Eclipse solaire 2015: Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ? (No eclipse, please, we’re French)

20 mars, 2015
https://anilmachado.files.wordpress.com/2012/05/islam.jpg?w=451&h=353https://i1.wp.com/md1.libe.com/photo/724403-dessin-lepithec-eclipse.jpgUne observation directe du soleil sans protection adéquate peut engendrer des lésions oculaires graves et irréversibles. La seule vraie prévention est de ne pas regarder le soleil. En conséquence, il est recommandé d’éviter que les élèves et les personnels de votre établissement soient tentés d’observer le phénomène en se trouvant à l’extérieur des bâtiments pendant cette période. Inspection académique du Val-d’Oise
Les élèves présents dans l’établissement ne pourront pas observer l’éclipse, ils seront confinés dans les bâtiments. Des pauses seront effectuées dans les classes en remplacement de la récréation. Les cours d’EPS de la matinée se dérouleront en salle vidéo. Consignes du Rectorat de Metz
Lunettes ou pas lunettes, nuages ou pas nuages, il est une forteresse de notre société qui n’entend pas se laisser entraîner dans un enthousiasme scientifique possiblement délétère pour les précieux petits yeux de ses ouailles. Je parle bien sûr du ministère de l’Education nationale. Dans sa très grande sagesse de protecteur, non pas du savoir, mais de l’intégrité physique et morale de nos enfants, il a décidé de les confiner dans leur classe pendant la récréation, qui tombe, Ô merveille (Ô malheur et catastrophe, se dit le ministère), au moment de l’éclipse maximale. On va aboutir à la situation ridicule où tout le monde sera de sortie entre 9 h 30 et 11 h 30, sauf  les élèves, plus calfeutrés que jamais dans leur établissement scolaire, plus éloignés que jamais d’une occasion unique de découvrir en direct une des subtilités de l’univers, plus ballotés que jamais entre leur curiosité naturelle complètement bridée et des décisions administratives étroites et hors sujet. Rien n’est trop beau pour la semaine de l’Education contre le racisme et l’antisémitisme qui a justement lieu en ce moment (du 16 au 21 mars). C’est pourquoi je parlais de l’intégrité morale de nos enfants, qui semble être devenue l’unique préoccupation pédagogique de la ministre de l’Education nationale. Le projet de réforme du collège envisagé pour 2016 confirme du reste un terrible abandon des savoirs fondamentaux. Mais rien ne sera tenté pour faire avancer les élèves sur le chemin du savoir au prétexte fallacieux des lésions oculaires. Tant pis pour eux, et c’est bien dommage, car la prochaine éclipse visible depuis la France avec ce degré d’occultation n’aura pas lieu avant 2026 ! (…) On est purement et simplement dans le contrôle de l’Etat sur nos gestes et nos attitudes. Peut-on imaginer plus intrusif ? Peut-on imaginer plus absurde ? C’était ma troisième éclipse du vendredi 20 mars 2015 : après l’éclipse du soleil et l’éclipse du savoir, l’éclipse de la raison. Et le sentiment de plus en plus net d’être gouvernée par des fous du contrôle. Ce n’est pas la loi sur le renseignement présentée hier en Conseil des ministres qui pourrait me rassurer sur ce point. Faudra-t-il prochainement en France déplorer l’éclipse de toutes nos libertés individuelles une par une ? Nathalie MP
Dès lors que des moyens sûrs et simplissimes d’observer l’éclipse existent, pourquoi certaines circonscriptions ou écoles interdisent aux élèves d’observer le phénomène ? Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ? Notre société est-elle à ce point malade que personne ne fait la différence entre le plan Vigipirate et une éclipse ? A ces messieurs qui prétendent protéger nos enfants, sachez plusieurs choses. Premièrement, hier en Ile-de-France le taux de pollution aux particules fines a été scandaleusement élevé. Que n’a t-on alerté les familles et les enfants de ne plus respirer, afin de garder la santé ? Alors que les embouteillages fleurissaient en toute impunité, que ne les a-t-on informés de ce danger quotidien ? Secondement, les sorties scolaires à la piscine sont notoirement dangereuses : outre les passages piétons létaux, qui pourrait dire que respirer dans l’eau est possible ? Nos enfants frôlent la mort à chaque brasse, et personne ne s’en alarme ? Quelles mesures sont engagées pour contrer ces risques majeurs ? Peu… Heureusement, un risque a bien été identifié et correctement traité, celui de la très dangereuse éclipse ! Comment former l’esprit critique de nos enfants, citoyens de demain, si notre société actuelle post-Charlie, déjà bien traumatisée, ne leur propose que des remèdes infantilisants et injustifiés – ici, se cacher dans une classe pour ne pas observer l’éclipse ? Certains cadres de notre pays sont-ils à ce point incultes scientifiquement qu’ils ignorent la capacité essentiellement sans limite de curiosité et de passion des élèves exposés à des phénomènes naturels de toute nature (de la structure d’un cheveu à la moisissure, de la fourmi jusqu’à l’éclipse) ? Nos jeunes générations ont aussi droit à être exposées, dans tous les domaines, à la découverte, la passion, l’expérimentation. Hervé Dole

Attention: un obscurantisme peut en cacher un autre !

En cette journée où pour la première fois depuis et avant longtemps …

Nos enfants devraient pouvoir « goûter à l’excitation » d’assister à une manifestation unique du « grand ballet cosmique » …

Comment, avec l’astrophysicien Hervé Dole, ne pas être atterré devant l’obscurantisme carrément moyenageux d’un ministère de l’Education nationale …

Qui après avoir flouté ses manuels scolaires

Et s’être largement couché (pas d’amalgame et surtout de vagues, s’il vous plait !) devant la loi islamique suite aux attentats et au prétendu sursaut républicain de janvier dernier …

Et avant son apparent revirement de dernière minute avant-hier  …

Avait ordonné le cloîtrement de nos enfants, tous rideaux fermés, dans leurs salles de classe ?

Eclipse : non à l’obscurantisme dans certaines écoles de la République !
Hervé Dole
Le Monde
19.03.2015

Vendredi matin, entre environ 9 h 30 et 11 h 30 en France métropolitaine, aura lieu une éclipse partielle de Soleil, durant laquelle la Lune masquera en grande partie notre étoile – jusqu’à 80 % lors du maximum vers 10 h 30. Ce phénomène naturel est assez impressionnant à voir, surtout quand c’est la première fois qu’il est observé, par exemple par des enfants. Cela tombe bien, cette éclipse aura lieu durant le temps scolaire, voire même durant la récréation : idéal pour les élèves des écoles élémentaires. Bon nombre d’enseignants prennent cette opportunité rare pour proposer à leurs élèves d’effectuer de véritables observations, avec leurs aléas possibles – ainsi en est-il de toute mesure ou expérience scientifique. Quelle chance de pouvoir, à peu de frais et dans le cadre scolaire, goûter à l’excitation d’assister à un phénomène unique, de comparer prédictions et observations, et de tenter de comprendre ce grand ballet cosmique ?

Des précautions doivent évidemment être prises. L’observation directe du Soleil est interdite – sous peine de lésions oculaires irréversibles – en toute occasion, et pas seulement durant une éclipse. A moins, comme quelques écoles, de disposer de lunettes spéciales « éclipse » qui, elles seules, à l’exclusion de tout autre moyen, absorbent les rayons UV, infrarouges et visibles, comment observer le phénomène ? Simplement par projection, c’est-à-dire en regardant sur le sol les ombres portées par nos doigts croisés, ou des écumoires, ou passoires, ou encore des feuilles cartonnées dans lesquelles sont pratiqués des petits trous au compas ou au stylo-bille. Vous serez émerveillés de voir que les ombres prennent la forme… d’un Soleil éclipsé ! On peut même dessiner la forme sur une feuille de papier déposée sur le sol, et observer la progression du phénomène. Rester dans une classe est également possible, si les rideaux tirés laissent passer quelques rais de lumière qui formeront sur le sol l’image tant convoitée. De nombreux sites Internet, et même une BD, illustrent ces conseils.

Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ?
Dès lors que des moyens sûrs et simplissimes d’observer l’éclipse existent, pourquoi certaines circonscriptions ou écoles interdisent aux élèves d’observer le phénomène ? Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ? Notre société est-elle à ce point malade que personne ne fait la différence entre le plan Vigipirate et une éclipse ? A ces messieurs qui prétendent protéger nos enfants, sachez plusieurs choses. Premièrement, hier en Ile-de-France le taux de pollution aux particules fines a été scandaleusement élevé. Que n’a t-on alerté les familles et les enfants de ne plus respirer, afin de garder la santé ? Alors que les embouteillages fleurissaient en toute impunité, que ne les a-t-on informés de ce danger quotidien ? Secondement, les sorties scolaires à la piscine sont notoirement dangereuses : outre les passages piétons létaux, qui pourrait dire que respirer dans l’eau est possible ? Nos enfants frôlent la mort à chaque brasse, et personne ne s’en alarme ? Quelles mesures sont engagées pour contrer ces risques majeurs ? Peu… Heureusement, un risque a bien été identifié et correctement traité, celui de la très dangereuse éclipse !

Comment former l’esprit critique de nos enfants, citoyens de demain, si notre société actuelle post-Charlie, déjà bien traumatisée, ne leur propose que des remèdes infantilisants et injustifiés – ici, se cacher dans une classe pour ne pas observer l’éclipse ? Certains cadres de notre pays sont-ils à ce point incultes scientifiquement qu’ils ignorent la capacité essentiellement sans limite de curiosité et de passion des élèves exposés à des phénomènes naturels de toute nature (de la structure d’un cheveu à la moisissure, de la fourmi jusqu’à l’éclipse) ? Nos jeunes générations ont aussi droit à être exposées, dans tous les domaines, à la découverte, la passion, l’expérimentation.

Un seul remède : sortez tous voir l’éclipse. Faites des ombres chinoises avec vos doigts et regardez les ombres, vous ne le regretterez pas ; partagez le mot et les images, soyez curieux du monde qui vous entoure.

Hervé Dole, astrophysicien, professeur à l’université Paris-Sud et directeur adjoint de l’Institut d’astrophysique spatiale (CNRS et Paris-Sud), et conseiller municipal d’Orsay.

Voir aussi:

Vendredi matin, la Lune passera devant le Soleil, masquant les trois quarts de sa surface sous nos yeux ébahis. Un passionnant phénomène astronomique que cette éclipse partielle, et qui ne se reproduira pas à une telle ampleur avant onze ans. N’est-ce pas l’occasion rêvée d’organiser des activités scientifiques pour les enfants ? Leur expliquer le fonctionnement d’une étoile, la différence avec un satellite naturel, le principe d’une orbite ? Non, attends, j’ai une meilleure idée. On n’a qu’à enfermer tous les mômes de France dans une pièce, fermer les volets et leur passer un Disney. Ha ! Bien fait pour eux.

Inutile de faire ces grands yeux effarouchés ; cette idée sadique n’est même pas sortie de notre imagination. C’est le message qu’a envoyé cette semaine l’inspection académique du Val-d’Oise à ses établissements scolaires : «Une observation directe du soleil sans protection adéquate peut engendrer des lésions oculaires graves et irréversibles. La seule vraie prévention est de ne pas regarder le soleil. En conséquence, il est recommandé d’éviter que les élèves et les personnels de votre établissement soient tentés d’observer le phénomène en se trouvant à l’extérieur des bâtiments pendant cette période.»

Dessin du blogueur BD Sylvain Rivaud, qui résume très bien la situation.

Et les petits Valdoisiens ne seront pas les seuls punis, d’après les témoignages que parents d’élèves et professeurs choqués transmettent à Libération. Dans l’académie de Nancy-Metz, par exemple, les collégiens sont rentrés à la maison munis d’un mot du Principal ainsi rédigé : «Les élèves présents dans l’établissement ne pourront pas observer l’éclipse, ils seront confinés dans les bâtiments. Des pauses seront effectuées dans les classes en remplacement de la récréation. Les cours d’EPS de la matinée se dérouleront en salle vidéo». Rien de tel pour convaincre les enfants ainsi cloîtrés que hors les murs, un rayonnement extraterrestre mortel est en train de décimer la population.

Comment observer l’éclipse à l’école sans danger

Si les inspections académiques ont raison de dire que l’observation du Soleil à l’œil nu est dangereuse, il n’est pas indispensable pour autant d’enfermer tout le monde en salle de classe. Comme ce n’est pas une éclipse totale, la baisse de luminosité ne sera pas assez importante pour qu’on la remarque : les enfants non prévenus ne se rendront même pas compte qu’il se passe quelque chose au-dessus de leur tête ! Aux élèves d’école maternelle, on peut donc choisir de ne rien dire du tout. Pendant qu’ils joueront dans la cour, personne n’aura l’idée saugrenue de se mettre à fixer notre étoile. En plus, ça fait mal aux yeux, et les tout-petits ne sont pas du genre à combattre le réflexe qui les pousse à détourner le regard.

En primaire, au collège et au lycée, il serait vraiment dommage de ne pas profiter de l’occasion pour organiser une observation pédagogique de l’éclipse. Problème : il y a une pénurie de lunettes de protection spéciales éclipse assez généralisée en France (et puis le temps presse). Solutions : plein !

Le sténopé

Il suffit d’observer le soleil indirectement. La méthode la plus simple est la mise en place d’un sténopé, ce procédé vieux comme le monde qui permet de former une image inversée de la réalité en faisant passer les rayons lumineux par un petit trou.

Prenez un morceau de carton, un couvercle de boîte à chaussures ou, encore mieux, une canette en aluminium comme le suggère le bédéblogueur Sylvain Rivaud. Percez-y un trou bien propre à l’aide d’un clou (entre 2 et 3 millimètres de diamètre). Orientez le carton ou le métal vers le Soleil, et fixez-le. Placez une surface unie (comme une feuille) un ou deux mètres plus loin : la forme du Soleil y apparaîtra. Et quand la Lune viendra le grignoter, elle s’amincira en direct !

Mode d’emploi par Sylvain Rivaud.

Et voilà le travail. C’est tout petit, mais on voit bien ! (Photo reedwade, CC BY SA)

NB : ça marche aussi avec les doigts de la main.

La projection

Plus impressionnante, la technique de la projection permet d’obtenir une image nette et précise du Soleil. On utilise pour cela un télescope (et puis quoi encore ?), une lunette astronomique, une longue-vue (pas facile) ou des jumelles (aucune excuse). L’appareil est braqué vers le soleil, et une feuille blanche placée de l’autre côté. Magie, ça marche !

On fera en revanche très attention à ne laisser personne d’autre que le professeur manipuler les jumelles, et qu’aucun enfant ne puisse mettre son œil derrière l’oculaire.

La magie de l’Internet

Si vous tenez vraiment à suer dans une salle de classe alors que Météo France prévoit plutôt du beau temps, il est toujours possible de suivre l’éclipse sur un vidéoprojecteur.

Le site Slooh sera connecté aux îles Féroé (au Sud de l’Islande) d’où l’éclipse sera totale : le direct vidéo commencera à 9h30. A la même heure, les scientifiques du projet Virtual Telescope filmeront et diffuseront eux aussi l’éclipse en direct. Vu les télescopes de compétition qu’ils ont à leur disposition, les images risquent d’être magnifiques (et la vidéo sera sûrement mise en ligne après coup sur YouTube).

Objectif pas de regrets

Si vos enfants rentrent chez eux vendredi sans avoir vu l’éclipse alors que même leur chat s’est offert une observation à domicile grâce aux stores de la fenêtre, ça sera vraiment la honte.

Finalement, les élèves français ont permis d’éclipse
Camille GÉVAUDAN

Libération

19 mars 2015

A CHAUD

Après avoir conseillé aux écoles et collèges de cloîtrer leurs élèves en classe vendredi matin, l’Éducation nationale décide à la dernière minute d’assouplir ses consignes, et d’encourager les classes à observer le phénomène astronomique.

Jamais on n’aurait cru qu’il puisse y avoir autant de rebondissements dans l’histoire d’une éclipse solaire. Après avoir conseillé aux écoles et collèges de cloîtrer leurs élèves en classe, après avoir essuyé la frustration de nombreux parents et professeurs puis été grondée par les syndicats enseignants, voilà que l’Education nationale décide à la dernière minute d’assouplir ses consignes, et d’encourager les classes à observer l’éclipse.

Jusqu’à aujourd’hui, les directives envoyées aux directeurs d’établissement par les inspections académiques étaient alarmistes et anxiogènes. Pour éviter les brûlures de rétine chez les enfants têtus et trop tentés de planter leur regard sur notre étoile, «les élèves seront confinés dans les bâtiments, a-t-on ainsi averti les parents d’élèves dans l’Académie de Nancy-Metz. Des pauses seront effectuées dans les classes en remplacement de la récréation. Les cours d’EPS de la matinée se dérouleront en salle vidéo.» Même dans les crèches, où les bambins sont évidemment trop jeunes pour avoir l’idée d’«observer» le soleil, c’est la panique à bord : «Les rideaux occultants seront baissés partout où les fenêtres sont équipées et en particulier chez les « grands »», prévient-on à Paris.

Bien que prévenue à l’avance du phénomène solaire par de nombreux professeurs enthousiastes, l’Education nationale a clairement été dépassée par la situation. La semaine dernière, il était déjà trop tard pour équiper des dizaines d’élèves en lunettes de protection spéciales. Dans la précipitation et devant l’inquiétude des parents, les services d’éducation régionaux ont donc préféré tout verrouiller pour éviter le moindre risque d’accident.

Mais les parents et instituteurs déçus ont réussi à faire remonter le message : il est parfaitement possible d’observer l’éclipse sans lunettes ! Le SNUipp-FSU, syndicats des professeurs des écoles, a donc envoyé une lettre à la ministre Najat Vallaud-Belkacem en début d’après-midi : «S’il est tout à fait nécessaire d’informer largement sur les mesures de précaution, il est également essentiel d’autoriser l’observation de l’éclipse lorsque celle-ci a été préparée en respectant les règles de sécurité. Nous souhaitons que les directeurs et les équipes enseignantes soient soutenus et épaulés en ce sens. Ils sont des professionnels aptes à mesurer les risques et les intérêts d’une activité pédagogique.»

L’éclipse durera deux heures au total. Il est parfaitement possible, par exemple, de faire sortir les élèves en petits groupes pour qu’ils soient bien surveillés durant les activités d’observation.

Le ministère de l’Education nationale a bien reçu le message, et y a répondu à 18 heures par un communiqué : «Dans le cadre de leurs activités pédagogiques, les écoles et les établissements peuvent organiser l’observation de ce phénomène astronomique exceptionnel en mettant à la disposition des élèves des lunettes portant le marquage CE de conformité ou en utilisant des dispositifs simples et appropriés (sténopés, solarscopes, …). Ces initiatives sont vivement encouragées.»

«Vivement encouragées» : quel retournement de situation ! Ces nouvelles consignes «ont été diffusées à l’ensemble des personnels d’encadrement de l’Éducation nationale» : les écoles se sentant capables d’organiser des activités autour de l’éclipse sont donc désormais officiellement autorisées à le faire. Des explications sur les méthodes d’observation sont disponibles sur Educsol.

Vivement demain !

Voir enfin:

Paignton school pupils banned from watching eclipse outside

BBC

19 March 2015

School children have been banned from watching Friday’s solar eclipse outside over fears they may stare at the sun.

Pupils at Oldway Primary School in Paignton, Devon, will watch inside on televisions or the internet instead.

Head teacher Jane Smythe said she had 700 children to look after and she « could not guarantee that they would not look at the sun ».

Some parents said it was « bizarre », « a shame » and a « missed opportunity » for the pupils.

On Friday, the UK will experience a partial solar eclipse – the moon will pass in front of the sun, blotting out up to 98% of its disc and putting much of the UK into a morning twilight.

‘Potentially blinded’Ms Smythe said: « If parents want to keep their children home to watch the eclipse and then bring them in afterwards that is fine. »

Parent Sophie Bertorelli said: « It’s a bit of a shame having to watch it on a computer. I would have thought they would have maybe supplied some protective glasses. »

But another parent, Fiona Bullman, said: « It’s too much of a risk. You can’t risk 700 children potentially being blinded. Unless there’s one adult to one child, you can’t [risk it]. »

Pupils can arrive late for class if parents want them to watch the eclipse at home, the headteacher said
A spokesman from Devon County Council said: « Obviously the eclipse is timed to start when many children are still on their way to school so we’ll be advising head teachers to tell them not to look at the sun without sufficient protection. »

Torbay Council said it had not sent out any guidance to schools.

The Department for Education said it was a matter for individual schools.

Voir par ailleurs:

Sanction levée pour le professeur suspendu après avoir montré en classe des caricatures
Le Monde.fr avec AFP
22.01.2015

Il n’y aura pas de sanction prise à l’encontre du professeur d’un collège de Mulhouse qui avait été suspendu après un incident avec des élèves, auxquels il avait montré des caricatures de Mahomet. « J’ai décidé qu’il n’y aurait pas de procédure disciplinaire », a déclaré, jeudi 22 janvier, Jacques-Pierre Gougeon, recteur de l’académie de Strasbourg, effectuant une volte-face.

Dans un premier temps, en effet, ce professeur d’arts plastiques du collège François-Villon, situé dans une zone d’éducation prioritaire (ZEP), avait été suspendu pour quatre mois. Il lui était reproché d’avoir fait circuler dans une classe de quatrième des caricatures montrant Mahomet nu, jeudi 8 janvier, au lendemain de l’attentat qui a visé la rédaction de Charlie Hebdo.

Le cours prend alors des allures de joute verbale entre le professeur et quelques collégiens. Dès le lendemain, des parents d’élèves protestent. Une mère d’élève serait venue montrer à la principale de l’établissement un texte échangé entre parents et dans lequel certains « appellent à manifester si le professeur reste là ».

ENSEIGNANT SANCTIONNÉ

Le cours « n’était pas maîtrisé, c’était violent », juge alors le recteur de l’académie, sur la base des témoignages d’une « vingtaine d’élèves ». L’enseignant s’est comporté « sans stratégie pédagogique », renchérit un cadre du rectorat. « Elèves et parents ont été choqués. » La sanction tombe rapidement : quatre mois de suspension. « La décision de le suspendre n’a pas été prise à la légère, explique alors le recteur. C’est une mesure visant à veiller au bon fonctionnement du service public, à protéger la communauté éducative et l’enseignant lui-même. »

La suspension du professeur suscite à son tour une vive émotion parmi ses collègues de la région. Quelque deux cents enseignants se rassemblent, mardi 20 janvier, à Mulhouse devant la sous-préfecture pour manifester leur soutien au professeur, et un appel à la grève est lancé par une intersyndicale pour la journée de vendredi 23 janvier dans toute l’académie.

MENACE DE GRÈVE

Le rectorat prend alors la décision de revenir sur la sanction. Après un rapport remis la veille par deux inspecteurs envoyés à Mulhouse, le rectorat a finalement décidé de lever la sanction. Le recteur a précisé avoir tenu compte du dossier pédagogique du professeur, « un enseignant engagé qui a toujours œuvré dans l’éducation prioritaire ».

« Il y a eu un phénomène d’émotion, mais cela n’implique pas une sanction, ce serait trop », a souligné le recteur, qui adressera, cette fois « une lettre de rappel à la loi » à l’enseignant, soulignant que «  dans un contexte particulier, il faut faire attention aux mots que l’on utilise ».

Le professeur, « à sa demande », ne retournera pas dans son établissement, mais ira enseigner ailleurs. Quant à la grève, elle « n’a plus lieu d’être puisque nous avons obtenu gain de cause », tranche José Pozuelo, secrétaire départemental au SNES-FSU (Syndicat national des enseignements de second degré-Fédération syndicale unitaire). « La raison l’a donc emporté », a commenté le syndicat dans un communiqué, tout en regrettant que « la mise en cause d’un professeur sur une rumeur et la précipitation à lui imputer une faute, sans l’avoir entendu, [aient] conduit à une sorte de scandale public. »


France: On a trop souvent joué avec le Front national (Déjà vu: French socialists gearing up for reverse vote for the Crook-not the Fascist election strategy)

11 mars, 2015
https://i2.wp.com/s.tf1.fr/mmdia/i/32/7/carpentras-manifestation-place-de-la-bastille-le-14-mai-1990-10808327hsses.jpg
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Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes. Winston Churchill
Never have liberal ideas been so firmly entrenched within America’s core elite institutions. Never have those institutions been so weak and uninfluential. Walter Russell Mead
Moi, je revendique la stigmatisation de Marine Le Pen. Manuel Valls
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
On peut avoir une très mauvaise séquence électorale. On peut perdre 35 départements. Jean-Christophe Cambadélis (premier secrétaire du PS)
Il ne faut «pas seulement une politique du logement et de l’habitat» mais une «politique du peuplement». Une «politique du peuplement pour lutter contre la ghettoïsation, la ségrégation. Manuel Valls
Le fascisme, contre lequel pensent lutter toutes ces légions d’anges sans mémoire et sans sexe, est un mythe, non une réalité. S’ils savaient reconnaître le fascisme dans la réalité, ils seraient tous fièrement islamophobes, à l’instar de Wilders, et de Churchill, qui savait de quoi il parlait. Radu Stoenescu
Nous nous demandons si nous n’avons pas fait l’objet d’une récupération politique. Jean Hassoun (président de la communauté juive d’Avignon)
En se joignant à la manifestation parisienne, le président de la République défendait l’idée que si la France devait « se ressaisir », c’était à l’État de donner l’impulsion. Par ce geste, il montrait également qu’il avait pris note des critiques formulées depuis l’annonce de la profanation, par voie de presse, à l’encontre de son gouvernement. En effet, pour nombre de journalistes, la profanation était symptomatique d’une France en crise. François Mitterrand a été réélu le 8 mai 1988 à la présidence de la République mais son parti est en déroute. « Le bilan des années Mitterrand aurait pu être positif s’il n’était entaché par une grave carence morale et […] un développement considérable de la corruption. » Le gouvernement et les parlementaires socialistes ont souffert d’un discrédit profond dans l’opinion, conséquence de l’enchaînement ininterrompu des « affaires »  Parmi celles-ci, citons les procédés illégaux de financement… . La série d’élections en 1988-1989 est un bon indicateur de la crise qu’ils traversent. Aux municipales et cantonales, on relève une augmentation de l’abstention et une réorientation du corps électoral vers le FN ou les Verts. Les élections européennes ne font que confirmer cette tendance. Quant à la droite, elle peine à se positionner sur l’échiquier politique français. Les éditoriaux du Figaro illustrent bien de quelle façon les proportions de l’événement Carpentras, rapportées à la morosité politique ambiante, ont été redimensionnées : « N’insistons pas sur le machiavélisme d’un pouvoir socialiste qui ne songe, depuis des années, qu’à gonfler les voiles de l’extrême droite. Plaignons-le, il aura des comptes à rendre à l’histoire » (Franz-Olivier Giesbert) . Le 14, Xavier Marchetti poursuit dans la même veine : « Il faut aussi faire la part de la pernicieuse dégradation de la vie politique. Elle entraîne moquerie et rejet »  (Xavier Marchetti). D’aucuns rétorqueront que Le Figaro, journal de droite, en a profité pour tirer à bout portant sur les socialistes. Mais leurs confrères de Libération ont aussi relié l’événement au climat général. Ils parlent d’« authentique désarroi » et citent Jacques Chirac qui voit dans cette profanation la manifestation d’une « crise dont nous sommes tous responsables » (Marc Kravetz). Au moment où les formations traditionnelles étaient en proie au malaise, sans réponse face aux problèmes de l’immigration À l’automne 1989, l’affaire du foulard islamique relance…  et de l’insécurité, le FN récoltait des voix. Qui veut comprendre la facilité avec laquelle s’est mise en place la rhétorique de culpabilisation du FN autour de la profanation de Carpentras doit la mettre en relation avec la visibilité croissante du parti dans le paysage politique français. Que l’acte ait eu lieu en Provence, terre d’élection du Front National, qu’il ait été commis, apparemment, dans la nuit du mercredi au jeudi Les premières conclusions de l’enquête ont débouché… [17] , juste après le passage de Jean-Marie Le Pen à L’Heure de vérité : ces données forment un faisceau d’indices qui désignent le parti d’extrême droite comme coupable pour la classe politique. (…) En septembre 1990, un article du sociologue Paul Yonnet dans la revue Le Débat relance la polémique : l’ancrage historique de l’événement aurait eu pour but d’assurer « la culpabilité récurrente de Le Pen »  Paul Yonnet, « La machine Carpentras », Le Débat, septembre-octobre… . Ce rebondissement vient étayer la thèse selon laquelle cette profanation est devenue presque instantanément un « récit médiatique » construit et imposé. Dès son exposition sur la scène publique, l’acte a échappé à ses protagonistes. Les médias et les pouvoirs publics se sont approprié l’information pour la reconstruire selon leurs interprétations, interdisant de la regarder comme une empreinte immédiate du réel. La profanation n’est pas la première du genre mais en mai 1990 à Carpentras le cadavre d’un homme juif a été exhumé et empalé (il s’agissait en fait d’un simulacre, comme le révélera l’enquête par la suite). Ce fait a joué de tout son poids dans la réception de la profanation. Il a constitué le motif sur lequel les instances de médiation ont pu unanimement greffer une trame aux tissages politique, historique et mémoriel. La conjonction de plusieurs éléments contextuels, désarticulation du corps social et climat politique délétère, ascension électorale du Front National, réactivation concomitante de la mémoire de la Shoah et de la mémoire de Vichy, permet seule de dénouer les fils du récit médiatique de la profanation de Carpentras. Émergeant dans une France profondément désorientée, l’acte perpétré a cristallisé les angoisses et les hantises du moment, en libérant les consciences et la parole. La manifestation du 14 mai 1990 a bien montré la valeur curative que l’on a prêtée à l’événement : expurger les maux de la société et la gangrène de la mémoire. Floriane Schneider
N’insistons pas sur le machiavélisme d’un pouvoir socialiste qui ne songe, depuis des années, qu’à gonfler les voiles de l’extrême droite. Plaignons-le, il aura des comptes à rendre à l’histoire. Franz-Olivier Giesbert
The Left in France has been using the rhetoric of “anti-racism” to give itself a moral agenda and place the mainstream Right on the defensive. Up to now, moreover, this tactic has been successful. At Carpentras, the Minister of the Interior (who has responsibilities comparable to our Attorney General) virtually accused Le Pen of being responsible for the outrage. Then, as if such blatant politicization of a criminal affair were not sufficient, the Interior Ministry proceeded thoroughly to botch the Carpentras investigation. Not only was evidence lost, but it developed that the desecration, undoubtedly disgusting, was not quite so gross in its physical details as the Minister (and his government colleagues) had at first let on. Whether they themselves had been deceived by misleading reports, or whether they were unable to resist an opportunity to make a public show of moral indignation, will probably never be known. What is known is that there is no extremist group in France, particularly on the far Right, that remains closed to the police, and if any such group had been implicated the fact would have emerged quickly. As Salomon Malka, a radio journalist, was forced to conclude, “We feel we’ve been cuckolded. I hope it’s not worse than that. But the crime certainly was manipulated for political ends. »  Beyond the calculations of domestic politics, public displays of “anti-anti-Semitism” in France, as the historian Annie Kriegel has noted, serve another purpose: “covering” a government foreign policy that is not well disposed toward Israel, and indeed has not been well disposed ever since the Six-Day War of 1967. (If anything, Mitterrand has been rather more sympathetic, at least at the level of gestures, than his predecessors.) Thus, just after Carpentras, the French government sent its human-rights man, Bernard Kouchner, to Israel to complain about its treatment of Arabs. Finally, and perhaps most importantly, the intellectuals in France (broadly speaking), despite their ritual “anti-anti-Semitism,” have permitted a public discourse to develop in which anti-Semitism nevertheless is a factor. Today, “certain things” can be said in France about the Jews that could not have been said twenty, let alone thirty or forty, years ago; and though these “certain things” are ritually denounced, they are seldom rebutted. What has happened in the intellectual world is that sentimental indignation often has taken the place of serious combat. The shifting attitudes of the French Left to Israel play an important role here. It was Liberation, the same paper that ran the headline “Outrage” after Carpentras, that in 1976 greeted Israel’s lifesaving raid on Entebbe with the headline, “Israel, Champion Terrorist.” The paper would almost certainly not do this today—after repeated demonstrations of the way Israel’s enemies behave, the French media have acquired a certain respect for that country’s security requirements. Yet the often virulently anti-Israel view which prevailed on the Left between the end of the Six-Day War and the withdrawal from Lebanon did make it easier to raise other “questions” about the Jewish people, past and present, and the poison of that earlier view still lingers in the air. No wonder, then, that French intellectuals, whose delicate consciences only yesterday were hurt by Israel’s insistence on defending itself, today often lack the lucidity needed to mount an effective argument in behalf of Israel in particular, and the Jewish people in general, and instead wander perplexedly about in what the historian François Furet has justly called the “desert of antiracism.” So there is an atmosphere in France—a tone, if you will—which, although hardly responsible for events like Carpentras, is very much part of the explanatory context in which such events take place. Richard Kaplan
À une époque où la gauche, aux États-Unis (les démocrates) comme en France, commence à manquer de boucs émissaires pour expliquer ses échecs (…)  cette intransigeance tribale se traduit par l’impossibilité de rallier les troupes pour gouverner. En France, le PS a dû utiliser l’article 49.3 pour adopter des réformes économiques tièdes. Aux États-Unis, réticent à négocier avec les républicains, le président Obama utilise maintenant son véto pour faire avancer ses dossiers. On peut déjà prédire que l’héritage de François Hollande ne jouera pas en faveur du candidat du PS au prochain scrutin présidentiel. Même chose aux États-Unis. Les observateurs qui se disent assurés que la démocrate Hillary Clinton est la prochaine présidente sous-estiment le boulet que représentera pour elle aux élections les huit années peu productives de l’administration Obama. Daniel Girard
Il y a d’abord l’immense frisson qui secoue la France. Frisson d’horreur, tant la profanation de Carpentras est odieuse, frisson de révolte face à l’antisémitisme. Le 14 mai, à Paris, une foule innombrable s’écoule de la République à la Bastille, et c’est la nation qu’elle incarne. Ce jour-là, pour la première fois depuis la Libération, un président de la République participe à une manifestation de rue: François Mitterrand accompagne le cortège quelques minutes. Tout l’éventail politique est au premier rang, en une ribambelle d’écharpes tricolores, et Jean-Marie Le Pen est rendu « responsable non pas des actes de Carpentras, mais de tout ce qui a été inspiré par la haine raciste depuis des années », comme le formule alors Pierre Joxe. Les piétinements de l’enquête ouvrent après l’été le chapitre du doute. Le sociologue Paul Yonnet le détaille, en septembre 1990, dans un article de la revue Le Débat intitulé « La machine Carpentras, histoire et sociologie d’un syndrome d’épuration ». Débordés par les progrès du lepénisme, les politiques auraient érigé Carpentras en drame national pour terrasser le Front national par un discrédit définitif. Et rétablir auprès de l’opinion une estime ruinée par la récente loi d’amnistie du financement politique. Dès la mi-juillet, Jean Hassoun, président de la communauté juive d’Avignon, avait confié cet état d’âme: « Nous nous demandons si nous n’avons pas fait l’objet d’une récupération politique. » Le malaise s’aggrave quand les pistes locales semblent emporter l’adhésion des enquêteurs. Messes noires qui auraient dégénéré, délinquance morbide de la jeunesse dorée de Carpentras, elles composent le troisième chapitre. Il va traîner en longueur, sans apporter aucun dénouement. (…) En s’enlisant, l’affaire Carpentras est en effet devenue une arme pour le Front National, un boomerang qu’il veut voir revenir à la face de l’ « establishment » politique. Dès le 10 mai 1991, un an après la profanation, Jean-Marie Le Pen porte une lettre à François Mitterrand, lui demandant de « réparer publiquement l’injustice dont le FN a été victime ». Et, le 11 novembre 1995, 7 000 militants d’extrême droite viennent à Carpentras réclamer des « excuses nationales ». « Carpentras, mensonge d’Etat », est alors en passe de devenir un argument majeur et récurrent de la rhétorique lepéniste. Les aveux brusques et tardifs du skinhead avignonnais, Yannick Garnier, imposent un épilogue qui est aussi un retour à la case départ. Politiquement, l’affaire, après avoir servi les intérêts du FN, se retourne contre lui. Les lepénistes hurlent déjà à la manipulation en affirmant que « les coupables sont presque parfaits », mais les faits, cette fois-ci, sont bien établis. (…) Trois types de profanations peuvent être distingués. Le premier est le vandalisme banal: en juin dernier, trois cimetières militaires de la Première Guerre mondiale ont été dévastés dans le Nord-Pas-de-Calais, et, le 26 juillet, cinq enfants âgés de dix à douze ans ont abîmé une centaine de tombes à Mulhouse. Le second type est la cérémonie satanique, comme, au début de juin, à Toulon, où les coupables ont été arrêtés. D’effroyables mises en scène accompagnent souvent ces actes, qui visent surtout les cimetières chrétiens, au nom de l’Antéchrist. A Toulon, un crucifix fut planté à l’envers dans le coeur du cadavre exhumé. Il y a enfin les profanations antisémites. Nombreuses, elles sont souvent gardées le plus secrètes possible par les autorités juives, pour éviter les « épidémies ». Dans le mois qui suivit Carpentras, 101 actes antisémites furent recensés, contre six par mois d’habitude. Christophe Barbier
Carpentras, c’était une manipulation. Hubert Védrine
[Yves Bertrand, le patron des RG] explique que au départ, les gens du CRIF (…) ne voulaient pas en faire une grande manifestation et que c’est Mitterrand lui-même qui a imposé la grande manifestation publique, qui a imposé l’itinéraire classique de gauche c’est-à-dire République-Bastille-Nation. Pour bien mettre ce combat dans les combats de la gauche et qui a ainsi manipulé tout le monde. Tout ça, pour empêcher évidemment une alliance entre  la droite – Chirac pour parler vite – et le Front national évidemment parce que si le Front national devenait une espèce de monstre nazi, évidemment on pouvait plus s’allier à lui. Et c’est la grande stratégie de Mitterrand sur quinze ans qui a permis à la gauche de rester au pouvoir pendant toutes ces années. Eric Zemmour
L’affaire avait provoqué une vive émotion au sein de la classe politique. Jacques Chirac avait condamné « avec force cet acte inqualifiable » et exprimé sa solidarité avec la communauté juive de France. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, s’était aussitôt rendu sur les lieux et avait rappelé que l’auteur de ce genre de fait encourait vingt ans de prison. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait même parlé de « barbares » . Quant au ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, il avait exhorté les autorités françaises à se montrer « plus dures » face aux actes antisémites. On sait désormais que l’incendie qui, dans la nuit du 21 au 22 août, a ravagé le centre social juif de la rue Popincourt, dans le 11e arrondissement de Paris, n’est pas un acte antisémite. Son auteur, Raphaël Ben Moha, est un juif séfarade de 52 ans, originaire de Casablanca, au Maroc, qui aurait agi par vengeance. Comme dans l’affaire de la fausse agression antisémite du RER D, il y a deux mois, les policiers ont tout de suite eu la puce à l’oreille au vu des indices retrouvés dans les décombres : les croix gammées dessinées à l’envers et la quarantaine d’inscriptions incohérentes taguées au feutre rouge. (…). Fait troublant : un feuilleton de la série « PJ » a été tourné pendant un week-end dans le centre de la rue Popincourt. L’épisode mettait en scène un incendie criminel perpétré par un juif dans une école israélite. Sauf que cela se passait il y a un an et demi et qu’à l’époque Raphaël Ben Moha ne fréquentait pas encore le centre. Apparemment, Ben Moha en voulait à sa communauté, à laquelle il reprochait de ne pas l’avoir suffisamment aidé. (…) Une fois encore, la classe politique a fait preuve de précipitation pour dénoncer un acte antisémite, alors que les premiers éléments d’enquête incitaient à la prudence. Si nul ne peut mettre en doute la montée des actes antisémites en France – déjà 298 enregistrés depuis début 2004, contre 108 en 2003 -, qualifier d’antisémites des affaires qui ne le sont pas contribue à semer la confusion dans les esprits. D’où la réaction, lundi 30 août, du président du consistoire de Paris, Moïse Cohen, qui a appelé les juifs et les politiques « à un peu plus de raison » . Et d’insister : « C’est une erreur de réagir à un fait divers sans appliquer le principe de précaution. »  Le Point
Tout dépend de quelle gauche on parle… La gauche mondaine, parisienne, celle de Saint-Germain-Des-Prés ? La gauche caviar de BHL ? (…)  La gauche qui préfère avoir tort avec Robespierre, Marx, Lénine, Staline, Mao, Khomeiny que raison avec Camus ? La gauche qui rend responsables Houellebecq, Finkielkraut et Zemmour des attentats du 7 janvier qu’elle ne veut pas nommer islamistes ? (…) La gauche qui traque la misogynie et la phallocratie partout dans la langue française et veut qu’on dise professeure et auteure mais qui ne voit pas que la polygamie, le voile, la répudiation, les mariages arrangés, l’excision, le chômage des mères seules au foyer, les ex-maris qui ne paient pas les pensions alimentaires,  font des ravages plus profonds en matière de phallocratie ? La gauche qui vote comme Sarkozy sur l’Europe et l’euro, le raccourcissement des retraites et l’augmentation du temps de travail, les restrictions de remboursements maladie,  et croit que le danger fasciste est partout sauf là où il est ? La gauche qui se croit antifasciste comme Jean Moulin quand elle appelle à interdire le parti de Marine Le Pen ? (…) Que cette gauche là ne m’aime pas, ça m’honore… (…) je préfère les girondins fédéralistes et provinciaux aux jacobins centralisateurs et coupeurs de têtes , et avec ça je suis de gauche – si Eléments est d’accord avec ça, devrai-je cesser de croire ce que je crois ? (…) Une certaine intelligentsia de gauche, comme vous dites, n’a jamais aimé que je ne sois pas du sérail et que je ne doive mon statut qu’à mon travail et non au copinage tribal qui fait l’essentiel de son quotidien. J’ai construit ma vie pour n’avoir rien à demander à personne.  Que cette tribu grosse comme un village papou fasse sa loi et fonctionne comme une mafia, c’est son affaire, pas la mienne. (…) Depuis que je juge la gauche sur ce qu’elle fait plus que sur ce qu’elle dit d’elle, je ne me fais plus avoir par les étiquettes. Il n’y a pas la gauche et la droite, mais des gens de gauche et des gens de droite. Et je n’estime pas une personne sur ces critères. Pas plus que l’athée que je suis ne juge autrui sur le fait qu’il croie ou non en Dieu, mais sur ce qu’il fait de son athéisme ou de sa foi dans sa vie quotidienne. Là aussi, là encore, je préfère un croyant intelligent à un athée imbécile. Je trouve même sidérant qu’on ait besoin de le dire, ce qui supposerait qu’un homme de gauche devrait préférer un crétin de gauche à un homme de droite intelligent…(…) Je ne me sens pas proche de BHL ou d’Alain Minc, ni de Jacques Attali qui, me dit-on, sont de gauche. Faudrait-il que je me sente proche pour cela d’intellectuels de droite ? Qui sont-ils d’ailleurs ? Concluez si vous voulez que je préfère une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, Attali ou BHL et que je préférais une analyse qui me paraisse juste de BHL à une analyse que je trouverais injuste d’Alain de Benoist … Les Papous vont hurler ! Mais ils ne me feront pas dire que je préfère une analyse injuste de BHL sous prétexte qu’il dit qu’il est de gauche et que Pierre Bergé, Libération, Le Monde et le Nouvel Observateur, pardon, L’Obs affirment aussi qu’il le serait … Michel Onfray
J’ai dit que je préférais une idée juste d’Alain de Benoist à une idée fausse de Bernard-Henri Lévy, et que si l’idée était juste chez Bernard-Henri Lévy et fausse chez Alain de Benoist,  je préférerais l’idée juste de Bernard-Henri Lévy. Donc, je n’ai jamais dit que je préférais Alain de Benoist à Bernard-Henri Lévy. (…) Je fais juste mon travail de philosophe en disant que je préfère une idée juste, et mon problème n’est pas de savoir si cette idée juste est de droite ou de gauche. J’ai l’impression que Manuel Valls pense le contraire, c’est à dire qu’il préfère une idée fausse, pourvu qu’elle soit de gauche, à une idée juste si elle de droite. Michel Onfray
Quand un philosophe connu, apprécié par beaucoup de Français, Michel Onfray, explique qu’Alain de Benoist, qui était le philosophe de la Nouvelle droite dans les années 70 et 80, qui d’une certaine manière a façonné la matrice idéologique du Front national, avec le Club de l’Horloge, le Grèce, (…) au fond vaut mieux que Bernard-Henri Lévy, ça veut dire qu’on perd les repères. (…) dans ce moment-là, mon rôle, le rôle des formations politiques, c’est de faire en sorte qu’on comprenne quels sont les enjeux. Manuel Vals
Force est de constater qu’on a trop souvent dans le passé joué avec le Front national. À gauche, en l’instrumentalisant. À droite, en pratiquant le déni. Passez-moi le mot : il faut « reprioriser » les choses. Il y a aura toujours une droite et une gauche, des différences entre elles et aussi, bien sûr, des confrontations. Mais aujourd’hui, la priorité commune, c’est le combat contre le FN. La droite doit en finir avec les facilités qui ont été trop longtemps les siennes et ce degré de porosité avec le FN imputable aux « buissonneries » d’hier. La gauche, elle, doit cesser d’être naïve ou idéaliste. Quant à la gauche de la gauche, se rend-elle compte que ses outrances anti-économiques, sa haine de l’Europe et du capitalisme ont comme seul résultat de saper les fondements de la République? Je suis effrayé quand je lis dans Le Point sous la plume de Michel Onfray que mieux vaut Alain de Benoist plutôt que Bernard-Henri Lévy. Mais où va-t-on? Toutes ces dérives creusent le sillon de Marine Le Pen. Je dis à tous : ne soyez ni naïfs, ni opportunistes, ni sectaires. Reprenez-vous! Et je pourrais dire la même chose au patronat, aux syndicats, aux autorités religieuses et à beaucoup d’intellectuels. Jean-Marie Le Guen
Quand Manuel Valls, dimanche, « revendique la stigmatisation de Marine Le Pen », il érige en martyr du Système celle qui ne cesse de se présenter comme telle avec un succès croissant. Alors que la diabolisation du FN est une stratégie d’appareil qui perd de plus en plus ses effets d’intimidation auprès d’électeurs excédés, c’est pourtant vers cette solution contre-productive que se précipite à nouveau le premier ministre. Il explique : « Mon angoisse (…) : j’ai peur pour mon pays qu’il se fracasse sur le Front national ». Mais la France n’a pas eu besoin du FN pour s’être déjà fracassée sur le chômage, l’endettement, le matraquage fiscal, la paupérisation, l’insécurité, la déculturation, l’immigration de peuplement, etc. C’est parce que ces sujets ne cessent de s’amplifier, faute de réformes adéquates, que Marine Le Pen est passée en tête dans les sondages. Quand Valls s’alarme de la voir « gagner l’élection présidentielle de 2017″, il ferait mieux de se demander pourquoi, au lieu de sortir les gourdins. Un chef du gouvernement qui, en s’attaquant au FN, prend une conséquence pour une cause tient un raisonnement bancal qui annonce l’échec. (…) Illustration avec le diagnostic du premier ministre, établi le 20 janvier, sur « l’apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays ». Rien n’est plus faux que ce constat d’une politique voulue de séparation raciale, même si le communautarisme ethnique est bien une réalité. Or c’est sur cette assise idéologique, irréaliste dès le départ, que le gouvernement entend construire sa « politique de peuplement », dont les termes laissent poindre l’autoritarisme déplacé. Cette politique vise à imposer partout la « mixité sociale » (entendre : mixité ethnique) dans le cadre, explique Valls, d’un « projet de société répondant aux exigences des Français exprimées le 11 janvier », c’est-à-dire lors de la grande manifestation en solidarité aux victimes des attentats. Or non seulement cette instrumentalisation partisane du 11 janvier est choquante, mais il est irresponsable de déplorer les ghettos et de ne rien faire pour interrompre l’immigration du tiers-monde qui ne cesse de les consolider. Ivan Rioufol
C’est l’histoire d’une pièce de théâtre qui connut jadis un immense succès, mais dont le texte a vieilli. Les ficelles dramatiques paraissent convenues et désormais surjouées par un acteur grandiloquent devant une salle aux trois-quarts vides. C’est la République en danger, le fachisme ne passera pas ou, pour faire plaisir à l’acteur, « no pasaran ». Manuel Valls peut tout jouer, mal mais tout. Alors qu’il est en campagne pour des élections locales, il a déjà déclenché le programme spécial 21 avril 2002. Les loups sont entrés dans Paris. C’est trop tôt ou trop tard. A l’époque, le candidat vaincu Lionel Jospin n’avait pas tardé à reconnaître que tout cela était du théâtre, qu’aucun danger fasciste ne menaçait la République. En 2002, Manuel Valls était conseiller en communication du Premier ministre, et François Hollande, premier secrétaire du PS. Ah, ce n’est pas que les deux hommes ne désirent pas revivre un pareil séisme, mais ils veulent seulement que ce soit à leur profit. Car la seule chance de réélection de Hollande est de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen. Le Président fait donc tout pour en faire la seule opposition, à la fois en majesté et diabolisée. Valls met son énergie et son sens de la démesure au service de cette tactique exclusive. Les deux hommes achèvent ainsi le travail commencé il y a trente ans par François Mitterrand: l’ancien président avait alors réussi à casser la droite en trois morceaux irréconciliables.  (…) La manoeuvre est limpide et poursuit trois objectifs successifs. 1) « réveiller et rameuter un peuple de gauche chauffé artificiellement au feu antifasciste ». 2) culpabiliser la gauche de la gauche, de Mélenchon à Duflot ». 3) préparer le troisième tour des départementales lors de l’élection des présidents des conseils généraux pour casser l’UMP entre ceux qui pactiseraient avec le diable. Eric Zemmour

Attention: un fascisme peut en cacher un autre !

Rassemblement républicain, apartheid social, profanations de cimetières juifs, stigmatisation de Marine Le Pen, excommunication de malpensants …

A l’heure où des deux côtés de l’Atlantique la même gauche ne gouverne désormais plus qu’à coup de décrets …

Et où à la veille d’une nouvelle élection (pour des départements appelés à être supprimés ?) annoncée catastrophique pour la gauche au pouvoir …

Mais surtout, pour les présidentielles de 2017, d’une probable réédition du 21 avril 2002 …

Le gouvernement Hollande-Valls en rajoute, entre appels à la « stigmatisation » et au « peuplement« , dans la bonne vieille démagogie anti-fasciste …

Comment ne pas repenser avec Eric Zemmour mais aussi avec le demi-aveu du responsable PS Jean-Marie Le Guen …

Aux paroles de Lionel Jospin …

Rappelant lui-même il y a quelques années que l’antifascisme des années mitterrandistes n’étaient en fait « que du théâtre » ?

Et donc comment ne pas voir …

La stratégie miterrandienne de plus en plus évidente, de la part d’un pouvoir à nouveau aux abois, de se bricoler un 21 avril à l’envers …

Où après l’impossible choix de 2002 entre l’escroc Chirac et le facho Le Pen …

Les électeurs français se verraient contraints et forcés de choisir …

Entre la prétendue facho Le Pen fille et le véritable zozo Hollande ?

En France comme en Amérique, la logique tribale de la gauche exaspère
La gauche est en crise, et menace de perdre ses soutiens les plus fidèles.

Daniel Girard.

Contrepoints

11 mars 2015

Que se passe-t-il avec la gauche ? La question se pose tant en France qu’en Amérique. En France, la gauche est incarnée par le gouvernement socialiste de François Hollande. Le PS a déçu plus que des partisans ; il a aussi secoué des alliés traditionnels par son choix de combats.

Alain Finkielkraut est l’un de ces penseurs déçus par les politiques du Parti socialiste. Tellement, qu’il répudie la gauche. « Je ne suis plus de gauche, dit-il, car la gauche a trahi sa promesse républicaine en précipitant le désastre de l’école au nom de l’égalité. » Le philosophe ne digère pas l’abandon de l’exigence de la langue française et la fin de la rigueur pour inclure le plus grand nombre.

Il déplore aussi la prédominance du politiquement correct qui tue dans l’œuf tout débat. « Ce n’est pas en dissimulant la réalité sous le voile de la « bien-pensance » qu’on résoudra les problèmes », s’est-il récemment écrié.

La colère de Michel Onfray

Alain Finkielkraut n’est pas le seul à être désabusé. Le philosophe Michel Onfray ne se reconnaît pas lui non plus dans les luttes menées par la gauche « bien-pensante ». Dans une chronique dans Le Point intitulée « Cette mafia qui se réclame de la gauche », il tire à boulets rouges sur « cette gauche qui préfère avoir tort avec Robespierre, Marx, Lénine, Staline, Mao, Khomeiny plutôt que raison avec Camus ».

Une gauche, dit-il, « qui traque la misogynie et la phallocratie partout dans la langue française (…) mais qui ne voit pas que la polygamie, le voile, la répudiation, les mariages arrangés, l’excision, le chômage, les mères seules (…) font des ravages plus profonds en matière de phallocratie. »

Michel Onfray s’élève contre cette intelligentsia de gauche qui lui en veut de n’être pas du sérail, qui digère mal qu’il ne doive rien à personne et qu’il ait connu son succès grâce au travail et non au copinage tribal.

La volte-face de David Mamet

Le concept d’appartenance tribale évoqué par Michel Onfray est au centre du reniement de la gauche du dramaturge David Mamet. L’auteur était un enfant chéri de la gauche américaine. Deux de ses œuvres théâtrales American Buffalo et Glengarry Glen Ross, sont inscrites à jamais dans l’imaginaire progressiste américain. En 2008, David Mamet avait dit à une gauche abasourdie qu’il était devenu conservateur. Depuis ce temps, il vit avec l’hostilité de beaucoup de ceux qui, avant 2008, ne juraient que par lui.

À une époque où la gauche, aux États-Unis (les démocrates) comme en France, commence à manquer de boucs émissaires pour expliquer ses échecs, les réflexions de David Mamet n’ont jamais été aussi opportunes. David Mamet trouvait difficile de discuter avec la gauche. Dans une discussion, dit-il, il faut faire l’effort de comprendre le point de vue de l’autre, même si on ne le partage pas.

Pour lui, les gens de gauche rejettent les autres points de vue sans même les examiner. Ce qui les intéresse, c’est de savoir si vous êtes d’accord. Ils sondent votre opinion sur une foule de sujets allant de l’avortement au réchauffement climatique, à la recherche d’indices pour vous disqualifier. Dès qu’ils vous ont pris en défaut, ils ne veulent plus discuter avec vous, vous n’appartenez pas à leur tribu.

Pas de lendemains qui chantent

Tant en France qu’en Amérique, cette intransigeance tribale se traduit par l’impossibilité de rallier les troupes pour gouverner. En France, le PS a dû utiliser l’article 49.3 pour adopter des réformes économiques tièdes. Aux États-Unis, réticent à négocier avec les républicains, le président Obama utilise maintenant son véto pour faire avancer ses dossiers.

On peut déjà prédire que l’héritage de François Hollande ne jouera pas en faveur du candidat du PS au prochain scrutin présidentiel. Même chose aux États-Unis. Les observateurs qui se disent assurés que la démocrate Hillary Clinton est la prochaine présidente sous-estiment le boulet que représentera pour elle aux élections les huit années peu productives de l’administration Obama.

Jean-Marie Le Guen : « On a trop souvent joué avec le FN »

JDD

8 mars 2015

INTERVIEW – Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat (PS) aux Relations avec le Parlement revient sur son analyse politique qu’il vient de rediger pour la Fondation Jean-Jaurès.
Secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement et très proche de Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen vient de rédiger pour la Fondation Jean-Jaurès une analyse politique de 36 pages (« Front national, le combat prioritaire de la gauche »), qui, à gauche, fera date. S’adressant à l’ensemble du camp républicain (droite, gauche, gauche de la gauche) et estimant que « personne ne peut être exonéré de sa propre responsabilité » (dans la montée en puissance d’un parti « xénophobe et anti-européen », désormais aux portes du pouvoir), Le Guen tire la sonnette d’alarme. « Il est temps de reconnaître que la lutte contre le FN est prioritaire », proclame-t-il.

Le ton de votre analyse est de bout en bout grave. « Le Front national, écrivez-vous d’emblée, peut l’emporter »…

Mon ton est grave parce que la gravité de la situation du pays renforce la gravité de la situation née du défi du Front national. Ce parti n’est pas un produit de circonstance. Ce n’est pas – ou pas seulement, ce serait trop facile – la conséquence de la « mal-politique », de gauche et de droite. La mondialisation, la crise de l’Europe telle qu’elle est, le danger terroriste, les retards pris dans l’accouchement d’un islam de France, le malaise profond de tant de quartiers, le chômage de masse qu’on ne pourra pas terrasser en quelques mois : c’est de tout cela que se nourrit le Front national. Or, forcément, bien au-delà des cantonales, la crise va durer…

Que faire?

Force est de constater qu’on a trop souvent dans le passé joué avec le Front national. À gauche, en l’instrumentalisant. À droite, en pratiquant le déni. Passez-moi le mot : il faut « reprioriser » les choses. Il y a aura toujours une droite et une gauche, des différences entre elles et aussi, bien sûr, des confrontations. Mais aujourd’hui, la priorité commune, c’est le combat contre le FN. La droite doit en finir avec les facilités qui ont été trop longtemps les siennes et ce degré de porosité avec le FN imputable aux « buissonneries » d’hier. La gauche, elle, doit cesser d’être naïve ou idéaliste. Quant à la gauche de la gauche, se rend-elle compte que ses outrances anti-économiques, sa haine de l’Europe et du capitalisme ont comme seul résultat de saper les fondements de la République? Je suis effrayé quand je lis dans Le Point sous la plume de Michel Onfray que mieux vaut Alain de Benoist plutôt que Bernard-Henri Lévy. Mais où va-t-on? Toutes ces dérives creusent le sillon de Marine Le Pen. Je dis à tous : ne soyez ni naïfs, ni opportunistes, ni sectaires. Reprenez-vous! Et je pourrais dire la même chose au patronat, aux syndicats, aux autorités religieuses et à beaucoup d’intellectuels.

Insister à ce point sur la menace Front national, n’est-ce pas en faire le pivot de la vie politique?
Comme je l’écris, il s’agit de « mettre fin au déni devant une menace majeure ». En ne nous trompant pas, j’insiste, de priorités. Pardonnez-moi de me citer encore : « Il est des époques où la République peut se mettre au service de l’idéal socialiste. Mais d’autres, comme aujourd’hui, où c’est le socialisme qui doit se mettre au service de la République. » C’est clair, non? Je vais être plus direct encore : sortir de l’Europe, sortir de l’euro, ce serait faire de nos actuels partenaires des adversaires, donc entrer dans une logique de concurrence acharnée qui, tôt ou tard, déboucherait immanquablement sur une véritable guerre économique. Ayons en tête ce que nous disait François Mitterrand il y a quelques années : le nationalisme, c’est la guerre. Oui, le nationalisme version dévoyée et agressive du patriotisme, c’est la guerre.

Départementales
Avant d’aller aux urnes, le PS proclame sa défaite
La PS s’attend à perdre près de la moitié des départements qu’il dirige alors que la réforme territoriale est toujours au stade de l’esquisse
Stéphane Grand

L’Opinion

20 octobre 2014

A un peu moins de six mois des élections départementales, les 22 et 29 mars, le Parti socialiste ne fanfaronne pas. Chose rare, ses cadres ne cachent pas qu’ils anticipent une nouvelle « correction d’ampleur». Pour ce nouveau rendez-vous électoral, qui aura valeur de test pour François Hollande et Manuel Valls, la direction socialiste s’attend à un séisme d’une même magnitude que lors des municipales en mars 2014. Rue de Solférino, les projections sont pessimistes. Dans cette ambiance mortifère, la direction nationale essaye de préparer les esprits. « On peut avoir une très mauvaise séquence électorale, tranche d’emblée Jean-Christophe Cambadélis, le Premier secrétaire. On peut perdre 35 départements ».

A ce jour, le PS et ses alliés (radicaux de gauche et dans une moindre mesure le Parti communiste) gèrent près des deux tiers des conseils généraux, avec 60 présidences sur les 101 assemblées départementales (métropole et outre-mer). Dans les prévisions les plus sombres, il pourrait ne rester dans la corbeille socialiste que 25 départements. « Il y a 20 ans de conquête départementale qui vont peut-être partir en fumée », peste un premier fédéral, lui même sur la sellette en mars prochain. Tout cela sur fond de réforme territoriale, portée par Manuel Valls, qui prévoit de faire la peau, en partie, aux départements.

« Comment voulez-vous sérieusement être crédible quand un jour, on vous dit qu’on va les supprimer et qu’ensuite, le gouvernement assure que les départements vont être pérennisés dans les zones rurales, s’énerve un baron socialiste. C’est mortel. » Le PS a donc les mains moites avant ce futur rendez-vous départementales sachant que le pire pour la gauche viendra dans la foulée, avec les élections régionales en décembre 2015. «N’oublions pas le vote sanction, s’autorise un député breton. On continue à transformer l’or en plomb. Il faut s’attendre à une nouvelle baffe. Le gouvernement n’a que des mauvaises nouvelles à annoncer, les urnes vont en être le réceptacle… »

Du coup, certains remettent en cause la logique de la réforme territoriale. « Je n’ai jamais rencontré un Français qui faisait des insomnies du fait du millefeuille territorial, reconnaît un ministre, anciennement président d’un département. Je suis perplexe sur ces transferts de compétences des départements vers les régions, peut-être qu’il aurait plutôt fallu porter un bloc de cohérence».

Le PS doit surtout revoir sa stratégie électorale, gênée directement par le Front national. « Localement, il peut y avoir une foule de mini-21 avril, » prévient un élu qui pronostique que dans de nombreux cantons, le candidat socialiste pourrait arriver en troisième position, derrière ses adversaires UMP et frontiste. « Que fait-on si nous sommes en mesure de nous maintenir pour le second tour? s’interroge un dignitaire socialiste. Si nous décidons nationalement de nous retirer, au nom du sacro-saint principe de front républicain, nous prenons aussi le risque qu’il n’y ait plus d’élu socialiste dans certaines assemblées ». En raison du mode de scrutin, le risque est d’ailleurs encore pire aux élections régionales. La direction du PS va d’ailleurs commencer de longues et périlleuses discussions avec ses partenaires de gauche, avec l’ambition de limiter les dégâts.

Départementales
Avant d’aller aux urnes, le PS proclame sa défaite
La PS s’attend à perdre près de la moitié des départements qu’il dirige alors que la réforme territoriale est toujours au stade de l’esquisse

Cambadélis : «Le PS peut perdre énormément»
Solenn de Royer
23/11/2014

VIDÉO – Le premier secrétaire du Parti socialiste, qui était invité dimanche soir au Grand jury Le Figaro-RTL-LCI, redoute les élections départementales et régionales de 2015.

Il est «trop tôt» pour parler des primaires. Pour le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, le débat lancé par le secrétaire d’État Thierry Mandon la semaine dernière n’est pas d’actualité. «Mandon est ministre de la Simplification administrative, pas de la complication des affaires du PS», a taclé le patron du PS dimanche soir devant le Grand jury Le Figaro-RTL-LCI. Cambadélis aurait préféré que Mandon «mesure ses propos» et ne «s’embarque» pas dans cette «histoire compliquée». Car, selon lui, les Français sont encore «loin de la présidentielle». «Le PS doit se concentrer sur la réussite du quinquennat», a-t-il insisté, tout en précisant que cette question des primaires à gauche serait traitée en 2016, pas avant.

Interrogé sur les «affaires» qui ternissent le quinquennat de François Hollande, le premier secrétaire du PS a défendu un président qui savait trancher quand il le fallait. Ce qu’il a fait par exemple avec Kader Arif, qui a démissionné du gouvernement après avoir été mis en cause par la justice. Le patron du PS a également condamné la campagne menée par l’ex-compagne du président Valérie Trierweiler, qui fait la promotion de son livre en Angleterre ces jours-ci. «Attaquer, ridiculiser le président à l’étranger, ça me met vraiment mal à l’aise, a-t-il dit. Valérie Trierweiler ne se rend plus compte des conséquences de ses propos. Ça implique la France. Ça donne une image déplorable des Français.» Et le patron du PS d’ironiser: «Je savais que la vengeance était un plat qui se mangeait froid, mais je ne savais pas que ce plat se mangeait plusieurs fois.»

Deux candidats de droite au premier tour de la présidentielle de 2017
Alors que selon le magazine allemand Der Spiegel à paraître lundi, le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron pourrait présenter jeudi un assouplissement des 35 heures et un gel des salaires, de concert avec son homologue allemand, Sigmar Gabriel, le patron du PS a indiqué que la question des salaires n’était pas le souci de l’économie française. Il a également fermé la porte à un assouplissement des 35 heures. «Si la droite avait voulu les supprimer, elle l’aurait fait, a-t-il noté. Or elle ne l’a pas fait. Ce n’est pas le sujet du jour.»

Le patron du PS a plaidé aussi pour l’unité à gauche, en vue des élections régionales et départementales de 2015. «Si nous sommes désunis, et ça en prend le chemin, le PS peut perdre, énormément, a-t-il mis en garde. Mais le PC peut disparaître et les écologistes ne plus avoir de représentation.» Il a estimé enfin que les deux droites, celles d’Alain Juppé et celle de Nicolas Sarkozy, étaient irréconciliables. Selon lui, il ne serait pas étonnant qu’il y ait deux candidats de droite au premier tour de la présidentielle de 2017. Tout comme il y aura plusieurs candidats de gauche. Ce qui fera le jeu du FN, a-t-il regretté.

POLITIQUE La formule est chargée en sous-entendus ethniques selon des experts…

Manuel Valls veut une «politique du peuplement pour lutter contre la ghettoïsation, la ségrégation»
20 minutes

23.01.2015

Un comité interministériel se réunira contre les inégalités «dans les quartiers»
Selon Valls, les politiques publiques n’ont pas permis d’éviter «la relégation, le regroupement ethnique, religieux» ni permis «la mixité des populations»
«Dans ces écoles on ne trouve que des élèves issus de familles pauvres, souvent monoparentales, issues uniquement de l’immigration», constate le Premier ministre
Deux jours après avoir évoqué un «apartheid», Manuel Valls enfonce le clou. Jeudi, Premier ministre a annoncé lors d’une conférence de presse à Matignon qu’un comité interministériel consacré à la lutte contre les inégalités «dans les quartiers» se tiendra en mars, après une «phase de débats» pour «prendre les décisions qui s’imposent».

Pour Manuel Valls, il ne faut «pas seulement une politique du logement et de l’habitat» mais une «politique du peuplement». Une «politique du peuplement pour lutter contre la ghettoïsation, la ségrégation», a-t-il plaidé. Les politiques publiques menées «depuis 30 ans», n’ont pas permis d’éviter «la relégation, le regroupement ethnique, religieux» ni permis «la mixité des populations», a fait valoir le locataire de Matignon.

Aller «plus loin» que la seule politique du logement
«Je ne supporte pas, comme républicain, de voir cet enfermement, cette relégation dans un certain nombre de ces quartiers (…), que dans des écoles on ne trouve que des élèves issus de familles pauvres, souvent monoparentales, issues uniquement de l’immigration, des mêmes cultures et de la même religion», a-t-il poursuivi.

Que désigne cette «politique du peuplement»? Dans le langage des sociologues et des experts de la politique de la ville, il s’agit des mesures prises pour imposer la «mixité sociale» dans un quartier ou une commune, notamment dans les procédures d’attribution des logements sociaux. «L’idée, c’est de casser ces logiques de ségrégation sociale, et donc de renforcer la mixité sociale», d’aller «plus loin» que la seule politique du logement, a tenté d’expliciter l’entourage du Premier ministre.

«Une phase de communication dure»
Mais nombre y ont vu une nouvelle référence ethnique, alors que mardi, lors de ses voeux à la presse, Manuel Valls avait suscité la controverse en évoquant «un apartheid social, territorial et ethnique» qui se serait «imposé» à la France.

«Manuel Valls reste là dans la rhétorique de l’apartheid. Il est dans une phase de communication dure», souligne le géographe Christophe Guilly, spécialiste des quartiers difficiles et du logement social. Selon l’auteur de «la France périphérique», «il marque qu’il a compris les tensions de la société française et qu’il va se montrer ferme sur le sujet» même s’il n’a pas de solution clé en mains».

Sur le FN, Manuel Valls pense à l’envers
Ivan Rioufol

Liberté d’expression

9 mars 2015
La droite et la gauche répètent que le Front national menace la France. Leur semblable complexe de supériorité leur interdit de constater qu’elles sont elles-mêmes, en réalité, les causes de la crise politique qui affaiblit la nation. La constante progression du FN n’est que la conséquence de leurs propres refus à s’adresser aux Oubliés, ces « populistes » qui ont le mauvais goût de se réclamer de la démocratie et de ses règles. Or il faut bien constater la même incapacité de l’UMP et du PS à corriger cette grossière erreur de jugement. Se confirme, singulièrement à gauche, une réticence à aborder la vie des gens autrement qu’avec des idées tordues. Quand Manuel Valls, dimanche, « revendique la stigmatisation de Marine Le Pen », il érige en martyr du Système celle qui ne cesse de se présenter comme telle avec un succès croissant. Alors que la diabolisation du FN est une stratégie d’appareil qui perd de plus en plus ses effets d’intimidation auprès d’électeurs excédés, c’est pourtant vers cette solution contre-productive que se précipite à nouveau le premier ministre. Il explique : « Mon angoisse (…) : j’ai peur pour mon pays qu’il se fracasse sur le Front national ». Mais la France n’a pas eu besoin du FN pour s’être déjà fracassée sur le chômage, l’endettement, le matraquage fiscal, la paupérisation, l’insécurité, la déculturation, l’immigration de peuplement, etc. C’est parce que ces sujets ne cessent de s’amplifier, faute de réformes adéquates, que Marine Le Pen est passée en tête dans les sondages. Quand Valls s’alarme de la voir « gagner l’élection présidentielle de 2017″, il ferait mieux de se demander pourquoi, au lieu de sortir les gourdins.

Un chef du gouvernement qui, en s’attaquant au FN, prend une conséquence pour une cause tient un raisonnement bancal qui annonce l’échec. Le philosophe Michel Onfray vise juste quand il réplique au premier ministre : « J’ai l’impression que Manuel Valls (…) préfère une idée fausse, pourvu qu’elle soit de gauche, à une idée juste, si elle est de droite ». Illustration avec le diagnostic du premier ministre, établi le 20 janvier, sur « l’apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays ». Rien n’est plus faux que ce constat d’une politique voulue de séparation raciale, même si le communautarisme ethnique est bien une réalité. Or c’est sur cette assise idéologique, irréaliste dès le départ, que le gouvernement entend construire sa « politique de peuplement », dont les termes laissent poindre l’autoritarisme déplacé. Cette politique vise à imposer partout la « mixité sociale » (entendre : mixité ethnique) dans le cadre, explique Valls, d’un « projet de société répondant aux exigences des Français exprimées le 11 janvier », c’est-à-dire lors de la grande manifestation en solidarité aux victimes des attentats. Or non seulement cette instrumentalisation partisane du 11 janvier est choquante, mais il est irresponsable de déplorer les ghettos et de ne rien faire pour interrompre l’immigration du tiers-monde qui ne cesse de les consolider. Nombreux sont les électeurs du FN qui ont fui les cités d’immigration pour rejoindre les périphéries. Ceux-là n’ont aucune envie de cohabiter à nouveau, contraint et forcés, avec ceux qui ne partagent pas leur mode de vie. Mettre en place une telle politique, c’est jouer Marine Le Pen. Valls pense à l’envers. Il en devient donc inconséquent.

Michel Onfray: « Cette mafia qui se réclame de la gauche »

Le Point

25 février 2015

INTERVIEW. Le philosophe fustige la gauche bien-pensante. Assez pour que la droite le récupère…

Propos recueillis par Sébastien LE FOL©

1. Une partie de la gauche est devenue très hostile à votre égard. Votre opposition à la théorie du genre, votre critique de l’islam et votre défense d’Eric Zemmour vous ont valu le surnom de « Finkielkraut bis ». Auriez-vous basculé du « côté obscur de la force » ?

Tout dépend de quelle gauche on parle… La gauche mondaine, parisienne, celle de Saint-Germain-Des-Prés ? La gauche caviar de BHL ? La gauche tellement libérale qu’elle défend la vente d’enfants en justifiant la location d’utérus des femmes pauvres pour des couples riches ? La gauche de Pierre Bergé qui estime que louer son ventre c’est la même chose que travailler comme caissière ? La gauche qui préfère avoir tort avec Robespierre, Marx, Lénine, Staline, Mao, Khomeiny que raison avec Camus ? La gauche qui rend responsables Houellebecq, Finkielkraut et Zemmour des attentats du 7 janvier qu’elle ne veut pas nommer islamistes ? La gauche de Libération qui, le 20 janvier 2014, justifie la zoophilie et la coprophagie avec la philosophe Beatriz Preciado, chroniqueuse du dit journal ? La gauche qui fit de Bernard Tapie son héros et un ministre ? La gauche qui a vendu une télévision publique à Berlusconi ? La gauche qui traque la misogynie et la phallocratie partout dans la langue française et veut qu’on dise professeure et auteure mais qui ne voit pas que la polygamie, le voile, la répudiation, les mariages arrangés, l’excision, le chômage des mères seules au foyer, les ex-maris qui ne paient pas les pensions alimentaires,  font des ravages plus profonds en matière de phallocratie ? La gauche qui vote comme Sarkozy sur l’Europe et l’euro, le raccourcissement des retraites et l’augmentation du temps de travail, les restrictions de remboursements maladie,  et croit que le danger fasciste est partout sauf là où il est ? La gauche qui se croit antifasciste comme Jean Moulin quand elle appelle à interdire le parti de Marine Le Pen ? La gauche de ceux qui croient à la liberté de la presse, à la liberté d’expression, bien sûr, mais qui m’interdit France-Inter pendant quatre années ou demande qu’on interdise la diffusion de mon cours sur Freud à France-Culture en initiant une pétition contre moi au nom de la liberté d’expression ? La gauche du sénateur socialiste qui intervient auprès du président du Conseil régional de Basse-Normandie pour faire sauter la subvention de l’université populaire à la demande d’une historienne de la psychanalyse qui elle aussi, bien sûr, est de gauche? La gauche qui détruit l’école parce qu’elle sait que ses enfants sortiront de toute façon du lot, puisqu’ils s’en occupent chez eux et qui, de ce fait, renvoie les enfants de pauvres dans les caniveaux où Marine Le Pen, ou le Djihad,  les récupère ? Que cette gauche là ne m’aime pas, ça m’honore… En revanche, je ne compte pas le nombre de gens vraiment de gauche qui me disent, dans la rue, par mails, par courrier, à l’issue mes conférences, qu’ils sont d’accord avec moi, mais n’osent pas le dire parce qu’il règne une terreur idéologique activée par cette mafia qui se réclame de la gauche…

2. Même la revue de la Nouvelle Droite, Eléments, vous tresse des lauriers….Y aurait-il un malentendu ?

Je suis antilibéral, contre l’euro et l’Europe, pour les peuples, je défend un socialisme proudhonien, mutualiste et fédéraliste, je crois au génie du peuple tant que les médias de masse ne l’abrutissent pas pour le transformer en masse abêtie qui jouit de la servitude volontaire et descend dans la rue comme un seul homme au premier coup de sifflet médiatique, je ne crois pas que le marché doive faire la loi, je ne fais pas de l’argent l’horizon indépassable de toute éthique et de toute politique , je préfère les girondins fédéralistes et provinciaux aux jacobins centralisateurs et coupeurs de têtes , et avec ça je suis de gauche – si Eléments est d’accord avec ça, devrai-je cesser de croire ce que je crois ?

3. Dans « L’ordre libertaire : la vie philosophique d’Albert Camus », vous faisiez une critique implacable de la « gauche totalitaire ». Ce livre n’a-t-il pas marqué une rupture définitive entre une certaine intelligentsia de gauche et vous ?

Une certaine intelligentsia de gauche, comme vous dites, n’a jamais aimé que je ne sois pas du sérail et que je ne doive mon statut qu’à mon travail et non au copinage tribal qui fait l’essentiel de son quotidien. J’ai construit ma vie pour n’avoir rien à demander à personne.  Que cette tribu grosse comme un village Papou fasse sa loi et fonctionne comme une mafia, c’est son affaire, pas la mienne. J’ai créé une université populaire il y a treize ans à Caen, en province, pour lutter contre la présence de Le Pen au second tour des présidentielles, cette UP fonctionne à merveille avec une vingtaine d’amis. J’y travaille bénévolement et les cours sont gratuits. C’est ma façon d’être de gauche car se dire de gauche compte pour rien si l’on ne vit pas une vie de gauche, à savoir une vie dans laquelle on incarne les idéaux de gauche – banalement : liberté, égalité, fraternité, laïcité, féminisme.  Cette intelligentsia n’en parle jamais alors que mille personnes viennent chaque lundi à mon cours. L’arbitre des élégances n’est pas pour moi ce village papou, mais ce peuple qui vient.

4. « Moi qui suis de gauche, je préfère un homme de droite intelligence à un homme de gauche débile », avez-vous déclaré au Figaro. La droite serait-elle de plus en plus intelligente ? Et à contrario la gauche serait-elle de plus en plus débile ?

Depuis que je juge la gauche sur ce qu’elle fait plus que sur ce qu’elle dit d’elle, je ne me fais plus avoir par les étiquettes. Il n’y a pas la gauche et la droite, mais des gens de gauche et des gens de droite. Et je n’estime pas une personne sur ces critères. Pas plus que l’athée que je suis ne juge autrui sur le fait qu’il croie ou non en Dieu, mais sur ce qu’il fait de son athéisme ou de sa foi dans sa vie quotidienne. Là aussi, là encore, je préfère un croyant intelligent à un athée imbécile. Je trouve même sidérant qu’on ait besoin de le dire, ce qui supposerait qu’un homme de gauche devrait préférer un crétin de gauche à un homme de droite intelligent…

5. Quels sont les intellectuels de droite dont vous vous sentez le plus proche ?

Je ne me sens pas proche de BHL ou d’Alain Minc, ni de Jacques Attali qui, me dit-on, sont de gauche. Faudrait-il que je me sente proche pour cela d’intellectuels de droite ? Qui sont-ils d’ailleurs ? Concluez si vous voulez que je préfère une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, Attali ou BHL et que je préférais une analyse qui me paraisse juste de BHL à une analyse que je trouverais injuste d’Alain de Benoist … Les Papous vont hurler ! Mais ils ne me feront pas dire que je préfère une analyse injuste de BHL sous prétexte qu’il dit qu’il est de gauche et que Pierre Bergé, Libération, Le Monde et le Nouvel Observateur, pardon, L’Obs affirment aussi qu’il le serait…

6. Y a-t-il un homme politique de droite pour lequel vous seriez prêt à voter ?

Aucun. Ni d’ailleurs aucun un homme de gauche. C’est fini l’époque où je croyais aux bateleurs de la politique politicienne.

 Voir enfin:

Carpentras, 10-15 mai 1990, polysémie d’une profanation
Floriane Schneider
Le Temps des médias

2006/1 (n° 6)

Éditeur

Nouveau Monde éditions

Pages 175 – 187

1Tombes saccagées, stèles cassées, cadavre exhumé : telle est la découverte faite par deux femmes venues se recueillir dans la matinée du jeudi 10 mai 1990 dans le carré juif du cimetière de Carpentras. Dans un premier temps tenue secrète pour éviter les effets d’imitation, la profanation est rendue publique à 15h53 par un communiqué de l’AFP : « Le ministre de l’Intérieur est attendu aujourd’hui à Carpentras où il se rendra au cimetière juif qui a été profané par des inconnus […] 33 tombes et non pas 2 seulement comme indiqué précédemment ont été endommagées par des inconnus qui ont ouvert un cercueil et exhumé le défunt, un homme décédé de 81 ans. Le corps, empalé sur un manche de parasol, a été découvert gisant sur la tombe voisine. Cet acte n’a pas été revendiqué. Les enquêteurs ont relevé les empreintes de chaussures de quatre personnes différentes qui, semble-t-il, auraient opéré au cours de la nuit de mercredi à jeudi [1]  AFP, jeudi 10 mai 1990. Sont soulignés en gras les… [1] . »
2Depuis une dizaine d’années les profanations s’étaient multipliées et l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic à Paris en 1980 avait révélé la persistance de l’antisémitisme en France. Pourtant ce qui s’est passé à Carpentras a revêtu dès le départ une dimension singulière. Par un processus d’appropriation du fait “brut” dans ce qu’il a d’objectif, les médias et la classe politique l’ont reconstruit selon plusieurs configurations sémantiques. C’est précisément ce processus que nous allons interroger pour essayer d’en démonter les mécanismes, mettre en lumière ses enjeux. Comment s’est opérée la transmutation du “fait” en “événement” [2]  Pour Alain Flageul, l’événement résulte de l’imbrication… [2] , au terme de laquelle la profanation de Carpentras, acte d’antisémitisme révoltant, est devenue une affaire politico-médiatique polysémique [3]  Cette étude repose sur le dépouillement des quotidiens… [3] ?
3Depuis le jour de son annonce jusqu’au 14 mai 1990, jour de la grande manifestation parisienne « contre le racisme et l’antisémitisme » placée sous l’égide du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), la profanation du cimetière juif de Carpentras a investi l’espace et le débat publics. À partir du 16 mai, en revanche, l’intérêt pour le sujet semble retomber. L’enquête de police devient la composante essentielle de l’information.

L’antisémitisme à son paroxysme : un acte irrecevable en République

La violation du sacré comme violence antisémite

4La profanation de sépultures a été immédiatement perçue comme un acte dirigé contre les Juifs. Mais ce geste ne peut être réduit à une forme d’antisémitisme ordinaire, dans la mesure où il porte atteinte aux vivants à travers leurs morts. L’empalement a constitué l’élément “factuel” autorisant la transmutation médiatique du “fait” en “événement”. Le 10 mai, dans le JT de 20h de TF1, Patrick Poivre d’Arvor annonce « la grande nouvelle de la journée » : « un véritable spectacle d’horreur […] 34 tombes profanées, le corps d’un défunt avait même été sorti, exhumé et empalé sur un manche de parasol […] tout de suite ces horribles détails ». L’empalement, aspiration des profanateurs à une horreur appelée à faire sensation, est bien reçu par l’opinion comme l’acmé de la violence antisémite. « Je voudrais dire les choses d’une façon nette, même si ça peut choquer, et dans ce cas je m’en excuse. 40 tombes ont été profanées. Dans l’un des cas, on a sorti un corps et on l’a retrouvé avec un manche de pelle enfoncé dans l’anus. » Dans la déclaration de Laurent Fabius, premier secrétaire du PS, le 10 au soir, la captation de l’attention du public l’emporte sur la visée informative (40 ou 34 tombes, manche de pelle ou de parasol ?), fut-ce au prix d’un effet d’amplification et d’une crudité de langage rarement autorisée à une heure de grande écoute. Dès le départ, l’“horreur” se retrouve au cœur de la mise en forme de l’événement : horreur de l’acte, suggérée et suscitée.
5Le 11 mai la profanation de Carpentras fait la Une de tous les quotidiens, pour lesquels sa spécificité résiderait dans la violence exercée, transgressive et inouïe. « La France tétanisée par le choc antisémite » titre Libération ; Vaucluse Matin parle d’un « acte d’antisémitisme sans précédent » : « La communauté israélite de Carpentras […] a été d’autant plus profondément traumatisée que la tradition religieuse juive s’oppose à l’exhumation des corps ». On peut distinguer 3 degrés dans la nature de l’acte : le premier constitué par la destruction matérielle (tombes cassées), le second par l’atteinte symbolique à la culture religieuse juive. Eux seuls suffiraient à justifier l’horreur sans nom prêtée au crime. Mais l’acte porte également atteinte à l’équilibre de la France républicaine, fille des Lumières. « Un crime prémédité […] la transgression sauvage du tabou le plus antique : le respect des morts. Un véritable défi à la société française, comme pour la prévenir que ses fondements les plus solides étaient en train de s’effriter. » Telle est l’analyse que livre Marcel Trillat dans le journal d’Antenne 2 (A2). Le crime de Carpentras serait double, dirigé à la fois contre les Juifs et contre la France.
Les « Juifs du pape » entre intégration et exclusion : une « cible symbole »

6Dès le 10 mai, le lieu de la profanation est mis en exergue par la rédaction d’A2, dans l’édition de 20h du JT : « Dans cette ville [Carpentras] vit une communauté juive depuis le xiiie siècle ; elle est même une cité historique du judaïsme français ». Le 11 mai et les jours suivants, toutes les rédactions insistent sur la renommée juive de la ville provençale, « berceau du judaïsme français » [4]  Libération, 11 mai 1990, éditorial et p. 3. [4] , « Jérusalem comtadine » [5]  Le Monde, 12 mai 1990, p. 14. [5] abritant la « communauté israélite la plus ancienne de France » [6]  Vaucluse Matin, 11 mai 1990, dernière page. [6] . La qualité antisémite de l’acte est indéniable : les profanateurs de Carpentras, héritiers des Drumont et consorts, partagent avec leurs prédécesseurs l’idée que le Juif, entité raciale et/ou religieuse, incarne le Mal absolu. Pour l’éradiquer, il faut en pulvériser les racines.
7La symbolique du lieu révèle ainsi trois aspects de l’affaire en devenir. La ville est :
8- La « cible symbole » d’un crime qu’un éclairage historique désigne comme explicitement antijuif. Le lieu devait être en lui-même le véhicule du sens de la profanation.
9- Cela rapproche le geste profanateur, aux yeux des membres de la communauté juive, d’une « démarche d’anéantissement absolu » [7]  Claude Lanzmann, in Le Figaro, 12-13 mai 1990, p. … [7] . Ses auteurs, en retournant et souillant la « Terre mère », cherchaient à l’empêcher de féconder à nouveau.
10- La « capitale des juifs du pape », terre d’asile pour les Juifs bannis du royaume de France par Philippe le Bel en 1306 et Charles IX en 1394. Le perpétuel mouvement de balancier – intégration/exclusion – qu’incarne de façon exemplaire le destin des « Juifs du pape » jusqu’au drame du printemps 1990 semble obliger les Français à un examen de conscience.
11C’est donc le portrait de la France de Dreyfus que dépeint la presse, capable de défendre ses Juifs et de les clouer au pilori dans le même temps ; une façon de porter l’accusation au-delà du cercle des auteurs de la profanation. Face à un tel événement, il convient de choisir son camp, absolument et unanimement, pour la défense des Juifs et de leur dignité.
L’« union sacrée » face au péril

12En transgressant un tabou, les profanateurs ont menacé la pérennité de l’ordre démocratique. C’est l’idée qu’a exprimée le Grand Rabbin de France, Joseph Sitruk, lors de la cérémonie religieuse organisée le 13 mai dans l’enceinte du cimetière : « Il faut que la France démocratique d’aujourd’hui comprenne qu’il ne faut plus laisser faire ». Dans les sujets des JT de 20h de TF1 et d’A2 du 13 mai, un plan américain focalise notre attention sur le Grand Rabbin, debout sur une estrade, surplombant la foule d’officiels et d’anonymes. Il porte un costume sombre et un chapeau de feutre noir. La sauvegarde de la République passerait selon lui par une cohésion sociale réinventée, la fraternisation entre juifs et non juifs. François Mitterrand l’a parfaitement compris, en se rendant le 10 mai au soir au domicile du Grand Rabbin. Il tenait à apporter réconfort et soutien à la communauté juive, « comme on le fait pour un deuil de famille quand un membre de cette famille disparaît », a-t-il déclaré à l’AFP. Nous voilà revenus au temps de la République fraternelle dont les Juifs étaient « fous » [8]  D’après l’ouvrage de Pierre Birnbaum, Les Fous de la… [8] .
13Mais cette image qui s’impose, de communion dans le chagrin, est une image construite, notamment par le reportage de TF1 sur la cérémonie du 13 mai. Après avoir fait entendre le message de pardon du Grand Rabbin on enchaîne directement sur le discours du ministre de l’Intérieur Pierre Joxe. À l’écran toute rupture est abolie. Pierre Joxe apparaît en plan moyen, portant également un costume sombre et un chapeau noir. Il adopte la même attitude que celui qui l’a précédé sur l’estrade : des feuillets à la main, il prononce un discours empreint d’émotion [9]  Reportage de Sylvie Cenci sur la cérémonie religieuse… [9] . Le visage grave traduit la solennité de l’instant. De la prise de conscience collective dépend l’honneur de la République française – Joseph Sitruk et Pierre Joxe parlent d’une seule et même voix. Dans ce reportage, l’image du Grand Rabbin, représentant la communauté juive, et celle du ministre de l’Intérieur, porte-parole de la Nation, sont entièrement superposables : cette équivalence d’ordre visuelle entre les 2 hommes suggère que Juifs et Français sont à l’unisson. La lecture de la presse ne fait que confirmer cette entente générale. Dans l’édition du 15 mai, Le Monde revient sur la portée de la célébration du 13 mai. « Un consensus exemplaire que saluera M. Sitruk en s’exclamant avec force : “Quel bonheur de sentir la France à nos côtés !” [10]  Guy Porte, correspondant régional du Monde, 15 mai… [10] . » Cela donne un avant-goût de la manifestation du lendemain.
14La France avait en effet été conviée par le CRIF à une grande manifestation le 14 mai à Paris, entre les places de la République et de la Bastille. Cette manifestation, emblématique de la capacité de réaction du pays – le « sursaut » s’affiche en gros titre dans toute la presse – a connu un retentissement exceptionnel dans les médias, érigée en “événement” du fait de la présence du président de la République. Le 15 mai on retrouve sa photographie dans tous les quotidiens : « Un président de la République dans la rue », Libération ; « fait sans précédent depuis la Libération, le président de la République en la personne de François Mitterrand s’est joint à cette manifestation », Vaucluse Matin. Pour tous les journalistes, le rassemblement se caractérise, outre la présence de François Mitterrand, par sa massivité, sa diversité multi-ethnique et pluriconfessionnelle et son slogan fédérateur : « non au racisme et à l’antisémitisme ». Ces traits ressortent bien dans le reportage tourné place de la Bastille et diffusé dans le JT de TF1. Différents témoignages ont été recueillis : ceux d’anonymes, un musulman, une catholique, un professeur venu en famille et un couple de juifs. Puis défilent successivement à l’écran, en plans rapprochés, Jean-Pierre Bloch (LICRA), François Léotard, Jacques Chirac, Georges Marchais, Pierre Mauroy, Harlem Désir, Mgr Decourtray, Christophe Dechavanne, Guy Bedos et enfin Michel Rocard. Le reportage d’A2 applique le même schéma de déroulement scénographique : « Parmi les manifestants, de nombreuses personnalités politiques, toutes tendances confondues […] puis vers 19h15, François Mitterrand rejoignait le cortège ». À leur nom, les hommes politiques apparaissent à l’écran, fendant la foule. Ce sont des hommes d’action, en action, que l’on donne à voir aux téléspectateurs. Le climax est atteint lorsque l’image de François Mitterrand emplit l’écran sans voix off ni musique. L’importance de l’instant vécu et médiatisé est soulignée au moyen d’un silence imposant.

