c’était leur Commune « exagérée, » c’était le communisme et l’athéisme affichés et un instant triomphans.

La Commune de Paris, sous l’inspiration d’Hébert et de Chaumette, semblait en effet, — sur le terrain social et religieux, — résolue à consommer ce que leur ami, le citoyen Fouché de Nantes appelait dans ses proclamations de proconsul, à Moulins et Nevers, puis à Lyon, « la Révolution intégrale. »

C’est en effet Fouché, futur millionnaire, qui, en Nivernais et en Bourbonnais, avait, dès l’été de 1793, pris une attitude si démagogique qu’elle avait déconcerté l’Eglise orthodoxe que présidait Maximilien, mais fort exalté l’Hôtel de Ville de Paris. Le futur duc d’Otrante avait, en ces riches provinces du Centre, prêché « la révision des fortunes, » « la guerre au négotiantisme, » « le partage des fruits de la terre, » « l’obligation pour la République d’occuper le travailleur, » tout cela pour faire triompher la formule maratiste : « La richesse et la pauvreté doivent également disparaître du régime de l’égalité. »

Chaumette, fort lié avec Fouché, l’avait poussé, puis suivi. La Commune avait félicité le proconsul et était entrée dans- ses voies : il fallait « inviter la nation à s’emparer de tout le commerce, de toutes les manufactures et à l’aire travailler pour son compte. » Hébert soutenait fort cette doctrine : si Chaumette était le théoricien de l’Hôtel de Ville, lui était le maître, puissant surtout par son terrible Père Duchesne, la feuille la plus répandue de Paris. On entendait convertir Robespierre à l’idée de « faire disparaître, lui écrivait-on, l’aristocratie mercantile. » Mais derrière le mot de révolution intégrale, Maximilien lisait le mot de révolution sociale. Rien ne pouvait plus froisser ses persistans principes de bourgeois conservateur que ces théories extrêmes : elles ne venaient pas de lui et cela eût suffi à les lui faire détester. Il regardait avec une irritation croissante les Hébert, les Chaumette, les Fouché favoriser la révolution communiste et y conquérir, chose grave, une partie de sa clientèle à lui.

Par surcroît, un autre mouvement, parti des mêmes milieux, l’offusquait jusqu’au scandale. On entreprenait la déchristianisation par le triomphe de la Raison. Et tel fait doit nous retenir un instant, car ce mouvement suivi d’une réaction violente permet de saisir le caractère exact de la lutte qui va s’engager, presque exclusivement religieuse.

Dès l’abord, — et c’est ce qui explique ces essais de culte, — la Révolution avait été marquée d’une indéniable tendance à s’ériger en religion ; 1789 est, somme toute, le point de départ d’une crise de mysticisme civique. MM. Tiersot et Mathiez, l’un étudiant plus spécialement les rites et l’autre la doctrine, ont parfaitement démontré à quel point, dès les premières heures, le Verbe s’était fait religieux, et rien ne serait plus intéressant que de résumer ici leurs édifiantes études : évolution des cultes et des dogmes, extension et transformation des fêtes où les Mehul et les Gossec mêlent une sorte de musique sacrée au son du canon et aux hymnes patriotiques.

L’organisation de l’Église constitutionnelle, « l’Eglise tricolore, » avait été un autre essai pour créer un culte révolutionnaire sans se détacher de ce que Couthon appelait encore en 1791 « la religion de nos pères. » Cet essai, on le sait, échouait lamentablement en 1791. L’Eglise artificielle, imposée par la Constitution civile, se dissolvait ; des prêtres jureurs avaient rallié le « papisme, » et d’autres avaient achevé leur évolution en se défroquant ; Grégoire soutenait avec peine les ruines branlantes du sanctuaire « tricolore. »

L’entreprenante Commune de Paris hâtait cette dissolution. De l’Hôtel de Ville, on méditait d’organiser, sur les débris de toutes les religions déistes, le culte païen de la Raison ou de la Liberté.

A cette entreprise Hébert prêtait son nom : le vrai instigateur fut pourtant bien Chaumette. C’était un aventurier que ses mœurs, — si j’en crois les gens bien informés, — eussent de nos jours conduit en cour d’assises (à huis clos). Lui aussi parlait de « la vertu, » mais il pratiquait le vice rare. Anaxagoras Chaumette se fût ici sans doute recommandé des philosophes grecs : comme eux, par ailleurs, il entendait déloger les dieux. Il fallait entre autres évincer le Christ. On commença à Paris par décrocher des clochers « les breloques du Père Éternel » dont on entendit faire des canons et des sous ; puis on parla d’abattre les clochers eux-mêmes, qui, « par leur domination sur les autres édifices, semblaient, écrivait-on à l’Hôtel de Ville, contrarier les principes de l’Egalité. » Le théâtre se mit à ridiculiser l’ancienne religion dans le Tombeau des Imposteurs et l’Inauguration du temple de la Vérité où une grand’messe était, sur la scène, chantée en parodie.

La Convention ne sembla pas tout d’abord portée à favoriser cette campagne. C’étaient cependant certains de ses membres qui avaient, les premiers, en province, tenté de substituer, dès l’automne de 1793, au culte chrétien le culte civique : Dumont à Abbeville, Fouché à Nevers, Laignelot à Rochefort, et bien d’autres. Sous l’inspiration de Chaumette, venu à Nevers, Fouché avait, par un célèbre arrêté, aboli le ciel, le purgatoire et l’enfer, en proclamant la mort « sommeil éternel. »

Le mouvement se généralisa : on se mit à brûler un peu partout « les vierges à miracles » et à rafler « l’argenterie des églises. » Entre les mains de Fouché l’évêque de l’Allier abjura- ; Gobel, évêque de Paris, allait l’imiter. Il y eut des détails grotesques : tel converti se lava la tête en plein club pour « se débaptiser » et, solennellement, Bechonnet, ci-devant prêtre, divorça publiquement d’avec son bréviaire.

Encouragée, la Commune pesait sur la Convention où, appuyé par Robespierre et même par Danton, l’évêque Grégoire résistait très courageusement à la poussée. Mais les « héberistes » de l’Assemblée faisait rage, gens dont Grégoire affirme qu’ils lui amenaient leurs femmes à confesse et leurs enfans à baptiser, mais publiquement « blasphémaient contre la révélation. »

Fouché envoyait des caisses de calices et de crucifix qu’on déballait devant la tribune. Cette opération grisait d’iconoclastie l’Assemblée. Lorsque, après un de ces « inventaires, » Gobel, traîné par Chaumette à la barre de l’Assemblée, s’y fût venu défroquer, la Convention, un instant conquise, céda. Le président, félicitant l’ex-évêque de Paris, déclara que l’Être suprême « né voulait pas de culte que celui de la Raison… et que ce serait désormais la religion nationale. »

Chaumette incontinent fit décider par la Commune que, « pour célébrer le triomphe que la Raison avait, dans cette séance, remporté sur les préjugés de dix-huit siècles, » on célébrerait, le 20 brumaire, une cérémonie civique « devant l’image de cette divinité, dans l’édifice ci-devant église métropolitaine. »

On a maintes fois décrit cette célèbre fête et comment une Liberté, empruntée à l’Opéra, siégea sur l’autel de la Raison. La Convention s’étant, sous prétexte de travail, refusée à assister à la fête, un cortège (extrêmement mêlé) amena la déesse aux Tuileries, et, en sa gracieuse présence, força l’Assemblée à décréter que Notre-Dame deviendrait à jamais Temple de la Raison. Bientôt Libertés et Raisons pullulèrent à Paris et dans les départemens, vierges folles trop souvent (à côté de quelques « déesses » dont le nom étonne) : si l’une de ces Libertés portait sur son front une banderole ornée de ces mots : « Ne me tournez pas en licence, » le conseil n’eût été presque nulle part superflu, car partout s’organisaient de répugnantes saturnales.

Tout cela froissait Robespierre. Lorsque, dès frimaire an II, un de ses hommes, Payan, dénonçait « ces déesses plus avilies que celles de la Fable, » il applaudissait au propos. Collot d’Herbois lui-même, sermonné au Comité, flétrissait « cette Raison postiche qui courait les rues avec les conspirateurs (les Hébertistes déjà menacés) et terminait avec eux leurs prétendues fêtes dans de licencieuses orgies. » Couthon, à la fête de la Victoire, tint des propos fort déistes. Enfin Maximilien lui-même prononçait le 1er frimaire au club ce discours célèbre où il proclamait « toute populaire… l’idée d’un grand Être qui veille sur l’innocence opprimée et qui punit le crime triomphant ; » le 16, il faisait condamner par la Convention « les extravagances du philosophisme. » « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer, » avait-il, entre autres propos, affirmé péremptoirement.

Brusquement, le culte de la Raison oscilla sur ses autels. A Paris, Chaumette et Hébert étaient menacés et dans les départemens où quelques Raisons, fort prudemment, regagnaient, qui les coulisses du théâtre, qui te foyer familial, les proconsuls « athéistes » se sentirent en détresse. Robespierre avait résolu de les faire rappeler, ces misérables et indignes satrapes qui, non contens de pratiquer des « mœurs » contraires à la vertu, expulsaient de son presbytère jusqu’au vicaire savoyard.

Pour les abattre plus sûrement, il fallait abattre leurs protecteurs de Paris, ces « conspirateurs, » ces « scélérats » qui, écrira Couthon, « adoptaient le système absurde et désespérant du néant : » Danton et ses hommes, Hébert et ses complices.

Comment Robespierre les abattit dans les journées de Germinal, nous n’avons pas à le raconter ici. Remarquons seulement que le double procès eut un caractère nettement « moral. » Contre les Hébertistes, il fut vraiment impossible d’articuler un grief sérieux, sauf celui d’avoir eu de mauvaises mœurs ou d’avoir ébranlé celles d’autrui « par la religion de l’athéisme ; » Gobel, qui les suivra à l’échafaud, n’y sera conduit, somme toute, que pour avoir foulé aux pieds sa crosse ; et quant à Chaumette, il est assez caractéristique qu’il se vit reprocher en plein tribunal par le président, Robespierriste fervent, d’avoir démoralisé l’esprit public en supprimant les messes de minuit, le 25 décembre 1793.

Contre les Dantonistes, tels reproches n’étaient pas de mise : Danton lui-même avait, à la Convention, montré quelque dégoût pour « les mascarades » de la Raison. Contre eux, on ne vengea pas l’Être Suprême, mais « la Vertu. » N’ayant à formuler aucun reproche précis contre Danton, on l’accusa de conspiration réactrice, ce qui lui arracha ces magnifiques réponses où l’ironie se mêlait à l’indignation et qui font de son procès une des scènes les plus prodigieusement intéressantes de ce drame révolutionnaire ; mais on avait eu soin de l’entourer d’amis compromettans : Fabre, Chabot, Hérault et autres, dont « l’improbité » ou « l’immoralité » paraissaient établies. Ces « scélérats » salissaient le puissant tribun de leurs « vols » et de leurs « débauches. »

Et c’est pourquoi, lorsque, le 16 germinal, la tête de Danton roulait, douze jours après celle d’Hébert, dans le panier de Sanson, la Vertu était tenue pour triomphante et le Vice pour terrassé.

La veille de cette bataille décisive, Couthon avait écrit (il était certainement l’écho de son milieu) : « Si l’Enfer est contre nous, le Ciel est pour nous et le Ciel est maître de l’Enfer. » La maison des Duplay devenait un Vatican contre lequel les portes de l’enfer ne pouvaient prévaloir.

III
« Le ciel » étant resté « maître, » Robespierre paraissait désormais le chef incontesté. Les dogmes triomphaient avec le pontife. L’Europe (Sorel l’a admirablement montré), l’Europe, mal instruite de sa personnalité, crut qu’un Cromwell était né : de Vienne à Londres, de Pétersbourg à Naples, on affirmait qu’il allait mettre fin à la Révolution.

Il n’y songeait point. De cerveau médiocre et d’âme rétrécie, il n’était pas fait pour concevoir une grande tâche. Il ne pensait toujours qu’à s’assurer contre « ses ennemis, » — ceux de la République s’entend. Qui étaient-ils ? Son vicaire l’a proclamé à la Convention. Il faudrait reproduire ici le discours de Saint-Just où tient tout un programme, non de restauration, mais d’extermination : « Ce qui constitue la République, c’est la destruction de tout ce qui lui est opposé. On est coupable contre la République parce qu’on s’apitoie sur les détenus ; on est coupable parce qu’on ne veut pas de la vertu ; on est coupable parce qu’on ne veut pas de la terreur… » Chaque phrase livrait des centaines de têtes à Fouquier-Tinville. Ce jeune sectaire semblait, devant l’Assemblée terrifiée, faire manœuvrer le déclic d’une gigantesque guillotine.

La Terreur allait donc continuer, frappant pêle-mêle royalistes et républicains, anciens amis de la Reine et d’Hébert, de Mme Roland et de Danton. C’est que Robespierre entendait étouffer dans le sang toute opposition.

Tout — une heure — lui sembla soumis. La Convention, en livrant Danton, s’était faite esclave. On y votait sans discussion et « avec un air de contentement, » sinon, dit Baudot, on était « l’objet de l’attention de Saint-Just comme du temps de Néron. » Il ne fallait point paraître triste ; on devait même se garder de sembler songeur. Barras cite ce député qui, s’étant vu regardé par Robespierre au moment où il paraissait rêver, s’écriait, terrifié : « Il va supposer que je pense quelque chose ! » Billaud qui, au printemps de 1794, ne s’est pas encore séparé de Robespierre au Comité, participe à sa mentalité absolutiste ; prononçant un discours à la Convention, il s’interrompt brusquement et, impérieusement : « Je crois, s’écrie-t-il, qu’on murmure ; » un grand silence plana. Ce Comité, c’est un César à dix têtes qui, pour trois mois, est soumis à Maximilien.

Celui-ci en profitait pour faire rappeler les proconsuls détestés. Déjà Robespierre leur a substitué en province des missi dominici à lui, des agens nationaux qui, partout, entravent, puis démolissent l’œuvre des représentans en mission, envoient à Robespierre des rapports sur les « crimes » commis par ces « despotes » et grossissent les dossiers sous lesquels, avant peu, le maître compte bien écraser cette queue d’Hébert et de Danton. Le type de ces envoyés spéciaux est le petit Jullien ; cet adolescent fait, de Nantes à Toulouse par Bordeaux, une tournée qui pourrait bien coûter cher à ceux qui ont terrorisé « sans vertu. » A Lyon, à Marseille, à Toulon, Robespierre ne se fiera qu’à son frère Augustin, qui, déjà, dénonce l’improbité de Fouché, de Barras et de Fréron. Quand ceux-ci ont regagné Paris, fort inquiets, ils tentent de désarmer le César. Ils courent tous chez Duplay, prêts à toutes les soumissions, à toutes les capitulations : ils trouvent figure de marbre, suivant l’expression de l’un d’eux. Fixés sur leur sort, ils vont saper l’idole et feront Thermidor, mais pas un n’osera, avant le 8 thermidor, élever la voix à la Convention contre ce « tyran » qu’ils démolissent dans l’ombre.

La force du « tyran » est que, maintenant, il tient l’Hôtel de Ville : au « papa Pache, » maire de Paris, suspect d’Hébertisme, on a substitué une des créatures de Robespierre, Fleuriot-Lescot, et, à Chaumette, un homme de la maison Duplay, Payan ; la nouvelle Commune est toute « robespierriste. »

Tenant l’Hôtel de Ville, il tient également le tribunal révolutionnaire ; le président Dumas est à lui, à lui l’accusateur public Fouquier-Tinville. Et le jury ne paraissant pas assez pur, on l’épure : le menuisier Duplay y va exercer une grande influence ; les jurés sont la garde prétorienne du maître et le vont chercher chez Duplay pour l’escorter à la Convention. Il croit tenir l’armée, faisant trembler les généraux : tout à l’heure Hoche et Kellermann seront jetés en prison ; on ne choisit les commissaires aux armées que parmi les amis de Robespierre (mauvaise manœuvre au surplus qui laissera dégarnie, en Thermidor, la gauche robespierriste). Maximilien, par ailleurs, a sous la main la pépinière du futur état-major, cette École de Mars, fondée depuis peu et où vingt-cinq jeunes gens, vêtus à la romaine, reçoivent la visite du Maître avec un enthousiasme que nous a dit l’un d’eux : Le Bas dirige de haut ces jeunes prétoriens. Au surplus, le « général » Henriot livre l’armée de Paris, ce misérable Henriot qu’on appelle couramment dans le peuple « la bourrique à Robespierre. » La propriété rassurée et la religion vengée ont foi en celui-ci : les députés de la Plaine, un Boissy d’Anglas, un Durand de Maillane ont peine à ne lui être pas reconnaissans d’avoir abattu les énergumènes de la Révolution intégrale, et l’évêque Grégoire d’avoir ressuscité Dieu.

Et puis, — et cela maintenant se dit et se redit, — il est « l’homme de la vertu. »

Jamais la vertu ne fut plus magnifiée. Certes, Robespierre n’a fait qu’emprunter le vocable à la phraséologie sentimentale de Rousseau et de vingt autres ; tous les tribuns des assemblées, tous les orateurs des clubs, tous les commissaires dans les départemens l’ont employé à satiété ; Mirabeau, l’homme le plus immoral de son époque, a tonné au nom de la vertu, et c’est pour « le triomphe de la vertu » que Carrier a noyé, Barras et Fréron fusillé, Fouché et Collot mitraillé, Le Bon guillotiné. Tallien, oui Tallien, a parlé au nom de la vertu, et n’est-ce point la citoyenne Therezia Cabarrus, future citoyenne Tallien (on ne s’attendait guère à la trouver en cette affaire), qui, dans une adresse à la Convention du 5 floréal, dit par quels exercices « on exercera les jeunes filles à la vertu ? »

Mais voici l’apothéose de la vraie vertu après l’écrasement du vice hypocrite. Et soudain le pays devenu « Spartiate » est tenu à la vertu. Dès le 16 germinal, la Convention vote un décret exigeant que chacun de ses membres rende un compte moral de sa conduite pour s’assurer « qu’il n’est devenu plus riche qu’en vertus. » Grand exemple. Cou thon a écrit : « Qui dit démocratie dit gouvernement vertueux par essence. » L’heure est venue, dira-t-il encore (cette fois à la tribune), de vouer « au mépris public… tous les êtres improbes et immoraux ; » et voici des précisions : il va falloir particulièrement proscrire « le concubinage honteux qui relâche les liens sacrés du mariage. » Qu’on ne croie pas à de simples formules. Voici telle Société populaire, celle de Provins, qui entend être chaudement félicitée, ayant fait conduire en prison « l’instituteur coupable d’avoir trop tardivement régularisé sa liaison. » Rien ne vaut un petit fait de cette espèce.

Maximilien qui nettoie le Palais-Royal, faisant rentrer les filles et sortir les joueurs, Maximilien lui-même continue à pratiquer la vertu au sein d’une vertueuse famille. Sa chambre bleue — vraie Mecque de la nouvelle religion, — est l’asile des vertus austères. Un jour, il dit à Robert Lindet : « Nous voulons fonder Salente. »

Salente sanglante ! Depuis que Robespierre a écrasé les indulgens, Fouquier-Tinville ne se possède plus : il crie, peste, plaisante, s’affaire, presse tout son monde. Il a exhorté le prudent Dumas « à serrer la botte aux bavards, » grâce à quoi les audiences vont vite. On condamne, tel jour, vingt-trois prévenus sur l’audition d’un seul témoin. » L’accusateur qui a toujours barboté dans le sang avec agrément, s’exalte, tout joyeux : « Les têtes tombent comme des ardoises. » Mais il espère mieux : « La semaine prochaine, j’en déculotterai trois ou quatre cents. » « Il faut, a déclaré Robespierre, que le tribunal soit actif comme le crime et finisse tout procès en vingt-quatre heures. » On les finit en vingt-quatre minutes.

Contre les prévenus les plus disparates, ci-devant grands seigneurs et domestiques, petits boutiquiers et religieuses, anciens membres de la Commune et marquises de Versailles, prêtres et magistrats, artisans et courtisanes et dans ce pêle-mêle Gobel, Chaumette, Lucile Desmoulins, Malesherbes, Lavoisier, le général Dillon, la duchesse du Châtelet, la veuve Hébert, Madame Elisabeth, griefs sommaires : complot liberticide, mais plus souvent l’accusation vague et commode : « a dépravé les mœurs, » — ce qui cadre bien avec le règne de la vertu ; et l’on voit bien, comment la Sainte-Amaranthe, raflée, dit Beugnot, avec tout son cercle, a dépravé les mœurs, mais Madame Elisabeth et Malesherbes ?

En tout cas, des « scélérats, » « déprava leurs des mœurs » emplissent sans cesse les prisons, que sans cesse on vide. A la veille de Thermidor, André Chénier et Antoine Roucher, Garat et Beauharnais, Hoche et Kellermann, les peintres Suvée et Robert, les comédiens du Théâtre-Français sont en prison pêle-mêle avec Therezia Cabarrus, Aimée de Coigny, Joséphine de Beauharnais, des représentans des trois Assemblées révolutionnaires et tout le d’Hozier français. Et tout ce monde a plus ou moins contribué à « dépraver les mœurs, » tout en menaçant la liberté.

En province, sous les commissaires robespierristes comme naguère sous les représentans hébertistes, les massacres continuent et les arrestations. Au 9 thermidor, il y aura 1 000 personnes dans les prisons d’Arras, 3 000 dans celles de Strasbourg, 1 500 dans celles de Toulouse, — à Paris environ 7 000, — victimes vouées à la mort pour que triomphe la vertu.

Il faut cependant « une sanction » à cette vertu, — c’est la théorie de Couthon. Il faut un ciel : il faut un Dieu. Tallien ricanera, le 11 thermidor, que « ce petit Robespierre » eût « déplacé l’Eternel pour se mettre à sa place. » En attendant, il achève de le restaurer.

Le 17 germinal, Couthon vient annoncer à la Convention que le Comité prépare une fête de l’Être Suprême. Commentant son propre discours, il écrit, le 21 : « C’est un besoin pour les âmes pures de reconnaître et d’adorer une intelligence supérieure. » Evidemment, qui n’éprouve pas ce besoin est « impur. » Du reste, on doit à Dieu ces hommages : n’est-ce pas « grâce à la Providence qui veille sans cesse sur nos destinées » que « ces monstres, » Hébert, Danton, ont été abattus ? Oui, le Très-Haut veille sur Robespierre : Dieu est robespierriste, — tout comme Fleuriot-Lescot, Fouquier-Tinville et le général Henriot. « Dieu nous bénit, » écrit Couthon le 12 floréal.

Le 18 floréal, le grand prêtre lui-même lance une encyclique : il vient lire son fameux discours sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains où tient toute la pensée du règne : il faut replonger « le vice dans le néant » et comme il est impossible à Maximilien d’oublier ses ennemis, même lorsqu’il les a fait guillotiner, il entend vouer à l’exécration ces athées : Vergniaud, Hébert, Danton, étrange triumvirat auquel il oppose (facilement, puisqu’ils ne sont plus là pour répondre) ce déisme qui fut la religion de Socrate et celle de Léonidas, — imprévu rapprochement. Quoi qu’il en soit, Robespierre obtint sans peine le vote du décret qui, sanction de son discours, établissait en France comme culte officiel celui de l’Être Suprême et de toutes tes vertus.

Discours et décret mirent le comble à l’exaltation mystique du monde robespierriste. De sa voix « cristalline » qui toujours semblait mouillée de larmes, Couthon en fit, aux Jacobins, telle apologie que le club acclama « avec transports » Dieu et son prophète : la société avait compris que l’athéisme « desséchant le cœur » eût fait de la France « un peuple d’esclaves. » Il est vrai que l’adresse de félicitations adressée par la Société à la Convention parut évidemment d’un style trop religieux au président, Lazare Carnot, l’homme le moins mystique du monde, qui l’accueillit assez sèchement le 27 floréal, — ce qui le rendit incontinent suspect de libertinage.

Mais les subalternes, au contraire, exagéraient les formules. A lire les proclamations et lettres des amis de Robespierre, on reste stupéfait. Vit-on sous une théocratie mystique où sous une république philosophique ? Les soldats qui sont en train de défendre la République et se font tuer pour elle n’ont été, — qui le croirait ? — inspirés que par le désir de « s’élancer dans le sein de la divinité : » C’est le jeune Jullien qui vient l’affirmer au club. Le Dieu des armées ressuscite donc, et voici que le Dieu de la Nature à son tour vient à la rescousse : le maire robespierriste prévoit de riches moissons. Fleuriot-Lescot n’a consulté ni les savans, ni les agronomes ; mais « l’Être Suprême, assure-t-il aux Parisiens… a commandé à la nature de vous préparer d’abondantes récoltes. Il vous observe, crie-t-il encore à ses administrés, soyez dignes de lui ! »

Les Parisiens se rendaient dignes de lui en préparant la Fête de l’Être Suprême.

Elle devait être l’apothéose du nouveau vicaire des Croyans.

Il ne lui manquait qu’un attentat pour corser l’apothéose : l’attentat vint à point. Une enfant fut saisie dans la cour des Duplay, porteuse de deux petits couteaux. On voulut que ce fût une Charlotte Corday : l’Incorruptible allait être égorgé. La petite Cécile Renault fut conduite à l’échafaud avec 53 « complices » qui jamais ne l’avaient vue, revêtus du voile noir du parricide. Maximilien n’était-il pas le père de la Patrie ?

Le 16 prairial, pour qu’il pût présider officiellement la fête du 20, il fut porté à la présidence de la Convention. Quelques ennemis, perfidement, l’y poussèrent, espérant rendre tangible cette dictature pour l’en mieux incriminer le lendemain. Car, cauteleux à son ordinaire, il régnait jusque-là sans se mettre tout à fait en avant, lançant Couthon, Saint-Just et les autres, faisant agir ses ressorts à l’Etat-major, à l’Hôtel de Ville, à la Convention, au Comité, sans prendre visiblement la tête. On voulait le faire monter au Capitole une bonne fois, pour qu’il y trouvât la Roche Tarpéienne.

David préparait la fête : il était le décorateur officiel, le ministre des Beaux-Arts de Maximilien. Marie-Joseph Chénier avait reçu commande de l’hymne que Gossec devait orchestrer. Mais Marie-Joseph avait blessé le maître en fournissant des hymnes à Chaumette. Il fut jugé indigne : le Pontife en était déjà aux excommunications majeures. Méhul et Gossec, pourvus d’une cantate orthodoxe, s’en allèrent, chaque soir, faire exécuter dans les sections le chant sacré, si bien que Paris, — le Paris sceptique et narquois que nous savons, — fut, une semaine durant, occupé à répéter, sur un mandement suivi d’un dispositif, un cantique au bon Dieu. On croit rêver.

M. Tiersot, après M. Aulard, a tracé un tableau fort pittoresque et des plus détaillés de la fête. Je n’en retiendrai que quelques traits.

Sous le ciel de juin, éclatant et propice (toujours « l’œil bienfaisant » que Couthon voit fixé sur lui et ses amis), le sol jonché de roses et les maisons tapissées de feuillage, les cloches échappées aux exécutions de Chaumette sonnent l’Alléluia, tandis que, les tambours battant, le canon tonne ; le peuple « enrégimenté » en un chœur gigantesque s’achemine vers les Tuileries, parterre immense et fleuri, car les hommes portant des branches vertes, les femmes élèvent des corbeilles aux mille nuances, « coup d’œil ravissant, de femmes en blanc couronnées de roses, » dit une spectatrice, Mlle Fusil. (Notons qu’à deux pas de là, place de la Révolution, de l’autre côté de la grille, le pavé restait rouge du sang de la veille et prêt à recevoir celui du lendemain.)

Devant le Château, la Convention est massée, elle aussi fleurie, car chaque représentant porte à la main un bouquet d’épis, de fleurs et de fruits. Au centre du bassin des Tuileries, le monument allégorique, la Sagesse terrassant l’Athéisme.

Chacun prenant place, Robespierre déjeunait au Château où, deux ans après l’éviction des Bourbons et cinq ans avant l’installation de Bonaparte, il représente seul, pour une heure, une manière de souverain. Il en avait conscience. Etait-ce joie ou inquiétude, sa voix tremblait, ses propos étaient entrecoupés. Vêtu de son habit bleu barbeau, — déjà célèbre, — la culotte de nankin bien tirée sur le bas de soie blanc, il portait avec une sorte de solennité l’écharpe et le panache aux trois couleurs. L’orgueil, vraiment, pour la première fois, lui fit perdre la tête et s’évanouir un instant son heureuse cautèle. Lorsqu’il saisit l’énorme bouquet qu’Eléonore Duplay lui avait préparé, il ressentit évidemment l’exaltation d’un pontife, maître des âmes.

Il était midi. Il parut au balcon, gagna l’estrade, se mit à la tête de la Convention qui, elle, avait attendu (c’était cependant le Souverain). De cette estrade, chaire ou trône, il prononça un long discours, rapsodie dont, pour être tout à fait dans la note (le fait a été récemment révélé), il avait prié un brave prêtre, vieux courtisan au demeurant, l’abbé Porquet, de lui composer le texte. Le sermon fini, cent mille voix entonnèrent l’Hymne au Très-Haut, « Père de l’Univers. »

Une heure après, l’énorme procession s’épanchait au Champ-de-Mars, au son des fanfares. Là encore, au milieu de groupes sentimentaux, mères tendres, pures jeunes filles, vieillards vénérables, soldats héroïques, tous pourvus d’attributs et décorés de fleurs, Maximilien pontifia. A la tête de l’Assemblée, il escalada la Montagne artificielle où, grottes, arbres, galeries, temple s’étageaient. L’immense chœur, derechef, s’était reformé que dirigeait le vieux Gossec. Maximilien était maintenant au sommet comme Moïse au Sinaï : l’Hymne montait vers lui et des nuages d’encens l’entouraient. Alors lui qui, à travers les déceptions, les querelles, les injures, les tendresses, les émeutes, les succès, les révolutions, était toujours resté impassible où sombre, lui qui ne semblait pas savoir sourire, s’épanouit à cette heure brève. Un rêve se réalisait : le pontife, — une minute, — dut se croire Dieu. IV
Une minute, il avait perdu de vue son plan de conquête sans tapage ; il était perdu. Il n’entendit pas que, derrière lui, des imprécations grondaient, partant des rangs de la Convention oubliée. Les ennemis soulignaient de murmures l’imprudence de l’homme.

Le soir même, la Décade osa plaisanter en termes acerbes la nouvelle religion d’Etat, et lorsque Maximilien, encore grisé, se rendit aux Jacobins pour y triompher, il s’y heurta à la morne figure de Joseph Fouché.

Par un hasard, ce « déchristianisateur » était président du club, où, déjà avisé, il avait cru trouver une place de sûreté. Il affecta, à la vérité, de s’associer à la joie générale, mais, après quelques phrases banales, il ajouta : « Brutus rendit un hommage digne de l’Etre Suprême en enfonçant un poignard dans le cœur d’un tyran. Sachez l’imiter. » Robespierre comprit : il le montrera bien lorsque, quelques jours après, il désignera Fouché comme le chef d’une conspiration tramée contre lui. Mais on avait applaudi la phrase audacieuse du président. Robespierre avait commis sa première faute.

Il ne lui en fallait plus commettre. On le guettait. Tout un groupe se tenait pour condamné par le règne de la vertu C’étaient ceux qu’autour de Robespierre, on appelait « les pourris, » proconsuls qui avaient fait de l’or dans le sang. C’étaient aussi les athées, la queue d’Hébert, particulièrement ce « misérable Fouché. » Il en fallait (le mot revient dans les discours di groupe) « purger » la Convention.

C’est le surlendemain de l’algarade de Fouché, le 22 prairial que surgit inopinément la proposition Couthon, destinée à livre : à Robespierre ses derniers ennemis. « Toute lenteur est un crime toute formalité un danger public ; le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître. » Le prévenus n’auront plus d’avocats et le jury par ailleurs juger en masse les accusés. Plus d’ « espèces ; » une seule inculpation seront déclarés ennemis du peuple « tous ceux qui cherchent anéantir la liberté soit par la force, soit par la ruse. »

C’est la dictature de l’accusateur public et du juge ; mais on sait bien qui tient juge et accusateur. Ce n’est pas tout, et voici où se trahit le vrai dessein : jusqu’à cette heure, les représentans, — de Vergniaud à Danton, — n’ont pu être traduits devant le tribunal que sur l’autorisation de l’Assemblée ; désormais ils le pourront être sur l’ordre seul des comités. L’article est pour Legendre, Fréron, Tallien, Barras, Fouché et cinquante autres. Les « ennemis » comprirent. « Si cette loi passe, s’écrie Ruamps, il ne me reste plus qu’à me brûler la cervelle. Je demande l’ajournement. » Des voix nombreuses le soutinrent.

Alors Robespierre, blême de colère, se leva. Il voulait sa loi, ses têtes : « Depuis longtemps, la Convention discute et décrète, parce que, depuis longtemps, elle n’est plus asservie qu’à l’empire des factions. » Il demande que, sans s’arrêter à la proposition d’ajournement, la Convention discute jusqu’à huit heures du soir, s’il le faut, le projet de loi qui lui est soumis.

Quel pouvoir d’hypnose exerçait cet homme ? Les opposans tremblans se turent. Une demi-heure après, la loi de mort était votée.

Maximilien partit, croyant tenir ses vengeances. Mais, dès le lendemain, l’Assemblée, soulevée, derechef s’insurgeait. Bourdon de l’Oise et Merlin obtenaient que, d’un trait de plume, on rayât l’article relatif aux représentans. Ces malheureux voulaient bien livrer la France, mais ils ne voulaient pas se livrer.

Robespierre tenait à l’article plus qu’à toute la loi. Il osa venir réclamer ces têtes qui se disputaient à lui. « Des intrigans, dit-il, s’efforçaient d’entraîner la Montagne, de s’y faire les chefs d’un parti. » — « Nommez-les ! » criaient les malheureux au comble de l’angoisse.

Il eût dû les nommer : dans l’état de terreur folle où se débattait la Convention, elle eût encore livré les têtes nommément désignées. Maximilien commit la faute de laisser planer les craintes sans rassurer la masse. « Je les nommerai quand il le faudra. » Mais il avait parlé, son œil vert fixé sur la Montagne. On s’inclina : l’article mortel fut rétabli.

Le soir même, Robespierre, qui tenait sa loi, entrait en campagne. La présence de Fouché au fauteuil des Jacobins était un scandale qui avait trop duré. Robespierre l’en fit chasser, ce soir du 23 prairial. L’autre s’éclipsa, restant désormais dans l’ombre où il tendit ses rets. Ces six semaines, — du 23 prairial au 8 thermidor, — sont affreuses. Le pays connut l’extrême Terreur : à Paris 40, 50, 60 têtes parfois par jour. « Boucherie, » dit M. Aulard. Le mot est juste.

Paris, rempli des « officieux » de Robespierre, était sous la surveillance d’une effroyable police. On craignait tout, le bruit d’une porte qui s’ouvrait, un cri, un souffle. Les salons étaient déserts, les cabarets vides : les filles ne descendaient plus au Palais-Royal où, — chose inouïe, — la vertu régna. Sous le soleil de Messidor, la ville morne attendait : Quoi ? Tous redoutaient tout, des sacristies aux lupanars.

Les députés ne venaient plus aux Tuileries, craignant d’y trouver une souricière : Prieur fut élu président par 94 voix. Les députés ne couchaient plus chez eux. Parmi ceux qui venaient, dit Thibaudeau, « des timides erraient déplace en place, d’autres n’osaient en occuper aucune, s’esquivant au moment du vote. » C’était la Convention-géante, l’Assemblée qui avait vaincu l’Europe, la Représentation nationale. Déjà Cromwell pouvait, du pavillon de Flore, apercevoir son Parlement croupion.

Il semblait vraiment régner sur un monde aplati : Barras, lors d’une suprême démarche, avait trouvé chez Duplay le général Brune, — le futur maréchal, — épluchant les légumes avec la femme du menuisier. On voit aussi chez le menuisier favori le conventionnel Curée, le futur tribun sur la proposition duquel l’Empire sera un jour proclamé et qui, à plat chez Robespierre, s’exerce à la servitude.

Mais, dans l’ombre, les « pourris » agissaient. Puisqu’ils ne pouvaient entraîner la Convention contre les comités, ils avaient entrepris de disloquer les comités. Au Comité de Salut public, Collot d’Herbois, Barère, Billaud-Varenne, Carnot, Prieur, Lindet, — à des titres divers, — se croyaient menacés, à voir l’exclusive faveur de Couthon et Saint-Just ; et le Comité de Sûreté générale presque tout entier se laissait entraîner contre Robespierre. Beaucoup, après tout, parmi les membres des comités n’avaient serré les coudes que devant l’absolue nécessité de préparer d’accord la résistance aux ennemis de la Patrie. A certains d’entre eux le salut public avait paru justifier leur dicta ture collective et leur imposer l’union. Mais les frontières étaient définitivement reconquises : la victoire de Fleurus, dont la nouvelle éclate à Paris en messidor, est le couronnement d’éclatans succès, et chaque succès, en diminuant le péril extérieur, dispose à trouver plus abusive la dictature intérieure et moins nécessaire l’union du comité. Ce « salut public » n’apparaît plus que comme un audacieux prétexte à la dictature, non plus d’un comité, mais d’une coterie et bientôt d’un homme. « Les victoires s’acharnaient contre Robespierre, » écrira Barère. Aussi Saint-Just recommandait-il à celui-ci de « les faire moins mousser à la tribune. »

Parmi les membres des comités d’autre part, certains se sentaient froissés ou menacés, les uns par l’éclatante réaction spiritualiste, les autres par l’insupportable puritanisme de la vertu. Si Carnot et Lindet goûtaient peu la nouvelle religion d’Etat, un Collot d’Herbois n’était point une rosière, et le vieux Vadier, qui parlait de ses « soixante ans de vertu, » les couronnait par d’étranges débauches. Si on faisait décidément passer la vertu des phrases de tribune aux réquisitoires de l’accusateur, la vie devenait instable.

La morgue pédante de tout l’état-major robespierriste exaspérait : le larmoyant Couthon était insupportable, moins cependant que l’arrogant Saint-Just. Le caractère pontifical de Robespierre faisait sourire ce vieux pitre de Vadier : à la Sûreté générale, il avait saisi les fils d’une affaire dont il entendait faire une machine de guerre. Une folle, Catherine Théot, se disait mère de Dieu : elle prédisait la venue d’un nouveau messie ; ce nouveau messie, ne serait-ce pas Robespierre ? Vadier croyait le démêler dans les propos extravagans de la prophétesse. Il compromit Robespierre en en faisant partout des gorges chaudes. On ricana. La force de Robespierre était d’avoir imposé à tous la gravité tragique. Mais, vraiment, on en avait assez en France. Du jour où le ridicule retrouvait ses droits, Robespierre était perdu.

Les ennemis à l’affût, Tallien, Fouché, comprirent qu’ils n’avaient qu’un parti à prendre pour se sauver : agrandir les fissures qui couraient le long du bloc jusque-là si ferme des comités. Ils s’y appliquèrent. Ils y devaient réussir. Les 8 et 9 thermidor, le bloc tombera en pièces et écrasera sous ses morceaux les missionnaires de la Vertu, les apôtres de l’Être Suprême, Maximilien en tête. En réalité, la dictature de la Vertu avait lassé. Notre joyeux pays se laisse impressionner, une beure, par les professeurs de moralité. Encore faut-il que ces professeurs ne coiffent point trop ostensiblement la tiare et ne transforment pas la tribune en chaire pontificale.

La chute de Robespierre sera très nettement marquée par une réaction de débauches. Lui le prévit et le prédit. « Les brigands triomphent ! » s’écriera-t-il le 9 thermidor. Quelques momens après, hagard, accablé, près d’être arrêté, il essaiera de faire front, il se tournera vers le Centre et tendant les bras aux gens du Marais, il criera : « Hommes purs ! hommes vertueux ! c’est à vous que j’ai recours ! » L’un de ces hommes, Durand de Maillane, lui répondra : « Scélérat, la vertu dont tu profanes le nom doit te traîner à l’échafaud. »

Que la réponse ait été le lendemain imaginée par le bon Durand ou qu’il l’ait prononcée, elle s’imposait. L’avant-veille même, 36 personnes avaient péri, dont André Chénier, le pur poète et, la veille, 55, parmi lesquelles 19 femmes ; et demain Hoche allait périr à son tour, — toujours au nom de « la vertu. » Vraiment cette « vertu » coûtait trop cher.

N’importe : soyons persuadés que Robespierre se croira sincèrement, le 9, victime de « brigands, » ainsi qu’il le dit. Jusqu’au bout, l’homme gardera une sincérité qui fait frémir. Au service d’un cœur de marbre et d’un esprit étroit, telle sincérité équivaut à la pire férocité. En tous cas, elle avait abouti au plus effroyable des régimes. Au plus étonnant aussi : des mois durant, la France aura connu et subi le système qu’elle détestera toujours comme le pire des despotismes : une théocratie fondée sur la morale. Le verbe de Rousseau aura donné naissance à la dictature de Calvin doublée de celle de Torquemada. « C’est ainsi, écrivait Saint-Just à Robespierre, que se gouverne un État libre. »

Voir de plus:

Fête de l’Être suprême au Champ de Mars le 20 prairial an II (8 juin 1794)
Thomas Charles Naudet
(1778 – 1810)
Musée Carnavalet – Histoire de Paris
1793
Aquarelle, gouache et pastel sur traits de plume et mine de plomb
Hauteur: 46,8 cm Longueur: 73 cm

En avril 1794, après l’élimination des Hébertistes, après les mesures prises à l’encontre des sans-culottes (épuration de la Commune de Paris, démantèlement des sections, etc.), le comité de Salut Public se trouvait privé d’un soutien populaire dont il avait craint les excès. La Révolution était « glacée », selon l’expression de Saint-Just. Quelques gages donnés à la bourgeoisie dans le domaine économique ne pouvaient suffire à élargir les bases sociales du régime. C’est pour dépasser les divergences idéologiques et les oppositions de classes par le recours à un consensus d’ordre moral et même métaphysique, que, dans le discours du 18 floréal an II, au cours d’une véritable profession de foi déiste, très imprégnée des idées de Rousseau, Robespierre réclama l’instauration d’une religion de l’Être Suprême. La célébration du nouveau culte fut admise par la Convention au nombre des fêtes nationales et décadaires. Cette religion de substitution devait théoriquement pallier les effets de la déchristianisation croissante, ceux qu’entraînait la disparition du principe d’ordre sous-tendu par le catholicisme. Fondée en nouvelle théologie, la Vertu devient alors garante de la pratique politique puisque, selon Robespierre, « le fondement unique de la société civile, c’est la morale » et que « l’idée de l’Être suprême et de l’immortalité de l’âme est un rappel continu à la justice : elle est donc sociale et républicaine » (Rapport du 18 floréal).

C’est David, grand ordonnateur des fêtes révolutionnaires depuis 1791, qui fut chargé de l’organisation de la cérémonie. Commencée aux Tuileries, où Robespierre mit le feu à un groupe de l’Athéisme, père de tous les vices, pour mettre au jour l’effigie de la Sagesse, la fête atteignit son terme au Champ de la Réunion (Champ de Mars). Elle devait sanctionner la fin de la Révolution dans l’espace même où avaient eu lieu les fêtes de la Fédération (14 juillet 1790) et de l’Unité (10 août 1793) ainsi que la destruction solennelle des emblèmes féodaux, le 14 juillet 1792.

Le but de la procession était un rocher artificiel au sommet duquel était planté un arbre de la Liberté. Cette montagne, métaphore politique, était amplement symbolique puisqu’elle relevait d’une conception moralisée de la nature, connotant l’idée de puissance et celle d’une religion naturelle fondée sur la théologie « panthéiste » de l’Émile. Le thème de la montagne avait déjà été exploité au cours des fêtes révolutionnaires : au camp fédératif de Lyon (30 mai 1790), aux Invalides, lors de la fête de l’Unité (10 août 1793) et durant les cérémonies accompagnant la fête de la Liberté et de la Raison à Notre-Dame de Paris (20 brumaire an II) et à Saint-André de Bordeaux (20 frimaire an II). Au Champ de Mars, la montagne était accompagnée d’une colonne dont seul le sommet apparaît dans l’aquarelle de Naudet ; elle supportait une statue du peuple français sous les traits d’Hercule. La montagne était suffisamment élevée pour accueillir les membres de la Convention, les musiciens et une foule de participants qui interprétèrent un hymne à l’Etre suprême sur une musique de Gossec et des paroles de Marie-Joseph Chénier, et jurèrent de ne déposer les armes qu’après avoir triomphé des ennemis de la République. À droite, le char de Cérès, tiré par des bœufs, est, avec l’Hercule et le trépied fumant, la référence obligée à une Antiquité mythique dont les vertus supposées étaient érigées en modèles. À la fin de la cérémonie, cependant, apparurent les premières marques déclarées d’hostilité envers Robespierre, dont le 9 thermidor allait voir la chute, moins de deux mois plus tard.

Sous un ciel dont le bleu est nuancé de nuages légers, dans un registre réduit de couleurs pâles, Naudet a rendu, plus que la gravité d’une liturgie solennelle, l’enthousiasme d’une foule, rivalisant de verve avec Swebach (vr no 147). Il a isolé le motif de la montagne, en l’utilisant comme une sorte de dispositif scénographique et en a fait le centre de sa composition, à l’encontre, par exemple, d’un De Machy qui, dans son tableau du musée Carnavalet, déploie une vision panoramique du Champ de Mars, avec la colonnade circulaire du temple de l’Immortalité (vestige, il est vrai, d’une fête antérieure, celle de l’Unité).

La Fête de l’Etre suprême, 20 prairial an II (8 juin 1794)
Mémoire de l’artificier Ruggieri relatif à la Fête de l’Etre suprême, 20 prairial an II.

Voir encore:

Vue du jardin national et des décorations, le jour de la fête célébrée en l’honneur de l’être suprême
Fête de l’Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II – 8 juin 1794)

Auteur : Pierre-Antoine DEMACHY (1723-1807)
Date de création : 1794
Date représentée : 8 juin 1794
Dimensions : Hauteur 53.5 cm – Largeur 88.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web

Contexte historique
L’alliance de la Vertu et de la Terreur

A l’été 1793, la Révolution française traverse une période sombre : le pays est durement touché par une crise économique et des troubles sociaux auxquels s’ajoutent une guerre civile (insurrection vendéenne et révolte fédéraliste) et une série de défaites militaires aux frontières. Or l’entrée de Robespierre, fervent jacobin, au Comité de salut public le 27 juillet 1793 marque un tournant : elle permet au gouvernement révolutionnaire d’opérer un redressement de la situation sur tous les fronts, tandis qu’elle entraîne simultanément une radicalisation de la Révolution. Robespierre, qui aspire à l’unité et à la régénération du peuple, s’efforce d’éliminer physiquement tous les ennemis de la Révolution. A ce renforcement de la Terreur, il ajoute l’instauration d’une religion d’Etat en mai 1794 : le culte de l’Etre suprême, en l’honneur duquel il organise des cérémonies fastueuses le 8 juin suivant.

Analyse de l’image
La fête de l’Etre suprême

Cette huile sur toile de Pierre-Antoine Demachy (1723-1807), peintre d’histoire et excellent dessinateur, livre un témoignage particulièrement intéressant sur le déroulement de la fête de l’Etre suprême au Champ-de-Mars, à Paris. Une vue panoramique du Champ-de-Mars lui a permis de restituer l’ampleur et la somptuosité de la célébration : au premier plan figure le peuple, dont les gestes, minutieusement dépeints, laissent transparaître l’allégresse que suscite la vue, au deuxième plan, d’une gigantesque procession formée par les représentants du peuple suivis des soldats révolutionnaires et de la garde républicaine. Au centre, sur un char que tirent quatre taureaux, trône l’allégorie des instruments des arts et des métiers et des productions du territoire français. Ce cortège s’achemine vers une sorte de rocher artificiel – la « montagne sacrée » par excellence – au sommet duquel s’élèvent l’arbre de la Liberté, symbole de l’unité et de l’adhésion collective à la Révolution, et une colonne antique surmontée d’une statue qui brandit un flambeau. En arrière-plan, à gauche, l’architecture massive de l’Ecole militaire évoque le cadre urbain dans lequel s’insère cette fête aux allures champêtres et mythologiques. Ainsi, de cette composition minutieuse et savamment élaborée se dégage une impression de grandeur, mais aussi de froideur qui correspond bien à l’esprit de la cérémonie, dont le faste hautain et le rituel à l’antique, strictement pensé dans ses moindres détails, étaient surtout destinés à inspirer la stupeur et à frapper l’imagination du peuple, plus spectateur qu’acteur.
Interprétation
Les cultes révolutionnaires de l’an II

Fervent catholique, Robespierre s’opposait fermement à l’accélération du processus de déchristianisation entamé en septembre 1792. Pour lui, le vide laissé par la disparition du catholicisme risquait de plus de désorienter le peuple, accoutumé à ses dogmes et à ses rites. C’est pourquoi il s’efforça de créer une religion officielle, conforme aux idéaux des Lumières et, en particulier, aux théories rousseauistes, qui postulaient l’existence d’une morale naturelle et universelle et d’une divinité impersonnelle, l’Etre suprême, créateur de l’Univers. Dépourvue de prêtres et de sanctuaires, cette nouvelle religion déiste et patriotique n’en revêtait pas moins toutes les apparences d’un culte. La fête du 8 juin 1794 rencontra ainsi un certain succès en France. Elle ne fut que le couronnement d’une série de tentatives menées par les dirigeants de l’an II pour instaurer un culte révolutionnaire. Pour la plupart avortées, ces tentatives témoignent de la complexité des liens qui unissaient la sphère politique et la sphère religieuse, ainsi que de l’impossibilité d’éradiquer tout sentiment religieux. Elles constituèrent également le point de départ d’une religion civique dont les développements ont marqué l’histoire de la République.
Auteur : Charlotte DENOËL
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Titre : Mémoire de l’artificier Ruggieri relatif à la Fête de l’Etre suprême, 20 prairial an II.

Date de création : 1794
Date représentée : 8 juin 1794
Dimensions : Hauteur 32.5 cm – Largeur 21.5 cm
Technique et autres indications : manuscrit ; encre brune ; encre de couleur
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN – service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l’image : F/4/2090

Contexte historique
Pourfendre l’athéisme à l’aide d’un simulacre pyrotechnique

La fête de l’Etre suprême du 20 prairial an II (8 juin 1794), voulue par Robespierre et orchestrée par J.-L. David, est composée de deux parties. Aux Tuileries, le peuple doit d’abord rejeter l’athéisme puis, au Champ-de-Mars, reconnaître l’Etre suprême et célébrer son adhésion à la Révolution (Voir « La Fête de l’Etre suprême au Champ-de-Mars » de P. A. Demachy ).

Dans l’esprit de Robespierre, la « déchristianisation » entreprise à partir de brumaire an II (novembre 1793) ne doit conduire ni à l’athéisme ni à la laïcité. La reconnaissance du « Grand Etre », auteur de l’Univers, est commune à Voltaire et à Rousseau, elle cimentera la société nouvelle. Le 18 floréal (7 mai), Robespierre fait prendre par la Convention le décret par lequel « le peuple français reconnaît l’Etre suprême et l’immortalité de l’âme » et lui fait approuver le projet de déroulement de la fête de l’Etre suprême mis au point par David pour le 20 prairial. Aux Tuileries, l’Incorruptible prononce deux discours pour stigmatiser l’athéisme, rendre grâce à l’Etre suprême et élever la conscience publique.

On fait appel à l’artificier Ruggieri[1], dont l’activité s’est prolongée jusqu’à notre époque, pour mettre en scène la défaite de l’athéisme. Lorsque débute la Révolution, Petrone Ruggieri exploite un Jardin Ruggieri au faubourg Montmartre, où sont mises en scène des pantomimes pyrotechniques, tous les dimanches et jours de fête à partir du mois de mai. La République, pauvre et guerrière, n’est guère portée sur cet art de substitution dont la monarchie a usé de façon dispendieuse. Elle compose de façon exceptionnelle avec les goûts du temps pour dénoncer le risque de l’athéisme, et non pour organiser un spectacle d’art pyrotechnique.

Analyse des images
Frapper les esprits

David a prévu un effet bref mais spectaculaire : « Le président s’approche tenant entre ses mains un flambeau, le groupe s’embrase, il rentre dans le néant avec la même rapidité que les conspirateurs qu’a frappés le glaive de la loi. »

Daté du 20 fructidor an II (6 septembre 1794), le mémoire de l’artificier Ruggieri, qui s’intitule, à cette occasion, « artificier de la République française une et indivisible », révèle que la statue de l’Athéisme à laquelle Robespierre, habillé en bleu céleste, met le feu a reçu un traitement spécial afin de brûler de façon fulgurante. Il détaille la composition de la pâte inflammable et mentionne aussi la main-d’œuvre « pour avoir aidé au sculpteur à poser la draperie ». L’Athéisme doit aussi consumer les figures qui lui servent de socle : l’Ambition, l’Egoïsme, la Discorde et la Fausse Simplicité. David a prévu qu’elles portent toutes sur le front la mention « seul espoir de l’étranger ». Ces maux fragilisent la patrie en guerre contre les souverains d’Europe coalisés, et le peuple doit en prendre conscience.

L’estampe, éditée par Jacques-Simon Chéreau[2], montre la Sagesse surgissant alors du brasier. Selon David, elle présentera « un front calme et serein », – mais peut-être un peu noirci par la fumée ! – aux députés de la Convention massés sur la tribune. Derrière la Sagesse, on aperçoit les restes de la statue de l’Athéisme et le char de l’allégorie des instruments des arts et des métiers et des productions du territoire français qui sera tiré par quatre taureaux jusqu’au Champ-de-Mars, « emblèmes des jouissances simples de la nature » que « le peuple laborieux et sensible » doit préférer aux « vils trésors de ses lâches ennemis ». Les drapeaux déploient les trois couleurs dans leur disposition originelle[3], qui était encore horizontale et non verticale comme de nos jours.

Interprétation
Promouvoir la vertu civique

Il est surprenant de voir ici l’Incorruptible se prêter à une substitution pyrotechnique organisée avec le concours d’un artificier professionnel pour frapper les esprits ! Le but de Robespierre est d’opérer une pédagogie de masse, fondée sur les conceptions de Rousseau selon lesquelles une émotion bouleversante peut élever les consciences.

L’image, le projet et les documents de cette fête montrent que Robespierre a tenté de propager la morale « naturelle », tout aussi chère à Rousseau que la Raison. Mais cette morale qui serait fondée sur la bonté de l’homme dans l’état de nature nécessite de susciter des élans vers les valeurs simples et naturelles. Robespierre espère voir se répandre la vertu civique grâce à des cérémonies de ce type, qui cherchent à toucher collectivement la sensibilité des participants. David prévoit que le programme suscitera de nombreux moments d’émotion et des larmes populaires, mais aux participants qui viennent de traverser la Terreur, cette fête paraît sans doute grandiose mais étrangement abstraite.

Quelques jours plus tard, la victoire de Fleurus le 8 messidor (26 juin 1794) contre les Autrichiens desserrera l’étau de la coalition et provoquera, sur le plan intérieur, le rejet de la Terreur le mois suivant. Mais, bien après le 9 Thermidor, le Directoire maintiendra longtemps ces cultes civiques à l’Etre suprême.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS
Notes
1. retour
L’ancêtre de la maison Ruggieri,  » artificier de Bologne « , s’installe à Paris en 1743 pour contribuer par ses  » ingénieuses inventions  » aux spectacles de la Comédie-Italienne. Ses descendants, artificiers du roi, organisent de nombreux spectacles sous l’Ancien Régime.

2. retour
Jacques-Simon Chéreau édite des estampes Aux Deux Colonnes, au 257 de la rue Saint-Jacques – devenue sur cette gravure Rue Jacques, du fait de la déchristianisation –, jusque sous l’Empire. Il est le petit-fils de Jacques Chéreau et le fils de Jacques-Simon Chéreau.

