Orwell/70e: Hommage à la décence commune (My country right or wrong: rediscovering with Orwell the spiritual need for truth and patriotism for which no substitute has yet been found)

21 février, 2020

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S’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19 : 40)
Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Jésus (Matthieu 11: 25)
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Péguy
Dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire. George Orwell
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. Orwell
Government cannot be conducted on “pure” pacifist lines, because any government which refused in all circumstances to use force could be overthrown by anyone, even any individual, who was willing to use force. . . . As to the conquest of England, Gandhi would certainly advise us to let Germans rule here rather than fight against them—in fact he did advocate just that. And if Hitler conquered England he would, I imagine, try to bring into being a nationwide pacifist movement, which would prevent serious resistance and therefore make it easier for him to rule. George Orwell
What would Gandhi do if he wasn’t given a shelf [of freedom by the British] to stand on?. . . The fact is that Gandhi’s political methods were almost irrelevant to the present situation, because they depended on publicity. As Mr. Fischer admits, Gandhi never had to deal with a totalitarian Power. He was dealing with an old-fashioned and rather shaky despotism which treated him in a fairly chivalrous way and allowed him to appeal to world opinion at every step. (…) It is difficult to see how his strategy of fasting and civil disobedience could be applied in a country where political opponents simply disappear and the public never hears anything that the Government does not want it to hear. Moreover, it appears that when Mr. Fischer tellsus that we should follow Gandhi’s teachings he. . . wants to prevent the expansion of Russian imperialism, nonviolently if we can, but violently if we must; whereas Gandhi’s central tenant was that you must not use violence even if the alternative is defeat. Asked to give an opinion on the German Jews, Gandhi apparently answered that they should have committed mass suicide, and thus “arouse the world”—an answer which seems to embarrass even Mr. Fischer. George Orwell
In this yogi-ridden age, it is too readily assumed that “non-attachment” is not only better than a full acceptance of earthly life, but that the ordinary man only rejects it because it is too difficult: in other words, that the average human being is a failed saint. It is doubtful whether this is true. Many people genuinely do not wish to be saints, and it is probable that some who achieve or aspire to sainthood have never felt much temptation to be human beings. (…) We live in a lunatic world in which opposites are constantly changing into one another, in which pacifists find themselves worshipping Hitler, Socialists become Nationalists, patriots become quislings, Buddhistspray for the success of the Japanese Army, and the Stock Market takes an upward turn when the Russians stage an offensive. The creeds [pacifism, Anarchism, Stalinism] have the advantage that they aim at the impossible and therefore in effect demand very little. If you throw in a touch of oriental mysticism and Buchmanite raptures over Gandhi, you have everything that a disaffected intellectual needs. The life of an English gentleman and the moral attitude of a saint can be enjoyed simultaneously. By merely transferring your allegiance from England to India (it used to be Russia), you can indulge to the full in allthe chauvinistic sentiments which would be totally impossible if you recognized them for what they were. In the name of pacifism you can compromise with Hitler, and in the name of spirituality you can keep your money. . . There is indeed a sort of apocalyptic truth in the statement of the German radio that the teachings of Hitler and Gandhi are the same. George Orwell
Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : “La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit. George Orwell (1984)
Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si dans des pays comme l’Angleterre les gens ordinaires font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité les gens ordinaires s’avèrent être plus intelligents que les intellectuels. George Orwell
Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. George Orwell
La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. George Orwell
Une part de nous veut être un héros ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. George Orwell
George Orwell n’imaginait probablement pas que ce qu’il écrivait finirait par être la réalité de la Chine. Etudiant pékinois (décembre 2010)
I want to yell at that liberatory young woman with her sledgehammer: « Don’t do it! » Apple is not different. That industry is going to give rise to innumerable forms of triviality and misogyny, to the concentration of wealth and the dispersal of mental concentration. To suicidal, underpaid Chinese factory workers whose reality must be like that of the shuffling workers in the commercial. If you think a crowd of people staring at one screen is bad, wait until you have created a world in which billions of people stare at their own screens even while walking, driving, eating in the company of friends—all of them eternally elsewhere. Rebecca Solnit
La barbarie commence dans les discours de haine, elle commence dans l’encouragement au discours qui théorise sur ce fameux grand remplacement qui est en réalité un mythe raciste et xénophobe. Nous sommes de ce fait face à une grande responsabilité. Je ne peux pas ne pas le dire sur ce plateau. Quand des médias salarisent des personnes comme Eric Zemmour, on est complice de ce climat. Benjamin Lucas (Génération.S)
On met tous les flics dans des quartiers des minorités. Oui, c’est vrai. Pourquoi on fait ça? Parce que c’est là où il y a toute la criminalité. Comment on les désarme ? Eh bien, on les jette contre le mur et on les fouille. Michael Bloomberg (2015)
Eh bien, pendant longtemps, les gens ont dit que vous ne pouviez rien y faire, mais les Noirs et les Latinos obtiennent de très mauvais résultats aux tests scolaires par rapport aux Blancs et aux Asiatiques. Si vous regardez nos prisons, ce sont principalement des minorités. Si vous regardez là où se trouve la criminalité, c’est dans les quartiers des minorités. Si vous regardez qui sont les victimes et les criminels, c’est pratiquement tous des minorités. C’est quelque chose qui dure depuis longtemps. Je suppose que c’est répandu ailleurs mais c’est certainement vrai à New York. Et pendant de nombreuses années, les gens ont dit que vous ne pouviez rien y faire. Néanmoins, il y a cette énorme cohorte d’hommes noirs et latinos, disons, de 16 à 25 ans qui n’ont pas d’emploi, de perspectives, ne savent pas comment trouver un emploi, ne savent pas quelles sont leurs compétences, ne savent pas comment se comporter sur le lieu de travail où ils doivent travailler en collaboration et collectivement. Il y aura des emplois, si nous pouvons les obtenir pour ces enfants – ou leurs familles – même si leurs pères ne vivent pas avec leur mère, ou n’ont jamais été mariés, ou même s’ils sont en prison, engager les pères. Beaucoup de statistiques montrent que si le père est impliqué, cela donne à l’enfant une certaine compréhension qu’il se dirige sur le mauvais chemin – et leur assigne des mentors. Beaucoup de ces enfants – ce n’est pas qu’ils soient de mauvais enfants – c’est qu’une fois qu’ils ont fait une erreur, il leur est très difficile de s’en sortir. Mais nous avons une obligation envers eux – sinon pour des raisons de compassion, juste pour des raisons égoïstes. Les trois quarts de tous les enfants de New York qui vont en prison purgent une période et en sortent, retournent immédiatement en prison. Les trois quarts d’entre eux. … Nous devons juste rompre ce cycle. Michael Bloomberg (2011)
Avec le temps, j’ai fini par comprendre quelque chose que j’ai longtemps eu du mal à admettre : j’ai eu tort sur un point important. Notre objectif central était de sauver des vies. Mais les faits sont là : beaucoup trop d’innocents ont été arrêtés et une immense majorité d’entre eux étaient noirs ou latinos. Cela a pu inclure, je suis désolé de le dire, certains d’entre vous qui sont ici aujourd’hui, ou vos enfants, vos petits-enfants, vos voisins, vos proches. Michael Bloomberg
Si votre conversation lors d’une élection présidentielle concerne un gars vêtu d’une robe et s’il peut aller au vestiaire avec leur fille, ce n’est pas une formule gagnante pour la plupart des gens. La plupart des gens se soucient des soins de santé, ils se soucient de l’éducation, de la sécurité et de tout ce genre de choses. Nous nous concentrons sur beaucoup de choses qui ont peu de pertinence pour les gens qui essaient de vivre dans un monde qui change à cause de la technologie et des communications et des choses comme ça, et donc vous pouvez comprendre d’où vient quelqu’un comme le président Trump. Aujourd’hui, pratiquement tous les candidats à la présidence du Parti démocrate ont été si progressistes – je ne sais pas ce que signifie progressiste – mais ils sont dans un endroit où se trouve une partie du public américain et il reste à voir si une majorité de l’électorat l’est. Michael Bloomberg
J’aimerais parler de qui nous combattons. Un milliardaire qui traite les femmes de “grosses vaches” et de “lesbiennes au visage chevalin”. Et non, je ne parle pas de Donald Trump, a repris la sénatrice du Massachusetts. Je parle de Michael Bloomberg. Les démocrates prennent un grand risque si nous remplaçons un milliardaire arrogant par un autre. Elizabeth Warren
Qui peut battre Donald Trump ? Et qui peut faire le travail s’il arrive à la Maison Blanche ? Je dirais que je suis le candidat qui peut faire ces deux choses. Bloomberg
Bloomberg says things that can’t be said in polite company. Maybe voters don’t mind as much as elites do. It’s amusing to learn that Mike Bloomberg, just last year, was filmed speaking with his customary bluntness about transgender individuals: “If your conversation during a presidential election is about some guy wearing a dress and whether he, she, or it can go to the locker room with their daughter, that’s not a winning formula for most people,” he said at a business development forum. You can’t talk that way anymore in the upper levels of the Democratic party, the media, the arts, or even corporate America. If Bloomberg had said this as the CEO of a publicly traded company, instead of as the owner of a private one, intense pressure would have been put on the board to fire him. And this was hardly the first time he said something that was guaranteed to offend. “We put all the cops in minority neighborhoods. Yes, that’s true. Why do we do it? Because that’s where all the crime is,” Bloomberg said in 2015 at the Aspen Institute, adding, “The way you get the guns out of the kids’ hands is to throw them up against the wall and frisk them.” Bloomberg hasn’t had to report to anyone for many years, and being as frank as he likes, no matter how rude he sounds, is part of his brand. “A List of Things Bloomberg Actually Said About Fat People, Rape, George W. Bush, and J.Lo” ran one of the more entertaining headlines of this campaign season. My personal favorite is one of many one-liners contained in the now-infamous booklet, The Portable Bloomberg: The Wit and Wisdom of Michael Bloomberg. It was published as a sort of party favor back in 1990 by his employees, and no one quite seems to be able to tell if it is a spoof or an actual compendium of Bloomberg remarks. If the former, it sounds a lot like the latter to a lot of people. A highlight is Bloomberg’s summing-up of the British royals: “What a bunch of misfits — a gay, an architect, that horsey-faced lesbian, and a kid who gave up Koo Stark for some fat broad.”  (…) Yet Bloomberg’s sharp rise in polling has coincided with a concerted effort by the media to score him for all of these grave offenses against political correctness. We’re about to learn whether anyone outside the elite stratum of the country actually considers these sorts of barbed comments to be disqualifying. True, nobody is allowed to talk like this anymore. But then again, the only other politician who dares to is the current occupant of the White House. Which raises the question: Does a history of extreme political incorrectness actually boost Bloomberg’s chances? (…) American elites hear the way Bloomberg talks and think: Shocking! Disqualifying! Outrageous! Median voters might hear something very different: This guy is a match for Trump! (…) The sort of people who get the vapors at offensive comments are going to vote for the Democrat this fall no matter who it is. Bloomberg’s political incorrectness won’t matter any more than Hillary Clinton’s vote for the Iraq War mattered in 2016. Yet the prospect of riding into battle with someone who is as arrogant, aggressive, politically incorrect, and corrosively funny as Trump has to be a tempting proposition to a lot of Democrats. Even if it’s a fellow New York billionaire. Kyle Smith
The French Revolution hit “peak” coerced egalitarianism with the Jacobin takeover and so-called Reign of Terror. After all, when you begin guillotining fellow travelers on charges they are counterrevolutionaries and begin worshiping a new atheist secular power “Reason,” institutionalized as Robespierre’s “Cult of the Supreme Being,” you have mostly reached the limits of political radicalism and are into the territory of the nihilistic, if not the maniacal and absurd—with a rendezvous with Napoleon on the horizon. From 2009 through 2016, Barack Obama recalibrated the Democratic Party’s liberalism into progressive radicalism. He opened the border and all but dismantled existing immigration law. Sanctuary cities sprang up with impunity. Executive orders bypassed the Congress. The Iran Deal ignored the Senate’s treaty-making responsibilities. Obama sought to nationalize healthcare. The concept of “diversity” replaced affirmative action, by redefining racial oppression as distinct from historical grievance and economic disparity and instead lumping together 30 percent of the population as nonwhite, and thus antithetical to the new buzz construct of “white privilege.” Fast and Furious, the surveillance of the Associated Press reporters, Benghazi, the weaponization of the IRS, and the use of CIA, FBI, and DOJ to seed the spurious Steele dossier were all written off as proof of the “most scandal free” administration in memory. But today Obamaism has been figuratively guillotined by the New Jacobins. It is found guilty of crimes of insufficient revolutionary zeal, as well as compromises with the U.S. Constitution and capitalism. Once considered a crank socialist, Senator Bernie Sanders (I-Vt.) is now leads in many Democratic primary polls. Arriving with him at this moment in our politics is peak progressivism. First-term socialists—House representatives such as Alexandria Ocasio-Cortez (D-N.Y.) and her fellow “squad” members, inspired by Sanders—now set the new Democratic agenda. And it is one that is more radical than anything seen in modern American history and largely unsustainable: calls to level a wealth tax and new top income-tax rates of 70-90 percent, to abolish the Immigration and Customs Enforcement Service, all student debt, an enforceable southern border, the internal combustion engine, and most Second Amendment rights, and to enact multi-trillion dollar new entitlements as outlined in the Green New Deal, Medicare for All, free college, free healthcare for illegal aliens, and reparations. Identity politics so rules the rhetoric of the new progressive party that all of its—exclusively white—primary finalists vie to be most vocal in the ritual damning of their own country (that has ironically ensured their own influence, power, success and wealth) as inherently “racist.” (…) Peak progressivism calls for the abolition of the constitutionally mandated Electoral College. Radicals now fault past failed schemes to pack the federal and Supreme Court with left-wing justices only because they failed, and thus advance ways to make court-packing work in the present. The bolder among them wants to reconfigure the U.S. Senate into a proportionally representational house or abolish it altogether. All that would be left after that would be the formal abolition of the U.S. Constitution itself. Primary candidates compete with one another to water down voting laws, variously demanding that 16-year-olds, felons, and illegal aliens should be given the franchise. Gay marriage, which Obama opposed in 2008 and later promoted after reelection, is now passé. The new civil rights cause celebre is transgenderism, an ancient syndrome known in the past under a variety of clinical definitions that affects less than half of one percent of the population. Who, after these peak progressive ideas, would be left as ineligible to vote—12-year-olds, those on death row, the rest of the earth’s population? All moderate Democratic presidential candidates long ago dropped out. Those who have not, such as Joe Biden and Michael Bloomberg, are in virtual reeducation camps, as they promise to progressive rivals and the media to renounce most of their past positions, effusively apologizing for prior incorrect thinking and failure to become sufficiently “woke.” (…) Peak progressivism eventually either recedes, or, to remain viable, entails violence, as in the Russian, Chinese, or Cuban revolutions. The odd thing is not that Sanders supporter James Hodkinson tried to mow down some of the Republican House leadership, or a recent left-wing activist sought to run over Trump supporters with his van, or that Hollywood stars still compete with each other in imagining the most fitting rhetorical torture or killing of the president of the United States—bombing, incineration, beheading, stabbing, shooting, beating—but that progressive voices rarely complain about such extremist rhetoric or actions. Impeachment 1.0 in January 2017 looks tame in comparison to 2.0 in February 2020, which in turn will seem a sell-out compared to 3.0 in 2021. George McGovern ensured a Nixon landslide, Jimmy Carter hastened the Reagan Revolution—and the eventual return of the old Democrats under Bill Clinton. The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare. Victor Davis Hanson
The Chinese Communist government increasingly poses an existential threat not just to its own 1.4 billion citizens but to the world at large. China is currently in a dangerously chaotic state. And why not, when a premodern authoritarian society leaps wildly into the brave new world of high-tech science in a single generation? The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship. Predictably, the Chinese Communist Party has not developed the social, political, or cultural infrastructure to ensure that its sophisticated industrial and biological research does not go rogue and become destructive to itself and to the billions of people who are on the importing end of Chinese products and protocols. Central Party officials run the government, military, media, and universities collectively in a manner reminiscent of the science-fiction Borg organism of Star Trek, which was a horde of robot-like entities all under the control of a central mind. Thirty years ago, American pundits began gushing over China’s sudden leap from horse-drawn power to solar, wind, and nuclear energy. The Chinese Communist government wowed Westerners. It created from nothing high-speed rail, solar farms, shiny new airports, and gleaming new high-density apartment buildings. Western-trained Chinese scientists soon were conducting sophisticated medical and scientific research. And they often did so rapidly, without the prying regulators, nosy elected officials, and bothersome citizen lawsuits that often burden American and European scientists. To make China instantly rich and modern, the Communist hierarchy — the same government that once caused the deaths of some 60 million innocents under Mao Zedong — ignored property rights. It crushed individual freedom. It embraced secrecy and bulldozed over any who stood in its way. In much the same manner that silly American pundits once praised Benito Mussolini’s fascist efforts to modernize Depression-era Italy, many naifs in the West praised China only because they wished that their own countries could recalibrate so quickly and efficiently — especially in service to green agendas. But the world is learning that China does not just move mountains for new dams or bulldoze ancient neighborhoods that stand in the path of high-speed rail. It also hid the outbreak and the mysterious origins of the deadly coronavirus from its own people and the rest of the planet as well — a more dangerous replay of its earlier effort to mask the spread of the SARS virus. The result was that thousands of unknowing carriers spread the viral plague while the government covered up its epidemic proportions. China, of course, does not wish to have either its products or citizens quarantined from other countries. But the Chinese government will not allow foreign scientists to enter its country to collaborate on containing the coronavirus and developing a vaccine. No wonder Internet conspiracies speculate that the virus was either a rogue product of the Chinese military’s bioengineering weapons lab or originated from bats, snakes, or pangolins and the open-air markets where they are sold as food. It is hard to believe that in 2020, the world’s largest and second-wealthiest country, which boasts of high-tech consumer products and gleaming cities, has imprisoned in “re-education camps” more than 1 million Uighur Muslims in the manner that Hitler, Stalin, and Mao once relocated “undesirable” populations. China seems confident that it will soon rule the world, given its huge population, massive trade surpluses, vast cash reserves, and industries that produce so many of the world’s electronic devices, pharmaceuticals, and consumer goods. For a year, the Chinese government has battled massive street demonstrations for democracy in Hong Kong. Beijing cynically assumes that Western nations don’t care. They are expected to drop their characteristic human-rights advocacy because of how profitable their investments inside China have proven. Beijing was right. Few Western companies complain that Chinese society is surveilled, regulated, and controlled in a nightmarish fashion that George Orwell once predicted in his dystopian novel, 1984. All of these recent scandals should remind the world that China got rich by warping trade and stealing technology in much the same way that it deals with epidemics and dissidents. That is, by simply ignoring legitimate criticism and crushing anyone in its way. If the Chinese Communist Borg is willing to put millions of its own citizens at risk of infection and death, why would it care about foreigners’ complaints that China is getting rich and powerful by breaking international trade rules? The truth about President Trump’s decision to call China to account over its systematic abuse of international trade norms is not that Trump’s policy is reckless or ill-considered. It’s that at this late date, the reckoning might prove too little, too late. Victor Davis Hanson
Une enquête de Bloomberg révèle qu’Amazon emploie des milliers de salariés dans le monde pour écouter les conversations des utilisateurs avec Alexa, l’assistant vocal qui alimente les enceintes Echo du géant et plus de 100 millions d’objets connectés dans le monde. Ces employés travaillent neuf heures par jour dans des bureaux à Boston, au Costa Rica, en Inde ou encore en Roumanie. Il analyse jusqu’à 1000 clips audio par jour pour transcrire et annoter leur contenu. Le but est d’améliorer l’outil de reconnaissance vocale en éliminant les lacunes dans la compréhension de la parole humaine par Alexa et en l’aidant à mieux répondre aux demandes des utilisateurs. Un employé explique ainsi à Bloomberg avoir aidé Alexa à mieux comprendre le nom «Taylor Swift» en lui indiquant que l’utilisateur parlait d’une artiste musicale. Parmi le type de clips auxquels les salariés accèdent, des requêtes mais aussi des sons enregistrés comme une femme qui chante mal sous la douche. Problème: ces fichiers peuvent être partagés sur une messagerie interne pour aider un collègue à mieux interpréter une phrase ou pour se moquer d’un enregistrement amusant. D’autres extraits sont parfois plus problématiques. Deux personnes qui travaillaient pour Amazon ont ainsi raconté avoir entendu ce qui ressemblait à une agression sexuelle. Après l’avoir mentionné à leur hiérarchie, ils ont été informés qu’Amazon ne souhaitait pas réagir à la situation.  (…) Amazon mentionne dans ses conditions d’utilisation que les conversations des utilisateurs avec Alexa sont enregistrées pour améliorer son assistant virtuel. Cependant, le géant n’y précise explicitement pas que ces conversations peuvent être écoutées par des humains. Et si l’utilisateur peut limiter via les paramètres de confidentialité d’Alexa l’utilisation qui est faite de ces enregistrements, il ne peut jamais empêcher cette transmission. (…) Amazon n’est pas la seule entreprise à faire écouter une partie de ces conversations à des humains pour améliorer son outil de reconnaissance vocale. C’est aussi le cas chez Google et Apple avec leurs propres assistants vocaux Google Assistant et Siri. Pour Siri d’Apple, les enregistrements passés en revue ne contiennent pas d’informations personnelles. Durant les six mois où ils sont stockés, ils sont liés à un identifiant aléatoire selon un livre blanc sur la sécurité d’Apple. Après ces six mois, les données sont dépourvues de leur identifiant aléatoire, mais elles peuvent être stockées plus longtemps pour améliorer la reconnaissance vocale de Siri. Chez Google, certains réviseurs peuvent accéder à des extraits audio de Google Assistant, mais ces derniers ne sont associés à aucune information personnelle et le son est déformé, selon l’entreprise. Dans la nuit du 2 au 3 août, Amazon a mis à jour son application Alexa pour expliquer plus clairement la manière dont les enregistrements sont utilisés. Ainsi, on peut dorénavant lire que «les fichiers audios peuvent être […] manuellement révisés pour aider à améliorer les services [d’Amazon]». Alors qu’avant, la firme indiquait seulement que les enregistrements pouvaient «être utilisés pour développer de nouvelles fonctionnalités». Via l’application, il est aussi possible de désactiver l’envoi et l’écoute des fichiers audios avec Alexa. L’annonce d’Amazon fait suite à la procédure administrative ouverte par l’autorité de protection des données de Hambourg à l’encontre de Google. Depuis le 1er août et pendant trois mois, la firme n’est plus autorisée à laisser ses employés ou sous-traitants écouter les conversations enregistrées par son assistant intelligent. L’interdiction s’étend à toute l’Union Européenne. Apple a également emboîté le pas à Google et Amazon. La firme a annoncé au média TechCrunch qu’elle suspendait la manière dont les enregistrements sont utilisés pour améliorer son assistant vocal, «le temps de le réexaminer en profondeur». Cette décision s’applique au monde entier. Figaro
Au moment où j’écris, des êtres humains hautement civilisés veulent au-dessus de moi et essaient de me tuer. George Orwell
En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le “désenchantement” était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennement éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous le houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : “Russie”. […] Dans ces conditions, le “communisme de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés. » George Orwell
L’auteur de 1984, l’un des romans politiques les plus sombres du XXème siècle, était un grand optimiste, amoureux de son pays, à l’aise dans son époque, même si, dans ses fantasmes, il aurait préféré vivre au XVIIIème siècle en « joyeux pasteur ». Il conçut son existence comme une œuvre, et son œuvre, d’abord comme la quête d’une écriture (…) Son inclinaison profonde en tant que personnage public ne fut pas la politique mais la morale. Lorsqu’on étudie l’un des aspects de sa pensée, il faut constamment avoir à l’esprit ces paramètres. Nous sommes en présence d’un homme heureux, d’un écrivain poursuivant, à sa manière, un objectif de modernité, d’un citoyen qui attribuait au peuple anglais des vertus cardinales : gentillesse, loyauté, amour de la tradition, decency (décence, politesse, bonne mœurs), et ce don, pour lui apanage de ses compatriotes, de ne pas se laisser impressionner par les grands hommes, comme Napoléon, Churchill ou Staline. Raymond Williams a dit d’Orwell qu’il était un auteur bien anglais, éminemment insulaire et cocardier (Orwell, Londres, 1971). On verra que son attitude vis-à-vis de sa patrie a évolué au gré des circonstances personnelles et historiques. Ce qui ne changera jamais, c’est la prééminence du ressenti, de l’esthétique et de la morale, alliée à une conscience aiguë de la rhétorique, elle-même vécue comme une modalité politique du discours et de l’écriture. Ainsi, à l’automne 1940, au début de la guerre, les alliances se nouent et se dénouent. Orwell se demande si le conflit sera purement impérialiste et s’il faudra faire front commun avec la bourgeoisie. Tout en se posant ces questions d’importance, il ne peut s’empêcher d’écouter ses voix et de moraliser : « La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. » L’enfance d’Orwell fut marquée, pour ce qui nous concerne ici, par la catastrophe du Titanic. Dans un texte de résistance consensuel, très “ union nationale ” de 1940 (“My Country Right and Left ”, “ Mon pays, “ de droite et de gauche ” ou “ qu’il ait raison ou tort ”), Orwell évoque ce traumatisme. Il laisse entendre que l’attachement à une nation découle plus d’un ressenti charnel à des événements isolés mais marquants qu’à de grandes causes ou à une Histoire qui se fait mais qui n’est pas toujours lisible. En primaire, Orwell eut beau détester la discipline sadique des écoles primaires privées, les preparatory schools, il n’en admit pas moins, par la suite, que les grandes victoires anglaises (au diable les régiments écossais ou gallois !) furent préparées sur les terrains de cricket des écoles privées, la guerre n’étant qu’une forme suprême du sport où il est impossible de tricher (Orwell fut cependant l’un des premiers à dénoncer la concomitance entre sport et nationalisme dans un article visionnaire de 1945, “ The Sporting Spirit ”). Á Eton, il reçut sa part d’enseignement, de culture militariste. Il sut prendre du recul par rapport à cette vision du monde, ce qui ne l’empêcha pas de s’enrôler au sortir de l’enseignement secondaire, alors que rien ni personne ne l’y contraignait, dans la police impériale en Birmanie. Or c’est bel et bien durant sa plus tendre enfance que le futur écrivain avait été imprégné d’idéologie belliciste, d’une philosophie portant au plus haut niveau les valeurs de défense sacrée de la patrie, avec comme corollaire une dépréciation de l’ennemi. Orwell va se forger une conscience politique dans les années trente, non sans hésitations et revirements. Contre sa classe d’origine, la bourgeoisie impérialiste, et contre lui-même, en tirant parti de la névrose de culpabilité qui le taraude depuis l’enfance. Pour ce faire, il lui faudra passer par la France et l’immersion dans des franges défavorisées de la classe ouvrière, le Kent des travailleurs agricoles exploités et le Londres des clochards (voir son premier ouvrage, une biofiction : Down and Out in Paris and London, 1933. En français, Dans la dèche à Paris et à Londres). C’est qu’Orwell est de ces écrivains qui sont allés au-delà de leur monde et qui, de retour, ont adopté le regard du Persan : « Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. » Toute la complexité du patriotisme d’Orwell tient dans ces phrases. Il est capable d’observer son univers familier de l’extérieur, mais il est aussi terriblement anglo-centré. Cela dit, par delà des évidences assénées de manière aussi désarmante, il faut retenir qu’avant de s’émerveiller devant les « visages doux et noueux » de ses compatriotes, leurs « mauvaises dents » et leurs « bonnes manières », le « clic-clac des sabots dans les villes du Lancashire », Orwell avait su observer l’Angleterre à partir de la connaissance qu’il avait de son empire : c’est parce qu’il avait vécu au contact des masses exploitées d’Extrême-Orient qu’il pourrait sympathiser avec le lumpen-proletariat anglais puis avec la classe ouvrière proprement dite, « les victimes symboliques de l’injustice qui jouaient le même rôle en Angleterre que les Birmans en Birmanie » (1936). Après la découverte de la condition prolétarienne dans son pays, Orwell part se battre en Espagne, tout simplement parce qu’il faut se dresser contre le fascisme pour laisser une chance au socialisme. (…) Traumatisé par la défaite des Républicains, par la trahison des staliniens, Orwell va alors traverser une phase de doutes personnels durant laquelle les sentiments pacifistes et internationalistes vont prendre le dessus. D’avoir versé son sang, d’avoir été ainsi “ baptisé ”, autorise un Orwell dégoûté par la guerre à envisager, de 1937 à 1939, un certain cynisme dans la démission face à la menace hitlérienne.  (…) Ainsi, après les années 1936-37 où, choqué par la brutalité de la classe dirigeante, par l’irréalisme des élites de la gauche libérale, il a adopté des comportements extrêmes (vivre dans la crasse chez des logeurs exploiteurs du Lancashire, descendre au fond de la mine, partager le lot des combattants de base en Catalogne), il pressent, vers 1938-1939, que le conflit qui s’annonce sera terrible et il recherche des valeurs modérées. Dans les très nombreuses pages qu’il consacre à l’Angleterre et à son peuple, il offre des images et des concepts de paix (dans son roman de 1938 Coming Up for Air – en français Un peu d’air frais, il fait dire à son narrateur : «Pêcher, c’est le contraire de faire la guerre »), de raison, de stabilité, de juste milieu. Mais pas de médiocrité. Orwell n’aimait pas les comportements petits. Il raille Napoléon se rendant aux Anglais par peur des Prussiens, Ludendorff se cachant derrière des lunettes de soleil ou encore cet empereur romain qui s’était barricadé dans des toilettes (Orwell mourut des années avant que le roi du Maroc Hassan II fasse de même). L’idéal d’Orwell à l’époque, c’est un Sancho Pança qui n’aurait pas peur des bombes mais qui ne se planterait pas poitrail nu face à la mitraille : « Une part de nous veut être un héro ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. » Aux sentiments anti-guerre qui transparaissaient çà et là dans le discours de Homage to Catalonia succède un comportement franchement pacifiste, en particulier durant l’hiver 1938-39, époque où, souffrant gravement des poumons, il réside pour quelques mois à Marrakech. Il pose qu’être pacifiste ce n’est pas forcément vouloir bloquer les réformes sociales. Il s’est forgé un socialisme dont le marxisme n’est pas totalement exclu (dans The Road to Wigan Pier, en particulier. En français, Le Quai de Wigan). Mais progressivement, et cela le mènera jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, il rejette ce qui, au niveau socio-politique, n’est pas, à ses yeux, anglais : le stalinisme, l’internationalisme prolétarien, le fascisme évidemment, mais aussi l’Église Catholique Romaine et tout ce qui s’apparente aux intellectuels de gauche européens. Il moque avec férocité l’îlot de pensée dissidente de ceux qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou. »  Face aux dangers – Hitler, la guerre, le capitalisme sauvage, l’industrialisation débridée – Orwell va donc partir dans une quête de l’anglicisé  Sa patrie ne trouvera le salut que dans la réaffirmation de ses valeurs fondamentales. Une transformation de la société anglaise – qu’il appelle de ses vœux – ne se fera que dans le respect des traditions. De 1937 à 1940, le projet d’Orwell est d’établir une continuité entre l’Angleterre du présent et celle du passé. Bernard Gensane
L’essence, la force du patriotisme d’Orwell lui permirent durant deux décennies de tous les dangers de retrouver des valeurs stables, une morale en politique, et d’alimenter son instinct de conservation à la source de son amour pour son pays. Ce patriotisme n’était pas aveugle. L’honnêteté intellectuelle d’Orwell (certes relative), son pessimisme lucide, son humour froid au second degré le faisaient souvent passer pour un prophète de malheur. Ce n’est pas parce qu’il était fondamentalement patriote qu’il aimait et défendait l’Angleterre, mais c’est parce que l’amour de son pays était quintessencié qu’il était patriote. Parce qu’il souhaitait, vers 1940, un consensus politique national et que ce que l’Europe proposait (des régimes forts ou des démocraties en déliquescence) ne lui convenait pas, il soutiendrait son pays de droite comme de gauche (« My country Right and Left »), l’Angleterre de Chamberlain pouvant évoluer à court terme vers un changement radical de société. Orwell établissait par ailleurs une nette distinction entre patriotisme et nationalisme. Être patriote revenait à aimer un endroit, un mode de vie que l’on considérait comme les meilleurs au monde, mais sans pour autant vouloir les imposer aux autres. Pour Orwell, le patriotisme était par nature défensif, militairement et culturellement parlant. Il impliquait par ailleurs une adhésion volontaire à un espace, à une communauté et à des valeurs. Inversement, il concevait le nationalisme comme l’idéologie belliqueuse d’individus en quête de prestige, non pour eux-mêmes mais pour des ensembles dans lesquels ils choisissent d’enfouir leur propre personnalité. Un communiste ne pouvait donc pas, selon lui, être patriote, mais seulement nationaliste, puisqu’il était capable, en l’espace de quelques jours, de transférer ses allégeances selon les nécessités de l’actualité, son rapport à sa terre, à sa patrie étant extrêmement ténu. Il avait établi une typologie de différentes formes de nationalismes : la forme “ positive ”, incarnée par le nationalisme celtique, le sionisme, et ceux qui n’admettaient pas le recul de l’influence anglaise dans le monde ; un nationalisme de “ transfert ” (il faisait se côtoyer le communisme, le pacifisme, le catholicisme militant, la conscience de classe)  (…) La pensée d’Orwell, dans la dernière partie de sa vie, préfigure l’idéologie travailliste des années cinquante, celle qui a rompu, dans les faits, avec le marxisme. Pour Orwell qui, de 1945 à sa mort en 1950, est un sympathisant du Labour, le socialisme se résume à davantage d’égalité et le remplacement des élites obsolètes par ce qu’on n’appelle pas encore la méritocratie. (…) De plus sa pensée, surtout quand elle est novatrice, est constamment bridée par des interférences personnelles. Qu’il écrive des pages anti-impérialistes, socialistes, révolutionnaires ou réformistes, l’image de l’homme vaincu, isolé pour qui un changement profond de société impulsé par le “ peuple ” est une chimère, domine. On peut supposer que le pessimisme d’Orwell a été alimenté par l’échec de soulèvements populaires, comme ceux de Kronstadt ou de Varsovie, sans parler de la prise de Barcelone par les Franquistes. Les patriotes sont ceux qui, pour nous résumer, sont prêts à prendre les armes pour mener une guerre populaire. Les ennemis de la patrie sont les pro-fascistes. L’idée d’une victoire d’Hitler plait aux très riches, aux communistes, aux Chemises noires d’Oswald Mosley (parti fasciste qui, étrangement, fut le premier parti anglais à adopter un programme économique keynésien !), aux pacifistes et à certaines factions catholiques. Et puis, si les choses tournaient mal sur le front intérieur, la totalité des plus pauvres des ouvriers pourrait adopter une position défaitiste mais pas pro-hitlérienne dans les faits. Il restait donc les trois-quarts de la classe ouvrière et la petite bourgeoisie moins les intellectuels de gauche car ces derniers s’étaient, rappelons-le, déconsidérés depuis une dizaine d’années au moins. Le combat étant national et même nationaliste, il faudrait se méfier de cette « intelligentsia européanisée ». De 1945 à 1950, le mot “ patriotisme ” n’apparaît jamais plus sous la plume d’Orwell. Visionnaire comme Churchill – dont il partage certaines conceptions en matière de géopolitique, Orwell a compris que la division du monde est un état de fait durable. Contre ceux qui envisagent une fusion pure et simple des États-Unis et de la Grande Bretagne, contre une petite minorité d’Anglais qui rêve d’une intégration au système soviétique, il envisage des « États-Unis socialistes d’Europe». L’essayiste qui, en 1947, publie dans la revue d’extrême-gauche étasunienne Partisan Review l’article “ Toward European Unity ” rédige les premières moutures d’un univers fictionnel d’où sont absentes les valeurs de la civilisation occidentale, le patriotisme y compris. Bernard Gensane
Qu’est-ce qu’Orwell-Bouwling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire. L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture : « Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes.» Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et des sentiments humains». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola, qui écrivait en avril 1923 : « Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens.» L’usage orwellien du terme « totalitaire », poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires” mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne». La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou, plus exactement, sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai », et je ne peux plus l’utiliser. Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même : « Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi ? » De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du Parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même. « Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord).» Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.» Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire. À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences. Dans sa recension, en 1936, de Printemps noir d’Henry Miller, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man). Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme “ordinaires” (“common”). Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la Révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romains, par exemple». Cet éloge de la common decency, de l’honnêteté commune, appelle quelques remarques. Bien qu’Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain et Orwell l’associe au christianisme et à la Révolution française. Mais si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines. La common decency a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences. On peut aller plus loin : c’est cette honnêteté commune qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergera une humanité nouvelle et par conséquent une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre. « Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques. » En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » « la doctrine qui veut que la force prime le droit », et il voit dans « la montée du “réalisme” […] le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque ». (…) On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc. Si dans Le Lion et la licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé »jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.» En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale mais comme un Anglais socialiste, solidaire des Espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne. Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa « Lettre de Londres » à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people) à comprendre ce qu’on attendrait d’eux. Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable.» Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagné au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger. Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances George Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole. On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate. Jean-Jacques Rosat

C’est la décence commune, imbécile !

En ces temps de politiquement correct et de novlangue généralisés …

Comme de mensonge entériné par la loi même, entre « mariage pour tous », « enfants pour tous » et sportives transgenres qui gagnent toutes les courses, sur l’origine de la vie ….

Où les débats politiques se transforment en procès staliniens …

Sommant leurs victimes publiquement de faire leur propre autocritique …

Et où face à un camp démocrate

Complètement déconnecté de la réalité …

L’ancien maire de New York et multimilliardaire Michael Bloomberg …

Se voit contraint de renier son franc-parler proprement trumpien …

Jusqu’à s’excuser d’avoir réduit de moitié le nombre de meurtres de sa ville …

Et où avec la technologie occidentale et les conséquences internationales que l’on sait, la Chine ressemble de plus en plus à 1984

Alors que par la voie plus « douce » de la servitude volontaire, l’Occident que nous sommes se livre de plus en plus allègrement au Big brother des GAFAM …

Pendant qu’en Europe, les mêmes dirigeants qui ont imposé à leur population des millions de clandestins musulmans …

Dont nombre d’auteurs d’actes dits « de déséquilibrés » …

N’hésitent pas à dénoncer comme « poison raciste »

Les réactions de rejet qu’ils ont eux-mêmes provoquées …

Comment ne pas repenser …

Contre la réduction au populisme et au fascisme …

De toute parole libre ou d’amour de son pays …

Aux avertissements désormais prophétiques d’un George Orwell …

Dont on fêtait le 70e anniversaire de la mort il y a tout juste un mois…

Contre cette singulière propension, béatification de Gandhi comprise, à l’aveuglement de nos intellectuels …

Qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou » …

Et ne pas se remémorer sa dévotion à la vérité et à sa défense de « l’homme ordinaire » …

Autrement dit à sa fameuse « décence commune » …

Sans laquelle « le reste ne peut suivre » ?

 

Quand les intellectuels s’emparent du fouet

Orwell & la défense de l’homme ordinaire

Jean-Jacques Rosat

p. 89-109

revue Agone

Numéro 34 | 2005

Notes de la rédaction

Ce texte a pour origine une communication présentée au colloque « Le politique et l’ordinaire » organisé à l’université de Picardie (Amiens) les 5 et 6 avril 2004 par Sandra Laugier, Laurent Bove et Claude Gauthier.

La collection « Banc d’essais », que dirige Jean-Jacques Rosat aux éditions Agone, fera paraître en 2006 un essai de John Newsinger, traduit de l’anglais par Bernard Gensane et consacré à La Politique selon Orwell ; également en projet dans cette collection, préfacé et traduit par Jean-Jacques Rosat, un essai de James Conant, Orwell ou le Pouvoir de la vérité.

La question décisive en politique n’est pas de savoir si l’on dispose de la théorie vraie : comme toutes les théories, les théories politiques sont faillibles et partielles ; et, parce qu’elles sont politiques, elles peuvent facilement devenir des instruments de pouvoir et de domination. La question politique décisive est de savoir comment, dans le monde moderne, chacun, même s’il est un intellectuel, peut rester un homme ordinaire, comment il peut conserver sa capacité de se fier à son expérience et à son jugement, comment il peut préserver son sens du réel et son sens moral.

Cette idée est clairement formulée dans une page célèbre de 1984 : « Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : “La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit.”1 »

Il y a donc un monde ordinaire. Les pierres y sont dures, et deux plus deux y font quatre.

Cette caractérisation du monde ordinaire à partir des jugements de perception et des jugements arithmétiques remonte, dans la pensée d’Orwell, à l’année 1936 au moins, soit treize ans avant la publication de 1984. Dans une lettre à l’écrivain américain Henry Miller, l’auteur de Tropique du Cancer, il déclare : « J’ai en moi une sorte d’attitude terre à terre solidement ancrée qui fait que je me sens mal à l’aise dès que je quitte ce monde ordinaire où l’herbe est verte, la pierre dure, etc.2 » Et dans une recension strictement contemporaine de Printemps noir, un roman du même Miller, Orwell explique que « le mot écrit perd son pouvoir s’il s’éloigne trop ou, plus exactement, s’il demeure trop longtemps éloigné du monde ordinaire où deux et deux font quatre3 ». Comme le fait observer le philosophe américain James Conant, les jugements de perception et les jugements arithmétiques élémentaires ont un point commun : « Une fois qu’un membre de notre communauté linguistique est devenu compétent dans l’application des concepts appropriés (perceptuels ou arithmétiques), ce sont deux types de jugements dont il peut facilement établir, individuellement et par lui-même, la vérité ou la fausseté. Une fois qu’il a acquis les concepts appropriés et qu’il les a complètement maîtrisés, ce sont des domaines où il est capable de prononcer un verdict sans s’occuper de ce que devient, au sein de sa communauté, le consensus les concernant. […] Quand le verdict concerne, par exemple, quelque chose que vous êtes le seul à avoir vu, vous avez d’excellentes raisons a priori de vous fier davantage à votre propre vision de l’événement qu’à une version contradictoire, parue, disons, dans le journal.4 »

L’existence du monde ordinaire repose donc sur la capacité de chacun de nous à établir la vérité d’un certain nombre d’affirmations par lui-même, indépendamment de ce que peuvent affirmer les autres et, plus encore, indépendamment de tout pouvoir. Cette capacité est la caractéristique première de l’homme ordinaire. En se cramponnant à ces affirmations, Winston, le personnage central de 1984, lutte pour rester un homme ordinaire, pour penser et agir en sorte que le monde ordinaire continue d’exister.

Car le monde ordinaire peut disparaître.

C’est la découverte terrifiante qu’a faite Orwell en 1937 – un choc qui va déterminer pour le reste de sa vie aussi bien son activité politique que son travail d’écrivain. De retour d’Espagne après avoir combattu le fascisme dans la milice du POUM et après avoir dû s’enfuir pour échapper d’extrême justesse à son arrestation par les communistes, il est abasourdi par la manière dont la presse de gauche anglaise rend compte des événements espagnols et par le degré auquel les intellectuels de gauche ne veulent rien savoir de la liquidation systématique des anarchistes et des militants du POUM par les staliniens. Voici comment, dans ses « Réflexions sur la guerre d’Espagne », écrites cinq ans plus tard, en 1942, à Londres et sous les bombes allemandes, il évoque sa prise de conscience de ce qui est pour lui le trait essentiel, totalement neuf et totalement terrifiant, du totalitarisme : « Tôt dans ma vie, je m’étais aperçu qu’un journal ne rapporte jamais correctement aucun événement, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu rapporter dans les journaux des choses qui n’avaient plus rien à voir avec les faits, pas même le genre de relation que suppose un mensonge ordinaire. J’ai vu rapporter de grandes batailles là où aucun combat n’avait eu lieu et un complet silence là où des centaines d’hommes avaient été tués. […] J’ai vu les journaux de Londres débiter ces mensonges et des intellectuels zélés bâtir des constructions émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. J’ai vu, en fait, l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé, mais en fonction de ce qui aurait dû se passer selon les diverses “lignes de parti”. […] Ce genre de chose m’effraie, car il me donne souvent le sentiment que le concept même de vérité objective est en voie de disparaître du monde. […] Je suis prêt à croire que l’histoire est la plupart du temps inexacte et déformée, mais, ce qui est propre à notre époque, c’est l’abandon de l’idée que l’histoire pourrait être écrite de façon véridique. Dans le passé, les gens mentaient délibérément, coloraient inconsciemment ce qu’ils écrivaient, ou cherchaient la vérité à grand-peine, tout en sachant bien qu’ils commettraient inévitablement un certain nombre d’erreurs. Mais, dans tous les cas, ils croyaient que les “faits” existent, et qu’on peut plus ou moins les découvrir. Et, dans la pratique, il y avait toujours tout un ensemble de faits sur lesquels à peu près tout le monde pouvait s’accorder. Si vous regardez l’histoire de la dernière guerre [la Première Guerre mondiale], dans l’Encyclopedia Britannica par exemple, vous vous apercevrez qu’une bonne partie des données sont empruntées à des sources allemandes. Un historien allemand et un historien anglais seront en profond désaccord sur bien des points, et même sur des points fondamentaux, mais il y aura toujours cet ensemble de faits neutres, pourrait-on dire, à propos desquels aucun des deux ne contestera sérieusement ce que dit l’autre. C’est précisément cette base d’accord […] que détruit le totalitarisme. […] L’objectif qu’implique cette ligne de pensée est un monde de cauchemar où le Chef, ou une clique dirigeante, ne contrôle pas seulement l’avenir, mais aussi le passé. Si le Chef dit de tel ou tel événement “cela n’a jamais eu lieu” – eh bien, cela n’a jamais eu lieu. S’il dit que deux et deux font cinq – eh bien, deux et deux font cinq. Cette perspective me terrifie beaucoup plus que les bombes – et après ce que ce que nous avons vécu ces dernières années, ce ne sont pas là des propos en l’air.5 »

I —

Qui donc est l’homme ordinaire, ce « dernier homme en Europe » (c’était le titre initial de 1984) dont dépend rien de moins que l’avenir de la liberté et de la civilisation ?

L’homme ordinaire n’est ni le militant ni le citoyen. L’horizon de ses jugements n’est ni l’histoire de l’humanité ni la nation, mais le monde concret et particulier de son expérience, celui sur lequel il a prise et où ses actes ont un sens pour lui. Dans son essai intitulé Dans le ventre de la baleine, Orwell crédite Henry Miller d’avoir donné dans un roman comme Tropique du Cancer une image plus juste de l’homme ordinaire que bien des romanciers engagés : « Parce qu’il est passif par rapport à l’expérience, Miller peut s’approcher davantage de l’homme ordinaire que des auteurs plus soucieux d’engagement. L’homme ordinaire est passif. À l’intérieur d’un cercle étroit (sa vie familiale, et peut-être le syndicat ou la politique locale), il se sent maître de son destin ; mais face aux grands événements majeurs, il est tout aussi démuni que face aux éléments. Bien loin de tenter d’agir sur l’avenir, il file doux et attend que les choses se passent.6 » On le rencontre par exemple dans « les livres écrits sur la Grande Guerre [qui] sont l’œuvre de simples soldats ou d’officiers subalternes, qui ne prétendaient même pas comprendre de quoi il retournait – des livres comme À l’ouest rien de nouveau, Le Feu [ou] L’Adieu aux armes […], écrits non par des propagandistes, mais par des victimes7 ».

L’homme ordinaire, ajoute Orwell, est « apolitique et amoral », non pas au sens où il ignorerait tout code moral et ne voterait jamais aux élections, mais au sens où ni les doctrines morales ni les idéologies politiques ne sont les véritables ressorts de sa conduite. Cette passivité rend l’homme ordinaire plus sensible et plus réceptif aux événements qui bouleversent notre monde et à leur véritable signification que celui qui les appréhende essentiellement à travers les doctrines et les mots.

Dans Un peu d’air frais – le roman qu’Orwell écrit dans l’ambiance de l’avant-Deuxième Guerre mondiale –, le héros et narrateur, George Bowling, ancien combattant de 1914-1918 et vendeur d’assurances dans le civil, est le prototype de l’homme ordinaire. Mieux qu’un intellectuel ou un militant, il voit littéralement non seulement la nouvelle guerre qui vient mais surtout l’après-guerre : « Je ne suis pas un imbécile, mais je ne suis pas non plus un intellectuel (a highbrow). En temps normal, mon horizon ne dépasse pas celui du type moyen de mon âge, qui gagne sept livres par semaines et qui a deux gosses à élever. Et pourtant, j’ai assez de bon sens pour voir que l’ancienne vie à laquelle nous sommes accoutumés est en voie d’être détruite jusque dans ses racines. Je sens que ça vient. Je vois la guerre qui approche et l’après-guerre, les queues devant les magasins d’alimentation, la police secrète et les hauts-parleurs qui vous disent ce qu’il faut penser. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Il y en a des millions comme moi. Les types ordinaires (ordinary chaps) que je croise partout, les types que je rencontre dans les pubs, les conducteurs d’autobus, les représentants en quincaillerie – tous se rendent compte que le monde va mal.8 »

Bowling pense que l’instauration d’un régime fasciste en Angleterre ne changerait pas grand-chose à sa vie quotidienne, puisqu’il n’est pas politiquement engagé. Et pourtant, cette perspective lui est insupportable. « Qu’adviendra-t-il de gens comme moi si nous devons avoir le fascisme en Angleterre ? La vérité est que ça ne fera probablement pas la moindre différence. […] Le type ordinaire comme moi, celui qui passe inaperçu, suivra son train-train habituel. Et pourtant, ça me terrifie – je vous dis que ça me terrifie.9 » En janvier 1940, pendant la « drôle de guerre », Orwell écrit à son éditeur, Victor Gollancz : « Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si dans des pays comme l’Angleterre les gens ordinaires (the ordinary people) font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité les gens ordinaires (the common people) s’avèrent être plus intelligents que les gens intelligents (more intelligent than the clever ones).10 »

En somme, George Orwell a plutôt confiance dans les réactions de George Bowling.

Un des épisodes les plus remarquables d’Un peu d’air frais est celui où Bowling se rend à une réunion du Club du Livre de Gauche. Ce Club a réellement existé : créé en mai 1936 par l’éditeur Victor Gollancz, c’était un club de diffusion de livres militants (le premier titre proposé à ses membres fut un livre de Maurice Thorez, La France d’aujourd’hui et le Front populaire) et, en même temps, un réseau de cercles qui organisaient des conférences et qui compta jusqu’à 1 200 groupes et 57 000 membres à travers toute l’Angleterre. C’est d’ailleurs par le Club du Livre de Gauche que fut publié et diffusé en 1937 le premier livre d’Orwell à connaître le succès, Le Quai de Wigan (44 000 exemplaires), un reportage sur la vie des ouvriers dans le nord de l’Angleterre11. Cela n’empêcha pas Orwell de combattre vigoureusement la ligne « Front populaire » défendue à cette époque par Gollancz et par le Club du Livre de Gauche. Orwell y voyait une stratégie visant à placer le mouvement ouvrier européen sous la coupe des partis communistes, donc à le subordonner aux exigences de la politique extérieure de l’Union soviétique, et, par conséquent, à stériliser toutes ses potentialités révolutionnaires.

Bowling, l’homme ordinaire, assiste donc à une conférence de dénonciation du fascisme et de Hitler prononcée par un propagandiste et activiste officiel du Front populaire, « un type venu de Londres ». Mais il n’y entend que des mots vides et de la haine. L’orateur lui-même est creux, hormis sa haine. « Vous connaissez le refrain. Ces types-là peuvent vous le moudre pendant des heures, comme un gramophone. Tournez la manivelle, pressez le bouton, et ça y est. Démocratie, fascisme, démocratie. Je trouvais quand même un certain intérêt à l’observer. Un petit homme assez minable, chauve et blanc comme un linge, debout sur l’estrade, à lâcher des slogans. Qu’est-ce qu’il fait là ? Ouvertement, de façon délibérée, il attise la haine. Il se démène pour vous faire haïr certains étrangers qu’il appelle fascistes. Drôle de chose, je me disais, être “M. Untel, l’antifasciste bien connu”. Drôle d’affaire, l’antifascisme. Ce type, je suppose qu’il gagne sa croûte en écrivant des livres contre Hitler. Qu’est-ce qu’il faisait avant Hitler ? Et qu’est-ce qu’il fera si Hitler disparaît ? […] Il essaie d’attiser la haine chez ceux qui l’écoutent, mais ce n’est rien à côté de la haine qu’il éprouve personnellement. […] Si vous le fendiez en deux pour l’ouvrir, tout ce que vous y trouveriez ce serait démocratie-fascisme-démocratie. Ce serait intéressant de connaître la vie privée d’un type pareil. Mais a-t-il seulement une vie privée ? Ou se répand-il d’estrade en estrade, en attisant la haine ? Peut-être même rêve-t-il en slogans ? […] Je vis la vision qui était la sienne. […] Ce qu’il voit […], c’est une image de lui-même frappant des visages avec une clé anglaise, des visages fascistes, bien entendu. […] Frappe ! Au beau milieu ! Les os se brisent comme une coquille d’œuf, et le visage de tout à l’heure n’est plus qu’un gros pâté de confiture de fraise. […] C’est ce qu’il a en tête, qu’il dorme ou qu’il veille, et plus il y pense, plus il aime ça. Et tout est très bien du moment que les visages écrabouillés sont des visages fascistes. C’est ce que vous pouviez entendre au son même de sa voix.12 »

On ne saurait soupçonner Orwell de faiblesse à l’égard du fascisme : dès décembre 1936, il partit le combattre en Espagne les armes à la main, et la balle qui, en mai 1937, lui traversa la gorge et faillit lui coûter la vie venait d’une tranchée fasciste. Orwell-Bowling déteste donc le fascisme au moins autant que le propagandiste à la tribune. Mais il ne le déteste pas de la même manière. Et la manière ici est essentielle. Il le déteste comme un homme ordinaire, pas comme un intellectuel activiste. Qu’est-ce qu’Orwell-Bouwling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire.

II —

L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture : « Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes.13 »

Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et des sentiments humains14 ». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola, qui écrivait en avril 1923 : « Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens.15 » L’usage orwellien du terme « totalitaire », poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires” mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne16 ».

Quelles idées ?

La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou, plus exactement, sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai », et je ne peux plus l’utiliser.

Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même : « Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi ?17 » De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du Parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même. « Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord).18 » Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.19 » Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire.

À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences.

Dans sa recension, en 1936, de Printemps noir d’Henry Miller, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Les livres sur des gens ordinaires qui se comportent d’une manière ordinaire sont rarissimes parce qu’il faut pour les écrire quelqu’un qui soit capable de se placer à l’intérieur et à l’extérieur de l’homme ordinaire (ordinary man) – tel Joyce simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de Bloom. Mais cela revient à admettre qu’on est soi-même, les neuf dixièmes du temps, une personne ordinaire (an ordinary person), chose qu’aucun intellectuel ne veut justement s’avouer.20 » C’est le problème qu’il pose dans son roman Et vive l’aspidistra ! où un jeune poète fauché met toute son énergie à rater sa vie par refus de l’ordinaire21.

Bien qu’Orwell ne le dise pas expressément, cette difficulté des intellectuels à s’assumer comme des gens ordinaires est évidemment liée à leur rapport au langage. L’intellectuel est, par définition, l’homme des mots, l’homme qui vit par les mots, dans les mots, et dont le rapport au monde passe davantage par les mots que par le regard, l’action ou plus généralement l’expérience. Si le scepticisme, au sens où l’entend Cavell, « est la faculté, que possède et désire quiconque possède le langage, de s’exiler, de s’excommunier de la communauté qui, par consensus ou consentement mutuel, fonde l’existence du langage22 », les intellectuels sont plus vulnérables au scepticisme que les gens ordinaires. Ils peuvent alors, à la manière de Descartes, s’enfermer dans leur « poêle » pour douter de l’existence du monde extérieur et même de celle de leur propre corps, en utilisant les mots, coupés de leur usage ordinaire, dans des méditations métaphysiques. Mais ils peuvent aussi les faire fonctionner, tout aussi coupés du monde ordinaire, comme des instruments de déformation de la réalité (dans la propagande, par exemple) et comme des instruments d’exercice du pouvoir sur les esprits. Une des leçons de 1984 est que ces deux usages ne sont pas sans rapport l’un avec l’autre, et que des arguments produits dans les jeux apparemment inoffensifs de la spéculation peuvent, quand ils sont maniés par des intellectuels de pouvoir, devenir de puissants moyens de destruction de la liberté de penser. Par exemple, pour convaincre Winston que le Parti peut se rendre maître du passé, O’Brien utilise l’arsenal des arguments classiques de l’idéalisme qui tendent à prouver que le passé n’existe pas en tant que tel, mais seulement dans les archives et dans l’esprit des hommes.

Il vaut mieux ne pas oublier que le pouvoir sur les esprits est un pouvoir intellectuel et qu’il est exercé par des intellectuels. C’est pourquoi il est essentiel dans l’économie de 1984 qu’O’Brien, l’adversaire de Winston, celui qui finira par le briser intellectuellement, affectivement et moralement, soit lui-même un intellectuel, et que les séances de torture de la troisième partie du roman soient entrecoupées de discussions philosophiques où il l’emporte à tout coup. O’Brien n’est pas un intellectuel au service d’une classe dominante. La caste dominante, c’est lui.

III —

Selon Orwell, en effet, le totalitarisme est le rêve secret de l’intelligentsia.

Dans un essai intitulé « James Burnham et l’ère des organisateurs » qui date de mai 1946, c’est-à-dire de l’époque où il entreprend d’écrire 1984, Orwell met en lumière le lien qui existe entre les prédictions de Burnham – selon lesquelles le pouvoir dans les sociétés modernes va passer des propriétaires capitalistes aux organisateurs (aux managers) – et l’attirance d’une fraction non négligeable des intellectuels anglais pour la Russie de Staline (attirance d’autant plus étrange à première vue que le communisme et le stalinisme n’en ont exercé que très peu sur la classe ouvrière anglaise). « La théorie de Burnham n’est qu’une variante […] du culte de la puissance qui exerce une telle emprise sur les intellectuels. Le communisme en est une variante plus courante, du moins en Angleterre. Si l’on étudie le cas des personnes qui, tout en ayant une idée de la véritable nature du régime soviétique, sont fermement russophiles, on constate que, dans l’ensemble, elles appartiennent à cette classe des “organisateurs” à laquelle Burnham consacre ses écrits. En fait, ce ne sont pas des “organisateurs” au sens étroit, mais des scientifiques, des techniciens, des enseignants, des bureaucrates, des politiciens de métier : de manière générale, des représentants des couches moyennes qui se sentent brimés par un système qui est encore partiellement aristocratique, et qui ont soif de pouvoir et de prestige. Ils se tournent vers l’URSS et y voient – ou croient y voir – un système qui élimine la classe supérieure, maintient la classe ouvrière à sa place et confère un pouvoir illimité à des gens qui leur sont très semblables. C’est seulement après que le régime soviétique est devenu manifestement totalitaire que les intellectuels anglais ont commencé à s’y intéresser en grand nombre. L’intelligentsia britannique russophile désavouerait Burnham, et pourtant il formule en réalité son vœu secret : la destruction de la vieille version égalitaire du socialisme et l’avènement d’une société hiérarchisée où l’intellectuel puisse enfin s’emparer du fouet.23 »

On trouve sans doute ici l’explication d’une caractéristique importante et souvent négligée du type de totalitarisme décrit dans 1984 : le contrôle des esprits et l’endoctrinement permanents n’y concernent que les membres du Parti, les organisateurs au sens large. Tous les autres, les prolétaires, soit 85 % de la population, sont considérés comme « des inférieurs naturels, qui doivent être tenus en état de dépendance, comme les animaux, par l’application de quelques règles simples. Laissés à eux-mêmes comme le bétail dans les plaines de l’Argentine, ils étaient revenus à un style de vie qui leur paraissait naturel selon une sorte de canon ancestral24 ». La société que décrit 1984 n’est ainsi pas tant une parodie du stalinisme – ou d’un mixte de stalinisme et de fascisme comme on le dit souvent – qu’une satire du rêve secret de l’intelligentsia de gauche britannique. Comme l’écrit Judith Shklar, « l’intellectuel qui ne peut pas supporter les intellectuels n’est pas une espèce rare ; mais ce qui singularise Orwell, c’est qu’il a traduit son mépris dans la vision d’une société gouvernée par les objets de son dédain. L’état totalitaire qu’il a imaginé n’est pas tout à fait celui de Staline, non plus que celui d’Hitler. Le Parti Intérieur, qui dispense l’Angsoc et dirige l’aire numéro 1 dans 1984, est composé d’intellectuels radicaux anglo-américains25 ».

Si Orwell concentre ainsi l’essentiel de ses critiques sur « les intelligentsias politique et technique, [sur] les maîtres de la vérité idéologique et [sur] ceux du savoir scientifique », c’est parce que, comme le souligne Michael Walzer, il craint qu’« une fois les capitalistes vaincus, ces deux groupes sociaux ne fassent obstacle à une révolution démocratique ou ne l’usurpent »26. La critique d’Orwell, rappelle Walzer, est « une critique interne au socialisme27 », et l’affrontement entre l’intellectuel et l’homme ordinaire passe ainsi à l’intérieur du mouvement socialiste. Rendant compte, en 1938, d’un recueil d’essais du romancier socialiste et d’origine ouvrière Jack Common, Orwell avertit le lecteur qu’il y apprendra « beaucoup moins de choses sur le socialisme en tant que théorie économique que dans le banal manuel de propagande, mais infiniment plus sur le socialisme en tant qu’article de foi et, pourrait-on presque dire, comme mode de vie. […] On entend ici la voix authentique de l’homme ordinaire (the authentic voice of the ordinary man), de cet homme qui introduirait une nouvelle honnêteté (a new decency) dans la gestion des affaires, si seulement il y accédait, au lieu de ne jamais sortir des tranchées, de l’esclavage salarié et de la prison28 ». Il loue l’auteur d’avoir « mis le doigt sur l’une des principales difficultés auxquelles se heurte le mouvement socialiste – à savoir que le mot “socialisme” a pour un travailleur une signification toute différente de celle qu’il revêt aux yeux d’un marxiste originaire de la classe moyenne. Pour ceux qui tiennent effectivement entre leurs mains les destinées du mouvement socialiste, la quasi-totalité de ce qu’un travailleur manuel entend par “socialisme” est soit absurde soit hérétique. […] Les travailleurs manuels acquièrent dans une civilisation machiniste, de par les conditions mêmes dans lesquels ils vivent, un certain nombre de traits de caractère : droiture, imprévoyance, générosité, haine des privilèges. C’est à partir de ces dispositions précises qu’ils forgent leur conception de la société future, au point que l’idée d’égalité fonde la mystique du socialisme prolétarien. C’est là une conception très différente de celle du socialiste de la classe moyenne, qui vénère en Marx un prophète29 ». Ainsi, c’est la mainmise des intellectuels sur le mouvement ouvrier qui explique pourquoi « ce à quoi on assiste chaque fois, c’est à un soulèvement prolétarien très vite canalisé et trahi par les malins qui se trouvent au sommet, et donc à la naissance d’une nouvelle classe dirigeante. Ce qui ne se réalise jamais, c’est l’égalité30 ».

IV —

Orwell n’est pas ouvriériste. D’abord, l’idée d’attribuer à la classe ouvrière, parce qu’elle est la classe exploitée, un rôle dirigeant ou messianique est totalement étrangère à Orwell. Et surtout, les dispositions morales qu’il reconnaît aux ouvriers ordinaires – droiture, générosité, haine des privilèges, soif d’égalité – ne sont pas spécifiquement ouvrières : elles relèvent de l’honnêteté commune, de ce qu’il appelle lui-même la common decency : cette morale déclarée “bourgeoise” par les intellectuels de gauche et, à ce titre, décriée par eux – morale qui est simplement celle des gens ordinaires.

Dans son essai sur Dickens, qui est un de ses chefs-d’œuvre, Orwell exalte ce qu’il tient pour « un des traits caractéristiques de la culture populaire occidentale. Il est présent dans les contes et les chansons humoristiques, dans des figures mythiques comme Mickey Mouse ou Popeye (deux avatars de Jack le Tueur de Géants), dans l’histoire du socialisme ouvrier. […] C’est le sentiment qu’il faut toujours être du côté de l’opprimé, prendre le parti du faible contre le fort. [… L]’homme ordinaire (the common man) vit toujours dans l’univers psychologique de Dickens, [alors que] la plupart des intellectuels, pour ne pas dire tous, se sont ralliés à une forme de totalitarisme ou à une autre. D’un point de vue marxiste ou fasciste, la quasi-totalité des valeurs défendues par Dickens peuvent être assimilées à la “morale bourgeoise” et honnies à ce titre. Mais pour ce qui est des conceptions morales, il n’y a rien de plus “bourgeois” que la classe ouvrière anglaise. Les gens ordinaires (the ordinary people), dans les pays occidentaux, n’ont pas encore accepté l’univers mental du “réalisme” et de la politique de la Force. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man). Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme “ordinaires” (“common”). Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la Révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romains, par exemple31 ».

Cet éloge de la common decency, de l’honnêteté commune, appelle quelques remarques.

Bien qu’Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain et Orwell l’associe au christianisme et à la Révolution française. Mais si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines.

32 Ibid., p. 663.

La common decency a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences.

On peut aller plus loin : c’est cette honnêteté commune qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergera une humanité nouvelle et par conséquent une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre. « Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques.32 »

33 Ibid., tome III, p. 284.

En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » « la doctrine qui veut que la force prime le droit », et il voit dans « la montée du “réalisme” […] le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque »33.

33Les effets moralement corrupteur de ce réalisme, Orwell ne les discerne pas seulement dans la presse ou les écrits politiques mais dans la littérature et jusque dans la poésie. À propos d’un poème d’Auden intitulé Spain, il dit que c’est à son avis « une des seules choses à peu près convenables inspirées par la guerre d’Espagne ».

Demain, pour la jeunesse, les poètes explosant comme des bombes,

Les promenades autour du lac, les semaines d’étroite communion ;

Demain les courses de vélo

À travers les banlieues par les soirs d’été : mais aujourd’hui la lutte.

Aujourd’hui l’inévitable montée des chances de mourir,

Le nécessaire assassinat et sa culpabilité assumée

Aujourd’hui le gaspillage de ses forces

Dans des tracts éphémères et des meetings rasants.

Mais il en donne le commentaire ironique suivant : « La deuxième strophe représente une sorte de croquis sur le vif de la journée d’un “bon militant”. Le matin, un ou deux assassinats politiques, dix minutes d’interlude pour “étouffer le remords bourgeois”, puis un déjeuner rapide et un après-midi plus une soirée occupés à écrire des slogans sur les murs et à distribuer des tracts. Tout cela est très édifiant. Mais remarquez l’expression “le nécessaire assassinat (necessary murder)” : elle ne peut avoir été employée que par quelqu’un pour qui l’assassinat est tout au plus un mot. En ce qui me concerne, je ne parlerais pas aussi légèrement de l’assassinat. Il se trouve que j’ai vu quantité de corps d’hommes assassinés – je ne dis pas tués au combat, mais bien assassinés. J’ai donc quelque idée de ce qu’est un assassinat – la terreur, la haine, les gémissements des parents, les autopsies, le sang, les odeurs. Pour moi, l’assassinat doit être évité. C’est aussi l’opinion des gens ordinaires. […] Le type d’amoralisme de M. Auden est celui des gens qui s’arrangent toujours pour n’être pas là quand on appuie sur la détente.34 »

L’importance de cette page tient à la relation étroite qu’elle établit entre la fascination des intellectuels pour la puissance et la corruption du langage : l’une et l’autre découlent de la perte de l’ordinaire.

V —

Comment un poète de l’envergure d’Auden – mais on pourrait poser la même question pour Aragon – a-t-il pu être attiré vers le « réalisme » et trahir ainsi les valeurs libérales qui sont la condition d’existence d’une littérature authentique ? « Comment des écrivains ont-ils pu être attirés par une forme de socialisme qui rend impossible toute honnêteté intellectuelle ?35 »

C’est la question que pose Orwell dans un long essai publié en 1940 et intitulé « Dans le ventre de la baleine », où il analyse la littérature anglaise de l’entre-deux-guerres et, plus particulièrement, la différence quant à leur rapport à la société et à la politique entre les écrivains des années 1920 (Joyce, Eliot, Pound, Lawrence, entre autres) et ceux des années 1930 (Auden et Spender notamment). Sa réponse est qu’en 1930 la crise morale et spirituelle de la société anglaise (et de la civilisation occidentale) était telle que les fonctions et les engagements habituels des intellectuels, ceux par lesquels ils étaient traditionnellement reliés à la communauté nationale, avaient perdu toute signification. Orwell lui-même a vécu cette crise. Né en 1903 et ancien élève d’Eton, il a démissionné en 1927 des fonctions d’officier de police qu’il exerçait depuis cinq ans en Birmanie parce qu’il a pris conscience que l’Empire britannique exalté par Kipling n’était en réalité qu’un sordide système d’exploitation économique, totalement inhumain où, comme le dit un personnage de son roman Une histoire birmane, « les fonctionnaires maintiennent les Birmans à terre pendant que les hommes d’affaires leur font les poches ». Mais il est resté malgré tout profondément attaché à l’Angleterre, alors que beaucoup d’intellectuels de sa génération se sont cherché une autre patrie qu’ils ont cru trouver dans la Russie soviétique.

« En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le “désenchantement” était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennement éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous le houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : “Russie”. […] Dans ces conditions, le “communisme de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés.36 » On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc.

Si dans Le Lion et la licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé »jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.37 » En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale mais comme un Anglais socialiste, solidaire des Espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne.

Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa « Lettre de Londres » à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people)à comprendre ce qu’on attendrait d’eux.38 » Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable.39 »

Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagné au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger.

Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances Georges Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole.

On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate.

Notes

1 George Orwell, 1984, traduit de l’anglais par Amélie Audiberti, Gallimard “folio”, p. 119. (Cette traduction a été modifiée chaque fois que cela a paru nécessaire.)

2 George Orwell, Essais, articles et lettres, traduit de l’anglais par Anne Krief, Michel Pétris et Jaime Semprun, Ivrea-Encyclopédie des nuissances, tome I, p. 292.

3 Ibid., p. 296.

4 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth : Rorty versus Orwell », in Robert Brandom (dir.), Rorty and his Critics, Blackwell, 2000, p. 299.

5 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome II, p. 322-325.

6 Ibid., tome I, p. 624.

7 Ibid.

8 George Orwell, Un peu d’air frais (1939), traduit de l’anglais par Richard Prêtre, Ivrea, 1983, p. 210.

9 Ibid., p. 199-200.

10 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 511.

11 Lire John Newsinger, Orwell’s Politics, Palgrave, 1999, p. 32-33 (La Politique selon Orwell, traduit par Bernard Gensane, Agone, à paraître).

12 George Orwell, Un peu d’air frais, op. cit., p. 194-198.

13 George Orwell, 1984, op. cit., p. 362.

14 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 293.

15 Giovanni Amendola, Il Mondo, 1er avril 1923, cité in Emilio Gentile, Qu’est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation, Gallimard, 2004, p. 112.

16 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 293.

17 George Orwell, 1984, op. cit., p. 118.

18 Ibid.

19 Stanley Cavell, Le Déni de savoir, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Maquerlot, Seuil, p. 152. Sur la philosophie politique de Cavell, on peut lire Sandra Laugier, Recommencer la philosophie. La philosophie américaine aujourd’hui, PUF, 1999, chap. IV et V.

20 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 294.

21 George Orwell, Et vive l’aspidistra ! (1936), traduit de l’anglais par Yvonne Davet, Ivrea, 1982.

22 Stanley Cavell, Le Déni de savoir, op. cit., p. 54.

23 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome IV, p. 218-219.

24 George Orwell, 1984, op. cit., p. 105

25 Judith Shklar, « Nineteen Eigthy-Four : Should Political Theory Care ? » in Stanley Hoffmann (dir.), Political Thought and Political Thinkers, University of Chicago Press, 1998, p. 342-343, cité in James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 329, n. 116.

26 Michael Walzer, « George Orwell’s England », inThe Company of Critics : Social Criticism and Political Commitment in the Twentieth Century, Halban, Londres, 1989 ; repris in Graham Holderness, Bryan Loughrey and Nahem Yousaf (dir.), George Orwell, Macmillan, 1998, p. 195.

27 Ibid., p. 196.

28 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 424.

29 Ibid., p. 423.

30 Ibid., p. 424.

31 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 573-574.

32 Ibid., p. 663.

33 Ibid., tome III, p. 284.

34 Ibid., tome I, p. 643-644.

35 Ibid., p. 641.

36 Ibid., p. 642.

37 Ibid., tome II, p. 133.

38 Ibid., p. 152-153.

39 Ibid.

Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Jacques Rosat, « Quand les intellectuels s’emparent du fouet », revue Agone, 34 | 2005, [En ligne], mis en ligne le 23 octobre 2008. URL : http://revueagone.revues.org/106. Consulté le 08 avril 2012.

Auteur

Jean-Jacques Rosat

Voir aussi:

George Orwell patriote (I)

Bernard Gensane

8 oct. 2017

L’auteur de 1984, l’un des romans politiques les plus sombres du XXème siècle, était un grand optimiste, amoureux de son pays, à l’aise dans son époque, même si, dans ses fantasmes, il aurait préféré vivre au XVIIIème siècle en « joyeux pasteur ». Il conçut son existence comme une œuvre, et son œuvre, d’abord comme la quête d’une écriture (raison pour laquelle j’ai sous-titré mon livre sur Orwell “ vie et écriture ” : (George Orwell, vie et écriture), Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1994). Son inclinaison profonde en tant que personnage public ne fut pas la politique mais la morale. Lorsqu’on étudie l’un des aspects de sa pensée, il faut constamment avoir à l’esprit ces paramètres. Nous sommes en présence d’un homme heureux, d’un écrivain poursuivant, à sa manière, un objectif de modernité, d’un citoyen qui attribuait au peuple anglais des vertus cardinales : gentillesse, loyauté, amour de la tradition, decency (décence, politesse, bonne mœurs), et ce don, pour lui apanage de ses compatriotes, de ne pas se laisser impressionner par les grands hommes, comme Napoléon, Churchill ou Staline.

Raymond Williams a dit d’Orwell qu’il était un auteur bien anglais, éminemment insulaire et cocardier (Orwell, Londres, 1971). On verra que son attitude vis-à-vis de sa patrie a évolué au gré des circonstances personnelles et historiques. Ce qui ne changera jamais, c’est la prééminence du ressenti, de l’esthétique et de la morale, alliée à une conscience aiguë de la rhétorique, elle-même vécue comme une modalité politique du discours et de l’écriture. Ainsi, à l’automne 1940, au début de la guerre, les alliances se nouent et se dénouent. Orwell se demande si le conflit sera purement impérialiste et s’il faudra faire front commun avec la bourgeoisie. Tout en se posant ces questions d’importance, il ne peut s’empêcher d’écouter ses voix et de moraliser : « La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. »

L’enfance d’Orwell fut marquée, pour ce qui nous concerne ici, par la catastrophe du Titanic. Dans un texte de résistance consensuel, très “ union nationale ” de 1940 (“My Country Right and Left ”, “ Mon pays, “ de droite et de gauche ” ou “ qu’il ait raison ou tord ”), Orwell évoque ce traumatisme. Il laisse entendre que l’attachement à une nation découle plus d’un ressenti charnel à des événements isolés mais marquants qu’à de grandes causes ou à une Histoire qui se fait mais qui n’est pas toujours lisible.

En primaire, Orwell eut beau détester la discipline sadique des écoles primaires privées, les preparatory schools, il n’en admit pas moins, par la suite, que les grandes victoires anglaises (au diable les régiments écossais ou gallois !) furent préparées sur les terrains de cricket des écoles privées, la guerre n’étant qu’une forme suprême du sport où il est impossible de tricher (Orwell fut cependant l’un des premiers à dénoncer la concomitance entre sport et nationalisme dans un article visionnaire de 1945, “ The Sporting Spirit ”). Á Eton, il reçut sa part d’enseignement, de culture militariste. Il sut prendre du recul par rapport à cette vision du monde, ce qui ne l’empêcha pas de s’enrôler au sortir de l’enseignement secondaire, alors que rien ni personne ne l’y contraignait, dans la police impériale en Birmanie. Or c’est bel et bien durant sa plus tendre enfance que le futur écrivain avait été imprégné d’idéologie belliciste, d’une philosophie portant au plus haut niveau les valeurs de défense sacrée de la patrie, avec comme corollaire une dépréciation de l’ennemi.

Orwell va se forger une conscience politique dans les années trente, non sans hésitations et revirements. Contre sa classe d’origine, la bourgeoisie impérialiste, et contre lui-même, en tirant parti de la névrose de culpabilité qui le taraude depuis l’enfance. Pour ce faire, il lui faudra passer par la France et l’immersion dans des franges défavorisées de la classe ouvrière, le Kent des travailleurs agricoles exploités et le Londres des clochards (voir son premier ouvrage, une biofiction : Down and Out in Paris and London, 1933. En français, Dans la dèche à Paris et à Londres). C’est qu’Orwell est de ces écrivains qui sont allés au-delà de leur monde et qui, de retour, ont adopté le regard du Persan : « Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. » Toute la complexité du patriotisme d’Orwell tient dans ces phrases. Il est capable d’observer son univers familier de l’extérieur, mais il est aussi terriblement anglo-centré. Cela dit, par delà des évidences assénées de manière aussi désarmante, il faut retenir qu’avant de s’émerveiller devant les « visages doux et noueux » de ses compatriotes, leurs « mauvaises dents » et leurs « bonnes manières », le « clic-clac des sabots dans les villes du Lancashire », Orwell avait su observer l’Angleterre à partir de la connaissance qu’il avait de son empire : c’est parce qu’il avait vécu au contact des masses exploitées d’Extrême-Orient qu’il pourrait sympathiser avec le lumpen-proletariat anglais puis avec la classe ouvrière proprement dite, « les victimes symboliques de l’injustice qui jouaient le même rôle en Angleterre que les Birmans en Birmanie » (1936).

Après la découverte de la condition prolétarienne dans son pays, Orwell part se battre en Espagne, tout simplement parce qu’il faut se dresser contre le fascisme pour laisser une chance au socialisme. Il combat avec courage au sein de la milice internationale du P.O.U.M. (Partido Obrero de Unificación Marxista), d’inspiration trotskiste, et rencontrera des hommes et femmes conscients, fraternels, tendus ver un objectif, bref l’image inversée des futurs proles de 1984. Il perçoit ces citoyens en armes comme un maillon dans l’immense chaîne fraternelle du genre humain, succédant aux soldats de Verdun, de Waterloo, des Thermopyles, souffrant de la même vermine, vivant et mourant sur des champs de bataille où l’on n’entend jamais chanter les oiseaux (Homage to catalonia, 1938. Version française : La Catalogne libre).

Traumatisé par la défaite des Républicains, par la trahison des staliniens, Orwell va alors traverser une phase de doutes personnels durant laquelle les sentiments pacifistes et internationalistes vont prendre le dessus. D’avoir versé son sang, d’avoir été ainsi “ baptisé ”, autorise un Orwell dégoûté par la guerre à envisager, de 1937 à 1939, un certain cynisme dans la démission face à la menace hitlérienne. Dans sa thèse (“ Orwell : l’engagement ”), Gilbert Bonifias posera que : « Il ne fait […] aucun doute que les événements d’Espagne contribuèrent puissamment à pousser [Orwell]  dans cette direction qui se voulait à la fois révolutionnaire et pacifique », et qu’« il n’est donc pas étonnant de l’entendre proclamer dans ses écrits son opposition à toute guerre avec l’Allemagne et à la formation d’un Front populaire en Angleterre ».

Ainsi, après les années 1936-37 où, choqué par la brutalité de la classe dirigeante, par l’irréalisme des élites de la gauche libérale, il a adopté des comportements extrêmes (vivre dans la crasse chez des logeurs exploiteurs du Lancashire, descendre au fond de la mine, partager le lot des combattants de base en Catalogne), il pressent, vers 1938-1939, que le conflit qui s’annonce sera terrible et il recherche des valeurs modérées. Dans les très nombreuses pages qu’il consacre à l’Angleterre et à son peuple, il offre des images et des concepts de paix (dans son roman de 1938 Coming Up for Air – en français Un peu d’air frais, il fait dire à son narrateur : «Pêcher, c’est le contraire de faire la guerre »), de raison, de stabilité, de juste milieu. Mais pas de médiocrité. Orwell n’aimait pas les comportements petits. Il raille Napoléon se rendant aux Anglais par peur des Prussiens, Ludendorff se cachant derrière des lunettes de soleil ou encore cet empereur romain qui s’était barricadé dans des toilettes (Orwell mourut des années avant que le roi du Maroc Hassan II fasse de même). L’idéal d’Orwell à l’époque, c’est un Sancho Pança qui n’aurait pas peur des bombes mais qui ne se planterait pas poitrail nu face à la mitraille : « Une part de nous veut être un héro ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. »

Aux sentiments anti-guerre qui transparaissaient çà et là dans le discours de Homage to Catalonia succède un comportement franchement pacifiste, en particulier durant l’hiver 1938-39, époque où, souffrant gravement des poumons, il réside pour quelques mois à Marrakech. Il pose qu’être pacifiste ce n’est pas forcément vouloir bloquer les réformes sociales. Il s’est forgé un socialisme dont le marxisme n’est pas totalement exclu (dans The Road to Wigan Pier, en particulier. En français, Le Quai de Wigan). Mais progressivement, et cela le mènera jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, il rejette ce qui, au niveau socio-politique, n’est pas, à ses yeux, anglais : le stalinisme, l’internationalisme prolétarien, le fascisme évidemment, mais aussi l’Église Catholique Romaine et tout ce qui s’apparente aux intellectuels de gauche européens. Il moque avec férocité l’îlot de pensée dissidente de ceux qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou. »  Face aux dangers – Hitler, la guerre, le capitalisme sauvage, l’industrialisation débridée – Orwell va donc partir dans une quête de l’anglicisé  Sa patrie ne trouvera le salut que dans la réaffirmation de ses valeurs fondamentales. Une transformation de la société anglaise – qu’il appelle de ses vœux – ne se fera que dans le respect des traditions. De 1937 à 1940, le projet d’Orwell est d’établir une continuité entre l’Angleterre du présent et celle du passé.

Tout cela n’ira pas sans contradictions ni difficultés.

Plus tard, on verra que le seul moment de vrai bonheur que connaît Winston Smith dans 1984 sont les heures passées avec Julia dans le magasin d’antiquités – lieu ô combien symbolique – qui lui rappelle l’Angleterre d’avant la dictature (2ème partie, chapitre 4). Mais en 1938-9, George Bowling éprouve bien des désillusions. En simplifiant, on pourrait résumer Coming up for Air en disant que cette œuvre est l’image d’une apocalypse qui anéantirait une vision rêvée de l’enfance. Bowling n’idéalise cependant pas la tradition. Le regard qu’il porte vers le passé, le voyage qu’il entreprend vers les lieux de son enfance, lui permettent de se repérer dans le présent, d’essayer de respirer, de se régénérer. Lucide, le personnage expose comment la bourgeoisie anglaise est prisonnière de sa propre idéologie, à quel point la manière de pensée de la middle-class est appauvrissante. Il raille la nostalgie qu’éprouvent les colons revenus des Indes : comme son créateur, mais à l’inverse d’un Kipling, il sait l’illusion de vivre au centre de l’Empire avec les valeurs de la périphérie. Il ne croit pas en l’aptitude des militants – ceux de gauche en particulier qu’il caricature à l’envi – à se mobiliser dans le cadre d’une riposte nationale face à l’ennemi. Il ressent jusque dans ses fibres la possibilité d’une disparition de son pays, avec ses valeurs, sa culture.

