Investiture Trump: Evelyne Joslain a dit la vérité, elle sera exécutée (Journalist pays the price on French TV for spilling the beans on disastrous Obama legacy)

21 janvier, 2017

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Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha. La foule sans tête  était à la fête  Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas  C’est plus juste en somme  d’abattre un seul homme.  Ce jeune homme a dit la vérité  Il doit être exécuté… Guy Béart
C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
Obama est le premier président américain élevé sans attaches culturelles, affectives ou intellectuelles avec la Grande-Bretagne ou l’Europe. Les Anglais et les Européens ont été tellement enchantés par le premier président américain noir qu’ils n’ont pu voir ce qu’il est vraiment: le premier président américain du Tiers-Monde. The Daily Mail
Culturellement, Obama déteste la Grande-Bretagne. Il a renvoyé le buste de Churchill sans la moindre feuille de vigne d’une excuse. Il a insulté la Reine et le Premier ministre en leur offrant les plus insignifiants des cadeaux. A un moment, il a même refusé de rencontrer le Premier ministre. Dr James Lucier (ancien directeur du comité des Affaire étrangères du sénat américain)
Tout ce qu’on sait, c’est qu’on en sait  très peu sur Barack Obama et que ce qu’on sait est très différent de ce qui est allégué. Tous les présidents ont leurs mythographies, mais ils ont également un bilan et des experts  qui peuvent  distinguer les faits  de la fiction. Dans le cas d’Obama, on ne nous a nous jamais donné tous les faits et il y avait peu de gens dans la presse intéressés à les trouver. Comme le dit Maxwell Scott dans L’homme qui a tué Liberty Valance, ‘quand la légende devient fait, c’est la légende qu’il faut imprimer’.  Victor Davis Hanson
Même si ce livre repose principalement sur des journaux intimes ou sur des histoires orales de ma famille, les dialogues sont forcément approximatifs. Pour éviter les longueurs, certains personnages sont des condensés de personnes que j’ai connues et certains événements sont sans contexte chronologique précis. A l’exception de ma famille et certains personnages publics, les noms des protagonistes ont été changés par souci de respecter leur vie privée. Barack Hussein Obama jr. (préface des Rêves de mon père, 1995)
Je connais, je les ai vus, le désespoir et le désordre qui sont le quotidien des laissés-pour-compte, avec leurs conséquences désastreuses sur les enfants de Djakarta ou de Nairobi, comparables en bien des points à celles qui affectent les enfants du South Side de Chicago. Je sais combien est ténue pour eux la frontière entre humiliation et la fureur dévastatrice, je sais avec quelle facilité ils glissent dans la violence et le désespoir. Barack Hussein Obama jr. (préface de Rêves de mon père, l’histoire d’un héritage en noir et blanc, 2004)
Ma propre ville de Chicago a compté parmi les villes à la politique locale la plus corrompue de l’histoire américaine, du népotisme institutionnalisé aux élections douteuses. Barack Obama (2006)
Nous sommes toujours une nation jeune, mais, dans les mots de la Sainte Ecriture : le temps est venu de mettre de côté les choses de l’enfance. Barack Hussein Obama (janvier 2009)
C’est ma dernière élection. Après mon élection, j’aurai plus de flexibilité. Obama (à Medvedev, 27.03.12)
The average reporter we talk to is 27 years old, and their only reporting experience consists of being around political campaigns. That’s a sea change. They literally know nothing. (…) We created an echo chamber. They were saying things that validated what we had given them to say. Ben Rhodes (conseiller-adjoint d’Obama à la sécurité nationale)
J’ai longtemps pensé à faire sauter la Maison Blanche. Madonna
Qu’est-ce que cela fait d’avoir un nouveau président des Etats-Unis qui sait lire ? Du bien. Cela fait du bien d’apprendre qu’il a toujours un livre à portée de la main. On a tellement flatté ses qualités d’orateur et ses dons de communicant qu’on a oublié l’essentiel de ce qui fait la richesse de son verbe : son côté lecteur compulsif. A croire que lorsqu’il sera las de lire des livres, il dirigera l’Amérique pour se détendre. Michiko Kakutani, la redoutée critique du New York Times, d’ordinaire si dure avec la majorité des écrivains, est tout miel avec ce non-écrivain auteur de trois livres : deux textes autobiographiques et un discours sur la race en Amérique. Elle vient de dresser l’inventaire de sa « bibliothèque idéale », autrement dit les livres qui ont fait ce qu’il est devenu, si l’on croise ce qu’il en dit dans ses Mémoires, ce qu’il en confesse dans les interviews et ce qu’on en sait. Adolescent, il lut avidement les grands auteurs noirs James Baldwin, Langston Hugues, Ralph Ellison, Richard Wright, W.E.B. Du Bois avant de s’immerger dans Nietzsche et Saint-Augustin en marge de ses études de droit, puis d’avaler la biographie de Martin Luther King en plusieurs volumes par Taylor Branch. Autant de livres dans lesquels il a piqué idées, pistes et intuitions susceptibles de nourrir sa vision du monde. Ce qui ne l’a pas empêché de se nourrir en permanence des tragédies de Shakespeare, de Moby Dick, des écrits de Lincoln, des essais du transcendantaliste Ralph Waldo Emerson, du Chant de Salomon de la nobélisée Toni Morrison, du Carnet d’or de Doris Lessing, des poèmes d’un autre nobélisé Derek Walcott, des mémoires de Gandhi, des textes du théologien protestant Reinhold Niebuhr qui exercèrent une forte influence sur Martin Luther King, et, plus récemment de Gilead (2004) le roman à succès de Marylinne Robinson ou de Team of rivals que l’historienne Doris Kearns Goodwin a consacré au génie politique d’Abraham Lincoln, « la » référence du nouveau président. Pardon, on allait oublier, le principal, le livre des livres : la Bible, of course. Pierre Assouline
Pourquoi cette apparence anticipée de triomphe pour le candidat dont le bilan des votes au Sénat est le plus à gauche de tout le parti Démocrate? L´électorat américain a-t-il vraiment basculé? Comment expliquer la marge énorme de différence entre les instituts de sondage à 3% et ceux à 12%? L´explication, me semble-t-il, réside dans la détermination sans faille du «peuple médiatique»; comme Mitterrand parlait du «peuple de gauche», les uns, français, habitaient la Gauche, les autres, américains, habitent les media, comme les souris le fromage. Le peuple médiatique, l´élite politico-intellectuelle, le «paysage audiovisuel», comme on dit avec complaisance, ont décidé que rien n´empêcherait l´apothéose de leur candidat. Tout ce qui pouvait nuire à Obama serait donc omis et caché; tout ce qui pouvait nuire à McCain serait monté en épingle et martelé à la tambourinade. On censurerait ce qui gênerait l´un, on amplifierait ce qui affaiblirait l´autre. Le bombardement serait intense, les haut-parleurs répandraient sans répit le faux, le biaisé, le trompeur et l´insidieux. C´est ainsi que toute assertion émise par Obama serait tenue pour parole d´Evangile. Le terroriste mal blanchi Bill Ayers? – «Un type qui vit dans ma rue», avait menti impudemment Obama, qui lui devait le lancement de sa carrière politique, et le côtoyait à la direction d´une fondation importante. Il semble même qu´Ayers ait été, si l´on ose oser, le nègre du best-seller autobiographique (!) d´Obama. Qu´importe! Nulle enquête, nulle révélation, nulle curiosité. «Je ne l´ai jamais entendu parler ainsi » -, mentait Obama, parlant de son pasteur de vingt ans, Jeremiah Wright, fasciste noir, raciste à rebours, mégalomane délirant des théories conspirationnistes – en vingt ans de prêches et de sermons. Circulez, vous dis-je, y´a rien à voir – et les media, pieusement, de n´aller rien chercher. ACORN, organisation d´activistes d´extrême-gauche, aujourd´hui accusée d´une énorme fraude électorale, dont Obama fut l´avocat – et qui se mobilise pour lui, et avec laquelle il travaillait à Chicago? Oh, ils ne font pas partie de la campagne Obama, expliquent benoîtement les media. Et, ajoute-t-on, sans crainte du ridicule, «la fraude aux inscriptions électorales ne se traduit pas forcément en votes frauduleux». Laurent Murawiec
The Obama memoir is revealed not really to be a memoir at all. Most of his intimate friends and past dalliances that we read about in Dreams From My Father were, we learn, just made up (“composites”); the problem, we also discover, with the president’s autobiography is not what is actually false, but whether anything much at all is really true in it. If a writer will fabricate the details about his own mother’s terminal illness and quest for insurance, then he will probably fudge on anything. For months the president fought the Birthers who insist that he was born in Kenya, only to have it revealed that he himself for over a decade wrote just that fact in his own literary biography. Is Barack Obama then a birther? Has any major public figure (57 states, Austrian language, corpse-men, Maldives for Falklands, private sector “doing fine,” etc.) been a more underwhelming advertisement for the quality of a Harvard education or a Chicago Law School part-time billet? Has any presidential candidate or president set a partisan crowd to laughing by rubbing his chin with his middle finger as he derides an opponent, or made a joke about killing potential suitors of his daughters with deadly Predator drones, or recited a double entendre “go-down” joke about a sex act? Victor Davis Hanson
Pourquoi cette apparence anticipée de triomphe pour le candidat dont le bilan des votes au Sénat est le plus à gauche de tout le parti Démocrate? L´électorat américain a-t-il vraiment basculé? Comment expliquer la marge énorme de différence entre les instituts de sondage à 3% et ceux à 12%? L´explication, me semble-t-il, réside dans la détermination sans faille du «peuple médiatique»; comme Mitterrand parlait du «peuple de gauche», les uns, français, habitaient la Gauche, les autres, américains, habitent les media, comme les souris le fromage. Le peuple médiatique, l´élite politico-intellectuelle, le «paysage audiovisuel», comme on dit avec complaisance, ont décidé que rien n´empêcherait l´apothéose de leur candidat. Tout ce qui pouvait nuire à Obama serait donc omis et caché; tout ce qui pouvait nuire à McCain serait monté en épingle et martelé à la tambourinade. On censurerait ce qui gênerait l´un, on amplifierait ce qui affaiblirait l´autre. Le bombardement serait intense, les haut-parleurs répandraient sans répit le faux, le biaisé, le trompeur et l´insidieux. C´est ainsi que toute assertion émise par Obama serait tenue pour parole d´Evangile. Le terroriste mal blanchi Bill Ayers? – «Un type qui vit dans ma rue», avait menti impudemment Obama, qui lui devait le lancement de sa carrière politique, et le côtoyait à la direction d´une fondation importante. Il semble même qu´Ayers ait été, si l´on ose oser, le nègre du best-seller autobiographique (!) d´Obama. Qu´importe! Nulle enquête, nulle révélation, nulle curiosité. «Je ne l´ai jamais entendu parler ainsi » -, mentait Obama, parlant de son pasteur de vingt ans, Jeremiah Wright, fasciste noir, raciste à rebours, mégalomane délirant des théories conspirationnistes – en vingt ans de prêches et de sermons. Circulez, vous dis-je, y´a rien à voir – et les media, pieusement, de n´aller rien chercher. ACORN, organisation d´activistes d´extrême-gauche, aujourd´hui accusée d´une énorme fraude électorale, dont Obama fut l´avocat – et qui se mobilise pour lui, et avec laquelle il travaillait à Chicago? Oh, ils ne font pas partie de la campagne Obama, expliquent benoîtement les media. Et, ajoute-t-on, sans crainte du ridicule, «la fraude aux inscriptions électorales ne se traduit pas forcément en votes frauduleux». Laurent Murawiec
As his second marriage to Sexton collapsed in 1998, Sexton filed an order of protection against him, public records show. Hull won’t talk about the divorce in detail, saying only that it was « contentious » and that he and Sexton are friends. The Chicago Tribune (15.02.04)
Though Obama, the son of a Kenyan immigrant, lagged in polls as late as mid-February, he surged to the front of the pack in recent weeks after he began airing television commercials and the black community rallied behind him. He also was the beneficiary of the most inglorious campaign implosion in Illinois political history, when multimillionaire Blair Hull plummeted from front-runner status amid revelations that an ex-wife had alleged in divorce papers that he had physically and verbally abused her. After spending more than $29 million of his own money, Hull, a former securities trader, finished third, garnering about 10 percent of the vote. (…) Obama ascended to front-runner status in early March as Hull’s candidacy went up in flames amid the divorce revelations, as well as Hull’s acknowledgment that he had used cocaine in the 1980s and had been evaluated for alcohol abuse. The Chicago Tribune (17.03.04)
Axelrod is known for operating in this gray area, part idealist, part hired muscle. It is difficult to discuss Axelrod in certain circles in Chicago without the matter of the Blair Hull divorce papers coming up. As the 2004 Senate primary neared, it was clear that it was a contest between two people: the millionaire liberal, Hull, who was leading in the polls, and Obama, who had built an impressive grass-roots campaign. About a month before the vote, The Chicago Tribune revealed, near the bottom of a long profile of Hull, that during a divorce proceeding, Hull’s second wife filed for an order of protection. In the following few days, the matter erupted into a full-fledged scandal that ended up destroying the Hull campaign and handing Obama an easy primary victory. The Tribune reporter who wrote the original piece later acknowledged in print that the Obama camp had  »worked aggressively behind the scenes » to push the story. But there are those in Chicago who believe that Axelrod had an even more significant role — that he leaked the initial story. They note that before signing on with Obama, Axelrod interviewed with Hull. They also point out that Obama’s TV ad campaign started at almost the same time. The NYT (01.04.07)
After an unsuccessful campaign for Congress in 2000, Illinois state Sen. Barack Obama faced serious financial pressure: numerous debts, limited cash and a law practice he had neglected for a year. Help arrived in early 2001 from a significant new legal client — a longtime political supporter. Chicago entrepreneur Robert Blackwell Jr. paid Obama an $8,000-a-month retainer to give legal advice to his growing technology firm, Electronic Knowledge Interchange. It allowed Obama to supplement his $58,000 part-time state Senate salary for over a year with regular payments from Blackwell’s firm that eventually totaled $112,000. A few months after receiving his final payment from EKI, Obama sent a request on state Senate letterhead urging Illinois officials to provide a $50,000 tourism promotion grant to another Blackwell company, Killerspin. Killerspin specializes in table tennis, running tournaments nationwide and selling its own line of equipment and apparel and DVD recordings of the competitions. With support from Obama, other state officials and an Obama aide who went to work part time for Killerspin, the company eventually obtained $320,000 in state grants between 2002 and 2004 to subsidize its tournaments. Obama’s staff said the senator advocated only for the first year’s grant — which ended up being $20,000, not $50,000. The day after Obama wrote his letter urging the awarding of the state funds, Obama’s U.S. Senate campaign received a $1,000 donation from Blackwell. (…) Business relationships between lawmakers and people with government interests are not illegal or uncommon in Illinois or other states with a part-time Legislature, where lawmakers supplement their state salaries with income from the private sector. But Obama portrays himself as a lawmaker dedicated to transparency and sensitive to even the appearance of a conflict of interest. (…) In his book « The Audacity of Hope, » Obama tells how his finances had deteriorated to such a point that his credit card was initially rejected when he tried to rent a car at the 2000 Democratic convention in Los Angeles. He said he had originally planned to dedicate that summer « to catching up on work at the law practice that I’d left unattended during the campaign (a neglect that had left me more or less broke). » Six months later Blackwell hired Obama to serve as general counsel for his tech company, EKI, which had been launched a few years earlier. The monthly retainer paid by EKI was sent to the law firm that Obama was affiliated with at the time, currently known as Miner, Barnhill & Galland, where he worked part time when he wasn’t tending to legislative duties. The business arrived at an especially fortuitous time because, as the law firm’s senior partner, Judson Miner, put it, « it was a very dry period here, » meaning that the ebb and flow of cases left little work for Obama and cash was tight. The entire EKI retainer went to Obama, who was considered « of counsel » to the firm, according to details provided to The Times by the Obama campaign and confirmed by Miner. Blackwell said he had no knowledge of Obama’s finances and hired Obama solely based on his abilities. « His personal financial situation was not and is not my concern, » Blackwell said. « I hired Barack because he is a brilliant person and a lawyer with great insight and judgment. » Obama’s tax returns show that he made no money from his law practice in 2000, the year of his unsuccessful run for a congressional seat. But that changed in 2001, when Obama reported $98,158 income for providing legal services. Of that, $80,000 was from Blackwell’s company. In 2002, the state senator reported $34,491 from legal services and speeches. Of that, $32,000 came from the EKI legal assignment, which ended in April 2002 by mutual agreement, as Obama ceased the practice of law and looked ahead to the possibility of running for the U.S. Senate. (…) Illinois ethics disclosure forms are designed to reveal possible financial conflicts by lawmakers. On disclosure forms for 2001 and 2002, Obama did not specify that EKI provided him with the bulk of the private-sector compensation he received. As was his custom, he attached a multi-page list of all the law firm’s clients, which included EKI among hundreds. Illinois law does not require more specific disclosure. Stanley Brand, a Washington lawyer who counsels members of Congress and others on ethics rules, said he would have advised a lawmaker in Obama’s circumstances to separately disclose such a singularly important client and not simply include it on a list of hundreds of firm clients, even if the law does not explicitly require it. « I would say you should disclose that to protect and insulate yourself against the charge that you are concealing it, » Brand said. LA Times
One lesson, however, has not fully sunk in and awaits final elucidation in the 2012 election: that of the Chicago style of Barack Obama’s politicking. In 2008 few of the true believers accepted that, in his first political race, in 1996, Barack Obama sued successfully to remove his opponents from the ballot. Or that in his race for the US Senate eight years later, sealed divorced records for both his primary- and general-election opponents were mysteriously leaked by unnamed Chicagoans, leading to the implosions of both candidates’ campaigns. Or that Obama was the first presidential candidate in the history of public campaign financing to reject it, or that he was also the largest recipient of cash from Wall Street in general, and from BP and Goldman Sachs in particular. Or that Obama was the first presidential candidate in recent memory not to disclose either undergraduate records or even partial medical. Or that remarks like “typical white person,” the clingers speech, and the spread-the-wealth quip would soon prove to be characteristic rather than anomalous. Few American presidents have dashed so many popular, deeply embedded illusions as has Barack Obama. And for that, we owe him a strange sort of thanks. Victor Davis Hanson
Selon le professeur Dick Simpson, chef du département de science politique de l’université d’Illinois, «c’est à la fin du XIXe siècle et au début du XXe que le système prend racine». L’arrivée de larges populations immigrées peinant à faire leur chemin à Chicago pousse les politiciens à «mobiliser le vote des communautés en échange d’avantages substantiels». Dans les années 1930, le Parti démocrate assoit peu à peu sa domination grâce à cette politique «raciale». Le système va se solidifier sous le règne de Richard J. Daley, grande figure qui régnera sur la ville pendant 21 ans. Aujourd’hui, c’est son fils Richard M. Daley qui est aux affaires depuis 18 ans et qui «perpétue le pouvoir du Parti démocrate à Chicago, en accordant emplois d’État, faveurs et contrats, en échange de soutiens politiques et financiers», raconte John McCormick. «Si on vous donne un permis de construction, vous êtes censés “payer en retour”», explique-t-il. «Cela s’appelle payer pour jouer», résume John Kass, un autre éditorialiste. Les initiés affirment que Rod Blagojevich ne serait jamais devenu gouverneur s’il n’avait croisé le chemin de sa future femme, Patricia Mell, fille de Dick Mell, un conseiller municipal très influent, considéré comme un rouage essentiel de la machine. (…) Dans ce contexte local plus que trouble, Peraica affirme que la montée au firmament d’Obama n’a pu se faire «par miracle».«Il a été aidé par la machine qui l’a adoubé, il est cerné par cette machine qui produit de la corruption et le risque existe qu’elle monte de Chicago vers Washington», va-t-il même jusqu’à prédire. Le conseiller régional républicain cite notamment le nom d’Emil Jones, l’un des piliers du Parti démocrate de l’Illinois, qui a apporté son soutien à Obama lors de son élection au Sénat en 2004. Il évoque aussi les connexions du président élu avec Anthony Rezko, cet homme d’affaires véreux, proche de Blagojevich et condamné pour corruption, qui fut aussi le principal responsable de la levée de fonds privés pour le compte d’Obama pendant sa course au siège de sénateur et qui l’aida à acheter sa maison à Chicago. «La presse a protégé Barack Obama comme un petit bébé. Elle n’a pas sorti les histoires liées à ses liens avec Rezko», s’indigne Peraica, qui cite toutefois un article du Los Angeles Times faisant état d’une affaire de financement d’un tournoi international de ping-pong qui aurait éclaboussé le président élu. (…) Pour la plupart des commentateurs, Barack Obama a su naviguer à travers la politique locale «sans se compromettre. Le Figaro
La condamnation de M. Blagojevich met une fois de plus la lumière sur la scène politique corrompue de l’Etat dont la plus grande ville est Chicago. Cinq des neuf gouverneurs précédents de l’Illinois ont été accusés ou arrêtés pour fraude ou corruption. Le prédécesseur de M. Blagojevich, le républicain George Ryan, purge actuellement une peine de six ans et demi de prison pour fraude et racket. M. Blagojevich, qui devra se présenter à la prison le 16 février et verser des amendes de près de 22 000 dollars, détient le triste record de la peine la plus lourde jamais infligée à un ex-gouverneur de l’Illinois. Ses avocats ont imploré le juge de ne pas chercher à faire un exemple avec leur client, notant que ce dernier n’avait pas amassé d’enrichissement personnel et avait seulement tenté d’obtenir des fonds de campagne ainsi que des postes bien rémunérés. En plein scandale, M. Blagojevich était passé outre aux appels à la démission venus de son propre parti et avait nommé procédé à la nomination d’un sénateur avant d’être destitué. Mais le scandale a porté un coup à la réputation des démocrates dans l’Illinois et c’est un républicain qui a été élu l’an dernier pour occuper l’ancien siège de M. Obama. AFP (08.12.11)
Dès qu’un organisateur entre dans une communauté, il ne vit, rêve, mange, respire et dort qu’une chose, et c’est d’établir la base politique de masse de ce qu’il appelle l’armée. Saul Alinsky (mentor politique d’Obama)
Dans ce contexte local plus que trouble, Peraica affirme que la montée au firmament d’Obama n’a pu se faire « par miracle ». (…) « La presse a protégé Barack Obama comme un petit bébé. Elle n’a pas sorti les histoires liées à ses liens avec Rezko », s’indigne Peraica. Le Figaro
Lors de l’investiture du nouveau président américain, des « résistants » se sont dressés dans les rues de Washington. Oui des « résistants » selon les radios de service public ! Ils ont crié que Trump n’était pas « légitime ». Ils ont aussi brisé des vitrines et cassé du mobilier urbain (mais ça, pour le savoir, il faut lire le Washington Post et le New York Times). Ils n’étaient que quelques centaines (et ça aussi, pour le savoir, il faut se plonger dans la presse américaine). (…) L’Agence France Presse a mis sur son fil deux photos juxtaposées. L’une montrant la foule massée devant le Capitole pour l’investiture d’Obama. L’autre avec les centaines de milliers d’Américains venus assister à l’investiture de Trump. Sur la première, c’est noir de monde. Sur la seconde, c’est nettement plus clairsemé. Vous avez compris le message de l’AFP ? Ca c’est de l’information ! Ce que notre agence nationale a oublié de préciser, c’est qu’à Washington, où se trouve le Capitole, Trump n’a obtenu que 5 % des suffrages. Un oubli vraiment ? (…) Une chaîne de télévision française nous apprend qu’une des premières mesures de Donald Trump sera de faire adopter une loi permettant de « déporter » 2 millions d’étrangers en situation irrégulière. En français, le mot « déporter » est lourd de signification. Les « déporter » où ? Auschwitz a depuis longtemps fermé ses portes. Reste Guantanamo. Mais c’est tout petit et prévu seulement pour quelques centaines de personnes. Alors nous, on veut savoir où… (…) Il y a aux Etats-Unis une femme courageuse. Elle est française. Cocorico ! Sophie Théallet, c’est son nom, est créatrice de mode. Elle a fait savoir qu’elle refusait catégoriquement d’habiller Mélania Trump. Sophie Théallet a des valeurs. Et ce ne sont pas celles du président des Etats-Unis « raciste et sexiste ». Tous nos journaux saluent son « courage ». On a les Jeanne d’Arc qu’on mérite. Ce que les journaux ne disent pas, c’est que Mélania Trump n’a aucunement sollicité Sophie Théallet. Manifestement, cette information est sans importance. (…) Compte tenu de la défection de Sophie Théallet, le risque (si c’est un risque…) était grand de voir apparaître Mélania Trump nue lors du bal qui a suivi l’investiture de son époux. Mais ce délicieux spectacle nous a été épargné. Le couturier Hervé Pierre, français lui aussi, s’est dévoué. Mélania Trump portait une tenue dessinée par lui. Une robe crème, fendue, avec les épaules dénudées. La presse française n’a pas encore réagi à cette information qui fait honte à la réputation de notre pays. Mais ça ne va pas tarder, et nous apprendrons bientôt qu’Hervé Pierre ne mérite pas d’être français. Et que Mélania Trump est une allumeuse. Benoit Rayski
S’il est une raison pour laquelle Donald Trump devrait remporter cette élection, c’est bien celle-ci : en finir avec l’insoutenable discours élitiste et néo-progressiste qui considère qu’une moitié des électeurs sont des fous dangereux que la démocratie ne peut ni recevoir, ni regarder, ni entendre, ni convaincre à travers l’épreuve du pouvoir. Ce n’est pas prendre parti pour Trump que de le dire ainsi. C’est prendre parti contre un système de pensée qui ne cesse d’alimenter le spectre de la fin du monde et se montre foncièrement convaincu que sa vérité doit s’imposer à tous, quitte à l’affaiblir jusqu’à ce qu’elle finisse par devenir inaudible. La démocratie, on aime, ou pas. Stéphane Trano
Hillary Clinton, désormais concentrée sur sa démonstration que Donald Trump est coupable de délinquance fiscale, a beau ne pas avoir un adversaire à sa hauteur, elle n’en n’est pas moins en pleine démagogie. En effet, s’il avait un peu plus de faculté d’élaboration – ou de meilleurs conseillers – le candidat républicain pourrait aisément rétorquer que nombre de grandes entreprises américaines doivent une bonne partie de leurs succès colossaux à leurs pratiques de délocalisation et d’optimisation fiscale, Apple et Google en tête, et que la justice fiscale, aux Etats-Unis, est un concept très relatif. Donald Trump, de son côté, n’a aucunement tiré profit des arguments, potentiellement très efficaces, à l’encontre de la politique étrangère du couple Obama-Clinton, et de ses implications dans le chaos actuel au Moyen-Orient. Ces élections sont celles de la rancune républicaine et du désarroi démocrate : chaque camp lance ses dernières forces pour la victoire, conscient que quatre années de bataille féroce s’annonce au sein des institutions, mais qu’il faut sauver les meubles jusqu’au dernier. Elles n’ont en réalité qu’un seul gagnant, quelle qu’en soit l’issue : Barack Obama, dont le bilan a été épargné par une campagne sans analyse ni introspection, et qui s’apprête à sortir par la grande porte de l’Histoire. L’avenir, toutefois, dira si la légende cousue de fil blanc du 44ème président des Etats-Unis résiste. Les guerres dont ses deux mandats ont accouchés ne sont-elles pas aussi consternantes que celles de son prédécesseur qui l’ont mené au pouvoir ? La promesse jamais tenue d’une réforme du système d’immigration n’a-t-elle pas laissé un pays sur la brèche pour une génération au moins ? La violence raciste et raciale devait-elle être une part de l’héritage du premier président noir américain ? La réactivation de la guerre froide à travers une paranoïa sans limite à l’encontre du régime de Poutine était-elle vraiment à l’agenda des électeurs américains ? L’homme, énigmatique, laissera derrière lui une somme de mystères qu’un ridicule engouement populaire protègera un temps, mais le silence ne devrait pas résister aux années Clinton qui s’annoncent – sauf « surprise d’Octobre » toujours possible – comme la poursuite de son œuvre étrange. Stéphane Trano
En opérant une lecture terriblement réductrice de l’élection américaine 2016, l’immense majorité des médias – américains ou non – est passée à côté de sa signification profonde, car elle est trop inconfortable.  C’est, encore et toujours, une bataille entre les bien-pensants et les autres – les fameux « déplorables » – à laquelle on a assisté, ce qui rabaisse la démocratie au simple rang de lutte entre le bien et le mal, l’intelligence et la bêtise, la générosité et l’intolérance. Cela demande évidemment quelques explications. La plateforme politique adoptée par le parti républicain, pour cette élection, est l’une des plus « dures » jamais adoptée par les conservateurs. Rétrograde, elle est complètement déconnectée des réalités lorsqu’elle s’oppose à toute révision réglementaire de la vente et de l’usage des armes à feu ou lorsqu’elle raisonne, sur l’immigration, en termes de délinquance. Acide, elle s’accommode des positions les plus extrêmes contre l’avortement ou pour la peine de mort. Cynique, elle s’attaque à l’état fédéral pour ériger des hyper-pouvoirs locaux que rien n’arrête dans l’escalade vers des lois d’exception. Idiote, elle n’entend rien aux questions liées à l’environnement ou à l’éducation. Les Républicains, en somme, n’ont rien appris depuis leur défaite de 2008. Ils n’ont pas su effectuer la profonde mise à jour rendue nécessaire par l’élection de Barack Obama, où leur principale responsabilité était de s’adapter à une société nouvelle, un peu plus disposée à abandonner les vieilles antiennes propres à l’Amérique puritaine. Cependant, le sinistre visage offert par les Républicains trouve ses limites dans la désignation de Donald Trump, le candidat le moins idéologique de tous lors des primaires. Parce qu’il n’a ni l’expérience d’une carrière politique, ni la culture nécessaire pour forger un corpus d’idées et encore, moins, le discours nécessaire à forger des concepts, l’homme d’affaires a très vite été identifié par une grande partie des électeurs mobilisés lors de ces primaires, comme un candidat antisystème et briseur de tabous. (…) De cette situation, il faut tirer l’enseignement d’une profonde colère populaire, dans une société qui se sent étouffée par des discours écrasants de certitudes, condescendants et frustrants en termes de concrétisations. C’est là le second enseignement de cette campagne, où les grands médias n’ont eu de cesse de se lamenter du peu d’importance accordé par les électeurs de Trump à la « vérité » des faits. A trop confondre vérité et bienséance, on aboutit inévitablement au rejet par des gens qui ne manquent en général pas de bon sens, mais dont les frustrations, les peurs et les colères se heurtent en permanence à des discours perçus comme élitistes. Il est difficile de « vendre » aux opposants d’Obama l’idée que ses deux mandats ont constitué une ère de progrès social et de rétablissement pour les Américains, lorsque ceux-ci s’achèvent sur une série d’échecs aux conséquences très lourdes : la violence liée aux armes à feu est la plus haute depuis le début des années 80 ; la santé mentale est le parent pauvre de tout le système de santé américain ; la surpopulation carcérale est phénoménale ; la consommation de drogues ultra-dangereuses est un fléau ; le prix du médicament est incontrôlable ; les infrastructures publiques tombent en poussière ; les coûts des crèches ou des études dépassent l’entendement ; la disparition des petits commerces sous l’impact des géants tels qu’Amazon désertifient les quartiers commerçants ; les postures américaines dans le monde arabe sont illisibles et dramatiques dans leurs conséquences. La réponse des Démocrates face à ces constats est toujours la même : ils en nient la plupart et pour ceux qu’ils ne peuvent nier, tout est de la faute des Républicains et de leur politique d’obstruction systématique au Congrès. Les mêmes n’expliquent pas, alors, comment l’Obamacare a pu être voté, comment Obama a t-il pu pratiquer sa politique du vide au Moyen-Orient durant si longtemps, comment il a pu relancer la guerre froide à travers son obsession antirusse et ignorer une grande partie du monde au profit de son tropisme asiatique. Dire aux onze à quinze millions de « Dreamers » – ces immigrants perdus dans la zone grise de la politique d’immigration américaine, qu’Obama a été à la hauteur de ses promesses les concernant, est simplement une imposture. C’est précisément dans leur incapacité et dans leur répugnance à affronter ces questions parce qu’elles risquent de mettre en difficulté les forces du progrès », que les grands médias font le lit de la colère populaire. Le mur infranchissable des discours élitistes ruine toute velléité de débattre et ne laisse qu’une seule option à des électeurs qui n’ont plus confiance : rétorquer par un vote brutal, sans argumentaire, seulement destiné à démontrer que la raison de celui qui parle le mieux n’est pas toujours la plus forte, et que c’est bien cela, la démocratie. La démocratie, ce n’est pas un club fermé seulement accessible aux gens bien habillés et heureux. C’est un risque permanent et nécessaire. C’est le système de tous les risques, dans lequel la non-prise en compte des colères peut aboutir à de fortes secousses. La démocratie n’est pas la sérénité entre les hommes, c’est celle des institutions. Mais les élites la vivent comme leur citadelle assiégée. Tout sonne faux dans l’élection présidentielle américaine parce que tout est juste : la méfiance manifestée à l’encontre d’Hillary Clinton est juste ; la société inquiète que Barack Obama laisse derrière lui est juste, car l’homme si soucieux de sa légende n’a rien du grand pacifiste que l’on veut voir en lui au-delà de toutes les évidences ; la candidature de Donald Trump est juste, car elle défie les lois de l’élite médiatique. Tout ce qui a été dit dans cette campagne, et que beaucoup réduisent au tempérament quelque peu dérangeant de Trump, sera rejeté, lors de l’élection probable d’Hillary Clinton, par des tonnerres d’applaudissements et des cris d’autocongratulation de nos meilleurs journalistes. Une fois de plus, ils auront manqué le principal : de vague en vague, d’orage en orage, la colère populaire se renforce. A la considérer comme l’expression de gens déplorables, au fil de chaque élection, ils pissent sur la démocratie dont ils ont fait leur jouet et sur les pauvres gens, sûrs d’eux-mêmes et arrogants. Stéphane Trano
Navrés d’assister au phénomène de dynasties qui voit se succéder les Bush et les Clinton à quelques mandats d’écart, les Américains pourront légitimement, dans les temps qui viennent, s’interroger sur la vacuité de la présidence Obama, faite de symboles et modelée par une légende cousue du fil blanc de la communauté internationale, mais dont la réalité est plus fidèlement illustrée par la catastrophe syrienne que par l’Obamacare, par l’accélération de la mondialisation ultra-libérale plus que par la politique de l’Environnement. La liste des promesses non-tenues de ce président est sans aucun doute la plus longue dans l’Histoire de ce pays. Donald Trump et Bernie Sanders ont de toutes évidences pointés du doigt les extravagances du monde des 1% et ils l’ont fait sans manières, au grand dam d’une vaste clique de bien pensants  pour laquelle la démocratie n’est que le risque, à temps plus ou moins régulier, de perdre ses privilèges et ses conquêtes futiles au regard des souffrances endurées quotidiennement par des milliards de « déplorables ». Le journalisme corporatiste ne ressort pas grandi de cette nouvelle péripétie, empêtré dans sa haute estime d’une fonction qu’il sert si mal au quotidien. Nous sommes néanmoins satisfaits de n’avoir rien concédé, dans ces colonnes ouvertes par Marianne, à ces confrères suivistes et sans courage qui se rêvent en experts et ne sont que les échotiers à la petite semaine d’une vision largement dépassée. Stéphane Trano
Aucun président avant lui n’avait à ce point miné la Maison-Blanche avant son départ, massivement soutenu par les grands médias du pays. La victoire de Donald J. Trump est une claque pour tous les progressistes pour lesquels la colère des peuples est une marque d’indécence. Jusqu’au grand jour de leur cuisante défaite, les Démocrates américains et leurs puissants alliés de la presse corporatiste n’avaient eu de cesse de moquer le candidat républicain Donald J. Trump pour ses propos répétés selon lesquels le système politique américain était biaisé (en anglais, « rigged »).  Dès le lendemain de l’élection de ce dernier, les mêmes Démocrates et les mêmes alliés n’ont eu de cesse, sans complexe, de dénoncer un système politique biaisé. Tout y passe : la remise en cause du système du collège électoral auquel ils n’ont rien trouvé à redire dans le passé ; les prétendues « fausses informations » (« fake news ») ; et, bien entendu, un piratage informatique à grande échelle conduit par le pouvoir de Moscou. Cette litanie de « bobards » ne vise qu’à masquer leur profonde incompréhension de la défaite d’Hillary Clinton et leur incapacité de conduire leur autocritique. Comment le pouvoir russe a-t-il pu, concrètement, influencer l’élection du collège électoral et le vote de ce dernier pour le candidat Trump est un mystère absolu. Mais ce délire antirusse n’est que le prolongement de l’une des nombreuses obsessions de Barack Obama, qui le pousse à se comporter comme un président élu pour un troisième mandat, sans que l’on sache bien ce qu’il en attend. Lui qui, totalement absent de la scène israélo-palestinienne durant huit ans, se retire sur un acte à la fois cynique, brutal et néfaste à l’encontre des Israéliens, n’en n’est pas à une marque d’arrogance près. Mais le message est clair : loin de se retirer du monde politique, Obama est là pour longtemps encore et vient de montrer une capacité de nuisance qui porte bien au-delà de tous ses prédécesseurs. Qu’il fasse sourire ou qu’il effraie, qu’on comprenne ou non ses attitudes et les directions qu’il veut prendre, Donald J. Trump arrive dans quelques jours au pouvoir face à un pouvoir médiatique déchaîné, qui entend bien défendre la cause des « bons » Américains face au peuple des « déplorables » et, dès qu’il en aura l’occasion, le déstabiliser et ruiner sa majorité. Il y a, dans ce passage d’une ère progressiste sans grandes victoires mais avec d’immenses échecs, à une ère pragmatique sous haute tension, quelque chose de spectaculaire, qui tient à un état d’esprit propre aux élites et aux médias : une incapacité fondamentale de comprendre le monde d’aujourd’hui. Il ne vient pas à l’idée de ces maîtres à penser qu’un monde où la plupart des humains vivent au dix-neuvième siècle et où les plus chanceux vivent déjà au vingt-deuxième soit un monde sans lendemain. Ils ne comprennent pas que leurs combats futuristes – conduits avec d’autant plus d’aisance qu’ils n’ont guère à se soucier du quotidien – puissent attendre, afin de se préoccuper des délaissés de l’humanité. Ces petits aristocrates nourris au sein de la nouvelle économie ont les défaites qu’ils méritent. Stéphane Trano
Donald Trump et Bernie Sanders ne sont populistes et dangereux qu’aux yeux de journalistes et d’analystes qui se veulent gardiens de la morale et se répètent les uns les autres et qui sont eux-mêmes les acteurs de l’effondrement du politique. (…) Les deux candidats qui s’opposent au système washingtonien et qui n’ont cessé d’être caricaturés par le journalisme corporatiste sont portés par la force la plus consternantes pour les élites : le peuple lui-même. Les électeurs ont opposé une fin de non-recevoir à la mission civilisatrice des partisans d’une démocratie autoritaire et bien-pensante. (…) Le terme de populiste est le plus impropre qui puisse être employé par les nombreux détracteurs de l’homme d’affaires américain. Avec différents taux de réussite, Trump a néanmoins entrainé dans son sillage toutes les catégories de population, des mineurs du Midwest aux diplômés du Nord-Est, des afro-américains de Brooklyn aux Hispaniques du Sud, des femmes New Yorkaises aux militants LGBTQ, des plus jeunes aux plus âgés, ainsi que de nombreux indépendants et jusqu’à cent mille démocrates. Leur point commun : un rejet du « politiquement correct », une volonté de déblocage des institutions paralysées depuis près de huit années, un constat d’échec de la politique extérieure menée par Barack Obama, une méfiance profonde à l’encontre d’Hillary Clinton, et de manière plus générale, une exaspération face aux annonces apocalyptiques torrentielles engendrées par une intense campagne médiatique. Les plus fervents supporters de Donald Trump ne croient pas un instant qu’il souscrive lui-même à ses déclarations les plus outrancières. Ils ont mesuré avec une acuité très inhabituelle le sens de cette tactique qui a progressivement désarmé ses pires adversaires. (…) L’Amérique avance, sûre d’elle dans sa capacité à se renouveler et à défier l’ordre établi. Elle continue d’opposer son vote aux incantations moralisatrices et à appeler un chat un chat. Traitée de puritaine et intolérante, elle a offert, du côté républicain, un candidat noir, avec Ben Carson et deux candidats d’origine cubaine, avec Marco Rubio et Ted Cruz. Traitée d’interventionniste et de dominatrice, elle a porté loin dans la course un socialiste prônant l’égalité et la mise à contribution des pouvoirs financiers. Enferrée dans l’idéologie antirusse et pro-asiatique menée par Barack Obama, elle lui oppose un Trump pragmatique qui dénonce les guerres de ses prédécesseurs comme les plus grandes catastrophes de l’Histoire américaine. Passés à l’heure de la prise de parole populaire, les Américains viennent d’infliger une claque magistrale au journalisme intellectuel qui pour sa part, a démontré son incapacité corporatiste à penser son époque en dehors de ses réflexes habituels et de l’auto-contemplation. Stéphane Trano
On ne peut pas blâmer les Démocrates américains de tenter, par tous les moyens, de masquer la portée de leur échec en l’attribuant à toutes sortes de motifs, même les plus fantaisistes. La pilule est certes amère. Toutefois, la part la plus intéressante de cette hystérie collective est le phénomène d’auto-persuasion qui en est le moteur et que la plupart des grands médias du pays alimentent. L’argument numéro un des perdants est la faillite du système électoral et, en particulier, le fait que la candidate démocrate, Hillary Clinton, a remporté le scrutin populaire. C’est oublier que la situation, même si elle n’est pas commune, s’est produite à quatre reprises au cours de l’Histoire des Etats-Unis, et qu’elle ne constitue pas de difficulté particulière aux termes de la Constitution. De plus, le 115ème congrès, sorti des urnes le 8 novembre 2016 et en fonction depuis le 3 janvier 2017, a vu 52% des électeurs voter pour les Républicains au Sénat et 55% à la Chambre des représentants. Il n’y a donc aucune anomalie dans les élections de 2016 de ce point de vue. Le second argument est celui du piratage informatique à grande échelle des élections, sur ordre du président russe Vladimir Poutine, afin de faciliter l’élection de Donald J. Trump. Là encore, l’idée ne tient pas debout. Aucune trace de défaillance dans le nombre limité de votes électroniques aux élections n’a été décelée. (…) Hillary Clinton n’a eu besoin ni de Vladimir Poutine, ni de Julien Assange et encore moins de « pirates » pour perdre les élections de 2016. Ce ne sont pas de prétendues « fausses » informations qui ont heurté sa réputation déjà bien entamée auprès de nombreux électeurs américains, par exemple, dans l’affaire des emails, mais au contraire, son refus obstiné de prendre cette affaire au sérieux et de répondre aux interrogations. On ne voit pas, non plus, quelles « fausses » informations ont poussé l’électorat noir américain à se sous-mobiliser lors du vote du 8 novembre, ou les femmes et les plus jeunes à bouder sa candidature, après la défaite de Bernie Sanders lors des primaires démocrates. (…) Comment, en effet, se revendiquer de l’héritage de Barack Obama, lorsque cet héritage peine à brandir autre chose que l’Obamacare, dont même les démocrates savent qu’il n’est pas financé au-delà de 2017 et coûte, en réalité, une fortune au regard des bénéfices qu’il apporte ? Car au-delà de cette loi sur la santé qui n’est en rien un système généreux et égalitaire tel qu’on le pense du côté des Européens, c’est le vide. Même si le Secrétaire d’Etat John Kerry blâme ces derniers jours le gouvernement anglais, prétendant qu’il est à l’origine de l’incapacité d’Obama à agir plus concrètement et durablement au Moyen-Orient contre l’état islamique, la mémoire de tous est par chance encore assez fraîche pour se souvenir que les huit années de ce président ont été celles d’une grande hypocrisie diplomatique et militaire. Mais le déni, dans ce domaine comme dans bien d’autres, est plus puissant que la mémoire. Les âmes sensibles sont outrées par l’idée de construire un mur à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. On a beau leur montrer les mille kilomètres de ce mur déjà construit, y compris sous le premier mandat d’Obama, cela n’a guère d’effet et n’entraîne aucune interrogation sur les raisons pour lesquelles le bon président n’en n’a pas retiré une seule pierre. Un autre exemple est celui de la crise financière de 2008 et du retour au « plein emploi » huit ans plus tard : quel président n’aurait point réussi ce « prodige » en creusant le déficit de son pays, comme Barack Obama l’a fait, de près de 5000 milliards de dollars ? (…) Alors, que reste t-il de cet héritage Obama, au juste ? Une posture, bien évidemment. Après George W. Bush et le mensonge irakien (sic), n’importe quel président aurait été auréolé de gloire. On attendait d’Obama, toutefois, un peu plus qu’un physique avenant, un talent rhétorique et l’humour dont il a tant usé. Car c’est à ce que laisse un président que l’on mesure son impact, pas à sa performance sur la scène du pouvoir. L’Amérique n’est pas plus sympathique dans le monde qu’elle ne l’était avant son arrivée, ni plus sûre, ni plus égalitaire. Mais elle a la chance d’être un pays pragmatique : en ramenant au pouvoir, contre toute attente, les Républicains, elle a flanqué une gifle magistrale aux « progressistes » qui se croyaient tout permis. Elle ne l’a pas fait par folie ou par irresponsabilité mais parce qu’elle a confiance dans la capacité de ses institutions à « encaisser » ce type de choix démocratique, si perturbant soit-il pour des milieux qui s’estiment mieux éduqués et éclairés que les autres. On appelle cela l’alternance, une banalité que les Démocrates veulent aujourd’hui faire passer pour un scandale et une catastrophe. Cherchez l’erreur. Stéphane Trano
Obama, franchement il fait partie des gens qui détestent l’Amérique. Il a servi son idéologie mais pas l’Amérique. Je remets en cause son patriotisme et sa dévotion à l’église qu’il fréquentait. Je pense qu’il était en désaccord avec lui-même sur beaucoup de choses. Je pense qu’il était plus musulman dans son cœur que chrétien. Il n’a pas voulu prononcer le terme d’islamisme radical, ça lui écorchait les lèvres. Je pense que dans son cœur, il est musulman, mais on en a terminé avec lui, Dieu merci. Evelyne Joslain
Ce sont des propos scandaleux. On lui a demandé immédiatement de quitter le plateau. Elle nous a été recommandée par les “Republicans Overseas” puisqu’on cherchait à avoir une sensibilité pro-Trump sur le plateau. C’était une mauvaise recommandation. Pour nous ce sont des propos inacceptables sur notre antenne. On les condamne fermement. Hervé Béroud (directeur général de BFMTV)

