Présidentielle 2017: Attention, un extrémisme peut en cacher un autre ! (It’s cultural anxiety, stupid ! – Normalcy only seems revolutionary because it’s undoing a revolution)

12 mai, 2017
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George Orwell disait,  je crois dans 1984, que dans les temps de tromperie généralisée, dire la vérité est un acte révolutionnaire. David Hoffmann
Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. George Orwell
Ce n’est pas en refusant de mentir que nous abolirons le mensonge : c’est en usant de tous les moyens pour supprimer les classes. (…) Tous les moyens sont bons lorsqu’ils sont efficaces. Jean-Paul Sartre (Les mains sales, II, 5, 1948)
Ce que nous voulons, c’est la liberté par tous les moyens, la justice par tous les moyens et  l’égalité par tous les moyens. Malcom X (1964)
Il y a du nouveau en France: un nouveau système pour désigner le président de la république. Ni plus réellement une démocratie, ni une dictature, c’est quelque chose qui n’a pas encore de nom. Un acronyme ou un mot-valise construit de «démocratie», «dictature» et «ploutocratie» ferait bien l’affaire. Le mécanisme fonctionne ainsi: des patrons de grands groupes financiers, industriels et commerciaux, ainsi que d’éminents conseillers habitués de l’Elysée, de Matignon et de Bercy ont choisi le futur président de la république — Emmanuel Macron, en l’occurrence — et l’ont instruit de sa mission. Ensuite ces oligarques ont mobilisé l’Etat, le gouvernement, la justice, les médias, les communicants, les artistes, les cachetiers, les sondeurs, les sociétés de Paris et les grands noms de la société civile pour le porter à la magistrature suprême. La machine s’est mise au travail et en un tour de piste a fait de l’impétrant le candidat du peuple, le favori, le héros indépassable. Lui-même en est devenu convaincu. Le reste était une simple formalité: il suffisait juste d’éliminer les autres candidats. On en a mis beaucoup sur la ligne de départ, désespérant le peuple en lui donnant l’image de la déplorable division dans laquelle les partis politiques ont entrainé le pays. Puis on a promis des primaires pour remédier à ça: il y aura un tri impitoyable! En effet: les candidats sérieux — Manuel Valls, Alain Juppé — ont été éliminés. La justice a ensuite lancé des fatwas contre les gros candidats qui restaient, et la presse, bras séculier de l’oligarchie, les a traqués. François Fillon et Marine Le Pen ont été poursuivis pour vol à l’étalage, leurs photos placardées à la une des journaux.(…) L’autre inconnue dans l’affaire aura été le peuple. Il est trop bête, dit-on; c’est un troupeau angoissé, qui peut réagir n’importe comment. D’ailleurs, le moment est peut-être venu d’en changer. Ce peuple-ci a fait son temps. Il parle encore de de Gaulle, Jaurès, Jeanne d’Arc. C’est vrai qu’il rechigne un peu: dimanche, les électeurs se sont abstenus de voter en nombre record. Le résultat de ce méli-mélo c’est Macron. Jamais élu auparavant, tête d’un mouvement vieux de juste un an, le voilà président de la République. On ne faisait semblant de douter de son ultime succès que pour écarter la suspicion de manipulation politique. Alors que Fillon a été mis en examen et que la justice française a demandé la levée de l’immunité parlementaire de Le Pen à l’Union européenne, elle a refusé d’ouvrir une enquête sur le patrimoine de Macron, pourtant demandée par de nombreux candidats. Mais au fond tout ça c’est du frichti, des amusettes, des histoires de carrières personnelles. Valls, Juppé, Le Pen, Fillon, Macron, Mélenchon, Hamon, Tartempion — tout ça c’est pareil, à peu de choses près. En France, on change de président tous les cinq ans, mais rien ne change jamais qui vienne vraiment d’eux. (…) Voilà pourquoi il importait que soient débattus durant la campagne présidentielle tous ces thèmes mondialisés: l’islamisation, le terrorisme, le réchauffement climatique, la migration, l’affaiblissement des institutions multilatérales. Mais ceux-ci ont à peine été évoqués. Peut-être était-ce à cause d’un sentiment d’impuissance face à ces problèmes. Mais le fait de ne pouvoir rien y changer n’est pas une raison de ne pas y regarder. (…) tout du long on a plié sous la tyrannie du court-termisme et du pas-de-vague. A gauche comme à droite, les grands partis d’antan ont été brisés, discrédités. La recomposition politique en France ressemble à un nettoyage par le vide. Entre-temps la fonction présidentielle a aussi été considérablement affaiblie. Merci Nicolas Sarkozy et François Hollande. Macron, héritier d’une fonction qui a été mise au plus bas, va vite découvrir l’étroitesse de sa marge de manœuvre — d’autant plus qu’il sera l’otage de la troupe disparate qui l’a fait arriver là. Boualem Sansal
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Emmanuel Macron
Notre culture, ça ne peut plus être une assignation à résidence. Il n’y aurait pas la culture des uns et la culture des autres, il n’y aurait pas cette formidable richesse française, qui est là, dont on devrait nier une partie, il n’y a d’ailleurs pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple. Et je ne veux pas sortir du champ de cette culture, certains auteurs ou certains musiciens ou certains artistes, sous prétexte qu’ils viendraient d’ailleurs. Emmanuel Macron
La colonisation est un crime contre l’humanité. C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. Emmanuel Macron
]e suis favorable à une loi qui ouvrira la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Emmanuel Macron
Monsieur Macron a dit qu’il n’y avait pas de culture française, montrant qu’il n’a rien compris à ce qui fait la France. Qu’est ce qui nous réunit s’il n’y a pas une culture française ? Qu’est ce qui fait que nous sommes des Français ? La France c’est pas un hôtel international sans âme où cohabitent des individus anonymes et des communautés étrangères les unes aux autres. Nous ne sommes pas une aire d’autoroute où les citoyens du monde se croisent par hasard avant de reprendre leur route. Oui il y a une culture française, oui il y a un art français, oui il y a une manière de penser française. Nous les recevons en héritage, de tous ceux qui nous ont précédés. Et nous les conservons ! Comme une part essentielle de nous-même, à transmettre aux générations qui nous suivront. Nous sommes les héritiers d’une lignée de Français, qui ont su au fil des siècles, par leur bravoure, par leur génie, hisser notre pays parmi les plus grandes nations du monde. François Fillon
La religion musulmane doit accepter sans condition tout ce que les autres religions ont accepté par le passé. (…) Je veux un strict contrôle administratif du culte musulman, tant que son ancrage dans la République n’est pas achevé. Je veux la dissolution immédiate de tous les mouvements qui se réclament du salafisme ou des frères musulmans. (…) La France unie n’est pas une addition de communautés. Nous avons une identité, nous avons des coutumes, nous avons une culture, nous avons un drapeau. Le repli communautariste est un danger (…) je serais le défenseur intransigeant de la liberté d’expression même quand il s‘agit d’exprimer leur attachement à leur culture, à leur origine, à leur nation, à la France. (…) L’immigration, sans intégration doit être stoppée. En France, les étrangers ont des devoirs, avant de réclamer des droits. C’est une question d’unité nationale.  (…) On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide (…) je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis (…) pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques (…) je sais aussi que nous aurons besoin de tout le monde (…) n’opposons pas les riches aux pauvres, les patrons et les ouvriers, les croyants et les agnostiques. (…) C’est la même France (…) c’est la France des rois et des sans culottes (…) la France de Châteaubriand et de Kessel (…) Quand on a des valeurs, on les défend ! François Fillon
Si le candidat d’En marche! ne prend pas en charge les réalités populaires et les aspirations que dévoile cette élection, sa victoire sera une victoire à la Pyrrhus. La dynamique populiste est enclenchée et ne cessera de monter si on ne traite pas toutes les questions économiques, sociales et culturelles qui sont en jeu. La présidentielle de 2017 et la victoire d’Emmanuel Macron n’offrent qu’un sursis à ce monde d’en haut, mais, si le chef de l’État n’apporte aucune réponse aux catégories populaires, à cette France d’en bas qui se sent exclue de la mondialisation, il est probable que la bascule s’opère alors en 2022 avec le parti le plus à même de repré senter cette dynamique-là. Le modèle actuel n’est pas socialement durable. Si la France d’en haut ne parvient toujours pas à être exemplaire et à parler à celle d’en bas, ses jours sont comptés. (…) À l’issue de mes travaux, j’ai distingué une fracture française qui se situe entre les grandes métropoles mondialisées et le reste, la « France périphérique ». Celle- ci n’est donc pas exclusivement rurale et englobe également des petites et moyennes villes. Elle concerne ainsi tous les territoires qui se trouvent à l’écart des grands pôles urbains, pôles qui créent le plus d’emplois et se trouvent insérés dans la mondialisation. Cette fracture s’observe d’ailleurs aussi bien en France que dans les autres pays européens ou aux États Unis: la logique est partout la même et provient d’une disparition des classes moyennes « le plus grand plan social de l’histoire. Ces classes sont devenues de nouvelles classes populaires, qui ont le sentiment d’être invisibles et de ne pas être économiquement intégrées. Comme partout dans les pays développés, les ressorts de la dynamique populiste reposent d’une part sur la destruction de la classe moyenne traditionnelle et sa mise à l’écart des métropoles mondialisées,et d’autre part sur l’émergence d’une société multiculturelle. Si une partie de la France populaire est réceptive au discours de Marine Le Pen, celle-ci ne rallie qu’une partie du monde d’en bas. Il est toutefois effectivement frappant de constater que son vote est surreprésenté dans cette France périphérique et sous-représenté dans la France des grandes métropoles. Le constat est inverse pour Emmanuel Macron, incarnation de la nouvelle bourgeoisie. Par ses propos sur la « société ouverte » , le néolibéralisme, le libre-échangisme, le candidat d’En marche! a été le candidat des grandes métropoles.. Partout en France, comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, les richesses et la création se concentrent dans les métropoles. Et partout dans le monde, ce modèle crée sa contestation populiste. Celle-ci émane des catégories qui constituaient hier le socle de la classe moyenne – ouvriers, employés, paysans – , et des  mêmes territoires. Catégories qui ont été les grandes perdantes du processus d’adaptation des économies occidentales aux normes de l’économie-monde. La mondialisation repose, en effet, sur une division internationale du travail qui condamne sur le temps long la classe moyenne occidentale. L’émergence d’une classe moyenne chinoise ou indienne s’est ainsi réalisée au détriment des ouvriers ou employés américains, français ou britanniques. Ce terrible constat explique que nous vivons depuis trente ans un processus de la sortie de la classe moyenne” qui vit désormais sur des territoires éloignés des zones d’emploi dynamiques. Et le vote Trump est porté par l’Amérique périphérique, le Brexit par la Grande-Bretagne périphérique, le vote Le Pen par la France périphérique (…) On observe déjà une division entre l’Est, qui a principalement voté pour Marine Le Pen, et l’Ouest, qui a davantage voté Macron. Mais cette géographie sociale provient de l’héritage industriel, où les industries étaient présentes essentiellement dans l’Est, et le rural et le tertiaire dans l’Ouest. Il est plus instructif de zoomer sur chaque territoire. Que ce soit dans des régions où Marine Le Pen est en tête ou d’autres dans lesquelles Macron l’emporte, une même logique s’opère. Ainsi, à l’issue du premier tour, en Bretagne, où Macron a obtenu plus de voix, celles-ci ont été gagnées dans les grandes villes bretonnes, comme Rennes. Dans cette dernière, Marine Le Pen a fait moins de 6%, mais a dépassé les 20% dans certaines zones rurales bretonnes. De la même manière, à l’Est, la candidate du FN fait un score moins bon dans des grandes villes comme Nancy, alors qu’elle triomphe dans les petites villes de la région. On le constate, la dynamique France périphérique-métropole marche à l’intérieur de chaque région. Il y a donc une sociologie assez similaire. Le premier tour révèle donc l’ »implosion des partis traditionnels. (…) Si les affaires ont évidemment joué, la difficulté de la droite a été ,dès le départ, d’arriver à convaincre cet électorat de la France périphérique, désormais arrimé au Front national. Il ne se sent pas représenté par la droite traditionnelle, perçue comme trop libérale. L’entrée en campagne de François Fillon sur le mode de réduction des dépenses publiques et d’adaptation aux normes de l’ économie mondialisée a eu un effet destructeur. Son échec réside dans son incapacité à se connecter avec cet électorat populaire et dans le fait que son discours s’est en partie adressé à une classe moyenne en voie de disparition. (…) ]Pour le vote Fillon] Une minorité, à la marge, parce qu’elle est totalement dans une logique anti- système, a voté FN. Mais le reste des électeurs de cette France insoumise s’est plus largement reporté sur Emmanuel Macron ou réfugié dans l’abstention, pour une raison simple : les voix de Jean-Luc Mélenchon proviennent davantage de l’ électorat populaire des banlieues des grandes villes que des véritables périphéries. Cela reste un vote plutôt des grandes métropoles, avec beaucoup d’ électeurs de la fonction publique et de la gauche classique. Christophe Guilluy
Longtemps, on a nié que l’antisémitisme puisse tuer en France. Longtemps, on l’a guetté du côté de l’extrême droite, qui avait, en effet, une longue tradition de haine des Juifs. Est-ce parce que le nouvel antijudaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité ? Brice Couturier
Ce qui m’a frappé dans les débats des dernières années, c’est la difficulté avec lesquels ils sont parvenus à émerger. Car les plus importants d’entre eux portent précisément sur les sujets dont le «Parti des médias» – pour reprendre l’expression créée par Marcel Gauchet – tente d’empêcher l’évocation… Il y a comme ça, à chaque époque, des problèmes vitaux qui forment comme un angle mort du débat public. Ce sont précisément ceux qui vont décider de l’avenir. (…) Aujourd’hui, l’histoire est à nouveau en phase d’accélération brutale et le défi qui nous est lancé par l’islamisme politique, entré en phase de conquête du monde, est redoutable. Mais le Parti des médias, aveuglé par ses bons sentiments, préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre. (…) chaque fois que le discours lénifiant sur le «vivre-ensemble» est contredit par des faits, ceux-ci font l’objet d’un remontage. Combien d’attentats islamistes ont été requalifiés en «actes commis par un déséquilibré»? Ou alors, on organise à la hâte une diversion. (…) Sur tous les plans, on se rapproche de la vérité en marchant en crabe. Ça ne facilite pas le règlement des problèmes. (…) Ayant vécu une partie de mon adolescence au Liban, repris des études à Oxford à 42 ans, enseigné trois ans en Pologne, beaucoup bourlingué en Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, j’avais fait mienne l’idée d’Attali selon laquelle les nations étaient en train de devenir des hôtels où l’on pose provisoirement ses valises, en prenant pour critère le rapport qualité/prix. En s’attaquant aux Juifs, comme l’ont fait Merah et Coulibaly, à un symbole de l’esprit de ma génération, comme Charlie, les infiltrés du djihad, cette cinquième colonne islamiste, m’ont «rendu la France», comme disait Aragon. Poète communiste, il a tourné patriote lors de l’occupation, après avoir longtemps conspué le drapeau et la Marseillaise. (…) L’hégémonie intellectuelle est toujours détenue par «presse qui pense», même si elle a de moins en moins de lecteurs: Télérama, Les Inrocks, Le Nouvel Obs, Libé, etc. C’est elle qui donne le ton, décerne des brevets et censure ce qu’ils appellent les «dérapages». Ces contestataires professionnels sont étonnés et furieux d’être à leur tour contestés. C’est que l’espèce de bouillie intellectuelle, ce néo-marxisme rudimentaire à base de slogans creux qui leur sert de pensée s’est fracassé sur la réalité sociale. Souvent demeurés intellectuellement dans les années 1960/70 (Derrida, Foucault, etc.), ils s’acharnent à «transgresser», à «renverser des tabous», alors qu’il n’y a plus, en face, que le vide. Ils rejouent éternellement la scène originelle de 68, alors qu’on a radicalement changé d’époque. C’est pourquoi les gens qui pensent juste ont opéré, depuis le début de notre XXI° siècle, ce retour à Camus, à Arendt, à Orwell – qui n’étaient certes pas des penseurs «réactionnaires». «Empêcher que le monde ne se défasse», comme disait Camus. Et ne pas pousser la tolérance à l’absurde, en prétendant tolérer la barbarie. Ne pas justifier l’inacceptable au nom du relativisme des valeurs. (…) lorsque je me retrouve devant mon ordinateur, avec un article à écrire, je pense: comment Christopher Hitchens tournerait-il ça? Orwellien lui aussi, «Hitch» savait comme personne mettre le doigt sur l’hypocrisie, la mauvaise foi, le double standard moral. Et c’était un esprit absolument libre. Un véritable voltairien de la fin du XX° siècle. Il n’a aucun équivalent en français, mais quelques héritiers en Angleterre, comme Nick Cohen. (…) Les dirigeants de l’UE ont refusé à l’Europe toute identité, toute substance, toute limite géographique: ils ont créé une coquille vide, un ensemble flou dans lesquels les citoyens ne reconnaissent pas. Comment s’étonner que ceux-ci se réfugient dans leurs États-nations. Au moins, pensent-ils, on en contrôle les dirigeants en les remplaçant lorsqu’ils prennent de mauvaises décisions. Et on peut en défendre les frontières, ce que l’UE refuse de faire, face à une crise migratoire qui va s’aggraver. (…) il y a aussi quelque chose de positif dans ce que les élites baptisent «populisme»: les simples gens ont parfois une vision plus juste que des dirigeants vivant hors-sol, dans l’ignorance des vrais problèmes de la population. Brice Couturier
J’admire la campagne qu’Emmanuel Macron a menée. Il a défendu les valeurs libérales. (…) Il s’adresse aux espoirs des gens et non à leurs peurs. Barack Hussein Obama
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. Emmanuel Macron
Notre culture, ça ne peut plus être une assignation à résidence. Il n’y aurait pas la culture des uns et la culture des autres, il n’y aurait pas cette formidable richesse française, qui est là, dont on devrait nier une partie, il n’y a d’ailleurs pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple. Et je ne veux pas sortir du champ de cette culture, certains auteurs ou certains musiciens ou certains artistes, sous prétexte qu’ils viendraient d’ailleurs. Emmanuel Macron
La colonisation est un crime contre l’humanité. C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. Emmanuel Macron
Nous vivons et vivrons durablement avec la menace terroriste. Emmanuel Macron
Moi, je ne vais pas inventer un programme de lutte contre le terrorisme dans la nuit. Emmanuel Macron
Monsieur Macron a dit qu’il n’y avait pas de culture française, montrant qu’il n’a rien compris à ce qui fait la France. Qu’est ce qui nous réunit s’il n’y a pas une culture française ? Qu’est ce qui fait que nous sommes des Français ? La France c’est pas un hôtel international sans âme où cohabitent des individus anonymes et des communautés étrangères les unes aux autres. Nous ne sommes pas une aire d’autoroute où les citoyens du monde se croisent par hasard avant de reprendre leur route. Oui il y a une culture française, oui il y a un art français, oui il y a une manière de penser française. Nous les recevons en héritage, de tous ceux qui nous ont précédés. Et nous les conservons ! Comme une part essentielle de nous-même, à transmettre aux générations qui nous suivront. Nous sommes les héritiers d’une lignée de Français, qui ont su au fil des siècles, par leur bravoure, par leur génie, hisser notre pays parmi les plus grandes nations du monde. François Fillon
La religion musulmane doit accepter sans condition tout ce que les autres religions ont accepté par le passé. (…) Je veux un strict contrôle administratif du culte musulman, tant que son ancrage dans la République n’est pas achevé. Je veux la dissolution immédiate de tous les mouvements qui se réclament du salafisme ou des frères musulmans. (…) La France unie n’est pas une addition de communautés. Nous avons une identité, nous avons des coutumes, nous avons une culture, nous avons un drapeau. Le repli communautariste est un danger (…) je serais le défenseur intransigeant de la liberté d’expression même quand il s‘agit d’exprimer leur attachement à leur culture, à leur origine, à leur nation, à la France. (…) L’immigration, sans intégration doit être stoppée. En France, les étrangers ont des devoirs, avant de réclamer des droits. C’est une question d’unité nationale.  (…) On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide (…) je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis (…) pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques (…) je sais aussi que nous aurons besoin de tout le monde (…) n’opposons pas les riches aux pauvres, les patrons et les ouvriers, les croyants et les agnostiques. (…) C’est la même France (…) c’est la France des rois et des sans culotes (…) la France de Châteaubriand et de Kessel (…) Quand on a des valeurs, on les défend !  François Fillon
Jamais l’Europe n’a été dirigée par autant de politiciens sans enfants. Ils sont modernes, ouverts, multiculturels et savent que « tout finira avec eux ». À court terme, être sans enfant est un soulagement car cela implique zéro dépense pour la famille, aucun sacrifice et personne pour se plaindre d’un avenir mal préparé. Comme l’indique un rapport de recherche financé par l’Union européenne : « Pas d’enfants, pas de problème ! ». Etre mère ou père vous oblige à vous projeter dans l’avenir du pays dont vous avez la charge. Mais les dirigeants les plus importants d’Europe ne laisseront aucun enfant derrière eux. La chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte et le président français Emmanuel Macron sont sans enfants. La liste s’allonge avec le Premier ministre suédois Stefan Löfven, le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel et le Premier ministre écossais Nicola Sturgeon. N’ayant pas d’enfants, les dirigeants d’Europe donnent le sentiment de n’avoir aucune raison de s’inquiéter de l’avenir de leur continent. Le philosophe allemand Rüdiger Safranski a écrit: « Pour les personnes sans enfants, penser en termes de générations futures n’est guère pertinent. Par conséquent, ils se comportent de plus en plus comme s’ils étaient les derniers, le dernier maillon de la chaîne ». « L’Europe se suicide. Ou du moins ses dirigeants ont décidé de se suicider », a écrit Douglas Murray dans The Times. « L’Europe aujourd’hui n’a pas envie de se reproduire, de se défendre, ni même de prendre parti pour elle-même dans un débat ». Murray, dans son nouveau livre, intitulé The Strange Death of Europe, baptise le phénomène : « une fatigue civilisationnelle existentielle ». Angela Merkel a pris la décision fatidique d’ouvrir les portes de l’Allemagne à un million et demi de migrants pour enrayer l’hiver démographique de son pays. Ce n’est pas un hasard si Merkel, qui n’a pas d’enfants, a été appelée « la mère compatissante » des migrants. Merkel se moque de savoir si cet afflux massif de migrants ne risque pas modifier la société allemande en profondeur, et pour toujours. Dennis Sewell a récemment écrit dans le Catholic Herald : Cette idée de « civilisation occidentale » rend plus épineuse la panique démographique. Sans elle, la réponse serait simple : l’Europe n’a aucune inquiétude à avoir sur le nombre de jeunes qu’il faut trouver pour soutenir ses personnes âgées dans leurs années de déclin. Plein de jeunes migrants cognent aux portes, grimpent sur les barbelés ou s’embarquent sur des fragiles esquifs pour atteindre nos rives. La seule chose à faire est les laisser entrer. Le statut de femme sans enfant d’Angela Merkel est le reflet de la société allemande : 30% des femmes allemandes n’auront pas d’enfants indiquent les statistiques de l’Union européenne, et ce ratio passe à 40% chez les diplômées de l’Université. La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, a déclaré que, sauf à redresser le taux de natalité, le pays devra « éteindre la lumière ». Selon une nouvelle étude publiée par l’Institut national d’études démographiques, un quart des femmes européennes nées dans les années 1970 n’auront pas enfants. Les leaders européens ne sont pas différents. En 1940, une femme sur neuf née en Angleterre et au Pays de Galles était sans enfant à l’âge de 45 ans, mais en 1967, ce pourcentage est passé à une femme sur cinq. Le nouveau président français Emmanuel Macron a rejeté l’idée exprimée par l’ex-président François Hollande que « la France a un problème avec l’islam ». Il est contre la suppression de la nationalité française pour les djihadistes et affirme avec insistance, et contre toute évidence, que l’Etat islamique n’a rien d’islamique: « Ce qui pose problème n’est pas l’islam, mais certains comportements dits religieux qui sont imposés aux fidèles de cette religion ». Macron prêche une sorte de déjeuner-buffet multiculturel : il évoque le colonialisme comme un « crime contre l’humanité », prône « l’ouverture des frontières », et affirme contre toute évidence qu’il il n’y a pas de « culture française ». Selon le philosophe Mathieu Bock-Coté, Macron, âgé de 39 ans, marié à son ancien professeur de théâtre elle-même âgée de 64 ans, est le symbole d’une « bonne mondialisation libérée de la mémoire de la gloire française perdue». Ce n’est pas un hasard si « Manif Pour Tous », un mouvement qui a lutté contre la légalisation du mariage homosexuel en France, a appelé à voter contre Macron en tant que « candidat antifamille ». Le slogan de Macron, « En Marche ! », incarne les élites mondialisées qui réduisent la politique à un exercice, une performance. C’est pour conquérir l’Europe que le leader turc Erdogan exhorte les musulmans à avoir « cinq enfants » et que les imams musulmans exhortent leurs fidèles à « élever des enfants ». Les suprémacistes islamiques travaillent à produire un conflit de civilisations au cœur de l’Europe ; ils dépeignent les pays qui les accueillent en Occident comme des civilisations sur le point de s’effondrer, sans population, sans valeurs et ne portant plus aucun intérêt à leur propre culture. Giulio Meotti (Il Foglio)
Si le candidat d’En marche! ne prend pas en charge les réalités populaires et les aspirations que dévoile cette élection, sa victoire sera une victoire à la Pyrrhus. La dynamique populiste est enclenchée et ne cessera de monter si on ne traite pas toutes les questions économiques, sociales et culturelles qui sont en jeu. La présidentielle de 2017 et la victoire d’Emmanuel Macron n’offrent qu’un sursis à ce monde d’en haut, mais, si le chef de l’État n’apporte aucune réponse aux catégories populaires, à cette France d’en bas qui se sent exclue de la mondialisation, il est probable que la bascule s’opère alors en 2022 avec le parti le plus à même de représenter cette dynamique-là. Le modèle actuel n’est pas socialement durable. Si la France d’en haut ne parvient toujours pas à être exemplaire et à parler à celle d’en bas, ses jours sont comptés. (…) À l’issue de mes travaux, j’ai distingué une fracture française qui se situe entre les grandes métropoles mondialisées et le reste, la « France périphérique ». Celle- ci n’est donc pas exclusivement rurale et englobe également des petites et moyennes villes. Elle concerne ainsi tous les territoires qui se trouvent à l’écart des grands pôles urbains, pôles qui créent le plus d’emplois et se trouvent insérés dans la mondialisation. Cette fracture s’observe d’ailleurs aussi bien en France que dans les autres pays européens ou aux États Unis: la logique est partout la même et provient d’une disparition des classes moyennes « le plus grand plan social de l’histoire. Ces classes sont devenues de nouvelles classes populaires, qui ont le sentiment d’être invisibles et de ne pas être économiquement intégrées. Comme partout dans les pays développés, les ressorts de la dynamique populiste reposent d’une part sur la destruction de la classe moyenne traditionnelle et sa mise à l’écart des métropoles mondialisées,et d’autre part sur l’émergence d’une société multiculturelle. Si une partie de la France populaire est réceptive au discours de Marine Le Pen, celle-ci ne rallie qu’une partie du monde d’en bas. Il est toutefois effectivement frappant de constater que son vote est surreprésenté dans cette France périphérique et sous-représenté dans la France des grandes métropoles. Le constat est inverse pour Emmanuel Macron, incarnation de la nouvelle bourgeoisie. Par ses propos sur la « société ouverte » , le néolibéralisme, le libre-échangisme, le candidat d’En marche! a été le candidat des grandes métropoles.. Partout en France, comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, les richesses et la création se concentrent dans les métropoles. Et partout dans le monde, ce modèle crée sa contestation populiste. Celle-ci émane des catégories qui constituaient hier le socle de la classe moyenne – ouvriers, employés, paysans – , et des  mêmes territoires. Catégories qui ont été les grandes perdantes du processus d’adaptation des économies occidentales aux normes de l’économie-monde. La mondialisation repose, en effet, sur une division internationale du travail qui condamne sur le temps long la classe moyenne occidentale. L’émergence d’une classe moyenne chinoise ou indienne s’est ainsi réalisée au détriment des ouvriers ou employés américains, français ou britanniques. Ce terrible constat explique que nous vivons depuis trente ans un processus de la sortie de la classe moyenne” qui vit désormais sur des territoires éloignés des zones d’emploi dynamiques. Et le vote Trump est porté par l’Amérique périphérique, le Brexit par la Grande-Bretagne périphérique, le vote Le Pen par la France périphérique (…) On observe déjà une division entre l’Est, qui a principalement voté pour Marine Le Pen, et l’Ouest, qui a davantage voté Macron. Mais cette géographie sociale provient de l’héritage industriel, où les industries étaient présentes essentiellement dans l’Est, et le rural et le tertiaire dans l’Ouest. Il est plus instructif de zoomer sur chaque territoire. Que ce soit dans des régions où Marine Le Pen est en tête ou d’autres dans lesquelles Macron l’emporte, une même logique s’opère. Ainsi, à l’issue du premier tour, en Bretagne, où Macron a obtenu plus de voix, celles-ci ont été gagnées dans les grandes villes bretonnes, comme Rennes. Dans cette dernière, Marine Le Pen a fait moins de 6%, mais a dépassé les 20% dans certaines zones rurales bretonnes. De la même manière, à l’Est, la candidate du FN fait un score moins bon dans des grandes villes comme Nancy, alors qu’elle triomphe dans les petites villes de la région. On le constate, la dynamique France périphérique-métropole marche à l’intérieur de chaque région. Il y a donc une sociologie assez similaire. Le premier tour révèle donc l’ »implosion des partis traditionnels. (…) Si les affaires ont évidemment joué, la difficulté de la droite a été ,dès le départ, d’arriver à convaincre cet électorat de la France périphérique, désormais arrimé au Front national. Il ne se sent pas représenté par la droite traditionnelle, perçue comme trop libérale. L’entrée en campagne de François Fillon sur le mode de réduction des dépenses publiques et d’adaptation aux normes de l’ économie mondialisée a eu un effet destructeur. Son échec réside dans son incapacité à se connecter avec cet électorat populaire et dans le fait que son discours s’est en partie adressé à une classe moyenne en voie de disparition. (…) ]Pour le vote Fillon] Une minorité, à la marge, parce qu’elle est totalement dans une logique anti- système, a voté FN. Mais le reste des électeurs de cette France insoumise s’est plus largement reporté sur Emmanuel Macron ou réfugié dans l’abstention, pour une raison simple : les voix de Jean-Luc Mélenchon proviennent davantage de l’ électorat populaire des banlieues des grandes villes que des véritables périphéries. Cela reste un vote plutôt des grandes métropoles, avec beaucoup d’ électeurs de la fonction publique et de la gauche classique. •Christophe  Guilluy
Pendant la guerre froide, on les nommait les « idiots utiles ». Ils n’étaient pas membres du Parti communiste, mais ils le considéraient d’un œil favorable, parlaient de lui positivement et ne condamnaient pas les idées de Lénine et Staline. Au 21ème siècle, le communisme a globalement disparu, mais l’islamisme a pris le relais de principale menace mondiale. De la même manière que le communisme produisait ses Idiots utiles, le totalitarisme islamique produit ses « Infidèles utiles ». A une importante différence près : à l’époque de l’Union soviétique, les Idiots utiles étaient des intellectuels. Maintenant, les Infidèles utiles sont des politiciens, et l’un d’entre vient d’être élu président de la République française. Emmanuel Macron, Infidèle Utile, n’est pas un partisan du terrorisme ou de l’islamisme. C’est pire : il ne voit même pas la menace. Peu après les horribles attaques du 13 novembre 2015 à Paris, Macron a déclaré que la société française devait assumer une « responsabilité » dans le « terreau » sur lequel le djihadisme a pu prospérer. « Quelqu’un sous prétexte qu’il a une barbe ou un nom à consonance qu’on pourrait croire musulmane, a quatre fois moins de chances d’avoir un entretien d’embauche qu’un autre » a-t-il ajouté. Ce qui revient à considérer que faire ses bagages pour la Syrie et revenir en France armé d’une kalachnikov et d’une ceinture d’explosifs ne peut être que le geste de dépit d’un chômeur de longue durée. Macron en vient presque à accuser les Français d’être racistes et « islamophobes ». « Nous avons une part de responsabilité », a-t-il averti » parce que ce totalitarisme se nourrit de la défiance que nous avons laissée s’installer dans la société. Il se nourrit de cette lèpre insidieuse qui divise les esprits, et, si demain nous n’y prenons pas garde, il les divisera plus encore ». Par conséquent, a conclu M. Macron, la société française « doit changer et être plus ouverte ». Plus ouverte à quoi? À l’islam, bien sûr. Le 20 avril 2017, après qu’un terroriste islamiste ait assassiné un policier et blessé deux autres à Paris, sur les Champs Elysées, Macron a déclaré : « Je ne vais pas inventer un programme de lutte contre le terrorisme en une nuit ». Après deux ans d’attentats terroristes ininterrompus sur le territoire français, le candidat à la présidence de la République considère les problèmes de sécurité du pays comme quantité négligeable. (…) Il serait bien sur absurde d’affirmer que Emmanuel Macron est un promoteur patenté de l’islamisme et du terrorisme en France. Mais il est plus juste et plus politiquement correct de dire qu’il est un « mondialiste » et un « partisan déclaré du multiculturalisme ». En tant que tel, il ne considère pas l’islamisme comme une menace nationale parce que, pour lui, la nation française ou, comme il l’a dit, la culture française n’existe pas réellement. Macron a en effet nié que la France avec son histoire et sa culture n’a pas d’existence réelle. Le 22 février, en visite aux expatriés français à Londres, Macron a déclaré : « La culture française n’existe pas, il y a une culture en France et elle est diverse ». En d’autres termes, sur le territoire français, la culture française et les traditions françaises n’ont aucune priorité par rapport aux cultures immigrées importées. Le même jour, à Londres, il a ajouté : « l’art français? Je ne l’ai jamais rencontré ». Multiculturaliste et politicien, Macron ne s’adresse pas à la population française mais à des publics segmentés. En Algérie, Macron a déclaré que la colonisation française était un « crime contre l’humanité » pour séduire les votes des citoyens français d’origine algérienne. Mais au magazine Causeur dont les positions anti-islamistes sont connues, il déclare :« La France n’a jamais été et ne sera jamais un pays multiculturel ». Désormais président, Macron ne pourra plus tenir ces discours multiples et contradictoires. Mais les Français qui tiennent à leur culture, à leur langue, à leur patrimoine historique ainsi qu’à l’idée qu’ils se font de leur pays pourraient bien avoir quelques déceptions. Yves Mamou
The enduring narrative of the American dream is that if you study and get a college education and work hard, you can get ahead. The survey shows that many white working-class Americans, especially men, no longer see that path available to them. … It is this sense of economic fatalism, more than just economic hardship, that was the decisive factor in support for Trump among white working-class voters. Robert P. Jones (PRRI)
White Americans carried Donald Trump to the White House. He won college-educated white voters by a four-point margin over Hillary Clinton, according to exit polls. But his real victory was among members of the white working class: Twice as many of these voters cast their ballots for the president as for Clinton. In the wake of Trump’s surprise win, some journalists, scholars, and political strategists argued that economic anxiety drove these Americans to Trump. But new analysis of post-election survey data conducted by the Public Religion Research Institute and The Atlantic found something different: Evidence suggests financially troubled voters in the white working class were more likely to prefer Clinton over Trump. Besides partisan affiliation, it was cultural anxiety—feeling like a stranger in America, supporting the deportation of immigrants, and hesitating about educational investment—that best predicted support for Trump. This data adds to the public’s mosaic-like understanding of the 2016 election. It suggests Trump’s most powerful message, at least among some Americans, was about defending the country’s putative culture. Because this message seems to have resonated so deeply with voters, Trump’s policies, speeches, and eventual reelection may depend on their perception of how well he fulfills it. In September and October 2016, PRRI and The Atlantic surveyed American voters about how they were feeling about politics. Researchers specifically focused on white, working-class voters—people without college degrees or salaried jobs. This group accounts for one-third of American adults. They make up a bigger share of the population in the Midwest than they do in any other region, and more than half of rural Americans are part of the white working class.As it turned out, this would become one of the most decisive groups of voters in the election. In November, researchers returned to this group to see how its members had voted and get a sense of why. They found that 64 percent of these voters had chosen Trump, while only 32 percent chose Clinton. While white, non-college-educated voters tend to prefer Republicans, Trump won them by a larger margin than any presidential candidate since 1980, according to the Pew Research Center. Controlling for other demographic variables, three factors stood out as strong independent predictors of how white working-class people would vote. The first was anxiety about cultural change. Sixty-eight percent of white working-class voters said the American way of life needs to be protected from foreign influence. And nearly half agreed with the statement, “things have changed so much that I often feel like a stranger in my own country.” Together, these variables were strong indictors of support for Trump: 79 percent of white working-class voters who had these anxieties chose Trump, while only 43 percent of white working-class voters who did not share one or both of these fears cast their vote the same way.The second factor was immigration. Contrary to popular narratives, only a small portion—just 27 percent—of white working-class voters said they favor a policy of identifying and deporting immigrants who are in the country illegally. Among the people who did share this belief, Trump was wildly popular: 87 percent of them supported the president in the 2016 election. Finally, 54 percent of white working-class Americans said investing in college education is a risky gamble, including 61 percent of white working-class men. White working-class voters who held this belief were almost twice as likely as their peers to support Trump. While the analysis pointed to some interesting patterns around economic status, more research is needed to confirm them. The findings contrast with much of the coverage of the election: People who said their finances are only in fair or poor shape were nearly twice as likely to support Clinton compared to those who feel more economically secure. (…) Nearly two-thirds of the white working class say American culture has gotten worse since the 1950s. Sixty-eight percent say the U.S. is in danger of losing its identity, and 62 percent say America’s growing number of immigrants threaten the country’s culture. More than half say discrimination against whites has become just as problematic as discrimination against minorities. The Atlantic
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Securing national borders seems pretty orthodox. In an age of anti-Western terrorism, placing temporary holds on would-be immigrants from war-torn zones until they can be vetted is hardly radical. Expecting “sanctuary cities” to follow federal laws rather than embrace the nullification strategies of the secessionist Old Confederacy is a return to the laws of the Constitution. Using the term “radical Islamic terror” in place of “workplace violence” or “man-caused disasters” is sensible, not subversive. Insisting that NATO members meet their long-ignored defense-spending obligations is not provocative but overdue. Assuming that both the European Union and the United Nations are imploding is empirical, not unhinged. Questioning the secret side agreements of the Iran deal or failed Russian reset is facing reality. Making the Environmental Protection Agency follow laws rather than make laws is the way it always was supposed to be. Unapologetically siding with Israel, the only free and democratic country in the Middle East, used to be standard U.S. policy until Obama was elected. (…) Expecting the media to report the news rather than massage it to fit progressive agendas makes sense. In the past, proclaiming Obama a “sort of god” or the smartest man ever to enter the presidency was not normal journalistic practice. (…) Half the country is having a hard time adjusting to Trumpism, confusing Trump’s often unorthodox and grating style with his otherwise practical and mostly centrist agenda. In sum, Trump seems a revolutionary, but that is only because he is loudly undoing a revolution. Victor Davis Hanson
Outre l’événement judiciaire, les propos de François Fillon marquent un tournant populiste dans la campagne présidentielle. A trois jours de distance, le candidat de la droite traditionnelle a en effet employé les arguments de Marine Le Pen, qui a fustigé le « gouvernement des juges » ou le rôle nocif des médias. François Fillon affirme que le seul juge, c’est le peuple. Nous avions certes aussi vu apparaître chez Jean-Luc Mélenchon le terme douteux de « dégagisme ». Mais entendre dans la bouche d’un candidat central des propos aussi agressifs à l’égard de la justice et de la presse est un événement inédit en France, car ils sont la marque de fabrique de la vision populiste de la démocratie. Ce qui est regrettable, c’est que ses amis politiques ne le critiquent pas sur le fond, ils lui reprochent surtout de ne pas avoir tenu sa promesse de renoncer s’il était mis en examen. (…) On entend ce discours aujourd’hui partout dans le monde, en Turquie, en Russie, aux Etats-Unis, par Poutine ou Orban, Trump ou Erdogan. Ce qui est en jeu, c’est une certaine conception de la démocratie. Bien sûr, celle-ci se définit comme pouvoir du peuple, mais d’un peuple qui reste insaisissable comme totalité. Le peuple électoral est certes la clef de tout. Mais il ne faut jamais oublier que la majorité électorale ne représente pas toute la société. D’où la nécessité de ne pas limiter la démocratie à l’expression électorale d’un « peuple arithmétique ». Une cour constitutionnelle, par exemple, a aussi une fonction représentative : défendre les droits et les valeurs fondatrices de la démocratie. Elle représente en ce sens chaque citoyen, aussi modeste soit-il. Elle donne consistance au « pouvoir de n’importe qui » et au respect de ses droits. La démocratie doit aussi faire vivre des pouvoirs neutres sur lesquels personne ne peut mettre la main, y compris la majorité. C’est la raison d’être des autorités judiciaires et des autorités indépendantes. La démocratie est de cette troisième façon le « pouvoir de personne » qu’aucun parti ne peut s’approprier. L’impartialité joue pour cela un rôle fondamental en démocratie. Le représentant du peuple n’est donc pas seulement l’élu. Les régimes populistes se définissent par le refus de cette pluralité : ils veulent mettre à leurs bottes les cours constitutionnelles, supprimer les organismes indépendants, et considèrent comme ennemis les pouvoirs d’analyse, de jugement et d’investigation qui sont ceux de la presse. (…) Nous vivons un basculement démocratique en France comme au niveau mondial qui se manifeste par la progression de la culture populiste et par l’effondrement de la démocratie des partis. Il est important de noter que trois des principaux candidats, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, qui représentent environ deux tiers des intentions de vote, n’ont pas de parti derrière eux. Car le Front national, c’est le comité de soutien de Marine Le Pen, non pas un parti politique avec de véritables instances, une représentation sociale et un travail collectif. (…) Il n’y a pas d’intelligence critique du populisme. Toute la critique de la presse qu’on entend aujourd’hui ressemble à celle que menait Napoléon III. La presse, disait-il, c’est l’alliance d’un talent et d’un capital. La presse n’était pas représentative à ses yeux. Moi, je suis élu, disait-il aux journaux, alors que vous n’êtes qu’une puissance qui veut usurper la représentation nationale. Vous exercez un pouvoir sans avoir été élus. Donc vous êtes illégitimes. A l’époque, les républicains n’ont fait qu’une critique libérale de ces attaques anti-médias. Ils ont défendu, à juste titre, la liberté d’expression. Mais il faut mener également une critique démocratique, il faut défendre l’idée que la démocratie, ce n’est pas que le peuple électoral, mais aussi ses contre-pouvoirs. En un mot, il faut davantage avoir l’intelligence de son indignation. (…) Le populisme naît des dysfonctionnements démocratiques. Cela rappelle la période de la fin du XIXe siècle où les mouvements populistes ont été stoppés par une convergence de social-démocratie et de République sociale. Aujourd’hui, aucun candidat, même ceux qui défendent l’idée d’une VIe République, qui prend chez eux la forme d’une sorte de retour à un parlementarisme à l’ancienne, n’a vraiment proposé une refondation démocratique, dans le sens de la formation de ce que j’ai appellé une démocratie d’exercice. (…) Marine Le Pen, Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon ne se fondent pas sur un principe de représentation – d’une classe sociale, par exemple, ou d’un mouvement politique historique –, ils incarnent un principe d’identification. C’est l’inverse de la représentation. C’est leur personnalité qui crée la base sociale, comme le montre le succès de leurs apparitions publiques ou médiatiques. Le cœur de leur campagne, ce n’est plus le programme, mais leur personne qui, dans une société des individus, permet aux électeurs de s’identifier. (…) La nouvelle droite et les populistes d’extrême droite imposent, eux, leurs idées (défense de la civilisation européenne, critique de Mai 68, focalisation sur l’identité), comme l’illustre le glissement de certains intellectuels de « gauche » vers la droite la plus dure. Leur pouvoir d’attraction est fort car ils sont structurés idéologiquement, et ont une capacité de séduction dans un contexte de profond désarroi. (…) Le camp progressiste, c’est un fait, n’a pas été capable de voir à quel point un basculement démocratique décisif était à l’œuvre. L’heure du retour sur ses aveuglements a sonné ; le temps d’un examen de conscience critique est venu. Pierre Rosanvallon
C’est une opération recyclage du Parti socialiste. La grande lessiveuse. Je ne laisserai pas faire ça. François Bayrou
Le débat de l’entre-deux-tours a précipité la décision de Marion Maréchal-Le Pen de prendre du champ. Elle l’a jugé « catastrophique » et ruineux pour l’image présidentiable de Marine Le Pen. Elle se met en réserve du parti, en attente d’une occasion pour prendre sa part dans les recompositions politiques qui toucheront le FN, lui aussi. (…) Selon nos informations, non seulement la jeune femme et bientôt ex-députée se place en réserve de la politique, mais elle se tient de surcroît prête à jouer un rôle dans la grande recomposition politique à l’œuvre aujourd’hui, qui immanquablement touchera le FN. Aucun calendrier n’est fixé et ses intentions de rejoindre le monde de l’entreprise réelles – plusieurs grands groupes l’auraient d’ailleurs approchée. Mais depuis plusieurs mois déjà, des signaux lui sont envoyés par des élus LR qui rêvent de la création d’un grand parti clairement positionné à droite dans lequel la petite-fille de Jean-Marie Le Pen aurait toute sa place. Il semblerait que la jeune femme ne soit pas totalement indifférente à ces sollicitations. D’autant qu’à la différence de bien d’autres personnalités du FN, elle a su se tenir à l’écart des affaires financières du parti, la mettant à l’abri des éclaboussures inévitables consécutives aux poursuites judiciaires. « Elle est la seule à n’avoir pas souscrit aux crédits obligatoires du micro-parti Jeanne lors des élections régionales », rappelle fort à propos une élue de la région PACA. (…) Mais personne n’ignorait ses désaccords stratégiques avec le vice-président Florian Philippot et la direction de campagne emmenée par David Rachline, maire de Fréjus. Pour elle, le dogme de la sortie de l’euro devait être dépassé, et de ce point de vue, l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan lui était apparue comme une chance historique de rassemblement d’une partie de la droite autour du FN. « Dommage que cette alliance ne soit pas allée plus loin qu’une place de vedette américaine offerte à Dupont-Aignan lors du meeting de Villepinte », aurait-elle confié à ses proches.  (…) Personne n’imaginait une position aussi radicale, même si certains la redoutaient. Car chacun connaît l’étendue de la popularité de la plus jeune députée de France. Bien plus qu’un long et épuisant combat d’opposition interne en vue du prochain congrès prévu pour l’hiver prochain, Marion Maréchal a choisi le clash et l’effet de sidération. Ne restait qu’à l’habiller de raisons personnelles, réelles, pour éviter l’affrontement public. Mais le message est clair, son onde de choc n’est pas près de se dissoudre, les échanges que nous avons eus avec quelques élus importants ne laissent place à aucun doute. Marianne
Pour sûr, la politique a pris un coup de vieux. L’élection d’Emmanuel Macron, 39 ans, 66,10 % des voix, est aussi la victoire de son mouvement, En marche !, qui ringardise les partis. (…) Toutefois, sa « révolution démocratique » n’est qu’un mot creux ; un trompe-l’œil. L’immuable idéologie conformiste, technicienne et élitiste, reste son soutien. (…) C’est le « casse du siècle » que le cerveau d’En marche ! a commis sous les vivats de la gauche. L’Élysée n’a pu étouffer ses applaudissements, dimanche soir. Lundi, lors de la célébration de la capitulation allemande, François Hollande a affiché son paternalisme avec celui qui l’accompagnait dans ses premiers pas présidentiels. Catherine Barbaroux, membre du PS dès les années 1970, a pris la présidence d’En marche ! Croiser les sourires de la plupart des socialistes de cœur confirme le tour de passe-passe : la gauche éreintée a réussi l’exploit de se maintenir au pouvoir en rajeunissant la façade et en criant à la menace fasciste. Non content d’avoir participé à la suspicion sans preuve contre François Fillon et à l’immature hystérie contre Le Pen, le stratège inspiré espère l’explosion des Républicains en faisant miroiter des places aux gourmands. Faut-il le rappeler aux étourdis et aux dormeurs ? Le 7 mai 2017, la France a confirmé le choix, dissimulé par le flou, d’une rupture dans son modèle de civilisation. Le projet de Macron pour la France, approuvé par 20,4 millions d’électeurs, porte en lui la disparition de la nation assimilatrice, une et indivisible, au profit d’un « Hexagone » vu comme un « open space » où les minorités seront protégées par des discriminations positives et où la quête de visibilité de l’islam politique sera laissée en paix. 92 % des Français musulmans ont voté Macron, contre 62 % des catholiques. Celui qui chante La Marseillaise la main sur le cœur, comme aux États-Unis, a été félicité par Barack Obama et le Canadien Justin Trudeau, symboles de la cause postnationale, c’est-à-dire des sociétés ouvertes à la mondialisation et au multiculturalisme. Or ces deux causes sont au cœur de la crise identitaire, oubliée au profit de diversions sur la moralité de Fillon ou de Le Pen. Il y a de la farce démocratique dans ce hold-up électoral où les enjeux existentiels n’auront jamais été abordés par le vainqueur. Est-ce pour les avoir évoqués que Manuel Valls subit les humiliations des Macron’s boys ? La foule qui a applaudi l’élu, dimanche au pied de la pyramide du Louvre, partage probablement sa lassitude de l’État- nation, appelé à se diluer dans un monde où l’étranger ne se différencie plus du citoyen. Cette vision est celle de la pensée dominante, qui a grimé en affreux ceux qui parlaient de souveraineté et de limites. Cependant, 60 % des électeurs de Macron ont fait un choix par défaut pour s’opposer à Le Pen, qui a tout de même recueilli 10,5 millions de voix. De surcroît, 16,1 millions ont choisi l’abstention et le vote blanc ou nul, tournant le dos aux ordres d’abattre l’ennemi intérieur. Le socle électoral du président est donc fragile. Certes, sa victoire l’autorise à tout. Pour autant, il n’a pas reçu de blanc-seing pour disloquer un peu plus la France malade, au nom d’un optimisme insouciant. Des Français seront là pour le lui rappeler. Reste que Marine Le Pen n’a pas été à la hauteur de sa mission, qui était de représenter les oubliés de la mondialisation et les inquiets du libéralisme libertarien. (..) Sa confrontation télévisée du 3 mai, jugée vulgaire et désastreuse, est une des causes de son effondrement. L’immigration n’y a même pas été abordée. La diabolisation du FN a pu aussi effrayer plus d’un esprit perméable aux prêches du moralisme. Cependant, c’est bien sa stratégie d’ouverture à la gauche extrême qui a été incomprise. (…) La décision de Marion Maréchal-Le Pen, 27 ans, de se retirer du FN, mercredi, pour rejoindre la vie réelle, n’est pas motivée par son seul désir de se consacrer à sa petite fille. C’est un univers borné de branquignols adeptes de « fake news » (fausses nouvelles) et d’idées économiquement mal ficelées que l’élue a aussi choisi de quitter. (…) Si En marche ! a su fédérer la classe privilégiée des mondialistes (diplômés, urbains, riches), mise au service du seul pouvoir personnel de son leader narcissique, il reste à mobiliser ceux qui, en face, pourraient se reconnaître dans un conservatisme libéral et social. L’introuvable union des droites pourrait enfin voir là son issue. Ceux qui espéraient voir les Français en colère rejeter la tyrannie du politiquement correct, qui oblige à marcher les yeux grands fermés, ont perdu en beauté. La victoire de Macron conforte courtisans et médias. Tous ont défendu sa vision du monde, angélique mais fausse, au prix d’une infantilisation des peurs contre un « populisme » forcément nauséabond. Malheur aux vaincus ! Ivan Rioufol
Il y a un temps pour la langue de bois. Un temps pour le parler franc. Difficile d’annoncer que l’élection présidentielle est un référendum pour ou contre la France puis de se satisfaire de… 34% de oui. Je dis tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. D’autant que Marine Le Pen a bénéficié d’une exceptionnelle conjonction de planètes : président sortant discrédité, adversaire de droite détruit, diabolisation en berne (jusqu’au débat du 3 mai), Brexit, élection de Trump, invasion migratoire, attentats. Difficile d’imaginer un enchaînement de faits plus favorables pour engranger des suffrages. Et pourtant l’or d’une situation s’est transformé en plomb électoral. Une campagne plus équilibrée sur l’immigration et l’identité, une campagne plus positive, plus enthousiaste, moins récriminatoire, aurait donné un meilleur résultat. C’est sûr ! Victorieuse ? Peut-être pas : la marche était encore trop haute. Mais virer en tête au premier tour et tangenter les 45%, le 7 mai, sans doute. N’oublions pas que Marine Le Pen qui a démarré à 28% dans les sondages (et dans les élections régionales qui ont précédé) est tombé à 21% au soir du premier tour (à peine plus que le total Le Pen+ Mégret de… 2002). Au deuxième tour, elle partait avec un potentiel de 40% à 42 % qu’elle a fait chuter à 34 % : beaucoup mieux que son père en 2002, c’est vrai, mais lui affrontait un candidat étiqueté de « droite ». En dehors de quelques oligarques sectaires ou serviles, chacun sait bien au FN que le débat du 3 mai a été catastrophique (y compris pour l’avenir) et que la ligne souveraino–jacobino- monétariste est un bâton merdeux. (…) il y a évidemment place pour une sensibilité de gauche et pour une sensibilité souverainiste au FN, mais à sa juste place, pas en position de quasi-monopole pour les places, bien sûr, mais aussi pour la structuration du discours. Vous connaissez le coucou : c’est un oiseau qui pond son œuf dans le nid d’autrui. Comme le petit coucou crie plus fort que les autres oisillons, les parents adoptifs le nourrissent mieux que leurs propres oisillons. Et quand le petit coucou est assez fort, il jette hors du nid ses frères de nichée.Vous avez là la stratégie de Philippot : il est entré dans un parti identitaire pour en faire un parti souverainiste. Au lieu de défendre la France, on défend le franc. Au lieu de défendre son identité civilisationnelle, on verse dans l’économisme. C’est le recyclage du gaullisme de pacotille de Seguin et du souverainisme désincarné de Chevènement à coups d’accents bolcheviks. La campagne de deuxième tour, c’est quinze jours de drague éhontée des électeurs de Mélenchon pour n’en récupérer que… 7%. Comme c’est ballot, les réserves étaient à droite : 20% des électeurs de Fillon et 35% de ceux de Dupont-Aignan votant pour la candidate nationale. Des électeurs qui ont eu bien du mérite car tout a été fait pour les dégoûter ! Qui peut sérieusement penser que Marine Le Pen sur la ligne Philippot – qui est aussi la sienne – pourrait avoir des chances sérieuses en 2022 ? Il faut éviter de se raconter des histoires. Alors qui ? Quitte à avoir une ligne philippotiste pourquoi pas Philippot ? A tout prendre ! Quitte à avoir une ligne souverainiste pourquoi pas Dupont-Aignan, d’autant qu’il a pris, lui, conscience des enjeux du Grand Remplacement ? Sur une ligne plus identitaire et plus conservatrice, Marion Maréchal Le Pen, bien sûr. Et puis les événements à venir permettront peut-être à une nouvelle personnalité d’émerger. (…) [Le départ de Marion] Quelle tristesse ! Quel gâchis ! Au-delà des raisons personnelles – respectables – qui ne voit les raisons politiques ? Son choix était le suivant : se soumettre à une ligne et des pratiques de management politique qu’elle désapprouvait. Ou entrer en guerre civile. Elle a voulu éviter cela. L’histoire connaît des infanticides, des parricides mais pas de « tanticide » et ce ne sera pas pour cette fois … Jean-Yves Le Gallou
A Denain, le taux de pauvreté et le taux de recours aux minima sociaux est le plus important de France. Dans cet ensemble, certains critères structurants sont forts. Il y a, par exemple, en France, une distinction forte entre la France installée sur une ligne TGV et la France installée sur une ligne classique, voire la France des gares qui ferment. Ce critère-là est symbolique mais puissant. (…) Les Républicains américains se sont rangés finalement derrière Donald Trump parce qu’ils n’avaient pas le choix : ils se sont faits dépasser par lui et parce qu’ils n’ont pas su maitriser le mouvement du Tea Party qui a pris une influence grandissante au sein du GOP. La comparaison ne peut cependant pas être parfaite : il y a des différences importantes entre Donald Trump (et le Tea Party) et le Front national de Madame Le Pen, à commencer par l’économie : le premier défend un programme plutôt « poujadiste » (si le qualificatif peut s’employer pour les Etats-Unis) alors que le second a adopté des positions très ancrées à gauche. En France, le sujet de l’insécurité culturelle semble avoir été au cœur des débats politiques des dernières années et il n’a pas été porté de manière unique par le Front national : on peut considérer que les débats sur l’ « identité nationale », à l’époque du président Sarkozy, était une manière d’aborder le sujet ; ou que Manuel Valls avait aussi essayé d’en parler. La campagne présidentielle n’en a pas réellement parlé, mais cela est vrai de tous les autres sujets : ce sont les affaires qui ont dominé. (…) le soutien du Parti Républicain aux Etats-Unis apporté à Trump fut très fluctuant et parfois même très limite. Si l’on fait le compte des dirigeants républicains qui ont attaqué Trump, y compris dans la dernière ligne droite de l’élection, on peut fortement tempérer votre propos. Pour des raisons historiques, les Etats-Unis ont vraiment du mal à sortir du bipartisme, de telle sorte que l’aile équivalente au Front National est de fait intégrée au parti républicain. Mais cette intégration ne signifie pas que la coexistence est tous les jours pacifique. Bien au contraire. Sur ce point, le Front National pourrait aussi considérer que la vie politique française lui offre la possibilité de mieux valoriser son approche et ses propositions, en concourant aux présidentielles sans frein, ou sans passe obligatoire par une primaire. Avec un peu d’efforts, il est d’ailleurs très probable que le Front National serait capable de récupérer une part substantielle des forces de droite. Éric Verhaegh
Lorsqu’on en reviendra à dire que MLP est centre-droit (…) on comprendra sans doute mieux la pensée de la multitude déstabilisée face à celle de l’élite déracinée. Erwan Le Noan
Ce n’est pas seulement en revenant à un chômage minimum qu’on résoudra le malaise français. Il y a aussi des questions culturelles (« d’identité », de « vivre-ensemble », de « collectif », appelons-les comme on veut) qui se posent avec acuité. Malheureusement, elles sont souvent écartées d’un revers de la main dans le débat public, ce qui interdit à la fois d’y réfléchir et d’y répondre. (…) L’une des clés d’analyse, mais surement pas la seule, est qu’une partie de la population occidentale – pas seulement française ! – a l’impression que sa vie lui échappe, qu’elle ne contrôle plus rien, qu’elle subit ; et qu’à l’inverse, une autre partie profite pleinement et de manière injuste du monde et de ses opportunités. D’une certaine manière, la colère contre les inégalités (d’un Occupy Wall Street, Podemos et France Insoumise) rejoint le malaise identitaire (exprimé par Donald Trump ou le Front national) : l’un et l’autre expriment une demande d’unité, de cohésion identitaire et/ou sociale. Le test de l’ »insécurité sociale » est simple: voir si on appelle extrême la tradition. Sans jugement de valeur. Dire que la société doit s’ordonner librement autour/pour des personnes françaises, nées d’un père et d’une mère également considérés et mariés, et justement rémunérées pour le travail que doit leur ménager fraternellement la société est en général la définition du centrisme. C’est aujourd’hui ce qui est qualifié d’extrême, laissant au « nouveau centre » la source de l’insécurité sociale. Lorsqu’on en reviendra à dire que MLP est centre-droit et Mélanchon centre-gauche on comprendra sans doute mieux la pensée de la multitude déstabilisée face à celle de l’élite déracinée.. Cette impression d’abandon est cruciale et motive une demande de reconnaissance multiple : les citoyens concernés veulent « simplement » qu’on admette que leur mode de vie est aussi valable que les autres, que leur attachement à certaines traditions n’est pas méprisable, que leur vision du travail, notamment industriel, n’est pas une ineptie. Or, tout un discours politique décrit un sens unique du progrès intellectuel et moral, et désigne comme des arriérés voire des coupables ceux qui, pour une raison ou une autre, y résistent. Erwan Le Noan