Voir de plus:

George Orwell patriote (2)

Bernard Gensane

10 octobre 2017

En 1936, lors de son enquête du côté du Quai de Wigan, Orwell s’était assuré qu’il y avait bien deux Angleterre et il avait fait son choix. Il serait toujours aux côtés de la classe ouvrière contre la bourgeoisie. Vis-à-vis de la working class et des indigents en général, il prendrait donc l’exact contre-pied de Baden Powell, fondateur du mouvement scout, qui les décrivait comme anti-patriotiques et anti-sociaux. En 1940, face au danger totalitaire et à la guerre, Orwell croit de moins en moins en l’urgence, voire en la nécessité, de la révolution nationale ou internationale par la violence, et il souhaite que sa patrie soit une dans la lutte. Alors qu’en 1936 la bourgeoisie, impériale ou non, était responsable de tous les maux, elle est dédouanée en 1940, et Orwell en brosse un portrait bizarrement touchant. Depuis soixante-quinze ans, écrit-il dans Coming Up for Air, la classe dirigeante a perdu de son aptitude à gouverner. Autrefois, dans les colonies, il faisait bon vivre dans le perpétuel été d’avant la guerre des Boers, mais depuis 1920 les fonctionnaires de Whitehall surveillent « chaque pouce de l’Empire » et brident l’initiative. L’horizon impérialiste se rétrécissant, cette bourgeoisie de l’outremer n’a pu se réadapter en métropole. Étant intrinsèquement « moraux », les hommes d’affaires anglais n’ont pu, comme leurs confrères américains (« de vrais bandits ») devenir millionnaires. Et ces malheureux bourgeois, par manque de compétence intellectuelle, n’ont pas sérieusement lutté contre le nazisme dans les années trente car ils n’avaient pas «compris » ce phénomène. Orwell croit d’ailleurs inférer qu’ils n’auraient pas non plus compris le communisme s’il avait frappé à leur porte. Les grands responsables du déclin de l’Empire et de l’essoufflement de la bourgeoisie ne sont pas des gestionnaires surannés à la tête d’un outil de production inefficace se débattant dans un nouveau rapport de forces international défavorable mais, tout simplement, les intellectuels de gauche. Ils ont sapé « le moral des britanniques », ils se sont répandus en attitudes « négatives et récriminatrices » sans faire de « suggestions concrètes ». Et, surtout, ils se sont contentés d’évoluer (ô, surprise, pour des intellectuels !) dans un « monde d’idées ». Mais, Dieu merci, l’Angleterre est désormais, n’en déplaise au Dr Goebbels, une grande famille victorienne, un peu «collet monté », mais unie avec bien peu de « brebis galeuses » en son sein.

Tout en admettant après 1940 que la Home Guard (dont il fit partie) était organisée de telle manière que seuls les riches commandaient, il persiste à croire que la guerre a des vertus égalitaires car elle atténue les antagonismes de classe : « La guerre est le plus formidable facteur de changements. Elle accélère tous les mécanismes, elle efface les différences de surface. Par dessus tout, elle fait comprendre à l’individu qu’il n’est pas tout à fait un individu. »

Qu’auront les Anglais à opposer aux divisions blindées allemandes et à la Luftwaffe? Hormis un potentiel militaire non négligeable et une aide américaine qui viendra forcément, Orwell fait confiance aux qualités du peuple anglais. Tout d’abord, la bonne humeur et la sérénité. Comme Bertrand Russel qui, pour Orwell, incarnait moins l’archétype de l’intellectuel anglais que celui de l’Anglais intelligent, ses compatriotes sauront faire preuve de décence et d’esprit chevaleresque (le mot “intellectual ” est quasiment une insulte outre-Manche ; Orwell utilisait “intelligentsia ”, un mot russe d’origine polonaise, donc un peu barbare). Et puis la solidarité, l’honnêteté, le respect de la légalité feront le reste.

Mais il faut dire que la douceur de vivre que connaissait la classe moyenne avant-guerre avait débouché sur une certaine indolence. Désormais, Orwell est persuadé de la victoire car elle sera celle des gens ordinaires qui auront su se dépasser tout en restant eux-mêmes. Il apprécie que, malgré les circonstances exceptionnelles, les Anglais sont restés civiques, légalistes, respectueux des droits de l’individu, et il aimera que Churchill perde les élections de 1945, preuve que ses compatriotes, gens ordinaires, se méfient des hommes forts trop doués … et trop réactionnaires.

Dans les premiers chapitres de Homage to Catalonia, Orwell avait magnifiquement saisi une lutte révolutionnaire, pensant que l’enthousiasme populaire devait suffire à faire vaincre la révolution. Avec “ The Lion and the Unicorn ” (Le Lion et la licorne), son grand texte théorique sur l’Angleterre en guerre, Orwell propose une synthèse enthousiaste du patriotisme et du socialisme. Ces pages sont contemporaines de la Bataille d’Angleterre : l’heure est au drame et à l’espoir en une victoire à court terme. Bien que nous soyons ici dans un essai franchement politique, le narrateur s’affiche dès la première phrase : Orwell écrit ce texte au moment précis et parce que des avions ennemis lui passent au-dessus de la tête : « Au moment où j’écris, des êtres humains hautement civilisés veulent au-dessus de moi et essaient de me tuer. »

Ce qui est en jeu désormais, ce n’est plus le statu quo social ou la révolution, mais la civilisation ou la barbarie. Mieux vaut Chamberlain que Hitler. Le narrateur de Down and Out in Paris and London avait découvert certains de ses compatriotes dans leur étrangeté. Burmese Days (Tragédie birmane) fleurait bon son exotisme. Dans The Road to Wigan Pier, Orwell était allé à la rencontre des ouvrières du textile et des mineurs dans leur différence. Désormais, il va à la recherche des autres dans leur ressemblance avec lui-même et ceux de sa classe d’origine, la frange inférieure de la bonne bourgeoisie (the lower-upper-middle class). Ce qui unit les Anglais, postule-t-il, est plus important que ce qui les sépare. Et il pose également que ce qu’il raillait à la fin de Homage to Catalonia, ces caractéristiques d’une Albion aveugle et assoupie (« les pâtures bien grasses, les hommes coiffés de leur chapeau melon, les bus rouges, les policiers en uniforme bleu ») c’est justement ce qui fait la beauté, mais aussi la force de l’Angleterre éternelle. Il existe un caractère national anglais, comme il existe un patrimoine et une « culture commune » que, bizarrement, comme s’il en avait un peu honte, il délimite par la négative : «Les Anglais sont très différents des autres. Il y a une sorte d’acceptation ambiguë de ce fait dans l’aversion éprouvée par presque tous les étrangers pour notre mode de vie national. Peu d’Européens supportent de vivre en Angleterre, et même les Américains se sentent davantage chez eux en Europe. »

Dans “ The Lion and the Unicorn ”, Orwell avance que l’affaiblissement de l’impérialisme dans les années trente a été provoqué en grande partie par l’intelligentsia de gauche, ce groupe s’étant lui-même renforcée grâce à la stagnation de l’Empire. Il pense qu’une alliance objective s’est nouée entre les colonels en retraite (les “ Blimps ”) pour qui un individu trop intelligent ne pouvait être patriote, et les intellectuels pour qui un patriote ne pouvait décidément pas être intelligent. Ce paradoxe déroutant ne peut surprendre dans la mesure où il venait en bout de chaîne après d’autres considérations tout aussi étonnantes sur les intellectuels. Orwell pose tout d’abord que du pessimisme à une vision réactionnaire des choses il n’y a qu’un pas vite franchi par une fraction importante de la classe dominante. Il estime également qu’il eût été possible de susciter un mouvement pacifiste authentiquement populaire en Angleterre, loin de la « gauche de salon ». Mais, dans les années trente, l’intelligentsia s’est déconsidérée dans des activités indignes, dans le domaine de l’esprit comme dans la politique. Elle s’est coupée du reste de la société en dénigrant systématiquement la civilisation occidentale et en cultivant un sentiment négatif de « désillusion ». La « vraie question », se demande Orwell, n’est pas de savoir pourquoi des bourgeois sont devenus staliniens, mais pourquoi ils ont viré à gauche. A première vue, c’est parce que les puissances de l’Axe menaçaient l’Empire britannique, l’antifascisme et l’impérialisme se rejoignant dans un même combat (dans une correspondance de décembre 1938, il explicitait ce postulat. Il estimait que si un « grand mouvement pro-Arabe » voyait le jour, il serait « fatalement pro-fasciste ».)

C’est à cette époque qu’Orwell va définir petit à petit ce qu’est pour lui l’Anglais idéal. George Bowling, son narrateur de Coming Up For Air, en était une esquisse aux traits assurément appuyés, permettant à l’auteur de considérer avec plus de commisération que jamais tous ceux qui ne correspondaient pas au moule. « Un type comme moi est incapable de ressembler à un gentleman », reconnaissait Bowling sans vraiment le regretter. « Les vêtements que je porte », poursuivait-il, sont «l’uniforme de la tribu ». En peignant cet homme ordinaire, Orwell s’adressait à ceux qui, comme son personnage, cultivaient la nostalgie de leur passé et aspiraient à un socialisme non dogmatique, un peu proudhonien. Petit-bourgeois, Bowling ne prône pas l’émancipation de la femme, il n’a pas de l’amour une approche très romantique, il s’indigne des inégalités sociales et déplore que le salarié se voit privé du produit de son travail par le système capitaliste. Il se méfie de la bureaucratie qui empiète sur la liberté individuelle, tout comme le capitalisme qui, par le système de crédit, empêche le salarié d’être jamais propriétaire. Le monde de Bowling converge avec celui de “ The Lion and the Unicorn ” : « C’est votre civilisation. C’est vous. » Ce monde que je décris, dit Orwell, c’est toujours le vôtre. Que vous l’aimiez ou non, il vous manque dès que vous le quittez. Comme vous, il est moyen, ni le joyau chanté par Shakespeare, ni l’enfer décrit par Goebbels. Vous êtes, nous sommes, les membres d’une famille victorienne empesée, avec son lot inévitable de squelettes dans le placard. Chez nous, les jeunes n’ont pas la parole, ce sont les vieux oncles irresponsables qui monopolisent le pouvoir, mais nous sommes une famille unie, avec sa langue, sa culture, ses souvenirs, son esprit de solidarité. Vous et moi sommes peut-être des médiocres, mais au moins saurons-nous, en vrais patriotes, nous unir face à l’adversité extérieure et débusquer l’ennemi intérieur. Nous pourrons toujours nous arc-bouter sur un impérialisme qui n’est pas à dénigrer en bloc : seule sa dimension morale est à redouter quand il détruit la conscience de l’oppresseur et de l’opprimé.

“ The Lion and the Unicorn ” donne donc une idée assez précise de l’image que se fait alors Orwell de son pays. Ces pages sont un mélange d’observations pénétrantes, de gentilles banalités et de généralisations désarmantes : « Les Anglais ne sont pas doués en matière artistique. Ils ne sont pas aussi musiciens que les Italiens ou les Allemands ; la peinture et la sculpture ne se sont pas développés chez nous comme en Fance. Les Anglais ont en horreur la pensée abstraite. Bien que constituant un peuple somnambule, ils sont capables, au paroxysme d’une crise, de dégainer et d’agir par une espèce d’instinct, à dire vrai un code de conduite compris pratiquement de tous quoique jamais formulé. »

Ce qu’Orwell apprécie alors au premier chef chez ses compatriotes, c’est leur réserve, leur politesse : ils font la queue patiemment dans l’ordre, sans se bousculer. Si les ouvriers ne sont pas toujours très gracieux, du moins font-ils toujours preuve de beaucoup d’attentions. La modération de ses compatriotes invite Orwell à penser que le fascisme ne prendra jamais dans son pays : « les purges hitlériennes n’auraient pu exister en Angleterre », affirme-t-il, sans s’interroger le moins du monde sur les conditions historiques qui ont permis à la barbarie de se déchaîner au pays de Goethe. Les Anglais sont trop raisonnables, ils croient trop en la justice pour se laisser entraîner dans le vertige de la terreur et des abus de pouvoir. L’Angleterre est protégée par ses traditions et son histoire, par son essence. La vision d’Orwell est donc très déterministe. La société peut changer, mais jusqu’à un certain point : « on n’obtient pas un panais avec une graine de navet ». Orwell pouvait bien, à l’orée de la guerre, énoncer de telles banalités, le fait est là : le pays n’a pas plié et les traîtres ne furent qu’une poignée. Un solide pragmatisme, une volonté exceptionnelle de croire en soi et de vaincre ont permis de tenir. L’Angleterre a gagné la guerre parce que les vertus typiques chères à Orwell n’étaient pas l’apanage de la classe dirigeante. En était dépositaire le peuple, constitué à ses yeux par la classe ouvrière consciente et la frange inférieure de la bourgeoisie. Et, à long terme, seul cet ensemble social saurait, selon lui, résister à l’envahissement de la culture populaire par le modernisme réducteur et nivelant.

L’essence, la force du patriotisme d’Orwell lui permirent durant deux décennies de tous les dangers de retrouver des valeurs stables, une morale en politique, et d’alimenter son instinct de conservation à la source de son amour pour son pays. Ce patriotisme n’était pas aveugle. L’honnêteté intellectuelle d’Orwell (certes relative), son pessimisme lucide, son humour froid au second degré le faisaient souvent passer pour un prophète de malheur. Ce n’est pas parce qu’il était fondamentalement patriote qu’il aimait et défendait l’Angleterre, mais c’est parce que l’amour de son pays était quintessencié qu’il était patriote. Parce qu’il souhaitait, vers 1940, un consensus politique national et que ce que l’Europe proposait (des régimes forts ou des démocraties en déliquescence) ne lui convenait pas, il soutiendrait son pays de droite comme de gauche (« My country Right and Left »), l’Angleterre de Chamberlain pouvant évoluer à court terme vers un changement radical de société. Orwell établissait par ailleurs une nette distinction entre patriotisme et nationalisme. Être patriote revenait à aimer un endroit, un mode de vie que l’on considérait comme les meilleurs au monde, mais sans pour autant vouloir les imposer aux autres. Pour Orwell, le patriotisme était par nature défensif, militairement et culturellement parlant. Il impliquait par ailleurs une adhésion volontaire à un espace, à une communauté et à des valeurs. Inversement, il concevait le nationalisme comme l’idéologie belliqueuse d’individus en quête de prestige, non pour eux-mêmes mais pour des ensembles dans lesquels ils choisissent d’enfouir leur propre personnalité. Un communiste ne pouvait donc pas, selon lui, être patriote, mais seulement nationaliste, puisqu’il était capable, en l’espace de quelques jours, de transférer ses allégeances selon les nécessités de l’actualité, son rapport à sa terre, à sa patrie étant extrêmement ténu. Il avait établi une typologie de différentes formes de nationalismes : la forme “ positive ”, incarnée par le nationalisme celtique, le sionisme, et ceux qui n’admettaient pas le recul de l’influence anglaise dans le monde ; un nationalisme de “ tranfert ” (il faisait se côtoyer le communisme, le pacifisme, le catholicisme militant, la conscience de classe) ; une variante négative qui incluait pour lui l’anglophobie, l’antisémitisme, le trotskisme.

Orwell a longtemps cru, au moins jusqu’à la rédaction de 1984, que toute guerre pouvait avoir des vertus salutaires, au niveau humain et politique. A l’inverse de ceux qui estimaient que la guerre est la continuation d’un état de chose par d’autres moyens, il voyait en elle une brisure, un moment paroxystique où les individus et les communautés vivent dans un état supérieur, sont révélés par l’épreuve et où, en d’autres termes, Dieu peut reconnaître les siens. Et c’est en Espagne qu’il a commencé à réfléchir au rapport entre la guerre et la révolution. Il pensait alors, contrairement, par exemple, à de nombreux trotskistes anglais, qu’il fallait d’abord se débarrasser du fascisme avant de faire la révolution dans les démocraties bourgeoises. Il semble moins dogmatique sur ce point en 1940. Une révolution et la guerre peuvent être concomitantes. Et il estime alors qu’une révolution (anti-bourgeoise évidemment) pourrait surgir de la guerre grâce aux qualités intrinsèques du peuple anglais. La guerre et la révolution pourront remettre les choses en place. Les inutiles, les inefficaces, les privilégiés disparaîtront. Les compétences populaires pourront s’exprimer. Le peuple en sortira humainement enrichi : « Nous avons avancé aussi lentement que des glaciers et nous n’avons appris que dans les désastres. »

Dans la lutte, il n’y a pas la droite et la gauche, la bourgeoisie et la classe ouvrière, mais les combattants et les partisans de la démission. Le peuple victorieux saura être magnanime. Pas de procès pour les criminels de guerre demande, dès 1943, Orwell lucide et visionnaire : « Les tyrans doivent être mis à mort uniquement par leurs propres sujets ; ceux qui sont punis par une autorité étrangère, par exemple Napoléon, deviennent des martyrs et des légendes. »

La pensée d’Orwell, dans la dernière partie de sa vie, préfigure l’idéologie travailliste des années cinquante, celle qui a rompu, dans les faits, avec le marxisme. Pour Orwell qui, de 1945 à sa mort en 1950, est un sympathisant du Labour, le socialisme se résume à davantage d’égalité et le remplacement des élites obsolètes par ce qu’on n’appelle pas encore la méritocratie. L’Angleterre ne devrait plus être « une famille avec les médiocres aux commandes ». Mais il reproche, cela dit, au gouvernement de Clement Attlee de ne pas avoir suffisamment nationalisé.

Orwell pose donc presque tous les problèmes en termes moraux, en termes d’individualités. De plus sa pensée, surtout quand elle est novatrice, est constamment bridée par des interférences personnelles. Qu’il écrive des pages anti-impérialistes, socialistes, révolutionnaires ou réformistes, l’image de l’homme vaincu, isolé pour qui un changement profond de société impulsé par le “ peuple ” est une chimère, domine. On peut supposer que le pessimisme d’Orwell a été alimenté par l’échec de soulèvements populaires, comme ceux de Kronstadt ou de Varsovie, sans parler de la prise de Barcelone par les Franquistes.

Les patriotes sont ceux qui, pour nous résumer, sont prêts à prendre les armes pour mener une guerre populaire. Les ennemis de la patrie sont les pro-fascistes. L’idée d’une victoire d’Hitler plait aux très riches, aux communistes, aux Chemises noires d’Oswald Mosley (parti fasciste qui, étrangement, fut le premier parti anglais à adopter un programme économique keynésien !), aux pacifistes et à certaines factions catholiques. Et puis, si les choses tournaient mal sur le front intérieur, la totalité des plus pauvres des ouvriers pourrait adopter une position défaitiste mais pas pro-hitlérienne dans les faits. Il restait donc les trois-quarts de la classe ouvrière et la petite bourgeoisie moins les intellectuels de gauche car ces derniers s’étaient, rappelons-le, déconsidérés depuis une dizaine d’années au moins. Le combat étant national et même nationaliste, il faudrait se méfier de cette « intelligentsia européanisée ».

De 1945 à 1950, le mot “ patriotisme ” n’apparaît jamais plus sous la plume d’Orwell. Visionnaire comme Churchill – dont il partage certaines conceptions en matière de géopolitique, Orwell a compris que la division du monde est un état de fait durable. Contre ceux qui envisagent une fusion pure et simple des États-Unis et de la Grande Bretagne, contre une petite minorité d’Anglais qui rêve d’une intégration au système soviétique, il envisage des « États-Unis socialistes d’Europe». L’essayiste qui, en 1947, publie dans la revue d’extrême-gauche étasunienne Partisan Review l’article “ Toward European Unity ” rédige les premières moutures d’un univers fictionnel d’où sont absentes les valeurs de la civilisation occidentale, le patriotisme y compris.

Bref retour sur Orwell (III)

Bernard GENSANE
21 mars 2016

Ce qui distingue les grands créateurs des autres, c’est que, à partir de la réalité, ils élaborent des modèles plus prégnants que celle-ci en nous la faisant comprendre et ressentir comme jamais auparavant. Essayez d’imaginer un gamin de Paris des années 1830 sans penser à Gavroche. Essayez de vous représenter Mozart sans vous remémorer celui d’Amadeus et son rire jamais envisagé jusque là. Le “ Guernica ” de Picasso occulte la vraie ville dont on ne sait, en fait, pas grand chose. Quant à Emma Bovary, elle écrase votre cousine rêveuse.

Dans 1984, Orwell invente un monde et sa langue officielle, la Novlangue (Newspeak). Elle a ceci de particulier qu’elle est conçue pour mourir, Orwell partant du principe que, plus on élimine des mots (on garde “ chaise ” et on supprime “ fauteuil ” “ tabouret ”), plus on réduit leur champ sémantique (“ liberté ” n’est utilisé que dans des phrases comme « j’ai la liberté de choisir entre des pommes de terre et du chou »), plus on réduit une pensée qui devient sans cesse davantage binaire, manichéenne.

Cette invention n’est pas arrivée comme un cheveu sur la soupe dans la vie d’Orwell et sa carrière d’écrivain et de journaliste. Il connaissait sept langues étrangères : le latin et le grec, qu’il avait très bien maîtrisés dans son école privée, le français, qu’il pratiquait avec aisance (il lisait Villon dans le texte, et lorsqu’il enseigna le français dans une école secondaire pendant quelques mois, ses cours se déroulaient entièrement dans la langue), l’hindustani, l’ourdou (deux versions d’une même langue) et le birman, appris lors de son séjour de cinq ans dans la police impériale, le castillan et le catalan, assimilés au contact des Républicains durant la guerre civile. Avant de créer la Novlangue, il s’intéressa, de 1942 à 1944, au Basic English du linguiste Charles Kay Ogden avant d’écarter l’utilisation d’une langue artificielle : il trouvait contre-culturelle une langue fabriquée – simplifiée ou pas – à vocation universelle. Mais il est clair que ce Basic English fut une source d’inspiration pour la Novlangue. Enfin, il avait des notions d’esperanto, que parlait couramment une de ses tantes, mais il s’en méfiait en tant que langue factice (« Les langues ne se peuvent se développer que lentement, comme des fleurs », disait-il).

Bien avant 1984, les premiers livres d’Orwell avaient révélé son grand intérêt pour les questions de langue. Dans la dèche à Paris et à Londres, une autofiction de 1933, montre qu’Orwell s’engoue pour les lois sociales de construction du langage. Tragédie birmane (1934) présente la Birmanie comme une société multilingue, les colons empêchant les autochtones d’apprendre l’anglais dans toutes ses finesses et les contraignant à l’utilisation d’un pidgin. Dans Une fille de pasteur (1935), Orwell reproduit, en s’inspirant de Joyce, un dialogue de théâtre entre les miséreux et la fille du pasteur. Dans Le quai de Wigan (1937), ce magistral essai devenu classique sur le monde des mineurs de charbon dans les années trente, Orwell offre quelques exemples d’anglais du Lancashire et du Yorkshire. Dans La Catalogne libre (1938), il utilise sa connaissance du catalan et du castillan. Dans Un peu d’air frais (1939), il présente les variétés de l’anglais selon les classes et commence à dénoncer ce qu’il appelle le “ jargon ” des hommes politiques. Etrangement, peut-être, la dictature de La ferme des animaux ne connaît pas de problèmes langagiers.

Toute la réflexion d’Orwell sur la langue repose sur une idée-force, que la linguistique récusait déjà à son époque, selon laquelle les mots sont autonomes par rapport à la pensée. Et il lui a échappé, comme le proposait fortement Roman Jakobson, que « de même qu’en peinture la géométrie se superpose à la couleur, la puissance d’abstraction de la pensée humaine surimpose des figures grammaticales au mot. » Il affirme pour sa part que la pensée est tellement dépendante des mots que ceux-ci peuvent régir celle-là. Il croit que parler c’est choisir des mots en toute souveraineté, ignorant qu’on ne saurait conceptualiser sans l’appui du langage. Comment dire “ la glace ” en bambara, langue de contrées où il fait trente degrés toute l’année ? En contradiction totale avec le concept d’arbitrarité du signe (voir comment le coq chante en anglais, en espagnol, en allemand, en français et en chinois), il suppose une corrélation entre le sens d’un mot et sa configuration sonore. Dans le monde de 1984, des fonctionnaires de la langue suppriment des mots du dictionnaire et confèrent aux vocables épargnés un sens unique, ce qui n’est pas soutenable dans la mesure où la pensée et les mots n’existent pas dans des sphères distinctes, Orwell pensant peut-être qu’à un mot pourrait correspondre automatiquement une seule pensée.

Dans ses essais majeurs sur la langue comme “ La politique et la langue anglaise ”, il estime que la langue dégénère quand elle sert le discours politique. Il s’inscrit dès lors dans la tradition idéaliste : « Bien écrire ou bien parler est un art. » Ecrire en anglais, c’est « se battre contre le flou, l’obscurité, les pièges tendus par les adjectifs décoratifs et les empiètements du latin et du grec ». Revendiquant son anglicité, Orwell préférait les mots d’origine saxonne aux mots d’origine franco-latine : freedom à liberty, brotherhood à fraternity, tout en sachant que plus de la moitié des mots de l’anglais venaient du français et de latin. A de nombreuses reprises, il décrit sa langue comme « défigurée », « violentée ».

Mais, à sa manière, Orwell a repris l’idéal de Boileau selon lequel ce qui se conçoit bien s’énonce clairement : « Une prose de qualité est transparente comme une vitre ». Ce cristal lui était nécessaire pour mieux faire passer la réalité confuse, violente et terrorisante. Stylistiquement parlant, sa plus grande réussite aura été de faire croire qu’il écrivait “ naturellement ” dans la langue parlée d’un anglais éduqué. D’où son obsession de ne pas pouvoir glisser « la lame d’un couteau métaphorique » entre les mots et le sens. Sa règle – pas toujours applicable – était que le sens décide du mot. Il s’efforça toujours, cela dit, de faire coïncider la forme et le fond.

Pour Orwell, les différences langagières étaient régies par les antagonismes de classe. Les classes éduquées ayant perdu le contact avec le monde ouvrier, il urgeait que les prolétaires redonnent du souffle à la langue anémiée de la classe dirigeante. Son idéalisme l’amena à proposer, pour que les accents régionaux ne disparaissent pas (ils sont toujours bien présents aujourd’hui), un accent « national » (pas le sien, lui l’ancien élève d’Eton), un « cockney modifié » ou alors un des accents du Nord. Mais dans 1984, non seulement les Proles ne régénèrent pas la langue du Parti intérieur, mais il n’existe aucun phénomène de contact entre leur langue et celle des maîtres.

Bien que polyglotte, Orwell n’affectionnait pas les emprunts entre langues. Il n’admit jamais que, si le vocabulaire anglais était très riche, c’est justement parce que la langue anglaise avait deux racines principales. De plus, alors que dans 1984 chaque continent possède une seule langue officielle, Orwell n’a rien écrit sur un fait déjà bien présent à son époque : le nouveau statut de l’anglais en tant que première langue véhiculaire mondiale. Conscient de la fin de la suprématie de l’Angleterre en tant que puissance planétaire, il redoutait le contact avec la culture d’outre-Atlantique. Plutôt conservateur en matière langagière, il n’en a pas moins créé de nombreux néologismes. Par exemple la “ nancytude ” (tapettitude), la “ scotchification ” (de l’Angleterre) (écossification), “ sub-faecal ” (sous-fécal), la “ blimpocracy ” (culotte de peaucratie). Bien que jungien, Orwell n’avait pas perçu que l’inconscient était structuré comme un langage. Il voyait dans les mots une substance pâteuse, fuyant indéfiniment devant les réalités de la pensée (« Quelqu’un a-t-il jamais écrit une lettre d’amour dans laquelle il a exprimé exactement ce qu’il voulait dire ? »). D’où cette proposition d’inventer des nouveaux mots (ou des mots neufs), aussi tranquillement que s’il s’agissait de « pièces pour moteur d’auto ». Mais il n’a pas pu (ou n’a pas eu le temps) de réfléchir à ses propres maniérismes. Il abusait d’adverbes de fréquences (“ rarement ”, “ toujours ”) parce qu’il avait tendance à généraliser. Il utilisait souvent la préposition “ comme ”, des adjectifs comme “ différent ”, “ identique ”, des verbes comme “ comparer ” parce qu’il pensait très souvent de manière analogique. Il s’efforça, cela dit, de s’imposer une hygiène d’écriture consistant, par exemple, à éviter les métaphores rebattues (pas une seule dans La ferme des animaux). Et il proposa cinq règles de bonne écriture et une sixième dirimante, dont il n’est pas stupide de s’inspirer, même si elles trahissent son souci névrotique de propreté :

Ne jamais utiliser une métaphore déjà vue sous la plume d’un autre.
Ne jamais utiliser un mot long quand un court fait l’affaire.
Supprimer un mot lorsqu’il est possible de le supprimer.
Ne pas utiliser la voix passive [beaucoup plus fréquente en anglais qu’en français] quand l’actif convient.
Ne jamais utiliser une expression étrangère, un mot scientifique ou du jargon s’il existe un équivalent en anglais de tous les jours.
Ne pas appliquer ces règles dès lors que le résultat est franchement malsonnant.

Dans 1984, le statut de la langue n’est pas toujours très cohérent. Un seul personnage (membre du Parti Extérieur) parle naturellement en Novlangue. Les enfants de Mrs Parson, pourtant militant zélés de la Ligue de la Jeunesse, s’expriment en anglais ordinaire. Orwell a toujours pensé que le manque de démocratie ou la dictature du prolétariat aggraveraient les antagonismes de classe. Aux trois classes d’Océania correspond une organisation linguistique gouvernée par le chiffre trois. Dans le Parti Intérieur, la Novlangue est censée être la norme ; dans le Parti Extérieur, elle se diffuse progressivement ; elle est inconnue des Proles qui parlent cockney, un idiome qui est d’avantage une recréation orwellienne que du cockney authentique. La Novlangue n’est pas généralisée dans le roman parce que le livre n’est pas une prophétie mais une satire dystopique. Elle ne peut être parlée par des personnages qui ressemblent aux gens qu’Orwell a côtoyés sa vie durant. A la fin du roman, Orwell estime que la Novlangue ne sera pas utilisé par tous avant 2050, malgré les moyens de coercition considérables dont dispose le système. Ce qui semble peut-être le plus pertinent dans la création de la Novlangue, c’est cette idée, aujourd’hui banale, qu’un discours officiel peut fort bien parler pour ne rien dire. Nous sommes en effet dans la destruction du sens. Le personnel politique étasunien a atteint cet idéal : souvenons-nous de Reagan se contenant de murmurer devant ses supporters « Read my lips » ou Hillary Clinton proposant un petit jappement chaque fois que Donald Trump proférerait un ânerie. Orwell postule par ailleurs que la langue fait naître la faute, le sentiment de culpabilité, notion que reprendra plus tard Roland Barthes expliquant que le fascisme n’empêche pas de dire mais oblige à dire.

L’écrivain au style translucide qu’était Orwell avait senti dans les années trente que la langue ne serait plus jamais un moyen de communication innocent. Winston finissait par “ aimer ” Big Brother parce que le mot “ amour ”, tout en ayant perdu sa signification d’origine, existait toujours bel et bien sous son horrible travestissement. Cratyle, dans le dialogue de Platon, avait décidé de se taire (« si des noms sont mal établis, ils ne sont plus que des éclats de voix »). Orwell choisit de travailler la simplicité de son expression (pour ceux dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, il est l’un des auteurs les plus faciles à lire) et de renforcer le pouvoir de ses propres mots.

Voir par ailleurs:

How Being Politically Incorrect Could Help Bloomberg

Bloomberg says things that can’t be said in polite company. Maybe voters don’t mind as much as elites do.It’s amusing to learn that Mike Bloomberg, just last year, was filmed speaking with his customary bluntness about transgender individuals: “If your conversation during a presidential election is about some guy wearing a dress and whether he, she, or it can go to the locker room with their daughter, that’s not a winning formula for most people,” he said at a business development forum.

You can’t talk that way anymore in the upper levels of the Democratic party, the media, the arts, or even corporate America. If Bloomberg had said this as the CEO of a publicly traded company, instead of as the owner of a private one, intense pressure would have been put on the board to fire him. And this was hardly the first time he said something that was guaranteed to offend. “We put all the cops in minority neighborhoods. Yes, that’s true. Why do we do it? Because that’s where all the crime is,” Bloomberg said in 2015 at the Aspen Institute, adding, “The way you get the guns out of the kids’ hands is to throw them up against the wall and frisk them.”

Bloomberg hasn’t had to report to anyone for many years, and being as frank as he likes, no matter how rude he sounds, is part of his brand. “A List of Things Bloomberg Actually Said About Fat People, Rape, George W. Bush, and J.Lo” ran one of the more entertaining headlines of this campaign season. My personal favorite is one of many one-liners contained in the now-infamous booklet, The Portable Bloomberg: The Wit and Wisdom of Michael Bloomberg. It was published as a sort of party favor back in 1990 by his employees, and no one quite seems to be able to tell if it is a spoof or an actual compendium of Bloomberg remarks. If the former, it sounds a lot like the latter to a lot of people. A highlight is Bloomberg’s summing-up of the British royals: “What a bunch of misfits — a gay, an architect, that horsey-faced lesbian, and a kid who gave up Koo Stark for some fat broad.” (Fact check: Prince Charles is not an architect, merely an architectural enthusiast.)

Yet Bloomberg’s sharp rise in polling has coincided with a concerted effort by the media to score him for all of these grave offenses against political correctness. We’re about to learn whether anyone outside the elite stratum of the country actually considers these sorts of barbed comments to be disqualifying. True, nobody is allowed to talk like this anymore. But then again, the only other politician who dares to is the current occupant of the White House. Which raises the question: Does a history of extreme political incorrectness actually boost Bloomberg’s chances?

Reading about what Democratic voters have to say, it’s evident that all principles and policies are negotiable. The only thing that matters to them is defeating Donald Trump. Medicare for All, Medicare for All Who Want It, continue the status quo? Whatever. As long as someone other than Trump is in charge. Democratic voters have discarded Elizabeth Warren because they don’t think she can defeat Trump, and they are having severe misgivings about Joe Biden because they’re not sure he’s still vigorous enough for battle, or indeed vigorous enough to make it through a sentence without taking a break for a nap. Bernie Sanders, too, has to be making Democratic voters nervous: Hey, we just want Trump gone, we don’t want to be annexed by Denmark. Most Democrats are aware that Sanders is extreme, and more important, most Democrats are aware that swing voters in Michigan and Wisconsin are aware of this.

American elites hear the way Bloomberg talks and think: Shocking! Disqualifying! Outrageous! Median voters might hear something very different: This guy is a match for Trump! Instead of choosing a parody of an earnest loser in a rumpled sweater who has a garage full of Eugene V. Debs filmstrips, the Dems could go with a swashbuckling, trash-talking, don’t-give-a-fig capitalist buccaneer who is prepared to rain insults on Trump, not just gently shake his head and say, “That’s not who we are.” Instead of having a pathetic old schmuck in a subcompact who seems like he should be teaching bored high schoolers, they could have a fiercely combative alpha male who could buy and sell Trump 20 times over. Why not dump Walter White and go with Heisenberg?

The sort of people who get the vapors at offensive comments are going to vote for the Democrat this fall no matter who it is. Bloomberg’s political incorrectness won’t matter any more than Hillary Clinton’s vote for the Iraq War mattered in 2016. Yet the prospect of riding into battle with someone who is as arrogant, aggressive, politically incorrect, and corrosively funny as Trump has to be a tempting proposition to a lot of Democrats. Even if it’s a fellow New York billionaire.

Voir de même:

Reaching Peak Progressivism
« The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare. »>The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare.
Victor Davis Hanson
American greatness
February 16th, 2020

In 2020 we have finally hit peak progressivism. The adjective “peak”—apex or summit— is often used to describe something that has reached its maximum extent but thereafter will insidiously decline—like supposed U.S. domestic oil production in 2000 when more oil was purportedly taken out of, rather than still in the ground. While the idea of peak oil in the days before fracking and horizontal drilling proved vastly premature, we likely are witnessing something like “peak progressivism” today.

By that I mean the hard-left takeover of the Democratic Party and the accompanying progressive agenda now have reached an extreme—beyond which will only result in the steady erosion of radical ideology altogether.

The French Revolution hit “peak” coerced egalitarianism with the Jacobin takeover and so-called Reign of Terror. After all, when you begin guillotining fellow travelers on charges they are counterrevolutionaries and begin worshiping a new atheist secular power “Reason,” institutionalized as Robespierre’s “Cult of the Supreme Being,” you have mostly reached the limits of political radicalism and are into the territory of the nihilistic, if not the maniacal and absurd—with a rendezvous with Napoleon on the horizon.

From 2009 through 2016, Barack Obama recalibrated the Democratic Party’s liberalism into progressive radicalism. He opened the border and all but dismantled existing immigration law. Sanctuary cities sprang up with impunity. Executive orders bypassed the Congress. The Iran Deal ignored the Senate’s treaty-making responsibilities. Obama sought to nationalize healthcare. The concept of “diversity” replaced affirmative action, by redefining racial oppression as distinct from historical grievance and economic disparity and instead lumping together 30 percent of the population as nonwhite, and thus antithetical to the new buzz construct of “white privilege.” Fast and Furious, the surveillance of the Associated Press reporters, Benghazi, the weaponization of the IRS, and the use of CIA, FBI, and DOJ to seed the spurious Steele dossier were all written off as proof of the “most scandal free” administration in memory.

But today Obamaism has been figuratively guillotined by the New Jacobins. It is found guilty of crimes of insufficient revolutionary zeal, as well as compromises with the U.S. Constitution and capitalism.

Once considered a crank socialist, Senator Bernie Sanders (I-Vt.) is now leads in many Democratic primary polls. Arriving with him at this moment in our politics is peak progressivism.

First-term socialists—House representatives such as Alexandria Ocasio-Cortez (D-N.Y.) and her fellow “squad” members, inspired by Sanders—now set the new Democratic agenda. And it is one that is more radical than anything seen in modern American history and largely unsustainable: calls to level a wealth tax and new top income-tax rates of 70-90 percent, to abolish the Immigration and Customs Enforcement Service, all student debt, an enforceable southern border, the internal combustion engine, and most Second Amendment rights, and to enact multi-trillion dollar new entitlements as outlined in the Green New Deal, Medicare for All, free college, free healthcare for illegal aliens, and reparations.

Identity politics so rules the rhetoric of the new progressive party that all of its—exclusively white—primary finalists vie to be most vocal in the ritual damning of their own country (that has ironically ensured their own influence, power, success and wealth) as inherently “racist.”

Universities Lead the Way In the Revolution Eating Itself

Outside of the political sphere, peak progressivism had reinvented the university, rejecting Martin Luther King, Jr’s vision of racial integration and assimilation, by demanding racially obsessed dorms, safe spaces, and applications.

There is hardly a First Amendment on campuses anymore. Speakers with unpopular views are shouted down with impunity by student activists. “Trigger warnings” seek to censor required texts. The mere accusation of sexual harassment on campus is synonymous with the suspension of the Fourth, Fifth, Sixth, and Seventh Amendments. Skepticism over abortion, “climate change,” or identity politics can cancel out a faculty career.

It is hard to imagine where universities go after peak progressivism, since it would be the pure nihilism of abolishing grades, admissions standards, and student fees.

Peak progressivism calls for the abolition of the constitutionally mandated Electoral College. Radicals now fault past failed schemes to pack the federal and Supreme Court with left-wing justices only because they failed, and thus advance ways to make court-packing work in the present. The bolder among them wants to reconfigure the U.S. Senate into a proportionally representational house or abolish it altogether. All that would be left after that would be the formal abolition of the U.S. Constitution itself.

Primary candidates compete with one another to water down voting laws, variously demanding that 16-year-olds, felons, and illegal aliens should be given the franchise. Gay marriage, which Obama opposed in 2008 and later promoted after reelection, is now passé. The new civil rights cause celebre is transgenderism, an ancient syndrome known in the past under a variety of clinical definitions that affects less than half of one percent of the population. Who, after these peak progressive ideas, would be left as ineligible to vote—12-year-olds, those on death row, the rest of the earth’s population?

All moderate Democratic presidential candidates long ago dropped out. Those who have not, such as Joe Biden and Michael Bloomberg, are in virtual reeducation camps, as they promise to progressive rivals and the media to renounce most of their past positions, effusively apologizing for prior incorrect thinking and failure to become sufficiently “woke.”

The Cycles of Cultish Extremism

There are certain historical characteristics of the current peak progressivism that are typical of past cycles of cultish extremism.

Iconoclasm—the destruction of statues and icons deemed reactionary—is typical.

So is Trotskyization, the renaming of buildings, streets, and institutions on the theory that current correct ideology makes past iconic figures no longer deserving of recognition and thus erased from history.

Puritanism is also typical, as correct speech extends to thoughts and behavior. Peak progressivism now includes Victorian prudery. Flattery, traditional flirting, and praise of physical beauty are proof of counter-revolutionary barbarism and toxic masculinity. The Internet allows instant cancel culture searches of one’s entire past thoughts, conduct, and expression in efforts to erase impure personas.

Tribal factionalism is a final symptom that peak ideology is already degenerating into chaos. In the Democratic primary, candidates could agree that white privilege and whiteness were toxic but no one quite could define whether black, Latino, Asian, gay, female upper-middle class, or wealthy candidates were the most victimized by America and thus the most deserving of reparatory considerations.

The much-discussed “intersectionality” is a construct, a myth. The history of ideological extremism is instead a war of all factions against one another.

We see just that in the peak progressive primaries. Michael Bloomberg is deemed a racist and sexist. But then so is Joe Biden. Bernie Sanders supposedly hires racists and sexists and won’t honor minimum wage laws. Senator Elizabeth Warren (D-Mass.) thinks Bernie is condescending to women and minorities. Pete Buttigieg thinks he is the victim of Joe Biden’s subtle anti-gay political adds, and feels, but does not articulate, that the black community is inherent anti-homosexual. The race to tag others as victimizers and selves as victimized is endless.

Radicals also vie to make rivals look counter-revolutionary, as they advance ever more incoherent and unhinged schemes without a clue that they are losing not just moderate support but even liberal followers. The more Warren feels she must become the purest peak progressive on the debate stage and the most radical in the U.S. Senate, the more her former supporters feel she is either a conniving opportunist or nuts or both.

Impossible Demands, Even of Their Own

Peak progressives cannot possibly live up to their rhetoric fantasies and so suffer from rank hypocrisies. Redistributionists like Warren and Sanders either fly on private jets or choose non-egalitarian first-class commercial. Hollywood stars who mouth crazy Oscar and Grammy ceremony platitudes vie with each other to wear multi-thousand-dollar clothes, live in mansions, and own yachts—as they drive down ratings to historic lows.

Not long ago, progressive pundits on CNN and MSNBC declared the current indicted lawyer Michael Avenatti presidential material for his fabrications and lies that were used to smear Justice Brett Kavanaugh. Where does a network go after that?

Racial quota advocates demand proportional representations and cry out about disparate impact but soon discover that they have no plans or desire to appoint candidates of color to be included on the Democrat debate stage (or to reserve slots for Asian-American basketball forwards, or to ensure blacks make up only 12 percent of the coveted billets of the U.S. Postal Service.) Peak progressives never imagine that they, too, can become prisoners of their ridiculous ideologies.

Peak progressives also live in cocoons. They have no inkling how their ever more radical talk alienates the public. How odd to see Mike Bloomberg repudiate many of his mayoral policies that once were popular with even liberal New Yorkers. (Or is Bloomberg’s Machiavellian team leaking past politically incorrect statements about crime and the housing collapse to show that in comparison with his current rivals’ professed lunacies that he once sounded pragmatic and sane?)

To prove he is not a racist, Joe Biden sounds like an incendiary radical, only further turning off his once-sizable moderate block of supporters. As Democratic candidates careen ever farther to the left, their crowds shrink, and Donald Trump’s rallies expand.

Peak progressivism even scares the diehard NeverTrump right, which fears imploding by voting for a whacked-out Bernie Sanders as the only alternative to the hated Trump.

Peak progressivism eventually either recedes, or, to remain viable, entails violence, as in the Russian, Chinese, or Cuban revolutions. The odd thing is not that Sanders supporter James Hodkinson tried to mow down some of the Republican House leadership, or a recent left-wing activist sought to run over Trump supporters with his van, or that Hollywood stars still compete with each other in imagining the most fitting rhetorical torture or killing of the president of the United States—bombing, incineration, beheading, stabbing, shooting, beating—but that progressive voices rarely complain about such extremist rhetoric or actions. Impeachment 1.0 in January 2017 looks tame in comparison to 2.0 in February 2020, which in turn will seem a sell-out compared to 3.0 in 2021.

George McGovern ensured a Nixon landslide, Jimmy Carter hastened the Reagan Revolution—and the eventual return of the old Democrats under Bill Clinton.

The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare.

Voir de plus:

China’s Government Is Like Something out of 1984

The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship.The Chinese Communist government increasingly poses an existential threat not just to its own 1.4 billion citizens but to the world at large.

China is currently in a dangerously chaotic state. And why not, when a premodern authoritarian society leaps wildly into the brave new world of high-tech science in a single generation?

The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship. Predictably, the Chinese Communist Party has not developed the social, political, or cultural infrastructure to ensure that its sophisticated industrial and biological research does not go rogue and become destructive to itself and to the billions of people who are on the importing end of Chinese products and protocols.

Central Party officials run the government, military, media, and universities collectively in a manner reminiscent of the science-fiction Borg organism of Star Trek, which was a horde of robot-like entities all under the control of a central mind.

Thirty years ago, American pundits began gushing over China’s sudden leap from horse-drawn power to solar, wind, and nuclear energy. The Chinese Communist government wowed Westerners. It created from nothing high-speed rail, solar farms, shiny new airports, and gleaming new high-density apartment buildings.

Western-trained Chinese scientists soon were conducting sophisticated medical and scientific research. And they often did so rapidly, without the prying regulators, nosy elected officials, and bothersome citizen lawsuits that often burden American and European scientists.

To make China instantly rich and modern, the Communist hierarchy — the same government that once caused the deaths of some 60 million innocents under Mao Zedong — ignored property rights. It crushed individual freedom. It embraced secrecy and bulldozed over any who stood in its way.

In much the same manner that silly American pundits once praised Benito Mussolini’s fascist efforts to modernize Depression-era Italy, many naifs in the West praised China only because they wished that their own countries could recalibrate so quickly and efficiently — especially in service to green agendas.

But the world is learning that China does not just move mountains for new dams or bulldoze ancient neighborhoods that stand in the path of high-speed rail. It also hid the outbreak and the mysterious origins of the deadly coronavirus from its own people and the rest of the planet as well — a more dangerous replay of its earlier effort to mask the spread of the SARS virus. The result was that thousands of unknowing carriers spread the viral plague while the government covered up its epidemic proportions.

China, of course, does not wish to have either its products or citizens quarantined from other countries. But the Chinese government will not allow foreign scientists to enter its country to collaborate on containing the coronavirus and developing a vaccine.

No wonder Internet conspiracies speculate that the virus was either a rogue product of the Chinese military’s bioengineering weapons lab or originated from bats, snakes, or pangolins and the open-air markets where they are sold as food.

It is hard to believe that in 2020, the world’s largest and second-wealthiest county, which boasts of high-tech consumer products and gleaming cities, has imprisoned in “re-education camps” more than 1 million Uighur Muslims in the manner that Hitler, Stalin, and Mao once relocated “undesirable” populations.

China seems confident that it will soon rule the world, given its huge population, massive trade surpluses, vast cash reserves, and industries that produce so many of the world’s electronic devices, pharmaceuticals, and consumer goods.

For a year, the Chinese government has battled massive street demonstrations for democracy in Hong Kong. Beijing cynically assumes that Western nations don’t care. They are expected to drop their characteristic human-rights advocacy because of how profitable their investments inside China have proven.

Beijing was right. Few Western companies complain that Chinese society is surveilled, regulated, and controlled in a nightmarish fashion that George Orwell once predicted in his dystopian novel, 1984.

All of these recent scandals should remind the world that China got rich by warping trade and stealing technology in much the same way that it deals with epidemics and dissidents. That is, by simply ignoring legitimate criticism and crushing anyone in its way.

If the Chinese Communist Borg is willing to put millions of its own citizens at risk of infection and death, why would it care about foreigners’ complaints that China is getting rich and powerful by breaking international trade rules?

The truth about President Trump’s decision to call China to account over its systematic abuse of international trade norms is not that Trump’s policy is reckless or ill-considered. It’s that at this late date, the reckoning might prove too little, too late.

Voir encore:

Des employés d’Amazon écoutent les conversations des utilisateurs avec Alexa

Pour améliorer les performances de reconnaissance vocale de son assistant intelligent Alexa, des milliers de salariés d’Amazon écoutent des extraits de conversations réelles. Il n’est pas mentionné explicitement dans ses conditions d’utilisation que des humains peuvent y accéder.

Kesso Diallo

Plusieurs personnes hésitent à introduire des enceintes connectées chez eux par crainte d’être écoutés. D’une certaine façon, c’est bien le cas. Une enquête de Bloomberg révèle qu’Amazon emploie des milliers de salariés dans le monde pour écouter les conversations des utilisateurs avec Alexa, l’assistant vocal qui alimente les enceintes Echo du géant et plus de 100 millions d’objets connectés dans le monde. Ces employés travaillent neuf heures par jour dans des bureaux à Boston, au Costa Rica, en Inde ou encore en Roumanie. Il analyse jusqu’à 1000 clips audio par jour pour transcrire et annoter leur contenu. Le but est d’améliorer l’outil de reconnaissance vocale en éliminant les lacunes dans la compréhension de la parole humaine par Alexa et en l’aidant à mieux répondre aux demandes des utilisateurs. Un employé explique ainsi à Bloomberg avoir aidé Alexa à mieux comprendre le nom «Taylor Swift» en lui indiquant que l’utilisateur parlait d’une artiste musicale.

La vie privée des utilisateurs chez Amazon

Parmi le type de clips auxquels les salariés accèdent, des requêtes mais aussi des sons enregistrés comme une femme qui chante mal sous la douche. Problème: ces fichiers peuvent être partagés sur une messagerie interne pour aider un collègue à mieux interpréter une phrase ou pour se moquer d’un enregistrement amusant. D’autres extraits sont parfois plus problématiques. Deux personnes qui travaillaient pour Amazon ont ainsi raconté avoir entendu ce qui ressemblait à une agression sexuelle. Après l’avoir mentionné à leur hiérarchie, ils ont été informés qu’Amazon ne souhaitait pas réagir à la situation. Pourtant le géant affirme que «des procédures ont été mises en place» pour ce genre de situation. Enfin, lorsque les employés entendent des données personnelles telles que les coordonnées bancaires, ils cochent simplement une boîte de dialogue indiquant «données critiques» avant de passer au fichier audio suivant.

Selon un porte-parole d’Amazon, seul «un très faible échantillon des enregistrements» est utilisé pour améliorer l’expérience de l’utilisateur. Il précise également que les employés ne peuvent pas accéder directement aux informations d’identification des personnes ou des comptes associés aux enregistrements. «Toutes les informations sont traitées avec la plus grande confidentialité et nous utilisons l’authentification multifacteurs pour restreindre l’accès, le chiffrement des services et des audits de notre environnement de contrôle pour le protéger». Pourtant, les captures d’écran fournies par les employés à Bloomberg montrent qu’à défaut d’indiquer le nom complet et l’adresse d’un utilisateur, les enregistrements sont tout de même associés à un numéro de compte, ainsi qu’au prénom de l’utilisateur et le numéro de série de l’appareil.

Paramètres de confidentialité

Amazon mentionne dans ses conditions d’utilisation que les conversations des utilisateurs avec Alexa sont enregistrées pour améliorer son assistant virtuel. Cependant, le géant n’y précise explicitement pas que ces conversations peuvent être écoutées par des humains. Et si l’utilisateur peut limiter via les paramètres de confidentialité d’Alexa l’utilisation qui est faite de ces enregistrements, il ne peut jamais empêcher cette transmission.

Alexa est conçue pour enregistrer en continu des extraits audio dès qu’elle entend le mot d’activation, soit «Alexa» par défaut. Ce mot peut être modifié. Une fois qu’il est détecté, l’anneau de lumière situé au-dessus de l’enceinte devient bleu, indiquant que le périphérique enregistre et transmet une commande aux serveurs d’Amazon. Le site du géant affirme qu’aucun son n’est stocké à moins que l’enceinte connectée Echo ne détecte le mot d’activation ou ne soit allumée en appuyant sur un bouton. Mais, il arrive qu’Alexa commence un enregistrement sans aucune demande de la part de l’utilisateur ou par accident. L’assistant vocal peut en effet se tromper, notamment avec d’autres langues que l’anglais. En français, il peut confondre «sa» avec «Alexa», soit son mot d’activation. Chaque auditeur transcrit ainsi jusqu’à 100 enregistrements par jour dans ces situations selon une source de Bloomberg.

Améliorer les assistants vocaux

Amazon n’est pas la seule entreprise à faire écouter une partie de ces conversations à des humains pour améliorer son outil de reconnaissance vocale. C’est aussi le cas chez Google et Apple avec leurs propres assistants vocaux Google Assistant et Siri. Pour Siri d’Apple, les enregistrements passés en revue ne contiennent pas d’informations personnelles. Durant les six mois où ils sont stockés, ils sont liés à un identifiant aléatoire selon un livre blanc sur la sécurité d’Apple. Après ces six mois, les données sont dépourvues de leur identifiant aléatoire, mais elles peuvent être stockées plus longtemps pour améliorer la reconnaissance vocale de Siri. Chez Google, certains réviseurs peuvent accéder à des extraits audio de Google Assistant, mais ces derniers ne sont associés à aucune information personnelle et le son est déformé, selon l’entreprise.

Dans la nuit du 2 au 3 août, Amazon a mis à jour son application Alexa pour expliquer plus clairement la manière dont les enregistrements sont utilisés. Ainsi, on peut dorénavant lire que «les fichiers audios peuvent être […] manuellement révisés pour aider à améliorer les services [d’Amazon]». Alors qu’avant, la firme indiquait seulement que les enregistrements pouvaient «être utilisés pour développer de nouvelles fonctionnalités». Via l’application, il est aussi possible de désactiver l’envoi et l’écoute des fichiers audios avec Alexa. L’annonce d’Amazon fait suite à la procédure administrative ouverte par l’autorité de protection des données de Hambourg à l’encontre de Google. Depuis le 1er août et pendant trois mois, la firme n’est plus autorisée à laisser ses employés ou sous-traitants écouter les conversations enregistrées par son assistant intelligent. L’interdiction s’étend à toute l’Union Européenne. Apple a également emboîté le pas à Google et Amazon. La firme a annoncé au média TechCrunch qu’elle suspendait la manière dont les enregistrements sont utilisés pour améliorer son assistant vocal, «le temps de le réexaminer en profondeur». Cette décision s’applique au monde entier.

Voir enfin:

Primaires américaines : à Las Vegas, le milliardaire Michael Bloomberg aiguise les rivalités démocrates
L’ancien maire de New York a participé à son premier débat des primaires et fait l’unanimité contre lui parmi les autres candidats.

Corine Lesnes

Le Monde

20 février 2020

Michael Bloomberg avait beaucoup d’explications à fournir. Sur ses déclarations méprisantes à l’égard des femmes, son passé républicain, et surtout sa politique de « stop and frisk » ou contrôle au faciès quand il était maire de New York de 2002 à 2013. Dès la deuxième minute du débat des primaires démocrates de Las Vegas, mercredi 19 février, Bernie Sanders a attaqué frontalement le nouveau venu dans la campagne, expliquant qu’il n’avait aucune chance de battre Donald Trump, en raison de son soutien passé à cette pratique raciste.

Le milliardaire a encaissé le coup. « Euh », a-t-il balbutié. Elizabeth Warren s’est précipitée pour le tailler en pièces : « J’aimerais parler de qui nous combattons, a-t-elle lancé. Un milliardaire qui traite les femmes de “grosses vaches” et de “lesbiennes au visage chevalin”. Et non, je ne parle pas de Donald Trump, a repris la sénatrice du Massachusetts. Je parle de Michael Bloomberg. Les démocrates prennent un grand risque si nous remplaçons un milliardaire arrogant par un autre. »

Dans l’assistance, il y a eu un moment d’effroi puis des applaudissements. La candidate, en perte de vitesse depuis des semaines dans les sondages, faisait référence à une compilation satirique concoctée en 1990 par un cadre de la société Bloomberg et offerte au PDG pour son 48e anniversaire : la recension de quelques « maximes » d’un homme réputé pour ses jugements corrosifs. Bloomberg a préféré ne pas relever. « Je suis New-Yorkais, a-t-il répondu d’une voix atone. Je sais comment m’y prendre avec un imposteur new-yorkais de l’arrogance de Donald Trump. »

Effet Bloomberg ? Sursaut de combativité parmi les concurrents distancés dans les sondages ? Le neuvième débat démocrate, mercredi 19 février, le premier pour l’ancien maire de New York, a été le plus brutal depuis le début de la compétition pour la succession de Donald Trump. Pendant la première heure, le casino Paris Las Vegas s’est transformé en arène où les six candidats-gladiateurs ont déversé attaques et insultes – des plus conséquentes aux plus mesquines. NBC News a totalisé 75 tirs dans les 60 premières minutes. Et dans toutes les directions.

Ascension fulgurante

Amy Klobuchar, l’accrocheuse sénatrice du Minnesota, s’est vu longuement reprocher d’avoir été incapable de citer le nom du président mexicain dans une interview, alors qu’elle a multiplié les excuses et pris soin de mentionner Andres Manuel Lopez Obrador (après un coup d’œil à ses notes). Avec son air de premier de la classe, le polyglotte Pete Buttigieg, qui court sur les mêmes terres centristes du Midwest, l’a énervée plusieurs fois : « J’aimerais que tout le monde soit aussi parfait que toi, Pete. »

Rien n’a été épargné aux spectateurs. Pas même la crise cardiaque subie, en octobre 2019 dans cette même ville de Las Vegas, par Bernie Sanders. Pete Buttigieg, le premier, mais pas le seul, lui a reproché de ne pas publier davantage d’informations sur son dossier médical. Bernie Sanders, la figure rouge depuis son premier emportement contre Michael Bloomberg, a répondu qu’il avait donné toutes les garanties. Avant de botter en direction de Bloomberg : « Je crois qu’on partage le fait d’avoir deux stents », a-t-il glissé. « C’était il y a 25 ans », a soupiré l’ancien maire de New York.

L’ascension fulgurante de ce dernier a fait l’effet d’un électrochoc dans le camp démocrate. Plusieurs sondages l’ont maintenant placé dans le trio de tête, voire en deuxième position. Dans le dernier calcul de la moyenne des sondages établie par le site Realclearpolitics, Bernie Sanders arrive en première position avec 29 %, Joe Biden est deuxième avec 18 %, talonné par Michael Bloomberg à 16 %. Le sondage NBC News-Wall Street Journal, publié à la veille du débat, a lui aussi placé le socialiste-démocrate en tête avec 27 %, devant Joe Biden, en recul de 11 points. L’ancien vice-président, qui joue gros lors des caucus du Nevada samedi, a tenu son rang dans le débat, mais sans éclat.

Neuvième fortune mondiale

Depuis qu’il s’est lancé en novembre 2019, Michael Bloomberg, 55 milliards de dollars (50 milliards d’euros), la 9e fortune mondiale selon le classement du magazine Forbes en 2019, a déployé des moyens sans précédent. Il a déjà dépensé 409 millions de dollars, dont un million par jour sur Facebook selon NBC News, soit plus que les candidats encore en lice pendant toute l’année 2019.

Lui qui a fait sa fortune dans l’information financière a mis en place un dispositif sophistiqué sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à payer des influenceurs pour publier des mèmes. Il a recruté des auteurs d’émissions satiriques pour calibrer des Tweet susceptibles de déclencher la rage de Donald Trump – lequel mord régulièrement à l’hameçon. Sans avoir participé aux caucus de l’Iowa ou aux primaires du New Hampshire, sans se présenter aux caucus du Nevada samedi 22 ou aux primaires de Caroline du Sud le 29 février, Michael Bloomberg s‘est hissé devant des candidats qui battent la campagne depuis plus d’un an.

Ceux-ci ont-ils réussi à enrayer la dynamique ? Bloomberg, qui n’avait pas participé à un débat politique depuis plus de dix ans, n’a pas manifesté de talent oratoire particulier, hésitant dans sa défense. Sur les contrôles au faciès, il s’est de nouveau excusé, plaidant l’ignorance de l’impact sur les minorités, tout en répétant que, de 650, le nombre de meurtres à New York avait été réduit de 50 %. Il ne s’est animé que dans la partie consacrée au climat, l’une de ses causes de prédilection.

Quoi qu’il en soit, sa présence a entraîné un débat supplémentaire chez les démocrates. Tous les candidats se sont déclarés scandalisés qu’il « achète » l’élection à coups de publicités (une telle fortune, équivalente à ce que possèdent 125 millions d’Américains, est « immorale », a jugé Bernie Sanders). Mais Bloomberg, un self-made-man, ingénieur de formation qui a inventé une plate-forme de trading, n’est pas vu comme un épouvantail par toute la gauche, où sévit ce qu’un éditorialiste a appelé « la tentation de Bloomberg », l’anti-Bernie Sanders.

Le milliardaire a reçu le soutien de dizaines de maires et d’élus afro-américains, dont il aide les projets sociaux depuis des années. Il a investi 500 millions de dollars dans la campagne de l’organisation écologiste Sierra Club « Beyond coal », qui a contribué à fermer la moitié des centrales au charbon du pays. Pas une cause progressiste – du planning familial à l’Emily’s List, qui aide les femmes en politique – qui n’ait bénéficié de subventions de sa fondation. « J’ai eu beaucoup de chance, j’ai gagné beaucoup d’argent et je suis en train de le dépenser pour débarrasser le pays de Donald Trump. Et d’ailleurs, une bonne partie de cet argent va au Parti démocrate », a-t-il rappelé.

Voir enfin:

Poison Apples
Rebecca Solnit
Harper’s
Dec. 2014

Thirty years ago, Apple Computer launched a new product with a messianic commercial in which legions of blank-faced, coverall-clad workers march, as if in a trance, through a strange industrial world. They arrive at a bright screen, which they sit in front of in homogeneous rows to watch a Big Brother–like figure announce the triumph of a mind-controlling monoculture. An athlete speeds toward the massive hall. Her sprinting power, her golden skin and bright red shorts, and even her gender stand in contrast to the zombie shuffle of the male figures.

The ad cuts back and forth between this vivid, supercharged woman in color and the bald ghost-workers in black and white. Pursued by faceless police in riot helmets intent on stopping her, she nevertheless finds time to spin her sledgehammer round and round before hurling it at the screen, where it smashes the image of Big Brother. The screen explodes in brightness, like an atomic blast, before the video cuts to a shot of the audience’s illuminated faces, their mouths open in shock. Then comes the famous tagline: “On January 24th, Apple Computer will introduce Macintosh. And you’ll see why 1984 won’t be like ‘1984.’ ” It’s perhaps Silicon Valley’s first announcement that they don’t just make tools; they make culture. But what kind of culture?

This minute-long movie was made in an era of considerable anxiety about the future. Alien (1979) postulated the usual hostile invaders, with better effects; Mad Max 2: The Road Warrior (1981) showed a chaotic world of post-peak-oil car mania; Blade Runner (1982) was set in a Los Angeles that was a weird mix of post-human and post-white, two qualities that were regarded with what seemed like equal dismay; and The Terminator (1984) worried about smart machines. This little Apple film was made to pep you up about the future, not to scare you, back in the days when the power of computers was puny compared with now, and nuclear threats were huge.

I want to yell at that liberatory young woman with her sledgehammer: « Don’t do it! » Apple is not different. That industry is going to give rise to innumerable forms of triviality and misogyny, to the concentration of wealth and the dispersal of mental concentration. To suicidal, underpaid Chinese factory workers whose reality must be like that of the shuffling workers in the commercial. If you think a crowd of people staring at one screen is bad, wait until you have created a world in which billions of people stare at their own screens even while walking, driving, eating in the company of friends—all of them eternally elsewhere. »


Corbyn/Mélenchon: La synthèse mène au désastre (A long tradition of communist accommodation with antisemitism: how the demagogues from the race-card playing left made the private prejudices of conservative Muslim voters respectable)