Rapports de force politiques

Crise sociale et climat politique délétère, les racines du Mal ?

15En se joignant à la manifestation parisienne, le président de la République défendait l’idée que si la France devait « se ressaisir », c’était à l’État de donner l’impulsion. Par ce geste, il montrait également qu’il avait pris note des critiques formulées depuis l’annonce de la profanation, par voie de presse, à l’encontre de son gouvernement. En effet, pour nombre de journalistes, la profanation était symptomatique d’une France en crise.
16François Mitterrand a été réélu le 8 mai 1988 à la présidence de la République mais son parti est en déroute. « Le bilan des années Mitterrand aurait pu être positif s’il n’était entaché par une grave carence morale et […] un développement considérable de la corruption [11]  Jean-Marie Colombani et Hugues Portelli, Le Double… [11] . » Le gouvernement et les parlementaires socialistes ont souffert d’un discrédit profond dans l’opinion, conséquence de l’enchaînement ininterrompu des « affaires » [12]  Parmi celles-ci, citons les procédés illégaux de financement… [12] . La série d’élections en 1988-1989 est un bon indicateur de la crise qu’ils traversent. Aux municipales et cantonales, on relève une augmentation de l’abstention et une réorientation du corps électoral vers le FN ou les Verts. Les élections européennes ne font que confirmer cette tendance. Quant à la droite, elle peine à se positionner sur l’échiquier politique français.
17Les éditoriaux du Figaro illustrent bien de quelle façon les proportions de l’événement Carpentras, rapportées à la morosité politique ambiante, ont été redimensionnées : « N’insistons pas sur le machiavélisme d’un pouvoir socialiste qui ne songe, depuis des années, qu’à gonfler les voiles de l’extrême droite. Plaignons-le, il aura des comptes à rendre à l’histoire » [13]  Franz-Olivier Giesbert, « La France souillée », Le… [13] . Le 14, Xavier Marchetti poursuit dans la même veine : « Il faut aussi faire la part de la pernicieuse dégradation de la vie politique. Elle entraîne moquerie et rejet » [14]  Xavier Marchetti, « Une société malade », Le Figaro,… [14] . D’aucuns rétorqueront que Le Figaro, journal de droite, en a profité pour tirer à bout portant sur les socialistes. Mais leurs confrères de Libération ont aussi relié l’événement au climat général. Ils parlent d’« authentique désarroi » et citent Jacques Chirac qui voit dans cette profanation la manifestation d’une « crise dont nous sommes tous responsables » [15]  Marc Kravetz, « Les pourvoyeurs de l’ordure », Libération,… [15] .
18Au moment où les formations traditionnelles étaient en proie au malaise, sans réponse face aux problèmes de l’immigration [16]  À l’automne 1989, l’affaire du foulard islamique relance… [16] et de l’insécurité, le FN récoltait des voix. Qui veut comprendre la facilité avec laquelle s’est mise en place la rhétorique de culpabilisation du FN autour de la profanation de Carpentras doit la mettre en relation avec la visibilité croissante du parti dans le paysage politique français.
Responsabilité et/ou culpabilité : le Front National en accusation

19Que l’acte ait eu lieu en Provence, terre d’élection du Front National, qu’il ait été commis, apparemment, dans la nuit du mercredi au jeudi [17]  Les premières conclusions de l’enquête ont débouché… [17] , juste après le passage de Jean-Marie Le Pen à L’Heure de vérité : ces données forment un faisceau d’indices qui désignent le parti d’extrême droite comme coupable pour la classe politique. Mais selon quelles modalités l’attaque a-t-elle porté contre le Front National au point que l’évidence des uns (les hommes politiques de gauche et de l’opposition, les représentants de la communauté juive de France) soit devenue la certitude des autres ?
20Depuis le milieu des années 1980 le FN s’est enraciné dans la vie politique française. C’est en septembre 1983 qu’il émerge réellement lors de l’élection municipale partielle à Dreux. En décembre 1989, à Dreux toujours, il confirme son importance, avec la victoire de sa candidate Marie-France Stirbois au second tour des législatives partielles. Le vrai souci pour la gauche au pouvoir est dès lors de lui barrer la route. Survient la profanation : elle est créditée le jour même par Pierre Joxe sur le compte du parti frontiste. L’ère du soupçon est ouverte, le monde politique et les médias s’appropriant d’emblée le drame des Juifs de Carpentras, sous prétexte que derrière lui se profilerait le drame d’une société minée de l’intérieur par une force politique à l’influence pernicieuse. Le président du CRIF, Jean Kahn, croit qu’il faut « établir un lien de concomitance avec une recrudescence d’appels à l’incitation raciale et à l’antisémitisme qui sont de nature à susciter des actes de ce type ». Le lendemain, l’ensemble des titres de la presse quotidienne lui font écho.
21Maurice Trillat explique dans le JT d’A2 du 11 mai qu’il faut tenir compte des « bons professeurs de Lyon [18]  Le Monde des 28-29 janvier 1990 a révélé que Bernard… [18] , des élus qui ne cessent de jeter de l’huile sur le feu de la haine raciale » et des « tribuns talentueux qui distillent les petites phrases, comme celle que l’on a pu entendre l’autre soir à L’Heure de vérité » [19]  Maurice Trillat, JT 13h, A2, 11 mai 1990. [19] . « Dès l’été 1989, le FN pallie la chute de tension électorale en multipliant les déclarations provocatrices […]. Il se replie sur le noyau dur de l’idéologie de l’extrême droite française : l’antisémitisme [20]  Pascal Perrineau, Le Symptôme Le Pen : radiographie… [20] . » Valéry Nataf en donne un exemple dans sa « petite chronique de l’antisémitisme ordinaire dans la France de 1990 ». Claude Autant-Lara, « cinéaste vieillissant » et député européen du FN, n’a-t-il pas dit : « quand on me parle de génocide, je dis : en tout cas, ils ont raté la mère Veil » [21]  In Valéry Nataf, « Petite chronique de l’antisémitisme… [21] . Dans Le Monde, Edwy Plenel revient longuement sur cette percée et présence de l’extrême droite en France, qui a définitivement abandonné la confidentialité et l’UEJF s’effraie que les « antisémites n’en soient plus à l’utilisation des mots ou des calembours douteux » mais qu’ils passent « à l’acte avec des pioches et s’attaquent à des cadavres » [22]  L’Union des étudiants juifs de France, dans Le Monde,… [22] .
22Le 12, l’acte d’accusation se précise et s’affine : « Le Pen pointé du doigt par la classe politique », Libération des 12-13 mai. Le 14, il a rallié l’opinion publique à lui. À la manifestation parisienne, toute la classe politique était là, à l’exception du FN. « Il y a ce soir à la Bastille la plupart des responsables religieux, syndicaux et politiques. La gauche comme la droite. […] Un seul absent, vous le savez déjà, c’est Jean-Marie Le Pen. Le FN ne viendra pas et personne ne croira à un hasard », annonce Philippe Lefait dans le JT d’A2. « Bien sûr » que le FN est absent, ajoute Françoise Laborde sur la chaîne concurrente. Les journalistes font comme si la chose était acquise : « vous le savez déjà » ; la condamnation est irréfutable, il n’y a donc pas lieu de discuter : « bien sûr ». Chaque jour, entre le 11 et le 14 mai, le dossier à charge n’a cessé de s’étoffer ; il en a résulté la conviction collective que le FN était le profanateur, dans l’intention du moins. Le 14 mai un mannequin représentant le leader du FN trône au-dessus du cortège avec l’inscription suivante : « Carpentras c’est moi ». L’hypothèse de départ est devenue, accréditée par les médias, thèse inébranlable.
« À qui sert le crime ? »

23Dans un premier temps, fort de son audience électorale, le FN a témoigné sa solidarité à la communauté juive outragée, au même titre que les autres partis. Le 11 mai, Carl Lang, son secrétaire général, condamne la « bestialité » de la profanation et dénonce « l’horreur et l’ignominie de ce comportement barbare ». Cependant la rumeur du soupçon qui pèse sur le parti continue de s’amplifier. Celui-ci entame alors sa contre-offensive médiatique. En voyage au Danemark, Jean-Marie Le Pen tient une conférence de presse le 11 mai et affirme sur un ton courroucé être victime d’une machination. L’affrontement entre les accusateurs et l’accusé est narré dans le JT de 20h d’A2 : « Ce matin, le ministre de l’Intérieur Pierre Joxe […] estimait que les idées du leader du FN pouvaient conduire à des violences qui dépassent l’imagination […] Jean-Marie Le Pen prend lui aussi position mais il articule son propos. Oui, il s’agit d’un acte ignoble mais c’est un coup monté qui sert de tremplin à la classe politique pour s’attaquer au FN » [23]  JT 20h, A2, 11 mai 1990. [23] .
24Les piétinements de l’enquête policière ainsi que la piste avortée des skinheads semblent jouer en sa faveur. « L’attitude de certains hommes politiques apparaît comme tellement choquante qu’elle fait immédiatement penser à un montage. D’ailleurs, par beaucoup de côtés, cet événement rappelle quelque chose de récent : c’est l’opération de Timisoara [24]  Décembre 1989 : presse écrite et chaînes de télévision… [24] . […] À qui le crime profite ? Cela devrait en tout cas écarter le FN » [25]  Réaction publique de Jean-Marie Le Pen en visite au… [25] . C’est le troisième temps de l’argumentaire frontiste : cible d’une instrumentalisation politicienne de la profanation, le FN se pose en victime. Ce renversement dialectique devait enlever toute pertinence à l’accusation portée contre lui ; c’est du moins ce qu’espéra Bruno Mégret, s’exprimant devant la presse le 14 mai, à l’heure où la manifestation parisienne commençait. « La situation aujourd’hui dans notre pays n’est pas celle que disent les responsables politiques et Mr Joxe en tête. Ce n’est pas celle de la montée de l’antisémitisme et d’une communauté juive qui serait persécutée. C’est tout le contraire qui est vrai. […] Ceux qui sont persécutés, c’est le Front National, ceux qui sont placés au ban de la société, c’est le Front National. » Bruno Mégret va même jusqu’à parler de « diffamation d’État » et dénonce en Pierre Joxe un « ministre de la propagande qui pratique la politique du bouc émissaire » [26]  Vaucluse Matin, 14 mai 1990. [26] .
25Le 12 mai, André Fontaine signe l’éditorial du Monde, « Le danger ». Il prétend se garder de tout jugement hâtif « à la différence du Front National ». Mais sa simple observation des faits ne parvient pas à se départir d’un style allusif sous lequel s’énonce une sentence : « il n’est pas trop tôt pour souligner le danger de la banalisation […] du discours raciste ou révisionniste […]. Le drame de Carpentras devrait en inciter plus d’un, homme public comme citoyen privé, à faire en ce domaine, son examen de conscience » [27]  André Fontaine, « Le danger », Le Monde, 12 mai 1990,… [27] . Face à l’entreprise de diabolisation de son parti, qui a rassemblé dans une entente tacite les différentes forces politiques, Jean-Marie Le Pen n’est pas parvenu à imposer l’idée d’un Front National victime expiatoire sacrifiée sur l’autel de la manipulation.

Jeux et enjeux de mémoire

« Chagrin et Pitié » face à une double exhumation

26« Lorsque l’horreur est indicible, on ne doit rien dire, on doit se taire et méditer. C’est ce que nous venons de faire. Mais lorsque les criminels sont connus, on doit les dénoncer. Nous les connaissons ; je dénonce donc le racisme, l’antisémitisme, l’intolérance et je pense que tout le monde en France ressentira, comme nous, chagrin et pitié », tels sont les mots de réconfort que Pierre Joxe adresse le 10 mai à la communauté juive de France. L’association de ces deux mots, chagrin et pitié, possède une forte résonance historique et culturelle. Au printemps 1990, la France replongeait dans son passé à l’occasion de la publication dans L’Express d’une « enquête sur un crime oublié ». Le journaliste Eric Conan y retraçait l’itinéraire des enfants de la rafle du Vel’d’Hiv’, arrêtés les 16 et 17 juillet 1942 par la police française sur ordre allemand puis regroupés dans les camps du Loiret avant d’être déportés vers Auschwitz. Le “syndrome de Vichy” [28]  Se reporter à l’ouvrage d’Henry Rousso, Le Syndrome… [28] joue alors à plein et le rappel des persécutions antijuives pendant la Seconde Guerre mondiale jette le trouble dans la conscience nationale.
27Dans un tel régime de mémoire, la citation du film de Marcel Ophüls, Le Chagrin et la Pitié devient sur-signifiante. En déterrant le cadavre de Félix Germon, les auteurs du crime ont (in)volontairement procédé à une double exhumation, faisant resurgir à la surface du temps présent les années de l’Occupation. « Chagrin et pitié », l’expression sert de tremplin aux éditorialistes de la presse écrite ainsi qu’aux équipes de rédaction des JT qui rebondissent sur le thème et l’alimentent en retour. Du statut des Juifs d’octobre 1940, promulgué par le régime de Vichy à la déclaration de Jean-Marie Le Pen à L’Heure de vérité le 9 mai 1990, l’attaque contre les Juifs serait toujours de même nature. À l’appui de ce parallèle, qui transforme la profanation en sinistre machine à remonter le temps, plusieurs démonstrations ont été développées. Dans le JT d’A2 par exemple, l’historien du fascisme et de l’antisémitisme Jean-Pierre Azéma analyse le discours du leader du FN du 9 mai, dans lequel ce dernier dénonce l’existence d’un « pouvoir juif dans la presse », à la lumière de l’article 5 du statut des juifs d’octobre 1940 (il interdisait aux Juifs d’exercer des professions touchant à la communication) [29]  JT 20h, A2, 11mai 1990. [29] . Dans son éditorial du 11 mai, Le Figaro s’interroge : « quand Jean-Marie Le Pen parlait mercredi soir d’un “pouvoir juif dans la presse”, ne réveillait-il pas de vieux démons ? ». Dès lors il faut faire front et dire non au racisme et à l’antisémitisme, l’enjeu même de la manifestation du 14 mai. « Du chagrin et pitié », évocation traumatique d’une période où « les Français ne s’aimaient pas », la France bascule très vite dans « le chagrin et la résistance ».
28Intervenant en pleine phase d’obsession mémorielle concernant le régime de Vichy, le sens de la profanation du cimetière juif de Carpentras n’a pu se déployer que sous son influence. La mémoire collective des “années noires” réactivée récemment par les médias a imposé ses référents au point que l’événement de mai 1990 ne peut être saisi qu’à travers ses arcanes, éclairé par « ce passé qui ne veut pas passer ». Afin de rendre intelligible un « événement sans précédent », il faudrait paradoxalement l’inscrire dans une continuité. C’est ainsi que les étoiles jaunes s’affichent côté cœur [30]  Pour TF1, Nelly Pons est allée recueillir le témoignage… [30] . Tout est suggéré ici, mais avec force et conviction : comment ne pas y voir le procès de Vichy, 50 ans après [31]  Dans le JT de 20h de TF1, 14 mai 1990, Bernard Nicolas… [31] ?
Auschwitz-Carpentras : entrée en résonance

29La plongée dans l’histoire qu’a provoquée la profanation de Carpentras atteint, au-delà des années Vichy, les profondeurs abyssales de la Shoah. Derrière les relents d’antisémitisme transparaît en filigrane la mémoire du génocide des Juifs perpétré par les nazis, que les commémorations du 8 mai 1945 célébrées quelques jours auparavant ont contribué à réactiver. Le Figaro le premier adopte cet angle, ouvrant une brèche dans laquelle le reste des médias s’est engouffré. L’éditorial du 11 mai comprend déjà les mots « holocauste nazi ». Le 12, le propos prend de l’envergure : la « prose » des profanateurs serait inspirée du « très beau film de Rossif », De Nuremberg à Nuremberg, rediffusé le 8 mai sur A2 : « les petits écrans provoquent d’étranges phénomènes de retour ». Le quotidien convoque enfin des « spécialistes » afin d’étayer cette thèse : Claude Lanzmann estime que les profanateurs avaient une « démarche d’anéantissement absolu […] ce que faisaient les nazis dans les camps d’extermination » [32]  « Des spécialistes tentent d’évoquer cet acte inqualifiable… [32] . Cette interprétation de l’événement relie le drame actuel au génocide des Juifs. Le 11 mai, dans le JT de 20h d’A2, un reportage s’ouvre sur une assemblée recueillie à Carpentras autour d’un rabbin. Elie Wiesel apparaît à l’écran, présence hautement symbolique et significative. Le Prix Nobel de la Paix n’est-il pas le chantre de la mémoire de la Shoah ? Une voix off commente les images : « Le chant des familles juives pour pleurer les morts d’Auschwitz, comme si Carpentras avait remonté le temps cet après-midi ». La profanation de Carpentras ou le génocide continué : on pleure celles et ceux, Juifs, dont la dignité a été bafouée à cinquante ans d’intervalle, dans un deuil difficile à achever car à ré-entreprendre toujours. C’est là une mise en forme de l’événement qui le fait se dérober à lui-même – de simple profanation, nous sommes passés à un crime contre la mémoire juive.
30En ce printemps 1990, la France investit donc de facto les rescapés de la Shoah d’une légitimité à témoigner. Ceux-ci participent pleinement à la dramatisation de l’événement et assument la fonction de « faire ressentir » la douleur juive. Dans un reportage du JT de TF1 du 11 mai (édition de 20h), la caméra s’arrête sur une femme âgée juive, prise en gros plan ; elle crie presque : « j’ai été déportée par les Hongrois exactement pareil. Mes parents ils ont brûlé à Birkenau, ils ont massacré les synagogues et les cimetières. Ils ont commencé exactement pareil ». La caméra se tourne ensuite vers un homme ; son matricule de déporté apparaît en gros plan à l’écran : « Je montre ça parce que c’est vrai », dit-il avant de pleurer. Les téléspectateurs assistent à un retour de l’histoire inscrite dans la chair des anciens déportés, qui occupent en permanence l’arrière-plan, incarnation du martyre juif perpétuellement enduré et figuration d’un sens prêté à l’événement. Invitée du JT d’A2 le 14 mai, Simone Veil, rescapée d’Auschwitz, incarnerait la parole institutionnalisée du déporté juif au point que l’on « a reparlé des chambres à gaz et de l’holocauste […] sans que personne n’ait pu trouver ces interventions déplacées », commente Vaucluse Matin [33]  Gilles Debernardi, « Une offense au genre humain »,… [33] .
31L’événement Carpentras disparaît de la Une des journaux à partir du 16 mai 1990. Il resurgit ponctuellement au gré des aléas de l’enquête policière mais l’affaire n’est pas close pour autant. En septembre 1990, un article du sociologue Paul Yonnet dans la revue Le Débat relance la polémique : l’ancrage historique de l’événement aurait eu pour but d’assurer « la culpabilité récurrente de Le Pen » [34]  Paul Yonnet, « La machine Carpentras », Le Débat, septembre-octobre… [34] . Ce rebondissement vient étayer la thèse selon laquelle cette profanation est devenue presque instantanément un « récit médiatique » construit et imposé. Dès son exposition sur la scène publique, l’acte a échappé à ses protagonistes. Les médias et les pouvoirs publics se sont approprié l’information pour la reconstruire selon leurs interprétations, interdisant de la regarder comme une empreinte immédiate du réel.
32La profanation n’est pas la première du genre mais en mai 1990 à Carpentras le cadavre d’un homme juif a été exhumé et empalé (il s’agissait en fait d’un simulacre, comme le révélera l’enquête par la suite). Ce fait a joué de tout son poids dans la réception de la profanation. Il a constitué le motif sur lequel les instances de médiation ont pu unanimement greffer une trame aux tissages politique, historique et mémoriel. La conjonction de plusieurs éléments contextuels, désarticulation du corps social et climat politique délétère, ascension électorale du Front National, réactivation concomitante de la mémoire de la Shoah et de la mémoire de Vichy, permet seule de dénouer les fils du récit médiatique de la profanation de Carpentras.
33Émergeant dans une France profondément désorientée, l’acte perpétré a cristallisé les angoisses et les hantises du moment, en libérant les consciences et la parole. La manifestation du 14 mai 1990 a bien montré la valeur curative que l’on a prêtée à l’événement : expurger les maux de la société et la gangrène de la mémoire.

Épilogue

34En juillet 1996, les aveux de Yannick Garnier, ancien skinhead, révéleront que le crime avait été prémédité par des extrémistes du Parti national français et européen, un groupuscule d’inspiration néo-nazie.

Notes

[1] AFP, jeudi 10 mai 1990. Sont soulignés en gras les termes de la dépêche qui auront par la suite d’importantes conséquences dans le traitement de l’information par la classe politique et les médias.
[2] Pour Alain Flageul, l’événement résulte de l’imbrication étroite, jusqu’à ne plus pouvoir les dissocier, du « fait brut » dans ce qu’il a d’inaliénable et de « mythes factuels, tissus serrés d’énonciation et de ressentis ». In « La télévision de l’événement », Les dossiers de l’Audiovisuel, Paris, INA/La Documentation française, n° 91.
[3] Cette étude repose sur le dépouillement des quotidiens Le Monde, Libération, Le Figaro et Vaucluse Matin, édition provençale du Dauphiné Libéré qui permet de replacer l’événement dans son environnement local. Ont été également visionnés les journaux télévisés de TF1 et d’A2, éditions de 20h, du 10 au 14 mai et éditions de 13h des 11 et 13 mai 1990.
[4] Libération, 11 mai 1990, éditorial et p. 3.
[5] Le Monde, 12 mai 1990, p. 14.
[6] Vaucluse Matin, 11 mai 1990, dernière page.
[7] Claude Lanzmann, in Le Figaro, 12-13 mai 1990, p. 9.
[8] D’après l’ouvrage de Pierre Birnbaum, Les Fous de la République. Histoire des Juifs de France de Gambetta à Vichy, Paris, Fayard, 1992.
[9] Reportage de Sylvie Cenci sur la cérémonie religieuse du 13 mai 1990 au cimetière de Carpentras, diffusé au tout début du journal, JT 20h, 13 mai 1990, TF1.
[10] Guy Porte, correspondant régional du Monde, 15 mai 1990, p. 13.
[11] Jean-Marie Colombani et Hugues Portelli, Le Double septennat de François Mitterrand : dernier inventaire, Paris, Grasset, 1995.
[12] Parmi celles-ci, citons les procédés illégaux de financement du PS, la confusion autour de la loi d’amnistie des délits politico-financiers votée en décembre 1989 et la retombée du scandale lié à la transfusion de sang contaminé par le virus du sida à des hémophiles.
[13] Franz-Olivier Giesbert, « La France souillée », Le Figaro, 11 mai 1990.
[14] Xavier Marchetti, « Une société malade », Le Figaro, 14 mai 1990.
[15] Marc Kravetz, « Les pourvoyeurs de l’ordure », Libération, 11 mai 1990.
[16] À l’automne 1989, l’affaire du foulard islamique relance le débat sur l’immigration. Michel Rocard convoqua son gouvernement, en avril 1990, à une table ronde sur l’immigration pour essayer de trouver des solutions et apaiser les tensions sociales grandissantes. En vain.
[17] Les premières conclusions de l’enquête ont débouché sur l’idée que la profanation avait eu lieu dans la nuit du mercredi au jeudi. Par la suite, de nouveaux éléments ont permis de démontrer que l’acte avait été commis dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9 mai 1990, c’est-à-dire avant le passage télévisé de Jean-Marie Le Pen : la piste du Front National était de ce fait sérieusement remise en cause.
[18] Le Monde des 28-29 janvier 1990 a révélé que Bernard Notin, professeur d’histoire à l’université de Lyon III, avait réussi à faire publier un article violemment antisémite et aux accents ouvertement négationnistes dans une revue pilotée par le CNRS, Economies et sociétés. L’affaire fit grand bruit et montrait que le négationnisme avait repris son travail de sape des fondements historiques de la « Solution finale » ; de Robert Faurisson, grâce auquel le négationnisme réalisa sa percée médiatique, à Bernard Notin, la relève de flambeau semblait assurée.
[19] Maurice Trillat, JT 13h, A2, 11 mai 1990.
[20] Pascal Perrineau, Le Symptôme Le Pen : radiographie des électeurs du Front National, Paris, Fayard, 1997, p. 62.
[21] In Valéry Nataf, « Petite chronique de l’antisémitisme ordinaire dans la France de 1990 », JT 20h, TF1, 11 mai 1990.
[22] L’Union des étudiants juifs de France, dans Le Monde, 12 mai 1990, p. 14.
[23] JT 20h, A2, 11 mai 1990.
[24] Décembre 1989 : presse écrite et chaînes de télévision françaises évoquent un charnier découvert en Roumanie, dans la ville de Timisoara, pour illustrer les atrocités commises par la révolution roumaine contre les opposants. Il fut révélé par la suite que le charnier découvert n’était en réalité qu’une fosse commune pour les gens pauvres, datant d’avant la révolution.
[25] Réaction publique de Jean-Marie Le Pen en visite au Puy-en-Velay, diffusée sur TF1, JT 20h, 11 mai 1990.
[26] Vaucluse Matin, 14 mai 1990.
[27] André Fontaine, « Le danger », Le Monde, 12 mai 1990, p. 1.
[28] Se reporter à l’ouvrage d’Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy, Paris, Seuil, 1987.
[29] JT 20h, A2, 11mai 1990.
[30] Pour TF1, Nelly Pons est allée recueillir le témoignage de manifestants, le 14 mai, entre République et Bastille. Dans son reportage, on assiste à une distribution d’étoiles jaunes par une vieille dame : JT TF1, 14 mai 1990. Libération marque vraiment le pas en consacrant une double page à la photographie d’un couple arborant l’étoile jaune sur leur poitrine ; 15 mai 1990, pp. 2-3.
[31] Dans le JT de 20h de TF1, 14 mai 1990, Bernard Nicolas suit en direct l’avancée de la manifestation parisienne depuis la place de la Bastille. Il conclut son intervention sur ces mots : « j’ai noté une banderole, comme ça, tout à fait par hasard, « procès de Vichy 1940-1990 », comme s’il y avait ici un retour de l’histoire ». Hasard ? Si cette banderole plus qu’une autre a attiré et retenu l’attention du reporter au point que ce soit celle-ci qu’il mentionne, c’est sans doute parce qu’elle véhiculait un message conforme à l’orientation sémantique du discours médiatique du moment.
[32] « Des spécialistes tentent d’évoquer cet acte inqualifiable », Le Figaro, 12-13 mai 1990, p. 9.
[33] Gilles Debernardi, « Une offense au genre humain », Vaucluse Matin, 13 mai 1990.
[34] Paul Yonnet, « La machine Carpentras », Le Débat, septembre-octobre 1990, p. 21, 23 et 26. Voir aussi les analyses de : Nonna Mayer, « Carpentras machine arrière », Commentaire, printemps 1991, pp. 75-80 et Nicole Leibowitz, L’Affaire Carpentras, Paris, Plon, 1997.

Résumé

Français

En mai 1990, dans le cimetière juif de Carpentras, des tombes ont été profanées, un corps exhumé et son empalement simulé. Dès son annonce publique, le 10 mai, les médias français ont proposé une lecture politique de l’événement et l’ont investi d’une forte charge symbolique. L’acte antisémite était à la fois violation des principes républicains et mise en acte du discours frontiste. Dans un pays baigné par les ressacs de la mémoire de Vichy et de la Shoah, les médias et la classe politique ont livré cette interprétation ultime : la profanation comme perpétuation du génocide nazi.

English

In May 1990, tombs were desecrated, and a disinterred body was violated. As soon as the affair became public, the French media proposed a political interpretation of the event ; this anti-Semitic act was presented as a violation of the very principles of the republic and the reflection of the discourse of the National Front party. In a country haunted by the memory of Vichy and the Holocaust, the media and politicians depicted this profanation as tantamount to the continuation of the Nazi genocide.

Voir aussi:

Le procès des profanateurs du cimetière juif de Carpentras. Quatre accusés, deux regrets. Laonegro en veut à Garnier, qui a confié ses remords à la police.
Michel HENRY

Libération

18 mars 1997

Marseille envoyé spécial

Le sergent Fimbry est franc. La profanation de Carpentras? «On ne va pas revenir là-dessus.» Le génocide juif? «C’est passé, c’est fait.» Le racisme? «Bon, dire que je ne suis plus raciste, c’est un peu trop dire.» L’antisémitisme? «On en parlait beaucoup, mais on s’en prenait surtout aux Maghrébins. On n’avait jamais fait quelque chose pour les juifs, euh, sur les juifs.» Et après la profanation? «Euh…Une émotion forte. On ne fait pas ça tous les jours.» Sur son fauteuil, Magdeleine Germon, 87 ans, veuve de Felix, dont la dépouille avait été profanée, sursaute: «Mais c’est un monstre, celui-là!»

Le sergent Fimbry, 27 ans, qui comparaît depuis hier devant le tribunal correctionnel de Marseille avec trois co-prévenus poursuivis pour la profanation du cimetière juif de Carpentras en mai 1990, ne regrette pas grand chose. Si: que son pote Yannick Garnier ait parlé, fin juillet 1996, et les ait dénoncés. «J’aurais aimé qu’il se taise. Quand il a avoué, tout s’est effondré autour de moi. Je voyais déjà ma carrière brisée.»

Elle l’est: l’armée a résilié son contrat. Aujourd’hui, Olivier Fimbry, tête rasée, dit qu’il a changé, sans convaincre personne, surtout pas lui-même. Quand il a été arrêté, en août dernier, on a trouvé dans sa chambre de l’armée, à Colmar, des affiches nazies et un buste d’Hitler. «Des reliques, dit-il. Je suis conservateur, je garde tout.»

Pour lui, les Waffen SS sont toujours «l’élite». Pour le reste, il s’embrouille, ne sait pas trop, par exemple, à quoi correspond l’anniversaire du 8 mai 1945. «L’histoire, ça ne m’intéresse pas trop. C’est l’armistice?» Et le 14 juillet? «L’armistice aussi? Je sais qu’on défile. Mais moi, les dates…»

A ses côtés, Patrick Laonegro, 30 ans, vendeur en électronique, explique qu’il a admiré le IIIe Reich pour «l’aspect social, le travail pour tout le monde», «le côté esthétique, puissant», «l’aspect famill», et «le côté sportif, sain physiquement». «On peut faire du sport sans être skin», rétorque la présidente Monique Sakri, impeccable. «Oui, mais c’était un plus», répond Laonegro.

A son arrestation, l’été dernier, cet ancien membre du PNFE (Parti nationaliste français et européen, néo-nazi), déclarait: «Je ne suis pas raciste dans la mesure où je n’ai pas la haine de l’autre mais l’amour de ma race.» Hier, il dit s’être écarté de ces idées, ne plus croire à «l’inégalité des races». Mais cela paraît de pure forme. Car il décriait encore, fin 1996, devant un expert psychiatre, «le pouvoir sémite dans le circuit de l’argent, les banques et les médias», et «le pourrissement des valeurs». Hier, oeil perçant, voix assurée, Laonegro confirme: «On vit dans un monde où toutes les valeurs se perdent. Bon, c’est vrai que c’est un peu délicat de dire ça après ce qu’on a fait.»

Quant aux aveux de Garnier, Laonegro ne les a pas non plus appréciés: «C’est un peu surprenant de contacter la police. Il aurait pu s’adresser à un curé.» Et il met en doute leur spontanéité: «Moi, je pense que, en tant qu’organisateur de rave, Garnier a dû négocier un délit qu’il avait commis contre ces aveux.»

Yannick Garnier conteste. «Je suis fier de ce que j’ai fait il y a six mois. Fier de pouvoir dire enfin non à la profanation.» Certains y ont vu du narcissisme, Garnier rétorque: «Avec tout ce que j’ai perdu depuis ­ et j’en avais conscience à l’époque de mes aveux ­, je ne vois pas où est le narcissisme.»

Géant aux petits yeux enfoncés, Garnier, 26 ans, agent de sécurité, rêvait de devenir «garde du corps du Président de la République», il s’est retrouvé skin, «antisémite par conformité». «La haine de l’autre à l’époque, c’était la haine de moi-même, dit Garnier. Il me fallait un souffre-douleur pour me venger de tous mes problèmes. Les juifs, on s’en prenait à eux tout simplement parce qu’on n’avait pas réussi à être importants, à être dans des rouages importants de la société comme eux.»

S’il défendait à l’époque des «thèses proches du FN», Garnier dit avoir changé: «Après, j’ai appris à me combattre et à devenir quelqu’un de bien. Je n’ai plus besoin d’ennemis, car j’ai fait la paix avec moi-même. Aujourd’hui, je suis aux antipodes de ce que j’étais à 19 ans. Sans être d’extrême gauche, j’évolue au milieu de gens de toutes origines. Je suis devenu tolérant.»

On lui demande ce qu’il pense d’un «homme politique» qui a récemment déclaré que «le Président de la République est aux mains des juifs». Garnier répond: «Celui qui dit ça a encore beaucoup de chemin à faire.» Et aux jeunes qui seraient tentés de croire en l’«inégalité des races», Garnier demande de «revenir dans le monde des vivants».

Même métamorphose déclarée chez Bertrand Nouveau, 28 ans, ouvrier, père de famille, qui paraît en ce sens le plus sincère des quatre, selon une psychologue. «J’étais faible, j’avais la haine, je ne réfléchissais pas trop, dit-il. Le FN essaye de normaliser une haine envers les immigrés, les personnes différentes. A force de dire ça à un jeune de 20 ans, ça peut le pousser à l’extrême.» Maladroitement, Nouveau essaye de justifier son changement: «Des amis israélites ou maghrébins, j’en ai énormément actuellement. Et, s’il y a une race supérieure, je ne vois pas laquelle, puisqu’il y a de grands sportifs noirs et de grands savants juifs.»

Reprise des débats ce matin.

Anatomie d’un drame national
Christophe Barbier

L’Express

08/08/1996

De la découverte d’un acte abject, aux aveux d’un skinhead repenti, l’affaire, après avoir servi Le Pen, se retourne contre lui

« Lorsque les criminels sont connus, on doit les dénoncer, et c’est le cas. Je dénonce le racisme, l’antisémitisme et l’intolérance. » En prononçant cette phrase, le 10 mai 1990, au sortir du cimetière juif de Carpentras, où il s’est précipité alors que l’on vient de découvrir la profanation des tombes, Pierre Joxe, alors ministre de l’Intérieur et des Cultes, ignore bien sûr que l’enquête lui donnera raison six ans plus tard. Mais il détermine en quelques mots le scénario d’un drame national, un scénario en quatre chapitres.

Il y a d’abord l’immense frisson qui secoue la France. Frisson d’horreur, tant la profanation de Carpentras est odieuse, frisson de révolte face à l’antisémitisme. Le 14 mai, à Paris, une foule innombrable s’écoule de la République à la Bastille, et c’est la nation qu’elle incarne. Ce jour-là, pour la première fois depuis la Libération, un président de la République participe à une manifestation de rue: François Mitterrand accompagne le cortège quelques minutes. Tout l’éventail politique est au premier rang, en une ribambelle d’écharpes tricolores, et Jean-Marie Le Pen est rendu « responsable non pas des actes de Carpentras, mais de tout ce qui a été inspiré par la haine raciste depuis des années », comme le formule alors Pierre Joxe.

Les piétinements de l’enquête ouvrent après l’été le chapitre du doute. Le sociologue Paul Yonnet le détaille, en septembre 1990, dans un article de la revue Le Débat intitulé « La machine Carpentras, histoire et sociologie d’un syndrome d’épuration ». Débordés par les progrès du lepénisme, les politiques auraient érigé Carpentras en drame national pour terrasser le Front national par un discrédit définitif. Et rétablir auprès de l’opinion une estime ruinée par la récente loi d’amnistie du financement politique. Dès la mi-juillet, Jean Hassoun, président de la communauté juive d’Avignon, avait confié cet état d’âme: « Nous nous demandons si nous n’avons pas fait l’objet d’une récupération politique. »

Le malaise s’aggrave quand les pistes locales semblent emporter l’adhésion des enquêteurs. Messes noires qui auraient dégénéré, délinquance morbide de la jeunesse dorée de Carpentras, elles composent le troisième chapitre. Il va traîner en longueur, sans apporter aucun dénouement. Une jeune fille, Alexandra Berrus, est découverte inanimée en mai 1992, et succombera à ses blessures. Cinq mois plus tard, Jessie Foulon, une autre adolescente, est battue et violée. Il y a quelques mois, elle raconte soudain « sa » vérité sur l’affaire: des jeux de rôle de la jeunesse locale, une deuxième équipe de profanateurs, de la drogue…

Climat empoisonné
Si ces thèses prospèrent ainsi, c’est qu’elles profitent du climat judiciaire et politique local. Côté justice, outre les déclarations maladroites de quelques magistrats, Me Gilbert Collard relance spectaculairement l’affaire à l’automne dernier. Avocat de la mère d’Alexandra Berrus et d’un cousin de Félix Germon, il déclare: « A Carpentras, tout le monde connaît le nom des profanateurs. » Dans une mise en scène douteuse, Me Collard se fait remettre en public par le cousin Germon une enveloppe censée contenir les noms des six « profanateurs assassins ». « J’ai bien l’intention de jouer le petit Zola de Carpentras », fanfaronne l’avocat. Sitôt les vrais coupables arrêtés, le maire de Carpentras, Jean-Claude Andrieu, a rappelé ce « burlesque médiatique où gesticulaient un avocat de renom et son client égaré ».

Le maire lui-même n’avait pas été épargné par la tempête locale: son fils a fait partie des jeunes un temps suspectés, et le climat politique municipal est depuis six ans empoisonné par l’affaire. Face à une droite divisée, le candidat lepéniste à la mairie, Guy Macary, a presque doublé son score entre l’élection de 1989 et celle de 1995.
En s’enlisant, l’affaire Carpentras est en effet devenue une arme pour le Front National, un boomerang qu’il veut voir revenir à la face de l’ « establishment » politique. Dès le 10 mai 1991, un an après la profanation, Jean-Marie Le Pen porte une lettre à François Mitterrand, lui demandant de « réparer publiquement l’injustice dont le FN a été victime ». Et, le 11 novembre 1995, 7 000 militants d’extrême droite viennent à Carpentras réclamer des « excuses nationales ». « Carpentras, mensonge d’Etat », est alors en passe de devenir un argument majeur et récurrent de la rhétorique lepéniste.

Les aveux brusques et tardifs du skinhead avignonnais, Yannick Garnier, imposent un épilogue qui est aussi un retour à la case départ. Politiquement, l’affaire, après avoir servi les intérêts du FN, se retourne contre lui. Les lepénistes hurlent déjà à la manipulation en affirmant que « les coupables sont presque parfaits », mais les faits, cette fois-ci, sont bien établis.

Profanations…
Trois types de profanations peuvent être distingués. Le premier est le vandalisme banal: en juin dernier, trois cimetières militaires de la Première Guerre mondiale ont été dévastés dans le Nord-Pas-de-Calais, et, le 26 juillet, cinq enfants âgés de dix à douze ans ont abîmé une centaine de tombes à Mulhouse. Le second type est la cérémonie satanique, comme, au début de juin, à Toulon, où les coupables ont été arrêtés. D’effroyables mises en scène accompagnent souvent ces actes, qui visent surtout les cimetières chrétiens, au nom de l’Antéchrist. A Toulon, un crucifix fut planté à l’envers dans le coeur du cadavre exhumé.
Il y a enfin les profanations antisémites. Nombreuses, elles sont souvent gardées le plus secrètes possible par les autorités juives, pour éviter les « épidémies ». Dans le mois qui suivit Carpentras, 101 actes antisémites furent recensés, contre six par mois d’habitude.

CARPENTRAS Le vrai visage des profanateurs
Jérôme Dupuis  et Jean-Marie Pontaut

L’Express

08/08/1996

Six ans plus tard, les violeurs de sépultures ont avoué: il s’agit bien de jeunes néonazis

Trois jours d’enquête pour six ans de mystère: après les aveux spontanés, mardi 30 juillet, de Yannick Garnier, l’un des auteurs de la profanation de Carpentras, les interrogatoires des trois autres participants arrêtés permettent de reconstituer l’hallucinante équipée de cette nuit de mai 1990. Leurs récits concordants montrent à quel point cette violation de sépultures avait été minutieusement préméditée et réalisée avec des méthodes dignes d’un commando militaire. Chacun des quatre hommes, aujourd’hui incarcérés, a revécu devant les policiers cette scène macabre qu’il avait voulu oublier depuis six ans. Le seul qui manque à l’appel, Jean-Claude Gos, est pourtant celui que tous désignent comme l’initiateur et le chef de leur bande. Ce néonazi à l’antisémitisme forcené s’est en effet tué, à 27 ans, lors d’un accident de moto, en décembre 1993, en Vaucluse.

Quatre ans plus tôt, en 1989, Gos laisse entrevoir pour la première fois sa fascination pour le cimetière juif de Carpentras. A son copain d’enfance Olivier Finbry, alors appelé du contingent à Berlin, il fait visiter cet endroit retiré, symbole, pour ce militant du PNFE, un groupuscule néonazi, de l’emprise des juifs sur la région. Les deux hommes se quittent en se promettant d’y faire un jour un « coup d’éclat ». L’année suivante, aux alentours du 30 avril, date anniversaire de la mort d’Adolf Hitler, ils décident, pour célébrer l’événement, d’attaquer le cimetière et d’y déterrer un cadavre juif. De véritables repérages sont alors effectués. S’ajoute, pour l’occasion, un troisième compère, Patrick Laonegro, lui aussi membre du PNFE. Les trois hommes découvrent un trou dans le mur d’enceinte et localisent la tombe à laquelle ils veulent s’attaquer – celle d’Emma Ulmann, située un peu à l’écart.

Mais cette opération commando nécessite de gros bras. Deux jeunes apprentis skins d’Avignon, Yannick Garnier et Bertrand Nouveau, leur prêtent donc main-forte. L’expédition, prévue pour le 8 mai, est soigneusement préparée: cagoules confectionnées à partir de manches de tee-shirts, gants, baskets pour ne pas laisser de traces. Yannick Garnier se fera d’ailleurs « engueuler » par Gos pour avoir cru bon de revêtir sa tenue de skin et ses rangers. En guise d’instruments, ils sont équipés de pelles et de pieds-de-biche.

« On n’en parlera jamais »
Après minuit, les cinq hommes arrivent au cimetière dans deux voitures. Ils commencent par saccager des dizaines de tombes au hasard. Mais, ensuite, malgré leurs efforts, ils ne parviennent pas à ouvrir la tombe repérée le 30 avril, trop lourde. Tout juste arrivent-ils à déplacer la dalle. Ils se replient alors sur la tombe de Félix Germon. Ils grattent la terre avec les pelles, mais manquent de cordes pour hisser le cercueil. Du coup, ils utilisent un tuyau d’arrosage trouvé dans un local d’entretien du cimetière. Ils exhument le corps, et Gos, pris d’une folie raciste, tente de l’empaler avec un pied de parasol trouvé sur place. Il voulait, en fait, dresser le corps verticalement.

L’opération macabre aura duré plus de deux heures en tout. A la sortie du cimetière, Patrick Laonegro intime l’ordre: « On n’en parlera jamais à personne, ni à ses copines ni à sa mère… » Nouveau et Garnier rentrent à Avignon sans dire un mot. Les trois autres repartent de leur côté et se débarrassent des cagoules, des gants et des chaussures dans des conteneurs-poubelles sur la route. Ce n’est que le surlendemain, lors de la découverte de la profanation, que Yannick Garnier, qui somnole sur un divan devant la télévision, chez ses parents, a un choc en découvrant Pierre Joxe visitant le cimetière.

Le ministre de l’Intérieur accuse l’extrême droite. Les Renseignements généraux désignent à la police judiciaire, dès le lendemain, 11 mai, la liste de membres du PNFE d’Avignon. Parmi eux, Jean-Claude Gos et Patrick Laonegro, qui seront respectivement entendus les 11 et 14 mai. Mais, au milieu des dizaines de gardes à vue, ils passeront entre les mailles du filet, d’autant que la police est alors convaincue que la profanation a été commise dans la nuit du 9 au 10 mai, c’est-à-dire le lendemain de la date véritable, personne n’ayant pénétré dans le cimetière dans l’intervalle.

Mais l’ampleur des réactions fait éclater définitivement ce petit groupe constitué de fraîche date et plutôt hétéroclite. Le meneur incontesté, doté d’un véritable ascendant physique sur ses compagnons, Jean-Claude Gos, était le seul à pouvoir se targuer d’un casier judiciaire: deux condamnations, dont l’une à six mois ferme, pour agressions.

Dans les mois précédant la profanation, il avait entrainé ses amis dans des ratonnades. Il leur avait aussi imposé une sorte d’uniforme skinhead, avec, en particulier, un bracelet comportant un insigne nazi. Membre du PNFE de 1988 à 1989, il quitte ce parti néonazi avec son ami Laonegro, tous deux l’estimant trop modéré à leur goût… Laonegro ira même jusqu’à assister à une réunion du PNFE, à Paris, pour s’expliquer. Selon lui, l’organisation ne valorisait pas suffisamment leurs actions. Tous les mois, en effet, le chef de section de chaque région envoie à Paris un Cram (compte rendu d’action militante). Ceux d’Avignon auraient systématiquement minimisé leurs exploits… A ce duo de choc s’ajoute un inquiétant troisième personnage: Olivier Finbry, un ami d’enfance de Gos, aujourd’hui militaire de carrière. Les enquêteurs auraient retrouvé de la documentation néonazie dans sa chambre.

Le groupe avait loué un local à Saint-Saturnin-lès-Avignon, qui leur servait notamment de salle pour s’entraîner à la boxe. A la même époque, en décembre 1989, Yannick Garnier, qui revient du service militaire, retrouve par hasard, à Avignon, un ancien camarade de troisième, Bertrand Nouveau. Les deux compères découvrent, vers février 1990, le local de Gos et Laonegro. Une ambiance virile qui plaît beaucoup à Garnier, un colosse de 1,96 mètre. Mais quand Gos lui prête un exemplaire de Mein Kampf, l’ouvrage lui tombe des mains…

Après la profanation, le groupe se disperse. Bertrand Nouveau fait un passage éclair de cinq mois à la Légion étrangère. Puis il se range, passe trois CAP et devient ouvrier dans une usine qui fabrique du polystyrène. Comme Laonegro, devenu vendeur dans une grande surface, près de Perpignan, il s’était marié en 1993 et avait eu un enfant. Tous deux auraient révélé à mi-mot leur terrible secret à leurs épouses.

Il a tout avoué aux RG
Garnier, lui, n’a personne à qui le confier. Ce solitaire, hanté par le souvenir de la profanation, part à la dérive. D’abord agent de sécurité pour divers spectacles (festival de blues de Bagnols-sur-Cèze ou la Mosaïque gitanes à Arles, pour 4 500 francs), il gardera, pour le compte de la société World Sécurité, le parking du supermarché Auchan du Pontet. Seul incident à retenir l’attention: propriétaire d’un pitbull, chien féroce très prisé par les skinheads, il a un différend avec un autre possesseur du même animal. Mais la dernière société de protection à l’employer disparaît: le voilà démuni, contraint de s’installer dans un meublé d’une résidence, à Avignon. La chute continue: il n’a pu payer ses deux derniers loyers. Lundi 29 juillet, il reçoit un avis d’expulsion pour le lendemain. Au bout du rouleau, persuadé, selon son avocat, Me Bruno Rebstock, que l’affaire de la profanation a détruit sa vie, il décide d’aller tout avouer aux policiers des Renseignements généraux.

Pourquoi les RG? Peut-être parce que, en tant qu’ancien skinhead, il avait eu l’occasion d’en croiser par le passé. Garnier racontera durant une heure et demie son histoire à la commissaire Dominique Gines. Celle-ci alerte aussitôt la PJ et son directeur central à Paris, Yves Bertrand. La PJ interpelle immédiatement les trois autres complices encore en vie – qui vont tous avouer. Brutalement ramené six ans en arrière, Bertrand Nouveau, selon son défenseur, Me Jean-Luc Palmieri, se dit prêt à payer, tout en souhaitant que le procès apporte la lumière sur les raisons pour lesquelles il a pu être entraîné à commettre un tel acte. Un procès qui mettra fin à six ans de rumeurs, d’insinuations et de fausses pistes.

Le grand absent de Carpentras
Stein Sylviane

L’Express

20/03/1997

Mort en 1993, le chef des profanateurs n’a pu être jugé

Ce fut un étrange procès où, par-delà les vivants, deux morts se faisaient face. Deux absents que rien n’aurait dû faire se rencontrer, réunis dans le prétoire par une sépulture violée. L’un, Félix Germon, était enterré depuis vingt jours au cimetière juif de Carpentras (Vaucluse) quand, le 8 mai 1990, son cadavre fut arraché à sa sépulture et martyrisé. L’autre, Jean-Claude Gos, s’est tué à moto le 23 décembre 1993. C’est lui qui, au dire de ses complices, conduisait la troupe des cinq profanateurs.

S’il n’était pas mort, jamais les autres n’auraient parlé, laissant l’affaire s’enliser dans les 8 000 pages de la procédure. « Il disait qu’il lancerait un contrat sur ma tête si je parlais », avouera Yannick Garnier, celui qui fit tomber la bande en se dénonçant, six ans après les faits. Gos était un enragé, un néonazi engagé, un temps, dans les rangs du PNFE, un groupuscule d’extrême droite. Un « made in France » tatoué sur la nuque « signait sa personne », écrit Nicole Leibowitz, qui a retracé l’enquête (1). Deux fois condamné par la justice, dont une fois à un an de prison, pour avoir « ratonné » un harki. Grand, blond, les yeux bleus, cet agent de service de lycée recommandait à sa bande d’écouter Wagner et Carl Orff, le musicien préféré du Führer. Il menaçait: « Vous avez intérêt à vous taire, parce qu’après notre coup on va rétablir la peine de mort. » La sienne lui a épargné la prison.

(1) L’Affaire Carpentras, Plon.

Incident at Carpentras
Roger Kaplan
Commentary

08.01.90

Is France in the midst of an anti-Semitic wave?

Jean Kahn, the president of CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France, i.e., the French equivalent of the American Conference of Presidents of Major Jewish Organizations), thinks that the answer is yes, that “there is an escalation of anti-Semitism in France.” And he cites “graffiti, threats, gasoline bombs thrown at synagogues, attacks on cemeteries, particularly in Alsace. . . . What happened at Carpentras is not new.”

Jews have lived in Carpentras, in the south of France, since at least the 1st century, which is to say even before there was a France. This past May, the ancient Jewish cemetery there was desecrated in a particularly odious way. Yet in response to this outrage (the term by which the event was headlined in Libération, a left-wing daily paper with a circulation of over a million), the entire French political class, with one significant exception, and virtually every editorialist in the country said more or less what President François Mitterrand said after visiting the home of Joseph Sitruk, France’s chief rabbi: “I came to him as one does when there is a death in the family.” Furthermore, an appeal by a Jewish organization brought 200,000 people into the streets on less than 48-hours’ notice.

The exception within the political class was Jean-Marie Le Pen, the president of the Front National (FN), a growing xenophobic party which also contains a serious current of anti-Semitism. As if to heighten alarm about Le Pen, a few days before the Carpentras desecration, Jacques Médecin, the mayor of Nice, had made a derogatory remark (“I have never met a Jew who did not accept a gift, even when he did not like it. . . .”). This was a case of adding insult to injury, since Médecin made the remark just after having ostentatiously played host to an FN congress at which a conspicuous guest was Franz Schönhuber, a former Waffen-SS officer who until recently was the leader of a right-wing West German party called the Republikaner and who has spoken of the Jews as the “fifth occupying power” in Germany.

In addition to such phenomena, there are also a number of French academics who deny that the Holocaust took place, and there are journalists who write things like, “Denying there was a Holocaust doesn’t make you an anti-Semite,” and, “Is it against the law to say someone is cheating? It depends on whether you are talking about pâté producers who are faking, or Jews.”

Does all this add up to a danger? Of course there are anti-Semites in France, and there is always some danger, practically everywhere, in being targeted simply as a Jew. It is also true that there is less rhetorical self-restraint in France than there used to be, now that the “taboo” imposed by the Holocaust has worn off. A report prepared for the French Premier last spring noted that while anti-Semitic acts remain relatively few, there seems to be a clear increase in verbal threats of all kinds. At the same time, however, many if not most politically consequential people in France are willing to stand up and be counted on the proposition that their country must not serve the ends of the Jew-haters.

Although the situation in France today is novel, to understand what has been going on here one has to reach back to the time of the Dreyfus Affair—when, as is often overlooked, the partisans of Captain Dreyfus won the day. True, the anti-Semites (or anti-Dreyfusards) got their revenge decades later when the Nazi puppet regime in Vichy was set up in 1940. But their triumph was short-lived, and its sweetness was immediately spoiled by the bitter experience after 1945 of being, if not shot, then purged, jailed, disgraced, and deprived for years of civil rights. Ever since, the old anti-Semites have been burning for another round of revenge.

Those in the vanguard of the anti-Dreyfusard-Pétainist-collaborationist tradition do not, as far as anyone can judge, have a truly substantial posterity. The people in leadership roles who are playing out this tradition are old men or, in a few instances, their sons—the Front National’s “scientific council” includes individuals drawn from the so-called New Right, which in reality is the old racist tradition dressed up in “ultraliberal” clothing. In some respects they all seem to be caught up in some gruesome family tragedy. On the other hand, they write and they, and especially their followers among France’s disgruntled, vote—in large enough numbers so that they could conceivably become part of a winning coalition.

For in addition to its history, France has its present. One of the world’s great empires has shrunk in less than a generation’s time to a small hexagonal territory at the tip of Europe. A country that was predominantly agricultural as late as the 1940’s has become an industrial and service-sector power. A highly centralized state, which for better or for worse had a homogeneous character, intellectual and cultural as well as administrative, has become fragmented, decentralized to some extent, and (in the nightmare of some) “multicultural.”

It is noteworthy that along with these demographic and cultural shifts, the Jewish community in France has grown into the world’s fourth largest1 (and Islam has emerged as the country’s second religion). This, however, has in some ways contributed to making France more, not less, tolerant than at any time in its past. The French today really are less sure of the superiority of their civilization than they used to be; perhaps more significantly, there is little evidence that they care a great deal about their civilization’s rank in the world, at least to the point of making it a fighting issue. But here, precisely, is the paradox: tolerance may be producing diminishing returns in the sense that xenophobes, raising the question of whether the French are not being asked to give up too much of themselves in order to be nice to others, touch a nerve that Le Pen is able to exploit.

This is not to say that xenophobia and anti-Semitism are always the same thing. Xenophobia can in certain circumstances be taken a long way in France, while programmatic anti-Semitism is almost universally viewed as demented. Every time Le Pen shows his frankly anti-Semitic side, he repulses those trying to convince themselves he has become respectable. It is mainly the French Left that has an interest in blurring the distinction between xenophobia and anti-Semitism, in order to make it that much harder for anti-Le Pen conservatives to take a principled “nationalist” position.

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It is often said that France must be anti-Semitic because where else in Europe during World War II did the locals voluntarily pass anti- Jewish laws before the Nazis even asked them to? This thesis is not false but it lacks nuance and perspective. An anti-Semitic party which had not been able to win an election, but which was propelled into power under the impact of the military and moral collapse of France in 1940, took advantage of the fact that the Nazis had a gun to the country’s head to promulgate laws that never would have passed a democratic legislature.

This is not to dismiss as uncharacteristic a terrible chapter in French history, and by and large the French do not dismiss it. They remind themselves of it, as they did a few weeks ago when an enterprising reporter at l’ Express, the country’s leading newsweekly, reconstructed the deportation to a transit camp in the Loire valley that followed the infamous roundup by the French police of Jews in Paris in July 1942. The story was a painful one, soberly reported. It did not bring out any new historical facts. Rather, it brought out once again—and this is probably something that cannot be done too often-the peculiar mix of indifference and cowardice and moral exhaustion that characterized the French collaboration with the country’s Nazi conquerors.

What is often overlooked about France in the 1940’s, however, is that the anti-Semitic measures occurred only because the anti-democratic party—whose supporters ranged from Germanophobe monarchists like the writer and poet Charles Maurras to intellectual Teutonophiles and Nazi sympathizers like the writer Robert Brasillach—had been imposed on the country by German arms; and while crimes were being committed against the Jews, Jews were also being saved. As Claude Lanzmann, the author of the film Shoah, noted following the Carpentras affair in May: “Despite the collaboration, despite Vichy, two-thirds of the Jews of France were saved. And that is thanks to the French.” But Lanzmann also expressed concern over the fact that some people still do not realize that anti-Semitism is a crime, not an opinion.

Actually, anti-Semitism has been legally a crime in France since 1972, and just recently there has also been an attempt (which failed) to criminalize the view that the Holocaust never occurred. Lanzmann happens to think that such legislation is dangerous in a variety of ways, and that the weapons of choice now must be education and information (including films like his own). He may well be right: the laws have hardly affected the rate or quantity of anti-Semitic expression. Le Pen himself has been taken to court several times, has lost several times, and has at least two more court dates ahead of him. In late May he was found guilty and fined for his remark that the Holocaust was a “detail” (in the sense of a minor circumstance) of World War II; he is likely to appeal. A couple of years ago, he was also found guilty of incitement to hatred for specifically naming three prominent Jewish journalists as evidence that the press is against him and is controlled by his (Jewish) enemies. Yet none of this deterred him from referring, just before Carpentras, to the “good representation” of Jews in the media.

Nor does it appear that his party’s fortunes have ebbed under the prosecutorial offensive. Although the FN has only one deputy in the National Assembly, it has several hundred municipal and regional councillors scattered around France, and these sometimes represent the balance of local power. There are also 10 FN men in the European Parliament at Strasbourg, in a French delegation of 81.

Within the Le-Penist coalition of disaffected voters, a hard core is made up of people unhappy that it was de Gaulle, rather than Pétain, who turned out to be right in the 1940’s—right about the outcome of the war, of course, but also right about France. Others who were Gaullists then (as Le Pen has claimed of himself) still have not digested the loss of French Algeria. Still others long for the sort of pre-Vatican II Catholicism that the French Church has turned its back on. And finally there are those (by no means coming only from the Right) who vote for Le Pen’s party because they think it is the only one which addresses issues, such as immigration and security, that concern them.

How much these different circles of followers, whose common denominator is frustration, can be contaminated by the anti-Semitism of some simply cannot be predicted.2 But the archaic, or local, nature of the recent anti-Semitic affaires suggests that the contamination may not go far.

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Consider the case of Claude Autant-Lara.

Autant-Lara is an acerbic old man who in the 1940’s was a successful film-maker, one of the leaders of what was called the Qualité française style. Although he did not enjoy German patronage and was never thought of as a Germanophile, he was later attacked mercilessly by the Nouvelle Vague group of critics and directors, led by François Truffaut, and he never forgave them. In his mind, disappointments going back to the 1930’s in Hollywood became confused with the eclipse of what had been a powerful film career in France, and accordingly the intellectuals in Paris and the Jews in Hollywood became his favorite scapegoats. These sentiments landed him a place on the Euro-parliamentary ticket of the FN and then a seat in Strasbourg.

Shortly after he took that seat, someone from the new Jewish magazine Globe got on the phone to the eighty-eight-year-old Autant-Lara and started pumping him. Autant-Lara asserted that there was a Jewish conspiracy against him, against France, and against the French film industry; moreover, he said, although he was not sure about the Holocaust, he did know that whatever the Nazis may have done, they did not get “the Veil woman” (ils ont raté la mère Veil), referring to Simone Veil, an Auschwitz survivor who has become one of the most popular politicians in France.

The Ministry of Justice initiated a suit against Autant-Lara for incitement to racial hatred. Every politician in France came out with statements condemning him. Even Jean-Marie Le Pen, who had put Autant-Lara on his ticket for a reason, felt compelled to express disapproval. Faced with all this, Autant-Lara resigned from the Euro-parliament and is presently facing prosecution for his interview with Globe.

More recently there was the Médecin affair in Nice, epitome of the French Riviera (bright sun and blue skies, mountains just behind the yellow and white beaches, elegant linen outfits, wine, seafood, the beautiful and the rich on the seashore, real-estate men and other tycoons, movie stars, and bimbos). Jacques Médecin practically inherited Nice’s city hall from his father in 1964, and from the Center-Left he has moved to the Center-Right; until lately he was a member of RPR, the Gaullist party of Jacques Chirac.

Now, it is important to understand about Médecin that he has been a strong supporter of Israel. He has twinned Nice with Netanya, he has denounced Arab terrorism, he has taken part in demonstrations against Arafat’s visit to meet with Mitterrand, and has done many things of concrete use to Israel, not to mention to the Jewish community of Nice, approximately 25,000 souls of mostly North African background.

Médecin, in other words, is emphatically not an enemy of the Jews. And yet, thinking he could score a few cheap political points at a time when he was under attack by his Socialist opponents for a variety of alleged financial irregularities, he publicly welcomed the Front National when it had its party congress in Nice not long before Carpentras and, as mentioned earlier, made a derogatory statement about Jews. The response of RPR, his own party, was to denounce Médecin, who in turn lost little time in resigning.

Again, as with Autant-Lara, the anti-Jewish virus was localized and quarantined.

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If the anti-Semitism of an Autant-Lara (for all the echo it finds in the extreme right-wing press) represents nothing but a spent, or almost spent, tradition, and if the alleged anti-Semitism of a Jacques Médecin is, on closer inspection, nothing but a political gesture, albeit a shameful one, then what is the political significance of these “affairs,” of which so much has been made in France?

For one thing, the Left in France has been using the rhetoric of “anti-racism” to give itself a moral agenda and place the mainstream Right on the defensive. Up to now, moreover, this tactic has been successful. At Carpentras, the Minister of the Interior (who has responsibilities comparable to our Attorney General) virtually accused Le Pen of being responsible for the outrage. Then, as if such blatant politicization of a criminal affair were not sufficient, the Interior Ministry proceeded thoroughly to botch the Carpentras investigation. Not only was evidence lost, but it developed that the desecration, undoubtedly disgusting, was not quite so gross in its physical details as the Minister (and his government colleagues) had at first let on. Whether they themselves had been deceived by misleading reports, or whether they were unable to resist an opportunity to make a public show of moral indignation, will probably never be known. What is known is that there is no extremist group in France, particularly on the far Right, that remains closed to the police, and if any such group had been implicated the fact would have emerged quickly. As Salomon Malka, a radio journalist, was forced to conclude, “We feel we’ve been cuckolded. I hope it’s not worse than that. But the crime certainly was manipulated for political ends.”

Beyond the calculations of domestic politics, public displays of “anti-anti-Semitism” in France, as the historian Annie Kriegel has noted, serve another purpose: “covering” a government foreign policy that is not well disposed toward Israel, and indeed has not been well disposed ever since the Six-Day War of 1967. (If anything, Mitterrand has been rather more sympathetic, at least at the level of gestures, than his predecessors.) Thus, just after Carpentras, the French government sent its human-rights man, Bernard Kouchner, to Israel to complain about its treatment of Arabs.

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Finally, and perhaps most importantly, the intellectuals in France (broadly speaking), despite their ritual “anti-anti-Semitism,” have permitted a public discourse to develop in which anti-Semitism nevertheless is a factor. Today, “certain things” can be said in France about the Jews that could not have been said twenty, let alone thirty or forty, years ago; and though these “certain things” are ritually denounced, they are seldom rebutted. What has happened in the intellectual world is that sentimental indignation often has taken the place of serious combat.

It is important to remember, moreover, that although today the main academic or would-be academic deniers of the Holocaust in France are in the orbit of the Front National, the late Robert Faurisson, the “dean” of the French Holocaust- deniers, was first represented by an extreme-Left publisher; and even today, a revisionist tract was recently published in an organ of the prestigious CNRS, France’s major state-funded graduate-research institute (it caused an uproar).

The shifting attitudes of the French Left to Israel play an important role here. It was Liberation, the same paper that ran the headline “Outrage” after Carpentras, that in 1976 greeted Israel’s lifesaving raid on Entebbe with the headline, “Israel, Champion Terrorist.” The paper would almost certainly not do this today—after repeated demonstrations of the way Israel’s enemies behave, the French media have acquired a certain respect for that country’s security requirements. Yet the often virulently anti-Israel view which prevailed on the Left between the end of the Six-Day War and the withdrawal from Lebanon did make it easier to raise other “questions” about the Jewish people, past and present, and the poison of that earlier view still lingers in the air. No wonder, then, that French intellectuals, whose delicate consciences only yesterday were hurt by Israel’s insistence on defending itself, today often lack the lucidity needed to mount an effective argument in behalf of Israel in particular, and the Jewish people in general, and instead wander perplexedly about in what the historian François Furet has justly called the “desert of antiracism.”

So there is an atmosphere in France—a tone, if you will—which, although hardly responsible for events like Carpentras, is very much part of the explanatory context in which such events take place.

Yet in the end it would be wrong to exaggerate on this score, too. The novelist Marek Halter, who lived through World War II in Poland and Russia and has witnessed the war against the Jews from Argentina to the borders of Israel, dismisses the notion that there is a serious threat in France of a social movement based on anti-Semitism. Referring to France as “one of the most beautiful democracies in the world, with a political class which, whatever else one might say of it, is one of the most generous,” Halter adds that it is now home to “a Jewish community which has never lived so freely throughout its two-thousand-year presence in this country.”

It does not do, ever, to underestimate the political potential of anti-Semitism in society. Yet despite the understandable alarm of Jews like Jean Kahn of CRIF, on balance Marek Halter’s seems a fair judgment about today’s France, even taking Le Pen into account, and even after the anxiety aroused by Carpentras.

Footnotes

1 There are in France a little under a million Jews, in a population of over 55 million. They are in their large majority of North African origin, having arrived in France in 1962 at the end of the Algerian war.

2 One of the more famous members of the Front National, for example, is Pierre Sergent, who is a municipal councillor at Perpignan, a city in the southwest. He was a leader of the OAS, the violent irredentist movement that tried to sabotage Algerian independence, and was later amnestied after years in hiding. But the relevant point about him in this context is that he chose to wear a yellow star in 1942 (when he was still in high school) before joining the Resistance. Sergent believes that so long as he is in the FN, the anti-Semites cannot gain the upper hand in the party.

About the Author
Roger Kaplan has written widely on French politics and on Algeria’s Islamist insurgency of the 1990’s.

« Votez escroc, pas facho! »
Libération
23 avril 2002

Silences, regards lourds, satisfaction rentrée et gueule de bois. A Paris, Abdoulaye, électeur de Le Pen, défend son vote. A Aubervilliers, le frère d’Icham n’a pas supporté que la Marseillaise soit sifflée au Stade de France, en octobre. Les étudiants de Sciences-Po Paris et de l’université Louis-Lumière de Lyon organisent la résistance. Dans le Nord, jadis fief de la gauche, les électeurs expliquent pourquoi, cette fois, ils n’ont pas choisi Jospin. Et à la cité de La Duchère, à Lyon, les jeunes ruminent leur mauvaise conscience d’avoir boudé les urnes. Au lendemain du premier tour, Libération s’est rendu dans les cafés, les cités, à la porte des usines. Témoignages.

Rue Myrrha, église Saint-Bernard… Dans ce XVIIIe arrondissement où Jospin devance Chirac et Le Pen est «seulement» à 11 %, des femmes en boubou surveillent des gamins en maillot bleu de l’équipe de France, qui dribblent sur le bitume en rigolant : «Vive Le Pen !» Hier midi, début de cagnard ou gueule de bois. Chez Jean-Claude Quenet, 62 ans, tenancier d’un kiosque à journaux, rue Stephenson, on affiche une belle humanité malgré «quatre agressions, dont une à main armée, en quatre ans de métier». Entre magazines, chewing-gums, ballons de foot et papeterie, Bruno, 34 ans, profil d’aigle et débit haché, «fils de la Ddass et RMIste», attend un logement depuis si longtemps que Jean-Claude, bonne pâte, le dépanne. Ni l’un ni l’autre n’ont choisi Le Pen. Mais ils en connaissent qui ont voté pour lui. «Chaque voiture brûlée, chaque petite vieille agressée, ça lui fait une voix.» Des gamins entrent acheter des Malabar, des habitués un journal. Quelques mines dévastées. «Les mômes ne sont plus élevés du tout. Tenez, raconte Jean-Claude, un petit Africain de quatre ou cinq ans fouinait dans les revues. Je le reprends. Pfuitt ! Il se débraguette, baisse son slip et me dit : « Suce ! »» Et ça, dit-il, «personne ne veut le voir. Quand on parle d’insécurité, on passe pour de vieux paranos fachos». Bruno acquiesce. Ne trouve pas le scrutin de dimanche trop grave, finalement, juste un «avertissement» à «ceux d’en haut», ces «intellos» qui ne s’adressent qu’aux «enseignants, aux journalistes», qui parlent de morale sans se rendre compte «qu’un seul cause juste : Le Pen».

Paris, place Stalingrad

Un bistrot du XIXe arrondissement, hier à l’heure de l’apéro, verre de vin blanc au prix imbattable de 1,15 euro. Le barman est gonflé à bloc. «Les urnes sont là. En face, il y a des gens qui manifestent et qui cassent pour contester les résultats. Alors, qui sont les vrais fachos ?» Il entend à peine la remarque d’un client, «les fachos, ils buvaient du champagne à Saint-Cloud», et poursuit en aparté : «Je connais les gens du service d’ordre du FN, c’est des sérieux. Les autres n’ont pas intérêt à s’approcher.» Sa clientèle est plus débonnaire, elle commente les résultats électoraux comme un match de foot. Ils ont joué dimanche, et déplorent la panne du chauffe-eau dans les vestiaires. «La douche froide, elle n’était pas que pour nous.»

- Jospin a voulu surenchérir sur les conneries de Mamère, avec le vote des immigrés.

- Y’en a qui râlent, mais ils n’ont même pas voté.

- Le facteur plus Arlette, ils font quand même 10 %.

- Hue, pour le remboursement de ses frais de campagne, c’est raté.

- Le Pen va défiler le 1er mai sur les Champs-Elysées, c’est de la provocation.

- Non, sa manif, c’est toujours au Louvre. De Gaulle lui-même ne voulait pas s’installer à l’Elysée, il préférait le palais du Louvre.

- Il n’avait pas été élu au premier tour, lui ?

- Même en cas de score 80-20, il faut toujours un second tour. Ah non ?

Paris, Sciences-Po

Dans le hall, des affiches appellent pêle-mêle à une «mobilisation générale», à une «journée antifasciste « No Pasaran »», à une «grève contre la haine». Hier, à Sciences-Po Paris, une petite moitié des étudiants n’a pas assisté aux cours, transformant ce lendemain de premier tour en un moment de «résistance démocratique», à l’appel de mouvements de gauche ou de la droite républicaine. Plus de 700 étudiants se sont rassemblés dans l’amphithéâtre Boutmy. Des chercheurs du Cevipof (Centre d’étude de la vie politique française) sont venus livrer leur analyse du scrutin. Les étudiants ont écouté, puis fait une ovation à Stéphane Hessel, 85 ans, ancien ambassadeur de France, étudiant à Sciences-Po «il y a 59 ans», né en Allemagne, déporté à Buchenwald, et qui participa après-guerre à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU. Leur prof, le député européen (PS) Olivier Duhamel, leur dit : «Quelle douleur hier soir, mais quel bonheur de vous voir aujourd’hui.» Pour le second tour, «on a le choix entre un fasciste et un voleur», lance un étudiant. Chacun donne sa solution : «Voter Chirac en se bouchant le nez.» «Voter contre Le Pen en se disant qu’on ne vote pas pour Chirac.» «Voter démocratie le 5 mai et progrès social en juin.»

Paris, place de la République

Anna est en larmes. Dimanche, cette avocate de 24 ans a voté Jospin. «C’est monstrueux. Mais qu’est-ce qu’ils veulent ? Un état totalitaire ? Ce sont des enfants gâtés : j’ai vécu au Brésil, ici ils ne savent pas ce que c’est l’insécurité ! Ça me répugne d’être française !» Elle marche parmi les milliers de manifestants, jeunes dans leur grande majorité, hier à 18 heures, entre République et Bastille. «J’ai honte d’aller voter Chirac, mais c’est une question d’honneur», lâche Malika, 26 ans, qui travaille dans la finance. C’était la première présidentielle de Laure : «Je crois que je ne me rendais pas compte de ce que le vote pouvait représenter… J’ai choisi Taubira. Maintenant je culpabilise.» Ils citent les responsables, en vrac. Les sondages : «Les gens n’ont pas besoin qu’on pense pour eux.» Les médias : «A cause d’eux, tous les pépés qui restent chez eux ont peur qu’on vienne les égorger !» Et avant tout, «eux», les Français, électeurs, abstentionnistes. «Ils votent comme on va acheter un paquet de céréales. Ils élisent Juppé, ils le jettent. Ils élisent Jospin, ils le jettent comme un malpropre…» Certains brandissent des panneaux «Votez Chirac le pourri». D’autres pensent qu’il faut oublier les clivages droite-gauche un moment, se concentrer sur la lutte contre le FN : «Maintenant, il faut éviter qu’il fasse 30 %.» Julien, 20 ans, a presque peur d’avouer son vote : «Pour un centriste…» Sa voisine, socialiste : «Mais dis-le ! C’est bien de voter Bayrou !»

Lyon, université Louis-Lumière

11 heures, l’amphithéâtre en plein air est plein à craquer. Les étudiants se succèdent au mégaphone. Ils veulent «parler», «réfléchir» ou «crier leur dégoût». Sans cesse, une question revient, provoquant tour à tour huées et applaudissements : «Comment va-t-on pouvoir voter Chirac ?» Ceux qui s’y refusent dénoncent les «dérives de la gauche plurielle». Evoquent les absences de la campagne : les sans-papiers, l’insécurité, la mondialisation. Un étudiant rappelle à ses camarades les anciens propos de Chirac sur «le bruit et les odeurs» : «Putain, comment on peut voter pour lui ?» «On n’a plus le choix», lui répond, presque en choeur, une partie de l’auditoire. Les autres huent. Les derniers parlent juste de «tristesse». Comme cette jeune fille : «Hier, on avait deux choix, voter avec notre coeur ou voter stratégique. J’ai voté avec mon coeur. Je n’aurais peut-être pas dû.» Un étudiant explique qu’il est arabe et qu’il habite Vénissieux. Pour lui, ce n’est plus devant un auditoire converti qu’est l’urgence de la parole et de l’action : «On est tous de gauche ici, et on finira bien par se résoudre à voter Chirac mais c’est pas nous qu’il faut convaincre. Il faut aller chercher les jeunes dans les banlieues. Il faut faire marcher les portables, faire descendre dans la rue ceux qui ne descendent pas et qui n’ont pas voté».

Aubervilliers

Malgré son maire communiste (Jack Ralite), et comme presque toutes les communes de Seine-Saint-Denis, Aubervilliers a donné près de 20 % des voix à Jean-Marie Le Pen. Signe d’intégration, selon Kader, sympathisant communiste qui tenait un bureau de vote, des Arabes ont voté FN. Une beurette l’a fait avec éclat : «Elle a juste pris le bulletin Le Pen. On lui a dit : « Mademoiselle il faut au moins deux bulletins. » Elle a répondu : « J’en ai rien a foutre », elle n’est même pas allée dans l’isoloir». Icham, animateur ; a voté Mamère car ses positions sur le Proche-Orient lui ont «beaucoup plu». Il appelle le frère de sa fiancée sur son portable. Le frère explique que, dans sa famille, ils n’ont pas supporté que la Marseillaise soit sifflée lors du match France-Algérie. «C’est nous les premières victimes de ces petits cons. J’ai une maîtrise d’informatique et j’ai dû prendre un emploi-jeune dans un collège. Ici, les gens qui votent Le Pen ne sont pas xénophobes, ils en ont marre. T’as pas le droit d’avoir une belle voiture, tu le la fais braquer ou brûler.» Philippe, 53 ans, une des 103 voix Le Pen du bureau n° 12, est taxi, vit dans une HLM et ne possède pas de box pour protéger son outil de travail. Il doit la laisser dans un garage, à 2 km de chez lui, et prendre le bus. «Les collègues, y’a des Noirs, des Arabes, des Chinois, dedans il y a des bons et des cons. Le problème, c’est les petits merdeux qui te crèvent les pneus de ta bagnole, pour rien, juste pour emmerder le peuple.»

Ivry-sur-Seine, parvis de la mairie

Encore un fief communiste du Val-de-Marne. Robert Hue y explose ses scores. A Ivry, il a récolté 15,47 % des voix. Devant la mairie, comme tous les jours, des habitués jouent à la pétanque presque en silence. Surpris des résultats nationaux au premier tour ? «Plutôt, oui, c’est vrai qu’ils ont pris un bon coup, les communistes», explique un retraité qui ne mentionne même pas la performance de Le Pen. Un de ses collègues n’a plus le droit de vote (il a fait faillite) et s’énerve : «Le Pen ? J’ai toujours dit qu’il fallait une dictature en France pendant deux ou trois ans, le temps de purger tous les ministères, et après on revient à la démocratie.» Mais, sur le parvis de la mairie, comme au café d’en face, les électeurs n’osent pas imaginer Le Pen gagnant au second tour, «les Français ne sont pas bêtes à ce point-là». «Si Le Pen passe, c’est la révolution, se rassure Michel, qui promène son chien. Je suis persuadé que même l’armée va se retourner contre lui. Si ça arrive, on va être la risée du monde entier et il y en a ici qui vont pouvoir faire leurs bagages.» «S’il passe, je me suis d’abord dit que je quitterais la France, ajoute une trentenaire qui regrette de ne pas être allée voter. Maintenant, je me dis que je vais militer, arrêter d’être passive.» La plupart voteront à droite pour la première fois de leur vie. A contre-coeur, comme Catherine : «Je vis dans une municipalité communiste depuis que je suis toute petite. J’ai été trop naïve. Maintenant, j’ai l’impression que la France est à droite et ça me dépasse».

Pierrefitte, quartier des Poètes

«Je suis choqué, ébranlé», dit Ahmed. Il sert pour 50 centimes ou un euro de bonbons à des marmots qui défilent. «C’est l’horreur. Mais pas tout à fait une surprise.» L’insécurité ? Depuis trente-cinq ans en France, Ahmed est passé d’une cité dure à l’autre. Il trouve que celle-ci est devenue vivable, après la mobilisation de tous, associations et habitants. D’ailleurs, le quartier des Poètes vogue à contre-courant : Le Pen est passé de 16,26 % en 1995 à 7,82 % dimanche (et 1,27 % pour Mégret). «Si vous vouliez m’agresser, c’est eux qui me défendraient», dit-il en désignant deux grands dadais venus acheter des Coca. L’un d’eux opine : «Ouais, c’est notre épicier.» En face, à la Maison des parents, des femmes s’absorbent dans des travaux de peinture. Mylène, trentenaire, d’origine togolaise, s’emballe : «Faut arrêter quoi ! Les gens sont pas contents.» Elle avait prévu de voter blanc au premier tour, s’est ravisée et a opté pour Jospin, sur les conseils de son père. «Je travaille à mi-temps dans une crèche à Paris. On voit arriver des gosses qui sont malades tout le temps parce qu’ils vivent dans des hôtels minables, faute de vrai logement. Dans le quartier, je vois une femme qui fait les poubelles. Ces gens-là, vous allez leur demander de voter pour qui ? Pour quoi ? poursuit Mylène. Les gens se sentent trahis, abandonnés. Ils se défoulent dans l’isoloir.» Deux portes plus loin, c’est le centre social. Yao, éducateur, n’a pas le droit de vote : «Au lieu de taper sur le FN, il faut se démener».

Paris, XXe arrondissement

C’est l’un des arrondissements de Paris qui a le mieux résisté : Jospin à 22 %, Le Pen à 10,5 %. Le choc est d’autant plus violent. Au Pacte, une association d’amélioration de l’habitat, on concède que certaines rues sont un peu chaudes. «Mais les riverains habitent là depuis longtemps, ils ne veulent pas partir. Ils n’ont pas peur», tempère une jeune femme. Pour Pascal, le danger est plus profond : «En vingt ans, certaines expressions scandaleuses de Le Pen, style « tous pourris », sont passées dans le langage populaire, comme une sorte de bon sens.» Une de ses collègues approuve : «Hier soir, je me suis tout de suite demandée si des gens de mon entourage, au travail, avaient voté Le Pen. Mais qui ? Ce matin, l’ambiance était mauvaise dans le train, personne ne se regardait.» Comme au Petit Navire, un bistrot de la rue Ramponneau : «Curieux, personne n’osait en parler», note le patron. Abdoulaye, 22 ans, Black du nord de l’arrondissement, veut s’exprimer : «J’ai voté Le Pen, ma mère aussi ! Il a des idées réalistes, il concrétise, il ne bavarde pas comme les autres. Avec lui, on sait ce qu’on choisit, sur quoi on s’abstient. Il a le courage de dire ce qu’il pense, et on sait qu’il fera ce qu’il dit.» L’année dernière, Abdoulaye a voté socialiste, «mais Delanoë n’a rien fait». Le programme de Le Pen, la répression dans les cités ? «Mais il faut des mesures draconiennes dans certaines cités, il faut un nettoyage !» Dans les ateliers de la Forge, Pero, artiste d’origine monténégrine, se souvient que «Le Pen s’opposait aux bombardements de Belgrade». Il n’a pas voté, aurait donné sa voix à Chevènement. Il relève «la lucidité» de Le Pen, compare Jospin et Chirac à «des techniciens de la politique, représentants d’un Etat enfermé, bureaucratique, loin des gens et des artistes», leur oppose un «Le Pen, vieux lion, animal blessé, qui a su pousser le peuple français à un caprice» : «Il est utile pour lutter contre l’endormissement. Comme en art, il faut des accidents pour que la France ressemble à un chef-d’oeuvre.»

Montereau, quartier Surville

Dans le sud de la Seine-et-Marne, «c’est pas l’anarchie, on est à la campagne», précise Nabyl, étudiant. Le Pen y fait pourtant 19 %. «Je ne me retrouvais dans aucun candidat : j’ai même pas voulu glisser le petit drapeau de la Palestine dans l’enveloppe. Entre Supermenteur et Superfacho, je vais voter Chirac», se morfond Kamel, lycéen, 18 ans. «Tout ça c’est pour se débarrasser de nous», lâche un vieil Algérien. Tous habitent à Surville, la cité perchée sur le coteau, que la ville basse regarde d’un mauvais oeil. Surtout dans cette rue bordée de «pavillons à 1 million de francs où les retraités votent tous FN», indique un passant. «Faut voir les voitures brûlées, les agressions. Je suis FN comme j’étais gaulliste en 1940 : les Arabes, ici, c’est les Allemands d’alors. Il faut que Le Pen fasse au moins 22 % au second tour pour peser sur Chirac ensuite», se félicite Pierre, retraité de 77 ans, derrière sa clôture.

Argenteuil, Bezons

Une dizaine de jeunes discutent au soleil au pied des immeubles. Pas un seul n’était inscrit. «Moi, je regrette, dit l’un. Beaucoup de jeunes regrettent aujourd’hui.» Un autre : «Moi, je m’en fous. Je dis juste « nique les Schmitt ».» Son copain s’énerve : «Non, dis pas ça. Sans les flics, il y aurait des morts et des braquages tous les jours.» Dimanche soir, passé 20 heures, toute la cité ne parlait que des élections. Ceux qui étaient aux fenêtres s’adressaient à ceux attroupés en bas. «Une femme était tellement dégoûtée qu’elle voulait se jeter de sa fenêtre, racontent les jeunes. Ça a duré jusqu’à 4 heures du matin.»

A Bezons (Val-d’Oise), la ville limitrophe, deux hommes boivent un café en terrasse. Hassen a voté «Lionel» et Mouloud pour Chevènement. «Je suis malade depuis hier, dit Mouloud, 35 ans. Les gens sont fous. Ils nous voient comme des immigrés, ils veulent qu’on parte. Mais je suis né ici !» Hassen enchaîne : «Moi, j’ai même choisi d’être français.» Ensemble : «Ils ont voté sur l’insécurité, parce qu’on ne voit que des merdeux à la télé. Mais ils ne savent pas ce qui les attend : un type qui embrasse Saddam Hussein et qui dit que la Shoah est un détail !»

Nanterre, place de la Mairie

Le parvis est presque vide. Assise dans un coin, Habiba, 24 ans, militante PS, commente les résultats du scrutin dans le «fief communiste» des Hauts-de-Seine. «La culture de gauche, ça existe encore ici. Le Pen, pour nous, c’est un raciste, ça explique peut-être qu’il fasse un peu moins qu’ailleurs. Je veux bien qu’on me parle de chômage et d’insécurité, mais beaucoup de gens ne font rien, ils ne cherchent même pas de boulot alors qu’il y a des antennes de l’emploi partout.» A 13,41 %, le candidat du FN fait moins bien qu’au niveau national mais dépasse Robert Hue ; Jospin arrive largement en tête, juste sous les 20 %. «Quand il y a de gros problèmes comme avec la fusillade, il y a trois semaines, les gens se rassemblent. Ils ne sont peut-être pas d’accord mais ils communiquent.» «Il n’y a presque que des gens d’origine maghrébine ici, explique Sabrina, qui travaille dans les cantines scolaires de la ville. Le Pen, il ne devrait même pas faire 1 %, c’est grave comme score.» Pour Nelly, serveuse à Paris, «Le Pen pose quand même les bonnes questions, faut reconnaître. Il y a des jours, je pourrais voter pour lui, mais j’ai un bon fond, j’aime les êtres humains».

Aulnay-sous-Bois, usine PSA

Hier après-midi, à l’heure du changement d’équipe sur le parking de l’usine. Intérimaires chez Valéo, un fournisseur qui travaille sur le site, les deux copines arrivent à pied. «J’ai jamais voté de ma vie, dit Laurence. Mais aujourd’hui, je regrette un peu. De toute façon, je n’aurais pas voté Jospin mais Arlette. Elle au moins, elle nous comprend, elle défend nos droits.» Sa copine, Kardiatou, d’origine sénégalaise, est intérimaire depuis trois semaines. «Arlette, ce n’est pas quelqu’un qui avance.» La menace Le Pen ? «Je pense qu’il est beaucoup moins raciste qu’il ne le dit. Il ne fera jamais ce qu’il dit», assure Kardiatou. La présence de Le Pen au second tour ne surprend pas grand monde. «L’insécurité, c’est le vrai sujet. Moi, je me suis fait déjà choper par la police et ils m’ont relâché tout de suite, sans rien dire. C’est un truc de fou», dit un Black de 19 ans, qui a voté Jospin. «Il y a des vraies victimes de l’insécurité, et c’est toujours les pauvres… alors, faut pas s’étonner», poursuit son copain Brahim.