Après les fatwas, on fait quoi, on change le peuple ?

A l’heure où pour ceux qui avaient déjà oublié les espoirs trahis il y a cinq ans du gouvernement précédent …

Commence à pointer, après les faux mamours de la campagne et couacs et trahisons aidant, la plus sordide réalité de la lutte politique qui est en train de se jouer avant même l’investiture du nouveau président au sommet du futur Etat …
Et où dégoûtée par l’erreur fatale – un véritable suicide en direct ! – de la direction toujours plus gauchisante de son parti …
Et du haut de ses douze ans de moins – vraie révélation de ce scrutin ! – que le prétendu génie des Carpates avec lequel nous bassine nos médias …
Une Marion Maréchal-Le Pen fait montre  en refusant la lutte familicide qu’on voulait lui imposer d’une remarquable maturité politique et humaine …
Et au lendemain d’une nouvelle élection volée …
Véritable casse du siècle extorquée à nouveau …
A une population majoritairement à droite …
Entre assassinat politique, coup d’Etat légal et lynchage médiatique du seul véritable candidat de l’alternance …
Et hystérie collective contre la représentante des laissés pour compte de la mondialisation …
Comme des questions qui fâchent que, lorgnant trop sur l’extrême-gauche, elle a finalement si mal portées …
Comment ne pas voir ..
Comme le rappellent, citant un récente étude américaine, Erwan Le Noan dans Atlantico …
Ou, au-delà des divagations que l’on sait, l’identitaire mégrétiste Jean-Yves Le Gallou dans Riposte laïque …
A la fois à l’instar et a contrario de la contre-révolution réussie outre-atlantique par l’autre grand pestiféré de nos progressistes Donald Trump …
La véritable normalité et donc le véritable centrisme …
Qu’avaient tenté, en vain cette fois-ci encore, de ramener dans le jeu politique  …
Plombés tous deux par les affaires ou une désormais bien encombrante famille …
Un Fillon ou une Marion Maréchal ?

Bien plus que la peur du chômage

Élection de Donald Trump, la « responsable » vient d’être démasquée, c’était l’insécurité culturelle. Mais qu’en est-il en France (et non, on ne parle pas que d’immigration) ?

L’insécurité culturelle est fortement liée au vote populiste. Dans les causes de ce dernier, elle dépasserait l’insécurité économique.

 Atlantico

11 mai 2017

Atlantico : Selon une étude menée par The Atlantic et le Public Religion Research Institute, la principale variable « explicative » du vote Trump serait, non pas l’angoisse économique de la classe ouvrière blanche, mais son insécurité culturelle, définie notamment par le sentiment de ne plus être chez soi en Amérique, par un souhait de voir les migrants « renvoyés » chez eux, ou par une perte de confiance dans les capacités du système éducatif à leur venir en aide. Comment pourrait on définir les caractéristiques d’un tel sentiment d’anxiété culturelle, en se plaçant sous un angle français ? Faut il y voir également un puissant carburant du vote frontiste ?

Erwan Le Noan : Les explications de la colère populiste de l’Amérique « blanche » sont multiples. Elles sont excellemment bien présentées dans un livre récent, qui a rencontré un énorme succès aux Etats-Unis, Hillbilly Elegy, qui raconte la misère et la détresse sociales énormes de la Rust Belt, cette zone ex-industrielle au Nord des Etats-Unis. On y lit ce que montrent les statistiques : le fléau de la drogue, qui fait des ravages considérables dans ces milieux défavorisés (comme une mortalité croissante) ; la désespérance du chômage ; une certaine forme de craintes identitaires ; la déstructuration des familles. Mais aussi la profonde demande de reconnaissance, de la part de citoyens qui attendent que les élites et l’Etat leur portent un peu de considération (au lieu, estiment-ils, de la porter uniquement sur leurs victimes « préférées », qui correspondent à l’image que les plus favorisés se font des « bonnes » victimes).

En France, l’insécurité culturelle est un phénomène qui a été décrit par Laurent Bouvet. Il n’explique probablement pas l’intégralité du vote populiste (qui existe aux deux extrêmes), mais certainement une bonne partie de celui en faveur du Front national. Je ne crois pas qu’il soit exclusif des inquiétudes économiques ; ce que cette analyse permet de comprendre c’est que ce n’est pas seulement en revenant à un chômage minimum qu’on résoudra le malaise français. Il y a aussi des questions culturelles (« d’identité », de « vivre-ensemble », de « collectif », appelons-les comme on veut) qui se posent avec acuité. Malheureusement, elles sont souvent écartées d’un revers de la main dans le débat public, ce qui interdit à la fois d’y réfléchir et d’y répondre.

Si les questions migratoires participent à ce sentiment, elles ne semblent pas être exclusives. Quels sont les éléments participant à l’insécurité culturelle qui peuvent découler du clivage entre métropoles mondialisées, et certaines zones reléguées du territoire ? En quoi les modes de vie se différencient t ils à ce point que des catégories de population se sentent placées dans un tel sentiment d’insécurité ? En quoi les modifications des valeurs attachées au travail par exemple, peuvent y participer (perte de prestige du travail physique etc..) ?

Erwan Le Noan : L’une des clés d’analyse, mais surement pas la seule, est qu’une partie de la population occidentale – pas seulement française ! – a l’impression que sa vie lui échappe, qu’elle ne contrôle plus rien, qu’elle subit ; et qu’à l’inverse, une autre partie profite pleinement et de manière injuste du monde et de ses opportunités. D’une certaine manière, la colère contre les inégalités (d’un Occupy Wall Street, Podemos et France Insoumise) rejoint le malaise identitaire (exprimé par Donald Trump ou le Front national) : l’un et l’autre expriment une demande d’unité, de cohésion identitaire et/ou sociale.

Cette impression d’abandon est cruciale et motive une demande de reconnaissance multiple : les citoyens concernés veulent « simplement » qu’on admette que leur mode de vie est aussi valable que les autres, que leur attachement à certaines traditions n’est pas méprisable, que leur vision du travail, notamment industriel, n’est pas une ineptie. Or, tout un discours politique décrit un sens unique du progrès intellectuel et moral, et désigne comme des arriérés voire des coupables ceux qui, pour une raison ou une autre, y résistent.

Éric Verhaeghe : Ces critères de différenciation sont diffus, et d’ailleurs extrêmement variables selon les zones géographiques. Quand vous habitez Denain, ville du Nord de la France qui compte 20.000 habitants et qui se trouve à un jet de pierres de grandes villes comme Valenciennes ou Lille, vous pouvez vous sentir exclus pour des raisons bien plus fortes que dans certaines villes de 5.000 habitants très éloignées de villes moins peuplées que Valenciennes. Quelle est la différence? A Denain, le taux de pauvreté et le taux de recours aux minima sociaux est le plus important de France. Dans cet ensemble, l’accès à la prospérité ou à l’emploi joue donc un rôle essentiel. Les autres critères ne viennent qu’après. Maintenant, pour répondre à votre question, certains critères structurants sont forts. Il y a, par exemple, en France, une distinction forte entre la France installée sur une ligne TGV et la France installée sur une ligne classique, voire la France des gares qui ferment. Ce critère-là est symbolique mais puissant.

Ne peut-on pas considérer que le vote Trump diffère en ce sens du vote Le Pen ? En quoi le soutien apporté par le parti Républicain du candidat Trump a-t-il participer à « l’acceptabilité » de cette question d’insécurité culturelle dans le débat, alors que celle ci a été marginalisée dans le débat par la simple position du FN sur l’échiquier politique ?

Erwan Le Noan : Les Républicains américains se sont rangés finalement derrière Donald Trump parce qu’ils n’avaient pas le choix : ils se sont faits dépasser par lui et parce qu’ils n’ont pas su maitriser le mouvement du Tea Party qui a pris une influence grandissante au sein du GOP. La comparaison ne peut cependant pas être parfaite : il y a des différences importantes entre Donald Trump (et le Tea Party) et le Front national de Madame Le Pen, à commencer par l’économie : le premier défend un programme plutôt « poujadiste » (si le qualificatif peut s’employer pour les Etats-Unis) alors que le second a adopté des positions très ancrées à gauche.

En France, le sujet de l’insécurité culturelle semble avoir été au cœur des débats politiques des dernières années et il n’a pas été porté de manière unique par le Front national : on peut considérer que les débats sur l’ « identité nationale », à l’époque du président Sarkozy, était une manière d’aborder le sujet ; ou que Manuel Valls avait aussi essayé d’en parler. La campagne présidentielle n’en a pas réellement parlé, mais cela est vrai de tous les autres sujets : ce sont les affaires qui ont dominé

Éric Verhaeghe : Enfin, reconnaissons que le soutien du Parti Républicain aux Etats-Unis apporté à Trump fut très fluctuant et parfois même très limite. Si l’on fait le compte des dirigeants républicains qui ont attaqué Trump, y compris dans la dernière ligne droite de l’élection, on peut fortement tempérer votre propos. Pour des raisons historiques, les Etats-Unis ont vraiment du mal à sortir du bipartisme, de telle sorte que l’aile équivalente au Front National est de fait intégrée au parti républicain. Mais cette intégration ne signifie pas que la coexistence est tous les jours pacifique. Bien au contraire. Sur ce point, le Front National pourrait aussi considérer que la vie politique française lui offre la possibilité de mieux valoriser son approche et ses propositions, en concourant aux présidentielles sans frein, ou sans passe obligatoire par une primaire. Avec un peu d’efforts, il est d’ailleurs très probable que le Front National serait capable de récupérer une part substantielle des forces de droite.

Voir aussi:

Jean-Yves Le Gallou
10 mai 2017 

Jean-Yves Le Gallou est un homme dont la parole est écoutée. Alors, trois jours après la victoire de Macron, et le score décevant de Marine Le Pen, donnons-lui la parole, et écoutons, sans forcément tout partager, ce qu’il pense de cette élection. Sachant qu’il ne mâche pas ses mots.

Marine a transformé l’or en plomb

Riposte Laïque : Le discours officiel du FN est de se féliciter du score historique de plus de 10 millions d’électeurs ayant voté Marine, et donc qu’expliquer que tout cela est « globalement positif ». Pourtant, quand on vous a entendu ruer dans les brancards, dès dimanche soir, sur le plateau de TV-Libertés, cela ne paraissait pas du tout votre analyse…

Jean-Yves Le Gallou : Il y a un temps pour la langue de bois. Un temps pour le parler franc. Difficile d’annoncer que l’élection présidentielle est un référendum pour ou contre la France puis de se satisfaire de… 34% de oui.

Je dis tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. D’autant que Marine Le Pen a bénéficié d’une exceptionnelle conjonction de planètes : président sortant discrédité, adversaire de droite détruit, diabolisation en berne (jusqu’au débat du 3 mai), Brexit, élection de Trump, invasion migratoire, attentats. Difficile d’imaginer un  enchaînement de faits  plus favorables pour engranger des suffrages. Et pourtant l’or d’une situation s’est transformé en plomb électoral.

La ligne souveraino–jacobino- monétariste est un bâton merdeux

Riposte Laïque : Bref, si  on vous écoute, si Marine avait parlé immigration, identité, islam et insécurité, en mettant l’euro de côté, elle aurait pu gagner ?

Jean-Yves Le Gallou : Une campagne plus équilibrée sur l’immigration et l’identité, une campagne plus positive, plus enthousiaste, moins récriminatoire, aurait donné un meilleur résultat. C’est sûr ! Victorieuse ? Peut-être pas : la marche était encore trop haute. Mais virer en tête au premier tour et tangenter les 45%, le 7 mai, sans doute. N’oublions pas que Marine Le Pen qui a démarré à 28% dans les sondages (et dans les élections régionales qui ont précédé) est tombé à 21% au soir du premier tour (à peine plus que le total  Le Pen+ Mégret de… 2002). Au deuxième tour, elle partait avec un potentiel de 40% à 42 % qu’elle a fait chuter à 34 % : beaucoup mieux que son père en 2002, c’est vrai, mais lui affrontait un candidat étiqueté de « droite ». En dehors de quelques oligarques sectaires ou serviles, chacun sait bien au FN que le débat du 3 mai a été catastrophique (y compris pour l’avenir) et que la ligne souveraino–jacobino- monétariste est un bâton merdeux.

Philippot a eu avec le FN un comportement de coucou

Riposte Laïque : Vous avez eu des mots sévères pour l’entourage de Marine Le Pen, et notamment contre Florian Philippot. Vous pensez, comme les en accuse d’anciens militants du FN, qu’ils ont détruit le parti et sont les principaux responsables de l’ampleur de cette défaite ?

Jean-Yves Le Gallou : Oui, il y a évidemment place pour une sensibilité de gauche et pour une sensibilité souverainiste au FN, mais à sa juste place, pas en position de quasi-monopole  pour les places, bien sûr, mais aussi pour la structuration du discours.

Vous connaissez le coucou : c’est un oiseau qui pond son œuf dans le nid d’autrui. Comme le petit coucou crie plus fort que les autres oisillons, les parents adoptifs le nourrissent mieux que leurs propres oisillons. Et quand le petit coucou est assez fort, il jette hors du nid ses frères de nichée.

Vous avez là la stratégie de Philippot : il est entré dans un parti identitaire pour en faire un parti souverainiste. Au lieu de défendre la France, on défend le franc. Au lieu de défendre son identité civilisationnelle, on verse dans l’économisme. C’est le recyclage du gaullisme de pacotille de Seguin et du souverainisme désincarné de Chevènement à coups d’accents bolcheviks.

La campagne de deuxième tour, c’est quinze jours de drague éhontée des électeurs de Mélenchon pour n’en récupérer que… 7%. Comme c’est ballot, les réserves étaient à droite : 20% des électeurs de Fillon et 35%  de ceux de Dupont-Aignan votant pour la candidate nationale. Des électeurs qui ont eu bien du mérite car tout a été fait pour les dégoûter !

Le diagnostic de Zemmour est partagé par beaucoup

Riposte Laïque : Eric Zemmour a eu des mots terribles à l’encontre de la candidate du FN, parlant de son « insuffisance ». Vous avez semblé aller dans le même sens. Vous ne trouvez pas cela sévère ? Vous avez mieux à proposer pour le camp patriote ?

Jean-Yves Le Gallou : Zemmour est un homme libre. Son diagnostic est partagé par beaucoup. Qui peut sérieusement penser que Marine Le Pen sur la ligne Philippot –  qui est aussi la sienne –  pourrait avoir des chances sérieuses en 2022 ? Il faut éviter de se raconter des histoires.

Alors qui ? Quitte à avoir une ligne philippotiste pourquoi pas Philippot ? A tout prendre ! Quitte à avoir une ligne souverainiste pourquoi pas Dupont-Aignan, d’autant qu’il a pris, lui, conscience des enjeux du Grand  Remplacement ? Sur une ligne plus identitaire et plus conservatrice, Marion Maréchal Le Pen, bien sûr.  Et puis les événements à venir permettront peut-être à une nouvelle personnalité d’émerger.

Le départ de Marion est un gâchis

Riposte Laïque :Justement, Marion Maréchal Le Pen annonce son retrait de la vie politique française, sans fermer la porte à un possible retour. Quelle est votre réaction ?

Jean-Yves Le Gallou : Quelle tristesse ! Quel gâchis !

Au-delà des raisons personnelles – respectables – qui ne voit les raisons politiques ?

Son choix était le suivant : se soumettre à une ligne et des pratiques de management politique qu’elle désapprouvait.

Ou entrer en guerre civile. Elle a voulu éviter cela. L’histoire connaît des infanticides, des parricides mais pas de « tanticide » et ce ne sera pas pour cette fois.

En partant sur l’Aventin elle se met en réserve de la France.

Riposte Laïque : Marine, dès dimanche soir, envisageait la naissance d’une nouvelle formation politique, jugeant le FN et ses symboles comme des poids trop encombrants. Vous partagez ce point de vue ?

Jean-Yves Le Gallou : Vous connaissez le proverbe : « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. » En fait le contenu du flacon a déjà changé (et l’ivresse, l’enthousiasme si vous préférez) n’est plus vraiment là. Alors c’est assez logique de changer l’étiquette.  Reste à savoir si les électeurs s’y retrouveront…

Riposte Laïque : Pour ne pas désespérer davantage Billancourt, voyez-vous des signes d’espoir dans la situation actuelle ?

Jean-Yves Le Gallou : Le développement des sites de combat  d’idée et des médias alternatifs qui doivent plus que jamais se renforcer. L’émergence d’une nouvelle génération identitaire et conservatrice.

 Riposte Laïque : Avez-vous d’autres projets sous le coude, pour le deuxième semestre 2017 ?

Jean-Yves Le Gallou : Polémia organisera le troisième Forum de la dissidence le samedi 19 novembre. Vous y serez invité.

L’institut ILIADE lancera sa sixième session de formation en septembre et publiera le 21 juin une nouvelle vidéo-phare : « Vivre en Européen ».

Préparons nos sanctuaires.

Propos recueillis par Pierre Cassen

Voir également:

“Macron, une victoire à la Pyrrhus”

Nouveau Cassandre de nos temps troublés, le géographe Christophe Guilluy, qui dans son dernier ouvrage analyse « le crépuscule de la France d’en haut », pr évient le nouveau président que, s’il n’apporte pas des ré ponses aux catégories populaires, sa victoire signera sa prochaine défaite.

Valeurs actuelles

11 mai 2017

Vous expliquez dans votre dernier ouvrage que la France d’en haut, parce qu’elle a choisi un modèle qui n’est ni socialement ni politiquement durable, vit son crépuscule. Que penser alors de la victoire d’Emmanuel Macron?

Si le candidat d’En marche! ne prend pas en charge les réalités populaires et les aspirations que dévoile cette élection, sa victoire sera une victoire à la Pyrrhus. La dynamique populiste est enclenchée et ne cessera de monter si on ne traite pas toutes les questions économiques, sociales et culturelles qui sont en jeu. La pré sidentielle de 2017 et la victoire d’Emmanuel Macron n’offrent qu’un sursis à ce monde d’en haut, mais, si le chef de l’État n’apporte aucune réponse aux catégories populaires, à cette France d’en bas qui se sent exclue de la mondialisation, il est probable que la bascule s’opère alors en 2022 avec le parti le plus à même de repré senter cette dynamique-là. Le modèle actuel n’est pas socialement durable. Si la France d’en haut ne parvient toujours pas à être exemplaire et à parler à celle d’en bas, ses jours sont comptés.

Le premier tour de l’ élection qui a consacré la victoire d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen révèle, selon certains, un vote citadin pour le candidat d’En marche! et un vote rural pour la candidate FN. Que disent les résultats de ce second tour? Dessinent-ils une carte “ chimiquement pure” de cette France périphérique, que vous avez été le premier à conceptualiser?

À l’issue de mes travaux, j’ai distingué une fracture française qui se situe entre les grandes métropoles mondialisées et le reste, la « France périphérique ». Celle- ci n’est donc pas exclusivement rurale et englobe é galement des petites et moyennes villes. Elle concerne ainsi tous les territoires qui se trouvent à l’écart des grands pôles urbains, pôles qui créent le plus d’emplois et se trouvent insérés dans la mondialisation. Cette fracture s’observe d’ailleurs aussi bien en France que dans les autres pays européens ou aux États Unis: la logique est partout la même et provient d’une disparition des classes moyennes « le plus grand plans ocial de l’histoire. Ces classes sont devenues de nouvelles classes populaires, qui ont le sentiment d’être invisibles et de ne pas être économiquement intégrées. Comme partout dans les pays développés, les ressorts de la dynamique populiste reposent d’une part sur la destruction de la classe moyenne traditionnelle et sa mise à l’écart des m étropoles mondialisées,et d’autre part sur l’émergence d’une société multiculturelle. Si une partie de la France populaire est réceptive au discours de Marine Le Pen, celle-ci ne rallie qu’une partie du monde d’en bas. Il est toutefois efectivement frappant de constater que son vote est surreprésenté dans cette France périphé rique et sous-représenté dans la France des grandes métropoles. Le constat est inverse pour Emmanuel Macron, incarnation de la nouvelle bourgeoisie. Par ses propos sur la « société ouverte » , le néolibéralisme, le libre-échangisme, le candidat d’En marche! a été le candidat des grandes métropoles.

Peut-on parler d’un clivage inédit ?

Les véritables clivages sociaux, culturels et géographiques deviennent manifestes. Le haut contre le bas, les métropoles mondialisées contre la France périphérique, c’est le clivage qui apparaissait déjà en 1992 avec Maastricht. L’affrontement Macron-Le Pen a été ainsi « chimiquement pur » : il a permis de sortir du clivage gauche-droite pour révéler les véritables fractures françaises. Cette nouvelle géographie est liée à l’adaptation de notre société et de ses territoires aux normes de l’économie-monde. Partout en France, comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, les richesses et la création se concentrent dans les métropoles. Et partout dans le monde, ce modèle crée sa contestation populiste. Celle-ci émane des catégories qui constituaient hier le socle de la classe moyenne – ouvriers, employés, paysans – , et des  mêmes territoires. Catégories qui ont été les grandes perdantes du processus d’adaptation des économies occidentales aux normes de l’économie-monde. La mondialisation repose, en effet, sur une division internationale du travail qui condamne sur le temps long la classe moyenne occidentale. L’émergence d’une classe moyenne chinoise ou indienne s’est ainsi réalisée au détriment des ouvriers ou employés américains, français ou britanniques. Ce terrible constat explique que nous vivons depuis trente ans un processus de la sortie de la classe moyenne” qui vit désormais sur des territoires éloignés des zones d’emploi dynamiques. Et le vote Trump est porté par l’Amérique périphérique, le Brexit par la Grande-Bretagne périphérique, le vote Le Pen par la France périphérique.

Peut-on établir une géographie du vote?

En effet. On observe déjà une division entre l’Est, qui a principalement voté pour Marine Le Pen, et l’Ouest, qui a davantage voté Macron. Mais cette géo- graphie sociale provient de l’héritage industriel, où les industries étaient présentes essentiellement dans l’Est, et le rural et le tertiaire dans l’Ouest. Il est plus instructif de zoomer sur chaque territoire. Que ce soit dans des régions où Marine Le Pen est en tête ou d’autres dans lesquelles Macron l’emporte, une même logique s’opère. Ainsi, à l’issue du premier tour, en Bretagne, où Macron a obtenu plus de voix, celles-ci ont été gagnées dans les grandes villes bre- tonnes, comme Rennes. Dans cette dernière, Marine Le Pen a fait moins de 6%, mais a dépassé les 20% dans certaines zones rurales bretonnes. De la mê me mani ère, à l’Est, la candidate du FN fait un score moins bon dans des grandes villes comme Nancy, alors qu’elle triomphe dans les petites villes de la r é gion. On le constate, la dynamique France périphérique-métropole marche à l’intérieur de chaque région. Il y a donc une sociologie assez similaire. Le premier tour révèle donc l’ »implosion des partis traditionnels.

L’’échec de François Fillon ne serait donc pas uniquement imputable aux affaires révélées par le Canard enchaîné …

Si les affaires ont évidemment joué , la difficulté de la droite a été ,dès le départ, d’arriver à convaincre cet électorat de la France périphérique, désormais arrimé au Front national. Il ne se sent pas représenté par la droite traditionnelle, perçue comme trop libérale. L’entrée en campagne de Franç ois Fillon sur le mode de réduction des dépenses publiques et d’adaptation aux normes de l’ économie mondialisée a eu un effet destructeur. Son échec réside dans son incapacité à se connecter avec cet électorat populaire et dans le fait que son discours s’est en partie adressé à une classe moyenne en voie de disparition

Si Jean-Luc Mélenchon n’a pas donné de consigne de vote, une partie résiduelle de l’’électorat de La France insoumise semble avoir voté Marine Le Pen au second tour. Comment l’’expliquer?