3. retour
Les trois couleurs seront disposées verticalement pour éviter la confusion avec les Pays-Bas.
Bibliographie
Patrick BRACCO,, Ruggieri, 250 ans de feux d’artifice, Paris, Denoël, 1988.
Jules DAVID, Le Peintre Louis David,1748-1825, tome I « Souvenirs et documents inédits », Paris, 1880.
Maxime Préaud, Pierre Casselle, Marianne Grivel et Corinne Le Bitouzé, Dictionnaire des éditeurs d’estampes à Paris sous l’Ancien Régime, Paris, Promodis, 1987.

Voir encore:

Robespierre’s one-day religion
Louis Pauwels

Marilyn Kay Dennis

September 15, 2010

Maximilien Robespierre, known as l’Incorruptible, is at the summit of his glory.  Rivers of blood, flowing from the guillotines of France, have washed away the Girondins and anyone who had pactised with them; the Jacobins, even though they were close to him;  certain Montagnards and, curiously, some of his friends who had too openly supported the theses of the atheists…

In this 1794 Spring, all the great names which had embodied, one after the other, the revolutionary ideals have disappeared in the torment:  Verniaud, Brissot and twenty-one of their friends;  Petion whom he called his brother and Roland, known as le Vertueux;  his wife, the fascinating Madame Roland, Condorcet, the great scholar, President of the Convention, whom he had obliged to commit suicide.

The Corrompus, the Indulgents and, for good measure, the Exageres;  Hebert and his band of lynchers;  the superb Danton and all his companions;  Camille Desmoulins, his former fellow-disciple at Louis-le-Grand, whose best man he had been at his wedding, had all been cut in two.

So great is his power now, that to have any opinion at all is a crime of lese-Revolution.  Since obtaining the head of Louis XVI, he seems to be invested with a sort of absolute power, a divine right.

Without a debate, with no interrogation, no discussion and without anyone to defend him, he had wanted to throw the King into the common grave.  When, after having voted for death, the Convention came to its senses, terrified at what it had just decided, he demanded an immediate execution.  To succeed in this, he had the public tribunals of the Assembly invaded by his friends the sans-culottes.  The redoubtable Commune de Paris lays seige to the King’s prison, the armed sections, the clubs who are devoted to him, get ready for a fight…

Of course, no-one likes him.  There are those who hate him because he has made them vile through the fear that he inspires.  There are those who admire him fearfully, like the Ancients who bowed down before the omnipotent demiurge.  There is the People whom he loves more than he understands, and who idolises him for the absolute rigour of his life.  But without really liking him.  When he, himself, will follow the tragic path of the King, in a cart, an immense cry of joy will rise from the little people of Paris.

He has always been alone, since childhood, and the sceptre of death that he brandishes always higher, isolates him more every day.  Two men only can still enter as they like the door of the living god.  Two exterminating angels.  The handsome Saint-Just, whose principles sharpen every day the blade of the guillotine, and the frightful Couthon, the paraplegic, the blue shadow of the machine, when a gendarme carries him to the tribunal to designate the next victims…

It is April 1794 and, in Paris, it is more oppressing than in the heart of Summer.  Everyone is waiting to see how the High Priest is going to organize the next part of the sacrifice.  For a whole month, a great silence settles on Paris, troubled only by the cries of the executed.  The Convention, the clubs, the army, the Commune and even the revolutionary tribunal, remain quiet…

At last, on 6 May, l’Incorruptible climbs up to the tribunal.  He is wearing his sacerdotal clothes, a sky blue riding-coat and white stockings.  In the deathly silence which greets all of his appearances now, he straightens up and stares for a long time without speaking at the faces of several Deputies.  In particular, that of Fouche, who feels his stony heart starting to liquefy…

Then, he begins in a strange voice, both exalted and monochord…  He starts by establishing that the people of France are at the height of happiness.

“It is in prosperity that the people must meditate to listen to the voice of wisdom…”
Prosperity:  that must be the explosive inflation, with its cortege of misery.  As for wisdom:  that must be the definitive one via the guillotine, with twenty-four heads the day before, and twenty-six today.

Robespierre is more nervous than usual.  His pale, graceless face is agitated with tics.  His eyes with their moist gaze blink frequently while his fingers drum on the edge of the tribunal.

Now, his voice swells, and he climbs over the cadavers, toward the high metaphysical regions, where the Assembly has trouble following him, at first.  By degrees, he asks the Deputies to recognize the existence of a

“Supreme Being and immortality as the directing power of the Universe”.
Then to the stupefaction of some, and the enthusiasm of others, he wants to give his vibrant profession of faith the form of a decree, with immediate effect.

His speech, which at the end rises in a passionate plea for a regenerated Humanity, is welcomed by unending applause.  Couthon spurs his gendarme mount and proclaims that this great piece of literature must be displayed throughout the whole country.  That it should be translated into all languages, too, and diffused throughout the whole universe.

The fabulous decree which institutes in France a new religion and proposes a festival in the style of the celebrations of Antiquity, is voted with enthusiasm and without any discussion.  In the corridors, when the euphoria has died down, the least terrorised start to murmur that, when they had voted the King’s death, they thought that they had also voted that of God.

The French people welcome back a divinity.  For months, the churches had been profaned.  Mountain decors peopled with mythological characters symbolising Reason had been built in them.  In a lot of places, prostitutes, “living marbles of public flesh” had draped themselves, completely naked, on the altars.  God was now being re-installed under the name of Supreme Being.

In Paris, it is not yet known that this Being will soon take on the profile of l’Incorruptible.  But perhaps this will eclipse in a brilliant manner the red reflects of the guillotine, of which everybody is secretly very tired.

Robespierre’s one-day religion – part 2
Louis Pauwels

Marilyn Kay Dennis
September 16, 2010

To bring God back to Earth, Robespierre engages the most gifted director, the painter David, who will soon plant the scene of other festivities, this time imperial…

Robespierre, himself, organizes the music for the ceremonies, and closely oversees the elaboration of the texts, given into the care of Marie-Joseph de Chenier, brother of the great poet, who had only two more months to live.

The gigantic works are hastily started.  On the terrace of the Tuileries Palace, a colossal amphitheatre, whose floor completely covers the ornamental lake, begins to grow.  Cyclopean statues rise above the formal French gardens, which have become the Jardin national.  They symbolise Atheism, Ambition, Discord, Egoism, and will explode on the day of the ceremony…  It is on 20 prairial, year II (8 June, 1794) that it will take place.  Robespierre has chosen the Sunday which, according to the former Roman Catholic rites, was Pentecost.

On the Champs-de-Mars, the Holy Mountain is nearly finished.  The People’s representatives will take place on it, along with the choirs, the orchestras and the banner-bearers.  On its summit, a column fifty feet high overlooks the entrance to a deep cave, lit by giant candelabra.  A river seeps from it, snaking between Etruscan tombs in the shade of an oak tree, and an antique altar, a pyramid, a sarcophage and a temple with twenty columns, complete this mythology.  It takes only a month for a swarm of ditch-diggers, masons, carpenters and artists of all kinds, to finish this unusual church.

A map with all the details of the organization, which had to be strictly respected, was printed and distributed to the people of Paris.  At the crossroads, the musicians who had composed the hymns, Gossec, Mehul and Cherubini, rehearsed and taught their chants to the assembled crowds.

Experts in solemn occasions, the Italians have come to help, and the great firework master of ceremonies, Ruggieri, has installed the mines which are to reduce to ashes the statues which symbolise the major vices of the old times, atheism in particular.  Hardly any notice is taken, amongst all the hammering and sawing, of the rumbling of the carts which, on the other side of the Seine, are carrying hundreds of people to the guillotine.

And here, at last, is the astonishing day of 8 June 1794.  Starting at five o’clock in the morning, the sound of pikes striking the pavement, the rattling of sabres, and the noise of a great troop marching, out-of-step and almost in silence, for a lot of these men do not have shoes, is to be heard.  Robespierre sees, parading under his windows, in columns of twelve, some of the forty-eight Sections of the People who are hurrying towards the meeting places, followed by the Parisians who, already the day before, had discovered the altars of the Supreme Being.

For once, l’Incorruptible allows himself a bit of coquetry.  In this early morning, he adjusts with care the uniform, whose view turns suspects icy cold:  the sky blue jacket, the immaculate stockings, in the pre-Revolution fashion.

At nine o’clock, Paris is in place right down to the last man.  It is not a good idea to be absent from the Grand-Mass in the parish of the terrifying curate who walks in front of his parishioners, carrying a sheaf of wheat ears.

On the Tuileries terrace, the Conventionnels, dressed in dark blue, are already assembled in the amphitheatre.  On their hats, they wear tricoloured feathers, and they, too, brandish wheat ears, mixed with artificial cornflowers and poppies.  The young men arrange themselves in a square around their Section flag, and mothers, who carry bouquets of roses, hold the hand of their daughters dressed in white tunics.

When l’Incorruptible appears, the orchestras start playing their symphonies accompanied by the rolling of drums.  When he arrives at the highest part of the theatre, a salvo of artillery explodes.  Pale, extatic, his body stiff, Robespierre takes a deep breath.

“At last it has arrived, the day forever fortunate that the People consecrate to the Supreme Being…”
His speech, which goes unheard by many, for his voice doesn’t carry well, is magnificent with lyricism and poetic elevation.  The whole time that he takes to descend to the wooden floor over the lake, five hundred thousand Parisians give him an ovation.  Then they see the statue of Atheism go up in flames, replaced by that of Wisdom.  Unfortunately, this papier-mache allegory also has a singed forehead, and its head is crooked.  When Robespierre regains his place, the Conventionnels, sure of making people laugh, cry out:

“Citizen, your wisdom has been obscured!”
Around him, people roar with laughter.  And suddenly, for the High Priest of the new cult, the day darkens, heavy with fateful signs.  Now, an immense procession forms which moves towards the Champ-de-Mars, preceded by cavalry and music squadrons

The Convention surrounds the Liberty float which disappears under an enormous tricoloured banner carried by Childhood decorated with violets.  Virility follows, decorated with oak leaves, beside Adolescence, distinguished by myrtle.  Old Age, decorated with grape-bearing vines, closes the procession.  Behind them, comes the float of the blind, singing hymns to the divinity.

Within the procession, the Deputies look at their little bouquet and find themselves ridiculous.  Luckily, Robespierre walks far up front, which allows the Conventionnels to relax.  In spite of the music, the salvos, the cheering and the singing, he hears behind him cries of “dictator” and “charlatan”.  A woman screams:

“You are a god, Robespierre!”
A Deputy yells to her:

“Cry “Vive la Republique” rather, madwoman!”
In spite of the heat, the face of the Incorruptible is deadly pale.  He thought that today he would feel the spirit of the Supreme Being, but he feels hate around him instead.  He can hear the Deputies openly insulting himself and his God…

Robespierre’s one-day religion – part 3
Louis Pauwels

Marilyn Kay Dennis
September 17, 2010

Very, very slowly, the procession arrives at the foot of the Holy Mountain.  The Conventionnels climb it, and each finds his place on its flanks.  They all have to play their part in front of this long, immense, double column, with men on one side and women on the other.  The crucial moment has arrived.  When the Symphonie au pere de l’Univers erupts, the young girls throw their flowers, the mothers hold their babies up toward Robespierre, the sons unsheath their swords, which they put into their fathers’ hands, swearing only to use them for victory.

Occupied by the armies of Europe outside, chopped down by the butchers of the revolutionary tribunal on the inside, the capital escapes for the first time in months from the baseness of this time of proscriptions…  A lot of people cry and embrace each other in the fading light.

Spread out over the square, whose black soil has not yet finished absorbing the blood of its victims, the crowd feasts and sings.  It will take the whole night to break up…  In the pompous decor delivered up to relic and souvenir hunters, the Deputies can be heard to grumble:

“It’s not enough for him to be the master…  This fellow wants to be a god, as well!”
At nightfall, l’Incorruptible returns alone to the home of the Duplays who shelter him, from where he had left that morning, so full of happy exaltation.  His hosts are very simple people.  When he arrives in the little lodgement, they welcome him with cries of joy and congratulate him on this immense, this indescribable triumph.  Calm, impenetrable, Robespierre tells them in a low voice:

“You will not be seeing me for much longer, my friends…”
***

From 8 June, the day of the Festival of the Supreme Being, Robespierre will have fifty more days to live.  As well as a premonition, it was an act of lucidity that he made with this prediction.  He knew, that day, that he was totally misunderstood by the Conventionnels.

For Robespierre, the sense and the aim of this festival were to replace the pagan, dry and materialistic cult of Reason by a religion which restored transcendance, a God, without Whom, no man worthy of the name, could live…

***

Right from the beginning of the Revolution, Robespierre had tried to stop the dechristianisation of France.  As a faithful disciple of Rousseau, whom he qualified as a “divine man”, he was sure that Man is a “religious animal”, incapable of durably banishing his spiritual needs.  He shared the feeling of the curate of Boissis-la-Bertrand who was willing to renounce his “mummeries”, that is to say, all formal aspects of the cult, but not his religion.  It is in this sense that Michelet was able to say of Robespierre:

“He had a priest’s temperament”.
***

The 8 June festival gives a fairly precise idea of the religion that Robespierre wanted, but did not have the time to develop.  Four days after the festival, perhaps disappointed by the attitude of the Conventionnels, he disappeared, only reappearing at the Convention one month later.  This was enough time for Fouche, Barras and his friends, to dig the hole into which he would fall on 9 Thermidor.  Stefan Zweig writes of Robespierre:

“You can’t pardon a man who has caused you so much fear.”
The 10 Thermidor, he is guillotined with his brother, Saint-Just, Couthon and seventeen of his friends…

***

What originally caused Robespierre’s downfall was the Deputies’ certainty that he wanted to install a new religion of which he would be the High Priest, and this enormous misunderstanding would be fatal to him.  It was not the god of the christian religion that he wanted to install, of course.  He most certainly wanted to radically end the christian institutions and abolish two thousand years of “perverted” christianism, to return to the spirit and the liturgy of the Roman Republic, the religion of Antiquity.  His ideal not only had the sense of political revolution, but also that of a fundamental cultural revolution.

This was his great dream.  He succeeded in giving it body for a few hours by getting five hundred thousand French people to live a day in the fashion of Antiquity.

It is for this reason that he was accused on 9 Thermidor of taking himself for a divinity, and was made to look ridiculous.  He would not have the time to correct this.  And everyone knows that, in France, you can die from being ridiculous…

***

Voir enfin:

La messe rouge

… David, cependant, ne revint pas le lendemain ni les jours suivants, absorbé qu’il était par les préparatifs de la fête gigantesque ordonnée par Robespierre désormais au faîte de la puissance. Celui-ci, considérant que ses ennemis étaient abattus, hormis un seul [xl], a décidé d’en remercier quelqu’un de plus crédible que la déesse Raison : un Etre suprême qui ne peut pas ne pas exister mais auquel cependant il refuse le nom de Dieu. Et depuis que le 7 mai, à la Convention stupéfaite, il a déclaré vouloir rendre hommage à cette entité suprême qui a fait de lui son élu, Louis David dessine, prépare, trace des plans pour l’immense manifestation qui aura lieu, comme par hasard, le 20 prairial, autrement dit le dimanche de la Pentecôte. Dans l’espoir peut-être que le Saint-Esprit s’en mêlerait…

 Ces deux affaires simultanées firent un bruit énorme : on conclut à ce que, par deux fois le même jour, on avait voulu assassiner l’Incorruptible! La fameuse conspiration prenait corps, visages, et Robespierre n’en attacha que plus de soin à la préparation de la cérémonie dont il serait l’unique héros, lui, le grand prêtre de l’Être suprême. Ensuite, on offrirait au peuple le spectacle de la punition exemplaire des membres de cette infâme conspiration : les amis de Batz. D’ici là, on réussirait peut-être à mettre la main sur le baron fantôme.

      Quatre jours avant la fête, le 16 prairial (4 juin) Robespierre fut élu président de la Convention à l’unanimité mais – et ce mais pèserait d’un certain poids dans la suite des événements – quarante-huit heures plus tard, le citoyen Fouché devenait président des Jacobins. Et Fouché haïssait Robespierre…

      En dépit des objurgations de Julie, de Talma et de David qui voudrait qu’elle vienne contempler son ouvre, Laura a refusé farouchement de se rendre à la fête. Ses amis américains n’y vont pas et, de toute façon, elle a horreur de la foule en général et celle qui va se rassembler lui ferait plutôt peur : elle sait trop de quoi elle est capable.

      – Allez-y sans moi, leur dit-elle. Vous me raconterez.

      En revanche, elle a volontiers accordé à Jaouen la permission de s’y rendre : avec lui, elle est sûre d’avoir une relation fidèle, dépourvue de toute autosatisfaction comme de louange obligatoire. Mais, en vérité, Robespierre, David, et les milliers d’ouvriers qui, durant un mois, ont travaillé comme des esclaves construisant des pyramides ont bien fait les choses : un immense cortège doit conduire le char de la Liberté des Tuileries, où se fait le rassemblement, au Champ-de-Mars choisi pour le plus important de la cérémonie. David a donné libre cours à son goût du gigantesque. Sur la terrasse des Tuileries, il a bâti un amphithéâtre dont le plancher recouvre jusqu’au grand bassin. Autour sont plantées d’immenses statues de l’Athéisme (?), de l’Ambition, de la Discorde et de l’Égoïsme que la magie des frères Ruggieri, les maîtres artificiers, fera sauter plus tard.

      A neuf heures du matin, l’amphithéâtre est plein et la foule s’écrase autour. Il est garni de tous les députés de la Convention vêtus de bleu sombre avec chapeaux empanachés de tricolore et portant un petit bouquet d’épis de blé mêlés de bleuets et de coquelicots artificiels. Les jeunes gens forment des carrés autour du drapeau de leur section, cependant que les mères nanties de bouquets de rosés, tiennent par la main leurs filles en tuniques blanches. Et puis voici Robespierre !

      Précédé de roulements de tambour et salué par les éclats des orchestres, il apparaît soudain tout en haut de l’amphithéâtre, silhouette grêle sanglée dans un frac de soie bleu azur avec culotte et bas blancs, coiffé de son habituelle perruque à catogan : presque un élégant de l’Ancien Régime. Il tient dans les bras une gerbe de blé, et c’est dans cet appareil qu’il entame un discours :  » II est enfin arrivé le jour fortuné que le peuple consacre à l’Être suprême…  » Un discours que tous n’entendront pas, car il a toujours eu la voix un peu faible. Puis il se met en marche vers le Champ-de-Mars tandis que flambent les statues que remplace aussitôt celle de la Sagesse. Un peu trop tôt, d’ailleurs, car elle sent le brûlé et manque de perdre la tête. Ce qui fait rire franchement les conventionnels visiblement agacés par une cérémonie qu’ils jugent ridicule.

      Sur le chemin de celui qui se veut le grand prêtre d’un culte nouveau, éclatent les acclamations, les vivats, les chants mais, de temps en temps tout de même son oreille – qu’il a fine s’il ne voit pas très clair -perçoit des cris moins aimables :  » Dictateur!  » ou  » Charlatan! « . Et, sous l’impact de la colère, il devient encore plus pâle que d’habitude. Enfin, voici le Champ-de-Mars, et là, David s’est surpassé. S’il n’a pas encore réussi à construire une montagne sur le Pont-Neuf avec les pierres de Notre-Dame, il en a élevé une ici : la  » Sainte-Montagne  » où prendront place les représentants du peuple, les choeurs, les orchestres et les porte-drapeaux

      Lorsque la Convention eut pris place au sommet de la montagne, un choeur de deux mille cinq cents voix entonna un hymne au Père de l’Univers composé par Marie-Joseph Chénier tandis que les jeunes filles jetaient des fleurs sur la foule répandue tout autour, que les mères élevaient leurs enfants au-dessus de leurs têtes et que les jeunes hommes brandissaient des sabres en jurant de s’en servir jusqu’à la victoire. Après quoi, bien sûr, les assistants se livrèrent à une sorte d’énorme pique-nique copieusement arrosé : il faisait si chaud !

      Parmi les députés, deux hommes avaient suivi le délirant événement avec des yeux froids, un sourire glacé. L’un d’eux dit :

      – Ce n’est pas assez d’être le maître, ce bougre-là voudrait aussi être un dieu?

      – Il faudrait peut-être songer à y mettre un frein?

      L’un s’appelait Barras et l’autre Fouché…

      Robespierre lui-même était-il satisfait? Plein d’exaltation le matin en quittant la maison Duplay, il y revint le soir, toujours calme, toujours impénétrable mais à cette seconde famille qu’il s’était donnée et qui le félicitait en pleurant de joie, il déclara :

      – Vous ne me verrez plus longtemps…

      Ils pensèrent qu’il était fatigué, mais lui songeait déjà à compléter la cérémonie de ce jour en offrant à sa nouvelle divinité un sacrifice propitiatoire susceptible de frapper de terreur ceux qui devaient comploter sa ruine. D’abord, il fallait accorder une grâce aux habitants de sa rue dont certains ne cachaient pas leur écoeurement de voir passer jour après jour, sous leurs fenêtres, les sinistres charrettes de la mort dans lesquelles, parfois, ils reconnaissaient des amis. Une semaine plus tard, le bourreau Sanson démontait la guillotine pour la transporter au bout du faubourg Saint-Antoine, sur la vaste place du Trône-renversé [xlii]. On avait d’abord pensé à la Bastille, mais les habitants s’y opposèrent fermement.

 …

xl

C’est à cette époque qu’il note :  » Les jours qui viennent de luire sont gros des destinées de l’Univers : les deux génies qui s’en disputaient l’empire sont en présence… A la tête de la faction criminelle qui croit toucher au moment de se baigner dans le sang des fidèles représentants du peuple est le baron de Batz… « 

[xli]. Sur son faîte, une colonne de cinquante pieds surveille l’entrée d’une grotte profonde éclairée par des candélabres géants. Une rivière en sourd qui serpente entre des tombeaux étrusques ombragés d’un chêne. Un autel antique, une pyramide, un sarcophage et un temple soutenu de vingt colonnes, complètent cette mythologie.

xli

Louis Pauwels,  » Robespierre ou la religion qui dura un jour  » dans Histoires magiques de l’histoire de France, t. II.
xlii


Doctrine Obama: C’est mort à l’Amérique, imbécile ! (Continuation of the jihad by other means: American power is what they all hope to break)

12 avril, 2015
https://fbcdn-sphotos-c-a.akamaihd.net/hphotos-ak-xpa1/t31.0-8/10003674_1070465586313700_7193367525536975127_o.jpghttps://scontent-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xpf1/v/t1.0-9/10491203_1070485379645054_1522694794172874079_n.jpg?oh=0fd6ff33e4f716e022380d1c41371160&oe=55E58EBB Apologizer in chief on DDayhttps://scottthong.files.wordpress.com/2008/04/revjerwright341.jpg?w=450&h=345Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. René Girard
One can’t think that in order to improve and normalize relations with the U.S., Cuba has to give up the principles it believes in. Changes in Cuba aren’t negotiable. Josefina Vidal (Cuba’s top diplomat for U.S. affairs, 25.01.15)
Although Cuba no longer actively supports armed struggle in Latin America and other parts of the world, the Cuban government continued to provide safe haven to several terrorists. Members of ETA, the FARC, and the ELN remained in Cuba during 2008, some having arrived in Cuba in connection with peace negotiations with the governments of Spain and Colombia. Cuban authorities continued to publicly defend the FARC. However, on July 6, 2008, former Cuban President Fidel Castro called on the FARC to release the hostages they were holding without preconditions. He has also condemned the FARC’s mistreatment of captives and of their abduction of civilian politicians who had no role in the armed conflict. The United States has no evidence of terrorist-related money laundering or terrorist financing activities in Cuba, although Cuba has one of the world’s most secretive and non-transparent national banking systems. Cuba has no financial intelligence unit. Cuba’s Law 93 Against Acts of Terrorism provides the government authority to track, block, or seize terrorist assets. The Cuban government continued to permit some U.S. fugitives—including members of U.S. militant groups such as the Boricua Popular, or Macheteros, and the Black Liberation Army to live legally in Cuba. In keeping with its public declaration, the government has not provided safe haven to any new U.S. fugitives wanted for terrorism since 2006. US Department of state
Imagine there’s no Israel, It’s easy if you try, Imagine all the people, Living life in peace You may say that I’m a dreamer, But I’m not the only one, I hope someday you’ll join us And the world will be as one … (à fredonner sur un air connu)
Il a fallu s’y atteler et dans ces lieux, on peut rendre hommage aux Cubains, issus de la Révolution qui se sont résolus à tenir tête aux États-Unis, leurs plus proches voisins. Les Cubains, les Cubains de Cuba, fiers de leur révolution sociale, savent qu’ils ne sont plus seuls. En revendiquant leur dignité, ils s’associent aux revendications de tous les peuples opprimés et, de ce fait, ils rejoignent les bâtisseurs du monde de demain. Danielle Mitterrand (Porto Alegre, février 2003)
L’Amérique est toujours le tueur numéro 1 dans le monde. . . Nous sommes profondément impliqués dans l’importation de la drogue, l’exportation d’armes et la formation de tueurs professionnels. . . Nous avons bombardé le Cambodge, l’Irak et le Nicaragua, tuant les femmes et les enfants tout en essayant de monter l’opinion publique contre Castro et Khaddafi. . . Nous avons mis Mandela en prison et soutenu la ségrégation pendant 27 ans. Nous croyons en la suprématie blanche et l’infériorité noire et y croyons davantage qu’en Dieu. … Nous avons soutenu le sionisme sans scrupule tout en ignorant les Palestiniens et stigmatisé quiconque le dénonçait comme anti-sémite. . . Nous ne nous inquiétons en rien de la vie humaine si la fin justifie les moyens. . . Nous avons lancé le virus du SIDA. . . Nous ne pouvons maintenir notre niveau de vie qu’en nous assurant que les personnes du tiers monde vivent dans la pauvreté la plus abjecte. Rev. Jeremiah Wright (le 15 janvier 2006)
L’audace de l’espoir. Voilà le meilleur de l’esprit américain ; avoir l’audace de croire, malgré toutes les indications contraires, que nous pouvions restaurer un sens de la communauté au sein d’une nation déchirée ; l’audace de croire que malgré des revers personnels, la perte d’un emploi, un malade dans la famille ou une famille empêtrée dans la pauvreté, nous avions quelque emprise- et par conséquent une responsabilité sur notre propre destin. Barack Hussein Obama
Je veux aussi, une fois élu, organiser un sommet dans le monde musulman, avec tous les chefs d’Etat, pour discuter franchement sur la façon de contenir le fossé qui s’agrandit chaque jour entre les musulmans et l’Occident. Je veux leur demander de rejoindre notre combat contre le terrorisme. Nous devons aussi écouter leurs préoccupations. (…) Je veux dialoguer directement avec l’Iran et la Syrie. Nous ne stabiliserons pas la région si nous ne parlons pas à nos ennemis. Lorsqu’on est en désaccord profond avec quelqu’un, il faut lui parler directement. Barack Obama (Paris Match, le 31 janvier 2008)
Il n’y a aucune raison que nous ne puissions restaurer le respect dont jouissait l’Amérique et le partenariat qu’elle avait avec le monde musulman voilà 20 ou 30 ans de cela. (…) J’ai déclaré durant la campagne qu’il est très important pour nous de faire en sorte que nous utilisions tous les outils de la puissance américaine, y compris la diplomatie, dans nos relations avec l’Iran. Barack Hussein Obama
We are powerful enough to be able to test these propositions without putting ourselves at risk. And that’s the thing … people don’t seem to understand. You take a country like Cuba. For us to test the possibility that engagement leads to a better outcome for the Cuban people, there aren’t that many risks for us. It’s a tiny little country. It’s not one that threatens our core security interests, and so [there’s no reason not] to test the proposition. And if it turns out that it doesn’t lead to better outcomes, we can adjust our policies. The same is true with respect to Iran, a larger country, a dangerous country, one that has engaged in activities that resulted in the death of U.S. citizens, but the truth of the matter is: Iran’s defense budget is $30 billion. Our defense budget is closer to $600 billion. Iran understands that they cannot fight us. … You asked about an Obama doctrine. The doctrine is: We will engage, but we preserve all our capabilities.” The notion that Iran is undeterrable — “it’s simply not the case,” he added. “And so for us to say, ‘Let’s try’ — understanding that we’re preserving all our options, that we’re not naïve — but if in fact we can resolve these issues diplomatically, we are more likely to be safe, more likely to be secure, in a better position to protect our allies, and who knows? Iran may change. If it doesn’t, our deterrence capabilities, our military superiority stays in place. … We’re not relinquishing our capacity to defend ourselves or our allies. In that situation, why wouldn’t we test it? Barack Hussein Obama
It’s the dreamers — no matter how humble or poor or seemingly powerless — that are able to change the course of human events. We saw it in South Africa, where citizens stood up to the scourge of apartheid. We saw it in Europe, where Poles marched in Solidarity to help bring down the Iron Curtain. In Argentina, where mothers of the disappeared spoke out against the Dirty War. It’s the story of my country, where citizens worked to abolish slavery, and establish women’s rights and workers’ rights, and rights for gays and lesbians. It’s not to say that my country is perfect — we are not. And that’s the point. We always have to have citizens who are willing to question and push our government, and identify injustice. We have to wrestle with our own challenges — from issues of race to policing to inequality. But what makes me most proud about the extraordinary example of the United States is not that we’re perfect, but that we struggle with it, and we have this open space in which society can continually try to make us a more perfect union. (…) As the United States begins a new chapter in our relationship with Cuba, we hope it will create an environment that improves the lives of the Cuban people -– not because it’s imposed by us, the United States, but through the talent and ingenuity and aspirations, and the conversation among Cubans from all walks of life so they can decide what the best course is for their prosperity. As we move toward the process of normalization, we’ll have our differences, government to government, with Cuba on many issues — just as we differ at times with other nations within the Americas; just as we differ with our closest allies. There’s nothing wrong with that. (…) And whether it’s crackdowns on free expression in Russia or China, or restrictions on freedom of association and assembly in Egypt, or prison camps run by the North Korean regime — human rights and fundamental freedoms are still at risk around the world. And when that happens, we believe we have a moral obligation to speak out. (…) As you work for change, the United States will stand up alongside you every step of the way. We are respectful of the difference among our countries. The days in which our agenda in this hemisphere so often presumed that the United States could meddle with impunity, those days are past. (…) We have a debt to pay, because the voices of ordinary people have made us better. That’s a debt that I want to make sure we repay in this hemisphere and around the world. (…) God bless you. Barack Hussein Obama (Sommet des Amériques, Panama city, April 10, 2015)
Les frères Jonas sont ici ; ils sont là quelque part. Sasha et Malia sont de grandes fans. Mais les gars, allez pas vous faire des idées. J’ai deux mots pour vous: « predator drone ». Vous les verrez même pas venir. Vous croyez que je plaisante, hein ? Barack Hussein Obama
I, and most of my colleagues, have spent a lot of time discussing red lines since the tragedy in Paris. As you know, the Muhammad cartoon controversy began eight years ago in Denmark, as a protest against “self-censorship,” one editor’s call to arms against what she felt was a suffocating political correctness. The idea behind the original drawings was not to entertain or to enlighten or to challenge authority—her charge to the cartoonists was specifically to provoke, and in that they were exceedingly successful. Not only was one cartoonist gunned down, but riots erupted around the world, resulting in the deaths of scores. No one could say toward what positive social end, yet free speech absolutists were unchastened. Using judgment and common sense in expressing oneself were denounced as antithetical to freedom of speech. And now we are adrift in an even wider sea of pain. Ironically, Charlie Hebdo, which always maintained it was attacking Islamic fanatics, not the general population, has succeeded in provoking many Muslims throughout France to make common cause with its most violent outliers. This is a bitter harvest. Traditionally, satire has comforted the afflicted while afflicting the comfortable. Satire punches up, against authority of all kinds, the little guy against the powerful. Great French satirists like Molière and Daumier always punched up, holding up the self-satisfied and hypocritical to ridicule. Ridiculing the non-privileged is almost never funny—it’s just mean. By punching downward, by attacking a powerless, disenfranchised minority with crude, vulgar drawings closer to graffiti than cartoons, Charlie wandered into the realm of hate speech, which in France is only illegal if it directly incites violence. Well, voila—the 7 million copies that were published following the killings did exactly that, triggering violent protests across the Muslim world, including one in Niger, in which ten people died. Meanwhile, the French government kept busy rounding up and arresting over 100 Muslims who had foolishly used their freedom of speech to express their support of the attacks. The White House took a lot of hits for not sending a high-level representative to the pro-Charlie solidarity march, but that oversight is now starting to look smart. The French tradition of free expression is too full of contradictions to fully embrace. Even Charlie Hebdo once fired a writer for not retracting an anti-Semitic column. Apparently he crossed some red line that was in place for one minority but not another. What free speech absolutists have failed to acknowledge is that because one has the right to offend a group does not mean that one must. Or that that group gives up the right to be outraged. They’re allowed to feel pain. Freedom should always be discussed within the context of responsibility. At some point free expression absolutism becomes childish and unserious. It becomes its own kind of fanaticism. I’m aware that I make these observations from a special position, one of safety. In America, no one goes into cartooning for the adrenaline. As Jon Stewart said in the aftermath of the killings, comedy in a free society shouldn’t take courage. Writing satire is a privilege I’ve never taken lightly.  And I’m still trying to get it right. Doonesbury remains a work in progress, an imperfect chronicle of human imperfection. It is work, though, that only exists because of the remarkable license that commentators enjoy in this country. That license has been stretched beyond recognition in the digital age. It’s not easy figuring out where the red line is for satire anymore. But it’s always worth asking this question: Is anyone, anyone at all, laughing? If not, maybe you crossed it. Garry Trudeau
Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. Hitler (1942)
Après tout, qui parle encore aujourd’hui de l’annihilation des Arméniens? Hitler (22 août 1939)
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Mein Kamp (…) Tel était le nouveau Coran de la foi et de la guerre: emphatique, fastidieux, sans forme, mais empli de son propre message. Churchill
Si le Reich allemand s’impose comme protecteur de tous ceux dont le sang allemand coule dans les veines, et bien la foi musulmane impose à chaque Musulman de se considérer comme protecteur de toute personne ayant été imprégnée de l’apprentissage coranique. Hassan el Banna (fondateur des Frères musulmans et grand-père de Tariq et Hani Ramadan)
J’annonce au monde entier que si les infidèles font obstacle à notre religion, nous nous opposerons au monde entier et nous ne cesserons pas avant leur anéantissement, nous en sortirons tous libérés ou nous obtiendrons une plus grande liberté qui est le martyr. Soit nous nous serrerons les uns aux autres pour célébrer la victoire de l’islam sur le monde ou bien nous aurons tous la vie éternelle grâce au martyr. Dans les deux cas, la victoire et le succès seront à nous. Khomeiny
Beaucoup de déçus dans la lutte entre le monde islamique et les infidèles ont essayé de rejeter la responsabilité en annonçant qu’il n’est pas possible d’avoir un monde sans les États-Unis et le sionisme. Mais vous savez que ce sont un but et un slogan réalisables. Pour étayer ses propos, le président se réfère à la chute, dans l’histoire récente, de plusieurs régimes que personne ne voyait sombrer. Lorsque notre cher imam (Khomeiny) a annoncé que le régime (du Shah) devait être supprimé, beaucoup de ceux qui prétendaient être politiquement bien informés ont déclaré que ce n’était pas possible. Qui pouvait penser qu’un jour, nous pourrions être témoins de l’effondrement de l’empire de l’Est (Union soviétique) ? L’Imam a annoncé que Saddam devait s’en aller puis a ajouté qu’il s’affaiblirait plus vite que personne ne l’imagine.  L’Imam (Khomeiny) a annoncé que le régime occupant Jérusalem devait disparaître de la page du temps. Ahmadinejad (Conférence du monde sans sionisme, 25 octobre 2005)
Mort à l’Amérique, parce que l’Amérique est la source d’origine de cette pression. Ils insistent à mettre la pression sur l’économie de nos chères personnes. Quel est leur objectif ? Leur objectif est de monter les gens contre le système. Ayatollah Ali Khamenei  (20.03.15)
Our negotiations with the world powers are a source of national pride. Yesterday [during the Iran-Iraq War], your brave generals stood against the enemy on the battlefield and defended their country. Today, your diplomatic generals are defending [our nation] in the field of diplomacy; this too is jihad. Hassan Rouhani
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Nul ne peut ne pas rêver de la destruction de n’importe quelle puissance devenue à ce point hégémonique (…) A la limite, c’est eux qui l’ont fait, mais c’est nous qui l’avons voulu. Jean Baudrillard (novembre 2001)
En des occasions diverses j’ai défini cette époque comme un temps de guerre, une troisième guerre mondiale « par morceaux », où nous assistons quotidiennement à des crimes atroces, à des massacres sanglants, et à la folie de la destruction. Malheureusement, encore aujourd’hui, nous entendons le cri étouffé et négligé de beaucoup de nos frères et sœurs sans défense, qui, à cause de leur foi au Christ ou de leur appartenance ethnique, sont publiquement et atrocement tués – décapités, crucifiés, brulés vifs –, ou bien contraints d’abandonner leur terre. Aujourd’hui encore nous sommes en train de vivre une sorte de génocide causé par l’indifférence générale et collective, par le silence complice de Caïn qui s’exclame : « Que m’importe ? », « Suis-je le gardien de mon frère ? » (…) Notre humanité a vécu, le siècle dernier, trois grandes tragédies inouïes : la première est celle qui est généralement considérée comme « le premier génocide du XXème siècle » ; elle a frappé votre peuple arménien – première nation chrétienne –, avec les Syriens catholiques et orthodoxes, les Assyriens, les Chaldéens et les Grecs. Des évêques, des prêtres, des religieux, des femmes, des hommes, des personnes âgées et même des enfants et des malades sans défense ont été tués. Les deux autres ont été perpétrées par la nazisme et par le stalinisme. Et, plus récemment, d’autres exterminations de masse, comme celles au Cambodge, au Rwanda, au Burundi, en Bosnie. Cependant, il semble que l’humanité ne réussisse pas à cesser de verser le sang innocent. Il semble que l’enthousiasme qui est apparu à la fin de la seconde guerre mondiale soit en train de disparaître et de se dissoudre. Il semble que la famille humaine refuse d’apprendre de ses propres erreurs causées par la loi de la terreur ; et ainsi, encore aujourd’hui, il y en a qui cherchent à éliminer leurs semblables, avec l’aide des uns et le silence complice des autres qui restent spectateurs.  (…) Se souvenir d’eux est nécessaire, plus encore c’est un devoir, parce que là où il n’y a plus de mémoire, cela signifie que le mal tient encore la blessure ouverte ; cacher ou nier le mal c’est comme laisser une blessure continuer à saigner sans la panser ! Pape François
Les « pacifistes » croient donner une chance à la paix. En fait, s’ils donnent une chance, c’est à l’aveuglement et à lui seul. Les manifestations de samedi dernier c’est l’union sacrée de John Lennon et de Neville Chamberlain. Une naïveté poussée jusqu’à l’absence complète de discernement le dispute au mépris de la réalité. Il n’y a rien à attendre d’une telle alliance. Laurent Murawiec
Obama demande pardon pour les faits et gestes de l’Amérique, son passé, son présent et le reste, il s’excuse de tout. Les relations dégradées avec la Russie, le manque de respect pour l’Islam, les mauvais rapports avec l’Iran, les bisbilles avec l’Europe, le manque d’adulation pour Fidel Castro, tout lui est bon pour battre la coulpe de l’Amérique. (…) Mais où Obama a-t-il donc appris ces inepties ? D’où vient cet amoncellement de mécomptes du monde, d’idées fausses et difformes? D’où provient ce prurit du je-vous-demande pardon ? On est habitué au Jimmycartérisme, qui se mettait à quatre pattes devant Khomeiny (« un saint »), l’URSS, Cuba, le tiers monde, le terrorisme musulman. D’où vient qu’Obama ait – dirigeant d’une république – courbé la tête devant le roi d’Arabie ? C’est là qu’il convient de se souvenir de l’homme qui fut son pasteur pendant vingt ans, ce qui est très long quand on n’en a pas encore cinquante : le pasteur Jeremy Wright, de l’Eglise de la Trinité à Chicago, dont Obama ne se sépara que contraint et forcé, pour cause de déclarations insupportablement anti-américaines et antioccidentales, délirantes et conspirationnistes, et qui « passaient mal» dans la campagne.(…) C’est Wright qui fait du diplômé de Harvard qui est maintenant un agitateur local (community organizer), un politicien en vue à Chicago. N’oublions pas que la carrière politique locale d’Obama est lancée par les fanatiques de la haine de l’Amérique, les ultragauchistes terroristes des Weathermen, à Chicago, qui répètent et confirment la même antienne idéologique. Tous les aquariums où a nagé le têtard avaient la même eau. Obama est la version manucurée de Wright : il est allé à Harvard. Il n’éructe pas, il ne bave pas, il ne montre pas le poing. Il n’émet pas de gros mots à jet continu comme le fait son gourou. Elégant, Il est tout miel – mais les dragées, même recouvertes de sucre, n’en sont pas moins au poivre. Le fond est identique. Wright insulte l’Amérique, Obama demande pardon : dans les deux cas, elle est coupable. Wright est pasteur, Obama est président. Plus encore, cette déplorable Amérique a semé le désordre et le mal partout dans le monde. Au lieu de collaborer multilatéralement avec tous, d’œuvrer au bien commun avec Poutine, Chavez, Ahmadinejad, Saddam Hussein, Bachir al-Assad, et Cie, l’insupportable Bush en a fait des ennemis. Quelle honte ! Il faut réparer les torts commis. L’Amérique ne trouvera sa rédemption que dans le retrait, la pénitence, la contrition, et une forme de disparition. (…) Il faut, à tout prix, trouver des terrains d’entente avec tous. Il faut aller loin, très loin, dans les concessions : l’autre côté finira bien par comprendre. Kim Jong-Il, Hugo Chavez, l’ayatollah Khamenei, Assad, le Hamas, on trouvera les compromis nécessaires à un deal avec les avocats des partie adverses. Sans entente, on retombe dans les errements de l’Amérique honnie. L’Amérique, quelle horreur, se laisse aller à défendre ses alliés contre ses ennemis. On se bat au Vietnam et en Corée contre le communisme agresseur. On se bat contre le Communisme soviétique. Que croyez-vous que l’Obama de la campagne électorale ait signifié à Berlin, en disant, non sans délire, que le monde avait gagné la Guerre froide « en s’unissant » comme s’il n’y avait un qu’un seul camp dans cette guerre ! L’Amérique doit être réduite dans ses prétentions et dans sa puissance. Le monde doit être réduit à un seul camp, celui des faiseurs de paix, avec lesquels l’entente est toujours trouvable. Il n’y a pas d’ennemis, il n’y a que des malentendus. Il ne peut y avoir d’affrontements, seulement des clarifications. (…) Notons à propos que la mêlée des «réalistes»de la politique étrangère, qui préconise justement de se débarrasser des alliés afin de s´arranger avec les méchants, est aux anges, et participe à la mise en oeuvre de l´obamisterie. Ah! finalement, on ne s´embarrasse plus d´autre chose que la «stabilité» à court terme. (…) Obama ne sépare ni le blanc du noir, ni l´ami de l´ennemi. Il a gratuitement offensé les Anglais en méprisant la «relation spéciale». Il a offensé le Japon, en ne se souciant pas de lui ni du survol de son territoire par le missile nord-coréen. Il n´a pas eu un mot pour l´allié taïwanais. Il prépare avec acharnement une crise avec Israel. Il a montré à la Tchéquie et à la Pologne, sur l´affaire de la défense anti- missiles, qu´il ne faut pas compter sur Washington et qu´ils seront sacrifiés sur l´autel du «nouveau départ» avec Moscou. Pour tous, la leçon est brutale: à l´ère d´Obama, mieux vaut être un ennemi qu´un ami: ami, on vous jettera aux orties. Ennemi, on fera tout pour vous plaire. Laurent Murawiec
Quand l’Autriche se moque de vous, c’est que ce n’est pas votre semaine. Pourtant qui peut blâmer Madame Fekter, vu le dédain qu’Obama a montré pour son propre pays à l’étranger, jouant au philosophe-roi au-dessus de la mêlée qui négocie entre sa patrie renégate et un monde par ailleurs chaleureux et accueillant ? (…) Il est particulièrement étrange de voir un leader mondial célébrer le déclin de son propre pays. Encore quelques tournées mondiales comme celle-ci et Obama aura beaucoup plus de déclin à célébrer. Charles Krauthammer
Bref, nous assistons au retour de l’idéalisme postnational d’un Carter mais avec cette fois le charisme d’un Reagan. Pendant 40 ans nos écoles ont enseigné l’équivalence morale, le pacifisme utopique et le multiculturalisme bien intentionné et nous apprenons maintenant que tout ceci n’était pas que de la thérapie mais est insidieusement devenu notre évangile national. Victor Davis Hanson
Le problème n’est pas la sécurité d’Israël, la souveraineté du Liban ou les ingérences de la Syrie ou du Hezbollah : Le problème est centré sur l’effort de l’Iran à obtenir le Droit d’Abolir l’Exclusivité de la Dissuasion. La prolifération sauvage, le concept de «tous nucléaires» sera la fin de la Guerre Froide et le retour à la période précédant la Dissuasion. Les mollahs et leurs alliés, le Venezuela, l’Algérie, la Syrie, la Corée du Nord et la Russie…, se militarisent à une très grande échelle sachant qu’ils vont bientôt neutraliser le parapluie protecteur de la dissuasion et alors ils pourront faire parler la poudre. Chacun visera à dominer sa région et sans que les affrontements se déroulent en Europe, l’Europe sera dépouillée de ses intérêts en Afrique ou en Amérique du Sud et sans combattre, elle devra déposer les armes. Ce qui est incroyable c’est la myopie de la diplomatie française et de ses experts. (…) Aucun d’entre eux ne se doute que la république islamique a des alliés qui ont un objectif commun: mettre un terme à une discrimination qui dure depuis 50 ans, la dissuasion nucléaire ! Cette discrimination assure à la France une position que beaucoup d’états lui envient. Ils attendent avec impatience de pouvoir se mesurer avec cette ancienne puissance coloniale que beaucoup jugent arrogante, suffisante et gourmande.  Iran-Resist
En tant que défenseur de la rue arabe, [l’Iran] ne peut pas avoir un dialogue apaisé avec les Etats-Unis, dialogue au cours duquel il accepterait les demandes de cet Etat qui est le protecteur par excellence d’Israël. Téhéran a le soutien de la rue arabe, talon d’Achille des Alliés Arabes des Etats-Unis, car justement il refuse tout compromis et laisse entendre qu’il pourra un jour lui offrir une bombe nucléaire qui neutralisera la dissuasion israélienne. Pour préserver cette promesse utile, Téhéran doit sans cesse exagérer ses capacités militaires ou nucléaires et des slogans anti-israéliens. Il faut cependant préciser que sur un plan concret, les actions médiatiques de Téhéran ne visent pas la sécurité d’Israël, mais celle des Alliés arabes des Etats-Unis, Etats dont les dirigeants ne peuvent satisfaire les attentes belliqueuses de la rue arabe. Ainsi Téhéran a un levier de pression extraordinaire sur Washington. Comme toute forme de dissuasion, ce système exige un entretien permanent. Téhéran doit sans cesse fouetter la colère et les frustrations de la rue arabe ! Il doit aussi garder ses milices actives, de chaînes de propagande en effervescence et son programme nucléaire le plus opaque possible, sinon il ne serait pas menaçant. C’est pourquoi, il ne peut pas accepter des compensations purement économiques offertes par les Six en échange d’un apaisement ou une suspension de ses activités nucléaires. Ce refus permanent de compromis est vital pour le régime. (…) Il n’y a rien qui fasse plus peur aux mollahs qu’un réchauffement avec les Etats-Unis : ils risquent d’y perdre la rue arabe, puis le pouvoir. C’est pourquoi, le 9 septembre, quand Téhéran a accepté une rencontre pour désactiver les sanctions promises en juillet, il s’est aussitôt mis en action pour faire capoter ce projet de dialogue apaisé qui est un véritable danger pour sa survie. Iran Resist
La gauche a beaucoup de chance. Des historiens et des politologues complaisants veulent toujours voir dans les turbulences qui l’agitent le fruit de divergences idéologiques, de visions du monde opposées comme l’on disait autrefois. Ainsi, on opposera une gauche girondine à une gauche jacobine, une première gauche à une seconde etc… On remarquera que pour beaucoup ces fractures internes sont issues de la révolution française. Curieusement, une période de la révolution est toujours oubliée. Si l’on excepte de rares occasions, on parle peu de la gauche thermidorienne et pourtant, pensons nous, cette période est capitale pour comprendre ce qu’est devenue, aujourd’hui, la gauche française. La période thermidorienne débute avec la chute de Robespierre le 9 thermidor (27 juillet 1794) et finit avec le coup d’Etat de Bonaparte, le 18 brumaire (9 novembre1799). Elle culminera avec le Directoire. La coalition qui mettra fin à la dictature robespierriste est, dans sa composition, assez hétéroclite. Elle va d’ex-conventionnels terroristes aux anciens girondins en passant par le centre mou de la révolution : le fameux marais. En apparence, sauf l’hostilité à Robespierre, pour des raisons diverses d’ailleurs, ils ne sont d’accord sur rien. En apparence seulement. Car comme le soulignent Furet et Richet dans leur livre La révolution française, ce qui les réunit c’est la poursuite d’un double objectif : celui de la conquête et de l’intérêt. Il ne s’agit plus de créer l’homme vertueux mais de profiter (au sens plein du terme) des acquis de la révolution. Les thermidoriens les plus célèbres, dont le fameux Barras, seront des jouisseurs. Ils aiment l’argent et la jouissance dans tous ses aspects. De ce point de vue, la gauche Canal+ vient de loin, elle n’est pas née avec le mitterrandisme, ni avec 1968. La république spartiate rêvée par Robespierre et Saint-Just fait désormais place à la République des palais et des costumes extravagants. (…) Enfin, dernier legs de Thermidor : l’institutionnalisation du pouvoir intellectuel. C’est dans cette période que va, en effet, s’institutionnaliser le pouvoir intellectuel en France avec la création de l’Institut et la domination des fameux idéologues tant raillés par Bonaparte puis Napoléon. Dès lors, l’intellectuel français va adopter des caractéristiques qui ne le quitteront plus. Il sera philosophiquement progressiste, socialement bourgeois, très souvent anticlérical ou athée, profondément élitiste (même s’il proclame le contraire) et très souvent fâché avec le monde réel. Et conclurons-nous très proche des pouvoirs établis ! L’intellectuel de gauche n’est pas né avec l’affaire Dreyfus, il est un enfant de Thermidor. (…) Pourtant, lorsque l’on examine avec attention cette période on se rend compte que toutes les contradictions de la gauche et toutes ses évolutions futures s’y trouvent contenues. La phase thermidorienne de la révolution française est en quelque sorte le laboratoire historique de la gauche contemporaine. Le cynisme, le sociétalisme des oligarques socialistes ne sont pas des accidents de l’histoire, ils sont ancrés en elle. L’argent roi et le progressisme fou sont des vieux compagnons de route de la gauche française ! Jean-Claude Pacitto
Les drones américains ont liquidé plus de monde que le nombre total des détenus de Guantanamo. Pouvons nous être certains qu’il n’y avait parmi eux aucun cas d’erreurs sur la personne ou de morts innocentes ? Les prisonniers de Guantanamo avaient au moins une chance d’établir leur identité, d’être examinés par un Comité de surveillance et, dans la plupart des cas, d’être relâchés. Ceux qui restent à Guantanamo ont été contrôlés et, finalement, devront faire face à une forme quelconque de procédure judiciaire. Ceux qui ont été tués par des frappes de drones, quels qu’ils aient été, ont disparu. Un point c’est tout. Kurt Volker
Cooperation is not an exercise in good feeling; it presupposes congruent definitions of stability. There exists no current evidence that Iran and the U.S. are remotely near such an understanding. Even while combating common enemies, such as ISIS, Iran has declined to embrace common objectives. Iran’s representatives (including its Supreme Leader) continue to profess a revolutionary anti-Western concept of international order; domestically, some senior Iranians describe nuclear negotiations as a form of jihad by other means. The final stages of the nuclear talks have coincided with Iran’s intensified efforts to expand and entrench its power in neighboring states. Iranian or Iranian client forces are now the pre-eminent military or political element in multiple Arab countries, operating beyond the control of national authorities. With the recent addition of Yemen as a battlefield, Tehran occupies positions along all of the Middle East’s strategic waterways and encircles archrival Saudi Arabia, an American ally. Unless political restraint is linked to nuclear restraint, an agreement freeing Iran from sanctions risks empowering Iran’s hegemonic efforts. Henry Kissinger and George Schultz
Obama rencontre Castro, mais a refusé de rencontrer Netanyahu. Pourquoi légitimer le dictateur cruel d’un régime répressif ? Jeb Bush
Nous assistons au retour de l’idéalisme postnational d’un Carter mais avec cette fois le charisme d’un Reagan. Pendant 40 ans nos écoles ont enseigné l’équivalence morale, le pacifisme utopique et le multiculturalisme bien intentionné et nous apprenons maintenant que tout ceci n’était pas que de la thérapie mais est insidieusement devenu notre évangile national. Victor Davis Hanson
De l’Iran au Venezuela et à Cuba, du Myanmar à la Corée du Nord et à la Chine, du Soudan à l’Afghanistan et à l’Irak, de la Russie à la Syrie et à l’Arabie Saoudite, l’administration Obama a systématiquement enlevé les droits de l’homme et la promotion de la démocratie de l’ordre du jour de l’Amérique. A leur place, elle a préconisé l’amélioration de l’image de l’Amérique, le multilatéralisme et un relativisme moral qui soit ne voit aucune distinction entre les dictateurs et leurs victimes soit considère les distinctions peu importantes à l’avancement des intérêts américains. Caroline Glick
The steady aim of this nation, as of all enlightened nations should be to strive to bring ever nearer the day when there shall prevail throughout the world the peace of justice. …Tyrants and oppressors have many times made a wilderness and called it peace. …The peace of tyrannous terror, the peace of craven weakness, the peace of injustice, all these should be shunned as we shun unrighteous war. … The right of freedom and the responsibility for the exercise of that right cannot be divorced. Theodore Roosevelt (Dec. 4, 1904)
There is only one force of history that can break the reign of hatred and resentment, and expose the pretensions of tyrants … and that is the force of human freedom…. The survival of liberty in our land increasingly depends on the success of liberty in other lands. … America’s vital interests and our deepest beliefs are now one... « America’s vital interests and our deepest beliefs are now one … From the day of our founding, we have proclaimed that every man and woman on this earth has rights, and dignity, and matchless value, because they bear the image of the maker of heaven and earth. George W. Bush
On the day in November 1961, when the Air Force achieved the first successful silo launching of an intercontinental ballistic missile, the SM-80, the Western Hemisphere part of the Monroe Doctrine ceased to mean anything at all – while the ideas behind it began to mean everything in the world. At bottom, the notion of a sanctified Western Hemisphere depended upon its separation from the rest of the world by two vast oceans, making intrusions of any sort obvious. The ICBM’s – soon the Soviet Union and other countries had theirs – shrank the world in a military sense. Then long-range jet aircraft, satellite telephones, television and the Internet all, in turn, did the job socially and commercially. By Mr. Bush’s Inauguration Day, the Hemi in Hemisphere had long since vanished, leaving the Monroe Doctrine with – what? – nothing but a single sphere … which is to say, the entire world. For the mission – the messianic mission! – has never shrunk in the slightest (…) David Gelernter, the scientist and writer, argues that « Americanism » is a fundamentally religious notion shared by an incredibly varied population from every part of the globe and every conceivable background, all of whom feel that they have arrived, as Ronald Reagan put it, at a « shining city upon a hill. » God knows how many of them just might agree with President Bush – and Theodore Roosevelt – that it is America’s destiny and duty to bring that salvation to all mankind. Tom Wolfe
If Iran is able to successfully evade addressing the IAEA’s concerns now, when biting sanctions are in place, why would it address them later when these sanctions are lifted, regardless of anything it may pledge today? David Albright
Wasn’t Obama’s great international cause a nuclear-free world? Within months of his swearing-in, he went to Prague to so declare. He then led a 50-party Nuclear Security Summit, one of whose proclaimed achievements was having Canada give up some enriched uranium. Having disarmed the Canadian threat, Obama turned to Iran. The deal now on offer to the ayatollah would confer legitimacy on the nuclearization of the most rogue of rogue regimes: radically anti-American, deeply jihadist, purveyor of terrorism from Argentina to Bulgaria, puppeteer of a Syrian regime that specializes in dropping barrel bombs on civilians. In fact, the Iranian regime just this week, at the apex of these nuclear talks, staged a spectacular attack on a replica U.S. carrier near the Strait of Hormuz. Well, say the administration apologists, what’s your alternative? Do you want war? It’s Obama’s usual, subtle false-choice maneuver: It’s either appeasement or war. It’s not. True, there are no good choices, but Obama’s prospective deal is the worst possible. Not only does Iran get a clear path to the bomb but it gets sanctions lifted, all pressure removed and international legitimacy. (…) Consider where we began: six U.N. Security Council resolutions demanding an end to Iranian enrichment. Consider what we are now offering: an interim arrangement ending with a sunset clause that allows the mullahs a robust, industrial-strength, internationally sanctioned nuclear program. Such a deal makes the Cuba normalization look good and the Ukrainian cease-fires positively brilliant. We are on the cusp of an epic capitulation. History will not be kind. Charles Krauthammer
You set out to prevent proliferation and you trigger it. You set out to prevent an Iranian nuclear capability and you legitimize it. You set out to constrain the world’s greatest exporter of terror threatening every one of our allies in the Middle East and you’re on the verge of making it the region’s economic and military hegemon. Charles Krauthammer
Obama’s decision to literally extend a hand of friendship toward a Castro represents the abandonment of decades of cherished Democratic foreign affairs doctrine.  (…) By contrast, Obama has stood by and watched as the world’s most brutal regimes oversaw the reclamation of their power. Obama turned a blind eye toward the crushing of the Green Revolution in Iran in 2009, and today strengthens the Mullah’s domestic authority by inking dubious deals with Tehran that will allegedly yield great rewards for the Islamic Republic’s ruling class. In Iran, Obama is rightly seen as no friend to the friendless, and he has greatly strengthened the hand of the system’s stakeholders. The same could be said of Venezuela, where bloody anti-government riots broke out in 2014 and were subsequently crushed by Caracas. Though the global left and Nicolas Maduro’s government saw the riots as an extension of America’s desire to oust his regime from power, Obama made no statements to that effect at the rebellion’s zenith. Only over a year after the fighting in the streets had been quelled did the administration name a handful of Maduro regime officials as threats to American national security in order to target them with sanctions. Perhaps the president wanted to avoid a repeat of his galling refusal to follow up on his 2011 insistence that Syrian President Bashar al-Assad must go. That feel-good statement was not met with action. Quite the contrary; the president stood back and allowed the regime to slaughter hundreds of thousands of innocents with conventional and chemical weapons before tepidly committing to take action. But even that reluctant acknowledgment of the president’s responsibility to posterity was not met with engagement. Only when the situation became untenable, the terrorist threat to Western security grew imminent, and the attacks on human decency in the Middle East became truly unprecedented did the United States finally begin to address them. In Moscow, where Obama’s pledge to have more flexibility with the Putin regime in his second term was taken quite literally, the Soviet approach to information management and the suppression of domestic criticism is back in vogue. Journalists who dare to censure the regime again fear for their lives and livelihoods. The institutions of civil society that the Clinton administration invested time and energy, not to mention millions of dollars, trying to build up are now being eagerly destroyed by a Russia that sees more value in repression and revanchism than openness. Once an administration success story, a modest loosening of restrictions on freedoms in Burma has been completely reversed by the military junta in Naypyidaw. (…) In China, an economic powerhouse that nevertheless remains a one-party communist autocracy, America has tacitly consented to supporting the regime’s increased interest in total command and control. (…) Even within the NATO alliance, repression is on the rise. In Turkey, the secularism Kemal Ataturk regarded as a basic value has been de-emphasized. (…) The U.S. has joined other United Nations member in expressing concern over Turkey’s authoritarian drift, but human rights groups have called Obama’s silence on this matter “deafening.” In fact, about the only nation in which Obama pursued what he claimed was a purely humanitarian foreign policy was his decision to lead from behind while Europe toppled Muammar Gaddafi’s regime in Libya. There, the West’s attempt to stave off a humanitarian crisis yielded an even greater one. Not only is Libya a failed state today, but it serves as an incubator for fundamentalist Islamic terror groups. Obama surely hopes historians will define his legacy as one of nobly sloughing off the burdens of the past, and opening America up to a brave new dawn in which multilateral talk shops become powerful forces for good. But Obama confuses the people of the world for their governments – a distinction that his Democratic predecessors understood and frequently made. While Obama pursues what he considers a pragmatic approach to international relations, the tide of freedoms that characterized the end of the last century is waning. When the need to protect Obama’s image for the sake of the left’s sense of self-validation subsides, it will become clear that the president’s true legacy was one of accommodation toward international community’s most repressive elements purely for the sake of convenience and fleeting domestic political gain. Noah Rothman
It was U.S. policy that caused the destruction of the Libyan state, such as it was. U.S. policy, from starting a war to failing to plan for its Phase 4 post-combat aftermath, explains not only the god-awful mess that Libya has become, but also what happened to Ambassador Stevens and three other Americans in Benghazi on September 11, 2012. (…) Like Libya, Iraq was a nasty, authoritarian hellhole before U.S. policy made it even worse. We may blame that on the Bush Administration for mis-starting a war that had not been properly planned, but Iraq would not be quite the mess it is today had the Obama Administration not mis-ended it by yanking our presence out without a SOFA agreement. (…) Did Syria’s troubles fall out of the sky, too? Here U.S. policy is mostly guilty of sins of omission rather than sins of commission, some of them circling back to our hands-off-Iran supinity, but it is guilty all the same. As we have said here at TAI many times over the past three years, a judicious early use of U.S. power and leadership well short of kinetic action—difficult though it always was, true—could have averted the still evolving worst-case calamity that Syria has become. Syria is well on its way to complete Somalization. Far be it for me to advocate the use of U.S. force in any of these places. We cannot put these states back together at an acceptable cost in blood and treasure. As I have stressed in earlier posts (for example, here), what is happening, at base, is historio-structural in nature and no mere policy nipping and tucking can restore the status quo ante. I am no more in a mood to move chess pieces around on a table than the President is, especially if I have to do it with bombers, APCs, and Aegis cruisers loaded up with SLCMs. But to pontificate about the need for Arab self-help in these three cases, as though U.S. policy had nothing whatsoever to do with their present plights, very nearly surpasses credulity. It reminds me of a three-year old not yet well experienced at hide-and-go-seek who covers his face and thereby imagines that others cannot see him. Who in the region does the President think he’s fooling? Adam Garfinkle
The pattern of which I speak, conceived by the historian Walter A. McDougall, consists of four phases that tend to repeat in cycles. First, there is a shock to the system, usually in the form of a surprise attack: the shot fired at Fort Sumter in April 1861, the sinking of the Maine in Havana Harbour in 1898, the sinking of the Lusitania in 1915, Pearl Harbour in 1941, and September 11 in 2001. In the phase directly after the shock, the leader of the day—Lincoln, McKinley, Wilson, FDR, George W. Bush—vows to resurrect the status quo ante and punish the evildoers. That corresponds to Lincoln’s vow to save the Union, Wilson’s vow to defend the right of American free passage on the high seas, and Bush’s vow to find and punish the perpetrators of the September 11 attacks so that America’s minimally acceptable standard of near perfect security could be restored. But third, in the course of mobilising the national effort to achieve the limited goals set after the shock, the transcendent God-talk begins and the effort soon becomes enmeshed in the sacred narrative of American exceptionalism. This leads to a distension of goals and expectations, to geopolitical amnesia, and to what cognitive psychologists call a dominant strategy that is impervious to negative feedback and logical contradiction. And so, in the September 11 decade, we chose a war that thoughtlessly destroyed the regional balance against Iranian hegemonism without even stopping to ask about the broader implications of a Shi’a government in Baghdad. One does not, apparently, descend to the smarminess of geopolitical analysis when one is doing the Lord’s work. So, too, did we turn what could and should have remained a punitive military operation in Afghanistan into a quixotic, distracted, underfunded nation- and state-building campaign. And so, too, did we conflate all our adversaries into one monolithic demon—typical of eschatological thinking. The administration conflated secular, Ba’athi Iraq with the apocalyptical Muslim fanatics of al-Qaeda, and so went to war against a country uninvolved in 9/11 whose threat to America was not, as is commonly claimed, zero, but which hardly justified, or excused, the haste and threadbare planning with which the war was launched and conducted. Then, in the fourth phase, overreach leads to setbacks (the Korean War, for example, and the Iraq insurgency) and regrets (like the Vietnam War), ultimately resulting in at least temporary retrenchment … until the cycle starts all over again. This four-phase model fits the September 11 decade to a tee. The attack itself is of course phase 1; the Bush doctrine version 1.0 represents phase 2; the Second Inaugural signals the full efflorescence of phase 3; and the election of Barack Obama marks the consolidation of phase 4. It matters in all this, however, whether the ideological vehicle that propels phase 3 forward even remotely reflects or aligns with reality. When it does, as it did during and after World War II, no one pays attention since things tend then to turn out well. In the case of the September 11 decade, unfortunately, it did not. There have been basically two problems with it. First, the « forward strategy » for freedom’s ascription of causality for Islamist terrorism is mistaken. Second, even if it were not mistaken, the timetables in which democracy promotion was seen as a solution for mass-casualty terrorism do not even begin to match. The reason is that despite President Bush’s assertion that democracy promotion is « the work of generations » and that democracy is about more than elections, that is not the basis upon which the administration actually behaved. It rushed into premature elections in Iraq, Lebanon and the Palestinian territories, with troublesome and still open-ended consequences for Iraq and disastrous ones for Lebanon and Gaza. After September 11, as Americans searched for analogies that might help them understand the motivations for the attacks, most found themselves with very shallow reservoirs of historical analogies. Indeed, Americans tended almost exclusively to choose Cold War metaphors to explain September 11. Liberal idealists took their characteristic meliorist approach: It was poverty and injustice that motivated the attacks, and American policies that determined the target. There were dozens of calls for a « Marshall Plan for the Middle East », and hundreds of pleas to concentrate more than ever on solving the Arab-Israeli conflict, as if that were somehow a magic bullet that could fix all problems. Conservative idealists, as already noted, took the democracy-promotion approach, arguing that the motivation was not economic but political. Both were wrong; Islamist radicalism, in truth, is a form of chiliastic violence that has taken many forms in many cultures over the past two millennia, from the Jewish zealots of the First Century of the Common Era, to the 16th-century Peasants’ Revolt in Germany, to the 19th-century « ghost dances » of American Indians. But the obvious weaknesses of the meliorist approach encouraged conservative idealists in their conviction that their own view, therefore, must be right. (Manichean-minded Americans have real problems when any potential set of choices exceeds two.) The administration’s rhetoric went even further, however, suggesting that US policy was largely responsible for the debased condition of Arab political cultures. When Bush famously said in November 2003: « Sixty years of Western nations excusing and accommodating the lack of freedom in the Middle East did nothing to make us safe, because in the long run, stability cannot be purchased at the expense of liberty », he argued in essence that it was US policy, not the long incubated political culture of the region, that accounted for Arab autocracy. The Bush White House, in essence, adopted the wrongheaded left-wing side of an old debate over « friendly tyrants » as lesser evils and what to do with and about them, a very strange position for an avowedly conservative administration to take. The President also seemed to be saying, in a locution repeated by Secretary of State Condoleezza Rice in Cairo in June 2005 and many times thereafter, that US Cold War policy in the region was unsuccessful on its own terms, that it did not provide safety and stability. Adam Garfinkle
 The United States is the world’s pre-eminent if not hegemonic power. Since World War II it has set the normative standards and both formed and guarded the security and economic structures of the world. In that capacity it has provided for a relatively secure and prosperous global commons, a mission nicely convergent with the maturing American self-image as an exceptionalist nation. To do this, however, the United States has had to maintain a global military presence as a token of its commitment to the mission and as a means of reassurance to those far and wide with a stake in it. This has required a global network of alliances and bases, the cost of which is not small and the maintenance of which, in both diplomatic and other terms, is a full-time job. Against this definition of strategic mission there have always been those in the United States who have dissented, holding that we do, ask and expect much too much, and get into gratuitous trouble as a result. Some have preferred outright isolationism, but most serious skeptics of the status quo have preferred a posture of ‘offshore balancing’. Remove the bases and end the alliances, they have argued, and the US government will be better able, at less risk and far less cost to the nation, to balance against threatening developments abroad, much as America’s strategic mentor, Great Britain, did throughout most of the 19th century. This is the core conversation Americans have been having about the US global role since at least 1945. To one side we recall George McGovern’s 1972 ‘Come Home, America’ campaign plank, the Mansfield Amendment that would have removed US troops from Europe in mid-Cold War, and the early Carter administration’s proposal to remove US troops from South Korea spoken in rhythm to speeches decrying an “inordinate fear of communism”. To the other side has been almost everyone and everything else, so that the offshore approach has always been turned back, at least until now. Where is the Obama administration in this great debate? We don’t really know; the evidence, once again, suggests ambivalence. President Obama has rejected American exceptionalism as no American president before him ever has; he did so in London on 29 April 2009, when he answered a question as follows: “I believe in American exceptionalism just as I suspect that the Brits believe in British exceptionalism and the Greeks believe in Greek exceptionalism.” By relativizing what has always been an absolute, Obama showed how profoundly his image of America has been influenced by the received truths of the Vietnam anti-war movement and counterculture of the 1960s and 1970s. If he has a theory of American exceptionalism, it is a far subtler, humbler and more historically contingent one than the secular messianist, attenuated Protestant version that has been common to American history. The President also believes that downward pressure on the defense budget is warranted; his projected budgets show as much, though the prospective cuts are not draconian. But in this he joins a large, politically ecumenical contingent, so his views do not imply opposition to the forward-presence approach to grand strategy. And the fact that US relations with many of its allies, notably in Europe, have worsened during Obama’s tenure is more likely a consequence of the President being distracted than it is of any active dislike for either specific allies or alliances in general. Nor does his candid view that fighting in Afghanistan for another decade and spending $1 trillion doing so is not in America’s best national interest, mean that he is reticent about using force on behalf of strategic aims when it is in America’s interest to do so. Perhaps Obama accepts the forward strategy but will end up starving it of resources to the point that it will shockingly fail some crucial test—perhaps the worst outcome of all. Taken together, then, the administration’s track record, encompassing the whole spectrum from discrete policy arenas to the lofty heights of grand strategy, suggests the foreign policy equivalent of a Rorschach inkblot. Observers can see in it what they have wanted to see. Some have tagged the Obama administration a re-run of the Carter administration, but the fit is obviously imperfect; it’s very hard to see Carter during his first or second year in office ordering those Predator strikes, even harder to imagine him holding his tongue on human rights. Some have seen a replay of Nixon and Kissinger: Realpolitik hiding behind feel-good talk about allies and peace and the rest, trying simultaneously to play an inherited weak hand and set the stage for a grand bargain—this time with Iran instead of China. Still others think they are witness to the second coming of Franklin Delano Roosevelt: a shrewd opportunist who knows the limits set by domestic constraints, and whose main concern is national economic stabilization and social strengthening against the day when American power must meet a true test of destiny. The name game can go on because, while no great successes have sprouted forth from the Obama foreign policy, no great debacles have emerged either. (…) Read any serious history of American diplomacy and it becomes readily apparent how central the character of the president is to it. One of the great mysteries of understanding US foreign policy today in its essence is that, more than any other occupant of the Oval Office, Americans and foreigners alike simply do not have a good feel for who Barack Obama really is. Aside from being relatively young and recent upon the national political scene, he doesn’t fit into any category with which we are accustomed to understand intellectual and temperamental origins. More importantly, Obama’s ‘mentality’ is not only hard for outsiders to read, he is, thanks to the facts of his nativity and life circumstances, an unusually self-constructed personality. He is black in an obvious physical way but culturally not black in any significant way. He is a person who, finding himself naturally belonging nowhere, has striven to shape himself into a person who belongs everywhere. As his books suggest, he is a man who has put himself through more reconstructive psychological surgery than any American politician in memory. A few of the resultant characteristics are critically important for understanding how he serves as both president and commander-in-chief. Obama has understood above all that he must keep his cool. His cultivated aloofness is absolutely necessary to his successful political personality, for he cannot allow himself to exude emotion lest he raise the politically fatal specter of ‘the emotional black man’. His analytical mien, however, has made it hard for him to bond with foreign heads of state and even with some members of his own staff. His relationship with General Jones, for example, lacked rapport to the point that it seems to be a major reason for Jones resigning his position. But Obama’s ‘cool’ does not imply a stunted capacity for emotional intelligence. To the contrary: he knows unerringly where the emotional balance of a conversation needs to be, and it is for this reason that Obama’s self-confidence is so imperturbable. He knows he can read other people without letting them read him. And this is why, in parallel with the complex of his racial identity, he never defers to others psychologically or emotionally, not towards individuals and not, as with the US military, towards any group. The combination of ‘cool’ and empathetic control helps explain Obama’s character as commander-in-chief. He is respected in the ranks for sacking General Stanley McChrystal after the latter’s inexcusable act of disrespect and insubordination. That was control at work. But US troops do not feel that Obama has their back. He thinks of them as victims, not warriors, and one does not defer to victims. His ‘cool’, as well as his having had no prior contact with the professional military ethos at work, enjoins a distance that diminishes his effectiveness as commander-in-chief. Obama’s mastery at projecting himself as self-confident, empathetic and imperturbable has also compensated for his lack of original policy ideas. Whether in law school, on the streets of Chicago, in the US Senate or in the race for the White House, he has commanded respect by being the master orchestrator of the ideas, talents and ambitions of others. Many claim that his personality archetype is that of the ‘professor’, but this is not so; it is that of the judge. It is the judge who sits above others; they defer to him, not he to them. It is the judge who bids others speak while he holds his peace and shows no telling emotion. It is the judge who settles disputes and orders fair and just resolution. It is the judge whose presumed intelligence trumps all others. This kind of personality archetype can succeed well within American politics. In this sense it is precisely Charles Evans Hughes, a former chief justice of the US Supreme Court, not Carter, Wilson, Niebuhr, Nixon or FDR who stands as the true forebear of Barack Obama. But in the international arena even the American president cannot pull off a judge act and get away with it. Wilson tried and failed (or was that a prophet act?). The American president among his international peers is but one of many, perhaps primus inter pares but certainly without a mandate to act like it. Obama cum ‘judge’ has not impressed these peers: not among our European allies, who are ill at ease with his aloofness; not among Arabs and Muslims, who think him ill-mannered for bad-mouthing his predecessors while being hosted in foreign lands; not among Russians and Chinese, who think him gullible and guileless. Obama may still be popular on the ‘streets’ of the world because of the color of his skin, the contrast he draws to his predecessor, the general hope for renewal he symbolizes, and his willingness to play to chauvinist sentiment abroad by apologizing for supposed past American sins; but this matters not at all in the palaces where decisions are made. As his novelty has worn off, he impresses less and less. One reason President Obama does not impress the foreigners who matter is that he looks to be a figure in political distress at home. They know, as does the President, that his legacy will be forged in the context of the American domestic moment. Success at home can empower him abroad, but the opposite is not the case. That is why it is impossible to assess the Obama foreign policy bereft of its domestic political context. (…) If we now try to put all the foregoing factors together, what do we find assembled? We find a president in a tough spot who most likely does not know if he is inspired more by Wilson or Niebuhr, because reality thus far has not forced him to choose. We don’t know if he is resigned to a strategy of forward deployment or desirous of an offshore alternative because he likely doesn’t know either, having never been posed the question in so many words. We find a man whose inexperience leaves him with an incomplete grasp of what he gives up by asserting such close control over foreign policy from the White House. We see a man whose personality does not function abroad as successfully as it has at home, and so cannot with brilliant speeches alone dissolve the conflicting interests that define the cauldron of international politics into a comforting pot of warm milk. We see a man commanding a decision system untested by crisis, and one whose core issues remain unfocused for all the distractions of other challenges in his path. We see, lastly but not least, a man whose political instincts are no more detachable from him than his own shadow. From all these sources, bumping against and mixing with one another, comes the foreign policy of Barack Obama. Where the man will lead that policy, or the policy lead the man (the rest of us in tow), is now driven by the fact that the President is adrift conceptually since his initial engagement strategies did not succeed. Obama now awaits the crisis that will forge his legacy, but what that crisis will be, and whether the president will meet it with the American national interest or his personal political concerns foremost in mind, no one knows. No one can possibly know. Adam Garfinkle
Je ne pense donc pas que le Président ait une théorie stratégique explicite sur le dossier du Proche-Orient. Je n’entends tourner aucun des mécanismes de Kissinger. Ses orientations à l’égard de la région ressemblent plus à celles de George H. W. Bush : il a des intuitions, des instincts. Et ceux-ci lui soufflent qu’obtenir ce qu’on veut dans cette partie du monde est très difficile et le devient de plus en plus, dans la mesure où la possibilité d’avoir un interlocuteur unique – dont nous « jouissions » en ayant pour alliés des régimes arabes autoritaires et stables – n’est plus ce qu’elle était. (…) Si j’ai raison de soutenir que le Président Obama a des instincts et des intuitions, mais pas de grande et ambitieuse stratégie pour le Proche-Orient, a-t-il néanmoins quelque chose de plus précis à l’esprit, replaçant le Proche-Orient dans un cadre global plus vaste ? La réponse à cette question est la même : le Président n’est pas, je pense, un homme qui a confiance dans l’exercice d’une stratégie formelle, mais il ne fonctionne pas non plus complètement au cas par cas. Il croit probablement que les États-Unis sont effectivement trop investis au Proche-Orient et pas assez en Asie. D’où l’idée du pivot et peu importe qu’on l’ait sabotée en la présentant comme une proposition alternative. Selon toute vraisemblance, il s’est un jour demandé quel était le pire scénario pour le Proche-Orient. Ce qui se passerait si tout allait mal. En quoi cela affecterait vraiment les intérêts vitaux de l’Amérique. Non ses engagements traditionnels, non sa réputation, non ses obligations découlant de l’habitude et pas d’une approche nouvelle – mais ses authentiques intérêts vitaux. Et sa réponse a probablement été que, sauf réaction en chaîne en matière de prolifération d’ADM, les conséquences seraient minimes. Une fois encore, je doute qu’Obama déploie consciemment ici une logique stratégique explicite ou formalisée ou qu’il accepte les théories universitaires du réalisme bienveillant ou de l’équilibre naturel. Mais je pense qu’il se rend compte qu’après le relatif immobilisme de la Guerre froide, le monde est devenu globalement plus confus ; que le degré de contrôle que peuvent donner les relations interétatiques traditionnelles sur une zone aux enjeux importants a baissé à mesure que, grâce aux nouvelles cyber-technologies, les mobilisations populaires et populistes se sont accrues aux niveaux à la fois sous-étatique et trans-étatique. Le Proche-Orient est certainement bien plus compliqué et confus, même si ce n’est pas, ou pas encore, le cas du reste du monde. À mon avis, cette intuition a eu pour effet de rendre le Président Obama encore plus hostile au risque de manière générale et en particulier dans une région où il manque à tout le moins d’expérience et en son for intérieur d’assurance. Il est visiblement mal à l’aise lorsque ses conseillers sont divisés. Comme un juge, il essaie de trouver un dénominateur commun entre eux, ce qui est une bonne chose dans un travail de militant associatif, mais pas nécessairement en politique étrangère. Lorsque ses conseillers se livrent à une pensée de groupe, ce qu’ils font de plus en plus depuis le départ de Gates et de Donilon, ou lorsque aucun d’eux ne fait d’objections sérieuses à quelque chose (par exemple à la lubie de Kerry sur la paix israélo-palestinienne), il est satisfait de s’investir dans la gestion de son image – la twitterisation de la politique étrangère américaine en quelque sorte – parce qu’il sait qu’il ne peut tout simplement pas ignorer toutes ces choses. La sensibilité du Président aux limites a également tendance à rendre sa politique réactive et ses objectifs réels modestes. Aussi, dans la confusion qu’est le Proche-Orient aujourd’hui, il veut que l’Irak soit gouverné de manière plus inclusive. Il veut que la Syrie et la Libye soient gouvernées, point. Il veut que l’Égypte soit stable et il n’est pas très regardant sur la manière dont cela peut se faire. Il veut que l’Iran n’ait pas d’armes nucléaires et il est prêt à beaucoup de choses pour l’empêcher par la diplomatie car il pense probablement que les dirigeants iraniens ne peuvent pas aujourd’hui exercer leur volonté au-delà de leurs frontières avec plus de réel succès que nous. Il ne semble avoir d’idées précises et ne souhaiter agir préventivement que pour empêcher que des attaques terroristes tuent des citoyens américains, en particulier sur le sol des États-Unis. D’où son goût pour les attaques de drones, sa tolérance à l’égard de Guantánamo, son refus d’émasculer une série de programmes de la NSA, sauf à la marge, et son soutien généreux à l’ouverture discrète dans le monde entier de bases petites, mais puissantes, pour les forces spéciales. Cet ensemble de positions n’est ni de l’apaisement ni de l’isolationnisme. Ce n’est manifestement pas non plus du maximalisme stratégique. C’est quelque chose d’intermédiaire et dans cet entre-deux, suspendu entre des attentes héritées du passé et des hésitations dues au flou de l’avenir, les choses deviennent parfois étranges ou pénibles lorsqu’il faut prendre un nombre sans précédent de décisions. Étrange, comme Genève II.  Adam Garfinkle
Pour Obama, le terrorisme est, à la racine, un produit de la désintégration sociale. La guerre est peut-être nécessaire pour contenir l’avancée de l’Etat islamique, mais seulement une réforme sociale peut vraiment s’en débarrasser. Ajoutez à cette vision le vécu d’un parfait ‘outsider’, moitié blanc et moitié noir avec une enfance et une famille dispersée autour du monde, et on commence à voir le profil d’un homme avec une empathie automatique pour les marginaux et un sens presque instinctif que les plus importants problèmes du monde sont enracinés, non pas dans l’idéologie, mais dans des structures sociales et économiques oppressives qui renforcent la marginalisation. Cette sensibilité est plus large que n’importe quelle orthodoxie économique, et elle est enracinée dans la dure expérience du Sud de Chicago. Après avoir pris la tête de la plus importante superpuissance du monde en janvier 2009, ce travailleur social s’est mis à construire une politique étrangère qui traduisait ses impressions en actions géopolitiques.(…) Le monde était un énorme Chicago, ses problèmes essentiels pas totalement différents de ceux des Noirs du Sud de Chicago, et les solutions à ces problèmes étaient enracinées dans la même capacité humaine à surpasser les divisions sociales et les inégalités. Voilà en quoi consistait le « provincialisme » d’Obama, sa vision d’un monde qui favorisait les désavantagés et les opprimés, qui percevait les conflits idéologiques et politiques entre les gouvernements comme secondaires par rapport à des crises plus universelles et en fin de compte sociales qui troublaient un monde déjà tumultueux. (…) L’aversion du président Obama pour Netanyahu est intense et … Il y a peu de doute que cette hostilité soit devenue personnelle – un dirigeant juif américain a affirmé que c’est le président Obama lui-même qui a donné l’interview à The Atlantic, dans laquelle un responsable anonyme s’est moqué de Netanyahu en le qualifiant de « chickenshit » [poule mouillée] – mais ses origines sont plus profondes qu’une antipathie personnelle. (…) Lorsque Netanyahu insiste pour parler de l’histoire juive à l’Assemblée générale de l’ONU, tout en refusant d’aborder la dépossession palestinienne, quand il rejette d’emblée et à plusieurs reprises l’idée qu’une éventuelle réadaptation de l’Iran pourrait être plus souhaitable qu’une confrontation permanente, Obama entend des échos de ces militants de Chicago dont le chauvinisme a fait plus de mal que de bien à leurs communautés. (…) Pour les deux hommes, l’écart est plus profond que la fracture démocrates-républicains, plus profond que la question palestinienne, plus profond encore que la bataille sur l’Iran. Obama a cherché à introduire une nouvelle conscience dans les affaires mondiales, une conscience qui a défini son identité politique. Netanyahu défend les anciennes méthodes – dont dépendent, selon lui, la sécurité nationale. Haviv Rettig Gur
Iran must be taken seriously when it says it sees this negotiation as part of a struggle with an enemy. Liberal American diplomats often delude themselves that foreigners prefer them to conservative hardliners. They think that American adversaries like the Castro brothers or the Iranians will want to work cooperatively with liberals here, and help the American liberals stay in power in order to advance a mutually beneficial, win-win agenda. Thus liberals think they can get better deals from U.S. opponents than hardliners who, as liberals see it, are so harsh and crude in their foreign policy that they force otherwise neutral or even pro-American states into opposition. What liberal statesmen often miss is that for many of these leaders it is the American system and American civilization that is seen as the enemy. It is capitalism, for example, that the communists opposed, and they saw liberal capitalism as simply one of the masks that the heartless capitalist system could wear. For the Iranians, it is our secular, godless culture combined with our economic and military power that they see as the core threatFor the Iranians, it is our secular, godless culture combined with our economic and military power that they see as the core threat. Obama’s ideas from this point of view are if anything less sympathetic to Iranian theocrats than those of, say, American evangelicals who aren’t running around supporting gay marriage, transgender rights and an industrial strength feminism that conservative Iranian mullahs see as blasphemy made flesh. The mullahs in other words, don’t see blue America as an ally against red America. It is America, blue and red, that they hate and want to bring down. And while, like the Soviets during the Cold War, they may be willing to sign specific agreements where their interests and ours coincide on some particular issue, they do not look to end the rivalry by reaching agreements. The Iranians are as likely to use negotiations to trip up and humiliate Obama as they were willing to doublecross Jimmy Carter and to drag out hostage negotiations as a way of making him look weak in the eyes of the world. American power is what they hope to break, and they don’t like it more or trust it more when a liberal Democrat stands at the head of our system. The Iranians appear to believe that Obama desperately needs an agreement with Iran, and are using the leverage they think this gives them to tease and torment the president while they push for more concessions. (…) Given that the Iranians, as much as the communists before them, believe that the conflict between them and the United States is a conflict arising from the differences between the two country’s systems rather than from personality clashes or minor and adjustable conflicts of interest, the mullahs would by their own lights be foolish indeed if they didn’t do everything possible to push their advantages in Geneva and elsewhere. Walter Russell Mead

