Tombeau des Patriarches: Vous avez dit orwellien ? (Between truthful lies and respectable murder, what first casualty of war ?)

12 juillet, 2017
firstmonument
https://i1.wp.com/s1.lprs1.fr/images/2017/03/23/6790170_361d2da0-0fd7-11e7-9596-a5ef1fbae542-1.jpghttps://i0.wp.com/www.francesoir.fr/sites/francesoir/files/images/36446d584304ecac68fc1702bb62d35214a98a6a_field_image_rdv_dossier.jpghttps://i0.wp.com/s1.lprs1.fr/images/2017/04/24/6885261_a92068b2-28f0-11e7-9cf1-79a722e2680f-1.jpghttps://i1.wp.com/www.contre-info.com/wp-content/uploads/2017/07/sondage.jpg https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2017/05/1er-tour-2017-2.jpgMalheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretés. Jésus
Le tombeau, ce n’est jamais que le premier monument humain à s’élever autour de la victime émissaire, la première couche des significations, la plus élémentaire, la plus fondamentale, la première couche des significations, la plus élémentaire, la plus fondamentale. Pas de culture sans tombeau, pas de tombeau sans culture. A la limite, le tombeau est le premier et seul symbole culturel. René Girard
On ne veut pas savoir que l’humanité entière est fondée sur l’escamotage mythique de sa propre violence, toujours projetée sur de nouvelles victimes. Toutes les cultures, toutes les religions, s’édifient autour de ce fondement qu’elles dissimulent, de la même façon que le tombeau s’édifie autour du mort qu’il dissimule. Le meurtre appelle le tombeau et le tombeau n’est que le prolongement et la perpétuation du meurtre. La religion- tombeau n’est rien d’autre que le devenir invisible de son propre fondement, de son unique raison d’être. Autrement dit, l’homme tue pour ne pas savoir qu’il tue. (…) Les hommes tuent pour mentir aux autres et se mentir à eux-mêmes au sujet de la violence et de la mort. René Girard
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La première victime d’une guerre, c’est toujours la vérité. Eschyle
Comme une réponse, les trois slogans inscrits sur la façade blanche du ministère de la Vérité lui revinrent à l’esprit. La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. 1984 (George Orwell)
La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit. George Orwell (1984)
Les intellectuels sont portés au totalitarisme bien plus que les gens ordinaires. George Orwell
Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. George Orwell
Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. George Orwell
Une autre décision délirante de l’Unesco. Cette fois-ci, ils ont estimé que le tombeau des Patriarches à Hébron est un site palestinien, ce qui veut dire non juif, et que c’est un site en danger. Pas un site juif ? Qui est enterré là ? Abraham, Isaac et Jacob. Sarah, Rebecca, et Léa. Nos pères et nos mères (bibliques). Benjamin Netanyahou
Au nom du gouvernement du Canada, nous souhaitons présenter nos excuses à Omar Khadr pour tout rôle que les représentants canadiens pourraient avoir joué relativement à l’épreuve qu’il a subie à l’étranger ainsi que tout tort en résultant. Ralph Goodale et Chrystia Freeland
Ça n’a rien à voir avec ce que Khadr a fait, ou non. Lorsque le gouvernement viole les droits d’un Canadien, nous finissons tous par payer. La Charte protège tous les Canadiens, chacun d’entre nous, même quand c’est inconfortable. Justin Trudeau
Même si je vais devoir quitter mon poste, je ne compromettrai pas le salaire d’un martyr (Shahid) où d’un prisonnier, car je suis le président de l’ensemble du peuple palestinien, y compris les prisonniers, les martyrs, les blessés, les expulsés et les déracinés. Mahmoud Abbas
Je sais votre engagement constant en faveur de la non-violence. Emmanuel Macron
Voulez-vous devenir une vedette dans la presse algérienne arabophone? C’est facile. Prêchez la haine des Juifs […]. Je suis un rescapé de l’école algérienne. On m’y a enseigné à détester les Juifs. Hitler y était un héros. Des professeurs en faisaient l’éloge. Après le Coran, Mein Kampf et Les Protocoles des sages de Sion sont les livres les plus lus dans le monde musulman.  Karim Akouche
Après le mois sacré, les imams sont épuisés et doivent se reposer. Ils n’ont que le mois de juillet ou d’août pour le faire. Ce moment est très mal choisi pour la marche. Fathallah Abdessalam (conseiller islamique de prison belge)
65 % des Français estiment ainsi qu’« il y a trop d’étrangers en France », soit un niveau identique à 2016 et pratiquement constant depuis 2014. Sur ce point au moins, le clivage entre droites et gauches conserve toute sa pertinence : si 95 % des sympathisants du Front national partagent cette opinion, ils sont presque aussi nombreux chez ceux du parti Les Républicains (83 %, + 7 points en un an) ; à l’inverse, ce jugement est minoritaire chez les partisans de La France insoumise (30 %), du PS (46 %) et d’En marche ! (46 %). De même, les clivages sociaux restent un discriminant très net : 77 % des ouvriers jugent qu’il y a trop d’étrangers en France, contre 66 % des employés, 57 % des professions intermédiaires et 46 % des cadres. Dans des proportions quasiment identiques, 60 % des Français déclarent que, « aujourd’hui, on ne se sent plus chez soi comme avant ». Enfin, 61 % des personnes interrogées estiment que, « d’une manière générale, les immigrés ne font pas d’efforts pour s’intégrer en France », même si une majorité (54 %) admet que cette intégration est difficile pour un immigré. L’évolution du regard porté sur l’islam est tout aussi négative. Seulement 40 % des Français considèrent que la manière dont la religion musulmane est pratiquée en France est compatible avec les valeurs de la société française. Ce jugement était encore plus minoritaire en 2013 et 2014 (26 % et 37 %), mais, de manière contre-intuitive, il avait fortement progressé (47 %) au lendemain des attentats djihadistes de Paris en janvier 2015. Depuis, il s’est donc à nouveau dégradé. Le Monde
“Comme des millions de gens à travers le globe ces dernières années, les deux auteurs ont attaqué le colonialisme et le système capitaliste et impérialiste. Comme beaucoup d’entre nous, ils dénoncent une idéologie toujours très en vogue : le racisme, sous ses formes les plus courantes mais aussi les plus décomplexées”, expliquaient-ils, en exigeant l’abandon des poursuites engagées à la suite d’une plainte de l’Agrif. (…) Renaud, Saïdou et Saïd Bouamama ont choisi d’assumer leur “devoir d’insolence” afin d’interpeller et de faire entendre des opinions qui ont peu droit de cité au sein des grands canaux de diffusion médiatique.” Pétition signée par Danièle Obono (porte-parole de JL Mélenchon)
Faisons du défi migratoire une réussite pour la France. Anne Hidalgo
Aucun principe de droit international n’oblige les Français déjà surendettés, à hauteur de plus de 2000 milliards, à financer par leurs impôts et leurs cotisations sociales des soins gratuits pour tous les immigrés illégaux présents sur notre sol… en 2016, l’octroi du statut de demandeur d’asile est devenu un moyen couramment utilisé par des autorités dépassées pour vider les camps de migrants, à Paris bien sûr, mais aussi par exemple, à Calais, dans la fameuse «jungle» qui, avant son démantèlement, comptait environ 14 000 «habitants». Ces derniers, essentiellement des migrants économiques, ont été qualifiés de réfugiés politiques dans l’unique but de pouvoir les transférer vers d’autres centres, dénommés CAO ou CADA en province. De telles méthodes relèvent d’une stratégie digne du mythe de Sisyphe: plus ils sont vidés, plus ils se remplissent à nouveau… Pierre Lellouche
Madame Hidalgo prétend vouloir améliorer l’intégration des nouveaux migrants. Ses amis n’ont pas réussi en deux décennies à intégrer des populations culturellement et socialement plus aisément intégrables. À aucun moment Anne Hidalgo n’a eu le mauvais goût d’évoquer la question de l’islam. Madame Hidalgo n’aurait pas songé à demander aux riches monarques du golfe, à commencer par celui du Qatar, à qui elle tresse régulièrement des couronnes, de faire preuve de générosité à l’égard de leurs frères de langue, de culture et de religion. Madame le maire n’est pas très franche. Dans sa proposition, elle feint de séparer les réfugiés éligibles au droit d’asile et les migrants économiques soumis au droit commun. Elle fait semblant de ne pas savoir que ces derniers pour leur immense majorité ne sont pas raccompagnés et que dès lors qu’ils sont déboutés , ils se fondent dans la clandestinité la plus publique du monde. (…) À la vérité, c’est bien parce que les responsables français démissionnaires n’ont pas eu la volonté et l’intelligence de faire respecter les lois de la république souveraine sur le contrôle des flux migratoires , et ont maintenu illégalement sur le sol national des personnes non désirées, que la France ne peut plus se permettre d’accueillir des gens qui mériteraient parfois davantage de l’être. Qui veut faire l’ange fait la bête. Mais le premier Français, n’aura pas démérité non plus à ce concours de la soumission auquel il semble aussi avoir soumissionné. C’est ainsi que cette semaine encore, le président algérien a, de nouveau, réclamé avec insistance de la France qu’elle se soumette et fasse repentance . Cela tourne à la manie. La maladie chronique macronienne du ressentiment ressassé de l’Algérie faillie. À comparer avec l’ouverture d’esprit marocaine. En effet, Monsieur Bouteflika a des circonstances atténuantes. Son homologue français lui aura tendu la verge pour fouetter la France. On se souvient de ses propos sur cette colonisation française coupable de crimes contre l’humanité. Je n’ai pas noté que Monsieur Macron, le 5 juillet dernier, ait cru devoir commémorer le massacre d’Oran de 1962 et le classer dans la même catégorie juridique de droit pénal international. Il est vrai que ce ne sont que 2000 Français qui furent sauvagement assassinés après pourtant que l’indépendance ait été accordée. (…) Au demeurant, Monsieur Macron a depuis récidivé: accueillant cette semaine son homologue palestinien Abbou Abbas, il a trouvé subtil de déclarer: «l’absence d’horizon politique nourrit le désespoir et l’extrémisme» . Ce qui est la manière ordinaire un peu surfaite d’excuser le terrorisme. À dire le vrai, le président français, paraît-il moderne, n’a cessé de trouver de fausses causes sociales éculées à ce terrorisme islamiste qui massacre les Français depuis deux années. Gilles-William Goldnadel
L’indifférence apparente des Français à la situation peut sembler étrange, s’assimiler à du déni, à la volonté de ne pas voir. Elle peut aussi se comprendre comme une stratégie de survie analogue à ce qui se passe depuis de nombreuses années en Israël. Les terroristes et leurs alliés wahabites, salafistes ou frères musulmans espéraient non seulement semer la mort mais tétaniser les populations, tarir les foules dans les salles de spectacle, les restaurants, nous contraindre à vivre comme dans ces pays obscurantistes dont ils se réclament. Or c’est l’inverse : les Français continuent à vivre presque comme d’habitude, ils sortent, vont au café, partent en vacances, acceptent de se soumettre à des procédures de sécurité renforcées. (…) Depuis les attentats de 1995, chacun de nous devient malgré soi une sorte d’agent de sécurité : entrer dans une rame de métro nous contraint à regard circulaire pour détecter un suspect éventuel. Un colis abandonné nous effraie. Dans une salle de cinéma ou de musique, nous calculons la distance qui nous sépare de la sortie en cas d’attaques surprises. Nous nous mettons à la place d’un djihadiste éventuel pour déjouer ses plans. (…) Pour comprendre ce scandaleux silence [concernant le meurtre de Sarah Halimi], il faut partir d’un constat fait par un certain nombre de nos têtes pensantes de gauche et d’extrême gauche : l’antisémitisme, ça suffit. C’est une vieille rengaine qu’on ne veut plus entendre. Il faut s’attaquer maintenant au vrai racisme, l’islamophobie qui touche nos amis musulmans. Bref, comme le disent beaucoup, le musulman en 2017 est le Juif des années 30, 40. On oublie au passage que l’antisémitisme ne s’est jamais adressé à la religion juive en tant que telle mais au peuple juif coupable d’exister et qu’enfin dans les années 40 il n’y avait pas d’extrémistes juifs qui lançaient des bombes dans les gares ou les lieux de culte, allaient égorger les prêtres dans leurs églises. Juste une remarque statistique : depuis Ilan Halimi, kidnappé et torturé par le Gang des Barbares jusqu’à Mohammed Mehra, l’Hyper casher de Vincennes et Sarah Halimi, pas moins de dix Français juifs ont été tués ces dernières années parce que juifs par des extrémistes de l’islam. Cela n’empêche pas les radicaux du Coran de se plaindre de l’islamophobie officielle de l’Etat français. Ce serait à hurler de rire si ça n’était pas tragique ! Dans la doxa officielle de la gauche, seule l’extrême droite souffre d’antisémitisme. Que le monde arabo musulman soit, pour une large part, rongé par la haine des Juifs, ces inférieurs devenus des égaux, est impensable pour eux. (…) Soutenir les Indigènes de la République en 2017, ce Ku Klux Klan islamiste, antisémite et fascisant est pour le moins problématique. Beaucoup à gauche pensent que les anciens dominés ou colonisés ne peuvent être racistes puisqu’ils ont été eux-mêmes opprimés. C’est d’une naïveté confondante. Il y a même ce que j’avais appelé il y a dix ans “un racisme de l’antiracisme” où les nouvelles discriminations à l’égard des Juifs, des Blancs, des Européens s’expriment au nom d’un antiracisme farouche. Le suprématisme noir ou arabe n’est pas moins odieux que le suprématisme blanc dont ils ne sont que le simple décalque. Les déclarations de Madame Obono relèvent d’une stratégie de la provocation que le Front de gauche partage avec le Front national, ce qui est normal puisque ce sont des frères ennemis mais jumeaux. Lancer une polémique, c’est chercher la réprobation pour se poser en victimes. Multiplier les transgressions va constituer la ligne politique de ceux qui s’appellent “Les insoumis”, nom assez cocasse quand on connaît l’ancien notable socialiste, le paria pépère qui est à leur tête et dont le patrimoine déclaré se monte à 1 135 000 euros, somme coquette pour un ennemi des riches. Pascal Bruckner
Le sujet n’a pas été abordé pendant la campagne présidentielle, pas davantage que les enjeux, plus larges, du «commun», de ce que c’est aujourd’hui qu’être Français, des frontières du pays, de notre «identité nationale». Et que cette occultation n’a pas fait disparaître cet enjeu fondamental pour nos concitoyens, contrairement à ce qu’ont voulu croire certains observateurs ou certains responsables politiques. (…) il y a la crainte d’aborder des enjeux tels que l’immigration ou la place de la religion dans la société par exemple. Crainte de «faire le jeu du FN» dans le langage politique de ces 20 dernières années suivant un syllogisme impeccable: le FN est le seul parti qui parle de l’immigration dans le débat public, le FN explique que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale», donc parler de l’immigration, c’est dire que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale»! La seule forme acceptable d’aborder le sujet étant de «lutter contre le FN» en expliquant que «l’immigration est une chance pour la France» et non une menace. Ce qui interdit tout débat raisonnable et raisonné sur le sujet. Enfin, les partis et responsables politiques qui avaient prévu d’aborder la question ont été éliminés ou dans l’incapacité concrète de le faire: songeons ici à Manuel Valls et François Fillon. Et notons que le FN lui-même n’a pas joué son rôle pendant la campagne, en mettant de côté cette thématique de campagne pour se concentrer sur le souverainisme économique, notamment avec la proposition de sortie de l’euro. Tout ceci a déséquilibré le jeu politique et la campagne, et n’a pas réussi au FN d’ailleurs qui s’est coupé d’une partie de son électorat potentiel. (…) L’opinion majoritairement négative de l’islam de la part de nos compatriotes vient de l’accumulation de plusieurs éléments. Le premier, ce sont les attentats depuis le début 2015, à la fois sur le sol national et de manière plus générale. Les terroristes qui tuent au nom de l’islam comme la guerre en Syrie et en Irak ou les actions des groupes djihadistes en Afrique font de l’ensemble de l’islam une religion plus inquiétante que les autres. Même si nos compatriotes font la part des choses et distinguent bien malgré ce climat islamisme et islam. On n’a pas constaté une multiplication des actes antimusulmans depuis 2015 et les musulmans tués dans des attaques terroristes depuis cette date l’ont été par les islamistes. Un deuxième élément, qui date d’avant les attentats et s’enracine plus profondément dans la société, tient à la visibilité plus marquée de l’islam dans le paysage social et politique français, comme ailleurs en Europe. En raison essentiellement de la radicalisation religieuse (pratiques alimentaires et vestimentaires, prières, fêtes, ramadan…) d’une partie des musulmans qui vivent dans les sociétés européennes – l’enquête réalisée par l’Institut Montaigne l’avait bien montré. Enfin, troisième élément de crispation, de nombreuses controverses de nature très différentes mais toutes concernant la pratique visible de l’islam ont défrayé la chronique ces dernières années, faisant l’objet de manipulations politiques tant de la part de ceux qui veulent mettre en accusation l’islam, que d’islamistes ou de partisans de l’islam politique qui les transforment en combat pour leur cause. On peut citer la question des menus dans les cantines, celle du fait religieux en entreprise, le port du voile ou celui du burkini, la question des prières de rue, celle de la présence de partis islamistes lors des élections, les controverses sur le harcèlement et les agressions sexuelles de femmes lors d’événements ou dans des quartiers où sont concentrées des populations musulmanes, etc. (…) Aujourd’hui, cette défiance s’étend à de multiples sujets, notamment aux enjeux sur l’identité commune et à l’immigration. Et, de ce point de vue, l’occultation de ces enjeux à laquelle on a pu assister pendant ces derniers mois, pendant la campagne dont cela aurait dû être un des points essentiels, est une très mauvaise nouvelle. Cela va encore renforcer cette défiance aux yeux de nos concitoyens car non seulement les responsables politiques ne peuvent ou ne veulent plus agir sur l’économie mais en plus ils tournent la tête dès lors qu’il s’agit d’immigration ou de définition d’une identité commune pour le pays et ses citoyens. Laurent Bouvet
Une partie du pays a eu le sentiment que la campagne avait été détournée de son sens et accaparée, à dessein, par les «affaires» que l’on sait, la presse étant devenue en la matière moins un contre-pouvoir qu’un anti-pouvoir, selon le mot de Marcel Gauchet. Cette nouvelle force politique pêche par sa représentativité dérisoire, doublée d’un illusoire renouvellement sociologique, quand 75 % des candidats d’En marche appartiennent à la catégorie «cadres et professions intellectuelles supérieures». Le seul véritable renouvellement est générationnel, avec l’arrivée au pouvoir d’une tranche d’âge plus jeune évinçant les derniers tenants du «baby boom». Pour une «disparue», la lutte de classe se porte bien. Pour autant, elle a rarement été aussi occultée. Car cette victoire, c’est d’abord celle de l’entre-soi d’une bourgeoisie qui ne s’assume pas comme telle et se réfugie dans la posture morale (le fameux chantage au fascisme devenu, comme le dit Christophe Guilluy, une «arme de classe» contre les milieux populaires). Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire, les questions qui nourrissent l’angoisse française ont été laissées de côté pour les mêmes raisons que l’antisémitisme, dit «nouveau», demeure indicible. C’est là qu’il faut voir l’une des causes de la dépression collective du pays, quand la majorité sent son destin confisqué par une oligarchie de naissance, de diplôme et d’argent. Une sorte de haut clergé médiatique, universitaire, technocratique et culturellement hors sol. Toutefois, le plus frappant demeure à mes yeux la façon dont le gauchisme culturel s’est fait l’allié d’une bourgeoisie financière qui a prôné l’homme sans racines, le nomade réduit à sa fonction de producteur et de consommateur. Un capitalisme financier mondialisé qui a besoin de frontières ouvertes mais dont ni lui ni les siens, toutefois, retranchés dans leur entre-soi, ne vivront les conséquences. (…) Dans un autre ordre d’idées, peut-on déconnecter la constante progression du taux d’abstention et l’évolution de notre société vers une forme d’anomie, de repli sur soi et d’individualisme triste? Comme si l’exaltation ressassée du «vivre-ensemble» disait précisément le contraire. Cette évolution, elle non plus, n’est pas sans lien à ce retournement du clivage de classe qui voit une partie de la gauche morale s’engouffrer dans un ethos méprisant à l’endroit des classes populaires, qu’elle relègue dans le domaine de la «beauferie» méchante des «Dupont Lajoie». Certains analystes ont déjà lumineusement montré (je pense à Julliard, Le Goff, Michéa, Guilluy, Bouvet et quelques autres), comment le mouvement social avait été progressivement abandonné par une gauche focalisée sur la transformation des mœurs. (…) Par le refus de la guerre qu’on nous fait dès lors que nous avons décidé qu’il n’y avait plus de guerre («Vous n’aurez pas ma haine» ) en oubliant, selon le mot de Julien Freund, que «c’est l’ennemi qui vous désigne». En privilégiant cette doxa habitée par le souci grégaire du «progrès» et le permanent désir d’«être de gauche», ce souci dont Charles Péguy disait qu’on ne mesurera jamais assez combien il nous a fait commettre de lâchetés. (…) Le magistère médiatico-universitaire de cette bourgeoisie morale (Jean-Claude Michéa parlait récemment dans la Revue des deux mondes, (avril 2017) d’une «représentation néocoloniale des classes populaires […] par les élites universitaires postmodernes», affadit les joutes intellectuelles. Chacun sait qu’il lui faudra rester dans les limites étroites de la doxa dite de l’«ouverture à l’Autre». De là une censure intérieure qui empêche nos doutes d’affleurer à la conscience et qui relègue les faits derrière les croyances. «Une grande quantité d’intelligence peut être investie dans l’ignorance lorsque le besoin d’illusion est profond», notait jadis l’écrivain américain Saul Bellow. (…) La chape de plomb qui pèse sur l’expression publique détourne le sens des mots pour nous faire entrer dans un univers orwellien où le blanc c’est le noir et la vérité le mensonge. (…) il s’agit aussi, et en partie, d’un antijudaïsme d’importation. Que l’on songe simplement au Maghreb, où il constitue un fond culturel ancien et antérieur à l’histoire coloniale. L’anthropologie culturelle permet le décryptage du soubassement symbolique de toute culture, la mise en lumière d’un imaginaire qui sous-tend une représentation du monde. (…) Mais, pour la doxa d’un antiracisme dévoyé, l’analyse culturelle ne serait qu’un racisme déguisé.En juillet 2016, Abdelghani Merah (le frère de Mohamed) confiait à la journaliste Isabelle Kersimon que lorsque le corps de Mohamed fut rendu à la famille, les voisins étaient venus en visite de deuil féliciter ses parents, regrettant seulement, disaient-ils, que Mohamed «n’ait pas tué plus d’enfants juifs»(sic). Cet antisémitisme est au mieux entouré de mythologies, au pire nié. Il serait, par exemple, corrélé à un faible niveau d’études alors qu’il demeure souvent élevé en dépit d’un haut niveau scolaire. On en fait, à tort, l’apanage de l’islamisme seul. Or, la Tunisie de Ben Ali, longtemps présentée comme un modèle d’«ouverture à l’autre», cultivait discrètement son antisémitisme sous couvert d’antisionisme (cfNotre ami Ben Ali, de Beau et Turquoi, Editions La Découverte). Et que dire de la Syrie de Bachar el-Assad, à la fois violemment anti-islamiste et antisémite, à l’image d’ailleurs du régime des généraux algériens? Ou, en France, de l’attitude pour le moins ambiguë des Indigènes de la République sur le sujet comme celle de ces autres groupuscules qui, sans lien direct à l’islamisme, racialisent le débat social et redonnent vie au racisme sous couvert de «déconstruction postcoloniale»? (…) Les universitaires et intellectuels signataires font dans l’indigénisme comme leurs prédécesseurs faisaient jadis dans l’ouvriérisme. Même mimétisme, même renoncement à la raison, même morgue au secours d’une logorrhée intellectuelle prétentieuse (c’est le parti de l’intelligence, à l’opposé des simplismes et des clichés de la «fachosphère»). Un discours qui fait fi de toute réalité, à l’instar du discours ouvriériste du PCF des années 1950, expliquant posément la «paupérisation de la classe ouvrière». De cette «parole raciste qui revendique l’apartheid», comme l’écrit le Comité laïcité république à propos de Houria Bouteldja, les auteurs de cette tribune en défense parlent sans ciller à son propos de «son attachement au Maghreb […] relié aux Juifs qui y vivaient, dont l’absence désormais créait un vide impossible à combler».Une absence, ajoutent-ils, qui rend l’auteur «inconsolable». Cette forme postcoloniale de la bêtise, entée par la culpabilité compassionnelle, donne raison à George Orwell, qui estimait que les intellectuels étaient ceux qui, demain, offriraient la plus faible résistance au totalitarisme, trop occupés à admirer la force qui les écrasera. Et à préférer leur vision du monde à la réalité qui désenchante. Nous y sommes. (…) L’islam radical use du droit pour imposer le silence. Cela, on le savait déjà. Mais mon procès a mis en évidence une autre force d’intimidation, celle de cette «gauche morale» qui voit dans tout contradicteur un ennemi contre lequel aucun procédé ne saurait être jugé indigne. Pas même l’appel au licenciement, comme dans mon cas. Un ordre moral qui traque les mauvaises pensées et les sentiments indignes, qui joue sur la mauvaise conscience et la culpabilité pour clouer au pilori. Et exigera (comme la Licra à mon endroit) repentance et «excuses publiques», à l’instar d’une cérémonie d’exorcisme comme dans une «chasse aux sorcières» du XVIIe siècle. (…)  En se montrant incapable de voir le danger qui vise les Juifs, une partie de l’opinion française se refuse à voir le danger qui la menace en propre. Georges Bensoussan

Attention: un tombeau peut en cacher un autre !

Président palestinien au mandat expiré depuis huit ans et financier revendiqué du terrorisme salué par son homologue français pour son « engagement en faveur de la non-violence »; terroriste notoire se voyant gratifié pour cause de détention d’excuses officielles et d’une dizaine de millions de dollars de compensation financière; pétition de la première lycéenne venue contre le racisme de Victor Hugo; associations humanitaires apportant leur soutien explicite à l’un des pires trafics d’êtres humains de l’histoire; ministres de la République française soutenant, entre deux frasques ou démissions pour affaires de corruption, le droit à « niquer » la France ou célébrant, via l’écriture anonyme de romans érotiques l’encanaillement des bourgeoises dans les  » banlieues chaudes »occultation du thème de l’immigration et du terrorisme islamique tout au long d’une campagne ayant abouti, via un véritable hold up et l’élimination ou la stigmatisation des principaux candidats de l’opposition à l’élection d’un président n’ayant recueilli que 17% des inscrits au premier tour, alors que le sujet est censé être une importante préoccupation des Français et qu’on en est à la 34e évacuation en deux ans de quelque 2 800 migrants clandestins en plein Paris, installation dans la quasi-indifférence générale depuis plus d’un an de quasi-favelas de gitans le long d’une route nationale à la sortie de Paris; dénonciation ou censure de ceux qui osent nommer, sur fond d’israélisation toujours plus grande, le nouvel antisémitisme d’origine musulmane ou d’extrême-gauche, marche d’imams européens contre le terrorisme peinant, pour cause de fatigue post-ramadan et malgré pourtant un bilan récent de quelque centaines de victimes, à réunir les participants; peuple américain contraint, après les huit années de l’accident industriel Obama, de se choisir un président américain issu du monde de l’immobilier et de la télé-réalité (monde du catch compris où le bougre a littéralement risqué sa peau sans répétitions !); informations sur la véritable cabale des services secrets comme des médias contre ledit président américain disponibles que sur le seul site d’un des plus grands complotistes de l’histoire

A l’heure où un  tombeau de 4 000 ans entouré d’une enceinte de 2 000 ans …

Se voit magiquement transmué après l’an dernier un Temple lui aussi bimillénaire …

En propriété d’une religion d’à peine 1 100 ans …

Comment ne pas repenser

Vieille comme le monde dans ce nouveau tombeau du politiquement correct …

A cette propension humaine dont parlaient Eschyle comme Orwell ou Girard …

A toujours ensevelir comme première victime de la violence et de la guerre…

La simple vérité ?

Georges Bensoussan : «Nous entrons dans un univers orwellien où la vérité c’est le mensonge»

Alexandre Devecchio
Le Figaro

07/07/2017

ENTRETIEN – L’auteur des Territoires perdus de la République (Fayard) et d’Une France soumise (Albin Michel) revisite la campagne présidentielle. Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire : pour l’historien, les questions qui nourrissent l’angoisse française ont été laissées de côté.

En 2002, Georges Bensoussan publiait Les Territoires perdus de la République, un recueil de témoignages d’enseignants de banlieue qui faisait apparaître l’antisémitisme, la francophobie et le calvaire des femmes dans les quartiers dits sensibles.«Un livre qui faisait exploser le mur du déni de la réalité française», se souvient Alain Finkielkraut, l’un des rares défenseurs de l’ouvrage à l’époque.

Une France soumise, paru cette année, montrait que ces quinze dernières années tout s’était aggravé. L’élection présidentielle devait répondre à ce malaise. Mais, pour Georges Bensoussan, il n’en a rien été. Un voile a été jeté sur les questions qui fâchent. Un symbole de cet aveuglement? Le meurtre de Sarah Halimi, défenestrée durant la campagne aux cris d’«Allah Akbar» sans qu’aucun grand média ne s’en fasse l’écho. Une chape de plomb médiatique, intellectuelle et politique qui, selon l’historien, évoque de plus en plus l’univers du célèbre roman de George Orwell, 1984.
Selon un sondage du JDD paru cette semaine, le recul de l’islam radical est l’attente prioritaire des Français (61 %), loin devant les retraites (43 %), l’école (36 %), l’emploi (36 %) ou le pouvoir d’achat (30 %). D’après une autre étude, 65 % des sondés considèrent qu’«il y a trop d’étrangers en France» et 74 % que l’islam souhaite «imposer son mode de fonctionnement aux autres».

LE FIGARO. – Des résultats en décalage avec les priorités affichées par le nouveau pouvoir: moralisation de la vie politique, loi travail, construction européenne… Les grands enjeux de notre époque ont- ils été abordés durant la campagne présidentielle?

Georges BENSOUSSAN. – Une partie du pays a eu le sentiment que la campagne avait été détournée de son sens et accaparée, à dessein, par les «affaires» que l’on sait, la presse étant devenue en la matière moins un contre-pouvoir qu’un anti-pouvoir, selon le mot de Marcel Gauchet. Cette nouvelle force politique pêche par sa représentativité dérisoire, doublée d’un illusoire renouvellement sociologique, quand 75 % des candidats d’En marche appartiennent à la catégorie «cadres et professions intellectuelles supérieures». Le seul véritable renouvellement est générationnel, avec l’arrivée au pouvoir d’une tranche d’âge plus jeune évinçant les derniers tenants du «baby boom».

Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire, les questions qui nourissent l’angoisse française ont été laissées de côté
Pour une «disparue», la lutte de classe se porte bien. Pour autant, elle a rarement été aussi occultée. Car cette victoire, c’est d’abord celle de l’entre-soi d’une bourgeoisie qui ne s’assume pas comme telle et se réfugie dans la posture morale (le fameux chantage au fascisme devenu, comme le dit Christophe Guilluy, une «arme de classe» contre les milieux populaires). Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire, les questions qui nourrissent l’angoisse française ont été laissées de côté pour les mêmes raisons que l’antisémitisme, dit «nouveau», demeure indicible.
C’est là qu’il faut voir l’une des causes de la dépression collective du pays, quand la majorité sent son destin confisqué par une oligarchie de naissance, de diplôme et d’argent. Une sorte de haut clergé médiatique, universitaire, technocratique et culturellement hors sol.
Toutefois, le plus frappant demeure à mes yeux la façon dont le gauchisme culturel s’est fait l’allié d’une bourgeoisie financière qui a prôné l’homme sans racines, le nomade réduit à sa fonction de producteur et de consommateur. Un capitalisme financier mondialisé qui a besoin de frontières ouvertes mais dont ni lui ni les siens, toutefois, retranchés dans leur entre-soi, ne vivront les conséquences.

Ce gauchisme culturel est moins l’«idiot utile» de l’islamisme que celui de ce capitalisme déshumanisé qui, en faisant de l’intégration démocratique à la nation un impensé, empêche d’analyser l’affrontement qui agite souterrainement notre société. De surcroît, l’avenir de la nation France n’est pas sans lien à la démographie des mondes voisins quand la machine à assimiler, comme c’est le cas aujourd’hui, fonctionne moins bien.

Dans un autre ordre d’idées, peut-on déconnecter la constante progression du taux d’abstention et l’évolution de notre société vers une forme d’anomie, de repli sur soi et d’individualisme triste? Comme si l’exaltation ressassée du «vivre-ensemble» disait précisément le contraire. Cette évolution, elle non plus, n’est pas sans lien à ce retournement du clivage de classe qui voit une partie de la gauche morale s’engouffrer dans un ethos méprisant à l’endroit des classes populaires, qu’elle relègue dans le domaine de la «beauferie» méchante des «Dupont Lajoie».Certains analystes ont déjà lumineusement montré (je pense à Julliard, Le Goff, Michéa, Guilluy, Bouvet et quelques autres), comment le mouvement social avait été progressivement abandonné par une gauche focalisée sur la transformation des mœurs.

La France que vous décrivez semble au bord de l’explosion. Dès lors, comment expliquez-vous le déni persistant d’une partie des élites?

Par le refus de la guerre qu’on nous fait dès lors que nous avons décidé qu’il n’y avait plus de guerre («Vous n’aurez pas ma haine» ) en oubliant, selon le mot de Julien Freund, que «c’est l’ennemi qui vous désigne». En privilégiant cette doxa habitée par le souci grégaire du «progrès» et le permanent désir d’«être de gauche», ce souci dont Charles Péguy disait qu’on ne mesurera jamais assez combien il nous a fait commettre de lâchetés. Enfin, en éprouvant, c’est normal, toutes les difficultés du monde à reconnaître qu’on s’est trompé, parfois même tout au long d’une vie. Comment oublier à cet égard les communistes effondrés de 1956?
Quant à ceux qui jouent un rôle actif dans le maquillage de la réalité, ils ont, eux, prioritairement le souci de maintenir une position sociale privilégiée. La perpétuation de la doxa est inséparable de cet ordre social dont ils sont les bénéficiaires et qui leur vaut reconnaissance, considération et avantages matériels.
Le magistère médiatico-universitaire de cette bourgeoisie morale (Jean-Claude Michéa parlait récemment dans la Revue des deux mondes, (avril 2017) d’une «représentation néocoloniale des classes populaires […] par les élites universitaires postmodernes», affadit les joutes intellectuelles. Chacun sait qu’il lui faudra rester dans les limites étroites de la doxa dite de l’«ouverture à l’Autre». De là une censure intérieure qui empêche nos doutes d’affleurer à la conscience et qui relègue les faits derrière les croyances. «Une grande quantité d’intelligence peut être investie dans l’ignorance lorsque le besoin d’illusion est profond», notait jadis l’écrivain américain Saul Bellow.

Avec 16 autres intellectuels, dont Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Elisabeth Badinter, Michel Onfray ou encore Marcel Gauchet, vous avez signé une tribune pour que la vérité soit dite sur le meurtre de Sarah Halimi. Cette affaire est-elle un symptôme de ce déni que vous dénoncez?

La chape de plomb qui pèse sur l’expression publique détourne le sens des mots pour nous faire entrer dans un univers orwellien où le blanc c’est le noir et la vérité le mensonge. Nous avons signé cette tribune pour tenter de sortir cette affaire du silence qui l’entourait, comme celui qui avait accueilli, en 2002, la publication des Territoires perdus de la République.

C’était il y a quinze ans et vous alertiez déjà sur la montée d’un antisémitisme dit «nouveau»…

Faut-il parler d’un «antisémitisme nouveau»? Je ne le crois pas. Non seulement parce que les premiers signes en avaient été détectés dès la fin des années 1980. Mais plus encore parce qu’il s’agit aussi, et en partie, d’un antijudaïsme d’importation. Que l’on songe simplement au Maghreb, où il constitue un fond culturel ancien et antérieur à l’histoire coloniale. L’anthropologie culturelle permet le décryptage du soubassement symbolique de toute culture, la mise en lumière d’un imaginaire qui sous-tend une représentation du monde.

Mais, pour la doxa d’un antiracisme dévoyé, l’analyse culturelle ne serait qu’un racisme déguisé. En septembre 2016, le dramaturge algérien Karim Akouche déclarait: «Voulez-vous devenir une vedette dans la presse algérienne arabophone? C’est facile. Prêchez la haine des Juifs […]. Je suis un rescapé de l’école algérienne. On m’y a enseigné à détester les Juifs. Hitler y était un héros. Des professeurs en faisaient l’éloge. Après le Coran, Mein Kampf et Les Protocoles des sages de Sion sont les livres les plus lus dans le monde musulman.» En juillet 2016, Abdelghani Merah (le frère de Mohamed) confiait à la journaliste Isabelle Kersimon que lorsque le corps de Mohamed fut rendu à la famille, les voisins étaient venus en visite de deuil féliciter ses parents, regrettant seulement, disaient-ils, que Mohamed «n’ait pas tué plus d’enfants juifs»(sic).

Cet antisémitisme est au mieux entouré de mythologies, au pire nié. Il serait, par exemple, corrélé à un faible niveau d’études alors qu’il demeure souvent élevé en dépit d’un haut niveau scolaire. On en fait, à tort, l’apanage de l’islamisme seul. Or, la Tunisie de Ben Ali, longtemps présentée comme un modèle d’«ouverture à l’autre», cultivait discrètement son antisémitisme sous couvert d’antisionisme (cfNotre ami Ben Ali, de Beau et Turquoi, Editions La Découverte). Et que dire de la Syrie de Bachar el-Assad, à la fois violemment anti-islamiste et antisémite, à l’image d’ailleurs du régime des généraux algériens? Ou, en France, de l’attitude pour le moins ambiguë des Indigènes de la République sur le sujet comme celle de ces autres groupuscules qui, sans lien direct à l’islamisme, racialisent le débat social et redonnent vie au racisme sous couvert de «déconstruction postcoloniale»?

Justement, le 19 juin dernier, un collectif d’intellectuels a publié dans Le Monde un texte de soutien à Houria Bouteldja, la chef de file des Indigènes de la République.

Que penser de l’évolution sociétale d’une partie des élites françaises quand le même quotidien donne la parole aux détracteurs de Kamel Daoud, aux apologistes d’Houria Bouteldja et offre une tribune à Marwan Muhammad, du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qualifié par ailleurs de «porte-parole combatif des musulmans»?

Les universitaires et intellectuels signataires font dans l’indigénisme comme leurs prédécesseurs faisaient jadis dans l’ouvriérisme. Même mimétisme, même renoncement à la raison, même morgue au secours d’une logorrhée intellectuelle prétentieuse (c’est le parti de l’intelligence, à l’opposé des simplismes et des clichés de la «fachosphère»). Un discours qui fait fi de toute réalité, à l’instar du discours ouvriériste du PCF des années 1950, expliquant posément la «paupérisation de la classe ouvrière». De cette «parole raciste qui revendique l’apartheid», comme l’écrit le Comité laïcité république à propos de Houria Bouteldja, les auteurs de cette tribune en défense parlent sans ciller à son propos de «son attachement au Maghreb […] relié aux Juifs qui y vivaient, dont l’absence désormais créait un vide impossible à combler».Une absence, ajoutent-ils, qui rend l’auteur «inconsolable». Cette forme postcoloniale de la bêtise, entée par la culpabilité compassionnelle, donne raison à George Orwell, qui estimait que les intellectuels étaient ceux qui, demain, offriraient la plus faible résistance au totalitarisme, trop occupés à admirer la force qui les écrasera. Et à préférer leur vision du monde à la réalité qui désenchante. Nous y sommes.

Vous vous êtes retrouvé sur le banc des accusés pour avoir dénoncé l’antisémitisme des banlieues dans l’émission «Répliques» sur France Culture. Il a suffi d’un signalement du CCIF pour que le parquet décide de vous poursuivre cinq mois après les faits. Contre toute attente, SOS-Racisme, la LDH, le Mrap mais aussi la Licra s’étaient associés aux poursuites.

En dépit de la relaxe prononcée le 7 mars dernier, et brillamment prononcée même, le mal est fait: ce procès n’aurait jamais dû se tenir. Car, pour le CCIF, l’objectif est atteint: intimider et faire taire. Après mon affaire, comme après celle de tant d’autres, on peut parier que la volonté de parler ira s’atténuant.

A-t-on remarqué d’ailleurs que, depuis l’attentat de Charlie Hebdo, on n’a plus vu une seule caricature du Prophète dans la presse occidentale?

L’islam radical use du droit pour imposer le silence. Cela, on le savait déjà. Mais mon procès a mis en évidence une autre force d’intimidation, celle de cette «gauche morale» qui voit dans tout contradicteur un ennemi contre lequel aucun procédé ne saurait être jugé indigne. Pas même l’appel au licenciement, comme dans mon cas. Un ordre moral qui traque les mauvaises pensées et les sentiments indignes, qui joue sur la mauvaise conscience et la culpabilité pour clouer au pilori. Et exigera (comme la Licra à mon endroit) repentance et «excuses publiques», à l’instar d’une cérémonie d’exorcisme comme dans une «chasse aux sorcières» du XVIIe siècle.

Comment entendre la disproportion entre l’avalanche de condamnations qui m’a submergé et les mots que j’avais employés au micro de France Culture?

J’étais entré de plain-pied, je crois, dans le domaine d’un non-dit massif, celui d’un antisémitisme qui, en filigrane, pose la question de l’intégration et de l’assimilation. Voire, en arrière-plan, celle du rejet de la France. En se montrant incapable de voir le danger qui vise les Juifs, une partie de l’opinion française se refuse à voir le danger qui la menace en propre.

Une France soumise. Les voix du refus,collectif dirigé par Georges Bensoussan. Albin Michel, 672 p., 24,90 €. Préface d’Elisabeth Badinter

Voir aussi:

http://www.valeursactuelles.com/societe/pour-la-doxa-officielle-le-seul-antisemitisme-est-dextreme-droite-86190

“Pour la doxa officielle, le seul antisémitisme est d’extrême-droite”
Interview. Terrorisme, communautarisme, délires antiracistes : le philosophe et essayiste Pascal Bruckner décrypte les dernières polémiques et ce qu’elles disent de la société française.

Mickaël Fonton
Valeurs actuellles

10 juillet 2017

Le 19 juin dernier, une agression terroriste se produisait sur les Champs-Elysées. L’opinion s’en est trouvée agitée quelques heures, puis la vie a repris son cours. Alors qu’approche la commémoration de l’attentat du 14 juillet à Nice, croyez-vous que les Français aient pris la mesure exacte de la menace qui pèse sur le pays ?
L’indifférence apparente des Français à la situation peut sembler étrange, s’assimiler à du déni, à la volonté de ne pas voir. Elle peut aussi se comprendre comme une stratégie de survie analogue à ce qui se passe depuis de nombreuses années en Israël. Les terroristes et leurs alliés wahabites, salafistes ou frères musulmans espéraient non seulement semer la mort mais tétaniser les populations, tarir les foules dans les salles de spectacle, les restaurants, nous contraindre à vivre comme dans ces pays obscurantistes dont ils se réclament. Or c’est l’inverse : les Français continuent à vivre presque comme d’habitude, ils sortent, vont au café, partent en vacances, acceptent de se soumettre à des procédures de sécurité renforcées.

La présence de policiers armés les rassure. Mais la peur reste latente. Depuis les attentats de 1995, chacun de nous devient malgré soi une sorte d’agent de sécurité : entrer dans une rame de métro nous contraint à regard circulaire pour détecter un suspect éventuel. Un colis abandonné nous effraie. Dans une salle de cinéma ou de musique, nous calculons la distance qui nous sépare de la sortie en cas d’attaques surprises. Nous nous mettons à la place d’un djihadiste éventuel pour déjouer ses plans. Nous sommes devenus malgré nous la victime et le tueur. Nous sommes bien en guerre civile larvée mais avec un sang- froid étonnant dont ne font preuve ni les Nord-américains ni les Britanniques.
Sur le même sujet
Arte diffusera finalement le documentaire sur l’antisémitisme musulman

Comment expliquez-vous le silence médiatique qui a entouré le meurtre de Sarah Halimi ? Indifférence, lassitude, volonté de ne pas “faire le jeu” de tel ou tel parti à l’approche de la présidentielle ?
Pour comprendre ce scandaleux silence, il faut partir d’un constat fait par un certain nombre de nos têtes pensantes de gauche et d’extrême gauche : l’antisémitisme, ça suffit. C’est une vieille rengaine qu’on ne veut plus entendre. Il faut s’attaquer maintenant au vrai racisme, l’islamophobie qui touche nos amis musulmans. Bref, comme le disent beaucoup, le musulman en 2017 est le Juif des années 30, 40. On oublie au passage que l’antisémitisme ne s’est jamais adressé à la religion juive en tant que telle mais au peuple juif coupable d’exister et qu’enfin dans les années 40 il n’y avait pas d’extrémistes juifs qui lançaient des bombes dans les gares ou les lieux de culte, allaient égorger les prêtres dans leurs églises.

Juste une remarque statistique : depuis Ilan Halimi, kidnappé et torturé par le Gang des Barbares jusqu’à Mohammed Mehra, l’Hyper casher de Vincennes et Sarah Halimi, pas moins de dix Français juifs ont été tués ces dernières années parce que juifs par des extrémistes de l’islam. Cela n’empêche pas les radicaux du Coran de se plaindre de l’islamophobie officielle de l’Etat français. Ce serait à hurler de rire si ça n’était pas tragique ! Dans la doxa officielle de la gauche, seule l’extrême droite souffre d’antisémitisme. Que le monde arabo musulman soit, pour une large part, rongé par la haine des Juifs, ces inférieurs devenus des égaux, est impensable pour eux.

Que vous inspire la polémique autour de Danièle Obono, députée de la France insoumise qui réitère son soutien à des personnes qui insultent la France ?
Soutenir les Indigènes de la République en 2017, ce Ku Klux Klan islamiste, antisémite et fascisant est pour le moins problématique. Beaucoup à gauche pensent que les anciens dominés ou colonisés ne peuvent être racistes puisqu’ils ont été eux-mêmes opprimés. C’est d’une naïveté confondante. Il y a même ce que j’avais appelé il y a dix ans “un racisme de l’antiracisme” où les nouvelles discriminations à l’égard des Juifs, des Blancs, des Européens s’expriment au nom d’un antiracisme farouche. Le suprématisme noir ou arabe n’est pas moins odieux que le suprématisme blanc dont ils ne sont que le simple décalque. Les déclarations de Madame Obono relèvent d’une stratégie de la provocation que le Front de gauche partage avec le Front national, ce qui est normal puisque ce sont des frères ennemis mais jumeaux. Lancer une polémique, c’est chercher la réprobation pour se poser en victimes. Multiplier les transgressions va constituer la ligne politique de ceux qui s’appellent “Les insoumis”, nom assez cocasse quand on connaît l’ancien notable socialiste, le paria pépère qui est à leur tête et dont le patrimoine déclaré se monte à 1 135 000 euros, somme coquette pour un ennemi des riches.

Gilles-William Goldnadel : « Anne Hidalgo et les migrants, la grande hypocrisie »

  • Gilles William Goldnadel
  • Le Figaro
  • 10/07/2017

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Dans sa chronique, l’avocat Gilles-William Goldnadel dénonce la mauvaise gestion d’Anne Hidalgo de l’afflux de migrants vers la capitale. Pour elle, en proposant une loi sur le sujet, la maire de Paris montre sa volonté de rejeter la responsabilité de cette catastrophe humaine et sécuritaire sur l’État.


Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.


Je soumets cette question: y aurait-il une manière de concours de soumission entre la première magistrate de Paris et le premier magistrat de France? À celui ou celle qui aurait la soumission la plus soumise?

Ainsi, cette semaine, Madame Hidalgo a-t-elle proposé une loi sur les migrants qu’on ne lui demandait pas et pour laquelle on ne lui connaît aucune compétence particulière.

C’est le moins que l’on puisse écrire. En réalité, un esprit chagrin soupçonnerait l’édile municipal, dépassé par des événements migratoires dans sa ville qu’elle aura pourtant accueillis extatiquement, de vouloir faire porter le chapeau aux autres villes et à l’État.

Les responsables socialistes comme elle ont bien raison de ne pas être complexés. Personne ne leur a demandé raison d’une irresponsabilité qui aura accouché d’une catastrophe démographique et sécuritaire dont on ne perçoit pas encore toute la gravité. Dans un monde normal, ils devraient raser les murs, mais dans le monde virtuel ils peuvent se permettre de construire sur la comète des ponts suspendus. L’idéologie esthétique qui les porte et supporte considère la réalité comme une obscénité.

Et les arguments les plus gênants comme des grossièretés. C’est ainsi, que faire remarquer que toutes les belles âmes, les artistes généreux (pardon pour le pléonasme), les citoyens aériens du monde, prêts à accueillir l’humanité entière sans accueillir un seul enfant dans mille mètres au carré, relève d’une insupportable vulgarité.

Madame Hidalgo s’exclame: «faisons du défi migratoire une réussite pour la France» sur le même ton assuré que ses amis chantaient il y a 20 ans: «L’immigration, une chance pour la France». Décidément, ils ne manquent pas d’air.

Madame Hidalgo prétend vouloir améliorer l’intégration des nouveaux migrants. Ses amis n’ont pas réussi en deux décennies à intégrer des populations culturellement et socialement plus aisément intégrables. À aucun moment Anne Hidalgo n’a eu le mauvais goût d’évoquer la question de l’islam.

Madame Hidalgo n’aurait pas songé à demander aux riches monarques du golfe, à commencer par celui du Qatar, à qui elle tresse régulièrement des couronnes, de faire preuve de générosité à l’égard de leurs frères de langue, de culture et de religion.

Madame le maire n’est pas très franche. Dans sa proposition, elle feint de séparer les réfugiés éligibles au droit d’asile et les migrants économiques soumis au droit commun. Elle fait semblant de ne pas savoir que ces derniers pour leur immense majorité ne sont pas raccompagnés et que dès lors qu’ils sont déboutés , ils se fondent dans la clandestinité la plus publique du monde.

Comme l’écrit Pierre Lellouche dans Une guerre sans fin (Cerf) que je recommande: «Aucun principe de droit international n’oblige les Français déjà surendettés, à hauteur de plus de 2000 milliards, à financer par leurs impôts et leurs cotisations sociales des soins gratuits pour tous les immigrés illégaux présents sur notre sol… en 2016, l’octroi du statut de demandeur d’asile est devenu un moyen couramment utilisé par des autorités dépassées pour vider les camps de migrants, à Paris bien sûr, mais aussi par exemple, à Calais, dans la fameuse «jungle» qui, avant son démantèlement, comptait environ 14 000 «habitants». Ces derniers, essentiellement des migrants économiques, ont été qualifiés de réfugiés politiques dans l’unique but de pouvoir les transférer vers d’autres centres, dénommés CAO ou CADA en province. De telles méthodes relèvent d’une stratégie digne du mythe de Sisyphe: plus ils sont vidés, plus ils se remplissent à nouveau…»

Surtout, Madame Hidalgo n’est pas très courageuse: elle n’ose pas dire le fond de sa pensée: Que l’on ne saurait sans déchoir dire «Non» à l’Autre , «ici c’est chez moi, ce n’est pas chez toi».

J’ai moi-même posé la question, au micro de RMC, à son adjoint chargé du logement, le communiste Iann Brossat: «Oui ou non, faut-il expulser les déboutés du droit d’asile? Réponse du collaborateur: «non bien sûr».

Madame Hidalgo n’a pas le courage de dire le fond de sa pensée soumise .

À la vérité, c’est bien parce que les responsables français démissionnaires n’ont pas eu la volonté et l’intelligence de faire respecter les lois de la république souveraine sur le contrôle des flux migratoires , et ont maintenu illégalement sur le sol national des personnes non désirées, que la France ne peut plus se permettre d’accueillir des gens qui mériteraient parfois davantage de l’être. Qui veut faire l’ange fait la bête.

Mais le premier Français, n’aura pas démérité non plus à ce concours de la soumission auquel il semble aussi avoir soumissionné.

C’est ainsi que cette semaine encore, le président algérien a, de nouveau, réclamé avec insistance de la France qu’elle se soumette et fasse repentance .

Cela tourne à la manie. La maladie chronique macronienne du ressentiment ressassé de l’Algérie faillie. À comparer avec l’ouverture d’esprit marocaine.

En effet, Monsieur Bouteflika a des circonstances atténuantes. Son homologue français lui aura tendu la verge pour fouetter la France. On se souvient de ses propos sur cette colonisation française coupable de crimes contre l’humanité.

Je n’ai pas noté que Monsieur Macron, le 5 juillet dernier, ait cru devoir commémorer le massacre d’Oran de 1962 et le classer dans la même catégorie juridique de droit pénal international. Il est vrai que ce ne sont que 2000 Français qui furent sauvagement assassinés après pourtant que l’indépendance ait été accordée.

On serait injuste de penser que cette saillie un peu obscène n’aurait que des raisons bassement électoralistes. Je crains malheureusement que Jupiter ne soit sincère. Enfant de ce siècle névrotiquement culpabilisant , il a dans ses bagages tout un tas d’ustensiles usagés qui auront servi à tourmenter les Français depuis 30 ans et à inoculer dans les quartiers le bacille mortel de la détestation pathologique de l’autochtone.

Au demeurant, Monsieur Macron a depuis récidivé: accueillant cette semaine son homologue palestinien Abbou Abbas, il a trouvé subtil de déclarer: «l’absence d’horizon politique nourrit le désespoir et l’extrémisme» . Ce qui est la manière ordinaire un peu surfaite d’excuser le terrorisme.

À dire le vrai, le président français, paraît-il moderne, n’a cessé de trouver de fausses causes sociales éculées à ce terrorisme islamiste qui massacre les Français depuis deux années.

Pour vaincre l’islamisme radical, il préfère à présent soumettre le thermomètre.

C’est à se demander si la pensée complexe de Jupiter n’est pas un peu simpliste.

1er juillet 2017 

Le journaliste James O’Keffe (photo) réalise depuis plusieurs années des vidéos en caméra cachée. Il y filme les commentaires, voire les aveux, de personnalités politiques sur les scandales du moment. Proche de Breibart et du président Trump, il vient de réaliser trois vidéos sur le traitement par CNN des possibles ingérences russes dans la campagne présidentielle états-unienne.

La première partie, diffusée le 26 juin 2017, montre un producteur-en-chef de CNN, John Bonifield, responsable de séquences non-politiques, affirmer que les accusations de collusion entre la Russie et l’équipe Trump ne sont que « des conneries » diffusées « pour l’audience ».

La seconde partie, diffusée le 28 juin, montre le présentateur de CNN Anthony Van Jones (ancien collaborateur de Barack Obama licencié de la Maison-Blanche pour avoir publiquement mis en cause la version officielle des attentats du 11-Septembre) affirmant que cette histoire d’ingérence russe est une nullité.

La troisième partie, diffusée le 30 juin, montre le producteur associé de CNN, Jimmy Carr, déclarer que le président Donald Trump est un malade mental et que ses électeurs sont stupides comme de la merde.

CNN a accusé le Project Veritas de James O’Keefe d’avoir sorti ces déclarations de leur contexte plus général. Ses collaborateurs ont tenté de minimiser leurs propos enregistrés. Cependant, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a souligné le caractère scandaleux de ces déclarations et appelé tous les États-uniens à voir ces vidéos et à en juger par eux-mêmes.

L’enquête de CNN sur la possible ingérence russe est devenue l’obsession de la chaîne. Elle l’a abordée plus de 1 500 fois au cours des deux derniers mois. Personne n’a à ce jour le moindre début de commencement de preuve pour étayer l’accusation de la chaîne d’information contre Moscou.

Voir également:

10 juillet 2017

La majorité républicaine de la Commission sénatoriale de la Sécurité de la patrie et des Affaires gouvernementales dénonce les conséquences désastreuses des fuites actuelles de l’Administration.

Ce phénomène, qui était très rare sous les présidences George Bush Jr. et Barack Obama, s’est soudain développé contre la présidence Donald Trump causant des dommages irréversibles à la Sécurité nationale.

Au cours des 126 premiers jours de la présidence Trump, 125 informations classifiées ont été illégalement transmises à 18 organes de presse (principalement CNN). Soit environ une par jour, c’est-à-dire 7 fois plus que durant la période équivalente des 4 précédents mandats. La majorité de ces fuites concernait l’enquête sur de possibles ingérences russes durant la campagne électorale présidentielle.

Le président de la Commission, Ron Johnson (Rep, Wisconsin) (photo) a saisi l’Attorney General, Jeff Sessions.

L’existence de ces fuites répétées laisse penser à un complot au sein de la haute administration dont 98% des fonctionnaires ont voté Clinton contre Trump.

Voir de plus:

10 juillet 2017

L’ex-directeur du FBI, James Comey, dont le témoignage devant le Congrès devait permettre de confondre le président Trump pour haute trahison au profit de la Russie, est désormais lui-même mis en cause.

James Comey avait indiqué par deux fois lors de son audition qu’il remettait au Congrès ses notes personnelles sur ses relations avec le président. Or, selon les parlementaires qui ont pu consulter ces neuf documents, ceux-ci contiennent des informations classifiées.

Dès lors se pose la question de savoir comment l’ex-directeur du FBI a pu violer son habilitation secret-défense et faire figurer des secrets d’État dans des notes personnelles, ou si ces notes sont des documents officiels qu’il aurait volés.

Comey’s private memos on Trump conversations contained classified material”, John Solomon, The Hill, July 9, 2017.

Voir encore:

En s’arrogeant le titre de « 4ème Pouvoir », la presse états-unienne s’est placée à égalité avec les trois Pouvoirs démocratiques, bien qu’elle soit dénuée de légitimité populaire. Elle mène une vaste campagne, à la fois chez elle et à l’étranger, pour dénigrer le président Trump et provoquer sa destitution ; une campagne qui a débuté le soir de son élection, c’est-à-dire bien avant son arrivée à la Maison-Blanche. Elle remporte un vif succès parmi l’électorat démocrate et dans les États alliés, dont la population est persuadée que le président des États-Unis est dérangé. Mais les électeurs de Donald Trump tiennent bon et il parvient efficacement à lutter contre la pauvreté.

Damas (Syrie)

4 juillet 2017

+
JPEG - 30.7 ko

La campagne de presse internationale visant à déstabiliser le président Trump se poursuit. La machine à médire, mise en place par David Brock durant la période de transition [1], souligne autant qu’elle le peut le caractère emporté et souvent grossier des Tweets présidentiels. L’Entente des médias, mise en place par la mystérieuse ONG First Draft [2], répète à l’envie que la Justice enquête sur les liens entre l’équipe de campagne du président et les sombres complots attribués au Kremlin.

Une étude du professeur Thomas E. Patterson de l’Harvard Kennedy School a montré que la presse US, britannique et allemande, a cité trois fois plus Donald Trump que les présidents précédents. Et que, au cours des 100 premiers jours de sa présidence, 80% des articles lui étaient clairement défavorables [3].

Durant la campagne du FBI [4] visant à contraindre le président Nixon à la démission, la presse états-unienne s’était attribuée le qualificatif de « 4ème Pouvoir », signifiant par là que leurs propriétaires avaient plus de légitimité que le Peuple. Loin de céder à la pression, Donald Trump, conscient du danger que représente l’alliance des médias et des 98% de hauts fonctionnaires qui ont voté contre lui, déclara « la guerre à la presse », lors de son discours du 22 janvier 2017, une semaine après son intronisation. Tandis que son conseiller spécial, Steve Bannon, déclarait au New York Times que, de fait, la presse était devenue « le nouveau parti d’opposition ».

Quoi qu’il en soit, les électeurs du président ne lui ont pas retiré leur confiance.

Rappelons ici comment cette affaire a débuté. C’était durant la période de transition, c’est-à-dire avant l’investiture de Donald Trump. Une ONG, Propaganda or Not ?, lança l’idée que la Russie avait imaginé des canulars durant la campagne présidentielle de manière à couler Hillary Clinton et à faire élire Donald Trump. À l’époque, nous avions souligné les liens de cette mystérieuse ONG avec Madeleine Albright et Zbigniew Brzeziński [5]. L’accusation, longuement reprise par le Washington Post, dénonçait une liste d’agents du Kremlin, dont le Réseau Voltaire. Cependant à ce jour, rien, absolument rien, n’est venu étayer cette thèse du complot russe.

Chacun a pu constater que les arguments utilisés contre Donald Trump ne sont pas uniquement ceux que l’on manie habituellement dans le combat politique, mais qu’ils ressortent clairement de la propagande de guerre [6].

La palme de la mauvaise foi revient à CNN qui traite cette affaire de manière obsessionnelle. La chaîne a été contrainte de présenter ses excuses à la suite d’un reportage accusant un des proches de Trump, le banquier Anthony Scaramucci, d’être indirectement payé par Moscou. Cette imputation étant inventée et Scaramucci étant suffisamment riche pour poursuivre la chaîne en justice, CNN présenta ses excuses et les trois journalistes de sa cellule d’enquête « démissionnèrent ».
Puis, le Project Veritas du journaliste James O’Keefe publia trois séquences vidéos tournées en caméra cachée [7]. Dans la première, l’on voit un superviseur de la chaîne rire dans un ascenseur en déclarant que ces accusations de collusion du président avec la Russie ne sont que « des conneries » diffusées « pour l’audience ». Dans la seconde, un présentateur vedette et ancien conseiller d’Obama affirme que ce sont des « nullités ». Tandis que dans la troisième, un producteur déclare que Donald Trump est un malade mental et que ses électeurs sont « stupides comme de la merde » (sic).
En réponse, le président posta une vidéo-montage réalisée à partir d’images, non pas extraites d’un western, mais datant de ses responsabilités à la Fédération états-unienne de catch, la WWE. On peut le voir mimer casser la figure de son ami Vince McMahon (l’époux de sa Secrétaire aux petites entreprises) dont le visage a été recouvert du logo de CNN. Le tout se termine avec un logo altéré de CNN en Fraud News Network, c’est-à-dire le Réseau escroc d’information.

Outre que cet événement montre qu’aux États-Unis le président n’a pas l’exclusivité de la grossièreté, il atteste que CNN —qui a abordé la question de l’ingérence russe plus de 1 500 fois en deux mois— ne fait pas de journalisme et se moque de la vérité. On le savait depuis longtemps pour ses sujets de politique internationale, on le découvre pour ceux de politique intérieure.

Bien que ce soit beaucoup moins significatif, une nouvelle polémique oppose les présentateurs de l’émission matinale de MSNBC, Morning Joe, au président. Ceux-ci le critiquent vertement depuis des mois. Il se trouve que Joe Scarborough est un ancien avocat et parlementaire de Floride qui lutte contre le droit à l’avortement et pour la dissolution des ministères « inutiles » que sont ceux du Commerce, de l’Éducation, de l’Énergie et du Logement. Au contraire, sa partenaire (au sens propre et figuré) Mika Brzeziński est une simple lectrice de prompteur qui soutenait Bernie Sanders. Dans un Tweet, le président les a insulté en parlant de « Joe le psychopathe » et de « Mika au petit quotient intellectuel ». Personne ne doute que ces qualificatifs ne sont pas loin de la vérité, mais les formuler de cette manière vise uniquement à blesser l’amour-propre des journalistes. Quoi qu’il en soit, les deux présentateurs rédigèrent une tribune libre dans le Washington Post pour mettre en doute la santé mentale du président.

Mika Brzeziński est la fille de Zbigniew Brzeziński, un des tireurs de ficelles de Propaganda or not ?, décédé il y a un mois.

La grossièreté des Tweets présidentiels n’a rien à voir avec de la folie. Dwight Eisenhower et surtout Richard Nixon étaient bien plus obscènes que lui, ils n’en furent pas moins de grands présidents.

De même leur caractère impulsif ne signifie pas que le président le soit. En réalité, sur chaque sujet, Donald Trump réagit immédiatement par des Tweets agressifs. Puis, il lance des idées dans tous les sens, n’hésitant pas à se contredire d’une déclaration à l’autre, et observe attentivement les réactions qu’elles suscitent. Enfin, s’étant forgé une opinion personnelle, il rencontre la partie opposée et trouve généralement un accord avec elle.

Donald Trump n’a certes pas la bonne éducation puritaine de Barack Obama ou d’Hillary Clinton, mais la rudesse du Nouveau Monde. Tout au long de sa campagne électorale, il n’a cessé de se présenter comme le nettoyeur des innombrables malhonnêtetés que cette bonne éducation permet de masquer à Washington. Il se trouve que c’est lui et non pas Madame Clinton que les États-uniens ont porté à la Maison-Blanche.

Bien sûr, on peut prendre au sérieux les déclarations polémiques du président, en trouver une choquante et ignorer celles qui disent le contraire. On ne doit pas confondre le style Trump avec sa politique. On doit au contraire examiner précisément ses décisions et leurs conséquences.

Par exemple, on a pris son décret visant à ne pas laisser entrer aux États-Unis des étrangers dont le secrétariat d’État n’a pas la possibilité de vérifier l’identité.

On a observé que la population des sept pays dont il limitait l’accès des ressortissants aux États-Unis est majoritairement musulmane. On a relié ce constat avec des déclarations du président lors de sa campagne électorale. Enfin, on a construit le mythe d’un Trump raciste. On a mis en scène des procès pour faire annuler le « décret islamophobe », jusqu’à ce que la Cour suprême confirme sa légalité. On a alors tourné la page en affirmant que la Cour s’était prononcée sur une seconde mouture du décret comportant divers assouplissements. C’est exact, sauf que ces assouplissement figuraient déjà dans la première mouture sous une autre rédaction.

Arrivant à la Maison-Blanche, Donald Trump n’a pas privé les États-uniens de leur assurance santé, ni déclaré la Troisième Guerre mondiale. Au contraire, il a ouvert de nombreux secteurs économiques qui avaient été étouffés au bénéfice de multinationales. En outre, on assiste à un reflux des groupes terroristes en Irak, en Syrie et au Liban, et à une baisse palpable de la tension dans l’ensemble du Moyen-Orient élargi, sauf au Yémen.

Jusqu’où ira cet affrontement entre la Maison-Blanche et les médias, entre Donald Trump et certaines puissances d’argent ?

[1] « Le dispositif Clinton pour discréditer Donald Trump », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 février 2017.

[2] « Le nouvel Ordre Médiatique Mondial », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 mars 2017.

[3] « News Coverage of Donald Trump’s First 100 Days », Thomas E. Patterson, Harvard Kennedy School, May 18, 2017.

[4] On apprit trente ans plus tard que la mystérieuse « Gorge profonde » qui alimenta le scandale du Watergate n’était autre que W. Mark Felt, l’ancien adjoint de J. Edgard Hoover et lui-même numéro 2 du Bureau fédéral.

[5] « La campagne de l’Otan contre la liberté d’expression », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 décembre 2016.

[6] « Contre Donald Trump : la propagande de guerre », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 février 2017.

[7] « Project Veritas dévoile une campagne de mensonges de CNN », Réseau Voltaire, 1er juillet 2017.

Voir enfin:

The Definitive History Of That Time Donald Trump Took A Stone Cold Stunner

A decade ago, Trump literally tussled with a wrestling champ. The people who were there are still shocked he did it.

Photo illustration: Damon Dahlen/HuffPost; Photos: Getty/Reuters

Stone Cold Steve Austin was waiting calmly in the bowels of Detroit’s Ford Field when a frantic Vince McMahon turned the corner.

WrestleMania 23’s signature event was just minutes away. Austin and McMahon would soon bound into the stadium, where they’d be greeted by fireworks, their respective theme songs and 80,000 people pumped for “The Battle of the Billionaires,” a match between two wrestlers fighting on behalf of McMahon and real estate mogul Donald Trump.

McMahon, the founder and most prominent face of World Wrestling Entertainment, had spent months before the April 1, 2007, event putting the storyline in place. Trump, then known primarily as the bombastic host of “The Apprentice,” had appeared on a handful of WWE broadcasts to sell the idea that his two-decade friendship with McMahon had collapsed into a bitter “feud.” They had spent hours rehearsing a match with many moving parts: two professional wrestlers in the ring, two camera-thirsty characters outside it, and in the middle, former champ Stone Cold serving as the referee.

The selling point of The Battle of the Billionaires was the wager that Trump and McMahon had placed on its outcome a month earlier during “Monday Night Raw,” WWE’s signature prime time show. Both Trump and McMahon took great pride in their precious coifs, and so the winner of the match, they decided, would shave the loser’s head bald right there in the middle of the ring.

But now, at the last possible moment, McMahon wanted to add another wrinkle.

“Hey, Steve,” McMahon said, just out of Trump’s earshot. “I’m gonna see if I can get Donald to take the Stone Cold stunner.”

Austin’s signature move, a headlock takedown fueled by Stone Cold’s habit of chugging cheap American beer in the ring, was already part of the plan for the match. But Trump wasn’t the intended target.

Austin and McMahon approached Trump and pitched the idea.

“I briefly explained how the stunner works,” Austin said. “I’m gonna kick him in the stomach ― not very hard ― then I’m gonna put his head on my shoulder, and we’re gonna drop down. That’s the move. No rehearsal, [decided] right in the dressing room, 15 minutes before we’re gonna go out in front of 80,000 people.”

Trump’s handler was appalled, Austin said. Trump wasn’t a performer or even a natural athlete. Now, the baddest dude in wrestling, a former Division I college football defensive end with tree trunks for biceps, wanted to drop him with his signature move? With no time to even rehearse it? That seemed … dangerous.