Le Pen président ? «Je m’en fous. Je n’ai jamais voté, ça m’intéresse pas», dit Jonathan, un Black de 20 ans, en CDD depuis six mois, les yeux rivés sur sa montre de peur d’être en retard au travail. «Je ne suis pas dedans, tente de se justifier son copain, Abdel, lui aussi en CDD. Peut-être qu’il faudrait quand même que j’aille voter au second tour. Mais j’ai pas la carte. Alors je ne sais pas si on a le droit…», dit-il. La carte ? «Ben, je sais pas, la carte, euh… Comment ca s’appelle déjà… La carte électorale, c’est ça ?»

Mantes-la-Jolie, le Val-Fourré

«Voir des gens dire qu’ils ont honte d’être français après ce qui s’est passé, ça fait quand même quelque chose», dit Mouloud en se posant la main sur la poitrine. Stagiaire éducateur sportif de 23 ans, il habite le Val-Fourré, ghetto au coeur de Mantes-la-Jolie. Dès les premières estimations, il a eu «des frissons» : «C’est comme ça qu’on remercie les travailleurs immigrés qui ont servi la France ?» Pour lui, comme pour son copain Ahmed, qui prépare un BEP, «presque tous les candidats ont fait de la pub à Le Pen» en exploitant l’insécurité. Mais pour Awad, formateur, «le jour où il y aura des permanences des partis dans les cités, les gens se déplaceront peut-être»…

Lyon, cité de La Duchère

La honte, la peur, et pour la première fois, la culpabilité. Le scrutin a douché La Duchère. L’extrême droite totalise 26,36 % dans le quartier. Pour Dounia, 22 ans, «c’est un peu à cause de gens comme nous que Le Pen est au deuxième tour». Etudiante en BTS, elle ne s’est pas déplacée. Elle raconte la surprise, la peur de ses parents, qu’elle a trouvés «figés» devant la télé, dimanche, en rentrant. Une crainte partagée dans les familles immigrées. Leurs enfants, surtout, se sentent mal à l’aise. «Je ne sais plus comment regarder les gens, raconte Slimane, 21 ans, en terminale. Quand il passe quelque chose de bizarre dans leurs yeux, je me dis que celui-là a peut-être voté Le Pen. Il faut que je m’en décolle pour rester moi-même.» Il affirme pourtant qu’il n’a pas peur : «Je suis français, j’ai pas de raison.» Mais il ajoute : «A la place d’un vrai Français, j’aurais surtout la honte.» «C’est fou, résume Saadia. Les Français ont choisi les deux plus vieux, les deux plus riches et les deux plus voleurs.» Elle, a voté à gauche, mais pas Jospin. Elle aimerait «revenir vingt-quatre heures en arrière».

Au club de pétanque, en revanche, le résultat n’est «pas une surprise». Ici, «on ne parle pas de politique», mais «on est tous d’accord». Arrivés pour la plupart en 1962, les boulistes parlent des voitures brûlées, d’une vieille dame agressée, de «tous ces noms arabes qu’on lit dans le journal». Ils sont pieds-noirs pour la plupart, Le Pen ne leur fait plus peur. «Il s’en prendrait à l’insécurité, pas aux juifs et aux Arabes qui respectent le quartier.» Le vote sécuritaire n’a pas tout fait. Pour Sammy, responsable du ciné-club du quartier, «plus personne ici ne croit à ceux qui nous représentent. Il y a un gouffre qu’ils sont seuls à ne pas voir». «Jospin, c’est bien qu’il arrête la politique, décrète Slimane, le lycéen. Il avait une tête qui ne passait pas. On sentait qu’il était honnête, mais il était triste, tout en dedans. Chirac, les gens savent qu’il ment, mais quand il parle, il les rassure.»

Lille, Grand-Place

Dimanche soir, les Jeunes socialistes brandissent des affichettes «Votez escroc, pas facho», puis les brûlent. Entre militants LCR et socialistes, le ton monte. Le socialiste : «On n’est pas là pour sortir des drapeaux, on manifeste contre le FN.» Le trotskiste : «Le FN ? Mais c’est pas les fachos qui ont gagné, ce sont les socialistes qui se cassent la gueule ! Viens voir dans les quartiers, viens parler aux gens ! Ça fait longtemps qu ils ne se reconnaissent plus dans les socialistes, les gens.» Le vieux bastion de la gauche a honte. L’abstention est deux points au-dessus de la moyenne nationale, et le FN est le premier parti du Nord.

Lundi, même lieu. Des lycéennes prennent le soleil, sèchent les cours. «On va aller manifester contre Le Pen, même nos profs nous ont incités à y aller, à nous battre. La prof d’espagnol, ça l’a vraiment touchée, parce qu’elle est pas française pure. Le prof d’éco, son ulcère s’est réveillé. Il nous a dit que, pour la première fois de sa vie, il avait honte de son pays», racontent Amal et Cindy, 16 et 15 ans. Soraya, 18 ans, a «honte de la France», elle aussi. Elle va voter Chirac pour faire reculer Le Pen «le plus loin possible». «Je me suis dit « ah les cons, les cons, les cons… » Je suis tombée de très très haut», raconte Blandine, ancienne militante PS. Dimanche, elle a voté Mamère, pour la première fois. «Je m’en mords les doigts jusqu’au coude.» Mais elle a détesté la campagne des socialistes sur l’insécurité : «On a plus besoin d éducateurs que de policiers.» Claude, prof de collège à Roubaix et militant syndical, est «abattu», «alarmé», mais estime que «cette gauche-là avait perdu pied depuis longtemps». Serge, d’origine kabyle, est éducateur en milieu carcéral : «Les socialistes étaient trop sûrs d’eux. Le Pen, ils l’ont pris pour un lutin, ils le croyaient foutu. Les intellectuels n’ont rien vu venir. Maintenant, ça y est, ils ont laissé entrer le vampire.» Jean-Daniel, médecin dans un quartier populaire, pense qu’un pas a été franchi : «Au deuxième tour, Le Pen va améliorer son score, surtout après son discours de dimanche « aux ouvriers, aux mineurs, aux métallos ». Dans le Nord, les travailleurs ne se reconnaissent plus dans le PC et le PS. Dans mon cabinet, j’entends les langues se délier.»

Béziers, quartier Faubourg

Dans le quartier du faubourg de Béziers, là où, il y a un mois, un buraliste a tiré sur un jeune qui tentait de voler sa voiture, rares sont ceux à concéder qu’ils ont voté Le Pen, mais tout le monde comprend pourquoi le candidat du Front national a raflé 35 % des voix. «Si Chirac et Jospin avaient mis le doigt sur les problèmes, sûrement on n’en serait pas là. On n’arrête pas de nous dire : « Il faut pas être raciste, il faut pas être ceci », alors, officiellement, les gens ne sont pas racistes, sauf dans les urnes. Parce que l’insécurité, ça va avec», analyse un buraliste. Un peu plus loin, le patron du bar le Joffre explique, le doigt pointé : «On ne peut plus laisser nos enfants seuls dans la rue. Regardez ce restaurant jaune, là, c’est le rendez-vous des clandestins et des dealers. La police le sait, mais personne ne fait rien.» Lui voudrait «Le Pen comme ministre de l’Intérieur». Accoudé au bar, un client acquiesce : «Où est le problème ? En Autriche, en Italie, ils n’en ont pas fait tout un plat !» Un groupe de cinq filles de l’école de coiffure sont étonnées qu’on leur demande pourquoi Le Pen a fait un tel score à Béziers : «Vous ne regardez pas les actualités ?»

Marseille

La manif anti-Le Pen a réuni 1 000 à 2000 personnes hier. Parmi elles, Tanguy Cornu, 19 ans, étudiant en hypokhâgne. «J’ai voté Mamère, dit-il. J’ai fait une connerie. Maintenant, il nous manque quelque chose. L’impression d’être trahi, qu’on nous enlève une occasion de nous exprimer.» Mais il y a pire : ses copains qui ne sont pas allés voter. «Ils se mordent les doigts. C’est le point positif : ça fait prendre conscience que si on ne va pas voter, d’autres le font à notre place.» Sandra Benbrahim, 23 ans, étudiante, explique : «On a tous été un peu leurrés par les médias et les sondages. J’ai voté vert, par conviction, et je ne regrette pas. Jospin a fait une mauvaise campagne. Quand on est de gauche, on fait une campagne de gauche.» Dans le cortège, il y a aussi des enseignants, comme Jean Guillaume, 55 ans : «Certains sont très tristes. Ce n’est pas mon cas. C’est un choc sanitaire. Bien sûr, l’élection a accouché d’un monstre. Mais c’est une sanction attendue. La déception d’une politique concernant les libertés, d’une RTT qui est très mal passée dans la fonction publique. Les socialistes sont englués dans des rapports au pouvoir plombants. Ils ne savent plus les gestes qu’il faut pour parler à la base. Mes élèves de terminale ont presque tous voté Besancenot. Ils trouvent que c’est le seul qui a le même langage qu’eux.» Une banderole proclame : «Après Vitrolles, la France ?» Beaucoup de manifestants arborent un autocollant «L’arnaque plutôt que la haine/Chirac plutôt que Le Pen». Jean-Pol et Jacqueline Melone, 64 et 63 ans, enseignants à la retraite, ont fait la campagne pour le PS. «Les gens prenaient les tracts mais ne les regardaient pas, critiquaient le programme mais ne l’avaient pas lu. Ils se sont fait une idée d’après la télé. Ils voient un matraquage sur la sécurité, des séries d’images qui ne laissent que des impressions. Par rapport à ça, Chirac et Le Pen, c’est très simple, ce qu’ils disent. Jospin, c’est plus compliqué.» .

Récit de la rédaction


Attentats de Copenhague: Vous avez dit socialisme des imbéciles ? (Socialism of the stupid man: When anti-semitism becomes the ultimate in anti-racism)

17 février, 2015
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L’antisémitisme est le socialisme des imbéciles. Ferdinand Kronawetter ? (attribué à August Bebel)
Nous ne tournerons la page du passé que lorsque les causes de ces événements cesseront d’agir. C’est uniquement parce qu’elles continuent d’agir que les fantômes du passé ressurgissent. Adorno (1959)
[Et tu penses qu’en France le Mossad pourrait attaquer les synagogues …?] Je ne sais pas si c’est le cas. Simplement, ce que je dis, c’est qu’il faut savoir à qui peut profiter le crime. José Bové (avril 2002)
Ce que le communisme avait tenté de faire, une guerre vraiment mondiale, est maintenant réalisé, c’est l’actualité. Minimiser le 11 Septembre, c’est ne pas vouloir voir l’importance de cette nouvelle dimension. (…) Mais la menace actuelle va au-delà de la politique, puisqu’elle comporte un aspect religieux. Ainsi, l’idée qu’il puisse y avoir un conflit plus total que celui conçu par les peuples totalitaires, comme l’Allemagne nazie, et qui puisse devenir en quelque sorte la propriété de l’islam, est tout simplement stupéfiante, tellement contraire à ce que tout le monde croyait sur la politique. (…) Le problème religieux est plus radical dans la mesure où il dépasse les divisions idéologiques – que bien sûr, la plupart des intellectuels aujourd’hui ne sont pas prêts d’abandonner.(…) Il s’agit de notre incompréhension du rôle de la religion, et de notre propre monde ; c’est ne pas comprendre que ce qui nous unit est très fragile. Lorsque nous évoquons nos principes démocratiques, parlons-nous de l’égalité et des élections, ou bien parlons-nous de capitalisme, de consommation, de libre échange, etc. ? Je pense que dans les années à venir, l’Occident sera mis à l’épreuve. Comment réagira-t-il : avec force ou faiblesse ? Se dissoudra-t-il ? Les occidentaux devraient se poser la question de savoir s’ils ont de vrais principes, et si ceux-ci sont chrétiens ou bien purement consuméristes. Le consumérisme n’a pas d’emprise sur ceux qui se livrent aux attentats suicides. (…) Allah est contre le consumérisme, etc. En réalité, le musulman pense que les rituels de prohibition religieuse sont une force qui maintient l’unité de la communauté, ce qui a totalement disparu ou qui est en déclin en Occident. Les gens en Occident ne sont motivés que par le consumérisme, les bons salaires, etc. Les musulmans disent : « leurs armes sont terriblement dangereuses, mais comme peuple, ils sont tellement faibles que leur civilisation peut être facilement détruite ».(…) Cela dit, de plus en plus de gens en Occident verront la faiblesse de notre humanisme ; nous n’allons pas redevenir chrétiens, mais on fera plus attention au fait que la lutte se trouve entre le christianisme et l’islam, plus qu’entre l’islam et l’humanisme. Avec l’islam je pense que l’opposition est totale. Dans l’islam, si l’on est violent, on est inévitablement l’instrument de Dieu. René Girard
Carpentras, c’était une manipulation. Hubert Védrine
[Yves Bertrand, le patron des RG] explique que au départ, les gens du CRIF (…) ne voulaient pas en faire une grande manifestation et que c’est Mitterrand lui-même qui a imposé la grande manifestation publique, qui a imposé l’itinéraire classique de gauche c’est-à-dire République-Bastille-Nation. Pour bien mettre ce combat dans les combats de la gauche et qui a ainsi manipulé tout le monde. Tout ça, pour empêcher évidemment une alliance entre  la droite – Chirac pour parler vite – et le Front national évidemment parce que si le Front national devenait une espèce de monstre nazi, évidemment on pouvait plus s’allier à lui. Et c’est la grande stratégie de Mitterrand sur quinze ans qui a permis à la gauche de rester au pouvoir pendant toutes ces années. Eric Zemmour
L’affaire avait provoqué une vive émotion au sein de la classe politique. Jacques Chirac avait condamné « avec force cet acte inqualifiable » et exprimé sa solidarité avec la communauté juive de France. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, s’était aussitôt rendu sur les lieux et avait rappelé que l’auteur de ce genre de fait encourait vingt ans de prison. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait même parlé de « barbares » . Quant au ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, il avait exhorté les autorités françaises à se montrer « plus dures » face aux actes antisémites. On sait désormais que l’incendie qui, dans la nuit du 21 au 22 août, a ravagé le centre social juif de la rue Popincourt, dans le 11e arrondissement de Paris, n’est pas un acte antisémite. Son auteur, Raphaël Ben Moha, est un juif séfarade de 52 ans, originaire de Casablanca, au Maroc, qui aurait agi par vengeance. Comme dans l’affaire de la fausse agression antisémite du RER D, il y a deux mois, les policiers ont tout de suite eu la puce à l’oreille au vu des indices retrouvés dans les décombres : les croix gammées dessinées à l’envers et la quarantaine d’inscriptions incohérentes taguées au feutre rouge. (…). Fait troublant : un feuilleton de la série « PJ » a été tourné pendant un week-end dans le centre de la rue Popincourt. L’épisode mettait en scène un incendie criminel perpétré par un juif dans une école israélite. Sauf que cela se passait il y a un an et demi et qu’à l’époque Raphaël Ben Moha ne fréquentait pas encore le centre. Apparemment, Ben Moha en voulait à sa communauté, à laquelle il reprochait de ne pas l’avoir suffisamment aidé. (…) Une fois encore, la classe politique a fait preuve de précipitation pour dénoncer un acte antisémite, alors que les premiers éléments d’enquête incitaient à la prudence. Si nul ne peut mettre en doute la montée des actes antisémites en France – déjà 298 enregistrés depuis début 2004, contre 108 en 2003 -, qualifier d’antisémites des affaires qui ne le sont pas contribue à semer la confusion dans les esprits. D’où la réaction, lundi 30 août, du président du consistoire de Paris, Moïse Cohen, qui a appelé les juifs et les politiques « à un peu plus de raison » . Et d’insister : « C’est une erreur de réagir à un fait divers sans appliquer le principe de précaution. »  Le Point
Si les profanations de cimetières juifs sont aussi nombreuses en Alsace, ce n’est pas parce qu’il y aurait plus de groupes néonazis qu’ailleurs, bien au contraire, il y a un dialogue interreligieux qui fonctionne très bien dans la région. Non, s’il y a régulièrement des profanations de cimetières juifs dans la région c’est tout simplement parce que l’Alsace a été durant de nombreux siècles une terre d’accueil pour la communauté juive et qu’il y a de nombreux cimetières juifs. Thierry Legrand (historien)
La première communauté alsacienne remonte en effet aux alentours de l’an mille. Les juifs installés en Alsace n’ont jamais eu à subir d’expulsion comme dans le reste de la France car la région a longtemps été une terre d’Empire. Le judaïsme a toutefois pris une forme très spéciale en Alsace car les juifs n’étaient pas admis dans les villes. Raison pour laquelle le judaïsme alsacien se caractérisait, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, par une forme originale avec une multitude de petites communautés rurales. Reste que les profanations, selon les chiffres avancés par le ministère de l’Intérieur, concernent davantage des sites de sépultures chrétiennes. En 2012, 80 % des profanations recensées visent des tombes chrétiennes. Une large proportion qui s’explique là encore par le fait que les lieux de culte catholique sont beaucoup plus nombreux que les autres. D’après l’Observatoire des profanations de lieux religieux, 94 % des lieux de culte sont des monuments catholiques. France 24
Croix renversées et souillées de symboles nazis au sanctuaire dédié à la Vierge Marie à Saint-Loup (Jura), tombes et chapelle vandalisée au cimetière d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), statues arrachées dans l’église Saint-Géry de Valenciennes (Nord), lustres réduits en miettes et chemin de croix incendié à Saint-Pierre de Pouan-les-Vallées (Aube), classé et datant du XIIIe siècle… Dans l’indifférence, la France est le théâtre d’une profanation tous les deux jours. Selon une note de la direction générale de la gendarmerie nationale, que s’est procurée Le Figaro, pas moins de 184 dégradations de sépultures ont été recensées l’année dernière, soit à peine dix-neuf de moins qu’en 2008. Depuis 2005, un lieu sacré est violé tous les deux jours. «Les faits perpétrés dans les cimetières sont pour l’essentiel des dégradations de stèles, d’ornementations et des inscriptions» , note le rapport, qui précise que les profanations recensées par les gendarmes – qui couvrent 95 % du territoire – touchent «très majoritairement des tombes chrétiennes ou des églises ». Dans les campagnes et en zones périurbaines, quelque 122 cimetières communaux et 34 lieux de culte catholique et 18 monuments aux morts ont été visés en 2009. Pas moins de cinq violations de tombeaux, dont deux exhumations ont été à déplorer. «Les départements du Bas-Rhin (11 faits), la Somme (9 faits), l’Ille-et-Vilaine (7 faits) et enfin la Gironde, le Gard et les Vosges (6 faits) concentrent le plus grand nombre de profanations», précise le document, qui détaille ainsi une série de périodes à risques. Ainsi, les profanateurs passent plus volontiers à l’action le 30 avril qui est à la fois l’anniversaire d’Adolf Hitler et de la fondation de l’Église de Satan aux États-Unis. Des pics sont aussi observés le 31 octobre, fêtes d’Halloween et jour de l’An sataniste, mais aussi lors des dates des solstices et d’équinoxes. Plus globalement, 50 % des actes de vandalisme se produisent le week-end et sans témoin, ce qui rend les investigations difficiles. L’année dernière, les gendarmes ont cependant réussi à résoudre une cinquantaine d’affaires et à confondre 106 profanateurs présumés. En décryptant leur profil, la note de la DGGN révèle que 83 % d’entre eux sont des mineurs et que 79 % sont de sexe masculin. Certains n’ont reculé devant aucune limite, allant jusqu’à improviser le 18 juillet dernier un rodéo à scooter dans la nef moyenâgeuse de l’église d’Échillais, près de La Rochelle, où un Christ en croix du XVIIe siècle gisait au milieu du chœur, démantibulé. (…). « D’une manière générale, les investigations ne permettent toujours pas de déterminer les motivations réelles des auteurs, concèdent les gendarmes. En effet, les éléments de preuves découverts engendrent parfois des confusions (exemple, des croix gammées accompagnant des tags satanistes).» «Les personnes interpellées indiquent la plupart du temps avoir agi sans motivation idéologique, par jeu, défi, mimétisme ou désœuvrement» , estime le rapport, qui rappelle que huit profanations sont imputables à des «individus isolés souffrant de troubles psychiatriques». Si deux faits sont imputables à des «adorateurs du démon», qualifiés de « minoritaires », les analystes du Bureau des affaires criminelles (BAC) notent que « sur la totalité des faits recensés en 2009, la commission d’actes à caractère sataniste (croix brisées ou renversées) est supposée dans de nombreux cas ». Enfin, la présence d’alcool est un «facteur important de passage à l’acte particulièrement chez les adolescents et les jeunes adultes ». Le Figaro (2010)
Un bilan périodique des atteintes aux édifices religieux et aux sépultures, perpétrées à l’encontre des religions chrétienne, israélite et musulmane, est réalisé depuis 2008 grâce à la mise en place d’une méthode de recensement constante, permettant de quantifier ces exactions. Les statistiques sont les suivantes : 304 atteintes en 2008 dont 275 pour les sites chrétiens (édifices religieux : 129 ; sépultures : 146), 15 pour les sites israélites (édifices religieux : 12 ; sépultures : 3) et 14 pour les sites musulmans (édifices religieux : 12 dans des lieux de culte ; sépultures : 2) ; 474 atteintes en 2009 dont 390 pour les sites chrétiens (édifices religieux : 209 ; sépultures : 181), 66 pour les sites israélites (édifices religieux : 52 ; sépultures : 14) et 18 pour les sites musulmans (édifices du culte : 15 ; sépultures : 3) ; 621 atteintes en 2010 dont 522 pour les sites chrétiens (édifices religieux : 308 ; sépultures : 214), 42 pour les sites israélites (édifices religieux : 30 ; sépultures : 12) et 57 pour les sites musulmans (édifices religieux : 50 ; sépultures : 7) ; 620 atteintes en 2011 dont 527 pour les sites chrétiens (édifices religieux : 336 ; sépultures : 191), 44 pour les sites israélites (édifices religieux : 40 ; sépultures : 4) et 49 pour les sites musulmans (édifices religieux : 44 ; sépultures : 5) ; 667 atteintes en 2012 dont 543 pour les sites chrétiens (édifices religieux : 352 ; sépultures : 191), 40 pour les sites israélites (édifices religieux : 31 ; sépultures : 9) et 84 pour les sites musulmans (édifices religieux : 83 ; sépultures : 1). Ainsi, de 2008 à 2012, il a été constaté une augmentation globale du nombre d’atteintes touchant les édifices religieux et les sépultures (+ 55,9 % entre 2008 et 2009, + 31 % de 2009 à 2010, 0 % entre 2010 et 2011 et + 7,6 % entre 2011 et 2012). Durant cette période, les atteintes aux sites chrétiens sont majoritaires mais proportionnellement en baisse (90,5 % en 2008, 82,3 % en 2009, 84 % en 2010, 85 % en 2011 et 81,4 % en 2012), comparativement aux atteintes commises au préjudice des sites israélites et des sites musulmans. Le bilan 2012 des atteintes aux sites chrétiens (édifices religieux et sépultures) marque une légère augmentation du nombre des actes commis par rapport à l’année précédente : 543 en 2012 au lieu de 527 en 2011, soit + 3 %. La plupart sont des dégradations, des vols d’objets ou encore des actes de simple vandalisme, dont les motivations apparaissent rarement fondées sur une idéologie précise. L’ensemble du territoire est concerné par ces actes qui ont donné lieu à l’interpellation de 67 personnes, dont 50 mineurs. Ministère de l’Intérieur (avril 2013)
Vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent. Il ne faut pourtant pas les brûler. Voltaire (Dictionnaire philosophique, 1769)
Victime en tous temps de son fanatisme, de sa religion insociable, de sa loi insensée, [le peuple juif] est maintenant dispersé dans toutes les nations, pour lesquelles il est un monument durable des effets terribles de l’aveuglement superstitieux […]. Ose donc enfin, ô Europe, secouer le joug insupportable des préjugés qui t’affligent ! Laisse à des Hébreux stupides, à de frénétiques imbéciles, à des Asiatiques lâches et dégradés, ces superstitions aussi avilissantes qu’insensées. Paul Henri Thiry d’Holbach (L’esprit du judaïsme, 1770)
La nation juive n’est pas civilisée, elle est patriarchale, n’ayant point de souverain, n’en reconnaissant aucun en secret, et croyant toute fourberie louable, quand il s’agit de tromper ceux qui ne pratiquent pas sa religion. Elle n’affiche pas ses principes, mais on les connaît assez. Un tort plus grave chez cette nation, est de s’adonner exclusivement au trafic, à l’usure, et aux dépravations mercantiles […] Tout gouvernement qui tient aux bonnes mœurs devrait y astreindre les Juifs, les obliger au travail productif, ne les admettre qu’en proportion d’un centième pour le vice: une famille marchande pour cent familles agricoles et manufacturières; mais notre siècle philosophe admet inconsidérément des légions de Juifs, tous parasites, marchands, usuriers, etc. Charles Fourier (Analyse de la civilisation, 1848)
Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer… Par le fer, par le feu ou par l’expulsion il faut que le Juif disparaisse. Pierre-Joseph Proudhon (1849)
Observons le Juif de tous les jours, le Juif ordinaire et non celui du sabbat. Ne cherchons point le mystère du Juif dans sa religion, mais le mystère de sa religion dans le Juif réel. Quelle est donc la base mondaine du judaïsme ? C’est le besoin pratique, l’égoïsme. Quel est le culte mondain du Juif ? C’est le trafic. Quelle est la divinité mondaine du Juif ? C’est l’argent. Karl Marx
L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister. Karl Marx
Dans les villes, ce qui exaspère le gros de la population française contre les Juifs, c’est que, par l’usure, par l’infatigable activité commerciale et par l’abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique . […] En France, l’influence politique des Juifs est énorme mais elle est, si je puis dire, indirecte. Elle ne s’exerce pas par la puissance du nombre, mais par la puissance de l’argent. Ils tiennent une grande partie de de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d’un point, la double force de l’argent et du nombre. Jean Jaurès (La question juive en Algérie, Dépêche de Toulouse, 1er mai 1895)
Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. Jean Jaurès (Discours au Tivoli, 1898)
J’espère que l’Allemand vaincra ; car il ne faut pas que le général de Gaulle l’emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c’est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabées. Alain (Journal, 1940)
Vous constatez là, l’influence puissante et nocive du lobby juif en France. François Mitterrand (à Jean D’ormesson, 1995)
La nouvelle judéophobie se présente comme une saine réaction à l’injustice – la “spoliation” des Palestiniens, des musulmans, de tous les peuples victimes de l’“arrogance” occidentale. Aussi est-elle assez largement partagée par les multiples héritiers du communisme, du gauchisme et du tiers-mondisme. D’autant plus qu’elle se veut – spécificité nauséeuse – un rejet de la discrimination. «L’antijuif de notre temps ne s’affirme plus raciste », il dénonce au contraire le racisme comme il condamne l’islamophobie et, en stigmatisant les sionistes en tant que racistes, il s’affirme antiraciste et propalestinien. Les antijuifs ont retrouvé le chemin de la bonne conscience. (…) Autrefois rejetés comme venus d’Orient puis comme apatrides, les juifs sont à présent “désémitisés”, fustigés comme sionistes et occidentaux. L’antisémitisme refusait la présence des juifs au sein de la nation; l’antisionisme leur dénie le droit d’en constituer une. La rhétorique a changé. L’anathème demeure. Atila Ozer
Que veut, en fait, Dieudonné ? Il veut un ‘Holocauste’ pour les Arabes et pour les noirs aussi. (…) La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, suite à des manifestations anti-guerre d’Irak marquées par nombre de cris d’ »A mort les juifs! », avril 2003)
Juifs et musulmans pour moi, ça n’existe pas. Donc, antisémite n’existe pas, parce que juif n’existe pas. Ce sont deux notions aussi stupides l’une que l’autre. Personne n’est juif ou alors tout le monde … pour moi, les juifs, c’est une secte, une escroquerie. C’est une des plus graves parce que c’est la première. Certains musulmans prennent la même voie en ranimant des concepts comme « la guerre sainte » … Dieudonné (Lyon Capitale, 23 janvier 2002)
Nous tentons d’éviter de décrire quelqu’un comme un terroriste, ou un geste comme étant terroriste. (…) Les Nations unies ont tenté pendant une décennie de définir ce mot, sans y parvenir. C’est très délicat. Nous savons ce qu’est la violence politique, nous savons ce que sont les meurtres, les attentats et les fusillades et nous pouvons les décrire. Et cela explique bien plus de choses, à nos yeux, qu’utiliser le mot ‘terrorisme’. » Tarik Kafala (service arabophone de la BBC)
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
C’est le comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. Jean-Luc Mélenchon (sur Moscovici, 23.03.13)
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un dégré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique  Reynié
Ce sont des jeunes en quête d’aventure, en quête d’une contestation radicale de l’ordre établi. On le voit statistiquement par le nombre de convertis (…)  On a oublié notre passé. En Europe, depuis les années 1960, on a un espace de radicalisation de la jeunesse. C’était le maoïsme, c’était le trotskisme, c’était Che Guevara. Et les jeunes allaient dans les guérillas. Le grand mot, c’était la révolution avec un grand « R ». Tantôt c’était le Vietnam, tantôt c’était Castro, tantôt c’était la révolution culturelle chinoise. (…) la révolution avec un grand « R » a été remplacée par le djihad avec un grand « Dj »». C’est la même «fascination de type romantique, même si c’est violent et sanglant (…) Les Khmers rouges et la révolution culturelle n’étaient pas très humanistes. Et on a certainement « romantisé » des figures comme Che Guevara qui était dans ses pratiques militaires plus brutales que ce qu’on en dit maintenant. C’était la violence qui fascinait. C’était la révolution pour soi-même. Olivier Roy
La profanation est une outrance que s’octroie les abrutis en mal de célébrité médiatique. L’excès de communication entre l’ancien ministre Roland Dumas et la star de l’interview politique Jean-Jacques Bourdin est une autre forme de dérapage qui pourrait tout autant provoquer des actes antisémites de la part de simples d’esprit. Toute la journée de lundi nous nous sommes interrogés: à une expression criminelle de la profanation, est-il judicieux de réagir par des outrances médiatiques qui flirtent souvent avec la récupération? En effet, à l’heure où ce texte est commis par vos dévoués plumitifs ; alors que la meute des loups a joué toute la journée à associer l’augmentation du vote d’extrême droite avec ces actes odieux, nous apprenons que cinq mineurs seraient incriminés. Il n’est en rien prouvé que l’acte revendique une action antisémite. (…) Les opinions risquant de se «cristalliser» autour d’une situation médiatique extrêmement malsaine. D’un côté des vauriens qui, l’enquête le dira, veulent se faire peur en outrageant nos morts. De l’autre, d’autres galopins qui jouent à se faire peur en dégoupillant dans l’espace public la grenade d’un complot juif influençant jusqu’au chef du gouvernement. Instrumentalisation, amalgame, raccourcis, erreurs de confirmation comme le dirait les philosophes. Toute la palette des faiblesses réflexives vont y passer. Jacky Isabello et Pierre Alibert 
Oui, il y a eu des lâchetés. En octobre 2012 [à] Bagnolet (…) on recrutait des brigands de grand chemin pour lesquels on a retrouvé des armes automatiques sur leur lieu de travail, dans les véhicules de la municipalité des grandes quantités de drogue. Et le fait de flatter le communautarisme pour des objectifs électoraux (…) Concrètement, c’est par exemple de tenter des accords électoraux en fonction des communautés, c’est par exemple de faire en sorte que sur des questions religieuses, on négocie la mosquée contre des voix. (…) Ca s’est passé à gauche et à droite. Razzy Hammadi (député PS, Seine-Saint-Denis, 19.01.15)
Les choses seraient tellement simples si l’extrême-droite était derrière les actes antisémites qui se multiplient, en France et en Europe ! Les professionnels de l’antiracisme auraient beau jeu d’appeler à manifester et exiger le rejet collectif d’un tel mouvement répugnant. Mais leur logiciel idéologique ne fonctionne plus : il se révèle inapte à désigner les réalités. Celles-ci font apparaître que le totalitarisme islamiste, qui a une nouvelle fois fait couler le sang à Copenhague (Danemark) ce week-end, est à la source de la nouvelle haine anti-juive et anti-occidentale. Or cet antisémitisme-là, apparu dans les cités françaises dès le début des années 2000, ne suscite pas l’indignation attendue des « consciences », qui ont pris sous leurs ailes la minorité musulmane, y compris pour le pire. Ni le meurtre atroce d’Ilan Halimi en 2006, ni les tueries abjectes de Mehra contre des militaires et dans une école juive de Toulouse ou de Nemmouche dans un musée juif de Bruxelles n’ont jamais suscité chez les belles âmes d’appels à descendre massivement dans les rues. Les assassinats commis le 9 janvier par Amedy Coulibaly dans l’Hyper-Cacher n’auraient pas suscité davantage de mobilisations s’ils n’avaient été précédés du carnage à Charlie-Hebdo, qui a réveillé l’opinion. L’antisémitisme, qui fait fuir des Français juifs, est d’autant plus scandaleux qu’il est édulcoré par ceux qui trouvent des excuses à ces barbaries, mises sur le compte de la France ou d’Israël. La première est accusée de favoriser des apartheids, des racismes, des relégations. Le second est jugé coupable d’avoir voulu renaître et d’exister encore . Ce faisant, c’est toute une partie de la gauche qui en vient à cautionner un nazislamisme qu’elle se refuse à voir. Ce sont ces mouvements « antiracistes » qui, par exemple, jugent inconvenants de demander aux Français musulmans de dénoncer l’horreur islamiste, au prétexte qu’ils n’en sont pas solidaires. Cette rhétorique, reprise en abondance chez les commentateurs, rend impossible l’indispensable critique de l’islamisme à laquelle se prêtent quelques rares intellectuels musulmans éclairés. Cette attitude de refus est une fuite en avant ambiguë. Elle consolide les amalgames que recherchent les djihadistes, qui veulent désorganiser les démocraties ouvertes en attisant les guerres civiles.  Plus que jamais, il est au contraire indispensable que les démocrates musulmans partent en guerre contre ce totalitarisme qui veut les embrigader. De ce point de vue, Manuel Valls a eu raison, ce lundi sur RTL, d’appeler l’Islam de France à prendre « totalement ses responsabilités » pour combattre ce que le premier ministre appelle « l’islamo-fascisme ». Mais la gauche doit, elle-même, se regarder dans une glace. Au-delà des discours convenus sur la lutte contre l’antisémitisme, ce sont des actes qui sont attendus contre les nazilllons des cités, contre leurs protecteurs, leurs défenseurs, leurs tuteurs. C’est également la politique vis-à-vis d’Israël, qui lutte seul contre ce même totalitarisme islamique qui débarque en Europe, qui doit être rééquilibrée en sa faveur. Roland Dumas, ancien ministre socialiste, a estimé ce matin sur RMC que Valls devait être « probablement sous influence juive », évoquant sans la nommer son épouse, Anne Gravoin. Cette gauche-là, représentée par l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, reste prisonnière d’un idéologie qui s’achève dans la honte. Ivan Rioufol
Pas d’amalgame! Évidemment, ce cri de panique de la gauche multiculturelle devant l’islamisme a tout de suite retenti. Car chaque fois que l’islamisme frappe, d’une manière ou d’une autre, la gauche multiculturelle s’inquiète d’abord de la montée de l’islamophobie. Elle craint qu’un attentat comme celui-là ne réveille le racisme latent qu’elle prête aux sociétés occidentales. D’ailleurs, les médias relaient cette formule mécaniquement, en mettant en garde tout à la fois contre le «radicalisme» et «l’islamophobie». On met les deux concepts sur le même pied, et surtout, on proscrit à l’avance toute réflexion sérieuse sur l’islamisme ou la difficile intégration de l’Islam en Occident en l’assimilant à une forme de racisme. Le système médiatique agit ainsi à la manière d’une machine à lessiver le réel, n’en montrant que les parts compatibles avec l’idéologie officielle du «vivre-ensemble». Ce qui pourrait compromettre le récit enchanté de la cohabitation harmonieuse des différences n’y a pas sa place. Lorsqu’il faut pourtant consentir à montrer une part désagréable du réel, on multipliera les mises en garde, on forgera un nouveau vocabulaire qui deviendra la novlangue des sociétés fonctionnant sous l’orthodoxie multiculturaliste. D’une société à l’autre, c’est le même logiciel du déni qui opère et qui pousse les peuples à la défiance politique. L’attentat commis par Omar Abdel Hamid El-Hussein n’est malheureusement pas un cas isolé. En Grande-Bretagne en 2005 comme en France, récemment, il s’agissait d’enfants du pays. Ou à tout le moins, d’enfants nés au pays, mais qui ne s’y sentaient pas appartenir, et qui plus encore, se voulaient profondément hostiles à son endroit. Se contenter de dire d’Omar Abdel Hamid El-Hussein qu’il s’agissait d’un Danois, et croire possible de fermer dès ce moment la réflexion, cela consiste à s’enfermer dans une illusion idéologique, que la réalité perce pourtant de toute part. Cela illustre terriblement le désaccouplement de plus en plus net entre la citoyenneté d’appartenance et la citoyenneté de papier. Il ne suffit manifestement plus d’avoir vécu toute sa vie dans un pays pour en être. La nationalité, pensée comme un concept strictement juridique, se révèle trop souvent une coquille vide. En fait, elle a toujours eu besoin de quelque chose de plus. Elle référait à une histoire, une identité. Mais cela allait tellement de soi qu’il n’était pas nécessaire de le préciser. Ou du moins, on le précisait de mille manières sans avoir toujours à l’expliciter. La citoyenneté universaliste s’enracinait pratiquement dans une identité historique. Nous avons assisté à une déconnection du pays officiel et du pays historique. Le premier s’est même retourné contre le second: c’est l’histoire du multiculturalisme, qui a consisté à vider les institutions du pays d’accueil de sa culture et à faire de la prédominance de celle-ci dans les relations sociales la marque d’une discrimination qu’il fallait désormais déconstruire. Conséquemment, lutter contre les discriminations, généralement, consistera simplement à démanteler les mécanismes sociologiques qui conduisaient naturellement à l’assimilation des immigrés. C’est dans ce contexte que se pose la question de l’immigration qui a révolutionné l’Europe en quelques décennies. L’immigration massive ne concerne plus des individus, mais des peuples, des religions, qui migrent, sans nécessairement reproduire intégralement la culture de leur pays d’origine, mais sans non plus s’approprier celle du pays d’accueil, contre laquelle ils se définiront même souvent -en fait, un islam revendiqué et radical servira souvent d’identité de substitution aux populations immigrées. Et ce n’est pas faire injure à l’islam que de constater que ce n’est pas sa meilleure part qui s’exprime dans les banlieues européennes, chez des populations mal intégrées qui se l’approprient de manière polémique pour défier la société d’accueil. On aura beau chercher à s’adapter à cette situation en théorisant une citoyenneté multiculturelle censée annoncer l’avènement d’un paradis diversitaire, la réalité ne se laisse pas changer par des slogans. Malgré le déni des cultures, il faut bien convenir que ces dernières cohabitent d’autant moins bien qu’elles sont radicalement étrangères -la chose est encore plus vraie lorsqu’elles appartiennent à des civilisations distinctes. Ce n’est pas qu’elles sont méchantes l’une ou l’autre. Mais entre elles, ce sont des rapports de force qui jouent en bonne partie. Et les peuples européens ne savent manifestement plus faire preuve de force, tellement ils ont mutilé eux-mêmes leur identité. Mathieu Bock-Côté
Le Conseil supérieur de l’Audiovisuel a adressé ce jeudi 15 mises en garde et 21 mises en demeure aux médias français pour la couverture des attentats contre Charlie Hebdo et leurs suites. Sept chaînes de TV et six radios, dont France Info et France Inter, se voient reprocher d’avoir annoncé l’assaut contre les frères Kouachi. Radio France fait part de sa surprise et envisage des recours. Le Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA), a adressé ce jeudi 15 mises en garde et – plus grave – 21 mises en demeure aux principaux médias audiovisuels français pour des « manquements graves » lors de la couverture des attentats de Paris, du 7 au 9 janvier dernier. Le CSA estime avoir relevé de nombreux dérapages dans les comptes-rendus de la traque des suspects, puis les prises d’otages et enfin les assauts contre les frères Kouachi en Seine-et-Marne puis contre Amedy Coulibaly à Paris. L’instance dénonce tout d’abord la diffusion par une chaîne de télévision de l’assassinat du policier Ahmed Merabet, près du siège de Charlie Hebdo. Le CSA estime que, bien que sa mort en elle-même n’ait pas été montrée, le bruit des armes à feu et la voix de la victime n’auraient pas dû être mis à l’antenne. Sept chaînes de télévision et six radios, dont France Info et France Inter, se voient par ailleurs reprocher d’avoir annoncé l’assaut mené contre les frères Kouachi à Dammartin-en-Goële, alors qu’Amedy Coulibaly était encore retranché dans l’hyper Cacher de la porte de Vincennes, ce qui, estime le CSA, a mis en danger la vie des otages. Le groupe Radio France a fait part de sa surprise et de son étonnement face à cette mise en demeure et examine toutes les possibilités de recours contre cette sanction : « Ils nous reprochent d’avoir dit sur l’antenne de France Info : il se passe quelque-chose à Dammartin-en-Goële, il y a des coups de feu », explique Erik Kervellec, directeur de la rédaction de France Info. « C’est l’un des reporters de France Info qui a décrit la scène. Si on nous avait dit ‘Il va y avoir une intervention’, nous sommes des gens responsables. Nous n’aurions pas communiqué et dit des choses qui étaient de nature à faire dégénérer la situation. Mais à aucun moment nous n’avons reçu une consigne de ce type de la part des autorités compétentes. France info
[Manuel Vals]  a des alliances personnelles, chacun sait qu’il est marié avec quelqu’un – quelqu’un de très bien du reste – qui a de l’influence sur lui. Roland Dumas
Je peux le dire aujourd’hui, les comptes de campagne d’Édouard Balladur et ceux de Jacques Chirac étaient manifestement irréguliers. Que faire? C’était un grave cas de conscience. J’ai beaucoup réfléchi. Annuler l’élection de Chirac aurait eu des conséquences terribles. J’ai pensé à mon pays. Je suis un homme de devoir. Nous avons finalement décidé, par esprit républicain, de confirmer, à l’unanimité au deuxième tour, son élection présidentielle. Je suis convaincu que j’ai sauvé la République en 1995. Roland Dumas
Profaner, c’est insulter toutes les religions et souiller la République. Ce n’est pas la première fois que ce lieu du judaïsme alsacien est ainsi dévasté, 1998 et 2001, mais jamais avec cet acharnement, jamais avec cette intensité, jamais avec cette frénésie. La justice dira ce qui relève de l’inconscience, de l’ignorance ou de l’intolérance. Mais le mal est d’ores et déjà fait. François Hollande
Le second épisode de la partielle dans la 4e circonscription du Doubs est encore plus riche d’enseignements que le premier. Le candidat socialiste, qui avait perdu tant de voix par rapport à 2012, est quand même élu ; la candidate du Front national, qui n’en a jamais réuni autant, est quand même battue. Multipliez les résultats du scrutin par mille et vous obtenez à peu près 30 millions de votants, 15,5 millions de voix pour le candidat de la gauche et 14,6 millions pour celle du Front national. Un écart de moins de 900 000 voix (inférieur à celui qui séparait Hollande de Sarkozy en 2012 — 1,2 million de voix). Pour Hollande, c’est le scénario idéal en 2017 : éliminer la droite au premier tour, se retrouver en face de Marine Le Pen au second — et la battre. C’est ce qui s’est passé dans le Doubs ; reste à “nationaliser” la petite partielle, mille fois plus petite que la présidentielle. Qu’a donc fait le candidat PS dans le Doubs pour arriver deuxième au premier tour et affronter ensuite la représentante du FN ? Il était le suppléant du ministre de l’Économie, donc solidaire de toute la politique gouvernementale, petit soldat discipliné du parti et par conséquent tout aussi responsable du chômage, de la délinquance, de l’islamisme, du laisser-aller général. À l’image de François Hollande. On le disait en perdition ; il l’était. Et puis les attentats du mois de janvier ont agi comme un sérieux coup d’épée dans les reins de la gauche, donc de Hollande, de Valls et de notre suppléant. De quoi faire penser (à la marge, mais souvent la marge suffit) qu’ils avaient peut-être compris ce qui se passait, de quoi leur donner un peu de nerfs et arrêter la chute — sans qu’ils n’aient rien fait ! Ajoutez à cela la baisse du prix du pétrole, celle de l’euro, la mode grecque contre l’austérité, et les commentaires médiatiques, toujours sensibles au baromètre de gauche, devenaient soudain optimistes, bien que sur le fond rien ne se soit amélioré ! La candidate du Front national n’en a pas fait plus que son adversaire du PS : l’actualité a fait campagne à sa place, le djihadisme transporté sur le sol français, la tolérance à l’égard de l’islamisme sous le prétexte de ne pas faire d’“amalgame”, le marché des kalachnikovs, les statistiques du chômage, etc. Cette circonscription ouvrière et populaire place le FN en tête au premier tour et lui fournit 16 points de plus au second, mais pas au point de le faire gagner. Sa candidate est très déçue, mais pas Marine Le Pen qui, elle, crie victoire — elle sait que, pendant deux ans, elle continuera d’être au centre du jeu en comptant bien faire face à Hollande en 2017. Grande perdante de ce double épisode, la droite. Aphone avant le premier, pathétique avant le second. C’est finalement Nicolas Sarkozy qui a posé la seule question qui vaille et qui fâche au conseil national de l’UMP, le 7 février (veille du second tour), en s’adressant à Alain Juppé : « Il ne suffit pas de dire que le Front national n’est pas un parti comme les autres, d’appeler à voter contre lui, il faudrait aussi, cher Alain, se demander pourquoi 30 % de nos électeurs s’apprêtent à voter pour le Front national… » Sarkozy ne se trompait que sur un point : ce ne sont pas 30 % des électeurs UMP du premier tour qui ont voté FN au second, mais 40 %, si ce n’est plus. La question était bien posée. De la droite au sens large dépend qu’elle soit ou non au second tour de 2017. Elle y a toujours été, même fracturée en deux, voire en trois candidatures de premier plan (en négligeant les autres). Mais elle ne risquait rien — Le Pen arrivait derrière. Tout a changé depuis 2002 ; Marine Le Pen est maintenant classée première dans les sondages. Si la droite ne devance pas Hollande, c’est lui qui sera élu.  François d’Orcival
Les synagogues de Wuppertal avaient été détruites dans la « nuit de cristal ». Lorsque la guerre s’est finie, le nombre de 3 000 juifs vivant dans cette ville allemande était tombé à une communauté de 60 âmes. 75 ans après la nuit de cristal, la synagogue de Bergische a commencé à brûler après que trois musulmans y ont lancé six cocktails molotov. Les Juifs de Wuppertal n’ont cependant rien à craindre. Le Juge Jörg Sturm a trouvé que l’attaque n’était pas antisémite, mais qu’elle n’avait été qu’un moyen d’attirer  » l’attention sur le conflit de Gaza « . Ce n’était pas de l’antisémitisme mais de l’antisionisme. Les trois musulmans, deux nommés Mohammed et un autre Ismail, ont reçu un sursis et 200 heures de service communautaire. Pour leur défense, ils ont affirmé qu’ils voulaient lancer « un signal », mais qu’ils n’avaient pas voulu mettre le feu à la synagogue quand ils ont lancé les bombes incendiaires.(…) Lorsque les Nazis brûlaient une synagogue, c’était de l’antisémitisme. Quand les musulmans le font, c’est de l’antisionisme. (…) Bien qu’il semble historiquement unique pour l’Allemagne d’être le premier pays en Europe où un juge a justifié une attaque contre une synagogue, les médias l’avaient déjà fait bien avant. Il y a une dizaine d’années Matthew Chance de CNN a justifié la destruction musulmane d’une synagogue en Israël en la qualifiant de « très controversée » et les synagogues comme des symboles « de haïne de l’occupation israélienne ». Le Los Angeles Times a écrit qu’une synagogue comstruite « en forme d’étoile de David » a été détruite par des musulmans évacuant « leur fureur de l’occupation sur la synagogue ». Le Telegraph de Londres avec lyrisme décrit une scène poétique de la synagogue qui brûle. « Les cieux étaient éclairés par le soleil levant lors de la combustion des synagogues le feu de la première pouvait être vu, incendiées par des Palestiniens exaspérés par l’occupation de l’armée israélienne qui impitoyablement défend les colonies. »(…) Si tenter d’incendier une synagogue est juste bonne action antisioniste, il n’y a pas d’antisémitisme. Ou plutôt, ce sont les mêmes choses. Brûlez une synagogue, battez un juif et envoyez un message sur le Moyen-Orient. Et le gentil juge vous donnera un petit service communautaire. Étant donné que la gauche insiste sur le fait que le sionisme est du racisme, l’antisémitisme devient le summum de la lutte contre le racisme. Battre des Juifs et brûler des synagogues sont la meilleure façon d’être un raciste tolérant. Prenez l’exemple de l’Allemagne. L’histoire n’est pas nouvelle. Hitler et Goebbels avaient orchestré la nuit de cristal comme une « évacuation » de la colère populaire contre les crimes des Juifs. C’est la même défense que Lynne Stewart et Stanley Cohen ont utilisée. Goebbels écrivait, « En rentrant à l’hôtel […] Des vitres volent en éclats. Bravo, bravo ! Dans toutes les grandes villes, les synagogues brûlent comme des vielles cabanes ». Le ministre Nazi de la propagande ressemblait beaucoup au journaliste de CNN ou du Telegraph. Les idées maléfiques ne disparaissent pas. Elles renaissent sous de nouveaux noms. L’antisémitisme est maintenant l’antisionisme. Les synagogues deviennent « très controversées ». Brûler n’est pas un crime, c’est une déclaration. Un message. Les nouveaux nazis sont divers. Ils sont multiculturels. Ils ne sont pas le Reich, ils sont un califat. Et quand ils brûlent les synagogues, il ne sont pas réactionnaires. Leurs incendies de synagogues sont le dernier cri du progressisme. Daniel Greenfield
Les allégations fausses et répétées accusant l’Etat israélien de ‘crimes de guerre’, de ‘massacre d’enfants’ et même de ‘génocide’ que profèrent des groupes politiques se faisant passer pour des organisations humanitaires ou de défense des droits de l’homme ont sans aucun doute contribué aux violences antisémites en Europe. De nombreux médias et représentants officiels européens reprennent ces appels au meurtre rituel des Juifs sans prendre la peine de vérifier leurs informations ou de souligner leur inégalité de traitement. Gerald Steinberg (université Bar-Ilan)
Au lendemain de l’Holocauste, le philosophe allemand Theodor Adorno expliquait la persistance des violences antisémites en affirmant : « Nous ne tournerons la page du passé que lorsque les causes de ces événements cesseront d’agir. C’est uniquement parce qu’elles continuent d’agir que les fantômes du passé ressurgissent. » Le nazisme d’hier a été largement mis au ban des sociétés européennes et a cédé la place à un antisémitisme islamique qui a pu se développer dans l’indifférence des opinions publiques et face à l’agressivité croissante de la gauche. Les mouvements antijuifs ont tiré à boulets rouges sur Israël. (…) En Allemagne, au début du mois de février, un tribunal de Wuppertal n’a rien trouvé à redire à trois Palestiniens qui avaient incendié une synagogue prétendument en signe de protestation contre l’opération Bordure protectrice lancée par l’armée israélienne pour mettre fin aux tirs de roquette du Hamas. Les accusés ont été condamnés à 200 heures de travaux d’intérêt public. L’Europe avait déjà montré son incompréhension de la menace djihadiste en 2012 lorsque des hommes du Hezbollah, organisation terroriste soutenue par Téhéran, avaient fait exploser un bus de touristes israéliens en Bulgarie. L’attentat avait coûté la vie à cinq Israéliens ainsi qu’au chauffeur de bus, un Bulgare de confession musulmane. Rappelons que les agents du Hezbollah sont particulièrement bien implantés au Danemark. En Europe, le Hezbollah est considéré comme une organisation politique légale capable de répandre les idées antisémites. Certains reprochent à l’Union européenne d’avoir fait une distinction mais pas une réelle différence en interdisant l’aile militaire de l’organisation en 2013. (…) Le Danemark fait partie des quatre pays européens les plus représentés dans les rangs des djihadistes en Syrie. En juillet, un imam danois, Abou Bilal Ismail, a appelé à l’extermination des Juifs depuis la mosquée Al-Nour de Berlin. Il faut « détruire les Juifs sionistes, a-t-il déclaré, les compter et les tuer jusqu’au dernier. N’en épargnez aucun. Faites-leur endurer d’horribles souffrances. » Il est ensuite retourné prêcher au Danemark. Benjamin Weinthal

Attention: un socialisme des imbéciles peut en cacher un autre !

Au lendemain, suite aux diffamations que l’on sait de l’image du Prophète et de la religion d’amour et de paix, d’un nouveau coup d’éclat d’un jeune militant danois d’origine palestinienne

Alors que malgré ses 93 ans, un ancien ministre et président du Conseil constitutionnel français dénonce courageusement l’influence juive de la femme de l’actuel premier ministre Manuel Vals …

Et qu’après ses 21 points en plus dans les sondages post-11 janvier et 25 ans après la manipulation de Carpentras, le président Hollande n’a pas de mots assez durs pour dénoncer …

Le véritable rite de passage pour collégiens ou lycéens désoeuvrés que semble être devenue la profanation des abondants mais quelque peu délaissés cimetières juifs des campagnes alsaciennes …

Pendant que de l’autre côté de l’Atlantique ou de la Manche, on pinaille sur l’origine ethnique des clients de l’Hyper cacher ou célèbre le roman érotique sur fond de Shoah

Comment ne pas voir avec les tribunes de Benjamin Weinthal dans le Jerusalem Post et de Daniel Greenfield dans Front page magazine …

Autre chose que les fruits, de la part d’une certaine gauche politico-médatique, du long travail de délégitimation de l’Etat d’Israël …

Comme de l’apaisement démagogique de toute une classe de nouveaux damnés de la terre

Pour qui après avoir été le dernier cri du progressisme…

Les atteintes à la communauté juive ne sont désormais plus que celui du coup médiatique ou… politique ?

Pourquoi l’antisémitisme persiste en Europe
Les attentats au Danemark, qui ont fait deux morts, dont un homme de confession juive, sont symboliques du haut niveau d’antisémitisme qui règne en Europe, estime dans un éditorial à charge The Jerusalem Post, quotidien de la droite libérale israélienne.

Benjamin Weinthal

The Jerusalem Post

15 février 2015
Le spectre de l’antisémitisme plane à nouveau au-dessus de l’Europe après le meurtre d’un Danois de confession juive, Dan Uzan, qui montait la garde devant la grande synagogue de Copenhague.

Sa mort, ainsi que celle d’un autre ressortissant danois, a été attribuée à un homme prénommé Omar Abdel Hamid El-Hussein, qui aurait agi au nom de l’islam radical.

Au lendemain de l’Holocauste, le philosophe allemand Theodor Adorno expliquait la persistance des violences antisémites en affirmant : « Nous ne tournerons la page du passé que lorsque les causes de ces événements cesseront d’agir. C’est uniquement parce qu’elles continuent d’agir que les fantômes du passé ressurgissent. »

Le nazisme d’hier a été largement mis au ban des sociétés européennes et a cédé la place à un antisémitisme islamique qui a pu se développer dans l’indifférence des opinions publiques et face à l’agressivité croissante de la gauche. Les mouvements antijuifs ont tiré à boulets rouges sur Israël.

Des exemples frappants

Pour Gerald Steinberg, professeur de sciences politiques à l’université Bar-Ilan,

« les allégations fausses et répétées accusant l’Etat israélien de ‘crimes de guerre’, de ‘massacre d’enfants’ et même de ‘génocide’ que profèrent des groupes politiques se faisant passer pour des organisations humanitaires ou de défense des droits de l’homme ont sans aucun doute contribué aux violences antisémites en Europe. De nombreux médias et représentants officiels européens reprennent ces appels au meurtre rituel des Juifs sans prendre la peine de vérifier leurs informations ou de souligner leur inégalité de traitement. »

L’Autriche nous en a fourni un exemple frappant mardi dernier [le 10 février]. D’après le porte-parole du bureau du procureur de Linz, un citoyen turc appelant à détruire l’Etat hébreu et à annihiler les Juifs ne fait qu’exprimer son « mécontentement face à Israël ».

En Allemagne, au début du mois de février, un tribunal de Wuppertal n’a rien trouvé à redire à trois Palestiniens qui avaient incendié une synagogue prétendument en signe de protestation contre l’opération Bordure protectrice lancée par l’armée israélienne pour mettre fin aux tirs de roquette du Hamas. Les accusés ont été condamnés à 200 heures de travaux d’intérêt public.

Passer à l’offensive

L’Europe avait déjà montré son incompréhension de la menace djihadiste en 2012 lorsque des hommes du Hezbollah, organisation terroriste soutenue par Téhéran, avaient fait exploser un bus de touristes israéliens en Bulgarie. L’attentat avait coûté la vie à cinq Israéliens ainsi qu’au chauffeur de bus, un Bulgare de confession musulmane.

Rappelons que les agents du Hezbollah sont particulièrement bien implantés au Danemark. En Europe, le Hezbollah est considéré comme une organisation politique légale capable de répandre les idées antisémites. Certains reprochent à l’Union européenne d’avoir fait une distinction mais pas une réelle différence en interdisant l’aile militaire de l’organisation en 2013.

Auteur de nombreux écrits sur l’Europe, Steinberg estime que « les gouvernements européens doivent immédiatement passer à l’offensive contre les terroristes en renforçant leur surveillance et leurs actions préventives. Si les services de renseignements ne reçoivent pas des renforts importants, notamment pour suivre les djihadistes qui reviennent de Syrie, d’Irak et d’ailleurs, les attaques continueront. »

Souveraineté et autodétermination des Juifs

Le Danemark fait partie des quatre pays européens les plus représentés dans les rangs des djihadistes en Syrie. En juillet, un imam danois, Abou Bilal Ismail, a appelé à l’extermination des Juifs depuis la mosquée Al-Nour de Berlin. Il faut « détruire les Juifs sionistes, a-t-il déclaré, les compter et les tuer jusqu’au dernier. N’en épargnez aucun. Faites-leur endurer d’horribles souffrances. » Il est ensuite retourné prêcher au Danemark.

Alors que la polémique monte à la suite des déclarations du Premier ministre israélien invitant les Juifs du Danemark à émigrer, le Pr Steinberg offre une perspective historique :

« Depuis l’époque du Hongrois Theodor Herzl (1860-1904), l’un des principes fondamentaux du sionisme consiste à dire que la souveraineté et l’autodétermination des Juifs sont une nécessité pour la défense de leurs droits et de leur existence. Il existe bien sûr d’autres raisons de faire l’alya, mais si les Juifs ne sont pas à l’abri en Europe, Israël peut les accueillir. Sur ce point, il n’y a pas de divergence entre le Likoud et les travaillistes, le Premier ministre Nétanyahou et Isaac Herzog (leader de l’opposition) sont sur la même ligne. »

Voir aussi:

Le Guide anti-sioniste pour incendier des Synagogues
Daniel Greenfield

Front page

Adaptation Mordeh’aï pour malaassot.com

Les Synagogues de Wuppertal avaient été détruites dans la « nuit de cristal ». Lorsque la guerre s’est finie, le nombre de 3 000 juifs vivant dans cette ville allemande était tombé à une communauté de 60 âmes. 75 ans après la nuit de cristal, la Synagogue de Bergische a commencé à brûler lorsque que trois musulmans ont lancé six cocktails molotov.

Les Juifs de Wuppertal n’ont cependant rien à craindre. Le Juge Jörg Sturm a trouvé que l’attaque n’était pas antisémite, mais qu’elle n’avait été qu’un moyen d’attirer  » l’attention sur le conflit de Gaza « .

Ce n’était pas de l’antisémitisme mais de l’antisionisme.

Les trois hommes musulmans, deux nommés Mohammed et un autre Ismail, ont reçu un sursis et 200 heures de service communautaire. Pour leur défense, ils ont affirmé qu’ils voulaient lancer « un signal », mais qu’ils n’avaient pas voulu mettre le feu à la synagogue quand ils ont lancé les bombes incendiaires.

L’homme a affirmé  « qu’ils ne savaient pas que de jeter des bombes incendiaires, ils pouvaient brûler la synagogue ou blesser des personnes.»

À l’intérieur de la synagogue, un bâtiment en briques benoîtement anonyme dont le seul signe distinctif que c’est une synagogue est une petite ligne de lettres hébraïques sur les portes contenant le message prophétique d’Isaïe,  « ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples », il y a des caméras de sécurité, des verres pare-balles et un garde de sécurité derrière une vitre. Le bâtiment est cossu avec de hautes fenêtres étroites. Sa construction est bien loin des dômes oignon baroque de la synagogue de Barmen détruite la nuit de cristal, et qui était destinée à la remplacer, il n’en est restée que la prophétie d’Isaïe sur les portes.

Mais les trois hommes musulmans ne sont pas venus pour y prier. Ils sont venus pour la brûler. Et à l’automne, les musulmans étaient en marche autour de la ville portant sur des gilets « Police de la charia ».

Il y a une ligne ténue entre l’antisémitisme et l’antisionisme. Son nom est  » déni plausible « . Les Étudiants pour la Justice en Palestine et dans les groupes haineux d’Association des étudiants musulmans ont dans le passé affirmé que leur perturbation des événements de la mémoire de l’Holocaust était anti-sioniste, pas antisémite.

Les Attaques antisémites en Europe ont été vues comme de l’antisionisme et pas seulement par les européens.

L’Ambassadeur Howard Gutman a obtenu son détachement en Belgique après avoir levé $ 500 000 pour Obama. Il a affirmé que la violence musulmane contre les Juifs n’était pas de l’antisémitisme, mais une « tension » imputable à Israël. Gutman, qui sera plus tard accusé de pédophilie par un dénonciateur, faisait valoir que les attaques par les Européens contre les Juifs  était antisémites tandis que les attaques contre les Juifs par des musulmans, étaient elles  antisionistes.

Lorsque les Nazis brûlaient une synagogue, c’était de l’antisémitisme. Quand les musulmans le font, c’est de l’antisionisme.

L’état de la synagogue reste le même qu’il en soit, mais les auteurs s’en sortent avec une tape sur la main. Et les Juifs sont responsables de la violence perpétrée par des musulmans contre eux-mêmes.

Bien qu’il semble historiquement unique pour l’Allemagne d’être le premier pays en Europe où un juge a justifié une attaque contre une synagogue, les médias l’avaient déjà fait bien avant.

Il y a une dizaine d’années Matthew Chance de CNN a justifié la destruction musulmane d’une synagogue en Israël en la qualifiant de « très controversée » et les synagogues comme des symboles « de haïne de l’occupation israélienne ». Le Los Angeles Times a écrit qu’une synagogue comstruite « en forme d’étoile de David » a été détruite par des musulmans évacuant « leur fureur de l’occupation sur la synagogue ».

Le Telegraph de Londres avec lyrisme décrit une scène poétique de la synagogue qui brûle. « Les cieux étaient éclairés par le soleil levant lors de la combustion des synagogues le feu de la première pouvait être vu, incendiées par des palestiniens exaspérés par l’occupation de l’armée israélienne qui impitoyablement défend les colonies. »

« Antisioniste » — Les incendies des synagogue ne sont pas seulement qu’en Israël. Une fois que l’incendie d’une synagogue est justifiée, alors elle peut et va se passer n’importe où.

En 2000, quatre musulmans ont essayé d’enflammer une synagogue de New York avant le Yom Kippour. Comme son homologue actuel en Allemagne, Mazin Assi a affirmé qu’il avait voulu « faire une annonce » sur Israël. Assi était représenté par des avocats du terrorisme Lynne Stewart, qui sera plus tard envoyée en prison pour avoir conspiré avec le cheikh du terrorisme lié à l’origine à l’attentat du World Trade Center, et Stanley Cohen, un partisan du Hamas, récemment condamné à la prison pour évasion fiscale.

Stewart décrit pour sa défense un homme qui a essayé de brûler une synagogue comme « un outsider luttant contre les grands obstacles. » On se demande si elle voulait dire les mesures de la lutte contre des bâtiments ou des Juifs.

« Je veux que mon client soit jugé par un jury composé de gens qui comprennent la différence entre la colère et la haine, un peuple qui comprend la légitimité de riposter, » Stanley Cohen a dit la voix du Village.

Il a accusé le District.Attorney de courtiser la « synagogue » et l’antichambre des « pro-sionistes dans le Bronx ».

Le lobby pro-sioniste  ne voulait plus voir les synagogues brûler.

L’avocat du terrorisme fait le même argument que son client n’avait pas voulu « l’incendie », mais envoyer un message. « Les procureurs ont voulu garder que cela avait quelque chose à voir avec les Juifs », bien qu’il a prétendu que la tentative d’incendie criminel de la synagogue , n’avait vraiment à faire qu’avec Israël.

Le New York Times a même demandé si tout cela n’était pas « un message peu judicieux et critique de la politique israélienne contre les Palestiniens ». Mais après le 11 septembre, aucun jury n’a pu être trouvé, qui soutiendrait la « légitimité » de riposter par l’incendie des synagogues.

Stanley a revendiqué, « c’est une période laide… Je crois que le jury a été influencé par 11/9. »

Mais même les plus tordus des arguments tôt ou tard trouvent racines quelque part. C’est que la leçon de ce qui est arrivé à la vieille synagogue de Barmen la nuit de cristal et ce qui lui est arrivée maintenant par les terroristes musulmans qui ont lancé des cocktails Molotov à la Synagogue de Bergische dans la salle d’audience du juge Sturm.

Le Juge George Bathurst-Norman au Royaume-Uni a ouvert la voie en désactivant les activistes anti-Israël d’une attaque contre une usine. Mais le juge Strum est allé un peu plus loin, en ratifiant une mini-nuit de cristal comme une protestation politique.

Si en essayant d’incendier une synagogue c’est juste bonne action antisioniste, il n’y a pas d’antisémitisme. Ou plutôt, ce sont les mêmes choses. Brûlez une synagogue, battez un juif et envoyez un message sur le Moyen-Orient. Et le gentil juge vous donnera un petit service communautaire.

Étant donné que la gauche insiste sur le fait que le sionisme est du racisme, l’antisémitisme devient le summum de la lutte contre le racisme. Battre des Juifs et brûler des synagogues sont la meilleure façon d’être un raciste tolérant. Prenez exemple de l’Allemagne.

L’histoire n’est pas nouvelle. Hitler et Goebbels avaient orchestré la nuit de cristal comme une « évacuation » de la colère populaire contre les crimes des Juifs. C’est la même défense que Lynne Stewart et Stanley Cohen ont utilisée. Goebbels écrivait, « En rentrant à l’hôtel […] Des vitres volent en éclats. Bravo, bravo ! Dans toutes les grandes villes, les synagogues brûlent comme des vielles cabanes ». Le ministre Nazi de la propagande ressemblait beaucoup au journaliste de CNN ou du Telegraph.

Les idées maléfiques ne disparaissent pas. Elles renaissent sous de nouveaux noms. L’antisémitisme est maintenant l’antisionisme. Les synagogues deviennent « très controversées ». Brûler n’est pas un crime, c’est une déclaration. Un message.

Les nouveaux nazis sont divers. Ils sont multiculturels. Ils ne sont pas le Reich, ils sont un califat. Et quand ils brûlent les synagogues, il ne sont pas réactionnaires. Leurs incendies de synagogues sont aussi progressistes qu’ils peuvent l’être.

Voir aussi:

ROYAUME-UNI

L’antisémitisme à son plus haut niveau outre-Manche
Les incidents contre la communauté juive britannique ont plus que doublé entre 2013 et 2014, atteignant un nombre record pour le pays.

Courrier international

5 février 2015

Les actes antisémites s’accroissent en Europe, et le Royaume-Uni n’est pas épargné. Selon le quotidien britannique The Guardian, le nombre d’incidents contre la communauté juive a atteint son plus haut niveau durant l’année 2014, avec des reports de violence, de dommages de biens, d’insultes et de menaces contre des membres de la communauté juive britannique.

La Community Security Trust (CST), association qui s’assure de la sûreté et de la protection des 291 000 Juifs du pays, a rapporté 1 168 incidents antisémites dans le pays en 2014, contre 535 en 2013, soit une augmentation de 118 % en un an. « L’importante augmentation d’incidents antisémites enregistrés montre comment les comportements antisémites peuvent se transformer en insultes racistes, en menaces et en attaques », analyse David Delew, président de la CST, cité par The Guardian. « Heureusement, la majorité de ces incidents n’étaient pas des actes violents, mais ils restent choquants et inquiétants pour ceux qui les ont subis et pour la communauté juive dans son ensemble. »

Réseaux sociaux

The Guardian explique que les attaques antisémites se sont multipliées durant l’été 2014, en pleine opération israélienne dans la bande de Gaza, qui a causé la mort de 2 131 Palestiniens et de 71 Israéliens, d’après les chiffres de l’ONU. Les actes malveillants à l’égard de la communauté juive ont également connu une forte augmentation depuis les attentats à Paris en janvier 2015, où quatre personnes ont été tuées dans un magasin d’alimentation casher.

Enfin, un cinquième des incidents relatés par le CST seraient des menaces et insultes proférées sur les réseaux sociaux, rapporte The Guardian. La députée travailliste Luciana Berger, elle-même victime d’insultes antisémites sur Twitter en août 2014, a demandé une surveillance accrue de ces dérapages : « Les réseaux sociaux, particulièrement Twitter, ont besoin d’améliorer leurs actions et d’être plus rapides pour supprimer les comptes qui répandent la haine. Jusqu’à maintenant, ils ont été trop laxistes, ils ont agi trop lentement, ce qui a permis aux racistes de régner librement sur ces plateformes. »

Voir les articles originaux :

Denmark Terror: Making sense of the continuation of European lethal anti-Semitism

Analysis: The specter of lethal anti-Semitism has once again engulfed Europe, with the latest murder of the Danish Jew Dan Uzan who was guarding the Copenhagen synagogue.
Danish police respond to shooting

Benjamin  Weinthal

The Jerusalem Post

02/15/2015

BERLIN – The specter of lethal anti-Semitism has once again engulfed Europe, with the latest murder of the Danish Jew Dan Uzan who was guarding the Copenhagen synagogue. His death along with another Dutch civilian has been attributed to a Danish terrorist Omar Abdel Hamid El-Hussein believed to have been animated by radical Islam.

To understand the continuation of violent anti-Semitism, the German philosopher Theodor W. Adorno said in post-Holocaust Europe, “We will not have come to terms with the past until the causes of what happened then are no longer active. Only because these causes live on does the spell of the past remain, to this very day, unbroken.”

What has filled the vacuum since Europe has relegated Nazism to a largely meaningless status, is the rise of Islamic-animated anti-Semitism enabled by an indifferent mainstream public coupled with an aggressive European Left. Anti-Jewish forces have turned Israel into a human punching bag.

Prof. Gerald Steinberg, a political scientist at Bar-Ilan University, told The Jerusalem Post on Sunday, “The repeated and false allegations of Israeli ‘war crimes,’ ‘child killer’ and even ‘genocide’ from political groups under the facade of human rights and humanitarian assistance has certainly contributed to the lethal European anti-Semitism. And many European media platforms and government officials repeat these modern blood libels without bothering to verify the facts or the double standards that are employed.”

A telling example came from Austria on Tuesday. A spokesman for the prosecutor’s office in Linz declared a Turkish man’s call to annihilate the Jewish state and kill Jews merely an expression of “displeasure with Israel.”
In early February, a German court in Wuppertal agreed with the explanation offered by three Palestinians that their torching of the local synagogue was a form of protest against Israel’s Operation Protective Edge to stop Hamas rocket fire. The men received a penalty of 200 hours community service.

Europe’s failure to internalize the threat of jihadist organizations was on display in 2012. The Iranian-backed Lebanese terrorist organization Hezbollah blew up an Israeli tour bus in Bulgaria, resulting in the deaths of five Israelis and their Bulgarian Muslim bus driver.

Denmark, it should be noted, has served as a meeting location for Hezbollah operatives. Hezbollah – as a legal political organization in Europe – promotes lethal anti-Semitism. The EU made a distinction without a difference, critics say, by merely outlawing Hezbollah’s military wing in 2013.

Steinberg, who has written extensively on Europe, said “European governments must immediately take the offense against terrorism by increased monitoring and preemptive action. Without adding major resources to intelligence gathering, particularly regarding jihadists returning from Syria, Iraq and elsewhere, the attacks will grow.”

Denmark falls into the top four EU countries in terms of jihadist output for the Syrian war theater. In July, Sheikh Abu Bilal Ismail, a Danish imam, called for the extermination of the Jews at Berlin’s al-Nur mosque in July.

Ismail said it was necessary to “destroy the Zionist Jews…” and to “count them and kill them to the very last one. Don’t spare a single one of them…. Make them suffer terribly.” He returned to Denmark to continue to preach.

While controversy in Europe surrounds Prime Minister Benjamin Netanyahu’s remarks about encouraging Danish Jews to immigrate, Steinberg offered a historical perspective.

“From the time of Herzl, one of the core principles of Zionism is that in order to defend our rights and our lives, Jews must have sovereignty and self-determination. There are of course other reasons for making aliya, but if Jewish lives cannot be protected in Europe, Israel provides a haven. On this, there is no difference between Likud and Labor; between Netanyahu and [Isaac] Herzog,” he said.

Benjamin Weinthal reports on European affairs for The Jerusalem Post and is a fellow at the Foundation for Defense of Democracies.

Antisemitic attacks in UK at highest level ever recorded

Community Security Trust recorded 1,168 incidents against Britain’s Jewish population in 2014, more than double that of the previous year

Robert Booth

5 February 2015

The number of antisemitic incidents in the UK has reached the highest level ever recorded, with reports of violence, property damage, abuse and threats against members of Britain’s Jewish population more than doubling last year .

The Community Security Trust, a Jewish security charity which runs an incident hotline, recorded 1,168 antisemitic incidents against Britain’s 291,000 Jews in 2014, against 535 in 2013 and 25% up on the previous record in 2009.

Theresa May, the home secretary, described the figures as “deeply concerning” and “a warning to everyone to do more to stop antisemitism in Britain”, while Yvette Cooper, the shadow home secretary, said they were “appalling”.

The Association of Chief Police Officers revealed the figures were consistent with an increase in antisemitic crimes reported in recent weeks following last month’s terror attacks in Paris when four shoppers were killed by an Islamist attacker at a kosher supermarket.

CST said in 2014 there were 81 violent assaults, 81 incidents of damage and desecration of Jewish property, and 884 cases of abusive behaviour, more than double the number in 2013, several hundred of which involved social media platforms like Facebook and Twitter. CST’s logs include a letter sent to a Jewish organisation which read: “Gaza is the Auschwitz. The inmates are fighting back. The Jew wears the jackboot and armband now.”

The charity said the surge in antisemitism was fuelled by reactions to the conflict in Gaza in July and August that claimed the lives of 2,131 Palestinians and 71 Israelis, according to the UN. It appears to reflect an international trend. Last year in France and Austria the number of incidents doubled, according to reports by the Service de Protection de la Communauté Juive and the Vienna-based Forum Against Antisemitism.

In the UK in July alone there were more antisemitic incidents in one month than the previous six months put together, but 2014 was already set to eclipse the previous year as a worse period for antisemitism, CST said. Jewish people were directly abused in the street at a rate of more than one a day, particularly if wearing religious or traditional clothes or a Jewish school uniform. Incidents reported to the CST included a man shouting at a group of Jewish schoolchildren who had boarded a bus in London: “Get the Jews off the bus” and “I’m going to burn the bus.”
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On 18 November, the day that worshippers at a synagogue in the Har Nof neighbourhood of Jerusalem were killed by Palestinian attackers, there was a spike of 11 incidents in a day. The SCT logs record that in Birmingham “four south Asian males, one possibly carrying a knife, tried to gain entry to a masonic hall that was formerly a synagogue while shouting: ‘Kill the infidels, you are Satan-worshippers, are there any fucking Jews in there’.” On the same day a rabbi driving through London reportedly had “slaughter the Jews” shouted at him in Arabic by a man running his finger across his throat in a cutting action.

“Last year’s large increase in recorded incidents shows just how easily antisemitic attitudes can erupt into race-hate abuse, threats and attacks,” said David Delew, chief executive of the CST, which started recording antisemitic incidents in 1984. “Thankfully most of the incidents were not violent but they were still shocking and upsetting for those who suffered them, and for the wider Jewish community.”

Prominent Jewish figures have recently talked openly about rising antisemitism and the CST said increased concern about antisemitism could have led to a rise in reporting. Last month the actor Maureen Lipman said she has considered moving to New York or Israel. However, a survey for Jewish Policy Research published last July found only 18% of British Jews had ever considered leaving the UK because they didn’t feel safe, and that fewer British Jews consider antisemitism a problem than their counterparts in France, Germany, Italy or Belgium.

Eric Pickles, the communities secretary, said: “These attacks are not only an attack on British Jews, but an attack on all of us and our shared values. This is totally unacceptable. Those who perpetrate hate crimes of any kind will be punished with the full force of the law.”

One in five of the incidents were threats or abuse on social media, fuelling claims that Twitter, among others, is not cracking down hard enough on hate-speech. In August, Luciana Berger, the shadow health minister, received a message on Twitter from a 21-year-old neo-Nazi, Garron Helm, that showed her with the Star of David on her head. It used the hashtag #Hitlerwasright and called her a “communist Jewess”. Helm was jailed for four weeks.

Berger was then bombarded with more than 2,500 hate messages tagged #filthyjewbitch. After Helm’s release, more antisemitic tweets began to emerge from his Twitter account. When Ed Miliband tweeted a link to his article about Holocaust Memorial Day, the user of the account tweeted back “Burrrn! lol”.

Berger said she was horrified by the CST figures. “I know from the online hate campaign directed at me by neo-Nazis at home and abroad, that antisemites are using every digital platform to intimidate and harass Britain’s Jews,” she said. “Digital media companies, particularly Twitter, need to sharpen up their acts and move faster to remove accounts being used to spread and incite hate. To date, they have been too lax, and moved too slowly, allowing racists a free rein.”

Cooper called on “companies like Twitter to take stronger action against hate crimes on their platforms”. Next week she is expected to outline Labour’s hate-crime strategy which will urge Twitter to speed up its removal of racist and antisemitic tweets, improve its communication of criminal activity online to the police, and prevent offenders simply restarting abuse from fresh accounts from the same IP address.
Antisemitic incidents

Manchester, February 2014

Swastikas and the phrase “Jewish slag” daubed on gravestones at a Jewish cemetery.

Manchester, March 2014

An identifiably Jewish man was cycling to synagogue when youths jumped out at him, causing him to wobble on his bike. They then surrounded him and called him a “Jew”. He slipped and the group kicked him while he was on the ground. He did not suffer serious injury.

London, March 2014

A university student took a photograph of an identifiably Jewish person on a bus and them posted it on Twitter with the comment, “50 retweets and I’ll knock this Jew out”.

Norfolk, July 2014

A leaflet found among Israeli produce in a supermarket featured an image of the Israeli flag with the title “The flag of Zionist racist scum”. It read: “Deny the Holocaust? Of course there was a holocaust. What a pity Adolf and Co didn’t manage to finish the job properly!”

London, October 2014

Five girls from a Jewish secondary school were approached by a man at a London underground station who said: “Being Jewish is wrong. You are going to die if you carry on being Jewish,” and “I will kill you all after school.” He grabbed one of the girls by the wrist and said: “Come with me and be a Christian”. She kicked him and ran away.

Voir également:

Pourquoi les cimetières juifs alsaciens sont les plus profanés
Aude Mazoué

France 24

17/02/2015

Quelque 200 tombes d’un cimetière juif du Bas-Rhin ont été profanées, suscitant une vive émotion en France, jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. Retour sur un phénomène criminel qui ne date pourtant pas d’hier.
« C’est une image de désolation », décrit Philippe Richert, le président de la région Alsace devant les 250 tombes profanées jeudi 12 février dans le cimetière juif de Sarre-Union, dans le Bas-Rhin. « De nombreuses stèles sont à terre, des dalles horizontales ont même été soulevées », c’est un véritable « acharnement » surenchérit l’élu alsacien.

Malgré les récents attentats de Paris et au lendemain de l’attaque contre un centre culturel et la grande synagogue de Copenhague, les observateurs refusent de tirer des conclusions sur les motivations des profanateurs. « Il faut être très prudent avant de faire de cet acte de vandalisme un crime politique, note Thierry Legrand, maître de conférences en Histoire des religions à l’université Marc-Bloch de Strasbourg. La tentation est grande d’établir des liens de cause à effet entre la profanation du cimetière juif de Sarre-Union et les récents événements antisémites ».

« Profaner, c’est insulter toutes les religions et souiller la République »

Un acte politique d’autant plus difficile à démontrer qu’ »aucune inscription n’a été constatée ». Lors des premiers interrogatoires, les cinq mineurs placés en garde à vue se sont défendus de tout antisémitisme. Leurs motivations restent floues, mais ils sont « sans antécédents judiciaires » et la justice ne leur connaissait pas « de convictions idéologiques qui pourraient expliquer leur comportement », avait indiqué lundi après-midi le procureur de Saverne Philippe Vannier, précisant qu’ils « considéraient le cimetière comme étant abandonné ».

Au-delà des intentions, les actes suffisent à soulever l’indignation. Le président François Hollande s’est rendu sur place, mardi 17 février, accompagné de l’ambassadeur d’Israël en France Yossi Gal, de responsables de la communauté juive française et de représentants politiques de tous bords. Le déplacement du chef de l’État est « un signe très fort », a estimé Sacha Reingewirtz, président de l’Union des étudiants juifs de France, estimant que cette profanation relève d’une « bêtise extrémiste ». « Ce que ces jeunes ont fait là, même s’ils n’ont pas conscience de la gravité, ça veut dire que les préjugés antisémites viennent s’installer dans énormément de couches de notre pays », a-t-il ajouté.

« Inconscience, ignorance ou intolérance », c’est la justice qui tranchera, a déclaré François Hollande à Sarre-Union,rappelant que « profaner, c’est insulter toutes les religions et souiller la République ». Mardi matin, les gardes à vue de deux des cinq jeunes étaient prolongées de 24 heures. Ils encourent jusqu’à sept ans d’emprisonnement.

Hollande à Sarre-Union : « la justice dira ce qui relève de l’inconscience, de l’ignorance ou de l’intolérance »

Les tombes chrétiennes, premières victimes des profanations en France

Ce n’est pas la première fois que le cimetière juif de Sarre-Union fait l’objet de profanations. En 1988, une soixantaine de stèles juives ont été renversées, et en 2001, 54 tombes ont été saccagées. De manière générale, l’Alsace reste la région la plus touchée par les profanations de cimetières juifs avec dix profanations majeures en trente ans.

Est-ce à dire que l’Alsace est une région plus touchée par l’antisémitisme ? Rien n’est moins sûr. « Si les profanations de cimetières juifs sont aussi nombreuses en Alsace, explique l’historien Thierry Legrand, ce n’est pas parce qu’il y aurait plus de groupes néonazis qu’ailleurs, bien au contraire, il y a un dialogue interreligieux qui fonctionne très bien dans la région, précise-t-il. Non, s’il y a régulièrement des profanations de cimetières juifs dans la région c’est tout simplement parce que l’Alsace a été durant de nombreux siècles une terre d’accueil pour la communauté juive et qu’il y a de nombreux cimetières juifs. »

La première communauté alsacienne remonte en effet aux alentours de l’an mille. Les juifs installés en Alsace n’ont jamais eu à subir d’expulsion comme dans le reste de la France car la région a longtemps été une terre d’Empire. Le judaïsme a toutefois pris une forme très spéciale en Alsace car les juifs n’étaient pas admis dans les villes. Raison pour laquelle le judaïsme alsacien se caractérisait, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, par une forme originale avec une multitude de petites communautés rurales.

Reste que les profanations, selon les chiffres avancés par le ministère de l’Intérieur, concernent davantage des sites de sépultures chrétiennes. En 2012, 80 % des profanations recensées visent des tombes chrétiennes. Une large proportion qui s’explique là encore par le fait que les lieux de culte catholique sont beaucoup plus nombreux que les autres. D’après l’Observatoire des profanations de lieux religieux, 94 % des lieux de culte sont des monuments catholiques.

Voir encore:

Sarre-Union – Cimetière juif Un cimetière déjà profané six fois
Le cimetière juif de Sarre-Union a déjà été pris pour cible six fois depuis la Libération. Les profanations les plus marquantes se sont produites en 1988 et 2001.

Dernière nouvelles d’Alsace

16.02.15

Le 26 avril 1988, le cimetière israélite de Weiterswiller, en Alsace Bossue, était profané : 90 pierres tombales avaient été renversées. Les auteurs des faits, trois mineurs, avaient été appréhendés le soir-même.

A peine un mois plus tard, sans doute le week-end des 21 et 22 mai 1988, le cimetière israélite de Sarre-Union était touché. Une soixantaine de pierres tombales avaient été renversées et onze d’entre elles avaient été brisées. Le président de la communauté juive de Sarre-Union, Jacques David, avait alors alerté les autorités et porté plainte après du procureur de la République de Saverne. Il avait exprimé son « indignation » devant de tels actes, d’autant qu’une profanation avait déjà eu lieu dans la même nécropole deux ans plus tôt, en 1986. D’autres dégradations avaient aussi eu lieu dans les années 70 – deux auteurs avaient alors été identifiés.

En mai 1988, les réactions avaient été nombreuses dans toute l’Alsace : « indignation écœurée » de l’archevêque-évêque de Strasbourg, Mgr Brand, constat amer que « l’antisémitisme n’est pas mort », de la part des églises protestantes d’Alsace et de Moselle, dénonciation d’une « recrudescence des sentiments racistes et antisémites dans notre région » par les socialistes du Bas-Rhin.

Cérémonie de recueillement et de protestation
Le 29 juin 1988, une cérémonie « à la fois de recueillement et de protestation » s’était tenue au cimetière de Sarre-Union, en présence du grand rabbin, de représentants du consistoire et de personnalités politiques et religieuses alsaciennes.

L’histoire se répète pourtant en 2001… Pendant le week-end des 13 et 14 janvier, 54 tombes sont profanées, toujours dans ce même cimetière de Sarre-Union. Daniel Weill, ministre-officiant de la communauté, découvre le triste spectacle le dimanche matin : socles descellés, stèles renversées, colonnes brisées… Au-delà de l’affront fait aux morts, c’est aussi une « énorme perte d’un point de vue patrimonial », s’attriste Jacques Wolff, représentant de la communauté israélite de Sarre-Union, qui s’était évertué à déchiffrer les inscriptions anciennes en hébreu.

Les auteurs de la profanation de ces tombes avaient été interpellés par les gendarmes de Sarre-Union dans la journée du 30 janvier. Il s’agissait de quatre mineurs, âgés de 13 à 15 ans, trois garçons et une fille. Ils avaient agi dans la journée du 30 décembre. Trois d’entre avaient reconnu être de plus les auteurs d’une autre profanation, en juin 2000, où une dizaine de pierres tombales avaient été brisées. Tout ceci sans aucune idéologie, simplement par désoeuvrement. Les dégâts avaient été estimés à 75000F. Les jeunes profanateurs, en compagnie de leurs parents, effondrés, avaient été déférés devant le parquet de Saverne avant d’être présentés au juge des enfants. Ils avaient été placés sous liberté surveillée préjudicielle (c’est-à-dire sous la surveillance d’un éducateur) en attendant leur jugement. « C’est un beau travail de police judiciaire », avait estimé Madeleine Simoncello, procureur du tribunal de Saverne. Une cinquantaine de jeunes avaient en effet été interrogés dans le cadre de cette enquête.

Les origines de la nécropole de Sarre-Union remontent au XVIIIe siècle. Ce cimetière était alors l’un des plus importants d’Alsace et la communauté israélite de Sarre-Union comptait quelque 400 familles.

Voir de plus:

Profanation : ne pas reproduire les excès de Carpentras
Jacky Isabello, Pierre Alibert
Le Figaro
17/02/2015

FIGAROVOX/TRIBUNE – Jacky Isabello et Pierre Alibert soulignent l’inquiétant télescopage entre la profanation du cimetière juif de Sarre-Union et la polémique autour des propos de l’ancien minsitre Roland Dumas.

Jacky Isabello et Pierre Alibert sont associés à CorioLink, une agence de communication et de relations publiques

La profanation est une outrance que s’octroie les abrutis en mal de célébrité médiatique.

L’excès de communication entre l’ancien ministre Roland Dumas et la star de l’interview politique Jean-Jacques Bourdin est une autre forme de dérapage qui pourrait tout autant provoquer des actes antisémites de la part de simples d’esprit.

Toute la journée de lundi nous nous sommes interrogés: à une expression criminelle de la profanation, est-il judicieux de réagir par des outrances médiatiques qui flirtent souvent avec la récupération? En effet, à l’heure où ce texte est commis par vos dévoués plumitifs ; alors que la meute des loups a joué toute la journée à associer l’augmentation du vote d’extrême droite avec ces actes odieux, nous apprenons que 5 mineurs seraient incriminés. Il n’est en rien prouvé que l’acte revendique une action antisémite. Mais la peur est là pour la communauté juive de France. On le serait à moins.

Lorsque l’émotion s’en mêle, les spécialistes de la communication savent que la réflexion n’a plus sa place.