Une minorité, à la marge, parce qu’elle est totalement dans une logique anti- système, a voté FN. Mais le reste des électeurs de cette France insoumise s’est plus largement reporté sur Emmanuel Macron ou réfugié dans l’abstention, pour une raison simple : les voix de Jean-Luc Mélenchon proviennent davantage de l’ électorat populaire des banlieues des grandes villes que des véritables périphéries. Cela reste un vote plutôt des grandes métropoles, avec beaucoup d’ électeurs de la fonction publique et de la gauche classique. •

Propos recueillis par Anne-Laure Debaecke

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L’élection de Macron, farce démocratique
Ivan Rioufol
11 mai 2017

Pour sûr, la politique a pris un coup de vieux. L’élection d’Emmanuel Macron, 39 ans, 66,10 % des voix, est aussi la victoire de son mouvement, En marche !, qui ringardise les partis. En un an, Macron a mis sur pied, avec ses bénévoles, une start-up à la mesure de son ambition. Les professionnels de la politique font figure de boutiquiers. La défaite de Marine Le Pen, sévèrement battue (33,90 %), s’inscrit de surcroît dans le rejet des dirigeants contestés. Nicolas Sarkozy, François Hollande, Manuel Valls, Alain Juppé, François Fillon ont succombé au jeu de massacre. Il n’épargnera probablement pas le FN. Bref, il faut reconnaître à Macron d’avoir su ébranler un monde vermoulu, en inventant une alternative à la crise de la démocratie représentative. Son ouverture à la société civile est une voie à suivre. Toutefois, sa « révolution démocratique » n’est qu’un mot creux ; un trompe-l’œil. L’immuable idéologie conformiste, technicienne et élitiste, reste son soutien.

C’est le « casse du siècle » que le cerveau d’En marche ! a commis sous les vivats de la gauche. L’Élysée n’a pu étouffer ses applaudissements, dimanche soir. Lundi, lors de la célébration de la capitulation allemande, François Hollande a affiché son paternalisme avec celui qui l’accompagnait dans ses premiers pas présidentiels. Catherine Barbaroux, membre du PS dès les années 1970, a pris la présidence d’En marche ! Croiser les sourires de la plupart des socialistes de cœur confirme le tour de passe-passe : la gauche éreintée a réussi l’exploit de se maintenir au pouvoir en rajeunissant la façade et en criant à la menace fasciste. Non content d’avoir participé à la suspicion sans preuve contre François Fillon et à l’immature hystérie contre Le Pen, le stratège inspiré espère l’explosion des Républicains en faisant miroiter des places aux gourmands.

Faut-il le rappeler aux étourdis et aux dormeurs ? Le 7 mai 2017, la France a confirmé le choix, dissimulé par le flou, d’une rupture dans son modèle de civilisation.

Le projet de Macron pour  la France, approuvé par 20,4 millions  d’électeurs, porte en lui la disparition  de la nation assimilatrice, une et  indivisible, au profit d’un « Hexagone »  vu comme un « open space » où les  minorités seront protégées par des  discriminations positives et où la quête  de visibilité de l’islam politique  sera laissée en paix. 92 % des Français  musulmans ont voté Macron, contre  62 % des catholiques. Celui qui chante  La Marseillaise  la main sur le cœur,  comme aux États-Unis, a été félicité  par Barack Obama et le Canadien Justin  Trudeau, symboles de la cause  postnationale, c’est-à-dire des sociétés  ouvertes à la mondialisation et au  multiculturalisme. Or ces deux causes  sont au cœur de la crise identitaire,  oubliée au profit de diversions  sur la moralité de Fillon ou de Le Pen.

Il y a de la farce démocratique  dans ce hold-up électoral où les enjeux  existentiels n’auront jamais été abordés  par le vainqueur. Est-ce pour les avoir  évoqués que Manuel Valls subit  les humiliations des Macron’s boys ?  La foule qui a applaudi l’élu, dimanche au  pied de la pyramide du Louvre, partage  probablement sa lassitude de l’État- nation, appelé à se diluer dans un monde  où l’étranger ne se différencie plus du  citoyen. Cette vision est celle de la pensée  dominante, qui a grimé en affreux ceux  qui parlaient de souveraineté et de  limites. Cependant, 60 % des électeurs de  Macron ont fait un choix par défaut  pour s’opposer à Le Pen, qui a tout  de même recueilli 10,5 millions de voix.  De surcroît, 16,1 millions ont choisi  l’abstention et le vote blanc ou nul,  tournant le dos aux ordres d’abattre  l’ennemi intérieur. Le socle électoral  du président est donc fragile. Certes,  sa victoire l’autorise à tout. Pour autant, il  n’a pas reçu de blanc-seing pour  disloquer un peu plus la France malade,  au nom d’un optimisme insouciant. Des  Français seront là pour le lui rappeler.

L’avenir incertain du FN

Reste que Marine Le Pen n’a pas été  à la hauteur de sa mission, qui était  de représenter les oubliés  de la mondialisation et les inquiets  du libéralisme libertarien. Son score  est très en deçà de la dynamique  qu’elle avait enclenchée et qui lui faisait  dépasser les 40 % dans les sondages.  Une victoire sur le fil a même pu être un  temps envisageable par des statisticiens.  Sa confrontation télévisée du 3 mai,  jugée vulgaire et désastreuse,  est une des causes de son effondrement.  L’immigration n’y a même pas été  abordée. La diabolisation du FN a pu  aussi effrayer plus d’un esprit perméable aux prêches du moralisme. Cependant,  c’est bien sa stratégie d’ouverture  à la gauche extrême qui a été  incomprise. Non seulement les électeurs  de Mélenchon ne l’ont pas suivie (moins  de 10 %) mais ceux de Fillon ont été  effrayés à juste titre par ses lacunes et  ses entêtements à sortir de l’euro ; seuls  20 % d’entre eux ont reporté leurs voix  sur le FN. Son avenir devient incertain. La décision de Marion Maréchal-Le  Pen, 27 ans, de se retirer du FN, mercredi,  pour rejoindre la vie réelle, n’est pas  motivée par son seul désir de se consacrer  à sa petite fille. C’est un univers borné  de branquignols adeptes de « fake news »  (fausses nouvelles) et d’idées  économiquement mal ficelées que l’élue  a aussi choisi de quitter. Elle précise  toutefois ne pas avoir  « renoncé  définitivement au combat politique » .  L’avenir qui se dessinera, dès après les  législatives, devra s’écrire sur les ruines  d’un monde ancien victime de guerres de  tranchées d’un autre âge. La société civile aurait une place  importante à prendre dans  la constitution d’une formation appuyée  sur l’Internet et les réseaux sociaux.  Si En marche ! a su fédérer la classe  privilégiée des mondialistes (diplômés,  urbains, riches), mise au service  du seul pouvoir personnel de son leader  narcissique, il reste à mobiliser ceux qui,  en face, pourraient se reconnaître  dans un conservatisme libéral et social.  L’introuvable union des droites pourrait  enfin voir là son issue.

Malheur aux vaincus

Ceux qui espéraient voir les Français en colère rejeter la tyrannie  du politiquement correct, qui oblige  à marcher les yeux grands fermés, ont  perdu en beauté. La victoire de Macron  conforte courtisans et médias.  Tous ont défendu sa vision du monde,  angélique mais fausse, au prix  d’une infantilisation des peurs contre  un « populisme » forcément  nauséabond. Malheur aux vaincus !

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Comment Marion Maréchal-Le Pen a décidé de lâcher le FN, après le débat « catastrophique » de sa tante

Le débat de l’entre-deux-tours a précipité la décision de Marion Maréchal-Le Pen de prendre du champ. Elle l’a jugé « catastrophique » et ruineux pour l’image présidentiable de Marine Le Pen. Elle se met en réserve du parti, en attente d’une occasion pour prendre sa part dans les recompositions politiques qui toucheront le FN, lui aussi.

Officiellement, Marion Maréchal-Le Pen quitte la vie politique pour des raisons personnelles. Elle veut s’occuper de sa fille, dont elle craignait en début de campagne qu’elle ne la reconnaisse plus et « l’appelle Madame ». Dont acte. Sa tante Marine « regrette profondément sa décision » tout en la comprenant « hélas comme maman ». Et, selon l’AFP, Nicolas Bay, le secrétaire général, a adressé sans perdre une minute une note aux cadres du parti pour les prier de relayer la version « personnelle » du retrait, pour faire pièce aux « interprétations médiatiques malveillantes qui tentent de donner une interprétation politique au retrait de Marion Maréchal-Le Pen. »

Dans les fédérations, en particulier celles de Provence qui connaissent bien la nièce de la présidente, la consigne directoriale a fait sourire. Car tout le monde a bien lu la lettre qu’elle a adressée à ses électeurs et publiée par Vaucluse matin. Une phrase n’a échappé à personne: « Je ne renonce pas définitivement au combat politique ». Selon nos informations, non seulement la jeune femme et bientôt ex-députée se place en réserve de la politique, mais elle se tient de surcroît prête à jouer un rôle dans la grande recomposition politique à l’œuvre aujourd’hui, qui immanquablement touchera le FN. Aucun calendrier n’est fixé et ses intentions de rejoindre le monde de l’entreprise réelles – plusieurs grands groupes l’auraient d’ailleurs approchée.

Mais depuis plusieurs mois déjà, des signaux lui sont envoyés par des élus LR qui rêvent de la création d’un grand parti clairement positionné à droite dans lequel la petite-fille de Jean-Marie Le Pen aurait toute sa place. Il semblerait que la jeune femme ne soit pas totalement indifférente à ces sollicitations. D’autant qu’à la différence de bien d’autres personnalités du FN, elle a su se tenir à l’écart des affaires financières du parti, la mettant à l’abri des éclaboussures inévitables consécutives aux poursuites judiciaires. « Elle est la seule à n’avoir pas souscrit aux crédits obligatoires du micro-parti Jeanne lors des élections régionales », rappelle fort à propos une élue de la région PACA.

Comment en est-elle arrivée là, alors qu’elle s’est efforcée durant la campagne de donner des signaux de loyauté vis-à-vis de la candidate ? Et ce malgré les vexations de début de campagne, lorsqu’elle s’est fait méchamment rabrouer par Florian Philippot pour avoir osé évoquer la remise en cause du mariage pour tous. N’a-t-elle pas répondu à toutes les demandes de réunions publiques, même dans les coins les plus reculés de France, mettant sa popularité au service de la campagne ? N’a-t-elle pas accepté de nombreux plateaux télé, même après avoir été contrainte de se désister de certains au dernier moment sur ordre de sa tante ? Même ça, elle l’a avalé, ne laissant rien paraître publiquement de ses états d’âme.

« Comment peut-on être aussi cons ? »

Mais personne n’ignorait ses désaccords stratégiques avec le vice-président Florian Philippot et la direction de campagne emmenée par David Rachline, maire de Fréjus. Pour elle, le dogme de la sortie de l’euro devait être dépassé, et de ce point de vue, l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan lui était apparue comme une chance historique de rassemblement d’une partie de la droite autour du FN. « Dommage que cette alliance ne soit pas allée plus loin qu’une place de vedette américaine offerte à Dupont-Aignan lors du meeting de Villepinte », aurait-elle confié à ses proches. Car quelques jours plus tard, tout a basculé. Et la campagne du deuxième tour qui s’annonçait sous les meilleurs auspices, laissant encore espérer un score proche des 40% après la première semaine, s’est effondrée. Pour Marion Maréchal-Le Pen, le débat qui a opposé la candidate à Emmanuel Macron, et qui devait consacrer la reconnaissance de sa tante comme un interlocuteur incontournable, a été « un désastre ». « Comment peut-on être aussi cons ?» a-t-elle lâché à l’adresse de ceux qui ont préparé le débat avec la candidate, en l’occurrence Florian Philippot, son frère Damien, spécialiste des sondages d’opinion, et le conseiller spécial de la présidente, Bruno Bilde.

Personne n’imaginait une position aussi radicale

Dès le soir de la défaite, elle a pris la mesure auprès des militants de la catastrophe provoquée par ce débat raté. « Marine nous a plantés, elle n’a pas montré qu’elle avait l’étoffe d’une présidente de la République », s’est-elle entendu dire. Selon nos informations, ces propos n’ont fait que conforter la décision qu’elle avait prise quelques heures après la fin du débat de prendre du champ : face à ce qu’elle juge comme une obstination dans l’erreur de sa tante et de ceux qui la conseillent, elle ne peut pas lutter. Seul un électrochoc provoqué par l’annonce de sa prise de distance peut secouer les cadres et les militants tétanisés par le caporalisme ambiant.

Quelques heures après l’annonce de la cinglante défaite, elle a annoncé sa décision devant un bureau politique réuni pour tirer les leçons de la campagne. Selon des témoins, les participants se sont figés, bouche bée, à commencer par la présidente elle-même. Personne n’imaginait une position aussi radicale, même si certains la redoutaient. Car chacun connaît l’étendue de la popularité de la plus jeune députée de France. Bien plus qu’un long et épuisant combat d’opposition interne en vue du prochain congrès prévu pour l’hiver prochain, Marion Maréchal a choisi le clash et l’effet de sidération. Ne restait qu’à l’habiller de raisons personnelles, réelles, pour éviter l’affrontement public. Mais le message est clair, son onde de choc n’est pas près de se dissoudre, les échanges que nous avons eus avec quelques élus importants ne laissent place à aucun doute.

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PARIS — Il y a du nouveau en France: un nouveau système pour désigner le président de la république. Ni plus réellement une démocratie, ni une dictature, c’est quelque chose qui n’a pas encore de nom. Un acronyme ou un mot porte-manteau construit de «démocratie», «dictature» et «ploutocratie» ferait bien l’affaire.

Le mécanisme fonctionne ainsi: des patrons de grands groupes financiers, industriels et commerciaux, ainsi que d’éminents conseillers habitués de l’Elysée, de Matignon et de Bercy ont choisi le futur président de la république — Emmanuel Macron, en l’occurrence — et l’ont instruit de sa mission. Ensuite ces oligarques ont mobilisé l’Etat, le gouvernement, la justice, les médias, les communicants, les artistes, les cachetiers, les sondeurs, les sociétés de Paris et les grands noms de la société civile pour le porter à la magistrature suprême. La machine s’est mise au travail et en un tour de piste a fait de l’impétrant le candidat du peuple, le favori, le héros indépassable. Lui-même en est devenu convaincu.

Le reste était une simple formalité: il suffisait juste d’éliminer les autres candidats. On en a mis beaucoup sur la ligne de départ, désespérant le peuple en lui donnant l’image de la déplorable division dans laquelle les partis politiques ont entrainé le pays. Puis on a promis des primaires pour remédier à ça: il y aura un tri impitoyable! En effet: les candidats sérieux — Manuel Valls, Alain Juppé — ont été éliminés.

La justice a ensuite lancé des fatwas contre les gros candidats qui restaient, et la presse, bras séculier de l’oligarchie, les a traqués. François Fillon et Marine Le Pen ont été poursuivis pour vol à l’étalage, leurs photos placardées à la une des journaux.

On accuse aussi Jean-Luc Mélenchon de pas mal de crimes. Il aurait assassiné le Parti socialiste, caporalisé les communistes, volé des troupes aux Républicains et aux frontistes et contrevenu aux règles de la soumission en appelant son mouvement La France insoumise.

En tout cas, il a formidablement égayé la campagne. Quel bateleur, quel stratège, ce Jean-Luc! Merci pour ces bons moments. Notre côté romantique invétéré a apprécié ton mot en forme de salut à la veille du premier tour: «Allez, viennent les jours heureux et le goût du bonheur!»

En affaiblissant les Républicains, le Parti socialiste et le Front national, Mélenchon aura profité à Macron ainsi qu’aux oligarques — mais tout en gagnant lui-même aussi. Maintenant, les législatives.

L’autre inconnue dans l’affaire aura été le peuple. Il est trop bête, dit-on; c’est un troupeau angoissé, qui peut réagir n’importe comment. D’ailleurs, le moment est peut-être venu d’en changer. Ce peuple-ci a fait son temps. Il parle encore de de Gaulle, Jaurès, Jeanne d’Arc. C’est vrai qu’il rechigne un peu: dimanche, les électeurs se sont abstenus de voter en nombre record.

Le résultat de ce méli-mélo c’est Macron. Jamais élu auparavant, tête d’un mouvement vieux de juste un an, le voilà président de la République. On ne faisait semblant de douter de son ultime succès que pour écarter la suspicion de manipulation politique. Alors que Fillon a été mis en examen et que la justice française a demandé la levée de l’immunité parlementaire de Le Pen à l’Union européenne, elle a refusé d’ouvrir une enquête sur le patrimoine de Macron, pourtant demandée par de nombreux candidats.

Mais au fond tout ça c’est du frichti, des amusettes, des histoires de carrières personnelles. Valls, Juppé, Le Pen, Fillon, Macron, Mélenchon, Hamon, Tartempion — tout ça c’est pareil, à peu de choses près. En France, on change de président tous les cinq ans, mais rien ne change jamais qui vienne vraiment d’eux.

La France ne se gouverne plus elle-même; l’Europe a toujours son mot à dire. La mondialisation fait que la terre ne tourne plus que dans un sens — le sens du cartel des banques, qui a pris le relais du cartel des compagnies pétrolières, qui avait pris le relais du cartel des compagnies minières.

Voilà pourquoi il importait que soient débattus durant la campagne présidentielle tous ces thèmes mondialisés: l’islamisation, le terrorisme, le réchauffement climatique, la migration, l’affaiblissement des institutions multilatérales. Mais ceux-ci ont à peine été évoqués. Peut-être était-ce à cause d’un sentiment d’impuissance face à ces problèmes. Mais le fait de ne pouvoir rien y changer n’est pas une raison de ne pas y regarder.

Cette campagne présidentielle n’aura pas non plus confronté les options stratégiques de la France à moyen et long terme. La France saura-t-elle réinventer ses institutions? Et surtout: saura-t-elle enrayer son déclin? Saura-t-elle retrouver son rôle de moteur de l’Europe, surtout face à l’Allemagne? Cette campagne présidentielle aura été une campagne de gouvernement qui discute de gestion des ressources et d’équilibre des comptes. On a parlé boutique avec quelques accents lyriques pour faire grandiose. Mais tout du long on a plié sous la tyrannie du court-termisme et du pas-de-vague.

A gauche comme à droite, les grands partis d’antan ont été brisés, discrédités. La recomposition politique en France ressemble à un nettoyage par le vide. Entre-temps la fonction présidentielle a aussi été considérablement affaiblie. Merci Nicolas Sarkozy et François Hollande. Macron, héritier d’une fonction qui a été mise au plus bas, va vite découvrir l’étroitesse de sa marge de manœuvre — d’autant plus qu’il sera l’otage de la troupe disparate qui l’a fait arriver là.

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Jamais l’Europe n’a été dirigée par autant de politiciens sans enfants. Ils sont modernes, ouverts, multiculturels et savent que « tout finira avec eux ». À court terme, être sans enfant est un soulagement car cela implique zéro dépense pour la famille, aucun sacrifice et personne pour se plaindre d’un avenir mal préparé. Comme l’indique un rapport de recherche financé par l’Union européenne : « Pas d’enfants, pas de problème ! ».

Etre mère ou père vous oblige à vous projeter dans l’avenir du pays dont vous avez la charge. Mais les dirigeants les plus importants d’Europe ne laisseront aucun enfant derrière eux. La chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte et le président français Emmanuel Macron sont sans enfants. La liste s’allonge avec le Premier ministre suédois Stefan Löfven, le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel et le Premier ministre écossais Nicola Sturgeon .

N’ayant pas d’enfants, les dirigeants d’Europe donnent le sentiment de n’avoir aucune raison de s’inquiéter de l’avenir de leur continent. Le philosophe allemand Rüdiger Safranski a écrit:
« Pour les personnes sans enfants, penser en termes de générations futures n’est guère pertinent. Par conséquent, ils se comportent de plus en plus comme s’ils étaient les derniers, le dernier maillon de la chaîne ».
« L’Europe se suicide. Ou du moins ses dirigeants ont décidé de se suicider », a écrit Douglas Murray dans The Times. « L’Europe aujourd’hui n’a pas envie de se reproduire, de se défendre, ni même de prendre parti pour elle-même dans un débat ». Murray, dans son nouveau livre, intitulé The Strange Death of Europe, baptise le phénomène : « une fatigue civilisationnelle existentielle ».

Angela Merkel a pris la décision fatidique d’ouvrir les portes de l’Allemagne à un million et demi de migrants pour enrayer l’hiver démographique de son pays. Ce n’est pas un hasard si Merkel, qui n’a pas d’enfants, a été appelée « la mère compatissante » des migrants. Merkel se moque de savoir si cet afflux massif de migrants ne risque pas modifier la société allemande en profondeur, et pour toujours.

Dennis Sewell a récemment écrit dans le Catholic Herald :

Cette idée de « civilisation occidentale » rend plus épineuse la panique démographique. Sans elle, la réponse serait simple : l’Europe n’a aucune inquiétude à avoir sur le nombre de jeunes qu’il faut trouver pour soutenir ses personnes âgées dans leurs années de déclin. Plein de jeunes migrants cognent aux portes, grimpent sur les barbelés ou s’embarquent sur des fragiles esquifs pour atteindre nos rives. La seule chose à faire est les laisser entrer.

Le statut de femme sans enfant d’Angela Merkel est le reflet de la société allemande : 30% des femmes allemandes n’auront pas d’enfants indiquent les statistiques de l’Union européenne, et ce ratio passe à 40% chez les diplômées de l’Université. La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, a déclaré que, sauf à redresser le taux de natalité, le pays devra « éteindre la lumière ».

Selon une nouvelle étude publiée par l’Institut national d’études démographiques, un quart des femmes européennes nées dans les années 1970 n’auront pas enfants. Les leaders européens ne sont pas différents. En 1940, une femme sur neuf née en Angleterre et au Pays de Galles était sans enfant à l’âge de 45 ans, mais en 1967, ce pourcentage est passé à une femme sur cinq.

Le nouveau président français Emmanuel Macron a rejeté l’idée exprimée par l’ex-président François Hollande que « la France a un problème avec l’islam ». Il est contre la suppression de la nationalité française pour les djihadistes et affirme avec insistance, et contre toute évidence, que l’Etat islamique n’a rien d’islamique: « Ce qui pose problème n’est pas l’islam, mais certains comportements dits religieux qui sont imposés aux fidèles de cette religion ».

Macron prêche une sorte de déjeuner-buffet multiculturel : il évoque le colonialisme comme un « crime contre l’humanité », prône « l’ouverture des frontières », et affirme contre toute évidence qu’il il n’y a pas de « culture française ».

Selon le philosophe Mathieu Bock-Coté, Macron, âgé de 39 ans, marié à son ancien professeur de théâtre elle-même âgée de 64 ans, est le symbole d’une « bonne mondialisation libérée de la mémoire de la gloire française perdue». Ce n’est pas un hasard si « Manif Pour Tous », un mouvement qui a lutté contre la légalisation du mariage homosexuel en France, a appelé à voter contre Macron en tant que « candidat antifamille ». Le slogan de Macron, « En Marche ! », incarne les élites mondialisées qui réduisent la politique à un exercice, une performance.

C’est pour conquérir l’Europe que le leader turc Erdogan exhorte les musulmans à avoir « cinq enfants » et que les imams musulmans exhortent leurs fidèles à « élever des enfants ». Les suprémacistes islamiques travaillent à produire un conflit de civilisations au cœur de l’Europe ; ils dépeignent les pays qui les accueillent en Occident comme des civilisations sur le point de s’effondrer, sans population, sans valeurs et ne portant plus aucun intérêt à leur propre culture.

A voir Merkel, Rutte, Macron et tous les autres, les suprémacistes islamiques auraient tort de se gêner. Nos dirigeants européens nous mènent comme des somnambules vers la catastrophe. Que peut bien leur faire qu’à la fin de leur vie, l’Europe ne soit plus l’Europe ? L’essayiste Joshua Mitchell l’a très bien expliqué, « se trouver » devient plus important que construire un monde. La longue chaîne des générations a déjà fait le travail. Maintenant, jouons ! ».

Giulio Meotti, journaliste culturel à Il Foglio, est un journaliste et un auteur italien.


Présidentielle 2017: Et si Marine Le Pen avait déjà gagné ? (The fire next time: As France prepares to elect its own Barack Obama, complacent people everywhere should remember the words of the African-American spiritual)