“He tried to talk Donald out of it a million ways,” Austin said.

But Trump, without hesitation, agreed to do it.

The man who became the 45th president of the United States in January has a history with Vince McMahon and WWE that dates back more than two decades, to when his Trump Plaza hotel in Atlantic City hosted WrestleManias IV and V in 1988 and 1989. The relationship has continued into Trump’s presidency. On Tuesday, the Senate confirmed the nomination of Linda McMahon ― Vince’s wife, who helped co-found WWE and served as its president and chief executive for 12 years ― to head the Small Business Administration.

After Trump launched his presidential campaign with an escalator entrance straight out of the wrestling playbook, journalists began pointing to his two-decade WWE career to help explain his political appeal. WWE, in one telling, was where Trump first discovered populism. According to another theory, wrestling was where he learned to be a heel ― a villainous performer loved by just enough people to rise to the top, despite antics that make many people hate him.

To those who were present, though, The Battle of the Billionaires is more an outrageous moment in wrestling history than an explanation of anything that happened next. No one in the ring that night thought Trump would one day be president. But now that he is, they look back and laugh about the time the future commander-in-chief ended up on the wrong side of a Stone Cold stunner.

Jamie McCarthy/WireImage via Getty Images
Donald Trump, Stone Cold Steve Austin and Vince McMahon spent months promoting The Battle of the Billionaires.

‘To Get To The Crescendo, You’ve Got To Go On A Journey’

Professional wrestling is, at its core, a soap opera and a reality TV spectacle, and its best storylines follow the contours of both: A hero squares off with a heel as the masses hang on their fates.

The Battle of the Billionaires was the same tale, played out on wrestling’s biggest stage. WrestleMania is WWE’s annual mega-event. It commands the company’s largest pay-per-view audiences and biggest crowds. At WrestleMania, WWE’s stars compete in high-stakes matches ― including the WWE Championship ― and wrap up loose ends on stories developed during weekly broadcasts of “Monday Night Raw” and special events over the previous year. Even before Trump, WrestleMania had played host to a number of celebrity interlopers, including boxer Mike Tyson and NFL linebacker Lawrence Taylor.

Building a story ― and, for Trump, a character ― fit for that stage required months of work that started with Trump’s initial appearance on “Monday Night Raw” in January 2007. He would show up on “Raw” at least two more times over the next two months, with each appearance raising the stakes of his feud with McMahon and setting up their battle at WrestleMania on April 1.

“The Battle of the Billionaires, and all the hyperbole, was the crescendo,” said Jim Ross, the longtime voice of WWE television commentary. “But to get to the crescendo, you’ve got to go on a journey and tell an episodic story. That’s what we did with Donald.”

Creating a feud between Trump and McMahon, and getting wrestling fans to take Trump’s side, wasn’t actually a huge challenge. McMahon “was the big-shot boss lording over everybody,” said Jerry “The King” Lawler, a former wrestler and Ross’ sidekick in commentary. It was a role McMahon had long embraced: He was the dictator wrestling fans loved to hate.

Leon Halip/WireImage via Getty Images
Bobby Lashley, Trump’s wrestler in the match, was a rising star who’d go on to challenge for the WWE championship after The Battle of the Billionaires.

Trump was never going to pull off the sort of character that McMahon’s most popular foes had developed. He wasn’t Austin’s beer-chugging, south Texas everyman. And vain and cocky as he might be, he never possessed the sexy swagger that made Shawn Michaels one of the greatest in-ring performers in pro wrestling history.

But rain money on people’s heads, and they’ll probably love you no matter who you are. So that’s what Trump did.

Trump’s first appearance on “Monday Night Raw” came during an episode that centered on McMahon, who was throwing himself the sort of self-celebratory event that even The Donald might find overly brash. As McMahon showered the crowd with insults and they serenaded him with boos, Trump’s face appeared on the jumbotron and money began to fall from the sky.

“Look up at the ceiling, Vince,” Trump said as fans grasped at the falling cash. “Now that’s the way you show appreciation. Learn from it.”

In true Trump fashion, the money wasn’t actually his. It was McMahon’s. But the fans didn’t know that.

The folks with slightly fatter wallets than they’d had moments before loved the contrast between the two rich guys. One was the pompous tyrant. The other might have been even wealthier and just as prone to outlandish behavior, but Trump was positioned as the magnanimous billionaire, the one who understood what they wanted.

“That went over pretty well, as you can imagine, dropping money from the sky,” said Scott Beekman, a wrestling historian and author. “Trump was the good guy, and he got over because of how hated McMahon was. Vince McMahon played a fantastic evil boss and was absolutely hated by everyone. So anyone who stood up to McMahon at that point was going to get over well.”

The wrestlers that each billionaire chose to fight for them also bolstered the narrative. Umaga, McMahon’s representative, was an emerging heel who had gone undefeated for most of 2006. “A 400-pound carnivore,” as Ross described him on TV, he was a mountainous Samoan whose face bore war paint and who barely spoke except to scream at the crowd.

Trump’s guy, on the other hand, was Bobby Lashley, a former Army sergeant who might have been cut straight from a granite slab. Lashley was the good-looking, classically trained college wrestler, the reigning champion of ECW (a lower-level WWE property). Even his cue-ball head seemed to have muscles.

Another selling point for the match: the wrestler who won would likely emerge as a top contender to challenge for the WWE title.

Then McMahon added another twist ― as if the match needed it. He enlisted Austin, a multi-time champion who had retired in 2003, as a guest referee.

“It sounded like an easy gig, sounded like a fun gig,” Austin said. “It didn’t take a whole lot of convincing. The scope of Donald Trump … would bring a lot of eyeballs. A chance to do business with a high-profile guy like that sounded like a real fun deal.”

The minute Austin signed up, Trump should have known that despite his “good guy” posture, he, too, was in trouble. When Stone Cold entered the ring at “Raw” to promote the match, he introduced himself to The Donald with a stern warning.

“You piss me off,” Austin said, “I’ll open up an $8 billion can of whoop ass and serve it to ya, and that’s all I got to say about that.”

‘We Thought We Were Shittin’ The Bed’

The opening lines of the O’Jays’ 1973 hit “For the Love of Money” ― also the theme song for Trump’s “Celebrity Apprentice” ― rang out of Ford Field’s loudspeakers a few minutes after Trump and Austin’s impromptu meeting backstage. It was time for Trump to make his way to the ring.

“Money, money, money, money, money,” the speakers blared. Trump emerged. The crowd erupted, and cash, even more than had fallen during his previous appearances, cascaded from the ceiling like victory confetti.

“There was a ton of money that had been dropped during Donald Trump’s entrance,” said Haz Ali, who, under the name Armando Estrada, served as Umaga’s handler. “There was about $20, $25,000 that they’d dropped. … Every denomination ― 1s, 5s, 10s, 20s.”

Lashley appeared next, bounding into the ring without the help of the stairs the others had needed.

For months, McMahon and Trump had sold the story of this match. Now, as Umaga and Lashley stood face to face in the ring, it was time to deliver.

The match started fairly routinely, perhaps even a bit slowly.

“I’m seeing it the same as anyone else who’s watching it,” said Ross, the commentator, who regularly skipped rehearsals to ensure matches would surprise him. “The entire arena was emotionally invested in the storyline. Once they got hooked in it months earlier, now they want the payout.”

On the TV broadcast, it’s obvious that the crowd was hanging on every twist, eager to see which of the two billionaires would lose his hair and how Austin ― famous for intervening in matches and now at the dead center of this one ― might shape it.

But Ford Field, an NFL stadium, is massive compared to the arenas that had hosted previous WrestleManias. Even with 80,000 people packed in, it was difficult to read the crowd from inside the ring.

“Me and Vince keep looking back and forth at each other like, ‘Man, this match is not successful because the crowd is not reacting,’” Austin recalled. “We thought we were shittin’ the bed.”

Trump, for all his usual braggadocio, wasn’t helping.

From outside the ring, McMahon ― a professional performer if there ever was one ― was selling even the most minor details of the match. He was haranguing Austin, instructing Umaga and engaging the crowd all at once. Trump was stiff. His repeated cries of “Kick his ass, Bobby!” and “Come on, Bobby!” came across as stale and unconvincing.

“It’s very robotic, it’s very forced, and there’s no genuine emotion behind it,” said Ali, who had been power-slammed by Lashley early in the match and was watching from the dressing room. “He was just doing it to do it. Hearing him say, ‘Come on, Bobby!’ over and over again ― it didn’t seem like he cared whether Bobby won or lost. That’s the perspective of a former wrestler and entertainer.”

‘He Punched Me As Hard As He Could’

The match turned when Vince’s son, Shane McMahon, entered the fray. Shane and Umaga ganged up on Austin, knocking the guest ref from the ring. Then they turned their attention to Lashley, slamming his head with a metal trash can as he lay on the ground opposite Trump ― whose golden mane, it seemed, might soon be lying on the floor next to his wrestler.

But just as Umaga prepared to finish Lashley off, Austin rebounded, dragging Shane McMahon from the ring and slamming him into a set of metal stairs. Trump ― who moments before had offered only a wooden “What’s going on here?” ― sprang into action.

Out of nowhere, Trump clotheslined Vince McMahon to the ground and then sat on top of him, wailing away at his skull.

“[Ross] and I were sitting right there about four feet from where Vince landed,” Lawler said. “The back of Vince’s head hit the corner of the ring so hard that I thought he was gonna be knocked out for a week.”

Professional wrestling is fake. Trump’s punches weren’t.

Hours before the match, WWE officials had roped the participants into one final walk-through. Vince McMahon was busy handling the production preparations and didn’t attend. So when it came time to rehearse Trump’s attack on WWE’s top man, Ali stood in for McMahon.

Ali gave Trump instructions on how to hit him on the head to avoid actual injury. Because it was just a rehearsal, he figured Trump would go easy. He figured wrong.

“He proceeds to punch me in the top of the head as if he was hammering a nail in the wall. He punched me as hard as he could,” Ali said. “His knuckle caught me on the top of my head, and the next thing I know, I’ve got an egg-sized welt on the top of my head. He hit me as hard as he could, one, two, three. I was like, ‘Holy shit, this guy.’”

“He actually hit Vince, too,” Ali said. “Which made it even funnier. That’s how Vince would want it.”

Back in the ring, Austin ducked under a punch from Umaga and then made him the match’s first victim of a Stone Cold stunner. Umaga stumbled toward the center of the ring, where Lashley floored him with a move called a running spear. Lashley pinned Umaga, Austin counted him out, Trump declared victory, and McMahon began to cry as he ran his fingers through hair that would soon be gone.

“I don’t think Donald’s hair was ever truly in jeopardy,” Lawler said.

Bill Pugliano/Getty Images
Even as he was shaving McMahon’s head, Trump knew that he’d soon join the list of the match’s losers.

‘It May Be One Of The Uglier Stone Cold Stunners In History’

Moments after the match ended, before he raised Trump and Lashley’s arms in victory, Austin handed out his second stunner of the night to Shane McMahon. Vince McMahon tried to escape the same fate. But Lashley chased him down, threw him over his shoulder and hauled McMahon back to the ring, where he, too, faced the stunner.

Trump’s reaction in this moment was a little disappointing. He offered only the most rigid of celebrations, his feet nailed to the floor as his knees flexed and his arms flailed in excitement. It’s as if he knew his joy would be short-lived. He, too, would end up the one thing he never wants to be: a loser.

“Woo!” Trump yelled, before clapping in McMahon’s face while Austin and Lashley strapped their boss into a barber’s chair. “How ya doin’, man, how ya doin’?” he asked, taunting McMahon with a pair of clippers. Then he and Lashley shaved the WWE chairman bald.

As a suitably humiliated McMahon left the ring, Austin launched his typical celebration, raising his outstretched hands in a call for beers that someone ringside was supposed to toss his way. Trump is a famous teetotaler, but Austin shoved a beer can into his hand anyway.

“I didn’t know that Donald Trump didn’t drink,” Austin said. “I didn’t know that back then.”

It didn’t matter. For veteran wrestling fans, the beers were a sign that Stone Cold had a final treat to deliver.

“I threw beer to everybody I got in the ring with,” he said. “Here’s the bait, and it’s the hook as well. Long as I get him holding those beers, everybody knows that anybody who … takes one of my beers is gonna get stunned.”

As McMahon trudged away, Austin climbed to the top rope, saluted the crowd and dumped the full contents of a can into his mouth. Then he hopped down ― and blew the roof off Ford Field.

He turned, kicked Trump in the stomach and stunned him to the floor.

“Austin stunned The Donald!” Ross screamed.

Trump failed to fully execute the move. He didn’t quite get his chin all the way to Austin’s shoulder; then he halfway pulled out of the move before falling to his knees and lying flat on his back.

“It may be one of the uglier Stone Cold stunners in history,” Ross said.

“He’s not a natural-born athlete,” Austin said. “I just remember the stunner didn’t come off as smooth as it would have had he been one of the guys. But we never rehearsed it. He didn’t even know what it was. Vince botched half the ones I gave him [and] Vince is a great athlete. So that’s no knock on Donald Trump.”

And despite Trump’s less-than-stellar wrestling and acting in the ring, those who were close to the action at WrestleMania 23 were impressed by his willingness to even take the stunner.

“We put him in some very unique positions that a lot of people ― big-name actors in Hollywood ― wouldn’t do because they didn’t want to risk looking bad,” Ross said. “He had the balls to do it.”

George Napolitano/FilmMagic via Getty Images
Trump didn’t sell the Stone Cold stunner all that well, but at least, commentator Jim Ross said, “he had the balls to do it.”

‘You Could Argue That Nothing In Wrestling Has Any Meaning’

For almost a decade, the stunning of Donald Trump remained a relic of WWE lore, a moment rehashed occasionally by diehard wrestling fans but forgotten otherwise.

WWE’s ratings tumbled later in 2007, amid congressional scrutiny of steroid use and wrestler deaths. That June, wrestler Chris Benoit murdered his wife and son and then killed himself. He was 40 years old.

Edward Smith Fatu, the wrestler known as Umaga, died from a heart attack in 2009. He was 36.

Lashley, who did not respond to interview requests, left WWE in 2008 after a failed pursuit of the WWE title and an injury that sidelined him for months. He is now a mixed martial arts fighter and the champion of Total Nonstop Action Wrestling.

In 2009, Trump returned to “Monday Night Raw” with a proposal to buy it from McMahon, promising fans that he would run the first Trump-owned episode without commercials. WWE and the USA Network, which broadcast “Raw,” even sent out a press release announcing the sale. When WWE’s stock price plummeted, it was forced to admit that the whole thing was a publicity ploy. The faux sale raised questions about whether everyone involved had violated federal law, but the Securities and Exchange Commission apparently had better things to investigate.

Trump was inducted into the WWE Hall of Fame in 2013, over a chorus of boos from the fans at Madison Square Garden. The Battle of the Billionaires was, at the time, WWE’s highest-grossing pay-per-view broadcast, drawing 1.2 million pay-per-view buys and $24.3 million in global revenue, according to WWE’s estimates. It’s also the most notorious of Trump’s interactions with the company. But that’s about all the significance it really holds.

“You could argue that nothing in wrestling has any meaning,” said Beekman, the historian. The feud between Trump and McMahon “was an angle, and it was a successful angle, and then they moved on to the next one.”

Vince and Linda McMahon together donated $7.5 million to super PACs that backed Trump’s winning presidential campaign. Linda McMahon had earlier spent nearly $100 million on two failed efforts, in 2010 and 2012, to get herself elected to the U.S. Senate. In December, Trump nominated her to head the Small Business Administration, a Cabinet-level job potentially at odds with the methods she and her husband had used to build WWE into a wrestling empire ― but one to which she was easily confirmed. (Neither the McMahons nor the president chose to comment on the president’s WWE career.)

Linda McMahon once took a Stone Cold stunner, too, so Steve Austin is responsible for stunning at least two top Trump administration officials. But he has doled out thousands of those in his career, and until he was reminded, he didn’t even remember what year he had laid Trump out.

“I’ve stunned a couple members of the Cabinet,” Austin said. “But I don’t think about it like that. It was so long ago. I don’t know Donald Trump. We did business together, we shook hands, and I appreciated him taking that. But I don’t sit here in my house, rubbing my hands together thinking, ‘Aw, man, I was the only guy that ever stunned a United States president.’”

“Yeah, it’s pretty cool,” Stone Cold said. “But it was part of what I did. To me, hey, man, it’s just another day at the office.”


Présidence Macron: Vous avez dit obamisation ? (Dining with the enemy: While Trump runs out of long spoons, guess who picks up the Ramadan dinner tradition again ?)

26 juin, 2017
Mélenchon, Coquerel et Corbière dénoncent le racisme des Grandes Gueules de RMC face à la députée Danièle Obono
 
https://i2.wp.com/s1.lprs1.fr/images/2017/06/24/7084359_y9p6g2ep.jpghttps://i0.wp.com/i.dailymail.co.uk/i/pix/2009/09/16/article-1213788-0676BF6B000005DC-514_634x543.jpghttps://s.yimg.com/ny/api/res/1.2/ZcthT3tsRhuyvvAlf2i4ag--/YXBwaWQ9aGlnaGxhbmRlcjtzbT0xO3c9NTU3O2g9OTkw/http://media.zenfs.com/fr-FR/homerun/huffingtonpost/8010df9e20e5c72b3b9a4a5deaa6b595https://i2.wp.com/ww2.hdnux.com/photos/07/66/61/2059361/19/920x920.jpghttps://i1.wp.com/bfm.brightcove.com.edgesuite.net/pd/876450610001/201706/3971/876450610001_5481295664001_5481287611001-vs.jpghttps://i2.wp.com/images1.the-daily.buzz/live/articles/Obama%20Wall%20IT_3e12d30087598c431c4819175af3042e.pnghttps://pbs.twimg.com/media/DDOYEYmWsAEGPJ8.jpgNe mange pas le pain de celui dont le regard est malveillant et ne convoite pas ses friandises. Proverbes 23: 6
Pour dîner avec le diable, il faut une longue cuillère. Proverbe anglais
Ce qu’on appelle le paradoxe de la liberté est le  raisonnement selon lequel la liberté, prise dans le sens d’absence de toute contrainte, conduit nécessairement à une très grande contrainte, puisqu’elle permet au fort de réduire le faible en esclavage. Le paradoxe de la tolérance est moins connu: une tolérance illimitée a pour conséquence fatale la disparition de la tolérance. Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants, et qu’on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts; les tolérants seront anéantis,et avec eux la tolérance. Je ne veux pas dire par là qu’il faille toujours empêcher l’expression de théories intolérantes. tant qu’il est possible de les contrer par des arguments logiques et de les contenir avec l’aide de l’opinion publique, on aurait tort de les interdire. mais il faut revendiquer le droit de le faire, même par la force si cela devient nécessaire, car il se peut fort bien que les tenants de ces théories se refusent à toute discussion logique et ne répondent aux arguments que par la violence. il faudrait alors considérer que, ce faisant, ils se placent hors la loi et que l’incitation à l’intolérance est criminelle au même titre que l’incitation au meurtre, par exemple. Karl Popper
« It would be nice, » he said, if al Qaeda or like-minded Islamists could bring America to its knees with catastrophic attacks, but that was unlikely to happen; « not practical » is the wording he used. From his perspective, the long war for Islamic domination wasn’t going to be won in the streets with bombs and bullets and bloodshed. No, it would be won in the minds of the American people. He said the terror attacks were good, but the « practical » way to defeat America was through immigration and by outbreeding non-Muslims. He said jihadi-minded brothers would immigrate into the United States, taking advantage of the welfare system to support themselves while they spread their jihadi message. They will wrap themselves in America’s rights and laws for protection, ratchet up acceptance of Sharia law, and then, only when they were strong enough, rise up and violently impose Sharia from within. He said the brothers would relentlessly continue their attacks and the American people eventually would become so tired, so frightened, and so weary of war that they would just want it to end. « Eventually, » KSM said, « America will expose her neck to us for slaughter. » Since the attacks, and during President Obama’s two terms, Muslims from several countries that harbor terrorists have flooded into the U.S. And Obama has promised to open the borders for Syrian refugees whose backgrounds are difficult to investigate. President-elect Trump has vowed to reverse Obama’s plans. (…) KSM wagged his finger professorially at us and warned, « Soon they will turn on you. » He prophetically predicted that the press and some members of my own government would turn on me and Bruce and others like us who took aggressive action to prevent the next 9/11 attack and save American lives. Warming to the topic, KSM smiled and said the media, either on purpose or without realizing it, would promote Islam’s cause and champion tearing down the measures put in place to protect the American people after 9/11. He said the media would promote al-Qaeda’s cause by framing the war against Islam (his characterization, not mine) as morally wrong, impossible to win, and fraught with unacceptable losses. He said the media’s response was one of Allah’s « gifts, » one of the ways Allah preordained for Americans to set aside those things which kept us safe and prevented attacks in the immediate aftermath of 9/11. KSM said, « Your own government will turn on you. Your leaders will turn on you. They will turn on you to save themselves. It will play out in the media and strengthen the hearts of the brothers. It will recruit more to Allah’s cause because the press coverage will make the U.S. look weak and divided. » James Mitchell
Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes/Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes. Saïdou et Saïd Bouamama (ZEP)
La Shoah ? le sujet colonial en a connu des dizaines. Des exterminations ? À gogo. Houria Bouteldja
La blanchité est une forteresse inexpugnable (…)  Tout blanc est bâtisseur de cette forteresse. Houria Bouteldja
Amitié, affection et respect pour le sang-froid de Danièle Obono, députée de Paris, agressée sur les plateaux de télé par des chiens de garde médiatiques qui ne se rendent même plus compte que leur machisme est teinté d’une forme de racisme insupportable. Solidarité avec elle face au déchaînement de haine venant de l’extrême droite ainsi déclenché par les employés des neuf milliardaires qui contrôlent 90 % de la presse. Jean-Luc Mélenchon
Moi ce qui m’étonne c’est que, depuis  2012, ni moi, ni Olivier Besancenot, on ne nous a jamais parlé de cette affaire. Et Danièle Obono, on lui en parle. Je vais vous dire pourquoi je pense qu’on lui en parle : parce qu’elle est noire. Je pense qu’il y a un racisme patent dans ce qui a été fait. Je suis totalement solidaire avec Danièle Obono. Il y a quelque chose d’absolument d’insupportable au fait d’estimer qu’une personne parce qu’elle est noire, on lui demande de crier : vive la France ! Moi, on ne me l’a jamais demandé. Éric Coquerel
Faites attention les amis, parce que si à chaque fois qu’il y a une femme black, intellectuelle, antiraciste (…) Mais il y a un rapport ! Et ne faites pas semblant de ne pas le comprendre parce que je vais vous dire, vous m’avez invité des tas d’années aux Grandes Gueules, vous ne m’avez jamais posé la question pour savoir si j’aimais la France ou pas. Vous ne m’avez jamais demandé de dire ‘vive la France’. Parce que moi je m’appelle Alexis Corbière, je ne m’appelle pas Danièle Obono. Ça me blesse et ça blesse beaucoup de gens. Alexis Corbière
L’iftar est un moment de partage. Je le partage ce soir avec la communauté musulmane française. Emmanuel Macron
Pas une fois le CFCM n’a fait défaut : il a su trouver les mots sans se placer dans le déni (…) Notre combat déterminé contre Daech (…) doit conduire à poursuivre avec détermination ceux qui cherchent à faire de vos lieux de culte des lieux de prêche de haine, voire d’appel à la violence. Il vous appartient de combattre pied à pied sur le terrain théologique et religieux, de démasquer chaque fois que nécessaire l’usurpation de vos valeurs, la captation de l’histoire de votre religion, la négation de quinze siècles de travail d’interprétation réalisés par vos savants. Emmanuel Macron
Les décisions prises par la chancelière Angela Merkel ont été des décisions courageuses. Nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur. Je le redis ici, les réfugiés ne sont pas n’importe quel migrant. Ce ne sont pas les migrants économiques. Ce sont des femmes et des hommes qui fuient leur pays pour leur liberté, ou parce qu’ils sont en guerre ou pour leur choix politique. Nous devons ainsi faire preuve de solidarité quand un de nos voisins fait face à des arrivées massives de réfugiés ou de migrants. Il n’y a malheureusement pas de progrès sur la question de la répartition des réfugiés entre les pays. Nous devons continuer à traiter ce problème parce qu’il est très important, notamment car il faut faire preuve de solidarité entre pays européens. Emmanuel Macron
Laurence Haïm, correspondante aux Etats-Unis pour la chaîne cryptée Canal + et la chaîne d’info du groupe, i>télé, va rejoindre l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. L’information, divulguée par le Monde, nous a été confirmée, avant que le staff du candidat et l’intéressée ne l’annoncent eux-même sur twitter. Elle pourrait devenir l’une de ses porte-paroles. A 50 ans, et «après 23 ans passés aux Etats-Unis, elle avait envie de faire autre chose et elle nous a proposé ses services», a expliqué un cadre du mouvement En marche ! au quotidien du soir. Et d’ajouter : «Elle a une expérience de l’international qui sera précieuse. » Installée Outre-Atlantique depuis 1992 à New York et à Washington, Laurence Haïm avait notamment suivi la campagne de Barack Obama en 2008 et avait été la seule journaliste française à l’interviewer. Elle avait annoncé son départ dans un tweet mardi soir, à l’occasion du dernier discours d’Obama président. A 12h15, ce mercredi, l’intéressée a confirmé sa nouvelle destination professionnelle dans un tweet: «un nouveau monde m’attend». Le Parisien
La victoire n’est pas tout à fait complète, mais elle n’en est pas moins importante. Cinq mois après sa première publication, le décret de Donald Trump suspendant la délivrance de visas aux ressortissants de six pays à majorité musulmane va pouvoir entrer en vigueur presqu’intégralement. La légalité de l’ensemble de l’ordonnance présidentielle sera examinée par la Cour suprême à l’automne – si elle est toujours controversée, sa validité étant prévue pour 90 jours. Lundi 26 juin, la plus haute juridiction des États-Unis a contredit les arguments de plusieurs cours fédérales qui avaient jusqu’ici empêché son application. Estimant que «l’intérêt de préserver la sécurité nationale est un objectif urgent de la plus haute nécessité», la décision majoritaire de la Cour, non signée par ses auteurs, considère qu’«empêcher le gouvernement de poursuivre cet objectif en appliquant (la suspension des visas) aux ressortissants étrangers sans lien avec les États-Unis nuirait significativement à (nos) intérêts sans alléger de façon évidente les difficultés de qui que ce soit d’autre». La Cour introduit en conséquence une seule exception, en faveur d’étrangers «pouvant revendiquer de manière crédible une relation de bonne foi avec une personne ou une entité aux États-Unis». L’ambiguïté de la formule pousse les juges à «illustrer le type de relations» pouvant bénéficier de cette dérogation: pour les particuliers, «une relation familiale proche est nécessaire» ; pour les entités, «la relation doit être formelle, documentée et formée dans le cours normal» des activités de l’organisme concerné. Ainsi d’un étudiant admis dans une université américaine, d’un travailleur embauché par une entreprise ou d’un experts invité à donner une conférence aux États-Unis. La même décision, assortie de la même dérogation, est appliquée à la suspension du programme d’accueil des réfugiés: «Lorsqu’il s’agit de réfugiés sans lien (avec des personnes résidant légalement aux États-Unis), la balance penche en faveur de l’indéniable nécessité pour le gouvernement d’assurer la sécurité de la nation», souligne la Cour. La formule ne convainc pas toute la communauté des juristes, y compris parmi les neuf sages. Un «avis dissident», signé par les juges conservateurs Clarence Thomas, Samuel Alito et Neil Gorsuch, se prononce en faveur d’une application intégrale du décret, faisant valoir que «le remède risque d’être impraticable, imposant aux fonctionnaires le fardeau de décider – au risque d’outrage à la Cour – qui a une connexion suffisante» avec les États-Unis. «Le compromis va aussi inviter un flot de procès, jusqu’à ce que l’affaire soit tranchée sur le fond», ajoute l’objection minoritaire. Au passage, un signal réconfortant pour Donald Trump: Neil Gorsuch, le juge qu’il vient de nommer, le soutient sur une mesure phare du début de son mandat. C’est un succès encourageant pour la Maison-Blanche, qui avait révisé son premier décret en mars, retirant l’Irak de la liste des pays visés, omettant de cibler les seuls réfugiés syriens et supprimant la faveur accordée aux chrétiens pour ne pas prêter le flanc à l’accusation de discrimination anti-musulmans. Le Figaro
La Macronie, réserve de technocrates, est une bulle confortée par les législatives. La majorité absolue accordée à La République en marche (319 sièges) repose sur une abstention record (57,3%), à laquelle s’ajoutent 9,9% de bulletins blancs ou nuls. En apparence, l’armée de députés fait masse. Mais le creux résonne sous ces rangs serrés. En fait, les mécontents ont accentué, au second tour, leur refus de participer à une mascarade. Le jugement des frondeurs a été conforté dès lundi par la guignolade autour du projet de loi de François Bayrou sur la moralisation de la vie politique. Ce qui avait été annoncé comme un texte fondateur du macronisme immaculé s’est révélé dans ses effets grotesques. Mercredi, le promoteur de la grande lessive a démissionné du ministère de la Justice, après Marielle de Sarnez du ministère des Affaires européennes, et Sylvie Goulard du ministère des Armées : trois membres du MoDem, soupçonnés dans une affaire de financements détournés d’assistants parlementaires, connue depuis longtemps. La tartufferie, décrite ici depuis un mois à propos de ce document rebaptisé « rétablissement de la confiance », n’a su éviter la farce de l’arroseur arrosé. Il fallait être aveuglé de son ego pour prétendre s’ériger en donneur de leçons. « Nous n’avons jamais eu d’emplois fictifs au MoDem », a redit Bayrou mercredi. Un même aplomb se retrouve chez Richard Ferrand, proche d’Emmanuel Macron, soupçonné d’enrichissements douteux. Lundi, le président a choisi d’exfiltrer Ferrand, réélu député, pour qu’il préside le groupe LREM à l’Assemblée, au mépris du pouvoir législatif. Tous ces juges autoproclamés rivalisaient d’indignations, durant la campagne présidentielle, devant les dénégations de François Fillon, mis en cause pour des pratiques jusqu’alors tolérées : une défense qui est devenue la leur. Cette agitation moraliste avait rendu inaudibles les sujets civilisationnels que Fillon entendait porter. La bulle macronienne, héritage de ce que fut longtemps le candidat, ne s’arrête pas à son univers aseptisé, à son gouvernement d’experts, à ses parlementaires boudés par les Oubliés. La bulle permet également d’ignorer des thèmes laissés aux « extrêmes » et aux « démagogues ». En fait, en Macronie, le small talk est la règle. Ce papotage, prisé dans les salons, évite les sujets qui fâchent. Appliqué à la politique, le procédé est ridicule. Pourtant, jamais un élu LREM ne se laissera aller à aborder franchement l’immigration extraeuropéenne de masse, la conquête islamique de l’Europe, les isolats déjà perdus par la France, l’antisémitisme des cités, la guerre civile qui vient ou tout autre sujet « nauséabond ». Dans l’univers melliflu de la Macronie, ces inquiétudes sont des vulgarités obsessionnelles et populistes. En parler est aussi scabreux que de péter à table. Dans ce contexte préservé, récuré et consensuel, l’aggravation de l’abstention au second tour des législatives n’a rien d’étonnant. Le raisonnement présidentiel construit sur l’expression : « Et en même temps (…)», conduit à rendre indiscernables ses convictions. La crise n’est pas seulement celle de la démocratie représentative ; cela fait longtemps que les Français ne s’identifient plus à leurs dirigeants. Mis sous cloche, ces derniers parlent la langue morte du politiquement correct. Mais ce diagnostic aurait dû inciter les « élites » à ôter leurs œillères. L’inverse s’est produit. C’est la raison pour laquelle la vraie crise est plus gravement celle de l’intelligence politique. La pléthore de candidats à la députation devait normalement satisfaire à la demande. Cependant, avaient-ils quelque chose à dire ? Il faut croire que non, vu les citoyens qui se sont détournés des babillages policés. L’idéologie macroniste est vouée à l’échec, si elle persiste à préférer la désincarnation des chiffres et à se reposer sur la domestication des esprits paresseux. Le discours officiel veut faire croire, y compris à la droite dite « constructive » qui a rejoint le troupeau, que le libéralisme économique serait la réponse à tout. Dimanche, prenant acte de l’amélioration relative du score des Républicains (131 députés élus), François Baroin a cité la fiscalité comme sujet majeur de discorde avec LREM. La gauche marxiste s’arrange de ce matérialisme, qui replace les rapports économiques au centre des luttes. En fait, la classe politique s’accorde à répéter que le défi identitaire, rejeté par la bulle, n’obnubile que de infréquentables, soupçonnés d’arrière- pensées condamnables. Même le FN s’est laissé prendre à ce conformisme du tout-économique, qui lui a fait placer la sortie de l’euro au centre de sa campagne ratée. Mais cet aveuglement n’est pas celui de la France populaire. La prétention du pouvoir à incarner la subtilité dans une approche de la complexité fait partie de l’autopromotion de la théatrocratie, qui vire à la comédie de boulevard avec la débandade des faux curés de la république. Rien d’étonnant d’entendre, dimanche soir, Daniel Cohn-Bendit se flatter, sur France 2, d’être « l’incarnation du “En même temps” » macronien, avatar nostalgique des slogans verbeux de Mai 68 et de son leader. La posture « éclairée » du chef de l’État n’éclaircit rien de sa politique face à la nouvelle vague de clandestins qui affluent en France et singulièrement à Paris, face aux islamistes qui défient les forces de l’ordre, aux islamo- gauchistes qui attisent la violence et la haine antijuive. Ivan Rioufol
La soirée du Louvre ne fut pas la victoire d’un camp sur l’autre, mais l’assomption d’une forme apolitique. Un décor monarchique, un discours sans généalogie idéologique. Une ode à la joie mais aussi au progrès, à l’énergie et à l’autonomie des individus. Aux formes politiques habituelles, succèdent les codes des groupes de la Silicon Valley. La réussite d’Emmanuel Macron doit être soudaine, spectaculaire, inattendue, carnassière et souriante. (…) Emmanuel Macron brandit le drapeau européen : Yes we can  En Marche, c’est comme une nouvelle appli qui renvoie les autres partis politiques au rang de Minitel. Uber face aux taxis, Amazon face aux libraires. Emmanuel Macron à l’Elysée, c’est l’américanisation du pouvoir. Les États-Unis, le temple de l’innovation numérique, sont pour le nouveau président une inépuisable source d’inspiration. Le jour de sa victoire, devant ses partisans massés sur l’esplanade du Louvre, Emmanuel Macron fait monter sur scène son épouse Brigitte. Main dans la main, ils affichent aux yeux du monde l’harmonie d’un couple qui s’apprête à prendre ensemble les rênes du pouvoir. Car la femme du Président nouvellement élu bénéficiera d’un statut de première dame, à l’instar de la First Lady. Alors que ses supporters s’époumonaient à crier son nom, Emmanuel Macron a entonné La Marseillaise, la main sur le cœur, à l’américaine. Passé cet instant de liesse, le nouveau Président est désormais penché sur la composition de son futur gouvernement, où une partie des membres seront issus de la société civile. Un autre rapprochement. Et ce n’est pas fini : Emmanuel Macron va suivre de près les nominations dans la Haute Administration Publique. C’est la mise en œuvre en France de la pratique américaine du « Spoil System » : a chaque nouvelle présidence américaine, tous les cadres des administrations sont susceptibles d’être remplacés. Concrètement, un jeu de chaises musicales est en cours pour les postes clés. Le but poursuivi par le nouvel exécutif est de disposer de relais en phase avec la feuille de route politique. Emmanuel Macron vient d’un monde où dominent l’idée américaine du bonheur, du bien-être individuel, de la cohésion sociale, de l’harmonie. Avec un sens aigu de la scénarisation, il a su distiller pendant la campagne des marqueurs venus d’outre-Atlantique. Dans ses meetings, les bénévoles étaient rebaptisés « Helpers ». Surtout, il y eut l’appel de Barack Obama à Emmanuel Macron, filmé avec soin et diffusé avant le premier tour. Deux semaines plus tard, c’est une vidéo de soutien enregistrée par l’ancien locataire de la Maison-Blanche qui est dévoilée sur les réseaux sociaux. Parfait storytelling, diraient les communicants anglo-saxons… François de Maistre
S’inscrivant dans une longue tradition pamphlétaire des artistes engagés en France contre l’Etat français, du « nation de porcs et de chiens » d’André Breton à « le temps que j’baise ma marseillaise » de Léo Ferré en passant par le « je conchie l’armée française » d’Aragon ou le « votre République, moi j’la tringle » de Renaud, Saïdou et Saïd Bouamama ont choisi d’assumer leur « devoir d’insolence » afin d’interpeller et de faire entendre des opinions qui ont peu droit de cité au sein des grands canaux de diffusion médiatique. Mais voilà, cela dépasse, choque et insupporte qu’une telle parole puisse être portée, d’autant plus quand elle l’est par ceux qui subissent en premier lieu les politiques racistes et antisociales. Lorsque des Noirs ou des Arabes font le choix de sortir de l’invisibilité et du mutisme afin de décrire la réalité telle qu’elle est – violente, inégale et destructrice – la droite extrême, l’extrême droite ou encore l’Etat s’emploient à tenter de convaincre l’opinion publique de l’illégitimité de ces discours. NTM, Sniper, Ministère Amër, Mr R, La Rumeur, Youssoupha ou Houria Bouteldja sont autant de rappeurs et militants attaqués ces dernières années pour des paroles jugées trop irrévérencieuses. Pourtant tous n’ont fait que porter publiquement l’expression populaire du rejet des discriminations et de la stigmatisation des quartiers populaires, des Noirs, Arabes et musulmans. En signant cette pétition, nous exigeons que les poursuites contre Saïdou et Saïd Bouamama soient abandonnées. D’accord ou pas d’accord avec les propos et les formulations incriminés, nous défendons leur droit de les tenir. L’extrême droite veut interdire le droit de chanter la révolte, imposons le droit de l’exprimer sans entraves. Pétition Libération
Si Ferré pouvait «baiser la Marseillaise» et Renaud «tringler la République», le chanteur de ZEP (même arabe) peut bien «niquer la France». Si Coquerel, Besancenot ou Eva Joly peuvent (doivent ?) rappeler cette saine évidence, Danièle Obono (même noire) le peut aussi. Libération
L’antiracisme politique ne se résume nullement à Houria Bouteldja ; ses représentant.e.s peuvent parfois être en désaccord avec tel ou tel de ses choix. Mais ce qui est visé à travers la violence des attaques qui la ciblent, c’est l’antiracisme politique dans son ensemble, c’est-à-dire toute tentative de s’organiser et de lutter pour en finir avec l’oppression. La haine qu’Houria Bouteldja suscite est à la mesure de son courage. Courage de secouer nos bonnes consciences quand nous préférons oublier ce qu’accorde le fait d’être Blancs, ici, en Occident. Pétition par Ludivine Bantigny (historienne), Maxime Benatouil (co-président de l’Union juive française pour la paix), Judith Bernard (metteure en scène et journaliste), Déborah Cohen (historienne), Thomas Coutrot (économiste), Christine Delphy (sociologue et militante féministe), Annie Ernaux (écrivaine), Fabrice Flipo (philosophe), Eric Hazan (éditeur et écrivain), Stathis Kouvelakis (philosophe), Philippe Marlière (politiste), Dominique Natanson (co-président de l’Union juive française pour la paix), Olivier Neveux (universitaire), Ugo Palheta (sociologue), Geneviève Rail (universitaire, Simone de Beauvoir Institute and Womens Studies, Canada), Catherine Samary (économiste), Michèle Sibony (Union juive française pour la paix), Isabelle Stengers (philosophe), Julien Théry (historien), Rémy Toulouse (éditeur).
Pour les musulmans, les principes d’organisation sociale et politique sont d‘ordre divin. Ils s’appuient sur deux sources principales: le Coran et la Sunna (la tradition mahométane). On voit bien la discordance avec le modèle démocratique lorsqu’on considère notre devise nationale: «Liberté, Égalité, Fraternité». (…) lorsque dans les années 1990, alors que les négociations étaient entamées entre le gouvernement et des responsables musulmans en vue de l’organisation du culte islamique, le ministre de l’intérieur de l’époque, Jean-Pierre Chevènement, avait proposé à ces derniers une charte contenant notamment une clause par laquelle ils s’engageraient à respecter la liberté de conscience, y compris le droit de renoncer à l’islam. Or, sous la pression de certains mouvements, notamment les islamistes Frères musulmans, le ministère retira cette clause de la charte. Il justifia cette reculade en rappelant que la Constitution française garantit déjà la liberté religieuse. Ce faisant, il ignorait que pour les musulmans convaincus la Charia est supérieure à toute loi humaine, donc à celle de la République. Cet exemple permet de prendre la mesure de l’incompatibilité entre nos principes respectifs. (…) Concernant l’égalité, le Coran instaure la supériorité du musulman sur le non-musulman et l’homme sur la femme. Ces principes ne sont pas discutables puisqu’ils relèvent de l’arbitraire divin. Autrement dit, ils ne peuvent être sujets à modification. On perçoit immédiatement les problèmes que cela peut poser dans la vie sociale. Certes, l’islam reconnaît le principe de «fraternité», mais il ne s’applique qu’au sein de l’Oumma, la communauté des croyants musulmans. C’est pourquoi un musulman peut se sentir d’abord citoyen de l’Oumma avant d’être citoyen de son propre pays si celui-ci n’est pas régi par l’islam. Il en résulte une grande divergence avec les fondements démocratiques. Il faut ajouter que l’islam ignore le concept de «personne». D’origine biblique, celui-ci confère à tout être humain une dignité inviolable et inaliénable, puisque, selon la Genèse, Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. Il s’agit là d’un fondement ontologique, qui est l’un des piliers structurants de notre société. Or, le Coran occulte cette mention, instaurant une distance infranchissable entre Dieu et ses créatures humaines. De tout cela résulte le fait que, dans l’islam, l’individu a des devoirs ; quant à ses droits, ils ne sont que ceux que Dieu veut bien lui donner. L’islam accorde donc la primauté au juridique, d’où la prépondérance, pour certains de nos compatriotes musulmans, de la Charia sur le droit français. (…) En réalité, l’unique moyen d’en finir avec l’extrémisme serait de supprimer les passages du Coran et de la Sunna justifiant la violence et les atteintes aux libertés. Car, qu’on l’admette ou pas, ces textes sacrés comportent bien des incitations à la haine. Or, pour les musulmans, le Coran est un livre incréé ayant Dieu pour seul auteur. Ce dogme prévaut depuis le IXe siècle. Aucune autorité humaine ne peut donc prétendre le modifier. Ce n’est pas le cas de la Bible puisqu’elle est inspirée, non dictée. Même les intellectuels musulmans engagés dans la promotion d’un islam adapté à la modernité ne reviennent pas sur ce dogme. L’absence de magistère et le caractère incréé du Coran sont deux obstacles structurels qui empêchent toute évolution dans le sens d’une interprétation unique et authentique. (…) Il me semble que l’État devrait mettre fermement les représentants officiels de l’islam face à leurs responsabilités. En cas de violences ou de discours haineux prononcés dans les mosquées en référence au Coran et à la Sunna, ceux-ci devraient pouvoir être poursuivis pour complicité avec les imams dangereux. L’État devrait aussi imposer la langue française lors de prêches et interdire tous financements étrangers des mosquées et associations. Il faut être d’une intransigeance absolue quand il s’agit de sécurité publique et ne pas hésiter à aller jusqu’à des mesures d’expulsions. Enfin, en se mêlant de l’organisation de l’islam en France, je crains que l’État ne contribue, sans doute malgré lui et tout en dénonçant le communautarisme, à confessionnaliser les musulmans, alors que, selon la Constitution de notre pays, ceux-ci sont d’abord des citoyens avant d’être chrétiens, musulmans, juifs ou autres. On risque donner à l’islam le statut de religion d’État comme le regrettait feu le cardinal Lustiger. Annie Laurent
L’utilisation de la catégorie de « race », même avec la volonté de défendre ceux qui sont issus des mondes coloniaux, et qui seraient les « indigènes » de l’intérieur opprimés par « les Blancs et leurs alliés juifs », favorise-t-elle le combat pour l’égalité des droits ? C’est ce qu’affirment des militants qui considèrent que l’humanisme de tradition socialiste est un universalisme qui empêcherait de prendre en compte la spécificité des oppressions, militants dont la principale propagandiste est Houria Bouteldja. Ceux qui prêtent crédit à ses propos ne se basent pas tant sur ses dires ou écrits, mais sur cette idée qu’elle serait aujourd’hui la figure de l’hérétique, du scandaleux qui provoque au nom d’un amour supérieur du réel. Nous serions face à elle comme le furent d’autres censeurs face à Pasolini ou Genet. Par conformisme, nous serions sourds aux innovations d’un discours radical à partir de la réhabilitation de cette idée de la race. Mais, nous dit-on, l’émancipation qui nous concerne tous est à ce prix. La violence qui serait faite à notre sensibilité, à nos intuitions normatives serait donc un progrès. Or, ces nouveaux damnés de la terre défendent un projet identitaire qui maintient l’idée de domination et propose de l’inverser et non de la renverser au profit de tous. En ce sens, le nouvel acteur social promu est à l’opposé du prolétaire dont le combat émancipera l’ensemble de la société, selon la pensée de Marx. Bien au contraire, dans cette perspective « indigène », ce qui est réhabilité ce sont les identités, qui valorisent les structures d’appartenance où chaque individu doit d’abord prêter allégeance à ce qui l’enferme. Ainsi, une femme « indigène » devrait définir son identité selon la formule de Houria Bouteldja : « J’appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à l’Algérie, à l’islam. » Comment ne pas entendre que cette pensée se confond avec celle de Jean-Marie Le Pen ? Certes, on veut s’opposer aux « Français de souche », mais par-là même, ce projet légitime le vocable et l’idée de l’existence de souche et d’appartenance de sang aux dépens du libre-arbitre et de la culture. Pas étonnant que les tenants de ce qui se veut la radicalité pour notre époque se déclarent culturellement opposés aux mariages mixtes, dont l’idée devrait même susciter le dégoût, un discours que l’on n’avait plus entendu depuis Vichy. Ces discours sont à l’opposé des penseurs de la créolisation, comme Patrick Chamoiseau ou Raphaël Confiant. Féminisme, défense des homosexuels et laïcité, on pourrait aisément défendre toutes les catégories jugées par ces radicaux racialistes comme des « collaborations de gauche » à l’oppression « blanche » qu’ils souhaitent dénoncer. Je suis métis et mes enfants plus encore. Métis d’Amérique, de Noir, de Blanc, de juif, de l’Est de l’Europe comme de la Méditerranée. Que dois-je entendre quand je lis que le métissage la dégoûte, si ce n’est le retour de la domination par la race dont la pureté ne sera jamais préservée ? Que dois-je entendre quand l’antisémitisme de l’ancien président iranien Ahmadinejad est qualifié par elle d’« œuvre d’art » ? Je suis prêt à examiner toutes les hypothèses, à faire preuve même d’une certaine dose de masochisme comme ceux qui se veulent les compagnons de route de ce combat. Mais enfin pense-t-on vraiment œuvrer pour l’émancipation en ne voulant pas voir ce qui est vraiment écrit ? Ainsi peut-on trouver légitime de reprendre le mot d’ordre des partisans de l’Algérie française, « Fusillez Jean-Paul Sartre », parce qu’en 1948, il n’avait pas dénoncé la création d’Israël et serait ainsi à ranger du côté des penseurs de l’oppression parce qu’allié des juifs ? Tout cela ne serait que le reflet tragi-comique de l’abaissement du débat intellectuel si cela ne produisait pas des effets concrets, comme j’ai pu le mesurer en Seine-Saint-Denis, dans ce qui est appelé « quartiers populaires ». Pauvre contre pauvre, la légitimation du combat de la race que véhicule ce type de discours fait disparaître chez trop de jeunes l’idée d’un front commun possible au-delà des assignations, brise la capacité à reconstituer un peuple politique, fort de ses altérités et non les opposant les unes aux autres.La portée réactionnaire de ce discours écrase le combat social qui porte le progrès. Aussi légitime que soit la dénonciation qui lève le déni sur des impasses graves – à savoir l’existence réelle de discriminations dont sont victimes en particulier les jeunes issus de l’immigration – cette pensée ne construit aucun imaginaire commun. C’est l’inverse, pour le coup, des visions violentes des vrais porteurs de l’amour révolutionnaire que furent Genet et Pasolini, qui faisaient de cet amour la capacité subversive à aimer l’ennemi. Jusqu’à l’aimer charnellement. Dans mon jeune temps, que je ne regrette pas, les radicaux que nous étions furent protégés par la figure de Jean-Paul Sartre, qu’on ne pouvait, selon le mot de De Gaulle, embastiller, car « on n’emprisonne pas Voltaire ». Nous chantions une chanson dont le refrain disait : « Il n’y a que deux camps, vous n’êtes plus du nôtre. » En souvenir de celui-ci, aider Houria Bouteldja à ne pas quitter définitivement le camp de l’émancipation, ce ne peut être lui épargner la critique radicale de ses errements. Didier Leschi
Cette tribune est le énième signe d’un dévoiement du combat antiraciste dans une partie de l’extrême-gauche et de la gauche (c’est vrai en France comme ailleurs). Cette fois, il s’agit principalement d’universitaires et de chercheurs qui défendent l’essayiste Houria Bouteldja comme une militante antiraciste et féministe. Or celle-ci, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, tient de longues dates, dans ses interventions publiques comme dans ses livres, des propos ouvertement racistes, antisémites et homophobes. Mais elle le fait au nom de la «domination postcoloniale des Blancs», d’un «racisme d’État» en France ou encore d’une «intersectionnalité des luttes» des «dominés» de toute nature (sociale, raciale, religieuse, de genre…). Pour ses défenseurs, cela est donc légitime car il ne saurait y avoir de racisme de la part des «dominés» ou des «oppressés». Leur lutte est en effet à leurs yeux toujours légitime, quel qu’en soit le moyen, puisque menée au nom de «l’émancipation» de ces dominés ou oppressés. C’est d’abord ce systématisme, qui sur le fond, pose problème. C’est une absurdité intellectuelle autant qu’historique. À la fois parce que le racisme comme le sexisme, l’antisémitisme comme l’homophobie, ne sont fonctions ni d’une origine sociale (les plus riches…) ni d’une origine géographique (l’Europe…) ni d’une origine ethno-raciale (les «Blancs»…) ni d’une origine religieuse (les Chrétiens…), ni d’un genre particulier (le «mâle hétérosexuel»…), et parce qu’en renvoyer toujours et uniquement la responsabilité historique et à des groupes aussi larges n’a aucun sens. Ne pas comprendre ni reconnaître que dans notre histoire commune, humaine, l’émancipation de l’individu, quelles que soient son origine ou ses différentes appartenances «identitaires», est avant tout le produit de ce que l’on appelle la Modernité occidentale, celle qui, en Europe sur plusieurs siècles, a conduit à «l’invention» des droits de l’Homme, à l’abolition de l’esclavage ou encore à forger les outils intellectuels et politiques de la lutte anticoloniale ou du féminisme entre autres, c’est commettre une grave faute au regard de la réalité des faits. Et c’est la commettre au nom d’une croyance ou d’une «vérité» qui leur serait supérieure. Que des universitaires, des chercheurs, des savants se commettent dans une telle déformation de la réalité au nom de leur vision politique et militante du monde est un crime contre l’esprit. (…) j’y ajouterai un élément de contexte plus général que j’appelle le tournant identitaire tel qu’il s’est dessiné aux États-Unis notamment à la fin des années 1960 et au début des années 1970 lorsque les considérations autour de critères identitaires minoritaires (race, sexe, orientation sexuelle, religion, pays d’origine, langue minoritaire…) sont devenues de plus en plus importantes dans les mobilisations politiques et sociales au nom d’un rattrapage historique, d’une reconnaissance de droits ou de valorisation de traits spécifiques de l’identité. Toutes les spécificités ont connu cette évolution, cette «identitarisation» si l’on veut qui est venue selon les cas remplacer, compléter ou transformer le rapport essentiellement social, de classe notamment, qui surdéterminait jusqu’ici les combats politiques, à gauche mais aussi à droite d’une certaine manière. (…) Si bien que la gauche, toutes tendances confondues, est devenue très largement aveugle aux enjeux de l’identité commune, majoritaire, celle d’une société, d’une nation et d’un peuple en proie à de transformations considérables dues à la mondialisation et à la construction européenne. Cette identité-là a elle-même ainsi été «identitarisée» selon le processus d’essentialisation décrit plus haut, en devant une identité culturelle particulière, celle des «petits Blancs», des «Français de souche», des «Occidentaux» voire des «chrétiens», parmi d’autres. Certes majoritaire (donc toujours déjà coupable envers les minorités) mais surtout captée, dans son principe même, dans son essence…, par l’extrême droite. La boucle infernale de la politique française pendant 30 ans était bouclée: le FN était le parti par définition selon cette logique identitaire de la majorité occidentale, blanche, chrétienne…qui compose la France (qualifiée de «moisie» au regard d’une histoire bien évidemment avant tout raciste, coloniale et esclavagiste), donc tout ce qui pouvait de près ou de loin avoir à faire avec la Nation, les frontières, l’intégration à une culture nationale commune, par l’école notamment, la fierté d’être Français, etc. devenait mécaniquement d’extrême-droite. (…) Aujourd’hui la complaisance dont je parlais plus haut est surtout marquée envers l’islam, considérée par toute une partie de la gauche, pas seulement de l’extrême-gauche, comme la religion par excellence des opprimés et des dominés. Les damnés de la terre sont aujourd’hui d’abord et avant tout les musulmans, et non plus les travailleurs, les prolétaires ou les ouvriers, pour cette gauche, et notamment les musulmans qui vivent dans les pays européens, issus de l’immigration et venus de pays anciennement colonisés. C’est ce qui a permis ces dernières années, alors que partout on assiste à une radicalisation de toute une partie de l’islam, sous des formes qui peuvent être plus ou moins violentes, cette interpénétration étonnante entre l’islamisme et le gauchisme. On trouve désormais des exemples de cette collusion chaque jour, dont quelques-uns seulement sont médiatisés. Ainsi, le cas de la députée Danièle Obono de la France Insoumise dont on a parlé récemment, qui est de longue date proche du Parti des Indigènes de la République. On peut aussi citer cette affaire en cours à Saint-Denis d’un élu de la majorité municipale, Madjid Messaoudene dont je parlais plus haut, qui s’en prend à une principale de collège de la ville, Véronique Corazza, car celle-ci a simplement souligné le jeu trouble de cet élu avec les islamistes dans sa commune. (…) La responsabilité des intellectuels, au sens large, mais des universitaires et des chercheurs au sens plus étroit, est très importante. Car ils apportent la caution de leur savoir, de leur légitimité académique à ces dérives. Ils légitiment des constructions purement instrumentales et politiques au nom d’un savoir qui serait désormais au cœur des sciences sociales. Le détournement de la notion d’intersectionnalité des luttes en est un exemple frappant. La bataille se joue aussi dans ce monde académique où l’on trouve des militants très radicaux sous les habits du chercheur ou du professeur. On a vu les dégâts que cela pouvait causer après les attentats terroristes notamment lorsque des sociologues en particulier sont intervenus pour disculper les terroristes de toute responsabilité à raison de leur origine sociale, de la laïcité qui contraindrait l’islam ou même de «l’islamophobie» qu’ils auraient subie dans la société française, et notamment de la part de l’État. Les mêmes sont à l’œuvre pour expliquer qu’il ne se passe rien ou qu’on ne comprend jamais ce qui se passe lorsque des femmes par exemple, puisque vous citez La Chapelle-Pajol, se font harceler ou attaquer dans certains quartiers davantage que dans d’autres. Ce déni du réel qu’on avait vu aussi à l’œuvre à Cologne en Allemagne sur le même sujet pose de lourds problèmes. D’abord parce qu’il ne permet jamais de traiter efficacement les problèmes qui se posent et qui empoisonnent la vie de certains de nos concitoyens, ensuite parce qu’il paralyse tout débat au sein de la gauche et dans le monde intellectuel. Laissant la place libre aux entrepreneurs identitaires et aux tenants des visions les plus fausses autant que les plus extrémistes. On est donc perdant sur tous les tableaux. Paul Bouvet

Vous avez dit obamisation ? (A quand la Gay pride en chaussettes du ramadan arc en ciel ?)

Président qui s’invite – ce qui n’avait plus été fait depuis dix ans – à un dîner de rupture du jeûne de ramadan, hymne national la main sur le coeur, convocation du Congrès (pour discours sur « l’Etat de l’union » ?), soutien à la politique migratoire désastreuse de Mme Merkel, ministre qui nie l’existence de l’antisémitisme et appelle à la suppression des émissions catholiques à la télévision, députée d’origine africaine qui soutient le droit d’un groupe de rap à « niquer la France », militante d’origine algérienne obsédée par la souffrance coloniale qui dénonce la « blanchité » et appelle à envoyer les sionistes au goulag …

A l’heure où à court de longues cuillères entre deux attentats djihadistes …

Le président américain en finit avec la longue tradition à la Maison Blanche de diners de fin de ramadan

Que vient justement de reprendre, après plus de dix ans, son homologue français …

Et alors que sans compter la validation quasi-totale par la Cour suprême, pour raisons de sécurité nationale, de son moratorium sur les réfugiés …

Se dégonflent une à une contre l’élu républicain les accusations de collusion avec la Russie …

Ou se retournent contre ses adversaires les enquêtes pour entrave à la justice …

Qui nous valent justement, de ce côté de l’Atlantique, le renvoi de pas moins de quatre ministres en trois jours

Pour les faits mêmes qui avaient permis, contre leurs adversaires, leurs accès au pouvoir …

Comment ne pas voir …

Dans ce saisissant contraste qui s’installe des deux côtés dudit Atlantique …

Entre un Trump tentant de réparer les huit années d’abaissement de son pays par son prédécesseur

Et un Macron de ce côté-ci s’appliquant, entre selfies avec le tout-Hollywood, coup de poing olympique et slogans creux, à en mimer jusqu’aux moindres aberrations …

Comme derrière l’euphorie si caractéristique dont ce dernier est désormais l’objet …

Et avec les conséquences que l’ont peut aisément deviner …

Rien de moins que l’obamisation littéralement en marche de la France entière ?

Emmanuel Macron : « Yes we can ? »

Montpellier (Lengadoc Info) – Tribune libre – La soirée du Louvre ne fut pas la victoire d’un camp sur l’autre, mais l’assomption d’une forme apolitique. Un décor monarchique, un discours sans généalogie idéologique. Une ode à la joie mais aussi au progrès, à l’énergie et à l’autonomie des individus. Aux formes politiques habituelles, succèdent les codes des groupes de la Silicon Valley. La réussite d’Emmanuel Macron doit être soudaine, spectaculaire, inattendue, carnassière et souriante.

Le FN avait bien rôdé sa dialectique : les élites sont « corrompues » et le peuple « vertueux ». Les Patriotes aiment leur pays et les mondialistes cherchent à le démanteler méthodiquement. La dette ? Le chômage ? L’Industrie ? L’Euro ? L’économie, c’est simple comme une pièce de un Franc !

Emmanuel Macron brandit le drapeau européen : Yes we can

En Marche, c’est comme une nouvelle appli qui renvoie les autres partis politiques au rang de Minitel. Uber face aux taxis, Amazon face aux libraires. Emmanuel Macron à l’Elysée, c’est l’américanisation du pouvoir. Les États-Unis, le temple de l’innovation numérique, sont pour le nouveau président une inépuisable source d’inspiration. Le jour de sa victoire, devant ses partisans massés sur l’esplanade du Louvre, Emmanuel Macron fait monter sur scène son épouse Brigitte.

Main dans la main, ils affichent aux yeux du monde l’harmonie d’un couple qui s’apprête à prendre ensemble les rênes du pouvoir. Car la femme du Président nouvellement élu bénéficiera d’un statut de première dame, à l’instar de la First Lady. Alors que ses supporters s’époumonaient à crier son nom, Emmanuel Macron a entonné La Marseillaise, la main sur le cœur, à l’américaine.

Mettre sous tension l’appareil d’Etat

Passé cet instant de liesse, le nouveau Président est désormais penché sur la composition de son futur gouvernement, où une partie des membres seront issus de la société civile. Un autre rapprochement. Et ce n’est pas fini : Emmanuel Macron va suivre de près les nominations dans la Haute Administration Publique. C’est la mise en œuvre en France de la pratique américaine du « Spoil System » : a chaque nouvelle présidence américaine, tous les cadres des administrations sont susceptibles d’être remplacés. Concrètement, un jeu de chaises musicales est en cours pour les postes clés. Le but poursuivi par le nouvel exécutif est de disposer de relais en phase avec la feuille de route politique.

Le primat de la personne sur le programme, du médiatique sur l’idéologique

Emmanuel Macron vient d’un monde où dominent l’idée américaine du bonheur, du bien-être individuel, de la cohésion sociale, de l’harmonie. Avec un sens aigu de la scénarisation, il a su distiller pendant la campagne des marqueurs venus d’outre-Atlantique. Dans ses meetings, les bénévoles étaient rebaptisés « Helpers ». Surtout, il y eut l’appel de Barack Obama à Emmanuel Macron, filmé avec soin et diffusé avant le premier tour. Deux semaines plus tard, c’est une vidéo de soutien enregistrée par l’ancien locataire de la Maison-Blanche qui est dévoilée sur les réseaux sociaux.

Parfait storytelling, diraient les communicants anglo-saxons…

Voir aussi:

Islam et République : le décryptage du discours de Macron au CFCM

  • Eloi Thiboud
  • 23/06/2017

FIGAROVOX/ENTRETIEN – « Personne ne peut faire croire que l’islam n’est pas compatible avec la République », a déclaré Emmanuel Macron devant devant le Conseil français du culte musulman. Pour Annie Laurent , des contradiction entre l’islam et la République existent bel et bien.


Journaliste et docteur d’État en science politique, Annie LAURENT a été nommée experte par Benoît XVI, au synode spécial des évêques pour le Moyen-Orient, qui s’est tenu à Rome en octobre 2010. Elle a créé l’association Clarifier qui vise à éclairer les réalités de l’Islam, son dernier article traitant la question des imams. Elle vient de publier L’Islam pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore) (éd.Artège, 2017).


FIGAROVOX. – À l’occasion du repas de clôture du jeûne du Ramadan (Iftar), Emmanuel Macron a prononcé ce mardi un discours devant le CFCM (Conseil français du culte musulman), dix ans après Nicolas Sarkozy. Il a notamment affirmé que «personne ne pouvait faire croire que l’islam n’était pas compatible avec la République». Qu’en pensez-vous?

Annie LAURENT. – Pour les musulmans, les principes d’organisation sociale et politique sont d‘ordre divin. Ils s’appuient sur deux sources principales: le Coran et la Sunna (la tradition mahométane). On voit bien la discordance avec le modèle démocratique lorsqu’on considère notre devise nationale: «Liberté, Égalité, Fraternité». Sur la question des libertés: pour nous, Français, la liberté est universelle et également partagée. Dans l’islam, il n’y a de libertés que restreintes: ainsi en est-il, par exemple, de la liberté de conscience, qui est inexistante. Par conséquent, un musulman ne peut être reconnu comme athée ou se convertir à une autre religion. À cet égard, il faut souligner que, tout en interdisant l’apostasie, le Coran ne prévoit aucune peine temporelle pour punir celui qui s’en rend coupable. Le droit islamique s’appuie donc sur une sentence attribuée à Mahomet: «Celui qui quitte la religion, tuez-le». Dans ce registre, la Charia fait figure de Code pénal pour les musulmans. Dès lors, si une Constitution proclame la Charia comme source du droit, rien n’empêche un magistrat saisi d’une telle affaire de prononcer la peine de mort. Pour revenir au contexte français, lorsque dans les années 1990, alors que les négociations étaient entamées entre le gouvernement et des responsables musulmans en vue de l’organisation du culte islamique, le ministre de l’intérieur de l’époque, Jean-Pierre Chevènement, avait proposé à ces derniers une charte contenant notamment une clause par laquelle ils s’engageraient à respecter la liberté de conscience, y compris le droit de renoncer à l’islam. Or, sous la pression de certains mouvements, notamment les islamistes Frères musulmans, le ministère retira cette clause de la charte. Il justifia cette reculade en rappelant que la Constitution française garantit déjà la liberté religieuse. Ce faisant, il ignorait que pour les musulmans convaincus la Charia est supérieure à toute loi humaine, donc à celle de la République. Cet exemple permet de prendre la mesure de l’incompatibilité entre nos principes respectifs. Concernant l’égalité, le Coran instaure la supériorité du musulman sur le non-musulman et l’homme sur la femme. Ces principes ne sont pas discutables puisqu’ils relèvent de l’arbitraire divin. Autrement dit, ils ne peuvent être sujets à modification. On perçoit immédiatement les problèmes que cela peut poser dans la vie sociale. Certes, l’islam reconnaît le principe de «fraternité», mais il ne s’applique qu’au sein de l’Oumma, la communauté des croyants musulmans. C’est pourquoi un musulman peut se sentir d’abord citoyen de l’Oumma avant d’être citoyen de son propre pays si celui-ci n’est pas régi par l’islam. Il en résulte une grande divergence avec les fondements démocratiques. Il faut ajouter que l’islam ignore le concept de «personne». D’origine biblique, celui-ci confère à tout être humain une dignité inviolable et inaliénable, puisque, selon la Genèse, Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. Il s’agit là d’un fondement ontologique, qui est l’un des piliers structurants de notre société. Or, le Coran occulte cette mention, instaurant une distance infranchissable entre Dieu et ses créatures humaines. De tout cela résulte le fait que, dans l’islam, l’individu a des devoirs ; quant à ses droits, ils ne sont que ceux que Dieu veut bien lui donner. L’islam accorde donc la primauté au juridique, d’où la prépondérance, pour certains de nos compatriotes musulmans, de la Charia sur le droit français.

Le Président de la République a insisté à plusieurs reprises sur le rôle que doivent assumer les organisations musulmanes de France dans la lutte contre le terrorisme et les prédicateurs salafistes, qui prêchent «ce qui est contraire au cœur de l’islam». Les extrémismes auxquels la France est confrontée trahissent-ils le véritable islam?

Il faut d’abord signaler qu’il existe mille et une interprétations des textes sacrés de l’islam. Cette religion, sans sa version sunnite, ultra-majoritaire et la seule concernée par les débats en France, ne possède pas d’autorité dotée d’un pouvoir d’interprétation revêtu du sceau de l’authenticité. Autrement dit, il n’y a pas de pape de l’islam habilité à trancher et à imposer sa lecture, ce qui permettrait, par la même occasion, aux non-musulmans de savoir ce qui est conforme à l’interprétation officielle. En outre, les Français musulmans ne sont pas unis, du fait de la variété de leurs origines et de leurs différences idéologiques. Ainsi l’islam des Turcs n’est pas celui des Maghrébins, le salafisme diffère des Frères musulmans, etc. C’est pourquoi je ne vois pas comment le président de la République ou un autre responsable politique peut dire de façon certaine ce qui constitue «le cœur de l’Islam». À quel titre la République peut-elle se prononcer sur une telle définition? Et comment concilier de tels propos avec la laïcité propre à l’État? En réalité, l’unique moyen d’en finir avec l’extrémisme serait de supprimer les passages du Coran et de la Sunna justifiant la violence et les atteintes aux libertés. Car, qu’on l’admette ou pas, ces textes sacrés comportent bien des incitations à la haine. Or, pour les musulmans, le Coran est un livre incréé ayant Dieu pour seul auteur. Ce dogme prévaut depuis le IXè siècle. Aucune autorité humaine ne peut donc prétendre le modifier. Ce n’est pas le cas de la Bible puisqu’elle est inspirée, non dictée. Même les intellectuels musulmans engagés dans la promotion d’un islam adapté à la modernité ne reviennent pas sur ce dogme. L’absence de magistère et le caractère incréé du Coran sont deux obstacles structurels qui empêchent toute évolution dans le sens d’une interprétation unique et authentique.

Emmanuel Macron a aussi mentionné le rôle des imams et des organisations régionales, comme les CRCM. Pour lui, il est impropre de faire des analogies entre l’islam et les autres religions en ce qui concerne les ministres du culte. Dans quelle mesure l’islam est-elle une religion décentralisée, et quel est le rôle exact d’un imam?

Emmanuel Macron a raison, l’imam ne peut être assimilé à un prêtre. L’islam ignorant le principe de médiation entre Dieu et l’homme, il n’a ni sacerdoce ni sacrements. Son rôle consiste à diriger la prière et d’assurer la prédication du vendredi. Celle-ci ne se limite pas au domaine religieux puisque dans l’islam le temporel et le spirituel sont mêlés, elle peut comporter des aspects relatifs par exemple à la politique, aux relations avec les non-musulmans, aux rapports hommes-femmes… L’imam n’a pas pour mission d’assurer un accompagnement spirituel, c’est pourquoi son rôle se limite souvent à veiller à l’observance des rites ou des interdits alimentaires. Ainsi, l’imam ne peut être tenu responsable des actions de ses fidèles. La difficulté est accrue si l’on sait qu’une partie des imams officiant en France ne parle pas français. Dans son discours, Emmanuel Macron a vanté la création par l’État d’une aumônerie musulmane. Il s’agissait de montrer que l’État français accorde le même traitement à toutes les religions présentes chez nous. Or, l’aumônier n’existe pas dans la tradition islamique. Je pense qu’il s’agit là d’une erreur puisque, comme je l’ai souligné, il n’y a pas de médiation entre Dieu et l’homme dans l’islam. Bien sûr, les responsables musulmans peuvent faire preuve de bonne volonté. Ainsi, en mars dernier, le CFCM a produit une «charte de l’imam» qui comporte des mesures bienvenues tels que l’attachement à la laïcité, à la liberté, au dialogue interreligieux et le rejet de toute justification de la violence au nom de Dieu. Le CFCM a demandé à toutes les instances représentatives de l’islam en France et aux mosquées d’adhérer à cette charte… mais celle-ci a immédiatement été rejetée par la majorité d’entre elles. Encore une fois ces initiatives ont trouvé leurs limites face à l’absence d’autorité réellement représentative de l’islam.