17 décembre, 2019

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L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite ; (il) donne la permission d’être démocratiquement antisémite. Qui dit mieux ? Il est désormais possible de haïr les Juifs au nom du progressisme ! Il y a de quoi avoir le vertige : ce renversement bienvenu, cette introuvable inversion ne peuvent qu’enfermer Israël dans une nouvelle solitude. Vladimir Jankélévitch
La nation juive n’est pas civilisée, elle est patriarchale, n’ayant point de souverain, n’en reconnaissant aucun en secret, et croyant toute fourberie louable, quand il s’agit de tromper ceux qui ne pratiquent pas sa religion. Elle n’affiche pas ses principes, mais on les connaît assez. Un tort plus grave chez cette nation, est de s’adonner exclusivement au trafic, à l’usure, et aux dépravations mercantiles […] Tout gouvernement qui tient aux bonnes mœurs devrait y astreindre les Juifs, les obliger au travail productif, ne les admettre qu’en proportion d’un centième pour le vice: une famille marchande pour cent familles agricoles et manufacturières; mais notre siècle philosophe admet inconsidérément des légions de Juifs, tous parasites, marchands, usuriers, etc.Charles Fourier (Analyse de la civilisation, 1848)
Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer. Pierre-Joseph Proudhon (1849)
Observons le Juif de tous les jours, le Juif ordinaire et non celui du sabbat. Ne cherchons point le mystère du Juif dans sa religion, mais le mystère de sa religion dans le Juif réel. Quelle est donc la base mondaine du judaïsme ? C’est le besoin pratique, l’égoïsme. Quel est le culte mondain du Juif ? C’est le trafic. Quelle est la divinité mondaine du Juif ? C’est l’argent. Karl Marx
L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister. Karl Marx
Dans les villes, ce qui exaspère le gros de la population française contre les Juifs, c’est que, par l’usure, par l’infatigable activité commerciale et par l’abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique . […] En France, l’influence politique des Juifs est énorme mais elle est, si je puis dire, indirecte. Elle ne s’exerce pas par la puissance du nombre, mais par la puissance de l’argent. Ils tiennent une grande partie de de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d’un point, la double force de l’argent et du nombre. Jean Jaurès (La question juive en Algérie, Dépêche de Toulouse, 1er mai 1895)
Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. Jean Jaurès (Discours au Tivoli, 1898)
Le Brexit et Trump étaient inextricablement liés en 2016 et ils sont inextricablement liés aujourd’hui. Johnson annonce une grande victoire de Trump. Les classes populaires sont fatiguées de leurs élites de new York, de Londres et de Bruxelles, qui leur expliquent comment vivre et comment faire. (…) Si les démocrates n’en tirent pas les leçons, Trump voguera vers une victoire à la Reagan en 1984. Steve Bannon
Avec Johnson, on se retrouve paradoxalement avec une bonne chance d’avoir une social-démocratie modérée. La victoire de Johnson pourrait être, comme le Brexit en 2016, l’indicateur d’une tendance capable de se répéter à nouveau outre-Atlantique. Dans les deux cas, les deux hommes ont été incroyablement sous-estimés par leurs adversaires et les observateurs, qui les ont volontiers présentés comme des clowns. Mais Boris Johnson n’a pas le caractère brutal de Trump et son côté incontrôlable. Il offre de ce point de vue un visage optimiste et décent à la révolte populiste et montre à la droite européenne qu’il est possible de la chevaucher sans quelle dérive vers quelque chose d’illibéral. C’est une bonne nouvelle. David Goodhart
Donald Trump, in his telling, could have shot somebody on Fifth Avenue and won. Boris Johnson could mislead the queen. He could break his promise to get Britain out of Europe by Oct. 31. He could lie about Turks invading Britain and the cost of European Union membership. He could make up stories about building 40 new hospitals. He could double down on the phantom $460 million a week that Brexit would deliver to the National Health Service — and still win a landslide Tory electoral victory not seen since Margaret Thatcher’s triumph in 1987. The British, or at least the English, did not care. Truth is so 20th century. They wanted Brexit done; and, formally speaking, Johnson will now take Britain out of Europe by Jan. 31, 2020, even if all the tough decisions on relations with the union will remain. Johnson was lucky. In the pathetic, emetic Jeremy Corbyn, the soon-to-depart Labour Party leader, he faced perhaps the worst opposition candidate ever. In the Tory press, he had a ferocious friend prepared to overlook every failing. In Brexit-weary British subjects, whiplashed since the 2016 referendum, he had the perfect receptacle for his “get Brexit done.” (…) The British working class, concentrated in the Midlands and the North, abandoned Labour and Corbyn’s socialism for the Tories and Johnson’s nationalism. In the depressed provinces of institutionalized precariousness, workers embraced an old Etonian mouthing about unleashed British potential. Not a million miles from blue-collar heartland Democrats migrating to Trump the millionaire and America First demagogy. That’s not the only parallel with American politics less than 11 months from the election. Johnson concentrated all the Brexit votes. By contrast, the pro-Remain vote was split between Corbyn’s internally divided Labour Party, the hapless Liberal Democrats, and the Scottish National Party. For anybody contemplating the divisions of the Democratic Party as compared with the Trump movement’s fanatical singleness of purpose, now reinforced by the impeachment proceedings, this can only be worrying. The clear rejection of Labour’s big-government socialism also looks ominous for Democrats who believe the party can lurch left and win. The British working class did not buy nationalized railways, electricity distribution and water utilities when they could stick it to some faceless bureaucrat in Brussels and — in that phrase as immortal as it is meaningless — take back their country. (…)That’s the story of our times. Johnson gets and fits those times better than most. He’s a natural. “Brexit and Trump were inextricably linked in 2016, and they are inextricably linked today,” Steve Bannon told me. “Johnson foreshadows a big Trump win. Working-class people are tired of their ‘betters’ in New York, London, Brussels telling them how to live and what to do. Corbyn the socialist program, not Corbyn the man, got crushed. If Democrats don’t take the lesson, Trump is headed for a Reagan-like ’84 victory.” I still think Trump can be beaten, but not from way out left and not without recognition that, as Hugo Dixon, a leader of the now defeated fight for a second British referendum, put it: “There is a crisis of liberalism because we have not found a way to connect to the lives of people in the small towns of the postindustrial wasteland whose traditional culture has been torn away.” Johnson, even with his 80-seat majority, has problems. His victory reconciled the irreconcilable. His moneyed coterie wants to turn Britain into free-market Singapore on the Thames. His new working-class constituency wants rule-Britannia greatness combined with state-funded support. That’s a delicate balancing act. The breakup of Britain has become more likely. The strong Scottish National Party showing portends a possible second Scottish referendum on independence. (…) As my readers know, I am a passionate European patriot who sees the union as the greatest achievement of the second half of the 20th century, and Britain’s exit as an appalling act of self-harm. But I also believe in democracy. Johnson took the decision back to the people and won. His victory must be respected. The fight for freedom, pluralism, the rule of law, human rights, a free press, independent judiciaries, breathable air, peace, decency and humanity continues — and has only become more critical now that Britain has marginalized itself irreversibly in a fit of nationalist delusion. Roger Cohen
Britain’s election on December 12th was the most unpredictable in years—yet in the end the result was crushingly one-sided. As we went to press the next morning, Boris Johnson’s Conservative Party was heading for a majority of well over 70, the largest Tory margin since the days of Margaret Thatcher. Labour, meanwhile, was expecting its worst result since the 1930s. Mr Johnson, who diced with the possibility of being one of Britain’s shortest-serving prime ministers, is now all-powerful. The immediate consequence is that, for the first time since the referendum of 2016, it is clear that Britain will leave the European Union. By the end of January it will be out—though Brexit will still be far from “done”, as Mr Johnson promises. But the Tories’ triumph also shows something else: that a profound realignment in British politics has taken place. Mr Johnson’s victory saw the Conservatives taking territory that Labour had held for nearly a century. The party of the rich buried Labour under the votes of working-class northerners and Midlanders. After a decade of governments struggling with weak or non-existent majorities, Britain now has a prime minister with immense personal authority and a free rein in Parliament. Like Thatcher and Tony Blair, who also enjoyed large majorities, Mr Johnson has the chance to set Britain on a new course—but only if his government can also grapple with some truly daunting tasks. Mr Johnson was lucky in his opponent. Jeremy Corbyn, Labour’s leader, was shunned by voters, who doubted his promises on the economy, rejected his embrace of dictators and terrorists and were unconvinced by his claims to reject anti-Semitism. But the result also vindicates Mr Johnson’s high-risk strategy of targeting working-class Brexit voters. Some of them switched to the Tories, others to the Brexit Party, but the effect was the same: to deprive Labour of its majority in dozens of seats. Five years ago, under David Cameron, the Conservative Party was a broadly liberal outfit, preaching free markets as it embraced gay marriage and environmentalism. Mr Johnson has yanked it to the left on economics, promising public spending and state aid for struggling industries, and to the right on culture, calling for longer prison sentences and complaining that European migrants “treat the UK as though it’s basically part of their own country.” Some liberal Tories hate the Trumpification of their party (the Conservative vote went down in some wealthy southern seats). But the election showed that they were far outnumbered by blue-collar defections from Labour farther north. This realignment may well last. The Tories’ new prospectus is calculated to take advantage of a long-term shift in voters’ behaviour which predates the Brexit referendum. Over several decades, economic attitudes have been replaced by cultural ones as the main predictor of party affiliation. Even at the last election, in 2017, working-class voters were almost as likely as professional ones to back the Tories. Mr Johnson rode a wave that was already washing over Britain. Donald Trump has shown how conservative positions on cultural matters can hold together a coalition of rich and poor voters. And Mr Johnson has an extra advantage in that his is unlikely to face strong opposition soon. Labour looks certain to be in the doldrums for a long time.The Economist
En juin 2016, le coup de tonnerre du Brexit avait précédé l’ouragan Trump, révélant le caractère transatlantique de la révolte nationaliste et populiste qui souffle sur l’Occident. Trois ans plus tard, la retentissante victoire de Boris Johnson annonce-t-elle à son tour une nouvelle prouesse de Donald Trump en novembre 2020? Beaucoup en Amérique accueillent l’idée avec horreur, mais certains commencent à envisager sérieusement l’hypothèse, en observant l’obstination avec laquelle ses électeurs lui restent fidèles, de la même manière que les électeurs du Brexit sont restés fidèles à leur désir de «sortir» de l’Union européenne. Les dérapages de Trump et les gigantesques efforts de ses adversaires pour lui ôter toute légitimité sont loin d’avoir fait bouger les lignes, peut-être même le contraire, à en croire de récents sondages favorables au président américain. Au Royaume-Uni, le slogan résolu de Boris Johnson, «Faisons le Brexit», a de son côté fait merveille, malgré tous les efforts des partisans du maintien dans l’Union qui voient leur rêve de « nouveau référendum » à nouveau fracassé. « Le Brexit et Trump étaient inextricablement liés en 2016 et ils sont inextricablement liés aujourdhui. Johnson annonce une grande victoire de Trump. Les classes populaires sont fatiguées de leurs élites de new York, de Londres et de Bruxelles; qui leur expliquent comment vivre et comment faire. (…) Si les démocrates n’en tirent pas les leçons, Trump voguera vers une victoire à la Reagan en 1984, déclare l’idéologue du national-populisme américain Steve Bannon à l’éditorialiste du New York Times Roger Cohen », qui semble partager à contre-coeur partager son pronostic.Même si on fait difficilement plus américain que Donald Trump, ni plus britannique que Boris Johnson, il y a incontestablement des parallèles saisissants entre les deux hommes et ils sont loin de se limiter à leur tignasse blonde, qui fait le régal des photographes. Premier point commun, les deux hommes appartiennent à l’élite « libérale » de leur pays, mais se sont définis en patriotes réalistes, surfant sur le désir viscéral du retour à la nation de l’électorat et offrant la promesse d’un pays « reprenant le contrôle » de son destin. Tous deux ont également joué de leurs personnalités hétérodoxes et charismatiques pour passer allègrement le Rubicon du politiquement correct et se poser en défenseurs du « petit peuple », grand perdant de la globalisation et de l’ouverture des frontières à l’immigration. Allant à rebours de la doxa du libre-échange pur et dur, ils ont engagé à la hussarde une redéfinition révolutionnaire de l’ADN de leur partis respectifs, instaurant un virage à gauche sur la question du commerce et du protectionnisme, tout en se situant à droite sur les questions sociétales et culturelles. La carte de leur électorat s’en trouve alors métamorphosée par le ralliement à la bannière conservatrice de régions traditionnellement acquises au Labour britannique ou au parti démocrate américain. De ce point de vue, l’humeur de la classe ouvrière des Midlands et du nord de l’Angleterre est presque un copié-collé du ressenti des ouvriers déclassés de l’industrie sidérurgique d l’Ohio ou de la Pennsylvanie. Boris comme Donald ont aussi séduit les petites villes et le pays rural, ce pays dit « périphérique » qui est en réalité « majoritaire », rappelle Christophe Guilluy. « Avec Johnson, on se retrouve paradoxalement avec une bonne chance d’avoir une soicial-démocratie modérée », note l’essayiste David Goodhart. Comme Steve Bannon, l’intellectuel anglais n’exclut pas que la victoire de Johnson soit, comme le Brexit en 2016, ‘l’indicateur d’une tendance capable de se répéter à nouveau outre-Atlantique ». Dans les deux cas, les deux hommes ont été incroyablement sous-estimés par leurs adversaires et les observateurs, qui les ont volontiers présentés comme des clowns, souligne l’intellectuel. Laure Mandeville
While Ken Livingstone was forcing startled historians to explain that Adolf Hitler was not a Zionist, I was in Naz Shah’s Bradford. A politician who wants to win there cannot afford to be reasonable, I discovered. He or she cannot deplore the Israeli occupation of the West Bank and say that the Israelis and Palestinians should have their own states. They have to engage in extremist rhetoric of the “sweep all the Jews out” variety or risk their opponents denouncing them as “Zionists”. George Galloway, who, never forget, was a demagogue from the race-card playing left rather than the far right, made the private prejudices of conservative Muslim voters respectable. Aisha Ali-Khan, who worked as Galloway’s assistant until his behaviour came to disgust her, realised how deep prejudice had sunk when she made a silly quip about David Miliband being more “fanciable” than Ed. Respect members accused her of being a “Jew lover” and, all of a sudden in Bradford politics, that did not seem an outrageous, or even an unusual, insult. Where Galloway led, others followed. David Ward, a now mercifully forgotten Liberal Democrat MP, tried and failed to save his seat by proclaiming his Jew obsession. Nothing, not even the murder of Jews, could restrain him. At one point, he told his constituents that the sight of the Israeli prime minister honouring the Parisian Jews whom Islamists had murdered made him “sick”. (He appeared to find the massacre itself easier to stomach.)Naz Shah’s picture of Israel superimposed on to a map of the US to show her “solution” for the Israeli-Palestinian conflict was not a one-off but part of a race to the bottom. But Shah’s wider behaviour as an MP – a “progressive” MP, mark you – gives you a better idea of how deep the rot has sunk. She ignored a Bradford imam who declared that the terrorist who murdered a liberal Pakistani politician was a “great hero of Islam” and concentrated her energies on expressing her “loathing” of liberal and feminist British Muslims instead. (…) Liberal Muslims make many profoundly uncomfortable. Writers in the left-wing press treat them as Uncle Toms, as Shah did, because they are willing to work with the government to stop young men and women joining Islamic State. While they are criticised, politically correct criticism rarely extends to clerics who celebrate religious assassins. As for the antisemitism that allows Labour MPs to fantasise about “transporting” Jews, consider how jeering and dishonest the debate around that has become. When feminists talk about rape, they are not told as a matter of course “but women are always making false rape accusations”. If they were, they would suspect that their opponents wanted to deny the existence of sexual violence. Yet it is standard in polite society to hear that accusations of antisemitism are always made in bad faith to delegitimise justifiable criticism of Israel. I accept that there are Jews who say that all criticism of Israel is antisemitic. For her part, a feminist must accept that there are women who make false accusations of rape. But that does not mean that antisemitism does not exist, any more than it means that rape never happens. Challenging prejudices on the left wing is going to be all the more difficult because, incredibly, the British left in the second decade of the 21st century is led by men steeped in the worst traditions of the 20th. When historians had to explain last week that if Montgomery had not defeated Rommel at El Alamein in Egypt then the German armies would have killed every Jew they could find in Palestine, they were dealing with the conspiracy theory that Hitler was a Zionist, developed by a half-educated American Trotskyist called Lenni Brenner in the 1980s. When Jeremy Corbyn defended the Islamist likes of Raed Salah, who say that Jews dine on the blood of Christian children, he was continuing a tradition of communist accommodation with antisemitism that goes back to Stalin’s purges of Soviet Jews in the late 1940s. It is astonishing that you have to, but you must learn the worst of leftwing history now. For Labour is not just led by dirty men but by dirty old men, with roots in the contaminated soil of Marxist totalitarianism. If it is to change, its leaders will either have to change their minds or be thrown out of office. Put like this, the tasks facing Labour moderates seem impossible. They have to be attempted, however, for moral as much as electoral reasons. (…) Not just in Paris, but in Marseille, Copenhagen and Brussels, fascistic reactionaries are murdering Jews – once again. Go to any British synagogue or Jewish school and you will see police officers and volunteers guarding them. I do not want to tempt fate, but if British Jews were murdered, the leader of the Labour party would not be welcome at their memorial. The mourners would point to the exit and ask him to leave. If it is incredible that we have reached this pass, it is also intolerable. However hard the effort to overthrow it, the status quo cannot stand. Nick Cohen
Corbyn (…) a dû subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud (parti d’extrême droite de Netanyahou en Israël). Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. Dans les deux cas il a affiché une faiblesse qui a inquiété les secteurs populaires. (…) Tel est le prix pour les « synthèses » sous toutes les latitudes. Ceux qui voudraient nous y ramener en France perdent leur temps. En tous cas je n’y céderai jamais pour ma part. Retraite à point, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogantes des communautaristes du CRIF : c’est non. Et non c’est non. Jean-Luc Mélenchon
Most people I know who used to be staunch Labour are now saying no way Jeremy Corbyn. It’s not our party any more. Same label, different bottle. Steve Hurt (engineer)
Because they hate Corbyn that much. The biggest message they can send to him is to elect a Tory government. Activist
Jeremy Corbyn and his supporters have talked a good deal about winning back these working class voters, but his policy positions haven’t been designed to appeal to them. I’m not just talking about his ambivalence on Brexit—there’s a widespread feeling among voters who value flag, faith and family that Corbyn isn’t one of them. Toby Young
It’s the same story across England—working class electors deserting Labour en masse. We won’t have a breakdown of how people voted according to income and occupation for a while yet, but a few of the opinion polls in the run-up to election day contained some astonishing findings. For instance, a Deltapoll survey for the Mail on Sunday last month showed the Conservatives outpolling Labour by 49 per cent to 23 per cent in the C2DE social grades—the bottom half of the National Readership Survey classification system that ranks people according to their occupation. That is to say, people in the bottom half of the NRS distribution—skilled, semi-skilled and unskilled manual workers, state pensioners and people on benefits—were intending to vote Conservative rather than Labour by a ratio of more than two to one. (Exit polls suggest the actual figure was closer to 1.5 to one.) A taste of things to come was provided on Tuesday when a clandestine recording was released of Jon Ashworth MP, Labour’s shadow health spokesman, telling a friend how “dire” things were for the party outside urban, metropolitan areas. “It’s abysmal out there,” he said. “They can’t stand Corbyn and they think Labour’s blocked Brexit.” Ashworth described the electoral map of Britain as “topsy turvey,” a reference not just to the anticipated losses in traditional Labour areas, but to the uptick in support for Labour in middle class cities like Canterbury. One of the other startling features of the opinion polls was Labour’s lead among graduates. As a general rule, the higher the concentration of graduates in an area, the more likely it was to skew Left on Thursday—and vice versa. (Labour held on to Canterbury.) The crumbling of the ‘Red Wall’ is the big story of this election and some commentators are describing it as a “one off.” The conventional wisdom is that working class voters have “lent” their votes to the Conservatives and, barring an upset, will give them back next time round. It’s Brexit, supposedly, that has been the game-changer—an excuse leapt on by Corbyn’s outriders in the media, who are loathe to blame Labour’s defeat on their man. If you look at the working class constituencies that turned blue, most of them voted to leave the European Union in 2016 by a significant margin—Great Grimsby, for instance, an English sea port in Yorkshire, where Leave outpolled Remain by 71.45 to 28.55 per cent. Labour’s problem, according to this analysis, is that it didn’t commit to taking Britain out of the EU during the campaign but instead said it would negotiate a new exit deal and then hold a second referendum in which the public would be able to choose between that deal and Remain. This fudge may have been enough to keep graduates on side, but it alienated working class Leave voters in England’s rust belt. This analysis doesn’t bear much scrutiny. To begin with, the desertion of Labour by its working class supporters—and its increasing popularity with more affluent, better educated voters—is a long-term trend, not an aberration. The disappearance of Labour’s traditional base isn’t just the story of this election, but one of the main themes of Britain’s post-war political history. At its height, Labour managed to assemble a coalition of university-educated liberals in London and the South and low-income voters in Britain’s industrial heartlands in the Midlands and the North—“between Hampstead and Hull,” as the saying goes. But mass immigration and globalization have driven a wedge between Labour’s middle class and working class supporters, as has Britain’s growing welfare bill and its membership of the European Union. Jeremy Corbyn and his supporters have talked a good deal about winning back these working class voters, but his policy positions haven’t been designed to appeal to them. I’m not just talking about his ambivalence on Brexit—there’s a widespread feeling among voters who value flag, faith and family that Corbyn isn’t one of them. Before he became Labour leader in 2015, he was an energetic protestor against nearly every armed conflict Britain has been involved in since Suez, including the Falklands War. He’s also called for the abandonment of Britain’s independent nuclear deterrent, the withdrawal of the UK from NATO and the dismantling of our security services—not to mention declining to sing the National Anthem at a Battle of Britain service in 2015. From the point of view of many working class voters, for whom love of country is still a deeply felt emotion, Corbyn seems to side with the country’s enemies more often than he does with Britain. Corbyn’s victory in the Labour leadership election was followed by a surge in party membership— from 193,754 at the end of 2014 to 388,103 by the end of 2015. But the activists he appeals to are predominantly middle class. According to internal Party data leaked to the Guardian, a disproportionate number of them are “high status city dwellers” who own their own homes. A careful analysis of the policies set out in Labour’s latest manifesto reveals that the main beneficiaries of the party’s proposed increase in public expenditure—which the Conservatives costed at an eye-watering £1.2 trillion—would be its middle class supporters. For instance, the party pledged to cut rail fares by 33 per cent and pay for it by slashing the money spent on roads. But only 11 per cent of Britain’s commuters travel by train compared to 68 per cent who drive—and the former tend to be more affluent than the latter. Corbyn also promised to abolish university tuition fees at a cost of £7.2 billion per annum, a deeply regressive policy which, according to the Institute of Fiscal Studies, would benefit middle- and high-earning graduates with “very little” upside for those on low incomes. It’s also worth noting that Corbyn’s interests and appearance—he’s a 70-year-old vegetarian with a fondness for train-drivers’ hats who has spent his life immersed in protest politics—strike many working class voters as “weird,” a word that kept coming up on the doorstep according to my fellow canvasser in Newcastle. He’s also presided over the invasion of his party by virulent anti-Semites and Labour is currently in the midst of an investigation by Britain’s Equality and Human Rights Commission thanks to his failure to deal with this. One of his supporters has already blamed the Jews for Labour’s defeat. But Corbyn isn’t the main reason C2DE voters have turned away from Labour, any more than Brexit is. Rather, they’ve both exacerbated a trend that’s been underway for at least 45 years, which is the fracturing of the “Hampstead and Hull” coalition and the ebbing away of Labour’s working class support. Another, related phenomenon that’s been overlooked is that these “topsy turvey” politics are hardly unique to Britain. Left-of-center parties in most parts of the Anglosphere, as well as other Western democracies, have seen the equivalent of their own ‘Red Walls’ collapsing. One of the reasons Scott Morrison’s Liberals confounded expectations to win the Australian election last May was because Bill Shorten’s Labour Party was so unpopular in traditional working class areas like Queensland, and support for socially democratic parties outside the large cities in Scandinavia has cratered over the past 15 years or so. Thomas Piketty, the French Marxist, wrote a paper about this phenomenon last year entitled ‘Brahmin Left vs Merchant Right: Rising Inequality and the Changing Structure of Political Conflict’ and it’s the subject of Capital and Ideology, his new book. His hypothesis is that politics in the US, Britain, and France—he confines his analysis to those three countries—is dominated by the struggle between two elite groups: the Brahmin Left and the Merchant Right. He points out that left-wing parties in the US, Britain and France used to rely on ‘nativist’ voters to win elections—low education, low income—but since the 1970s have begun to attract more and more ‘globalist’ voters—high education, high income (with the exception of the top 10 per cent of income earners). The nativists, meanwhile, have drifted to the Right, forming a coalition with the business elite. He crunches the data to show that in the US, from the 1940s to the 1960s, the more educated people were, the more likely they were to vote Republican. Now, the opposite is true, with 70% of voters with masters degrees voting for Hilary in 2016. “The trend is virtually identical in all three countries,” he writes. In Piketty’s view, the electoral preferences of the post-industrial working class—the precariat—is a kind of false consciousness, often engendered by populist snake-charmers like Matteo Salvini and Viktor Orban. He’s intensely suspicious of the unholy alliance between super-rich “merchants” and the lumpen proletariat, and similar noises have been made about the levels of support Boris has managed to attract. Plenty of better writers than me — Douglas Murray, John Gray — have debunked the notion that the only reason low-income voters embrace right-wing politics is because they’re drunk on a cocktail of ethno-nationalism and false hope (with Rupert Murdoch and Vladimir Putin taking turns as mixologists). It surely has more to do with the Left’s sneering contempt for the “deplorables” in the flyover states as they shuttle back and forth between their walled, cosmopolitan strongholds. As Corbyn’s policy platform in Britain’s election showed, left-wing parties now have little to offer indigenous, working class people outside the big cities—and their activists often add insult to injury by describing these left-behind voters as “privileged” because they’re white or cis-gendered or whatever. So long as parties like Labour pander to their middle-class, identitarian activists and ignore the interests of the genuinely disadvantaged, they’ll continue to rack up loss after loss. Get woke, go broke. Will the Democrats learn fdrom Labour’s mistake and make Jo Biden the candidate—or even Pete Buttigieg? I wouldn’t bet on it. The zealots of the post-modern Left have a limitless capacity to ignore reality even when it’s staring them in the face. As I said to a friend last night after the election results starting rolling in, fighting political opponents like Jeremy Corbyn is a bit like competing in a round-the-world yacht race against a team that thinks the earth is flat. It can be kind of fun, even exhilarating. But until they acquire a compass and learn how to read a map, it’s not really a fair fight. Toby Young
C’est signe de naïveté que voir dans l’enseignement de la Shoah le moyen de faire reculer l’antisémitisme. Asséner l’histoire de la Shoah aux élèves comme une forme de catéchisme moral censé les protéger de l’antisémitisme est un non-sens. D’une part, parce que la compassion ne protège de rien : dans nos sociétés, une émotion chasse l’autre. D’autre part, parce qu’à force d’asséner cette histoire sous une forme moraliste on semble oublier que tout catéchisme provoque le rejet. On semble oublier aussi qu’on alimente une concurrence mémorielle qui nourrit le communautarisme. Enfin, qu’enfermer le peuple juif dans une essence de victime ne protège pas de la violence, mais tout au contraire y expose davantage. Georges Bensoussan
Je sais bien que les gens en ont par dessus de la tête de ces juifs qui se plaignent de l’antisémitisme, comme s’il n’y avait pas de trucs plus importants dans la vie. Qu’un type qui avait un peu abusé du chichon jette une vieille dame par dessus son balcon en hurlant qu’elle est le diable, qu’un autre mitraille des petits enfants dans une école confessionnelle ou qu’un troisième fasse un carton sur les clients d’un supermarché casher, et paf, les voilà à nouveau en train de jérémier sur les plateaux de télé…Forcément, ça agace. Regardez les élections en Grande-Bretagne, la gauche les perd dans les grandes largeurs, vraisemblablement parce que son programme de collectivisation des moyens de production était naze et son leader aussi charismatique et enthousiasmant qu’un bonnet de nuit en pilou, eh bien qui entend-on pousser des hauts-cris ? Les juifs. Et pourquoi donc ? Parce que pour l’état-major du Labour, les porteurs de kippa seraient en réalité les deus ex machina de la défaite. Mais bon sang, si on ne peut plus accuser les juifs d’être derrière tout ce qui ne nous fait pas plaisir dans la vie sans les entendre se lamenter devant leur mur, où va-t-on ? Et puis, franchement, il doit avoir un peu raison quelque part, l’ancien maire de Londres Ken Livingstone, lorsqu’il évoque ce satané « vote juif » sans lequel Corbyn serait aujourd’hui Premier ministre à la place de cette crapule de Boris Johnson. D’accord, il n’y a que 300 000 juifs dans tout le pays, les socialistes ont perdu par 4 millions de voix, mais on imagine tout de même que pour un « peuple élu », manipuler un scrutin doit être un jeu d’enfant… D’ailleurs, même notre gauche radicale à nous est d’accord avec l’analyse : les juifs, ils sont tous de droite. Ces Marx, ces Trotski, ces Mendès-France, ces Krivine, ces Cohn-Bendit, ces Bernie Sanders… Tous des fachos notoires. Du coup, on comprend que Mélenchon pousse un coup de gueule sur son blog en commentant le terrible résultat : chez nos voisins du dessus, la gauche a été laminée à cause du « grand rabbin et des réseaux d’influence du Likoud » (un parti politique israélien dont tous les juifs à travers le monde deviennent membres de droit dès leur circoncision). Mieux encore, c’est le Crif français, avec ses « oukases arrogantes » qui imposent « des génuflexions », qui a certainement tenu la main de ces pauvres électeurs britanniques. Fichu cosmopolitisme… D’autant plus que le point de vue de l’insoumis en chef doit être pas mal répandu : zéro réaction chez nos politiques de droite ou de gauche à ses propos ; pas le moindre froncement de sourcil dans la presse « comme il faut »… Un vrai « détail de l’histoire », son commentaire outragé façon Protocole des sages de Sion. Alors, est-ce qu’il est antisémite, le Méluche ? Au sens où, il rêverait d’une solution ultime au problème que pose la terrible engeance dont j’ai moi-même presque honte de faire partie ? Évidemment non. Les antisémites, les vrais, sont de droite (comme les juifs d’ailleurs, mais c’est pour ça qu’on a inventé le mot paradoxe). Non, il n’est pas antisémite. Il constate juste que les juifs utilisent leurs immenses moyens de pression financiers et médiatiques pour accomplir leurs noirs desseins colonialistes et qu’il est temps d’arrêter de se mettre à plat ventre devant eux par faiblesse. C’est tout. On ne va pas en faire un cheddar. Mélenchon, en fait, il dit juste tout haut ce que les gens pensent tout bas, comme le suggérait un autre bateleur d’estrade autrefois. Il dit juste que si Corbyn a perdu, c’est à cause du Crif, des rabbins, du Likoud et des oukases ! Prenez-vous ça dans la gueule, les juifs ! Si vous pensez vraiment qu’on n’a pas vu votre petit jeu ! Retournez manger votre pain azyme dans vos synagogues et arrêtez de vous mettre en travers de la justice sociale, non mais ! Hughes Serraf
Si la volte-face récente de Jean-Luc Mélenchon est un calcul électoraliste, alors ce calcul est une erreur. Car lorsque la Maison Mélenchon multiplie les ententes avec des activistes communautaristes, du strict point de vue électoraliste elle se tire une balle dans chaque pied: d’une, cela ne lui fait rien gagner du côté des Français de confession musulmane ; de deux, cela lui fait perdre massivement des électeurs de gauche qui, musulmans ou pas, sont restés fermes sur la défense de la laïcité et de l’égalité femmes-hommes. Il existe cependant une autre hypothèse que le calcul électoraliste: celle de l’erreur provoquée par un fonctionnement à la va-vite. Peut-être que tous ces députés LFI ont signé en bloc l’appel à marcher contre l’islamophobie parce qu’ils n’ont pas lu le texte avec suffisamment d’attention: ils ont donc cru signer un appel antiraciste habituel, sans en repérer les ambiguïtés. Et aussi, parce qu’ils ne se sont pas renseignés sur les idées d’une partie des porteurs du texte, idées pour le moins problématiques quand on est de gauche. Puis, après coup, Jean-Luc Mélenchon aura tenté de limiter la casse en trouvant des explications plus ou moins vraisemblables à cette catastrophique sortie de route. Toujours est-il que tout cela est incompréhensible venant de Jean-Luc Mélenchon, lui qui plaida rigoureusement contre le concept d’islamophobie au motif qu’on doit avoir, je cite, «le droit de ne pas aimer l’islam». Du reste, il n’y aurait eu aucune polémique et aucun problème si la marche et l’appel à manifester avaient invoqué le racisme anti-maghrébins ou le racisme anti-musulmans, plutôt que ce concept d’islamophobie dont le sens et la légitimité sont l’objet de controverses. Toute cette affaire, c’est vraiment dommage. Car assurément, lors de cette marche, plusieurs milliers de gens ont défilé sincèrement contre le racisme et pas du tout pour le communautarisme d’une partie des initiateurs. Chez LFI et ailleurs, les activistes communautaristes sont en réalité très peu nombreux. Et comme je vous le disais à l’instant, la population qu’ils prétendent défendre, dans sa très large majorité, ne veut pas de leurs idées. Pour compenser cette faiblesse numérique et ce rejet de leurs thèses par ceux qu’ils disent représenter, ils pratiquent donc un entrisme très agressif: partis, facultés, syndicats, médias, etc. Lorsqu’une structure va bien, les activistes communautaristes n’arrivent pas à y avoir une influence: leur entrisme a par exemple échoué dans presque tous les grands médias. Lorsqu’une structure est affaiblie ou en crise, en revanche, ils parviennent à y prendre pied: c’est arrivé à des petits partis et à des syndicats. Or, précisément, après deux années d’erreurs accumulées, la Maison Mélenchon est extrêmement affaiblie. C’est un astre mort, pareil à ces étoiles dont vous percevez encore la lumière alors qu’elles sont déjà éteintes. Au lendemain de la présidentielle de 2017, elle pouvait mobiliser au moins 50 000 militants de terrain dans toute la France pour une opération d’envergure nationale. Actuellement, elle peut difficilement en mobiliser 5 000 et peine à constituer des listes en vue des élections municipales de 2020. L’influence croissante des activistes communautaristes est un signe supplémentaire du fait que la Maison Mélenchon est affaiblie. Dans ce contexte, alors que les activistes communautaristes étaient encore fermement contenus en marge de l’appareil LFI juste après la présidentielle de 2017, aujourd’hui ils y prospèrent. Ce qui ne fait que faciliter la chute de la Maison Mélenchon puisque encore une fois, ni les Français en général, ni les Français de confession musulmane en particulier, ne veulent du communautarisme. Autrement dit, plutôt qu’un problème en soi, l’influence croissante des activistes communautaristes est plutôt un signe supplémentaire du fait que la Maison Mélenchon est affaiblie: l’hémorragie électorale, l’exode massif de militants, l’autodestruction de l’image d’homme d’État de Jean-Luc Mélenchon, ont probablement fait trop de dégâts pour que cela soit réparable. J’ai rejoint La France insoumise à l’été 2017. Je l’ai fait par idéal, parce que j’étais profondément d’accord avec le programme du mouvement: L’Avenir en commun. J’étais très enthousiaste et je me suis mis à la disposition du mouvement pour aider. Charlotte Girard, responsable du programme, m’a confié la formation politique des militants en tandem avec Manon Le Bretton. Pendant un an je ne me suis occupé que de cela. J’étais dans mon coin, et ce d’autant plus que le fonctionnement de l’appareil central est extrêmement cloisonné. Je n’avais des contacts avec le siège que pour des questions logistiques, et de temps en temps pour valider le planning ou les intervenants. Et puis, en été 2018, m’étant porté volontaire pour être l’un des candidats LFI à l’élection européenne, j’ai commencé à fréquenter régulièrement l’appareil central, avec des réunions de coordination, des échanges fréquents avec des cadres, etc. C’est à partir de là que j’ai eu de plus en plus de voyants rouges allumés, au fur et à mesure de ce que je voyais. C’est bien simple: la Maison Mélenchon pratique systématiquement en interne le contraire des valeurs qu’elle affiche. C’est orwellien. Dans les paroles, elle plaide pour une vraie démocratie, pour le respect des droits de l’opposition, pour l’émancipation humaine. Dans les actes, en interne, elle pratique le fonctionnement dictatorial, l’interdiction d’exprimer une parole critique sous peine d’encourir une «purge», et des façons de traiter les gens qui souvent sont humainement détestables. Je raconte par exemple dans un chapitre de mon livre comment les lanceurs d’alerte, qui exigeaient de passer à un fonctionnement démocratique, ont été systématiquement placardisés, calomniés, bannis, ou un mélange des trois. On m’objecte parfois que les tendances dictatoriales de Jean-Luc Mélenchon étaient évidentes dès 2017. Mais ce n’est pas vrai. Dès 2017, certes, chacun voyait qu’il était manifestement un homme à poigne et sujet à des grosses colères. Mais le fonctionnement interne systématiquement dictatorial de LFI, lui, n’était pas encore connu du grand public. On m’objecte plus souvent que ma désillusion aurait dû être plus rapide. Mais c’est négliger plusieurs choses. D’abord, le travail de lucidité est ralenti par le problème du double langage permanent des cadres de l’appareil: telle instance verrouillée est déguisée en instance aux participants «tirés au sort» ; tel congrès où il est interdit de proposer un autre texte que celui de la direction, est déguisé en exercice de démocratie participative ; telle purge pour se débarrasser d’un cadre trop critique, est déguisée en mesure disciplinaire «pour avoir tenu des propos sexistes» ; et ainsi de suite. Il faut donc le temps d’identifier une novlangue interne systématique et d’identifier la réalité autoritaire, centralisée, verrouillée, qu’elle sert à cacher. Ensuite, comme je vous le disais l’appareil est extrêmement opaque, cloisonné. Et les cadres ont souvent peur d’exprimer leurs critiques même entre eux. Comprendre le fonctionnement réel de la machine est donc matériellement difficile – et prend d’autant plus de temps. Enfin, si des dizaines de milliers de militants ont mis du temps avant de quitter La France insoumise, c’est aussi à cause du déni. Quand vous rejoignez un mouvement par idéal, vous devez d’abord épuiser en vous toutes les autres explications possibles, même tordues, avant d’accepter de regarder en face que c’est une vaste escroquerie politique qui trahit l’idéal au nom duquel vous vous êtes engagé. Au premier tour de la présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon a frôlé les 20 % malgré sa stratégie, et non pas grâce à elle. Au départ, la Maison Mélenchon a décidé de faire, par rapport à la campagne de 2012, ce qu’on appelle en marketing un «rebranding». Ils ont abandonné le vocabulaire, le message et les symboles de la campagne «Fier d’être de gauche» de 2012. Ils ont remplacé tout cela par une campagne «Fédérer le peuple contre les 1%», avec un message au-delà du clivage gauche-droite, apaisé sur la forme. C’est ce qu’on appelle la stratégie du «populisme de gauche». Jean-Luc Mélenchon est resté malgré lui un candidat d’union de la gauche. Résultat: cela a échoué. En janvier 2017, Jean-Luc Mélenchon reconstitue en intentions de vote son score de la présidentielle de 2012, ce qui signifie que malgré un changement profond de message et de mise en scène, c’est encore l’électorat de gauche radicale qu’il réunifie. Se produit alors cet effet-domino: quelques points d’électorat de centre-gauche abandonnent progressivement le vote Hamon pour le vote Macron, essentiellement par peur de Marine Le Pen et dans l’idée qu’Emmanuel Macron sera un meilleur candidat de barrage au FN. Ce qui fait baisser Benoît Hamon de 17 à 12-13, jusqu’à se trouver à touche-touche avec Jean-Luc Mélenchon. Par conséquent l’effet «vote utile de gauche», qui protège habituellement le candidat du PS contre tout rival de gauche, ne joue plus. Arrivent les débats de premier tour de la présidentielle: Hamon et Mélenchon disent en substance la même chose, mais Mélenchon est meilleur sur le fond et sur la forme. Mélenchon passe donc de quelques points devant Hamon dans les sondages – vraisemblablement un transfert d’électorat «aile gauche du PS». Enfin, dans la dernière ligne droite, Mélenchon étant devenu le candidat le mieux placé à gauche, l’effet «vote utile de gauche» se reconstitue dans la dernière ligne droite à son avantage, et le catapulte à presque 20 %. Il faut souligner que bien sûr, cette montée en puissance n’aurait pas été possible sans les talents d’orateur du candidat, son charisme hors normes, et son grand talent de pédagogue politique sur scène. Toujours est-il qu’ainsi, ce que Jean-Luc Mélenchon a dit, c’est qu’il allait fédérer le peuple par-delà le clivage gauche-droite – mais ce qu’il a fait, c’est être malgré lui un candidat d’union de la gauche. Une fois qu’on a compris cela, on comprend aussi que, lorsque la Maison Mélenchon a interprété ce score comme un nouveau socle de 20 % d’adhésion à la stratégie du «populisme de gauche», c’était une erreur. Puisque Jean-Luc Mélenchon avait été, certes malgré lui, un candidat d’union de la gauche, il fallait former une coalition de type «Front populaire» dès les législatives. Au lieu de cela, La France insoumise a préféré partir seule au combat des législatives, ce qui a mécaniquement abouti à un groupe parlementaire croupion. De même, pendant deux ans, le message politique martelé en boucle, celui de l’appel au soulèvement populaire, n’a correspondu qu’aux attentes de l’électorat de gauche radicale: c’est-à-dire moitié moins que les 20 % de 2017, ce qui a contribué à rétrécir l’espace électoral de LFI. La situation politique de l’Europe est très diverse, sans qu’on constate une dynamique commune à tout le continent. À cela s’ajoute un problème spécifique d’illisibilité du cap fixé. Par exemple, il fut tour à tour question de refuser les alliances avec d’autres forces de gauche, puis de les souhaiter, puis de les refuser à nouveau, et ainsi de suite. Autre exemple, concernant la stratégie «plan A plan B» face à l’Union européenne, il en a existé de 2017 à 2019 presque autant d’interprétations qu’il existe de porte-paroles de LFI. À la longue, cette ligne erratique a nécessairement conduit à ce que des électeurs, rendus méfiants par le flou, se détournent de LFI. rien n’indique un grand effondrement européen de la gauche. 2019 a vu plusieurs victoires. En Espagne, les législatives ont été gagnées par la gauche sociale-démocrate et elle vient de signer un accord de principe avec la gauche radicale pour gouverner ensemble. Au Portugal, les législatives ont été gagnées par la coalition sortante de gauche. En Italie, sans passer par des législatives, un nouveau gouvernement a été installé, sur une coalition du Mouvement 5-Etoiles et de la gauche. On pourrait ainsi multiplier les exemples. On pourrait cependant multiplier aussi les exemples de succès de la droite et dans une moindre mesure de l’extrême droite. Ni vague brune, ni vague bleue, ni vague rose, ni vague rouge: la situation politique de l’Europe, aujourd’hui, est tout simplement très diverse, sans qu’on constate une dynamique commune à tout le continent. Thomas Guénolé
L’antisémitisme de la gauche est un sujet tabou. Depuis longtemps, elle s’est dressée en pourfendeuse du racisme, forcément de droite, oubliant, par exemple, que la chambre du Front Populaire avait voté les pleins pouvoirs à Pétain, vite rejoint à Vichy par Laval, Déat, Marquet, Doriot, Luchaire, Belin et Bousquet. S’il y eut un antijudaïsme catholique, des antisémitismes agnostique (Voltaire) et protestant (Luther), l’un des plus virulents avec celui de l’extrême droite fut révolutionnaire et socialiste. Dans La question juive, Marx dénonce «l’essence du judaïsme et la racine de l’âme juive, l’opportunité et l’intérêt personnel qui se manifeste dans la soif de l’argent». Dans une lettre à Engels, il décrit le socialiste allemand Ferdinand Lassalle comme «un vrai juif de la frontière slave, (…) sa manie de masquer le juif crasseux de Breslau sous toutes sortes de pommades et de fard». Proudhon, qui va inspirer Jaurès, dénonce «l’ennemi du genre humain», une «race» qu’ «il faut renvoyer en Asie ou exterminer» . Staline, idole, sa vie entière, du PCF, lance en 1948 une campagne «anti-cosmopolite», prélude aux exécutions des «blouses blanches» et des intellectuels juifs «incapables de comprendre le caractère national russe». Dans l’entre-deux-guerres, les «néo-socialistes», tous pacifistes, sont aussi à l’œuvre chez nous: Déat souligne le «byzantinisme» de Léon Blum et sa «passivité tout orientale» ; c’est l’époque où la SFIO est accusée de subir une «dictature juive», et que le maire de Bordeaux, Marquet, lui reproche de «pousser à la guerre pour l’URSS et la juiverie». Mais parmi les figures emblématiques de l’antisémitisme de gauche, Jaurès tient une place de choix. Le sujet est tabou par excellence, tant l’idole du socialisme français est encaustiquée! Son journal, La Petite République, désigne le député Reinach comme un «juif ignoble» . Lors de son voyage en Algérie, en avril 1895, Jaurès décrit les juifs qui, «par l’usure, l’infatigable activité commerciale et l’abus de l’influence politique, accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois publics (…). Ils tiennent une grande partie de la presse, les grandes institutions financières, et quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus» . Son historien «officiel», Gilles Candar, excusera la diatribe par la «fatigue» de son auteur! L’explication, si facile, par le «contexte» ne tient pas: Clemenceau ne tiendra jamais de tels propos. Dans son discours au Tivoli en 1898, Jaurès est plus caricatural encore: «nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, (…) manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion» . Longtemps convaincu de la culpabilité de Dreyfus, qui aurait échappé à la peine capitale grâce «au prodigieux déploiement de la puissance juive», Jaurès dénonce à la tribune de la Chambre la «bande cosmopolite»! Il sera d’ailleurs sanctionné pour ses propos! Après avoir, une dernière fois, souligné que «l’odeur du ghetto est souvent nauséabonde» , Jaurès opère un revirement tardif lors du procès de Zola, assigné en Justice par le Président Félix Faure en représailles du «J’accuse» paru dans L’Aurore. Devenu dreyfusard, Jaurès, le repenti, obtiendra le soutien financier magnanime du banquier Louis Dreyfus pour son journal l’Humanité… Anne Hidalgo envisageait de débaptiser la rue Alain pour les accents antisémites du journal intime du philosophe. Le fera-t-elle aussi pour Jaurès? L’antisionisme est-il aujourd’hui pour les islamo-gauchistes le cache-sexe de l’antisémitisme? La cause palestinienne est en tout cas mal servie! On se souviendra seulement que les enfants de Marx ont pris, comme Edwy Plenel, dans son journal «Rouge», la défense «inconditionnelle» des terroristes de Septembre Noir. Ceux qui, en 1973, aux JO de Munich, ont assassiné onze athlètes israéliens. Un acte «justifié», disait Sartre, parce que c’étaient des soldats. Bernard Carayon
Il faut distinguer deux choses. L’antisionisme est-il une forme d’antisémitisme dicible ? Et faut-il légiférer en la matière ? Il y a donc deux réponses distinctes. En premier lieu, définir l’antisionisme : c’est l’hostilité à l’idée d’un État juif. Les premiers milieux antisionistes, c’est à l’intérieur du monde juif qu’on les trouve et de bords opposés, d’une part dans les milieux de l’orthodoxie religieuse, de tendance hassidique ou non, d’autre part dans les milieux de la gauche juive, socialiste révolutionnaire ou issue du mouvement bundiste (le parti socialiste juif ouvrier, ndlr) né en 1897, l’année du premier congrès sioniste. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs parallèlement et même immédiatement de voir se déclencher un antisionisme virulent du côté de l’Église catholique et des milieux d’extrême droite. Il faut rappeler que les Protocoles des Sages de Sion ont été rédigés dans la foulée du premier congrès sioniste. Ils sont nés du fantasme d’une domination universelle des Juifs à partir du projet de création d’un « foyer national » juif. S’il s’agit de s’opposer à la création d’un État juif, l’antisionisme est donc un débat légitime jusqu’au 14 mai 1948. Ensuite, il perd toute raison d’être puisque l’État existe. Si la polémique persiste, alors cela signifie en bonne logique que l’on est opposé à l’existence de l’État d’Israël. Et dans ce cas, on n’est plus dans un débat politique mais dans un projet meurtrier parce que la disparition d’un Etat, c’est le mot doucereux pour dire expulsions, spoliations et massacres. En ce sens, et depuis 1948, le débat sur la validité ou non du sionisme est clos puisque l’État est là. On peut certes continuer à discuter à l’infini sur ce qu’a représenté le projet sioniste, son bien-fondé ou non, mais on ne peut plus remettre en cause son résultat pratique, la création d’un Etat et d’une société nouvelle forte de neuf millions d’habitants. Pour autant, faut-il légiférer ? Je ne crois pas. L’antisionisme joue d’une ambiguïté, celle de faire croire qu’il se limite à la critique de la politique israélienne quand, en réalité, c’est le droit à l’existence de ce pays que l’antisionisme remet en cause, quelle que soit la politique de ses dirigeants et les concessions qu’ils feront demain. La critique de la politique israélienne, c’est autre chose, ce n’est pas de l’antisionisme ni de l’antisémitisme mais tout simplement la critique légitime de la politique d’un État. Légiférer dans ce domaine est une erreur dès lors que l’on n’a pas expliqué correctement ce que recouvrait le mot antisionisme, un appel à la destruction d’un État et non la critique de sa politique. Légiférer va conférer en effet un caractère intouchable à l’État juif qui ne peut qu’alimenter le fantasme complotiste. Il vaut mieux expliquer comment l’antisémitisme qui n’est plus dicible depuis Auschwitz se dissimule derrière le mot sioniste, comment le mot juif est systématiquement remplacé par le mot sioniste dans une démarche mystificatrice. Pour percer à jour cette supercherie intellectuelle, l’arsenal législatif contre l’antisémitisme suffisait amplement. Je crois surtout que la diabolisation de l’État d’Israël est l’héritage laissé par l’intense propagande communiste. Reste aussi qu’on aura mis cinquante ans à découvrir cette mystification. Léon Poliakov l’avait dit dès 1968, l’antisionisme militant était le refus à peine masqué de l’existence d’un Etat juif. Et plus encore dix ans plus tard le philosophe Vladimir Jankélévitch qui s’exprimait en ces termes : « L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite ; (il) donne la permission d’être démocratiquement antisémite. Qui dit mieux ? Il est désormais possible de haïr les Juifs au nom du progressisme ! Il y a de quoi avoir le vertige : ce renversement bienvenu, cette introuvable inversion ne peuvent qu’enfermer Israël dans une nouvelle solitude [1]. » La doxa actuelle a fait de l’antisionisme un de ses credo de base pour des raisons profondes. Je ne pense pas qu’une loi puisse infléchir cette tendance. Il est préférable de la comprendre pour désamorcer la part inquiétante de ce raisonnement spécieux. Je crois surtout que la diabolisation de l’État d’Israël est l’héritage laissé par l’intense propagande communiste, aujourd’hui oubliée, en particulier celle de l’ex-Union soviétique qui entre les années 1950 et 1990, a produit une immense « littérature » anti-israélienne imprégnée du vieil antisémitisme russe mâtiné d’anticapitalisme. La diabolisation de l’État juif tient aussi au nouveau rapport de force démographique qui s’est instauré en Europe par le biais d’une immigration arabo-musulmane importante, en particulier en France, le pays qui abrite la plus importante communauté musulmane d’Europe (25% des musulmans d’Europe vivent en France) comme aussi la plus importante communauté juive. Dans leur immense majorité, cette immigration vient du monde arabe et en particulier du Maghreb où la haine de l’État d’Israël est diffuse et quotidienne, en particulier en Algérie. Par surcroit, cette récusation a été sourdement et silencieusement favorisée par la culpabilité née de la Shoah. Dans un autre ordre d’idées, l’État d’Israël a été fondé après la Seconde Guerre mondiale à contre-courant du principe de l’État-nation. Il représente le principe même de l’identité nationale, de la filiation et des racines, un principe qui a été puissamment récusé en Europe par le multiculturalisme dominant. On en veut à l’Etat juif de représenter le principe de l’État-nation dont beaucoup considèrent qu’il est porteur de guerre. D’un autre bord, on lui en veut aussi d’avoir perpétué ce qui est perdu en Europe aujourd’hui et dont on garde une nostalgie mais qui est difficile à dire en ce temps de pensée correcte : l’identité culturelle, l’enracinement et l’amour de la patrie. Des mots qui pourraient vous classer d’emblée à l’extrême droite dans ce tribunal permanent qu’est devenue la vie intellectuelle dans la France d’aujourd’hui. Je reviens sur cette diabolisation de l’État d’Israël comme forme sécularisée, profane et dicible, de l’antique stigmatisation du signe juif qui a participé à la matrice culturelle de l’Europe chrétienne. La restauration de l’indépendance nationale juive est le démenti infligé à l’abaissement d’Israël, partie intrinsèque de la théologie chrétienne comme de la théologie musulmane. Malédiction de l’origine… Il est difficile de sortir de ce moule. Ce n’est toutefois pas impossible à la condition de mettre les mots pour ne plus être parlé par ces mythologies. Il faut faire ici un sort particulier à la passion anti-israélienne qui anime certains Juifs de la diaspora dans leur relation torturée à leur identité juive. Je trouve particulièrement fallacieux d’avancer, par exemple, que les Juifs qui ne vivent pas en Israël sont antisionistes. Non, ils sont au mieux a-sionistes, certainement pas antisionistes. Avoir fait un autre choix que celui de s’établir dans l’État d’Israël ne signifie pas qu’on récuse le projet sioniste, mais simplement qu’on a d’autres attaches, d’autres enracinements, d’autres intérêts et d’autres filiations qui nous interdisent d’émigrer. Ce tour de passe-passe sémantique (tout Juif qui n’habite pas Israël est décrété « antisioniste ») participe d’une logique strictement idéologique. Près de 52% des Juifs du monde vivent aujourd’hui en Israël. En 1948, c’était à peine 5%. L’effectif du peuple juif dans le monde n’est pas de seize millions d’individus mais de treize millions au maximum. Sur ce chiffre, plus de 6,5 millions vivent aujourd’hui dans l’État juif. La seconde incohérence est de continuer à raisonner comme à l’époque d’avant l’État juif. Car la naissance de l’État d’Israël a modifié considérablement l’identité juive, l’identité de tous les Juifs du monde et pas seulement des Juifs citoyens israéliens. Y compris les plus hostiles au concept d’État juif. On est étonné que des militants antisionistes de profession, qui se situent généralement à gauche, se montrent aussi étrangers à la dialectique. Car la création de l’État d’Israël a bouleversé le regard que les Juifs portent sur leur propre identité, elle leur a donné une assurance et une force qu’ils ne connaissaient pas jusque-là. Elle les a transformés. C’est aussi pourquoi l’immense majorité d’entre eux est attachée à la vie et à la survie de l’État juif même s’ils n’ont aucune intention de s’y installer. Qu’on interroge les communautés juives de par le monde et l’on verra combien l’attachement à l’État d’Israël est puissant et va au-delà des vicissitudes de tel ou tel gouvernement, il est ancré dans la quasi-totalité des communautés juives de la diaspora en dépit du regard critique qu’elles peuvent porter sur la politique de l’État juif. Son existence est devenue chose vitale pour la quasi-totalité des Juifs du monde. Qu’on se souvienne par exemple des mots de Raymond Aron à ce sujet à la veille de la Guerre des Six Jours en 1967. Trois points me semblent essentiels. En premier lieu, cette augmentation de 74 % en 2018, une année où il n’y a pas eu de conflit majeur entre Israël et ses voisins, malgré quelques flambées de fièvre avec le Hamas à Gaza, rien toutefois qui ressemble à une véritable guerre comme en 2014, et a fortiori comme en 2006 avec le Hezbollah au Liban. Autrement dit, connecter perpétuellement la flambée d’actes antijuifs commis en France avec le conflit israélo-arabe est un leurre. L’antisémitisme qui sévit aujourd’hui en France se nourrit de lui-même, il peut certes être aggravé par l’actualité proche-orientale mais il n’en est pas né. Il n’a pas été créé par elle. Il est endogène. En matière d’actes agressifs, leurs auteurs sont connus et pour l’essentiel, sinon l’immense majorité d’entre eux, ils ne viennent pas de l’extrême droite. On s’abstiendra donc de désigner les antisémites tout en condamnant bien sûr l’antisémitisme. En deuxième lieu, l’arsenal législatif français est suffisant pour punir sévèrement les auteurs d’actes délictueux. C’est au pouvoir politique et à la justice de faire leur travail. De ne pas tergiverser sur la nature antisémite de crimes pour lesquels, on le sait, une dimension antisémite était avérée comme dans le cas de Sarah Halimi dont l’agresseur a traversé l’appartement de ses voisins maliens sans leur faire de mal pour aller frapper « la Juive » de l’immeuble qu’il bat à mort en la traitant de Sheitan (diable en arabe) avant de la défenestrer. Si ce n’était qu’une bouffée délirante, il s’en serait pris au premier voisin venu. Ce ne fut pas le cas : c’était à « la Juive » qu’il en voulait et à elle seule. Et jusqu’à ce jour, près de trois ans après les faits, on continue à débattre du caractère antisémite ou non de l’agression. En d’autres termes, si l’arsenal législatif suffit, mais si les actes ne suivent pas, c’est que la volonté politique est faible et qu’elle s’appuie sur cette maladie répandue mais qui prend en France une forme aiguë : le déni. Cette faiblesse a des causes profondes, mais elle est camouflée par des discours de compassion, souvent émouvants, qui de la droite à la gauche nous signifient que « la France sans les Juifs ne saurait être la France ». Dans la réalité, on a oublié ce sondage récent, il y a deux ans à peine, qui nous montrait que 67 % des Français étaient indifférents au départ des Juifs. Certes, seule une minorité infime s’en réjouissait et un bon tiers le déplorait. Mais le chiffre de 67 % était là, écrasant qui montrait la force de l’indifférence, ce moteur du malheur. Je doute fort que la loi puisse faire quoique en matière d’évolution sociétale. Nous sommes en présence d’une vague de fond, elle porte à terme l’abandon des Juifs sans qu’entre ici une part d’antisémitisme militant. Cet abandon n’est d’ailleurs que le signe avancé d’une fracturation et d’une désaffiliation françaises plus vastes. Mais c’est un autre sujet. En troisième lieu, c’est signe de naïveté que voir dans l’enseignement de la Shoah le moyen de faire reculer l’antisémitisme. Asséner l’histoire de la Shoah aux élèves comme une forme de catéchisme moral censé les protéger de l’antisémitisme est un non-sens. D’une part, parce que la compassion ne protège de rien : dans nos sociétés, une émotion chasse l’autre. D’autre part, parce qu’à force d’asséner cette histoire sous une forme moraliste on semble oublier que tout catéchisme provoque le rejet. On semble oublier aussi qu’on alimente une concurrence mémorielle qui nourrit le communautarisme. Enfin, qu’enfermer le peuple juif dans une essence de victime ne protège pas de la violence, mais tout au contraire y expose davantage. Georges Bensoussan
 Attention: une synthèse peut en cacher une autre !
Au lendemain du véritable triomphe de Boris Johnson et des Conservateurs britanniques …
Et surtout du désastre du leader travailliste Jeremy Corbyn …
Pendant que refusant d’y reconnaitre le funeste résultat de décennies de radicalisation à l’instar de l’ancien maire de Londres travailliste Jonathan Livingstone, Jean-Luc Mélenchon y va de sa dénonciation des tentatives de synthèse de Corbyn avec la gauche modérée du parti …
Et après avoir défilé le mois dernier contre la prétendue islamophobie, achève son coming out antisémite dans une violente dénonciation des « ukases arrogantes (sic) des communautaristes du CRIF » …
Comment ne pas y voir, du Brexit à l’élection de Trump – et avant sa probable réélection – jusqu’au mouvement des gilets jaunes en France, la continuation d’une révolte de toute une classse ouvrière et moyenne abandonnée par la gauche boboïsée et caviardisée ?
Et comment ne pas se réjouir de ces électeurs de cette même classe …
Qui déjouant toutes les accusations de xénophobie et de racisme dont ils sont régulièrement l’objet …
Ont su au nom des valeurs oubliées de leur classe des « trois F » (family, faith and flag) …
Retrouver le simple sens de la décence qu’oublient justement aujourd’hui leurs accusateurs de gauche …
Et démasquer enfin, de Livingstone à Galloway et Corbyn …
Mais aussi de Marx, Proudhon, Guesde, Jaurès et Lénine et Staline …
Cachée derrière le cache-sexe de l’antisionisme qui, puisque l’État d’Israël existe comme le rappelle Georges Bensoussan, ne vise plus que la disparition d’un Etat, et les expulsions, spoliations et massacres qu’elle suppose …
Cette nouvelle et pourtant si ancienne synthèse du fameux socialisme des imbéciles
Contre laquelle toute nouvelle législation comme le catéchisme moral ne fera que relancer le fantasme complotiste …
Entre la prétendue gauche antifasciste et antiraciste et les plus radicaux des immigrés musulmans dont il lorgnent les votes ?

L’antisionisme est-il un antisémitisme ? Grand entretien avec Georges Bensoussan

Désespérant et indéracinable, l’antisémitisme progresse en France, en Europe et aux Etats-Unis. Une résolution assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme a été adoptée par le Parlement, suscitant une vive polémique. Le décryptage de Georges Bensoussan.

Cet entretien avec l’historien Georges Bensoussan apporte un nouvel éclairage sur un débat sulfureux. Rappelant que l’antisémitisme se dissimule effectivement derrière le mot sioniste, il doute néanmoins de l’efficacité d’une loi faussement protectrice qui risque au contraire d’alimenter le fantasme complotiste.

Georges Bensoussan est historien et auteur de nombreux ouvrages, tant sur la mémoire du génocide que sur la situation des juifs dans les pays arabes. Après le prémonitoire Les territoires perdus de la République (2002), il a dirigé l’ouvrage Une France soumise (Albin Michel, 2017) A paraître en janvier : L’alliance israélite universelle. Juifs d’Orient, Lumieres d’Occident (Albin Michel).


Marianne : Quel regard portez-vous sur la loi assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme, qui fait polémique ?

Georges Bensoussan : Il faut distinguer deux choses. L’antisionisme est-il une forme d’antisémitisme dicible ? Et faut-il légiférer en la matière ? Il y a donc deux réponses distinctes. En premier lieu, définir l’antisionisme : c’est l’hostilité à l’idée d’un État juif. Les premiers milieux antisionistes, c’est à l’intérieur du monde juif qu’on les trouve et de bords opposés, d’une part dans les milieux de l’orthodoxie religieuse, de tendance hassidique ou non, d’autre part dans les milieux de la gauche juive, socialiste révolutionnaire ou issue du mouvement bundiste (le parti socialiste juif ouvrier, ndlr) né en 1897, l’année du premier congrès sioniste. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs parallèlement et même immédiatement de voir se déclencher un antisionisme virulent du côté de l’Église catholique et des milieux d’extrême droite. Il faut rappeler que les Protocoles des Sages de Sion ont été rédigés dans la foulée du premier congrès sioniste. Ils sont nés du fantasme d’une domination universelle des Juifs à partir du projet de création d’un « foyer national » juif.

S’il s’agit de s’opposer à la création d’un État juif, l’antisionisme est donc un débat légitime jusqu’au 14 mai 1948. Ensuite, il perd toute raison d’être puisque l’État existe. Si la polémique persiste, alors cela signifie en bonne logique que l’on est opposé à l’existence de l’État d’Israël. Et dans ce cas, on n’est plus dans un débat politique mais dans un projet meurtrier parce que la disparition d’un Etat c’est le mot doucereux pour dire expulsions, spoliations et massacres. En ce sens, et depuis 1948, le débat sur la validité ou non du sionisme est clos puisque l’État est là. On peut certes continuer à discuter à l’infini sur ce qu’a représenté le projet sioniste, son bien-fondé ou non, mais on ne peut plus remettre en cause son résultat pratique, la création d’un Etat et d’une société nouvelle forte de neuf millions d’habitants.

Pour autant, faut-il légiférer ?

Je ne crois pas. L’antisionisme joue d’une ambiguïté, celle de faire croire qu’il se limite à la critique de la politique israélienne quand, en réalité, c’est le droit à l’existence de ce pays que l’antisionisme remet en cause, quelle que soit la politique de ses dirigeants et les concessions qu’ils feront demain. La critique de la politique israélienne, c’est autre chose, ce n’est pas de l’antisionisme ni de l’antisémitisme mais tout simplement la critique légitime de la politique d’un État. Légiférer dans ce domaine est une erreur dès lors que l’on n’a pas expliqué correctement ce que recouvrait le mot antisionisme, un appel à la destruction d’un État et non la critique de sa politique. Légiférer va conférer en effet un caractère intouchable à l’État juif qui ne peut qu’alimenter le fantasme complotiste. Il vaut mieux expliquer comment l’antisémitisme qui n’est plus dicible depuis Auschwitz se dissimule derrière le mot sioniste, comment le mot juif est systématiquement remplacé par le mot sioniste dans une démarche mystificatrice. Pour percer à jour cette supercherie intellectuelle, l’arsenal législatif contre l’antisémitisme suffisait amplement.

Je crois surtout que la diabolisation de l’État d’Israël est l’héritage laissé par l’intense propagande communiste

Reste aussi qu’on aura mis cinquante ans à découvrir cette mystification. Léon Poliakov l’avait dit dès 1968, l’antisionisme militant était le refus à peine masqué de l’existence d’un Etat juif. Et plus encore dix ans plus tard le philosophe Vladimir Jankélévitch qui s’exprimait en ces termes : « L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite ; (il) donne la permission d’être démocratiquement antisémite. Qui dit mieux ? Il est désormais possible de haïr les Juifs au nom du progressisme ! Il y a de quoi avoir le vertige : ce renversement bienvenu, cette introuvable inversion ne peuvent qu’enfermer Israël dans une nouvelle solitude [1]. »

Cette mesure votée à l’instigation du député Sylvain Maillard souhaitait lutter contre une préoccupante diabolisation d’Israël…

La doxa actuelle a fait de l’antisionisme un de ses credo de base pour des raisons profondes. Je ne pense pas qu’une loi puisse infléchir cette tendance. Il est préférable de la comprendre pour désamorcer la part inquiétante de ce raisonnement spécieux.

Je crois surtout que la diabolisation de l’État d’Israël est l’héritage laissé par l’intense propagande communiste, aujourd’hui oubliée, en particulier celle de l’ex-Union soviétique qui entre les années 1950 et 1990, a produit une immense « littérature » anti-israélienne imprégnée du vieil antisémitisme russe mâtiné d’anticapitalisme.

La diabolisation de l’État juif tient aussi au nouveau rapport de force démographique qui s’est instauré en Europe par le biais d’une immigration arabo-musulmane importante, en particulier en France, le pays qui abrite la plus importante communauté musulmane d’Europe (25% des musulmans d’Europe vivent en France) comme aussi la plus importante communauté juive. Dans leur immense majorité, cette immigration vient du monde arabe et en particulier du Maghreb où la haine de l’État d’Israël est diffuse et quotidienne, en particulier en Algérie.

D’autres facteurs d’explication ne s’y ajoutent-ils pas ? La haine de l’État d’Israël renvoie également à une disposition très ancienne dans la culture occidentale…

Oui : la stigmatisation du signe juif. Par surcroit, cette récusation a été sourdement et silencieusement favorisée par la culpabilité née de la Shoah. Dans un autre ordre d’idées, l’État d’Israël a été fondé après la Seconde Guerre mondiale à contre-courant du principe de l’État-nation. Il représente le principe même de l’identité nationale, de la filiation et des racines, un principe qui a été puissamment récusé en Europe par le multiculturalisme dominant. On en veut à l’Etat juif de représenter le principe de l’État-nation dont beaucoup considèrent qu’il est porteur de guerre. D’un autre bord, on lui en veut aussi d’avoir perpétué ce qui est perdu en Europe aujourd’hui et dont on garde une nostalgie mais qui est difficile à dire en ce temps de pensée correcte : l’identité culturelle, l’enracinement et l’amour de la patrie. Des mots qui pourraient vous classer d’emblée à l’extrême droite dans ce tribunal permanent qu’est devenue la vie intellectuelle dans la France d’aujourd’hui.

La diabolisation de l’État juif tient aussi au nouveau rapport de force démographique qui s’est instauré en Europe par le biais d’une immigration arabo-musulmane importante, en particulier en France

Je reviens sur cette diabolisation de l’État d’Israël comme forme sécularisée, profane et dicible, de l’antique stigmatisation du signe juif qui a participé à la matrice culturelle de l’Europe chrétienne. La restauration de l’indépendance nationale juive est le démenti infligé à l’abaissement d’Israël, partie intrinsèque de la théologie chrétienne comme de la théologie musulmane. Malédiction de l’origine… Il est difficile de sortir de ce moule. Ce n’est toutefois pas impossible à la condition de mettre les mots pour ne plus être parlé par ces mythologies.

L’antisionisme est par ailleurs hautement revendiqué par des cercles juifs, se proclamant tels et se réclamant des souffrances passées pour stigmatiser l’État hébreu…

Il faut faire ici un sort particulier à la passion anti-israélienne qui anime certains Juifs de la diaspora dans leur relation torturée à leur identité juive. Je trouve particulièrement fallacieux d’avancer, par exemple, que les Juifs qui ne vivent pas en Israël sont antisionistes. Non, ils sont au mieux a-sionistes, certainement pas antisionistes. Avoir fait un autre choix que celui de s’établir dans l’État d’Israël ne signifie pas qu’on récuse le projet sioniste, mais simplement qu’on a d’autres attaches, d’autres enracinements, d’autres intérêts et d’autres filiations qui nous interdisent d’émigrer. Ce tour de passe-passe sémantique (tout Juif qui n’habite pas Israël est décrété « antisioniste ») participe d’une logique strictement idéologique. Près de 52% des Juifs du monde vivent aujourd’hui en Israël. En 1948, c’était à peine 5%. L’effectif du peuple juif dans le monde n’est pas de seize millions d’individus mais de treize millions au maximum. Sur ce chiffre, plus de 6,5 millions vivent aujourd’hui dans l’État juif.

La seconde incohérence est de continuer à raisonner comme à l’époque d’avant l’État juif. Car la naissance de l’État d’Israël a modifié considérablement l’identité juive, l’identité de tous les Juifs du monde et pas seulement des Juifs citoyens israéliens. Y compris les plus hostiles au concept d’État juif. On est étonné que des militants antisionistes de profession, qui se situent généralement à gauche, se montrent aussi étrangers à la dialectique. Car la création de l’État d’Israël a bouleversé le regard que les Juifs portent sur leur propre identité, elle leur a donné une assurance et une force qu’ils ne connaissaient pas jusque-là. Elle les a transformé. C’est aussi pourquoi l’immense majorité d’entre eux est attachée à la vie et à la survie de l’État juif même s’ils n’ont aucune intention de s’y installer. Qu’on interroge les communautés juives de par le monde et l’on verra combien l’attachement à l’État d’Israël est puissant et va au-delà des vicissitudes de tel ou tel gouvernement, il est ancré dans la quasi-totalité des communautés juives de la diaspora en dépit du regard critique qu’elles peuvent porter sur la politique de l’État juif. Son existence est devenue chose vitale pour la quasi-totalité des Juifs du monde. Qu’on se souvienne par exemple des mots de Raymond Aron à ce sujet à la veille de la Guerre des Six Jours en 1967.

Les actes antisémites ont augmenté de 74 % en 2018. Croyez-vous à des mesures capables d’endiguer le phénomène ? Si oui, lesquelles ?

Trois points me semblent essentiels.

En premier lieu, cette augmentation de 74 % en 2018, une année où il n’y a pas eu de conflit majeur entre Israël et ses voisins, malgré quelques flambées de fièvre avec le Hamas à Gaza, rien toutefois qui ressemble à une véritable guerre comme en 2014, et a fortiori comme en 2006 avec le Hezbollah au Liban. Autrement dit, connecter perpétuellement la flambée d’actes antijuifs commis en France avec le conflit israélo-arabe est un leurre. L’antisémitisme qui sévit aujourd’hui en France se nourrit de lui-même, il peut certes être aggravé par l’actualité proche-orientale mais il n’en est pas né. Il n’a pas été créé par elle. Il est endogène. En matière d’actes agressifs, leurs auteurs sont connus et pour l’essentiel, sinon l’immense majorité d’entre eux, ils ne viennent pas de l’extrême droite. On s’abstiendra donc de désigner les antisémites tout en condamnant bien sûr l’antisémitisme.

C’est au pouvoir politique et à la justice de faire leur travail. De ne pas tergiverser sur la nature antisémite de crimes pour lesquels, on le sait, une dimension antisémite était avérée comme dans le cas de Sarah Halimi

En deuxième lieu, l’arsenal législatif français est suffisant pour punir sévèrement les auteurs d’actes délictueux. C’est au pouvoir politique et à la justice de faire leur travail. De ne pas tergiverser sur la nature antisémite de crimes pour lesquels, on le sait, une dimension antisémite était avérée comme dans le cas de Sarah Halimi dont l’agresseur a traversé l’appartement de ses voisins maliens sans leur faire de mal pour aller frapper « la Juive » de l’immeuble qu’il bat à mort en la traitant de Sheitan (diable en arabe) avant de la défenestrer. Si ce n’était qu’une bouffée délirante, il s’en serait pris au premier voisin venu. Ce ne fut pas le cas : c’était à « la Juive » qu’il en voulait et à elle seule. Et jusqu’à ce jour, près de trois ans après les faits, on continue à débattre du caractère antisémite ou non de l’agression.

En d’autres termes, si l’arsenal législatif suffit, mais si les actes ne suivent pas, c’est que la volonté politique est faible et qu’elle s’appuie sur cette maladie répandue mais qui prend en France une forme aiguë : le déni. Cette faiblesse a des causes profondes, mais elle est camouflée par des discours de compassion, souvent émouvants, qui de la droite à la gauche nous signifient que « la France sans les Juifs ne saurait être la France ». Dans la réalité, on a oublié ce sondage récent, il y a deux ans à peine, qui nous montrait que 67 % des Français étaient indifférents au départ des Juifs. Certes, seule une minorité infime s’en réjouissait et un bon tiers le déplorait. Mais le chiffre de 67 % était là, écrasant qui montrait la force de l’indifférence, ce moteur du malheur.

Je doute fort que la loi puisse faire quoique en matière d’évolution sociétale. Nous sommes en présence d’une vague de fond, elle porte à terme l’abandon des Juifs sans qu’entre ici une part d’antisémitisme militant. Cet abandon n’est d’ailleurs que le signe avancé d’une fracturation et d’une désaffiliation françaises plus vastes. Mais c’est un autre sujet.

Enfermer le peuple juif dans une essence de victime ne protège pas de la violence, mais tout au contraire y expose davantage

En troisième lieu, c’est signe de naïveté que voir dans l’enseignement de la Shoah le moyen de faire reculer l’antisémitisme. Asséner l’histoire de la Shoah aux élèves comme une forme de catéchisme moral censé les protéger de l’antisémitisme est un non-sens. D’une part, parce que la compassion ne protège de rien : dans nos sociétés, une émotion chasse l’autre. D’autre part, parce qu’à force d’asséner cette histoire sous une forme moraliste on semble oublier que tout catéchisme provoque le rejet. On semble oublier aussi qu’on alimente une concurrence mémorielle qui nourrit le communautarisme. Enfin, qu’enfermer le peuple juif dans une essence de victime ne protège pas de la violence, mais tout au contraire y expose davantage.


[1] In Quelque part dans l’inachevé, entretiens avec Béatrice Berlowitz,Gallimard, 1978, p.143.

 Voir aussi:

Mélenchon et le poison antisémite : la fin d’un républicain

Les démons antisémites de la gauche anticapitaliste ont décidément du mal à mourir. Jean-Luc Mélenchon vient d’y ajouter sa pierre.

La peste ou le choléra ? C’est un peu le choix qui s’offrait aux Britanniques opposés au Brexit lors du vote pour les législatives du 12 décembre dernier. Impossible de finasser avec un scrutin à un tour, il fallait voter utile. Mais entre un Corbyn sur une ligne archéo-socialiste et démagogique, nageant dans les eaux troubles de l’antisémitisme, et un Boris Johnson déterminé à mener le Brexit jusqu’à bout, en trouvant un accord avec l’Union européenne, avait-on vraiment le choix ?

On peut déplorer la victoire éclatante des conservateurs lorsqu’on est attaché à l’Europe et qu’on regrette le Brexit. On ne peut que se réjouir de l’échec cuisant de Jeremy Corbyn lorsqu’on est attaché à l’Europe démocratique. La Grande-Bretagne, qui incarna l’honneur de l’Europe dans la bataille contre le nazisme, gouvernée par un antisémite ? Un scénario glaçant qui heureusement ne s’est pas réalisé.

« Ukases arrogantes des communautaristes du CRIF »

Commentant sur son blog la défaite de Jeremy Corbyn, son compagnon de lutte, Jean-Luc Mélenchon, commence par une analyse politique qui ne manque pas d’intérêt. À l’inverse de ceux qui pensent que c’est le radicalisme de Jeremy Corbyn qui l’a mené à la défaite, le patron de la France insoumise estime au contraire que c’est parce qu’il n’a pas osé être l’homme d’un véritable Brexit de gauche qu’il a perdu. Le flou, les tentatives de rapprochement et de synthèse avec la gauche modérée du parti, les ambivalences de son discours : tout cela a désarçonné le vote populaire qui a préféré (en partie) se rallier au Brexit clair et net de Boris Johnson.

Et puis brusquement, Mélenchon commet la faute : « Corbyn a dû subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud (parti d’extrême droite de Netanyahou en Israël). Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. Dans les deux cas il a affiché une faiblesse qui a inquiété les secteurs populaires ». Et pour finir la grandiose estocade : « Retraite à point, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogantes des communautaristes du CRIF : c’est non. Et non c’est non. »

Le CRIF ? Le Conseil Représentatif des Institutions juives de France ? Le CRIF, ennemi du peuple français comme le grand rabbin d’Angleterre et les réseaux du Likoud sont les ennemis du peuple anglais ? Le CRIF, responsable du malheur du peuple au même titre que les institutions européennes ? Que l’Allemagne honnie ? Le CRIF, allié du capitalisme et de l’ultralibéralisme ?

Les démons antisémites de la gauche anticapitaliste

Il ne manque plus qu’un montage photo avec la banque Rothschild, les sacs de dollars et le drapeau israélien ; mais cela a déjà été fait en 2017 par Gérard Filoche, qui avait posté sur son compte Twitter un consternant visuel accusant Emmanuel Macron de collusion avec le capital. (Tweet qu’il avait retiré face au tollé provoqué.)

Les démons antisémites de la gauche anticapitaliste (celle de Guesde, de Proudhon et même de Jaurès) ont décidément du mal à mourir. Jean-Luc Mélenchon vient d’y ajouter sa pierre. Car contrairement à ce qu’affirme le leader de la France insoumise, Jeremy Corbyn n’a pas dû « subir » une grossière accusation d’antisémitisme « à travers le grand rabbin d’Angleterre ». Jeremy Corbyn a un lourd passif de déclarations antisémites et de proximité avec des antisémites et des négationnistes notoires.

«  La dérive antisémite du parti travailliste n’est pas un fantasme : sa haine d’Israël et son obsession pro-palestinienne ont conduit aux extrêmes. »

La dérive antisémite du parti travailliste n’est pas un fantasme : sa haine d’Israël et son obsession pro-palestinienne ont conduit aux extrêmes. Des militants juifs ont été chassés du parti, soupçonnés de sionisme. Luciana Berger, dont le grand-oncle fut le ministre travailliste de la nationalisation du charbon, a quitté le parti.

Tout comme Louise Ellman, connue pour son combat de défense de l’hôpital public de Liverpool, qui démissionna après 55 ans de militantisme, ne supportant plus d’être la cible des militants pro-palestiniens à l’intérieur du parti. Meurtris par les commentaires antisémites virulents postés sur Facebook par les militants et sympathisants du Labour, de nombreux juifs ont quitté le Labour, devenu pour eux « institutionnellement antisémite ».

Le Labour de Corbyn s’est compromis dans l’antisémitisme

Jeremy Corbyn et sa grande bienveillance pour le Hamas et le Hezbollah. Jeremy Corbyn déposant une gerbe de fleurs sur la tombe des terroristes du groupe Septembre Noir, responsables de la mort de 11 athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972.

Jeremy Corbyn qui déclarait en 2013 : « Les sionistes britanniques ont clairement deux problèmes. Premièrement, ils ne veulent pas étudier l’histoire et deuxièmement, bien qu’ayant vécu dans ce pays depuis très longtemps, probablement toute leur vie, ils ne comprennent pas non plus l’ironie anglaise. » Comprendre : ce pays qui n’est pas le leur, cette culture qui n’est pas la leur, puisqu’ils sont juifs.

« Jean-Luc Mélenchon a brûlé ses derniers vaisseaux républicains. Il a basculé dans le clientélisme de bas étage. »

Tout cela n’a rien à voir avec une « grossière » campagne d’intimidation du grand rabbin d’Angleterre. Tout cela constitue une faute morale du Labour qui s’est compromis dans l’antisémitisme depuis que Corbyn en a pris la tête. Le nier est de l’aveuglement idéologique. Dénoncer le lobby juif représenté par le CRIF, allié de la finance et ennemi du peuple, c’est exactement se mettre au même niveau que Corbyn.

Qu’espère Jean-Luc Mélenchon ? Sauver son parti en se ralliant à la bannière de l’antisionisme dont on sait qu’il représente une permission d’être « démocratiquement antisémite » selon la formule utilisée en 1978 par le philosophe Vladimir Jankélévitch : « L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite ; (il) donne la permission d’être démocratiquement antisémite. » (1)

Il fut un temps où la radicalité de la France insoumise, son lyrisme révolutionnaire, sa passion robespierriste n’empêchaient pas de nous imaginer, sur quelques points essentiels comme la laïcité, l’égalité hommes-femmes, le combat contre le racisme et l’antisémitisme, dans une même famille républicaine. La défense par Jean-Luc Mélenchon de la République, de la nation, des valeurs humanistes de la France était, pensait-on, sincère. Cette époque est révolue. Jean-Luc Mélenchon a perdu tous ses repères.

La France insoumise préfère le déshonneur à ses valeurs pour éviter l’échec. Elle aura les deux.

Il a brûlé ses derniers vaisseaux républicains. Il a basculé dans le clientélisme de bas étage. Il s’est définitivement rallié à l’aile la plus anti-républicaine de son parti. Celle de l’islamo-gauchisme clientéliste qui espère rallier les voix des musulmans en plébiscitant la lutte contre l’« islamophobie », alors que ce terme est une génuflexion de la gauche envers la religion et non pas un engagement contre le racisme.

Celle qui pointe le « lobby juif et sioniste » de façon infamante en espérant caresser dans le sens du poil ceux qui, dans les quartiers, sont les familiers de ces thèses antisémites. Celle du courant décolonialiste « racisé », acquis aux thèses indigénistes, découpant la France en communautés. Celle du courant qui n’hésite pas à creuser les haines identitaires, à pêcher sur les terres du Rassemblement national, à renier l’universalisme dont la France des Lumières et la gauche humaniste sont issues.

La France insoumise espère-t-elle ainsi freiner la dégringolada qu’elle subit aux élections depuis deux ans ? C’est un calcul perdant. Elle préfère le déshonneur à ses valeurs pour éviter l’échec. Elle aura les deux.

1 Cité par George Bensoussan dans l’interview réalisée par Martine Gozlan in Marianne, 14 décembre 2019.

 Voir de plus:

L’antisémitisme, une histoire vieille comme la gauche

FIGAROVOX/ANALYSE – Bernard Carayon, auteur de Comment la gauche a kidnappé Jaurès, rappelle à quel point l’antisémitisme a pu trouver sa place dans la pensée de certains hommes de gauche.

Bernard Carayon

Bernard Carayon est avocat, maire (LR) de Lavaur et ancien député du Tarn. Il est l’auteur de Comment la gauche a kidnappé Jaurès (Privat, 2014).


L’antisémitisme de la gauche est un sujet tabou. Depuis longtemps, elle s’est dressée en pourfendeuse du racisme, forcément de droite, oubliant, par exemple, que la chambre du Front Populaire avait voté les pleins pouvoirs à Pétain, vite rejoint à Vichy par Laval, Déat, Marquet, Doriot, Luchaire, Belin et Bousquet. S’il y eut un antijudaïsme catholique, des antisémitismes agnostique (Voltaire) et protestant (Luther), l’un des plus virulents avec celui de l’extrême droite fut révolutionnaire et socialiste. Dans La question juive, Marx dénonce «l’essence du judaïsme et la racine de l’âme juive, l’opportunité et l’intérêt personnel qui se manifeste dans la soif de l’argent». Dans une lettre à Engels, il décrit le socialiste allemand Ferdinand Lassalle comme «un vrai juif de la frontière slave, (…) sa manie de masquer le juif crasseux de Breslau sous toutes sortes de pommades et de fard».

Proudhon, qui va inspirer Jaurès, dénonce «l’ennemi du genre humain», une «race» qu’ «il faut renvoyer en Asie ou exterminer» . Staline, idole, sa vie entière, du PCF, lance en 1948 une campagne «anti-cosmopolite», prélude aux exécutions des «blouses blanches» et des intellectuels juifs «incapables de comprendre le caractère national russe».

Parmi les figures emblématiques de l’antisémitisme de gauche, Jaurès tient une place de choix.

Dans l’entre-deux-guerres, les «néo-socialistes», tous pacifistes, sont aussi à l’œuvre chez nous: Déat souligne le «byzantinisme» de Léon Blum et sa «passivité tout orientale» ; c’est l’époque où la SFIO est accusée de subir une «dictature juive», et que le maire de Bordeaux, Marquet, lui reproche de «pousser à la guerre pour l’URSS et la juiverie».

Mais parmi les figures emblématiques de l’antisémitisme de gauche, Jaurès tient une place de choix. Le sujet est tabou par excellence, tant l’idole du socialisme français est encaustiquée! Son journal, La Petite République, désigne le député Reinach comme un «juif ignoble» . Lors de son voyage en Algérie, en avril 1895, Jaurès décrit les juifs qui, «par l’usure, l’infatigable activité commerciale et l’abus de l’influence politique, accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois publics (…). Ils tiennent une grande partie de la presse, les grandes institutions financières, et quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus» . Son historien «officiel», Gilles Candar, excusera la diatribe par la «fatigue» de son auteur! L’explication, si facile, par le «contexte» ne tient pas: Clemenceau ne tiendra jamais de tels propos.

Dans son discours au Tivoli en 1898, Jaurès est plus caricatural encore: «nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, (…) manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion» . Longtemps convaincu de la culpabilité de Dreyfus, qui aurait échappé à la peine capitale grâce «au prodigieux déploiement de la puissance juive», Jaurès dénonce à la tribune de la Chambre la «bande cosmopolite»! Il sera d’ailleurs sanctionné pour ses propos! Après avoir, une dernière fois, souligné que «l’odeur du ghetto est souvent nauséabonde» , Jaurès opère un revirement tardif lors du procès de Zola, assigné en Justice par le Président Félix Faure en représailles du «J’accuse» paru dans L’Aurore. Devenu dreyfusard, Jaurès, le repenti, obtiendra le soutien financier magnanime du banquier Louis Dreyfus pour son journal l’Humanité…

Anne Hidalgo envisageait de débaptiser la rue Alain pour les accents antisémites du journal intime du philosophe. Le fera-t-elle aussi pour Jaurès?

Un doute sur le diagnostic ? Il est possible de demander une nouvelle analyse.

On se souviendra seulement que les enfants de Marx ont pris, comme Edwy Plenel la défense des terroristes de Septembre Noir.

L’antisionisme est-il aujourd’hui pour les islamo-gauchistes le cache-sexe de l’antisémitisme? La cause palestinienne est en tout cas mal servie! On se souviendra seulement que les enfants de Marx ont pris, comme Edwy Plenel, dans son journal «Rouge», la défense «inconditionnelle» des terroristes de Septembre Noir. Ceux qui, en 1973, aux JO de Munich, ont assassiné onze athlètes israéliens. Un acte «justifié», disait Sartre, parce que c’étaient des soldats.

Voir encore:

Mélenchon et les élections britanniques : le grand rabbin, le Crif et le Likoud ont-ils fait chuter la gauche ?

Hugues Serraf
14 décembre 2019

Je sais bien que les gens en ont par dessus de la tête de ces juifs qui se plaignent de l’antisémitisme, comme s’il n’y avait pas de trucs plus importants dans la vie. Qu’un type qui avait un peu abusé du chichon jette une vieille dame par dessus son balcon en hurlant qu’elle est le diable, qu’un autre mitraille des petits enfants dans une école confessionnelle ou qu’un troisième fasse un carton sur les clients d’un supermarché casher, et paf, les voilà à nouveau en train de jérémier sur les plateaux de télé…

Forcément, ça agace.

Regardez les élections en Grande-Bretagne, la gauche les perd dans les grandes largeurs, vraisemblablement parce que son programme de collectivisation des moyens de production était naze et son leader aussi charismatique et enthousiasmant qu’un bonnet de nuit en pilou, eh bien qui entend-on pousser des hauts-cris ? Les juifs. Et pourquoi donc ? Parce que pour l’état-major du Labour, les porteurs de kippa seraient en réalité les deus ex machina de la défaite.

Mais bon sang, si on ne peut plus accuser les juifs d’être derrière tout ce qui ne nous fait pas plaisir dans la vie sans les entendre se lamenter devant leur mur, où va-t-on ?

Et puis, franchement, il doit avoir un peu raison quelque part, l’ancien maire de Londres Ken Livingstone, lorsqu’il évoque ce satané « vote juif » sans lequel Corbyn serait aujourd’hui Premier ministre à la place de cette crapule de Boris Johnson. D’accord, il n’y a que 300 000 juifs dans tout le pays, les socialistes ont perdu par 4 millions de voix, mais on imagine tout de même que pour un « peuple élu », manipuler un scrutin doit être un jeu d’enfant…

D’ailleurs, même notre gauche radicale à nous est d’accord avec l’analyse : les juifs, ils sont tous de droite. Ces Marx, ces Trotski, ces Mendès-France, ces Krivine, ces Cohn-Bendit, ces Bernie Sanders… Tous des fachos notoires. Du coup, on comprend que Mélenchon pousse un coup de gueule sur son blog en commentant le terrible résultat : chez nos voisins du dessus, la gauche a été laminée à cause du « grand rabbin et des réseaux d’influence du Likoud » (un parti politique israélien dont tous les juifs à travers le monde deviennent membres de droit dès leur circoncision). Mieux encore, c’est le Crif français, avec ses « oukases arrogantes » qui imposent « des génuflexions », qui a certainement tenu la main de ces pauvres électeurs britanniques. Fichu cosmopolitisme…

D’autant plus que le point de vue de l’insoumis en chef doit être pas mal répandu : zéro réaction chez nos politiques de droite ou de gauche à ses propos ; pas le moindre froncement de sourcil dans la presse « comme il faut »… Un vrai « détail de l’histoire », son commentaire outragé façon Protocole des sages de Sion.

Alors, est-ce qu’il est antisémite, le Méluche ? Au sens où, il rêverait d’une solution ultime au problème que pose la terrible engeance dont j’ai moi-même presque honte de faire partie ? Évidemment non. Les antisémites, les vrais, sont de droite (comme les juifs d’ailleurs, mais c’est pour ça qu’on a inventé le mot paradoxe). Non, il n’est pas antisémite. Il constate juste que les juifs utilisent leurs immenses moyens de pression financiers et médiatiques pour accomplir leurs noirs desseins colonialistes et qu’il est temps d’arrêter de se mettre à plat ventre devant eux par faiblesse. C’est tout. On ne va pas en faire un cheddar.

Mélenchon, en fait, il dit juste tout haut ce que les gens pensent tout bas, comme le suggérait un autre bateleur d’estrade autrefois. Il dit juste que si Corbyn a perdu, c’est à cause du Crif, des rabbins, du Likoud et des oukases ! Prenez-vous ça dans la gueule, les juifs ! Si vous pensez vraiment qu’on n’a pas vu votre petit jeu ! Retournez manger votre pain azyme dans vos synagogues et arrêtez de vous mettre en travers de la justice sociale, non mais !

Corbyn : la synthèse mène au désastre

J’avoue que je ne suis pas étonné par le terrible revers électoral du parti travailliste et de Jeremy Corbyn. Il doit servir de leçon.

Première leçon : l’avant-gardisme bien-pensant ne mène nulle part. Ils ont fait du Tsípras avant même d’être élu. Annoncer qu’il voulait un nouveau référendum sur le Brexit, c’était inviter ceux qui veulent le Brexit à voter directement pour ceux qui le mettent en œuvre. Surtout que Corbyn a précisé qu’en cas de vote, il ne s’en mêlerait pas. On ne pouvait faire pire. À quoi bon des leaders qui ne s’engagent pas à propos de l’avenir de leur pays ? Les bastions ouvriers du nord qui votaient PS ont basculé dans le vote conservateur parce que ceux-ci leur garantissaient le Brexit. C’était toujours ça de pris !

Deuxième leçon. Pourquoi ont-ils fait une aussi grossière faute ? C’est le résultat des jeux d’appareils internes au Labour. Le Labour, c’est le PS anglais. Corbyn aurait du le refondre totalement au lieu de composer avec lui. Ou bien le quitter. Les vieux appareils bureaucratiques comme le Labour Party produisent des jeux d’appareils et rien de plus. Construire son raisonnement politique en fonction des points d’équilibre interne, c’est se tromper à coup sûr. Les problèmes comme les solutions sont dans les masses populaires, leurs attentes, leur volonté, leurs besoins. C’est là que Corbyn aurait du aller chercher ses consignes. Il a voulu plaire aux importants. En vain.

Corbyn a passé son temps à se faire insulter et tirer dans le dos par une poignée de députés blairistes. Au lieu de riposter, il a composé. Il a du subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud (parti d’extrême droite de Netanyahou en Israël). Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. Dans les deux cas il a affiché une faiblesse qui a inquiété les secteurs populaires.

Cette envie de bonne réputation, je l’ai vue de près. Quand je lui ai rendu visite, nous avons parlé en espagnol de ce qui se passait dans le monde. Il a publié un communiqué à ma sortie se félicitant de notre intérêt commun pour l’investissement public dans les entreprises. Ce genre de façon, je l’ai connu souvent. À l’étranger et en France. Ça ne mène nulle part ceux qui les adoptent. Au contraire. Les gens sérieux regardent en coin et comprennent qu’il y a anguille sous roche. Comment croire que nous ayons discuté d’investissement public alors que reposait sur nous l’espoir d’une bascule de notre famille dans le camp du changement des règles du jeu du monde ?

Tel est le prix pour les « synthèses » sous toutes les latitudes. Ceux qui voudraient nous y ramener en France perdent leur temps. En tous cas je n’y céderai jamais pour ma part. Retraite à point, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogante des communautaristes du CRIF : c’est non. Et non c’est non.

Voir par ailleurs:

Britain’s Labour Party Got Woke—And Now It’s Broke

Quillette
December 13, 2019

The Conservatives’ resounding victory in yesterday’s British General Election won’t come as a surprise to anyone who spent time canvassing in the ‘Red Wall.’ That’s the name given to a thick wedge of seats in the Midlands and North of England, some of which have been held by the Labour Party for over 75 years. Seats like Penistone and Stockbridge in Sheffield, once the home of the British steel industry, and Bishop Auckland in County Durham, a former coal town. Both turned blue in this election, as did a large number of seats in Labour’s post-industrial heartland. Not so much a ‘Red Wall’ now as a Mondrian painting made up of blue and red squares. It was the voters in those constituencies—many of them working minimum wage jobs and living in social housing—that provided Boris Johnson’s Conservatives with their highest number of seats since 1983.

Not that they have much love for the blond-haired leader. A friend of mine was standing as the Conservative candidate in Newcastle upon Tyne North, where the Labour incumbent won a 10,000 majority two years ago, and I knocked on a few doors for him last week. Every person I spoke to said they were going to vote Tory. In some cases, it was because they wanted to “get Brexit done,” which has been the Conservatives’ endlessly repeated campaign slogan over the past six weeks, but in others it was because of their visceral dislike for Labour’s leader.

“Most people I know who used to be staunch Labour are now saying no way Jeremy Corbyn,” said Steve Hurt, an engineer. “It’s not our party any more. Same label, different bottle.”

According to the activist I was with, that had been the reaction wherever he went. He had knocked on 100 doors in a council estate earlier that day and all but three people he’d spoken to told him they intended to vote Conservative—and this in a city where 26 per cent of the population are among the most deprived in England. I asked why, if these electors disliked Corbyn, they didn’t simply abstain? Why were they planning to brave the elements on a cold day in December to vote for a party led by an old Etonian toff?

“Because they hate Corbyn that much,” he said. “The biggest message they can send to him is to elect a Tory government.”

It’s the same story across England—working class electors deserting Labour en masse. We won’t have a breakdown of how people voted according to income and occupation for a while yet, but a few of the opinion polls in the run-up to election day contained some astonishing findings. For instance, a Deltapoll survey for the Mail on Sunday last month showed the Conservatives outpolling Labour by 49 per cent to 23 per cent in the C2DE social grades—the bottom half of the National Readership Survey classification system that ranks people according to their occupation. That is to say, people in the bottom half of the NRS distribution—skilled, semi-skilled and unskilled manual workers, state pensioners and people on benefits—were intending to vote Conservative rather than Labour by a ratio of more than two to one. (Exit polls suggest the actual figure was closer to 1.5 to one.)

A taste of things to come was provided on Tuesday when a clandestine recording was released of Jon Ashworth MP, Labour’s shadow health spokesman, telling a friend how “dire” things were for the party outside urban, metropolitan areas. “It’s abysmal out there,” he said. “They can’t stand Corbyn and they think Labour’s blocked Brexit.”

Ashworth described the electoral map of Britain as “topsy turvey,” a reference not just to the anticipated losses in traditional Labour areas, but to the uptick in support for Labour in middle class cities like Canterbury. One of the other startling features of the opinion polls was Labour’s lead among graduates. As a general rule, the higher the concentration of graduates in an area, the more likely it was to skew Left on Thursday—and vice versa. (Labour held on to Canterbury.)

The crumbling of the ‘Red Wall’ is the big story of this election and some commentators are describing it as a “one off.” The conventional wisdom is that working class voters have “lent” their votes to the Conservatives and, barring an upset, will give them back next time round. It’s Brexit, supposedly, that has been the game-changer—an excuse leapt on by Corbyn’s outriders in the media, who are loathe to blame Labour’s defeat on their man.

If you look at the working class constituencies that turned blue, most of them voted to leave the European Union in 2016 by a significant margin—Great Grimsby, for instance, an English sea port in Yorkshire, where Leave outpolled Remain by 71.45 to 28.55 per cent. Labour’s problem, according to this analysis, is that it didn’t commit to taking Britain out of the EU during the campaign but instead said it would negotiate a new exit deal and then hold a second referendum in which the public would be able to choose between that deal and Remain. This fudge may have been enough to keep graduates on side, but it alienated working class Leave voters in England’s rust belt.

This analysis doesn’t bear much scrutiny. To begin with, the desertion of Labour by its working class supporters—and its increasing popularity with more affluent, better educated voters—is a long-term trend, not an aberration. The disappearance of Labour’s traditional base isn’t just the story of this election, but one of the main themes of Britain’s post-war political history. At its height, Labour managed to assemble a coalition of university-educated liberals in London and the South and low-income voters in Britain’s industrial heartlands in the Midlands and the North—“between Hampstead and Hull,” as the saying goes. But mass immigration and globalization have driven a wedge between Labour’s middle class and working class supporters, as has Britain’s growing welfare bill and its membership of the European Union.

At the October election in 1974, 49 per cent of skilled workers (C2) and 57 per cent of semi-skilled and unskilled workers (DE) voted Labour; by 2010, those numbers had fallen to 29 per cent and 40 per cent respectively. Among middle class voters (ABC1), support for the Conservatives fell over the same time period from 56 per cent in 1974 to 39 per cent in 2010. In 1974, Labour enjoyed a 23-point lead among skilled working class voters (C2), but by 2010 the Conservatives had overtaken them in this demo to lead by eight points—a pattern repeated in 2017. Among graduates, by contrast, Labour led by 17 points in 2017, up from a two-point lead in 2015. (See this data table compiled by Ipsos MORI, a polling company.)

Jeremy Corbyn and his supporters have talked a good deal about winning back these working class voters, but his policy positions haven’t been designed to appeal to them. I’m not just talking about his ambivalence on Brexit—there’s a widespread feeling among voters who value flag, faith and family that Corbyn isn’t one of them. Before he became Labour leader in 2015, he was an energetic protestor against nearly every armed conflict Britain has been involved in since Suez, including the Falklands War. He’s also called for the abandonment of Britain’s independent nuclear deterrent, the withdrawal of the UK from NATO and the dismantling of our security services—not to mention declining to sing the National Anthem at a Battle of Britain service in 2015. From the point of view of many working class voters, for whom love of country is still a deeply felt emotion, Corbyn seems to side with the country’s enemies more often than he does with Britain.