Un déficit de réflexion qui ne saura être compensé puisque, l’instrumentalisation qu’a connu l’acte de profanation du cimetière juif de Sarre-Union s’est télescopé dans la journée de lundi avec un événement inattendu ; un pilier cacochyme de la «mittérrandie», se prend les pieds dans le tapis d’insinuations à propos d’un complot judaïque qui toucherait les plus hautes sphères de l’état français. Le premier Ministre Manuel Valls serait sous influence.

Il n’en faut pas moins pour s’interroger et comparer. De telles attitudes, celles des gamins alsaciens, ou d’autres gamins en costumes trois pièces connus de tous les Français, sont-elles de nature à apaiser le procès qui est fait à l’Europe en ce moment par certains, de ne plus savoir offrir la sérénité et assurer la sécurité de nos concitoyens «Juifs de France». Le premier ministre israélien lui-même incite régulièrement les Juifs de France à s’expatrier vers la terre d’Israël.

Les opinions risquant de se «cristalliser» autour d’une situation médiatique extrêmement malsaine. D’un côté des vauriens qui, l’enquête le dira, veulent se faire peur en outrageant nos morts. De l’autre, d’autres galopins qui jouent à se faire peur en dégoupillant dans l’espace public la grenade d’un complot juif influençant jusqu’au chef du gouvernement.

Instrumentalisation, amalgame, raccourcis, erreurs de confirmation comme le dirait les philosophes. Toute la palette des faiblesses réflexives vont y passer.

Certes il est clair que les leçons des excès de la profanation du cimetière de Carpentras n’ont pas été retenues. Il est certain, qu’avec la profanation odieuse de plusieurs centaines de tombes du cimetière de Sarre-Union dans le Bas-Rhin, la France renoue avec ses vieux démons, ceux qui avaient mis le feu à notre nation républicaine lorsqu’en 1990 nous découvrîmes avec effroi, le saccage du cimetière de Carpentras et les mises en scène symboliques qui ajoutaient à la profanation un sadisme sans nom.

Mais intellectuellement plus cruel, Dumas a donné, à tous les amateurs de la théorie du complot, un jeu de cartes qui cache des règles du jeu bien plus insidieuses vis-à-vis de la communauté juive de France, que nous tentons de convaincre par tous les efforts, de ne pas s’éloigner de leur pays, la France.

Nous en sommes certains désormais, l’esprit du 11 janvier est bien rentré dans sa boite.

Voir encore:

Une profanation tous les deux jours en France
Christophe Cornevin
Le Figaro
22/09/2010

Les cimetières et lieux de culte catholiques demeurent les plus visés.

Croix renversées et souillées de symboles nazis au sanctuaire dédié à la Vierge Marie à Saint-Loup (Jura), tombes et chapelle vandalisée au cimetière d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), statues arrachées dans l’église Saint-Géry de Valenciennes (Nord), lustres réduits en miettes et chemin de croix incendié à Saint-Pierre de Pouan-les-Vallées (Aube), classé et datant du XIIIe siècle… Dans l’indifférence, la France est le théâtre d’une profanation tous les deux jours. Selon une note de la direction générale de la gendarmerie nationale, que s’est procurée Le Figaro, pas moins de 184 dégradations de sépultures ont été recensées l’année dernière, soit à peine dix-neuf de moins qu’en 2008.

Depuis 2005, un lieu sacré est violé tous les deux jours. «Les faits perpétrés dans les cimetières sont pour l’essentiel des dégradations de stèles, d’ornementations et des inscriptions» , note le rapport, qui précise que les profanations recensées par les gendarmes – qui couvrent 95 % du territoire – touchent «très majoritairement des tombes chrétiennes ou des églises ». Dans les campagnes et en zones périurbaines, quelque 122 cimetières communaux et 34 lieux de culte catholique et 18 monuments aux morts ont été visés en 2009. Pas moins de cinq violations de tombeaux, dont deux exhumations ont été à déplorer. «Les départements du Bas-Rhin (11 faits), la Somme (9 faits), l’Ille-et-Vilaine (7 faits) et enfin la Gironde, le Gard et les Vosges (6 faits) concentrent le plus grand nombre de profanations», précise le document, qui détaille ainsi une série de périodes à risques. Ainsi, les profanateurs passent plus volontiers à l’action le 30 avril qui est à la fois l’anniversaire d’Adolf Hitler et de la fondation de l’Église de Satan aux États-Unis. Des pics sont aussi observés le 31 octobre, fêtes d’Halloween et jour de l’An sataniste, mais aussi lors des dates des solstices et d’équinoxes. Plus globalement, 50 % des actes de vandalisme se produisent le week-end et sans témoin, ce qui rend les investigations difficiles. L’année dernière, les gendarmes ont cependant réussi à résoudre une cinquantaine d’affaires et à confondre 106 profanateurs présumés. En décryptant leur profil, la note de la DGGN révèle que 83 % d’entre eux sont des mineurs et que 79 % sont de sexe masculin. Certains n’ont reculé devant aucune limite, allant jusqu’à improviser le 18 juillet dernier un rodéo à scooter dans la nef moyenâgeuse de l’église d’Échillais, près de La Rochelle, où un Christ en croix du XVIIe siècle gisait au milieu du chœur, démantibulé.

Un site créé en juin 2005
Le nombre des actes de vandalisme visant les lieux de culte a atteint une telle cote d’alerte qu’un site entier en recense l’étourdissante litanie. Il est animé par le comité Indignations, créé en juin 2005 au lendemain d’une parodie de mariage homosexuel dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le simulacre, ressenti comme «blessant» par les fidèles, avait été à l’origine d’une pétition recueillant 27.000 signatures. « D’une manière générale, les investigations ne permettent toujours pas de déterminer les motivations réelles des auteurs, concèdent les gendarmes. En effet, les éléments de preuves découverts engendrent parfois des confusions (exemple, des croix gammées accompagnant des tags satanistes).» «Les personnes interpellées indiquent la plupart du temps avoir agi sans motivation idéologique, par jeu, défi, mimétisme ou désœuvrement» , estime le rapport, qui rappelle que huit profanations sont imputables à des «individus isolés souffrant de troubles psychiatriques». Si deux faits sont imputables à des «adorateurs du démon», qualifiés de « minoritaires », les analystes du Bureau des affaires criminelles (BAC) notent que « sur la totalité des faits recensés en 2009, la commission d’actes à caractère sataniste (croix brisées ou renversées) est supposée dans de nombreux cas ». Enfin, la présence d’alcool est un «facteur important de passage à l’acte particulièrement chez les adolescents et les jeunes adultes »

Voir de même:

Couverture médiatique des attentats : France Info proteste contre la mise en demeure du CSA
Grégoire Lecalot

France info

12 février 2015

Le Conseil supérieur de l’Audiovisuel a adressé ce jeudi 15 mises en garde et 21 mises en demeure aux médias français pour la couverture des attentats contre Charlie Hebdo et leurs suites. Sept chaînes de TV et six radios, dont France Info et France Inter, se voient reprocher d’avoir annoncé l’assaut contre les frères Kouachi. Radio France fait part de sa surprise et envisage des recours.
Le Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA), a adressé ce jeudi 15 mises en garde et – plus grave – 21 mises en demeure aux principaux médias audiovisuels français pour des « manquements graves » lors de la couverture des attentats de Paris, du 7 au 9 janvier dernier. Le CSA estime avoir relevé de nombreux dérapages dans les comptes-rendus de la traque des suspects, puis les prises d’otages et enfin les assauts contre les frères Kouachi en Seine-et-Marne puis contre Amedy Coulibaly à Paris.

L’instance dénonce tout d’abord la diffusion par une chaîne de télévision de l’assassinat du policier Ahmed Merabet, près du siège de Charlie Hebdo. Le CSA estime que, bien que sa mort en elle-même n’ait pas été montrée, le bruit des armes à feu et la voix de la victime n’auraient pas dû être mis à l’antenne.

Assaut à Dammartin-en-Goële
Sept chaînes de télévision et six radios, dont France Info et France Inter, se voient par ailleurs reprocher d’avoir annoncé l’assaut mené contre les frères Kouachi à Dammartin-en-Goële, alors qu’Amedy Coulibaly était encore retranché dans l’hyper Cacher de la porte de Vincennes, ce qui, estime le CSA, a mis en danger la vie des otages.

Radio France proteste
Le groupe Radio France a fait part de sa surprise et de son étonnement face à cette mise en demeure et examine toutes les possibilités de recours contre cette sanction : « Ils nous reprochent d’avoir dit sur l’antenne de France Info : il se passe quelque-chose à Dammartin-en-Goële, il y a des coups de feu », explique Erik Kervellec, directeur de la rédaction de France Info. « C’est l’un des reporters de France Info qui a décrit la scène. Si on nous avait dit ‘Il va y avoir une intervention’, nous sommes des gens responsables. Nous n’aurions pas communiqué et dit des choses qui étaient de nature à faire dégénérer la situation. Mais à aucun moment nous n’avons reçu une consigne de ce type de la part des autorités compétentes. Nous contestons cette mise en demeure, nous ne la comprenons pas. Et nous envisageons des recours pour faire revenir le CSA sur cette sanction que nous jugeons parfaitement injustifiée ».

Voir de même:

Les attentats de Copenhague vus du Québec
Mathieu Bock-Côté
Le Figaro

7/02/2015 à 20:07

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Pour Matthieu Bock-côté, les réactions suscitées par les attentats qui ont frappé Copenhague ce week-end soulignent l’échec du multiculturalisme et le déni du réel entretenu par une partie de la classe politique et médiatique.

Mathieu Bock-Côté est sociologue (Ph.D). Il est chargé de cours à HEC Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal ainsi qu’à la radio de Radio-Canada. Il est l’auteur de plusieurs livres, parmi lesquels «Exercices politiques» (VLB, 2013), «Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois» (Boréal, 2012) et «La dénationalisation tranquille: mémoire, identité et multiculturalisme dans le Québec post-référendaire» (Boréal, 2007).

Pendant toute une journée, on a cherché son nom, sans vraiment le trouver. D’un site de nouvelles à l’autre, on évoquait seulement un tueur né au Danemark, et ayant passé sa vie au Danemark. Le propos était vague, nébuleux. Et il a fallu attendre que des sites de nouvelles s’inscrivant à la périphérie du système médiatique et ne s’encombrant pas de la censure propre au politiquement correct, pour qu’on puisse enfin le nommer. Il s’appelait Omar Abdel Hamid El-Hussein. Personne n’a vraiment été surpris.

Il a fallu attendre que des sites de nouvelles s’inscrivant à la périphérie du système médiatique et ne s’encombrant pas de la censure propre au politiquement correct, pour qu’on puisse enfin le nommer.
Pas d’amalgame! Évidemment, ce cri de panique de la gauche multiculturelle devant l’islamisme a tout de suite retenti. Car chaque fois que l’islamisme frappe, d’une manière ou d’une autre, la gauche multiculturelle s’inquiète d’abord de la montée de l’islamophobie. Elle craint qu’un attentat comme celui-là ne réveille le racisme latent qu’elle prête aux sociétés occidentales. D’ailleurs, les médias relaient cette formule mécaniquement, en mettant en garde tout à la fois contre le «radicalisme» et «l’islamophobie». On met les deux concepts sur le même pied, et surtout, on proscrit à l’avance toute réflexion sérieuse sur l’islamisme ou la difficile intégration de l’Islam en Occident en l’assimilant à une forme de racisme.

Le système médiatique agit ainsi à la manière d’une machine à lessiver le réel, n’en montrant que les parts compatibles avec l’idéologie officielle du «vivre-ensemble». Ce qui pourrait compromettre le récit enchanté de la cohabitation harmonieuse des différences n’y a pas sa place. Lorsqu’il faut pourtant consentir à montrer une part désagréable du réel, on multipliera les mises en garde, on forgera un nouveau vocabulaire qui deviendra la novlangue des sociétés fonctionnant sous l’orthodoxie multiculturaliste. D’une société à l’autre, c’est le même logiciel du déni qui opère et qui pousse les peuples à la défiance politique.

Le système médiatique agit ainsi à la manière d’une machine à lessiver le réel, n’en montrant que les parts compatibles avec l’idéologie officielle du «vivre-ensemble».
L’attentat commis par Omar Abdel Hamid El-Hussein n’est malheureusement pas un cas isolé. En Grande-Bretagne en 2005 comme en France, récemment, il s’agissait d’enfants du pays. Ou à tout le moins, d’enfants nés au pays, mais qui ne s’y sentaient pas appartenir, et qui plus encore, se voulaient profondément hostiles à son endroit. Se contenter de dire d’Omar Abdel Hamid El-Hussein qu’il s’agissait d’un Danois, et croire possible de fermer dès ce moment la réflexion, cela consiste à s’enfermer dans une illusion idéologique, que la réalité perce pourtant de toute part.

Cela illustre terriblement le désaccouplement de plus en plus net entre la citoyenneté d’appartenance et la citoyenneté de papier. Il ne suffit manifestement plus d’avoir vécu toute sa vie dans un pays pour en être. La nationalité, pensée comme un concept strictement juridique, se révèle trop souvent une coquille vide. En fait, elle a toujours eu besoin de quelque chose de plus. Elle référait à une histoire, une identité. Mais cela allait tellement de soi qu’il n’était pas nécessaire de le préciser. Ou du moins, on le précisait de mille manières sans avoir toujours à l’expliciter. La citoyenneté universaliste s’enracinait pratiquement dans une identité historique.

Cela illustre terriblement le désaccouplement de plus en plus net entre la citoyenneté d’appartenance et la citoyenneté de papier.
Nous avons assisté à une déconnection du pays officiel et du pays historique. Le premier s’est même retourné contre le second: c’est l’histoire du multiculturalisme, qui a consisté à vider les institutions du pays d’accueil de sa culture et à faire de la prédominance de celle-ci dans les relations sociales la marque d’une discrimination qu’il fallait désormais déconstruire. Conséquemment, lutter contre les discriminations, généralement, consistera simplement à démanteler les mécanismes sociologiques qui conduisaient naturellement à l’assimilation des immigrés.

C’est dans ce contexte que se pose la question de l’immigration qui a révolutionné l’Europe en quelques décennies. L’immigration massive ne concerne plus des individus, mais des peuples, des religions, qui migrent, sans nécessairement reproduire intégralement la culture de leur pays d’origine, mais sans non plus s’approprier celle du pays d’accueil, contre laquelle ils se définiront même souvent -en fait, un islam revendiqué et radical servira souvent d’identité de substitution aux populations immigrées. Et ce n’est pas faire injure à l’islam que de constater que ce n’est pas sa meilleure part qui s’exprime dans les banlieues européennes, chez des populations mal intégrées qui se l’approprient de manière polémique pour défier la société d’accueil.

Nous avons assisté à une déconnection du pays officiel et du pays historique. Le premier s’est même retourné contre le second: c’est l’histoire du multiculturalisme.
On aura beau chercher à s’adapter à cette situation en théorisant une citoyenneté multiculturelle censée annoncer l’avènement d’un paradis diversitaire, la réalité ne se laisse pas changer par des slogans. Malgré le déni des cultures, il faut bien convenir que ces dernières cohabitent d’autant moins bien qu’elles sont radicalement étrangères -la chose est encore plus vraie lorsqu’elles appartiennent à des civilisations distinctes. Ce n’est pas qu’elles sont méchantes l’une ou l’autre. Mais entre elles, ce sont des rapports de force qui jouent en bonne partie. Et les peuples européens ne savent manifestement plus faire preuve de force, tellement ils ont mutilé eux-mêmes leur identité.

Voir enfin:

Comment faire réélire François Hollande
François d’Orcival
Valeurs actuelles

12 Février 2015

Sarkozy à Juppé : “Il faudrait aussi, cher Alain, se demander pourquoi 30 % de nos électeurs s’apprêtent à voter pour le Front national.” Ils ont été plus de 40 %…

Le second épisode de la partielle dans la 4e circonscription du Doubs est encore plus riche d’enseignements que le premier. Le candidat socialiste, qui avait perdu tant de voix par rapport à 2012, est quand même élu ; la candidate du Front national, qui n’en a jamais réuni autant, est quand même battue. Multipliez les résultats du scrutin par mille et vous obtenez à peu près 30 millions de votants, 15,5 millions de voix pour le candidat de la gauche et 14,6 millions pour celle du Front national. Un écart de moins de 900 000 voix (inférieur à celui qui séparait Hollande de Sarkozy en 2012 — 1,2 million de voix). Pour Hollande, c’est le scénario idéal en 2017 : éliminer la droite au premier tour, se retrouver en face de Marine Le Pen au second — et la battre. C’est ce qui s’est passé dans le Doubs ; reste à “nationaliser” la petite partielle, mille fois plus petite que la présidentielle.

Qu’a donc fait le candidat PS dans le Doubs pour arriver deuxième au premier tour et affronter ensuite la représentante du FN ? Il était le suppléant du ministre de l’Économie, donc solidaire de toute la politique gouvernementale, petit soldat discipliné du parti et par conséquent tout aussi responsable du chômage, de la délinquance, de l’islamisme, du laisser-aller général. À l’image de François Hollande. On le disait en perdition ; il l’était. Et puis les attentats du mois de janvier ont agi comme un sérieux coup d’épée dans les reins de la gauche, donc de Hollande, de Valls et de notre suppléant. De quoi faire penser (à la marge, mais souvent la marge suffit) qu’ils avaient peut-être compris ce qui se passait, de quoi leur donner un peu de nerfs et arrêter la chute — sans qu’ils n’aient rien fait ! Ajoutez à cela la baisse du prix du pétrole, celle de l’euro, la mode grecque contre l’austérité, et les commentaires médiatiques, toujours sensibles au baromètre de gauche, devenaient soudain optimistes, bien que sur le fond rien ne se soit amélioré !

La candidate du Front national n’en a pas fait plus que son adversaire du PS : l’actualité a fait campagne à sa place, le djihadisme transporté sur le sol français, la tolérance à l’égard de l’islamisme sous le prétexte de ne pas faire d’“amalgame”, le marché des kalachnikovs, les statistiques du chômage, etc. Cette circonscription ouvrière et populaire place le FN en tête au premier tour et lui fournit 16 points de plus au second, mais pas au point de le faire gagner. Sa candidate est très déçue, mais pas Marine Le Pen qui, elle, crie victoire — elle sait que, pendant deux ans, elle continuera d’être au centre du jeu en comptant bien faire face à Hollande en 2017.

Grande perdante de ce double épisode, la droite. Aphone avant le premier, pathétique avant le second. C’est finalement Nicolas Sarkozy qui a posé la seule question qui vaille et qui fâche au conseil national de l’UMP, le 7 février (veille du second tour), en s’adressant à Alain Juppé : « Il ne suffit pas de dire que le Front national n’est pas un parti comme les autres, d’appeler à voter contre lui, il faudrait aussi, cher Alain, se demander pourquoi 30 % de nos électeurs s’apprêtent à voter pour le Front national… » Sarkozy ne se trompait que sur un point : ce ne sont pas 30 % des électeurs UMP du premier tour qui ont voté FN au second, mais 40 %, si ce n’est plus. La question était bien posée.

De la droite au sens large dépend qu’elle soit ou non au second tour de 2017. Elle y a toujours été, même fracturée en deux, voire en trois candidatures de premier plan (en négligeant les autres). Mais elle ne risquait rien — Le Pen arrivait derrière. Tout a changé depuis 2002 ; Marine Le Pen est maintenant classée première dans les sondages. Si la droite ne devance pas Hollande, c’est lui qui sera élu.

Comment peut-elle retenir ses électeurs tout en évitant une fracture qui verrait deux leaders se présenter en même temps et déchirer l’électorat (hypothèse suicidaire) ? C’est la question à laquelle la droite doit répondre. Un défi, certes. Mais cela l’invite surtout à travailler sur elle-même, et sur la France : son identité, son unité, sa singularité qui ont fait son destin dans l’Histoire. C’est beaucoup demander. Mais après tout, ce ne devrait pas être si difficile, quand on fait de la politique, de comprendre ce que vous disent les gens.

P.-S. Nos lecteurs apprendront, en page 6, que notre journal a été condamné pour avoir publié en couverture une “Marianne voilée”. Certes, la loi prévoit que seul le directeur de la publication, Yves de Kerdrel, est condamné. Cette hypocrisie n’empêchera pas que nous soyons tous solidaires et que nous nous sentions tous condamnés au même titre que lui, au mépris de la plus élémentaire liberté d’expression.


Djihadisme: La Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique (War of the flea: It’s the little red book, stupid !)

31 janvier, 2015
https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/en/c/c6/Cultural_Revolution_poster.jpghttps://i1.wp.com/ecx.images-amazon.com/images/I/41QHUh3REfL.jpghttps://i2.wp.com/www.washingtonpost.com/rw/2010-2019/WashingtonPost/2015/01/27/Foreign/Graphics/foreignFighters-Jan14-GS.jpgJe suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos, 2004)
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
Ce qu’on essaye de dire c’est que deux hommes ont tué 12 personnes dans une attaque contre les bureaux d’un magazine satirique. C’est assez, on sait ce que ça veut dire et ce que c’est. (…) Nous savons ce qu’est la violence politique, nous savons ce que sont des meurtres, des attentats et des fusillades et nous pouvons les décrire. Et cela explique bien plus de choses, à nos yeux, que d’utiliser le mot ‘terroriste. (…) Les Nations Unies ont bataillé pendant plus d’une décennie pour tenter de définir le mot et ils ont échoué. C’est très difficile de le faire. Tarik Kafala (BBC en arabe)
Le problème des fondamentalistes (…) n’est pas la différence culturelle (c’est-à-dire les efforts pour préserver leur identité). Au contraire, c’est que les fondamentalistes sont déjà comme nous, secrètement, ils ont déjà assimilé nos normes et s’y mesurent. (…) Le fondamentalisme est une réaction – une réaction fausse et déconcertante, évidemment – à un véritable défaut du libéralisme, c’est pourquoi il est constamment engendré par ce dernier. Laissé à lui-même, le libéralisme s’anéantira à petit feu – la seule chose qui peut sauver ses valeurs essentielles est un renouveau de la gauche. Pour la survie de son héritage clé, le libéralisme a besoin de l’aide amicale de la gauche radicale. C’est la seule façon de vaincre le fondamentalisme et de lui couper l’herbe sous le pied. Pour mener une réflexion après les assassinats de Paris, il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste et accepter que le conflit entre le laxisme libéral et le fondamentalisme est en réalité un faux conflit – un cercle vicieux entre deux pôles interdépendants. La déclaration de Max Horkheimer dans les années 1930 sur le fascisme et le capitalisme – ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique du capitalisme doivent s’abstenir de débattre sur le fascisme – devrait être appliquée au fondamentalisme d’aujourd’hui : ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique de la démocratie libérale doivent aussi s’abstenir de débattre sur le fondamentalisme religieux. Slavoj Zizek
Why has transnational war volunteering increased so dramatically in the Muslim world since 1980? Standard explanations, which emphasize U.S.-Saudi support for the 1980s Afghan mujahideen, the growth of Islamism, or the spread of Wahhabism are insufficient. The increase in transnational war volunteering is better explained as the product of a pan-Islamic identity movement that grew strong in the 1970s Arab world from elite competition among exiled Islamists in international Islamic organizations and Muslim regimes. Seeking political relevance and increased budgets, Hijaz-based international activists propagated an alarmist discourse about external threats to the Muslim nation and established a global network of Islamic charities. This « soft » pan-Islamic discourse and network enabled Arabs invested in the 1980s Afghanistan war to recruit fighters in the name of inter-Muslim solidarity. The Arab-Afghan mobilization in turn produced a foreign fighter movement that still exists today, as a phenomenon partly distinct from al-Qaida. The analysis relies on a new data set on foreign fighter mobilizations, rare sources in Arabic, and interviews with former activists. Thomas Hegghammer
Les musulmans (…) savent que leur civilisation a été plus forte que la nôtre dans le passé, au Moyen Âge, et on ne manque pas de le leur rappeler d’ailleurs. Par la suite, c’est notre civilisation, avec ses avancées extraordinaires aux plans scientifique et technique qui a pris le dessus. Ils nous rappellent que nous sommes allés les dominer pendant plusieurs siècles avec nos techniques et nos armes. Mais tout récemment ils sont parvenus à nous chasser des territoires que nous leur avions pris, et avec le pétrole ils disposent à présent d’une arme redoutable contre nous. Ces peuples qui considèrent que nous les avons soumis, humiliés, pillés en exploitant à notre compte leurs richesses, ont le sentiment que nous les méprisons: ils ont commencé dans la seconde moitié du XXe siècle à prendre leur revanche, et leur ressentiment à l’égard de l’Occident est très fort. Comment veut-on donc que ces musulmans qui viennent s’installer en Europe pour des raisons de commodité et de confort aient envie de quitter sentimentalement leur monde, c’est-à-dire leur civilisation, à un moment où celle-ci prend précisément sa revanche sur la civilisation occidentale, pour devenir «traîtreusement» des «Occidentaux»?  Claude Sicard
Ce sont des jeunes en quête d’aventure, en quête d’une contestation radicale de l’ordre établi. On le voit statistiquement par le nombre de convertis (…)  On a oublié notre passé. En Europe, depuis les années 1960, on a un espace de radicalisation de la jeunesse. C’était le maoïsme, c’était le trotskisme, c’était Che Guevara. Et les jeunes allaient dans les guérillas. Le grand mot, c’était la révolution avec un grand « R ». Tantôt c’était le Vietnam, tantôt c’était Castro, tantôt c’était la révolution culturelle chinoise. (…) la révolution avec un grand « R » a été remplacée par le djihad avec un grand « Dj »». C’est la même «fascination de type romantique, même si c’est violent et sanglant (…) Les Khmers rouges et la révolution culturelle n’étaient pas très humanistes. Et on a certainement « romantisé » des figures comme Che Guevara qui était dans ses pratiques militaires plus brutales que ce qu’on en dit maintenant. C’était la violence qui fascinait. C’était la révolution pour soi-même. Olivier Roy
Il s’agit d’abord d’une dérive. Dérive de jeunes souvent venus, mais pas toujours, des zones grises et fragiles de la société – seconde génération d’immigrés, en précarité sociale, ayant tâté de la petite délinquance. Mais la dérive peut être plus personnelle, plus psychologique et moins liée à l’environnement social, comme on le voit chez les convertis (qui représentent 22 % des jeunes Français qui rejoignent le djihad en Syrie). Ce n’est pas une partie de la population française musulmane qui se tourne vers le djihad et le terrorisme, c’est une collection d’individus, de solitaires, qui se resocialisent dans le cadre d’une petite bande ou d’un petit groupe qui se vit comme l’avant-garde d’une communauté musulmane, laquelle n’a pour eux aucune réalité sociale concrète, mais relève de l’imaginaire : aucun n’était inséré dans une sociabilité de masse, qu’elle soit religieuse, politique ou associative. Ils étaient polis mais invisibles : « avec eux, c’était juste bonjour-bonsoir » est un leitmotiv des voisins effarés. Ils parlent pêle-mêle de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Tchétchénie, des musulmans massacrés dans le monde, mais aucun n’évoque le racisme, l’exclusion sociale ou le chômage, et ils ne citent la Palestine que parmi la litanie des contentieux. Bref, il faut se méfier d’une explication, populaire à « gauche », selon laquelle l’exclusion sociale et le conflit israélo-palestinien radicaliseraient les jeunes. Terroristes ou djihadistes, ils se construisent un statut de héros, de guerriers qui vengent le Prophète, l’oumma, la femme musulmane ; ils se mettent en scène (vidéos, caméras GoPro), ne préparent ni leur fuite ni de lendemains qui chantent, et meurent en direct à la une des journaux télévisés, dans un bref spasme de toute-puissance. Leur nom est sur toutes les lèvres : héros ou barbares, ils s’en fichent, l’effet de terreur et de renommée est atteint. En ce sens, ils sont bien le produit d’une culture nihiliste et individualiste de la violence que l’on retrouve dans d’autres secteurs de la jeunesse (chez les jeunes qui attaquent leur propre école, le « syndrome de Columbine »). Il y a beaucoup de rebelles en quête d’une cause, mais la cause qu’ils peuvent choisir n’est évidemment pas neutre. Un meurtre au nom de l’islam a un autre impact qu’un mitraillage dans une école commis par un élève, ou qu’une séance de torture ordonnée par un petit trafiquant de drogue. (…) On pourrait s’interroger sur ce consensus national, dont on exclut le Front national. On pourrait se demander si les participants à la « Manif pour tous » en font partie, eux qui croient qu’il y a un sacré que la liberté des hommes ne saurait remettre en cause. On pourrait enfin se demander si la « laïcité » ne fabrique pas à son tour un sacré qui échapperait à la liberté d’expression. Mais revenons au « retour du religieux » et au communautarisme. Tout montre que ce religieux n’est pas importé d’une culture étrangère, mais est reconstruit à partir d’une déculturation profonde des nouvelles générations. Le salafisme, qui en est l’expression la plus pure, rejette toutes les cultures à commencer par la culture musulmane et sa propre histoire. L’Arabie saoudite vient de détruire tout ce qui reste des sites historiques et archéologiques de La Mecque pour y construire des centres commerciaux à l’américaine consacrés au consumérisme contemporain. La Mecque aujourd’hui, c’est Las Vegas plus la charia. Déculturation et absence de transmission conduisent toute une génération à se construire un islam réduit à des normes explicites (charia) et à des slogans détachés de tout contexte social (djihad) ; la « communauté » n’a aucune base sociologique réelle (institutions représentatives, réseaux scolaires ou associatifs) : elle est la mise en scène d’elle-même et rentre en ce sens dans la société du spectacle. Le fanatisme, c’est la religion qui n’a pas, pas encore ou plus de culture. Historiquement, l’islam comme le christianisme se sont « enculturés », aujourd’hui religion et culture se séparent.  La question est donc non pas de « réformer » l’islam, mais de « culturer » l’islam en l’insérant dans la société française. En mettant en avant une conception de la laïcité qui exclurait le religieux de l’espace public, on contribue à « fanatiser » le religieux. Olivier Roy
Les commentateurs ont vu dans le vote pour Syriza un référendum contre l’austérité et, partout dans le monde, la gauche «radicale» veut y voir un soulèvement populaire contre les banquiers et la finance. Il y a du vrai dans cette analyse, bien qu’il faille rappeler que l’austérité n’est pas infligée aux peuples de manière absolument arbitraire. Si la Grèce a subi encore plus durement que les autres pays la crise des dernières années, c’est qu’elle avait grossièrement truqué ses comptes publics. Il arrive que la réalité reprenne ses droits. Les Grecs peuvent peut-être se poser comme victimes du système européen. Ils devraient aussi se reconnaître victimes de l’incurie de leurs élites. Mais la dérive de la Grèce allait au-delà des tricheries que nous connaissons. Elle symbolise, à bien des égards, la crise de l’État social à la grandeur de l’Occident. Dans la plupart des pays, la dette publique est devenue terriblement préoccupante. La gauche radicale n’y voit pourtant qu’un fantasme idéologique entretenu par des ultralibéraux pour justifier la déconstruction des services sociaux. Elle est le résultat d’un dérèglement de l’État social, qui laisse croire qu’une société peut vivre durablement au-dessus de ses moyens, sans que le système n’éclate un jour, tôt ou tard. Il y a probablement un mauvais usage de l’austérité: on ne saurait pourtant contester le nécessaire désendettement public. Il y a des limites à la déresponsabilisation des peuples. Et pourtant, il faut aller au-delà de la seule protestation contre l’austérité pour comprendre l’excitation autour de Syriza, d’autant qu’elle va bien au-delà des alliés naturels de ce mouvement. Les élections européennes de mai 2014 ne mentaient pas: la tentation de la révolte couve sur le vieux continent et le vote grec vient le confirmer. Le système médiatique avait accueilli les résultats en associant le vote populaire à une nouvelle maladie politique, l’europhobie, manière comme une autre de pathologiser l’attachement à la souveraineté et à l’identité nationales. (…) D’ailleurs, on sent l’intelligentsia soulagée de constater que le soulèvement populaire peut se mener à gauche. On le croit alors authentique. Aurait-elle applaudi avec autant d’énergie un parti en protestation contre l’Europe «austéritaire» qui se camperait à droite? (…) La souveraineté populaire a été vidée de son contenu partout en Occident, et particulièrement en Europe, par les cours de justice et la technostructure supranationale. On pourrait ajouter à ce portrait les médias dominants, qui délimitent l’espace du pensable et les marchés, qui misent sur leur prétendue infaillibilité pour rétrécir les choix économiques. Mathieu Bock-Côté
On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. (…) Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. Françoise Thom (2003)
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Le « bazar » qu’est Al-Qaida – on ne peut en effet plus y distinguer une quelconque structure hiérarchique – est composé d’un cercle mondial de personnes qui commettent des attentats tout simplement nihilistes, puisqu’on ne décèle plus aucun objectif définissable pour lesquels ces acteurs se battent. (…) Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager. (…) Al-Qaida est devenue une sorte d’agrégat dans lequel les relations personnelles avec les cadres ne sont plus nécessaires: il s’agit d’une pure idéologie, une idée selon laquelle le monde doit être « nettoyé » des infidèles et qu’il est en guerre, même dans des régions comme Casablanca, Madrid, Paris ou Londres où les gens n’ont pas le sentiment de vivre dans une situation de conflit. Si l’on considère Mohammed Siddique Khan et son message vidéo, on n’a l’impression qu’il se trouvait dans un autre pays qui s’appellerait par hasard « Angleterre ». Le monde est en guerre, et il s’agit de continuer la lutte. Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager. (…) Les kamikazes de Casablanca, par exemple, sont allés à pied pour rejoindre le lieu de leur attentat: ils n’avaient pas les moyens de payer un taxi. Comment s’imaginer alors qu’ils aient eu suffisamment d’argent pour entreprendre un voyage en Irak? Je crois qu’il s’agit d’une erreur d’affirmer que les attentats d’Al-Qaida soient liés à une notion de territoire. Même en Irak, on observe depuis environ une année des combats massifs entre la résistance sunnite et des militants qui se sont établis comme Al-Qaida, du fait que sur place, Al-Qaida a assassiné tellement de sheiks, de personnalités locales dans les cercles radicaux que même leurs alliés se sont retournés contre eux plutôt que de perpétrer des attentats sur les Américains.(…) L’attentat-suicide constitue l’ultima ratio de la lutte, mais peut perdre sa valeur s’il est utilisé de manière indiscriminée, comme ce fut le cas durant la guerre Iran-Irak où des centaines de milliers d’enfants ont été envoyés à la mort. Dans ce dernier cas, presque la moitié des familles des quartiers pauvres de Téhéran pourraient prétendre au titre de familles de martyrs. Mais cela crée des conflits puisqu’il n’y pas assez d’argent et qu’il est difficile d’honorer la mémoire de 50.000 personnes chaque année, alors que dans le cas du LTTE et du Hezbollah, il existe des reliquaires pour les martyrs dont on fête l’anniversaire et dont on se souvient. Mais cela ne peut fonctionner que si l’on sacrifie une trentaine de personnes en l’espace de 25 ans, comme dans le cas du Hezbollah. Ce qui se passe en Irak est lié à la désintégration générale d’Al-Qaida. (…) Dans le cas d’Al-Qaida et de sa façon arbitraire et indiscriminée de frapper, ceci aura probablement pour conséquence que l’attrait de l’attentat-suicide va diminuer. On a assisté à un phénomène similaire en Iran après les vagues de kamikazes durant le conflit avec l’Irak: il n’y a plus jamais eu de kamikazes iraniens du fait que la valeur du phénomène a été complètement dévaluée. On peut observer une baisse de l’attrait, mais dans une proportion moindre, dans la société palestienne, où l’on a assisté à d’énormes fluctuations que ce soit au niveau de l’approbation des attentats ou de leur nombre. Par exemple, après le début de la seconde Intifada, les attaques étaient presque quotidiennes, alors que maintenant où l’on assiste à une certaine lassitude, leur nombre a baissé de manière drastique. Dans le cas d’Al-Qaida, cette « réaction à retardement » fonctionne de manière ralentie puisqu’il ne s’agit pas d’un groupe militants limité, mais de ce qu’on pourrait qualifier de « crème de la crème » des ultra-radicaux de toutes les sociétés musulmanes.(…) Il y aura peut-être un problème avec ce qu’on appelle « Al-Qaida », du fait qu’elle opère comme une secte isolée et que malgré son manque de succès, elle trouvera toujours des gens pour se faire sauter, peut-être moins en Irak, mais en Allemagne ou dans des endroits où les mesures de sécurité sont beaucoup plus faibles et que l’on peut facilement se mélanger à des foules nombreuses. En principe, rien ne serait plus facile que de perpétrer un attentat-suicide en Allemagne où dans tous les endroits où il est possible de s’approcher d’une foule avec une camionnette remplie d’explosifs, ce qui est devenu impossible en Irak puisqu’il y a partout ces barrières de béton. (…) La fierté – qui est en fait également très ambivalente puisqu’il s’agit d’une fierté officielle, mais qu’au niveau privé les familles sont souvent accablées – que l’on retrouve dans les familles palestiniennes n’a pas été observé dans les familles irakiennes du fait que les familles ne sont souvent pas au courant et qu’une telle approbation publique n’existe pas en Irak. (…) C’est difficile à dire étant donné que la situation ressemble au jet d’un cocktail Molotov dans une mer de flammes, c’est-à-dire que les attentats-suicides ne constituent qu’une partie de la situation qui perturbe beaucoup la population. A cela s’ajoutent les nettoyages ethniques, c’est-à-dire qu’on assiste à de véritables chasses contre les sunnites, les chiites, les chrétiens. Les escadrons de la mort des groupes de confession sunnite et chiite font la chasse aux membres des autres confessions. Les enlèvements ont atteint un niveau tel que même de pauvres chauffeurs de taxi sont kidnappés, étant donné que tous les gens riches ont déjà été enlevés. Christoph Reuter (2007)
Dans les pays occidentaux, nous avons partout ce système d’allocations sociales qui est à peine utilisé par la population locale. D’un autre côté, il y a cette population immigrante dont les femmes ne peuvent être compétitives sur le marché du travail local. Pour les Danoises et les Allemandes, les allocations sont trop faibles pour être attractives. Pas pour les immigrants. Ce que l’on voit donc en Angleterre, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, ce sont des femmes issues de l’immigration qui complètent leur éventuel petit salaire par les deniers publics. Ce n’est pas un revenu extraordinaire, mais ça leur suffit. Et cela crée un genre de « carrière » réservé aux femmes, un modèle que leurs filles suivront. Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
C’est sous la tutelle de Yasser Arafat, le véritable père du terrorisme du Moyen-Orient moderne, les Palestiniens ont appris l’éthique flexible qui permet à des hommes de massacrer des femmes et des enfants et d’appeler cela de la « résistance. » Avec ce type de morale, le respect islamique traditionnel pour le martyre istishhad converti en cri de guerre moderne, l’évolution d’un combattant palestinien armé d’une mitraillette et de grenades en terroriste-suicide homme puis femme semble, rétrospectivement, inévitable. Entendre des mères musulmanes palestiniennes raconter fièrement comment elles avaient envoyé des fils mourir comme terroristes-suicide et se réjouir à présent à l’idée d’envoyer plus de fils ou de filles mourir pour la cause, on réalise la véritable horreur de ce que peut produire l’effacement des cultures traditionnelles par la face cachée de la modernité occidentale. Reuel Marc Gerecht
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Notre lutte est une lutte à mort. Ernesto Guevara (décembre 1964)
Il faut mener la guerre jusqu’où l’ennemi la mène: chez lui, dans ses lieux d’amusement; il faut la faire totalement. Ernesto Guevara (avril 1967)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse. (…) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (Minimanuel de guerilla urbaine, 1969)
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Comme au bon vieux temps de la Terreur, quand les gens venaient assister aux exécutions à la guillotine sur la place publique. Maintenant, c’est par médias interposés que la mort fait vibrer les émotions (…) Les médias filment la mort comme les réalisateurs de X filment les ébats sexuels. Bernard Dugué
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. Paul Berman
Le jihad n’est pas exigé si l’ennemi est deux fois plus puissant que les musulmans. (…) Quel intérêt y a-t-il à détruire un des édifices de votre ennemi si celui-ci anéantit ensuite un de vos pays ? A quoi sert de tuer l’un des siens si, en retour, il élimine un millier des vôtres ? Saïd Imam Al-Sharif alias Dr. Fadl (ex-idéologue d’Al Qaeda)
Il a attiré des convertis plus nombreux, plus jeunes, souvent issus des milieux populaires, qui voyaient en l’islam non plus une réalité extérieure, étrangère, voire exotique, mais au contraire un phénomène local et même souvent, de manière paradoxale, un facteur d’intégration! Paul Landau
Si les convertis jouent un rôle fondamental dans la stratégie islamiste, c’est parce qu’ils se trouvent justement à l’intersection de ces deux versants complémentaires de la stratégie de lutte contre l’Occident : certains deviennent des soldats du djihad, d’autres sont employés à des fonctions de da’wa. » (propagation de la foi) Paul Landau
Il y a, dans nos sociétés occidentales, un désaveu de la parole officielle et une suspicion généralisée de l’expertise et de l’innovation scientifique. (…) Il est de plus en plus difficile de cacher les choses et les complots. Mais paradoxalement, comme tout finit par se savoir, y compris les mensonges, le sentiment que l’on nous ment se développe. Gérald Bronner
Fin 2004, à partir d’une critique de l’hypercentralisme d’Al-Qaeda et surtout de la stratégie du 11 Septembre, qu’il estime politiquement néfaste car elle a permis aux Etats-Unis de détruire en réaction l’infrastructure afghane de Ben Laden, Al-Souri a construit les bases de ce qui deviendra ultérieurement le soi-disant Etat islamique, la dawla [«Etat» en arabe], comme on dit dans la jihadosphère. Il prônait la multiplication d’actes terroristes de vie quotidienne à des fins de provocations récurrentes dans les sociétés européennes, perpétrés par des musulmans européens visant juifs, intellectuels «impies», musulmans «apostats» et manifestations sportives pour affoler les sociétés occidentales et les faire surréagir – c’est la vieille rengaine gauchiste «provocation-répression-solidarité». A quoi s’ajoute l’idée que les Etats ne seront pas capables d’y faire face, que ça fera monter l’extrême droite qui va brûler les mosquées… et que l’Europe s’effondrera, avant de passer sous domination islamiste. C’est le primat du «rhizome» de Deleuze sur le centralisme léniniste – Al-Souri a vécu et étudié en France dans les années 80 -, projeté à l’ère de YouTube et décliné dans la grammaire du jihad. Il n’y a plus de «donneur d’ordre» et «d’exécutants», comme à l’époque de Ben Laden. Tout est endoctrinement, entraînement militaire et mise en œuvre, avec une assez large marge d’initiative pour de petites cellules fortement idéologisées par «l’inspiration» – d’où le titre du magazine en ligne anglophone d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique, Inspire. Quand l’Américano-Yéménite Aulaqi l’a créé, Al-Qaeda était encore le brand le plus célèbre du monde avec Coca. Aujourd’hui, c’est – plus ou moins – Daech. Mais ils ont un problème de label, entre Daech, Isis, Isil et Dawla, qui finira par nuire à leur recherche de notoriété. (…) L’Etat islamique a un territoire, à la différence d’Al-Qaeda. En Irak, il s’est greffé sur la revendication arabo-sunnite de créer un «Sunnistan», à cheval aussi sur la Syrie, et, en ce sens, il aspire des sunnites du monde entier qui viennent l’aider dans sa guerre tribale contre les chiites, les Kurdes, les alaouites, les chrétiens – avant d’être réinjectés, une fois aguerris, pour mener le jihad dans leur pays de départ. Il y a articulation entre les divers territoires du jihad, unifiés par le miroir du monde virtuel : le dialogue ahurissant des frères Kouachi, traqués dans l’imprimerie de Dammartin-en-Goële [Seine-et-Marne], en direct avec BFM TV est en ligne et sous-titré en arabe, à des fins d’édification et de prosélytisme, sur de nombreux sites islamistes du Moyen-Orient. (…) C’est un bricolage sophistiqué qui s’attaque à un symbole très fort : aux valeurs et à la culture de l’adversaire, avec pour message basique : «On a su vous détruire là où vous nous aviez offensés.» Dans la jihadosphère, de même que Merah a eu des milliers de «likes», il y a un certain nombre de gens qui rendent gloire aux trois «héros». Du reste, à la fin de sa vidéo, Coulibaly raconte qu’il est allé faire la tournée des mosquées pleines d’Ile-de-France, qu’il y a vu des milliers de jeunes gens en bonne santé et qu’ils doivent suivre son exemple. L’objectif est l’émulation. Mais est-ce que les terroristes potentiels vont bénéficier d’un effet «poisson dans l’eau» ou, au contraire, seront-ils identifiés, marginalisés et dénoncés comme ce fut le cas dans l’Hexagone lorsque la guerre civile algérienne y a débordé ? La réponse politique doit certainement recréer ces conditions. Dans la communication des autorités, il est fondamental de rappeler à l’ensemble de notre société que, parmi les victimes de prédilection des jihadistes, il y a aussi les musulmans désignés par eux comme «apostats», comme c’est le cas du brigadier Ahmed Merabet qui a été délibérément abattu à terre boulevard Richard-Lenoir. Et que la plupart des victimes de Daech sont des musulmans…(…) Comment retisser un lien social plus prégnant aujourd’hui, c’est toute la question. A la guerre que Daech tente de mener en Europe, il ne faut pas répondre par la guerre mais par des opérations de police efficientes et par l’éducation. Les retours mitigés sur la réaction de certains élèves à la minute de silence en mémoire des victimes en rappellent la nécessité. Se pose aussi en urgence absolue la question du monde carcéral, qui est aujourd’hui l’école supérieure du jihadisme en France, comme l’ont démontré les itinéraires de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, devenus ce que nous avons vu à cause de leur fréquentation de l’idéologue jihadiste Djamel Beghal en prison, puis lorsqu’il était assigné à résidence au cœur de notre France rurale. Gilles Kepel
The guerrilla fights the war of the flea, and his military enemy suffers the dog’s disadvantages: too much to defend; too small, ubiquitous, and agile an enemy to come to grips with. Robert Taber
Al-Suri pensait également que l’Afghanistan des Talibans était une sorte de véritable Etat islamique et que ce dernier devait constituer la base pour étendre la lutte. C’était une sorte «d’espace libéré», le premier dont les jihadistes bénéficiaient dans l’ère moderne après la chute de l’Empire ottoman. Zawahiri en parle également dans son livre Les Chevaliers sous la bannière du Prophète: l’objectif est de créer des zones libérées comme bases pour l’extension de la lutte. Ces «zones libérées» jouent donc un rôle fondamental dans la pensée de Suri et de Zawahiri ainsi que des idéologues plus récents comme Abu Bakr Nadji. C’était également une doctrine centrale de la pensée de gauche sur la guérilla. Al-Suri pensait que l’insistance de Ben Laden sur sa stratégie médias et son absence de consultation des Talibans ne constituait pas une stratégie intelligente. Al-Suri ne pensait pas qu’il était problématique de parler aux médias occidentaux. En fait c’est même lui qui avait organisé une rencontre de Ben Laden avec CNN et il a joué le rôle de conseiller médias de Ben Laden durant la période 1996-1997. Il semblerait donc qu’Al-Suri (et beaucoup d’autres) n’étaient pas très à l’aise avec les attaques du 11 septembre: le mouvement jihadiste n’y était pas préparé, le régime des Talibans n’y était pas préparé. Ces attaques ont ainsi été interprétées comme une «trahison» de l’hospitalité offerte par le régime des Talibans. Pourtant, même s’il est critique, Al-Suri est ambivalent sur ces attaques: d’un côté, ces attaques ont eu un impact phénoménal sur la situation mondiale et les Etats-Unis. Comme Al-Suri pensait que tôt ou tard une confrontation aurait été nécessaire avec les Etats-Unis, ces attaques allaient dans la bonne direction. Dans cette perspective, Ben Laden a tourné les yeux de tous les jihadistes vers un seul ennemi au lieu de se focaliser sur une multiplicité de problèmes et d’ennemis plus locaux. A cet égard, il s’agissait pour Al-Suri d’une attaque intelligente, même s’il ne la soutient pas totalement du fait du manque de préparation des jihadistes et de la perte de nombreux cadres et soutien. (…) Al-Suri a commencé à parler de cette nécessité d’une décentralisation du jihad au moins une décennie avant les attaques du 11 septembre. La première fois qu’il aborde ce besoin d’abandonner des organisations hiérarchiques régionales pour une approche plus globale, basée sur des réseaux plus ou moins sans leader, décentralisés, est en 1991 déjà dans le cadre de différents séminaires tenus à Peshawar. On peut également affirmer qu’à cette époque ses auditeurs n’avaient pas véritablement saisi cette idée. A l’époque où il commence à rédiger les premières ébauches de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale, Al-Suri n’était pas considéré comme assez important dans la hiérarchie pour être pris suffisamment au sérieux. Il s’est fait mieux connaître dans les cercles jihadistes au milieu des années 1990, notamment en tant qu’auteur de l’ouvrage Al-Tajruba (ou Révolution Islamique Jihadiste en Syrie). Ce livre d’environ 900 pages sur l’expérience jihadiste syrienne, écrit à la fin des années 1980 et publié en 1991 à Peshawar représente son premier succès comme auteur jihadiste. La première esquisse de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale a été élaborée dans un petit article d’une trentaine de pages, imprimé à 1.000 exemplaires à Peshawar en 1991 et diffusé à cette époque. Suri dit lui-même qu’en plus de cette publication, il a également discuté ses idées avec d’autres jihadistes à Londres au milieu des années 1990. A l’époque, Londres était la «capitale européenne» des jihadistes et des organisations comme le Jihad Islamique égyptien, des groupes jihadistes libyens, le Groupe Islamique Armé (GIA) algérien et d’autres y étaient représentés. Après la chute du Mur, le renforcement de la coopération anti-terroriste internationale a joué le rôle d’un détonateur et Al-Suri a commencé à répandre sa doctrine en argumentant que, du fait de cette coopération renforcée et de la fin de la Guerre Froide, il n’était plus possible de maintenir le modèle des tanzim, c’est-à-dire des organisations hiérarchiques régionales traditionnelles. De plus, les zones de repli et l’hospitalité de certains Etats qui avaient accueilli le leadership de certaines organisations étaient portées à disparaître du fait de la nouvelle situation internationale. Dans cette perspective, Suri parle beaucoup du «Nouvel Ordre Mondial» et de ses conséquences. C’est l’un des auteurs jihadistes qui se focalisent le plus sur la nouvelle donne géopolitique et ses implications. Et petit à petit, au fil des années 1990, un nombre croissant de gens ont commencé à considérer les idées d’Al-Suri comme correctes et surtout utiles. Outre le nouvel ordre mondial, un autre facteur qui a influencé la transformation et la décentralisation des organisations jihadistes a été l’émergence d’Internet. Dans ces années-là, Al-Suri a souligné l’importance de cet instrument. Il avait même mis en ligne son propre site avant 2001. Même si Internet n’était pas aussi développé dans les années 1990, celui-ci a tout de même influencé les jihadistes dans la mesure où ils ont adopté une approche plus orientée vers les réseaux que vers les organisations hiérarchiques. Quant aux références à Internet dans ses écrits, il cite «la toile» dans un entretien avec un journal arabe en 1999 et en 1996-1997 et il parle également de la nécessité de créer un site pour son bureau des médias de Londres. Il ne s’intéresse ici pas à la réalisation concrète, mais plutôt à Internet en tant qu’idée. C’est pour cela que j’ai intitulé mon livre Architect of Global Jihad, dans la mesure où Al-Suri est plutôt un stratège qui pose un cadre mais ne s’intéresse pas aux détails de la mise en œuvre. (…) Il est probable qu’Al-Suri ait lu les Turner Diaries de William Pierce. Dans tous les cas, il écrit qu’il aurait lu entre 50 et 60 livres sur la théorie de la guérilla lorsqu’il vivait en Espagne et en France au milieu des années 1980. Un livre qu’il utilise beaucoup est celui de Robert Taber, The War of the Flea traduit en arabe comme la «Guerre des opprimés» (harb al mustad’afin). Al-Suri a utilisé ce livre dans les camps d’entraînement en Afghanistan. Dans certains de ses cours, celui-ci va même jusqu’à lire cet ouvrage, à s’arrêter, à faire des commentaires et à continuer à lire. Al-Suri pensait donc qu’il s’agissait d’un livre très important. Il est intéressant de constater qu’il s’agit d’un livre écrit par un auteur américain et qu’Al-Suri a été critiqué par les franges salafistes les plus radicales et conservatrices pour avoir utilisé et parlé des expériences des guérillas d’extrême gauche. Ces franges n’étaient pas à l’aise avec le fait qu’Al-Suri parle des expériences de guérilla communistes, combattues pendant la guerre d’Afghanistan. Je n’ai cependant pas trouvé dans les écrits d’Al-Suri une référence explicite au concept de résistance sans leader de Beam. Al-Suri utilise le terme de «décentralisation» de manière répétée et consciente. On peut cependant dire qu’Al-Suri n’aurait probablement aucun problème idéologique à citer Beam. (…) Je pense que l’environnement qui prévaut depuis le 11 septembre – la surveillance accrue, le renforcement des mesures de lutte anti-terroriste, les nouvelles législations contre le financement du terrorisme, les nouvelles conditions de détention, la destruction des camps d’entraînement, la disparition des zones de repli à l’exception des zones tribales entre le Pakistan et l’Afghanistan – ont fortement restreint l’activité terroriste et les possibilités d’actions terroristes jihadistes. Pour le dire autrement, le monde tel qu’on le connaît depuis le 11 septembre a «imposé sa présence» au mouvement jihadiste et de ce fait la doctrine du nizam, la tanzim a commencé à être appliquée, souvent de manière inconsciente. Cette évolution a été également été dictée par la nécessité pour chaque organisation secrète d’une certaine «compartimentalisation» de ces activités afin d’en minimiser le degré de vulnérabilité. En d’autres termes, par sa conceptualisation du nizam, la tanzim, Al-Suri ne fait qu’expliciter, verbaliser une évolution qu’on retrouve sur le terrain, dictée par un nouvel environnement. Dans cette perspective, l’approche «historique» d’Al-Suri et sa volonté de tirer des leçons des erreurs passées est importante. Il ne faut cependant pas se focaliser uniquement sur le nizam, la tanzim et considérer qu’Al-Suri ne défend que le terrorisme du jihad individuel, la résistance jihadiste sans leader. En fait, il défend ce slogan et cette forme d’action individuelle uniquement lorsque les circonstances l’exigent et ne permettent aucune autre alternative, comme par exemple la mise sur pied de camps d’entraînements dans des zones «libérées» comme ce fut le cas en Afghanistan. Al-Suri insiste beaucoup sur la nécessité de créer une entité comparable à un Etat lorsque les conditions sont réunies, mais après la chute du régime taliban, il n’était pas très optimiste quant à cette possibilité. Il aurait très intéressant de savoir ce qu’auraient été ces commentaires, s’il avait écrit en 2008, à l’heure où il y aurait de nouveaux camps d’entraînement du côté pakistanais de la frontière. Il est également intéressant d’observer qu’il a changé sa perspective après le 11 septembre et qu’il est devenu plus pessimiste sur le futur et la possibilité de créer des territoires libérés. A l’heure actuelle, il aurait probablement retrouvé un peu d’optimisme. En fait, l’idée de résistance sans leader est considérée par Al-Suri comme l’option de dernier recours à utiliser lorsque toutes les autres formes de guerre échouent – ou ont échoué. Il ne dit en aucun cas qu’il s’agit de la meilleure option, mais il est très explicite sur le fait qu’il s’agit de l’option de dernier recours. En plus de la résistance sans leader, il parle également de la lutte sur des «fronts ouverts» (comme en Irak ou en Tchétchénie). Il argumente également en faveur d’attaques avec des armes de destruction massive ou du moins qu’il s’agit d’une option à explorer. En se focalisant sur la résistance sans leader, sur les actions par des individus au niveau local, Al-Suri étend la portée du jihad. Ce qui est fondamental ici, c’est que la lutte ne soit pas restreinte à une élite: Suri veut «démocratiser» le jihad, l’amener aux gens. Mais sa théorie ne s’intéresse pas uniquement à la lutte armée, mais également à d’autres activités comme le soutien politique, médiatique au mouvement jihadiste. Pour revenir à cette idée de démocratisation du jihad, Al-Suri pense qu’il doit être un mouvement de masse et non la lutte d’une petite élite – comme ce fut par exemple le cas du Jihad Islamique égyptien – du fait que cette élitisme est la cause de la défaite. (…) En fait, la faiblesse principale d’un terrorisme du jihad individuel est la difficulté d’organisation et d’action pour des individus qui agissent d’eux-mêmes sans avoir été entraînés. Cependant, les actions d’individus au niveau local, même s’ils ne font pas beaucoup de dégâts ou de victimes, le simple fait que des actions soient organisées de manière spontanée est une victoire en soi. Pour lui, l’objectif de ces actions spontanées est leur propagation d’un individu à un autre et l’inspiration fournie par l’exemple individuel. En considérant que la communauté musulmane, l’oumma, comprend 1,5 milliard d’individus, il n’est pas nécessaire qu’un fort pourcentage de la population agisse pour créer une vague de violence contre l’Occident. Du fait de l’attention médiatique suscitée par des événements terroristes, Al-Suri a, dans un certain sens, raison: une action violente n’a pas besoin d’être très importante pour susciter un large impact médiatique. (…) Cela dépend du «front» dont vous êtes en train de parler. Si l’on parle par exemple de l’Afrique du Nord, Al-Qa’ida a fait d’énormes progrès. Par contre, si vous parlez du front irakien, Al-Qa’ida devrait probablement concéder que la lutte n’est à l’heure actuelle pas un succès. Si, en revanche, vous prenez l’Afghanistan, le mouvement jihadiste s’y porte plutôt bien, à condition évidemment que l’alliance entre les Talibans et Al-Qa’ida se maintienne, ce que je ne pense pas. Dans le cas contraire, Al-Qa’ida sera en grand péril. (…) Si l’on considère que l’une des priorités d’Al-Qai’da était de frapper à nouveau aux Etats-Unis, on peut dire que le mouvement a lamentablement échoué, même s’il y a eu des tentatives mineures d’attentats. Une des différences avec la situation en Europe est la difficulté d’Al-Qa’ida de s’implanter aux Etats-Unis, et donc que leurs capacités dans ce pays sont réduites. Mais il est également possible qu’Al-Qa’ida ne veuille pas aider l’Administration américaine et offrir un soutien populaire à la guerre contre le terrorisme du président Bush en perpétrant un attentat sur sol américain. De plus, le document stratégique qui a été publié avant les attaques de Madrid fait clairement référence et insiste sur la nécessité d’attaquer les alliés américains plutôt que les Américains eux-mêmes pour les isoler et les priver de leurs alliés. Selon ce document, en cas d’isolement américain, la guerre en Irak et en Afghanistan deviendra tellement onéreuse qu’ils seront défaits économiquement. La stratégie économique d’Al-Qa’ida ne devrait pas être sous-estimée: le réseau de Ben Laden veut rendre cette campagne la plus coûteuse possible du fait que le pilier de la puissance militaire américaine est son économie. De ce fait, je pense que la question du succès d’Al-Qa’ida dépend de la manière d’interpréter sa stratégie: du point de vue de sa capacité à repousser les Etats-Unis hors du monde musulman, je pense qu’Al-Qa’ida a obtenu des succès raisonnables ces dernières années. Cependant, d’un point de vue idéologique, Al-Qa’ida est beaucoup plus faible actuellement qu’il y a quelques années. (…) Selon moi, Al-Qa’ida est toujours en mesure d’exercer une certaine pression sur les Etats européens. J’en veux pour preuve le retrait de troupes en Irak par certains alliés des Etats-Unis et les débats autour du maintien de la présence en Afghanistan. Ces derniers ont pris de l’ampleur dans de nombreux pays, y compris la Norvège. Après les attentats de Londres, on a assisté à un certain nombre de tentatives. Pourtant même si ces actions n’ont causé aucun mort, des pays comme la Grande-Bretagne ont continué à renforcer leur législation anti-terroriste et cette législation est en train d’aliéner les musulmans britanniques et crée une forme d’animosité au sein de la société britannique. De plus, les Etats européens continuent à engager des moyens considérables pour lutter contre l’extrémisme musulman et ceci montre que malgré l’absence d’attaques réussies, Al-Qa’ida est capable de créer une pression sur les Etats européens et, à long terme, peut affaiblir la volonté de ces Etats à s’engager dans la lutte contre le terrorisme en Irak ou en Afghanistan. Ce n’est donc pas un succès total, mais pas non plus un échec retentissant. Il est toujours difficile de dire pour les organisations de guérilla ou terroristes si elles ont échoué ou pas, cependant leur simple survie, malgré les moyens engagés pour mettre un terme à leurs activités est déjà en soi une victoire. Je crois qu’il y a une autre logique qui permette de mesurer la victoire ou la défaite de telles organisations. (…) Sageman (…) a beaucoup insisté sur le fait que son analyse n’était pas exclusive, c’est-à-dire que d’une part l’organisation centrale d’Al-Qa’ida est toujours en place et qu’il faut tout faire pour mettre un terme à cette organisation, mais il existe un autre jihad, le jihad sans leader qui est tout aussi important. Et je pense qu’il a raison. Son analyse ne prend cependant pas en considération le fait que l’organisation centrale d’Al-Qa’ida s’est renforcée ces dernières années par sa présence dans les zones frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan. Il s’agit là d’un développement majeur. Du fait de ce renforcement, il a été possible de recommencer à envoyer des gens dans des camps d’entraînement dans ces zones. Cela a par exemple été le cas pour les militants de l’Union du Jihad Islamique arrêtés l’an dernier en Allemagne. En conclusion, on a observé que toute organisation terroriste meurt à un moment ou à un autre. Je me souviens d’une discussion récente avec un membre d’un service de sécurité européen sur Al-Qa’ida et la culture des jeunes (youth culture). Selon lui, certains de ces militants veulent être cool et, dès le moment où être un jihadiste cessera d’être cool, le mouvement du jihad s’arrêtera. Ceci n’explique évidemment pas tout, mais je pense que c’est l’un des éléments de la problématique. Si l’on lit et écoute les discours de Ben Laden, on constate que ceux-ci sont principalement dirigés vers des hommes jeunes entre 15 et 25 ans. Je pense que la culture des jeunes joue un certain rôle dans le phénomène jihadiste en Europe occidentale. Brynjar Lia (2008)
When it comes to strategy, close readings of the documents suggest that Al Qaeda draws its ideas less from classical Islam than from a broad array of sources in 20th-century guerrilla warfare, as well as older European and Chinese military strategists. Its books and articles refer to the ideas of Mao, Che Guevara, Regis Debray, the Vietnamese strategist General Giap, Fidel Castro, and even the somewhat obscure Brazilian urban guerrilla Carlos Marighella. They are secular and analytic, and do not rely on religious arguments as a detailed guide to action. To study Al Qaeda’s strategic literature is to realize that we should understand it primarily as a new type of revolutionary group—one that is, in fact, less classically “Islamic” than Maoist. It is a modern ideology built on Al Qaeda’s distorted version of Islam, one that is rejected by mainstream Islamic scholars. And this deeper understanding may give us new tools in what is shaping up to be a long fight against Al Qaeda’s influence. (…) The most influential strategic documents appear to be anything but religious in origin. For example, Al Qaeda strategist and trainer Abu Mus‘ab al-Suri wrote in his voluminous “The Call to Global Islamic Resistance” that one of the most important books on guerrilla warfare has been written by an American. That book, published in 1965, is “War of the Flea,” by Robert Taber, an investigative journalist who covered Castro’s operations in the late 1950s. The title refers to Mao’s often-cited analogy that guerrilla warfare is like the attack of a weak flea against a powerful dog. The flea first agitates the dog with a few bites, and then the dog attacks itself in a frenzy but is unable to kill the flea; as the bites multiply and other fleas join, the dog is weakened and eventually dies. Taber’s book, a classic popular study of insurgencies, examines how guerrillas end up succeeding or failing in wars against overwhelmingly powerful enemies. The book’s title was translated into Arabic as, approximately, “The War of the Oppressed”; a more literal translation would be “the war of those thought to be weak.” The message is clear: If you feel weak, this book shows you how to be strong.(…) Al Qaeda’s fundamental approach, as multiple authors explain in various texts, mirrors classic Maoist three-stage strategy. First, small groups weaken a government’s hold on a remote area; then they establish themselves in villages or communities to consolidate their power and expand. Finally, they join with similar groups until a large area is under their control, as the government withdraws and ultimately falls. Such an effort is underway in North Africa, the Sinai, Syria, Iraq, and South Asia. The goal may be couched in Islamic terms, but the methods are profoundly secular. Violence for Al Qaeda, as in classic guerrilla strategy, always has a political objective.(…)  It is evident from their writings that, like Osama bin Laden in his last days, these authors know that ordinary Muslims find their violent tactics to be morally offensive. To this they have no real answer except that they are following the universal laws of war, which are the same to establish a religious state or a secular state. In other words, if you agree with their goal of establishing a strict Islamic state, then the ends justify the means. (…) During the Cold War, the country invested a great deal of effort in understanding the enemy’s ideology. But that battle of ideas was perhaps simpler. Our communist adversaries had a worldview that we understood and that had its origins in Western thinking; we were confident that our own system offered a more attractive model to the world. In the fight against Al Qaeda, the United States has largely stayed away from the ideological battle because of concerns that any information campaign would involve counterproductive arguments about Islam. Focusing on the secular origins of Al Qaeda’s violent strategies, however, gives the United States a new kind of leverage—an opening to publicize the worst aspects of Al Qaeda’s ideology, which are just as alien to our Muslim allies and American Muslims as they are to other Americans. Al Qaeda’s military doctrines have resulted in the deaths of many more Muslims than non-Muslims; their call for eternal jihadism is a recipe for endless urban and rural warfare. They have no theory of stable government beyond the clichés in their propaganda. What is clear, based on the intolerance and dedication to violence enshrined in its strategic literature, is that the communities most immediately at threat are the surrounding Muslim ones. That is not a sentiment likely to show up in the group’s public propaganda. But it’s a fact that the United States has a very good incentive to recognize and to communicate to the passive and sometimes sympathetic public that Al Qaeda depends on for its very existence. Once we have fully absorbed Al Qaeda’s strategic literature, it will give us ample material to use against them, in their own words. Michael W. S. Ryan

Attention: un livre peut en cacher un autre !

A l’heure où la menace terroriste se rapprochant, ce n’est pas tant charlie qu’israéliens que nous nous découvrons …

Et où pour ménager tant la rue arabe que nos riches amis saoudiens et qataris, nombre de nos dirigeants comme de nos médias se refusent toujours et même explicitement à appeler la menace islamiste par son nom …

Pendant que, devant la trahison à présent patente de leurs nouveaux damnés de la terre, nos néo-staliniens en France tentent de se raccrocher aux bonnes vieilles branches de l’anticapitalisme …

Et que la victimisation continue à faire recette tant en Grèce qu’en Espagne

Comment ne pas voir, comme le rappelait René Girard au lendemain des attentats du 11 septembre, qu’entre effacement des cultures traditionnelles et rivalité mimétique à l’échelle planétaire, que l’islam ne fait que « fournir aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme » ?

Et donc qu’à l’instar de leurs manuels stratégiques comme le confirme le chercheur américain Michael Ryan, les djihadistes ne sont pas autre chose que des occidentaux honteux ?

What Al Qaeda learned from Mao
The surprisingly secular guerrilla strategy behind the would-be Islamist revolution

Michael W.S. Ryan

Globe Correspondent

September 22, 2013

Twelve years after its horrifying attack on the United States and two years after Osama bin Laden’s death, Al Qaeda is still very much alive—dispersed, but with a critical role in the violence in Syria, Iraq, Yemen, and elsewhere. Its leaders and locations have changed, but its ideology has proved tenacious and adaptable.

We often misunderstand what that ideology is. Americans generally discuss Al Qaeda chiefly as an Islamist group, one fanatically dedicated to imposing its harsh version of Islamic law on the Middle East and to extinguishing all American presence there.

But there are many active Islamist organizations, and among them Al Qaeda is distinct—unique both in its single-minded focus on the United States and in its approach to violence. To fight its influence requires more than just tracking its personnel or analyzing its tactics: It requires grasping the deeper strategies and long-range thinking that set it apart and help create its mystique.

Al Qaeda’s strategic foundations are laid out in a variety of documents written by its ideologues and trainers. Originally produced secretly for training recruits and as a legacy for future generations of jihadi guerrillas, the documents began to emerge in the early 2000s—published on jihadist forums, stored on commercial websites, or confiscated from terrorist safe houses and training camps by local police or military.

What this body of work reveals might strike even informed readers as surprising. When it comes to strategy, close readings of the documents suggest that Al Qaeda draws its ideas less from classical Islam than from a broad array of sources in 20th-century guerrilla warfare, as well as older European and Chinese military strategists. Its books and articles refer to the ideas of Mao, Che Guevara, Regis Debray, the Vietnamese strategist General Giap, Fidel Castro, and even the somewhat obscure Brazilian urban guerrilla Carlos Marighella. They are secular and analytic, and do not rely on religious arguments as a detailed guide to action.

To study Al Qaeda’s strategic literature is to realize that we should understand it primarily as a new type of revolutionary group—one that is, in fact, less classically “Islamic” than Maoist. It is a modern ideology built on Al Qaeda’s distorted version of Islam, one that is rejected by mainstream Islamic scholars. And this deeper understanding may give us new tools in what is shaping up to be a long fight against Al Qaeda’s influence.

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The first unclassified evidence of Al Qaeda’s thinking about guerrilla warfare surfaced in December 2001 after the American journalist Alan Cullison, assigned to cover events in Kabul, had an accident in the wilds of the Hindu Kush that destroyed his laptop. When he bought a used computer in Kabul, he came into possession of a hard drive previously owned by Ayman al-Zawahiri, then bin Laden’s deputy. Cullison bought it from a man who claimed he had stolen it the day before Al Qaeda’s leadership fled Kabul after the collapse of the Taliban government.

This hard drive contained a book written by al-Zawahiri about jihadist insurgencies in Egypt, titled “Knights Under the Prophet’s Banner.” It also included many other professional-grade documents about espionage and security. A section titled “The Future of the Jihadist Movement” outlined some of Al Qaeda’s long-range strategies and would later be the basis for further writings by the leadership’s advisers and lieutenants.

Thousands of pages of documents have emerged since then, laying out Al Qaeda’s ideology, military doctrine, and tactics. In 2004, the Norwegian scholars Brynjar Lia and Thomas Hegghammer coined the term now used to describe this body of writings: “jihadi strategic studies,” the collective efforts of a radical group to adapt the lessons of the past into a modern guide to action. Since 2008, I have been among the growing number of scholars and experts trying to unlock what they tell us about Al Qaeda.

The most influential strategic documents appear to be anything but religious in origin. For example, Al Qaeda strategist and trainer Abu Mus‘ab al-Suri wrote in his voluminous “The Call to Global Islamic Resistance” that one of the most important books on guerrilla warfare has been written by an American. That book, published in 1965, is “War of the Flea,” by Robert Taber, an investigative journalist who covered Castro’s operations in the late 1950s. The title refers to Mao’s often-cited analogy that guerrilla warfare is like the attack of a weak flea against a powerful dog. The flea first agitates the dog with a few bites, and then the dog attacks itself in a frenzy but is unable to kill the flea; as the bites multiply and other fleas join, the dog is weakened and eventually dies.

Taber’s book, a classic popular study of insurgencies, examines how guerrillas end up succeeding or failing in wars against overwhelmingly powerful enemies. The book’s title was translated into Arabic as, approximately, “The War of the Oppressed”; a more literal translation would be “the war of those thought to be weak.” The message is clear: If you feel weak, this book shows you how to be strong.

Except for history and military buffs, few Americans today read Taber’s book in English; similarly, few Al Qaeda terrorists would have read it in Arabic. But its lessons ended up embedded in Al Qaeda’s philosophy and insurgency campaigns. Al-Suri even recorded a lecture course on the book, and both the failed mid-2000s terrorist campaign in Saudi Arabia and the current war in Yemen bear its imprint.

Other Al Qaeda authors have drawn on guerrilla thinkers from very different parts of the globe. Abu Ubayd al-Qurashi (a pseudonym for a bin Laden adviser), in his article “Revolutionary Wars,” translates the Vietnamese General Giap’s characterization of guerrilla warfare in his book “People’s War People’s Army” into Arabic: “a type of war in which the weak side, with poor equipment, takes refuge among the masses to fight a powerful enemy, which possesses superior equipment and technology.” To al-Qurashi, the ultimate American withdrawal from Vietnam offers a lesson in how the psychological costs of guerrilla warfare can break a powerful nation’s will to keep fighting.

Al Qaeda’s fundamental approach, as multiple authors explain in various texts, mirrors classic Maoist three-stage strategy. First, small groups weaken a government’s hold on a remote area; then they establish themselves in villages or communities to consolidate their power and expand. Finally, they join with similar groups until a large area is under their control, as the government withdraws and ultimately falls. Such an effort is underway in North Africa, the Sinai, Syria, Iraq, and South Asia. The goal may be couched in Islamic terms, but the methods are profoundly secular. Violence for Al Qaeda, as in classic guerrilla strategy, always has a political objective.

Al Qaeda’s books and articles on strategy in Arabic and occasionally in translation can now be easily found on the Internet, if one knows where to look. Besides al-Suri’s “The Call to Global Islamic Resistance” and al-Qurashi’s articles “Revolutionary Wars” and “Fourth Generation Warfare,” they include Abu Bakr Naji’s “The Administration of Savagery,” Abdul Aziz al-Muqrin’s “A Practical Course for Guerrilla War,” and many more. All the authors mentioned here were active jihadists and close to Al Qaeda’s leadership; all were killed in insurgency operations or captured by local forces by 2006.

But their work survives. Though Al Qaeda is increasingly fragmented, and some observers see it less as a single organization than a banner for various insurgents to fight under, these strategies and Al Qaeda’s ideology do appear to bind them together. The current leader of Al Qaeda in Yemen, for example, has credited Naji’s book for the group’s strategy today while expounding Al Qaeda’s ideology in his propaganda.

The principles of warfare these writers espouse are by no means mainstream in the countries where they lived. It is evident from their writings that, like Osama bin Laden in his last days, these authors know that ordinary Muslims find their violent tactics to be morally offensive. To this they have no real answer except that they are following the universal laws of war, which are the same to establish a religious state or a secular state. In other words, if you agree with their goal of establishing a strict Islamic state, then the ends justify the means.

***

In the fight against Al Qaeda thus far, this strategic literature has taken a back seat to tracking its propaganda, tactics, and actual activities. This is understandable: Military and police operations against terrorist cells and groups depend on actionable information, and strategic writings don’t tell us where the group’s terrorists might strike next.

But in the long term, understanding its strategy is crucial. Perhaps Al Qaeda’s greatest strength has been its ability to rise out of the ashes of miserable defeat, recruit more young men, and continue its long war against the established order. Understanding the strategy, ideology, and “heroic” history its strategists write about is key to winning the deeper battle to prevent Al Qaeda from refilling its ranks when our operations decimate them.

This kind of analysis has helped the United States before. During the Cold War, the country invested a great deal of effort in understanding the enemy’s ideology. But that battle of ideas was perhaps simpler. Our communist adversaries had a worldview that we understood and that had its origins in Western thinking; we were confident that our own system offered a more attractive model to the world. In the fight against Al Qaeda, the United States has largely stayed away from the ideological battle because of concerns that any information campaign would involve counterproductive arguments about Islam.

Focusing on the secular origins of Al Qaeda’s violent strategies, however, gives the United States a new kind of leverage—an opening to publicize the worst aspects of Al Qaeda’s ideology, which are just as alien to our Muslim allies and American Muslims as they are to other Americans. Al Qaeda’s military doctrines have resulted in the deaths of many more Muslims than non-Muslims; their call for eternal jihadism is a recipe for endless urban and rural warfare. They have no theory of stable government beyond the clichés in their propaganda.

What is clear, based on the intolerance and dedication to violence enshrined in its strategic literature, is that the communities most immediately at threat are the surrounding Muslim ones. That is not a sentiment likely to show up in the group’s public propaganda. But it’s a fact that the United States has a very good incentive to recognize and to communicate to the passive and sometimes sympathetic public that Al Qaeda depends on for its very existence. Once we have fully absorbed Al Qaeda’s strategic literature, it will give us ample material to use against them, in their own words.

Michael W. S. Ryan is a senior fellow at the Jamestown Foundation and a Middle East Institute scholar. He studied Arabic for his PhD at Harvard and at the American University in Cairo, and is author of “Decoding Al Qaeda’s Strategy: The Deep Battle Against America,” published last month.

Voir aussi:

Abu Musab Al-Suri, architecte du jihad global – Entretien avec Brynjar Lia
Jean-Marc Flükigel
Terrorisme.net
25 juillet 2008

Arrêté en 2005, Mustafa Sethmariam Nasar, mieux connu sous le nom d’Abu Musab Al-Suri, est considéré comme le principal idéologue de la troisième génération du jihad salafiste. Moins connu en Occident que le numéro deux d’Al-Qa’ida Ayman Al-Zawahiri ou le Palestinien Abdullah Azzam, Abu Musab-Al-Suri n’en est pas moins extrêmement influent dans les sphères de la militance islamiste armée et a inspiré, par ses écrits, de nombreux jihadistes.

Dans la perspective d’une meilleure connaissance de cette figure centrale, Terrorisme.net propose à ses lecteurs une interview de Brynjar Lia, Professeur de recherches à l’Etablissement norvégien de recherches sur la défense. Brynjar Lia est l’auteur de l’ouvrage Architect of Global Jihad: The Life of Al Qaeda Strategist Abu Mus’ab Al-Suri (Columbia University Press, 2008), une biographie essentielle pour qui veut comprendre Abu-Musab Al-Suri.

Dans cet ouvrage original, Brynjar Lia propose également une traduction unique du chapitre principal de l’opus magnum d’Al-Suri, L’Appel à la Résistance Islamique Globale.

Abu Musab Al-Suri : éléments biographiques
Terrorisme.net – En guise d’introduction, pourriez-vous esquisser un portrait intellectuel d’Abu Musab Al-Suri?

Brynjar Lia – Abu Musab Al-Suri est arrivé sur la voie du jihad et de l’idéologie jihadiste en tant qu’expert militaire. Il s’est intéressé à la lutte très tôt, dès ses études au département d’ingénierie de l’université d’Aleppo, en Syrie. C’est à ce moment-là qu’il a rejoint l’organisation syrienne de l’Avant-Garde Combattante. Après quelques mois, la cellule à laquelle il appartenait a été découverte et il s’est enfui en Jordanie avec un grand nombre de Syriens. En Jordanie, puis plus tard en Irak, il a bénéficié d’un entraînement en techniques de guérilla urbaine.

Ce n’est que beaucoup plus tard qu’il a commencé à écrire sur le jihad dans une perspective plus intellectuelle. Al-Suri n’avait pas bénéficié d’une éducation religieuse et l’on observe dans ses écrits que ce qui l’intéresse le plus est de rendre le plus efficace possible le combat, la lutte, de renforcer au maximum l’impact de l’usage de la violence politique. Même s’il bénéficie de connaissances dans le domaine religieux, il n’est pas un théologien. Particulièrement intéressant est le fait qu’il adapte les théories des guérilla «de gauche» à un cadre islamiste, et c’est justement cette adaptation qui est particulièrement fructueuse.

Il faut également mentionner le fait qu’Al-Suri a bénéficié d’une formation universitaire en histoire et il manifeste, lorsqu’on lit ses écrits, qu’il veut tirer les leçons de l’histoire. Si l’on veut, il s’agit d’une historiographie fortement tournée vers la réflexion politique et qui veut en tirer des conclusions pour la lutte. C’est cette combinaison d’une connaissance intime du combat, de la manière de fabriquer des explosifs et des expériences passées d’autres organisations de guérilla qui fait l’intérêt des réflexions d’Al-Suri.

Personnellement, je pense que c’est cette expérience qui rend les écrits d’Al-Suri beaucoup plus accessibles à un esprit occidental que les écrits théologiques d’un Abu Muhammad Al-Maqdisi, d’Abu Qatada et de beaucoup d’autres idéologues islamistes.

Terrorisme.net – D’un point de vue religieux, on constate qu’il s’agit d’une personnalité extrêmement complexe: il souscrit certes à l’idéologie salafiste mais il a cependant attaqué en justice le journal «Al-Hayat» pour diffamation. Comment Al-Suri réconcilie-t-il une idéologie qui ne reconnaît que les tribunaux appliquant la sharia avec son recours à un tribunal appliquant une législation «occidentale»?

Brynjar Lia – C’est une question intéressante, et je crois que le fait d’avoir saisi un tribunal «occidental» montre le pragmatisme du personnage qui veut faire usage et exploiter toutes les possibilités pour faire avancer les jihadistes et leur cause, même si cela doit contredire des principes islamistes d’un point de vue religieux strict. Selon lui, il est possible de justifier le recours à des tribunaux occidentaux pour faire progresser la cause jihadiste.

Lorsqu’il en parle dans un entretien avec un journal arabe en 1999, il se réfère à Abdullah Azzam qui en avait parlé et considérait ceci comme légitime. Azzam était très pragmatique dans les questions pécuniaires et pensait qu’il était important de réunir tout le soutien possible pour les moujhahidines en Afghanistan, même si cela devait exiger des voyages aux Etats-Unis, dans les pays occidentaux afin de récolter de l’argent qui devait servir à un combattre un mal encore plus important, l’Union soviétique. Tous ses écrits font preuve de ce pragmatisme; Abdullah Azzam n’était pas nécessairement rigide dans l’interprétation de questions mineures qui pouvaient mettre un frein à la progression de la lutte. Al-Suri fait preuve du même pragmatisme lorsqu’il s’oppose aux courants salafistes plus rigoristes: il ne veut pas qu’une interprétation littérale du Coran ne devienne un obstacle à la cause.

Terrorisme.net – Généralement, on considère le mouvement jihadiste comme une sorte de «monolithe» avec une unité de doctrine. Pourtant, Abu Musab Al-Suri semble être beaucoup plus indépendant. Dans cette perspective, pourriez-vous esquisser les accords et désaccords d’Al-Suri avec Ben Laden sur les attaques du 11 septembre 2001?

Brynjar Lia – Abu Musab Al-Suri croyait profondément au régime des Talibans pour différentes raisons. C’est ce qui l’a également incité à collaborer avec eux lorsqu’il était en Afghanistan. Concernant les relations avec Ben Laden, Al-Suri était en conflit avec lui. En lisant plusieurs lettres adressées au Saoudien, on constate qu’Al-Suri avait de fortes réticences sur son style de direction (leadership). Ces réticences ont émergé très tôt, pour des raisons diverses: la grande expérience d’Al-Suri dans la lutte (c’est un vétéran) et son intelligence jouent un rôle. Il pensait que Ben Laden ne gérait pas bien Al-Qa’ida, qu’il ne consultait pas ses pairs de manière adéquate. Dans les lettres adressées à ce dernier en 1998, celui-ci critique la relation des «Arabes afghans» avec le régime des Talibans. Pour Al-Suri, le cœur du problème se situe dans la Déclaration du jihad contre les Croisés et les Juifs et le fait que Mollah Omar n’en avait pas été informé.

Dans ses lettres, il reproche à Ben Laden de mettre en danger la présence de ses co-religionaires arabes en Afghanistan qui pourraient être livrés aux Talibans, alors que Ben Laden, en tant que Saoudien, avait la possibilité de se repentir et de rentrer en Arabie Saoudite ou au Soudan.

De plus Al-Suri pensait également que l’Afghanistan des Talibans était une sorte de véritable Etat islamique et que ce dernier devait constituer la base pour étendre la lutte. C’était une sorte «d’espace libéré», le premier dont les jihadistes bénéficiaient dans l’ère moderne après la chute de l’Empire ottoman.

Zawahiri en parle également dans son livre Les Chevaliers sous la bannière du Prophète: l’objectif est de créer des zones libérées comme bases pour l’extension de la lutte. Ces «zones libérées» jouent donc un rôle fondamental dans la pensée de Suri et de Zawahiri ainsi que des idéologues plus récents comme Abu Bakr Nadji. C’était également une doctrine centrale de la pensée de gauche sur la guérilla. Al-Suri pensait que l’insistance de Ben Laden sur sa stratégie médias et son absence de consultation des Talibans ne constituait pas une stratégie intelligente. Al-Suri ne pensait pas qu’il était problématique de parler aux médias occidentaux. En fait c’est même lui qui avait organisé une rencontre de Ben Laden avec CNN et il a joué le rôle de conseiller médias de Ben Laden durant la période 1996-1997.

Il semblerait donc qu’Al-Suri (et beaucoup d’autres) n’étaient pas très à l’aise avec les attaques du 11 septembre: le mouvement jihadiste n’y était pas préparé, le régime des Talibans n’y était pas préparé. Ces attaques ont ainsi été interprétées comme une «trahison» de l’hospitalité offerte par le régime des Talibans. Pourtant, même s’il est critique, Al-Suri est ambivalent sur ces attaques: d’un côté, ces attaques ont eu un impact phénoménal sur la situation mondiale et les Etats-Unis. Comme Al-Suri pensait que tôt ou tard une confrontation aurait été nécessaire avec les Etats-Unis, ces attaques allaient dans la bonne direction. Dans cette perspective, Ben Laden a tourné les yeux de tous les jihadistes vers un seul ennemi au lieu de se focaliser sur une multiplicité de problèmes et d’ennemis plus locaux. A cet égard, il s’agissait pour Al-Suri d’une attaque intelligente, même s’il ne la soutient pas totalement du fait du manque de préparation des jihadistes et de la perte de nombreux cadres et soutien. C’est une attitude typique pour Al-Suri: il ne prend pas une position claire, il reste ambivalent et discute les avantages et désavantages de l’attaque, un peu à la manière d’un historien. Comme je l’ai déjà dit, c’est là que se trouve l’intérêt de la manière d’écrire d’Al-Suri, cette possibilité de discussion et de réflexion offerte au lecteur.

Abu Musab Al-Suri : perspectives stratégiques

Terrorisme.net – L’un des éléments centraux de la doctrine d’Al-Suri est ce concept ou slogan «nizam, la tanzim» («système, pas d’organisation»), c’est-à-dire cette volonté d’Al-Suri d’abandonner les organisations traditionnelles au profit d’une nouvelle forme de lutte moins hiérarchique. Quel est l’impact des attaques du 11 septembre sur la formulation et l’élaboration de ce concept?

Brynjar Lia – Al-Suri a commencé à parler de cette nécessité d’une décentralisation du jihad au moins une décennie avant les attaques du 11 septembre. La première fois qu’il aborde ce besoin d’abandonner des organisations hiérarchiques régionales pour une approche plus globale, basée sur des réseaux plus ou moins sans leader, décentralisés, est en 1991 déjà dans le cadre de différents séminaires tenus à Peshawar. On peut également affirmer qu’à cette époque ses auditeurs n’avaient pas véritablement saisi cette idée. A l’époque où il commence à rédiger les premières ébauches de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale, Al-Suri n’était pas considéré comme assez important dans la hiérarchie pour être pris suffisamment au sérieux. Il s’est fait mieux connaître dans les cercles jihadistes au milieu des années 1990, notamment en tant qu’auteur de l’ouvrage Al-Tajruba (ou Révolution Islamique Jihadiste en Syrie). Ce livre d’environ 900 pages sur l’expérience jihadiste syrienne, écrit à la fin des années 1980 et publié en 1991 à Peshawar représente son premier succès comme auteur jihadiste.

La première esquisse de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale a été élaborée dans un petit article d’une trentaine de pages, imprimé à 1.000 exemplaires à Peshawar en 1991 et diffusé à cette époque. Suri dit lui-même qu’en plus de cette publication, il a également discuté ses idées avec d’autres jihadistes à Londres au milieu des années 1990. A l’époque, Londres était la «capitale européenne» des jihadistes et des organisations comme le Jihad Islamique égyptien, des groupes jihadistes libyens, le Groupe Islamique Armé (GIA) algérien et d’autres y étaient représentés.

Après la chute du Mur, le renforcement de la coopération anti-terroriste internationale a joué le rôle d’un détonateur et Al-Suri a commencé à répandre sa doctrine en argumentant que, du fait de cette coopération renforcée et de la fin de la Guerre Froide, il n’était plus possible de maintenir le modèle des tanzim, c’est-à-dire des organisations hiérarchiques régionales traditionnelles. De plus, les zones de repli et l’hospitalité de certains Etats qui avaient accueilli le leadership de certaines organisations étaient portées à disparaître du fait de la nouvelle situation internationale. Dans cette perspective, Suri parle beaucoup du «Nouvel Ordre Mondial» et de ses conséquences. C’est l’un des auteurs jihadistes qui se focalisent le plus sur la nouvelle donne géopolitique et ses implications. Et petit à petit, au fil des années 1990, un nombre croissant de gens ont commencé à considérer les idées d’Al-Suri comme correctes et surtout utiles. Outre le nouvel ordre mondial, un autre facteur qui a influencé la transformation et la décentralisation des organisations jihadistes a été l’émergence d’Internet. Dans ces années-là, Al-Suri a souligné l’importance de cet instrument. Il avait même mis en ligne son propre site avant 2001. Même si Internet n’était pas aussi développé dans les années 1990, celui-ci a tout de même influencé les jihadistes dans la mesure où ils ont adopté une approche plus orientée vers les réseaux que vers les organisations hiérarchiques.