Le Président de la République souhaite que l’État puisse participer à la formation des imams. Est-ce possible, selon vous?

La demande est légitime mais sa réalisation pose d’importantes questions. En effet, comment la République laïque envisage-t-elle d’intervenir dans ce domaine? Qui va trancher les difficultés liées à l’interprétation des dogmes et des textes sacrés? Comment gérer les divergences idéologiques? En fait, qui va contrôler l’enseignement dispensé dans les instituts de formation d’imams? Je ne vois pas de réponse pertinente à ces questions. Imagine-t-on voir un jour la République laïque s’immiscer dans les programmes des séminaires de l’Église catholique, interdire l’enseignement de la loi naturelle (je pense notamment au mariage et à la filiation)? Concernant l’islam, il existe déjà des Instituts de formation d’imams, dont certains sont gérés par l’UOIF, association qui, à bien des égards, ne transmet pas des valeurs compatibles avec la démocratie. Mais il est vrai que la question de la formation des imams est pertinente si l’on considère les préoccupations liées à la sécurité publique. Il me semble que l’État devrait mettre fermement les représentants officiels de l’islam face à leurs responsabilités. En cas de violences ou de discours haineux prononcés dans les mosquées en référence au Coran et à la Sunna, ceux-ci devraient pouvoir être poursuivis pour complicité avec les imams dangereux. L’État devrait aussi imposer la langue française lors de prêches et interdire tous financements étrangers des mosquées et associations. Il faut être d’une intransigeance absolue quand il s’agit de sécurité publique et ne pas hésiter à aller jusqu’à des mesures d’expulsions. Enfin, en se mêlant de l’organisation de l’islam en France, je crains que l’État ne contribue, sans doute malgré lui et tout en dénonçant le communautarisme, à confessionnaliser les musulmans, alors que, selon la Constitution de notre pays, ceux-ci sont d’abord des citoyens avant d’être chrétiens, musulmans, juifs ou autres. On risque donner à l’islam le statut de religion d’État comme le regrettait feu le cardinal Lustiger.

Voir également:

Thomas Guénolé : « Une partie de l’antiracisme (…) est devenue raciste. Je parle de vous Madame Bouteldja… »

Vendredi dans l’émission Ce soir (ou jamais !) », le politologue Thomas Guénolé a lancé à la porte-parole du Parti des Indigènes de la République : « Vous êtes raciste, misogyne, homophobe ».

Thomas Guénolé et Houria Bouteldja étaient vendredi soir les invités de l’émission « Ce soir (ou jamais !) » sur France 2 pour échanger sur le thème « Comment réconcilier les antiracistes ? ».

Le politologue Thomas Guénolé, classé à gauche, en a profité pour dire tout le mal qu’il pensait de la porte-parole du Parti des Indigènes de la République, Houria Bouteldja.

« Je pense que ce qui a changé, c’est qu’il y a une partie de l’antiracisme, et cela me fait beaucoup de peine de dire cela, qui est devenue raciste. Je parle de vous Madame Bouteldja… », a-t-il débuté.

Il a ensuite sorti une photo où la militante pose avec le slogan « Sionistes au goulag ». Pour le politologue, « cela signifie, au sens strict, ‘les juifs favorables à l’existence d’Israël doivent être envoyés dans des camps de concentration’. »

Il a également cité des extraits de son dernier livre, où elle écrit que « la blanchité est une forteresse. Tout blanc est bâtisseur de cette forteresse ». Une « généralisation fondée sur la couleur de la peau, surtout pour un propos négatif, c’est du racisme, madame », a-t-il rappelé.

Autre extrait du livre lu par Thomas Guénolé, un passage où elle explique que « si une femme noire se fait violer par un homme noire, il est légitime qu’elle ne porte pas plainte pour protéger la communauté noire ».

Par ailleurs, la militante a déclaré être contre les couples mixtes. « D’un point de vue technique, pour suivre votre idée, il faudrait faire des lois raciales », lui-a-t-il lancé.

Il a terminé son propos en citant un passage homophobe de son ouvrage, où elle écrit : « comme chacun sait, la tarlouze n’est pas tout à fait un homme. l’arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme ».

La militante lui a répondu : «  »c’est vrai que je suis réputée raciste anti-blanc, antisémite et homophobe. Je dis sur ce plateau que je me fous complètement de ce qu’on dit de moi. »

Pour elle, « si je suis accusée de tous ces maux, c’est parce qu’on me reproche de ne pas rester à ma place, la place de l’indigène », a-t-elle poursuivi. Car au-delà des tares citées par Thomas Guénolé, Houria Bouteldja ne connait pas non plus le sens du mot « indigène », qui désigne, en France, les personnes d’origine française.

Voir de même:

Bouvet : « Que des universitaires défendent Houria Bouteldja est un crime contre l’esprit »

  • Vianney Passot
  • Le Figaro
  • 23/06/2017

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – En réaction à un article de Jean Birnbaum sur les dérives de l’antiracisme, une vingtaine d’intellectuels a pris la défense, dans une tribune du Monde parue le 20 juin, de Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République citée par Birnbaum. Laurent Bouvet réagit à cette affaire.

Laurent Bouvet est professeur de Science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a publié L’Insécurité culturelle chez Fayard en 2015. Son dernier livre, La gauche Zombie, chroniques d’une malédiction politique, est paru le 21 mars 2017 aux éditions lemieux. Il est l’une des principales figures du Printemps Républicain.


FIGAROVOX.- Dans un article du Monde du 10 juin dernier, Jean Birnbaum analysait le malaise d’une partie de la gauche face à certaines dérives de l’antiracisme. Il citait notamment Houria Bouteldja, porte-parole du parti des Indigènes de la République, auteur du très controversé «Les Blancs, les Juifs et nous». En réaction à cet article, une vingtaine d’intellectuels a signé une tribune parue dans Le Monde du 20 juin pour prendre la défense de Houria Bouteldja. Que vous inspire cette tribune et comment expliquez-vous qu’une militante ouvertement raciste, qui semble faire l’unanimité contre elle, même au sein de la gauche, soit encore défendue par certains intellectuels?

Laurent BOUVET.- Cette tribune est le énième signe d’un dévoiement du combat antiraciste dans une partie de l’extrême-gauche et de la gauche (c’est vrai en France comme ailleurs). Cette fois, il s’agit principalement d’universitaires et de chercheurs qui défendent l’essayiste Houria Bouteldja comme une militante antiraciste et féministe. Or celle-ci, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, tient de longues dates, dans ses interventions publiques comme dans ses livres, des propos ouvertement racistes, antisémites et homophobes.

Mais elle le fait au nom de la «domination postcoloniale des Blancs», d’un «racisme d’État» en France ou encore d’une «intersectionnalité des luttes» des «dominés» de toute nature (sociale, raciale, religieuse, de genre…). Pour ses défenseurs, cela est donc légitime car il ne saurait y avoir de racisme de la part des «dominés» ou des «oppressés». Leur lutte est en effet à leurs yeux toujours légitime, quel qu’en soit le moyen, puisque menée au nom de «l’émancipation» de ces dominés ou oppressés.

C’est d’abord ce systématisme, qui sur le fond, pose problème. C’est une absurdité intellectuelle autant qu’historique. À la fois parce que le racisme comme le sexisme, l’antisémitisme comme l’homophobie, ne sont fonctions ni d’une origine sociale (les plus riches…) ni d’une origine géographique (l’Europe…) ni d’une origine ethno-raciale (les «Blancs»…) ni d’une origine religieuse (les Chrétiens…), ni d’un genre particulier (le «mâle hétérosexuel»…), et parce qu’en renvoyer toujours et uniquement la responsabilité historique et à des groupes aussi larges n’a aucun sens. Ne pas comprendre ni reconnaître que dans notre histoire commune, humaine, l’émancipation de l’individu, quelles que soient son origine ou ses différentes appartenances «identitaires», est avant tout le produit de ce que l’on appelle la Modernité occidentale, celle qui, en Europe sur plusieurs siècles, a conduit à «l’invention» des droits de l’Homme, à l’abolition de l’esclavage ou encore à forger les outils intellectuels et politiques de la lutte anticoloniale ou du féminisme entre autres, c’est commettre une grave faute au regard de la réalité des faits. Et c’est la commettre au nom d’une croyance ou d’une «vérité» qui leur serait supérieure.

Que des universitaires, des chercheurs, des savants se commettent dans une telle déformation de la réalité au nom de leur vision politique et militante du monde est un crime contre l’esprit.

Politiquement, ils participent d’ailleurs à une dérive identitaire délétère pour la société. Plus encore, ils desservent le combat antiraciste ou le combat féministe qu’ils prétendent être le leur. En aggravant et en figeant, au nom de cet essentialisme identitaire qu’ils mettent sans cesse en exergue (nous ne pouvons être que ce que notre identité culturelle et sociale nous assigne comme place et rôle dans la société), les différences entre individus et groupes sociaux, ils participent à une fragmentation et au délitement de la société. Et accessoirement au triomphe d’autres promoteurs de ce «tout identitaire» qui eux s’appuient sur d’autres critères qu’ils jugent positifs que sont les racistes d’extrême droite par exemple. Ils se renvoient le ballon, ils sont les deux faces d’une même médaille, les deux pinces d’une même tenaille dont nous ne cessons de subir la pression.

Qui sont les Indigènes de la République, et que défendent-ils?

C’est un mouvement à la fois groupusculaire et très radical qui prétend défendre toute personne («indigène») issue de l’immigration et venant d’un pays colonisé par la France dans le passé. Ces «indigènes» étant traités comme au temps de la colonisation dans le cadre de leur immigration et de leur installation en France: racisme, «islamophobie», discriminations en tous genres… La dimension sociale est parfois mise en avant, comme c’est le cas dans le dernier livre d’Houria Bouteldja, pour expliquer que les situations de chômage ou de précarité vécues par les descendants d’immigrés sont avant tout dues à leur origine.

Bien évidemment, la «doctrine» du PIR conduit à une essentialisation identitaire tant des victimes dominées, que des bourreaux dominants. Chacun appartenant, en raison simplement de son origine, à tel ou tel groupe. Sans aucune possibilité d’en sortir. Ainsi, les soutiens de H. Bouteldja dans Libération écrivent-ils en défense de celle-ci: «Houria Bouteldja évoque ses propres déchirements comme indigène et Blanche ou, plus précisément, «blanchie»». Pour le dire autrement, ces gens sont obsédés par la race, par l’origine. Ils ne voient et conçoivent l’individu qu’au travers de ce prisme.

S’ils étaient laissés à eux-mêmes, dans leur réduit militant d’obsédés de la race qui multiplient ateliers «non mixtes» et manifestations des «racisé.e.s» et de «non blancs», le dommage serait très limité. Mais comme ils sont systématiquement relayés par une presse complaisante avec leur vision du monde (on peut citer Mediapart notamment), par des élus de l’extrême gauche (comme l’élu municipal de Saint-Denis Madjid Messaoudène qui leur ouvre les portes des salles de sa ville) ou par des universitaires et chercheurs qui partagent leur critique de la France et de l’État (ceux de la tribune précitée ou encore très souvent à Paris 8 Saint-Denis), ils sont devenus visibles dans l’espace public. Et leurs idées prennent du poids au sein d’une jeunesse précaire notamment. Même s’ils ont visiblement bien plus de difficultés à convaincre dans les quartiers sensibles que dans les amphis de Paris 8 ou les manifestations parisiennes.

À quel moment l’antiracisme a-t-il basculé dans les dérives actuelles?

Il est difficile de dater précisément un tel basculement. C’est un processus long qui s’est amplifié ces dernières années dans les grandes sociétés multiculturelles occidentales. Il y a plusieurs éléments à prendre en compte.

Pierre-André Taguieff avait déjà parfaitement repéré l’ambiguïté du combat antiraciste (qui partage avec le racisme des éléments communs dans la manière d’essentialiser l’individu) tel qu’il était mené dans les années 1980, par SOS Racisme notamment, dans son livre de 1988 La Force du préjugé.

Pour ma part, j’y ajouterai un élément de contexte plus général que j’appelle le tournant identitaire tel qu’il s’est dessiné aux États-Unis notamment à la fin des années 1960 et au début des années 1970 lorsque les considérations autour de critères identitaires minoritaires (race, sexe, orientation sexuelle, religion, pays d’origine, langue minoritaire…) sont devenues de plus en plus importantes dans les mobilisations politiques et sociales au nom d’un rattrapage historique, d’une reconnaissance de droits ou de valorisation de traits spécifiques de l’identité. Toutes les spécificités ont connu cette évolution, cette «identitarisation» si l’on veut qui est venue selon les cas remplacer, compléter ou transformer le rapport essentiellement social, de classe notamment, qui surdéterminait jusqu’ici les combats politiques, à gauche mais aussi à droite d’une certaine manière.

Ces dernières décennies, en France, il faut y ajouter la dérive plus marquée encore de toute une partie de la gauche, politique, intellectuelle et médiatique. L’abandon d’un projet de transformation ambitieux du capitalisme a conduit à un double effet. Premier effet, le maintien délétère, auprès de nos concitoyens, d’une sorte de geste «de gauche» principalement économiste voire économiciste, tendant soit à un «réformisme» social-libéral, en fait d’acceptation des injonctions à la libéralisation, notamment dans le cadre européen, soit à un anti-capitalisme rhétorique mais parfois très virulent (justifiant notamment un certain degré de violence sociale) dont le seul réel enjeu politique est le maintien d’un niveau élevé de dépenses publiques assurant notamment à la gauche partidaire, syndicale et associative, la permanence de ressources et d’un électorat suffisamment importants pour continuer de compter historiquement.

Le second effet est l’indulgence manifestée au sein de ces deux options d’abord économicistes envers les exigences identitaires les plus marquées, voire les plus caricaturales, issues des revendications de minorités organisées, d’activistes, d’entrepreneurs identitaires… qui ont servi à la fois de relais et d’excuse à l’abandon du projet de transformation du capitalisme. Si bien que la gauche, toutes tendances confondues, est devenue très largement aveugle aux enjeux de l’identité commune, majoritaire, celle d’une société, d’une nation et d’un peuple en proie à de transformations considérables dues à la mondialisation et à la construction européenne.

Cette identité-là a elle-même ainsi été «identitarisée» selon le processus d’essentialisation décrit plus haut, en devant une identité culturelle particulière, celle des «petits Blancs», des «Français de souche», des «Occidentaux» voire des «chrétiens», parmi d’autres. Certes majoritaire (donc toujours déjà coupable envers les minorités) mais surtout captée, dans son principe même, dans son essence…, par l’extrême droite. La boucle infernale de la politique française pendant 30 ans était bouclée: le FN était le parti par définition selon cette logique identitaire de la majorité occidentale, blanche, chrétienne…qui compose la France (qualifiée de «moisie» au regard d’une histoire bien évidemment avant tout raciste, coloniale et esclavagiste), donc tout ce qui pouvait de près ou de loin avoir à faire avec la Nation, les frontières, l’intégration à une culture nationale commune, par l’école notamment, la fierté d’être Français, etc. devenait mécaniquement d’extrême-droite.

Le piège identitaire a broyé la gauche française à partir des années 1980 bien plus encore que ses échecs économiques – qui doivent être évalués eux au regard de ses succès. L’antiracisme, c’est cette histoire-là. Et pour dire les choses simplement, tant que la gauche n’en sortira pas, même dans ses marges, elle n’aura aucune chance de peser sur le destin du pays, quelle que soit son orientation économique.

Comment ces mouvements islamistes sont-ils parvenus, comme le rappelle Jean Birnbaum, à noyauter certains milieux d’extrême-gauche pourtant libertaires, au point de voir l’idéologie de la lutte des races prendre peu à peu le pas sur celle de la lutte des classes?

Aujourd’hui la complaisance dont je parlais plus haut est surtout marquée envers l’islam, considérée par toute une partie de la gauche, pas seulement de l’extrême-gauche, comme la religion par excellence des opprimés et des dominés. Les damnés de la terre sont aujourd’hui d’abord et avant tout les musulmans, et non plus les travailleurs, les prolétaires ou les ouvriers, pour cette gauche, et notamment les musulmans qui vivent dans les pays européens, issus de l’immigration et venus de pays anciennement colonisés. C’est ce qui a permis ces dernières années, alors que partout on assiste à une radicalisation de toute une partie de l’islam, sous des formes qui peuvent être plus ou moins violentes, cette interpénétration étonnante entre l’islamisme et le gauchisme.

On trouve désormais des exemples de cette collusion chaque jour, dont quelques-uns seulement sont médiatisés. Ainsi, le cas de la députée Danièle Obono de la France Insoumise dont on a parlé récemment, qui est de longue date proche du Parti des Indigènes de la République. On peut aussi citer cette affaire en cours à Saint-Denis d’un élu de la majorité municipale, Madjid Messaoudene dont je parlais plus haut, qui s’en prend à une principale de collège de la ville, Véronique Corazza, car celle-ci a simplement souligné le jeu trouble de cet élu avec les islamistes dans sa commune.

Jean Birnbaum rappelle que les Indigènes n’ont pas d’implantation réelle dans les quartiers ni de réelle force militante et ne doivent leur poids qu’à quelques universitaires adeptes de la culpabilisation postcoloniale. Cette querelle d’intellectuels est-elle représentative de ce qui se passe sur le terrain, à La Chapelle-Pajol ou dans les «territoires perdus de la République»?

C’est exactement ce que je soulignais plus haut: s’ils n’avaient pas de relais politiques, universitaires et médiatiques, personne ou presque n’entendrait parler de ces extrémistes de l’identité.

La responsabilité des intellectuels, au sens large, mais des universitaires et des chercheurs au sens plus étroit, est très importante. Car ils apportent la caution de leur savoir, de leur légitimité académique à ces dérives. Ils légitiment des constructions purement instrumentales et politiques au nom d’un savoir qui serait désormais au cœur des sciences sociales. Le détournement de la notion d’intersectionnalité des luttes en est un exemple frappant.

La bataille se joue aussi dans ce monde académique où l’on trouve des militants très radicaux sous les habits du chercheur ou du professeur. On a vu les dégâts que cela pouvait causer après les attentats terroristes notamment lorsque des sociologues en particulier sont intervenus pour disculper les terroristes de toute responsabilité à raison de leur origine sociale, de la laïcité qui contraindrait l’islam ou même de «l’islamophobie» qu’ils auraient subie dans la société française, et notamment de la part de l’État.

Les mêmes sont à l’œuvre pour expliquer qu’il ne se passe rien ou qu’on ne comprend jamais ce qui se passe lorsque des femmes par exemple, puisque vous citez La Chapelle-Pajol, se font harceler ou attaquer dans certains quartiers davantage que dans d’autres. Ce déni du réel qu’on avait vu aussi à l’œuvre à Cologne en Allemagne sur le même sujet pose de lourds problèmes. D’abord parce qu’il ne permet jamais de traiter efficacement les problèmes qui se posent et qui empoisonnent la vie de certains de nos concitoyens, ensuite parce qu’il paralyse tout débat au sein de la gauche et dans le monde intellectuel. Laissant la place libre aux entrepreneurs identitaires et aux tenants des visions les plus fausses autant que les plus extrémistes. On est donc perdant sur tous les tableaux.

J’espère que la prise de conscience, même tardive, de journalistes comme Jean Birnbaum pourra permettre d’avancer un peu et de faire reculer ce cancer identitaire qui a envahi le débat public.

 Voir de plus:

La gauche déchirée par le « racisme antiraciste »

Analyse. L’usage militant de notions comme « la race » ou l’« islamophobie » suscite un malaise croissant dans le mouvement social.

 Jean Birnbaum

LE MONDE IDEES

09.06.2017

De mémoire anarchiste, ce fut une soirée plus agitée que les autres. Le 28 octobre, à Marseille, la librairie Mille Bâbords fut le théâtre d’une bagarre inédite. Un débat organisé sur le thème « S’opposer au racialisme » fut interrompu, non par les habituels « nervis fascistes » mais par… d’autres libertaires !

Après avoir provoqué un tohu-bohu dans le local, une trentaine d’activistes se présentant comme des « personnes racisées » diffusèrent un tract qui mettait en garde les « anti-racialisateurs » et autres « petits gauchistes blancs de classe moyenne » : « Nous saboterons toutes vos initiatives », prévenaient les auteurs dudit tract, qui venaient déjà de joindre la pratique à la théorie, puisque les tables avaient été retournées, les livres éparpillés, des boules puantes lancées et une vitrine brisée…

Encore sonnés par les gifles qu’ils venaient de recevoir, des militants protestaient : parce que nous refusons de parler de race, voilà qu’on nous traite de racistes ! A l’initiative de cette réunion se trouvaient en effet des libertaires inquiets de voir nombre de leurs camarades substituer la question raciale à la question ­sociale.

Intitulé « Jusqu’ici tout va bien », le texte censé nourrir la discussion disait ceci :

« Ironiquement, aujourd’hui, refuser les termes de “race” ou d’“islamophobie” expose à l’infamante accusation de racisme, visant à étouffer ainsi toute possibilité de débats, de critiques et de refus. Certains anarchistes en sont rendus à proscrire le slogan “Ni dieu ni maître” sous prétexte d’islamophobie et certains marxistes pensent que pour être antiraciste, il est urgent d’ajouter la race à la classe. »

Malaise

Apparemment anecdotique, cet épisode n’en révèle pas moins le malaise que suscite, dans une partie de plus en plus large de la gauche, non seulement l’utilisation de notions comme celles de « races » ou d’« islamophobie », mais aussi des initiatives visant à promouvoir une « non-mixité racisée », à l’instar du festival afroféministe Nyansapo, qui se ­déroulera à ­Paris fin juillet (voir Le Monde du 31 mai), ou du « camp d’été décolonial » tenu à Reims en 2016.

Dans la galaxie des gauches contestataires, ce n’est pas au nom de la République d’Elisabeth Badinter ou de la laïcité façon Manuel Valls que l’on récuse « l’idéologie racialisatrice » : c’est au nom de l’universalisme dont sont porteuses les luttes sociales. Il s’agit d’affirmer que le combat ­contre le racisme et les discriminations nécessite un front uni des opprimés, front que la grille de lecture « postcoloniale » menacerait de faire imploser.

Dès 2005, réagissant à « L’Appel des indigènes de la République », le philosophe Daniel Bensaïd, qui avait été de tous les combats depuis les années 1960, et qui reconnaissait la pertinence de la non-mixité sexuelle dans le mouvement féministe, soulignait les ambiguïtés d’une telle pratique sur le terrain ethnique. Il craignait une « autonomie identitaire de repli et de fermeture » qui introduirait parmi les ­opprimés « une forme pernicieuse de droit du sang », voire cette forme d’intolérance que Frantz Fanon nommait le « racisme antiraciste ».

Dans ses Fragments mécréants (Lignes, 2005), Bensaïd pointait « les confusions charriées par la notion non clarifiée de postcolonialisme », dont les usages militants ne sont pas toujours à la hauteur de leur théorisation académique.

« Tout se mêle et se confond dans une dénonciation brouillonne, au risque d’ajouter la division à la division, et de faire tourner à plein régime la stérile machine à ­culpabiliser. On aura beau user ses semelles à marcher contre la guerre, pour les droits des sans-papiers, contre toutes les discriminations, on sera toujours suspect de garder quelque part en soi un colonisateur qui sommeille. »

Imaginaire marxiste

Une bonne décennie plus tard, cette crainte s’est intensifiée, y compris chez des militants qui avaient pu adhérer aux thèses postcoloniales et qui voyaient plutôt d’un bon œil, jusqu’alors, les pratiques ponctuelles de non-mixité militante, ou la réappropriation politique du concept de « race ». Il faut dire que le rapport de force a lui aussi évolué. A l’époque de « L’Appel des indigènes », beaucoup, à gauche, reconnaissaient la nécessité de rompre avec un vieil imaginaire marxiste qui faisait de la lutte des classes l’enjeu central, la « contradiction principale » par rapport à laquelle d’autres enjeux (sexuels, raciaux ou religieux) devaient demeurer secondaires.

Aujourd’hui, nombre d’entre eux ont le sentiment que le bâton a été tordu dans l’autre sens, au point que toutes les luttes deviendraient secondaires par rapport à celles d’un « indigène » auquel les autres victimes de ­l’oppression auraient obligation de se rallier.

« Les ­indigènes de la République appellent légitimement les autres forces émancipatrices à se décoloniser, c’est-à-dire à se débarrasser d’adhérences coloniales le plus souvent non conscientes. Mais ils refusent, en sens inverse, que ces forces émancipatrices les appellent à se défaire des préjugés et des pratiques inspirées par d’autres modes de domination : que le mouvement ouvrier les ­invite à se désembourgeoiser, que le mouvement féministe les invite à se déma­chiser, que le mouvement homosexuel les invite à se déshomo­phobiser… », note ainsi le sociologue Philippe Corcuff, aujourd’hui membre de la ­Fédération anarchiste, dans un texte paru en 2015 sur le site libertaire Grand Angle.

De cette inversion du rapport de force, certains trouvent une illustration dans la visibilité du Parti des indigènes de la République et de sa porte-parole, Houria Bouteldja, eu égard à la faiblesse militante de ce mouvement et à sa modeste implantation dans les quartiers populaires. Si ce parti marginal pèse autant, disent ses détracteurs de la gauche radicale, c’est qu’il peut compter sur l’appui exalté de quelques universitaires blancs, qui sont à l’« indigène ­racisé » ce que les « intellectuels petits-bourgeois » étaient jadis à l’ouvrier communiste : des compagnons de route qui barbotent dans les eaux enivrantes de la mauvaise conscience.

« Tétanie »

« Par le biais d’un chantage moral à la culpabilité blanche et collective, la non-mixité racisée est imposée comme une évidence dans le débat public, tonnent les auteurs d’un livre intitulé La Race comme si vous y étiez ! (2016, disponible sur Internet, 3 €). Alors que ces positions essen­tialistes issues de cénacles universitaires ne se donnent même pas la peine d’avancer masquées, une tétanie semble s’être emparée des milieux contestataires, et c’est un tapis rouge qui ­finit par être déroulé devant les tenants de la guerre de tous contre tous. Face à la publication d’un pamphlet ouvertement raciste comme Les Blancs, les Juifs et nous [Houria Bouteldja, éditions La Fabrique](…), les réactions sont d’une rareté et d’une timidité étonnantes. »

L’outrance volontariste, parfois menaçante, du livre d’Houria Bouteldja, paru en mars 2016, semble bel et bien avoir constitué la provocation de trop pour maintes figures des gauches.

Avec un tel programme, notait le directeur du Monde diplomatique, Serge Halimi,en août 2016, « toutes les balises historiques du combat multiséculaire pour l’émancipation ­humaine (le rationalisme, le syndicalisme, le ­socialisme, le féminisme, l’internationalisme…) seront balayées par les torrents essentialistes et religieux ».

Quant aux militants de Lutte ouvrière, ils faisaient valoir que les thèses de Bouteldja constituaient « la négation des idées communistes » : « Ce livre abject défend les idées les plus réactionnaires, à commencer par un ­antisémitisme nauséeux (…), une homophobie assumée, une exaltation de “la redoutable et ­insolente ­virilité islamique” (sic) et une prise de position contre le féminisme, dénoncé comme une ­exportation blanche », peut-on lire dans le mensuel Lutte de classe de février 2017.

« Traître à sa race »

Même exaspération du côté des éditions ­Libertalia, dont le catalogue compte pourtant des auteurs peu suspects d’hostilité à l’égard des thèses « indigènes ». « Quand ce livre est paru, on s’est dit : “Ce n’est plus possible, on ne peut pas laisser la jeune génération ‘cortège de tête’, celle qui est née à la politique dans les manifs contre la loi travail, basculer là-dedans” », confie Nicolas Norrito, coanimateur de Libertalia.

Quelques mois plus tard, la petite maison ­libertaire publie un essai en forme de riposte, La Fabrique du musulman (160 p., 8 €). Nedjib Sidi Moussa, docteur en sciences politiques de 34 ans, y fustige « une gauche cléricale à tendance racialiste » qui mine de l’intérieur les combats pour l’émancipation et prospère sur les défaites du mouvement social.

Analysant textes et prises de position, Nedjib Sidi Moussa s’étonne notamment que des militants anarchistes puissent reprendre tel quel un mot d’ordre comme celui de la « lutte contre l’islamophobie », alors qu’il sert d’étendard à des islamistes en France et, sur la scène internationale, à des Etats aussi puissants que réactionnaires. Dans un contexte où les organisations du mouvement ouvrier sont en perte de vitesse, il est inquiétant de constater que « des libertaires en viennent à tenir un langage qui s’accorde avec celui de l’Organisation de la ­coopération islamique », avance le chercheur.

Issu d’une famille naguère engagée dans le combat pour l’indépendance de l’Algérie, ­Nedjib Sidi Moussa confie être coincé « entre le marteau de la confessionnalisation et l’enclume de la racialisation ». Bien sûr, le simple fait de dire ce qu’il dit en portant le nom qu’il porte lui vaut déjà le soupçon d’être un « traître à sa race », comme on parlait jadis de « trahison de classe ». Mais cela lui permet d’exhiber l’un des aspects qui suscitent le plus sa révolte dans le discours ethno-différencialiste d’une partie des gauches : à force de rabattre toute espérance universaliste sur une stratégie de domination blanche, ce discours cloue les individus au mur des appartenances identitaires et leur barre l’accès aux chemins de l’émancipation.

Voir encore:

Vers l’émancipation, contre la calomnie. En soutien à Houria Bouteldja et à l’antiracisme politique

Dans une tribune au « Monde », une vingtaine intellectuels réagissent à l’article « La gauche déchirée par le racisme antiraciste » publié le 10 juin.

LE MONDE IDEES

19.06.2017

TRIBUNE. Dans le supplément « Idées » daté samedi 10 juin, Jean Birnbaum consacre un article au « malaise croissant dans le mouvement social » face à « l’usage militant des notions comme la “race ou l’“islamophobie ». Il y rapporte des propos tenus ici ou là sur les Indigènes de la République et, au-delà, sur l’antiracisme décolonial et politique.

Dans ces allusions, une nouvelle fois, Houria Bouteldja est la cible privilégiée des accusations les plus insensées, qui sont autant de calomnies : racisme, antisémitisme, homophobie… Il semble décidément que ses contempteurs n’aient pas lu son livre Les Blancs, les Juifs et nous [La Fabrique, 2016], se soient arrêtés à son titre sans le comprendre ou à quelques extraits cités à contre-emploi.

La quantité de mélanine présente dans nos peaux, toute dérisoire et arbitraire qu’elle soit, nos origines, cultures, religions ou non, la longue histoire de la colonisation, créent des privilèges et des dominations, conscientes ou non

L’ouvrage de Pap Ndiaye, La Condition noire [Calmann-Lévy], paru en 2008, n’avait pas fait couler tant d’encre amère. Tout au contraire, il avait été érigé en force intellectuelle du moment. Il montrait que la couleur de peau constitue dans nos sociétés un facteur de différenciation, de disqualification sociale et de discrimination. Il contribuait par là à articuler classe et race, après des décennies marquées par l’illégitimité du sujet. L’accueil chaleureux réservé dans les médias à Pap Ndiaye pourrait-il s’expliquer parce qu’il parlait de Noirs ? Pourtant, s’il y a des Noirs, c’est nécessairement qu’il y a des Blancs. Les Blancs veulent rarement être nommés tels, n’entendent pas voir ce que renvoie ce miroir. Ce ne sont là que des constructions historiques et sociales, mais elles pèsent. Les ignorer empêche de les combattre. La quantité de mélanine présente dans nos peaux, toute dérisoire et arbitraire qu’elle soit, nos origines, cultures, religions ou non, la longue histoire de la colonisation, créent des privilèges et des dominations, conscientes ou non. Houria Bouteldja le décrit avec évidence : « A niveau social équivalent, il vaut toujours mieux être blanc ».

Dans son livre important, complexe et tiraillé, Houria Bouteldja évoque ses propres déchirements comme indigène et Blanche ou, plus précisément, « blanchie » : des poètes et écrivains l’avaient dit aussi, Damas, Césaire, Fanon, tant d’autres. Elle exprime avec pudeur son sentiment d’humiliation devant ses parents qui « faisaient trop pauvres, trop immigrés » ; notre honte est que cette honte soit possible. Son attachement au Maghreb est relié aux juifs qui y vivaient, dont l’absence désormais crée un vide impossible à combler ; il laisse l’auteure « inconsolable ». Et cependant, ses détracteurs enchaînent les contresens comme des perles empoisonnées. Si nous ne nous retrouvons pas dans tous ses arguments ni dans toutes ses positions, ce déchaînement nous est insupportable.

L’antiracisme politique ne se résume nullement à Houria Bouteldja ; ses représentant.e.s peuvent parfois être en désaccord avec tel ou tel de ses choix. Mais ce qui est visé à travers la violence des attaques qui la ciblent, c’est l’antiracisme politique dans son ensemble, c’est-à-dire toute tentative de s’organiser et de lutter pour en finir avec l’oppression. La haine qu’Houria Bouteldja suscite est à la mesure de son courage. Courage de secouer nos bonnes consciences quand nous préférons oublier ce qu’accorde le fait d’être Blancs, ici, en Occident. Courage d’évoquer le combat quotidien des femmes racisées et la lutte des féministes décoloniales. Refus résolu et pour jamais de verser dans l’essentialisme de « l’homme indigène », qui masque si opportunément les violences faites aux femmes partout dans nos sociétés.

Dans le livre d’Houria Bouteldja, « Vers une politique de l’amour révolutionnaire » n’est pas un sous-titre de coquetterie ni une lubie d’éditeur : c’est un appel criant à quitter nos entre-soi, à déserter nos cloisonnements et nos endiguements

Ce n’est certainement pas là une substitution de la question raciale à la question sociale : c’est un croisement, une intersection comme le disent les sciences sociales. Aucune lutte n’est secondaire : le front uni est nécessaire. Il passe par la reconnaissance de toutes les oppressions. Dans le livre d’Houria Bouteldja, « Vers une politique de l’amour révolutionnaire » n’est pas un sous-titre de coquetterie ni une lubie d’éditeur : c’est un appel criant à quitter nos entre-soi, à déserter nos cloisonnements et nos endiguements. Comment peut-on ne pas voir que c’est tout l’opposé d’une guerre ? L’auteure s’adresse aux prolétaires, aux paysans, aux chômeurs, aux laissés-pour-compte, aux « sacrifiés de l’Europe des marchés et de l’Etat ». Elle se tourne vers la gauche, en particulier cette gauche radicale qui aspire à un tout autre monde. Elle veut faire front commun. Elle en appelle enfin à une histoire dénationalisée et déracialisée ; comme l’écrivait C. L. R. James à propos de ses aïeux, lorsque lui aussi s’adressait aux Blancs : « Ils sont mes ancêtres, ils sont mon peuple. Ils peuvent être les vôtres si vous voulez bien d’eux. »

Une telle pensée, qui travaille les catégories existantes pour mieux s’en échapper, est en avance sur son temps, décalée dans son époque. Elle dérange, choque, indigne qui veut lire trop vite et condamner sans procès. Ce ne sera pas la première fois qu’une telle discordance des temps est à l’œuvre : les révolutionnaires, les marxistes, les libertaires, les féministes l’ont toutes et tous éprouvée. Ce combat revient à se délester de nos catégories ; il commence par une prise de conscience. Notre émancipation est à ce prix.

Par Ludivine Bantigny (historienne), Maxime Benatouil (co-président de l’Union juive française pour la paix), Judith Bernard (metteure en scène et journaliste), Déborah Cohen (historienne), Thomas Coutrot (économiste), Christine Delphy (sociologue et militante féministe), Annie Ernaux (écrivaine), Fabrice Flipo (philosophe), Eric Hazan (éditeur et écrivain), Stathis Kouvelakis (philosophe), Philippe Marlière (politiste), Dominique Natanson (co-président de l’Union juive française pour la paix), Olivier Neveux (universitaire), Ugo Palheta (sociologue), Geneviève Rail (universitaire, Simone de Beauvoir Institute and Womens Studies, Canada), Catherine Samary (économiste), Michèle Sibony (Union juive française pour la paix), Isabelle Stengers (philosophe), Julien Théry (historien), Rémy Toulouse (éditeur).

Voir par ailleurs:

Pétition pour le droit à l’insolence antiraciste

Libération

22 juin 2017

«Le rappeur Saïdou du groupe Z.E.P. (Zone d’Expression Populaire) et le sociologue et militant Saïd Bouamama ont été mis en examen pour « injure publique » et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » sur une plainte de l’AGRIF, un groupe d’extrême droite nostalgique de l’Algérie française. En cause, un ouvrage et une chanson du même nom, Nique la France, qui assène en refrain : « Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes / Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes. »

«Comme des millions de gens à travers le globe ces dernières années, les deux auteurs ont attaqué le colonialisme et le système capitaliste et impérialiste. Comme beaucoup d’entre nous ils dénoncent une idéologie toujours très en vogue : le racisme, sous ses formes les plus courantes mais aussi les plus décomplexées. Comme de nombreux habitants des quartiers populaires, ils ont criés leur colère contre les inégalités, les discriminations et la justice à double vitesse.

«S’inscrivant dans une longue tradition pamphlétaire des artistes engagés en France contre l’Etat français, du « nation de porcs et de chiens » d’André Breton à « le temps que j’baise ma marseillaise » de Léo Ferré en passant par le « je conchie l’armée française » d’Aragon ou le « votre République, moi j’la tringle » de Renaud, Saïdou et Saïd Bouamama ont choisi d’assumer leur « devoir d’insolence » afin d’interpeller et de faire entendre des opinions qui ont peu droit de cité au sein des grands canaux de diffusion médiatique.

«Mais voilà, cela dépasse, choque et insupporte qu’une telle parole puisse être portée, d’autant plus quand elle l’est par ceux qui subissent en premier lieu les politiques racistes et antisociales. Lorsque des Noirs ou des Arabes font le choix de sortir de l’invisibilité et du mutisme afin de décrire la réalité telle qu’elle est – violente, inégale et destructrice – la droite extrême, l’extrême droite ou encore l’Etat s’emploient à tenter de convaincre l’opinion publique de l’illégitimité de ces discours. NTM, Sniper, Ministère Amër, Mr R, La Rumeur, Youssoupha ou Houria Bouteldja sont autant de rappeurs et militants attaqués ces dernières années pour des paroles jugées trop irrévérencieuses. Pourtant tous n’ont fait que porter publiquement l’expression populaire du rejet des discriminations et de la stigmatisation des quartiers populaires, des Noirs, Arabes et musulmans.

«En signant cette pétition, nous exigeons que les poursuites contre Saïdou et Saïd Bouamama soient abandonnées. D’accord ou pas d’accord avec les propos et les formulations incriminés, nous défendons leur droit de les tenir. L’extrême droite veut interdire le droit de chanter la révolte, imposons le droit de l’exprimer sans entraves.

Voir aussi:

Danièle Obono vient d’être élue députée. Ce n’est sans doute qu’un hasard mais l’élue de la 17e circonscription de Paris est depuis sa victoire aux législatives attaquée sur son passé. Plus particulièrement sur le fait qu’elle a signé, en 2012, une pétition pour défendre le rappeur Saïd, chanteur du groupe Zep (Zone d’expression Populaire) qui, à l’époque, chantait Nique la France. Cette pétition a été signée par de nombreuses personnalités comme Clémentine Autain, Olivier Besancenot, Eric Coquerel ou encore Noël Mamère. Mais c’est bien Danièle Obono qui est interrogée, lors des Grandes Gueules sur RMC mercredi 21 juin, au sujet de son soutien à une œuvre musicale intitulée Nique La France.

Lors de son passage sur RMC, Danièle Obono rappelle qu’elle tient à « défendre la liberté d’expression de ces artistes, parce que ça fait partie des libertés fondamentales « . Pas suffisant pour le journaliste Alain Marshall qui demande à l’élue si elle peut dire « Vive la France ». « Je peux dire ‘vive la France’, mais pourquoi, en soi ? Vous voulez que je me mette au garde-à-vous et que je chante la Marseillaise ?« , rétorque Danièle Obono, après quelques hésitations. « Vous signez plus facilement « nique la France » que vous ne dîtes ‘vive la France' », répond l’un des invités de l’émission. Depuis, la fachosphère dénonce l’attitude de Danièle Obono. Le FN aussi, trop content de pouvoir commenter un sujet qui ne concerne pas ses propres divisions ou ses propres turpitudes.

Jean-Luc Mélenchon a réagi jeudi et dénoncé le « machisme » et le « racisme insupportable » dont est victime, selon lui, Danièle Obono. Sur Facebook, le leader de la France insoumise écrit :

Amitié, affection et respect pour le sang-froid de Danièle Obono, députée de Paris, agressée sur les plateaux de télé par des chiens de garde médiatiques qui ne se rendent même plus compte que leur machisme est teinté d’une forme de racisme insupportable. Solidarité avec elle face au déchaînement de haine venant de l’extrême droite ainsi déclenché par les employés des neuf milliardaires qui contrôlent 90 % de la presse. JLM

Un message signée « JLM », indiquant que c’est bien le député des Bouches-du-Rhône qui en est l’auteur.

Il n’est pas le seul. Invité de franceinfo ce vendredi 23 juin, Éric Coquerel rappelle le contexte de cet appel datant de 2012. « C’était face à L’Agrif, une association d’extrême droite, qui voulait censurer cette chanson et nous disions à ce moment-là que, dans la tradition pamphlétaire des chansons françaises […] c’était étonnant qu’on s’en prenne au groupe ZEP. Au nom de la liberté d’expression nous défendions le droit de le dire« , explique le député LFI de Seine-Saint-Denis avant de s’étonner :

Moi ce qui m’étonne c’est que, depuis  2012, ni moi, ni Olivier Besancenot, on ne nous a jamais parlé de cette affaire. Et Danièle Obono, on lui en parle. Je vais vous dire pourquoi je pense qu’on lui en parle : parce qu’elle est noire. Je pense qu’il y a un racisme patent dans ce qui a été fait. Je suis totalement solidaire avec Danièle Obono. Il y a quelque chose d’absolument d’insupportable au fait d’estimer qu’une personne parce qu’elle est noire, on lui demande de crier : vive la France ! Moi, on ne me l’a jamais demandé.

Pour Éric Coquerel comme pour Jean-Luc Mélenchon, Danièle Obono est donc ainsi personnellement visée parce qu’elle est noire.

Lors des Grandes Gueules ce vendredi, Alexis Corbière fustige le comportement des animateurs. « Ce que vous avez fait avec Danièle Obono, ce n’est pas bien. Vous avez fait une erreur. Je n’apprécie pas ce que vous avez fait et je suis en colère », s’énerve le député LFI. « Elle n’a jamais dit ‘nique la France’. Ce sont des propos qui ne sont pas les siens, vous avez voulu la délégitimer », dit-il avant de reprendre le même raisonnement qu’Éric Coquerel, parlant d’un « procès d’intention » :

Faites attention les amis, parce que si à chaque fois qu’il y a une femme black, intellectuelle, antiraciste [il est coupé] Mais il y a un rapport ! Et ne faites pas semblant de ne pas le comprendre parce que je vais vous dire, vous m’avez invité des tas d’années aux Grandes Gueules, vous ne m’avez jamais posé la question pour savoir si j’aimais la France ou pas. Vous ne m’avez jamais demandé de dire ‘vive la France’. Parce que moi je m’appelle Alexis Corbière, je ne m’appelle pas Danièle Obono. Ça me blesse et ça blesse beaucoup de gens.

Voir aussi:

« Nique la France » vs « vive la France » : comprendre la polémique Obono en trois actes

 La députée de la France insoumise est au cœur d’un débat enflammé après avoir refusé de dire « Vive la France » sur RMC, tout en réitérant son soutien à une pétition controversée.
Gaétan Supertino
Europe 1
23 juin 2017

« De quel droit somme-t-on Danièle Obono de crier ‘Vive la France’ ? », s’interroge Libération, dans une tribune publiée vendredi. « Il se passe une chose surréaliste, autour de Danièle Obono, porte-parole nationale de La France insoumise élue députée de la 17e circonscription de Paris », rapporte le quotidien, venant à la rescousse de la nouvelle élue de 36 ans. Par « chose surréaliste », il faut entendre la polémique dans laquelle est empêtrée malgré elle cette bibliothécaire de métier, depuis son passage dans l’émission les Grandes gueules, mercredi sur RMC.

L’origine : une pétition de 2012 et une chanson intitulée « Nique la France »

Pour comprendre la polémique, il faut remonter à 2012. Danièle Obono, ancienne membre de la direction du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) qui a rejoint le Front de gauche, signe à l’époque une pétition de soutien au rappeur Saïdou, du groupe ZEP (Zone d’Expression Populaire) et au sociologue Saïd Bouamama, lancée par Les Inrock. « Les deux hommes sont à l’époque mis en examen (puis relaxés) pour ‘injure publique’ et ‘incitation à la haine raciale’ après la diffusion du clip ‘Nique la France’ », qu’ils ont co-écrit, rappelle 20 Minutes, avant de citer un extrait de la chanson : « Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes/Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes ».

Vous signez plus facilement ‘nique la France’ que vous ne dites ‘vive la France’

La pétition –  signée par la députée mais aussi par Noël Mamère, Clémentine Autain, Eric Coquerel, Eva Joly ou encore Olivier Besancenot – est alors accompagnée d’un texte de soutien « à la liberté d’expression » qui rappelle la « tradition pamphlétaire » française, citant pêle-mêle Léo Ferré, Renaud ou Aragon. « Lorsque des Noirs ou des Arabes font le choix de sortir de l’invisibilité et du mutisme afin de décrire la réalité telle qu’elle est – violente, inégale et destructrice –, la droite extrême, l’extrême droite ou encore l’Etat s’emploient à tenter de convaincre l’opinion publique de l’illégitimité de ces discours », pouvait-on lire sur le texte.

La polémique : la députée assume et refuse de dire « Vive la France »

Mercredi lors des Grandes gueules, Danièle Obono est interrogée sur cette pétition. « En tant que députée, êtes-vous fière d’avoir signé ? », lui demande-t-on. Ce à quoi elle répond : « Pour défendre la liberté d’expression de ces artistes, oui. Parce que ça fait partie des libertés fondamentales ». « Vous pouvez dire « vive la France » ? » lui demande alors un journaliste de l’émission. Réponse de l’intéressée : « Je peux dire ‘vive la France’, mais pourquoi, en soi ? Je ne me lève pas le matin en disant ‘Vive la France’ […] « Vous voulez que je me mette au garde-à-vous et que je chante la Marseillaise ? ». « Vous signez plus facilement ‘nique la France’ que vous ne dites ‘vive la France’ », commente alors un chroniqueur.

Il n’en fallait pas moins pour susciter une pluie de réactions indignées. De la part de groupes classés à l’extrême droite, d’abord, à l’instar du site Fdesouche. Mais l’indignation dépasse rapidement la « fachosphère ». « Hallucinant ! La députée France Insoumise défend ceux qui chantent ‘nique la France’ mais hésite à dire ‘vive la France’ », s’indigne ainsi sur Twitter le député LR sortant, Thierry Mariani. « Cette Mme Obono (sic) semble ne pas avoir pris la mesure des siècles d’Histoire de France qui la contemplent et l’obligent. Elle veut pouvoir ’niquer la France’ tranquillement ? Alors qu’elle quitte les dorures de la République », renchérit David Rachline, sénateur et maire FN, toujours sur Twitter. « Entendre Nique la France la gêne moins que dire Vive la France. Elle est pas mal l’Insoumise… », ironise, également, le journaliste Jean-Michel Aphatie sur le réseau social.

Si Ferré pouvait ‘baiser la Marseillaise’ et Renaud ‘tringler la République’, le chanteur de ZEP (même arabe) peut bien ‘niquer la France’
La députée reçoit toutefois de nombreux soutiens, de son propre camp, d’abord. « Amitié, affection et respect pour le sang-froid de Danièle Obono, agressée sur les plateaux de télé par des chiens de garde médiatiques qui ne se rendent même plus compte que leur machisme est teinté d’une forme de racisme insupportable », réagit ainsi Jean-Luc Mélenchon sur son compte Facebook. « Je trouve honteux que Danièle Obono soit mise sur le grill sur ce sujet. J’estime que la pétition de 2012 défendait non pas les paroles de cette chanson, mais la liberté d’expression de ses auteurs […] Je comprends totalement que Danièle réagisse comme ça. Vous aimeriez qu’on vous force à dire ‘Vive la France’, vous ? », argumente également le député de la France insoumise Alexis Corbière, dans L’Express.

Mais le soutien, aussi, s’étend rapidement au-delà du champ politique. « Si Ferré pouvait ‘baiser la Marseillaise’ et Renaud ‘tringler la République’, le chanteur de ZEP (même arabe) peut bien ‘niquer la France’. Si Coquerel, Besancenot ou Eva Joly peuvent (doivent ?) rappeler cette saine évidence, Danièle Obono (même noire) le peut aussi », peut-on ainsi lire dans la tribune de Libération, qui s’interroge sur le fait que les autres signataires (blancs) de la pétition n’aient jamais été interrogés. « Georges Brassens non plus n’aimait pas marcher au pas. Juste mise au point face au déferlement haineux contre Danièle Obono », réagit encore le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, sur Twitter.

« Comprendre ce qu’il y a derrière ».Invitée sur RFI vendredi, la députée de Paris Danielle Bono s’est elle même expliquée : « Regretter, ce n’est pas ma démarche, je suis militante politique depuis des années, je veux convaincre avec mes idées. C’est important de défendre les libertés démocratiques, la liberté d’expression, c’est dans ce cadre que j’ai participé avec d’autres à cette pétition. Il faut aller au-delà et essayer de comprendre ce qu’il y a derrière ».

Le débat derrière le débat : député, un statut à part ?

Au-delà de la question liée à la pétition de 2012, c’est celle du statut de député que pose la polémique « Danièle Obono » : un député peut-il rechigner à dire « vive la France » ? Etienne Liebig, chroniqueur des Grandes Gueules, résume en ces termes sur le site de RMC : « Il n’y a pas plus Français que moi, il n’y a pas plus amoureux de la France que moi. Mais si tu me demandes de crier ‘vive la France’, je refuse […] Ce qui fait le choquant, c’est qu’elle n’a pas pris conscience qu’elle n’est plus la citoyenne qu’elle était, et qu’elle est devenue une femme politique ». « Là où le bât blesse, c’est que la dame en question vient de se faire élire députée. Elle incarne cette France qu’elle rejette, représente ces Français racistes que nous serions », renchérit dans Le Figaro l’essayiste Céline Pina, fondatrice du mouvement Viv(r)e la République.

La nier est une hérésie, et souhaiter qu’elle disparaisse, une infamie hypocrite
Mais sur ce point-là également, la réponse est loin d’être unanime. Dans une longue tribune intitulée « Nique la France n’est pas rédhibitoire », le journaliste de Slate Claude Askolovitch appelle à « soutenir » la députée, même si on n’est pas d’accord avec elle. « La députée de la France insoumise Danièle Obono appartient à une école de pensée qui met la colonisation et ce qu’elle a généré au cœur de la crise. On peut être en désaccord avec Madame Obono, la disputer, en détail ou globalement, la soutenir en conscience. Mais la nier est une hérésie, et souhaiter qu’elle disparaisse, une infamie hypocrite. Ce qui la justifie existe, et sans elle, qui en parle ? », écrit-il.

Et de conclure : « Accepter que s’entende au parlement une parole qui récuse les évidences majoritaires, voire les hégémonies fondatrices, n’est pas choses aisée. C’est pourtant la condition de la démocratie. Siégeaient au Parlement de l’Empire allemand des députés d’Alsace qui conspuaient le Reich et le pangermanisme et gardaient fidélité à la France. Siègent au Parlement israélien des députés palestiniens qui revendiquent leur antisionisme et récusent l’État dont ils participent, pourtant, à la démocratie. Siégeaient au Parlement français, dans les années 1920 des élus communistes qui ne votaient pas les crédits militaires, détestaient l’armée et l’idéologie de la victoire, au lendemain de la Grande guerre, et niaient la France blessée et victorieuse autant qu’il était possible ».

Voir encore:

Conseil européen : « Nous devons accueillir des réfugiés », insiste Emmanuel Macron

 FRANCE 24

 23/06/2017

À Bruxelles, le président français a mis en avant sa bonne entente avec la chancelière allemande, notamment sur la question de la crise migratoire. L’engagement a été pris vendredi d’accélérer les procédures de traitement des droits d’asile.

Lors d’une conférence de presse conjointe à l’issue du Conseil européen à Bruxelles, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont exprimé vendredi 23 juin des positions convergentes sur les réponses à apporter aux migrations vers l’Europe.

Le président français a ainsi montré qu’il voulait mettre l’Europe en marche vers plus de solidarité dans la crise migratoire. Pour le nouveau locataire de l’Élysée, l’exemple à suivre est celui donné par l’Allemagne.

« Les décisions prises par la chancelière Angela Merkel ont été des décisions courageuses », a-t-il estimé. « Nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur. Je le redis ici, les réfugiés ne sont pas n’importe quel migrant. Ce ne sont pas les migrants économiques. Ce sont des femmes et des hommes qui fuient leur pays pour leur liberté, ou parce qu’ils sont en guerre ou pour leur choix politique. Nous devons ainsi faire preuve de solidarité quand un de nos voisins fait face à des arrivées massives de réfugiés ou de migrants.

« Faire preuve de solidarité entre pays européens »

Sur ce dossier, la commission européenne a ouvert la semaine dernière une procédure contre la Hongrie, la Pologne et la République tchèque. Emmanuel Macron a d’ailleurs rencontré dans la matinée les dirigeants de ces trois pays, ainsi que de la Slovaquie, les quatre membres du groupe de Visegrad. Cette réunion avec certains des mauvais élèves en matière de répartition des réfugiés visait à apaiser les tensions, mais elle n’a pas permis de réelle avancée sur le dossier, comme l’a regretté la chancelière allemande.

« Il n’y a malheureusement pas de progrès sur la question de la répartition des réfugiés entre les pays. Nous devons continuer à traiter ce problème parce qu’il est très important, notamment car il faut faire preuve de solidarité entre pays européens », a-t-elle déclaré.

Sous l’impulsion des deux dirigeants français et allemand, ce conseil européen aura tout de même accouché de quelques engagements en termes de politique migratoire. Le couple franco-allemand a notamment promis une accélération de la procédure de traitement des demandeurs d’asile, un renforcement des frontières extérieures de l’Europe et une intervention coordonnée sur les théâtres d’opérations extérieurs. De son côté, le président de la commission, Jean-Claude Juncker, a invité les pays membres à honorer leurs engagements financiers pris envers l’Afrique pour lutter contre l’immigration illégale.

Voir enfin:

Didier Leschi : « La portée réactionnaire du discours de la race écrase le combat social »

Dans une tribune au « Monde », l’historien et ancien préfet dénonce les propos de la porte-parole du Parti des indigènes de la République, Houria Bouteldja, qui maintiennent l’idée de domination et proposent de l’inverser, au lieu de la renverser.

Didier Leschi (Ancien préfet pour l’égalité des chances en Seine-Saint-Denis)

Le Monde

24.06.2017

TRIBUNE. L’utilisation de la catégorie de « race », même avec la volonté de défendre ceux qui sont issus des mondes coloniaux, et qui seraient les « indigènes » de l’intérieur opprimés par « les Blancs et leurs alliés juifs », favorise-t-elle le combat pour l’égalité des droits ? C’est ce qu’affirment des militants qui considèrent que l’humanisme de tradition socialiste est un universalisme qui empêcherait de prendre en compte la spécificité des oppressions, militants dont la principale propagandiste est Houria Bouteldja.

Ceux qui prêtent crédit à ses propos ne se basent pas tant sur ses dires ou écrits, mais sur cette idée qu’elle serait aujourd’hui la figure de l’hérétique, du scandaleux qui provoque au nom d’un amour supérieur du réel. Nous serions face à elle comme le furent d’autres censeurs face à Pasolini ou Genet. Par conformisme, nous serions sourds aux innovations d’un discours radical à partir de la réhabilitation de cette idée de la race.

Mais, nous dit-on, l’émancipation qui nous concerne tous est à ce prix. La violence qui serait faite à notre sensibilité, à nos intuitions normatives serait donc un progrès. Or, ces nouveaux damnés de la terre défendent un projet identitaire qui maintient l’idée de domination et propose de l’inverser et non de la renverser au profit de tous. En ce sens, le nouvel acteur social promu est à l’opposé du prolétaire dont le combat émancipera l’ensemble de la société, selon la pensée de Marx.

Structures d’appartenance

Bien au contraire, dans cette perspective « indigène », ce qui est réhabilité ce sont les identités, qui valorisent les structures d’appartenance où chaque individu doit d’abord prêter allégeance à ce qui l’enferme. Ainsi, une femme « indigène » devrait définir son identité selon la formule de Houria Bouteldja : « J’appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à l’Algérie, à l’islam. »

Comment ne pas entendre que cette pensée se confond avec celle de Jean-Marie Le Pen ? Certes, on veut s’opposer aux « Français de souche », mais par-là même, ce projet légitime le vocable et l’idée de l’existence de souche et d’appartenance de sang aux dépens du libre-arbitre et de la culture. Pas étonnant que les tenants de ce qui se veut la radicalité pour notre époque se déclarent culturellement opposés aux mariages mixtes, dont l’idée devrait même susciter le dégoût, un discours que l’on n’avait plus entendu depuis Vichy.

Ces discours sont à l’opposé des penseurs de la créolisation, comme Patrick Chamoiseau ou Raphaël Confiant. Féminisme, défense des homosexuels et laïcité, on pourrait aisément défendre toutes les catégories jugées par ces radicaux racialistes comme des « collaborations de gauche » à l’oppression « blanche » qu’ils souhaitent dénoncer.

Je suis métis et mes enfants plus encore. Métis d’Amérique, de Noir, de Blanc, de juif, de l’Est de l’Europe comme de la Méditerranée. Que dois-je entendre quand je lis que le métissage la dégoûte, si ce n’est le retour de la domination par la race dont la pureté ne sera jamais préservée ? Que dois-je entendre quand l’antisémitisme de l’ancien président iranien Ahmadinejad est qualifié par elle d’« œuvre d’art » ? Je suis prêt à examiner toutes les hypothèses, à faire preuve même d’une certaine dose de masochisme comme ceux qui se veulent les compagnons de route de ce combat.

Aucun imaginaire commun

Mais enfin pense-t-on vraiment œuvrer pour l’émancipation en ne voulant pas voir ce qui est vraiment écrit ? Ainsi peut-on trouver légitime de reprendre le mot d’ordre des partisans de l’Algérie française, « Fusillez Jean-Paul Sartre », parce qu’en 1948, il n’avait pas dénoncé la création d’Israël et serait ainsi à ranger du côté des penseurs de l’oppression parce qu’allié des juifs ?

Tout cela ne serait que le reflet tragi-comique de l’abaissement du débat intellectuel si cela ne produisait pas des effets concrets, comme j’ai pu le mesurer en Seine-Saint-Denis, dans ce qui est appelé « quartiers populaires ». Pauvre contre pauvre, la légitimation du combat de la race que véhicule ce type de discours fait disparaître chez trop de jeunes l’idée d’un front commun possible au-delà des assignations, brise la capacité à reconstituer un peuple politique, fort de ses altérités et non les opposant les unes aux autres.

La portée réactionnaire de ce discours écrase le combat social qui porte le progrès. Aussi légitime que soit la dénonciation qui lève le déni sur des impasses graves – à savoir l’existence réelle de discriminations dont sont victimes en particulier les jeunes issus de l’immigration – cette pensée ne construit aucun imaginaire commun.

C’est l’inverse, pour le coup, des visions violentes des vrais porteurs de l’amour révolutionnaire que furent Genet et Pasolini, qui faisaient de cet amour la capacité subversive à aimer l’ennemi. Jusqu’à l’aimer charnellement.

Dans mon jeune temps, que je ne regrette pas, les radicaux que nous étions furent protégés par la figure de Jean-Paul Sartre, qu’on ne pouvait, selon le mot de De Gaulle, embastiller, car « on n’emprisonne pas Voltaire ». Nous chantions une chanson dont le refrain disait : « Il n’y a que deux camps, vous n’êtes plus du nôtre. » En souvenir de celui-ci, aider Houria Bouteldja à ne pas quitter définitivement le camp de l’émancipation, ce ne peut être lui épargner la critique radicale de ses errements.

Didier Leschi est l’auteur de « Misères de l’islam de France », Le Cerf, 176 pages, 14 euros.

Voir de plus:

Xavier Bertrand atteint par le mimétisme macronien

Et c’est reparti dans l’hystérie pavlovienne contre le FN ! Xavier Bertrand, président (LR) des Hauts-de-France, n’en finit pas d’être obnubilé par le Front national. En mai, il avait assimilé le gaulliste Nicolas Dupont-Aignan à Pierre Laval, numéro 2 de Vichy, après le ralliement du président de Debout la France à Marine Le Pen. Cette fois, dans le JDD paru dimanche, Bertrand fait procès à Laurent Wauquiez, président (PR) d’Auvergne-Rhône-Alpes, de « courir après l’extrême droite » dans son objectif de prendre la tête du parti. Si l’accusateur fait savoir qu’il ne sera pas candidat à cette compétition, il se dit prêt à apporter son soutien à Valérie Pécresse. Mais que signifie « courir après l’extrême droite », expression toute faite qui s’allie le plus souvent avec l’impératif de « ne pas faire le jeu du FN « ? Bertrand laisse comprendre ses réticences quand il préfère parler de France « inégalitaire » plutôt qu’ »identitaire », Il explique aussi : « En 2012 comme en 2017 ce n’était pas la droite « décomplexée » mais radicalisée ». Bref, courir après l’extrême droite revient, pour Bertrand, à aborder les sujets préemptés par Le Pen (la laïcité, la nation, la souveraineté, la cohésion nationale, l’immigration, la place de l’islam, etc). En d’autres termes, Bertrand s’interdit apparemment de traiter ces questions déjà contaminées. Il préfère, si on suit bien, les laisser au monopole du FN ou à Wauquiez, soupçonné de vouloir faire alliance avec Marion Maréchal Le Pen. Mais Bertrand, homme de terrain qui dit avoir rompu avec la pensée obligée, ne voit-il rien du malaise existentiel des Français ?

En rejetant la question identitaire, au prétexte de se distinguer du FN et de la droite « radicalisée », Bertrand tombe dans le vieux piège du sectarisme et de l’intolérance. Sa posture mimétique du donneur de leçons, qu’il emprunte au camp du Bien qui l’a fait gagner face au FN dans sa région, est anachronique alors que la droite a une obligation de resserrer les rangs. D’autant que le patron des Hauts-de-France parle comme Marine Le Pen quand il dit vouloir s’adresser à la « France des oubliés », expression initiée sur ce blog il me semble. Quand il dit vouloir « parler à la fois à l’ouvrier et au chef d’entreprise (…) au rural et à l’urbain », il ne dit pas autre chose que Marion Maréchal Le Pen lorsqu’elle déclare, dans un entretien récent à Valeurs Actuelles : « La stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoise conservatrice et des classes populaires ». Ce que Bertrand ne veut pas voir, par refus idéologique, c’est que l’identité est ce lien qui reste commun aux classes populaires et à la droite conservatrice, soucieuses de protéger des valeurs remises en question par le relativisme et le multiculturalisme. En fait, Bertrand s’est laissé macroniser à son tour, dans une conversion à l’économisme en tout et dans une aversion pour le discours identitaire, réservé aux seules minorités ethniques ou sexuelles. Cette doctrine porte les échecs à venir. La question du moment est : qu’attend Bertrand pour rejoindre La France qui marche ? Elle parle comme lui.

Voir de même:

Bloc-notes : pourquoi la Macronie est une bulle

La Macronie, réserve de technocrates, est une bulle confortée par les législatives. La majorité absolue accordée à La République en marche (319 sièges) repose sur une abstention record (57,3%), à laquelle s’ajoutent 9,9% de bulletins blancs ou nuls. En apparence, l’armée de députés fait masse. Mais le creux résonne sous ces rangs serrés. En fait, les mécontents ont accentué, au second tour, leur refus de participer à une mascarade. Le jugement des frondeurs a été conforté dès lundi par la guignolade autour du projet de loi de François Bayrou sur la moralisation de la vie politique. Ce qui avait été annoncé comme un texte fondateur du macronisme immaculé s’est révélé dans ses effets grotesques. Mercredi, le promoteur de la grande lessive a démissionné du ministère de la Justice, après Marielle de Sarnez du ministère des Affaires européennes, et Sylvie Goulard du ministère des Armées : trois membres du MoDem, soupçonnés dans une affaire de financements détournés d’assistants parlementaires, connue depuis longtemps.

La tartufferie, décrite ici depuis un mois à propos de ce document rebaptisé « rétablissement de la confiance », n’a su éviter la farce de l’arroseur arrosé. Il fallait être aveuglé de son ego pour prétendre s’ériger en donneur de leçons. « Nous n’avons jamais eu d’emplois fictifs au MoDem », a redit Bayrou mercredi. Un même aplomb se retrouve chez Richard Ferrand, proche d’Emmanuel Macron, soupçonné d’enrichissements douteux. Lundi, le président a choisi d’exfiltrer Ferrand, réélu député, pour qu’il préside le groupe LREM à l’Assemblée, au mépris du pouvoir législatif. Tous ces juges autoproclamés rivalisaient d’indignations, durant la campagne présidentielle, devant les dénégations de François Fillon, mis en cause pour des pratiques jusqu’alors tolérées : une défense qui est devenue la leur. Cette agitation moraliste avait rendu inaudibles les sujets civilisationnels que Fillon entendait porter.

La bulle macronienne, héritage de ce que fut longtemps le candidat, ne s’arrête pas à son univers aseptisé, à son gouvernement d’experts, à ses parlementaires boudés par les Oubliés. La bulle permet également d’ignorer des thèmes laissés aux « extrêmes » et aux « démagogues ».

En fait, en Macronie, le small talk est la règle. Ce papotage, prisé dans les salons, évite les sujets qui fâchent. Appliqué à la politique, le procédé est ridicule. Pourtant, jamais un élu LREM ne se laissera aller à aborder franchement l’immigration extraeuropéenne de masse, la conquête islamique de l’Europe, les isolats déjà perdus par la France, l’antisémitisme des cités, la guerre civile qui vient ou tout autre sujet « nauséabond ». Dans l’univers melliflu de la Macronie, ces inquiétudes sont des vulgarités obsessionnelles et populistes. En parler est aussi scabreux que de péter à table. Dans ce contexte préservé, récuré et consensuel, l’aggravation de l’abstention au second tour des législatives n’a rien d’étonnant. Le raisonnement présidentiel construit sur l’expression : « Et en même temps (…)», conduit à rendre indiscernables ses convictions. La crise n’est pas seulement celle de la démocratie représentative ; cela fait longtemps que les Français ne s’identifient plus à leurs dirigeants. Mis sous cloche, ces derniers parlent la langue morte du politiquement correct. Mais ce diagnostic aurait dû inciter les « élites » à ôter leurs œillères. L’inverse s’est produit. C’est la raison pour laquelle la vraie crise est plus gravement celle de l’intelligence politique. La pléthore de candidats à la députation devait normalement satisfaire à la demande. Cependant, avaient-ils quelque chose à dire ? Il faut croire que non, vu les citoyens qui se sont détournés des babillages policés.

Revenir au défi identitaire

L’idéologie macroniste est vouée à l’échec, si elle persiste à préférer la désincarnation des chiffres et à se reposer sur la domestication des esprits paresseux. Le discours officiel veut faire croire, y compris à la droite dite « constructive » qui a rejoint le troupeau, que le libéralisme économique serait la réponse à tout. Dimanche, prenant acte de l’amélioration relative du score des Républicains (131 députés élus), François Baroin a cité la fiscalité comme sujet majeur de discorde avec LREM. La gauche marxiste s’arrange de ce matérialisme, qui replace les rapports économiques au centre des luttes. En fait, la classe politique s’accorde à répéter que le défi identitaire, rejeté par la bulle, n’obnubile que de infréquentables, soupçonnés d’arrière- pensées condamnables. Même le FN s’est laissé prendre à ce conformisme du tout-économique, qui lui a fait placer la sortie de l’euro au centre de sa campagne ratée. Mais cet aveuglement n’est pas celui de la France populaire. La prétention du pouvoir à incarner la subtilité dans une approche de la complexité fait partie de l’autopromotion de la théatrocratie, qui vire à la comédie de boulevard avec la débandade des faux curés de la république. Rien d’étonnant d’entendre, dimanche soir, Daniel Cohn-Bendit se flatter, sur France 2, d’être « l’incarnation du “En même temps” » macronien, avatar nostalgique des slogans verbeux de Mai 68 et de son leader. La posture « éclairée » du chef de l’État n’éclaircit rien de sa politique face à la nouvelle vague de clandestins qui affluent en France et singulièrement à Paris, face aux islamistes qui défient les forces de l’ordre, aux islamo- gauchistes qui attisent la violence et la haine antijuive. Une chose est sûre : les solutions ne se contenteront pas d’une réforme des retraites ni d’une possible relance économique.