Corbyn’s victory in the Labour leadership election was followed by a surge in party membership— from 193,754 at the end of 2014 to 388,103 by the end of 2015. But the activists he appeals to are predominantly middle class. According to internal Party data leaked to the Guardian, a disproportionate number of them are “high status city dwellers” who own their own homes.

A careful analysis of the policies set out in Labour’s latest manifesto reveals that the main beneficiaries of the party’s proposed increase in public expenditure—which the Conservatives costed at an eye-watering £1.2 trillion—would be its middle class supporters.

For instance, the party pledged to cut rail fares by 33 per cent and pay for it by slashing the money spent on roads. But only 11 per cent of Britain’s commuters travel by train compared to 68 per cent who drive—and the former tend to be more affluent than the latter. Corbyn also promised to abolish university tuition fees at a cost of £7.2 billion per annum, a deeply regressive policy which, according to the Institute of Fiscal Studies, would benefit middle- and high-earning graduates with “very little” upside for those on low incomes.

It’s also worth noting that Corbyn’s interests and appearance—he’s a 70-year-old vegetarian with a fondness for train-drivers’ hats who has spent his life immersed in protest politics—strike many working class voters as “weird,” a word that kept coming up on the doorstep according to my fellow canvasser in Newcastle. He’s also presided over the invasion of his party by virulent anti-Semites and Labour is currently in the midst of an investigation by Britain’s Equality and Human Rights Commission thanks to his failure to deal with this. One of his supporters has already blamed the Jews for Labour’s defeat.

But Corbyn isn’t the main reason C2DE voters have turned away from Labour, any more than Brexit is. Rather, they’ve both exacerbated a trend that’s been underway for at least 45 years, which is the fracturing of the “Hampstead and Hull” coalition and the ebbing away of Labour’s working class support.

Another, related phenomenon that’s been overlooked is that these “topsy turvey” politics are hardly unique to Britain. Left-of-center parties in most parts of the Anglosphere, as well as other Western democracies, have seen the equivalent of their own ‘Red Walls’ collapsing. One of the reasons Scott Morrison’s Liberals confounded expectations to win the Australian election last May was because Bill Shorten’s Labour Party was so unpopular in traditional working class areas like Queensland, and support for socially democratic parties outside the large cities in Scandinavia has cratered over the past 15 years or so.

Thomas Piketty, the French Marxist, wrote a paper about this phenomenon last year entitled ‘Brahmin Left vs Merchant Right: Rising Inequality and the Changing Structure of Political Conflict’ and it’s the subject of Capital and Ideology, his new book. His hypothesis is that politics in the US, Britain, and France—he confines his analysis to those three countries—is dominated by the struggle between two elite groups: the Brahmin Left and the Merchant Right. He points out that left-wing parties in the US, Britain and France used to rely on ‘nativist’ voters to win elections—low education, low income—but since the 1970s have begun to attract more and more ‘globalist’ voters—high education, high income (with the exception of the top 10 per cent of income earners). The nativists, meanwhile, have drifted to the Right, forming a coalition with the business elite. He crunches the data to show that in the US, from the 1940s to the 1960s, the more educated people were, the more likely they were to vote Republican. Now, the opposite is true, with 70% of voters with masters degrees voting for Hilary in 2016. “The trend is virtually identical in all three countries,” he writes.

In Piketty’s view, the electoral preferences of the post-industrial working class—the precariat—is a kind of false consciousness, often engendered by populist snake-charmers like Matteo Salvini and Viktor Orban. He’s intensely suspicious of the unholy alliance between super-rich “merchants” and the lumpen proletariat, and similar noises have been made about the levels of support Boris has managed to attract.

The Conservatives didn’t win in Hull or Hampstead on Thursday, but the party polled 43.6 per cent of the popular vote, which is its highest share since 1979. Labour, meanwhile, saw its seat tally fall to 203, the Party’s worst result since 1935.

Plenty of better writers than me—Douglas Murray, John Gray—have debunked the notion that the only reason low-income voters embrace right-wing politics is because they’re drunk on a cocktail of ethno-nationalism and false hope (with Rupert Murdoch and Vladimir Putin taking turns as mixologists). It surely has more to do with the Left’s sneering contempt for the “deplorables” in the flyover states as they shuttle back and forth between their walled, cosmopolitan strongholds. As Corbyn’s policy platform in Britain’s election showed, left-wing parties now have little to offer indigenous, working class people outside the big cities—and their activists often add insult to injury by describing these left-behind voters as “privileged” because they’re white or cis-gendered or whatever. So long as parties like Labour pander to their middle-class, identitarian activists and ignore the interests of the genuinely disadvantaged, they’ll continue to rack up loss after loss. Get woke, go broke.

Will the Democrats learn from Labour’s mistake and make Jo Biden the candidate—or even Pete Buttigieg? I wouldn’t bet on it. The zealots of the post-modern Left have a limitless capacity to ignore reality even when it’s staring them in the face. As I said to a friend last night after the election results starting rolling in, fighting political opponents like Jeremy Corbyn is a bit like competing in a round-the-world yacht race against a team that thinks the earth is flat. It can be kind of fun, even exhilarating. But until they acquire a compass and learn how to read a map, it’s not really a fair fight.

Voir aussi:

Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise: les raisons d’un naufrage

FIGAROVOX/ENTRETIEN – C’est le livre qui fait trembler les dirigeants de La France insoumise. Dans un essai intitulé La chute de la Maison Mélenchon, Thomas Guénolé accuse le parti de Jean-Luc Mélenchon de pratiques dictatoriales, et lui reproche une stratégie vouée à l’échec.

Alexandre Devecchio

Thomas Guénolé est politologue, maître de conférences à Sciences Po et docteur en Science politique (CEVIPOF). Ancien membre de La France Insoumise,il vient de publier La Chute de la Maison Mélenchon: Une machine dictatoriale vue de l’intérieur (Albin Michel, novembre 2019).


FIGAROVOX.- En participant à la marche contre l’islamophobie de dimanche dernier, Jean-Luc Mélenchon semble précipiter la chute que vous annoncez dans votre livre. Comment expliquez-vous la participation de celui qui récusait le terme d’«islamophobie» il y a encore peu? S’agit-il d’un calcul électoraliste à courte vue ou est-il prisonnier d’une partie de sa base?

Thomas GUÉNOLÉ.- Les enquêtes d’opinion les plus récentes indiquent qu’aujourd’hui, près des trois quarts des Français de confession musulmane ne veulent pas que des règles religieuses musulmanes s’imposent aux lois de la République. 70 % soutiennent le principe de laïcité. Plus largement, la très large majorité ne souhaitent pas être une «communauté musulmane» à part: ils demandent juste à être des citoyens à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres. Et d’ailleurs, toutes les tentatives de lancer un «parti des musulmans», sans exception, se sont soldées par des raclées électorales.

Autrement dit, il est manifeste que l’écrasante majorité des Français de confession musulmane ne veulent pas du communautarisme ; et que les activistes communautaristes ne sont donc absolument pas représentatifs des gens qu’ils prétendent représenter.

Par conséquent, si la volte-face récente de Jean-Luc Mélenchon est un calcul électoraliste, alors ce calcul est une erreur. Car lorsque la Maison Mélenchon multiplie les ententes avec des activistes communautaristes, du strict point de vue électoraliste elle se tire une balle dans chaque pied: d’une, cela ne lui fait rien gagner du côté des Français de confession musulmane ; de deux, cela lui fait perdre massivement des électeurs de gauche qui, musulmans ou pas, sont restés fermes sur la défense de la laïcité et de l’égalité femmes-hommes.

Mélenchon se tire une balle dans chaque pied.

Il existe cependant une autre hypothèse que le calcul électoraliste: celle de l’erreur provoquée par un fonctionnement à la va-vite. Peut-être que tous ces députés LFI ont signé en bloc l’appel à marcher contre l’islamophobie parce qu’ils n’ont pas lu le texte avec suffisamment d’attention: ils ont donc cru signer un appel antiraciste habituel, sans en repérer les ambiguïtés. Et aussi, parce qu’ils ne se sont pas renseignés sur les idées d’une partie des porteurs du texte, idées pour le moins problématiques quand on est de gauche. Puis, après coup, Jean-Luc Mélenchon aura tenté de limiter la casse en trouvant des explications plus ou moins vraisemblables à cette catastrophique sortie de route.

Toujours est-il que tout cela est incompréhensible venant de Jean-Luc Mélenchon, lui qui plaida rigoureusement contre le concept d’islamophobie au motif qu’on doit avoir, je cite, «le droit de ne pas aimer l’islam». Du reste, il n’y aurait eu aucune polémique et aucun problème si la marche et l’appel à manifester avaient invoqué le racisme anti-maghrébins ou le racisme anti-musulmans, plutôt que ce concept d’islamophobie dont le sens et la légitimité sont l’objet de controverses.

Toute cette affaire, c’est vraiment dommage. Car assurément, lors de cette marche, plusieurs milliers de gens ont défilé sincèrement contre le racisme et pas du tout pour le communautarisme d’une partie des initiateurs.

Quand vous étiez cadre de LFI, vous étiez l’un des rares à être très clair et très ferme dans le refus de toute compromission avec les communautaristes. Quel est aujourd’hui le poids du courant indigéniste à l’intérieur du mouvement?

Chez LFI et ailleurs, les activistes communautaristes sont en réalité très peu nombreux. Et comme je vous le disais à l’instant, la population qu’ils prétendent défendre, dans sa très large majorité, ne veut pas de leurs idées. Pour compenser cette faiblesse numérique et ce rejet de leurs thèses par ceux qu’ils disent représenter, ils pratiquent donc un entrisme très agressif: partis, facultés, syndicats, médias, etc.

Lorsqu’une structure va bien, les activistes communautaristes n’arrivent pas à y avoir une influence: leur entrisme a par exemple échoué dans presque tous les grands médias. Lorsqu’une structure est affaiblie ou en crise, en revanche, ils parviennent à y prendre pied: c’est arrivé à des petits partis et à des syndicats.

Or, précisément, après deux années d’erreurs accumulées, la Maison Mélenchon est extrêmement affaiblie. C’est un astre mort, pareil à ces étoiles dont vous percevez encore la lumière alors qu’elles sont déjà éteintes. Au lendemain de la présidentielle de 2017, elle pouvait mobiliser au moins 50 000 militants de terrain dans toute la France pour une opération d’envergure nationale. Actuellement, elle peut difficilement en mobiliser 5 000 et peine à constituer des listes en vue des élections municipales de 2020.

L’influence croissante des activistes communautaristes est un signe supplémentaire du fait que la Maison Mélenchon est affaiblie.

Dans ce contexte, alors que les activistes communautaristes étaient encore fermement contenus en marge de l’appareil LFI juste après la présidentielle de 2017, aujourd’hui ils y prospèrent. Ce qui ne fait que faciliter la chute de la Maison Mélenchon puisque encore une fois, ni les Français en général, ni les Français de confession musulmane en particulier, ne veulent du communautarisme.

Autrement dit, plutôt qu’un problème en soi, l’influence croissante des activistes communautaristes est plutôt un signe supplémentaire du fait que la Maison Mélenchon est affaiblie: l’hémorragie électorale, l’exode massif de militants, l’autodestruction de l’image d’homme d’État de Jean-Luc Mélenchon, ont probablement fait trop de dégâts pour que cela soit réparable.

Au-delà de cette dérive précise, vous dénoncez «le fonctionnement dictatorial du mouvement». Pourquoi l’avoir soutenu si longtemps?

J’ai rejoint La France insoumise à l’été 2017. Je l’ai fait par idéal, parce que j’étais profondément d’accord avec le programme du mouvement: L’Avenir en commun. J’étais très enthousiaste et je me suis mis à la disposition du mouvement pour aider. Charlotte Girard, responsable du programme, m’a confié la formation politique des militants en tandem avec Manon Le Bretton. Pendant un an je ne me suis occupé que de cela. J’étais dans mon coin, et ce d’autant plus que le fonctionnement de l’appareil central est extrêmement cloisonné. Je n’avais des contacts avec le siège que pour des questions logistiques, et de temps en temps pour valider le planning ou les intervenants.

Et puis, en été 2018, m’étant porté volontaire pour être l’un des candidats LFI à l’élection européenne, j’ai commencé à fréquenter régulièrement l’appareil central, avec des réunions de coordination, des échanges fréquents avec des cadres, etc. C’est à partir de là que j’ai eu de plus en plus de voyants rouges allumés, au fur et à mesure de ce que je voyais.

Telle purge pour se débarrasser d’un cadre trop critique, est déguisée en mesure disciplinaire « pour avoir tenu des propos sexistes  » ; et ainsi de suite.

C’est bien simple: la Maison Mélenchon pratique systématiquement en interne le contraire des valeurs qu’elle affiche. C’est orwellien. Dans les paroles, elle plaide pour une vraie démocratie, pour le respect des droits de l’opposition, pour l’émancipation humaine. Dans les actes, en interne, elle pratique le fonctionnement dictatorial, l’interdiction d’exprimer une parole critique sous peine d’encourir une «purge», et des façons de traiter les gens qui souvent sont humainement détestables. Je raconte par exemple dans un chapitre de mon livre comment les lanceurs d’alerte, qui exigeaient de passer à un fonctionnement démocratique, ont été systématiquement placardisés, calomniés, bannis, ou un mélange des trois.

On m’objecte parfois que les tendances dictatoriales de Jean-Luc Mélenchon étaient évidentes dès 2017. Mais ce n’est pas vrai. Dès 2017, certes, chacun voyait qu’il était manifestement un homme à poigne et sujet à des grosses colères. Mais le fonctionnement interne systématiquement dictatorial de LFI, lui, n’était pas encore connu du grand public.

On m’objecte plus souvent que ma désillusion aurait dû être plus rapide. Mais c’est négliger plusieurs choses.

D’abord, le travail de lucidité est ralenti par le problème du double langage permanent des cadres de l’appareil: telle instance verrouillée est déguisée en instance aux participants «tirés au sort» ; tel congrès où il est interdit de proposer un autre texte que celui de la direction, est déguisé en exercice de démocratie participative ; telle purge pour se débarrasser d’un cadre trop critique, est déguisée en mesure disciplinaire «pour avoir tenu des propos sexistes» ; et ainsi de suite. Il faut donc le temps d’identifier une novlangue interne systématique et d’identifier la réalité autoritaire, centralisée, verrouillée, qu’elle sert à cacher.

Ensuite, comme je vous le disais l’appareil est extrêmement opaque, cloisonné. Et les cadres ont souvent peur d’exprimer leurs critiques même entre eux. Comprendre le fonctionnement réel de la machine est donc matériellement difficile – et prend d’autant plus de temps.

Enfin, si des dizaines de milliers de militants ont mis du temps avant de quitter La France insoumise, c’est aussi à cause du déni. Quand vous rejoignez un mouvement par idéal, vous devez d’abord épuiser en vous toutes les autres explications possibles, même tordues, avant d’accepter de regarder en face que c’est une vaste escroquerie politique qui trahit l’idéal au nom duquel vous vous êtes engagé.

Jean-Luc Mélenchon avait réuni 19 % des suffrages à la présidentielle. Comment expliquez-vous son effondrement? Cela tient-il à sa personnalité ou à un problème de stratégie?

Au premier tour de la présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon a frôlé les 20 % malgré sa stratégie, et non pas grâce à elle.

Au départ, la Maison Mélenchon a décidé de faire, par rapport à la campagne de 2012, ce qu’on appelle en marketing un «rebranding». Ils ont abandonné le vocabulaire, le message et les symboles de la campagne «Fier d’être de gauche» de 2012. Ils ont remplacé tout cela par une campagne «Fédérer le peuple contre les 1%», avec un message au-delà du clivage gauche-droite, apaisé sur la forme. C’est ce qu’on appelle la stratégie du «populisme de gauche».

Jean-Luc Mélenchon est resté malgré lui un candidat d’union de la gauche.

Résultat: cela a échoué. En janvier 2017, Jean-Luc Mélenchon reconstitue en intentions de vote son score de la présidentielle de 2012, ce qui signifie que malgré un changement profond de message et de mise en scène, c’est encore l’électorat de gauche radicale qu’il réunifie.

Se produit alors cet effet-domino: quelques points d’électorat de centre-gauche abandonnent progressivement le vote Hamon pour le vote Macron, essentiellement par peur de Marine Le Pen et dans l’idée qu’Emmanuel Macron sera un meilleur candidat de barrage au FN. Ce qui fait baisser Benoît Hamon de 17 à 12-13, jusqu’à se trouver à touche-touche avec Jean-Luc Mélenchon. Par conséquent l’effet «vote utile de gauche», qui protège habituellement le candidat du PS contre tout rival de gauche, ne joue plus.

Arrivent les débats de premier tour de la présidentielle: Hamon et Mélenchon disent en substance la même chose, mais Mélenchon est meilleur sur le fond et sur la forme. Mélenchon passe donc de quelques points devant Hamon dans les sondages – vraisemblablement un transfert d’électorat «aile gauche du PS». Enfin, dans la dernière ligne droite, Mélenchon étant devenu le candidat le mieux placé à gauche, l’effet «vote utile de gauche» se reconstitue dans la dernière ligne droite à son avantage, et le catapulte à presque 20 %.

Il faut souligner que bien sûr, cette montée en puissance n’aurait pas été possible sans les talents d’orateur du candidat, son charisme hors normes, et son grand talent de pédagogue politique sur scène.

Toujours est-il qu’ainsi, ce que Jean-Luc Mélenchon a dit, c’est qu’il allait fédérer le peuple par-delà le clivage gauche-droite – mais ce qu’il a fait, c’est être malgré lui un candidat d’union de la gauche. Une fois qu’on a compris cela, on comprend aussi que, lorsque la Maison Mélenchon a interprété ce score comme un nouveau socle de 20 % d’adhésion à la stratégie du «populisme de gauche», c’était une erreur.

Puisque Jean-Luc Mélenchon avait été, certes malgré lui, un candidat d’union de la gauche, il fallait former une coalition de type «Front populaire» dès les législatives. Au lieu de cela, La France insoumise a préféré partir seule au combat des législatives, ce qui a mécaniquement abouti à un groupe parlementaire croupion. De même, pendant deux ans, le message politique martelé en boucle, celui de l’appel au soulèvement populaire, n’a correspondu qu’aux attentes de l’électorat de gauche radicale: c’est-à-dire moitié moins que les 20 % de 2017, ce qui a contribué à rétrécir l’espace électoral de LFI.

La situation politique de l’Europe est très diverse, sans qu’on constate une dynamique commune à tout le continent.

À cela s’ajoute un problème spécifique d’illisibilité du cap fixé. Par exemple, il fut tour à tour question de refuser les alliances avec d’autres forces de gauche, puis de les souhaiter, puis de les refuser à nouveau, et ainsi de suite. Autre exemple, concernant la stratégie «plan A plan B» face à l’Union européenne, il en a existé de 2017 à 2019 presque autant d’interprétations qu’il existe de porte-paroles de LFI. À la longue, cette ligne erratique a nécessairement conduit à ce que des électeurs, rendus méfiants par le flou, se détournent de LFI.

La chute de LFI s’inscrit-elle dans un effondrement européen plus large de la gauche, et ceci qu’elle soit sociale-démocrate, radicale ou populiste?

Non, rien n’indique un grand effondrement européen de la gauche. 2019 a vu plusieurs victoires. En Espagne, les législatives ont été gagnées par la gauche sociale-démocrate et elle vient de signer un accord de principe avec la gauche radicale pour gouverner ensemble. Au Portugal, les législatives ont été gagnées par la coalition sortante de gauche. En Italie, sans passer par des législatives, un nouveau gouvernement a été installé, sur une coalition du Mouvement 5-Etoiles et de la gauche. On pourrait ainsi multiplier les exemples. On pourrait cependant multiplier aussi les exemples de succès de la droite et dans une moindre mesure de l’extrême droite. Ni vague brune, ni vague bleue, ni vague rose, ni vague rouge: la situation politique de l’Europe, aujourd’hui, est tout simplement très diverse, sans qu’on constate une dynamique commune à tout le continent.

Family, faith and flag

The Labour Party lost four million voters in England between 1997 and 2010. To win them back, it nee

New Statesman
7 April 2011

Not so long ago, few people outside the academic world had heard of Maurice Glasman. Since the turn of the year, however, when he was unexpectedly ennobled by Ed Miliband, the London Metropolitan University lecturer has been much discussed and even hailed as the “intellectual godfather” of a new kind of left-wing thinking.

To win again in England, argue Glasman and others like him, Labour needs to look back to before 1945, to a time before the left fell in love with big government, and to a forgotten « conservative socialism that places family, faith and work at the heart of a new politics of reciprocity, mutuality and solidarity ». Just as Phillip Blond’s short-lived « Red Tory » boom captured the imagination of commentators a couple of years ago, so what Glasman calls « Blue Labour » has become the subject of admiring features, including a special edition of BBC Radio 4’s Analysis that was broadcast on 21 March.

Like many other intellectual exercises in self-renewal, Glasman’s vision, which strives to capture a sense of Englishness amid the hurly-burly of globalisation, has something deeply backward-looking about it (see profile, page 34). The narrow political self-interest is hardly surprising. Between 1997 and 2010, as David Mili­band noted in a strikingly Glasmanesque piece for this magazine last summer, Labour lost four million English voters and 137 English MPs. By the time Gordon Brown faced the electorate, the party had lost the ability to talk to the people it once took for granted – not just aspirational Middle England, but also thousands of white working-class people in cities who looked instead to the Conservatives or the British National Party, or stayed at home. Once again, Labour is in danger of turning into a party of the industrial north and the Celtic fringe.

Beyond that, however, Glasman’s emphasis on looking back seems eminently familiar. Talking to the BBC, Roy Hattersley dismissed Blue Labour as an exercise in mere nostalgia, mocking “the idea of Arcadian England, the idea that there was some mythical time when we all loved each other”. And yet, contrary to what we might think, nostalgia has long been a central part of the left-wing political tradition. Despite the forward-looking, modernising connotations of the name, “progressives” have enjoyed looking back. As early as 1883, Henry Hyndman, the founder of the Social Democratic Federation and populariser of Marxism, insisted that he saw himself as working in a distinctly English radical tradition dating back to the Peasants’ Revolt, the Wars of the Roses and the 16th-century Commotion Time uprisings. “Tyler, Cade, Ball, Kett . . .” he wrote, “read to me like sound English names: not a foreigner in the whole batch. They all held opinions which our capitalist-landlord House of Commons would denounce as direct pla­giarism from ‘foreign revolutionists’. We islanders have been revolutionists, however, and will be again, ignorant as our capitalists are of the history of the people.”

Hyndman made an unlikely heir to the English radical tradition. The son of a rich businessman, he attended Trinity College, Cambridge and played cricket for Sussex, making him probably the only Marxist to have been a first-class right-handed batsman. He funded the Social Democrats almost single-handedly, their fortunes waxing and waning with his investments. A staunch anti-capitalist, he was also a committed patriot, his support for the First World War horrifying many of his colleagues. He stood for parliament five times, losing on everyoccasion, not least because he alienated voters by bombarding them with Virgil – in the original Latin. Even so, his example has echoed down the decades.

In the 1950s and 1960s, the Marxist historians E P Thompson and Christopher Hill celebrated “the long and tenacious revolutionary tradition of the British commoner”, stretching from the Lollards to the Levellers and on to the Chartists and the suffragettes.

Amid the apocalyptic headlines and candle-lit evenings of the three-day week in 1974, Tony Benn immersed himself in books on the English Revolution, lamenting that « the Levellers lost and Cromwell won, and Harold Wilson or Denis Healey is the Cromwell of our day, not me ». Five years ago, promoting his radical English manifesto The Progressive Patriot, the folk singer Billy Bragg told readers that their freedoms « had to be fought for, from the Peasants’ Revolt to the Diggers and the Levellers, to the Chartists and the suffragettes ».

Given that the idea of a radical English tradition is so deeply embedded in the left’s collective memory, it is odd that people keep insisting it has been forgotten. To be fair, Labour in recent years has hardly been a party struggling under the weight of its own nostalgia. Tony Blair often seemed embarrassed even to recall that his party had a history before 1994, and despite Brown’s doctorate in history and eagerness to tell us about his “values”, he rarely harked back to the party’s past. Perhaps it is not surprising that, since their Scottish-educated masters left the stage, Labour’s bright young Englishmen are so keen to look backwards.

And yet it is hard, rereading David Miliband’s hymn of praise to a “specifically English story that points to the battle for social justice born of a proud tradition of personal liberty and independence”, to resist the feeling that this is merely another exercise in myth-making.

In truth, the idea of a golden thread of English radical action, stretching through the generations, is deeply problematic. Much of what we know about England’s most celebrated radical leaders comes from their opponents; after all, Wat Tyler and Jack Cade left no memoirs. As the historian Edward Vallance points out in his brilliantly provocative Radical History of Britain (2009), the idea of a simple « continuum of radicalism » is flawed.

Take, for example, the Peasants’ Revolt of 1381. It was, after all, a tax revolt – something we now associate more with the right than the left – originating in some of England’s most prosperous counties: Essex, Kent and Norfolk. Many of the rebels were not peasants: according to contemporary accounts, the first leader of the protests was a local landowner, Thomas Baker, while another leading agitator, Geoffrey Litster, held the title of bailiff and was a literate local official.

When the protesters arrived in London, they soon became absorbed in what Vallance calls “a carnivalesque orgy of violence and destruction”, particularly targeted at foreigners and immigrants. They are said to have butchered and beheaded 35 Flemish weavers in one street alone. Perhaps this is an exaggeration; even so, the rebels do not sound like the medieval equivalent of Guardian readers.

Look closely at the other early moments in the great radical tradition, and you will find the story is much the same. Jack Cade’s rebellion in 1450 was motivated not by crusading proto-socialist idealism, but by exasperation at Henry VI’s weak government and the loss of England’s conquests abroad. There were plenty of peasants among the rebels, but there were also shopkeepers, craftsmen and landowners, including a knight and two MPs.

Robert Kett – whose anti-enclosures rebellion in Norfolk a century later so impressed Norwich’s Labour aldermen of the 1940s that they put up a plaque in his honour – was a big local landowner and, by the standards of the day, a very rich man. He had even previously enclosed common land, and joined the rebels only after a rival landowner bribed them to smash up his enclosures.

Then there are Tony Benn’s favourite English radicals, the Levellers, whose martyrdom is celebrated every year in the faintly implausible surroundings of the Cotswold town of Burford. To him, these Roundhead ultras “anticipated by a century and a half the main ideas of the American and French Revolutions”.

It is certainly easy to see why the story of the Leveller mutineers, shot by Cromwell in Burford, would appeal to Benn, who spent much of the mid-1970s fulminating against the betrayal of socialism by such well-known conservative figures in Labour as Harold Wilson, James Callaghan and Michael Foot. Unfortunately, the notion of the Levellers as cuddly proto-Marxists has been long since debunked.

Many historians see the civil wars of the 1640s and 1650s as essentially a religious conflict, rather than one comprehensible in modern ideological or economic terms. Far from being an early rehearsal for Labour’s 1983 election manifesto, the 1647 Putney Debates – which were voted the « most neglected radical event in British history » in a recent Guardian competition – consisted largely of detailed discussions about army policy, understandable only within the context of the civil war.

Even the nickname « Levellers » was deeply resented by many of the protesters, who disliked the implication that they were opposed
to private ownership. They had « never had it in [their] thoughts to level men’s estates », wrote their spokesmen John Lilburne, Richard Overton and William Walwyn in 1649.

Finally, whatever Benn might think, there is no evidence that the Levellers influenced subsequent radicals, whether in Britain, France or America. Far from being celebrated, they remained forgotten until the 20th century.

It would be easy to go through the radical pantheon, picking holes and pointing out embarrassing family secrets, from the social arrogance of the Georgian populist John Wilkes (“I have given orders to keep away from the house and gardens all the rabble … You would start at the number of little thefts they make”) to the snobbery of the feminist Mary Wollstonecraft (“I have turned impatiently to the poor . . . but alas! what did I see! a being scarcely above the brutes”). Underpinning much of this, however, is a broader point that should make uncomfortable reading for many progressives. For while we typically see left-wing commitment in terms of enthusiasm for government intervention, most radicals in the English tradition were deeply and instinctively hostile to the state.

Take Thomas Spence, the 18th-century revolutionary who coined the phrase “the rights of man” long before Thomas Paine. Like so many others after him, Spence thought that private ownership of land was the source of England’s woes, but he never contemplated a grand system of centralised state ownership. Instead, he was an avowed localist, arguing that each parish should hold the land in trust: a case, one might think today, of parochialism taken to the extreme.

Indeed, many radicals were far less comfortable with collectivism than the idea of a golden tradition might lead us to think, largely because they had such distrust for the common people. Political associations, wrote the first modern anarchist, William Godwin, in the 1790s, were inherently dangerous: conviviality might easily turn into disorder, and there was “nothing more barbarous, cruel and bloodthirsty than the triumph of a mob”. The task of change, he thought, should be left to “a few favoured minds” – the classic position of the well-born and high-minded. You can imagine Sidney and Beatrice Webb nodding vigorously.

Yet it does not necessarily follow that the modern left has nothing to learn from such forerunners. Although we think of Labour as the liberal-minded, reforming champion of state intervention, it was not ever thus. As another academic, Martin Pugh, pointed out in his bracingly revisionist account of the party’s history published last year, there is a forgotten, pre-1945, even pre-1918 Labour story – just as Maurice Glasman argues. Glasman’s formula “Blue Labour” is well chosen precisely because Conservatives and Conservatism played such an important role in the party’s origins. That may sound odd, because Labour and the Tories are supposed to be implacable enemies. Surely Labour emerged as the working-class heir to Victorian Liberalism, picking up the baton of opposition to the Conservative ruling classes? Not at all. We remember that Foot and Benn came from a long line of Liberal nonconformists, yet often forget that many of Labour’s best-known figures came from public-school Tory, not Liberal, backgrounds.

Clement Attlee, who was educated at Hailey­bury and Oxford, was a Tory until he saw the poverty in the East End after becoming a manager at a children’s charitable foundation in Limehouse in his early twenties. Stafford Cripps, whose father was a Conservative MP, moved to the left only in his twenties, shocked by the plight of what he called “the poor slum-beings”. Hugh Dalton, son of John Neale Dalton, tutor tothe future George V, was another convert. At Eton, he later recalled, he was a “Joe Chamberlainite, a Tory Democrat, a self-confessed imperialist”, but when he went up to King’s College, Cambridge, he fell in with a more left-wing crowd, among them John Maynard Keynes, and became a keen member of the Fabian Society. Hugh Gaitskell came from a Conservative-voting family, as did Blair, the son of a Conservative Party activist in the north-east of England.

Seen in the light of the political journeys many Labour titans have made, talk of Blue Labour seems rather less outlandish. And there is more. In its early years, Labour often seemed a markedly conservative rather than socialist party. At the very first meeting of the Independent Labour Party in 1893, Ben Tillett, the future TUC president and MP for Salford, warned that if it was to be called “the Socialist Party he would repudiate it”. “The great mass of British workmen,” the meeting agreed, “do not understand Socialism and have rather a prejudice against it.” Other pioneers held similarly robust views, not least the supremely conser­vative socialist Robert Blatchford, whose bestselling left-wing manifesto Merrie England, published the following year, traduced “lily-livered Methodists”.

As David Marquand put it in the New Statesman last April, early socialists such as Blatchford « drew on a long line of working-class Toryism: a rollicking, rambunctious, fiercely patriotic and earthy tradition, at odds both with the preachy nonconformist conscience that saturated the culture of provincial liberalism and with the patronising, ‘we-know-best’ preconceptions of metropolitan intellectuals ».

Even at this early stage, they dreaded the influence of the well-meaning, clean-living recruits flooding over from the Liberal Party. If the ex-Liberals could select a king, warned Tillett, “he would be a feminist, a temperance crank, a nonconformist charlatan . . . an anti-sport, an anti-jollity advocate, a teetotaller, as well as a general wet blanket”. We can all think of people like that, some of them not so far away from the Labour leadership.

In this context, Blue Labour’s evocations of English voluntarism and self-help sound less like heretical borrowings from Margaret That­cher’s old speechwriters and more like a throwback to Labour’s early days.

The hard-drinking Ernest Bevin, a patriotic West Countryman who said that his foreign policy was to “take a ticket at Victoria Station and go anywhere I damn well please”, and who insisted that Britain have its own nuclear deterrent with a “bloody Union Jack on top of it”, would no doubt have agreed with Glasman’s prescription that, to win in England, Labour must wrap itself in “family, faith and the flag”.

The truth is that Glasman’s talk of « reciprocity, mutuality and solidarity », and even his vaguely Daily Mail-ish noises about the challenge of immigration in white working-class neighbourhoods, probably echo Labour’s founding values more closely than the anguish of the liberal elite. The academic is withering about the left’s record after 1945, which he calls « elitist, managerial [and] bureaucratic ». However, it was this managerial and bureaucratic mindset that built hundreds of thousands of homes, established the National Health Service and virtually eradicated the extreme poverty and disease that had blighted many lives before the Second World War.

All the same, it is hard to resist the feeling that Labour still suffers too much from a kind of knee-jerk Fabianism, preferring to meddle from Whitehall rather than to enable people to help themselves locally. To pick one small but telling example, we often forget that it was Harold Wilson’s 1970s Labour government that first toyed with the idea of allowing tenants to buy their council houses, even going so far as to have it discussed among ministers.

Years later, Wilson’s senior policy adviser Bernard Donoughue reflected that he had been desperate to give people “the freedom to decorate their homes as they wished and, very important, to move in pursuit of employment . . . It infuriated me when I raised this issue with my local Kentish Town Labour Party and was dismissed out of hand by a bunch of mainly left-wing activists, many of whom were prosperously middle-class and enjoyed the benefits of owning their own homes in nearby Hampstead and Camden Town.”

This was Blatchford and the Methodists all over again. The Methodists won; council house sales were shelved because they were deemed inegalitarian. “It was an own goal,” Donou­ghue’s Downing Street colleague Gavyn Davies conceded. “A monumental own goal.” Selling council houses – which would have allowed Wilson and his colleagues to plough the proceeds back into more social housing for the poor – is exactly the kind of counter-intuitive policy that their 21st-century successors need in order to rebuild their support in the English south and Midlands. For if the Labour leadership is serious about winning back even half of the four million English voters lost since 1997, sentimental evocations of a romanticised, radical tradition, or fond reminiscences of the Tolpuddle Martyrs and the miners’ strike, will not be enough.

Instead, a healthy scepticism about the capacity of the state, a renewed enthusiasm for localism and self-help and respect for working-class anxieties would go a long way. Contrary to what we often think, these values are not alien to the Labour Party’s history or to the English radical tradition; they are part of their DNA. Strange as it may sound, if the party of the left wants to reconnect with its heritage and win again in England, it needs to rediscover its forgotten conservatism.

Dominic Sandbrook is a contributing writer of the New Statesman

Voir de plus:

Laure Mandeville: «Entre le vote Trump et le vote Johnson, un saisissant parallèle»

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Les deux hommes appartiennent à l’élite «libérale» de leur pays, mais se sont définis en patriotes réalistes.

Laure Mandeville
Le Figaro

En juin 2016, le coup de tonnerre du Brexit avait précédé l’ouragan Trump, révélant le caractère transatlantique de la révolte nationaliste et populiste
qui souffle sur l’Occident. Trois ans plus tard, la retentissante victoire de Boris Johnson annonce-t-elle à son tour une nouvelle prouesse de Donald Trump en novembre 2020?

Beaucoup en Amérique accueillent l’idée avec horreur, mais certains commencent à envisager sérieusement l’hypothèse, en observant l’obstination avec laquelle ses électeurs lui restent fidèles, de la même manière que les électeurs du Brexit sont restés fidèles à leur désir de «sortir» de l’Union européenne. Les dérapages de Trump et les gigantesques efforts de ses adversaires pour lui ôter toute légitimité sont loin d’avoir fait bouger les lignes, peut-être même le contraire, à en croire de récents sondages favorables au président américain. Au Royaume-Uni, le slogan résolu de Boris Johnson, «Faisons le Brexit», a de son côté fait merveille, malgré tous les efforts des partisans du maintien dans l’Union qui voirnt leur rêve de « nouveau référendum » à nouveau fracassé.

« Le Brexit et Trump étaient inextricablement liés en 2016 et ils sont inextricablement liés aujourdhui. Johnson annonce une grande victoire de Trump. Les classes populaires sont fatiguées de leurs élitesde new York, de Londres et de Bruxelles; qui leur expliquent comment vivre et comment faire. (…) Si les démocrates n’en tirent pas les leçons, Trump voguera vers une victoire à la Reagan en 1984, déclare l’idéologue du national-populisme américain Steve Bannon à l’éditorialiste du New York Times Roger Cohen », qui semble partager à contrecoeur partager son pronostic.

Même si on fait difficilement plus américain que Donald Trump, ni plus britannique que Boris Johnson, il y a incontestablement des parallèles saissssants entre les deux hommes et ils sont loin de se limiter à leur tignasse blonde, qui fait le régal des photographes. Premier point commun, les deux hommes appartiennent à l’élite « libérale » de leur pays, mais se sont définis en patriotes réalistes, surfant sur le désir viscéral du retour à la nation de l’électorat et offrant la promesse d’un pays « reprenant le contrôle » de son destin. Tous deux ont également joué de leurs personnalités hétérodoxes et charismatiques pour passer allègrement le Rubicon du politiquement correct et se poser en défenseurs du « petit peuple », grand perdant de la globalisation et de l’ouverture des frontières à l’immigration. Allant à rebours de la doxa du libre-échange pur et dur, ils ont engagé à la hussarde une redéfinition révolutionnaire de l’ADN de leur partis respectifs, instaurant un virage à gauche sur la question du commerce et du protectionnsime, tout en se situant à droite sur les questions sociétales et culturelles. La carte de leur électorat s’en trouve alors métamorphosée par le ralliement à la bannière conservatrice de régions traditonnellement acquises au Labour britannique ou au parti démocrate américain. De ce point de vue, l’humeur de la classe ouvrière des midlands et du nord de l’Angleterre est presque un copié-collé du ressenti des ouvriers déclassés de l’industrie sidérurgique d l’Ohio ou de la Pennsylvannie. Boris comme Donald ont aussi séduit les petites villes et le pays rural, ce pays dit « périphérique » qui est en réalité « majoritaire », rappelle Christophe Guilluy. « Avec Johnson, on se retrouve paradoxalement avec une bonne chance d’avoir une soicial-démocratie modérée », note l’essayiste David Goodhart.

Comme steve Bannon, l’intellectuel anglais n’exclut pas que la vicroire de Johnson soit, comme le brexit en 2016, ‘l’indicateur d’une tendance capable de se répéter à nouveau outre-Atlantique ». Dans les deux cas, les deux hommes ont été incroyablement sous-estimés par leurs adversaires et les observateurs, qui les ont volontiers présentés comme des clowns, souligne l’intellectuel. Mais Boris Johnson n’a pas « le caractère brutal de Trump et son côté incontrôlable », insiste Goodhart. Il offre de ce point de vue « un visage otpimiste et décent » à la révolte populiste et montre à la droite européenne qu’ « il est possible de la chevaucher sans quelle dérive vers quelque chose d’illibéral ». C’est une bonne nouvelle », conclut-il.

Voir encore:

Boris Johnson and the Coming Trump Victory in 2020
In the postindustrial wasteland, the working class embraced an old Etonian mouthing about unleashed British potential.
Roger Cohen
NYT
Dec. 13, 2019

Donald Trump, in his telling, could have shot somebody on Fifth Avenue and won. Boris Johnson could mislead the queen. He could break his promise to get Britain out of Europe by Oct. 31. He could lie about Turks invading Britain and the cost of European Union membership. He could make up stories about building 40 new hospitals. He could double down on the phantom $460 million a week that Brexit would deliver to the National Health Service — and still win a landslide Tory electoral victory not seen since Margaret Thatcher’s triumph in 1987.

The British, or at least the English, did not care. Truth is so 20th century. They wanted Brexit done; and, formally speaking, Johnson will now take Britain out of Europe by Jan. 31, 2020, even if all the tough decisions on relations with the union will remain. Johnson was lucky. In the pathetic, emetic Jeremy Corbyn, the soon-to-depart Labour Party leader, he faced perhaps the worst opposition candidate ever. In the Tory press, he had a ferocious friend prepared to overlook every failing. In Brexit-weary British subjects, whiplashed since the 2016 referendum, he had the perfect receptacle for his “get Brexit done.”

Johnson was also skillful, blunting Nigel Farage’s far-right Brexit Party, which stood down in many seats, took a lot of Labour votes in the seats where it did run, and ended up with nothing. The British working class, concentrated in the Midlands and the North, abandoned Labour and Corbyn’s socialism for the Tories and Johnson’s nationalism.

In the depressed provinces of institutionalized precariousness, workers embraced an old Etonian mouthing about unleashed British potential. Not a million miles from blue-collar heartland Democrats migrating to Trump the millionaire and America First demagogy.

That’s not the only parallel with American politics less than 11 months from the election. Johnson concentrated all the Brexit votes. By contrast, the pro-Remain vote was split between Corbyn’s internally divided Labour Party, the hapless Liberal Democrats, and the Scottish National Party. For anybody contemplating the divisions of the Democratic Party as compared with the Trump movement’s fanatical singleness of purpose, now reinforced by the impeachment proceedings, this can only be worrying.

The clear rejection of Labour’s big-government socialism also looks ominous for Democrats who believe the party can lurch left and win. The British working class did not buy nationalized railways, electricity distribution and water utilities when they could stick it to some faceless bureaucrat in Brussels and — in that phrase as immortal as it is meaningless — take back their country.

It’s a whole new world. To win, liberals have to touch people’s emotions rather than give earnest lessons. They have to cease being arid. They have to refresh and connect. It’s not easy.

Facebook reaches about one-third of humanity. It is more powerful than any political party — and it’s full of untruths, bigotry and nonsense. As Sacha Baron Cohen, the British actor, said last month of the social media behemoths: “The truth is that these companies won’t fundamentally change because their entire business model relies on generating more engagement, and nothing generates more engagement than lies, fear and outrage.”

That’s the story of Brexit, a national tragedy. That’s the story of Johnson, the man of no convictions. That’s the story of Trump, who makes puppets of people through manipulation of outrage and disregard for truth. That’s the story of our times. Johnson gets and fits those times better than most. He’s a natural.

“Brexit and Trump were inextricably linked in 2016, and they are inextricably linked today,” Steve Bannon told me. “Johnson foreshadows a big Trump win. Working-class people are tired of their ‘betters’ in New York, London, Brussels telling them how to live and what to do. Corbyn the socialist program, not Corbyn the man, got crushed. If Democrats don’t take the lesson, Trump is headed for a Reagan-like ’84 victory.”

I still think Trump can be beaten, but not from way out left and not without recognition that, as Hugo Dixon, a leader of the now defeated fight for a second British referendum, put it: “There is a crisis of liberalism because we have not found a way to connect to the lives of people in the small towns of the postindustrial wasteland whose traditional culture has been torn away.”

Johnson, even with his 80-seat majority, has problems. His victory reconciled the irreconcilable. His moneyed coterie wants to turn Britain into free-market Singapore on the Thames. His new working-class constituency wants rule-Britannia greatness combined with state-funded support. That’s a delicate balancing act. The breakup of Britain has become more likely. The strong Scottish National Party showing portends a possible second Scottish referendum on independence.

This time I would bet on the Scots bidding farewell to little England. And then there’s the small matter of what Brexit actually means. Johnson will need all his luck with that.

As my readers know, I am a passionate European patriot who sees the union as the greatest achievement of the second half of the 20th century, and Britain’s exit as an appalling act of self-harm. But I also believe in democracy. Johnson took the decision back to the people and won. His victory must be respected. The fight for freedom, pluralism, the rule of law, human rights, a free press, independent judiciaries, breathable air, peace, decency and humanity continues — and has only become more critical now that Britain has marginalized itself irreversibly in a fit of nationalist delusion.

Voir enfin:

Britain’s election
Victory for Boris Johnson’s all-new Tories

The Conservatives’ capture of the north points to a realignment in British politics. Will it last?

The Economist
December 13, 2019
Britain’s election on December 12th was the most unpredictable in years—yet in the end the result was crushingly one-sided. As we went to press the next morning, Boris Johnson’s Conservative Party was heading for a majority of well over 70, the largest Tory margin since the days of Margaret Thatcher. Labour, meanwhile, was expecting its worst result since the 1930s. Mr Johnson, who diced with the possibility of being one of Britain’s shortest-serving prime ministers, is now all-powerful.
 
The immediate consequence is that, for the first time since the referendum of 2016, it is clear that Britain will leave the European Union. By the end of January it will be out—though Brexit will still be far from “done”, as Mr Johnson promises. But the Tories’ triumph also shows something else: that a profound realignment in British politics has taken place. Mr Johnson’s victory saw the Conservatives taking territory that Labour had held for nearly a century. The party of the rich buried Labour under the votes of working-class northerners and Midlanders.
 
After a decade of governments struggling with weak or non-existent majorities, Britain now has a prime minister with immense personal authority and a free rein in Parliament. Like Thatcher and Tony Blair, who also enjoyed large majorities, Mr Johnson has the chance to set Britain on a new course—but only if his government can also grapple with some truly daunting tasks.
 
Mr Johnson was lucky in his opponent. Jeremy Corbyn, Labour’s leader, was shunned by voters, who doubted his promises on the economy, rejected his embrace of dictators and terrorists and were unconvinced by his claims to reject anti-Semitism.
 
But the result also vindicates Mr Johnson’s high-risk strategy of targeting working-class Brexit voters. Some of them switched to the Tories, others to the Brexit Party, but the effect was the same: to deprive Labour of its majority in dozens of seats.
 
Five years ago, under David Cameron, the Conservative Party was a broadly liberal outfit, preaching free markets as it embraced gay marriage and environmentalism. Mr Johnson has yanked it to the left on economics, promising public spending and state aid for struggling industries, and to the right on culture, calling for longer prison sentences and complaining that European migrants “treat the UK as though it’s basically part of their own country.” Some liberal Tories hate the Trumpification of their party (the Conservative vote went down in some wealthy southern seats). But the election showed that they were far outnumbered by blue-collar defections from Labour farther north.
 
This realignment may well last. The Tories’ new prospectus is calculated to take advantage of a long-term shift in voters’ behaviour which predates the Brexit referendum. Over several decades, economic attitudes have been replaced by cultural ones as the main predictor of party affiliation. Even at the last election, in 2017, working-class voters were almost as likely as professional ones to back the Tories. Mr Johnson rode a wave that was already washing over Britain. Donald Trump has shown how conservative positions on cultural matters can hold together a coalition of rich and poor voters. And Mr Johnson has an extra advantage in that his is unlikely to face strong opposition soon. Labour looks certain to be in the doldrums for a long time. The Liberal Democrats had a dreadful night in which their leader, Jo Swinson, lost her seat.
 
Yet the Tories’ mighty new coalition is sure to come under strain. With its mix of blue collars and red trousers, the new party is ideologically incoherent. The northern votes are merely on loan. To keep them Mr Johnson will have to give people what they want—which means infrastructure, spending on health and welfare, and a tight immigration policy. By contrast, the Tories’ old supporters in the south believe that leaving the EU will unshackle Britain and usher in an era of freewheeling globalism. Mr Johnson will doubtless try to paper over the differences. However, whereas Mr Trump’s new coalition in America has been helped along by a roaring economy, post-Brexit Britain is likely to stall.
 
Any vulnerabilities in the Tories’ new coalition will be ruthlessly found out by the trials ahead. Brexit will formally happen next month, to much fanfare. Yet the difficult bit, negotiating the future relationship with Europe, lies ahead. The hardest arguments, about whether to forgo market access for the ability to deregulate, have not begun. Mr Johnson will either have to face down his own Brexit ultras or hammer the economy with a minimal EU deal.
 
As he negotiates the exit from one union he will face a crisis in another. The Scottish National Party won a landslide this week, taking seats from the Tories, and expects to do well in Scottish elections in 2021. After Brexit, which Scots voted strongly against, the case for an independence referendum will be powerful. Yet Mr Johnson says he will not allow one. Likewise in Northern Ireland, neither unionists nor republicans can abide the prime minister’s Brexit plans. All this will add fuel to a fight over whether powers returning from Brussels reside in Westminster or Belfast, Cardiff and Edinburgh. The judiciary is likely to have to step in—and face a hostile prime minister whose manifesto promises that the courts will not be used “to conduct politics by another means or to create needless delays”.
 
Led all that way for birth or death?
There is no doubting the strength of Mr Johnson’s position. He has established his personal authority by running a campaign that beat most expectations. His party has been purged of rebels, and their places taken by a new intake that owes its loyalty to him personally. Having lost control of Parliament for years, Downing Street is once more in charge.
 
Mr Johnson will be jubilant about the scale of his victory, and understandably so. But he should remember that the Labour Party’s red wall has only lent him its vote. The political realignment he has pulled off is still far from secure.

 


Chute du mur de Berlin/30e: De la révolution à la guerre des bananes (Banana revolution: that such a basic commodity was a luxury good in East Germany tells you all you need to know about the pitfalls of communism)

12 novembre, 2019

File:Zonen-gaby.jpg

A la surprise de nombreux Allemands de l’Ouest, beaucoup de visiteurs orientaux utilisèrent les 100 DM de leur « argent de bienvenue » (somme d’argent versée par la RFA aux visiteurs de la RDA) pour acheter de grandes quantités de bananes, une rareté très prisée à l’Est. Durant les mois qui suivirent l’ouverture de la frontière, les bananes étaient vendues par caisses entières aux Allemands de l’Est qui pensaient que les stocks seraient bientôt épuisés. Cette frénésie pour le fruit fit de la banane le symbole officieux des changements en Allemagne de l’Est que certains surnommèrent la « révolution de la banane ». Certains Allemands de l’Ouest de gauche protestèrent contre ce qu’ils considéraient comme un consumérisme galopant en lançant des bananes sur les Allemands de l’Est se rendant à l’Ouest. L’obsession des Allemands de l’Est pour les bananes fut parodiée par la célèbre couverture de novembre 1989 du magazine satirique ouest-allemand Titanic qui indiquait « Gaby (17), contente d’être en Allemagne de l’Ouest : Ma première banane » alors qu’elle tient un gros concombre épluché. Wikipedia
For all the meddling the Communist bloc countries have done in banana republics, they still never seem to be able to get their hands on any actual bananas. PJ O’Rourke
There’s something alarmingly wrong with a system that manages to make Germans poor. PJ O’Rourke
Comme cela était inévitable, la marche contre l’islamophobie a payé au prix fort ses ambiguïtés. En laissant quelques fanatiques scander Allah Akbar ! en plein défilé, ses organisateurs ont davantage contribué à renforcer l’islamophobie que toute la fachosphère réunie. Dimanche, l’islam de France a manqué un rendez-vous crucial avec la République. Les cris d’Allah Akbar ! et l’indécente exhibition d’étoiles jaunes en resteront les catastrophiques symboles, la marche contre l’islamophobie fut une marche arrière. Eric Naulleau
Les amis des USA et de l’Union Européenne ont rétabli leur ‘démocratie’ : pogroms anti-indiens, tabassages de journalistes et d’élus, putch militaire. Tel est leur monde idéal. Jean-Luc Mélenchon
Dans cette Bolivie aux dizaines de coups d’État depuis les années 1960″, les événements de ces derniers jours « relèvent d’ un conflit de classes exacerbé, d’un racisme déchaîné, d’une opposition enragée contre le système d’Etat plurinational constructeur de la redistribution des richesses et la conquête de la souveraineté nationale.  Sous le fallacieux prétexte de fraude électorale, la droite dont la logistique est assurée par les services nord-américains (…) n’a pas accepté la victoire d’Evo Morales conquise grâce au vote déterminant des indigènes tellement il est insupportable à la bourgeoisie, en majorité blanche, et pour une partie des couches moyennes, sorties de la misère par Morales lui-même, d’accepter le verdict des urnes. Fabien Roussel (PCF)
La France insoumise s’associe aux protestations contre la violence de l’extrême droite putschiste bolivienne et partage le soutient à Evo Morales qu’ont exprimé les principaux dirigeants des pays de l’Amérique du sud et les partis progressistes de cette région du monde ». Les dirigeants du Venezuela, du Nicaragua, de Cuba, ainsi que le président élu argentin Alberto Fernandez et l’ancien président brésilien Lula , ont tous dénoncé un « coup d’Etat » contre Evo Morales, leader indigène de 60 ans, qui était au pouvoir depuis 2006. Boursorama
A l’occasion des 30 ans de la chute du mur, France Info a diffusé un reportage établissant un parallèle entre le mur de Berlin et la barrière de sécurité séparant Israël de la Cisjordanie. Pas un mot sur le terrorisme. C’est une recette classique du bidouillage journalistique : profiter d’un anniversaire historique pour raconter toute autre chose et vendre à ses auditeurs un reportage qui ne s’encombre ni de l’exactitude des faits, ni de l’honnêteté intellectuelle la plus élémentaire. Depuis des années, la propagande palestinienne et ses relais dans la presse française s’ingénient à établir un parallèle fallacieux entre le mur de Berlin derrière lequel des millions de citoyens est-allemands furent emprisonnés durant des décennies et la barrière israélienne de sécurité destinée à protéger les civils israéliens des attentats qui firent des ravages tout au long de la seconde Intifada. C’est le biais choisi par France Info qui a diffusé le 6 novembre un reportage au titre choc, repris les jours suivants sur les antennes soeurs de France Inter et France Culture : « Jamila, l’enfant de deux murs ». Pour fêter le 30e anniversaire de l’événement, l’envoyé spécial de France Info, Omar Ouahmane, a ainsi déniché la perle rare : Jamila, née le 9 novembre 1989 – jour de la chute du Mur – dans un hôpital dont les fenêtres surplombaient le rideau de fer séparant les deux Allemagnes. Le nouveau né a pour ainsi dire couvert l’événement en direct. Mais ce n’est pas tout. Si la mère de Jamila est allemande, son père est palestinien ! Originaire de Naplouse, en Cisjordanie, Moufid Youssef est arrivé à Berlin-Est en 1978 pour mener des études médecine. C’est un sacré « scoop » que vient de lever là le reportage de France Info qui s’autorise pour la circonstance à dresser un parallèle audacieux : De cette union est donc née Jamila, enfants de deux murs, celui de Berlin, qu’elle n’a pas connu, et celui qui sépare Israël des territoires palestiniens, mur qu’elle a découvert en 2008. Le reporter interviewe Jamila. Elle raconte son voyage en Palestine : Nous avons traversé le checkpoint de Kalandia et je me souviens de ce regard bizarre parce que j’avais un passeport allemand avec un nom arabe et j’ai vu tous ces gens qui étaient contrôlés. J’ai ressenti un sentiment de colère et aussi un peu de peur. J’ai toujours espéré que ce mur tombe avant ma mort. Les auditeurs de France Info n’en apprendront guère plus. Rien n’est expliqué, tout est suggéré. Dans quel but, dans quelles circonstances le « mur » israélien (qui est en réalité une barrière sur l’essentiel de son tracé) a-t-il été érigé ? Le reportage n’en dit rien. Pas un seul rappel sur les attentats-suicides quasi quotidiens qui ont frappé les cafés, les restaurants et les transports en commun israéliens durant la seconde Intifada. Pas un seul mot sur le millier de morts provoqué par ces attentats terroristes. La « barrière de sécurité » israélienne n’a été installée que pour protéger les civils israéliens (juifs et arabes) des attentats sanglants perpétrés par des terroristes du Hamas, des Tanzim et des Brigades des martyrs d’al Aqsa du Fatah, et du Jihad islamique palestinien. Tout dans le reportage de France Info est fait pour établir une analogie fallacieuse entre les Palestiniens et les Allemands de l’Est qui durant plus de quarante ans ne pouvaient fuir la dictature communiste et étaient maintenus prisonniers dans leur propre pays. Les civils palestiniens ont bien entendu toute possibilité de quitter la Cisjordanie, notamment en passant par la Jordanie. Chaque jour, des milliers de Palestiniens franchissent la barrière de sécurité pour venir travailler en Israël, visiter leur famille ou recevoir des soins dans les hôpitaux israéliens. Le « Mur », tel que le désigne France Info, ne constitue pas davantage une prison pour les Arabes israéliens qui ont – à l’instar de leurs concitoyens juifs – toute latitude pour voyager à l’étranger. Il suffit de déambuler dans les halls de l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv pour le constater. Enfin, dernier rappel historique : le parallèle établit par France Info est d’autant plus malhonnête que l‘ex-dictature communiste de la défunte République démocratique allemande avait su développer des liens très étroits avec les organisations terroristes palestiniennes auxquelles la Stasi (les services secrets de l’ex-RDA) fournissait un appui logistique très appréciable. Infoequitable
Eastern bloc kids collected Western candy bar wrappers. Outdated catalogues from the West were kept as coffee table books or fashion magazines. In a world full of grey, the colorful Western waste was treasure. Corecom was a chain of hard-currency stores back in the Communist days providing goods imported from the West. They were inaccessible for most Bulgarians because the national currency, the lev, was not accepted at the stores. Anyone purchasing goods at Corecom with unauthorized foreign currency ran the risk of being investigated by the authorities. The sweetest
It’s 30 years since we started to wash the stench of Soviet socialism out of the windpipes of the body politic, which means it’s about time to consider the importance of bananas. The humble yellow fruit might seem a triviality, but it’s actually quite illustrative of the pitfalls of communism. As PJ O’Rourke once observed: “For all the meddling the Communist bloc countries have done in banana republics, they still never seem to be able to get their hands on any actual bananas.” Another of O’Rourke’s pithier observations was that there’s something alarmingly wrong with a system that manages to make Germans poor. What’s especially odd is that a banana company is an island of central planning in our free market world. The system is owned, usually at least, from end to end. The plantation is planned, it is known how much the production will be. The fruit are transported on specialist – planned – ships and the technology of stopping them ripening before they get to market is well known. That such a basic commodity was a luxury good in East Germany tells you all you need to know about that system’s manifest failings. The fruit’s absence typified the shortages and penury of life in the old GDR. Indeed, when a shipment did come in there would be queues around the block. Meanwhile over in West Germany, the banana was a potent symbol of the country’s 1950s economic miracle – so much so that West German president Konrad Adenauer once brandished one in the Bundestag and hailed it as “paradisical manna”. The best part of the story is what happened immediately after the formal reunification of Germany, a year after the wall fell. As the hours and the minutes ticked down lorries full of bananas queued at the soon to be defunct border crossings. As midnight passed and freedom reigned again, they powered their way to every town, village and hamlet carrying their vital cargo. By that first rosy dawn every shop, flower stall, tobacco kiosk and newsagent in the no longer socialist republic was festooned with bananas. it was a political statement, of course, a message to former East Germans that their new polity could deliver this simple and yellow thing with total efficiency. And such was the enthusiasm for this new bounty that for a time the Easterners were referred to their by their Western cousins as ‘bananen’. It is possible to tell more complex tales that illustrate the starkness of the economic divide. Take the VW executive who went to see the Trabant factory at Zwickau. For all the Western auto companies were running slide rules over the varied Dacias, Skodas and the like. On giving his report back at Wolfsburg our stalwart German auto manager burst into tears. Those Trabbies were worth less than the raw materials entering the other end of the factory. Forget even the value of the labour or capital, the process of turning papier mache (I kid you not, I have personally witnessed a horse eating one) into a car body reduced the value of the original ingredients. That is how you can make even Germans poor of course. Having to explain this to people raised in a more or less sane economic system is presumably what caused that executive to start blubbering in the boardroom. It isn’t even just the inefficiency that grates, it’s the driving ethos of the whole system. For this is what planned economies do. They give the people – badly, late and expensively – what the planners think they should want, rather than what they actually do want. Yes, bananas are trivial but again, as O’Rourke puts it: “The privileges of liberty and the sanctity of the individual went out and whipped butt.” Yep, in all its waxy yellowness. Tim Worstall
La guerre de la banane, quelquefois appelée conflit de la banane, est un différend politique, économique et commercial centré sur des questions de droit de douanes relatifs à la banane, entre l’Union européenne, et les pays latino-américains, soutenus par les États-Unis. Ce conflit a démarré en 1993, avec plusieurs annonces de fin, en 2009 et en 20111. Selon le point de vue européen, il s’agissait de préserver les producteurs membres des pays ACP menacés par la libéralisation des normes économiques exigée par l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Selon le point de vue américain, il s’agissait de dénoncer un régime douanier inéquitable. Les États-Unis, commercialisant ces bananes provenant de l’Amérique latine, étaient partisans du démantèlement de toute protection économique. En rétorsion des mesures européennes, Washington a décidé d’imposer des sanctions douanières aux exportations européennes, qui n’ont été levées qu’en 2001. À la veille du lancement du cycle de Doha de libéralisation des échanges agricoles, Pascal Lamy, Commissaire européen du commerce, se félicitait alors d’avoir montré par cet accord que les différents États impliqués pouvaient « gérer des différends commerciaux de manière professionnelle ». Wikipedia
As I understand it, the only people in Europe who like straight bananas are the Germans, who lacking any former colonies in the Caribbean were obliged to import their bananas from Latin America (this may be why so many bigshot Nazis retired there). The biggest banana consumers in the world, the Germans have a psychologically complex relationship with the fruit. Konrad Adenauer famously brandished a banana in the Bundestag, calling it « paradisical manna », and thus became the only European politician to appear with a banana as a matter of policy until that monkey who got elected mayor the other week. Yet, after reunification, West Germans referred to East Germans disparagingly as « bananen » because the delicacy had been so rare on the other side of the Berlin Wall (« Ja, ve haff nein bananen »). At the same time, the biggest-selling vibrator in Germany was a battery-operated banana and the biggest-selling condom was banana-flavoured. I gather there are EU regulations on the shape and size of condoms, so presumably the popular banana Eurocondom conforms to directives on both banana size and condom size. I don’t believe the banana question would ever have reared its ugly head had not tariff-free dollar bananas for Germany been written into the original Treaty of Rome. Conversely, the rest of Europe’s banana supply – almost entirely curved – was governed by the Banana Regime of the 1957 Lome Convention. The German banana exemption was the Trojan horse by which the straight banana penetrated the European hinterland. And there things rested until the 1993 EU Banana Regime attempted to reconcile the curved bananas of the Lome Convention with the straight bananas of the Treaty of Rome and wound up getting taken to the WTO and infuriating the Americans. At the height of the subsequent banana war, Brussels was putting tariffs on straight bananas. With hindsight, it seems the height of hypocrisy to defend the curved banana against the straight banana when, on the equally vexed question of cucumber curvature, the EU instituted mandatory straightening. In 1999, Washington demanded an investigation into EU policy on the crookedness of fruits, but at the time Brussels was too busy investigating the fruits of crookedness, with a half-hearted inquiry into EU corruption and cronyism. This was the period when Commissioner Edith Cresson was in trouble for putting her dentist on the payroll as a $300,000 EU « scientific adviser », and then declaring she was shocked to find this sort of thing going on right under her nose, though that would seem the obvious place to look for one’s dentist. Mme Cresson, to the best of my knowledge, played no role in drafting EU policy on the identification of fruits, except for her celebrated remark that most Englishmen were homosexual. Anyway, I asked an EU friend in Brussels (Motto: « You don’t have to be bananas to work here but it helps ») whether this week’s news would be seen as a great victory for the fruitarian lobby. He said, « The fruit Aryan? You mean that Dutch guy who got shot a couple of weeks back? Nine-day wonder. We’re over that now. » Finally, you’re probably wondering how the straight vs curved banana dispute fits into the war on terror. All I know is that Muslims believe that man was expelled from the Garden of Eden not because of an apple but because of a green banana. Where does the EU stand (or slip) on those? Mark Steyn
De la révolution à la guerre des bananes
A l’heure où le monde fête le 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin …
Pendant qu’après la marche de la honte, entre cris d’Allahu Akbar et fausses étoiles jaunes, contre la prétendue islamophobie  …
Nos Mélenchon et autres néo-staliniens s’associent aux dirigeants venezueliens, nicaraguais et cubains pour dénoncer le « coup d’Etat » contre le voleur d’élection Evo Morales …

Et nos journalistes de la Pravda du service public français ne résistent pas à l’ocassion d’une énième et fallacieuse comparaison du « mur » israélien

Avec cet nfâme symbole d’un système qui avait réduit des populations entières pendant des décennies …
A collectionner les emballages de friandises ou les vieux catalogues de l’ouest …
Et qui voyait deux jours plus tard avec l’ouverture des frontières intérieures près du quart de la population est-allemande …
Se ruer, pour les acheter par caisses entières, sur les bananes de l’ouest …
Quelle meilleure illustration des aberrations du système communiste
Que la transformation de ce qui était devenu un produit d’alientation de base à l’ouest …
En un produit de luxe hors de portée de la plupart des gens à l’est ?
Mais aussi comme le rappelait alors l’impayable Mark Steyn
Quelle meilleure illustration des aberrations du réglementarisme bruxellois …
A travers l’Atlantique pour cause de courbure et de longueur non conformes  …
Que cette nouvelle et  terrible guerre des bananes des années 90  ?

Why command economies are absolutely bananas

Tim Worstall

It’s 30 years since we started to wash the stench of Soviet socialism out of the windpipes of the body politic, which means it’s about time to consider the importance of bananas.

The humble yellow fruit might seem a triviality, but it’s actually quite illustrative of the pitfalls of communism. As PJ O’Rourke once observed: “For all the meddling the Communist bloc countries have done in banana republics, they still never seem to be able to get their hands on any actual bananas.”

Another of O’Rourke’s pithier observations was that there’s something alarmingly wrong with a system that manages to make Germans poor.

What’s especially odd is that a banana company is an island of central planning in our free market world. The system is owned, usually at least, from end to end. The plantation is planned, it is known how much the production will be. The fruit are transported on specialist – planned – ships and the technology of stopping them ripening before they get to market is well known.

That such a basic commodity was a luxury good in East Germany tells you all you need to know about that system’s manifest failings. The fruit’s absence typified the shortages and penury of life in the old GDR. Indeed, when a shipment did come in there would be queues around the block.

Meanwhile over in West Germany, the banana was a potent symbol of the country’s 1950s economic miracle – so much so that West German president Konrad Adenauer once brandished one in the Bundestag and hailed it as “paradisical manna”.

The best part of the story is what happened immediately after the formal reunification of Germany, a year after the wall fell. As the hours and the minutes ticked down lorries full of bananas queued at the soon to be defunct border crossings. As midnight passed and freedom reigned again, they powered their way to every town, village and hamlet carrying their vital cargo.

By that first rosy dawn every shop, flower stall, tobacco kiosk and newsagent in the no longer socialist republic was festooned with bananas. it was a political statement, of course, a message to former East Germans that their new polity could deliver this simple and yellow thing with total efficiency. And such was the enthusiasm for this new bounty that for a time the Easterners were referred to their by their Western cousins as ‘bananen’.

It is possible to tell more complex tales that illustrate the starkness of the economic divide. Take the VW executive who went to see the Trabant factory at Zwickau. For all the Western auto companies were running slide rules over the varied Dacias, Skodas and the like. On giving his report back at Wolfsburg our stalwart German auto manager burst into tears. Those Trabbies were worth less than the raw materials entering the other end of the factory. Forget even the value of the labour or capital, the process of turning papier mache (I kid you not, I have personally witnessed a horse eating one) into a car body reduced the value of the original ingredients.

That is how you can make even Germans poor of course. Having to explain this to people raised in a more or less sane economic system is presumably what caused that executive to start blubbering in the boardroom.

It isn’t even just the inefficiency that grates, it’s the driving ethos of the whole system. For this is what planned economies do. They give the people – badly, late and expensively – what the planners think they should want, rather than what they actually do want.

Yes, bananas are trivial but again, as O’Rourke puts it: “The privileges of liberty and the sanctity of the individual went out and whipped butt.” Yep, in all its waxy yellowness.

Voir aussi:

I have mixed feelings about this week’s landmark court decision striking down EU regulations on the curvature of fruit and veg. As a rule, I like my cucumbers straight and my bananas curved. I’m cool on EU regulation 1677/88 (if memory serves) requiring Class One cukes to curve less than 10mm every 10cm. But on bananas I’m a bender. The notorious EU regulation 2257/94 stating that bananas must be « free of abnormal curvature » and should be at least 5.5 inches long makes no sense, unless it was drafted by Paula Jones while still in shock.

But, frankly, I had no idea the EU were the ones in favour of uncurved bananas. I seem to remember during the « transatlantic banana split » of a few years ago that it was we in North America who were on the side of the straight banana and you in Europe who were the curvy ones. The banana war of the late Nineties was the turn-of-the-millennium version of those 19th-century imperial disputes where the Great Powers line up behind one obscure tribe or another and stage a proxy war. In this case, it was something to do with the different spheres of influence of Fyffes, Europe’s banana supremo, and Chiquita, America’s top banana. The US championed the cause of Latin-American bananas – these are the so-called « dollar » bananas: tall, straight, and thick-skinned, much like the Americans themselves. The Europeans, meanwhile, were on the side of Afro-Caribbean-Pacific bananas: short, bent, and with a pronounced aroma, much like the Europeans themselves.

Yet, despite the preceding slur, I’m personally drawn to the furtive, stooped, crooked European fruit. The dollar banana strikes me as pretty tasteless by comparison: it makes a witty and amusing touch for your headgear on Carmen Miranda night at the golf club, but is less effective in your standard banana cream pie. As I understand it, the only people in Europe who like straight bananas are the Germans, who lacking any former colonies in the Caribbean were obliged to import their bananas from Latin America (this may be why so many bigshot Nazis retired there). The biggest banana consumers in the world, the Germans have a psychologically complex relationship with the fruit. Konrad Adenauer famously brandished a banana in the Bundestag, calling it « paradisical manna », and thus became the only European politician to appear with a banana as a matter of policy until that monkey who got elected mayor the other week.

Yet, after reunification, West Germans referred to East Germans disparagingly as « bananen » because the delicacy had been so rare on the other side of the Berlin Wall (« Ja, ve haff nein bananen »). At the same time, the biggest-selling vibrator in Germany was a battery-operated banana and the biggest-selling condom was banana-flavoured. I gather there are EU regulations on the shape and size of condoms, so presumably the popular banana Eurocondom conforms to directives on both banana size and condom size. I don’t believe the banana question would ever have reared its ugly head had not tariff-free dollar bananas for Germany been written into the original Treaty of Rome. Conversely, the rest of Europe’s banana supply – almost entirely curved – was governed by the Banana Regime of the 1957 Lome Convention. The German banana exemption was the Trojan horse by which the straight banana penetrated the European hinterland.

And there things rested until the 1993 EU Banana Regime attempted to reconcile the curved bananas of the Lome Convention with the straight bananas of the Treaty of Rome and wound up getting taken to the WTO and infuriating the Americans. At the height of the subsequent banana war, Brussels was putting tariffs on straight bananas. With hindsight, it seems the height of hypocrisy to defend the curved banana against the straight banana when, on the equally vexed question of cucumber curvature, the EU instituted mandatory straightening.

In 1999, Washington demanded an investigation into EU policy on the crookedness of fruits, but at the time Brussels was too busy investigating the fruits of crookedness, with a half-hearted inquiry into EU corruption and cronyism. This was the period when Commissioner Edith Cresson was in trouble for putting her dentist on the payroll as a $300,000 EU « scientific adviser », and then declaring she was shocked to find this sort of thing going on right under her nose, though that would seem the obvious place to look for one’s dentist. Mme Cresson, to the best of my knowledge, played no role in drafting EU policy on the identification of fruits, except for her celebrated remark that most Englishmen were homosexual.

Anyway, I asked an EU friend in Brussels (Motto: « You don’t have to be bananas to work here but it helps ») whether this week’s news would be seen as a great victory for the fruitarian lobby. He said, « The fruit Aryan? You mean that Dutch guy who got shot a couple of weeks back? Nine-day wonder. We’re over that now. »

Finally, you’re probably wondering how the straight vs curved banana dispute fits into the war on terror. All I know is that Muslims believe that man was expelled from the Garden of Eden not because of an apple but because of a green banana. Where does the EU stand (or slip) on those?

Voir également:

Démission d’Evo Morales : le PCF et LFI dénoncent une « logique de coup d’État » en Bolivie

Dans un communiqué, la France insoumise a ciblé « l’extrême droite putschiste » après la démission diamnche du président de Bolivie Evo Morales.

Boursorama avec AFP Services

11/11/2019

« Un conflit de classes exacerbé, d’un racisme déchaîné ». Le Parti communiste français et la France insoumise ont dénoncé la « logique de coup d’Etat » qui a conduit, selon eux, à l a démission du président bolivien Evo Morales dimanche 10 novembre après trois semaines de protestations contre sa réélection. « Dans cette Bolivie aux dizaines de coups d’État depuis les années 1960 », les événements de ces derniers jours « relèvent d’ un conflit de classes exacerbé, d’un racisme déchaîné, d’une opposition enragée contre le système d’Etat plurinational constructeur de la redistribution des richesses et la conquête de la souveraineté nationale « , s’émeut le secrétaire national du PCF Fabien Roussel dans un communiqué publié lundi.

« Sous le fallacieux prétexte de fraude électorale, la droite dont la logistique est assurée par les services nord-américains (…) n’a pas accepté la victoire d’Evo Morales conquise grâce au vote déterminant des indigènes tellement il est insupportable à la bourgeoisie, en majorité blanche, et pour une partie des couches moyennes, sorties de la misère par Morales lui-même, d’accepter le verdict des urnes », ajoute-t-il.

« Un coup d’État » dénoncé par plusieurs pays d’Amérique du Sud

LFI accuse pour sa part l’opposition qui « multiplie les actes racistes et les violences dans une logique de coup d’Etat » , dans un communiqué publié dimanche. « La France insoumise s’associe aux protestations contre la violence de l’extrême droite putschiste bolivienne et partage le soutient à Evo Morales qu’ont exprimé les principaux dirigeants des pays de l’Amérique du sud et les partis progressistes de cette région du monde ». Les dirigeants du Venezuela, du Nicaragua, de Cuba, ainsi que le président élu argentin Alberto Fernandez et l’ancien président brésilien Lula , ont tous dénoncé un « coup d’Etat » contre Evo Morales, leader indigène de 60 ans, qui était au pouvoir depuis 2006.

« Coup d’Etat en #Bolivie contre @evoespueblo (Evo Morales, ndlr). Les amis des USA et de l’Union Européenne ont rétabli leur ‘démocratie’ : pogroms anti-indiens, tabassages de journalistes et d’élus, putsch militaire. Tel est leur monde idéal », a également dénoncé Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de LFI sur Twitter.

Voir encore:

Éric Naulleau : “la marche contre l’islamophobie a payé au prix fort ses ambiguïtés”
Valeurs actuelles
12 novembre 2019

Pour le chroniqueur, la marche du dimanche 10 novembre a “contribué à renforcer l’islamophobie”.
Avant même son départ, la marche contre l’islamophobie ne faisait pas l’unanimité. Le PS et EELV (la sénatrice Esther Benbassa y participait à titre personnel), par exemple, s’en sont désolidarisés. Une fois lancé, le cortège a été émaillé par des incidents qui ont donné raison aux détracteurs de la manifestation à laquelle 10 000 personnes ont participé, selon les chiffres de la préfecture de Police. Sur Twitter, Éric Naulleau, chroniqueur de l’émission Balance ton post sur C8, l’assure : « Comme cela était inévitable, la marche contre l’islamophobie a payé au prix fort ses ambiguïtés. En laissant quelques fanatiques scander Allah Akbar ! en plein défilé, ses organisateurs ont davantage contribué à renforcer l’islamophobie que toute la fachosphère réunie ».

« Indécente exhibition d’étoiles jaunes »
Et d’ajouter : « Dimanche, l’islam de France a manqué un rendez-vous crucial avec la République. Les cris d’Allah Akbar ! et l’indécente exhibition d’étoiles jaunes en resteront les catastrophiques symboles, la marche contre l’islamophobie fut une marche arrière ».

Pour le chroniqueur, « si les organisateurs de la marche de demain en avaient seulement appelé à la juste lutte contre l’islamophobie, je l’aurais évidemment soutenue. Mais la pollution de l’initiative par des propos et des personnages antirépublicains rend la chose impossible. Quel gâchis ! »

Voir enfin:

Mur de Berlin: la comparaison fallacieuse de France Info avec Israël

C’est une recette classique du bidouillage journalistique : profiter d’un anniversaire historique pour raconter toute autre chose et vendre à ses auditeurs un reportage qui ne s’encombre ni de l’exactitude des faits, ni de l’honnêteté intellectuelle la plus élémentaire.

Depuis des années, la propagande palestinienne et ses relais dans la presse française s’ingénient à établir un parallèle fallacieux entre le mur de Berlin derrière lequel des millions de citoyens est-allemands furent emprisonnés durant des décennies et la barrière israélienne de sécurité destinée à protéger les civils israéliens des attentats qui firent des ravages tout au long de la seconde Intifada.

C’est le biais choisi par France Info qui a diffusé le 6 novembre un reportage au titre choc, repris les jours suivants sur les antennes soeurs de France Inter et France Culture : « Jamila, l’enfant de deux murs ».

Pour fêter le 30e anniversaire de l’événement, l’envoyé spécial de France Info, Omar Ouahmane, a ainsi déniché la perle rare : Jamila, née le 9 novembre 1989 – jour de la chute du Mur – dans un hôpital dont les fenêtres surplombaient le rideau de fer séparant les deux Allemagnes. Le nouveau né a pour ainsi dire couvert l’événement en direct.

Mais ce n’est pas tout. Si la mère de Jamila est allemande, son père est palestinien ! Originaire de Naplouse, en Cisjordanie, Moufid Youssef est arrivé à Berlin-Est en 1978 pour mener des études médecine.

C’est un sacré « scoop » que vient de lever là le reportage de France Info qui s’autorise pour la circonstance à dresser un parallèle audacieux :

De cette union est donc née Jamila, enfants de deux murs, celui de Berlin, qu’elle n’a pas connu, et celui qui sépare Israël des territoires palestiniens, mur qu’elle a découvert en 2008.

Le reporter interviewe Jamila. Elle raconte son voyage en Palestine :

Nous avons traversé le checkpoint de Kalandia et je me souviens de ce regard bizarre parce que j’avais un passeport allemand avec un nom arabe et j’ai vu tous ces gens qui étaient contrôlés. J’ai ressenti un sentiment de colère et aussi un peu de peur. J’ai toujours espéré que ce mur tombe avant ma mort

Décryptage

Les auditeurs de France Info n’en apprendront guère plus. Rien n’est expliqué, tout est suggéré. Dans quel but, dans quelles circonstances le « mur » israélien (qui est en réalité une barrière sur l’essentiel de son tracé) a-t-il été érigé ? Le reportage n’en dit rien. Pas un seul rappel sur les attentats-suicides quasi quotidiens qui ont frappé les cafés, les restaurants et les transports en commun israéliens durant la seconde Intifada. Pas un seul mot sur le millier de morts provoqué par ces attentats terroristes.

La « barrière de sécurité » israélienne n’a été installée que pour protéger les civils israéliens (juifs et arabes) des attentats sanglants perpétrés par des terroristes du Hamas, des Tanzim et des Brigades des martyrs d’al Aqsa du Fatah, et du Jihad islamique palestinien. Tout dans le reportage de France Info est fait pour établir une analogie fallacieuse entre les Palestiniens et les Allemands de l’Est qui durant plus de quarante ans ne pouvaient fuir la dictature communiste et étaient maintenus prisonniers dans leur propre pays.

Les civils palestiniens ont bien entendu toute possibilité de quitter la Cisjordanie, notamment en passant par la Jordanie.

Chaque jour, des milliers de Palestiniens franchissent la barrière de sécurité pour venir travailler en Israël, visiter leur famille ou recevoir des soins dans les hôpitaux israéliens.

Le « Mur », tel que le désigne France Info, ne constitue pas davantage une prison pour les Arabes israéliens qui ont – à l’instar de leurs concitoyens juifs – toute latitude pour voyager à l’étranger. Il suffit de déambuler dans les halls de l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv pour le constater.

Enfin, dernier rappel historique : le parallèle établit par France Info est d’autant plus malhonnête que l‘ex-dictature communiste de la défunte République démocratique allemande avait su développer des liens très étroits avec les organisations terroristes palestiniennes auxquelles la Stasi (les services secrets de l’ex-RDA) fournissait un appui logistique très appréciable.

Certains dossiers exhumés des archives de la Stasi ont fourni à ce sujet de précieux renseignements.

Peut-être l’occasion d’un futur reportage de l’envoyé spécial de France Info à Berlin ?