Attention: une guerre sainte peut en cacher une autre !

En ce 100e anniversaire du premier génocide du XXe siècle …

Et modèle et début, entre nazisme, communisme et à nouveau aujourd’hui islam comme l’a rappelé le pape, d’une longue liste de violences génocidaires …

Où après la reconnaissance du droit à l’arme nucléaire d’un pays appelant explicitement à l’annihilation de l’Etat hébreu …

Et après son refus de rencontrer le dirigeant sortant de l’unique véritable démocratie du Moyen-Orient …

Ou même de se déplacer pour le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz ou, défendu par ses belles âmes, la Marche de Paris pour la liberté d’expression …

L’actuel chef du Monde libre et discret Predator in chief n’a rien trouvé de mieux que de célébrer les prétendument historiques retrouvailles avec l’un des derniers dictateurs stalinistes de la planète …

Comment ne pas voir avec le politologue américain Walter Russell Mead …

Derrière l’impressionnante liste de mauvaises causes que le président Obama aura épousées …

Et sous couvert, au niveau intérieur et sociétal comme dans la France socialiste, de la non moins impressionnante liste de prétendues bonnes causes et d’intérêts bien compris

Le véritable objectif …

Tant des ennemis de l’Amérique et de l’Occident …

Que du Flagellant en chef et de toute sa génération de pleureuses …

A savoir derrière l’abaissement voire l’élimination de l’Amérique et d’Israël

Celui du Monde libre qu’ils représentent ?

Not A Partner For Peace
Walter Russell  Mead

The American Interest

April 10, 2015

The Supreme Leader’s Speech and Liberal Delusions Walter Russell MeadWhat liberal statesmen often miss is that for many of America’s adversaries, it is the American system and American civilization that are the enemies.
Iran’s Supreme Leader gave a speech yesterday regarding the nuclear framework agreement, and what he said cannot have been comforting to the Obama Administration. Khamenei made two unequivocal demands: 1) sanctions must be lifted as soon as a final deal is signed, and 2) there will be no inspections of Iranian military sites. These stand in sharp contrast to the framework agreement as it has been repeatedly described by Western leaders ever since they announced it more than a week ago.

Careful observers should not be terribly surprised—at least not by the first demand. None other than Iranian Foreign Minister Javad Zarif, Secretary John Kerry’s direct interlocutor at the talks in Lausanne, immediately tweeted after the announcement that in his understanding the sanctions would be lifted immediately upon signing—not gradually.

As to the question of inspections of Iranian military sites, that too was a contentious area of discussion carefully sidestepped during the framework negotiations. Leaks preceding the announcement of the agreement indicated that the talks nearly broke down due to Iran refusing to disclose what military nuclear research it had already undertaken.

It’s hard to predict how events will play out, but the Obama Administration should have no illusions on one count: Iran must be taken seriously when it says it sees this negotiation as part of a struggle with an enemy. Liberal American diplomats often delude themselves that foreigners prefer them to conservative hardliners. They think that American adversaries like the Castro brothers or the Iranians will want to work cooperatively with liberals here, and help the American liberals stay in power in order to advance a mutually beneficial, win-win agenda. Thus liberals think they can get better deals from U.S. opponents than hardliners who, as liberals see it, are so harsh and crude in their foreign policy that they force otherwise neutral or even pro-American states into opposition.

What liberal statesmen often miss is that for many of these leaders it is the American system and American civilization that is seen as the enemy. It is capitalism, for example, that the communists opposed, and they saw liberal capitalism as simply one of the masks that the heartless capitalist system could wear. For the Iranians, it is our secular, godless culture combined with our economic and military power that they see as the core threatFor the Iranians, it is our secular, godless culture combined with our economic and military power that they see as the core threat. Obama’s ideas from this point of view are if anything less sympathetic to Iranian theocrats than those of, say, American evangelicals who aren’t running around supporting gay marriage, transgender rights and an industrial strength feminism that conservative Iranian mullahs see as blasphemy made flesh.

The mullahs in other words, don’t see blue America as an ally against red America. It is America, blue and red, that they hate and want to bring down. And while, like the Soviets during the Cold War, they may be willing to sign specific agreements where their interests and ours coincide on some particular issue, they do not look to end the rivalry by reaching agreements.

The Iranians are as likely to use negotiations to trip up and humiliate Obama as they were willing to doublecross Jimmy Carter and to drag out hostage negotiations as a way of making him look weak in the eyes of the world. American power is what they hope to break, and they don’t like it more or trust it more when a liberal Democrat stands at the head of our system.

The Iranians appear to believe that Obama desperately needs an agreement with Iran, and are using the leverage they think this gives them to tease and torment the president while they push for more concessions. They think, for example, that his reluctance to intervene in the Middle East reflects his desperate hunger for a deal—and so they are doubling down on that by stepping up support for the Houthis in Yemen. With the announcement of the framework agreement and their subsequent pullback, they seem to be playing him exactly the way Lucy plays Charlie Brown: the goal is to snatch the football away after Charlie Brown is committed to kicking it.

Will Iran walk away from a deal, or will it sign? Ultimately, nobody except the Supreme Leader knows, and he may not have made up his mind quite yet. Whatever else Iran is doing, it is clearly try its best to push the final negotiations in a more favorable direction—waiting to see what else he can get before acting decisively.

Given that the Iranians, as much as the communists before, them believe that the conflict between them and the United States is a conflict arising from the differences between the two country’s systems rather than from personality clashes or minor and adjustable conflicts of interest, the mullahs would by their own lights be foolish indeed if they didn’t do everything possible to push their advantages in Geneva and elsewhere. Iran may in the end be willing to give Obama the deal he so badly wants, but the mullahs aim to make him pay the highest possible price for the smallest possible gain that they can.  From what we have seen in the days since the framework agreement was announced, Iran doesn’t think the squeezing process is over, and it thinks that the Obama administration can and will end up paying more to get less.

Voir aussi:

Iranian President: Diplomacy With U.S. is an Active ‘Jihad’
Diplomacy just as significant as new weapons, missiles
Adam Kredo
March 12, 2015
Iranian President Hassan Rouhani described his country’s diplomacy with the United States as an active “jihad” that is just as significant to Tehran’s advancement as the slew of new weapons and missiles showcased by the Islamic Republic’s military.

Rouhani praised the country’s military leaders for standing “against the enemy on the battlefield” and said as president, he would carry out this “jihad” on the diplomatic front.

Rouhani’s comments echo those of foreign minister and lead nuclear negotiator Javad Zarif, who said Tuesday that Iran has emerged as “the winner” in talks with Western powers. Like Zarif, Rouhani boasted that Iran’s years-long diplomacy with Western nations over its nuclear program established the Islamic Republic as a global power.

Iran has made headway in convincing the U.S. to allow it to maintain much of its core infrastructure through diplomatic talks that Rouhani said are viewed as a “jihad.”

“Our negotiations with the world powers are a source of national pride,” Rouhani said earlier this week. “Yesterday [during the Iran-Iraq War], your brave generals stood against the enemy on the battlefield and defended their country. Today, your diplomatic generals are defending [our nation] in the field of diplomacy–this, too, is jihad.”

“Our power is growing each day, but we don’t intend to be aggressive toward anyone. However, we will certainly defend our country, nation, independence, and honor wholeheartedly.”

Iran stands “10 times more powerful” than it was during the time of the Iran-Iraq War, Rouhani said, which “reflects a serious deterrence to the enemies’ threats.”

Iranian leaders view the ongoing talks with the United States and other nations as a source of global legitimacy.

Rouhani’s remarks have “significant domestic implications,” according to an analysis published by the American Enterprise Institute.

“Iran’s negotiations team to the status of Iran-Iraq War commanders, who are traditionally revered by the regime as upholders of Islamic Revolutionary values, could potentially lead to rhetorical backlash from regime hardliners opposed to the nuclear negotiations,” AEI wrote.

Matan Shamir, director of research at United Against Nuclear Iran, said Rouhani’s latest comments show he is not a moderate leader.

“While Rouhani talks about a ‘win-win’ nuclear deal to global audiences, his comments make clear that he continues to view the U.S. an antagonistic global oppressor that must be triumphed over, in this case by a diplomatic ‘jihad,’” Shamir said. “This is clearly not the language of a moderate or of a regime with which rapprochement is at all realistic.”

Zarif said Tuesday that a final nuclear deal with the United States is meaningless at this point.

“We are the winner whether the [nuclear] negotiations yield results or not,” Zarif was quoted as saying by the Tasnim News Agency. “The capital we have obtained over the years is dignity and self-esteem, a capital that could not be retaken.”

As Rouhani and Zarif grandstand on the nuclear front, Iranian military leaders have begun to unveil a host of new missiles and sea-based weapons.

General Amir Ali Hajizadeh, a leader in the Iranian Revolutionary Guard Corps, said Iran’s defensive capabilities “are non-negotiable in the nuclear talks,” AEI reported.

The comments came the same day Iran paraded its new cruise missiles.

Hajizadeh also dismissed economic sanctions on Iran, saying that “his is a message which should be understood by the bullying powers which raise excessive demands.”

On Wednesday, the State Department said any final deal with Iran was “nonbinding,” meaning that neither party would be legally obliged to uphold the agreement.

Voir également:

Obama has destroyed the Democratic Party’s legacy on human rights
Noah Rothman

Hot air

April 12, 2015

Marco Rubio couldn’t have asked for a better foil than a president in the White House who eagerly shakes the hand of a Castro in the pursuit of a “legacy issue.” When he launches his presidential campaign on Monday, it’s fair to expect the Florida senator to dwell on the matter of Obama’s crass disrespect for the oppressed Cuban people. The president has said he wants to break the “shackles” that constrain his freedom of action overseas. The “shackles” he derides were those foreign policy precepts that once rendered America the shining city on a hill, a beacon of freedom, and a champion of fundamental human aspiration for the better part of a century.

If he is so inclined, Rubio might also make note of the fact that Raul Castro doesn’t seem interested in playing the docile and repentant dictator in order to help Obama recast the communists in Havana as responsible international actors. In what CNN’s Jim Acosta called “a borderline rant,” Castro’s speech at the Summit of the Americas was apparently loaded with a fair amount of good, old-fashioned America bashing.

“Castro, in a meandering, nearly hour-long speech to the Summit of the Americas, ran through an exhaustive history of perceived Cuban grievances against the U.S. dating back more than a century—a vivid display of how raw passions remain over American attempts to undermine Cuba’s government,” Time Magazine reported.

Eventually, Castro said he had become “emotional” and apologized to Obama personally “because he had no responsibility for this.” What Castro refers to as “this” is, in fact, 200 years of American policy toward the Western Hemisphere – a source of much consternation for the revolutionary left. “In my opinion, President Obama is an honest man,” Castro glowed.

Having successfully courted the communist dictator, Obama and Castro proceeded to have what the administration apparently considered a historic, if not fruitful, bilateral meeting. “In a later news conference, Obama said that he was ‘optimistic that we’ll continue to make progress, and that this can indeed be a turning point,’” a Washington Post dispatch read.

A realist might look upon Obama’s approach to thawing relations with Cuba and smile. The United States has long regarded this region as pivotal, and Washington has warily eyed Beijing’s efforts to supplant U.S. influence in South and Central America and the Caribbean for years. But Cuba has counted itself a member of any foreign camp dedicated to balancing against U.S. power for decades, and the United States has somehow soldiered on without the complicity of a placid regime in Havana.

What’s more, Obama’s decision to literally extend a hand of friendship toward a Castro represents the abandonment of decades of cherished Democratic foreign affairs doctrine. One of the precious few lasting achievements secured by Jimmy Carter’s administration was to ensure that the concept of human rights served a pillar of U.S. foreign policy. In principle if not always in practice, respect for human rights became the sine qua non for friendly bilateral relations with the United States after 1977. That has remained the case through both Democratic and Republican administrations ever since. Many on the left would argue that this focus forced more than a handful of repressive regimes to extend to their domestic dissident elements the deference they needed in order to ultimately topple the governments they opposed.

By contrast, Obama has stood by and watched as the world’s most brutal regimes oversaw the reclamation of their power.

Obama turned a blind eye toward the crushing of the Green Revolution in Iran in 2009, and today strengthens the Mullah’s domestic authority by inking dubious deals with Tehran that will allegedly yield great rewards for the Islamic Republic’s ruling class. In Iran, Obama is rightly seen as no friend to the friendless, and he has greatly strengthened the hand of the system’s stakeholders.

The same could be said of Venezuela, where bloody anti-government riots broke out in 2014 and were subsequently crushed by Caracas. Though the global left and Nicolas Maduro’s government saw the riots as an extension of America’s desire to oust his regime from power, Obama made no statements to that effect at the rebellion’s zenith. Only over a year after the fighting in the streets had been quelled did the administration name a handful of Maduro regime officials as threats to American national security in order to target them with sanctions.

Perhaps the president wanted to avoid a repeat of his galling refusal to follow up on his 2011 insistence that Syrian President Bashar al-Assad must go. That feel-good statement was not met with action. Quite the contrary; the president stood back and allowed the regime to slaughter hundreds of thousands of innocents with conventional and chemical weapons before tepidly committing to take action. But even that reluctant acknowledgment of the president’s responsibility to posterity was not met with engagement. Only when the situation became untenable, the terrorist threat to Western security grew imminent, and the attacks on human decency in the Middle East became truly unprecedented did the United States finally begin to address them.

In Moscow, where Obama’s pledge to have more flexibility with the Putin regime in his second term was taken quite literally, the Soviet approach to information management and the suppression of domestic criticism is back in vogue. Journalists who dare to censure the regime again fear for their lives and livelihoods. The institutions of civil society that the Clinton administration invested time and energy, not to mention millions of dollars, trying to build up are now being eagerly destroyed by a Russia that sees more value in repression and revanchism than openness.

Once an administration success story, a modest loosening of restrictions on freedoms in Burma has been completely reversed by the military junta in Naypyidaw. In January, Human Rights Watch called on the government to “stop arresting peaceful protesters and immediately and unconditionally free those imprisoned.” It is a call you will not here echoed in Washington too loudly, lest the political class recall that the crowning achievement of Hillary Clinton’s tenure as America’s chief diplomat was to secure the illusory opening of Burma and to finally guarantee Aung San Suu Kyi’s pathway to power.

In China, an economic powerhouse that nevertheless remains a one-party communist autocracy, America has tacitly consented to supporting the regime’s increased interest in total command and control. A series of moves to roll back nascent freedoms of speech, religion, and expression in China in 2014 following the rise of President Xi Jinping has led many to wonder if information technology and free trade truly have the power to compel openness in closed societies. “China’s repression of political activists, writers, independent journalists, artists and religious groups who potentially challenge the party’s monopoly of power has intensified since Xi took office nearly two years ago,” The Guardian’s Simon Tisdall reported in December.

Even within the NATO alliance, repression is on the rise. In Turkey, the secularism Kemal Ataturk regarded as a basic value has been de-emphasized. As Ankara has grown friendlier toward Islamism, so has it embraced anti-democratic policies toward journalists and regime critics alike. “We feel the pressure every day,” one unnamed Turkish journalist told Haaretz in December. “We go over our articles with extreme care and remove anything that could give Erdogan’s dogs a pretext for going after us.” The U.S. has joined other United Nations member in expressing concern over Turkey’s authoritarian drift, but human rights groups have called Obama’s silence on this matter “deafening.”

In fact, about the only nation in which Obama pursued what he claimed was a purely humanitarian foreign policy was his decision to lead from behind while Europe toppled Muammar Gaddafi’s regime in Libya. There, the West’s attempt to stave off a humanitarian crisis yielded an even greater one. Not only is Libya a failed state today, but it serves as an incubator for fundamentalist Islamic terror groups.

Obama surely hopes historians will define his legacy as one of nobly sloughing off the burdens of the past, and opening America up to a brave new dawn in which multilateral talk shops become powerful forces for good. But Obama confuses the people of the world for their governments – a distinction that his Democratic predecessors understood and frequently made. While Obama pursues what he considers a pragmatic approach to international relations, the tide of freedoms that characterized the end of the last century is waning. When the need to protect Obama’s image for the sake of the left’s sense of self-validation subsides, it will become clear that the president’s true legacy was one of accommodation toward international community’s most repressive elements purely for the sake of convenience and fleeting domestic political gain.

Voir encore:

Qu’est-ce vraiment que l’instabilité ?

Adam Garfinkle

traduit par Commentaire

Les « experts » autoproclamés du Proche-Orient ont longtemps déploré l’instabilité de la région. C’est qu’ils ne savaient rien de la véritable instabilité.

Imaginez-vous en train d’essayer de suivre un match capital de base-ball ou de football – par exemple la finale de la Série mondiale de base-ball ou un Super Bowl – sans pouvoir y assister, ni même le regarder à la télévision, sans savoir quels joueurs ont été sélectionnés à ce moment-là et sans même avoir de commentaire en direct par la radio ou Internet. Vous ne disposez en tout et pour tout que de comptes rendus de seconde ou troisième main, dont on ne peut être certain qu’ils sont fiables et impartiaux et, pire, dont on a des raisons de supposer qu’ils brouillent ou déforment les faits. C’est un peu comme essayer de suivre aujourd’hui la politique étrangère américaine, en particulier sa politique au Proche-Orient. Il se passe des choses, alors même qu’on est en plein débat intérieur et qu’il y a des désaccords. On procède à des estimations et on prend des décisions, or ces expertises, importantes ou non, emportent des conséquences. Pour ceux qui ne sont pas sur le terrain et qui sont même dans l’impossibilité de suivre le match en temps réel, il est frustrant d’essayer d’imaginer ce qui est en train de se passer, car ce que nous savons du processus de décision pourrait s’expliquer de plusieurs manières.

Il est certain que la métaphore sportive connaît des limites. La politique étrangère américaine n’est pas un jeu. Elle ne peut se mesurer par un score chiffré. Il y a plus de deux équipes. Le nombre des joueurs de part et d’autre n’est ni le même ni fixe. On ne distingue pas nettement l’offensive de la défensive. La compétition ne s’arrête jamais tout à fait. Les règles sont floues. Il n’y a pas d’arbitre, à part peut-être la logique implacable de l’interaction stratégique. Vous avez néanmoins compris l’idée de base : il se passe des choses importantes, mais nous, qui ne sommes pas dans le secret des dieux, ne pouvons que faire des hypothèses sur ce dont il s’agit. Or c’est un « grand jeu ». L’instabilité sans précédent du Proche-Orient, quels qu’en soient les autres effets, va obliger les responsables américains à prendre un nombre sans précédent de décisions qui en engendreront d’autres, créant des réalités en fonction de la réponse apportée, avec lesquelles nous devrons vivre pendant des décennies. C’est une époque de remise à plat, c’est pourquoi il est tellement nécessaire (ou il devrait l’être) de prendre de bonnes décisions.

Nous connaissons la plupart des questions qui se posent : que faire s’agissant de la guerre civile en Syrie ? Quel est le meilleur moyen d’arrêter ou de limiter le programme nucléaire militaire de l’Iran ? Que faire face à la nouvelle fragmentation de l’Irak ? Comment faire pour que la situation en Syrie et en Irak ne se propage pas en Jordanie et au Liban ? Comment traiter le problème majeur que pose la Turquie, c’est-à-dire la question kurde en Syrie et en Irak, alors que ce pays est en pleine crise politique et que celle-ci pourrait être très grave ? Jusqu’où et de quelle manière pousser des négociations de paix israélo-palestiniennes et quelle priorité leur donner ? Comment influencer l’évolution politique du « printemps arabe » en Égypte, en Tunisie, en Libye, à Bahreïn et ailleurs ? Comment envisager les clivages confessionnels en formation dans la région et propres à certains pays ? En quoi le dossier de non prolifération est-il lié aux autres défis de la région ? Comment repenser le rôle des services de renseignement antiterroristes américains, compte tenu du retrait de tant de programmes et de personnel d’Irak et bientôt d’Afghanistan ?

Ce qui est frappant dans ces questions est qu’un grand nombre d’entre elles exigent une réponse immédiate alors qu’elles ont tendance à être très diverses, très difficiles et très imbriquées. Ce qui est inhabituel. À son tour, cette observation amène à d’autres questions : l’Administration Obama a-t-elle une théorie stratégique sur ce dossier régional, susceptible d’intégrer tous ces éléments dans un cadre logique global ? Et cette théorie sur le dossier du Proche-Orient, si elle existe, est-elle consciemment liée à des objectifs stratégiques globaux ? Si c’est le cas, d’où vient cette théorie ? Du Président ? Du secrétaire d’État ? De quelqu’un d’autre ? Les dirigeants se sont-ils, ou non, mis d’accord sur une partie de cette théorie, sa plus grande partie, sa totalité ?

Ce ne sont pas des questions simples car les différents présidents et dirigeants ont manifestement des manières différentes d’établir un lien entre les abstractions stratégiques et leur comportement politique. Certains ont bel et bien des théories explicites sur le dossier et s’efforcent avec cohérence de faire coïncider leur comportement et leur stratégie. Le mandat Nixon-Kissinger était la quintessence de ce genre d’approche ; instruits par la Seconde Guerre mondiale et disciplinés par la Guerre froide, les Administrations Eisenhower et Kennedy-Johnson s’en rapprochaient elles aussi.

Certaines Administrations ont eu des théories extrêmement abstraites, souvent intensément moralistes, sur ce dossier ; mais elles étaient trop abstraites pour rester cohérentes dans le processus politique. Elles ont souvent obligé ses subordonnés à deviner et à défendre ce que voulait le Président. Ce fut le cas des présidences Reagan et George W. Bush et, dans une certaine mesure, aussi celle de Carter.

Certains présidents et leurs conseillers les plus proches ont eu beaucoup recours aux intuitions en matière politique et n’ont pas été très enclins à formaliser l’exercice stratégique ou à expliciter leurs stratégies. L’équipe Bush-Scowcroft-Baker en est un exemple, de même que celle de Truman-Acheson. Un président peut être porté à la stratégie sans avoir de stratégie formalisée et, en période de calme, c’est ce qu’il peut faire de mieux. En effet, au moment où le président doit prendre des décisions, il n’a plus un très grand nombre d’options à sa disposition. Son instinct peut l’amener à regrouper d’une certaine manière les questions à trancher, même s’il ne peut expliquer totalement, ou de manière cohérente, pourquoi la décision qu’il a prise était de nature à satisfaire un Kissinger, un Brzezinski, un Acheson ou même un Scowcroft.

Certains présidents semblent ne pas avoir besoin de stratégie, n’être ni portés à penser en ces termes ni à l’aise avec cette méthode. Ils ont donc tendance à traiter au cas par cas les questions qui ne peuvent manquer de se poser en politique étrangère. La période Clinton-Christopher en est une illustration.

Et Barack Obama ? La politique étrangère de cette Administration se contente-t-elle d’improviser, comme l’affirment beaucoup et comme le laissent penser certains éléments du processus de décision ? Ou bien, quoi qu’on en pense, cette Administration a-t-elle, comme d’autres l’affirment, une théorie stratégique explicite sur ce dossier, intégrant le Proche-Orient dans une vision globale ? Ou encore, comme l’Administration de George H. W. Bush, a-t-elle des instincts très intelligents (ou très malencontreux) n’allant pas jusqu’à une stratégie explicite et formalisée, mais n’en conduisant pas moins, peu à peu, la politique dans une direction particulière ? Laquelle ? Comment le sait-on ? Quelles en sont les preuves ?

Une situation nouvelle

C’est à ces questions que je vais tenter de répondre. Mais, pour qu’une réponse ait du sens, il faut d’abord mieux comprendre en quoi un Proche-Orient totalement déstabilisé est une chose nouvelle et comment il en est arrivé là. On examinera ensuite brièvement quelques-unes des diverses décisions à prendre au Proche-Orient (Syrie, Iran et Irak), dans l’espoir de faire émerger un modèle caractérisant le processus de décision dans l’Administration Obama. Peut-être pourra-t-on alors définir l’approche de cette Administration, afin de se prononcer sur son degré de discernement et son cap probable.

Au cours des soixante-dix dernières années s’est développée une sorte de tic intellectuel chez les observateurs occidentaux occasionnels du « Proche-Orient » consistant à considérer la région comme « instable ». (J’ai prudemment mis Proche-Orient entre guillemets pour suggérer que les susdits observateurs occasionnels définissent sans grande rigueur la région dont ils parlent.) Or, comme beaucoup de choses, une zone n’est stable ou instable que par comparaison avec un autre endroit ou avec le même endroit à une autre époque. C’est pourquoi la manière de définir la zone dont on parle affecte nécessairement les comparaisons.

Par conséquent, si ces observateurs occasionnels occidentaux entendaient par « Proche-Orient » uniquement la zone du conflit « arabo-israélien » (et ce fut souvent le cas), alors les guerres de 1948-1949, 1956, 1967, 1970-1971, 1973, 1982, etc., les périodes de « paix », truffées d’actes de terrorisme, de représailles, de raids, d’assassinats et autres, justifient probablement de considérer cette zone comme extrêmement instable par comparaison avec l’Europe, l’Amérique du Sud et la plus grande partie de l’Asie durant la Guerre froide. Si ces observateurs entendaient parler du Levant ou des pays du Golfe, ou de l’Afrique du Nord ou, plus largement, du « monde arabe », ou encore plus largement, du « monde musulman », l’étiquette « instabilité » convient beaucoup moins. Certes, il y a eu des révolutions de palais, des assassinats et des interventions de militaires en politique, plus quelques insurrections, guerres civiles et autres épisodes de violences politiques de masse dans des pays de toutes ces zones. Mais il n’y a eu en réalité qu’une seule véritable guerre interétatique, dans laquelle Israël n’ait pas été impliqué, et aucune qui ait opposé des États arabes directement l’un à l’autre.