Quant aux références à Internet dans ses écrits, il cite «la toile» dans un entretien avec un journal arabe en 1999 et en 1996-1997 et il parle également de la nécessité de créer un site pour son bureau des médias de Londres. Il ne s’intéresse ici pas à la réalisation concrète, mais plutôt à Internet en tant qu’idée. C’est pour cela que j’ai intitulé mon livre Architect of Global Jihad, dans la mesure où Al-Suri est plutôt un stratège qui pose un cadre mais ne s’intéresse pas aux détails de la mise en œuvre.

Terrorisme.net – Vous mentionnez le fait que cette idée de «nizam, la tanzim» émerge au début des années 1990. Il est intéressant de constater que c’est plus ou moins à la même époque – en 1992 – que Louis Beam publie son fameux article sur la résistance sans leader («Leaderless Resistance»). Sachant qu’Al-Suri avait énormément lu, également des textes «occidentaux», est-il possible qu’il connaissait le texte de Beam et qu’il ait été influencé?

Brynjar Lia – C’est difficile à dire. Il est probable qu’Al-Suri ait lu les Turner Diaries de William Pierce. Dans tous les cas, il écrit qu’il aurait lu entre 50 et 60 livres sur la théorie de la guérilla lorsqu’il vivait en Espagne et en France au milieu des années 1980. Un livre qu’il utilise beaucoup est celui de Robert Taber, The War of the Flea traduit en arabe comme la «Guerre des opprimés» (harb al mustad’afin). Al-Suri a utilisé ce livre dans les camps d’entraînement en Afghanistan. Dans certains de ses cours, celui-ci va même jusqu’à lire cet ouvrage, à s’arrêter, à faire des commentaires et à continuer à lire. Al-Suri pensait donc qu’il s’agissait d’un livre très important. Il est intéressant de constater qu’il s’agit d’un livre écrit par un auteur américain et qu’Al-Suri a été critiqué par les franges salafistes les plus radicales et conservatrices pour avoir utilisé et parlé des expériences des guérillas d’extrême gauche. Ces franges n’étaient pas à l’aise avec le fait qu’Al-Suri parle des expériences de guérilla communistes, combattues pendant la guerre d’Afghanistan.

Je n’ai cependant pas trouvé dans les écrits d’Al-Suri une référence explicite au concept de résistance sans leader de Beam. Al-Suri utilise le terme de «décentralisation» de manière répétée et consciente. On peut cependant dire qu’Al-Suri n’aurait probablement aucun problème idéologique à citer Beam.

Terrorisme.net – Selon vous, le concept même de «nizam, la tanzim» proposé par Al-Suri a-t-il été appliqué et à quel moment a-t-il commencé à devenir influent?

Brynjar Lia – Je pense que l’environnement qui prévaut depuis le 11 septembre – la surveillance accrue, le renforcement des mesures de lutte anti-terroriste, les nouvelles législations contre le financement du terrorisme, les nouvelles conditions de détention, la destruction des camps d’entraînement, la disparition des zones de repli à l’exception des zones tribales entre le Pakistan et l’Afghanistan – ont fortement restreint l’activité terroriste et les possibilités d’actions terroristes jihadistes. Pour le dire autrement, le monde tel qu’on le connaît depuis le 11 septembre a «imposé sa présence» au mouvement jihadiste et de ce fait la doctrine du nizam, la tanzim a commencé à être appliquée, souvent de manière inconsciente. Cette évolution a été également été dictée par la nécessité pour chaque organisation secrète d’une certaine «compartimentalisation» de ces activités afin d’en minimiser le degré de vulnérabilité. En d’autres termes, par sa conceptualisation du nizam, la tanzim, Al-Suri ne fait qu’expliciter, verbaliser une évolution qu’on retrouve sur le terrain, dictée par un nouvel environnement. Dans cette perspective, l’approche «historique» d’Al-Suri et sa volonté de tirer des leçons des erreurs passées est importante.

Il ne faut cependant pas se focaliser uniquement sur le nizam, la tanzim et considérer qu’Al-Suri ne défend que le terrorisme du jihad individuel, la résistance jihadiste sans leader. En fait, il défend ce slogan et cette forme d’action individuelle uniquement lorsque les circonstances l’exigent et ne permettent aucune autre alternative, comme par exemple la mise sur pied de camps d’entraînements dans des zones «libérées» comme ce fut le cas en Afghanistan. Al-Suri insiste beaucoup sur la nécessité de créer une entité comparable à un Etat lorsque les conditions sont réunies, mais après la chute du régime taliban, il n’était pas très optimiste quant à cette possibilité. Il aurait très intéressant de savoir ce qu’auraient été ces commentaires, s’il avait écrit en 2008, à l’heure où il y aurait de nouveaux camps d’entraînement du côté pakistanais de la frontière. Il est également intéressant d’observer qu’il a changé sa perspective après le 11 septembre et qu’il est devenu plus pessimiste sur le futur et la possibilité de créer des territoires libérés. A l’heure actuelle, il aurait probablement retrouvé un peu d’optimisme.

En fait, l’idée de résistance sans leader est considérée par Al-Suri comme l’option de dernier recours à utiliser lorsque toutes les autres formes de guerre échouent – ou ont échoué. Il ne dit en aucun cas qu’il s’agit de la meilleure option, mais il est très explicite sur le fait qu’il s’agit de l’option de dernier recours. En plus de la résistance sans leader, il parle également de la lutte sur des «fronts ouverts» (comme en Irak ou en Tchétchénie). Il argumente également en faveur d’attaques avec des armes de destruction massive ou du moins qu’il s’agit d’une option à explorer. En se focalisant sur la résistance sans leader, sur les actions par des individus au niveau local, Al-Suri étend la portée du jihad. Ce qui est fondamental ici, c’est que la lutte ne soit pas restreinte à une élite: Suri veut «démocratiser» le jihad, l’amener aux gens.

Mais sa théorie ne s’intéresse pas uniquement à la lutte armée, mais également à d’autres activités comme le soutien politique, médiatique au mouvement jihadiste. Pour revenir à cette idée de démocratisation du jihad, Al-Suri pense qu’il doit être un mouvement de masse et non la lutte d’une petite élite – comme ce fut par exemple le cas du Jihad Islamique égyptien – du fait que cette élitisme est la cause de la défaite.

Terrorisme.netAl-Suri parle des avantages de «nizam, la tanzim», de ce terrorisme du jihad individuel, mais est-il également conscient de ses faiblesses?

Brynjar Lia – Je pense qu’il l’est, même s’il aurait pu en parler un peu plus. En fait, la faiblesse principale d’un terrorisme du jihad individuel est la difficulté d’organisation et d’action pour des individus qui agissent d’eux-mêmes sans avoir été entraînés. Cependant, les actions d’individus au niveau local, même s’ils ne font pas beaucoup de dégâts ou de victimes, le simple fait que des actions soient organisées de manière spontanée est une victoire en soi. Pour lui, l’objectif de ces actions spontanées est leur propagation d’un individu à un autre et l’inspiration fournie par l’exemple individuel. En considérant que la communauté musulmane, l’oumma, comprend 1,5 milliard d’individus, il n’est pas nécessaire qu’un fort pourcentage de la population agisse pour créer une vague de violence contre l’Occident. Du fait de l’attention médiatique suscitée par des événements terroristes, Al-Suri a, dans un certain sens, raison: une action violente n’a pas besoin d’être très importante pour susciter un large impact médiatique.

L’avenir du mouvement jihadiste
Terrorisme.netIl semble que l’une des clés du succès d’un mouvement décentralisé de résistance sans leader doive être sa capacité à rendre publique et maintenir un flot continu d’actions. Pourtant si l’on considère le mouvement jihadiste, un très grand nombre d’actions ont échoué ces dernières années soit pour des raisons techniques, soit parce qu’elles ont été découvertes par les autorités. D’un point de vue stratégique, cette incapacité à alimenter les actions réussies par les jihadistes peut-il être considéré comme un échec ou une sorte de «crépuscule» du mouvement?

Brynjar Lia – Cela dépend du «front» dont vous êtes en train de parler. Si l’on parle par exemple de l’Afrique du Nord, Al-Qa’ida a fait d’énormes progrès. Par contre, si vous parlez du front irakien, Al-Qa’ida devrait probablement concéder que la lutte n’est à l’heure actuelle pas un succès. Si, en revanche, vous prenez l’Afghanistan, le mouvement jihadiste s’y porte plutôt bien, à condition évidemment que l’alliance entre les Talibans et Al-Qa’ida se maintienne, ce que je ne pense pas. Dans le cas contraire, Al-Qa’ida sera en grand péril.

Terrorisme.netQu’en est-il des Etats-Unis?

Brynjar Lia – Si l’on considère que l’une des priorités d’Al-Qai’da était de frapper à nouveau aux Etats-Unis, on peut dire que le mouvement a lamentablement échoué, même s’il y a eu des tentatives mineures d’attentats. Une des différences avec la situation en Europe est la difficulté d’Al-Qa’ida de s’implanter aux Etats-Unis, et donc que leurs capacités dans ce pays sont réduites. Mais il est également possible qu’Al-Qa’ida ne veuille pas aider l’Administration américaine et offrir un soutien populaire à la guerre contre le terrorisme du président Bush en perpétrant un attentat sur sol américain.
De plus, le document stratégique qui a été publié avant les attaques de Madrid fait clairement référence et insiste sur la nécessité d’attaquer les alliés américains plutôt que les Américains eux-mêmes pour les isoler et les priver de leurs alliés. Selon ce document, en cas d’isolement américain, la guerre en Irak et en Afghanistan deviendra tellement onéreuse qu’ils seront défaits économiquement. La stratégie économique d’Al-Qa’ida ne devrait pas être sous-estimée: le réseau de Ben Laden veut rendre cette campagne la plus coûteuse possible du fait que le pilier de la puissance militaire américaine est son économie. De ce fait, je pense que la question du succès d’Al-Qa’ida dépend de la manière d’interpréter sa stratégie: du point de vue de sa capacité à repousser les Etats-Unis hors du monde musulman, je pense qu’Al-Qa’ida a obtenu des succès raisonnables ces dernières années. Cependant, d’un point de vue idéologique, Al-Qa’ida est beaucoup plus faible actuellement qu’il y a quelques années.

Terrorisme.netDu point de vue européen, peut-on dire que l’incapacité à perpétrer des actions réussies depuis les attentats de Londres et les attaques déjouées depuis tendraient à montrer qu’Al-Qa’ida aurait échoué sur le Vieux Continent?

Brynjar Lia – Selon moi, Al-Qa’ida est toujours en mesure d’exercer une certaine pression sur les Etats européens. J’en veux pour preuve le retrait de troupes en Irak par certains alliés des Etats-Unis et les débats autour du maintien de la présence en Afghanistan. Ces derniers ont pris de l’ampleur dans de nombreux pays, y compris la Norvège. Après les attentats de Londres, on a assisté à un certain nombre de tentatives. Pourtant même si ces actions n’ont causé aucun mort, des pays comme la Grande-Bretagne ont continué à renforcer leur législation anti-terroriste et cette législation est en train d’aliéner les musulmans britanniques et crée une forme d’animosité au sein de la société britannique. De plus, les Etats européens continuent à engager des moyens considérables pour lutter contre l’extrémisme musulman et ceci montre que malgré l’absence d’attaques réussies, Al-Qa’ida est capable de créer une pression sur les Etats européens et, à long terme, peut affaiblir la volonté de ces Etats à s’engager dans la lutte contre le terrorisme en Irak ou en Afghanistan. Ce n’est donc pas un succès total, mais pas non plus un échec retentissant. Il est toujours difficile de dire pour les organisations de guérilla ou terroristes si elles ont échoué ou pas, cependant leur simple survie, malgré les moyens engagés pour mettre un terme à leurs activités est déjà en soi une victoire. Je crois qu’il y a une autre logique qui permette de mesurer la victoire ou la défaite de telles organisations.

Terrorisme.netEn fait, vous ne partagez pas les conclusions de Marc Sageman dans son dernier ouvrage qui affirme qu’en maintenant simplement la pression sur le réseau Al-Qa’ida, celui-ci va finir par disparaître de lui-même?

Brynjar Lia – J’ai lu quelques réponses et les critiques adressées par Bruce Hoffman dans le dernier numéro de Foreign Affairs. Sageman dans sa réponse a beaucoup insisté sur le fait que son analyse n’était pas exclusive, c’est-à-dire que d’une part l’organisation centrale d’Al-Qa’ida est toujours en place et qu’il faut tout faire pour mettre un terme à cette organisation, mais il existe un autre jihad, le jihad sans leader qui est tout aussi important. Et je pense qu’il a raison. Son analyse ne prend cependant pas en considération le fait que l’organisation centrale d’Al-Qa’ida s’est renforcée ces dernières années par sa présence dans les zones frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan. Il s’agit là d’un développement majeur. Du fait de ce renforcement, il a été possible de recommencer à envoyer des gens dans des camps d’entraînement dans ces zones. Cela a par exemple été le cas pour les militants de l’Union du Jihad Islamique arrêtés l’an dernier en Allemagne.

En conclusion, on a observé que toute organisation terroriste meurt à un moment ou à un autre. Je me souviens d’une discussion récente avec un membre d’un service de sécurité européen sur Al-Qa’ida et la culture des jeunes (youth culture). Selon lui, certains de ces militants veulent être cool et, dès le moment où être un jihadiste cessera d’être cool, le mouvement du jihad s’arrêtera. Ceci n’explique évidemment pas tout, mais je pense que c’est l’un des éléments de la problématique. Si l’on lit et écoute les discours de Ben Laden, on constate que ceux-ci sont principalement dirigés vers des hommes jeunes entre 15 et 25 ans. Je pense que la culture des jeunes joue un certain rôle dans le phénomène jihadiste en Europe occidentale.

Questions et traduction (de l’anglais): Jean-Marc Flükiger

Voir également:

RADICALISATION Un spécialiste de l’Islam met sur le même plan l’ultra-gauche des années 1960 et les jeunes djihadistes français…

VIDEO. Maoïstes, Che Guevara, djihadistes de Daesh… Mêmes combats?
Un djihadiste de Daesh dans la vidéo montrant l’exécution de Peter Kassig et de pilotes de l’armée syrienne. Vidéo de propagande. – anonyme
William Molinié
20 minutes
27.11.2014

Il y a 40 ans, la jeunesse radicale était fascinée par Che Guevara et Castro. Aujourd’hui, c’est l’organisation de l’Etat islamique (EI) -également appelé Daesh- qui attire. Faut-il y voir des similitudes? Olivier Roy, politologue, spécialiste de l’islam et auteur de En quête de l’Orient perdu (Seuil), met sur un même plan les jeunes djihadistes français qui rejoignent Daesh et la mouvance ultragauche des années 1960. Le chercheur, qui était ce jeudi matin l’invité du 7-9 de Patrick Cohen sur France Inter, est revenu sur les motivations qui poussent de jeunes français en rupture à la radicalisation islamique.

«Ce sont des jeunes en quête d’aventure, en quête d’une contestation radicale de l’ordre établi. On le voit statistiquement par le nombre de convertis», a-t-il expliqué. Selon lui, entre 20 et 25% des jeunes volontaires français partent rejoindre Daesh non pas parce qu’ils recherchent «une expérience mystique religieuse ou qu’ils ont fréquenté des mosquées» mais parce qu’ils sont en pleine rupture avec le «système».

«Fascination romantique»
«On a oublié notre passé. En Europe, depuis les années 1960, on a un espace de radicalisation de la jeunesse. C’était le maoïsme, c’était le trotskisme, c’était Che Guevara. Et les jeunes allaient dans les guérillas. Le grand mot, c’était la révolution avec un grand « R », poursuit Olivier Roy. Tantôt c’était le Vietnam, tantôt c’était Castro, tantôt c’était la révolution culturelle chinoise.»

Aujourd’hui, fait remarquer le spécialiste, «la révolution avec un grand « R » a été remplacée par le djihad avec un grand « Dj »». C’est la même «fascination de type romantique, même si c’est violent et sanglant», qui attire désormais une partie de la jeunesse française.

«La révolution pour soi-même»
Le journaliste, Patrick Cohen, lui fait cependant remarquer que derrière l’ultragauche française des années 1960, «il y avait un idéal humaniste qu’on a du mal à retrouver chez ceux qui s’engagent pour Daesh».

Réponse d’Olivier Roy: «Les Khmers rouges et la révolution culturelle n’étaient pas très humanistes. Et on a certainement « romantisé » des figures comme Che Guevara qui était dans ses pratiques militaires plus brutales que ce qu’on en dit maintenant». Et de conclure: «C’était la violence qui fascinait. C’était la révolution pour soi-même»

Voir encore:

Both Forgotten and Misread: Robert Taber’s The War of the Flea by Daniel N. White
October 5, 2009
Daniel N. White
Dandelion Salad
Oct. 5, 2009

Just finished re-reading the ’60’s counterinsurgency classic, War of the Flea, by Robert Taber. I think I read it back in high school, as it has that real familiar feel to it of a book you’d read years ago. The details were gone from my memory; if you’d asked me about it last week or earlier I couldn’t have told you jack about it. Right now it is being bruited about as a necessary and essential read in military/diplomatic circles. I’m tending to agree; the author aint dumb and aint blind neither. Most all the US written stuff in that time frame–the ’60’s–dealing with counterinsurgency and wars of national liberation and third world security issues was all puerile garbage. This aint. There’s more than a touch of wisdom to it.

Taber seems to have been forgotten almost like his books have. There aren’t any more details readily available on his life than the liner notes on his books, which state that he was an investigative journalist for CBS in the ’50’s, and was among the first journalists who searched out and interviewed Fidel Castro in the Sierra Maestra mountains in 1958. He wrote a book on that, M-26–Portrait of a Revolution, in 1960, and this book, in 1965. This book came to me courtesy of Trinity University via ILL, and it apparently has been checked out exactly once in its lifetime, in 1995.

The book is a quite well-written survey of all the major guerrilla movements in the 20th Century, up to 1965. Taber manages to keep the material lively, which isn’t generally the case for military writings, and also manages to keep it short, which is rare most everywhere. See for yourself–here’s some of Taber’s writings:

Taber, quoting our old friend Vo Nguyen Giap, the Vietnamese commanding general from 1944-1978, on guerillas fighting a conventional Western army:

“The enemy will pass slowly from the offensive to the defensive. The blitzkrieg will transform itself into a war of duration. Thus, the enemy will be caught in a dilemma: He has to drag out the war in order to win it, and does not possess, on the other hand, the psychological and political means to fight a long, drawn-out war.”
Couldn’t have said it better myself about our two wars ongoing. Giap’s apt turn of phrase–“the psychological and political means to fight a long, drawn-out war”–is something we overlook completely, both in our foes and in ourselves. We look to the power of our weapons and the prowess of our troops in using them. Giap looked to the soldier’s and citizen’s hearts, where individual will and patriotism reside, and he defeated us and the French both.

Taber quotes a news article dated 4-21-64, which pointed out that the number of ARVN (our South Vietnamese ally’s army) small-unit operations in the preceding week totaled 5190. Only 70 of them made contact with the enemy, and contact meant as little as a single bullet fired at them from a hedgerow. Shows that even back then, the truth was out in the open, if anyone had their eyes open to see it. Can’t say as anyone has produced similar statistics from Afghanistan or Iraq–haven’t heard of any, and the fact that nobody in the reportorial corps has tried to turn them up, as the percentage of contacts per operation, and the percentage of contacts you, and not the enemy, initiate, are probably THE key statistics in explaining how the war is going–shows what a bunch of military illiterates the fourth estate are, and how they haven’t learned anything from Vietnam, either.

Another one from Giap, this the classic dilemma of an invading foreign army:

“The nature and the very aim of the campaign the (colonialist) enemy is conducting oblige the enemy to split up his forces so as to be able to occupy the invaded territory…the enemy was thus faced with a contradiction: It was impossible for him to occupy the invaded territory without dividing his forces. By their dispersal, he created difficulties for himself. His scattered units thus became an easy prey for our troops and mobile forces.”
And one from Bernard B. Fall, from his The Two Vietnams:

“For the French, the Indochina War was lost then (after the RC-4 defeats in 1950) and there. That it was allowed to drag on inconclusively for another four years is a testimony to the shortsightedness of the civilian authorities who were charged with drawing the political conclusions from the hopeless military situation.”
So there it is. The United States, and our good friends the Limeys, have a political system more broken than the French Fourth Republic’s. We’ve been fighting more obviously lost wars for longer, and apparently are doubling down on one of them as we speak. Maybe starting a third one, too.

For all the talk of this book being greatly read in military circles, well, hell, it’s time to test the officer corps on their reading comprehension and see if it is up to a sixth-grader’s level. Maybe the State Department’s, too. Stuff like this not jumping off the page and hitting you square between the eyes–and making you wince at how little we learned from Vietnam then, or since, and how shamefully we are repeating ourselves in self-delusion and contempt for our foes’ intelligence, motivation, and bravery–well, hell, whatever happens to us bad we’ve got coming to us. The almighty might smile on fools and children, but to the best of my knowledge his mercy doesn’t extend to the stupid.

Part 2

Taber, in his War of the Flea, shows himself a first-rate analyst of political situations, both past historical ones and (then current) ones. Back when Flea was written, the United States, and other countries, Mao’s China foremost, were infatuated with the notion of guerrilla wars and wars of national liberation, wherein nationalist (per Mao) or Communist (per the US) guerilla forces would form up and attack and defeat the established post-colonial governments in the Third World, and establish some new (nationalist/communist) order. In the United States, theories of counterinsurgency, how to fight and win these wars of national liberation, were all in vogue throughout the 1960’s, and a great deal of forest products were wasted on books and articles on the subject. Most all stank. They were uncritically read then, and are completely unread today. It should be a permanently disqualifying embarrassment to cite Taber, harsh critic of US policies then, as an inspiration for US policy in our current wars, as the pundits are doing, but nobody has called them on it, alas.

At the time it was thought that quite potentially these wars would spread to older, more established countries with similar sets of problems of social inequality, such as the Latin American and Central American republics, and spread even to industrialized Western countries, like the US. As it was, nationalism proved the driving force in most of these wars, not the US feared desire for a communistic social order. Once the postwar questions of nationalism were sorted out, finally, in Africa (Insofar as they have been–the LRA {Lord’s Resistance Army} in Uganda, which is generally portrayed by the newsmedia as a lunatic band of child-soldier zombies led by Joseph Kony the African Manson, is fundamentally a guerrilla movement by the Acholi in northern Uganda against the central government.) the topic of guerrilla wars faded out from military and political discourse and fashion both.

Since our wars in Iraq and Afghanistan, counterinsurgency theory has come back into fashion, again. Most all the comments by military and pundits are a dreadful rehashing of the ’60’s American writers and theorists, without, as pointed out earlier, their having read them. A significant part of Flea is Taber’s discussion of these writers’ failings, and his writing on them is spot-on. From p. 173, Taber discusses the rationales for the guerrilla wars professed by counterinsurgency experts:

“Whether the primary cause of revolution is nationalism, or social justice, or the anticipation of material progress, the decision to fight and to sacrifice is a social and a moral decision. Insurgency is thus a matter not of manipulation but of inspiration.

I am aware that such conclusions are not compatible with the pictures of guerrilla operations and guerrilla motivations drawn by the counterinsurgency theorists who are so much in vogue today. But the counterinsurgency experts have yet to win a war. At this writing, they are certainly losing one.

Their picture is distorted because their premises are false and their observation faulty. They assume–perhaps their commitments require them to assume–that politics is mainly a manipulative science and insurgency mainly a politico-military technique to be countered by some other technique; whereas both are forms of social behavior, the latter being the mode of popular resistance to unpopular governments.”
Things haven’t changed any since 1965. Insurgency remains a matter of inspiration. No counterinsurgency expert has ever won a war. And dang but Taber cuts to the bone when he remarks then how US politicians regard politics as a manipulative science. We certainly haven’t changed there.

Taber’s analysis of the simple possibility of suppressing a war of national liberation, and more important, its desirability, from p 177:

“Conditions have changed in the world. What is wanted today is manpower and its products. The raw materials of the undeveloped areas are of no use to the industrial powers…without the human effort that makes them available; strategic bases require the services and the good will of large populations; industry requires both large labor pools and ever-expanding consumer markets.

Under such conditions, to try to suppress popular resistance movements by force is futile. If inadequate force is applied, the resistance grows. If the overwhelming force necessary to accomplish the task is applied, its object is destroyed. It is a case of shooting the horse because he refuses to pull the cart.”
Taber’s analysis of the US’ position in Viet Nam in 1965 is the best analysis I’ve ever read, and events proved him prophetic. From p. 177-8:

“The choices open to Washington in Viet Nam appear obvious. Unless the dissident Vietnamese population can be persuaded to embrace a solution acceptable to the United States (certainly a forlorn hope), the alternatives are: (1) to wage a relentless, full-scale war of subjugation against the Vietnamese people, with the aid of such Vietnamese allies as remain available; (2) seek a solution acceptable to the Vietnamese people, a step that would clearly entail negotiating with the Viet Cong; (3) quit the field and let the Vietnamese work out their own solution.

A fourth possibility does exist. Essentially it is a monstrous variation of the first. The United States can change the character of the war, or its apparent character, by expanding it; that is, by taking arms against Hanoi and, inevitably, against China. To do so, with the right kind of window dressing, could conceivably be justified in the minds of the American people and perhaps of their allies despite the tremendous expense and risk involved, where a losing war in the limited theater of South Viet Nam cannot be justified. Under cover of a general war, the two Viet Nams could, perhaps, be occupied and put under martial law, and the communist movement suppressed by overwhelmingly superior military force.

But then what? A southeast Asia held by American troops in the overwhelming numbers that would be required (and it would have to be all of Southeast Asia, not merely Viet Nam) would be a burden almost beyond endurance for the American economy and the American electorate, and would be of no conceivable use under such conditions except as a base for the ensuing war against China. War to what end? It staggers the imagination to think of the vast, interminable, and profitless conflict that would ensue, even assuming that it were confined to Asia–and we have no such assurance. The bloody, costly Korean war would appear as a child’s game by comparison.”

Our situation in Afghanistan and Iraq is a repeat of the above, except we don’t have to fear a bigger war from big-power China or Russia. Just a bigger war from smaller players Iran (pop. 70 million) or Pakistan, (pop. 180 million) {South Vietnam’s population in 1965 was all of 14 million}, that’s all. Change some of the nouns, and all the rest of Taber’s words read as well now as then. Nobody now in American politics sees things this clearly or talks this frankly about them. We have to ask again Taber’s question above about Vietnam–“War to what end?” about our two ongoing wars. “But then what”–suppose that we did in fact achieve our military objectives, then what? Iraq a basketcase military dictatorship that conveniently allows us to station, at great expense, a large number of soldiers, for some uncertain purpose. The idea of any military success in Afghanistan is just to ridiculous to contemplate, and the idea that that country is usefully a ward of the US, as it would have to be, for any good purpose is insanity. There’s no good end for our wars, and it is only a question of how long it takes us to pack up and leave, and whether or not we bother to negotiate some settlement with the locals before we do. That, and whether or not this time we have sense and are honest enough with ourselves to figure out why we did something so wrong and stupid twice in my lifetime.

Taber, alone of all the American writers on counterinsurgency from the 1960’s, is worth reading. It is sad that current events grant him the utmost relevance and may yet rescue him from obscurity, but we should all be thankful for his perceptive and accurate writings that are still of such great utility.

 Voir encore:

APRES CHARLIE

Slavoj Zizek : pourquoi les islamistes se sentent-ils menacés par les non-croyants ?
La foi des islamistes doit être bien fragile pour qu’ils se sentent menacés par une stupide caricature dans un hebdomadaire satirique, estime le célèbre philosophe slovène.

Slavoj Zizek

Publié dans le New Stateman

traduit par Courrier international

13 janvier 2015

C’est aujourd’hui, alors que nous sommes tous en état de choc après le massacre perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo, qu’il faut rassembler le courage de réfléchir.

Naturellement, nous devons condamner pleinement ces meurtres, qui sont une atteinte à l’essence même de nos libertés, et nous devons les condamner sans la moindre réserve (sous forme de variantes comme “Charlie Hebdo provoquait et humiliait tout de même trop les musulmans”). Le pathos de la solidarité universelle n’est toutefois pas suffisant et nous devons pousser le raisonnement plus loin.

Cette réflexion n’a absolument rien à voir avec la relativisation bas de gamme du crime (le mantra selon lequel “qui sommes-nous en Occident, auteurs de terribles massacres dans les pays en développement, pour condamner de tels actes ?”).

Cette réflexion est encore plus éloignée de la peur pathologique de nombreux Occidentaux de la gauche libérale, qui craignent d’être coupables d’islamophobie. Pour ces faux partisans de la gauche, toute critique de l’islam est dénoncée comme étant une expression de l’islamophobie occidentale.

Le paradoxe du surmoi

On a reproché à Salman Rushdie d’avoir inutilement provoqué les musulmans et ainsi d’être responsable (du moins partiellement) de la fatwa le condamnant à mort. Le résultat de cette position est prévisible : plus les Occidentaux de la gauche libérale s’interrogent sur leur culpabilité, plus ils sont accusés par les fondamentalistes musulmans d’être des hypocrites qui cherchent à cacher leur haine de l’islam.

Cette constellation reproduit parfaitement le paradoxe du surmoi : plus on obéit à ce que l’autre exige de nous, plus on se sent coupable. Plus on tolère l’islam, plus il exerce une forte pression sur nous, semble-t-il…

C’est pour cette raison que les appels à la modération me semblent insuffisants. Simon Jenkins (dans le Guardian du 7 janvier) a fait valoir que notre rôle est “de ne pas réagir de façon excessive, de ne pas trop médiatiser les suites de l’attentat. Notre rôle est de traiter chaque événement comme un effroyable accident passager”.

L’attaque contre Charlie Hebdo n’est pas un simple “effroyable accident passager”. Elle est le résultat d’un programme religieux et politique précis et, en tant que tel, elle s’inscrit clairement dans le cadre d’un contexte bien plus global.

Evidemment qu’il ne faut pas réagir de façon excessive, si le journaliste veut dire par là qu’il ne faut pas succomber à une islamophobie aveugle. En revanche, il est nécessaire d’analyser rigoureusement le contexte global dont il est question.

La fracture actuelle entre libéraux anémiques et fondamentalistes fervents

Au lieu de diaboliser les terroristes pour en faire d’héroïques fanatiques suicidaires, il est plus urgent de briser ce mythe diabolique. Il y a longtemps, Friedrich Nietzsche a compris que la civilisation occidentale allait engendrer le “dernier homme”, une créature apathique sans aucune passion et sans le moindre engagement.

Incapable de rêver, fatigué de vivre, il ne prend aucun risque, il est uniquement à la recherche du confort et de la sécurité, il est une expression de tolérance envers autrui : “Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement. […] On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé. ‘Nous avons inventé le bonheur’, disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.”

En effet, il semble que la fracture entre le monde industrialisé laxiste et la réaction fondamentaliste corresponde de plus en plus à l’opposition entre une longue vie satisfaisante, riche des points de vue matériel et culturel, et une vie consacrée à une cause transcendantale. N’est-ce pas là l’antagonisme que Nietzsche appelait le nihilisme “passif” et “actif” ?

Nous, les Occidentaux, sommes les derniers hommes de Nietzsche, immergés dans de stupides plaisirs quotidiens, pendant que les musulmans radicaux sont prêts à tout risquer, investis dans une lutte au point de s’autodétruire. Le poème intitulé La Seconde Venue, du poète irlandais William Butler Yeats, semble illustrer parfaitement notre problème actuel : « Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.

« C’est une excellente description de la fracture actuelle entre libéraux anémiques et fondamentalistes fervents. “Les meilleurs” ne sont plus réellement capables de s’engager, pendant que “les pires” participent à un fanatisme raciste, religieux et sexiste.

Les fondamentalistes terroristes remplis de jalousie

Toutefois, les fondamentalistes terroristes correspondent-ils réellement à cette description ? Il leur manque manifestement une caractéristique que l’on retrouve facilement chez tous les authentiques fondamentalistes, des bouddhistes tibétains aux amish des Etats-Unis : l’absence de ressentiment et de jalousie, une profonde indifférence pour le mode de vie des non-croyants.

Si les fondamentalistes présumés d’aujourd’hui croyaient vraiment avoir trouvé leur chemin vers la vérité, pourquoi se sentiraient-ils menacés par les non-croyants, pourquoi les envieraient-ils ?

Lorsqu’un bouddhiste rencontre un hédoniste occidental, il ne le condamne aucunement. Il note avec bienveillance que la recherche du bonheur de l’hédoniste est une entreprise vouée à l’échec.

Contrairement aux véritables fondamentalistes, les terroristes pseudo-fondamentalistes sont profondément préoccupés, intrigués, fascinés par la vie immorale des non-croyants. On sent qu’en luttant contre les pécheurs ils luttent aussi contre leur propre tentation.

C’est à cet égard que le diagnostic de Yeats s’éloigne de notre embarras actuel : l’ardeur des passions des terroristes trahit un manque d’authentiques convictions. La foi des musulmans doit être bien fragile pour qu’ils se sentent menacés par une stupide caricature dans un hebdomadaire satirique.

La terreur du fondamentalisme islamique n’est pas ancrée dans la certitude des terroristes d’être supérieurs ou dans leur désir de protéger leur identité culturelle et religieuse contre l’assaut de la civilisation consumériste mondiale.

Le problème des fondamentalistes n’est pas que nous les jugeons inférieurs à nous, mais plutôt qu’ils se sentent secrètement inférieurs. C’est pourquoi nos assurances condescendantes politiquement correctes, selon lesquelles nous ne nous sentons pas supérieurs, ne parviennent qu’à les rendre plus furieux et à nourrir leur ressentiment.

Le problème n’est pas la différence culturelle (c’est-à-dire les efforts pour préserver leur identité). Au contraire, c’est que les fondamentalistes sont déjà comme nous, secrètement, ils ont déjà assimilé nos normes et s’y mesurent. Paradoxalement, il manque aux fondamentalistes une dose de la véritable conviction “raciste” de leur propre supériorité.

Le libéralisme a besoin de l’aide de la gauche radicale

Les vicissitudes récentes du fondamentalisme musulman confirment l’analyse ancienne de Walter Benjamin, selon lequel « chaque fascisme est l’envers d’une révolution ratée » : la recrudescence du fascisme est un échec de la gauche, mais c’est aussi la preuve d’un potentiel révolutionnaire, d’une insatisfaction que la gauche n’a pas su mobiliser.

N’en est-il pas de même pour le prétendu « islamo-fascisme » d’aujourd’hui ? La montée de l’islamisme radical n’est-elle pas l’exact corrélé de la disparition de la gauche laïque dans les pays musulmans ?

Au printemps 2009, lorsque les talibans ont conquis la vallée de Swat au Pakistan, le New York Times a expliqué qu’ils avaient fomenté “une révolte des classes exploitant de profondes fissures entre un petit groupe de riches propriétaires terriens et leurs locataires sans terre”.

Toutefois, si en “profitant” de la détresse des paysans, les talibans “donnent l’alarme sur les risques encourus par le Pakistan, notamment régi par un système féodal”, qu’est-ce qui empêche les démocrates libéraux du Pakistan et des Etats-Unis de « profiter » eux aussi de cette détresse pour essayer d’aider les paysans sans terre ? La triste implication de cette situation vient du fait que les forces féodales au Pakistan sont « l’allié naturel » de la démocratie libérale.

Il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste

Qu’en est-il des valeurs essentielles du libéralisme : liberté, égalité, etc. ? Le paradoxe, c’est que le libéralisme n’est lui-même pas assez fort pour les sauver de l’assaut fondamentaliste. Le fondamentalisme est une réaction – une réaction fausse et déconcertante, évidemment – à un véritable défaut du libéralisme, c’est pourquoi il est constamment engendré par ce dernier.

Laissé à lui-même, le libéralisme s’anéantira à petit feu – la seule chose qui peut sauver ses valeurs essentielles est un renouveau de la gauche. Pour la survie de son héritage clé, le libéralisme a besoin de l’aide amicale de la gauche radicale. C’est la seule façon de vaincre le fondamentalisme et de lui couper l’herbe sous le pied.

Pour mener une réflexion après les assassinats de Paris, il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste et accepter que le conflit entre le laxisme libéral et le fondamentalisme est en réalité un faux conflit – un cercle vicieux entre deux pôles interdépendants.

La déclaration de Max Horkheimer dans les années 1930 sur le fascisme et le capitalisme – ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique du capitalisme doivent s’abstenir de débattre sur le fascisme – devrait être appliquée au fondamentalisme d’aujourd’hui : ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique de la démocratie libérale doivent aussi s’abstenir de débattre sur le fondamentalisme religieux.

 Voir encore:

Un islam sans racines ni culture

Olivier Roy, politologue

Le 1 hebdo

19 janvier 2015

Il s’agit d’abord d’une dérive. Dérive de jeunes souvent venus, mais pas toujours, des zones grises et fragiles de la société – seconde génération d’immigrés, en précarité sociale, ayant tâté de la petite délinquance. Mais la dérive peut être plus personnelle, plus psychologique et moins liée à l’environnement social, comme on le voit chez les convertis (qui représentent 22 % des jeunes Français qui rejoignent le djihad en Syrie). Ce n’est pas une partie de la population française musulmane qui se tourne vers le djihad et le terrorisme, c’est une collection d’individus, de solitaires, qui se resocialisent dans le cadre d’une petite bande ou d’un petit groupe qui se vit comme l’avant-garde d’une communauté musulmane, laquelle n’a pour eux aucune réalité sociale concrète, mais relève de l’imaginaire : aucun n’était inséré dans une sociabilité de masse, qu’elle soit religieuse, politique ou associative. Ils étaient polis mais invisibles : « avec eux, c’était juste bonjour-bonsoir » est un leitmotiv des voisins effarés. Ils parlent pêle-mêle de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Tchétchénie, des musulmans massacrés dans le monde, mais aucun n’évoque le racisme, l’exclusion sociale ou le chômage, et ils ne citent la Palestine que parmi la litanie des contentieux. Bref, il faut se méfier d’une explication, populaire à « gauche », selon laquelle l’exclusion sociale et le conflit israélo-palestinien radicaliseraient les jeunes.

Terroristes ou djihadistes, ils se construisent un statut de héros, de guerriers qui vengent le Prophète, l’oumma, la femme musulmane ; ils se mettent en scène (vidéos, caméras GoPro), ne préparent ni leur fuite ni de lendemains qui chantent, et meurent en direct à la une des journaux télévisés, dans un bref spasme de toute-puissance. Leur nom est sur toutes les lèvres : héros ou barbares, ils s’en fichent, l’effet de terreur et de renommée est atteint. En ce sens, ils sont bien le produit d’une culture nihiliste et individualiste de la violence que l’on retrouve dans d’autres secteurs de la jeunesse (chez les jeunes qui attaquent leur propre école, le « syndrome de Columbine »).

Il y a beaucoup de rebelles en quête d’une cause, mais la cause qu’ils peuvent choisir n’est évidemment pas neutre. Un meurtre au nom de l’islam a un autre impact qu’un mitraillage dans une école commis par un élève, ou qu’une séance de torture ordonnée par un petit trafiquant de drogue.

Merah, les frères Kouachi ou le « djihadiste normand », Maxime Hauchard, se sont radicalisés selon une référence religieuse, celle de l’islam. Et dans cette mouvance ils ne sont pas les seuls. C’est cette radicalisation qu’on désigne sous le nom de « communautarisation ». On fait de la communautarisation une dérive collective et non plus individuelle, et qui serait dans le fond le terreau qui conduirait à « ça ». En somme, une partie de la population musulmane ferait sécession pour se replier sur une identité culturelle et religieuse qui en ferait désormais la cinquième colonne d’une civilisation musulmane en crise.

Le « retour du religieux » casserait ainsi le consensus national sur les valeurs de la République. La réponse spontanée de l’opinion publique et le discours explicite des dirigeants politiques ont consisté à mettre en avant un consensus national (tolérance, laïcité, citoyenneté) dont la manifestation du 11 janvier a été une remarquable « mise en scène » spontanée et populaire.

On pourrait s’interroger sur ce consensus national, dont on exclut le Front national. On pourrait se demander si les participants à la « Manif pour tous » en font partie, eux qui croient qu’il y a un sacré que la liberté des hommes ne saurait remettre en cause. On pourrait enfin se demander si la « laïcité » ne fabrique pas à son tour un sacré qui échapperait à la liberté d’expression.

Mais revenons au « retour du religieux » et au communautarisme. Tout montre que ce religieux n’est pas importé d’une culture étrangère, mais est reconstruit à partir d’une déculturation profonde des nouvelles générations. Le salafisme, qui en est l’expression la plus pure, rejette toutes les cultures à commencer par la culture musulmane et sa propre histoire. L’Arabie saoudite vient de détruire tout ce qui reste des sites historiques et archéologiques de La Mecque pour y construire des centres commerciaux à l’américaine consacrés au consumérisme contemporain. La Mecque aujourd’hui, c’est Las Vegas plus la charia.

Déculturation et absence de transmission conduisent toute une génération à se construire un islam réduit à des normes explicites (charia) et à des slogans détachés de tout contexte social (djihad) ; la « communauté » n’a aucune base sociologique réelle (institutions représentatives, réseaux scolaires ou associatifs) : elle est la mise en scène d’elle-même et rentre en ce sens dans la société du spectacle. Le fanatisme, c’est la religion qui n’a pas, pas encore ou plus de culture. Historiquement, l’islam comme le christianisme se sont « enculturés », aujourd’hui religion et culture se séparent.

La question est donc non pas de « réformer » l’islam, mais de « culturer » l’islam en l’insérant dans la société française. En mettant en avant une conception de la laïcité qui exclurait le religieux de l’espace public, on contribue à « fanatiser » le religieux.

Voir enfin:

Foreign fighter total in Syria/Iraq now exceeds 20,000; surpasses Afghanistan conflict in the 1980s

Peter R. Neumann, ICSR Director

The number of foreigners that have joined Sunni militant organizations in the Syria/Iraq conflict continues to rise. According to ICSR’s latest estimate, the total now exceeds 20,000 – of which nearly a fifth were residents or nationals of Western European countries.

The figures were produced in collaboration with the Munich Security Conference and will be included in the Munich Security Report – a new, annual digest on key developments in security and foreign policy.

They include estimates for 50 countries for which sufficient data and/or reliable government estimates were available. Southeast Asia remains a blind spot. Countries with 5 or less confirmed cases were omitted. With the exception of some Middle Eastern countries, all figures are based on data from the second half of 2014 and refer to the total number of travelers over the course of the entire conflict.

WESTERN EUROPE

Based on the 14 countries for which reliable data is available, we estimate that the number of foreigners from Western European countries has risen to almost 4,000. This is nearly double the figure we presented in December 2013, and exceeds the latest estimates by European Union officials.

The largest European countries – France, the UK, and Germany – also produce the largest numbers of fighters. Relative to population size, the most heavily affected countries are Belgium, Denmark, and Sweden.

Table 1: Western Europe

Country Estimate Per capita*
Austria 100-150 17
Belgium 440 40
Denmark 100-150 27
Finland 50-70 13
France 1,200 18
Germany 500-600 7.5
Ireland 30 7
Italy 80 1.5
Netherlands 200-250 14.5
Norway 60 12
Spain 50-100 2
Sweden 150-180 19
Switzerland 40 5
United Kingdom 500-600 9.5

*Up to; per million population.

REST OF THE WORLD

The estimated worldwide total is 20,730. This makes the conflict in Syria and Iraq the largest mobilization of foreigner fighters in Muslim majority countries since 1945. It now surpasses the Afghanistan conflict in the 1980s, which is thought to have attracted up to 20,000 foreigners.

With up to 11,000, the Middle East remains the dominant source of foreigners in the conflict. Another 3,000 were from countries of the former Soviet Union.

Table 2: Rest of the World

Country Estimate
Afghanistan 50
Albania 90
Algeria 200
Australia 100-250
Bahrain 12
Bosnia 330
Canada 100
China 300
Egypt 360
Israel/Palest. Territories 120
Jordan 1,500
Kazakhstan 250
Kosovo 100-150
Kuwait 70
Kyrgyzstan 100
Lebanon 900
Libya 600
Macedonia 12
Morocco 1,500
New Zealand 6
Pakistan 500
Qatar 15
Russia 800-1,500
Saudi-Arabia 1,500-2,500
Serbia 50-70
Somalia 70
Sudan 100
Tajikistan 190
Turkey 600
Turkmenistan 360
Tunisia 1,500-3,000
Ukraine 50
United Arab Emirates 15
United States of America 100
Uzbekistan 500
Yemen 110

RETURNEES

All figures are ‘conflict totals’. We estimate that between 5-10 per cent of the foreigners have died, and that a further 10-30 per cent have left the conflict zone, returning home or being stuck in transit countries. As a consequence, the number of foreigners that are currently on the ground in Syria and Iraq is likely to be significantly less than the figures provided.

BACKGROUND

ICSR has kept track of the number of foreign jihadist fighters in the Syrian/Iraqi conflict since 2012. We have published estimates in April and December 2013, and updated our figures in the run-up to UN Security Council Resolution 2178 in September 2014, for which ICSR served as external advisors.

As with previous estimates, it should be stressed that counting foreign fighters is no exact science. Our methodology has, in essence, remained the same (see here), except that we now have more experience in dealing with external sources and a greater number of credible government estimates. Other governmental and non-governmental organizations – working independently of us and using different sources and methods – have arrived at similar results.

 Voir par ailleurs:

Syriza vu du Québec
le Figaro
Mathieu Bock-Côté
30/01/2015

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Chaque semaine, Mathieu Bock-Côté analyse, pour FigaroVox, l’actualité vue du Québec. Selon lui, la victoire de Syriza signifie un retour du politique qui passera par une remise à plat de la construction européenne.

Mathieu Bock-Côté est sociologue (Ph.D). Il est chargé de cours à HEC Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal ainsi qu’à la radio de Radio-Canada. Il est l’auteur de plusieurs livres, parmi lesquels Exercices politiques (VLB, 2013), Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) et La dénationalisation tranquille: mémoire, identité et multiculturalisme dans le Québec post-référendaire (Boréal, 2007).

Les commentateurs ont vu dans le vote pour Syriza un référendum contre l’austérité et, partout dans le monde, la gauche «radicale» veut y voir un soulèvement populaire contre les banquiers et la finance. Il y a du vrai dans cette analyse, bien qu’il faille rappeler que l’austérité n’est pas infligée aux peuples de manière absolument arbitraire. Si la Grèce a subi encore plus durement que les autres pays la crise des dernières années, c’est qu’elle avait grossièrement truqué ses comptes publics. Il arrive que la réalité reprenne ses droits. Les Grecs peuvent peut-être se poser comme victimes du système européen. Ils devraient aussi se reconnaître victimes de l’incurie de leurs élites.

Mais la dérive de la Grèce allait au-delà des tricheries que nous connaissons. Elle symbolise, à bien des égards, la crise de l’État social à la grandeur de l’Occident. Dans la plupart des pays, la dette publique est devenue terriblement préoccupante. La gauche radicale n’y voit pourtant qu’un fantasme idéologique entretenu par des ultralibéraux pour justifier la déconstruction des services sociaux. Elle est le résultat d’un dérèglement de l’État social, qui laisse croire qu’une société peut vivre durablement au-dessus de ses moyens, sans que le système n’éclate un jour, tôt ou tard. Il y a probablement un mauvais usage de l’austérité: on ne saurait pourtant contester le nécessaire désendettement public. Il y a des limites à la déresponsabilisation des peuples.

Et pourtant, il faut aller au-delà de la seule protestation contre l’austérité pour comprendre l’excitation autour de Syriza, d’autant qu’elle va bien au-delà des alliés naturels de ce mouvement. Les élections européennes de mai 2014 ne mentaient pas: la tentation de la révolte couve sur le vieux continent et le vote grec vient le confirmer. Le système médiatique avait accueilli les résultats en associant le vote populaire à une nouvelle maladie politique, l’europhobie, manière comme une autre de pathologiser l’attachement à la souveraineté et à l’identité nationales.

Le cercle de la raison se rétrécissait encore un peu: un jour, tous ceux qui ne communieront pas à l’orthodoxie officielle seront phobes d’une manière ou d’une autre. N’assiste-t-on pas à la multiplication des phobies depuis une quinzaine d’années? Le désaccord idéologique est de moins en moins admis, ce qui entretient la colère des peuples, à qui on explique qu’ils doivent seulement s’adapter, le mieux possible, à un monde qu’ils ne peuvent plus construire de quelque manière que ce soit. Les élites politiques, dès lors, ne sont plus choisies selon leurs visions, mais selon leurs compétences, puisqu’elles auront à se plier à la seule politique possible.

La démocratie ne peut supporter durablement un tel assèchement de son imaginaire. À l’origine de cette révolte, il y a le sentiment d’une dépossession démocratique majeure, qui donne aux élites des partis consacrés l’allure d’équipes interchangeables, appliquant un même programme, qui est celui d’une mondialisation libérale qui pousse à la dissolution de la souveraineté nationale. Elle pousse aussi à la dissolution des identités nationales, même si ce thème n’était pas au cœur du discours de Syriza, qui en la matière, se campe indiscutablement à gauche. Mais faut-il parler de l’impuissance d’une classe politique particulière ou d’une impuissance du politique en général?

Avant d’opter une politique de gauche ou de droite, encore faut-il être capable de mener une politique. C’est probablement le sens de l’alliance circonstancielle entre la gauche radicale et la droite souverainiste, pour reconstituer une souveraineté grecque. On peut bien parler d’une révolte populiste, à condition de détacher ce terme de toute connotation négative. D’ailleurs, on sent l’intelligentsia soulagée de constater que le soulèvement populaire peut se mener à gauche. On le croit alors authentique. Aurait-elle applaudi avec autant d’énergie un parti en protestation contre l’Europe «austéritaire» qui se camperait à droite?

On connaît la prophétie souvent démentie de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire. L’histoire philosophique du monde se serait achevée avec la chute du communisme. La vieille question du régime qui alimentait la philosophie politique depuis l’Antiquité, aurait trouvé sa réponse définitive dans la démocratie de marché, et les peuples, désormais, pourraient simplement vaquer aux plaisirs rendus possibles par la prospérité mondialisée. Non seulement l’histoire se poursuit, avec sa fureur et ses violences, mais la question du régime s’est rouverte comme jamais.

On se fait croire, aujourd’hui, que nous vivons encore en démocratie. C’est naturellement faux. La souveraineté populaire a été vidée de son contenu partout en Occident, et particulièrement en Europe, par les cours de justice et la technostructure supranationale. On pourrait ajouter à ce portrait les médias dominants, qui délimitent l’espace du pensable et les marchés, qui misent sur leur prétendue infaillibilité pour rétrécir les choix économiques. On ne sera pas surpris de constater que l’appel à une renaissance démocratique passe en partie par un procès de la construction européenne. Sur quel principe fonder le pouvoir? Cette question s’impose à nouveau en remaniant les clivages idéologiques auxquels nous étions habitués.


Cinéma: On ne peut calculer le nombre de vies sauvées (As the American left lashes out at the most lethal sniper in US history with 160 confirmed kills)

26 janvier, 2015
https://i0.wp.com/i1.mirror.co.uk/incoming/article5016926.ece/alternates/s615/American-sniper-murder-poster.jpghttps://scontent-a-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xfa1/t31.0-8/p526x296/10857147_10200218185374376_2109345813922156709_o.jpg
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18:31 – Bon boulot – Dominique, quinquagénaire, a applaudi « un tireur d’élite » quand elle l’a vu « perché sur un toit »: « on est contents qu’ils soient là pour protéger le bas peuple pendant la manif ». « Les gens ont une mauvaise opinion de la police en général, mais ils bossent dans des conditions difficiles, et quand il s’agit de sauver des êtres humains, ils font bien leur boulot », renchérit Joël, 64 ans, qui tenait « absolument » à les applaudir. Annick, elle, souligne « leur dévouement et ce qu’ils ont perdu comme vies aussi, et leurs blessés ». « Pour une fois qu’on les remercie… » Le Nouvel obs
Malgré la violence la plus crue, les explosions sanglantes et, littéralement, la boucherie humaine qui y est montrée, The Hurt locker est l’un des plus efficaces films de recrutement pour l’Armée américaine que j’ai jamais vu. Tara McKelvey (American prospect)
Mon oncle a été tué par un sniper pendant la Seconde Guerre mondiale. On nous apprenait que les snipers étaient des lâches. Qu’ils vous tiraient dans le dos. Les snipers ne sont pas des héros. Et les envahisseurs sont pires. Michael Moore
Je viens de voir American sniper. C’est un film puissant, le pendant de Coming Home (film sur la vie d’un prisonnier politique chinois après sa libération, ndlr). Bradley Cooper est sensationnel. Bravo Clint Eastwood. Jane Fonda
Quelle fin tragiquement ironique pour ce tireur d’élite qui a survécu à quatre déploiements en Irak. J’étais contre l’intervention américaine là-bas mais c’est une toile de fond intéressante pour y situer une histoire. J’ai déjà réalisé des films ayant la guerre comme sujet, mais pas comme celui-là, sur un conflit aussi controversé et montré ici sous un autre jour. À travers le regard de ce tireur d’élite, engagé volontaire, patriote invétéré rongé par le regret de n’avoir pu sauver plusieurs de ses frères d’armes, et dont le retour à la vie civile n’a pas été facile. Quand on tue autant de gens, même si on est entraîné pour et qu’on finit par être insensibilisé, ça doit forcément laisser des séquelles. Ça n’a pas été un film facile à faire, sans doute l’un des plus ardus de ma carrière. Le scénario était très complexe, avec plein de ramifications… Clint Eastwood
Les Irakiens, Chris Kyle ne les aime pas. Doux euphémisme. À ses yeux, ce sont tous «des sauvages» qui n’hésitent pas à envoyer des femmes et des enfants faire le sale boulot. Ses deux premières victimes furent une mère et son fils, justement. La première s’avançait vers un check point de marines, bardée d’une ceinture d’explosifs. Elle venait de confier une grenade à son rejeton. Chris Kyle dut abattre les deux, contraint et forcé, après avoir reçu le feu vert de ses supérieurs. Ce furent ses deux tirs les plus difficiles. «Après, confie-t-il, tuer des gens n’est pas très compliqué», surtout quand, selon lui, «ils incarnent le Mal», puisqu’ils veulent abattre des soldats américains. Le politiquement correct n’est pas le style de Kyle. Il avoue «aimer la guerre» et regrette seulement de «ne pas avoir abattu plus de salopards». En quatre séjours en Irak, il a bâti sa légende sur des tirs mémorables. À Sadr City (Bagdad) en 2008, juché sur un toit, Chris aperçoit un homme armé d’un RPG (lance-roquettes). À près de deux kilomètres de distance, le sniper fait mouche et atteint une notoriété quasi instantanée parmi ses pairs. «Dieu a soufflé sur cette balle et l’a touché», sourit le Texan, qui revendique fièrement sa culture chrétienne. Sur le haut du bras gauche, en dessous de l’épaule, à côté du trident des Seals, il a fait tatouer une énorme croix de templier rouge vif, qu’il dévoile volontiers. Élevé dans l’amour de Dieu, de la patrie et de la famille, Kyle assume: «Là-bas, je voulais que tout le monde sache que je suis chrétien, et que je suis un féroce guerrier de Dieu.» La foi chevillée au corps, il pense qu’il devra «peut-être patienter un peu plus longtemps que les autres en salle d’attente au purgatoire», mais garde la conscience tranquille. Ses «exploits», il a fini par les relater dans un livre*, qui caracole depuis trois mois en tête des ventes: 419 000 exemplaires déjà vendus. Devenu une légende vivante au sein de l’armée, Chris Kyle passe pour avoir sauvé des centaines de vies, armé de son seul fusil à lunette. L’usure nerveuse finit cependant par le rattraper lors de son quatrième déploiement en Irak. Il cède alors aux pressions de sa femme Taya, qui ne supporte plus ses absences prolongées. Un ultime coup de chance lors d’une fusillade dans Sadr City, dont il réchappe miraculeusement, lui font réaliser qu’il n’est «tout compte fait pas invincible», malgré ce fidèle «ange gardien» qui a longtemps veillé sur lui. Dans la foulée, il quitte l’armée pour «se consacrer enfin à sa famille». Mais il n’en a pas fini avec une notoriété grandissante. De retour au pays, des inconnus viennent le remercier pour leur avoir «sauvé la peau» tel jour à Faloudja. D’autres anonymes paient discrètement la facture lorsqu’il dîne au restaurant avec Taya. De partout, les sollicitations affluent. La Navy et la Garde nationale du Texas n’ont pas renoncé à le convaincre de rempiler. Les édiles locaux font des pieds et des mains pour qu’il s’engage en politique. Mais Chris Kyle n’a guère plus d’estime pour les hommes politiques que pour les insurgés irakiens. «Républicains comme démocrates, ce sont tous des escrocs», affirme-t-il sur un ton péremptoire. À défaut de carrière publique, c’est le monde du cinéma qui le courtise. Un scénario circule depuis quelque temps à Hollywood. Mais Kyle a posé ses conditions: il mettra son veto à tout acteur qui lui déplairait pour incarner son rôle. «Je ne veux pas d’un acteur comme Matt Damon et tous ces types qui ont exprimé leur opposition à la guerre en Irak», confesse ce grand nostalgique, qui préfère nettement Chuck Norris ou… Ronald Reagan. Le Figaro (09.04.12)
The very term “sniper” seems to stir passionate reactions on the left. The criticism misses the fundamental value that snipers add to the battlefield. Snipers engage individual threats. Rarely, if ever, do their actions cause collateral damage. Snipers may be the most humane of weapons in the military arsenal. The job also takes a huge emotional toll on the man behind the scope. The intimate connection between the shooter and the target can be hard to overcome for even the most emotionally mature warrior. The value of a sniper in warfare is beyond calculation. I witnessed the exceptional performance of SEAL, Army and Marine snipers on the battlefields of Iraq and Afghanistan. They struck psychological fear in our enemies and protected countless lives. Chris Kyle and the sniper teams I led made a habit of infiltrating dangerous areas of enemy-controlled ground, established shooting positions and coordinated security for large conventional-unit movement. More than half the time, the snipers didn’t need to shoot; over-watch and guidance to the ground troops was enough. But when called upon, snipers like Chris Kyle engaged enemy combatants and “cleared the path” for exposed troops to move effectively and safely in their arduous ground missions. These small sniper teams pulled the trigger at their own risk. If their position was discovered, they had little backup or support. Rorke Denver
The ideal thing would be if I knew the number of lives I saved, because that’s something I’d love to be known for. But you can’t calculate that. Chris Kyle
At this point I’d never killed anyone, so it definitely made me pause. But also the fact that it’s not a man — it was difficult. So we tried to radio the Marines to let them handle it. I didn’t want to have to be the one who had to take the woman’s life. We couldn’t raise them on the radio, so I ended up having to take the shot. Chris Kyle (about his very first kill in Iraq — a woman trying to blow up advancing Marines with a hidden grenade)
I don’t remember Michael Moore or any other Hollywood grandees objecting much to the 2001 war film Enemy at the Gates, which was supposedly loosely based on the controversial (and perhaps less than verifiable) career of the deadly sniper Vasily Zaitsev. That movie portrayed the expert Zaitsev as a hero in trying to cut down Wehrmacht officers and soldiers on behalf of the Soviet cause. It reminded audiences not just that Zaitsev’s sniping could save his fellow Russians, but that it was also a very dangerous business for the shooter: As the hunter, Zaitsev often very quickly became the hunted. Nor did Moore et al. object to the positive portrayal of the sniper Private Daniel Jackson (Barry Pepper) in Saving Private Ryan. Jackson, from his hidden perches, kills lots of unsuspecting Germans with his telescopic sniper rifle, saving members of hero John Miller’s company—until he himself is blown up by German tank fire. In Captain Phillips Navy SEAL snipers are portrayed as “marksmen” who nonetheless stealthily blow apart Somali pirates, and thereby save Phillips’s life. Hollywood and film critics were also quite enthusiastic about that movie, apparently including the final rescue of Phillips by skilled “snipers” (i.e., the targeted pirates never knew that they were being targeted and never knew what hit them). What has more likely caused some controversy over American Sniper is not the sniper profession per se of Chris Kyle (since snipers were not de facto deemed suspect in prior films), but three other considerations: a) American Sniper often portrays the Islamist insurgents as savage, and Kyle as complex, but nevertheless both patriotic and heroic in protecting other Americans from them; b) the movie does not serve as a blanket damnation of the Iraq war, at least as is otherwise typical for the Hollywood Iraq film genre; in this regard, unlike many recent Hollywood film titles with the proper noun American in them (e.g., American Hustle, American Gangster, American Psycho, American History X, American Beauty, etc.), the film quite unusually does not dwell on American pathologies; and c) perhaps most important, the film is very successful, and has resonated with the public at the precise time when other recent movies more welcomed by the establishment, such as Selma, have so far not. Victor Davis Hanson

Attention: une propagande peut en cacher une autre!

A l’heure où des policiers et des tireurs d’élite sur les toits parisiens se voient pour une fois …

Non hués mais salués par la population …

Comment ne pas voir pour ce qu’elle est …

La nouvelle polémique, après celles The Hurt locker et de Zero dark thirty, de nos gauchistes de service …

Contre le nouveau film de Clint Eastwood et hommage posthume (victime il y a deux ans d’un sous-officier de marine de 20 ans souffrant de stress post-traumatique dont il s’occupait) …

Au tireur d’élite le plus décoré de toute l’histoire militaire des États-Unis …

A savoir de la pure propagande ?

The Ideal Thing Would Be If I Knew the Number of Lives I Saved’: Chris Kyle Defends His Record

Brendan Bordelon
NRO

January 19, 2015

Michael Moore called him a “coward.” Peter Mass of Glenn Greenwald’s the Intercept slammed him for calling Iraqis “savages.” Former Daily Beast reporter Max Blumenthal described him as a “mass murderer” — a sentiment later echoed on a defaced billboard that’s advertising the most popular movie in America.

The American Left is frothing at the mouth over Clint Eastwood’s portrayal of decorated Navy SEAL Chris Kyle in American Sniper.

Murdered by a mentally ill veteran he was counseling in February 2013, Kyle is no longer here to defend himself. But a C-SPAN video from April 2012 does a pretty good job of putting the lie to the Left’s portrait of a remorseless sociopathic killer.

The most lethal sniper in American history, Kyle is credited with 160 confirmed kills during his four tours of duty in Iraq. But while his detractors would claim Kyle obsessed over that number as a badge of honor, the real American sniper’s focus for his work lay elsewhere. “The ideal thing would be if I knew the number of lives I saved, because that’s something I’d love to be known for,” he said. “But you can’t calculate that.”

Kyle also described his very first kill in Iraq — a woman trying to blow up advancing Marines with a hidden grenade. And while liberals have made much of Kyle’s written admission that he “enjoyed” taking lives, that was not at all the sentiment he expressed during the interview.

“At this point I’d never killed anyone, so it definitely made me pause,” he said. “But also the fact that it’s not a man — it was difficult. So we tried to radio the Marines to let them handle it. I didn’t want to have to be the one who had to take the woman’s life. We couldn’t raise them on the radio, so I ended up having to take the shot.”

Voir aussi:

What American Sniper Reveals About the Soldier at War and at Peace
Peter Simek

B+, Movies.

Jan 15, 2015

The best films about the Iraq and Afghanistan conflicts have been movies that are as concerned about the home front as they are about the field of battle. The latest is Clint Eastwood’s American Sniper, a film based on the life of Chris Kyle, the “deadliest sniper in U.S. history.” Kyle’s real life played out like a movie in its own right. For more on the real Kyle, check out Michael Mooney’s 2013 D Magazine feature here. For the purposes of this piece, though, I’m just going to reflect on the semi-fictional Kyle, played by Bradley Cooper in Eastwood’s new movie.

With American Sniper, Eastwood has used Kyle’s life to take a broader look at what it means to be a soldier. Kyle offers a readymade hero. A down-and-out guy from Texas who, after 9/11, decides to leave the bar and get serious about his life. He joins the Navy and eventual becomes a Navy SEAL. Even though he ends up in the most elite fighting force, importantly, the arc of Kyle’s military career is typical: he is not coming from much and has nothing to lose by signing up. He is driven by a sincere pride of country matched with a strong drive and sense of purpose provided by the military. It also turns out he is a good shot. And he discovers other hidden talents — a razor-sharp focus, fidelity to his fellow soldiers, and fearlessness — that make him uniquely lethal in the field of battle.

Before he’s sent off to war, Kyle meets his future wife, Taya (Sienna Miller), and their relationship helps frame Eastwood’s interest in exploring what it is like to be both a highly trained killer and a husband and (eventually) father. In the field of battle, Kyle is unstoppable. In a number of high-energy action sequences, American Sniper can feel like a well-made, if somewhat rudimentary action flick, replete with some cheesy G.I. Joe-style dialogue. Kyle kills bad guys just at the right time; he leads platoons of grunts into buildings and roots out the bad guys; we watch him get in and out of jams and melodramatic showdowns. Kyle kills to save lives — that much Eastwood wants to make extremely clear with these high-tension shoot-out scenes. Eastwood has to make sure we understand that Kyle’s killing is an act of saving because what makes American Sniper really click is the way it begins to register the weight of just what it means to kill, even when the killing seems to be entirely justified.

As we follow Kyle through successive tours, we begin to see the cost of war on his life, family, and psyche. He is distant to friends and family; he and his wife begin to fight. Cooper does a great job of slowly receding into himself. His speaking turns to grunts, and his posture and demeanor reflect an unspoken, unbearable weight of life at home. Kyle keeps returning for more tours, and he justifies it by saying he can’t stand being at home when he knows his fellow soldiers are in the field of battle. He is good at what he does, and he wants to do it and help his buds. But it also becomes obvious that he suffers from something many soldiers have described about their experience returning from Iraq and Afghanistan. The mundane everyday no longer seems like living when compared to the intense life-and-death reality of the field of battle.

This disconnect is brought together in most dramatic fashion in a scene when Kyle is on a satellite phone with his wife while perched in his sniper’s nest in Iraq. As they chat, a young Iraqi boy is dragged into a square by fighters and executed in front of his family. In the mayhem that ensues, Kyle drops his phone, and his wife stands on a suburban street in Texas listening to the hell of the firefight unfold through her cellphone. The scene is so emotionally wrought, so melodramatic, it almost feels garish and overdone. But at the same time, isn’t this how most of us have experienced these wars, with this paradoxical mix of intimacy and disconnect supplied by modern-day media?

This disconnect seems to be at the heart of what Eastwood is trying to work out in American Sniper. How can someone trained to excel in the field of combat adjust to life after combat? It is an ancient concern of war literature, going all the way back to Homer. Here, Eastwood approaches it through the lens of a society that continually honors and praises its troops, dragging them out to sporting events and sticking bumper stickers on cars, and yet, a society that, at the same time, has never been more insulated to the intimacies and costs of war.

In the end, as we know from everything that has been written about Kyle’s life, there is a gross irony in that he is eventually killed by a fellow veteran. In the movie, Eastwood doesn’t gloss over this tragic twist. Just when it looks like Kyle may be able to come to grips with life after war by mentoring fellow vets, he is killed by someone who can’t overcome his own psychological turmoil. It’s what makes the film’s closing moments, the actual footage of Kyle’s monumental funeral at Cowboys Stadium, both moving and difficult. Yes, we support our troops. We honor our fallen. Our soldiers have done heroic, important work. But as we watch Kyle honored on the Cowboys blue star on the 50-yard line, Eastwood reminds us that we still don’t seem to grasp the real solemnity and human cost of all of it.
Not sure which movie the author saw, but his writing contains enough factual errors (relative to the movie) to make me lose interest in whatever it is he’s trying to express. In the movie, Chris Kyle enlisted after seeing the 1998 attacks on US embassies in Dar es Salaam and Nairobi on TV. He had been in the service for three years by the time 9/11 happened.

Likewise, in the movie when Kyle drops his satellite phone during a firefight, his wife was listening in from a sidewalk in front of a medical facility she had just exited. There was no « suburban street » in that scene and it’s unclear if she was in Texas, California or elsewhere.

These might seem like minor points, but when the author cannot be counted on to get the minor points right it diminishes the strength of his entire message.

Voir également:

Snipers, Correct and Incorrect
Victor Davis Hanson

NRO

January 21, 2015

Were a confused Michael Moore and others faulting American Sniper on the argument that Chris Kyle was a sniper per se, or that he was an American sniper?

I don’t remember Michael Moore or any other Hollywood grandees objecting much to the 2001 war film Enemy at the Gates, which was supposedly loosely based on the controversial (and perhaps less than verifiable) career of the deadly sniper Vasily Zaitsev. That movie portrayed the expert Zaitsev as a hero in trying to cut down Wehrmacht officers and soldiers on behalf of the Soviet cause. It reminded audiences not just that Zaitsev’s sniping could save his fellow Russians, but that it was also a very dangerous business for the shooter: As the hunter, Zaitsev often very quickly became the hunted.

Nor did Moore et al. object to the positive portrayal of the sniper Private Daniel Jackson (Barry Pepper) in Saving Private Ryan. Jackson, from his hidden perches, kills lots of unsuspecting Germans with his telescopic sniper rifle, saving members of hero John Miller’s company—until he himself is blown up by German tank fire.

In Captain Phillips Navy SEAL snipers are portrayed as “marksmen” who nonetheless stealthily blow apart Somali pirates, and thereby save Phillips’s life. Hollywood and film critics were also quite enthusiastic about that movie, apparently including the final rescue of Phillips by skilled “snipers” (i.e., the targeted pirates never knew that they were being targeted and never knew what hit them).

What has more likely caused some controversy over American Sniper is not the sniper profession per se of Chris Kyle (since snipers were not de facto deemed suspect in prior films), but three other considerations:

a) American Sniper often portrays the Islamist insurgents as savage, and Kyle as complex, but nevertheless both patriotic and heroic in protecting other Americans from them;

b) the movie does not serve as a blanket damnation of the Iraq war, at least as is otherwise typical for the Hollywood Iraq film genre; in this regard, unlike many recent Hollywood film titles with the proper noun American in them (e.g., American Hustle, American Gangster, American Psycho, American History X, American Beauty, etc.), the film quite unusually does not dwell on American pathologies; and

c) perhaps most important, the film is very successful, and has resonated with the public at the precise time when other recent movies more welcomed by the establishment, such as Selma, have so far not.

Voir encore:

American sniper : le film de Clint Eastwood divise l’Amérique
Europe 1

21 janvier 2015

Le film American sniper de Clint Eastwood remporte un grand succès aux Etats-Unis. Mais il suscite aussi les critiques de certains qui l’assimilent à une œuvre de propagande pour l’armée.
Succès économique et source de polémique. Pas besoin de faire l’unanimité pour amasser des millions de dollars au box-office. Pour American sniper, le nouveau film de Clint Eastwood, c’est même l’inverse. Son énorme succès en salles depuis sa sortie outre-Atlantique -105 millions de dollars soit 90 millions d’euros en un week-end, ce qui en fait l’œuvre la plus rentable du célèbre acteur-réalisateur- s’accompagne de débats houleux qui divisent l’Amérique.

160 victimes au cours de sa carrière. La pomme de discorde ? Le traitement cinématographique privilégié par Clint Eastwood de l’histoire de Chris Kyle, tireur d’élite au sein des forces spéciales, les Navy Seals. Ce sniper, aujourd’hui décédé, est connu sous deux surnoms qui résument bien le personnage : Chris Kyle est « la légende » pour ses frères d’armes et « le diable » pour ses ennemis. Bien que ce titre soit difficilement vérifiable, ce soldat américain est en effet connu pour être le sniper le plus meurtrier de l’histoire militaire du pays. Le Pentagone lui « crédite » 160 morts, tandis que lui en revendique 255 dans son autobiographie dont le scénario s’inspire.

Un « féroce soldat de Dieu ». Chris Kyle est incarné par Bradley Cooper dans American sniper. Au long du film, le spectateur est confronté à la violence des scènes de guerre, mais aussi au difficile retour à la vie civile et familiale de ces soldats, souvent sujets au stress post-traumatique. Héroïsé par certains, largement médiatisé, Chris Kyle s’est fait connaître par ses sorties violentes. Au Figaro, il expliquait en avril 2012 que les Irakiens étaient des « sauvages, qui n’hésitent pas à envoyer des femmes et des enfants faire le sale boulot ». Il se considérait également comme « un féroce soldat de Dieu », content de savoir que chaque personne qu’il tuait « ne risquait pas de planter une bombe artisanale sous une route au passage d’un convoi américain ».

Hollywood divisé. Ajoutez à ces déclarations fracassantes un tatouage en forme de croix de templier rouge vif et un accent texan prononcé. Il n’en faut pas plus pour diviser les Etats-Unis autour du film qui campe le personnage. D’un côté, de nombreux médias et personnalités ont critiqué une œuvre qui esthétise la mort et joue le rôle de propagande de l’armée américaine. Parmi eux, le réalisateur de Bowling for Columbine Michael Moore, grand opposant à la guerre en Irak et au libre port d’armes aux Etats-Unis. « Mon oncle a été tué par un sniper pendant la Seconde Guerre mondiale. On nous apprenait que les snipers étaient des lâches. Qu’ils vous tiraient dans le dos. Les snipers ne sont pas des héros. Et les envahisseurs sont pires », martèle-t-il.

Avant Michael Moore, Jane Fonda avait été la première personnalité du cinéma américain à réagir, positivement elle, au film. « Je viens de voir American sniper. C’est un film puissant, le pendant de Coming Home (film sur la vie d’un prisonnier politique chinois après sa libération, ndlr). Bradley Cooper est sensationnel. Bravo Clint Eastwood. »

Campagne marketing ciblée. Comme le montre le Wall Street Journal (en anglais, édition abonnés), le film a été proportionnellement drainé moins de spectateurs dans les grandes aires urbaines des côtes est et ouest, majoritairement démocrates et libérales, comparé au franc succès qu’il a remporté dans le sud du pays et dans le Midwest, résolument républicains et conservateurs. Un phénomène logique, et même voulu par le studio de production, comme en atteste le témoignage d’un employé dans The Hollywood Reporter cité par le blog du Monde Bigbrowser : une campagne marketing, tournée vers un public conservateur via des publicités sur Fox News et dans des magazines militaires a permis de faire de ce succès un « phénomène culturel »

Un phénomène culturel, mais aussi politique, puisque l’ex-sénatrice de l’Alaska et figure de la droite radicale américaine Sarah Palin a elle aussi réagi contre les « gauchos d’Hollywood » qui « crachent sur les tombes des combattants de la liberté qui vous permettent de faire ce que vous faites ».

Clint Eastwood dépassé ? Pourtant, dans un débat lors d’une avant-première le 8 décembre dernier, Clint Eastwood affirmait ne pas vouloir faire l’allégorie de la guerre avec American Sniper, commel’explique Première. Il avait même réaffirmé son opposition à la guerre en Irak, en parlant de « l’arrogance de vouloir entrer en guerre sans même se poser la question de sa justification, ni des conséquences tragiques qu’elle aurait pour tant de monde ». Le ralisateur rappelait qu’il avait grandi pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans l’espoir qu’elle « finirait toutes les guerres ». Bradley Cooper, l’acteur principal du film, a lui aussi affirmé qu' »American sniper n’était pas un film politique » dans le Guardian.

Une Amérique coupée en deux ? Médias et opinion publique voient en American Sniper la ligne de fracture entre une Amérique de l’intérieur, conservatrice et républicaine, et une Amérique des côtes, élitiste et démocrate. Une opposition manichéenne que refusent de légitimer de nombreux éditorialistes américains. « Une partie des spectateurs du film l’ont-ils regardé à travers un prisme xénophobe et belliqueux? Sûrement. Et ces gens sont haineux et simplets. Mais ceux qui font de ces gens une population cohérente et identifiée qu’ils regardent avec mépris sont tout aussi bêtes que ceux qu’ils critiquent », peut-on lire notamment sur Flavorwire.

American Sniper ne laisse décidément personne indifférent, puisque le cours de la justice lui-même pourrait être perturbé par la sortie de ce film. En effet, Chris Kyle avait été tué près de chez lui au Texas en février 2013, lors d’un gala en faveur des vétérans de l’armée touchés par le syndrome de stress post-traumatique (PTSD). L’accusé, lui-même victime de PTSD, doit être jugé le 11 février prochain dans un procès où il risque la peine de mort. Son avocat estime que le film pose problème puisqu’il « pourrait influencer le jury », explique BFMTV.

Voir également:

Pourquoi le film American Sniper fait polémique
Victor Garcia

L’Express

20/01/2015

En salle le 18 février en France, American Sniper défraie déjà la chronique aux Etats-Unis. Entre succès au box-office et critiques, le film ne laisse pas indifférent. Certains lui reprochent d’être un film de propagande de l’armée américaine.

Succès et polémique. American Sniper nourrit les passions. Nommé six fois aux Oscars, dominant le box-office, le film réalisé par Clint Eastwood a engrangé 105 millions de dollars dès son premier week-end d’exploitation.

Au-delà de ce succès incontestable, plusieurs voix s’élèvent aux États-Unis, notamment celles de réalisateurs, qui estiment qu’American Sniper est un film de propagande pour l’armée américaine. D’autant plus malvenu compte-tenu du bilan de l’intervention américaine en Irak.

Quel est le scénario ?
American Sniper s’inspire de la vie de Chris Kyle, le sniper le plus meurtrier de l’histoire militaire américaine -mort depuis-, incarné par Bradley Cooper. Un tireur d’élite qui a été envoyé à quatre reprises en Irak, et qui a revendiqué 255 ennemis tués. Le Pentagone, quant à lui, en décompte 160.

American Sniper retrace le quotidien de cet homme sur le champ de bataille, les atrocités dont il est témoin, mais aussi sa vie de famille, avec laquelle il n’arrive plus à vivre normalement une fois de retour au pays. Le film reprend directement le scénario du livre autobiographique de celui qui est surnommé al-Shaitan (« le diable ») par ses ennemis et « La Légende » par ses frères d’armes des forces spéciales américaines, les Navy SEAL.

Que lui reprochent notamment Michael Moore et Seth Rogen?
La glorification de l’armée américaine et des forces spéciales ainsi que de son rôle en Irak n’est pas du goût de tout le monde. Michael Moore, le réalisateur de Bowling for Columbine et militant contre le port d’armes, n’y est pas allé de main morte. « Mon oncle a été tué par un sniper pendant la Seconde Guerre mondiale. On nous apprenait que les snipers étaient des lâches. Qu’ils vous tiraient dans le dos. Les snipers ne sont pas des héros. Et les envahisseurs sont pires », a-t-il lancé sur Twitter, remettant en cause directement l’intervention américaine en Irak.

Le réalisateur de The Interview, Seth Rogen, a de son côté estimé que American Sniper lui faisait penser « au film qui est montré dans la troisième partie d’Inglorious Basterds », réalisé par Quentin Tarentino.

Seth Rogen fait en fait référence à Nations Pride, un film -parodique- de propagande nazie imaginé par Quentin Tarentino dans Inglorious Basterds. Dans Nations Pride, un sniper nazi, perché en haut d’une tour, abat des centaines d’ennemis. Il devient alors le héros de toute la nation… Voir ci-dessous:

La réponse des « patriotes »
La réponse des défenseurs du film s’est faite notamment par le Daily Caller, rapporte le site Inquisitr.. Dans son éditorial, le journal estime qu' »Hollywood est majoritairement de gauche et a produit une série de films anti-guerre et anti-militaire qui ont été des flop au box-office. Dans ce monde, American Sniper est une anomalie. Il montre la vie de Kyle sans fard et sans jugement. Son succès est la preuve que les gens sont venus voir la vie de celui que la plupart considère comme un héros ».

Le site Metacritic.com, site référence de compilation de critiques de la presse américaine, attribue la note de 72 sur 100 à American Sniper, qui récolté 33 critiques « positives » et 12 « partagées ». 191 spectateurs ont également notés le film de Clint Eastwood, qui obtient une note de 7,1 sur 10, avec 142 critiques positives, 22 partagées et 27 négatives.

Voir encore:

Polémique
« American Sniper » accusé de propagande

Kahina Sekkai

Paris Match

22 janvier 2015

«American Sniper», le film de Clint Eastwood, relance le débat sur Chris Kyle, le sniper le plus meurtrier de l’armée américaine, et les tireurs d’élite. Certains spectateurs ont écrit de violentes insultes racistes sur les réseaux sociaux, mais les Républicains ont volé au secours du long-métrage.

Près de deux ans après la mort de Chris Kyle, la sortie du film «American Sniper» a déclenché une polémique aux Etats-Unis. Le sniper le plus meurtrier de l’histoire de l’armée américaine était-il un héros de guerre ou un «lâche»? Le film, selon de nombreux critiques, glorifie le rôle des snipers. Le réalisateur engagé Michael Moore a été un des premiers à dénoncer ces tireurs d’élite: «Les snipers ne sont pas des héros. Et les envahisseurs sont les pires», a-t-il écrit sur son compte Twitter, racontant que son oncle avait été tué par un sniper lors de la Seconde guerre mondiale.

Sur le site de microblogging, certains spectateurs ont vanté les mérites du film, mais du côté de la haine: « »American Sniper » me donne envie d’aller tirer sur des putains d’Arabes», écrit ainsi un certain @dezmondharmon. « »American Sniper m’a fait apprécier les soldats 100 fois plus et détester les musulmans 1 million de fois plus», complète #ItsReeceyYh. «Il est bon de voir un film où les Arabes sont représentés pour ce qu’ils sont vraiment –de la vermine pourrie qui veut nous détruire», assure de son côté @harshnewyorker. Ces commentaires ont été compilés par @LeslieK_nope:

Les Républicains défendent Chris Kyle et le film
L’acteur Seth Rogen a écrit sur Twitter qu’«American Sniper» lui «faisait un peu penser» au film de propagande tourné par les nazis et montré dans «Inglorious Basterds», de Quentin Tarantino.

Sarah Palin a rapidement pris la défense du film et de Chris Kyle, qu’elle connaissait personnellement: «Alors que vous caressez des trophées en plastique qui brille, que vous vous échangez en crachant sur la tombe des combattants de la liberté qui vous ont permis de le faire, sachez que le reste de l’Amérique considère que vous n’êtes pas dignes de cirer les bottes de combat de Chris Kyle», a écrit la candidate malheureuse républicaine à la vice-présidence sur Facebook. Newt Gingrich, l’ancien chef des Républicains à la Chambre des représentants, a pour sa part estimé que «Michael Moore devrait passer quelques semaines avec EI et Boko Haram, il apprécierait « American Sniper »».

La personnalité de Chris Kyle est depuis longtemps controversée. Il aurait tué plus de 255 personnes pendant ses dix années de service, et avait été surnommé «le diable de Ramadi» par les insurgés irakiens qu’il prenait pour cibles. Le directeur adjoint de la rédaction de Match l’avait rencontré en mai 2012, au Texas, où il avait fondé une société qui avait pour devise: «La violence résout les problèmes». «Quand je vois les massacres, les tortures et toutes les horreurs que nos ennemis ont commis, je n’ai aucun regret. J’ai fait ça pour mon peuple, pour défendre mes camarades et empêcher ces ordures de commettre davantage d’atrocités. Si j’avais pu en tuer davantage, je l’aurais fait.» «La guerre n’a rien d’amusant, pourtant il se trouve que je m’amusais», poursuivait-il.

Il était en 2012 en négociations afin que son livre «American Sniper» soit porté sur grand écran. Sur le choix de l’acteur qui l’interprétera, Chris Kyle avait rejeté en bloc Matt Damon: «Certainement pas. C’est moi qui décide, et ce n’est pas un opposant à la guerre qui jouera mon rôle.» Bradley Cooper a finalement été choisi –et figure parmi les nommés à l’Oscar du meilleur acteur. Le premier weekend de sa sortie en Amérique du Nord, «American Sniper» a rapporté plus de 90 millions de dollars.

Entre 1999 et 2009, Chris Kyle a été l’un des militaires les plus récompensés pour son service, recevant notamment deux Silver Stars et cinq Bronze Stars. Après avoir quitté le combat, il était devenu instructeur pour des équipes spéciales avant de quitter la Navy en 2009 et avait même écrit le manuel des snipers des Seals, le «Naval Special Warfare Sniper Doctrine». L’aide aux vétérans était l’un des piliers de la vie de Kyle, qui a notamment aidé à fonder l’association FITCO Cares Foundation. Il a été tué en février 2013 par Eddie Ray Rough, un frère d’armes victime du syndrome de stress post-traumatique qu’il tentait d’aider dans un stand de tir.

Voir aussi:

American Sniper dans le viseur de Michael Moore
Pierre-Emmanuel Mesqui
Le Figaro

19/01/2015

VIDÉO – Le réalisateur de Bowling for Columbine, connu pour ses prises de position controversées, a critiqué le nouveau film de Clint Eastwood.

Après avoir milité contre le port des armes dans son documentaire Bowling for Columbine et contre la guerre en Irak, Michael Moore revient à la charge en fustigeant le film American Sniper de Clint Eastwood, avec Bradley Cooper.

Sur Twitter, le réalisateur âgé de 60 ans est revenu sur un épisode marquant qui a touché un membre de sa famille: son oncle a été tué par un sniper lors de la Seconde Guerre mondiale. Il explique pourquoi ces soldats «ne doivent pas être considérés comme des héros».

Quelques heures après l’envoi de ce message, Michael Moore a néanmoins tenu à clarifier ses propos.

D’autres personnalités américaines d’Hollywood ont exprimé leur admiration devant l’œuvre de Clint Eastwood, comme Jane Fonda:

Pour le réalisateur de The Interview, Seth Rogen, le film American Sniper lui rappelle un passage d’Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, lorsqu’un sniper allemand (Daniel Brühl) tue héroïquement de nombreux ennemis, dans un film de propagande.

American Sniper est l’adaptation du livre de Chris Kyle, un tireur d’élite des Navy SEAL, intitulé American Sniper: The Autobiography of the Most Lethal Sniper in U.S. Military History (William Morrow, 2012). Ayant servi pendant la guerre d’Irak, Chris Kyle (Bradley Cooper) est connu pour être le sniper le plus prolifique de l’histoire des États-Unis. Surnommé «La Légende», il aurait tué 160 personnes. Le film suit également son retour au pays et les conséquences de la guerre sur son moral et sa vie de famille.

Le long métrage de Clint Eastwood est un grand succès au box-office US. Il a déjà remporté plus de 90 millions de dollars de recettes ce week-end. Il a également été nommé aux Oscars 2015 dans six catégories dont celles du «meilleur film» et du «meilleur acteur» pour Bradley Cooper.

Voir encore:

Chris Kyle, le roi des snipers américains abattu au Texas
Maurin Picard
03/02/2013

Ex-membre des Navy Seal, ce tireur d’élite qui s’est illustré en Irak a été tué par un vétéran.

De notre correspondant à New York

Il s’attendait à connaître une fin violente, lors d’une embuscade en Irak, mais avait fini par croire en sa bonne étoile. Après onze ans de bons et loyaux services au sein des Navy Seals, les troupes d’élite de la marine américaine, Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de l’armée américaine (255 «kills (ennemis tués)», dont 160 confirmés), avait raccroché son fusil de tireur d’élite, pour mieux se consacrer à sa famille.

Il a été abattu samedi près de chez lui au Texas par un de ses compatriotes, lors d’un gala de charité organisé à Glen Rose, près de Fort Worth, et consacré aux vétérans atteints de syndrome post-traumatique (ou PTSD, dans le jargon militaire). L’assassin, Eddie Ray Routh, était un de ces vétérans que Kyle se faisait un devoir d’assister lors de leur difficile retour à la vie civile, en organisant des week-ends de «réintégration» dans des ranchs du Texas ou de l’Oklahoma appartenant à d’anciens Seals. Agé de 25 ans, Routh serait retourné chez lui après avoir abattu Kyle et un de ses voisins, avant d’être arrêté par la police après une brève course-poursuite en voiture.

Prime sur sa tête, 80 000 dollars mort ou vif
Chris Kyle, 38 ans, avait reçu Le Figaro l’an passé (voir nos éditions du 10 avril 2012) à Dallas, pour la sortie de sa biographie en France. Il qualifiait les Irakiens de «sauvages, qui n’hésitent pas à envoyer des femmes et des enfants faire le sale boulot», une ceinture d’explosifs autour de la taille, et retroussait volontiers la manche de son bras gauche, recouvert de tatouages impressionnants. Un trident des Navy Seals y côtoyait une énorme croix de templier rouge vif, symbole de sa foi chevillée au corps. Élevé dans l’amour de Dieu, de la patrie et de la famille, Kyle, père de deux jeunes enfants, ne faisait pas mystère de ses motivations: «Là-bas, en Irak, je voulais que tout le monde sache que je suis chrétien, et un féroce guerrier de Dieu.» Il avait sa conscience pour lui car chaque insurgé qu’il éliminait «ne risquerait pas de planter une bombe improvisée sous une route au passage d’un convoi» américain.