Liberté d’expression: Vous avez dit ‘élucubrations sur les réseaux sociaux’ ? (Big Brother Facebook and his sleeping giants friends are watching you)

11 octobre, 2019

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Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
L’islam essaie d’imposer à l’Europe ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence d’un traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à l’école, accusation d’islamophobie contre les esprits libres. Le Coran est un livre d’inouïe violence. Exaltation de la violence: chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran. De fait, l’Église catholique n’est pas exempte de reproches. … Mais ce qui différencie le christianisme de l’islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l’Église. Aucune des fautes de l’Église ne plonge ses racines dans l’Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l’institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine. Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Coran, comme ils incarnaient l’oeil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme. À l’identique de feu le communisme, l’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des moeurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence. Ce sont des faiblesses qu’il veut exploiter au moyen «d’idiots utiles», les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d’imposer l’ordre coranique au monde occidental lui-même. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l’Occident «le monde libre» par rapport au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce «monde libre», fonctionnaires zélés de l’oeil du Coran, pullulent en son sein. Robert Redeker
Les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes. Jacques Chirac
Dans le cadre du dialogue des civilisations et des cultures, il faut éviter tout ce qui anime les tensions et l’amalgame entre l’islam, qui est une grande religion respectée et respectable, et l’islamisme radical. Jacques Chirac
[La piste terroriste] n’est évidemment pas écartée. D’abord, je pense qu’il est important de le dire régulièrement: ce n’est pas parce qu’on est musulman qu’on est terroriste. Donc le fait qu’on se convertisse à l’islam n’est pas un signe automatique de radicalisation. Les faits doivent être regardés avec précision. C’est ce que les services enqêteurs sont en train de réaliser. Et donc avant que ces services enquêteurs ne nous donnent des informations tangibles et qui ne sont pas des élucubrations sur les réseaux sociaux, je ne me prononcerai pas. Sibeth N’Diaye (porte-parole du gouvernement Macron)
Tous nos problèmes aggravés par l’immigration sont aggravés par l’islam. En France, comme dans toute l’Europe, tous nos problèmes sont aggravés par l’immigration, école, logement, chômage, déficits sociaux, ordre public, prisons (…) et tous nos problèmes aggravés par l’immigration sont aggravés par l’islam. C’est la double peine. L’Etat français est devenu l’arme de destruction de la nation et de l’asservissement de son peuple, du remplacement de son peuple par un autre peuple, une autre civilisation. Entre vivre (et vivre) ensemble, il faut choisir. La question qui se pose à nous est la suivante: les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ? Nos progressistes si brillants (…) nous ont ramenés à la guerre des races et à la guerre des religions. Comment ne pas être ébloui par les tenues de notre ministre préférée, Sibeth Ndiaye, sommet de la distinction française. Eric Zemmour
C’est ma dernière élection. Après mon élection, j’aurai plus de flexibilité. Obama (à Medvedev, 27.03.12)
Le battre dans les urnes rendrait un mauvais service à l’histoire, rendrait un mauvais service à notre pays. J’ai peur que si nous ne destituons pas le président, il sera réélu. Al Green (repésentant démocrate du Texas)
Aside from the emotional issue that Democrats, NeverTrumpers, and celebrities loathe Donald Trump, recently Representative Al Green (D-Texas) reminded us why the Democrats are trying to impeach the president rather than just defeat him in the 2020 general election. “To defeat him at the polls would do history a disservice, would do our nation a disservice,” Green said.  “I’m concerned that if we don’t impeach the president, he will get re-elected.” Translated, that means Green accepts either that Trump’s record is too formidable or that the agendas of his own party’s presidential candidates are too frightening for the American people to elect one of them. And that possibility is simply not permissible. Thus, impeachment is the only mechanism left to abort an eight-year Trump presidency—on a purely partisan vote to preclude an election, and thus contrary to the outlines of impeachment as set out by the Constitution. Consider it another way: Why is it that the House is controlled by Democrats, yet its leadership is not pushing through any of the policy proposals voiced so openly on the Democratic primary stage? Why aren’t progressive representatives introducing bills to pay reparations to African Americans, to legalize infanticide in some cases of late-term abortion, to offer free medical care to illegal aliens, to confiscate AR-15s, to extend Medicare for all, to impose a wealth tax and raise top rates to between 70 and 90 percent, to abolish student debt and ensure free college for all, or to grant blanket amnesty to those currently living in the country illegally? Simple answer: none of those issues poll anywhere near 50 percent approval. And no Democratic candidate would expect to beat Trump as the emissary of such an agenda. If the economy was in a recession, if we were embroiled in another Iraq-like or Vietnam-sort of war, and if Trump’s polls were below 40 percent, then the Democrats would just wait 13 months and defeat him at the polls. But without a viable agenda and because they doubt they can stop Trump’s reelection bid, they feel they have no recourse but to impeach. If Trump were to be reelected, not a shred of Barack Obama’s “fundamental transformation” would be left, and the strict constructionist Supreme Court would haunt progressives for a quarter-century. (…) In a sane world, the impeachers would worry their charges that Trump forced Ukrainian President Vladimir Zelensky to investigate his possible 2020 Democratic opponent Joe Biden might boomerang. After all, Trump never actually cut off Ukrainian aid. Nor did he outline a quid pro quo deal. Essentially he is accused of unduly asking a foreign president to clamp down on corruption in his midst going back to 2016. So what? Especially if there is something more to the strange antics of Hunter Biden and CrowdStrike. Biden’s problems are not such thought crimes, but are confirmed by his own boasting: that he used the clout of the United States to help his own family financially, by threatening to cut off U.S. aid unless a Ukrainian state prosecutor looking into his own son’s suspicious lobbying was fired within six hours. And in Biden’s own words, “Son of a bitch,” he was fired. In contrast, Trump might have been all over the map in his call, but he kept the aid to Ukraine coming without demanding the scalp of any Ukrainian official. In some sense, Trump’s culpability boils down to one issue: progressives believe that in not-too-veiled a manner, he threatened a foreign government to start going after the Biden family without cause, whose patriarch Joe might be Trump’s 2020 election opponent. The other half of the country believes that what is material is not Biden’s current transient electoral status (he is not now and may not be the Democratic nominee), but the fact that he was vice president of the United States when he used his office to threaten the loss of foreign aid to stop investigations of his son, who was using his father’s position to further his own profiteering. Given that Trump denies any quid pro quo and his call supports that fact, while Biden, on the other hand, openly brags that he made threats which made the Ukrainian to cave (“in six hours”), one can draw one’s own conclusions. (…) As far as precedent, there is a good recent example. Barack Obama got caught promising to consider cuts in Eastern-European-based missile defense if Vladimir Putin would give him some room during his reelection campaign. Translated into Adam Schiff’s Mafiosi parody lingo: Putin would calm down on the international stage to make the U.S.-Russia “reset” look good, Obama would then get rid of Eastern-European missile defense, and Obama would get reelected in 2012. And all three of those events transpired as planned—one can surmise whether any of the three would have happened without Obama compliance with Russian conditions. Remember, Obama’s quid pro quo was caught on a hot mic on the premise that what he said to Russian President Medvedev was never supposed to be heard. “On all these issues, but particularly missile defense, this can be solved,” Obama said. “But it’s important for him [Putin] to give me space . . . This is my last election. After my election I have more flexibility.” Once that understanding was excused, and the media was mute about such collusion, can any notion of collusion as a crime still exist? (…) So if Trump’s health holds out, if we don’t have a recession, if there is not an optional war, and Trump endures the next few weeks of 360-degree, 24/7 targeting, 2020 will be far more favorable than ever imaginable for him. Victor Davis Hanson
A Trump presidency would change the pro-Ukrainian agenda in American foreign policy. For me it was important to show not only the corruption aspect, but that he is [a] pro-Russian candidate who can break the geopolitical balance in the world. Serhiy Leshchenko (Ukrainian journalist and member of parliament)
It’s no wonder that some key Ukrainian political figures are getting involved to an unprecedented degree in trying to weaken the Trump bandwagon. Adrian Karatnycky (Washington’s Atlantic Council think-tank)
My desire to expose Manafort’s doings was motivated by the desire for justice. Neither Hillary Clinton nor Joe Biden, nor John Podesta, nor George Soros asked me to publish the information from the black ledger. Serhiy Leshchenko
The United States has not even grappled with the full scope of Ukraine’s impact on the 2016 election. Earlier this year, I broke down Trump and Rudy Giuliani’s allegation that Biden forced Kiev to fire a corrupt prosecutor in order to protect his son Hunter. (As I and nearly every other Ukraine watcher pointed out, Giuliani’s claim is meritless.) But Ukraine did play a significant factor in the 2016 election: the exposure of Paul Manafort’s corruption. Of course, Manafort, who is currently serving time in prison, is legendarily corrupt. But the larger question is how to handle the fact that, in helping to expose his corruption, Ukrainian entities shaped the course of an American election. Ukraine’s role in the 2016 race is undeniable: In the summer of 2016, Kiev’s release of the so-called “black ledger” resulted in Manafort’s ouster from the Trump campaign. The actions of foreign actors—however well-intentioned—directly impacted an American election. One would imagine Washington media and lawmakers—who spent three years combing through every aspect of Moscow’s interference in our election—might direct similar attention to Kiev’s impact. Yet the Ukrainian angle barely made headlines. If we want to get serious about safeguarding our electoral process from all foreign actors, not just Moscow-based ones, it’s time to examine Ukraine as well. On August 14, 2016, The New York Times published a bombshell about what would become known as the “black ledger”—a handwritten document alleging millions of off-the-books payments to Manafort by the Party of Regions, led by his former client Viktor Yanukovych, the ousted pro-Russian president of Ukraine. The Times received the ledger from the National Anti-Corruption Bureau of Ukraine (NABU), an independent government agency. The story rocked the 2016 election, given Manafort’s position as head of Trump’s campaign. The Hillary Clinton campaign immediately seized on it as proof that Manafort—and therefore Trump—was tied to Yanukovych and the Kremlin. Four days later, the Times ran a follow-up story, based on more details released by NABU and publicity by Serhei Leshchenko, a member of the Ukrainian parliament, who told the Times he’d studied the ledger. The next day, Manafort resigned from Trump’s campaign. Two weeks later, the Financial Times did a story about Ukraine’s takedown of Manafort, including quotes from Leshchenko and Western analysts. “The prospect of Mr Trump, who has praised Ukraine’s arch-enemy Vladimir Putin, becoming leader of the country’s biggest ally,” it began, “has spurred not just Mr Leshchenko but Kiev’s wider political leadership to do something they would never have attempted before: intervene, however indirectly, in a US election.” “Mr Leshchenko and other political actors in Kiev say they will continue their efforts to prevent a candidate…from reaching the summit of American political power,” the story went on. Reading the article in 2019, after three years of nonstop coverage about overseas meddling in US democracy, is stunning. Here is an established Western outlet calmly discussing successful foreign influence of an American presidential campaign as a neat little coup, a bit of gutsy international derring-do. Calling the intervention “indirect” is a bit generous, as well. Manafort was ousted based on handwritten pieces of paper—the story would’ve never gone anywhere without NABU and Leshchenko’s vouching for the ledger’s authenticity. That’s as direct as it gets. Of course, all this occurred in August of 2016, when the prospect of a Trump presidency was seen as inconceivable. After Trump’s election, Leshchenko and NABU frantically denied their intent to damage the Trump campaign, claiming the ledger was publicized solely because of their concern to stamp out corruption and had nothing to do with US politics. “My desire to expose Manafort’s doings was motivated by the desire for justice,” wrote Leschenko in a recent Washington Post op-ed. “Neither Hillary Clinton nor Joe Biden, nor John Podesta, nor George Soros asked me to publish the information from the black ledger.” Ukrainians certainly had every reason to expose Manafort’s corruption, and the man’s subsequent trial showed there was an enormous amount to expose. But Ukraine’s efforts also happened to coincide with—and have an immediate impact on—an American campaign. And yet, despite this information’s being available in English, and published by established Western media, we’ve had almost no debate about its implications. To understand just how astounding that is, simply imagine if the situation were reversed. Imagine the Financial Times ran a story about a Russian government bureau and lawmaker leaking documents that directly resulted in the ouster of the Clinton campaign manager. Even if everything exposed by Russia were true, it’d still be a major scandal. None of this is to say we should ignore the Kremlin’s election meddling or Trump’s current attempt to coerce Ukraine into investigating Biden. These are extraordinarily serious issues—but so is Ukraine’s impact in 2016. It seems many Americans are under the mistaken assumption that the moment Trump leaves office, things will return to normal. They won’t. If anything, the 2016 election let the devil out of the box—other actors in other nations surely took notice of the ease with which a handful of individuals in Ukraine were able to influence an American campaign. There will be more of this. Some may be in good faith; some will not. It is impossible to say we’re taking foreign interference seriously until the media, lawmakers, and political activists have an honest conversation about the new norms. And that involves looking not only at Trump and Russia, but at Ukraine as well. The Nation
Vanité des entreprises humaines… Tout débutait si bien: la meute média-antifa aux trousses d’Éric Zemmour… L’amorce d’un dialogue détendu-convivial sur l’immigration lancé par l’Élysée. Soudain, le vrai monde anéantit tout cela avec fracas. Car si la moitié de ce qu’on lit sur la tuerie de la Préfecture de police est vrai – nous y revenons – la sécurité de la France, la confiance des Français en leur État, seront gravement affectés. Le philosophe Clément Rosset édicta naguère que « la réalité est insupportable, mais irrémédiable »: nous y voilà. Résumons : un individu depuis dix ans fasciné par l’islam… converti depuis deux ans peut-être… habilité au secret-défense… niché au cœur informatique du service opérant le renseignement d’une capitale mondiale majeure… Aussi: on ne compte plus les missions ultra-sensibles récemment confiées à la DRPP, de par sa taille réduite, son étanchéité et son esprit de corps. Les dégâts potentiels sont vertigineux. (…) Quand vos chefs prônent le politiquement-correct ; quand cent stages vantent l’idéal du vivre-ensemble et l’horreur de la discrimination ; quand toute blague déclenche la foudre ; s’inquiéter d’un collègue infirme et antillais est ardu. Preuve, la réaction de l’État : le piteux Castaner bredouille que tout est normal et une péronnelle de la présidence suggère d’éviter les amalgames. Quand ces réactions émanent du sommet d’un État fort pyramidal, sa base évite tout propos malsonnant – comment lui donner tort ? Second point majeur. On lit que l’assassin était « signalé » depuis 2015. mais signalé par qui ? Et vers qui ? En 2015, l’ambiance était électrique entre la direction de la DGSI et celle de la DRPP, pour affaires touchant à la françafrique. Que s’est il alors passé – ou pas passé, plutôt ? Il serait judicieux d’aller y voir de près. Dernier point : Macron a fondé la coordination du renseignement : bien. Or depuis, sous l’empire de la nécessité – protéger le président de ses « affaires »… ambitions pseudo-savantes sans vrai contenu… la coordination semble oublier ses fondamentaux, dont celui-ci : coordonner est bien s’il s’agit d’un tout étanche et cohérent – ce n’est pas le cas, on l’a vu. Brutal résultat – le protocole de la médecine d’urgence vaut pour le renseignement : toujours envisager le pire. Nul catastrophisme, mais seul moyen de sauver le patient. Et si M. H. était une taupe islamiste ? Qu’a-t-il transmis et à qui, des bases numériques de la DRPP ? Y a-t-il logé un logiciel-malveillant, cheminant ensuite – vers où ? On imagine la réaction des services alliés. Au pire, tout ou partie de l’informatique de la DRPP est à revoir. (…) même, on aggrave les choses. Un exemple inquiétant. Pour grappiller quelques sous, l’Intérieur externalise la réparation de ses véhicules, camions de CRS, etc. Or dans leurs garages, les mécaniciens de la police voient ces sous-traitants chercher les véhicules à réparer. Parfois, des barbus portant au front la zebiba, tache noire du prosterné en prière. Voilà à qui on confie les camions des CRS. On détecte ainsi des sots trop voyants, mais de longue date, les durs des Frères musulmans et les salafistes disposent de fatwas leur permettant de se raser et porter costume-cravate pour infiltrer les structures infidèles. Quand ils l’ont pu dans le monde musulman, ils ont infiltré les centres d’éducation : leurs recrues savent se planquer. En Turquie, on voit le mal qu’a Erdogan à éradiquer la secte islamiste de Fetullah Gülen de l’administration et l’armée. » Xavier Raufer
Ce fonctionnaire né à Fort de France servait depuis 2003 comme adjoint administratif (agent de catégorie C) au sein du au service technique de la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP). Il n’avait jamais attiré défavorablement l’attention de sa hiérarchie quant à sa conduite. Il a certainement été l’objet d’une enquête de sécurité au moment de son recrutement (en 2003) puis d’un suivi épisodique pour proroger ses habilitations au secret défense (tous les cinq ans). Sa conversion à la religion musulmane ne constituait pas un acte délictueux et, jusqu’à plus ample informé, il ne fréquentait pas des lieux de culte salafistes incubateurs d’activistes – même si fort heureusement, ils ne passent majoritairement pas à l’acte -. Non seulement dans son cas avec les éléments connus, il n’y avait pas matière à enquêter plus avant, mais si cela avait été le cas, cela aurait pu être assimilé à du « harcèlement » et à de l' »islamophobie ». La hiérarchie de l’administration – quelqu’elle soit – a très peur de se retrouver dans cette position face aux influents intellectuels qui n’attendent que ce prétexte pour intervenir dans les medias dans le seul but d’affaiblir l’Etat. Cela dit, l’enquête en cours aurait prouvé qu’il s’était converti en 2008 et pas il y a 18 mois comme cela avait été annoncé précédemment. Si ce fait est confirmé, cela prouverait qu’il pratiquait la Taqiya (l’art de la dissimulation surtout en usage chez les chiites mais méthode reprise par les salafistes) à l’évidence pour cacher sa conversion à son environnement. De plus, il semble qu’il avait préparé son coup au dernier moment ayant acquis le couteau de cuisine en céramique qui a servi à ces assassinats le matin même de son action. (…) Les services de l’Etat sont à l’image de la nation. Les chiffres varient car les statistiques officielles restent interdites mais il y aurait entre 7 et 10% de musulmans en France. Le chiffre devrait être logiquement le même au sein de l’administration. Cela dit, seule une infime partie des musulmans adhère aux thèses extrémistes des salafistes-djihadistes qui puisent leur inspiration sur les sites spécialisés (que décidément la puissance publique a bien du mal à entraver). En France, il existe aussi d’autres versions de l’islam sunnite qui ne prônent pas la violence comme le mouvement tablligh et les Frères musulmans. Le cas des salafistes dits quiétistes pose question car c’est dans leurs rangs que les salafistes-djihadistes viennent recruter de nouveaux adeptes. Les activistes n’ont pas besoin d’être très nombreux pour être dangereux. C’est d’ailleurs la caractéristique des mouvement terroristes : quelques activistes bien formés valent mieux que des gros bataillons facilement repérables. (…) pour le moment, ce ne sont pas les revenants qui représentent le menace principale en Occident en général et en Europe en particulier. Daech n’est pas vaincu militairement mais a actuellement d’autres soucis comme relancer la guérilla sur le front syro-irakien, activer ses provinces extérieures comme en Afrique – particulièrement au Sahel – , dans le Causasse et en Extrême-Orient. Par contre, Daech continue à prodiguer sa propagande et à appeler ses adeptes au meurtre là où ils se trouvent. C’est sans doute ce qui explique cette dernière opération meurtrière. Il va être affirmé que l’assassin était quelque part « dérangé mentalement » mais il convient de se poser la question suivante: un individu qui se livre à un acte terroriste est-il mentalement sain d’esprit ? Il aurait aussi été insatisfait de sa position professionnelle qui n’évoluait pas mais cela ne peut pas expliquer grand chose. Il gardait son libre arbitre. Le cas juridique du « suspect » est clos puisque l’action est éteinte avec sa mort. Cela dit, il reste un gros problème. Daech possède un service de sécurité (Amniyat) dont une des missions est le renseignement. Ce mouvement semblait se renseigner sur le passé des volontaires français qui le rejoignaient en Syrie. Quel rôle pourrait avoir joué le suspect dans ces enquêtes « de sécurité » (et autres) car sa position professionnelle au sein de la DRPP pouvait lui permettre d’avoir accès à des fichiers informatique confidentiels ? En effet, il pourrait avoir été recruté comme source par Daech ce qui expliquerait pour partie. (…) Il est évident que cela va créer une inquiétude au sein de la population qui constate que même les organismes chargés de la protéger peuvent être infiltrés par des mouvements terroristes. Tous les ministères vont se sentir concernés et vont devoir revoir les procédures de sécurité et les enquêtes d’habilitation de leurs personnels. Cela va être très nuisible à l’ambiance interne qui risque de devenir suspicieuse. » Alain Rodier
« On sent bien que la énième répétition du même mode opératoire, à savoir une personnalité seule qui profite d’un effet de surprise dans la vie quotidienne pour poignarder des quidam, ici ce sont des collègues de travail, mais d’autres fois ce sont des passants, des gens qui rentrent chez eux dans des transports en commun, des jeunes femmes qui attendent un train dans une gare, des soldats en faction, un prêtre dans son église, c’est-à-dire n’importe qui ou tout le monde, tout cela use l’opinion publique et donne le sentiment qu’un danger imminent s’est diffusé dans notre vie quotidienne et peut nous guetter n’importe où à n’importe quel moment. On sent bien que l’ambiance se tend, et qu’une violence au quotidien se banalise. L’idée qu’à tout instant un attentat peut se produire sous nos yeux et qu’il faudra agir fait désormais partie du paysage. A long terme, la notion de tension religieuse prend forme, malgré les nombreux appels au calme et malgré les dénis sur le « pas d’amalgame ». La multiplication, partout en Europe d’ailleurs, de ces épisodes fébriles où quelques personnes sont tuées au couteau, comme ça, simplement, dans un flash terroriste, lézarde progressivement la certitude que ces attentats ne seraient pas de nature religieuse. Sur ce point, la stratégie des pouvoirs publics suivie en France comme en Allemagne, consistant à expliquer immédiatement après les faits qu’il s’agit d’un acte perpétré par un déséquilibré et qui ne serait pas de nature religieuse devient une source ce méfiance. (…) Cette fois-ci, le déni est terrible. On a tous entendu Christophe Castaner et Sibeth Ndiaye expliquer que rien ne permettait de présager l’action de cet informaticien habilité au secret défense et employé dans les services de renseignement. Mais le Parisien a révélé qu’il avait fait l’objet d’un signalement à sa hiérarchie en 2015 pour dérive radicale. Il semble que la machine administrative n’en ait pas tenu compte. En termes de gestion publique, ce hiatus entre les propos du gouvernement et la réalité est redoutable, parce qu’il donne à l’opinion publique le sentiment que la situation n’est pas sous contrôle. Ce sentiment est apparu très nettement avec l’affaire Lubrizol. Alors qu’une usine Seveso seuil haut était en feu, provoquant nausées et vomissements dans la population, le gouvernement est resté sourd et aveugle face aux évidences en expliquant que les fumées ne présentaient pas de toxicité inquiétante. La réaction incrédule de la population devrait alerter les pouvoirs publics, d’autant que l’émission de dioxine est désormais attestée, ce qui dément les propos des ministres. La même semaine, le même sketch reprend. Alors qu’un fonctionnaire de nos services de renseignement égorge l’un de ses collègues sur son lieu de travail, à savoir la Préfecture de police, ce qui n’est pas rien, deux ministres interviennent immédiatement pour tenir des discours qui manquent singulièrement de prudence, et qui sont démentis dans la journée par la presse. Le discrédit guette. Quand, sur deux affaires majeures en un laps de huit jours, des ministres sont pris en flagrant délit d’erreurs sur des faits et dans l’appréciation de leur gravité, la conséquence est bien connue: ils perdent toute crédibilité, et c’est l’équipe entière d’Edouard Philippe qui est désormais menacée de discrédit. » Eric Verhaeghe
Votre publication ne respecte pas nos Standards de la communauté sur les individus et organismes dangereux. Nos Standards s’appliquent dans le monde entier à tous les types de contenu. Nos Standards de la communauté ont pour objectif d’encourager l’expression et de créer un environnement sûr. (…) Afin d’éviter et d’empêcher toute nuisance et tout danger réel, les organisations ou individus qui revendiquent des objectifs violents ou qui sont impliqués dans des activités violentes ne sont pas les bienvenus sur Facebook. Cela comprend les organisations et les individus impliqués dans les activités suivantes : les activités terroristes, la haine organisée, les meurtres de masse ou en série, la traite des personnes, la violence ou les activités criminelles organisées. Nous supprimons également tout contenu soutenant ou faisant l’éloge de groupes, dirigeants ou individus impliqués dans ces activités. Une organisation animée par la haine correspond à : toute association de trois personnes ou plus organisées sous un nom ou un symbole et dont l’idéologie, les déclarations ou les actions physiques portent atteinte à des individus en fonction de caractéristiques, notamment la race, l’affiliation religieuse, la nationalité, l’ethnicité, le sexe, l’orientation sexuelle, une maladie grave ou un handicap. Facebook
C’est un réseau international sans structure ni hiérarchie, de tous âges, étudiants comme retraités. Beaucoup d’internautes veulent nous rejoindre, mais il nous faut trouver des gens fiables et de confiance. Mine de rien, c’est une activité dangereuse qui nécessite beaucoup de précautions pour protéger son identité et agir en sécurité face aux menaces. La propagation de la haine et la manipulation de Breitbart étaient devenues pour moi inadmissibles et insupportables. Ce n’est pas un engagement politique, mais plutôt de l’ordre de la philosophie. Il y a aussi des médias spécialisés dans la manipulation par la peur, en France, dont certains sont financés par la publicité, justifie l’activiste. Avec mon partenaire, nous avons choisi de commencer par Boulevard Voltaire : c’était moins dangereux que Fdesouche [blog nationaliste très populaire à l’extrême droite, ndlr], dont les contributeurs sont particulièrement agressifs. En plus, Boulevard Voltaire fait passer des idées nauséabondes sous couvert de respectabilité chrétienne. Cela le rend à mes yeux encore plus insidieux. (…) On a cherché des sites d’extrême gauche qui diffusaient de la peur, mais ils sont peu organisés et aucun ne profite de la pub. R
Sleeping Giants (« Les Géants Endormis ») est une organisation activiste agissant sur les réseaux sociaux visant à persuader les entreprises de supprimer leurs publicités de certains médias conservateurs tenant des propos jugés racistes et/ou sexistes. La campagne a débuté en novembre 2016 peu après la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine de 2016, avec le lancement d’un compte Twitter visant à boycotter Breitbart News. Le premier message (sur Twitter) ciblait la société de gestion financière SoFi1 (compagnie spécialisée dans la gestion financière). La plupart des messages de l’organisation sur le réseau social Twitter sont des messages destinés aux entreprises fournissant de la publicité à la chaîne Breitbart News. La majorité de leurs messages incitent à participer au boycott de l’entreprise tant que celle-ci n’aura pas rejoint la lutte contre Breitbart. La plupart de l’activité du réseau ne provient pas du compte lui-même, mais sont des « retweets » de ceux-ci, cette méthode donne à l’organisation un très grand impact sur les utilisateurs des réseaux sociaux. Jusqu’en juillet 2018, personne ne savait qui était à la tête du mouvement, mais finalement, après deux ans d’activités, Matt Rivitz, un publicitaire, confirme qu’il est le fondateur du groupe, après avoir été identifié par le média conservateur Daily Caller. L’organisation agit principalement depuis son compte Twitter mais dispose également d’un compte Facebook. Elle a monté, au fil du temps, diverses antennes régionales en Australie, en Belgique, au Brésil, au Canada, en Finlande, en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande, en Norvège, en Espagne, en Suède, en Suisse et enfin au Royaume-Uni (antennes possédant aussi leurs propres comptes Twitter). En février 2017, 820 entreprises avaient rejoint le mouvement et avaient cessé de fournir de la publicité (et donc de l’argent) à Breitbart News, selon les statistiques fournies par l’organisation1. Un peu plus tard, en mai 2017, l’ampleur du mouvement ne peut plus être qualifié de négligeable : plusieurs milliers d’annonceurs ont cessé de placer leurs produits sur la chaîne Breitbart News (les publicités sont la source de revenus principales des chaînes de télévision), considérant la campagne comme un moyen de protester ouvertement contre la politique de Donald Trump ainsi que de se garantir la confiance des militants (et par conséquent celle de tous les citoyens suivants l’organisation sur les réseaux sociaux). La liste des entreprises ayant rejoint le mouvement ne cesse de s’agrandir mais on peut retenir comme noms les plus célèbres les marques, AT & T, Kellogg’s, BMW, Visa, Autodesk, Lenovo, HP Inc., Vimeo, Deutsche Telekom, Lyft, Allstate, Nest et Warby Parker (société spécialisée dans la vente de lunettes sur internet). Le gouvernement canadien a également cessé de fournir de la publicité à Breitbart News après avoir déclaré que son contenu « n’était pas conforme au code de valeur et d’éthique du gouvernement ». La stratégie de Sleeping Giants consiste à faire pression sur les annonceurs en associant méthodes traditionnelles (manifestations, etc.) et méthodes plus « numériques » (activisme en ligne) dans le but de recruter et de mobiliser une large population d’utilisateurs des réseaux sociaux.  (…) Sleeping Giants a notamment mené une longue campagne visant à convaincre les entreprises à ne plus fournir des publicités à The O’Reilly Factor dès que l’affaire des cinq accords de harcèlement sexuel de l’animateur Bill O’Reilly et de la chaîne de télévision ultra-conservatrice Fox News a été révélée. L’organisation a fini par remporter la victoire, entraînant l’annulation de l’émission. Depuis mai 2017, l’antenne locale canadienne a utilisé les mêmes moyens pour faire pression sur les sociétés fournissant la publicité au média conservateur canadien The Rebel Media, la réussite de l’opération est confirmée quelques mois après le début de celle-ci. L’antenne régionale française conduit en ce moment même une campagne proche de celle de l’antenne principale visant le site aligné d’extrême droite, Boulevard Voltaire. Wikipedia
Né aux Etats-Unis pour contrer les “fake news” de la droite radicale, le réseau d’activistes Sleeping Giants cible désormais les médias d’extrême droite (sic) français. En alertant les marques dont les publicités financent Boulevard Voltaire, ils auraient fait perdre près de cinq cents annonceurs au site réactionnaire (sic) cofondé par le maire de Béziers. Savamment disposés autour de l’article « Des migrants pourris-gâtés ? » en une de la page d’accueil, les bandeaux publicitaires ne font pas dans le haut de gamme. « Investissez dans l’immobilier et effacez vos impôts pendant douze ans ! », « Alzheimer : nés avant 1965 ? Lisez vite ceci », « Rencontrez des célibataires philippines ! », « Comment la rendre folle d’amour : la méthode infaillible »… Le contenu publicitaire de Boulevard Voltaire, le site d’opinion ultraconservateur (sic) fondé en 2012 par Robert Ménard et Dominique Jamet, ressemble davantage à celui d’un obscur blog. Il y a encore, ici et là, une sélection de livres d’extrême droite (sic) sur Amazon, une campagne pour les cars de la SNCF ou une réclame d’Uber, mais la très grande majorité des annonces du site n’ont à vendre que lampes d’autodéfense, programmes de régime, sous-vêtements et jeux vidéo en ligne. Depuis plusieurs mois, les grandes marques fuient une à une Boulevard Voltaire. Ce lâchage en règle n’est pas dû au hasard : il est le résultat d’une mobilisation intense d’internautes regroupés sous le nom de Sleeping Giants. Ce réseau d’activistes s’est d’abord lancé aux Etats-Unis, peu après l’élection de Donald Trump et l’arrivée à la Maison-Blanche de son ex-conseiller Stephen Bannon, patron du site ultraconservateur Breitbart News (qu’il vient de rejoindre à nouveau), pourvoyeur régulier de fausses informations (sic) et de théories sexistes, racistes, antisémites et homophobes (sic). Inquiets face à la place accrue occupée par cette droite radicale (sic) au sommet de l’Etat et sur la Toile, des internautes décident de s’intéresser au financement publicitaire de Breitbart. Ils découvrent que nombre de grandes marques, mais aussi des ONG aux antipodes des idées véhiculées par le site, n’ont absolument pas connaissance de la présence de leurs publicités sur le média conservateur. « Nous avons décidé qu’il était temps de les prévenir, pour couper les ressources de Breitbart, défend l’un des activistes américains. Notre objectif est de stopper l’ascension des médias racistes et sexistes en les attaquant au portefeuille. » Comment une publicité pour la Croix-Rouge peut-elle se retrouver sur un site aux relents racistes (sic) ? C’est tout le problème du marketing programmatique, le modèle de publicité dominant sur Internet. Le placement des publicités est automatisé par des régies pour cibler les consommateurs via des mots-clés et des algorithmes — les marques n’achètent plus d’encarts sur un site en particulier. Les publicités s’afficheront n’importe où, hors du regard des annonceurs eux-mêmes, créant des situations possiblement cocasses voire très embarassantes : une compagnie de cars pour visiter le Canada s’est ainsi retrouvée à côté d’un article expliquant que l’immigration est à l’origine d’un « génocide en douce du Québec » sur Boulevard Voltaire… S’ils le souhaitent, les annonceurs peuvent cependant exclure certains domaines de leur campagne d’affichage. Sleeping Giants a ainsi mis à leur disposition un tutoriel détaillant la démarche via la régie publicitaire de Google. A ce jour, plus de 2 600 entreprises et organisations ont retiré leur publicité de Breitbart News, parmi lesquelles des géants comme BMW, Virgin, Kellogg’s ou HP. Un spécialiste des données à l’agence marketing WordStream a fait le calcul : entre novembre 2016 et aujourd’hui, le revenu généré par un clic sur une publicité affichée par Breitbart a été divisé par deux, passant d’un peu plus de 75 cents à moins de 40 cents. L’initiative inspire d’autres internautes dans le reste du monde : en Europe, des utilisateurs de Twitter interpellent eux aussi des marques de leur pays dont la publicité se retrouve sur Breitbart. Parmi eux, « R ». De l’identité de R, nous ne saurons que ce que son accent britannique et ses belgicismes laissent deviner au téléphone : les Sleeping Giants agissent dans l’anonymat, s’appelant entre eux par des lettres de l’alphabet. Elle est approchée en début d’année 2017 par le réseau américain pour ouvrir une entité en France. Déjà occupée par son travail et sa vie familiale, R accepte à condition d’être accompagnée. Un deuxième activiste français la rejoint et ils lancent ensemble le compte Sleeping Giants France sur Twitter en février. Beaucoup d’autres suivront : Sleeping Giants est aujourd’hui actif dans seize pays, ses membres échangeant via des messageries sécurisées comme Telegram. Une entité européenne centralise les actions des différents pays qu’elle relaie ensuite aux activistes américains. (…) Sleeping Giants France poursuit le travail d’épuration de Breitbart auprès des marques hexagonales mais décide également d’appliquer le même principe aux sites français qu’il juge équivalents. (…) R et son partenaire observent les publicités sur le site et interpellent sur Twitter les annonceurs pour leur signaler que leur marque « finance la haine ». (…) Lorsque leurs messages restent sans réponse, R. et son partenaire relancent, allant jusqu’à contacter directement les responsables des entreprises. « Nous avions repéré sur Boulevard Voltaire une publicité pour l’émission Le jour du Seigneur, de France 2, mais nos messages sont restés sans réponse pendant des semaines, se souvient R. J’ai donc écrit à un membre du conseil d’administration de la chaîne. Cela a pris plus de deux mois et demi mais France 2 n’a plus de publicité sur Boulevard Voltaire. » En quatre mois, Sleeping Giants France, épaulé par des internautes participant à l’opération via leur propre compte Twitter, a contacté 1 094 annonceurs, et 483 lui ont assuré avoir stoppé leurs campagnes sur Boulevard Voltaire. Parmi eux, Carrefour, Nestlé, BNP Paribas, Citroën ou Decathlon. « Ils ont fait preuve de bienveillance lors de nos discussions et nous avons compris que c’était dans notre intérêt, explique-t-on du côté de l’enseigne sportive. Ce site ne correspond pas aux valeurs de Decathlon. En quelques jours à peine, nous l’avions blacklisté. » Sleeping Giants leur a également fait suivre une liste de « sites du même acabit », que la marque a également bloqués, sur laquelle on retrouve Valeurs actuelles, Fdesouche ou Dreuz.info. Le préjudice financier pour le site conservateur est difficile à évaluer, mais il est important. Sleeping Giants avance le chiffre de « 90 % de revenus publicitaires en moins », ce que refuse de confirmer ou d’infirmer Boulevard Voltaire. Contactée par Télérama, Gabrielle Cluzel, la directrice de publication, nous affirme que leur conseiller juridique « ne juge pas souhaitable de communiquer sur ce sujet » et qu’il « se réserve la possibilité d’entamer une action en justice ». De leur côté, les activistes assurent qu’ils vont continuer à « vider » le site, avant d’élargir leur action à d’autres dans les prochains mois, médias installés comme blogs complotistes. Les Sleeping Giants ne cherchent-ils donc à viser que les plateformes d’extrême droite ? « Non, répond R. On a cherché des sites d’extrême gauche qui diffusaient de la peur, mais ils sont peu organisés et aucun ne profite de la pub. » R. sait ce qui les attend en s’attaquant à la « fachosphère » : à 6h30 chaque matin, dès son réveil, elle vérifie qu’elle n’a pas été victime d’un « doxxing », ce procédé qui consiste à publier des informations sur l’identité (nom complet, adresse, numéro de téléphone, numéro de compte bancaire, etc.) d’un internaute. « En marge de la campagne contre Boulevard Voltaire, nous nous sommes mobilisés sur certaines causes et nous avons subi des attaques informatiques ou verbales venant de forums de Reddit, 4chan et autres. » Sleeping Giants a notamment été très actif pour enrayer la mission antimigrants Defend Europe — leurs membres italiens et français sont à l’origine du blocage de leur compte PayPal. « On aimerait ne rien faire d’autre que travailler sur les médias qui propagent des “fake news” ou de la haine, mais certains événements sont les résultats directs des problèmes causés par ces médias. Dans ces situations, nous nous impliquons. » Mais la priorité du moment, ce sont bien les publicités SNCF qui tapissent encore Boulevard Voltaire. « Ils sont pourtant bien au courant, mais je ne lâche pas tant que je n’ai pas de réponse. » D’ici quelques jours, les membres du conseil d’administration de la SNCF découvriront dans leur boîte mail un petit message des « géants endormis » aux yeux grands ouverts. (…) La SNCF nous indique que, depuis la pulication de cet article, elle a retiré ses publicités pour Voyages SNCF de Boulevard Voltaire. Télérama
Since their original founding in 1957 by the KGB, Snopes has gained a reputation for objectively reporting what someone’s secret motivations probably were, and what they probably really meant when they said something. More recently, they have perfected the art of determining whether a satirical article is hilarious, left-leaning comedy or divisive, conservative-leaning fake news. As part of their ongoing goal of being able to rush to judgment as quickly as possible, Snopes published a pre-approval of all future statements made by candidates during the Democratic debates. “While we understand there may be some disagreements among progressive candidates on certain issues, we know that nobody who shares our worldview would ever say anything factually untrue,” Snopes explains in their article. Snopes also clarified that in the event a candidate does say anything that sounds untrue/conservative, they will automatically conclude that the individual had pure intentions and meant something completely different. As a very last resort, they may change a particular rating to “mixed,” assuming some context was missing. At publishing time, Snopes had also released a fact-check for all future statements by President Trump, rating them all as “False.” Babylon bee
One of my favorite websites, the Babylon Bee. It’s distinctly conservative, it’s distinctly Christian, it’s very, very funny (especially if you’ve grown up as an Evangelical Christian), and it’s obviously, clearly satire. Click on the site, and the banner advertisement describes it as “fake news you can trust.” By contrast, the well-known secular satire site The Onion calls itself “America’s finest news source.” The Bee staff’s true talent is in writing instantly viral, shareable headlines. They can be hilarious and cutting — and the site loves taking on hipster Christianity, Trump-worship, and political correctness. Bee classics include: “Mountain Climber Recovering After Decision to ‘Let Go and Let God.’” “Man Drowns While Politically Correct Passengers Describe What Just Went Overboard.” “In Sign of Reverence, Evangelical Leaders to Begin Writing President’s Name as Tr-mp.” What does this have to do with Snopes? The Bee’s viral satire of progressive politicians is apparently intolerable, and so Snopes has taken upon itself the task of fact-checking satire. Go to the site, type in “Babylon Bee,” and you’ll find page after page of fact-checks. Snopes has fact-checked whether Democrats demanded that “Brett Kavanaugh submit to a DNA test to prove he’s not actually Hitler.” It’s fact-checked whether Alexandria Ocasio-Cortez repeatedly “guessed ‘free’ on TV show ‘The Price is Right,’” and whether Ilhan Omar actually asked, “If Israel is so innocent, then why do they insist on being Jews?” Perhaps my favorite (non-political) fact check was of the Bee’s “report” that VeggieTales had introduced a new character named “Cannabis Carl.” If you peruse Snopes’s many, many Babylon Bee fact-checks, you’ll find it’s quite diligent in policing hits on progressive politicians and far less concerned about the Bee’s many satirical swipes at Trump. It’s absolutely true that some readers are unable to distinguish between truth and obvious fiction. Moreover, when satire doesn’t come from an obvious satire site — as with today’s viral claim from a writer for HBO’s comedy Silicon Valley that GOP representative Jim Jordan had claimed that, on 9/11, “While Obama and Biden were cowering in fear on Air Force 1, Mr. Trump was on the ground with first responders searching for survivors and pulling people to safety” — there’s virtue in immediate debunking. But Snopes’s actions against the Bee have had real teeth. In 2018, after Snopes fact-checked a Bee article titled “CNN Purchases Industrial-Sized Washing Machine to Spin News Before Publication” (no, really), Facebook warned the Bee that it could be penalized with reduced distribution and demonetization. Facebook later apologized for its warning. And last week Snopes escalated its attack. It fact-checked an article called “Georgia Lawmaker Claims Chick-Fil-A Employee Told Her To Go Back To Her Country, Later Clarifies He Actually Said ‘My Pleasure.’” But rather than merely noting that the story was clearly satire from a known satire site, it launched an attack on the Bee’s motives and methods. In its original fact-check, it questioned whether the article was satire, accusing the Bee of “fanning the flames of a controversy” and “muddying the details of a news story.” It posted a misleading and incomplete summary of the ridiculous Erica Thomas incident in Georgia (where a black Georgia lawmaker accused a fellow Publix customer of telling her to “go back” where she came from and then walked back her accusation) and then called the Bee article a “ruse” and an “apparent attempt to maximize the online indignation.” It bears repeating that the Bee is obvious satire. Obvious. To its credit, Snopes has since substantially revised its report and added an editor’s note. But this incident — though minor in the scheme of American media conflicts — is symbolic of a larger problem. As American partisanship grows more intense, respected media outlets and organizations are throwing away years of accumulated goodwill through partisan misjudgments and partisan attacks. Ideological uniformity can blind them to their own biases, and a sense of national emergency can lead them to betray their own principles. Yet even as they slip into partisan advocacy, these institutions often maintain their influence over important American institutions. Snopes had a formal relationship with Facebook. Major American corporations still look to the Southern Poverty Law Center for guidance in defining hate groups. Snopes can serve a useful purpose. And there’s a space for it to remind readers that satire is satire. But if it wants to serve its purpose, it must not use its remaining cultural power and its remaining commercial influence to target the satire that stings its allies. Hands off the Babylon Bee. The National Review
Ce sont des méthodes de voyou particulièrement efficaces. Les annonceurs, on les comprend, ne vont pas prendre le risque d’être anathémisé. (…) Ce sont des ennemis de la liberté d’expression. Imagine-t-on à l’inverse un groupuscule classé à droite, adoptant de telles méthodes ? La presse s’en émouvrait, à juste titre. Robert Ménard
Vous avez dit indépendance ? Alors que Le Monde, dans un éditorial publié ce jeudi, redoute « les risques » du futur projet de loi contre les « fake news » annoncé par Emmanuel Macron, le Canard enchaîné révèle que Facebook collabore avec le quotidien du soir pour faire le ménage sur le réseau social, fréquenté par 33 millions d’abonnés en France. Moyennant finance. Titre de l’article : « Entre “Le Monde” et Facebook, un beau conte de “fake” ». Le Monde, « dans le cadre d’un partenariat avec Facebook, a été mandaté par le réseau social […] pour épousseter ses pages », écrit l’hebdomadaire satirique. « Julien Codorniou, le vice-président de Facebook chargé des partenariats, qui vit à Londres, est membre du… conseil de surveillance du « Monde » ! », précise le palmipède. Ce dernier est aussi un « grand ami de Xavier Niel – le coproprio du quotidien ». Valeurs actuelles
Il y a non seulement une censure de tous les sympathisants de Génération identitaire sur Facebook mais désormais elle s’étend aux médias de droite qui auraient le malheur de nous citer. En revanche, les médias de gauche ne le sont jamais lorsqu’ils nous consacrent des articles à charge. Cela indique clairement que l’algorithme de Facebook a été construit avec un biais idéologique dont le but est de promouvoir la pensée progressiste et d’étouffer toute contestation. Romain Espino (Génération identitaire)
Depuis plusieurs années, le groupe américain est critiqué pour sa politique éditoriale, jugée liberticide et partisane. Son fondateur et PDG, Mark Zuckerberg, a lui-même dénoncé des positions défendues par le président Trump. Malgré ses démentis, Facebook est régulièrement accusé aux États-Unis de favoriser les personnalités et idées progressistes au détriment du camp conservateur. Sollicité par nos soins pour expliquer sa décision, Facebook France n’a pas daigné nous répondre. L’article interdit, repartagé vendredi, a été une nouvelle fois censuré samedi par le réseau social qui a même menacé depuis de supprimer notre page. Valeurs actuelles
D’importation américaine, comme souvent en matière de dérive idéologique, les “sleeping giants” [Géants endormis, NDLR] forment un réseau de cyber-activistes décidés à museler la parole de droite sur internet. Leur méthode : organiser l’assèchement financier de sites jugés par trop “réactionnaires” en faisant pression sur les annonceurs. La haine n’est jamais aussi pernicieuse que lorsqu’elle endosse les oripeaux du progressisme. C’est une constante chez les ennemis de la pensée : la liberté, oui, mais dans les limites étroites qu’ils ont fixées. Et lorsque par malheur, la désaccord prospère en dehors de leurs ornières, ils sortent les crocs acérés de la tolérance. Les « sleeping giants » sont de ceux-là. Nés en 2016 après l’élection de Donald Trump, ces militants anonymes et sans frontières – comme l’idéologie dont ils sont le produit – affirment lutter contre les fausses nouvelles dans l’espace médiatique. Leur cible : les sites pourvoyeurs de haine. Comme de juste avec les amis du progrès, celle-ci est avant tout de droite. Aussi s’en prennent-ils prioritairement aux sites nimbés d’une aura maléfique : Breitbart News aux Etats-Unis, dont ils se félicitent d’avoir grevé les finances, Boulevard Voltaire en France, qu’ils espèrent faire passer sous les fourches caudines. Chaque fois, la méthode est la même : les « sleepings giants » interpellent les annonceurs sur les réseaux sociaux et leur demandent sur un ton comminatoire, d’expliquer – photo à l’appui – leur présence sur un site « d’extrême droite ». Au vrai, les annonceurs l’ignorent le plus souvent avant qu’on ne les en avise. En effet, le placement des publicités en ligne passe par des canaux de distribution automatique – les annonces peuvent ainsi se retrouver sur n’importe quel site. Qu’à cela ne tienne ! Pour ce comité de salut public 2.0, ne pas s’amender c’est pêcher par complicité. Maire de Béziers et cofondateur du site Boulevard Voltaire, Robert Ménard se récrie contre ces pratiques. (…) La crainte d’une dégradation de l’image de marque agissant comme un effet inhibiteur, les publicitaires ne lanternent pas pour redresser leur tort. Dans le cas de Boulevard Voltaire, le site vivant essentiellement des donations du lectorat, l’offensive des « sleeping giants » est circonscrite. Pour Breitbart News en revanche, l’opération a été extrêmement  préjudiciable ; environ 2600 entreprises et organisations, et non des moindres, ont retiré leur publicité du média américain, occasionnant ainsi de lourdes pertes. Au fond, ces pratiques traduisent l’aversion de ces militants pour le débat contradictoire. (…) Sauf que les « sleeping giants » appartiennent au camp du bien. Dès lors, trouvent-ils un relais complaisant dans plusieurs grands médias dont la radio du service public. Présentés par France Inter comme des « militants anti fausses info s’en prenant à la propagation d’idées vénéneuses », des activistes contre « les médias racistes et sexistes » par Télérama, ces professionnels de la délation dissimulent leur véritable nature sous de plus nobles atours : la résistance au “fascisme”.  Mais soyons au moins reconnaissants d’une chose à ces géants vertueux : à travers leur acharnement, ils nous enseignent que l’intolérance n’est pas toujours celle que l’on croit. Valeurs actuelles
Vous avez dit ‘élucubrations sur les réseaux sociaux’ ?
En ces temps étranges …
Où, pour cause de vote non-conforme, un président américain et ses électeurs se voient de la part d’adversaires politiques manifestement impuissants devant ses succès électoraux, systématiquement délégitimés et subvertis « par tous les moyens nécessaires » …
Y compris, derrière l’hystérie sur les tentatives d’interférence russes dans ladite élection, le total désinstérêt médiatique pour une tentative d’interférence ukrainienne dont à l’époque les intéressés s’étaient même vanté
Où entre les frasques du premier président de la république condamné par la justice et l’origine de la vie et de nos enfants, le mensonge est désormais de rigueur et institutionnalisé par nos plus hautes autorités gouvernementales et juridiques …
Où après des années de persécutions judiciaires, l’un des principaux lanceurs d’alerte sur la menace islamiste en France se voit à nouveau menacé de pousuites et progressivement lâché par ses employeurs …
Alors qu’avant le carnage au couteau de cuisine dument dénié à l’avance par la porte-parole du gouvernement Macron comme « élucubrations sur les réseaux sociaux », un futur terroriste islamiste pouvait tranquillement poursuivre sa carrière dans le saint des saints de la lutte contre le terrorisme islamique …
Où non content à l’instar de ses congénères GAFA de ne payer quasiment aucun impôt et d’accentuer chaque jour un peu plus son quasi-monopole sur les recettes publicitaires …
Un réseau social comme Facebook se permet, sur simple dénonciation, de censurer ad vitam eternam le premier blogueur venu comme votre serviteur ou ponctuellement un média aussi installé et reconnu que Valeurs actuelles …
Voire, pour faire bonne mesure, un site explicitement parodique …
Retour sur ces courageux nouveaux inquisiteurs  et croisés de la bien-pensance…
Qui véritable nouvelle imprimatur papale ou « oeil de Moscou », caché comme il se doit chez les nouveaux « Résistants » à la « menace Trump » sous le nom de Sleeping giants
Distribue les excommunications et s’acharnent, comme par hasard via les menaces de boycott et l’asséchement des ressources publicitaires, sur les seuls sites de droite …

Nutella, MAIF, Groupama, Monabanq … la pub fuit les chaînes qui accueillent Zemmour

Plusieurs annonceurs refusent d’être associés aux émissions ou aux chaînes où travaille l’éditorialiste, à cause de ses propos polémiques. D’autres marques ont été interpellées sur les réseaux sociaux.

Le Parisien
Le 9 octobre 2019

La polémique Zemmour s’invite dans les campagnes de publicité des grandes marques. Ferrero, la MAIF, Groupama, et Monabanq ont décidé de ne plus être annonceurs de l’émission hebdomadaire de Paris Première « Zemmour et Naulleau », dont le nouvel épisode sera diffusé ce mercredi soir, a appris le Parisien.

« Nous avons demandé à Paris Première d’exclure ce programme de notre liste de diffusion », a d’abord écrit Ferrero sur Twitter lundi, en réponse à la branche française du groupe Sleeping Giants.

Une pub pour le Nutella avant l’émission

Ce collectif se présente sur Twitter avec pour mission de « lutter contre le financement du discours de haine ». C’est lui qui avait interpellé la semaine dernière le groupe Ferrero, quelques jours après les propos polémiques d’Eric Zemmour tenus le 28 septembre lors de la « convention de la droite ».

Le polémiste avait notamment fait un rapprochement entre islam et nazisme, et le parquet de Paris avait ouvert une enquête pour « injures publiques » et « provocation publique à la discrimination, la haine ou la violence ».

Une publicité pour le Nutella, produit star de Ferrero, avait été diffusée sur Paris Première mercredi dernier, juste avant le début de l’émission « Zemmour et Naulleau ». « En aucun cas nous ne cautionnons les propos et prises de position de M. Zemmour. Nous avions effectivement un spot avant l’émission. Notre agence média ne connaissait ni le contenu ni la programmation au moment où elle a réalisé nos achats média avec Paris Première », a détaillé Ferrero dans son message.

Les membres de Sleeping Giants ont interpellé plusieurs autres groupes qui disposent de campagnes de pub sur Paris Première, mais aussi sur CNEWS. Car le polémiste est pressenti pour animer un débat quotidien sur la chaîne info, même si les dirigeants de celle-ci semblent temporiser.

Groupama et Monabanq retirent aussi leurs pubs

Les marques Lipton, la MAIF, le Club Med, Groupama, Amazon, Mazda ou encore Monabanq, ont notamment été citées par Sleeping Giants.

La MAIF a répondu vendredi dernier sur Twitter via un message adressé au « Mouvement », un autre collectif militant qui se dit « anti-raciste, féministe, écologiste et social ».

« Notre campagne actuelle est maintenue jusqu’au 13 octobre, dans l’attente d’une position claire de CNEWS sur le sujet », y indique le groupe mutualiste, se disant « extrêmement attentif » à cette interpellation.

Contacté par le Parisien, le groupe nous indique avoir également « exclu le programme Zemmour et Naulleau de [ses] futurs investissements sur la chaîne » Paris Première, tout en maintenant ses « achats programmés, effectués bien avant les événements récents ».

Groupama nous informe de son côté avoir « retiré immédiatement ses publicités des chaînes où travaille ou pourrait travailler Eric Zemmour ». Le groupe nous a ensuite précisé que ce boycott concernait « les émissions d’Eric Zemmour et non pas les chaînes où [il] pourrait travailler ». Autrement dit, des pubs pour Groupama pourront toujours être diffusées en dehors des créneaux où le polémiste est présent à l’antenne.

Monabanq, de son côté, « ne diffusera plus, à partir de ce soir, ses publicités sur les chaînes Paris Première et CNEWS durant les émissions d’Eric Zemmour », nous a annoncé l’enseigne.

Également contactés, les autres groupes n’ont pas répondu au moment de la publication de cet article.

Les annonceurs reviendront-ils ?

Quelles que soient leurs décisions dans l’immédiat, il restera à voir quelle sera l’attitude de ces marques sur la durée, une fois que la polémique concernant les propos d’Eric Zemmour sera peut-être retombée.

Le boycott de l’émission « Touche poste à mon poste » après l’affaire du canular homophobe en mai 2017, n’avait été que d’assez courte durée. Selon Checknews, moins d’un an et demi plus tard, la quasi-totalité des 60 annonceurs avaient repris leurs campagnes publicitaires dans l’émission de C8.

Voir également:

Né aux Etats-Unis pour contrer les “fake news” de la droite radicale, le réseau d’activistes Sleeping Giants cible désormais les médias d’extrême droite français. En alertant les marques dont les publicités financent Boulevard Voltaire, ils auraient fait perdre près de cinq cents annonceurs au site réactionnaire cofondé par le maire de Béziers.

Savamment disposés autour de l’article « Des migrants pourris-gâtés ? » en une de la page d’accueil, les bandeaux publicitaires ne font pas dans le haut de gamme. « Investissez dans l’immobilier et effacez vos impôts pendant douze ans ! », « Alzheimer : nés avant 1965 ? Lisez vite ceci », « Rencontrez des célibataires philippines ! », « Comment la rendre folle d’amour : la méthode infaillible »… Le contenu publicitaire de Boulevard Voltaire, le site d’opinion ultraconservateur fondé en 2012 par Robert Ménard et Dominique Jamet, ressemble davantage à celui d’un obscur blog. Il y a encore, ici et là, une sélection de livres d’extrême droite sur Amazon, une campagne pour les cars de la SNCF ou une réclame d’Uber, mais la très grande majorité des annonces du site n’ont à vendre que lampes d’autodéfense, programmes de régime, sous-vêtements et jeux vidéo en ligne.

Stopper les médias racistes et sexistes

Depuis plusieurs mois, les grandes marques fuient une à une Boulevard Voltaire. Ce lâchage en règle n’est pas dû au hasard : il est le résultat d’une mobilisation intense d’internautes regroupés sous le nom de Sleeping Giants. Ce réseau d’activistes s’est d’abord lancé aux Etats-Unis, peu après l’élection de Donald Trump et l’arrivée à la Maison-Blanche de son ex-conseiller Stephen Bannon, patron du site ultraconservateur Breitbart News (qu’il vient de rejoindre à nouveau), pourvoyeur régulier de fausses informations et de théories sexistes, racistes, antisémites et homophobes. Inquiets face à la place accrue occupée par cette droite radicale au sommet de l’Etat et sur la Toile, des internautes décident de s’intéresser au financement publicitaire de Breitbart. Ils découvrent que nombre de grandes marques, mais aussi des ONG aux antipodes des idées véhiculées par le site, n’ont absolument pas connaissance de la présence de leurs publicités sur le média conservateur. « Nous avons décidé qu’il était temps de les prévenir, pour couper les ressources de Breitbart, défend l’un des activistes américains. Notre objectif est de stopper l’ascension des médias racistes et sexistes en les attaquant au portefeuille. »

Les effets pervers de la publicité programmatique

Comment une publicité pour la Croix-Rouge peut-elle se retrouver sur un site aux relents racistes ? C’est tout le problème du marketing programmatique, le modèle de publicité dominant sur Internet. Le placement des publicités est automatisé par des régies pour cibler les consommateurs via des mots-clés et des algorithmes — les marques n’achètent plus d’encarts sur un site en particulier. Les publicités s’afficheront n’importe où, hors du regard des annonceurs eux-mêmes, créant des situations possiblement cocasses voire très embarassantes : une compagnie de cars pour visiter le Canada s’est ainsi retrouvée à côté d’un article expliquant que l’immigration est à l’origine d’un « génocide en douce du Québec » sur Boulevard Voltaire… S’ils le souhaitent, les annonceurs peuvent cependant exclure certains domaines de leur campagne d’affichage. Sleeping Giants a ainsi mis à leur disposition un tutoriel détaillant la démarche via la régie publicitaire de Google.

A ce jour, plus de 2 600 entreprises et organisations ont retiré leur publicité de Breitbart News, parmi lesquelles des géants comme BMW, Virgin, Kellogg’s ou HP. Un spécialiste des données à l’agence marketing WordStream a fait le calcul : entre novembre 2016 et aujourd’hui, le revenu généré par un clic sur une publicité affichée par Breitbart a été divisé par deux, passant d’un peu plus de 75 cents à moins de 40 cents. L’initiative inspire d’autres internautes dans le reste du monde : en Europe, des utilisateurs de Twitter interpellent eux aussi des marques de leur pays dont la publicité se retrouve sur Breitbart. Parmi eux, « R ». De l’identité de R, nous ne saurons que ce que son accent britannique et ses belgicismes laissent deviner au téléphone : les Sleeping Giants agissent dans l’anonymat, s’appelant entre eux par des lettres de l’alphabet. Elle est approchée en début d’année 2017 par le réseau américain pour ouvrir une entité en France. Déjà occupée par son travail et sa vie familiale, R accepte à condition d’être accompagnée. Un deuxième activiste français la rejoint et ils lancent ensemble le compte Sleeping Giants France sur Twitter en février.

Un réseau international

Beaucoup d’autres suivront : Sleeping Giants est aujourd’hui actif dans seize pays, ses membres échangeant via des messageries sécurisées comme Telegram. Une entité européenne centralise les actions des différents pays qu’elle relaie ensuite aux activistes américains. « C’est un réseau international sans structure ni hiérarchie, de tous âges, étudiants comme retraités, détaille R. Beaucoup d’internautes veulent nous rejoindre, mais il nous faut trouver des gens fiables et de confiance. Mine de rien, c’est une activité dangereuse qui nécessite beaucoup de précautions pour protéger son identité et agir en sécurité face aux menaces. »

“Il ne s’agit pas de dénoncer les entreprises, mais de les alerter”

R. connaît bien, de par son travail, les sphères médiatiques et communautaires en ligne. « La propagation de la haine et la manipulation de Breitbart étaient devenues pour moi inadmissibles et insupportables, raconte R. Ce n’est pas un engagement politique, mais plutôt de l’ordre de la philosophie. » Sleeping Giants France poursuit le travail d’épuration de Breitbart auprès des marques hexagonales mais décide également d’appliquer le même principe aux sites français qu’il juge équivalents. « Il y a aussi des médias spécialisés dans la manipulation par la peur, en France, dont certains sont financés par la publicité, justifie l’activiste. Avec mon partenaire, nous avons choisi de commencer par Boulevard Voltaire : c’était moins dangereux que Fdesouche [blog nationaliste très populaire à l’extrême droite, ndlr], dont les contributeurs sont particulièrement agressifs. En plus, Boulevard Voltaire fait passer des idées nauséabondes sous couvert de respectabilité chrétienne. Cela le rend à mes yeux encore plus insidieux. »

R et son partenaire observent les publicités sur le site et interpellent sur Twitter les annonceurs pour leur signaler que leur marque « finance la haine ». « Il ne s’agit pas de dénoncer les entreprises, mais de les alerter, assure la militante de Sleeping Giants. Beaucoup d’entre elles nous remercient ensuite, de la multinationale à la petite fleuriste terrifiée de se retrouver sur un site d’extrême droite. » Lorsque les annonceurs confirment avoir retiré Boulevard Voltaire de leurs diffuseurs, les « géants » se fendent d’un tweet de félicitations, petite bonne pub pour la marque. « Nous savons bien sûr que certains réagissent à cause de l’affichage public, qui les met dans l’embarras. Le journal Libération s’était par exemple montré assez agressif lorsque nous l’avions interpellé. Certains tentent de se trouver des excuses, mais nous les renvoyons simplement à leur responsabilité d’annonceur. » Lorsque leurs messages restent sans réponse, R. et son partenaire relancent, allant jusqu’à contacter directement les responsables des entreprises. « Nous avions repéré sur Boulevard Voltaire une publicité pour l’émission Le jour du Seigneur, de France 2, mais nos messages sont restés sans réponse pendant des semaines, se souvient R. J’ai donc écrit à un membre du conseil d’administration de la chaîne. Cela a pris plus de deux mois et demi mais France 2 n’a plus de publicité sur Boulevard Voltaire. »

Près de 500 annonceurs en moins pour Boulevard Voltaire

En quatre mois, Sleeping Giants France, épaulé par des internautes participant à l’opération via leur propre compte Twitter, a contacté 1 094 annonceurs, et 483 lui ont assuré avoir stoppé leurs campagnes sur Boulevard Voltaire. Parmi eux, Carrefour, Nestlé, BNP Paribas, Citroën ou Decathlon. « Ils ont fait preuve de bienveillance lors de nos discussions et nous avons compris que c’était dans notre intérêt, explique-t-on du côté de l’enseigne sportive. Ce site ne correspond pas aux valeurs de Decathlon. En quelques jours à peine, nous l’avions blacklisté. » Sleeping Giants leur a également fait suivre une liste de « sites du même acabit », que la marque a également bloqués, sur laquelle on retrouve Valeurs actuelles, Fdesouche ou Dreuz.info.

Le préjudice financier pour le site conservateur est difficile à évaluer, mais il est important. Sleeping Giants avance le chiffre de « 90 % de revenus publicitaires en moins », ce que refuse de confirmer ou d’infirmer Boulevard Voltaire. Contactée par Télérama, Gabrielle Cluzel, la directrice de publication, nous affirme que leur conseiller juridique « ne juge pas souhaitable de communiquer sur ce sujet » et qu’il « se réserve la possibilité d’entamer une action en justice ». De leur côté, les activistes assurent qu’ils vont continuer à « vider » le site, avant d’élargir leur action à d’autres dans les prochains mois, médias installés comme blogs complotistes. Les Sleeping Giants ne cherchent-ils donc à viser que les plateformes d’extrême droite ? « Non, répond R. On a cherché des sites d’extrême gauche qui diffusaient de la peur, mais ils sont peu organisés et aucun ne profite de la pub. »

En terrain hostile

R. sait ce qui les attend en s’attaquant à la « fachosphère » : à 6h30 chaque matin, dès son réveil, elle vérifie qu’elle n’a pas été victime d’un « doxxing », ce procédé qui consiste à publier des informations sur l’identité (nom complet, adresse, numéro de téléphone, numéro de compte bancaire, etc.) d’un internaute. « En marge de la campagne contre Boulevard Voltaire, nous nous sommes mobilisés sur certaines causes et nous avons subi des attaques informatiques ou verbales venant de forums de Reddit, 4chan et autres. » Sleeping Giants a notamment été très actif pour enrayer la mission antimigrants Defend Europe — leurs membres italiens et français sont à l’origine du blocage de leur compte PayPal. « On aimerait ne rien faire d’autre que travailler sur les médias qui propagent des “fake news” ou de la haine, mais certains événements sont les résultats directs des problèmes causés par ces médias. Dans ces situations, nous nous impliquons. » Mais la priorité du moment, ce sont bien les publicités SNCF qui tapissent encore Boulevard Voltaire. « Ils sont pourtant bien au courant, mais je ne lâche pas tant que je n’ai pas de réponse. » D’ici quelques jours, les membres du conseil d’administration de la SNCF découvriront dans leur boîte mail un petit message des « géants endormis » aux yeux grands ouverts.

Mise à jour du 1er septembre 2017
La SNCF nous indique que, depuis la pulication de cet article, elle a retiré ses publicités pour Voyages SNCF de Boulevard Voltaire.
Voir de même:

Facebook censure Valeurs actuelles et compare les identitaires à des “individus dangereux”

La rédaction de Valeurs actuelles

13 septembre 2019

Notre article sur la série “Alex Hugo” de France 2, traitant de l’opération de Génération identitaire à la frontière italienne, a été supprimé sans avertissement par le réseau social.

La politique réglementaire de Facebook vient de faire une nouvelle victime : Valeurs actuelles. Ce vendredi, le réseau social a censuré sur notre page l’article titré « Alex Hugo contre les “identitaires” : quand la télévision publique fait sa propagande pour les migrants » et partagé plus tôt dans la matinée. Motif de la suppression ? « Votre publication ne respecte pas nos Standards de la communauté sur les individus et organismes dangereux. »

L’article en question, publié sur notre site jeudi soir, critiquait l’épisode de la série « Alex Hugo », diffusé sur la chaîne publique France 2 la veille et qui caricaturait le combat des militants identitaires contre les migrants à la frontière italienne dans une allusion évidente à l’opération « Mission Alpes », organisée par le mouvement Defend Europe en 2018, quand une centaine d’activistes avaient bloqué le col de l’échelle pendant quelques heures.

« Violence et comportement criminel »

Valeurs actuelles a donc reçu une « notification » de la part de Facebook à propos de cette « infraction » à ses standards de la communauté, nous informant de la suppression immédiate du contenu, sans avertissements ni précisions. « Nos Standards s’appliquent dans le monde entier à tous les types de contenu », explique le groupe américain. « Nos Standards de la communauté ont pour objectif d’encourager l’expression et de créer un environnement sûr. »

La consultation des dits standards laisse pourtant perplexe. Ceux concernant « les individus et organismes dangereux », cités par Facebook, font partie de la rubrique intitulée « Violence et comportement criminel ». Justification : « Afin d’éviter et d’empêcher toute nuisance et tout danger réel, les organisations ou individus qui revendiquent des objectifs violents ou qui sont impliqués dans des activités violentes ne sont pas les bienvenus sur Facebook. »

Identitaires et « haine organisée »

Et le réseau social aux plus de 2,4 milliards d’utilisateurs d’ajouter : « Cela comprend les organisations et les individus impliqués dans les activités suivantes : les activités terroristes, la haine organisée, les meurtres de masse ou en série, la traite des personnes, la violence ou les activités criminelles organisées. Nous supprimons également tout contenu soutenant ou faisant l’éloge de groupes, dirigeants ou individus impliqués dans ces activités. »

Dans le cas de « la haine organisée », apparemment assimilée par Facebook au combat des identitaires, il est même précisé : « Une organisation animée par la haine correspond à : toute association de trois personnes ou plus organisées sous un nom ou un symbole et dont l’idéologie, les déclarations ou les actions physiques portent atteinte à des individus en fonction de caractéristiques, notamment la race, l’affiliation religieuse, la nationalité, l’ethnicité, le sexe, l’orientation sexuelle, une maladie grave ou un handicap. »

« Un biais idéologique pour étouffer toute contestation »

Contacté par Valeurs actuelles, Romain Espino, porte-parole de Génération identitaire (condamné avec deux autres militants à de la prison ferme, fin août, pour sa participation à l’opération « Mission Alpes ») fustige la réaction du réseau social : « Il y a non seulement une censure de tous les sympathisants de Génération identitaire sur Facebook mais désormais elle s’étend aux médias de droite qui auraient le malheur de nous citer. En revanche, les médias de gauche ne le sont jamais lorsqu’ils nous consacrent des articles à charge. Cela indique clairement que l’algorithme de Facebook a été construit avec un biais idéologique dont le but est de promouvoir la pensée progressiste et d’étouffer toute contestation. »

Depuis plusieurs années, le groupe américain est critiqué pour sa politique éditoriale, jugée liberticide et partisane. Son fondateur et PDG, Mark Zuckerberg, a lui-même dénoncé des positions défendues par le président Trump. Malgré ses démentis, Facebook est régulièrement accusé aux États-Unis de favoriser les personnalités et idées progressistes au détriment du camp conservateur. Sollicité par nos soins pour expliquer sa décision, Facebook France n’a pas daigné nous répondre. L’article interdit, repartagé vendredi, a été une nouvelle fois censuré samedi par le réseau social qui a même menacé depuis de supprimer notre page.

Voir aussi:

Médias. Libération avec LibéDésintox et d’autres médias français sont aussi concernés.

Valeurs actuelles

4 janvier 2018

Vous avez dit indépendance ? Alors que Le Monde, dans un éditorial publié ce jeudi, redoute « les risques » du futur projet de loi contre les « fake news » annoncé par Emmanuel Macron, le Canard enchaîné révèle que Facebook collabore avec le quotidien du soir pour faire le ménage sur le réseau social, fréquenté par 33 millions d’abonnés en France. Moyennant finance. Titre de l’article : « Entre “Le Monde” et Facebook, un beau conte de “fake” ».

Le Monde, « dans le cadre d’un partenariat avec Facebook, a été mandaté par le réseau social […] pour épousseter ses pages », écrit l’hebdomadaire satirique. « Julien Codorniou, le vice-président de Facebook chargé des partenariats, qui vit à Londres, est membre du… conseil de surveillance du « Monde » ! », précise le palmipède. Ce dernier est aussi un « grand ami de Xavier Niel – le coproprio du quotidien ».

LES CONCOMBRES MASQUES ONT TROUVE LEUR PRAVDA (Et courageux en plus ! – « L’anonymat est un élément important dans la philosophie des « sleeping giants »)
« Notre seul intérêt, c’est lutter contre l’intolérance, la haine, la désinformation qui se répand ».
Rachel Laplanquée
Bien souvent, les sociétés n’ont aucune idée que leurs annonces finissent sur de tels sites. La faute à un système un peu complexe qui s’appelle la « publicité programmatique ». En résumé, avec cette technologie, l’annonceur ne sait pas sur quel site s’affiche son encart publicitaire. Pour les informer, les « sleeping giants » leur montrent photo à l’appui. À eux ensuite, de demander (ou non) le retrait de leur publicité. Ce n’est pas de l’appel au boycott, il n’y a pas de contrainte pour l’annonceur. Mais ainsi l’information est donnée. Les « sleeping giants », monsieur et madame tout le monde, avec un pouvoir immense au bout du clic. France Inter a pu joindre l’une des militantes de la section française de cette « armée » de citoyens. Rachel est un pseudonyme. Elle préfère appeler avec un numéro masqué. L’anonymat est un élément important dans la philosophie des « sleeping giants ». Pour deux raisons, explique-t-elle. D’abord pour faire face à la violence des sites d’extrême-droite, toujours très créatifs pour les insultes et les menaces de mort. Mais aussi, explique Rachel, parce qu’il serait dangereux de résumer un mouvement comme celui-ci à un leader affiché, charismatique.
« C’est un engagement énorme. Ça prend beaucoup de temps. On fait ça en plus de notre travail. Il faut aussi beaucoup de résilience face à la violence des ripostes des sites d’extrême-droite », confie-t-elle. Rachel ne dit pas combien il y a en France de géants endormis dans leur réseau, pour ne pas donner trop d’informations aux sites qu’ils ciblent.
En France, le premier d’entre eux est « Boulevard Voltaire », cofondé par le maire de Béziers Robert Ménard. Aujourd’hui selon la section française des « sleeping giants », près de 1 000 annonceurs ont choisi de ne plus faire figurer leur publicité sur « boulevard Voltaire ». Jusqu’au jour où le site a été privé de publicité… avant de reprendre ses activités.
Depuis, le site de désinformation a multiplié les initiatives pour contourner ses difficultés financières, liées à cette privation de rentrées publicitaires. Un site miroir a été créé : il se finissait en .com ou lieu du .fr qui lui interdisait ses encarts pub. Mais là encore les « sleeping giants » ont continué leurs actions.
Les militants anti fausses infos surveillent aussi sites comme Breizatao (dont le webmaster a été condamné plusieurs fois pour négationnisme, appel à la haine raciale et au crime). D’autres noms ne sont pas cités ouvertement, mais les « sleeping giants » s’intéressent aussi aux sites pseudo-scientifiques, anti-vaccins…
Rachel se défend d’appartenir à un courant politique. « Notre seul intérêt, c’est lutter contre l’intolérance, la haine, la désinformation qui se répand ». Le collectif ne reçoit aucun financement. « La seule chose qui nous coûte, résume Rachel, c’est le temps consacré à cette activité qui nécessite sans cesse une mise à jour des données ». C’est le prix à payer pour montrer que dans un monde d’algorithmes, chacun doit rester responsable…
Voilà qu’en plein mois d’août il souffle un vent froid et mauvais sur nos libertés les plus fondamentales.Le 12 août, France Inter a cru devoir publier sur tous ses sites et applications un article unilatéralement hagiographique sur une organisation d’activistes anonymes dénommés «sleeping giants». L’intitulé du titre résume bien l’empathie enthousiaste de la radio d’État pour le projet des activistes: «assécher financièrement les sites de désinformation, le combat sans relâche des «sleeping giants».
L’article explique que ces géants endormis ont traversé l’océan après être nés et avoir grandi aux États-Unis sous l’empire du président honni. Bien qu’ils se défendent de faire de la politique, l’objet de leur détestation est bien politiquement géolocalisé, puisqu’il s’agit de «prévenir les annonceurs que leurs publicités arrivent sur des sites d’extrême droite» (sic).
Ces militants se donnent le beau rôle du résistant antifasciste alors qu’ils sont des agresseurs de la liberté à visage couvert
Les militants sont décrits avec une bienveillance touchante comme des résistants condamnés à vivre dans une clandestinité protectrice: «France Inter a pu joindre l’une des militants de la section française de cette «armée» de citoyens. Rachel est un pseudonyme.». «L’anonymat est un élément très important dans la philosophie des sleeping giants» est-il précisé. On tremble en effet pour la sécurité de la militante, au cas où son véritable prénom serait jeté en pâture sur la toile.
Plus loin, hommage est rendu au dévouement désintéressé des militants: «c’est un engagement énorme. Ça prend beaucoup de temps. Il faut beaucoup de résilience face à la violence des ripostes des sites d’extrême droite».
France Inter explique ensuite qu’une des cibles est le site d’opinion Boulevard Voltaire: «aujourd’hui selon la section française des sleeping giants près de mille annonceurs ont choisi de ne plus faire figurer leurs publicités sur Boulevard Voltaire… jusqu’au jour où le site a été privé de publicité…».
Depuis, déplore sans complexe la radio d’État «le site de désinformation a multiplié les initiatives pour contourner ses difficultés financières.».
Les défenseurs déterminés de la liberté d’informer et de s’exprimer ne s’effaroucheront que modérément des menées d’activistes d’extrême -gauche qui s’octroient le pouvoir divinatoire de fixer la limite extrême entre le toléré à droite et l’intolérable au-delà.
Ils ne s’étonneront pas davantage que ces militants se donnent le beau rôle du résistant antifasciste tout en se conduisant comme des agresseurs de la liberté à visage couvert.
Mais l’intolérable intolérance est d’autant plus scandaleuse qu’une radio de service public, astreinte à un devoir de neutralité, dont on sait déjà le caractère effectif très théorique au regard de son irrespect assumé de son obligation de pluralisme, se fait la propagandiste zélée d’une organisation d’activistes aussi marquée.
Le candide se perd en conjectures pour savoir selon quels critères la radio nationale s’octroie le droit de déterminer qu’un site serait «de désinformation». Après tout, le site précité est animé, renseignement pris, par des journalistes professionnels encartés et non par des repris de justice, au même titre que ceux de la radio publique.
Au demeurant, cette dernière est-elle la mieux placée pour donner des leçons d’information sérieuse?
Rien que cette semaine, il nous aura été donné la pénible occasion de devoir la rappeler à ses obligations, en notre modeste mais incontestable qualité de contribuable et copropriétaire de l’antenne d’État: Dimanche, le préposé à la revue de presse prenait grand plaisir à souligner la proximité de feu Epstein avec Donald Trump… tout en oubliant celle du «suicidé» avec Bill Clinton. Ayant interpellé publiquement ledit préposé, la revue de presse du lendemain réparera l’étrange omission.
Le lendemain, un portrait flatteur de la famille palestinienne de la militante Ahed Tamimi était brossé puisque qualifiée de «pacifique», alors même que de nombreux internautes sur Twitter, y compris Antoine Berranger, très opposé pourtant à la politique israélienne, faisaient remarquer que certains de ses membres s’étaient réjouis ouvertement d’attentats terroristes contre des civils.
Enfin, et pour faire bonne mesure, le même jour, France Inter recevait Julien Bayou porte-parole d‘ EELV qui, peut-être en mal d’inspiration, trouva judicieux d’annoncer qu’une fuite au tritium menaçait la population francilienne. Ce dont il se repentit par la suite. Mais comme le remarquait en temps réel sur Twitter par des messages ulcérés, Emmanuelle Ducros, journaliste à l’Opinion, le plus grave était l’absence totale de contradiction des journalistes: «Je suis sidérée, France Inter: quelqu’un sur votre antenne évoque une fuite radioactive en Île-de-France et ça ne suscite AUCUNE réaction? AUCUNE question? C’est ahurissant».
Vous avez dit «Désinformation»?
Il se trouve que ce grave manquement à la sérénité d’une presse libre et plurielle s’inscrit dans un contexte très anxiogène.
J’ai décrit ici le 24 juin l’appréhension que m’inspire cette loi Avia qui me paraît destinée, au-delà de son noble projet affiché de lutter contre la haine électronique, à vouloir réduire l’expression de la pensée dérangeant l’idéologie multiculturaliste encore en majesté médiatique.
Cette dangerosité est d’autant plus réelle que les grandes plates-formes anglo-saxonnes ne demandent pas mieux que d’appliquer un «politically correct» convenu et pourront trouver dans la loi nouvelle, moins une menace de sanctions financières qu’une permission de sévir.
Je viens d’écrire que l’idéologie multiculturaliste était en majesté. Je le redis, mais celle que j’appelle l’église cathodique sait que son trône vacille.
Et des réactions d’intolérance, comme celle de France Inter, doivent être avant tout interprétées comme l’expression de la rage d’être en train de perdre la bataille des idées.
L’église cathodique doit désormais miser davantage sur son sabre que sur son goupillon.
Gilles William Goldnadel
Voir par ailleurs:

Impeachment Coup Analytics

The Democrats have exhausted every other mechanism for destroying Trump—and they are running out of time before November 2020 election.

Victor Davis Hanson
American greatness
September 29th, 2019

Aside from the emotional issue that Democrats, NeverTrumpers, and celebrities loathe Donald Trump, recently Representative Al Green (D-Texas) reminded us why the Democrats are trying to impeach the president rather than just defeat him in the 2020 general election.

“To defeat him at the polls would do history a disservice, would do our nation a disservice,” Green said.  “I’m concerned that if we don’t impeach the president, he will get re-elected.”

Translated, that means Green accepts either that Trump’s record is too formidable or that the agendas of his own party’s presidential candidates are too frightening for the American people to elect one of them. And that possibility is simply not permissible. Thus, impeachment is the only mechanism left to abort an eight-year Trump presidency—on a purely partisan vote to preclude an election, and thus contrary to the outlines of impeachment as set out by the Constitution.

Consider it another way: Why is it that the House is controlled by Democrats, yet its leadership is not pushing through any of the policy proposals voiced so openly on the Democratic primary stage?

Why aren’t progressive representatives introducing bills to pay reparations to African Americans, to legalize infanticide in some cases of late-term abortion, to offer free medical care to illegal aliens, to confiscate AR-15s, to extend Medicare for all, to impose a wealth tax and raise top rates to between 70 and 90 percent, to abolish student debt and ensure free college for all, or to grant blanket amnesty to those currently living in the country illegally?

Simple answer: none of those issues poll anywhere near 50 percent approval. And no Democratic candidate would expect to beat Trump as the emissary of such an agenda.

If the economy was in a recession, if we were embroiled in another Iraq-like or Vietnam-sort of war, and if Trump’s polls were below 40 percent, then the Democrats would just wait 13 months and defeat him at the polls.

But without a viable agenda and because they doubt they can stop Trump’s reelection bid, they feel they have no recourse but to impeach. If Trump were to be reelected, not a shred of Barack Obama’s “fundamental transformation” would be left, and the strict constructionist Supreme Court would haunt progressives for a quarter-century.

Why Impeachment Now?

The Democrats have exhausted every other mechanism for destroying Trump—and they are running out of time before November 2020 election.

Think of what we have witnessed since the 2016 election. Do we even remember charges that voting machines in the 2016 election were rigged, and the efforts to subvert Electoral College voting, or to invoke the Logan Act, the emoluments clause, and the 25th Amendment?

The “collusion” and “obstruction” fantasies of the Mueller investigation now seem like ancient history. So do the James Comey leaks, the palace coup of Andrew McCabe, the Trump tax records, the celebrity rhetoric about blowing up, shooting, stabbing, burning and variously killing off the president of the United States—along with the satellite frenzies of Stormy Daniels, Michael Avenatti, Charlottesville, Jussie Smollett, the Covington Kids, and the Kavanaugh hearings.

What is left but to try the new “Ukraine collusion”—especially given three other considerations?

First, volatile and always changing polls appearing to favor impeachment roughly reflect Trump’s own popularity (or lack of same). Around 45-46 percent of Americans do not want him impeached and about the same or slightly more say they do.

Second, the hard left-wing of the party might not yet control all the Democrats, but it does not matter because they are clearly younger, more energized, and better organized. And they want something to show for all their social media and photo-op grandstanding, given their socialist agenda is mysteriously moribund.

Third, House Speaker Nancy Pelosi (D-Calif.) is said to oppose impeachment on pragmatic grounds, but I am not sure that is right. It’s the equivalent of saying Senator Dianne Feinstein (D-Calif.) was opposed to the progressive character assassination of Brett Kavanaugh. Neither is or was true.

A better description would be that Pelosi and Feinstein simply go along with the perceived 51-plus percent surge of their party, and sit back gleefully watching the fireworks happen, willing to jump in or pull back depending on the atmospherics and polling. Impeachment, remember, will make the Kavanaugh hearings look like a seminar on etiquette, and so everything and anything can happen once dozens of unhinged leftists are unbound.

Be prepared for a half-dozen Christine Blasey Ford-type witnesses to pop up, and 20 or so unhinged Cory Booker-esque “I am Spartacus” performance acts, along with a whole slew of new Steele dossiers—all interspersed with breathless CNN bulletins announcing new fake news developments with “the walls are closing in” and “the end is near” prognostications. Rep. Adam Schiff (D-Calif.) is already reading fantasies to the House Intelligence Committee and passing them off as the text of Trump’s phone call to Ukraine’s new president. Only after he was called on such absurdities did he describe his performance as a parody.

Facts Won’t Matter that Much

The Left is hellbent on impeachment and the absence of a case won’t matter. They do not care if they will sow the wind and reap the whirlwind.

In the coming days, after all, we will probably learn that the whistleblower’s “Schiff dossier” was prepared by ex-Lawfare-type lawyers in service to House Democrats, who just needed a vessel to pass off the hit as a genuine cry of the heart, rather than a scripted attack with all the Steele dossier/Mueller report/Comey memo fingerprints: classification obfuscations, footnotes to liberal media hit pieces, pseudo-scholarly references to court cases, and lawsuit-avoiding, preemptive disclaimers about not actually possessing firsthand knowledge of any of the evidence, prepped hearsay, supposition, and the subjunctive and optative mood composition.

In a sane world, the impeachers would worry their charges that Trump forced Ukrainian President Vladimir Zelensky to investigate his possible 2020 Democratic opponent Joe Biden might boomerang. After all, Trump never actually cut off Ukrainian aid. Nor did he outline a quid pro quo deal. Essentially he is accused of unduly asking a foreign president to clamp down on corruption in his midst going back to 2016. So what? Especially if there is something more to the strange antics of Hunter Biden and CrowdStrike.

Biden’s problems are not such thought crimes, but are confirmed by his own boasting: that he used the clout of the United States to help his own family financially, by threatening to cut off U.S. aid unless a Ukrainian state prosecutor looking into his own son’s suspicious lobbying was fired within six hours. And in Biden’s own words, “Son of a bitch,” he was fired.

In contrast, Trump might have been all over the map in his call, but he kept the aid to Ukraine coming without demanding the scalp of any Ukrainian official. In some sense, Trump’s culpability boils down to one issue: progressives believe that in not-too-veiled a manner, he threatened a foreign government to start going after the Biden family without cause, whose patriarch Joe might be Trump’s 2020 election opponent.