Combattre l’irénisme

L’absence de réflexion sur l’immigration du tiers-monde ou le terrorisme islamique explique la platitude des réponses de l’État. Quand le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, explique jeudi que Calais « ne doit pas être un abcès de fixation » pour les « migrants », il ne propose aucune mesure d’urgence sinon de « couper la route des passeurs », tarte à la crème de l’impuissance publique. Le chef de l’État n’est pas plus efficace quand, dans Le Figaro de jeudi, il s’en remet à l’Union européenne pour surveiller les frontières extérieures, ce vœu pieux. Apprendre que le salafiste qui a raté son attentat lundi sur les Champs-Élysées était un fiché S qui bénéficiait d’une autorisation de port d’armes révèle l’irénisme qu’il faut combattre. Mais la Macronie a-t-elle les armes ?

Voir encore:

Suspension des visas : la Cour suprême donne largement raison à Trump

  • Philippe Gélie
  • Le Figaro
  • 26/06/2017

Avant son examen au fond à l’automne, la plus haute juridiction américaine autorise l’application du décret présidentiel, à une exception près.

De notre correspondant à Washington

La victoire n’est pas tout à fait complète, mais elle n’en est pas moins importante. Cinq mois après sa première publication, le décret de Donald Trump suspendant la délivrance de visas aux ressortissants de six pays à majorité musulmane va pouvoir entrer en vigueur presqu’intégralement. La légalité de l’ensemble de l’ordonnance présidentielle sera examinée par la Cour suprême à l’automne – si elle est toujours controversée, sa validité étant prévue pour 90 jours.

Lundi 26 juin, la plus haute juridiction des États-Unis a contredit les arguments de plusieurs cours fédérales qui avaient jusqu’ici empêché son application. Estimant que «l’intérêt de préserver la sécurité nationale est un objectif urgent de la plus haute nécessité», la décision majoritaire de la Cour, non signée par ses auteurs, considère qu’«empêcher le gouvernement de poursuivre cet objectif en appliquant (la suspension des visas) aux ressortissants étrangers sans lien avec les États-Unis nuirait significativement à (nos) intérêts sans alléger de façon évidente les difficultés de qui que ce soit d’autre».

Prouver une relation crédible avec les États-Unis

La Cour introduit en conséquence une seule exception, en faveur d’étrangers «pouvant revendiquer de manière crédible une relation de bonne foi avec une personne ou une entité aux États-Unis». L’ambiguïté de la formule pousse les juges à «illustrer le type de relations» pouvant bénéficier de cette dérogation: pour les particuliers, «une relation familiale proche est nécessaire» ; pour les entités, «la relation doit être formelle, documentée et formée dans le cours normal» des activités de l’organisme concerné. Ainsi d’un étudiant admis dans une université américaine, d’un travailleur embauché par une entreprise ou d’un experts invité à donner une conférence aux États-Unis.

La même décision, assortie de la même dérogation, est appliquée à la suspension du programme d’accueil des réfugiés: «Lorsqu’il s’agit de réfugiés sans lien (avec des personnes résidant légalement aux États-Unis), la balance penche en faveur de l’indéniable nécessité pour le gouvernement d’assurer la sécurité de la nation», souligne la Cour.

Un flot de procès attendu

La formule ne convainc pas toute la communauté des juristes, y compris parmi les neuf sages. Un «avis dissident», signé par les juges conservateurs Clarence Thomas, Samuel Alito et Neil Gorsuch, se prononce en faveur d’une application intégrale du décret, faisant valoir que «le remède risque d’être impraticable, imposant aux fonctionnaires le fardeau de décider – au risque d’outrage à la Cour – qui a une connexion suffisante» avec les États-Unis. «Le compromis va aussi inviter un flot de procès, jusqu’à ce que l’affaire soit tranchée sur le fond», ajoute l’objection minoritaire. Au passage, un signal réconfortant pour Donald Trump: Neil Gorsuch, le juge qu’il vient de nommer, le soutient sur une mesure phare du début de son mandat.

C’est un succès encourageant pour la Maison-Blanche, qui avait révisé son premier décret en mars, retirant l’Irak de la liste des pays visés, omettant de cibler les seuls réfugiés syriens et supprimant la faveur accordée aux chrétiens pour ne pas prêter le flanc à l’accusation de discrimination anti-musulmans. Donald Trump s’est félicité de cette décision de la Cour suprême voyant une «victoire» pour la sécurité nationale des États-Unis. «En tant que président, je ne peux laisser entrer dans notre pays des gens qui nous veulent du mal», a-t-il indiqué dans un communiqué. «La décision rendue à l’unanimité par la Cour suprême est une victoire nette pour notre sécurité nationale.»

Trump a annoncé la semaine dernière que le décret entrerait en vigueur 72 heures après avoir reçu l’approbation définitive de la justice – soit jeudi matin 29 juin.

Voir enfin:

Jeux olympiques : Obama, la boulette ?
Sandrine Lefevre
Le Parisien
04 octobre 2016

Quelle mouche a donc piqué Barack Obama ? Dans un long entretien au « New York Magazine », le président américain dresse le bilan de ses huit années à la Maison-Blanche. En évoquant longuement ses relations avec le camp républicain, il revient sur la défaite de Chicago, son ancien fief politique, à l’organisation des JO de 2016 face à Rio.

« Nous avons compris par la suite que les décisions du CIO étaient similaires à celles de la Fifa : un peu truquées », lâche alors Obama, estimant, « que la candidature américaine était la meilleure ». Une phrase qui pourrait être lourde de conséquences au moment où Los Angeles est candidate à l’organisation des JO.

Peut-être un coup dur pour la candidature de Los Angeles 2024

Du côté de Paris 2024, on refuse de commenter ce qui s’apparente à une grosse boulette. « C’est sûr que les membres du CIO (NDLR : qui désigneront la ville hôte en septembre 2017) ne vont pas apprécier, estime un connaisseur des instances olympiques. Une phrase comme celle-ci, c’est forcément dangereux pour Los Angeles. »

Durant tout le week-end, lors de la visite de Thomas Bach, les porteurs du dossier parisien ont veillé à ne créer aucun incident, François Hollande a quant à lui rappelé les « valeurs communes de la France et du CIO ». Contrairement à Paris, qui bénéficie du soutien (notamment financier) de l’Etat, la candidature de Los Angeles est l’affaire de la ville et non pas du pays. « Du coup, Obama s’en moque, les JO, ce n’est pas son problème », poursuit le spécialiste.

Il n’est peut-être d’ailleurs pas le seul à avoir froissé le CIO ces dernières heures. En maintenant sa position contre l’accueil des réfugiés, le premier ministre hongrois Viktor Orban risque de mettre en danger la candidature de Budapest … l’intégration des migrants, notamment par le sport, étant l’un des sujets importants actuellement au CIO.


Législatives: Après le hold up, le syndrome de Stockholm électoral ! (After a legislative election with a record abstention rate, France’s clingers and deplorables are still waiting for their Trump)

20 juin, 2017
Stockholm syndrome coming soon osmonster
TrumpRevolution
Les voleurs nous protègent contre la police. Otages du Crédit Suédois de Stockholm (le 23 août 1973)
La ministre des Armées Sylvie Goulard fait savoir ce mardi 20 juin qu’elle renonce à figurer dans le nouveau gouvernement qu’Emmanuel Macron a chargé Edouard Philippe de former. Elle est citée dans l’affaire des soupçons d’emplois fictifs au MoDem, tout comme ses collègues François Bayrou et Marielle de Sarnez. (…) Cette annonce intervient au lendemain du départ d’un autre ministre, Richard Ferrand. Lui aussi a des démêlés avec la justice : une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Brest sur l’opération immobilière qui a profité à sa compagne lorsqu’il était patron des Mutuelles de Bretagne. Le désormais ex-ministre de la Cohésion des territoires va briguer la présidence du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale. (…) Le président de la République a-t-il entrepris, dans le cadre de ce remaniement, de vider son gouvernement de tous les ministres touchés par des affaires ? L’annonce publique de Sylvie Goulard, inhabituelle dans son genre puisqu’elle avait été démissionnée lundi avec tout le gouvernement, met en tout cas ses collègues François Bayrou et Marielle de Sarnez dans une situation délicate : comment les maintenir à leurs postes de ministres alors qu’ils sont dans la même situation qu’elle ? Marianne
Une ministre qui démissionne, une alliée entendue par la justice, des perquisitions en cours : le climat des affaires vient assombrir l’après législatives des vainqueurs de dimanche. (…) Exfiltré lundi du gouvernement, Richard Ferrand va briguer la présidence du groupe LREM à l’Assemblée nationale. Une façon pour Emmanuel Macron d’éloigner du gouvernement son ministre de la Cohésion des territoires alors qu’il est visé par une enquête préliminaire pour une opération immobilière. (…) Le parti de François Bayrou est soupçonné d’avoir utilisé pour ses propres activités en France plusieurs assistants de députés européens, payés par Bruxelles. (…) la ministre des Armées Sylvie Goulard a annoncé dans la matinée qu’elle quittait le navire. (…) Ex-députée européenne Modem, son nom est cité dans l’enquête sur les assistants parlementaires européens. (…) Au même moment, Corinne Lepage, ancienne eurodéputée du Modem, était entendue comme témoin pour la même affaire. En 2014, dans son livre les Mains propres, l’ex-ministre écrivait : «Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le Modem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes et d’autre part illégal. Le Modem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire cette exigence. Ainsi, durant cinq ans, la secrétaire particulière de François Bayrou a été payée… par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européen». Passé plutôt inaperçu à la sortie du livre, l’extrait a largement circulé sur les réseaux sociaux pendant la campagne présidentielle. C’est pour une autre enquête que des perquisitions ont été menées, également ce mardi matin, au siège du groupe publicitaire Havas et de l’agence nationale Business France. Les enquêteurs se penchent ici sur l’organisation d’un déplacement en janvier 2016 à Las Vegas d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie. Il y a rencontré des patrons français. Une opération «montée dans l’urgence, à la demande expresse du cabinet du ministre, […] confiée au géant Havas par Business France sans qu’aucun appel d’offres ait été lancé», avait avancé le Canard enchaîné en mars cette année. Une enquête préliminaire pour favoritisme, complicité et recel de favoritisme a été ouverte par le parquet de Paris. Signalons en passant que Business France était, à l’époque, dirigé par l’actuelle ministre du Travail Muriel Pénicaud. Libération
En réalité, la bulle macroniste des origines n’est jamais très loin. Cette fois, elle fait enfler une majorité absolue de députés La République en marche (359 sièges avec le Modem) qui ne repose que sur un socle électoral restreint. Ne pas se fier à l’effet d’optique : la France reste fracturée comme jamais. Et bien des nerfs sont à vif chez ceux qui refusent d’avaler l’élixir euphorisant du Docteur Macron, aux effets secondaires addictifs. En fait, une crise de l’intelligence politique se dissimule derrière la crise de la démocratie. Si une majorité d’électeurs ne votent plus, en dépit de la pléthore de candidats à ces législatives, c’est que ceux-ci n’ont rien à dire d’intéressant. J’ai entendu distraitement François Baroin (LR), hier soir, réciter d’un ton morne et las un vague programme dont la fiscalité semblait être le seul point de discorde avec la majorité. Alors que la crise identitaire est largement plus préoccupante que le PIB, le sirop du Docteur Macron a réussi à faire croire, y compris à la droite somnolente et au FN, que l’économique était au coeur de tout. Manuel Valls, seul socialiste à avoir mis les problèmes identitaires (communautarisme, islam radical, etc.) au centre de ses préoccupations, est à cause de cela la cible de violences verbales de la part de l’islamo-gauchisme. Hier soir, sa courte victoire dans l’Essonne (139 voix) a été contestée par Farida Amrani, candidate de la France insoumise. Julien Dray (PS) a dénoncé hier « une violente campagne communautariste aux relents antisémites menée contre Valls ». Alors qu’une nouvelle vague d’immigration se presse aux portes de l’Europe et que l’islam politique ne cesse d’attiser la guerre civile (ce lundi matin, la mosquée londonienne de Finsbury Park a été la cible d’un attentat contre des musulmans), la classe politique française discute du sexe des anges, comme à Byzance la veille de sa chute. Macron a-t-il quelque chose à dire sur ces sujets ? Ivan Rioufol
Les 51% d’abstention du premier tour sont un événement considérable. Il s’agit du premier revers politique d’importance pour Emmanuel Macron depuis son élection. À partir du 11 juin, il est beaucoup plus difficile de parler d’élan populaire en faveur du nouveau pouvoir, puisque les candidats LREM et leurs alliés ont, de fait, recueilli 1,3 million de voix de moins que leur leader au premier tour de la présidentielle. À ce niveau, on peut parler de refus de participer, d’insubordination civique. Il ne s’agit pas à ce stade de dire que cette abstention est une protestation, et pas davantage un consentement. Elle traduit cependant l’inadéquation bien perçue par les citoyens de notre mécanique électorale. Non seulement le résultat de la présidentielle conditionne celui des législatives depuis l’instauration du quinquennat mais cette fois-ci, exactement comme en 2002, les choses étaient réglées dès le soir du premier tour. Jacques Chirac, du haut de ses 19,9% de suffrages exprimés, n’avaient pas eu à faire la moindre concession politique à ses concurrents pour triompher au second tour, puis pour obtenir, avec 365 députés élus, une majorité très large pour l’UMP nouvellement créée. Emmanuel Macron aura fait beaucoup plus d’efforts, avec la constitution d’un gouvernement alliant ministres de gauche, du centre, et de la droite. L’absence de possibilité d’une majorité alternative face à lui, du fait de la quadripartition de l’opposition, aura convaincu la moitié des électeurs de l’inutilité de se déplacer. Sans le savoir, ni forcément le vouloir, ces abstentionnistes ont creusé une mine profonde sous l’édifice du nouveau pouvoir. (…) Après le vote de classe du premier tour, nous observons en effet une abstention de classe. Ce qui permet d’ailleurs à certains de dire que les différences sociologiques entre les différents électorats se sont estompées lors des législatives. Certes, mais précisément parce que ce scrutin s’est déroulé non seulement hors sol, car la dimension locale a particulièrement peu compté dans le vote, mais surtout hors peuple. Ainsi, 66% des ouvriers et 61% des employés se sont abstenus, au lieu de 45% des cadres. La jeunesse, si présente dans l’image projetée par le mouvement En Marche!, est en fait restée sur le bord du chemin: 64% des moins de 35 ans se sont abstenus (et encore ce chiffre est minoré par l’importance de la non-inscription parmi eux), au lieu de 35% des plus de 60 ans. Dès lors, les commentaires sur la relative homogénéisation sociologique du vote entre les différents électorats aux législatives sont sans objet. Si l’on s’en tient aux suffrages exprimés, il en manquait plus de treize millions le 12 juin par rapport au 23 avril. Ce qui s’est traduit par un corps électoral effectif totalement distordu par rapport au corps électoral théorique. Donc, oui, les législatives confirment et amplifient l’enseignement de la présidentielle. Entre les Macron-compatibles et les autres, il n’y a pas qu’une différence d’opinions, mais aussi un profond fossé social. (…) On savait que la promotion de la parité et de la diversité pouvait parfaitement s’accommoder d’une aggravation des inégalités sociales, voire en être le paravent. L’offre électorale de ces élections aura été une illustration éloquente de ce phénomène, décrit et expliqué par le chercheur américain Walter Benn Michaels. Nous touchons également à la notion de «société civile». On utilise parfois ce mot comme synonyme d’un «pays réel» qui serait masqué par l’État et le personnel politique. En fait, dans le cadre d’un système représentatif, c’est la politique, et donc les partis, qui permettent parfois la promotion d’élus issus des catégories populaires. Sinon on retombe sans s’en apercevoir, et sans parfois le vouloir, dans un recrutement élitaire. Une entreprise ne se résume pas à sa direction, ni le monde des indépendants aux fondateurs de start-ups. Il est piquant de voir le côté 19e siècle de la situation. On a une participation qui rappelle les grandes heures du suffrage censitaire, et une assemblée qui évoque un peu, mutatis mutandis, les assemblées de notables. Il ne manque même pas les Saint-Simoniens. (…) Il convient de s’affranchir des termes porteurs de connotations politiques ou morales, et d’essayer de trouver une manière correcte de nommer le réel. C’est pourquoi l’opposition «peuple» – «élites» ne convient pas, le premier terme étant trop englobant, et le second trop restrictif. Même la notion de «bloc bourgeois» n’est pas simple, car elle tend à assimiler des millions de Français qui le soutiennent à une condition sociale qui n’est pas la leur. À l’inverse, selon moi, le «bloc élitaire» désigne tous ceux qui appartiennent aux élites sociales, ceux bien plus nombreux qui aspirent à en être, et enfin les personnes qui considèrent que l’obéissance aux élites est aussi légitime que naturelle. C’est donc, j’en suis conscient, à la fois une situation objective et une inclination subjective. C’est d’ailleurs pour cela que l’on parle de «blocs» sociaux. Non parce qu’ils sont composés d’une substance homogène, mais parce qu’ils constituent l’agrégation de milieux différents, et cependant solidaires. Un bloc social a vocation à exercer le pouvoir à son profit et au nom de l’intérêt général. En tant que tel, il n’est cependant qu’une construction historique, et peut se désagréger. L’extraordinaire réussite de Macron est d’être devenu l’incarnation de ce bloc élitaire, dont la constitution sur les ruines du clivage gauche-droite avait cependant débuté des années avant l’annonce de sa candidature. (…) La réunification des élites de gauche et de droite, sur un fond de convergence idéologique et d’homogénéité sociale, est pour le moment une réussite éclatante. On sent même, dans certains milieux aisés, une forme d’euphorie. On se croirait le 14 juillet 1790. C’est la Fête de la Fédération de la bourgeoisie contemporaine. La force propulsive d’En Marche! lui permet d’être au second tour aussi bien aux législatives qu’à la présidentielle, et ensuite son triomphe est mécanique. L’existence du bloc élitaire renvoie cependant à un problème, celui de l’affaiblissement des forces dites de gouvernement. C’est bien parce que Nicolas Sarkozy d’abord, François Hollande ensuite, ont échoué à réformer le pays autant qu’ils le souhaitaient, les deux acceptant à peu près le cadre de l’Union européenne et les exigences des marchés financiers, qu’il y a eu la dynamique En Marche! Autrement dit, l’épopée macronienne se fonde d’abord sur la volonté de donner aux réformes de structure de notre société une base politique et sociale suffisante. Si l’on considère le score du premier tour de la présidentielle et des législatives en nombre de voix, rapporté à l’ensemble du corps électoral, ce projet n’est pas encore totalement achevé. C’est là où l’on redécouvre, derrière les discours sur la société civile, l’importance du pouvoir de l’État. Le contrôle de celui-ci, exercé par des personnalités qui en maîtrisent parfaitement les rouages, tranche la question. (…) Face au bloc élitaire, qui agrège dans sa représentation politique le parti du Président mais aussi le Modem, les UMP dits «constructifs» et les PS dits «compatibles», le bloc populaire demeure virtuel. Face à la politique prônée par Emmanuel Macron et Édouard Philippe, il n’y a pas un «Front du refus», mais un «archipel du refus». C’est là un déséquilibre stratégique majeur. On en voit les effets au second tour des législatives, où dans chaque circonscription, le candidat qui affronte celui de LREM est issu le plus souvent d’une des quatre forces d’opposition, sans alliance possible, et avec en conséquence de très mauvais reports de voix. Cette situation est durable. Elle constitue une chance historique pour l’achèvement des réformes libérales annoncées. Dans la mesure où l’opposition au nouveau pouvoir prendra nécessairement une forme aussi sociale que politique, la position de la France Insoumise est assez favorable, tandis que le Front national sera handicapé par ses ambiguïtés idéologiques sur le libéralisme économique. La situation de l’UMP est certes moins grave que celle du PS, mais leur espérance commune d’une reconstitution du clivage gauche-droite pourrait bien être durablement déçue. Cet ordre politique n’a pas seulement été affaibli, il a été remplacé. Jérome Sainte-Marie
57,36 % d’abstention pour le second tour des élections législatives. Un record. Une catastrophe démocratique. 18 millions de Français ont voté ; 28 se sont abstenus. Les non-votants ont gagné quoi? Le droit pendant cinq ans de n’être pas représentés, de se taire et de n’avoir pas de porte-parole. S’agit-il là d’un consentement par défaut, (selon le principe du «qui ne dit mot consent»), ou d’une «grève générale civique» – selon l’expression de Jean-Luc Mélenchon? Un peu des deux. Mais surtout, un abstentionniste, au sens propre, est celui qui ne veut pas tenir la République et se retient de participer à ses procédures. Lui qui se sent socialement dans le fossé, il se met sur le bas-côté de la république. À côté de la République En Marche il y a l’immense parti de la République en panne. À côté des Français mobiles, les Français immobiles. Entre les citoyens à l’aise ici et ailleurs, les citoyens mal-à-l’aise là où ils sont. Les premiers s’expatrient souvent, les seconds ne peuvent pas déménager. Ces républicains de l’extérieur, trop exclus pour ne pas s’exclure de la République, devraient être le premier défi d’Emmanuel Macron. Son immense victoire législative repose sur un socle électoral très étroit. Là est le paradoxe de cette majorité sans partage: peu d’électeurs, beaucoup de députés. Trop peu d’électeurs pour trop de députés. Il faut dire que depuis des mois, les médias ont escamoté les demandes politiques des Français au profit de la dénonciation morale de la «classe politique». L’affaire Pénélope, les costumes, les assistants parlementaires, l’argent public. Un tribunal médiatique examinait jusqu’à l’écœurement le comportement personnel des politiques dans une sorte de surdité vis-à-vis des aspirations réelles des Français. Les solutions pour «moraliser» les politiques semblaient avoir plus importance que celles contre le chômage. Le besoin de renouvellement et de changer de tête a fini par s’imposer au détriment de l’examen scrupuleux des vrais problèmes. C’est comme si, dans un hôpital, on s’interrogeait sur les conflits d’intérêts des médecins sans rien dire des traitements contre les maladies. L’abstention est un désaveu qui touche tout à la fois les politiques et les médias. Ils vivent ensemble depuis trop longtemps, dans une sorte d’endogamie belliqueuse, au point de ne plus porter les préoccupations des Français qui, en retour, les prennent en grippe. Au mépris du peuple répond la haine contre ceux d’en haut – les politiques et les journalistes. Les Français n’y croient plus, se sentent exclus de la République. A-t-elle encore besoin d’eux? Non, pensent ceux qui ne votent plus. Elle fonctionne trop en vase clos. Et ce sentiment d’une oligarchie hors-sol, hors-peuple, qui ne règle rien et parle avant tout à elle-même d’elle-même pour mieux constater sa faillite morale, corrode tout. Tout et surtout l’indispensable adhésion de tous à la République, la fragile confiance dans «la chose commune». La couche d’ozone démocratique qui protège la France contre ses ressentiments infinis et une potentielle guerre civile se fragilise de plus en plus. N’oublions jamais que les institutions de notre pays ne sont rien sans la certitude qu’elles nous représentent tous. Les procédures sont formelles si elles n’expriment pas une confiance partagée. La démocratie des esprits précède celle du Parlement. La nation est un «plébiscite de tous les jours» disait Renan. Une abstention majoritaire est aussi une abstention vis-à-vis de la nation conçue comme une croyance invisible mais vitale. Chaque bulletin de vote, en réalité, en comporte deux. Le premier adhère à la République et fait d’une fiction politique une évidence partagée. Le second est pour un candidat en particulier. C’est pour ne plus vouloir adhérer à la République, la valider, que les Français ne votent plus pour un candidat. Ne faut-il pas, toute affaire cessante, réfléchir à ce désaveu massif? Faut-il rendre le vote obligatoire, introduire une dose de proportionnelle, reconnaître le vote blanc, considérer qu’une élection ne pourra pas être valide que si elle se fait avec un certain pourcentage des électeurs inscrits? Faut-il avoir, tirés au sort, des députés qui seraient «des représentants des Français abstentionnistes»? Je ne sais. Cette réflexion est urgente. Si elle est mise sous les tapis dorés du palais Bourbon, à l’amertume s’ajoutera la haine et à la haine le rejet du sentiment d’être ensemble responsable d’une même nation. Il ne faudrait pas qu’un abstentionnisme de sécession républicaine renforce la partition des cœurs, des territoires et des esprits qui est déjà à l’œuvre chez beaucoup de nos concitoyens. Si l’on ajoute à cela le terrorisme franco-français, «les territoires perdus de la république», la montée des conflictualités intercommunautaires, la déshérence de la «France périphérique», les crises identitaires, les immenses malaises culturels, il nous faut soigner le corps électoral, panser ses blessures pour lui redonner une nouvelle vigueur démocratique d’adhésion nationale. Le corps électoral est squelettique. Il souffre d’anorexie démocratique. Un régime de grosseur est indispensable. Les députés fraîchement élus ont si peu d’électeurs qu’ils devraient tous, avec modestie et honte presque, considérer les 4/5 eme des Français qui n’ont pas voté pour eux. Comment être député de tous les Français, quand seulement 22 % d’entre eux ont donné une majorité à chacun? S’ils sont députés de plein droit, comment assumer cette charge sans arrogance, sans dédain pour les sans-votes qui sont des sans-dents de la République. Les députés macronistes devraient lutter contre une double tentation. Premièrement: être député de leurs seuls électeurs en oubliant le camp adverse et surtout les abstentionnistes. Que faire de cet électorat en déshérence, de ces Français orphelins d’une solution politique? Que faire des abstentionnistes qui considèrent (si on entend leurs motivations) que les élections «ne changeront rien à rien» et qu’ils ne retrouvent pas leurs motivations dans les programmes électoraux? Cette république, disent-ils, n’est pas la leur. Les politiques parlent mais n’écoutent pas. Ils promettent sans tenir promesse. Ils veulent nous faire croire qu’ils peuvent lutter contre les cancers sociaux de notre société (les ravages du chômage, de la pauvreté et de la désintégration sociale) mais n’y parviennent pas. Quant aux ministres, ils se servent et ne servent pas. Alors, de renoncements en résignations, les électeurs finissent par décrocher de la société, de tout espoir possible et aussi de la politique. At last, les abstentionnistes intériorisent l’impuissance des politiques. S’ils ne se lèvent pas pour nous, pourquoi se déplacer pour eux. S’ils n’y peuvent rien, nous ne pouvons rien pour eux. L’abstention à ceci d’inquiétante que toutes les offres sont rejetées, toutes mise à distance, toutes jugées inutiles et vaines. Elle met en évidence un divorce entre le peuple désabusé et la politique. Un abstentionniste est un abstinent de l’ivresse démocratique. Il fait une cure de désintoxication politique. Dès lors, le nouveau président devrait être jugé, comme le précédent, sur «l’inversion de la courbe du chômage» mais aussi sur «l’inversion de la courbe de l’abstention». Comment réformer en profondeur, affronter les défis immenses de la France, faire face aux défis du terrorisme sans répondre aux demandes informulées de la France abstentionniste pour en réduire l’importance? Seconde tentation: celle de Terra Nova. Ce think-tank avait, autrefois, théorisé le remplacement du «peuple de gauche», celui des ouvriers et de la classe moyenne, par un ensemble de minorités qui, ensemble, en tiendraient lieu. D’une certaine façon, le vote Macron réalise cette substitution. Car l’abstention pour les législatives déforme considérablement la sociologie du corps électoral. Il surreprésente les classes favorisées, éduquées, urbaines, intégrées au détriment de la «France périphérique». 2/3 des plus de 65 ans votent quand 2/3 des moins de 35 ans s’abstiennent. Abstention massive des ouvriers et des employés (plus de 65%) alors qu’elle est de 45 % pour les cadres. Abstention massive en Seine-Saint-Denis. Ceux qui votent ont des places à défendre, des avoirs à protéger. Ils sont insérés quand ceux qui s’abstiennent ont des places à obtenir, des droits à faire prévaloir et qu’ils sont en marge du système. La tentation du macronisme est d’oublier la France périphérique (60% de la population) et de tout miser sur la France centrale, la France active, urbaine et dynamique. Le paradoxe de cette tentation est qu’elle est favorisée par ceux-là mêmes qui en sont les victimes. Les abstentionnistes sont doublement victimes: victimes de la mondialisation qui se fait à leur détriment ; victimes de leur propre absence d’implication électorale qui rend leur souffrance presque inaudible. Ils souffrent plus que les autres, souffrent en silence et ne prennent pas le pouvoir par les urnes alors même qu’ils sont majoritaires. Qualifions ce paradoxe de «syndrome de Stockholm électoral»: ils sont pris en otage par la France centrale qui tend à les oublier et plutôt que de renverser la table dans les urnes, ils ont intériorisé cette position d’otage et en viennent, par leur abstention, à défendre le système qui les oppresse. Le succès politique du parti macroniste repose sur cet immense parti des abstentionnistes. Le premier entre en foule au palais Bourbon. Le second ne sonne plus à la porte du Parlement. Le premier est au centre de la vie politique. Le second en reste loin. Mais le triomphe du premier est la conséquence d’une sorte de vote censitaire favorisé, sans le savoir, par les abstentionnistes. Il n’y aurait pas de députés macronistes sans les abstentionnistes. Cependant, loin d’un cynisme politique qui viserait à maintenir cette situation pour profiter de toutes ses ambiguïtés, si rien n’est fait, en profondeur, pour changer la donne et réconcilier les élites et le peuple, alors, la boutade de Chesterton n’en sera pas une: «rien n’échoue comme le succès». Car qui sait ce que pourraient voter des abstentionnistes humiliés? Il faut se méfier des géants endormis par dégoût. Quand ils se réveillent, il est possible qu’ils soient insensibles à la raison. Le ressentiment populaire cultivé sciemment par le système contre le peuple peut enfanter des monstres. Là sont les défis d’Emmanuel Macron pour les années à venir. Damien Le Guay

Scrutin hors sol, hors peuple, consentement par défaut, « grève générale civique », parti de la République en panne, Français immobiles, citoyens mal-à-l’aise, républicains de l’extérieur, oligarchie hors-sol, hors-peuple, désaveu massif, sécession républicaine, partition des cœurs, des territoires et des esprits,  terrorisme franco-français, «territoires perdus de la république», montée des conflictualités intercommunautaires, déshérence de la «France périphérique», crises identitaires, malaises culturels,  sans-votes, sans-dents de la République, électorat en déshérence, orphelins d’une solution politique, «syndrome de Stockholm électoral » …

Attention: un syndrome de Stockholm peut en cacher un autre !

A l’heure où après un nouvel et hélas aussi tragique que vain avertissement

Nos amis britanniques après leurs homologues canadiens semblent repartis pour un tour …

A noyer dans les flots de bonnes paroles, bougies et ours en peluche …

La colère qui monte entre deux attaques terroristes …

Contre le déni du réel et le parti pris tout stockholmien pour nos propres bourreaux …

Qui sert actuellement de politique à un Monde libre dévoré par ses propres enfants

Pendant que pour les mêmes victimes quasiment quotidiennes mais israéliennes, aucune Tour Eiffel ne s’éteindra jamais …

Et qu’à l’occasion d’un énième attentat déjoué en France, l’on découvre un fiché S qui vient tranquillement de se voir renouveler son permis de port d’arme …

Comment …

Au lendemain, après l’élection sans candidats que l’on sait, d’une véritable élection sans peuple …

Où les législatives ressemblent de plus en plus furieusement à des européennes

(28 millions contre 18 millions qui ont voté, plus de 57% dont 66% des ouvriers et 61% des employés,  64% des moins de 35 ans se sont abstenus sans compter la non-inscription, plus de treize millions d’électeurs de moins entre le 12 juin et le 23 avril)

Où ceux-là mêmes (pas moins de cinq ministres, dont le ministre de la Justice lui-même !) qui doivent leur élection à la prétendue moralisation de la politique sont au centre des mêmes affaires qu’ils avaient dénoncées chez leurs adversaires …

Où si avec la réunification des élites de gauche et de droite, le pays pourrait enfin avoir la base politique et sociale suffisante pour enfin achever les réformes d’un marché du travail où les travailleurs sont si bien protégés qu’aucun travailleur ne peut y entrer …

L’on retrouve en fait derrière le paravent de la parité et de la diversité, le plus élitiste des recrutements politiques …

Et à l’instar de la stratégie obamienne reprise par le think tank socialiste Terra Nova, le remplacement du peuple de gauche traditionnel des ouvriers et de la classe moyenne par l’arc en ciel des minorités du jour (minorités ethniques et sexuelles) …

Ne pas repenser …

A 2002 et à ses  19,9%  de Chirac se transmutant magiquement face à l’épouvantail Le Pen en score africain de 82% …

Comme aux dix ans d’immobilisme dont on paie encore aujourd’hui le prix …

Mais surtout à l’image de la situation américaine qui nous sert bien souvent de modèle inconscient …

A ce « monstre » qu’est en train de préparer à leur pays la morgue des bobos du nouveau Dr. Frankenstein français …

Ou plus précisément après les défections successives de Sarkozy et du FN …

Et sur fond de péril grandissant de la menace islamique …

A ce Trump français qu’attend depuis si longtemps une France de plus en plus marginalisée ?

L’abstention massive ou le syndrome de Stockolm démocratique
Damien Le Guay
19/06/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE – Avec un taux d’abstention à 57,4%, le second tour des législatives sonne comme un avertissement pour l’ensemble des dirigeants politiques. Damien le Guay décrypte l’ampleur de ce phénomène et prévient les dangers d’un tel rejet.

57,36 % d’abstention pour le second tour des élections législatives. Un record. Une catastrophe démocratique. 18 millions de Français ont voté ; 28 se sont abstenus. Les non-votants ont gagné quoi? Le droit pendant cinq ans de n’être pas représentés, de se taire et de n’avoir pas de porte-parole. S’agit-il là d’un consentement par défaut, (selon le principe du «qui ne dit mot consent»), ou d’une «grève générale civique» – selon l’expression de Jean-Luc Mélenchon? Un peu des deux. Mais surtout, un abstentionniste, au sens propre, est celui qui ne veut pas tenir la République et se retient de participer à ses procédures. Lui qui se sent socialement dans le fossé, il se met sur le bas-côté de la république. À côté de la République En Marche il y a un l’immense parti de la République en panne. À côté des Français mobiles, les Français immobiles. Entre les citoyens à l’aise ici et ailleurs, les citoyens mal-à-l’aise là où ils sont. Les premiers s’expatrient souvent, les seconds ne peuvent pas déménager. Ces républicains de l’extérieur, trop exclus pour ne pas s’exclure de la République, devraient être le premier défi d’Emmanuel Macron. Son immense victoire législative repose sur un socle électoral très étroit. Là est le paradoxe de cette majorité sans partage: peu d’électeurs, beaucoup de députés. Trop peu d’électeurs pour trop de députés.

Il faut dire que depuis des mois, les médias ont escamoté les demandes politiques des Français au profit de la dénonciation morale de la «classe politique». L’affaire Pénélope, les costumes, les assistants parlementaires, l’argent public. Un tribunal médiatique examinait jusqu’à l’écœurement le comportement personnel des politiques dans une sorte de surdité vis-à-vis des aspirations réelles des Français. Les solutions pour «moraliser» les politiques semblaient avoir plus importantes que celles contre le chômage. Le besoin de renouvellement et de changer de tête a fini par s’imposer au détriment de l’examen scrupuleux des vrais problèmes. C’est comme si, dans un hôpital, on s’interrogeait sur les conflits d’intérêts des médecins sans rien dire des traitements contre les maladies. L’abstention est un désaveu qui touche tout à la fois les politiques et les médias. Ils vivent ensemble depuis trop longtemps, dans une sorte d’endogamie belliqueuse, au point de ne plus porter les préoccupations des Français qui, en retour, les prennent en grippe. Au mépris du peuple répond la haine contre ceux d’en haut – les politiques et les journalistes. Les Français n’y croient plus, se sentent exclus de la République. A-t-elle encore besoin d’eux? Non, pensent ceux qui ne votent plus. Elle fonctionne trop en vase clos. Et ce sentiment d’une oligarchie hors-sol, hors-peuple, qui ne règle rien et parle avant tout à elle-même d’elle-même pour mieux constater sa faillite morale, corrode tout. Tout et surtout l’indispensable adhésion de tous à la République, la fragile confiance dans «la chose commune». La couche d’ozone démocratique qui protège la France contre ses ressentiments infinis et une potentielle guerre civile se fragilise de plus en plus. N’oublions jamais que les institutions de notre pays ne sont rien sans la certitude qu’elles nous représentent tous. Les procédures sont formelles si elles n’expriment pas une confiance partagée. La démocratie des esprits précède celle du Parlement. La nation est un «plébiscite de tous les jours» disait Renan. Une abstention majoritaire est aussi une abstention vis-à-vis de la nation conçue comme une croyance invisible mais vitale. Chaque bulletin de vote, en réalité, en comporte deux. Le premier adhère à la République et fait d’une fiction politique une évidence partagée. Le second est pour un candidat en particulier. C’est pour ne plus vouloir adhérer à la République, la valider, que les Français ne votent plus pour un candidat.

Ne faut-il pas, toute affaire cessante, réfléchir à ce désaveu massif? Faut-il rendre le vote obligatoire, introduire une dose de proportionnelle, reconnaître le vote blanc, considérer qu’une élection ne pourra pas être valide que si elle se fait avec un certain pourcentage des électeurs inscrits? Faut-il avoir, tirés au sort, des députés qui seraient «des représentants des Français abstentionnistes»? Je ne sais. Cette réflexion est urgente. Si elle est mise sous les tapis dorés du palais Bourbon, à l’amertume s’ajoutera la haine et à la haine le rejet du sentiment d’être ensemble responsable d’une même nation. Il ne faudrait pas qu’un abstentionnisme de sécession républicaine renforce la partition des cœurs, des territoires et des esprits qui est déjà à l’œuvre chez beaucoup de nos concitoyens. Si l’on ajoute à cela le terrorisme franco-français, «les territoires perdus de la république», la montée des conflictualités intercommunautaires, la déshérence de la «France périphérique», les crises identitaires, les immenses malaises culturelles, il nous faut soigner le corps électoral, panser ses blessures pour lui redonner une nouvelle vigueur démocratique d’adhésion nationale. Le corps électoral est squelettique. Il souffre d’anorexie démocratique. Un régime de grosseur est indispensable.

Les députés fraîchement élus ont si peu d’électeurs qu’ils devraient tous, avec modestie et honte presque, considérer les 4/5 eme des Français qui n’ont pas voté pour eux. Comment être député de tous les Français, quand seulement 22 % d’entre eux ont donné une majorité à chacun? S’ils sont députés de plein droit, comment assumer cette charge sans arrogance, sans dédain pour les sans-votes qui sont des sans-dents de la République. Les députés macronistes devraient lutter contre une double tentation.

Premièrement: être député de leurs seuls électeurs en oubliant le camp adverse et surtout les abstentionnistes. Que faire de cet électorat en déshérence, de ces Français orphelins d’une solution politique? Que faire des abstentionnistes qui considèrent (si on entend leurs motivations) que les élections «ne changeront rien à rien» et qu’ils ne retrouvent pas leurs motivations dans les programmes électoraux? Cette république, disent-ils, n’est pas la leur. Les politiques parlent mais n’écoutent pas. Ils promettent sans tenir promesse. Ils veulent nous faire croire qu’ils peuvent lutter contre les cancers sociaux de notre société (les ravages du chômage, de la pauvreté et de la désintégration sociale) mais n’y parviennent pas. Quant aux ministres, ils se servent et ne servent pas. Alors, de renoncements en résignations, les électeurs finissent par décrocher de la société, de tout espoir possible et aussi de la politique. At last, les abstentionnistes intériorisent l’impuissance des politiques. S’ils ne se lèvent pas pour nous, pourquoi se déplacer pour eux. S’ils n’y peuvent rien, nous ne pouvons rien pour eux. L’abstention à ceci d’inquiétante que toutes les offres sont rejetées, toutes mise à distance, toutes jugées inutiles et vaines. Elle met en évidence un divorce entre le peuple désabusé et la politique. Un abstentionniste est un abstinent de l’ivresse démocratique. Il fait une cure de désintoxication politique. Dès lors, le nouveau président devrait être jugé, comme le précédent, sur «l’inversion de la courbe du chômage» mais aussi sur «l’inversion de la courbe de l’abstention». Comment réformer en profondeur, affronter les défis immenses de la France, faire face aux défis du terrorisme sans répondre aux demandes informulées de la France abstentionniste pour en réduire l’importance?

Seconde tentation: celle de Terra Nova. Ce think-tank avait, autrefois, théorisé le remplacement du «peuple de gauche», celui des ouvriers et de la classe moyenne, par un ensemble de minorités qui, ensemble, en tiendraient lieu. D’une certaine façon, le vote Macron réalise cette substitution. Car l’abstention pour les législatifs déforme considérablement la sociologie du corps électoral. Il surreprésente les classes favorisées, éduquées, urbaines, intégrées au détriment de la «France périphérique». 2/3 des plus de 65 ans votent quand 2/3 des moins de 35 ans s’abstiennent. Abstention massive des ouvriers et des employés (plus de 65%) alors qu’elle est de 45 % pour les cadres. Abstention massive en Seine-Saint-Denis. Ceux qui votent ont des places à défendre, des avoirs à protéger. Ils sont insérés quand ceux qui s’abstiennent ont des places à obtenir, des droits à faire prévaloir et qu’ils sont en marge du système. La tentation du macronisme est d’oublier la France périphérique (60% de la population) et de tout miser sur la France centrale, la France active, urbaine et dynamique.

Le paradoxe de cette tentation est qu’elle est favorisée par ceux-là mêmes qui en sont les victimes. Les abstentionnistes sont doublement victimes: victimes de la mondialisation qui se fait à leur détriment ; victimes de leur propre absence d’implication électorale qui rend leur souffrance presque inaudible. Ils souffrent plus que les autres, souffrent en silence et ne prennent pas le pouvoir par les urnes alors même qu’ils sont majoritaires. Qualifions ce paradoxe de «syndrome de Stockholm électoral»: ils sont pris en otage par la France centrale qui tend à les oublier et plutôt que de renverser la table dans les urnes, ils ont intériorisé cette position d’otage et en viennent, par leur abstention, à défendre le système qui les oppresse.

Le succès politique du parti macroniste repose sur cet immense parti des abstentionnistes. Le premier entre en foule au palais Bourbon. Le second ne sonne plus à la porte du Parlement. Le premier est au centre de la vie politique. Le second en reste loin. Mais le triomphe du premier est la conséquence d’une sorte de vote censitaire favorisé, sans le savoir, par les abstentionnistes. Il n’y aurait pas de députés macronistes sans les abstentionnistes. Cependant, loin d’un cynisme politique qui viserait à maintenir cette situation pour profiter de toutes ses ambiguïtés, si rien n’est fait, en profondeur, pour changer la donne et réconcilier les élites et le peuple, alors, la boutade de Chesterton n’en sera pas une: «rien n’échoue comme le succès». Car qui sait ce que pourraient voter des abstentionnistes humiliés? Il faut se méfier des géants endormis par dégoût. Quand ils se réveillent, il est possible qu’ils soient insensibles à la raison. Le ressentiment populaire cultivé sciemment par le système contre le peuple peut enfanter des monstres. Là sont les défis d’Emmanuel Macron pour les années à venir.

Voir aussi:

Jérôme Sainte-Marie : Une élection sans le peuple ?
Alexandre Devecchio
16/06/2017

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Témoignage des fractures du pays, le premier tour des législatives se caractérise par le plus haut taux d’abstention sous la Vème République. Le décryptage de ces élections de Jérôme Sainte-Marie

Diplômé de Sciences Po Paris et d’une licence d’histoire, Jérôme Sainte-Marie a travaillé au Service d’Information du Gouvernement et à l’Institut Louis Harris. Il a ensuite dirigé BVA Opinion de 1998 à 2008 puis CSA Opinion de 2010 à 2013. Il a fondé en parallèle l’institut iSAMA en 2008. Il dirige actuellement Pollingvox, une société d’études et de conseil spécialisée dans les enjeux d’opinion, fondée en 2013. Il a publié Le nouvel ordre démocratique (éd. du Moment, 2015).

FIGAROVOX. – Le deuxième tour des élections législatives devrait permettre à En Marche d’obtenir une majorité très large. Cependant, l’événement marquant du premier tour a été la très faible participation. Que cela vous inspire-

Jérôme SAINTE-MARIE. – Les 51% d’abstention du premier tour sont un événement considérable. Il s’agit du premier revers politique d’importance pour Emmanuel Macron depuis son élection. À partir du 11 juin, il est beaucoup plus difficile de parler d’élan populaire en faveur du nouveau pouvoir, puisque les candidats LREM et leurs alliés ont, de fait, recueilli 1,3 million de voix de moins que leur leader au premier tour de la présidentielle. À ce niveau, on peut parler de refus de participer, d’insubordination civique. Il ne s’agit pas à ce stade de dire que cette abstention est une protestation, et pas davantage un consentement. Elle traduit cependant l’inadéquation bien perçue par les citoyens de notre mécanique électorale. Non seulement le résultat de la présidentielle conditionne celui des législatives depuis l’instauration du quinquennat mais cette fois-ci, exactement comme en 2002, les choses étaient réglées dès le soir du premier tour. Jacques Chirac, du haut de ses 19,9% de suffrages exprimés, n’avaient pas eu à faire la moindre concession politique à ses concurrents pour triompher au second tour, puis pour obtenir, avec 365 députés élus, une majorité très large pour l’UMP nouvellement créée. Emmanuel Macron aura fait beaucoup plus d’efforts, avec la constitution d’un gouvernement alliant ministres de gauche, du centre, et de la droite. L’absence de possibilité d’une majorité alternative face à lui, du fait de la quadripartition de l’opposition, aura convaincu la moitié des électeurs de l’inutilité de se déplacer. Sans le savoir, ni forcément le vouloir, ces abstentionnistes ont creusé une mine profonde sous l’édifice du nouveau pouvoir.

Est-ce l’expression d’un fossé qui se creuse entre deux France?

Après le vote de classe du premier tour, nous observons en effet une abstention de classe. Ce qui permet d’ailleurs à certains de dire que les différences sociologiques entre les différents électorats se sont estompées lors des législatives. Certes, mais précisément parce que ce scrutin s’est déroulé non seulement hors sol, car la dimension locale a particulièrement peu compté dans le vote, mais surtout hors peuple. Ainsi, 66% des ouvriers et 61% des employés se sont abstenus, au lieu de 45% des cadres. La jeunesse, si présente dans l’image projetée par le mouvement En Marche!, est en fait restée sur le bord du chemin: 64% des moins de 35 ans se sont abstenus (et encore ce chiffre est minoré par l’importance de la non-inscription parmi eux), au lieu de 35% des plus de 60 ans. Dès lors, les commentaires sur la relative homogénéisation sociologique du vote entre les différents électorats aux législatives sont sans objet. Si l’on s’en tient aux suffrages exprimés, il en manquait plus de treize millions le 12 juin par rapport au 23 avril. Ce qui s’est traduit par un corps électoral effectif totalement distordu par rapport au corps électoral théorique. Donc, oui, les législatives confirment et amplifient l’enseignement de la présidentielle. Entre les Macron-compatibles et les autres, il n’y a pas qu’une différence d’opinions, mais aussi un profond fossé social.

Une note du CEVIPOF montre que la composition de la prochaine Assemblée pourrait être plus homogène socialement que jamais. Parmi les candidats LREM, il n’y aurait que 0,2 % d’ouvrier et 0,9% d’employés. Le renouveau se fait-il par le haut?

Ce travail de Luc Rouban est d’autant plus spectaculaire qu’il montre qu’au même moment la représentation des femmes et des actifs issus du privé s’améliore. On savait que la promotion de la parité et de la diversité pouvait parfaitement s’accommoder d’une aggravation des inégalités sociales, voire en être le paravent. L’offre électorale de ces élections aura été une illustration éloquente de ce phénomène, décrit et expliqué par le chercheur américain Walter Benn Michaels. Nous touchons également à la notion de «société civile». On utilise parfois ce mot comme synonyme d’un «pays réel» qui serait masqué par l’État et le personnel politique. En fait, dans le cadre d’un système représentatif, c’est la politique, et donc les partis, qui permettent parfois la promotion d’élus issus des catégories populaires. Sinon on retombe sans s’en apercevoir, et sans parfois le vouloir, dans un recrutement élitaire. Une entreprise ne se résume pas à sa direction, ni le monde des indépendants aux fondateurs de start-ups. Il est piquant de voir le côté 19e siècle de la situation. On a une participation qui rappelle les grandes heures du suffrage censitaire, et une assemblée qui évoque un peu, mutatis mutandis, les assemblées de notables. Il ne manque même pas les Saint-Simoniens.

On savait que la promotion de la parité et de la diversité pouvait parfaitement s’accommoder d’une aggravation des inégalités sociales, voire en être le paravent.
Après le premier tour de la présidentielle, vous évoquiez la constitution d’un bloc élitaire? De quoi s’agit-il?

Il convient de s’affranchir des termes porteurs de connotations politiques ou morales, et d’essayer de trouver une manière correcte de nommer le réel. C’est pourquoi l’opposition «peuple» – «élites» ne convient pas, le premier terme étant trop englobant, et le second trop restrictif. Même la notion de «bloc bourgeois» n’est pas simple, car elle tend à assimiler des millions de Français qui le soutiennent à une condition sociale qui n’est pas la leur. À l’inverse, selon moi, le «bloc élitaire» désigne tous ceux qui appartiennent aux élites sociales, ceux bien plus nombreux qui aspirent à en être, et enfin les personnes qui considèrent que l’obéissance aux élites est aussi légitime que naturelle. C’est donc, j’en suis conscient, à la fois une situation objective et une inclination subjective. C’est d’ailleurs pour cela que l’on parle de «blocs» sociaux. Non parce qu’ils sont composés d’une substance homogène, mais parce qu’ils constituent l’agrégation de milieux différents, et cependant solidaires. Un bloc social a vocation à exercer le pouvoir à son profit et au nom de l’intérêt général. En tant que tel, il n’est cependant qu’une construction historique, et peut se désagréger. L’extraordinaire réussite de Macron est d’être devenu l’incarnation de ce bloc élitaire, dont la constitution sur les ruines du clivage gauche-droite avait cependant débuté des années avant l’annonce de sa candidature.

Macron peut-il gouverner uniquement avec ce bloc élitaire?

La réunification des élites de gauche et de droite, sur un fond de convergence idéologique et d’homogénéité sociale, est pour le moment une réussite éclatante. On sent même, dans certains milieux aisés, une forme d’euphorie. On se croirait le 14 juillet 1790. C’est la Fête de la Fédération de la bourgeoisie contemporaine. La force propulsive d’En Marche! lui permet d’être au second tour aussi bien aux législatives qu’à la présidentielle, et ensuite son triomphe est mécanique. L’existence du bloc élitaire renvoie cependant à un problème, celui de l’affaiblissement des forces dites de gouvernement. C’est bien parce que Nicolas Sarkozy d’abord, François Hollande ensuite, ont échoué à réformer le pays autant qu’ils le souhaitaient, les deux acceptant à peu près le cadre de l’Union européenne et les exigences des marchés financiers, qu’il y a eu la dynamique En Marche! Autrement dit, l’épopée macronienne se fonde d’abord sur la volonté de donner aux réformes de structure de notre société une base politique et sociale suffisante. Si l’on considère le score du premier tour de la présidentielle et des législatives en nombre de voix, rapporté à l’ensemble du corps électoral, ce projet n’est pas encore totalement achevé. C’est là où l’on redécouvre, derrière les discours sur la société civile, l’importance du pouvoir de l’État. Le contrôle de celui-ci, exercé par des personnalités qui en maîtrisent parfaitement les rouages, tranche la question.

Face au bloc élitaire, vous évoquez un bloc populaire. Celui-ci est-il représenté actuellement? L’abstention massive traduit-elle la sécession de ce bloc?

Face à la politique prônée par Emmanuel Macron et Édouard Philippe, il n’y a pas un « Front du refus», mais un « archipel du refus ».
Face au bloc élitaire, qui agrège dans sa représentation politique le parti du Président mais aussi le Modem, les UMP dits «constructifs» et les PS dits «compatibles», le bloc populaire demeure virtuel. Face à la politique prônée par Emmanuel Macron et Édouard Philippe, il n’y a pas un «Front du refus», mais un «archipel du refus». C’est là un déséquilibre stratégique majeur. On en voit les effets au second tour des législatives, où dans chaque circonscription, le candidat qui affronte celui de LREM est issu le plus souvent d’une des quatre forces d’opposition, sans alliance possible, et avec en conséquence de très mauvais reports de voix. Cette situation est durable. Elle constitue une chance historique pour l’achèvement des réformes libérales annoncées. Dans la mesure où l’opposition au nouveau pouvoir prendra nécessairement une forme aussi sociale que politique, la position de la France Insoumise est assez favorable, tandis que le Front national sera handicapé par ses ambiguïtés idéologiques sur le libéralisme économique. La situation de l’UMP est certes moins grave que celle du PS, mais leur espérance commune d’une reconstitution du clivage gauche-droite pourrait bien être durablement déçue. Cet ordre politique n’a pas seulement été affaibli, il a été remplacé.

Voir également:

Abstention : les politiques n’ont rien à dire

Inutile de revenir sur la crise de la démocratie, déjà abordée ici la semaine dernière. Comme il fallait le craindre, elle s‘est aggravée à l’issue du second tour des législatives, boudé par 57% d’abstentionnistes. Les macronistes se rassurent en estimant que beaucoup de ceux qui ne sont pas allés voter ont donné, passivement, un blanc-seing au chef de l’Etat. Ces dévots ont raison de dire que la dangerosité de Macron n’a pas été jugée telle pour susciter un barrage contre lui. En fait, Macron pourrait être le nom d’un sirop incolore, inodore et sans saveur, mais avec des effets lénifiants. Même le vieux leader de 68, Daniel Cohn-Bendit, a avoué dimanche soir sur France 2 : « Je suis l’incarnation du « En même temps » (NDLA : expression fétiche du président) ». Macron, c’est non seulement un tranquillisant, mais la source d’eau tiède d’un consensus mou dans lequel l’ex-soixante-huitard vient calmer ses rhumatismes et ses nostalgies. Faire une cure de Macron revient à dire tout et son contraire : cela repose mais reste incompréhensible. En réalité, la bulle macroniste des origines n’est jamais très loin. Cette fois, elle fait enfler une majorité absolue de députés La République en marche (359 sièges avec le Modem) qui ne repose que sur un socle électoral restreint. Ne pas se fier à l’effet d’optique : la France reste fracturée comme jamais. Et bien des nerfs sont à vif chez ceux qui refusent d’avaler l’élixir euphorisant du Docteur Macron, aux effets secondaires addictifs.

En fait, une crise de l’intelligence politique se dissimule derrière la crise de la démocratie. Si une majorité d’électeurs ne votent plus, en dépit de la pléthore de candidats à ces législatives, c’est que ceux-ci n’ont rien à dire d’intéressant. J’ai entendu distraitement François Baroin (LR), hier soir, réciter d’un ton morne et las un vague programme dont la fiscalité semblait être le seul point de discorde avec la majorité. Alors que la crise identitaire est largement plus préoccupante que le PIB, le sirop du Docteur Macron a réussi à faire croire, y compris à la droite somnolente et au FN, que l’économique était au coeur de tout. Manuel Valls, seul socialiste à avoir mis les problèmes identitaires (communautarisme, islam radical, etc.) au centre de ses préoccupations, est à cause de cela la cible de violences verbales de la part de l’islamo-gauchisme. Hier soir, sa courte victoire dans l’Essonne (139 voix) a été contestée par Farida Amrani, candidate de la France insoumise. Julien Dray (PS) a dénoncé hier « une violente campagne communautariste aux relents antisémites menée contre Valls ». Alors qu’une nouvelle vague d’immigration se presse aux portes de l’Europe et que l’islam politique ne cesse d’attiser la guerre civile (ce lundi matin, la mosquée londonienne de Finsbury Park a été la cible d’un attentat contre des musulmans), la classe politique française discute du sexe des anges, comme à Byzance la veille de sa chute. Macron a-t-il quelque chose à dire sur ces sujets ?

Voir encore:

Affaire MoDem : Sylvie Goulard renonce au gouvernement… avant Bayrou et Sarnez ?

La ministre des Armées Sylvie Goulard fait savoir ce mardi 20 juin qu’elle renonce à figurer dans le nouveau gouvernement qu’Emmanuel Macron a chargé Edouard Philippe de former. Elle est citée dans l’affaire des soupçons d’emplois fictifs au MoDem, tout comme ses collègues François Bayrou et Marielle de Sarnez.

Un petit mois et puis d’en va. La ministre des Armées Sylvie Goulard a annoncé ce mardi 20 juin dans un communiqué avoir « demandé au président de la République, en accord avec le Premier ministre, de ne plus faire partie du gouvernement ». Un départ qu’elle explique par les soupçons d’emplois fictifs au MoDem, son ancien parti. « Dans l’hypothèse où l’enquête préliminaire visant le MoDem conduirait à vérifier les conditions d’emploi de mes assistants au Parlement européen, je souhaite être en mesure de démontrer librement ma bonne foi et tout le travail que j’y ai accompli », écrit Sylvie Goulard. Emmanuel Macron « a accepté » la démission de Sylvie Goulard et « respecte son choix », a indiqué de son côté l’Elysée à l’AFP.

Cette annonce intervient au lendemain du départ d’un autre ministre, Richard Ferrand. Lui aussi a des démêlés avec la justice : une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Brest sur l’opération immobilière qui a profité à sa compagne lorsqu’il était patron des Mutuelles de Bretagne. Le désormais ex-ministre de la Cohésion des territoires va briguer la présidence du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale.

Bayrou et de Sarnez également touchés par l’affaire MoDem

C’est donc un remaniement d’ampleur qui s’annonce, alors que le Premier ministre Edouard Philippe a remis lundi à Emmanuel Macron la démission de son gouvernement, une tradition après les élections législatives. Aussitôt reconduit dans ses fonctions, Edouard Philippe doit annoncer la composition de sa nouvelle équipe mercredi « avant 18h00 », selon l’Elysée.

Le président de la République a-t-il entrepris, dans le cadre de ce remaniement, de vider son gouvernement de tous les ministres touchés par des affaires ? L’annonce publique de Sylvie Goulard, inhabituelle dans son genre puisqu’elle avait été démissionnée lundi avec tout le gouvernement, met en tout cas ses collègues François Bayrou et Marielle de Sarnez dans une situation délicate : comment les maintenir à leurs postes de ministres alors qu’ils sont dans la même situation qu’elle ?

Pour l’instant, le garde des Sceaux ne semble pas décidé à céder : François Bayrou affirme en effet au Monde que la décision de Sylvie Goulard est liée à des raisons « strictement personnelles »… Quant à Marielle de Sarnez, contactée par Marianne, elle n’exclut rien. « Dans ma tête, ça reste ouvert : soit le gouvernement, soit le Parlement », en clair prendre la présidence du groupe MoDem à l’Assemblée nationale, explique la ministre des Affaires européennes, qui affirme que l’annonce de Sylvie Goulard « ne change absolument rien ».

Voir enfin:

Une ministre qui démissionne, une alliée entendue par la justice, des perquisitions en cours : le climat des affaires vient assombrir l’après législatives des vainqueurs de dimanche.

Seulement quelques petits réglages après les législatives, vraiment ? L’exécutif annonçait un «remaniement technique» pour cette semaine, mais l’opération est en train de devenir un exercice de funambule entre les différentes affaires qui s’accumulent autour des proches d’Emmanuel Macron.

Exfiltré lundi du gouvernement, Richard Ferrand va briguer la présidence du groupe LREM à l’Assemblée nationale. Une façon pour Emmanuel Macron d’éloigner du gouvernement son ministre de la Cohésion des territoires alors qu’il est visé par une enquête préliminaire pour une opération immobilière. Ce mardi, Ferrand a assuré sur RTL qu’il ne se réfugierait pas derrière son immunité parlementaire. «Si le procureur veut m’entendre, il m’entendra», a-t-il déclaré.

Affaire du MoDem

Ce mardi matin, le Premier ministre Edouard Philippe a expliqué à la télévision qu’il n’y avait «aucun» problème à ce que François Bayrou, ministre de la Justice, reste au gouvernement malgré l’enquête sur les assistants parlementaires européens qui vise le MoDem. Le parti de François Bayrou est soupçonné d’avoir utilisé pour ses propres activités en France plusieurs assistants de députés européens, payés par Bruxelles.

Comme pour le contredire, la ministre des Armées Sylvie Goulard a annoncé dans la matinée qu’elle quittait le navire. «Le président de la République a entrepris de restaurer la confiance dans l’action publique, de réformer la France et de relancer l’Europe. Cette entreprise de redressement doit l’emporter sur toute considération personnelle. C’est pourquoi j’ai demandé au président de la République, en accord avec le Premier ministre, de ne plus faire partie du gouvernement», écrit-elle. Ex-députée européenne Modem, son nom est cité dans l’enquête sur les assistants parlementaires européens.

Une ministre sur le départ

Contacté par le Monde, le ministre de la Justice, François Bayrou, a fait savoir que la décision de Sylvie Goulard était liée à des raisons «strictement personnelles» et ne remettait pas en cause la participation du Modem au futur gouvernement. Mais pour le député LREM (ex-PS) Stéphane Travert, en démissionnant, Sylvie Goulard a fait le bon choix.

Au même moment, Corinne Lepage, ancienne eurodéputée du Modem, était entendue comme témoin pour la même affaire. En 2014, dans son livre les Mains propres, l’ex-ministre écrivait : «Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le Modem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes et d’autre part illégal. Le Modem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire cette exigence. Ainsi, durant cinq ans, la secrétaire particulière de François Bayrou a été payée… par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européen». Passé plutôt inaperçu à la sortie du livre, l’extrait a largement circulé sur les réseaux sociaux pendant la campagne présidentielle.

Las Vegas

C’est pour une autre enquête que des perquisitions ont été menées, également ce mardi matin, au siège du groupe publicitaire Havas et de l’agence nationale Business France. Les enquêteurs se penchent ici sur l’organisation d’un déplacement en janvier 2016 à Las Vegas d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie. Il y a rencontré des patrons français. Une opération «montée dans l’urgence, à la demande expresse du cabinet du ministre, […] confiée au géant Havas par Business France sans qu’aucun appel d’offres ait été lancé», avait avancé le Canard enchaîné en mars cette année. Une enquête préliminaire pour favoritisme, complicité et recel de favoritisme a été ouverte par le parquet de Paris. Signalons en passant que Business France était, à l’époque, dirigé par l’actuelle ministre du Travail Muriel Pénicaud.