29 avril, 2017
 
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Dans les derniers jours, il viendra des moqueurs pleins de raillerie, qui marcheront selon leurs propres convoitises (…) ils oublient volontairement (…) que, par les mêmes causes, le monde d’alors périt submergé par l’eau ; mais, par la même parole, les cieux et la terre actuels sont gardés en réserve pour le feu, en vue du jour du jugement et de la perdition des impies.  2 Pierre 3: 3-7
God gave Noah the rainbow sign No more water, but the fire next time. Negro spiritual 
Et Dieu dit à Noé: Vois l’arche en le ciel bleu. L’eau ne tombera plus, il me reste le feu. James Baldwin
If we do not now dare everything, the fulfillment of that prophecy, re-created from the Bible in song by a slave, is upon us: God gave Noah the rainbow sign, No more water, the fire next time! James Baldwin
J’suis comme une bulle de savon Un petit point sans horizon Un ticket d’aller sans retour Pour dire bonjour J’suis comme un funambule Qu’aurait avalé une pendule (…) Danseur mondain De tango argentin Toute cette gomina Ces tralalas Ça sert à quoi? Louis Chedid
In 2008, Obama, a freshman senator, became a national Rorschach test, upon whom Americans projected their longings. Emmanuel Macron, 39, is a former Paris investment banker, untainted by electoral experience, and a virtuoso of vagueness. His platform resembles ( in The Spectator’s Jonathan Miller’s description) “a box of chocolates from one of those upscale confiseries on the Rue Jacob: full of soft centers.” This self-styled centrist is a former minister for the incumbent president, socialist François Hollande, who in a recent poll enjoyed 4 percent approval. (Last Sunday, the Socialist-party candidate won 6.35 percent of the vote.) Macron calls his movement En Marche!, meaning “on the move,” which is as self-congratulatory and uninformative as Obama’s “We are the ones we’ve been waiting for.” Macron proposes to cure France’s durable stagnation by being ever so nice. Which means, above all, by not being . . . her. In 1984, when Marine Le Pen’s anti-Semitic and xenophobic father, Jean-Marie, received more than 2 million votes for president, a Paris headline asked: “Are there 2,182,248 Fascists in France?” It was not an unreasonable question, he having advocated uniting all “the forces of the nation in a fasces.” He was pointedly invoking the Roman symbol of power — rods lashed together around an ax handle with the blade protruding — from which fascism took its name. His slogan was cunningly sinister: “My program is what you are thinking.” Meaning: what you flinch from saying about Jews, immigrants, and other deplorables. It is unclear how far from this tree the sour apple that is his daughter has fallen. Her rallies feature chants of “On est chez nous” (“This is our home”), which expresses anxiety that France is less and less that. Millions of unassimilated immigrants have made a mockery of the dreamy multiculturalism preached by people living comfortably insulated from the influx. Le Pen’s blood-and-soil nationalism is a primal scream against the felt dilution of identity. It is untrue that French libraries file the nation’s constitutions under periodicals. There have been a slew of them since 1791; the current one is a relatively ancient 59 years old. But a nation’s identity is usually bound up with linguistic unity, so France’s national identity is, in a sense, relatively young. Political scientist Francis Fukuyama has written: “In the 1860s, a quarter of France’s population could not speak French, and another quarter spoke it only as a second language. French was the language of Paris and the educated elite; in rural France, peasants spoke Breton, Picard, Flemish, Provençal, or any number of other local dialects.” Marine Le Pen, self-styled avatar of Frenchness, won less than 5 percent of the vote in Paris, running strongest where national identity has been most recently realized. In 1977, France’s GDP was about 60 percent larger than Britain’s; today it is smaller than Britain’s. In the interval, Britain had Margaret Thatcher, and France resisted “neoliberalism”. It would mean dismantling the heavy-handed state direction of the economy known as “dirigisme,” which is French for sclerosis. France’s unemployment rate is 10 percent, and more than twice that for the young. Public-sector spending is more than 56 percent of France’s GDP, higher than any other European nation’s. Macron promises only to nibble at statism’s ragged edges. He will not receive what he is not seeking — a specific mandate to challenge retirement at age 62, or the 35-hour workweek and the rest of France’s 3,500 pages of labor regulations that make it an ordeal to fire a worker and thus make businesses wary about hiring. Instead, he wants a more muscular European Union, which, with its democracy deficit, embodies regulatory arrogance. The 1930s confounded the European Left because capitalism’s crisis benefited the rancid Right, which by melding economic and cultural anxieties produced aspirations from the base metal of resentments. Today, globalization is causing similar stirrings on both sides of the Atlantic. Le Pen’s surge probably will crest short of floating her into the presidency. But in France and elsewhere, complacent people should remember the words of the African-American spiritual with which James Baldwin in 1963 warned Americans during the struggle for civil rights: God gave Noah the rainbow sign No more water, the fire next time. George Will
What is insufficiently understood is why a hurting rural America favored the urban, superrich Trump in 2016 and, more generally, tends to vote more conservative than liberal. Ostensibly, the answer is clear: an embittered red-state America has found itself left behind by elite-driven globalization, battered by unfettered trade and high-tech dislocations in the economy. In some of the most despairing counties, rural life has become a mirror image of the inner city, ravaged by drug use, criminality, and hopelessness. Yet if muscular work has seen a decline in its relative monetary worth, it has not necessarily lost its importance. After all, the elite in Washington and Menlo Park appreciate the fresh grapes and arugula that they purchase at Whole Foods. Someone mined the granite used in their expensive kitchen counters and cut the timber for their hardwood floors. The fuel in their hybrid cars continues to come from refined oil. The city remains as dependent on this elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as it always was. The two Palo Altoans at Starbucks might have forgotten that their overpriced homes included two-by-fours, circuit breakers, and four-inch sewer pipes, but somebody somewhere made those things and brought them into their world. In the twenty-first century, though, the exploitation of natural resources and the manufacturing of products are more easily outsourced than are the arts of finance, insurance, investments, higher education, entertainment, popular culture, and high technology, immaterial sectors typically pursued within metropolitan contexts and supercharged by the demands of increasingly affluent global consumers. A vast government sector, mostly urban, is likewise largely impervious to the leveling effects of a globalized economy, even as its exorbitant cost and extended regulatory reach make the outsourcing of material production more likely. Asian steel may have devastated Youngstown, but Chinese dumping had no immediate effect on the flourishing government enclaves in Washington, Maryland, and Virginia, filled with well-paid knowledge workers. Globalization, big government, and metastasizing regulations have enriched the American coasts, in other words, while damaging much of the nation’s interior. Few major political leaders before Trump seemed to care. He hammered home the point that elites rarely experienced the negative consequences of their own ideologies. New York Times columnists celebrating a “flat” world have yet to find themselves flattened by Chinese writers willing to write for a fraction of their per-word rate. Tenured Harvard professors hymning praise to global progressive culture don’t suddenly discover their positions drawn and quartered into four part-time lecturer positions. And senators and bureaucrats in Washington face no risk of having their roles usurped by low-wage Vietnamese politicians. Trump quickly discovered that millions of Americans were irate that the costs and benefits of our new economic reality were so unevenly distributed. As the nation became more urban and its wealth soared, the old Democratic commitment from the Roosevelt era to much of rural America—construction of water projects, rail, highways, land banks, and universities; deference to traditional values; and Grapes of Wrath–like empathy—has largely been forgotten. A confident, upbeat urban America promoted its ever more radical culture without worrying much about its effects on a mostly distant and silent small-town other. In 2008, gay marriage and women in combat were opposed, at least rhetorically, by both Barack Obama and Hillary Clinton in their respective presidential campaigns. By 2016, mere skepticism on these issues was viewed by urban elites as reactionary ignorance. In other words, it was bad enough that rural America was getting left behind economically; adding insult to injury, elite America (which is Democrat America) openly caricatured rural citizens’ traditional views and tried to force its own values on them. Lena Dunham’s loud sexual politics and Beyoncé’s uncritical evocation of the Black Panthers resonated in blue cities and on the coasts, not in the heartland. Only in today’s bifurcated America could billion-dollar sports conglomerates fail to sense that second-string San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick’s protests of the national anthem would turn off a sizable percentage of the National Football League’s viewing audience, which is disproportionately conservative and middle American. These cultural themes, too, Trump addressed forcefully. In classical literature, patriotism and civic militarism were always closely linked with farming and country life. In the twenty-first century, this is still true. The incubator of the U.S. officer corps is red-state America. “Make America Great Again” reverberated in the pro-military countryside because it emphasized an exceptionalism at odds with the Left’s embrace of global values. Residents in Indiana and Wisconsin were unimpressed with the Democrats’ growing embrace of European-style “soft power,” socialism, and statism—all the more so in an age of European constitutional, financial, and immigration sclerosis. Trump’s slogan unabashedly expressed American individualism; Clinton’s “Stronger Together” gave off a whiff of European socialist solidarity. Trump, the billionaire Manhattanite wheeler-dealer, made an unlikely agrarian, true; but he came across during his presidential run as a clear advocate of old-style material jobs, praising vocational training and clearly enjoying his encounters with middle-American homemakers, welders, and carpenters. Trump talked more on the campaign about those who built his hotels than those who financed them. He could point to the fact that he made stuff, unlike Clinton, who got rich without any obvious profession other than leveraging her office. Give the thrice-married, orange-tanned, and dyed-haired Trump credit for his political savvy in promising to restore to the dispossessed of the Rust Belt their old jobs and to give back to farmers their diverted irrigation water, and for assuring small towns that arriving new Americans henceforth would be legal—and that, over time, they would become similar to their hosts in language, custom, and behavior. Ironically, part of Trump’s attraction for red-state America was his posture as a coastal-elite insider—but now enlisted on the side of the rustics. A guy who had built hotels all over the world, and understood how much money was made and lost through foreign investment, offered to put such expertise in the service of the heartland—against the supposed currency devaluers, trade cheats, and freeloaders of Europe, China, and Japan. Trump’s appeal to the interior had partly to do with his politically incorrect forthrightness. Each time Trump supposedly blundered in attacking a sacred cow—sloppily deprecating national hero John McCain’s wartime captivity or nastily attacking Fox superstar Megyn Kelly for her supposed unfairness—the coastal media wrote him off as a vulgar loser. Not Trump’s base. Seventy-five percent of his supporters polled that his crude pronouncements didn’t bother them. As one grape farmer told me after the Access Hollywood hot-mike recordings of Trump making sexually vulgar remarks had come to light, “Who cares? I’d take Trump on his worst day better than Hillary on her best.” Apparently red-state America was so sick of empty word-mongering that it appreciated Trump’s candor, even when it was sometimes inaccurate, crude, or cruel. Outside California and New York City and other elite blue areas, for example, foreigners who sneak into the country and reside here illegally are still “illegal aliens,” not “undocumented migrants,” a blue-state term that masks the truth of their actions. Trump’s Queens accent and frequent use of superlatives—“tremendous,” “fantastic,” “awesome”—weren’t viewed by red-state America as a sign of an impoverished vocabulary but proof that a few blunt words can capture reality. To the rural mind, verbal gymnastics reveal dishonest politicians, biased journalists, and conniving bureaucrats, who must hide what they really do and who they really are. Think of the arrogant condescension of Jonathan Gruber, one of the architects of the disastrous Obamacare law, who admitted that the bill was written deliberately in a “tortured way” to mislead the “stupid” American voter. To paraphrase Cicero on his preference for the direct Plato over the obscure Pythagoreans, rural Americans would have preferred to be wrong with the blunt-talking Trump than to be right with the mush-mouthed Hillary Clinton. One reason that Trump may have outperformed both McCain and Romney with minority voters was that they appreciated how much the way he spoke rankled condescending white urban liberals. Poorer, less cosmopolitan, rural people can also experience a sense of inferiority when they venture into the city, unlike smug urbanites visiting red-state America. The rural folk expect to be seen as deplorables, irredeemables, and clingers by city folk. My countryside neighbors do not wish to hear anything about Stanford University, where I work—except if by chance I note that Stanford people tend to be condescending and pompous, confirming my neighbors’ suspicions about city dwellers. And just as the urban poor have always had their tribunes, so, too, have rural residents flocked to an Andrew Jackson or a William Jennings Bryan, politicians who enjoyed getting back at the urban classes for perceived slights. The more Trump drew the hatred of PBS, NPR, ABC, NBC, CBS, the elite press, the universities, the foundations, and Hollywood, the more he triumphed in red-state America. Indeed, one irony of the 2016 election is that identity politics became a lethal boomerang for progressives. After years of seeing America reduced to a binary universe, with culpable white Christian males encircled by ascendant noble minorities, gays, feminists, and atheists—usually led by courageous white-male progressive crusaders—red-state America decided that two could play the identity-politics game. In 2016, rural folk did silently in the voting booth what urban America had done to them so publicly in countless sitcoms, movies, and political campaigns. In sum, Donald Trump captured the twenty-first-century malaise of a rural America left behind by globalized coastal elites and largely ignored by the establishments of both political parties. Central to Trump’s electoral success, too, were age-old rural habits and values that tend to make the interior broadly conservative. That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked, and acted, and adjusted his message and style accordingly, will remain one of the astonishing ironies of American political history. Victor Davis Hanson
Ce qui unit l’électorat FN dans sa diversité, c’est la défense identitaire, si l’on ne limite pas l’identité à l’immigration. L’identité, ce n’est pas uniquement une question ethnique, mais aussi sociale, économique et territoriale. J’ai été pendant des années professeur en Lorraine, à Metz, où l’effondrement de la sidérurgie a entraîné la fin d’un monde. Dans les provinces françaises, les politiques de reconversion industrielle menées par la droite et la gauche ont coûté très cher, pour des résultats très en deçà de ce qu’on pouvait en attendre. Il y a aujourd’hui des populations qui sont très difficiles à employer vu la technicité d’un certain nombre de métiers. À mesure que les écoles ferment et que les services publics s’en vont, la désertification se développe. Les gens ne disent pas seulement « on n’a pas assez de retraite, on n’a pas assez de salaire », mais, de plus en plus, « vous êtes en train de casser notre mode de vie ». En jouant la carte des territoires et de l’enracinement, le FN met le doigt sur des réalités d’importance et capte donc un électorat rural qui n’était au départ pas le sien. Olivier Dard
Le phénomène du mouvement En Marche ! qui a amené Macron au second tour, ressemble étrangement au phénomène Kadima, éphémère parti politique israélien qui avait remporté les élections législatives de 2005, après une apparition fulgurante sur la scène politique, suivie d’une disparition tout aussi rapide. Ajoutons que « Kadima », en hébreu, signifie « En avant ». Dans les deux cas, il s’agit d’une organisation politique sui generis, sans identité bien définie. En Marche ! est un mouvement populaire se revendiquant comme étant « de droite et de gauche ». Kadima était un parti formé d’anciens membres du Likoud (droite) et d’Avoda (gauche travailliste), qui se définissait comme centriste et dont les dirigeants, à l’instar d’Emmanuel Macron, affirmaient rejeter les « clivages droite-gauche dépassés ». En réalité, Kadima incarnait surtout l’arrivée au pouvoir des idées post-sionistes, en vogue dans les milieux universitaires et intellectuels israéliens depuis le début des années 1990. Après une ascension rapide, le parti Kadima obtint 28 sièges dans la 18ème Knesset (ce qui en faisait le premier parti, devançant le Likoud et réduisant le parti travailliste à la portion congrue). Mais ce succès spectaculaire fut de courte durée : lors des élections législatives de 2013, Kadima a été pulvérisé et n’obtint que 2 sièges. Il a disparu de la scène politique israélienne à la suite de cet échec, et sa dirigeante Tsipi Livni créa un nouveau parti, au nom tout aussi vide de contenu idéologique : « Le mouvement » (Hatnua). Le sociologue Shmuel Trigano a décrit le postmodernisme comme une idéologie dominante, caractérisée notamment par le rejet de la souveraineté de l’Etat et des frontières. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la déconfiture des partis politiques traditionnels (UMP et PS en France, parti travailliste en Israël), qui va de pair avec l’émergence de nouvelles structures politiques, dont En Marche ! et Kadima sont les illustrations les plus marquantes. Dans les deux cas, ces nouvelles entités politiques sont marquées par un rejet des idéologies politiques traditionnelles (socialisme, travaillisme) et par le recours à des slogans qui relèvent plus du marketing que du discours politique. En effet, au-delà de la similarité des noms, Kadima et En Marche ! se ressemblent surtout à un niveau plus fondamental : l’idéologie dominante post-moderniste, dont ils sont l’expression politique. Le post-sionisme (c’est-à-dire l’abandon des principes fondamentaux du sionisme politique) de Kadima trouve ainsi son semblant dans le post-modernisme incarné par En Marche !. Quant à leur rejet affiché des clivages politiques traditionnels, il recouvre, dans une large mesure, une absence de positionnement politique réel (socialistes ou libéraux? conservateurs ou réformistes?), que beaucoup décrivent comme une absence de programme. La volonté proclamée de renouveau, (En Marche ! est l’émanation de l’Association pour le renouvellement de la vie politique) exprime ainsi la quintessence, sinon la totalité de leur programme. Mais derrière les slogans prometteurs, on a peine à déchiffrer quelle est l’identité véritable de ces mouvements politiques, dont les électeurs sont plutôt des « consommateurs » que des militants aux revendications bien définies. Leur rejet des idéologies classiques n’exprime sans doute pas tant une volonté de renouveau politique qu’un vide de contenu, que les efforts des conseillers en image et autres communicants peinent à masquer.Tout comme l’ascension fulgurante du parti Kadima en Israël, la victoire d’En Marche ! au premier tour de l’élection présidentielle française est, plus encore que celle d’un appareil politique, celle d’un slogan et d’un appareil de communication, c’est-à-dire de publicité. Pour la première fois dans l’histoire politique française, les électeurs vont peut-être porter au pouvoir un mouvement qu’ils auront choisi non pas tant en raison de son programme et de son contenu, que de son « emballage »… En Israël, les années Kadima auront surtout été marquées par la catastrophique Deuxième guerre du Liban. L’avenir dira si le mouvement En Marche ! saura laisser une trace plus durable et positive dans la vie politique française. Philippe Karsenty et Pierre Lurçat
Le premier tour a marqué la victoire des instituts de sondage face aux manieurs de big data, tel Filteris, un institut canadien qui base ses prédictions sur le buzz sur les réseaux sociaux. Pour le second tour, les sondeurs donnent Emmanuel Macron largement gagnant, aux alentours de 61 % contre 39 % pour Marine Le Pen. Mais Serge Galam, physicien, directeur de recherche au CNRS et membre du Cevipof de Sciences Po, maintient qu’une victoire du Front national n’est pas à exclure définitivement. « C’est amusant de voir les sondeurs être très fiers d’avoir fait la bonne traduction. Ils ont raison, mais ça ne met pas à l’abri de faire de nouvelles erreurs la prochaine fois. Il faut un peu d’humilité, car on n’a pas d’outils fiables à 100 % », explique-t-il par téléphone. (…) Même si, cette fois-ci, l’écart semble irrémédiable, le chercheur assure qu’on ne peut pas exclure à 100 % que la candidate du Front national n’obtienne pas la majorité. Pour le scientifique, il s’agit d’abord de voir si Marine Le Pen bénéficie d’une dynamique durant ces prochains jours. Et puis, le jour du vote, il faut prendre en compte l’abstention différenciée. « Les électeurs ayant voté Fillon ou Mélenchon ont fondé leur analyse sur la critique du hollandisme ou du libéralisme. Voter Macron au second tour représente pour eux un coût éthique et idéologique. En plus, il y a l’amertume liée au sentiment d’avoir été spolié, sachant que Mélenchon ou Fillon auraient pu être au second tour. Par rapport à cette situation inédite et cette aversion, il risque d’y avoir une abstention inavouée. Le jour du vote, toute excuse peut être bonne pour ne pas se déplacer au bureau de vote. C’est comme pour une pilule amère qu’on sait qu’on doit prendre, mais qu’on va tenter par tous les moyens d’éviter. Les sondages ne peuvent pas identifier ça. D’où l’intérêt d’avoir une formule mathématique. » Je ne suis pas en train de prédire une victoire de Marine Le Pen, je dis simplement qu’on n’est pas sûr que cela n’arrivera pas. Selon le modèle du chercheur, si Marine Le Pen est ainsi à 42 % d’intentions de vote avant le scrutin et qu’il y a une participation globale de 76 %, la candidate frontiste peut arriver à un score de 50,07 % si 90 % des gens qui veulent voter pour elle le font effectivement, et si seulement 65 % des gens qui disent vouloir voter Macron se déplacent. Une hypothèse toutefois peu réaliste. « Je pense qu’il y aura plus de 65 % de participation pour Macron », confesse le physicien. Mais, si Marine Le Pen est à 44 % d’intentions de vote la veille du scrutin et qu’elle bénéficie toujours d’une participation à 90 % des gens qui veulent voter pour elle, la candidate l’emporterait à 50,25 % des votes exprimés si la participation pour Macron est, elle, de 70 % (et que la participation globale s’élève à 79 %). « À 44 % d’intentions de vote, on entrerait alors dans une zone probable. Je ne suis pas en train de prédire une victoire de Marine Le Pen, je dis simplement qu’on n’est pas sûr que cela n’arrivera pas. Il est excessif de déjà envoyer Macron à l’Élysée. » Avec ses équations, Serge Galam a été vivement critiqué par les sondeurs. Lui assure qu’il faut « combiner sondages, big data et modélisation, car toutes les approches peuvent capter une partie de la réalité. La pratique des sondages donne le bon résultat quand il n’y a pas de changement brutal. Mais il existe des comportements non linéaires chez les électeurs qui créent une rupture, et les sondages ne peuvent pas prévoir ça. » (…) Je n’ai aucun problème à me tromper. » Serge Galam jure d’ailleurs qu’il ne rend pas service à ses hypothèses : plus les gens sont alertés sur cette abstention différenciée, plus ils iront voter massivement, ce qui condamnerait les espoirs frontistes… Le Point
Ensemble, les candidats socialiste et Les Républicains (25,8 %) n’atteignent pas le score de Nicolas Sarkozy en 2007 (31,1 %) ou celui de François Hollande en 2012 (28,6 %), signe clair de ce délitement dont le 23 avril est le produit, autant que de l’audace de M. Macron. Son score (23,9 %) est l’un des deux plus faibles pour un président, si tel devait être le cas, avec Jacques Chirac, lui-même difficilement parvenu au second tour, avant la victoire, en 1995 (20,8 %) puis en 2002 (19,8 %). (…) mais c’est dans le cadre de cette forte participation que Marine Le Pen établit un nouveau record pour le FN, depuis sa création ; c’est encore dans ce cadre que Jean-Luc Mélenchon parvient presque à doubler son score de 2012, frôlant l’accès au second tour. Or, à l’occasion de son discours, au soir du premier tour, Emmanuel Macron n’a pas semblé prendre la mesure de cette réalité profondément troublée. Il faudra convaincre lors du second tour. L’ambiance de fête au QG d’En marche ! était-elle appropriée ? (…) Il ne faut pas se tromper sur la difficulté du second tour, le 7 mai. Face à un vote protestataire fragmenté mais peu ou prou majoritaire, Emmanuel Macron sera bien seul. Toutes celles et ceux qui ont appelé à voter pour lui ont été défaits, aux élections présidentielles ou aux primaires, faisant de lui le candidat des sortants. Marine Le Pen s’efforcera de mobiliser ce vote de rupture, la « France du non », celle de 2005, qui voyait ensemble les partis de gouvernement, de droite et de gauche, sèchement battus par des forces protestataires (54,6 %), de droite et de gauche. (…) Comme au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, le tour décisif prendra place dans un monde démocratique fragilisé, au cœur d’une Europe confrontée à une offensive populiste inédite depuis les années 1930, dans un pays, la France, où les programmes de rupture ont su donner le jour à une coalition hétéroclite mais majoritaire, en 2005, et où, le 23 avril 2017, la moitié des électeurs ont bel et bien cherché la rupture. Emmanuel Macron est le survivant d’un monde assiégé, non son héros triomphant. C’est pour préserver leur patrimoine d’une aventure hors de l’euro que les Français pourraient finalement le soutenir, non pour un programme de réformes dont ils ne veulent décidément pas, que l’Europe attend et que les gauches radicales s’apprêtent à combattre. Dominique Reynié
Comme l’indique le sondage, seuls 27 % des votants pour Emmanuel Macron glisseront leur bulletin dans l’urne car convaincus de la crédibilité des mesures qu’il propose, quand 58 % des électeurs de Marine Le Pen le feront pour la même raison. 30 % des futurs électeurs de Macron ont choisi de voter pour “le moins pire”, et 31 autres pourcents adressent leurs voix au candidat d’En marche ! dans la volonté de faire barrage au Front national. Résultat : seul un électeur de Macron sur trois vote pour son candidat car il est en accord avec ses propositions politiques, ou que sa personnalité lui plaît. Des chiffres peu flatteurs pour l’ancien banquier. Valeurs actuelles
Je souhaite, dans 15 jours, devenir le président de tout le peuple de France, le président des patriotes face à la menace des nationalistes. Emmanuel Macron
Le patriotisme, c’est de l’amour, un sentiment profond que l’on a ou que l’on n’a pas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne le ressent pas chez Emmanuel Macron, ni à l’égard de la France, ni à l’égard des Français. Marine le Pen
C’est un jour historique car nous faisons passer l’intérêt de la France avant des intérêts partisans. J’ai décidé de prendre mes responsabilités en votant Marine Le Pen et en allant plus loin : en bâtissant un projet de gouvernement. Nicolas Dupont-Aignan
[L’enjeu de cette présidentielle, c’est la souveraineté française. C’est-à-dire, notre liberté. (…) J’ai le sentiment que Monsieur Emmanuel Macron n’a ni amour-propre, ni lucidité. Il étale ses faiblesses avec un extraordinaire masochisme. Il a un petit côté chien battu. Il ne respecte pas la France et il est même en train de détruire le support de son existence politique. (…) Il n’a pas de programme économique. Il ne peut pas en avoir parce que nous ne sommes plus qu’un territoire à l’intérieur de l’Union européenne. Il faut sortir de là le plus rapidement possible, quel qu’en soit le coût, car mieux vaut la liberté que l’esclavage. (…) À la fin de la guerre, deux hommes avaient compris cela: De Gaulle et Churchill, qui n’a jamais aliéné les pouvoirs de son pays. Nous assistons à une tentative de domestication des pays européens, nous sommes placés devant l’éventualité d’un IVe Reich. (…) Nous n’avons plus d’État. Le quinquennat qui s’achève aura été inexistant et je note une carence historique extraordinaire chez nos dirigeants. Aujourd’hui, l’économie et la finance veulent remplacer la souveraineté. Cela est impossible. (…) Marine Le Pen (…) Aujourd’hui, elle est la seule candidate qui n’est pas pieds et poings liés devant les Allemands. Manifestement, elle est la seule à avoir le tempérament pour rétablir la souveraineté de la France. Elle a, je crois, le sens de l’État au point de préserver notre nation. (…) Quelle est la caractéristique de l’extrême droite aujourd’hui? Je n’en vois aucune. Et qu’est-ce que représente le Front national en dehors de Marine Le Pen? Les partis politiques ont une importance et une influence mineures. Les Français savent être plus rebelles que cela. (…) ils ne se sentent pas gouvernés et ils ne le sont pas. Marie-France Garaud
Je prends le risque. Je vais m’abstenir. Dans la joie. Emmanuel Todd
La victoire de Macron au premier tour (23,87%) est aussi celle du pouvoir médiatique qui l’a porté et dorloté. La droite vaincue (François Fillon arrive en troisième position avec 19,94% des voix, talonné par Jean-Luc Mélenchon, 19,60%) a, dès hier soir, fait connaître sa volonté de « faire barrage » à Marine Le Pen qui, avec 21,43% des voix, échoue dans son espoir de sortir en numéro un. Demeure évidemment, ce lundi, un sentiment de frustration chez ceux qui considéraient – j’en étais – le projet libéral conservateur de Fillon comme le plus abouti. Toutefois les affaires ne suffisent pas à expliquer son élimination. Elle est également due à son incapacité de s’adresser aux gens les plus vulnérables. La destitution de Fillon, mais aussi celle de Benoît Hamon pour le PS (6,35% !) s’ajoutent à celles de Sarkozy, Juppé, Duflot, Hollande, Valls… C’est bien un monde ancien que les Français ont décidé de mettre à bas. La remarquable percée de Macron s’inscrit dans cette logique de renouvellement, et je reconnais m’être trompé pour avoir vu chez lui, ici, une bulle sans lendemain. Mais Les Républicains sont retombés dès hier soir dans le travers des tambouilles en voulant reconstituer contre Le Pen un énième « front républicain ». Quand Fillon appelle à voter Macron après avoir dit vouloir « vaincre le totalitarisme islamique », son ralliement à celui qui ne jure que par « l’apaisement » révèle le drame de cette droite sans convictions durables. Mélenchon est plus conséquent quand il préfère ne pas donner de consigne de vote. En fait, la nécessaire recomposition politique va s’imposer aussi à la droite la plus bête du monde. Elle ne peut plus se permettre le luxe d’une division, en pointant encore les fantômes du vieux FN. C’est cette formation recentrée qui, que cela plaise ou non, est devenue le premier parti d’opposition. Marine Le Pen a deux semaines pour tenter d’attirer ceux qui n’entendent pas laisser la France brader sa souveraineté et dériver dans le multiculturalisme que cautionne Macron, cornaqué par Terra Nova et sa flatterie des minorités. Mais si Fillon a échoué par manque de sensibilité sociale, Le Pen échouera si elle persiste dans un antilibéralisme absurde. Sortir de l’euro est également moins urgent que sauver la nation de sa dislocation engagée. Ivan Rioufol
Sa position politique, si elle recueille des soutiens venus de la gauche et de la droite, reste fragile. Comme le rappelle l’universitaire Dominique Reynié (Le Monde, mardi), « sa base de premier tour ne représente que 18,9% des inscrits (…) Il ne faut pas se tromper sur la difficulté du second tour : face à un vote protestataire fragmenté mais peu ou prou majoritaire, Emmanuel Macron sera bien seul ». On peut imaginer que Le Pen ne se privera pas, lors du débat, de replacer son adversaire dans son rôle de représentant d’une classe privilégiée mais minoritaire, à l’aise dans le déracinement, la mondialisation, le commerce fructueux : un anachronisme, dans une France qui, en 2005, avait dit non à 55% à la consolidation constitutionnelle de l’Union européenne. Le populisme dont se réclame Macron est une habile fiction, aisément démontable. Entendre d’ailleurs le numéro 1 se réclamer à son tour du patriotisme, en accusant son adversaire de nationalisme, confirme que le FN a déjà gagné la bataille des idées. Les vagues de drapeaux tricolores, qui s’observent dans tous les meetings, illustrent la défaite du discours post-national. C’est pourquoi les attaques convenues contre le nationalisme, que Macron porte à son tour, risquent de provoquer un effet boomerang : avoir une préférence pour ce qui est propre à la nation est un sentiment partagé par ceux qui veulent également protéger leur patrie. Faudrait-il débaptiser l’Education « nationale » ? Cette trop subtile dialectique des promoteurs de la société ouverte fait oublier que les conflits futurs sont désormais dans les plis du multiculturalisme, que Macron protège. Lundi, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), issue de la mouvance des Frères musulmans, a appelé « à aller voter massivement pour faire barrage aux idées de xénophobie et de haine et donner au candidat Emmanuel Macron le score le plus large ». Les Frères musulmans ont l’objectif de promouvoir la charia (loi de Dieu), incompatible avec la démocratie (loi du peuple). La grande mosquée de Paris et le Conseil français du culte musulman (CFCM) ont également invité à voter Macron. Ce mercredi, le ministre algérien des Affaires étrangères a qualifié le candidat, qui a dit récemment de la colonisation française qu’elle est un crime contre l’humanité, d’ »ami de l’Algérie ». Le 7 mai sera aussi un référendum sur l’avenir de la nation, de son identité, de sa cohésion. Ivan Rioufol
Ses bonnes fées sentent la naphtaline. À son tour, François Hollande a appelé, lundi, à voter pour Emmanuel Macron, vainqueur du premier tour de la présidentielle (23,87 % des voix). François Fillon, arrivé troisième (20,01%), l’avait précédé dans ce ralliement. L’homme neuf n’est déjà plus que le candidat banal des caciques désavoués : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Manuel Valls, Benoît Hamon, etc. Macron est également soutenu par le monde médiatique, le Medef et une palanquée de « résistants » à Marine Le Pen, arrivée deuxième (21,43 %). La percée du leader d’En marche ! lui assure, normalement, son élection le 7 mai. L’intéressé a d’ailleurs déjà fêté sa victoire, dimanche soir à la Rotonde, restaurant cossu du quartier Montparnasse. Sarkozy l’avait fait en 2007 au Fouquet’s… mais à l’issue du second tour. L’UMPS, que moquait le FN, s’est reconstituée avec les socialistes et les Républicains. Mais où est la rupture annoncée ? La France en colère ne ressemble pas à ce bon élève verbeux. Ceux des villes ont adopté l’enfant gâté au regard envoûteur : Paris a voté à 34,8 % pour Macron, contre 4,99 % pour Le Pen. Le phénomène se retrouve dans toutes les grandes cités. Cependant, la France rurale a enraciné son vote FN, qui a gagné 1,2 million de voix. La progression de Mélenchon (19,60 %) dans les banlieues est plus spectaculaire encore ; il a gagné 3 millions de voix. Cette dynamique populiste, à laquelle s’ajoutent les 4,73 % de Nicolas Dupont-Aignan, est celle des Oubliés. Ils sont à mille lieues du projet européiste et mondialiste de Macron. S’il peut bénéficier du coup de fouet de sa prouesse, son socle est fragile : 18,9 % des inscrits. Les sondages lui promettent une victoire écrasante. Est-ce si sûr ? Macron est le représentant des «  inclus », bourgeois urbains à l’aise dans l’univers plat de la mondialisation et de son commerce créatif. Ivan Rioufol
Emmanuel Macron est le candidat par lequel ce qu’on pourrait appeler le consensus libéral, mondialiste et diversitaire des élites françaises est parvenu à se maintenir et même à reprendre l’offensive. C’est une réussite. Le progressisme mondialisé a fait bloc. Mais si Macron prétend faire émerger une nouvelle classe politique, dégagée des partis déjà existants, décrétés désuets, il ne pourra le faire qu’en s’appuyant sur les nombreux cadres qui se sont ralliés à lui. À travers lui, tout un système veut se sauver. C’est la phrase du Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change ! » (…) N’oublions pas l’incroyable éclatement de ce vote antisystème. Les uns votent contre l’immigration massive, ou contre l’Europe, contre les médias, et on pourrait ajouter bien d’autres “contre”. On ne cesse de dire que le clivage gauche-droite a éclaté. Peut-être. On devrait plutôt dire que d’autres clivages se rajoutent mais qu’aucun ne parvient à s’imposer. Les contradictions du pays ne trouvent donc pas de logiciel pour les synthétiser et engendrent conséquemment un sentiment d’impuissance collective. Nous sommes peut-être dans un moment de recomposition politique, mais nous sommes encore dans sa phase chaotique. (…) Le système médiatique est parvenu à réduire la campagne présidentielle à une quête de changement pour le changement, et à imposer de manière obsessionnelle le thème des affaires. On peut y voir un détournement électoral en forme d’occultation du réel. Le système médiatique a ramené le débat dans des termes qu’il contrôle plus aisément. Il a confirmé sa domination sur la vie démocratique. (…) c’est le peuple français qui s’est fait voler son élection. Depuis cinq ans, des questions essentielles traversaient la vie politique : celle du terrorisme islamiste, celle de l’immigration massive, celle de l’identité nationale, celle des nouveaux enjeux sociétaux. Ces questions pourtant essentielles ont été évacuées de la campagne. C’est un peu comme si le système politique était incapable de prendre en charge les aspirations profondes du peuple français. On a vidé l’élection présidentielle de sa substance, on l’a dépolitisée. (…) C’est une alternative idéologique déformée et caricaturale. Le débat n’aura pas lieu. Quoi qu’on en pense, bien des électeurs souverainistes et conservateurs ne voudront pas se rallier à Marine Le Pen, soit parce qu’ils la trouvent engoncée dans la fonction tribunitienne, soit à cause de son programme, soit à cause de l’histoire de son parti, soit à cause de son nom de famille, tout simplement. À travers la candidature de Marine Le Pen, ce qu’on appelle plus ou moins confusément le camp souverainiste français est condamné à une expression diminuée et mutilée. Dans les prochaines années, le vote souverainiste, conservateur, attaché à l’identité française trouvera probablement de nouveaux vecteurs et cela, dans une dynamique plus large de recomposition politique. Pour l’instant, Emmanuel Macron sera élu, cela ne fait guère de doute. Il ne faudrait pas y voir un référendum d’approbation en profondeur de sa vision du monde. Les problèmes de fond qui amènent tant de Français à s’avouer hantés par la peur d’une dissolution de la patrie ne disparaîtront pas. (…) Emmanuel Macron a déjà affirmé qu’il n’y a pas de culture française. Dimanche soir, il a parlé du peuple de France et non pas du peuple français. Nous étions dans le même esprit. Il semble aussi adhérer à l’idée qu’une nation n’est faite que de vagues successives d’immigrants. C’est ce qu’on appelle communément le multiculturalisme. On arrache ainsi un pays à son identité. Justin Trudeau ne pense pas autrement en la matière, lui qui croit par ailleurs que le Canada est le laboratoire de cette grande recomposition diversitaire. Macron et Trudeau ne sont pas identiques mais ils adhèrent avec enthousiasme à l’esprit de l’époque, qui est postnational, posthistorique et postpolitique. Ils occupent le même créneau, celui de la mondialisation diversitaire, heureuse et fière de l’être. (…) La formule d’Aron [le drame de Giscard était de ne pas savoir que le monde est tragique] s’applique bien à Macron. Il avait l’air d’un ministre-technocrate de temps de paix et on lui demandera d’être un président de temps de guerre. Il va devoir enfiler de bien grands habits, probablement trop grands pour lui. Le marketing politique peut transformer un candidat en président, manifestement, mais il a ses limites. Il ne peut pas transformer un homme léger en homme tragique. Peut-être les circonstances y parviendront-elles. L’homme n’est pas sans talent. Devenu président, Macron n’aura pas le choix de tenir compte ou pas de la réalité qui ne disparaît pas même si on se ferme les yeux devant elle. On ne peut que lui souhaiter bonne chance. Mathieu Bock-Côté
Mes parents n’ont jamais voulu qu’on les considère comme des pauvres.  Je me souviens  d’une  émission  où  Jamel  Debbouze  parlait  de  sa  vie  à   Trappes  et  des  cafards dans son  appartement face à Thierry  Ardisson  qui  avait  la  larme  à  l’œil.  J’ai  toujours   détesté le côté faux du mec de gauche qui surjoue ses origines  populaires  ou  le  discours  victimaire  des  minorités ethniques sur la misère et le racisme en banlieue. Christophe Guilluy
Le clivage Macron Le Pen est chimiquement pur : territorialement, culturellement,  socialement.  (…) C’est  quelqu’un  d’intelligent qui  valide  mon   diagnostic  sans  bouger  de  son  système  idéologique.   Selon  la  bonne  vieille  logique  des  systèmes, quand le communisme ne marche plus, il faut plus de  communisme,  quand  le  modèle  mondialisé  ne  fait  pas  société, il faut encore plus de mondialisation !  (…) Si le système en  place parvient à faire élire un Macron, il préservera l’essentiel  mais  en  sortira  fragilisé  :  certains  sondages  donnent  Marine  Le  Pen  à  40  %  au  second  tour,  ce  qui  est   considérable par rapport aux 18 % de Jean-Marie Le Pen en  2002.  La  dynamique  est  de  ce  côté-là.  Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant  le  modèle  dominant  sous  une  autre  étiquette   gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de  basculement.  Si  la  France  d’en  haut  ne  fixe  pas  comme  priorité  le  sauvetage  des  classes  populaires,  elle  est   condamnée. Christophe Guilluy
Ce qui est intéressant, c’est que les deux candidats sont ceux qui se positionnent en dehors du clivage gauche-droite. Ceux qui ont été identifiés à droite et à gauche, issus des primaires, ne sont pas au second tour. La structure n’est plus le clivage gauche / droite. Le clivage qui émerge est lié complètement au temps long, c’est-à-dire à l’adaptation de l’économie française à l’économie monde. Dès 1992, avec Maastricht, ce clivage était apparu, avec la contestation d’un modèle mondialisé. Si on veut remonter plus loin, les causes sont à chercher dans le virage libéral, qui est le basculement des sociétés occidentales dans le néolibéralisme. C’est une logique ou les sociétés vont se désindustrialiser au profit de la Chine ou de l’Inde par exemple. Cela est aussi vrai avec Donald Trump ou le Brexit, qui nait de la financiarisation de l’économie américaine sous Clinton et du thatchérisme. Ce sont des dynamiques de temps long qui vont avoir un impact d’abord sur les catégories qui sont concernées par ce grand plan social de l’histoire : celui des classes moyennes. Tout cela se fait au rythme de la sortie de la classe moyenne. Logiquement, ce sont d’abord les ouvriers, qui subissent ce processus de désaffiliation politique et culturelle, qui sont les premiers à grossir le nombre des abstentionnistes et à rejoindre les mouvements populistes. Puis, ce sont les employés, les agriculteurs, qui suivent ce mouvement. La désaffiliation aux appartenances s’accentue. Les ouvriers qui votaient à gauche se retrouvent dans l’abstention ou dans le vote Front national, c’est également le cas aujourd’hui du monde rural qui votait à droite. Ce que l’on constate, c’est que l’effet majeur de la disparition des classes moyennes est de mettre hors-jeu les partis traditionnels. Parce que le Parti socialiste ou Les Républicains ont été conçus pour et par la classe moyenne. Or, ces partis continuent de s’adresser à une classe moyenne qui n’existe plus, qui est mythique. Il ne reste plus que les retraités, cela a d’ailleurs été le problème de François Fillon, qui a perdu par son incapacité à capter le vote de la France périphérique, ces gens qui sont au front de la mondialisation. Il ne capte que ceux qui sont protégés de la mondialisation ; les retraités. C’est le même constat à gauche, dont le socle électoral reste la fonction publique, qui est aussi plus ou moins protégée de la mondialisation. Nous parlons d’électorats qui se réduisent d’année en année, ce n’est donc pas un hasard que les partis qui s’adressent à eux ne parviennent plus à franchir le premier tour. C’est aussi ce qui passe en Europe, ou aux États Unis. Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l’Amérique périphérique, l’Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l’on créé le moins d’emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales. La difficulté est intellectuelle pour ce monde d’en haut ; les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui créée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l’emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et créé toujours plus d’inégalités sociales et territoriales C’est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n’intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement. (…) C’est son modèle inversé. Emmanuel Macron comme Marine Le Pen ont fait le constat que cela ne se jouait plus autour du clivage gauche / droite. Ils ont pris en compte la polarisation de l’économie, entre un haut et un bas, et sans classes moyennes. Dans ce sens-là, l’un est la réponse de l’autre. (…) Géographiquement, c’est l’opposition entre la France des métropoles et la France périphérique qui structure le match Emmanuel Macron/ Marine Le Pen. On a déjà pu voir quelques cartes sur l’opposition est ouest, mais ce clivage est ancien, hérité, il ne dit rien des dynamiques en cours. Lorsque j’étais étudiant ces cartes est ouest existaient déjà, elles expriment l’héritage de l’industrie, et donc de la désindustrialisation. C’est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d’ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. Ce qui est intéressant, c’est de voir les dynamiques. C’est en zoomant à partir des territoires qui créent le plus d’emplois et ceux qui en créent le moins. Par exemple, en Bretagne, ou Marine Le Pen fait 6% à Rennes, et 20% dans les zones rurales. C’est toujours un distinguo entre les dynamiques économiques. Aujourd’hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse. Le marché de l’immobilier s’est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l’emploi n’avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n’ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s’opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022. (…) Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu’il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu’il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le « haut » intègre les problématiques du « bas » de façon sincère. C’est exactement ce qui s’était passé avec le parti communiste, qui était composé d’une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient « au nom de ». Aujourd’hui c’est la grande différence, il n’y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieues. Plus personne n’y croit et c’est cela l’immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d’en bas n’est pas légitime. Ce qui est appelé « populisme ». Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l’aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L’antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n’est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d’antifascistes, ça, ce n’est qu’un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d’une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États Unis ou au Royaume Uni. Cette posture antifasciste, à la fin, c’est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l’insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s’il parvient à parler et à se connecter avec le bas. Ce que j’espère, c’est que ce clivage Macron Le Pen, plutôt que de se régler par la violence, se règle par la politique. Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l’antifascisme. Christophe Guilluy
J’ai  trouvé  dans  le  livre  un  diagnostic  pertinent  de  la  société   française. Il montrait que 60 % de la population habitaient dans des territoires totalement coupés de la dynamique de  la  mondialisation  :  les  villes  petites  et  moyennes  ainsi  que   les  régions  rurales.   Si  on  parlait  à  ces   gens-là,  l’élection  était  gagnée,  car  cette  France-là  est   majoritaire. Jean-Baptiste  de  Froment (chargé  de  la  prospective  pour  la  campagne  de   Nicolas  Sarkozy de 2012)
Dans  sa  trilogie  française,  l’essayiste  a  redonné   une  voix  à  la  France  des  invisibles.  Avec   Fractures  françaises  (François  Bourin  Éditeur,  2010),  puis  La  France  périphérique   (Flammarion,  2014)  et  enfin   Le  Crépuscule  de  la  France  d’en  haut   (Flammarion, 2016),  il a mis le doigt sur une réalité brûlante que le monde  politico-médiatique et universitaire n’avait pas vu ou  pas voulu voir : celle des vaincus de la mondialisation,  des  exilés  de  l’intérieur  qui  ont  voté  majoritairement pour le FN ce dimanche.  Selon Guilluy, il y a désormais deux France. D’un côté,  les  grandes  métropoles  où  la  nouvelle  bourgeoisie urbaine tire profit de la mondialisation, prônant  l’«  ouverture  »  et  le  «  vivre-ensemble  »  pour   mieux  ériger  des  frontières  invisibles.  De  l’autre,   celle  de  la  périphérie  où  «  la  plèbe  »  en  quarantaine   souffre  de  la  désindustrialisation  et  de  l’insécurité   physique et culturelle liée à l’immigration. Une thèse polémique qui a bousculé le monde intellectuel français. Au point de faire de Guilluy l’un des penseurs les plus  influents  et  controversés  de  ces  dernières  années. Prophète de la France d’en bas pour les uns, sociologue de comptoir pour les autres. Adoubé par les  chercheurs  étrangers,  mais  snobé  par  les  universitaires  français.  Référence  incontournable  pour  Éric   Zemmour  ou  Patrick  Buisson,  mais   «  Onfray  de  la   géographie »  pour une partie de la presse de gauche,  qui  l’accuse  de  «  faire  le  jeu  du  FN  » (…) Il est  vrai que la bourgeoisie traditionnelle, qui a voté Fillon,  partage les valeurs et les préoccupations culturelles de  la France périphérique au sujet de l’islam et de l’immigration. Il est vrai aussi que Jean-Luc Mélenchon dispute  une  partie  du  vote  populaire  à  Marine  Le  Pen.  Il   n’en reste pas moins que les résultats du premier tour  de la présidentielle confirment très largement l’analyse  de  Guilluy.  Dimanche,  les  catégories  populaires  se   sont tournées majoritairement vers Le Pen, tandis que  la  bourgeoisie  «  cool  »  des  grandes  villes  s’est  reconnue   en   Emmanuel   Macron.   L’ancien   ministre   de    l’Économie a obtenu 35 % des suffrages parisiens et est  arrivé   premier   dans   treize   arrondissements.   Dans    quatre  arrondissements  (les  IIe ,  IIIe ,  IVe   et  IXe ),  il  obtient même plus de 40 % des voix. À l’inverse, Marine  Le Pen emporte 83,7 % des voix à Brachay, en Haute- Marne, village de… 57 habitants !  (…) Guilluy souligne que l’influence croissante de la  gauche à Paris et plus largement dans les grandes métropoles  n’est  pas  liée  à  un  vote  populaire,  mais  au   contraire à l’apparition d’une nouvelle bourgeoisie urbaine  qui  est  le  produit  d’une  fusion  entre  le  monde   artistique  et  intellectuel  et  le  monde  de  l’entreprise.  (…)  Guilluy   reprend   le    concept de « bobos » (bourgeois-bohèmes), qu’il emprunte  au  journaliste  américain  David  Brooks.  L’expression entre dans le langage courant mais est proscrite   par   une   partie   du   monde   intellectuel et  médiatique, qui refuse d’être assimilé à la bourgeoisie.  Selon  Guilluy,  ce  déni  est  un  moyen  de  dissimuler  la   réalité des conflits de classe.  Ses premiers livres,  Fractures françaises  et  La France  périphérique   dérangent  tout  autant,  en  particulier   dans  le  monde  universitaire.  Guilluy  est  accusé  de   manquer  de  rigueur  scientifique  ou,  pire,  d’encourager un clivage ethnico-culturel délétère entre « petits  Blancs » et « jeunes de banlieues ». S’il est ignoré par les universitaires, Guilluy a su retenir  l’attention des politiques. À gauche, François Hollande,  Manuel Valls et même Emmanuel Macron l’ont rencontré.  Le  vainqueur  du  premier  tour  de  la  présidentielle cite plusieurs fois  La  France  périphérique  dans son livre  Révolution .  (…)  Paradoxalement,  c’est  surtout  la  droite  que  le  géographe  a  influencée.  En  2010,  Jean-Baptiste  de  Froment,   chargé  de  la  prospective  pour  la  future  campagne  de   Nicolas  Sarkozy,  découvre   Fractures  françaises . (…) En septembre 2011, Froment écrit au président  Nicolas  Sarkozy,  une  note  qui  s’intitule  :  «  La   France  périphérique,  clef  de  l’élection  présidentielle   2012 ». Lorsque, sous l’influence de Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy opère un virage identitaire en fin de campagne, les thématiques de Guilluy refont surface et permettent au candidat de sauver l’honneur.  La  faiblesse  de  la  campagne  de  Fillon  ?  L’abandon des   classes   populaires.   François   Fillon   n’a   pas   su    s’adresser à ces catégories .  (…)  Au  FN,   nombre  de  jeunes  cadres  du  mouvement  ont  fait  de   Guilluy leur intellectuel de référence. Alexandre Devecchio

Attention: une victoire peut en cacher une autre !

Au lendemain d’un nouveau et double 21 avril

Où, comme le rappelle le politologue Dominique Reynié, « ensemble, les candidats socialiste et républicain (25,8 %) n’atteignent pas le score de Nicolas Sarkozy en 2007 (31,1 %) ou celui de François Hollande en 2012 (28,6 %) » …

Et où face à un vote protestataire record et désormais majoritaire qui entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon continue à refuser les réformes qu’ont fait la plupart des pays qui ont retrouvé le chemin de l’emploi   …

Un vainqueur annoncé aussi accidentel qu’illégitime gagne avec l’un des deux plus faibles scores pour un président (moins de 24%) après Jacques Chirac (20,8 % en 1995, 19,8 % en 2002) …

Et face pour le deuxième tour aux ralliements des uns (Dupont-Aignan) ou aux appels plus ou moins déguisés à l’abstention ou au vote blanc des autres (Mélenchon) …

En est à singer, ultime effet miroir entre vagues de drapeaux tricolores et références creuses à la patrie comme l’ont aussi bien vu les groupuscules lycéens, le populisme d’une adversaire qu’il diabolise en même temps …

Comment ne pas voir …

Si rien n’est fait, comme le demandent depuis des années le géographe Christophe Guilluy ou l’éditorialiste Ivan Rioufol …

Pour prendre enfin sérieusement en compte les préoccupations tant identitaires qu’économiques de la France périphérique …

Au lieu, derrière la posture morale de l’antifascisme et de l’antiracisme, de disqualifier toute revendication venant de sa part …

La véritable victoire d’un parti qui s’obstine depuis si longtemps à poser les questions qui fâchent …

Dans la bataille des idées comme peut-être bientôt dans les urnes ?

Et comment ne pas repenser …

Après James Baldwin annonçant les révoltes noires-américaines il y a plus de 60 ans …

Ou tout récemment l’éditorialiste américain George Will avertissant l’Obama français …

Ou le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté le Trudeau français …

Aux paroles du célèbre negro spiritual inspiré de la deuxième lettre de Pierre …

« Dieu a donné à Noé le signe de l’arc-en-ciel. Il n’y aura plus d’eau mais du feu la prochaine fois » ?

Présidentielle : Christophe Guilluy, l’homme qui avait tout vu

Alexandre Devecchio

Le Figaro

26/04/2017

FIGAROVOX/RENCONTRE – Le duel Macron-Le Pen traduit l’affrontement entre deux France irréconciliables : celle de la nouvelle bourgeoisie urbaine des grandes métropoles contre celle des classes populaires de la périphérie. Un scénario que le géographe Christophe Guilluy théorise depuis plus d’une décennie.

«Bienvenue au Déjazet, le dernier café non gentrifié de la place de la République!», lance Christophe Guilluy, accoudé à une table, avec son accent de titi parigot et son air bonhomme. Dans une autre vie, le géographe aurait pu interpréter les flics ou les voyous dans les films d’Olivier Marchal, le réalisateur de 36 quai des Orfèvres. Visage émacié, balafré, boule à zéro et barbe de trois jours, pantalon jean et cigarette au bec, Guilluy a l’allure d’un personnage de polar, pas celle d’un intellectuel parisien. Malgré les succès d’édition, il ne fréquente pas les salons. En semaine, à l’heure du déjeuner, l’endroit, un peu glauque, est pratiquement désert. Ici, pas de hipsters. Seuls quelques habitués qui trinquent autour d’un demi. Pas étonnant que l’auteur de La France périphérique, l’enfant de  Belleville-Ménilmontant,  aime  ce  bistrot  à   l’ancienne.  Il  évoque  le  Paris  d’avant  Delanoë  et  Hidalgo, d’avant les Vélib’ et les bobos. Ce temps où les  grandes  métropoles  n’étaient  pas  des   « citadelles  médiévales »   interdites  aux  vieilles  voitures  et  aux  pauvres.  Dans  sa  trilogie  française,  l’essayiste  a  redonné   une  voix  à  la  France  des  invisibles.  Avec   Fractures  françaises  (François  Bourin  Éditeur,  2010),  puis  La  France  périphérique   (Flammarion,  2014)  et  enfin   Le  Crépuscule  de  la  France  d’en  haut   (Flammarion, 2016),  il a mis le doigt sur une réalité brûlante que le monde  politico-médiatique et universitaire n’avait pas vu ou  pas voulu voir : celle des vaincus de la mondialisation,  des  exilés  de  l’intérieur  qui  ont  voté  majoritairement pour le FN ce dimanche.

Selon Guilluy, il y a désormais deux France. D’un côté,  les  grandes  métropoles  où  la  nouvelle  bourgeoisie urbaine tire profit de la mondialisation, prônant  l’«  ouverture  »  et  le  «  vivre-ensemble  »  pour   mieux  ériger  des  frontières  invisibles.  De  l’autre,   celle  de  la  périphérie  où  «  la  plèbe  »  en  quarantaine   souffre  de  la  désindustrialisation  et  de  l’insécurité   physique et culturelle liée à l’immigration. Une thèse polémique qui a bousculé le monde intellectuel français. Au point de faire de Guilluy l’un des penseurs les plus  influents  et  controversés  de  ces  dernières  années. Prophète de la France d’en bas pour les uns, so- ciologue de comptoir pour les autres. Adoubé par les  chercheurs  étrangers,  mais  snobé  par  les  universitaires  français.  Référence  incontournable  pour  Éric   Zemmour  ou  Patrick  Buisson,  mais   «  Onfray  de  la   géographie »  pour une partie de la presse de gauche,  qui  l’accuse  de  «  faire  le  jeu  du  FN  ».   « Je  me  sens   moins seul , ironise le fondateur de l’université populaire  de  Caen,  qui  souscrit  à  toutes  les  analyses  du   géographe.  Avec lui et Michéa, on pourrait former une  école ! »  Marcel Gauchet admet, lui aussi, son admiration pour le travail et le courage de Guilluy, même  si, dit-il,  « la France d’en haut est moins cohérente que ne  le  dit  Guilluy.  Il  est  parfois  dans  un  schéma  un  peu   binaire  alors  que  la  réalité  est  plus  complexe  ».   Pour   Alain Minc, la montée en puissance d’un populisme  de gauche rend le concept de Guilluy inopérant.  « Je  suis convaincu que la carte du vote Mélenchon n’a rien  à voir avec la carte du vote FN »,  note-t-il.

Expérience de terrain

Le rédacteur en chef de la revue Le  Débat et le héraut  de la « mondialisation heureuse » n’ont pas tort. Il est  vrai que la bourgeoisie traditionnelle, qui a voté Fillon,  partage les valeurs et les préoccupations culturelles de  la France périphérique au sujet de l’islam et de l’immigration. Il est vrai aussi que Jean-Luc Mélenchon dispute  une  partie  du  vote  populaire  à  Marine  Le  Pen.  Il   n’en reste pas moins que les résultats du premier tour  de la présidentielle confirment très largement l’analyse  de  Guilluy.  Dimanche,  les  catégories  populaires  se   sont tournées majoritairement vers Le Pen, tandis que  la  bourgeoisie  «  cool  »  des  grandes  villes  s’est  reconnue   en   Emmanuel   Macron.   L’ancien   ministre   de    l’Économie a obtenu 35 % des suffrages parisiens et est  arrivé   premier   dans   treize   arrondissements.   Dans    quatre  arrondissements  (les  IIe ,  IIIe ,  IVe   et  IXe ),  il  obtient même plus de 40 % des voix. À l’inverse, Marine  Le Pen emporte 83,7 % des voix à Brachay, en Haute- Marne, village de… 57 habitants !  « Le clivage Macron Le Pen est chimiquement pur : territorialement, culturellement,  socialement »,  explique le géographe.

Christophe Guilluy avait tout vu. Et pourtant, il n’est ni prof ni universitaire. Il n’a jamais passé sa thèse, préférant se nourrir de son expérience de terrain. Une trajectoire  atypique,  que  les  «  sachants  »,  bien  sous  tous  diplômes,  lui  reprochent  encore.   «   Je   n’existe   dans    aucun  milieu,  et  je  m’en  fous.  Chez  moi,  la  défense  des   mecs  d’en  bas  vient  des  tripes  »,  explique Guilluy.  « Par  son statut, il est à l’image de la France périphérique qu’il  décrit,  décrypte  son  ami  l’historien  Georges  Bensoussan.  Le  mépris  de  classe  qu’il  décrit  de  la  France  d’en   haut, y compris de cette France de gauche qui tient les rênes  du  pouvoir  culturel,  il  en  a  été  victime  lui-même. » Pudique,  Guilluy  reste  réservé  sur  sa  vie  familiale.  À   demi-mot, on comprend néanmoins qu’il a des origines modestes.  « Mes parents n’ont jamais voulu qu’on les considère comme des pauvres , lâche-t-il.  Je me souviens  d’une  émission  où  Jamel  Debbouze  parlait  de  sa  vie  à   Trappes  et  des  cafards  dans  son   appartement  face  à   Thierry  Ardisson  qui  avait  la  larme  à  l’œil.  J’ai  toujours   détesté le côté faux du mec de gauche qui surjoue ses origines  populaires  ou  le  discours  victimaire  des  minorités ethniques sur la misère et le racisme en banlieue. »

Né à Montreuil, Christophe Guilluy a grandi à Belleville où vivait déjà son arrière-grand-père. Géographe en  herbe,  il  dévore  les  cartes.   «   Cela  me  permettait  de   voyager  immobile ,  se  souvient-il.   J’ai  vu  en  direct  la   gentrification.  Pour  les  autochtones,  l’autochtone  étant   aussi  bien  le  prolo  blanc  que  le  jeune  issu  de  l’immigration, ce qui a provoqué le plus de problèmes, ce n’est pas  l’arrivée  des  Maghrébins,  mais  celle  des  bobos.   »   Dans   les  années  1980,  ce  fan  des  Béruriers  noirs  chante La  jeunesse  emmerde  le  Front  national.   C’est  l’époque  de   l’antiracisme,  mais  aussi  du  tournant  libéral  et  de  la   restructuration  urbaine.  Son  immeuble  doit  être  démoli et les Guilluy relogés à La Courneuve. L’immeuble,  situé  sur  les  façades,  est  finalement  préservé,  ce   qui  permet  à  sa  famille  de  rester  à  Paris.  Cependant,   l’épisode est fondateur. Christophe Guilluy commence à travailler sur la question de l’embourgeoisement des  quartiers populaires. L’œuvre de sa vie. En parallèle à  ses études de géographie, il multiplie les petits boulots.  Faute de moyens, il renonce à faire de longues études  supérieures et se lance dans une carrière de consultant  indépendant  pour  les  collectivités  territoriales.  Guilluy sillonne ainsi villes, banlieues et campagnes, nourrissant  notamment  ses  réflexions  de  ses  discussions   avec les bailleurs sociaux.