The other half of the country believes that what is material is not Biden’s current transient electoral status (he is not now and may not be the Democratic nominee), but the fact that he was vice president of the United States when he used his office to threaten the loss of foreign aid to stop investigations of his son, who was using his father’s position to further his own profiteering.

Given that Trump denies any quid pro quo and his call supports that fact, while Biden, on the other hand, openly brags that he made threats which made the Ukrainian to cave (“in six hours”), one can draw one’s own conclusions.

For now, we await more documents—with caveats that the canny Ukrainians, for their own self-interest, will predicate their release of information on the likelihood of which party will win the 2020 election.

The Left hints it has lots of incriminating documents outlining a quid pro quo threat; conservatives suspect that Ukrainian and legal documents will show the prosecutor was neither unethical nor uninterested in Hunter Biden, but was fired precisely because he was not corrupt and very much concerned with Biden.

As far as precedent, there is a good recent example. Barack Obama got caught promising to consider cuts in Eastern-European-based missile defense if Vladimir Putin would give him some room during his reelection campaign.

Translated into Adam Schiff’s Mafiosi parody lingo: Putin would calm down on the international stage to make the U.S.-Russia “reset” look good, Obama would then get rid of Eastern-European missile defense, and Obama would get reelected in 2012.

And all three of those events transpired as planned—one can surmise whether any of the three would have happened without Obama compliance with Russian conditions. Remember, Obama’s quid pro quo was caught on a hot mic on the premise that what he said to Russian President Medvedev was never supposed to be heard. “On all these issues, but particularly missile defense, this can be solved,” Obama said. “But it’s important for him [Putin] to give me space . . . This is my last election. After my election I have more flexibility.”

Once that understanding was excused, and the media was mute about such collusion, can any notion of collusion as a crime still exist?

Conspiracy Theories

Finally, who are the winners in these impeachment psychodramas, both short-term and long-term?

Short-term, Trump may lose traction due to the media frenzy. He lost some of his ongoing momentum that had recently seen his polls steadily creeping up. He gave a fine speech at the United Nations and sounded presidential in his talks with foreign leaders—all overshadowed or now forgotten due to the impeachment psychodrama.

Trump’s critics have become emboldened, Left and Right. The Drudge Report has flip-flopped and is as anti-Trump as Vox or Slate. Many at National Review call for or anticipate impeachment without much regret. Likewise, some at Fox News—Shepard Smith, Andrew Napolitano, and Chris Wallace—are nonstop critics of Trump and hardly disguise their contempt.

The leftist media is on uppers, and completely ecstatic in moth-to-flame fashion, as if it were May 2017 again and Trump’s demise was a day away.

Because Joe Biden faces far more legal exposure than Trump, he is mentioned (if even to contextualize and exonerate him) in every news account of Ukraine. Whether or not Senator Elizabeth Warren (D-Mass.) or her erstwhile henchwoman, Kamala Harris (D-Calif.), was behind this gambit, does not matter. (Nothing much from either one had worked to slow down Biden in the last six months). Biden is simply not physically or mentally up to a year of cross-examination. And Hunter Biden is more unsteady than Joe and will thus be hard to locate.

We are starting to see the outlines of a progressive fantasy on the horizon: Biden will be sacrificed. The party will unite around Warren. The left-wing media narrative will be, “We took out one of our own, now it is your turn to depose Trump.” Chaos overload for two or three weeks might keep Trump’s polling low.

Long-term, however, Trump wins.

We still have a number of government audits coming from Michael Horowitz, John Durham, and John Huber—and the targets are not Trump. The Senate will not convict the president under any foreseeable circumstances. The full story of the whistleblower has not been told, but there are a lot of narratives to come about the sudden rules allowing hearsay, DNC involvement, and who knew far in advance about the complainant’s writ. Once the Democratic debates continue, the candidates’ screaming and hysterics return, and the impeachment hearings descend into a Kavanaugh-esque farce, the public will begin to get scared again by the Left’s shrieking Jacobins. Schiff’s “parody” is a small foretaste of what’s to come. Voters soon will surmise that the only thing between their 401k plans and socialism is Donald J. Trump.

Warren or her possible facsimile is a weaker candidate than even the enfeebled Biden. Her lack of viability will be of enormous advantage in NeverHillary-fashion to Trump. His fundraising, already ascendant, will hit the stratosphere. The idea that the new and old NeverTrumpers will be on the side of socialism will finally discredit them. Wall Street and Silicon Valley will keep trashing Trump, but privately write checks to stop Warren’s wealth tax that would be only the beginning of her Venezuelization of America.

So if Trump’s health holds out, if we don’t have a recession, if there is not an optional war, and Trump endures the next few weeks of 360-degree, 24/7 targeting, 2020 will be far more favorable than ever imaginable for him.

Voir enfin:

Monika Bickert, VP Global Product Management

Facebook

24 avril 2018

L’une des questions qui nous est le plus souvent posée concerne la manière dont nous décidons du type de contenu autorisé, ou pas, sur Facebook. Ces décisions sont parmi les plus importantes que nous prenons. Elles sont essentielles pour garantir que Facebook soit un endroit sûr et un espace où l’on peut discuter librement de différents points de vue. Depuis des années, nous avons des Standards de la Communauté qui expliquent ce qui est autorisé, ou pas, sur Facebook. Aujourd’hui, nous allons encore plus loin en publiant les directives internes que nos équipes utilisent pour faire respecter ces Standards. Et pour la première fois, nous vous offrons la possibilité de faire appel de nos décisions sur des contenus individuels, afin que vous puissiez demander un deuxième avis lorsque vous pensez que nous avons commis une erreur.

Nous avons décidé de publier ces directives internes pour deux raisons. Premièrement, elles aideront chacun à comprendre où nous plaçons la limite sur les questions complexes ou nuancées. Deuxièmement, en fournissant ces détails, il est plus facile pour tout le monde, y compris les experts dans différents domaines, de nous faire part de leurs observations, afin que nous puissions améliorer ces directives – ainsi que les décisions que nous prenons – au fil du temps.

Processus d’élaboration des politiques sur les contenus

L’équipe en charge des politiques de contenu de Facebook est responsable de l’élaboration de nos Standards de la Communauté. Nous avons des collaborateurs dans 11 bureaux à travers le monde, y compris des experts spécialisés dans des domaines tels que le terrorisme, l’incitation à la haine ou la protection de l’enfance. Nous sommes nombreux à avoir travaillé sur les questions d’expression et de sécurité bien avant notre arrivée chez Facebook. J’ai, pour ma part, travaillé de la sécurité des enfants à la lutte contre le terrorisme lorsque j’étais procureur général. L’équipe comprend par exemple une ancienne conseillère en matière de viol, une universitaire spécialisée dans les organisations haineuses, une avocate des droits de la personne et une enseignante. Chaque semaine, notre équipe sollicite l’avis d’experts et d’organisations extérieures à Facebook afin de mieux comprendre les différents points de vue sur la sécurité et l’expression, ainsi que l’impact de nos politiques sur les différentes communautés dans le monde.

Sur la base de ces observations et des évolutions des normes sociales et des langues, nos Standards évoluent au fil du temps. Ce qui n’a pas changé, et qui ne changera pas, ce sont les principes fondamentaux de sécurité, de participation et d’équité sur lesquels se fondent ces Standards. Pour initier des conversations et construire des liens, les gens ont besoin de savoir qu’ils sont en sécurité. Facebook devrait également être un lieu où les gens peuvent exprimer librement leurs opinions, même si certaines personnes pourraient trouver ces opinions répréhensibles. C’est pourquoi l’équité est un principe si important : nous visons à appliquer ces normes de manière cohérente et équitable à toutes les communautés et à toutes les cultures. Nous exposons explicitement ces principes dans le préambule des Standards, en expliquant la raison d’être de chaque politique.

Application de nos politiques

L’efficacité de nos politiques dépend de la force et de l’exactitude de leur application, et leur mise en œuvre n’est pas toujours parfaite.

L’un des défis consiste à identifier les violations potentielles de nos Standards afin que nous puissions les examiner. La technologie nous aide. Nous utilisons une combinaison d’intelligence artificielle et de signalement de notre communauté d’utilisateurs pour identifier les messages, images ou autres contenus susceptibles de violer nos Standards de la Communauté. Ces signalement sont examinés par notre équipe en charge de l’application des Standards de la Communauté, qui travaille 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dans plus de 40 langues. À l’heure actuelle, nous nous appuyons sur plus de 7 500 vérificateurs de contenu – plus de 40 % par rapport à la même période l’an dernier.

Un autre défi consiste à appliquer avec précision nos politiques aux contenus qui nous a été signalé. Dans certains cas, nous commettons des erreurs parce que nos politiques ne sont pas suffisamment claires pour nos vérificateurs de contenu ; lorsque c’est le cas, nous nous efforçons de combler ces lacunes. Nous commettons parfois des erreurs car nos processus font appel à des individus, et chacun sait que l’erreur est humaine.

Recours

Nous savons que nous devons faire plus. C’est la raison pour laquelle, au cours de l’année à venir, nous allons donner aux gens la possibilité de faire appel de nos décisions. Dans un premier temps, nous allons lancer des procédures de recours pour les messages qui ont été retirés pour cause de nudité ou d’activité sexuelle, d’incitation à la haine et à la violence.

Voici comment fonctionne ce processus :

  • Si votre photo, vidéo ou message a été retiré(e) pour infraction à nos Standards de la Communauté, vous serez averti et aurez la possibilité d’effectuer une demande de révision supplémentaire.
  • Cette requête mènera à une révision par notre équipe (toujours par une personne), généralement sous 24 heures.
  • Si nous avons fait une erreur, nous vous en informerons et votre post, photo ou vidéo sera restauré.

Nous nous efforçons d’étendre ce processus en soutenant davantage de types d’infractions, en donnant aux gens l’occasion de fournir plus de contexte qui pourrait nous aider à prendre la bonne décision, et la mise à disposition du recours non seulement pour le contenu qui a été retiré mais aussi pour le contenu qui a été signalé et laissé. Nous croyons que le fait de donner à chacun la possibilité de participer au processus est un autre élément essentiel à la mise en place d’un système équitable.

Participation et contribution de la communauté

Nos efforts pour expliquer, améliorer et affiner nos Standards de la Communauté dépendent de la participation et de la contribution de gens du monde entier. En mai, nous lancerons les Forums Facebook, une série d’événements publics de dialogue et de débat autour des Standards de la Communauté, organisés en Allemagne, France, au Royaume-Uni, en Inde, à Singapour, aux Etats-Unis et dans d’autres pays afin de recueillir les commentaires des utilisateurs. Nous partagerons plus de détails sur ces initiatives au fur et à mesure que nous les finaliserons.

Comme l’a souligné notre PDG Mark Zuckerberg au début de l’année : « Nous n’empêcherons pas toutes les erreurs ou les abus, mais nous commettons actuellement trop d’erreurs en appliquant nos politiques et en empêchant l’utilisation abusive de nos outils ». La publication de nos directives internes aujourd’hui, ainsi que l’élargissement de notre processus de recours, nous permettra de nous améliorer au fil du temps. Ce sont des questions complexes et nous sommes engagés à faire mieux.

Retrouvez le texte des Standards de la Communauté détaillés ici : https://www.facebook.com/communitystandards


FAQ

  • Avez-vous modifié l’une de vos politiques avec cette mise à jour ?

Ce que nous partageons aujourd’hui n’est pas nouveau ; cela reflète des Standards qui sont en place depuis longtemps. Cependant, pour la première fois, nous publions l’ensemble de directives internes d’application des Standards de la Communauté sur lesquels nos vérificateurs de contenu s’appuient pour prendre des décisions sur ce qui est autorisé ou non sur Facebook.

Il est important de noter que nos normes évoluent. Dans certains cas, les changements sont provoqués par des retours que nous recevons de parties prenantes externes. Dans d’autres, nous apportons des changements pour tenir compte de la façon dont le langage est utilisé. Dans d’autres encore, un changement est nécessaire en raison d’une lacune dans la politique existante. Ce processus se poursuivra, ainsi que les mises à jour de nos Standards.

Nous partagerons ces mises à jour publiquement et publierons des archives consultables afin que les gens puissent suivre les changements au fil du temps.

  • S’agit-il des mêmes directives que celles que vos vérificateurs utilisent ? Avez-vous enlevé quelque chose ?

Oui. À compter d’aujourd’hui, nos Standards de la Communauté externes reflètent étroitement nos directives internes d’application. Vous nous avez dit que vous ne comprenez pas nos politiques ; c’est notre responsabilité de fournir de la clarté. Il s’agit d’un effort pour expliquer où nous plaçons les limites quand il s’agit de contenu sur Facebook. Nous espérons que cette publication invite et encourage un échange qui nous aide à peaufiner et à améliorer nos politiques.

  • Vous dites que vous travaillez avec des experts. Qui sont-ils ?

Nous travaillons avec des experts du monde entier, notamment des universitaires, des organisations non-gouvernementales, des chercheurs et des juristes. Ces personnes et organisations représentent la diversité de pensée, d’expérience et de parcours. Ils apportent une contribution inestimable lorsque nous réfléchissons à la révision de nos politiques et nous aident à mieux comprendre l’impact de nos politiques.

En ce qui concerne le discours de haine, par exemple, nous avons travaillé avec Timothy Garton Ash, professeur à l’Université d’Oxford, qui a créé le Free Speech Debate (Débat sur la liberté d’expression) pour examiner ces questions sur une base interculturelle. De même, dans le cadre de l’élaboration de nos politiques visant à protéger les personnes contre l’exploitation sexuelle, nous avons réuni plus de 150 organisations et experts en sécurité dans des pays du monde entier, dont les États-Unis, le Kenya, l’Inde, l’Irlande, l’Espagne, la Turquie, la Suède et les Pays-Bas.

  • Comment assurez-vous la cohérence au sein de vos équipes de vérificateurs et vous protégez-vous contre les préjugés et les erreurs humaines ?

Nos Standards de la Communauté sont mondiaux, et tous les vérificateurs utilisent les directives que nous avons publiées aujourd’hui pour prendre des décisions. Ils suivent une formation approfondie dans le cadre de leur processus d’intégration et sont formés et testés à intervalles réguliers par la suite.

Nous sommes extrêmement prescriptifs dans l’élaboration de nos politiques, et nous essayons de rédiger des politiques qui permettent de distinguer clairement les contenus qui violent nos Standards et ceux qui les respectent, afin de rendre le processus de prise de décision pour les vérificateurs aussi objectif que possible. Nos vérificateurs bénéficient de mécanismes de contrôle de la qualité, et d’une équipe de management vers laquelle ils peuvent se tourner pour obtenir des conseils. Nous vérifions également l’exactitude des décisions des vérificateurs sur une base hebdomadaire. Lorsque des erreurs sont commises, nous assurons un suivi auprès des membres de l’équipe afin d’éviter qu’elles se reproduisent.

Même avec nos audits de qualité, nous savons que nous pouvons faire des erreurs. C’est pourquoi nous avons donné aux gens la possibilité de faire appel de nos décisions lorsque nous avons retiré leur profil, Page ou Groupe. Au cours de l’année, nous allons étendre la capacité des gens de faire appel de nos décisions. Dans un premier temps, nous lançons des recours pour des contenus retirés pour nudité ou activité sexuelle, discours de haine et violence, afin que les gens puissent nous faire savoir quand ils pensent que nous avons fait une erreur.

  • Pourriez-vous m’en dire plus sur les Forums Facebook ? Avez-vous déjà organisé de tels événements avant ?

Nous faisons de notre mieux pour recueillir des commentaires externes de différentes façons. Les Forums Facebook sont un format que nous n’avons jamais essayé auparavant, et nous sommes impatients d’écouter et d’apprendre de notre communauté. La structure de l’événement variera selon la ville dans laquelle nous nous trouvons, et nous avons hâte de partager plus de détails prochainement.

Voir par ailleurs:

Satire or Deceit? Christian Humor Site Feuds With Snopes
The Babylon Bee says Snopes went too far in fact-checking a satirical story. Snopes had suggested the Bee twisted its joke to deceive readers.
Niraj Chokshi
NYT
Aug. 3, 2019

It’s a fake-news feud made for 2019.

On one side is Snopes, the influential fact-checking website founded 25 years ago.

On the other is the Babylon Bee, an upstart Christian satirical website that lampoons progressive ideas, Democrats, Christians and President Trump.

They are fighting over how Snopes characterizes stories published by the Bee, which says Snopes has veered from its fact-checking mission by suggesting that the satirical site may be twisting its jokes to deceive readers.

“The reason we have to take it seriously is because social networks, which we depend on for our traffic, have relied upon fact-checking sources in the past to determine what’s fake news and what isn’t,” Seth Dillon, the Bee’s chief executive, said in an interview on Thursday with Shannon Bream of Fox News.

“In cases where they’re calling us fake news and lumping us in with them rather than saying this is satire, that could actually damage us,” he added. “It could put our business in jeopardy.”

Indeed, the line between misinformation and satire can be thin, and real consequences can result when it is crossed. On social media, parody can be misconstrued or misrepresented as it moves further and further from its source. And humor has been weaponized to help spread falsehoods online.

About two weeks ago, the Bee published an article that it thought was clearly satire. The piece, headlined “Georgia Lawmaker Claims Chick-Fil-A Employee Told Her To Go Back To Her Country, Later Clarifies He Actually Said ‘My Pleasure’,” was a parody of a real controversy involving a claim of racism, a counterclaim and a fair amount of outrage.

Soon after, Snopes, which investigates assertions based on their popularity or after requests from readers, published a fact check of that article that called its intent into question.

Mr. Dillon said the Bee was so frustrated by the way that Snopes had characterized its work that it had retained a law firm, but he did not say whether any legal action had been taken. David Mikkelson, a founder of Snopes, said he received a letter from a Bee lawyer complaining about the fact check, but was unaware of any legal action.

Mr. Mikkelson disputed the suggestion that his website had a political motive for fact-checking the Bee, but acknowledged that the piece in question, which has since been updated, had been poorly phrased.

“The article that people were focusing on was not worded very well,” he said. “That’s our bad. We need to own that.”

He added that Snopes was not trying to discredit the Bee. “That’s not our intent and if we have conveyed that intent, then I apologize for that,” he said.

This week, a Bee piece satirizing the episode — titled “Snopes Issues Pre-Approval Of All Statements Made During Tonight’s Democratic Debate” — became the top-performing article on Facebook related to the topic “democratic debate,” according to BuzzSumo, a social media analysis company, as first reported by BuzzFeed.

Some conservatives said the Bee’s experience revealed political bias at Snopes. But in Mr. Mikkelson’s view, Snopes is now subject to the very kind of attack it has been accused of carrying out.

“It’s now been spun into this ridiculous conspiracy theory that seems pretty contrived to gin up outrage” and clicks, he said.

The story of the feud began with a viral Facebook post July 19 in which Erica Thomas, a Georgia state representative, said she had been told by a white man at a grocery store to “go back” to where she came from. The man later came forward, identified himself as a Democrat and disputed her account, fueling outrage on the right by those who believe reports of racism are overblown.

The Bee published its parody of the events July 22. Two days later, Snopes published its fact check of that article.

The original Snopes piece included the subheadline, “we’re not sure if fanning the flames of controversy and muddying the details of a news story classify an article as ‘satire.’” It called the Bee story a “ruse” and suggested it had been published “in an apparent attempt to maximize the online indignation.”

That language has since been removed “for tone and clarity,” according to an editors’ note atop the piece. Snopes, it says, is working to create standards for how to address humor and satire.

On Twitter, Adam Ford, the founder of the Bee, described the Snopes article as a “hit piece.” He also complained that Snopes had not been as critical in another fact-check of a piece from The Onion, a satirical website that, despite its fame and absurdist articles, continues to fool unsuspecting readers.

“A clumsy mistake or an incompetent writer are insufficient explanations for publishing something like this when you position yourself as an unbiased, stalwart arbiter of truth and presume to wield the influence that comes along with that title,” he wrote.

In a recent newsletter, the Bee said a past Snopes fact-check had prompted Facebook, which was then in a fact-checking partnership with Snopes, to “threaten us with limitations and demonetization.” Facebook eventually acknowledged the mistake and said the Bee piece — about CNN buying industrial washing machines to “spin” news — “should not have been rated false in our system.”

Snopes pulled out of the Facebook partnership in February, but some critics of the recent fact-check have argued that Snopes’s actions could still affect the Bee’s Facebook presence, a suggestion Mr. Mikkelson disputes.

“We have absolutely no ability to demonetize, deplatform, blacklist anybody,” he said. “We have no means to stop anyone from publishing on a particular platform or to limit their reach.”

Snopes determines what to cover based on reader input via email, Facebook and Twitter as well as what’s trending on Google, social media and its own website searches. As a result, it often covers claims and satire that, to many, may seem obviously false or intentionally humorous.

“Some people just don’t get or are not very good at recognizing uses of sarcasm or irony or archness,” Mr. Mikkelson said.

In the Fox News appearance, Mr. Dillon, the Bee chief executive, seemed to acknowledge that.

“There’s people who aren’t familiar with us who are seeing our stuff,” he said. “So if they want to fact-check it, fine. You can rate it false, you can rate it satire, ideally, and just say ‘Hey, this came from the Bee, it’s obviously satire, they’re a well-known satire publication.’ That would be as far as it needs to go.”

Voir par ailleurs:

WHAT UKRAINIAN INTERFERENCE ? (What if the Financial Times ran a story about a Russian government bureau and lawmaker leaking documents that directly resulted in the ouster of the Clinton campaign manager ?)

The Full Scope of Ukraine’s Impact on the 2016 Election Has Yet to Be Examined

Vulnerabilities in US election security need attention, and Ukraine’s 2016 impact could be instructive.

The United States has not even grappled with the full scope of Ukraine’s impact on the 2016 election. Earlier this year, I broke down Trump and Rudy Giuliani’s allegation that Biden forced Kiev to fire a corrupt prosecutor in order to protect his son Hunter. (As I and nearly every other Ukraine watcher pointed out, Giuliani’s claim is meritless.) But Ukraine did play a significant factor in the 2016 election: the exposure of Paul Manafort’s corruption. Of course, Manafort, who is currently serving time in prison, is legendarily corrupt. But the larger question is how to handle the fact that, in helping to expose his corruption, Ukrainian entities shaped the course of an American election. Ukraine’s role in the 2016 race is undeniable: In the summer of 2016, Kiev’s release of the so-called “black ledger” resulted in Manafort’s ouster from the Trump campaign. The actions of foreign actors—however well-intentioned—directly impacted an American election. One would imagine Washington media and lawmakers—who spent three years combing through every aspect of Moscow’s interference in our election—might direct similar attention to Kiev’s impact. Yet the Ukrainian angle barely made headlines. If we want to get serious about safeguarding our electoral process from all foreign actors, not just Moscow-based ones, it’s time to examine Ukraine as well.
On August 14, 2016, The New York Times published a bombshell about what would become known as the “black ledger”—a handwritten document alleging millions of off-the-books payments to Manafort by the Party of Regions, led by his former client Viktor Yanukovych, the ousted pro-Russian president of Ukraine. The Times received the ledger from the National Anti-Corruption Bureau of Ukraine (NABU), an independent government agency. The story rocked the 2016 election, given Manafort’s position as head of Trump’s campaign. The Hillary Clinton campaign immediately seized on it as proof that Manafort—and therefore Trump—was tied to Yanukovych and the Kremlin. Four days later, the Times ran a follow-up story, based on more details released by NABU and publicity by Serhei Leshchenko, a member of the Ukrainian parliament, who told the Times he’d studied the ledger. The next day, Manafort resigned from Trump’s campaign.
Two weeks later, the Financial Times did a story about Ukraine’s takedown of Manafort, including quotes from Leshchenko and Western analysts. “The prospect of Mr Trump, who has praised Ukraine’s arch-enemy Vladimir Putin, becoming leader of the country’s biggest ally,” it began, “has spurred not just Mr Leshchenko but Kiev’s wider political leadership to do something they would never have attempted before: intervene, however indirectly, in a US election.” “Mr Leshchenko and other political actors in Kiev say they will continue their efforts to prevent a candidate…from reaching the summit of American political power,” the story went on.
Reading the article in 2019, after three years of nonstop coverage about overseas meddling in US democracy, is stunning. Here is an established Western outlet calmly discussing successful foreign influence of an American presidential campaign as a neat little coup, a bit of gutsy international derring-do. Calling the intervention “indirect” is a bit generous, as well. Manafort was ousted based on handwritten pieces of paper—the story would’ve never gone anywhere without NABU and Leshchenko’s vouching for the ledger’s authenticity. That’s as direct as it gets.
Of course, all this occurred in August of 2016, when the prospect of a Trump presidency was seen as inconceivable. After Trump’s election, Leshchenko and NABU frantically denied their intent to damage the Trump campaign, claiming the ledger was publicized solely because of their concern to stamp out corruption and had nothing to do with US politics.
“My desire to expose Manafort’s doings was motivated by the desire for justice,” wrote Leschenko in a recent Washington Post op-ed. “Neither Hillary Clinton nor Joe Biden, nor John Podesta, nor George Soros asked me to publish the information from the black ledger.”
Ukrainians certainly had every reason to expose Manafort’s corruption, and the man’s subsequent trial showed there was an enormous amount to expose. But Ukraine’s efforts also happened to coincide with—and have an immediate impact on—an American campaign. And yet, despite this information’s being available in English, and published by established Western media, we’ve had almost no debate about its implications.
To understand just how astounding that is, simply imagine if the situation were reversed. Imagine the Financial Times ran a story about a Russian government bureau and lawmaker leaking documents that directly resulted in the ouster of the Clinton campaign manager. Even if everything exposed by Russia were true, it’d still be a major scandal.
None of this is to say we should ignore the Kremlin’s election meddling or Trump’s current attempt to coerce Ukraine into investigating Biden. These are extraordinarily serious issues—but so is Ukraine’s impact in 2016.
It seems many Americans are under the mistaken assumption that the moment Trump leaves office, things will return to normal. They won’t. If anything, the 2016 election let the devil out of the box—other actors in other nations surely took notice of the ease with which a handful of individuals in Ukraine were able to influence an American campaign. There will be more of this. Some may be in good faith; some will not.
It is impossible to say we’re taking foreign interference seriously until the media, lawmakers, and political activists have an honest conversation about the new norms. And that involves looking not only at Trump and Russia, but at Ukraine as well.
Voir enfin:

Ukraine’s leaders campaign against ‘pro-Putin’ Trump

Fears over effect Republican’s victory would have on US policy towards Kiev
For years, Serhiy Leshchenko, a top Ukrainian anti-corruption campaigner, worked to expose kleptocracy under former president Viktor Yanukovich. Now, he is focusing on a new perceived pro-Russian threat to Ukraine: US presidential candidate Donald Trump.
The prospect of Mr Trump, who has praised Ukraine’s arch-enemy Vladimir Putin, becoming leader of the country’s biggest ally has spurred not just Mr Leshchenko but Kiev’s wider political leadership to do something they would never have attempted before: intervene, however indirectly, in a US election.
Mr Leshchenko and Ukraine’s anti-corruption bureau published a secret ledger this month that authorities claim show millions of dollars of off-the-book cash payments to Paul Manafort, Mr Trump’s campaign director, while he was advising Mr Yanukovich’s Regions party from 2005.
Mr Manafort, who vigorously denies wrongdoing, subsequently resigned from his campaign role. But Mr Leshchenko and other political actors in Kiev say they will continue their efforts to prevent a candidate — who recently suggested Russia might keep Crimea, which it annexed two years ago — from reaching the summit of American political power.
“A Trump presidency would change the pro-Ukrainian agenda in American foreign policy,” Mr Leshchenko, an investigative journalist turned MP, told the Financial Times. “For me it was important to show not only the corruption aspect, but that he is [a] pro-Russian candidate who can break the geopolitical balance in the world.”
Mr Trump’s rise has led to a new cleavage in Ukraine’s political establishment. Hillary Clinton, the Democratic nominee, is backed by the pro-western government that took power after Mr Yanukovich was ousted by street protests in 2014. The former Yanukovich camp, its public support sharply diminished, leans towards Mr Trump.
If the Republican candidate loses in November, some observers suggest Kiev’s actions may have played at least a small role.
“Ukraine’s anti-corruption activists have probably saved the Western world,” Anton Shekhovtsov, a western-based academic specialising in Russia and Ukraine, tweeted after Mr Manafort resigned.
Concerns about Mr Trump rocketed in Kiev when he hinted some weeks ago he might recognise Russia’s claim to Crimea, suggesting “the people of Crimea, from what I’ve heard, would rather be with Russia than where they were”.
Natalie Jaresko, a US-born Ukrainian and former State Department official who served for a year as Ukraine’s finance minister, fired off a volley of tweets to US officials. In one, she challenged former Republican presidential candidate John McCain: “Please assure us you disagree with statement on Crimea/Ukraine. Trump’s lies not position of free world, inc Rep party.”
On Facebook, Arseny Yatseniuk, the former prime minister, warned that Mr Trump had “challenged the very values of the free world”. Arsen Avakov, interior minister, called the candidate’s statement the “diagnosis of a dangerous marginal”.
Ukrainian politicians were also angered by the Trump team’s alleged role in removing a reference to providing arms to Kiev from the Republican party platform at its July convention.
Adrian Karatnycky, a senior fellow at Washington’s Atlantic Council think-tank, said it was “no wonder that some key Ukrainian political figures are getting involved to an unprecedented degree in trying to weaken the Trump bandwagon”.
Kiev moved beyond verbal criticism when Ukraine’s national anti-corruption bureau and Mr Leshchenko — who has a reputation for being close to the bureau — published the ledger showing alleged payments to Mr Manafort last week.
The revelations provoked fury among former Regions party backers. Asked by telephone about Mr Manafort’s activities in Ukraine, a former Yanukovich loyalist now playing a lead role in the Regions party’s successor, called Opposition Bloc, let loose a string of expletives. He accused western media of “working in the interests of Hillary Clinton by trying to bring down Trump”.
Though most Ukrainians are disillusioned with the country’s current leadership for stalled reforms and lacklustre anti-corruption efforts, Mr Leshchenko said events of the past two years had locked Ukraine on to a pro-western course. The majority of Ukraine’s politicians, he added, are “on Hillary Clinton’s side”.

Mort de Jacques Chirac: La France qui triche a trouvé son héros (As amnesic France goes gaga over the death of its first former head of state to be convicted since Petain, ex-British spy chief confirms ‘Grand Philanderer’ Chirac was ‘a roguish individual who manoeuvred very cleverly’)

29 septembre, 2019

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Une droite qui voudrait que soit placé dans nos mairies et nos écoles le portrait d’un homme mis en examen, qui a perdu toute autorité morale. Richard Ferrand (14.04.2017)
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Un père, ça peut être une femme, une grand-mère. Agnès Buzyn (ministre française de la Santé)
L’enfant a le droit à un nom dès la naissance. Il a également le droit d’ acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux. Convention internationale des droits de l’enfant (article 7, 1989)
La loi ne doit pas mentir sur l’origine de la vie. Conférence des évêques
Une droite qui voudrait que soit placé dans nos mairies et nos écoles le portrait d’un homme mis en examen, qui a perdu toute autorité morale. Richard Ferrand (14.04.2017)
Le président Chirac incarna une certaine idée de la France. (…) Jacques Chirac était un destin français. (…) Jacques Chirac portait en lui l’amour de la France et des Français. Emmanuel Macron
Dans une autre publication, il tenait à peu près les mêmes propos concernant le candidat LR: “nous disons à François Fillon qu’il a perdu toute autorité morale pour diriger l’État et parler au nom de la France”. Lundi 30 septembre 2019 est une journée de deuil national à la suite du décès de M. Jacques CHIRAC, ancien Président de la République. Durant cette journée, les enseignants qui le souhaitent peuvent consacrer un cours à l’évocation de la mémoire de l’ancien chef de l’État. A cette fin, éduscol vous propose des ressources pédagogiques permettant de revenir sur la biographie de Jacques Chirac, son engagement politique national et international, sa relation à l’histoire des arts… Ministère de l’Education nationale
C’est très français au fond. La seule chose que l’on retiendra de la présidence de Jacques Chirac est une belle bravade sans conséquence: son refus spectaculaire de la guerre américaine en Irak. Laquelle, pour le coup, en eut de fâcheuses. Dieu sait combien Jacques Chirac représentait le caractère national. Au milieu de beaucoup de compromissions, ce fut une parenthèse de gloire, de panache et d’honneur. Cela n’a servi à rien mais le geste en était d’autant plus beau. Chirac eut quelque chose de Cyrano de Bergerac au cours de cet hiver 2002-2003, entraînant la Russie de Poutine et l’Allemagne de Schröder et bien d’autres nations derrière lui. Villepin, au contraire, avait peur de se fâcher avec l’Amérique. Il n’a pas troqué le retour de la France dans le comité militaire de l’Otan en échange de quelques postes honorifiques. Il a osé renouveler la dissuasion nucléaire française. C’est en souvenir de ces moments-là que la France est encore écoutée dans le monde. (…) Jacques Chirac avait un grand mérite: il connaissait l’histoire du monde et de ses civilisations. Il savait que l’Irak est un des berceaux de l’humanité et qu’on ne pouvait la détruire sans commettre l’irréparable. Il savait aussi que la démocratie ne se construit pas sur le sable d’une occupation militaire et que tôt ou tard, les chiites d’Irak se tourneraient vers leurs coreligionnaires iraniens, entraînant une terrible guerre de religions. Ce qui devait advenir arriva: la rage cumulée des pétromonarchies du golfe et des terroristes wahhabites a redoublé de violence. Daech et les destructions de Mossoul, Palmyre et Alep sont des contrecoups de la folle expédition de Dick Cheney et Donald Rumsfeld. Tout le Moyen-Orient a souffert de cette lamentable aventure mais pas seulement. Après les attentats de 2004-2005 et 2015-2016 en Europe, nous sommes loin d’avoir retrouvé l’équilibre. Depuis 2003, le Moyen-Orient est une région en guerre de religion, fracturée et travaillée par le terrorisme, minée par les migrations, incapable de se coordonner et d’avancer ensemble. Chirac avait au long de sa carrière noué des relations fidèles avec les chefs d’États d’Afrique et d’Asie. Il était soucieux du sort des Palestiniens, lui qui était intraitable avec l’antisémitisme. (…) Chirac s’intéressait et comprenait les relations internationales, sans avoir peur de quiconque. Le Figaro
Nous avons été présidés par un délinquant pendant 12 ans, et mon adversaire de 2002 est quelqu’un qui aurait dû être condamné à la prison. Le Pen
Attendu que la responsabilité de Jacques Chirac, maire de París, découle du mandat reçu de la collectivité des Parisiens ; qu’elle résulte également de l’autorité hiérarchique exercée par lui sur l’ensemble du personnel de la Ville de Paris et singulièrement sur ses collaborateurs immédiats au premier rang desquels son directeur de cabinet ; Attendu que le dossier et les débats ont établi que Jacques Chirac a été l’initiateur et l’auteur principal des délits d’abus de confiance, détournement de fonds publics, ingérence et prise illégale d’intérêts ; que sa culpabilité résulte de pratiques pérennes et réitérées qui lui sont personnellement imputables et dont le développement a été grandement favorisé par une parfaite connaissance des rouages de la municipalité ainsi que la qualité des liens tissés avec les différents acteurs administratifs et politiques au cours de ses années passées à la tête de la Ville de Paris ; qu’en multipliant les connexions entre son parti et la municipalité parisienne, Jacques Chirac a su créer et entretenir entre la collectivité territoriale et l’organisation politique une confusion telle qu’elle a pu entraîner ses propres amis politiques ; que le gain en résultant, nonobstant les économies des salaires payés par la mairie de Paris, a pu prendre la forme soit d’un renforcement des effectifs du parti politique dont il était le président soit d’un soutien à la contribution intellectuelle pour l’élaboration du programme politique de ce parti ; Attendu que par l’ensemble de ces agissements, Jacques Chirac a engagé les fonds de la Ville de Paris pour un montant total d’environ 1 400 000 euros ; Attendu que l’ancienneté des faits, l’absence d’enrichissement personnel de Jacques Chirac, l’indemnisation de la Ville de Paris par l’UMP et Jacques Chirac, ce dernier à hauteur de 500.000 euros, l’âge et l’état de santé actuel de Jacques Chirac, dont la dégradation est avérée, ainsi que les éminentes responsabilités de chef de l’Etat qu’il a exercées pendant les douze années ayant immédiatement suivi la période de prévention, sont autant d’éléments qui doivent être pris en considération pour déterminer la sanction qu’il convient d’appliquer à son encontre ; Attendu que ces éléments ne sauraient occulter le fait que, par son action délibérée, en ayant recours au cours de ces cinq années à dix neuf emplois totalement ou partiellement fictifs, Jacques Chirac a manqué à l’obligation de probité qui pèse sur les personnes publiques chargées de la gestion des fonds ou des biens qui leur sont confiés, cela au mépris de l’intérêt général des Parisiens ; que dans ces conditions, le recours à une peine d’emprisonnement avec sursis dont le quantum sera fixé à deux années apparaît tout à la fois adapté à la personnalité du prévenu et ainsi qu’à la nature et la gravité des faits qu’il a commis. Verdict de la 11e chambre correctionnelle de Paris (15.12.11)
Pour la première fois depuis Louis XVI et Philippe Pétain, un ancien chef de l’Etat français a été condamné par la justice de son pays. Jacques Chirac, 79 ans, reconnu coupable d’abus de confiance, de détournement de fonds publics et de prise illégale d’intérêts, a écopé ce jeudi matin de deux ans de prison avec sursis. Dans un communiqué, Jacques Chirac a annoncé qu’il ne ferait pas appel, même si « sur le fond [il] conteste catégoriquement ce jugement ». Il explique ne plus avoir « hélas, toutes les forces nécessaires pour mener par [lui-même], face à de nouveaux juges, le combat pour la vérité ». Nouvel obs
Janvier 1975. C’est l’époque du journalisme politique à la Françoise Giroud, la patronne de L’Express envoie alors de jeunes et jolies reporters pour faire parler les politiques. Jacqueline Chabridon, journaliste au Figaro, est mandatée par son rédacteur en chef pour suivre Jacques Chirac et en tirer un portrait du jeune Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing. Elle n’en a guère envie, le voit comme « un soudard, un prêt-à-tout (…) sentencieux et ringard au possible », écrivent les auteurs. De son côté, il veut vérifier à qui il a affaire. Il la met au défi d’engloutir les copieuses portions de tête de veau trônant sur la table aussi vite que lui. Elle s’y colle, en bonne vivante. Il est séduit par cette petite jeune femme de 34 ans. Comme le dit son ami Jacques Toubon, alors conseiller technique à Matignon, « c’est le charme fait femme ». Pauline de Saint-Rémy d’expliquer : « On s’était imaginé une femme impressionnante, très élégante, très intello. Avec sa voix fluette, sa petite taille, elle est en fait très simple. Au sens noble du terme. » C’est peut-être cela qui plaît alors au Premier ministre. Elle est d’origine modeste, auvergnate, fille de communistes. Affirme simplement son goût pour la vie. « Jacques et Jacqueline, c’est aussi et avant tout une complicité de classe, relatent les journalistes dans leur livre. Une sorte de reconnaissance mutuelle. » De son côté, Jacqueline voit désormais derrière le technocrate ambitieux un homme qui a « du goût pour les gens ». Très vite, « son envie de la revoir vire à l’obsession. Il la veut à ses côtés, en public comme en privé », lit-on dans Jacques et Jacqueline (1). On prête à Chirac un parcours de séducteur « mais avec elle, ça a été différent, affirment Laureline Dupont et Pauline de Saint-Rémy. Pour elle, il a failli tout quitter ; ça a eu des répercussions sur sa vie politique, dans un moment charnière. » Le livre raconte l’appartement aménagé pour eux rue de Marignan, à Paris : c’est là qu’il installe sa collection d’ouvrages de la Pléiade, un mur entier. Il l’emmène en escapade à La Rochelle. Elle le suit dans ses déplacements, en tant que journaliste. Fin 1975, il organise même, selon les auteurs, un voyage de presse aux Antilles pour passer Noël en sa compagnie ! Les reporters présents sur place s’agacent des nombreux « briefings » du chef du gouvernement. Dans l’ouvrage, Jacques Toubon se souvient des chuchotements qu’il surprend alors : « Il [Chirac] n’a rien à nous dire… » « C’est ridicule ! C’est juste pour la voir. » Le couple fait face à l’incompréhension de son entourage devant cette histoire qui dure, devant ce mariage qu’il lui aurait promis. Jacqueline Chabridon, dont les premières noces avec le socialiste Charles Hernu ont été célébrées par François Mitterrand, se fait rabrouer par ses amis de gauche, expliquent les auteurs. Chirac, lui, encaisse l’hostilité de sa conseillère Marie-France Garaud. Elle s’inquiète. Et si l’affaire s’ébruitait ? « Beaucoup de gens savaient, à l’époque, souligne Laureline Dupont. Le sujet fait jaser dans les dîners parisiens. » Toujours selon le livre, Le Nouvel Observateur s’apprête à publier en avril 1976 un court article intitulé « La garçonnière du Premier ministre ». La publication sera stoppée. Mais c’en est trop pour les conseillers. Trop pour Bernadette Chirac aussi. Dans Jacques et Jacqueline, on la voit faire front commun avec Marie-France Garaud pour éloigner la maîtresse. Et puis à l’époque, on ne divorce pas. Surtout si l’on envisage la plus haute fonction… Été 1976. Jacqueline Chabridon découvre l’appartement vidé. Leur correspondance a disparu. Le choc. Dans un bureau anonyme, il lui annonce que c’est fini. Certains y ont vu la pression de ses proches. Les auteurs livrent une autre hypothèse : « De nombreux témoins nous ont dit que Chirac, qui s’apprêtait à lancer le RPR (Rassemblement pour la République, ndlr) – il venait de démissionner de Matignon pour ça -, avait besoin d’avoir le coeur et les mains libres. Parce qu’il entretenait un rapport charnel et chaleureux aux électeurs. Notre théorie, c’est qu’il a été rattrapé par son ambition, plus que par son entourage. » Apporter un autre éclairage sur Jacques Chirac, c’était un des objectifs des deux journalistes : « Il est plus humain et plus complexe qu’il n’y paraît, perclus de passions contraires. » Fallait-il pour autant, quarante ans après, remettre cet amour sous le feu des projecteurs ? « Certains seront heurtés car on est sur le terrain de la vie privée. Mais c’est un récit politique, pas un livre sulfureux, répond Pauline de Saint-Rémy. Nous voulions aussi donner un autre éclairage à cette époque politico-médiatique en nous intéressant à la petite histoire dans la grande histoire. » Jacqueline Chabridon, elle, a poursuivi la sienne. Le coeur à gauche. « Elle qui pensait ne jamais pouvoir voter pour lui a fini par le faire en avril 2002. Mais on a compris que ça lui avait fait un peu mal. » Aujourd’hui encore, elle est proche des socialistes. Voit François Hollande régulièrement. Et Laureline Dupont de conclure : « Elle a 75 ans et a l’air très heureuse. » Grazia
Voici un homme qui a dû se représenter à  sa réélection l’an dernier afin de préserver son immunité  présidentielle des poursuites judiciaires pour de graves accusations de corruption. Voici un homme qui a aidé Saddam Hussein à construire un réacteur nucléaire et qui savait très bien ce qu’il comptait en faire. Voici un homme à la tête de la France qui est en fait ouvertement à vendre. Il me fait penser au banquier de « L’Education Sentimentale » de Flaubert : un homme si habitué à la corruption qu’il payerait pour le plaisir de se vendre lui-même. Ici, également, est un monstre positif de vanité. Lui et son ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin, ont mielleusement déclaré que la « force est toujours le dernier recours.  » Vraiment ? Ce n’était pas la position de l’establishment français quand des troupes ont été envoyées au Rwanda pour tenter de sauver le client-régime qui venait de lancer un ethnocide contre les Toutsis. Ce n’est pas, on présume, la position des généraux français qui traitent actuellement comme leur fief  la population et la nation ivoiriennes. Ce n’était pas la position de ceux qui ont commandité la destruction d’un bateau désarmé, le Rainbow à l’ancre dans un port de Nouvelle Zélande après les manifestations contre la pratique officielle française d’essais nucléaires atmosphériques dans le Pacifique. (…) Nous nous rendons tous compte du fait que Saddam Hussein doit beaucoup d’argent à des compagnies françaises et à l’Etat français. Nous espérons tous que le parti Baath irakien n’a fait aucun cadeau privé à des personnalités politiques françaises, même si le moins qu’on puisse dire c’est que de tels scrupules des deux côtés seraient une anomalie. Est-il possible qu’il y ait plus en jeu que cela ? Il est très possible que le futur gouvernement de Bagdad ne se considère plus tellement responsable des dettes de Saddam. Ce seul fait conditionne-t-il la réponse de Chirac à une fin de régime en Irak ? (…) Charles de Gaulle avait un égo colossal, mais il se sentit obligé à un moment crucial de représenter une certaine idée de la  France à un moment où cette nation avait été trahie dans le servitude et la honte par son establishment politique et militaire. (…) Il avait un sens de l’histoire. Aux intérêts permanents de la France, il tenait à joindre une certaine idée de la liberté aussi. Il aurait approuvé les propos de Vaclav Havel – ses derniers en tant que président tchèque – parlant hardiment des droits du peuple irakien. Et on aime à penser qu’il aurait eu un mépris  pour son pygmée de successeur, l’homme vain, poseur et vénal qui, souhaitant jouer le rôle d’une Jeanne d’Arc travestie, fait de la France le proxénète abject de Saddam. C’est le cas du rat qui voulait rugir. Christopher Hitchens (2003)
Pasqua n’était guère cocaïnomane – «j’en suis sûr», atteste notre lascar – mais l’argent parallèle du secteur a pu l’intéresser… Fauré, précoce dealer au Maroc puis un peu partout ailleurs, raconte avoir été très vite pris en charge, dans les années 70, par l’Organisation de l’armée secrète. Initialement dédiée au maintien de l’Algérie française, l’OAS changera très vite de fusil d’épaule : «opérations homo» (assassinats ciblés) contre des indépendantistes basques ou corses, mais aussi braquages de banques. Le Service d’action civique (SAC) prendra ensuite le relais. Fauré, fort de ses compétences en la matière, met la main à l’ouvrage : «La recette Pasqua consistait à constituer des « mouvements patriotiques », en vérité violents, avec des voyous peu recommandables. Comment les rémunérer ? Tout simplement avec l’argent provenant de gros braquages de banques et de bijouteries, commis en toute impunité. Avec Pasqua, tout était possible, du moins pour les membres du SAC. Patriote, certainement prêt à mourir pour son pays, il gardait en revanche un œil attentif sur les caisses du parti. Moyennant la moitié de nos gains, il nous garantissait l’impunité sur des affaires juteuses et triées sur le volet, sachant exactement là ou il fallait frapper.» (…) A l’issue de l’entretien, Gérard Fauré croisera illico le parrain marseillais «Tony» Zampa, qui traînait là par hasard, lequel l’entreprend dans la foulée sur différentes affaires à venir : des investissements dans les casinos et la prostitution aux Pays-Bas. Cas peut-être unique dans les annales de la voyoucratie, il fera parallèlement équipe avec l’illustre Francis Vanverberghe, dit «Francis le Belge», «doté d’un savoir-vivre qui valait bien son savoir-tuer». (…) Pour la petite histoire, il reconstitue leur brouille à propos de… Johnny Hallyday : «Tous les deux voulaient le prendre sous tutelle, pour capter sa fortune ou l’utiliser comme prête-nom. Ils ont fini par s’entre-tuer pour ce motif et quelques autres.» Fauré considérait Johnny comme sa «plus belle prise de guerre» dans le microcosme de la coke. Mais lui gardera un chien de sa chienne après que le chanteur l’a balancé sans vergogne aux Stups, contre sa propre immunité. (…) «Si vous le voulez bien, j’attends votre version des faits s’agissant des deux chèques de M. Chirac rédigés à votre ordre. Je vous invite à bien réfléchir avant de répondre» : sollicitation d’une juge d’instruction parisienne en 1986, hors procès-verbal. Tempête sous un crâne à l’issue de laquelle Gérard Fauré évoquera une dette de jeu au backgammon… Dans son bouquin, l’explication est tout autre – «J’avais dû travestir la vérité.» S’il ne peut attester que l’ex-président prenait de la coke, il évoque son penchant pour les femmes… Pour l’anecdote, les deux chèques en question feront l’objet d’une rapide opposition de leur signataire. «Chirac, dont j’avais admiré la prestance et même les idées politiques, s’est avéré mauvais payeur.» (…) Le livre s’achève sur cet hommage indirect à la police française : lors d’une perquisition à son domicile, 10 des 15 kilos de cocaïne disparaissent, tout comme 90 % des 300 000 euros logés dans un tiroir. «Je n’ai pas pensé un seul instant me plaindre de la brigade du quai des Orfèvres, dans la mesure où les vols qu’elle commettait chez moi ne pouvaient qu’alléger ma future condamnation. » Libération
Chirac’s opposition to the Iraq War put him at loggerheads with George W. Bush and Tony Blair. As President he made a historic apology for France’s role in the Holocaust but his term was also marked by riots and a stinging defeat over EU integration. He also had a reputation as a womaniser and philanderer who repeatedly cheated on his long-suffering wife Bernadette during their 63 years of marriage. His reputed partners included Italian sex symbol Claudia Cardinale and there were rumours about a series of relationships with journalists and politicians. Chirac was also known for a love of fine living, revelling in the trappings of power including luxury trips abroad and life at the presidential palace. After leaving office, Chirac was found guilty of corruption dating back to his time as mayor of Paris and given a two-year suspended prison sentence. The Daily Mail
How many times have certain Western politicians cast an envious glance at Jacques Chirac and thought: just how the hell did he get away with it? France is in deep mourning following the news that its flamboyant, philandering former centre-Right president has died at the age of 86. World leaders joined in a chorus of tributes yesterday. Precisely what and whom they are mourning, however, remains as opaque as ever. Former French President Jacques Chirac was often seen in the company of beautiful women such as legendary actress Brigitte Bardot (….) The first ex-president in French history to be convicted of corruption, he managed to espouse contradictory opinions on just about everything during four decades in politics. Here was the great peacemonger – famous for keeping France out of the 2003 invasion of Iraq – who also flogged nuclear technology to Iraq’s Saddam Hussein and who obliterated a South Pacific coral atoll with his own nuclear weapons. (…) He was the self-styled champion of human rights and the developing world who also sucked up to the most appalling tyrants, argued that ‘Africa is not ready for democracy’ and deplored the ‘noise and smell’ of workshy immigrants. And all the while, he was the family man who enjoyed affairs with umpteen women – from humble secretaries and party workers to film stars. As mayor of Paris, he kept a mayoral bus with a bedroom for assignations and used public funds to rent a flat for a political journalist from Le Figaro who was his then mistress. As president, so it was claimed by one biographer, he would never want for ‘naked women, burning with desire’ on board the presidential jet. On a state visit to Tunisia, he managed to bring along both his long-suffering wife, Bernadette, and his mistress du moment on the same trip. The two women did not exchange a word. Not that he would ever allow himself to be distracted from his work for long. Following the publication of the memoirs of the presidential chauffeur, Chirac could never quite shake off the nickname he acquired thereafter: ‘Five minutes – including shower’ (to add insult to injury, this was later reduced from ‘five’ to ‘three’). Routinely satirised on a top French comedy show as ‘Superliar’, Chirac would never have got where he got – or lasted as long as he did – in British politics. It was his good fortune to be blessed with a French media which seldom subjected him to the same scrutiny endured by his British counterparts. It also helped that he was sleeping with quite a few of them. (…) In 2011, he received a two-year prison sentence for abuse of trust and public funds, though the sentence was suspended. The Daily Mail
There were strong indications in the US and UK [intelligence services] that Chirac received money from Saddam. His recent obituaries are saying that Chirac got it right [on Iraq] and the rest of us got it wrong. But I am saying that Chirac’s motive for getting it right may not appear to be what it is.’‘He had this questionable relationship with Saddam Hussein. It raises a lot of questions as to what his motives were for opposing the UN Resolution in the build-up to the invasion. It was not a matter of conscience, it was his reputation. If it came out in the wash [that he received money from Saddam], it would have been damaging to him as a politician. It was a dimension which at the time was politically worrying – Chirac had a longstanding relationship with Saddam, which was not state to state, it was personal. He was a roguish individual who manoeuvred very cleverly.  Sir Richard Dearlove
J’ai un principe simple en politique étrangère. Je regarde ce que font les Américains et je fais le contraire. Alors, je suis sûr d’avoir raison. Jacques Chirac
Le multipartisme est une erreur politique, une sorte du luxe que les pays en voie de développement, qui doivent concentrer leurs efforts sur leur expansion économique n’ont pas les moyens de s’offrir. Jacques Chirac (Abidjan, février 1990)
Si les valeurs des droits de l’homme sont universelles, elles peuvent s’exprimer sous des formes différentes. Jacques Chirac (Paris, 1996, visite de Li Peng)
Ici, le message millénaire de l’islam rejoint l’héritage et les valeurs de la République. Jacques Chirac (Grande Mosquée de Paris, 9/4/02)
La guerre … est toujours la pire des solutions … Jacques Chirac (Paris, 17 janvier 2003, au côté de Hans Blix, président exécutif de la commission de contrôle de vérification et d’inspection des Nations Unies en Irak et de Mohamed El Baradei, directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique)
Cette institution met la Russie au premier rang des démocraties, pour le respect dû aux peuples premiers, pour le dialogue des cultures et tout simplement pour le respect de l’autre. Jacques Chirac (Saint-Pétersbourg, juin 2003, inauguration de l’Académie polaire)
Le premier des droits de l’homme, c’est de manger, d’être soigné, de recevoir une éducation et d’avoir un habitat. De ce point de vue, la Tunisie est très en avance sur beaucoup de pays. Jacques Chirac (Tunis, le 3 décembre 2003, jour où l’opposante Radhia Nasraoui entrait dans son 50e jour de grève de la faim)
Je n’ai pas à juger les choix de politique intérieure d’un homme démocratiquement élu. Mais je sais une chose : il a rendu sa dignité à un peuple privé de ses droits et de son identité.» Il « a rendu sa dignité à son peuple ». « On ne peut pas vouloir des élections au suffrage universel et contester leurs résultats. Jacques Chirac (sur le président bolivien Evo Morales, Brasilia, 25 mai 2006)
Les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes. Jacques Chirac
Ce n’est pas une politique de tuer des enfants. Chirac (accueillant Barak à Paris, le 4 octobre 2000)
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique Galouzeau de Villepin (Paris, automne 2001)
La France condamne les attaques du Hezbollah et toutes les actions terroristes unilatérales, où qu’elles se mènent, contre des soldats ou des populations civiles. Oui, ces attaques sont terroristes, et la France souhaite que la réplique frappe aussi peu que possible les populations civiles. Epargner les populations civiles est une contrainte que s’efforce de respecter Israël. Lionel Jospin (Jérusalem, 24 février 2000)
On his visit to Birzeit University, Lionel Jospin had the gall to speak of the Hizbullah fighters as terrorists, also expressing his « understanding » of Israel’s actions against Lebanon. Edward Said
Soudain, une pluie de pierres s’abat sur le groupe, petites d’abord, puis de plus en plus grosses. Les gardes du corps déploient aussitôt leur protection en kevlar. Le premier ministre disparaît littéralement sous les corps massés « en tortue » de sa protection rapprochée, avant d’être précipité à l’arrière de la Mercedes blindée qui l’attend. Une voiture, posée en travers de la route, barre le départ du cortège et immobilise quelques longues secondes celle de M. Jospin, criblée de pierres et de coups de pied, tandis qu’un enseignant, debout sur le toit du véhicule, lève les bras pour tenter de calmer les manifestants. Une vitre est atteinte par un pavé. Un photographe de l’Agence France-Presse, Manoucher Deghati, est renversé, la jambe cassée. Il sera transféré à l’hôpital de Jérusalem. Dans le hurlement des sirènes et sous les insultes des manifestants, le cortège repart, enfin. Le Monde
Vous savez bien que l’Irak est un pays pacifique géré par des gens pacifiques. Jacques Chirac (Journal marocain, septembre 1980)
Il y a un problème, c’est la possession probable d’armes de destruction massive par un pays incontrôlable, l’Irak. La communauté internationale a raison de s’émouvoir de cette situation. Et elle a eu raison de décider qu’il fallait désarmer l’Irak. (…) Il faut laisser aux inspecteurs le temps de le faire. Jacques Chirac
Dans l’immédiat, notre attention doit se porter en priorité sur les domaines biologique et chimique. C’est là que nos présomptions vis-à-vis de l’Iraq sont les plus significatives : sur le chimique, nous avons des indices d’une capacité de production de VX et d’ypérite ; sur le biologique, nos indices portent sur la détention possible de stocks significatifs de bacille du charbon et de toxine botulique, et une éventuelle capacité de production.  Dominique De Villepin (05.02.03)
Les visées militaires du programme nucléaire iranien ne font plus de doute mais les possibilités de négociations avec le régime de Téhéran n’ont pas été épuisées. (…) De l’avis des experts, d’ici deux à trois ans, l’Iran pourrait être en possession d’une arme nucléaire. Rapport parlementaire français (17 décembre 2008)
Même aux pires moments de notre relation, quand le général De Gaulle a quitté l’OTAN, critiqué la guerre du Vietnam et voulu remplacer le dollar par l’étalon-or, il n’est jamais allé aussi loin. Il n’a jamais tenté, lui, de monter une coalition contre nous. Kissinger (Paris, automne 2003)
Il est maintenant clair que les assurances données par Chirac ont joué un rôle crucial, persuadant Saddam Hussein de ne pas offrir les concessions qui auraient pu éviter une guerre et le changement de régime. Selon l’ex-vice président Tareq Aziz, s’exprimant depuis sa cellule devant des enquêteurs américains et irakiens, Saddam était convaincu que les Français, et dans une moindre mesure, les Russes allaient sauver son régime à la dernière minute. Amir Taheri
L’affaire Boidevaix-Mérimée est-elle l’arbre qui cache la forêt ? Certaines sources au Quai d’Orsay l’insinuent. « Il est impossible que Mérimée se soit mouillé pour une telle somme (156 000 dollars), qui n’est pas si importante au regard des risques encourus et des profits possibles », estime un diplomate qui a côtoyé l’ancien représentant de la France au Conseil de sécurité. « Nous sommes plusieurs à penser que les sommes en jeu sont en réalité colossales. » Olivier Weber (Le Point 01/12/05)
A senior U.S. official said France’s refusal to join in threatening force against Iraq doomed the united front assembled in November and convinced Iraqi President Saddam Hussein that he could split the international community and avert war without divulging his programs to develop weapons of mass destruction. (…) As the United States and Britain lobbied for a second U.N. resolution that would authorize the use of force, France played hardball, openly competing for Security Council votes and trying to intimidate supporters of the U.S. position among Eastern European countries. It wasn’t just France’s anti-war stance that Washington resented, but the « gleeful organizing against us, » a senior U.S. official said. This generated even more disfavor within the Bush administration than was reserved for Russia, which opposed the war less aggressively. (…) U.S.-French strains did not start with Iraq, and are unlikely to end anytime soon. Determined to act as a counterweight to American power in Europe and to preserve its influence among former colonies in Africa and the Middle East, France has long viewed the United States and its power with a mixture of gratitude, Old World disdain and sheer mischievousness. President Charles de Gaulle set the relationship on its rocky course in 1966 when he pulled France out of the military arm of the U.S.-led North Atlantic Treaty Organization while remaining part of its political umbrella, the North Atlantic Council, and providing troops and equipment for NATO missions. In the years since, France has refused to give unblinking support for U.S. actions, even blocking the use of its airspace when the United States, under President Ronald Reagan, bombed Libya in 1986. The Baltimore Sun (09.05.2003)

Attention: un mensonge peut en cacher beaucoup d’autres !

Longue allocution présidentielle, unes et dossiers spéciaux médiatiques, drapeaux en berne, extinction de la Tour Eiffel, photo géante sur la façade de l’Hôtel de ville de Paris, messe, journée de deuil national, minute de silence dans les écoles …

A l’heure où après le mariage pour tous, l’on s’apprête à mentir à nos enfants sur leurs propres origines

Où jusque dans leurs salles de classe …

Une France étrangement amnésique multiplie, aussi hypocrites les uns que les autres, hagiographies et hommages …

Et où pour faire oublier le long feuilleton des gilets jaunes et le retour des affaires, la Macronie tente de nous refaire le coup des funérailles quasi-nationales de Johnny il y a deux ans …

Merci au Daily Mail et à l’ancien patron des services secrets britanniques …

Pour leur salutaire remise des pendules à l’heure …

Sur, entre le pillage systématique de la mairie de Paris pendant 20 ans et la fourniture de l’arme nucléaire puis, contre espèces sonnates et trébuchantes, l’indéfectible soutien au tyran Saddam …

Le maitre ès escrocqueries et repris de justice Chirac !

Saddam Hussein ‘bribed Jacques Chirac’ with £5million in bid to make the former French President oppose the US-led Iraq war

Jacques Chirac (pictured) was paid millions of pounds in bribes by Saddam Hussein to oppose the US-led war in Iraq, according to Britain’s former spy chief

Jacques Chirac was paid millions of pounds in bribes by Saddam Hussein to oppose the US-led war in Iraq, according to intelligence revealed for the first time by Britain’s former spy chief.

Sir Richard Dearlove – head of MI6 in the run-up to the invasion of Iraq in 2003 – spoke out as recent obituaries for the former French President cited his principled opposition to US President George Bush’s plans for military action.

But the former spymaster, speaking exclusively to The Mail on Sunday, revealed that Chirac’s true motive for opposing the Gulf War was because he accepted ‘substantial amounts’ of cash from the Iraqi tyrant for his election campaigns.

Sir Richard, who made the sensational revelation only days after the French statesman’s death on Thursday aged 86, said: ‘There were strong indications in the US and UK [intelligence services] that Chirac received money from Saddam.

‘His recent obituaries are saying that Chirac got it right [on Iraq] and the rest of us got it wrong. But I am saying that Chirac’s motive for getting it right may not appear to be what it is.’

Chirac had led an alliance of France, Germany and Russia against plans by the US and Britain to invade Iraq over suspicions that Saddam possessed weapons of mass destruction, which it would pass on to terrorist groups like Al Qaeda.

Sir Richard Dearlove said there had been 'strong indications in the US and UK [intelligence services] that Chirac received money from Saddam'. French Prime Minister Jacques Chirac, left, is seen with Iraqi President Saddam Hussein, right, after arriving in Bagdad in 1976

Sir Richard Dearlove said there had been ‘strong indications in the US and UK [intelligence services] that Chirac received money from Saddam’. French Prime Minister Jacques Chirac, left, is seen with Iraqi President Saddam Hussein, right, after arriving in Bagdad in 1976

The French President addressed his nation on television to declare that he would use France’s veto at the UN to prevent George Bush and Tony Blair gaining a resolution that sanctioned a military invasion.

Chirac’s anti-war stance caused a massive rift between France and the US, prompting American media to deride the French as ‘cheese-eating surrender monkeys’ and some restaurants to rename French fries as ‘Freedom fries’.

While the US and Britain went to war with Iraq without a UN resolution, France stayed out of the coalition.

At the time, MI6 and its US counterparts were gathering ‘reliable intelligence’ that Chirac had pocketed £5 million from the Iraqi dictator to fight his presidential elections in 1995 and in 2002.

The money came from Saddam’s own personal funds and was passed to Chirac through intermediaries, according to the intelligence.

Sir Richard told this newspaper that the ‘long relationship’ between Chirac and Saddam was the real reason why the French leader opposed the 2003 invasion of Iraq.

‘He [Chirac] had this questionable relationship with Saddam Hussein,’ said Sir Richard. ‘It raises a lot of questions as to what his motives were for opposing the UN Resolution in the build-up to the invasion.’

He added: ‘It was not a matter of conscience, it was his [Chirac’s] reputation. If it came out in the wash [that he received money from Saddam], it would have been damaging to him as a politician.

‘It was a dimension which at the time was politically worrying – Chirac had a longstanding relationship with Saddam, which was not state to state, it was personal.’

Sir Richard said obituaries on Chirac praised the former leader’s stance without knowing the full facts. He went on: ‘He was a roguish individual who manoeuvred very cleverly.’

The former spymaster, known as ‘C’ during his five-year spell as head of MI6, is due to give further details at the Cliveden Literary Festival later today.

Last night, France’s embassy in London declined to comment on the revelations, but spokeswoman Aurelie Bonal said: ‘History has shown who took the right decision.’

Former Foreign Secretary Sir Malcolm Rifkind said: ‘Regardless of personal reasons, Chirac would have opposed the war because the French public opposed it so vehemently.’

Voir aussi:

Adieu to Le Grand Philanderer: As Jacques Chirac dies at 86, ROBERT HARDMAN bids farewell to a president so priapic even his official jet had room for illicit trysts

How many times have certain Western politicians cast an envious glance at Jacques Chirac and thought: just how the hell did he get away with it?

France is in deep mourning following the news that its flamboyant, philandering former centre-Right president has died at the age of 86. World leaders joined in a chorus of tributes yesterday.

Precisely what and whom they are mourning, however, remains as opaque as ever.

Former French President Jacques Chirac was often seen in the company of beautiful women such as legendary actress Brigitte Bardot, pictured here in October 1990

The first ex-president in French history to be convicted of corruption, he managed to espouse contradictory opinions on just about everything during four decades in politics.

Here was the great peacemonger – famous for keeping France out of the 2003 invasion of Iraq – who also flogged nuclear technology to Iraq’s Saddam Hussein and who obliterated a South Pacific coral atoll with his own nuclear weapons.

Here was Chirac the ardent Eurosceptic who ended up a passionate advocate of a European superstate.

He was the self-styled champion of human rights and the developing world who also sucked up to the most appalling tyrants, argued that ‘Africa is not ready for democracy’ and deplored the ‘noise and smell’ of workshy immigrants.

And all the while, he was the family man who enjoyed affairs with umpteen women – from humble secretaries and party workers to film stars. As mayor of Paris, he kept a mayoral bus with a bedroom for assignations and used public funds to rent a flat for a political journalist from Le Figaro who was his then mistress.

Chirac, pictured here in 1987 with Madonna, was routinely satirised on a top French comedy show as 'Superliar'

Chirac, pictured here in 1987 with Madonna, was routinely satirised on a top French comedy show as ‘Superliar’

As president, so it was claimed by one biographer, he would never want for ‘naked women, burning with desire’ on board the presidential jet. On a state visit to Tunisia, he managed to bring along both his long-suffering wife, Bernadette, and his mistress du moment on the same trip. The two women did not exchange a word.

Not that he would ever allow himself to be distracted from his work for long. Following the publication of the memoirs of the presidential chauffeur, Chirac could never quite shake off the nickname he acquired thereafter: ‘Five minutes – including shower’ (to add insult to injury, this was later reduced from ‘five’ to ‘three’).

Routinely satirised on a top French comedy show as ‘Superliar’, Chirac would never have got where he got – or lasted as long as he did – in British politics. It was his good fortune to be blessed with a French media which seldom subjected him to the same scrutiny endured by his British counterparts. It also helped that he was sleeping with quite a few of them.

And even when scandals did emerge – be it bungs or mysterious six-figure payments for family entertainment – the publicity never seemed to do him lasting damage. As far as millions of what he called ‘my dear compatriots’ were concerned, he was a quintessentially French political chancer who put the gloire back in to French public life.

He may have enraged the wider world. The British public, for example, were appalled by his withering attack on the UK: ‘You can’t trust people who cook as badly as that.’ Yet it all played brilliantly to a domestic audience.

Chirac, pictured with the Princess of Wales in September 1995, criticised the UK with a withering remark: 'You can’t trust people who cook as badly as that'

Chirac, pictured with the Princess of Wales in September 1995, criticised the UK with a withering remark: ‘You can’t trust people who cook as badly as that’

And on the few occasions when his extra-marital infidelities did emerge into the public domain, they did little harm to his ratings. ‘Do you know where my husband is tonight?’ the aristocratic Bernadette, asked his chauffeur on the night in 1997 when Diana, Princess of Wales was killed in a Paris car crash. According to the chauffeur, the president was enjoying a tryst with an Italian actress. When the story emerged some time later, the French public shrugged.

Chirac was the only surviving child of a well-to-do middle class family who shone at school and university and beyond, passing through the French Army – where he was top of his officer intake – and the prestigious Ecole Nationale d’Administration, the training school for elite civil servants.

His determination, along with his political and bureaucratic skills, were soon spotted by the French prime minister, Georges Pompidou who made him chief of staff and gave him the first of his many nicknames: ‘Le Bulldozer’. Having entered the French parliament in 1967, he was promoted to agriculture minister in the early Seventies. He wisely backed the new president, Giscard d’Estaing, and was rewarded with the post of prime minister.

He soon had a formidable power base from which to stake his claim for the top prize (while also dishing out fake jobs to chums). In 1977, he was elected mayor of Paris and remained there for nearly 20 years.

Chirac became president in 1995 and set about trying to apply a mild dose of Thatcherism to France’s bloated state sector. An inevitable succession of strikes and U-turns ensured that little changed.

At the same time, Chirac decided to conduct a series of nuclear tests on a far-flung Pacific atoll in the French colony of French Polynesia – just before France was due to sign a test ban treaty. There was outrage around the world, although a handful of France’s allies – including Britain – refused to condemn him.

Months later, the British government invited Chirac and his wife on a state visit to London where he was given the full Buckingham Palace treatment. She was said to be charmed by Chirac and the English-speaking Bernadette. However, within a year, Chirac was touring China, deploring Britain’s imperial record in Hong Kong to secure contracts for French businesses in China.

Having seen off a far-Right challenge by the National Front’s Jean-Marie Le Pen, Chirac won a second term as president in 2002.

Soon afterwards, his refusal to join the US and the UK in invading Iraq saw his approval ratings soar at home. However, his decision provoked such contempt among allies that he was derided by the tabloid press as a ‘cheese-eating surrender monkey’.

There was also another trip to stay with the Queen as Britain and France marked the centenary of the bilateral friendship agreement known as the ‘Entente Cordiale’.

Yet, at the same time, he was cosying up to a man whom Britain was trying to ostracise from the rest of the world.

Zimbabwe despot Robert Mugabe had been banned from visiting Europe. Yet Chirac gave him a special pass to attend a meeting of African nations in Paris.

By now, reports of corruption during his days as Mayor of Paris were catching up. In 2011, he received a two-year prison sentence for abuse of trust and public funds, though the sentence was suspended. Thereafter, he disappeared from public view. Bernadette, meanwhile, would have the last word.

Four years ago, she let it be known that she was not a fan of her husband’s policies and that she supported his successor, Nicolas Sarkozy, whom Chirac loathed. She also accused her husband of ‘ruining her life’. His life in the public eye had certainly taken its toll on their two daughters, one of whom died in 2016 after a lifelong battle with anorexia.

In 2002, Bernadette had publicly acknowledged that she had been married to a serial womaniser. It had been difficult, she said but her husband had ‘always returned’ to her. ‘Anyway,’ she added, ‘I have often warned him: Napoleon lost everything on the day he abandoned Josephine.’

Voir également:

Death of a playboy president: France mourns as former head of state Jacques Chirac – famed for his love of fine living and many rumoured affairs – passes away aged 86

Former French President Jacques Chirac has died at the age of 86.

Chirac, who had suffered a series of health problems in recent years, died this morning ‘surrounded by his family’, his son-in-law Frederic Salat-Baroux said today.

In Paris a minute’s silence was held in the National Assembly when the former President’s death was announced this morning while mourners have brought flowers to his home in the capital.

In a long career on the French right, Chirac was twice Prime Minister of France before serving as head of state from 1995 to 2007.

Chirac’s opposition to the Iraq War put him at loggerheads with George W. Bush and Tony Blair. As President he made a historic apology for France’s role in the Holocaust but his term was also marked by riots and a stinging defeat over EU integration.

He also had a reputation as a womaniser and philanderer who repeatedly cheated on his long-suffering wife Bernadette during their 63 years of marriage.

His reputed partners included Italian sex symbol Claudia Cardinale and there were rumours about a series of relationships with journalists and politicians.

Chirac was also known for a love of fine living, revelling in the trappings of power including luxury trips abroad and life at the presidential palace.

After leaving office, Chirac was found guilty of corruption dating back to his time as mayor of Paris and given a two-year suspended prison sentence.

His two immediate successors both paid tribute today, Nicolas Sarkozy declaring that ‘a part of my life has disappeared’ while Francois Hollande said France was ‘losing a statesman’. Current President Emmanuel Macron will speak later.

Voir encore:

« Jacques Chirac a manqué à l’obligation de probité » : le jugement

Pour la première fois depuis Louis XVI et Philippe Pétain, un ancien chef de l’Etat français a été condamné par la justice de son pays. Jacques Chirac, 79 ans, reconnu coupable d’abus de confiance, de détournement de fonds publics…

Augustin Scalbert

Pour la première fois depuis Louis XVI et Philippe Pétain, un ancien chef de l’Etat français a été condamné par la justice de son pays. Jacques Chirac, 79 ans, reconnu coupable d’abus de confiance, de détournement de fonds publics et de prise illégale d’intérêts, a écopé ce jeudi matin de deux ans de prison avec sursis.

Dans un communiqué, Jacques Chirac a annoncé qu’il ne ferait pas appel, même si « sur le fond [il] conteste catégoriquement ce jugement ». Il explique ne plus avoir « hélas, toutes les forces nécessaires pour mener par [lui-même], face à de nouveaux juges, le combat pour la vérité ».

Les réactions à cette première historique sous ce régime sont évidemment nombreuses. Certaines portent sur la sévérité du jugement.

Rue89 publie ci-dessous les attendus – c’est-à-dire les motivations – de la condamnation de Jacques Chirac, tels qu’ils ont été communiqués par la justice à l’Association de la presse judiciaire. (Les caractères gras sont de la rédaction.)

« Attendu que la responsabilité de Jacques Chirac, maire de París, découle du mandat reçu de la collectivité des Parisiens ; qu’elle résulte également de l’autorité hiérarchique exercée par lui sur l’ensemble du personnel de la Ville de Paris et singulièrement sur ses collaborateurs immédiats au premier rang desquels son directeur de cabinet ;

Attendu que le dossier et les débats ont établi que Jacques Chirac a été l’initiateur et l’auteur principal des délits d’abus de confiance, détournement de fonds publics, ingérence et prise illégale d’intérêts ;

que sa culpabilité résulte de pratiques pérennes et réitérées qui lui sont personnellement imputables et dont le développement a été grandement favorisé par une parfaite connaissance des rouages de la municipalité ainsi que la qualité des liens tissés avec les différents acteurs administratifs et politiques au cours de ses années passées à la tête de la Ville de Paris ;

qu’en multipliant les connexions entre son parti et la municipalité parisienne, Jacques Chirac a su créer et entretenir entre la collectivité territoriale et l’organisation politique une confusion telle qu’elle a pu entraîner ses propres amis politiques ;

que le gain en résultant, nonobstant les économies des salaires payés par la mairie de Paris, a pu prendre la forme soit d’un renforcement des effectifs du parti politique dont il était le président soit d’un soutien à la contribution intellectuelle pour l’élaboration du programme politique de ce parti ;

Attendu que par l’ensemble de ces agissements, Jacques Chirac a engagé les fonds de la Ville de Paris pour un montant total d’environ 1 400 000 euros ;

Attendu que l’ancienneté des faits, l’absence d’enrichissement personnel de Jacques Chirac, l’indemnisation de la Ville de Paris par l’UMP et Jacques Chirac, ce dernier à hauteur de 500.000 euros, l’âge et l’état de santé actuel de Jacques Chirac, dont la dégradation est avérée, ainsi que les éminentes responsabilités de chef de l’Etat qu’il a exercées pendant les douze années ayant immédiatement suivi la période de prévention, sont autant d’éléments qui doivent être pris en considération pour déterminer la sanction qu’il convient d’appliquer à son encontre ;

Attendu que ces éléments ne sauraient occulter le fait que, par son action délibérée, en ayant recours au cours de ces cinq années à dix neuf emplois totalement ou partiellement fictifs, Jacques Chirac a manqué à l’obligation de probité qui pèse sur les personnes publiques chargées de la gestion des fonds ou des biens qui leur sont confiés, cela au mépris de l’intérêt général des Parisiens ;

que dans ces conditions, le recours à une peine d’emprisonnement avec sursis dont le quantum sera fixé à deux années apparaît tout à la fois adapté à la personnalité du prévenu et ainsi qu’à la nature et la gravité des faits qu’il a commis. »

Voir enfin:

Chirac, le président qui a dit non à l’Amérique

FIGAROVOX/TRIBUNE – Jacques Chirac a tenu tête à George Bush en refusant d’engager la France dans la guerre en Irak. Pour l’essayiste Hadrien Desuin, si, encore aujourd’hui, on écoute la France dans le monde, c’est notamment grâce à l’acte de bravoure de cet ancien président, fin connaisseur des relations internationales.


Spécialiste des questions internationales et de défense, Hadrien Desuin est essayiste. Il a publié La France atlantiste ou le naufrage de la diplomatie (éd. du Cerf, 2017).


C’est très français au fond. La seule chose que l’on retiendra de la présidence de Jacques Chirac est une belle bravade sans conséquence: son refus spectaculaire de la guerre américaine en Irak. Laquelle, pour le coup, en eut de fâcheuses.

Dieu sait combien Jacques Chirac représentait le caractère national. Au milieu de beaucoup de compromissions, ce fut une parenthèse de gloire, de panache et d’honneur. Cela n’a servi à rien mais le geste en était d’autant plus beau. Chirac eut quelque chose de Cyrano de Bergerac au cours de cet hiver 2002-2003, entraînant la Russie de Poutine et l’Allemagne de Schröder et bien d’autres nations derrière lui. Villepin, au contraire, avait peur de se fâcher avec l’Amérique.

Il n’a pas troqué le retour de la France dans le comité militaire de l’Otan en échange de quelques postes honorifiques. Il a osé renouveler la dissuasion nucléaire française.

C’est en souvenir de ces moments-là que la France est encore écoutée dans le monde. Malheureusement, la geste irakienne n’a pas eu de suites. Que ce soit en Libye et en Syrie, les leçons du vieux Chirac n’ont pas été retenues.

» LIRE AUSSI – Jacques Chirac, le mousquetaire du monde multipolaire

Jacques Chirac avait un grand mérite: il connaissait l’histoire du monde et de ses civilisations. Il savait que l’Irak est un des berceaux de l’humanité et qu’on ne pouvait la détruire sans commettre l’irréparable. Il savait aussi que la démocratie ne se construit pas sur le sable d’une occupation militaire et que tôt ou tard, les chiites d’Irak se tourneraient vers leurs coreligionnaires iraniens, entraînant une terrible guerre de religions. Ce qui devait advenir arriva: la rage cumulée des pétromonarchies du golfe et des terroristes wahhabites a redoublé de violence. Daech et les destructions de Mossoul, Palmyre et Alep sont des contrecoups de la folle expédition de Dick Cheney et Donald Rumsfeld. Tout le Moyen-Orient a souffert de cette lamentable aventure mais pas seulement. Après les attentats de 2004-2005 et 2015-2016 en Europe, nous sommes loin d’avoir retrouvé l’équilibre.

Depuis 2003, le Moyen-Orient est une région en guerre de religion, fracturée et travaillée par le terrorisme, minée par les migrations, incapable de se coordonner et d’avancer ensemble. Chirac avait au long de sa carrière noué des relations fidèles avec les chefs d’États d’Afrique et d’Asie. Il était soucieux du sort des Palestiniens, lui qui était intraitable avec l’antisémitisme.

L’ancien Premier ministre de Giscard et Mitterrand a aussi commis quelques erreurs. On pense notamment à sa gestion de la crise en Côte d’Ivoire ou lorsqu’il laissa l’Otan bombarder le Kosovo sans mandat des Nations unies.

Mais au moins Chirac s’intéressait et comprenait les relations internationales, sans avoir peur de quiconque.

Voir par ailleurs:

Richard Ferrand rattrapé par ses tweets sur la mise en examen de François Fillon

En 2017, il estimait que le candidat de la droite, alors mis en examen, avait « perdu toute autorité morale ».

Romain Herreros

Hufffington Post

12/09/2019

POLITIQUE – Les paroles s’envolent, les écrits restent. Après la mise en examen de Richard Ferrand ce jeudi 12 septembre, les réactions sont nombreuses dans la classe politique. Alors que la majorité et l’Elysée font bloc autour du président de l’Assemblée nationale, des responsables de l’opposition, à l’image du socialiste Olivier Faure ou du député LR Philippe Gosselin, estiment que l’élu du Finistère n’est plus en condition de diriger les débats sereinement.

Mais au delà de son maintien (ou non) au Perchoir, c’est la “présomption d’innocence” à géométrie variable de Richard Ferrand qui est pointée, notamment à droite. En cause, des tweets qu’il avait publiés en pleine campagne présidentielle, quand François Fillon, alors embourbé dans le “Penelope Gate”, avait été mis en examen pour détournement de fonds publics.

L’ex-député socialiste s’en prenait à cette droite qui “voudrait que soit placé dans nos mairies et nos écoles le portrait d’un homme mis en examen, qui a perdu toute autorité morale”. Dans une autre publication, il tenait à peu près les mêmes propos concernant le candidat LR: “nous disons à François Fillon qu’il a perdu toute autorité morale pour diriger l’État et parler au nom de la France”.

Des propos qui intervenaient dans un contexte où le candidat de la droite avait promis qu’il jetterai l’éponge en cas de mise en examen, et qui avait attaqué Nicolas Sarkozy sur ce point lors de la primaire de la droite.

Voir enfin:

Profil

Gérard Fauré, une clientèle haut de came

L’ancien dealer et braqueur de banque, qui a croisé la route de Charles Pasqua ou de Johnny Hallyday publie son autobiographie. Son parcours hors norme laisse entrevoir les liens entre politique et voyoucratie.

Renaud Lecadre

Barnum garanti. Aujourd’hui sort en librairie l’autobiographie d’un beau voyou. Gérard Fauré (1), fils d’un médecin militaire, fut un authentique trafiquant de cocaïne, doublé d’un braqueur de banques, et tueur à gages à l’occasion. A ce titre, l’intitulé du bouquin, Dealer du tout-Paris, le fournisseur des stars parle (1), pourrait prêter à confusion. Il n’était pas que cela. Mais comme le souligne son éditeur, Yannick Dehée, «c’est la première fois qu’un voyou parle sur les politiques». Et pas n’importe lesquels : Charles Pasqua et Jacques Chirac.

Un quart du manuscrit initial a été expurgé, des noms ont été initialisés ou anonymisés. Demeure le name-dropping dans le milieu du show-biz, visant des personnalités déjà connues pour leur addiction à la coke. Certains lecteurs s’en délecteront, mais il y a mieux – ou pire : l’interférence entre la politique et la voyoucratie, fournisseuse de services en tous genres. «On entre dans le dur», souligne un spécialiste du secteur.