Après ces exploits, Kyle avait hérité d’un surnom flatteur venant de l’insurrection sunnite, «al-shaitan Ramadi (le diable de Ramadi)», ainsi qu’une prime sur sa tête, 80.000 dollars mort ou vif. Pour ses camarades du «Navy Seals team 3», il était «The Legend (la légende)», depuis un tir à 1 800 m, en 2008 dans les bas-fonds de Saddam City (Bagdad), contre un Irakien sur le point de tirer une roquette contre un convoi de marines.

«Salle d’attente au Purgatoire»
Après avoir quitté le service actif en 2009, Kyle avait fondé Craft International, une firme spécialisée dans la formation des snipers. Son aura et son entregent lui avaient permis de transformer rapidement son entreprise en business lucratif.

Flairant le filon, les édiles républicains texans avaient bien tenté de le convaincre d’embrasser la carrière politique, mais lui n’affichait que mépris pour ceux qu’il qualifiait d’«escrocs», qu’ils soient républicains ou démocrates.

Chris Kyle avait confié au Figaro qu’une adaptation au cinéma était en cours de négociation avec des «majors» de Hollywood mais qu’il s’opposerait à ce qu’un «traître gauchiste» comme Matt Damon, coupable à ses yeux de s’opposer à la guerre en Irak en contestant lui aussi l’existence des armes de destruction massive (thème repris dans le film de Paul Greengrass, Green Zone en 2010), ne l’incarne à l’écran. Il avait finalement donné sa bénédiction au comédien Bradley Cooper et la société de production de ce dernier, 22nd & Indiana.

Relatant avec difficulté cette usure nerveuse qu’il avait ressentie lors de son quatrième et dernier tour d’opération en Mésopotamie en 2008, Chris Kyle reconnaissait avec un brin de mauvaise conscience qu’il devrait «peut-être patienter un peu plus longtemps que les autres en salle d’attente au Purgatoire».

Voir encore:

Le « diable » de Ramadi, héros américain

Maurin Picard
Le Figaro

09/04/2012

Chris Kyle, sniper d’élite de l’armée américaine, s’enorgueillit d’avoir éliminé 255 « terrotistes » en Irak. Sans l’ombre d’un état d’âme.

De notre envoyé spécial à Dallas

La barbe rousse et drue, les yeux rieurs qui dépassent d’une casquette de baseball bien vissée sur la tête, Chris Kyle ressemble à tous ces jeunes Américains sportifs et débonnaires, auxquels on donnerait le bon Dieu sans confession. Les apparences sont trompeuses. À 37 ans, Kyle est en réalité un vrai «badass» : un dur à cuire, en argot américain. Un tueur, au sens propre, comme en attestent les fusils d’assaut alignés derrière lui, un véritable arsenal dans ce bureau du quatorzième étage d’un immeuble d’affaires, en plein centre-ville de Dallas. Et un héros «bigger than life», hors norme, dans une Amérique éreintée par dix ans de guerres lointaines et impopulaires.

En onze ans de service actif au sein des prestigieux Navy Seals, les commandos de marine à l’origine de la mort d’Oussama Ben Laden en mai 2011, et quatre déploiements en Irak de 2003 à 2009, ce tireur d’élite a abattu 255 «terroristes». La Navy, très sourcilleuse sur les critères de validation, ne lui en reconnaît «que» 160. Cet étourdissant «palmarès» lui confère une place de choix parmi les plus célèbres snipers de l’histoire, derrière le Finlandais Simo Häyhä, qui tua 542 soldats soviétiques durant la Seconde Guerre mondiale. Si bien que, lorsqu’il a quitté le service actif en 2009, le sergent Kyle n’a eu aucun mal à fonder une firme spécialisée dans la formation des snipers, Craft International, avec le soutien enthousiaste de ses anciens frères d’armes. Dans l’armée américaine, il jouit d’une immense réputation, ce qui lui a permis de transformer rapidement Craft International en un business très lucratif. Chez les Seals, une fraternité pourtant avare en tressage de lauriers, le surnom qui lui colle à la peau en dit long sur son aura: «The Legend». Mais celui dont il est le plus fier, c’est le sobriquet décerné par les insurgés irakiens eux-mêmes, au plus fort des combats dans le triangle sunnite en 2006: «al-shaitan Ramadi», le diable de Ramadi. «Celui-là, j’en suis fier, sourit Kyle en lissant sa barbe. Ça veut dire que je les ai vraiment décimés.» Au plus fort de la bataille, les services de renseignements lui apprennent que sa tête a été mise à prix: 20 000 dollars, mort ou vif. Vers la fin des combats, elle en vaut 80 000.

«Des sauvages»
Les Irakiens, Chris Kyle ne les aime pas. Doux euphémisme. À ses yeux, ce sont tous «des sauvages» qui n’hésitent pas à envoyer des femmes et des enfants faire le sale boulot. Ses deux premières victimes furent une mère et son fils, justement.

La première s’avançait vers un check point de marines, bardée d’une ceinture d’explosifs. Elle venait de confier une grenade à son rejeton. Chris Kyle dut abattre les deux, contraint et forcé, après avoir reçu le feu vert de ses supérieurs. Ce furent ses deux tirs les plus difficiles. «Après, confie-t-il, tuer des gens n’est pas très compliqué», surtout quand, selon lui, «ils incarnent le Mal», puisqu’ils veulent abattre des soldats américains. Le politiquement correct n’est pas le style de Kyle. Il avoue «aimer la guerre» et regrette seulement de «ne pas avoir abattu plus de salopards». En quatre séjours en Irak, il a bâti sa légende sur des tirs mémorables. À Sadr City (Bagdad) en 2008, juché sur un toit, Chris aperçoit un homme armé d’un RPG (lance-roquettes). À près de deux kilomètres de distance, le sniper fait mouche et atteint une notoriété quasi instantanée parmi ses pairs. «Dieu a soufflé sur cette balle et l’a touché», sourit le Texan, qui revendique fièrement sa culture chrétienne.

Sur le haut du bras gauche, en dessous de l’épaule, à côté du trident des Seal, il a fait tatouer une énorme croix de templier rouge vif, qu’il dévoile volontiers. Élevé dans l’amour de Dieu, de la patrie et de la famille, Kyle assume: «Là-bas, je voulais que tout le monde sache que je suis chrétien, et que je suis un féroce guerrier de Dieu.» La foi chevillée au corps, il pense qu’il devra «peut-être patienter un peu plus longtemps que les autres en salle d’attente au purgatoire», mais garde la conscience tranquille.

Courtisé par le cinéma
Ses «exploits», il a fini par les relater dans un livre*, qui caracole depuis trois mois en tête des ventes: 419 000 exemplaires déjà vendus. Devenu une légende vivante au sein de l’armée, Chris Kyle passe pour avoir sauvé des centaines de vies, armé de son seul fusil à lunette. L’usure nerveuse finit cependant par le rattraper lors de son quatrième déploiement en Irak. Il cède alors aux pressions de sa femme Taya, qui ne supporte plus ses absences prolongées. Un ultime coup de chance lors d’une fusillade dans Sadr City, dont il réchappe miraculeusement, lui font réaliser qu’il n’est «tout compte fait pas invincible», malgré ce fidèle «ange gardien» qui a longtemps veillé sur lui. Dans la foulée, il quitte l’armée pour «se consacrer enfin à sa famille».

Mais il n’en a pas fini avec une notoriété grandissante. De retour au pays, des inconnus viennent le remercier pour leur avoir «sauvé la peau» tel jour à Faloudja. D’autres anonymes paient discrètement la facture lorsqu’il dîne au restaurant avec Taya. De partout, les sollicitations affluent. La Navy et la Garde nationale du Texas n’ont pas renoncé à le convaincre de rempiler. Les édiles locaux font des pieds et des mains pour qu’il s’engage en politique. Mais Chris Kyle n’a guère plus d’estime pour les hommes politiques que pour les insurgés irakiens. «Républicains comme démocrates, ce sont tous des escrocs», affirme-t-il sur un ton péremptoire.

À défaut de carrière publique, c’est le monde du cinéma qui le courtise. Un scénario circule depuis quelque temps à Hollywood. Mais Kyle a posé ses conditions: il mettra son veto à tout acteur qui lui déplairait pour incarner son rôle. «Je ne veux pas d’un acteur comme Matt Damon et tous ces types qui ont exprimé leur opposition à la guerre en Irak», confesse ce grand nostalgique, qui préfère nettement Chuck Norris ou… Ronald Reagan.

* «American Sniper», Éditions William Morrow (2011), traduction française sortie en mars aux éditions Nimrod.

Voir de plus:

The United States of ‘American Sniper’
Liberals’ criticism of my SEAL teammate Chris Kyle has had the ironic effect of honoring him.
Rorke Denver
WSJ

Jan. 26, 2015

‘American Sniper,” the new movie about Navy SEAL Chris Kyle, has opened to staggering box-office success and garnered multiple Academy Award nominations. But not all the attention has been positive. The most vocal criticism came in the form of disparaging quotes and tweets from actor-director Seth Rogen and documentary-maker Michael Moore . Both have since attempted to qualify their ugly comments, but similarly nasty observations continue to emanate from the left.

The bulk of Chris Kyle’s remarkable exploits took place in the Al Anbar province of Iraq in the summer of 2006. He and I were teammates at SEAL Team Three. Chris had always been a large figure in the SEAL teams. He became a legend before our eyes in Ramadi.

My fellow special-operations brothers might be shocked, but I think the comments by Messrs. Rogen and Moore have had the ironic effect of honoring Chris Kyle’s memory. They inadvertently paid Chris a tribute that joins the Texas funeral procession and “American Sniper” book sales and box office in testifying to the power of his story. I’ll get to the punch line shortly, but first please let me lay the groundwork.

The very term “sniper” seems to stir passionate reactions on the left. The criticism misses the fundamental value that snipers add to the battlefield. Snipers engage individual threats. Rarely, if ever, do their actions cause collateral damage. Snipers may be the most humane of weapons in the military arsenal. The job also takes a huge emotional toll on the man behind the scope. The intimate connection between the shooter and the target can be hard to overcome for even the most emotionally mature warrior. The value of a sniper in warfare is beyond calculation.

I witnessed the exceptional performance of SEAL, Army and Marine snipers on the battlefields of Iraq and Afghanistan. They struck psychological fear in our enemies and protected countless lives. Chris Kyle and the sniper teams I led made a habit of infiltrating dangerous areas of enemy-controlled ground, established shooting positions and coordinated security for large conventional-unit movement.

More than half the time, the snipers didn’t need to shoot; over-watch and guidance to the ground troops was enough. But when called upon, snipers like Chris Kyle engaged enemy combatants and “cleared the path” for exposed troops to move effectively and safely in their arduous ground missions. These small sniper teams pulled the trigger at their own risk. If their position was discovered, they had little backup or support.

As Navy SEALs, we have the privilege of using the best hardware the military has to offer. We have access to, and train with, the latest elite weapons. We operate with the world’s finest aviators, from multiple services, who transport us to and from targets and protect us from above with devastating firepower. Advanced drone platforms are at our disposal and wreak havoc on our enemies. The full complement of American battlefield ingenuity and capacity is at our disposal. Our enemies the world over know this well. They have experienced this awesome power and respect it.

But every U.S. fighting force possesses a weapon that frightens our enemies today more than any of those above. The Taliban, al Qaeda, Islamic State, jihadists everywhere—all those who oppose us fear and hate this weapon, and are haunted by its power to stop their own twisted plans for the world.

What is this weapon? The First Amendment to the Constitution of the United States.

It was written long ago by leaders of astonishing foresight and courage. It is what men like Chris Kyle fight and die for. It is what I immediately think of when someone burns a flag, shouts some hateful remark during a protest or criticizes the men and women who have volunteered for military service and willingly go into harm’s way.

When Seth Rogen and Michael Moore exercise this right, it is a tribute to those who serve. While I am revolted by their whiny, ill-informed opinions about Chris Kyle and “American Sniper,” I delight in the knowledge that the man they decry was a defender of their liberty to do so.

Mr. Denver, a commander in the U.S. Navy SEALs Reserves, is the author of “Damn Few: Making the Modern SEAL Warrior” (Hyperion, 2013).

Voir encore:

Michael Moore is wrong about ‘American Sniper’

Don Mann

CNN

January 23, 2015
As Americans, we are fortunate to have the right to speak our minds. Filmmaker Michael Moore did just that with his attack on the use of military snipers in warfare just before the release of the Oscar-nominated and devastating war/anti-war movie « American Sniper, » directed by Clint Eastwood.

Moore obviously has the same freedom of speech right that all Americans do. Some of what he has publicly stated in the past is opinion, some is fact and some is absolutely ludicrous. In an apparent reference to Navy SEAL Chris Kyle, credited with 160 enemy kills — the most in U.S. history — and the movie « American Sniper, » Moore commented on Twitter that his « uncle was killed by a sniper » and that he was « taught that all snipers were cowards. »

Moore explains snipers are ‘cowards’ tweet

To begin with, the reason Americans have the freedom of speech Moore was exercising is because brave men such as Kyle and other active-duty personnel and military veterans have fought to protect this precious right.

As far as the comment that « snipers are cowards, » that is beyond ludicrous and it is difficult to understand just how anybody could make such a comment.

Let’s look at some of the basic facts surrounding Kyle’s life as a Navy SEAL sniper. Kyle either trained for war or was deployed in war zones for more than 300 days a year during his service in the SEAL teams. SEAL wives basically raise their children alone. The divorce rate for SEALs is incredibly high. Many of the guys have been married multiple times. The children grow up not really knowing their dads because the dads go on frequent and often back-to-back deployments to war zones.

These guys seldom know when they are leaving or for how long. Their work involves going in harm’s way and fighting an enemy that is determined to do whatever it can to take away our way of life. After returning home from a deployment, these guys immediately go back to work preparing for the next deployment. Some are not so fortunate and are wounded or killed in the line of duty.

A sniper, who operates behind enemy lines, has one of the most demanding and dangerous duties in the Special Operations community. Snipers operating in Iraq, Afghanistan and a host of other countries often must crawl and make their way through treacherous urban or desert war-zone terrain for hours just to reach their position undetected, a position of over-watch, cover and concealment. Once they are on site, they sometimes stay in their position for days on end waiting for follow-on orders.

Why ‘American Sniper’ is a smash hit

Military snipers are not sociopaths, coldblooded killers. Snipers believe in their hearts that when they neutralize, or « take out, » a threat that they are saving the lives of their teammates, other military personnel or other innocent people. Their target hit lists typically include terrorists or people preparing to cause grave harm or death to the innocent.

As I cite in my book « The Modern Day Gunslinger, » Lt. Col. David Grossman uses the analogy of wolves, sheep and sheepdogs. Grossman, in his book « On Combat, » compares the average citizen as basically peaceful and nonthreatening — like sheep.

These are the majority of people and do not want to cause harm to others; they wish to live peacefully. The terrorist — the enemy, the « bad guy » — strikes terror and threatens to harm and kill the innocent, like the wolf who threatens the sheep. Fortunately, there are brave men and women who sacrifice much to protect those who wish to live day to day in peace. These protectors are the community sheepdogs.

Chris Kyle was a champion sheepdog. Every time Kyle pulled back on his trigger and fired a shot that neutralized a « wolf, » he was saving countless lives and protecting the sheep. Every wolf he put down was no longer capable of causing harm or death to the sheep, the innocents.

I ask, how can anybody consider a sniper, a Navy SEAL sniper, to be a coward? As much as I try to keep my mind open to all viewpoints — from the far left to the far right — I can only reach the conclusion that Michael Moore has no idea what he is talking about. His unfounded comments could not be further from the truth.

I am confident that if Moore had the courage to spend just one day in a war-zone « sniper hide, » waiting for the go signal to take out an enemy target his opinions on snipers and the military would change 180 degrees. I would go so far as to say if Moore would simply attend a one-day sniper-training course in the United States, his opinion would drastically change.

Yes, of course, he has the right to say whatever he wishes, but when a guy like Moore has the pulpit and the attention of the media, he should have a moral obligation to speak only on topics in which he has some basic knowledge of the facts.

Chris Kyle is an American war hero who has been credited and awarded for saving countless American and innocent lives. After what he did for our country, after all of his sacrifices, Kyle decided to get out of the Navy and assist those brothers in arms who returned from overseas with post-traumatic stress disorder. How incredibly sad and ironic that in February 2013, Kyle was killed and shot in the back, police say, by a former Marine suffering with PTSD whom he was trying to help and mentor.

Michael Moore, tell me: How was Chris Kyle a coward? How are snipers cowards?

When Kyle was killed, he left his loving and devoted wife, Taya, behind. She feels that « American Sniper » did a good job at portraying the struggles that Kyle endured as a Navy SEAL sniper as well as his roles as a husband and father. The movie illustrates the real-life story of heroism, patriotism and self-sacrifice of a remarkable American war hero.

Bradley Cooper, who portrayed Kyle, told NPR that the role was « nothing short of life-changing. It’s just not about me or Clint (Eastwood), or anybody else. … It’s a real human being. … So there’s a huge responsibility. But I saw it as an honor. … I felt like I lived with him for those six months in a very intimate way. … (H)e was the first voice I heard every morning and the last voice I heard going to bed. »

Kyle joins the elite ranks of other American sniper icons such as Carlos Hathcock, who was credited with 93 confirmed kills during the Vietnam War. Hathcock felt the same as Kyle did when it came to taking out threats. He simply understood that he was protecting his fellow Marines and other innocent people.

If there were not people like Kyle and Hathcock protecting our freedoms, Michael Moore, along with the rest of us, would live in a much more dangerous world. I remain deeply honored and humbled to be an American and to have been part of a community where heroes like Kyle have served.

Voir enfin:

The Legend of Chris Kyle
The deadliest sniper in U.S. history performed near miracles on the battlefield. Then he had to come home.
Michael J. Mooney

D Magazine April 2013

There’s a story about Chris Kyle: on a cold January morning in 2010, he pulled into a gas station somewhere along Highway 67, south of Dallas. He was driving his supercharged black Ford F350 outfitted with black rims and oversize knobby mudding tires. Kyle had replaced the Ford logo on the grill with a small chrome skull, similar to the Punisher emblem from the Marvel Comics series, and added a riot-ready aftermarket grill guard bearing the words ROAD ARMOR. He had just left the Navy and moved back to Texas.

Two guys approached him with pistols and demanded his money and the keys to his truck. With his hands in the air, he sized up which man seemed most confident with his gun.

Kyle knew what confidence with a gun looked like. He was the deadliest sniper in American history. He had at least 160 confirmed kills by the Pentagon’s count, but by his own count—and the accounts of his Navy SEAL teammates—the number was closer to twice that. In his four tours of duty in Iraq, Kyle earned two Silver Stars and five Bronze Stars with Valor. He survived six IED attacks, three gunshot wounds, two helicopter crashes, and more surgeries than he could remember. He was known among his SEAL brethren as The Legend and to his enemies as al-Shaitan, “the devil.”

He told the robbers that he just needed to reach back into the truck to get the keys. He turned around and reached under his winter coat instead, into his waistband. With his right hand, he grabbed his Colt 1911. He fired two shots under his left armpit, hitting the first man twice in the chest. Then he turned slightly and fired two more times, hitting the second man twice in the chest. Both men fell dead.

Kyle leaned on his truck and waited for the police.

When they arrived, they detained him while they ran his driver’s license. But instead of his name, address, and date of birth, what came up was a phone number at the Department of Defense. At the other end of the line was someone who explained that the police were in the presence of one of the most skilled fighters in U.S. military history. When they reviewed the surveillance footage, the officers found the incident had happened just as Kyle had described it. They were very understanding, and they didn’t want to drag a just-home, highly decorated veteran into a messy legal situation.

Kyle wasn’t unnerved or bothered. Quite the opposite. He’d been feeling depressed since he left the service, struggling to adjust to civilian life. This was an exciting reminder of the action he missed.

That night, talking on the phone to his wife, Taya, who was in the process of moving with their kids from California, he was a good husband. He asked how her day was. The way some people tell it, he got caught up in their conversation, and only right before they hung up did he remember his big news of the day: “Oh, yeah, I shot two guys trying to steal my truck today.”

A brief description of the incident appeared in fellow SEAL Marcus Luttrell’s 2012 book Service: a Navy SEAL at War— but not Kyle’s own best-seller, American Sniper—and there are mentions of it in various forums deep in the corners of the internet. Before Kyle’s murder at the hands of a fellow veteran in February, I asked him about that story during an interview in his office last year, as part of what was supposed to be an extended, in-depth magazine story about his service and how hard he worked to adjust back to this world—to become the great husband and father and Christian he’d always wanted to be.

He didn’t want to get into specifics about the gas station shooting, but I left that day believing it had happened.

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By the official count, Chris Kyle racked up 160 confirmed kills as a Navy sniper. He pegged the actual number as twice that.

The offices of Craft International, the defense contractor where Chris Kyle was president until his death, were immaculate. You needed one of the broad-chested security guards from downstairs as an escort just to get to that floor of the building. Sitting under thick glass in the lobby, there was an exceptionally rare, original English translation of Galileo’s Dialogue (circa 1661). A conference room held a safe full of gigantic guns—guns illegal to own without a Department of Defense contract.

At 38, Kyle was a large man, 6-foot-2, 230 pounds, and the muscles in his neck and shoulders and forearms made him seem even bigger, like a scruffy-bearded giant. When he greeted me with a direct look in the eye and a firm handshake, his huge bear paw enveloped my hand. That day he had on boots, jeans, a black t-shirt, and a baseball cap. It’s the same thing he wore most days he came to the office, or when he watched his daughter’s ballet recitals, or during television interviews with Conan O’Brien or Bill O’Reilly.

This was one of the rare chances when he’d have a few hours to talk. Over the next three days, he would be teaching a sniper course to the Dallas SWAT teams and he had three book signings, one at a hospital in Tyler (for a terminal cancer patient whose doctor reached out to him), one at Ray’s Sporting Goods in Dallas, and one at the VA in Fort Worth. He’d also have to fly down to Austin for a shooting event Craft was putting on for Speaker of the House John Boehner and several other congressmen.

“We are not doing this for free,” he said, anticipating a question. “We accept Republicans and Democrats alike, as long as the money is good.”

A few weeks later, he would have to cancel a weekend meeting because he was invited to hang out with George W. Bush. “Sorry,” he said, when asked if anyone else might be able to join. “Not even my wife’s allowed to come.”

He loved the Dallas Cowboys and the University of Texas Longhorns. He loved going to the Alamo, looking at historic artifacts. The license plate on his truck had a picture of the flag used during the Texas Revolution, with a cannon, a star, and the words COME AND TAKE IT. Being in the military forced him to move a lot, and neither of his children was born in Texas. But for each birth, he had family send a box of dirt from home—so the first ground his kids’ feet touched would be Texas soil.

He was outspoken on a lot of issues. He believed strongly in the Second Amendment, politely decrying the “incredible stupidity” of gun control laws anytime he was asked. He said he was hesitant to see the movie Zero Dark Thirty because he’d heard that it was a lot of propaganda for the Obama administration. Once, he posted to his tens of thousands of Facebook fans: “If you don’t like what I have to say or post, you forget one thing, I don’t give a shit what you think. LOL.”
chris-kyle-wife-tanya-wedding.jpg Chris Kyle and his wife Taya on their wedding day. Courtesy of Taya Kyle

He didn’t worry about sounding politically incorrect. The Craft International company slogan, emblazoned around the Punisher skull on the logo: “Despite what your momma told you, violence does solve problems.”

His views were nuanced, though. “If you hate the war, that’s fine,” he told me. “But you should still support the troops. They don’t get to pick where they’re deployed. They just gave the American people a blank check for anything up to and including the value of their lives, and the least everyone else can do is be thankful. Buy them dinner. Mow their yard. Bake them cookies.”

“The best way to describe Chris,” his wife, Taya, says, “is extremely multifaceted.”

He was a brutal warrior but a gentle father and husband. He was a patient instructor, and he was a persistent, sophomoric jokester. If he had access to your Facebook account, he might announce to all your friends and family that you’re gay and finally coming out of the closet. If he wanted to make you squirm, he might get hold of your phone and scroll through your photos threatening to see if you kept naked pictures of your girlfriend.

Kyle liked when people thought of him as a dumb hillbilly, but he had a remarkable ability to retain information, whether it was a mission briefing, the details of a business meeting, or his encyclopedic knowledge of his own hero, Vietnam-era Marine sniper Carlos Hathcock. While on the sniper rifle, Kyle had to do complicated math, accounting for wind speed, the spin of a bullet, and the curvature and rotation of the Earth—and he had to do it quickly, under the most intense pressure imaginable. Those were the moments when he thrived.

The most common question he was asked was easy to answer. He said he never regretted any of his kills, which weren’t all men.

“I regret the people I couldn’t kill before they got to my boys,” he said. That’s how he referred to the men and women he served with, across the branches: “my boys.”

He said he didn’t enjoy killing, but he did like protecting Americans and allies and civilians. He was the angel of death, sprawled flat atop a roof, his University of Texas Longhorns ball cap turned backward as he picked off enemy targets one by one before they could hurt his boys. He was the guardian, assigned to watch over open-air street markets and elections, the places that might make good marks for insurgent terrorists.

“You don’t think of the people you kill as people,” he said. “They’re just targets. You can’t think of them as people with families and jobs. They rule by putting terror in the hearts of innocent people. The things they would do—beheadings, dragging Americans through the streets alive, the things they would do to little boys and women just to keep them terrified and quiet—” He paused for a moment and slowed down. “That part is easy. I definitely don’t have any regrets about that.”

He said he didn’t feel like a hero. “I’m just a regular guy,” he said. “I just did a job. I was in some badass situations, but it wasn’t just me. My teammates made it possible.” He wasn’t the best sniper in the SEALs teams, he said. “I’m probably middle of the pack. I was just in the right spots at the right times.”

The way he saw it, the most difficult thing he ever did was getting out of the Navy.

“I left knowing the guy who replaced me,” he said. “If he dies, or if he messes up and other people die, that’s on me. You really feel like you’re letting down these guys you’ve gone through hell with.”

Kyle said he didn’t feel like a hero. “I’m just a regular guy,” he said.

The hardest part? “Missing my boys. Missing being around them in the action. That’s your whole life, every day for years. I hate to say it, but when you’re back and you’re just walking around a mall or something, you feel like a pussy.” It nagged at him. “You hear someone whining about something at a stoplight, and it’s like, ‘Man, three weeks ago I was getting shot at, and you’re complaining about—I don’t even care what.’ ”

There was also the struggle to readjust to his family life. “When I got out, I realized I barely knew my kids,” he said. “I barely knew my wife. In the three years before I got out, I spent a total of six months at home. It’s hard to go from God, Country, Family to God, Family, Country.”

But three years after he left the SEALs, he had a job he liked. He could do (mildly) badass things: shoot big guns, detonate an occasional string of explosives, be around a lot of other former special-operations types. His marriage was finally back in a good place. He had a book on the best-seller list. And he had the chance to help veterans through a number of charities.

“A lot of these guys just miss being around their boys, too,” he said. “They need guys who speak their speak. They don’t need to be treated like they’re special.”

He’d often take vets out to the gun range. Being around people who understood what they’d been through, being able to relax and shoot off some rounds, it was a little like group therapy.

With his family, and with training people, helping people, he had found a new purpose. Chris Kyle could do anything if he had a purpose. He’d been like that since he was a little boy.

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He was the son of a church deacon and a Sunday school teacher. His father’s job at Southwestern Bell had the family moving a lot, so he was born in Odessa, but he told people he grew up “all over Texas.” About the same time he was learning to read, he learned to love guns. He liked to hunt with his father and brother. For his birthday parties, he wanted to have BB gun wars. He perched on the roof of his parents’ house waiting for his friends to dart across the yard. He wasn’t a great shot back then, but at least one friend is still walking around with one of Kyle’s BBs in his hand.

In high school in Midlothian, he played football and baseball. He showed cows through the FFA. He and his buddies cruised for girls in nearby Waxahachie. He also liked to fight. His father warned him never to start a fight. Kyle said he lived by that code “most of the time.” He found that if he was sticking up for his friends, or for kids who couldn’t defend themselves, he got to fight and he got to be the good guy at the same time. Once he felt like he was standing up for something right, he would never back down.

Bryan Rury was a close friend of Kyle’s in high school. Rury was much smaller than his friend, but it seemed they were always standing next to each other. “I think Chris liked looking like a giant,” Rury says.

One time, there was a new kid in school who was trying to make a name for himself by picking on Rury. Kyle came into class one day to find Rury quiet, upset. “He asked me what was wrong, and I wouldn’t tell him,” Rury says. “But he figured it out on his own pretty fast.”

Kyle went over to the new kid’s desk and, in his not-so-subtle, Chris Kyle way, told him he better leave his friend alone. Or else. The kid stood up from his desk, and they went at it. Kyle almost never started the fight, his friends say, but he always ended it. “As they were taking him off to the principal’s office, I just remember him flashing me that giant smile of his,” Rury says.

After high school, he went to Tarleton State for two years, mostly to postpone the responsibilities of adulthood. He spent more time drinking than studying, and soon he decided he’d rather be working on a ranch full-time. But he knew his future was in the military—in the Marines, he thought, until a Navy recruiter told him about all the cool things he could potentially do as a SEAL—and he figured he shouldn’t waste any more time.

Kyle breezed through the Navy’s basic training. He only made it through BUD/S (Basic Underwater Demolition/SEAL) training by way of sheer resolve. He told stories about lying there on the beach, his arms linked with his friends’, their heads hovering above the frigid rising tide. He knew if he got up and rang the bell—if he quit—he could get hot coffee and a doughnut. The uncontrollable shivering—they called it “jackhammering”—lasted for hours, but he never wanted to stop. He joked that he was just lazy, that if the bell had only been a little closer, maybe his entire life would have been different. But the truth is, nothing could have kept him from his dream.

“He had more willpower than anyone I’ve ever met,” Taya says. “If he cared about something, he just wouldn’t ever quit. You can’t fail at something if you just never quit.”

Taya met Kyle in a bar in San Diego, just after he finished BUD/S. When she asked what he did—she suspected from the muscles and the swagger that he was in the military—he told her he drove an ice cream truck. She figured he’d be arrogant but was surprised to find him idealistic instead. But she was still skeptical. Taya’s sister had divorced a guy who was trying to become a SEAL, and she’d specifically said she could never marry someone like that.

But Kyle turned out to be quite sensitive. He was able to read her better than anyone she’d known. Even when she thought she was keeping something hidden behind a good facade, he could always see through it. That kept them from needing to talk about their emotions or constantly reassess their relationship. They got married shortly before he shipped out to Iraq for the first time.

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It takes years to earn enough trust to be a SEAL sniper. Even after sniper school, Kyle had to prove himself again and again in the field, in the pressure of battle. He served other missions before Afghanistan and Iraq, in places he couldn’t discuss because the operations were classified.

As he would eventually describe in American Sniper, his first kill on the sniper rifle came in late March 2003, in Nasiriya, Iraq. It wasn’t long after the initial invasion, and his platoon—“Charlie” of SEAL Team 3—had taken a building earlier that day so they could provide overwatch for a unit of Marines thundering down the road. He was holding a bolt-action .300 Winchester Magnum that belonged to his platoon chief. He saw a woman about 50 yards away. As the Marines got closer, the woman pulled a grenade. Hollywood might have you believe that snipers aim for the head—“one shot, one kill”—but effective snipers aim for the middle of the chest, for center mass.

Kyle pulled the trigger twice.

“The public is soft,” he used to say. “They have no idea.” Because of that softness, he had to have that story, and others, cleared by the Department of Defense before he could include them in his book.

He wanted outsiders to know exactly what kind of evil the troops have had to deal with. But he understood why the Pentagon wouldn’t want to give America’s enemies any new propaganda. He knew the public didn’t want to hear about the brutal realities of war.

Kyle served four tours of duty in Iraq, participating in every major campaign of the war. He was on the ground for the initial invasion in 2003. He was in Fallujah in 2004. He went back, to Ramadi in 2006, and then again, to Baghdad in 2008, where he was called in to secure the Green Zone by going into Sadr City.

Most of his platoon was in the Pacific theater before the 2004 deployment. Kyle was sent early to assist Marines clearing insurgents in Fallujah. Tales of his success in combat trickled back to his team. He was originally supposed to watch over the American forces perched at a safe distance, but he thought he could provide more protection if he was on the street, going house to house with his boys. During one firefight, it was reported that Kyle ran through a hail of bullets to pull a wounded Marine to safety. His teammates, hearing these stories, started sarcastically referring to him as The Legend.

Those stories of bravery in battle proliferated on his third deployment. A younger SEAL was with Kyle at the top of a building in Ramadi when they came under heavy fire. The younger SEAL, who is still active in the teams and can’t be named, dropped to the ground and hid behind an interior wall. When he finally looked up, he saw Kyle standing there, glued to his weapon, covering his field of fire, calling out enemy positions as he engaged.

Kyle said the combat was the worst on his last deployment, to Sadr City in 2008. The enemy was better armed than before. Now it seemed like every time there was an attack, there were rocket-propelled grenades and fights that went on for days. This was also the deployment that produced Kyle’s longest confirmed kill.

He was on the second floor of a house on the edge of a village. With the scope of his .338 Lapua, he started scanning out farther into the distance, to the edge of the next village, a mile away. He saw a figure on the roof of a one-story building. The figure didn’t seem to be doing much, and at the moment he didn’t appear to have a weapon. But later that day, as an Army convoy approached, Kyle checked again and saw the man holding what looked like an RPG. At that distance, Kyle could only estimate his calculations.

He pulled the trigger and watched through his scope as the Iraqi, 2,100 yards away, fell off the roof. It was the world’s eighth-longest confirmed kill shot by a sniper. Later, Kyle called it a “really, really lucky shot.”

Chris Kyle didn’t fit the stereotype of the sullen, lone wolf sniper. In many ways, he was far from the model serviceman. While he always kept his weapons clean, the same was not true of his living space. The way some SEALs tell it, after one deployment, his room was in such a disgusting condition that it took two days to clean. There were six months worth of spent sunflower seed shells he had spit around the bed.

He was seldom seen in anything remotely resembling a military uniform. His teammates remember him painting the Punisher skull on his body armor, helmets, and even his guns. He also cut the sleeves off his shirts. He wore civilian hunting shoes instead of combat boots. Eschewing the protection of Kevlar headgear, he wore his old Longhorns baseball cap. He told people he wore that hat so that the enemy knew Texas was represented, that “Texans shoot straight.”

Kyle heard people call snipers cowards. He would point out that snipers, especially in urban warfare, decrease the number of civilian casualties. Plus, he said, “I will reach out and get you however I can if you’re threatening American lives.”

He terrorized his enemies in true folkhero fashion. In 2006, intelligence officers reported there was a $20,000 bounty on his head. Later it went up to $80,000. He joked that he was afraid to go home at one point. “I was worried my wife might turn me in,” he said.

Taya has been asked often over the years how she reconciles the two Chris Kyles: the trained killer and the loving husband and father—the man who rolled around on the floor with his kids and planned vacations to historical sites and called from wherever he could. (Once he thought his phone was off and she ended up overhearing a firefight.) She always worried about him, but understanding how he could do what he did was never hard.

“Chris was out there fighting for his brothers because he loved them,” she says. “He wanted to protect them and make sure they all got to go home to their families.”

He never cared to talk much about the number of confirmed kills he had. It’s likely considerably higher than what the Pentagon has released, but certain records could remain classified for decades. Besides, while the number garners a lot of attention, it doesn’t tell Kyle’s story. He told people he wished he could somehow calculate the number of people he had saved. “That’s the number I’d care about,” he said. “I’d put that everywhere.”

While seeing his enemies die never gave him much pause, losing his friends devastated him. When fellow Team 3 Charlie platoon member Marc Lee died in August of 2006—the first SEAL to die in the Iraq war—Kyle was inconsolable. All of Lee’s teammates prepared remarks for a memorial service in Ramadi. Kyle wrote out a speech, but when it came time to give it, he couldn’t talk. Every time he tried, he broke down, sobbing.

“He came up and hugged me afterwards,” an active SEAL says. “He apologized. He said, ‘I’m sorry. I wanted to, but I just couldn’t do it.’ ”

It was at a similar event later that year— a wake for fallen SEAL Michael Monsoor, who was posthumously awarded the Medal of Honor for throwing himself on a grenade to save the lives of fellow SEALs—when Kyle had his now-infamous confrontation with former Minnesota governor Jesse Ventura.

They were in a bar popular among SEALs in Coronado, California. Kyle said that Ventura, a former SEAL himself, was in town for an unrelated event and stopped by the wake. According to Kyle, Ventura disrespected the troops, saying something to the effect of, “You guys deserve to lose a few.” That was enough. Kyle punched him and left the bar. Ventura denied the entire incident and later filed a lawsuit against Kyle. But two other former SEALs, friends of Kyle’s, told me they were there that night, and it happened just the way Kyle said it did.

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chris-kyle-deployment-children.jpg Kyle left the SEALs in 2009 so he could be a better husband to Taya and a better father to his two kids. ‘He loved being a dad,’ Taya said. Courtesy of Taya Kyle

By 2009, the life was taking its toll on Taya. She told him that, because he was gone so much, she would see him just as often if she lived somewhere else. He took that as an ultimatum. As Kyle pointed out in his book and in interviews, the divorce rate among Navy SEALs is over 90 percent. He knew he wouldn’t be able to do both. So he left his promising career, the dream job for which he felt exceptionally well-suited, the purpose that had kept him so motivated for 10 years.

“When I first got out, I had a lot of resentment,” he said. “I felt like she knew who I was when she met me. She knew I was a warrior. That was all I’d ever wanted to do.” He started drinking a lot. He stopped working out. He didn’t want to leave the house or make his usual jokes. He missed the rush of combat, the way being at war sets your priorities straight. He missed knowing that what he was doing mattered. More than anything, though, he missed his brothers in the SEALs. He wrote to them and called them. He told people it felt like a daze.

But when he wrote to his closest friends, he talked about the one benefit of being out of the Navy. In all those years at war, he’d had almost no time with his two children. And in his time out, he discovered there was something he liked even more than being a cowboy or valiant sniper.

“He loved being a dad,” Taya says. She noticed he could be rough and playful with their son and sweet and gentle with their daughter. “A lot of fathers play with their kids, but he was always on the floor with them, rolling around, making everyone giggle.”

Kyle began to feel better. He got sick of feeling sorry for himself. He didn’t want a divorce. He started working out again— “getting my mind right,” he called it.

When he met other vets who were feeling down, he told them they should try working out more, too. But many of them, especially the wounded men with missing limbs or prominent burns, explained that people stared too much. Gyms made them uncomfortable. That’s how he got the idea to put gym equipment in the homes of veterans. When he approached FITCO, the company that provides exercise machines for facilities all over the country, and asked for any used equipment, they said no. They donated new equipment instead and helped fund a nonprofit dedicated to Kyle’s mission.

“With helping people,” Taya says, “Chris found his new purpose.”

She watched him use the same willpower that had carried him through SEAL training and all those impossible missions, but now he was trying to become a better man. He started coaching his son’s tee-ball team and taking his daughter to dance practice. He’d always liked hunting, but he hated fishing. Still, when he learned that his son liked to fish, he dedicated himself to becoming a great fisherman, so they could bond the way he did with his own dad.

Kyle took the family to football games at Cowboys Stadium. He took them to church. Unless he was hanging out of a helicopter with a gun doing overwatch, he hated heights. But when his kids wanted to go, he took them to Six Flags to ride the roller coasters and to the State Fair for the Ferris wheel. His black truck became a familiar sight driving around Midlothian.

He started collecting replicas of Old West guns, like the ones the cowboys used in movies when he was a boy. Taya would find him practicing his quick draw and gun twirling skills. Sometimes they would sit on the couch, watching TV, and he would twirl an unloaded six-shooter around his finger. If she saw someone on the screen that she didn’t like, she would jokingly ask, “Can you shoot that guy?”

He’d point the pistol at the TV and pretend to fire.

“Got him, babe.”

J. Kyle Bass is a hedge fund manager in Dallas, the founder of Hayman Capital Management. He was featured prominently in the Michael Lewis book, Boomerang: Travels in the New Third World, which documented both his keen financial mind and his fantastically opulent lifestyle. A few years ago, Bass was feeling overweight and out of shape. A former college athlete, he wanted something intense, so he found a Navy SEAL reserve commander in California, a man who gets prospective SEALs prepared for BUD/S, and asked if they could tailor a short program for him. Bass found that he really liked hanging out with the future and active SEALs. He said if they knew any SEALs coming back to Texas, he’d love to meet them.

That’s how Bass met Chris Kyle. Bass was building a new house at the time, and he offered to fly in Kyle and pay him for some security consulting.

“I was just trying to come up with anything to help the guy out,” Bass says. “I was looking for ways to try and help him make this transition back into the real world.”
chris-kyle-portrait2.jpg Photography by Brandon Thibodeaux

Bass invited Kyle to live at his house with him while Taya finished selling their place in San Diego. He introduced Kyle to as many “big money” people as he could. And the wealthy men were enthralled by Chris Kyle. They loved being around the legend. They loved hearing his stories and invited him to go hunting on their ranches. Bass would hold an economic summit every year at his ranch in East Texas. He would kick off the festivities by introducing his sniper friends.

“I’d have Chris and other SEALs come out and do exhibition shoots,” Bass says. “They would take 600-yard shots at binary explosives, so when they hit them it’s this giant explosion that shakes the ground.” He smiles as he tells the story. “For all the people that manage money all over the world and on Wall Street to come to Texas and see a Navy SEAL sniper shoot a bomb, it’s about as cool as it gets.”

Bass and some business associates also helped start Craft International. They put the Craft offices on the same floor as Hayman, so the finance folks and the defense contractors often crossed paths. Despite working in a plush office building in downtown Dallas, Kyle didn’t change much. Even if he saw an important meeting, it wouldn’t stop him from grinning and flipping off an entire room of people.

The idea was to market Kyle’s skills. He could help train troops (a lot of military training is done by third-party contractors), and police officers, and wealthy businessmen who would pay top dollar for hands-on instruction from an elite warrior like Chris Kyle. He could take people out to Rough Creek Lodge in Glen Rose, a luxury resort with an extended shooting range. It’s the same place he would take buddies and wounded vets when they were feeling down and needed to unwind.

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Kyle insisted that he never had any intention of writing of a book. He was told there were already other writers working on it, and he figured if it was going to happen anyway, he might as well participate. He wanted to give credit where he felt it was due.

He and Taya were flown to New York in the middle of winter, to meet writer Jim DeFelice and begin pouring out their story. The interviews were exhausting.

In 2006, intelligence officers reported there was a $20,000 bounty on his head. Later it went up to $80,000.

“He was not naturally loquacious,” DeFelice says. “Nor did he particularly like to talk about himself. When we first started working together, telling me what happened in the war put an enormous strain on him. He was reliving battles in great detail for the first time since he’d gotten out of the service. He could have been killed in any number of the situations he’d been in. That’s a reality that can be difficult to comprehend at the time, and even harder to understand later on.”

Kyle did find time at one point for a snowball fight with DeFelice’s 13-year-old son. The war hero claimed he’d had plenty of experience in snow, but on this day, the boy got the better of him. Kyle came running in and grabbed a beer.

“Okay, kid,” Kyle told him. “Now you can say you beat a Navy SEAL in a snowball fight.”

Kyle decided not to take a dime from American Sniper. As it became a best-seller, his share amounted to more than $1.5 million. He gave two-thirds to the families of fallen teammates and the rest to a charity that helped wounded veterans. It was something he and Taya discussed a lot.

“I would ask him, ‘How much is enough? Where does your family fit in?’ ” she says.

“But I understood.”

When the book came out, everyone wanted to interview him. He was on late-night talk shows, cable news, and radio. He did a number of reality TV shows related to shooting. (He rarely took much money from the appearances.) He always went on with a ball cap on his head and a wad of tobacco in his mouth.

He had 1,200 people at his first public book signing. It was similar in every town. He preferred to stand for the length of the book signings. “If y’all are standing, I can stand,” he said. He would wait until he signed every book he was asked to, even if it took hours. It often did, because he wanted to take a moment to talk with each person. He tried to personalize each book. He’d pose for photos, one after another.

As he became more famous, more people wanted to spend time with him. More politicians wanted to go shooting with him. At one point, he was at a range with Governor Rick Perry. Perry was about to shoot the sniper rifle and asked Kyle if he had an extra pad to put on the cement before he lay down. Kyle replied with a mock-serious tone.

“You know, Governor,” he said, “Ann Richards was out here not too far back, and she didn’t need a pad at all.”

A good friend once introduced him to the movie star Natalie Portman. He asked her what she did for a living. And, as the story goes, she liked him even more after that.

Then there is this story: Kyle had been invited to a luxury suite at a UT football game and decided to take a heartbroken buddy of his, a Dallas police officer who had recently caught his girlfriend making out with another guy. They were in the suite for a few hours, talking, drinking, when a former UT football star happened to walk in. At some point, Kyle realized that this former star was also the guy who had kissed his friend’s girlfriend.

Kyle’s friend knew what was coming. He begged him not to, but it was in vain.

“It’s man law,” Kyle said.

He had a party trick he liked to perform, a sleeper hold that would render a man unconscious in seconds. Kyle called it a “hug.” People would dare him to do it to them, saying they wouldn’t go down.

Sure enough, Kyle approached the former star and gave him a “hug” right there in the suite. As women were shrieking and wondering if the former UT great was dead, Kyle kept the hold for just a little longer than normal, causing the man to lose control of his bowels as he passed out.

It wasn’t just his friends he took care of. People wrote to him from all over the world, asking for favors or for his time, especially after he started appearing on TV. He did his best to accommodate every request he could, even when Taya was worried he was spreading himself too thin.

“He was so trusting,” she says. “He didn’t let himself worry about much.”

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Jodi Rough, a teacher’s aide at anelementary school close to Kyle’s home, had a son, a former Marine, who needed help. She reached out to Kyle because she knew his history of caring for veterans. Kyle told people he and his friend, Chad Littlefield, were going to take the kid out to blow off some steam.

Littlefield was a quiet buddy Kyle had come to count on over the last few years. They worked out and went hunting together. He had come over a few nights earlier to have Kyle adjust the scope of his rifle. Kyle invited Littlefield to come with him to Rough Creek. They were going to take Jodi Routh’s son shooting. Littlefield had accompanied Kyle on similar trips dozens of times.

They were in Kyle’s big black truck when they showed up in the Dallas suburb of Lancaster, at the home Eddie Ray Routh shared with his parents. He was a stringy, scraggly 25-year-old. He’d spent four years in the Marines but in the last few months had twice been hospitalized for mental illness. His family worried that he was suicidal. They hoped time with a war hero, a legend like Chris Kyle, might help.

It was a little after lunch on Saturday, February 2, when they picked up Routh and headed west on Highway 67. They got to Rough Creek Lodge around 3:15 pm. They turned up a snaking, 3-mile road toward the lodge and let a Rough Creek employee know they were heading to the range, another mile and a half down a rocky, unpaved road.

This was a place Kyle loved. He had given many lessons here over the last three years. He’d spend hours working with anyone who showed an interest in shooting. This is where he would take his boys when they needed to get away. In the right light, the dry, blanched hills and cliffs looked a little like the places they’d been in Iraq. When a group went out there, away from the rest of the world, they could relax and enjoy the camaraderie so many of them missed.

We may never know exactly what happened next. They weren’t there long, police suspect, before Routh turned his semiautomatic pistol on Kyle and Littlefield. He took Kyle’s truck, left Rough Creek, and headed east on 67. Later he would tell his sister that he “traded his soul for a new truck.” A hunting guide from the lodge spotted two bodies covered in blood, both shot multiple times.

Routh drove to a friend’s house in Alvarado and called his sister. He drove to her house where, his sister told police, he was “out of his mind.” He told her he’d murdered two people, that he’d shot them “before they could kill him.” He said “people were sucking his soul” and that he could “smell the pigs.” She told him he needed to turn himself in.

From there, Routh drove home to Lancaster, where the police were waiting for him. When they tried to talk him out of the truck, he sped off. With the massive grill guard, he ripped through the front of a squad car. They chased Routh through Lancaster and into Dallas. He was headed north on I-35 when the motor of Kyle’s truck finally burned out, near Wheatland Road. Routh was arrested and charged with two counts of murder.

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chris-kyle-memorial-cowboys-stadium.jpg Thousands of people attended Kyle’s memorial service at Cowboys Stadium. Courtesy of Taya Kyle

Chris Kyle’s memorial was held at Cowboys Stadium to accommodate the 7,000 people who wanted to pay their respects. Before the doors even opened that morning, there was a line wrapped halfway around the stadium, people standing patiently in the cold, damp air.

Plenty of people attending knew Kyle. But most didn’t. Some had read his book or seen him on television. Some had only heard of him after his death. Men missed work and took their boys out of school because they thought it was important. Families traveled from three states away.

Most people wore black. Many wore dress uniforms. His SEAL team was there, as were other SEALs and special-operations fighters from multiple generations. There were police officers and sheriff’s deputies and Texas Rangers. Veterans of World War II, some in wheelchairs, nodded to each other quietly as they made their way into the stadium. Some men had served in Korea, some in Vietnam, some in the first Gulf War. There were many servicemen who never served during a war and many people who had never served at all, but they all felt compelled to come.

Celebrities came, including Jerry Jones and Troy Aikman and Sarah Palin. Hundreds of motorcycle riders lined the outside of the field. Bagpipe players and drummers came from all over the state. A military choir stood at the ready the entire time.

A stage was set up in the middle of the football field. On the stage was a podium, some speakers, and a few microphone stands. At the front of the stage, amid a mound of flowers, were Kyle’s gun, his boots, his body armor, and his helmet.

Photos from Kyle’s life scrolled by on the gigantic screen overhead: a boy, getting a shotgun for Christmas. A young cowboy, riding a horse. A SEAL, clean-shaven and bright-eyed. In combat, scanning for targets. In the desert, flying a Texas flag. With his platoon, a fearsome image of American might. At home, hugging Taya, kissing the foot of his baby girl, holding the hand of his little boy.

His casket was draped with the American flag and placed on the giant star at the 50-yard line.

Randy Travis played “Whisper My Name,” and “Amazing Grace.” Joe Nichols played “The Impossible.” Kyle’s friend Scott Brown played a song called “Valor.” The public heard stories about what Kyle was like as a little boy. What he was like in training. What he was like at war. What he was like as a friend and business partner. Some people talked about the times they saw him cry. Fellow SEALs told stories about his resolve, his humor, his bravery. There were tales of his compassion, his intelligence, his dedication to God.

“Though we feel sadness and loss,” one of his former commanders said, “know this: legends never die. Chris Kyle is not gone. Chris Kyle is everywhere. He is the fabric of the freedom that blessed the people of this great nation. He is forever embodied in the strength and tenacity of the SEAL teams, where his courageous path will be followed and his memory is enshrined as SEALs continue to ruthlessly hunt down and destroy America’s enemies.”

Taya stood strong, surrounded by her husband’s SEAL brothers, and told the world about their love.

“God knew it would take the toughest and softest-hearted man on earth to get a hardheaded, cynical, hard-loving woman like me to see what God needed me to see, and he chose you for the job,” she said, her cracking voice filling the stadium. “He chose well.”

When the ceremony ended, uniformed pallbearers carried out the casket to the sounds of mournful bagpipes. Taya walked behind them with her children, hand in handThe next day, the casket was driven to Austin. There was a procession nearly 200 miles long—almost certainly the longest in American history. People lined the road in every town, waving flags and saluting. American flags were draped over every single bridge on I-35 between the Kyle home in Midlothian and the state capital.

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People will tell stories about Chris Kyle for generations to come. Tales of his feats in battle, and of his antics and noble deeds, will probably swell. In a hundred years, people won’t know which stories are completely true and which were embellished over time. And, in the end, it may not matter too much, because people believe in legends for all their own reasons.

Since her husband’s death, Taya has been overwhelmed by the number of veterans who want to tell her that Chris Kyle saved their lives. A man with a 2-year-old girl wept recently as he explained that his daughter would not have been born had it not been for Chris Kyle rescuing him in Iraq. Years from now, men will still be telling stories about the moments when they were seconds or inches from death, when they thought it was all over—only to have a Chris Kyle bullet fly from the heavens and take out their enemies. They’ll tell their grandchildren to thank Chris Kyle in their prayers.

Because his legend is so large, because he personally protected so many people, there will surely be men who think they were saved by Kyle but owe their lives to a different sniper or to another serviceman. Of course, there will be no way to know for sure. Kyle credited his SEAL brothers any chance he could, but he also knew that he was an American hero, and he knew the complications that came with it.

During the interview in which he discussed the gas station incident, he didn’t say where it happened. Most versions of the story have him in Cleburne, not far from Fort Worth. The Cleburne police chief says that if such an incident did happen, it wasn’t in his town. Every other chief of police along Highway 67 says the same thing. Public information requests produced no police reports, no coroner reports, nothing from the Texas Rangers or the Department of Public Safety. I stopped at every gas station along 67, Business 67 in Cleburne, and 10 miles in either direction. Nobody had heard of anything like that happening.

A lot of people will believe that, because there are no public documents or witnesses to corroborate his story, Kyle must have been lying. But why would he lie? He was already one of the most decorated veterans of the Iraq war. Tales of his heroism on the battlefield were already lore in every branch of the armed forces.

People who never met Kyle will think there must have been too much pressure on him, a war hero who thought he might seem purposeless if he wasn’t killing bad guys. Conspiracy theorists will wonder if maybe every part of his life story—his incredible kills, his heroic tales of bravery in the face of death—was concocted by the propaganda wing of the Pentagon.

And, of course, other people—probably most people—will believe the story, because it was about Chris Kyle. He was one of the few men in the entire world capable of such a feat. He was one of the only people who might have had the connections to make something like that disappear—he did work regularly with the CIA. People will believe it because Chris Kyle was incredible, the most celebrated war hero of our time, a true American hero in every sense of the word. They’ll believe this story because there are already so many verified stories of his lethal abilities and astonishing valor, stories of him hanging out with presidents, and ribbing governors, and knocking out former football stars and billionaires and cocky frat boys.

They’ll believe it because Chris Kyle is already a legend, and sometimes we need to believe in legends.


Théories du complot: A Grigny, on n’est pas Charlie (Many of the weapons of social critique: The Homeric gods have been replaced by the Learned Elders of Zion)

24 janvier, 2015
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Paul Gagnon's Protocols
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Une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu’une idée vraie, mais complexe. Tocqueville
Il existe – et c’est éclairant – une thèse opposée, que j’appellerai la thèse du complot, selon laquelle il suffirait, pour expliquer un phénomène social, de découvrir ceux qui ont intérêt à ce qu’il se produise. Elle part de l’idée erronée que tout ce qui se passe dans une société, guerre, chômage, pénurie, pauvreté, etc., résulte directement des desseins d’individus ou de groupes puissants. Idée très répandue et fort ancienne, dont découle l’historicisme ; c’est, sous sa forme moderne, la sécularisation des superstitions religieuses. Les dieux d’Homère, dont les complots expliquent la guerre de Troie, y sont remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes. Je ne nie évidemment pas l’existence de complots. Ceux-ci se multiplient même chaque fois que des gens croyant à leur efficacité accèdent au pouvoir. Cependant, il est rare que ces complots réussissent à atteindre le but recherché, car la vie sociale n’est pas une simple épreuve de force entre groupes opposés, mais une action qui se déroule dans le cadre plus ou moins rigide d’institutions et de coutumes, et qui produit maintes réactions inattendues. (…) Or, selon la théorie de la conspiration, tout ce qui arrive a été voulu par ceux à qui cela profite. Karl Popper
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. (…) Si on a assez d’esclaves, comme dans la république d’Aristote, pour pousser les charrettes ou même pour jouer les baudets, pourquoi voulez-vous qu’on se casse la tête à inventer le camion à moteur? René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
Qu’on le veuille ou non, les Promoteurs de la science moderne n’étaient ni païens, ni athées, ni même anti-catholiques en règle générale (ne l’étant, d’ailleurs, que dans la mesure où l’Église catholique leur paraissait encore entachée de paganisme). Ce que ces savants combattaient, c’est la Scholastique dans sa forme la plus évoluée, c’est-à-dire l’Aristotélisme restitué dans toute son authenticité païenne, dont l’incompatibilité avec la théologie chrétienne avait été clairement vue et montrée par les premiers précurseurs de la philosophie des temps nouveaux (qui, avec Descartes, essaya pour la première fois à devenir elle aussi chrétienne et qui le devint effectivement par et pour Kant). En bref et du moins en fait et pour nous, sinon pour eux-mêmes, c’est parce qu’ils ont combattu en leur qualité de chrétiens la science antique en tant que païenne, que les divers Galilée petits, moyens et grands ont pu élaborer leur nouvelle science, qui est encore «moderne» parce que la nôtre. Alexandre Kojève
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
La crise semble être un bon moment pour les séances d’introspection. Et de plus en plus de personnes commencent à s’interroger quant à la place de la finance dans l’économie. Bref, c’est l’occasion de revenir aux fondamentaux. A savoir, la monnaie. Pour débuter cette réflexion, je vous propose cette vidéo intitulée « L’Argent Dette » de Paul Grignon (Money as Debt) qui circule déjà sur plusieurs sites. C’est un peu long, mais après l’avoir visionné, on se sent vraiment intelligent. Essayez… Nicolas Cori (blog Libération)
Comment la puissance américaine a-t-elle été contestée le 11 septembre 2001? Sujet de géographie du brevet francais (2005)
Aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone.Thierry Meyssan
Moi j’ai tendance à être plutôt souvent de l’avis de la théorie du complot.(…) Parce que je pense qu’on nous ment sur énormément de choses: Coluche, le 11-Septembre. (…) c’était bourré d’or les tours du 11-Septembre, et puis c’était un gouffre à thunes parce ce que ça a été terminé, il me semble, en 73 et pour recâbler tout ça, pour mettre à l’heure de toute la technologie et tout, c’était beaucoup plus cher de faire les travaux que de les détruire. Marion Cotillard
[Est-ce que tu penses que Bush peut être à l’origine de ces attentats (les attentats du 11-Septembre) ?] Je pense que c’est possible. Je sais que les sites qui parlent de ce problème sont des sites qui ont les plus gros taux de visites. (…) Et donc je me dis, moi qui suis très sensibilisée au problème des nouvelles techniques de l’information et de la communication, que cette expression de la masse et du peuple ne peut pas être sans aucune vérité. (…) Je ne te dis pas que j’adhère à cette posture, mais disons que je m’interroge quand même un petit peu sur cette question.(…) C’est la responsabilité de chaque blogueur de se faire son idée. Christine Boutin (nov. 2006)
Je suis allée voir l’ambassadeur iranien à l’époque et il a dit que bien sûr c’était vrai.  (…) [Elle affirme donc que la CIA et d’autres agences étaient au courant qu’il y aurait quelque chose le 11 septembre?] Absolument. [Doit-on comprendre qu’il s’agit d’un complot interne US ou que al-Qaïda est le responsable?] Tout le monde est responsable. Si seulement vous en saviez plus, c’est encore plus déprimant. Juliette Binoche (sept. 2007)
Il est sûr et certain maintenant que les deux avions qui sont écrasés soit disant dans la forêt et au Pentagon n’existent pas, il n’y a jamais eu d’avions, ces deux avions volent encore, c’est un mensonge absolument énorme (…) et l’on commence à penser très sérieusement que ni al Qaida et ni aucun ben Laden n’a été responsable des attentats su 11 Septembre (…) Non, c’est un missile américain qui frappe le Pentagone, tout simplement donc ils ont provoqué eux mêmes, ils ont tué des Américains. (…) c’est une démolition programmée les tours du World Trade Center (…) tous les spécialistes de la terre sont d’accord là-dessus. Jean-Marie Bigard
Goebbels a dit: plus le mensonge est gros plus il passe. Donc on doit se poser la question de ce qui s’est passé le 11 septembre 2001. Matthieu Kassovitz
[Et tu penses qu’en France le Mossad pourrait attaquer les synagogues …?] Je ne sais pas si c’est le cas. Simplement, ce que je dis, c’est qu’il faut savoir à qui peut profiter le crime. José Bové (à Karl Zéro, Canal plus, avril 2002)
A la limite, c’est eux qui l’ont fait, mais c’est nous qui l’avons voulu. Jean Baudrillard (sept. 2001)
La plus grande oeuvre d’art jamais réalisée … Karlheinz Stockhausen (nov. 2001)
J’aurais été bien plus content si, le 11 septembre, le Pentagone avait été mis à terre et s’ils n’avaient pas manqué la Maison Blanche – au lieu de voir s’effondrer les Twin Towers remplies de milliers de travailleurs américains, parmi lesquels, paraît-il, se trouvaient presqu’un millier de clandestins. Toni Negri
On est des Arabes et des Noirs, faut qu’on se soutienne. (…) Les juifs sont les rois car ils bouffent l’argent de l’Etat et, moi, comme je suis noir, je suis considéré comme un esclave par l’Etat. Yousouf Fofana (février 2006)
Dans cette histoire, on retrouve tous les ingrédients du fonctionnement des ghettos : la logique du groupe qui fait commettre des actes qu’on ne commettrait pas individuellement, la présence d’un leader charismatique, la loi du silence, la peur, l’absence de solidarité avec des gens extérieurs au quartier et l’antisémitisme qui circule dans le groupe et d’une certaine façon le cimente, donnant à chacun l’illusion d’exister et d’être en possession d’une forme de compréhension supérieure qui échappe au commun des mortels. On est sur des logiques collectives assez classiques. (…) La focalisation sur les événements du Proche-Orient vient du fait que les gens sont antisémites, pas l’inverse. L’antisémitisme puise ses racines dans les conditions sociales et le vide politique qui règnent dans certaines banlieues. C’est une forme de ‘socialisme des imbéciles’ . Quand on écoute les gens tenir des propos antisémites, ils font leur portrait à l’envers : les juifs sont puissants, je suis faible ; ils sont partout, je suis nulle part; ils sont solidaires, je suis seul ; ils ont le droit de revendiquer leur identité, nous, au contraire, n’avons aucun droit, etc. Didier Lapeyronnie (sociologue)
Conspiracies occur, it must be admitted. But the striking fact which, in spite of their occurrence, disproved the conspiracy theory is that few of these conspiracies are ultimately successful. Conspirators rarely consummate their conspiracy. Karl Popper
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des “Damnés de la terre” de Franz Fanon, 1961)
Peut-être que je prends trop au sérieux les théories du complot, mais je détecte avec inquiétude, dans ces mélanges fous d’incrédulité réflexe, ces exigences pointilleuses de preuves et cette utilisation gratuite de puissantes explications issues d’un pays imaginaire social, la plupart des armes de la critique sociale. Bruno Latour
C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
À Grigny, on n’est pas Charlie. D’ailleurs, personne n’est allé à la manifestation. C’est un truc fait pour les bourgeois, les Blancs. Vous en avez vu beaucoup des Noirs et des Arabes, là-bas? Moi non. Aminata (17 ans)
Grigny, je n’en peux plus. Je veux en partir mais je ne gagne pas assez pour louer ailleurs. J’en ai marre de cette violence perpétuelle, des cambriolages à répétition, de ces gens qui marchent tête baissée pour éviter de croiser un regard. Même les livreurs de pizzas ne viennent plus ici parce qu’ils se font tabasser. Moi, je pense que la France est trop gentille et j’ai la rage. Si j’étais restée en Haïti, je serais dans la misère, mariée, avec six enfants. Les gens ne se rendent pas assez compte de leur chance d’être en France. Habitante de Grigny
Je m’étonne de voir qu’ils ont oublié une carte d’identité. Cela me rappelle le passeport retrouvé intact lors des attentats du 11-Septembre. Tout comme je m’étonne que les terroristes aient choisi de sortir en tirant alors qu’ils auraient pu tenir longtemps face à la police.(…) Moi, je me borne à regarder les faits et je ne m’extasie pas devant les interprétations officielles du président et de ses ministres. (…) Oui, il y a des choses qui nous sont cachées. Le président de la République ne veut pas prononcer le mot d’islam radical pour masquer la responsabilité directe de l’immigration massive, de la décadence de l’Education nationale … Jean-Marie Le Pen
La France est en guerre avec des musulmans. Elle n’est pas en guerre contre les musulmans, mais avec des musulmans … Une 5e colonne puissante vit chez nous et peut se retourner à tout moment contre nous en cas de confrontation générale. (…) On nous dit qu’une majorité de musulmans est pacifique, certes. Mais une majorité d’Allemands l’était avant 1933 et le national-socialisme allemand. Une majorité de Russes, de Chinois, de Khmers étaient pacifiques avant qu’ils ne réalisent d’abominables crimes au nom du communisme. Quant le totalitarisme s’empare d’une minorité conséquente et active, l’argument de la majorité pacifique ne tient plus. Aymeric Chauprade
Malaise dans la fonction publique. Plusieurs agents ont refusé de respecter la minute de silence jeudi dernier en hommage aux victimes de Charlie Hebdo, assassinées en pleine conférence de rédaction par les frères Kouachi. Cette fois, il n’est plus question d’adolescents défiants ou en manque de repères, scolarisés dans les écoles de la République. Il s’agit d’adultes assermentés, recrutés par l’État. Pour l’heure, quatre cas ont été recensés sur le territoire. Les fonctionnaires sont originaires de Lille et Paris. Le Figaro
Si 20% des élèves croient à la théorie du complot, on ne connaît pas la proportion de profs qui y croient aussi. Guillaume Brossard
La duplicité occidentale est évidente. En tant que musulmans, nous n’avons jamais pris le parti de la terreur ou des massacres  : le racisme, les discours de haine, l’islamophobie sont derrière ces tueries. Les coupables sont clairs : les citoyens français ont commis ce massacre et les musulmans sont blâmés pour cela. Erdogan
Les Américains ont-ils semé la terreur à Paris ? Komsomolskaïa
Les conditionnements associés a une classe particulière de conditions d`existence produisent des habitus, systèmes de dispositions durables et transposables, structures structurées prédisposées à fonctionner comme structures structurantes, c’est-à-dire en tant que principes générateurs et organisateurs de pratiques et de représentations qui peuvent être objectivement adaptées à leur but sans supposer la visée consciente de fins et la maîtrise expresse des opérations nécessaires pour les atteindre, objectivement « réglées » et « régulières » sans être en rien le produit de l`obéissance à des règles, et, étant tout cela, collectivement orchestrées sans être le produit de l`action organisatrice d’un chef d`orchestre. Pierre Bourdieu
Un des principes de la sociologie est de récuser le fonctionnalisme du pire : les mécanismes sociaux ne sont pas le produit d’une intention machiavélique ; ils sont beaucoup plus intelligents que les plus intelligents des dominants. Pierre Bourdieu
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
Des textes produits dans le plus grand secret, délibérément obscurs et édictant des mesures à effet retard, pareil à des virus informatiques, préparent l’avènement d’une sorte de gouvernement mondial invisible au service des puissances économiques dominantes …. Pierre Bourdieu
La « théorie du complot » ne vit que d’un fantasme : la manipulation occulte. Cette obsession croît exponentiellement : plus la vérité est importante, plus elle est cachée et plus complexes en sont les manipulations. (…) Le conspirationnisme a sa méthode : pour trouver la vérité cachée, il faut croire le contraire de ce qui est officiel. Il n’y a pas de preuves ! C’est qu’elles ont été dissimulées par les conspirateurs ! L’absence de preuves manifestes constitue un argument en faveur de la conspiration. Cette théorie dénonce aussi les manipulateurs. (…) Généralement ce sont les juifs. La négation du caractère terroriste des événements du 11-Septembre voit les juifs (appelés américano-sionistes) derrière la manipulation. Nier l’événement du 11-Septembre, c’est affirmer la culpabilité américano-sioniste. Avec des variantes connues – la banque, l’argent apatride -, ces métaphores du juif. Les versions contemporaines de la « théorie du complot » se coulent dans une matrice : Les Protocoles des sages de Sion. La théorie du complot est un ersatz des grands récits concernant le destin de l’humanité. Contre-grand récit, elle est une storytelling. Pouffer de rire devant son énonciation reste trop court. Sa parenté avec Les Protocoles des sages de Sion, son identité de structure intellectuelle avec la logique négationniste incitent à la méfiance : la théorie du complot est l’un des viscères réparés, renouvelés, du ventre d’où est sortie jadis la bête. Robert Redeker
En fait, les structures sociales n’ont besoin pour fonctionner ni d’une providentielle harmonie préétablie, ni d’une concertation de tous les instants entre les agents d’un même groupe ou d’une même classe. Il suffit de laisser faire l’habitus pour voir s’instaurer une véritable orchestration des pratiques sans chef d’orchestre, ou si l’on préfère avec un chef d’orchestre invisible qui s’appelle l’habitus. Celui-ci est le principe générateur de pratiques concertantes bien réglées sous une apparence d’improvisation spontanée. Portés par un même habitus de classe, les agents agissent comme des musiciens qui improvisent sur un même thème, chacun jouant quelque chose de différent qui s’accorde pourtant harmonieusement avec ce que joue chacun des autres. Alain Accardo
Bourdieu s’y efforce de pointer une « orchestration sans chefs d’orchestre » dans la contre-révolution néolibérale des années 1980-1990, mais s’adressant à des publics plus larges, non nécessairement dotés d’une culture sociologique minimale, il est conduit à simplifier, à trouver des images plus parlantes (comme « gouvernement mondial invisible », « Big Brother » ou « les nouveaux maîtres du monde »), qui tirent alors vers l’intentionnalisme et le « chef d’orchestre » pourtant sociologiquement récusé. Philippe Corcuff
Si vous travaillez pour la BBC ou National Geographic, vous aurez la surprise quelques semaines avant la diffusion de recevoir un coup fil d’un jeune assistant « fact checker » auquel vous devrez justifier vos sources. Par exemple, si votre commentaire assène que les biberons au bisphénol donnent le cancer aux nourrissons , il vous demandera de lui faxer les études vous permettant de dire ça. Rien de tel sur les chaines de télévision française. Là, le seul contrôle est celui de conformité aux idées générales c’est-à-dire la communion avec les opinions du commanditaire ou l’évitement des chausses trappes du politiquement correct. Sur le reste (par exemple les chiffres bruts) vous pouvez raconter absolument n’importe quoi sans que quiconque ne cille. Alexandre Delaigue
Depuis une dizaine d’années, pratiquement tous les docus économiques qui « marchent bien » (c’est à dire qui recueillent de bonnes critiques et font de l’écoute) sont à base idéologique « complotiste » et « horreur économique ». (…) Il y a mon avis plusieurs raisons qui convergent toutes. Certaines relèvent de la sociologie des organisations, d’autres des phénomènes d’idéologie dominante, d’autres enfin des règles de la dramaturgie. Du côté des responsables de chaînes commanditant les programmes, on notera qu’aucun n’a la moindre formation économique. Pour ceux qui ont des formations supérieures, presque tous sont des littéraires purs et durs (sociologie, lettres, psychologie, journalisme, droit, histoire, science politique au mieux). Il en est de même des journalistes qui écriront les critiques. Pas le moindre économiste, commercial ou spécialiste du marketing en vue… Politiquement, surtout sur les chaînes tous publics, Arte compris, la plupart des commanditaires ont un passé et même un présent de militant d’extrême gauche. (…) Par ailleurs, il faut bien reconnaître que le complotisme fait de la bonne dramaturgie. Il y a des bons et des méchants. Le réalisateur (et donc avec lui le spectateur) étant bien évidemment du côté des bons, on attend avec impatience la dénonciation et la défaite du « dark side of the force ». (…) Autre grand avantage du complot : c’est une valorisation par essence du spectateur. En effet, il est, comme le réalisateur, par définition toujours du côté des grands initiés, ceux qui ont su dessiller les yeux et voir le réel qu’on voulait leur cacher (…) Il faut bien reconnaître qu’il y a du plaisir et de l’exaltation à se convaincre qu’on est intelligent et qu’on fait partie de ceux qui ont su y voir clair. A l’inverse, l’économie ne fait pas le poids en termes d’affect et de dramaturgie car c’est un univers de la nuance et de la complexité. On y examine avec raison et froideur les moult effets pervers prêt à surgir au coin du bois. Trop compliqué et abstrait et donc au final peu bandant ! Alexandre Delaigue
Le sceptique, au sens noble du terme, examine les données d’un problème avec méthode et en essayant de s’affranchir de toute idée préconçue. Son instruction se fait à charge et à décharge. Le conspirationniste s’en distingue par le peu de cas qu’il fait des éléments susceptibles de contrarier sa thèse. Il va monter en épingle des faits prétendument troublants et passer sous silence des faits pourtant essentiels. Il y a là une mauvaise foi évidente. (…) D’abord, les théoriciens «professionnels», qui réécrivent l’histoire à des fins propagandistes. Il s’agit d’une véritable entreprise de politisation qui peut même avoir une dimension mercantile : certains vivent de la théorie du complot. A l’autre bout du spectre, il y a le quidam méfiant à l’égard des sources d’informations traditionnelles et qui tombe dans le panneau : le récit falsifié conforte sa vision du monde. Enfin, il y a des activistes qui, sans être des pros du complotisme, ont la conviction qu’«on» leur ment en permanence, que les élites traditionnelles sont toutes corrompues. Ils deviennent des vecteurs de la théorie du complot, par exemple en fabriquant chez eux une vidéo conspirationniste, en intervenant sur les réseaux sociaux ou les forums, etc. Les jeunes sont sans doute les plus vulnérables car ils ne disposent pas toujours des outils intellectuels leur permettant de résister à ces thèses. On sait qu’ils s’informent principalement sur Internet, sans forcément être à même de distinguer les sources d’information fiables et le reste. Depuis quelques années, les témoignages se multiplient d’enseignants et d’éducateurs dont la parole est remise en cause par des élèves qui développent des théories complotistes. Mais le conspirationnisme est loin de se limiter aux jeunes. Le phénomène traverse toute la société. Ce démon du soupçon ne se répandrait pas à une telle échelle s’il ne répondait pas à une demande sociale, peut-être à un besoin de «réenchantement du monde» par la théorie du complot. (…) C’est toujours le même type de raisonnement et d’argumentation. La seule chose qui varie, c’est l’histoire racontée. Et encore : les complots sioniste ou Illuminati sont des thèmes récurrents. De plus, le discours des complotistes se veut infaillible : l’absence de preuves pour étayer leur thèse est pour eux un indice supplémentaire du complot.(…) Les mythes complotistes renvoient à des discours de haine. La désignation de boucs émissaires est un vecteur de radicalisation politique. Il y a aussi un enjeu démocratique : quand on ne partage plus la même réalité, le débat public devient un dialogue de sourds. Pour endiguer le complotisme, notamment chez les jeunes, il faut développer une pédagogie autour du pouvoir politique et de la connaissance. Il faut également les sensibiliser aux médias et développer des outils critiques par rapport aux images. Réfléchir et penser, cela s’apprend. Rudy Reichstadt
La théorie du complot a comme caractéristique d’être fondée sur un effet millefeuille. Chaque argument est faux mais comme il y en a des centaines voire des milliers, cela rend les théories plus résistantes à la contradiction. On ne peut pas défaire tous ces arguments. Les tenants de ces thèses veulent susciter le doute plutôt qu’administrer la preuve, c’est une intelligence collective qui est à l’œuvre. On peut dire qu’on a affaire à un monstre argumentatif. Et cela est rendu beaucoup plus facile depuis que les réseaux sociaux existent. (…) Ces théories du complot se développent plus vite car elles sont la conséquence de la dérégulation du marché de l’information.  Cela affaiblit les ‘Gatekeepers’ comme les journalistes qui filtrent l’information. Ces théories démagogiques n’ont plus d’obstacles. Auparavant elles étaient confinées dans des espaces de radicalités à la diffusion réduite. Maintenant, elles surgissent de toute part à une rapidité impressionnante. (…) Il ne faut pas croire que tous ces gens sont idiots, ce serait le meilleur moyen de ne pas cerner ce phénomène. C’est vrai pour certains mais d’autres, beaucoup, ont des raisons de croire à cela, cela correspond à leur représentation géopolitique du monde, à leur désir. Par exemple, au moment de l’affaire DSK en mai 2011, un sondage montrait que les sympathisants socialistes étaient beaucoup plus nombreux à croire au complot que la moyenne de la population française. C’est un petit peu la même chose avec l’attentat de Charlie Hebdo puisque certains, notamment des musulmans, n’ont pas envie de croire à une version qui accuse une partie de l’islam, sa frange la plus extrémiste. (…) Il faut multiplier les sources de désintoxication et repenser le système éducatif en fonction de cette dérégulation du marché de l’information. Il faut surtout intégrer la notion d’esprit critique, se méfier de ses propres intuitions, avoir une pensée méthodique pour déconstruire cela. L’école ne le fait pas, elle devrait le faire et apporter une boussole intellectuelle à ces élèves. Gérald Bronner
Ces «théories» surgissent à chaque fois qu’un évènement est complexe à assimiler pour une société. Elles ont ainsi fleuri après l’assassinat de Kennedy ou après le 11 septembre. Chacun veut y aller de son interprétation, et montrer ainsi que sa vision est plus critique que celle des médias et des politiques. Les théories du complot ont un pouvoir attractif fort, car elles prétendent dévoiler la vérité. Il y a un grand plaisir à apparaître comme un «initié» face à une foule profane qui n’aurait rien compris. Celui qui dévoile le complot est celui qui sait. Elles sont également plus excitantes, plus inquiétantes et troublantes que les versions connues des faits. Elles trouvent aussi un écho chez les digital natives, pour qui ce qu’on trouve sur Internet est d’emblée vrai, comme c’était le cas avant avec la télévision. Certains jeunes ne font pas la distinction entre un travail universitaire ou journalistique, avec des sources sérieuses, et un texte basé sur de simples convictions. Tout a la même valeur. (…) Le taux de pénétration de ces théories auprès du public est très difficile à évaluer, mais ce qui est sûr, c’est qu’elles ne concernent pas que les jeunes de banlieue ou les publics peu diplômés. Elles sont aujourd’hui un phénomène de société. Les théories du complot ne sont pas des rumeurs ou des émanations farfelues d’anonymes. Elles sont un discours politique à part entière, au service d’une idéologie. Il suffit de regarder qui les propagent en France. Dieudonné notamment, qui aujourd’hui est un homme politique, il a présenté une liste aux élections européennes. Jacques Cheminade n’est autre que l’héritier français de Lyndon Larouche essayiste et homme politique radical, qui depuis des décennies dénonce le complot d’une oligarchie judéo-britannique, qui aurait poussé à la Seconde guerre mondiale, et provoquerait la crise financière actuelle. Or Jacques Cheminade était candidat à l’élection présidentielle de 2012. Construire une théorie du complot est une arme politique qui permet à des acteurs politiques extrêmes, marginaux ou faibles d’exister dans le champ médiatique ou politique à moindre coût. Ainsi, quand Jean-Marie Le Pen affirme sans avoir aucun élément pour l’étayer que l’attentat contre Charlie Hebdo émane «de services secrets», l’ensemble des médias le relaie. Il ne s’agit pas d’un délire de sa part, mais bien d’une prise de position conçue pour être efficace. (…) Il faut s’en inquiéter, car le discours conspirationisme vise à désigner des bouc-émissaires. Ces discours sont porteurs d’un message de haine, d’exclusion. Quand Alain Soral indique sur son site que les auteurs des attentats contre Charlie Hebdo «sont déjà en route pour Tel Aviv», il est porteur d’un message conspirationniste «antisioniste» laissant entendre que c’est un coup du Mossad et pas d’islamistes radicaux. Ces discours peuvent être un levier pour l’action, et pour l’action violente. On sait ainsi qu’au début du XXème siècle, une théorie selon laquelle les juifs menaient un vaste complot mondial pour prendre le pouvoir était particulièrement populaire. Ce mythe est incarné par les Protocoles des Sages de Sion, document dont on sait aujourd’hui qu’il s’agit d’un faux. Si cela ne suffit évidemment pas à expliquer la Shoah, on sait qu’Hitler avait lu ce texte et considérait les juifs comme des ennemis mortels. Les théories du complot nourrissent un discours politique de violence, de haine, tout en prétendant faire appel à l’esprit critique de celui qui y adhère. Emmanuel Taïeb
Plus qu’un cours supplémentaire au milieu de programmes surchargés, la plupart des pédagogues proposent d’intégrer la pratique de l’internet dans toutes les disciplines. « Dans tous les cours, il est possible de sensibiliser les élèves à la recherche documentaire. On peut commencer dès le primaire, on va taper ‘château fort’ sur Google, et on regarde à quoi correspond chacun des sites qui sont proposés », détaille le pédagogue Philippe Meirieu.(…) « L’algorithme de Google relève plus de la démagogie que de la démocratie, et dans cet immense amas d’informations, je pense que l’école doit jouer un rôle pour permettre aux élèves de distinguer le vrai du faux », estime Philippe Meirieu. « Une partie des enseignements devraient permettre d’apprendre aux élèves à comprendre les informations disponibles en ligne, les valider, les recouper », abonde Olivier Charbonnier, directeur du groupe Interface et cofondateur du laboratoire D-Sides, qui se donne pour mission d’analyser l’impact du numérique.(…)  Les enseignants s’attachent déjà à sensibiliser les élèves sur leurs recherches web, mais il est possible d’envisager de nouvelles pratiques. « L’étude d’un article de Wikipédia, par exemple, pourrait permettre d’exercer les élèves à appréhender un texte dont les sources sont vérifiées ou à l’inverse qui manque de références », illustre Philippe Meirieu. Lucien Marbœuf suggère un autre exercice qui pourrait permettre de faire ressortir la diversité des informations présentes en ligne tout en favorisant l’autonomie : « Il est possible d’imaginer des ateliers par groupe en demandant aux élèves d’écrire un article à partir de sources trouvées sur internet. Chaque groupe pourrait se concentrer sur un type de média (Wikipédia, sites d’info, blogs…) et, à la fin, on confronterait les versions. » (…) Beaucoup de choses peuvent être développées dès l’école élémentaire, avec l’intervention en classe de sémiologues ou de personnes formées à l’analyse de l’image. La solution est déjà appliquée par certains enseignants, puisque Guillaume Brossard ou Serge Tisseron, psychiatre et spécialiste des écrans, sont régulièrement invités devant des élèves. Mais elle mériterait d’être systématisée.(…) D’autres professionnels, comme les journalistes, sont également les bienvenus, car il faut éduquer les élèves aux médias traditionnels pour qu’ils puissent acquérir du recul sur les informations qu’ils captent sur internet. « Dans un monde où ils sont noyés sous la propagande politique et les publicités, il s’agit d’introduire une démarche scientifique pour développer leur capacité à éprouver les faits, à poser des hypothèses, détaille Olivier Charbonnier. Il faut qu’ils se confrontent au réel en étant capables de douter. » (…) « Sur ces questions complexes, la classe doit prendre la forme d’une discussion et non d’un cours magistral », considère Serge Tisseron. L’autorité morale des professeurs a perdu du poids au fil des années et les élèves n’hésitent plus à remettre en doute la parole des enseignants à partir d’informations trouvées au gré de leur navigation sur internet. Avec le rôle pris par les réseaux sociaux, le philosophe Marcel Gauchet parle même, sur France Inter, de « contre-culture anti-scolaire ». Les professeurs ne doivent donc pas tenter de délivrer une vérité brutale, prévient Serge Tisseron : « Internet renforce chacun dans ses a priori. De son côté, l’école doit donc créer le débat et confronter des idées, dans un climat de sécurité dont l’enseignant est le garant. » Mais comment faire quand la discussion glisse sur des questions sensibles, comme la religion ? « Dès la maternelle, il convient de montrer la différence entre le savoir et la croyance, c’est la meilleure manière d’aborder la laïcité », répond Philippe Meirieu. « Il ne faut pas avoir peur d’aborder les questions liées à l’islam ou à la religion, notamment en histoire. Dans le contexte actuel, ce sont des questions cruciales », complète Olivier Charbonnier. Quant aux théories du complot, les écarter d’emblée de la discussion peut être contre-productif. Il faut prendre en compte que ces théories sont d’autant plus puissantes qu’elles sont souvent séduisantes pour l’esprit. « Comme le montre le succès des sites satanistes ou des sites sur les soucoupes volantes, les adolescents ont besoin de merveilleux, d’extraordinaire », assure Philippe Meirieu. « La grande erreur serait de sous-estimer le pouvoir de fascination de ces images, qui utilisent toujours les deux mêmes ressorts : convaincre le spectateur qu’il est unique, et l’inviter à se rattacher à une communauté fraternelle », prévient Serge Tisseron. Il faut donc partir de cette fascination des élèves pour engager la discussion et leur apprendre à prendre du recul. Francetvinfo
La théorie du complot, c’est de dire: moins il y a de preuves, plus le complot est puissant, plus c’est vrai. Pierre-Henri Tavoillot
Les propos de Claude Guéant nous valent un nouveau procès en diabolisation. « Toutes les civilisations ne se valent pas », a donc dit notre affreux devant les étudiants de l’UNI en dénonçant le sinistre relativisme. Et la querelle est partie comme le lait sur le feu d’une manière aussi prévisible que lassante. Je ne suis pas certain que la gauche gagne à multiplier ces polémiques qui finissent par laisser penser qu’un ordre moral règne et que certaines questions (toutes les civilisations se valent-elles ?), certains mots (identité nationale, immigration…), certains arguments sont totalement proscrits de l’espace public. La délectation avec laquelle toutes les bonnes consciences morales montent à la tribune avec de somptueux effets de manche fait presque peine à voir au regard d’un propos que le péquin moyen – et je m’intègre sans vergogne à la liste – pourrait fort bien interpréter comme : « Je préfère vivre dans un pays des droits de l’homme et de la femme plutôt que dans une dictature théocratique. » Mais Guéant a eu le malheur d’utiliser le mot « civilisation » ! Grave crime en effet qui suggère l’idée d’un « choc des civilisations », qui rappelle l’idéologie du colonialisme, qui, donc, promeut le néo-colonialisme ! Pierre-Henri Tavoillot
le troisième critère (…) nous permettra d’affirmer haut et fort la supériorité de la civilisation occidentale ! Elle est la seule à parvenir à aussi bien se détester. C’est ainsi que l’on peut trouver une issue à la polémique actuelle : la supériorité de l’Occident, ce serait au fond sinon le relativisme lui-même (car le terme est à manier avec prudence), du moins cette capacité de se décentrer, de s’autocritiquer, voire de se haïr.
Cela commence avec Homère – très oriental au demeurant – qui dresse un portrait peu flatteur des Grecs dont il était pourtant censé raconter l’épopée : que valent Achille le colérique et Agamemnon le mesquin, à côté du bon et bel Hector ? Et cela n’a ensuite jamais cessé : critique chrétienne de Rome ; critique humaniste du christianisme ; critique « moderne » des humanités antiques ; critiques ultraconservatrices et hyperrévolutionnaire des droits de l’homme ; critiques occidentales de l’Occident colonial, etc. La liste est longue. L’Occident n’a jamais laissé aux autres le soin de le dénoncer. Et ce parcours fut balisé par la haine de soi, le sanglot de l’homme blanc, le débat sur la comparaison des civilisations, voire la culpabilité. Tels sont les traits caractéristiques de notre univers spirituel. Ils fonctionnent pour le meilleur comme pour le pire ! Le meilleur, c’est l’autoréflexion, la distance critique, le doute, l’intérêt aussi pour les autres civilisations qu’il s’agit de connaître, comprendre, préserver ; le pire, c’est quand la critique n’accepte plus la critique ; c’est quand le doute refuse d’être mis en doute… (…) Il reste encore une dernière marche à franchir, qui ne concerne pas seulement la civilisation autocritique de l’Occident, mais ce qu’on pourrait appeler la civilisation de la démocratie. En quoi consiste sa supériorité ? Eh bien, dans l’affirmation que les civilisations importent moins que les individus qui les constituent ; dans l’idée que leur liberté, leur égalité et leur fraternité méritent notre attention plus que tout autre chose. Cette civilisation-là, née en Occident, le dépasse désormais de beaucoup et a cessé de lui appartenir en propre : une telle largeur, voilà peut-être le signe de la vraie grandeur. Pierre-Henri Tavoillot
Nous allons assister à une reconfiguration profonde du débat intellectuel : les lignes vont bouger. La France superficielle va peut-être laisser plus de place à la « France profonde » : non pas celles des « ploucs » (comme on l’entend parfois), mais celle qui a de la profondeur ; celle qui entend penser entre le moralisme béat de la gauche et le cynisme abject de la droite, … et pas seulement les extrêmes des deux. Oui, la question de l’identité française (et pourquoi ne pas dire nationale ?) a du sens et même de l’urgence ; oui, une réflexion sur la tentation totalitaire de l’Islam a du sens et même de l’urgence ; non, la France ne s’est pas suicidée ; non, le paradigme culpabilisateur post-colonial ne suffit pas à expliquer les attaques dont la France est l’objet. Oui, la France a des ennemis à l’extérieur comme à l’intérieur qu’il s’agit de combattre avec rigueur, audace et puissance. Cette ouverture de questions, qui ont été trop longtemps laissées aux réponses sommaires du Front National, va devoir se faire sans mettre en péril l’unité qui vient d’être acquise. (…) Il faut se convaincre qu’après le nazisme et le stalinisme, la démocratie a un nouvel opposant, qui comme les précédents sait se nourrir aux mêmes sources qu’elle, hideux produit d’une autre dialectique de la modernité. Pierre-Henri Tavoillot
A égale distance du déni moralisateur de la gauche et du cynisme défaitiste de la droite, une exigence inédite a semblé surgir pour que les défis du présent soient formulés, pensés et relevés par des actes. Comment interpréter ce renouveau ? Il faut certainement beaucoup de prudence et de doigté pour tenter de le comprendre sans le trahir, mais il ne faut pas courir le risque de laisser les demandes s’enliser dans le retour du quotidien et ne pas oublier ce fait gênant : toute la France n’a pas pris part à la Marche républicaine. Dans ce contexte ambivalent, nous voyons au moins quatre chantiers intellectuels s’ouvrir, que certains avant nous avaient tenté de lancer comme on prêche dans le désert. De tabous, ils sont devenus évidents : 1) La question de l’identité française — Prétendre la poser avant ces trois jours tragiques à « faire le jeu du Front national ». On perçoit aujourd’hui enfin l’évidence de la penser entre un multiculturalisme béat et un nationalisme étroit. Comment prétendre être un pays d’accueil, comment espérer intégrer, voire assimiler (pour utiliser ce mot interdit) si l’on refuse de connaître et promouvoir la maison qu’on habite ? Le modèle d’une histoire post-coloniale marquée par la culpabilité, le « sanglot de l’homme blanc » et l’expiation du passé a fait long feu. Il a durablement tétanisé l’Europe occidentale et déresponsabilisé le Sud comme l’Orient, les empêchant de nouer entre eux des rapports rééquilibrés. Ce temps est révolu et les questions s’ouvrent : quelle est la part d’héritages et de projets communs qui animent notre « vouloir-vivre ensemble » en France, dans l’Europe et dans le Monde ? Qu’est-ce que l’Occident sinon la civilisation, qui, à travers la laïcité, entend conférer à tout adulte la majorité civile et civique de plein exercice ? On ne conçoit plus comment les défis majeurs de l’immigration, de la construction européenne et de la mondialisation ont pu si longtemps faire l’impasse sur le « qui sommes-nous aujourd’hui ? ». 2) La question de la tentation totalitaire de l’Islam (…) Là encore, ces interrogations étaient la semaine dernière inévitablement mise au compte d’une islamophobie « nauséabonde » ou d’un « amalgame » fallacieux. Elles sont aujourd’hui portées avec vigueur par nombre de musulmans. Car le « pas en mon nom » ne suffit pas ; il laisse place aujourd’hui au : « pourquoi, malgré moi, en mon nom ». Il faut comprendre et combattre l’antisémitisme désinhibé qui réapparaît dans le giron de cette idéologie sommaire de l’islamisme radical qui n’est pas une culture comme une autre mais une contre-culture voire une anti-culture. 3) La question des valeurs de la démocratie — La liberté et l’égalité sont-elles plus sacrées que la plus sacrée des religions ? Et si c’est le cas, comment comprendre qu’elles semblent, de l’extérieur, à géométrie variable : liberté pour les caricatures de Charlie Hebdo mais interdiction du spectacle de Dieudonné ? Contre cette confusion, il va falloir expliquer, encore et encore, que la liberté d’expression s’arrête quand commence l’appel à la haine et l’apologie du meurtre. C’est toute la différence entre des actes de dérision (qu’on a le droit de ne pas apprécier, voire de détester) et des incitations au terrorisme. Notre espace public est celui qui place la sacralité de l’homme au-dessus de celle de Dieu, parce que celle-là permet de vivre ensemble et que celle-ci relève du strict domaine de la foi privée. Cette valeur est non négociable dans la démocratie et elle constitue le fondement du pacte républicain. Quand je visite une mosquée j’enlève mes chaussures ; quand j’entre dans une synagogue je mets un kipa ; quand je pénètre dans une église, je veille à avoir une tenue décente ; et bien quand j’entre dans une République laïque : j’accepte de mettre mes croyances de côté et je m’efforce d’en respecter les lois. Et d’abord celle de la laïcité qui constitue l’ADN de notre vie commune. 4) La question des armes de la démocratie — Comment lutter face aux nouvelles menaces : à l’intérieur pour réintégrer les « territoires perdus de la République » qui sont aussi les territoires perdus de la Nation devenus des ghettos ethno-culturels ? A l’extérieur pour défendre et promouvoir des principes et surtout des populations qui aspirent à les adopter envers et contre toutes les menaces immondes. Ni la démocratie ni la laïcité ne peuvent être imposées de l’extérieur, mais cela ne saurait fournir la moindre excuse pour abandonner ceux qui y prétendent et risquent leur vie pour y parvenir. Ce combat commence au cœur notre pays, dans les « quartiers » où la clarification des idées doit précéder la fermeté de l’action. Eric Deschavanne (philosophe), Serge Guérin (sociologue), Pierre-Henri Tavoillot (philosophe)
Des incidents pendant la minute de silence et les jours suivants, il y en a eu beaucoup à Grigny même si l’éducation nationale demande aux enseignants et aux responsables d’établissements de ne pas communiquer sur le sujet avec les médias. Même l’inspection d’académie fait la sourde oreille. Sous couvert d’anonymat, des enseignants ne sont pas tous d’accord avec ces consignes qu’ils jugent «abusives». «Nous sommes en première ligne. Certains d’entre nous sont perturbés par ce qu’ils ont pu entendre en classe. Et la population a le droit de savoir ce qui se passe.» Dans des logorrhées rhétoriques, plus ou moins assimilées, leurs élèves invoquent la cause des Noirs, clament leur antisémitisme, comparent la Shoah à l’esclavage, le nazisme au sionisme. Dieudonné a un écho considérable dans les établissements. Les médias sont tous corrompus et la haine des Juifs est partout. Des élèves expliquent que les attentats n’en sont pas et qu’il s’agit d’un complot organisé par le gouvernement de François Hollande. «Parfois avec la complicité d’Israël ou des États-Unis en option.» Ces lycéens, convaincus, s’appuient sur des vidéos, des sites qu’ils montrent sur leur smartphone. «La grande majorité de nos élèves condamnent, heureusement, les assassinats. Mais ce qui revient le plus souvent, explique un enseignant, c’est que les journalistes et les terroristes ont autant tort les uns que les autres. (…) La théorie du complot, fortement teintée d’antisémitisme, flotte néanmoins partout dans Grigny. Et pas seulement chez les plus jeunes. «Ils sont riches, ils tiennent le monde. C’est eux qui sont aux manettes. Ils contrôlent les médias, les États-Unis. Il y a même des ministres juifs au gouvernement», récite, catégorique, Fatou, une auxiliaire de vie d’une vingtaine d’années, dans le vieux Grigny, pour expliquer «pourquoi Coulibaly en voulait aux Juifs». Vidéo «non censurée» de mauvaise qualité sur son smartphone à l’appui, elle affirme que Coulibaly «a été assassiné par les forces de l’ordre alors qu’il était menotté». Quant aux frères Kouachi, ils auraient été tués en Syrie avant une mise en scène des policiers destinée à faire croire à l’attentat! Beaucoup d’adultes ont heureusement une parole plus mesurée. C’est surtout la «honte», comme pour cette mère de famille de quatre enfants: «Je suis musulmane mais je n’ai rien à avoir avec ces actes. Je ne les comprends pas. Ces gens sont des fous, des dingues. Je n’ai même pas envie d’en parler. J’ai d’autant plus honte que ce terroriste venait de Grigny. Et qu’il est de la même origine que moi. Le Figaro

Attention: un conspirationnisme peut en cacher un autre !