Présidentielle 2017: Attention, un extrémisme peut en cacher un autre ! (It’s cultural anxiety, stupid ! – Normalcy only seems revolutionary because it’s undoing a revolution)

12 mai, 2017
https://pbs.twimg.com/media/C9Oz253WAAARq_U.jpghttps://i1.wp.com/referentiel.nouvelobs.com/file/15985515.jpg
https://i2.wp.com/www.causeur.fr/wp-content/uploads/2017/04/fillon-graffiti-cabinet-noir-critiques.jpg
George Orwell disait,  je crois dans 1984, que dans les temps de tromperie généralisée, dire la vérité est un acte révolutionnaire. David Hoffmann
Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. George Orwell
Ce n’est pas en refusant de mentir que nous abolirons le mensonge : c’est en usant de tous les moyens pour supprimer les classes. (…) Tous les moyens sont bons lorsqu’ils sont efficaces. Jean-Paul Sartre (Les mains sales, II, 5, 1948)
Ce que nous voulons, c’est la liberté par tous les moyens, la justice par tous les moyens et  l’égalité par tous les moyens. Malcom X (1964)
Il y a du nouveau en France: un nouveau système pour désigner le président de la république. Ni plus réellement une démocratie, ni une dictature, c’est quelque chose qui n’a pas encore de nom. Un acronyme ou un mot-valise construit de «démocratie», «dictature» et «ploutocratie» ferait bien l’affaire. Le mécanisme fonctionne ainsi: des patrons de grands groupes financiers, industriels et commerciaux, ainsi que d’éminents conseillers habitués de l’Elysée, de Matignon et de Bercy ont choisi le futur président de la république — Emmanuel Macron, en l’occurrence — et l’ont instruit de sa mission. Ensuite ces oligarques ont mobilisé l’Etat, le gouvernement, la justice, les médias, les communicants, les artistes, les cachetiers, les sondeurs, les sociétés de Paris et les grands noms de la société civile pour le porter à la magistrature suprême. La machine s’est mise au travail et en un tour de piste a fait de l’impétrant le candidat du peuple, le favori, le héros indépassable. Lui-même en est devenu convaincu. Le reste était une simple formalité: il suffisait juste d’éliminer les autres candidats. On en a mis beaucoup sur la ligne de départ, désespérant le peuple en lui donnant l’image de la déplorable division dans laquelle les partis politiques ont entrainé le pays. Puis on a promis des primaires pour remédier à ça: il y aura un tri impitoyable! En effet: les candidats sérieux — Manuel Valls, Alain Juppé — ont été éliminés. La justice a ensuite lancé des fatwas contre les gros candidats qui restaient, et la presse, bras séculier de l’oligarchie, les a traqués. François Fillon et Marine Le Pen ont été poursuivis pour vol à l’étalage, leurs photos placardées à la une des journaux.(…) L’autre inconnue dans l’affaire aura été le peuple. Il est trop bête, dit-on; c’est un troupeau angoissé, qui peut réagir n’importe comment. D’ailleurs, le moment est peut-être venu d’en changer. Ce peuple-ci a fait son temps. Il parle encore de de Gaulle, Jaurès, Jeanne d’Arc. C’est vrai qu’il rechigne un peu: dimanche, les électeurs se sont abstenus de voter en nombre record. Le résultat de ce méli-mélo c’est Macron. Jamais élu auparavant, tête d’un mouvement vieux de juste un an, le voilà président de la République. On ne faisait semblant de douter de son ultime succès que pour écarter la suspicion de manipulation politique. Alors que Fillon a été mis en examen et que la justice française a demandé la levée de l’immunité parlementaire de Le Pen à l’Union européenne, elle a refusé d’ouvrir une enquête sur le patrimoine de Macron, pourtant demandée par de nombreux candidats. Mais au fond tout ça c’est du frichti, des amusettes, des histoires de carrières personnelles. Valls, Juppé, Le Pen, Fillon, Macron, Mélenchon, Hamon, Tartempion — tout ça c’est pareil, à peu de choses près. En France, on change de président tous les cinq ans, mais rien ne change jamais qui vienne vraiment d’eux. (…) Voilà pourquoi il importait que soient débattus durant la campagne présidentielle tous ces thèmes mondialisés: l’islamisation, le terrorisme, le réchauffement climatique, la migration, l’affaiblissement des institutions multilatérales. Mais ceux-ci ont à peine été évoqués. Peut-être était-ce à cause d’un sentiment d’impuissance face à ces problèmes. Mais le fait de ne pouvoir rien y changer n’est pas une raison de ne pas y regarder. (…) tout du long on a plié sous la tyrannie du court-termisme et du pas-de-vague. A gauche comme à droite, les grands partis d’antan ont été brisés, discrédités. La recomposition politique en France ressemble à un nettoyage par le vide. Entre-temps la fonction présidentielle a aussi été considérablement affaiblie. Merci Nicolas Sarkozy et François Hollande. Macron, héritier d’une fonction qui a été mise au plus bas, va vite découvrir l’étroitesse de sa marge de manœuvre — d’autant plus qu’il sera l’otage de la troupe disparate qui l’a fait arriver là. Boualem Sansal
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Emmanuel Macron
Notre culture, ça ne peut plus être une assignation à résidence. Il n’y aurait pas la culture des uns et la culture des autres, il n’y aurait pas cette formidable richesse française, qui est là, dont on devrait nier une partie, il n’y a d’ailleurs pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple. Et je ne veux pas sortir du champ de cette culture, certains auteurs ou certains musiciens ou certains artistes, sous prétexte qu’ils viendraient d’ailleurs. Emmanuel Macron
La colonisation est un crime contre l’humanité. C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. Emmanuel Macron
]e suis favorable à une loi qui ouvrira la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Emmanuel Macron
Monsieur Macron a dit qu’il n’y avait pas de culture française, montrant qu’il n’a rien compris à ce qui fait la France. Qu’est ce qui nous réunit s’il n’y a pas une culture française ? Qu’est ce qui fait que nous sommes des Français ? La France c’est pas un hôtel international sans âme où cohabitent des individus anonymes et des communautés étrangères les unes aux autres. Nous ne sommes pas une aire d’autoroute où les citoyens du monde se croisent par hasard avant de reprendre leur route. Oui il y a une culture française, oui il y a un art français, oui il y a une manière de penser française. Nous les recevons en héritage, de tous ceux qui nous ont précédés. Et nous les conservons ! Comme une part essentielle de nous-même, à transmettre aux générations qui nous suivront. Nous sommes les héritiers d’une lignée de Français, qui ont su au fil des siècles, par leur bravoure, par leur génie, hisser notre pays parmi les plus grandes nations du monde. François Fillon
La religion musulmane doit accepter sans condition tout ce que les autres religions ont accepté par le passé. (…) Je veux un strict contrôle administratif du culte musulman, tant que son ancrage dans la République n’est pas achevé. Je veux la dissolution immédiate de tous les mouvements qui se réclament du salafisme ou des frères musulmans. (…) La France unie n’est pas une addition de communautés. Nous avons une identité, nous avons des coutumes, nous avons une culture, nous avons un drapeau. Le repli communautariste est un danger (…) je serais le défenseur intransigeant de la liberté d’expression même quand il s‘agit d’exprimer leur attachement à leur culture, à leur origine, à leur nation, à la France. (…) L’immigration, sans intégration doit être stoppée. En France, les étrangers ont des devoirs, avant de réclamer des droits. C’est une question d’unité nationale.  (…) On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide (…) je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis (…) pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques (…) je sais aussi que nous aurons besoin de tout le monde (…) n’opposons pas les riches aux pauvres, les patrons et les ouvriers, les croyants et les agnostiques. (…) C’est la même France (…) c’est la France des rois et des sans culottes (…) la France de Châteaubriand et de Kessel (…) Quand on a des valeurs, on les défend ! François Fillon
Si le candidat d’En marche! ne prend pas en charge les réalités populaires et les aspirations que dévoile cette élection, sa victoire sera une victoire à la Pyrrhus. La dynamique populiste est enclenchée et ne cessera de monter si on ne traite pas toutes les questions économiques, sociales et culturelles qui sont en jeu. La présidentielle de 2017 et la victoire d’Emmanuel Macron n’offrent qu’un sursis à ce monde d’en haut, mais, si le chef de l’État n’apporte aucune réponse aux catégories populaires, à cette France d’en bas qui se sent exclue de la mondialisation, il est probable que la bascule s’opère alors en 2022 avec le parti le plus à même de représenter cette dynamique-là. Le modèle actuel n’est pas socialement durable. Si la France d’en haut ne parvient toujours pas à être exemplaire et à parler à celle d’en bas, ses jours sont comptés. (…) À l’issue de mes travaux, j’ai distingué une fracture française qui se situe entre les grandes métropoles mondialisées et le reste, la « France périphérique ». Celle-ci n’est donc pas exclusivement rurale et englobe également des petites et moyennes villes. Elle concerne ainsi tous les territoires qui se trouvent à l’écart des grands pôles urbains, pôles qui créent le plus d’emplois et se trouvent insérés dans la mondialisation. Cette fracture s’observe d’ailleurs aussi bien en France que dans les autres pays européens ou aux États Unis: la logique est partout la même et provient d’une disparition des classes moyennes « le plus grand plan social de l’histoire. Ces classes sont devenues de nouvelles classes populaires, qui ont le sentiment d’être invisibles et de ne pas être économiquement intégrées. Comme partout dans les pays développés, les ressorts de la dynamique populiste reposent d’une part sur la destruction de la classe moyenne traditionnelle et sa mise à l’écart des métropoles mondialisées,et d’autre part sur l’émergence d’une société multiculturelle. Si une partie de la France populaire est réceptive au discours de Marine Le Pen, celle-ci ne rallie qu’une partie du monde d’en bas. Il est toutefois effectivement frappant de constater que son vote est surreprésenté dans cette France périphérique et sous-représenté dans la France des grandes métropoles. Le constat est inverse pour Emmanuel Macron, incarnation de la nouvelle bourgeoisie. Par ses propos sur la « société ouverte » , le néolibéralisme, le libre-échangisme, le candidat d’En marche! a été le candidat des grandes métropoles.. Partout en France, comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, les richesses et la création se concentrent dans les métropoles. Et partout dans le monde, ce modèle crée sa contestation populiste. Celle-ci émane des catégories qui constituaient hier le socle de la classe moyenne – ouvriers, employés, paysans – , et des  mêmes territoires. Catégories qui ont été les grandes perdantes du processus d’adaptation des économies occidentales aux normes de l’économie-monde. La mondialisation repose, en effet, sur une division internationale du travail qui condamne sur le temps long la classe moyenne occidentale. L’émergence d’une classe moyenne chinoise ou indienne s’est ainsi réalisée au détriment des ouvriers ou employés américains, français ou britanniques. Ce terrible constat explique que nous vivons depuis trente ans un processus de la sortie de la classe moyenne” qui vit désormais sur des territoires éloignés des zones d’emploi dynamiques. Et le vote Trump est porté par l’Amérique périphérique, le Brexit par la Grande-Bretagne périphérique, le vote Le Pen par la France périphérique (…) On observe déjà une division entre l’Est, qui a principalement voté pour Marine Le Pen, et l’Ouest, qui a davantage voté Macron. Mais cette géographie sociale provient de l’héritage industriel, où les industries étaient présentes essentiellement dans l’Est, et le rural et le tertiaire dans l’Ouest. Il est plus instructif de zoomer sur chaque territoire. Que ce soit dans des régions où Marine Le Pen est en tête ou d’autres dans lesquelles Macron l’emporte, une même logique s’opère. Ainsi, à l’issue du premier tour, en Bretagne, où Macron a obtenu plus de voix, celles-ci ont été gagnées dans les grandes villes bretonnes, comme Rennes. Dans cette dernière, Marine Le Pen a fait moins de 6%, mais a dépassé les 20% dans certaines zones rurales bretonnes. De la même manière, à l’Est, la candidate du FN fait un score moins bon dans des grandes villes comme Nancy, alors qu’elle triomphe dans les petites villes de la région. On le constate, la dynamique France périphérique-métropole marche à l’intérieur de chaque région. Il y a donc une sociologie assez similaire. Le premier tour révèle donc l’ »implosion des partis traditionnels. (…) Si les affaires ont évidemment joué, la difficulté de la droite a été, dès le départ, d’arriver à convaincre cet électorat de la France périphérique, désormais arrimé au Front national. Il ne se sent pas représenté par la droite traditionnelle, perçue comme trop libérale. L’entrée en campagne de François Fillon sur le mode de réduction des dépenses publiques et d’adaptation aux normes de l’ économie mondialisée a eu un effet destructeur. Son échec réside dans son incapacité à se connecter avec cet électorat populaire et dans le fait que son discours s’est en partie adressé à une classe moyenne en voie de disparition. (…) ]Pour le vote Fillon] Une minorité, à la marge, parce qu’elle est totalement dans une logique anti- système, a voté FN. Mais le reste des électeurs de cette France insoumise s’est plus largement reporté sur Emmanuel Macron ou réfugié dans l’abstention, pour une raison simple : les voix de Jean-Luc Mélenchon proviennent davantage de l’ électorat populaire des banlieues des grandes villes que des véritables périphéries. Cela reste un vote plutôt des grandes métropoles, avec beaucoup d’ électeurs de la fonction publique et de la gauche classique. Christophe Guilluy
Longtemps, on a nié que l’antisémitisme puisse tuer en France. Longtemps, on l’a guetté du côté de l’extrême droite, qui avait, en effet, une longue tradition de haine des Juifs. Est-ce parce que le nouvel antijudaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité ? Brice Couturier
Ce qui m’a frappé dans les débats des dernières années, c’est la difficulté avec lesquels ils sont parvenus à émerger. Car les plus importants d’entre eux portent précisément sur les sujets dont le «Parti des médias» – pour reprendre l’expression créée par Marcel Gauchet – tente d’empêcher l’évocation… Il y a comme ça, à chaque époque, des problèmes vitaux qui forment comme un angle mort du débat public. Ce sont précisément ceux qui vont décider de l’avenir. (…) Aujourd’hui, l’histoire est à nouveau en phase d’accélération brutale et le défi qui nous est lancé par l’islamisme politique, entré en phase de conquête du monde, est redoutable. Mais le Parti des médias, aveuglé par ses bons sentiments, préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre. (…) chaque fois que le discours lénifiant sur le «vivre-ensemble» est contredit par des faits, ceux-ci font l’objet d’un remontage. Combien d’attentats islamistes ont été requalifiés en «actes commis par un déséquilibré»? Ou alors, on organise à la hâte une diversion. (…) Sur tous les plans, on se rapproche de la vérité en marchant en crabe. Ça ne facilite pas le règlement des problèmes. (…) Ayant vécu une partie de mon adolescence au Liban, repris des études à Oxford à 42 ans, enseigné trois ans en Pologne, beaucoup bourlingué en Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, j’avais fait mienne l’idée d’Attali selon laquelle les nations étaient en train de devenir des hôtels où l’on pose provisoirement ses valises, en prenant pour critère le rapport qualité/prix. En s’attaquant aux Juifs, comme l’ont fait Merah et Coulibaly, à un symbole de l’esprit de ma génération, comme Charlie, les infiltrés du djihad, cette cinquième colonne islamiste, m’ont «rendu la France», comme disait Aragon. Poète communiste, il a tourné patriote lors de l’occupation, après avoir longtemps conspué le drapeau et la Marseillaise. (…) L’hégémonie intellectuelle est toujours détenue par «presse qui pense», même si elle a de moins en moins de lecteurs: Télérama, Les Inrocks, Le Nouvel Obs, Libé, etc. C’est elle qui donne le ton, décerne des brevets et censure ce qu’ils appellent les «dérapages». Ces contestataires professionnels sont étonnés et furieux d’être à leur tour contestés. C’est que l’espèce de bouillie intellectuelle, ce néo-marxisme rudimentaire à base de slogans creux qui leur sert de pensée s’est fracassé sur la réalité sociale. Souvent demeurés intellectuellement dans les années 1960/70 (Derrida, Foucault, etc.), ils s’acharnent à «transgresser», à «renverser des tabous», alors qu’il n’y a plus, en face, que le vide. Ils rejouent éternellement la scène originelle de 68, alors qu’on a radicalement changé d’époque. C’est pourquoi les gens qui pensent juste ont opéré, depuis le début de notre XXI° siècle, ce retour à Camus, à Arendt, à Orwell – qui n’étaient certes pas des penseurs «réactionnaires». «Empêcher que le monde ne se défasse», comme disait Camus. Et ne pas pousser la tolérance à l’absurde, en prétendant tolérer la barbarie. Ne pas justifier l’inacceptable au nom du relativisme des valeurs. (…) lorsque je me retrouve devant mon ordinateur, avec un article à écrire, je pense: comment Christopher Hitchens tournerait-il ça? Orwellien lui aussi, «Hitch» savait comme personne mettre le doigt sur l’hypocrisie, la mauvaise foi, le double standard moral. Et c’était un esprit absolument libre. Un véritable voltairien de la fin du XX° siècle. Il n’a aucun équivalent en français, mais quelques héritiers en Angleterre, comme Nick Cohen. (…) Les dirigeants de l’UE ont refusé à l’Europe toute identité, toute substance, toute limite géographique: ils ont créé une coquille vide, un ensemble flou dans lesquels les citoyens ne reconnaissent pas. Comment s’étonner que ceux-ci se réfugient dans leurs États-nations. Au moins, pensent-ils, on en contrôle les dirigeants en les remplaçant lorsqu’ils prennent de mauvaises décisions. Et on peut en défendre les frontières, ce que l’UE refuse de faire, face à une crise migratoire qui va s’aggraver. (…) il y a aussi quelque chose de positif dans ce que les élites baptisent «populisme»: les simples gens ont parfois une vision plus juste que des dirigeants vivant hors-sol, dans l’ignorance des vrais problèmes de la population. Brice Couturier
J’admire la campagne qu’Emmanuel Macron a menée. Il a défendu les valeurs libérales. (…) Il s’adresse aux espoirs des gens et non à leurs peurs. Barack Hussein Obama
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. Emmanuel Macron
Notre culture, ça ne peut plus être une assignation à résidence. Il n’y aurait pas la culture des uns et la culture des autres, il n’y aurait pas cette formidable richesse française, qui est là, dont on devrait nier une partie, il n’y a d’ailleurs pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple. Et je ne veux pas sortir du champ de cette culture, certains auteurs ou certains musiciens ou certains artistes, sous prétexte qu’ils viendraient d’ailleurs. Emmanuel Macron
La colonisation est un crime contre l’humanité. C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. Emmanuel Macron
Nous vivons et vivrons durablement avec la menace terroriste. Emmanuel Macron
Moi, je ne vais pas inventer un programme de lutte contre le terrorisme dans la nuit. Emmanuel Macron
Monsieur Macron a dit qu’il n’y avait pas de culture française, montrant qu’il n’a rien compris à ce qui fait la France. Qu’est ce qui nous réunit s’il n’y a pas une culture française ? Qu’est ce qui fait que nous sommes des Français ? La France c’est pas un hôtel international sans âme où cohabitent des individus anonymes et des communautés étrangères les unes aux autres. Nous ne sommes pas une aire d’autoroute où les citoyens du monde se croisent par hasard avant de reprendre leur route. Oui il y a une culture française, oui il y a un art français, oui il y a une manière de penser française. Nous les recevons en héritage, de tous ceux qui nous ont précédés. Et nous les conservons ! Comme une part essentielle de nous-même, à transmettre aux générations qui nous suivront. Nous sommes les héritiers d’une lignée de Français, qui ont su au fil des siècles, par leur bravoure, par leur génie, hisser notre pays parmi les plus grandes nations du monde. François Fillon
La religion musulmane doit accepter sans condition tout ce que les autres religions ont accepté par le passé. (…) Je veux un strict contrôle administratif du culte musulman, tant que son ancrage dans la République n’est pas achevé. Je veux la dissolution immédiate de tous les mouvements qui se réclament du salafisme ou des frères musulmans. (…) La France unie n’est pas une addition de communautés. Nous avons une identité, nous avons des coutumes, nous avons une culture, nous avons un drapeau. Le repli communautariste est un danger (…) je serais le défenseur intransigeant de la liberté d’expression même quand il s‘agit d’exprimer leur attachement à leur culture, à leur origine, à leur nation, à la France. (…) L’immigration, sans intégration doit être stoppée. En France, les étrangers ont des devoirs, avant de réclamer des droits. C’est une question d’unité nationale.  (…) On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide (…) je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis (…) pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques (…) je sais aussi que nous aurons besoin de tout le monde (…) n’opposons pas les riches aux pauvres, les patrons et les ouvriers, les croyants et les agnostiques. (…) C’est la même France (…) c’est la France des rois et des sans culotes (…) la France de Châteaubriand et de Kessel (…) Quand on a des valeurs, on les défend !  François Fillon
Jamais l’Europe n’a été dirigée par autant de politiciens sans enfants. Ils sont modernes, ouverts, multiculturels et savent que « tout finira avec eux ». À court terme, être sans enfant est un soulagement car cela implique zéro dépense pour la famille, aucun sacrifice et personne pour se plaindre d’un avenir mal préparé. Comme l’indique un rapport de recherche financé par l’Union européenne : « Pas d’enfants, pas de problème ! ». Etre mère ou père vous oblige à vous projeter dans l’avenir du pays dont vous avez la charge. Mais les dirigeants les plus importants d’Europe ne laisseront aucun enfant derrière eux. La chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte et le président français Emmanuel Macron sont sans enfants. La liste s’allonge avec le Premier ministre suédois Stefan Löfven, le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel et le Premier ministre écossais Nicola Sturgeon. N’ayant pas d’enfants, les dirigeants d’Europe donnent le sentiment de n’avoir aucune raison de s’inquiéter de l’avenir de leur continent. Le philosophe allemand Rüdiger Safranski a écrit: « Pour les personnes sans enfants, penser en termes de générations futures n’est guère pertinent. Par conséquent, ils se comportent de plus en plus comme s’ils étaient les derniers, le dernier maillon de la chaîne ». « L’Europe se suicide. Ou du moins ses dirigeants ont décidé de se suicider », a écrit Douglas Murray dans The Times. « L’Europe aujourd’hui n’a pas envie de se reproduire, de se défendre, ni même de prendre parti pour elle-même dans un débat ». Murray, dans son nouveau livre, intitulé The Strange Death of Europe, baptise le phénomène : « une fatigue civilisationnelle existentielle ». Angela Merkel a pris la décision fatidique d’ouvrir les portes de l’Allemagne à un million et demi de migrants pour enrayer l’hiver démographique de son pays. Ce n’est pas un hasard si Merkel, qui n’a pas d’enfants, a été appelée « la mère compatissante » des migrants. Merkel se moque de savoir si cet afflux massif de migrants ne risque pas modifier la société allemande en profondeur, et pour toujours. Dennis Sewell a récemment écrit dans le Catholic Herald : Cette idée de « civilisation occidentale » rend plus épineuse la panique démographique. Sans elle, la réponse serait simple : l’Europe n’a aucune inquiétude à avoir sur le nombre de jeunes qu’il faut trouver pour soutenir ses personnes âgées dans leurs années de déclin. Plein de jeunes migrants cognent aux portes, grimpent sur les barbelés ou s’embarquent sur des fragiles esquifs pour atteindre nos rives. La seule chose à faire est les laisser entrer. Le statut de femme sans enfant d’Angela Merkel est le reflet de la société allemande : 30% des femmes allemandes n’auront pas d’enfants indiquent les statistiques de l’Union européenne, et ce ratio passe à 40% chez les diplômées de l’Université. La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, a déclaré que, sauf à redresser le taux de natalité, le pays devra « éteindre la lumière ». Selon une nouvelle étude publiée par l’Institut national d’études démographiques, un quart des femmes européennes nées dans les années 1970 n’auront pas enfants. Les leaders européens ne sont pas différents. En 1940, une femme sur neuf née en Angleterre et au Pays de Galles était sans enfant à l’âge de 45 ans, mais en 1967, ce pourcentage est passé à une femme sur cinq. Le nouveau président français Emmanuel Macron a rejeté l’idée exprimée par l’ex-président François Hollande que « la France a un problème avec l’islam ». Il est contre la suppression de la nationalité française pour les djihadistes et affirme avec insistance, et contre toute évidence, que l’Etat islamique n’a rien d’islamique: « Ce qui pose problème n’est pas l’islam, mais certains comportements dits religieux qui sont imposés aux fidèles de cette religion ». Macron prêche une sorte de déjeuner-buffet multiculturel : il évoque le colonialisme comme un « crime contre l’humanité », prône « l’ouverture des frontières », et affirme contre toute évidence qu’il il n’y a pas de « culture française ». Selon le philosophe Mathieu Bock-Coté, Macron, âgé de 39 ans, marié à son ancien professeur de théâtre elle-même âgée de 64 ans, est le symbole d’une « bonne mondialisation libérée de la mémoire de la gloire française perdue». Ce n’est pas un hasard si « Manif Pour Tous », un mouvement qui a lutté contre la légalisation du mariage homosexuel en France, a appelé à voter contre Macron en tant que « candidat antifamille ». Le slogan de Macron, « En Marche ! », incarne les élites mondialisées qui réduisent la politique à un exercice, une performance. C’est pour conquérir l’Europe que le leader turc Erdogan exhorte les musulmans à avoir « cinq enfants » et que les imams musulmans exhortent leurs fidèles à « élever des enfants ». Les suprémacistes islamiques travaillent à produire un conflit de civilisations au cœur de l’Europe ; ils dépeignent les pays qui les accueillent en Occident comme des civilisations sur le point de s’effondrer, sans population, sans valeurs et ne portant plus aucun intérêt à leur propre culture. Giulio Meotti (Il Foglio)
Pendant la guerre froide, on les nommait les « idiots utiles ». Ils n’étaient pas membres du Parti communiste, mais ils le considéraient d’un œil favorable, parlaient de lui positivement et ne condamnaient pas les idées de Lénine et Staline. Au 21ème siècle, le communisme a globalement disparu, mais l’islamisme a pris le relais de principale menace mondiale. De la même manière que le communisme produisait ses Idiots utiles, le totalitarisme islamique produit ses « Infidèles utiles ». A une importante différence près : à l’époque de l’Union soviétique, les Idiots utiles étaient des intellectuels. Maintenant, les Infidèles utiles sont des politiciens, et l’un d’entre vient d’être élu président de la République française. Emmanuel Macron, Infidèle Utile, n’est pas un partisan du terrorisme ou de l’islamisme. C’est pire : il ne voit même pas la menace. Peu après les horribles attaques du 13 novembre 2015 à Paris, Macron a déclaré que la société française devait assumer une « responsabilité » dans le « terreau » sur lequel le djihadisme a pu prospérer. « Quelqu’un sous prétexte qu’il a une barbe ou un nom à consonance qu’on pourrait croire musulmane, a quatre fois moins de chances d’avoir un entretien d’embauche qu’un autre » a-t-il ajouté. Ce qui revient à considérer que faire ses bagages pour la Syrie et revenir en France armé d’une kalachnikov et d’une ceinture d’explosifs ne peut être que le geste de dépit d’un chômeur de longue durée. Macron en vient presque à accuser les Français d’être racistes et « islamophobes ». « Nous avons une part de responsabilité », a-t-il averti » parce que ce totalitarisme se nourrit de la défiance que nous avons laissée s’installer dans la société. Il se nourrit de cette lèpre insidieuse qui divise les esprits, et, si demain nous n’y prenons pas garde, il les divisera plus encore ». Par conséquent, a conclu M. Macron, la société française « doit changer et être plus ouverte ». Plus ouverte à quoi? À l’islam, bien sûr. Le 20 avril 2017, après qu’un terroriste islamiste ait assassiné un policier et blessé deux autres à Paris, sur les Champs Elysées, Macron a déclaré : « Je ne vais pas inventer un programme de lutte contre le terrorisme en une nuit ». Après deux ans d’attentats terroristes ininterrompus sur le territoire français, le candidat à la présidence de la République considère les problèmes de sécurité du pays comme quantité négligeable. (…) Il serait bien sur absurde d’affirmer que Emmanuel Macron est un promoteur patenté de l’islamisme et du terrorisme en France. Mais il est plus juste et plus politiquement correct de dire qu’il est un « mondialiste » et un « partisan déclaré du multiculturalisme ». En tant que tel, il ne considère pas l’islamisme comme une menace nationale parce que, pour lui, la nation française ou, comme il l’a dit, la culture française n’existe pas réellement. Macron a en effet nié que la France avec son histoire et sa culture n’a pas d’existence réelle. Le 22 février, en visite aux expatriés français à Londres, Macron a déclaré : « La culture française n’existe pas, il y a une culture en France et elle est diverse ». En d’autres termes, sur le territoire français, la culture française et les traditions françaises n’ont aucune priorité par rapport aux cultures immigrées importées. Le même jour, à Londres, il a ajouté : « l’art français? Je ne l’ai jamais rencontré ». Multiculturaliste et politicien, Macron ne s’adresse pas à la population française mais à des publics segmentés. En Algérie, Macron a déclaré que la colonisation française était un « crime contre l’humanité » pour séduire les votes des citoyens français d’origine algérienne. Mais au magazine Causeur dont les positions anti-islamistes sont connues, il déclare :« La France n’a jamais été et ne sera jamais un pays multiculturel ». Désormais président, Macron ne pourra plus tenir ces discours multiples et contradictoires. Mais les Français qui tiennent à leur culture, à leur langue, à leur patrimoine historique ainsi qu’à l’idée qu’ils se font de leur pays pourraient bien avoir quelques déceptions. Yves Mamou
The enduring narrative of the American dream is that if you study and get a college education and work hard, you can get ahead. The survey shows that many white working-class Americans, especially men, no longer see that path available to them. … It is this sense of economic fatalism, more than just economic hardship, that was the decisive factor in support for Trump among white working-class voters. Robert P. Jones (PRRI)
White Americans carried Donald Trump to the White House. He won college-educated white voters by a four-point margin over Hillary Clinton, according to exit polls. But his real victory was among members of the white working class: Twice as many of these voters cast their ballots for the president as for Clinton. In the wake of Trump’s surprise win, some journalists, scholars, and political strategists argued that economic anxiety drove these Americans to Trump. But new analysis of post-election survey data conducted by the Public Religion Research Institute and The Atlantic found something different: Evidence suggests financially troubled voters in the white working class were more likely to prefer Clinton over Trump. Besides partisan affiliation, it was cultural anxiety—feeling like a stranger in America, supporting the deportation of immigrants, and hesitating about educational investment—that best predicted support for Trump. This data adds to the public’s mosaic-like understanding of the 2016 election. It suggests Trump’s most powerful message, at least among some Americans, was about defending the country’s putative culture. Because this message seems to have resonated so deeply with voters, Trump’s policies, speeches, and eventual reelection may depend on their perception of how well he fulfills it. In September and October 2016, PRRI and The Atlantic surveyed American voters about how they were feeling about politics. Researchers specifically focused on white, working-class voters—people without college degrees or salaried jobs. This group accounts for one-third of American adults. They make up a bigger share of the population in the Midwest than they do in any other region, and more than half of rural Americans are part of the white working class.As it turned out, this would become one of the most decisive groups of voters in the election. In November, researchers returned to this group to see how its members had voted and get a sense of why. They found that 64 percent of these voters had chosen Trump, while only 32 percent chose Clinton. While white, non-college-educated voters tend to prefer Republicans, Trump won them by a larger margin than any presidential candidate since 1980, according to the Pew Research Center. Controlling for other demographic variables, three factors stood out as strong independent predictors of how white working-class people would vote. The first was anxiety about cultural change. Sixty-eight percent of white working-class voters said the American way of life needs to be protected from foreign influence. And nearly half agreed with the statement, “things have changed so much that I often feel like a stranger in my own country.” Together, these variables were strong indictors of support for Trump: 79 percent of white working-class voters who had these anxieties chose Trump, while only 43 percent of white working-class voters who did not share one or both of these fears cast their vote the same way.The second factor was immigration. Contrary to popular narratives, only a small portion—just 27 percent—of white working-class voters said they favor a policy of identifying and deporting immigrants who are in the country illegally. Among the people who did share this belief, Trump was wildly popular: 87 percent of them supported the president in the 2016 election. Finally, 54 percent of white working-class Americans said investing in college education is a risky gamble, including 61 percent of white working-class men. White working-class voters who held this belief were almost twice as likely as their peers to support Trump. While the analysis pointed to some interesting patterns around economic status, more research is needed to confirm them. The findings contrast with much of the coverage of the election: People who said their finances are only in fair or poor shape were nearly twice as likely to support Clinton compared to those who feel more economically secure. (…) Nearly two-thirds of the white working class say American culture has gotten worse since the 1950s. Sixty-eight percent say the U.S. is in danger of losing its identity, and 62 percent say America’s growing number of immigrants threaten the country’s culture. More than half say discrimination against whites has become just as problematic as discrimination against minorities. The Atlantic
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Securing national borders seems pretty orthodox. In an age of anti-Western terrorism, placing temporary holds on would-be immigrants from war-torn zones until they can be vetted is hardly radical. Expecting “sanctuary cities” to follow federal laws rather than embrace the nullification strategies of the secessionist Old Confederacy is a return to the laws of the Constitution. Using the term “radical Islamic terror” in place of “workplace violence” or “man-caused disasters” is sensible, not subversive. Insisting that NATO members meet their long-ignored defense-spending obligations is not provocative but overdue. Assuming that both the European Union and the United Nations are imploding is empirical, not unhinged. Questioning the secret side agreements of the Iran deal or failed Russian reset is facing reality. Making the Environmental Protection Agency follow laws rather than make laws is the way it always was supposed to be. Unapologetically siding with Israel, the only free and democratic country in the Middle East, used to be standard U.S. policy until Obama was elected. (…) Expecting the media to report the news rather than massage it to fit progressive agendas makes sense. In the past, proclaiming Obama a “sort of god” or the smartest man ever to enter the presidency was not normal journalistic practice. (…) Half the country is having a hard time adjusting to Trumpism, confusing Trump’s often unorthodox and grating style with his otherwise practical and mostly centrist agenda. In sum, Trump seems a revolutionary, but that is only because he is loudly undoing a revolution. Victor Davis Hanson
Outre l’événement judiciaire, les propos de François Fillon marquent un tournant populiste dans la campagne présidentielle. A trois jours de distance, le candidat de la droite traditionnelle a en effet employé les arguments de Marine Le Pen, qui a fustigé le « gouvernement des juges » ou le rôle nocif des médias. François Fillon affirme que le seul juge, c’est le peuple. Nous avions certes aussi vu apparaître chez Jean-Luc Mélenchon le terme douteux de « dégagisme ». Mais entendre dans la bouche d’un candidat central des propos aussi agressifs à l’égard de la justice et de la presse est un événement inédit en France, car ils sont la marque de fabrique de la vision populiste de la démocratie. Ce qui est regrettable, c’est que ses amis politiques ne le critiquent pas sur le fond, ils lui reprochent surtout de ne pas avoir tenu sa promesse de renoncer s’il était mis en examen. (…) On entend ce discours aujourd’hui partout dans le monde, en Turquie, en Russie, aux Etats-Unis, par Poutine ou Orban, Trump ou Erdogan. Ce qui est en jeu, c’est une certaine conception de la démocratie. Bien sûr, celle-ci se définit comme pouvoir du peuple, mais d’un peuple qui reste insaisissable comme totalité. Le peuple électoral est certes la clef de tout. Mais il ne faut jamais oublier que la majorité électorale ne représente pas toute la société. D’où la nécessité de ne pas limiter la démocratie à l’expression électorale d’un « peuple arithmétique ». Une cour constitutionnelle, par exemple, a aussi une fonction représentative : défendre les droits et les valeurs fondatrices de la démocratie. Elle représente en ce sens chaque citoyen, aussi modeste soit-il. Elle donne consistance au « pouvoir de n’importe qui » et au respect de ses droits. La démocratie doit aussi faire vivre des pouvoirs neutres sur lesquels personne ne peut mettre la main, y compris la majorité. C’est la raison d’être des autorités judiciaires et des autorités indépendantes. La démocratie est de cette troisième façon le « pouvoir de personne » qu’aucun parti ne peut s’approprier. L’impartialité joue pour cela un rôle fondamental en démocratie. Le représentant du peuple n’est donc pas seulement l’élu. Les régimes populistes se définissent par le refus de cette pluralité : ils veulent mettre à leurs bottes les cours constitutionnelles, supprimer les organismes indépendants, et considèrent comme ennemis les pouvoirs d’analyse, de jugement et d’investigation qui sont ceux de la presse. (…) Nous vivons un basculement démocratique en France comme au niveau mondial qui se manifeste par la progression de la culture populiste et par l’effondrement de la démocratie des partis. Il est important de noter que trois des principaux candidats, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, qui représentent environ deux tiers des intentions de vote, n’ont pas de parti derrière eux. Car le Front national, c’est le comité de soutien de Marine Le Pen, non pas un parti politique avec de véritables instances, une représentation sociale et un travail collectif. (…) Il n’y a pas d’intelligence critique du populisme. Toute la critique de la presse qu’on entend aujourd’hui ressemble à celle que menait Napoléon III. La presse, disait-il, c’est l’alliance d’un talent et d’un capital. La presse n’était pas représentative à ses yeux. Moi, je suis élu, disait-il aux journaux, alors que vous n’êtes qu’une puissance qui veut usurper la représentation nationale. Vous exercez un pouvoir sans avoir été élus. Donc vous êtes illégitimes. A l’époque, les républicains n’ont fait qu’une critique libérale de ces attaques anti-médias. Ils ont défendu, à juste titre, la liberté d’expression. Mais il faut mener également une critique démocratique, il faut défendre l’idée que la démocratie, ce n’est pas que le peuple électoral, mais aussi ses contre-pouvoirs. En un mot, il faut davantage avoir l’intelligence de son indignation. (…) Le populisme naît des dysfonctionnements démocratiques. Cela rappelle la période de la fin du XIXe siècle où les mouvements populistes ont été stoppés par une convergence de social-démocratie et de République sociale. Aujourd’hui, aucun candidat, même ceux qui défendent l’idée d’une VIe République, qui prend chez eux la forme d’une sorte de retour à un parlementarisme à l’ancienne, n’a vraiment proposé une refondation démocratique, dans le sens de la formation de ce que j’ai appellé une démocratie d’exercice. (…) Marine Le Pen, Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon ne se fondent pas sur un principe de représentation – d’une classe sociale, par exemple, ou d’un mouvement politique historique –, ils incarnent un principe d’identification. C’est l’inverse de la représentation. C’est leur personnalité qui crée la base sociale, comme le montre le succès de leurs apparitions publiques ou médiatiques. Le cœur de leur campagne, ce n’est plus le programme, mais leur personne qui, dans une société des individus, permet aux électeurs de s’identifier. (…) La nouvelle droite et les populistes d’extrême droite imposent, eux, leurs idées (défense de la civilisation européenne, critique de Mai 68, focalisation sur l’identité), comme l’illustre le glissement de certains intellectuels de « gauche » vers la droite la plus dure. Leur pouvoir d’attraction est fort car ils sont structurés idéologiquement, et ont une capacité de séduction dans un contexte de profond désarroi. (…) Le camp progressiste, c’est un fait, n’a pas été capable de voir à quel point un basculement démocratique décisif était à l’œuvre. L’heure du retour sur ses aveuglements a sonné ; le temps d’un examen de conscience critique est venu. Pierre Rosanvallon
C’est une opération recyclage du Parti socialiste. La grande lessiveuse. Je ne laisserai pas faire ça. François Bayrou
Le débat de l’entre-deux-tours a précipité la décision de Marion Maréchal-Le Pen de prendre du champ. Elle l’a jugé « catastrophique » et ruineux pour l’image présidentiable de Marine Le Pen. Elle se met en réserve du parti, en attente d’une occasion pour prendre sa part dans les recompositions politiques qui toucheront le FN, lui aussi. (…) Selon nos informations, non seulement la jeune femme et bientôt ex-députée se place en réserve de la politique, mais elle se tient de surcroît prête à jouer un rôle dans la grande recomposition politique à l’œuvre aujourd’hui, qui immanquablement touchera le FN. Aucun calendrier n’est fixé et ses intentions de rejoindre le monde de l’entreprise réelles – plusieurs grands groupes l’auraient d’ailleurs approchée. Mais depuis plusieurs mois déjà, des signaux lui sont envoyés par des élus LR qui rêvent de la création d’un grand parti clairement positionné à droite dans lequel la petite-fille de Jean-Marie Le Pen aurait toute sa place. Il semblerait que la jeune femme ne soit pas totalement indifférente à ces sollicitations. D’autant qu’à la différence de bien d’autres personnalités du FN, elle a su se tenir à l’écart des affaires financières du parti, la mettant à l’abri des éclaboussures inévitables consécutives aux poursuites judiciaires. « Elle est la seule à n’avoir pas souscrit aux crédits obligatoires du micro-parti Jeanne lors des élections régionales », rappelle fort à propos une élue de la région PACA. (…) Mais personne n’ignorait ses désaccords stratégiques avec le vice-président Florian Philippot et la direction de campagne emmenée par David Rachline, maire de Fréjus. Pour elle, le dogme de la sortie de l’euro devait être dépassé, et de ce point de vue, l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan lui était apparue comme une chance historique de rassemblement d’une partie de la droite autour du FN. « Dommage que cette alliance ne soit pas allée plus loin qu’une place de vedette américaine offerte à Dupont-Aignan lors du meeting de Villepinte », aurait-elle confié à ses proches.  (…) Personne n’imaginait une position aussi radicale, même si certains la redoutaient. Car chacun connaît l’étendue de la popularité de la plus jeune députée de France. Bien plus qu’un long et épuisant combat d’opposition interne en vue du prochain congrès prévu pour l’hiver prochain, Marion Maréchal a choisi le clash et l’effet de sidération. Ne restait qu’à l’habiller de raisons personnelles, réelles, pour éviter l’affrontement public. Mais le message est clair, son onde de choc n’est pas près de se dissoudre, les échanges que nous avons eus avec quelques élus importants ne laissent place à aucun doute. Marianne
Pour sûr, la politique a pris un coup de vieux. L’élection d’Emmanuel Macron, 39 ans, 66,10 % des voix, est aussi la victoire de son mouvement, En marche !, qui ringardise les partis. (…) Toutefois, sa « révolution démocratique » n’est qu’un mot creux ; un trompe-l’œil. L’immuable idéologie conformiste, technicienne et élitiste, reste son soutien. (…) C’est le « casse du siècle » que le cerveau d’En marche ! a commis sous les vivats de la gauche. L’Élysée n’a pu étouffer ses applaudissements, dimanche soir. Lundi, lors de la célébration de la capitulation allemande, François Hollande a affiché son paternalisme avec celui qui l’accompagnait dans ses premiers pas présidentiels. Catherine Barbaroux, membre du PS dès les années 1970, a pris la présidence d’En marche ! Croiser les sourires de la plupart des socialistes de cœur confirme le tour de passe-passe : la gauche éreintée a réussi l’exploit de se maintenir au pouvoir en rajeunissant la façade et en criant à la menace fasciste. Non content d’avoir participé à la suspicion sans preuve contre François Fillon et à l’immature hystérie contre Le Pen, le stratège inspiré espère l’explosion des Républicains en faisant miroiter des places aux gourmands. Faut-il le rappeler aux étourdis et aux dormeurs ? Le 7 mai 2017, la France a confirmé le choix, dissimulé par le flou, d’une rupture dans son modèle de civilisation. Le projet de Macron pour la France, approuvé par 20,4 millions d’électeurs, porte en lui la disparition de la nation assimilatrice, une et indivisible, au profit d’un « Hexagone » vu comme un « open space » où les minorités seront protégées par des discriminations positives et où la quête de visibilité de l’islam politique sera laissée en paix. 92 % des Français musulmans ont voté Macron, contre 62 % des catholiques. Celui qui chante La Marseillaise la main sur le cœur, comme aux États-Unis, a été félicité par Barack Obama et le Canadien Justin Trudeau, symboles de la cause postnationale, c’est-à-dire des sociétés ouvertes à la mondialisation et au multiculturalisme. Or ces deux causes sont au cœur de la crise identitaire, oubliée au profit de diversions sur la moralité de Fillon ou de Le Pen. Il y a de la farce démocratique dans ce hold-up électoral où les enjeux existentiels n’auront jamais été abordés par le vainqueur. Est-ce pour les avoir évoqués que Manuel Valls subit les humiliations des Macron’s boys ? La foule qui a applaudi l’élu, dimanche au pied de la pyramide du Louvre, partage probablement sa lassitude de l’État- nation, appelé à se diluer dans un monde où l’étranger ne se différencie plus du citoyen. Cette vision est celle de la pensée dominante, qui a grimé en affreux ceux qui parlaient de souveraineté et de limites. Cependant, 60 % des électeurs de Macron ont fait un choix par défaut pour s’opposer à Le Pen, qui a tout de même recueilli 10,5 millions de voix. De surcroît, 16,1 millions ont choisi l’abstention et le vote blanc ou nul, tournant le dos aux ordres d’abattre l’ennemi intérieur. Le socle électoral du président est donc fragile. Certes, sa victoire l’autorise à tout. Pour autant, il n’a pas reçu de blanc-seing pour disloquer un peu plus la France malade, au nom d’un optimisme insouciant. Des Français seront là pour le lui rappeler. Reste que Marine Le Pen n’a pas été à la hauteur de sa mission, qui était de représenter les oubliés de la mondialisation et les inquiets du libéralisme libertarien. (..) Sa confrontation télévisée du 3 mai, jugée vulgaire et désastreuse, est une des causes de son effondrement. L’immigration n’y a même pas été abordée. La diabolisation du FN a pu aussi effrayer plus d’un esprit perméable aux prêches du moralisme. Cependant, c’est bien sa stratégie d’ouverture à la gauche extrême qui a été incomprise. (…) La décision de Marion Maréchal-Le Pen, 27 ans, de se retirer du FN, mercredi, pour rejoindre la vie réelle, n’est pas motivée par son seul désir de se consacrer à sa petite fille. C’est un univers borné de branquignols adeptes de « fake news » (fausses nouvelles) et d’idées économiquement mal ficelées que l’élue a aussi choisi de quitter. (…) Si En marche ! a su fédérer la classe privilégiée des mondialistes (diplômés, urbains, riches), mise au service du seul pouvoir personnel de son leader narcissique, il reste à mobiliser ceux qui, en face, pourraient se reconnaître dans un conservatisme libéral et social. L’introuvable union des droites pourrait enfin voir là son issue. Ceux qui espéraient voir les Français en colère rejeter la tyrannie du politiquement correct, qui oblige à marcher les yeux grands fermés, ont perdu en beauté. La victoire de Macron conforte courtisans et médias. Tous ont défendu sa vision du monde, angélique mais fausse, au prix d’une infantilisation des peurs contre un « populisme » forcément nauséabond. Malheur aux vaincus ! Ivan Rioufol
Il y a un temps pour la langue de bois. Un temps pour le parler franc. Difficile d’annoncer que l’élection présidentielle est un référendum pour ou contre la France puis de se satisfaire de… 34% de oui. Je dis tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. D’autant que Marine Le Pen a bénéficié d’une exceptionnelle conjonction de planètes : président sortant discrédité, adversaire de droite détruit, diabolisation en berne (jusqu’au débat du 3 mai), Brexit, élection de Trump, invasion migratoire, attentats. Difficile d’imaginer un enchaînement de faits plus favorables pour engranger des suffrages. Et pourtant l’or d’une situation s’est transformé en plomb électoral. Une campagne plus équilibrée sur l’immigration et l’identité, une campagne plus positive, plus enthousiaste, moins récriminatoire, aurait donné un meilleur résultat. C’est sûr ! Victorieuse ? Peut-être pas : la marche était encore trop haute. Mais virer en tête au premier tour et tangenter les 45%, le 7 mai, sans doute. N’oublions pas que Marine Le Pen qui a démarré à 28% dans les sondages (et dans les élections régionales qui ont précédé) est tombé à 21% au soir du premier tour (à peine plus que le total Le Pen+ Mégret de… 2002). Au deuxième tour, elle partait avec un potentiel de 40% à 42 % qu’elle a fait chuter à 34 % : beaucoup mieux que son père en 2002, c’est vrai, mais lui affrontait un candidat étiqueté de « droite ». En dehors de quelques oligarques sectaires ou serviles, chacun sait bien au FN que le débat du 3 mai a été catastrophique (y compris pour l’avenir) et que la ligne souveraino–jacobino- monétariste est un bâton merdeux. (…) il y a évidemment place pour une sensibilité de gauche et pour une sensibilité souverainiste au FN, mais à sa juste place, pas en position de quasi-monopole pour les places, bien sûr, mais aussi pour la structuration du discours. Vous connaissez le coucou : c’est un oiseau qui pond son œuf dans le nid d’autrui. Comme le petit coucou crie plus fort que les autres oisillons, les parents adoptifs le nourrissent mieux que leurs propres oisillons. Et quand le petit coucou est assez fort, il jette hors du nid ses frères de nichée.Vous avez là la stratégie de Philippot : il est entré dans un parti identitaire pour en faire un parti souverainiste. Au lieu de défendre la France, on défend le franc. Au lieu de défendre son identité civilisationnelle, on verse dans l’économisme. C’est le recyclage du gaullisme de pacotille de Seguin et du souverainisme désincarné de Chevènement à coups d’accents bolcheviks. La campagne de deuxième tour, c’est quinze jours de drague éhontée des électeurs de Mélenchon pour n’en récupérer que… 7%. Comme c’est ballot, les réserves étaient à droite : 20% des électeurs de Fillon et 35% de ceux de Dupont-Aignan votant pour la candidate nationale. Des électeurs qui ont eu bien du mérite car tout a été fait pour les dégoûter ! Qui peut sérieusement penser que Marine Le Pen sur la ligne Philippot – qui est aussi la sienne – pourrait avoir des chances sérieuses en 2022 ? Il faut éviter de se raconter des histoires. Alors qui ? Quitte à avoir une ligne philippotiste pourquoi pas Philippot ? A tout prendre ! Quitte à avoir une ligne souverainiste pourquoi pas Dupont-Aignan, d’autant qu’il a pris, lui, conscience des enjeux du Grand Remplacement ? Sur une ligne plus identitaire et plus conservatrice, Marion Maréchal Le Pen, bien sûr. Et puis les événements à venir permettront peut-être à une nouvelle personnalité d’émerger. (…) [Le départ de Marion] Quelle tristesse ! Quel gâchis ! Au-delà des raisons personnelles – respectables – qui ne voit les raisons politiques ? Son choix était le suivant : se soumettre à une ligne et des pratiques de management politique qu’elle désapprouvait. Ou entrer en guerre civile. Elle a voulu éviter cela. L’histoire connaît des infanticides, des parricides mais pas de « tanticide » et ce ne sera pas pour cette fois … Jean-Yves Le Gallou
A Denain, le taux de pauvreté et le taux de recours aux minima sociaux est le plus important de France. Dans cet ensemble, certains critères structurants sont forts. Il y a, par exemple, en France, une distinction forte entre la France installée sur une ligne TGV et la France installée sur une ligne classique, voire la France des gares qui ferment. Ce critère-là est symbolique mais puissant. (…) Les Républicains américains se sont rangés finalement derrière Donald Trump parce qu’ils n’avaient pas le choix : ils se sont faits dépasser par lui et parce qu’ils n’ont pas su maitriser le mouvement du Tea Party qui a pris une influence grandissante au sein du GOP. La comparaison ne peut cependant pas être parfaite : il y a des différences importantes entre Donald Trump (et le Tea Party) et le Front national de Madame Le Pen, à commencer par l’économie : le premier défend un programme plutôt « poujadiste » (si le qualificatif peut s’employer pour les Etats-Unis) alors que le second a adopté des positions très ancrées à gauche. En France, le sujet de l’insécurité culturelle semble avoir été au cœur des débats politiques des dernières années et il n’a pas été porté de manière unique par le Front national : on peut considérer que les débats sur l’ « identité nationale », à l’époque du président Sarkozy, était une manière d’aborder le sujet ; ou que Manuel Valls avait aussi essayé d’en parler. La campagne présidentielle n’en a pas réellement parlé, mais cela est vrai de tous les autres sujets : ce sont les affaires qui ont dominé. (…) le soutien du Parti Républicain aux Etats-Unis apporté à Trump fut très fluctuant et parfois même très limite. Si l’on fait le compte des dirigeants républicains qui ont attaqué Trump, y compris dans la dernière ligne droite de l’élection, on peut fortement tempérer votre propos. Pour des raisons historiques, les Etats-Unis ont vraiment du mal à sortir du bipartisme, de telle sorte que l’aile équivalente au Front National est de fait intégrée au parti républicain. Mais cette intégration ne signifie pas que la coexistence est tous les jours pacifique. Bien au contraire. Sur ce point, le Front National pourrait aussi considérer que la vie politique française lui offre la possibilité de mieux valoriser son approche et ses propositions, en concourant aux présidentielles sans frein, ou sans passe obligatoire par une primaire. Avec un peu d’efforts, il est d’ailleurs très probable que le Front National serait capable de récupérer une part substantielle des forces de droite. Éric Verhaegh
Lorsqu’on en reviendra à dire que MLP est centre-droit (…) on comprendra sans doute mieux la pensée de la multitude déstabilisée face à celle de l’élite déracinée. Erwan Le Noan
Ce n’est pas seulement en revenant à un chômage minimum qu’on résoudra le malaise français. Il y a aussi des questions culturelles (« d’identité », de « vivre-ensemble », de « collectif », appelons-les comme on veut) qui se posent avec acuité. Malheureusement, elles sont souvent écartées d’un revers de la main dans le débat public, ce qui interdit à la fois d’y réfléchir et d’y répondre. (…) L’une des clés d’analyse, mais surement pas la seule, est qu’une partie de la population occidentale – pas seulement française ! – a l’impression que sa vie lui échappe, qu’elle ne contrôle plus rien, qu’elle subit ; et qu’à l’inverse, une autre partie profite pleinement et de manière injuste du monde et de ses opportunités. D’une certaine manière, la colère contre les inégalités (d’un Occupy Wall Street, Podemos et France Insoumise) rejoint le malaise identitaire (exprimé par Donald Trump ou le Front national) : l’un et l’autre expriment une demande d’unité, de cohésion identitaire et/ou sociale. Le test de l’ »insécurité sociale » est simple: voir si on appelle extrême la tradition. Sans jugement de valeur. Dire que la société doit s’ordonner librement autour/pour des personnes françaises, nées d’un père et d’une mère également considérés et mariés, et justement rémunérées pour le travail que doit leur ménager fraternellement la société est en général la définition du centrisme. C’est aujourd’hui ce qui est qualifié d’extrême, laissant au « nouveau centre » la source de l’insécurité sociale. Lorsqu’on en reviendra à dire que MLP est centre-droit et Mélanchon centre-gauche on comprendra sans doute mieux la pensée de la multitude déstabilisée face à celle de l’élite déracinée.. Cette impression d’abandon est cruciale et motive une demande de reconnaissance multiple : les citoyens concernés veulent « simplement » qu’on admette que leur mode de vie est aussi valable que les autres, que leur attachement à certaines traditions n’est pas méprisable, que leur vision du travail, notamment industriel, n’est pas une ineptie. Or, tout un discours politique décrit un sens unique du progrès intellectuel et moral, et désigne comme des arriérés voire des coupables ceux qui, pour une raison ou une autre, y résistent. Erwan Le Noan

Après les fatwas, on fait quoi, on change le peuple ?

A l’heure où pour ceux qui avaient déjà oublié les espoirs trahis il y a cinq ans du gouvernement précédent …

Commence à pointer, après les faux mamours de la campagne et couacs et trahisons aidant, la plus sordide réalité de la lutte politique qui est en train de se jouer avant même l’investiture du nouveau président au sommet du futur Etat …
Et où dégoûtée par l’erreur fatale – un véritable suicide en direct ! – de la direction toujours plus gauchisante de son parti …
Et du haut de ses douze ans de moins – vraie révélation de ce scrutin ! – que le prétendu génie des Carpates avec lequel nous bassine nos médias …
Une Marion Maréchal-Le Pen fait montre  en refusant la lutte familicide qu’on voulait lui imposer d’une remarquable maturité politique et humaine …
Et au lendemain d’une nouvelle élection volée …
Véritable casse du siècle extorquée à nouveau …
A une population majoritairement à droite …
Entre assassinat politique, coup d’Etat légal et lynchage médiatique du seul véritable candidat de l’alternance …
Et hystérie collective contre la représentante des laissés pour compte de la mondialisation …
Comme des questions qui fâchent que, lorgnant trop sur l’extrême-gauche, elle a finalement si mal portées …
Comment ne pas voir ..
Comme le rappellent, citant un récente étude américaine, Erwan Le Noan dans Atlantico …
Ou, au-delà des divagations que l’on sait, l’identitaire mégrétiste Jean-Yves Le Gallou dans Riposte laïque …
A la fois à l’instar et a contrario de la contre-révolution réussie outre-atlantique par l’autre grand pestiféré de nos progressistes Donald Trump …
La véritable normalité et donc le véritable centrisme …
Qu’avaient tenté, en vain cette fois-ci encore, de ramener dans le jeu politique  …
Plombés tous deux par les affaires ou une désormais bien encombrante famille …
Un Fillon ou une Marion Maréchal ?

Bien plus que la peur du chômage

Élection de Donald Trump, la « responsable » vient d’être démasquée, c’était l’insécurité culturelle. Mais qu’en est-il en France (et non, on ne parle pas que d’immigration) ?

L’insécurité culturelle est fortement liée au vote populiste. Dans les causes de ce dernier, elle dépasserait l’insécurité économique.

 Atlantico

11 mai 2017

Atlantico : Selon une étude menée par The Atlantic et le Public Religion Research Institute, la principale variable « explicative » du vote Trump serait, non pas l’angoisse économique de la classe ouvrière blanche, mais son insécurité culturelle, définie notamment par le sentiment de ne plus être chez soi en Amérique, par un souhait de voir les migrants « renvoyés » chez eux, ou par une perte de confiance dans les capacités du système éducatif à leur venir en aide. Comment pourrait on définir les caractéristiques d’un tel sentiment d’anxiété culturelle, en se plaçant sous un angle français ? Faut il y voir également un puissant carburant du vote frontiste ?

Erwan Le Noan : Les explications de la colère populiste de l’Amérique « blanche » sont multiples. Elles sont excellemment bien présentées dans un livre récent, qui a rencontré un énorme succès aux Etats-Unis, Hillbilly Elegy, qui raconte la misère et la détresse sociales énormes de la Rust Belt, cette zone ex-industrielle au Nord des Etats-Unis. On y lit ce que montrent les statistiques : le fléau de la drogue, qui fait des ravages considérables dans ces milieux défavorisés (comme une mortalité croissante) ; la désespérance du chômage ; une certaine forme de craintes identitaires ; la déstructuration des familles. Mais aussi la profonde demande de reconnaissance, de la part de citoyens qui attendent que les élites et l’Etat leur portent un peu de considération (au lieu, estiment-ils, de la porter uniquement sur leurs victimes « préférées », qui correspondent à l’image que les plus favorisés se font des « bonnes » victimes).

En France, l’insécurité culturelle est un phénomène qui a été décrit par Laurent Bouvet. Il n’explique probablement pas l’intégralité du vote populiste (qui existe aux deux extrêmes), mais certainement une bonne partie de celui en faveur du Front national. Je ne crois pas qu’il soit exclusif des inquiétudes économiques ; ce que cette analyse permet de comprendre c’est que ce n’est pas seulement en revenant à un chômage minimum qu’on résoudra le malaise français. Il y a aussi des questions culturelles (« d’identité », de « vivre-ensemble », de « collectif », appelons-les comme on veut) qui se posent avec acuité. Malheureusement, elles sont souvent écartées d’un revers de la main dans le débat public, ce qui interdit à la fois d’y réfléchir et d’y répondre.

Si les questions migratoires participent à ce sentiment, elles ne semblent pas être exclusives. Quels sont les éléments participant à l’insécurité culturelle qui peuvent découler du clivage entre métropoles mondialisées, et certaines zones reléguées du territoire ? En quoi les modes de vie se différencient t ils à ce point que des catégories de population se sentent placées dans un tel sentiment d’insécurité ? En quoi les modifications des valeurs attachées au travail par exemple, peuvent y participer (perte de prestige du travail physique etc..) ?

Erwan Le Noan : L’une des clés d’analyse, mais surement pas la seule, est qu’une partie de la population occidentale – pas seulement française ! – a l’impression que sa vie lui échappe, qu’elle ne contrôle plus rien, qu’elle subit ; et qu’à l’inverse, une autre partie profite pleinement et de manière injuste du monde et de ses opportunités. D’une certaine manière, la colère contre les inégalités (d’un Occupy Wall Street, Podemos et France Insoumise) rejoint le malaise identitaire (exprimé par Donald Trump ou le Front national) : l’un et l’autre expriment une demande d’unité, de cohésion identitaire et/ou sociale.

Cette impression d’abandon est cruciale et motive une demande de reconnaissance multiple : les citoyens concernés veulent « simplement » qu’on admette que leur mode de vie est aussi valable que les autres, que leur attachement à certaines traditions n’est pas méprisable, que leur vision du travail, notamment industriel, n’est pas une ineptie. Or, tout un discours politique décrit un sens unique du progrès intellectuel et moral, et désigne comme des arriérés voire des coupables ceux qui, pour une raison ou une autre, y résistent.

Éric Verhaeghe : Ces critères de différenciation sont diffus, et d’ailleurs extrêmement variables selon les zones géographiques. Quand vous habitez Denain, ville du Nord de la France qui compte 20.000 habitants et qui se trouve à un jet de pierres de grandes villes comme Valenciennes ou Lille, vous pouvez vous sentir exclus pour des raisons bien plus fortes que dans certaines villes de 5.000 habitants très éloignées de villes moins peuplées que Valenciennes. Quelle est la différence? A Denain, le taux de pauvreté et le taux de recours aux minima sociaux est le plus important de France. Dans cet ensemble, l’accès à la prospérité ou à l’emploi joue donc un rôle essentiel. Les autres critères ne viennent qu’après. Maintenant, pour répondre à votre question, certains critères structurants sont forts. Il y a, par exemple, en France, une distinction forte entre la France installée sur une ligne TGV et la France installée sur une ligne classique, voire la France des gares qui ferment. Ce critère-là est symbolique mais puissant.

Ne peut-on pas considérer que le vote Trump diffère en ce sens du vote Le Pen ? En quoi le soutien apporté par le parti Républicain du candidat Trump a-t-il participer à « l’acceptabilité » de cette question d’insécurité culturelle dans le débat, alors que celle ci a été marginalisée dans le débat par la simple position du FN sur l’échiquier politique ?

Erwan Le Noan : Les Républicains américains se sont rangés finalement derrière Donald Trump parce qu’ils n’avaient pas le choix : ils se sont faits dépasser par lui et parce qu’ils n’ont pas su maitriser le mouvement du Tea Party qui a pris une influence grandissante au sein du GOP. La comparaison ne peut cependant pas être parfaite : il y a des différences importantes entre Donald Trump (et le Tea Party) et le Front national de Madame Le Pen, à commencer par l’économie : le premier défend un programme plutôt « poujadiste » (si le qualificatif peut s’employer pour les Etats-Unis) alors que le second a adopté des positions très ancrées à gauche.

En France, le sujet de l’insécurité culturelle semble avoir été au cœur des débats politiques des dernières années et il n’a pas été porté de manière unique par le Front national : on peut considérer que les débats sur l’ « identité nationale », à l’époque du président Sarkozy, était une manière d’aborder le sujet ; ou que Manuel Valls avait aussi essayé d’en parler. La campagne présidentielle n’en a pas réellement parlé, mais cela est vrai de tous les autres sujets : ce sont les affaires qui ont dominé

Éric Verhaeghe : Enfin, reconnaissons que le soutien du Parti Républicain aux Etats-Unis apporté à Trump fut très fluctuant et parfois même très limite. Si l’on fait le compte des dirigeants républicains qui ont attaqué Trump, y compris dans la dernière ligne droite de l’élection, on peut fortement tempérer votre propos. Pour des raisons historiques, les Etats-Unis ont vraiment du mal à sortir du bipartisme, de telle sorte que l’aile équivalente au Front National est de fait intégrée au parti républicain. Mais cette intégration ne signifie pas que la coexistence est tous les jours pacifique. Bien au contraire. Sur ce point, le Front National pourrait aussi considérer que la vie politique française lui offre la possibilité de mieux valoriser son approche et ses propositions, en concourant aux présidentielles sans frein, ou sans passe obligatoire par une primaire. Avec un peu d’efforts, il est d’ailleurs très probable que le Front National serait capable de récupérer une part substantielle des forces de droite.

Voir aussi:

Jean-Yves Le Gallou
10 mai 2017 

Jean-Yves Le Gallou est un homme dont la parole est écoutée. Alors, trois jours après la victoire de Macron, et le score décevant de Marine Le Pen, donnons-lui la parole, et écoutons, sans forcément tout partager, ce qu’il pense de cette élection. Sachant qu’il ne mâche pas ses mots.

Marine a transformé l’or en plomb

Riposte Laïque : Le discours officiel du FN est de se féliciter du score historique de plus de 10 millions d’électeurs ayant voté Marine, et donc qu’expliquer que tout cela est « globalement positif ». Pourtant, quand on vous a entendu ruer dans les brancards, dès dimanche soir, sur le plateau de TV-Libertés, cela ne paraissait pas du tout votre analyse…

Jean-Yves Le Gallou : Il y a un temps pour la langue de bois. Un temps pour le parler franc. Difficile d’annoncer que l’élection présidentielle est un référendum pour ou contre la France puis de se satisfaire de… 34% de oui.

Je dis tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. D’autant que Marine Le Pen a bénéficié d’une exceptionnelle conjonction de planètes : président sortant discrédité, adversaire de droite détruit, diabolisation en berne (jusqu’au débat du 3 mai), Brexit, élection de Trump, invasion migratoire, attentats. Difficile d’imaginer un  enchaînement de faits  plus favorables pour engranger des suffrages. Et pourtant l’or d’une situation s’est transformé en plomb électoral.

La ligne souveraino–jacobino- monétariste est un bâton merdeux

Riposte Laïque : Bref, si  on vous écoute, si Marine avait parlé immigration, identité, islam et insécurité, en mettant l’euro de côté, elle aurait pu gagner ?

Jean-Yves Le Gallou : Une campagne plus équilibrée sur l’immigration et l’identité, une campagne plus positive, plus enthousiaste, moins récriminatoire, aurait donné un meilleur résultat. C’est sûr ! Victorieuse ? Peut-être pas : la marche était encore trop haute. Mais virer en tête au premier tour et tangenter les 45%, le 7 mai, sans doute. N’oublions pas que Marine Le Pen qui a démarré à 28% dans les sondages (et dans les élections régionales qui ont précédé) est tombé à 21% au soir du premier tour (à peine plus que le total  Le Pen+ Mégret de… 2002). Au deuxième tour, elle partait avec un potentiel de 40% à 42 % qu’elle a fait chuter à 34 % : beaucoup mieux que son père en 2002, c’est vrai, mais lui affrontait un candidat étiqueté de « droite ». En dehors de quelques oligarques sectaires ou serviles, chacun sait bien au FN que le débat du 3 mai a été catastrophique (y compris pour l’avenir) et que la ligne souveraino–jacobino- monétariste est un bâton merdeux.

Philippot a eu avec le FN un comportement de coucou

Riposte Laïque : Vous avez eu des mots sévères pour l’entourage de Marine Le Pen, et notamment contre Florian Philippot. Vous pensez, comme les en accuse d’anciens militants du FN, qu’ils ont détruit le parti et sont les principaux responsables de l’ampleur de cette défaite ?

Jean-Yves Le Gallou : Oui, il y a évidemment place pour une sensibilité de gauche et pour une sensibilité souverainiste au FN, mais à sa juste place, pas en position de quasi-monopole  pour les places, bien sûr, mais aussi pour la structuration du discours.

Vous connaissez le coucou : c’est un oiseau qui pond son œuf dans le nid d’autrui. Comme le petit coucou crie plus fort que les autres oisillons, les parents adoptifs le nourrissent mieux que leurs propres oisillons. Et quand le petit coucou est assez fort, il jette hors du nid ses frères de nichée.

Vous avez là la stratégie de Philippot : il est entré dans un parti identitaire pour en faire un parti souverainiste. Au lieu de défendre la France, on défend le franc. Au lieu de défendre son identité civilisationnelle, on verse dans l’économisme. C’est le recyclage du gaullisme de pacotille de Seguin et du souverainisme désincarné de Chevènement à coups d’accents bolcheviks.

La campagne de deuxième tour, c’est quinze jours de drague éhontée des électeurs de Mélenchon pour n’en récupérer que… 7%. Comme c’est ballot, les réserves étaient à droite : 20% des électeurs de Fillon et 35%  de ceux de Dupont-Aignan votant pour la candidate nationale. Des électeurs qui ont eu bien du mérite car tout a été fait pour les dégoûter !

Le diagnostic de Zemmour est partagé par beaucoup

Riposte Laïque : Eric Zemmour a eu des mots terribles à l’encontre de la candidate du FN, parlant de son « insuffisance ». Vous avez semblé aller dans le même sens. Vous ne trouvez pas cela sévère ? Vous avez mieux à proposer pour le camp patriote ?

Jean-Yves Le Gallou : Zemmour est un homme libre. Son diagnostic est partagé par beaucoup. Qui peut sérieusement penser que Marine Le Pen sur la ligne Philippot –  qui est aussi la sienne –  pourrait avoir des chances sérieuses en 2022 ? Il faut éviter de se raconter des histoires.

Alors qui ? Quitte à avoir une ligne philippotiste pourquoi pas Philippot ? A tout prendre ! Quitte à avoir une ligne souverainiste pourquoi pas Dupont-Aignan, d’autant qu’il a pris, lui, conscience des enjeux du Grand  Remplacement ? Sur une ligne plus identitaire et plus conservatrice, Marion Maréchal Le Pen, bien sûr.  Et puis les événements à venir permettront peut-être à une nouvelle personnalité d’émerger.

Le départ de Marion est un gâchis

Riposte Laïque :Justement, Marion Maréchal Le Pen annonce son retrait de la vie politique française, sans fermer la porte à un possible retour. Quelle est votre réaction ?

Jean-Yves Le Gallou : Quelle tristesse ! Quel gâchis !

Au-delà des raisons personnelles – respectables – qui ne voit les raisons politiques ?

Son choix était le suivant : se soumettre à une ligne et des pratiques de management politique qu’elle désapprouvait.

Ou entrer en guerre civile. Elle a voulu éviter cela. L’histoire connaît des infanticides, des parricides mais pas de « tanticide » et ce ne sera pas pour cette fois.

En partant sur l’Aventin elle se met en réserve de la France.

Riposte Laïque : Marine, dès dimanche soir, envisageait la naissance d’une nouvelle formation politique, jugeant le FN et ses symboles comme des poids trop encombrants. Vous partagez ce point de vue ?

Jean-Yves Le Gallou : Vous connaissez le proverbe : « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. » En fait le contenu du flacon a déjà changé (et l’ivresse, l’enthousiasme si vous préférez) n’est plus vraiment là. Alors c’est assez logique de changer l’étiquette.  Reste à savoir si les électeurs s’y retrouveront…

Riposte Laïque : Pour ne pas désespérer davantage Billancourt, voyez-vous des signes d’espoir dans la situation actuelle ?

Jean-Yves Le Gallou : Le développement des sites de combat  d’idée et des médias alternatifs qui doivent plus que jamais se renforcer. L’émergence d’une nouvelle génération identitaire et conservatrice.

 Riposte Laïque : Avez-vous d’autres projets sous le coude, pour le deuxième semestre 2017 ?

Jean-Yves Le Gallou : Polémia organisera le troisième Forum de la dissidence le samedi 19 novembre. Vous y serez invité.

L’institut ILIADE lancera sa sixième session de formation en septembre et publiera le 21 juin une nouvelle vidéo-phare : « Vivre en Européen ».

Préparons nos sanctuaires.

Propos recueillis par Pierre Cassen

Voir également:

“Macron, une victoire à la Pyrrhus”

Nouveau Cassandre de nos temps troublés, le géographe Christophe Guilluy, qui dans son dernier ouvrage analyse « le crépuscule de la France d’en haut », pr évient le nouveau président que, s’il n’apporte pas des ré ponses aux catégories populaires, sa victoire signera sa prochaine défaite.

Valeurs actuelles

11 mai 2017

Vous expliquez dans votre dernier ouvrage que la France d’en haut, parce qu’elle a choisi un modèle qui n’est ni socialement ni politiquement durable, vit son crépuscule. Que penser alors de la victoire d’Emmanuel Macron?

Si le candidat d’En marche! ne prend pas en charge les réalités populaires et les aspirations que dévoile cette élection, sa victoire sera une victoire à la Pyrrhus. La dynamique populiste est enclenchée et ne cessera de monter si on ne traite pas toutes les questions économiques, sociales et culturelles qui sont en jeu. La pré sidentielle de 2017 et la victoire d’Emmanuel Macron n’offrent qu’un sursis à ce monde d’en haut, mais, si le chef de l’État n’apporte aucune réponse aux catégories populaires, à cette France d’en bas qui se sent exclue de la mondialisation, il est probable que la bascule s’opère alors en 2022 avec le parti le plus à même de repré senter cette dynamique-là. Le modèle actuel n’est pas socialement durable. Si la France d’en haut ne parvient toujours pas à être exemplaire et à parler à celle d’en bas, ses jours sont comptés.

Le premier tour de l’ élection qui a consacré la victoire d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen révèle, selon certains, un vote citadin pour le candidat d’En marche! et un vote rural pour la candidate FN. Que disent les résultats de ce second tour? Dessinent-ils une carte “ chimiquement pure” de cette France périphérique, que vous avez été le premier à conceptualiser?

À l’issue de mes travaux, j’ai distingué une fracture française qui se situe entre les grandes métropoles mondialisées et le reste, la « France périphérique ». Celle- ci n’est donc pas exclusivement rurale et englobe é galement des petites et moyennes villes. Elle concerne ainsi tous les territoires qui se trouvent à l’écart des grands pôles urbains, pôles qui créent le plus d’emplois et se trouvent insérés dans la mondialisation. Cette fracture s’observe d’ailleurs aussi bien en France que dans les autres pays européens ou aux États Unis: la logique est partout la même et provient d’une disparition des classes moyennes « le plus grand plans ocial de l’histoire. Ces classes sont devenues de nouvelles classes populaires, qui ont le sentiment d’être invisibles et de ne pas être économiquement intégrées. Comme partout dans les pays développés, les ressorts de la dynamique populiste reposent d’une part sur la destruction de la classe moyenne traditionnelle et sa mise à l’écart des m étropoles mondialisées,et d’autre part sur l’émergence d’une société multiculturelle. Si une partie de la France populaire est réceptive au discours de Marine Le Pen, celle-ci ne rallie qu’une partie du monde d’en bas. Il est toutefois efectivement frappant de constater que son vote est surreprésenté dans cette France périphé rique et sous-représenté dans la France des grandes métropoles. Le constat est inverse pour Emmanuel Macron, incarnation de la nouvelle bourgeoisie. Par ses propos sur la « société ouverte » , le néolibéralisme, le libre-échangisme, le candidat d’En marche! a été le candidat des grandes métropoles.

Peut-on parler d’un clivage inédit ?

Les véritables clivages sociaux, culturels et géographiques deviennent manifestes. Le haut contre le bas, les métropoles mondialisées contre la France périphérique, c’est le clivage qui apparaissait déjà en 1992 avec Maastricht. L’affrontement Macron-Le Pen a été ainsi « chimiquement pur » : il a permis de sortir du clivage gauche-droite pour révéler les véritables fractures françaises. Cette nouvelle géographie est liée à l’adaptation de notre société et de ses territoires aux normes de l’économie-monde. Partout en France, comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, les richesses et la création se concentrent dans les métropoles. Et partout dans le monde, ce modèle crée sa contestation populiste. Celle-ci émane des catégories qui constituaient hier le socle de la classe moyenne – ouvriers, employés, paysans – , et des  mêmes territoires. Catégories qui ont été les grandes perdantes du processus d’adaptation des économies occidentales aux normes de l’économie-monde. La mondialisation repose, en effet, sur une division internationale du travail qui condamne sur le temps long la classe moyenne occidentale. L’émergence d’une classe moyenne chinoise ou indienne s’est ainsi réalisée au détriment des ouvriers ou employés américains, français ou britanniques. Ce terrible constat explique que nous vivons depuis trente ans un processus de la sortie de la classe moyenne” qui vit désormais sur des territoires éloignés des zones d’emploi dynamiques. Et le vote Trump est porté par l’Amérique périphérique, le Brexit par la Grande-Bretagne périphérique, le vote Le Pen par la France périphérique.