Cachez cette vérité que je ne saurai voir !

Utilisation systématique des coups bas dès sa première élection au sénat, autobiographies largement bidonnées et écrites à plusieurs mains, utilisation massive et secrète des éliminations ciblées, mensonges ou non-dits électoralistes sur l’attentat de Benghazi, profilage du fisc pour les seuls groupes d’opposition,  mise sur écoute – presse comprise – de la planète entière, abandon de l’Irak et de la Syrie ouvrant la porte à la barbarie de l’Etat islamique et à la véritable invasion – terroristes compris – de l’Europe, auto-aveuglement quasi-pathologique et refus criminel de nommer même l’origine du terrorisme islamique, élargissement irresponsable et électoraliste de djihadistes notoires, passage en force et à tous prix de l’assurance universelle, aggravation abyssale du déficit fédéral, revirements démagogiques et imposition au plus haut niveau des aberrations du mariage pour tous et des toilettes transgenres, gesticulations hypocrites sur les armes à feu, utilisation systématique de la carte raciale, véritable sabordage de son propre parti (pas moins de 1042 sièges de parlementaire ou postes de gouverneur perdus), appels du pied secrets et reculs répétés devant les faits accomplis territoriaux tant russes que chinois, retour sur 40 ans de diplomatie américaine et abandon à la curée onusienne de la seule démocratie du Moyen-Orient, paiement secret de rançons et accord donnant accès à terme à l’arme nucléaire à un regime terroriste appelant ouvertement à l’annihilation d’un de ses voisins …

Au lendemain d’une intronisation du président Trump…

O combien rafraichissante après l’arrogance – dans le genre de l’instit qui siffle la fin de la récré – d’un 44e président appelant ses concitoyens, on s’en souvient, à « mettre de côté les choses de l’enfance » …

Qui contre la multiplication des coups bas de l’administration de son prédécesseur et de sa claque des médias ou du show business

Et dans une capitale fédérale de fonctionnaires acquise depuis toujours et à plus de 90% – allez savoir pourquoi – au parti démocrate …

Marquait le retour de toute une partie du peuple américain jusqu’ici dénigrée

Par des élites plus que jamais coupées de la réalité …

Et qui sur nos plateaux de télévision a donné lieu au déferlement que l’on sait …

De hargne pour celui que s’est librement choisi le peuple américain…

Comme de désinformation partisane pour celui que ledit peuple venait de rejeter …

Comment ne pas s’émerveiller de ce véritable ovni qui a traversé un temps nos petits écrans français …

Avec les propos de cette journaliste française spécialiste des Etats-Unis …

 Bien vite désavoués et censurés du site de BFMTV …

Pour avoir tout simplement osé rappeler …

La véritable imposture et le véritable accident industriel qu’aura été …

Avec la complicité active des médias et pendant huit longues années …

La présidence du fidèle de 20 ans de l’ancien pasteur Jeremiah Wright ?

Gros malaise

« Obama déteste l’Amérique » : une invitée virée du plateau de BFMTV

« Ce sont des propos scandaleux. On lui a demandé immédiatement de quitter le plateau », a expliqué à Buzz Feed Hervé Béroud, directeur général de BFMTV.

BFMTV
20 Janvier 2017

À l’occasion de la passation du pouvoir entre Barack Obama et Donald Trump, l’auteure pro-Trump Evelyne Joslain était l’invitée de BFM TV. Elle devait commenter l’investiture du nouveau président des Etats-Unis. Cependant, tout ne s’est pas passé comme prévu sur le plateau de la chaîne.

En effet Evelyne Joslain a déclaré en plain direct : « Obama, franchement il fait partie des gens qui détestent l’Amérique. Il a servi son idéologie mais pas l’Amérique. » a-t-elle déclaré. Avant de continuer « Je remets en cause son patriotisme et sa dévotion à l’église qu’il fréquentait. Je pense qu’il était en désaccord avec lui-même sur beaucoup de choses. Je pense qu’il était plus musulman dans son cœur que chrétien. Il n’a pas voulu prononcer le terme d’islamisme radical, ça lui écorchait les lèvres

Je pense que dans son cœur, il est musulman, mais on en a terminé avec lui, Dieu merci. »

Inacceptable

Des propos très durs qui ont installé un certain malaise. D’après Buzz Feed, Evelyne Joslain a même été priée de quitter le plateau. « Ce sont des propos scandaleux. On lui a demandé immédiatement de quitter le plateau. Elle nous a été recommandée par les “Republicans Overseas” puisqu’on cherchait à avoir une sensibilité pro-Trump sur le plateau. C’était une mauvaise recommandation. Pour nous ce sont des propos inacceptables sur notre antenne. On les condamne fermement « , a commenté Hervé Béroud, directeur général de BFMTV, contacté par Buzz feed.

Sur la Toile, les internautes ont également réagi.

Voir aussi:

Pour une intervenante de BFMTV, Obama est «musulman dans son cœur»
Evelyne Joslain, essayiste française pro-Trump invitée par BFMTV, a tenu des propos étranges —voire complotistes, à l’antenne de la chaîne.

Jules Darmanin

Buzzfeed

20 janvier 2017

Barack Obama quitte la Maison-Blanche ce vendredi 20 janvier, jour de l’investiture de Donald Trump en tant que 45e président des États-Unis. BFMTV couvre l’événement en direct avec plusieurs intervenants. Parmi eux, l’auteure et essayiste pro-Trump Evelyne Joslain.

Voici ce qu’elle avait à dire sur Obama et la religion.

«Je remets en cause son patriotisme et sa dévotion à l’église qu’il fréquentait. Je pense qu’il était en désaccord avec lui-même sur beaucoup de choses. Je pense qu’il était plus musulman dans son cœur que chrétien. Il n’a pas voulu prononcer le terme d’islamisme radical, ça lui écorchait les lèvres. Je pense que dans son cœur, il est musulman, mais on en a terminé avec lui, Dieu merci», a-t-elle dit avant d’être coupée par un présentateur sur le plateau, qui souhaitait changer de sujet.

Cet article de Newsweek explique bien le parcours religieux de Barack Obama, qui n’a pas été vraiment élevé dans un foyer religieux, mais qui s’est tourné vers le protestantisme réformiste alors qu’il était adulte.

Toutefois, en 2012, un sondage a montré que 17% des Américains pensaient que le président était musulman, ce qui a été une théorie du complot récurrente lors de son mandat.

Evelyne Joslain a également affirmé que le président sortant des États-Unis faisait «partie des gens qui détestent l’Amérique».

«Obama, franchement il fait partie des gens qui détestent l’Amérique. Il a servi son idéologie mais pas l’Amérique. (…) Le chômage n’est pas très important parce que vous croyez aux statistiques.»

Contacté par BuzzFeed News, Hervé Béroud, directeur général de BFMTV, a dénoncé des «propos inacceptables».

«Ce sont des propos scandaleux. On lui a demandé immédiatement de quitter le plateau. Elle nous a été recommandée par les “Republicans Overseas” puisqu’on cherchait à avoir une sensibilité pro-Trump sur le plateau. C’était une mauvaise recommandation. Pour nous ce sont des propos inacceptables sur notre antenne. On les condamne fermement», a-t-il dit à BuzzFeed News.

Voir également:

Trump. Entretien avec Evelyne Joslain, auteur de Trump, pour le meilleur et pour le pire
Vivien Hoch
docteur en philosophie et consultant en communication politique
Les Observateurs
06.07.2016

Evelyne Joslain est spécialiste de la politique américaine. Elle nous accorde en entretien en exclusivité à l’occasion de la sortie de son dernier livre sur le phénomène Donald Trump.

1° LesObservateurs.ch – Après avoir publié des livres sur le Tea Party, vous vous attaquez à la « montagne » Donald Trump. Quel lien y a-t-il entre les deux ? Trump est-il la continuité du Tea Party, ou consacre-t-il une rupture avec ce mouvement ?
Evelyne Joslain. Mon livre est non seulement la suite du Tea Party car oui, le mouvement Trump englobe la plupart des groupes Tea Party, même si là aussi les élites du mouvement diffèrent quelque peu de leur base, mais aussi de mon Obama: de la Déconstruction de démocratie en Amérique. Trump exploite l’aversion viscérale du pays profond pour les « élites » corrompues qui leur ont failli en tout. J’explique tout cela dans le détail.
2° Votre livre s’intitule « Trump, pour le meilleur et pour le pire ». Le meilleur, d’accord. Mais pourquoi le pire ?
C’est la formule d’engagement et de foi dans le mariage. Si on épouse, c’est que le meilleur semble valoir largement de risquer le pire.
3° Trump provoque une haine sans précédent des médias et de la classe politique partout dans le monde. Cela n’est pas étonnant. Mais pourquoi tout une partie de la droite le déteste encore ?
Les médias français sont eux-mêmes totalement désinformés puisqu’ils ont pour source les MSM américains tous très à gauche et qui ont bradé l’éthique journalistique contre l’idéologie soixante-huitarde. C’est un des aspects de la guerre culturelle que j’aborde aussi longuement dans mon livre.
La droite française, comme le GOP, est intimidée par les médias. Et n’oubliez pas qu’elle en est encore à croire qu’Obama est un être cérébral, exceptionnel…, qu’elle ne comprend ni Brexit ni Trump, bref qu’elle a le même logiciel que la gauche sur presque tout.
 
4° A-t-il réellement des chances de battre le clan Clinton, Obama qui l’a rejoint, les médias, les financiers, le show-bizz, Georges Soros et le système quasiment tout entier ?
Les chances de Trump, mathématiquement, sont en effet très réduites car le jeu démocratique est pipé, corrompu jusqu’à la moelle et que les votes des 7 millions d’illégaux illégalement « légalisés » par Obama vont peser.
Seule, une poussée populaire massive menée par le Donald a une chance de faire sauter les verrous.
Comme pour Brexit, il faudra espérer qu’au tout dernier moment le bien l’emporte sur le mal.
D’ici là, la gauche vicieuse fera tout, absolument tout pour discréditer Trump et faire élire la femme politique la plus corrompue de l’histoire.

C’est un combat titanesque.

Evelyne Joslain, spécialiste des Etats-Unis, est l’auteur de Trump: pour le meilleur et pour le pire, explique le phénomène populaire outre-atlantique autour du candidat républicain.
 Europe 1
01 octobre 2016

INTERVIEW Cinq jours après le premier débat qui a opposé les deux candidats à l’élection présidentielle américaine, Évelyne Joslain, spécialiste des États-Unis, auteur de Trump: pour le meilleur et pour le pire*, explique, samedi au micro d’Europe 1, l’engouement populaire outre-atlantique autour du candidat républicain.

« Des gens attendent des heures sous la pluie pour le voir ». « Il existe une presse particulièrement biaisée sur Donald Trump », avance d’emblée Evelyne Joslain. Elle-même est membre des Republicans Overseas, une organisation créée en 2013 et permettant aux Américains vivant à l’étranger de suivre les élections, notamment ceux qui seraient tentés pas un vote républicain. La chercheuse ne cache pas son parti pris : « C’était la même chose en 2008, sauf que tout était en faveur d’Obama ».

Crédité de 38% d’intention de vote selon un dernier sondage, Donald Trump incarne, d’après Evelyne Joslain, le candidat qui fédère l’Amérique entière : « Des gens attendent des heures entières sous la pluie pour le voir puis entrent dans le calme dans les meetings », explique t-elle. « Clinton n’essaie même pas de faire la même chose, elle sait qu’elle ne réussirait pas ». Elle estime d’ailleurs que le débat qui l’a opposé à la candidate démocrate était peu favorable à Trump : « Le modérateur servait la soupe à Clinton et le public lui était hostile », regrette Evelyne Joslain. « On espère qu’il va régler son compte à Clinton, qui est une femme corrompue ».

OPA réussie sur le Parti républicain. Selon la spécialiste, pas de comparaison possible entre Donald Trump et les candidats de la droite française : « Le parallélisme est forcément réduit. A la limite, on pourrait penser au mouvement Ukip (le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, dirigé par Nigel Farage, ndlr) », précise t-elle. « Il est le candidat du changement face au déclin, qui a fait une OPA réussie sur le parti républicain », sourit Evelyne Joslain. « C’est un phénomène unique, propre aux Etats-Unis ».

« Pas que le candidat de l’Amérique blanche et rurale ». Evelyne Joslain l’assure, l’électorat ouvrier et blanc a réellement adhéré aux idées de Donald Trump. « Mais pas seulement », insiste la spécialiste : « Ses thèmes sont porteurs, il rassemble beaucoup d’autres gens, comme les intellectuels ». Pour elle, le candidat républicain n’est « pas que le candidat de l’Amérique rurale et blanche ». Et si Trump réunit autant de monde, c’est pour son programme, notamment « sa volonté de renégocier les marchés internationaux qui sont tous en défaveur des Etats-Unis », répète Evelyne Joslain, qui souhaite aussi montrer que le candidat républicain n’est pas seulement obsédé par l’immigration.

Quid de la politique étrangère ? « Il a des idées novatrices mais c’est là où on l’entend le moins », concède la spécialiste. « On ignore ce qu’il va faire et il reste très prudent ».

*Trump, pour le meilleur et pour le pire, Presse de la Délivrance, 2016.

Voir de plus:

Rares sont les observateurs européens à se prononcer ouvertement pour Donald Trump en vue de l’élection présidentielle américaine. L’essayiste Evelyne Joslain a expliqué pourquoi son choix s’est rapidement porté sur le milliardaire.

Europe 1

03 août 2016

INTERVIEW »J’ai toujours dit que c’était le meilleur. » Invitée d’Europe 1 mercredi matin, l’essayiste Évelyne Joslain n’a pas caché sa préférence pour Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche.

Seul capable de battre « le monstre Clinton ». Membre des Republicans Overseas, elle est l’une des premières observatrices de la politique américaine à avoir parié sur le milliardaire. « Dès son entrée en campagne le 15 juin 2015 », précise-t-elle, « parce que les seize autres candidats ne m’emballaient pas. Ils avaient tous de grandes qualités mais je n’en voyais aucun capable de battre le monstre Hillary Clinton« . Auteure du premier ouvrage pro-Trump, Trump, pour le meilleur et pour le pire, Évelyne Joslain s’agace du traitement médiatique que réserve la presse occidentale à son champion. « Les médias continuent à le présenter comme un clown. Ils restent tous récalcitrants à l’idée d’un président Trump », juge-t-elle.