Pasqua n’était guère cocaïnomane – «j’en suis sûr», atteste notre lascar – mais l’argent parallèle du secteur a pu l’intéresser… Fauré, précoce dealer au Maroc puis un peu partout ailleurs, raconte avoir été très vite pris en charge, dans les années 70, par l’Organisation de l’armée secrète. Initialement dédiée au maintien de l’Algérie française, l’OAS changera très vite de fusil d’épaule : «opérations homo» (assassinats ciblés) contre des indépendantistes basques ou corses, mais aussi braquages de banques. Le Service d’action civique (SAC) prendra ensuite le relais. Fauré, fort de ses compétences en la matière, met la main à l’ouvrage : «La recette Pasqua consistait à constituer des « mouvements patriotiques », en vérité violents, avec des voyous peu recommandables. Comment les rémunérer ? Tout simplement avec l’argent provenant de gros braquages de banques et de bijouteries, commis en toute impunité. Avec Pasqua, tout était possible, du moins pour les membres du SAC. Patriote, certainement prêt à mourir pour son pays, il gardait en revanche un œil attentif sur les caisses du parti. Moyennant la moitié de nos gains, il nous garantissait l’impunité sur des affaires juteuses et triées sur le volet, sachant exactement là ou il fallait frapper.»

L’auteur narre ainsi sa rencontre avec le politique, qu’il situe en 1978 : «Charles Pasqua donnait de sa voix tonitruante des ordres à tout le personnel, toutes les têtes brûlées de France et de l’Algérie française.» Et de lui lancer : «Alors, c’est toi le mec dont on me vante les mérites ? Bien. Tu vas reprendre du service dès aujourd’hui, avec tes amis, si tu veux bien. J’ai une mission de la plus haute importance, que tu ne peux pas te permettre de refuser, ni de rater. Compris ?»

Backgammon

A l’issue de l’entretien, Gérard Fauré croisera illico le parrain marseillais «Tony» Zampa, qui traînait là par hasard, lequel l’entreprend dans la foulée sur différentes affaires à venir : des investissements dans les casinos et la prostitution aux Pays-Bas. Cas peut-être unique dans les annales de la voyoucratie, il fera parallèlement équipe avec l’illustre Francis Vanverberghe, dit «Francis le Belge», «doté d’un savoir-vivre qui valait bien son savoir-tuer». Il en garde un souvenir mi-épaté mi-amusé : «Zampa ou « le Belge », qui pourtant étaient des gangsters d’envergure internationale, se seraient fait descendre comme des mouches s’ils avaient eu la mauvaise idée de mettre les pieds en Colombie ou au Venezuela, car ils étaient prétentieux.» Pour la petite histoire, il reconstitue leur brouille à propos de… Johnny Hallyday : «Tous les deux voulaient le prendre sous tutelle, pour capter sa fortune ou l’utiliser comme prête-nom. Ils ont fini par s’entre-tuer pour ce motif et quelques autres.» Fauré considérait Johnny comme sa «plus belle prise de guerre» dans le microcosme de la coke. Mais lui gardera un chien de sa chienne après que le chanteur l’a balancé sans vergogne aux Stups, contre sa propre immunité.

Notre voyou prétend n’avoir jamais balancé, lui, du moins jusqu’à ce livre. «Si vous le voulez bien, j’attends votre version des faits s’agissant des deux chèques de M. Chirac rédigés à votre ordre. Je vous invite à bien réfléchir avant de répondre» : sollicitation d’une juge d’instruction parisienne en 1986, hors procès-verbal. Tempête sous un crâne à l’issue de laquelle Gérard Fauré évoquera une dette de jeu au backgammon… Dans son bouquin, l’explication est tout autre – «J’avais dû travestir la vérité.» S’il ne peut attester que l’ex-président prenait de la coke, il évoque son penchant pour les femmes… Pour l’anecdote, les deux chèques en question feront l’objet d’une rapide opposition de leur signataire. «Chirac, dont j’avais admiré la prestance et même les idées politiques, s’est avéré mauvais payeur.»

Hommage

Ce livre-confession est une authentique plongée dans le commerce de la drogue. Notre trafiquant, dix-huit ans de prison au compteur, connaît son produit : «Aucune coke ne ressemble à une autre. Certaines, comme la colombienne, vous donnent envie de danser, de faire l’amour, mais rendent très agressif, parano et méfiant. La bolivienne rend morose, triste, et pousse parfois au suicide. La meilleure est la péruvienne, qui augmente votre tonus, votre joie de vivre et pousse à la méditation, au questionnement. La vénézuélienne a des effets uniquement sur la performance sexuelle. Les autres, brésilienne, chilienne ou surinamienne, ne sont que des pâles copies.» Son mode de transport aussi : dans le ventre d’une chèvre, elle-même logée dans l’estomac d’un boa que les douaniers, à l’aéroport d’arrivée, prendront soin de ne pas réveiller. Puis, une fois le coup du boa connu des gabelous, le ventre d’un nourrisson – une technique brésilienne consistant à empailler un bébé mort pour le maintenir en bon état, et ainsi faire croire qu’il dort au moment de passer la frontière…

Le livre s’achève sur cet hommage indirect à la police française : lors d’une perquisition à son domicile, 10 des 15 kilos de cocaïne disparaissent, tout comme 90 % des 300 000 euros logés dans un tiroir. «Je n’ai pas pensé un seul instant me plaindre de la brigade du quai des Orfèvres, dans la mesure où les vols qu’elle commettait chez moi ne pouvaient qu’alléger ma future condamnation.»

(1) Nouveau Monde, 224 pp., 17,90 €.


Iran: C’est la nature du régime, imbécile ! (Forty years on, will Europe finally understand the Islamic republic’s vital commitment to the revolutionary principle of permanent war on US interests and allies ?)

13 juin, 2019

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L’ennemi est ici, on nous ment que c’est l’Amérique ! Slogan du peuple iranien
Lâchez la Syrie occupez-vous de nous ! Slogan du peuple iranien
Mort aux paysans ! Vivent les oppresseurs ! Slogan (ironique) de manifestants paysans iraniens
L‘Armée de la République islamique d’Iran et le Corps des Gardes de la Révolution islamique … seront responsables, non seulement de la garde et de la préservation des frontières du pays, mais aussi de l’exécution de la mission idéologique du jihad sur la voie de Dieu, c’est-à-dire de l’expansion de la souveraineté de la Loi de Dieu à travers le monde. Préambule de la constitution iranienne (1979-1989)
L’Iran aurait pu être la Corée du Sud; il est devenu la Corée du Nord. (…) Mais n’oubliez pas qu’Ahmadinejad n’est que le représentant d’un régime de nature totalitaire, qui ne peut se réformer et évoluer, quelle que soit la personne qui le représente. (…) Le slogan du régime est : « L’énergie nucléaire est notre droit indéniable. » Je lui réponds: ce droit, nous l’avions, c’est vous et les vôtres qui nous en avez privés. (…) Mon père (…) a décidé, dès les années 1970, de lancer un programme de production d’énergie nucléaire à des fins exclusivement civiles. C’est pourquoi nous avons signé le traité de non-prolifération (…) Aujourd’hui, le problème ne vient pas de l’idée de se doter de l’énergie nucléaire ; il provient de la nature du régime islamique. (…) je ne crois pas que les mollahs soient assez fous pour penser un jour utiliser la bombe contre Israël: ils savent très bien qu’ils seraient aussitôt anéantis. Ce qu’ils veulent, c’est disposer de la bombe pour pouvoir s’institutionnaliser une fois pour toutes dans la région et étendre leurs zones d’influence. Ils rêvent de créer un califat chiite du XXIe siècle et entendent l’imposer par la bombe atomique (…) il est manifeste qu’un gouvernement paranoïaque crée des crises un peu partout pour tenter de regagner à l’extérieur la légitimité qu’il a perdue à l’intérieur. Les dérives du clan au pouvoir ne se limitent pas au soutien au Hamas, elles vont jusqu’à l’Amérique latine de Chavez. Il ne s’agit en rien d’une vision qui vise à défendre notre intérêt national. Si le régime veut survivre, il doit absolument mettre en échec le monde libre, combattre ses valeurs. La République islamique ne peut pas perdurer dans un monde où l’on parle des droits de l’homme ou de la démocratie. Tous ces principes sont du cyanure pour les islamistes. Comment voulez-vous que les successeurs de Khomeini, dont le but reste l’exportation de la révolution, puissent s’asseoir un jour à la même table que le président Sarkozy ou le président Obama? Dans les mois à venir, un jeu diplomatique peut s’engager, mais, au final, il ne faut pas se faire d’illusion. Même si Khatami revenait au pouvoir, le comportement du régime resterait identique, car le vrai décideur c’est Khamenei. Je ne vois aucune raison pour laquelle le régime islamiste accepterait un changement de comportement. Cela provoquerait, de manière certaine, sa chute. Il ne peut plus revenir en arrière. J’ai bien peur que la diplomatie ne tourne en rond une nouvelle fois et que la course à la bombe ne continue pendant ce temps. Reza Pahlavi
La légitimité et la crédibilité d’un régime politique ne s’apprécie pas qu’à la seule aune du vote populaire, mais également à celle de sa capacité à assurer le bien être de son peuple et d’œuvrer pour l’intérêt national dans le respect des droits de l’homme. Un pouvoir qui ne puisse satisfaire cette double exigence est aussi digne de confiance qu’un gouvernement d’occupation, c’est hélas, Monsieur Khamenei, le cas de l’Iran de ces trente dernières années. (…) Il n’existe, de par le monde, qu’une poignée de régimes ayant privé leurs peuples aussi bien des droits humains fondamentaux que conduit leurs pays à la faillite économique. Il n’est donc pas étonnant de compter parmi vos rares pays alliés la Syrie, le Soudan ou la Corée du Nord. Reza Pahlavi
The uprising, once again showed that overthrowing theocracy in Iran is a national demand. Prince Reza Pahlavi
Le monde entier comprend que le bon peuple d’Iran veut un changement, et qu’à part le vaste pouvoir militaire des Etats-Unis, le peuple iranien est ce que ses dirigeants craignent le plus. Donald Trump
Les régimes oppresseurs ne peuvent perdurer à jamais, et le jour viendra où le peuple iranien fera face à un choix. Le monde regarde ! Donald Trump
L’Iran échoue à tous les niveaux, malgré le très mauvais accord passé avec le gouvernement Obama. Le grand peuple iranien est réprimé depuis des années. Il a faim de nourriture et de liberté. La richesse de l’Iran est confisquée, comme les droits de l’homme. Il est temps que ça change. Donald Trump
Les Iraniens courageux affluent dans les rues en quête de liberté, de justice et de droits fondamentaux qui leur ont été refusés pendant des décennies. Le régime cruel de l’Iran gaspille des dizaines de milliards de dollars pour répandre la haine au lieu de les investir dans la construction d’hôpitaux et d’écoles. Tenant compte de cela, il n’est pas étonnant de voir les mères et les pères descendre dans les rues. Le régime iranien est terrifié de son propre peuple. C’est d’ailleurs pour cela qu’il emprisonne les étudiants et interdit l’accès aux médias sociaux. Cependant, je suis sûr que la peur ne triomphera pas, et cela grâce au peuple iranien qui est intelligent, sophistiqué et fier. Aujourd’hui, le peuple iranien risque tout pour la liberté, mais malheureusement, de nombreux gouvernements européens regardent en silence alors que de jeunes Iraniens héroïques sont battus dans les rues. Ce n’est pas juste. Pour ma part, je ne resterai pas silencieux. Ce régime essaie désespérément de semer la haine entre nous, mais il échouera. Lorsque le régime tombera enfin, les Iraniens et les Israéliens seront à nouveau de grands amis. Je souhaite au peuple iranien du succès dans sa noble quête de liberté. Benjamin Netanyahou
En tant que défenseur de la rue arabe, [l’Iran] ne peut pas avoir un dialogue apaisé avec les Etats-Unis, dialogue au cours duquel il accepterait les demandes de cet Etat qui est le protecteur par excellence d’Israël. Téhéran a le soutien de la rue arabe, talon d’Achille des Alliés Arabes des Etats-Unis, car justement il refuse tout compromis et laisse entendre qu’il pourra un jour lui offrir une bombe nucléaire qui neutralisera la dissuasion israélienne. Pour préserver cette promesse utile, Téhéran doit sans cesse exagérer ses capacités militaires ou nucléaires et des slogans anti-israéliens. Il faut cependant préciser que sur un plan concret, les actions médiatiques de Téhéran ne visent pas la sécurité d’Israël, mais celle des Alliés arabes des Etats-Unis, Etats dont les dirigeants ne peuvent satisfaire les attentes belliqueuses de la rue arabe. Ainsi Téhéran a un levier de pression extraordinaire sur Washington. Comme toute forme de dissuasion, ce système exige un entretien permanent. Téhéran doit sans cesse fouetter la colère et les frustrations de la rue arabe ! Il doit aussi garder ses milices actives, de chaînes de propagande en effervescence et son programme nucléaire le plus opaque possible, sinon il ne serait pas menaçant. C’est pourquoi, il ne peut pas accepter des compensations purement économiques offertes par les Six en échange d’un apaisement ou une suspension de ses activités nucléaires. Ce refus permanent de compromis est vital pour le régime. (…) Il n’y a rien qui fasse plus peur aux mollahs qu’un réchauffement avec les Etats-Unis : ils risquent d’y perdre la rue arabe, puis le pouvoir. C’est pourquoi, le 9 septembre, quand Téhéran a accepté une rencontre pour désactiver les sanctions promises en juillet, il s’est aussitôt mis en action pour faire capoter ce projet de dialogue apaisé qui est un véritable danger pour sa survie. Iran Resist
L’analyse des témoignages des jeunes des grandes villes iraniennes et l’observation de leurs comportements sur les réseaux sociaux montrent que la politique sociale répressive des ayatollahs a produit des effets inattendus. La nouvelle génération de 15 à 25 ans vit dans le rejet du système de valeurs, promulgué par l’école et les médias de la République islamique. Pendant ces dernières décennies, le décalage entre l’espace public, maîtrisé par les agents de mœurs, et l’espace privé, où presque tout est permis, n’a cessé de progresser. Pourtant, malgré le non-respect que les jeunes citadins affichent pour les mesures islamiques – vestimentaires, alimentaires, sexuelles, … –, leurs témoignages révèlent qu’en dépit de leur apparence rebelle, ils ont en partie intériorisé l’image négative que la société leur inflige à cause du rejet de ses normes et valeurs. Cette image devient doublement négative lorsqu’ils se reprochent leur inaction, comme si la capacité d’agir sur leur sort et de faire valoir leurs droits fondamentaux ne dépendait que d’eux et de la volonté individuelle. Les catastrophes naturelles qui dévastent le pays (comme le tremblement de terre, les inondations ou les sècheresses, etc.) et les situations politiques ingérables (comme la menace de guerre, les sanctions économiques, ou certaines décisions politiques jugées inacceptables, etc.) aiguisent leur conscience de l’impuissance et déclenchent chez eux une avalanche de reproches et de haine de soi. Peut-être cette auto culpabilisation relève-t-elle d’un besoin de se sentir responsable, de se procurer une semblable illusion de puissance. Peut-être est-elle un simple mécanisme d’auto-défense. Mais, elle n’en reste pas moins destructrice pour autant, car elle les empêche d’avoir une vision objective de leur situation. Dans un pays où la moindre critique et protestation sont violemment réprimées, et où l’on peut encourir de lourdes peines de prisons pour avoir contesté une décision politique, quelle est la marge de manœuvre des individus? Quatre décennies de l’atteinte physique, l’atteinte juridique, et l’atteinte à la dignité humaine ont profondément privé les jeunes de reconnaissance sociale et les ont affectés dans le sentiment de leur propre valeur. La non reconnaissance du droit et de l’estime sociale en Iran ont créé des conditions collectives dans lesquelles les jeunes ne peuvent parvenir à une attitude positive envers eux-mêmes. En l’absence de confiance en soi, de respect de soi, et d’estime de soi, nul n’est en mesure de s’identifier à ses fins et à ses désirs en tant qu’être autonome et individualisé. Or, faut-il s’étonner si, aujourd’hui, l’émigration est devenue la seule perspective de l’avenir des jeunes Iraniens? Mahnaz Shirali
On his watch, the Russians meddled in our democracy while his administration did nothing about it. The Mueller report flatly states that Russia began interfering in American democracy in 2014. Over the next couple of years, the effort blossomed into a robust attempt to interfere in our 2016 presidential election. The Obama administration knew this was going on and yet did nothing. In 2016, Obama’s National Security Adviser Susan Rice told her staff to « stand down » and « knock it off » as they drew up plans to « strike back » against the Russians, according to an account from Michael Isikoff and David Corn in their book « Russian Roulette: The Inside Story of Putin’s War on America and the Election of Donald Trump ». Why did Obama go soft on Russia? My opinion is that it was because he was singularly focused on the nuclear deal with Iran. Obama wanted Putin in the deal, and to stand up to him on election interference would have, in Obama’s estimation, upset that negotiation. This turned out to be a disastrous policy decision. Obama’s supporters claim he did stand up to Russia by deploying sanctions after the election to punish them for their actions. But, Obama, according to the Washington Post, « approved a modest package… with economic sanctions so narrowly targeted that even those who helped design them describe their impact as largely symbolic. » In other words, a toothless response to a serious incursion. Scott Jennings (CNN)
Radicals linked to Hizbollah, the Lebanese militant group, stashed thousands of disposable ice packs containing ammonium nitrate – a common ingredient in homemade bombs. The plot was uncovered by MI5 and the Metropolitan Police in the autumn of 2015, just months after the UK signed up to the Iran nuclear deal. Three metric tonnes of ammonium nitrate was discovered – more than was used in the Oklahoma City bombing that killed 168 people and damaged hundreds of buildings. Police raided four properties in north-west London – three businesses and a home – and a man in his 40s was arrested on suspicion of plotting terrorism. The man was eventually released without charge. Well-placed sources said the plot had been disrupted by a covert intelligence operation rather than seeking a prosecution. The discovery was so serious that David Cameron and Theresa May, then the prime minister and home secretary, were personally briefed on what had been found. Yet for years the nefarious activity has been kept hidden from the public, including MPs who were debating whether to fully ban Hizbollah, until now. It raises questions about whether senior UK government figures chose not to reveal the plot in part because they were invested in keeping the Iran nuclear deal afloat. (…) It became clear, according to well-placed sources, that the UK storage was not in isolation but part of an international Hizbollah plot to lay the groundwork for future attacks. The group had previously been caught storing ice packs in Thailand. And in 2017, two years after the London bust, a New York Hizbollah member would appear to seek out a foreign ice pack manufacturer. Ice packs provide the perfect cover, according to sources – seemingly harmless and easy to transport. Proving beyond doubt they were purchased for terrorism was tricky.  But the most relevant case was in Cyprus, where a startlingly similar plot had been busted just months before the discovery in London. There, a 26-year-old man called Hussein Bassam Abdallah, a dual Lebanese and Canadian national, was caught caching more than 65,000 ice packs in a basement. During interrogation he admitted to being a member of Hizbollah’s military wing, saying he had once been trained to use an AK47 assault rifle. Abdallah said the 8.2 tonnes of ammonium nitrate stored was for terrorist attacks. He pleaded guilty and was given a six-year prison sentence in June 2015. In Abdallah’s luggage police found two photocopies of a forged British passport. Cypriot police say they were not the foreign government agency that tipped Britain off to the London cell. (…) A UK intelligence source said: “MI5 worked independently and closely with international partners to disrupt the threat of malign intent from Iran and its proxies in the UK.” The decision not to inform the public of the discovery, despite a major debate with Britain’s closest ally America about the success of the Iran nuclear deal, will raise eyebrows. Keeping MPs in the dark amid a fierce debate about whether to designate the entire of Hezbollah a terrorist group – rather than just its militant wing – will also be questioned. The US labelled the entire group a terrorist organisation in the 1990s. But in Britain, only its armed wing was banned. The set-up had led senior British counter-terrorism figures to believe there was some form of understanding that Hizbollah would not target the UK directly. Hizbollah was only added to the banned terrorist group list in its entirety in February 2019 – more than three years after the plot was uncovered. The Telegraph
There is a reason America’s European and Asian allies are determined to end the US quarantine of Iranian businesses. Trump’s increasingly tough sanctions give countries and corporations an uncomfortable pair of options: Buy Iranian oil and invest there, or do business with the US — but you can’t do both. The latest punishment came last Friday, when the administration vowed to sanction anyone doing business with Iran’s petrochemical industry, a lucrative exporting sector run by the Islamic Revolutionary Guard Corps, which is now rightly listed by Washington as a terror organization. America’s allies are eager to revive the smooth flow of goods and business with Iran; their diplomacy is meant to put pressure on Washington to start a process that would lead to new direct talks. Iran, they claim, will behave better, now that its economy is strained. America should take advantage and aim for a fresh rapprochement. The problem with the allies’ theory: No such hunger for reconciliation is in evidence in Tehran. Instead, the regime is still signaling obstinacy. The ayatollahs are as committed as ever to their revolutionary principles, the main one of which is waging war on US interests and allies. Take Foreign Minister Javad Zarif, long touted as a symbol of moderation and openness and a welcome guest in Western TV studios. Yet defending Iran’s habit of hanging gay people in the public square, Zarif told the German newspaper Bild this week: “Our society has moral principles, and according to these principles we live.” Hosting Germany’s Maas this week, Zarif also pushed back against Secretary of State Mike Pompeo’s recent offer of negotiations “without preconditions.” The Islamic Republic won’t talk to those who wage “economic war” against it, Zarif said, threatening for good measure that, as an Iranian enemy, America “cannot expect to stay safe.” The theocracy is hardening, rather than softening, its line, notwithstanding entreaties from Tokyo, Berlin and Brussels. These well-meaning outsiders inevitably point to supposed moderates that America can do business with, and, as always, they urge Washington to ignore Tehran’s malign rhetoric and muscle-flexing. It’s true that some Iranian politicians favor making cosmetic concessions to the West to ensure the Islamic Republic’s survival. But the ultimate decider, Supreme Leader Ali Khamenei, has long soured on such concessions. Negotiation, he recently said, “has no benefit and carries harm.” In a perfect world, the global economy would be better off when everyone can do business with everyone without fear of punishment. But the existence of a militantly anti-Western regime like Iran’s is a reminder that ours isn’t a perfect world. Abe, then, would be better off warning Iran about its joint missile development with Japan’s menacing neighbor, North Korea (a reminder that the regime’s behavior is destructive far beyond its immediate neighborhood.) Talks may be worthwhile — but not before Khamenei leaves the stage. Once the old dictator is gone, the ensuing internal struggle may work to the West’s advantage. Economic pressure may then embolden Iranians hoping to throw off the regime’s yoke. Or it may not. Either way, dealing with the regime as it exists is futile, as more than four decades of experience have shown. Trump should turn a deaf ear to Abe and the rest of the world’s eager go-betweens. Benny Avni
When it comes to countering terrorism: follow the money. The world fought the Taliban, al-Qaeda, and ISIL by cutting off their money. We must do the same today and acknowledge that the epicenter of modern terrorism is IRAN. Iran bankrolls a ‘coalition of terrorists’ around the world that further Iran‘s policy of expansionism. With Iran‘s backing of over $1 billion, Hezbollah has turned Lebanon into a launching pad for terror. Hezbollah’s funding, weaponry and even its food all come from Iran. Iranian money has landed directly in the pockets of Hamas and Islamic Jihad in the Gaza Strip and in Judea and Samaria. With Hamas’ help and the Palestinian branch of the Iranian Quds Force, Iran is trying to turn Judea and Samaria into a fourth military front against Israel. Danny Danon
Après des décennies de complaisance et de lâcheté occidentales avec le régime enturbanné, particulièrement sous les mandats du sinistre Barack « Imam » Hussein Obama, idole de l’établissement culturo-médiatique mondialiste, l’actuel président américain Donald Trump, au grand désespoir des Zéropéens, les Britanniques en tête en leur qualité de soutien traditionnel du clergé chiite, semble déterminé à prendre le taureau par les cornes et étouffer la principale tête de la Bête islamiste. Celle dont l’irruption en 1979 a été le point de départ de l’essor considérable de l’islam politique, cette idéologie mortifère, combinaison du nazisme et du communisme. Après quarante années de turpitudes et de sévices en tous genre infligés principalement au peuple iranien, mais également, par des voies directes ou indirectes, à l’ensemble du monde civilisé, le régime des turbans noirs et des turbans blancs est confronté à la plus grave crise de son histoire, déjà beaucoup trop longue. La pétro-mollahrchie ne peut plus exporter le pétrole iranien qui constitue sa source essentielle de revenus pour financer son activisme terroriste et ses sordides réseaux clientélistes dans la région. Les chiens de garde du régime sont désormais officiellement reconnus par la première puissance mondiale comme ce qu’ils ont toujours été depuis leur naissance, à savoir des terroristes fanatiques aux ordres de leurs maîtres enturbannés. Enfin, la théocratie milicienne n’arrive plus à dériver les colères et frustrations de la population vers l’extérieur. Les Iraniens ont aujourd’hui compris, dans leur immense majorité, que ceux qui les dirigent sont leurs plus grands ennemis. En tout état de cause, les jours de la mafia ochlo-théocratique sont comptés. Quelle que soit l’issue de la présente crise, le désastre économique, la paupérisation générale de la population contrastant avec l’opulence insolente des mollahs au pouvoir, celle de leurs sbires, de leurs familles et de leurs clients, la corruption délirante de l’oligarchie khomeyniste dont l’ampleur insoupçonnée est révélée davantage chaque jour et le discrédit massif de la mollahrchie et de son idéologie condamnent ce régime cauchemardesque aux poubelles de l’Histoire à brève échéance. L’inscription des « Gardiens de la Révolution » sur la liste des organisations terroristes établie par l’administration américaine a étonné nombre de prétendus « observateurs » et « experts » des affaires iraniennes, qui se sont émus notamment qu’une « armée régulière (sic) d’un pays » puisse être assimilée à une entité terroriste. C’est en réalité une décision d’une extrême logique au regard du pédigree de cette sinistre milice dont la dénomination officielle (« Sépâh-é Pâsdârân-é Enghelâb-é Eslâmi » i.e « les Gardiens de la Révolution islamique) fait apparaître expressément que cette organisation paramilitaire n’est nullement en charge de la défense de l’Iran et du peuple iranien, mais de la seule « Révolution islamique » et, par suite, du régime qui en est le fer de lance. (…) Ce n’est, en effet, qu’à compter de 1982 que les voyous fanatisés dénommés « Pasdarans » ont vu leur rôle accru, de manière importante, durant cette guerre, lorsque celle-ci a pris un virage intégralement idéologique, avec la volonté de Khomeyni de la prolonger indéfiniment sous le prétexte d’exporter son abjecte révolution dans la région, au mépris des vies gaspillées sur les théâtres d’opération, pour continuer d’asseoir son pouvoir tyrannique, museler toute critique de sa politique irresponsable et réprimer avec une férocité implacable tous ses opposants. (…) Pour se faire une idée ce qui se passe en Iran depuis quarante ans, il faudrait se représenter une France dans laquelle la voyoucratie et la racaille islamisée de banlieue aurait réussi à s’accaparer la quasi-intégralité des ressources de l’Etat et le contrôle des grands groupes économiques nationaux, industriels et commerciaux, pour les utiliser à son profit exclusif, dans le but non seulement de mener grand train aux dépens du reste de la population, mais aussi de financer un gigantesque réseau clientéliste aux ramifications internationales, aux seules fins de bâtir un système d’influence fondé sur une idéologie mortifère, sans aucune considération de l’intérêt national du peuple français. (…) A la différence de ses prédécesseurs à la Maison Blanche et des nombreux dirigeants occidentaux qui se sont succedés depuis quarante ans, dont l’archétype fut l’Imam Hussein Obama, lequel a fait montre d’une complaisance et d’une lâcheté funeste dans la gestion du « cas iranien », Donald Trump a le mérite de ne pas se laisser intimider par la mafia enturbannée. S’il devait persister dans cette attitude ferme, il pourrait être celui qui aura aidé le peuple iranien, allié naturel du monde libre et civilisé, à terrasser la Bête islamiste avant que les métastases de ce cancer ne finissent de se propager sur la planète. Chasser cette Bête de la tanière qu’elle s’est aménagée, il y a quatre décennies, au détriment d’un pays martyr, serait pour la région un événement d’une portée équivalente à la chute du Mur de Berlin pour l’Europe. Il s’agirait d’un coup décisif à cette synthèse idéologique du nazisme et du communisme que constitue l’islam politique. Car n’en déplaisent aux fascistes tiers-mondistes, aux obsédés de l’« antisionisme » et autres anti-américains pavloviens qui fantasment sur la « résistance » de la dictature des turbans noirs et des turbans blancs, la disparition de l’ochlo-théocratie khomeyniste et l’avènement d’un Iran libre, laïque et démocratique, renouant avec le sillon tracé par la dynastie Pahlavi, serait un gage considérable de paix dans la région et le monde. En s’alliant au peuple iranien dans ce combat, le président Donald Trump pourrait entrer dans l’Histoire comme le Roosevelt du 21e siècle. Iran-Resist

C’est la nature du régime, imbécile !

Alors que du Golfe d’Oman au Yemen et à la frontière syro-israélienne et à l’instar de son très probablement feu commandant des opérations extérieures, un régime iranien aux abois multiplie les provocations…

Et qu’entre deux manoeuvres d’apaisement ou de détournement des sanctions américaines, leurs idiots utiles européens ou asiatiques accusent le président Trump …

Pendant que se confirment pour préserver un accord nucléaire iranien plus que douteux

Tant l’insigne lâcheté d’une Administration Obama prête, entre deux actes de haute trahison avec les Iraniens ou les Russes, à tolérer une ingérence étrangère dans ses propres élections …

Que celle de dirigeants britanniques n’hésitant pas à taire la découverte de trois tonnes d’explosifs stockés sur leur propre sol par le mouvement terroriste Hezbollah  …

Comment ne pas voir avec nos amis du site de résistance iranien Iran-Resist …

Ou les quelques spécialistes encore un peu lucides comme Mahnaz Shirali ou Benny Avni

L’incroyable cécité d’un Occident …

Qui depuis 40 ans n’a toujours pas compris que la nature même d’un régime révolutionnaire comme la République islamique …

Pour faire oublier la corruption et l’incompétence à l’intérieur …

C’est la provocation et l’agression permanente à l’extérieur …

Du moins, après l’accident industriel Obama, jusqu’à l’arrivée au pouvoir à Washington …

De celui qui avec l’élimination de « l’ochlo-théocratie khomeyniste » et l’avènement enfin d’un « Iran libre, laïc et démocratique » …

Pourrait « entrer dans l’Histoire comme le Roosevelt du 21e siècle » ?

Mollahs : Endgame
Sam Safi
Iran-Resist
06.06.2019

Après des décennies de complaisance et de lâcheté occidentales avec le régime enturbanné, particulièrement sous les mandats du sinistre Barack « Imam » Hussein Obama, idole de l’établissement culturo-médiatique mondialiste, l’actuel président américain Donald Trump, au grand désespoir des Zéropéens, les Britanniques en tête en leur qualité de soutien traditionnel du clergé chiite, semble déterminé à prendre le taureau par les cornes et étouffer la principale tête de la Bête islamiste. Celle dont l’irruption en 1979 a été le point de départ de l’essor considérable de l’islam politique, cette idéologie mortifère, combinaison du nazisme et du communisme.

La récréation est terminée. Après quarante années de turpitudes et de sévices en tous genre infligés principalement au peuple iranien, mais également, par des voies directes ou indirectes, à l’ensemble du monde civilisé, le régime des turbans noirs et des turbans blancs est confronté à la plus grave crise de son histoire, déjà beaucoup trop longue. La pétro-mollahrchie ne peut plus exporter le pétrole iranien qui constitue sa source essentielle de revenus pour financer son activisme terroriste et ses sordides réseaux clientélistes dans la région. Les chiens de garde du régime sont désormais officiellement reconnus par la première puissance mondiale comme ce qu’ils ont toujours été depuis leur naissance, à savoir des terroristes fanatiques aux ordres de leurs maîtres enturbannés. Enfin, la théocratie milicienne n’arrive plus à dériver les colères et frustrations de la population vers l’extérieur. Les Iraniens ont aujourd’hui compris, dans leur immense majorité, que ceux qui les dirigent sont leurs plus grands ennemis.

En tout état de cause, les jours de la mafia ochlo-théocratique sont comptés. Quelle que soit l’issue de la présente crise, le désastre économique, la paupérisation générale de la population contrastant avec l’opulence insolente des mollahs au pouvoir, celle de leurs sbires, de leurs familles et de leurs clients, la corruption délirante de l’oligarchie khomeyniste dont l’ampleur insoupçonnée est révélée davantage chaque jour et le discrédit massif de la mollahrchie et de son idéologie condamnent ce régime cauchemardesque aux poubelles de l’Histoire à brève échéance.

Les molosses de Khamenei aux abois

L’inscription des « Gardiens de la Révolution » sur la liste des organisations terroristes établie par l’administration américaine a étonné nombre de prétendus « observateurs » et « experts » des affaires iraniennes, qui se sont émus notamment qu’une « armée régulière (sic) d’un pays » puisse être assimilée à une entité terroriste. C’est en réalité une décision d’une extrême logique au regard du pédigrée de cette sinistre milice dont la dénomination officielle (« Sépâh-é Pâsdârân-é Enghelâb-é Eslâmi » i.e « les Gardiens de la Révolution islamique) fait apparaître expressément que cette organisation paramilitaire n’est nullement en charge de la défense de l’Iran et du peuple iranien, mais de la seule « Révolution islamique » et, par suite, du régime qui en est le fer de lance.

L’Iran dispose en effet toujours de son armée nationale (« Artesh ») créée par la dynastie Pahlavi. Cependant, celle-ci a été volontairement appauvrie et affaiblie par les mollahs, depuis quatre décennies, en raison de son patriotisme persistant et de son lien historique avec le pouvoir impérial.

Contrairement à ce que tentent de faire croire aujourd’hui les cerbères des tyrans au turban et leurs lobbystes déguisés en « spécialistes » ou « experts », c’est bien l’armée régulière iranienne qui, durant la guerre Iran/Irak, a joué un rôle essentiel dans la libération du territoire national durant la première phase du conflit entre 1980 et 1982.

Ce n’est, en effet, qu’à compter de 1982 que les voyous fanatisés dénommés « Pasdarans » ont vu leur rôle accru, de manière importante, durant cette guerre, lorsque celle-ci a pris un virage intégralement idéologique, avec la volonté de Khomeyni de la prolonger indéfiniment sous le prétexte d’exporter son abjecte révolution dans la région, au mépris des vies gaspillées sur les théâtres d’opération, pour continuer d’asseoir son pouvoir tyrannique, museler toute critique de sa politique irresponsable et réprimer avec une férocité implacable tous ses opposants.

Soutenir le contraire serait méconnaître la réalité historique et surtout oublier que, loin de pouvoir rivaliser initialement avec l’armée nationale iranienne en termes de qualités et de compétences, les membres de cette milice, au début de la contre-révolution khomeyniste, étaient essentiellement issus des fanges les plus sordides de la population criminogène où se recrutaient traditionnellement les membres de la pègre, les loubards à couteau, les proxénètes et autres trafiquants de drogue, activités qu’ils continuent, au demeurant, de pratiquer sous leurs nouveaux habits, mais à une échelle bien plus importante avec des conséquences catastrophiques sur la société iranienne.

C’est, au demeurant, sur cette canaille en uniforme, avec laquelle il a noué une relation privilégiée durant ses années à la présidence du régime (1981-1989), que Khamenei s’est appuyé pour accéder au pouvoir suprême et éliminer ses principaux rivaux, à commencer par Montazeri, pourtant dauphin désigné de Khomeyni jusqu’aux dernières semaines ayant précédé la mort de l’ancien touriste de Neauphle-le-Château.

En contrepartie, le mollah collectionneur de pipes et de bagues, une fois au sommet du pouvoir clerico-mafieux, récompensera ses bouledogues en les autorisant à faire main basse sur la quasi-totalité des secteurs stratégiques de l’économie iranienne, leur permettant ainsi de constituer progressivement un véritable Etat dans l’Etat formant aujourd’hui un complexe militaro-industriel dans lequel réside le pouvoir profond de l’ochlo- théocratie.

Pour se faire une idée ce qui se passe en Iran depuis quarante ans, il faudrait se représenter une France dans laquelle la voyoucratie et la racaille islamisée de banlieue aurait réussi à s’accaparer la quasi-intégralité des ressources de l’Etat et le contrôle des grands groupes économiques nationaux, industriels et commerciaux, pour les utiliser à son profit exclusif, dans le but non seulement de mener grand train aux dépens du reste de la population, mais aussi de financer un gigantesque réseau clientéliste aux ramifications internationales, aux seules fins de bâtir un système d’influence fondé sur une idéologie mortifère, sans aucune considération de l’intérêt national du peuple français.

Quel avenir pour le Grand Timonier enturbanné ?

Outre l’effondrement économique, le mécontentement populaire et la pression militaire américaine, le régime peut également être sérieusement ébranlé par la disparition prochaine de son « Guide Suprême ». Il faut néanmoins rester prudent sur ce point. Ces dernières années, à chaque fois que la cléricature khomeyniste s’est senti sévèrement menacée, elle a fait courir le bruit de l’imminence de la mort de Khamenei pour tromper ses adversaires en leur laissant entrevoir, à court terme, un tournant majeur qui résulterait de cette disparition, conduisant ces derniers à apaiser leur colère ou modérer leurs revendications.

C’est ainsi que lors du soulèvement débuté à l’été 2009, consécutivement à la réélection grossièrement frauduleuse du pantin Ahmadinejad, le parrain de la mollahrchie, Rafsandjani, avait habilement manipulé Wikileaks en laissant fuiter une de ses déclarations prétendant que son ancien compagnon de lutte révolutionnaire, dont la légitimité était alors violemment et ouvertement contestée par les masses de manifestants, souffrait d’un cancer en phase terminale ne lui laissant plus que quelques mois à vivre…

Plusieurs années après la répression féroce de ce mouvement massif de contestation du régime, lors des négociations concernant le prétendu « Iran deal » (cet accord honteux au sujet duquel les mollahs se vantaient régulièrement dans leurs médias d’avoir enfumé les Occidentaux, avant qu’il ne soit dénoncé l’année dernière par le président des USA), les agents de la cléricature sont de nouveau parvenus, en février 2015, à intoxiquer les services et médias étrangers, dont le Figaro, en leur faisant croire que la mort du Guide de l’ochlo-théocratie, atteint d’un cancer de la prostate au stade métastatique, était imminente…

Une fois encore, les années ont passé et Khamenei est toujours vivant. Ce qui n’est plus le cas de son ancien comparse Rafsandjani, le co-fondateur du régime, décédé en janvier 2017 et de celui qui était, un temps, présenté comme son successeur au poste suprême, l’Irakien milliardaire fraîchement naturalisé Shahroudi, disparu en décembre 2018…

Cela dit, jusqu’à preuve du contraire, le Lider Maximo khomeyniste, qui sera octogénaire dans quelques semaines, n’est pas éternel et, si le régime parvient à survivre encore quelques temps, sa succession sera nécessairement ouverte. Elle devrait échoir à son fils Mojtaba ou au fidèle Ebrahim Raissi qui, par son profil de criminel de masse, de mollah borné et son titre de « seyyed », toujours de nature à faire tourner les têtes de sectateurs fidèles prêts à s’extasier à la vue d’un turban noir, semble tout désigné pour cette fonction.

Le scénario d’un coup d’état des Pasdarans paraît, en revanche, peu crédible. Ces miliciens n’ont vocation qu’à être les bras et les couteaux des mollahs. Il est consternant de lire les prédictions de prétendus « experts » annonçant l’avènement prochain parmi eux d’un « Reza Shah islamique » (sic !) en la personne de Ghassem Soleymani, chef de la section Al Qods des Gardiens de la Révolution, dont l’idéologie n’est autre que la variante chiite de celle de l’organisation terroriste Al Qaïda avec laquelle elle entretient du reste des relations très étroites.

Soleymani est un quasi-illettré sans aucune vision politique et stratégique pour l’Iran autre que celle d’être une base arrière de mouvements terroristes djihadistes anti-occidentaux dirigée par des mollahs fanatiques. A ces « experts », il convient de souligner que parler à son sujet d’un futur « Reza Shah islamique » est aussi pertinent que d’évoquer un « Emmanuel Macron communiste », un « Philippe de Villiers europhile », un « Adolf Hitler philosémite », ou un « Robespierre royaliste ».

A court terme, il est néanmoins préférable que Khamenei et les autres vieillards qui l’entourent restent en vie, ne serait-ce que pour répondre, très prochainement, de leurs innombrables crimes et forfaitures devant le peuple iranien.

Une prochaine Chute du Mur islamique ?

A la différence de ses prédécesseurs à la Maison Blanche et des nombreux dirigeants occidentaux qui se sont succédés depuis quarante ans, dont l’archétype fut l’Imam Hussein Obama, lequel a fait montre d’une complaisance et d’une lâcheté funeste dans la gestion du « cas iranien », Donald Trump a le mérite de ne pas se laisser intimider par la mafia enturbannée.

S’il devait persister dans cette attitude ferme, il pourrait être celui qui aura aidé le peuple iranien, allié naturel du monde libre et civilisé, à terrasser la Bête islamiste avant que les métastases de ce cancer ne finissent de se propager sur la planète.

Chasser cette Bête de la tanière qu’elle s’est aménagée, il y a quatre décennies, au détriment d’un pays martyr, serait pour la région un événement d’une portée équivalente à la chute du Mur de Berlin pour l’Europe.

Il s’agirait d’un coup décisif à cette synthèse idéologique du nazisme et du communisme que constitue l’islam politique.

Car n’en déplaisent aux fascistes tiers-mondistes, aux obsédés de l’« antisionisme » et autres anti-américains pavloviens qui fantasment sur la « résistance » de la dictature des turbans noirs et des turbans blancs, la disparition de l’ochlo-théocratie khomeyniste et l’avènement d’un Iran libre, laïque et démocratique, renouant avec le sillon tracé par la dynastie Pahlavi, serait un gage considérable de paix dans la région et le monde.

En s’alliant au peuple iranien dans ce combat, le président Donald Trump pourrait entrer dans l’Histoire comme le Roosevelt du 21e siècle.

Libérés de ce régime sordide qui vampirise leur pays, tous les Iraniens pourront alors entonner avec fierté le chant que nombre d’entre eux ont déjà le courage de scander devant le tombeau du fondateur de leur nation à l’occasion du jour de Cyrus le Grand, le 7 Aban (29 octobre), au grand dam des mollahs et de leurs mercenaires : « Iran vatan-é mâst, Kourosh pédar-é mâst ! » (« L’Iran est notre patrie, Cyrus est notre père ! »).

Voir aussi:

US allies’ sad Tehran wild-goose chase
Benny Avni
New York Post
June 11, 2019

America’s allies are lining up to mediate between Washington and the Tehran regime. But they’re jumping the gun.

Witness Japan’s President Shinzo Abe, who arrives in Tehran Wednesday for a two-day visit, marking the 90th anniversary of diplomatic relations between his country and Iran. Tokyo officials defend their soft-on-Tehran approach as a “balanced” way to deal with the Mideast. Whatever the merits of that claim, the Abe visit is mostly about oil.

The trip comes shortly after the Japanese leader hosted his golfing buddy President Trump in Tokyo. The symbolism is deliberate: Abe seeks to revive a US-Iranian channel of communication, per Japanese media. And he isn’t alone in his efforts. Germany’s foreign minister, Heiko Maas, was in Tehran this week, trying to buck up confidence in the nuclear deal that Trump ditched.

There is a reason America’s European and Asian allies are determined to end the US quarantine of Iranian businesses. Trump’s increasingly tough sanctions give countries and corporations an uncomfortable pair of options: Buy Iranian oil and invest there, or do business with the US — but you can’t do both.

The latest punishment came last Friday, when the administration vowed to sanction anyone doing business with Iran’s petrochemical industry, a lucrative exporting sector run by the Islamic Revolutionary Guard Corps, which is now rightly listed by Washington as a terror organization.

America’s allies are eager to revive the smooth flow of goods and business with Iran; their diplomacy is meant to put pressure on Washington to start a process that would lead to new direct talks. Iran, they claim, will behave better, now that its economy is strained. America should take advantage and aim for a fresh rapprochement.

The problem with the allies’ theory: No such hunger for reconciliation is in evidence in Tehran. Instead, the regime is still signaling obstinacy. The ayatollahs are as committed as ever to their revolutionary principles, the main one of which is waging war on US interests and allies.

Take Foreign Minister Javad Zarif, long touted as a symbol of moderation and openness and a welcome guest in Western TV studios. Yet defending Iran’s habit of hanging gay people in the public square, Zarif told the German newspaper Bild this week: “Our society has moral principles, and according to these principles we live.”

Hosting Germany’s Maas this week, Zarif also pushed back against Secretary of State Mike Pompeo’s recent offer of negotiations “without preconditions.” The Islamic Republic won’t talk to those who wage “economic war” against it, Zarif said, threatening for good measure that, as an Iranian enemy, America “cannot expect to stay safe.”

The theocracy is hardening, rather than softening, its line, notwithstanding entreaties from Tokyo, Berlin and Brussels. These well-meaning outsiders inevitably point to supposed moderates that America can do business with, and, as always, they urge Washington to ignore Tehran’s malign rhetoric and muscle-flexing.

It’s true that some Iranian politicians favor making cosmetic concessions to the West to ensure the Islamic Republic’s survival. But the ultimate decider, Supreme Leader Ali Khamenei, has long soured on such concessions. Negotiation, he recently said, “has no benefit and carries harm.”

In a perfect world, the global economy would be better off when everyone can do business with everyone without fear of punishment. But the existence of a militantly anti-Western regime like Iran’s is a reminder that ours isn’t a perfect world.

Abe, then, would be better off warning Iran about its joint missile development with Japan’s menacing neighbor, North Korea (a reminder that the regime’s behavior is destructive far beyond its immediate neighborhood.)

Talks may be worthwhile — but not before Khamenei leaves the stage. Once the old dictator is gone, the ensuing internal struggle may work to the West’s advantage.

Economic pressure may then embolden Iranians hoping to throw off the regime’s yoke. Or it may not. Either way, dealing with the regime as it exists is futile, as more than four decades of experience have shown.

Trump should turn a deaf ear to Abe and the rest of the world’s eager go-betweens.

Voir également:

Iran-linked terrorists caught stockpiling explosives in north-west London
Ben Riley-Smith
The Telegraph
9 June 2019

Terrorists linked to Iran were caught stockpiling tonnes of explosive materials on the outskirts of London in a secret British bomb factory, The Telegraph can reveal

Radicals linked to Hizbollah, the Lebanese militant group, stashed thousands of disposable ice packs containing ammonium nitrate – a common ingredient in homemade bombs.

The plot was uncovered by MI5 and the Metropolitan Police in the autumn of 2015, just months after the UK signed up to the Iran nuclear deal. Three metric tonnes of ammonium nitrate was discovered – more than was used in the Oklahoma City bombing that killed 168 people and damaged hundreds of buildings.

Police raided four properties in north-west London – three businesses and a home – and a man in his 40s was arrested on suspicion of plotting terrorism.

The man was eventually released without charge. Well-placed sources said the plot had been disrupted by a covert intelligence operation rather than seeking a prosecution.

The discovery was so serious that David Cameron and Theresa May, then the prime minister and home secretary, were personally briefed on what had been found.

Yet for years the nefarious activity has been kept hidden from the public, including MPs who were debating whether to fully ban Hizbollah, until now.

It raises questions about whether senior UK government figures chose not to reveal the plot in part because they were invested in keeping the Iran nuclear deal afloat.

The disclosure follows a three-month investigation by The Telegraph in which more than 30 current and former officials in Britain, America and Cyprus were approached and court documents were obtained.

One well-placed source described the plot as “proper organised terrorism”, while another said enough explosive materials were stored to do “a lot of damage”.

Ben Wallace, the security minister, said: “The Security Service and police work tirelessly to keep the public safe from a host of national security threats. Necessarily, their efforts and success will often go unseen.”

The Telegraph understands the discovery followed a tip-off from a foreign government. To understand what they were facing, agents from MI5 and officers from Metropolitan Police’s Counter Terrorism Command launched a covert operation.

It became clear, according to well-placed sources, that the UK storage was not in isolation but part of an international Hizbollah plot to lay the groundwork for future attacks.

The group had previously been caught storing ice packs in Thailand. And in 2017, two years after the London bust, a New York Hizbollah member would appear to seek out a foreign ice pack manufacturer.

Why ice packs?

Ice packs provide the perfect cover, according to sources – seemingly harmless and easy to transport. Proving beyond doubt they were purchased for terrorism was tricky.

But the most relevant case was in Cyprus, where a startlingly similar plot had been busted just months before the discovery in London. There, a 26-year-old man called Hussein Bassam Abdallah, a dual Lebanese and Canadian national, was caught caching more than 65,000 ice packs in a basement. During interrogation he admitted to being a member of Hizbollah’s military wing, saying he had once been trained to use an AK47 assault rifle.

Abdallah said the 8.2 tonnes of ammonium nitrate stored was for terrorist attacks. He pleaded guilty and was given a six-year prison sentence in June 2015.

In Abdallah’s luggage police found two photocopies of a forged British passport. Cypriot police say they were not the foreign government agency that tipped Britain off to the London cell.

But they did offer assistance when made aware of the UK case, meeting their British counterparts and sharing reports on what they had uncovered.

MI5’s intelligence investigation is understood to have lasted months. The aim was both to disrupt the plot but also get a clearer picture what Hizbollah was up to.

Such investigations can involve everything from eavesdropping on calls to deploying covert sources and trying to turn suspects.

The exact methods used in this case are unknown. Soon conclusions begun to emerge. The plot was at an early stage. It amounted to pre-planning. No target had been selected and no attack was imminent.

Well-placed sources said there was no evidence Britain itself would have been the target. And the ammonium nitrate remained concealed in its ice packs, rather than removed and mixed – a much more advanced and dangerous state. On September 30, the Met made their move.

Officers used search warrants to raid four properties in north-west London – three businesses and one residential address. That same day a man in his 40s was arrested on suspicion of terrorism offences under Section 5 of the Terrorism Act 2006. Neither his name nor his nationality have been disclosed.

His was the only arrest, although sources told The Telegraph at least two people were involved.  The man was released on bail. Eventually a decision was taken not to bring charges.

The exact reasons why remain unclear, but it is understood investigators were confident they had disrupted the plot and gained useful information about Hizbollah’s activities in Britain and overseas.

A UK intelligence source said: “MI5 worked independently and closely with international partners to disrupt the threat of malign intent from Iran and its proxies in the UK.”

The decision not to inform the public of the discovery, despite a major debate with Britain’s closest ally America about the success of the Iran nuclear deal, will raise eyebrows.

Keeping MPs in the dark amid a fierce debate about whether to designate the entire of Hezbollah a terrorist group – rather than just its militant wing – will also be questioned.

The US labelled the entire group a terrorist organisation in the 1990s. But in Britain, only its armed wing was banned. The set-up had led senior British counter-terrorism figures to believe there was some form of understanding that Hizbollah would not target the UK directly.

Hizbollah was only added to the banned terrorist group list in its entirety in February 2019 – more than three years after the plot was uncovered.

A spokesman for the press department of the Iranian Embassy in London said: « Iran has categorically rejected time and again any type of terrorism and extremism, has been victim of terrorism against its innocent people, and is in the forefront fighting this inhuman phenomenon.

« Any attempt to link Iran to terrorism, by claims from unknown sources, is totally rejected. »

Voir encore:

Comment la République islamique réprime les jeunes Iraniens

Malgré le non-respect que les jeunes citadins affichent pour les mesures islamiques, leurs témoignages révèlent qu’ils ont en partie intériorisé l’image négative que la société leur inflige à cause du rejet de ses normes et valeurs.

Mahnaz Shirali Sociologue politique, directrice d’études à l’ICP et enseignante à Sciences-Po
Huffington Post
03/06/2019

Quarante ans de la République islamique ont profondément désislamisé la population. Plus la politique étrangère de Téhéran isole le pays, plus les Iraniens s’éloignent du régime et de sa religion, et plus ils adoptent la culture occidentale.

Les jeunes Iraniens, qu’ils vivent à Téhéran ou dans les villes de provinces, ressemblent davantage à leurs pairs en Europe ou aux Etats-Unis qu’à leurs parents. Ils écoutent la même musique, s’habillent de la même manière et regardent les mêmes séries que les jeunes Parisiens ou New-Yorkais. Sauf que ces derniers ne connaissent pas le même décalage entre la vie privée et l’espace public et n’ont jamais subi les humiliations que les “agents de mœurs” de la République islamique infligent aux jeunes de leur pays.

L’analyse des témoignages des jeunes des grandes villes iraniennes et l’observation de leurs comportements sur les réseaux sociaux montrent que la politique sociale répressive des ayatollahs a produit des effets inattendus. La nouvelle génération de 15 à 25 ans vit dans le rejet du système de valeurs, promulgué par l’école et les médias de la République islamique. Pendant ces dernières décennies, le décalage entre l’espace public, maîtrisé par les agents de mœurs, et l’espace privé, où presque tout est permis, n’a cessé de progresser.

Pourtant, malgré le non-respect que les jeunes citadins affichent pour les mesures islamiques – vestimentaires, alimentaires, sexuelles, … –, leurs témoignages révèlent qu’en dépit de leur apparence rebelle, ils ont en partie intériorisé l’image négative que la société leur inflige à cause du rejet de ses normes et valeurs.

Cette image devient doublement négative lorsqu’ils se reprochent leur inaction, comme si la capacité d’agir sur leur sort et de faire valoir leurs droits fondamentaux ne dépendait que d’eux et de la volonté individuelle. Les catastrophes naturelles qui dévastent le pays (comme le tremblement de terre, les inondations ou les sècheresses, etc.) et les situations politiques ingérables (comme la menace de guerre, les sanctions économiques, ou certaines décisions politiques jugées inacceptables, etc.) aiguisent leur conscience de l’impuissance et déclenchent chez eux une avalanche de reproches et de haine de soi. Peut-être cette auto culpabilisation relève-t-elle d’un besoin de se sentir responsable, de se procurer une semblable illusion de puissance. Peut-être est-elle un simple mécanisme d’auto-défense. Mais, elle n’en reste pas moins destructrice pour autant, car elle les empêche d’avoir une vision objective de leur situation. Dans un pays où la moindre critique et protestation sont violemment réprimées, et où l’on peut encourir de lourdes peines de prisons pour avoir contesté une décision politique, quelle est la marge de manœuvre des individus?

Quatre décennies de l’atteinte physique, l’atteinte juridique, et l’atteinte à la dignité humaine ont profondément privé les jeunes de reconnaissance sociale et les ont affectés dans le sentiment de leur propre valeur. La non reconnaissance du droit et de l’estime sociale en Iran ont créé des conditions collectives dans lesquelles les jeunes ne peuvent parvenir à une attitude positive envers eux-mêmes. En l’absence de confiance en soi, de respect de soi, et d’estime de soi, nul n’est en mesure de s’identifier à ses fins et à ses désirs en tant qu’être autonome et individualisé. Or, faut-il s’étonner si, aujourd’hui, l’émigration est devenue la seule perspective de l’avenir des jeunes Iraniens?

Voir par ailleurs:

Did Team Obama Warn Iranian Terror Commander about Israeli Assassination Attempt?

Debra Heine
PJ media
January 11, 2018

A Kuwaiti newspaper reported last week that Washington gave Israel the green light to assassinate terror mastermind Qassem Soleimani, commander of Iran’s Quds Force (which has been designated a terrorist organization).

New York Times columnist Bret Stephens pointed out a disturbing detail in the story that has long been rumored but has gone largely unreported in the American press:

Bret Stephens @BretStephensNYT

The story here, Kuwaiti-sourced, is that Obama team tipped Tehran to an Israeli attempt to assassinate Qassem Soleimani, the Iranian general who has the blood of hundreds of American troops in his hand. What says @brhodes? https://www.haaretz.com/israel-news/1.832387 

According to the report, Israel was « on the verge » of assassinating Soleimani three years ago near Damascus, but the Obama administration warned Iranian leadership of the plan, effectively quashing the operation. The incident reportedly « sparked a sharp disagreement between the Israeli and American security and intelligence apparatuses regarding the issue. »

Stephens tagged former Obama deputy national security adviser Ben Rhodes in his tweet, but it was ignored until Obama’s former National Security Council spokesman Tommy Vietor saw it on Wednesday:

Tommy Vietor @TVietor08

Yeah WTF Ben? Immediately confirm or deny this totally unsubstantiated claim and then tell us why you don’t support assassinations.

199

Stephens responded by noting dryly that the Iran Contra scandal started in a similar way, and that the Obama administration certainly had no objection to assassinations when it came to other terrorists:

Vieter, who drove Obama’s press van before he became president, responded thus:

Tommy Vietor  @TVietor08

Yeah @BretStephensNYT taking out Osama bin Laden is the same as assassinating an Iranian political leader. https://twitter.com/bretstephensnyt/status/951216401301299202 …Stephens seemed taken aback:

Stephens seemed taken aback:
Bret Stephens @BretStephensNYT

Seriously, @TVietor08? Suleimani is an “Iranian political leader”? Actually he’s head of the Quds Force, which is a US designated sponsor of terrorism. Suleimani is sanctioned by name. Here, read about it: https://www.treasury.gov/press-center/press-releases/Pages/hp644.aspx  https://twitter.com/tvietor08/status/951219021332074496 

Indeed, as the Washington Times reported in 2015, Shiite militants under Qassem Soleimani’s command are responsible for more than 500 U.S. service member deaths in Iraq between 2005-2011.

The Quds forces, led by Gen. Qassem Soleimani, set up factories to produce the weapon, which unleashes rocket-type projectiles that penetrate American armored vehicles. As head of the Islamic Revolutionary Guard Corps’ Quds Force, Gen. Soleimani is Iran’s top terrorist commander, committed to the downfall of Israel and the United States and the destabilization of governments in the region.

But Vieter wasn’t through digging. His next tweet all but confirmed the story.

Tommy Vietor @TVietor08

We were well aware of the dangers posed by QS and the IRGC. Obama sanctioned them repeatedly, among other deterrents. But an assassination of QS by Israel would be destabilizing to put it mildly.

Ben Rhodes finally weighed in, but it was too late.

Voir de même:

Report: U.S. Gives Israel Green Light to Assassinate Iranian General Soleimani
Al Jarida, a Kuwaiti newspaper which in recent years had broken exclusive stories from Israel, says Israel was ‘on the verge’ of assassinating Soleimani, but the U.S. warned Tehran and thwarted the operation
Haaretz
Jan 01, 2018

Washington gave Israel a green light to assassinate Qassem Soleimani, the commander of the Quds Force, the overseas arm of Iran‘s Revolutionary Guard, Kuwaiti newspaper Al-Jarida reported on Monday.

Al-Jarida, which in recent years had broken exclusive stories from Israel, quoted a source in Jerusalem as saying that « there is an American-Israeli agreement » that Soleimani is a « threat to the two countries’ interests in the region. » It is generally assumed in the Arab world that the paper is used as an Israeli platform for conveying messages to other countries in the Middle East.

The agreement between Israel and the United States, according to the report, comes three years after Washington thwarted an Israeli attempt to kill the general.

The report says Israel was « on the verge » of assassinating Soleimani three years ago, near Damascus, but the United States warned the Iranian leadership of the plan, revealing that Israel was closely tracking the Iranian general.

The incident, the report said, « sparked a sharp disagreement between the Israeli and American security and intelligence apparatuses regarding the issue. »

The Kuwaiti report also identified Iran’s second in command in Syria, known as « Abu Baker, » as Mohammad Reda Falah Zadeh. It said he also « might be a target » for Israel, as well as other actors in the region.

Voir enfin:

Iran appoints fiery general who vows to destroy Israel as new IRGC head
Hossein Salami takes command of hardline military force weeks after US blacklisted it as a terror group; Mohammed Ali Jafari pushed out after over a decade at the helm
The Times of Israel
21 April 2019

Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei, right, arrives at a graduation ceremony of the Revolutionary Guard’s officers, while deputy commander of the Revolutionary Guard, Hossein Salami, second right, former commanders of the Revolutionary Guard Mohsen Rezaei, second left, and Yahya Rahim Safavi salute him, on May 20, 2015, in Tehran, Iran. (Official website of the Office of the Iranian Supreme Leader via AP)

Iran’s Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei shuffled the top ranks of the hard-line Islamic Revolutionary Guards Corps Sunday, appointing the deputy chief of the hardline force as its top leader.

Brig. Gen. Hossein Salami was made commander of the IRGC, replacing Maj. Gen. Mohammed Ali Jafari, who has headed the military force since 2007, according to Iranian media reports.

Salami has frequently vowed to destroy Israel and “break America.” Iran was “planning to break America, Israel, and their partners and allies. Our ground forces should cleanse the planet from the filth of their existence,” Salami said in February. The previous month, he vowed to wipe Israel off the “global political map,” and to unleash an “inferno” on the Jewish state.

Brig. Gen. Hossein Salami, the new head of Iran’s Islamic Revolutionary Guard Corps. (YouTube screen capture)

He also said “Iran has warned the Zionist regime not to play with fire, because they will be destroyed before the US helps them.” Any new war, he said, “will result in Israel’s defeat within three days, in a way that they will not find enough graves to bury their dead.”

The IRGC shakeup comes weeks after the US designated the group a terror organization, the first time it has ever blacklisted an entire military branch under the rule.

Tehran has raged against the move, and responded by labeling the US military a terror group under its own designation. It also rallied around the IRGC, with some lawmakers dressing in the division’s uniforms in parliament in reaction to the designation.

Jafari had called the American move “laughable,” even while warning of a possible retaliation.

The Islamic Revolutionary Guard Corps was formed after the 1979 Islamic Revolution, with a mission to defend the clerical regime, and the force has amassed strong power both at home and abroad.

The Guards’ prized unit is the Quds Force, headed by powerful general Qassem Soleimani, which supports Iran-backed forces around the region, including Syrian President Bashar Assad and Lebanese terrorist group Hezbollah.

It also oversees the country’s ballistic missile program and runs its own intelligence operations.

Jafari was demoted to the post of commander of a cultural and educational division, according to reports.

Agencies contributed to this report.


Education: L’école, c’est la guerre (As victimhood culture spreads from elite colleges to the middle classes, it is not only contaminating conservatives who resent being unfairly targeted as oppressors but could push us all towards a paternalistic, authoritarian state, sociologists warn)