C’est en 2001 que le géographe fait son entrée sur la scène publique avec une tribune publiée dans  Libération    intitulée,   «    Municipales   :   les   bobos   vont   faire    mal  ». Guilluy souligne que l’influence croissante de la  gauche à Paris et plus largement dans les grandes métropoles  n’est  pas  liée  à  un  vote  populaire,  mais  au   contraire à l’apparition d’une nouvelle bourgeoisie urbaine  qui  est  le  produit  d’une  fusion  entre  le  monde   artistique  et  intellectuel  et  le  monde  de  l’entreprise.   Quelques  mois  plus  tard,  Bertrand  Delanoë  emporte   les   élections   dans   la   capitale.   Guilluy   reprend   le    concept de « bobos » (bourgeois-bohèmes), qu’il emprunte  au  journaliste  américain  David  Brooks.  L’expression entre dans le langage courant mais est proscrite   par   une   partie   du   monde   intellectuel et  médiatique, qui refuse d’être assimilé à la bourgeoisie.  Selon  Guilluy,  ce  déni  est  un  moyen  de  dissimuler  la   réalité des conflits de classe.

Ses premiers livres,  Fractures françaises  et  La France  périphérique   dérangent  tout  autant,  en  particulier   dans  le  monde  universitaire.  Guilluy  est  accusé  de   manquer  de  rigueur  scientifique  ou,  pire,  d’encourager un clivage ethnico-culturel délétère entre « petits  Blancs » et « jeunes de banlieues ». Pour le grand historien  de  la  gauche  Jacques  Julliard,   «  il  est  combattu   pour  des  raisons  moins  professionnelles  ou  techniques que pour des raisons idéologiques. Parce que son constat  dérange  une  certaine  classe ».  « Il  n’est  pas  du  sérail.   Face  à  l’aristocratie  universitaire,  il  faut  avoir  tous  les   galons, sans quoi on est jugé suspect. Il est victime d’une  forme de jalousie, souligne la démographe Michèle Tribalat,  elle-même  ostracisée  par  ces  confrères.   Le  fait   qu’il vienne d’un milieu modeste ajoute à son illégitimité.  Il  n’a  pas  les  manières  infatuées  des  universitaires .  » Tribalat se souvient d’un déjeuner à l’Élysée avec Nicolas Sarkozy où Guilluy était invité, et du mépris des  universitaires présents à la même table envers lui. «  Il  était regardé comme un va-nu-pieds parce qu’il ne portait pas de costume et de cravate. »

Intellectuel de référence au FN

S’il est ignoré par les universitaires, Guilluy a su retenir  l’attention des politiques. À gauche, François Hollande,  Manuel Valls et même Emmanuel Macron l’ont rencontré.  Le  vainqueur  du  premier  tour  de  la  présidentielle cite plusieurs fois  La  France  périphérique  dans son livre  Révolution .  « C’est  quelqu’un  d’intelligent qui  valide  mon   diagnostic  sans  bouger  de  son  système  idéologique,  explique  Guilluy.   Selon  la  bonne  vieille  logique  des  systèmes, quand le communisme ne marche plus, il faut plus de  communisme,  quand  le  modèle  mondialisé  ne  fait  pas  société, il faut encore plus de mondialisation ! »  ironise-t-il.  Paradoxalement,  c’est  surtout  la  droite  que  le  géographe  a  influencée.  En  2010,  Jean-Baptiste  de  Froment,   chargé  de  la  prospective  pour  la  future  campagne  de   Nicolas  Sarkozy,  découvre   Fractures  françaises .  «   J’ai  trouvé  dans  le  livre  un  diagnostic  pertinent  de  la  société   française. Il montrait que 60 % de la population habitaient dans des territoires totalement coupés de la dynamique de  la  mondialisation  :  les  villes  petites  et  moyennes  ainsi  que   les  régions  rurales ,  explique-t-il.   Si  on  parlait  à  ces   gens-là,  l’élection  était  gagnée,  car  cette  France-là  est   majoritaire. »  En septembre 2011, Froment écrit au président  Nicolas  Sarkozy,  une  note  qui  s’intitule  :  «  La   France  périphérique,  clef  de  l’élection  présidentielle   2012 ». Lorsque, sous l’influence de Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy opère un virage identitaire en fin de campagne, les thématiques de Guilluy refont surface et permettent au candidat de sauver l’honneur.

La  faiblesse  de  la  campagne  de  Fillon  ?  L’abandon des   classes   populaires.   François   Fillon   n’a   pas   su    s’adresser à ces catégories .  « Ce  qui  a  fait  le  succès  de   Fillon  durant  les  primaires  était  un  discours  à  la  fois  sur   le  fond  et  sur  la  forme  très  en  phase  avec  l’électorat  des   primaires  qui  est  un  électorat  de  centre-ville  bourgeois   catholique .  décrypte  Jean-Baptiste  de  Froment.   Mais  entre  les  4  millions  d’électeurs  de  la  primaire  et  les   44 millions d’électeurs français la structure sociologique  est   très   différente.   Dans   la   composition   des   équipes    techno  qui  alimentent  Fillon,  il  n’y  avait  que  des  représentants   des   cadres   supérieurs   dirigeants.»   Au  FN,   nombre  de  jeunes  cadres  du  mouvement  ont  fait  de   Guilluy leur intellectuel de référence.  « Lire  Fractures  françaises,  explique Jordan Bardella, 21 ans, conseiller  régional de Seine-Saint-Denis,  c’est comprendre la politique aujourd’hui, le vrai clivage, parfaitement incarné  par le duel Macron-Le Pen .  »

La   victoire   très   probable   d’Emmanuel   Macron, «  quintessence  de  la  France  d’en  haut  »   (Alain  Minc)   contredirait-elle  la  thèse  du  dernier  livre  de  Guilluy,   Le Crépuscule de la France d’en haut  ?  « Si le système en  place parvient à faire élire un Macron, il préservera l’essentiel  mais  en  sortira  fragilisé  :  certains  sondages  donnent  Marine  Le  Pen  à  40  %  au  second  tour,  ce  qui  est   considérable par rapport aux 18 % de Jean-Marie Le Pen en  2002.  La  dynamique  est  de  ce  côté-là , analyse Guilluy.  Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant  le  modèle  dominant  sous  une  autre  étiquette   gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de  basculement.  Si  la  France  d’en  haut  ne  fixe  pas  comme  priorité  le  sauvetage  des  classes  populaires,  elle  est   condamnée. » ■

La première manière de juger la performance d’Emmanuel Macron est de souligner l’exploit d’un candidat qui, n’ayant exercé aucun mandat électif, est devenu à 39 ans en mesure d’accéder à la présidence de la République. La seconde manière oblige à souligner la défaite simultanée des partis de gouvernement.

Ensemble, les candidats socialiste et Les Républicains (25,8 %) n’atteignent pas le score de Nicolas Sarkozy en 2007 (31,1 %) ou celui de François Hollande en 2012 (28,6 %), signe clair de ce délitement dont le 23 avril est le produit, autant que de l’audace de M. Macron. Son score (23,9 %) est l’un des deux plus faibles pour un président, si tel devait être le cas, avec Jacques Chirac, lui-même difficilement parvenu au second tour, avant la victoire, en 1995 (20,8 %) puis en 2002 (19,8 %).

A deux reprises déjà (1969 et 2002), la gauche a été éliminée du second tour. Mais de lors cette élection, pour la première fois, aucun des candidats de la droite et de la gauche de gouvernement ne survit au scrutin. Le parti héritier du fondateur de la Ve République et de l’élection présidentielle au suffrage universel se voit sèchement écarté. Le Parti socialiste n’a, lui, pas eu à subir la concurrence des écologistes ; de même, la droite défaite n’a pas eu à supporter la concurrence des centristes, pour la première fois depuis 1965. En 2017, les écologistes et les centristes n’ont pas ­présenté de candidat.
Seul Jacques Chirac…

Logiquement, la conséquence est une fonte rapide de l’assise électorale des candidats de gouvernement accédant au second tour. Depuis 1965, les deux candidats finalistes ont toujours été issus des partis de gouvernement, à l’exception de 2002 – et désormais de 2017.

Entre 1965 et 2012, en moyenne, les candidats de gouvernement accédant au second tour ont représenté 44,6 % de la population électorale (inscrits). En 2017, il n’y a qu’Emmanuel Macron que l’on peut considérer comme un candidat de gouvernement ; or, sa base de premier tour ne représente que 18,9 % des inscrits… Seul Jacques Chirac a fait moins, en 2002, (13,9 %) en raison d’une abstention supérieure (28,4 %).

Ce n’est pas non plus l’abstention qui peut expliquer l’hécatombe. Redoutée, elle n’a pas eu lieu. On s’en réjouit, mais c’est dans le cadre de cette forte participation que Marine Le Pen établit un nouveau record pour le FN, depuis sa création ; c’est encore dans ce cadre que Jean-Luc Mélenchon parvient presque à doubler son score de 2012, frôlant l’accès au second tour. Or, à l’occasion de son discours, au soir du premier tour, Emmanuel Macron n’a pas semblé prendre la mesure de cette réalité profondément troublée. Il faudra convaincre lors du second tour. L’ambiance de fête au QG d’En marche ! était-elle appropriée ?
Face à un vote protestataire fragmenté

Ce même soir, depuis une cité populaire du Pas-de-Calais, Hénin-Beaumont, ces terres du socialisme sincère et du gaullisme historique, si loin de la capitale, siège de son adversaire, Marine Le Pen appelait à la « grande alternance », au « grand débat », celui de la France contre la mondialisation. Sans attendre, elle pilonnait son concurrent, l’épinglait candidat du « système », de « la mondialisation sauvage qui ruine notre civilisation », de la dérégulation et de ses conséquences, « les délocalisations », « l’immigration », « la libre circulation des terroristes », « héritier de Hollande », figure parfaite de « l’argent roi », des « élites arrogantes », avant de s’affirmer « candidate du peuple », dans un hommage au général de Gaulle.

Il ne faut pas se tromper sur la difficulté du second tour, le 7 mai. Face à un vote protestataire fragmenté mais peu ou prou majoritaire, Emmanuel Macron sera bien seul. Toutes celles et ceux qui ont appelé à voter pour lui ont été défaits, aux élections présidentielles ou aux primaires, faisant de lui le candidat des sortants. Marine Le Pen s’efforcera de mobiliser ce vote de rupture, la « France du non », celle de 2005, qui voyait ensemble les partis de gouvernement, de droite et de gauche, sèchement battus par des forces protestataires (54,6 %), de droite et de gauche.

Réflexions sur le premier tour

Comme au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, le tour décisif prendra place dans un monde démocratique fragilisé, au cœur d’une Europe confrontée à une offensive populiste inédite depuis les années 1930, dans un pays, la France, où les programmes de rupture ont su donner le jour à une coalition hétéroclite mais majoritaire, en 2005, et où, le 23 avril 2017, la moitié des électeurs ont bel et bien cherché la rupture.

Emmanuel Macron est le survivant d’un monde assiégé, non son héros triomphant. C’est pour préserver leur patrimoine d’une aventure hors de l’euro que les Français pourraient finalement le soutenir, non pour un programme de réformes dont ils ne veulent décidément pas, que l’Europe attend et que les gauches radicales s’apprêtent à combattre.

Dominique Reynié (Professeur des Universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique/Fondapol

Voir aussi:

Censure

Christophe Guilluy : « La posture anti-fasciste de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social »

La qualification pour le second tour d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen a mis en exergue la défiance de plus en plus forte des Français vis-à-vis de la politique et des partis traditionnels. Pour éviter l’arrivée au pouvoir de partis populistes, les élites politiques, intellectuelles et médiatiques seraient bien inspirées de se reconnecter avec les classes populaires.

Atlantico

27 avril 2017

Le premier tour de l’élection Présidentielle a permis à Emmanuel Macron et à Marine Le Pen d’être qualifiés pour le second tour. Sur le temps long, comment juger un tel bouleversement politique ? En quoi la qualification promise de Marine Le Pen dans les sondages a-t-elle pu participer à l’émergence du mouvement en Marche ! ?

Ce qui est intéressant, c’est que les deux candidats sont ceux qui se positionnent en dehors du clivage gauche-droite. Ceux qui ont été identifiés à droite et à gauche, issus des primaires, ne sont pas au second tour. La structure n’est plus le clivage gauche / droite. Le clivage qui émerge est lié complètement au temps long, c’est-à-dire à l’adaptation de l’économie française à l’économie monde. Dès 1992, avec Maastricht, ce clivage était apparu, avec la contestation d’un modèle mondialisé. Si on veut remonter plus loin, les causes sont à chercher dans le virage libéral, qui est le basculement des sociétés occidentales dans le néolibéralisme.

C’est une logique ou les sociétés vont se désindustrialiser au profit de la Chine ou de l’Inde par exemple. Cela est aussi vrai avec Donald Trump ou le Brexit, qui nait de la financiarisation de l’économie américaine sous Clinton et du thatchérisme.

Ce sont des dynamiques de temps long qui vont avoir un impact d’abord sur les catégories qui sont concernées par ce grand plan social de l’histoire : celui des classes moyennes. Tout cela se fait au rythme de la sortie de la classe moyenne. Logiquement, ce sont d’abord les ouvriers, qui subissent ce processus de désaffiliation politique et culturelle, qui sont les premiers à grossir le nombre des abstentionnistes et à rejoindre les mouvements populistes. Puis, ce sont les employés, les agriculteurs, qui suivent ce mouvement. La désaffiliation aux appartenances s’accentue. Les ouvriers qui votaient à gauche se retrouvent dans l’abstention ou dans le vote Front national, c’est également le cas aujourd’hui du monde rural qui votait à droite.

Ce que l’on constate, c’est que l’effet majeur de la disparition des classes moyennes est de mettre hors-jeu les partis traditionnels. Parce que le Parti socialiste ou Les Républicains ont été conçus pour et par la classe moyenne. Or, ces partis continuent de s’adresser à une classe moyenne qui n’existe plus, qui est mythique. Il ne reste plus que les retraités, cela a d’ailleurs été le problème de François Fillon, qui a perdu par son incapacité à capter le vote de la France périphérique, ces gens qui sont au front de la mondialisation. Il ne capte que ceux qui sont protégés de la mondialisation ; les retraités. C’est le même constat à gauche, dont le socle électoral reste la fonction publique, qui est aussi plus ou moins protégée de la mondialisation. Nous parlons d’électorats qui se réduisent d’année en année, ce n’est donc pas un hasard que les partis qui s’adressent à eux ne parviennent plus à franchir le premier tour.

C’est aussi ce qui passe en Europe, ou aux États Unis. Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l’Amérique périphérique, l’Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l’on créé le moins d’emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales

La difficulté est intellectuelle pour ce monde d’en haut ; les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui créée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l’emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et créé toujours plus d’inégalités sociales et territoriales C’est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n’intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement.

Dès lors, peut-on parler de système « réflexif » ? Entre un Front national qui a pu émerger dans les années 80, aussi bien sur la base du « surgissement » du chômage de masse que sur les questions migratoires, jusqu’à la présence de Jean Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, et l’émergence d’un mouvement cherchant à dépasser le clivage droite gauche au travers d’Emmanuel Macron ?

C’est son modèle inversé. Emmanuel Macron comme Marine Le Pen ont fait le constat que cela ne se jouait plus autour du clivage gauche / droite. Ils ont pris en compte la polarisation de l’économie, entre un haut et un bas, et sans classes moyennes. Dans ce sens-là, l’un est la réponse de l’autre.

Géographiquement, et sociologiquement, en quoi le mouvement En Marche ! se définit il en miroir du Front National ?

Géographiquement, c’est l’opposition entre la France des métropoles et la France périphérique qui structure le match Emmanuel Macron/ Marine Le Pen. On a déjà pu voir quelques cartes sur l’opposition est ouest, mais ce clivage est ancien, hérité, il ne dit rien des dynamiques en cours. Lorsque j’étais étudiant ces cartes est ouest existaient déjà, elles expriment l’héritage de l’industrie, et donc de la désindustrialisation. C’est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d’ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. Ce qui est intéressant, c’est de voir les dynamiques. C’est en zoomant à partir des territoires qui créent le plus d’emplois et ceux qui en créent le moins. Par exemple, en Bretagne, ou Marine Le Pen fait 6% à Rennes, et 20% dans les zones rurales. C’est toujours un distinguo entre les dynamiques économiques. Aujourd’hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse.

Le marché de l’immobilier s’est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l’emploi n’avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n’ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s’opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022.

En perdant une partie de leurs bases, la gauche avec les ouvriers, la droite avec les agriculteurs, les partis de gouvernement semblent s’être détournés des classes populaires. Quelles sont les conditions permettant une « normalisation » de la situation, dont l’objectif serait de récréer des partis de masse ?

Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu’il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu’il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le « haut » intègre les problématiques du « bas » de façon sincère. C’est exactement ce qui s’était passé avec le parti communiste, qui était composé d’une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient « au nom de ». Aujourd’hui c’est la grande différence, il n’y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieues.

Plus personne n’y croit et c’est cela l’immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d’en bas n’est pas légitime. Ce qui est appelé « populisme ». Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l’aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L’antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n’est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d’antifascistes, ça, ce n’est qu’un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d’une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États Unis ou au Royaume Uni.

Cette posture antifasciste, à la fin, c’est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l’insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s’il parvient à parler et à se connecter avec le bas. Ce que j’espère, c’est que ce clivage Macron Le Pen, plutôt que de se régler par la violence, se règle par la politique. Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l’antifascisme.

Voir également:

Will France elect its own Barack Obama?

The Washington Post
April 26, 2017

The French are too intellectually vain to borrow others’ political ideas but too interested in style not to appreciate and appropriate that of others. So, on May 7 they might confer their presidency on a Gallic Barack Obama.

In 2008, Obama, a freshman senator, became a national Rorschach test, upon whom Americans projected their longings. Emmanuel Macron, 39, is a former Paris investment banker, untainted by electoral experience, and a virtuoso of vagueness. His platform resembles (as Jonathan Miller described in the Spectator ) “a box of chocolates from one of those upscale confiseries on the Rue Jacob: full of soft centres.” This self-styled centrist is a former minister for the incumbent president, Socialist François Hollande, who in a recent poll enjoyed 4 percent approval. (Last Sunday, the Socialist Party candidate won 6.35 percent of the vote.) Macron calls his movement En Marche!, meaning “on the move,” which is as self-congratulatory and uninformative as Obama’s “We are the ones we’ve been waiting for.” Macron proposes to cure France’s durable stagnation by being ever so nice. Which means, above all, by not being . . . her.

In 1984, when Marine Le Pen’s anti-Semitic and xenophobic father, Jean-Marie, received more than 2 million votes for president, a Paris headline asked: “Are there 2,182,248 Fascists in France?” It was not an unreasonable question, he having advocated uniting all “the forces of the nation in a fasces.” He was pointedly invoking the Roman symbol of power — rods lashed together around an ax handle with the blade protruding — from which fascism took its name. His slogan was cunningly sinister: “My program is what you are thinking.” Meaning: what you flinch from saying about Jews, immigrants and other deplorables.

It is unclear how far from this tree the sour apple that is his daughter has fallen. Her rallies feature chants of “On est chez nous” (“This is our home”), which expresses anxiety that France is less and less that. Millions of unassimilated immigrants have made a mockery of the dreamy multiculturalism preached by people living comfortably insulated from the influx. Le Pen’s blood-and-soil nationalism is a primal scream against the felt dilution of identity.

It is untrue that French libraries file the nation’s constitutions under periodicals. There have been a slew of them since 1791; the current one is a relatively ancient 59 years old. But a nation’s identity is usually bound up with linguistic unity, so France’s national identity is, in a sense, relatively young. Political scientist Francis Fukuyama has written: “In the 1860s, a quarter of France’s population could not speak French, and another quarter spoke it only as a second language. French was the language of Paris and the educated elite; in rural France, peasants spoke Breton, Picard, Flemish, Provençal, or any number of other local dialects.” Marine Le Pen, self-styled avatar of Frenchness, got less than 5 percent of the vote in Paris , running strongest where national identity has been most recently realized.

In 1977, France’s gross domestic product was about 60 percent larger than Britain’s; today it is smaller than Britain’s. In the interval, Britain had Margaret Thatcher, and France resisted (see above: keeping foreigners’ ideas at bay) “neoliberalism.” It would mean dismantling the heavy-handed state direction of the economy known as “dirigisme,” which is French for sclerosis. France’s unemployment rate is 10 percent, and more than twice that for the young.

Public-sector spending is more than 56 percent of France’s GDP, higher than any other European nation’s. Macron promises only to nibble at statism’s ragged edges. He will not receive what he is not seeking — a specific mandate to challenge retirement at age 62 or the 35-hour workweek and the rest of France’s 3,500 pages of labor regulations that make it an ordeal to fire a worker and thus make businesses wary about hiring. Instead, he wants a more muscular European Union , which, with its democracy deficit, embodies regulatory arrogance.

The 1930s confounded the European left because capitalism’s crisis benefited the rancid right, which by melding economic and cultural anxieties produced aspirations from the base metal of resentments. Today, globalization is causing similar stirrings on both sides of the Atlantic. Le Pen’s surge probably will crest short of floating her into the presidency. But in France and elsewhere, complacent people should remember the words of the African American spiritual with which James Baldwin in 1963 warned Americans during the struggle for civil rights:

God gave Noah the rainbow sign

No more water, the fire next time.

Voir encore:

“À travers Macron, tout un système veut se sauver”
Laurent Dandrieu
27 avril 2017

Interview. De Montréal, le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté est devenu l’un des plus fi ns analystes des mutations idéologiques de la politique française. Au soir du premier tour, il décrypte pour nous les enjeux de la présidentielle.

Les deux principaux partis de gouvernement éliminés au premier tour : assiste-t-on à une recomposition spectaculaire de la politique française, ou bien la victoire finale programmée d’Emmanuel Macron inscrit-elle plutôt cette élection dans la continuité ? Macron a-t-il « changé le visage de la vie politique française » comme il s’en est vanté dans son discours ou bien est-il simplement un nouveau visage de la politique existante ?

Emmanuel Macron est le candidat par lequel ce qu’on pourrait appeler le consensus libéral, mondialiste et diversitaire des élites françaises est parvenu à se maintenir et même à reprendre l’offensive. C’est une réussite. Le progressisme mondialisé a fait bloc. Mais si Macron prétend faire émerger une nouvelle classe politique, dégagée des partis déjà existants, décrétés désuets, il ne pourra le faire qu’en s’appuyant sur les nombreux cadres qui se sont ralliés à lui. À travers lui, tout un système veut se sauver. C’est la phrase du Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change ! »

On assiste à ce paradoxe que la campagne du premier tour a vu la plupart des candidats se décrire comme antisystème, or celui qui arrive en tête apparaît comme une pure incarnation de ce système : comment l’expliquez-vous ?

N’oublions pas l’incroyable éclatement de ce vote antisystème. Les uns votent contre l’immigration massive, ou contre l’Europe, contre les médias, et on pourrait ajouter bien d’autres “contre”. On ne cesse de dire que le clivage gauche-droite a éclaté. Peut-être. On devrait plutôt dire que d’autres clivages se rajoutent mais qu’aucun ne parvient à s’imposer. Les contradictions du pays ne trouvent donc pas de logiciel pour les synthétiser et engendrent conséquemment un sentiment d’impuissance collective. Nous sommes peut-être dans un moment de recomposition politique, mais nous sommes encore dans sa phase chaotique.

Quel rôle a joué le pouvoir médiatique dans ce sacre d’un parfait inconnu deux ans plus tôt ?

Le système médiatique est parvenu à réduire la campagne présidentielle à une quête de changement pour le changement, et à imposer de manière obsessionnelle le thème des aff aires. On peut y voir un détournement électoral en forme d’occultation du réel. Le système médiatique a ramené le débat dans des termes qu’il contrôle plus aisément. Il a confi rmé sa domination sur la vie démocratique.

La gauche est massivement rejetée dans le pays, tant à cause du bilan de François Hollande que sur le plan des idées, et pourtant son continuateur est en position de remporter l’élection. Considérez-vous que la droite s’est fait voler l’élection ?

Allons plus loin : c’est le peuple français qui s’est fait voler son élection. Depuis cinq ans, des questions essentielles traversaient la vie politique : celle du terrorisme islamiste, celle de l’immigration massive, celle de l’identité nationale, celle des nouveaux enjeux sociétaux. Ces questions pourtant essentielles ont été évacuées de la campagne. C’est un peu comme si le système politique était incapable de prendre en charge les

On avait beaucoup dit que cette élection se jouerait sur les thématiques de l’identité, or le climat de la campagne n’a pas permis que ce débat ait lieu. Pensez-vous que l’opposition Le Pen-Macron, qui est celle de deux visions du monde radicalement opposées, permette à ce débat de fond, et à celui de la souveraineté, de revenir au premier plan ? Sur le plan idéologique, quelle est l’alternative qui est off erte aux Français par ce second tour ?

C’est une alternative idéologique déformée et caricaturale. Le débat n’aura pas lieu. Quoi qu’on en pense, bien des électeurs souverainistes et conservateurs ne voudront pas se rallier à Marine Le Pen, soit parce qu’ils la trouvent engoncée dans la fonction tribunitienne, soit à cause de son programme, soit à cause de l’histoire de son parti, soit à cause de son nom de famille, tout simplement.

À travers la candidature de Marine Le Pen, ce qu’on appelle plus ou moins confusément le camp souverainiste français est condamné à une expression diminuée et mutilée. Dans les prochaines années, le vote souverainiste, conservateur, attaché à l’identité française trouvera probablement de nouveaux vecteurs et cela, dans une dynamique plus large de recomposition politique. Pour l’instant, Emmanuel Macron sera élu, cela ne fait guère de doute. Il ne faudrait pas y voir un référendum d’approbation en profondeur de sa vision du monde. Les problèmes de fond qui amènent tant de Français à s’avouer hantés par la peur d’une dissolution de la patrie ne disparaîtront pas.

Québécois, vous êtes très critique vis-à-vis du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, incarnation du multiculturalisme et de la postidentité. En quoi Macron lui ressemble-t-il ? De quoi Macron est-il le nom ?

Emmanuel Macron a déjà affirmé qu’il n’y a pas de culture française. Dimanche soir, il a parlé du peuple de France et non pas du peuple français. Nous étions dans le même esprit. Il semble aussi adhérer à l’idée qu’une nation n’est faite que de vagues successives d’immigrants. C’est ce qu’on appelle communément le multiculturalisme. On arrache ainsi un pays à son identité.

Justin Trudeau ne pense pas autrement en la matière, lui qui croit par ailleurs que le Canada est le laboratoire de cette grande recomposition diversitaire. Macron et Trudeau ne sont pas identiques mais ils adhèrent avec enthousiasme à l’esprit de l’époque, qui est postnational, posthistorique et postpolitique. Ils occupent le même créneau, celui de la mondialisation diversitaire, heureuse et fière de l’être.

Dans ses discours, on sent bien que Macron se veut l’incarnation d’une France pacifiée, dans un climat pourtant marqué par la montée de l’islamisme, du terrorisme, du communautarisme et de la fracture sociale, au risque d’apparaître comme un candidat Bisounours. Raymond Aron disait que le drame de Giscard était de ne pas savoir que le monde est tragique. Est-ce aussi celui de Macron ?

La formule d’Aron s’applique bien à Macron. Il avait l’air d’un ministre-technocrate de temps de paix et on lui demandera d’être un président de temps de guerre. Il va devoir enfiler de bien grands habits, probablement trop grands pour lui. Le marketing politique peut transformer un candidat en président, manifestement, mais il a ses limites. Il ne peut pas transformer un homme léger en homme tragique. Peut-être les circonstances y parviendront-elles. L’homme n’est pas sans talent. Devenu président, Macron n’aura pas le choix de tenir compte ou pas de la réalité qui ne disparaît pas même si on se ferme les yeux devant elle. On ne peut que lui souhaiter bonne chance.

Voir de plus:

Elections

Le mot «patriote» au cœur du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen

POLITIQUE Le candidat d’En marche ! et la candidate FN n’utilisent pas le terme « patriote » dans le même sens…

Thibaut Le Gal

20 minutes

25.04.2017

Un mot, deux définitions. Depuis dimanche, Marine Le Pen et Emmanuel Macron se présentent  comme les candidats des « patriotes ». Lundi soir, au JT de France 2, la candidate du Front national en a remis une couche, en appelant au « rassemblement le plus large des patriotes ».

  • « Le patriotisme, c’est de l’amour, un sentiment profond que l’on a ou que l’on n’a pas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne le ressent pas chez Emmanuel Macron, ni à l’égard de la France, ni à l’égard des Français. »

N’en déplaise à Marine Le Pen, le chef de file d’En marche ! s’est lui aussi présenté comme le futur « président des patriotes » dès dimanche soir.

  • « Il n’y a pas plusieurs France, il n’y en a qu’une, la nôtre, la France des patriotes dans une Europe qui protège et que nous aurons à refonder. »

Le patriotisme, de la gauche révolutionnaire à l’extrême droite

Comment expliquer que deux camps si opposés utilisent le même terme ? Voyons ce qu’en dit le dictionnaire : pour le Larousse 2017, le patriote est « une personne qui aime sa patrie, qui s’efforce de la servir ». Bon, et du côté de l’histoire ? « La notion de « patriotes » fait historiquement référence aux partisans de la Révolution française, mais la défaite de 1870 face aux Allemands le fait basculer à droite, puis à l’extrême droite dans les années 1880 », rappelle l’historien Nicolas Lebourg.

Dans le discours politique, le terme est utilisé depuis des années par le Front national. Mais, depuis le début de la campagne, il apparaît chez d’autres candidats, à droite (François Fillon ou Nicolas Dupont-Aignan) comme à gauche ( Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg). Interrogé sur la tonalité « plus patriote » de sa campagne, le tribun de La France insoumise indiquait récemment à 20 Minutes vouloir « reprendre des symboles [drapeau, Marseillaise] historiquement liés à la mouvance progressiste plutôt qu’à l’extrême droite ».

Aux meetings d’Emmanuel Macron, les drapeaux français (et européens) sont également largement distribués. « Dans la France post-attentat, on voit émerger un retour de ces deux patriotismes historiques, à travers l’utilisation du mot « patriote » et de ses symboles », reprend l’historien spécialiste du FN. « L’un à gauche, d’une France universelle ouverte sur le monde, qui est celui d’avant 1870. Et, de l’autre côté, le patriotisme qui reprend les codes de l’extrême droite de la fin du XIXe siècle avec le rejet de l’autre autant que le culte du nous. »

Mondialisme et nationalisme

En réalité, chaque candidat utilise le terme pour mieux attaquer son adversaire.

  • Emmanuel Macron oppose le « patriote » au « nationalisme » de Marine Le Pen.
  • Marine Le Pen oppose le « patriote » au « mondialisme » d’Emmanuel Macron.

« Je suis le candidat d’une France ouverte, ce qui me paraît être la définition même du patriotisme. Je suis l’ennemi du nationalisme, dont Madame Le Pen est la candidate », assurait Emmanuel Macron lors d’un entretien à 20 Minutes. Sa définition lui permet de fustiger le projet économique (protectionnisme, sortie de l’euro), et politique (priorité nationale, baisse de l’immigration) de la candidate frontiste pour mieux défendre son projet européen notamment.

De son côté, Marine Le Pen tente avec l’usage du mot « patriote » de séduire au-delà de son camp. Elle y oppose le libéralisme économique de son adversaire, ciblant « la mondialisation sauvage la plus brutale et la dérégulation notamment du droit du travail » pour capter l’électorat de gauche mais aussi « l’immigration massive, et la soumission et la fracturation en communautés » pour l’électeur de droite.

Voir de même:

Présidentielle : pourquoi une victoire de Marine Le Pen est possible
Le physicien Serge Galam, qui a prédit la victoire de Trump, explique que l’abstention différenciée peut faire gagner la candidate du Front national.
Thomas Mahler
Le Point

26/04/2017

Le premier tour a marqué la victoire des instituts de sondage face aux manieurs de big data, tel Filteris, un institut canadien qui base ses prédictions sur le buzz sur les réseaux sociaux. Pour le second tour, les sondeurs donnent Emmanuel Macron largement gagnant, aux alentours de 61 % contre 39 % pour Marine Le Pen. Mais Serge Galam, physicien, directeur de recherche au CNRS et membre du Cevipof de Sciences Po, maintient qu’une victoire du Front national n’est pas à exclure définitivement. « C’est amusant de voir les sondeurs être très fiers d’avoir fait la bonne traduction. Ils ont raison, mais ça ne met pas à l’abri de faire de nouvelles erreurs la prochaine fois. Il faut un peu d’humilité, car on n’a pas d’outils fiables à 100 % », explique-t-il par téléphone.

Inventeur de la sociophysique qui mêle sociologie et équations, Serge Galam a, avec ses modèles, annoncé la victoire de Donald Trump aux États-Unis ou encore la défaite d’Alain Juppé à la primaire de la droite. Même si, cette fois-ci, l’écart semble irrémédiable, le chercheur assure qu’on ne peut pas exclure à 100 % que la candidate du Front national n’obtienne pas la majorité. Pour le scientifique, il s’agit d’abord de voir si Marine Le Pen bénéficie d’une dynamique durant ces prochains jours. Et puis, le jour du vote, il faut prendre en compte l’abstention différenciée. « Les électeurs ayant voté Fillon ou Mélenchon ont fondé leur analyse sur la critique du hollandisme ou du libéralisme. Voter Macron au second tour représente pour eux un coût éthique et idéologique. En plus, il y a l’amertume liée au sentiment d’avoir été spolié, sachant que Mélenchon ou Fillon auraient pu être au second tour. Par rapport à cette situation inédite et cette aversion, il risque d’y avoir une abstention inavouée. Le jour du vote, toute excuse peut être bonne pour ne pas se déplacer au bureau de vote. C’est comme pour une pilule amère qu’on sait qu’on doit prendre, mais qu’on va tenter par tous les moyens d’éviter. Les sondages ne peuvent pas identifier ça. D’où l’intérêt d’avoir une formule mathématique. »
Je ne suis pas en train de prédire une victoire de Marine Le Pen, je dis simplement qu’on n’est pas sûr que cela n’arrivera pas.

Selon le modèle du chercheur, si Marine Le Pen est ainsi à 42 % d’intentions de vote avant le scrutin et qu’il y a une participation globale de 76 %, la candidate frontiste peut arriver à un score de 50,07 % si 90 % des gens qui veulent voter pour elle le font effectivement, et si seulement 65 % des gens qui disent vouloir voter Macron se déplacent. Une hypothèse toutefois peu réaliste. « Je pense qu’il y aura plus de 65 % de participation pour Macron », confesse le physicien. Mais, si Marine Le Pen est à 44 % d’intentions de vote la veille du scrutin et qu’elle bénéficie toujours d’une participation à 90 % des gens qui veulent voter pour elle, la candidate l’emporterait à 50,25 % des votes exprimés si la participation pour Macron est, elle, de 70 % (et que la participation globale s’élève à 79 %). « À 44 % d’intentions de vote, on entrerait alors dans une zone probable. Je ne suis pas en train de prédire une victoire de Marine Le Pen, je dis simplement qu’on n’est pas sûr que cela n’arrivera pas. Il est excessif de déjà envoyer Macron à l’Élysée. »

Avec ses équations, Serge Galam a été vivement critiqué par les sondeurs. Lui assure qu’il faut « combiner sondages, big data et modélisation, car toutes les approches peuvent capter une partie de la réalité. La pratique des sondages donne le bon résultat quand il n’y a pas de changement brutal. Mais il existe des comportements non linéaires chez les électeurs qui créent une rupture, et les sondages ne peuvent pas prévoir ça. » Le physicien affirme ne pas vouloir se faire de la publicité en brandissant le spectre d’une Marine Le Pen présidente de la République. « Je n’ai pas un livre ou un service à vendre. Mon intérêt est de peaufiner un modèle et d’alerter sur ce cas de figure. Je n’ai aucun problème à me tromper. » Serge Galam jure d’ailleurs qu’il ne rend pas service à ses hypothèses : plus les gens sont alertés sur cette abstention différenciée, plus ils iront voter massivement, ce qui condamnerait les espoirs frontistes…

Voir par ailleurs:

Emmanuel Macron et le précédent israélien

En Marche!, un Kadima français?

Philippe Karsenty et Pierre Lurçat
Elu de Neuilly / avocat et écrivain

28 avril 2017

La victoire d’Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle est largement celle d’un candidat au visage aussi lisse que son programme politique. Celui qu’on présente déjà comme le « plus jeune président » de la Ve République et que nous pourrions qualifier de premier candidat postmoderne, est aussi l’incarnation d’un phénomène politique récent. Par sa stratégie politique, par son programme et par sa personnalité, Macron illustre en effet une évolution que l’on retrouve dans d’autres pays occidentaux. La comparaison avec Israël, où on se plaît à surnommer Emmanuel Macron le « Yaïr Lapid français », est instructive à plusieurs égards.

« Kadima » en hébreu signifie « En avant »

Le phénomène du mouvement En Marche ! qui a amené Macron au second tour, ressemble étrangement au phénomène Kadima, éphémère parti politique israélien qui avait remporté les élections législatives de 2005, après une apparition fulgurante sur la scène politique, suivie d’une disparition tout aussi rapide. Ajoutons que « Kadima », en hébreu, signifie « En avant ». Dans les deux cas, il s’agit d’une organisation politique sui generis, sans identité bien définie. En Marche ! est un mouvement populaire se revendiquant comme étant « de droite et de gauche ». Kadima était un parti formé d’anciens membres du Likoud (droite) et d’Avoda (gauche travailliste), qui se définissait comme centriste et dont les dirigeants, à l’instar d’Emmanuel Macron, affirmaient rejeter les « clivages droite-gauche dépassés ».

En réalité, Kadima incarnait surtout l’arrivée au pouvoir des idées post-sionistes, en vogue dans les milieux universitaires et intellectuels israéliens depuis le début des années 1990. Après une ascension rapide, le parti Kadima obtint 28 sièges dans la 18ème Knesset (ce qui en faisait le premier parti, devançant le Likoud et réduisant le parti travailliste à la portion congrue). Mais ce succès spectaculaire fut de courte durée : lors des élections législatives de 2013, Kadima a été pulvérisé et n’obtint que 2 sièges. Il a disparu de la scène politique israélienne à la suite de cet échec, et sa dirigeante Tsipi Livni créa un nouveau parti, au nom tout aussi vide de contenu idéologique : « Le mouvement » (Hatnua).

Le sociologue Shmuel Trigano a décrit le postmodernisme comme une idéologie dominante, caractérisée notamment par le rejet de la souveraineté de l’Etat et des frontières. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la déconfiture des partis politiques traditionnels (UMP et PS en France, parti travailliste en Israël), qui va de pair avec l’émergence de nouvelles structures politiques, dont En Marche ! et Kadima sont les illustrations les plus marquantes. Dans les deux cas, ces nouvelles entités politiques sont marquées par un rejet des idéologies politiques traditionnelles (socialisme, travaillisme) et par le recours à des slogans qui relèvent plus du marketing que du discours politique.

Des électeurs « consommateurs »

En effet, au-delà de la similarité des noms, Kadima et En Marche ! se ressemblent surtout à un niveau plus fondamental : l’idéologie dominante post-moderniste, dont ils sont l’expression politique. Le post-sionisme (c’est-à-dire l’abandon des principes fondamentaux du sionisme politique) de Kadima trouve ainsi son semblant dans le post-modernisme incarné par En Marche !. Quant à leur rejet affiché des clivages politiques traditionnels, il recouvre, dans une large mesure, une absence de positionnement politique réel (socialistes ou libéraux? conservateurs ou réformistes?), que beaucoup décrivent comme une absence de programme.

La volonté proclamée de renouveau, (En Marche ! est l’émanation de l’Association pour le renouvellement de la vie politique) exprime ainsi la quintessence, sinon la totalité de leur programme. Mais derrière les slogans prometteurs, on a peine à déchiffrer quelle est l’identité véritable de ces mouvements politiques, dont les électeurs sont plutôt des « consommateurs » que des militants aux revendications bien définies. Leur rejet des idéologies classiques n’exprime sans doute pas tant une volonté de renouveau politique qu’un vide de contenu, que les efforts des conseillers en image et autres communicants peinent à masquer.

Tout comme l’ascension fulgurante du parti Kadima en Israël, la victoire d’En Marche ! au premier tour de l’élection présidentielle française est, plus encore que celle d’un appareil politique, celle d’un slogan et d’un appareil de communication, c’est-à-dire de publicité. Pour la première fois dans l’histoire politique française, les électeurs vont peut-être porter au pouvoir un mouvement qu’ils auront choisi non pas tant en raison de son programme et de son contenu, que de son « emballage »… En Israël, les années Kadima auront surtout été marquées par la catastrophique Deuxième guerre du Liban. L’avenir dira si le mouvement En Marche ! saura laisser une trace plus durable et positive dans la vie politique française.

Voir aussi:

Où seront les catholiques lors du second tour ?

Deux-tiers des catholiques pratiquants n’ont voté pour aucun des deux candidats présents au second tour de l’élection présidentielle, un électorat aujourd’hui divisé et pour partie en souffrance face au vote du 7 mai.

« J’appréhende un second tour Macron-Le Pen… pour l’unité de ma paroisse », confiait, inquiet, un prêtre parisien il y a quelques semaines. Au lendemain du premier tour, un curé de paroisse d’une ville moyenne de province résume l’ambiance : « On va éviter de parler de politique ! » Comme 44% des catholiques pratiquants réguliers, selon un sondage Harris Interactive pour La Croix, ses paroissiens ont plutôt voté François Fillon. Mais pas tous pour les mêmes raisons : « Une frange bourgeoise l’a plébiscité sur les questions économiques, ceux-là voteront Macron sans hésiter. Une autre, tendance Manif pour Tous, a salué sa position sur la filiation et est tentée par le vote Le Pen. »

De fait, c’est du côté de la droite catholique que l’incertitude est la plus grande quant au choix du candidat du second tour. D’autant que celle-ci est frustrée par le sentiment d’une occasion manquée. Jamais les « cathos » français, qui se sentent d’ordinaire méprisés, n’auront été autant « dragués » par les politiques qu’au moment de la primaire de la droite. Avec François Fillon, et grâce à un formidable effet de levier, beaucoup ont cru tenir le candidat qui leur permettrait de peser jusqu’à l’Élysée. Ils ne sont désormais plus qu’une « communauté » parmi d’autres à la veille du second tour.