Une confiance indéfectible. Les nombreuses polémiques à l’encontre de Donald Trump n’ont pas altéré la confiance de l’essayiste envers le candidat à la Maison-Blanche. Ses récents propos sur les parents d’un soldat américain musulman mort au combat lui ont attiré une vague de réactions indignées au sein même de son propre parti. Pas de quoi paniquer, selon Evelyne Joslain. « Il y a une minuscule fraction du parti républicain résolument anti-Trump – sans doute pour des intérêts particuliers – et qui est prête à lui sauter dessus encore plus férocement que la gauche. On ne peut pas les prendre au sérieux, ils ne sont que 5% », balaie l’essayiste. Donald Trump « ne veut pas rentrer dans un moule politiquement correct. Il ne veut pas être poli quand il est attaqué, comme par le père de ce soldat américain, vicieusement », affirme-t-elle.

Des polémiques qui servent Trump. À en croire Évelyne Joslain, ces multiples polémiques serviraient même les intérêts du milliardaire. « Donald Trump, lui, se moque éperdument qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas. Il a remarqué que tout ce qui était présenté comme une gaffe, une bavure ou une provocation, faisait un tollé dans la presse de gauche. Cela se manifestait ensuite par un gain de popularité et des voix supplémentaires », se réjouit-elle. En dépit des sondages – qui voient désormais Donald Trump devancé de huit points par Hillary Clinton – Évelyne Joslain en est certaine : « Trump a autant de chance de gagner qu’Hillary Clinton ».

Voir encore:

Feu sur la Maison Blanche !

Comment apprendre à haïr Donald Trump en 5 leçons…

C’est pas bien compliqué. Il suffit de lire nos journaux, d’écouter nos radios et de regarder nos télévisions.

Benoit Rayski

Causeur
21 Janvier 2017

1ère leçon. Lors de l’investiture du nouveau président américain, des « résistants » se sont dressés dans les rues de Washington. Oui des « résistants » selon les radios de service public ! Ils ont crié que Trump n’était pas « légitime ». Ils ont aussi brisé des vitrines et cassé du mobilier urbain (mais ça, pour le savoir, il faut lire le Washington Post et le New York Times). Ils n’étaient que quelques centaines (et ça aussi, pour le savoir, il faut se plonger dans la presse américaine).

2ème leçon. Elle est un peu plus compliquée et nécessite toute votre attention. L’Agence France Presse a mis sur son fil deux photos juxtaposées. L’une montrant la foule massée devant le Capitole pour l’investiture d’Obama. L’autre avec les centaines de milliers d’Américains venus assister à l’investiture de Trump. Sur la première, c’est noir de monde. Sur la seconde, c’est nettement plus clairsemé. Vous avez compris le message de l’AFP ? Ca c’est de l’information ! Ce que notre agence nationale a oublié de préciser, c’est qu’à Washington, où se trouve le Capitole, Trump n’a obtenu que 5 % des suffrages. Un oubli vraiment ?

3ème leçon. Une chaîne de télévision française nous apprend qu’une des premières mesures de Donald Trump sera de faire adopter une loi permettant de « déporter » 2 millions d’étrangers en situation irrégulière. En français, le mot « déporter » est lourd de signification. Les « déporter » où ? Auschwitz a depuis longtemps fermé ses portes. Reste Guantanamo. Mais c’est tout petit et prévu seulement pour quelques centaines de personnes. Alors nous, on veut savoir où…

4ème leçon. Il y a aux Etats-Unis une femme courageuse. Elle est française. Cocorico ! Sophie Théallet, c’est son nom, est créatrice de mode. Elle a fait savoir qu’elle refusait catégoriquement d’habiller Mélania Trump. Sophie Théallet a des valeurs. Et ce ne sont pas celles du président des Etats-Unis « raciste et sexiste ». Tous nos journaux saluent son « courage ». On a les Jeanne d’Arc qu’on mérite. Ce que les journaux ne disent pas, c’est que Mélania Trump n’a aucunement sollicité Sophie Théallet. Manifestement, cette information est sans importance.

5ème leçon. Compte tenu de la défection de Sophie Théallet, le risque (si c’est un risque…) était grand de voir apparaître Mélania Trump nue lors du bal qui a suivi l’investiture de son époux. Mais ce délicieux spectacle nous a été épargné. Le couturier Hervé Pierre, français lui aussi, s’est dévoué. Mélania Trump portait une tenue dessinée par lui. Une robe crème, fendue, avec les épaules dénudées. La presse française n’a pas encore réagi à cette information qui fait honte à la réputation de notre pays. Mais ça ne va pas tarder, et nous apprendrons bientôt qu’Hervé Pierre ne mérite pas d’être français. Et que Mélania Trump est une allumeuse.

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Le Grand Mensonge des Démocrates Américains

Stéphane Trano

Marianne

8 janvier 2017

On ne peut pas blâmer les Démocrates américains de tenter, par tous les moyens, de masquer la portée de leur échec en l’attribuant à toutes sortes de motifs, même les plus fantaisistes. La pilule est certes amère. Toutefois, la part la plus intéressante de cette hystérie collective est le phénomène d’auto-persuasion qui en est le moteur et que la plupart des grands médias du pays alimentent.

L’argument numéro un des perdants est la faillite du système électoral et, en particulier, le fait que la candidate démocrate, Hillary Clinton, a remporté le scrutin populaire. C’est oublier que la situation, même si elle n’est pas commune, s’est produite à quatre reprises au cours de l’Histoire des Etats-Unis, et qu’elle ne constitue pas de difficulté particulière aux termes de la Constitution. De plus, le 115ème congrès, sorti des urnes le 8 novembre 2016 et en fonction depuis le 3 janvier 2017, a vu 52% des électeurs voter pour les Républicains au Sénat et 55% à la Chambre des représentants. Il n’y a donc aucune anomalie dans les élections de 2016 de ce point de vue.

Le second argument est celui du piratage informatique à grande échelle des élections, sur ordre du président russe Vladimir Poutine, afin de faciliter l’élection de Donald J. Trump. Là encore, l’idée ne tient pas debout. Aucune trace de défaillance dans le nombre limité de votes électroniques aux élections n’a été décelée. Les services du renseignement américain, en dépit de leur conviction affichée selon lesquelles il existe un indice « haut » de confiance dans le fait qu’il y a eu piratage, ne sont pas tenus de produire le moindre élément de preuve au public, puisque de telles informations sont par essence classées « secret défense ». Il faut donc les croire sur parole.

Poussés par ceux qui demeurent sceptiques sur la manière dont on s’y prend pour influencer le résultat d’une élection par des moyens électroniques, des experts affirment, par dizaines, que le régime russe a répandu de « fausses informations » à grande échelle afin de porter atteinte à l’image de la candidate Hillary Clinton. Les mêmes sont incapables d’expliquer concrètement comment l’on s’y prend et pourquoi il faut des « hackers » pour influencer les esprits dans leur choix lors d’un vote.

Une mauvaise candidate

Hillary Clinton n’a eu besoin ni de Vladimir Poutine, ni de Julien Assange et encore moins de « pirates » pour perdre les élections de 2016. Ce ne sont pas de prétendues « fausses » informations qui ont heurté sa réputation déjà bien entamée auprès de nombreux électeurs américains, par exemple, dans l’affaire des emails, mais au contraire, son refus obstiné de prendre cette affaire au sérieux et de répondre aux interrogations. On ne voit pas, non plus, quelles « fausses » informations ont poussé l’électorat noir américain à se sous-mobiliser lors du vote du 8 novembre, ou les femmes et les plus jeunes à bouder sa candidature, après la défaite de Bernie Sanders lors des primaires démocrates.

Hillary Clinton, dont l’ambition n’est pas éteinte par la défaite, a affiché un visage froid, autoritaire et cassant, durant sa campagne. Elle n’a pas su développer un programme à la fois lisible et crédible, qui aurait pu emporter un vote, à la fois populaire et du collège électoral, si tranché qu’il n’y aurait eu aucune contestation. Comment, en effet, se revendiquer de l’héritage de Barack Obama, lorsque cet héritage peine à brandir autre chose que l’Obamacare, dont même les démocrates savent qu’il n’est pas financé au-delà de 2017 et coûte, en réalité, une fortune au regard des bénéfices qu’il apporte ?

Mensonges et déni

Car au-delà de cette loi sur la santé qui n’est en rien un système généreux et égalitaire tel qu’on le pense du côté des Européens, c’est le vide. Même si le Secrétaire d’Etat John Kerry blâme ces derniers jours le gouvernement anglais, prétendant qu’il est à l’origine de l’incapacité d’Obama à agir plus concrètement et durablement au Moyen-Orient contre l’état islamique, la mémoire de tous est par chance encore assez fraîche pour se souvenir que les huit années de ce président ont été celles d’une grande hypocrisie diplomatique et militaire. Mais le déni, dans ce domaine comme dans bien d’autres, est plus puissant que la mémoire.

Les âmes sensibles sont outrées par l’idée de construire un mur à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. On a beau leur montrer les mille kilomètres de ce mur déjà construit, y compris sous le premier mandat d’Obama, cela n’a guère d’effet et n’entraîne aucune interrogation sur les raisons pour lesquelles le bon président n’en n’a pas retiré une seule pierre.

Un autre exemple est celui de la crise financière de 2008 et du retour au « plein emploi » huit ans plus tard : quel président n’aurait point réussi ce « prodige » en creusant le déficit de son pays, comme Barack Obama l’a fait, de près de 5000 milliards de dollars ?

La période 2008-2016 n’a pas non plus été celle de législations majeures en matière d’armes à feu, d’incarcérations, de recul de la peine de mort, de maîtrise des frais de scolarité ou de gestion des prêts étudiants parvenus à des hauteurs astronomiques.

Quel est donc ce succès dont les Démocrates se revendiquent au juste? Est-ce celui des villes défigurées sous les coups de boutoir du géant Amazon, à la fois propriétaire du puissant Washington Post et importateur massif de toutes les chinoiseries possibles qui inondent un marché américain ou l’on ne sait plus fabriquer une chaussette? Est-celui de Saint Zuckerberg, le jeune patron de Facebook, « le » média des « millénaires » qui ne savent plus à quoi ressemble un livre et qui entre désormais en politique avec de hautes ambitions? Est-ce celui du mariage gay et de la dépénalisation du cannabis, hautes priorités s’il en est dans un monde où tout le monde se fout des 250 000 morts du Sud Soudan, bien moins « sexy » que ceux de Syrie?

Quel héritage Obama?

Alors, que reste t-il de cet héritage Obama, au juste ? Une posture, bien évidemment. Après George W. Bush et le mensonge irakien, n’importe quel président aurait été auréolé de gloire. On attendait d’Obama, toutefois, un peu plus qu’un physique avenant, un talent rhétorique et l’humour dont il a tant usé. Car c’est à ce que laisse un président que l’on mesure son impact, pas à sa performance sur la scène du pouvoir. L’Amérique n’est pas plus sympathique dans le monde qu’elle ne l’était avant son arrivée, ni plus sûre, ni plus égalitaire. Mais elle a la chance d’être un pays pragmatique : en ramenant au pouvoir, contre toute attente, les Républicains, elle a flanqué une gifle magistrale aux « progressistes » qui se croyaient tout permis. Elle ne l’a pas fait par folie ou par irresponsabilité mais parce qu’elle a confiance dans la capacité de ses institutions à « encaisser » ce type de choix démocratique, si perturbant soit-il pour des milieux qui s’estiment mieux éduqués et éclairés que les autres. On appelle cela l’alternance, une banalité que les Démocrates veulent aujourd’hui faire passer pour un scandale et une catastrophe.

Cherchez l’erreur.

Voir enfin:

Josiane Filio

Riposte laïque

21 janvier 2017

C’est plus fort que tout ; ils n’arrivent pas à s’y faire et ont vraiment du mal à digérer l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique !

« Ils », ce sont les membres de l’auto proclamé « camp du bien », n’hésitant pas à maquiller le succès de la cérémonie de son investiture, en échec qui aurait fait rigoler la terre entière, grossissant les manifestations hostiles de quelques centaines d’intolérants à leur image, pour mieux masquer l’immense satisfaction des représentants bien plus nombreux du peuple américain, et ce malgré toutes leurs manipulations qui se sont révélées inutiles !

Défenseurs en France du plus ridicule ersatz de président qu’il nous fut donné d’avoir, ils se gaussent d’un homme ne présentant pas les critères de beauté en usage dans leur monde ; pourtant il me semblait bien qu’il était défendu de se moquer du physique d’une personne, sous peine d’avoir de gros ennuis avec la « justice ». Mais j’ai du mal comprendre, ou alors cette règle, comme beaucoup d’autres, n’est imputable qu’au citoyen lambda … membre du camp du mal, celui des patriotes ?

Allez savoir avec cette engeance !

En tout cas la machine à enfumer les citoyens marche à fond et ne va pas tarder à « péter une durite » s’ils continuent à cette cadence, totalement inconscients du ridicule offert par la bien-pensance aux sans-dents français qui se réjouissent.

Tenez, par exemple la chaine BFMTV qui n’a pas hésité à virer de son plateau Evelyne Joslain, spécialiste des États-Unis et pro-Trump, qu’ils avaient invitée pour leur édition spéciale consacrée à la cérémonie d’investiture … mais qui n’a pas tenu les propos « politiquement corrects » attendus !

Il est vrai que déclarer, en direct, « Je pense que Barack Obama était plus musulman dans son cœur que chrétien. Il n’a pas voulu prononcer le terme d’islamisme radical, ça lui écorchait les lèvres. Je pense que dans son cœur, il est musulman, mais on en a terminé avec lui, Dieu merci », doit être parfaitement intolérable aux oreilles des pisse-froid de la presse vendue aux pouvoirs, peu habituée aux contradictions puisque s’arrangeant toujours pour débattre « entre soi », permettant ainsi d’offrir une « vitrine » bien lisse et formatée selon la règle.

Madame Joslain, qui en sait bien plus long sur les Etats-Unis que les marionnettes de la chaîne, a certainement cru que cette invitation étant une preuve de leur ouverture aux autres, notamment aux contradicteurs (manœuvre grossière pour entuber une nouvelle fois les téléspectateurs) y est allée de bon cœur, aggravant son cas en ajoutant plus tard : « Barack Obama, franchement il fait partie des gens qui détestent l’Amérique. Il a servi son idéologie mais pas l’Amérique ».

La boulette !

Oser délaisser la langue de bois obligatoire sur cette chaîne, est carrément suicidaire ; c’est d’ailleurs ce qui est arrivé puisque le directeur général (un certain Hervé Béroud) a exprimé sa grosse colère par ces mots : « ce sont des propos scandaleux, inacceptables sur notre antenne, nous les condamnons fermement » … précisant tout de même que le but du jeu en invitant cette intervenante, c’était d’avoir sur le plateau « une sensibilité pro-Trump » ! Vous voyez le topo ?

Manque de bol, « ils » n’avaient pas pensé un instant que l’intéressée se laisserait aller ainsi avec autant de morgue en attaquant le si formidable ex-président … qui a pourtant donné ces jours derniers, au monde entier, toute  la mesure de sa rouerie et de sa dangerosité !

Comme Madame Joslain je suis heureuse qu’enfin « on en ait terminé avec lui ! ».

A signaler qu’Evelyne Joslain avait déjà provoqué le courroux des bisounours en Août 2016, en déclarant sur Europe 1 que Hillary Clinton était une femme corrompue.

http://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/investiture-de-trump-bfmtv-vire-une-invit%C3%A9e-de-son-plateau-apr%C3%A8s-des-%C2%ABpropos-inacceptables%C2%BB/ar-AAm3Wui?li=BBwlBpb&ocid=spartanntp

Chez d’autres roquets aux basques du pouvoir, il y a aussi ceux qui se sont gaussés de l’épisode du cadeau de la belle Mélania Trump à Michelle Obama (qui elle aussi m’a bien déçue, alors que j’avais tant admiré son refus de porter le voile en visite en pays musulman), prouvant une nouvelle fois leur profond mépris pour qui n’est pas de leur caste.

https://www.youtube.com/watch?v=w8of8Ay35TA

Sur cette vidéo on constate qu’effectivement Michelle Obama ne sait trop quoi faire de ce cadeau puisque naturellement elle ne sait où le poser, mais les commentaires ajoutés sur celle figurant dans l’article du Huffingtonpost (lien ci-dessous) sont du plus mauvais goût.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/20/michelle-obama-na-pas-pu-cacher-sa-gene-devant-le-cadeau-de-mel/

Mais ils peuvent bien tempêter, jurer, mentir encore et encore, tous ces minus qui ne lui arrivent pas à la cheville question courage ; le principal intéressé, grand bosseur devant l’éternel (4 heures de sommeil par nuit lui suffiraient), s’en fout comme de sa première chemise, et s’est déjà mis au boulot, notamment en signant dès vendredi, un premier décret concernant le système de santé américain, qui vise à entamer le démantèlement de l’ « Obamacare », une des réformes emblématiques du mandat de Barack Obama ; qualifiée par le nouveau président de « désastre complet » qui devrait être remplacé par « un système de santé bien moins cher et bien meilleur » … ce que ne disent pas ceux qui crient « au charron » devant cette décision.

Et ce n’est que le commencement !

Comparé à notre mollusque qui n’en branle pas une (si j’ose dire, oups !) hormis se pavaner aux quatre coins de la planète, à nos frais, cela laisse rêveur !

En revanche, du côté de ses fans, m’est avis qu’on n’a pas fini de sangloter dans les « chaumières » des beaux quartiers bobos ! Et rien que cela me donne un immense espoir pour l’avenir du monde entier, et bien évidemment de la France.


Journée de la déclaration des droits/225e: Ces dons de Dieu sont antérieurs et supérieurs à toute législation humaine (Happy Bill of Rights Day !)