Peut-on établir une géographie du vote?

En effet. On observe déjà une division entre l’Est, qui a principalement voté pour Marine Le Pen, et l’Ouest, qui a davantage voté Macron. Mais cette géo- graphie sociale provient de l’héritage industriel, où les industries étaient présentes essentiellement dans l’Est, et le rural et le tertiaire dans l’Ouest. Il est plus instructif de zoomer sur chaque territoire. Que ce soit dans des régions où Marine Le Pen est en tête ou d’autres dans lesquelles Macron l’emporte, une même logique s’opère. Ainsi, à l’issue du premier tour, en Bretagne, où Macron a obtenu plus de voix, celles-ci ont été gagnées dans les grandes villes bre- tonnes, comme Rennes. Dans cette dernière, Marine Le Pen a fait moins de 6%, mais a dépassé les 20% dans certaines zones rurales bretonnes. De la mê me mani ère, à l’Est, la candidate du FN fait un score moins bon dans des grandes villes comme Nancy, alors qu’elle triomphe dans les petites villes de la r é gion. On le constate, la dynamique France périphérique-métropole marche à l’intérieur de chaque région. Il y a donc une sociologie assez similaire. Le premier tour révèle donc l’ »implosion des partis traditionnels.

L’’échec de François Fillon ne serait donc pas uniquement imputable aux affaires révélées par le Canard enchaîné …

Si les affaires ont évidemment joué , la difficulté de la droite a été ,dès le départ, d’arriver à convaincre cet électorat de la France périphérique, désormais arrimé au Front national. Il ne se sent pas représenté par la droite traditionnelle, perçue comme trop libérale. L’entrée en campagne de Franç ois Fillon sur le mode de réduction des dépenses publiques et d’adaptation aux normes de l’ économie mondialisée a eu un effet destructeur. Son échec réside dans son incapacité à se connecter avec cet électorat populaire et dans le fait que son discours s’est en partie adressé à une classe moyenne en voie de disparition

Si Jean-Luc Mélenchon n’a pas donné de consigne de vote, une partie résiduelle de l’’électorat de La France insoumise semble avoir voté Marine Le Pen au second tour. Comment l’’expliquer?

Une minorité, à la marge, parce qu’elle est totalement dans une logique anti- système, a voté FN. Mais le reste des électeurs de cette France insoumise s’est plus largement reporté sur Emmanuel Macron ou réfugié dans l’abstention, pour une raison simple : les voix de Jean-Luc Mélenchon proviennent davantage de l’ électorat populaire des banlieues des grandes villes que des véritables périphéries. Cela reste un vote plutôt des grandes métropoles, avec beaucoup d’ électeurs de la fonction publique et de la gauche classique. •

Propos recueillis par Anne-Laure Debaecke

Voir encore:

L’élection de Macron, farce démocratique
Ivan Rioufol
11 mai 2017

Pour sûr, la politique a pris un coup de vieux. L’élection d’Emmanuel Macron, 39 ans, 66,10 % des voix, est aussi la victoire de son mouvement, En marche !, qui ringardise les partis. En un an, Macron a mis sur pied, avec ses bénévoles, une start-up à la mesure de son ambition. Les professionnels de la politique font figure de boutiquiers. La défaite de Marine Le Pen, sévèrement battue (33,90 %), s’inscrit de surcroît dans le rejet des dirigeants contestés. Nicolas Sarkozy, François Hollande, Manuel Valls, Alain Juppé, François Fillon ont succombé au jeu de massacre. Il n’épargnera probablement pas le FN. Bref, il faut reconnaître à Macron d’avoir su ébranler un monde vermoulu, en inventant une alternative à la crise de la démocratie représentative. Son ouverture à la société civile est une voie à suivre. Toutefois, sa « révolution démocratique » n’est qu’un mot creux ; un trompe-l’œil. L’immuable idéologie conformiste, technicienne et élitiste, reste son soutien.

C’est le « casse du siècle » que le cerveau d’En marche ! a commis sous les vivats de la gauche. L’Élysée n’a pu étouffer ses applaudissements, dimanche soir. Lundi, lors de la célébration de la capitulation allemande, François Hollande a affiché son paternalisme avec celui qui l’accompagnait dans ses premiers pas présidentiels. Catherine Barbaroux, membre du PS dès les années 1970, a pris la présidence d’En marche ! Croiser les sourires de la plupart des socialistes de cœur confirme le tour de passe-passe : la gauche éreintée a réussi l’exploit de se maintenir au pouvoir en rajeunissant la façade et en criant à la menace fasciste. Non content d’avoir participé à la suspicion sans preuve contre François Fillon et à l’immature hystérie contre Le Pen, le stratège inspiré espère l’explosion des Républicains en faisant miroiter des places aux gourmands.

Faut-il le rappeler aux étourdis et aux dormeurs ? Le 7 mai 2017, la France a confirmé le choix, dissimulé par le flou, d’une rupture dans son modèle de civilisation.

Le projet de Macron pour  la France, approuvé par 20,4 millions  d’électeurs, porte en lui la disparition  de la nation assimilatrice, une et  indivisible, au profit d’un « Hexagone »  vu comme un « open space » où les  minorités seront protégées par des  discriminations positives et où la quête  de visibilité de l’islam politique  sera laissée en paix. 92 % des Français  musulmans ont voté Macron, contre  62 % des catholiques. Celui qui chante  La Marseillaise  la main sur le cœur,  comme aux États-Unis, a été félicité  par Barack Obama et le Canadien Justin  Trudeau, symboles de la cause  postnationale, c’est-à-dire des sociétés  ouvertes à la mondialisation et au  multiculturalisme. Or ces deux causes  sont au cœur de la crise identitaire,  oubliée au profit de diversions  sur la moralité de Fillon ou de Le Pen.

Il y a de la farce démocratique  dans ce hold-up électoral où les enjeux  existentiels n’auront jamais été abordés  par le vainqueur. Est-ce pour les avoir  évoqués que Manuel Valls subit  les humiliations des Macron’s boys ?  La foule qui a applaudi l’élu, dimanche au  pied de la pyramide du Louvre, partage  probablement sa lassitude de l’État- nation, appelé à se diluer dans un monde  où l’étranger ne se différencie plus du  citoyen. Cette vision est celle de la pensée  dominante, qui a grimé en affreux ceux  qui parlaient de souveraineté et de  limites. Cependant, 60 % des électeurs de  Macron ont fait un choix par défaut  pour s’opposer à Le Pen, qui a tout  de même recueilli 10,5 millions de voix.  De surcroît, 16,1 millions ont choisi  l’abstention et le vote blanc ou nul,  tournant le dos aux ordres d’abattre  l’ennemi intérieur. Le socle électoral  du président est donc fragile. Certes,  sa victoire l’autorise à tout. Pour autant, il  n’a pas reçu de blanc-seing pour  disloquer un peu plus la France malade,  au nom d’un optimisme insouciant. Des  Français seront là pour le lui rappeler.

L’avenir incertain du FN

Reste que Marine Le Pen n’a pas été  à la hauteur de sa mission, qui était  de représenter les oubliés  de la mondialisation et les inquiets  du libéralisme libertarien. Son score  est très en deçà de la dynamique  qu’elle avait enclenchée et qui lui faisait  dépasser les 40 % dans les sondages.  Une victoire sur le fil a même pu être un  temps envisageable par des statisticiens.  Sa confrontation télévisée du 3 mai,  jugée vulgaire et désastreuse,  est une des causes de son effondrement.  L’immigration n’y a même pas été  abordée. La diabolisation du FN a pu  aussi effrayer plus d’un esprit perméable aux prêches du moralisme. Cependant,  c’est bien sa stratégie d’ouverture  à la gauche extrême qui a été  incomprise. Non seulement les électeurs  de Mélenchon ne l’ont pas suivie (moins  de 10 %) mais ceux de Fillon ont été  effrayés à juste titre par ses lacunes et  ses entêtements à sortir de l’euro ; seuls  20 % d’entre eux ont reporté leurs voix  sur le FN. Son avenir devient incertain. La décision de Marion Maréchal-Le  Pen, 27 ans, de se retirer du FN, mercredi,  pour rejoindre la vie réelle, n’est pas  motivée par son seul désir de se consacrer  à sa petite fille. C’est un univers borné  de branquignols adeptes de « fake news »  (fausses nouvelles) et d’idées  économiquement mal ficelées que l’élue  a aussi choisi de quitter. Elle précise  toutefois ne pas avoir  « renoncé  définitivement au combat politique » .  L’avenir qui se dessinera, dès après les  législatives, devra s’écrire sur les ruines  d’un monde ancien victime de guerres de  tranchées d’un autre âge. La société civile aurait une place  importante à prendre dans  la constitution d’une formation appuyée  sur l’Internet et les réseaux sociaux.  Si En marche ! a su fédérer la classe  privilégiée des mondialistes (diplômés,  urbains, riches), mise au service  du seul pouvoir personnel de son leader  narcissique, il reste à mobiliser ceux qui,  en face, pourraient se reconnaître  dans un conservatisme libéral et social.  L’introuvable union des droites pourrait  enfin voir là son issue.

Malheur aux vaincus

Ceux qui espéraient voir les Français en colère rejeter la tyrannie  du politiquement correct, qui oblige  à marcher les yeux grands fermés, ont  perdu en beauté. La victoire de Macron  conforte courtisans et médias.  Tous ont défendu sa vision du monde,  angélique mais fausse, au prix  d’une infantilisation des peurs contre  un « populisme » forcément  nauséabond. Malheur aux vaincus !

Voir de plus:

Comment Marion Maréchal-Le Pen a décidé de lâcher le FN, après le débat « catastrophique » de sa tante

Le débat de l’entre-deux-tours a précipité la décision de Marion Maréchal-Le Pen de prendre du champ. Elle l’a jugé « catastrophique » et ruineux pour l’image présidentiable de Marine Le Pen. Elle se met en réserve du parti, en attente d’une occasion pour prendre sa part dans les recompositions politiques qui toucheront le FN, lui aussi.

Officiellement, Marion Maréchal-Le Pen quitte la vie politique pour des raisons personnelles. Elle veut s’occuper de sa fille, dont elle craignait en début de campagne qu’elle ne la reconnaisse plus et « l’appelle Madame ». Dont acte. Sa tante Marine « regrette profondément sa décision » tout en la comprenant « hélas comme maman ». Et, selon l’AFP, Nicolas Bay, le secrétaire général, a adressé sans perdre une minute une note aux cadres du parti pour les prier de relayer la version « personnelle » du retrait, pour faire pièce aux « interprétations médiatiques malveillantes qui tentent de donner une interprétation politique au retrait de Marion Maréchal-Le Pen. »

Dans les fédérations, en particulier celles de Provence qui connaissent bien la nièce de la présidente, la consigne directoriale a fait sourire. Car tout le monde a bien lu la lettre qu’elle a adressée à ses électeurs et publiée par Vaucluse matin. Une phrase n’a échappé à personne: « Je ne renonce pas définitivement au combat politique ». Selon nos informations, non seulement la jeune femme et bientôt ex-députée se place en réserve de la politique, mais elle se tient de surcroît prête à jouer un rôle dans la grande recomposition politique à l’œuvre aujourd’hui, qui immanquablement touchera le FN. Aucun calendrier n’est fixé et ses intentions de rejoindre le monde de l’entreprise réelles – plusieurs grands groupes l’auraient d’ailleurs approchée.

Mais depuis plusieurs mois déjà, des signaux lui sont envoyés par des élus LR qui rêvent de la création d’un grand parti clairement positionné à droite dans lequel la petite-fille de Jean-Marie Le Pen aurait toute sa place. Il semblerait que la jeune femme ne soit pas totalement indifférente à ces sollicitations. D’autant qu’à la différence de bien d’autres personnalités du FN, elle a su se tenir à l’écart des affaires financières du parti, la mettant à l’abri des éclaboussures inévitables consécutives aux poursuites judiciaires. « Elle est la seule à n’avoir pas souscrit aux crédits obligatoires du micro-parti Jeanne lors des élections régionales », rappelle fort à propos une élue de la région PACA.

Comment en est-elle arrivée là, alors qu’elle s’est efforcée durant la campagne de donner des signaux de loyauté vis-à-vis de la candidate ? Et ce malgré les vexations de début de campagne, lorsqu’elle s’est fait méchamment rabrouer par Florian Philippot pour avoir osé évoquer la remise en cause du mariage pour tous. N’a-t-elle pas répondu à toutes les demandes de réunions publiques, même dans les coins les plus reculés de France, mettant sa popularité au service de la campagne ? N’a-t-elle pas accepté de nombreux plateaux télé, même après avoir été contrainte de se désister de certains au dernier moment sur ordre de sa tante ? Même ça, elle l’a avalé, ne laissant rien paraître publiquement de ses états d’âme.

« Comment peut-on être aussi cons ? »

Mais personne n’ignorait ses désaccords stratégiques avec le vice-président Florian Philippot et la direction de campagne emmenée par David Rachline, maire de Fréjus. Pour elle, le dogme de la sortie de l’euro devait être dépassé, et de ce point de vue, l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan lui était apparue comme une chance historique de rassemblement d’une partie de la droite autour du FN. « Dommage que cette alliance ne soit pas allée plus loin qu’une place de vedette américaine offerte à Dupont-Aignan lors du meeting de Villepinte », aurait-elle confié à ses proches. Car quelques jours plus tard, tout a basculé. Et la campagne du deuxième tour qui s’annonçait sous les meilleurs auspices, laissant encore espérer un score proche des 40% après la première semaine, s’est effondrée. Pour Marion Maréchal-Le Pen, le débat qui a opposé la candidate à Emmanuel Macron, et qui devait consacrer la reconnaissance de sa tante comme un interlocuteur incontournable, a été « un désastre ». « Comment peut-on être aussi cons ?» a-t-elle lâché à l’adresse de ceux qui ont préparé le débat avec la candidate, en l’occurrence Florian Philippot, son frère Damien, spécialiste des sondages d’opinion, et le conseiller spécial de la présidente, Bruno Bilde.

Personne n’imaginait une position aussi radicale

Dès le soir de la défaite, elle a pris la mesure auprès des militants de la catastrophe provoquée par ce débat raté. « Marine nous a plantés, elle n’a pas montré qu’elle avait l’étoffe d’une présidente de la République », s’est-elle entendu dire. Selon nos informations, ces propos n’ont fait que conforter la décision qu’elle avait prise quelques heures après la fin du débat de prendre du champ : face à ce qu’elle juge comme une obstination dans l’erreur de sa tante et de ceux qui la conseillent, elle ne peut pas lutter. Seul un électrochoc provoqué par l’annonce de sa prise de distance peut secouer les cadres et les militants tétanisés par le caporalisme ambiant.

Quelques heures après l’annonce de la cinglante défaite, elle a annoncé sa décision devant un bureau politique réuni pour tirer les leçons de la campagne. Selon des témoins, les participants se sont figés, bouche bée, à commencer par la présidente elle-même. Personne n’imaginait une position aussi radicale, même si certains la redoutaient. Car chacun connaît l’étendue de la popularité de la plus jeune députée de France. Bien plus qu’un long et épuisant combat d’opposition interne en vue du prochain congrès prévu pour l’hiver prochain, Marion Maréchal a choisi le clash et l’effet de sidération. Ne restait qu’à l’habiller de raisons personnelles, réelles, pour éviter l’affrontement public. Mais le message est clair, son onde de choc n’est pas près de se dissoudre, les échanges que nous avons eus avec quelques élus importants ne laissent place à aucun doute.

Voir de même:

PARIS — Il y a du nouveau en France: un nouveau système pour désigner le président de la république. Ni plus réellement une démocratie, ni une dictature, c’est quelque chose qui n’a pas encore de nom. Un acronyme ou un mot porte-manteau construit de «démocratie», «dictature» et «ploutocratie» ferait bien l’affaire.

Le mécanisme fonctionne ainsi: des patrons de grands groupes financiers, industriels et commerciaux, ainsi que d’éminents conseillers habitués de l’Elysée, de Matignon et de Bercy ont choisi le futur président de la république — Emmanuel Macron, en l’occurrence — et l’ont instruit de sa mission. Ensuite ces oligarques ont mobilisé l’Etat, le gouvernement, la justice, les médias, les communicants, les artistes, les cachetiers, les sondeurs, les sociétés de Paris et les grands noms de la société civile pour le porter à la magistrature suprême. La machine s’est mise au travail et en un tour de piste a fait de l’impétrant le candidat du peuple, le favori, le héros indépassable. Lui-même en est devenu convaincu.

Le reste était une simple formalité: il suffisait juste d’éliminer les autres candidats. On en a mis beaucoup sur la ligne de départ, désespérant le peuple en lui donnant l’image de la déplorable division dans laquelle les partis politiques ont entrainé le pays. Puis on a promis des primaires pour remédier à ça: il y aura un tri impitoyable! En effet: les candidats sérieux — Manuel Valls, Alain Juppé — ont été éliminés.

La justice a ensuite lancé des fatwas contre les gros candidats qui restaient, et la presse, bras séculier de l’oligarchie, les a traqués. François Fillon et Marine Le Pen ont été poursuivis pour vol à l’étalage, leurs photos placardées à la une des journaux.

On accuse aussi Jean-Luc Mélenchon de pas mal de crimes. Il aurait assassiné le Parti socialiste, caporalisé les communistes, volé des troupes aux Républicains et aux frontistes et contrevenu aux règles de la soumission en appelant son mouvement La France insoumise.

En tout cas, il a formidablement égayé la campagne. Quel bateleur, quel stratège, ce Jean-Luc! Merci pour ces bons moments. Notre côté romantique invétéré a apprécié ton mot en forme de salut à la veille du premier tour: «Allez, viennent les jours heureux et le goût du bonheur!»

En affaiblissant les Républicains, le Parti socialiste et le Front national, Mélenchon aura profité à Macron ainsi qu’aux oligarques — mais tout en gagnant lui-même aussi. Maintenant, les législatives.

L’autre inconnue dans l’affaire aura été le peuple. Il est trop bête, dit-on; c’est un troupeau angoissé, qui peut réagir n’importe comment. D’ailleurs, le moment est peut-être venu d’en changer. Ce peuple-ci a fait son temps. Il parle encore de de Gaulle, Jaurès, Jeanne d’Arc. C’est vrai qu’il rechigne un peu: dimanche, les électeurs se sont abstenus de voter en nombre record.

Le résultat de ce méli-mélo c’est Macron. Jamais élu auparavant, tête d’un mouvement vieux de juste un an, le voilà président de la République. On ne faisait semblant de douter de son ultime succès que pour écarter la suspicion de manipulation politique. Alors que Fillon a été mis en examen et que la justice française a demandé la levée de l’immunité parlementaire de Le Pen à l’Union européenne, elle a refusé d’ouvrir une enquête sur le patrimoine de Macron, pourtant demandée par de nombreux candidats.

Mais au fond tout ça c’est du frichti, des amusettes, des histoires de carrières personnelles. Valls, Juppé, Le Pen, Fillon, Macron, Mélenchon, Hamon, Tartempion — tout ça c’est pareil, à peu de choses près. En France, on change de président tous les cinq ans, mais rien ne change jamais qui vienne vraiment d’eux.

La France ne se gouverne plus elle-même; l’Europe a toujours son mot à dire. La mondialisation fait que la terre ne tourne plus que dans un sens — le sens du cartel des banques, qui a pris le relais du cartel des compagnies pétrolières, qui avait pris le relais du cartel des compagnies minières.

Voilà pourquoi il importait que soient débattus durant la campagne présidentielle tous ces thèmes mondialisés: l’islamisation, le terrorisme, le réchauffement climatique, la migration, l’affaiblissement des institutions multilatérales. Mais ceux-ci ont à peine été évoqués. Peut-être était-ce à cause d’un sentiment d’impuissance face à ces problèmes. Mais le fait de ne pouvoir rien y changer n’est pas une raison de ne pas y regarder.

Cette campagne présidentielle n’aura pas non plus confronté les options stratégiques de la France à moyen et long terme. La France saura-t-elle réinventer ses institutions? Et surtout: saura-t-elle enrayer son déclin? Saura-t-elle retrouver son rôle de moteur de l’Europe, surtout face à l’Allemagne? Cette campagne présidentielle aura été une campagne de gouvernement qui discute de gestion des ressources et d’équilibre des comptes. On a parlé boutique avec quelques accents lyriques pour faire grandiose. Mais tout du long on a plié sous la tyrannie du court-termisme et du pas-de-vague.

A gauche comme à droite, les grands partis d’antan ont été brisés, discrédités. La recomposition politique en France ressemble à un nettoyage par le vide. Entre-temps la fonction présidentielle a aussi été considérablement affaiblie. Merci Nicolas Sarkozy et François Hollande. Macron, héritier d’une fonction qui a été mise au plus bas, va vite découvrir l’étroitesse de sa marge de manœuvre — d’autant plus qu’il sera l’otage de la troupe disparate qui l’a fait arriver là.

Voir de plus:

Jamais l’Europe n’a été dirigée par autant de politiciens sans enfants. Ils sont modernes, ouverts, multiculturels et savent que « tout finira avec eux ». À court terme, être sans enfant est un soulagement car cela implique zéro dépense pour la famille, aucun sacrifice et personne pour se plaindre d’un avenir mal préparé. Comme l’indique un rapport de recherche financé par l’Union européenne : « Pas d’enfants, pas de problème ! ».

Etre mère ou père vous oblige à vous projeter dans l’avenir du pays dont vous avez la charge. Mais les dirigeants les plus importants d’Europe ne laisseront aucun enfant derrière eux. La chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte et le président français Emmanuel Macron sont sans enfants. La liste s’allonge avec le Premier ministre suédois Stefan Löfven, le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel et le Premier ministre écossais Nicola Sturgeon .

N’ayant pas d’enfants, les dirigeants d’Europe donnent le sentiment de n’avoir aucune raison de s’inquiéter de l’avenir de leur continent. Le philosophe allemand Rüdiger Safranski a écrit:
« Pour les personnes sans enfants, penser en termes de générations futures n’est guère pertinent. Par conséquent, ils se comportent de plus en plus comme s’ils étaient les derniers, le dernier maillon de la chaîne ».
« L’Europe se suicide. Ou du moins ses dirigeants ont décidé de se suicider », a écrit Douglas Murray dans The Times. « L’Europe aujourd’hui n’a pas envie de se reproduire, de se défendre, ni même de prendre parti pour elle-même dans un débat ». Murray, dans son nouveau livre, intitulé The Strange Death of Europe, baptise le phénomène : « une fatigue civilisationnelle existentielle ».

Angela Merkel a pris la décision fatidique d’ouvrir les portes de l’Allemagne à un million et demi de migrants pour enrayer l’hiver démographique de son pays. Ce n’est pas un hasard si Merkel, qui n’a pas d’enfants, a été appelée « la mère compatissante » des migrants. Merkel se moque de savoir si cet afflux massif de migrants ne risque pas modifier la société allemande en profondeur, et pour toujours.

Dennis Sewell a récemment écrit dans le Catholic Herald :

Cette idée de « civilisation occidentale » rend plus épineuse la panique démographique. Sans elle, la réponse serait simple : l’Europe n’a aucune inquiétude à avoir sur le nombre de jeunes qu’il faut trouver pour soutenir ses personnes âgées dans leurs années de déclin. Plein de jeunes migrants cognent aux portes, grimpent sur les barbelés ou s’embarquent sur des fragiles esquifs pour atteindre nos rives. La seule chose à faire est les laisser entrer.

Le statut de femme sans enfant d’Angela Merkel est le reflet de la société allemande : 30% des femmes allemandes n’auront pas d’enfants indiquent les statistiques de l’Union européenne, et ce ratio passe à 40% chez les diplômées de l’Université. La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, a déclaré que, sauf à redresser le taux de natalité, le pays devra « éteindre la lumière ».

Selon une nouvelle étude publiée par l’Institut national d’études démographiques, un quart des femmes européennes nées dans les années 1970 n’auront pas enfants. Les leaders européens ne sont pas différents. En 1940, une femme sur neuf née en Angleterre et au Pays de Galles était sans enfant à l’âge de 45 ans, mais en 1967, ce pourcentage est passé à une femme sur cinq.

Le nouveau président français Emmanuel Macron a rejeté l’idée exprimée par l’ex-président François Hollande que « la France a un problème avec l’islam ». Il est contre la suppression de la nationalité française pour les djihadistes et affirme avec insistance, et contre toute évidence, que l’Etat islamique n’a rien d’islamique: « Ce qui pose problème n’est pas l’islam, mais certains comportements dits religieux qui sont imposés aux fidèles de cette religion ».

Macron prêche une sorte de déjeuner-buffet multiculturel : il évoque le colonialisme comme un « crime contre l’humanité », prône « l’ouverture des frontières », et affirme contre toute évidence qu’il il n’y a pas de « culture française ».

Selon le philosophe Mathieu Bock-Coté, Macron, âgé de 39 ans, marié à son ancien professeur de théâtre elle-même âgée de 64 ans, est le symbole d’une « bonne mondialisation libérée de la mémoire de la gloire française perdue». Ce n’est pas un hasard si « Manif Pour Tous », un mouvement qui a lutté contre la légalisation du mariage homosexuel en France, a appelé à voter contre Macron en tant que « candidat antifamille ». Le slogan de Macron, « En Marche ! », incarne les élites mondialisées qui réduisent la politique à un exercice, une performance.

C’est pour conquérir l’Europe que le leader turc Erdogan exhorte les musulmans à avoir « cinq enfants » et que les imams musulmans exhortent leurs fidèles à « élever des enfants ». Les suprémacistes islamiques travaillent à produire un conflit de civilisations au cœur de l’Europe ; ils dépeignent les pays qui les accueillent en Occident comme des civilisations sur le point de s’effondrer, sans population, sans valeurs et ne portant plus aucun intérêt à leur propre culture.

A voir Merkel, Rutte, Macron et tous les autres, les suprémacistes islamiques auraient tort de se gêner. Nos dirigeants européens nous mènent comme des somnambules vers la catastrophe. Que peut bien leur faire qu’à la fin de leur vie, l’Europe ne soit plus l’Europe ? L’essayiste Joshua Mitchell l’a très bien expliqué, « se trouver » devient plus important que construire un monde. La longue chaîne des générations a déjà fait le travail. Maintenant, jouons ! ».

Giulio Meotti, journaliste culturel à Il Foglio, est un journaliste et un auteur italien.


Présidentielle 2017: Et si Marine Le Pen avait déjà gagné ? (The fire next time: As France prepares to elect its own Barack Obama, complacent people everywhere should remember the words of the African-American spiritual)

29 avril, 2017
le président du Front national, candidat pour le deuxième tour de l'élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen, salue des militants, le 01 mai 2002 place de l'Opéra à Paris, lors de son discours à l'occasion du défilé du FN. AFP PHOTO MAXIMILIEN LAMYSarkoBluewhitered
Manifestation-lyceenne-a-Paris-aux-cris-de-Ni-Marine-ni-Macron.jpeg
Dans les derniers jours, il viendra des moqueurs pleins de raillerie, qui marcheront selon leurs propres convoitises (…) ils oublient volontairement (…) que, par les mêmes causes, le monde d’alors périt submergé par l’eau ; mais, par la même parole, les cieux et la terre actuels sont gardés en réserve pour le feu, en vue du jour du jugement et de la perdition des impies.  2 Pierre 3: 3-7
God gave Noah the rainbow sign No more water, but the fire next time. Negro spiritual 
Et Dieu dit à Noé: Vois l’arche en le ciel bleu. L’eau ne tombera plus, il me reste le feu. James Baldwin
If we do not now dare everything, the fulfillment of that prophecy, re-created from the Bible in song by a slave, is upon us: God gave Noah the rainbow sign, No more water, the fire next time! James Baldwin
J’suis comme une bulle de savon Un petit point sans horizon Un ticket d’aller sans retour Pour dire bonjour J’suis comme un funambule Qu’aurait avalé une pendule (…) Danseur mondain De tango argentin Toute cette gomina Ces tralalas Ça sert à quoi? Louis Chedid
In 2008, Obama, a freshman senator, became a national Rorschach test, upon whom Americans projected their longings. Emmanuel Macron, 39, is a former Paris investment banker, untainted by electoral experience, and a virtuoso of vagueness. His platform resembles ( in The Spectator’s Jonathan Miller’s description) “a box of chocolates from one of those upscale confiseries on the Rue Jacob: full of soft centers.” This self-styled centrist is a former minister for the incumbent president, socialist François Hollande, who in a recent poll enjoyed 4 percent approval. (Last Sunday, the Socialist-party candidate won 6.35 percent of the vote.) Macron calls his movement En Marche!, meaning “on the move,” which is as self-congratulatory and uninformative as Obama’s “We are the ones we’ve been waiting for.” Macron proposes to cure France’s durable stagnation by being ever so nice. Which means, above all, by not being . . . her. In 1984, when Marine Le Pen’s anti-Semitic and xenophobic father, Jean-Marie, received more than 2 million votes for president, a Paris headline asked: “Are there 2,182,248 Fascists in France?” It was not an unreasonable question, he having advocated uniting all “the forces of the nation in a fasces.” He was pointedly invoking the Roman symbol of power — rods lashed together around an ax handle with the blade protruding — from which fascism took its name. His slogan was cunningly sinister: “My program is what you are thinking.” Meaning: what you flinch from saying about Jews, immigrants, and other deplorables. It is unclear how far from this tree the sour apple that is his daughter has fallen. Her rallies feature chants of “On est chez nous” (“This is our home”), which expresses anxiety that France is less and less that. Millions of unassimilated immigrants have made a mockery of the dreamy multiculturalism preached by people living comfortably insulated from the influx. Le Pen’s blood-and-soil nationalism is a primal scream against the felt dilution of identity. It is untrue that French libraries file the nation’s constitutions under periodicals. There have been a slew of them since 1791; the current one is a relatively ancient 59 years old. But a nation’s identity is usually bound up with linguistic unity, so France’s national identity is, in a sense, relatively young. Political scientist Francis Fukuyama has written: “In the 1860s, a quarter of France’s population could not speak French, and another quarter spoke it only as a second language. French was the language of Paris and the educated elite; in rural France, peasants spoke Breton, Picard, Flemish, Provençal, or any number of other local dialects.” Marine Le Pen, self-styled avatar of Frenchness, won less than 5 percent of the vote in Paris, running strongest where national identity has been most recently realized. In 1977, France’s GDP was about 60 percent larger than Britain’s; today it is smaller than Britain’s. In the interval, Britain had Margaret Thatcher, and France resisted “neoliberalism”. It would mean dismantling the heavy-handed state direction of the economy known as “dirigisme,” which is French for sclerosis. France’s unemployment rate is 10 percent, and more than twice that for the young. Public-sector spending is more than 56 percent of France’s GDP, higher than any other European nation’s. Macron promises only to nibble at statism’s ragged edges. He will not receive what he is not seeking — a specific mandate to challenge retirement at age 62, or the 35-hour workweek and the rest of France’s 3,500 pages of labor regulations that make it an ordeal to fire a worker and thus make businesses wary about hiring. Instead, he wants a more muscular European Union, which, with its democracy deficit, embodies regulatory arrogance. The 1930s confounded the European Left because capitalism’s crisis benefited the rancid Right, which by melding economic and cultural anxieties produced aspirations from the base metal of resentments. Today, globalization is causing similar stirrings on both sides of the Atlantic. Le Pen’s surge probably will crest short of floating her into the presidency. But in France and elsewhere, complacent people should remember the words of the African-American spiritual with which James Baldwin in 1963 warned Americans during the struggle for civil rights: God gave Noah the rainbow sign No more water, the fire next time. George Will
What is insufficiently understood is why a hurting rural America favored the urban, superrich Trump in 2016 and, more generally, tends to vote more conservative than liberal. Ostensibly, the answer is clear: an embittered red-state America has found itself left behind by elite-driven globalization, battered by unfettered trade and high-tech dislocations in the economy. In some of the most despairing counties, rural life has become a mirror image of the inner city, ravaged by drug use, criminality, and hopelessness. Yet if muscular work has seen a decline in its relative monetary worth, it has not necessarily lost its importance. After all, the elite in Washington and Menlo Park appreciate the fresh grapes and arugula that they purchase at Whole Foods. Someone mined the granite used in their expensive kitchen counters and cut the timber for their hardwood floors. The fuel in their hybrid cars continues to come from refined oil. The city remains as dependent on this elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as it always was. The two Palo Altoans at Starbucks might have forgotten that their overpriced homes included two-by-fours, circuit breakers, and four-inch sewer pipes, but somebody somewhere made those things and brought them into their world. In the twenty-first century, though, the exploitation of natural resources and the manufacturing of products are more easily outsourced than are the arts of finance, insurance, investments, higher education, entertainment, popular culture, and high technology, immaterial sectors typically pursued within metropolitan contexts and supercharged by the demands of increasingly affluent global consumers. A vast government sector, mostly urban, is likewise largely impervious to the leveling effects of a globalized economy, even as its exorbitant cost and extended regulatory reach make the outsourcing of material production more likely. Asian steel may have devastated Youngstown, but Chinese dumping had no immediate effect on the flourishing government enclaves in Washington, Maryland, and Virginia, filled with well-paid knowledge workers. Globalization, big government, and metastasizing regulations have enriched the American coasts, in other words, while damaging much of the nation’s interior. Few major political leaders before Trump seemed to care. He hammered home the point that elites rarely experienced the negative consequences of their own ideologies. New York Times columnists celebrating a “flat” world have yet to find themselves flattened by Chinese writers willing to write for a fraction of their per-word rate. Tenured Harvard professors hymning praise to global progressive culture don’t suddenly discover their positions drawn and quartered into four part-time lecturer positions. And senators and bureaucrats in Washington face no risk of having their roles usurped by low-wage Vietnamese politicians. Trump quickly discovered that millions of Americans were irate that the costs and benefits of our new economic reality were so unevenly distributed. As the nation became more urban and its wealth soared, the old Democratic commitment from the Roosevelt era to much of rural America—construction of water projects, rail, highways, land banks, and universities; deference to traditional values; and Grapes of Wrath–like empathy—has largely been forgotten. A confident, upbeat urban America promoted its ever more radical culture without worrying much about its effects on a mostly distant and silent small-town other. In 2008, gay marriage and women in combat were opposed, at least rhetorically, by both Barack Obama and Hillary Clinton in their respective presidential campaigns. By 2016, mere skepticism on these issues was viewed by urban elites as reactionary ignorance. In other words, it was bad enough that rural America was getting left behind economically; adding insult to injury, elite America (which is Democrat America) openly caricatured rural citizens’ traditional views and tried to force its own values on them. Lena Dunham’s loud sexual politics and Beyoncé’s uncritical evocation of the Black Panthers resonated in blue cities and on the coasts, not in the heartland. Only in today’s bifurcated America could billion-dollar sports conglomerates fail to sense that second-string San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick’s protests of the national anthem would turn off a sizable percentage of the National Football League’s viewing audience, which is disproportionately conservative and middle American. These cultural themes, too, Trump addressed forcefully. In classical literature, patriotism and civic militarism were always closely linked with farming and country life. In the twenty-first century, this is still true. The incubator of the U.S. officer corps is red-state America. “Make America Great Again” reverberated in the pro-military countryside because it emphasized an exceptionalism at odds with the Left’s embrace of global values. Residents in Indiana and Wisconsin were unimpressed with the Democrats’ growing embrace of European-style “soft power,” socialism, and statism—all the more so in an age of European constitutional, financial, and immigration sclerosis. Trump’s slogan unabashedly expressed American individualism; Clinton’s “Stronger Together” gave off a whiff of European socialist solidarity. Trump, the billionaire Manhattanite wheeler-dealer, made an unlikely agrarian, true; but he came across during his presidential run as a clear advocate of old-style material jobs, praising vocational training and clearly enjoying his encounters with middle-American homemakers, welders, and carpenters. Trump talked more on the campaign about those who built his hotels than those who financed them. He could point to the fact that he made stuff, unlike Clinton, who got rich without any obvious profession other than leveraging her office. Give the thrice-married, orange-tanned, and dyed-haired Trump credit for his political savvy in promising to restore to the dispossessed of the Rust Belt their old jobs and to give back to farmers their diverted irrigation water, and for assuring small towns that arriving new Americans henceforth would be legal—and that, over time, they would become similar to their hosts in language, custom, and behavior. Ironically, part of Trump’s attraction for red-state America was his posture as a coastal-elite insider—but now enlisted on the side of the rustics. A guy who had built hotels all over the world, and understood how much money was made and lost through foreign investment, offered to put such expertise in the service of the heartland—against the supposed currency devaluers, trade cheats, and freeloaders of Europe, China, and Japan. Trump’s appeal to the interior had partly to do with his politically incorrect forthrightness. Each time Trump supposedly blundered in attacking a sacred cow—sloppily deprecating national hero John McCain’s wartime captivity or nastily attacking Fox superstar Megyn Kelly for her supposed unfairness—the coastal media wrote him off as a vulgar loser. Not Trump’s base. Seventy-five percent of his supporters polled that his crude pronouncements didn’t bother them. As one grape farmer told me after the Access Hollywood hot-mike recordings of Trump making sexually vulgar remarks had come to light, “Who cares? I’d take Trump on his worst day better than Hillary on her best.” Apparently red-state America was so sick of empty word-mongering that it appreciated Trump’s candor, even when it was sometimes inaccurate, crude, or cruel. Outside California and New York City and other elite blue areas, for example, foreigners who sneak into the country and reside here illegally are still “illegal aliens,” not “undocumented migrants,” a blue-state term that masks the truth of their actions. Trump’s Queens accent and frequent use of superlatives—“tremendous,” “fantastic,” “awesome”—weren’t viewed by red-state America as a sign of an impoverished vocabulary but proof that a few blunt words can capture reality. To the rural mind, verbal gymnastics reveal dishonest politicians, biased journalists, and conniving bureaucrats, who must hide what they really do and who they really are. Think of the arrogant condescension of Jonathan Gruber, one of the architects of the disastrous Obamacare law, who admitted that the bill was written deliberately in a “tortured way” to mislead the “stupid” American voter. To paraphrase Cicero on his preference for the direct Plato over the obscure Pythagoreans, rural Americans would have preferred to be wrong with the blunt-talking Trump than to be right with the mush-mouthed Hillary Clinton. One reason that Trump may have outperformed both McCain and Romney with minority voters was that they appreciated how much the way he spoke rankled condescending white urban liberals. Poorer, less cosmopolitan, rural people can also experience a sense of inferiority when they venture into the city, unlike smug urbanites visiting red-state America. The rural folk expect to be seen as deplorables, irredeemables, and clingers by city folk. My countryside neighbors do not wish to hear anything about Stanford University, where I work—except if by chance I note that Stanford people tend to be condescending and pompous, confirming my neighbors’ suspicions about city dwellers. And just as the urban poor have always had their tribunes, so, too, have rural residents flocked to an Andrew Jackson or a William Jennings Bryan, politicians who enjoyed getting back at the urban classes for perceived slights. The more Trump drew the hatred of PBS, NPR, ABC, NBC, CBS, the elite press, the universities, the foundations, and Hollywood, the more he triumphed in red-state America. Indeed, one irony of the 2016 election is that identity politics became a lethal boomerang for progressives. After years of seeing America reduced to a binary universe, with culpable white Christian males encircled by ascendant noble minorities, gays, feminists, and atheists—usually led by courageous white-male progressive crusaders—red-state America decided that two could play the identity-politics game. In 2016, rural folk did silently in the voting booth what urban America had done to them so publicly in countless sitcoms, movies, and political campaigns. In sum, Donald Trump captured the twenty-first-century malaise of a rural America left behind by globalized coastal elites and largely ignored by the establishments of both political parties. Central to Trump’s electoral success, too, were age-old rural habits and values that tend to make the interior broadly conservative. That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked, and acted, and adjusted his message and style accordingly, will remain one of the astonishing ironies of American political history. Victor Davis Hanson
Ce qui unit l’électorat FN dans sa diversité, c’est la défense identitaire, si l’on ne limite pas l’identité à l’immigration. L’identité, ce n’est pas uniquement une question ethnique, mais aussi sociale, économique et territoriale. J’ai été pendant des années professeur en Lorraine, à Metz, où l’effondrement de la sidérurgie a entraîné la fin d’un monde. Dans les provinces françaises, les politiques de reconversion industrielle menées par la droite et la gauche ont coûté très cher, pour des résultats très en deçà de ce qu’on pouvait en attendre. Il y a aujourd’hui des populations qui sont très difficiles à employer vu la technicité d’un certain nombre de métiers. À mesure que les écoles ferment et que les services publics s’en vont, la désertification se développe. Les gens ne disent pas seulement « on n’a pas assez de retraite, on n’a pas assez de salaire », mais, de plus en plus, « vous êtes en train de casser notre mode de vie ». En jouant la carte des territoires et de l’enracinement, le FN met le doigt sur des réalités d’importance et capte donc un électorat rural qui n’était au départ pas le sien. Olivier Dard
Le phénomène du mouvement En Marche ! qui a amené Macron au second tour, ressemble étrangement au phénomène Kadima, éphémère parti politique israélien qui avait remporté les élections législatives de 2005, après une apparition fulgurante sur la scène politique, suivie d’une disparition tout aussi rapide. Ajoutons que « Kadima », en hébreu, signifie « En avant ». Dans les deux cas, il s’agit d’une organisation politique sui generis, sans identité bien définie. En Marche ! est un mouvement populaire se revendiquant comme étant « de droite et de gauche ». Kadima était un parti formé d’anciens membres du Likoud (droite) et d’Avoda (gauche travailliste), qui se définissait comme centriste et dont les dirigeants, à l’instar d’Emmanuel Macron, affirmaient rejeter les « clivages droite-gauche dépassés ». En réalité, Kadima incarnait surtout l’arrivée au pouvoir des idées post-sionistes, en vogue dans les milieux universitaires et intellectuels israéliens depuis le début des années 1990. Après une ascension rapide, le parti Kadima obtint 28 sièges dans la 18ème Knesset (ce qui en faisait le premier parti, devançant le Likoud et réduisant le parti travailliste à la portion congrue). Mais ce succès spectaculaire fut de courte durée : lors des élections législatives de 2013, Kadima a été pulvérisé et n’obtint que 2 sièges. Il a disparu de la scène politique israélienne à la suite de cet échec, et sa dirigeante Tsipi Livni créa un nouveau parti, au nom tout aussi vide de contenu idéologique : « Le mouvement » (Hatnua). Le sociologue Shmuel Trigano a décrit le postmodernisme comme une idéologie dominante, caractérisée notamment par le rejet de la souveraineté de l’Etat et des frontières. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la déconfiture des partis politiques traditionnels (UMP et PS en France, parti travailliste en Israël), qui va de pair avec l’émergence de nouvelles structures politiques, dont En Marche ! et Kadima sont les illustrations les plus marquantes. Dans les deux cas, ces nouvelles entités politiques sont marquées par un rejet des idéologies politiques traditionnelles (socialisme, travaillisme) et par le recours à des slogans qui relèvent plus du marketing que du discours politique. En effet, au-delà de la similarité des noms, Kadima et En Marche ! se ressemblent surtout à un niveau plus fondamental : l’idéologie dominante post-moderniste, dont ils sont l’expression politique. Le post-sionisme (c’est-à-dire l’abandon des principes fondamentaux du sionisme politique) de Kadima trouve ainsi son semblant dans le post-modernisme incarné par En Marche !. Quant à leur rejet affiché des clivages politiques traditionnels, il recouvre, dans une large mesure, une absence de positionnement politique réel (socialistes ou libéraux? conservateurs ou réformistes?), que beaucoup décrivent comme une absence de programme. La volonté proclamée de renouveau, (En Marche ! est l’émanation de l’Association pour le renouvellement de la vie politique) exprime ainsi la quintessence, sinon la totalité de leur programme. Mais derrière les slogans prometteurs, on a peine à déchiffrer quelle est l’identité véritable de ces mouvements politiques, dont les électeurs sont plutôt des « consommateurs » que des militants aux revendications bien définies. Leur rejet des idéologies classiques n’exprime sans doute pas tant une volonté de renouveau politique qu’un vide de contenu, que les efforts des conseillers en image et autres communicants peinent à masquer.Tout comme l’ascension fulgurante du parti Kadima en Israël, la victoire d’En Marche ! au premier tour de l’élection présidentielle française est, plus encore que celle d’un appareil politique, celle d’un slogan et d’un appareil de communication, c’est-à-dire de publicité. Pour la première fois dans l’histoire politique française, les électeurs vont peut-être porter au pouvoir un mouvement qu’ils auront choisi non pas tant en raison de son programme et de son contenu, que de son « emballage »… En Israël, les années Kadima auront surtout été marquées par la catastrophique Deuxième guerre du Liban. L’avenir dira si le mouvement En Marche ! saura laisser une trace plus durable et positive dans la vie politique française. Philippe Karsenty et Pierre Lurçat
Le premier tour a marqué la victoire des instituts de sondage face aux manieurs de big data, tel Filteris, un institut canadien qui base ses prédictions sur le buzz sur les réseaux sociaux. Pour le second tour, les sondeurs donnent Emmanuel Macron largement gagnant, aux alentours de 61 % contre 39 % pour Marine Le Pen. Mais Serge Galam, physicien, directeur de recherche au CNRS et membre du Cevipof de Sciences Po, maintient qu’une victoire du Front national n’est pas à exclure définitivement. « C’est amusant de voir les sondeurs être très fiers d’avoir fait la bonne traduction. Ils ont raison, mais ça ne met pas à l’abri de faire de nouvelles erreurs la prochaine fois. Il faut un peu d’humilité, car on n’a pas d’outils fiables à 100 % », explique-t-il par téléphone. (…) Même si, cette fois-ci, l’écart semble irrémédiable, le chercheur assure qu’on ne peut pas exclure à 100 % que la candidate du Front national n’obtienne pas la majorité. Pour le scientifique, il s’agit d’abord de voir si Marine Le Pen bénéficie d’une dynamique durant ces prochains jours. Et puis, le jour du vote, il faut prendre en compte l’abstention différenciée. « Les électeurs ayant voté Fillon ou Mélenchon ont fondé leur analyse sur la critique du hollandisme ou du libéralisme. Voter Macron au second tour représente pour eux un coût éthique et idéologique. En plus, il y a l’amertume liée au sentiment d’avoir été spolié, sachant que Mélenchon ou Fillon auraient pu être au second tour. Par rapport à cette situation inédite et cette aversion, il risque d’y avoir une abstention inavouée. Le jour du vote, toute excuse peut être bonne pour ne pas se déplacer au bureau de vote. C’est comme pour une pilule amère qu’on sait qu’on doit prendre, mais qu’on va tenter par tous les moyens d’éviter. Les sondages ne peuvent pas identifier ça. D’où l’intérêt d’avoir une formule mathématique. » Je ne suis pas en train de prédire une victoire de Marine Le Pen, je dis simplement qu’on n’est pas sûr que cela n’arrivera pas. Selon le modèle du chercheur, si Marine Le Pen est ainsi à 42 % d’intentions de vote avant le scrutin et qu’il y a une participation globale de 76 %, la candidate frontiste peut arriver à un score de 50,07 % si 90 % des gens qui veulent voter pour elle le font effectivement, et si seulement 65 % des gens qui disent vouloir voter Macron se déplacent. Une hypothèse toutefois peu réaliste. « Je pense qu’il y aura plus de 65 % de participation pour Macron », confesse le physicien. Mais, si Marine Le Pen est à 44 % d’intentions de vote la veille du scrutin et qu’elle bénéficie toujours d’une participation à 90 % des gens qui veulent voter pour elle, la candidate l’emporterait à 50,25 % des votes exprimés si la participation pour Macron est, elle, de 70 % (et que la participation globale s’élève à 79 %). « À 44 % d’intentions de vote, on entrerait alors dans une zone probable. Je ne suis pas en train de prédire une victoire de Marine Le Pen, je dis simplement qu’on n’est pas sûr que cela n’arrivera pas. Il est excessif de déjà envoyer Macron à l’Élysée. » Avec ses équations, Serge Galam a été vivement critiqué par les sondeurs. Lui assure qu’il faut « combiner sondages, big data et modélisation, car toutes les approches peuvent capter une partie de la réalité. La pratique des sondages donne le bon résultat quand il n’y a pas de changement brutal. Mais il existe des comportements non linéaires chez les électeurs qui créent une rupture, et les sondages ne peuvent pas prévoir ça. » (…) Je n’ai aucun problème à me tromper. » Serge Galam jure d’ailleurs qu’il ne rend pas service à ses hypothèses : plus les gens sont alertés sur cette abstention différenciée, plus ils iront voter massivement, ce qui condamnerait les espoirs frontistes… Le Point
Ensemble, les candidats socialiste et Les Républicains (25,8 %) n’atteignent pas le score de Nicolas Sarkozy en 2007 (31,1 %) ou celui de François Hollande en 2012 (28,6 %), signe clair de ce délitement dont le 23 avril est le produit, autant que de l’audace de M. Macron. Son score (23,9 %) est l’un des deux plus faibles pour un président, si tel devait être le cas, avec Jacques Chirac, lui-même difficilement parvenu au second tour, avant la victoire, en 1995 (20,8 %) puis en 2002 (19,8 %). (…) mais c’est dans le cadre de cette forte participation que Marine Le Pen établit un nouveau record pour le FN, depuis sa création ; c’est encore dans ce cadre que Jean-Luc Mélenchon parvient presque à doubler son score de 2012, frôlant l’accès au second tour. Or, à l’occasion de son discours, au soir du premier tour, Emmanuel Macron n’a pas semblé prendre la mesure de cette réalité profondément troublée. Il faudra convaincre lors du second tour. L’ambiance de fête au QG d’En marche ! était-elle appropriée ? (…) Il ne faut pas se tromper sur la difficulté du second tour, le 7 mai. Face à un vote protestataire fragmenté mais peu ou prou majoritaire, Emmanuel Macron sera bien seul. Toutes celles et ceux qui ont appelé à voter pour lui ont été défaits, aux élections présidentielles ou aux primaires, faisant de lui le candidat des sortants. Marine Le Pen s’efforcera de mobiliser ce vote de rupture, la « France du non », celle de 2005, qui voyait ensemble les partis de gouvernement, de droite et de gauche, sèchement battus par des forces protestataires (54,6 %), de droite et de gauche. (…) Comme au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, le tour décisif prendra place dans un monde démocratique fragilisé, au cœur d’une Europe confrontée à une offensive populiste inédite depuis les années 1930, dans un pays, la France, où les programmes de rupture ont su donner le jour à une coalition hétéroclite mais majoritaire, en 2005, et où, le 23 avril 2017, la moitié des électeurs ont bel et bien cherché la rupture. Emmanuel Macron est le survivant d’un monde assiégé, non son héros triomphant. C’est pour préserver leur patrimoine d’une aventure hors de l’euro que les Français pourraient finalement le soutenir, non pour un programme de réformes dont ils ne veulent décidément pas, que l’Europe attend et que les gauches radicales s’apprêtent à combattre. Dominique Reynié
Comme l’indique le sondage, seuls 27 % des votants pour Emmanuel Macron glisseront leur bulletin dans l’urne car convaincus de la crédibilité des mesures qu’il propose, quand 58 % des électeurs de Marine Le Pen le feront pour la même raison. 30 % des futurs électeurs de Macron ont choisi de voter pour “le moins pire”, et 31 autres pourcents adressent leurs voix au candidat d’En marche ! dans la volonté de faire barrage au Front national. Résultat : seul un électeur de Macron sur trois vote pour son candidat car il est en accord avec ses propositions politiques, ou que sa personnalité lui plaît. Des chiffres peu flatteurs pour l’ancien banquier. Valeurs actuelles
Être patriote, ce n’est pas la gauche qui s’est rétrécie sur ses utopies. Être patriote, ce n’est pas la droite qui se perd dans ses avanies et l’esprit de revanche. Être patriote, ce n’est pas le Front national, le repli et la haine qui conduira à la guerre civile. Être patriote, c’est vouloir une France forte, ouverte dans l’Europe et regardant le monde. Emmanuel Macron
Je souhaite, dans 15 jours, devenir le président de tout le peuple de France, le président des patriotes face à la menace des nationalistes. Emmanuel Macron
Le patriotisme, c’est de l’amour, un sentiment profond que l’on a ou que l’on n’a pas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne le ressent pas chez Emmanuel Macron, ni à l’égard de la France, ni à l’égard des Français. Marine le Pen
C’est un jour historique car nous faisons passer l’intérêt de la France avant des intérêts partisans. J’ai décidé de prendre mes responsabilités en votant Marine Le Pen et en allant plus loin : en bâtissant un projet de gouvernement. Nicolas Dupont-Aignan
[L’enjeu de cette présidentielle, c’est la souveraineté française. C’est-à-dire, notre liberté. (…) J’ai le sentiment que Monsieur Emmanuel Macron n’a ni amour-propre, ni lucidité. Il étale ses faiblesses avec un extraordinaire masochisme. Il a un petit côté chien battu. Il ne respecte pas la France et il est même en train de détruire le support de son existence politique. (…) Il n’a pas de programme économique. Il ne peut pas en avoir parce que nous ne sommes plus qu’un territoire à l’intérieur de l’Union européenne. Il faut sortir de là le plus rapidement possible, quel qu’en soit le coût, car mieux vaut la liberté que l’esclavage. (…) À la fin de la guerre, deux hommes avaient compris cela: De Gaulle et Churchill, qui n’a jamais aliéné les pouvoirs de son pays. Nous assistons à une tentative de domestication des pays européens, nous sommes placés devant l’éventualité d’un IVe Reich. (…) Nous n’avons plus d’État. Le quinquennat qui s’achève aura été inexistant et je note une carence historique extraordinaire chez nos dirigeants. Aujourd’hui, l’économie et la finance veulent remplacer la souveraineté. Cela est impossible. (…) Marine Le Pen (…) Aujourd’hui, elle est la seule candidate qui n’est pas pieds et poings liés devant les Allemands. Manifestement, elle est la seule à avoir le tempérament pour rétablir la souveraineté de la France. Elle a, je crois, le sens de l’État au point de préserver notre nation. (…) Quelle est la caractéristique de l’extrême droite aujourd’hui? Je n’en vois aucune. Et qu’est-ce que représente le Front national en dehors de Marine Le Pen? Les partis politiques ont une importance et une influence mineures. Les Français savent être plus rebelles que cela. (…) ils ne se sentent pas gouvernés et ils ne le sont pas. Marie-France Garaud
Réveillons-nous également pour dire que le patriotisme est une valeur cardinale du vivre ensemble. Lors de la coupe du monde 2014, arrivant chez un couple d’amis pour regarder un match des bleus, mon fils de 8 ans avait à la main un drapeau Bleu-Blanc-Rouge. La maîtresse de maison, brillante avocate, me dit « cela fait un peu FN, non? ». Cette réaction d’une femme intelligente illustre la bien-pensance ambiante dans laquelle nous nous étions collectivement conditionnés. Au lendemain des attentats, cette amie me fit remarquer que je n’avais pas mis le drapeau français à ma fenêtre pour répondre à la demande de François Hollande. Je lui répondis qu’il était bien gentil de la part du Président de nous demander de mettre un drapeau au balcon mais c’était faire preuve d’amnésie. C’était bien vite oublier que depuis des décennies la gauche de SOS racisme, à commencer par l’ancien Premier secrétaire du PS, vouait aux gémonies toute référence à la nation. Le PS et ses acolytes ont, ces trente dernières années, volontairement voulu associer les patriotes à des nationalistes. Cela a été le fruit d’une stratégie électorale alliant sectarisme et cynisme. Sectarisme afin de s’autoproclamer comme les seuls détenteurs des valeurs républicaines. Cynisme pour faire monter le FN. Il est grand temps de faire nôtre cette formule de Romain Gary: « le patriotisme c’est d’abord l’amour des siens, le nationalisme, c’est d’abord la haine des autres ». Le retour au patriotisme sera tout sauf un refus de la mondialisation. Il sera une force pour nos jeunes qui en seront les acteurs. Un phare pour ceux qui devront quitter le port d’attache France. Une nécessité pour faire partager les valeurs universelles de la France : humanisme, laïcité, droit de l’homme, égalité entre les hommes et les femmes… Vincent Roger (Conseiller régional (LR) d’Ile-de-France, conseiller du 4e arrondissement de Paris, soutien de François Fillon pour la primaire de la droite)
Je prends le risque. Je vais m’abstenir. Dans la joie. Emmanuel Todd
La victoire de Macron au premier tour (23,87%) est aussi celle du pouvoir médiatique qui l’a porté et dorloté. La droite vaincue (François Fillon arrive en troisième position avec 19,94% des voix, talonné par Jean-Luc Mélenchon, 19,60%) a, dès hier soir, fait connaître sa volonté de « faire barrage » à Marine Le Pen qui, avec 21,43% des voix, échoue dans son espoir de sortir en numéro un. Demeure évidemment, ce lundi, un sentiment de frustration chez ceux qui considéraient – j’en étais – le projet libéral conservateur de Fillon comme le plus abouti. Toutefois les affaires ne suffisent pas à expliquer son élimination. Elle est également due à son incapacité de s’adresser aux gens les plus vulnérables. La destitution de Fillon, mais aussi celle de Benoît Hamon pour le PS (6,35% !) s’ajoutent à celles de Sarkozy, Juppé, Duflot, Hollande, Valls… C’est bien un monde ancien que les Français ont décidé de mettre à bas. La remarquable percée de Macron s’inscrit dans cette logique de renouvellement, et je reconnais m’être trompé pour avoir vu chez lui, ici, une bulle sans lendemain. Mais Les Républicains sont retombés dès hier soir dans le travers des tambouilles en voulant reconstituer contre Le Pen un énième « front républicain ». Quand Fillon appelle à voter Macron après avoir dit vouloir « vaincre le totalitarisme islamique », son ralliement à celui qui ne jure que par « l’apaisement » révèle le drame de cette droite sans convictions durables. Mélenchon est plus conséquent quand il préfère ne pas donner de consigne de vote. En fait, la nécessaire recomposition politique va s’imposer aussi à la droite la plus bête du monde. Elle ne peut plus se permettre le luxe d’une division, en pointant encore les fantômes du vieux FN. C’est cette formation recentrée qui, que cela plaise ou non, est devenue le premier parti d’opposition. Marine Le Pen a deux semaines pour tenter d’attirer ceux qui n’entendent pas laisser la France brader sa souveraineté et dériver dans le multiculturalisme que cautionne Macron, cornaqué par Terra Nova et sa flatterie des minorités. Mais si Fillon a échoué par manque de sensibilité sociale, Le Pen échouera si elle persiste dans un antilibéralisme absurde. Sortir de l’euro est également moins urgent que sauver la nation de sa dislocation engagée. Ivan Rioufol
Sa position politique, si elle recueille des soutiens venus de la gauche et de la droite, reste fragile. Comme le rappelle l’universitaire Dominique Reynié (Le Monde, mardi), « sa base de premier tour ne représente que 18,9% des inscrits (…) Il ne faut pas se tromper sur la difficulté du second tour : face à un vote protestataire fragmenté mais peu ou prou majoritaire, Emmanuel Macron sera bien seul ». On peut imaginer que Le Pen ne se privera pas, lors du débat, de replacer son adversaire dans son rôle de représentant d’une classe privilégiée mais minoritaire, à l’aise dans le déracinement, la mondialisation, le commerce fructueux : un anachronisme, dans une France qui, en 2005, avait dit non à 55% à la consolidation constitutionnelle de l’Union européenne. Le populisme dont se réclame Macron est une habile fiction, aisément démontable. Entendre d’ailleurs le numéro 1 se réclamer à son tour du patriotisme, en accusant son adversaire de nationalisme, confirme que le FN a déjà gagné la bataille des idées. Les vagues de drapeaux tricolores, qui s’observent dans tous les meetings, illustrent la défaite du discours post-national. C’est pourquoi les attaques convenues contre le nationalisme, que Macron porte à son tour, risquent de provoquer un effet boomerang : avoir une préférence pour ce qui est propre à la nation est un sentiment partagé par ceux qui veulent également protéger leur patrie. Faudrait-il débaptiser l’Education « nationale » ? Cette trop subtile dialectique des promoteurs de la société ouverte fait oublier que les conflits futurs sont désormais dans les plis du multiculturalisme, que Macron protège. Lundi, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), issue de la mouvance des Frères musulmans, a appelé « à aller voter massivement pour faire barrage aux idées de xénophobie et de haine et donner au candidat Emmanuel Macron le score le plus large ». Les Frères musulmans ont l’objectif de promouvoir la charia (loi de Dieu), incompatible avec la démocratie (loi du peuple). La grande mosquée de Paris et le Conseil français du culte musulman (CFCM) ont également invité à voter Macron. Ce mercredi, le ministre algérien des Affaires étrangères a qualifié le candidat, qui a dit récemment de la colonisation française qu’elle est un crime contre l’humanité, d’ »ami de l’Algérie ». Le 7 mai sera aussi un référendum sur l’avenir de la nation, de son identité, de sa cohésion. Ivan Rioufol
Ses bonnes fées sentent la naphtaline. À son tour, François Hollande a appelé, lundi, à voter pour Emmanuel Macron, vainqueur du premier tour de la présidentielle (23,87 % des voix). François Fillon, arrivé troisième (20,01%), l’avait précédé dans ce ralliement. L’homme neuf n’est déjà plus que le candidat banal des caciques désavoués : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Manuel Valls, Benoît Hamon, etc. Macron est également soutenu par le monde médiatique, le Medef et une palanquée de « résistants » à Marine Le Pen, arrivée deuxième (21,43 %). La percée du leader d’En marche ! lui assure, normalement, son élection le 7 mai. L’intéressé a d’ailleurs déjà fêté sa victoire, dimanche soir à la Rotonde, restaurant cossu du quartier Montparnasse. Sarkozy l’avait fait en 2007 au Fouquet’s… mais à l’issue du second tour. L’UMPS, que moquait le FN, s’est reconstituée avec les socialistes et les Républicains. Mais où est la rupture annoncée ? La France en colère ne ressemble pas à ce bon élève verbeux. Ceux des villes ont adopté l’enfant gâté au regard envoûteur : Paris a voté à 34,8 % pour Macron, contre 4,99 % pour Le Pen. Le phénomène se retrouve dans toutes les grandes cités. Cependant, la France rurale a enraciné son vote FN, qui a gagné 1,2 million de voix. La progression de Mélenchon (19,60 %) dans les banlieues est plus spectaculaire encore ; il a gagné 3 millions de voix. Cette dynamique populiste, à laquelle s’ajoutent les 4,73 % de Nicolas Dupont-Aignan, est celle des Oubliés. Ils sont à mille lieues du projet européiste et mondialiste de Macron. S’il peut bénéficier du coup de fouet de sa prouesse, son socle est fragile : 18,9 % des inscrits. Les sondages lui promettent une victoire écrasante. Est-ce si sûr ? Macron est le représentant des «  inclus », bourgeois urbains à l’aise dans l’univers plat de la mondialisation et de son commerce créatif. Ivan Rioufol
Emmanuel Macron est le candidat par lequel ce qu’on pourrait appeler le consensus libéral, mondialiste et diversitaire des élites françaises est parvenu à se maintenir et même à reprendre l’offensive. C’est une réussite. Le progressisme mondialisé a fait bloc. Mais si Macron prétend faire émerger une nouvelle classe politique, dégagée des partis déjà existants, décrétés désuets, il ne pourra le faire qu’en s’appuyant sur les nombreux cadres qui se sont ralliés à lui. À travers lui, tout un système veut se sauver. C’est la phrase du Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change ! » (…) N’oublions pas l’incroyable éclatement de ce vote antisystème. Les uns votent contre l’immigration massive, ou contre l’Europe, contre les médias, et on pourrait ajouter bien d’autres “contre”. On ne cesse de dire que le clivage gauche-droite a éclaté. Peut-être. On devrait plutôt dire que d’autres clivages se rajoutent mais qu’aucun ne parvient à s’imposer. Les contradictions du pays ne trouvent donc pas de logiciel pour les synthétiser et engendrent conséquemment un sentiment d’impuissance collective. Nous sommes peut-être dans un moment de recomposition politique, mais nous sommes encore dans sa phase chaotique. (…) Le système médiatique est parvenu à réduire la campagne présidentielle à une quête de changement pour le changement, et à imposer de manière obsessionnelle le thème des affaires. On peut y voir un détournement électoral en forme d’occultation du réel. Le système médiatique a ramené le débat dans des termes qu’il contrôle plus aisément. Il a confirmé sa domination sur la vie démocratique. (…) c’est le peuple français qui s’est fait voler son élection. Depuis cinq ans, des questions essentielles traversaient la vie politique : celle du terrorisme islamiste, celle de l’immigration massive, celle de l’identité nationale, celle des nouveaux enjeux sociétaux. Ces questions pourtant essentielles ont été évacuées de la campagne. C’est un peu comme si le système politique était incapable de prendre en charge les aspirations profondes du peuple français. On a vidé l’élection présidentielle de sa substance, on l’a dépolitisée. (…) C’est une alternative idéologique déformée et caricaturale. Le débat n’aura pas lieu. Quoi qu’on en pense, bien des électeurs souverainistes et conservateurs ne voudront pas se rallier à Marine Le Pen, soit parce qu’ils la trouvent engoncée dans la fonction tribunitienne, soit à cause de son programme, soit à cause de l’histoire de son parti, soit à cause de son nom de famille, tout simplement. À travers la candidature de Marine Le Pen, ce qu’on appelle plus ou moins confusément le camp souverainiste français est condamné à une expression diminuée et mutilée. Dans les prochaines années, le vote souverainiste, conservateur, attaché à l’identité française trouvera probablement de nouveaux vecteurs et cela, dans une dynamique plus large de recomposition politique. Pour l’instant, Emmanuel Macron sera élu, cela ne fait guère de doute. Il ne faudrait pas y voir un référendum d’approbation en profondeur de sa vision du monde. Les problèmes de fond qui amènent tant de Français à s’avouer hantés par la peur d’une dissolution de la patrie ne disparaîtront pas. (…) Emmanuel Macron a déjà affirmé qu’il n’y a pas de culture française. Dimanche soir, il a parlé du peuple de France et non pas du peuple français. Nous étions dans le même esprit. Il semble aussi adhérer à l’idée qu’une nation n’est faite que de vagues successives d’immigrants. C’est ce qu’on appelle communément le multiculturalisme. On arrache ainsi un pays à son identité. Justin Trudeau ne pense pas autrement en la matière, lui qui croit par ailleurs que le Canada est le laboratoire de cette grande recomposition diversitaire. Macron et Trudeau ne sont pas identiques mais ils adhèrent avec enthousiasme à l’esprit de l’époque, qui est postnational, posthistorique et postpolitique. Ils occupent le même créneau, celui de la mondialisation diversitaire, heureuse et fière de l’être. (…) La formule d’Aron [le drame de Giscard était de ne pas savoir que le monde est tragique] s’applique bien à Macron. Il avait l’air d’un ministre-technocrate de temps de paix et on lui demandera d’être un président de temps de guerre. Il va devoir enfiler de bien grands habits, probablement trop grands pour lui. Le marketing politique peut transformer un candidat en président, manifestement, mais il a ses limites. Il ne peut pas transformer un homme léger en homme tragique. Peut-être les circonstances y parviendront-elles. L’homme n’est pas sans talent. Devenu président, Macron n’aura pas le choix de tenir compte ou pas de la réalité qui ne disparaît pas même si on se ferme les yeux devant elle. On ne peut que lui souhaiter bonne chance. Mathieu Bock-Côté
Mes parents n’ont jamais voulu qu’on les considère comme des pauvres.  Je me souviens  d’une  émission  où  Jamel  Debbouze  parlait  de  sa  vie  à   Trappes  et  des  cafards dans son  appartement face à Thierry  Ardisson  qui  avait  la  larme  à  l’œil.  J’ai  toujours   détesté le côté faux du mec de gauche qui surjoue ses origines  populaires  ou  le  discours  victimaire  des  minorités ethniques sur la misère et le racisme en banlieue. Christophe Guilluy
Le clivage Macron Le Pen est chimiquement pur : territorialement, culturellement,  socialement.  (…) C’est  quelqu’un  d’intelligent qui  valide  mon   diagnostic  sans  bouger  de  son  système  idéologique.   Selon  la  bonne  vieille  logique  des  systèmes, quand le communisme ne marche plus, il faut plus de  communisme,  quand  le  modèle  mondialisé  ne  fait  pas  société, il faut encore plus de mondialisation !  (…) Si le système en  place parvient à faire élire un Macron, il préservera l’essentiel  mais  en  sortira  fragilisé  :  certains  sondages  donnent  Marine  Le  Pen  à  40  %  au  second  tour,  ce  qui  est   considérable par rapport aux 18 % de Jean-Marie Le Pen en  2002.  La  dynamique  est  de  ce  côté-là.  Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant  le  modèle  dominant  sous  une  autre  étiquette   gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de  basculement.  Si  la  France  d’en  haut  ne  fixe  pas  comme  priorité  le  sauvetage  des  classes  populaires,  elle  est   condamnée. Christophe Guilluy
Ce qui est intéressant, c’est que les deux candidats sont ceux qui se positionnent en dehors du clivage gauche-droite. Ceux qui ont été identifiés à droite et à gauche, issus des primaires, ne sont pas au second tour. La structure n’est plus le clivage gauche / droite. Le clivage qui émerge est lié complètement au temps long, c’est-à-dire à l’adaptation de l’économie française à l’économie monde. Dès 1992, avec Maastricht, ce clivage était apparu, avec la contestation d’un modèle mondialisé. Si on veut remonter plus loin, les causes sont à chercher dans le virage libéral, qui est le basculement des sociétés occidentales dans le néolibéralisme. C’est une logique ou les sociétés vont se désindustrialiser au profit de la Chine ou de l’Inde par exemple. Cela est aussi vrai avec Donald Trump ou le Brexit, qui nait de la financiarisation de l’économie américaine sous Clinton et du thatchérisme. Ce sont des dynamiques de temps long qui vont avoir un impact d’abord sur les catégories qui sont concernées par ce grand plan social de l’histoire : celui des classes moyennes. Tout cela se fait au rythme de la sortie de la classe moyenne. Logiquement, ce sont d’abord les ouvriers, qui subissent ce processus de désaffiliation politique et culturelle, qui sont les premiers à grossir le nombre des abstentionnistes et à rejoindre les mouvements populistes. Puis, ce sont les employés, les agriculteurs, qui suivent ce mouvement. La désaffiliation aux appartenances s’accentue. Les ouvriers qui votaient à gauche se retrouvent dans l’abstention ou dans le vote Front national, c’est également le cas aujourd’hui du monde rural qui votait à droite. Ce que l’on constate, c’est que l’effet majeur de la disparition des classes moyennes est de mettre hors-jeu les partis traditionnels. Parce que le Parti socialiste ou Les Républicains ont été conçus pour et par la classe moyenne. Or, ces partis continuent de s’adresser à une classe moyenne qui n’existe plus, qui est mythique. Il ne reste plus que les retraités, cela a d’ailleurs été le problème de François Fillon, qui a perdu par son incapacité à capter le vote de la France périphérique, ces gens qui sont au front de la mondialisation. Il ne capte que ceux qui sont protégés de la mondialisation ; les retraités. C’est le même constat à gauche, dont le socle électoral reste la fonction publique, qui est aussi plus ou moins protégée de la mondialisation. Nous parlons d’électorats qui se réduisent d’année en année, ce n’est donc pas un hasard que les partis qui s’adressent à eux ne parviennent plus à franchir le premier tour. C’est aussi ce qui passe en Europe, ou aux États Unis. Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l’Amérique périphérique, l’Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l’on créé le moins d’emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales. La difficulté est intellectuelle pour ce monde d’en haut ; les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui créée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l’emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et créé toujours plus d’inégalités sociales et territoriales C’est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n’intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement. (…) C’est son modèle inversé. Emmanuel Macron comme Marine Le Pen ont fait le constat que cela ne se jouait plus autour du clivage gauche / droite. Ils ont pris en compte la polarisation de l’économie, entre un haut et un bas, et sans classes moyennes. Dans ce sens-là, l’un est la réponse de l’autre. (…) Géographiquement, c’est l’opposition entre la France des métropoles et la France périphérique qui structure le match Emmanuel Macron/ Marine Le Pen. On a déjà pu voir quelques cartes sur l’opposition est ouest, mais ce clivage est ancien, hérité, il ne dit rien des dynamiques en cours. Lorsque j’étais étudiant ces cartes est ouest existaient déjà, elles expriment l’héritage de l’industrie, et donc de la désindustrialisation. C’est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d’ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. Ce qui est intéressant, c’est de voir les dynamiques. C’est en zoomant à partir des territoires qui créent le plus d’emplois et ceux qui en créent le moins. Par exemple, en Bretagne, ou Marine Le Pen fait 6% à Rennes, et 20% dans les zones rurales. C’est toujours un distinguo entre les dynamiques économiques. Aujourd’hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse. Le marché de l’immobilier s’est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l’emploi n’avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n’ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s’opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022. (…) Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu’il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu’il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le « haut » intègre les problématiques du « bas » de façon sincère. C’est exactement ce qui s’était passé avec le parti communiste, qui était composé d’une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient « au nom de ». Aujourd’hui c’est la grande différence, il n’y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieues. Plus personne n’y croit et c’est cela l’immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d’en bas n’est pas légitime. Ce qui est appelé « populisme ». Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l’aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L’antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n’est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d’antifascistes, ça, ce n’est qu’un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d’une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États Unis ou au Royaume Uni. Cette posture antifasciste, à la fin, c’est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l’insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s’il parvient à parler et à se connecter avec le bas. Ce que j’espère, c’est que ce clivage Macron Le Pen, plutôt que de se régler par la violence, se règle par la politique. Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l’antifascisme. Christophe Guilluy
J’ai  trouvé  dans  le  livre  un  diagnostic  pertinent  de  la  société   française. Il montrait que 60 % de la population habitaient dans des territoires totalement coupés de la dynamique de  la  mondialisation  :  les  villes  petites  et  moyennes  ainsi  que   les  régions  rurales.   Si  on  parlait  à  ces   gens-là,  l’élection  était  gagnée,  car  cette  France-là  est   majoritaire. Jean-Baptiste  de  Froment (chargé  de  la  prospective  pour  la  campagne  de   Nicolas  Sarkozy de 2012)
Dans  sa  trilogie  française,  l’essayiste  a  redonné   une  voix  à  la  France  des  invisibles.  Avec   Fractures  françaises  (François  Bourin  Éditeur,  2010),  puis  La  France  périphérique   (Flammarion,  2014)  et  enfin   Le  Crépuscule  de  la  France  d’en  haut   (Flammarion, 2016),  il a mis le doigt sur une réalité brûlante que le monde  politico-médiatique et universitaire n’avait pas vu ou  pas voulu voir : celle des vaincus de la mondialisation,  des  exilés  de  l’intérieur  qui  ont  voté  majoritairement pour le FN ce dimanche.  Selon Guilluy, il y a désormais deux France. D’un côté,  les  grandes  métropoles  où  la  nouvelle  bourgeoisie urbaine tire profit de la mondialisation, prônant  l’«  ouverture  »  et  le  «  vivre-ensemble  »  pour   mieux  ériger  des  frontières  invisibles.  De  l’autre,   celle  de  la  périphérie  où  «  la  plèbe  »  en  quarantaine   souffre  de  la  désindustrialisation  et  de  l’insécurité   physique et culturelle liée à l’immigration. Une thèse polémique qui a bousculé le monde intellectuel français. Au point de faire de Guilluy l’un des penseurs les plus  influents  et  controversés  de  ces  dernières  années. Prophète de la France d’en bas pour les uns, sociologue de comptoir pour les autres. Adoubé par les  chercheurs  étrangers,  mais  snobé  par  les  universitaires  français.  Référence  incontournable  pour  Éric   Zemmour  ou  Patrick  Buisson,  mais   «  Onfray  de  la   géographie »  pour une partie de la presse de gauche,  qui  l’accuse  de  «  faire  le  jeu  du  FN  » (…) Il est  vrai que la bourgeoisie traditionnelle, qui a voté Fillon,  partage les valeurs et les préoccupations culturelles de  la France périphérique au sujet de l’islam et de l’immigration. Il est vrai aussi que Jean-Luc Mélenchon dispute  une  partie  du  vote  populaire  à  Marine  Le  Pen.  Il   n’en reste pas moins que les résultats du premier tour  de la présidentielle confirment très largement l’analyse  de  Guilluy.  Dimanche,  les  catégories  populaires  se   sont tournées majoritairement vers Le Pen, tandis que  la  bourgeoisie  «  cool  »  des  grandes  villes  s’est  reconnue   en   Emmanuel   Macron.   L’ancien   ministre   de    l’Économie a obtenu 35 % des suffrages parisiens et est  arrivé   premier   dans   treize   arrondissements.   Dans    quatre  arrondissements  (les  IIe ,  IIIe ,  IVe   et  IXe ),  il  obtient même plus de 40 % des voix. À l’inverse, Marine  Le Pen emporte 83,7 % des voix à Brachay, en Haute- Marne, village de… 57 habitants !  (…) Guilluy souligne que l’influence croissante de la  gauche à Paris et plus largement dans les grandes métropoles  n’est  pas  liée  à  un  vote  populaire,  mais  au   contraire à l’apparition d’une nouvelle bourgeoisie urbaine  qui  est  le  produit  d’une  fusion  entre  le  monde   artistique  et  intellectuel  et  le  monde  de  l’entreprise.  (…)  Guilluy   reprend   le    concept de « bobos » (bourgeois-bohèmes), qu’il emprunte  au  journaliste  américain  David  Brooks.  L’expression entre dans le langage courant mais est proscrite   par   une   partie   du   monde   intellectuel et  médiatique, qui refuse d’être assimilé à la bourgeoisie.  Selon  Guilluy,  ce  déni  est  un  moyen  de  dissimuler  la   réalité des conflits de classe.  Ses premiers livres,  Fractures françaises  et  La France  périphérique   dérangent  tout  autant,  en  particulier   dans  le  monde  universitaire.  Guilluy  est  accusé  de   manquer  de  rigueur  scientifique  ou,  pire,  d’encourager un clivage ethnico-culturel délétère entre « petits  Blancs » et « jeunes de banlieues ». S’il est ignoré par les universitaires, Guilluy a su retenir  l’attention des politiques. À gauche, François Hollande,  Manuel Valls et même Emmanuel Macron l’ont rencontré.  Le  vainqueur  du  premier  tour  de  la  présidentielle cite plusieurs fois  La  France  périphérique  dans son livre  Révolution .  (…)  Paradoxalement,  c’est  surtout  la  droite  que  le  géographe  a  influencée.  En  2010,  Jean-Baptiste  de  Froment,   chargé  de  la  prospective  pour  la  future  campagne  de   Nicolas  Sarkozy,  découvre   Fractures  françaises . (…) En septembre 2011, Froment écrit au président  Nicolas  Sarkozy,  une  note  qui  s’intitule  :  «  La   France  périphérique,  clef  de  l’élection  présidentielle   2012 ». Lorsque, sous l’influence de Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy opère un virage identitaire en fin de campagne, les thématiques de Guilluy refont surface et permettent au candidat de sauver l’honneur.  La  faiblesse  de  la  campagne  de  Fillon  ?  L’abandon des   classes   populaires.   François   Fillon   n’a   pas   su    s’adresser à ces catégories .  (…)  Au  FN,   nombre  de  jeunes  cadres  du  mouvement  ont  fait  de   Guilluy leur intellectuel de référence. Alexandre Devecchio