A l’heure où se confirme entre refus de la minute de silence et métastasisation des théories du complot et de la bouche même des intéressés …

Que le début de sursaut du 11 janvier dernier n’incluait pas ceux qui, après les quenelles et aujourd’hui les doigts d’honneur, arboraient en juillet dernier le drapeau noir du djihad sue la place parisienne de la République …

Et qu’entre lois mémorielles (ne « pas faire porter » aux « jeunes Arabes » « tout le poids de l’héritage de méfaits des Arabes », dixit Christiane Taubira) et besoin de respectabilité, l’omerta ambiante semble même gagner le parti même des bonnes questions et des mauvaises réponses …

Pendant que, parmi nos propres anciens soldats, certains sont déjà passés de l’autre côté du miroir …

Et qu’un prétendu chef de file du Monde libre qui n’avait pas trouvé le temps, entre deux finales de football américain, de venir défendre la liberté d’expression à Paris …

S’empresse d’aller rendre hommage au feu roi d’un état qui continue à lapider ses femmes et à financer la guerre sainte …

Comment ne pas voir dans cette énième explosion du complotisme …

Avec le philosophe Pierre-Henri Tavoillot et selon le mot de Bruno Latour …

La reprise même de « la plupart des armes », forgées par nos intellectuels depuis quelque cinquante ans, de la « critique sociale » ?

Résister au complotisme : pour une «pédagogie du pouvoir»
Entretien avec Pierre-Henri Tavoillot
Conspiracy watch
31 Août 2012

Pierre-Henri Tavoillot
Conspiracy Watch : Né d’une réflexion sur les mécanismes de la rhétorique du complot, le petit ouvrage que vous venez de publier avec le journaliste Laurent Bazin (Tous paranos ?, éditions de l’Aube, 2012) tente de clarifier la raison pour laquelle « nous aimons tant croire aux complots ». Pour commencer, comment expliquez-vous la cohabitation, dans le conspirationnisme, de la méfiance la plus puissante et de la crédulité la plus désarmante ? En somme, le conspirationniste doute de tout sauf, justement, des doutes qu’il a décidé de faire siens une bonne fois pour toutes…

Pierre-Henri Tavoillot : Oui, le conspirationniste soupçonne tout et tout le monde ; mais il est tout à fait sûr de lui et de ses soupçons ! Le but de notre ouvrage est en effet de mettre au jour les mécanismes — la grammaire — du complotisme pour essayer d’en comprendre le fonctionnement et le succès grandissant. Car c’est très étonnant : on pouvait penser — c’était l’idée des Lumières — qu’à l’âge de l’opinion publique, des médias, de l’information, les complots étaient voués à s’exténuer. Or, c’est exactement le contraire qui se passe : plus nous savons de choses, plus nous sommes conduits à penser qu’on nous en cache beaucoup d’autres… Ce qui nous amène à penser que le complotisme correspond à un besoin profond, propre à notre univers désenchanté. A défaut de repères clairs, de discours fondateurs et éclairants sur le sens de notre monde toujours plus complexe, nous cherchons notre salut dans l’image fantasmée de volontés mauvaises qui, tapies dans l’ombre, régiraient le monde. Dénués de deus ex machina, nous nous inventons des diables : les juifs, les francs-maçons, les extra-terrestres, les laboratoires pharmaceutiques… ! Grâce à eux, nous gardons la conviction qu’une maîtrise des choses est encore possible : puisqu’il y a des gens qui, en secret, tirent les ficelles, il nous suffit de les dénoncer et de les vaincre ; tout alors ira mieux ! On a affaire ici à une forme d’utopie inversée : la dernière possible dans notre modernité tardive ?

C. W. : Beaucoup de ceux qui ont reçu une formation militante et ont une véritable colonne vertébrale idéologique, tendent à résister, pour cette raison même, aux interprétations complotistes. Le paradigme marxiste, qui appréhende la réalité sociale en termes de structures, et repose sur une philosophie déterministe de l’histoire comme vous le rappelez, fait parfois fonction d’antidote face aux explications intentionnalistes, volontaristes, et donc face à toutes les thèses qui naissent du fantasme d’un petit groupe d’individus complotant dans l’ombre. En même temps, il est difficile de donner tort à Karl Popper lorsqu’il identifie un « marxisme vulgaire » qui prépare le terrain à des visions du monde potentiellement, voire carrément, complotistes. On peut penser en particulier à la trajectoire d’un Fidel Castro reprenant à son compte les thèses les plus délirantes sur le groupe Bilderberg. Partagez-vous ce constat et, dans l’affirmative, comment expliquez-vous cette ambivalence du marxisme ?

P-H T. : Le marxisme est une philosophie du soupçon : sous les apparences (les superstructures idéologiques), il y a une réalité à l’œuvre qui nous dépasse (l’infrastructure socio-économique). Simplement, chez Marx, ce n’est jamais une volonté humaine qui décide ; toute décision n’est que le reflet fidèle d’une situation mettant en jeu des forces productives et des rapports de production. Si les hommes qui font l’histoire ne savent l’histoire qu’ils font, on ne voit pas comment un seul complot serait possible. Car, pour Marx, c’est l’histoire qui se sert des hommes et non l’inverse. Mais lorsque la science marxiste passe de la théorie à la pratique politique, la tentation est grande d’imputer à des groupes ou à des personnes (les bourgeois, les koulaks, les juifs encore…) les ralentissements de l’histoire prévue par la doctrine. C’est là que le conspirationnisme s’installe dans une pensée qui semblait s’en être immunisée.

C. W. : Parmi les antidotes que vous prescrivez pour échapper à la logique du complotisme, vous préconisez une « pédagogie du pouvoir » doublée d’une « pédagogie des médias ». Qu’entendez-vous exactement par là ?

P-H T. : Il suffit d’avoir fait un peu de politique pour comprendre qu’il est très difficile de réussir un complot. Machiavel le notait déjà dans un chapitre génial — et d’ailleurs le plus long — de ses Discours sur la première décade de Tite-Live (1531). L’expérience du pouvoir est celle de la frustration : on croit être aux manettes, alors qu’on passe son temps à subir les événements, à changer de plans et de stratégies, à revoir ses décisions. Voilà la réalité du pouvoir : et d’autant plus à l’âge démocratique et médiatique. Or, en tant que citoyen, nous avons tendance à ignorer cette réalité et à projeter sur les décideurs politiques notre fantasme de toute-puissance. Il faut que le citoyen d’aujourd’hui intègre l’énorme difficulté de l’art politique de nos jours : voilà ce que j’appelle la « pédagogie du pouvoir ». Il en va de même pour les médias : Laurent Bazin montre de manière extrêmement profonde et subtile comment la paranoïa structure la vie médiatique et qu’il faut beaucoup de lucidité et de métier pour la maintenir dans des limites raisonnables.

C. W. : Comment peut-on, au nom de la démocratie, de ses valeurs, lutter contre la tentation conspirationniste alors que celle-ci trouve ses fondements, si l’on suit François Furet (Penser la Révolution française), dans un imaginaire du pouvoir qui, précisément, est celui de la démocratie moderne ? Est-ce que, finalement, la critique du conspirationnisme n’est pas une cause perdue d’avance ?

P-H T. : La démocratie installe la volonté des citoyens au centre de la vie de la cité : elle en devient le fondement légitime et incontestable. Mais cette « toute puissance du peuple » est constamment mise à défaut : il y a d’autres peuples, donc d’autres volontés ; il y a aussi les obstacles du réel (la nature, l’économie …) ; le peuple lui-même est souvent scindé en plusieurs orientations antagonistes… Bref, la démocratie semble toujours en échec. On le voit au moment des élections quand les candidats jouent « les gros bras » : « Moi, président, je materai les banques ; je soumettrai la Chine ; je trouverai l’argent là où il est ; j’imposerai mes choix à l’Allemagne… ! ». C’est inévitable face à un candidat sortant qui, forcément, n’a pas pu tout faire. Il faut faire renaître la promesse démocratique. Et cela passe par le repérage de volontés adverses, plus ou moins occultes, qui sont des obstacles à la réalisation démocratique. Le combat contre le « complot anti-démocratique » permet ainsi de remobiliser les troupes… Et, à la prochaine élection, il en ira de même. Il ne s’agit pas de dénoncer ce mécanisme, mais de comprendre son fonctionnement pour agir plus lucidement et pour avoir une vision plus modeste, mais du même coup aussi plus efficace, de la politique démocratique. Les rêves de toute puissance sont adolescents et nous nous devons de passer à l’âge adulte.

Résister au complotisme : pour une «pédagogie du pouvoir»
C. W. : Avec Laurent Bazin, vous récusez toute approche « hygiéniste » du conspirationnisme. Vous expliquez que le but de votre livre « n’est pas d’éradiquer le complotisme de l’espace public ou de le disqualifier comme pure maladie de l’esprit ». Selon vous, la libre expression des théories du complot sert à canaliser une forme d’agressivité. Elle fait office de « soupape de sécurité ». Certaines théories du complot apparaissent en effet comme bien inoffensives. Mais alors, ne faut-il pas aussi distinguer entre les théories du complot ? Valérie Igounet a montré en quoi le négationnisme de Robert Faurisson et de ses thuriféraires procédait, fondamentalement, d’une théorie du complot – la vieille théorie du « complot juif mondial ». Que fait-on face à cela ? Est-ce qu’on laisse dire ? Ou est-ce qu’on tend un cordon sanitaire ? Et est-ce que c’est verser dans l’« hygiénisme » que de lutter, intellectuellement, contre ce type d’affirmations fausses et calomnieuses ?

P-H T. : Si l’on pouvait éradiquer la théorie du complot, cela se saurait, depuis le temps. Il faut donc vivre avec en distinguant, vous avez raison de le souligner, les formes acceptables et les formes inacceptables de son expression. Quel est le critère de démarcation entre les deux ? Celui qui distingue la théorie et la pratique. En effet, le repérage du complot peut-être un simple jeu de l’esprit qui tente de trouver un sens dans un monde complexe et absurde : ça ne porte guère à conséquence tant qu’on en reste là. En revanche, lorsqu’il s’agit d’en déduire une action politique à l’encontre telle ou telle catégorie de la population, cela devient inacceptable. Je reconnais que la limite est fine entre les deux, mais elle n’en est pas moins claire. Dans le premier cas, on est dans le registre de l’argumentation qui relève des règles de l’espace public ; dans le second cas, on est dans le registre de l’action qui relève des lois de la République.

C. W. : Lorsqu’elle se transforme elle-même en une idéologie stérile que l’on pourrait appeler l’« anticonspirationnisme », la critique de la théorie du complot court le risque de se figer, de devenir une sorte de réflexe pavlovien, de dénonciation systématique et paresseuse de la moindre parole publique se risquant à formuler l’hypothèse d’un complot. C’est une tentation que l’on peut ou que l’on a pu trouver chez certains éditorialistes. L’expression de « théorie du complot » fonctionne alors comme une arme rhétorique visant à disqualifier l’adversaire. Mais certains voudraient aussi se débarrasser à bon compte de la critique du conspirationnisme en la réduisant à cette caricature et il existe une critique de l’anticonspirationnisme – que vous n’abordez pas dans le livre – qui consiste à présenter l’objet « théorie du complot » comme une mise en accusation de « la sociologie » (c’est la thèse de Luc Boltanski par exemple) ou comme une invention « libérale » dirigée spécifiquement contre la sociologie critique ou encore contre la « critique des médias » d’inspiration bourdieusienne. Comment vous-positionnez-vous en fin de compte par rapport à ce débat ? Faut-il jeter aux oubliettes ce concept de « théorie du complot » ou dit-il quelque chose de notre réalité sociale ?

P-H T. : Il y aurait donc un complot ourdi par ceux qui dénoncent les théories du complot ! Plus sérieusement, ce que Boltanski, en disciple de Bourdieu, ne perçoit pas à mon sens c’est qu’il existe trois manières de pratiquer la philosophie du soupçon. Une première philosophie du soupçon consiste à dénoncer les illusions du savoir vulgaire au nom d’un savoir supérieur ; à critiquer les préjugés au nom de la science. C’est ce qui faisait dire à Pierre Bourdieu : je dis la vérité parce que je suis sociologue ! Autrement dit, mon travail sociologique me permet d’avoir conscience de mes déterminations sociales, de mes intérêts, donc j’accède à un point de vue vrai, car désillusionné et exempt de préjugé. C’est ce que pourrait dire également un psychanalyste freudien : parce qu’il a été psychanalysé, il possède une position de recul ou de surplomb par rapport à ses propres pulsions inconscientes. Marx et Freud sont les grandes figures de cette philosophie du soupçon que j’appellerais dogmatique : au-delà des apparences ou des préjugés, il faut faire émerger le savoir véritable.

Il y a une autre philosophie du soupçon — inaugurée par Schopenhauer et poursuivie par Nietzsche — qui consiste à dire qu’il n’y a jamais de point de vue vrai : aucun point de vue ne peut se prévaloir d’être tout à fait désillusionné. On peut toujours soupçonner le soupçon… et ce à l’infini. On a ici affaire à un soupçon sceptique, développé par Nietzsche, par exemple, dans le grandiose paragraphe 274 du Gai Savoir intitulé « notre nouvel infini » : « il n’y a pas de faits, seulement des interprétations ».

Ces deux philosophies du soupçon (dogmatique et sceptique) se renvoient la balle sans fin. Pour Boltanski, les libéraux dénoncent la théorie du complot parce qu’ils ont peur de la sociologie critique (qui, selon lui, est vraie). Mais on pourrait fort bien se demander : pourquoi Boltanski a-t-il peur de la critique libérale de la sociologie critique ? On pourrait donc soupçonner le soupçon du soupçon… et ce, sans fin, sauf à prétendre à une vérité ultime.

La seule manière de sortir de cette spirale soupçonneuse consiste à dire à la fois qu’on ne pourra jamais atteindre de point de vue ultimement vrai (contre les dogmatiques), mais qu’on ne peut jamais renoncer tout à fait à l’espoir d’y parvenir (contre les sceptiques). Philosophiquement, cette troisième démarche correspond à la philosophie critique kantienne. Autrement dit, on ne pourra jamais éradiquer la « théorie du complot », mais on doit toujours s’efforcer de produire une autre compréhension du réel qui puisse concurrencer sa force de séduction. Au-delà de la critique, il y a donc un travail positif ou créatif à produire. Ajoutons cependant que, comme le note Woody Allen, il arrive parfois que « même les paranoïaques aient des ennemis » ! La naïveté ne doit pas être le prix à payer de la lutte contre le complotisme.

Pierre-Henri Tavoillot est maître de conférences en philosophie à la Sorbonne et président du Collège de Philosophie. Il a récemment publié Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité (Grasset, 2011 ; site web) et, avec Laurent Bazin, journaliste à RTL et à « C dans l’air », Tous paranos ? Pourquoi nous aimons tant les complots (Editions de l’Aube, 2012).

Voir aussi:

Emmanuel Taïeb : «La théorie du complot est l’arme politique du faible»
Judith Duportail
Le Figaro

22/01/2015
INTERVIEW – Enseignant à Sciences Po Lyon et spécialiste du conspirationnisme, Emmanuel Taïeb analyse le succès des théories du complot après les attentats à Paris. Selon lui, elles peuvent pousser certains à l’action violente.

Le Figaro. – Pourquoi tant de théories de complot après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hypercacher ?

Emmmanuel Taïeb – Ces «théories» surgissent à chaque fois qu’un évènement est complexe à assimiler pour une société. Elles ont ainsi fleuri après l’assassinat de Kennedy ou après le 11 septembre. Chacun veut y aller de son interprétation, et montrer ainsi que sa vision est plus critique que celle des médias et des politiques. Les théories du complot ont un pouvoir attractif fort, car elles prétendent dévoiler la vérité. Il y a un grand plaisir à apparaître comme un «initié» face à une foule profane qui n’aurait rien compris. Celui qui dévoile le complot est celui qui sait. Elles sont également plus excitantes, plus inquiétantes et troublantes que les versions connues des faits. Elles trouvent aussi un écho chez les digital natives, pour qui ce qu’on trouve sur Internet est d’emblée vrai, comme c’était le cas avant avec la télévision. Certains jeunes ne font pas la distinction entre un travail universitaire ou journalistique, avec des sources sérieuses, et un texte basé sur de simples convictions. Tout a la même valeur.

-Les jeunes sont-ils plus réceptifs aux théories du complot?

Ils ne sont pas les seuls. Le taux de pénétration de ces théories auprès du public est très difficile à évaluer, mais ce qui est sûr, c’est qu’elles ne concernent pas que les jeunes de banlieue ou les publics peu diplômés. Elles sont aujourd’hui un phénomène de société. Les théories du complot ne sont pas des rumeurs ou des émanations farfelues d’anonymes. Elles sont un discours politique à part entière, au service d’une idéologie. Il suffit de regarder qui les propagent en France. Dieudonné notamment, qui aujourd’hui est un homme politique, il a présenté une liste aux élections européennes. Jacques Cheminade n’est autre que l’héritier français de Lyndon Larouche essayiste et homme politique radical, qui depuis des décennies dénonce le complot d’une oligarchie judéo-britannique, qui aurait poussé à la Seconde guerre mondiale, et provoquerait la crise financière actuelle. Or Jacques Cheminade était candidat à l’élection présidentielle de 2012. Construire une théorie du complot est une arme politique qui permet à des acteurs politiques extrêmes, marginaux ou faibles d’exister dans le champ médiatique ou politique à moindre coût. Ainsi, quand Jean-Marie Le Pen affirme sans avoir aucun élément pour l’étayer que l’attentat contre Charlie Hebdo émane «de services secrets», l’ensemble des médias le relaie. Il ne s’agit pas d’un délire de sa part, mais bien d’une prise de position conçue pour être efficace.

-Le conspirationisme est-il dangereux?

Il faut s’en inquiéter, car le discours conspirationisme vise à désigner des bouc-émissaires. Ces discours sont porteurs d’un message de haine, d’exclusion. Quand Alain Soral indique sur son site que les auteurs des attentats contre Charlie Hebdo «sont déjà en route pour Tel Aviv», il est porteur d’un message conspirationniste «antisioniste» laissant entendre que c’est un coup du Mossad et pas d’islamistes radicaux. Ces discours peuvent être un levier pour l’action, et pour l’action violente. On sait ainsi qu’au début du XXème siècle, une théorie selon laquelle les juifs menaient un vaste complot mondial pour prendre le pouvoir était particulièrement populaire. Ce mythe est incarné par les Protocoles des Sages de Sion, document dont on sait aujourd’hui qu’il s’agit d’un faux. Si cela ne suffit évidemment pas à expliquer la Shoah, on sait qu’Hitler avait lu ce texte et considérait les juifs comme des ennemis mortels. Les théories du complot nourrissent un discours politique de violence, de haine, tout en prétendant faire appel à l’esprit critique de celui qui y adhère.

Voir encore:

Théories du complot : 5 façons d’apprendre aux élèves à faire le tri sur internet
Dans le contexte des attentats qui ont visé la France début janvier, une partie des élèves semblent séduits par les théories du complot. Quelles réponses l’Education nationale peut-elle apporter à ce problème ?
Des lycéens testent un logiciel permettant de créer une ville, au lycée Koeberlé de Sélestat (Bas-Rhin), le 10 octobre 2012. (FREDERICK FLORIN / AFP)
Clément Parrot

Francetvinfo

22/01/2015

« C’est sûr, le gouvernement nous ment », « Y en a qui disent que c’était un coup monté », « On ne sait pas qui croire »… Ces paroles de lycéens, recueillies par France 2, illustrent bien le malaise qui s’est emparé de l’institution scolaire à la suite des attentats contre Charlie Hebdo, à Montrouge et à la porte de Vincennes. Pour y répondre, Najat Vallaud-Belkacem a lancé une concertation sur le numérique à l’école et devrait annoncer de premières mesures jeudi 22 janvier. Un défi immense pour la ministre de l’Education nationale, qui a affirmé sur RTL qu’un « jeune sur cinq adhère aux théories du complot ». Un chiffre non étayé, mais qui pose question.

Une situation d’autant plus complexe que la majorité de l’apprentissage d’un enfant passerait aujourd’hui par les écrans et non plus par le cadre scolaire et familial, a renchéri la ministre. Internet n’est pas responsable de tous les maux, mais reste une partie du problème. « Ne pas éduquer les enfants à l’utilisation d’internet, c’est un peu comme les laisser jouer avec une arme à feu », juge Guillaume Brossard, fondateur de Hoaxbuster, un site qui s’est donné comme mission de démonter les théories du complot.

Francetv info s’est penché sur la recette qui pourrait permettre à l’école de mieux armer les élèves pour affronter la jungle de l’internet.

1 Former les enseignants
L’Education nationale n’a pas découvert internet à l’occasion des récents événements. « Quand on regarde ce qui est prévu actuellement, tous les outils sont déjà disponibles, il faut juste appliquer les programmes », témoigne Lucien Marbœuf, professeur des écoles qui tient le blog L’Instit Humeurs. Effectivement, pour sensibiliser aux usages d’internet, des outils sont disponibles en ligne et les programmes prévoient d’aborder la question, notamment en éducation civique. Mais cela n’empêche pas le développement des théories du complot.

« Des outils comme le B2i [brevet informatique et internet] existent, mais les profs ne sont pas assez formés, estime Guillaume Brossard, sans compter que si 20% des élèves croient à la théorie du complot, on ne connaît pas la proportion de profs qui y croient aussi. » « Il est vrai que tous les enseignants ne sont pas à l’aise avec internet, surtout que c’est une charge de travail qui sort de nos habitudes », admet Lucien Marbœuf, qui insiste également sur le manque de moyens au sein de l’Education nationale. « Quand il faut amener 30 élèves dans une salle informatique, c’est toute une aventure. »

2 Utiliser internet dans toutes les matières
Plus qu’un cours supplémentaire au milieu de programmes surchargés, la plupart des pédagogues proposent d’intégrer la pratique de l’internet dans toutes les disciplines. « Dans tous les cours, il est possible de sensibiliser les élèves à la recherche documentaire. On peut commencer dès le primaire, on va taper ‘château fort’ sur Google, et on regarde à quoi correspond chacun des sites qui sont proposés », détaille le pédagogue Philippe Meirieu.

3 Apprendre aux élèves à recouper les sources
« L’algorithme de Google relève plus de la démagogie que de la démocratie, et dans cet immense amas d’informations, je pense que l’école doit jouer un rôle pour permettre aux élèves de distinguer le vrai du faux », estime Philippe Meirieu. « Une partie des enseignements devraient permettre d’apprendre aux élèves à comprendre les informations disponibles en ligne, les valider, les recouper », abonde Olivier Charbonnier, directeur du groupe Interface et cofondateur du laboratoire D-Sides, qui se donne pour mission d’analyser l’impact du numérique.

Les enseignants s’attachent déjà à sensibiliser les élèves sur leurs recherches web, mais il est possible d’envisager de nouvelles pratiques. « L’étude d’un article de Wikipédia, par exemple, pourrait permettre d’exercer les élèves à appréhender un texte dont les sources sont vérifiées ou à l’inverse qui manque de références », illustre Philippe Meirieu.

Lucien Marbœuf suggère un autre exercice qui pourrait permettre de faire ressortir la diversité des informations présentes en ligne tout en favorisant l’autonomie : « Il est possible d’imaginer des ateliers par groupe en demandant aux élèves d’écrire un article à partir de sources trouvées sur internet. Chaque groupe pourrait se concentrer sur un type de média (Wikipédia, sites d’info, blogs…) et, à la fin, on confronterait les versions. »

4 Faire intervenir des professionnels de l’information
Beaucoup de choses peuvent être développées dès l’école élémentaire, avec l’intervention en classe de sémiologues ou de personnes formées à l’analyse de l’image. La solution est déjà appliquée par certains enseignants, puisque Guillaume Brossard ou Serge Tisseron, psychiatre et spécialiste des écrans, sont régulièrement invités devant des élèves. Mais elle mériterait d’être systématisée.

D’autres professionnels, comme les journalistes, sont également les bienvenus, car il faut éduquer les élèves aux médias traditionnels pour qu’ils puissent acquérir du recul sur les informations qu’ils captent sur internet. « Dans un monde où ils sont noyés sous la propagande politique et les publicités, il s’agit d’introduire une démarche scientifique pour développer leur capacité à éprouver les faits, à poser des hypothèses, détaille Olivier Charbonnier. Il faut qu’ils se confrontent au réel en étant capables de douter. »

5 Susciter le débat
« Sur ces questions complexes, la classe doit prendre la forme d’une discussion et non d’un cours magistral », considère Serge Tisseron. L’autorité morale des professeurs a perdu du poids au fil des années et les élèves n’hésitent plus à remettre en doute la parole des enseignants à partir d’informations trouvées au gré de leur navigation sur internet. Avec le rôle pris par les réseaux sociaux, le philosophe Marcel Gauchet parle même, sur France Inter, de « contre-culture anti-scolaire ». Les professeurs ne doivent donc pas tenter de délivrer une vérité brutale, prévient Serge Tisseron : « Internet renforce chacun dans ses a priori. De son côté, l’école doit donc créer le débat et confronter des idées, dans un climat de sécurité dont l’enseignant est le garant. »

Mais comment faire quand la discussion glisse sur des questions sensibles, comme la religion ? « Dès la maternelle, il convient de montrer la différence entre le savoir et la croyance, c’est la meilleure manière d’aborder la laïcité », répond Philippe Meirieu. « Il ne faut pas avoir peur d’aborder les questions liées à l’islam ou à la religion, notamment en histoire. Dans le contexte actuel, ce sont des questions cruciales », complète Olivier Charbonnier.

Quant aux théories du complot, les écarter d’emblée de la discussion peut être contre-productif. Il faut prendre en compte que ces théories sont d’autant plus puissantes qu’elles sont souvent séduisantes pour l’esprit. « Comme le montre le succès des sites satanistes ou des sites sur les soucoupes volantes, les adolescents ont besoin de merveilleux, d’extraordinaire », assure Philippe Meirieu. « La grande erreur serait de sous-estimer le pouvoir de fascination de ces images, qui utilisent toujours les deux mêmes ressorts : convaincre le spectateur qu’il est unique, et l’inviter à se rattacher à une communauté fraternelle », prévient Serge Tisseron. Il faut donc partir de cette fascination des élèves pour engager la discussion et leur apprendre à prendre du recul.

Voir par ailleurs:

« Charlie Hebdo » : ce que vous pouvez répondre aux arguments complotistes

Donald Hébert

Le Nouvel Obs

15.01.15

Depuis l’attentat contre « Charlie Hebdo », les théories de complots fleurissent en Russie et en Turquie, sur les réseaux sociaux, mais aussi au zinc des cafés et dans les cours de récré. A tel point que trois organisations lycéennes (Fidl, UNL, SGL) ont décidé de lancer un site pour démonter ces fausses informations.

En questionnant la réalité, puis en réécrivant le déroulement des faits, les complotistes repoussent, pour ceux qui les croient, le temps de la compréhension et de l’acceptation de ce drame. Ils éloignent ainsi la possibilité d’en débattre et d’en tirer d’éventuelles leçons.

Il est toujours difficile de faire la preuve de l’évidence avec d’autres preuves, tout aussi évidentes. Mais mieux les faits sont décrits, plus les thèses conspirationnistes deviennent visiblement farfelues. Eléments de langage.

# Les rétroviseurs
L’indice trompeur
Sur deux photos de la Citroën utilisée par les auteurs de la tuerie de « Charlie Hebdo », certaines personnes ont remarqué que la couleur des rétroviseurs n’est pas la même.

LES RÉTROVISEURS DE LA C3 NE CORRESPONDENT PAS ! C’EST DONC 2 VOITURES C3 IDENTIQUES ET PAS UNE SEULE C3 !!…#RAID pic.twitter.com/6SpYxR0VSW

— vatoslocos (@unetuerie) January 8, 2015

Ce que l’on en déduit à tort : les auteurs de la tuerie de « Charlie Hebdo » ne sont pas repartis avec la même voiture que celle avec laquelle ils sont arrivés.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : des hommes des services secrets – français ou d’un autre pays – sont les auteurs de l’attentat, ils sont arrivés avec la première voiture puis repartis discrètement, tandis que les frères Kouachi sont repartis avec une autre voiture, cette fois traquée par les forces de l’ordre. Dans ce cas, les frère Kouachi seraient innocents et le gouvernement –ou une autre autorité- serait coupable des attentats.

Pourquoi c’est faux
Comme le montre Challenges, la voiture photographiée est une Citroën C3 avec des rétroviseurs chromés, qui reflètent la lumière différemment selon l’angle de prise de vue. C’est la raison pour laquelle ils apparaissent plus foncés sur l’une des photos. Conclusion : il y a bien une seule voiture et les personnes pourchassées par la police sont bien les auteurs des attentats. Dans ce cas, il n’y a pas de raison de soupçonner une manipulation de services secrets.

# L’absence de sang
L’indice trompeur
Sur une vidéo extrêmement choquante montrant l’exécution par les auteurs de la tuerie de « Charlie Hebdo » du policier Ahmed Merabet, à terre dans la rue, on constate qu’il n’y a pas de sang, alors même que le tir a lieu à bout portant. Une page Facebook a même été créée à ce sujet, inaccessible depuis.

Ce que l’on en déduit à tort : la vidéo est truquée.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : le policier n’a pas été tué par les auteurs de l’attentat mais par les services secrets, français ou étrangers, plus tard, pour étouffer l’affaire.

Pourquoi c’est faux
Il est tout à fait possible qu’aucun sang ne soit projeté lors d’un tir à bout portant à la tête. Dans ce cas, pas besoin de trucage. Pas besoin non plus d’imaginer comment ce policier a perdu la vie.

# La carte d’identité
L’indice trompeur
La police affirme avoir retrouvé la carte d’identité d’un des frères Kouachi dans une des voitures utilisées par les auteurs de l’attentat contre « Charlie Hebdo » lors de leur fuite, alors qu’on voit sur une vidéo, à un autre moment de leur opération, un des frères ramasser une chaussure de sport qui est tombée de la voiture.
Ce que l’on en déduit à tort : la carte d’identité n’était pas dans la voiture.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : les pouvoirs publics ont placé cette carte d’identité dans la voiture, parce qu’ils connaissaient déjà le nom des personnes qu’ils recherchaient, dont ils sont complices. Ou parce qu’ils n’ont jamais retrouvé le nom des coupables et en ont inventé pour rassurer tout le monde.

Pourquoi c’est faux
Parce que les coupables des attentats ont été largement reconnus, pris en flagrant délit sans aucun doute possible, et que l’identité figurant sur la carte retrouvée a été ainsi confirmée. Les autorités ont expliqué que les terroristes ont en fait oublié dans la voiture un sac, juste après avoir eu un accident, alors qu’ils étaient en fuite, et que la carte d’identité était à l’intérieur de ce sac. Ce qui n’a rien d’invraisemblable, bien au contraire.

# Un coup d’Israël et du monde « médiatico-politique »
Les indices trompeurs
Il y en a à l’infini pour qui veut en trouver. Exemple : l’un des anagrammes de Charlie est Ichrael. Or en hébreu le « s » d’Israël s’écrit avec un « chin », une lettre prononcée parfois « s » parfois « ch ». Par ailleurs, le 7 janvier, jour de l’attentat à « Charlie Hebdo », peut s’écrire 1/7 en anglais, comme le 11 septembre s’écrit 9/11. Or, le 17 est le numéro de téléphone d’urgence de la police en France, le 911 étant celui aux Etats-Unis :

Autre exemple : « Charlie Hebdo » a été hébergé par « Libération » pour son dernier numéro, dont certains actionnaires sont d’origine juive. Ou encore : le parcours de la manifestation vu de haut, ressemble aux frontières d’Israël, si on tourne le plan.

Ce que l’on en déduit à tort : qu’il y a un lien secret et maléfique entre « Charlie Hebdo » et Israël, et que rien n’a été laissé au hasard, jusqu’au choix de la date, qui répond au 11 septembre 2001. Que les médias et les politiques ne disent pas tout ou mentent pour nuire.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : beaucoup de choses ! Pour certains, cela signifie qu’attaquer Charlie équivaut à attaquer Israël. D’autres imaginent que « Je suis Charlie » est le nom d’une opération militaire lancée par l’Etat hébreu. Plus généralement, on imagine que les attentats sont liés à d’autres événements de l’histoire, que les terroristes sont incités au meurtre par d’autres organisations ou Etats que ceux qui sont désignés par les pouvoirs publics. Certains pensent que des pays occidentaux, en général les Etats-Unis ou Israël, ont provoqué les attentats pour susciter une réaction contre les musulmans. C’est le même genre de théorie que l’on a entendu après les attentats du World Trade Center.

Pourquoi c’est faux
D’abord parce qu’il est possible dans toutes les situations de trouver des liens entre des noms, des dates, et qu’ils ne prouvent rien sans bon sens. Ensuite, parce que les frères Kouachi ont eux-mêmes affirmé publiquement leur lien avec Al-Qaida au Yémen, et que cette organisation a aussi revendiqué les attentats.

Enfin parce que la raison d’exister des médias les oblige à une pratique aussi rigoureuse que possible de leur travail, et que même les erreurs qu’ils commettent ou les pressions dont ils sont victimes parfois ne les empêchent pas d’offrir à leurs publics des informations plus fiables que celles fournies sur internet par d’obscurs personnages.

Voir aussi:

À Grigny, la ville de Coulibaly, la théorie du complot va bon train
Marie-Estelle Pech
Le Figaro
14/01/2015

REPORTAGE – Pour certains élèves du quartier de la Grande Borne, les attentats ont été organisés par François Hollande, Israël et les États-Unis…

«On a tous fait pleurer la prof de maths en lui disant qu’on n’était pas Charlie! Avec les caricatures du Prophète, les journalistes l’ont bien cherché. Elle a renvoyé toute la classe mais on s’en fiche.» Approuvé, à quelques mètres d’un collège, par son petit groupe d’amis qui a «rigolé» pendant la minute de silence, cet adolescent de 15 ans d’origine malienne, comme Amedy Coulibaly, partage aussi son nom de famille avec le terroriste. Même s’il ne le connaît pas.

Comme lui il y a quinze ans, il grandit comme une herbe folle dans le quartier de la Grande Borne, à Grigny (Essonne), l’un des plus sensibles et des plus pauvres d’Île-de-France. «C’est un dialogue de sourds. Les profs ne nous comprennent pas, ne nous écoutent pas. Ils veulent toujours avoir le dernier mot. Je n’ai rien dit pendant la minute de silence parce que je n’avais pas le choix. Mais c’est n’importe quoi. Ces dessinateurs salissaient notre religion. Ils sont allés trop loin, ont été avertis plein de fois, pourquoi n’ont-ils pas arrêté?», lance Kellyna, 16 ans.

Mieux encore, pour Aminata, 17 ans: «À Grigny, on n’est pas Charlie. D’ailleurs, personne n’est allé à la manifestation. C’est un truc fait pour les bourgeois, les Blancs. Vous en avez vu beaucoup des Noirs et des Arabes, là-bas? Moi non.» Le policier musulman, Ahmed Merabet, n’est pas mort d’une balle dans la tête, affirme un lycéen, qui, comme ses copains, s’est repassé la vidéo de son assassinat en boucle. «Il est mort d’une crise cardiaque, c’est certain, sinon on aurait vu du sang. C’est une mise en scène, un complot pour nous monter les uns contre les autres. Un musulman n’attaque pas un autre musulman.»

Ces jeunes s’inquiètent aussi de la «haine qui va monter contre les musulmans» et pour la réputation de leur ville. «Déjà qu’on met directement nos CV à la poubelle même pour les stages de troisième! Être de la ville de Coulibaly, on s’en serait bien passés.» La Grande Borne, ce quartier gangrené depuis les années 1990 par la drogue et la violence, est toujours en pointe pour faire la une. Lors des émeutes de 2005, puis en 2008. L’attaque du RER D en 2013, c’était aussi à Grigny.

De jeunes trafiquants contrôlent, l’air de rien, les entrées et les sorties de ces immeubles colorés, qui, vus du ciel, ressemblent à des spaghettis géants. Depuis septembre, la violence est montée d’un cran, sur fond de règlements de comptes liés à des trafics de drogue. Deux jeunes hommes ont été grièvement blessés par des tessons de bouteilles et une batte de base-ball. Un autre a été tué. En octobre, un adolescent de 14 ans a reçu une balle dans le ventre. Des locaux associatifs et un gymnase ont été récemment brûlés.

Le maire communiste, Philippe Rio, a alerté le procureur et le préfet. En vain. Cette ville de 30.000 habitants, rappelle-t-il, n’a plus de commissariat au-delà de 18 heures depuis dix ans. Il voit plonger sa ville depuis les émeutes de 2005: «Ça empire. Les gens sont dans la défiance de l’État et des médias, de tout et de tous.»

Ces derniers jours, les réseaux sociaux conspirationnistes concurrencent largement la parole des parents sur les attentats. «Les enfants se font bourrer le chou par les réseaux sociaux. Ils sont complètement intoxiqués», explique le maire qui prend l’exemple de ce couple de parents choqué par le comportement de leur enfant pendant la minute de silence au collège, le 8 janvier. Ces derniers avaient pourtant fermement condamné les attentats. «Visiblement l’enfant n’avait rien écouté, rien cru. Il s’était informé via Internet», soupire le maire.

Des incidents pendant la minute de silence et les jours suivants, il y en a eu beaucoup à Grigny même si l’éducation nationale demande aux enseignants et aux responsables d’établissements de ne pas communiquer sur le sujet avec les médias. Même l’inspection d’académie fait la sourde oreille.

Sous couvert d’anonymat, des enseignants ne sont pas tous d’accord avec ces consignes qu’ils jugent «abusives». «Nous sommes en première ligne. Certains d’entre nous sont perturbés par ce qu’ils ont pu entendre en classe. Et la population a le droit de savoir ce qui se passe.» Dans des logorrhées rhétoriques, plus ou moins assimilées, leurs élèves invoquent la cause des Noirs, clament leur antisémitisme, comparent la Shoah à l’esclavage, le nazisme au sionisme.

Dieudonné a un écho considérable dans les établissements. Les médias sont tous corrompus et la haine des Juifs est partout. Des élèves expliquent que les attentats n’en sont pas et qu’il s’agit d’un complot organisé par le gouvernement de François Hollande. «Parfois avec la complicité d’Israël ou des États-Unis en option.» Ces lycéens, convaincus, s’appuient sur des vidéos, des sites qu’ils montrent sur leur smartphone. «La grande majorité de nos élèves condamnent, heureusement, les assassinats. Mais ce qui revient le plus souvent, explique un enseignant, c’est que les journalistes et les terroristes ont autant tort les uns que les autres. On arrive à leur faire entendre raison, au moins en partie, mais ça demande beaucoup de travail et d’énergie.»

La théorie du complot, fortement teintée d’antisémitisme, flotte néanmoins partout dans Grigny. Et pas seulement chez les plus jeunes. «Ils sont riches, ils tiennent le monde. C’est eux qui sont aux manettes. Ils contrôlent les médias, les États-Unis. Il y a même des ministres juifs au gouvernement», récite, catégorique, Fatou, une auxiliaire de vie d’une vingtaine d’années, dans le vieux Grigny, pour expliquer «pourquoi Coulibaly en voulait aux Juifs».

Vidéo «non censurée» de mauvaise qualité sur son smartphone à l’appui, elle affirme que Coulibaly «a été assassiné par les forces de l’ordre alors qu’il était menotté». Quant aux frères Kouachi, ils auraient été tués en Syrie avant une mise en scène des policiers destinée à faire croire à l’attentat! Soudain plus lucide, elle explique que «ce qui fait basculer les gens ici, c’est la prison. Ici, tu vas en prison dix-huit mois pour une barrette de shit. Tu attrapes la haine de l’État. Et si tu es un peu faible comme Coulibaly, les islamistes te repèrent tout de suite. Et t’entraînent un peu plus dans leur délire à chaque séjour. Certains de mes copains sont dans ce cas».

«Même les livreurs de pizzas ne viennent plus ici parce qu’ils se font tabasser. La France est trop gentille et j’ai la rage. Si j’étais restée en Haïti, je serais dans la misère, mariée, avec six enfants. Les gens ne se rendent pas assez compte de leur chance d’être ici»
Une habitante de Grigny

Beaucoup d’adultes ont heureusement une parole plus mesurée. C’est surtout la «honte», comme pour cette mère de famille de quatre enfants: «Je suis musulmane mais je n’ai rien à avoir avec ces actes. Je ne les comprends pas. Ces gens sont des fous, des dingues. Je n’ai même pas envie d’en parler. J’ai d’autant plus honte que ce terroriste venait de Grigny. Et qu’il est de la même origine que moi.»

Solange, aide-soignante en intérim d’origine haïtienne, n’est pas sortie de chez elle pendant une semaine: «Je ne suis pas allée travailler. J’avais peur. Grigny, je n’en peux plus. Je veux en partir mais je ne gagne pas assez pour louer ailleurs», raconte-t-elle. «J’en ai marre de cette violence perpétuelle, des cambriolages à répétition, de ces gens qui marchent tête baissée pour éviter de croiser un regard. Même les livreurs de pizzas ne viennent plus ici parce qu’ils se font tabasser. Moi, je pense que la France est trop gentille et j’ai la rage. Si j’étais restée en Haïti, je serais dans la misère, mariée, avec six enfants. Les gens ne se rendent pas assez compte de leur chance d’être en France.»

Voir par ailleurs:

Après le 11 janvier 2015
Pierre-Henri Tavoillot

11 janvier 2015

Il est 23h45. Difficile de quitter cette journée historique du 11 janvier 2015 sans tenter de la décrire. Ce n’est pas tant l’ampleur de cette « marche républicaine » qui est frappante, c’est sa tonalité : loin de l’esprit habituel des « manif. » ordinaires, cristallisées autour de la défense d’intérêts particuliers, animées par des sous-entendus politiques, remplies bien souvent de mauvaise foi et de colère étriquée, il y avait aujourd’hui une marche de gens désintéressés, sereine, digne, toute en nuances, évitant avec soin les slogans réducteurs, la soumission aux sonos des cortèges. Il régnait une sorte de prudence et de pudeur générales, une atmosphère de courtoisie et d’attention à l’autre. Même dans les métros surbondés, tout le monde était poli ! Seule une République laïque peut produire une telle communion des esprits réunissant tant de gens divers attachés en toute intelligence à des valeurs communes. C’est bien plus fort que la religion. Qui a dit que la démocratie était incapable de sacré ?

Elle était historique, cette journée, car elle a révélé une image insoupçonnée d’une société française qu’on croyait exténuée par la crise, épuisée par les égoïsmes, atrophiée par la défiance, voire les haines, tétanisée par les peurs ! Et on a eu l’image d’une nation harmonieuse, accueillante, forte, fière d’elle-même sans exagération, confiante en l’avenir et sereine dans son quotidien. C’était beau.

Cette journée était historique aussi parce qu’après une blessure terrible, elle est parvenue à donner du sens à des morts absurdes. Sans doute est-ce là une cicatrisation bien dérisoire devant tant de destins brisés par le délire totalitaire de trois pantins ineptes, mais il y a tout de même là une forme de consolation. On leur devait bien ça !

Cette journée était historique enfin parce qu’on a y senti un air de renouveau, quasi printanier en dépit du froid. C’est là pourtant où il faut être prudent. Nous allons assister à une reconfiguration profonde du débat intellectuel : les lignes vont bouger. La France superficielle va peut-être laisser plus de place à la « France profonde » : non pas celles des « ploucs » (comme on l’entend parfois), mais celle qui a de la profondeur ; celle qui entend penser entre le moralisme béat de la gauche et le cynisme abject de la droite, … et pas seulement les extrêmes des deux. Oui, la question de l’identité française (et pourquoi ne pas dire nationale ?) a du sens et même de l’urgence ; oui, une réflexion sur la tentation totalitaire de l’Islam a du sens et même de l’urgence ; non, la France ne s’est pas suicidée ; non, le paradigme culpabilisateur post-colonial ne suffit pas à expliquer les attaques dont la France est l’objet. Oui, la France a des ennemis à l’extérieur comme à l’intérieur qu’il s’agit de combattre avec rigueur, audace et puissance. Cette ouverture de questions, qui ont été trop longtemps laissées aux réponses sommaires du Front National, va devoir se faire sans mettre en péril l’unité qui vient d’être acquise. Le débat doit avoir lieu, mais il doit être respectueux de l’esprit du 11 janvier sauf à retomber dans les vieux démons. Et nos petites et grandes lâchetés passées auraient de quoi nourrir une fort ressentiment contre nous-mêmes peu propice à un débat sincère et surtout efficace. La clarification des esprits est nécessaire, mais l’action l’est encore plus devant un ennemi qui n’est pas une religion, mais une véritable idéologie totalitaire, dénuée de toute culture ; adversaire même de toute espèce de culture. Il faut se convaincre qu’après le nazisme et le stalinisme, la démocratie a un nouvel opposant, qui comme les précédents sait se nourrir aux mêmes sources qu’elle, hideux produit d’une autre dialectique de la modernité.

Le marxisme est une philosophie du soupçon : sous les apparences (les superstructures idéologiques), il y a une réalité à l’œuvre qui nous dépasse (l’infrastructure socio-économique). Simplement, chez Marx, ce n’est jamais une volonté humaine qui décide ; toute décision n’est que le reflet fidèle d’une situation mettant en jeu des forces productives et des rapports de production. Si les hommes qui font l’histoire ne savent l’histoire qu’ils font, on ne voit pas comment un seul complot serait possible. Car, pour Marx, c’est l’histoire qui se sert des hommes et non l’inverse. Mais lorsque la science marxiste passe de la théorie à la pratique politique, la tentation est grande d’imputer à des groupes ou à des personnes (les bourgeois, les koulaks, les juifs encore…) les ralentissements de l’histoire prévue par la doctrine. C’est là que le conspirationnisme s’installe dans une pensée qui semblait s’en être immunisée. (…) Il suffit d’avoir fait un peu de politique pour comprendre qu’il est très difficile de réussir un complot. Machiavel le notait déjà dans un chapitre génial — et d’ailleurs le plus long — de ses Discours sur la première décade de Tite-Live (1531). L’expérience du pouvoir est celle de la frustration : on croit être aux manettes, alors qu’on passe son temps à subir les événements, à changer de plans et de stratégies, à revoir ses décisions. Voilà la réalité du pouvoir : et d’autant plus à l’âge démocratique et médiatique. Or, en tant que citoyen, nous avons tendance à ignorer cette réalité et à projeter sur les décideurs politiques notre fantasme de toute-puissance. Il faut que le citoyen d’aujourd’hui intègre l’énorme difficulté de l’art politique de nos jours : voilà ce que j’appelle la « pédagogie du pouvoir ». Il en va de même pour les médias : Laurent Bazin montre de manière extrêmement profonde et subtile comment la paranoïa structure la vie médiatique et qu’il faut beaucoup de lucidité et de métier pour la maintenir dans des limites raisonnables. (…) La démocratie installe la volonté des citoyens au centre de la vie de la cité : elle en devient le fondement légitime et incontestable. Mais cette « toute puissance du peuple » est constamment mise à défaut : il y a d’autres peuples, donc d’autres volontés ; il y a aussi les obstacles du réel (la nature, l’économie …) ; le peuple lui-même est souvent scindé en plusieurs orientations antagonistes… Bref, la démocratie semble toujours en échec. On le voit au moment des élections quand les candidats jouent « les gros bras » : « Moi, président, je materai les banques ; je soumettrai la Chine ; je trouverai l’argent là où il est ; j’imposerai mes choix à l’Allemagne… ! ». C’est inévitable face à un candidat sortant qui, forcément, n’a pas pu tout faire. Il faut faire renaître la promesse démocratique. Et cela passe par le repérage de volontés adverses, plus ou moins occultes, qui sont des obstacles à la réalisation démocratique. Le combat contre le « complot anti-démocratique » permet ainsi de remobiliser les troupes… Et, à la prochaine élection, il en ira de même. Il ne s’agit pas de dénoncer ce mécanisme, mais de comprendre son fonctionnement pour agir plus lucidement et pour avoir une vision plus modeste, mais du même coup aussi plus efficace, de la politique démocratique. Les rêves de toute puissance sont adolescents et nous nous devons de passer à l’âge adulte.(…) Il faut donc vivre avec en distinguant (…) les formes acceptables et les formes inacceptables de son expression. Quel est le critère de démarcation entre les deux ? Celui qui distingue la théorie et la pratique. En effet, le repérage du complot peut-être un simple jeu de l’esprit qui tente de trouver un sens dans un monde complexe et absurde : ça ne porte guère à conséquence tant qu’on en reste là. En revanche, lorsqu’il s’agit d’en déduire une action politique à l’encontre telle ou telle catégorie de la population, cela devient inacceptable. Je reconnais que la limite est fine entre les deux, mais elle n’en est pas moins claire. Dans le premier cas, on est dans le registre de l’argumentation qui relève des règles de l’espace public ; dans le second cas, on est dans le registre de l’action qui relève des lois de la République.(…) La seule manière de sortir de cette spirale soupçonneuse consiste à dire à la fois qu’on ne pourra jamais atteindre de point de vue ultimement vrai (contre les dogmatiques), mais qu’on ne peut jamais renoncer tout à fait à l’espoir d’y parvenir (contre les sceptiques). Philosophiquement, cette troisième démarche correspond à la philosophie critique kantienne. Autrement dit, on ne pourra jamais éradiquer la « théorie du complot », mais on doit toujours s’efforcer de produire une autre compréhension du réel qui puisse concurrencer sa force de séduction. Au-delà de la critique, il y a donc un travail positif ou créatif à produire. Ajoutons cependant que, comme le note Woody Allen, il arrive parfois que « même les paranoïaques aient des ennemis » ! La naïveté ne doit pas être le prix à payer de la lutte contre le complotisme. Pierre-Henri Tavoillot

Voir également:

Les chantiers de l’après 11 janvier 2015

Pierre-Henri Tavoillot
22 janvier 2015

Dans le flux de l’information continue, on l’a déjà presque oublié. Mais il s’est passé quelque chose le 11 janvier 2015 ; quelque chose d’inattendu, d’inouïe et d’inespéré. Dans un climat morose, dans une économie déprimée, du sein d’une société pleine de défiance, un souffle d’espoir est né du peuple, balayant largement tous ceux qui s’en posaient comme son interprète attitré. En trois jours, les lignes de front politiques, stabilisées par une longue guerre de tranchées, ont été bouleversées imposant une reconfiguration du débat public. A égale distance du déni moralisateur de la gauche et du cynisme défaitiste de la droite, une exigence inédite a semblé surgir pour que les défis du présent soient formulés, pensés et relevés par des actes.

Comment interpréter ce renouveau ? Il faut certainement beaucoup de prudence et de doigté pour tenter de le comprendre sans le trahir, mais il ne faut pas courir le risque de laisser les demandes s’enliser dans le retour du quotidien et ne pas oublier ce fait gênant : toute la France n’a pas pris part à la Marche républicaine.

Dans ce contexte ambivalent, nous voyons au moins quatre chantiers intellectuels s’ouvrir, que certains avant nous avaient tenté de lancer comme on prêche dans le désert. De tabous, ils sont devenus évidents :

1) La question de l’identité française — Prétendre la poser avant ces trois jours tragiques à « faire le jeu du Front national ». On perçoit aujourd’hui enfin l’évidence de la penser entre un multiculturalisme béat et un nationalisme étroit. Comment prétendre être un pays d’accueil, comment espérer intégrer, voire assimiler (pour utiliser ce mot interdit) si l’on refuse de connaître et promouvoir la maison qu’on habite ? Le modèle d’une histoire post-coloniale marquée par la culpabilité, le « sanglot de l’homme blanc » et l’expiation du passé a fait long feu. Il a durablement tétanisé l’Europe occidentale et déresponsabilisé le Sud comme l’Orient, les empêchant de nouer entre eux des rapports rééquilibrés. Ce temps est révolu et les questions s’ouvrent : quelle est la part d’héritages et de projets communs qui animent notre « vouloir-vivre ensemble » en France, dans l’Europe et dans le Monde ? Qu’est-ce que l’Occident sinon la civilisation, qui, à travers la laïcité, entend conférer à tout adulte la majorité civile et civique de plein exercice ? On ne conçoit plus comment les défis majeurs de l’immigration, de la construction européenne et de la mondialisation ont pu si longtemps faire l’impasse sur le « qui sommes-nous aujourd’hui ? ».

2) La question de la tentation totalitaire de l’Islam — L’Islam est une grande religion et une immense civilisation qui a produit, dans l’histoire, des œuvres et des modes de vie d’un incroyable raffinement. Et pourtant c’est lui aujourd’hui qui prête son nom au visage hideux du terrorisme. Pourquoi l’Islam est-il tenté de se couper de son héritage civilisé pour se métamorphoser en une idéologie totalitaire ? Pourquoi a-t-il produit une barbarie dont les premières victimes sont les musulmans et les juifs les boucs émissaires ? Là encore, ces interrogations étaient la semaine dernière inévitablement mise au compte d’une islamophobie « nauséabonde » ou d’un « amalgame » fallacieux. Elles sont aujourd’hui portées avec vigueur par nombre de musulmans. Car le « pas en mon nom » ne suffit pas ; il laisse place aujourd’hui au : « pourquoi, malgré moi, en mon nom ». Il faut comprendre et combattre l’antisémitisme désinhibé qui réapparaît dans le giron de cette idéologie sommaire de l’islamisme radical qui n’est pas une culture comme une autre mais une contre-culture voire une anti-culture.

3) La question des valeurs de la démocratie — La liberté et l’égalité sont-elles plus sacrées que la plus sacrée des religions ? Et si c’est le cas, comment comprendre qu’elles semblent, de l’extérieur, à géométrie variable : liberté pour les caricatures de Charlie Hebdo mais interdiction du spectacle de Dieudonné ? Contre cette confusion, il va falloir expliquer, encore et encore, que la liberté d’expression s’arrête quand commence l’appel à la haine et l’apologie du meurtre. C’est toute la différence entre des actes de dérision (qu’on a le droit de ne pas apprécier, voire de détester) et des incitations au terrorisme. Notre espace public est celui qui place la sacralité de l’homme au-dessus de celle de Dieu, parce que celle-là permet de vivre ensemble et que celle-ci relève du strict domaine de la foi privée. Cette valeur est non négociable dans la démocratie et elle constitue le fondement du pacte républicain. Quand je visite une mosquée j’enlève mes chaussures ; quand j’entre dans une synagogue je mets un kipa ; quand je pénètre dans une église, je veille à avoir une tenue décente ; et bien quand j’entre dans une République laïque : j’accepte de mettre mes croyances de côté et je m’efforce d’en respecter les lois. Et d’abord celle de la laïcité qui constitue l’ADN de notre vie commune.

4) La question des armes de la démocratie — Comment lutter face aux nouvelles menaces : à l’intérieur pour réintégrer les « territoires perdus de la République » qui sont aussi les territoires perdus de la Nation devenus des ghettos ethno-culturels ? A l’extérieur pour défendre et promouvoir des principes et surtout des populations qui aspirent à les adopter envers et contre toutes les menaces immondes. Ni la démocratie ni la laïcité ne peuvent être imposées de l’extérieur, mais cela ne saurait fournir la moindre excuse pour abandonner ceux qui y prétendent et risquent leur vie pour y parvenir. Ce combat commence au cœur notre pays, dans les « quartiers » où la clarification des idées doit précéder la fermeté de l’action.

Il y a là, sous réserve d’inventaire, des tâches qui nous semblent immenses, urgentes et essentielles. Ce sont des chantiers que certains précurseurs avaient osé ouvrir au péril de leur réputation et de leur tranquillité avant les événements tragiques du mois de janvier 2015 — on doit leur rendre hommage ici — ; mais il faut désormais les faire avancer animé par la conviction que des résultats tangibles sont désormais attendus avec impatience des Français. C’est cela aussi qui s’est passé le 11 janvier 2015.

Texte signé par Eric Deschavanne (philosophe), Serge Guérin (sociologue), Pierre-Henri Tavoillot (philosophe).

Sommes-nous devenus trouillards ?
Pierre-Henri Tavoillot
Philosophie Magazine
Juin 2012.

Nos sociétés seraient-elles devenues trouillardes ? C’est ce qu’on pourrait croire en constatant la place paradoxale que la peur y occupe. Elle est paradoxale pour au moins trois raisons. Comment, tout d’abord, ne pas voir que nous vivons dans un monde où la sécurité règne comme jamais dans l’histoire de l’humanité ? La guerre s’est éloignée, la famine a disparu, l’homicide décline, l’espérance de vie augmente, la médecine n’a jamais été aussi efficace … et, au lieu de nous réjouir, c’est la trouille qui nous taraude dans tous les moments de notre vie quotidienne. On a peur de manger, de boire, de respirer, de faire l’amour, et de fumer ensuite … Ce sont d’innombrables petites phobies qui semblent avoir pris la place des terreurs d’autrefois. A ceci près pourtant que, dans notre univers laïque, rationnel et scientifique — et c’est un deuxième paradoxe — l’angoisse de l’apocalypse ne nous a pas quitté : effet du réchauffement climatique, catastrophe nucléaire, crash financier … l’évocation de ces risques, réels, retrouvent dans l’espace public des accents prophétiques bien au-delà de leur analyse rationnelle. Enfin, et c’est le plus surprenant, la peur s’est déculpabilisée. Jadis considérée comme une passion infantile (ou féminine !), elle était un vice dont l’adulte devait se libérer pour grandir. De nos jours, elle est devenue une vertu, presque un devoir. Condition de la lucidité, aiguillon de l’action, elle a presque acquis le statut de sagesse. Qui ne tremble pas commet le triple péché d’ignorance, d’insouciance et d’impuissance. Comment en est-on arrivé à une telle inversion ? On peut avancer trois types d’interprétation.

1) Une première (d’inspiration nietzschéenne) mettra cette crainte générale sur le compte du déclin de l’Occident. Face au dynamisme juvénile des pays émergeants, les sociétés de la modernité tardive seraient devenues frileuses, plaintives et timorées, à la fois vieilles et infantiles. D’un côté, le vieillissement démographique produirait une baisse de l’énergie et une paralysie des attentes ; de l’autre, la fonction protectrice de l’Etat infantiliserait la société en sur-assistant les personnes. Bref, le triomphe des peurs révélerait la lente agonie d’un Occident pourri-gâté.

2) Une seconde lecture (d’inspiration tocquevillienne) insistera sur notre appétit insatiable du bonheur et du confort. Alors que les régimes aristocratiques étaient guidés par l’honneur des « gens biens nés », qui englobait l’esprit de sacrifice et le courage, les sociétés démocratiques égalitaires recherchent avant tout le bien-être et la sécurité pour tous. Or, le bien-être ne connaît pas de borne et sa préservation ne sait aucune limite. D’où cette conséquence inévitable : plus nous possédons, plus nous craignons de perdre. La montée des peurs est donc un effet mécanique de l’égalisation et de l’amélioration des conditions.

3) Une troisième interprétation (d’inspiration freudienne) verra dans la multiplication des peurs un moyen de répondre au vide spirituel de notre temps. Car la peur donne du sens et des repères dans un univers qui semble ne plus en avoir. A défaut d’avoir un avenir radieux, une horizon béni, — et nous sommes immunisés en la matière ! — il reste très utile d’avoir un horizon de non-sens ou un avenir piteux. La débâcle climatique, la catastrophe financière, la figure diabolique d’un président honni, … tout cela permet de redonner sens à nos actions et à nos vies. Bref : la peur rassure ! C’est ce que disait Freud à propos des phobies : leur multiplication nous permet d’échapper à l’angoisse causée par des conflits psychiques insupportables. L’angoisse, qui ne porte sur rien, ne peut être combattue, tandis que les peurs, qui sont limitées, peuvent être apprivoisées. On préfère, donc, avoir peur de quelque chose, plutôt que d’être angoissé par rien, c’est-à-dire par tout. D’où cette idéologie de la peur si puissante aujourd’hui. Elle est une idéologie, car elle offre, au fond, tout ce qui manque à nos sociétés désenchantées : elle fait sens (tout s’explique !), elle fait lien (tous ensemble !) et elle fait programme (agissons !). J’ai peur, donc je suis.

Chacun pourra choisir entre ces trois interprétations et même tenter une habile motion de synthèse. Mais il ne faudrait pas non plus se mettre à avoir trop peur de la peur. Ce serait le comble !

Voir encore:

Oui, il est permis d’évaluer les cultures !
Pierre-Henri Tavoillot, président du Collège de philosophie
Le Monde
23.02.2012

Aujourd’hui que tout s’évalue – des hôpitaux aux grandes écoles, des chercheurs aux ministres, des placements financiers aux budgets des Etats -, pourquoi n’aurait-on pas le droit d’évaluer les civilisations ? Après tout, on pourrait fort bien attribuer des AAA+ à certaines et dégrader la note d’autres au fil de l’histoire et en fonction de l’air du temps…

C’est une boutade, bien sûr, mais qui vise à dédramatiser un peu la polémique récente – très surjouée à mes yeux, dans le contexte d’une campagne électorale dont on conviendra qu’il n’est guère propice au traitement des questions délicates. Or la question est délicate : est-il légitime ou non d’affirmer la supériorité de certaines civilisations, et notoirement de la nôtre ?

Coincé entre, d’une part, la conviction des bénéfices de la démocratie et des droits de l’homme et, d’autre part, la mauvaise conscience de l’impérialisme colonial, on reste comme tétanisé par ce qui ressemble fort à une question piège. Et pourtant une issue est possible pourvu que l’on distingue les différents registres, critères et sens du terme « civilisation » qui sont ici en jeu. En voici quatre différents.

1. Le premier nous est légué par l’ethnologie. Une civilisation désigne selon elle un ensemble de créations humaines (oeuvres, moeurs, règles, croyances, savoirs, savoir-faire…), qui témoignent d’un écart avec la nature. Le fait de cuisiner avant de manger ; le décalage entre la puberté physique et l’autorisation sociale de procréer ; la reconnaissance de la vieillesse, etc. : autant de traits qui désignent la civilisation comme une mise à distance du monde humain vis-à-vis du naturel brut.

De ce point de vue, toutes les civilisations sont équivalentes. Aucune ne peut être décrétée plus puérile, plus naturelle ou plus primitive que les autres, puisque toutes manifestent un degré analogue d’élaboration culturelle. Et même si la tentation est forte de considérer les tribus « sauvages » ou les peuples traditionnels comme étant plus proches de la nature (voire, dirait-on aujourd’hui, plus écologistes), les ethnologues nous ont convaincus que la complexité de leurs dispositifs culturels n’avait rien à envier aux nôtres. Mais pour autant cela ne nous autorise pas à affirmer que toutes les civilisations se valent, car nous sommes ici dans le registre de la stricte description d’un fait (le fait de la culture) et non dans celui de la mesure d’une valeur.

2. Pour juger, il faut recourir à un autre critère. Celui qui permettra de parler comme on le fait si souvent de « hautes » ou de « grandes » civilisations. Il ne s’agit plus de décrire la seule différence entre nature et culture, mais de mesurer ce qu’une époque ou un peuple ont apporté à l’humanité et à son histoire. Une civilisation est dite grande lorsqu’elle produit des oeuvres qui ne s’adressent pas seulement à elle-même mais concernent, touchent, parlent à l’ensemble de l’humanité.

En dépit de sa clarté apparente, ce critère est très incertain, ne serait-ce que parce que la plupart des peuples se sont eux-mêmes conçus comme les représentants les plus éminents de l’humanité dans son ensemble ; il ne leur venait même pas à l’esprit que l’idée d’universel puisse être relative. Et s’ils ont produit de grandes choses, c’était de manière parfaitement égoïste.

Or, aujourd’hui, nous avons appris à nous méfier de l’universel qui, pensons-nous spontanément, n’est jamais très loin de l’impérialisme, cette espèce de folie des grandeurs. Pour un individu, c’est se prendre pour Napoléon ; mais pour une civilisation, c’est se prendre elle-même pour l’universel ; et rejeter dans la barbarie le reste du monde. De ce point de vue, la grandeur n’est jamais très loin de l’horreur…

3. Nous touchons là le troisième critère qui nous permettra d’affirmer haut et fort la supériorité de la civilisation occidentale ! Elle est la seule à parvenir à aussi bien se détester. C’est ainsi que l’on peut trouver une issue à la polémique actuelle : la supériorité de l’Occident, ce serait au fond sinon le relativisme lui-même (car le terme est à manier avec prudence), du moins cette capacité de se décentrer, de s’autocritiquer, voire de se haïr.

Cela commence avec Homère – très oriental au demeurant – qui dresse un portrait peu flatteur des Grecs dont il était pourtant censé raconter l’épopée : que valent Achille le colérique et Agamemnon le mesquin, à côté du bon et bel Hector ? Et cela n’a ensuite jamais cessé : critique chrétienne de Rome ; critique humaniste du christianisme ; critique « moderne » des humanités antiques ; critiques ultraconservatrices et hyperrévolutionnaire des droits de l’homme ; critiques occidentales de l’Occident colonial, etc.

La liste est longue. L’Occident n’a jamais laissé aux autres le soin de le dénoncer. Et ce parcours fut balisé par la haine de soi, le sanglot de l’homme blanc, le débat sur la comparaison des civilisations, voire la culpabilité. Tels sont les traits caractéristiques de notre univers spirituel. Ils fonctionnent pour le meilleur comme pour le pire ! Le meilleur, c’est l’autoréflexion, la distance critique, le doute, l’intérêt aussi pour les autres civilisations qu’il s’agit de connaître, comprendre, préserver ; le pire, c’est quand la critique n’accepte plus la critique ; c’est quand le doute refuse d’être mis en doute…

4. Il reste encore une dernière marche à franchir, qui ne concerne pas seulement la civilisation autocritique de l’Occident, mais ce qu’on pourrait appeler la civilisation de la démocratie. En quoi consiste sa supériorité ? Eh bien, dans l’affirmation que les civilisations importent moins que les individus qui les constituent ; dans l’idée que leur liberté, leur égalité et leur fraternité méritent notre attention plus que tout autre chose. Cette civilisation-là, née en Occident, le dépasse désormais de beaucoup et a cessé de lui appartenir en propre : une telle largeur, voilà peut-être le signe de la vraie grandeur.
Pierre-Henri Tavoillot enseigne la philosophie à la Sorbonne et est membre du Conseil d’analysede la société. Il est l’auteur de « Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité » (Grasset, 2011).

Pierre-Henri Tavoillot, président du Collège de philosophie

La nouvelle idéologie de la peur

Des lycéens qui disent — en rigolant — combien ils ont peur pour leurs retraites ; des militants écologistes qui, pleins de courage, bravent les forces de police, pour exprimer leurs peurs des déchets nucléaires. Tels sont les derniers exemples — étranges — du triomphe paradoxal de l’idéologie de la peur dans nos sociétés. Pourquoi paradoxal ? Pour au moins deux raisons. Il est d’abord frappant de constater combien se sont multipliées les peurs dans un monde devenu pourtant sûr comme jamais dans l’histoire. Ce ne sont plus, comme jadis, les guerres, les famines, la mort brutale et précoce, le diable ou l’enfer qui effraient, mais le mal manger, le mal respirer, le mal boire, le fumer (ça tue !). Ce sont les OGM, les nanotechnologies, les sautes de la météo, etc. Aux grandes causes d’effroi d’autrefois se sont substituées d’innombrables petites phobies envahissantes et d’autant plus terrorisantes que leur œuvre est discrète. Jamais, chez nous, la guerre n’a été aussi éloignée, jamais la famine plus improbable, jamais on n’a été aussi sûr de parcourir tous les âges de la vie, jamais la maîtrise de la santé n’a été plus efficace… et, au lieu de nous en réjouir, c’est la trouille qui nous taraude pour le présent comme pour l’avenir ! Et, en plus, — second paradoxe — nous n’en avons même pas honte. Autrefois considérée comme une passion infantile (ou féminine), la peur était un vice dont l’homme adulte devait se libérer pour grandir. De nos jours, elle est devenue une vertu, presque un devoir. Condition de la lucidité, aiguillon de l’action, elle a acquis le statut de sagesse. Qui ne tremble point commet de nos jours le triple péché d’ignorance, d’insouciance et d’impuissance. Comment en est-on arrivé à une telle inversion ?
On peut avancer trois types d’interprétation.
1) Une première (d’inspiration nietzschéenne) mettra cette montée des peurs déculpabilisées sur le compte du déclin de l’Occident. Face au dynamisme juvénile des pays émergeants, les sociétés de la modernité tardive seraient devenues frileuses, plaintives et timorées, à la fois vieilles et infantiles. D’un côté, le vieillissement démographique produirait une baisse de l’énergie et une paralysie des attentes ; de l’autre, la fonction protectrice de l’Etat infantiliserait la société en sur-assistant les personnes. Bref, le triomphe des peurs révélerait la lente agonie d’un Occident pourri-gâté.
2) Une seconde lecture (d’inspiration tocquevillienne) insistera sur notre appétit insatiable du bonheur et du confort. Alors que les régimes aristocratiques étaient guidés par l’honneur des « gens biens nés », qui englobait l’esprit de sacrifice et le courage, les sociétés démocratiques égalitaires recherchent avant tout le bien-être et la sécurité pour tous. Or, le bien-être ne connaît pas de borne et sa préservation ne sait aucune limite. D’où cette conséquence inévitable : plus nous possédons, plus nous craignons de perdre. La montée des peurs est donc un effet mécanique de l’égalisation et de l’amélioration des conditions.
3) Une troisième interprétation (d’inspiration freudienne) verra dans la multiplication des peurs un moyen de répondre au vide spirituel de notre temps. Car la peur donne du sens et des repères dans un univers qui semble ne plus en avoir. A défaut d’avoir un avenir radieux, une horizon béni, — et nous sommes immunisés en la matière ! — il reste très utile d’avoir un horizon de non-sens ou un avenir piteux. La débâcle climatique, la catastrophe financière, la figure diabolique d’un président honni, … tout cela permet de redonner sens à nos actions et à nos vies. Bref, et c’est le troisième paradoxe : la peur rassure ! C’est ce que disait Freud à propos des phobies : leur multiplication nous permet d’échapper à l’angoisse causée par des conflits psychiques insupportables. L’angoisse, qui ne porte sur rien, ne peut être combattue, tandis que les peurs, qui sont limitées, peuvent être apprivoisées. On préfère, donc, avoir peur de quelque chose, plutôt que d’être angoissé par rien, c’est-à-dire par tout. D’où cette idéologie de la peur si puissante aujourd’hui. Elle est une idéologie, car elle offre, au fond, tout ce qui manque à nos sociétés désenchantées : elle fait sens (tout s’explique !), elle fait lien (tous ensemble !) et elle fait programme (agissons !). J’ai peur, donc je suis.

Déclin de l’Occident, passion du bien-être ou quête de sens ? Il y a sans doute un peu de tout cela dans le phénomène. Chacun pourra proportionner la dose de ces trois interprétations à sa guise, mais elles montrent que l’anxiété est profonde. Cela dit, il ne faudrait pas non plus se mettre à avoir trop peur de la peur. Car ces craintes, pour être multiples, n’en restent pas moins limitées. Certes elles bloquent, ralentissent, énervent, mais, mis à part quelques prophéties d’illuminés, elles font aussi l’objet d’un examen critique assidu. Toutes sont médiatisées par un débat, qui est parfois rude (réchauffement climatique, OGM ou nanotechnologies), mais qui n’a rien à voir avec les paniques meurtrières que l’Europe a connues à l’aube des temps modernes et que le reste du monde n’a pas fini d’expérimenter. Ce qui amène d’ailleurs à penser que le déclin de l’Occident est en fait tout relatif !

Charlie Hebdo : comment se développent les théories du complot
Antoine Izambard

Challenges
19-01-2015
VIDEO Najat Vallaud-Belkacem a enjoint les médias à prendre « une part de responsabilité dans ce qu’ils rapportent », se déclarant « préoccupée » par les rumeurs et thèses conspirationnistes.
Plusieurs internautes s’attardent sur le plus petit détail pour douter de la version officielle Capture d’écran Twitter

Alors que la machine « complotiste » tourne à plein régime depuis la tuerie de Charlie Hebdo, Najat Vallaud-Belkacem a enjoint vendredi 23 janvier les médias à prendre « une part de responsabilité dans ce qu’ils rapportent », se déclarant « préoccupée » par les rumeurs et thèses conspirationnistes.

Lors d’une table ronde au collège Jean Moulin de Pontault-Combault (Seine-et-Marne), la ministre de l’Éducation a dit vouloir « profiter de la présence des médias » venus pour couvrir l’évènement, et a déclaré qu' »il [fallait] qu’ils prennent une part de responsabilité dans ce qu’ils rapportent ».

« Il faut se rendre compte de ce que les enfants retiennent en voyant les médias. L’imaginaire d’un enfant n’est pas suffisamment structuré (…) ça fait un magma d’information », a-t-elle alors expliqué, s’avouant « préoccupée quand je vois à quel point de vulnérabilité ils en sont ».

Depuis la tuerie de Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier, les thèses conspirationnistes les plus improbables se sont multipliées à une vitesse incroyable sur les réseaux sociaux. Elles ont même parfois été relayées par les plus hautes autorités de certains États qui y voient l’œuvre du Mossad ou encore de la CIA. Tour d’horizon des questions que pose cette prolifération d’explications –fumeuses – à la vague d’attentats qui a secoué la France.

Qu’est-ce que la théorie du complot ?
C’est une thèse qui remet en question la version officielle d’un fait. Elle peut concerner tout type d’événement. Le premier homme à marcher sur la lune, les attentats du 11 septembre 2001, ou plus récemment le décès du patron de Total, Christophe de Margerie, ont fait l’objet de plusieurs explications conspirationnistes. « La théorie du complot a comme caractéristique d’être fondée sur un effet millefeuille, explique le sociologue Gérald Bronner, spécialiste des croyances collectives et auteur de La Démocratie des crédules. Chaque argument est faux mais comme il y en a des centaines voire des milliers, cela rend les théories plus résistantes à la contradiction. On ne peut pas défaire tous ces arguments. Les tenants de ces thèses veulent susciter le doute plutôt qu’administrer la preuve, c’est une intelligence collective qui est à l’œuvre. On peut dire qu’on a affaire à un monstre argumentatif. Et cela est rendu beaucoup plus facile depuis que les réseaux sociaux existent ».

Que trouve-t-on sur les réseaux sociaux ?
A l’instar du 11 septembre 2001, une fois les premières images de la fusillade diffusées sur les chaînes d’information et le web, la machine « complotiste » s’est mise en route. Parmi les arguments les plus utilisés figurent la présence de plusieurs véhicules utilisés par les frères Kouachi qui serait démontrée par des rétroviseurs blancs sur une image, près des lieux de l’attaque, et noirs plusieurs minutes plus tard, une fois la voiture abandonnée. Sauf que le modèle utilisé dispose de rétroviseurs chromés dont la couleur change en fonction de la lumière, ont expliqué les spécialistes.

D’autres ont pointé du doigt la vitesse avec laquelle François Hollande s’est rendu tout de suite après le drame dans les locaux de Charlie Hebdo depuis l’Élysée.  Le chef de l’État a effectué les 5,2 km en 15 minutes, trop vite selon certains. Pour appuyer leur démonstration, ils soutiennent que compte-tenu des conditions de circulation à Paris à cette heure-là (entre 12h et 14h), il aurait fallu 29 minutes à François Hollande pour rallier le siège de Charlie Hebdo situé dans le XIe arrondissement de Paris. Ces derniers omettant toutefois de préciser que leur calcul prend uniquement en compte les conditions s’appliquant à un automobiliste « normal » alors que le Président de la République peut utiliser un gyrophare et donc allez plus vite. En roulant à 60 km/h de moyenne, le trajet ne dure en effet que… cinq minutes.

Autres éléments qui alimentent la polémique : la carte d’identité perdue par un des frères Kouachi, le téléphone mal raccroché par Amédy Coulibaly dans l’Hyper Cacher de Vincennes ou encore le tracé de la marche républicaine du dimanche 11 janvier qui dessinait les frontières d’Israël… Plusieurs centaines de personnes s’en sont émus sur Twitter.

« Ces théories du complot se développent plus vite car elles sont la conséquence de la dérégulation du marché de l’information, soulève Gérald Bronner.  Cela affaiblit les ‘Gatekeepers’ comme les journalistes qui filtrent l’information. Ces théories démagogiques n’ont plus d’obstacles. Auparavant elles étaient confinées dans des espaces de radicalités à la diffusion réduite. Maintenant, elles surgissent de toute part à une rapidité impressionnante. »

Quel est le profil de ces « complotistes » ?
Le profil de ceux qui s’adonnent à ces thèses pose question. « Il ne faut pas croire que tous ces gens sont idiots, ce serait le meilleur moyen de ne pas cerner ce phénomène, poursuit Gérald Bronner. C’est vrai pour certains mais d’autres, beaucoup, ont des raisons de croire à cela, cela correspond à leur représentation géopolitique du monde, à leur désir. Par exemple, au moment de l’affaire DSK en mai 2011, un sondage montrait que les sympathisants socialistes étaient beaucoup plus nombreux à croire au complot que la moyenne de la population française. C’est un petit peu la même chose avec l’attentat de Charlie Hebdo puisque certains, notamment des musulmans, n’ont pas envie de croire à une version qui accuse une partie de l’islam, sa frange la plus extrémiste. »

Ces théories ont aussi trouvé un écho dans plusieurs écoles de France. Selon Najat Vallaud-Belkacem : « un jeune sur cinq adhère aux théories du complot ». Et dans la foulée des attentats, quelque 200 incidents ont eu lieu dans les établissements scolaires, dont une quarantaine signalés à la police et la justice. « Les jeunes semblent adopter plus facilement ces théories, indique Gérald Bronner. Ils sont plus nombreux que les autres sur les réseaux sociaux et ont souvent le sentiment que la vérité est ailleurs, sur internet, et pas dans les medias. »

Comment les enseignants peuvent-ils lutter contre ces thèses ? « Il faut multiplier les sources de désintoxication et repenser le système éducatif en fonction de cette dérégulation du marché de l’information, répond Gérald Bronner. Il faut surtout intégrer la notion d’esprit critique, se méfier de ses propres intuitions, avoir une pensée méthodique pour déconstruire cela. L’école ne le fait pas, elle devrait le faire et apporter une boussole intellectuelle à ces élèves ».

Comment la classe politique française réagit-elle à cette théorie ?
Seul Jean-Marie Le Pen a pour l’heure clairement pris position en faveur de cette théorie du complot. Dans une interview accordée au quotidien russe Komsomolskaya Pravda (« La vérité de la jeunesse communiste »), le 16 janvier, le président d’honneur du Front national a estimé que le massacre de Charlie Hebdo est « signé des services secrets ».

« La carte d’identité oubliée par les frères Kouachi me rappelle le passeport qui était tombé de l’avion en feu le 11-Septembre, avance-t-il. Tout New York brûlait et ce passeport était resté intact. On nous dit que les terroristes étaient des idiots et que c’est pour ça qu’ils auraient laissé le document dans la voiture. L’exécution de Charlie Hebdo porte la signature d’une opération des services secrets. Mais nous n’avons pas de preuves. Je ne pense pas que les organisateurs de ce crime soient les autorités françaises mais elles ont permis que ce crime ait lieu. Pour l’instant, ce ne sont que des soupçons. »

Vendredi, dans Le Monde  Jean-Marie Le Pen a expliqué ne pas se souvenir avoir parlé des services secrets, maintenant toutefois sa vision « complotiste ». Et ce lundi 19 janvier, le fondateur du FN a été désavoué par  Marine Le Pen. « Moi je vais vous dire ce que je pense de ces théories conspirationnistes fumeuses. Je les trouve dangereuses parce que tout ce qui éloigne les Français de la lucidité nécessaire sur les causes de ce qu’il s’est passé les éloigne du constat. Tout ce qui les éloigne du constat les éloigne des solutions » a-t-elle expliqué sur France Inter.

« Jean-Marie Le Pen a encore une fois voulu prendre le contre-pied du politiquement correct, précise le spécialiste de l’extrême-droite, Jean-Yves Camus, auteur d’un article dans le dernier numéro de Charlie Hebdo intitulé : ‘Les charognards du complot’. Il veut apparaître comme le seul homme politique qui pourfend l’establishment. Mais je pense qu’il est minoritaire dans son parti. Pour la plupart des militants du FN ces actes ont une origine et en plus cela colle assez bien au discours habituel du parti sur l’incompatibilité entre l’islam et la civilisation française. Il faut aussi signaler que même si l’extrême-gauche n’a pour l’instant pas versé dans ces théories, elle y a très souvent recours ».

Une étude publiée dans le Social Psychological & Personality Science journal, vient d’ailleurs appuyer ces propos. Selon celle-ci, ceux qui se situent à l’extrême-gauche ou à l’extrême-droite de l’échiquier politique seraient les plus enclins à relayer les thèses complotistes. « Ils perçoivent leurs idées politiques comme l’explication logique et unique aux problèmes de société » et ces thèses nourrissent selon eux « le désir de donner du sens à des événements sociétaux à partir d’un petit nombre d’idées tranchées sur le monde ».

Ces thèses se développent-elles dans d’autres pays ?
Oui. Dans d’autres États comme la Turquie ou la Russie ces théories fleurissent. Et pas seulement sur les réseaux sociaux. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a par exemple déclaré lors d’une conférence de presse, lundi 12 janvier, que « la duplicité occidentale est évidente ». « En tant que musulmans, nous n’avons jamais pris le parti de la terreur ou des massacres  : le racisme, les discours de haine, l’islamophobie sont derrière ces tueries (…). Les coupables sont clairs : les citoyens français ont commis ce massacre et les musulmans sont blâmés pour cela », a-t-il affirmé.