Il y a une forme de pression idéologique et morale qui fait que beaucoup ne se sentent pas libres ni de s’exprimer ni même de poser un choix.

Du coup, dès l’annonce des résultats, les tensions mises en sourdine ont resurgi et les noms d’oiseaux se sont remis à voler sur les réseaux sociaux. « Je suis frappé par cette fracture très forte du monde catholique, souligne François Huguenin, historien des idées. Il y avait déjà eu une opposition assez violente pendant la primaire de la droite mais Fillon avait finalement réussi à les fédérer. Aujourd’hui, ils ne savent plus à quel saint se vouer. » Selon lui, cette violence puise dans la souffrance d’un électorat qui non seulement ne se sent plus représenté par les candidats du second tour mais ne peut verbaliser son malaise : « Il y a une forme de pression idéologique et morale qui fait que beaucoup ne se sentent pas libres ni de s’exprimer ni même de poser un choix. Ils se sentent coincés d’une part par cette droite qui se rallie comme un seul homme derrière Macron et de l’autre, par ceux qui les enjoignent de voter Marine Le Pen, au nom de la position d’Emmanuel Macron sur le mariage pour tous. »

Mal à l’aise, les catholiques l’étaient déjà depuis la révélation en chaîne des « affaires » Fillon, au point qu’une partie d’entre eux n’ont finalement pas voté pour lui au premier tour, même s’il a été de loin le candidat préféré des pratiquants. « Cela traduit l’ambivalence du catholicisme à l’égard du politique, analysait Philippe Portier, sociologue des religions, à la veille du premier tour. Le vote catholique se donne comme un vote moral : il repose sur une demande de cohérence entre vie privée et vie publique, point essentiel dans la doctrine sociale de l’Église. Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait eu un dévissage parmi les catholiques lorsque le “scandale” est advenu. Mais, simultanément, le vote Fillon est apparu au premier tour comme un vote du moindre mal. »

La tentation est forte d’envoyer tout voler. En même temps, je suis européen convaincu et c’est ce qui pourrait me faire renoncer à voter Le Pen. Auquel cas je m’abstiendrai.

Quel est-il, ce moindre mal, pour le second tour ? C’est la question que se posent désormais les 68% de catholiques pratiquants qui n’ont voté ni Emmanuel Macron, ni Marine Le Pen. Signe des temps, la Conférence des évêques de France n’a pas donné de consignes de vote, préférant renvoyer chacun à des points d’attention précis comme l’accueil des migrants ou la dignité de la personne humaine.

Que retenir du message des évêques pour l’entre-deux-tours ?

Parmi ceux qui ont voté François Fillon, certains prendront le train En Marche ! sans hésiter. C’est le cas de Mélanie, 30 ans, parisienne, impliquée dans divers groupes de réflexion catholiques : « J’ai voté Fillon au premier tour plus par défaut que par conviction. Je me suis décidée samedi soir. Au second tour, ce sera Macron par défaut aussi car pour moi, Le Pen, symboliquement, c’est le choix du repli identitaire et de la peur. » La plupart de ses proches feront de même.

Pour d’autres, le choix d’Emmanuel Macron est moins évident. « À ce stade, je suis dans une forme de colère et de dépit, assume Alexandre, trentenaire parisien. J’ai l’impression de m’être fait voler l’élection et je n’ai pas encore pris ma décision. » Agathe, 27 ans, mère de deux enfants à Annemasse, non loin de la frontière suisse, ne sait pas encore pour qui voter. « Aucun ne me fait rêver sur les sujets que je connais : éthique, éducation et famille et aucun ne m’inspire confiance. » Antoine, parisien de 35 ans, penche davantage pour Marine Le Pen, « pour voir ce que cela donne, dans une sorte de curiosité revancharde, en soutien avec tous les Français désespérés et désemparés. La France a peut-être besoin d’une secousse ». Il poursuit : « Macron n’a pas fait grand chose pour l’économie du pays. J’aimerais croire qu’il est prophétique, mais la tentation est forte d’envoyer tout voler. N’est-ce pas ce qu’on fait les Britanniques et les Américains ? En même temps, je suis européen convaincu et c’est ce qui pourrait me faire renoncer à voter Le Pen. Auquel cas je m’abstiendrai. » Pauline, étudiante de 24 ans, s’apprête, elle, à glisser dans l’urne un bulletin pour la présidente du FN  : « Je trouve Emmanuel Macron creux, je n’arrive pas à accrocher. Je me dis que de toute façon il va passer, donc au lieu de m’abstenir, je préfère voter pour Marine Le Pen. Au moins l’écart entre les deux ne sera pas trop important. Ça empêchera Emmanuel Macron de prendre trop d’assurance avec un score élevé. »

Au Parti chrétien démocrate comme chez Sens Commun, mouvement issu de la Manif pour Tous au sein des Républicains, on s’est replié sur un ferme « ni-ni » face à ce choix vécu comme cornélien. « Nous sommes néanmoins convaincus que le vainqueur de ce scrutin, quel qu’il soit, ne saura réunir qu’une majorité divisée et impuissante, et nous continuons à croire que l’un et l’autre programme sera dévastateur pour notre pays. » Et le mouvement d’appeler ses partisans à se mobiliser pour les législatives. Beaucoup de catholiques veulent croire que ce « troisième tour » permettra, quelle que soit l’issue du scrutin, d’équilibrer les positions du futur président par une forme de cohabitation. « Je voterai, évidemment, et évidemment sans enthousiasme, Macron. Et contrebalancerai fortement ce choix de résignation par mon vote aux législatives », a ainsi envoyé sur le réseau social Twitter, le blogueur catholique influent Koz, auteur de l’essai Identitaire, le mauvais génie du christianisme (Cerf).

Marine Le Pen est absolument en contradiction avec l’Évangile. Je ne peux pas m’en laver les mains en votant blanc.

À gauche chez les « insoumis » de Mélenchon, l’heure n’est pas non plus à l’enthousiasme. D’autant que le leader du mouvement qui a su attirer 9% de catholiques pratiquants n’a pas voulu trancher. Dimanche soir, Patrick, chrétien et militant écolo à Longwy en Lorraine, a traversé plusieurs états d’âme. En voyant les deux visages des candidats s’afficher sur sa télévision, son tout premier réflexe a été de se dire qu’il voterait pour Macron. Puis il a eu un doute en repensant à 2002 : « Chirac avait fait un score énorme et s’en était servi ensuite comme un blanc-seing. Je me suis dit alors qu’il ne fallait pas accorder une victoire aussi large à Macron et j’ai pensé m’abstenir. » En poursuivant sa réflexion et en en discutant avec d’autres sur les réseaux sociaux, il s’est ravisé et va finalement voter Macron à contre-cœur. « Pour moi, en tant que chrétien, Marine Le Pen est absolument en contradiction avec l’Évangile. Je ne peux pas m’en laver les mains en votant blanc, estime-t-il. Je pense aussi qu’il y a un risque d’une surprise à l’américaine en France. » Sa réflexion détaillée est à lire sur le blog À la table des chrétiens de gauche.

Valentine, trentenaire lyonnaise très engagée dans sa paroisse et dans la vie associative votera elle aussi Emmanuel Macron, notamment par peur des identitaires qui ont déjà menacé ses proches, même si elle voit comme le candidat En Marche ! comme le promoteur d’une « économie virtualiste qui mène à la casse sociale et humaine que l’on connaît ». Elle fait ce commentaire résigné : « En somme, on a le choix entre du prévisible effrayant, celui de Le Pen, et de l’imprévisible inquiétant, celui de Macron. » En tant que catholique, la jeune femme se dit également agacée par la posture christique adoptée par les deux candidats qui se présentent « en sauveurs de la France ».

Et si ce résultat était pour les catholiques déçus l’occasion d’un renouvellement dans leur rapport à la politique ? « Bien sûr, il faut qu’ils continuent à s’y engager, mais je pense qu’ils ne doivent jamais s’attendre à “gagner” une élection, commente le prêtre de ville moyenne. Il serait temps d’acter qu’ils sont minoritaires dans un monde qui s’est éloigné d’eux. Cela ne doit pas les déprimer. Bien au contraire, cela devrait les pousser à donner un témoignage joyeux de leur foi et d’une vie en cohérence. Cela passe par l’évangélisation et l’action concrète dans le domaine de la vie, du social ou la culture.»

Pour qui ont voté les catholiques au premier tour ?
Selon un sondage Harris Interactive pour La Croix réalisé le dimanche 23 avril (selon la méthode des quotas sur un échantillon de 7191 inscrits sur les listes électorales), les catholiques pratiquants réguliers votent plus à droite que l’ensemble des Français. Ils sont 67% à avoir voté pour un des candidats revendiquant cette étiquette de droite : 44% pour François Fillon, 7 %  pour Nicolas Dupont-Aignan et 16 % pour Marine Le Pen (soit un point de plus qu’en 2012). Toujours selon ce sondage, les catholiques pratiquants réguliers ont voté à 16% pour Emmanuel Macron et à 9% pour Jean-Luc Mélenchon qui fait une vraie percée dans cet électorat. En 2012, il n’avait recueilli que 3% de leurs votes.

Voir encore:

Macron torse nu en couverture : Garçon Magazine ne craint pas de relancer les rumeurs

Le bimestriel LGBT affiche un Emmanuel Macron torse nu, avec la mention au bas de la couverture d’un dossier sur le coming-out. Un photomontage qui fait beaucoup réagir.

Aude Lorriaux

Mashable
29 avril 2017

C’est osé : pour son neuvième numéro, le magazine Garçon, qui se présente comme « le premier magazine d’actu gay et d’info sur la communauté LGBT », a mis Emmanuel Macron en couverture. Mais pas n’importe comment : torse nu ! Et avec la mention « coming out » en gros sur la couverture, sous-titrée « dossier » :

Le dévoilement de cette une a provoqué quelques réactions incrédules sur Twitter de personnes se demandant s’il s’agissait d’une vraie photo ou d’un fake :

On vous confirme que c’est bien un photomontage. « Nous avons un bon graphiste ! », plaisante Tristan Barreiros, qui écrit pour le magazine.

Rumeurs

Mais cette une, flanquée de la mention « Coming out, une nécessité pour lutter », ne risque-t-elle pas de relancer les rumeurs sur l’orientation sexuelle du candidat d’En Marche ? On se souvient que le 7 février, au théâtre Bobino, Emmanuel Macron s’était senti obligé de démentir publiquement les bruits qui circulaient sur sa prétendue relation avec Matthieu Gallet, PDG de Radio France : « Vous entendrez des choses, que je suis duplice, que j’ai une vie cachée. C’est désagréable pour Brigitte qui se demande comment je fais physiquement », disait-il avec humour. « Elle partage ma vie du matin au soir. Et je ne l’ai jamais rémunérée pour cela ! Je ne peux pas me dédoubler. Si dans les dîners en ville on vous dit que j’ai une double vie avec Matthieu Gallet, c’est mon hologramme qui m’a échappé, ça ne peut pas être moi ! »

Cette rumeur a notamment été propagée par le banquier Philippe Villin, proche de Nicolas Sarkozy, et par Nicolas Dhuick, député Les Républicains.

« Il n’y a pas besoin de ça pour qu’il y ait des rumeurs qui courent »

De nombreux internautes se sont inquiétés de l’effet que pourrait avoir la couverture :

Dans le camp Macron, on ne se démonte pas : « Son image a été détournée plein de fois, à diverses reprises. Il n’y a pas besoin de ça pour qu’il y ait des rumeurs qui courent”, affirme Sibeth Ndiaye, chargée de communication du candidat, contactée par Mashable FR. « Emmanuel Macron a toujours été clair sur sa vie privée », ajoute-t-elle.

Un article « pro-Macron »

« Il faut de temps en temps oser ! », assume Christophe Soret, rédacteur en chef du magazine et auteur de l’article sur Macron. Contacté par Mashable FR, il reconnaît tout de même qu’il « peut y avoir confusion dans l’esprit de certains », à cause de la mention du dossier sur le coming-out en couverture. « Mais on dit clairement qu’il n’est pas gay, les choses sont claires dans l’article. »

D’autant que le magazine fait plutôt un éloge du candidat… Christophe Soret affirme lui-même que l’article est « très pro-Macron”, et qu’entre les deux candidats, il n’y a selon lui « pas photo » : « On n’aura rien à attendre de Le Pen si ce n’est la remise en cause de nos droits. »

« Ça n’est pas très élégant »

Pas de quoi se fâcher, en théorie, selon lui. De là à faire rire les militants d’En Marche!, il y a tout de même un pas que Sibeth Ndiaye ne franchit pas : « Utiliser son image sans son autorisation, ça n’est pas très élégant, ce n’est pas très agréable », lâche-t-elle.

« On a fait énormément de demandes, il ne s’est jamais rien passé », se défend le rédacteur en chef de Garçon, qui se plaint d’être ignoré des candidats face à son concurrent Têtu. Côté juridique, la publication s’estime protégée : « Nous avons le droit de faire un montage si on précise dans l’article que c’est un montage. Et de toute façon, le magazine est hébergé au Royaume-Uni, on dépend du droit anglais. »

Voir de même:

The Calculated Rise of France’s Emmanuel Macron

French presidential candidate skipped electoral politics, instead connecting with the elite and acquiring market experience; at stake, the future of Europe

The Wall Street Journal

April 28, 2017

PARIS—At the height of the financial crisis, Rothschild & Cie. assigned one of its veteran bankers to groom a new hire named Emmanuel Macron.

 

Voir enfin:

A new edition of the classic treatise on civil rights, featuring photojournalist Steve Schapiro’s visual record of the struggle, provides a model for how to report in the Black Lives Matter era

There is never a bad time to encounter James Baldwin, and as the wide success of the Oscar-nominated documentary I Am Not Your Negro has made clear, the appetite in Trump’s America for his prescient brilliance on race and civil rights is fierce and growing.

His 1962 classic The Fire Next Time was originally a letter, written by Baldwin to his nephew on the 100th anniversary of the so-called emancipation of black America. In the letter’s penultimate paragraph, Baldwin writes: “This is your home, my friend, do not be driven from it; great men have done great things here, and will again, and we can make America what America must become.” It is rhythmically similar to Trump’s red-hatted mantra – but there’s a big difference between trying to make America “great again” and focusing on what it once was, rather than what it “must become”.

More than 50 years on, The Fire Next Time has been reprinted by Taschen in a beautiful new edition that pairs his text with images by the civil rights-era photographer Steve Schapiro. Baldwin was “the scribe of the movement, our illustrious griot, who knew our struggle because he lived it”, as congressman John Lewis writes in the foreword. But before mobile phone videos and Twitter allowed black Americans to directly telegraph their plight to the world, it was up to photojournalism to visualise the message, as Schapiro’s images did in Life magazine.

The Baldwin-Schapiro juxtaposition is an effective and powerful literary-visual pairing, not unalike the combination of Richard Wright’s words in the 1941 classic 12 Million Black Voices with black-and-white photos from the Security Farm Administration’s Great Depression archive. Schapiro intimately captures many familiar faces – Lewis as a young activist in the Student Nonviolent Coordinating Committee, Harry Belafonte and Martin Luther King – at a time when he “was not aware that [King] was going to be one of the most important people of our time”, as he writes in the afterword. He also photographs a nameless nun, and countless black children and activists whose names are either lost to history or deserve to be as well known as Schapiro’s beautiful portrait of Fannie Lou Hamer, or the gorgeous depictions of Baldwin and his smile.

Many of Schapiro’s images – such as a woman at the 1965 Selma march with a sign reading “Stop Police Killing” – could have come from any Black Lives Matter protest in the past three years. And despite their slightly less robust military equipment, the line of cocky, almost gleeful, police officers waiting to confront protesters could have come from any news story from modern Anaheim, Ferguson or Baltimore.

However much love and sympathy Schapiro may have for his subjects’ black faces, his images are often of horrific violence: bombed houses, bombed cars, bullet holes, search parties looking for missing people who would all too often turn up dead. Baldwin’s words, too, channel both a love of black people and an urge to document white violence: “When I was 10,” he writes, “two policemen amused themselves with me by frisking me, making comic (and terrifying) speculations concerning my ancestry and probable sexual prowess, and for good measure, leaving me flat on my back in one of Harlem’s empty lots.”

Reading that made me reassess the fact that Carolyn Bryant – the woman who accused Emmett Till of whistling at her, triggered his lynching, helped his murderers go free and recently admitted that she lied – will not face punishment. While we know the name Emmett Till because of photos of his open casket (which his mother, Mamie Till, insisted upon), his voice was silenced. However, Baldwin’s words give us some insight into the pain of being considered hypersexualised and dangerous by the same world that killed Till and Tamir Rice and Trayvon Martin.

With the media under assault in the US, and when even the most nuanced conversations about the role of subjectivity and identity in the press can cause good journalists to lose their job, Schapiro’s afterword in this new edition of The Fire Next Time is clarifying, revelatory and admirable: “Photojournalism did make a difference in bringing attention to the civil rights movement and in helping to change attitudes around the country.” He does not say journalists must be neutral: “As press members – and white men – we were often called on to investigate a situation or find out someone’s condition in a hospital when the organisers felt they couldn’t.” There is no false equivocating with bigots.

Schapiro and Baldwin showed the possibility of what strong writing and photography could achieve in their time. In ours, we’d do well to look to them.

  • The Fire Next Time is published by Taschen.

Présidentielle 2017: Vous avez dit retour vers le futur ? (L’étrange béguin des Chiraquiens pour Macron)

21 avril, 2017
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Je suis le seul à avoir mené neuf réformes législatives. Quand on fera le bilan de Chirac, on ne se souviendra de rien. Sauf de mes réformes. Je vais m’investir à fond dans l’UMP, préparer les échéances futures pour Nicolas Sarkozy en 2007. En me virant du gouvernement, ils ont fait de moi un directeur de campagne avant l’heure. François Fillon (2005)
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Il y a à Gaza l’aboutissement d’un engrenage dont Israël est prisonnier, l’éternel engrenage de la force. (…) Cette logique mène à la surenchère, toujours plus d’usage de la force, toujours plus de transgression du droit, toujours plus d’acceptation de l’inacceptable. (…) Après le 11-Septembre, l’Amérique a été livrée, elle aussi, à la peur. Son aspiration à la sécurité était justifiée. Mais, en s’engageant dans l’aventure irakienne, les Etats-Unis ont fait primer la force sur le droit, s’enfermant dans un conflit qu’ils ne peuvent gagner. (…) On le voit en Cisjordanie, un autre avenir est possible. (…) Ce chemin passe par la création d’un Etat palestinien, car seule la reconnaissance d’un Etat palestinien souverain peut être le point de départ d’un nouvel élan pour la région. Dans ce processus, tout le monde le sait bien, il faudra impliquer le Hamas dans la dynamique de paix. Comme pour tout mouvement radical, chaque défaite devant la force est une victoire dans les esprits, par un effet de levier imparable. L’enjeu, c’est bien aujourd’hui d’avancer vers une unité palestinienne qui offre un interlocuteur crédible pour la paix. (…) C’est un enjeu pour la stabilité du Moyen-Orient. Car ceux qui veulent œuvrer à la stabilité du Moyen-Orient sont affaiblis par la logique de force. La spirale sert de justification à d’autres spirales, comme celle de la prolifération nucléaire en Iran. Villepin
Dans l’immédiat, notre attention doit se porter en priorité sur les domaines biologique et chimique. C’est là que nos présomptions vis-à-vis de l’Iraq sont les plus significatives : sur le chimique, nous avons des indices d’une capacité de production de VX et d’ypérite ; sur le biologique, nos indices portent sur la détention possible de stocks significatifs de bacille du charbon et de toxine botulique, et une éventuelle capacité de production.  Dominique De Villepin (05.02.03)
Les visées militaires du programme nucléaire iranien ne font plus de doute mais les possibilités de négociations avec le régime de Téhéran n’ont pas été épuisées. (…) De l’avis des experts, d’ici deux à trois ans, l’Iran pourrait être en possession d’une arme nucléaire. Rapport parlementaire français (17 décembre 2008)
La droite républicaine a besoin d’une colonne vertébrale. Villepin
Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. Jean-Luc Mélenchon
C’est un Corrézien qui avait succédé en 1995 à François Mitterrand. Je veux croire qu’en 2012, ce sera aussi un autre Corrézien qui reprendra le fil du changement. François Hollande
Je laisserai à mon successeur un pays en bien meilleur état que celui que j’ai trouvé. François Hollande
When I turn over the keys to the next occupant, one thing I’m confident about, and maybe why I don’t feel obliged to yearn for a third term, is I’m very confident I’ll be able to say that things are a lot better now than they were when I came into office. And, you know, that’s a pretty good eight years’ worth of work. Barack Hussein Obama
Il s’est passé à l’époque quelque chose qui m’intéressait beaucoup, qui était un gouvernement qui partageait la rente pétrolière avec le peuple et avec les pauvres, si bien que des millions de gens ont été sortis de la pauvreté. Mais je ne suis pas gouvernant du Venezuela. Je voyais un partage extrêmement intéressant et fécond entre le partage de la rente pétrolière au Venezuela, et l’accaparation de cette même richesse au Qatar ou en Arabie Saoudite où les pauvres gens n’ont accès à rien. (…) «Et bien oui ce sont des manifestations d’opposition»(…)«Vous ne m’interrogez pas sur Bahreïn, sur le Yémen Monsieur Bourdin, vous avez vos prédilections… Vous avez vos massacres préférés.» «Vous passez votre temps, vous et quelques autres, à essayer d’effrayer à mon sujet» (…) «Je ne fais pas campagne au Venezuela, je suis en train de faire campagne en France. Jean-Luc Mélenchon

Monsieur Villepin ne déçoit jamais dans sa capacité à marquer des buts contre son camp. C’est l’homme de la dissolution qui a amené Lionel Jospin au pouvoir, c’est l’homme des coups bas contre Nicolas Sarkozy. Il poursuit aujourd’hui dans la collaboration avec Emmanuel Macron. Eric Ciotti
Son parti s’est effondré, le candidat PS Benoit Hamon est crédité de moins de 10% dans les sondages, le chômage est toujours au plus haut, les tensions identitaires et religieuses, notamment liées à l’islam politique, sont extrêmement vives. Mais le “Premier secrétaire de la République” se vante. “Je laisserai à mon successeur un pays en bien meilleur état que celui que j’ai trouvé”. Valeurs actuelles
L’ancien président américain Barack Obama s’est entretenu aujourd’hui avec Emmanuel Macron pour évoquer « l’importante élection présidentielle à venir en France », a indiqué son porte-parole, précisant que l’objet de cet appel n’était pas d’apporter un soutien au candidat centriste du mouvement « En Marche ». Le candidat de 39 ans, qui est l’un des favoris du scrutin présidentiel, a « chaleureusement remercié Barack Obama pour son appel amical », selon son équipe de campagne. Barack Obama, qui s’est montré très discret depuis son départ de la Maison Blanche le 20 janvier, a « apprécié l’occasion d’entendre Macron évoquer sa campagne et l’importante élection présidentielle en France », a indiqué son porte-parole, Kevin Lewis. Ce dernier a souligné l’importance que l’ex-président démocrate accordait à la France, « en tant que proche allié des Etats-Unis » et en raison de son rôle dans la défense « des valeurs progressistes en Europe et à travers le monde ». Lewis a précisé que Obama n’apporterait son « soutien officiel » à aucun candidat avant le premier tour de l’élection, prévu dimanche. Le Figaro
Le président américain Barack Obama a écrit une lettre à Jacques Chirac, confirme à nouvelobs.com le cabinet de l’ancien président français, vendredi 20 mars. La nouvelle avait d’abord été annoncée par Le Figaro. « Je suis certain que nous pourrons au cours des quatre années à venir collaborer ensemble dans un esprit de paix et d’amitié afin de construire un monde plus sûr », a écrit le successeur de George W. Bush. Jacques Chirac a qualifié ce courrier de « très sympathique », selon Le Figaro. « L’échange de courrier date de la mi-mars », précise le cabinet de Jacques Chirac, qui confirme également à nouvelobs.com le contenu de l’échange. L’ancien président français avait d’abord écrit à Barack Obama après son élection. Cette relation épistolaire peut-elle déboucher sur des projets communs? Pour l’instant, aucune rencontre n’est prévue entre les deux hommes, qui ne se connaissent pas personnellement. Mais les objectifs de la Fondation Chirac – développement durable et dialogue entre les civilisations – rejoignent les préoccupations du président américain. Les deux hommes ont également en commun de s’être opposés à la guerre en Irak, qui a débuté il y a tout juste 5 ans, le 20 mars 2003. Le Nouvel Obs (mars 2009)
Sarko a fait passer des messages à l’équipe Macron : il appellera à voter Macron dès dimanche, 20h15 », en cas de second tour Macron-Le Pen à l’élection présidentielle, affirme au JDD un proche du candidat d’En Marche!. En cas d’élimination de François Fillon dès le premier tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy s’exprimera « dès dimanche soir », confirment de leur côté plusieurs sources sarkozystes. Le JDD
Je n’ai pas regardé précisément ce point 62. (…) Ecoutez, je vais regarder dans le détail ce point-là. (…) Je ne sais pas exactement ce qui a conduit à ce point 62. (…) Ce qui compte, c’est la logique générale. Clémentine Autain
L’élection présidentielle de 2012 se jouait sur des clivages droite/gauche traditionnels. Nicolas Sarkozy portait les valeurs classiques de la droite (autorité, identité, mérite valeur travail) et François Hollande incarnait quant à lui les symboles de la gauche traditionnelle, à savoir: l’égalité et le travail comme moyen d’émancipation sociale. On était dans un débat frontal qui se jouait sur des visions quasi antagonistes. Aujourd’hui, on observe trois candidats -Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon- qui ont chacun des discours transversaux par rapport au clivage traditionnel entre la droite et la gauche. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon opposent ainsi davantage le peuple aux élites, la souveraineté populaire à l’union européenne ou bien encore les classes populaires aux classes dirigeantes. Emmanuel Macron, le candidat de la conciliation, brouille pour sa part les clivages par son discours qui fait la synthèse entre la droite et la gauche. (…) Tous les candidats ont des points aveugles. Chez Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon, par exemple, on ne retrouve pas les mots «islamisme» ou «immigration». Le candidat de La France insoumise préférera utiliser les termes «les violents» ou «les criminels» au terme «les terroristes». À droite ou à l’extrême droite, on note par contre un grand silence autour des mots «environnement» («pesticide» ou «réchauffement climatique» sont quasi absents). (…) Le mot «liberté» est surreprésenté chez le candidat des Républicains. Un concept qu’il emploie presque uniquement dans son sens économique. Il n’est pas question ici des libertés individuelles ou sociétales, mais de la liberté d’entreprendre. On observe aussi la fréquence du mot sécurité dans ses discours depuis la réorientation de sa campagne de ces derniers mois. (…) Le candidat du parti En Marche! procède par couplage de mots. Il accole par exemple les termes «liberté» et «protection». «La liberté» reprend un mot-valeur de la droite (la liberté d’entreprendre et économique) tandis que «la protection» renvoie pour sa part à des marqueurs de gauche. Emmanuel Macron est le candidat de la synthèse, il cherche toujours à mettre en couple des concepts qui sont traditionnellement opposés. C’est son credo. Il veut montrer qu’il est à la fois de droite et de gauche. Et cette volonté se manifeste très clairement dans ses discours. S’il dit par exemple qu’«il faut être extrêmement ferme sur la laïcité» il ajoutera immédiatement «et respectueux de la liberté religieuse des uns et des autres». Emmanuel Macron a un vocabulaire émotionnel très développé et use d’un registre très positif. Il est dans le coaching de ses électeurs, dans l’émotion et la bienveillance. Il a parfois même un vocabulaire à la Johnny, intimant à ses supporters d’avoir «l’envie». On peut d’ailleurs comparer ses discours à ceux d‘un Obama et de son slogan de campagne Yes We Can. Macron semble nous dire avec son énergie: «Oui, on peut y arriver». Mais comme ses mots sont extrêmement abstraits et vagues, on a parfois l’impression d’un discours qui tourne à vide. (…) Celui qui utilisait par le passé un vocabulaire issu de la sphère trotskiste, socialiste et d’extrême gauche est aujourd’hui dans un discours populiste. Ce concept de science politique signifie que son discours n’utilise plus le vocabulaire et les symboles de la gauche radicale (drapeau rouge, «prolétariat», «classes») mais une rhétorique fondée sur l’opposition entre un «peuple souverain» qui serait spolié de son pouvoir et «l’oligarchie», représentée par les «puissances d’argent» et «l’union européenne». Jean-Luc Mélenchon ne parle plus beaucoup de capitalisme, ni des travailleurs. Il parle aujourd’hui de «peuple», un concept plus attrayant car plus beaucoup plus vague. (…) Presque tous les candidats ont conscience aujourd’hui qu’un mot de trop pourrait leur coûter énormément politiquement. Ils savent aussi que s’ils parviennent à imposer leur formulation des problèmes contemporains, le gain politique sera assuré. Imposer sa grille de lecture du monde ou son vocabulaire à l’opinion publique, c’est imposer aussi ses propres solutions comme naturelles donc in fine gagner sa voix. Cécile Alduy
Les sondages mesurent une situation à des instants figés. Mais ils sont difficilement extrapolables : ce qui va se passer n’est pas forcément inscrit dans ce qui est déjà arrivé. Prenons l’exemple de l’eau. Cette molécule peut passer de l’état liquide à gazeux ou glacé. Si je n’étudie que ses propriétés sous forme liquide sans prendre en compte les interactions entre les molécules, je ne pourrai pas prévoir son comportement sous forme solide. C’est la même chose pour les intentions de vote. Je fais le postulat qu’elles dépendent de discussions, de débats, que les dynamiques d’opinion sont régies par des lois d’interactions entre les individus. (…) Il ne s’agit pas de transposer les lois de l’atome à l’humain, mais plutôt d’aborder des questions sociales et politiques comme un physicien face à un problème complexe. Par exemple, comment des personnages aux convictions inflexibles peuvent influencer le comportement d’électeurs plus ouverts et donc changer le résultat d’une élection. (…) Exactement. Dans le cas de la peine de mort, par exemple, une majorité d’individus pense qu’il faut maintenir son abolition. Mais si on faisait un référendum, il y aurait de forts risques que par le débat les gens changent d’opinion. Alors qu’on aurait enrichi notre vision du problème, on aboutirait à une rationalité manipulée qui suivrait nos préjugés communs les plus archaïques. L’impact des préjugés est l’un des composants de mon modèle. L’impact des gens inflexibles en est un autre. (…) Les inflexibles sont ceux qui sont sûrs de leur vote. Par exemple, Marine Le Pen bénéficie d’un fort électorat d’inflexibles. Coûte que coûte, ils voteront pour elle. Mais il existe aussi une catégorie d’inflexibles anti-FN qui ne voteront jamais pour elle. Eux non plus ne changeront pas d’avis. Et ils sont plus de la moitié. Ce qui fait que, pour l’instant, elle ne peut pas gagner au second tour. [Mais] pour la première fois, des électeurs anti-FN ne sont pas prêts à aller voter pour le challenger. La pilule est trop difficile à avaler. La victoire de Le Pen est improbable mais n’est plus impossible. (…) C’est l’intensité de la campagne et des discussions avec les inflexibles qui peuvent faire basculer la distribution de votes. D’après mon modèle, Fillon détient le plus grand nombre d’inflexibles (ceux capables de convaincre les autres). Il suffit que ces influenceurs augmentent de 2-3 points pour que Fillon batte Macron (qui a moins d’inflexibles) au premier tour. Quant à la montée de Mélenchon, si elle se poursuit, elle pourrait contribuer à faire redémarrer Fillon. (…) Aujourd’hui, les discussions peuvent amener les macronistes (refroidis par les affaires de Fillon) à voter Mélenchon. Mais d’après mon modèle, dans un deuxième temps, si Mélenchon devient un candidat sérieux face à Marine Le Pen, ces ex-Macron pourraient, poussés par les inflexibles pro-Fillon, se tourner vers Fillon pour s’opposer à la politique économique de Mélenchon. Serge Galam
Je montre la possibilité d’un paradoxe. C’est-à-dire que le jour de l’élection, si Marine Le Pen a 44 % d’intentions de votes, contre 56 % d’intentions de votes pour son challenger, normalement elle perd l’élection. Simplement, ce qui est inédit dans cette élection, c’est que beaucoup d’électeurs anti-FN vont se trouver face à un dilemme très difficile à résoudre car pour mettre en pratique leur refus du FN ils vont devoir voter pour un candidat pour lequel ils ont également une aversion, que ce soit Fillon, Macron ou Mélenchon. C’est une abstention inavouée. (…) Cette abstention inavouée va générer une abstention différenciée qui peut inverser le rapport minorité-majorité donné par les intentions de vote. (…) Une situation bien différente que celle de 2002, où voter Chirac ne représentait pas un coût inavouable pour certains électeurs. Aujourd’hui, il y a une pilule très amère à avaler. Serge Galam
« D’expérience, ce ne sont pas nos indicateurs publiés juste avant une élection qui sont les plus précis mais plutôt ceux datant de cinq jours avant le jour du scrutin », prévient Jérôme Coutard. Celui en date du 18 avril prévoit un quarté François Fillon-Marine Le Pen-Jean-Luc Mélenchon-Emmanuel Macron. Verdict dimanche soir. Les Echos
Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable. Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique. (…) Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle. Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. (…) Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs. Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire. Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse. Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française. Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres. Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées. Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires. (…) Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France. Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah – un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ». En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. (…) S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service. Et tous, en masse, se sont ralliés à la candidature Macron – un candidat trop profondément ignorant de ces questions pour pouvoir contrer leur influence s’il était élu. Amram Castellion

Au secours ! La Chiraquie revient !

Dissolution imposant la cohabitation à Chirac, coups tordus de l’affaire Clearstream contre Sarkozy, trahison des alliés historiques israéliens et américains de la France, fricotage de haut vol et contre espèces sonnantes et trébuchantes pour le compte de nos amis et fourriers notoires du djihadisme qataris, saoudiens ou iraniens …

Alors qu’à trois jours à peine du premier tour d’une élection présidentielle …

Aussi inédite que décisive entre deux attaques ou menaces terroristes …

Et après les cinq années d’immobilisme de la présidence Hollande …

Devinez qui nous sort de son chapeau …

Pour corriger son statut désormais un peu trop voyant de dauphin de François Hollande …

Et contrer le seul candidat d’une véritable alternance

Le champion supposé d’un renouveau depuis si longtemps espéré ?

L’étrange béguin des Chiraquiens pour Macron
Amram Castellion
Metullah press Agency

20 avril 2017

Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable.

Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique.

Plusieurs de ces soutiens sont explicites et officiels. Jean-Paul Delevoye, ancien ministre de la Fonction Publique de Chirac, est chargé de la sélection des futurs candidats du parti macroniste aux législatives de juin prochain. Un ancien ministre des Affaires Etrangères de Chirac, Philippe Douste-Blazy, et un ancien ministre de l’Economie, Jean Arthuis, se sont également prononcés pour le candidat du « ni droite ni gauche ». D’autres anciens ministres macronisés incluent Jean-Jacques Aillagon, Anne-Marie Idrac, Dominique Perben et Noëlle Lenoir.

En plus de ces ralliements ministériels, d’autres membres du cercle de proches de l’ancien président se sont engagés pour le jeune candidat. C’est le cas dans sa famille ; son petit-fils, Martin Chirac, a rejoint le parti macroniste. Sa fille, Claude Chirac, et son gendre, Frédéric Salat-Baroux, n’ont pas franchi le pas, mais ne cachent pas, dans les dîners en ville, le bien qu’ils pensent de l’impétrant. La famille de l’ancien maire de Paris, Jacques Tibéri, qui avait succédé à Chirac avec sa bénédiction à la mairie de la capitale, s’est elle aussi macronifiée.

Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle.

Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. Comme par exemple Christine Boutin, qui fut déjà ministre du Logement pendant deux ans, entre 2007 et 2009, sans que la France subisse exactement les affres d’une terreur blanche.

Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs.

Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire.

Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse.

Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française.

Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres.

Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées.

Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires.

Si cela est exact, cela signifie que la politique extérieure de la France a été définie en fonction de paiements personnels d’un dirigeant à l’autre. On ne peut que constater, qu’au Moyen-Orient, la politique française sous Chirac a suivi les virages des intérêts de la famille Hariri : fortement pro-syrienne jusqu’à 2004, puis en première ligne contre la république baathiste après la rupture entre Bachar Assad et Rafiq Hariri la même année et l’assassinat du second sur l’ordre du premier en 2005.

Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France.

Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah – un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ».

En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. La France a condamné en 2002 l’opération Rempart – la vaste opération de sécurisation des territoires palestiniens qui a permis de mettre fin à la seconde Intifada. Elle a condamné l’attaque du Hezbollah par Israël en 2006, considérant sans doute que la violation de la frontière par le Hezb et l’assassinat spontané de huit soldats en territoire israélien constituaient un fait sans importance. Chirac s’était même permis, dans un premier temps, de critiquer le retrait de Gaza en 2005 pour son « unilatéralisme », avant de changer d’avis et de féliciter Sharon.

En France même, si les chiraquiens ont toujours maintenu un soutien sans faille des forces de l’ordre à la protection physique de la communauté juive, la période Chirac a été marquée par une intimidation intellectuelle systématique des pro-israéliens. C’est l’époque où la télévision d’Etat passait en boucle et à répétition des images falsifiées de « cruauté israélienne » dans les territoires, refusait de donner la moindre voix aux sceptiques, et présentait trois fois par jour la cause palestinienne comme l’accomplissement de la moralité universelle.

S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service. Et tous, en masse, se sont ralliés à la candidature Macron – un candidat trop profondément ignorant de ces questions pour pouvoir contrer leur influence s’il était élu. Il appartiendra à tous les Français d’en tenir compte, dimanche, dans la solitude solennelle de l’isoloir.

Voir aussi:

Pour ses discours, Macron s’inspire d’Obama et de Johnny HallydayAlice Develey
Le Figaro
20/04/2017

INTERVIEW – Cécile Alduy, auteur et professeur à l’université de Stanford, a passé au crible les éléments de langage des cinq principaux candidats à la présidentielle.

Les candidats à la présidence de la République ont rivalisé ces derniers mois de mots percutants pour marquer les esprits. L’auteur de Ce qu’ils disent vraiment (Seuil), Cécile Alduy, a passé au scanner ces éléments de langage qui parsèment les discours des politiques. «Immigration», «liberté», «sécurité»… Elle revient pour Le Figaro sur leurs tactiques lexicales.

LE FIGARO. – Pour réaliser votre livre, Ce qu’ils disent vraiment, publié aux éditions Seuil, vous avez étudié plus de 1300 discours de nos hommes et femmes politiques français ces dernières années. Avez-vous constaté des changements de lexique entre la présidentielle de 2012 et celle de 2017?

Cécile ALDUY. – L’élection présidentielle de 2012 se jouait sur des clivages droite/gauche traditionnels. Nicolas Sarkozy portait les valeurs classiques de la droite (autorité, identité, mérite valeur travail) et François Hollande incarnait quant à lui les symboles de la gauche traditionnelle, à savoir: l’égalité et le travail comme moyen d’émancipation sociale . On était dans un débat frontal qui se jouait sur des visions quasi antagonistes.

Aujourd’hui, on observe trois candidats -Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon- qui ont chacun des discours transversaux par rapport au clivage traditionnel entre la droite et la gauche. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon opposent ainsi davantage le peuple aux élites, la souveraineté populaire à l’union européenne ou bien encore les classes populaires aux classes dirigeantes. Emmanuel Macron, le candidat de la conciliation, brouille pour sa part les clivages par son discours qui fait la synthèse entre la droite et la gauche.

Y a-t-il des mots tabous dans cette campagne présidentielle? Et si oui, quels sont-ils?

Tous les candidats ont des points aveugles. Chez Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon, par exemple, on ne retrouve pas les mots «islamisme» ou «immigration». Le candidat de La France insoumise préférera utiliser les termes «les violents» ou «les criminels» au terme «les terroristes». À droite ou à l’extrême droite, on note par contre un grand silence autour des mots «environnement» («pesticide» ou «réchauffement climatique» sont quasi absents).

Quels sont mots qui reviennent le plus souvent dans le discours de nos candidats?

● Marine Le Pen

On retrouve très nettement le mot «immigration». C’est un concept largement surutilisé chez elle. On note son retour toutes les minutes dans ses discours. Une récurrence sans commune mesure comparée aux discours des autres candidats.

● François Fillon

Le mot «liberté» est surreprésenté chez le candidat des Républicains. Un concept qu’il emploie presque uniquement dans son sens économique. Il n’est pas question ici des libertés individuelles ou sociétales, mais de la liberté d’entreprendre. On observe aussi la fréquence du mot sécurité dans ses discours depuis la réorientation de sa campagne de ces derniers mois.

● Emmanuel Macron

Le candidat du parti En Marche! procède par couplage de mots. Il accole par exemple les termes «liberté» et «protection». «La liberté» reprend un mot-valeur de la droite (la liberté d’entreprendre et économique) tandis que «la protection» renvoie pour sa part à des marqueurs de gauche. Emmanuel Macron est le candidat de la synthèse, il cherche toujours à mettre en couple des concepts qui sont traditionnellement opposés. C’est son credo. Il veut montrer qu’il est à la fois de droite et de gauche. Et cette volonté se manifeste très clairement dans ses discours. S’il dit par exemple qu’«il faut être extrêmement ferme sur la laïcité» il ajoutera immédiatement «et respectueux de la liberté religieuse des uns et des autres».

Emmanuel Macron a un vocabulaire émotionnel très développé et use d’un registre très positif. Il est dans le coaching de ses électeurs, dans l’émotion et la bienveillance. Il a parfois même un vocabulaire à la Johnny, intimant à ses supporters d’avoir «l’envie». On peut d’ailleurs comparer ses discours à ceux d‘un Obama et de son slogan de campagne Yes We Can. Macron semble nous dire avec son énergie: «Oui, on peut y arriver». Mais comme ses mots sont extrêmement abstraits et vagues, on a parfois l’impression d’un discours qui tourne à vide.