Il y a eu aussi des régimes extrêmement stables, qui ont duré très longtemps : Kadhafi en Libye, de septembre 1969 à octobre 2011 ; les Assad en Syrie, de novembre 1970 à ce jour ; Moubarak en Égypte, d’octobre 1981 à février 2012 ; le Baath en Irak, essentiellement sous Saddam Hussein, de juillet 1968 à mars 2003, et on pourrait continuer ainsi. Bien sûr, les cimetières sont stables eux aussi, c’est pourquoi la stabilité n’est pas, contrairement à ce que croient la plupart d’entre nous, toujours une bonne chose pour des sociétés civiles saines. Mais j’emploie le mot « stabilité » dans une acception descriptive, celle des sciences sociales – ni plus ni moins.

On peut se faire une idée de la relative stabilité qu’a connue le Proche-Orient pendant la plus grande partie de ces soixante à soixante-dix dernières années, jusqu’avant la fin de l’année 2010, en la comparant à ce qui s’y passe maintenant. À présent, la région dans son ensemble – quasiment sa totalité, quelle que soit la manière de la définir – est instable. Réellement instable. Cela pourrait même s’aggraver encore et c’est probablement ce qui se passera. C’est cela l’instabilité : toute une région engagée dans l’équivalent politique d’un derby de démolition, sauf que personne ne semble beaucoup s’amuser.

À l’heure actuelle, s’il n’y a pas de guerres conventionnelles entre pays voisins, ce qui se passe dans la région est de nature à produire un cocktail d’instabilité. Guerres civiles et insurrections actives majeures ? Voyez par vous-même : Syrie, Irak, Yémen, Afghanistan et Somalie (les deux derniers si l’on inclut des pays non arabes). Violence politique n’allant pas jusqu’à des insurrections organisées ? Libye, Égypte, Bahreïn, Liban et, sans doute, Algérie. Gouvernements simplement effrayés ou plus ou moins faibles ? Jordanie, Tunisie, Arabie Saoudite, Maroc, Soudan et tout à la fois le Hamas à Gaza et l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Gouvernements ayant en temps normal de bonnes institutions, mais aujourd’hui en crise politique et ne contrôlant pas la totalité de leur territoire national ? Turquie. Les deux seuls grands pays de la région (j’exclus les trois familles ou groupes de familles du Golfe à la tête de leur pays : Oman, Qatar et les Émirats arabes unis) qui contrôlent leur territoire national et qui, selon leurs propres estimations, ne sont pas au bord d’une débâcle intérieure, sont l’Iran et Israël. Or ces deux pays pourraient bien entrer en guerre avant même que le reste de la région ne se remette.

De plus, comme beaucoup d’observateurs l’ont fait remarquer, nous ne sommes pas confrontés seulement à deux douzaines de pays faisant face à des problèmes, mais à quelques pays dont l’existence même, en tant qu’entités politiques, est menacée. C’est sûrement le cas de la Syrie et probablement de l’Irak. Il n’est pas davantage certain que l’intégrité territoriale de la Libye, du Liban, du Yémen et du Soudan puisse être longtemps préservée. La perspective d’un soulèvement contre le régime (non pour faire tomber le gouvernement, mais pour changer vraiment de régime) dans les monarchies du Bahreïn, d’Arabie Saoudite, de Jordanie et du Maroc est loin d’être nulle. La montée du nationalisme pankurde aura des effets sur la configuration territoriale de l’Iran et de la Turquie ainsi que sur celle de l’Irak et de la Syrie. La « Palestine », qui est moins qu’une entité politique, mais plus qu’un produit de l’imagination politique, a longtemps été dans les limbes et, malgré les négociations actuelles, y restera probablement encore un certain temps. On ne parle donc pas seulement de la somme des problèmes de chaque pays, mais de tout un sous-système étatique régional, qui ondule et se désintègre sous l’effet de la décomposition de certaines de ses unités et de la faiblesse et de l’imprévisibilité croissantes des autres.

Qui blâmer ?

De même que les observateurs occidentaux occasionnels sont prompts à gloser sur l’instabilité du Proche-Orient, ils étaient, et sont toujours, déterminés à en faire porter la responsabilité à quelqu’un. La majorité de la presse américaine fonctionne sur l’analyse biographique : qui sont les étoiles montantes, qui voit son étoile pâlir ; qui est has been et qui ne l’est pas (encore). Cela épargne aux journalistes et aux rédacteurs en chef d’avoir à comprendre vraiment les problèmes ; en outre, ils ont probablement raison de penser que c’est ce qu’attendent la plupart de leurs lecteurs. Les potins de haute volée l’emportent très largement sur l’analyse de fond.

Ce qui a pour résultat qu’en fonction de leurs opinions politiques, certains attribuent au président Obama la responsabilité de la confusion actuelle au Proche-Orient. Il aurait dû intervenir très tôt en Syrie, déclarent-ils d’un air supérieur. Il aurait dû soutenir la révolution verte iranienne en 2009. Il aurait dû défendre Moubarak, même si les propres collègues de Moubarak étaient en train de le renverser. S’il avait fait tout cela, plus une liste interminable de choses qu’il aurait dû faire, mais n’a pas faites, ou qu’il a faites, mais n’aurait pas dû faire, tout irait bien aujourd’hui.

D’autres préfèrent blâmer George W. Bush et les neocons. C’est la guerre en Irak qui a tout provoqué. Je ne plaisante pas ; dans un bref article intitulé « What the War in Iraq Wrought », paru dans le New Yorker du 15 janvier 2014, un journaliste, nommé John Lee Anderson, attribue tout ce qui va mal dans la région, et même, par voie de conséquence, ce qui se passe en Égypte, à la guerre en Irak parce que c’est elle qui aurait créé le démon sectaire lâché aujourd’hui au Proche-Orient.

Certains sont plus œcuméniques dans leur révisionnisme : ce sont les États-Unis et toutes leurs Administrations, aussi loin qu’on puisse remonter, qui sont à l’origine de tous ces problèmes. À moins que ce ne soient les Britanniques ou les Français, ou l’Occident générique, ou les Russes ou (bien sûr, ne les oublions pas) les Juifs. Il semble rarement venir à l’esprit que les peuples de cette région pourraient avoir une certaine responsabilité dans leur situation actuelle. Et l’on ne pense presque jamais que chercher un bouc émissaire n’est peut-être pas le meilleur moyen de comprendre les réalités régionales.

Il est particulièrement agaçant d’entendre des gens, qui devraient être plus avisés, tenir ce genre de discours, plus encore lorsqu’ils les tiennent sur le mode du mea culpa. J’ai été stupéfait en entendant le Président Bush dire en 2003 : « Pendant soixante ans, les États-Unis ont recherché la stabilité au Proche-Orient au détriment de la démocratie et n’ont obtenu ni l’une ni l’autre », déclaration que Condoleezza Rice a souvent répétée lorsqu’elle était secrétaire d’État (ce qui, plus que toute autre chose, m’a amené à cesser de travailler pour elle). En d’autres termes, la raison pour laquelle les pays arabes n’étaient pas des démocraties et produisaient donc des terroristes ne tenait pas aux milliers d’années de leur propre expérience historique et culturelle, mais aux décisions de politique étrangère prises par les États-Unis au cours des six précédentes décennies. Tel était le raisonnement de ceux qui, à gauche, critiquaient le soutien des États-Unis aux régimes autoritaires dans le contexte de la Guerre froide. Que des Républicains ouvertement conservateurs se mettent à le reprendre avait de quoi vous couper le souffle, notamment parce que, quel que soit celui qui le tient, ce raisonnement est absurde.

Nous avons assuré la stabilité pendant ces soixante années. Quel que soit le critère retenu, la politique américaine au Proche-Orient pendant la Guerre froide a été un succès. Bien plus important, pour revenir à la question, il n’a jamais été en notre pouvoir de transformer les États arabes en démocraties. C’est une chose qu’aujourd’hui George W. Bush (je l’espère) a apprise à ses dépens ainsi que le docteur Rice. Il est stupéfiant que, même lorsque nous nous critiquons nous-mêmes, nous le fassions avec une dose d’hubris himalayesque : tout tourne toujours autour de nous. Sauf que c’est faux. Les États-Unis ne sont pas, et n’ont jamais été, le facteur déterminant de tout ce qui se passe au Proche-Orient, ni ailleurs non plus du reste (sauf peut-être à Panama à une époque). Redescendons sur terre.

Ce qui ne signifie pas pour autant que les décisions des présidents restent totalement sans effet. Pour le meilleur ou pour le pire, une partie de ce que font les États-Unis ne reste pas, la plupart du temps, sans conséquences ou a beaucoup de répercussions, de temps en temps au moins. La guerre en Irak s’est révélée peu judicieuse : à coup sûr la manière de la mener, voire la décision même de l’entreprendre. La manière dont nous avons décidé d’opérer en Afghanistan, après la chute du régime des Talibans, était également une erreur, bien qu’il ait fallu plus de temps à la plupart des observateurs pour s’en rendre compte. Rater ces deux guerres équivalait à une défaite stratégique américaine dans l’ensemble de la région ; tous les alliés et partenaires des États-Unis en ont donc pâti, de même que tous ses adversaires et rivaux l’ont emporté d’une manière ou d’une autre.

Ayant hérité de cette défaite, l’Administration Obama a décidé de réduire les pertes américaines et de voir ensuite si cette action aggravait ou non les choses. Il est certain que l’oscillation entre interventionnisme militant et repli américain sous Obama a elle aussi désorienté les esprits. S’agissant des vastes répercussions des récentes politiques américaines, la guerre en Irak a certes attisé les charbons ardents des dissensions confessionnelles, mais ce n’est pas elle qui les a créées. La recrudescence des violences entre sunnites et chiites remonte approximativement à 1973-1974, année où le quadruplement des prix du pétrole a tout à la fois préparé le terrain de l’effondrement du régime des Pahlavi en Iran et financé le wahhabisme saoudien, laissant présager une collision future entre les clergés extrémistes sunnite et chiite. (Non que, dans l’Islam, le conflit confessionnel soit exclusivement de nature théologique, il ne l’est pas plus que ne l’étaient les guerres de religion au xvie siècle en Europe.) Si l’Administration Obama avait rapidement et efficacement jugulé la situation en Syrie, elle aurait pu retarder l’affrontement confessionnel dans la région – mais probablement pas de beaucoup, puisque le démon avait déjà brisé ses chaînes en Irak et fait des apparitions mortelles dans un pays aussi éloigné que le Pakistan.

Des facteurs inhérents à la région expliquent une grande partie de ce qui se passe aujourd’hui. À quelques exceptions près, leurs sociétés tribales et leurs identités religieuses affaiblissent les États arabes. Ces États faibles, dont la plupart sont hétérogènes ethniquement ou religieusement, ont été incapables de créer des loyautés réelles ou d’obtenir, au fil des ans, une croissance économique forte ou une plus grande justice sociale. Beaucoup d’entre eux ont été fossilisés par la malédiction des ressources. Les tendances très patriarcales et autoritaires de ces sociétés les ont empêchées de s’adapter à nombre d’aspects de la modernité ; elles ont notamment été incapables de remplacer par une économie de marché la patrimonialisation des ressources opérée par une élite vivant de la rente qui caractérise tous les pays arabes, républiques ou monarchies, depuis le début de l’époque de l’indépendance.

Malgré toutes ces insuffisances, les élites des États arabes ont préféré blâmer l’Occident, les États-Unis et spécialement Israël ; et, plus bizarre encore, elles ont réussi à en persuader de nombreux Occidentaux. Il est certain que le caractère artificiel de nombre d’États territoriaux, créés dans le sillage de la Première Guerre mondiale, n’a pas arrangé les choses. Mais, dans la plupart des cas, après tant d’années, ce n’est ni le seul ni le principal obstacle ; et on ne peut certainement pas en attribuer la responsabilité au Président Bush, au Président Obama ou aux États-Unis en général.

Bref, les désordres du type de ceux que nous observons aujourd’hui au Proche-Orient ont de nombreuses causes, certaines très anciennes, d’autres plus récentes. Elles sont difficiles à démêler et encore plus difficiles à expliquer à des gens dès lors qu’ils n’ont pas envie de savoir si cela contredit leur quête de boucs émissaires, dans un but politique ou faute de meilleure idée. On peut améliorer la connaissance d’un militant politique, mais non le faire réfléchir.

Notre lamentable politique syrienne

Examinons à présent quelques-unes des décisions à prendre, énumérées ci-dessus, pour essayer de nous y retrouver dans l’écheveau des politiques. Même si beaucoup d’éléments de ce dossier sont interconnectés, on les étudiera les uns après les autres en les combinant au fil des besoins.

Tout d’abord la Syrie. Le meilleur moyen de comprendre la politique américaine à l’égard de la Syrie est de partir de la Libye. En mars 2011, avant que la Syrie ne se soit vraiment soulevée, le Président décida de s’associer à la Grande-Bretagne et à la France et d’entreprendre une guerre en Libye. Les conseillers de l’Administration étaient divisés face au désordre croissant en Libye. Le secrétaire à la Défense, Bob Gates, et tous les membres du Comité des chefs d’état-major étaient opposés à l’intervention. De même que le vice-Président Biden et le conseiller à la Sécurité nationale de l’époque, Tom Donilon, qui était « un homme de Biden ». C’était aussi le cas de beaucoup de gens à l’extérieur de l’Administration, dont le président du Council of Foreign Relations et votre humble serviteur.

Le Président semblait partagé. Aussi posa-t-il une série de conditions strictes pour consentir à l’intervention – dont un soutien de la Ligue arabe et une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la base de l’article 7. Toutefois, il écouta les partisans de la guerre lorsque le secrétaire d’État, Hillary Clinton, s’y rallia et que, peut-être à son grand regret et contre toute attente, les conditions qu’il avait posées se trouvèrent toutes réunies. Même s’il faut attendre des mémoires fiables pour en être certain, mon sentiment est que le Président ne tarda pas à regretter sa décision en voyant les conséquences multiples, sinistres et involontaires de l’intervention en Libye. Le défaut de planification par ses alliés de la phase de la guerre postérieure aux combats, malgré un triste précédent, a eu de sombres répercussions en Libye (qui ont conduit au raid sur Benghazi de septembre 2012), mais aussi au Mali, au nord du Nigéria et, sans doute, en Algérie.

Aussi, lorsque, quelques mois plus tard, ses conseillers se divisèrent à nouveau sur la Syrie, le Président Obama résolut de ne pas s’en mêler. Il est difficile de dire dans quelle mesure des considérations de politique politicienne entrèrent en jeu – l’élection de 2012 approchait –, mais il est probable selon moi qu’elles ont tenu une place importante (je l’ai dit à l’époque). En toute hypothèse, même sans échéance électorale pour altérer son jugement, la passivité américaine à l’égard de la Syrie était tout à fait prévisible.

Il ne fait pas de doute que, dès le début, le Président a entendu force analyses et propos amers sur la Syrie. Il est à mon avis malheureux qu’à cause de la Libye, on ait fait preuve d’une prudence excessive. Prendre rapidement le leadership, de concert avec la Turquie et avec le soutien de l’OTAN, aurait pu arrêter la violence avant qu’elle ne se soit métastasée, radicalisée entre camps religieux et étendue à d’autres pays. Il n’était pas nécessaire, ni même souhaitable, pour y parvenir, d’envoyer des troupes sur le terrain ni même d’instaurer dès le début des zones d’exclusion aérienne. Il y a des moyens d’exercer de l’influence sans pour autant mettre en danger un grand nombre de soldats américains : c’est pour cette raison que nous avons des alliés, des opérations de renseignement, des forces spéciales et tout un assortiment de cyberprocédés douteux. Mais l’Administration a découragé les Turcs et la politique de passivité qu’elle a adoptée s’est révélée être la plus coûteuse de toutes les politiques.

Pour être honnête, la Syrie a toujours constitué un problème difficile. Si la Libye est une île du point de vue militaire et un petit pays en termes démographiques, la Syrie est plus vaste, plus difficile à vaincre militairement et, comme on le sait, elle dispose de stocks d’armes chimiques, voire biologiques. Les armes à longue portée, comme les missiles de croisière, ne sont pas ce qu’il y a de mieux pour maîtriser l’espace aérien ou pour travailler en étroite coordination avec des forces rebelles sur le terrain. Le président du Comité des chefs d’états-majors interarmées, Martin Dempsey, a du reste abondam ment déclaré qu’il faudrait effectuer 700 sorties pour détruire le système de défense aérienne syrien avant que les avions américains puissent entrer en action. C’est un nombre qui paraît élevé et c’était bien l’impression que Dempsey voulait donner en le citant. Cependant, à la différence de la Libye, le dossier syrien comportait des enjeux très importants, pour la plupart liés à l’Iran. La combinaison d’enjeux d’intérêts nationaux incontestables et d’options militaires malaisées rendait donc les choses difficiles.

Le temps que l’Administration en vienne à envisager sérieusement d’armer les rebelles (elle commença par coordonner des accords avec des tiers, comme la Croatie, et par demander à la CIA de faire passer quelques stocks d’armes de Libye aux rebelles syriens), un grand nombre de jihadistes sunnites radicaux avaient fait leur apparition et fusionné dans Jabhat al-Nusra. Ce qui rendait encore plus difficile ce qu’on avait déjà du mal à entreprendre. Il était normal de s’inquiéter que des armes américaines puissent tomber entre de mauvaises mains, c’est pourquoi l’envoi de matériels non létaux devint la forme d’aide préférée. Mais l’inquiétude ne devrait pas être paralysante, à moins que l’on ne veuille précisément être paralysé et que l’on ait des raisons pour cela.

Même l’aide non létale arrivait lentement et en petite quantité, conduisant certains observateurs à soupçonner que l’Administration voulait à présent que le régime Assad survive pour faire contrepoids aux jihadistes sunnites. (Peu importait l’égarement qui lui avait fait déclarer « Assad doit partir » lorsqu’on avait l’impression que c’était ce qui allait se produire.) Du coup, certains allèrent jusqu’à affirmer que la passivité en Syrie était un élément de négociation pour amadouer les Iraniens. C’est bien possible. Maintenant que nous connaissons l’étendue et les dates des contacts secrets avec l’Iran, menés en partie par l’ambassadeur Jeffrey Feltman depuis son poste de l’ONU à New York, on peut imaginer lebody language des Américains, voire leur langage au sens propre. Ils ont effectivement pu tenir ce discours aux Iraniens : « Écoutez, faites ce que vous voulez en Syrie ; nous, Américains, n’avons pas l’intention de nous ingérer dans vos relations avec vos voisins. Nous ne cherchons même pas à renverser le régime. » Et, comme preuve de l’absence d’intentions agressives, on a très bien pu évoquer les débuts de la politique d’« engagement » de l’Administration, qui a conduit les États-Unis à adopter une attitude réservée lors du soulèvement de l’opposition verte en 2009.

On reviendra plus loin sur le dossier iranien, mais il est essentiel de comprendre que, dès le départ, l’Administration Obama a considéré la Syrie comme un sous-problème de moindre importance dans le cadre d’une politique centrée sur l’Iran. En cela, elle était dans la ligne des précédentes Administrations. Les États-Unis n’ont en fait jamais eu de politique spécifique à l’égard de la Syrie. Notre ligne vis-à-vis de celle-ci a toujours été un dérivé de politiques plus importantes – relations arabo-israéliennes, Irak, Turquie, Liban, etc. Par le passé, cette tendance a eu de très malheureuses conséquences, permettant même au régime syrien de tuer des Américains et de s’en prendre par ailleurs à des intérêts américains – comme en Irak, par exemple – sans en payer vraiment le prix. Cette fois-ci, elle paraissait au moins un peu plus logique.

On peut bien sûr soutenir qu’une politique américaine plus énergique à l’égard du régime Assad aurait assuré plus d’efficacité à sa politique iranienne, mais ce n’est pas l’approche adoptée par l’Administration Obama. Les Iraniens ne craignaient plus les programmes d’ADM irakiens, tournure des événements assez ironique compte tenu de l’attitude du Président à l’égard de la guerre en Irak. Je subodore en outre que l’Administration pensait que, si le régime iranien cessait de nous considérer comme une menace mortelle, son analyse en termes de coûts-avantages de l’acquisition d’armes nucléaires s’en trouverait modifiée. Nous pouvions en augmenter le coût par des sanctions et réduire par la diplomatie les avantages d’une politique aussi risquée – et nous pourrions peut-être traduire cette nouvelle approche iranienne par un accord officiel. Mais revenons pour l’instant à la Syrie.

Les lignes rouges

La passivité américaine face à la guerre civile syrienne se prolongeant, le cours de la bataille tourna à l’avantage du régime. Il est clair que l’une des raisons de la passivité initiale des États-Unis était l’impression, confirmée par les évaluations des services de renseignement, que les rebelles allaient gagner, avec ou sans notre aide. On en voyait la preuve dans les défections de sunnites de premier plan, tels Manaf Tlass et d’autres. Mais, comme c’est le cas depuis très longtemps en Syrie, les sunnites ne parvinrent pas à s’entendre entre eux ni à coopérer vraiment pour passer de leurs premiers succès à la phase de destruction du régime. Pendant ce temps, les Russes déversaient des armes et des conseillers, dont certains s’étaient battus en Tchétchénie, et les Iraniens, via le Hezbollah et les brigades al-Qods, commençaient à apporter une aide décisive à Assad. Le cours de la guerre se renversa. Mais l’Administration Obama n’agit pas davantage – si ce n’est que sa politique se concentra dès lors sur les armes chimiques syriennes : la Maison-Blanche traça la première des deux « lignes rouges » contre l’emploi d’armes chimiques.

J’imagine que le Président pensait que la première ligne rouge sur les armes chimiques ne l’engageait pas – c’était un moyen de paraître fort et impliqué, sans prendre le moindre risque. À ce moment-là, aucune arme chimique n’avait été utilisée pendant les combats. C’était profondément méconnaître le régime alaouite et ses dirigeants. L’Administration aurait dû faire plus attention à l’habileté que les Syriens mettaient à humilier Kofi Annan et au plaisir qu’ils en retiraient. En fait, le régime syrien n’aurait peut-être jamais utilisé d’armes chimiques si le Président Obama ne l’avait pas mis en garde contre leur emploi – en vérité, aucune raison strictement militaire ne les y obligeait. Sentant la réticence d’Obama à s’engager militairement, le régime syrien fit ce qu’il sait le mieux faire : intimider, provoquer et croiser le fer psychologiquement avec une partie moins engagée. De plus, en utilisant les armes chimiques sans avoir à en payer le prix, il narguait les rebelles en leur signalant qu’il était très vraisemblable que les Américains les laisseraient tomber.

Vint alors la seconde ligne rouge sur les armes chimiques et nous nous souvenons tous de ce qui suivit. N’ayant utilisé auparavant qu’une très petite quantité d’armes chimiques pour tester la réponse américaine (il n’y en eut pas), les Syriens les employèrent alors à grande échelle et de façon manifeste. Certains Américains crédules (dont l’éminent James Fallows) affirmèrent que l’opposition avait fait cela en catimini pour incriminer le régime, mais nefirent qu’étaler leur ignorance et leur mauvais jugement. Les Russes étaient eux aussi enclins à croire ce mensonge, mais on n’en attendait pas moins d’eux en tant que conseils d’Assad.

Au milieu de tous ces nocifs gaz virtuels, de peur d’être obligée d’agir, l’Administration s’efforça d’ignorer les preuves d’emploi réitéré d’armes chimiques. Il devint trop embarrassant de persister dans cette attitude, dans la mesure où les preuves s’accumulaient, venues de partout, y compris des services de renseignement français et britannique. Alors, l’Administration se mit soudain en colère et se prépara à agir, allant jusqu’à envoyer en Méditerranée six navires équipés de missiles de croisière. Mais, tout aussi subitement, après que les Britanniques lui eurent retiré leur soutien en raison de l’opposition imprévue de leur Parlement, Obama décida de ne pas se montrer moins démocrate que la Grande-Bretagne et de demander l’approbation du Congrès.

On ne sait toujours pas vraiment si Obama pensait obtenir cet accord ou s’il savait que ce ne serait pas le cas et qu’il pourrait ainsi blâmer le Congrès de l’empêcher de faire une chose qu’il n’avait jamais vraiment voulu faire. Quoi qu’il en soit, au cours de cet épisode, l’Administration laissa entendre qu’il s’agirait d’une attaque « très réduite » avec des armes commandées à distance – absurde et fâcheuse remarque de Kerry, destinée à tranquilliser les sceptiques au Congrès, inquiets d’un risque de dérive. Le Président se sentit obligé de le contredire en public (« l’armée américaine ne fait pas de piqûres d’épingle »). Mais le mal était fait ; la langue du secrétaire d’État avait fourché, privant une éventuelle attaque de la plus grande partie de son impact, avant qu’on ait même posé le doigt sur la gâchette. Finalement, comme on le sait, après avoir fait naître de faux espoirs, le Président prit le contre-pied de la plupart de ses assistants et renonça à l’usage de la force contre un simulacre d’accord sur les armes chimiques conclu sous l’égide des Russes.

Il n’y a rien de mal à éliminer les armes chimiques syriennes, compte tenu du risque d’effondrement de l’État syrien, mais cet accord n’élimine pas toutes les armes chimiques de Syrie. Il ne met fin qu’à celles que le régime a déclarées – et nous n’avons aucun moyen fiable de vérifier l’existence de ce qu’il a passé sous silence. Il est très probable que les armes les plus modernes et les plus létales n’ont pas été déclarées, laissant la soi-disant communauté internationale – essentiellement les États-Unis, comme c’était prévisible – jouer le rôle de ramasseur d’ordures de produits dangereux, qui plus est en prenant les frais en charge.

Il était extrêmement douloureux de voir le Président passer de ligne rouge en ligne rouge, puis au subterfuge du Congrès et enfin au gilet de sauvetage diplomatique russe (qui n’était pas aussi improvisé que l’Administration a voulu le faire croire à l’époque). Le nouveau conseiller à la Sécurité nationale, Susan Rice, s’est révélée parfaitement incompétente en présidant, ou en essayant de présider, à la recherche de l’excuse la plus embarrassante que j’aie jamais vue dans un processus de décision en politique étrangère.

Et pour quel résultat ? Premièrement, comme beaucoup de gens l’ont fait remarquer, l’accord sur les armes chimiques légitimait Assad et le transformait en partenaire pour la mise en œuvre de l’accord – en contradiction directe avec la politique du « Assad doit partir ». Le retard mis à évacuer les produits chimiques du pays a fait ressortir la même contradiction. La Syrie étant une zone de guerre, il fallait sécuriser le transport par voie de terre avant de transférer les produits chimiques vers un port. Or qui rendait le transport par voie de terre problématique ? Nos alliés putatifs, l’Armée syrienne libre (ASL) et ses associés. Nous étions donc obligés de nous plaindre que nos alliés retardaient la mise en œuvre d’un accord que nous avions conclu avec leur ennemi, qui est aussi le nôtre. En d’autres termes, nous voulions à présent que la partie, que nous souhaitions voir gagner, perde temporairement et localement pour faire progresser un accord de contrôle d’armement largement cosmétique et totalement dissocié du reste de la guerre civile. Si ce n’est pas la preuve de l’incohérence et de l’irresponsabilité de cette politique, je me demande bien ce que c’est.

Indépendamment de l’impression produite aux États-Unis, l’ASL l’a interprétée comme une trahison, de même que les Saoudiens. Le régime syrien a accéléré ses opérations militaires dans la foulée de l’accord sur les armes chimiques ; une fois Assad certain que les États-Unis n’emploieraient pas la force, il a risqué le tout pour le tout en essayant d’écraser l’opposition. Il s’est concentré sur le tissu conjonctif reliant la région de Damas à la province de Lattaquié (où la bataille pour al-Qusayr a été déterminante – il suffit de regarder une carte) et, plus au nord, pour reprendre Alep. Il a depuis bien progressé dans ces deux zones.
Genève II

Pourquoi se dépêcher ? La raison en était la conférence de Genève II, qui devait avoir lieu en mai dernier et qui a finalement eu lieu en janvier 2014.

En juin 2012, neuf nations se sont retrouvées à Genève, la majorité d’entre elles pour essayer de travailler à un régime de transition sans Assad. Mais deux d’entre elles voulaient tout le contraire : c’est-à-dire pas d’accord sur cette question. La réunion du Groupe d’Action, nom qui lui fut donné, constituait l’ultime effort de Kofi Annan, parrainé par l’ONU, pour arrêter la guerre. Comme il fallait s’y attendre, elle échoua, de même que toutes les autres tentatives d’Annan. La Russie et la Chine bloquèrent toute formule appelant au départ d’Assad. On s’entendit sur une déclaration constituant le plus petit commun dénominateur : elle mentionnait sans grande conviction la nécessité de créer un régime de transition, sans dire explicitement qu’Assad ne pourrait pas en faire partie. Elle indique en effet que ce régime « pourra comprendre des membres de l’actuel gouvernement et de l’opposition ainsi que d’autres groupes et sera formé sur la base du consentement mutuel ».

Le reste du communiqué relevait largement de l’ineptie et de l’utopie : s’agissant de chimériques cessez-le-feu, de la démocratie dans une zone qui ne l’avait jamais connue en quatre mille ans. Il comportait en outre des éléments involontairement humoristiques. Alors que des innocents étaient massacrés par milliers par leur propre gouvernement, les rédacteurs de l’ONU prirent le temps de réclamer que des femmes soient représentées à toutes les phases de la transition. Ce qui était vraiment gentil.

À l’approche de Genève II, tout se mit peu à peu à menacer de dérailler. L’irresponsabi lité et l’incohérence de cette politique apparurent de nouveau au grand jour. Dans un contexte où des groupes rebelles s’étaient lancés dans des luttes violentes et fratricides et où le régime avait pris l’avantage, notamment dans la région d’Alep, le gouvernement américain essaya d’obtenir de la coalition de l’ASL qu’elle assiste à la réunion de Genève II. Mais cette coalition compte 144 groupes et les récents combats contre l’État islamique d’Irak et du Levant (ISIS) l’avaient encore plus divisée. La plupart des groupes d’opposition ne voulaient pas y aller à moins que la conférence ne prévoie expressément le départ d’Assad. C’est pourquoi Kerry a répété avant Genève II que c’était précisément le sens que les États-Unis donnaient à cette conférence. Toutefois, la présence de certains groupes d’opposition, alors que nombre d’entre eux n’y participeraient pas, risquait d’accentuer les divisions et donc d’affaiblir la coalition militaire sur le terrain en Syrie.

Je n’arrive pas à comprendre comment le Département d’État peut faire cette lecture du communiqué du 30 juin 2012. Ce n’est pas la lettre du texte et ce n’est certainement pas la lecture qu’en font le régime syrien ou les Russes. Kerry a accusé les Syriens de « révisionnisme » dans leur interprétation du document du 30 juin 2012, mais l’accusation peut tout aussi aisément lui être retournée. C’est ainsi que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a pu inviter les Iraniens à la dernière minute, invitation à laquelle le gouvernement américain s’est opposé tout en semblant l’encourager. Les dernières semaines, Kerry avait en effet paru très soucieux que les Iraniens soient associés à la conférence, mais pas en tant que participants, puisqu’ils étaient censés ne pas accepter l’interprétation américaine des termes de la conférence. Cependant, les Iraniens pouvaient approuver la lettre du communiqué du 30 juin 2012, qui ne préjugeait d’aucune manière de l’avenir d’Assad. C’est pourquoi Moon, qui sait lire, les avait invités.

Ce qui mit Kerry en colère. Aucun secrétaire d’État américain n’aime qu’un type de l’ONU vienne lui couper l’herbe sous le pied, qui plus est sans avertissement et à un moment particulièrement sensible. Le Département d’État a donc demandé à Moon de retirer l’invitation faite à l’Iran, alors même que c’était le body language américain, engageant à l’égard de l’Iran, qui l’avait probablement convaincu de la lancer. Moon s’est rapidement exécuté, mais à contrecœur. L’annulation de l’invitation a épargné au gouvernement américain de devoir se retirer de la conférence qu’il parrainait, événement dans lequel nous avions assidûment et futilement mis tant de vains et faux espoirs.

Mais cela aurait peut-être été préférable. Compte tenu de la situation sur le terrain et du refus des États-Unis de faire quoi que ce soit, même de vaguement efficace, cette conférence ne pouvait aboutir à ce que l’Administration en espérait. Les adversaires ne veulent pas démordre de leur vision d’un jeu à somme nulle et les parrains de la conférence ne sont pas d’accord sur le fond, c’est-à-dire sur ses objectifs. L’échec américain sera donc vu dans toute la région comme la confirmation de l’impuissance américaine et comme une victoire d’Assad, des Iraniens, des Russes et de la brutalité totalement impitoyable exercée contre des populations civiles. J’avoue ne pas comprendre pourquoi nous devrions avoir envie d’en être complices.

Se lamenter du peu de chances de réussite de ce round de la diplomatie de Genève, tout en soulignant que « c’est la seule chose qu’il nous reste à essayer » – des responsables américains ont bien dit en public des choses de ce genre –, montre seulement, une fois encore, que la diplomatie peut bel et bien être nocive si les dirigeants ne parviennent pas à comprendre que la force et la diplomatie sont complémentaires et non opposées. Bêler que ce n’est que le début d’un long processus ou que la conférence encouragera des défections au sein du régime ou qu’une vision alternative à la guerre est en soi utile est une pure sottise. On n’arrête pas une véritable guerre civile avec des cartes de vœux rédigées de manière bien sentie ni avec une bouillie débile sur « comment réussir une négociation ». Tout ce que cette conférence a fait, fait et fera est de multiplier encore le nombre de morts tandis que les deux parties cherchent à prendre l’avantage militaire sur le terrain.

Vous faut-il un autre exemple de la nocivité que peut avoir une diplomatie bornée ? Alors que Genève II approchait, les États-Unis se sont officiellement associés à la Russie pour tenter de persuader les deux parties de déclarer des cessez-le-feu avant la conférence, y voyant un moyen de mettre fin définitivement à la guerre. Mais il y a des preuves incontes tables sur le terrain que le régime syrien offre non des cessez-le-feu locaux, mais des conditions de reddition. En échange de doses homéopathiques de nourriture et de médicaments, le régime demande aux civils assiégés de faire flotter le drapeau syrien au-dessus de la ville ou des alentours. Mais, dès que des agents du régime entrent dans la ville, ils exigent qu’on leur dise où se trouvent les combattants rebelles, arrêtent quelques personnes et abattent purement et simplement ceux qui essaient de s’enfuir. Ce sont des « cessez-le-feu » à la mode tchétchène. John Kerry peut-il vraiment l’ignorer ? Et, s’il le sait, comment peut-il les encourager ? Est-il cynique au point d’être prêt à trahir sciemment des alliés des États-Unis pour mettre fin à la guerre ?

Quoi qu’il s’y passe, le spectacle de Genève II déshonore d’ores et déjà la grande tradition du leadership politique américain. Mieux vaudrait que cette ombre jetée sur notre politique se limite au Proche-Orient. On peut néanmoins se demander ce que, par exemple, les responsables japonais pensent au fond d’eux-mêmes en ce moment. Quant à Kerry, il se borne, apparemment, à répéter qu’il faut laisser une chance à la politique d’apaisement.

Miser sur l’Iran ?

Ce qui nous ramène à l’Iran. Les équipes techniques sont parvenues à un accord sur le nucléaire qui devrait entrer en application. Ce qui est une bonne chose, pour le moment, malgré les défauts de cet accord. La brièveté de sa durée d’application (six mois seulement) et la capitulation de l’Occident sur le principe de l’enrichissement de l’uranium rendent plus probable une éventuelle bombe iranienne, et non l’inverse. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, seule la perspective d’un changement dans les relations américano-iraniennes, indépendamment de tout accord, peut justifier que l’on prenne ce risque. Or quelle est la probabilité de ce changement ?

Elle n’est pas égale à zéro, mais elle n’est pas très élevée non plus. Si les Iraniens n’ont plus peur que les Américains tentent de renverser leur régime et s’ils croient que cette Administration-là n’est pas obsédée par l’épouvantail de l’hégémonie régionale iranienne, il est possible qu’ils se disent qu’ils n’ont pas besoin d’une capacité nucléaire complète pour nous dissuader. Ce qui résout le problème, au moins pour les trois prochaines années : l’Iran ne franchira pas le seuil nucléaire tant que persistera cet engagement diplomatique. Si les États-Unis doivent payer encore et encore pour le préserver, comme cela semble très possible, le coût ne sera pas excessif – poursuit le raisonnement – s’il s’agit d’éviter une guerre. Et ne vous trompez pas : l’Administration continue à déclarer, comme émanant d’une décision présidentielle, douloureuse et de longue haleine, mais censée être à toute épreuve, que l’objectif de cette politique est et demeure la prévention et non la dissuasion. (Nous revient alors en mémoire la remarque de Bob Gates : « La parole de cette Maison-Blanche ne signifie rien. »)

Ce type d’approche par paiement au forfait me rappelle un merveilleux passage de Mon nom est Aram de William Saroyan : « Si vous donnez à un voleur, il ne peut plus vous voler et n’est donc plus un voleur. » Je ne veux pas dire par là que la politique d’Obama vis-à-vis de l’Iran n’est que de l’apaisement. C’est une interprétation de ses motivations, mais on peut l’envisager autrement. Il faut pour cela mélanger les niveaux d’analyse en faisant preuve d’inventivité.

Il est possible, comme l’ont soutenu certains, que l’Administration Obama ait une grande théorie, une stratégie ambitieuse, considérant qu’une entente avec l’Iran est le meilleur moyen de protéger la région et le monde de la menace durable que fait peser le radicalisme des jihadistes sunnites. Il est possible que l’Administration veuille s’appuyer sur les chiites pour contrebalancer la prolifération de franchises d’Al-Qaïda dans la région et au-delà de celle-ci et qu’elle pense que le prix à payer à court terme en vaut la peine. Ce prix comporterait une grave détérioration de nos relations avec l’Arabie Saoudite, qui a déjà commencé, mais, pourraient dire ses partisans, et après ? Auprès de qui d’autre les Saoudiens iraient-ils chercher une protection ? Le prix implique aussi une tension dans nos relations avec Israël : il nous faudrait le prier de nous faire confiance, afin qu’il nous soutienne au cas où les choses tourneraient mal. Ce qui rend les Israéliens nerveux, mais n’a rien d’excentrique s’agissant d’une politique de puissance – et il est certain que les jihadistes sunnites doivent inquiéter les Israéliens autant que leurs ennemis chiites inspirés par les Iraniens.

Le complément de ce raisonnement est que la crainte de l’hégémonie iranienne est largement exagérée. L’Iran n’est pas une si grande puissance. Son budget militaire annuel n’atteint même pas les rallonges budgétaires américaines de ces dernières années de guerre. La supériorité militaire technique des États-Unis sur l’Iran est quasiment écrasante. Plus encore, que signifie vraiment l’hégémonie régionale de l’Iran ? Quelles en sont les limites probables et naturelles ?

Une puissance perse et chiite fait penser à des anticorps naturels dans une région arabe et majoritairement sunnite. L’influence iranienne pourrait faire une grande différence au Bahreïn, où un régime sunnite minoritaire gouverne et opprime une majorité chiite ; elle pourrait peut-être faire une différence dans la province Al-Hasa, en Arabie Saoudite, où se trouvent tout à la fois la majorité des chiites et du pétrole du pays. Quant à l’Irak, nous savons déjà que l’Iran peut avoir une vraie forme d’influence à Bagdad, tant que les chiites sont au pouvoir, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il dicte et contrôle tout ce qui s’y passe. L’Iran peut semer la pagaille de manière peu probante au Liban, mais la politique libanaise est structurellement peu probante – il ne peut donc en attendre de bénéfices durables. Les Iraniens peuvent fournir des armes aux Houthis chiites au Yémen, comme ils le font depuis peu ; mais quel intérêt vital les États-Unis ont-ils au Yémen, si ce n’est empêcher ce pays de devenir un terreau pour Al-Qaïda ? Et, bien sûr, les Iraniens peuvent s’allier aux alaouites en Syrie, bien que les chiites duodécimains et les alaouites n’aient pas grand-chose en commun en dehors de leur antipathie pour les sunnites.

En d’autres termes, même avec les dysfonctionnement des pays arabes, l’idée que, d’une manière ou d’une autre, les Iraniens pourraient recréer un empire territorial ayant un contrôle absolu – du genre de celui des Empires achéménide, sassanide ou safavide – au Proche-Orient actuel est une vue de l’esprit. Ils peuvent provoquer des troubles dans certaines zones, mais, sans une sérieuse capacité nucléaire, l’Iran ne peut attaquer ni conquérir la Palestine ou tout autre État du Levant ou du Golfe. Dans un siècle ou deux, les arabophones seront toujours au moins 280 millions, contrairement aux persanophones. Si la politique américaine peut maintenir l’Iran au-dessous d’une sérieuse capacité nucléaire, quel danger y a-t-il donc à laisser Téhéran s’empêtrer dans d’interminables conflits débilitants avec différents pays arabes et sunnites ? Et, si les Russes veulent les y aider, ils sont en droit de venir eux aussi piétiner en vain le bac à sable. Ils finiront probablement par le regretter (amèrement).

Ne prenons pas cela trop à la légère. Il n’est certainement pas sans risques qu’après avoir fourni des équipements de sécurité à la région pendant plusieurs décennies, les États-Unis décident soudain qu’ils ont « surinvesti » dans cette région, pour reprendre l’intempestive formule de Ben Rhodes qui a fait l’objet d’une fuite. Certains de nos partenaires commencent à envisager des contre-alliances, tandis que d’autres étudient de nouvelles formes d’autodéfense. Nous n’avons pas envie que l’Arabie Saoudite obtienne une bombe nucléaire grâce au Pakistan. Pire encore, la guerre confessionnelle a tendance à multiplier les radicaux et à marginaliser (ou à éliminer) les modérés, ce qui n’est pas non plus dans l’intérêt de notre sécurité à long terme. Soutenir tacitement Assad et ses parrains iraniens, ou être seulement considérés comme le faisant, ne peut qu’encourager le radicalisme sunnite dans la région et au-delà. C’est donc une chose d’imaginer que, si nous nous désengageons du Proche-Orient et que nous laissons jouer les équilibres naturels, ceux-ci mettront entre parenthèses les dangers que court cette région, et c’en est une autre de survivre à la transition d’un type de régime de sécurité à un autre.

Boucle d’or

Je soupçonne les responsables de cette Administration de comprendre assez bien tout cela. Je doute qu’Obama et Kerry « rêvent certainement d’un coup de maître du genre de celui de Nixon en Chine » sur l’Iran et qu’ils voient « sans aucun doute l’Iran et ses alliés chiites comme des partenaires potentiels dans le combat contre le jihadisme sunnite ». Ceux qui, pendant le premier mandat, ont participé au plus haut niveau aux délibérations sur des questions de ce genre décrivent le Président comme très méfiant à l’égard des coups ambitieux et très sceptique sur les motivations des Iraniens. Des mots tels que « certainement » et « sans aucun doute » n’ont en aucun cas leur place dans un débat de ce genre. Lorsque, plus récemment, Obama n’a pas donné à l’accord nucléaire plus de 50 % de chances de réussir, il manifestait là aussi scepticisme et réserve.

Je ne pense donc pas que le Président ait une théorie stratégique explicite sur le dossier du Proche-Orient. Je n’entends tourner aucun des mécanismes de Kissinger. Ses orientations à l’égard de la région ressemblent plus à celles de George H. W. Bush : il a des intuitions, des instincts. Et ceux-ci lui soufflent qu’obtenir ce qu’on veut dans cette partie du monde est très difficile et le devient de plus en plus, dans la mesure où la possibilité d’avoir un interlocuteur unique – dont nous « jouissions » en ayant pour alliés des régimes arabes autoritaires et stables – n’est plus ce qu’elle était. Je pense que Rhodes orientait Obama à toutes fins utiles en écrivant ce qui suit à Jeffrey Goldberg :

« En politique étrangère, les États-Unis prennent des décisions fondées sur nos intérêts. Il n’est pas dans l’intérêt de l’Amérique d’avoir des troupes dans chaque conflit du Proche-Orient ou d’y être en permanence impliqués dans des guerres sans fin.

Il est de notre intérêt de déployer d’importants efforts diplomatiques – et des ressources – pour essayer de résoudre des conflits et de renforcer les capacités de nos partenaires, ce qui est exactement ce que nous faisons.

L’idée qu’il y ait eu jadis une époque où nous dictions les affaires intérieures des pays du Proche-Orient n’est pas conforme aux faits. Lorsque nous avions bien plus d’une centaine de milliers de troupes en Irak, nous n’avons pas été capables de façonner la réalité politique de ce pays ni de mettre fin à la haine religieuse.

Qui plus est, l’idée que nous soyons désengagés est fausse puisque nous sommes plus engagés dans la région que toute autre nation – pour parvenir à un accord sur le programme nucléaire iranien, faire progresser la paix entre Israël et la Palestine, détruire les réserves d’armes chimiques syriennes, contrer Al-Qaïda et ses associés, assurer la sécurité d’Israël et de nos partenaires du Golfe et soutenir la transition vers la démocratie du Yémen à la Libye. »

Rhodes écrivant à un journaliste, il y a nécessairement du baratin là-dedans – surtout vers la fin. Notre « engagement » est avant tout de la frime ; il s’agit d’en donner l’impression, parce qu’en l’absence de toute volonté de prendre des risques et de le faire durablement, il ne peut en aller autrement. Notre diplomatie vis-à-vis de la Syrie pose problème, notre diplomatie sur la question arabo-israélienne n’aboutira pas à la paix, l’accord avec l’Iran finira peut-être bien, mais peut-être pas, il n’y aura pas de transition démocratique en Libye ni au Yémen, etc. Il s’agit donc de l’une de ces nombreuses déclarations qui est vraie en paroles, mais non en intention. L’intention est de faire passer notre passivité pour autre chose que ce qu’elle est et de la faire paraître à la fois avisée et prudente.

La vérité est que nous sommes face au problème classique de Boucle d’or. Nous ne voulons pas en faire trop peu, parce que cela comporte des risques, mais nous ne voulons pas non plus en faire trop, parce que cela comporte aussi des risques. Il est difficile de trouver le « juste » degré et même les gens honnêtes et bien informés peuvent ne pas s’entendre sur ce qu’est ce « juste » degré. Je pense personnellement que le Président sous-estime les coûts et les risques cumulatifs d’en faire trop peu, qui ne se limitent pas au Proche-Orient. Mais je ne pense pas qu’il faille lui attribuer des objectifs très ambitieux et discutables. De très nombreuses « doctrines » présidentielles ont été créées par des observateurs extérieurs qui essayaient de donner plus de cohérence aux idées d’une Administration qu’elles n’en avaient vraiment. Par pitié, n’inventons pas de toutes pièces une Doctrine Obama.

Et, bien sûr, même si l’Administration Obama recherchait un grand et nouvel équilibre régional avec les mollahs perses, le Président doit savoir qu’il n’y a aucune garantie que ce nouvel ordre régional soit assez attirant pour nous dispenser d’avoir une politique. L’effondrement de la Syrie et de l’Irak en tant qu’États pose des problèmes de zone grise au contre-terrorisme ; on pourrait dire que c’est aussi ce qui risque d’arriver à la Libye et à d’autres pays. Être moins intrusifs dans la région ne ferait pas nécessairement de nous des cibles moins privilégiées. Être vus comme acoquinés à l’Iran pourrait bel et bien nous transformer en cibles encore plus privilégiées. Les équilibres locaux ne résoudront pas tous nos problèmes actuels et risquent même d’en créer.
L’Irak à nouveau en crise

Ce qui nous amène tout naturellement à l’Irak où l’enfer s’est (à nouveau) déchaîné. Sous la forme d’ISIS, Al-Qaïda est de retour et garde le contrôle de Ramadi et Falluja. Les efforts menés depuis Bagdad pour que les chefs tribaux persuadent ISIS de quitter ces villes n’ont pas réussi et ont peut-être même débouché sur un nouveau pacte sunnite dirigé contre Maliki à Bagdad. À ce jour, Al-Qaïda a aussi placé Bagdad en mode verrouillage : les démons se rapprochent. Et tout le monde en Irak croit encore en son for intérieur qu’au combat, un sunnite des tribus du désert vaut à lui seul une centaine de villageois chiites froussards. C’est la tradition, c’est la perception et, du même coup, c’est dans une certaine mesure la réalité. Une avant-garde sunnite, islamiste ou non, pourrait-elle faire peu de cas d’une armée chiite, bien plus importante sur le papier, mais en train de se désintégrer, et atteindre Bagdad ? Évidemment qu’elle le pourrait. Celui qui en doute encore n’a toujours rien compris à l’Irak.

Dans ces conditions, l’Administration Obama devrait-elle accéder à la demande de fournitures d’armes et de formations émanant du Premier ministre Maliki ? C’est tentant. N’ayant pas réussi à obtenir un accord SOFA, nous pourrions à présent garantir que la structure de commandement irakienne reste américaine pour de nombreuses années et sauver quelque chose de la relation de travail que nous envisagions avec l’Irak il y a quelques années. Si nous l’aidons, nous pourrions obtenir de lui qu’il ferme le couloir aérien entre l’Iran et la Syrie (mais voulons-nous vraiment fermer ce couloir ?). La plupart des Américains impliqués dans la politique de guerre souhaitent que nous agissions ainsi et se disent en mesure de livrer rapidement ce matériel.

Je comprends ces raisons et j’y crois jusqu’à un certain point. Maliki a besoin de nous, nous pouvons donc peut-être l’aider et le persuader ainsi de gouverner de manière plus inclusive. Pour l’instant, il s’est révélé être un crétin sectaire et maladroit. Nous avons intérêt à ce que l’Irak ne se désintègre pas complètement et, pour cela, il faut à Bagdad un gouvernement qui soit plus réellement national que d’esprit sectaire. Mais que se passera-t-il si l’on ne parvient pas à maîtriser les sunnites, quelle que soit la quantité d’armes que nous envoyons ou le nombre d’officiers irakiens que nous promettons de former ?

Que décidera le Président et quand le décidera-t-il ? S’il est d’accord avec l’idée que nous sommes trop investis dans la région et qu’il doute de la capacité de tiers à s’engager délibérément dans une région comme l’Irak, il pourrait être tenté d’ignorer Maliki. Si l’Irak se désagrège complètement, il pourra faire ce qu’il fait le mieux : en rendre George W. Bush entièrement responsable. (Ce qu’il devrait faire, si cela se produit, est se coordonner avec la Turquie pour reconnaître le Gouvernement régional kurde comme un État indépendant, mais il ne le fera pas.)

D’un autre côté, l’effondrement de l’État irakien est en soi une mauvaise chose pour nous et son effondrement ou la victoire des sunnites radicaux là-bas aggravera encore la situation en Syrie. C’est une grave décision et aucune théorie globale sur ce dossier ne peut la faciliter. Mon sentiment est qu’en définitive, c’est la politique qui l’emportera, comme c’est habituellement le cas dans cette Administration. Lorsque le Président envisage la perspective que des armes américaines et des soldats américains, fût-ce comme formateurs, retournent en Irak, il a un mouvement de recul. Je pense qu’il calera. Je me demande si les secrétaires d’État Hagel et Kerry ont une idée là-dessus et si c’est la même. Ah, pouvoir être une petite souris pendant une réunion des responsables sur cette question !
La structure mentale du Président

Si j’ai raison de soutenir que le Président Obama a des instincts et des intuitions, mais pas de grande et ambitieuse stratégie pour le Proche-Orient, a-t-il néanmoins quelque chose de plus précis à l’esprit, replaçant le Proche-Orient dans un cadre global plus vaste ?

La réponse à cette question est la même : le Président n’est pas, je pense, un homme qui a confiance dans l’exercice d’une stratégie formelle, mais il ne fonctionne pas non plus complètement au cas par cas. Il croit probablement que les États-Unis sont effectivement trop investis au Proche-Orient et pas assez en Asie. D’où l’idée du pivot et peu importe qu’on l’ait sabotée en la présentant comme une proposition alternative. Selon toute vraisemblance, il s’est un jour demandé quel était le pire scénario pour le Proche-Orient. Ce qui se passerait si tout allait mal. En quoi cela affecterait vraiment les intérêts vitaux de l’Amérique. Non ses engagements traditionnels, non sa réputation, non ses obligations découlant de l’habitude et pas d’une approche nouvelle – mais ses authentiques intérêts vitaux. Et sa réponse a probablement été que, sauf réaction en chaîne en matière de prolifération d’ADM, les conséquences seraient minimes.

Une fois encore, je doute qu’Obama déploie consciemment ici une logique stratégique explicite ou formalisée ou qu’il accepte les théories universitaires du réalisme bienveillant ou de l’équilibre naturel. Mais je pense qu’il se rend compte qu’après le relatif immobilisme de la Guerre froide, le monde est devenu globalement plus confus ; que le degré de contrôle que peuvent donner les relations interétatiques traditionnelles sur une zone aux enjeux importants a baissé à mesure que, grâce aux nouvelles cyber-technologies, les mobilisations populaires et populistes se sont accrues aux niveaux à la fois sous-étatique et trans-étatique. Le Proche-Orient est certainement bien plus compliqué et confus, même si ce n’est pas, ou pas encore, le cas du reste du monde.

À mon avis, cette intuition a eu pour effet de rendre le Président Obama encore plus hostile au risque de manière générale et en particulier dans une région où il manque à tout le moins d’expérience et en son for intérieur d’assurance. Il est visiblement mal à l’aise lorsque ses conseillers sont divisés. Comme un juge, il essaie de trouver un dénominateur commun entre eux, ce qui est une bonne chose dans un travail de militant associatif, mais pas nécessairement en politique étrangère. Lorsque ses conseillers se livrent à une pensée de groupe, ce qu’ils font de plus en plus depuis le départ de Gates et de Donilon, ou lorsque aucun d’eux ne fait d’objections sérieuses à quelque chose (par exemple à la lubie de Kerry sur la paix israélo-palestinienne), il est satisfait de s’investir dans la gestion de son image – la twitterisation de la politique étrangère américaine en quelque sorte – parce qu’il sait qu’il ne peut tout simplement pas ignorer toutes ces choses.

La sensibilité du Président aux limites a également tendance à rendre sa politique réactive et ses objectifs réels modestes. Aussi, dans la confusion qu’est le Proche-Orient aujourd’hui, il veut que l’Irak soit gouverné de manière plus inclusive. Il veut que la Syrie et la Libye soient gouvernées, point. Il veut que l’Égypte soit stable et il n’est pas très regardant sur la manière dont cela peut se faire. Il veut que l’Iran n’ait pas d’armes nucléaires et il est prêt à beaucoup de choses pour l’empêcher par la diplomatie car il pense probablement que les dirigeants iraniens ne peuvent pas aujourd’hui exercer leur volonté au-delà de leurs frontières avec plus de réel succès que nous.

Il ne semble avoir d’idées précises et ne souhaiter agir préventivement que pour empêcher que des attaques terroristes tuent des citoyens américains, en particulier sur le sol des États-Unis. D’où son goût pour les attaques de drones, sa tolérance à l’égard de Guantánamo, son refus d’émasculer une série de programmes de la NSA, sauf à la marge, et son soutien généreux à l’ouverture discrète dans le monde entier de bases petites, mais puissantes, pour les forces spéciales.

Cet ensemble de positions n’est ni de l’apaissement ni de l’isolationnisme. Ce n’est manifestement pas non plus du maximalisme stratégique. C’est quelque chose d’intermédiaire et dans cet entre-deux, suspendu entre des attentes héritées du passé et des hésitations dues au flou de l’avenir, les choses deviennent parfois étranges ou pénibles lorsqu’il faut prendre un nombre sans précédent de décisions. Étrange, comme Genève II.

Docteur (PhD) de l’université de Pennsylvanie). Fondateur et editor de la revue The American Interest. De 2002 à 2005, a été assistant du secrétaire d’État. Ancieneditor de The National Interest. A enseigné à John Hopkins University, à l’université de Pennsylvanie et à Haverford College. A été un des collaborateur du sénateur H. M. Jackson. Parmi ses livres : Jewcentricity : How the Jews Get Praised, Blamed and Used to Explain Nearly Everything (Wiley, 2009) et The Origin and Impact of the Vietnam Antiwar Movement (St. Martin’s, 1995).

What Hasn’t the U.S. Given Up in the Iran Negotiations?