On retrouve également ces thèses conspirationnistes en Russie. « Les Américains sont-ils derrière les attaques terroristes à Paris ? » a publié par exemple en Une, Komsomolskaya Pravda. « Je suis sûr que des Américains ont supervisé ces attaques ou au moins les islamistes qui les ont perpétrées » affirme aussi le directeur de l’Institut International pour les nouveaux États, très proche du Kremlin.

« Depuis ces dix dernières années, ce que l’on nomme le terrorisme islamiste est sous le contrôle d’une des plus grandes agences de renseignement du monde (…).  Je suis sûr que certains Américains sont responsables des attentats terroristes à Paris, ou en tout cas des islamistes qui les ont perpétrés », a également affirmé Alexei Martynov, directeur d’un think-thank proche du Kremlin.

Attentats : les thèses conspirationnistes se multiplient en Turquie et en Russie
Florence Renard-Gourdon

Les Echos

13/01/15

En Turquie et en Russie, les théories du complot les plus folles foisonnent, appuyées parfois par des membres du gouvernement.

Au lendemain de la participation du Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, au rassemblement qui a eu lieu dimanche à Paris pour rendre hommage aux 17 victimes d’extrémistes islamistes, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, a adopté un ton beaucoup moins consensuel, voire conflictuel. « La duplicité occidentale est évidente », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse organisée lundi soir, raconte le Financial Times . «  En tant que musulmans, nous n’avons jamais pris le parti de la terreur ou des massacres  : le racisme, les discours de haine, l’islamophobie sont derrière ces tueries », a lancé Erdogan. « Les coupables sont clairs : les citoyens français ont commis ce massacre et les musulmans sont blâmés pour cela », a-t-il ajouté. Et le président de se dire perplexe quant au manque d’efficacité des services de renseignement dans la traque des coupables.

Certes, les dirigeants politiques en Turquie ont à plusieurs reprises condamné les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo, le supermarché juif et la femme policier. Mais un récit parallèle a émergé dans le pays, celui proféré par les théoriciens de la conspiration qui reportent la responsabilité des massacres sur les agences de renseignement étrangères plutôt que sur les islamistes radicaux.

Un phénomène similaire s’est produit en Russie, qui a envoyé son ministre des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, la représenter à la marche parisienne de dimanche.

« Blâmer les musulmans »
Phénomène particulièrement inquiétant, certaines de ces théories ont été approuvées par des personnalités des gouvernements turc et russe, signe de la montée du ressentiment et de la suspicion envers l’occident de ces deux pays très importants sur le plan géopolitique dans un contexte de tensions extrêmes sur l’Ukraine et le Moyen Orient.

En Turquie, le « double jeu » affiché par certaines personnalités est « dangereux », a fait observer au Financial Times Aron Stein, du Royal United Services Institute, un think-tank britannique. Tolérer « les opinions les plus folles » de votre base politique pose problème pour les condamnations qui se « jouent à l’échelle internationale », a-t-il expliqué.

Melih Gokcek, le maire d’Ankara affilié au parti au pouvoir AK, a ainsi assuré lundi que « le Mossad (les services de renseignement israéliens, ndlr) est certainement derrière ces incidents ». Il a également lié les attentats survenus en France à la reconnaissance de l’Etat palestinien.

Ali Sahin, membre du Parlement turc et porte-parole du parti AK, la semaine dernière, a pour sa part indiqué qu’il soupçonnait que ces massacres aient été commis dans le but de « blâmer les musulmans et l’islam ».

Les Etats-Unis montrés du doigt
En Russie, certains commentateurs pro-Kremlin désignent clairement les Etats-Unis. Le Komsomolskaïa Pravda, l’un des principaux tabloïds de la Russie, a ainsi titré : «Les Américains ont-ils semé la terreur à Paris ? » et posté sur son site une série d’interviews qui expliquent pourquoi Washington aurait pu organiser les attentats. Par exemple, Alexander Zhilin, un officiel du Kremlin, a assuré qu’ils avaient été commis par les Etats-Unis en représailles des propos tenus par le président François Hollande, qui, le 6 janvier dernier, réclamait de l’UE la levée des sanctions contre la Russie. Selon lui, Washington a diligenté les attentats pour consolider « rapidement » les intérêts américains et européens en Ukraine.

D’autres ont fait resurgir une théorie du complot populaire en Russie selon laquelle les services de renseignement américains étaient à l’origine de toute une série d’attentats terroristes, du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis aux tueries commises la semaine dernière à Paris.

« Depuis ces dix dernières années, ce que l’on nomme le terrorisme islamiste est sous le contrôle d’une des plus grandes agences de renseignement du monde », a affirmé pour sa part Alexei Martynov, directeur du think-thank International Institute for New States, à LIFEnews, un site Internet pro-Kremlin. « Je suis sûr que certains Américains sont responsables des attentats terroristes à Paris, ou en tout cas des islamistes qui les ont perpétré », a-t-il asséné.

Rudy Reichstadt: « Les jeunes sont les plus vulnérables »
Diana Saliceti

Libération

20 janvier 2015 à 20:06

INTERVIEW Pour Rudy Reichstadt, de Conspiracy Watch, les «mythes complotistes renvoient à des discours de haine» :

Fondateur du site internet Conspiracy Watch, qui se veut un «observatoire du conspirationnisme», Rudy Reichstadt décrypte les théories du complot.

Qu’est-ce qui distingue un complotiste d’un simple sceptique ?

Le sceptique, au sens noble du terme, examine les données d’un problème avec méthode et en essayant de s’affranchir de toute idée préconçue. Son instruction se fait à charge et à décharge. Le conspirationniste s’en distingue par le peu de cas qu’il fait des éléments susceptibles de contrarier sa thèse. Il va monter en épingle des faits prétendument troublants et passer sous silence des faits pourtant essentiels. Il y a là une mauvaise foi évidente.

Existe-t-il différents types de complotistes ?
Il y en a au moins trois. D’abord, les théoriciens «professionnels», qui réécrivent l’histoire à des fins propagandistes. Il s’agit d’une véritable entreprise de politisation qui peut même avoir une dimension mercantile : certains vivent de la théorie du complot. A l’autre bout du spectre, il y a le quidam méfiant à l’égard des sources d’informations traditionnelles et qui tombe dans le panneau : le récit falsifié conforte sa vision du monde. Enfin, il y a des activistes qui, sans être des pros du complotisme, ont la conviction qu’«on» leur ment en permanence, que les élites traditionnelles sont toutes corrompues. Ils deviennent des vecteurs de la théorie du complot, par exemple en fabriquant chez eux une vidéo conspirationniste, en intervenant sur les réseaux sociaux ou les forums, etc.

Quel public est le plus susceptible d’être touché ?
Les jeunes sont sans doute les plus vulnérables car ils ne disposent pas toujours des outils intellectuels leur permettant de résister à ces thèses. On sait qu’ils s’informent principalement sur Internet, sans forcément être à même de distinguer les sources d’information fiables et le reste. Depuis quelques années, les témoignages se multiplient d’enseignants et d’éducateurs dont la parole est remise en cause par des élèves qui développent des théories complotistes. Mais le conspirationnisme est loin de se limiter aux jeunes. Le phénomène traverse toute la société. Ce démon du soupçon ne se répandrait pas à une telle échelle s’il ne répondait pas à une demande sociale, peut-être à un besoin de «réenchantement du monde» par la théorie du complot.

Le registre s’est-il renouvelé ces dernières années ?
Pas vraiment. C’est toujours le même type de raisonnement et d’argumentation. La seule chose qui varie, c’est l’histoire racontée. Et encore : les complots sioniste ou Illuminati sont des thèmes récurrents. De plus, le discours des complotistes se veut infaillible : l’absence de preuves pour étayer leur thèse est pour eux un indice supplémentaire du complot.

Le complotisme est-il dangereux ?
Les mythes complotistes renvoient à des discours de haine. La désignation de boucs émissaires est un vecteur de radicalisation politique. Il y a aussi un enjeu démocratique : quand on ne partage plus la même réalité, le débat public devient un dialogue de sourds. Pour endiguer le complotisme, notamment chez les jeunes, il faut développer une pédagogie autour du pouvoir politique et de la connaissance. Il faut également les sensibiliser aux médias et développer des outils critiques par rapport aux images. Réfléchir et penser, cela s’apprend.

Recueilli par Diana SALICETI

Voir enfin:

Karl Popper : « Les dieux d’Homère remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes »
La société ouverte et ses ennemis, de Karl R. Popper
Extraits de Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis (t. 2 : Hegel et Marx), éditions du Seuil, 1979 [1962-1966], pp. 67-68 (chapitre 14) :

Il existe – et c’est éclairant – une thèse opposée, que j’appellerai la thèse du complot (1), selon laquelle il suffirait, pour expliquer un phénomène social, de découvrir ceux qui ont intérêt à ce qu’il se produise. Elle part de l’idée erronée que tout ce qui se passe dans une société, guerre, chômage, pénurie, pauvreté, etc., résulte directement des desseins d’individus ou de groupes puissants. Idée très répandue et fort ancienne, dont découle l’historicisme ; c’est, sous sa forme moderne, la sécularisation des superstitions religieuses. Les dieux d’Homère, dont les complots expliquent la guerre de Troie, y sont remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes.

Je ne nie évidemment pas l’existence de complots. Ceux-ci se multiplient même chaque fois que des gens croyant à leur efficacité accèdent au pouvoir. Cependant, il est rare que ces complots réussissent à atteindre le but recherché, car la vie sociale n’est pas une simple épreuve de force entre groupes opposés, mais une action qui se déroule dans le cadre plus ou moins rigide d’institutions et de coutumes, et qui produit maintes réactions inattendues. Le rôle principal des sciences sociales est, à mon avis, d’analyser ces réactions et de les prévoir dans toute la mesure du possible.

Prenons un exemple simple de répercussions involontaires de nos actes : un homme qui veut acquérir une maison ne souhaite manifestement pas faire monter le prix des propriétés bâties ; pourtant, sa seule apparition sur le marché à titre d’acheteur agira en ce sens. En revanche, il est possible que, par un accroissement de leurs achats, les consommateurs contribuent à la baisse du prix de certains objets, en rendant plus profitable leur production en série. Or, selon la théorie de la conspiration, tout ce qui arrive a été voulu par ceux à qui cela profite. Opposés au psychologisme, ces exemples sont moins probants, car on peut y objecter que les répercussions constatées sont bien dues à des facteurs psychologiques : la connaissance par les vendeurs de l’intention des acheteurs et leur espoir d’en tirer des bénéfices. Reste que ce ne sont pas là des éléments fondamentaux de la nature humaine : ils dépendent de la situation de la société, et, plus précisément ici, de celle du marché.

Psychologism, Historicism and Conspiricy theories

Marx’s Method: Chapter 14: The Automony of Sociology

Extract from « The Open Society and Its Enemies Volume 2: Hegel and Marx » by Karl Raimund Popper (Originally published 1945) (Edition extracts taken from version published by Routledge and Kegan Paul, 5th Edition, 1973 reprint, ISBN 0 7100 4626 X) (Page 94 to 96)
(Ordering Routledge books) | (Also refer to versions published by Princton University Press – Open Society Vol 1. | Open Society Vol 2.)

« The fact that psychologism is forced to operate with the idea of a psychological origin of society constitutes in my opinion a decisive argument against it. But it is not the only one. Perhaps the most important criticism of psychologism is that it fails to understand the main task of explanatory social sciences.

This task is not, as the historicist believes, the prophecy of the future course of history. It is, rather, the discovery and explanation of the less obvious dependencies, which stand in the way of social action – the study, as it were, of the unwieldiness, the resilence or the brittleness of the social stuff, or its resistance to our attempts to mould it and to work with it.

In order to make my point clear, I shall briefly describe a theory which is widely help but which assumes what I consider the very opposite of the true aim of social sciences; I call it the ‘conspiracy theory of society’. It is the view that an explanation of a social phenomenon consists in the discovery of the men or groups who are interested in the occurrence of this phenomenon (sometimes it is a hidden interest which has first to be revealed), and who have planned and conspired to bring it about.

This view of the aims of the social sciences arises, of course, from the mistaken theory, that, whatever happens in society – especially happenings such as war, unemployment, poverty, shortages, which people as a rule dislike – is the result of direct design by some poweful individuals and groups. This theory is widely help; it is older even than historicism (which, as shown by its primitive theistic form, is a derivative of the conspiracy theory). In its modern forms it is, like modern historicism, and a certain modern attitude towards ‘natural laws’, a typical result of the secularisation of a religious superstition. The belief in the Homeric gods whose conspiracies explain the history of the Trojan War is gone. The gods are abandoned. But their place if filled by powerful men or groups – sinister pressure groups whose wickedness is responsible for all the evils we suffer from – such as the Learned Elders of Zion, or the monopolists, or the capitalists, or the imperialists.

I do not wish to imply that conspiracies never happen. On the contrary, they are typical social phenomena. They become important, for example, whenever people who believe in the conspiracy theory get into power. And people who sincerely believe that they know how to make heaven on earth are most likely to adopt the conspiracy teory, and to get involved in a counter-conspiracy theory against non-existing conspirators. For the only explanation of their failure to produce their heaven is the evil intention of the Devil, who has a vested interest in hell.

Conspiracies occur, it must be admitted. But the striking fact which, in spite of their occurrence, disproved the conspiracy theory is that few of these conspiracies are ultimately successful. Conspirators rarely consummate their conspiracy.

Why is this so? Why do achievements differ so widely from aspirations? Because this is usually the case in social life, conspiracy or no conspiracy. Social life is not only a trial of strength between opposing groups: it is action within a more or less resilent or brittle framework of institutions and traditions, and it creates – apart from any conscious counter-action – many unforseen reactions in this framework, some of them perhaps even unforseeable.

To try to analyse these reactions and to forsee them as far as possible is, I believe, the main task of the social sciences. It is the task of analysing the unintended social repercussions of intentional human actions – those repercussions whose significance is neglected both by conspiracy theory and by psychologism, as already indicated. An action which proceeds precisely according to intention does nto create a problem for social science (except that there may be a need to explain why is this particular case no unintended repercussions occurred). One of the most primative economic actions may serve as an example in order to make the idea of unintended consequences of our actions quite clear. If a man wishes urgently to buy a house, we can safely assume that he does not wish to raise the market price of houses. But the very fact that he appears on the market as a buyer will tend to raise market prices. And analogous remarks hold for the seller. Or to take an example from a very different field, if a man decides to insure his life, he is unlikely to have the intention of encouraging some people to invest their money in insurance shares. But he will do so nevertheless. We see here clearly that not all consequences of our actions are intended consequences; and accordingly, that the conspiracy theory of society cannot be true because it amounts to the assertion that all results, even those which at first sight do not seem to be intended by anybody, are the intended results of the actions of people who are interested in these results.

The examples given do not refute psychologism as easily as they refute the conspiracy theory, for one can argue that it is the seller’s knowledge of the buyer’s presence in the market, and their hope of getting a higher price – in other words, psychological factors – which explain the reprecussions described. This, of course, is quite true; but we must not forget that this knowledge and this hope are not ultimate data of human nature, and that they are, in their turn, explicable in terms of the social situation – the market situation. »

Voir par ailleurs:

Charlie Hebdo: des fonctionnaires aussi ont refusé de respecter la minute de silence
Sabah Kemel Kaddouri
Le Figaro

15/01/2015 à 18:14

Signalés à Lille et à Paris, les quatre agents ont été suspendus de leurs fonctions et risquent la radiation. L’un d’eux est sous le coup d’une plainte pour apologie du terrorisme après avoir jugé «compréhensible» l’acte meurtrier des frères Kouachi.

Malaise dans la fonction publique. Plusieurs agents ont refusé de respecter la minute de silence jeudi dernier en hommage aux victimes de Charlie Hebdo, assassinées en pleine conférence de rédaction par les frères Kouachi. Cette fois, il n’est plus question d’adolescents défiants ou en manque de repères, scolarisés dans les écoles de la République. Il s’agit d’adultes assermentés, recrutés par l’État. Pour l’heure, quatre cas ont été recensés sur le territoire. Les fonctionnaires sont originaires de Lille et Paris.

Jeudi, Martine Aubry, la maire PS de Lille, s’est emparée de l’affaire. Les personnes incriminées évoluent comme animateurs dans des écoles primaires. «Il s’avère qu’il y a trois personnes, vacataires, qui pour deux n’ont pas souhaité faire la minute de silence, sont sortis et l’ont expliqué. Le troisième a fait l’apologie du terrorisme en parlant d’un acte compréhensible au sujet de ces assassinats odieux de la part de ces fous», explique ce poids lourd du parti socialiste. Une procédure de radiation à leur encontre est en cours. «Dans un cas, nous avons porté plainte ce jeudi pour apologie du terrorisme», a ajouté Martine Aubry en marge de ses voeux à la presse. L’ancienne ministre du Travail a expliqué que «globalement, les choses [s’étaient] bien passées» dans les écoles de la ville. Au personnel municipal, elle a voulu rappelé sa volonté de «continuer à bien vivre ensemble, de respecter chacun», tout en opposant «fermeté» aux contrevenants.

Dans la capitale, la personne mise en cause est un agent de surveillance remplissant les missions de «pervenche». Cette dernière a ostensiblement refusé, devant ses collègues, d’observer l’hommage rendu par l’ensemble de ses confrères. Un proche d’Anne Hidalgo affirme au Figaro qu’à sa connaissance, «il n’y a aucun autre cas signalé dans Paris». La réponse de la préfecture de police n’a pas tardé. La contractuelle a été suspendue et devrait «rapidement» être traduite «en conseil de discipline». Elle risque la révocation. La hiérarchie décrit une employée «radicalisée, et qui se présentait assez souvent lors d’entretiens en portant le voile».

De Lille à Paris, les pouvoirs publics parlent «d’une faute grave». Le ministère de la Fonction publique, contacté par le Figaro, n’a pas encore réagi.

Voir aussi:

France: d’anciens militaires parmi les jihadistes français
David Thomson
RFI

C’est une information RFI. Une dizaine d’anciens militaires français sont aujourd’hui au combat sous une bannière jihadiste en Syrie en Irak. Ce matin en conférence de presse, Jean-Yves Le Drian confirme cette information RFI et parle de cas «extrêmement rares».
Une dizaine d’anciens militaires français sont aujourd’hui au combat sous une bannière jihadiste en Syrie et en Irak et la plupart combattent actuellement dans les rangs du groupe Etat islamique. L’un d’eux a d’ailleurs mis ses compétences militaires acquises sous le drapeau français au service d’un encadrement de jeunes jihadistes français. Il est en effet actuellement émir d’un groupe de Français dans la région de Deir Ezzor où il commande un groupe d’une dizaine de combattants français qu’il a formé au combat.

D’autres sont experts en explosifs, il s’agit de jeunes d’une vingtaine d’années. Certains sont convertis, d’autres issus de culture arabo-musulmane. Et parmi eux, il y a des anciens de la Légion étrangère ou d’anciens parachutistes. Certains de ces jihadistes ont eux-mêmes annoncé être d’anciens soldats français sur les réseaux sociaux. Ce mercredi matin, l’armée confirme l’existence de ces cas « très rares » au sein de l’armée.

Des individus évidemment plus dangereux que les autres puisqu’ils ont été formés en France. Ils connaissent les secrets de l’armée et ils font planer la crainte d’un attentat de type Fort Hood aux Etats-Unis lorsqu’en 2009, un soldat américain proche d’al-Qaïda avait ouvert le feu sur ses camarades qui partaient pour l’Afghanistan. Treize soldats américains avaient été tués dans cet attentat.

Voir de plus:

Russian and Turkish conspiracy theories swirl after Paris attacks

Daniel Dombey in Istanbul and Courtney Weaver in Moscow

The Financial Times

January 12, 2015

Barely 24 hours after Ahmet Davutoglu, Turkey’s prime minister, joined millions marching in Paris to pay tribute to the 17 people killed by Islamist extremists, the country’s president struck a much more confrontational tone.

“The duplicity of the west is obvious,” Recep Tayyip Erdogan said at a press conference on Monday evening. “As Muslims we have never sided with terror or massacres: racism, hate speech, Islamophobia are behind these massacres.”

“The culprits are clear: French citizens undertook this massacre and Muslims were blamed for it,” he added.

Although political leaders in Turkey have repeatedly condemned the attacks on the Charlie Hebdo magazine, a Jewish supermarket and a policewoman, a parallel narrative has emerged in the country, with conspiracy theorists blaming the murders on foreign intelligence agencies rather than radical Islamists.

A similar phenomenon has occurred in Russia, which sent Sergei Lavrov, foreign minister, to Sunday’s march.

Some such theories have been endorsed by pro-government figures — highlighting the growing resentment and suspicion of the west in two strategically important countries at a time of rising tensions over Ukraine and the Middle East.

“In Turkey, at least, it looks dangerously like people are playing a double game,” said Aaron Stein of the Royal United Services Institute, a UK think-tank. “Issue condemnations that play internationally, even as you tolerate supporters pushing crazy opinions that appeal to your political base.”

Melih Gokcek, mayor of Ankara for the ruling AK party, said on Monday that “Mossad [the Israeli intelligence service] is definitely behind such incidents . . . it is boosting enmity towards Islam.” Mr Gokcek linked the attacks to French moves towards recognising Palestine.

Ali Sahin, a member of Turkey’s parliament and foreign affairs spokesman for the AK party, last week set out eight reasons why he suspected the killings were staged so that “the attack will be blamed on Muslims and Islam”.

Mehmet Gormez, director of the state-run religious affairs directorate, described the attacks as a “perception operation” that cynically used the symbols of Islam, although he later appeared to tone down his comments.

In his own remarks on Monday, Mr Erdogan added: “Games are being played throughout the Islamic world”. He expressed bewilderment that French intelligence services had not followed the culprits more effectively. However, he has mainly appeared to hint at a conspiracy behind the depiction of the killings rather than the murders themselves.

In Russia, some pro-Kremlin commentators sought to link the killings to geopolitical machinations by the US.

Komsomolskaya Pravda, one of Russia’s leading tabloids, ran the headline: “Did the Americans stage the terror attack in Paris?” and posted a series of interviews on its website that presented various reasons why Washington might have organised the attack.

 Voir enfin:

Why Has Critique Run out of Steam? From Matters of Fact to Matters of Concern
Bruno Latour

Critical Inquiry 30

The University of Chicago

Winter 2004

For Graham Harman. This text was written for the Stanford presidential lecture held at the humanities center, 7 Apr. 2003. I warmly thank Harvard history of science doctoral students for many ideas exchanged on those topics during this semester.

Wars. So many wars. Wars outside and wars inside.Culturalwars,science wars, and wars against terrorism. Wars against poverty and wars against the poor. Wars against ignorance and wars out of ignorance. My question is simple: Should we be at war, too, we, the scholars, the intellectuals? Is it really our duty to add fresh ruins to fields of ruins? Is it really the task of the humanities to add deconstruction to destruction? More iconoclasm to iconoclasm? What has become of the critical spirit? Has it run out of steam?

Quite simply, my worry is that it might not be aiming at the right target. To remain in the metaphorical atmosphere of the time, military experts constantly revise their strategic doctrines, their contingency plans, the size, direction, and technology of their projectiles, their smart bombs, their mis­siles; I wonder why we, we alone, would be saved from those sorts of revi­sions. It does not seem to me that we have been as quick, in academia, to prepare ourselves for new threats, new dangers, new tasks, new targets. Are we not like those mechanical toys thatendlesslymakethesamegesturewhen everything else has changed around them? Would it not be rather terrible if we were still training young kids—yes, young recruits, young cadets—for wars that are no longer possible, fighting enemies long gone, conquering territories that no longer exist, leaving them ill-equipped in the face of threats we had not anticipated, for which we are so thoroughly unprepared? Generals have always been accused of being on the ready one war late— especially French generals, especially these days. Would it be so surprising,

after all, if intellectuals were also one war late, one critique late—especially French intellectuals, especially now? It has been a long time, after all, since intellectuals were in the vanguard. Indeed, it has been a long time since the very notion of the avant-garde—the proletariat, the artistic—passed away, pushed aside by other forces, moved to the rear guard, or maybe lumped with the baggage train.1 We are still able to go through the motions of a critical avant-garde, but is not the spirit gone?

In these most depressing of times, these are some of the issues I want to press, not to depress the reader but to press ahead, to redirect our meager capacities as fast as possible. To prove my point, I have, not exactly facts, but rather tiny cues, nagging doubts, disturbing telltale signs. What has be­come of critique, I wonder, when an editorial in the New York Times con-tains the following quote?
Most scientists believe that [global] warming is caused largely by man-made pollutants that require strict regulation. Mr. Luntz [a Republican strategist] seems to acknowledge as much when he says that “the scien­tific debate is closing against us.” His advice, however, is to emphasize that the evidence is not complete.

“Should the public come to believe that the scientific issues are set­tled,” he writes, “their views about global warming will change accord­ingly. Therefore, you need to continue to make the lack of scientific certainty a primary issue.”2

Fancy that? An artificially maintained scientific controversy to favor a “brownlash,” as Paul and Anne Ehrlich would say.3
1.       On what happened to the avant-garde and critique generally, see Iconoclash: Beyond the Image Wars in Science, Religion, and Art, ed. Bruno Latour and Peter Weibel (Cambridge, Mass., 2002). This article is very much an exploration of what could happen beyond the image wars.

2.       “Environmental Word Games,” New York Times, 15 Mar. 2003, p. A16. Luntz seems to have been very successful; I read later in an editorial in the Wall Street Journal:

There is a better way [than passing a law that restricts business], which is to keep fighting on the merits. There is no scientific consensus that greenhouse gases cause the world’s modest global warming trend, much less whether that warming will do more harm than good, or whether we can even do anything about it.
Once Republicans concede that greenhouse gases must be controlled, it will only be a matter of time before they end up endorsing more economically damaging regulation. They could always stand on principle and attempt to educate the public instead. [“A Republican Kyoto,” Wall Street Journal, 8 Apr. 2003, p. A14.]
And the same publication complains about the “pathological relation” of the “Arab street” with truth!
3. Paul R. and Anne H. Ehrlich, Betrayal of Science and Reason: How Anti-Environmental Rhetoric Threatens Our Future (Washington, D.C., 1997), p. 1.
´
Bruno Latour teaches sociology at the E cole des Mines in Paris.

Do you see why I am worried? I myself have spent some time in the past trying to show “‘the lack of scientific certainty’” inherent in the construction of facts. I too made it a “‘primary issue.’” But I did not exactly aim at fooling the public by obscuring the certainty of a closed argument—or did I? After all, I have been accused of just that sin. Still, I’d like to believe that, on the contrary, I intended to emancipate the public from prematurely naturalized objectified facts. Was I foolishly mistaken? Have things changed so fast?
In which case the danger would no longer be coming from an excessive confidence in ideological arguments posturing as matters of fact—as we have learned to combat so efficiently in the past—but from an excessive distrust of good matters of fact disguised as bad ideological biases! While we spent years trying to detect the real prejudices hidden behind the ap­pearance of objective statements, do we now have to reveal the real objective and incontrovertible facts hidden behind the illusion of prejudices? And yet entire Ph.D. programs are still running to make sure that good American kids are learning the hard way that facts are made up, that there is no such thing as natural, unmediated, unbiased access to truth, that we are always prisoners of language, that we always speak from a particular standpoint, and so on, while dangerous extremists are using the very same argument of social construction to destroy hard-won evidence that could save our lives. Was I wrong to participate in the invention of this field known as science studies? Is it enough to say that we did not really mean what we said? Why does it burn my tongue to say that global warming is a fact whether you like it or not? Why can’t I simply say that the argument is closed for good?
Should I reassure myself by simply saying that bad guys can use any weapon at hand, naturalized facts when it suitsthemandsocialconstruction when it suits them? Should we apologize for having been wrong all along? Or should we rather bring the sword of criticism to criticism itself and do a bit of soul-searching here: what were we really after when we were sointent on showing the social construction of scientific facts? Nothing guarantees, after all, that we should be right all the time. There is no sure ground even for criticism.4 Isn’t this what criticism intended to say: that there is no sure ground anywhere? But what does it mean when this lack of sure ground is taken away from us by the worst possible fellows as an argument against the things we cherish?
Artificially maintained controversies are not the only worrying sign.

4. The metaphor of shifting sand was used by neomodernists in their critique of science studies; see A House Built on Sand: Exposing Postmodernist Myths about Science, ed. Noretta Koertge (Oxford, 1998). The problem is that the authors of this book looked backward, attempting to reenter the solid rock castle of modernism, and not forward to what I call, for lack of a better term, nonmodernism.
What has critique become when a French general, no, a marshal of critique, namely, Jean Baudrillard, claims in a published book that the Twin Towers destroyed themselves under their own weight, so to speak, undermined by the utter nihilism inherent in capitalism itself—as if the terrorist planes were pulled to suicide by the powerful attraction of this black hole of noth­ingness?5 What has become of critique when a book that claims that no plane ever crashed into the Pentagon can be a bestseller? I am ashamed to say that the author was French, too.6 Remember the good old days when revisionism arrived very late, after the facts had been thoroughly estab­lished, decades after bodies of evidence had accumulated? Now we have the benefit of what can be called instant revisionism. The smoke of the event has not yet finished settling before dozens of conspiracy theories begin revising the official account, adding even more ruins to the ruins, adding even more smoke to the smoke. What has become of critique when my neighbor in the little Bourbonnais village where I live looks down on me as someone hopelessly naı¨ve because I believe that the United States had been attacked by terrorists? Remember the good old days when university professors could look down on unsophisticated folks because those hillbillies naı¨vely believed in church, motherhood, and apple pie? Things have changed a lot, at least in my village. I am now the one who naı¨vely believes in some facts because I am educated, while the other guys are too unsophisticated to be gullible: “Where have you been? Don’t you know that the Mossad and the CIA did it?” What has become of critique when someone as eminent as Stanley Fish, the “enemy of promises” as Lindsay Waters calls him, believes he defends science studies, my field, by comparing the laws of physics to the rules of baseball?7 What has become of critique when there is a whole in­dustry denying that the Apollo program landed on the moon? What has become of critique when DARPA uses for its Total Information Awareness project the Baconian slogan Scientia est potentia? Didn’t I read that some­where in Michel Foucault? Has knowledge-slash-power been co-opted of late by the National Security Agency? Has Discipline and Punish become the bedtime reading of Mr. Ridge (fig. 1)?
Let me be mean for a second. What’s the real difference between con­spiracists and a popularized, that is a teachable version of social critique inspired by a too quick reading of, let’s say, a sociologist as eminent asPierre
1.       See Jean Baudrillard, “The Spirit of Terrorism” and “Requiem for the Twin Towers” (New York, 2002).

2.       See Thierry Meyssan, 911: The Big Lie (London, 2002). Conspiracy theories have always existed; what is new in instant revisionism is how much scientific proof they claim to imitate.

3.       See Lindsay Waters, Enemy of Promises (forthcoming); see also Nick Paumgarten, “Dept. of Super Slo-Mo: No Flag on the Play,” The New Yorker, 20 Jan. 2003, p. 32.

figure 1.
Bourdieu (to be polite I will stick with the French field commanders)? In both cases, you have to learn to become suspicious of everything people say because of course we all know that they live in the thralls of a completeillusio of their real motives. Then, after disbelief has struck and an explanation is requested for what is really going on, in both cases again it is the sameappeal to powerful agents hidden in the dark acting always consistently, continu­ously, relentlessly. Of course, we in the academy like to use more elevated causes—society, discourse, knowledge-slash-power, fields of forces, em­pires, capitalism—while conspiracists like to portray a miserable bunch of greedy people with dark intents, but I find something troublingly similar in the structure of the explanation, in the first movement of disbelief and, then, in the wheeling of causal explanations coming out of the deep dark below. What if explanations resorting automatically to power, society, dis-course had outlived their usefulness and deteriorated to the point of now
feeding the most gullible sort of critique?8 Maybe I am taking conspiracy theories too seriously, but it worries me to detect, in those mad mixtures of knee-jerk disbelief, punctilious demands for proofs, and free use of pow­erful explanation from the social neverland many of the weapons of social critique. Of course conspiracy theories are an absurd deformation of our own arguments, but, like weapons smuggled through a fuzzy border to the wrong party, these are our weapons nonetheless. In spite of all the defor­mations, it is easy to recognize, still burnt in the steel, our trademark: Made in Criticalland.
Do you see why I am worried? Threats might have changed so much that we might still be directing all our arsenal east or west while the enemy has now moved to a very different place. After all, masses of atomic missiles are transformed into a huge pile of junk once the question becomes how to defend against militants armed with box cutters or dirty bombs. Whywould it not be the same with our critical arsenal, with the neutron bombs of de-construction, with the missiles of discourse analysis? Or maybe it is that critique has been miniaturized like computers have. I have always fancied that what took great effort, occupied huge rooms, cost a lot of sweat and money, for people like Nietzsche and Benjamin, can be had for nothing, much like the supercomputers of the 1950s, which used to fill large halls and expend a vast amount of electricity and heat, but now are accessible for a dime and no bigger than a fingernail. As the recent advertisement of a Hol­lywood film proclaimed, “Everything is suspect . . . Everyone is for sale . . . And nothing is what it seems.”
What’s happening to me, you may wonder? Is this a case of midlife crisis? No, alas, I passed middle age quite a long time ago. Is this a patrician spite for the popularization of critique? As if critique should be reserved for the elite and remain difficult and strenuous, like mountain climbing or yacht­ing, and is no longer worth the trouble if everyone can do it for a nickel? What would be so bad with critique for the people? We have been com­plaining so much about the gullible masses, swallowing naturalized facts, it would be really unfair to now discredit the same masses for their, what should I call it, gullible criticism? Or could this be a case of radicalism gone mad, as when a revolution swallows its progeny? Or, rather, havewebehaved
8. Their serious as well as their popularized versions have the defect of using society as an already existing cause instead of as a possible consequence. This was the critique that Gabriel Tarde always made against Durkheim. It is probably the whole notion of social and society that is responsible for the weakening of critique. I have tried to show that in Latour, “Gabriel Tarde and the End of the Social,” in The Social in Question: New Bearings in History and the Social Sciences, ed. Patrick Joyce (London, 2002), pp. 117–32.
like mad scientists who have let the virus of critique out of the confines of their laboratories and cannot do anything now to limit its deleterious ef­fects; it mutates now, gnawing everything up, even the vessels in which it is contained? Or is it an another case of the famed power of capitalism for recycling everything aimed at its destruction? As Luc Boltanski and Eve Chiapello say, the new spirit of capitalism has put to good use the artistic critique that was supposed to destroy it.9 If the dense and moralist cigar­smoking reactionary bourgeois can transform him-or herself into a free­floating agnostic bohemian, moving opinions, capital, and networks from one end of the planet to the other without attachment, why would he or she not be able to absorb the most sophisticated tools of deconstruction, social construction, discourse analysis, postmodernism, postology?
In spite of my tone, I am not trying to reverse course, to become reac­tionary, to regret what I have done, to swear that I will never be a construc­tivist any more. I simply want to do what every good military officer, at regular periods, would do: retest the linkages between the new threats he or she has to face and the equipment and training he or she should have in order to meet them—and, if necessary, to revise from scratch the whole paraphernalia. This does not mean for us any more than it does for the officer that we were wrong, but simply that history changes quickly and that there is no greater intellectual crime than to address with the equipment of an older period the challenges of the present one. Whatever the case, our critical equipment deserves as much critical scrutiny as the Pentagon budget.

My argument is that a certain form of critical spirit has sent us down the wrong path, encouraging us to fight the wrong enemies and, worst of all, to be considered as friends by the wrong sort of allies because of a little mistake in the definition of its main target. The question was never to get away from facts but closer to them, not fighting empiricism but, on the con­trary, renewing empiricism.
What I am going to argue is that the critical mind, if it is to renew itself and be relevant again, is to be found in the cultivation of a stubbornlyrealist attitude—to speak like William James—but a realism dealing with what I will call matters of concern, not matters of fact. The mistake we made, the mistake I made, was to believe that there was no efficient way to criticize matters of fact except by moving away from them and directing one’s at­tention toward the conditions that made them possible. But this meant ac­cepting much too uncritically what matters of fact were. Thiswas remaining too faithful to the unfortunate solution inherited from the philosophy of
9. See Luc Boltanski and Eve Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme (Paris, 1999).
Immanuel Kant. Critique has not been critical enough in spite of all its sore­scratching. Reality is not defined by matters of fact. Matters of fact are not all that is given in experience. Matters of fact are only very partial and, I would argue, very polemical, very political renderings of matters ofconcern and only a subset of what could also be called statesof affairs. It is thissecond empiricism, this return to the realist attitude, that I’d like to offer as the next task for the critically minded.
To indicate the direction of the argument, I want to show that while the Enlightenment profited largely from the disposition of a very powerful de­scriptive tool, that of matters of fact, which were excellent for debunking quite a lot of beliefs, powers, and illusions, it found itself totally disarmed once matters of fact, in turn, were eaten up by the same debunking impetus. After that, the lights of the Enlightenment were slowly turned off, and some sort of darkness appears to have fallen on campuses. My question is thus: Can we devise another powerful descriptive tool that deals this time with matters of concern and whose import then will no longer be to debunk but to protect and to care, as Donna Haraway would put it? Is it really possible to transform the critical urge in the ethos of someone who adds reality to matters of fact and not subtract reality? To put it another way, what’s the difference between deconstruction and constructivism?
“So far,” you could object, “the prospect doesn’t look verygood, andyou, Monsieur Latour, seem the person the least able to deliver on this promise because you spent your life debunking what the other more polite critics had at least respected until then, namely matters of fact and science itself. You can dust your hands with flour as much as you wish, the black fur of the critical wolf will always betray you; your deconstructing teeth have been sharpened on too many of our innocent labs—I mean lambs!—for us to believe you.” Well, see, that’s just the problem: I have written about a dozen books to inspire respect for, some people have said to uncritically glorify, the objects of science and technology, of art, religion, and, more recently, law, showing every time in great detail the complete implausibility of their being socially explained, and yet the only noise readers hear is the snapping of the wolf’s teeth. Is it really impossible to solve the question,towritenot matter-of-factually but, how should I say it, in a matter-of-concern way?10
Martin Heidegger, as every philosopher knows, has meditated many times on the ancient etymology of the word thing. We are now all aware that in all the European languages, including Russian, there is a strong connec­
10. This is the achievement of the great novelist Richard Powers, whose stories are a careful and, in my view, masterful enquiry into this new “realism.” Especially relevant for this paper is Richard Powers, Plowing the Dark (New York, 2000).
tion between the words for thing and a quasi-judiciary assembly. Icelanders boast of having the oldest Parliament, which they call Althing, and you can still visit in many Scandinavian countries assembly places that are desig­nated by the word Ding or Thing. Now, is this not extraordinary that the banal term we use for designating what is out there, unquestionably,athing, what lies out of any dispute, out of language, is also the oldest word we all have used to designate the oldest of the sites in which our ancestors didtheir dealing and tried to settle their disputes?11 A thing is, in one sense, an object out there and, in another sense, an issue very much in there, at any rate, a gathering. To use the term I introduced earlier now more precisely, the same word thing designates matters of fact and matters of concern.
Needless to say, although he develops this etymology at length, this is not the path that Heidegger has taken. On the contrary, all his writing aims to make as sharp a distinction as possible between, on the one hand, objects, Gegenstand, and, on the other, the celebrated Thing. The handmade jug can be a thing, while the industrially made can of Coke remains an object. While the latter is abandoned to the empty mastery of science and technology, only the former, cradled in the respectful idiom of art, craftsmanship, and poetry, could deploy and gather its rich set of connections.12 This bifurca­tion is marked many times but in a decisive way in his book on Kant:
Up to this hour such questions have been open. Their questionability is concealed by the results and the progress of scientific work. One of these burning questions concerns the justification and limits of mathe­
matical formalism in contrast to the demand for an immediate return  to intuitively given nature.13
What has happened to those who, like Heidegger, have tried to find their ways in immediacy, in intuition, in nature would be too sad to retell—and is well known anyway. What is certain is that those pathmarks off the beaten track led indeed nowhere. And, yet, Heidegger, when he takes the jug se­riously, offers a powerful vocabulary to talk also about the object hedespises so much. What would happen, I wonder, if we tried to talk about the object of science and technology, the Gegenstand, as if it had the rich and com­plicated qualities of the celebrated Thing?
The problem with philosophers is that because their jobs are so hard they
11. See the erudite study by the remarkable French scholar of Roman law, Yan Thomas, “Res, chose et patrimoine (note sur le rapport sujet-objet en droit romain),” Archives de philosophie du droit 25 (1980): 413–26.
12. See Graham Harman, Tool-Being: Heidegger and the Metaphysics of Objects (Chicago, 2002).
13. Martin Heidegger, What Is a Thing? trans. W. B. Barton, Jr., and Vera Deutsch (Chicago, 1967), p. 95.
drink a lot of coffee and thus use in their arguments an inordinate quantity of pots, mugs, and jugs—to which, sometimes, they might add the occa­sional rock. But, as Ludwik Fleck remarked long ago, their objects

are never complicated enough; more precisely, they are never simultaneously made through a complex history and new, real, and interesting participants in the universe.14 Philosophy never deals with the sort of beings we in science studies have dealt with. And that’s why the debates between realism and relativism never go anywhere. As Ian Hacking has recently shown, the en­gagement of a rock in philosophical talk is utterly different if you take a banal rock to make your point (usually to lapidate a passing relativist!) or if you take, for instance, dolomite, as he has done so beautifully.15 The first can be turned into a matter of fact but not the second. Dolomite is so beau­tifully complex and entangled that it resists being treated as a matter of fact. It too can be described as a gathering; it too can be seen as engaging the fourfold. Why not try to portray it with the same enthusiasm, engagement, and complexity as the Heideggerian jug? Heidegger’s mistake is not to have treated the jug too well, but to have traced a dichotomy between Gegenstand and Thing that was justified by nothing except the crassest of prejudices.
Several years ago another philosopher, much closer to the history of sci­ence, namely Michel Serres, also French, but this time as foreign to critique as one can get, meditated on what it would mean to take objects of science in a serious anthropological and ontological fashion. It is interestingtonote that every time a philosopher gets closer to an object of science that is at once historical and interesting, his or her philosophy changes, and the spec­ifications for a realist attitude become, at once, more stringent and com­pletely different from the so-called realist philosophy of science concerned with routine or boring objects. I was reading his passage on the Challenger disaster in his book Statues when another shuttle, Columbia, in early 2003 offered me a tragic instantiation of yet another metamorphosis of an object into a thing.16
What else would you call this sudden transformation of a completely mastered, perfectly understood, quite forgotten by the media, taken-for­granted, matter-of-factual projectile into a sudden shower of debris falling
1.       Although Fleck is the founder of science studies, the impact of his work is still very much in the future because he has been so deeply misunderstood by Thomas Kuhn; see Thomas Kuhn, foreword to Ludwik Fleck, Genesis and Development of a Scientific Fact (1935; Chicago, 1979), pp. vii–xi.

2.       See Ian Hacking, The Social Construction of What? (Cambridge, Mass., 1999), in particular the last chapter.

3.       See Michel Serres, Statues: Le Second Livre des fondations (Paris, 1987). On the reason why Serres was never critical, see Serres with Latour, Conversations on Science, Culture, and Time, trans. Roxanne Lapidus (Ann Arbor, Mich., 1995).

on the United States, which thousands of people tried to salvage in the mud and rain and collect in a huge hall to serve as so many clues in a judicial scientific investigation? Here, suddenly, in a stroke, an object had become a thing, a matter of fact was considered as a matter of great concern. If a thing is a gathering, as Heidegger says, how striking to see how it can sud­denly disband. If the “thinging of the thing” is a gathering that always con­nects the “united four, earth and sky, divinities and mortals, in the simple onefold of their self-unified fourfold,”17 how couldthere be abetterexample of this making and unmaking than this catastrophe unfolding all its thou­sands of folds? How could we see it as a normal accident of technology when, in his eulogy for the unfortunate victims, your president said: “The crew of the shuttle Columbia did not return safely to Earth; yet we can pray that all are safely home”?18 As if no shuttle ever moved simply in space, but also always in heaven.
This was on C-Span 1, but on C-Span 2, at the very same time, early February 2003, another extraordinary parallel event was occurring. This time a Thing—with a capital T—was assembled to try to coalesce, to gather in one decision, one object, one projection of force: a military strike against Iraq. Again, it was hard to tell whether this gathering was a tribunal, a par­liament, a command-and-control war room, a rich man’s club, a scientific congress, or a TV stage. But certainly it was an assembly where matters of great concern were debated and proven—except there was much puzzle-ment about which type of proofs should be given and how accurate they were. The difference between C-Span 1 and C-Span 2, as I watched them with bewilderment, was that while in the case of Columbiawe hadaperfectly mastered object that suddenly was transformed into a shower of burning debris that was used as so much evidence in an investigation, there, at the United Nations, we had an investigation that tried to coalesce, in one uni­fying, unanimous, solid, mastered object, masses of people, opinions, and might. In one case the object was metamorphosed into a thing; in the sec­ond, the thing was attempting to turn into an object. We could witness, in one case, the head, in another, the tail of the trajectory through which mat­ters of fact emerge out of matters of concern. In both cases we were offered a unique window into the number of things that have to participate in the gathering of an object. Heidegger was not a very good anthropologist of science and technology; he had only four folds, while the smallest shuttle, the shortest war, has millions. How many gods, passions, controls, insti­
1.       Heidegger, “The Thing,” Poetry, Language, Thought, trans. Albert Hofstadter (New York, 1971), p. 178.

2.       “Bush Talking More about Religion: Faith to Solve the Nation’s Problems,” CNN website, 18 Feb. 2003, http://www.cnn.com/2003/ALLPOLITICS/02/18/bush.faith/

tutions, techniques, diplomacies, wits have to be folded to connect “earth and sky, divinities and mortals”—oh yes, especially mortals. (Frightening omen, to launch such a complicated war, just when such a beautifully mas­tered object as the shuttle disintegrated into thousands of pieces of debris raining down from the sky—but the omen was not heeded; gods nowadays are invoked for convenience only.)
My point is thus very simple: things have become Things again, objects have reentered the arena, the Thing, in which they have to be gathered first in order to exist later as what stands apart. The parenthesis that we can call the modern parenthesis during which we had, on the one hand, a world of objects, Gegenstand, out there, unconcerned by any sort of parliament, fo­rum, agora, congress, court and, on the other, a whole set of forums, meet­ing places, town halls where people debated, has come to a close. What the etymology of the word thing—chose, causa, res, aitia—had conserved for us mysteriously as a sort of fabulous and mythical past has now become, for all to see, our most ordinary present. Things are gathered again. Was it not extraordinarily moving to see, for instance, in the lower Manhattan recon­struction project, the long crowds, the angry messages, the passionate emails, the huge agoras, the long editorials that connected so many people to so many variations of the project to replace the Twin Towers? As the architect Daniel Libeskind said a few days before the decision, building will never be the same.
I could open the newspaper and unfold the number of former objects that have become things again, from the global warming case I mentioned earlier to the hormonal treatment of menopause, to the work of Tim Lenoir, the primate studies of Linda Fedigan and Shirley Strum, or the hyenas of my friend Steven Glickman.19
Nor are those gatherings limited to the present period as if only recently objects had become so obviously things. Every day historians ofsciencehelp us realize to what extent we have never been modern because they keep revising every single element of past matters of fact from Mario Biagioli’s Galileo, Steven Shapin’s Boyle, and Simon Schaffer’s Newton, to the in­credibly intricate linkages between Einstein and Poincare´ that Peter Galison has narrated in his latest masterpiece.20 Many others of course could be cited, but the crucial point for me now is that what allowed historians, phi­
19. Serres proposed the word quasi-object to cover this intermediary phase between things and objects—a philosophical question much more interesting than the tired old one of the relation between words and worlds. On the new way animals appear to scientists and the debate it triggers, see Primate Encounters: Models of Science, Gender, and Society, ed. Shirley Strum and Linda Fedigan (Chicago, 2000), and Vinciane Despret, Quand le loup habitera avec l’agneau (Paris, 2002).

20. See Peter Galison, Einstein’s Clocks, Poincare´’s Maps: Empires of Time (New York, 2003).
losophers, humanists, and critics to trace the difference between modern and premodern, namely, the sudden and somewhat miraculousappearance of matters of fact, is now thrown into doubt with the merging of matters of fact into highly complex, historically situated, richly diverse matters of concern. You can do one sort of thing with mugs, jugs, rocks, swans, cats, mats but not with Einstein’s Patent Bureau electric coordination of clocks in Bern. Things that gather cannot be thrown at you like objects.

And, yet, I know full well that this is not enough because, no matter what we do, when we try to reconnect scientific objects with their aura, their crown, their web of associations, when we accompany them back to their gathering, we always appear to weaken them, not to strengthen their claim to reality. I know, I know, we are acting with the best intentions intheworld, we want to add reality to scientific objects, but, inevitably, through a sort of tragic bias, we seem always to be subtracting some bit from it. Like a clumsy waiter setting plates on a slanted table, every nice dish slides down and crashes on the ground. Why can we never discover the same stubborn­ness, the same solid realism by bringing out the obviously webby, “thingy” qualities of matters of concern? Why can’t we ever counteract the claim of realists that only a fare of matters of fact can satisfy their appetite and that matters of concern are much like nouvelle cuisine—nice to look at but not fit for voracious appetites?
One reason is of course the position objects have been given in most social sciences, a position that is so ridiculously useless that if it is employed, even in a small way, for dealing with science, technology, religion, law, or literature it will make absolutely impossible any serious consideration of objectivity—I mean of “thinginess.” Why is this so? Let me try to portray the critical landscape in its ordinary and routine state.21
We can summarize, I estimate, 90 percent of the contemporary critical scene by the following series of diagrams that fixate the object at only two positions, what I have called the fact position and the fairy position—fact and fairy are etymologically related but I won’t develop this point here. The fairy position is very well known and is used over and over again by many social scientists who associate criticism with antifetishism. The role of the critic is then to show that what the naı¨ve believers are doing with objects is simply a projection of their wishes onto a material entity that does nothing at all by itself. Here they have diverted to their petty use the prophetic ful­
21. I summarize here some of the results of my already long anthropological inquiry into the iconoclastic gesture, from Latour, We Have Never Been Modern, trans. Catherine Porter (Cambridge, Mass., 1993) to Pandora’s Hope: Essays on the Reality of Science Studies (Cambridge, Mass., 1999) and of course Iconoclash.

figure 2.
mination against idols “they have mouths and speak not, they have ears and hear not,” but they use this prophecy to decry the very objects of belief— gods, fashion, poetry, sport, desire, you name it—to which naı¨ve believers cling with so much intensity.22 And then the courageous critic, who alone remains aware and attentive, who never sleeps, turns those false objectsinto fetishes that are supposed to be nothing but mere empty white screens on which is projected the power of society, domination, whatever. The naı¨ve believer has received a first salvo (fig. 2).
But, wait, a second salvo is in the offing, and this time it comes from the fact pole. This time it is the poor bloke, again taken aback, whose be­havior is now “explained” by the powerful effects of indisputable matters of fact: “You, ordinary fetishists, believe you are free but, in reality, you are acted on by forces you are not conscious of. Look at them, look, you blind idiot” (and here you insert whichever pet facts the social scientists fancy to work with, taking them from economic infrastructure, fields of discourse, social domination, race, class, and gender, maybe throwing in some neurobiology, evolutionary psychology, whatever, provided they act as indisputable facts whose origin, fabrication, mode of development are left unexamined) (fig. 3).
Do you see now why it feels so good to be a critical mind? Why critique,
22. See William Pietz, “The Problem of the Fetish, I,” Res 9 (Spring 1985): 5–17, “The Problem of the Fetish, II: The Origin of the Fetish” Res 13 (Spring 1987): 23–45, and “The Problem of the Fetish, IIIa: Bosman’s Guinea and the Enlightenment Theory of Fetishism,” Res 16 (Autumn 1988): 105–23.

figure 3.
this most ambiguous pharmakon, has become such a potent euphoricdrug? You are always right! When naı¨ve believers are clinging forcefully to their objects, claiming that they are made to do things because of their gods, their poetry, their cherished objects, you can turn all of those attachments into so many fetishes and humiliate all the believers by showing that it is nothing but their own projection, that you, yes you alone, can see. But as soon as naı¨ve believers are thus inflated by some belief in their own importance, in their own projective capacity, you strike them by a second uppercut and humiliate them again, this time by showing that, whatever they think, their behavior is entirely determined by the action of powerful causalitiescoming from objective reality they don’t see, but that you, yesyou, theneversleeping critic, alone can see. Isn’t this fabulous? Isn’t it really worth going to gradu­ate school to study critique? “Enter here, you poor folks. After arduousyears of reading turgid prose, you will be always right, you will never be taken in any more; no one, no matter how powerful, will be able to accuse you of naı¨vete´, that supreme sin, any longer? Better equipped than Zeus himself you rule alone, striking from above with the salvo of antifetishism in one hand and the solid causality of objectivity in the other.” The only loser is the naı¨ve believer, the great unwashed, always caught off balance (fig. 4).
Is it so surprising, after all, that with such positions given to the object, the humanities have lost the hearts of their fellow citizens, that they had to retreat year after year, entrenching themselves always further in the narrow barracks left to them by more and more stingy deans? The Zeus of Critique rules absolutely, to be sure, but over a desert.

figure 4.
One thing is clear, not one of us readers would like to see our own most cherished objects treated in this way. We would recoil in horror at the mere suggestion of having them socially explained, whether we deal in poetry or robots, stem cells, blacks holes, or impressionism, whether we are patriots, revolutionaries, or lawyers, whether we pray to God or put our hope in neuroscience. This is why, in my opinion, those of us who tried to portray sciences as matters of concern so often failed to convince; readers have con­fused the treatment we give of the former matters of fact with the terrible fate of objects processed through the hands of sociology, cultural studies, and so on. And I can’t blame our readers. What social scientists do to our favorite objects is so horrific that certainly we don’t want them to come any nearer. “Please,” we exclaim, “don’t touch them at all! Don’t try to explain them!” Or we might suggest more politely: “Why don’t you go furtherdown the corridor to this other department? They have bad facts to account for; why don’t you explain away those ones instead of ours?” And this is the reason why, when we want respect, solidity, obstinacy, robustness, we all prefer to stick to the language of matters of fact no matter its well-known defects.
And yet this is not the only way because the cruel treatment objects un­dergo in the hands of what I’d like to call critical barbarity is rather easy to undo. If the critical barbarian appears so powerful, it is because the two mechanisms I have just sketched are never put together in one single dia­gram (fig. 5). Antifetishists debunk objects they don’t believe in by showing the productive and projective forces of people; then, without ever making

figure 5.
the connection, they use objects they do believe in to resort to the causalist or mechanist explanation and debunk conscious capacities of people whose behavior they don’t approve of. The whole rather poor trick that allows critique to go on, although we would never confine our own valuables to their sordid pawnshop, is that there is never any crossover between the two lists of objects in the fact position and the fairy position. This is why you can be at once and without even sensing any contradiction (1) an antifetishist for everything you don’t believe in—for the most part religion, popular culture, art, politics, and so on; (2) an unrepentant positivist for all the sci­ences you believe in—sociology, economics, conspiracy theory, genetics, evolutionary psychology, semiotics, just pick your preferred field of study; and (3) a perfectly healthy sturdy realist for what you really cherish—and of course it might be criticism itself, but also painting, bird-watching, Shakespeare, baboons, proteins, and so on.
If you think I am exaggerating in my somewhat dismal portrayal of the critical landscape, it is because we have had in effect almost no occasion so far to detect the total mismatch of the three contradictory repertoires— antifetishism, positivism, realism—because we carefully manage to apply them on different topics. We explain the objects we don’t approve of by treating them as fetishes; we account for behaviors we don’t like by disci­pline whose makeup we don’t examine; and we concentrate our passionate interest on only those things that are for us worthwhile matters of concern. But of course such a cavalier attitude with such contradictory repertoires is not possible for those of us, in science studies, who have to deal with states

of affairs that fit neither in the list of plausible fetishes—because everyone, including us, does believe very strongly in them—nor in the list of undis­putable facts because we are witnessing their birth, their slow construction, their fascinating emergence as matters of concern. The metaphor of the Copernican revolution, so tied to the destiny of critique, has always been for us, science students, simply moot. This is why, with more than a good dose of field chauvinism, I consider this tiny field so important; it is the little rock in the shoe that might render the routine patrol of the critical barbar­ians more and more painful.
The mistake would be to believe that we too have given a social expla­nation of scientific facts. No, even though it is true that at first we tried, like good critics trained in the good schools, to use the armaments handed to us by our betters and elders to crack open—one of their favorite expres­sions, meaning to destroy—religion, power, discourse, hegemony. But, for­tunately (yes, fortunately!), one after the other, we witnessed that the black boxes of science remained closed and that it was rather the tools that lay in the dust of our workshop, disjointed and broken. Put simply, critique was useless against objects of some solidity. You can try the projective game on UFOs or exotic divinities, but don’t try it on neurotransmitters, on gravi­tation, on Monte Carlo calculations. But critique is also useless when it be­gins to use the results of one science uncritically, be it sociology itself, or economics, or postimperialism, to account for the behavior of people. You can try to play this miserable game of explaining aggression by invoking the genetic makeup of violent people, but try to do that while dragging in, at the same time, the many controversies in genetics, including evolutionary theories in which geneticists find themselves so thoroughly embroiled.23
On both accounts, matters of concern never occupy the two positions left for them by critical barbarity. Objects are much too strong to be treated as fetishes and much too weak to be treated as indisputable causal expla­nations of some unconscious action. And this is not true of scientific states of affairs only; this is our great discovery, what made science studiescommit such a felicitous mistake, such a felix culpa. Once you realize that scientific objects cannot be socially explained, then you realize too that the so-called weak objects, those that appear to be candidates for the accusation of an­tifetishism, were never mere projections on an empty screen either.24 They
1.       For a striking example, see Jean-Jacques Kupiec and Pierre Sonigo, Ni Dieu ni ge`ne: Pour une autre the´orie de l’he´re´dite´ (Paris, 2000); see also Evelyn Fox-Keller, The Century of the Gene (Cambridge, Mass., 2000).

2.       I have attempted to use this argument recently on two most difficult types of entities, Christian divinities (Latour, Jubiler ou les tourments de la parole religieuse [Paris, 2002]) and law (Latour, La Fabrique du droit: Une Ethnographie du Conseil d’E ´tat [Paris, 2002]).

too act, they too do things, they too make you do things. It is not only the objects of science that resist, but all the others as well, those that were sup­posed to have been ground to dust by the powerful teeth of automated re­flex-action deconstructors. To accuse something of being a fetish is the ultimate gratuitous, disrespectful, insane, and barbarous gesture.25
Is it not time for some progress? To the fact position, to the fairyposition, why not add a third position, a fair position? Is it really asking too much from our collective intellectual life to devise, at least once a century, some new critical tools? Should we not be thoroughly humiliated to see that mili­tary personnel are more alert, more vigilant, more innovative than we, the pride of academia, the cre`medelacre`me, who go on ceaselessly transform­ing the whole rest of the world into naı¨ve believers, into fetishists, into hap­less victims of domination, while at the same time turning them into the mere superficial consequences of powerful hidden causalities coming from infrastructures whose makeup is never interrogated? All the while being intimately certain that the things really close to our hearts would in no way fit any of those roles. Are you not all tired of those “explanations”? I am, I have always been, when I know, for instance, that the God to whom I pray, the works of art I cherish, the colon cancer I have been fighting, the piece of law I am studying, the desire I feel, indeed, the very book I am writing could in no way be accounted for by fetish or fact, nor by any combination of those two absurd positions?
To retrieve a realist attitude, it is not enough to dismantle critical weap­ons so uncritically built up by our predecessors as we would obsolete but still dangerous atomic silos. If we had to dismantle social theory only, it would be a rather simple affair; like the Soviet empire, those big totalities have feet of clay. But the difficulty lies in the fact that they are built on top of a much older philosophy, so that whenever we try to replace matters of fact by matters of concern, we seem to lose something along the way. It is like trying to fill the mythical Danaid’s barrel—no matter what we put in it, the level of realism never increases. As long as we have not sealed the leaks, the realist attitude will always be split; matters of fact take the best part, and matters of concern are limited to a rich but essentially void or irrelevant history. More will always seem less. Although I wish to keep this paper short, I need to take a few more pages to deal with ways to overcome this bifurcation.

Alfred North Whitehead famously said, “The recourse to metaphysics is
25. The exhibition in Karlsruhe, Germany, Iconoclash, was a sort of belated ritual in order to atone for so much wanton destruction.
like throwing a match into a powder magazine. It blows up the whole arena.”26 I cannot avoid getting into it because I have talked so much about weapon systems, explosions, iconoclasm, and arenas.Of all themodernphi­losophers who tried to overcome matters of fact, Whitehead is the only one who, instead of taking the path of critique and directing his attention away from facts to what makes them possible as Kant did; or adding something to their bare bones as Husserl did; or avoiding the fate of their domination, their Gestell, as much as possible as Heidegger did; tried to get closer to them or, more exactly, to see through them the reality that requested a new re­spectful realist attitude. No one is less a critic than Whitehead, in all the meanings of the word, and it’s amusing to notice that the only pique he ever directed against someone else was against the other W., the one considered, wrongly in my view, as the greatest philosopher of the twentieth century, not W. as in Bush but W. as in Wittgenstein.
What set Whitehead completely apart and straight on our path is that he considered matters of fact to be a very poor rendering of what is given in experience and something that muddles entirely the question, What is there? with the question, How do we know it? as Isabelle Stengers hasshown recently in a major book about Whitehead’s philosophy.27 Those who now mock his philosophy don’t understand that they have resigned themselves to what he called the “bifurcation of nature.” They have entirely forgotten what it would require if we were to take this incredible sentence seriously: “For natural philosophy everything perceived is in nature. We may not pick up and choose. For us the red glow of the sunset should be as much part of nature as are the molecules and electric waves by which men of science would explain the phenomenon” (CN, pp. 28–29).

All subsequent philosophies have done exactly the opposite: they have picked and chosen, and, worse, they have remained content with that lim­ited choice. The solution to this bifurcation is not, as phenomenologists would have it, adding to the boring electric waves the rich lived world of the glowing sun. This would simply make the bifurcation greater. The so­lution or, rather, the adventure, according to Whitehead, is to dig much further into the realist attitude and to realize that matters of fact are totally implausible, unrealistic, unjustified definitions of what it is to deal with things:
1.       Alfred North Whitehead, The Concept of Nature (Cambridge, 1920), p. 29; hereafter abbreviated CN.

2.       See Isabelle Stengers, Penser avec Whitehead: Une Libre et sauvage cre´ation de concepts (Paris, 2002), a book which has the great advantage of taking seriously Whitehead’s science as well as his theory of God.

Thus matter represents the refusal to think away spatial and temporal characteristics and to arrive at the bare concept of an individual entity.  It is this refusal which has caused the muddle of importing the mere pro­cedure of thought into the fact of nature. The entity, bared of all charac­teristics except those of space and time, has acquired a physical status as  the ultimate texture of nature; so that the course of nature is conceived  as being merely the fortunes of matter in its adventure through space.
[CN,p.20]

It is not the case that there would exist solid matters of fact and that the next step would be for us to decide whether they will be used to explain something. It is not the case either that the other solution is to attack, criti­cize, expose, historicize those matters of fact, to show that they are made up, interpreted, flexible. It is not the case that we should rather flee out of them into the mind or add to them symbolic or cultural dimensions; the question is that matters of fact are a poor proxy of experience and of ex­perimentation and, I would add, a confusing bundle of polemics, of epis­temology, of modernist politics that can in no way claim to represent what is requested by a realist attitude.28

Whitehead is not an author known for keeping the reader wide awake, but I want to indicate at least the direction of the new critical attitude with which I wish to replace the tired routines of most social theories.
The solution lies, it seems to me, in this promising word gathering that Heidegger had introduced to account for the “thingness of the thing.”Now, I know very well that Heidegger and Whitehead would have nothing to say to one another, and, yet, the word the latter used in Process and Reality to describe “actual occasions,” his word for my matters of concern, is the word societies. It is also, by the way, the word used by Gabriel Tarde, the real founder of French sociology, to describe all sorts of entities. It is close enough to the word association that I have used all along to describe the objects of science and technology. Andrew Pickering would use the words “mangle of practice.”29 Whatever the words, what is presented here is an entirely different attitude than the critical one, not a flight into the condi­tions of possibility of a given matter of fact, not the addition of something

28. That matters of fact represent now a rather rare and complicated historical rendering of experience has been made powerfully clear by many writers; see, for telling segments of this history, Christian Licoppe, La Formation de la pratique scientifique: Le Discours de l’expe´rience en France et en Angleterre (1630–1820) (Paris, 1996); Mary Poovey, A History of the Modern Fact: Problems of Knowledge in the Sciences of Wealth and Society (Chicago, 1999); Lorraine Daston and Katherine Park, Wonders and the Order of Nature, 1150–1750 (New York, 1998); and Picturing Science, Producing Art, ed. Caroline A. Jones, Galison, and Amy Slaton (New York, 1998).
29. See Andrew Pickering, The Mangle of Practice: Time, Agency, and Science (Chicago, 1995).

more human that the inhumane matters of fact would have missed, but, rather, a multifarious inquiry launched with the tools of anthropology, philosophy, metaphysics, history, sociology to detect how many participants are gathered in a thing to make it exist and to maintain its existence.Objects are simply a gathering that has failed—a fact that has not been assembled according to due process.30 The stubbornness of matters of fact in the usual scenography of the rock-kicking objector—“It is there whether you like it or not”—is much like the stubbornness of political demonstrators: “the U.S., love it or leave it,” that is, a very poor substitute for any sort of vibrant, articulate, sturdy, decent, long-term existence.31 A gathering, thatis,athing, an issue, inside a Thing, an arena, can be very sturdy, too, on the condition that the number of its participants, its ingredients, nonhumans as well as humans, not be limited in advance.32 It is entirely wrong to divide the col­lective, as I call it, into the sturdy matters of fact, on the one hand, and the dispensable crowds, on the other. Archimedes spoke for a whole tradition when he exclaimed: “Give me one fixed point and I will move the Earth,” but am I not speaking for another, much less prestigious but maybe as re­spectable tradition, if I exclaim in turn “Give me one matter of concern and I will show you the whole earth and heavens that have to be gathered tohold it firmly in place”? For me it makes no sense to reserve the realist vocabulary for the first one only. The critic is not the one who debunks, but the one who assembles. The critic is not the one who lifts the rugs from under the feet of the naı¨ve believers, but the one who offers the participants arenas in which to gather. The critic is not the one who alternates haphazardly be­tween antifetishism and positivism like the drunk iconoclast drawn by Goya, but the one for whom, if something is constructed, then it means it is fragile and thus in great need of care and caution. I am aware that to get at the heart of this argument one would have to renew also what it means to be a constructivist, but I have said enough to indicate the direction of critique, not away but toward the gathering, the Thing.33 Not westward,but, so to speak, eastward.34
1.       See Latour, Politics of Nature: How to Bring the Sciences into Democracy, trans. Porter (Cambridge, Mass., 2004).

2.       See the marvelously funny rendering of the realist gesture in Malcolm Ashmore, Derek Edwards, and Jonathan Potter, “The Bottom Line: The Rhetoric of Reality Demonstrations,” Configurations 2 (Winter 1994): 1–14.

3.       This is the challenge of a new exhibition I am curating with Peter Weibel in Karlsruhe and that is supposed to take place in 2004 under the provisional title “Making Things Public.” This exhibition will explore what Iconoclash had simply pointed at, namely, beyond the image wars.

4.       This paper is a companion of another one: Latour, “The Promises of Constructivism,” in Chasing Technoscience: Matrix for Materiality, ed. Don Ihde and Evan Selinger (Bloomington, Ind., 2003), pp. 27–46.

5.       This is why, although I share all of the worries of Thomas de Zengotita, “Common Ground: Finding Our Way Back to the Enlightenment,” Harper’s 306 (Jan. 2003): 35–45, I think he is

The practical problem we face, if we try to go that new route, is to as­sociate the word criticism with a whole set of new positive metaphors, ges­tures, attitudes, knee-jerk reactions, habits of thoughts. To begin with this new habit forming, I’d like to extract another definition of critique from the most unlikely source, namely, Allan Turing’s original paper on thinking machines.35 I have a good reason for that: here is the typical paper about formalism, here is the origin of one of the icons—to use a cliche´ of anti­fetishism—of the contemporary age, namely, the computer, and yet, if you read this paper, it is so baroque, so kitsch, it assembles such an astounding number of metaphors, beings, hypotheses, allusions, that there is no chance that it would be accepted nowadays by any journal. Even Social Text would reject it out of hand as another hoax! “Not again,” they would certainly say, “once bitten, twice shy.” Who would take a paper seriously that statessome­where after having spoken of Muslim women, punishment of boys, extra­sensory perception: “In attempting to construct such machines we should not be irreverently usurping [God’s] power of creating souls, any more than we are in the procreation of children: rather we are, in either case, instru­ments of His will providing mansions for the souls that He creates” (“CM,”
p. 443).
Lots of gods, always in machines. Remember how Bush eulogized the crew of the Columbia for reaching home in heaven, if not home on earth? Here Turing too cannot avoid mentioning God’s creative power when talk­ing of this most mastered machine, the computer that he has invented. That’s precisely his point. The computer is in for many surprises; you get out of it much more than you put into it. In the most dramatic way,Turing’s paper demonstrates, once again, that all objects are born things, all matters of fact require, in order to exist, a bewildering variety of matters of con­cern.36 The surprising result is that we don’t master what we, ourselves,have fabricated, the object of this definition of critique:37

entirely mistaken in the direction of the move he proposes back to the future; to go back to the “natural” attitude is a sign of nostalgia.
35. See A.M. Turing, “Computing Machinery and Intelligence,” Mind 59 (Oct. 1950): 433–60; hereafter abbreviated “CM.” See also what Powers in Galatea 2.2 (New York, 1995) did with this paper; this is critique in the most generous sense of the word. For the context of this paper, see Andrew Hodges, Alan Turing: The Enigma (New York, 1983).
36. A nonformalist definition of formalism has been proposed by Brian Rotman, Ad Infinitum: The Ghost in Turing’s Machine: Taking God out of Mathematics and Putting the Body Back In (Stanford, Calif., 1993).
37. Since Turing can be taken as the first and best programmer, those who believe in defining machines by inputs and outputs should meditate his confession:
Machines take me by surprise with great frequency. This is largely because I do not do sufficient calculation to decide what to expect them to do, or rather because, although I do a calculation, I do it in a hurried, slipshod fashion, taking risks. Perhaps I say to myself, “I suppose the voltage here ought to be the same as there: anyway let’s assume it is.” Naturally I
Let us return for a moment to Lady Lovelace’s objection, which stated that the machine can only do what we tell it to do. One could say that a man can “inject” an idea into the machine, and that it will respond to a certain extent and then drop into quiescence, like a piano string struck by a hammer. Another simile would be an atomic pile of less than criti­cal size: an injected idea is to correspond to a neutron entering the pile from without. Each such neutron will cause a certain disturbance which eventually dies away. If, however, the size of the pile is sufficiently in­creased, the disturbance caused by such an incoming neutron will very likely go on and on increasing until the whole pile is destroyed. Is there a corresponding phenomenon for minds, and is there one for ma­chines? There does seem to be one for the human mind. The majority of them seem to be “sub-critical,” i.e. to correspond in this analogy to piles of sub-critical size. An idea presented to such a mind will on average give rise to less than one idea in reply. A smallish proportion are super­critical. An idea presented to such a mind may give rise to a whole “the­ory” consisting of secondary, tertiary and more remote ideas. Animals’ minds seem to be very definitely sub-critical. Adhering to this analogy we ask, “Can a machine be made to be super-critical?” [“CM,” p. 454]
We all know subcritical minds, that’s for sure! What would critique do if it could be associated with more, not with less, with multiplication, not subtraction. Critical theory died away long ago; can we become critical again, in the sense here offered by Turing? That is, generating more ideas than we have received, inheriting from a prestigious critical tradition but not letting it die away, or “dropping into quiescence” like a piano no longer struck. This would require that all entities, including computers, cease to be objects defined simply by their inputs and outputs and become again things, mediating, assembling, gathering many more folds than the “united four.” If this were possible then we could let the critics come ever closer to the matters of concern we cherish, and then at last we could tell them: “Yes, please, touch them, explain them, deploy them.” Then we would have gone for good beyond iconoclasm.
am often wrong, and the result is a surprise for me for by the time the experiment is done these assumptions have been forgotten. These admissions lay me open to lectures on the subject of my vicious ways, but do not throw any doubt on my credibility when I testify to the surprises I experience. [“CM,” pp. 450–51]
On this nonformalist definition of computers, see Brian Cantwell Smith, On the Origin of Objects (Cambridge, Mass., 1997).


Apartheid social: Nous étions tous en route pour Abilene et nous ne le savions pas ! (France finds the road to Abilene is paved with good intentions)

22 janvier, 2015
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French riots map (Nov. 2005)
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https://pgranof.files.wordpress.com/2011/09/cropped-abilene1.jpg?w=450&h=117Nous appelions l’Amérique de nos voeux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
 Here we were, four reasonably sensible people who, of our own volition, had just taken a 106-mile trip across a godforsaken desert in a furnace-like temperature through a cloud-like dust storm to eat unpalatable food at a hole-in-the-wall cafeteria in Abilene, when none of us had really wanted to go. In fact, to be more accurate, we’d done just the opposite of what we wanted to do. The whole situation simply didn’t make sense. At least it didn’t make sense at the time. But since that day in Coleman, I have observed, consulted with, and been a part of more than one organization that has been caught in the same situation. As a result, they have either taken a side-trip, or, occasionally, a terminal journey to Abilene, when Dallas or Houston or Tokyo was where they really wanted to go. And for most of those organizations, the negative consequences of such trips, measured in terms of both human misery and economic loss, have been much greater than for our little Abilene group.(…) Organizations frequently take actions in contradiction to what they really want to do and therefore defeat the very purposes they are trying to achieve. [And] a major corollary of the paradox (…) is that the inability to manage agreement is a major source of organization dysfunction. Jerry B. Harvey (1974)
Dans le cas où un carreau cassé n’est pas remplacé, tous les autres carreaux connaîtront le même sort. John Wilson et George Kelling (Théorie du carreau cassé)
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des “Damnés de la terre” de Franz Fanon, 1961)
C’était la guérilla ! On a scié les poteaux téléphoniques. C’était un peu ce que faisaient les fellaghas en Algérie aussi. En Algérie, toutes les nuits, les poteaux étaient coupés… Il fallait faire quelque chose. Ce n’était pas très populaire bien sûr, mais c’était un moyen de semer le désordre (..) Cela marquait, parce que cela créait une ambiance de désordre, de tension » Jean-Marie Saillour (militant paysan et ex-parachutiste en Algérie, 1961)
A Morlaix, c’est moi qu’ai été désigné donc, pour dire « Faites tout ce que vous voulez. Coupez les poteaux téléphoniques ». J’avais voulu faire référence à l’Algérie (..) en disant « là-bas, ça réussit », parce qu’on sentait que ça réussissait déjà (..) Pierre Abéguilé (syndicaliste paysan, 1961)
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (avril 2003)
Pendant cinq ans, des musulmans français irrités ont ingurgité un régime régulier de violence ô combien “romantique” – le jihad-Intifada en Israel, le jihad-insurrection en Irak, le jihad-insurrection en Afghanistan. Quand ils ont commencé à brûler des synagogues et à molester des juifs à l’automne 2000, les médias ont dûment signalé que ces voyous étaient les produits de la “frustration” ressentie du fait des traitements des musulmans du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Leur propre gouvernement ne multipliait-il pas au même moment les imprécations contre les Américains? Les protestataires étaient on ne peut plus dans le ton. (…) Au sein des élites françaises, l’ennemi était clairement identifié: non l’slamisme ou l’slamofascisme, non les foules déchainées des banlieues parisiennes, non Saddam Hussein, non Al-Qaeda, mais les troupes britanniques et américaines en Irak. Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleins les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera, et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours eu une vision si “romantique” de la résistance sous toutes ses formes.(…) Peut-être que certains de ces journalistes, chercheurs, intellectuels et hauts fonctionnaires qui colportaient ces choses pensaient qu’elles resteraient une diversion idéologique abstraite. La France est loin de l’Irak, après tout. Mais maintenant que le militantisme s’est retourné contre l’Etat français lui-même, ils sont brusquement choqués de ce qu’ils ont semé. Nidra Poller
Il semble que le Danemark et tous les autres pays européens auront leurs bandes de Gaza. Etant donné ce trait psychologique fondamental des cultures islamiques -que des cultures et des religions différentes ne peuvent en aucun cas être égales – ces sociétés parallèles ne pourront jamais vivre en harmonie avec leur voisinage. Nicolai Sennels (psychologue danois ayant travaillé dans les quartiers à majorité musulmane)
Ils ont mis le feu à un bâtiment scolaire (…) Ils ont essayé d’incendier le commissariat, d’autres bâtiments ainsi que des voitures, mais essentiellement ils ont jeté des pierres et des briques sur la police et les pompiers. Personne n’a été blessé. Tout a débuté parce qu’un groupe de jeunes adultes s’est vu interdire de pénétrer dans une fête dans un collège. Ils se sont énervés et ont commencé à jeter des pierres à travers les vitres de l’école. Mats Eriksson (porte-parole de la police de l’ouest de Stockholm, 09.06.10)
J’ai participé aux émeutes, j’ai renversé une voiture, fracassé la Banque de Montréal, les arrêts d’autobus… Une grosse soirée! Sienna St-Laurent (14 ans, Vancouver, Canada, 2011)
Que veut, en fait, Dieudonné ? Il veut un ‘Holocauste’ pour les Arabes et pour les noirs aussi. (…) La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
Contrairement au grand banditisme classique (…) composé d’individus de toutes origines ayant opté seuls pour la voie criminelle, ce nouveau milieu des cités est grégaire, issu de, et implanté dans des secteurs précis ; il est enfin ethnique, car composé d’éléments issus des seconde et troisième générations de flux migratoires venus d’anciennes colonies africaines et nord-africaines de la France. Xavier Raufer (avril 2007)
Les discriminations sont encore plus dommageables quand elles sont implicites. Esther Dufilo
On nous demandait de ne citer aucun prénom. C’était considéré comme trop stigmatisant. Communicant sous Jospin
En France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons, impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas encore en parler. Christian Delorme (dit « curé des Minguettes »)
En vérité, c’est l’échec de l’intégration qui nourrit l’immigration d’aujourd’hui. Dans les cours de récréation de nos écoles, les enfants se regroupent par clans ethniques qui s’ignorent ou se détestent : « Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs ou les caifrans ». Et l’insulte suprême est : « Sale Français ! » Les enfants juifs sont interdits d’école publique dans nombre de banlieues et sont contraints de se replier sur les écoles confessionnelles. Les bandes ethniques s’affrontent à la gare du Nord. Lors de la présidentielle, on a vu à l’oeuvre un terrifiant vote ethnique, comme l’a justement noté Jérôme Jaffré (Le Monde du 8 juin) : 94 % des électeurs qui se disent musulmans ont voté Ségolène Royal ; 77 % de ceux qui se disent catholiques pratiquants ont voté Nicolas Sarkozy. Eric Zemmour (2007)
Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. Eric Zemmour
Je connais trop la souffrance réelle de mes compatriotes «Arabes et noirs», honnêtes travailleurs, parents intègres, qui se sentent «salis» par les exactions des bandes de jeunes gens qui ont la même origine qu’eux. Je le sais d’autant mieux qu’avec mon patronyme, je me souviens du temps pas si lointain – les années 70- où une bande de truands célèbres – les frères Zemour – défrayaient la chronique criminelle, la honte dans les yeux de mon grand-père; et accessoirement, l’attente interminable dans les aéroports pour la vérification vétilleuse – et sans ordinateur- de mon identité. Mon grand-père souffrait en silence pour «son nom traîné dans la boue», mais il n’a jamais prétendu que nos homonymes n’étaient pas des brigands de grand chemin! Eric Zemmour
Je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce “fait”, la justesse de cette intuition qui, aujourd’hui, confirment un mouvement né il y a quelques années. Tous les Noirs et tous les Arabes ne sont pas des trafiquants, mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes. Philippe Bliger (Avocat général près la cour d’appel de Paris)
Certes, 80% des jeunes délinquants d’origine maghrébine ont des parents ouvriers ou employés. Mais, à niveau socio-économique équivalent, les enfants d’immigrés sont plus délinquants que les autres. Sébastian Roché
Derrière les mis en cause il existe des victimes, habitant les mêmes espaces, originaires de mêmes pays, et souvent de situation sociale comparable. Alain Bauer
La police, t’es foutue le Hamas est dans la rue! Slogan (manifestation pro-Hamas, Paris, 2009)
C’est finalement très banal qu’un président de la République aille dans un quartier de nos villes. Pourquoi ça devient un événement ? Pourquoi c’est à ce point dangereux qu’il faudrait qu’il n’y ait pas de médias? Pourquoi ça se passe sans que le maire de la commune en soit lui-même informé? C’est une «curieuse conception de la République. (…) il y aurait donc des zones de non-droit où il y aurait presque péril pour le président. François Hollande (Europe 1)
Vas te faire enculer connard, ici t’es chez moi! Jeune de 21 ans (Mot de bienvenue au président Sarkozy à la gare de St Denis)
On baise la France ! (…) Juifs dans les fours ! (…) Sarkozy le petit Juif ! (…) Obama le nègre des Juifs ! (…) Presse sioniste, presse collabo ! Cris de manifestants devant l’ambassade d’Israël, Paris, 31.05.10)
Tous sur les Champs, on va tout casser. Cris de casseurs du Trocadéro (mai 2013)
Paris est à nous ! Cris des émeutiers du Trocadéro
On est en guerre contre ce pays (…) Ce pays, on le quittera quand il nous rendra ce qu’on nous doit. (…) On n’est pas là parce qu’on aime la Tour Eiffel. Tribu Ka
Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong
La société est devenue d’abord plus tolérante vis-à-vis des déviances mineures. Nous sommes de plus en plus individualistes; le contrôle social s’est affaibli, on ne vit plus sous le regard d’une seule communauté comme autrefois. Et puis, l’opinion des parents sur la conduite de leurs enfants est devenue plus indulgente. Ils sont plus laxistes sur la morale quotidienne, et ce dans tous les milieux. (…) Pour être efficace, la réparation doit être immédiate. Or, dans les lycées, la norme veut que l’on ne répare les casiers abîmés qu’au troisième. Au prétexte que le coût unitaire est trop élevé. De même, tous les offices d’HLM ne sont pas convaincus de l’utilité des poubelles ignifugées ou des produits antitags. Sébastian Roché
Les mineurs délinquants cumulent les handicaps, expliquent Monique Dagnaud et Sebastian Roché. L’immigration de fraîche date, associée aux difficultés à trouver un emploi ou à la ghettoïsation de l’habitat, en fait partie, sans qu’il soit possible de mesurer l’importance respective des différents facteurs qui peuvent éclairer les parcours délictueux. D’une façon générale, la pauvreté économique concerne 60 % des familles. Les pères sont, à 26 %, inactifs. Ceux qui ont un travail sont en majorité des ouvriers (59 %), les mères des employées (46 %). Le contexte familial, difficile, éclaire aussi les parcours des mineurs. Les deux tiers sont issus de fratries de quatre frères et soeurs ou plus. Près de 40 % des dossiers judiciaires font état de violence familiale ; 20 % évoquent un père alcoolique. Seuls 54,5 % de ces mineurs vivent avec leurs deux parents ; 11 % sont hébergés en foyer. Dans 9,3 % des cas, ces adolescents ont un de leurs parents décédé. Enfin, leur situation scolaire est sinistrée : 79 % ont redoublé, 55 % plusieurs fois et près de 60 % ont fait l’objet d’une ou de plusieurs exclusions. Les mineurs d’origine étrangère « cumulent encore plus que les autres les traits de désavantage socio-économique », notent les chercheurs. Le Monde
N’est-on pas allé jusqu’à interpréter les tags qui maculaient les trains de banlieue comme « une revendication de vie », voire comme « une agression carnavalesque contre l’ordre établi »? Le Point
L’affaire des abus sexuels commis à Rotherham sur au moins 1 400 enfants est particulièrement choquante par son ampleur, mais aussi du fait de l’inaction des autorités. En cause : leur peur d’être accusées de racisme et leur tendance à dissimuler leurs défaillances. (…) Selon l’ancienne inspectrice des affaires sociales, au moins 1 400 enfants ont été victimes d’exploitation sexuelle entre 1997 et 2013. Nombre d’entre eux ont subi des viols à répétition de la part des membres de bandes dont les agissements étaient connus ou auraient dû l’être. Les enfants qui résistaient étaient battus. Ceux qui osaient parler était traités avec mépris par les adultes censés les protéger. (…) Personne à la mairie, dit-on, n’a osé dénoncer les bandes majoritairement asiatiques qui ont commis ces violences, de crainte d’être accusé de racisme. Force est de reconnaître que le racisme, même inconscient (tout comme le sexisme et l’homophobie), est aujourd’hui montré du doigt dans les services publics. Au point que beaucoup préfèrent fermer les yeux sur des viols d’enfants plutôt que de prendre le risque de subir ce type d’accusations. The Spectator
Ne sommes-nous pas tous en route pour Abilene, persuadés que les autres veulent y aller et que nous serions seuls à exprimer une divergence ? L’évolution actuelle de nos entreprises, de notre monde dans son ensemble, n’est-elle pas, sous bien des aspects, l’autoroute vers une destination dont nous ne voulons pas, dont pas un homme ne veut vraiment ? Thierry Groussin
 Le silence est à la fois un outil très économique de communication et un puissant facteur de décisions absurdes. Christian Morel
Un Américain a observé que les randonnées de ski hors piste avec un guide avaient au moins autant d’accident que sans guide. L’explication est qu’il vaut mieux une discussion de groupe sans leader qu’un leader sans discussion. Christian Morel
Un autre type d’enchaînement vers l’absurde se produit lorsqu’il y a une anticipation croisée défectueuse, par exemple dans l’accident survenu entre deux pétroliers qui, cherchant à s’éviter, se sont détournés de leur trajectoire et sont entrés en collision – accident du reste relativement fréquent. (…) C’est ce qu’a souligné un consultant en management, J.-B. Harvey, à travers ce qu’il appelle le paradoxe d’Abilene. Un dimanche, par une chaleur étouffante, un couple, leur fils et leur belle-fille jouent à un jeu de société sur la terrasse de leur ranch, au frais, en consommant des boissons désaltérantes. Ils prennent collectivement la décision de se rendre à la ville d’Abilene en parcourant deux cents kilomètres dans la chaleur et la poussière, pour avaler un mauvais déjeuner. Quand ils rentrent, ils sont épuisés et maussades ; alors qu’ils se sont affalés dans les fauteuils, l’un d’entre eux avoue qu’il n’a accepté d’aller à Abilene que parce que les autres en avaient envie, mais que lui-même n’y tenait pas du tout ; et ils se rendent alors compte qu’en fait aucun d’entre eux n’en avait envie et qu’ils ont simplement mal anticipé les souhaits les uns des autres. Cet enchaînement vers l’absurde est souvent aggravé par le fait que non seulement les acteurs ont mal anticipé les décisions les uns des autres, mais ils n’ont pas communiqué entre eux lors des réunions ; c’est le cas dans l’apologue d’Abilene, mais c’est également le cas dans l’accident de la navette Challenger : pendant la téléconférence au cours de laquelle a été prise la décision finale de lancer la navette, plusieurs participants, qui étaient conscients des risques de dysfonctionnement des joints, sont restés silencieux.(…) Pourquoi ce silence ? Il arrive qu’il soit dû à la pression exercée par la hiérarchie, mais c’est loin d’être la seule explication. En réalité, le silence des membres du groupe s’explique surtout par un certain nombre de règles de fonctionnement implicites ou explicites des organisations : on n’est autorisé à parler que si on possède une bonne connaissance du problème évoqué ; on ne peut exprimer une opinion qui ne repose pas sur des données ; la répétition d’une objection ou l’insistance risquent d’être perçues comme le témoignage d’un manque de maîtrise de soi ou comme une manifestation d’agressivité ; il faut veiller en toute circonstance à préserver la cohésion du groupe ; on fait de l’information descendante à cause du nombre de participants. Ce mode de fonctionnement, qui entre dans la définition même des organisations bureaucratiques, a pour conséquence de pousser les acteurs à minorer les alertes. C’est particulièrement évident, notamment, dans les échanges entre les pilotes et les contrôleurs aériens : le code de communication veut qu’on ne s’énerve jamais, qu’on conserve un ton neutre, qu’on ne répète pas les informations. (…) Le plus étonnant, dans tout cela, est la grande tolérance collective qu’on observe vis-à-vis des décisions absurdes. Christian Morel

Attention: une fausse unanimité peut en cacher une autre !

A l’heure où, après l’unanimité rassurante du