● Benoît Hamon

Le candidat du PS a repris un vocabulaire plus traditionnel à gauche, fondé sur des valeurs fondamentales de son camp politique: l’égalité et les luttes contre les discriminations. On retrouve notamment de façon récurrente dans son vocable les mots «social», «écologique», «démocratie» et «égalité». Son corpus fait le lien entre les discours du PS des années 1990 et l’écologie politique d’aujourd’hui.

● Jean-Luc Mélenchon

Celui qui utilisait par le passé un vocabulaire issu de la sphère trotskiste, socialiste et d’extrême gauche est aujourd’hui dans un discours populiste. Ce concept de science politique signifie que son discours n’utilise plus le vocabulaire et les symboles de la gauche radicale (drapeau rouge, «prolétariat», «classes») mais une rhétorique fondée sur l’opposition entre un «peuple souverain» qui serait spolié de son pouvoir et «l’oligarchie», représentée par les «puissances d’argent» et «l’union européenne». Jean-Luc Mélenchon ne parle plus beaucoup de capitalisme, ni des travailleurs. Il parle aujourd’hui de «peuple», un concept plus attrayant car plus beaucoup plus vague.

En quoi ces éléments de langage jouent-ils un rôle majeur dans la campagne présidentielle?

Presque tous les candidats ont conscience aujourd’hui qu’un mot de trop pourrait leur coûter énormément politiquement. Ils savent aussi que s’ils parviennent à imposer leur formulation des problèmes contemporains, le gain politique sera assuré. Imposer sa grille de lecture du monde ou son vocabulaire à l’opinion publique, c’est imposer aussi ses propres solutions comme naturelles donc in fine gagner sa voix.

Voir encore:

Le pro-BDS Mélenchon, les Juifs de France et Israël
Son accession à l’Elysée paraît moins improbable : retour sur ses positions radicalement anti-israéliennes, ses propos controversés – et ses amours
Olivier Chalautre
The Times of Israel
20 avril 2017

A quelques jours du premier tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon progresse dans les sondages avec 18 à 20 % des intentions de vote, à telle enseigne que sa présence au second tour semble possible. Il pourrait être opposé à Marine Le Pen.

L’éventualité d’un match entre la candidate d’extrême droite et le leader de la gauche radicale affole la classe politique modérée… et la plupart des Juifs de France. Du côté des institutions communautaires, on considère que l’élection de Jean-Luc Mélenchon à la magistrature suprême – probable s’il fait face à la patronne du Front national – serait une catastrophe et provoquerait une vague d’alyah massive.

Francis Kalifat, président du CRIF, a refusé de les inviter au dîner annuel de l’organisation, en février dernier, arguant « qu’ils trainaient dans la haine ». Tout comme le Consistoire, qui représente le culte juif dans l’Hexagone, le CRIF appelle au « rejet des extrêmes » lors des scrutins des 23 avril et 7 mai.

Soutien au BDS

L’inquiétude porte sur l’attitude hostile de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre d’Israël et, au-delà, sur son soutien aux « islamo-gauchistes » dont les motivations antisémites, réelles ou supposées, sont inlassablement dénoncées par des intellectuels juifs aussi médiatisés qu’Alain Finkielkraut ou Bernard-Henri Lévy.

Melenchon, 65 ans, ancien ministre socialiste, est né de parents espagnols dans ce qu’est aujourd’hui le Maroc. Il soutient un boycott général contre Israël. Fidèle à son style oratoire populiste, il a déclaré que permettre à Israël de conserver même quelques implantations en Cisjordanie « est comme laisser les voleurs de banque garder l’argent ».

Le programme diplomatique du chef du Front de gauche pour Israël : création d’un état palestinien avec Jérusalem Est pour capitale, droit au retour des réfugiés de 1948.

Il préconise également l’abolition de la circulaire de 2010 interdisant tout appel au boycott d’Israël dans l’Hexagone et la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Etat juif.

Le Front de gauche milite officiellement pour le boycott depuis novembre 2013, aux côtés du mouvement BDS, « en réponse à la politique d’oppression » d’Israël.

A la même époque, le mouvement a condamné la « rigidité » du Quai d’Orsay dans les négociations internationales en vue d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique, tout en réclamant la « dénucléarisation » de l’Etat hébreu.

Non au « peuple supérieur »

Pour le noyau dur du judaïsme français, l’un des plus mauvais souvenirs, concernant le candidat Mélenchon, date de fin août 2014. Peu après la guerre entre Israël et le Hamas, il a pourfendu « l’ennemi » israélien à l’occasion de l’université d’été de son parti.

À Grenoble, moins d’un mois après que neuf synagogues ont été attaquées en pleine vague de manifestations violentes et non autorisées contre Israël pendant et après la guerre contre le Hamas à Gaza pendant l’été 2014, Melenchon a salué les manifestants. Il a également condamné les Juifs français qui ont exprimé leur solidarité avec Israël lors d’un rassemblement de soutien devant l’ambassade d’Israël.

« Fidèles à la mémoire des meurtres de masse commis dans le passé, nous nous sommes portés aux avant-postes du soutien à la malheureuse population de Gaza », a-t-il dit avant de fustiger la frange militante de la communauté juive en ces termes : « Si nous avons quelque chose à dénoncer, ce sont nos compatriotes qui ont cru être bien inspirés en allant manifester devant l’ambassade d’un pays étranger [Israël, ndlr] ou servir sous ses couleurs les armes à la main ».

Et d’enfoncer le clou en lançant cette diatribe au sous-entendu nauséabond : « nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres ».

A propos des rassemblements pro-palestiniens de cette période tendue, où des injures antisémites ont fusé, Jean-Luc Mélenchon a carrément loué « une jeunesse ayant su se mobiliser dans la discipline et incarner dignement les valeurs de la République […]. La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays », a-t-il conclu en référence à l’attitude du CRIF.

Il a également accusé le CRIF d’avoir essayé de l’étiqueter comme un antisémite afin de discréditer ses critiques d’Israël.

« Nous en avons assez du CRIF », s’est écrié Melenchon.

Melenchon n’a pas mentionné les attaques de la synagogue et la vague d’agressions antisémites qui ont suivi les manifestations. Mais il a continué à critiquer les milliers de Juifs français qui soutiennent Israël.

Evoquant ces remarques et d’autres encore, François Heilbronn, un enseignant en science politique, a écrit récemment dans un article qu’il ne voterait ni pour Le Pen, qu’il considère comme l’héritière de ceux qui ont collaboré avec les nazis, « ni pour ceux qui ont encouragé les progromistes et les antisémites »en 2014, une référence claire à Melenchon. « Votez pour empêcher l’accession au pouvoir ces deux candidats qui haïssent les démocrates, la modernité et la liberté ».

Récemment, le candidat de la gauche radicale a critiqué Valérie Pécresse, présidente de Les Républicains de la région Ile-de-France, pour son « engagement communautariste » consistant à combattre les tentatives de boycott des produits provenant des implantations juives de Cisjordanie et du plateau du Golan.

« Islamo-gauchisme »

Dès 2010, l’égérie du mélenchonisme, la journaliste et élue de Sevran (Seine-Saint-Denis) Clémentine Autain co-signait une tribune dans Le Monde en faveur du boycott total d’Israël, y compris de ses structures académiques et sportives.

Le texte prenait exemple sur la campagne « noble et efficace » menée autrefois contre le régime raciste d’Afrique du Sud. Ce type d’amalgame, comme les accusations récurrentes de « fascisme » à l’endroit du gouvernement israélien ou la défense jugée inconditionnelle des musulmans français, ont provoqué des polémiques.

En 2015, le Premier ministre socialiste Manuel Valls et son secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, ont dénoncé l’ « islamo-gauchisme » de Clémentine Autain et de ses amis, les accusant de complicité avec Tariq Ramadan, le fameux islamologue suisse qui se fend régulièrement de déclarations ambiguës sur le « lobby sioniste » et dont le frère, Hani, a récemment été expulsé de France.

Par ailleurs, certaines municipalités dirigées par le Parti communiste, composante du Front de gauche, ont élevé le leader palestinien Marwan Barghouthi au rang de « citoyen d’honneur ». Ce dernier est incarcéré en Israël pour avoir fomenté des attentats ayant causé la mort de dizaines de civils israéliens.

Ce genre d’initiative est source d’invectives et de procès à répétition entre les mélenchonistes et les associations juives communautaires, dont le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA).

Dérapages douteux

Il est vrai que la frontière entre critique radicale d’Israël et antisémitisme est parfois poreuse. De même, il est difficile de distinguer ce qui relève de l’anti-capitalisme et d’une forme de paranoïa « chaviste » (Jean-Luc Mélenchon soutient la « révolution vénézuélienne » d’Hugo Chavez) où les préjugés anti-juifs tiennent une place inquiétante.

En mars 2013, le candidat à la présidentielle de ce printemps 2017 fustigeait ainsi Pierre Moscovici, alors ministre socialiste de l’Economie : « Ce petit intelligent […] ne pense plus en français mais dans la langue de la finance internationale ».

Le PS a demandé immédiatement à Jean-Luc Mélenchon de « retirer ce vocabulaire des années 30 ». Pierre Moscovici a répliqué : « mes quatre grands-parents étaient étrangers. Mon père a été déporté. Et cette famille a choisi la France. Je suis français par tous mes pores ».

Le leader du Front de gauche n’a pas regretté sa sortie et a même prétendu qu’il « ignorait » la religion du ministre, pourtant connue. Cette excuse a été jugée hypocrite et inacceptable par les représentants de la communauté juive.

Bernard-Henri Levy, un intellectuel juif français de gauche, a établi des parallèles entre Le Pen et Melenchon. Ils ont « malheureusement souvent [le même] radicalisme anti-démocratique, antisioniste, [avec] des attitudes pro-Assad et pro-Poutine », a-t-il écrit dimanche sur Twitter.

Levy soutient Emmanuel Macron, un candidat centriste et un ancien banquier de la prestigieuse banque d’investissement Rothschild. Macron est en tête dans les sondages avant le premier tour avec environ 23 % d’intentions de vote et est légèrement en avance sur Le Pen. Le candidat Les Républicains Francois Fillon, dont la campagne a souffert en raison de l’affaire du Penelope Gate et sa mise en examen pour corruption, et Melenchon sont chacun crédités de 18 et 20 % d’intention de vote dans les sondages.

Étonnamment, ce ne sont pas seulement les Juifs qui trouvent qu’il y a une ressemblance entre les programmes de Melenchon et Le Pen. Le comédien Dieudonne M’bala M’bala, qui a été reconnu coupable de nombreuses fois de négationnisme et l’incitation à la haine des Juifs, pense que les politiciens d’extrême droite et d’extrême gauche se battent tous deux contre l’influence juive et extérieure.

« Certains disent que c’est une confrontation entre la vraie droite et la vraie gauche », a déclaré Dieudonne à propos de Le Pen et Melenchon dans une vidéo qu’il a publiée mardi et qui a été vue plus de 160 000 fois. « Je dis que c’est la vraie France qui combattra la France de Rothschild et du Qatar qui finance le terrorisme et la guerre dans le monde ».

Le Pen et Melenchon, a-t-il ajouté, « sont les candidats de la paix ».

JTA a contribué à cet article.

Voir par ailleurs:

Rebondissements, ruptures, candidats électrons libres, raisons et sentiments… Pour Serge Galam, professeur à Sciences-Po et précurseur de la sociophysique, le choix d’un bulletin serait soumis au résultat d’interactions humaines répondant à des lois physiques complexes. Qu’il tente d’élaborer et qui semblent se vérifier. Y compris pour cette élection présidentielle ?

Cette campagne est riche en inattendus, en désordres. Peut-on les prévoir et les modéliser ? Aucun modèle ne peut présager l’affaire Fillon, ce type d’événement n’est scientifiquement pas prévisible. En revanche, la sociophysique pourrait anticiper l’impact qu’il va avoir, les interactions entre individus qu’il va provoquer et comment elles peuvent se traduire dans les sondages.

« Le vote est régi par les interactions entre les individus »

N’est-ce pas ce que font les sondages ? 

Les sondages mesurent une situation à des instants figés. Mais ils sont difficilement extrapolables : ce qui va se passer n’est pas forcément inscrit dans ce qui est déjà arrivé. Prenons l’exemple de l’eau. Cette molécule peut passer de l’état liquide à gazeux ou glacé. Si je n’étudie que ses propriétés sous forme liquide sans prendre en compte les interactions entre les molécules, je ne pourrai pas prévoir son comportement sous forme solide. C’est la même chose pour les intentions de vote. Je fais le postulat qu’elles dépendent de discussions, de débats, que les dynamiques d’opinion sont régies par des lois d’interactions entre les individus.

Les lois physiques s’appliquent à la politique ? 

Il ne s’agit pas de transposer les lois de l’atome à l’humain, mais plutôt d’aborder des questions sociales et politiques comme un physicien face à un problème complexe. Par exemple, comment des personnages aux convictions inflexibles peuvent influencer le comportement d’électeurs plus ouverts et donc changer le résultat d’une élection.

Une sorte de phénomène inconscient de groupe ? 

Exactement. Dans le cas de la peine de mort, par exemple, une majorité d’individus pense qu’il faut maintenir son abolition. Mais si on faisait un référendum, il y aurait de forts risques que par le débat les gens changent d’opinion. Alors qu’on aurait enrichi notre vision du problème, on aboutirait à une rationalité manipulée qui suivrait nos préjugés communs les plus archaïques. L’impact des préjugés est l’un des composants de mon modèle. L’impact des gens inflexibles en est un autre.

« Pour l’instant, elle ne peut pas gagner au second tour »

Qui sont-ils ? 

Les inflexibles sont ceux qui sont sûrs de leur vote. Par exemple, Marine Le Pen bénéficie d’un fort électorat d’inflexibles. Coûte que coûte, ils voteront pour elle. Mais il existe aussi une catégorie d’inflexibles anti-FN qui ne voteront jamais pour elle. Eux non plus ne changeront pas d’avis. Et ils sont plus de la moitié. Ce qui fait que, pour l’instant, elle ne peut pas gagner au second tour.

Sauf que cette élection est très désordonnée… 

Oui, pour la première fois, des électeurs anti-FN ne sont pas prêts à aller voter pour le challenger. La pilule est trop difficile à avaler. La victoire de Le Pen est improbable mais n’est plus impossible.

Quels sont vos pronostics ? 

C’est l’intensité de la campagne et des discussions avec les inflexibles qui peuvent faire basculer la distribution de votes. D’après mon modèle, Fillon détient le plus grand nombre d’inflexibles (ceux capables de convaincre les autres). Il suffit que ces influenceurs augmentent de 2-3 points pour que Fillon batte Macron (qui a moins d’inflexibles) au premier tour. Quant à la montée de Mélenchon, si elle se poursuit, elle pourrait contribuer à faire redémarrer Fillon.

Comment ? 

Aujourd’hui, les discussions peuvent amener les macronistes (refroidis par les affaires de Fillon) à voter Mélenchon. Mais d’après mon modèle, dans un deuxième temps, si Mélenchon devient un candidat sérieux face à Marine Le Pen, ces ex-Macron pourraient, poussés par les inflexibles pro-Fillon, se tourner vers Fillon pour s’opposer à la politique économique de Mélenchon.

Voir encore:

La faille qui peut faire gagner Marine Le Pen

Présentée par Jean-Baptiste Labeur

RCF radio

jeudi 20 avril

​Et si Marine Le Pen l’emportait le 7 mai prochain ? Une hypothèse prise très au sérieux par Serge Galam, chercheur au Cevipof.

Pour ce physicien et fondateur de la sociophysique, il est possible que Marine Le Pen deviennent présidente même avec moins de 50 % des intentions de votes au second tour. Pour faire mentir les instituts de sondage ce scientifique s’appuie sur une formule de calcul mais surtout sur un point faible, la motivation des électeurs, et ce qu’il nomme « l’abstention différentiée ».

« Je montre la possibilité d’un paradoxe. C’est-à-dire que le jour de l’élection, si Marine Le Pen a 44 % d’intentions de votes, contre 56 % d’intentions de votes pour son challenger, normalement elle perd l’élection. Simplement, ce qui est inédit dans cette élection, c’est que beaucoup d’électeurs anti-FN vont se trouver face à un dilemme très difficile à résoudre car pour mettre en pratique leur refus du FN ils vont devoir voter pour un candidat pour lequel ils ont également une aversion, que ce soit Fillon, Macron ou Mélenchon. C’est une abstention inavouée » explique Serge Galam.

« Cette abstention inavouée va générer une abstention différenciée qui peut inverser le rapport minorité-majorité donné par les intentions de vote » ajoute-t-il. Une situation bien différente que celle de 2002, où voter Chirac ne représentait pas un coût inavouable pour certains électeurs. Aujourd’hui, conclut Serge Galam, il y a une pilule très amère à avaler.

Voir enfin:

Présidentielle : le scrutin donnera-t-il raison aux pronostics décriés de Filteris ?
Nicolas Richaud
Les Echos
21/04/17

Depuis quelques semaines, cette société canadienne fait le buzz avec sa méthode de prévision atypique. C’est une partie de sa réputation qui se joue au premier tour de l’élection présidentielle.

« Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi. » Cette maxime, Filteris semble l’avoir faite sienne. Installée au Canada, cette société est sous le feu des projecteurs et des critiques depuis plusieurs semaines, en raison de la publication, plusieurs fois par semaine, du « poids numérique » de chacun des candidats à la présidentielle, qu’elle convertit en pronostic concernant le résultat de chacun lors du premier tour de dimanche soir.

Ce vendredi matin, Filteris a publié ses dernières anticipations qui donnent François Fillon en tête devant Marine Le Pen, Jean-Luc-Mélenchon et Emmanuel Macron.

Pourquoi ce groupe, qui décrit son coeur d’activité comme étant « l’analyse d’image, la surveillance, la gestion et la sécurisation de l’identité numérique », consacre-t-il autant d’énergie et de temps à l’élaboration de ces mesures ?  » Ces contextes électoraux permettent de tester nos indicateurs, puis de les mettre à jour et les faire évoluer si besoin« , répond Jérôme Coutard, président de Filteris, qu’il a fondé en 2002.

« Poids numérique des candidats »

« Depuis quelques semaines, tout le monde parle de nous, mais nous faisons cela depuis 2006 et les élections fédérales canadiennes de l’époque « , rembobine ce Français qui a fait ses valises pour le Canada il y a près de 25 ans.

En 2006, Facebook n’a que deux ans et Twitter éclot à peine. Axée sur l’analyse de données, la société va alors puiser celles-ci sur les forums et les blogs, ainsi que les commentaires publiés sous les articles des sites d’informations.

Aujourd’hui, elle absorbe de la data en provenance de Twitter, mais aussi de Facebook (quand les publications sont publiques) et toujours du côté des commentaires publiés sur les sites d’info. Voilà pour le traitement quantitatif des données.

Filteris utilise ensuite des algorithmes ayant pour finalité de classer la nature des contenus en valeur « positive » ou « négative », en vue de déterminer si cela dessert ou sert le candidat mentionné dans la publication. Elle repasse ensuite ses données à la moulinette pour déterminer le « poids numérique » des prétendants à l’élection, puis fait une hypothèse de corrélation avec les résultats à venir.

C’est de la charlatanerie moderne pure et simple

Pour quels résultats ? En 2012, Filteris avait visé relativement juste en ce qui concerne le résultat du premier tour de la présidentielle française. Un peu moins lors des Primaires des Républicains où la société plaçait certes François Fillon en tête, mais avec 22,1% des voix (contre 44,1% au final) avec Nicolas Sarkozy en deuxième position et pas Alain Juppé. Et pas du tout lors des Primaires de la gauche puisque la société avait fortement sous-estimé le score de Benoît Hamon.

« C’est de la charlatanerie moderne pure et simple. Hamon, c’était pourtant clair comme de l’eau de roche qu’il allait être en tête au premier tour, tout le monde l’avait vu venir« , tacle Nicolas Vanderbiest, assistant et doctorant à l’Université Catholique de Louvain, et dont le sujet de thèse est « les crises de réputation des organisations sur les médias sociaux ».

« Près de 90% de leurs données viennent de Twitter car c’est la seule plate-forme de masse à être totalement ouverte et publique. Et c’est un échantillon non représentatif de la population, dominé par les CSP+, le citoyen lambda n’est jamais compris dedans« .

Les limites des algorithmes

« Ils se servent d’algorithmes de tonalité permettant de classer la nature des publications. Or, par rapport à un être humain, on estime que ces algorithmes ont une marge d’erreur de 30% quant à l’évaluation de ces contenus. L’intelligence artificielle interprète encore mal l’ironie ou l’humour par exemple« , poursuit-il.

Même des géants de la tech comme Facebook ou Google (propriétaire de YouTube) qui misent sur cette technologie pour juguler la publication de « fake news » et surtout de contenus à caractère extrémiste et terroriste sur leurs plate-formes respectives, peinent encore à la rendre véritablement efficace.

La prolifération des bots

Autre biais : la prolifération des bots (un programme informatique automatisé) qui pourraient altérer fortement la précision des analyses de Filteris. D’après une étude menée par l’université de Southern California, près de 50 millions de comptes Twitter seraient des bots (sur 319 millions d’utilisateurs actifs mensuels).

« On a hésité à les exclure de nos analyses. Mais en même temps, 1.000 tweets identiques publiés instantanément, cela augmente tout de même la visibilité de la personne concernée par ce contenu et cela peut atteindre des gens qui ne connaissent pas le phénomène, quand bien même il s’agit dans ce cas précis d’une activité de pure propagande politique« , fait valoir Jérôme Coutard.

« Plus globalement, on est beaucoup attaqué sur des données publiées sur une journée en particulier. Mais ce qui est important, c’est la tendance. Je rappelle aussi que nous ne calculons pas des intentions de vote mais un « poids numérique » à travers lequel on tente de faire une corrélation avec le résultat à venir« , précise-t-il. « Notre société n’est pas spécialisée dans la politique. Ce n’est pas notre marché, nous ne gagnons pas d’argent avec ça. Nous ne sommes affiliés à aucun parti politique et pas en guerre contre les sondeurs. ».

Ce sont les soutiens de Jean-Luc Mélenchon qui relaient le plus nos contenus, en termes de volumes

Ce sont pourtant les revers successifs des instituts de sondages n’ayant su prévoir ni le Brexit, ni la victoire de Trump, ou encore l’écrasante victoire de François Fillon lors de la Primaire des Républicains qui peuvent expliquer la visibilité inédite dont bénéficie Filteris depuis quelques semaines.

Mais ce n’est pas la seule explication. A rebours des sondages justement, Filteris anticipe, depuis plusieurs semaines, la présence de François Fillon au second tour de l’élection. Des publications partagées en masse par ses soutiens et militants et repris aussi, à chaque fois, sur le site de « Valeurs Actuelles ».

« On est beaucoup critiqué par rapport à ça. Pourtant, ce sont les soutiens de Jean-Luc Mélenchon qui relaient le plus nos contenus, en termes de volumes« , avance Jérôme Coutard dont la société positionnait, ce jeudi, le candidat de la France Insoumise en deuxième position de son indicateur.

La non-divulgation de leur méthode est aussi passablement dénigrée. « Il serait temps que vous soyez transparent sur votre méthodologie« , a ainsi tweeté lundi, Laurence Parisot, l’ancienne présidente du Medef.

« Je comprends la question. Mais c’est le savoir-faire de notre entreprise et nous n’avons pas à divulguer nos recettes comme ça« , répond Jérôme Coutard. Autre critique : la présence au capital de Daniel Quéro, qui a été un administrateur de l’Automobile Club de l’Ouest pendant près de 20 ans. Or, cette entité, qui organise la course des 24 Heures du Mans, est présidée depuis plus de cinq ans par Pierre Fillon, le frère du candidat des Républicains.

Après un article de LCP.fr sur le sujet, son nom a été retiré de l’organigramme de Filteris, disponible sur le site où il était auparavant décrit comme étant le vice-président à la coordination des affaires en Europe. « Il est associé minoritaire de la société et n’intervient en rien dans nos analyses et l’élaboration de nos indicateurs pour la présidentielle actuelle« , assure Jérôme Coutard.

Un bon coup marketing

Au final, la société Filteris ne prend-elle pas plus de risque qu’autre chose en produisant et publiant ses indicateurs ? « Comme à chaque fois, ça nous inquiète car on ne saura que dimanche si nos analyses ont été les bonnes. Tout cela nous permet de nous faire connaître, mais on n’avait pas du tout prévu qu’on aurait autant de buzz. En s’exposant ainsi, on prend un risque mais nous sommes des entrepreneurs, cela fait partie du jeu« , relativise Jérôme Coutard.

« C’est le coup marketing de l’année« , estime, lui, Nicolas Vanderbiest. « Ils sont seulement une poignée à travailler dans cette société et ils prétendent faire mieux qu’un groupe comme Linkdinfluence, où ils sont 150 salariés« .

Depuis 15 ans, Filteris vend ses services à des PME, grands groupes et institutions publiques. « Pour chaque mandat, nous travaillons avec une quinzaine de consultants externes et cela peut monter jusqu’à une cinquantaine en fonction de la taille de notre client.« 

Lancement d’une application payante

La société propose notamment de dresser un audit sur la web-réputation d’une personne morale comme physique. « Les tarifs vont de 15.000 euros pour une PME à 100.000 euros pour un grand groupe sur ce volet-là. Nous proposons aussi de formuler des recommandations et conseils si jamais notre client n’est pas satisfait de son image« , détaille Jérôme Coutard.

Filteris dit générer 45% de son chiffre d’affaires au Canada, 30% en France et 25% dans d’autres pays européens. La société prévoit aussi de lancer, dans quelques mois, une application payante permettant à tout un chacun d’analyser son image sur le web. « Beaucoup de gens s’inquiètent de leur web-réputation« , note Jérôme Coutard.

En attendant, la société pourrait subir une nouvelle avalanche de critiques si ses indicateurs sont loin du résultat du premier tour. « D’expérience, ce ne sont pas nos indicateurs publiés juste avant une élection qui sont les plus précis mais plutôt ceux datant de cinq jours avant le jour du scrutin« , prévient Jérôme Coutard. Celui en date du 18 avril prévoit un quarté François Fillon-Marine Le Pen-Jean-Luc Mélenchon-Emmanuel Macron. Verdict dimanche soir.


Baisse de la natalité: Pourquoi il faut voter Fillon (After France, America faces unexpected baby bust)

1 avril, 2017
 
millennials living at home4Fertility Rate

The western world is going out of business because it’s given up having babies. The 20th century welfare state, with its hitherto unknown concepts such as spending a third of your adult lifetime in « retirement », is premised on the basis that there will be enough new citizens to support the old. But there won’t be. Lazy critics of my thesis thought that I was making a « prediction », and that my predictions were no more reliable than Al Gore’s or Michael Mann’s on the looming eco-apocalypse. I tried to explain that it’s not really a prediction at all: When it comes to forecasting the future, the birthrate is the nearest thing to hard numbers. If only a million babies are born in 2006, it’s hard to have two million adults enter the workforce in 2026 (or 2033, or 2037, or whenever they get around to finishing their Anger Management and Queer Studies degrees). And the hard data on babies around the Western world is that they’re running out a lot faster than the oil is. « Replacement » fertility rate–i.e., the number you need for merely a stable population, not getting any bigger, not getting any smaller–is 2.1 babies per woman. Some countries are well above that: the global fertility leader, Somalia, is 6.91, Niger 6.83, Afghanistan 6.78, Yemen 6.75. Notice what those nations have in common? Scroll way down to the bottom of the Hot One Hundred top breeders and you’ll eventually find the United States, hovering just at replacement rate with 2.07 births per woman. Ireland is 1.87, New Zealand 1.79, Australia 1.76. But Canada’s fertility rate is down to 1.5, well below replacement rate; Germany and Austria are at 1.3, the brink of the death spiral; Russia and Italy are at 1.2; Spain 1.1, about half replacement rate. That’s to say, Spain’s population is halving every generation. By 2050, Italy’s population will have fallen by 22%. (…) Enter Islam, which sportingly volunteered to be the children we couldn’t be bothered having ourselves, and which kind offer was somewhat carelessly taken up by the post-Christian west. As I wrote a decade ago: The design flaw of the secular social-democratic state is that it requires a religious-society birthrate to sustain it. Post-Christian hyperrationalism is, in the objective sense, a lot less rational than Catholicism or Mormonism. Indeed, in its reliance on immigration to ensure its future, the European Union has adopted a 21st-century variation on the strategy of the Shakers, who were forbidden from reproducing and thus could increase their numbers only by conversion. That didn’t work out too great for the Shakers, but the Europeans figured it would be a piece of cake for them: « westernization » is so seductive, so appealing that, notwithstanding the occasional frothing imam and burka-bagged crone, their young Muslims would fall for the siren song of secular progressivism just like they themselves had. So, as long as you kept the immigrants coming, there would be no problem – as long as you oomphed up the scale of the solution. As I put it: To avoid collapse, European nations will need to take in immigrants at a rate no stable society has ever attempted. Last year, Angela Merkel decided to attempt it. The German Chancellor cut to the chase and imported in twelve months 1.1 million Muslim « refugees ». That doesn’t sound an awful lot out of 80 million Germans, but, in fact, the 1.1 million Muslim are overwhelmingly (80 per cent plus) fit, virile, young men. Germany has fewer than ten million people in the same population cohort, among whom Muslims are already over-represented: the median age of Germans as a whole is 46, the median age of German Muslims is 34. But let’s keep the numbers simple, and assume that of those ten million young Germans half of them are ethnic German males. Frau Merkel is still planning to bring in another million « refugees » this year. So by the end of 2016 she will have imported a population equivalent to 40 per cent of Germany’s existing young male cohort. The future is here now: It’s not about « predictions ». On standard patterns of « family reunification », these two million « refugees » will eventually bring another four or five persons each from their native lands – or another eight-to-ten million. In the meantime, they have the needs of all young lads, and no one around to gratify them except the local womenfolk. Hence, New Year’s Eve in Cologne, and across the southern border the Vienna police chief warning women not to go out unaccompanied, and across the northern border: Danish nightclubs demand guests have to speak Danish, English or German to be allowed in after ‘foreign men in groups’ attack female revellers But don’t worry, it won’t be a problem for long: On the German and Swedish « migrant » numbers, there won’t be a lot of « female revelry » in Europe’s future. The formerly firebreathing feminists at The Guardian and the BBC are already falling as mute as battered wives – saying nothing, looking away, making excuses, clutching at rationalizations… (…)  A few weeks before The Wall Street Journal published my piece, I discussed its themes at an event in New York whose speakers included Douglas Murray. Douglas was more optimistic: He suggested that Muslim populations in Europe were still small, and immigration policy could be changed: Easier said than done. My essay and book were so influential that in the decade since, the rate of Islamization in the west has increased – via all three principal methods: Muslim immigration, Muslim birthrates of those already here, Muslim conversion of the infidels. David Goldman thinks aging, childless Germany has embraced civilizational suicide as redemption for their blood-soaked sins. Maybe. But it is less clear why the Continent’s less tainted polities – impeccably « neutral » Sweden, for example – are so eager to join them. (…) Somewhere, deep down, the European political class understands that the Great Migrations have accelerated the future I outlined way back when (…) It’s the biggest story of our time, and, ten years on, Europe’s leaders still can’t talk about it, not to their own peoples, not honestly. For all the « human rights » complaints, and death threats from halfwits, and subtler rejections from old friends who feel I’m no longer quite respectable, I’m glad I brought it up. And it’s well past time for others to speak out. Mark Steyn
For over a century, social scientists have predicted declines in religious beliefs and their replacement with more scientific/naturalistic outlooks, a prediction known as the secularization hypothesis. However, skepticism surrounding this hypothesis has been expressed by some researchers in recent decades. After reviewing the pertinent evidence and arguments, we examined some aspects of the secularization hypothesis from what is termed a biologically informed perspective. Based on large samples of college students in Malaysia and the USA, religiosity, religious affiliation, and parental fertility were measured using self-reports. Three religiosity indicators were factor analyzed, resulting in an index for religiosity. Results reveal that average parental fertility varied considerably according to religious groups, with Muslims being the most religious and the most fertile and Jews and Buddhists being the least. Within most religious groupings, religiosity was positively associated with parental fertility. While cross-sectional in nature, when our results are combined with evidence that both religiosity and fertility are substantially heritable traits, findings are consistent with view that earlier trends toward secularization (due to science education surrounding advancements in science) are currently being counter-balanced by genetic and reproductive forces. We also propose that the inverse association between intelligence and religiosity, and the inverse correlation between intelligence and fertility lead to predictions of a decline in secularism in the foreseeable future. A contra-secularization hypothesis is proposed and defended in the discussion. It states that secularism is likely to undergo a decline throughout the remainder of the twenty-first century, including Europe and other industrial societies.’ Lee Ellis, Anthony W. Hoskin, Edward Dutton and Helmuth Nyborg
Secularization is not likely to replace the popularity of religions. ‘Instead, over the long term, we predict that the most religious ‘shall inherit the earth,’ so to speak’. ‘This is especially so for the most fertile religious groups – Islam’. Lee Ellis, Anthony W. Hoskin, Edward Dutton and Helmuth Nyborg
En 100 ans à peine, les pays musulmans ont reproduit la multiplication par dix que l’Europe a réalisée entre 1500 et 1900. Au cours du dernier siècle, la population musulmane a grimpé en flèche de 140 millions à 1.4 milliard. Si l’Europe était parvenue à la multiplication par quatre observée aux États-unis (de 75 millions à 300 millions entre 1900 et 2006), les 1.6 milliards d’habitants de son continent auraient fait paraître bien chétives la Chine de 1.3 milliards et l’Inde de 1.1 milliards. Cependant, la part de l’Europe dans la population mondiale des hommes en âge de combattre, qui était de 27% en 1914, est aujourd’hui, avec 9%, inférieure aux 11% de 1500. Ainsi, les nouveaux habits du « pacifisme européen » et du « soft power » sont les cache-sexe de son impuissance. Gunnar Heinsohn
Depuis plusieurs années, l’Unaf met en avant les atteintes à la politique familiale. Et ce, dans une réflexion transpartisane. « La baisse du quotient familial et la réduction du congé parental depuis le 1er janvier 2015 » sont les principales mesures dénoncées. « Les familles s’interrogent. La confiance est perdue », poursuit Marie-Andrée Blanc en brandissant un chiffre clé : d’après une enquête de 2013, le désir d’enfant des Français est de 2,37 enfants par famille. Il est donc bien plus important que le nombre effectif d’enfants. Cet écart peut s’expliquer par la situation économique des ménages en temps de crise. Avoir plusieurs enfants demande généralement une stabilité concernant le logement, l’emploi, les revenus. Le pouvoir d’achat des familles n’étant pas extensible, le choix d’une deuxième naissance serait de moins en moins évident. « C’est inquiétant car un pays avec des enfants est un pays qui consomme et finance ses retraites. » L’argument économique est également validé par le démographe. Même s’il le nuance légèrement. « On sait qu’en période de croissance du chômage, il y a moins de naissances, note Laurent Toulemon. Mais je ne crois pas que l’affaiblissement de la politique familiale puisse avoir un impact. On n’a pas encore de données précises. » Le chercheur pense notamment à la récente restriction d’allocations pour les familles aisées (+ de 6.000 euros de revenus). Il valide en revanche une autre piste liée à la baisse du nombre de mariages depuis 1970. «Les couples mariés ont plus d’enfants que les autres. Et quand les couples mariés font peu d’enfants, la fécondité baisse.» Enfin à moyen terme, le déficit de naissances peut s’expliquer par la baisse du nombre de couples en âge d’avoir des enfants. La deuxième vague du baby-boom ayant déjà eu des enfants, il faudra peut-être attendre que la troisième génération se fasse appeler papa et maman. 20 minutes
I fail to see why any economist should be surprised by this. A record number of millennials are living at home. Unless the millennials… Shed student debt Move out on their own Get a job that supports raising a family No longer have to take care of their aging parents Have a significant change in attitudes about homes, families, debt, and mobility …. economists will still be wondering “what happened” years from now. Zero edge
Attention: une chute peut en cacher une autre !
Crise économique, explosion des déficits publics et de la dette privée, multiplication des Tanguy, banalisation du divorce, de l’avortement et du mariage homosexuel, dévalorisation des mâles et de la religion …
Et après, les mêmes causes produisant les mêmes effets, celle de la France il y a un an …
Chute record et inattendue de la natalité aux Etats-Unis six mois après !

Baisse de la natalité: Pourquoi les Français font moins d’enfants

POPULATION La France a enregistré 19.000 naissances de moins en 2015 qu’en 2014…

20 minutes

21.01.2016

Moins de biberons ou de tétées en pleine nuit, moins de couches, mais aussi moins de premiers sourires et de dents qui poussent. C’est d’une certaine manière le bilan comptable des familles françaises l’année dernière puisque celles-ci ont fait 19.000 enfants de moins qu’en 2014. Les derniers chiffres publiés par l’Insee révèlent une baisse de la natalité de 2,3 %, ce qui porte le nombre de naissances à son plus bas niveau depuis 10 ans.

La chute est conséquente, mais n’a rien d’alarmant selon Laurent Toulemon, démographe spécialiste de la fécondité. « On revient autour de 800.000 naissances par an. Ce sont des niveaux moyens sur 40 ans. En fait, il y a eu une fécondité très élevée entre 2006 et 2014. Ça relativise un peu la baisse. » Par ailleurs, avec un taux de 1,96 enfants par femme, la France fait toujours figure de bonne élève face à ses voisins européens qui tournent autour d’1,5.

Baisse du quotient familial et réduction du congé parental

Pas de quoi s’affoler, donc, mais il ne faudrait pas que la chute se poursuive dans les années à venir. « On doit garder ce taux de fécondité, c’est indicateur du bien-être des familles » prévient Marie-Andrée Blanc, la présidente de l’Union nationale des Associations Familiales (Unaf), associations apolitique et aconfessionnel représentant les 18 millions de familles sur le territoire français.

Pour elle, ce tassement de la natalité n’est pas surprenant. Depuis plusieurs années, l’Unaf met en avant les atteintes à la politique familiale. Et ce, dans une réflexion transpartisane. « La baisse du quotient familial et la réduction du congé parental depuis le 1er janvier 2015 » sont les principales mesures dénoncées. « Les familles s’interrogent. La confiance est perdue », poursuit Marie-Andrée Blanc en brandissant un chiffre clé : d’après une enquête de 2013, le désir d’enfant des Français est de 2,37 enfants par famille. Il est donc bien plus important que le nombre effectif d’enfants.

Le chômage responsable ?

Cet écart peut s’expliquer par la situation économique des ménages en temps de crise. Avoir plusieurs enfants demande généralement une stabilité concernant le logement, l’emploi, les revenus. Le pouvoir d’achat des familles n’étant pas extensible, le choix d’une deuxième naissance serait de moins en moins évident. « C’est inquiétant car un pays avec des enfants est un pays qui consomme et finance ses retraites. »

L’argument économique est également validé par le démographe. Même s’il le nuance légèrement. « On sait qu’en période de croissance du chômage, il y a moins de naissances, note Laurent Toulemon. Mais je ne crois pas que l’affaiblissement de la politique familiale puisse avoir un impact. On n’a pas encore de données précises. » Le chercheur pense notamment à la récente restriction d’allocations pour les familles aisées (+ de 6.000 euros de revenus).

En attente de la 3e vague du baby-boom

Il valide en revanche une autre piste liée à la baisse du nombre de mariages depuis 1970. «Les couples mariés ont plus d’enfants que les autres. Et quand les couples mariés font peu d’enfants, la fécondité baisse.» Enfin à moyen terme, le déficit de naissances peut s’expliquer par la baisse du nombre de couples en âge d’avoir des enfants. La deuxième vague du baby-boom ayant déjà eu des enfants, il faudra peut-être attendre que la troisième génération se fasse appeler papa et maman.

Natalité/fécondité: La natalité est l’étude du nombre de naissances au sein d’une population. Il ne faut pas la confondre avec la fécondité qui est l’étude du nombre des naissances par femme en âge de procréer.

Voir aussi:

Baby Bust: US Fertility Rate Unexpectedly Drops To Lowest On Record

Submitted by Michael Shedlock via MishTalk.com,

Economists figured the recovery would bring about increased confidence and a rise in the birth rate.

Instead, the rate dropped into a tie with the lowest birth rate on record.

This is yet another surprise for economists to ponder.

Please consider the Wall Street Journal report Behind the Ongoing U.S. Baby Bust.

The newest official tally  from the National Center for Health Statistics showed an unexpected drop in the number of babies born in the U.S. in 2015. The report was a surprise: Demographers had generally expected the number of births to rise in 2015, as it had in 2014. Instead, the U.S. appears to still be stuck in something of an ongoing “baby bust” that started with the recession and housing collapse and has yet to reverse.

The Wall Street Journal concludes “There’s still good reason to believe the birth rate will pick up in coming years. After slumping for nearly a decade into the 1970s, births picked up in the 1980s and 1990s (giving us the generation known as millennials.) The most common age in America is 24 or 25, meaning there’s a very large cohort of these millennials who are about to hit the years that people are most likely to become parents.”

No Mystery

I fail to see why any economist should be surprised by this. A record number of millennials are living at home.

This is simply too obvious. So I have two questions:

  1. Do economists read anything or do they just believe in their models?
  2. If they do read, how come they cannot grasp simple, easy to understand ideas?

Economists who could not figure any of this out now place their faith in the fact “a very large cohort of these millennials who are about to hit the years that people are most likely to become parents.

Mish’s Alternate View

Unless the millennials…

  1. Shed student debt
  2. Move out on their own
  3. Get a job that supports raising a family
  4. No longer have to take care of their aging parents
  5. Have a significant change in attitudes about homes, families, debt, and mobility ….

…economists will still be wondering “what happened” years from now.

Voir également:

Voir par ailleurs:

Mormons more likely to marry, have more children than other U.S. religious groups

The share of Americans who identify as Mormons has roughly held steady even as the percentage of Christians in the U.S. has declined dramatically in recent years, according to the Pew Research Center’s 2014 Religious Landscape Study. And the study found Mormons stand out in other ways: They have higher fertility rates and are far more likely than members of most other major religious traditions to be married – especially to other Mormons.

Mormons made up 1.6% of the American adult population in 2014, little changed from 2007 (1.7%), the last time a similar survey was conducted. By contrast, the percentage of Christians in the U.S. has dropped from 78.4% to 70.6% during the same time period.