15 décembre, 2016
christy-four-freedomsCrédits Photo: Sébastien SORIANO/LE FIGARO
Sans doute vous m’appliquerez ce proverbe: Médecin, guéris-toi toi-même; et vous me direz: Fais ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons appris que tu as fait à Capernaüm. Mais je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. Jésus (Luc 4:23-24)
Afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre,  il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Préambule de la Déclaration d’indépendance (le 4 juillet 1776)
 Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (article premier, 1789)
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard
Il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art, et qu’Yvetot donc vaut Constantinople ; et qu’en conséquence l’on peut écrire n’importe quoi aussi bien que quoi que ce soit. L’artiste doit tout élever ; il est comme une pompe, il a en lui un grand tuyau qui descend aux entrailles des choses, dans les couches profondes. Il aspire et fait jaillir au soleil en gerbes géantes ce qui était plat sous terre et qu’on ne voyait pas.Gustave Flaubert (lettre à Louise Colet, 25 juin 1853
La bonne et la mauvaise société doivent être étudiées. La vérité est dans tout. Flaubert (à Ernest Chevalier. 24 février 1842)
Il n’y a ni beaux ni vilains sujets et on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses. Flaubert (à Louise Colet, 16 janvier 1852)
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu (1992)
La Révolution n’a fait que catalyser un tricolore qui était déjà dans l’air du temps, porté depuis plusieurs années par ceux qui se revendiquaient de la révolution américaine. Michel Pastoureau
En fait, la Révolution française n’est qu’un aspect d’une révolution occidentale, ou plus exactement atlantique, qui a commencé dans les colonies anglaises d’Amérique peu après 1763, s’est prolongée par les révolutions de Suisse, des Pays-Bas, d’Irlande avant d’atteindre la France en 1787 et 1789. Jacques Godechot
La Révolution américaine qui précéda la Révolution française, a influencé les débats de l’Assemblée constituante française autour de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen. Parmi les députés siégeaient en effet treize hommes qui sont allés en Amérique du Nord ou qui admirent la Révolution américaine : ce groupe informel des « Américains » est constitué des nobles envoyés en Amérique, comme officiers, par le Roi Louis XVI pour soutenir la guerre d’indépendance américaine. Il comprenait le marquis de La Fayette, le vicomte de Noailles (qui proposa la fin des privilèges et des droits seigneuriaux le 4 août 1789), les frères Lameth, le marquis de Ségur, le comte Mathieu de Montmorency, le duc de la Rochefoucauld d’Enville (qui traduit la Constitution américaine de 1787 en français) ; on peut ajouter le marquis de Condorcet qui publia De l’influence de la révolution de l’Amérique sur l’Europe. (…), l’influence américaine est surtout l’exemple de la mise en œuvre de principes révolutionnaires énoncés dans sa déclaration d’indépendance, Condorcet admettant, en introduction, que ces principes sont issus des philosophes Européens. La Déclaration des Droits américaine est l’un des éléments ayant pu inspirer la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen ; La Fayette fut le premier à présenter un projet de Déclaration en France, projet qui avait été discuté avec Thomas Jefferson, l’un des Pères fondateurs des États-Unis. Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Wikipedia
They preached equality because they believed in the fatherhood of God and the brotherhood of man. They justified freedom by the text that we are all created in the divine image, all partakers of the divine spirit.  From this teaching flowed the emerging American rejection of monarchy and our bold embrace of democratic self-government. (…) If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it. (…) Equality, liberty, popular sovereignty, the rights of man . . . are ideals. They have their source and their roots in the religious convictions. . . . Unless the faith of the American people in these religious convictions is to endure, the principles of our Declaration will perish. (…) We live in an age of science and of abounding accumulation of material things. These did not create our Declaration. Our Declaration created them. The things of the spirit come first. . . . If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it.  President Calvin Coolidge (150th anniversary of the Declaration of Independence, 1926)
Like Tocqueville, who attributed America’s strength to its unique fusion of the spirit of liberty and the spirit of religion, Coolidge is rightly concerned about what will happen to the sturdy tree of liberty should its cultural roots decay. It is a question worth some attention as we eat our barbecue and watch the fireworks. Leon Kass
 ‘Le genre humain avait perdu ses titres: Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus’ (Voltaire). Mais il ne suffit pas qu’ils soient écrits dans les livres des philosophes et dans le coeur des hommes vertueux, il faut que l’homme ignorant ou faible puisse les lire dans l’exemple d’un grand peuple. L’Amérique nous a donné cet exemple. (…) Le spectacle d’un grand peuple où les droits de l’homme sont respectés, est utile à tous les autres, malgré la différence des climats, des moeurs et des constitutions. Il apprend que ces droits sont partout les mêmes. (…)  Tels sont les biens que l’humanité entière doit attendre de l’exemple de l’Amérique, et nous serions surpris qu’on regardât comme chimériques ces avantages, parce qu’ils n’ont pas une influence immédiate et physique sur le sort des individus. Ce serait ignorer que le bonheur des hommes réunis en société dépend presque uniquement des bonnes lois, et que, s’ils doivent leur premier hommage au législateur qui réunit à la sagesse de les concevoir la volonté et le pouvoir de les prescrire, ceux qui, par leur exemple ou par leurs leçons, indiquent à chaque législateur les lois qu’il doit faire, deviennent après lui les premiers bienfaiteurs des peuples. Condorcet (1786
Il n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre. Alexis de Tocqueville
Il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. Louis XVI
En me replongeant dans les écrits de Bastiat, j’ai découvert une défense de la liberté et de l’autonomie individuelle à la fois élégante et puissante. (…) Bastiat nous a rappelé que le sens du pouvoir va des individus vers le haut, et non de l’État vers le bas. C’est un message de tous les temps. Margaret Thatcher
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, 16 mars 2005)
Beaucoup d’entre vous connaissent certainement le nom de l’économiste français Fréderic Bastiat et sa célèbre Pétition des marchands de chandelles, qui est devenue un texte connu et aujourd’hui déjà classique dans les manuels démontrant l’absurdité de l’ingérence politique dans l’économie. Le 14 novembre 2008, la Commission européenne a exaucé la pétition réelle et non fictive des marchands de chandelles en grevant les chandelles importées de Chine de droits de douane de 66%. Je ne croyais pas qu’un texte littéraire écrit il y a 160 ans puisse devenir une réalité, mais cela est arrivé. Václav Klaus (président de la République tchèque, devant le Parlement européen, le 20 février 2009)
Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple). Le vocable de libéralisme fait son apparition au début du XIXe siècle (on trouve le mot dans le Journal de Maine de Biran en 1818, et le terme de liberalism se trouve dans le New English Dictionary dès 1819). Les racines du libéralisme sont plus anciennes. L’opposition à la dictature de l’absolutisme du souverain est développée au fil des siècles notamment par la montée du scepticisme face au droit divin dans l’Europe des Lumières (XVIIIe siècle), mais aussi auparavant par la scolastique de l’École de Salamanque (XVIe siècle) faisant obligation morale au souverain de respecter les droits fondamentaux de chaque être humain au motif de sa nature de créature de Dieu, ou plus anciennement par les chartes médiévales (telles la Magna Carta) introduisant des droits fondamentaux dont le respect est exigé du souverain, ou encore par certains pans de la philosophie thomiste. La date des débuts formels du libéralisme ou de ses composantes politiques, économiques ou religieuses diffère selon les auteurs. De nombreux auteurs font débuter le libéralisme avec la Lettre sur la tolérance de John Locke (1689) qui complète les racines préexistantes.  Sur le plan politique, le libéralisme ne cherche pas à déterminer qui doit détenir le pouvoir : il fixe des limites à l’autorité politique, les moyens qu’elle peut ou ne peut pas utiliser. Cela a d’abord été une réponse à l’absolutisme des régimes de droit divin qui octroyait tous les pouvoirs aux monarques; par la suite, même la démocratie a vu émerger des structures politiques qui pouvaient aussi restreindre les prérogatives individuelles. Le libéralisme politique est consécutivement la doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l’État pour ramener celui-ci à la protection des droits et libertés individuelles. Sur le plan économique le libéralisme économique donne une grande place au principe de propriété individuelle et s’oppose aux pouvoirs qui perturbent le libre jeu de la concurrence. C’est tout autant l’étatisme ou l’État-providence qui instaurent des barrières au commerce, que la constitution de conglomérats ou ententes industriels qui acquièrent une position hégémonique sur le marché. L’accusation contemporaine la plus commune qui est portée contre le concept de libéralisme[1] comme pour sa pratique est qu’il n’accorderait quasiment aucune valeur à la réduction des inégalités et considérerait les politiques de solidarité comme dangereuses. Pour les libéraux, il s’agit de distinguer le fonctionnement de l’économie de la politique sociale, deux domaines ayant leurs propres objectifs. Ils considèrent que les mélanger crée des confusions, opacités et effets pervers au détriment des deux.(…) Ces droits, selon les libéraux, ne découlent pas d’une définition législative, ce sont des droits inhérents à la nature humaine et dont la légitimité est supérieure à toute loi. Le libéralisme économique n’en est qu’une conséquence directe, depuis le « laissez faire, laissez passer », mot d’ordre des physiocrates français au XVIIIe siècle en faveur de la libre circulation des biens et des marchandises, jusqu’à l’École autrichienne d’économie au XXe siècle. Les libéralismes social et moral sont aussi des conséquences, même si on les sépare du libéralisme économique car tout le monde n’adhère pas forcément simultanément aux trois. La thèse des droits naturels (droit à la vie, à la liberté et à la propriété) est largement développée par John Locke. De cette théorie est issue la conception moderne des droits de l’homme qui a fourni historiquement la justification idéologique de la Révolution américaine et de la Révolution française, sans pour autant préconiser la démocratie, de crainte que la « tyrannie de la majorité » (selon l’expression de Tocqueville) ne vienne limiter les droits individuels. Plusieurs libéraux contestent la thèse des droits naturels, et affirment que ces droits ne sont que des valeurs politiques (voir libéralisme politique). Les libéraux classiques soutiennent qu’en ce cas la société (via la démocratie) peut très bien limiter ou supprimer complètement la liberté de l’individu de façon tout à fait légale et démocratique (ce qui s’est produit par exemple avec l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir). Pour les tenants de la thèse des droits naturels (qualifiés également d’imprescriptibles dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen), il est clair que ces droits sont antérieurs et supérieurs à tout droit politique ainsi qu’à la démocratie. Il subsiste ainsi une différence marquée entre libéraux partisans du jusnaturalisme (la Raison comme source du droit : le droit naturel), et libéraux partisans du droit positif (l’État comme source du droit), les premiers étant parfois accusés de faire de la métaphysique, les derniers étant taxés de relativisme ou de soumission à l’État. Toutefois, tous les libéraux admettent l’insuffisance du seul droit positif : Hayek distingue la loi et la « règle de la loi » ; Bastiat affirme que « Personnalité, Liberté, Propriété (…) sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.» Ces droits ont un caractère universel, applicable à tous les hommes, sans égard au lieu ni à l’époque, ce qui les distingue de « droits » arbitraires fictifs : par exemple un droit au logement ne saurait être un droit naturel, car il est impossible à réaliser sans prendre aux uns pour donner aux autres, ce qui lui ôte tout caractère universel. Les droits des uns ne peuvent s’exercer aux dépens des droits des autres, plus précisément un droit ne peut s’exercer aux dépens d’une personne non consentante. Il faut noter que ces droits étaient déjà reconnus sous la monarchie : « il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. » (Louis XVI) L’éthique libérale découle des droits naturels, elle se ramène au principe de non-agression : ne pas voler autrui, ne pas utiliser la coercition ou la violence envers autrui, sauf pour se défendre d’une agression. C’est donc une éthique de tolérance, contraire au relativisme moral du collectivisme (selon lequel la fin justifie les moyens ou l’intérêt général doit prévaloir sur les options individuelles) La tradition libérale dont se réclament les libéraux remonte jusqu’au taoïsme original en Chine, à Aristote puis aux stoïques en Grèce. Au XVIe siècle, l’école de Salamanque, Montaigne, La Boétie et d’autres humanistes. Au XVIIe siècle, les levellers de la révolution anglaise, John Locke (qui fonde la philosophie libérale moderne). Au XVIIIe siècle, Montesquieu, Voltaire, les physiocrates, Turgot, Adam Smith, David Hume. La révolution américaine est riche d’auteurs libéraux, de Benjamin Franklin à Thomas Paine. Durant la Révolution française, les Girondins représentent le courant libéral, victimes de la Terreur étatique des Jacobins, et parmi ceux-là des factions de la Montagne. Quand ils ne sont pas combattus par la révolution ou par Napoléon, les libéraux sont dans l’opposition pacifique : Destutt de Tracy, Benjamin Constant (qui formalise l’essence du libéralisme). Au XIXe siècle, Jean-Baptiste Say, Charles Comte, Charles Dunoyer, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat (le classique par excellence), Gustave de Molinari; en Angleterre, Richard Cobden, John Stuart Mill, Lord Acton. Au XXe siècle, l’école autrichienne culmine avec Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, l’objectiviste Ayn Rand cristallise les valeurs libérales, Murray Rothbard popularise le libertarianisme; on citera aussi Henry Hazlitt, Leonard Read, David Friedman, Antony de Jasay, etc.; en France, Jacques Rueff, Raymond Aron, Jean-François Revel, Pascal Salin, Henri Lepage, etc. Il n’y a pas une école unique du libéralisme, d’autorité ni de fondateur. Il y a par exemple de grandes différences entre Hayek et Aristote, Frédéric Bastiat et Thomas Paine ou John Stuart Mill. Friedrich Hayek écrit ainsi que : « Il n’y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d’en faire un dogme immuable; il n’y a pas de règles stables, fixées une fois pour toutes. Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées et recourir le moins possible à la coercition. » Certains libéraux, les utilitaristes (par exemple Maurice Allais), sans prendre parti sur les prémisses philosophiques du libéralisme, justifient le libéralisme parce qu’il engendre les organisations sociales les plus efficaces d’un point de vue économique. Le libéralisme politique, expression qui est pour certains libéraux un oxymore, désigne une réalité variable selon les pays. Aujourd’hui aux États-Unis le liberalism désigne une tradition politique militant pour la démocratie et le régime constitutionnel, favorable en général aux libertés civiles et à l’économie de marché, mais souvent aussi interventionniste, et qui s’oppose à celle des conservateurs ou des socialistes ; dans ce sens le terme anglais liberal équivaut à centre-gauche, réformiste, démocrate ou social-démocrate (Jean-François Revel emploie le terme de progressiste), ce qui a peu de choses à voir avec le sens premier. Originellement, le libéralisme politique est le courant de pensée qui, depuis Locke, Hobbes et Montesquieu, est attaché à circonscrire l’action du pouvoir et de l’État, et à définir les rapports de la sphère politique avec l’individu (séparation des pouvoirs, « contre-pouvoirs », etc.). En général est préconisée la démocratie libérale, que l’on connaît depuis le XIXe siècle dans la plupart des états occidentaux. Les libéraux les plus radicaux, les anarcho-capitalistes, affirment que la sphère des attributions légitimes du pouvoir politique est vide. Les libéraux plus modérés, les minarchistes, pensent qu’il existe des fonctions légitimes de l’État, qu’ils identifient souvent aux fonctions régaliennes: sécurité, police, justice, défense du territoire. La plupart des libéraux ne se posent pas ces questions de principes ; leur opinion est que le pouvoir politique est bien trop étendu, et s’étend sans cesse. Ils cherchent donc les moyens de restreindre et d’inverser cette expansion de l’État, la question de savoir où on s’arrêtera étant prématurée. Wikilibéral
Le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté. John Dewey (1935)
Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme? Alexis Feertchak
Jean Tirole rappelle aussi que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc. Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie. Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral… (…) le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique… (…) ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances. (…) Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux. (…) Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III. Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen. (…) Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie. (…) ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique.  (…) Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence. Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun. (…) Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect French intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme. Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États-Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet. (…) Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même». Françoise Melonio
Me voilà discrédité à tout jamais; et il est maintenant reçu que je suis un homme sans cœur et sans entrailles, un philosophe sec, un individualiste, un bourgeois, et, pour tout dire en un mot, un économiste de l’école anglaise ou américaine. Frédéric Bastiat
Et cette grande chimère, nous l’avons placée, pour l’édification du peuple, au frontispice de la Constitution. Voici les premiers mots du préambule: « La France s’est constituée en République pour… appeler tous les citoyens à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumière et de bien-être. »  Ainsi, c’est la France ou l’abstraction, qui appelle les Français ou les réalités à la moralité, au bien-être, etc. N’est-ce pas abonder dans le sens de cette bizarre illusion qui nous porte à tout attendre d’une autre énergie que la nôtre? N’est-ce pas donner à entendre qu’il y a, à côté et en dehors des Français, un être vertueux, éclairé, riche, qui peut et doit verser sur eux ses bienfaits? N’est-ce pas supposer, et certes bien gratuitement, qu’il y a entre la France et les Français, entre la simple dénomination abrégée, abstraite, de toutes les individualités et ces individualités mêmes, des rapports de père à fils, de tuteur à pupille, de professeur à écolier?(…) Les Américains se faisaient une autre idée des relations des citoyens avec l’État, quand ils placèrent en tête de leur Constitution ces simples paroles: « Nous, le peuple des États-Unis, pour former une union plus parfaite, établir la justice, assurer la tranquillité intérieure, pourvoir à la défense commune, accroître le bien-être général et assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, décrétons, etc. » Ici point de création chimérique, point d’abstraction à laquelle les citoyens demandent tout. Ils n’attendent rien que d’eux-mêmes et de leur propre énergie. Si je me suis permis de critiquer les premières paroles de notre Constitution, c’est qu’il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire, d’une pure subtilité métaphysique. Je prétends que cette personnification de l’État a été dans le passé et sera dans l’avenir une source féconde de calamités et de révolutions. Bastiat
Je ne désire pas pour mon pays autant le free-trade que l’esprit du free-trade. Le free-trade, c’est un peu plus de richesse ; l’esprit du free-trade, c’est la réforme de l’intelligence même, c’est-à-dire la source de toutes les réformes. Frédéric Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 mars 1847)
La cause que nous servons ne se renferme pas dans les limites d’une nation. Elle est universelle et ne trouvera sa solution que dans l’adhésion de tous les peuples. (…) Les difficultés s’accumulent autour de nous ; nous n’avons pas pour adversaires seulement des intérêts. L’ignorance publique se révèle maintenant dans toute sa triste étendue. En outre, les partis ont besoin de nous abattre. (…) Tous aspirent au même but : la Tyrannie. Ils ne diffèrent que sur la question de savoir en quelles mains l’arbitraire sera déposé. Aussi, ce qu’ils redoutent le plus, c’est l’esprit de la vraie liberté. (…) Ce qui m’afflige surtout, moi qui porte au cœur le sentiment démocratique dans toute son universalité, c’est de voir la démocratie française en tête de l’opposition à la liberté du commerce. Bastiat (Lettre à Cobden, 9 novembre 1847)
De grands obstacles nous viennent aussi de votre côté de la Manche. Mon cher Cobden, il faut que je vous parle en toute franchise. En adoptant le Libre-Echange, l’Angleterre n’a pas adopté la politique qui dérive logiquement du Libre-Échange. Le fera-t-elle ? Je n’en doute pas ; mais quand ? (…) On dit souvent qu’il ne faut pas confondre les nations avec leurs gouvernements. Il y a du vrai et du faux dans cette maxime ; et j’ose dire qu’elle est fausse à l’égard des peuples qui ont des moyens constitutionnels de faire prévaloir l’opinion. Considérez que la France n’a pas d’instruction économique. Lors donc qu’elle lit l’histoire, lorsqu’elle y voit les envahissements successifs de l’Angleterre, quand elle étudie les moyens diplomatiques qui ont amené ces envahissements, quand elle voit un système séculaire suivi avec persévérance, soit que les wighs ou les torys tiennent le timon de l’État, quand elle lit dans vos journaux qu’en ce moment l’Angleterre a 34,000 marins à bord des vaisseaux de guerre, comment voulez-vous qu’elle se fie, pour un changement dans votre politique, à la force d’un principe que d’ailleurs elle ne comprend pas ?  Bastiat (Lettre à Cobden, 15 octobre 1847)
Mon ami, l’ignorance et l’indifférence dans ce pays, en matière d’économie politique, dépassent tout ce que j’aurais pu me figurer. Ce n’est pas une raison pour se décourager, au contraire, c’en est une pour nous donner le sentiment de l’utilité, de l’urgence même de nos efforts. Mais je comprends aujourd’hui une chose : c’est que la liberté commerciale est un résultat trop éloigné pour nous. Heureux si nous pouvons déblayer la route de quelques obstacles. — Le plus grand n’est pas le parti protectionniste, mais le socialisme avec ses nombreuses ramifications. — S’il n’y avait que les monopoleurs, ils ne résisteraient pas à la discussion. — Mais le socialisme leur vient en aide. Celui-ci admet la liberté en principe et renvoie l’exécution après l’époque où le monde sera constitué sur le plan de Fourier ou tout autre inventeur de société. — Et, chose singulière, pour prouver que jusque-là la liberté sera nuisible, ils reprennent tous les arguments des monopoleurs : balance du commerce, exportation du numéraire, supériorité de l’Angleterre, etc., etc. D’après cela, vous me direz que combattre les monopoleurs, c’est combattre les socialistes. — Non. — Les socialistes ont une théorie sur la nature oppressive du capital, par laquelle ils expliquent l’inégalité des conditions, et toutes les souffrances des classes pauvres. Ils parlent aux passions, aux sentiments, et même aux meilleurs instincts des hommes. Ils séduisent la jeunesse, montrant le mal et affirmant qu’ils possèdent le remède. Ce remède consiste en une organisation sociale artificielle de leur invention, qui rendra tous les hommes heureux et égaux, sans qu’ils aient besoin de lumières et de vertus. — Encore si tous les socialistes étaient d’accord sur ce plan d’organisation, on pourrait espérer de le ruiner dans les intelligences. Mais vous comprenez que, dans cet ordre d’idées, et du moment qu’il s’agit de pétrir une société, chacun fait la sienne, et tous les matins nous sommes assaillis par des inventions nouvelles. Nous avons donc à combattre une hydre à qui il repousse dix têtes quand nous lui en coupons une. Le malheur est que cette méthode a un puissant attrait pour la  (jeunesse. On lui montre des souffrances ; et par là on commence par toucher son cœur. Ensuite on lui dit que tout peut se guérir, au moyen de quelques combinaisons artificielles ; et par là on met son imagination en campagne. Bastiat (Lettre à Cobden, 5 juillet 1847)
On nous accuse, dans le parti démocratique et socialiste, d’être voués au culte des intérêts matériels et de tout ramener à des questions de richesses. J’avoue que lorsqu’il s’agit des masses, je n’ai pas ce dédain stoïque pour la richesse. Ce mot ne veut pas dire quelques écus de plus ; il signifie du pain pour ceux qui ont faim, des vêtements pour ceux qui ont froid, de l’éducation, de l’indépendance, de la dignité. — Mais, après tout, si le résultat du libre-échange devait être uniquement d’accroître la richesse publique, je ne m’en occuperais pas plus que de toute autre question agricole ou industrielle. Ce que je vois surtout dans notre agitation, c’est l’occasion de combattre quelques préjugés et de faire pénétrer dans le public quelques idées justes. C’est là un bien indirect cent fois supérieur aux avantages directs de la liberté commerciale (…) Si la liberté était proclamée demain, le public resterait dans l’ornière où il est sous tous les autres rapports ; mais, au début, je suis obligé de ne toucher qu’avec un extrême ménagement à ces idées accessoires, afin de ne pas heurter nos propres collègues. Aussi je consacre mes efforts à élucider le problème économique. Ce sera le point de départ de vues plus élevées. Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 avril 1847)
La révolution de février a été certainement plus héroïque que celle de juillet ; rien d’admirable comme le courage, l’ordre, le calme, la modération de la population parisienne. Mais quelles en seront les suites ? Depuis dix ans, de fausses doctrines, fort en vogue, nourrissent les classes laborieuses d’absurdes illusions. Elles sont maintenant convaincues que l’État est obligé de donner du pain, du travail, de l’instruction à tout le monde. Le gouvernement provisoire en a fait la promesse solennelle ; il sera donc forcé de renforcer tous les impôts pour essayer de tenir cette promesse, et, malgré cela, il ne la tiendra pas. Je n’ai pas besoin de te dire l’avenir que cela nous prépare. (…) Il est évident que toutes ces promesses aboutiront à ruiner la province pour satisfaire la population de Paris ; car le gouvernement n’entreprendra jamais de nourrir tous les métayers, ouvriers et artisans des départements, et surtout des campagnes. (…) Pauvre peuple ! que de déceptions on lui a préparées ! Il était si simple et si juste de le soulager par la diminution des taxes ; on veut le faire par la profusion, et il ne voit pas que tout le mécanisme consiste à lui prendre dix pour lui donner huit, sans compter la liberté réelle qui succombera à l’opération (…) Comment, comment lutter contre une école qui a la force en main et qui promet le bonheur parfait à tout le monde ? Ami, si l’on me disait : Tu vas faire prévaloir ton idée aujourd’hui, et demain tu mourras dans l’obscurité, j’accepterais de suite ; mais lutter sans chance, sans être même écouté, quelle rude tâche ! Adieu, les élections sont prochaines, nous nous verrons alors ; en attendant, dis-moi si tu remarques quelques bonnes dispositions en ma faveur. Bastiat (Lettre à M. Félix Coudroy, 29 février 1848)
We hold from God the gift which includes all others. This gift is life — physical, intellectual, and moral life. But life cannot maintain itself alone. The Creator of life has entrusted us with the responsibility of preserving, developing, and perfecting it. In order that we may accomplish this, He has provided us with a collection of marvelous faculties. And He has put us in the midst of a variety of natural resources. By the application of our faculties to these natural resources we convert them into products, and use them. This process is necessary in order that life may run its appointed course. Life, faculties, production — in other words, individuality, liberty, property — this is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. Bastiat
Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale. Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner. Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné. Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme. C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine. Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois. Bastiat

Et si on relisait Bastiat ?

En ce 225e anniversaire de la Déclaration des droits américaine …

Qui inspira largement la nôtre …

Au lendemain de la disparition  d’un des pires dictateurs de la planète qui a donné lieu aux ignominies que l’on sait …

Et à l’heure où, sur fond de réveil des peuples contre leurs élites mais aussi de manoeuvres d’intimidation des forces de la réaction …

Recule déjà une droite qui venait tout juste de commençait enfin à s’assumer comme telle …

Refuse toujours l’obstacle une gauche qui n’a toujours pas réussi à faire son aggiornamento …

Et continue à se gauchiser une extrême-droite toujours plus tentée par l’étatisme et l’interventionnisme …

Retour avec le récent entretien du Figaro de l’historienne des idées Françoise Mélonio …

Sur cette difficulté si particulière, catholicisme et monarchie absolue obligent, avec le libéralisme …

Dont ne semble décidément vouloir se défaire la terre de Tocqueville, Constant et Bastiat …

Et redécouverte justement avec le fameux texte de Bastiat sur la loi …

De cette si farouche volonté de maintenir hors de portée humaine comme don divin, la précédence et la prééminence de la liberté sur le politique …

Les Français ont-ils un problème avec le libéralisme ?
Alexis Feertchak
Le Figaro
16/09/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors que de nouvelles manifestations ont eu lieu contre la loi Travail, l’historienne des idées Françoise Mélonio a accordé au FigaroVox un entretien fleuve pour éclairer le rapport ambigu des Français avec le libéralisme.

Docteur d’État et agrégée de Lettres, normalienne, Françoise Mélonio est professeur de Littérature à l’Université Paris-Sorbonne. Ancienne directrice adjointe (Lettres) de l’École normale supérieure (Ulm), elle a été doyenne du Collège universitaire puis directrice des Études et de la Scolarité de Sciences Po Paris. Spécialiste de Tocqueville, elle a notamment dirigé la collection d’Histoire culturelle de la France publiée aux éditions du Seuil.

FIGAROVOX. – Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme?

Françoise MELONIO. – Jean Tirole rappelle aussi (1) que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc.

Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie.

Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral…

N’a-t-on pas aussi tendance à oublier que le libéralisme n’est pas d’abord une doctrine économique de «laisser-aller», mais qu’il est au départ une doctrine philosophique, politique et juridique relative au rapport entre les individus, la société et l’État?

En effet le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique…

John Dewey estimait en 1935 que «le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté» (2). L’adaptation est-elle la première force du libéralisme?

Oui sans doute, parce que ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances.

N’existe-t-il pas aujourd’hui un libéralisme culturel ou sociétal, qui s’ajoute à la division traditionnelle entre libéralismes économique et politique? Quel est le lien entre libéralisme et progressisme?

Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux.

Se référant à Tocqueville, Lucien Jaume estime qu’historiquement, les Français sont davantage attachés à l’égalité qu’à la liberté. Cela peut-il expliquer un certain antilibéralisme de l’Hexagone?

En effet Lucien Jaume met très vigoureusement ce point en lumière dans ses travaux sur l’histoire du libéralisme. Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III.

Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen.

La France est l’un des plus anciens États centralisés au monde, tradition que la Révolution française n’a fait qu’amplifier. Cet attachement à l’État participe-t-il du même mouvement de méfiance à l’endroit du libéralisme?

Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie.

Historiquement, la France est aussi un pays de petits propriétaires, très attachés à leur liberté par rapport à l’État, mais aussi par rapport aux différentes «puissances», qu’elles soient économiques, politiques ou financières. Comment expliquer la conjonction entre ce phénomène et l’attachement à un État fort?

La glorification de la petite propriété (rurale surtout) est un lieu commun libéral. Locke en fait le moyen pour chacun d’assurer sa conservation et son indépendance ; en France les petits propriétaires ayant bénéficié de la vente des biens nationaux et de l’abolition des droits féodaux, la petite propriété apparaît comme une conquête révolutionnaire. Jusque sous la troisième république, on trouve des éloges de la moralité des petits propriétaires, qui tient justement à leur indépendance. Mais c’est de l’État que le petit propriétaire attend la garantie dans ses transactions – et aussi le maintien de l’ordre qui assure le respect de la propriété. Guizot et Tocqueville sont protectionnistes et très attachés à l’ordre social… Je ne vois donc pas de contradiction entre le goût de l’indépendance et l’attachement aux garanties apportées par un État fort.

Ne retrouve-t-on pas aujourd’hui cette ambivalence au sein du Front national entre une vision étatiste et interventionniste dans les anciens territoires ouvriers et une vision davantage poujadiste parmi les artisans, les commerçants, les indépendants et les petits patrons, notamment dans le sud de la France?

Je ne m’aventurerai pas dans un commentaire sur les électeurs du Front national sur lesquels il y a d’excellentes études (Dominique Reynié, Pascal Perrineau).

Au-delà du cas spécifique de cet électorat, ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique. J’aime à citer cette phrase de L’ancien régime et la Révolution: «ll n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre».

Il y a quelques années, la loi française anti-Burka déclenchait un tollé dans les pays anglo-saxons, ce qui est arrivé derechef avec les arrêtés anti-burkini cet été. Le modèle républicain à la française vient-il se heurter au libéralisme politique?

La question est compliquée par la menace terroriste, et le disgracieux burkini n’est pas, je crois, l’objet le plus adéquat pour s’interroger sur la place du religieux dans nos démocraties libérales.

Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence.

Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun.

Alexis de Tocqueville, Benjamin Constant, Germaine de Staël, Victor Cousin, Hippolyte Taine, etc. la France a compté parmi les premiers intellectuels libéraux. Comment expliquer l’antilibéralisme qui siège aujourd’hui depuis longtemps parmi les «intellectuels» français?

Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect french intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme.

Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet.

Donald Trump aux États-Unis, victoire du Brexit aux États-Unis, succès des partis populistes partout en Europe, éclosion de «démocratures» dans de nombreux pays émergents, le libéralisme ne connaît-il pas une crise profonde en tant que modèle politique? Dans Suis-je un libéral (1925), John Maynard Keynes écrivait: «Il nous faut inventer une nouvelle sagesse pour une époque nouvelle». N’est-ce pas aujourd’hui le défi du libéralisme pour se réinventer?

Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même».


(1) Jean TIROLE, Économie du bien commun, p. 58, éd. PUF, 2016.

(2) John DEWEY, The future of liberalism, éd. Later Works, 1935

Voir aussi:

« The Law »
A selected essay reprint
Frédéric Bastiat
Bastiat, Frédéric
(1801-1850)
Introduction

Walter E. Williams*

I must have been forty years old before reading Frederic Bastiat’s classic The Law. An anonymous person, to whom I shall eternally be in debt, mailed me an unsolicited copy. After reading the book I was convinced that a liberal-arts education without an encounter with Bastiat is incomplete. Reading Bastiat made me keenly aware of all the time wasted, along with the frustrations of going down one blind alley after another, organizing my philosophy of life. The Law did not produce a philosophical conversion for me as much as it created order in my thinking about liberty and just human conduct.

Many philosophers have made important contributions to the discourse on liberty, Bastiat among them. But Bastiat’s greatest contribution is that he took the discourse out of the ivory tower and made ideas on liberty so clear that even the unlettered can understand them and statists cannot obfuscate them. Clarity is crucial to persuading our fellowman of the moral superiority of personal liberty.

Like others, Bastiat recognized the greatest single threat to liberty is government. Notice the clarity he employs to help us identify and understand evil government acts such as legalized plunder. Bastiat says, « See if the law takes from some persons what belongs to them, and gives it to other persons to whom it does not belong. See if the law benefits one citizen at the expense of another by doing what the citizen himself cannot do without committing a crime. » With such an accurate description of legalized plunder, we cannot deny the conclusion that most government activities, including ours, are legalized plunder, or for the sake of modernity, legalized theft.

Frederic Bastiat could have easily been a fellow traveler of the signers of our Declaration of Independence. The signers’ vision of liberty and the proper role of government was captured in the immortal words: « We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain Unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness. That to secure these rights, governments are instituted among Men…. » Bastiat echoes the identical vision, saying, « Life, faculties, production—in other words individuality, liberty, property—that is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. » Bastiat gave the same rationale for government as did our Founders, saying, « Life, liberty and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it is the fact that life, liberty and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. » No finer statements of natural or God-given rights have been made than those found in our Declaration of Independence and The Law.

Bastiat pinned his hopes for liberty on the United States saying, « …look at the United States. There is no country in the world where the law is kept more within its proper domain: the protection of every person’s liberty and property. As a consequence of this, there appears to be no country in the world where the social order rests on a firmer foundation. » Writing in 1850, Bastiat noted two areas where the United States fell short: « Slavery is a violation, by law, of liberty. The protective tariff is a violation, by law, of property. »

If Bastiat were alive today, he would be disappointed with our failure to keep the law within its proper domain. Over the course of a century and a half, we have created more than 50,000 laws. Most of them permit the state to initiate violence against those who have not initiated violence against others. These laws range from anti-smoking laws for private establishments and Social Security « contributions » to licensure laws and minimum wage laws. In each case, the person who resolutely demands and defends his God-given right to be left alone can ultimately suffer death at the hands of our government.*1

Bastiat explains the call for laws that restrict peaceable, voluntary exchange and punish the desire to be left alone by saying that socialists want to play God. Socialists look upon people as raw material to be formed into social combinations. To them—the elite— »the relationship between persons and the legislator appears to be the same as the relationship between the clay and the potter. » And for people who have this vision, Bastiat displays the only anger I find in The Law when he lashes out at do-gooders and would-be rulers of mankind, « Ah, you miserable creatures! You who think that you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That task would be sufficient enough. »

Bastiat was an optimist who thought that eloquent arguments in defense of liberty might save the day; but history is not on his side. Mankind’s history is one of systematic, arbitrary abuse and control by the elite acting privately, through the church, but mostly through government. It is a tragic history where hundreds of millions of unfortunate souls have been slaughtered, mostly by their own government. A historian writing 200 or 300 years from now might view the liberties that existed for a tiny portion of mankind’s population, mostly in the western world, for only a tiny portion of its history, the last century or two, as a historical curiosity that defies explanation. That historian might also observe that the curiosity was only a temporary phenomenon and mankind reverted back to the traditional state of affairs—arbitrary control and abuse.

Hopefully, history will prove that pessimistic assessment false. The worldwide collapse of the respectability of the ideas of socialism and communism suggests that there is a glimmer of hope. Another hopeful sign is the technological innovations that make it more difficult for government to gain information on and control its citizens. Innovations such as information access, communication and electronic monetary transactions will make government attempts at control more costly and less probable. These technological innovations will increasingly make it possible for world citizens to communicate and exchange with one another without government knowledge, sanction or permission.

Collapse of communism, technological innovations, accompanied by robust free-market organizations promoting Bastiat’s ideas, are the most optimistic things I can say about the future of liberty in the United States. Americans share an awesome burden and moral responsibility. If liberty dies in the United States, it is destined to die everywhere. A greater familiarity with Bastiat’s clear ideas about liberty would be an important step in rekindling respect and love, and allowing the resuscitation of the spirit of liberty among our fellow Americans.


Notes for this chapter

Walter E. Williams, John M. Olin Distinguished Professor of Economics and Chairman of the Economics Department at George Mason University, Fairfax, Virginia.

Death is not the stated penalty for disobedience; however, death can occur if the person refuses to submit to government sanctions for his disobedience.The Law

Foreword

Sheldon Richman

The state is that great fiction by which everyone tries to live at the expense of everyone else.

—Frederic Bastiat

Frederic Bastiat (1801-1850) holds a special place in the hearts and minds of the friends of liberty. There is no mystery here to be solved. The key to Bastiat’s appeal is the integrity and elegance of his message. His writing exhibits a purity and a reasoned passion that are rare in the modern world. He always wrote to be understood, to persuade, not to impress or to obfuscate.

Through the device of the fable, Bastiat deftly shattered the misconceptions about economics for his French contemporaries. When today, in modern America, we continue to be told, by intellectuals as well as by politicians, that the free entry of foreign-made products impoverishes us or that destructive earthquakes and hurricanes create prosperity by creating demand for rebuilding, we are seeing the results of a culture ignorant of Frederic Bastiat.

But to think of Bastiat as just an economist is to insufficiently appreciate him. Bastiat was a legal philosopher of the first rank. What made him so is The Law. Writing as France was being seduced by the false promises of socialism, Bastiat was concerned with law in the classical sense; he directs his reason to the discovery of the principles of social organization best suited to human beings.

He begins by recognizing that individuals must act to maintain their lives. They do so by applying their faculties to the natural world and transforming its components into useful products. « Life, faculties, production—in other words, individuality, liberty, property—this is man, » Bastiat writes. And since they are at the very core of human nature, they « precede all human legislation, and are superior to it. » Too few people understand that point. Legal positivism, the notion that there is no right and wrong prior to the enactment of legislation, sadly afflicts even some advocates of individual liberty (the utilitarian descendants of Bentham, for example). But, Bastiat reminds us, « Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. »

For Bastiat, law is a negative. He agreed with a friend who pointed out that it is imprecise to say that law should create justice. In truth, the law should prevent injustice. « Justice is achieved only when injustice is absent. » That may strike some readers as dubious. But on reflection, one can see that a free and just society is what results when forcible intervention against individuals does not occur; when they are left alone.

The purpose of law is the defense of life, liberty, and property. It is, says Bastiat, « the collective organization of the individual right of lawful defense. » Each individual has the right to defend his life, liberty, and property. A group of individuals, therefore, may be said to have « collective right » to pool their resources to defend themselves. « Thus the principle of collective right—its reason for existing, its lawfulness—is based on individual right. And this common force that protects this collective right cannot logically have any other purpose or any other mission than that for which it acts as a substitute. » If the very purpose of law is the protection of individual rights, then law may not be used—without contradiction—to accomplish what individuals have no right to do. « Such a perversion of force would be… contrary to our premise. » The result would be unlawful law.

A society based on a proper conception of law would be orderly and prosperous. But unfortunately, some will choose plunder over production if the former requires less effort than the latter. A grave danger arises when the class of people who make the law (legislation) turns to plunder. The result, Bastiat writes, is « lawful plunder. » At first, only the small group of lawmakers practices legal plunder. But that may set in motion a process in which the plundered classes, rather than seeking to abolish the perversion of law, instead strive to get in on it. « It is as if it were necessary, before a reign of justice appears, for everyone to suffer a cruel retribution—some for their evilness, and some for their lack of understanding. »

The result of generalized legal plunder is moral chaos precisely because law and morality have been set at odds. « When law and morality contradict each other, the citizen has the cruel alternative of either losing his moral sense or losing his respect for the law. » Bastiat points out that for many people, what is legal is legitimate. So they are plunged into confusion. And conflict.

As long as it is admitted that the law may be diverted from its true purpose-that it may violate property instead of protecting it-then everyone will want to participate in making the law, either to protect himself against plunder or to use it for plunder. Political questions will always be prejudicial, dominant, and all-absorbing. There will be fighting at the door of the Legislative Palace, and the struggle within will be no less furious.

Sound familiar?

Bastiat finds another motive—besides the desire for booty—behind legal plunder: « false philanthropy. » Again, he sees a contradiction. If philanthropy is not voluntary, it destroys liberty and justice. The law can give nothing that has not first been taken from its owner. He applies that analysis to all forms of government intervention, from tariffs to so-called public education.

Bastiat’s words are as fresh as if they were written today. He explains that one can identify legal plunder by looking for laws that authorize that one person’s property be given to someone else. Such laws should be abolished « without delay. » But, he warns, « the person who profits from such law will complain bitterly, defending his acquired rights, » his entitlements. Bastiat’s advice is direct: « Do not listen to this sophistry by vested interests. The acceptance of these arguments will build legal plunder into a whole system. In fact, this has already occurred. The present-day delusion is an attempt to enrich everyone at the expense of everyone else. »

The world view that underlies the distortion of law, Bastiat writes, holds man as a passive entity, lacking a motor of his own and awaiting the hand and plan of the wise legislator. He quotes Rousseau: « The legislator is the mechanic who invents the machine. » Saint-Just: « The legislator commands the future. It is for him to will the good of mankind. It is for him to make men what he wills them to be. » And the razor-sharp Robespierre: « The function of government is to direct the physical and morale powers of the nation toward the end for which the commonwealth has come into being. »

Bastiat echoes Adam Smith’s condemnation of the « man of system, » who sees people as mere pieces to be moved about a chessboard. To accomplish his objectives, the legislator must stamp out human differences, for they impede the plan. Forced conformity (is there any other kind?) is the order of the day. Bastiat quotes several writers in this vein, then replies:

Oh, sublime writers! Please remember sometimes that this clay, this sand, and this manure which you so arbitrarily dispose of, are men! They are your equals! They are intelligent and free human beings like yourselves! As you have, they too have received from God the faculty to observe, to plan ahead, to think, and to judge for themselves!