Charles Krauthammer

The National Review

April 9 2015

Under Obama’s proposed deal, Iran’s nuclear infrastructure would remain intact, with the centrifuges spinning. “Negotiations . . . to prevent an Iranian capability to develop a nuclear arsenal are ending with an agreement that concedes this very capability . . .” — Henry Kissinger and George Shultz, the Wall Street Journal, April 8

It was but a year and a half ago that Barack Obama endorsed the objective of abolition when he said that Iran’s heavily fortified Fordow nuclear facility, its plutonium-producing heavy-water reactor, and its advanced centrifuges were all unnecessary for a civilian nuclear program. The logic was clear: Since Iran was claiming to be pursuing an exclusively civilian program, these would have to go.

Yet under the deal Obama is now trying to sell, not one of these is to be dismantled. Indeed, Iran’s entire nuclear infrastructure is kept intact, just frozen or repurposed for the length of the deal (about a decade). Thus Fordow’s centrifuges will keep spinning. They will now be fed xenon, zinc, and germanium instead of uranium. But that means they remain ready at any time to revert from the world’s most heavily (indeed comically) fortified medical isotope facility to a bomb-making factory.

And upon the expiration of the deal, conceded Obama Monday on NPR, Iran’s breakout time to a nuclear bomb will be “almost down to zero,” i.e., it will be able to produce nuclear weapons at will and without delay.

And then there’s cheating. Not to worry, says Obama. We have guarantees of compliance: “unprecedented inspections” and “snapback” sanctions.

The inspection promises are a farce. We haven’t even held the Iranians to their current obligation to come clean with the International Atomic Energy Agency on their previous nuclear activities. The IAEA charges Iran with stonewalling on eleven of twelve issues.

As veteran nuclear expert David Albright points out, that makes future verification impossible — how can you determine what’s been illegally changed or added if you have no baseline? Worse, there’s been no mention of the only verification regime with real teeth — at-will, unannounced visits to any facility, declared or undeclared. The joint European-Iranian statement spoke only of “enhanced access through agreed procedures,” which doesn’t remotely suggest spot inspections. And on Thursday, Iran’s supreme leader ruled out any “extraordinary supervision measures.”

The IAEA hasn’t been allowed to see the Parchin weaponization facility in ten years. And the massive Fordow complex was disclosed not by the IAEA but by Iranian dissidents.

Yet even if violations are found, what then? First, they have to be certified by the IAEA. Which then reports to the United Nations, where Iran has the right to challenge the charge. Which then has to be considered, argued and adjudicated. Which then presumably goes to the Security Council where China, Russia and sundry anti-Western countries will act as Iran’s lawyers. Which all would take months — after which there is no guarantee that China and Russia will ratify the finding anyway.

As for the “snapback” sanctions — our last remaining bit of pressure — they are equally fantastic. There’s no way sanctions will be re-imposed once they have been lifted. It took a decade to weave China, Russia, and the Europeans into the current sanctions infrastructure. Once gone, it doesn’t snap back. None will pull their companies out of a thriving, post-sanctions Iran. As Kissinger and Shultz point out, we will be fought every step of the way, leaving the U.S., not Iran, isolated.

Obama imagines that this deal will bring Iran in from the cold, tempering its territorial ambitions and ideological radicalism. But this defies logic: With sanctions lifted, its economy booming, and tens of billions injected into its treasury, why would Iran curb rather than expand its relentless drive for regional dominance?

An overriding objective of these negotiations, as Obama has said, is to prevent the inevitable proliferation — Egypt, Turkey, the Gulf states — that would occur if Iran went nuclear. Yet the prospective agreement is so clearly a pathway to an Iranian bomb that the Saudis are signaling that the deal itself would impel them to go nuclear. You set out to prevent proliferation and you trigger it. You set out to prevent an Iranian nuclear capability and you legitimize it. You set out to constrain the world’s greatest exporter of terror threatening every one of our allies in the Middle East and you’re on the verge of making it the region’s economic and military hegemon.

What is the alternative, asks the president? He’s repeatedly answered the question himself: No deal is better than a bad deal.

Voir également:

The fatal flaw in the Iran deal
Charles Krauthammer

The Washington post

February 26 2015

A sunset clause?

The news from the nuclear talks with Iran was already troubling. Iran was being granted the “right to enrich.” It would be allowed to retain and spin thousands of centrifuges. It could continue construction of the Arak plutonium reactor. Yet so thoroughly was Iran stonewalling International Atomic Energy Agency inspectors that just last Thursday the IAEA reported its concern “about the possible existence in Iran of undisclosed . . . development of a nuclear payload for a missile.”

Bad enough. Then it got worse: News leaked Monday of the elements of a “sunset clause.” President Obama had accepted the Iranian demand that any restrictions on its program be time-limited. After which, the mullahs can crank up their nuclear program at will and produce as much enriched uranium as they want.

Sanctions lifted. Restrictions gone. Nuclear development legitimized. Iran would reenter the international community, as Obama suggested in an interview in December, as “a very successful regional power.” A few years — probably around 10 — of good behavior and Iran would be home free.

The agreement thus would provide a predictable path to an Iranian bomb. Indeed, a flourishing path, with trade resumed, oil pumping and foreign investment pouring into a restored economy.

Meanwhile, Iran’s intercontinental ballistic missile program is subject to no restrictions at all. It’s not even part of these negotiations.

Why is Iran building them? You don’t build ICBMs in order to deliver sticks of dynamite. Their only purpose is to carry nuclear warheads. Nor does Iran need an ICBM to hit Riyadh or Tel Aviv. Intercontinental missiles are for reaching, well, other continents. North America, for example.

Such an agreement also means the end of nonproliferation. When a rogue state defies the world, continues illegal enrichment and then gets the world to bless an eventual unrestricted industrial-level enrichment program, the Nuclear Non-Proliferation Treaty is dead. And regional hyperproliferation becomes inevitable as Egypt, Turkey, Saudi Arabia and others seek shelter in going nuclear themselves.

Wasn’t Obama’s great international cause a nuclear-free world? Within months of his swearing-in, he went to Prague to so declare. He then led a 50-party Nuclear Security Summit, one of whose proclaimed achievements was having Canada give up some enriched uranium.

Having disarmed the Canadian threat, Obama turned to Iran. The deal now on offer to the ayatollah would confer legitimacy on the nuclearization of the most rogue of rogue regimes: radically anti-American, deeply jihadist, purveyor of terrorism from Argentina to Bulgaria, puppeteer of a Syrian regime that specializes in dropping barrel bombs on civilians. In fact, the Iranian regime just this week, at the apex of these nuclear talks, staged a spectacular attack on a replica U.S. carrier near the Strait of Hormuz.

Well, say the administration apologists, what’s your alternative? Do you want war?

It’s Obama’s usual, subtle false-choice maneuver: It’s either appeasement or war.

It’s not. True, there are no good choices, but Obama’s prospective deal is the worst possible. Not only does Iran get a clear path to the bomb but it gets sanctions lifted, all pressure removed and international legitimacy.

There is a third choice. If you are not stopping Iran’s program, don’t give away the store. Keep the pressure, keep the sanctions. Indeed, increase them. After all, previous sanctions brought Iran to its knees and to the negotiating table in the first place. And that was before the collapse of oil prices, which would now vastly magnify the economic effect of heightened sanctions.

Congress is proposing precisely that. Combined with cheap oil, it could so destabilize the Iranian economy as to threaten the clerical regime. That’s the opening. Then offer to renew negotiations for sanctions relief but from a very different starting point — no enrichment. Or, if you like, with a few token centrifuges for face-saving purposes.

And no sunset.

That’s the carrot. As for the stick, make it quietly known that the United States will not stand in the way of any threatened nation that takes things into its own hands. We leave the regional threat to the regional powers, say, Israeli bombers overflying Saudi Arabia.

Consider where we began: six U.N. Security Council resolutions demanding an end to Iranian enrichment. Consider what we are now offering: an interim arrangement ending with a sunset clause that allows the mullahs a robust, industrial-strength, internationally sanctioned nuclear program.

Such a deal makes the Cuba normalization look good and the Ukrainian cease-fires positively brilliant. We are on the cusp of an epic capitulation. History will not be kind.

Voir encore:

An Innocent Abroad

Adam Garfinkle

American review

For all the grand speeches, President Obama has little of substance to show on the foreign policy front.
This article originally appeared in The American Review (Sydney, Australia).

If, as Winston Churchill declared on 1 October, 1939, Russia is “a riddle wrapped in a mystery inside an enigma”, then the foreign policy of the Obama administration is an ambivalence wrapped in a mentality inside a perplexity. The latter is not as inclined to malignity as was the former in Joseph Stalin’s time, but it is just as difficult to decipher as we approach its first term halfway mark.

The fact that it is hard to speak coherently about that which turns out to be incoherent may help to account for the fact that virtually no one has offered a full-scale synthesis of the subject. Shorter sketches on discrete issues there are. Partisan op-ed length potshots and (usually) mercifully brief blog posts written by the standard assortment of fans, fanatics and fantasists both abound. But, quite uncharacteristically, little big-picture analysis has been published. Doubtless there are several reasons for this unusual state of affairs concerning the affairs of state, but the sheer difficulty of doing the deed has to be one of them.

Why the difficulty, and what might an answer to that question tell us about the subject itself? Three reasons produced by the administration’s own choices and nature come first to mind. They have to do with the interplay of policy rhetoric and behavior, management style and the key factor of personality in presidential as opposed to Westminster forms of democracy. Three other reasons of very different sorts, and having to do with existential realities not of the administration’s making, come to mind as well. One, which complements the management piece, is the notable fact that there has yet been no significant sudden crisis to condense plans and intentions into procedural precedent—no 3 am telephone call to the White House residential quarters from the National Security Advisor. The historical record shows that the precedents which matter most, those that elevate some people and privilege certain ideas, are formed from experience, not theory. So far, that experience ‘under fire’ is absent from the Obama watch.

A second extrinsic concern is a new slipperiness of definition about the subject itself. Foreign policy has always been difficult to disentangle from national security policy. Today, however, both are entwined with the extrusions of a domestic economic crisis that is beginning to look larger and more structurally grounded than was apparent in the tumultuous autumn of 2008. Foreign policy looks different to national leaders when seen through the lens of domestic priorities, and this can disorient observers used to a more conventional setup. The third extrinsic reason is so obvious that most observers neglect it: politics. Barack Obama seeks to be re-elected president in 2012, and his statecraft can not reasonably be understood in isolation from that fact.

Let us look at these factors in turn, and then assemble them in hopes of achieving a synthetic analysis. We should not be surprised if our own hard labors at understanding parallel in some ways the difficulties confronting the still new Obama administration that is our subject.

As to the rhetoric of US foreign policy in the Obama era, the one statement that may be offered without fear of contradiction is that there has been plenty of it—much of it presidential in nature. There have been not just one but two start-of-term foundational foreign policy speeches, the purpose of which is to articulate to the world the purpose of American power. The President delivered the first on 7 July 2009 in Moscow, and Secretary of State Hillary Clinton delivered the second on 15 July in Washington. Both speeches bore the structure of a standard start-of-term foundational statement in that each stressed five principles or pillars. (The problem was that the President’s five principles and those of his Secretary of State did not match up well, a fact bearing on the question of management, to which we return below.)

We also have as of late May 2010 the obligatory annual National Security Strategy, a document that is, accurately or not, taken to bear the imprimatur of an administration at its highest level. Besides these we have the presidential foreign policy addresses delivered in Ankara and Cairo, critical war policy speeches on Afghanistan and Iraq, two major presentations to the UN General Assembly, a most unusual philosophical discourse on the occasion of the President’s acceptance of the Nobel Peace Prize, and more besides in the form of interviews, news conferences, official statements on the occasion of state visits, and so on. We also have, not at all incidentally, the first Obama budget, which speaks volumes in numbers. Compared to most of his post-World War II predecessors, Obama has been a veritable one-man talkfest.

And what does all this word wrangling tell us? It tells us a good deal less than one might think, not because nothing of substance has been said, but because nearly everything has been said. Usually the President has seemed to be channeling Woodrow Wilson, dismissing balance-of-power and spheres-of-influence language as ‘so 19th century’ in favor of utopianesque ventures like Global Zero in nuclear weapons and an emphasis on taming strategic competition though legal progress towards global governance. But other times he has seemed to be channeling Reinhold Niebuhr, speaking like a moral realist who recognizes the inevitability of trade-offs and the tenacity of the will to have power among people. The sum of it is a profound ambivalence.

Beneath the rhetoric, however, there have emerged certain intellectual and policy tendencies, but these have been either unclear or unstable. For example, in its not very original but understandable desire to be the un-Dubya, the Obama administration broke from the gate offering earnest engagement to nearly every American adversary it could find—Iran, Syria, North Korea, Burma and others. With an apology or two usually to hand, it trusted that more diplomacy and less prominence for the military instruments of foreign policy would unfreeze problems large and small. At the same time that it privileged an effusive and accommodating tone, its body language was that of cold-blooded tactical realism. It sought the pragmatic deal and rigorously avoided the ‘d’-word—‘democracy’ promotion—in its rhetorical ensemble.

All this suggested that, at a time of straitened economic and political circumstances at home, the administration was eager to beat the kind of tactical retreat that would simultaneously reduce US obligations while not letting things go to hell in a hand basket. This was not an unreasonable approach, particularly with regard to bringing two difficult, expensive and divisive shooting wars to an end. Nevertheless, the policy claimed more than a tactical intent: it pointed inwards to a core source of US troubles. It strongly implied that many gridlocked danger spots around the globe were caused not by genuine conflict of interests or the aggressive designs of others, but by the wayward psychology of American machismo, its preachy holier-than-thou tone, and the temper-escalated misunderstandings that arose there from to make the world more dangerous than it needed to be. A new tone, the President seemed to think, would make a huge difference; speeches could therefore be, in some cases at least, self-executing vehicles of policy.

As it happened, the administration’s early efforts to translate a new rhetoric into policy success did not fare well. Certainly, no major problem has fallen to solution just because Obama made a speech about it. Indeed, there is scant evidence that the change in tone the President did manage to bring about has sprouted any positive concrete policy consequences at all. Polls have shown that while the President is on balance more popular abroad than his predecessor, his policies really are not—not in the Middle East, not in Europe, not in Asia.

Moreover, many of the administration’s policies are not new, and this has posed other problems for the marriage of rhetoric and reality. While what has been discontinuous has not worked (at least not yet), the major areas of policy marked by continuity are understandably not among the administration’s favorite talking points. It has stunned many, including many in the United States, that Obama’s policies in a host of sensitive areas in what used to be called the ‘global war on terror’ bear a striking resemblance to those of the two Bush administrations.

Thus, candidate Obama swore to close down the Guantanamo prison; but President Obama, finding the problem more complex than he thought once in office, has failed to do so. President Obama, while jettisoning the ‘war on terror’ for the lower-case Orwellian ‘overseas contingency operations’, has nevertheless increased the use of Predator drone strikes against terrorist targets in Pakistan, many of which have the character of targeted killings. And he has duly sent forth his lawyers to explain why such killings and attempted killings, even of some self-exiled American citizens like Sheik Anwar al-Awlaqi, do not violate US law.

Before his inauguration many believed, too, that Obama would encourage lustration deep within the Central Intelligence Agency over accusations of its having been involved in torture in secret prisons abroad. He did no such thing, choosing instead to protect the autonomy and morale of CIA operations. Indeed, from all reliable accounts, as well as from Bob Woodward’s Obama’s Wars, his approach to national security has ramped up sharply the use of clandestine operations undertaken by the CIA and other agencies of the US government, including those engaged in warrantless wiretaps. It has to follow, whether the President yet realizes it or not, that crossing an inevitably too-inflexible legal line from time to time just goes with that territory.

The failure of the administration’s engagement initiatives to transform their targets has doubled back in certain ways on the rhetoric itself. Thus, in recent months the administration has exaggerated the success of US–Russia relations as an end in itself, when the original purpose of engaging the Russians was to gain aid for alleviating more painful pressures in Iran and Afghanistan. Some early engagement efforts, too, were counterproductive to the administration’s own aspirations. Its misguided blundering into the Israeli–Palestinian cauldron set back the re-commencement of direct Israeli–Palestinian negotiations by a year.

To his credit, the President admitted that the problem was more formidable than he had thought. But even after that bout of contrition, new mistakes along the same lines as the old ones have thrown a pall over those negotiations’ likely achievement.

Some of the administration’s engagement initiatives brought harsh criticism at home, too, and so carried political complications. This was especially true for policy towards an Iranian leadership newly challenged in the streets after its rigged June 2009 election. Even many who wished the administration well were aghast at its stony dismissal of Iranian ‘greens’ brave enough to risk their lives for freedom. Other efforts, like the outreach to Syria, simply fell flat on their faces for lack of any interest on the other side.

The attempt to truly join rhetoric and behavior into a coherent whole foundered further as the level of policy abstraction increased. Thus, in the Middle East the administration insisted that the Arab–Israeli conflict was linked to everything else that seemed to be the matter with the region (a vast exaggeration), while in relations with Russia, with its famous ‘reset’ button as another example of the belief that tone and atmospherics could trump interests in relations between major countries, it explicitly denied linkage (a sheer impossibility). It had wished to reach an understanding with Moscow on both Afghanistan and Iran without getting snared in neuralgic issues such as the Georgia–Abkhazia–South Ossetia morass. It thought to use arms control as a kind of lubricant to assuage Russian pride, a notion recommended by the fact that 95 per cent of the work on a new Strategic Arms Reduction Treaty (START) had already been completed during the Bush administration—but this, it insisted, was not a form of linkage.

The Russians, for their part, insisted otherwise. They demanded payment for any help they might give, as eventually manifested in the US withdrawal of certain ballistic missile defense plans in Eastern Europe, Moscow’s refusal to unequivocally rule out the supply of S-300 anti-aircraft missiles to Iran, US indulgence of Russian aid for Iran’s bringing the Bushehr nuclear plant on-line, and more besides. The administration got for all this a better understanding about logistical cooperation vis-à-vis Afghanistan and a Russian vote for tougher anti-Iran sanctions that are of dubious utility in any event. And much to the administration’s consternation and surprise, Moscow slow-rolled the START talks, less to gain advantage within that agreement than to foil administration timetables at the UN and on the ground in south-west Asia. Thus the administration learned (one hopes) that linkage is a way of life, not a procedural tap one can turn on in one place or off in another at will.

Even in areas seemingly of high priority to the administration, it could not reliably connect the rhetoric-to-policy dots. On non-proliferation policy, for example, the administration belabored efforts on its Global Zero initiative, the late April 2010 Washington Nuclear Security Summit and the May 2010 Non-Proliferation Treaty Review conference, even as policy towards Iran and North Korea lay disconnected from these affairs. It was as if administration principals thought they could move reality by pushing on the shadows it made. Meanwhile, although US policy on the Iranian nuclear program remained unchanged—an Iranian nuclear weapons capability remains ‘unacceptable’ and no option to enforce that policy will be ‘removed from the table’—authoritative voices from within the administration signaled that the use of force against Iran is for any practical purpose not on the table as long as US efforts are still surging up and struggling on in Afghanistan.

We shall see how all this shakes out in due course, but the noises coming out of the Pentagon are inherently believable because they are logical: using force against Iran while the conflict in Afghanistan persists would be the equivalent in American politics of starting a second war. Unless a clear existential threat to the United States is believed to exist, as in World War II, sane strategists don’t open a second front while a first one is already in a mess. So when the Secretary of State, amid one of her “crippling sanctions” reveries, began musing out loud about “learning to live with an Iranian bomb”, no one was particularly surprised, least of all the Iranian leadership. Yet it seems not to have occurred to administration principals that one cannot effectively raise the prospect of a new form of extended deterrence on one hand while undermining its credibility through a Global Zero initiative on the other.

Indeed, the fuzzy indeterminacy that characterizes the Obama foreign policy holds true even at the highest echelon of strategy. The United States is the world’s pre-eminent if not hegemonic power. Since World War II it has set the normative standards and both formed and guarded the security and economic structures of the world. In that capacity it has provided for a relatively secure and prosperous global commons, a mission nicely convergent with the maturing American self-image as an exceptionalist nation. To do this, however, the United States has had to maintain a global military presence as a token of its commitment to the mission and as a means of reassurance to those far and wide with a stake in it. This has required a global network of alliances and bases, the cost of which is not small and the maintenance of which, in both diplomatic and other terms, is a full-time job.

Against this definition of strategic mission there have always been those in the United States who have dissented, holding that we do, ask and expect much too much, and get into gratuitous trouble as a result. Some have preferred outright isolationism, but most serious skeptics of the status quo have preferred a posture of ‘offshore balancing’. Remove the bases and end the alliances, they have argued, and the US government will be better able, at less risk and far less cost to the nation, to balance against threatening developments abroad, much as America’s strategic mentor, Great Britain, did throughout most of the 19th century.

This is the core conversation Americans have been having about the US global role since at least 1945. To one side we recall George McGovern’s 1972 ‘Come Home, America’ campaign plank, the Mansfield Amendment that would have removed US troops from Europe in mid-Cold War, and the early Carter administration’s proposal to remove US troops from South Korea spoken in rhythm to speeches decrying an “inordinate fear of communism”. To the other side has been almost everyone and everything else, so that the offshore approach has always been turned back, at least until now. Where is the Obama administration in this great debate? We don’t really know; the evidence, once again, suggests ambivalence.

President Obama has rejected American exceptionalism as no American president before him ever has; he did so in London on 29 April 2009, when he answered a question as follows: “I believe in American exceptionalism just as I suspect that the Brits believe in British exceptionalism and the Greeks believe in Greek exceptionalism.” By relativizing what has always been an absolute, Obama showed how profoundly his image of America has been influenced by the received truths of the Vietnam anti-war movement and counterculture of the 1960s and 1970s. If he has a theory of American exceptionalism, it is a far subtler, humbler and more historically contingent one than the secular messianist, attenuated Protestant version that has been common to American history.

The President also believes that downward pressure on the defense budget is warranted; his projected budgets show as much, though the prospective cuts are not draconian. But in this he joins a large, politically ecumenical contingent, so his views do not imply opposition to the forward-presence approach to grand strategy. And the fact that US relations with many of its allies, notably in Europe, have worsened during Obama’s tenure is more likely a consequence of the President being distracted than it is of any active dislike for either specific allies or alliances in general. Nor does his candid view that fighting in Afghanistan for another decade and spending $1 trillion doing so is not in America’s best national interest, mean that he is reticent about using force on behalf of strategic aims when it is in America’s interest to do so. Perhaps Obama accepts the forward strategy but will end up starving it of resources to the point that it will shockingly fail some crucial test—perhaps the worst outcome of all.

Taken together, then, the administration’s track record, encompassing the whole spectrum from discrete policy arenas to the lofty heights of grand strategy, suggests the foreign policy equivalent of a Rorschach inkblot. Observers can see in it what they have wanted to see. Some have tagged the Obama administration a re-run of the Carter administration, but the fit is obviously imperfect; it’s very hard to see Carter during his first or second year in office ordering those Predator strikes, even harder to imagine him holding his tongue on human rights. Some have seen a replay of Nixon and Kissinger: Realpolitik hiding behind feel-good talk about allies and peace and the rest, trying simultaneously to play an inherited weak hand and set the stage for a grand bargain—this time with Iran instead of China. Still others think they are witness to the second coming of Franklin Delano Roosevelt: a shrewd opportunist who knows the limits set by domestic constraints, and whose main concern is national economic stabilization and social strengthening against the day when American power must meet a true test of destiny. The name game can go on because, while no great successes have sprouted forth from the Obama foreign policy, no great debacles have emerged either.

A good deal of the seeming incoherence in any US foreign policy administration stems from management decisions made early on in a president’s tenure. How a president wishes to set up his foreign and national security policy system is a function of his personality, though, as we will see below, that hardly exhausts the ways that a president’s personality affects US foreign policy.

There are as many ways to set up the system as there are presidents, but, in general, a president will prefer either formal or informal structures, and either a big or a small tent of key advisers. The less formal and smaller, the more centered in the White House a policy system is likely to be; the more formal and larger, the less White House-centric a policy system is likely to be. Classic examples: president Eisenhower’s National Security Council was formal, systemically organized and sprawlingly large; president John F Kennedy’s was less formal and much smaller. Both models have at times worked well, and both have at times worked poorly; outcomes derive from the quality of the leaders overseeing the structure as much or more than the structure itself. But structure is not irrelevant. What a large formal system gains in coverage, the use of institutional memory, bureaucratic buy-in, and an enhanced capacity to both plan and implement it may lose in speed, flexibility and creativity. What a smaller, more informal system may gain in speed, flexibility and creativity, even to the point of enabling genuine boldness, it may lose in coverage, cross-issue coherence, bureaucratic support and the ability to implement its own directives.

President Obama has chosen the small, White House-centered model, and he has made clear that no matter how pressed he is with domestic policy issues, he and he alone commands his foreign policy system, not he together with his National Security Adviser as in most prior White House-centered systems. This is as far a cry as one can imagine from what Warren Harding declared after his inauguration in 1921, when he pointed to his secretary of state, Charles Evans Hughes, and directed all media questions about foreign relations to him. The problem is that one person, or even 35 key appointees holed up in the Old Executive Office building, cannot possibly manage the foreign/national security policy of the United States.

There are two and only two ways to handle the mismatch between a small decision system and an enormous array of decision points: prioritization and delegation. President Obama has left no doubt what he cares most about. He cares about ridding the United States of its combat missions in Iraq and Afghanistan without jeopardizing rock-bottom US security equities in those countries. Now that he has seen the intelligence at a new level and in more detail, he is concerned about terrorism, which leads him to be particularly concerned about Pakistan. In turn and much related, he cares deeply about the proliferation of weapons of mass destruction, both to rogue states and to terrorists, understanding that either would likely be strategic game-changers. As already noted, he seems to think that the Arab–Israeli conflict, especially the Palestinian dimension of it, is more intrinsically linked to this entire problem set than it actually is, and so he has reasoned that the so-called peace process must be a high priority. In the beginning of the administration, too, Russia held a high priority because, as has already been noted, it was seen as an important tactical ally in dealing with both Iran and Afghanistan. China mattered as well, of course, but less for its growing geopolitical importance than for its role in the global economy.

For most of these priority concerns the President appointed a special envoy who reports directly to him. The envoy in effect for the wars is the Defense Secretary, Robert Gates, to whom he shrewdly delegated the gist of these policy management burdens—shrewdly because Gates, a Republican holdover from the Bush administration, gives him political cover from two directions: he blunts Republican criticism and to a point his presence distances the President symbolically from the wars themselves should things go wrong. His ‘envoy’ for all Russia/NATO issues is the Vice-President, Joe Biden, who thinks he understands them and apparently has persuaded the President as much.

This leaves nearly everything else—the care and feeding of various and sundry allies, Latin America and the Caribbean, most of Asia, all of Oceania, the Balkans, the Arctic, and a whole host of functional issues from ‘trafficking in persons’ to international religious freedom—delegated to the State Department. This puts the State Department in an even more minor position than usual, and tips its internal scales away from foreign policy to foreign relations, seemingly a subtle but really a significant difference because in a White House-centered system the State Department cannot act boldly or take major initiatives. This arrangement also delegates by default major aspects of China policy and trade policy to the Treasury and Commerce departments, respectively, and leaves a large dollop of policy towards Mexico with the Justice Department and the Department of Homeland Security.

The President’s personal style, of which more in a moment, has lent itself to this arrangement for several reasons. One is that he could place his key political operatives, Rahm Emanuel and David Axelrod (both now gone on to other jobs), closer to the policy action. Another, however, is concern that the inter-agency process in the Executive Branch does not work well. The subject was the focus of a major commission study before and during the transition, the Project on National Security Reform, on which several members of the incoming administration were involved—including both the President’s former national security advisor, General Jim Jones, and his first national intelligence director, Admiral Dennis Blair. The special envoy tack comes directly from that study.

As for the politics of the thing, President Obama is not yet persuaded that Hillary Clinton’s political threat to him has ended. His decision to appoint her Secretary of State, and her decision to accept the position, were both fraught with unexpressed but well understood political calculation. Turning Ms Clinton and the State Department into relatively bit players in the policymaking process was not accidental. The lack of genuine trust in that relationship also explains why the two July 2009 foundational speeches were so uncharacteristically uncoordinated with one another.

The administration has already paid a price for the President’s management decisions. To give but one of many examples, in July 2009 the president managed to rile a valuable ally, President Nicolas Sarkozy of France, through complete inadvertence. Having unilaterally blessed the expansion of the G-8 into the G-20 in the face of global economic instability, he ordered members of his administration to seek the rebalancing of voting protocols within International Monetary Fund and the World Bank so that they might better reflect contemporary (and idealized) world power distributions. As he planned his own Global Zero initiative, too, offices at the National Security Council and State Department were busy continuing their work from the transition on how to reform the UN by reshaping the Security Council.

One of their ideas was to create a single European Union seat in place of the two owned by Britain and France. As is the way of government, each of these initiatives proceeded unaware of what others were doing. And so it happened that, within the course of about a month, three core symbols of what remains of French grandeur were attacked by the US government: the status of France as a nuclear power, the status of France as a veto-wielding member of the UN Security Council, and the status of France as a major player in international financial affairs. It is the job, in this case, of the Assistant Secretary of State for European Affairs to anticipate inadvertencies of this sort, and to stop a runaway policy train before it flies off the trestle. Phillip Gordon, the current Assistant Secretary, is particularly expert on France and knows Sarkozy; he even translated one of his books into English while working at the Brookings Institution. He was aware of the ‘perfect storm’ brewing in US–French relations, but whatever he tried to do to avert damage it failed to stop the French volcano from erupting—which it did when Sarkozy fumed aloud in the halls of the UN building about how the president was “living in an imaginary” as opposed to a real world. It was not easy to make the French nostalgic for the days of George W Bush, but the Obama team managed it. This is what comes from trying to run the entire foreign policy of the United States from the White House.

Read any serious history of American diplomacy and it becomes readily apparent how central the character of the president is to it. One of the great mysteries of understanding US foreign policy today in its essence is that, more than any other occupant of the Oval Office, Americans and foreigners alike simply do not have a good feel for who Barack Obama really is. Aside from being relatively young and recent upon the national political scene, he doesn’t fit into any category with which we are accustomed to understand intellectual and temperamental origins. More importantly, Obama’s ‘mentality’ is not only hard for outsiders to read, he is, thanks to the facts of his nativity and life circumstances, an unusually self-constructed personality. He is black in an obvious physical way but culturally not black in any significant way. He is a person who, finding himself naturally belonging nowhere, has striven to shape himself into a person who belongs everywhere. As his books suggest, he is a man who has put himself through more reconstructive psychological surgery than any American politician in memory. A few of the resultant characteristics are critically important for understanding how he serves as both president and commander-in-chief.

Obama has understood above all that he must keep his cool. His cultivated aloofness is absolutely necessary to his successful political personality, for he cannot allow himself to exude emotion lest he raise the politically fatal specter of ‘the emotional black man’. His analytical mien, however, has made it hard for him to bond with foreign heads of state and even with some members of his own staff. His relationship with General Jones, for example, lacked rapport to the point that it seems to be a major reason for Jones resigning his position.

But Obama’s ‘cool’ does not imply a stunted capacity for emotional intelligence. To the contrary: he knows unerringly where the emotional balance of a conversation needs to be, and it is for this reason that Obama’s self-confidence is so imperturbable. He knows he can read other people without letting them read him. And this is why, in parallel with the complex of his racial identity, he never defers to others psychologically or emotionally, not towards individuals and not, as with the US military, towards any group.

The combination of ‘cool’ and empathetic control helps explain Obama’s character as commander-in-chief. He is respected in the ranks for sacking General Stanley McChrystal after the latter’s inexcusable act of disrespect and insubordination. That was control at work. But US troops do not feel that Obama has their back. He thinks of them as victims, not warriors, and one does not defer to victims. His ‘cool’, as well as his having had no prior contact with the professional military ethos at work, enjoins a distance that diminishes his effectiveness as commander-in-chief.

Obama’s mastery at projecting himself as self-confident, empathetic and imperturbable has also compensated for his lack of original policy ideas. Whether in law school, on the streets of Chicago, in the US Senate or in the race for the White House, he has commanded respect by being the master orchestrator of the ideas, talents and ambitions of others. Many claim that his personality archetype is that of the ‘professor’, but this is not so; it is that of the judge. It is the judge who sits above others; they defer to him, not he to them. It is the judge who bids others speak while he holds his peace and shows no telling emotion. It is the judge who settles disputes and orders fair and just resolution. It is the judge whose presumed intelligence trumps all others.

This kind of personality archetype can succeed well within American politics. In this sense it is precisely Charles Evans Hughes, a former chief justice of the US Supreme Court, not Carter, Wilson, Niebuhr, Nixon or FDR who stands as the true forebear of Barack Obama. But in the international arena even the American president cannot pull off a judge act and get away with it. Wilson tried and failed (or was that a prophet act?). The American president among his international peers is but one of many, perhaps primus inter pares but certainly without a mandate to act like it. Obama cum ‘judge’ has not impressed these peers: not among our European allies, who are ill at ease with his aloofness; not among Arabs and Muslims, who think him ill-mannered for bad-mouthing his predecessors while being hosted in foreign lands; not among Russians and Chinese, who think him gullible and guileless. Obama may still be popular on the ‘streets’ of the world because of the color of his skin, the contrast he draws to his predecessor, the general hope for renewal he symbolizes, and his willingness to play to chauvinist sentiment abroad by apologizing for supposed past American sins; but this matters not at all in the palaces where decisions are made. As his novelty has worn off, he impresses less and less.

One reason President Obama does not impress the foreigners who matter is that he looks to be a figure in political distress at home. They know, as does the President, that his legacy will be forged in the context of the American domestic moment. Success at home can empower him abroad, but the opposite is not the case. That is why it is impossible to assess the Obama foreign policy bereft of its domestic political context.

When Obama entered office, the economy justifiably dominated his time and energy. Once he gained a moment to sit back and take stock, his attention flowed to what he cares most about: issues of social and economic fairness within America. Thus, even a man who has insisted on monopolizing his own foreign policy saw it ultimately as a holding action against more urgent and important domestic challenges. This explains the remark of a confidante of General Jones, that “after all that Obama had done to practically beg him to take that job… Jim had the sense that Obama didn’t really care.” Yet the decision to privilege healthcare over energy policy was a grave error, similar to the one president Clinton made in 1993 and, in reverse order of policy domains, to the one president Carter made in 1977. One does not come newly enthroned to a place like Washington and try first thing to tackle the hardest, most special-interest encrusted issue in town. That is bound to exhaust more political capital than a novice president can afford. Obama’s victory on the healthcare issue was meager on its own terms and decidedly Pyrrhic politically. It never grew the legs to burnish his image more broadly, whether at home or, except very briefly, abroad.

It soon became clear, too, that a man who bravely campaigned against the K-Street ‘transactional culture’, which he identified as the root of US political dysfunction, lacked the power once in office to do anything about it beyond decreeing a few feckless White House edicts about hiring lobbyists for executive branch jobs. When the President decided on the stimulus package, when he put together his first budget, when he needed the healthcare and then the financial reform bills drafted, what did he do? Having few ideas of his own, only the remnants of a campaign staff and, most importantly, very few close political allies, he had no choice but to turn to the Democratic leadership in Congress to commute these tasks. This, to put it mildly, is no way to fight the K-Street transactional culture. Foreign leaders saw this as well, and they saw the widespread (if largely unfair) charges of leadership forfeit over the BP Deepwater Horizon Gulf of Mexico oil spill. The conclusion they drew is that President Obama is a weak leader, a conclusion that high unemployment figures, Obama’s falling approval ratings and the results of the mid-term election have since done nothing to alter.

Clearly, this is only one way that American domestic circumstances cast their shadow on American foreign policy in the age of Obama. As foreign policy has become both inseparable from and subordinate to economic concerns, these concerns play back on foreign policy from several angles. They bring pressure for a more austere defense budget, which in turn affects key planning judgments with major strategic consequences in the future. They promote concern about trade deficits and distorted international capital flows that directly affect US policy towards China and thus, at least indirectly, towards a dozen or so important allies.

Political weakness and the subordination of foreign policy to domestic priorities also join to explain the contours of the President’s trip to the United Nations in September 2010. The President devoted his yearly General Assembly speech to a political need: rebalancing a perceived lack of commitment to democracy and human rights promotion in US policy. Though delivered before an audience of prestigious foreign diplomats and heads of state in Turtle Bay, the speech’s real audience was composed of American voters in advance of the November mid-term election. The real business of the trip, however, was transacted in a private two hour meeting with the Chinese Premier, trying to convince him to realign the value of China’s currency in the interest of greater long-term international economic stability. The Chinese military is building fast; China is asserting its sovereignty in its trans-territorial waters in ways never before seen, all as the capabilities and resources of the US Navy are shrinking. But what takes pride of place in US diplomacy towards China? Trade and money. Is this shortsighted? Perhaps, perhaps not; it is, in any case, politically unavoidable, for if Obama does not raise the specter of tariffs, the US Congress will.

So we are brought to politics. An American administration may be compared to a tea ball within a teapot. The tea ball brings name and flavor to the brew, but without the liquid surroundings and the element of heat to make the whole thing boil, nothing much would happen.

Barack Obama is a master of the political arts. To expect such a man to simply set aside that mastery once president is to expect too much. Moreover, politics provides the unifying energy that binds the various parts of a president’s obligations and aspirations together. Its sources are manifold but its consequence is seamless. Just as one rock-solid reason that Lyndon Johnson persisted as he did in the Vietnam War was to protect politically what he cared about most—his Great Society program—so Barack Obama’s decision on 1 December 2009 to juxtapose a July 2011 exit date next to his decision to “surge” 30,000 more US troops into Afghanistan turned on his need, as he reportedly expressed it to Senator Lindsay Graham, “not to lose the whole Democratic Party” before major votes on healthcare and other legislation.

Some American critics have complained precisely on this point. It is standard practice in Washington to condemn the insertion of political motives into foreign and national security policy decisions. But it is not, because it cannot be, standard practice to actually desist from it, at least much of the time—and, if anything, Thomas Donilon’s elevation to the post of National Security Advisor increases the weight of political factors in the administration’s decision-making processes.

If we now try to put all the foregoing factors together, what do we find assembled? We find a president in a tough spot who most likely does not know if he is inspired more by Wilson or Niebuhr, because reality thus far has not forced him to choose. We don’t know if he is resigned to a strategy of forward deployment or desirous of an offshore alternative because he likely doesn’t know either, having never been posed the question in so many words. We find a man whose inexperience leaves him with an incomplete grasp of what he gives up by asserting such close control over foreign policy from the White House. We see a man whose personality does not function abroad as successfully as it has at home, and so cannot with brilliant speeches alone dissolve the conflicting interests that define the cauldron of international politics into a comforting pot of warm milk. We see a man commanding a decision system untested by crisis, and one whose core issues remain unfocused for all the distractions of other challenges in his path. We see, lastly but not least, a man whose political instincts are no more detachable from him than his own shadow.

From all these sources, bumping against and mixing with one another, comes the foreign policy of Barack Obama. Where the man will lead that policy, or the policy lead the man (the rest of us in tow), is now driven by the fact that the President is adrift conceptually since his initial engagement strategies did not succeed. Obama now awaits the crisis that will forge his legacy, but what that crisis will be, and whether the president will meet it with the American national interest or his personal political concerns foremost in mind, no one knows. No one can possibly know.
Adam Garfinkle is Editor of The American Interest.

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The silent death of American grand strategy
Over the past quarter century, the American political class, its leadership included, seems to have lost the ability to think strategically about the world and America’s place in it. The reinforcing reasons for this are both remote and proximate, some buried deep within American political culture and others the result of recent and, one hopes, ephemeral distractions. But whatever the reasons may be, four generic phenomena have resulted from the recent abeyance of strategic thought.

First, the error quotient of US foreign policy has risen, and even great powers ultimately have limited margins for error. Second, US policy has become largely reactive, particularly since American leaders’ quality time has been all but monopolised by the deep post-2008 economic swoon and accompanying signs of equally deep political dysfunction. Third, the US reputation for foreign policy constancy and competence has suffered, not least in encouraging revisionist actors to take advantage of the US attention deficit. And these three phenomena have together stimulated a fourth: a shift by default from the US grand strategy in place since the end of World War II to one absentmindedly bearing a different set of prospective risks and benefits.

None of this is particularly good news for American allies.

Unlike classical European and Asian statesmen, American leaders have never developed a tradition of formal grand-strategy making. There is no American version of Clausewitz or Sun Tzu, and comparatively little grand-strategy literature written by native-born intellectuals and leaders exists. This is partly because of the idealistic anti–“Old World” mercantilist bias of the Founders’ Enlightenment ideology. It is also partly because, after the first few decades of American independence and the proclamation of the Monroe Doctrine, which warned European imperialism away from the New World, the nation no longer found itself locked in strategic competition with proximate near-equals. The American state’s initial grand strategy, which was to acquire as much of North America as possible, arose ineluctably from the conditions in which the young nation found itself. Whether it was called Jefferson’s “empire of liberty” or “manifest destiny,” this first, developmentalist grand strategy gained nearly universal, if mostly tacit, consensus. There was no need to write formal tracts about it and argue over them in private conclave, and no one did except in rare cases such as Seward’s Folly — the US purchase of Alaska in 1867.

While this first American grand strategy was simple and hence clear, as all grand strategies worth their salt must be, it was not for the saintly or faint of heart. As Machiavelli put it just past 500 years ago, every benign political order rests on antecedent crimes. The American case is no exception: the barbarous treatment of native Americans, slavery, an early avarice directed toward Canada that led to the War of 1812, and the Mexican War, which even as unsentimental a man as Ulysses S. Grant condemned as one of the most unjust wars ever inflicted by a stronger power upon a weaker one. America’s westward expansion was also a necessary precondition for the worst calamity in American history: the Civil War. Withal, the strategy succeeded and by so doing exhausted itself. By the time Frederick Jackson Turner famously wrote about the “closing of the frontier” at the end of the 19th century, the strategy had become obsolete, notwithstanding some unrequited but on balance faint imperial yearnings directed toward the Caribbean and, of course, Hawaii.

At that moment in American history, following the Spanish–American War, several strands came together to produce the second American grand strategy. Alfred Thayer Mahan, the great American navalist, fused his grasp of the British strategic tradition with the newly developing academic notion of geopolitics and out came the template for American anti-hegemonism. Long since unworried about a peer competitor in the Western Hemisphere or the return of a European power in strength to the New World, the grand strategy of the United States as a maritime-oriented World Island would be to oppose the emergence of a hegemonic power in either peninsular Europe or East Asia.

This was not a principled anti-hegemonic stance, for Mahan and others were unperturbed about America’s own New World dominance. It rather flowed from two different principles: First, in a technologically dynamic age, the impossibility that any power at either bracket of Eurasia could amass sufficient resources to literally endanger US security could no longer be taken for granted; and second, no power should be allowed to compel the United States to undertake a level of mobilisation that would undermine the small-government, no-standing-army injunctions of the Founders.

How to implement this strategy? Through self-help and key alliances. Self-help consisted mainly of building up the US Navy to world-class scale; hence President Theodore Roosevelt sent the Great White Fleet around the world in 1905; the construction of the Panama Canal, completed in 1913, needs also be seen in this light. It consisted in Asia too, many supposed, of US control of the Philippines. The alliance consisted in riding the coattails of the Royal Navy, that great fleet which bestrode the empire on which the sun never set, and aligning America’s diplomacy too, where possible, with that of Britain. Together, this maritime strategy could be aptly termed one of offshore balancing, which fairly describes the British post-Napoleonic Wars grand strategy that inspired Mahan to devise it.

American strategy also depended for its implementation on deft diplomacy to complement growing US wealth and power. For example, after World War I, Secretary of State Charles Evans Hughes, beyond convening the famed Washington Naval Conference of 1922, set to clean up the imperial detritus in the Pacific occasioned by the collapse of the German Empire. A series of linked negotiations involving the United States, Britain, Japan, and France established a new multilateral security balance upon the exit of Germany from the Marshall, Caroline, and Mariana Islands, Samoa, and Shantung Province in China — which Japan had seized during the World War but, thanks to American diplomatic efforts, was returned to China in 1922.

Alas, the new Pacific order depended on all participants keeping up their insurance premiums, so to speak — but with the coming of the Great Depression America’s security investments all but ceased. American military weakness, particularly its drawdown in naval power, turned the Philippines from potential strategic asset into real strategic liability in the face of rising Japanese militarism. The result was the onset of the Pacific War in 1941, the first direct fist-on-fist test of America’s Mahanian grand strategy.

World War II supplied proper nouns to American grand strategy as World War I never had. In Europe the feared hegemon was Nazi Germany; in Asia it was Japan. America’s guiding wartime two-front tactic, as the immediate application of its larger grand strategy, was so simple that it consisted of but two words: “Europe First.” The strategy was implemented successfully and, after the war, the United States found its own military forces stationed on the brackets of Eurasia, and with both its British and French allies much weaker for war’s wear. As the names of potential hegemons changed from Nazi Germany to Soviet Russia in Europe, and from Japan to Communist China in Asia, America’s two-front anti-hegemonic grand strategy changed in two ways. First, the pro-democracy ideological dimension of the Cold War, long latent in American thinking about global affairs, merged with the anti-hegemonic objectives of US grand strategy. Second, the mode of its implementation changed from offshore balancing to forward deployment. Together, these changes gave rise, in George Kennan’s famous term, to a strategy called “containment.”

Whereas in the past, the US Navy, in concert with the British Navy, was the principal military instrument of US grand strategy, after the Truman Doctrine, the Marshall Plan, and the outbreak of war in Korea the main instrument also came to include the US Air Force, now with nuclear weapons, deployed both at home and in bases ringing the Soviet Union and Communist China. The ongoing aim of US grand strategy now was to deter geostrategic advance by either hostile would-be hegemon, who were believed to be in league with each other for reasons of ideological affinity, but also to suppress security competitions in Europe and Asia that might provide opportunities or temptations for an adversary’s advance toward a hegemonic position.

Since US interests in both brackets of Eurasia were relatively impartial compared to those of local powers, and whereas US strength was truly unparalleled, American strategy attracted many local associates. This enabled US diplomacy to assemble a robust but flexible alliance system spanning Europe and Asia. The ideological and economic dimensions of US policy, also attractive to many abroad, became complements to this policy according to the Tocquevillian conviction that prosperous democracies make for better strategic partners. The US Navy and Air Force thus became, in effect, the ante that allowed Washington to participate in the geopolitics of the two regions, and the alliance structures, in turn, provided a politically supportable means by which US power could combine with that of others. By the advent of the Eisenhower Administration, if not a few years earlier, the grand strategy of the United States was sufficiently clear that a single sentence sufficed to express it: Prevent the emergence of a hegemon over peninsular Europe or East Asia by suppressing security competitions through the forward deployment of US forces, and through a supportive pro-democracy, pro-trade diplomacy.

Through the end of the Cold War in 1989–91, that was America’s post-World War II grand strategy. The strategy did not work perfectly, as the Vietnam War debacle illustrates. It also required some adjustment, for example to add the greater Middle East to its ambit, not mainly for its own sake, but for that region’s instrumental significance to European and Asian security in a new oil-fired age. Yet despite the tendency of the ideological aspect of the struggle to kick up much obfuscating dust, on a good day most senior American leaders, certainly those in the relevant Executive Branch offices and in the upper ranks of the military, were more or less able to articulate that single sentence.

No more. As Walter Russell Mead put it recently, “the habit of supremacy developed in the last generation” caused the “strategic dimension, in the sense of managing intractable relations with actual or potential geopolitical adversaries, [to] largely disappear … from American foreign policy debates.” That, in turn, has allowed the recurrence of those legal and moral modes of thinking about foreign and national security policy that George Kennan and many others tirelessly warned against. What passes for thought about strategic problems now transpires through what Mead calls “an uncomplicated atmosphere of Whig determinism” that manages to somehow turn Anglo-American institutions and values into supposed universal best practice.

This is not a partisan issue. Both American liberals and conservatives, Democrats and Republicans, each in their own ways, have long been bridled to Whig views of history. Both were disciplined from indulging in excessive secular messianism during the Cold War by the realism-inducing spectre of clear and present dangers. In the Cold War’s wake, however, resurgent Whiggery has trumped all — even during and just after the shock of 9/11.

The Clinton Administration acted as though the great wave of post–Cold War globalisation represented a cosmic confluence of American power, interests, and values all wonderfully woven together. Strategy was subsumed by multi-dimensional triumph, so that all foreign policy need do was remove lingering obstacles and deal with the occasional atavistic rogue-regime’s response to the galloping obsolescence of its ways of doing business. In consequence, funding for the military and foreign assistance plummeted.

The Bush 43 Administration held a similar view, except that the now obviously underestimated scale of the aforementioned atavistic reactions evoked a more muscular and ambitious promotion of presumed universal best practice. For a short time, President Bush’s “forward strategy for freedom” seemed to become the new US grand strategy. Unfortunately, the misinterpretation of the origins and nature of the 9/11 problem, as it careened through the prism of American exceptionalism, led to decisions that compounded US burdens and devalued resources, in the form of America’s alliances and its “soft power” reservoirs, that had long been vital to US grand strategy.

To take a signal example of the former, while the principal military instruments of US grand strategy are its Navy and Air Force, the doubled US defence budget in the decade after 9/11 overwhelmingly flowed to the Army and the Marines as the recapitalisation of the Navy and the Air Force languished. Had American leaders recognised and affirmed what US grand strategy actually was, launching and (mis) fighting two land wars in Asia Minor would have been the last things they would have chosen to do. By the time the second Bush term ended, the pre-9/11 strategy had not been restored, though US military and diplomatic activities remained wedded to it. But no replacement stood in its place as the 2008 economic crisis descended.

With that shock there soon came a new American administration preoccupied with domestic problems and even more prone than its post-Cold War predecessors to think in legal-moral categories rather than in strategic ones. The combination, with rare “kinetic” exceptions such as the misadventure in Libya and the failed “surge” in Afghanistan, has turned US foreign policy into an extended duck-and-cover drill. These tendencies are illustrated in the Syria and Iran policy portfolios, where a focus on non-proliferation issues has related to second tier the larger strategic stakes raised by the cases seen separately, and especially seen together. Meanwhile, the “pivot to Asia” of the first Obama term was misframed as an either-or choice, and its naval and air force components remain too resource-straitened for either adversaries or allies to yet take it very seriously.

Insofar as there is any larger thinking about strategy in the current administration, perhaps a coherent view actually does exist despite the appearance of ad hocery. That view, an optimistic or benign realism, is said to posit that the United States can withdraw from virtually all European and most Middle Eastern issues without risk because a more or less friendly post-American balance of power is latent in the structure of international affairs and will bloom forth if only America gets out of the way and lets it do so.

Such a view, identified with a neo-offshore balancing perspective, certainly exists in academic circles. Whether this view is truly characteristic of high-level Obama Administration thinking is difficult to know. The signs are ambiguous. Even outward indications of the existence of a coherent strategic view, such as the 2010 roll-out of the Navy–Air Force “Air-Sea Battle” construct — a quintessential offshore balancing proposition — sometimes turn out to be less than meets the eye. In that case, the rollout reflected less a substantive or doctrinal adjustment and more a joint attempt by two beleaguered services to advance their claims to larger defence budget shares.

Perhaps a switch from a forward-deployment method of preventing hostile hegemons in favour of an offshore-balancing one is wise. Perhaps the United States cannot afford the post–World War strategy for political reasons; perhaps, too, it runs more risks than vital US interests warrant in a post–Cold War environment. Certainly it is irresponsible to maintain commitments without willing the means to redeem them en extremis — that is the sort of derangement of ends and means that birthed the Pacific War. Perhaps the anti-hegemonic state-based objective itself is outdated, and that the threat of apocalyptical terrorism joined to weapons of mass destruction is now the principle problem to be addressed.

One would think that, under the circumstances, Americans among themselves and with allies would be discussing these issues. After all, differing means of executing an anti-hegemonic strategy demand different mixes of military-technical, intelligence, diplomatic, financial, and other skill sets. Each requires different kinds of alliances and asks different things of allies. Some regions seem more amenable to stable do-it-yourself local balances than others; but which are which? The potentially destabilising consequences of transitioning from one posture to the other, too, need to be thought through.

Unfortunately, little in the way of a strategic debate is discernible in Washington, either within the administration at high levels or among the political class at large. There is still little recognition here in Washington even of what US grand strategy has been for nearly the past seventy years, hence no basis from which to discuss alternatives. Instead, US thinking, if one can call it that, is being driven by financial strictures, some of them, like sequestration, self-inflicted beyond necessity or logic. In short, the United States is sliding toward an offshore-balancing grand strategy by default, without discussing its implications and without even calling it by its proper name.

A nation does not have a grand strategy if those responsible for devising and implementing it cannot articulate what it is. American grand strategy thus seems to have suffered a strange, silent death. One wishes to say rest in peace, as with any saddening death, but that wish may very well go unrequited. Although relatively few Americans have noticed the problem, senior figures among several allies and associates have. American commitments to allies have nowhere been formally rescinded, but the credibility of those commitments is now everywhere doubted. Even America’s larger competitors have reason to be anxious, for when the rule-maker and provider of global common security goods for more than half a century appears to suddenly abdicate much of that role, uncertainty and perhaps a bit of trouble cannot be far behind.

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Star-spangled anger
It was the day religion and politics collided. Ten years on, what has America done to itself?

Adam Garfinkle

American review

As with the bombing of Pearl Harbour and the assassination of President Kennedy, all adult Americans know where they were on September 11, 2001. On that Tuesday morning I was five blocks from the White House at the 5th-floor offices of National Affairs in Washington, an office that housed both The National Interest and The Public Interest magazines. The Washington Monument was in its usual place outside my south-west-facing office window as were, of course, the streets below. Once it had become clear that an attack was in progress, national and local media assumed a slightly manic tone. Most private offices reacted by letting their staff go, resulting in gridlocked mayhem throughout the city.

The headless-chicken reaction of the nation’s capital to the September 11 attacks disgusted me. Having lived in Israel, it had become second nature for me to assume a stoical mien in times like these, lest one contribute to an enemy’s designs. Just as, Eleanor Roosevelt once observed, no one can make a person feel inferior without his or her consent, no one can terrorise you unless you co-operate. I was against co-operating, so I ordered my staff to stay put, do a day’s work and go home as usual. Of course we would use the phone to assure relatives and friends that we were safe and we would monitor the news; if necessary, we would adjust to further events. We all stayed until past 5pm, emerging later for the evening commute into a virtual ghost town.

In the past decade, I have often thought of those first few hours after the attacks, and I have come to realise the basic error that US leaders made was to inadvertently co-operate with an enemy too weak to achieve its ends in any other way. To me, September 11 did not « change everything ». I thought that, whatever our private worries about the future, the public face of American leadership should radiate optimism and courage, not anger or fear.

Of course, we needed to prevent follow-on attacks. That, it seemed clear to me, meant urgently removing the Taliban regime in Afghanistan that had sheltered and abetted the September 11 plotters. We also eventually needed to take out, in one way or another, those who might be planning more attacks, wherever they might be. The Bush doctrine version 1.0, rolled out in the immediate wake of the attack, which held regimes complicit with terrorism to be equally liable for American retribution, was entirely appropriate. Nor did I object to President Bush terming the situation a war, for that was necessary to tell people what was at stake, to break with the failed policies of the past, and to make available certain prudent presidential legal authorities. Still, despite the need to act, I was sure we should not take ourselves psychological hostage, as the Carter administration had allowed to occur after the US Embassy in Tehran was seized by Iranian fanatics in November 1979. We should not allow the attacks to define or monopolize US foreign policy as a whole.

Alas, that is precisely what the administration did allow. The only senior US leader who seemed to take the approach I thought best was Colin Powell, whose influence had been marginalised in the administration. He did not believe that the terrorist threat was of an existential nature that required the cashiering of American strategic principles, allies or institutions. But other administration principals thought differently, quickly accepting a theory-in-waiting, widely ascribed to so-called neo-conservatives, of why September 11 had happened: a democracy deficit in the Arab-Muslim world had forced frustrated citizens into the mosque, where they had been easy prey for religious charlatans and demagogues. The answer was to open up space for dissent, democratic debate and the social balm supposedly provided by market economics. Then these stultified societies could breathe and develop normally, and would not produce demonic mass murderers like Osama bin Laden.