17 septembre, 2018
 "Entre les murs", un film de Laurent Cantet, 2008.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Te rends-tu compte que le passé a été aboli jusqu’à hier ? S’il survit quelque part, c’est dans quelques objets auxquels n’est attaché aucun mot, comme ce bloc de verre sur la table. Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. La chose faite, aucune preuve ne subsiste. La seule preuve est à l’intérieur de mon cerveau et je n’ai aucune certitude qu’un autre être humain quelconque partage mes souvenirs. De toute ma vie, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de tenir la preuve réelle et concrète. Des années après. Winston (1984, George Orwell)
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves et si, malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique, il saura signifier aussi à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTÉ D’ÊTRE LIBRE. Peuple de France (dit « Appel du 10 juillet »)
Cette violence irrépressible il le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité, nous l’avons sue, je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux « Damnés de la terre », 1961)
Immense et grand plaisir d’avoir pu rencontrer Ahed Tamimi à la fête de l’Huma, figure la résistance palestinienne ! Eric Coquerel (député France insoumise)
Ahed Tamimi, la jeune militante devenue une icône mondiale de la résistance palestinienne, lance un appel aux jeunes de France à la Fête de l’Humanité. L’Humanité
Tant que les noms des écoles sont utilisés pour glorifier le terrorisme, la Belgique ne peut pas coopérer avec le ministère palestinien de l’Education et ne fournira plus d’aide financière pour la construction d’écoles. Ministère de l’Education belge
Fin septembre au Conseil de Paris, le groupe communiste qui y voyait un vestige de l’histoire coloniale avait fait adopter un vœu pour demander qu’elle ne soit pas raccrochée et exposée en pleine rue. Après plusieurs rencontres de concertation, le projet initié par le budget participatif sera finalement respecté. La plaque restaurée sera réinstallée sur la façade d’immeuble avec un texte explicatif. Le Parisien
Don’t Forget July 1, 2018 Starts SPAM… SPAM… Straight Pride American Month! Last Sunday ended LGBTQF-WTF month Yea! (*Don’t get me wrong I support the First Amendment, as much as the next person, and support the rights of grown men to wear skin tight short-shorts and go-go boots and don tinker bell wings with wand and prance down the streets of San Francisco) with tens of thousands of folks dancing and prancing all over American celebrating the fact they are different than most of the rest of us and showing their “pride” in being so. Now before anyone gets their pantyhose in a knot, this is not really legally anti anything; instead it’s pro-family; and proud to be a straight American, and me expressing a private opinion… So there! If you remember last week I proclaimed the Month of July as SPAM …(Straight Pride American Month)…(as Vice Mayor don’t know if I can, but what the heck). Now hundreds of millions of the rest of us can celebrate our month, peaking on July 4th, as healthy, heterosexual, fairly monogamous, keep our kinky stuff to ourselves, Americans… We do it with our parades in every state and county in this country with families celebrating together. We honor our country and our veterans who have made all of this possible (including for the tinker bells) and we can do it with actual real pride, not some put on show just to help our inferior complex “show we are different” type of crap. We ARE different from them…We work, have families, (and babies we make) enjoy and love the company (and marriage) of the opposite sex and don’t flaunt our differences dressing up like faries and prancing by the thousands in a parade in nearby San Francisco to be televised all over the world… Ted  Hickman
My point was, what’s the difference? They have their pride month, why can’t we have ours? … I support the First Amendment. Ted Hickman
Il n’y a pas longtemps, l’apartheid régnait en Afrique du sud. Reposant sur la ségrégation des Noirs, il voulait se disculper en créant des bantoustans où une autonomie factice leur était concédée. Un tel système a heureusement disparu. Et voici qu’aujourd’hui, c’est un apartheid d’un nouveau genre qui est proposé à la France, une ségrégation à l’envers grâce à laquelle les « dominés » préserveraient leur dignité en se mettant à l’abri des « dominants ». Mais alors, cela veut dire qu’une femme qui ôte le voile et sort dans la rue deviendrait une proie normale ? Cela veut dire qu’une « race » qui côtoie les autres serait humiliée ? Cela veut dire qu’une religion qui accepte de n’être qu’une parmi d’autres perdrait la face ? (…) À quoi peut donc servir ce ségrégationnisme nouvelle manière ? Doit-il seulement permettre aux soi-disant « dominés » de sauvegarder leur pureté en vivant entre eux ? N’a-t-il pas surtout pour but d’affirmer la sécession avec la communauté nationale, avec ses lois et ses mœurs ? N’est-il pas l’expression de la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie ? Que chacun vive dans la loi de sa communauté ou de sa caste et dans le mépris de celle des autres, que chacun ne soit jugé que par les siens, cela est contraire à l’esprit de la République. Celle-ci a été fondée sur le refus de droits privés s’appliquant à des catégories spécifiques et exclusives, autrement dit sur l’abolition des privilèges. Les mêmes lois pour chacun de nous, voilà ce que nous garantit au contraire la République. C’est ce qu’on appelle tout simplement la Justice. Le nouveau séparatisme avance masqué. Il veut paraître bénin, mais il est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme. L’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues. L’islamisme déteste la souveraineté démocratique car elle lui refuse toute légitimité. L’islamisme se sent humilié lorsqu’il ne domine pas. Pétition contre le séparatisme islamique
The scholars promoting this concept claim that it is a microaggression even when someone says “I don’t see you as black,” or claims to be colorblind, or purports not to be a sexist, or in general doesn’t “acknowledge” one’s race membership or gender. But let’s face it — it’s considered racist for whites to treat any trait as “black.” If we accept that, then we can’t turn around and say they’re racists to look at black people as just people. That particular aspect of the microaggression notion seems fixed so that whites can’t do anything right. One can’t help sensing a notion that this would be perhaps “payback” for whites and the nasty society they stuck us with. But all it does is create endless conflict, under an idea that basically being white is, in itself, a microaggression. That, however, is neither profound nor complex — it’s just bullying disguised as progressive thought. Let’s call it microaggression when people belittle us on the basis of stereotypes. Creating change requires at least making sense. John McWorther
Je crois que la séparation fondamentale entre peuple et élites – c’est une image, car c’est toujours plus compliqué – a pour point de départ la différenciation éducative produite par le développement du supérieur. Au lendemain de la guerre, dans les démocraties occidentales, tout le monde avait fait l’école primaire – aux États-Unis, ils avaient également fait l’école secondaire –, les sociétés étaient assez homogènes et très peu de gens pouvaient se vanter d’avoir fait des études supérieures. Nous sommes passés, ensuite, à des taux de 40 % de gens qui font des études supérieures par génération. Ils forment une masse sociale qui peut vivre dans un entre-soi. Il y a eu un phénomène d’implosion sur soi de ce groupe qui peut se raconter qu’il est supérieur, tout en prétendant qu’il est en démocratie. C’est un phénomène universel et pour moi, c’est la vraie raison. Il y a des décalages. L’arrivée à maturité de ce groupe social se réalise dès 1965 aux États-Unis. En France, nous avons trente ans de retard et ça s’effectue en 1995. Les gens des diverses strates éducatives ne se connaissent plus. Ceux d’en haut vivent sans le savoir dans un ghetto culturel. Dans le cas d’un pays comme la France, nous avons par exemple l’apparition d’un cinéma intimiste, avec des préoccupations bourgeoises déconnectées des cruautés de la globalisation économique. Il y a des choses très bien dans cette culture d’en haut. L’écologie, les festivals de musique classique ou branchée, les expositions de peinture impressionniste ou expressionniste, le mariage pour tous : toutes ces choses sont bonnes. Mais il y a des personnes avec des préoccupations autres, qui souhaitent juste survivre économiquement et qui n’ont pas fait d’études supérieures. (…) Par contre, je diverge de Lasch et de gens qui dénoncent les élites pour supposer des qualités spéciales au peuple. Je l’ai cru à une époque, mais je n’en suis plus là. Les élites trahissent le peuple, c’est certain. J’estime même de plus en plus qu’il y a au sein des élites des phénomènes de stupidité induits par le conformisme interne du groupe, une autodestruction intellectuelle collective. Mais je ne pense plus que le peuple soit intrinsèquement meilleur. L’idée selon laquelle, parce qu’il est moins éduqué ou moins bien loti, le peuple serait moralement supérieur est idiote, c’est une entorse subtile au principe d’égalité. Adhérer pleinement au principe d’égalité, c’est être capable de critiquer simultanément élites et peuple. Et c’est très important dans le contexte actuel. Cela permet d’échapper au piège d’une opposition facile entre un populo xénophobe qui vote Le Pen et les crétins diplômés qui nous ont fabriqué l’euro. C’est toute la société française qu’on doit condamner dans sa médiocrité intellectuelle et morale. (…) Je crois que c’est le symptôme d’un changement d’humeur de la société américaine dans son cœur, qui est un cœur blanc puisque la démocratie américaine est à l’origine blanche. Depuis longtemps, je suis convaincu que parce que les Anglo-Saxons ne sont au départ pas très à l’aise avec la notion d’égalité, le sentiment démocratique aux États-Unis est très associé à l’exclusion des Indiens et des Noirs. Il y a quand même 72 % du corps électoral qui est blanc. Obama a mené une politique de sauvetage de l’économie américaine tout à fait estimable dans la grande crise de 2007-2008, mais il n’a pas remis en question les fondamentaux du consensus de Washington : le libre-échange, la liberté de circulation du capital et donc les mécanismes qui ont assuré la dégradation des conditions de vie et la sécurité des classes moyennes et des milieux populaires américains. Dans les années 1950, la classe moyenne comprenait la classe ouvrière aux États-Unis. Les ouvriers ont été  “reprolétarisés” par la globalisation et les classes moyennes ont été mises en danger. Il y a eu, en 2016, une sorte de révolte. Le premier élément qui m’a intéressé – et c’était normal puisque dans L’illusion économique (1997) je dénonçais le libre-échange –, c’est la remise en question du libre-échange, qui était commune à Trump et Sanders. C’est parce que le protectionnisme est commun aux deux que nous pouvons affirmer être face à une évolution de fond de la société américaine. C’est vrai que le phénomène Trump est incroyable : le type fout en l’air le Parti républicain pendant la primaire et fout en l’air les Démocrates ensuite. Mais jusqu’au bout, et des vidéos le prouvent, j’ai cru que c’était possible, parce que j’étais tombé sur des études démographiques largement diffusées. Je ne sais plus si je les avais vues mentionnées dans le New York Times, dans le Washington Post, ou dans les deux. Elles révèlent que la mortalité des Blancs de 45-54 ans a augmenté aux États-Unis entre 1999 et 2013. Pour les Américains, le débat sur les merveilles du libre-échange est clos. Ils ont compris. Il faut partir de l’électorat et pas de Trump. L’électorat est en révolte et les États-Unis ont une tradition démocratique plus solide que la nôtre, à la réserve près qu’il s’agit d’une démocratie blanche. (…) Les Républicains ont inventé la technique du dog-whistle, c’est-à-dire du “sifflet à chien”, qui agit sans qu’on l’entende. Un langage codé permet de bien faire comprendre à l’électorat blanc qu’il faut détruire le welfare (les aides sociales), censé n’aller qu’aux Noirs. C’est ce qui a permis au Parti républicain de mener une politique économique absolument défavorable à son propre électorat, c’est-à-dire de diminuer les impôts des riches et de continuer à foutre en l’air la classe ouvrière blanche par le libre-échange. Trump est à l’opposé du dog-whistle. Il avait un double discours : d’un côté, un discours xénophobe tourné contre le Mexique – et pas contre les Noirs, qui sont sur le territoire américain – et de l’autre, des thématiques économiques quasi-marxistes. Pour moi, Trump est le contraire du racialisme républicain traditionnel. Il a mené le débat sur le terrain économique, face à des Démocrates qui activaient inlassablement, sur le mode de la bien-pensance, la question raciale, en se présentant comme les défenseurs des Noirs et en expliquant que si on appartenait à tel groupe, on devait voter de telle manière. Trump a donc foutu en l’air le Parti républicain racial avec ses thématiques économiques, pendant que le Parti démocrate est resté sur ses positions raciales banales. (…) En formalisant, nous pourrions dire qu’il y a deux forces qui s’opposent aux États-Unis : un parti national et un parti globaliste. Nous pourrions dire que le parti national se caractérise par une protection aux frontières – des biens, de la circulation des personnes, le tout avec une bonne base xénophobe – mais qui n’est pas hostile au marché et qui a pour seul but de relancer un capitalisme interne qui fabrique des biens. En gros, il explique que les entreprises peuvent se faire de l’argent autrement. En face, il y a le parti globaliste qui va laisser les frontières ouvertes, en expliquant que cela va fonctionner même si la théorie économique explique que cela va générer des dégâts et des inégalités, le tout devant être compensé par de la redistribution et du welfare. (…) Mais l’important, c’est la protection contre l’arrivée de marchandises fabriquées par des gens sous-payés. (…) La question, c’est de savoir s’il existe une technique qui permet que des gens s’enrichissent et que cela profite à tout le monde dans l’espace national. (…) Jusqu’à présent, j’étais résigné à l’enfermement de “l’anglosphère” dans son néo-libéralisme par son indifférence à l’égalité. Dans l’ensemble, mon modèle anthropologique ne fonctionne pas mal. L’idée d’un communisme fabriqué par une famille communautaire, égalitaire et autoritaire explique très bien l’histoire russe. La famille nucléaire absolue explique très bien le modèle libéral anglo-saxon, ainsi que le développement du capitalisme. Le fait que les gens ne sont pas très sensibles aux États-Unis ou en Angleterre à l’idéal d’égalité explique pourquoi le capitalisme y fonctionne de manière bien huilée et pourquoi les individus ne sont pas choqués quand certains font du profit. Mais entre 2000 et 2015, nous avons atteint la limite du modèle. Et bien sûr, les peuples peuvent transcender leur détermination anthropologique, mais à un certain niveau de souffrance seulement. C’est pour cela que la hausse de la mortalité a été un avertisseur qui m’a permis d’échapper à mon propre modèle. Quand j’ai pensé que Trump pouvait être élu, j’étais au fond en train d’admettre que mon modèle anthropologique était insuffisant. Mais c’est finalement la même chose qui s’est passée avec la chute du communisme. (…) Mon modèle anthropologique dit que les traditions communautaires russes expliquent très bien l’invention du communisme. Mais de même que le libéralisme a emmené la société américaine à un niveau de souffrance exagéré, qui a provoqué la révolte de 2016, le communisme avait atteint vers 1975 un niveau d’absurdité tel, avec une hausse de la mortalité infantile, qu’il s’est effondré en 1990. Par contre, ce que nous dit déjà l’existence ultérieure de la Russie, c’est que l’atteinte de ce point de rupture peut amener une modification du système économique, mais ne fait pas sortir définitivement la population de sa culture. Je pense qu’il y a une démocratie en Russie. Les Russes votent à 80 % pour Poutine. C’est une forme de démocratie autoritaire. Mais le fonctionnement de la société garde beaucoup des traditions communautaires d’autrefois. Le système américain tente de se réformer, mais il va garder ses traits libéraux et non égalitaires fondamentaux. D’ailleurs, quand je décrivais un protectionnisme qui laisse fonctionner le capitalisme en interne, c’est exactement cela que j’évoquais. (…) Les États-Unis ont traversé une phase d’instabilité et de crise culturelle à partir des années 1960 : montée du divorce, enfants hors mariage, etc. Ce sont quand même les Américains qui ont inventé la pilule. Cette phase de crise a entraîné une montée spectaculaire du taux d’homicide. Mais si nous reprenons tous ces paramètres – ce que je ne ferai pas maintenant – depuis 1995, il est clair qu’en termes de mœurs, les États-Unis sont dans une phase de restabilisation. Dans ses tréfonds, la société américaine opère un retour à l’équilibre. (…) C’est un pays en cours de stabilisation morale, malgré sa souffrance économique, qui vient d’élire Trump. (…) en réalité, le retour au national promu par Trump devrait s’accompagner d’une “désuniversalisation” des problèmes. Emmanuel Todd
Avec Trump, tous les coups sont permis. Les médias retrouvent d’instinct le langage orwellien qui inverse la paix en guerre et la liberté en servitude. Avec Trump, le traître devient héros, le président des Etats-Unis devient un tyran et un fou. La démocratie, c’est abattre l’homme élu par le peuple américain. Et cela dure depuis le premier jour de son élection. Une élection qui a pris par surprise toutes les élites de l’est et de l’ouest du pays – élites économiques, financières, médiatiques, judiciaires, administratives. Cet «Etat profond», comme l’appelle Trump, a décidé d’avoir la peau de ce Président et de le conduire vers la procédure d’impeachment, comme Louis XVI fut traîné à la guillotine. Chaque journaliste, chaque bureaucrate, même les plus haut gradés, chaque juge, rêve d’avoir la peau de Trump comme leurs glorieux aînés ont eu celle de Nixon en 1971. «Nixon le tricheur», lui aussi, avait été le candidat des classes populaires contre l’establishment sorti des campus universitaires des années 1960. Entre-temps, ces jeunes gens chevelus ont pris tous les pouvoirs à Washington. Et sont bien décidés à ne pas les perdre. Depuis des mois, ils s’efforcent de faire passer Trump pour un espion à la solde de Poutine. Et, comme cela ne marche pas, ils ajoutent désormais la folie. Cet affrontement, en vérité, dépasse le cas de Trump et même des Etats-Unis. C’est tout l’Occident qui en est le champ de bataille. La guerre inexpiable oppose des élites cosmopolites qui, au nom des valeurs universelles des droits de l’homme, veulent désagréger les peuples et les nations issus d’une histoire séculaire. En face, il y a les peuples occidentaux qui s’efforcent de sauvegarder leur mode de vie, leur identité, leur unité, leur histoire. Des peuples enracinés contre des élites déracinées. La loi de la majorité contre la dictature des minorités. La démocratie contre l’Etat de droit. Des élites qui se parent du titre de «progressistes» et qui, à Paris, Berlin, Bruxelles, Washington ou Los Angeles, traitent avec mépris les «populistes». Des élites qui ont juré d’avoir la peau des antiques nations et des peuples qui ne veulent pas mourir. Eric Zemmour
The University of Maryland (UMD) was forced to take down flyers and change the name of a counseling program that offered “safe space for white students” after sparking outrage on campus. At the beginning of the fall semester, UMD’s Counseling Center posted flyers for a new group called “White Awake,” which prompted the backlash. Early Friday, the university’s website changed the name to “Anti-Racism and Ally Building Group” and scrubbed any references to a “safe space” and “white students.” “This group offers a safe space for white students to explore their experiences, questions, reactions, and feelings,” the initial description read. “Members will support and share feedback with each other as they learn more about themselves and how they fit into a diverse world.” The flyer also asked if white people ever “feel uncomfortable and confused” in their “interactions with racial and ethnic minorities,” and if they “want to become a better ally.” Several students conveyed their outrage on social media and on campus. “The world is a space for white people to talk in,” one student told The Diamondback, a UMD student newspaper, expressing how unnecessary the new initiative is. (…) Noah Collins, who leads the group and specializes in group therapy for the Counseling Center with an interest in “racial and cultural awareness,” issued a statement Thursday night saying UMD will discontinue the flyer and consider changing the name, but that it stands by the group. He added the flyer was “not clear enough” in explaining that the group’s aim is “anti-racism and becoming a better ally.” Fox news
L’école, c’est la guerre. (…) Parents noirs, arabes et musulmans, parents habitant les quartiers populaires….nos enfants fréquentent des établissements où ils sont stigmatisés et humiliés par certains enseignants, prêts à partir en croisade contre une jupe longue ou un début de barbe suspecte… Nos enfants assistent aux humiliations que nous y subissons, notamment lorsque nous sommes voilées et qu’on nous interdit de les accompagner en sortie… Nos enfants apprennent très tôt la hiérarchisation raciale. Front de mères
The Rise of Victimhood Culture makes the case that incentives at the modern American university have created a new moral culture, one where victimhood is granted a special moral status. Awarding status to victims has in turn led to hoaxes, false accusations, and, in some extreme cases, moral panics. The diagnosis is put forward by sociologists Bradley Campbell and Jason Manning, and they make their case convincingly. The argument is that college campus is ground zero for this new culture, but its rules of conduct are starting to leak into mainstream institutions. (…) On a university campus, for example, victims are not shamed but are instead fiercely protected, and now awarded status. This dynamic could be observed as early as 2015, in the reception to Emma Sulkowicz’s protest against a sexual assault she alleged had taken place. It consisted of her carrying her mattress around the Columbia University campus, including to class, under the condition that her accused rapist needed to be expelled in order for her to stop. For this performance, she was widely criticized, but she was also heralded as a feminist hero. The New York Times art critic Roberta Smith called it “succinct and powerful” and added that Sulkowicz has “set a very high standard for any future work she’ll do as an artist.” Although Columbia University and the New York Police Department failed to establish any wrongdoing on the part of the student Sulkowicz had accused, for art critics such as Smith, the accused student’s guilt was a fait accompli. That such awards and accolades might incentivize vexatious or false complaints in a student body seemed not to matter to adults in charge. (…) Campell and Manning predict that victimhood culture will eventually spread from elite colleges into the mainstream. In making this prediction, they note the significance of the fact that victimhood culture has emerged among the wealthiest schools in America. Oberlin and Brown, for example, have led the microaggression movement, while Claremont has been a pioneer in safe-space demands, microaggression protests, and the banning of speakers. They point out that the median family income at Middlebury College—where Charles Murray was shouted down and where his sponsoring professor, Alison Stranger, was given whiplash injuries in a parking lot—was $240,000 per year. That income level is double that of Saint Louis University, where Murray spoke to an attentive audience. The book thus highlights a peculiar fact: The students most obsessed with their own oppression are some of the most pampered individuals in the world. (…) Campbell and Manning warn, victimhood culture will likely spread downwards from the social elites to the middle classes—as those wishing to be upwardly mobile will try to emulate upper-class moral norms. While the culture is likely to spread downwards, it is also likely to inspire resentment. Campbell and Manning warn that the narratives of privilege deployed by the culture, which target white men in particular, are just as likely to inspire hostility as deference, especially in those who feel that they are unfairly targeted as oppressors (…) Paradoxically, the backlash against political correctness is likely to make the situation worse. Conservatives are quickly learning to ape victimhood, too. The authors note that professional provocateur Milo Yiannopolous “thrives on causing offense and controversy,” neither of which promotes a culture of dignity. (…) The logic of victimhood culture, then, is escalating grievance and retaliatory aggression. When slights cannot be neutralized with a dignified turn of the cheek, the prognosis looks grim. What the purveyors of victimhood culture do not seem to grasp is that in weakening dignity, and in undermining the principles that deem all men and women to be moral equals, they unwittingly destroy the safeguards that prevent bad actors—such as hoaxers and narcissists—from climbing the social hierarchy through dishonesty and manipulation. In incentivizing weakness and reliance on third parties to intervene in disputes, students invite a paternalistic authoritarian apparatus to develop. While they seem comfortable with an authoritarian apparatus on their university campus today, we should not be surprised if they demand an authoritarian state to police the citizenry tomorrow. The logical endpoint of a victimhood culture will not be a progressive utopia. On the contrary: The further this culture radiates outward, the more likely it will make victims of us all. Commentary
We argue that victimhood culture, at least in its more extreme forms, is new. We see it in its purest form on contemporary college and university campuses. Manifestations of victimhood culture include complaining about and punishing microaggressions, demanding and creating safe spaces, requesting and requiring trigger warnings, and banning or disinviting speakers who might offend designated victim groups. (…) Making moral judgments elevates the reputation of some people and lowers the reputation of others, so morality is always a source of a kind of social status that we can think of broadly as respectability. Other kinds of status have other sources, so in any complex society not only are some people more respectable than others, but some are also wealthier, more socially integrated, or more culturally conventional. Your position on these and other social hierarchies affects how people treat you. If you testify in court, for example, people are more likely to believe you if you are wealthy, respectable, and so on. And if you’re the victim of a crime, it’s more likely the offender will be brought to justice. (…) Like honor cultures, victimhood cultures emphasize one set of vices and virtues over others. They are concerned with eradicating oppression and privilege, and this single-minded moral obsession can lead to the similar kinds of perversities that come from neglecting other virtues in honor cultures. But even in an honor culture your moral status usually has to do with your own behavior rather than someone else’s. In a victimhood culture it’s instead your identity as a victim that gives you status. It’s not your own virtue at all, but someone else’s treatment of you, that makes you virtuous. One problem with this is that you end up with a system of morality that doesn’t offer much incentive for good behavior. Honor cultures incentivize bravery while neglecting other virtues. But if you want esteem in a victimhood culture, what can you do? It’s not like you can become a victim. Or actually, you can — you can portray yourself as weak and in need of help, you can portray others’ behavior toward you as harmful and oppressive, and you can even lie about being the victim of violence and other offenses. Victimhood culture incentivizes bad behavior. The extreme form of victimhood culture we see among activists on college campuses leads to another problem in that one’s status as a victim comes not just from individual experiences of victimhood but also from one’s identity as part of a victim group. The idea is that all members of certain groups are victims, but that no one else is. Activists even argue that whites cannot be the victims of racism, or men the victims of sexism. Likewise, whether people can be victims of new offenses like cultural appropriation or microaggression, depends on their identity. A white person wearing a hairstyle associated with African Americans would be cultural appropriation, for instance, but an African American wearing a hairstyle associated with whites would not be. Likewise, those who have pioneered the concept of microaggression have made it clear that not all slights count. A white male elementary school teacher may experience stereotypes and put-downs, for example, but to call those microaggressions would be a “misapplication of the concept.” So the moral hierarchy of victimhood culture places entire groups of people at the top or bottom based on the whole group’s victimhood status. And while it’s not always clear which groups qualify, Jonathan Haidt identifies seven groups that are currently treated as sacred: people of colour, women, LGBTs, Latinos, Native Americans, people with disabilities, and Muslims. Under this schema even many minority groups, such as Evangelical Christians, fail to qualify, and any discrimination against them is ignored or celebrated. We have two problems with this. The first is a fundamental moral objection. We believe in the ideals of dignity culture — that all human beings have an inherent worth and should be treated accordingly — and we object to the new hierarchy of victimhood just as we would any racial and ethnic hierarchy. The second problem is the reactions it may produce. Whites, men, and others who do not have victimhood status are unlikely to accept a new morality and a new moral hierarchy in which they’re at the bottom. And they may end up embracing one in which they’re at the top. We find the recent prominence of alt-right white nationalists alarming, and we worry there will be more of it in reaction to the spread of victimhood culture. It’s a dangerous thing to undermine dignity culture and its ideals of equality. (…) In the book we talk about the movement against campus rape, and we point out that the movement has support from journalists, members of Congress, and others who are not part of the campus victimhood culture. And rape isn’t a new offense like microaggression or cultural appropriation. It’s also not a minor offense. So the movement as such isn’t a pure manifestation of victimhood culture. But what we do see is that an effort to honor victims leads to credulity even in cases like the rape hoaxes at Duke and at the University of Virginia where it should have been clear that the accusers were lying. It also leads to efforts to weaken the due process rights of the accused. And alongside the more mainstream elements of the movement are the campus activists and others enmeshed in victimhood culture who make more radical arguments — that accusers should always be believed, for example. But so far such ideas haven’t been widely adopted. The #MeToo movement may be similar. To some extent it may have facilitated the mainstreaming of victimhood culture, but it’s also a mainstream enough movement that efforts to radicalize it and to use the moral language and logic of campus activists seem mostly to have failed. The movement as a whole appears not to have relied on accusations of new victimhood offenses and has focused instead on things like rape, groping, and other kinds of sexual assault and sexual harassment. The accusations against Harvey Weinstein and against most of the other prominent targets of the #MeToo movement haven’t been about microaggressions and haven’t relied on creative ideological expansions of the concepts of assault and harassment. The accusations against Weinstein, for example, include 19 coerced sexual acts and many more instances of unwanted touching and sexual exhibitionism. Much of the #MeToo movement might be seen as an expression of dignity culture — an appeal to ideals already widely held in the culture but commonly violated in practice. Women demanding that they not be bullied, groped, fondled, demeaned, assaulted, or harassed by men the workplace, and that the men abusing their power in this way face consequences, aren’t relying on radical feminism or its notions of endemic patriarchal oppression — not usually, anyway. They seem to be trying to bring to light behavior that was already considered wrong but that many people weren’t aware was going on. But the #MeToo movement is large and has less mainstream elements as well, so some of the accusations have indeed drawn from victimhood culture in various ways. We might think of the most prominent accusations existing on a continuum from Harvey Weinstein to comedian Aziz Ansari. In January 2018 the online magazine Babe published an article by Katie Way about an anonymous woman’s date with Ansari. The article, “I Went on a Date with Aziz Ansari. It Turned into the Worst Night of My Life,” recounts in detail a date between “Grace” and Ansari. Ansari doesn’t come off as particularly gentlemanly in the account, but it’s clear that the story is not about rape, it’s not about sexual assault, and it’s not even about sexual harassment. After going to dinner, the two went to Ansari’s apartment, engaged in sexual acts with one another, and according to Grace, Ansari then kept wanting to engage in intercourse, she didn’t, and she eventually went home. Later in a text message she told Ansari that he had ignored “clear non-verbal cues” and said that he had to have noticed she was uncomfortable. The accusations against Weinstein, which deal with clear-cut cases of violence, coercion, and harassment, are understandable in terms of mainstream morality, while the accusation against Ansari is understandable only in terms of victimhood culture. The same perspective that leads to the labeling of uncomfortable conversations as a kind of aggression, or conservative political speech as violence, leads here to the labeling of boorish behavior on a date as sexual assault. To the extent that the #MeToo movement accords a special status to victims, to the extent that it establishes victimhood solely based on whether someone is a woman or man, and to the extent that it blurs the distinction between serious offenses like what Weinstein has been accused of and the kind of noncoercive sexual advances on a date that Ansari is accused of, it will indeed lead to the spread of victimhood culture. Another thing the Ansari case illustrates is something we have thought of as moral emaciation. Victimhood culture’s focus on oppression narrows the range of moral discourse, and activists seem to be losing the capacity to make moral judgments based on anything other than victimhood terms. It seems that anything activists find bad they define as harmful and oppressive, whether it’s an ugly statue on campus or a bad date. As Mona Charen points out, isn’t what Grace wanted — affection, kindness, attention — what many people want when they go on a date? “What does it say about dating in our time,” she asks, “that those are unrealistic expectations?” The problem is that Grace has no moral language to communicate this. She can’t describe Ansari’s behavior as caddish, lascivious, or any of the other old-fashioned terms that would more accurately capture her moral reaction. Instead, it has to be oppression, assault. This is probably not good for the #MeToo movement, and it may shift attention away from the kinds of offenses the movement was supposed to call attention to. It also doesn’t help anyone to think better about how people should behave on dates. Moral emaciation leads to moral confusion. (…) Complaints of cultural appropriation illustrate victimhood culture quite well. As with microaggression complaints, it’s a grievance about a nonviolent, probably unintentional slight that many observers wouldn’t even see as offensive. As with microaggressions, the offense is framed as a matter of collective oppression, of one social group harming another. And in practice, it’s usually an offense defined by identity, something only people in designated privileged groups can be guilty of. Victimhood culture’s high sensitivity to slight means it continually coins new types of offense. And this is certainly one of the most baffling of the new offenses. As we’ve discussed elsewhere, one particularly confusing aspect is that many of the things that get called cultural appropriation were, until very recently, virtues — signs that one was cosmopolitan and open-minded. If anything, we might expect social and cultural conservatives to be the ones most upset about Westerners practicing yoga or mindfulness meditation, or white kids adopting black fashions and hairstyles. In many cases they are, but these days so-called progressives are often vocal and visible critics. (…) Though the complaint is framed as a matter of someone dominating or exploiting the vulnerable — in a victimhood culture, virtually all complaints are — it might be more helpful to understand it as a matter of the offenders aping their betters. As sociologist Donald Black discusses in his book Moral Time, various societies throughout history have had rules — sumptuary laws — preventing people from adopting the styles, entertainments, and recreations of their social betters. The Han and Ming dynasties forbade commoners from wearing certain colors of clothing. Premodern Japan had laws forbidding peasants from wearing clothing distinctive of townspeople. In medieval England a law stated that no one under the rank of knight should wear any fur clothing (later amended to allow them to wear distinctive kinds of fur). And no one below the rank of lord was allowed to wear the period’s fashionable pointy shoes. The unwritten norms regarding cultural appropriation seem analogous to these sorts of restrictions. (…) thinking of it as a kind of moral pollution also might help us put it into a larger sociological context. As sociologist Murray Milner argued in his work on the Indian caste system, sacredness is but a special form of status. It corresponds to what we call moral status in our book, though like honor it might be a particular style of moral status. The sacred is that which is treated as special and worthy of reverence. It must be set apart from the profane, protected by rituals associated with cleanliness and purity. One might immediately think of Mosaic Law, but if we understand it abstractly we can see these sorts of purity rules everywhere, including regarding secular things like national flags and anthems. What is going on when a white Westerner practices yoga or paints in an indigenous style or quotes a lyric from a Beyoncé song? Perhaps it’s like having the unclean enter the temple and put on the vestments. The culture of vibrant, good, brave, people is being polluted by those who carry the moral stain of privilege. It also seems like there’s also a theme of moral pollution in some of the discourse surrounding “whiteness.” Sometimes the manner in which it’s discussed makes it seem like a curse, or something that spreads and infects places and things as well as people. Hence we see pieces where people complain about the prevalence of whiteness in LGBT spaces, or Taylor Swift exuding whiteness, or, to give a case we mention in our book, people accusing others of asking white questions and employing white research methods. (…) Victimhood culture is mainly a leftwing phenomenon, but it has a way of spreading. Conservatives and others who find themselves opposed to campus activists might uphold the values of the dignity culture the activists reject, but sometimes they end up departing from it themselves. One way they might do this is by embracing whatever victimhood culture opposes. This can mean being deliberately provocative and offensive in order to get a rise out of the activists, or at the extreme, it can mean embracing alt-right ideologies that reject equality and diversity. But another way conservatives might depart from dignity culture is by embracing the assumptions of victimhood culture and pointing to their own victimhood. In our first article on victimhood culture in 2014, we pointed to the case of Tal Fortgang, a Princeton student who wrote an article about checking his privilege, as campus activists had been urging that he and others do. The idea was that when he checked his privilege he found in his background a long history of hardship and persecution, including family members who had been persecuted and murdered in the Holocaust. Now in one sense, that’s perfectly reasonable. It points to the absurdities of the victimhood framework. The grandson of Holocaust survivors might legitimately wonder why he should have the burden of being labeled privileged while others at his elite university gain sympathy and status by labeling themselves victims. We ourselves sometimes wonder why in an academic environment where people constantly talk about disadvantage, inclusivity, diversity, and the like, our working class, small town, Southern backgrounds gain us no victimhood points. So the idea might be, if you’re going to denigrate the privileged and valorize the victimized, at least be more accurate — don’t base it all on skin color, sex, and a few other such traits. But this easily leads to competitive victimhood, where moral disputes become contests over who can claim the most disadvantage. Conservatives at colleges and universities might be especially prone to embracing victimhood since they can actually make very plausible claims of being one of the most victimized groups on campus. Conservatives are vastly underrepresented among the faculty, especially in the social sciences. Far more sociologists identify as Marxists than as conservatives, for example, and a survey of sociology professors found that nearly 30% of them acknowledged they would be less likely to support a job candidate who was a Republican. Conservatives on campus are also subject to what the activists would call microaggressions or worse if directed toward recognized victim groups. Many of them remain closeted. The claims of victimhood are understandable, then, but if conservatives end up adopting their adversaries’ assumptions about what constitutes victimhood and what the response to victimhood should be, they’ll become just another force undermining dignity culture. (…) We also see claims of victimhood becoming a key part of the campus conservative message. Conservatives should definitely complain about the suppression of free speech on campus. But sometimes this takes the form of engaging in intentionally offensive speech in order to get a reaction from the left that then becomes the basis of further complaints. This actually combines both of the dignity-rejecting strategies — the embrace of offensiveness and the embrace of victimhood. Conservative groups that have brought in the provocateur Milo Yiannopoulos, for example, seem more interested in stirring up controversy and angering the left than in advancing conservative ideas. They should have the right to do so, of course, and even when groups have brought in conservative intellectuals campus activists have sometimes reacted in the same way. Still, bringing in someone like Yiannopoulos hardly advances the ideals of dignity. (…) Another way that conservatives and other opponents of victimhood culture may end up adopting its assumptions, perhaps unwittingly, is by valorizing the victims of victimhood culture.  (…) According to Black’s theory, tolerance of diversity is greater in exactly those places that have more diversity to start with, while concern with cultural purity is greatest where culture is relatively homogeneous. Theoretically, increasing ideological diversity should reduce the degree of ideological intolerance on campus, and so undermine some of the more severe eruptions. It would also provide some more tolerance for those wishing to criticize victimhood culture as such. For many college students, socialization into extreme sensitivity and dependency began before they arrived. There are signs that children and youth — at least from the middle and upper classes — are more sheltered, supervised, and regulated than in decades past, and that they have correspondingly less practice in coping with difficulties and handling conflicts on their own. Supporters of so-called free-range parenting campaign against this, encouraging parents to allow their children unsupervised play and school districts to provide recess grounds with such dangerous equipment as jungle gyms and monkey bars. One might find ways to encourage these kinds of initiatives locally or nationally, such as by raising money for the legal defense of people charged with neglect and abuse for what many of us would consider a reasonable bit of autonomy or schools held responsible for accidental injuries. And finally, it’s important to combat victimhood culture and to deal with the problems it creates in the universities and elsewhere, but it’s also important to create alternatives to the universities and the mainstream media where serious ideas can be discussed and debated. Bradley Campbell and Jason Manning
Portée outre-Atlantique par l’extrême gauche, puis par des groupes et des individus s’estimant les porte-paroles exclusifs de «minorités» de couleurs, de genres, d’obédiences spirituelles, etc., l’idéologie racialiste mère de ce désastre culturel a été largement décrite, et depuis longtemps, par nombre d’intellectuels américains – hélas trop rarement traduits en français – d’Allan Bloom au milieu des années 1980 jusqu’à l’ouvrage récemment publié par deux sociologues, Bradley Campbell & Jason Manning, The Rise of Victimhood culture (Springer, 2018). Aux États-Unis est ainsi née l’inversion des modes ségrégatifs. Dans un pays qui vécut longtemps sur un système de discrimination légale, doit-on s’étonner? Les antiracistes-racistes actuels se prétendent héritiers de la lutte pour les droits civiques des années 1960, qui visait en effet à combattre des situations bien réelles et à abolir les lois de ségrégation raciale. Une fois l’égalité des droits acquise fut mise en œuvre la discrimination positive, source d’effets pervers qui ont justifié sa profonde remise en cause, y compris par le président Obama. Mais ce n’était pas assez: il fallait suivre les traces de Malcom X plutôt que la sagesse d’un Luther-King, il fallait que les WASP payent, et sur plusieurs générations. Seuls des «blancs» adeptes de l’autoflagellation pourraient désormais échapper à l’opprobre du racialement-correct. Ils furent légion, ils se comptèrent par millions, jusqu’au point où cette haine de soi apparut pour ce qu’elle était: une pathologie collective suicidaire Le concept «d’appropriation culturelle» étant une des gouttes qui a fait déborder le vase de la bêtise du «progressisme racialiste». Des Américains de toutes origines commencèrent alors à reprendre leurs esprits, à sortir la tête de l’eau croupie de l’autodénigrement. Ironie du sort, au même moment, en France, nous plongeons à notre tour dans ce marigot, l’adaptant à notre sauce, réécrivant notre histoire commune à partir de récits mêlant histoire, mémoire et mythologie sur des thèmes obsessionnels tels que l’esclavage, le colonialisme, le génocide, l’homophobie, la misogynie, l’immigration. Il en ressort que la société française – traduire par «blanche», «de souche», «gauloise» etc. – serait intrinsèquement raciste. Depuis une dizaine d’années, dans les départements universitaires français de Sciences humaines, nombre de chercheurs – inconnus du public éclairé, voire de leurs collègues universitaires renommés – reprennent les grandes théories des «gender studies» ou des «racial studies» élaborées aux États-Unis reprenant le vocabulaire abscons cher aux héritiers de Deleuze, Lacan, Foucault et Derrida, cette «French theory» influente sur les campus des années 1970-80. Certains sont docteurs en sociologie ou en sciences politiques. Beaucoup plus rares, mais plus inquiétants, d’autres sont normaliens. La plupart des fers de lance de cette idéologie sont des étudiants-doctorants qui voient leurs thèses validées par une poignée de professeurs d’université grenouillant dans la mouvance indigéniste. Tout ce petit monde, très sensible au discours des Indigènes de la République et du CCIF, publie des articles dans des revues secondaires voire anonymes et des livres chez des éditeurs militants plutôt qu’universitaires. Mais ce sont les petites rivières qui forment les grands fleuves. Ils nous expliquent que ce qui compte, ce n’est pas tant le réel que les représentations mentales et sociales, qui à les lire seraient gravées dans le marbre… Commence ainsi la police de la pensée dont toutes les idéologies totalitaires ont porté la marque: on vous assigne à une identité en vous prêtant une pensée (et donc des comportements) induite par votre groupe d’appartenance, supposé ou réel. Vous devenez raciste par vos ascendants, sexiste parce que vous êtes un homme blanc hétérosexuel. Parallèlement, si vos ascendants furent esclaves, colonisés, exterminés ou si vous êtes née femme, vous êtes à jamais victime. Et comme il s’agit de représentations sociales, il convient d’éclairer votre lanterne, car pauvre bougre que vous êtes, vous êtes parfois victime ou bourreau par héritage sans le savoir! Une poignée de maîtres-penseurs, Docteur-es PHD à l’appui, viennent ainsi révéler au grand jour vos tares et vos traumas. Trop d’impensés tueraient-ils la pensée? Par la magie d’un simple logiciel de statistiques, ces soi-disant penseurs «analysent» vos discours et vos textes et produisent un nuage de mots administrant la preuve sémantique de vos obsessions mentales, racistes, sexistes, homophobes, enfin dévoilées. L’avantage du concept d’«inconscient collectif» ou celui de «construction sociale» est qu’il permet d’attribuer toute pensée déviante à un tiers voire à un groupe social dans son entier. Ainsi les indigénistes recourent-ils systématiquement à l’essentialisation pour stigmatiser les «bourreaux». Essentialisation que, ne craignant pas la contradiction, ils dénoncent tout aussi systématiquement dès qu’il s’agit des «victimes». (…) La thèse dite «décoloniale», initiée et défendue par la mouvance indigéniste, postule l’existence d’un «racisme d’État», d’un racisme «systémique» qui maintiendrait délibérément les populations issues de l’immigration africaine dans un statut d’infériorité. Ce «racisme d’État» viserait du même coup spécifiquement l’islam, religion qui de ce fait se retrouve assimilée à une «race», celle des victimes, des humiliés par excellence. Cette «domination» racialiste serait instaurée par l’institution scolaire dès le plus jeune âge et à tous les niveaux ; les élèves, les étudiants seraient ainsi exposés à des enseignements biaisés visant à les rabaisser, les enseignants véhiculant inconsciemment pour la plupart des représentations sociales héritées de l’époque coloniale. Pour la mouvance décoloniale, l’École de la IIIème République est l’objet de toutes les détestations: odieusement raciste et islamophobe puisque laïque, affreusement colonialiste car elle croyait en un idéal universel d’instruction, la fameuse «mission civilisatrice». Il s’agit toujours chez les indigénistes de porter un regard anachronique sur cette époque passée pour mieux la décalquer sur le présent. L’anachronie, c’est leur fonds de commerce. (…) L’offensive universitaire de ces mouvements constitue un danger réel pour l’enseignement supérieur, plus généralement pour la crédibilité des universités françaises déjà mises à mal dans les classements internationaux. L’université française ne peut pas se permettre la gangrène qui a gagné certains campus américains, qui y a décrédibilisé des départements entiers et a conduit des enseignants réputés à quitter leurs postes. Car, ne nous y trompons pas: les indigénistes, comme les islamistes, suivant les théories de Gramsci, veulent précisément faire imploser l’institution scolaire et académique, qui sont les socles de la société à venir. Barbara Lefebvre et Anne-Sophie Nogaret
Selon les postcolonial studies, courant venu du monde anglo-saxon et sud-américain, le « passif colonial » continuerait à structurer toutes nos institutions et représentations. Encore minoritaires dans le champ académique il y a dix ans, ces thèses semblent s’inviter de plus en plus à l’université. C’est d’abord une question de vocabulaire. « Racisme structurel » (de l’Etat français), « domination blanche »,  » féminisme islamique »… Une nuée de concepts qui ne se limitent plus aux cercles d’initiés et aux réunions militantes. Un peu partout, on voit se multiplier les cours, les travaux dirigés, les doctorats, les sujets de thèse, les colloques ayant trait à ces questions. Beaucoup des chercheurs ou enseignants rencontrés au cours de cette enquête témoignent sous couvert d’anonymat. Le sujet, disent-ils, est trop « brûlant », trop « passionnel », « confisqué par les extrêmes ». Pour les esprits « raisonnables », ceux qui voudraient « continuer à travailler », il n’y aurait que des coups à prendre à rester « à l’écart des vieilles ou nouvelles chapelles ». 80 intellectuels, dont Elisabeth Badinter, Mona Ozouf, Pierre Nora, Alain Finkielkraut ou encore Boualem Sansal, dénoncent cependant cette « offensive des ‘décoloniaux' » dans « Le Point » cette semaine. « Tout cela crée un profond clivage entre collègues », souligne Gérard Noiriel, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en Sciences Sociales (EHESS). Benjamin Stora, président du Musée de l’Histoire de l’Immigration et spécialiste de la guerre d’Algérie, est à peine plus disert. Malgré tout, il lâche : « Dans notre pays, nous avons peu de professeurs spécialistes de l’histoire de la décolonisation. Du coup, le sujet est préempté par de jeunes doctorants en sociologie ou en science politique, parfois très dogmatiques. » C’est dans ce vide académique que se sont engouffrés ceux que l’on appelle, et qui s’appellent eux-mêmes, les « décoloniaux », des chercheurs qui assument d’être aussi des militants. Le 6 novembre dernier, Sciences-Po Aix-en-Provence a programmé une conférence sur le thème : « Un féminisme musulman, et pourquoi pas ? » La conférencière s’appelle Malika Hamidi, sociologue, auteur de plusieurs articles et d’un essai, notamment sur la question du foulard. Elle préconise : « La lutte féministe de la musulmane d’Europe sera principalement une lutte contre l’islamophobie et le paternalisme d’un certain féminisme occidental à prétention universaliste. » Habituée des colloques en France (elle a aussi été invitée à l’institut d’études politiques de Lyon et à l’EHESS), Malika Hamidi se targue d’être aussi « une femme de foi et une militante ». A son CV il faut ajouter le titre de directrice générale de l’European Muslim Network, une organisation présidée par Tariq Ramadan. (…) Pour ses partisans, la percée de la mouvance « décoloniale » illustre en effet l’expression du pluralisme à l’université, qui s’ouvrirait enfin aux « problématiques » nouvelles travaillant la société. Pas suffisamment encore aux yeux de certains. C’est le cas du sociologue Eric Fassin, directeur du département d’études de genre à Paris-VIII, qui a importé en France les postcolonial studies. Cette figure médiatique, qui exerce une réelle influence sur une partie du monde universitaire et intellectuel français, a cosigné une tribune collective, publiée dans « Libération » en 2015, condamnant le rôle de l’Etat français, « comme l’acteur principal d’un racisme institutionnel ». Aujourd’hui, il regrette que les universités soient toujours trop frileuses : « Il n’y a pas assez de créations de poste. Nous manquons de professeurs qui travaillent sur les discriminations raciales. » François Burgat, lui, n’a pas attendu ces dernières années pour faire entendre sa voix. Septuagénaire, directeur émérite de recherche au CNRS, il n’a jamais tourné le dos à Tariq Ramadan, y compris après sa mise en examen pour viol. « La vraie question n’est plus de savoir si Tariq Ramadan ‘a violé trois femmes’, expliquait-il le 26 octobre sur Twitter, mais bien ‘avec l’aide de qui ces trois femmes sont-elles parvenues si facilement à rouler trois magistrats dans la farine’ ? » Sur Twitter toujours, après l’émoi suscité par l’assassinat de l’octogénaire juive Mireille Knoll, chez elle à Paris, il n’a pas hésité à écrire : « Oups, ce n’était pas vraiment la Shoah dans un appartement. » Parmi d’autres déclarations publiques, on peut noter ses attaques contre la télévision française qu’il traite de « Télavivision » (en référence à Tel-Aviv) ou ses incitations à « soutenir le CCIF ». Et François Burgat compte toujours autant de disciples au sein de l’Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde arabe et musulman (Iremam) d’Aix-en-Provence, un laboratoire doté de moyens importants et qui accompagne, pour les années 2018-2019, quarante-cinq doctorants dans la rédaction de leurs thèses. Récemment, il a ainsi dirigé les travaux de l’un d’eux sur les rapports entre le Qatar et le prédicateur sunnite Youssef al-Qaradawi. Ce dernier, parfois surnommé « le cheikh de la mort « , est l’auteur de plusieurs fatwas autorisant les attentats-suicides ; il déversait, en 2009, sur la chaîne Al-Jazeera, sa haine des juifs : La thèse consacrée au prédicateur a été soutenue le 20 novembre 2017, devant un jury présidé par François Burgat. Elle n’a pas encore été publiée, mais certains observateurs qui ont assisté à la soutenance ont été interloqués. « Les relations de Qaradawi avec le Qatar y sont qualifiées de simple ‘soft power islamique de complémentarité’ ! » raconte l’un d’entre eux. Son auteur, Nabil Ennasri (formé par Tariq Ramadan, dont il dénonce la « lapidation médiatique »), est aujourd’hui docteur en science politique. Parfois, les initiatives de la faculté sont plus troublantes encore. En octobre 2017, des universitaires de Lyon-II ont convié – dans le cadre d’un colloque intitulé « Lutter contre l’islamophobie, un enjeu d’égalité ? » – Abdelaziz Chaambi, le fondateur de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie (CRI), mais aussi… fiché S par les services de renseignement. Suite au tollé de nombreuses associations, la présidence de l’université a fini par annuler la manifestation. (…) Tout cela dessine pour le moins un climat. Et les militants de la laïcité, à l’unisson de certains spécialistes de l’islam, y voient la preuve de la victoire culturelle remportée par les Frères musulmans dans le monde universitaire. Les Frères, expliquent-ils, évitent de mettre en avant leurs propres objectifs. Ils les intègrent dans d’autres combats, comme la lutte contre les discriminations ou pour l’égalité hommes-femmes. Depuis peu, les mêmes s’inquiètent de la percée du Parti des Indigènes de la République, créé en 2005, que sa porte-parole, Houria Bouteldja, défini comme « anti-impérialiste et antisioniste ». Un professeur d’économie, confie, en off : « Aujourd’hui, à l’université, si vous vous opposez à ces réseaux, vous passez vite pour un raciste. » Autre confidence, presque apeurée, d’une chercheuse en poste dans le sud de la France, ayant toujours voté à gauche, défendu les droits de l’homme, combattu toutes les discriminations : « Avant, le pire pour un universitaire, c’était d’être accusé de plagiat ; maintenant, c’est de se voir traiter d’islamophobe sur internet. Cette accusation signe la fin d’une carrière. » Quelques téméraires, pourtant, osent prendre le risque. Par exemple, Isabelle Barbéris, agrégée de lettres modernes, normalienne, chercheuse associée au CNRS et maître de conférences à Paris-VII. « Certains étudiants, dit-elle, ont été littéralement endoctrinés par des professeurs qui sont de purs militants, mais que leurs titres académiques légitiment auprès des jeunes. » Céline Masson, professeur de psychopathologie clinique à l’université de Picardie Jules-Verne, ajoute : « Il existe aujourd’hui une petite cinquantaine d’universitaires très présents sur certains campus qui instrumentalisent la notion de racisme d’Etat. » En juin, Céline Masson a fait paraître avec deux autres professeurs (Isabelle de Mecquenem, professeur de philosophie de l’université de Reims, et Jean Szlamowicz, de l’université de Bourgogne) une tribune titrée : « Un antiracisme sectaire à l’assaut des facs : malaise dans la culture juvénile ». Ils y décryptaient le « discours univoque et véhément », qui, de colloques en conférences sur l' »islamophobie », cherche, « au mépris de la rationalité critique », à « légitimer l’idée d’une racisation de la société et d’un racisme d’Etat ». Ainsi s’impose peu à peu une vision du monde, clivée entre les « indigènes » opprimés et les « Blancs » héritiers de la colonisation. Alors que le mot « race » – jusqu’il y a peu signe de ralliement de l’extrême droite – vient d’être effacé de la Constitution française par un vote à l’unanimité de l’Assemblée nationale, en juillet 2018, le voilà qui fait son entrée en force dans les universités, y compris les plus prestigieuses. En juin 2018, la Sorbonne a lancé une série de conférences autour du thème : « Approches phénoménologiques du genre et de la race. Penser les oppressions et les résistances ». En septembre, Paris-Diderot (Paris-VII) a aussi tenu un ambitieux colloque. Trois jours de réflexion avec au menu : « Racisme et discrimination raciale, de l’école à l’université ». Plusieurs enseignants de Paris-VII disent aujourd’hui à « l’Obs », mais toujours sous le sceau de l’anonymat, combien ils ont été heurtés par ce symposium. Bien sûr, expliquent-ils, la problématique de la race, en tant que construction sociale, mérite l’intérêt. Bien sûr, poursuivent-ils, les facultés ont toujours eu pour mission d’animer le débat et la recherche. Mais le Code de l’Education prévoit aussi que l’enseignement supérieur soit « indépendant de toute emprise politique, religieuse ou idéologique ». Et qu’il tende à l' »objectivité du savoir ». Or, à lire la présentation des travaux de Paris-VII, il semble d’emblée posé que l’école et l’université françaises sont par nature « racistes », et produisent automatiquement des discriminations. « C’est donner raison à Bouteldja [la porte-parole des du PIR, NDLR] », affirme l’un de ces enseignants. (…) Elle bénéficie également du soutien de nombreux intellectuels. En juin 2017, après un article du « Monde » consacré au malaise croissant de la gauche face à l' »usage militant des notions comme la ‘race’ ou l »islamophobie' », une vingtaine de personnalités s’indignent dans une tribune et volent au secours de Bouteldja : « Accusations infondées », « calomnies ». Parmi les signataires : l’historienne Ludivigne de Bantigny, la sociologue Christine Delphy, la philosophe Isabelle Stengers, l’écrivain Annie Ernaux, ou l’éditeur Eric Hazan. Les « thèses » professées par Houria Bouteldja ont depuis longtemps franchi les sphères confinées de la radicalité. En voici un florilège. Sur les Blancs : « J’appartiens à ma race. Au-dessus de moi, il y a les profiteurs blancs. […] Mes oppresseurs. » Sur l’homosexualité : « La tarlouze n’est pas tout à fait un homme. Ainsi, l’Arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme. » Sur les juifs : « Pour le Sud, la Shoah est – si j’ose dire – moins qu’un détail. […] Cette histoire n’est pas la mienne en vérité […]. C’est pourquoi, je vous le dis en vous regardant droit dans les yeux : je n’irai pas à Auschwitz. » Lors des grèves des facs au printemps, on a pu mesurer l’effet de tels discours sur les étudiants. Les murs de plusieurs universités ont été tagués de slogans racistes (« Mort aux Blancs », « Fuck White People », « Assimilation = ethnicide »,  » Si le racisme antiblanc existait, je serais un gros faf ») ou à connotation islamiste (« Femmes, voilez-vous ! », « Allahou akbar »,  » Califat Queer « ). Pendant le même mouvement de grève, lors d’une conférence à Nanterre, deux militants « décoloniaux » ont été jusqu’à soutenir que « la gauche blanche enjoint aux non-Blancs de s’identifier comme homosexuels ». Pourquoi ? » Parce que la majorité blanche du Nord impose sa vision de la sexualité, qu’elle prétend universelle et émancipatrice, à l’intégralité de la population non-blanche du Sud qui ne lui a rien demandé.  » Sus à l' »homoracialisme français », concluaient les deux  » décoloniaux « . A bas l' »impérialisme gay » (l’une des expressions phares d’Houria Bouteldja). Sous la pseudo-spécialisation du langage, des alliances, en apparence contre-nature, se nouent. Entre les Indigènes de la République, les Frères musulmans (lesquels conceptualisent également une racialisation de l’islam) et certains militants d’extrême gauche. Tous unis pour dénoncer un « racisme d’Etat structurel, pensé, organisé et légalisé par des Blancs » et pour instituer les « indigènes » (noirs, arabes ou asiatiques) en « nouveaux damnés de la terre ». Exemple tout récent : le Collectif Rosa-Parks, qui, en octobre, a appelé à faire la « grève de la France » (« On disparaît de nos lieux de travail, de nos facs, de nos écoles ») pour dénoncer la « gestion raciale » des populations et la « ségrégation » érigée en « système ». Au bas de cet appel, les signatures d’Houria Bouteldja du PIR, de Marwan Muhammad du CCIF et d’une dizaine d’universitaires, parmi lesquels les « indigénistes » assumés Nacira Guénif-Souilamas, professeur de sociologie à Paris-VIII, et Françoise Vergès, politologue. De l’avis de tous ceux que nous avons rencontrés au cours de cette enquête, la mouvance « décoloniale » gagne du terrain à l’université. Certains s’en réjouissent, d’autres s’en inquiètent. Le plus souvent en silence. Un professeur est allé jusqu’à nous avouer sa « terreur » face à d’éventuelles représailles d’étudiants. Un autre craint de ne plus « obtenir de crédits » pour ses recherches s’il critique les orientations de son labo. Discours inutilement alarmistes ? Peut-être est-il simplement temps d’ouvrir le débat sur le sujet, sans anathèmes ni fantasmes, et de faire un état des lieux. » Matthieu Aron

Quand l’école sert aussi à faire la guerre …

A l’heure où la Fête de l’huma et nos députés les plus prétendument progressistes déroulent le tapis rouge pour le jeune produit d’une éducation à la haine palestinienne qu’un certain nombre de pays européens se voient aujourd’hui après les Etats-Unis contraints de désavouer …

Et où notre jeune président apporte son extrême onction à un professeur de mathématique qui dans la longue tradition du défaitisme révolutionnaire du « parti des 75 000 fusillés » avait lui aussi pour nos ennemis d’alors porté les valises …

Quand notre Sartre et compagnon de route national appelait à rien de moins que l’assassinat d’Européens

Comment ne pas s’inquiéter avec les sociologues américains Bradley Campbell et Jason Manning …

De l’émergence, dans le véritable ghetto culturel des campus américains, d’une culture de la victimisation qui voit, derrière la défense des minorités et entre déboulonnages de statues et décrochages d’enseignes, le retour de la censure et des purges idéologiques …

Mais aussi, avec la contamination à la société entière – mâles blancs compris, comme en témoigne en partie l’élection d’un Trump – de cette compétition et hiérarchisation victimaires, de l’escalade vers une société toujours plus conflictuelle et divisée …

Et comment ne pas s’alarmer avec les professeures françaises Barbara Lefebvre et Anne-Sophie Nogaret …

Où à la veille d’un colloque à Paris VII réunissant des « chercheurs en indigénisme » ..

Un racisme tout juste chassé par la porte de la Constitution …

Revient par la fenêtre de l’université ?

Comment le racialisme indigéniste gangrène l’Université
Barbara Lefebvre
Le Figaro
07/09/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Barbara Lefebvre et Anne-Sophie Nogaret s’insurgent contre la tenue d’un colloque à Paris VII réunissant des «chercheurs en indigénisme» et dévoilent la manière avec laquelle le milieu universitaire français est saccagé par l’idéologie antirépublicaine des groupuscules d’extrême-gauche.


Barbara Lefebvre est professeur d’histoire-géographie. Elle est coauteur de Les Territoires perdus de la République (éd. Mille et une nuits, 2002). Anne-Sophie Nogaret est enseignante.


La dévastation intellectuelle conséquente à l’idéologie racialiste est apparue sur les campus américains au tournant des années 1970-1980. Pour notre malheur, elle arrive en Europe toute prête à l’emploi, dans des universités où le vide idéologique et politique a laissé le champ libre au militantisme identitariste des minorités. Un colloque organisé à l’université Paris VII fin septembre viendra encore une fois en administrer la preuve.

Portée outre-Atlantique par l’extrême gauche, puis par des groupes et des individus s’estimant les porte-paroles exclusifs de «minorités» de couleurs, de genres, d’obédiences spirituelles, etc., l’idéologie racialiste mère de ce désastre culturel a été largement décrite, et depuis longtemps, par nombre d’intellectuels américains – hélas trop rarement traduits en français – d’Allan Bloom au milieu des années 1980 jusqu’à l’ouvrage récemment publié par deux sociologues, Bradley Campbell & Jason Manning, The Rise of Victimhood culture (Springer, 2018).

Aux États-Unis est ainsi née l’inversion des modes ségrégatifs. Dans un pays qui vécut longtemps sur un système de discrimination légale, doit-on s’étonner? Les antiracistes-racistes actuels se prétendent héritiers de la lutte pour les droits civiques des années 1960, qui visait en effet à combattre des situations bien réelles et à abolir les lois de ségrégation raciale. Une fois l’égalité des droits acquise fut mise en œuvre la discrimination positive, source d’effets pervers qui ont justifié sa profonde remise en cause, y compris par le président Obama. Mais ce n’était pas assez: il fallait suivre les traces de Malcom X plutôt que la sagesse d’un Luther-King, il fallait que les WASP payent, et sur plusieurs générations. Seuls des «blancs» adeptes de l’autoflagellation pourraient désormais échapper à l’opprobre du racialement-correct. Ils furent légion, ils se comptèrent par millions, jusqu’au point où cette haine de soi apparut pour ce qu’elle était: une pathologie collective suicidaire.

Le concept «d’appropriation culturelle» étant une des gouttes qui a fait déborder le vase de la bêtise du «progressisme racialiste». Des Américains de toutes origines commencèrent alors à reprendre leurs esprits, à sortir la tête de l’eau croupie de l’autodénigrement. Ironie du sort, au même moment, en France, nous plongeons à notre tour dans ce marigot, l’adaptant à notre sauce, réécrivant notre histoire commune à partir de récits mêlant histoire, mémoire et mythologie sur des thèmes obsessionnels tels que l’esclavage, le colonialisme, le génocide, l’homophobie, la misogynie, l’immigration. Il en ressort que la société française – traduire par «blanche», «de souche», «gauloise» etc. – serait intrinsèquement raciste.

Depuis une dizaine d’années, dans les départements universitaires français de Sciences humaines, nombre de chercheurs – inconnus du public éclairé, voire de leurs collègues universitaires renommés – reprennent les grandes théories des «gender studies» ou des «racial studies» élaborées aux États-Unis reprenant le vocabulaire abscons cher aux héritiers de Deleuze, Lacan, Foucault et Derrida, cette «French theory» influente sur les campus des années 1970-80. Certains sont docteurs en sociologie ou en sciences politiques. Beaucoup plus rares, mais plus inquiétants, d’autres sont normaliens. La plupart des fers de lance de cette idéologie sont des étudiants-doctorants qui voient leurs thèses validées par une poignée de professeurs d’université grenouillant dans la mouvance indigéniste. Tout ce petit monde, très sensible au discours des Indigènes de la République et du CCIF, publie des articles dans des revues secondaires voire anonymes et des livres chez des éditeurs militants plutôt qu’universitaires. Mais ce sont les petites rivières qui forment les grands fleuves.

Ils nous expliquent que ce qui compte, ce n’est pas tant le réel que les représentations mentales et sociales, qui à les lire seraient gravées dans le marbre… Commence ainsi la police de la pensée dont toutes les idéologies totalitaires ont porté la marque: on vous assigne à une identité en vous prêtant une pensée (et donc des comportements) induite par votre groupe d’appartenance, supposé ou réel. Vous devenez raciste par vos ascendants, sexiste parce que vous êtes un homme blanc hétérosexuel. Parallèlement, si vos ascendants furent esclaves, colonisés, exterminés ou si vous êtes née femme, vous êtes à jamais victime. Et comme il s’agit de représentations sociales, il convient d’éclairer votre lanterne, car pauvre bougre que vous êtes, vous êtes parfois victime ou bourreau par héritage sans le savoir! Une poignée de maîtres-penseurs, Docteur-es PHD à l’appui, viennent ainsi révéler au grand jour vos tares et vos traumas. Trop d’impensés tueraient-ils la pensée? Par la magie d’un simple logiciel de statistiques, ces soi-disant penseurs «analysent» vos discours et vos textes et produisent un nuage de mots administrant la preuve sémantique de vos obsessions mentales, racistes, sexistes, homophobes, enfin dévoilées.

L’avantage du concept d’«inconscient collectif» ou celui de «construction sociale» est qu’il permet d’attribuer toute pensée déviante à un tiers voire à un groupe social dans son entier. Ainsi les indigénistes recourent-ils systématiquement à l’essentialisation pour stigmatiser les «bourreaux». Essentialisation que, ne craignant pas la contradiction, ils dénoncent tout aussi systématiquement dès qu’il s’agit des «victimes».

Ainsi donc, à l’université Paris 7 aura lieu du 27 au 29 septembre 2018 un colloque intitulé «Racisme et discrimination raciale, de l’école à l’université» et qui rassemblera la crème de ces chercheurs en indigénisme et quelques-uns de leurs serveurs de soupe habituels. L’articulation de la notion de «race», ici subtilement passée par le prisme «discriminatoire», au système scolaire et académique français, de ce fait implicitement défini comme raciste, porte la marque de l’indigénisme.

On l’avait déjà vu clairement exposée lors du stage «Sud Éducation 93» de décembre 2017 intitulé sobrement «Au croisement des oppressions. Où en est-on de l’antiracisme à l’école?». Lequel stage de formation syndicale prévoyait des sessions «décoloniales» interdites aux descendants d’esclavagistes et/ou de colons, autrement dit, interdites aux blancs non musulmans. Certains animateurs de ce stage interviendront au colloque de Paris 7, comme Wiam Berhouma, enseignante d’anglais en collège ou Lissel Quiroz, membre de l’association «le Front de mères».

La thèse dite «décoloniale», initiée et défendue par la mouvance indigéniste, postule l’existence d’un «racisme d’État», d’un racisme «systémique» qui maintiendrait délibérément les populations issues de l’immigration africaine dans un statut d’infériorité. Ce «racisme d’État» viserait du même coup spécifiquement l’islam, religion qui de ce fait se retrouve assimilée à une «race», celle des victimes, des humiliés par excellence. Cette «domination» racialiste serait instaurée par l’institution scolaire dès le plus jeune âge et à tous les niveaux ; les élèves, les étudiants seraient ainsi exposés à des enseignements biaisés visant à les rabaisser, les enseignants véhiculant inconsciemment pour la plupart des représentations sociales héritées de l’époque coloniale. Pour la mouvance décoloniale, l’École de la IIIème République est l’objet de toutes les détestations: odieusement raciste et islamophobe puisque laïque, affreusement colonialiste car elle croyait en un idéal universel d’instruction, la fameuse «mission civilisatrice». Il s’agit toujours chez les indigénistes de porter un regard anachronique sur cette époque passée pour mieux la décalquer sur le présent. L’anachronie, c’est leur fonds de commerce.

En cette fin septembre, trois jours durant, une université parisienne va donc débattre de son propre racisme, confirmant en cela non seulement qu’il existe, mais encore qu’il lui serait quasiment consubstantiel. Au sein même de l’institution académique, distiller la thèse selon laquelle celle-ci serait structurellement raciste constitue une des tactiques répertoriées de l’entrisme indigéniste. Les activistes «décoloniaux», fins stratèges mais peu nombreux en réalité, misent sur le principe d’économie: un investissement minimal (quelques intervenants, dont certains avancent masqués) qui par le truchement des instances universitaires permet de répandre les thèses indigénistes aux jeunes générations, et ce d’autant plus efficacement qu’elles se trouvent estampillées du label universitaire: si l’académie le dit, c’est que c’est vrai… Comme l’écrivait en 1987 Allan Bloom: «les étudiants sont, en général, gentils. C’est à dessein que j’emploie cet adjectif. Ils ne sont pas particulièrement moraux ou nobles. Dans les époques heureuses, la gentillesse est une facette du caractère démocratique».

De la gentillesse à la mollesse jusqu’à l’endoctrinement les yeux grands fermés, il n’y a que quelques degrés que la déculturation de masse produite par notre enseignement secondaire depuis vingt ans aura permis de dépasser. Et parmi ces étudiants seront (sont déjà?) formés nos futurs enseignants, qui à leur tour, apprendront (apprennent?) à leurs élèves à quel point ils sont opprimés par les «blancs», et ainsi de suite.

Un président d’université peut ne pas être au courant du détail des rencontres organisées au sein de la structure qu’il dirige, comme c’était sans doute le cas à Lyon, à Limoges et à Toulouse où de tels colloques ont été annulés ces dernières années après avoir été portés à la connaissance du public par les médias. Tel ne saurait être le cas du colloque «Racisme et discrimination raciale, de l’école à l’université», puisque le 27 septembre prochain Christine Clerici en personne, présidente de l’Université Paris-Diderot, inaugurera les festivités. Seront présents lors de ce discours d’ouverture tous les organisateurs. Parmi ces derniers figurent Fabrice Duhme et Abdellali Hajjat. Sans doute Madame Clerici ignore-t-elle que Fabrice Duhme est sympathisant du Parti des indigènes de la République? Pour mémoire, en 2014, à la date symbolique du 18 juin, il cosignait leur appel à l’abrogation de la circulaire Chatel permettant d’interdire à des parents portant un signe religieux ostentatoire d’accompagner les activités scolaires. Plus récemment, il soutenait le stage organisé par le syndicat Sud-Education 93 précité. Quant à Abdellali Hajjat, maître de conférences à l’Université Paris-Ouest Nanterre, il a co-écrit avec Marouane Mohammed, sociologue s’affichant avec Assa Traoré, un ouvrage intitulé: Islamophobie: Comment les élites françaises fabriquent le «problème musulman».

Madame la présidente de l’université Paris Diderot prononcera-t-elle donc un discours d’ouverture en présence d’organisateurs dont les positions indigénistes et en faveur de l’islam politique ne sont un secret pour personne?

Quant aux intervenants du colloque, on y relève la présence d’un inspecteur général de l’Éducation nationale, Benoit Falaize, qui se garde bien de se présenter sous ce titre dans le programme actuellement disponible, se contentant d’énoncer son statut de «chercheur». L’Inspection Générale Enseignement Primaire est-elle informée de sa participation à ce colloque? De même, Madame Judith Klein de la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire, qui dirige la mission «prévention des discriminations et égalité fille-garçon», est-elle annoncée comme intervenante. La sous-direction de la vie scolaire dont dépend Mme Klein approuve-t-elle sa présence à un tel colloque?

Parmi les intervenants, nombre d’étudiants et de doctorants qui sont autant d’illustres inconnus. Quelques noms pourtant attirent l’attention: Hanane Karimi membre de Lallab ou Wiam Berhouma, professeur d’anglais, figure centrale du stage «décolonial» de Sud Education 93 en 2017, dont le haut fait d’arme est d’avoir interpellé avec aggressivité Alain Finkielkraut dans une émission de France 2 en 2016. Coup d’éclat médiatique qui lui a d’ailleurs réussi puisqu’elle fut reçue en février 2017 avec ses classes par Claude Bartolone, alors président de l’Assemblée Nationale. Ella a, en outre, récolté en 2018 plus de 12 000 euros via la cagnotte Ulélé pour que ses élèves «descendants de l’immigration et qui ne se sentent pas ou seulement très peu citoyens» aillent à New York, afin de savoir «comment s’est construite et comment se construit cette citoyenneté aux États-Unis en comparaison avec la France». Il est d’ailleurs courant que les leaders indigénistes mettent de côté leur ressentiment anti blancs et anticapitaliste quand il s’agit de récolter des fonds chez de vieux milliardaires ou de se faire offrir des séminaires de formation aux États-Unis sur la discrimination positive et les class actions… La caution de l’académie via le discours d’ouverture de Madame Clerici ne manquera pas de légitimer de telles ascensions!

Plus parlante encore, la présence parmi les intervenants d’un membre de l’association «le Front de mères», Lissel Quiroz. Association fondée en 2017 par Fatima Ouassak, proche du PIR et passée par Sciences-po Lille, qui entend en faire à terme un syndicat de parents d’élèves. On peut s’interroger sur le profil de ces futurs représentants puisque l’appel du Front de mères commence par une déclaration sans ambiguïté: «L’école, c’est la guerre», avant d’aligner unilatéralement le discours de l’humiliation cher aux indigénistes et aux islamistes: «Parents noirs, arabes et musulmans, parents habitant les quartiers populaires….nos enfants fréquentent des établissements où ils sont stigmatisés et humiliés par certains enseignants, prêts à partir en croisade contre une jupe longue ou un début de barbe suspecte… Nos enfants assistent aux humiliations que nous y subissons, notamment lorsque nous sommes voilées et qu’on nous interdit de les accompagner en sortie… Nos enfants apprennent très tôt la hiérarchisation raciale».

Sans porter atteinte à la liberté d’expression, Christine Clerici, présidente de l’université Paris Diderot, mais aussi Jacques Toubon, le défenseur des droits, doivent-ils accorder par leur présence la caution institutionnelle que cherche la mouvance indigéniste? L’offensive universitaire de ces mouvements constitue un danger réel pour l’enseignement supérieur, plus généralement pour la crédibilité des universités françaises déjà mises à mal dans les classements internationaux. L’université française ne peut pas se permettre la gangrène qui a gagné certains campus américains, qui y a décrédibilisé des départements entiers et a conduit des enseignants réputés à quitter leurs postes. Car, ne nous y trompons pas: les indigénistes, comme les islamistes, suivant les théories de Gramsci, veulent précisément faire imploser l’institution scolaire et académique, qui sont les socles de la société à venir.

Voir aussi:

Appel du « Front de mères » : luttons pour nos enfants !

Parents noirs, arabes et musulmans, parents habitant les quartiers populaires, êtes-vous sereins quand vous confiez vos enfants à l’école le matin ? Êtes-vous rassurés à l’idée qu’ils y passent l’essentiel de leur vie ?

Nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, inquiets voire angoissés dès qu’on évoque l’école. Et pour cause !

Nos enfants fréquentent des établissements qui n’ont pas les moyens de fonctionner, avec des taux records de professeurs absents et non remplacés, des taux records de professeurs mal-formés.

Nos enfants fréquentent des établissements où ils sont stigmatisés et humiliés par certains enseignants, prêts à partir en croisade contre une jupe longue ou un début de barbe suspecte.

Nos enfants sont traumatisés par des conflits d’autorité entre leurs parents et l’école, lorsque par exemple leurs parents leur demandent de ne pas manger la viande imposée dans leur assiette, alors que l’institution les incite, voire les oblige à la manger.

Nos enfants apprennent à l’école à ne pas respecter les valeurs que nous essayons de leur transmettre.

Nos enfants nous regardent quand nous sommes sermonnés et infantilisés par les enseignants.

Nos enfants assistent aux humiliations que nous y subissons, notamment lorsque nous sommes voilées et qu’on nous interdit de les accompagner en sortie.

Nos enfants apprennent à l’école à avoir honte de leurs mamans. Nos enfants apprennent très tôt la hiérarchisation raciale.

Nos enfants comprennent très tôt que l’école a un problème avec leurs cheveux quand ils sont crépus, avec leur langue maternelle si elle est africaine, avec leur religion quand c’est l’Islam.

Nos enfants subissent des programmes scolaires où les peuples dont ils sont issus, sont infantilisés, diabolisés ou invisibilisés.

Nos enfants apprennent à l’école à avoir honte de ce qu’ils sont.

Cette manière dont l’école traite nos enfants n’est pas accidentelle. Les discriminations qu’ils subissent ont une fonction : les résigner à occuper les postes les plus précaires, les plus mal payés, aux conditions de travail les plus difficiles.

Si notre enfant rêve d’avoir un jour un « beau métier », valorisé socialement, tout un système d’orientation se met en place, de la maternelle au collège, à travers les appréciations, le système de notations et les préjugés, pour l’en dissuader, et l’amener, étape par étape, vers des filières conduisant à des métiers à très faible valeur sociale.

Nos enfants sont éduqués à l’école de manière à ce qu’ils deviennent plus tard une main d’oeuvre malléable et bon marché, sans se plaindre. Mais ils sont aussi éduqués de manière à ce que même lorsque, exceptionnellement, ils font de brillantes études, et qu’ils occupent des postes à responsabilité, ils restent à leur place, ils font allégeance, et ils courbent l’échine.

La manière dont l’école nous traite, nous parents, n’est pas accidentelle non plus.

Nos familles, le lien que nous avons à nos enfants, la transmission que nous leur devons, nos racines, nos langues, et nos religions, sont des ressources pour nos enfants. Tout est fait pour casser cette famille-ressource qui permettrait à nos enfants de mieux résister. Isoler pour mieux écraser.

Comment empêcher que nos enfants soient ainsi brisés par l’école?

Pour sauver nos enfants, nous ne pouvons pas nous contenter de stratégies individuelles !

Car avec ces stratégies individuelles, notre enfant sera amené à courber l’échine toute sa vie durant, et ce ne sera jamais suffisant.

Qu’elle soit caissière ou ministre, téléconseillère ou avocate, notre fille subira le racisme.

Qu’il soit chômeur ou chirurgien, livreur ou ingénieur, notre fils subira le racisme.

A quoi sert d’élever notre fille comme une reine, si la société dans laquelle elle grandit considère les personnes qui lui ressemblent comme des êtres inférieurs?

En réalité, soit nous, parents noirs, arabes et musulmans gagnons ensemble. Soit nous perdons ensemble, et aucun de nos enfants ne sera épargné, y compris les quelques-uns qui auront atteint les classes moyennes et supérieures, car qui peut prétendre qu’on peut être heureux en étant honteux et aliéné?

Évidemment, nous voulons que nos enfants réussissent à l’école, y aient de bons résultats et s’y épanouissent.

Mais nous devons refuser de choisir entre réussite scolaire et dignité.

Nous devons le refuser pour nos enfants, parce que nous les aimons et que nous voulons ce qu’il y a de mieux pour eux, réussir et s’aimer soi-même, réussir et aimer les siens, réussir et avoir confiance en soi, réussir et rester digne.

Parce que nous aimons nos enfants,

Parce que nous voulons mettre hors d’état de nuire le système raciste qui les détruit,

Parce que nous voulons leur transmettre tout ce qui pourra les rendre plus forts, à commencer par notre dignité,

Parce que nous voulons les éduquer à travers des valeurs d’égalité, de justice et de bienveillance,

Parce que nous savons que sans lutte politique et collective, ce combat-là est vain,

Nous avons créé le Front de Mères. Et nous lançons les Etats Généraux des Familles qui auront lieu fin mai 2017, à Paris, pour réfléchir et travailler ensemble à un plan d’actions concrètes. Collectifs locaux de parents, rejoignez-nous pour organiser ces Etats Généraux, contactez-nous.

LE FRONT DE MÈRES
Coordinatrices : Fatima Ouassak (Politologue, auteur du livre « Discriminations Classe/Genre/Race », Ifar, 2015) et Diariatou Kebe (Blogueuse et auteure du livre « Maman noire et invisible », aux éditions La Boîte à Pandore (2015). Contact : front2meres gmail.com

Agenda : « Les États Généraux des Familles : l’urgence de construire des stratégies collectives en matière d’éducation et de transmission », le 24 mai 2017 (Horaires : 9h – 18h) – Lieu : La Parole Errante 9, rue François Debergue – 93100 Montreuil

Voir également:

The War on Dignity

Claire Lehmann reviews Bradley Campbell’s and Jason Manning’s « The Rise of Victimhood Culture »

In 2011, a group of University of Wyoming students created a Facebook group called “UW Crushes,” where they shared anonymous declarations of attraction to one another. The police were called to investigate when one anonymous poster wrote: “I want to hatef–k Meg Lanker Simons so hard That chick runs her liberal mouth all the time and doesn’t care who knows it. I think its [sic] hot and it makes me angry. One night with me and shes [sic] gonna be a good Republican bitch.” Students who were members of the group asked the group’s administrators to remove the post. But Lanker Simons objected: “Actually, I want this to stay up. This is disgusting, misogynistic, and apparently something the admins of this page think is a perfectly acceptable sentiment.” She continued: “Even if it is taken down, I’m left to wonder if there’s someone out there with a violent fantasy about me—and likely other women.” Police later determined that the post was a hoax and that the threat had been written by Meg Lanker Simons herself. Before the police arrived at this conclusion, a rally against “rape culture” had been held at the university.

The Rise of Victimhood Culture makes the case that incentives at the modern American university have created a new moral culture, one where victimhood is granted a special moral status. Awarding status to victims has in turn led to hoaxes, false accusations, and, in some extreme cases, moral panics. The diagnosis is put forward by sociologists Bradley Campbell and Jason Manning, and they make their case convincingly. The argument is that college campus is ground zero for this new culture, but its rules of conduct are starting to leak into mainstream institutions.

Campbell and Manning did not start their careers investigating microaggressions and trigger warnings. Campbell had been studying the sociology of genocide at California State University, and Manning had been studying suicide at West Virginia University. They came together to consider the questions of how groups manage conflict and how grievances are handled in different cultural contexts. In The Rise of Victimhood Culture, Campbell and Manning describe the three main moral cultures that exist today: “dignity,” “honor,” and “victimhood,” and the various behaviors associated with each.

A dignity culture, they explain, has a set of moral values and behavioral norms designed to promote the idea that each human life possesses immutable worth. If an individual has been brutalized or exists at the bottom of a social pecking order, she still has human worth. In a dignity culture, children are encouraged to try their best and are taught aphorisms such as “sticks and stones make break my bones, but words will never hurt me.”

By contrast, in an honor culture, being on the bottom of a social pecking order is associated with great shame. Victims are tainted and often punished for bringing dishonor to their families. In some extreme circumstances, they may even be killed.

A victimhood culture departs from both by inverting their norms. On a university campus, for example, victims are not shamed but are instead fiercely protected, and now awarded status. This dynamic could be observed as early as 2015, in the reception to Emma Sulkowicz’s protest against a sexual assault she alleged had taken place. It consisted of her carrying her mattress around the Columbia University campus, including to class, under the condition that her accused rapist needed to be expelled in order for her to stop. For this performance, she was widely criticized, but she was also heralded as a feminist hero. The New York Times art critic Roberta Smith called it “succinct and powerful” and added that Sulkowicz has “set a very high standard for any future work she’ll do as an artist.” Although Columbia University and the New York Police Department failed to establish any wrongdoing on the part of the student Sulkowicz had accused, for art critics such as Smith, the accused student’s guilt was a fait accompli. That such awards and accolades might incentivize vexatious or false complaints in a student body seemed not to matter to adults in charge.

In the most disquieting chapter, Campell and Manning predict that victimhood culture will eventually spread from elite colleges into the mainstream. In making this prediction, they note the significance of the fact that victimhood culture has emerged among the wealthiest schools in America. Oberlin and Brown, for example, have led the microaggression movement, while Claremont has been a pioneer in safe-space demands, microaggression protests, and the banning of speakers. They point out that the median family income at Middlebury College—where Charles Murray was shouted down and where his sponsoring professor, Alison Stranger, was given whiplash injuries in a parking lot—was $240,000 per year. That income level is double that of Saint Louis University, where Murray spoke to an attentive audience. The book thus highlights a peculiar fact: The students most obsessed with their own oppression are some of the most pampered individuals in the world.

Unlike victimhood culture, dignity culture did not arise from pampered pupils at American schools and universities. It did not even originate with the upper classes. Campbell and Manning explain that it was first established in the class of yeoman farmers, master craftsmen, and artisans of Northern Europe. Since its members had goods to sell, they had a lot to gain from general tolerance of the foibles of others and a lot to lose from engaging in reckless violence. While the nobility continued to duel with swords, Europe’s growing middle classes developed cultures of commercial interdependence. When institutions such as courts matured and the authority of nobles was weakened, the upper classes adopted dignity culture as well. So while dignity spread upwards from the middle classes to the social elite, Campbell and Manning warn, victimhood culture will likely spread downwards from the social elites to the middle classes—as those wishing to be upwardly mobile will try to emulate upper-class moral norms.

While the culture is likely to spread downwards, it is also likely to inspire resentment. Campbell and Manning warn that the narratives of privilege deployed by the culture, which target white men in particular, are just as likely to inspire hostility as deference, especially in those who feel that they are unfairly targeted as oppressors:

If whites and males increasingly face a moral world divided between those who vilify them and those who glorify them, we should not be surprised if many find the latter more appealing than the former.… Here again, the backlash against victimhood may not necessarily advance the ideals of dignity, such as the moral equality of all people. Victimhood culture deviates from this moral equality by producing a moral hierarchy with white males at the bottom; the reaction it provokes may be the resurgence of a moral hierarchy that places them at the top.

Paradoxically, the backlash against political correctness is likely to make the situation worse. Conservatives are quickly learning to ape victimhood, too. The authors note that professional provocateur Milo Yiannopolous “thrives on causing offense and controversy,” neither of which promotes a culture of dignity.

When Kevin Williamson was fired from the Atlantic, Erick Erickson tweeted, “Kevin Williamson’s firing is a reminder that there are two Americas and one side will stop at nothing to silence the other.” Kurt Schlichter took it up another notch:

Never Trump, the public humiliation of Kevin Williamson demonstrates the indisputable fact…

You can side with the left and hope to be allowed to exist like a domesticates [sic] lap dog like David Brooks or Bret Stephens…

Or you can accept this is an existential fight and join us.

The logic of victimhood culture, then, is escalating grievance and retaliatory aggression. When slights cannot be neutralized with a dignified turn of the cheek, the prognosis looks grim.

What the purveyors of victimhood culture do not seem to grasp is that in weakening dignity, and in undermining the principles that deem all men and women to be moral equals, they unwittingly destroy the safeguards that prevent bad actors—such as hoaxers and narcissists—from climbing the social hierarchy through dishonesty and manipulation. In incentivizing weakness and reliance on third parties to intervene in disputes, students invite a paternalistic authoritarian apparatus to develop. While they seem comfortable with an authoritarian apparatus on their university campus today, we should not be surprised if they demand an authoritarian state to police the citizenry tomorrow. The logical endpoint of a victimhood culture will not be a progressive utopia. On the contrary: The further this culture radiates outward, the more likely it will make victims of us all.

Understanding Victimhood Culture: An Interview with Bradley Campbell and Jason Manning

Quillette
May 17, 2018

Bradley Campbell, Associate Professor of Sociology at California State University, and Jason Manning, Associate Professor of Sociology at West Virginia University, have been described as “prophets of the academic world” by psychologist Jonathan Haidt, and their new collaborative work The Rise of Victimhood Culture: Microaggressions, Safe Spaces, and the New Culture Wars, “a book of revelations,” by the sociologist Donald Black. The two sociologists have aimed to supply us with an empirical sociological analysis of the recent moral conflicts that have erupted on U.S. college campuses—and the extent to which these conflicts are spreading outwards into mainstream society.

After reading the book, I reached out to the American sociologists to interview them about some of the key themes of their book, and also to gain insight into some recent cultural trends that were not covered.  What follows is a transcript of our interview conducted via email.

I. Three Moral Cultures

Claire Lehmann: Just briefly for our readers who have not read your book, can you explain the main differences between the dignity, honor and victimhood cultures which you outline in your thesis?

Bradley Campbell and Jason Manning: The three moral cultures are different clusters of traits having to do with what people find offensive and how they handle their grievances.

In dignity cultures, there is a low sensitivity to slight. People are more tolerant of insult and disagreement. Children might be taught some variant of “Sticks and stones can break my bones, but words can never hurt me.” It’s good to have “thick skin,” and people might be criticized for being too touchy and overreacting to slights. If the issue in the conflict is something more than a slight or insult — say, a violent assault — you’re to handle the matter through appeal to authorities such as the legal system. Taking the law into your own hands with violent vengeance is itself a serious crime and generally looked down upon.

In honor cultures, there’s a much greater sensitivity to slight. Insults demand a serious response, and even accidental slights might provoke severe conflict. Having a low tolerance for offense is more likely to be seen as a virtue than a vice. Letting yourself be slighted without seeking justice is shameful. And seeking justice is more likely to take the form of violent vengeance. Appealing to authorities is more stigmatized than taking matters into your own hands.

These two kinds of cultures emphasize different sources of moral status or worth. Honor is one’s status in the eyes of other people. It depends on reputation. And while a lot of things might go into making this reputation, the core of classical honor is physical bravery. Tolerating slights is shameful because you let someone put you down without defending your reputation by force. It suggests cowardice. Appealing to the authorities is shameful for the same reason. Virtue means being bold and forceful, aggressively defending your reputation against any challenges, and being vigilant for signs that someone else is probing you for weakness.

Dignity is a kind of inherent and inalienable moral worth. It doesn’t depend on your standing in the eyes of other people. A dignity culture emphasizes that all people have this sort of worth, which can’t be taken away. It’s why an insult can’t devalue you. If anything, overreacting to an offense is unseemly because it suggests you’re not confident in your worth and need to take other people’s opinions so seriously. Virtue isn’t being bold, touchy, and aggressive, but restrained, prudent, and quietly self-assured.

What we call victimhood culture combines some aspects of honor and dignity. People in a victimhood culture are like the honorable in having a high sensitivity to slight. They’re quite touchy, and always vigilant for offenses. Insults are serious business, and even unintentional slights might provoke a severe conflict. But, as in a dignity culture, people generally eschew violent vengeance in favor of relying on some authority figure or other third party. They complain to the law, to the human resources department at their corporation, to the administration at their university, or — possibly as a strategy of getting attention from one of the former — to the public at large.

The combination of high sensitivity with dependence on others encourages people to emphasize or exaggerate the severity of offenses. There’s a corresponding tendency to emphasize one’s degree of victimization, one’s vulnerability to harm, and one’s need for assistance and protection. People who air grievances are likely to appeal to such concepts as disadvantage, marginality, or trauma, while casting the conflict as a matter of oppression.

The result is that this culture also emphasizes a particular source of moral worth: victimhood. Victim identities are deserving of special care and deference. Contrariwise, the privileged are morally suspect if not deserving of outright contempt. Privilege is to victimhood as cowardice is to honor.

We can see examples of honor cultures around the world and throughout history. They tend to have relatively high rates of violence, including such distinctive forms as dueling and feuding. Much of the premodern West can be understood as an honor culture. European elites used to preserve their honor by fighting duels to the death; in the US South, fatal duels continued up until the American Civil War.

By the 20th century, though, dignity culture had largely supplanted honor culture in the West. Writing in 1970, sociologist Peter Berger called the concept of honor obsolete, saying it had little resonance with modern people. People no longer lived in mortal fear of having their honor damaged. Questioning someone’s honor would result in a quizzical look rather than outrage. And duels to the death were a strange curiosity of the past.

We argue that victimhood culture, at least in its more extreme forms, is new. We see it in its purest form on contemporary college and university campuses. Manifestations of victimhood culture include complaining about and punishing microaggressions, demanding and creating safe spaces, requesting and requiring trigger warnings, and banning or disinviting speakers who might offend designated victim groups.

II. Moral Hierarchy 

CL: In The Rise of Victimhood Culture, you mention that this new morality imposes a moral hierarchy, with white people being at the bottom and oppressed or marginalised people (victims) being at the top. Can you elaborate on what you mean by a ‘moral hierarchy’?

BC & JM: Making moral judgments elevates the reputation of some people and lowers the reputation of others, so morality is always a source of a kind of social status that we can think of broadly as respectability. Other kinds of status have other sources, so in any complex society not only are some people more respectable than others, but some are also wealthier, more socially integrated, or more culturally conventional. Your position on these and other social hierarchies affects how people treat you. If you testify in court, for example, people are more likely to believe you if you are wealthy, respectable, and so on. And if you’re the victim of a crime, it’s more likely the offender will be brought to justice.

So respectability — moral status — acts like other kinds of status. And since moral judgments give rise to it, it takes different forms depending on the moral culture. Whether it’s important to have a reputation for kindness, chastity, obedience, courage, wisdom, generosity, self-control, or anything else depends on what people value. One culture might see obedience and self-control as key virtues, while another might see them as vices if they mean less individuality and authenticity. Even when different cultures agree on what’s virtuous they might emphasize some virtues over others. This is what happens in an honor culture. Courage, and one aspect of it in particular — physical bravery — is elevated over other virtues. It’s not that people in other cultures don’t value bravery, or that people in honor cultures don’t value anything else, but the emphasis on bravery and toughness in honor cultures leads to a morality that outsiders often find bewildering and immoral.

It also leads to a moral hierarchy with brave, strong, and violent men at the top and the cowardly and the weak at the bottom. Honor is one type of moral status, one revolving around a particular virtue. It arises under particular social conditions such as the absence of a government monopoly on violence, so we certainly understand why honor cultures exist and the logic of their moral system. But we agree with the critics of honor cultures throughout history who have objected to the conflict and violence those cultures produce. We also object to the moral hierarchy of those cultures. Emphasizing one virtue over many others leads to perversities: Cruel men and hotheads can end up being esteemed while peacemakers are denigrated.

The moral hierarchy of victimhood culture has some of the same problems, and it introduces others. Like honor cultures, victimhood cultures emphasize one set of vices and virtues over others. They are concerned with eradicating oppression and privilege, and this single-minded moral obsession can lead to the similar kinds of perversities that come from neglecting other virtues in honor cultures. But even in an honor culture your moral status usually has to do with your own behavior rather than someone else’s. In a victimhood culture it’s instead your identity as a victim that gives you status. It’s not your own virtue at all, but someone else’s treatment of you, that makes you virtuous.

One problem with this is that you end up with a system of morality that doesn’t offer much incentive for good behavior. Honor cultures incentivize bravery while neglecting other virtues. But if you want esteem in a victimhood culture, what can you do? It’s not like you can become a victim. Or actually, you can — you can portray yourself as weak and in need of help, you can portray others’ behavior toward you as harmful and oppressive, and you can even lie about being the victim of violence and other offenses. Victimhood culture incentivizes bad behavior.

The extreme form of victimhood culture we see among activists on college campuses leads to another problem in that one’s status as a victim comes not just from individual experiences of victimhood but also from one’s identity as part of a victim group. The idea is that all members of certain groups are victims, but that no one else is. Activists even argue that whites cannot be the victims of racism, or men the victims of sexism. Likewise, whether people can be victims of new offenses like cultural appropriation or microaggression, depends on their identity. A white person wearing a hairstyle associated with African Americans would be cultural appropriation, for instance, but an African American wearing a hairstyle associated with whites would not be. Likewise, those who have pioneered the concept of microaggression have made it clear that not all slights count. A white male elementary school teacher may experience stereotypes and put-downs, for example, but to call those microaggressions would be a “misapplication of the concept.”

So the moral hierarchy of victimhood culture places entire groups of people at the top or bottom based on the whole group’s victimhood status. And while it’s not always clear which groups qualify, Jonathan Haidt identifies seven groups that are currently treated as sacred: people of colour, women, LGBTs, Latinos, Native Americans, people with disabilities, and Muslims. Under this schema even many minority groups, such as Evangelical Christians, fail to qualify, and any discrimination against them is ignored or celebrated.

We have two problems with this. The first is a fundamental moral objection. We believe in the ideals of dignity culture — that all human beings have an inherent worth and should be treated accordingly — and we object to the new hierarchy of victimhood just as we would any racial and ethnic hierarchy. The second problem is the reactions it may produce. Whites, men, and others who do not have victimhood status are unlikely to accept a new morality and a new moral hierarchy in which they’re at the bottom. And they may end up embracing one in which they’re at the top. We find the recent prominence of alt-right white nationalists alarming, and we worry there will be more of it in reaction to the spread of victimhood culture. It’s a dangerous thing to undermine dignity culture and its ideals of equality.

III. #MeToo Movement

CL: You wrote your book before the explosion of the #MeToo movement. From your perspective, and your knowledge about the spread of moral cultures, do you believe that the #MeToo movement represents a significant shift in victimhood culture into the mainstream?

When we look at the full-blown victimhood culture among campus activists, the moral logic at work is starkly different than what we see in other contexts. But the lines between different moral cultures aren’t always so clear. The degree to which victimhood is a kind of status is variable, so even where dignity culture is still dominant, we might see some tendencies toward victimhood culture.

In the book we talk about the movement against campus rape, and we point out that the movement has support from journalists, members of Congress, and others who are not part of the campus victimhood culture. And rape isn’t a new offense like microaggression or cultural appropriation. It’s also not a minor offense. So the movement as such isn’t a pure manifestation of victimhood culture. But what we do see is that an effort to honor victims leads to credulity even in cases like the rape hoaxes at Duke and at the University of Virginia where it should have been clear that the accusers were lying. It also leads to efforts to weaken the due process rights of the accused. And alongside the more mainstream elements of the movement are the campus activists and others enmeshed in victimhood culture who make more radical arguments — that accusers should always be believed, for example. But so far such ideas haven’t been widely adopted.

The #MeToo movement may be similar. To some extent it may have facilitated the mainstreaming of victimhood culture, but it’s also a mainstream enough movement that efforts to radicalize it and to use the moral language and logic of campus activists seem mostly to have failed. The movement as a whole appears not to have relied on accusations of new victimhood offenses and has focused instead on things like rape, groping, and other kinds of sexual assault and sexual harassment. The accusations against Harvey Weinstein and against most of the other prominent targets of the #MeToo movement haven’t been about microaggressions and haven’t relied on creative ideological expansions of the concepts of assault and harassment. The accusations against Weinstein, for example, include 19 coerced sexual acts and many more instances of unwanted touching and sexual exhibitionism.

Much of the #MeToo movement might be seen as an expression of dignity culture — an appeal to ideals already widely held in the culture but commonly violated in practice. Women demanding that they not be bullied, groped, fondled, demeaned, assaulted, or harassed by men the workplace, and that the men abusing their power in this way face consequences, aren’t relying on radical feminism or its notions of endemic patriarchal oppression — not usually, anyway. They seem to be trying to bring to light behavior that was already considered wrong but that many people weren’t aware was going on.

But the #MeToo movement is large and has less mainstream elements as well, so some of the accusations have indeed drawn from victimhood culture in various ways. We might think of the most prominent accusations existing on a continuum from Harvey Weinstein to comedian Aziz Ansari. In January 2018 the online magazine Babe published an article by Katie Way about an anonymous woman’s date with Ansari. The article, “I Went on a Date with Aziz Ansari. It Turned into the Worst Night of My Life,” recounts in detail a date between “Grace” and Ansari. Ansari doesn’t come off as particularly gentlemanly in the account, but it’s clear that the story is not about rape, it’s not about sexual assault, and it’s not even about sexual harassment. After going to dinner, the two went to Ansari’s apartment, engaged in sexual acts with one another, and according to Grace, Ansari then kept wanting to engage in intercourse, she didn’t, and she eventually went home. Later in a text message she told Ansari that he had ignored “clear non-verbal cues” and said that he had to have noticed she was uncomfortable.

The accusations against Weinstein, which deal with clear-cut cases of violence, coercion, and harassment, are understandable in terms of mainstream morality, while the accusation against Ansari is understandable only in terms of victimhood culture.

The same perspective that leads to the labeling of uncomfortable conversations as a kind of aggression, or conservative political speech as violence, leads here to the labeling of boorish behavior on a date as sexual assault. To the extent that the #MeToo movement accords a special status to victims, to the extent that it establishes victimhood solely based on whether someone is a woman or man, and to the extent that it blurs the distinction between serious offenses like what Weinstein has been accused of and the kind of noncoercive sexual advances on a date that Ansari is accused of, it will indeed lead to the spread of victimhood culture.

Another thing the Ansari case illustrates is something we have thought of as moral emaciation. Victimhood culture’s focus on oppression narrows the range of moral discourse, and activists seem to be losing the capacity to make moral judgments based on anything other than victimhood terms. It seems that anything activists find bad they define as harmful and oppressive, whether it’s an ugly statue on campus or a bad date. As Mona Charen points out, isn’t what Grace wanted — affection, kindness, attention — what many people want when they go on a date? “What does it say about dating in our time,” she asks, “that those are unrealistic expectations?”

The problem is that Grace has no moral language to communicate this. She can’t describe Ansari’s behavior as caddish, lascivious, or any of the other old-fashioned terms that would more accurately capture her moral reaction. Instead, it has to be oppression, assault. This is probably not good for the #MeToo movement, and it may shift attention away from the kinds of offenses the movement was supposed to call attention to. It also doesn’t help anyone to think better about how people should behave on dates. Moral emaciation leads to moral confusion.

IV. Cultural Appropriation

CL: Do you see the many complaints made today about ‘cultural appropriation’ as being a part of victimhood culture? Cultural appropriation seems to be one aspect of the new morality that most people find baffling. But can it be understood as a culture imbuing certain cultural objects or practices with moral status, that cannot (or should not) be accessed by people who are lower down in the moral hierarchy? Is cultural appropriation in some way similar to a form of moral pollution?

BC & JM: Complaints of cultural appropriation illustrate victimhood culture quite well. As with microaggression complaints, it’s a grievance about a nonviolent, probably unintentional slight that many observers wouldn’t even see as offensive. As with microaggressions, the offense is framed as a matter of collective oppression, of one social group harming another. And in practice, it’s usually an offense defined by identity, something only people in designated privileged groups can be guilty of.

Victimhood culture’s high sensitivity to slight means it continually coins new types of offense. And this is certainly one of the most baffling of the new offenses. As we’ve discussed elsewhere, one particularly confusing aspect is that many of the things that get called cultural appropriation were, until very recently, virtues — signs that one was cosmopolitan and open-minded. If anything, we might expect social and cultural conservatives to be the ones most upset about Westerners practicing yoga or mindfulness meditation, or white kids adopting black fashions and hairstyles. In many cases they are, but these days so-called progressives are often vocal and visible critics.

Your suggestion about moral hierarchy is on point. Though the complaint is framed as a matter of someone dominating or exploiting the vulnerable — in a victimhood culture, virtually all complaints are — it might be more helpful to understand it as a matter of the offenders aping their betters. As sociologist Donald Black discusses in his book Moral Time, various societies throughout history have had rules — sumptuary laws — preventing people from adopting the styles, entertainments, and recreations of their social betters. The Han and Ming dynasties forbade commoners from wearing certain colors of clothing. Premodern Japan had laws forbidding peasants from wearing clothing distinctive of townspeople. In medieval England a law stated that no one under the rank of knight should wear any fur clothing (later amended to allow them to wear distinctive kinds of fur). And no one below the rank of lord was allowed to wear the period’s fashionable pointy shoes. The unwritten norms regarding cultural appropriation seem analogous to these sorts of restrictions.

As you suggest, thinking of it as a kind of moral pollution also might help us put it into a larger sociological context. As sociologist Murray Milner argued in his work on the Indian caste system, sacredness is but a special form of status. It corresponds to what we call moral status in our book, though like honor it might be a particular style of moral status. The sacred is that which is treated as special and worthy of reverence. It must be set apart from the profane, protected by rituals associated with cleanliness and purity. One might immediately think of Mosaic Law, but if we understand it abstractly we can see these sorts of purity rules everywhere, including regarding secular things like national flags and anthems. What is going on when a white Westerner practices yoga or paints in an indigenous style or quotes a lyric from a Beyoncé song? Perhaps it’s like having the unclean enter the temple and put on the vestments. The culture of vibrant, good, brave, people is being polluted by those who carry the moral stain of privilege.

It also seems like there’s also a theme of moral pollution in some of the discourse surrounding “whiteness.” Sometimes the manner in which it’s discussed makes it seem like a curse, or something that spreads and infects places and things as well as people. Hence we see pieces where people complain about the prevalence of whiteness in LGBT spaces, or Taylor Swift exuding whiteness, or, to give a case we mention in our book, people accusing others of asking white questions and employing white research methods.

Conservatives and Victimhood Culture

CL: It was really interesting to read about how conservatives (particularly those who are very flamboyant or attention seeking) have learned to use victimhood culture, or exploit victimhood culture for their own selfish benefit. You argued that this might, in fact, lead to an increased uptake of victimhood culture morality in the mainstream culture. Would you be able to elaborate on this point for our readers?