After quoting several of those writers who are so willing to devote themselves to reinventing people, Bastiat can no longer control his outrage: « Ah, you miserable creatures! You think you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That would be sufficient enough. »

Nor does Bastiat allow unrestrained democracy to escape his grasp. With his usual elegance, he goes right to the core of the issue. The democrat hails the people’s wisdom. In what does that wisdom consist? The ability to pick all-powerful legislators—and that is all. « The people who, during the election, were so wise, so moral, so perfect, now have no tendencies whatever; or if they have any, they are tendencies that lead downward to degradation …. If people are as incapable, as immoral, and as ignorant as the politicians indicate, then why is the right of these same people to vote defended with such passionate insistence? » And « if the natural tendencies of mankind are so bad that it is not safe to permit people to be free, how is it that the tendencies of these organizers are always good? »

Bastiat closes his volume with a clarion call for freedom and a rejection of all proposals to impose unnatural social arrangements on people. He implores all « legislators and do-gooders [to] reject all systems, and try liberty. »

In the years since The Law was first published, little has been written in the classical liberal tradition that can approach its purity, its power, its nearly poetic quality. Alas, the world is far from having learned the lessons of The Law. Bastiat would be saddened by what America has become. He warned us. He identified the principles indispensable for proper human society and made them accessible to all. In the struggle to end the legalized plunder of statism and to defend individual liberty, how much more could be asked of one man?

—SHELDON RICHMAN,

November 1995

Voir enfin:

La Loi
Frédéric Bastiat
Œuvres complètes, vol. 4, p. 342.
Juin 1850.

La loi pervertie ! La loi — et à sa suite toutes les forces collectives de la nation, — la Loi, dis-je, non seulement détournée de son but, mais appliquée à poursuivre un but directement contraire ! La Loi devenue l’instrument de toutes les cupidités, au lieu d’en être le frein ! La Loi accomplissant elle-même l’iniquité qu’elle avait pour mission de punir ! Certes, c’est là un fait grave, s’il existe, et sur lequel il doit m’être permis d’appeler l’attention de mes concitoyens.

Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale.

Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner.

Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné.

Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme.

C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.

Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois.

Qu’est-ce donc que la Loi ? Ainsi que je l’ai dit ailleurs, c’est l’organisation collective du Droit individuel de légitime défense.

Chacun de nous tient certainement de la nature, de Dieu, le droit de défendre sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, puisque ce sont les trois éléments constitutifs ou conservateurs de la Vie, éléments qui se complètent l’un par l’autre et ne se peuvent comprendre l’un sans l’autre. Car que sont nos Facultés, sinon un prolongement de notre Personnalité, et qu’est-ce que la Propriété si ce n’est un prolongement de nos Facultés ?

Si chaque homme a le droit de défendre, même par la force, sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, plusieurs hommes ont le Droit de se concerter, de s’entendre, d’organiser une Force commune pour pourvoir régulièrement à cette défense.

Le Droit collectif a donc son principe, sa raison d’être, sa légitimité dans le Droit individuel ; et la Force commune ne peut avoir rationnellement d’autre but, d’autre mission que les forces isolées auxquelles elle se substitue.

Ainsi, comme la Force d’un individu ne peut légitimement attenter à la Personne, à la Liberté, à la Propriété d’un autre individu, par la même raison la Force commune ne peut être légitimement appliquée à détruire la Personne, la Liberté, la Propriété des individus ou des classes.

Car cette perversion de la Force serait, en un cas comme dans l’autre, en contradiction avec nos prémisses. Qui osera dire que la Force nous a été donnée non pour défendre nos Droits, mais pour anéantir les Droits égaux de nos frères ? Et si cela n’est pas vrai de chaque force individuelle, agissant isolément, comment cela serait-il vrai de la force collective, qui n’est que l’union organisée des forces isolées ?

Donc, s’il est une chose évidente, c’est celle-ci : La Loi, c’est l’organisation du Droit naturel de légitime défense ; c’est la substitution de la force collective aux forces individuelles, pour agir dans le cercle où celles-ci ont le droit d’agir, pour faire ce que celles-ci ont le droit de faire, pour garantir les Personnes, les Libertés, les Propriétés, pour maintenir chacun dans son Droit, pour faire régner entre tous la Justice.

Et s’il existait un peuple constitué sur cette base, il me semble que l’ordre y prévaudrait dans les faits comme dans les idées. Il me semble que ce peuple aurait le gouvernement le plus simple, le plus économique, le moins lourd, le moins senti, le moins responsable, le plus juste, et par conséquent le plus solide qu’on puisse imaginer, quelle que fût d’ailleurs sa forme politique.

Car, sous un tel régime, chacun comprendrait bien qu’il a toute la plénitude comme toute la responsabilité de son Existence. Pourvu que la personne fût respectée, le travail libre et les fruits du travail garantis contre toute injuste atteinte, nul n’aurait rien à démêler avec l’État. Heureux, nous n’aurions pas, il est vrai, à le remercier de nos succès ; mais malheureux, nous ne nous en prendrions pas plus à lui de nos revers que nos paysans ne lui attribuent la grêle ou la gelée. Nous ne le connaîtrions que par l’inestimable bienfait de la Sûreté.

On peut affirmer encore que, grâce à la non-intervention de l’État dans les affaires privées, les Besoins et les Satisfactions se développeraient dans l’ordre naturel. On ne verrait point les familles pauvres chercher l’instruction littéraire avant d’avoir du pain. On ne verrait point la ville se peupler aux dépens des campagnes, ou les campagnes aux dépens des villes. On ne verrait pas ces grands déplacements de capitaux, de travail, de population, provoqués par des mesures législatives, déplacements qui rendent si incertaines et si précaires les sources mêmes de l’existence, et aggravent par là, dans une si grande mesure, la responsabilité des gouvernements.

Par malheur, il s’en faut que la Loi se soit renfermée dans son rôle. Même il s’en faut qu’elle ne s’en soit écartée que dans des vues neutres et discutables. Elle a fait pis : elle a agi contrairement à sa propre fin ; elle a détruit son propre but ; elle s’est appliquée à anéantir cette Justice qu’elle devait faire régner, à effacer, entre les Droits, cette limite que sa mission était de faire respecter ; elle a mis la force collective au service de ceux qui veulent exploiter, sans risque et sans scrupule, la Personne, la Liberté ou la Propriété d’autrui ; elle a converti la Spoliation en Droit, pour la protéger, et la légitime défense en crime, pour la punir.

Comment cette perversion de la Loi s’est-elle accomplie ? Quelles en ont été les conséquences ?

La Loi s’est pervertie sous l’influence de deux causes bien différentes : l’égoïsme inintelligent et la fausse philanthropie.

Parlons de la première.

Se conserver, se développer, c’est l’aspiration commune à tous les hommes, de telle sorte que si chacun jouissait du libre exercice de ses facultés et de la libre disposition de leurs produits, le progrès social serait incessant, ininterrompu, infaillible.

Mais il est une autre disposition qui leur est aussi commune. C’est de vivre et de se développer, quand ils le peuvent, aux dépens les uns des autres. Ce n’est pas là une imputation hasardée, émanée d’un esprit chagrin et pessimiste. L’histoire en rend témoignage par les guerres incessantes, les migrations de peuples, les oppressions sacerdotales, l’universalité de l’esclavage, les fraudes industrielles et les monopoles dont ses annales sont remplies.

Cette disposition funeste prend naissance dans la constitution même de l’homme, dans ce sentiment primitif, universel, invincible, qui le pousse vers le bien-être et lui fait fuir la douleur.

L’homme ne peut vivre et jouir que par une assimilation, une appropriation perpétuelle, c’est-à-dire par une perpétuelle application de ses facultés sur les choses, ou par le travail. De là la Propriété.

Mais, en fait, il peut vivre et jouir en s’assimilant, en s’appropriant le produit des facultés de son semblable. De là la Spoliation.

Or, le travail étant en lui-même une peine, et l’homme étant naturellement porté à fuir la peine, il s’ensuit, l’histoire est là pour le prouver, que partout où la spoliation est moins onéreuse que le travail, elle prévaut ; elle prévaut sans que ni religion ni morale puissent, dans ce cas, l’empêcher.

Quand donc s’arrête la spoliation ? Quand elle devient plus onéreuse, plus dangereuse que le travail.

Il est bien évident que la Loi devrait avoir pour but d’opposer le puissant obstacle de la force collective à cette funeste tendance ; qu’elle devrait prendre parti pour la propriété contre la Spoliation.

Mais la Loi est faite, le plus souvent, par un homme ou par une classe d’hommes. Et la Loi n’existant point sans sanction, sans l’appui d’une force prépondérante, il ne se peut pas qu’elle ne mette en définitive cette force aux mains de ceux qui légifèrent.

Ce phénomène inévitable, combiné avec le funeste penchant que nous avons constaté dans le cœur de l’homme, explique la perversion à peu près universelle de la Loi. On conçoit comment, au lieu d’être un frein à l’injustice, elle devient un instrument et le plus invincible instrument d’injustice. On conçoit que, selon la puissance du législateur, elle détruit, à son profit, et à divers degrés, chez le reste des hommes, la Personnalité par l’esclavage, la Liberté par l’oppression, la Propriété par la spoliation.

Il est dans la nature des hommes de réagir contre l’iniquité dont ils sont victimes. Lors donc que la Spoliation est organisée par la Loi, au profit des classes qui la font, toutes les classes spoliées tendent, par des voies pacifiques ou par des voies révolutionnaires, à entrer pour quelque chose dans la confection des Lois. Ces classes, selon le degré de lumière où elles sont parvenues, peuvent se proposer deux buts bien différents quand elles poursuivent ainsi la conquête de leurs droits politiques : ou elles veulent faire cesser la spoliation légale, ou elles aspirent à y prendre part.

Malheur, trois fois malheur aux nations où cette dernière pensée domine dans les masses, au moment où elles s’emparent à leur tour de la puissance législative !

Jusqu’à cette époque la spoliation légale s’exerçait par le petit nombre sur le grand nombre, ainsi que cela se voit chez les peuples où le droit de légiférer est concentré en quelques mains. Mais le voilà devenu universel, et l’on cherche l’équilibre dans la spoliation universelle. Au lieu d’extirper ce que la société contenait d’injustice, on la généralise. Aussitôt que les classes déshéritées ont recouvré leurs droits politiques, la première pensée qui les saisit n’est pas de se délivrer de la spoliation (cela supposerait en elles des lumières qu’elles ne peuvent avoir), mais d’organiser, contre les autres classes et à leur propre détriment, un système de représailles, — comme s’il fallait, avant que le règne de la justice arrive, qu’une cruelle rétribution vînt les frapper toutes, les unes à cause de leur iniquité, les autres à cause de leur ignorance.

Il ne pouvait donc s’introduire dans la Société un plus grand changement et un plus grand malheur que celui-là : la Loi convertie en instrument de spoliation.

Quelles sont les conséquences d’une telle perturbation ? Il faudrait des volumes pour les décrire toutes. Contentons-nous d’indiquer les plus saillantes.

La première, c’est d’effacer dans les consciences la notion du juste et de l’injuste.

Aucune société ne peut exister si le respect des Lois n’y règne à quelque degré ; mais le plus sûr, pour que les lois soient respectées, c’est qu’elles soient respectables. Quand la Loi et la Morale sont en contradiction, le citoyen se trouve dans la cruelle alternative ou de perdre la notion de Morale ou de perdre le respect de la Loi, deux malheurs aussi grands l’un que l’autre et entre lesquels il est difficile de choisir.

Il est tellement de la nature de la Loi de faire régner la Justice, que Loi et Justice, c’est tout un, dans l’esprit des masses. Nous avons tous une forte disposition à regarder ce qui est légal comme légitime, à ce point qu’il y en a beaucoup qui font découler faussement toute justice de la Loi. Il suffit donc que la Loi ordonne et consacre la Spoliation pour que la spoliation semble juste et sacrée à beaucoup de consciences. L’esclavage, la restriction, le monopole trouvent des défenseurs non seulement dans ceux qui en profitent, mais encore dans ceux qui en souffrent. Essayez de proposer quelques doutes sur la moralité de ces institutions. « Vous êtes, dira-t-on, un novateur dangereux, un utopiste, un théoricien, un contempteur des lois ; vous ébranlez la base sur laquelle repose la société. » Faites-vous un cours de morale, ou d’économie politique ? Il se trouvera des corps officiels pour faire parvenir au gouvernement ce vœu :

« Que la science soit désormais enseignée, non plus au seul point de vue du Libre-Échange (de la Liberté, de la Propriété, de la Justice), ainsi que cela a eu lieu jusqu’ici, mais aussi et surtout au point de vue des faits et de la législation (contraire à la Liberté, à la Propriété, à la Justice) qui régit l’industrie française. »

« Que, dans les chaires publiques salariées par le Trésor, le professeur s’abstienne rigoureusement de porter la moindre atteinte au respect dû aux lois en vigueur

, etc. »

En sorte que s’il existe une loi qui sanctionne l’esclavage ou le monopole, l’oppression ou la spoliation sous une forme quelconque, il ne faudra pas même en parler ; car comment en parler sans ébranler le respect qu’elle inspire ? Bien plus, il faudra enseigner la morale et l’économie politique au point de vue de cette loi, c’est-à-dire sur la supposition qu’elle est juste par cela seul qu’elle est Loi.

Un autre effet de cette déplorable perversion de la Loi, c’est de donner aux passions et aux luttes politiques, et, en général, à la politique proprement dite, une prépondérance exagérée.

Je pourrais prouver cette proposition de mille manières. Je me bornerai, par voie d’exemple, à la rapprocher du sujet qui a récemment occupé tous les esprits : le suffrage universel.

Quoi qu’en pensent les adeptes de l’École de Rousseau, laquelle se dit très avancée et que je crois reculée de vingt siècles, le suffrage universel (en prenant ce mot dans son acception rigoureuse) n’est pas un de ces dogmes sacrés, à l’égard desquels l’examen et le doute même sont des crimes.

On peut lui opposer de graves objections.

D’abord le mot universel cache un grossier sophisme. Il y a en France trente-six millions d’habitants. Pour que le droit de suffrage fût universel, il faudrait qu’il fût reconnu à trente-six millions d’électeurs. Dans le système le plus large, on ne le reconnaît qu’à neuf millions. Trois personnes sur quatre sont donc exclues et, qui plus est, elles le sont par cette quatrième. Sur quel principe se fonde cette exclusion ? sur le principe de l’Incapacité. Suffrage universel veut dire : suffrage universel des capables. Restent ces questions de fait : quels sont les capables ? l’âge, le sexe, les condamnations judiciaires sont-ils les seuls signes auxquels on puisse reconnaître l’incapacité ?

Si l’on y regarde de près, on aperçoit bien vite le motif pour lequel le droit de suffrage repose sur la présomption de capacité, le système le plus large ne différant à cet égard du plus restreint que par l’appréciation des signes auxquels cette capacité peut se reconnaître, ce qui ne constitue pas une différence de principe, mais de degré.

Ce motif, c’est que l’électeur ne stipule pas pour lui, mais pour tout le monde.

Si, comme le prétendent les républicains de la teinte grecque et romaine, le droit de suffrage nous était échu avec la vie, il serait inique aux adultes d’empêcher les femmes et les enfants de voter. Pourquoi les empêche-t-on ? Parce qu’on les présume incapables. Et pourquoi l’Incapacité est-elle un motif d’exclusion ? Parce que l’électeur ne recueille pas seul la responsabilité de son vote ; parce que chaque vote engage et affecte la communauté tout entière ; parce que la communauté a bien le droit d’exiger quelques garanties, quant aux actes d’où dépendent son bien-être et son existence.

Je sais ce qu’on peut répondre. Je sais aussi ce qu’on pourrait répliquer. Ce n’est pas ici le lieu d’épuiser une telle controverse. Ce que je veux faire observer, c’est que cette controverse même (aussi bien que la plupart des questions politiques) qui agite, passionne et bouleverse les peuples, perdrait presque toute son importance, si la Loi avait toujours été ce qu’elle devrait être.

En effet, si la Loi se bornait à faire respecter toutes les Personnes, toutes les Libertés, toutes les Propriétés, si elle n’était que l’organisation du Droit individuel de légitime défense, l’obstacle, le frein, le châtiment opposé à toutes les oppressions, à toutes les spoliations, croit-on que nous nous disputerions beaucoup, entre citoyens, à propos du suffrage plus ou moins universel ? Croit-on qu’il mettrait en question le plus grand des biens, la paix publique ? Croit-on que les classes exclues n’attendraient pas paisiblement leur tour ? Croit-on que les classes admises seraient très-jalouses de leur privilége ? Et n’est-il pas clair que l’intérêt étant identique et commun, les uns agiraient, sans grand inconvénient, pour les autres ?

Mais que ce principe funeste vienne à s’introduire, que, sous prétexte d’organisation, de réglementation, de protection, d’encouragement, la Loi peut prendre aux uns pour donner aux autres, puiser dans la richesse acquise par toutes les classes pour augmenter celle d’une classe, tantôt celle des agriculteurs, tantôt celle des manufacturiers, des négociants, des armateurs, des artistes, des comédiens ; oh ! certes, en ce cas, il n’y a pas de classe qui ne prétende, avec raison, mettre, elle aussi, la main sur la Loi ; qui ne revendique avec fureur son droit d’élection et d’éligibilité ; qui ne bouleverse la société plutôt que de ne pas l’obtenir. Les mendiants et les vagabonds eux-mêmes vous prouveront qu’ils ont des titres incontestables. Ils vous diront : « Nous n’achetons jamais de vin, de tabac, de sel, sans payer l’impôt, et une part de cet impôt est donnée législativement en primes, en subventions à des hommes plus riches que nous. D’autres font servir la Loi à élever artificiellement le prix du pain, de la viande, du fer, du drap. Puisque chacun exploite la Loi à son profit, nous voulons l’exploiter aussi. Nous voulons en faire sortir le Droit à l’assistance, qui est la part de spoliation du pauvre. Pour cela, il faut que nous soyons électeurs et législateurs, afin que nous organisions en grand l’Aumône pour notre classe, comme vous avez organisé en grand la Protection pour la vôtre. Ne nous dites pas que vous nous ferez notre part, que vous nous jetterez, selon la proposition de M. Mimerel, une somme de 600,000 francs pour nous faire taire et comme un os à ronger. Nous avons d’autres prétentions et, en tout cas, nous voulons stipuler pour nous-mêmes comme les autres classes ont stipulé pour elles-mêmes ! »

Que peut-on répondre à cet argument ? Oui, tant qu’il sera admis en principe que la Loi peut être détournée de sa vraie mission, qu’elle peut violer les propriétés au lieu de les garantir, chaque classe voudra faire la Loi, soit pour se défendre contre la spoliation, soit pour l’organiser aussi à son profit. La question politique sera toujours préjudicielle, dominante, absorbante ; en un mot, on se battra à la porte du Palais législatif. La lutte ne sera pas moins acharnée au-dedans. Pour en être convaincu, il est à peine nécessaire de regarder ce qui se passe dans les Chambres en France et en Angleterre ; il suffit de savoir comment la question y est posée.

Est-il besoin de prouver que cette odieuse perversion de la Loi est une cause perpétuelle de haine, de discorde, pouvant aller jusqu’à la désorganisation sociale ? Jetez les yeux sur les États-Unis. C’est le pays du monde où la Loi reste le plus dans son rôle, qui est de garantir à chacun sa liberté et sa propriété. Aussi c’est le pays du monde où l’ordre social paraît reposer sur les bases les plus stables. Cependant, aux États-Unis même, il est deux questions, et il n’en est que deux, qui, depuis l’origine, ont mis plusieurs fois l’ordre politique en péril. Et quelles sont ces deux questions ? Celle de l’Esclavage et celle des Tarifs, c’est-à-dire précisément les deux seules questions où, contrairement à l’esprit général de cette république, la Loi a pris le caractère spoliateur. L’Esclavage est une violation, sanctionnée par la loi, des droits de la Personne. La Protection est une violation, perpétrée par la loi, du droit de Propriété ; et certes, il est bien remarquable qu’au milieu de tant d’autres débats, ce double fléau légal, triste héritage de l’ancien monde, soit le seul qui puisse amener et amènera peut-être la rupture de l’Union. C’est qu’en effet on ne saurait imaginer, au sein d’une société, un fait plus considérable que celui-ci : La Loi devenue un instrument d’injustice. Et si ce fait engendre des conséquences si formidables aux États-Unis, où il n’est qu’une exception, que doit-ce être dans notre Europe, où il est un Principe, un Système ?

M. de Montalembert, s’appropriant la pensée d’une proclamation fameuse de M. Carlier, disait : Il faut faire la guerre au Socialisme. — Et par Socialisme, il faut croire que, selon la définition de M. Charles Dupin, il désignait la Spoliation.

Mais de quelle Spoliation voulait-il parler ? Car il y en a de deux sortes. Il y a la spoliation extra-légale et la spoliation légale.

Quant à la spoliation extra-légale, celle qu’on appelle vol, escroquerie, celle qui est définie, prévue et punie par le Code pénal, en vérité, je ne pense pas qu’on la puisse décorer du nom de Socialisme. Ce n’est pas celle qui menace systématiquement la société dans ses bases. D’ailleurs, la guerre contre ce genre de spoliation n’a pas attendu le signal de M. de Montalembert ou de M. Carlier. Elle se poursuit depuis le commencement du monde ; la France y avait pourvu, dès longtemps avant la révolution de février, dès longtemps avant l’apparition du Socialisme, par tout un appareil de magistrature, de police, de gendarmerie, de prisons, de bagnes et d’échafauds. C’est la Loi elle-même qui conduit cette guerre, et ce qui serait, selon moi, à désirer, c’est que la Loi gardât toujours cette attitude à l’égard de la Spoliation.

Mais il n’en est pas ainsi. La Loi prend quelquefois parti pour elle. Quelquefois elle l’accomplit de ses propres mains, afin d’en épargner au bénéficiaire la honte, le danger et le scrupule. Quelquefois elle met tout cet appareil de magistrature, police, gendarmerie et prison au service du spoliateur, et traite en criminel le spolié qui se défend. En un mot, il y a la spoliation légale, et c’est de celle-là sans doute que parle M. de Montalembert.

Cette spoliation peut n’être, dans la législation d’un peuple, qu’une tache exceptionnelle et, dans ce cas, ce qu’il y a de mieux à faire, sans tant de déclamations et de jérémiades, c’est de l’y effacer le plus tôt possible, malgré les clameurs des intéressés. Comment la reconnaître ? C’est bien simple. Il faut examiner si la Loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas. Il faut examiner si la Loi accomplit, au profit d’un citoyen et au détriment des autres, un acte que ce citoyen ne pourrait accomplir lui-même sans crime. Hâtez-vous d’abroger cette Loi ; elle n’est pas seulement une iniquité, elle est une source féconde d’iniquités ; car elle appelle les représailles, et si vous n’y prenez garde, le fait exceptionnel s’étendra, se multipliera et deviendra systématique. Sans doute, le bénéficiaire jettera les hauts cris ; il invoquera les droits acquis. Il dira que l’État doit Protection et Encouragement à son industrie ; il alléguera qu’il est bon que l’État l’enrichisse, parce qu’étant plus riche il dépense davantage, et répand ainsi une pluie de salaires sur les pauvres ouvriers. Gardez-vous d’écouter ce sophiste, car c’est justement par la systématisation de ces arguments que se systématisera la spoliation légale.

C’est ce qui est arrivé. La chimère du jour est d’enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c’est de généraliser la Spoliation sous prétexte de l’organiser. Or, la spoliation légale peut s’exercer d’une multitude infinie de manières ; de là une multitude infinie de plans d’organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l’assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c’est l’ensemble de tous ces plans, en ce qu’ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme.

Or le Socialisme, ainsi défini, formant un corps de doctrine, quelle guerre voulez-vous lui faire, si ce n’est une guerre de doctrine ? Vous trouvez cette doctrine fausse, absurde, abominable. Réfutez-la. Cela vous sera d’autant plus aisé qu’elle est plus fausse, plus absurde, plus abominable. Surtout, si vous voulez être fort, commencez par extirper de votre législation tout ce qui a pu s’y glisser de Socialisme, — et l’œuvre n’est pas petite.

On a reproché à M. de Montalembert de vouloir tourner contre le Socialisme la force brutale. C’est un reproche dont il doit être exonéré, car il a dit formellement : il faut faire au Socialisme la guerre qui est compatible avec la loi, l’honneur et la justice.

Mais comment M. de Montalembert ne s’aperçoit-il pas qu’il se place dans un cercle vicieux ? Vous voulez opposer au Socialisme la Loi ? Mais précisément le Socialisme invoque la Loi. Il n’aspire pas à la spoliation extra-légale, mais à la spoliation légale. C’est de la Loi même, à l’instar des monopoleurs de toute sorte, qu’il prétend se faire un instrument ; et une fois qu’il aura la Loi pour lui, comment voulez-vous tourner la Loi contre lui ? Comment voulez-vous le placer sous le coup de vos tribunaux, de vos gendarmes, de vos prisons ?

Aussi que faites-vous ? Vous voulez l’empêcher de mettre la main à la confection des Lois. Vous voulez le tenir en dehors du Palais législatif. Vous n’y réussirez pas, j’ose vous le prédire, tandis qu’au-dedans on légiférera sur le principe de la Spoliation légale. C’est trop inique, c’est trop absurde.

Il faut absolument que cette question de Spoliation légale se vide, et il n’y a que trois solutions.

Que le petit nombre spolie le grand nombre.

Que tout le monde spolie tout le monde.

Que personne ne spolie personne.

Spoliation partielle, Spoliation universelle, absence de Spoliation, il faut choisir. La Loi ne peut poursuivre qu’un de ces trois résultats.

Spoliation partielle, — c’est le système qui a prévalu tant que l’électorat a été partiel, système auquel on revient pour éviter l’invasion du Socialisme.

Spoliation universelle, — c’est le système dont nous avons été menacés quand l’électorat est devenu universel, la masse ayant conçu l’idée de légiférer sur le principe des législateurs qui l’ont précédée.

Absence de Spoliation, — c’est le principe de justice, de paix, d’ordre, de stabilité, de conciliation, de bon sens que je proclamerai de toute la force, hélas ! bien insuffisante, de mes poumons, jusqu’à mon dernier souffle.

Et, sincèrement, peut-on demander autre chose à la Loi ? La Loi, ayant pour sanction nécessaire la Force, peut-elle être raisonnablement employée à autre chose qu’à maintenir chacun dans son Droit ? Je défie qu’on la fasse sortir de ce cercle, sans la tourner, et, par conséquent, sans tourner la Force contre le Droit. Et comme c’est là la plus funeste, la plus illogique perturbation sociale qui se puisse imaginer, il faut bien reconnaître que la véritable solution, tant cherchée, du problème social est renfermée dans ces simples mots : la Loi, c’est la Justice organisée.

Or, remarquons-le bien : organiser la Justice par la Loi, c’est-à-dire par la Force, exclut l’idée d’organiser par la Loi ou par la Force une manifestation quelconque de l’activité humaine : Travail, Charité, Agriculture, Commerce, Industrie, Instruction, Beaux-Arts, Religion ; car il n’est pas possible qu’une de ces organisations secondaires n’anéantisse l’organisation essentielle. Comment imaginer, en effet, la Force entreprenant sur la Liberté des citoyens, sans porter atteinte à la Justice, sans agir contre son propre but ?

Ici je me heurte au plus populaire des préjugés de notre époque. On ne veut pas seulement que la Loi soit juste ; on veut encore qu’elle soit philanthropique. On ne se contente pas qu’elle garantisse à chaque citoyen le libre et inoffensif exercice de ses facultés, appliquées à son développement physique, intellectuel et moral ; on exige d’elle qu’elle répande directement sur la nation le bien-être, l’instruction et la moralité. C’est le côté séduisant du Socialisme.

Mais, je le répète, ces deux missions de la Loi se contredisent. Il faut opter. Le citoyen ne peut en même temps être libre et ne l’être pas. M. de Lamartine m’écrivait un jour : « Votre doctrine n’est que la moitié de mon programme ; vous en êtes resté à la Liberté, j’en suis à la Fraternité. » Je lui répondis : « La seconde moitié de votre programme détruira la première. » Et, en effet, il m’est tout à fait impossible de séparer le mot fraternité du mot volontaire. Il m’est tout à fait impossible de concevoir la Fraternité légalement forcée, sans que la Liberté soit légalement détruite, et la Justice légalement foulée aux pieds.

La Spoliation légale a deux racines : l’une, nous venons de le voir, est dans l’Égoïsme humain ; l’autre est dans la fausse Philanthropie.

Avant d’aller plus loin, je crois devoir m’expliquer sur le mot Spoliation.

Je ne le prends pas, ainsi qu’on le fait trop souvent, dans une acception vague, indéterminée, approximative, métaphorique : je m’en sers au sens tout à fait scientifique, et comme exprimant l’idée opposée à celle de la Propriété. Quand une portion de richesses passe de celui qui l’a acquise, sans son consentement et sans compensation, à celui qui ne l’a pas créée, que ce soit par force ou par ruse, je dis qu’il y a atteinte à la Propriété, qu’il y a Spoliation. Je dis que c’est là justement ce que la Loi devrait réprimer partout et toujours. Que si la Loi accomplit elle-même l’acte qu’elle devrait réprimer, je dis qu’il n’y a pas moins Spoliation, et même, socialement parlant, avec circonstance aggravante. Seulement, en ce cas, ce n’est pas celui qui profite de la Spoliation qui en est responsable, c’est la Loi, c’est le législateur, c’est la société, et c’est ce qui en fait le danger politique.

Il est fâcheux que ce mot ait quelque chose de blessant. J’en ai vainement cherché un autre, car en aucun temps, et moins aujourd’hui que jamais, je ne voudrais jeter au milieu de nos discordes une parole irritante. Aussi, qu’on le croie ou non, je déclare que je n’entends accuser les intentions ni la moralité de qui que ce soit. J’attaque une idée que je crois fausse, un système qui me semble injuste, et cela tellement en dehors des intentions, que chacun de nous en profite sans le vouloir et en souffre sans le savoir. Il faut écrire sous l’influence de l’esprit de parti ou de la peur pour révoquer en doute la sincérité du Protectionnisme, du Socialisme et même du Communisme, qui ne sont qu’une seule et même plante, à trois périodes diverses de sa croissance. Tout ce qu’on pourrait dire, c’est que la Spoliation est plus visible, par sa partialité, dans le Protectionnisme

, par son universalité, dans le Communisme ; d’où il suit que des trois systèmes le Socialisme est encore le plus vague, le plus indécis, et par conséquent le plus sincère.