Thus did fear boomerang, in the way that human emotions predictably do, to encourage a form of hubris fed from the wells of post-Cold War triumph (and triumphalism). The September 11 attacks had the effect of propelling US policy to do more at a time when its capacity to influence events had diminished thanks to the end of Cold War bipolarity and the diffusion of lethal technologies to weak state and non-state actors. It propelled the US to ramp up its metabolism and inflate its definition of vital interests rather than calmly discern distinctions among them. Unrivalled US power, pre-eminently of the military kind, would end the threat by transforming the political cultures of more than two dozen Arab and Muslim-majority countries into liberal democracies. This solution in turn depended on the validity of what was known as democratic peace theory—that democracies do not make war on other democracies—and on cherished Tocquevillian views of the pacific nature of egalitarian democratic societies.

Contrary to what many claim, this theory of the sources of September 11 existed within the administration well before the Iraq war began. It existed within Bush’s mind, encouraged by, among others, his speechwriter Michael Gerson and strategic visitors like Natan Sharansky; but it did not have the force of formal policy. The theory emerged into public view when, in February 2003, Bush gave a major speech at the American Enterprise Institute in which all the basic themes of this view found expression. That constituted the Bush doctrine version 3.0, now layered on top of version 2.0, characterised by the pre-emption plank famously inserted into the September 2002 National Security Strategy.

What became known as « the forward strategy for freedom » then found full expression from the bully pulpit in November 2003, with the President’s marquee speech at the National Endowment for Democracy (NED). The Strategy was then canonised in his Second Inaugural of January 2005, which Thomas Wolfe aptly dubbed the globalisation of the Monroe Doctrine. The worse things got in Iraq, and the more the WMD rationale for that campaign lost persuasiveness, the higher the rhetorical bar of democracy promotion rose—a classic case of cognitive dissonance at work in what is colloquially called in American poker-speak « doubling down ».

The rush to closure over a fearful shock to US security interests, and the hubristic response to it, was part of a longstanding pattern in American foreign policy history. The Bush administration’s reactions to September 11 were not the work of any neo-con cabal. Self-avowed neo-conservatives composed a group that was always smaller, more internally diverse and less influential than is often supposed. Rather, neo-cons struck chords very familiar to American history and political culture, chords that even national interest conservatives like Vice- President Cheney and Defence Secretary Rumsfeld could harmonise with. Had there been no neo-cons, the pattern would have asserted itself anyway in some other ideological dialect.

The pattern of which I speak, conceived by the historian Walter A. McDougall, consists of four phases that tend to repeat in cycles. First, there is a shock to the system, usually in the form of a surprise attack: the shot fired at Fort Sumter in April 1861, the sinking of the Maine in Havana Harbour in 1898, the sinking of the Lusitania in 1915, Pearl Harbour in 1941, and September 11 in 2001. In the phase directly after the shock, the leader of the day—Lincoln, McKinley, Wilson, FDR, George W. Bush—vows to resurrect the status quo ante and punish the evildoers. That corresponds to Lincoln’s vow to save the Union, Wilson’s vow to defend the right of American free passage on the high seas, and Bush’s vow to find and punish the perpetrators of the September 11 attacks so that America’s minimally acceptable standard of near perfect security could be restored.

But third, in the course of mobilising the national effort to achieve the limited goals set after the shock, the transcendent God-talk begins and the effort soon becomes enmeshed in the sacred narrative of American exceptionalism. This leads to a distension of goals and expectations, to geopolitical amnesia, and to what cognitive psychologists call a dominant strategy that is impervious to negative feedback and logical contradiction.

And so, in the September 11 decade, we chose a war that thoughtlessly destroyed the regional balance against Iranian hegemonism without even stopping to ask about the broader implications of a Shi’a government in Baghdad. One does not, apparently, descend to the smarminess of geopolitical analysis when one is doing the Lord’s work. So, too, did we turn what could and should have remained a punitive military operation in Afghanistan into a quixotic, distracted, underfunded nation- and state-building campaign. And so, too, did we conflate all our adversaries into one monolithic demon—typical of eschatological thinking. The administration conflated secular, Ba’athi Iraq with the apocalyptical Muslim fanatics of al-Qaeda, and so went to war against a country uninvolved in 9/11 whose threat to America was not, as is commonly claimed, zero, but which hardly justified, or excused, the haste and threadbare planning with which the war was launched and conducted.

Then, in the fourth phase, overreach leads to setbacks (the Korean War, for example, and the Iraq insurgency) and regrets (like the Vietnam War), ultimately resulting in at least temporary retrenchment … until the cycle starts all over again. This four-phase model fits the September 11 decade to a tee. The attack itself is of course phase 1; the Bush doctrine version 1.0 represents phase 2; the Second Inaugural signals the full efflorescence of phase 3; and the election of Barack Obama marks the consolidation of phase 4.

It matters in all this, however, whether the ideological vehicle that propels phase 3 forward even remotely reflects or aligns with reality. When it does, as it did during and after World War II, no one pays attention since things tend then to turn out well. In the case of the September 11 decade, unfortunately, it did not. There have been basically two problems with it. First, the « forward strategy » for freedom’s ascription of causality for Islamist terrorism is mistaken. Second, even if it were not mistaken, the timetables in which democracy promotion was seen as a solution for mass-casualty terrorism do not even begin to match. The reason is that despite President Bush’s assertion that democracy promotion is « the work of generations » and that democracy is about more than elections, that is not the basis upon which the administration actually behaved. It rushed into premature elections in Iraq, Lebanon and the Palestinian territories, with troublesome and still open-ended consequences for Iraq and disastrous ones for Lebanon and Gaza.

After September 11, as Americans searched for analogies that might help them understand the motivations for the attacks, most found themselves with very shallow reservoirs of historical analogies. Indeed, Americans tended almost exclusively to choose Cold War metaphors to explain September 11. Liberal idealists took their characteristic meliorist approach: It was poverty and injustice that motivated the attacks, and American policies that determined the target. There were dozens of calls for a « Marshall Plan for the Middle East », and hundreds of pleas to concentrate more than ever on solving the Arab-Israeli conflict, as if that were somehow a magic bullet that could fix all problems. Conservative idealists, as already noted, took the democracy-promotion approach, arguing that the motivation was not economic but political.

Both were wrong; Islamist radicalism, in truth, is a form of chiliastic violence that has taken many forms in many cultures over the past two millennia, from the Jewish zealots of the First Century of the Common Era, to the 16th-century Peasants’ Revolt in Germany, to the 19th-century « ghost dances » of American Indians. But the obvious weaknesses of the meliorist approach encouraged conservative idealists in their conviction that their own view, therefore, must be right. (Manichean-minded Americans have real problems when any potential set of choices exceeds two.)

The administration’s rhetoric went even further, however, suggesting that US policy was largely responsible for the debased condition of Arab political cultures. When Bush famously said in November 2003: « Sixty years of Western nations excusing and accommodating the lack of freedom in the Middle East did nothing to make us safe, because in the long run, stability cannot be purchased at the expense of liberty », he argued in essence that it was US policy, not the long incubated political culture of the region, that accounted for Arab autocracy. The Bush White House, in essence, adopted the wrongheaded left-wing side of an old debate over « friendly tyrants » as lesser evils and what to do with and about them, a very strange position for an avowedly conservative administration to take. The President also seemed to be saying, in a locution repeated by Secretary of State Condoleezza Rice in Cairo in June 2005 and many times thereafter, that US Cold War policy in the region was unsuccessful on its own terms, that it did not provide safety and stability.

These claims are nonsensical by any realistic measure. US Cold War policy in the Middle East achieved exactly what it set out to achieve within the broad framework of containment: It kept the Soviets out, the oil flowing to the benefit of the liberal economic order over which the US stood guard, and the region’s only democracy, Israel, safe. The record was not perfect, of course, and we certainly should have rethought old habits sooner than we did after the Berlin Wall fell; but it was good enough, as we say, for government work. Certainly, too, it was never in the power of the US government to bring about democracy in the Arab world during the Cold War. Yet the Bush administration’s solution for the problem whose origins it misread was just that for the post-Cold War era: deep-rooted reform of the Middle East’s sordid collection of autocracies and tyrannies (the major differences between the two were summarily overlooked) and, absent reform from within, the policy strongly implied that pro-democracy regime change would be imposed from without.

The result was almost breathtakingly counterproductive. The more the « forward strategy » bore down on the Middle East, with guns in Iraq and with projects and programs galore practically everywhere else they could gain access, the more effectively local nativists used Western energies jujitsu-like to gain leverage over their domestic adversaries. Rapid economic growth and rapid democratisation, even had they been possible, would not have stabilised Arab societies and made them less likely to spark off political violence against the West; it would have made such violence more likely. We are fortunate, therefore, that the strategy did not « succeed » for any longer than it did.

When the Bush administration campaigned to spread democracy to the Arabs, it never occurred to most of its principals that what they saw as a secular endeavour would be interpreted in the Muslim world through a religious prism, and used accordingly in intra-Islamic civilisational disputes. When Abu Musab al-Zarqawi, the late leader of al-Qaeda in Iraq, tried to persuade Iraqis not to vote because « democracy » was a front, in essence, for Christian evangelism, a slippery slope leading down to apostasy, he spoke a language that resonated in the ears of a great many (though happily not a majority of) Iraqis and other Muslim Arabs.

As it happens, the locals were essentially correct. Americans were speaking a creedal tongue that we thought entirely separate from « religion », a word that does not exist as such in Arabic. After all, we « separate church from state ». In truth, American political culture is not as secular as most think: The contemporary American idea of democracy, seen as the pre-eminent symbol of social egalitarianism (something very different from the Founders’ view) is an attenuated expression of aspects of Anglo-American Protestant Christian tradition. Our longing to spread it to the Muslims is the 21st-century version of what was, in the 19th century, a much more honest and self-aware missionary movement. We might fool ourselves by pretending that our deepest beliefs can be neatly compartmentalised into what is « political » and what is « religious », but Middle Easterners, who possess no such compartments by dint of a history sans Renaissance or Reformation, know better. Not that theology and ideology are identical, but as creedal systems they are bound to be seen as dramatically less distinct by cultures in which political theology, to use Mark Lilla’s apt terminology, has never been vanquished or, in most countries, even seriously challenged.

Looking at US behaviour in the September 11 decade as a manifestation of a secularised political theology explains far more than the standard parsing of the usual-suspects schools of thought: conservative and liberal realists and idealists, Jacksonians and Hamiltonians and all that. Consider for example that when, only days after September 11, Susan Sontag and other members of the professional adversary culture in the United States dared to suggest—in The New Yorker in Sontag’s case—that the perpetrators of September 11 were not cowards and that Americans were not innocent victims of terrorism, but rather were suffering just revenge for selfish and abrasive American foreign policies, they were treated exactly as heretics were in the so-called age of religion. They were not engaged or debated but shunned or excoriated. Had it still been in style, they would probably have been burned as witches.

The American penchant for seeing the world, especially the world of foreign and national security policy, in transcendental terms, is not an historical constant. It tends to rise in phase 3 of the cycle, when the God-talk emerges out of post-shock mobilisation. But there is a concurrent trend of more recent vintage that may have made things more acute during the September 11 decade.

Over the past half century, America has become increasingly deculturated. As Robert Putnam put it in his Bowling Alone argument, we have suffered a deep erosion of social capital. The face-to-face glue which enables social interactions to generate and sustain a common understanding about what is and isn’t virtuous behaviour—the very heart of what ultimately makes a society prosperous and happy—has been in ever shorter supply.

The implications of de-acculturation for American politics are are manifest. The decline of social trust abets both the polarisation of politics and popular cynicism toward government. It produces a political system in which the chain of connective institutions that link family to neighbourhood to larger community to town or region and ultimately to the national level gets broken, rendering the state both alien and intrusive at the same time as it tries to compensate for a social fabric now rent and tattered. Political parties, particularly those that tend to represent class or ideological structures, flow into the spaces once occupied by a diverse array of social interaction. They become in-group/out-group oriented as well-known psychological dynamics spread the distance between them, leading to an exaggerated perception of how much they actually differ in practical terms. The result is that compromise and horse-trading become more difficult, and the insertion of « culture war » issues into this environment has served only to harden the edges of the us-versus-them distinctions that define it. Identity groups disguised as political parties do not play well together.

The implications of all this for foreign policy are obvious. Presidential judgments necessarily become politicised, and opponents invariably try to criminalise them. Every decision becomes part of the catechism to the loyal, an act of moral enormity to the opposition. That is why the acrid debates over Guantanamo and Abu Ghraib, waterboarding and warrantless wiretaps, the Patriot Act and the reach of wartime executive authority, took on the tones they did. These arguments did not remind one of the civilities of the common law tradition; they sounded more like transcripts from the Spanish Inquisition.

The great sociologist E. Digby Baltzell, the man who coined the term WASP back in the 1950s, once said to me that the greatest tragedy of 20th-century America is that the formidable energies of religion had migrated into politics, to the detriment of both. No wiser comment has ever been made about the trajectory of American politics this past half century, and here lies, I think, the key insight for those trying to comprehend the American September 11 decade at its very core. The decade has not been about what others have done to America; it has been about what Americans have done to themselves.

Adam Garfinkle served as chief staff writer of the US Commission on National Security/21st Century (Hart-Rudman Commission), which predicted mass-casualty terrorism on American soil before September 11 and first proposed creation of a Department of Homeland Security. He then served as editor of The National Interest and as speechwriter to Secretaries of State Colin Powell and Condoleezza Rice. He is founding editor of The American Interest.

Indeed, the fuzzy indeterminacy that characterizes the Obama foreign policy holds true even at the highest echelon of strategy. The United States is the world’s pre-eminent if not hegemonic power. Since World War II it has set the normative standards and both formed and guarded the security and economic structures of the world. In that capacity it has provided for a relatively secure and prosperous global commons, a mission nicely convergent with the maturing American self-image as an exceptionalist nation. To do this, however, the United States has had to maintain a global military presence as a token of its commitment to the mission and as a means of reassurance to those far and wide with a stake in it. This has required a global network of alliances and bases, the cost of which is not small and the maintenance of which, in both diplomatic and other terms, is a full-time job.*

Against this definition of strategic mission there have always been those in the United States who have dissented, holding that we do, ask and expect much too much, and get into gratuitous trouble as a result. Some have preferred outright isolationism, but most serious skeptics of the status quo have preferred a posture of ‘offshore balancing’. Remove the bases and end the alliances, they have argued, and the US government will be better able, at less risk and far less cost to the nation, to balance against threatening developments abroad, much as America’s strategic mentor, Great Britain, did throughout most of the 19th century.

This is the core conversation Americans have been having about the US global role since at least 1945. To one side we recall George McGovern’s 1972 ‘Come Home, America’ campaign plank, the Mansfield Amendment that would have removed US troops from Europe in mid-Cold War, and the early Carter administration’s proposal to remove US troops from South Korea spoken in rhythm to speeches decrying an “inordinate fear of communism”. To the other side has been almost everyone and everything else, so that the offshore approach has always been turned back, at least until now. Where is the Obama administration in this great debate? We don’t really know; the evidence, once again, suggests ambivalence. . .

Taken together, then, the administration’s track record, encompassing the whole spectrum from discrete policy arenas to the lofty heights of grand strategy, suggests the foreign policy equivalent of a Rorschach inkblot. Observers can see in it what they have wanted to see. Some have tagged the Obama administration a re-run of the Carter administration, but the fit is obviously imperfect; it’s very hard to see Carter during his first or second year in office ordering those Predator strikes, even harder to imagine him holding his tongue on human rights. Some have seen a replay of Nixon and Kissinger: Realpolitik hiding behind feel-good talk about allies and peace and the rest, trying simultaneously to play an inherited weak hand and set the stage for a grand bargain—this time with Iran instead of China. Still others think they are witness to the second coming of Franklin Delano Roosevelt: a shrewd opportunist who knows the limits set by domestic constraints, and whose main concern is national economic stabilization and social strengthening against the day when American power must meet a true test of destiny. The name game can go on because, while no great successes have sprouted forth from the Obama foreign policy, no great debacles have emerged either.

Presidential Language
Be It Resolved
Adam Garfinkle
The American interest
December 30, 2014

In the course of an interview with NPR’s Steve Inskeep released earlier this week, President Obama tried to flatter the Supreme Leader and other assorted higher-ups in Tehran. Will it work?

NPR released yesterday a presidential interview, taped December 18, that bears on many issues, not least the Middle East. I probably should let the opportunity to comment pass, but I can’t. I probably should eat much less ice cream too, but I can’t seem to do that either. Well, more on New Year’s resolutions anon.

Two globules of presidential language in particular catch my attention, both foreshadowed by a Reuters article on December 28. Let me take the two in turn.

In the interview President Obama praises the “incredible talent and resources and sophistication inside of Iran” and adds that if Iran agrees to curb its nuclear weapons ambitions Iran “would be a very successful regional power that was also abiding by international norms and international rules—and that would be good for everybody.” The President offered that Iran has “legitimate defense concerns” and “suffered from a terrible war with Iraq” in the 1980s, but he criticized it for regional “adventurism, the support of organizations like Hizballah, the threats they’ve directed at Israel.”

The Reuters story commented in demur, drive-by style that, while the President thinks an agreement is still possible and perhaps likely, Vice President Biden said earlier this month that he gives the negotiations a “less than even shot” of succeeding. POTUS can’t so easily dump Biden like he dumped Hagel, because Biden got elected—besides which, the VP’s own “can’t-help-myself” problem, which manifests itself most often in his predilection for “committing a truth” (as he sees it) in public, is under better control today than at any time since his election to the Senate in 1972. (For those unaware, just by the way, the phrase “to commit a truth” is a key element of speechwriting wit; it means that one should not say something in public just because it’s true, unless it serves a particular purpose. Political speech is not a didactic exercise; it is inherently about controlling and manipulating impressions.)

Ah, but back to that other member of the Executive Branch who got elected, the President. What to make of these, one hopes, non-scripted remarks?

It’s clear—actually a little too clear—that President Obama is trying to flatter the Supreme Leader and other assorted higher ups in Tehran. Someone no doubt explained to the President in another, earlier drive-by incident that these guys believe they deserve more respect for their sovereignty, history, and culture than they get. He wants to assure them, insofar as he can, that regime change is not high up on the U.S. want list with regard to Iran, though he cannot explicitly rule it out without cutting the knees out from future U.S. policy options. He wants to let them know he’s sensitive to how the world looks from their perspective.

All of this publicly articulated respect is designed, it seems likely to me as a recovering Executive Branch speechwriter, to reduce the heat on the roiling pot that contains the conspiracy theories Iranians cook up and consume on a depressingly regular basis. The practical purpose? To get the Supreme Leader to authorize the concessions he needs to make to let the deal happen, in return for which we promise not to betray his trust. Respect worked for Aretha Franklin; maybe it’ll work for Barack Obama, too.

But note that, in the list of Iranian sins, the President did not even mention Iran’s role in Syria, or in Yemen. Note, too, that he omitted mentions of Iranian-supported terrorist and insurgent-war acts that have claimed American lives. He never warns that we now intend to link the nuclear negotiations with Iranian regional behavior, as we should have been doing all along. Note too, however, that if we have already secretly consummated a “big deal” with Iran to split U.S. regional security responsibilities with Tehran largely at Arab expense—as some commentators here but especially in the region think is a done deal already a few years ago—it would be harder to make sense of this sort of klutzy fawning language.

The Administration may still yearn for such a deal, however, which now, as in 2009, gives off the sound of one tongue flapping. Here we are, it would seem, at the second coming (or third or fourth coming, depending on what evidence you credit and how you count) of the original outstretched hand offering engagement to mutual benefit for the future. The first time the Administration did this, the Iranian “Green movement” protesting a rigged election was a victim, and our hand got slapped. (Or as Shel Silverstein once wrote: “Cast your bread on the water and what do you get? Another day older, and your bread gets wet.”) Nor did the Supreme Leader deign to answer the first of now three private presidential letters.

It remains to be seen who will suffer this time around, but one thing is certain: When the Saudis, Israelis, and other U.S. associates in the region hear presidential language like this, they head for their mental bunkers and hunker down. Meanwhile, President Obama should not be watching his mailbox for a letter from Tehran.

It will all be judged wise and worldly, perhaps, if the tactic succeeds and we get in due course a nuclear deal worth having. Me, I’m with Joe Biden on this one, as an earlier post explained in some detail. But will it succeed?

Some clever folks in the White House are sensitive to Iranian insecurities and have coached the President on how to make the Iranian lion purr. Alas, they can’t turn the Iranian lion into a vegetarian, and they have a long way to go to evoke any genuine purring. I do not think this will succeed, and let me explain why by speculating on how the Supreme Leader and other Iranians of his ilk will probably hear this sort of language.

The Iranian Lion. Not a vegetarian.

“So”, says the Supreme leader to President Rouhani over mint tea one afternoon, “the Americans think they get to judge whether we can be a successful regional power! They presume their dominance, these upstarts, as they speak to the heirs of the Achaemenid dynasty, the Sassanid dynasty, the Safavid dynasty—as these historical adolescents speak to the very founders of civilization. They speak to us not as equals but as masters. They are not and never will be our masters.”

“Yes, sir”, answers Rouhani. “You will remember when Judge [William P.] Clark, one of the NSC Advisors during the Reagan years, characterized Iranian statesmen as ‘a bunch of rug merchants’, do you not? Despite all their failures since, the hubris in Washington is undaunted. This young and inexperienced man speaks of how everyone will benefit if Iran submits to America’s will, as if life on earth can be like paradise. He speaks of international norms and rules as though everyone accepts them, despite the fact that most people in the world have suffered from the Western arrogance and oppression they symbolize.”

Yes, there is no doubt that Khamenei and Rouhani remember Judge Clark’s comment, for they assiduously collect every insult cast their way in faithful expectation of historical revenge; and you can bet your bottom dollar that the President and his advisers, including current NSC Advisor Susan Rice, lack that particular datum in their active memory banks. And much more important, yes, the Iranian government is full of geostrategic realists who know what a revisionist state is. And they are people who, for the most part—whether we can them moderates or hardliners—sincerely project the Shi’a martyrology complex onto the imagined political sociology of the world. This precisely was the Ayatollah Khomeini’s creative and expansive act of ideological genius; it still defines Iranian foreign policy ideals just as it sustained the revolution in its infancy, particularly during very hard times. So when Barack Obama tells Iranians how much they suffered during the 1980-88 Iran-Iraq War, he comes across like a trespasser on sacred cemetery soil. “Who is this idolatrous man who presumes to narrate our holy suffering?”, the Supreme Leader asks the President.

When Robert Burns wrote, “O would God the gift to gi’ us, to see ourselves as others see us”, he weren’t just whistling Dixie folks, or suggesting that short Cliffs Notes courses in cultural studies would suffice for serious purposes. He really meant it.

The NPR interviewer asked the President whether in his last two years in office he would help war-torn countries like Libya, Syria, and Iraq. His answer was that these countries have to take the lead: “We can help, but we can’t do it for them. I think the American people recognize that. There are times here in Washington where pundits don’t; they think you can just move chess pieces around the table. And whenever we have that kind of hubris, we tend to get burned.”

Well, obviously the President is reading the wrong pundits (and in my view he acts unpresidentially even to mention them publicly). He should be reading me. I don’t want us to be engaged in a bombing campaign against the Islamic State if it is premised on a counterproductive half-strategy. I don’t want U.S. combat troops aiding the Abadi government in Baghdad, along side of Iranian Revolutionary Guard units, trying to reclaim for a unitary Iraqi state what it cannot firmly reclaim. I never argued for boots on the ground in Syria, or anything on the ground or in the air with respect to Libya. I and The American Interest with me over the years have been sympathetic to not “devoting another trillion dollars” to misbegotten foreign wars because, yes, as the President said, “we need to spend a trillion dollars rebuilding our schools, our roads, our basic science, and research here in the United States.” We at TAI used the phrase “nation-building at home” before he did (you can look it up—just check out the lead section of volume 4, number 3, published just before Obama’s inauguration).

Cover

So then what’s wrong with this picture of presidential remarks on Libya, Syria, and Iraq? What’s wrong is that the President is apparently unable or unwilling to connect his own damned dots.

Did Libya’s troubles today, by which I mean in brief that it has not one dysfunctional government but pretenses of two, just fall out of the sky one day? Unless you mean the U.S. cruise missiles targeted on Tripoli that kicked off a war in March 2011, no. If that is what you mean, as the NPR interviewer had the temerity to suggest, than yes. It was U.S. policy that caused the destruction of the Libyan state, such as it was. U.S. policy, from starting a war to failing to plan for its Phase 4 post-combat aftermath, explains not only the god-awful mess that Libya has become, but also what happened to Ambassador Stevens and three other Americans in Benghazi on September 11, 2012. Libya has to get its act together to deserve our help?! What Libya? There is for all practical purposes no Libyan state for us to help.

Did Iraq’s troubles today, by which I mean the state’s collapse back into roughly the three Ottoman provinces cobbled together to create it in 1920, just sort of happen, too? Like Libya, Iraq was a nasty, authoritarian hellhole before U.S. policy made it even worse. We may blame that on the Bush Administration for mis-starting a war that had not been properly planned, but Iraq would not be quite the mess it is today had the Obama Administration not mis-ended it by yanking our presence out without a SOFA agreement. Iraq has to get its act together to deserve our continued or expanded help?! What Iraq? There is, very nearly, no Iraqi state for us to help.

Did Syria’s troubles fall out of the sky, too? Here U.S. policy is mostly guilty of sins of omission rather than sins of commission, some of them circling back to our hands-off-Iran supinity, but it is guilty all the same. As we have said here at TAI many times over the past three years, a judicious early use of U.S. power and leadership well short of kinetic action—difficult though it always was, true—could have averted the still evolving worst-case calamity that Syria has become. Syria is well on its way to complete Somalization. So Syria, too, has to get its act together to deserve our help?! What Syria? There is, very nearly, no Syrian state for us to help.

Far be it for me to advocate the use of U.S. force in any of these places. We cannot put these states back together at an acceptable cost in blood and treasure. As I have stressed in earlier posts (for example, here), what is happening, at base, is historio-structural in nature and no mere policy nipping and tucking can restore the status quo ante. I am no more in a mood to move chess pieces around on a table than the President is, especially if I have to do it with bombers, APCs, and Aegis cruisers loaded up with SLCMs. But to pontificate about the need for Arab self-help in these three cases, as though U.S. policy had nothing whatsoever to do with their present plights, very nearly surpasses credulity. It reminds me of a three-year old not yet well experienced at hide-and-go-seek who covers his face and thereby imagines that others cannot see him. Who in the region does the President think he’s fooling?

I have commented in recent weeks about the dropping away of relevant context in the reporting of important news stories, which I suspect is linked to the generic disappearance of even relatively recent historical memory in our IT-addled, radically segmented collective cognitive state (see, for example, this). But this amnesic babble really takes all, and coming from the President of the United States it frankly makes me a bit uncomfortable.

One of my secular New Year’s resolutions is to read and think more, write and speak less. Another, however, is to write more quickly on the heels of breaking stories, as I’m doing now. Another is to cut back on the ice cream; I like to think that will buy me an indulgence for a bit more single malt, which is more conducive to thinking than to writing, and so the circle of my resolutions comes to completion.

I wish Vice President Biden success in his effort to cut back further on committing truths in public. I’m always here for you, Joe, if you need me.

As for the President, I hope he will add a resolution for 2015 to stop saying stupid “stuff” to his previous determination to not do stupid “stuff.” Since saying and doing are mingled behaviors, especially when they emanate from the Oval Office, a truth that even non-speechwriters can appreciate and that this President seems implicitly to credit more than most, there’s reason to expect both resolution and redemption. Happy New Year!
Adam Garfinkle is editor of The American Interest.

Voir encore:

Obama says days of U.S ‘meddling’ in Latin America are over
Dave Boyer

The Washington Times

April 10, 2015

President Obama told Latin America leaders in Panama Friday that the days of U.S. exploitation of the region are over, and that America owes a debt to the rest of the world for helping to bring equality to the U.S.

“We are respectful of the differences among our countries,” Mr. Obama said at the Summit of the Americas. “The days in which our agenda in this hemisphere so often presumed that the United States could meddle with impunity, those days are past.”

The crowd erupted in sustained applause.

Mr. Obama urged leaders in the region to embrace democratic principles, including public debate and dissent.

“It’s not to say that my country’s perfect, we are not. And that’s the point,” Mr. Obama said. “We have to wrestle with our own challenges from issues of race to policing to inequality. We embrace our ability to become better through our democracy.”

Referring to slavery and Jim Crow-era segregation in the U.S., Mr. Obama also said that outside forces helped to improve life in America.

“There was a time in our own country when there were groups that were voiceless and powerless,” Mr. Obama said. “Because of world opinion, that helped to change those circumstances. We have a debt to pay because the voices of ordinary people made us better. That’s a debt I want to make sure we repay in this hemisphere and around the world.”

Earlier, Mr. Obama took an apparent swipe at Cuba’s communist regime when he said “almost everybody” in Latin America has been smart enough to move their countries to a market-based economy.

“By virtue of wisdom, and some things that didn’t work and some things that did, everybody around the region … has a very practical solution, or a practical orientation,” Mr. Obama said.

Then he grinned and added, “Maybe not everybody, but almost everybody.” The audience of business leaders laughed.

The president, who is expected to meet for the first time with Cuban President Raul Castro Saturday on the sidelines of the summit, said countries in the hemisphere previously subscribed either to a “statist” economic model or a free-market approach.

“Everything was very ideological in this region in discussing how economic development went forward,” Mr. Obama said. “I believe the free market is the greatest wealth-generator and innovator and is a recipe for success for countries.”

Dave Boyer is a White House correspondent for The Washington Times. A native of Allentown, Pa., Boyer worked for the Philadelphia Inquirer from 2002 to 2011 and also has covered Congress for the Times. He is a graduate of Penn State University. Boyer can be reached at dboyer@washingtontimes.com.

Voir encore:

Remarks by President Obama at the Civil Society Forum
On April 10, 2015, in Office of the Press Secretary, Speeches and Remarks, The President, Western Hemisphere, by The White House
Hotel El Panama
Panama City, Panama

PRESIDENT OBAMA:  Buenas tardes.  Thank you, President Varela.  Thank you very much, Panama, for hosting this Summit of the Americas.  And I thank everybody who’s traveled here from across the region for the courageous work that you do to defend freedom and human rights, and to promote equality and opportunity and justice across our hemisphere and around the world.

I am proud to be with you at this first-ever official gathering of civil society leaders at the Summit of the Americas. And I’m pleased to have Cuba represented with us at this summit for the very first time.  (Applause.)

We’re here for a very simple reason.  We believe that strong, successful countries require strong and vibrant civil societies.  We know that throughout our history, human progress has been propelled not just by famous leaders, not just by states, but by ordinary men and women who believe that change is possible; by citizens who are willing to stand up against incredible odds and great danger not only to protect their own rights, but to extend rights to others.

I had a chance to reflect on this last month when I was in the small town of Selma, Alabama.  Some of you may have heard of it.  It’s a place where, 50 years ago, African-Americans marched in peaceful, nonviolent protest — not to ask for special treatment but to be treated equally, in accordance with the founding documents of our Declaration of Independence, our Bill of Rights.  They were part of a civil rights movement that had endured violence and repression for decades, and would endure it again that day, as many of the marchers were beaten.

But they kept marching.  And despite the beatings of that day, they came back, and more returned.  And the conscience of a nation was stirred.  Their efforts bent, in the words of Dr. Martin Luther King, the arc of the moral universe towards justice.  And it was their vision for a more fair and just and inclusive and generous society that ultimately triumphed.  And the only reason I stand here today as the President of the United States is because those ordinary people — maids, and janitors, and schoolteachers — were willing to endure hardship on my behalf.  (Applause.)

And that’s why I believe so strongly in the work that you do.  It’s the dreamers — no matter how humble or poor or seemingly powerless — that are able to change the course of human events.  We saw it in South Africa, where citizens stood up to the scourge of apartheid.  We saw it in Europe, where Poles marched in Solidarity to help bring down the Iron Curtain.  In Argentina, where mothers of the disappeared spoke out against the Dirty War.  It’s the story of my country, where citizens worked to abolish slavery, and establish women’s rights and workers’ rights, and rights for gays and lesbians.

It’s not to say that my country is perfect — we are not.  And that’s the point.  We always have to have citizens who are willing to question and push our government, and identify injustice.  We have to wrestle with our own challenges — from issues of race to policing to inequality.  But what makes me most proud about the extraordinary example of the United States is not that we’re perfect, but that we struggle with it, and we have this open space in which society can continually try to make us a more perfect union.

We’ve stood up, at great cost, for freedom and human dignity, not just in our own country, but elsewhere.  I’m proud of that.  And we embrace our ability to become better through our democracy.  And that requires more than just the work of government.  It demands the hard and frustrating, sometimes, but absolutely vital work of ordinary citizens coming together to make common cause.

So civil society is the conscience of our countries.  It’s the catalyst of change.  It’s why strong nations don’t fear active citizens.  Strong nations embrace and support and empower active citizens.  And by the way, it’s not as if active citizens are always right — they’re not.  Sometimes people start yelling at me or arguing at me, and I think, you don’t know what you’re talking about.  But sometimes they do.  And the question is not whether they’re always right; the question is, do you have a society in which that conversation, that debate can be tested and ideas are tested in the marketplace.

And because of the efforts of civil society, now, by and large, there’s a consensus in the Americas on democracy and human rights, and social development and social inclusiveness.  I recognize there’s strong differences about the role of civil society, but I believe we can all benefit from open and tolerant and inclusive dialogue.  And we should reject violence or intimidation that’s aimed at silencing people’s voices.

The freedom to be heard is a principle that the Americas at large is committed to.  And that doesn’t mean, as I said, that we’re going to agree on every issue.  But we should address those issue candidly and honestly and civilly, and welcome the voices of all of our people into the debates that shape the future of the hemisphere.  (Applause.)

Just to take one example:  As the United States begins a new chapter in our relationship with Cuba, we hope it will create an environment that improves the lives of the Cuban people -– not because it’s imposed by us, the United States, but through the talent and ingenuity and aspirations, and the conversation among Cubans from all walks of life so they can decide what the best course is for their prosperity.

As we move toward the process of normalization, we’ll have our differences, government to government, with Cuba on many issues — just as we differ at times with other nations within the Americas; just as we differ with our closest allies.  There’s nothing wrong with that.  But I’m here to say that when we do speak out, we’re going to do so because the United States of America does believe, and will always stand for, a certain set of universal values.  And when we do partner with civil society, it’s because we believe our relationship should be with governments and with the peoples that they represent.

It’s also because we believe that your work is more important than ever.  Here in the Americas, inequality still locks too many people out of our economies.  Discrimination still locks too many out of our societies.  Around the world, there are still too many places where laws are passed to stifle civil society, where governments cut off funding for groups that they don’t agree with.  Where entrepreneurs are crushed under corruption.  Where activists and journalists are locked up on trumped-up charges because they dare to be critical of their governments.  Where the way you look, or how you pray, or who you love can get you imprisoned or killed.

And whether it’s crackdowns on free expression in Russia or China, or restrictions on freedom of association and assembly in Egypt, or prison camps run by the North Korean regime — human rights and fundamental freedoms are still at risk around the world.  And when that happens, we believe we have a moral obligation to speak out.

We also know that our support for civil society is not just about what we’re against, but also what we’re for.  Because we’ve noticed that governments that are more responsive and effective are typically governments where the people are free to assemble, and speak their minds, and petition their leaders, and hold us accountable.

We know that our economies attract more trade and investment when citizens are free to start a new business without paying a bribe.   We know that our societies are more likely to succeed when all our people — regardless of color, or class, or creed, or sexual orientation, or gender — are free to live and pray and love as they choose.  That’s what we believe.

And, increasingly, civil society is a source of ideas — about everything from promoting transparency and free expression, to reversing inequality and rescuing our environment.  And that’s why, as part of our Stand with Civil Society Initiative, we’ve joined with people around the world to push back on those who deny your right to be heard.  I’ve made it a mission of our government not only to protect civil society groups, but to partner with you and empower you with the knowledge and the technology and the resources to put your ideas into action.  And the U.S. supports the efforts to establish a permanent, meaningful role for civil societies in future Summits of the Americas.  (Applause.)

So let me just say, when the United States sees space closing for civil society, we will work to open it.  When efforts are made to wall you off from the world, we’ll try to connect you with each other.  When you are silenced, we’ll try to speak out alongside you.  And when you’re suppressed, we want to help strengthen you.  As you work for change, the United States will stand up alongside you every step of the way.  We are respectful of the difference among our countries.  The days in which our agenda in this hemisphere so often presumed that the United States could meddle with impunity, those days are past.  (Applause.)

But what it does mean — but we do have to be very clear that when we speak out on behalf of somebody who’s been imprisoned for no other reason than because they spoke truth to power, when we are helping an organization that is trying to empower a minority group inside a country to get more access to resources, we’re not doing that because it serves our own interests; we’re doing it because we think it’s the right thing to do.  (Applause.)  And that’s important.

And I hope that all the other countries at the Summit of the Americas will join us in seeing that it’s important.  Because sometimes, as difficult as it is, it’s important for us to be able to speak honestly and candidly on behalf of people who are vulnerable and people who are powerless, people who are voiceless.  I know, because there was a time in our own country where there were groups that were voiceless and powerless.  And because of world opinion, that helped to change those circumstance.  We have a debt to pay, because the voices of ordinary people have made us better.  That’s a debt that I want to make sure we repay in this hemisphere and around the world.

Thank you very much, everybody.  (Applause.)  God bless you.

Voir enfin:

The Doctrine That Never Died
Tom Wolfe

The New York Times

January 30, 2005
SURELY some bright bulb from the Council on Foreign Relations in New York or the Woodrow Wilson School of Public and International Affairs at Princeton has already remarked that President Bush’s inaugural address 10 days ago is the fourth corollary to the Monroe Doctrine. No? So many savants and not one peep out of the lot of them? Really?

The president had barely warmed up: « There is only one force of history that can break the reign of hatred and resentment, and expose the pretensions of tyrants … and that is the force of human freedom…. The survival of liberty in our land increasingly depends on the success of liberty in other lands. … America’s vital interests and our deepest beliefs are now one… » when – bango! – I flashed back 100 years and 47 days on the dot to another president. George W. Bush was speaking, but the voice echoing inside my skull – a high-pitched voice, an odd voice, coming from such a great big hairy bear of a man – was that of the president who dusted off Monroe’s idea and dragged it into the 20th century.

« The steady aim of this nation, as of all enlightened nations, » said the Echo, « should be to strive to bring ever nearer the day when there shall prevail throughout the world the peace of justice. …Tyrants and oppressors have many times made a wilderness and called it peace. …The peace of tyrannous terror, the peace of craven weakness, the peace of injustice, all these should be shunned as we shun unrighteous war. … The right of freedom and the responsibility for the exercise of that right cannot be divorced. »

Theodore Roosevelt! – Dec. 4, 1904, announcing to Congress the first corollary to the Monroe Doctrine – an item I had deposited in the memory bank and hadn’t touched since I said goodbye to graduate school in the mid-1950’s!

In each case what I was hearing was the usual rustle and flourish of the curtains opening upon a grandiloquent backdrop. But if there was one thing I learned before departing academe and heading off wayward into journalism, it was that these pretty preambles to major political messages, all this solemn rhetorical throat-clearing – the parts always omitted from the textbooks as superfluous – are inevitably what in fact gives the game away.

Theodore Roosevelt’s corollary to President James Monroe’s famous doctrine of 1823 proclaimed that not only did America have the right, à la Monroe, to block European attempts to re-colonize any of the Western Hemisphere, it also had the right to take over and shape up any nation in the hemisphere guilty of « chronic wrongdoing » or uncivilized behavior that left it « impotent, » powerless to defend itself against aggressors from the Other Hemisphere, meaning mainly England, France, Spain, Germany and Italy.

The immediate problem was that the Dominican Republic had just reneged on millions in European loans so flagrantly that an Italian warship had turned up just off the harbor of Santo Domingo. Roosevelt sent the Navy down to frighten off the Italians and all other snarling Europeans. Then the United States took over the Dominican customs operations and debt management and by and by the whole country, eventually sending in the military to run the place. We didn’t hesitate to occupy Haiti and Nicaragua, either.

Back in 1823, Europeans had ridiculed Monroe and his doctrine. Baron de Tuyll, the Russian minister to Washington, said Americans were too busy hard-grabbing and making money to ever stop long enough to fight, even if they had the power, which they didn’t. But by the early 1900’s it was a different story.

First there was T.R. And then came Senator Henry Cabot Lodge. In 1912 Japanese businessmen appeared to be on the verge of buying vast areas of Mexico’s Baja California bordering our Southern California. Lodge drew up, and the Senate ratified, what became known as the Lodge Corollary to the Monroe Doctrine. The United States would allow no foreign interests, no Other Hemispheroids of any description, to give any foreign government « practical power of control » over territory in This Hemisphere. The Japanese government immediately denied having any connection with the tycoons, and the Baja deals, if any, evaporated.

Then, in 1950, George Kennan, the diplomat who had developed the containment theory of dealing with the Soviet Union after the Second World War, toured Latin America and came away alarmed by Communist influence in the region. So he devised the third corollary to the Monroe Doctrine. The Kennan Corollary said that Communism was simply a tool of Soviet national power. The United States had no choice, under the mandates of the Monroe Doctrine, but to eradicate Communist activity wherever it turned up in Latin America … by any means necessary, even if it meant averting one’s eyes from dictatorial regimes whose police force did everything but wear badges saying Chronic Wrongdoing.

The historian Gaddis Smith summarizes the Lodge and Kennan Corollaries elegantly and economically in « The Last Years of the Monroe Doctrine, 1945-1993. » Now, Gaddis Smith was a graduate-schoolmate of mine and very much a star even then and has remained a star historian ever since. So do I dare suggest that in this one instance, in a brilliant career going on 50 years now, that Gaddis Smith might have been …wrong? … that 1945 to 1993 were not the last years of the Monroe Doctrine? … that the doctrine was more buff and boisterous than it has ever been 10 days ago, Jan. 20, 2005?

But before we go forward, let’s take one more step back in time and recall the curious case of Antarctica. In 1939 Franklin Roosevelt authorized the first official United States exploration of the South Pole, led by Admiral Richard E. Byrd. The expedition was scientific – but also military. The Japanese and the Germans were known to be rooting about in the ice down there, as were the Russians, the British, the Chileans, the Argentines, all of them yapping and stepping on one another’s heels. Gradually it dawned on the whole bunch of them: at the South Pole the hemispheres got … awfully narrow. In fact, there was one point, smaller than a dime, if you could ever find it, where there were no more Hemispheres at all. Finally, everybody in essence just gave up and forgot about it. It was so cold down there, you couldn’t shove a shell into the gullet of a piece of artillery … or a missile into a silo.

Ah, yes, a missile. On the day in November 1961, when the Air Force achieved the first successful silo launching of an intercontinental ballistic missile, the SM-80, the Western Hemisphere part of the Monroe Doctrine ceased to mean anything at all – while the ideas behind it began to mean everything in the world.

At bottom, the notion of a sanctified Western Hemisphere depended upon its separation from the rest of the world by two vast oceans, making intrusions of any sort obvious. The ICBM’s – soon the Soviet Union and other countries had theirs – shrank the world in a military sense. Then long-range jet aircraft, satellite telephones, television and the Internet all, in turn, did the job socially and commercially. By Mr. Bush’s Inauguration Day, the Hemi in Hemisphere had long since vanished, leaving the Monroe Doctrine with – what? – nothing but a single sphere … which is to say, the entire world.

For the mission – the messianic mission! – has never shrunk in the slightest … which brings us back to the pretty preambles and the solemn rhetorical throat-clearing … the parts always omitted from the textbooks as superfluous. « America’s vital interests and our deepest beliefs are now one, » President Bush said. He added, « From the day of our founding, we have proclaimed that every man and woman on this earth has rights, and dignity, and matchless value, because they bear the image of the maker of heaven and earth. »

David Gelernter, the scientist and writer, argues that « Americanism » is a fundamentally religious notion shared by an incredibly varied population from every part of the globe and every conceivable background, all of whom feel that they have arrived, as Ronald Reagan put it, at a « shining city upon a hill. » God knows how many of them just might agree with President Bush – and Theodore Roosevelt – that it is America’s destiny and duty to bring that salvation to all mankind.

This article misstated part of the history of intercontinental ballistic missiles. The silo launching of a solid-fuel SM-80 Minuteman missile in November 1961 was not the first of an ICBM; a less practical liquid-fuel Titan missile was launched from a silo earlier that year.

Tom Wolfe is the author, most recently, of « I Am Charlotte Simmons. »

Voir par ailleurs:

Journée historique entre Raul Castro et Barack Obama
Laure Mandeville
Le Figaro

12/04/2015

VIDÉO – Samed, les deux présidents américain et cubain ont échangé une poignée de main et se sont entretenus en marge du sommet des Amériques à Panama. Mais le chemin de la normalisation reste semé de nombreux points de contentieux.
De notre correspondante à Washington

Un peu plus d’une heure, à portes fermées. C’est le temps qu’ont passé ensemble les présidents Barack Obama et Raul Castro, ce samedi lors du sommet des Amériques à Panama. Il n’y avait pas eu de telle rencontre entre un dirigeant américain et un dirigeant cubain depuis 1956 quand Eisenhower y avait rencontré le dictateur Batista. Quand Obama et Castro se sont levés et se sont tendu la main, souriants et décontractés dans leurs costumes sombres, le moment historique a donc été fixé sur pellicule par des nuées de photographes et de cameramen. Un nouveau chapitre s’ouvrait dans l’histoire des Etats-Unis et de Cuba.

«Cela a été une conversation franche et fructueuse», un dialogue «très direct», a affirmé le président Obama devant les journalistes, reconnaissant toutefois que des différences importantes persistent sur les Droits de l’homme. «Nous avons réussi à parler honnêtement de nos différences et de nos préoccupations, de telle manière que je pense que nous détenons la possibilité de faire avancer la relation entre nos deux pays dans une direction différente et meilleure», a-t-il ajouté, optimiste. Raul Castro, lui, a affirmé qu’il faudrait «beaucoup de patience». «L’Histoire entre nos deux pays a été compliquée, mais nous sommes disposés à avancer et à discuter de tout, y compris des droits de l’homme». Le Cubain, visiblement de bonne humeur, avait déjà montré son intention de créer un climat détendu lors du Sommet, en plaisantant sur le fait qu’il avait droit à 8 minutes de discours multipliés par 6, puisque Cuba avait été exclu pendant six sommets. Après un long plaidoyer contre les ingérences des anciennes administrations américaines dans les affaires cubaines et latino-américaines, il a salué la probité de Barack Obama, le qualifiant «d’honnête homme». Il a dit vouloir avancer dans un ‘’dialogue respectueux, pour permettre une «coexistence civilisée» en dépit de «profondes différences».

La reprise des relations diplomatiques a figuré en bonne place dans les discussions, faisant suite à trois séries de discussions de haut niveau entre La Havane et Washington. Castro a demandé à Obama d’accélérer les démarches pour le retrait de Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme, indiquant qu’il verrait comme un «pas positif» une «décision rapide» des États-Unis sur ce dossier. L’Américain a indiqué qu’il avait reçu une recommandation favorable du Département d’Etat, mais qu’il n’avait pas encore eu le temps de l’étudier avant de la transmettre au Congrès. Un sujet qui risque de susciter des tiraillements au sein de la majorité républicaine, sur la colline du Capitole.

Au-delà des relations diplomatiques, le chemin de la normalisation reste semé de nombreux points de contentieux, dont le plus délicat est bien sûr l’embargo total sur les transactions économiques et financières avec Cuba, imposé depuis 1962. Le président cubain a une nouvelle fois insisté samedi sur la nécessité de «résoudre» cette question. Depuis l’annonce historique du rapprochement avec Cuba en décembre, Obama a demandé au Congrès, de travailler à la levée de l’embargo car lui seul peut le faire. Mais les deux chambres, dominées par les républicains sont pour l’instant très partagées sur la question, sous la pression notamment de la minorité cubaine américaine, dans l’ensemble très conservatrice sur la question des relations avec Cuba. Cette minorité influente exige toujours des changements préalables substantiels en matière de libertés à Cuba, que le clan conservateur des généraux de l’île, veut empêcher à toute force.

Le chemin de la normalisation s’avère donc semé d’obstacles, même si la nouvelle génération de cubains américains est plus ouverte à la réconciliation que celle de leurs parents. «Nous sommes en terre inconnue ici, il s’agit de changer fondamentalement la manière dont les Etats-Unis considèrent Cuba, son gouvernement, sa population, sa société civile», a résumé le principal conseiller de politique étrangère d’Obama, Ben Rhodes. L’équipe du président Obama espère que le développement des relations et la modernisation finissent par créer une dynamique positive d’ouverture au plan politique, une approche soutenue par l’opinion publique américaine, favorable à une évolution des relations à 59%. La normalisation avec Cuba est d’autant plus soutenue qu’elle va entraîner une normalisation des relations des Etats-Unis avec l’ensemble de la région, notent les experts. «Le fantôme de Cuba était présent dans toutes les relations bilatérales et multilatérales, à partir de maintenant, il disparaît», a confié à l’AFP Santiago Canton, responsable du centre Robert Kennedy pour la justice et les droits de l’homme.

Voir aussi:

Cuba leaves talks on US ties insisting it won’t make major changes to its system
Michael Weissenstein And Anne-Marie Garcia,

The Associated Press | The Canadian Press

25 Jan, 2015

HAVANA – The start of talks on repairing 50 years of broken relations appears to have left President Raul Castro’s government focused on winning additional concessions without giving in to U.S. demands for greater freedoms, despite the seeming benefits that warmer ties could have for the country’s struggling economy.

Following the highest-level open talks in three decades between the two nations, Cuban officials remained firm in rejecting significant reforms pushed by the United States as part of President Barack Obama’s surprise move to re-establish ties and rebuild economic relations with the Communist-led country.

« One can’t think that in order to improve and normalize relations with the U.S., Cuba has to give up the principles it believes in, » Cuba’s top diplomat for U.S. affairs, Josefina Vidal, told The Associated Press after the end of the talks. « Changes in Cuba aren’t negotiable. »

It’s not clear if Cuba’s tough stance is part of normal negotiation tactics or a hardened position that could prevent the talks from moving forward.

The Obama administration has dedicated significant political capital to rapprochement, but closer ties with the economic giant to the north also could have major importance for Cuba, which saw growth slow sharply in 2014 and is watching with concern as falling oil prices slam Venezuela, which has been a vital source of economic support.

In a wide-ranging interview, Vidal said that before deciding whether to allow greater economic ties with the U.S., Cuba was seeking more answers about Obama’s dramatic of loosening the half-century trade embargo.

Measures put into effect this month range from permitting large-scale sales of telecommunications equipment to allowing U.S. banks to open accounts in Cuba, but Vidal said officials on the island want to know if Cuba can buy such gear on credit and whether it is now free to use dollars for transactions around the world, not just those newly permitted with U.S. institutions. Until now, at least, U.S. law and policy has banned most foreign dealings with Cuba.

« I could make an endless list of questions and this is going to require a series of clarifications in order to really know where we are and what possibilities are going to open up, » Vidal said.

Obama also launched a review of Cuba’s inclusion on the U.S. list of state sponsors of terrorism and Vidal said « it will be difficult to conceive of the reestablishment of relations » while Cuba remains on that list, which imposes financial and other restrictions.

Vidal also said full normalization will be impossible until Congress lifts the many elements of the trade embargo that aren’t affected by Obama’s executive action — a step seen as unlikely with a Republican-dominated Congress. Among key prohibitions that remain is a ban on routine tourism to Cuba.

Even a relatively simple measure such as granting U.S. diplomats freedom of movement around Cuba, she said, is tied to reduced U.S. support of dissidents, whom Cuba says are breaking the law by acting to undermine the government of behalf of U.S. interests.

« It’s associated with a change in behaviour in the diplomatic missions as such and of the diplomatic officials, who must conduct themselves as our officials in Washington do, with total respect for the laws of that country, » Vidal said.

She also said Cuba has not softened its refusal to turn over U.S. fugitives granted asylum in Cuba. The warming of relations has spawned new demands in the U.S. for the State Department to seek the return of fugitives including Joanne Chesimard, a Black Liberation Army member now known as Assata Shakur, who fled to Cuba after she was convicted in 1977 of killing a New Jersey state trooper.

Vidal said the two nations’ extradition treaty « had a very clear clause saying that the agreement didn’t apply to people who could be tied to crimes of a political nature. »

But the opening already has led to some changes, at least in the short-term: Cuba significantly relaxed its near-total control of public information during the talks in Havana, allowing the live broadcast of news conferences in which foreign reporters questioned Vidal about sensitive topics including human rights. Cuban television even broadcast part of a news conference with Vidal’s counterpart, Roberta Jacobson, to foreign reporters, state media and independent Cuban reporters who are considered members of the opposition.

Cubans said they were taken aback by the flow of information but wanted to know much more about what the new relationship with the U.S. means.

« We’ve seen so much, really so much more than what we’re used to, about very sensitive topics in our country, » said Diego Ferrer, a 68-year-old retired state worker.

Jesus Rivero, also 68 and retired from government work, sat on a park bench in Old Havana reading a report in the official Communist Party newspaper, Granma, about Jacobson’s press conference.

« It’s good that Granma reports the press conference in the residence of the head of the Interests Section, » Rivero said. « But I think they should explain much more so that the whole population really understands what’s going on. »

Voir de plus:

The Abuse of Satire
Garry Trudeau on Charlie Hebdo, free-speech fanaticism, and the problem with “punching downward”
Garry Trudeau

The New Yorker

Apr 11 2015

The following is the text of remarks Garry Trudeau delivered on April 10 at the Long Island University’s George Polk Awards ceremony, where he received the George Polk Career Award.

My career—I guess I can officially call it that now—was not my idea. When my editor, Jim Andrews, recruited me out during my junior year in college and gave me the job I still hold, it wasn’t clear to me what he was up to. Inexplicably, he didn’t seem concerned that I was short on the technical skills normally associated with creating a comic strip—it was my perspective he was interested in, my generational identity. He saw the sloppy draftsmanship as a kind of cartoon vérité, dispatches from the front, raw and subversive.

Why were they so subversive? Well, mostly because I didn’t know any better.  My years in college had given me the completely false impression that there were no constraints, that it was safe for an artist to comment on volatile cultural and political issues in public. In college, there’s no down side. In the real world, there is, but in the euphoria of being recognized for anything, you don’t notice it at first. Indeed, one of the nicer things about youthful cluelessness is that it’s so frequently confused with courage.

One of the nicer things about youthful cluelessness is that it’s so frequently confused with courage.
In fact, it’s just flawed risk assessment. I have a friend who was the Army’s top psychiatrist, and she once told me that they had a technical term in the Army for the prefrontal cortex, where judgment and social control are located. She said, “We call them sergeants.”

In the print world, we call them editors. And I had one, and he was gifted, but the early going was rocky. The strip was forever being banned. And more often than not, word would come back that it was not the editor but the stuffy, out of touch owner/publisher who was hostile to the feature.

For a while, I thought we had an insurmountable generational problem, but one night after losing three papers, my boss, John McMeel, took me out for a steak and explained his strategy. The 34-year-old syndicate head looked at his 22-year-old discovery over the rim of his martini glass, smiled, and said, “Don’t worry. Sooner or later, these guys die.”

Well, damned if he wasn’t right. A year later, the beloved patriarch of those three papers passed on, leaving them to his intemperate son, whose first official act, naturally, was to restore Doonesbury. And in the years that followed, a happy pattern emerged: All across the country, publishers who had vowed that Doonesbury would appear in their papers over their dead bodies were getting their wish.

So McMeel was clearly on to something—a brilliant actuarial marketing strategy, but it didn’t completely solve the problem. I’ve been shuttled in and out of papers my whole career, most recently when I wrote about Texas’s mandatory transvaginal probes, apparently not a comics page staple. I lost 70 papers for the week, so obviously my judgment about red lines hasn’t gotten any more astute.