Attention: une victoire peut en cacher une autre !

Au lendemain d’un nouveau et double 21 avril

Où, comme le rappelle le politologue Dominique Reynié, « ensemble, les candidats socialiste et républicain (25,8 %) n’atteignent pas le score de Nicolas Sarkozy en 2007 (31,1 %) ou celui de François Hollande en 2012 (28,6 %) » …

Et où face à un vote protestataire record et désormais majoritaire qui entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon continue à refuser les réformes qu’ont fait la plupart des pays qui ont retrouvé le chemin de l’emploi  …

Un vainqueur annoncé aussi accidentel qu’illégitime gagne avec l’un des deux plus faibles scores pour un président (moins de 24%) après Jacques Chirac (20,8 % en 1995, 19,8 % en 2002) …

Et face pour le deuxième tour aux ralliements des uns (Dupont-Aignan) ou aux appels plus ou moins déguisés à l’abstention ou au vote blanc des autres (Mélenchon) …

En est à singer, ultime effet miroir entre vagues de drapeaux tricolores et références creuses à la patrie comme l’ont aussi bien vu les groupuscules lycéens, le populisme d’une adversaire qu’il diabolise en même temps …

Comment ne pas voir …

Si rien n’est fait, comme le demandent depuis des années le géographe Christophe Guilluy ou l’éditorialiste Ivan Rioufol …

Pour prendre enfin sérieusement en compte les préoccupations tant identitaires qu’économiques de la France périphérique …

Au lieu, derrière la posture morale de l’antifascisme et de l’antiracisme, de disqualifier toute revendication venant de sa part …

La véritable victoire d’un parti qui s’obstine depuis si longtemps à poser les questions qui fâchent …

Dans la bataille des idées comme peut-être bientôt dans les urnes ?

Et comment ne pas repenser …

Après James Baldwin annonçant les révoltes noires-américaines il y a plus de 60 ans …

Ou tout récemment l’éditorialiste américain George Will avertissant l’Obama français …

Ou le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté le Trudeau français …

Aux paroles du célèbre negro spiritual inspiré de la deuxième lettre de Pierre …

« Dieu a donné à Noé le signe de l’arc-en-ciel. Il n’y aura plus d’eau mais du feu la prochaine fois » ?

Présidentielle : Christophe Guilluy, l’homme qui avait tout vu

Alexandre Devecchio

Le Figaro

26/04/2017

FIGAROVOX/RENCONTRE – Le duel Macron-Le Pen traduit l’affrontement entre deux France irréconciliables : celle de la nouvelle bourgeoisie urbaine des grandes métropoles contre celle des classes populaires de la périphérie. Un scénario que le géographe Christophe Guilluy théorise depuis plus d’une décennie.

«Bienvenue au Déjazet, le dernier café non gentrifié de la place de la République!», lance Christophe Guilluy, accoudé à une table, avec son accent de titi parigot et son air bonhomme. Dans une autre vie, le géographe aurait pu interpréter les flics ou les voyous dans les films d’Olivier Marchal, le réalisateur de 36 quai des Orfèvres. Visage émacié, balafré, boule à zéro et barbe de trois jours, pantalon jean et cigarette au bec, Guilluy a l’allure d’un personnage de polar, pas celle d’un intellectuel parisien. Malgré les succès d’édition, il ne fréquente pas les salons. En semaine, à l’heure du déjeuner, l’endroit, un peu glauque, est pratiquement désert. Ici, pas de hipsters. Seuls quelques habitués qui trinquent autour d’un demi. Pas étonnant que l’auteur de La France périphérique, l’enfant de  Belleville-Ménilmontant,  aime  ce  bistrot  à   l’ancienne.  Il  évoque  le  Paris  d’avant  Delanoë  et  Hidalgo, d’avant les Vélib’ et les bobos. Ce temps où les  grandes  métropoles  n’étaient  pas  des   « citadelles  médiévales »   interdites  aux  vieilles  voitures  et  aux  pauvres.  Dans  sa  trilogie  française,  l’essayiste  a  redonné   une  voix  à  la  France  des  invisibles.  Avec   Fractures  françaises  (François  Bourin  Éditeur,  2010),  puis  La  France  périphérique   (Flammarion,  2014)  et  enfin   Le  Crépuscule  de  la  France  d’en  haut   (Flammarion, 2016),  il a mis le doigt sur une réalité brûlante que le monde  politico-médiatique et universitaire n’avait pas vu ou  pas voulu voir : celle des vaincus de la mondialisation,  des  exilés  de  l’intérieur  qui  ont  voté  majoritairement pour le FN ce dimanche.

Selon Guilluy, il y a désormais deux France. D’un côté,  les  grandes  métropoles  où  la  nouvelle  bourgeoisie urbaine tire profit de la mondialisation, prônant  l’«  ouverture  »  et  le  «  vivre-ensemble  »  pour   mieux  ériger  des  frontières  invisibles.  De  l’autre,   celle  de  la  périphérie  où  «  la  plèbe  »  en  quarantaine   souffre  de  la  désindustrialisation  et  de  l’insécurité   physique et culturelle liée à l’immigration. Une thèse polémique qui a bousculé le monde intellectuel français. Au point de faire de Guilluy l’un des penseurs les plus  influents  et  controversés  de  ces  dernières  années. Prophète de la France d’en bas pour les uns, so- ciologue de comptoir pour les autres. Adoubé par les  chercheurs  étrangers,  mais  snobé  par  les  universitaires  français.  Référence  incontournable  pour  Éric   Zemmour  ou  Patrick  Buisson,  mais   «  Onfray  de  la   géographie »  pour une partie de la presse de gauche,  qui  l’accuse  de  «  faire  le  jeu  du  FN  ».   « Je  me  sens   moins seul , ironise le fondateur de l’université populaire  de  Caen,  qui  souscrit  à  toutes  les  analyses  du   géographe.  Avec lui et Michéa, on pourrait former une  école ! »  Marcel Gauchet admet, lui aussi, son admiration pour le travail et le courage de Guilluy, même  si, dit-il,  « la France d’en haut est moins cohérente que ne  le  dit  Guilluy.  Il  est  parfois  dans  un  schéma  un  peu   binaire  alors  que  la  réalité  est  plus  complexe  ».   Pour   Alain Minc, la montée en puissance d’un populisme  de gauche rend le concept de Guilluy inopérant.  « Je  suis convaincu que la carte du vote Mélenchon n’a rien  à voir avec la carte du vote FN »,  note-t-il.

Expérience de terrain

Le rédacteur en chef de la revue Le  Débat et le héraut  de la « mondialisation heureuse » n’ont pas tort. Il est  vrai que la bourgeoisie traditionnelle, qui a voté Fillon,  partage les valeurs et les préoccupations culturelles de  la France périphérique au sujet de l’islam et de l’immigration. Il est vrai aussi que Jean-Luc Mélenchon dispute  une  partie  du  vote  populaire  à  Marine  Le  Pen.  Il   n’en reste pas moins que les résultats du premier tour  de la présidentielle confirment très largement l’analyse  de  Guilluy.  Dimanche,  les  catégories  populaires  se   sont tournées majoritairement vers Le Pen, tandis que  la  bourgeoisie  «  cool  »  des  grandes  villes  s’est  reconnue   en   Emmanuel   Macron.   L’ancien   ministre   de    l’Économie a obtenu 35 % des suffrages parisiens et est  arrivé   premier   dans   treize   arrondissements.   Dans    quatre  arrondissements  (les  IIe ,  IIIe ,  IVe   et  IXe ),  il  obtient même plus de 40 % des voix. À l’inverse, Marine  Le Pen emporte 83,7 % des voix à Brachay, en Haute- Marne, village de… 57 habitants !  « Le clivage Macron Le Pen est chimiquement pur : territorialement, culturellement,  socialement »,  explique le géographe.

Christophe Guilluy avait tout vu. Et pourtant, il n’est ni prof ni universitaire. Il n’a jamais passé sa thèse, préférant se nourrir de son expérience de terrain. Une trajectoire  atypique,  que  les  «  sachants  »,  bien  sous  tous  diplômes,  lui  reprochent  encore.   «   Je   n’existe   dans    aucun  milieu,  et  je  m’en  fous.  Chez  moi,  la  défense  des   mecs  d’en  bas  vient  des  tripes  »,  explique Guilluy.  « Par  son statut, il est à l’image de la France périphérique qu’il  décrit,  décrypte  son  ami  l’historien  Georges  Bensoussan.  Le  mépris  de  classe  qu’il  décrit  de  la  France  d’en   haut, y compris de cette France de gauche qui tient les rênes  du  pouvoir  culturel,  il  en  a  été  victime  lui-même. » Pudique,  Guilluy  reste  réservé  sur  sa  vie  familiale.  À   demi-mot, on comprend néanmoins qu’il a des origines modestes.  « Mes parents n’ont jamais voulu qu’on les considère comme des pauvres , lâche-t-il.  Je me souviens  d’une  émission  où  Jamel  Debbouze  parlait  de  sa  vie  à   Trappes  et  des  cafards  dans  son   appartement  face  à   Thierry  Ardisson  qui  avait  la  larme  à  l’œil.  J’ai  toujours   détesté le côté faux du mec de gauche qui surjoue ses origines  populaires  ou  le  discours  victimaire  des  minorités ethniques sur la misère et le racisme en banlieue. »

Né à Montreuil, Christophe Guilluy a grandi à Belleville où vivait déjà son arrière-grand-père. Géographe en  herbe,  il  dévore  les  cartes.   «   Cela  me  permettait  de   voyager  immobile ,  se  souvient-il.   J’ai  vu  en  direct  la   gentrification.  Pour  les  autochtones,  l’autochtone  étant   aussi  bien  le  prolo  blanc  que  le  jeune  issu  de  l’immigration, ce qui a provoqué le plus de problèmes, ce n’est pas  l’arrivée  des  Maghrébins,  mais  celle  des  bobos.   »   Dans   les  années  1980,  ce  fan  des  Béruriers  noirs  chante La  jeunesse  emmerde  le  Front  national.   C’est  l’époque  de   l’antiracisme,  mais  aussi  du  tournant  libéral  et  de  la   restructuration  urbaine.  Son  immeuble  doit  être  démoli et les Guilluy relogés à La Courneuve. L’immeuble,  situé  sur  les  façades,  est  finalement  préservé,  ce   qui  permet  à  sa  famille  de  rester  à  Paris.  Cependant,   l’épisode est fondateur. Christophe Guilluy commence à travailler sur la question de l’embourgeoisement des  quartiers populaires. L’œuvre de sa vie. En parallèle à  ses études de géographie, il multiplie les petits boulots.  Faute de moyens, il renonce à faire de longues études  supérieures et se lance dans une carrière de consultant  indépendant  pour  les  collectivités  territoriales.  Guilluy sillonne ainsi villes, banlieues et campagnes, nourrissant  notamment  ses  réflexions  de  ses  discussions   avec les bailleurs sociaux.

C’est en 2001 que le géographe fait son entrée sur la scène publique avec une tribune publiée dans  Libération    intitulée,   «    Municipales   :   les   bobos   vont   faire    mal  ». Guilluy souligne que l’influence croissante de la  gauche à Paris et plus largement dans les grandes métropoles  n’est  pas  liée  à  un  vote  populaire,  mais  au   contraire à l’apparition d’une nouvelle bourgeoisie urbaine  qui  est  le  produit  d’une  fusion  entre  le  monde   artistique  et  intellectuel  et  le  monde  de  l’entreprise.   Quelques  mois  plus  tard,  Bertrand  Delanoë  emporte   les   élections   dans   la   capitale.   Guilluy   reprend   le    concept de « bobos » (bourgeois-bohèmes), qu’il emprunte  au  journaliste  américain  David  Brooks.  L’expression entre dans le langage courant mais est proscrite   par   une   partie   du   monde   intellectuel et  médiatique, qui refuse d’être assimilé à la bourgeoisie.  Selon  Guilluy,  ce  déni  est  un  moyen  de  dissimuler  la   réalité des conflits de classe.

Ses premiers livres,  Fractures françaises  et  La France  périphérique   dérangent  tout  autant,  en  particulier   dans  le  monde  universitaire.  Guilluy  est  accusé  de   manquer  de  rigueur  scientifique  ou,  pire,  d’encourager un clivage ethnico-culturel délétère entre « petits  Blancs » et « jeunes de banlieues ». Pour le grand historien  de  la  gauche  Jacques  Julliard,   «  il  est  combattu   pour  des  raisons  moins  professionnelles  ou  techniques que pour des raisons idéologiques. Parce que son constat  dérange  une  certaine  classe ».  « Il  n’est  pas  du  sérail.   Face  à  l’aristocratie  universitaire,  il  faut  avoir  tous  les   galons, sans quoi on est jugé suspect. Il est victime d’une  forme de jalousie, souligne la démographe Michèle Tribalat,  elle-même  ostracisée  par  ces  confrères.   Le  fait   qu’il vienne d’un milieu modeste ajoute à son illégitimité.  Il  n’a  pas  les  manières  infatuées  des  universitaires .  » Tribalat se souvient d’un déjeuner à l’Élysée avec Nicolas Sarkozy où Guilluy était invité, et du mépris des  universitaires présents à la même table envers lui. «  Il  était regardé comme un va-nu-pieds parce qu’il ne portait pas de costume et de cravate. »

Intellectuel de référence au FN

S’il est ignoré par les universitaires, Guilluy a su retenir  l’attention des politiques. À gauche, François Hollande,  Manuel Valls et même Emmanuel Macron l’ont rencontré.  Le  vainqueur  du  premier  tour  de  la  présidentielle cite plusieurs fois  La  France  périphérique  dans son livre  Révolution .  « C’est  quelqu’un  d’intelligent qui  valide  mon   diagnostic  sans  bouger  de  son  système  idéologique,  explique  Guilluy.   Selon  la  bonne  vieille  logique  des  systèmes, quand le communisme ne marche plus, il faut plus de  communisme,  quand  le  modèle  mondialisé  ne  fait  pas  société, il faut encore plus de mondialisation ! »  ironise-t-il.  Paradoxalement,  c’est  surtout  la  droite  que  le  géographe  a  influencée.  En  2010,  Jean-Baptiste  de  Froment,   chargé  de  la  prospective  pour  la  future  campagne  de   Nicolas  Sarkozy,  découvre   Fractures  françaises .  «   J’ai  trouvé  dans  le  livre  un  diagnostic  pertinent  de  la  société   française. Il montrait que 60 % de la population habitaient dans des territoires totalement coupés de la dynamique de  la  mondialisation  :  les  villes  petites  et  moyennes  ainsi  que   les  régions  rurales ,  explique-t-il.   Si  on  parlait  à  ces   gens-là,  l’élection  était  gagnée,  car  cette  France-là  est   majoritaire. »  En septembre 2011, Froment écrit au président  Nicolas  Sarkozy,  une  note  qui  s’intitule  :  «  La   France  périphérique,  clef  de  l’élection  présidentielle   2012 ». Lorsque, sous l’influence de Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy opère un virage identitaire en fin de campagne, les thématiques de Guilluy refont surface et permettent au candidat de sauver l’honneur.

La  faiblesse  de  la  campagne  de  Fillon  ?  L’abandon des   classes   populaires.   François   Fillon   n’a   pas   su    s’adresser à ces catégories .  « Ce  qui  a  fait  le  succès  de   Fillon  durant  les  primaires  était  un  discours  à  la  fois  sur   le  fond  et  sur  la  forme  très  en  phase  avec  l’électorat  des   primaires  qui  est  un  électorat  de  centre-ville  bourgeois   catholique .  décrypte  Jean-Baptiste  de  Froment.   Mais  entre  les  4  millions  d’électeurs  de  la  primaire  et  les   44 millions d’électeurs français la structure sociologique  est   très   différente.   Dans   la   composition   des   équipes    techno  qui  alimentent  Fillon,  il  n’y  avait  que  des  représentants   des   cadres   supérieurs   dirigeants.»   Au  FN,   nombre  de  jeunes  cadres  du  mouvement  ont  fait  de   Guilluy leur intellectuel de référence.  « Lire  Fractures  françaises,  explique Jordan Bardella, 21 ans, conseiller  régional de Seine-Saint-Denis,  c’est comprendre la politique aujourd’hui, le vrai clivage, parfaitement incarné  par le duel Macron-Le Pen .  »

La   victoire   très   probable   d’Emmanuel   Macron, «  quintessence  de  la  France  d’en  haut  »   (Alain  Minc)   contredirait-elle  la  thèse  du  dernier  livre  de  Guilluy,   Le Crépuscule de la France d’en haut  ?  « Si le système en  place parvient à faire élire un Macron, il préservera l’essentiel  mais  en  sortira  fragilisé  :  certains  sondages  donnent  Marine  Le  Pen  à  40  %  au  second  tour,  ce  qui  est   considérable par rapport aux 18 % de Jean-Marie Le Pen en  2002.  La  dynamique  est  de  ce  côté-là , analyse Guilluy.  Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant  le  modèle  dominant  sous  une  autre  étiquette   gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de  basculement.  Si  la  France  d’en  haut  ne  fixe  pas  comme  priorité  le  sauvetage  des  classes  populaires,  elle  est   condamnée. » ■

La première manière de juger la performance d’Emmanuel Macron est de souligner l’exploit d’un candidat qui, n’ayant exercé aucun mandat électif, est devenu à 39 ans en mesure d’accéder à la présidence de la République. La seconde manière oblige à souligner la défaite simultanée des partis de gouvernement.

Ensemble, les candidats socialiste et Les Républicains (25,8 %) n’atteignent pas le score de Nicolas Sarkozy en 2007 (31,1 %) ou celui de François Hollande en 2012 (28,6 %), signe clair de ce délitement dont le 23 avril est le produit, autant que de l’audace de M. Macron. Son score (23,9 %) est l’un des deux plus faibles pour un président, si tel devait être le cas, avec Jacques Chirac, lui-même difficilement parvenu au second tour, avant la victoire, en 1995 (20,8 %) puis en 2002 (19,8 %).

A deux reprises déjà (1969 et 2002), la gauche a été éliminée du second tour. Mais de lors cette élection, pour la première fois, aucun des candidats de la droite et de la gauche de gouvernement ne survit au scrutin. Le parti héritier du fondateur de la Ve République et de l’élection présidentielle au suffrage universel se voit sèchement écarté. Le Parti socialiste n’a, lui, pas eu à subir la concurrence des écologistes ; de même, la droite défaite n’a pas eu à supporter la concurrence des centristes, pour la première fois depuis 1965. En 2017, les écologistes et les centristes n’ont pas ­présenté de candidat.
Seul Jacques Chirac…

Logiquement, la conséquence est une fonte rapide de l’assise électorale des candidats de gouvernement accédant au second tour. Depuis 1965, les deux candidats finalistes ont toujours été issus des partis de gouvernement, à l’exception de 2002 – et désormais de 2017.

Entre 1965 et 2012, en moyenne, les candidats de gouvernement accédant au second tour ont représenté 44,6 % de la population électorale (inscrits). En 2017, il n’y a qu’Emmanuel Macron que l’on peut considérer comme un candidat de gouvernement ; or, sa base de premier tour ne représente que 18,9 % des inscrits… Seul Jacques Chirac a fait moins, en 2002, (13,9 %) en raison d’une abstention supérieure (28,4 %).

Ce n’est pas non plus l’abstention qui peut expliquer l’hécatombe. Redoutée, elle n’a pas eu lieu. On s’en réjouit, mais c’est dans le cadre de cette forte participation que Marine Le Pen établit un nouveau record pour le FN, depuis sa création ; c’est encore dans ce cadre que Jean-Luc Mélenchon parvient presque à doubler son score de 2012, frôlant l’accès au second tour. Or, à l’occasion de son discours, au soir du premier tour, Emmanuel Macron n’a pas semblé prendre la mesure de cette réalité profondément troublée. Il faudra convaincre lors du second tour. L’ambiance de fête au QG d’En marche ! était-elle appropriée ?
Face à un vote protestataire fragmenté

Ce même soir, depuis une cité populaire du Pas-de-Calais, Hénin-Beaumont, ces terres du socialisme sincère et du gaullisme historique, si loin de la capitale, siège de son adversaire, Marine Le Pen appelait à la « grande alternance », au « grand débat », celui de la France contre la mondialisation. Sans attendre, elle pilonnait son concurrent, l’épinglait candidat du « système », de « la mondialisation sauvage qui ruine notre civilisation », de la dérégulation et de ses conséquences, « les délocalisations », « l’immigration », « la libre circulation des terroristes », « héritier de Hollande », figure parfaite de « l’argent roi », des « élites arrogantes », avant de s’affirmer « candidate du peuple », dans un hommage au général de Gaulle.

Il ne faut pas se tromper sur la difficulté du second tour, le 7 mai. Face à un vote protestataire fragmenté mais peu ou prou majoritaire, Emmanuel Macron sera bien seul. Toutes celles et ceux qui ont appelé à voter pour lui ont été défaits, aux élections présidentielles ou aux primaires, faisant de lui le candidat des sortants. Marine Le Pen s’efforcera de mobiliser ce vote de rupture, la « France du non », celle de 2005, qui voyait ensemble les partis de gouvernement, de droite et de gauche, sèchement battus par des forces protestataires (54,6 %), de droite et de gauche.

Réflexions sur le premier tour

Comme au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, le tour décisif prendra place dans un monde démocratique fragilisé, au cœur d’une Europe confrontée à une offensive populiste inédite depuis les années 1930, dans un pays, la France, où les programmes de rupture ont su donner le jour à une coalition hétéroclite mais majoritaire, en 2005, et où, le 23 avril 2017, la moitié des électeurs ont bel et bien cherché la rupture.

Emmanuel Macron est le survivant d’un monde assiégé, non son héros triomphant. C’est pour préserver leur patrimoine d’une aventure hors de l’euro que les Français pourraient finalement le soutenir, non pour un programme de réformes dont ils ne veulent décidément pas, que l’Europe attend et que les gauches radicales s’apprêtent à combattre.

Dominique Reynié (Professeur des Universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique/Fondapol

Voir aussi:

Censure

Christophe Guilluy : « La posture anti-fasciste de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social »

La qualification pour le second tour d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen a mis en exergue la défiance de plus en plus forte des Français vis-à-vis de la politique et des partis traditionnels. Pour éviter l’arrivée au pouvoir de partis populistes, les élites politiques, intellectuelles et médiatiques seraient bien inspirées de se reconnecter avec les classes populaires.

Atlantico

27 avril 2017

Le premier tour de l’élection Présidentielle a permis à Emmanuel Macron et à Marine Le Pen d’être qualifiés pour le second tour. Sur le temps long, comment juger un tel bouleversement politique ? En quoi la qualification promise de Marine Le Pen dans les sondages a-t-elle pu participer à l’émergence du mouvement en Marche ! ?

Ce qui est intéressant, c’est que les deux candidats sont ceux qui se positionnent en dehors du clivage gauche-droite. Ceux qui ont été identifiés à droite et à gauche, issus des primaires, ne sont pas au second tour. La structure n’est plus le clivage gauche / droite. Le clivage qui émerge est lié complètement au temps long, c’est-à-dire à l’adaptation de l’économie française à l’économie monde. Dès 1992, avec Maastricht, ce clivage était apparu, avec la contestation d’un modèle mondialisé. Si on veut remonter plus loin, les causes sont à chercher dans le virage libéral, qui est le basculement des sociétés occidentales dans le néolibéralisme.

C’est une logique ou les sociétés vont se désindustrialiser au profit de la Chine ou de l’Inde par exemple. Cela est aussi vrai avec Donald Trump ou le Brexit, qui nait de la financiarisation de l’économie américaine sous Clinton et du thatchérisme.

Ce sont des dynamiques de temps long qui vont avoir un impact d’abord sur les catégories qui sont concernées par ce grand plan social de l’histoire : celui des classes moyennes. Tout cela se fait au rythme de la sortie de la classe moyenne. Logiquement, ce sont d’abord les ouvriers, qui subissent ce processus de désaffiliation politique et culturelle, qui sont les premiers à grossir le nombre des abstentionnistes et à rejoindre les mouvements populistes. Puis, ce sont les employés, les agriculteurs, qui suivent ce mouvement. La désaffiliation aux appartenances s’accentue. Les ouvriers qui votaient à gauche se retrouvent dans l’abstention ou dans le vote Front national, c’est également le cas aujourd’hui du monde rural qui votait à droite.

Ce que l’on constate, c’est que l’effet majeur de la disparition des classes moyennes est de mettre hors-jeu les partis traditionnels. Parce que le Parti socialiste ou Les Républicains ont été conçus pour et par la classe moyenne. Or, ces partis continuent de s’adresser à une classe moyenne qui n’existe plus, qui est mythique. Il ne reste plus que les retraités, cela a d’ailleurs été le problème de François Fillon, qui a perdu par son incapacité à capter le vote de la France périphérique, ces gens qui sont au front de la mondialisation. Il ne capte que ceux qui sont protégés de la mondialisation ; les retraités. C’est le même constat à gauche, dont le socle électoral reste la fonction publique, qui est aussi plus ou moins protégée de la mondialisation. Nous parlons d’électorats qui se réduisent d’année en année, ce n’est donc pas un hasard que les partis qui s’adressent à eux ne parviennent plus à franchir le premier tour.

C’est aussi ce qui passe en Europe, ou aux États Unis. Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l’Amérique périphérique, l’Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l’on créé le moins d’emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales

La difficulté est intellectuelle pour ce monde d’en haut ; les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui créée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l’emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et créé toujours plus d’inégalités sociales et territoriales C’est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n’intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement.

Dès lors, peut-on parler de système « réflexif » ? Entre un Front national qui a pu émerger dans les années 80, aussi bien sur la base du « surgissement » du chômage de masse que sur les questions migratoires, jusqu’à la présence de Jean Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, et l’émergence d’un mouvement cherchant à dépasser le clivage droite gauche au travers d’Emmanuel Macron ?

C’est son modèle inversé. Emmanuel Macron comme Marine Le Pen ont fait le constat que cela ne se jouait plus autour du clivage gauche / droite. Ils ont pris en compte la polarisation de l’économie, entre un haut et un bas, et sans classes moyennes. Dans ce sens-là, l’un est la réponse de l’autre.

Géographiquement, et sociologiquement, en quoi le mouvement En Marche ! se définit il en miroir du Front National ?

Géographiquement, c’est l’opposition entre la France des métropoles et la France périphérique qui structure le match Emmanuel Macron/ Marine Le Pen. On a déjà pu voir quelques cartes sur l’opposition est ouest, mais ce clivage est ancien, hérité, il ne dit rien des dynamiques en cours. Lorsque j’étais étudiant ces cartes est ouest existaient déjà, elles expriment l’héritage de l’industrie, et donc de la désindustrialisation. C’est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d’ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. Ce qui est intéressant, c’est de voir les dynamiques. C’est en zoomant à partir des territoires qui créent le plus d’emplois et ceux qui en créent le moins. Par exemple, en Bretagne, ou Marine Le Pen fait 6% à Rennes, et 20% dans les zones rurales. C’est toujours un distinguo entre les dynamiques économiques. Aujourd’hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse.

Le marché de l’immobilier s’est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l’emploi n’avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n’ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s’opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022.

En perdant une partie de leurs bases, la gauche avec les ouvriers, la droite avec les agriculteurs, les partis de gouvernement semblent s’être détournés des classes populaires. Quelles sont les conditions permettant une « normalisation » de la situation, dont l’objectif serait de récréer des partis de masse ?

Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu’il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu’il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le « haut » intègre les problématiques du « bas » de façon sincère. C’est exactement ce qui s’était passé avec le parti communiste, qui était composé d’une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient « au nom de ». Aujourd’hui c’est la grande différence, il n’y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieues.

Plus personne n’y croit et c’est cela l’immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d’en bas n’est pas légitime. Ce qui est appelé « populisme ». Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l’aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L’antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n’est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d’antifascistes, ça, ce n’est qu’un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d’une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États Unis ou au Royaume Uni.

Cette posture antifasciste, à la fin, c’est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l’insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s’il parvient à parler et à se connecter avec le bas. Ce que j’espère, c’est que ce clivage Macron Le Pen, plutôt que de se régler par la violence, se règle par la politique. Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l’antifascisme.

Voir également:

Will France elect its own Barack Obama?

The Washington Post
April 26, 2017

The French are too intellectually vain to borrow others’ political ideas but too interested in style not to appreciate and appropriate that of others. So, on May 7 they might confer their presidency on a Gallic Barack Obama.

In 2008, Obama, a freshman senator, became a national Rorschach test, upon whom Americans projected their longings. Emmanuel Macron, 39, is a former Paris investment banker, untainted by electoral experience, and a virtuoso of vagueness. His platform resembles (as Jonathan Miller described in the Spectator ) “a box of chocolates from one of those upscale confiseries on the Rue Jacob: full of soft centres.” This self-styled centrist is a former minister for the incumbent president, Socialist François Hollande, who in a recent poll enjoyed 4 percent approval. (Last Sunday, the Socialist Party candidate won 6.35 percent of the vote.) Macron calls his movement En Marche!, meaning “on the move,” which is as self-congratulatory and uninformative as Obama’s “We are the ones we’ve been waiting for.” Macron proposes to cure France’s durable stagnation by being ever so nice. Which means, above all, by not being . . . her.

In 1984, when Marine Le Pen’s anti-Semitic and xenophobic father, Jean-Marie, received more than 2 million votes for president, a Paris headline asked: “Are there 2,182,248 Fascists in France?” It was not an unreasonable question, he having advocated uniting all “the forces of the nation in a fasces.” He was pointedly invoking the Roman symbol of power — rods lashed together around an ax handle with the blade protruding — from which fascism took its name. His slogan was cunningly sinister: “My program is what you are thinking.” Meaning: what you flinch from saying about Jews, immigrants and other deplorables.

It is unclear how far from this tree the sour apple that is his daughter has fallen. Her rallies feature chants of “On est chez nous” (“This is our home”), which expresses anxiety that France is less and less that. Millions of unassimilated immigrants have made a mockery of the dreamy multiculturalism preached by people living comfortably insulated from the influx. Le Pen’s blood-and-soil nationalism is a primal scream against the felt dilution of identity.

It is untrue that French libraries file the nation’s constitutions under periodicals. There have been a slew of them since 1791; the current one is a relatively ancient 59 years old. But a nation’s identity is usually bound up with linguistic unity, so France’s national identity is, in a sense, relatively young. Political scientist Francis Fukuyama has written: “In the 1860s, a quarter of France’s population could not speak French, and another quarter spoke it only as a second language. French was the language of Paris and the educated elite; in rural France, peasants spoke Breton, Picard, Flemish, Provençal, or any number of other local dialects.” Marine Le Pen, self-styled avatar of Frenchness, got less than 5 percent of the vote in Paris , running strongest where national identity has been most recently realized.

In 1977, France’s gross domestic product was about 60 percent larger than Britain’s; today it is smaller than Britain’s. In the interval, Britain had Margaret Thatcher, and France resisted (see above: keeping foreigners’ ideas at bay) “neoliberalism.” It would mean dismantling the heavy-handed state direction of the economy known as “dirigisme,” which is French for sclerosis. France’s unemployment rate is 10 percent, and more than twice that for the young.

Public-sector spending is more than 56 percent of France’s GDP, higher than any other European nation’s. Macron promises only to nibble at statism’s ragged edges. He will not receive what he is not seeking — a specific mandate to challenge retirement at age 62 or the 35-hour workweek and the rest of France’s 3,500 pages of labor regulations that make it an ordeal to fire a worker and thus make businesses wary about hiring. Instead, he wants a more muscular European Union , which, with its democracy deficit, embodies regulatory arrogance.

The 1930s confounded the European left because capitalism’s crisis benefited the rancid right, which by melding economic and cultural anxieties produced aspirations from the base metal of resentments. Today, globalization is causing similar stirrings on both sides of the Atlantic. Le Pen’s surge probably will crest short of floating her into the presidency. But in France and elsewhere, complacent people should remember the words of the African American spiritual with which James Baldwin in 1963 warned Americans during the struggle for civil rights:

God gave Noah the rainbow sign

No more water, the fire next time.

Voir encore:

“À travers Macron, tout un système veut se sauver”
Laurent Dandrieu
27 avril 2017

Interview. De Montréal, le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté est devenu l’un des plus fi ns analystes des mutations idéologiques de la politique française. Au soir du premier tour, il décrypte pour nous les enjeux de la présidentielle.

Les deux principaux partis de gouvernement éliminés au premier tour : assiste-t-on à une recomposition spectaculaire de la politique française, ou bien la victoire finale programmée d’Emmanuel Macron inscrit-elle plutôt cette élection dans la continuité ? Macron a-t-il « changé le visage de la vie politique française » comme il s’en est vanté dans son discours ou bien est-il simplement un nouveau visage de la politique existante ?

Emmanuel Macron est le candidat par lequel ce qu’on pourrait appeler le consensus libéral, mondialiste et diversitaire des élites françaises est parvenu à se maintenir et même à reprendre l’offensive. C’est une réussite. Le progressisme mondialisé a fait bloc. Mais si Macron prétend faire émerger une nouvelle classe politique, dégagée des partis déjà existants, décrétés désuets, il ne pourra le faire qu’en s’appuyant sur les nombreux cadres qui se sont ralliés à lui. À travers lui, tout un système veut se sauver. C’est la phrase du Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change ! »

On assiste à ce paradoxe que la campagne du premier tour a vu la plupart des candidats se décrire comme antisystème, or celui qui arrive en tête apparaît comme une pure incarnation de ce système : comment l’expliquez-vous ?

N’oublions pas l’incroyable éclatement de ce vote antisystème. Les uns votent contre l’immigration massive, ou contre l’Europe, contre les médias, et on pourrait ajouter bien d’autres “contre”. On ne cesse de dire que le clivage gauche-droite a éclaté. Peut-être. On devrait plutôt dire que d’autres clivages se rajoutent mais qu’aucun ne parvient à s’imposer. Les contradictions du pays ne trouvent donc pas de logiciel pour les synthétiser et engendrent conséquemment un sentiment d’impuissance collective. Nous sommes peut-être dans un moment de recomposition politique, mais nous sommes encore dans sa phase chaotique.

Quel rôle a joué le pouvoir médiatique dans ce sacre d’un parfait inconnu deux ans plus tôt ?

Le système médiatique est parvenu à réduire la campagne présidentielle à une quête de changement pour le changement, et à imposer de manière obsessionnelle le thème des aff aires. On peut y voir un détournement électoral en forme d’occultation du réel. Le système médiatique a ramené le débat dans des termes qu’il contrôle plus aisément. Il a confi rmé sa domination sur la vie démocratique.

La gauche est massivement rejetée dans le pays, tant à cause du bilan de François Hollande que sur le plan des idées, et pourtant son continuateur est en position de remporter l’élection. Considérez-vous que la droite s’est fait voler l’élection ?

Allons plus loin : c’est le peuple français qui s’est fait voler son élection. Depuis cinq ans, des questions essentielles traversaient la vie politique : celle du terrorisme islamiste, celle de l’immigration massive, celle de l’identité nationale, celle des nouveaux enjeux sociétaux. Ces questions pourtant essentielles ont été évacuées de la campagne. C’est un peu comme si le système politique était incapable de prendre en charge les

On avait beaucoup dit que cette élection se jouerait sur les thématiques de l’identité, or le climat de la campagne n’a pas permis que ce débat ait lieu. Pensez-vous que l’opposition Le Pen-Macron, qui est celle de deux visions du monde radicalement opposées, permette à ce débat de fond, et à celui de la souveraineté, de revenir au premier plan ? Sur le plan idéologique, quelle est l’alternative qui est off erte aux Français par ce second tour ?

C’est une alternative idéologique déformée et caricaturale. Le débat n’aura pas lieu. Quoi qu’on en pense, bien des électeurs souverainistes et conservateurs ne voudront pas se rallier à Marine Le Pen, soit parce qu’ils la trouvent engoncée dans la fonction tribunitienne, soit à cause de son programme, soit à cause de l’histoire de son parti, soit à cause de son nom de famille, tout simplement.

À travers la candidature de Marine Le Pen, ce qu’on appelle plus ou moins confusément le camp souverainiste français est condamné à une expression diminuée et mutilée. Dans les prochaines années, le vote souverainiste, conservateur, attaché à l’identité française trouvera probablement de nouveaux vecteurs et cela, dans une dynamique plus large de recomposition politique. Pour l’instant, Emmanuel Macron sera élu, cela ne fait guère de doute. Il ne faudrait pas y voir un référendum d’approbation en profondeur de sa vision du monde. Les problèmes de fond qui amènent tant de Français à s’avouer hantés par la peur d’une dissolution de la patrie ne disparaîtront pas.

Québécois, vous êtes très critique vis-à-vis du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, incarnation du multiculturalisme et de la postidentité. En quoi Macron lui ressemble-t-il ? De quoi Macron est-il le nom ?

Emmanuel Macron a déjà affirmé qu’il n’y a pas de culture française. Dimanche soir, il a parlé du peuple de France et non pas du peuple français. Nous étions dans le même esprit. Il semble aussi adhérer à l’idée qu’une nation n’est faite que de vagues successives d’immigrants. C’est ce qu’on appelle communément le multiculturalisme. On arrache ainsi un pays à son identité.

Justin Trudeau ne pense pas autrement en la matière, lui qui croit par ailleurs que le Canada est le laboratoire de cette grande recomposition diversitaire. Macron et Trudeau ne sont pas identiques mais ils adhèrent avec enthousiasme à l’esprit de l’époque, qui est postnational, posthistorique et postpolitique. Ils occupent le même créneau, celui de la mondialisation diversitaire, heureuse et fière de l’être.

Dans ses discours, on sent bien que Macron se veut l’incarnation d’une France pacifiée, dans un climat pourtant marqué par la montée de l’islamisme, du terrorisme, du communautarisme et de la fracture sociale, au risque d’apparaître comme un candidat Bisounours. Raymond Aron disait que le drame de Giscard était de ne pas savoir que le monde est tragique. Est-ce aussi celui de Macron ?

La formule d’Aron s’applique bien à Macron. Il avait l’air d’un ministre-technocrate de temps de paix et on lui demandera d’être un président de temps de guerre. Il va devoir enfiler de bien grands habits, probablement trop grands pour lui. Le marketing politique peut transformer un candidat en président, manifestement, mais il a ses limites. Il ne peut pas transformer un homme léger en homme tragique. Peut-être les circonstances y parviendront-elles. L’homme n’est pas sans talent. Devenu président, Macron n’aura pas le choix de tenir compte ou pas de la réalité qui ne disparaît pas même si on se ferme les yeux devant elle. On ne peut que lui souhaiter bonne chance.

Voir de plus:

Elections
Le mot «patriote» au cœur du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen
POLITIQUELe candidat d’En marche ! et la candidate FN n’utilisent pas le terme « patriote » dans le même sens…
Thibaut Le Gal
20 minutes
25.04.2017

Un mot, deux définitions. Depuis dimanche, Marine Le Pen et Emmanuel Macron se présentent  comme les candidats des « patriotes ». Lundi soir, au JT de France 2, la candidate du Front national en a remis une couche, en appelant au « rassemblement le plus large des patriotes ».

  • « Le patriotisme, c’est de l’amour, un sentiment profond que l’on a ou que l’on n’a pas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne le ressent pas chez Emmanuel Macron, ni à l’égard de la France, ni à l’égard des Français. »

N’en déplaise à Marine Le Pen, le chef de file d’En marche ! s’est lui aussi présenté comme le futur « président des patriotes » dès dimanche soir.

  • « Il n’y a pas plusieurs France, il n’y en a qu’une, la nôtre, la France des patriotes dans une Europe qui protège et que nous aurons à refonder. »

Le patriotisme, de la gauche révolutionnaire à l’extrême droite

Comment expliquer que deux camps si opposés utilisent le même terme ? Voyons ce qu’en dit le dictionnaire : pour le Larousse 2017, le patriote est « une personne qui aime sa patrie, qui s’efforce de la servir ». Bon, et du côté de l’histoire ? « La notion de « patriotes » fait historiquement référence aux partisans de la Révolution française, mais la défaite de 1870 face aux Allemands le fait basculer à droite, puis à l’extrême droite dans les années 1880 », rappelle l’historien Nicolas Lebourg.

Dans le discours politique, le terme est utilisé depuis des années par le Front national. Mais, depuis le début de la campagne, il apparaît chez d’autres candidats, à droite (François Fillon ou Nicolas Dupont-Aignan) comme à gauche ( Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg). Interrogé sur la tonalité « plus patriote » de sa campagne, le tribun de La France insoumise indiquait récemment à 20 Minutes vouloir « reprendre des symboles [drapeau, Marseillaise] historiquement liés à la mouvance progressiste plutôt qu’à l’extrême droite ».

Aux meetings d’Emmanuel Macron, les drapeaux français (et européens) sont également largement distribués. « Dans la France post-attentat, on voit émerger un retour de ces deux patriotismes historiques, à travers l’utilisation du mot « patriote » et de ses symboles », reprend l’historien spécialiste du FN. « L’un à gauche, d’une France universelle ouverte sur le monde, qui est celui d’avant 1870. Et, de l’autre côté, le patriotisme qui reprend les codes de l’extrême droite de la fin du XIXe siècle avec le rejet de l’autre autant que le culte du nous. »

Mondialisme et nationalisme

En réalité, chaque candidat utilise le terme pour mieux attaquer son adversaire.

  • Emmanuel Macron oppose le « patriote » au « nationalisme » de Marine Le Pen.
  • Marine Le Pen oppose le « patriote » au « mondialisme » d’Emmanuel Macron.

« Je suis le candidat d’une France ouverte, ce qui me paraît être la définition même du patriotisme. Je suis l’ennemi du nationalisme, dont Madame Le Pen est la candidate », assurait Emmanuel Macron lors d’un entretien à 20 Minutes. Sa définition lui permet de fustiger le projet économique (protectionnisme, sortie de l’euro), et politique (priorité nationale, baisse de l’immigration) de la candidate frontiste pour mieux défendre son projet européen notamment.

De son côté, Marine Le Pen tente avec l’usage du mot « patriote » de séduire au-delà de son camp. Elle y oppose le libéralisme économique de son adversaire, ciblant « la mondialisation sauvage la plus brutale et la dérégulation notamment du droit du travail » pour capter l’électorat de gauche mais aussi « l’immigration massive, et la soumission et la fracturation en communautés » pour l’électeur de droite.

Voir de même:

Présidentielle : pourquoi une victoire de Marine Le Pen est possible
Le physicien Serge Galam, qui a prédit la victoire de Trump, explique que l’abstention différenciée peut faire gagner la candidate du Front national.
Thomas Mahler
Le Point
26/04/2017

Le premier tour a marqué la victoire des instituts de sondage face aux manieurs de big data, tel Filteris, un institut canadien qui base ses prédictions sur le buzz sur les réseaux sociaux. Pour le second tour, les sondeurs donnent Emmanuel Macron largement gagnant, aux alentours de 61 % contre 39 % pour Marine Le Pen. Mais Serge Galam, physicien, directeur de recherche au CNRS et membre du Cevipof de Sciences Po, maintient qu’une victoire du Front national n’est pas à exclure définitivement. « C’est amusant de voir les sondeurs être très fiers d’avoir fait la bonne traduction. Ils ont raison, mais ça ne met pas à l’abri de faire de nouvelles erreurs la prochaine fois. Il faut un peu d’humilité, car on n’a pas d’outils fiables à 100 % », explique-t-il par téléphone.

Inventeur de la sociophysique qui mêle sociologie et équations, Serge Galam a, avec ses modèles, annoncé la victoire de Donald Trump aux États-Unis ou encore la défaite d’Alain Juppé à la primaire de la droite. Même si, cette fois-ci, l’écart semble irrémédiable, le chercheur assure qu’on ne peut pas exclure à 100 % que la candidate du Front national n’obtienne pas la majorité. Pour le scientifique, il s’agit d’abord de voir si Marine Le Pen bénéficie d’une dynamique durant ces prochains jours. Et puis, le jour du vote, il faut prendre en compte l’abstention différenciée. « Les électeurs ayant voté Fillon ou Mélenchon ont fondé leur analyse sur la critique du hollandisme ou du libéralisme. Voter Macron au second tour représente pour eux un coût éthique et idéologique. En plus, il y a l’amertume liée au sentiment d’avoir été spolié, sachant que Mélenchon ou Fillon auraient pu être au second tour. Par rapport à cette situation inédite et cette aversion, il risque d’y avoir une abstention inavouée. Le jour du vote, toute excuse peut être bonne pour ne pas se déplacer au bureau de vote. C’est comme pour une pilule amère qu’on sait qu’on doit prendre, mais qu’on va tenter par tous les moyens d’éviter. Les sondages ne peuvent pas identifier ça. D’où l’intérêt d’avoir une formule mathématique. »
Je ne suis pas en train de prédire une victoire de Marine Le Pen, je dis simplement qu’on n’est pas sûr que cela n’arrivera pas.

Selon le modèle du chercheur, si Marine Le Pen est ainsi à 42 % d’intentions de vote avant le scrutin et qu’il y a une participation globale de 76 %, la candidate frontiste peut arriver à un score de 50,07 % si 90 % des gens qui veulent voter pour elle le font effectivement, et si seulement 65 % des gens qui disent vouloir voter Macron se déplacent. Une hypothèse toutefois peu réaliste. « Je pense qu’il y aura plus de 65 % de participation pour Macron », confesse le physicien. Mais, si Marine Le Pen est à 44 % d’intentions de vote la veille du scrutin et qu’elle bénéficie toujours d’une participation à 90 % des gens qui veulent voter pour elle, la candidate l’emporterait à 50,25 % des votes exprimés si la participation pour Macron est, elle, de 70 % (et que la participation globale s’élève à 79 %). « À 44 % d’intentions de vote, on entrerait alors dans une zone probable. Je ne suis pas en train de prédire une victoire de Marine Le Pen, je dis simplement qu’on n’est pas sûr que cela n’arrivera pas. Il est excessif de déjà envoyer Macron à l’Élysée. »

Avec ses équations, Serge Galam a été vivement critiqué par les sondeurs. Lui assure qu’il faut « combiner sondages, big data et modélisation, car toutes les approches peuvent capter une partie de la réalité. La pratique des sondages donne le bon résultat quand il n’y a pas de changement brutal. Mais il existe des comportements non linéaires chez les électeurs qui créent une rupture, et les sondages ne peuvent pas prévoir ça. » Le physicien affirme ne pas vouloir se faire de la publicité en brandissant le spectre d’une Marine Le Pen présidente de la République. « Je n’ai pas un livre ou un service à vendre. Mon intérêt est de peaufiner un modèle et d’alerter sur ce cas de figure. Je n’ai aucun problème à me tromper. » Serge Galam jure d’ailleurs qu’il ne rend pas service à ses hypothèses : plus les gens sont alertés sur cette abstention différenciée, plus ils iront voter massivement, ce qui condamnerait les espoirs frontistes…

Voir par ailleurs:

Emmanuel Macron et le précédent israélien

En Marche!, un Kadima français?

Philippe Karsenty et Pierre Lurçat
Elu de Neuilly / avocat et écrivain
28 avril 2017

La victoire d’Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle est largement celle d’un candidat au visage aussi lisse que son programme politique. Celui qu’on présente déjà comme le « plus jeune président » de la Ve République et que nous pourrions qualifier de premier candidat postmoderne, est aussi l’incarnation d’un phénomène politique récent. Par sa stratégie politique, par son programme et par sa personnalité, Macron illustre en effet une évolution que l’on retrouve dans d’autres pays occidentaux. La comparaison avec Israël, où on se plaît à surnommer Emmanuel Macron le « Yaïr Lapid français », est instructive à plusieurs égards.

« Kadima » en hébreu signifie « En avant »

Le phénomène du mouvement En Marche ! qui a amené Macron au second tour, ressemble étrangement au phénomène Kadima, éphémère parti politique israélien qui avait remporté les élections législatives de 2005, après une apparition fulgurante sur la scène politique, suivie d’une disparition tout aussi rapide. Ajoutons que « Kadima », en hébreu, signifie « En avant ». Dans les deux cas, il s’agit d’une organisation politique sui generis, sans identité bien définie. En Marche ! est un mouvement populaire se revendiquant comme étant « de droite et de gauche ». Kadima était un parti formé d’anciens membres du Likoud (droite) et d’Avoda (gauche travailliste), qui se définissait comme centriste et dont les dirigeants, à l’instar d’Emmanuel Macron, affirmaient rejeter les « clivages droite-gauche dépassés ».

En réalité, Kadima incarnait surtout l’arrivée au pouvoir des idées post-sionistes, en vogue dans les milieux universitaires et intellectuels israéliens depuis le début des années 1990. Après une ascension rapide, le parti Kadima obtint 28 sièges dans la 18ème Knesset (ce qui en faisait le premier parti, devançant le Likoud et réduisant le parti travailliste à la portion congrue). Mais ce succès spectaculaire fut de courte durée : lors des élections législatives de 2013, Kadima a été pulvérisé et n’obtint que 2 sièges. Il a disparu de la scène politique israélienne à la suite de cet échec, et sa dirigeante Tsipi Livni créa un nouveau parti, au nom tout aussi vide de contenu idéologique : « Le mouvement » (Hatnua).

Le sociologue Shmuel Trigano a décrit le postmodernisme comme une idéologie dominante, caractérisée notamment par le rejet de la souveraineté de l’Etat et des frontières. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la déconfiture des partis politiques traditionnels (UMP et PS en France, parti travailliste en Israël), qui va de pair avec l’émergence de nouvelles structures politiques, dont En Marche ! et Kadima sont les illustrations les plus marquantes. Dans les deux cas, ces nouvelles entités politiques sont marquées par un rejet des idéologies politiques traditionnelles (socialisme, travaillisme) et par le recours à des slogans qui relèvent plus du marketing que du discours politique.

Des électeurs « consommateurs »

En effet, au-delà de la similarité des noms, Kadima et En Marche ! se ressemblent surtout à un niveau plus fondamental : l’idéologie dominante post-moderniste, dont ils sont l’expression politique. Le post-sionisme (c’est-à-dire l’abandon des principes fondamentaux du sionisme politique) de Kadima trouve ainsi son semblant dans le post-modernisme incarné par En Marche !. Quant à leur rejet affiché des clivages politiques traditionnels, il recouvre, dans une large mesure, une absence de positionnement politique réel (socialistes ou libéraux? conservateurs ou réformistes?), que beaucoup décrivent comme une absence de programme.

La volonté proclamée de renouveau, (En Marche ! est l’émanation de l’Association pour le renouvellement de la vie politique) exprime ainsi la quintessence, sinon la totalité de leur programme. Mais derrière les slogans prometteurs, on a peine à déchiffrer quelle est l’identité véritable de ces mouvements politiques, dont les électeurs sont plutôt des « consommateurs » que des militants aux revendications bien définies. Leur rejet des idéologies classiques n’exprime sans doute pas tant une volonté de renouveau politique qu’un vide de contenu, que les efforts des conseillers en image et autres communicants peinent à masquer.

Tout comme l’ascension fulgurante du parti Kadima en Israël, la victoire d’En Marche ! au premier tour de l’élection présidentielle française est, plus encore que celle d’un appareil politique, celle d’un slogan et d’un appareil de communication, c’est-à-dire de publicité. Pour la première fois dans l’histoire politique française, les électeurs vont peut-être porter au pouvoir un mouvement qu’ils auront choisi non pas tant en raison de son programme et de son contenu, que de son « emballage »… En Israël, les années Kadima auront surtout été marquées par la catastrophique Deuxième guerre du Liban. L’avenir dira si le mouvement En Marche ! saura laisser une trace plus durable et positive dans la vie politique française.

Voir aussi:

Où seront les catholiques lors du second tour ?
Marie-Lucile Kubacki et Laurence Desjoyaux
La Vie
25/04/2017
Deux-tiers des catholiques pratiquants n’ont voté pour aucun des deux candidats présents au second tour de l’élection présidentielle, un électorat aujourd’hui divisé et pour partie en souffrance face au vote du 7 mai.

« J’appréhende un second tour Macron-Le Pen… pour l’unité de ma paroisse », confiait, inquiet, un prêtre parisien il y a quelques semaines. Au lendemain du premier tour, un curé de paroisse d’une ville moyenne de province résume l’ambiance : « On va éviter de parler de politique ! » Comme 44% des catholiques pratiquants réguliers, selon un sondage Harris Interactive pour La Croix, ses paroissiens ont plutôt voté François Fillon. Mais pas tous pour les mêmes raisons : « Une frange bourgeoise l’a plébiscité sur les questions économiques, ceux-là voteront Macron sans hésiter. Une autre, tendance Manif pour Tous, a salué sa position sur la filiation et est tentée par le vote Le Pen. »

De fait, c’est du côté de la droite catholique que l’incertitude est la plus grande quant au choix du candidat du second tour. D’autant que celle-ci est frustrée par le sentiment d’une occasion manquée. Jamais les « cathos » français, qui se sentent d’ordinaire méprisés, n’auront été autant « dragués » par les politiques qu’au moment de la primaire de la droite. Avec François Fillon, et grâce à un formidable effet de levier, beaucoup ont cru tenir le candidat qui leur permettrait de peser jusqu’à l’Élysée. Ils ne sont désormais plus qu’une « communauté » parmi d’autres à la veille du second tour.

Il y a une forme de pression idéologique et morale qui fait que beaucoup ne se sentent pas libres ni de s’exprimer ni même de poser un choix.

Du coup, dès l’annonce des résultats, les tensions mises en sourdine ont resurgi et les noms d’oiseaux se sont remis à voler sur les réseaux sociaux. « Je suis frappé par cette fracture très forte du monde catholique, souligne François Huguenin, historien des idées. Il y avait déjà eu une opposition assez violente pendant la primaire de la droite mais Fillon avait finalement réussi à les fédérer. Aujourd’hui, ils ne savent plus à quel saint se vouer. » Selon lui, cette violence puise dans la souffrance d’un électorat qui non seulement ne se sent plus représenté par les candidats du second tour mais ne peut verbaliser son malaise : « Il y a une forme de pression idéologique et morale qui fait que beaucoup ne se sentent pas libres ni de s’exprimer ni même de poser un choix. Ils se sentent coincés d’une part par cette droite qui se rallie comme un seul homme derrière Macron et de l’autre, par ceux qui les enjoignent de voter Marine Le Pen, au nom de la position d’Emmanuel Macron sur le mariage pour tous. »

Mal à l’aise, les catholiques l’étaient déjà depuis la révélation en chaîne des « affaires » Fillon, au point qu’une partie d’entre eux n’ont finalement pas voté pour lui au premier tour, même s’il a été de loin le candidat préféré des pratiquants. « Cela traduit l’ambivalence du catholicisme à l’égard du politique, analysait Philippe Portier, sociologue des religions, à la veille du premier tour. Le vote catholique se donne comme un vote moral : il repose sur une demande de cohérence entre vie privée et vie publique, point essentiel dans la doctrine sociale de l’Église. Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait eu un dévissage parmi les catholiques lorsque le “scandale” est advenu. Mais, simultanément, le vote Fillon est apparu au premier tour comme un vote du moindre mal. »

La tentation est forte d’envoyer tout voler. En même temps, je suis européen convaincu et c’est ce qui pourrait me faire renoncer à voter Le Pen. Auquel cas je m’abstiendrai.

Quel est-il, ce moindre mal, pour le second tour ? C’est la question que se posent désormais les 68% de catholiques pratiquants qui n’ont voté ni Emmanuel Macron, ni Marine Le Pen. Signe des temps, la Conférence des évêques de France n’a pas donné de consignes de vote, préférant renvoyer chacun à des points d’attention précis comme l’accueil des migrants ou la dignité de la personne humaine.

Que retenir du message des évêques pour l’entre-deux-tours ?

Parmi ceux qui ont voté François Fillon, certains prendront le train En Marche ! sans hésiter. C’est le cas de Mélanie, 30 ans, parisienne, impliquée dans divers groupes de réflexion catholiques : « J’ai voté Fillon au premier tour plus par défaut que par conviction. Je me suis décidée samedi soir. Au second tour, ce sera Macron par défaut aussi car pour moi, Le Pen, symboliquement, c’est le choix du repli identitaire et de la peur. » La plupart de ses proches feront de même.

Pour d’autres, le choix d’Emmanuel Macron est moins évident. « À ce stade, je suis dans une forme de colère et de dépit, assume Alexandre, trentenaire parisien. J’ai l’impression de m’être fait voler l’élection et je n’ai pas encore pris ma décision. » Agathe, 27 ans, mère de deux enfants à Annemasse, non loin de la frontière suisse, ne sait pas encore pour qui voter. « Aucun ne me fait rêver sur les sujets que je connais : éthique, éducation et famille et aucun ne m’inspire confiance. » Antoine, parisien de 35 ans, penche davantage pour Marine Le Pen, « pour voir ce que cela donne, dans une sorte de curiosité revancharde, en soutien avec tous les Français désespérés et désemparés. La France a peut-être besoin d’une secousse ». Il poursuit : « Macron n’a pas fait grand chose pour l’économie du pays. J’aimerais croire qu’il est prophétique, mais la tentation est forte d’envoyer tout voler. N’est-ce pas ce qu’on fait les Britanniques et les Américains ? En même temps, je suis européen convaincu et c’est ce qui pourrait me faire renoncer à voter Le Pen. Auquel cas je m’abstiendrai. » Pauline, étudiante de 24 ans, s’apprête, elle, à glisser dans l’urne un bulletin pour la présidente du FN  : « Je trouve Emmanuel Macron creux, je n’arrive pas à accrocher. Je me dis que de toute façon il va passer, donc au lieu de m’abstenir, je préfère voter pour Marine Le Pen. Au moins l’écart entre les deux ne sera pas trop important. Ça empêchera Emmanuel Macron de prendre trop d’assurance avec un score élevé. »

Au Parti chrétien démocrate comme chez Sens Commun, mouvement issu de la Manif pour Tous au sein des Républicains, on s’est replié sur un ferme « ni-ni » face à ce choix vécu comme cornélien. « Nous sommes néanmoins convaincus que le vainqueur de ce scrutin, quel qu’il soit, ne saura réunir qu’une majorité divisée et impuissante, et nous continuons à croire que l’un et l’autre programme sera dévastateur pour notre pays. » Et le mouvement d’appeler ses partisans à se mobiliser pour les législatives. Beaucoup de catholiques veulent croire que ce « troisième tour » permettra, quelle que soit l’issue du scrutin, d’équilibrer les positions du futur président par une forme de cohabitation. « Je voterai, évidemment, et évidemment sans enthousiasme, Macron. Et contrebalancerai fortement ce choix de résignation par mon vote aux législatives », a ainsi envoyé sur le réseau social Twitter, le blogueur catholique influent Koz, auteur de l’essai Identitaire, le mauvais génie du christianisme (Cerf).

Marine Le Pen est absolument en contradiction avec l’Évangile. Je ne peux pas m’en laver les mains en votant blanc.