Quoi qu’il en soit, convenir que la spoliation légale a une de ses racines dans la fausse philanthropie, c’est mettre évidemment les intentions hors de cause.

Ceci entendu, examinons ce que vaut, d’où vient et où aboutit cette aspiration populaire qui prétend réaliser le Bien général par la Spoliation générale.

Les socialistes nous disent : puisque la Loi organise la justice, pourquoi n’organiserait-elle pas le travail, l’enseignement, la religion ?

Pourquoi ? Parce qu’elle ne saurait organiser le travail, l’enseignement, la religion, sans désorganiser la Justice.

Remarquez donc que la Loi, c’est la Force, et que, par conséquent, le domaine de la Loi ne saurait dépasser légitimement le légitime domaine de la Force.

Quand la loi et la Force retiennent un homme dans la Justice, elles ne lui imposent rien qu’une pure négation. Elles ne lui imposent que l’abstention de nuire. Elles n’attentent ni à sa Personnalité, ni à sa Liberté, ni à sa Propriété. Seulement elles sauvegardent la Personnalité, la Liberté et la Propriété d’autrui. Elles se tiennent sur la défensive ; elles défendent le Droit égal de tous. Elles remplissent une mission dont l’innocuité est évidente, l’utilité palpable, et la légitimité incontestée.

Cela est si vrai qu’ainsi qu’un de mes amis me le faisait remarquer dire que le but de la Loi est de faire régner la Justice, c’est se servir d’une expression qui n’est pas rigoureusement exacte. Il faudrait dire : Le but de la Loi est d’empêcher l’Injustice de régner. En effet, ce n’est pas la Justice qui a une existence propre, c’est l’Injustice. L’une résulte de l’absence de l’autre.

Mais quand la Loi, — par l’intermédiaire de son agent nécessaire, la Force, — impose un mode de travail, une méthode ou une matière d’enseignement, une foi ou un culte, ce n’est plus négativement, c’est positivement qu’elle agit sur les hommes. Elle substitue la volonté du législateur à leur propre volonté, l’initiative du législateur à leur propre initiative. Ils n’ont plus à se consulter, à comparer, à prévoir ; la Loi fait tout cela pour eux. L’intelligence leur devient un meuble inutile ; ils cessent d’être hommes ; ils perdent leur Personnalité, leur Liberté, leur Propriété.

Essayez d’imaginer une forme de travail imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Liberté ; une transmission de richesse imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Propriété. Si vous n’y parvenez pas, convenez donc que la Loi ne peut organiser le travail et l’industrie sans organiser l’Injustice.

Lorsque, du fond de son cabinet, un publiciste promène ses regards sur la société, il est frappé du spectacle d’inégalité qui s’offre à lui. Il gémit sur les souffrances qui sont le lot d’un si grand nombre de nos frères, souffrances dont l’aspect est rendu plus attristant encore par le contraste du luxe et de l’opulence.

Il devrait peut-être se demander si un tel état social n’a pas pour cause d’anciennes Spoliations, exercées par voie de conquête, et des Spoliations nouvelles, exercées par l’intermédiaire des Lois. Il devrait se demander si, l’aspiration de tous les hommes vers le bien-être et le perfectionnement étant donnée, le règne de la justice ne suffit pas pour réaliser la plus grande activité de Progrès et la plus grande somme d’Égalité, compatibles avec cette responsabilité individuelle que Dieu a ménagée comme juste rétribution des vertus et des vices.

Il n’y songe seulement pas. Sa pensée se porte vers des combinaisons, des arrangements, des organisations légales ou factices. Il cherche le remède dans la perpétuité et l’exagération de ce qui a produit le mal.

Car, en dehors de la Justice, qui, comme nous l’avons vu, n’est qu’une véritable négation, est-il aucun de ces arrangements légaux qui ne renferme le principe de la Spoliation ?

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de richesses, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas une mamelle qui se remplisse d’elle-même, ou dont les veines lactifères aillent puiser ailleurs que dans la société. Il n’entre rien au trésor public, en faveur d’un citoyen ou d’une classe, que ce que les autres citoyens et les autres classes ont été forcés d’y mettre. Si chacun n’y puise que l’équivalent de ce qu’il y a versé, votre Loi, il est vrai, n’est pas spoliatrice, mais elle ne fait rien pour ces hommes qui manquent de richesses, elle ne fait rien pour l’égalité. Elle ne peut être un instrument d’égalisation qu’autant qu’elle prend aux uns pour donner aux autres, et alors elle est un instrument de Spoliation. Examinez à ce point de vue la Protection des tarifs, les primes d’encouragement, le Droit au profit, le Droit au travail, le Droit à l’assistance, le Droit à l’instruction, l’impôt progressif, la gratuité du crédit, l’atelier social, toujours vous trouverez au fond la Spoliation légale, l’injustice organisée.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de lumières, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas un flambeau répandant au loin une clarté qui lui soit propre. Elle plane sur une société où il y a des hommes qui savent et d’autres qui ne savent pas ; des citoyens qui ont besoin d’apprendre et d’autres qui sont disposés à enseigner. Elle ne peut faire que de deux choses l’une : ou laisser s’opérer librement ce genre de transactions, laisser se satisfaire librement cette nature de besoins ; ou bien forcer à cet égard les volontés et prendre aux uns de quoi payer des professeurs chargés d’instruire gratuitement les autres. Mais elle ne peut pas faire qu’il n’y ait, au second cas, atteinte à la Liberté et à la Propriété, Spoliation légale.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de moralité ou de religion, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi c’est la Force, et ai-je besoin de dire combien c’est une entreprise violente et folle que de faire intervenir la force en ces matières ?

Au bout de ses systèmes et de ses efforts, il semble que le Socialisme, quelque complaisance qu’il ait pour lui-même, ne puisse s’empêcher d’apercevoir le monstre de la Spoliation légale. Mais que fait-il ? Il le déguise habilement à tous les yeux, même aux siens, sous les noms séducteurs de Fraternité, Solidarité, Organisation, Association. Et parce que nous ne demandons pas tant à la Loi, parce que nous n’exigeons d’elle que Justice, il suppose que nous repoussons la fraternité, la solidarité, l’organisation, l’association, et nous jette à la face l’épithète d’individualistes.

Qu’il sache donc que ce que nous repoussons, ce n’est pas l’organisation naturelle, mais l’organisation forcée.

Ce n’est pas l’association libre, mais les formes d’association qu’il prétend nous imposer.

Ce n’est pas la fraternité spontanée, mais la fraternité légale.

Ce n’est pas la solidarité providentielle, mais la solidarité artificielle, qui n’est qu’un déplacement injuste de Responsabilité.

Le Socialisme, comme la vieille politique d’où il émane, confond le Gouvernement et la Société. C’est pourquoi, chaque fois que nous ne voulons pas qu’une chose soit faite par le Gouvernement, il en conclut que nous ne voulons pas que cette chose soit faite du tout. Nous repoussons l’instruction par l’État ; donc nous ne voulons pas d’instruction. Nous repoussons une religion d’État ; donc nous ne voulons pas de religion. Nous repoussons l’égalisation par l’État ; donc nous ne voulons pas d’égalité, etc., etc. C’est comme s’il nous accusait de ne vouloir pas que les hommes mangent, parce que nous repoussons la culture du blé par l’État.

Comment a pu prévaloir, dans le monde politique, l’idée bizarre de faire découler de la Loi ce qui n’y est pas : le Bien, en mode positif, la Richesse, la Science, la Religion ?

Les publicistes modernes, particulièrement ceux de l’école socialiste, fondent leurs théories diverses sur une hypothèse commune, et assurément la plus étrange, la plus orgueilleuse qui puisse tomber dans un cerveau humain.

Ils divisent l’humanité en deux parts. L’universalité des hommes, moins un, forme la première ; le publiciste, à lui tout seul, forme la seconde et, de beaucoup, la plus importante.

En effet, ils commencent par supposer que les hommes ne portent en eux-mêmes ni un principe d’action, ni un moyen de discernement ; qu’ils sont dépourvus d’initiative ; qu’ils sont de la matière inerte, des molécules passives, des atomes sans spontanéité, tout au plus une végétation indifférente à son propre mode d’existence, susceptible de recevoir, d’une volonté et d’une main extérieures, un nombre infini de formes plus ou moins symétriques, artistiques, perfectionnées.

Ensuite chacun d’eux suppose sans façon qu’il est lui-même, sous les noms d’Organisateur, de Révélateur, de Législateur, d’Instituteur, de Fondateur, cette volonté et cette main, ce mobile universel, cette puissance créatrice dont la sublime mission est de réunir en société ces matériaux épars, qui sont des hommes.

Partant de cette donnée, comme chaque jardinier, selon son caprice, taille ses arbres en pyramides, en parasols, en cubes, en cônes, en vases, en espaliers, en quenouilles, en éventails, chaque socialiste, suivant sa chimère, taille la pauvre humanité en groupes, en séries, en centres, en sous-centres, en alvéoles, en ateliers sociaux, harmoniques, contrastés, etc., etc.

Et de même que le jardinier, pour opérer la taille des arbres, a besoin de haches, de scies, de serpettes et de ciseaux, le publiciste, pour arranger sa société, a besoin de forces qu’il ne peut trouver que dans les Lois ; loi de douane, loi d’impôt, loi d’assistance, loi d’instruction.

Il est si vrai que les socialistes considèrent l’humanité comme matière à combinaisons sociales, que si, par hasard, ils ne sont pas bien sûrs du succès de ces combinaisons, ils réclament du moins une parcelle d’humanité comme matière à expériences : on sait combien est populaire parmi eux l’idée d’expérimenter tous les systèmes, et on a vu un de leurs chefs venir sérieusement demander à l’assemblée constituante une commune avec tous ses habitants, pour faire son essai.

C’est ainsi que tout inventeur fait sa machine en petit avant de la faire en grand. C’est ainsi que le chimiste sacrifie quelques réactifs, que l’agriculteur sacrifie quelques semences et un coin de son champ pour faire l’épreuve d’une idée.

Mais quelle distance incommensurable entre le jardinier et ses arbres, entre l’inventeur et sa machine, entre le chimiste et ses réactifs, entre l’agriculteur et ses semences !… Le socialiste croit de bonne foi que la même distance le sépare de l’humanité.

Il ne faut pas s’étonner que les publicistes du dix-neuvième siècle considèrent la société comme une création artificielle sortie du génie du Législateur.

Cette idée, fruit de l’éducation classique, a dominé tous les penseurs, tous les grands écrivains de notre pays.

Tous ont vu entre l’humanité et le législateur les mêmes rapports qui existent entre l’argile et le potier.

Bien plus, s’ils ont consenti à reconnaître, dans le cœur de l’homme, un principe d’action et, dans son intelligence, un principe de discernement, ils ont pensé que Dieu lui avait fait, en cela, un don funeste, et que l’humanité, sous l’influence de ces deux moteurs, tendait fatalement vers sa dégradation. Ils ont posé en fait qu’abandonnée à ses penchants l’humanité ne s’occuperait de religion que pour aboutir à l’athéisme, d’enseignement que pour arriver à l’ignorance, de travail et d’échanges que pour s’éteindre dans la misère.

Heureusement, selon ces mêmes écrivains, il y a quelques hommes, nommés Gouvernants, Législateurs, qui ont reçu du ciel, non-seulement pour eux-mêmes, mais pour tous les autres, des tendances opposées.

Pendant que l’humanité penche vers le Mal, eux inclinent au Bien ; pendant que l’humanité marche vers les ténèbres, eux aspirent à la lumière ; pendant que l’humanité est entraînée vers le vice, eux sont attirés par la vertu. Et, cela posé, ils réclament la Force, afin qu’elle les mette à même de substituer leurs propres tendances aux tendances du genre humain.

Il suffit d’ouvrir, à peu près au hasard, un livre de philosophie, de politique ou d’histoire pour voir combien est fortement enracinée dans notre pays cette idée, fille des études classiques et mère du Socialisme, que l’humanité est une matière inerte recevant du pouvoir la vie, l’organisation, la moralité et la richesse ; ou bien, ce qui est encore pis, que d’elle-même l’humanité tend vers sa dégradation et n’est arrêtée sur cette pente que par la main mystérieuse du Législateur. Partout le Conventionalisme classique nous montre, derrière la société passive, une puissance occulte qui, sous les noms de Loi, Législateur, ou sous cette expression plus commode et plus vague de on, meut l’humanité, l’anime, l’enrichit et la moralise.

Bossuet. — « Une des choses qu’on (qui ?) imprimait le plus fortement dans l’esprit des Égyptiens, c’était l’amour de la patrie… Il n’était pas permis d’être inutile à l’État ; la Loi assignait à chacun son emploi, qui se perpétuait de père en fils. On ne pouvait ni en avoir deux ni changer de profession… Mais il y avait une occupation qui devait être commune, c’était l’étude des lois et de la sagesse. L’ignorance de la religion et de la police du pays n’était excusée en aucun état. Au reste, chaque profession avait son canton qui lui était assigné (par qui ?)… Parmi de bonnes lois, ce qu’il y avait de meilleur, c’est que tout le monde était nourri (par qui ?) dans l’esprit de les observer… Leurs mercures ont rempli l’Égypte d’inventions merveilleuses, et ne lui avaient presque rien laissé ignorer de ce qui pouvait rendre la vie commode et tranquille. »

Ainsi, les hommes, selon Bossuet, ne tirent rien d’eux-mêmes : patriotisme, richesses, activité, sagesse, inventions, labourage, sciences, tout leur venait par l’opération des Lois ou des Rois. Il ne s’agissait pour eux que de se laisser faire. C’est à ce point que Diodore ayant accusé les Égyptiens de rejeter la lutte et la musique, Bossuet l’en reprend. Comment cela est-il possible, dit-il, puisque ces arts avaient été inventés par Trismégiste ?

De même chez les Perses :

« Un des premiers soins du prince était de faire fleurir l’agriculture… Comme il y avait des charges établies pour la conduite des armées, il y en avait aussi pour veiller aux travaux rustiques… Le respect qu’on inspirait aux Perses pour l’autorité royale allait jusqu’à l’excès. »

Les Grecs, quoique pleins d’esprit, n’en étaient pas moins étrangers à leurs propres destinées, jusque-là que, d’eux-mêmes, ils ne se seraient pas élevés, comme les chiens et les chevaux, à la hauteur des jeux les plus simples. Classiquement, c’est une chose convenue que tout vient du dehors aux peuples.

« Les Grecs, naturellement pleins d’esprit et de courage, avaient été cultivés de bonne heure par des Rois et des colonies venues d’Égypte. C’est de là qu’ils avaient appris les exercices du corps, la course à pied, à cheval et sur des chariots… Ce que les Égyptiens leur avaient appris de meilleur était à se rendre dociles, à se laisser former par des lois pour le bien public. »

Fénelon. — Nourri dans l’étude et l’admiration de l’antiquité, témoin de la puissance de Louis XIV, Fénelon ne pouvait guère échapper à cette idée que l’humanité est passive, et que ses malheurs comme ses prospérités, ses vertus comme ses vices lui viennent d’une action extérieure, exercée sur elle par la Loi ou celui qui la fait. Aussi, dans son utopique Salente, met-il les hommes, avec leurs intérêts, leurs facultés, leurs désirs et leurs biens, à la discrétion absolue du Législateur. En quelque matière que ce soit, ce ne sont jamais eux qui jugent pour eux-mêmes, c’est le Prince. La nation n’est qu’une matière informe, dont le Prince est l’âme. C’est en lui que résident la pensée, la prévoyance, le principe de toute organisation, de tout progrès et, par conséquent, la Responsabilité.

Pour prouver cette assertion, il me faudrait transcrire ici tout le Xme livre de Télémaque. J’y renvoie le lecteur, et me contente de citer quelques passages pris au hasard dans ce célèbre poème, auquel, sous tout autre rapport, je suis le premier à rendre justice.

Avec cette crédulité surprenante qui caractérise les classiques, Fénelon admet, malgré l’autorité du raisonnement et des faits, la félicité générale des Égyptiens, et il l’attribue, non à leur propre sagesse, mais à celle de leurs Rois.

« Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans apercevoir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement situées, des terres qui se couvrent tous les ans d’une moisson dorée, sans se reposer jamais ; des prairies pleines de troupeaux ; des laboureurs accablés sous le poids des fruits que la terre épanchait de son sein ; des bergers qui faisaient répéter les doux sons de leurs flûtes et de leurs chalumeaux à tous les échos d’alentour. Heureux, disait Mentor, le peuple qui est conduit par un sage Roi.

« Ensuite Mentor me faisait remarquer la joie et l’abondance répandues dans toute la campagne d’Égypte, où l’on comptait jusqu’à vingt-deux mille villes ; la justice exercée en faveur du pauvre contre le riche ; la bonne éducation des enfants qu’on accoutumait à l’obéissance, au travail, à la sobriété, à l’amour des arts et des lettres ; l’exactitude pour toutes les cérémonies de la religion, le désintéressement, le désir de l’honneur, la fidélité pour les hommes et la crainte pour les dieux, que chaque père inspirait à ses enfants. Il ne se lassait point d’admirer ce bel ordre. Heureux, me disait-il, le peuple qu’un sage Roi conduit ainsi. »

Fénelon fait, sur la Crète, une idylle encore plus séduisante. Puis il ajoute, par la bouche de Mentor :

« Tout ce que vous verrez dans cette île merveilleuse est le fruit des lois de Minos. L’éducation qu’il faisait donner aux enfants rend le corps sain et robuste. On les accoutume d’abord à une vie simple, frugale et laborieuse ; on suppose que toute volupté amollit le corps et l’esprit ; on ne leur propose jamais d’autre plaisir que celui d’être invincibles par la vertu et d’acquérir beaucoup de gloire… Ici on punit trois vices qui sont impunis chez les autres peuples, l’ingratitude, la dissimulation et l’avarice. Pour le faste et la mollesse, on n’a jamais besoin de les réprimer, car ils sont inconnus en Crète… on n’y souffre ni meubles précieux, ni habits magnifiques, ni festins délicieux, ni palais dorés. »

C’est ainsi que Mentor prépare son élève à triturer et manipuler, dans les vues les plus philanthropiques sans doute, le peuple d’Ithaque, et, pour plus de sûreté, il lui en donne l’exemple à Salente.

Voilà comment nous recevons nos premières notions politiques. On nous enseigne à traiter les hommes à peu près comme Olivier de Serres enseigne aux agriculteurs à traiter et mélanger les terres.

Montesquieu. — « Pour maintenir l’esprit de commerce, il faut que toutes les lois le favorisent ; que ces mêmes lois, par leurs dispositions, divisant les fortunes à mesure que le commerce les grossit, mettent chaque citoyen pauvre dans une assez grande aisance pour pouvoir travailler comme les autres, et chaque citoyen riche dans une telle médiocrité qu’il ait besoin de travailler pour conserver ou pour acquérir… »

Ainsi les Lois disposent de toutes les fortunes.

« Quoique dans la démocratie l’égalité réelle soit l’âme de l’État, cependant elle est si difficile à établir qu’une exactitude extrême à cet égard ne conviendrait pas toujours. Il suffit que l’on établisse un cens qui réduise ou fixe les différences à un certain point. Après quoi c’est à des lois particulières à égaliser pour ainsi dire les inégalités, par les charges qu’elles imposent aux riches et le soulagement qu’elles accordent aux pauvres… »

C’est bien là encore l’égalisation des fortunes par la loi, par la force.

« Il y avait dans la Grèce deux sortes de républiques. Les unes étaient militaires, comme Lacédémone ; d’autres étaient commerçantes, comme Athènes. Dans les unes on voulait que les citoyens fussent oisifs ; dans les autres on cherchait à donner de l’amour pour le travail. »

« Je prie qu’on fasse un peu d’attention à l’étendue du génie qu’il fallut à ces législateurs pour voir qu’en choquant tous les usages reçus, en confondant toutes les vertus, ils montreraient à l’univers leur sagesse. Lycurgue, mêlant le larcin avec l’esprit de justice, le plus dur esclavage avec l’extrême liberté, les sentiments les plus atroces avec la plus grande modération, donna de la stabilité à sa ville. Il sembla lui ôter toutes les ressources, les arts, le commerce, l’argent, les murailles : on y a de l’ambition sans espérance d’être mieux ; on y a les sentiments naturels, et on n’y est ni enfant, ni mari, ni père ; la pudeur même est ôtée à la chasteté. C’est par ce chemin que Sparte est menée à la grandeur et à la gloire… »

« Cet extraordinaire que l’on voyait dans les institutions de la Grèce, nous l’avons vu dans la lie et la corruption des temps modernes. Un législateur honnête homme a formé un peuple où la probité parait aussi naturelle que la bravoure chez les Spartiates. M. Penn est un véritable Lycurgue, et quoique le premier ait eu la paix pour objet comme l’autre a eu la guerre, ils se ressemblent dans la voie singulière où ils ont mis leur peuple, dans l’ascendant qu’ils ont eu sur des hommes libres, dans les préjugés qu’ils ont vaincus, dans les passions qu’ils ont soumises. »

« Le Paraguay peut nous fournir un autre exemple. On a voulu en faire un crime à la Société, qui regarde le plaisir de commander comme le seul bien de la vie ; mais il sera toujours beau de gouverner les hommes en les rendant plus heureux… »

« Ceux qui voudront faire des institutions pareilles établiront la communauté des biens de la République de Platon, ce respect qu’il demandait pour les dieux, cette séparation d’avec les étrangers pour la conservation des mœurs, et la cité faisant le commerce et non pas les citoyens ; ils donneront nos arts sans notre luxe, et nos besoins sans nos désirs. »

L’engouement vulgaire aura beau s’écrier : c’est du Montesquieu, donc c’est magnifique ! c’est sublime ! j’aurai le courage de mon opinion et de dire :

Quoi ! vous avez le front de trouver cela beau ! *

Mais c’est affreux ! abominable ! et ces extraits, que je pourrais multiplier, montrent que, dans les idées de Montesquieu, les personnes, les libertés, les propriétés, l’humanité entière ne sont que des matériaux propres à exercer la sagacité du Législateur.

Rousseau. — Bien que ce publiciste, suprême autorité des démocrates, fasse reposer l’édifice social sur la volonté générale, personne n’a admis aussi complètement que lui l’hypothèse de l’entière passivité du genre humain en présence du Législateur.

« S’il est vrai qu’un grand prince est un homme rare, que sera-ce d’un grand législateur ? Le premier n’a qu’à suivre le modèle que l’autre doit proposer. Celui-ci est le mécanicien qui invente la machine, celui-là n’est que l’ouvrier qui la monte et la fait marcher. »

Et que sont les hommes en tout ceci ? La machine qu’on monte et qui marche, ou plutôt la matière brute dont la machine est faite !

Ainsi entre le Législateur et le Prince, entre le Prince et les sujets, il y a les mêmes rapports qu’entre l’agronome et l’agriculteur, l’agriculteur et la glèbe. À quelle hauteur au-dessus de l’humanité est donc placé le publiciste, qui régente les Législateurs eux-mêmes et leur enseigne leur métier en ces termes impératifs :

« Voulez-vous donner de la consistance à l’État ? rapprochez les degrés extrêmes autant qu’il est possible. Ne souffrez ni des gens opulents ni des gueux.

« Le sol est-il ingrat ou stérile, ou le pays trop serré pour les habitants, tournez-vous du côté de l’industrie et des arts, dont vous échangerez les productions contre les denrées qui vous manquent… Dans un bon terrain, manquez-vous d’habitants, donnez tous vos soins à l’agriculture, qui multiplie les hommes, et chassez les arts, qui ne feraient qu’achever de dépeupler le pays… Occupez-vous des rivages étendus et commodes, couvrez la mer de vaisseaux, vous aurez une existence brillante et courte. La mer ne baigne-t-elle sur vos côtes que des rochers inaccessibles, restez barbares et ichthyophages, vous en vivrez plus tranquilles, meilleurs peut-être, et, à coup sûr, plus heureux. En un mot, outre les maximes communes à tous, chaque peuple renferme en lui quelque cause qui les ordonne d’une manière particulière, et rend sa législation propre à lui seul. C’est ainsi qu’autrefois les Hébreux, et récemment les Arabes, ont eu pour principal objet la religion ; les Athéniens, les lettres ; Carthage et Tyr, le commerce ; Rhodes, la marine ; Sparte, la guerre, et Rome, la vertu. L’auteur de l’Esprit des Lois a montré par quel art le législateur dirige l’institution vers chacun de ces objets… Mais si le législateur, se trompant dans son objet, prend un principe différent de celui qui naît de la nature des choses, que l’un tende à la servitude et l’autre à la liberté ; l’un aux richesses, l’autre à la population ; l’un à la paix, l’autre aux conquêtes, on verra les lois s’affaiblir insensiblement, la constitution s’altérer, et l’État ne cessera d’être agité jusqu’à ce qu’il soit détruit ou changé, et que l’invincible nature ait repris son empire.

Mais si la nature est assez invincible pour reprendre son empire, pourquoi Rousseau n’admet-il pas qu’elle n’avait pas besoin du Législateur pour prendre cet empire dès l’origine ? Pourquoi n’admet-il pas qu’obéissant à leur propre initiative les hommes se tourneront d’eux-mêmes vers le commerce sur des rivages étendus et commodes, sans qu’un Lycurgue, un Solon, un Rousseau s’en mêlent, au risque de se tromper ?

Quoi qu’il en soit, on comprend la terrible responsabilité que Rousseau fait peser sur les inventeurs, instituteurs, conducteurs, législateurs et manipulateurs de Sociétés. Aussi est-il, à leur égard, très exigeant.

« Celui qui ose entreprendre d’instituer un peuple doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine, de transformer chaque individu qui, par lui-même, est un tout parfait et solitaire, en partie d’un plus grand tout, dont cet individu reçoive, en tout ou en partie, sa vie et son être ; d’altérer la constitution de l’homme pour la renforcer, de substituer une existence partielle et morale à l’existence physique et indépendante que nous avons tous reçue de la nature. Il faut, en un mot, qu’il ôte à l’homme ses propres forces pour lui en donner qui lui soient étrangères… »

Pauvre espèce humaine, que feraient de ta dignité les adeptes de Rousseau ?

Raynal. — « Le climat, c’est-à-dire le ciel et le sol, est la première règle du législateur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Une peuplade jetée sur les côtes maritimes aura des lois relatives à la navigation… Si la colonie est portée dans les terres, un législateur doit prévoir et leur genre et leur degré de fécondité… »

« C’est surtout dans la distribution de la propriété qu’éclatera la sagesse de la législation. En général, et dans tous les pays du monde, quand on fonde une colonie, il faut donner des terres à tous les hommes, c’est-à-dire à chacun une étendue suffisante pour l’entretien d’une famille… »

« Dans une île sauvage qu’on peuplerait d’enfants, on n’aurait qu’à laisser éclore les germes de la vérité dans les développements de la raison… Mais quand on établit un peuple déjà vieux dans un pays nouveau, l’habileté consiste à ne lui laisser que les opinions et les habitudes nuisibles dont on ne peut le guérir et le corriger. Veut-on empêcher qu’elles ne se transmettent, on veillera sur la seconde génération par une éducation commune et publique des enfants. Un prince, un législateur, ne devrait jamais fonder une colonie sans y envoyer d’avance des hommes sages pour l’instruction de la jeunesse… Dans une colonie naissante, toutes les facilités sont ouvertes aux précautions du Législateur qui veut épurer le sang et les mœurs d’un peuple. Qu’il ait du génie et de la vertu, les terres et les hommes qu’il aura dans ses mains inspireront à son âme un plan de société, qu’un écrivain ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner… »

Ne semble-t-il pas entendre un professeur d’agriculture dire à ses élèves : « Le climat est la première règle de l’agriculteur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Est-il sur un sol argileux, il doit se conduire de telle façon. A-t-il affaire à du sable, voici comment il doit s’y prendre. Toutes les facilités sont ouvertes à l’agriculteur qui veut nettoyer et améliorer son sol. Qu’il ait de l’habileté, les terres, les engrais qu’il aura dans ses mains lui inspireront un plan d’exploitation, qu’un professeur ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner. »

Mais, ô sublimes écrivains, veuillez donc vous souvenir quelquefois que cette argile, ce sable, ce fumier, dont vous disposez si arbitrairement, ce sont des Hommes, vos égaux, des êtres intelligents et libres comme vous, qui ont reçu de Dieu, comme vous, la faculté de voir, de prévoir, de penser et de juger pour eux-mêmes !

Mably. — (Il suppose les lois usées par la rouille du temps, la négligence de la sécurité, et poursuit ainsi :)

« Dans ces circonstances, il faut être convaincu que les ressorts du gouvernement se sont relâchés. Donnez-leur une nouvelle tension (c’est au lecteur que Mably s’adresse), et le mal sera guéri… Songez moins à punir des fautes qu’à encourager les vertus dont vous avez besoin. Par cette méthode vous rendrez à votre république la vigueur de la jeunesse. C’est pour n’avoir pas été connue des peuples libres qu’ils ont perdu la liberté ! Mais si les progrès du mal sont tels que les magistrats ordinaires ne puissent y remédier efficacement, ayez recours à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin alors d’être frappée… »

Et tout dans ce goût durant vingt volumes.

Il a été une époque où, sous l’influence de tels enseignements, qui sont le fond de l’éducation classique, chacun a voulu se placer en dehors et au-dessus de l’humanité, pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à sa guise.

Condillac. — « Érigez-vous, Monseigneur, en Lycurgue ou en Solon. Avant que de poursuivre la lecture de cet écrit, amusez-vous à donner des lois à quelque peuple sauvage d’Amérique ou d’Afrique. Établissez dans des demeures fixes ces hommes errants ; apprenez-leur à nourrir des troupeaux… ; travaillez à développer les qualités sociales que la nature a mises en eux… Ordonnez-leur de commencer à pratiquer les devoirs de l’humanité… Empoisonnez par des châtiments les plaisirs que promettent les passions, et vous verrez ces barbares, à chaque article de votre législation, perdre un vice et prendre une vertu. »

« Tous les peuples ont eu des lois. Mais peu d’entre eux ont été heureux. Quelle en est la cause ? C’est que les législateurs ont presque toujours ignoré que l’objet de la société est d’unir les familles par un intérêt commun. »

« L’impartialité des lois consiste en deux choses : à établir l’égalité dans la fortune et dans la dignité des citoyens… À mesure que vos lois établiront une plus grande égalité, elles deviendront plus chères à chaque citoyen… Comment l’avarice, l’ambition, la volupté, la paresse, l’oisiveté, l’envie, la haine, la jalousie agiteraient-elles des hommes égaux en fortune et en dignité, et à qui les lois ne laisseraient pas l’espérance de rompre l’égalité ? » (Suit l’idylle.)