I, and most of my colleagues, have spent a lot of time discussing red lines since the tragedy in Paris. As you know, the Muhammad cartoon controversy began eight years ago in Denmark, as a protest against “self-censorship,” one editor’s call to arms against what she felt was a suffocating political correctness. The idea behind the original drawings was not to entertain or to enlighten or to challenge authority—her charge to the cartoonists was specifically to provoke, and in that they were exceedingly successful. Not only was one cartoonist gunned down, but riots erupted around the world, resulting in the deaths of scores. No one could say toward what positive social end, yet free speech absolutists were unchastened. Using judgment and common sense in expressing oneself were denounced as antithetical to freedom of speech.

And now we are adrift in an even wider sea of pain. Ironically, Charlie Hebdo, which always maintained it was attacking Islamic fanatics, not the general population, has succeeded in provoking many Muslims throughout France to make common cause with its most violent outliers. This is a bitter harvest.

Traditionally, satire has comforted the afflicted while afflicting the comfortable. Satire punches up, against authority of all kinds, the little guy against the powerful. Great French satirists like Molière and Daumier always punched up, holding up the self-satisfied and hypocritical to ridicule. Ridiculing the non-privileged is almost never funny—it’s just mean.

Ridiculing the non-privileged is almost never funny—it’s just mean.
By punching downward, by attacking a powerless, disenfranchised minority with crude, vulgar drawings closer to graffiti than cartoons, Charlie wandered into the realm of hate speech, which in France is only illegal if it directly incites violence. Well, voila—the 7 million copies that were published following the killings did exactly that, triggering violent protests across the Muslim world, including one in Niger, in which ten people died. Meanwhile, the French government kept busy rounding up and arresting over 100 Muslims who had foolishly used their freedom of speech to express their support of the attacks.

The White House took a lot of hits for not sending a high-level representative to the pro-Charlie solidarity march, but that oversight is now starting to look smart. The French tradition of free expression is too full of contradictions to fully embrace. Even Charlie Hebdo once fired a writer for not retracting an anti-Semitic column. Apparently he crossed some red line that was in place for one minority but not another.

What free speech absolutists have failed to acknowledge is that because one has the right to offend a group does not mean that one must. Or that that group gives up the right to be outraged. They’re allowed to feel pain. Freedom should always be discussed within the context of responsibility. At some point free expression absolutism becomes childish and unserious. It becomes its own kind of fanaticism.

I’m aware that I make these observations from a special position, one of safety. In America, no one goes into cartooning for the adrenaline. As Jon Stewart said in the aftermath of the killings, comedy in a free society shouldn’t take courage.

Writing satire is a privilege I’ve never taken lightly.  And I’m still trying to get it right. Doonesbury remains a work in progress, an imperfect chronicle of human imperfection. It is work, though, that only exists because of the remarkable license that commentators enjoy in this country. That license has been stretched beyond recognition in the digital age. It’s not easy figuring out where the red line is for satire anymore. But it’s always worth asking this question: Is anyone, anyone at all, laughing? If not, maybe you crossed it.

Voir aussi:

SALUTATION DU SAINT-PERE AU DÉBUT DE LA MESSE POUR LES FIDÈLES DE RITE ARMÉNIEN

Pape François

MESSE POUR LES FIDÈLES DE RITE ARMÉNIEN

Basilique vaticane
IIe Dimanche de Pâques (ou de la Divine Miséricorde), 12 avril 2015

Chers frères et sœurs Arméniens, chers frères et sœurs,

En des occasions diverses j’ai défini cette époque comme un temps de guerre, une troisième guerre mondiale « par morceaux », où nous assistons quotidiennement à des crimes atroces, à des massacres sanglants, et à la folie de la destruction. Malheureusement, encore aujourd’hui, nous entendons le cri étouffé et négligé de beaucoup de nos frères et sœurs sans défense, qui, à cause de leur foi au Christ ou de leur appartenance ethnique, sont publiquement et atrocement tués – décapités, crucifiés, brulés vifs –, ou bien contraints d’abandonner leur terre.

Aujourd’hui encore nous sommes en train de vivre une sorte de génocide causé par l’indifférence générale et collective, par le silence complice de Caïn qui s’exclame : « Que m’importe ? », « Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9 ; Homélie à Redipuglia, 13 septembre 2014).

Notre humanité a vécu, le siècle dernier, trois grandes tragédies inouïes : la première est celle qui est généralement considérée comme « le premier génocide du XXème siècle » (Jean-Paul II et Karekin II, Déclaration commune, Etchmiadzin, 27 septembre 2001) ; elle a frappé votre peuple arménien – première nation chrétienne –, avec les Syriens catholiques et orthodoxes, les Assyriens, les Chaldéens et les Grecs. Des évêques, des prêtres, des religieux, des femmes, des hommes, des personnes âgées et même des enfants et des malades sans défense ont été tués. Les deux autres ont été perpétrées par la nazisme et par le stalinisme. Et, plus récemment, d’autres exterminations de masse, comme celles au Cambodge, au Rwanda, au Burundi, en Bosnie. Cependant, il semble que l’humanité ne réussisse pas à cesser de verser le sang innocent. Il semble que l’enthousiasme qui est apparu à la fin de la seconde guerre mondiale soit en train de disparaître et de se dissoudre. Il semble que la famille humaine refuse d’apprendre de ses propres erreurs causées par la loi de la terreur ; et ainsi, encore aujourd’hui, il y en a qui cherchent à éliminer leurs semblables, avec l’aide des uns et le silence complice des autres qui restent spectateurs. Nous n’avons pas encore appris que « la guerre est une folie, un massacre inutile » (cf. Homélie à Redipuglia, 13 septembre 2014).

Chers frères arméniens, aujourd’hui nous rappelons, le cœur transpercé de douleur mais rempli d’espérance dans le Seigneur ressuscité, le centenaire de ce tragique événement, de cette  effroyable et folle extermination, que vos ancêtres ont cruellement soufferte. Se souvenir d’eux est nécessaire, plus encore c’est un devoir, parce que là où il n’y a plus de mémoire, cela signifie que le mal tient encore la blessure ouverte ; cacher ou nier le mal c’est comme laisser une blessure continuer à saigner sans la panser !

Je vous salue avec affection et je vous remercie pour votre témoignage.

Je salue et je remercie pour sa présence Monsieur Serž Sargsyan, Président de la République d’Arménie.

Je salue aussi cordialement mes frères Patriarches et Évêques : Sa Sainteté Karekin II, Patriarche Suprême et Catholicos de tous les Arméniens ; Sa Sainteté Aram Ier, Catholicos de la Grande Maison de Cilicie ; Sa Béatitude Nerses Bedros XIX, Patriarche de Cilicie des Arméniens Catholiques ; les deux Catholicossats de l’Église Apostolique Arménienne, et le Patriarcat de l’Église Arméno-Catholique.

Avec la ferme certitude que le mal ne vient jamais de Dieu infiniment Bon, et enracinés dans la foi, affirmons que la cruauté ne peut jamais être attribuée à l’œuvre de Dieu, et en outre ne doit absolument pas trouver en son Saint Nom une quelconque justification. Vivons ensemble cette célébration en fixant notre regard sur Jésus-Christ, vainqueur de la mort et du mal.

Voir enfin:

What the War in Iraq Wrought
Jon Lee Anderson

The New Yorker
January 15, 2014

It’s been nearly eleven years since the U.S. invasion of Iraq, which, almost since it began, proved to be the historically fatal element in the war on terror launched by George W. Bush’s White House. His Administration, and its sundry neoconservative wingmen, went so far as to tout the war in Iraq as a means to promote democracy across the Muslim lands. At the same time, there was a growing unease that things might not turn out well. In a 2005 conversation I had with the U.S. Ambassador to Iraq at the time, Zalmay Khalilzad, he spoke of his fears: “I shudder to think what we could face if we don’t fix Iraq.” He foresaw the possibility that an Iraqi civil war between Sunnis and Shiites could infect the entire Middle East.

Where are we today? It seems a good time to take stock.

In Iraq, two years after President Barack Obama made good on his word and pulled U.S. troops out—forty-five hundred American lives later, and God knows how many Iraqi lives later—the slumbering sectarian war has reignited. At least eight thousand Iraqis were killed in the violence in 2013, a majority of them Shiite civilians targeted for murder or killed in bomb blasts set by the reascendant Sunni extremists of Al Qaeda. That’s right: they’re back. Now calling themselves ISIS—the Islamic State of Iraq and al-Sham—the jihadis, who were supposedly defeated by Sunni tribesmen and American troops under the tutelage of David Petraeus, in the so-called Sunni Awakening of 2006-08, are not only active again; they are dominating the Syrian battlefield on the rebel side, and in the past few weeks seized the Iraqi cities of Fallujah and a good part of nearby Ramadi, too.

Remember Fallujah? That’s the city on the outskirts of Baghdad, in the Sunni-dominated Anbar Province, the homeland of restive tribes since the British occupation of Mesopotamia, a hundred years ago. It’s also where, in 2004, in a bid to beat the extremists who controlled it at the time, U.S. combat troops fought two separate battles, at a cost of more than a hundred and twenty American lives. Nearly a quarter of the American troops killed in Iraq during the war—about a thousand men and women—died in Anbar Province.

Now the Al Qaeda flag waves in the center of Fallujah. At least fifty-two people died in Iraq from terrorist bombs on Wednesday. There are car bombs nearly every day.

In Syria, more than two and a half years into a bloody civil war, as many as a hundred and twenty thousand people are dead, with more than a quarter of the country’s population now living as refugees, either displaced internally or in neighboring countries. Al Qaeda and other Islamist rebel groups have taken over what was once a popular, broad-based uprising against the Assad dictatorship, and are killing one another, and ordinary Syrian civilians, across a wide swath of that country. Having effectively lost control of much of the country’s second most important city, Aleppo, to rebels, the regime is now feeling confident enough to be preparing an assault to retake it. Syria’s conflict is about a lot of different things, of course, but in the business of killing, which is the hardtack, everyday stuff of war, it, too, is Shiite versus Sunni.

As for neighboring Lebanon—the Mediterranean rump state formed in the European carve-up of the Ottoman Empire, in the wake of the First World War—thanks to the spillover of Syria’s conflict, it is looking increasingly like a cracked pane of glass, just waiting for the next hard shake to fall apart completely. As in Syria, the violence is pitting Shiite against Sunni, and also against Christian.

And on and on. The region is, effectively, coming apart. If the Cold War helped to suppress long-standing feuds and rivalries (while helping to incubate militant Islam), which the fall of the Soviet Union exposed, it seems obvious now that key nerve endings were cut by the U.S. intervention in Iraq—and the one in Afghanistan, too—finishing off whatever uneasy compromises remained. (The death, by hanging, of Saddam Hussein, in 2006, had a vengeful quality, but it appeased none of Iraq’s demons.) The Arab Spring of 2011, that phenomenon which so raised hopes and caused hearts to flutter in the West—and, indeed, across the Middle East—has collapsed, and been replaced by increasing volatility. Egypt, the bulwark of American power in the region, a staunch Western ally ever since Anwar Sadat signed a peace deal with Israel at Camp David, is now, post-Mubarak and post-Muslim Brotherhood, in the grip of a military clique that is, by the day, widening its definition of who and what is a terrorist. Extremist violence has begun as a reaction, or possibly as a provocation, or both. Expect tyranny, and more violence, in the land of the pharaohs, and—who knows—maybe even civil war. In Bahrain, the Shiite majority simmers under a Sunni king. In Saudi Arabia, hundreds of young male volunteers, anxious for the chance to kill Shiites in Syria’s jihad, manage to go off and do just that, with the ease of Californians flying to Las Vegas for weekend gambling breaks.

And there is anarchic Libya, with its myriad armed gangs, its jihadis, and its own waves of bombings, kidnappings, and assassinations; fragile (and still marginally hopeful) Tunisia; Mali and the other shaky statelets of western Africa, Burkina Faso and Niger, in which terrorists occasionally kill and are chased but nothing is the same as it was; Nigeria, with the fanatical jihadi group Boko Haram, which seeks common cause with Al Qaeda in the region and at home, and kills Christians with breathtaking frequency, only to find its own people massacred by out-of-control government troops; and the Central African Republic, where poverty and underlying tribal enmities have now found terrifying expression within a Christian-versus-Muslim prism.

Indeed, an arc of violent political instability now links Muslim nations from Mauritania to Pakistan, affecting neighbors in Europe and Africa, and there is no end in sight. Most worryingly, in the contiguous nations of central and eastern Africa, where the states are weak, a rash of uncontained conflicts has spread, their violence and refugees flowing outward and overlapping, in a great bulge of mayhem that extends from the Horn to the Nile and from the Great Lakes region to the Sahel. It is dangerous: war thrives in a vacuum.

Nowadays, the U.S. has no interest in sending combat troops, just advisers or small SWAT teams dispatched here and there on specific missions (to kill Osama bin Laden or sundry terrorists in Somalia). Instead, it supports peacekeeping missions, sends humanitarian aid, and engages in hard-nosed diplomacy. That’s all well and good. Why fight wars if you can’t win them? More troops won’t rewind the past or undo the tragic mistakes and the stupidities of the Iraq invasion and its aftermath. But, at the same time, who says that this is not a world at war? Do we have a plan of action?

Back in the days when he was trying to fix Iraq, Ambassador Khalilzad talked about his use of chaos theory, but he lamented the lack of American strategists with the heft and the depth of Zbigniew Brzezinski, his old mentor, or Henry Kissinger, helping to steer things at the top—someone with a world view and a chess master’s eye. It was, I suppose, his way of saying that, for all its sweeping ambitions, the U.S.S. Enterprise was steering blind.

No new Brzezinski ever appeared on the scene. Bush, Cheney, Wolfowitz, and Rumsfeld have long since retired to their ranches to, variously, paint, get a heart transplant, and write self-serving memoirs. Robert Gates, the former Secretary of Defense, has come out with a tell-all book of his own, revealing, among other things, that he cried at night over the deaths of American troops. That’s comforting. We’re all back home now, or nearly so. But we’ve left a mess behind. So what’s next? Where do we go from here?

As for those American soldiers asking, “Was our sacrifice in Fallujah worth it?,” one is at a loss about how to reply to the thought that comes to mind this week: No, it really wasn’t. It is time to get angry.

Voir par ailleurs:

La gauche actuelle est thermidorienne et cynique
Jean-Claude Pacitto, maître de conférences à l’université Paris Est et Philippe Jourdan, professeur à l’université Paris Est

Le Monde

10.04.2015

La gauche a beaucoup de chance. Des historiens et des politologues complaisants veulent toujours voir dans les turbulences qui l’agitent le fruit de divergences idéologiques, de visions du monde opposées comme l’on disait autrefois. Ainsi, on opposera une gauche girondine à une gauche jacobine, une première gauche à une seconde etc…

On remarquera que pour beaucoup ces fractures internes sont issues de la révolution française. Curieusement, une période de la révolution est toujours oubliée. Si l’on excepte de rares occasions, on parle peu de la gauche thermidorienne et pourtant, pensons nous, cette période est capitale pour comprendre ce qu’est devenue, aujourd’hui, la gauche française. La période thermidorienne débute avec la chute de Robespierre le 9 thermidor (27 juillet 1794) et finit avec le coup d’Etat de Bonaparte, le 18 brumaire (9 novembre1799). Elle culminera avec le Directoire. La coalition qui mettra fin à la dictature robespierriste est, dans sa composition, assez hétéroclite. Elle va d’ex-conventionnels terroristes aux anciens girondins en passant par le centre mou de la révolution : le fameux marais. En apparence, sauf l’hostilité à Robespierre, pour des raisons diverses d’ailleurs, ils ne sont d’accord sur rien. En apparence seulement. Car comme le soulignent Furet et Richet dans leur livre La révolution française, ce qui les réunit c’est la poursuite d’un double objectif : celui de la conquête et de l’intérêt. Il ne s’agit plus de créer l’homme vertueux mais de profiter (au sens plein du terme) des acquis de la révolution. Les thermidoriens les plus célèbres, dont le fameux Barras, seront des jouisseurs. Ils aiment l’argent et la jouissance dans tous ses aspects. De ce point de vue, la gauche Canal+ vient de loin, elle n’est pas née avec le mitterrandisme, ni avec 1968. La république spartiate rêvée par Robespierre et Saint-Just fait désormais place à la République des palais et des costumes extravagants.

La période du Directoire sera aussi cette époque où les spéculateurs de tout poil vont nouer avec le pouvoir politique des relations troubles. Les liaisons de la gauche avec la finance ont des antécédents et on se rend compte alors que ce n’est pas simplement ici une rencontre de circonstance. Pour se maintenir au pouvoir et profiter de leurs richesses, souvent acquises de manière suspecte, les thermidoriens seront prêts à tout, notamment aux coups d’Etat. Voyant des complots royalistes partout ils sauront en profiter pour s’offrir une virginité politique à bon compte. Malgré leur cynisme et le caractère très intéressé de leur investissement en politique, ces hommes sont pourtant, d’un point de vue philosophique, des hommes de gauche. Barras, Tallien, Reubell, La Révellière-Lépeaux et bien d’autres encore communient à la philosophie des lumières. Ils croient en la politique de la table rase et vomissent le catholicisme. Leur vision du monde est celle du progressisme de Condorcet. L’anticléricalisme leur est d’autant plus utile qu’il masque l’abandon de leur part de toute volonté de transformation sociale. Car, comme les socialistes d’aujourd’hui les thermidoriens sont, pour la plupart, des bourgeois (Barras était lui issu de la noblesse) qui se méfient de la « canaille ». Les philosophes des lumières leur ont légué une méfiance du peuple qui ne fera que s’approfondir. De ce point de vue aussi, la « prolophobie » actuelle du parti socialiste vient de loin. Ainsi, plus le directoire accentuera sa politique favorable aux intérêts, plus l’anticléricalisme se fera pesant avec un point paroxystique atteint après le coup d’Etat de Fructidor qui entrainera la déportation de centaines de prêtres. Le sociétalisme de la gauche n’est pas né ces trente dernières années, il lui est consubstantiel. Comme l’a bien montré Michéa, il n’est que la manifestation politique de la vision progressiste du monde telle qu’issue de la philosophie des lumières. La nouveauté que les thermidoriens vont léguer à la gauche contemporaine réside dans leur très forte capacité à habiller le cynisme et un amour inconsidéré du pouvoir pour le pouvoir des oripeaux du progressisme. Si l’on ne saurait exonérer les thermidoriens d’un minimum de convictions, ce qui les caractérise avant tout c’est une passion pour le pouvoir et de tout ce qu’il permet. Dans cette perspective, les nombreux dirigeants du PS qui sont issus de l’extrême gauche ne sont pas sans rappeler tous ces ex-conventionnels adeptes de la terreur qui sauront très bien se reconvertir après le 9 thermidor et entamer, pour beaucoup d’entre-eux, des carrières très fructueuses (à tous les points de vue), on pense ici à Fouché5. Il y a beaucoup de thermidorisme dans la trajectoire d’un Cambadélis, passé du lambertisme au strauss-kahnisme et ce n’est pas un hasard s’il est devenu premier secrétaire du parti socialiste. Ayant à peu près tout renié, il ne cesse de déclamer son progressisme avec une insistance qui fait sourire. N’est pas homme des lumières qui veut !

Enfin, dernier legs de Thermidor : l’institutionnalisation du pouvoir intellectuel. C’est dans cette période que va, en effet, s’institutionnaliser le pouvoir intellectuel en France avec la création de l’Institut et la domination des fameux idéologues tant raillés par Bonaparte puis Napoléon. Dès lors, l’intellectuel français va adopter des caractéristiques qui ne le quitteront plus. Il sera philosophiquement progressiste, socialement bourgeois, très souvent anticlérical ou athée, profondément élitiste (même s’il proclame le contraire) et très souvent fâché avec le monde réel. Et conclurons-nous très proche des pouvoirs établis ! L’intellectuel de gauche n’est pas né avec l’affaire Dreyfus, il est un enfant de Thermidor.

La gauche est mal à l’aise avec Thermidor. C’est un héritage qu’elle ne revendique pas. D’ailleurs, c’est le parent pauvre de l’histoire de la révolution française alors que d’un point de vue chronologique c’est la période la plus longue (hors Consulat). On débat toujours de Robespierre mais qui se souvient de Barras ? Pourtant, lorsque l’on examine avec attention cette période on se rend compte que toutes les contradictions de la gauche et toutes ses évolutions futures s’y trouvent contenues. La phase thermidorienne de la révolution française est en quelque sorte le laboratoire historique de la gauche contemporaine. Le cynisme, le sociétalisme des oligarques socialistes ne sont pas des accidents de l’histoire, ils sont ancrés en elle. L’argent roi et le progressisme fou sont des vieux compagnons de route de la gauche française !


Doctrine Obama: Après moi le déluge ! (The audacity of hope springs eternal: Is this a random series of errors by an incompetent leadership or does some grand, if misconceived, idea stand behind the pattern?)

7 avril, 2015
https://i2.wp.com/images.huffingtonpost.com/gen/29981/original.jpghttps://thisistwitchy.files.wordpress.com/2012/03/barack-obama-signing-copies-of-his-book-the-audaci.jpg?w=450&h=675Hope springs eternal. Proverbe anglais
L’espoir fait vivre. Proverbe français bien connu
L’audace de l’espoir. Voilà le meilleur de l’esprit américain ; avoir l’audace de croire, malgré toutes les indications contraires, que nous pouvions restaurer un sens de la communauté au sein d’une nation déchirée ; l’audace de croire que malgré des revers personnels, la perte d’un emploi, un malade dans la famille ou une famille empêtrée dans la pauvreté, nous avions quelque emprise- et par conséquent une responsabilité sur notre propre destin. Barack Hussein Obama
Je ne suis pas contre toutes les guerres ; je suis seulement contre les guerres idiotes. Barack Hussein Obama
Il n’y a aucune raison que nous ne puissions restaurer le respect dont jouissait l’Amérique et le partenariat qu’elle avait avec le monde musulman voilà 20 ou 30 ans de cela. (…) J’ai déclaré durant la campagne qu’il est très important pour nous de faire en sorte que nous utilisions tous les outils de la puissance américaine, y compris la diplomatie, dans nos relations avec l’Iran. Barack Hussein Obama
We are powerful enough to be able to test these propositions without putting ourselves at risk. And that’s the thing … people don’t seem to understand,” the president said. “You take a country like Cuba. For us to test the possibility that engagement leads to a better outcome for the Cuban people, there aren’t that many risks for us. It’s a tiny little country. It’s not one that threatens our core security interests, and so [there’s no reason not] to test the proposition. And if it turns out that it doesn’t lead to better outcomes, we can adjust our policies. The same is true with respect to Iran, a larger country, a dangerous country, one that has engaged in activities that resulted in the death of U.S. citizens, but the truth of the matter is: Iran’s defense budget is $30 billion. Our defense budget is closer to $600 billion. Iran understands that they cannot fight us. … You asked about an Obama doctrine. The doctrine is: We will engage, but we preserve all our capabilities.” The notion that Iran is undeterrable — “it’s simply not the case,” he added. “And so for us to say, ‘Let’s try’ — understanding that we’re preserving all our options, that we’re not naïve — but if in fact we can resolve these issues diplomatically, we are more likely to be safe, more likely to be secure, in a better position to protect our allies, and who knows? Iran may change. If it doesn’t, our deterrence capabilities, our military superiority stays in place. … We’re not relinquishing our capacity to defend ourselves or our allies. In that situation, why wouldn’t we test it? Barack Hussein Obama
J’annonce au monde entier que si les infidèles font obstacle à notre religion, nous nous opposerons au monde entier et nous ne cesserons pas avant leur anéantissement, nous en sortirons tous libérés ou nous obtiendrons une plus grande liberté qui est le martyr. Soit nous nous serrerons les uns aux autres pour célébrer la victoire de l’islam sur le monde ou bien nous aurons tous la vie éternelle grâce au martyr. Dans les deux cas, la victoire et le succès seront à nous. Khomeiny
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. René Girard
Le problème n’est pas la sécurité d’Israël, la souveraineté du Liban ou les ingérences de la Syrie ou du Hezbollah : Le problème est centré sur l’effort de l’Iran à obtenir le Droit d’Abolir l’Exclusivité de la Dissuasion. La prolifération sauvage, le concept de «tous nucléaires» sera la fin de la Guerre Froide et le retour à la période précédant la Dissuasion. Les mollahs et leurs alliés, le Venezuela, l’Algérie, la Syrie, la Corée du Nord et la Russie…, se militarisent à une très grande échelle sachant qu’ils vont bientôt neutraliser le parapluie protecteur de la dissuasion et alors ils pourront faire parler la poudre. Chacun visera à dominer sa région et sans que les affrontements se déroulent en Europe, l’Europe sera dépouillée de ses intérêts en Afrique ou en Amérique du Sud et sans combattre, elle devra déposer les armes. Ce qui est incroyable c’est la myopie de la diplomatie française et de ses experts. (…) Aucun d’entre eux ne se doute que la république islamique a des alliés qui ont un objectif commun: mettre un terme à une discrimination qui dure depuis 50 ans, la dissuasion nucléaire ! Cette discrimination assure à la France une position que beaucoup d’états lui envient. Ils attendent avec impatience de pouvoir se mesurer avec cette ancienne puissance coloniale que beaucoup jugent arrogante, suffisante et gourmande. Iran-Resist
En tant que défenseur de la rue arabe, [l’Iran] ne peut pas avoir un dialogue apaisé avec les Etats-Unis, dialogue au cours duquel il accepterait les demandes de cet Etat qui est le protecteur par excellence d’Israël. Téhéran a le soutien de la rue arabe, talon d’Achille des Alliés Arabes des Etats-Unis, car justement il refuse tout compromis et laisse entendre qu’il pourra un jour lui offrir une bombe nucléaire qui neutralisera la dissuasion israélienne. Pour préserver cette promesse utile, Téhéran doit sans cesse exagérer ses capacités militaires ou nucléaires et des slogans anti-israéliens. Il faut cependant préciser que sur un plan concret, les actions médiatiques de Téhéran ne visent pas la sécurité d’Israël, mais celle des Alliés arabes des Etats-Unis, Etats dont les dirigeants ne peuvent satisfaire les attentes belliqueuses de la rue arabe. Ainsi Téhéran a un levier de pression extraordinaire sur Washington. Comme toute forme de dissuasion, ce système exige un entretien permanent. Téhéran doit sans cesse fouetter la colère et les frustrations de la rue arabe ! Il doit aussi garder ses milices actives, de chaînes de propagande en effervescence et son programme nucléaire le plus opaque possible, sinon il ne serait pas menaçant. C’est pourquoi, il ne peut pas accepter des compensations purement économiques offertes par les Six en échange d’un apaisement ou une suspension de ses activités nucléaires. Ce refus permanent de compromis est vital pour le régime. (…) Il n’y a rien qui fasse plus peur aux mollahs qu’un réchauffement avec les Etats-Unis : ils risquent d’y perdre la rue arabe, puis le pouvoir. C’est pourquoi, le 9 septembre, quand Téhéran a accepté une rencontre pour désactiver les sanctions promises en juillet, il s’est aussitôt mis en action pour faire capoter ce projet de dialogue apaisé qui est un véritable danger pour sa survie. Iran Resist
La politique étrangère des pays industrialisés ne doit pas devenir l’otage des pays producteurs de pétrole. Henry Kissinger
Certains semblent croire que nous devrions négocier avec des terroristes et des radicaux, comme si un discours ingénieux suffisait à persuader ces derniers qu’ils se trompent depuis le début. Nous avons déjà entendu cette illusion ridicule par le passé. Lorsque les chars nazis marchaient sur la Pologne en 1939, un sénateur américain avait dit: ‘Monsieur, si seulement nous avions pu parler à Hitler, tout cela ne serait jamais arrivé. Nous avons l’obligation d’appeler cela le confort illusoire de l’apaisement, qui a été discrédité à maintes reprises dans l’Histoire. George Bush (devant le parlement israélien, le 15 mai 2008)
For 20 years, three presidents of both major parties proclaimed that an Iranian nuclear weapon was contrary to American and global interests—and that they were prepared to use force to prevent it. Yet negotiations that began 12 years ago as an international effort to prevent an Iranian capability to develop a nuclear arsenal are ending with an agreement that concedes this very capability, albeit short of its full capacity in the first 10 years. Mixing shrewd diplomacy with open defiance of U.N. resolutions, Iran has gradually turned the negotiation on its head. Iran’s centrifuges have multiplied from about 100 at the beginning of the negotiation to almost 20,000 today. The threat of war now constrains the West more than Iran. While Iran treated the mere fact of its willingness to negotiate as a concession, the West has felt compelled to break every deadlock with a new proposal. In the process, the Iranian program has reached a point officially described as being within two to three months of building a nuclear weapon. Under the proposed agreement, for 10 years Iran will never be further than one year from a nuclear weapon and, after a decade, will be significantly closer.(…)  Still, the ultimate significance of the framework will depend on its verifiability and enforceability. Negotiating the final agreement will be extremely challenging. For one thing, no official text has yet been published. The so-called framework represents a unilateral American interpretation. Some of its clauses have been dismissed by the principal Iranian negotiator as “spin.” A joint EU-Iran statement differs in important respects, especially with regard to the lifting of sanctions and permitted research and development. (…) Under the new approach, Iran permanently gives up none of its equipment, facilities or fissile product to achieve the proposed constraints. It only places them under temporary restriction and safeguard—amounting in many cases to a seal at the door of a depot or periodic visits by inspectors to declared sites. The physical magnitude of the effort is daunting. Is the International Atomic Energy Agency technically, and in terms of human resources, up to so complex and vast an assignment? In a large country with multiple facilities and ample experience in nuclear concealment, violations will be inherently difficult to detect. Devising theoretical models of inspection is one thing. Enforcing compliance, week after week, despite competing international crises and domestic distractions, is another. Any report of a violation is likely to prompt debate over its significance—or even calls for new talks with Tehran to explore the issue. The experience of Iran’s work on a heavy-water reactor during the “interim agreement” period—when suspect activity was identified but played down in the interest of a positive negotiating atmosphere—is not encouraging. (…) The agreement’s primary enforcement mechanism, the threat of renewed sanctions, emphasizes a broad-based asymmetry, which provides Iran permanent relief from sanctions in exchange for temporary restraints on Iranian conduct. Undertaking the “snap-back” of sanctions is unlikely to be as clear or as automatic as the phrase implies. Iran is in a position to violate the agreement by executive decision. Restoring the most effective sanctions will require coordinated international action. In countries that had reluctantly joined in previous rounds, the demands of public and commercial opinion will militate against automatic or even prompt “snap-back.” If the follow-on process does not unambiguously define the term, an attempt to reimpose sanctions risks primarily isolating America, not Iran. (…) The interim agreement accepted Iranian enrichment; the new agreement makes it an integral part of the architecture. For the U.S., a decade-long restriction on Iran’s nuclear capacity is a possibly hopeful interlude. For Iran’s neighbors—who perceive their imperatives in terms of millennial rivalries—it is a dangerous prelude to an even more dangerous permanent fact of life. Some of the chief actors in the Middle East are likely to view the U.S. as willing to concede a nuclear military capability to the country they consider their principal threat. Several will insist on at least an equivalent capability. Saudi Arabia has signaled that it will enter the lists; others are likely to follow. In that sense, the implications of the negotiation are irreversible. If the Middle East is “proliferated” and becomes host to a plethora of nuclear-threshold states, several in mortal rivalry with each other, on what concept of nuclear deterrence or strategic stability will international security be based? (…) Previous thinking on nuclear strategy also assumed the existence of stable state actors. Among the original nuclear powers, geographic distances and the relatively large size of programs combined with moral revulsion to make surprise attack all but inconceivable. How will these doctrines translate into a region where sponsorship of nonstate proxies is common, the state structure is under assault, and death on behalf of jihad is a kind of fulfillment? Some have suggested the U.S. can dissuade Iran’s neighbors from developing individual deterrent capacities by extending an American nuclear umbrella to them. But how will these guarantees be defined? What factors will govern their implementation? Are the guarantees extended against the use of nuclear weapons—or against any military attack, conventional or nuclear? (…) What if nuclear weapons are employed as psychological blackmail?(…)  Even while combating common enemies, such as ISIS, Iran has declined to embrace common objectives. Iran’s representatives (including its Supreme Leader) continue to profess a revolutionary anti-Western concept of international order; domestically, some senior Iranians describe nuclear negotiations as a form of jihad by other means. The final stages of the nuclear talks have coincided with Iran’s intensified efforts to expand and entrench its power in neighboring states. Iranian or Iranian client forces are now the pre-eminent military or political element in multiple Arab countries, operating beyond the control of national authorities. With the recent addition of Yemen as a battlefield, Tehran occupies positions along all of the Middle East’s strategic waterways and encircles archrival Saudi Arabia, an American ally. Unless political restraint is linked to nuclear restraint, an agreement freeing Iran from sanctions risks empowering Iran’s hegemonic efforts. (…) If the world is to be spared even worse turmoil, the U.S. must develop a strategic doctrine for the region. Stability requires an active American role. For Iran to be a valuable member of the international community, the prerequisite is that it accepts restraint on its ability to destabilize the Middle East and challenge the broader international order. Until clarity on an American strategic political concept is reached, the projected nuclear agreement will reinforce, not resolve, the world’s challenges in the region. Rather than enabling American disengagement from the Middle East, the nuclear framework is more likely to necessitate deepening involvement there—on complex new terms. Henry Kissinger and George Schultz
L’argument selon lequel la liberté ne peut venir que de l’intérieur et ne peut être offerte à des peuples lointains est bien plus fausse que l’on croit. Dans toute l’histoire moderne, la fortune de la liberté a toujours dépendu de la volonté de la ou des puissances dominantes du moment. Le tout récemment disparu professeur Samuel P. Huntington avait développé ce point de la manière la plus détaillée. Dans 15 des 29 pays démocratiques en 1970, les régimes démocratiques avaient été soit initiés par une puissance étrangère soit étaient le produit de l’indépendance contre une occupation étrangère. (…) Tout au long du flux et du reflux de la liberté, la puissance est toujours restée importante et la liberté a toujours eu besoin de la protection de grandes puissances. Le pouvoir d’attraction des pamphlets de Mill, Locke et Paine était fondé sur les canons de la Pax Britannica, et sur la force de l’Amérique quand la puissance britannique a flanché. (…) L’ironie est maintenant évidente: George W. Bush comme force pour l’émancipation des terres musulmanes et Barack Hussein Obama en messager des bonnes vieilles habitudes. Ainsi c’est le plouc qui porte au monde le message que les musulmans et les Arabes n’ont pas la tyrannie dans leur ADN et l’homme aux fragments musulmans, kenyans et indonésiens dans sa propre vie et son identité qui annonce son acceptation de l’ordre établi. Mr. Obama pourrait encore reconnaître l’impact révolutionnaire de la diplomatie de son prédecesseur mais jusqu’à présent il s’est refusé à le faire. (…) Son soutien au  » processus de paix » est un retour à la diplomatie stérile des années Clinton, avec sa croyance que le terrorisme prend sa source dans les revendications des Palestiniens. M. Obama et ses conseillers se sont gardés d’affirmer que le terrorisme a disparu, mais il y a un message indubitable donné par eux que nous pouvons retourner à nos propres affaires, que Wall Street est plus mortel et dangereux que la fameuse  » rue arabo-musulmane ». Fouad Ajami
Les dirigeants iraniens ont déjà obtenu toutes les concessions imaginables de la part d’une administration Obama qui est prête à tout pour qu’un accord soit signé et pour qu’au bout du processus, Obama soit sur la photo, à côté de Rouhani, mais toutes les concessions imaginables ne leur suffisent pas. Ils veulent davantage : l’humiliation des Etats-Unis et d’Obama. Et ils ne désespèrent pas obtenir ce qu’ils veulent. Il leur suffit pour cela de demander toujours ce qu’ils savent que leurs interlocuteurs ne pourront pas accepter sans se rouler dans la fange. Ils savent qu’Obama ira jusqu’à se rouler dans la fange : c’est d’ailleurs ce qu’il a commencé à faire en tenant un discours grotesque en lequel il y a deux ou trois mensonges par phrase. Les dirigeants iraniens sont à la tête, nombre de commentateurs l’oublient, d’un régime révolutionnaire et islamique. Ils ne veulent pas s’entendre avec les Etats-Unis : cela, ils pourraient l’obtenir aisément dans les circonstances présentes. Ils veulent la défaite des Etats-Unis. Ils ne veulent pas se voir reconnus en tant que puissance importante : cela, ils l’ont obtenu avec le cycle de négociations qui ne s’achève pas, et qui amènent autour de la table pour des journées entières ministres et délégations. Ils veulent que leur reconnaissance comme puissance importante soit accompagnée d’un abaissement du monde occidental tout entier. Ils ne veulent pas seulement obtenir une position de puissance hégémonique sur tout le Proche-Orient : cela, ils l’ont quasiment déjà obtenu aussi, grâce à tout ce qui leur a déjà été concédé. Ils veulent obtenir les moyens d’en finir avec Israël, et avec les régimes sunnites du statu quo (Jordanie, Egypte, Arabie Saoudite). Et il faut le dire, hélas : ils sont en train d’obtenir la défaite des Etats-Unis. Ils ont pour cela des alliés de poids : Barack Obama, et John Kerry eux-mêmes. La guerre et le chaos qui embrasent peu à peu tout le Proche-Orient, et qui débordent sur l’Afrique sont l’œuvre de l’action d’Obama depuis six ans, et de Kerry depuis qu’il est Secrétaire d’Etat. Obama et Kerry ont semé la guerre et le chaos dans tout le Proche-Orient et dans une part importante de l’Afrique. Ils ont placé les Etats-Unis dans une situation où les ennemis des Etats-Unis voient en eux des crétins à jeter après usage, et où les amis des Etats-Unis voient en eux des imbéciles dangereux et sans aucune fiabilité. Ils ne maîtrisent quasiment plus rien. Obama mériterait, si ce prix existait, un prix Nobel du désastre. (…) La doctrine Obama, que la plupart des journalistes ne veulent pas voir, aux fins de parler comme si elle n’existait pas, voulait la défaite des Etats-Unis, l’hégémonie régionale de l’Iran, l’abaissement du monde occidental en son ensemble. Elle voulait l’asphyxie d’Israël aux fins de lâcher Israël aux chiens islamistes. Elle voulait le renversement des régimes sunnites du statu quo, au profit des Frères Musulmans. Elle a tout obtenu, sauf les deux derniers points. Il lui reste moins de deux ans. Les attaques de l’administration Obama contre Israël, sur le terrain diplomatique, voire sur d’autres terrains, vont redoubler d’intensité. Guy Millière
Tout au long de sa phénoménale carrière publique, il n’aura cessé d’adopter des postures consternantes. «Homme de gauche», absolument de gauche, il aura épousé toutes les mauvaises causes de sa génération sans en manquer aucune, aura approuvé toutes les révolutions sanguinaires, de Cuba à la Chine. Toujours disposé à accabler ces fascistes d’Américains, Ronald Reagan et, bien sûr, George W. Bush (c’est sans risque), l’a-t-on en revanche entendu, ne serait-ce qu’un peu, dénoncer le fascisme de Mao Zedong ? Ou celui des islamistes ?(…) Comment s’interdire de songer à cette génération entière d’intellectuels et d’artistes en Europe, en France surtout, autoproclamée de gauche – au point que le mot ne fait plus sens –, qui n’ont cessé d’adopter des postures morales tout en illustrant des causes absolument immorales ? Comment ne pas voir surgir des spectres : ceux qui hier, ont aimé Staline et Mao et, bientôt, vont pleurer Castro ? Ceux qui n’ont rien vu à Moscou, Pékin, La Havane, Téhéran, Sarajevo, et Billancourt ? Ceux qui, maintenant, devinent dans l’islamisme une rédemption de l’0ccident ? Cette grande armée des spectres, de l’erreur absolue, dieu merci, elle n’a jamais cessé de se tromper d’avenir. (…) Par-delà ce cas singulier, on ne se méfie pas assez du grand écrivain et de la star dès qu’ils abusent de leur séduction pour propager des opinions politiques, seulement politiques, mais déguisées autrement. (…) On se garde de l’homme politique, l’élu démocratique, beaucoup trop puisqu’il avance à découvert. On ne se garde pas assez, en revanche, de l’artiste quand son talent le dissimule, surtout quand le talent est grand : des magiciens, grimés en moralistes, on ne se méfie jamais assez. Guy Sorman (sur Gunther Grass)
Combien de temps les grandes démocraties peuvent-elles survivre face à la capacité de la télévision à faire ressembler certains d’entre nous aux dieux qu’ils ne sont pas?  Peter Hitchens (2007)
The candidate is already 2007’s champion fundraiser. He has momentum. Old Clinton stalwarts desert Hillary to serve at his side. It must be a Democrat for the White House next time, they say, and this guy, this eloquent, thoughtful, handsome, black guy, is the real deal. Why, didn’t his quasi-autobiography cum manifesto, sell 1.3 million copies, top the New York Times list and win glowing reviews to boot? And didn’t he write it (rather mellifluously) himself? Look, no ghost hands here! So The Audacity of Hope invites sterner scrutiny than your average political potboiler. It is a presidential calling card. It may be all our futures. And there is fascination as the pages turn. In one sense, Barack Obama defies easy categorisation: ‘The child of a black man and white woman, born in the racial melting pot of Hawaii, with a sister who’s half-Indonesian … a brother-in-law and niece of Chinese descent, some blood relatives who resemble Margaret Thatcher and others who could pass for [black comedy actor] Bernie Mac.’ No wonder family Christmases are like the United Nations General Assembly, he writes. No wonder, either, that he can open windows to a wider world of understanding. (…) Yes … but is he a President? Does he know more about climate change than Al Gore, more about high office than Hillary Clinton, more about glad-handing and rubber-chicken dinners than John Edwards? There’s the difficulty. (…) Why The Audacity of Hope? Why not ‘The Mendacity of Despair’ or any permutation between? There’s nothing particularly daring about the prudent non-specifics he peddles most of the time. (Indeed, his middle-way title might best have been ‘The Sagacity of Further Thought’.) And his onerously repetitive chapter structure also casts a pall if you read too much, too fast. Take an event, maybe a day in the Senate, all personal achievements listed, a moment of prayer, a flying official visit to Iraq, then add anecdotes and personal conversations to taste. Obama could go hither and yonder by private jet, but he likes sweating in a coach and talking to ordinary Joes on the baggage line. Then build a brisk philosophical edifice on these emotions and encounters, opening out (as the ‘Faith’ chapter turns into the ‘Race’ chapter) into hints of what his policy might be when the time is ripe to formulate one. (…) Tired of confrontations between brutal neocons and old-style liberals locked in a time warp? Discover the joys of compromise and intelligent discussion with Obama: make positive consensus your theme for the 21st century. It is not a particularly invigorating thesis at this stage of development. It can be boiled down to the simple injunction: try to be nicer to people, wherever possible. (…) Do you sense a lurking lack of stamina, a slightly oddball compulsion to contemplation? Is the deal really real? Where’s the fine line between empathy and sanctimony? Where’s the depth of experience? The Observer (2007)
Ce qui rendait Obama unique, c’est qu’il était le politicien charismatique par excellence – le plus total inconnu à jamais accéder à la présidence aux Etats-Unis. Personne ne savait qui il était, il sortait de nulle part, il avait cette figure incroyable qui l’a catapulté au-dessus de la mêlée, il a annihilé Hillary, pris le contrôle du parti Démocrate et est devenu président. C’est vraiment sans précédent : un jeune inconnu sans histoire, dossiers, associés bien connus, auto-créé. Il y avait une bonne volonté énorme, même moi j’étais aux anges le jour de l’élection, quoique j’aie voté contre lui et me sois opposé à son élection. C’était rédempteur pour un pays qui a commencé dans le péché de l’esclavage de voir le jour, je ne croyais pas personnellement le voir jamais de mon vivant, quand un président noir serait élu. Certes, il n’était pas mon candidat. J’aurais préféré que le premier président noir soit quelqu’un d’idéologiquement plus à mon goût, comme par exemple Colin Powell (que j’ai encouragé à se présenter en 2000) ou Condoleezza Rice. Mais j’étais vraiment fier d’être Américain à la prestation de serment. Je reste fier de ce succès historique. (…) il s’avère qu’il est de gauche, non du centre-droit à la manière de Bill Clinton. L’analogie que je donne est qu’en Amérique nous jouons le jeu entre les lignes des 40 yards, en Europe vous jouez tout le terrain d’une ligne de but à l’autre. Vous avez les partis communistes, vous avez les partis fascistes, nous, on n’a pas ça, on a des partis très centristes. Alors qu’ Obama veut nous pousser aux 30 yards, ce qui pour l’Amérique est vraiment loin. Juste après son élection, il s’est adressé au Congrès et a promis en gros de refaire les piliers de la société américaine — éducation, énergie et soins de santé. Tout ceci déplacerait l’Amérique vers un Etat de type social-démocrate européen, ce qui est en dehors de la norme pour l’Amérique. (…) Obama a mal interprété son mandat. Il a été élu six semaines après un effondrement financier comme il n’y en avait jamais eu en 60 ans ; après huit ans d’une présidence qui avait fatigué le pays; au milieu de deux guerres qui ont fait que le pays s’est opposé au gouvernement républicain qui nous avait lancé dans ces guerres; et contre un adversaire complètement inepte, John McCain. Et pourtant, Obama n’a gagné que par 7 points. Mais il a cru que c’était un grand mandat général et qu’il pourrait mettre en application son ordre du jour social-démocrate. (…) sa vision du monde me semble si naïve que je ne suis même pas sûr qu’il est capable de développer une doctrine. Il a la vision d’un monde régulé par des normes internationales auto-suffisantes, où la paix est gardée par un certain genre de consensus international vague, quelque chose appelé la communauté internationale, qui pour moi est une fiction, via des agences internationales évidemment insatisfaisantes et sans valeur. Je n’éleverais pas ce genre de pensée au niveau d’ une doctrine parce que j’ai trop de respect pour le mot de doctrine. (…) Peut-être que quand il aboutira à rien sur l’Iran, rien sur la Corée du Nord, quand il n’obtiendra rien des Russes en échange de ce qu’il a fait aux Polonais et aux Tchèques, rien dans les négociations de paix au Moyen-Orient – peut-être qu’à ce moment-là, il commencera à se demander si le monde fonctionne vraiment selon des normes internationales, le consensus et la douceur et la lumière ou s’il repose sur la base de la puissance américaine et occidentale qui, au bout du compte, garantit la paix. (…) Henry Kissinger a dit une fois que la paix peut être réalisée seulement de deux manières : l’hégémonie ou l’équilibre des forces. Ca, c’est du vrai réalisme. Ce que l’administration Obama prétend être du réalisme est du non-sens naïf. Charles Krauthammer
The current troubles of the Obama presidency can be read back into its beginnings. Rule by personal charisma has met its proper fate. The spell has been broken, and the magician stands exposed. We need no pollsters to tell us of the loss of faith in Mr. Obama’s policies—and, more significantly, in the man himself. Charisma is like that. Crowds come together and they project their needs onto an imagined redeemer. The redeemer leaves the crowd to its imagination: For as long as the charismatic moment lasts — a year, an era — the redeemer is above and beyond judgment. He glides through crises, he knits together groups of varied, often clashing, interests. Always there is that magical moment, and its beauty, as a reference point. Mr. Obama gave voice to this sentiment in a speech on Nov. 6 in Dallas: « Sometimes I worry because everybody had such a fun experience in ’08, at least that’s how it seemed in retrospect. And, ‘yes we can,’ and the slogans and the posters, et cetera, sometimes I worry that people forget change in this country has always been hard. » It’s a pity we can’t stay in that moment, says the redeemer: The fault lies in the country itself — everywhere, that is, except in the magician’s performance. (…) Five years on, we can still recall how the Obama coalition was formed. There were the African-Americans justifiably proud of one of their own. There were upper-class white professionals who were drawn to the candidate’s « cool. » There were Latinos swayed by the promise of immigration reform. The white working class in the Rust Belt was the last bloc to embrace Mr. Obama—he wasn’t one of them, but they put their reservations aside during an economic storm and voted for the redistributive state and its protections. There were no economic or cultural bonds among this coalition. There was the new leader, all things to all people. A nemesis awaited the promise of this new presidency: Mr. Obama would turn out to be among the most polarizing of American leaders. No, it wasn’t his race, as Harry Reid would contend, that stirred up the opposition to him. It was his exalted views of himself, and his mission. The sharp lines were sharp between those who raised his banners and those who objected to his policies. (…) A leader who set out to remake the health-care system in the country, a sixth of the national economy, on a razor-thin majority with no support whatsoever from the opposition party, misunderstood the nature of democratic politics. An election victory is the beginning of things, not the culmination. With Air Force One and the other prerogatives of office come the need for compromise, and for the disputations of democracy. A president who sought consensus would have never left his agenda on Capitol Hill in the hands of Harry Reid and Nancy Pelosi. Mr. Obama has shown scant regard for precedent in American history. To him, and to the coterie around him, his presidency was a radical discontinuity in American politics. There is no evidence in the record that Mr. Obama read, with discernment and appreciation, of the ordeal and struggles of his predecessors. At best there was a willful reading of that history. Early on, he was Abraham Lincoln resurrected (the new president, who hailed from Illinois, took the oath of office on the Lincoln Bible). He had been sworn in during an economic crisis, and thus he was FDR restored to the White House. He was stylish with two young children, so the Kennedy precedent was on offer. In the oddest of twists, Mr. Obama claimed that his foreign policy was in the mold of Dwight Eisenhower’s. But Eisenhower knew war and peace, and the foreign world held him in high regard. During his first campaign, Mr. Obama had paid tribute to Ronald Reagan as a « transformational » president and hinted that he aspired to a presidency of that kind. But the Reagan presidency was about America, and never about Ronald Reagan. Reagan was never a scold or a narcissist. He stood in awe of America, and of its capacity for renewal. There was forgiveness in Reagan, right alongside the belief in the things that mattered about America—free people charting their own path. If Barack Obama seems like a man alone, with nervous Democrats up for re-election next year running for cover, and away from him, this was the world he made. No advisers of stature can question his policies; the price of access in the Obama court is quiescence before the leader’s will. The imperial presidency is in full bloom. There are no stars in the Obama cabinet today, men and women of independent stature and outlook. It was after a walk on the White House grounds with his chief of staff, Denis McDonough, that Mr. Obama called off the attacks on the Syrian regime that he had threatened. If he had taken that walk with Henry Kissinger or George Shultz, one of those skilled statesmen might have explained to him the consequences of so abject a retreat. But Mr. Obama needs no sage advice, he rules through political handlers. Valerie Jarrett, the president’s most trusted, probably most powerful, aide, once said in admiration that Mr. Obama has been bored his whole life. The implication was that he is above things, a man alone, and anointed. Perhaps this moment—a presidency coming apart, the incompetent social engineering of an entire health-care system—will now claim Mr. Obama’s attention. Fouad Ajami
Les lamentations sur ce qui est advenu de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient passent à côté de l’essentiel. Le plus remarquable concernant la diplomatie du président Obama dans la région, c’est qu’elle est revenue au point de départ – jusqu’au début de sa présidence. La promesse d’ « ouverture » vers l’Iran, l’indulgence envers la tyrannie de Bashar Assad en Syrie, l’abandon des gains américains en Irak et le malaise systématique à l’égard d’Israël — tels étaient les traits distinctifs de l’approche du nouveau président en politique étrangère. A présent, nous ne faisons qu’assister aux conséquences alarmantes d’une perspective aussi malavisée que naïve. Fouad Ajami (oct. 2013)
Passage en revue des erreurs commises. En Libye, on a aidé au renversement de Mouammar Kadhafi, ce qui a entraîné l’anarchie et la guerre civile. En Égypte, on a poussé Hosni Moubarak à la démission et soutenu ensuite les Frères Musulmans, ce qui a conduit l’actuel président Sissi à se tourner vers Moscou. On s’est aliéné le gouvernement israélien qui était l’allié le plus solide dans la région. On a considéré l’EIIL comme une équipe de jeunes amateurs, jusqu’à ce qu’il s’empare de villes importantes. On a salué le Yémen comme une réussite de la lutte contre le terrorisme juste avant que son gouvernement soit renversé. On a alerté l’Arabie Saoudite au point que celle-ci a mis sur pied une coalition militaire contre l’Iran. En Turquie, on a ménagé Recep Tayyip Erdoğan au point d’encourager ses penchants dictatoriaux. On a quitté l’Irak et l’Afghanistan prématurément, condamnant ainsi l’investissement considérable des États-Unis dans ces deux pays. Et le pire de tout : on a conclu des accords dangereusement boiteux avec des mollahs iraniens aux ambitions nucléaires. Cette série d’erreurs est-elle le fruit du hasard et d’un gouvernement incompétent ou y a-t-il une grande – mais fausse – idée derrière tout cela ? Dans une certaine mesure, il s’agit d’une attitude inepte : dans un premier temps, Obama s’est incliné devant le roi saoudien et a menacé le gouvernement syrien à propos des armes chimiques avant de changer d’avis ; en outre il envoie l’armée américaine pour aider Téhéran en Irak alors qu’il combat l’Iran au Yémen. Mais il y a également derrière tout cela une grande idée qui nécessite des explications. En tant qu’homme de gauche, Obama voit les États-Unis comme un pays qui, dans l’histoire, a exercé sur le reste du monde une influence néfaste et dont les compagnies avides, l’ensemble militaro-industriel surpuissant, le nationalisme grossier, le racisme invétéré et l’impérialisme culturel ont, en fin de compte, fait de l’Amérique une force du mal. En tant qu’élève de l’organisateur communautaire Saul Alinsky, Obama n’a pas exprimé ouvertement ce point de vue, mais il s’est fait passer pour un patriote, quoiqu’il ait (lui et sa charmante épouse) manifesté occasionnellement des opinions radicales au sujet de la « transformation fondamentale des États-Unis ». Dans sa course à la présidence, Obama a changé progressivement car, soucieux d’être réélu, il était peu enclin à susciter l’inquiétude. Mais maintenant qu’il a passé six années au pouvoir et que son héritage reste désormais la seule source d’inquiétude, Obama se révèle dans toute sa splendeur. Saul Alinsky, l’organisateur communautaire par excellence (et que l’auteur de cet article à rencontré vers 1965). La Doctrine Obama est simple et universelle : relations chaleureuses avec les adversaires et distantes avec les amis. Daniel Pipes

Chaos libyen, abandon de Moubarak au profit des Frères musulmans, désaffection pro-russe de l’actuel président égyptien, rejet d’Israël, encouragement de l’autocratisme turc ou cubain, abandon au chaos djihadiste de l’Irak et bientôt de l’Afghanistan, mépris de « l’équipe junior » de l’Etat islamique, célébration du succès contre-terroriste du Yémen juste avant sa chute,  abandon de l’Arabie soaudite face à l’Iran,  blanc-seing à l’Etat terroriste iranien …

Y a-t-il une mauvaise cause que le président Obama n’aura pas épousée ?

Alors que pour ceux qui ne l’avaient pas encore compris, l’accident industriel qui sert actuellement de président à nos amis américains et de chef du Monde libre au reste d’entre nous …

Est en train, avec la cerise sur le gâteau de son dernier pré-accord avec les mollahs, de démontrer l’inépuisable ingéniosité de sa recherche des erreurs à faire pour meubler ses deux dernières années au pouvoir …

Petit décryptage croisé avec l’islamologue Daniel Pipes et le maitre-serveur de soupe du New York Times Thomas Friedman …

Sur la désormais fameuse Doctrine Obama …

Qui se révèle en fait – où avions-nous la tête ? – être tout simplement dans le titre de son premier livre …

A savoir l’audacité de l’espoir !

Ou comme aurait dit apocryphement le prédécesseur du malheureux Louis XVI ou sa Pompadour …

Après moi  le déluge !