Two-thirds (66%) of U.S. Mormon adults are currently married, down slightly from 71% in 2007 – but still high compared with current rates among Christians overall (52%) and U.S. adults overall (48%). (Marriage rates are lower across the board than they were several years ago.) 

Compared with many other religious groups, Mormons who are married are especially likely to have spouses who share their faith. Eight-in-ten Mormons who are married or living with a partner (82%) have a Mormon spouse or partner; among religious traditions, only Hindus have a higher rate of “in-marriage” (91%).

Mormons also tend to have more children than other groups. Mormons ages 40-59 have had an average of 3.4 children in their lifetime, well above the comparable figure for all Americans in that age range (2.1) and higher than any other religious group. Overall, Mormon adults have an average of 1.1 children currently living at home, nearly double the national average (0.6).

These findings line up with U.S. Mormons’ priorities as expressed in a 2011 Pew Research survey of the group. In that survey, 73% of U.S. Mormons said that having a successful marriage is “one of the most important things in life,” and 81% said the same about being a good parent. Among the general public, half or fewer call each of these life goals “one of the most important things in life.”

Some other findings about U.S. Mormons from the 2014 study include:

  • Most adults who were raised as Mormons still identify as Mormons today (64%), a retention rate roughly on par with that of evangelical Protestants (65%) and slightly above that of Catholics (59%). Among those who were raised as Mormons but have left the church, most are now religiously unaffiliated (21% of all those who were raised Mormon).
  • About as many people have joined the Mormon faith after being raised in another religious tradition (0.5% of U.S. adults) as have left the church after being raised Mormon (0.6%).
  • While the U.S. population has become more racially and ethnically diverse in recent years, the racial and ethnic composition of Mormons has not changed much; Mormons remain overwhelmingly white. Mormons were 14% non-white in 2007 and 15% non-white in 2014; Christians overall were 29% non-white in 2007 and 34% non-white in 2014.
  • Utah still has by far the biggest share of Mormon residents of any state (55%), a percentage that has changed little in recent years.

Présidentielle 2017: La preuve qu’il n’y a pas de vote caché Fillon (What hidden Fillon voters ?)

1 avril, 2017

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Le problème, quand le refus de répondre augmente, est qu’à un moment les échantillons ne sont plus représentatifs politiquement, même s’ils le sont socio-démographiquement. Il n’est pas prouvé que le champ des orientations politiques des gens qui acceptent de répondre est le même que celui des gens qui refusent de répondre. Alain Garrigou
Un ancien conseiller d’Hillary Clinton était à Paris la semaine dernière, John Podesta. Il racontait que la plupart, une grande partie, des électeurs américains se sont décidés dans la dernière semaine de campagne. Ce qui peut aussi se produire en France parce que (…) il y a beaucoup de gens qui sont indécis. Et sur la majeure partie de ces gens qui se sont décidés la dernière semaine, une grande partie d’entre eux ont voté pour Donald Trump. Que vont faire aujourd’hui les Français dont on dit aujourd’hui qu’ils vont s’abstenir? L’enquête Ipsos qui avait été publiée dans Le Monde début mars disait qu’il y avait à peu près (…) 32% d’abstentions. Et sur ces 32%, vous en avez 45% de gens qui s’autopositionnent à droite. C’est énorme ! Si ces gens-là décident, la dernière semaine, après le dernier débat le 20 avril de se dire: ‘Finalement, Fillon, oui, c’est mon candidat.» Ca change tout. Ca peut faire basculer. Carl Meeus (Figaro magazine)
Ce qu’on voit en tout cas dans les reportages – Le Monde a plein de reporters qui suivent tous les candidats ou ne suivent pas les candidats mais qui vont voir les Français. On voit deux, trois choses qui sont nouvelles quand même. Effectivement, un électorat de droite qui normalement avait toutes les chances de voir son candidat arriver au pouvoir, qui est en partie tétanisé. Vraiment, et ça, c’est très frappant ! J’étais il y a une dizaine de jours dans la Sarthe, si vous voulez, personne ne parlait de l’élection présidentielle tellement c’était un sujet tabou (…) Et on voit ça dans beaucoup de régions qui normalement votent à droite où là vous avez une partie des électeurs fillonistes qui restent fillonistes mais qui sont très radicalisés. Et puis une partie d’électeurs qui sont complètement perdus et qui ne savent pas du tout où aller et qui vous demandent même: « Qu’est-ce qui peut se passer ? Qu’est-ce que je dois voter ? » Ca, c’est tout à fait nouveau, vraiment ! (…) Là, aujourd’hui, on voit vraiment de vraies difficultés sur l’électorat de droite. Et pour l’électorat d’Emmanuel Macron, il y a une partie des gens qui ne sont pas encore tout à fait sûrs. Et un paradoxe qui joue. Des gens qui aiment le renouvellement qu’incarne Emmanuel Macron et qui ont peur de ce renouvellement parce qu’ils ne savent pas très bien où ils vont. Donc, ça, c’est vraiment les deux, je trouve, phénomènes nouveaux de cette campagne. Raphaelle Bacqué
Gilles Boyer raconte dans son livre comment on est venu le voir, il y a un an en disant « Gilles on a un problème : Juppé est trop haut, trop tôt » : J’ai pas su gérer ce problème parce que, quand on vous dit que tout va trop bien, c’est difficile de trouver une solution. « A l’époque j’avais trouvé ça absurde parce que je ne pouvais tout de même pas faire baisser les sondages », poursuit l’ex-directeur de campagne. France inter
[Il est] possible qu’il y ait aujourd’hui un vote Fillon honteux, sur le modèle de ce qui s’est passé à la présidentielle de 2012 avec Nicolas Sarkozy. Des sondés ont tu leur choix mais ont voté pour lui. Les résultats au second tour de la présidentielle 2012 ont été finalement plus resserrés que tous ceux mesurés. (…) François Fillon peut agréger à son socle solide quelques points venant des abstentionnistes mais aussi de ceux d’électeurs de droite passés chez Emmanuel Macron. Jérôme Sainte-Marie (PollingVox)
Le retour aux affaires des chiraquiens nourrit bien évidemment le soupçon d’un cabinet noir.  Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire!  Mais l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes et dont le rayon d’action ne serait pas cantonné au seul renseignement territorial.  (…) Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du 9e arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui.  Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé
On n’a jamais écrit ça. La seule personne qui croit qu’il y a un cabinet noir à l’Elysée, c’est François Fillon. (…) Ce cabinet noir n’existe pas. Nicolas Sarkozy avait mis en place une police politique. François Hollande, lui, a simplement instrumentalisé la police à des fins politiques, mais comme tous les présidents de la Ve République. Didier Hassoux
Le chef de l’Etat développe une véritable affection pour ce surdoué, dans lequel il voit une projection de lui-même. « Emmanuel, c’est le fils qu’on voudrait avoir », confie-t-il à son conseiller Gaspard Gantzer. « Emmanuel, c’est moi », déclare-t-il un autre jour aux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme (« Un président ne devrait pas dire ça… » , Stock). En plus de son intelligence, Hollande apprécie par-dessus tout l’humour de Macron qui « apporte de la joie et de la fantaisie dans le travail ». Un jour, à l’Elysée, où doit se tenir un conseil sur l’attractivité, le jeune homme arrive sans cravate. François Hollande s’en irrite, mais préfère en rire. « Il lui passait tout », se souvient un membre du gouvernement. Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, se moque de cet entichement pour celui qu’il surnomme « le petit marquis poudré ». Hollande et Macron ne se sont pas revus depuis, à part au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France, brièvement, le 22 février dernier. Mais ils échangent toujours des SMS. Le président, qui dissèque la stratégie de son ancien protégé, lui conseille notamment de « rester de gauche ». Malin, jamais Macron n’attaque son ancien mentor. « Je fais attention à être respectueux de lui et des institutions », dit-il. Jacques Chirac avait eu le cœur crevé de laisser son bureau à Nicolas Sarkozy. Hollande, lui, jure qu’il préfère voir Emmanuel Macron lui succéder plutôt que François Fillon ou Marine Le Pen. « Si Emmanuel est élu, ce ne serait pas la plus mauvaise sortie pour toi, l’a conforté Julien Dray. Un pied de nez de l’histoire ! » Sauf progression spectaculaire du FN, Hollande ne devrait pas soutenir son ancien conseiller avant le premier tour. Il sait aussi qu’un appel de sa part pourrait être contre-productif. « Je ne veux pas prendre une position qui pourrait lui être défavorable, a-t-il récemment confié à des visiteurs. Déjà que Fillon dit qu’il est mon “porte-serviettes”… » Emmanuel Macron, lui, avec l’aplomb dont il ne s’est jamais départi, ne doute pas un seul instant que le chef de l’Etat saura l’aider au bon moment : « Il regarde ce qu’il y a autour comme offre, le chemin que je trace n’est pas celui qui le rend le plus triste. » Le Monde
On constate sur les enquêtes depuis plusieurs années une forme de droitisation de la société française selon deux modalités. Une plus grande préoccupation sur les sujets historiquement dévolus à la droite comme la sécurité, l’autorité mais aussi l’immigration, les valeurs et sans doute aussi toute la question de l’identité qui est une préoccupation largement partagée sur la place de l’islam. D’autre part, il y a aussi les valeurs entrepreneuriales sur la liberté donnée aux entreprises, sur la place de l’Etat (et donc sa réduction lorsque l’on est de droite) et une forme de reconnaissance du mérite. Les deux polarités de cette orientation à droite trouvent deux autres débouchés en dehors des Républicains, le Front National sur les aspects de sécurité, d’immigration, identité et de manière plus récentes chez « En Marche ! » sur les valeurs entrepreneuriales. Le candidat républicain n’est plus le dépositaire unique de ces valeurs dans cette élection, d’autant plus qu’il n’y a pas forcément superposition entre les deux au sens où il y a parfois même des formes d’incompatibilité entre des inspirations souverainistes dans le domaine de l’ordre et d’une forme de méfiance à l’égard de l’extérieur en opposition à des aspirations d’ouverture et de progressisme autour des valeurs entrepreneuriales. (…)  Ce que révèle ce baromètre Figaro c’est une autre difficulté à laquelle la droite française incarnée par les républicains est confrontée,  et que nous avons constaté tout au long du quinquennat. Nous ne voyons pas dans les enquêtes l’effet de bascule qui faisait que quand le gouvernement était à gauche et basculait, on observait une amélioration de l’image du parti de droite, une augmentation des sympathisants du principal parti de droite. Rien de tout cela ne s’est produit ce qui atteste de la difficulté de la droite à se positionner autour de deux tendances lourdes. La première c’est une interrogation sur le bienfondé des choix consentis par la droite comme par la gauche autour de la place de la France dans le monde et a fortiori de la France dans l’Europe, ce qui a induit des transferts de souveraineté et des choix de politique économiques que l’on a parfois du mal à faire comprendre ainsi qu’une demande de renouvellement de la manière de faire de la politique. On voit dans cette élection qu’il y a une aspiration à rebattre les cartes, à renouveler le paysage et la manière de faire de la politique. Il se trouve que là-dessus, les républicains sont en retard par rapport à tous les autres à l’exception du PS. En retard sur cette nouveauté de l’émergence d’un nouveau mouvement politique et aussi en retrait par rapport à cette tentation de briser le système actuel qui trouve des débouchés chez des candidats comme Marine Le Pen et Jean-Luc Melenchon. (…) Il y a incontestablement un désarroi chez les électeurs de droite dont certains ont le sentiment de se faire voler une élection. Ce n’est pas le cas de tous, il y a aussi des électeurs spontanément tentés par l’offre d’Emmanuel Macron qui peuvent d’ailleurs en parti être dans l’interrogation aujourd’hui. Il y a une double interrogation il y avait des faiblesses de l’adhésion aux Républicains et ses leaders qui précédait l’affaire Pénélope. Mais en même temps le désir d’alternance était tel et la perception des enjeux perçus par les électeurs au moment des primaires ont permis que ce soit quand même des primaires très mobilisatrices. S’est ajouté à cela le problème posé par un candidat dont on verra bien comment il ressort incriminé ou blanchi des affaires mais dont on a découvert qu’il n’était pas exactement celui que l’on croyait lorsqu’on l’a désigné pour représenter les chances des républicains lors de cette élection. Emmanuel Rivière 
On ne  rappellera jamais assez que les  sondages d’intentions de vote ne sont  pas des outils de prédiction ou  d’anticipation des résultats électoraux  mais des instruments de mesure et de  compréhension des rapports de force  à un instant donné. Bien évidemment,  plus la photographie de l’opinion sera  prise à une date proche du scrutin  et plus le cliché aura des chances d’être  ressemblant avec le verdict qui sortira  des urnes. Néanmoins, du fait  du délitement des appartenances  partisanes et de l’émergence d’offres  politiques nouvelles, la volatilité  électorale s’est considérablement  renforcée ces dernières années et des  mouvements d’opinion significatifs  peuvent intervenir dans la dernière  ligne droite, générant des écarts parfois  importants entre la dernière photo  instantanée et le tableau final. (…) Ce qui s’est passé en  Grande-Bretagne et aux États-Unis  a néanmoins agi pour nous, sondeurs  français, comme une piqûre de rappel.  Ces surprises électorales nous ont  incités à essayer d’améliorer encore  davantage la qualité de nos modes de  recueils et de traitements des intentions  de vote, exercice complexe et ardu. (…) À l’heure où les comportements électoraux sont de moins en moins  figés et où nous entrons dans une phase  de recomposition politique, il faut faire  preuve d’humilité et ne négliger  aucune approche. Pour l’Ifop, les  sondages demeurent un instrument  majeur pour comprendre et mesurer  les votes. Mais l’analyse, via des  méthodes de big data, des dynamiques  à l’œuvre sur les réseaux sociaux  constitue un autre instrument que nous  avons intégré dans notre boîte à outils. (…) Une part du corps électoral calibre son  vote en fonction du rapport de force  observé et se base pour cela  principalement sur les sondages.  Toutefois, les stratégies varient et les  choix ne sont pas forcément univoques.  Voyant qu’un candidat bénéficie d’une dynamique et pourrait atteindre le second tour, une partie des électeurs  peut être tentée de se rallier à lui  (c’est le « vote utile »). En revanche,  d’autres électeurs, considérant que ce  candidat n’a pas besoin de leur soutien,  peuvent, dans le même temps, décider  de voter pour un autre candidat, moins  bien placé dans les sondages, mais dont  le positionnement correspond plus  parfaitement à celui de ces électeurs.  Si les sondages ont manifestement un  effet sur une partie des électeurs,  cet impact est ainsi contrasté. (…) L’hypothèse d’une « sous-déclaration »  du vote Fillon s’appuierait sur le fait que  certains électeurs n’oseraient pas  indiquer qu’ils ont l’intention de voter  pour lui en raison des affaires qui  le concernent ou de son style de  campagne. Ce phénomène a longtemps  existé concernant le vote Front  national, qu’il était honteux d’avouer.  Mais du fait du développement des  enquêtes par Internet où le sondé est  seul face à son écran et plus en relation  avec un enquêteur, ce biais a disparu  pour ce qui est du Front national.  Il ne nous semble pas évident qu’un tel  phénomène se développe concernant  le vote Fillon. On rappellera à ce propos  que de nombreux sarkozystes avaient  brandi l’argument d’un « vote caché »  en faveur de leur champion, dont  le potentiel électoral n’aurait pas été  correctement mesuré par les sondeurs  à l’instar de ce qui s’était passé pour  Trump dans la primaire républicaine.  Or, Sarkozy fit au final un score  inférieur à celui dont il était crédité dans  les sondages dans les jours précédents le  scrutin. L’armée de réserve était restée  bien cachée… Cet exemple invalide donc de notre point de vue l’argument  de la sous-déclaration. Une incertitude  demeure en revanche sur le fait  de savoir si une partie des nombreux  électeurs de droite qui opteraient  aujourd’hui pour Macron ou Le Pen (soit  environ un tiers de l’électorat de droite)  ne va pas, au final, reconsidérer son  jugement pour faire en sorte que son  camp soit représenté au second tour. Jérôme Fourquet
Je m’appuie sur deux composants.  Le premier considère que la dynamique  d’échange d’arguments au sein de petits  groupes d’individus obéit à une logique  rationnelle. Or, il peut arriver que les  arguments pour et contre se neutralisent.  C’est là qu’intervient le deuxième  composant, qu’on pourrait qualifier de  levier déterministe de notre inconscient  collectif. C’est un biais cognitif ou un  préjugé parmi ceux du groupe qui  s’active pour sélectionner  « naturellement » un des choix, de façon  consciente ou inconsciente. Par exemple… Quatre individus discutent d’une réforme de leur cadre de vie.  Si deux  la soutiennent  et deux s’y opposent, le groupe ne sait pas quoi choisir. Dans  ce cas, le biais cognitif qui va s’activer est  « dans le doute, mieux vaut s’abstenir ».  Finalement, tous rejettent la réforme.  Pour pouvoir appliquer le modèle, il faut  à chaque fois identifier les préjugés qui  pourraient être activés en cas  d’impuissance de la raison. (…) Le modèle intègre actuellement trois  types d’individus : les rationnels, qui  peuvent basculer d’un côté ou de l’autre,  les inflexibles qui ne bougent pas, et les  contrariants qui s’opposent aux choix  majoritaires. Actuellement je dois, en  combinant différents sondages et ma  perception des préjugés potentiellement  activables, décider lequel de ces trois  ingrédients est déterminant dans une  campagne d’opinion donnée. (…) Invité aux États-Unis en février 2016, j’y ai compris que Trump « innovait ».  Quand il lançait ses affirmations  choquantes, il réveillait des préjugés  endormis ou gelés, et cela bouleversait  la hiérarchie des préjugés mobilisés  en cas d’hésitation. Certains préjugés  jouaient contre lui, mais il réussissait  à en réveiller d’autres qui lui étaient  favorables. Du point de vue de la  dynamique, c’était simplement génial. (…) Ce sont paradoxalement les indignés, qui en provoquant les débats contre Trump, ont finalement permis à de  nombreux opposants de basculer en sa  faveur. Aux États-Unis, le fait que la  campagne ait été très longue a clairement  joué pour Trump en créant de plus en  plus de cas de doutes collectifs. Après chaque chute, sa popularité remontait. (…) Il fallait absolument qu’il continue  sa dynamique provocatrice mais en  modifiant le positionnement des préjugés  à activer. Alors que, pour les primaires,  il avait activé des préjugés présents chez  des républicains, pour la présidentielle,  il fallait qu’il touche des préjugés  présents à la fois chez des républicains et  des démocrates. Ce qu’il a réussi entre autres avec le sexisme. À l’inverse,  Obama a essayé de remettre en avant  le préjugé selon lequel il n’était « pas fait  pour le job », défavorable à Trump,  mais sans succès. (…) Fin 2016, je considérais que son élection [Marine Le Pen] était passée de impossible à improbable,  c’est-à-dire possible. Depuis un mois,  son élection est devenue très possible.  Une abstention différenciée non  excessive peut la faire gagner malgré  un plafond de verre toujours actif. (…) [L’abstention différenciée] C’est l’écart entre l’intention de vote déclarée dans les sondages et le vote  effectif. Je démontre par exemple  que si 56 % des électeurs annoncent  qu’ils vont voter contre Marine Le Pen,  ils ne le feront pas autant qu’ils le disent.  Car, pour la première fois, des électeurs  ont une aversion forte à l’égard  de celui qui sera probablement  en face d’elle (Macron ou Fillon).  Si ne serait-ce que 30 % des électeurs  qui ont annoncé qu’ils voteraient contre  Marine Le Pen ne le font pas  et choisissent l’abstention, cela suffira à la faire gagner. Grâce à cette abstention  différenciée, elle passerait  de 44 % d’intention de vote à 50,25 %  des suffrages exprimés dans l’hypothèse  où 10 % seulement de ses propres  électeurs s’abstiennent. (…) Dans mon modèle, François Fillon  a un avantage décisif sur Macron :  il peut s’appuyer sur ces électeurs  inflexibles qui font la différence. Macron  semble ne pas en avoir beaucoup.  Dans certains cas de figure, mon modèle  montre qu’il suffit d’avoir plus de 17,16 %  d’inflexibles pour passer la barre des  50 % des suffrages exprimés face  à un candidat qui n’en aurait pas.  Et Fillon a un socle qui se situe  précisément autour de cette valeur seuil.  Mais est-il au-dessus ou en dessous ?  Il suffira d’une légère variation soit pour  qu’il remonte inexorablement et atteigne  le second tour soit pour qu’il perde toute  chance d’être qualifié. Serge Galam
Il est effectivement troublant de voir que les personnalités de droite sont reléguées assez loin dans le palmarès. Même quelqu’un comme Olivier Besancenot est jugé comme ayant plus d’avenir politique que les leaders de droite. Si on met à part Marine le Pen, qui a son fan club attitré, seul Alain Juppé parvient à émerger à la 4ème place, ce qui est tout aussi troublant parce que, vu son âge (il doit approcher les 75 ans), on peut avoir quelques doutes sur son avenir politique. En tout cas, ce mauvais classement de la droite est d’autant plus surprenant que François Hollande termine son mandat sur des records d’impopularité. A quoi faut-il attribuer ce mauvais résultat ? On peut penser qu’il y a un problème de leadership. La droite paye le prix de ses divisions. Pendant les cinq années qui viennent de s’écouler, elle n’a pas réussi à faire émerger des leaders forts. La décision de Nicolas Sarkozy de revenir en 2014 y est pour beaucoup : en rompant avec sa promesse de quitter la vie politique, il a de facto cassé la mécanique de sa propre succession. De plus, les affaires et les règlements de compte internes ont aussi contribué à griller d’autres personnalités, comme Jean-François Copé. Un autre facteur doit être pris en compte : il n’est pas évident, pour les leaders de droite, de trouver un créneau porteur, surtout avec un FN très fort, qui siphonne toute une partie de l’électorat de droite. En optant pour un positionnement très droitier, François Fillon espérait récupérer une partie de ces électeurs, comme Nicolas Sarkozy en 2007, mais pour l’heure, ça n’a pas marché. En revanche, il a fait fuir une partie des électeurs de droite modérés, qui sont tentés par Emmanuel Macron. C’est d’ailleurs ce que montre cette tribune publiée par des jeunes catholiques. Ce texte n’est évidemment qu’une simple tribune, mais on voit quand même qu’un nombre conséquent de catholiques se reconnaissent dans le discours du pape sur les migrants. C’est aussi la conséquence de l’évolution des catholiques français, lesquels se sont sécularisés et même gauchisés par certains côtés. On peut ajouter un dernier élément, en se demandant si la droite n’a pas tout simplement du mal à recruter de nouvelles personnalités. Les électeurs ont tendance à penser que les carrières politiques sont très attirantes. Mais ce n’est pas sûr : en politique, il y a beaucoup de coups à prendre, et les gains sont hypothétiques et modestes. Comparativement, les carrières dans l’économie et la finance sont certainement bien plus attirantes. (…) Si on regarde les sondages, on voit que François Fillon a perdu entre 6 et 8 points depuis le mois de janvier, ce qui l’a fait passer nettement derrière Marine Le Pen alors qu’il était devant elle auparavant. C’est évidemment une évolution très importante. Cela veut donc dire que beaucoup d’électeurs de droite ont été désarçonnés, déstabilisés par les révélations des médias et par les enquêtes judiciaires. Le choc de ces révélations a été d’autant plus vif que l’une des motivations du vote en faveur deFrançois Fillon aux primaires de la droite, c’était justement que celui-ci était plus fiable que Nicolas Sarkozy, non seulement sur le plan judiciaire, mais aussi sur le plan politique. En effet, dans le contexte des attentats, Nicolas Sakozy a sans doute payé cher le fait d’avoir baissé les effectifs de la police ou d’avoir désorganisé les services de renseignement, voire même d’avoir adopté des mesures emblématiques comme la suppression de la double peine, ce qui lui a été reproché, surtout après l’attentat de Nice). Donc, la différence entre François Fillon et Nicolas Sarkozy s’est surtout jouée sur cette question de la crédibilité. Cela explique le désarroi profond des électeursde droite aujourd’hui : si François Fillon n’est pas fiable sur le plan moral et judiciaire, pourra-t-il l’être sur le reste ? Va-t-il vraiment faire ce qu’il a annoncé ? Cela dit, cette baisse du soutien pour Fillon n’est pas forcément définitive. Certes, les intentions de vote semblent très stables, mais on peut se demander si les sondages ne se trompent pas, non pas parce qu’ils sont mal faits, mais plutôt parce que les électeurs masquent leur jeu. En fait, il est tout à fait possible qu’Emmanuel Macron soit surestimé et que, inversement, François Fillon soit sous-estimé. Une partie des électeurs de droite a sans doute des réticences à se déclarer en faveur de Fillon, compte-tenu du contexte très axé sur les affaires judiciaires. Inversement, le vote Macron est artificiellement gonflé par le désarroi et l’agacement de la droite. D’ailleurs, une bonne partie des électeurs de Macron ne sont pas encore sûrs de leur choix. Il n’est donc pas exclu quedans les tout derniers jours de la campagne, la tendance s’inverse. Les faiblesses de Macron vont s’approfondir, tandis que Fillon pourra bénéficier du fait qu’il a de l’expérience, ce qui n’est pas sans force dans le contexte actuel.Ce n’est pas un hasard si, à la fin du débat télévisé, François Fillon a fortement insisté sur son expérience d’élu et de responsable politique. (…) Peut-on vraiment parler d’un déplacement des valeurs vers la droite ? Il vaut mieux poser le problème autrement, en partant d’un premier constat : les valeurs libérales se sont fortement diffusées dans la société, autant sur le plan économique que sur le plan sociétal. Cette montée des valeurs libérales, qui est autant une victoire de la droite (pour l’économie) qu’une victoire de la gauche (pour les valeurs sociétales), ou du moins à leurs composantes libérales respectives, se caractérise par une mise cause du principe de la régulation. On voit bien en effet qu’il y a aujourd’hui une forte demande pour avoir moins de contraintes, moins de normes, plus de droits, plus d’autonomie (c’est le cas par exemple de la loi Travail, qui s’inscrit bien dans cette dynamique visant à s’affranchir des normes communes imposées par le haut). D’un autre côté, l’Europe et la mondialisation ont cependant provoqué de sérieuses difficultés, que ce soit dans le domaine économique (désindustrialisation, concentration des activités dans les grandes métropoles polluées et surchargées, prolétarisation du monde rural), ou dans le domaine sociétal avec la montée de différentes formes d’insécurité, autant physiques que culturelles. Or, ces évolutions vont dans le sens inverse du précédent : elles poussent au contraire à réclamer davantage de régulations, davantage d’interventions. On voit ainsi revenir des mesures que l’on croyait oubliées comme le protectionnisme, les nationalisations des entreprises, ou encore l’instauration de droits de douane ; et dans le domaine sociétal, on voit aussi des demandes en faveur d’un retour vers l’ordre, l’autorité, les frontières oul’identité nationale. Cette double évolution génère évidemment de profondes tensions, d’autant que les demandes de régulation viennent défier une sorte d’interdit, qui est régulièrement rappelé par les médias et une partie des élites, à savoir qu’il faut impérativement préserver les grands principes comme l’ouverture, le mélange, la tolérance. Certes, ces principes sont importants, mais le problème est qu’ils ne permettent pas de résoudre toutes les difficultés actuelles. Par exemple, comment l’ouverture ou la tolérance peuvent-elles régler le problème des travailleurs détachés ? Les différentes tensions qui se sont constituées permettent d’expliquer les positionnements politiques que l’on observe pendant la campagne électorale. En gros, on a d’un côté deux grands pôles qui s’opposent : d’un côté le pôle régulateur, avec sa variante de droite (Marine Le Pen) et sa variante de gauche (Jean-Luc Mélenchon) et de l’autre le pôle libéral (Emmanuel Macron). Entre les deux, on voit émerger des situations intermédiaires, que ce soit avec la variante de droite (François Fillon) ou avec la variante de gauche (Benoît Hamon). On verra le résultat, mais le problème est que l’élection risque fort de ne pas de trancher ces tensions. Quel que soit le vainqueur, les tensions vont persévérer car on ne voit pas comment elles vont pouvoir se résoudre d’elles-mêmes. Vincent Tournier
On peut penser qu’il est sous-déclaré dans les sondages, parce que c’est plus très bien vu de dire qu’on est pro-FillonPhilippe Moreau Chevrolet (MCBG Conseil)

Vous avez dit vote honteux ?

A l’heure où après la brillante démonstration que l’on sait, par les journalistes mêmes qui avait lancé l’affaire Fillon, qu’il n’y a pas de cabinet noir à l’Elysée …

L’on apprend par Le Monde que le futur ancien président continue à communiquer par SMS avec son ancien poulain et ministre …

Et où de ralliements en ralliements, la candidature de l’héritier honteux Macron ressemble de plus en plus à la voiture-balai des membres de son ancienne écurie …

Alors que dans un pays qui ayant historiquement laissé passer la chance de la protestantisation n’arrive toujours pas à se résoudre à sa modernisation

Et derrière l’anomalie d’une droite majoritaire dans les idées mais, du fait de l’ostracisation du parti des bonnes questions et des mauvaises réponses, toujours à la peine dans les élections…

Quatre électeurs sur dix sont encore indécis et que contrairement à ceux de François Fillon, un électeur de Macron sur deux dit encore pouvoir changer d’avis …

Et que l’ancien premier ministre socialiste se dit lui-même prêt à travailler avec la droite si elle l’emporte …

Démonstration expérimentale (à faire chez vous ou sur votre lieu de travail) :

Imaginez (par expérience de pensée) ou (plus courageux) testez-le en conditions réelles …

Comme auraient pu le faire des électeurs américains pour celle de Trump l’an dernier et comme je l’ai fait il y a deux jours …

Que vous défendiez la candidature Fillon ou même annonciez sa probable victoire …

Devant vos collègues ou vos amis …

Et voyez les regards horrifiés et l’indignation bientôt véhémente …

Avant le silence gêné et le vide quasi-sidéral se faire autour de vous !

Et s’il y avait un vote caché pour Fillon ?

  • Yves Thérard
 30 mars 2017
Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l’élection présidentielle.

Et s’il y avait un vote caché pour Fillon ?

Les partisans et l’entourage de Fillon veulent y croire. Ils s’accrochent à cette intuition comme à un rocher pour ne pas couler ni désespérer.

Selon eux, les sondages sous-évaluent leur champion car beaucoup d’électeurs n’oseraient pas dire qu’ils votent Fillon à cause de ses casseroles judiciaires. Comme naguère, on n’osait pas avouer qu’on votait Le Pen.
Et pour étayer leur pressentiment, ils citent les analyses de la société canadienne Filteris qui circulent sur Internet et qui avaient donné Trump gagnant. Elles mesurent le buzz, négatif et positif, des candidats sur les réseaux sociaux. Le poids numérique des candidats. Et là, Fillon arrive deuxième, devant Macron et derrière Le Pen.

Le seul problème, c’est que les méthodes de Filteris sont loin d’être fiables.

Tout cela est donc un peu fantaisiste ?

La thèse du vote caché se heurte au fait qu’aujourd’hui la plupart des sondeurs interrogent les électeurs non plus par téléphone ou en face à face, mais par Internet. Donc, sur ce support, inutile de se cacher, de ne pas dire la vérité sur son intention de vote.
Déjà, en 2012 et lors de la primaire de la droite, Sarkozy avait utilisé cet argument du vote caché : et on a vu le résultat, il a quand même perdu.
En revanche, il y a des arguments pour penser que Fillon est peut-être sous-évalué : d’abord,
4 électeurs sur dix sont encore indécis ; ensuite, 1 électeur de Macron sur 2 dit encore pouvoir changer d’avis ; enfin, Fillon est très fort chez les retraités, qui sont ceux qui votent généralement le plus massivement, contrairement aux jeunes.

Y a-t-il eu déjà des surprises dans le passé par rapport aux intentions de vote mesurées moins d’un mois avant le premier tour ?

Oui, en 1995, Chirac est donné devant Jospin, et c’est pourtant Jospin qui vire en tête. Et puis, il y a la surprise de 2002 où Jean-Marie Le Pen s’invite au second tour coiffant sur le poteau le même Jospin. Donc, pour Fillon, un miracle est toujours possible…

Voir aussi:

Sondages

La thèse du «vote caché», nouvel espoir du camp Fillon

 Cédric Mathiot
Libération
23 mars 2017 

Des électeurs qui n’osent pas dire qu’ils voteront pour le candidat de droite et des retraités galvanisés : voilà, à un mois du premier tour, le cocktail qui fait espérer les fillonistes. Sarkozy avait déjà utilisé le premier argument en 2012 et lors de la primaire en 2016… avec le résultat qu’on connaît.

C’est la théorie qui monte (ou que fait monter) le camp Fillon pour entretenir la flamme. En dépit de son retard dans les sondages, le candidat LR a toujours une chance de l’emporter, car il bénéficierait d’un «vote caché» d’électeurs ne se déclarant pas dans les enquêtes. C’est ce que suggèrent aux journalistes les soutiens de Fillon. Les mêmes s’appuient également sur la surprise de la primaire, qui a vu Fillon surgir du ventre mou des enquêtes d’opinion pour venir surclasser la concurrence.

Certains communicants contribuent aussi à véhiculer cette idée que le vote caché, ou vote honteux, jadis réservé au FN, concernerait désormais le candidat LR lesté de ses casseroles judiciaires. Le 8 mars, Philippe Moreau Chevrolet, président de MCBG Conseil, assurait ainsi sur LCI : «On peut penser qu’il est sous-déclaré dans les sondages, parce que c’est plus très bien vu de dire qu’on est pro-Fillon». Idem pour Dominique Reynié sur la même antenne, une semaine plus tard.

Une thèse guère convaincantes pour Jérôme Fourquet, de l’Ifop : «Les sondages sont aujourd’hui quasiment tous réalisés par Internet. Donc le fait de ne pas oser dire pour qui on vote ne se pose pas. On n’est pas en face-à-face ou au téléphone avec un enquêteur. On est devant son écran. Cet argument ne tient pas. La preuve, c’est que quand on demande aux gens pour qui ils ont voté avant, c’est très proche du réel, ce qui n’était pas le cas avant au téléphone.»

Le sondeur en veut également pour preuve que l’argument avait déjà été utilisé par Nicolas Sarkozy, avant d’être démenti par les faits : «Je me souviens qu’on parlait d’un vote caché pour Sarkozy, rappelle Fourquet. On parlait de beaucoup d’électeurs sarkozystes qui ne disaient pas qu’ils voteraient pour lui. Ce qui ne s’est pas vérifié.» 

Bis repetita

De fait, il y a cinq ans quasi jour pour jour, Nicolas Sarkozy affichait – comme François Fillon – des résultats peu enthousiasmants dans les sondages. Et déjà, ses proches s’accrochaient à cette bouée d’espérance du «voté caché» : «C’est parce que les partisans du Président n’osent pas tous se dévoiler», expliquaient-ils. Et de mettre en cause l’hostilité supposée des médias à l’égard du chef de l’Etat : «Il y a aujourd’hui un vote Sarkozy caché», «qui n’est plus, comme avant, sur le FN, mais bien plutôt sur le Président», assurait à Europe 1 un proche du candidat, en mars 2012.

Bis repetita lors de la primaire de la droite, fin 2016. Devancé par Juppé dans les sondages, le camp Sarkozy a ressorti l’élément de langage du réservoir d’électeurs tapis dans l’ombre. «Le vote caché est plus sur moi que sur Marine Le Pen», disait l’ex-chef de l’Etat auprès du JDD. Las, comme en 2012, les électeurs sarkozystes cachés… sont restés cachés. Et si surprise il y a eu lors du premier tour de la primaire par rapport aux sondages, ce fut celle de François Fillon, troisième dans les sondages, qui a écrasé Juppé et Sarkozy.

C’est également dans ce happening miraculeux de la primaire que réside l’autre motif d’espoir des fillonistes. Si le scénario de la primaire s’est passé une fois, pourquoi pas une seconde ? L’analyse ne repose pas là sur la honte supposée des sondés de se déclarer pro-fillon (la primaire s’était déroulée avant les premières révélations le mettant en cause), mais sur les angles morts des sondages. Le succès de Fillon s’était notamment expliqué par la surmobilisation parmi les votants des plus de 65 ans et des retraités (+15 points par rapport à la population nationale), que les enquêtes d’opinion n’avaient pas prévue. Or les personnes âgées étaient davantage acquises à Fillon qu’à ses concurrents. Elles auraient ainsi contribué à expliquer le score canon du candidat. La reproduction d’un tel scénario semble bien moins plausible dans une présidentielle, a priori plus mobilisatrice que dans une primaire. Mais rien n’interdit d’y croire.

Voir également:

D’où vient cette théorie du « vote caché » aujourd’hui revendiquée par l’équipe de François Fillon ?

ESPOIR CACHÉ – Depuis une semaine, l’équipe Fillon relaie la thèse du « vote caché » pour expliquer que les instituts de sondage sous-évaluent son candidat. De quoi parle-t-on ?

A moins de quatre semaines du premier tour, les sondages ne sont pas très favorables à François Fillon. Le candidat de la droite pointe en troisième position, entre 17 et 20%, loin derrière les deux favoris, Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Alors, par petites touches, l’équipe Fillon avance une nouvelle stratégie : donner au vote en faveur du candidat de la droite le goût de la transgression. Depuis une semaine, cette stratégie est relayée avec un argument, celui du « vote caché ». Des électeurs qui dissimuleraient leurs intentions, en raison de la « cabale » médiatique supposée contre leur candidat, et ne s’afficheraient que sur les réseaux sociaux. Jérôme Chartier, lieutenant de François Fillon, résumait ainsi cette semaine sur LCI : « Des électeurs n’osent plus dire aux sondeurs qu’ils vont voter pour François Fillon ». Un argument répété en boucle ces dernières heures par la députée LR Valérie Boyer, proche de François Fillon, qui du même coup met en doute la fiabilité des sondages.

Une théorie ancienne

L’hypothèse d’un « vote caché » est traditionnellement prêtée aux électeurs du Front national, surtout depuis l’élection de 2002. Elle s’évalue plutôt a posteriori. « Il y a toujours eu des spirales du silence. Pour les mesurer, on demande aux gens ce qu’ils ont voté à la dernière élection, puis on compare ces déclarations à la réalité du dernier vote », explique Guénaëlle Gault, Chief Digital Officer chez Kantar Public. Depuis cinq ans, on constate que cette sous-déclaration tend à disparaître : les électeurs FN assument de plus en plus, d’autant que les enquêtes se font souvent dans l’anonymat d’Internet.  « On a même constaté, dans certains cas, que les gens déclaraient davantage de vote FN que dans la réalité », ajoute la spécialiste. Le FN peut ainsi être parfois surévalué : par exemple, lors des régionales dans le Nord, Xavier Bertrand (LR) a battu Marine Le Pen avec 57,7% des voix, soit 4 points au-dessus des dernières prévisions.

Le fameux « vote caché » est toutefois revenu par un autre biais : comme argument de campagne. Dès 2012, les soutiens de Nicolas Sarkozy clamaient, avant le premier tour, que le Président sortant était sous-évalué. A l’arrivée, Nicolas Sarkozy avait terminé la course avec 48.36% des voix au second tour, légèrement au-dessus des derniers sondages qui le situaient entre 45 et 47%. Mais à l’époque, les enquêtes d’opinion avaient bien anticipé la remontée de Nicolas Sarkozy dans la dernière ligne droit, ce qui n’est pour l’heure pas avéré pour François Fillon. Nicolas Sarkozy a de nouveau annoncé un « vote caché » à son profit lors des primaires de la droite en novembre 2016, mais il a été éliminé dès le 1er tour avec 20.7% des voix.

Une équipe Fillon entre doigt mouillé et outils alternatifs

Comme l’indiquent les soutiens de François Fillon, c’est « sur le terrain » et au vu du succès des meetings qu’ils déduisent une sous-estimation de la popularité réelle du candidat. Une affirmation au doigt mouillé.

Mais ils s’appuyent surtout sur des outils alternatifs. Parmi ceux-ci, la mesure Filteris, du nom de cette société canadienne qui s’est fait un nom durant la campagne victorieuse de Donald Trump en évaluant « le poids numérique des candidats », à l’aune du buzz et de la perception qu’ils génèrent sur les réseaux sociaux (articles relayés, commentaires, mentions…), sans faire appel à des échantillons représentatifs comme les instituts de sondage. La société avait ainsi pu mesurer la dynamique de François Fillon lors de la primaire de la droite, tout en sous-évaluant largement, au premier tour, les intentions de vote en sa faveur, et en pronostiquant l’échec d’Alain Juppé dès le premier tour. La dernière mesure Filteris, au 31 mars 2017, place Marine Le Pen et François Fillon en tête des candidats les plus « bruyants » sur les réseaux sociaux, ce dont se réjouit le camp Fillon.

Prudence nécessaire

François Fillon doit-il pour autant crier victoire ? Probablement pas. « Les mesures de Filteris fournissent une approche complémentaire qui permet de détecter plus rapidement les dynamiques, la performance de la campagne », observe Guénaëlle Gault. « En revanche, on ne sait rien de la méthodologie utilisée. De plus, on ne peut pas déduire de ces éléments des intentions de vote. » Et encore moins mesurer un éventuel « vote caché »…

Les instituts de sondage traditionnels se mettent eux aussi à scruter les réseaux sociaux afin de percevoir plus rapidement la résonance d’une campagne. Chez Kantar, le dernier « indicateur d’engagement », publié le 19 mars, plaçait Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en tête sur Facebook, devant François Fillon, Emmanuel Macron pointant à la cinquième place. Sur Twitter, François Fillon arrivait en tête devant Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Pourtant, le sondage réalisé simultanément ne prêtait que 17% des intentions de vote au candidat de la droite, 9 points derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Et jusqu’ici, aucun sondage n’a vu Jean-Luc Mélenchon parvenir au second tour de la présidentielle… Conclusion : ni le »poids numérique » d’un candidat ni son potentiel de buzz ne semblent permettre de déterminer s’il va bénéficier d’électeurs « cachés » et s’il remportera in fine la présidentielle. Est-ce vraiment surprenant ?

Voir encore:

Existe-t-il vraiment un « vote caché » Fillon ?

Selon ses soutiens, une partie des électeurs de François Fillon n’oseraient pas dire qu’ils voteront pour lui à cause des affaires. Une stratégie de communication bancale.

Erwan Bruckert

 Le Point
31/03/2017