« Ce qu’on vous a dit de la République de Sparte doit vous donner de grandes lumières sur cette question. Aucun autre État n’a jamais eu des lois plus conformes à l’ordre de la nature et de l’égalité. »

Il n’est pas surprenant que les dix-septième et dix-huitième siècles aient considéré le genre humain comme une matière inerte attendant, recevant tout, forme, figure, impulsion, mouvement et vie d’un grand Prince, d’un grand Législateur, d’un grand Génie. Ces siècles étaient nourris de l’étude de l’Antiquité, et l’Antiquité nous offre en effet partout, en Égypte, en Perse, en Grèce, à Rome, le spectacle de quelques hommes manipulant à leur gré l’humanité asservie par la force ou par l’imposture. Qu’est-ce que cela prouve ? Que, parce que l’homme et la société sont perfectibles, l’erreur, l’ignorance, le despotisme, l’esclavage, la superstition doivent s’accumuler davantage au commencement des temps. Le tort des écrivains que j’ai cités n’est pas d’avoir constaté le fait, mais de l’avoir proposé, comme règle, à l’admiration et à l’imitation des races futures. Leur tort est d’avoir, avec une inconcevable absence de critique, et sur la foi d’un conventionalisme puéril, admis ce qui est inadmissible, à savoir la grandeur, la dignité, la moralité et le bien-être de ces sociétés factices de l’ancien monde ; de n’avoir pas compris que le temps produit et propage la lumière ; qu’à mesure que la lumière se fait, la force passe du côté du Droit et la société reprend possession d’elle-même.

Et en effet, quel est le travail politique auquel nous assistons ? Il n’est autre que l’effort instinctif de tous les peuples vers la liberté

. Et qu’est-ce que la Liberté, ce mot qui a la puissance de faire battre tous les cœurs et d’agiter le monde, si ce n’est l’ensemble de toutes les libertés, liberté de conscience, d’enseignement, d’association, de presse, de locomotion, de travail, d’échange ; d’autres termes, le franc exercice, pour tous, de toutes les facultés inoffensives ; en d’autres termes encore, la destruction de tous les despotismes, même le despotisme légal, et la réduction de la Loi à sa seule attribution rationnelle, qui est de régulariser le Droit individuel de légitime défense ou de réprimer l’injustice ?

Cette tendance du genre humain, il faut en convenir, est grandement contrariée, particulièrement dans notre patrie, par la funeste disposition, — fruit de l’enseignement classique, — commune à tous les publicistes, de se placer en dehors de l’humanité pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à leur guise.

Car, pendant que la société s’agite pour réaliser la Liberté, les grands hommes qui se placent à sa tête, imbus des principes des dix-septième et dix-huitième siècles, ne songent qu’à la courber sous le philanthropique despotisme de leurs inventions sociales et à lui faire porter docilement, selon l’expression de Rousseau, le joug de la félicité publique, telle qu’ils l’ont imaginée.

On le vit bien en 1789. À peine l’Ancien Régime légal fut-il détruit, qu’on s’occupa de soumettre la société nouvelle à d’autres arrangements artificiels, toujours en partant de ce point convenu : l’omnipotence de la Loi.

Saint-Just. — « Le Législateur commande à l’avenir. C’est à lui de vouloir le bien. C’est à lui de rendre les hommes ce qu’il veut qu’ils soient. »

Robespierre. « La fonction du gouvernement est de diriger les forces physiques et morales de la nation vers le but de son institution. »

Billaud-Varennes. « Il faut recréer le peuple qu’on veut rendre à la liberté. Puisqu’il faut détruire d’anciens préjugés, changer d’antiques habitudes, perfectionner des affections dépravées, restreindre des besoins superflus, extirper des vices invétérés ; il faut donc une action forte, une impulsion véhémente… Citoyens, l’inflexible austérité de Lycurgue devint à Sparte la base inébranlable de la République ; le caractère faible et confiant de Solon replongea Athènes dans l’esclavage. Ce parallèle renferme toute la science du gouvernement. »

Lepelletier. « Considérant à quel point l’espèce humaine est dégradée, je me suis convaincu de la nécessité d’opérer une entière régénération et, si je puis m’exprimer ainsi, de créer un nouveau peuple. »

On le voit, les hommes ne sont rien que de vils matériaux. Ce n’est pas à eux de vouloir le bien ; — ils en sont incapables, — c’est au Législateur, selon Saint-Just. Les hommes ne sont que ce qu’il veut qu’ils soient.

Suivant Robespierre, qui copie littéralement Rousseau, le Législateur commence par assigner le but de l’institution de la nation. Ensuite les gouvernements n’ont plus qu’à diriger vers ce but toutes les forces physiques et morales. La nation elle-même reste toujours passive en tout ceci, et Billaud-Varennes nous enseigne qu’elle ne doit avoir que les préjugés, les habitudes, les affections et les besoins que le Législateur autorise. Il va jusqu’à dire que l’inflexible austérité d’un homme est la base de la république.

On a vu que, dans le cas où le mal est si grand que les magistrats ordinaires n’y peuvent remédier, Mably conseillait la dictature pour faire fleurir la vertu. « Ayez recours, dit-il, à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin d’être frappée. » Cette doctrine n’a pas été perdue. Écoutons Robespierre :

« Le principe du gouvernement républicain, c’est la vertu, et son moyen, pendant qu’il s’établit, la terreur. Nous voulons substituer, dans notre pays, la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole, misérable ; c’est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la République à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie. »

À quelle hauteur au-dessus du reste de l’humanité se place ici Robespierre ! Et remarquez la circonstance dans laquelle il parle. Il ne se borne pas à exprimer le vœu d’une grande rénovation du cœur humain ; il ne s’attend même pas à ce qu’elle résultera d’un gouvernement régulier. Non, il veut l’opérer lui-même et par la terreur. Le discours d’où est extrait ce puéril et laborieux amas d’antithèses avait pour objet d’exposer les principes de morale qui doivent diriger un gouvernement révolutionnaire. Remarquez que, lorsque Robespierre vient demander la dictature, ce n’est pas seulement pour repousser l’étranger et combattre les factions ; c’est bien pour faire prévaloir par la terreur, et préalablement au jeu de la Constitution, ses propres principes de morale. Sa prétention ne va à rien moins que d’extirper du pays, par la terreur, l’égoïsme, l’honneur, les usages, les bienséances, la mode, la vanité, l’amour de l’argent, la bonne compagnie, l’intrigue, le bel esprit, la volupté et la misère. Ce n’est qu’après que lui, Robespierre, aura accompli ces miracles, — comme il les appelle avec raison, — qu’il permettra aux lois de reprendre leur empire. — Eh ! misérables, qui vous croyez si grands, qui jugez l’humanité si petite, qui voulez tout réformer, réformez-vous vous-mêmes, cette tâche vous suffit.

Cependant, en général, messieurs les Réformateurs, Législateurs et Publicistes ne demandent pas à exercer sur l’humanité un despotisme immédiat. Non, ils sont trop modérés et trop philanthropes pour cela. Ils ne réclament que le despotisme, l’absolutisme, l’omnipotence de la Loi. Seulement ils aspirent à faire la Loi.

Pour montrer combien cette disposition étrange des esprits a été universelle, en France, de même qu’il m’aurait fallu copier tout Mably, tout Raynal, tout Rousseau, tout Fénelon, et de longs extraits de Bossuet et Montesquieu, il me faudrait aussi reproduire le procès-verbal tout entier des séances de la Convention. Je m’en garderai bien et j’y renvoie le lecteur.

On pense bien que cette idée dut sourire à Bonaparte. Il l’embrassa avec ardeur et la mit énergiquement en pratique. Se considérant comme un chimiste, il ne vit dans l’Europe qu’une matière à expériences. Mais bientôt cette matière se manifesta comme un réactif puissant. Aux trois quarts désabusé, Bonaparte, à Sainte-Hélène, parut reconnaître qu’il y a quelque initiative dans les peuples, et il se montra moins hostile à la liberté. Cela ne l’empêcha pas cependant de donner par son testament cette leçon à son fils : « Gouverner, c’est répandre la moralité, l’instruction et le bien-être. »

Est-il nécessaire maintenant de faire voir par de fastidieuses citations d’où procèdent Morelly, Babeuf, Owen, Saint-Simon, Fourier ? Je me bornerai à soumettre au lecteur quelques extraits du livre de Louis Blanc sur l’organisation du travail.

« Dans notre projet, la société reçoit l’impulsion du pouvoir ». (Page 126.)

En quoi consiste l’impulsion que le Pouvoir donne à la société ? À imposer le projet de M. L. Blanc.

D’un autre coté, la société, c’est le genre humain.

Donc, en définitive, le genre humain reçoit l’impulsion de M. L. Blanc.

Libre à lui, dira-t-on. Sans doute le genre humain est libre de suivre les conseils de qui que ce soit. Mais ce n’est pas ainsi que M. L. Blanc comprend la chose. Il entend que son projet soit converti en Loi, et par conséquent imposé de force par le pouvoir.

« Dans notre projet, l’État ne fait que donner au travail une législation (excusez du peu), en vertu de laquelle le mouvement industriel peut et doit s’accomplir en toute liberté. Il (l’État) ne fait que placer la liberté sur une pente (rien que cela) qu’elle descend, une fois qu’elle y est placée, par la seule force des choses et par une suite naturelle du mécanisme établi. »

Mais quelle est cette pente ? — Celle indiquée par M. L. Blanc. — Ne conduit-elle pas aux abîmes ? — Non, elle conduit au bonheur. — Comment donc la société ne s’y place-t-elle pas d’elle-même ? — Parce qu’elle ne sait ce qu’elle veut et qu’elle a besoin d’impulsion. — Qui lui donnera cette impulsion ? — Le pouvoir. — Et qui donnera l’impulsion au pouvoir ? — L’inventeur du mécanisme, M. L. Blanc.

Nous ne sortons jamais de ce cercle : l’humanité passive et un grand homme qui la meut par l’intervention de la Loi.

Une fois sur cette pente, la société jouirait-elle au moins de quelque liberté ? — Sans doute. — Et qu’est-ce que la liberté ?

« Disons-le une fois pour toutes : la liberté consiste non pas seulement dans le Droit accordé, mais dans le Pouvoir donné à l’homme d’exercer, de développer ses facultés, sous l’empire de la justice et sous la sauvegarde de la loi. »

« Et ce n’est point là une distinction vaine : le sens en est profond, les conséquences en sont immenses. Car dès qu’on admet qu’il faut à l’homme, pour être vraiment libre, le Pouvoir d’exercer et de développer ses facultés, il en résulte que la société doit à chacun de ses membres l’instruction convenable, sans laquelle l’esprit humain ne peut se déployer, et les instruments de travail, sans lesquels l’activité humaine ne peut se donner carrière. Or, par l’intervention de qui la société donnera-t-elle à chacun de ses membres l’instruction convenable et les instruments de travail nécessaires, si ce n’est par l’intervention de l’État ? »

Ainsi la liberté, c’est le pouvoir. — En quoi consiste ce Pouvoir ? — À posséder l’instruction et les instruments de travail. — Qui donnera l’instruction et les instruments de travail ? — La société, qui les doit. — Par l’intervention de qui la société donnera-t-elle des instruments de travail à ceux qui n’en ont pas ? — Par l’intervention de l’État. — À qui l’État les prendra-t-il ?

C’est au lecteur de faire la réponse et de voir où tout ceci aboutit.

Un des phénomènes les plus étranges de notre temps, et qui étonnera probablement beaucoup nos neveux, c’est que la doctrine qui se fonde sur cette triple hypothèse : l’inertie radicale de l’humanité ; l’omnipotence de la Loi ; l’infaillibilité du Législateur ; soit le symbole sacré du parti qui se proclame exclusivement démocratique.

Il est vrai qu’il se dit aussi social.

En tant que démocratique, il a une foi sans limite en l’humanité.

Comme social, il la met au-dessous de la boue.

S’agit-il de droits politiques, s’agit-il de faire sortir de son sein le Législateur, oh ! alors, selon lui, le peuple a la science infuse ; il est doué d’un tact admirable ; sa volonté est toujours droite, la volonté générale ne peut errer. Le suffrage ne saurait être trop universel. Nul ne doit à la société aucune garantie. La volonté et la capacité de bien choisir sont toujours supposées. Est-ce que le peuple peut se tromper ? Est-ce que nous ne sommes pas dans le siècle des lumières ? Quoi donc ! Le peuple sera-t-il éternellement en tutelle ? N’a-t-il pas conquis ses droits par assez d’efforts et de sacrifices ? N’a-t-il pas donné assez de preuves de son intelligence et de sa sagesse ? N’est-il pas arrivé à sa maturité ? N’est-il pas en état de juger pour lui-même ? Ne connaît-il pas ses intérêts ? Y a-t-il un homme ou une classe qui ose revendiquer le droit de se substituer au peuple, de décider et d’agir pour lui ? Non, non, le peuple veut être libre, et il le sera. Il veut diriger ses propres affaires, et il les dirigera.

Mais le Législateur est-il une fois dégagé des comices par l’élection, oh ! alors le langage change. La nation rentre dans la passivité, dans l’inertie, dans le néant, et le Législateur prend possession de l’omnipotence. À lui l’invention, à lui la direction, à lui l’impulsion, à lui l’organisation. L’humanité n’a plus qu’à se laisser faire ; l’heure du despotisme a sonné. Et remarquez que cela est fatal ; car ce peuple, tout à l’heure si éclairé, si moral, si parfait, n’a plus aucunes tendances, ou, s’il en a, elles l’entraînent toutes vers la dégradation. Et on lui laisserait un peu de Liberté ! Mais ne savez-vous pas que, selon M. Considérant, la liberté conduit fatalement au monopole ? Ne savez-vous pas que la liberté c’est la concurrence ? et que la concurrence, suivant M. L. Blanc, c’est pour le peuple un système d’extermination, pour la bourgeoisie une cause de ruine ? Que c’est pour cela que les peuples sont d’autant plus exterminés et ruinés qu’ils sont plus libres, témoin la Suisse, la Hollande, l’Angleterre et les États-Unis ? Ne savez-vous pas, toujours selon M. L. Blanc, que la concurrence conduit au monopole, et que, par la même raison, le bon marché conduit à l’exagération des prix ? Que la concurrence tend à tarir les sources de la consommation et pousse la production à une activité dévorante ? Que la concurrence force la production à s’accroître et la consommation à décroître ; d’où il suit que les peuples libres produisent pour ne pas consommer ; qu’elle est tout à la fois oppression et démence, et qu’il faut absolument que M. L. Blanc s’en mêle ?

Quelle liberté, d’ailleurs, pourrait-on laisser aux hommes ? Serait-ce la liberté de conscience ? Mais on les verra tous profiter de la permission pour se faire athées. La liberté d’enseignement ? Mais les pères se hâteront de payer des professeurs pour enseigner à leurs fils l’immoralité et l’erreur ; d’ailleurs, à en croire M. Thiers, si l’enseignement était laissé à la liberté nationale, il cesserait d’être national, et nous élèverions nos enfants dans les idées des Turcs ou des Indous, au lieu que, grâce au despotisme légal de l’université, ils ont le bonheur d’être élevés dans les nobles idées des Romains. La liberté du travail ? Mais c’est la concurrence, qui a pour effet de laisser tous les produits non consommés, d’exterminer le peuple et de ruiner la bourgeoisie. La liberté d’échanger ? Mais on sait bien, les protectionistes l’ont démontré à satiété, qu’un homme se ruine quand il échange librement et que, pour s’enrichir, il faut échanger sans liberté. La liberté d’association ? Mais, d’après la doctrine socialiste, liberté et association s’excluent, puisque précisément on n’aspire à ravir aux hommes leur liberté que pour les forcer de s’associer.

Vous voyez donc bien que les démocrates-socialistes ne peuvent, en bonne conscience, laisser aux hommes aucune liberté, puisque, par leur nature propre, et si ces messieurs n’y mettent ordre, ils tendent, de toute part, à tous les genres de dégradation et de démoralisation.

Reste à deviner, en ce cas, sur quel fondement on réclame pour eux, avec tant d’instance, le suffrage universel.

Les prétentions des organisateurs soulèvent une autre question, que je leur ai souvent adressée, et à laquelle, que je sache, ils n’ont jamais répondu. Puisque les tendances naturelles de l’humanité sont assez mauvaises pour qu’on doive lui ôter sa liberté, comment se fait-il que les tendances des organisateurs soient bonnes ? Les Législateurs et leurs agents ne font-ils pas partie du genre humain ? Se croient-ils pétris d’un autre limon que le reste des hommes ? Ils disent que la société, abandonnée à elle-même, court fatalement aux abîmes parce que ses instincts sont pervers. Ils prétendent l’arrêter sur cette pente et lui imprimer une meilleure direction. Ils ont donc reçu du ciel une intelligence et des vertus qui les placent en dehors et au-dessus de l’humanité ; qu’ils montrent leurs titres. Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable.

Remarquez que ce que je leur conteste, ce n’est pas le droit d’inventer des combinaisons sociales, de les propager, de les conseiller, de les expérimenter sur eux-mêmes, à leurs frais et risques ; mais bien le droit de nous les imposer par l’intermédiaire de la Loi, c’est-à-dire des forces et des contributions publiques.

Je demande que les Cabétistes, les Fouriéristes, les Proudhoniens, les Universitaires, les Protectionistes renoncent non à leurs idées spéciales, mais à cette idée qui leur est commune, de nous assujettir de force à leurs groupes et séries, à leurs ateliers sociaux, à leur banque gratuite, à leur moralité gréco-romaine, à leurs entraves commerciales. Ce que je leur demande, c’est de nous laisser la faculté de juger leurs plans et de ne pas nous y associer, directement ou indirectement, si nous trouvons qu’ils froissent nos intérêts, ou s’ils répugnent à notre conscience.

Car la prétention de faire intervenir le pouvoir et l’impôt, outre qu’elle est oppressive et spoliatrice, implique encore cette hypothèse préjudicielle : l’infaillibilité de l’organisateur et l’incompétence de l’humanité.

Et si l’humanité est incompétente à juger pour elle-même, que vient-on nous parler de suffrage universel ?

Cette contradiction dans les idées s’est malheureusement reproduite dans les faits, et pendant que le peuple français a devancé tous les autres dans la conquête de ses droits, ou plutôt de ses garanties politiques, il n’en est pas moins resté le plus gouverné, dirigé, administré, imposé, entravé et exploité de tous les peuples.

Il est aussi celui de tous où les révolutions sont le plus imminentes, et cela doit être.

Dès qu’on part de cette idée, admise par tous nos publicistes et si énergiquement exprimée par M. L. Blanc en ces mots : « La société reçoit l’impulsion du pouvoir ; » dès que les hommes se considèrent eux-mêmes comme sensibles mais passifs, incapables de s’élever par leur propre discernement et par leur propre énergie à aucune moralité, à aucun bien-être, et réduits à tout attendre de la Loi ; en un mot, quand ils admettent que leurs rapports avec l’État sont ceux du troupeau avec le berger, il est clair que la responsabilité du pouvoir est immense. Les biens et les maux, les vertus et les vices, l’égalité et l’inégalité, l’opulence et la misère, tout découle de lui. Il est chargé de tout, il entreprend tout, il fait tout ; donc il répond de tout. Si nous sommes heureux, il réclame à bon droit notre reconnaissance ; mais si nous sommes misérables, nous ne pouvons nous en prendre qu’à lui. Ne dispose-t-il pas, en principe, de nos personnes et de nos biens ? La Loi n’est-elle pas omnipotente ? En créant le monopole universitaire, il s’est fait fort de répondre aux espérances des pères de famille privés de liberté ; et si ces espérances sont déçues, à qui la faute ? En réglementant l’industrie, il s’est fait fort de la faire prospérer, sinon il eût été absurde de lui ôter sa liberté ; et si elle souffre, à qui la faute ? En se mêlant de pondérer la balance du commerce, par le jeu des tarifs, il s’est fait fort de le faire fleurir ; et si, loin de fleurir, il se meurt, à qui la faute ? En accordant aux armements maritimes sa protection en échange de leur liberté, il s’est fait fort de les rendre lucratifs ; et s’ils sont onéreux, à qui la faute ?

Ainsi, il n’y a pas une douleur dans la nation dont le gouvernement ne se soit volontairement rendu responsable. Faut-il s’étonner que chaque souffrance soit une cause de révolution ?

Et quel est le remède qu’on propose ? C’est d’élargir indéfiniment le domaine de la Loi, c’est-à-dire la Responsabilité du gouvernement.

Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse ; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse ; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples, » et qu’il échoue ; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas ! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ?

Je reprends ma thèse et je dis : immédiatement après la science économique et à l’entrée de la science politique

, se présente une question dominante. C’est celle-ci :

Qu’est-ce que la Loi ? que doit-elle être ? quel est son domaine ? quelles sont ses limites ? où s’arrêtent, par suite, les attributions du Législateur ?

Je n’hésite pas à répondre : La Loi, c’est la force commune organisée pour faire obstacle à l’Injustice — et pour abréger, la Loi, c’est la Justice.

Il n’est pas vrai que le Législateur ait sur nos personnes et nos propriétés une puissance absolue, puisqu’elles préexistent et que son œuvre est de les entourer de garanties.

Il n’est pas vrai que la Loi ait pour mission de régir nos consciences, nos idées, nos volontés, notre instruction, nos sentiments, nos travaux, nos échanges, nos dons, nos jouissances.

Sa mission est d’empêcher qu’en aucune de ces matières le droit de l’un n’usurpe le droit de l’autre.

La Loi, parce qu’elle a pour sanction nécessaire la Force, ne peut avoir pour domaine légitime que le légitime domaine de la force, à savoir : la Justice.

Et comme chaque individu n’a le droit de recourir à la force que dans le cas de légitime défense, la force collective, qui n’est que la réunion des forces individuelles, ne saurait être rationnellement appliquée à une autre fin.

La Loi, c’est donc uniquement l’organisation du droit individuel préexistant de légitime défense.

La Loi, c’est la Justice.

Il est si faux qu’elle puisse opprimer les personnes ou spolier les propriétés, même dans un but philanthropique, que sa mission est de les protéger.

Et qu’on ne dise pas qu’elle peut au moins être philanthropique, pourvu qu’elle s’abstienne de toute oppression, de toute spoliation ; cela est contradictoire. La Loi ne peut pas ne pas agir sur nos personnes ou nos biens ; si elle ne les garantit, elle les viole par cela seul qu’elle agit, par cela seul qu’elle est.

La Loi, c’est la Justice.

Voilà qui est clair, simple, parfaitement défini et délimité, accessible à toute intelligence, visible à tout œil, car la Justice est une quantité donnée, immuable, inaltérable, qui n’admet ni plus ni moins.

Sortez de là, faites la Loi religieuse, fraternitaire, égalitaire, philanthropique, industrielle, littéraire, artistique, aussitôt vous êtes dans l’infini, dans l’incertain, dans l’inconnu, dans l’utopie imposée, ou, qui pis est, dans la multitude des utopies combattant pour s’emparer de la Loi et s’imposer ; car la fraternité, la philanthropie n’ont pas comme la justice des limites fixes. Où vous arrêterez-vous ? Où s’arrêtera la Loi ? L’un, comme M. de Saint-Cricq, n’étendra sa philanthropie que sur quelques classes d’industriels, et il demandera à la Loi qu’elle dispose des consommateurs en faveur des producteurs. L’autre, comme M. Considérant, prendra en main la cause des travailleurs et réclamera pour eux de la Loi un minimum assuré, le vêtement, le logement, la nourriture et toutes choses nécessaires à l’entretien de la vie. Un troisième, M. L. Blanc, dira, avec raison, que ce n’est là qu’une fraternité ébauchée et que la Loi doit donner à tous les instruments de travail et l’instruction. Un quatrième fera observer qu’un tel arrangement laisse encore place à l’inégalité et que la Loi doit faire pénétrer, dans les hameaux les plus reculés, le luxe, la littérature et les arts. Vous serez conduits ainsi jusqu’au communisme, ou plutôt la législation sera… ce qu’elle est déjà : — le champ de bataille de toutes les rêveries et de toutes les cupidités.

La Loi, c’est la Justice.

Dans ce cercle, on conçoit un gouvernement simple, inébranlable. Et je défie qu’on me dise d’où pourrait venir la pensée d’une révolution, d’une insurrection, d’une simple émeute contre une force publique bornée à réprimer l’injustice. Sous un tel régime, il y aurait plus de bien-être, le bien-être serait plus également réparti, et quant aux souffrances inséparables de l’humanité, nul ne songerait à en accuser le gouvernement, qui y serait aussi étranger qu’il l’est aux variations de la température. A-t-on jamais vu le peuple s’insurger contre la cour de cassation ou faire irruption dans le prétoire du juge de paix pour réclamer le minimum de salaires, le crédit gratuit, les instruments de travail, les faveurs du tarif, ou l’atelier social ? Il sait bien que ces combinaisons sont hors de la puissance du juge, et il apprendrait de même qu’elles sont hors de la puissance de la Loi.

Mais faites la Loi sur le principe fraternitaire, proclamez que c’est d’elle que découlent les biens et les maux, qu’elle est responsable de toute douleur individuelle, de toute inégalité sociale, et vous ouvrez la porte à une série sans fin de plaintes, de haines, de troubles et de révolutions.

La Loi, c’est la Justice.

Et il serait bien étrange qu’elle pût être équitablement autre chose ! Est-ce que la justice n’est pas le droit ? Est-ce que les droits ne sont pas égaux ? Comment donc la Loi interviendrait-elle pour me soumettre aux plans sociaux de MM. Mimerel, de Melun, Thiers, Louis Blanc, plutôt que pour soumettre ces messieurs à mes plans ? Croit-on que je n’aie pas reçu de la nature assez d’imagination pour inventer aussi une utopie ? Est-ce que c’est le rôle de la Loi de faire un choix entre tant de chimères et de mettre la force publique au service de l’une d’elles ?

La Loi, c’est la Justice.

Et qu’on ne dise pas, comme on le fait sans cesse, qu’ainsi conçue la Loi, athée, individualiste et sans entrailles, ferait l’humanité à son image. C’est là une déduction absurde, bien digne de cet engouement gouvernemental qui voit l’humanité dans la Loi.

Quoi donc ! De ce que nous serons libres, s’ensuit-il que nous cesserons d’agir ? De ce que nous ne recevrons pas l’impulsion de la Loi, s’ensuit-il que nous serons dénués d’impulsion ? De ce que la Loi se bornera à nous garantir le libre exercice de nos facultés, s’ensuit-il que nos facultés seront frappées d’inertie ? De ce que la Loi ne nous imposera pas des formes de religion, des modes d’association, des méthodes d’enseignement, des procédés de travail, des directions d’échange, des plans de charité, s’ensuit-il que nous nous empresserons de nous plonger dans l’athéisme, l’isolement, l’ignorance, la misère et l’égoïsme ? S’ensuit-il que nous ne saurons plus reconnaître la puissance et la bonté de Dieu, nous associer, nous entraider, aimer et secourir nos frères malheureux, étudier les secrets de la nature, aspirer aux perfectionnements de notre être ?

La Loi, c’est la Justice.

Et c’est sous la Loi de justice, sous le régime du droit, sous l’influence de la liberté, de la sécurité, de la stabilité, de la responsabilité, que chaque homme arrivera à toute sa valeur, à toute la dignité de son être, et que l’humanité accomplira avec ordre, avec calme, lentement sans doute, mais avec certitude, le progrès, qui est sa destinée.

Il me semble que j’ai pour moi la théorie ; car quelque question que je soumette au raisonnement, qu’elle soit religieuse, philosophique, politique, économique ; qu’il s’agisse de bien-être, de moralité, d’égalité, de droit, de justice, de progrès, de responsabilité, de solidarité, de propriété, de travail, d’échange, de capital, de salaires, d’impôts, de population, de crédit, de gouvernement ; à quelque point de l’horizon scientifique que je place le point de départ de mes recherches, toujours invariablement j’aboutis à ceci : la solution du problème social est dans la Liberté.

Et n’ai-je pas aussi pour moi l’expérience ? Jetez les yeux sur le globe. Quels sont les peuples les plus heureux, les plus moraux, les plus paisibles ? Ceux où la Loi intervient le moins dans l’activité privée ; où le gouvernement se fait le moins sentir ; où l’individualité a le plus de ressort et l’opinion publique le plus d’influence ; où les rouages administratifs sont les moins nombreux et les moins compliqués ; les impôts les moins lourds et les moins inégaux ; les mécontentements populaires les moins excités et les moins justifiables ; où la responsabilité des individus et des classes est la plus agissante, et où, par suite, si les mœurs ne sont pas parfaites, elles tendent invinciblement à se rectifier ; où les transactions, les conventions, les associations sont le moins entravées ; où le travail, les capitaux, la population, subissent les moindres déplacements artificiels ; où l’humanité obéit le plus à sa propre pente ; où la pensée de Dieu prévaut le plus sur les inventions des hommes ; ceux, en un mot, qui approchent le plus de cette solution : dans les limites du droit, tout par la libre et perfectible spontanéité de l’homme ; rien par la Loi ou la force que la Justice universelle.

Il faut le dire : il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle.

On me dira : Vous vous en occupez bien, vous qui parlez. C’est vrai. Mais on conviendra que c’est dans un sens et à un point de vue bien différents, et si je me mêle aux réformateurs c’est uniquement pour leur faire lâcher prise.

Je m’en occupe non comme Vaucanson de son automate, mais comme un physiologiste de l’organisme humain : pour l’étudier et l’admirer.

Je m’en occupe, dans l’esprit qui animait un voyageur célèbre.

Il arriva au milieu d’une tribu sauvage. Un enfant venait de naître et une foule de devins, de sorciers, d’empiriques l’entouraient, armés d’anneaux, de crochets et de liens. L’un disait : cet enfant ne flairera jamais le parfum d’un calumet, si je ne lui allonge les narines. Un autre : il sera privé du sens de l’ouïe, si je ne lui fais descendre les oreilles jusqu’aux épaules. Un troisième : il ne verra pas la lumière du soleil, si je ne donne à ses yeux une direction oblique. Un quatrième : il ne se tiendra jamais debout, si je ne lui courbe les jambes. Un cinquième : il ne pensera pas, si je ne comprime son cerveau. Arrière, dit le voyageur. Dieu fait bien ce qu’il fait ; ne prétendez pas en savoir plus que lui, et puisqu’il a donné des organes à cette frêle créature, laissez ses organes se développer, se fortifier par l’exercice, le tâtonnement, l’expérience et la Liberté.