Décryptage de la Doctrine Obama
Daniel Pipes
The Washington Times
6 avril 2015

Version originale anglaise: Decoding the Obama Doctrine
Adaptation française: Johan Bourlard

James Jeffrey, ancien ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Barack Obama en Irak, a déclaré à propos des résultats enregistrés actuellement par les États-Unis au Moyen-Orient : « Nous sommes en pleine chute libre. »

Passage en revue des erreurs commises. En Libye, on a aidé au renversement de Mouammar Kadhafi, ce qui a entraîné l’anarchie et la guerre civile. En Égypte, on a poussé Hosni Moubarak à la démission et soutenu ensuite les Frères Musulmans, ce qui a conduit l’actuel président Sissi à se tourner vers Moscou. On s’est aliéné le gouvernement israélien qui était l’allié le plus solide dans la région. On a considéré l’EIIL comme une équipe de jeunes amateurs, jusqu’à ce qu’il s’empare de villes importantes. On a salué le Yémen comme une réussite de la lutte contre le terrorisme juste avant que son gouvernement soit renversé. On a alerté l’Arabie Saoudite au point que celle-ci a mis sur pied une coalition militaire contre l’Iran. En Turquie, on a ménagé Recep Tayyip Erdoğan au point d’encourager ses penchants dictatoriaux. On a quitté l’Irak et l’Afghanistan prématurément, condamnant ainsi l’investissement considérable des États-Unis dans ces deux pays.

Et le pire de tout : on a conclu des accords dangereusement boiteux avec des mollahs iraniens aux ambitions nucléaires.

 Le sort de Kadhafi en Libye est-il un succès pour Obama ?

Cette série d’erreurs est-elle le fruit du hasard et d’un gouvernement incompétent ou y a-t-il une grande – mais fausse – idée derrière tout cela ? Dans une certaine mesure, il s’agit d’une attitude inepte : dans un premier temps, Obama s’est incliné devant le roi saoudien et a menacé le gouvernement syrien à propos des armes chimiques avant de changer d’avis ; en outre il envoie l’armée américaine pour aider Téhéran en Irak alors qu’il combat l’Iran au Yémen.

Mais il y a également derrière tout cela une grande idée qui nécessite des explications. En tant qu’homme de gauche, Obama voit les États-Unis comme un pays qui, dans l’histoire, a exercé sur le reste du monde une influence néfaste et dont les compagnies avides, l’ensemble militaro-industriel surpuissant, le nationalisme grossier, le racisme invétéré et l’impérialisme culturel ont, en fin de compte, fait de l’Amérique une force du mal.

En tant qu’élève de l’organisateur communautaire Saul Alinsky, Obama n’a pas exprimé ouvertement ce point de vue, mais il s’est fait passer pour un patriote, quoiqu’il ait (lui et sa charmante épouse) manifesté occasionnellement des opinions radicales au sujet de la « transformation fondamentale des États-Unis ». Dans sa course à la présidence, Obama a changé progressivement car, soucieux d’être réélu, il était peu enclin à susciter l’inquiétude. Mais maintenant qu’il a passé six années au pouvoir et que son héritage reste désormais la seule source d’inquiétude, Obama se révèle dans toute sa splendeur.

Saul Alinsky, l’organisateur communautaire par excellence (et que l’auteur de cet article à rencontré vers 1965).

La Doctrine Obama est simple et universelle : relations chaleureuses avec les adversaires et distantes avec les amis.

Plusieurs idées préconçues sont à la base d’une telle approche : le gouvernement américain doit, sur le plan moral, compenser ses erreurs antérieures ; faire bonne figure avec des États hostiles incitera ceux-ci à en faire autant ; l’usage de la force crée plus de problèmes qu’il n’en résout ; les alliés, partenaires et soutiens historiques des États-Unis sont des complices moralement inférieurs. Au Moyen-Orient, cela signifie tendre la main à des révisionnistes (Erdoğan, les Frères Musulmans, la République islamique d’Iran) et écarter les gouvernements coopérants (Égypte, Israël, Arabie Saoudite).

Parmi tous ces acteurs, deux sortent du lot : l’Iran et Israël. L’établissement de bonnes relations avec Téhéran apparaît comme la grande préoccupation d’Obama. Comme l’a montré Michael Doran de l’Hudson Institute, Obama a travaillé pendant toute sa présidence à faire de l’Iran ce qu’il appelle « une puissance régionale qui réussit… dans le respect des normes et conventions internationales. » Par contre, les relations amicales qu’il entretenait avant sa présidence avec des antisionistes agressifs comme Ali Abunimah, Rashid Khalidi et Edward Saïd, indiquent la profondeur de son hostilité envers l’État juif.

La Doctrine Obama permet de comprendre ce qui, sans elle, serait impénétrable. Ainsi, elle explique pourquoi le gouvernement américain a joyeusement passé l’éponge sur le cri outrageant de « Mort à l’Amérique » poussé en mars dernier par le guide suprême iranien, comme s’il n’avait été lancé que pour contenter les Iraniens, et ce au moment même où Obama se rangeait à l’avis donné presque simultanément par le Premier ministre israélien en campagne électorale et selon lequel il rejetait la solution à deux États avec les Palestiniens aussi longtemps que durerait son mandat (« nous le prenons au mot »).

Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a beau parler, Obama n’en tient aucun compte.

La Doctrine donne également les lignes directrices qui laissent présager de quoi sera fait le reste du mandat d’Obama. À titre d’exemples, ces misérables accords des 5+1 avec l’Iran qui contraindront le gouvernement israélien à attaquer les installations nucléaires iraniennes, cette politique de modération avec Damas qui laissera la voie libre au régime d’Assad pour redéployer son pouvoir ou encore le choix d’Ankara de provoquer une crise en Méditerranée orientale à propos des réserves de gaz et de pétrole chypriotes.

La grande question qui se pose désormais est celle de savoir comment, dans leur grande sagesse, les Américains jugeront la Doctrine Obama quand ils voteront dans 19 mois pour les prochaines présidentielles. Rejetteront-ils sa politique d’atermoiements et de contrition, comme ils l’ont fait en 1980 quand ils ont élu Ronald Reagan de préférence à Jimmy Carter ? Ou vont-ils choisir de prolonger cette politique pour quatre années de plus et faire ainsi de la Doctrine Obama la nouvelle norme et des Américains, des masochistes rongés par le remords comme on en voit tant en Europe ?

Le jugement qu’ils rendront en 2016 pourrait avoir des implications historiques à l’échelle mondiale.

Voir aussi:

Iran and the Obama Doctrine
Thomas F. Friedman

The New York Times

April 5, 2015

Obama on Iran and His View of the World
In an interview with Thomas L. Friedman, President Obama says that his policy of engagement in Iran and elsewhere doesn’t mean the United States isn’t ready to defend its interests or that of its allies.

In September 1996, I visited Iran. One of my most enduring memories of that trip was that in my hotel lobby there was a sign above the door proclaiming “Down With USA.” But it wasn’t a banner or graffiti. It was tiled and plastered into the wall. I thought to myself: “Wow — that’s tiled in there! That won’t come out easily.” Nearly 20 years later, in the wake of a draft deal between the Obama administration and Iran, we have what may be the best chance to begin to pry that sign loose, to ease the U.S.-Iran cold/hot war that has roiled the region for 36 years. But it is a chance fraught with real risks to America, Israel and our Sunni Arab allies: that Iran could eventually become a nuclear-armed state.

President Obama invited me to the Oval Office Saturday afternoon to lay out exactly how he was trying to balance these risks and opportunities in the framework accord reached with Iran last week in Switzerland. What struck me most was what I’d call an “Obama doctrine” embedded in the president’s remarks. It emerged when I asked if there was a common denominator to his decisions to break free from longstanding United States policies isolating Burma, Cuba and now Iran. Obama said his view was that “engagement,” combined with meeting core strategic needs, could serve American interests vis-à-vis these three countries far better than endless sanctions and isolation. He added that America, with its overwhelming power, needs to have the self-confidence to take some calculated risks to open important new possibilities — like trying to forge a diplomatic deal with Iran that, while permitting it to keep some of its nuclear infrastructure, forestalls its ability to build a nuclear bomb for at least a decade, if not longer.

President Obama lays out his preference for engagement over isolation in his approach to foreign policy. This is an excerpt of an interview with Thomas L. Friedman.

“We are powerful enough to be able to test these propositions without putting ourselves at risk. And that’s the thing … people don’t seem to understand,” the president said. “You take a country like Cuba. For us to test the possibility that engagement leads to a better outcome for the Cuban people, there aren’t that many risks for us. It’s a tiny little country. It’s not one that threatens our core security interests, and so [there’s no reason not] to test the proposition. And if it turns out that it doesn’t lead to better outcomes, we can adjust our policies. The same is true with respect to Iran, a larger country, a dangerous country, one that has engaged in activities that resulted in the death of U.S. citizens, but the truth of the matter is: Iran’s defense budget is $30 billion. Our defense budget is closer to $600 billion. Iran understands that they cannot fight us. … You asked about an Obama doctrine. The doctrine is: We will engage, but we preserve all our capabilities.”

The notion that Iran is undeterrable — “it’s simply not the case,” he added. “And so for us to say, ‘Let’s try’ — understanding that we’re preserving all our options, that we’re not naïve — but if in fact we can resolve these issues diplomatically, we are more likely to be safe, more likely to be secure, in a better position to protect our allies, and who knows? Iran may change. If it doesn’t, our deterrence capabilities, our military superiority stays in place. … We’re not relinquishing our capacity to defend ourselves or our allies. In that situation, why wouldn’t we test it?”

Obviously, Israel is in a different situation, he added. “Now, what you might hear from Prime Minister [Benjamin] Netanyahu, which I respect, is the notion, ‘Look, Israel is more vulnerable. We don’t have the luxury of testing these propositions the way you do,’ and I completely understand that. And further, I completely understand Israel’s belief that given the tragic history of the Jewish people, they can’t be dependent solely on us for their own security. But what I would say to them is that not only am I absolutely committed to making sure that they maintain their qualitative military edge, and that they can deter any potential future attacks, but what I’m willing to do is to make the kinds of commitments that would give everybody in the neighborhood, including Iran, a clarity that if Israel were to be attacked by any state, that we would stand by them. And that, I think, should be … sufficient to take advantage of this once-in-a-lifetime opportunity to see whether or not we can at least take the nuclear issue off the table.”

He added: “What I would say to the Israeli people is … that there is no formula, there is no option, to prevent Iran from getting a nuclear weapon that will be more effective than the diplomatic initiative and framework that we put forward — and that’s demonstrable.”

The president gave voice, though — in a more emotional and personal way than I’ve ever heard — to his distress at being depicted in Israel and among American Jews as somehow anti-Israel, when his views on peace are shared by many center-left Israelis and his administration has been acknowledged by Israeli officials to have been as vigorous as any in maintaining Israel’s strategic edge.

With huge amounts of conservative campaign money now flowing to candidates espousing pro-Israel views, which party is more supportive of Israel is becoming a wedge issue, an arms race, with Republican candidates competing over who can be the most unreservedly supportive of Israel in any disagreement with the United States, and ordinary, pro-Israel Democrats increasingly feeling sidelined.

“This is an area that I’ve been concerned about,” the president said. “Look, Israel is a robust, rowdy democracy. … We share so much. We share blood, family. … And part of what has always made the U.S.-Israeli relationship so special is that it has transcended party, and I think that has to be preserved. There has to be the ability for me to disagree with a policy on settlements, for example, without being viewed as … opposing Israel. There has to be a way for Prime Minister Netanyahu to disagree with me on policy without being viewed as anti-Democrat, and I think the right way to do it is to recognize that as many commonalities as we have, there are going to be strategic differences. And I think that it is important for each side to respect the debate that takes place in the other country and not try to work just with one side. … But this has been as hard as anything I do because of the deep affinities that I feel for the Israeli people and for the Jewish people. It’s been a hard period.”ry

You take it personally? I asked.

“It has been personally difficult for me to hear … expressions that somehow … this administration has not done everything it could to look out for Israel’s interest — and the suggestion that when we have very serious policy differences, that that’s not in the context of a deep and abiding friendship and concern and understanding of the threats that the Jewish people have faced historically and continue to face.”

As for protecting our Sunni Arab allies, like Saudi Arabia, the president said, they have some very real external threats, but they also have some internal threats — “populations that, in some cases, are alienated, youth that are underemployed, an ideology that is destructive and nihilistic, and in some cases, just a belief that there are no legitimate political outlets for grievances. And so part of our job is to work with these states and say, ‘How can we build your defense capabilities against external threats, but also, how can we strengthen the body politic in these countries, so that Sunni youth feel that they’ve got something other than [the Islamic State, or ISIS] to choose from. … I think the biggest threats that they face may not be coming from Iran invading. It’s going to be from dissatisfaction inside their own countries. … That’s a tough conversation to have, but it’s one that we have to have.”

That said, the Iran deal is far from finished. As the president cautioned: “We’re not done yet. There are a lot of details to be worked out, and you could see backtracking and slippage and real political difficulties, both in Iran and obviously here in the United States Congress.”

On Congress’s role, Obama said he insists on preserving the presidential prerogative to enter into binding agreements with foreign powers without congressional approval. However, he added, “I do think that [Tennessee Republican] Senator Corker, the head of the Foreign Relations Committee, is somebody who is sincerely concerned about this issue and is a good and decent man, and my hope is that we can find something that allows Congress to express itself but does not encroach on traditional presidential prerogatives — and ensures that, if in fact we get a good deal, that we can go ahead and implement it.”

Since President Obama has had more direct and indirect dealings with Iran’s leadership — including an exchange of numerous letters with Iran’s supreme leader, Ayatollah Ali Khamenei — than any of his predecessors since Iran’s revolution in 1979, I asked what he has learned from the back and forth.

“I think that it’s important to recognize that Iran is a complicated country — just like we’re a complicated country,” the president said. “There is no doubt that, given the history between our two countries, that there is deep mistrust that is not going to fade away immediately. The activities that they engage in, the rhetoric, both anti-American, anti-Semitic, anti-Israel, is deeply disturbing. There are deep trends in the country that are contrary to not only our own national security interests and views but those of our allies and friends in the region, and those divisions are real.”

But, he added, “what we’ve also seen is that there is a practical streak to the Iranian regime. I think they are concerned about self-preservation. I think they are responsive, to some degree, to their publics. I think the election of [President Hassan] Rouhani indicated that there was an appetite among the Iranian people for a rejoining with the international community, an emphasis on the economics and the desire to link up with a global economy. And so what we’ve seen over the last several years, I think, is the opportunity for those forces within Iran that want to break out of the rigid framework that they have been in for a long time to move in a different direction. It’s not a radical break, but it’s one that I think offers us the chance for a different type of relationship, and this nuclear deal, I think, is a potential expression of that.”

What about Iran’s supreme leader, who will be the ultimate decider there on whether or not Iran moves ahead? What have you learned about him?

“He’s a pretty tough read,” the president said. “I haven’t spoken to him directly. In the letters that he sends, there [are] typically a lot of reminders of what he perceives as past grievances against Iran, but what is, I think, telling is that he did give his negotiators in this deal the leeway, the capability to make important concessions, that would allow this framework agreement to come to fruition. So what that tells me is that — although he is deeply suspicious of the West [and] very insular in how he thinks about international issues as well as domestic issues, and deeply conservative — he does realize that the sanctions regime that we put together was weakening Iran over the long term, and that if in fact he wanted to see Iran re-enter the community of nations, then there were going to have to be changes.”

Since he has acknowledged Israel’s concerns, and the fact that they are widely shared there, if the president had a chance to make his case for this framework deal directly to the Israeli people, what would he say?

“Well, what I’d say to them is this,” the president answered. “You have every right to be concerned about Iran. This is a regime that at the highest levels has expressed the desire to destroy Israel, that has denied the Holocaust, that has expressed venomous anti-Semitic ideas and is a big country with a big population and has a sophisticated military. So Israel is right to be concerned about Iran, and they should be absolutely concerned that Iran doesn’t get a nuclear weapon.” But, he insisted, this framework initiative, if it can be implemented, can satisfy that Israeli strategic concern with more effectiveness and at less cost to Israel than any other approach. “We know that a military strike or a series of military strikes can set back Iran’s nuclear program for a period of time — but almost certainly will prompt Iran to rush towards a bomb, will provide an excuse for hard-liners inside of Iran to say, ‘This is what happens when you don’t have a nuclear weapon: America attacks.’

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“We know that if we do nothing, other than just maintain sanctions, that they will continue with the building of their nuclear infrastructure and we’ll have less insight into what exactly is happening,” Obama added. “So this may not be optimal. In a perfect world, Iran would say, ‘We won’t have any nuclear infrastructure at all,’ but what we know is that this has become a matter of pride and nationalism for Iran. Even those who we consider moderates and reformers are supportive of some nuclear program inside of Iran, and given that they will not capitulate completely, given that they can’t meet the threshold that Prime Minister Netanyahu sets forth, there are no Iranian leaders who will do that. And given the fact that this is a country that withstood an eight-year war and a million people dead, they’ve shown themselves willing, I think, to endure hardship when they considered a point of national pride or, in some cases, national survival.”

The president continued: “For us to examine those options and say to ourselves, ‘You know what, if we can have vigorous inspections, unprecedented, and we know at every point along their nuclear chain exactly what they’re doing and that lasts for 20 years, and for the first 10 years their program is not just frozen but effectively rolled back to a larger degree, and we know that even if they wanted to cheat we would have at least a year, which is about three times longer than we’d have right now, and we would have insights into their programs that we’ve never had before,’ in that circumstance, the notion that we wouldn’t take that deal right now and that that would not be in Israel’s interest is simply incorrect.”

Because, Obama argued, “the one thing that changes the equation is when these countries get a nuclear weapon. … Witness North Korea, which is a problem state that is rendered a lot more dangerous because of their nuclear program. If we can prevent that from happening anyplace else in the world, that’s something where it’s worth taking some risks.”

“I have to respect the fears that the Israeli people have,” he added, “and I understand that Prime Minister Netanyahu is expressing the deep-rooted concerns that a lot of the Israeli population feel about this, but what I can say to them is: Number one, this is our best bet by far to make sure Iran doesn’t get a nuclear weapon, and number two, what we will be doing even as we enter into this deal is sending a very clear message to the Iranians and to the entire region that if anybody messes with Israel, America will be there. And I think the combination of a diplomatic path that puts the nuclear issue to one side — while at the same time sending a clear message to the Iranians that you have to change your behavior more broadly and that we are going to protect our allies if you continue to engage in destabilizing aggressive activity — I think that’s a combination that potentially at least not only assures our friends, but starts bringing down the temperature.”

There is clearly a debate going on inside Iran as to whether the country should go ahead with this framework deal as well, so what would the president say to the Iranian people to persuade them that this deal is in their interest?

If their leaders really are telling the truth that Iran is not seeking a nuclear weapon, the president said, then “the notion that they would want to expend so much on a symbolic program as opposed to harnessing the incredible talents and ingenuity and entrepreneurship of the Iranian people, and be part of the world economy and see their nation excel in those terms, that should be a pretty straightforward choice for them. Iran doesn’t need nuclear weapons to be a powerhouse in the region. For that matter, what I’d say to the Iranian people is: You don’t need to be anti-Semitic or anti-Israel or anti-Sunni to be a powerhouse in the region. I mean, the truth is, Iran has all these potential assets going for it where, if it was a responsible international player, if it did not engage in aggressive rhetoric against its neighbors, if it didn’t express anti-Israeli and anti-Jewish sentiment, if it maintained a military that was sufficient to protect itself, but was not engaging in a whole bunch of proxy wars around the region, by virtue of its size, its resources and its people it would be an extremely successful regional power. And so my hope is that the Iranian people begin to recognize that.”

Clearly, he added, “part of the psychology of Iran is rooted in past experiences, the sense that their country was undermined, that the United States or the West meddled in first their democracy and then in supporting the Shah and then in supporting Iraq and Saddam during that extremely brutal war. So part of what I’ve told my team is we have to distinguish between the ideologically driven, offensive Iran and the defensive Iran that feels vulnerable and sometimes may be reacting because they perceive that as the only way that they can avoid repeats of the past. … But if we’re able to get this done, then what may happen — and I’m not counting on it — but what may happen is that those forces inside of Iran that say, ‘We don’t need to view ourselves entirely through the lens of our war machine. Let’s excel in science and technology and job creation and developing our people,’ that those folks get stronger. … I say that emphasizing that the nuclear deal that we’ve put together is not based on the idea that somehow the regime changes.

“It is a good deal even if Iran doesn’t change at all,” Obama argued. “Even for somebody who believes, as I suspect Prime Minister Netanyahu believes, that there is no difference between Rouhani and the supreme leader and they’re all adamantly anti-West and anti-Israel and perennial liars and cheaters — even if you believed all that, this still would be the right thing to do. It would still be the best option for us to protect ourselves. In fact, you could argue that if they are implacably opposed to us, all the more reason for us to want to have a deal in which we know what they’re doing and that, for a long period of time, we can prevent them from having a nuclear weapon.”

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There are several very sensitive points in the framework agreement that are not clear to me, and I asked the president for his interpretation. For instance, if we suspect that Iran is cheating, is harboring a covert nuclear program outside of the declared nuclear facilities covered in this deal — say, at a military base in southeastern Iran — do we have the right to insist on that facility being examined by international inspectors?

“In the first instance, what we have agreed to is that we will be able to inspect and verify what’s happening along the entire nuclear chain from the uranium mines all the way through to the final facilities like Natanz,” the president said. “What that means is that we’re not just going to have a bunch of folks posted at two or three or five sites. We are going to be able to see what they’re doing across the board, and in fact, if they now wanted to initiate a covert program that was designed to produce a nuclear weapon, they’d have to create a whole different supply chain. That’s point number one. Point number two, we’re actually going to be setting up a procurement committee that examines what they’re importing, what they’re bringing in that they might claim as dual-use, to determine whether or not what they’re using is something that would be appropriate for a peaceful nuclear program versus a weapons program. And number three, what we’re going to be doing is setting up a mechanism whereby, yes, I.A.E.A. [International Atomic Energy Agency] inspectors can go anyplace.”

Anywhere in Iran? I asked.

“That we suspect,” the president answered. “Obviously, a request will have to be made. Iran could object, but what we have done is to try to design a mechanism whereby once those objections are heard, that it is not a final veto that Iran has, but in fact some sort of international mechanism will be in place that makes a fair assessment as to whether there should be an inspection, and if they determine it should be, that’s the tiebreaker, not Iran saying, ‘No, you can’t come here.’ So over all, what we’re seeing is not just the additional protocols that I.A.E.A. has imposed on countries that are suspected of in the past having had problematic nuclear programs, we’re going even beyond that, and Iran will be subject to the kinds of inspections and verification mechanisms that have never been put in place before.”

A lot of people, myself included, will want to see the fine print on that. Another issue that doesn’t seem to have been resolved yet is: When exactly do the economic sanctions on Iran get lifted? When the implementation begins? When Iran has been deemed to be complying fully?

“There are still details to be worked out,” the president said, “but I think that the basic framework calls for Iran to take the steps that it needs to around [the Fordow enrichment facility], the centrifuges, and so forth. At that point, then, the U.N. sanctions are suspended; although the sanctions related to proliferation, the sanctions related to ballistic missiles, there’s a set of sanctions that remain in place. At that point, then, we preserve the ability to snap back those sanctions, if there is a violation. If not, though, Iran, outside of the proliferation and ballistic missile issues that stay in place, they’re able to get out from under the sanctions, understanding that this constant monitoring will potentially trigger some sort of action if they’re in violation.”

There are still United States sanctions that are related to Iran’s behavior in terrorism and human rights abuse, though, the president added: “There are certain sanctions that we have that would remain in place because they’re not related to Iran’s nuclear program, and this, I think, gets to a central point that we’ve made consistently. If in fact we are able to finalize the nuclear deal, and if Iran abides by it, that’s a big piece of business that we’ve gotten done, but it does not end our problems with Iran, and we are still going to be aggressively working with our allies and friends to reduce — and hopefully at some point stop — the destabilizing activities that Iran has engaged in, the sponsorship of terrorist organizations. And that may take some time. But it’s our belief, it’s my belief, that we will be in a stronger position to do so if the nuclear issue has been put in a box. And if we can do that, it’s possible that Iran, seeing the benefits of sanctions relief, starts focusing more on the economy and its people. And investment starts coming in, and the country starts opening up. If we’ve done a good job in bolstering the sense of security and defense cooperation between us and the Sunni states, if we have made even more certain that the Israeli people are absolutely protected not just by their own capacities, but also by our commitments, then what’s possible is you start seeing an equilibrium in the region, and Sunni and Shia, Saudi and Iran start saying, ‘Maybe we should lower tensions and focus on the extremists like [ISIS] that would burn down this entire region if they could.’ ”

Regarding America’s Sunni Arab allies, Obama reiterated that while he is prepared to help increase their military capabilities they also need to increase their willingness to commit their ground troops to solving regional problems.

“The conversations I want to have with the Gulf countries is, first and foremost, how do they build more effective defense capabilities,” the president said. “I think when you look at what happens in Syria, for example, there’s been a great desire for the United States to get in there and do something. But the question is: Why is it that we can’t have Arabs fighting [against] the terrible human rights abuses that have been perpetrated, or fighting against what Assad has done? I also think that I can send a message to them about the U.S.’s commitments to work with them and ensure that they are not invaded from the outside, and that perhaps will ease some of their concerns and allow them to have a more fruitful conversation with the Iranians. What I can’t do, though, is commit to dealing with some of these internal issues that they have without them making some changes that are more responsive to their people.”

One way to think about it, Obama continued, “is [that] when it comes to external aggression, I think we’re going to be there for our [Arab] friends — and I want to see how we can formalize that a little bit more than we currently have, and also help build their capacity so that they feel more confident about their ability to protect themselves from external aggression.” But, he repeated, “The biggest threats that they face may not be coming from Iran invading. It’s going to be from dissatisfaction inside their own countries. Now disentangling that from real terrorist activity inside their country, how we sort that out, how we engage in the counterterrorism cooperation that’s been so important to our own security — without automatically legitimizing or validating whatever repressive tactics they may employ — I think that’s a tough conversation to have, but it’s one that we have to have.”

It feels lately like some traditional boundaries between the executive and legislative branches, when it comes to the conduct of American foreign policy, have been breached. For instance, there was the letter from 47 Republican senators to Iran’s supreme leader cautioning him on striking any deal with Obama not endorsed by them — coming in the wake of Prime Minister Netanyahu being invited by the speaker of the House, John Boehner, to address a joint session of Congress — without consulting the White House. How is Obama taking this?

“I do worry that some traditional boundaries in how we think about foreign policy have been crossed,” the president said. “I felt the letter that was sent to the supreme leader was inappropriate. I think that you will recall there were some deep disagreements with President Bush about the Iraq war, but the notion that you would have had a whole bunch of Democrats sending letters to leaders in the region or to European leaders … trying to undermine the president’s policies I think is troubling.

“The bottom line,” he added, “is that we’re going to have serious debates, serious disagreements, and I welcome those because that’s how our democracy is supposed to work, and in today’s international environment, whatever arguments we have here, other people are hearing and reading about it. It’s not a secret that the Republicans may feel more affinity with Prime Minister Netanyahu’s views of the Iran issue than they do with mine. But [we need to be] keeping that within some formal boundaries, so that the executive branch, when it goes overseas, when it’s communicating with foreign leaders, is understood to be speaking on behalf of the United States of America, not a divided United States of America, making sure that whether that president is a Democrat or a Republican that once the debates have been had here, that he or she is the spokesperson on behalf of U.S. foreign policy. And that’s clear to every leader around the world. That’s important because without that, what you start getting is multiple foreign policies, confusion among foreign powers as to who speaks for who, and that ends up being a very dangerous — circumstances that could be exploited by our enemies and could deeply disturb our friends.”

As for the Obama doctrine — “we will engage, but we preserve all our capabilities” — the president concluded: “I’ve been very clear that Iran will not get a nuclear weapon on my watch, and I think they should understand that we mean it. But I say that hoping that we can conclude this diplomatic arrangement — and that it ushers a new era in U.S.-Iranian relations — and, just as importantly, over time, a new era in Iranian relations with its neighbors.”

Whatever happened in the past, he said, “at this point, the U.S.’s core interests in the region are not oil, are not territorial. … Our core interests are that everybody is living in peace, that it is orderly, that our allies are not being attacked, that children are not having barrel bombs dropped on them, that massive displacements aren’t taking place. Our interests in this sense are really just making sure that the region is working. And if it’s working well, then we’ll do fine. And that’s going to be a big project, given what’s taken place, but I think this [Iran framework deal] is at least one place to start.”

Voir encore:

Opinion
The Iran Deal and Its Consequences
Mixing shrewd diplomacy with defiance of U.N. resolutions, Iran has turned the negotiation on its head.
Henry Kissinger and George P. Shultz
The Wall Street journal

April 7, 2015

The announced framework for an agreement on Iran’s nuclear program has the potential to generate a seminal national debate. Advocates exult over the nuclear constraints it would impose on Iran. Critics question the verifiability of these constraints and their longer-term impact on regional and world stability. The historic significance of the agreement and indeed its sustainability depend on whether these emotions, valid by themselves, can be reconciled.

Debate regarding technical details of the deal has thus far inhibited the soul-searching necessary regarding its deeper implications. For 20 years, three presidents of both major parties proclaimed that an Iranian nuclear weapon was contrary to American and global interests—and that they were prepared to use force to prevent it. Yet negotiations that began 12 years ago as an international effort to prevent an Iranian capability to develop a nuclear arsenal are ending with an agreement that concedes this very capability, albeit short of its full capacity in the first 10 years.

Mixing shrewd diplomacy with open defiance of U.N. resolutions, Iran has gradually turned the negotiation on its head. Iran’s centrifuges have multiplied from about 100 at the beginning of the negotiation to almost 20,000 today. The threat of war now constrains the West more than Iran. While Iran treated the mere fact of its willingness to negotiate as a concession, the West has felt compelled to break every deadlock with a new proposal. In the process, the Iranian program has reached a point officially described as being within two to three months of building a nuclear weapon. Under the proposed agreement, for 10 years Iran will never be further than one year from a nuclear weapon and, after a decade, will be significantly closer.

Inspections and Enforcement

The president deserves respect for the commitment with which he has pursued the objective of reducing nuclear peril, as does Secretary of State John Kerry for the persistence, patience and ingenuity with which he has striven to impose significant constraints on Iran’s nuclear program.

Progress has been made on shrinking the size of Iran’s enriched stockpile, confining the enrichment of uranium to one facility, and limiting aspects of the enrichment process. Still, the ultimate significance of the framework will depend on its verifiability and enforceability.

Negotiating the final agreement will be extremely challenging. For one thing, no official text has yet been published. The so-called framework represents a unilateral American interpretation. Some of its clauses have been dismissed by the principal Iranian negotiator as “spin.” A joint EU-Iran statement differs in important respects, especially with regard to the lifting of sanctions and permitted research and development.

Comparable ambiguities apply to the one-year window for a presumed Iranian breakout. Emerging at a relatively late stage in the negotiation, this concept replaced the previous baseline—that Iran might be permitted a technical capacity compatible with a plausible civilian nuclear program. The new approach complicates verification and makes it more political because of the vagueness of the criteria.

Under the new approach, Iran permanently gives up none of its equipment, facilities or fissile product to achieve the proposed constraints. It only places them under temporary restriction and safeguard—amounting in many cases to a seal at the door of a depot or periodic visits by inspectors to declared sites. The physical magnitude of the effort is daunting. Is the International Atomic Energy Agency technically, and in terms of human resources, up to so complex and vast an assignment?

In a large country with multiple facilities and ample experience in nuclear concealment, violations will be inherently difficult to detect. Devising theoretical models of inspection is one thing. Enforcing compliance, week after week, despite competing international crises and domestic distractions, is another. Any report of a violation is likely to prompt debate over its significance—or even calls for new talks with Tehran to explore the issue. The experience of Iran’s work on a heavy-water reactor during the “interim agreement” period—when suspect activity was identified but played down in the interest of a positive negotiating atmosphere—is not encouraging.

Compounding the difficulty is the unlikelihood that breakout will be a clear-cut event. More likely it will occur, if it does, via the gradual accumulation of ambiguous evasions.

When inevitable disagreements arise over the scope and intrusiveness of inspections, on what criteria are we prepared to insist and up to what point? If evidence is imperfect, who bears the burden of proof? What process will be followed to resolve the matter swiftly?

The agreement’s primary enforcement mechanism, the threat of renewed sanctions, emphasizes a broad-based asymmetry, which provides Iran permanent relief from sanctions in exchange for temporary restraints on Iranian conduct. Undertaking the “snap-back” of sanctions is unlikely to be as clear or as automatic as the phrase implies. Iran is in a position to violate the agreement by executive decision. Restoring the most effective sanctions will require coordinated international action. In countries that had reluctantly joined in previous rounds, the demands of public and commercial opinion will militate against automatic or even prompt “snap-back.” If the follow-on process does not unambiguously define the term, an attempt to reimpose sanctions risks primarily isolating America, not Iran.

The gradual expiration of the framework agreement, beginning in a decade, will enable Iran to become a significant nuclear, industrial and military power after that time—in the scope and sophistication of its nuclear program and its latent capacity to weaponize at a time of its choosing. Limits on Iran’s research and development have not been publicly disclosed (or perhaps agreed). Therefore Iran will be in a position to bolster its advanced nuclear technology during the period of the agreement and rapidly deploy more advanced centrifuges—of at least five times the capacity of the current model—after the agreement expires or is broken.

The follow-on negotiations must carefully address a number of key issues, including the mechanism for reducing Iran’s stockpile of enriched uranium from 10,000 to 300 kilograms, the scale of uranium enrichment after 10 years, and the IAEA’s concerns regarding previous Iranian weapons efforts. The ability to resolve these and similar issues should determine the decision over whether or when the U.S. might still walk away from the negotiations.

The Framework Agreement and Long-Term Deterrence

Even when these issues are resolved, another set of problems emerges because the negotiating process has created its own realities. The interim agreement accepted Iranian enrichment; the new agreement makes it an integral part of the architecture. For the U.S., a decade-long restriction on Iran’s nuclear capacity is a possibly hopeful interlude. For Iran’s neighbors—who perceive their imperatives in terms of millennial rivalries—it is a dangerous prelude to an even more dangerous permanent fact of life. Some of the chief actors in the Middle East are likely to view the U.S. as willing to concede a nuclear military capability to the country they consider their principal threat. Several will insist on at least an equivalent capability. Saudi Arabia has signaled that it will enter the lists; others are likely to follow. In that sense, the implications of the negotiation are irreversible.

If the Middle East is “proliferated” and becomes host to a plethora of nuclear-threshold states, several in mortal rivalry with each other, on what concept of nuclear deterrence or strategic stability will international security be based? Traditional theories of deterrence assumed a series of bilateral equations. Do we now envision an interlocking series of rivalries, with each new nuclear program counterbalancing others in the region?

Previous thinking on nuclear strategy also assumed the existence of stable state actors. Among the original nuclear powers, geographic distances and the relatively large size of programs combined with moral revulsion to make surprise attack all but inconceivable. How will these doctrines translate into a region where sponsorship of nonstate proxies is common, the state structure is under assault, and death on behalf of jihad is a kind of fulfillment?

Some have suggested the U.S. can dissuade Iran’s neighbors from developing individual deterrent capacities by extending an American nuclear umbrella to them. But how will these guarantees be defined? What factors will govern their implementation? Are the guarantees extended against the use of nuclear weapons—or against any military attack, conventional or nuclear? Is it the domination by Iran that we oppose or the method for achieving it? What if nuclear weapons are employed as psychological blackmail? And how will such guarantees be expressed, or reconciled with public opinion and constitutional practices?

Regional Order

For some, the greatest value in an agreement lies in the prospect of an end, or at least a moderation, of Iran’s 3½ decades of militant hostility to the West and established international institutions, and an opportunity to draw Iran into an effort to stabilize the Middle East. Having both served in government during a period of American-Iranian strategic alignment and experienced its benefits for both countries as well as the Middle East, we would greatly welcome such an outcome. Iran is a significant national state with a historic culture, a fierce national identity, and a relatively youthful, educated population; its re-emergence as a partner would be a consequential event.

But partnership in what task? Cooperation is not an exercise in good feeling; it presupposes congruent definitions of stability. There exists no current evidence that Iran and the U.S. are remotely near such an understanding. Even while combating common enemies, such as ISIS, Iran has declined to embrace common objectives. Iran’s representatives (including its Supreme Leader) continue to profess a revolutionary anti-Western concept of international order; domestically, some senior Iranians describe nuclear negotiations as a form of jihad by other means.

The final stages of the nuclear talks have coincided with Iran’s intensified efforts to expand and entrench its power in neighboring states. Iranian or Iranian client forces are now the pre-eminent military or political element in multiple Arab countries, operating beyond the control of national authorities. With the recent addition of Yemen as a battlefield, Tehran occupies positions along all of the Middle East’s strategic waterways and encircles archrival Saudi Arabia, an American ally. Unless political restraint is linked to nuclear restraint, an agreement freeing Iran from sanctions risks empowering Iran’s hegemonic efforts.

Some have argued that these concerns are secondary, since the nuclear deal is a way station toward the eventual domestic transformation of Iran. But what gives us the confidence that we will prove more astute at predicting Iran’s domestic course than Vietnam’s, Afghanistan’s, Iraq’s, Syria’s, Egypt’s or Libya’s?

Absent the linkage between nuclear and political restraint, America’s traditional allies will conclude that the U.S. has traded temporary nuclear cooperation for acquiescence to Iranian hegemony. They will increasingly look to create their own nuclear balances and, if necessary, call in other powers to sustain their integrity. Does America still hope to arrest the region’s trends toward sectarian upheaval, state collapse and the disequilibrium of power tilting toward Tehran, or do we now accept this as an irremediable aspect of the regional balance?

Some advocates have suggested that the agreement can serve as a way to dissociate America from Middle East conflicts, culminating in the military retreat from the region initiated by the current administration. As Sunni states gear up to resist a new Shiite empire, the opposite is likely to be the case. The Middle East will not stabilize itself, nor will a balance of power naturally assert itself out of Iranian-Sunni competition. (Even if that were our aim, traditional balance of power theory suggests the need to bolster the weaker side, not the rising or expanding power.) Beyond stability, it is in America’s strategic interest to prevent the outbreak of nuclear war and its catastrophic consequences. Nuclear arms must not be permitted to turn into conventional weapons. The passions of the region allied with weapons of mass destruction may impel deepening

American involvement.

If the world is to be spared even worse turmoil, the U.S. must develop a strategic doctrine for the region. Stability requires an active American role. For Iran to be a valuable member of the international community, the prerequisite is that it accepts restraint on its ability to destabilize the Middle East and challenge the broader international order.

Until clarity on an American strategic political concept is reached, the projected nuclear agreement will reinforce, not resolve, the world’s challenges in the region. Rather than enabling American disengagement from the Middle East, the nuclear framework is more likely to necessitate deepening involvement there—on complex new terms. History will not do our work for us; it helps only those who seek to help themselves.

Messrs. Kissinger and Shultz are former secretaries of state.

His hope springs eternal
Democrat hopeful Barack Obama looks good and writes well in The Audacity of Hope – but can his third-way politics carry him to the ultimate prize, asks Peter Preston
The Audacity of Hope by Barack Obama
Peter Preston

The Observer

29 April 2007

The Audacity of Hope

by Barack Obama

Canongate £14.99, pp375

The candidate is already 2007’s champion fundraiser. He has momentum. Old Clinton stalwarts desert Hillary to serve at his side. It must be a Democrat for the White House next time, they say, and this guy, this eloquent, thoughtful, handsome, black guy, is the real deal. Why, didn’t his quasi-autobiography cum manifesto, sell 1.3 million copies, top the New York Times list and win glowing reviews to boot? And didn’t he write it (rather mellifluously) himself? Look, no ghost hands here! So The Audacity of Hope invites sterner scrutiny than your average political potboiler. It is a presidential calling card. It may be all our futures.

And there is fascination as the pages turn. In one sense, Barack Obama defies easy categorisation: ‘The child of a black man and white woman, born in the racial melting pot of Hawaii, with a sister who’s half-Indonesian … a brother-in-law and niece of Chinese descent, some blood relatives who resemble Margaret Thatcher and others who could pass for [black comedy actor] Bernie Mac.’ No wonder family Christmases are like the United Nations General Assembly, he writes. No wonder, either, that he can open windows to a wider world of understanding.

This isn’t some stock chaser after high American office, a standard Wasp with a standard mindset. This is a genuinely interesting man from a singular family background, who still carries its lessons, memories and baggage with him. Obama spent years of austere, troubled childhood in Jakarta when his mother was married to a young Indonesian army officer. He saw pain, distress and poverty (and marriage breakdown) close up. It encircled him. He still knows, from experience, how to relate to those in need. He’s a recognisable human being with a gift for empathy.

Yes … but is he a President? Does he know more about climate change than Al Gore, more about high office than Hillary Clinton, more about glad-handing and rubber-chicken dinners than John Edwards? There’s the difficulty.

Some of this personal credo arrives eloquent and moving. You can sense instinctively why Obama invites devotion. But then, because there’s an election pending, you can also sense formulaic caution. The Guardian has an entertaining practice of dishing up potted reads, books of the day laconically stripped to the bone. Obama often invites that kind of dissection. Why The Audacity of Hope? Why not ‘The Mendacity of Despair’ or any permutation between? There’s nothing particularly daring about the prudent non-specifics he peddles most of the time. (Indeed, his middle-way title might best have been ‘The Sagacity of Further Thought’.)

And his onerously repetitive chapter structure also casts a pall if you read too much, too fast. Take an event, maybe a day in the Senate, all personal achievements listed, a moment of prayer, a flying official visit to Iraq, then add anecdotes and personal conversations to taste. Obama could go hither and yonder by private jet, but he likes sweating in a coach and talking to ordinary Joes on the baggage line. Then build a brisk philosophical edifice on these emotions and encounters, opening out (as the ‘Faith’ chapter turns into the ‘Race’ chapter) into hints of what his policy might be when the time is ripe to formulate one.

That’s a realistic route if you want to mount a candidacy that is still standing in November 2008. But it’s a bit of tedious tease for today, little helped by the new/old brand of politics he promulgates. Tired of confrontations between brutal neocons and old-style liberals locked in a time warp? Discover the joys of compromise and intelligent discussion with Obama: make positive consensus your theme for the 21st century.

It is not a particularly invigorating thesis at this stage of development. It can be boiled down to the simple injunction: try to be nicer to people, wherever possible. And even Obama can’t keep the sermonising going indefinitely. He has to reach back into history and hail the great god FDR (also worshipped by old liberals, one seems to remember). He has to plump for less tax on the poor and hard-working Americans, not more tax cuts for the rich and rapacious. He believes in Middle East peace, not war, and spoke out against Iraqi invasion before it happened (though that doesn’t mean he wouldn’t be tough in crisis). His wonderful wife and kids get a chapter of their own.

So much, perhaps, is par for the campaign course. We shouldn’t be disappointed. There are enough insights and memories to give (non-audacious) hope of something rather better if he gets in. But still the warning signs gather. Obama doesn’t always win. He challenged for Congress in 2000 and lost badly. He ‘began to harbour doubts about the path I had chosen’. He went through ‘denial and anger’ and ‘came to appreciate how the Earth rotated around the sun and the seasons came and went without any particular exertion on my part’. And then his honed profile and splendid rhetorical skills got him a starring role at the 2004 Democratic Convention. He beat off a duff rival to a Senate seat. He made it to Washington and, maybe, four years later to the doors of the Oval Office.

Do you sense a lurking lack of stamina, a slightly oddball compulsion to contemplation? Is the deal really real? Where’s the fine line between empathy and sanctimony? Where’s the depth of experience? But at least these are intriguing problems in a debate that’s pounding along. And at least, with refreshing honesty, you can begin to make your own mind up early. You can move on – or rediscover hope.

Senator Obama: man of letters

1995: Dreams From My Father: A Story of Race and Inheritance, a memoir, in which Obama confessed to having taken drugs.

2004: Signed a $1.9m contract for three books. The first was The Audacity of Hope: Thoughts on Reclaiming the American Dream (2006). Next up, a children’s book co-written by Obama’s wife and children, with all proceeds going to charity.

2006: Wrote forewords to It Takes a Nation: How Strangers Became Family in the Wake of Hurricane Katrina and Real Men Cook: More than 100 Easy Recipes Celebrating Tradition and Family

2007: Obama’s almost universal good press may change in July with the publication of David Mendell’s Obama: The Ascent of a Politician. Mendell wrote about Obama’s sex appeal in 2004 after he saw him enthusiastically kissing the wife of his Senate opponent on the cheek (the lady in question ‘flushed and smiled broadly’).

Voir enfin:

Dossier iranien : Obama, prix Nobel du désastre

L’accord sur le nucléaire iranien n’a pas été signé le 1er avril. Il ne le sera pas le 2 ou le 3 avril.

Guy Millière –

Dreuz info

3 avril 2015

Il ne le sera vraisemblablement pas, sinon sous la forme d’un texte lamentable et sans signification qui donnera à Obama et Kerry l’allure de paillassons. Cela viendra peut-être fin juin. Ce n’est pas même certain. C’est très loin d’être certain.

Les dirigeants iraniens ont déjà obtenu toutes les concessions imaginables de la part d’une administration Obama qui est prête à tout pour qu’un accord soit signé et pour qu’au bout du processus, Obama soit sur la photo, à côté de Rouhani, mais toutes les concessions imaginables ne leur suffisent pas.

Ils veulent davantage : l’humiliation des Etats-Unis et d’Obama. Et ils ne désespèrent pas obtenir ce qu’ils veulent. Il leur suffit pour cela de demander toujours ce qu’ils savent que leurs interlocuteurs ne pourront pas accepter sans se rouler dans la fange. Ils savent qu’Obama ira jusqu’à se rouler dans la fange : c’est d’ailleurs ce qu’il a commencé à faire en tenant un discours grotesque en lequel il y a deux ou trois mensonges par phrase.

Les dirigeants iraniens sont à la tête, nombre de commentateurs l’oublient, d’un régime révolutionnaire et islamique. Ils ne veulent pas s’entendre avec les Etats-Unis : cela, ils pourraient l’obtenir aisément dans les circonstances présentes. Ils veulent la défaite des Etats-Unis.

Ils ne veulent pas se voir reconnus en tant que puissance importante : cela, ils l’ont obtenu avec le cycle de négociations qui ne s’achève pas, et qui amènent autour de la table pour des journées entières ministres et délégations. Ils veulent que leur reconnaissance comme puissance importante soit accompagnée d’un abaissement du monde occidental tout entier.

Ils ne veulent pas seulement obtenir une position de puissance hégémonique sur tout le Proche-Orient : cela, ils l’ont quasiment déjà obtenu aussi, grâce à tout ce qui leur a déjà été concédé. Ils veulent obtenir les moyens d’en finir avec Israël, et avec les régimes sunnites du statu quo (Jordanie, Egypte, Arabie Saoudite).

Et il faut le dire, hélas : ils sont en train d’obtenir la défaite des Etats-Unis. Ils ont pour cela des alliés de poids : Barack Obama, et John Kerry eux-mêmes. La guerre et le chaos qui embrasent peu à peu tout le Proche-Orient, et qui débordent sur l’Afrique sont l’œuvre de l’action d’Obama depuis six ans, et de Kerry depuis qu’il est Secrétaire d’Etat. Obama et Kerry ont semé la guerre et le chaos dans tout le Proche-Orient et dans une part importante de l’Afrique. Ils ont placé les Etats-Unis dans une situation où les ennemis des Etats-Unis voient en eux des crétins à jeter après usage, et où les amis des Etats-Unis voient en eux des imbéciles dangereux et sans aucune fiabilité. Ils ne maîtrisent quasiment plus rien. Obama mériterait, si ce prix existait, un prix Nobel du désastre.

Il faut le dire : les dirigeants iraniens sont, aussi, en train d’obtenir l’abaissement du monde occidental tout entier. L’attitude de Barack Obama et de John Kerry n’est ni désapprouvée ni dénoncée par les dirigeants européens : ceux-ci, au contraire, rivalisent de pusillanimité pour s’accrocher aux basques des méprisables duettistes de Washington. Seul Laurent Fabius essaie de faire entendre une voix un peu discordante, mais vue l’attitude de la France sur le dossier « palestinien », on voit que Laurent Fabius n’a aucune pensée cohérente et parle faux.

Il faut le dire enfin : Obama, Kerry et leurs complices européens ne donnent pas du tout l’impression qu’ils sont prêts à défendre Israël. Tout en étant prêts à s’entendre avec les mollahs de Téhéran, et tout en faisant comme s’ils n‘entendaient pas les vociférations haineuses de Khamenei, ils semblent réserver le rôle d’ennemi principal à Binyamin Netanyahou, et n’accordent aucune importance à ses avertissements concernant le danger iranien. Obama, Kerry et leurs complices européens ne donnent pas non plus l’impression d’être prêts à défendre les régimes sunnites du statu quo.

Nul ne peut prévoir avec exactitude ce qui va se passer dans les mois à venir, mais ce qui est certain est qu’ils seront les mois les plus dangereux depuis qu’Obama est arrivé à la Maison Blanche.

La doctrine Obama, que la plupart des journalistes ne veulent pas voir, aux fins de parler comme si elle n’existait pas, voulait la défaite des Etats-Unis, l’hégémonie régionale de l’Iran, l’abaissement du monde occidental en son ensemble. Elle voulait l’asphyxie d’Israël aux fins de lâcher Israël aux chiens islamistes. Elle voulait le renversement des régimes sunnites du statu quo, au profit des Frères Musulmans.

Elle a tout obtenu, sauf les deux derniers points. Il lui reste moins de deux ans. Les attaques de l’administration Obama contre Israël, sur le terrain diplomatique, voire sur d’autres terrains, vont redoubler d’intensité.

Les attaques de l’administration Obama contre les régimes sunnites du statu quo vont aussi s’accentuer.

Si vous constatez que l’Iran des mollahs est au pouvoir, outre Téhéran, à Bagdad, Damas, Beyrouth, Sanaa et tente de s’emparer d’Aden, si vous voyez un large sourire sur le visage du Ministre des affaires étrangères iranien pendant que des atrocités surviennent à proximité des villes susdites, et si vous vous demandez pourquoi il en est ainsi, regardez du côté de la Maison Blanche, vous trouverez la réponse.

Si vous constatez que l’Irak était stable et al Qaida vaincu en 2008, qu’aujourd’hui l’Irak est démembré au milieu d’un océan de cadavres, qu’al Qaida en Irak est devenu l’Etat Islamique, sur une superficie équivalente à celle de la Grande Bretagne, et que la guerre en Syrie a fait environ deux cent cinquante mille morts, et si vous vous demandez pourquoi il en est ainsi, regardez à nouveau du côté de la Maison Blanche, vous trouverez la réponse.

Si vous constatez que le Yemen est présentement plongé dans une guerre qui s’aggrave de jour en jour, que l’Arabie Saoudite est menacée et vient de mettre sur pied une alliance avec les autres régimes sunnites du statu quo, que la guerre pourrait aisément devenir une conflagration régionale, que des hordes islamiques ravagent le Sinaï et la Libye, avec débordements vers la Tunisie, que l’Iran pourrait être bientôt à même de contrôler le détroit d’Ormuz et le Bab El Mandeb, avec toutes les conséquences à même de découler, et qu’Israël, seul îlot de stabilité dans ce déferlement fait face à un réarmement du Hamas, à l’incursion de Gardiens de la Révolution sur les hauteurs du Golan, côté syrien, et est en même temps au cœur de toutes les récriminations occidentales et de manœuvres sombres qui s’amorcent aux Nations Unies et à la Cour Pénale Internationale, et si, une fois de plus, vous vous demandez pourquoi il en est ainsi, regardez encore du côté de la Maison Blanche.

Vous trouverez la réponse.

Les Républicains, au Congrès, voudraient limiter les dégâts : le peuvent-ils encore ? L’avantage est qu’ils savent, eux, ce que veut Obama. L’inconvénient est que leurs moyens d’action face au premier Président résolument anti-américain de l’histoire des Etats Unis, et face à ses porte-cotons, sont limités.

La question iranienne sera abordée dans deux semaines, à la Chambre des représentants et au Sénat : ce qui va se passer devra être suivi avec la plus grande attention.

Le sénateur Tom Cotton a résumé le contenu de l’ « accord d’étape » du 3 avril (qui n’est en rien un accord, et qui est, au mieux, une capitulation du monde occidental) :

« L’Iran va garder son stock d’uranium enrichi et des milliers de centrifugeuses, y compris celles du site souterrain et fortifié de Fordow, qui est un bunker militaire. L’Iran va aussi moderniser son réacteur de production de plutonium, à Arak. L’Iran n’aura pas à révéler les dimensions militaires de son programme nucléaire, en dépit des demandes réitérées des Nations Unies. En outre, l’Iran va bénéficier d’une levée massive de sanctions de manière immédiate, levée qui rendra le retour à des sanctions ultérieures virtuellement impossible… Les concessions accordées ne feront rien pour changer le comportement de l’Iran. L’Iran reste le pire Etat soutenant le terrorisme à l’échelle mondiale. Les agressions iraniennes vont continuer à déstabiliser le Moyen Orient. Et l’Iran continue à détenir plusieurs otages américains ».

Le sénateur Mark Kirk a ajouté que « Neville Chamberlain avait obtenu davantage d’Adolf Hitler ».


Eclipse solaire 2015: Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ? (No eclipse, please, we’re French)

20 mars, 2015
https://anilmachado.files.wordpress.com/2012/05/islam.jpg?w=451&h=353https://i1.wp.com/md1.libe.com/photo/724403-dessin-lepithec-eclipse.jpgUne observation directe du soleil sans protection adéquate peut engendrer des lésions oculaires graves et irréversibles. La seule vraie prévention est de ne pas regarder le soleil. En conséquence, il est recommandé d’éviter que les élèves et les personnels de votre établissement soient tentés d’observer le phénomène en se trouvant à l’extérieur des bâtiments pendant cette période. Inspection académique du Val-d’Oise
Les élèves présents dans l’établissement ne pourront pas observer l’éclipse, ils seront confinés dans les bâtiments. Des pauses seront effectuées dans les classes en remplacement de la récréation. Les cours d’EPS de la matinée se dérouleront en salle vidéo. Consignes du Rectorat de Metz
Lunettes ou pas lunettes, nuages ou pas nuages, il est une forteresse de notre société qui n’entend pas se laisser entraîner dans un enthousiasme scientifique possiblement délétère pour les précieux petits yeux de ses ouailles. Je parle bien sûr du ministère de l’Education nationale. Dans sa très grande sagesse de protecteur, non pas du savoir, mais de l’intégrité physique et morale de nos enfants, il a décidé de les confiner dans leur classe pendant la récréation, qui tombe, Ô merveille (Ô malheur et catastrophe, se dit le ministère), au moment de l’éclipse maximale. On va aboutir à la situation ridicule où tout le monde sera de sortie entre 9 h 30 et 11 h 30, sauf  les élèves, plus calfeutrés que jamais dans leur établissement scolaire, plus éloignés que jamais d’une occasion unique de découvrir en direct une des subtilités de l’univers, plus ballotés que jamais entre leur curiosité naturelle complètement bridée et des décisions administratives étroites et hors sujet. Rien n’est trop beau pour la semaine de l’Education contre le racisme et l’antisémitisme qui a justement lieu en ce moment (du 16 au 21 mars). C’est pourquoi je parlais de l’intégrité morale de nos enfants, qui semble être devenue l’unique préoccupation pédagogique de la ministre de l’Education nationale. Le projet de réforme du collège envisagé pour 2016 confirme du reste un terrible abandon des savoirs fondamentaux. Mais rien ne sera tenté pour faire avancer les élèves sur le chemin du savoir au prétexte fallacieux des lésions oculaires. Tant pis pour eux, et c’est bien dommage, car la prochaine éclipse visible depuis la France avec ce degré d’occultation n’aura pas lieu avant 2026 ! (…) On est purement et simplement dans le contrôle de l’Etat sur nos gestes et nos attitudes. Peut-on imaginer plus intrusif ? Peut-on imaginer plus absurde ? C’était ma troisième éclipse du vendredi 20 mars 2015 : après l’éclipse du soleil et l’éclipse du savoir, l’éclipse de la raison. Et le sentiment de plus en plus net d’être gouvernée par des fous du contrôle. Ce n’est pas la loi sur le renseignement présentée hier en Conseil des ministres qui pourrait me rassurer sur ce point. Faudra-t-il prochainement en France déplorer l’éclipse de toutes nos libertés individuelles une par