À gauche chez les « insoumis » de Mélenchon, l’heure n’est pas non plus à l’enthousiasme. D’autant que le leader du mouvement qui a su attirer 9% de catholiques pratiquants n’a pas voulu trancher. Dimanche soir, Patrick, chrétien et militant écolo à Longwy en Lorraine, a traversé plusieurs états d’âme. En voyant les deux visages des candidats s’afficher sur sa télévision, son tout premier réflexe a été de se dire qu’il voterait pour Macron. Puis il a eu un doute en repensant à 2002 : « Chirac avait fait un score énorme et s’en était servi ensuite comme un blanc-seing. Je me suis dit alors qu’il ne fallait pas accorder une victoire aussi large à Macron et j’ai pensé m’abstenir. » En poursuivant sa réflexion et en en discutant avec d’autres sur les réseaux sociaux, il s’est ravisé et va finalement voter Macron à contre-cœur. « Pour moi, en tant que chrétien, Marine Le Pen est absolument en contradiction avec l’Évangile. Je ne peux pas m’en laver les mains en votant blanc, estime-t-il. Je pense aussi qu’il y a un risque d’une surprise à l’américaine en France. » Sa réflexion détaillée est à lire sur le blog À la table des chrétiens de gauche.

Valentine, trentenaire lyonnaise très engagée dans sa paroisse et dans la vie associative votera elle aussi Emmanuel Macron, notamment par peur des identitaires qui ont déjà menacé ses proches, même si elle voit comme le candidat En Marche ! comme le promoteur d’une « économie virtualiste qui mène à la casse sociale et humaine que l’on connaît ». Elle fait ce commentaire résigné : « En somme, on a le choix entre du prévisible effrayant, celui de Le Pen, et de l’imprévisible inquiétant, celui de Macron. » En tant que catholique, la jeune femme se dit également agacée par la posture christique adoptée par les deux candidats qui se présentent « en sauveurs de la France ».

Et si ce résultat était pour les catholiques déçus l’occasion d’un renouvellement dans leur rapport à la politique ? « Bien sûr, il faut qu’ils continuent à s’y engager, mais je pense qu’ils ne doivent jamais s’attendre à “gagner” une élection, commente le prêtre de ville moyenne. Il serait temps d’acter qu’ils sont minoritaires dans un monde qui s’est éloigné d’eux. Cela ne doit pas les déprimer. Bien au contraire, cela devrait les pousser à donner un témoignage joyeux de leur foi et d’une vie en cohérence. Cela passe par l’évangélisation et l’action concrète dans le domaine de la vie, du social ou la culture.»

Pour qui ont voté les catholiques au premier tour ?
Selon un sondage Harris Interactive pour La Croix réalisé le dimanche 23 avril (selon la méthode des quotas sur un échantillon de 7191 inscrits sur les listes électorales), les catholiques pratiquants réguliers votent plus à droite que l’ensemble des Français. Ils sont 67% à avoir voté pour un des candidats revendiquant cette étiquette de droite : 44% pour François Fillon, 7 %  pour Nicolas Dupont-Aignan et 16 % pour Marine Le Pen (soit un point de plus qu’en 2012). Toujours selon ce sondage, les catholiques pratiquants réguliers ont voté à 16% pour Emmanuel Macron et à 9% pour Jean-Luc Mélenchon qui fait une vraie percée dans cet électorat. En 2012, il n’avait recueilli que 3% de leurs votes.

Voir encore:

Macron torse nu en couverture : Garçon Magazine ne craint pas de relancer les rumeurs

Le bimestriel LGBT affiche un Emmanuel Macron torse nu, avec la mention au bas de la couverture d’un dossier sur le coming-out. Un photomontage qui fait beaucoup réagir.

Aude Lorriaux
Mashable
29 avril 2017

C’est osé : pour son neuvième numéro, le magazine Garçon, qui se présente comme « le premier magazine d’actu gay et d’info sur la communauté LGBT », a mis Emmanuel Macron en couverture. Mais pas n’importe comment : torse nu ! Et avec la mention « coming out » en gros sur la couverture, sous-titrée « dossier » :

Le dévoilement de cette une a provoqué quelques réactions incrédules sur Twitter de personnes se demandant s’il s’agissait d’une vraie photo ou d’un fake :

On vous confirme que c’est bien un photomontage. « Nous avons un bon graphiste ! », plaisante Tristan Barreiros, qui écrit pour le magazine.

Rumeurs

Mais cette une, flanquée de la mention « Coming out, une nécessité pour lutter », ne risque-t-elle pas de relancer les rumeurs sur l’orientation sexuelle du candidat d’En Marche ? On se souvient que le 7 février, au théâtre Bobino, Emmanuel Macron s’était senti obligé de démentir publiquement les bruits qui circulaient sur sa prétendue relation avec Matthieu Gallet, PDG de Radio France : « Vous entendrez des choses, que je suis duplice, que j’ai une vie cachée. C’est désagréable pour Brigitte qui se demande comment je fais physiquement », disait-il avec humour. « Elle partage ma vie du matin au soir. Et je ne l’ai jamais rémunérée pour cela ! Je ne peux pas me dédoubler. Si dans les dîners en ville on vous dit que j’ai une double vie avec Matthieu Gallet, c’est mon hologramme qui m’a échappé, ça ne peut pas être moi ! »

Cette rumeur a notamment été propagée par le banquier Philippe Villin, proche de Nicolas Sarkozy, et par Nicolas Dhuick, député Les Républicains.

« Il n’y a pas besoin de ça pour qu’il y ait des rumeurs qui courent »

De nombreux internautes se sont inquiétés de l’effet que pourrait avoir la couverture :

Dans le camp Macron, on ne se démonte pas : « Son image a été détournée plein de fois, à diverses reprises. Il n’y a pas besoin de ça pour qu’il y ait des rumeurs qui courent”, affirme Sibeth Ndiaye, chargée de communication du candidat, contactée par Mashable FR. « Emmanuel Macron a toujours été clair sur sa vie privée », ajoute-t-elle.

Un article « pro-Macron »

« Il faut de temps en temps oser ! », assume Christophe Soret, rédacteur en chef du magazine et auteur de l’article sur Macron. Contacté par Mashable FR, il reconnaît tout de même qu’il « peut y avoir confusion dans l’esprit de certains », à cause de la mention du dossier sur le coming-out en couverture. « Mais on dit clairement qu’il n’est pas gay, les choses sont claires dans l’article. »

D’autant que le magazine fait plutôt un éloge du candidat… Christophe Soret affirme lui-même que l’article est « très pro-Macron”, et qu’entre les deux candidats, il n’y a selon lui « pas photo » : « On n’aura rien à attendre de Le Pen si ce n’est la remise en cause de nos droits. »

« Ça n’est pas très élégant »

Pas de quoi se fâcher, en théorie, selon lui. De là à faire rire les militants d’En Marche!, il y a tout de même un pas que Sibeth Ndiaye ne franchit pas : « Utiliser son image sans son autorisation, ça n’est pas très élégant, ce n’est pas très agréable », lâche-t-elle.

« On a fait énormément de demandes, il ne s’est jamais rien passé », se défend le rédacteur en chef de Garçon, qui se plaint d’être ignoré des candidats face à son concurrent Têtu. Côté juridique, la publication s’estime protégée : « Nous avons le droit de faire un montage si on précise dans l’article que c’est un montage. Et de toute façon, le magazine est hébergé au Royaume-Uni, on dépend du droit anglais. »

Voir de même:

The Calculated Rise of France’s Emmanuel Macron

French presidential candidate skipped electoral politics, instead connecting with the elite and acquiring market experience; at stake, the future of Europe

Stacy Meichtry and William Horobin
The Wall Street Journal
April 28, 2017

PARIS—At the height of the financial crisis, Rothschild & Cie. assigned one of its veteran bankers to groom a new hire named Emmanuel Macron.

Voir enfin:

How James Baldwin’s The Fire Next Time still lights the way towards equality

A new edition of the classic treatise on civil rights, featuring photojournalist Steve Schapiro’s visual record of the struggle, provides a model for how to report in the Black Lives Matter era

There is never a bad time to encounter James Baldwin, and as the wide success of the Oscar-nominated documentary I Am Not Your Negro has made clear, the appetite in Trump’s America for his prescient brilliance on race and civil rights is fierce and growing.

His 1962 classic The Fire Next Time was originally a letter, written by Baldwin to his nephew on the 100th anniversary of the so-called emancipation of black America. In the letter’s penultimate paragraph, Baldwin writes: “This is your home, my friend, do not be driven from it; great men have done great things here, and will again, and we can make America what America must become.” It is rhythmically similar to Trump’s red-hatted mantra – but there’s a big difference between trying to make America “great again” and focusing on what it once was, rather than what it “must become”.

More than 50 years on, The Fire Next Time has been reprinted by Taschen in a beautiful new edition that pairs his text with images by the civil rights-era photographer Steve Schapiro. Baldwin was “the scribe of the movement, our illustrious griot, who knew our struggle because he lived it”, as congressman John Lewis writes in the foreword. But before mobile phone videos and Twitter allowed black Americans to directly telegraph their plight to the world, it was up to photojournalism to visualise the message, as Schapiro’s images did in Life magazine.

The Baldwin-Schapiro juxtaposition is an effective and powerful literary-visual pairing, not unalike the combination of Richard Wright’s words in the 1941 classic 12 Million Black Voices with black-and-white photos from the Security Farm Administration’s Great Depression archive. Schapiro intimately captures many familiar faces – Lewis as a young activist in the Student Nonviolent Coordinating Committee, Harry Belafonte and Martin Luther King – at a time when he “was not aware that [King] was going to be one of the most important people of our time”, as he writes in the afterword. He also photographs a nameless nun, and countless black children and activists whose names are either lost to history or deserve to be as well known as Schapiro’s beautiful portrait of Fannie Lou Hamer, or the gorgeous depictions of Baldwin and his smile.

Many of Schapiro’s images – such as a woman at the 1965 Selma march with a sign reading “Stop Police Killing” – could have come from any Black Lives Matter protest in the past three years. And despite their slightly less robust military equipment, the line of cocky, almost gleeful, police officers waiting to confront protesters could have come from any news story from modern Anaheim, Ferguson or Baltimore.

However much love and sympathy Schapiro may have for his subjects’ black faces, his images are often of horrific violence: bombed houses, bombed cars, bullet holes, search parties looking for missing people who would all too often turn up dead. Baldwin’s words, too, channel both a love of black people and an urge to document white violence: “When I was 10,” he writes, “two policemen amused themselves with me by frisking me, making comic (and terrifying) speculations concerning my ancestry and probable sexual prowess, and for good measure, leaving me flat on my back in one of Harlem’s empty lots.”

Reading that made me reassess the fact that Carolyn Bryant – the woman who accused Emmett Till of whistling at her, triggered his lynching, helped his murderers go free and recently admitted that she lied – will not face punishment. While we know the name Emmett Till because of photos of his open casket (which his mother, Mamie Till, insisted upon), his voice was silenced. However, Baldwin’s words give us some insight into the pain of being considered hypersexualised and dangerous by the same world that killed Till and Tamir Rice and Trayvon Martin.

With the media under assault in the US, and when even the most nuanced conversations about the role of subjectivity and identity in the press can cause good journalists to lose their job, Schapiro’s afterword in this new edition of The Fire Next Time is clarifying, revelatory and admirable: “Photojournalism did make a difference in bringing attention to the civil rights movement and in helping to change attitudes around the country.” He does not say journalists must be neutral: “As press members – and white men – we were often called on to investigate a situation or find out someone’s condition in a hospital when the organisers felt they couldn’t.” There is no false equivocating with bigots.

Schapiro and Baldwin showed the possibility of what strong writing and photography could achieve in their time. In ours, we’d do well to look to them.

      The Fire Next Time is published by Tascchen
  • Voir enfin:Pourquoi le mot « patriote » est-il apparu dans les discours d’Emmanuel Macron

    « Le président des patriotes », l’anaphore « être patriote »: le terme, massivement employé par le Front national, est apparu à dessein dans les discours d’Emmanuel Macron. Analyse
    Céline Hussonnois-Alaya
    BFMTV
    24/04/2017

    Il s’est présenté comme « le président des patriotes face aux nationalistes ». Dimanche soir, après le premier tour de l’élection présidentielle qui a vu Emmanuel Macron et Marine Le Pen arriver en tête avec respectivement 23,87% et 21,43% des voix, le candidat d’En Marche! a de nouveau utilisé le terme « patriote » lors de son discours au Parc des expositions de la porte de Versailles, à Paris. Un choix qui n’est pas anodin.

    « Être patriote, ce n’est pas le Front national »

    « Emmanuel Macron a commencé à utiliser ce terme bien avant son discours dimanche, dans des proportions moins importantes que Marine Le Pen, mais de manière plus régulière que François Fillon ou Jean-Luc Mélenchon », remarque pour BFMTV.com Damon Mayaffre, chercheur au CNRS spécialisé dans l’analyse du discours politique à l’université Nice-Sophia-Antipolis. Au cours de sa campagne, l’ancien ministre de l’Économie avait revendiqué incarner le camp des « patriotes », comme lors d’un meeting à Marseille début avril. Il en avait même fait une anaphore:

    « Être patriote, ce n’est pas la gauche qui s’est rétrécie sur ses utopies. Être patriote, ce n’est pas la droite qui se perd dans ses avanies et l’esprit de revanche. Être patriote, ce n’est pas le Front national, le repli et la haine qui conduira à la guerre civile. Être patriote, c’est vouloir une France forte, ouverte dans l’Europe et regardant le monde. »

    Patriotes contre nationalistes

    Si l’on s’en tient au Larousse, un patriote est quelqu’un « qui aime ardemment sa patrie et le prouve par ses actes ». Dans le discours politique pourtant, ce mot a traditionnellement été employé par l’extrême droite. Toujours dimanche soir, la candidate du Front national Marine Le Pen a lancé « un appel à tous les patriotes sincères » pour le second tour. Marion Maréchal-Le Pen, députée FN du Vaucluse, a quant à elle évoqué une « victoire historique des patriotes » pour saluer le score de sa tante. « Il y a une bagarre linguistique et sémantique autour de ce mot pour en imposer sa signification », analyse pour BFMTV.com Julien Longhi, professeur de linguistique à l’université de Cergy-Pontoise.

    Comme le précise Damon Mayaffre, également responsable scientifique du site Mesure du discours qui analyse statistiquement les propos des politiques, les significations qui lui sont données sont diverses depuis le 19e siècle et parfois contradictoires, le terme pouvant être revendiqué aussi bien par l’extrême droite que l’extrême gauche.

    « Il y a les nationalistes qui défendent le territoire et ceux qui estiment que la nation est une construction politique. Historiquement, depuis 1792 et la bataille de Valmy, les patriotes sont ceux qui défendent la République contre la monarchie. »

    Un univers lexical différent

    Le dictionnaire indique également qu’un patriote était, en 1789, un « partisan des idées nouvelles de la révolution, par opposition aux aristocrates ». Si l’on s’en tient aux mots associés à « patriote », l’univers lexical n’est pas le même au FN ou du côté d’En Marche.

    « Chez Marine Le Pen, le patriotisme s’oppose à la mondialisation: un patriote étant celui qui défend le territoire et ses frontières, remarque Damon Mayaffre qui a analysé les co-occurences du terme. La « fiérté » d’être « français » amène à la « confrontation » avec ceux qui essayent de les « déposséder » de leur territoire. Pour Emmanuel Macron, le patriotisme s’oppose au nationalisme avec une certaine idée d’universalisme et de République. « L’espoir » et « l’ambition » doit alors mener vers une vision « ouverte » du patriotisme français sur « l’Europe ». »

    « Vous n’avez pas le monopole du patriotisme »

    Le candidat d’En Marche! essaie ainsi de redonner un sens différent à ce mot qui a longtemps été le « fond de commerce lexical du FN », juge Damon Mayaffre. La stratégie d’Emmanuel Macron est donc double.

    « Il affirme que le Front national n’a pas le monopole de la revendication d’un amour pour la France. Et assure qu’on peut aimer la patrie sans être du FN, considère Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l’Université Paris 2 Assas joint par BFMTV.com. Et se positionne dans l’héritage de la gauche française », ajoute le spécialiste, également président de The Conversation, un site d’expertises universitaires.

    C’est également le point de vue de Marie Treps, linguiste et sémiologue auteure de « Maudits mots: la fabrique des insultes racistes », jointe par BFMTV.com.

    « Opposer le patriote au nationaliste comme l’a fait Emmanuel Macron, c’est rappeler au FN qu’il n’en est pas le propriétaire exclusif, comme s’il lui disait « vous n’avez pas le monopole du patriotisme ». C’est le même procédé que le « vous n’avez pas le monopole du cœur » de Valéry Giscard d’Estaing face à François Mitterrand. »

    Parer aux attaques de Marine Le Pen

    En faisant fleurir des « patriotes » dans ses discours, le candidat d’En Marche! a également anticipé le deuxième tour face à l’ex-présidente du parti d’extrême droite qui était annoncé dans les sondages ces derniers mois. L’objectif, en plus d’être symbolique, est de tordre le cou aux attaques de sa rivale qui dépeint Emmanuel Macron comme le candidat d’une mondialisation sauvage.

    « Il contre les arguments du FN qui dessine un clivage France contre l’Europe dans un rapport binaire, pointe Julien Longhi. Et dénonce une conception figée de la patrie. Emmanuel Macron stigmatise ainsi ce qu’il considère comme une idée de la nation en vase clos, héritée et arrêtée dans le temps, repliée sur elle-même et tournée vers le passé. Une vision selon lui stigmatisante qui fait le tri entre ceux qui y appartiennent et ceux qui n’y appartiennent pas. »

    Mais comme le note le professeur de linguistique, le candidat d’En Marche! part de loin. « Les éléments de langage du FN sont rodés sur la question de la patrie comme une idéologisation et une réponse systématique à tous les problèmes. » Sans doute aussi pour cela qu’il s’est emparé des autres symboles tricolores.

    « C’est quasiment le seul candidat à distribuer des drapeaux français et européens lors de ses meetings, contrairement à Marine Le Pen qui a fait retirer le drapeau européen avant une interview télévisée, ajoute Arnaud Mercier. Il montre ainsi qu’il ne joue pas la France contre l’Europe mais avec elle.


  • Présidentielle 2017: Vous avez dit retour vers le futur ? (L’étrange béguin des Chiraquiens pour Macron)

    21 avril, 2017
    https://scontent-cdg2-1.xx.fbcdn.net/v/t31.0-8/18056454_1493559030674448_5052167032546206647_o.png?oh=1cb0e039b26d246edd7bcef10152e481&oe=598DA1F2
    Je suis le seul à avoir mené neuf réformes législatives. Quand on fera le bilan de Chirac, on ne se souviendra de rien. Sauf de mes réformes. Je vais m’investir à fond dans l’UMP, préparer les échéances futures pour Nicolas Sarkozy en 2007. En me virant du gouvernement, ils ont fait de moi un directeur de campagne avant l’heure. François Fillon (2005)
    La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
    Il y a à Gaza l’aboutissement d’un engrenage dont Israël est prisonnier, l’éternel engrenage de la force. (…) Cette logique mène à la surenchère, toujours plus d’usage de la force, toujours plus de transgression du droit, toujours plus d’acceptation de l’inacceptable. (…) Après le 11-Septembre, l’Amérique a été livrée, elle aussi, à la peur. Son aspiration à la sécurité était justifiée. Mais, en s’engageant dans l’aventure irakienne, les Etats-Unis ont fait primer la force sur le droit, s’enfermant dans un conflit qu’ils ne peuvent gagner. (…) On le voit en Cisjordanie, un autre avenir est possible. (…) Ce chemin passe par la création d’un Etat palestinien, car seule la reconnaissance d’un Etat palestinien souverain peut être le point de départ d’un nouvel élan pour la région. Dans ce processus, tout le monde le sait bien, il faudra impliquer le Hamas dans la dynamique de paix. Comme pour tout mouvement radical, chaque défaite devant la force est une victoire dans les esprits, par un effet de levier imparable. L’enjeu, c’est bien aujourd’hui d’avancer vers une unité palestinienne qui offre un interlocuteur crédible pour la paix. (…) C’est un enjeu pour la stabilité du Moyen-Orient. Car ceux qui veulent œuvrer à la stabilité du Moyen-Orient sont affaiblis par la logique de force. La spirale sert de justification à d’autres spirales, comme celle de la prolifération nucléaire en Iran. Villepin
    Dans l’immédiat, notre attention doit se porter en priorité sur les domaines biologique et chimique. C’est là que nos présomptions vis-à-vis de l’Iraq sont les plus significatives : sur le chimique, nous avons des indices d’une capacité de production de VX et d’ypérite ; sur le biologique, nos indices portent sur la détention possible de stocks significatifs de bacille du charbon et de toxine botulique, et une éventuelle capacité de production.  Dominique De Villepin (05.02.03)
    Les visées militaires du programme nucléaire iranien ne font plus de doute mais les possibilités de négociations avec le régime de Téhéran n’ont pas été épuisées. (…) De l’avis des experts, d’ici deux à trois ans, l’Iran pourrait être en possession d’une arme nucléaire. Rapport parlementaire français (17 décembre 2008)
    La droite républicaine a besoin d’une colonne vertébrale. Villepin
    Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. Jean-Luc Mélenchon
    C’est un Corrézien qui avait succédé en 1995 à François Mitterrand. Je veux croire qu’en 2012, ce sera aussi un autre Corrézien qui reprendra le fil du changement. François Hollande
    Je laisserai à mon successeur un pays en bien meilleur état que celui que j’ai trouvé. François Hollande
    When I turn over the keys to the next occupant, one thing I’m confident about, and maybe why I don’t feel obliged to yearn for a third term, is I’m very confident I’ll be able to say that things are a lot better now than they were when I came into office. And, you know, that’s a pretty good eight years’ worth of work. Barack Hussein Obama
    Il s’est passé à l’époque quelque chose qui m’intéressait beaucoup, qui était un gouvernement qui partageait la rente pétrolière avec le peuple et avec les pauvres, si bien que des millions de gens ont été sortis de la pauvreté. Mais je ne suis pas gouvernant du Venezuela. Je voyais un partage extrêmement intéressant et fécond entre le partage de la rente pétrolière au Venezuela, et l’accaparation de cette même richesse au Qatar ou en Arabie Saoudite où les pauvres gens n’ont accès à rien. (…) «Et bien oui ce sont des manifestations d’opposition»(…)«Vous ne m’interrogez pas sur Bahreïn, sur le Yémen Monsieur Bourdin, vous avez vos prédilections… Vous avez vos massacres préférés.» «Vous passez votre temps, vous et quelques autres, à essayer d’effrayer à mon sujet» (…) «Je ne fais pas campagne au Venezuela, je suis en train de faire campagne en France. Jean-Luc Mélenchon

    Monsieur Villepin ne déçoit jamais dans sa capacité à marquer des buts contre son camp. C’est l’homme de la dissolution qui a amené Lionel Jospin au pouvoir, c’est l’homme des coups bas contre Nicolas Sarkozy. Il poursuit aujourd’hui dans la collaboration avec Emmanuel Macron. Eric Ciotti
    Son parti s’est effondré, le candidat PS Benoit Hamon est crédité de moins de 10% dans les sondages, le chômage est toujours au plus haut, les tensions identitaires et religieuses, notamment liées à l’islam politique, sont extrêmement vives. Mais le “Premier secrétaire de la République” se vante. “Je laisserai à mon successeur un pays en bien meilleur état que celui que j’ai trouvé”. Valeurs actuelles
    L’ancien président américain Barack Obama s’est entretenu aujourd’hui avec Emmanuel Macron pour évoquer « l’importante élection présidentielle à venir en France », a indiqué son porte-parole, précisant que l’objet de cet appel n’était pas d’apporter un soutien au candidat centriste du mouvement « En Marche ». Le candidat de 39 ans, qui est l’un des favoris du scrutin présidentiel, a « chaleureusement remercié Barack Obama pour son appel amical », selon son équipe de campagne. Barack Obama, qui s’est montré très discret depuis son départ de la Maison Blanche le 20 janvier, a « apprécié l’occasion d’entendre Macron évoquer sa campagne et l’importante élection présidentielle en France », a indiqué son porte-parole, Kevin Lewis. Ce dernier a souligné l’importance que l’ex-président démocrate accordait à la France, « en tant que proche allié des Etats-Unis » et en raison de son rôle dans la défense « des valeurs progressistes en Europe et à travers le monde ». Lewis a précisé que Obama n’apporterait son « soutien officiel » à aucun candidat avant le premier tour de l’élection, prévu dimanche. Le Figaro
    Le président américain Barack Obama a écrit une lettre à Jacques Chirac, confirme à nouvelobs.com le cabinet de l’ancien président français, vendredi 20 mars. La nouvelle avait d’abord été annoncée par Le Figaro. « Je suis certain que nous pourrons au cours des quatre années à venir collaborer ensemble dans un esprit de paix et d’amitié afin de construire un monde plus sûr », a écrit le successeur de George W. Bush. Jacques Chirac a qualifié ce courrier de « très sympathique », selon Le Figaro. « L’échange de courrier date de la mi-mars », précise le cabinet de Jacques Chirac, qui confirme également à nouvelobs.com le contenu de l’échange. L’ancien président français avait d’abord écrit à Barack Obama après son élection. Cette relation épistolaire peut-elle déboucher sur des projets communs? Pour l’instant, aucune rencontre n’est prévue entre les deux hommes, qui ne se connaissent pas personnellement. Mais les objectifs de la Fondation Chirac – développement durable et dialogue entre les civilisations – rejoignent les préoccupations du président américain. Les deux hommes ont également en commun de s’être opposés à la guerre en Irak, qui a débuté il y a tout juste 5 ans, le 20 mars 2003. Le Nouvel Obs (mars 2009)
    Sarko a fait passer des messages à l’équipe Macron : il appellera à voter Macron dès dimanche, 20h15 », en cas de second tour Macron-Le Pen à l’élection présidentielle, affirme au JDD un proche du candidat d’En Marche!. En cas d’élimination de François Fillon dès le premier tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy s’exprimera « dès dimanche soir », confirment de leur côté plusieurs sources sarkozystes. Le JDD
    Je n’ai pas regardé précisément ce point 62. (…) Ecoutez, je vais regarder dans le détail ce point-là. (…) Je ne sais pas exactement ce qui a conduit à ce point 62. (…) Ce qui compte, c’est la logique générale. Clémentine Autain
    L’élection présidentielle de 2012 se jouait sur des clivages droite/gauche traditionnels. Nicolas Sarkozy portait les valeurs classiques de la droite (autorité, identité, mérite valeur travail) et François Hollande incarnait quant à lui les symboles de la gauche traditionnelle, à savoir: l’égalité et le travail comme moyen d’émancipation sociale. On était dans un débat frontal qui se jouait sur des visions quasi antagonistes. Aujourd’hui, on observe trois candidats -Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon- qui ont chacun des discours transversaux par rapport au clivage traditionnel entre la droite et la gauche. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon opposent ainsi davantage le peuple aux élites, la souveraineté populaire à l’union européenne ou bien encore les classes populaires aux classes dirigeantes. Emmanuel Macron, le candidat de la conciliation, brouille pour sa part les clivages par son discours qui fait la synthèse entre la droite et la gauche. (…) Tous les candidats ont des points aveugles. Chez Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon, par exemple, on ne retrouve pas les mots «islamisme» ou «immigration». Le candidat de La France insoumise préférera utiliser les termes «les violents» ou «les criminels» au terme «les terroristes». À droite ou à l’extrême droite, on note par contre un grand silence autour des mots «environnement» («pesticide» ou «réchauffement climatique» sont quasi absents). (…) Le mot «liberté» est surreprésenté chez le candidat des Républicains. Un concept qu’il emploie presque uniquement dans son sens économique. Il n’est pas question ici des libertés individuelles ou sociétales, mais de la liberté d’entreprendre. On observe aussi la fréquence du mot sécurité dans ses discours depuis la réorientation de sa campagne de ces derniers mois. (…) Le candidat du parti En Marche! procède par couplage de mots. Il accole par exemple les termes «liberté» et «protection». «La liberté» reprend un mot-valeur de la droite (la liberté d’entreprendre et économique) tandis que «la protection» renvoie pour sa part à des marqueurs de gauche. Emmanuel Macron est le candidat de la synthèse, il cherche toujours à mettre en couple des concepts qui sont traditionnellement opposés. C’est son credo. Il veut montrer qu’il est à la fois de droite et de gauche. Et cette volonté se manifeste très clairement dans ses discours. S’il dit par exemple qu’«il faut être extrêmement ferme sur la laïcité» il ajoutera immédiatement «et respectueux de la liberté religieuse des uns et des autres». Emmanuel Macron a un vocabulaire émotionnel très développé et use d’un registre très positif. Il est dans le coaching de ses électeurs, dans l’émotion et la bienveillance. Il a parfois même un vocabulaire à la Johnny, intimant à ses supporters d’avoir «l’envie». On peut d’ailleurs comparer ses discours à ceux d‘un Obama et de son slogan de campagne Yes We Can. Macron semble nous dire avec son énergie: «Oui, on peut y arriver». Mais comme ses mots sont extrêmement abstraits et vagues, on a parfois l’impression d’un discours qui tourne à vide. (…) Celui qui utilisait par le passé un vocabulaire issu de la sphère trotskiste, socialiste et d’extrême gauche est aujourd’hui dans un discours populiste. Ce concept de science politique signifie que son discours n’utilise plus le vocabulaire et les symboles de la gauche radicale (drapeau rouge, «prolétariat», «classes») mais une rhétorique fondée sur l’opposition entre un «peuple souverain» qui serait spolié de son pouvoir et «l’oligarchie», représentée par les «puissances d’argent» et «l’union européenne». Jean-Luc Mélenchon ne parle plus beaucoup de capitalisme, ni des travailleurs. Il parle aujourd’hui de «peuple», un concept plus attrayant car plus beaucoup plus vague. (…) Presque tous les candidats ont conscience aujourd’hui qu’un mot de trop pourrait leur coûter énormément politiquement. Ils savent aussi que s’ils parviennent à imposer leur formulation des problèmes contemporains, le gain politique sera assuré. Imposer sa grille de lecture du monde ou son vocabulaire à l’opinion publique, c’est imposer aussi ses propres solutions comme naturelles donc in fine gagner sa voix. Cécile Alduy
    Les sondages mesurent une situation à des instants figés. Mais ils sont difficilement extrapolables : ce qui va se passer n’est pas forcément inscrit dans ce qui est déjà arrivé. Prenons l’exemple de l’eau. Cette molécule peut passer de l’état liquide à gazeux ou glacé. Si je n’étudie que ses propriétés sous forme liquide sans prendre en compte les interactions entre les molécules, je ne pourrai pas prévoir son comportement sous forme solide. C’est la même chose pour les intentions de vote. Je fais le postulat qu’elles dépendent de discussions, de débats, que les dynamiques d’opinion sont régies par des lois d’interactions entre les individus. (…) Il ne s’agit pas de transposer les lois de l’atome à l’humain, mais plutôt d’aborder des questions sociales et politiques comme un physicien face à un problème complexe. Par exemple, comment des personnages aux convictions inflexibles peuvent influencer le comportement d’électeurs plus ouverts et donc changer le résultat d’une élection. (…) Exactement. Dans le cas de la peine de mort, par exemple, une majorité d’individus pense qu’il faut maintenir son abolition. Mais si on faisait un référendum, il y aurait de forts risques que par le débat les gens changent d’opinion. Alors qu’on aurait enrichi notre vision du problème, on aboutirait à une rationalité manipulée qui suivrait nos préjugés communs les plus archaïques. L’impact des préjugés est l’un des composants de mon modèle. L’impact des gens inflexibles en est un autre. (…) Les inflexibles sont ceux qui sont sûrs de leur vote. Par exemple, Marine Le Pen bénéficie d’un fort électorat d’inflexibles. Coûte que coûte, ils voteront pour elle. Mais il existe aussi une catégorie d’inflexibles anti-FN qui ne voteront jamais pour elle. Eux non plus ne changeront pas d’avis. Et ils sont plus de la moitié. Ce qui fait que, pour l’instant, elle ne peut pas gagner au second tour. [Mais] pour la première fois, des électeurs anti-FN ne sont pas prêts à aller voter pour le challenger. La pilule est trop difficile à avaler. La victoire de Le Pen est improbable mais n’est plus impossible. (…) C’est l’intensité de la campagne et des discussions avec les inflexibles qui peuvent faire basculer la distribution de votes. D’après mon modèle, Fillon détient le plus grand nombre d’inflexibles (ceux capables de convaincre les autres). Il suffit que ces influenceurs augmentent de 2-3 points pour que Fillon batte Macron (qui a moins d’inflexibles) au premier tour. Quant à la montée de Mélenchon, si elle se poursuit, elle pourrait contribuer à faire redémarrer Fillon. (…) Aujourd’hui, les discussions peuvent amener les macronistes (refroidis par les affaires de Fillon) à voter Mélenchon. Mais d’après mon modèle, dans un deuxième temps, si Mélenchon devient un candidat sérieux face à Marine Le Pen, ces ex-Macron pourraient, poussés par les inflexibles pro-Fillon, se tourner vers Fillon pour s’opposer à la politique économique de Mélenchon. Serge Galam
    Je montre la possibilité d’un paradoxe. C’est-à-dire que le jour de l’élection, si Marine Le Pen a 44 % d’intentions de votes, contre 56 % d’intentions de votes pour son challenger, normalement elle perd l’élection. Simplement, ce qui est inédit dans cette élection, c’est que beaucoup d’électeurs anti-FN vont se trouver face à un dilemme très difficile à résoudre car pour mettre en pratique leur refus du FN ils vont devoir voter pour un candidat pour lequel ils ont également une aversion, que ce soit Fillon, Macron ou Mélenchon. C’est une abstention inavouée. (…) Cette abstention inavouée va générer une abstention différenciée qui peut inverser le rapport minorité-majorité donné par les intentions de vote. (…) Une situation bien différente que celle de 2002, où voter Chirac ne représentait pas un coût inavouable pour certains électeurs. Aujourd’hui, il y a une pilule très amère à avaler. Serge Galam
    « D’expérience, ce ne sont pas nos indicateurs publiés juste avant une élection qui sont les plus précis mais plutôt ceux datant de cinq jours avant le jour du scrutin », prévient Jérôme Coutard. Celui en date du 18 avril prévoit un quarté François Fillon-Marine Le Pen-Jean-Luc Mélenchon-Emmanuel Macron. Verdict dimanche soir. Les Echos
    Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable. Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique. (…) Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle. Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. (…) Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs. Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire. Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse. Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française. Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres. Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées. Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires. (…) Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France. Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah – un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ». En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. (…) S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service. Et tous, en masse, se sont ralliés à la candidature Macron – un candidat trop profondément ignorant de ces questions pour pouvoir contrer leur influence s’il était élu. Amram Castellion

    Au secours ! La Chiraquie revient !

    Dissolution imposant la cohabitation à Chirac, coups tordus de l’affaire Clearstream contre Sarkozy, trahison des alliés historiques israéliens et américains de la France, fricotage de haut vol et contre espèces sonnantes et trébuchantes pour le compte de nos amis et fourriers notoires du djihadisme qataris, saoudiens ou iraniens …

    Alors qu’à trois jours à peine du premier tour d’une élection présidentielle …

    Aussi inédite que décisive entre deux attaques ou menaces terroristes …

    Et après les cinq années d’immobilisme de la présidence Hollande …

    Devinez qui nous sort de son chapeau …

    Pour corriger son statut désormais un peu trop voyant de dauphin de François Hollande …

    Et contrer le seul candidat d’une véritable alternance

    Le champion supposé d’un renouveau depuis si longtemps espéré ?

    L’étrange béguin des Chiraquiens pour Macron
    Amram Castellion
    Metullah press Agency

    20 avril 2017

    Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable.

    Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique.

    Plusieurs de ces soutiens sont explicites et officiels. Jean-Paul Delevoye, ancien ministre de la Fonction Publique de Chirac, est chargé de la sélection des futurs candidats du parti macroniste aux législatives de juin prochain. Un ancien ministre des Affaires Etrangères de Chirac, Philippe Douste-Blazy, et un ancien ministre de l’Economie, Jean Arthuis, se sont également prononcés pour le candidat du « ni droite ni gauche ». D’autres anciens ministres macronisés incluent Jean-Jacques Aillagon, Anne-Marie Idrac, Dominique Perben et Noëlle Lenoir.

    En plus de ces ralliements ministériels, d’autres membres du cercle de proches de l’ancien président se sont engagés pour le jeune candidat. C’est le cas dans sa famille ; son petit-fils, Martin Chirac, a rejoint le parti macroniste. Sa fille, Claude Chirac, et son gendre, Frédéric Salat-Baroux, n’ont pas franchi le pas, mais ne cachent pas, dans les dîners en ville, le bien qu’ils pensent de l’impétrant. La famille de l’ancien maire de Paris, Jacques Tibéri, qui avait succédé à Chirac avec sa bénédiction à la mairie de la capitale, s’est elle aussi macronifiée.

    Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle.

    Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. Comme par exemple Christine Boutin, qui fut déjà ministre du Logement pendant deux ans, entre 2007 et 2009, sans que la France subisse exactement les affres d’une terreur blanche.

    Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs.

    Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire.

    Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse.

    Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française.

    Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres.

    Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées.

    Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires.

    Si cela est exact, cela signifie que la politique extérieure de la France a été définie en fonction de paiements personnels d’un dirigeant à l’autre. On ne peut que constater, qu’au Moyen-Orient, la politique française sous Chirac a suivi les virages des intérêts de la famille Hariri : fortement pro-syrienne jusqu’à 2004, puis en première ligne contre la république baathiste après la rupture entre Bachar Assad et Rafiq Hariri la même année et l’assassinat du second sur l’ordre du premier en 2005.

    Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France.

    Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah – un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ».

    En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. La France a condamné en 2002 l’opération Rempart – la vaste opération de sécurisation des territoires palestiniens qui a permis de mettre fin à la seconde Intifada. Elle a condamné l’attaque du Hezbollah par Israël en 2006, considérant sans doute que la violation de la frontière par le Hezb et l’assassinat spontané de huit soldats en territoire israélien constituaient un fait sans importance. Chirac s’était même permis, dans un premier temps, de critiquer le retrait de Gaza en 2005 pour son « unilatéralisme », avant de changer d’avis et de féliciter Sharon.

    En France même, si les chiraquiens ont toujours maintenu un soutien sans faille des forces de l’ordre à la protection physique de la communauté juive, la période Chirac a été marquée par une intimidation intellectuelle systématique des pro-israéliens. C’est l’époque où la télévision d’Etat passait en boucle et à répétition des images falsifiées de « cruauté israélienne » dans les territoires, refusait de donner la moindre voix aux sceptiques, et présentait trois fois par jour la cause palestinienne comme l’accomplissement de la moralité universelle.

    S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service. Et tous, en masse, se sont ralliés à la candidature Macron – un candidat trop profondément ignorant de ces questions pour pouvoir contrer leur influence s’il était élu. Il appartiendra à tous les Français d’en tenir compte, dimanche, dans la solitude solennelle de l’isoloir.

    Voir aussi:

    Pour ses discours, Macron s’inspire d’Obama et de Johnny HallydayAlice Develey
    Le Figaro
    20/04/2017

    INTERVIEW – Cécile Alduy, auteur et professeur à l’université de Stanford, a passé au crible les éléments de langage des cinq principaux candidats à la présidentielle.

    Les candidats à la présidence de la République ont rivalisé ces derniers mois de mots percutants pour marquer les esprits. L’auteur de Ce qu’ils disent vraiment (Seuil), Cécile Alduy, a passé au scanner ces éléments de langage qui parsèment les discours des politiques. «Immigration», «liberté», «sécurité»… Elle revient pour Le Figaro sur leurs tactiques lexicales.

    LE FIGARO. – Pour réaliser votre livre, Ce qu’ils disent vraiment, publié aux éditions Seuil, vous avez étudié plus de 1300 discours de nos hommes et femmes politiques français ces dernières années. Avez-vous constaté des changements de lexique entre la présidentielle de 2012 et celle de 2017?

    Cécile ALDUY. – L’élection présidentielle de 2012 se jouait sur des clivages droite/gauche traditionnels. Nicolas Sarkozy portait les valeurs classiques de la droite (autorité, identité, mérite valeur travail) et François Hollande incarnait quant à lui les symboles de la gauche traditionnelle, à savoir: l’égalité et le travail comme moyen d’émancipation sociale . On était dans un débat frontal qui se jouait sur des visions quasi antagonistes.

    Aujourd’hui, on observe trois candidats -Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon- qui ont chacun des discours transversaux par rapport au clivage traditionnel entre la droite et la gauche. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon opposent ainsi davantage le peuple aux élites, la souveraineté populaire à l’union européenne ou bien encore les classes populaires aux classes dirigeantes. Emmanuel Macron, le candidat de la conciliation, brouille pour sa part les clivages par son discours qui fait la synthèse entre la droite et la gauche.

    Y a-t-il des mots tabous dans cette campagne présidentielle? Et si oui, quels sont-ils?

    Tous les candidats ont des points aveugles. Chez Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon, par exemple, on ne retrouve pas les mots «islamisme» ou «immigration». Le candidat de La France insoumise préférera utiliser les termes «les violents» ou «les criminels» au terme «les terroristes». À droite ou à l’extrême droite, on note par contre un grand silence autour des mots «environnement» («pesticide» ou «réchauffement climatique» sont quasi absents).

    Quels sont mots qui reviennent le plus souvent dans le discours de nos candidats?

    ● Marine Le Pen

    On retrouve très nettement le mot «immigration». C’est un concept largement surutilisé chez elle. On note son retour toutes les minutes dans ses discours. Une récurrence sans commune mesure comparée aux discours des autres candidats.

    ● François Fillon

    Le mot «liberté» est surreprésenté chez le candidat des Républicains. Un concept qu’il emploie presque uniquement dans son sens économique. Il n’est pas question ici des libertés individuelles ou sociétales, mais de la liberté d’entreprendre. On observe aussi la fréquence du mot sécurité dans ses discours depuis la réorientation de sa campagne de ces derniers mois.

    ● Emmanuel Macron

    Le candidat du parti En Marche! procède par couplage de mots. Il accole par exemple les termes «liberté» et «protection». «La liberté» reprend un mot-valeur de la droite (la liberté d’entreprendre et économique) tandis que «la protection» renvoie pour sa part à des marqueurs de gauche. Emmanuel Macron est le candidat de la synthèse, il cherche toujours à mettre en couple des concepts qui sont traditionnellement opposés. C’est son credo. Il veut montrer qu’il est à la fois de droite et de gauche. Et cette volonté se manifeste très clairement dans ses discours. S’il dit par exemple qu’«il faut être extrêmement ferme sur la laïcité» il ajoutera immédiatement «et respectueux de la liberté religieuse des uns et des autres».

    Emmanuel Macron a un vocabulaire émotionnel très développé et use d’un registre très positif. Il est dans le coaching de ses électeurs, dans l’émotion et la bienveillance. Il a parfois même un vocabulaire à la Johnny, intimant à ses supporters d’avoir «l’envie». On peut d’ailleurs comparer ses discours à ceux d‘un Obama et de son slogan de campagne Yes We Can. Macron semble nous dire avec son énergie: «Oui, on peut y arriver». Mais comme ses mots sont extrêmement abstraits et vagues, on a parfois l’impression d’un discours qui tourne à vide.

    ● Benoît Hamon

    Le candidat du PS a repris un vocabulaire plus traditionnel à gauche, fondé sur des valeurs fondamentales de son camp politique: l’égalité et les luttes contre les discriminations. On retrouve notamment de façon récurrente dans son vocable les mots «social», «écologique», «démocratie» et «égalité». Son corpus fait le lien entre les discours du PS des années 1990 et l’écologie politique d’aujourd’hui.

    ● Jean-Luc Mélenchon

    Celui qui utilisait par le passé un vocabulaire issu de la sphère trotskiste, socialiste et d’extrême gauche est aujourd’hui dans un discours populiste. Ce concept de science politique signifie que son discours n’utilise plus le vocabulaire et les symboles de la gauche radicale (drapeau rouge, «prolétariat», «classes») mais une rhétorique fondée sur l’opposition entre un «peuple souverain» qui serait spolié de son pouvoir et «l’oligarchie», représentée par les «puissances d’argent» et «l’union européenne». Jean-Luc Mélenchon ne parle plus beaucoup de capitalisme, ni des travailleurs. Il parle aujourd’hui de «peuple», un concept plus attrayant car plus beaucoup plus vague.

    En quoi ces éléments de langage jouent-ils un rôle majeur dans la campagne présidentielle?

    Presque tous les candidats ont conscience aujourd’hui qu’un mot de trop pourrait leur coûter énormément politiquement. Ils savent aussi que s’ils parviennent à imposer leur formulation des problèmes contemporains, le gain politique sera assuré. Imposer sa grille de lecture du monde ou son vocabulaire à l’opinion publique, c’est imposer aussi ses propres solutions comme naturelles donc in fine gagner sa voix.

    Voir encore:

    Le pro-BDS Mélenchon, les Juifs de France et Israël
    Son accession à l’Elysée paraît moins improbable : retour sur ses positions radicalement anti-israéliennes, ses propos controversés – et ses amours
    Olivier Chalautre
    The Times of Israel
    20 avril 2017

    A quelques jours du premier tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon progresse dans les sondages avec 18 à 20 % des intentions de vote, à telle enseigne que sa présence au second tour semble possible. Il pourrait être opposé à Marine Le Pen.

    L’éventualité d’un match entre la candidate d’extrême droite et le leader de la gauche radicale affole la classe politique modérée… et la plupart des Juifs de France. Du côté des institutions communautaires, on considère que l’élection de Jean-Luc Mélenchon à la magistrature suprême – probable s’il fait face à la patronne du Front national – serait une catastrophe et provoquerait une vague d’alyah massive.

    Francis Kalifat, président du CRIF, a refusé de les inviter au dîner annuel de l’organisation, en février dernier, arguant « qu’ils trainaient dans la haine ». Tout comme le Consistoire, qui représente le culte juif dans l’Hexagone, le CRIF appelle au « rejet des extrêmes » lors des scrutins des 23 avril et 7 mai.

    Soutien au BDS

    L’inquiétude porte sur l’attitude hostile de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre d’Israël et, au-delà, sur son soutien aux « islamo-gauchistes » dont les motivations antisémites, réelles ou supposées, sont inlassablement dénoncées par des intellectuels juifs aussi médiatisés qu’Alain Finkielkraut ou Bernard-Henri Lévy.

    Melenchon, 65 ans, ancien ministre socialiste, est né de parents espagnols dans ce qu’est aujourd’hui le Maroc. Il soutient un boycott général contre Israël. Fidèle à son style oratoire populiste, il a déclaré que permettre à Israël de conserver même quelques implantations en Cisjordanie « est comme laisser les voleurs de banque garder l’argent ».

    Le programme diplomatique du chef du Front de gauche pour Israël : création d’un état palestinien avec Jérusalem Est pour capitale, droit au retour des réfugiés de 1948.

    Il préconise également l’abolition de la circulaire de 2010 interdisant tout appel au boycott d’Israël dans l’Hexagone et la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Etat juif.

    Le Front de gauche milite officiellement pour le boycott depuis novembre 2013, aux côtés du mouvement BDS, « en réponse à la politique d’oppression » d’Israël.

    A la même époque, le mouvement a condamné la « rigidité » du Quai d’Orsay dans les négociations internationales en vue d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique, tout en réclamant la « dénucléarisation » de l’Etat hébreu.

    Non au « peuple supérieur »

    Pour le noyau dur du judaïsme français, l’un des plus mauvais souvenirs, concernant le candidat Mélenchon, date de fin août 2014. Peu après la guerre entre Israël et le Hamas, il a pourfendu « l’ennemi » israélien à l’occasion de l’université d’été de son parti.

    À Grenoble, moins d’un mois après que neuf synagogues ont été attaquées en pleine vague de manifestations violentes et non autorisées contre Israël pendant et après la guerre contre le Hamas à Gaza pendant l’été 2014, Melenchon a salué les manifestants. Il a également condamné les Juifs français qui ont exprimé leur solidarité avec Israël lors d’un rassemblement de soutien devant l’ambassade d’Israël.

    « Fidèles à la mémoire des meurtres de masse commis dans le passé, nous nous sommes portés aux avant-postes du soutien à la malheureuse population de Gaza », a-t-il dit avant de fustiger la frange militante de la communauté juive en ces termes : « Si nous avons quelque chose à dénoncer, ce sont nos compatriotes qui ont cru être bien inspirés en allant manifester devant l’ambassade d’un pays étranger [Israël, ndlr] ou servir sous ses couleurs les armes à la main ».

    Et d’enfoncer le clou en lançant cette diatribe au sous-entendu nauséabond : « nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres ».

    A propos des rassemblements pro-palestiniens de cette période tendue, où des injures antisémites ont fusé, Jean-Luc Mélenchon a carrément loué « une jeunesse ayant su se mobiliser dans la discipline et incarner dignement les valeurs de la République […]. La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays », a-t-il conclu en référence à l’attitude du CRIF.

    Il a également accusé le CRIF d’avoir essayé de l’étiqueter comme un antisémite afin de discréditer ses critiques d’Israël.

    « Nous en avons assez du CRIF », s’est écrié Melenchon.

    Melenchon n’a pas mentionné les attaques de la synagogue et la vague d’agressions antisémites qui ont suivi les manifestations. Mais il a continué à critiquer les milliers de Juifs français qui soutiennent Israël.

    Evoquant ces remarques et d’autres encore, François Heilbronn, un enseignant en science politique, a écrit récemment dans un article qu’il ne voterait ni pour Le Pen, qu’il considère comme l’héritière de ceux qui ont collaboré avec les nazis, « ni pour ceux qui ont encouragé les progromistes et les antisémites »en 2014, une référence claire à Melenchon. « Votez pour empêcher l’accession au pouvoir ces deux candidats qui haïssent les démocrates, la modernité et la liberté ».

    Récemment, le candidat de la gauche radicale a critiqué Valérie Pécresse, présidente de Les Républicains de la région Ile-de-France, pour son « engagement communautariste » consistant à combattre les tentatives de boycott des produits provenant des implantations juives de Cisjordanie et du plateau du Golan.

    « Islamo-gauchisme »

    Dès 2010, l’égérie du mélenchonisme, la journaliste et élue de Sevran (Seine-Saint-Denis) Clémentine Autain co-signait une tribune dans Le Monde en faveur du boycott total d’Israël, y compris de ses structures académiques et sportives.

    Le texte prenait exemple sur la campagne « noble et efficace » menée autrefois contre le régime raciste d’Afrique du Sud. Ce type d’amalgame, comme les accusations récurrentes de « fascisme » à l’endroit du gouvernement israélien ou la défense jugée inconditionnelle des musulmans français, ont provoqué des polémiques.

    En 2015, le Premier ministre socialiste Manuel Valls et son secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, ont dénoncé l’ « islamo-gauchisme » de Clémentine Autain et de ses amis, les accusant de complicité avec Tariq Ramadan, le fameux islamologue suisse qui se fend régulièrement de déclarations ambiguës sur le « lobby sioniste » et dont le frère, Hani, a récemment été expulsé de France.

    Par ailleurs, certaines municipalités dirigées par le Parti communiste, composante du Front de gauche, ont élevé le leader palestinien Marwan Barghouthi au rang de « citoyen d’honneur ». Ce dernier est incarcéré en Israël pour avoir fomenté des attentats ayant causé la mort de dizaines de civils israéliens.

    Ce genre d’initiative est source d’invectives et de procès à répétition entre les mélenchonistes et les associations juives communautaires, dont le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA).

    Dérapages douteux

    Il est vrai que la frontière entre critique radicale d’Israël et antisémitisme est parfois poreuse. De même, il est difficile de distinguer ce qui relève de l’anti-capitalisme et d’une forme de paranoïa « chaviste » (Jean-Luc Mélenchon soutient la « révolution vénézuélienne » d’Hugo Chavez) où les préjugés anti-juifs tiennent une place inquiétante.

    En mars 2013, le candidat à la présidentielle de ce printemps 2017 fustigeait ainsi Pierre Moscovici, alors ministre socialiste de l’Economie : « Ce petit intelligent […] ne pense plus en français mais dans la langue de la finance internationale ».

    Le PS a demandé immédiatement à Jean-Luc Mélenchon de « retirer ce vocabulaire des années 30 ». Pierre Moscovici a répliqué : « mes quatre grands-parents étaient étrangers. Mon père a été déporté. Et cette famille a choisi la France. Je suis français par tous mes pores ».

    Le leader du Front de gauche n’a pas regretté sa sortie et a même prétendu qu’il « ignorait » la religion du ministre, pourtant connue. Cette excuse a été jugée hypocrite et inacceptable par les représentants de la communauté juive.

    Bernard-Henri Levy, un intellectuel juif français de gauche, a établi des parallèles entre Le Pen et Melenchon. Ils ont « malheureusement souvent [le même] radicalisme anti-démocratique, antisioniste, [avec] des attitudes pro-Assad et pro-Poutine », a-t-il écrit dimanche sur Twitter.

    Levy soutient Emmanuel Macron, un candidat centriste et un ancien banquier de la prestigieuse banque d’investissement Rothschild. Macron est en tête dans les sondages avant le premier tour avec environ 23 % d’intentions de vote et est légèrement en avance sur Le Pen. Le candidat Les Républicains Francois Fillon, dont la campagne a souffert en raison de l’affaire du Penelope Gate et sa mise en examen pour corruption, et Melenchon sont chacun crédités de 18 et 20 % d’intention de vote dans les sondages.

    Étonnamment, ce ne sont pas seulement les Juifs qui trouvent qu’il y a une ressemblance entre les programmes de Melenchon et Le Pen. Le comédien Dieudonne M’bala M’bala, qui a été reconnu coupable de nombreuses fois de négationnisme et l’incitation à la haine des Juifs, pense que les politiciens d’extrême droite et d’extrême gauche se battent tous deux contre l’influence juive et extérieure.

    « Certains disent que c’est une confrontation entre la vraie droite et la vraie gauche », a déclaré Dieudonne à propos de Le Pen et Melenchon dans une vidéo qu’il a publiée mardi et qui a été vue plus de 160 000 fois. « Je dis que c’est la vraie France qui combattra la France de Rothschild et du Qatar qui finance le terrorisme et la guerre dans le monde ».

    Le Pen et Melenchon, a-t-il ajouté, « sont les candidats de la paix ».

    JTA a contribué à cet article.

    Voir par ailleurs:

    Rebondissements, ruptures, candidats électrons libres, raisons et sentiments… Pour Serge Galam, professeur à Sciences-Po et précurseur de la sociophysique, le choix d’un bulletin serait soumis au résultat d’interactions humaines répondant à des lois physiques complexes. Qu’il tente d’élaborer et qui semblent se vérifier. Y compris pour cette élection présidentielle ?

    Cette campagne est riche en inattendus, en désordres. Peut-on les prévoir et les modéliser ? Aucun modèle ne peut présager l’affaire Fillon, ce type d’événement n’est scientifiquement pas prévisible. En revanche, la sociophysique pourrait anticiper l’impact qu’il va avoir, les interactions entre individus qu’il va provoquer et comment elles peuvent se traduire dans les sondages.

    « Le vote est régi par les interactions entre les individus »

    N’est-ce pas ce que font les sondages ? 

    Les sondages mesurent une situation à des instants figés. Mais ils sont difficilement extrapolables : ce qui va se passer n’est pas forcément inscrit dans ce qui est déjà arrivé. Prenons l’exemple de l’eau. Cette molécule peut passer de l’état liquide à gazeux ou glacé. Si je n’étudie que ses propriétés sous forme liquide sans prendre en compte les interactions entre les molécules, je ne pourrai pas prévoir son comportement sous forme solide. C’est la même chose pour les intentions de vote. Je fais le postulat qu’elles dépendent de discussions, de débats, que les dynamiques d’opinion sont régies par des lois d’interactions entre les individus.

    Les lois physiques s’appliquent à la politique ? 

    Il ne s’agit pas de transposer les lois de l’atome à l’humain, mais plutôt d’aborder des questions sociales et politiques comme un physicien face à un problème complexe. Par exemple, comment des personnages aux convictions inflexibles peuvent influencer le comportement d’électeurs plus ouverts et donc changer le résultat d’une élection.

    Une sorte de phénomène inconscient de groupe ? 

    Exactement. Dans le cas de la peine de mort, par exemple, une majorité d’individus pense qu’il faut maintenir son abolition. Mais si on faisait un référendum, il y aurait de forts risques que par le débat les gens changent d’opinion. Alors qu’on aurait enrichi notre vision du problème, on aboutirait à une rationalité manipulée qui suivrait nos préjugés communs les plus archaïques. L’impact des préjugés est l’un des composants de mon modèle. L’impact des gens inflexibles en est un autre.

    « Pour l’instant, elle ne peut pas gagner au second tour »

    Qui sont-ils ? 

    Les inflexibles sont ceux qui sont sûrs de leur vote. Par exemple, Marine Le Pen bénéficie d’un fort électorat d’inflexibles. Coûte que coûte, ils voteront pour elle. Mais il existe aussi une catégorie d’inflexibles anti-FN qui ne voteront jamais pour elle. Eux non plus ne changeront pas d’avis. Et ils sont plus de la moitié. Ce qui fait que, pour l’instant, elle ne peut pas gagner au second tour.

    Sauf que cette élection est très désordonnée… 

    Oui, pour la première fois, des électeurs anti-FN ne sont pas prêts à aller voter pour le challenger. La pilule est trop difficile à avaler. La victoire de Le Pen est improbable mais n’est plus impossible.

    Quels sont vos pronostics ? 

    C’est l’intensité de la campagne et des discussions avec les inflexibles qui peuvent faire basculer la distribution de votes. D’après mon modèle, Fillon détient le plus grand nombre d’inflexibles (ceux capables de convaincre les autres). Il suffit que ces influenceurs augmentent de 2-3 points pour que Fillon batte Macron (qui a moins d’inflexibles) au premier tour. Quant à la montée de Mélenchon, si elle se poursuit, elle pourrait contribuer à faire redémarrer Fillon.

    Comment ? 

    Aujourd’hui, les discussions peuvent amener les macronistes (refroidis par les affaires de Fillon) à voter Mélenchon. Mais d’après mon modèle, dans un deuxième temps, si Mélenchon devient un candidat sérieux face à Marine Le Pen, ces ex-Macron pourraient, poussés par les inflexibles pro-Fillon, se tourner vers Fillon pour s’opposer à la politique économique de Mélenchon.

    Voir encore:

    La faille qui peut faire gagner Marine Le Pen

    Présentée par Jean-Baptiste Labeur

    RCF radio

    jeudi 20 avril

    ​Et si Marine Le Pen l’emportait le 7 mai prochain ? Une hypothèse prise très au sérieux par Serge Galam, chercheur au Cevipof.

    Pour ce physicien et fondateur de la sociophysique, il est possible que Marine Le Pen deviennent présidente même avec moins de 50 % des intentions de votes au second tour. Pour faire mentir les instituts de sondage ce scientifique s’appuie sur une formule de calcul mais surtout sur un point faible, la motivation des électeurs, et ce qu’il nomme « l’abstention différentiée ».

    « Je montre la possibilité d’un paradoxe. C’est-à-dire que le jour de l’élection, si Marine Le Pen a 44 % d’intentions de votes, contre 56 % d’intentions de votes pour son challenger, normalement elle perd l’élection. Simplement, ce qui est inédit dans cette élection, c’est que beaucoup d’électeurs anti-FN vont se trouver face à un dilemme très difficile à résoudre car pour mettre en pratique leur refus du FN ils vont devoir voter pour un candidat pour lequel ils ont également une aversion, que ce soit Fillon, Macron ou Mélenchon. C’est une abstention inavouée » explique Serge Galam.

    « Cette abstention inavouée va générer une abstention différenciée qui peut inverser le rapport minorité-majorité donné par les intentions de vote » ajoute-t-il. Une situation bien différente que celle de 2002, où voter Chirac ne représentait pas un coût inavouable pour certains électeurs. Aujourd’hui, conclut Serge Galam, il y a une pilule très amère à avaler.

    Voir enfin:

    Présidentielle : le scrutin donnera-t-il raison aux pronostics décriés de Filteris ?
    Nicolas Richaud
    Les Echos
    21/04/17

    Depuis quelques semaines, cette société canadienne fait le buzz avec sa méthode de prévision atypique. C’est une partie de sa réputation qui se joue au premier tour de l’élection présidentielle.

    « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi. » Cette maxime, Filteris semble l’avoir faite sienne. Installée au Canada, cette société est sous le feu des projecteurs et des critiques depuis plusieurs semaines, en raison de la publication, plusieurs fois par semaine, du « poids numérique » de chacun des candidats à la présidentielle, qu’elle convertit en pronostic concernant le résultat de chacun lors du premier tour de dimanche soir.

    Ce vendredi matin, Filteris a publié ses dernières anticipations qui donnent François Fillon en tête devant Marine Le Pen, Jean-Luc-Mélenchon et Emmanuel Macron.

    Pourquoi ce groupe, qui décrit son coeur d’activité comme étant « l’analyse d’image, la surveillance, la gestion et la sécurisation de l’identité numérique », consacre-t-il autant d’énergie et de temps à l’élaboration de ces mesures ?  » Ces contextes électoraux permettent de tester nos indicateurs, puis de les mettre à jour et les faire évoluer si besoin« , répond Jérôme Coutard, président de Filteris, qu’il a fondé en 2002.

    « Poids numérique des candidats »

    « Depuis quelques semaines, tout le monde parle de nous, mais nous faisons cela depuis 2006 et les élections fédérales canadiennes de l’époque « , rembobine ce Français qui a fait ses valises pour le Canada il y a près de 25 ans.

    En 2006, Facebook n’a que deux ans et Twitter éclot à peine. Axée sur l’analyse de données, la société va alors puiser celles-ci sur les forums et les blogs, ainsi que les commentaires publiés sous les articles des sites d’informations.

    Aujourd’hui, elle absorbe de la data en provenance de Twitter, mais aussi de Facebook (quand les publications sont publiques) et toujours du côté des commentaires publiés sur les sites d’info. Voilà pour le traitement quantitatif des données.

    Filteris utilise ensuite des algorithmes ayant pour finalité de classer la nature des contenus en valeur « positive » ou « négative », en vue de déterminer si cela dessert ou sert le candidat mentionné dans la publication. Elle repasse ensuite ses données à la moulinette pour déterminer le « poids numérique » des prétendants à l’élection, puis fait une hypothèse de corrélation avec les résultats à venir.

    C’est de la charlatanerie moderne pure et simple

    Pour quels résultats ? En 2012, Filteris avait visé relativement juste en ce qui concerne le résultat du premier tour de la présidentielle française. Un peu moins lors des Primaires des Républicains où la société plaçait certes François Fillon en tête, mais avec 22,1% des voix (contre 44,1% au final) avec Nicolas Sarkozy en deuxième position et pas Alain Juppé. Et pas du tout lors des Primaires de la gauche puisque la société avait fortement sous-estimé le score de Benoît Hamon.

    « C’est de la charlatanerie moderne pure et simple. Hamon, c’était pourtant clair comme de l’eau de roche qu’il allait être en tête au premier tour, tout le monde l’avait vu venir« , tacle Nicolas Vanderbiest, assistant et doctorant à l’Université Catholique de Louvain, et dont le sujet de thèse est « les crises de réputation des organisations sur les médias sociaux ».

    « Près de 90% de leurs données viennent de Twitter car c’est la seule plate-forme de masse à être totalement ouverte et publique. Et c’est un échantillon non représentatif de la population, dominé par les CSP+, le citoyen lambda n’est jamais compris dedans« .

    Les limites des algorithmes

    « Ils se servent d’algorithmes de tonalité permettant de classer la nature des publications. Or, par rapport à un être humain, on estime que ces algorithmes ont une marge d’erreur de 30% quant à l’évaluation de ces contenus. L’intelligence artificielle interprète encore mal l’ironie ou l’humour par exemple« , poursuit-il.

    Même des géants de la tech comme Facebook ou Google (propriétaire de YouTube) qui misent sur cette technologie pour juguler la publication de « fake news » et surtout de contenus à caractère extrémiste et terroriste sur leurs plate-formes respectives, peinent encore à la rendre véritablement efficace.

    La prolifération des bots

    Autre biais : la prolifération des bots (un programme informatique automatisé) qui pourraient altérer fortement la précision des analyses de Filteris. D’après une étude menée par l’université de Southern California, près de 50 millions de comptes Twitter seraient des bots (sur 319 millions d’utilisateurs actifs mensuels).

    « On a hésité à les exclure de nos analyses. Mais en même temps, 1.000 tweets identiques publiés instantanément, cela augmente tout de même la visibilité de la personne concernée par ce contenu et cela peut atteindre des gens qui ne connaissent pas le phénomène, quand bien même il s’agit dans ce cas précis d’une activité de pure propagande politique« , fait valoir Jérôme Coutard.

    « Plus globalement, on est beaucoup attaqué sur des données publiées sur une journée en particulier. Mais ce qui est important, c’est la tendance. Je rappelle aussi que nous ne calculons pas des intentions de vote mais un « poids numérique » à travers lequel on tente de faire une corrélation avec le résultat à venir« , précise-t-il. « Notre société n’est pas spécialisée dans la politique. Ce n’est pas notre marché, nous ne gagnons pas d’argent avec ça. Nous ne sommes affiliés à aucun parti politique et pas en guerre contre les sondeurs. ».

    Ce sont les soutiens de Jean-Luc Mélenchon qui relaient le plus nos contenus, en termes de volumes

    Ce sont pourtant les revers successifs des instituts de sondages n’ayant su prévoir ni le Brexit, ni la victoire de Trump, ou encore l’écrasante victoire de François Fillon lors de la Primaire des Républicains qui peuvent expliquer la visibilité inédite dont bénéficie Filteris depuis quelques semaines.

    Mais ce n’est pas la seule explication. A rebours des sondages justement, Filteris anticipe, depuis plusieurs semaines, la présence de François Fillon au second tour de l’élection. Des publications partagées en masse par ses soutiens et militants et repris aussi, à chaque fois, sur le site de « Valeurs Actuelles ».

    « On est beaucoup critiqué par rapport à ça. Pourtant, ce sont les soutiens de Jean-Luc Mélenchon qui relaient le plus nos contenus, en termes de volumes« , avance Jérôme Coutard dont la société positionnait, ce jeudi, le candidat de la France Insoumise en deuxième position de son indicateur.

    La non-divulgation de leur méthode est aussi passablement dénigrée. « Il serait temps que vous soyez transparent sur votre méthodologie« , a ainsi tweeté lundi, Laurence Parisot, l’ancienne présidente du Medef.

    « Je comprends la question. Mais c’est le savoir-faire de notre entreprise et nous n’avons pas à divulguer nos recettes comme ça« , répond Jérôme Coutard. Autre critique : la présence au capital de Daniel Quéro, qui a été un administrateur de l’Automobile Club de l’Ouest pendant près de 20 ans. Or, cette entité, qui organise la course des 24 Heures du Mans, est présidée depuis plus de cinq ans par Pierre Fillon, le frère du candidat des Républicains.

    Après un article de LCP.fr sur le sujet, son nom a été retiré de l’organigramme de Filteris, disponible sur le site où il était auparavant décrit comme étant le vice-président à la coordination des affaires en Europe. « Il est associé minoritaire de la société et n’intervient en rien dans nos analyses et l’élaboration de nos indicateurs pour la présidentielle actuelle« , assure Jérôme Coutard.

    Un bon coup marketing

    Au final, la société Filteris ne prend-elle pas plus de risque qu’autre chose en produisant et publiant ses indicateurs ? « Comme à chaque fois, ça nous inquiète car on ne saura que dimanche si nos analyses ont été les bonnes. Tout cela nous permet de nous faire connaître, mais on n’avait pas du tout prévu qu’on aurait autant de buzz. En s’exposant ainsi, on prend un risque mais nous sommes des entrepreneurs, cela fait partie du jeu« , relativise Jérôme Coutard.

    « C’est le coup marketing de l’année« , estime, lui, Nicolas Vanderbiest. « Ils sont seulement une poignée à travailler dans cette société et ils prétendent faire mieux qu’un groupe comme Linkdinfluence, où ils sont 150 salariés« .

    Depuis 15 ans, Filteris vend ses services à des PME, grands groupes et institutions publiques. « Pour chaque mandat, nous travaillons avec une quinzaine de consultants externes et cela peut monter jusqu’à une cinquantaine en fonction de la taille de notre client.« 

    Lancement d’une application payante

    La société propose notamment de dresser un audit sur la web-réputation d’une personne morale comme physique. « Les tarifs vont de 15.000 euros pour une PME à 100.000 euros pour un grand groupe sur ce volet-là. Nous proposons aussi de formuler des recommandations et conseils si jamais notre client n’est pas satisfait de son image« , détaille Jérôme Coutard.

    Filteris dit générer 45% de son chiffre d’affaires au Canada, 30% en France et 25% dans d’autres pays européens. La société prévoit aussi de lancer, dans quelques mois, une application payante permettant à tout un chacun d’analyser son image sur le web. « Beaucoup de gens s’inquiètent de leur web-réputation« , note Jérôme Coutard.

    En attendant, la société pourrait subir une nouvelle avalanche de critiques si ses indicateurs sont loin du résultat du premier tour. « D’expérience, ce ne sont pas nos indicateurs publiés juste avant une élection qui sont les plus précis mais plutôt ceux datant de cinq jours avant le jour du scrutin« , prévient Jérôme Coutard. Celui en date du 18 avril prévoit un quarté François Fillon-Marine Le Pen-Jean-Luc Mélenchon-Emmanuel Macron. Verdict dimanche soir.


    Baisse de la natalité: Pourquoi il faut voter Fillon (After France, America faces unexpected baby bust)

    1 avril, 2017
     
    millennials living at home4