Dieu a mis aussi dans l’humanité tout ce qu’il faut pour qu’elle accomplisse ses destinées. Il y a une physiologie sociale providentielle comme il y a une physiologie humaine providentielle. Les organes sociaux sont aussi constitués de manière à se développer harmoniquement au grand air de la Liberté. Arrière donc les empiriques et les organisateurs ! Arrière leurs anneaux, leurs chaînes, leurs crochets, leurs tenailles ! arrière leurs moyens artificiels ! arrière leur atelier social, leur phalanstère, leur gouvernementalisme, leur centralisation, leurs tarifs, leurs universités, leurs religions d’État, leurs banques gratuites ou leurs banques monopolisées, leurs compressions, leurs restrictions, leur moralisation ou leur égalisation par l’impôt ! Et puisqu’on a vainement infligé au corps social tant de systèmes, qu’on finisse par où l’on aurait dû commencer, qu’on repousse les systèmes, qu’on mette enfin à l’épreuve la Liberté, — la Liberté, qui est un acte de foi en Dieu et en son œuvre.

: Conseil général des manufactures, de l’agriculture et du commerce. (Séance du 6 mai 1850.)

: Si la protection n’était accordée, en France, qu’à une seule classe, par exemple, aux maîtres de forges, elle serait si absurdement spoliatrice qu’elle ne pourrait se maintenir. Aussi nous voyons toutes les industries protégées se liguer, faire cause commune et même se recruter de manière à paraître embrasser l’ensemble du travail national. Elles sentent instinctivement que la Spoliation se dissimule en se généralisant.

: Ici, l’éditeur renvoie à cette ébauche tirée des manuscrits de Bastiat.

: L’économie politique précède la politique ; celle-là dit si les intérêts humains sont naturellement harmoniques ou antagoniques ; ce que celle-ci devrait savoir avant de fixer les attributions du gouvernement.

Bastiat.org Le Libéralisme, le vrai Un site par François-René Rideau

 


Affaire David Hamilton: Attention, un scandale peut en cacher un autre ! (Child pornography: Is Anglo-saxon puritanism finally catching up with France ?)

25 octobre, 2016

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thereselolitapenguinlolita-filmart-david-hamilton-exhibitionLe look tendrement romantique des égéries de David Hamilton
paul_gauguin-_manao_tupapau_the_spirit_of_the_dead_keep_watchshieldsmarielmanhattanlolita-1997Merci, mille mercis de m’avoir à nouveau prêté Enid. C’est une enfant des plus adorables. C’est vraiment bon – je veux dire pour la vie spirituelle, au sens où il est bon de lire la Bible – d’être au contact de tant de douceur et d’innocence. Charles Dogson (Lettre à Mme. Stevens, 1892)
I am fond of children (except boys) and have more child-friends than I could possibly count on my fingers, even if I were a centipede… Charles Dogson (letter to Kathleen Eschwege, October 24, 1879)
Dans la photo la plus inoubliable et sans doute la plus révélatrice qu’il ait jamais prise, « La Petite mendiante », Alice, debout contre un mur sale, les jambes et les pieds nus, nous regarde, les yeux pleins d’une énorme tristesse. Sa robe est déchirée et pend en lambeaux, sa chair nue comme si elle venait d’être violée. Brassaï
Had I done to Dolly, perhaps, what Frank Lasalle, a fifty-year-old mechanic, had done to eleven-year-old Sally Horner in 1948? Vladimir Nabokov
Aujourd’hui  cet homme est juridiquement hors d’atteinte. Cela n’en fait pas un innocent pour autant. Le bourreau est inattaquable et moi je vivrai avec cela jusqu’à la fin de mes jours. Par son âge et sa notoriété, c’était une domination à double titre. Cet écart social lui donnait une grande force dont il a su user, à tel point qu’il payait ma mère avec un pauvre Polaroïd. Je ne suis pas la seule dans ce cas. Je n’ai pas été la seule à tomber dans ses griffes. A propos de ces jeunes filles, il parlait de ‘faire son marché. Flavie Flament
There’s only three of us in this business. Nabokov penned it, Balthus painted it, and I photographed it. David Hamilton
It’s an Anglo-Saxon problem. I suppose Barnes & Noble are crying all the way to the bank, but I have no idea. There’s not a word about it in the press over here. David Hamilton (1998)
J’ai beau­coup de pres­tige, malheu­reu­se­ment, ça ne paie pas (…) Je n’ai jamais eu de bon agent, ni une bonne gale­rie… Il y a un tel écart entre mon nom et ma cote! (…) J’ai vendu 40 livres, deux millions d’exem­plaires! [les enfants] C’est trop de respon­sa­bi­li­tés. Mais je ne me sens pas seul: j’ai des milliers d’en­fants! [en Suède, en Hollande, en Alle­magne ou tous les pays nordiques]  où je faisais mon marché (…)  Elles reve­naient avec un Pola­roid … (…) J’en ai eu quatre [ Aston Martin] dont la DB5, la première de James Bond.  (…)  Je vis dans mes archives. (…) Je ne suis pas un visage, je suis un nom (…)  Comme tous les Anglais bons à rien, je suis à Saint-Tropez!  (…) Le sourire, c’est bon pour les photos de vacances (…) Les fémi­nistes m’ont toujours laissé tranquille. Et mon travail n’a rien à voir avec la vulga­rité de notre époque actuelle. (…) J’ai eu une vie de rêve. David Hamilton (2015)
David Hamil­ton photo­gra­phiait ses modèles, souvent dénu­dés, dans un flou artis­tique unique. A 82 ans, l’icône des années 70 revient sur le devant de la scène. Rencontre précieuse. (…) Vêtu d’un costume de Savile Row qu’il possède depuis plusieurs décen­nies, de chaus­sures John Lobb impec­cables, le photo­graphe mondia­le­ment connu pour ses photos de jeunes filles nues est un dandy. Mais désar­genté. Sa montre, type Cartier années trente, ne fonc­tionne même pas. « Je n’ai jamais eu de bon agent, ni une bonne gale­rie… Il y a un tel écart entre mon nom et ma cote! « , se désole l’ar­tiste dont les œuvres ont pour­tant inondé les salons des parti­cu­liers dans les années soixante-dix et quatre-vingt.  »J’ai vendu 40 livres, deux millions d’exem­plaires! « , reven­dique-t-il, toujours un sourire aux lèvres. Sans doute songe-t-il à toutes ces femmes qu’il a rencon­trées et photo­gra­phiées. Parmi les centaines de blondes, il ne saurait en citer une plutôt qu’une autre, si ce n’est sa première compagne, Mona, et son unique épouse, Gertrude, les seules avec lesquelles il ait gardé contact. (…) Les autres modèles sont rentrées chez elles, en Suède, en Hollande, en Alle­magne ou tous les pays nordiques  »où je faisais mon marché », soutient le photo­graphe sans rougir. À l’époque, David trouve aussi ses jeunes filles sur les plages nudistes du Cap d’Agde. Avec l’ac­cord de leurs parents, elles partent au bout du monde avec la star des objec­tifs: « Elles reve­naient avec un Pola­roid »… et tout le monde était content. Le photo­graphe couchait-il avec elles? « Ce n’est pas le sujet », balaie-t-il d’un revers de la main en perdant son sourire, « le scan­dale ne m’in­té­resse pas ». Pas de scan­dale, donc, mais de beaux souve­nirs. Le play­boy mondain sort son album de photos person­nelles et montre, entre les nombreuses femmes nues, palma­rès de chas­seur, les grands noms croi­sés au cours de sa vie:Jack Nichol­son, Mick Jagger, Tony Curtis, Helmut Berger, Terence Stamp, Rudolph Noureev, Douglas Fair­banks, Pier Paolo Paso­lini. C’était l’époque folle où, comme le photo­graphe Jean­loup Sieff, il roulait en Aston Martin (« J’en ai eu quatre dont la DB5, la première de James Bond »). Frime ou raffi­ne­ment? Cathe­rine Breillat, la scéna­riste de son premier long-métrage, Bili­tis (avec Bernard Girau­deau), défend Hamil­ton: « Il n’est pas préten­tieux, ni m’as-tu-vu, c’est quelqu’un de très bien. Il travaille comme un peintre, replié sur lui-même. » Pour Macha Méril, qui a joué dans Tendres cousines, son troi­sième film, en 1980, David possé­dait à l’époque « un énorme ego, mais à juste titre. Un artiste doit en avoir un. Et lui, très seul, très isolé, devait déve­lop­per cela pour conti­nuer son travail ». Hamil­ton, il est vrai, s’est voué à son art: « Je vis dans mes archives. » Chez lui, dans le quar­tier de Mont­par­nasse à Paris l’hi­ver, ou à Rama­tuelle l’été, dans sa maison du XIIe siècle située dans les remparts de la ville, l’An­glais prépare encore des publi­ca­tions, à la recherche d’une bonne maison d’édi­tion. Et caresse l’idée d’une fonda­tion pour léguer son œuvre. Des nus, bien sûr, mais aussi des natures mortes, des paysages et des portraits. (…) Les jeunes filles, à peine sorties de l’en­fance, posaient vêtues de fripes ache­tées par David lui-même aux puces. Surtout des culottes en coton. Sans maquillage, sans acces­soire, sans filtre et sans retouche, Hamil­ton captu­rait « l’in­no­cence, avant que les filles ne deviennent sérieuses ». Son secret de fabri­ca­tion ? Il ne nous le donnera pas, réfu­tant simple­ment la légende du bas résille ou de la vase­line sur l’objec­tif. Il dit n’être qu’un amateur, incom­pé­tent en matière tech­nique mais à l’œil aiguisé. Un regard façonné par des études d’ar­chi­tecte (non vali­dées par un diplôme) et des postes de direc­teur artis­tique dans de grands maga­zines, dont Elle. Gala
Les cinéastes et auteurs français, européens, américains et du monde entier, tiennent à affirmer leur consternation. Il leur semble inadmissible qu’une manifestation culturelle internationale, rendant hommage à l’un des plus grands cinéastes contemporains, puisse être transformée en traquenard policier. Forts de leur extraterritorialité, les festivals de cinéma du monde entier ont toujours permis aux œuvres d’être montrées et de circuler et aux cinéastes de les présenter librement et en toute sécurité, même quand certains États voulaient s’y opposer. L’arrestation de Roman Polanski dans un pays neutre où il circulait et croyait pouvoir circuler librement jusqu’à ce jour, est une atteinte à cette tradition: elle ouvre la porte à des dérives dont nul aujourd’hui ne peut prévoir les effets. Pétition pour Romain Polanski (28.09.09)
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même. Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)
J’étais chaque fois avec des gens de mon âge ou de cinq ans de moins. (…) Que vienne me jeter la première pierre celui qui n’a pas commis ce genre d’erreur. Parmi tous les gens qui nous regardent ce soir, quel est celui qui n’aurait pas commis ce genre d’erreur au moins une seule fois ? (…) Ce n’est ni un roman, ni des Mémoires. J’ai préféré laissé les choses dans le vague. C’est un récit, mais au fond, pour moi, c’est un tract : une manière de raconter une vie qui ressemble à la mienne, mais aussi à celles de beaucoup d’autres gens. Frédéric Mitterrand
C’est pas vrai. Quand les gens disent les garçons, on imagine alors les petits garçons. Ça fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit qui fait que l’on veut toujours noircir le tableau, ça n’a aucun rapport. (…) Evidemment, je cours le risque de ce genre d’amalgame. Je le cours d’autant plus facilement ce risque-là puisqu’il ne me concerne pas. (…) Il faudrait que les gens lisent le livre et ils se rendraient compte qu’en vérité c’est très clair. Frédéric Mitterrand (émission « Culture et dépendances », le 6 avril 2005)

J’aurai raconté des histoires avec des filles, personne n’aurait rien remarqué.
Frédéric Mitterrand
En tant que ministre de la Culture, il s’illustre en prenant la défense d’un cinéaste accusé de viol sur mineure et il écrit un livre où il dit avoir profité du tourisme sexuel, je trouve ça a minima choquant (…) On ne peut pas prendre la défense d’un cinéaste violeur au motif que c’est de l’histoire ancienne et qu’il est un grand artiste et appartenir à un gouvernement impitoyable avec les Français dès lors qu’ils mordent le trait. (…) Au moment où la France s’est engagée avec la Thaïlande pour lutter contre ce fléau qu’est le tourisme sexuel, voilà un ministre du gouvernement qui explique qu’il est lui-même consommateur. Benoît Hamon (porte-parole du Parti socialiste)
On ne peut pas donner le sentiment qu’on protège les plus forts, les connus, les notables, alors qu’il y a les petits qui subissent la justice tous les jours. Ce sentiment qu’il y a deux justices est insupportable. Manuel Valls (député-maire PS)
Qu’est-ce qu’on peut dire aux délinquants sexuels quand Frédéric Mitterrand est encore ministre de la Culture? Marine Le Pen (vice-présidente du FN)
A ce propos d’ailleurs, nous n’avons rien contre les homosexuels à Rue98 mais nous aimerions savoir comment Frédéric Mitterrand a pu adopter trois enfants, alors qu’il est homosexuel et qu’il le revendique, à l’heure où l’on refuse toujours le droit d’adopter aux couples homosexuels ? Pourquoi cette différence de traitement? Rue 98
C’est une affaire très française, ou en tout cas sud-européenne, parce que dans les cultures politiques protestantes du nord, Mitterrand, âgé de 62 ans, n’aurait jamais décroché son travail. Son autobiographie sulphureuse, publiée en 2005, l’aurait rendu impensable. (…) Si un ministre confessait avoir fréquenté des prostituées par le passé, peu de gens en France s’en offusquerait. C’est la suspicion de pédophilie qui fait toute la différence. (…) Sarkozy, qui a lu livre en juin [et] l’avait trouvé  » courageux et talentueux » (…) s’est conformé à une tradition bien française selon laquelle la vie privée des personnes publiques n’est généralement pas matière à discussion. Il aurait dû se douter, compte tenu de la médiatisation de sa vie sentimentale, que cette vieille règle qui protège les élites avait volé en éclats. Charles Bremmer (The Times)
L’enseignante exaltée redécouvre les méandres et la géographie de la carte de Tendre. Après l’affection, l’estime, l’inclination pour finir au bout de deux ans par les appels du désir et tous les désordres de la passion. Yasmine se laisse aimer et désirer. Elle apprend l’algèbre des sentiments, les exigences et les égarements du corps. Ce qui devait arriver arrive: un saphisme sans violence, mais aussi un amour condamné, une relation que les deux amantes savent maudite. L’Obs (Yasmine, 12 ans, et sa prof, 30 ans : récit d’une passion interdite, 25.05. 2013)
C’est une histoire de passion interdite. A Lille, une femme, une prof, est tombée amoureuse, à en perdre toute raison, de Leïla, son élève, une collégienne de 14 ans. Elle a dix-neuf ans de plus que son amante. Elle risque dix ans de prison. Causette l’a rencontrée“ (…) Et, comme une mauvaise raison de plus, Abdellatif Kechiche a obtenu la Palme d’or au Festival de Cannes pour La Vie d’Adèle, l’histoire d’une jeune fille tombant sous le charme d’une lesbienne aux cheveux bleus. Un film tourné à Lille (…) à deux pas du tribunal. Causette
Nous nous sommes plantés. Et pas qu’un peu. Avoir pu laisser penser, ne serait-ce qu’un quart de seconde, que Causette pouvait cautionner, accepter ou, pire, justifier une «  atteinte sexuelle sur mineur  » (qui n’a pas encore été jugée, mais c’est l’incrimination pénale qui a pour l’instant été retenue dans cette affaire), est évidemment grave. Nous sommes navrés d’avoir pu laisser croire cela. L’article a manqué de précautions, d’un appareillage éditorial qui aurait rendu le doute impossible. Nous avons voulu rendre compte d’une histoire qui, si elle est complexe, n’en relève pas moins d’une situation qui ne doit pas voir le jour  : une professeure de collège ayant des relations sexuelles avec l’une de ses élèves, mineure de moins de quinze ans. Voir émerger, sur les réseaux sociaux, des accusations affirmant que Causette trouvait des circonstances atténuantes à un acte «  pédophile  » nous catastrophe, bien sûr, au plus haut point. L’article a donné la parole à tous les protagonistes, et le refus de s’exprimer des avocats de la famille de la victime a probablement renforcé l’impression d’un déséquilibre, voire d’un parti pris. (…) Notre intention consistait à interroger les mécanismes qui ont conduit au passage à l’acte. Cette approche, que nous pensions dénuée d’ambiguïté, et bien que journalistiquement défendable, a au contraire semé le trouble au point d’être traduite comme un permis de violer la loi, d’abuser d’une enfant. Maladresse sans nom pour laquelle nous vous présentons, ainsi qu’à la victime, nos excuses les plus sincères. Causette
Deux femmes qui s’aiment, c’est tellement beau, n’est-ce pas ? Il est bien connu que les femmes ne s’aiment pas comme les hommes. Une femme, c’est doux, c’est tendre, c’est sexy, et peu importe alors de mettre le lecteur en état de salivation malsaine, lui faisant oublier qu’on parle ici d’une infraction pénale, constituée par l’atteinte sexuelle sur mineur et figurant au Code pénal, et que ce qu’il nous décrit se résume tout simplement, eu égard à l’âge de la victime, à une relation sexuelle entre une adulte et une enfant. Gaëlle-Marie Zimmermann
Avec Robert Capa, Helmut Newton, Henri Cartier-Bresson ou Yann Arthus-Bertrand, David Hamilton est considéré comme l’un des dix photographes les plus importants de notre époque. Son style : le romantisme dans sa forme la plus poétique. Son sujet : de tendres jeunes filles à la peau diaphane, aux cheveux flous et au regard naïf, presque mélancolique. Son regard : celui d’un rêveur ému par la beauté féminine dans ce qu’elle a de plus naturel. Des années 1970 aux années 1990, il a photographié des centaines d’exquises naïades juste vêtues d’une tunique vaporeuse, le chignon piqué de fleurs et le rose aux joues, alanguies sur une chaise en osier… Il a eu un temps Emmanuelle Béart pour égérie et a récemment photographié la ravissante Mélanie Thierry. A force de rechercher un idéal féminin dans l’image évanescente d’une nymphe à la fois sensuelle et discrète, David Hamilton a créé un style à part entière. Et si on lui repiquait tout (ou presque) pour se faire un look d’égérie romantique à la mode des années 2010 ? Les esquimaux ont, dit-on, cent mots de vocabulaire pour dire toutes les nuances du blanc. David Hamilton n’a pas moins de façons de voir et de montrer cette non-couleur virginale qui incarne et sublime l’émotion. Tuniques blanches immaculées, caracos vaporeux en mousseline de soie, chemisiers en voile de coton, longs jupons en broderie anglaise… Portons-les à la Hamilton-attitude : boutonnières ouvertes, épaules découvertes, chemises XXL aux manches retroussées, portées en mini-robe d’été… Une des grandes passions d’Hamilton, c’est la danse… Et les danseuses! Mettons donc du tulle dans nos tenues : en jupon apparent ou en robe décalée, en bracelet home-made ou en headband. Et portons la ballerine avec des airs ingénus : en rose poudré, en beige vanille, couleur chair… Pourquoi pas avec de jolis rubans satinés à nouer autour de la cheville comme une ballerine un jour de ballet ? L’univers de David Hamilton, c’est aussi celui d’un érotisme faussement innocent qui joue sur tout ce qui se devine sans se montrer et se dévoile en faisant semblant de se cacher.  Passons au soutien-gorge triangle qui laisse les pointes de seins affleurer sous la toile du chemisier, laissons la bretelle du corsage glisser sur l’épaule et osons la mode dessous-dessus dont je vous ai récemment parlée. Jouons aussi le contraste avec de la lingerie de demoiselle sage et bien élevée : de vraies culottes en coton uni (les petit Bateau sont les plus jolies), des bas de laine qui montent à mi-cuisse, des sous-robes et des jupons semi-transparents… (…) Le look Hamilton, c’est aussi un maquillage anti-bling, tout en transparence et en délicatesse. Le make-up n’est là que pour recréer la coloration naturelle de la peau traversée par les sentiments et les sensations. Le teint est frais et clair comme celui d’une porcelaine. Les joues sont rosées au blush, comme après une balade à l’air pur. Les yeux sont nude, à peine éclairés par une seule couche de mascara recourbant transparent. Quant aux lèvres, elles sont simplement « mordues » avec un rouge à lèvres mat posé en couche extra-fine. Alors, aimez-vous le style tendrement romantique des nymphes baignées de brume de David Hamilton ? Yves Rocher
À ma connaissance, Tony Duvert n’a jamais été poursuivi ni condamné pour des actes de pédophilie. Il s’est contenté d’en écrire, d’en représenter. Et c’est déjà bien trop pour notre époque aux opinions criminalisées à l’envi. Ces derniers jours, j’ai encore pensé à Tony Duvert. À cause de l’information, tombée hier dans mes oreilles, que l’écrivain avait été officiellement privé de tombe et aussi de cette flambée de poudre autour d’un article de « Causette », reprenant des faits précédemment (et maladroitement) exposés dans « Le Nouvel Observateur ». L’histoire de cette prof qui – selon les pôles – aurait eu une relation amoureuse avec une élève ou se serait rendue coupable d’actes abjects et punis comme de juste par la loi. Deux choses m’attristent profondément dans cette énième « pédopolémique ». La première, c’est que je ressens encore un peu plus durement combien l’écoulement de nos pensées, de nos opinions, d’autant plus quand elles s’orientent vers des questions liées de près ou de loin à la sexualité, est désormais endigué par tous un tas de petits barrages. Des obstacles au flux qui sont non seulement moralisateurs (après tout, pourquoi pas), mais parfaitement hermétiques. Aucun contournement n’est possible : il y a les choses qui se pensent, qui se disent, et celles que le commun (dans son sens le plus neutre du « Qui appartient à un grand nombre ou à une majorité de personnes ou de choses ») jugent répugnantes, abjectes, intolérables et qui ne méritent que le silence. La non-existence. Ces espèces de limbes intellectuelles, où, au mieux, vos idées circuleront sous le manteau. Ici, on demandera à des journaux et des magazines de supprimer des articles, de s’excuser – ce qu’ils feront parfois, partiellement ou totalement –, même si, à la base, les articles en question n’étaient là que pour porter des faits à la connaissance d’un public. Les reports de faits présumés immondes, on en fait des idées et des opinions immondes. Le contenant devient le contenu et vice et versa. On a la gerbe, c’est impossible, intenable d’en débattre et si besoin on sortira la batte de base-ball. Le débat est fermé, verrouillé, on plante des petits sens interdits un peu partout et on le fait avec d’autant plus de vigueur, de conviction, de rage, qu’on est persuadé d’avoir le bon sens (le sens commun) avec soi. Et comment ne pas l’avoir quand un pédophile d’écriture subit le même sort post-mortem qu’un dictateur génocidaire ou qu’un chef terroriste responsable d’une des pires atrocités du XXIe siècle ? Une amie ayant vécu le passage entre les années « post-soixante-huitardes » et l’époque contemporaine me disait récemment combien le fonctionnement actuel de la censure la navrait. Que dans les années 1960, les choses étaient claires et les camps tracés : il y avait la censure d’État et les intellectuels (journalistes, artistes, etc.) qui faisaient tout pour la contourner, voire la combattre. Aujourd’hui, l’État ne censure quasiment plus rien, mais tout le monde est devenu le petit gardien de tout le monde. Il y a la peur des procès, la peur des vindictes et résultat: les têtes un tant soit peu remplies différemment évitent de déverser ce qu’elles ont à l’intérieur. Ou prennent d’énormes précautions, comme celles que je tente de prendre en écrivant ces lignes et qui me font, prosaïquement, énormément transpirer. (…) Je ne crois pas connaître de sentiment plus désagréable que celui-là, le catalogue de toutes les idées avortées pour cause de prohibition socialement majoritaire. Pour cause de confusion entre idées et faits, entre faits rapportés et faits recommandés. La seconde cause de mon abattement : pourquoi faudrait-il que la sexualité soit une activité jugée comme immédiatement et absolument nocive quand elle se déroule entre un adulte et un enfant ? que cette vision-là soit tellement généralisable et généralisée qu’elle ne souffre aucune exception, à part celles qui vous valent des volées d’insultes et autres bannissements dans le champ (si rassurant) du pathologique ? La pédophilie est illégale, je ne le remets pas en question. Le fondement de mon argument est assez simple. Il vient de mon passé de petite fille ayant connu bien avant la puberté cette sexualité-là. (…) Contrairement à d’autres, il n’y a aucune volonté de généralisation dans mes propos. Je ne dis pas : « Youpi, que tout le monde couche avec des gosses, ça leur fera le plus grand bien ! » Je dis juste ce que je m’évertue à dire, peu ou prou, depuis que je m’exprime sur ces sujets : la sexualité n’est pas un domaine du général, du commun, de l’obligatoire et de l’absolu. Elle est un terrain de diversité, de complexité et d’individualités. Et que des magazines, des journaux, et a fortiori des écrivains veuillent en rendre compte, c’est tout le mal que je leur souhaite. Peggy Sastre
Le témoignagede Flavie Flament entend lever un voile. L’animatrice de RTL indique « ne pas avoir été la seule victime » d’un photographe de mode « à l’aura mondiale ». Si elle refuse de citer son nom, elle livre dans son récit des indices qui sembleraient le désigner : celui-ci travaillerait au Cap d’Agde, offrirait aux gamines ou aux parents un Polaroid en récompense de leurs pauses. Dès dimanche soir, le nom de David Hamilton, âgé aujourd’hui de 83 ans, circulait sur les réseaux sociaux comme Twitter, puisqu’il a souvent confié lui-même avoir offert des Polaroid à ses modèles et les avoir recrutés sur la plage de cette station balnéaire de l’Hérault, à l’époque où ses albums se vendaient par dizaines, voire centaines de milliers. Comme « l’Age de l’innocence », dans lequel Flavie Flament, 13 ans à l’époque, apparaît en effet, au détour d’une page et d’un cliché, parmi de nombreuses jeunes ados, parfois très dénudées. Aujourd’hui, ce genre d’images ne passerait plus. « On ne peut plus prendre en photo une jeune fille. Il y a toujours la peur d’un scandale », nous confiait David Hamilton lui-même l’an dernier à l’occasion d’une exposition… sur des fleurs. (…) Pour autant, rien ne permet pour l’heure d’accuser un photographe plutôt qu’un autre. A l’époque, certains étaient peu regardants sur l’âge des modèles, voire sur certaines dérives. Les faits dénoncés par l’ancienne star de TF 1 remontent à 1987, mais ils rappellent l’affaire Polanski, le cinéaste et photographe accusé d’avoir violé une jeune fille de 13 ans, elle aussi lors d’une séance de prise de vue, en 1973. Ce dernier, poursuivi aux Etats-Unis d’où il s’est enfui, a fini par s’excuser auprès de sa victime, en 2011. Rattacher ces affaires à une période très permissive, où la nudité s’étalait bien davantage qu’aujourd’hui, tiendrait pourtant du raccourci. Au tout début des années 1980, la joueuse de tennis Isabelle Demongeot, alors âgé de 14 ans, a été victime de viols de la part de son entraîneur Régis de Camaret. Celui-ci a été condamné à dix ans de prison en 2014. A chaque fois, un point commun : un homme beaucoup plus âgé, puissant, connu, face à une très jeune femme. Le Parisien
Le travail de David Hamilton est controversé en Amérique du Nord et au Royaume-Uni, beaucoup moins en Europe continentale. À la fin des années 1990, les conservateurs chrétiens aux États-Unis s’en prirent aux librairies qui avaient en stock des albums de David Hamilton, Sally Mann, et Jock Sturges, dont ils considèrent le travail comme de la “pornographie enfantine”. Hamilton vit dans le sud de la France, à Saint-Tropez où il affirme que son travail n’a jamais suscité une telle réprobation. Wikipedia
If mere nudity in a child is equated with sexual exploitation, every mom or pop who ever snapped their kid in the bathtub or with diapers down is a pornographer. The new laws have already led to a number of arrests of parents who sent film of their children to photo labs. Bruce Taylor, president of the National Law Center for Children and Families, warns parents to  »be careful so that they avoid creating child porn. » If you must take pictures of your naked child, stick to  »the face, arms, legs, buttocks. I would not take a picture of the kid’s genitals. » Federal law makes it a serious felony to sell or possess  »lascivious » images of the genitals of anyone under 18. The ambiguity of this verbot is even more troubling than its sweeping nature. Just what the word lascivious means when it comes to children is all but impossible to say, since most people would deny having any sexual response to immature genitals–yet we’re supposed to know it when we see it. This morass of meaning threatens to criminalize an entire tradition in photography, from the 19th-century studies of bare boys at the swimming hole by Thomas Eakins, to the elegaic portraits of naked wraiths in laurel wreaths by Baron Von Gloden, to the Jazz Age images of frolicking lads by Imogen Cunningham and Edward Weston (who photographed the genitals of his own young son). Collectors of these works are now potentially guilty of possessing child pornography. Lest you think the threat is academic, consider the reaction of police in Oklahoma City who decided that the film The Tin Drum is contraband because it shows the sexual initiation of a 14-year-old boy. Cops knocked on doors to confiscate copies of the film, after obtaining the names of people who had rented it from Blockbuster. What a delicious irony that this issue should come to trial in a state like Tennessee, where the age of consent is only 13. But then, the South is the birthplace of the child pageant, and even in the age of JonBenet, that spectacle remains a rite of passage for many little girls. In this crinoline hothouse, it’s not childhood sexuality that rouses the righteous, but art that forces adults to confront the nature of their own desire. The Village Voice
It is no defence in law to say pictures of naked children are ‘artistic’. Whether Hamilton’s images are widely available or not, they are clearly unlawful. The fact he [Loam] has been convicted demonstrates they are not legal. Anyone who has David Hamilton’s books can be arrested for the possession of indecent photographs. We are liaising with the publishers of his books to explain this. DC Simon Ledger (Surrey Police)
David Hamilton – the photographer whose images hang in the US Library of Congress, Carnegie Hall and the Royal Danish Palace – has had his multi-million-selling images of young, naked women and girls officially branded as indecent in a landmark British ruling. Anyone owning one of his coffee-table books now risks being « arrested for possession of indecent photographs », following a ruling at Guildford Crown Court. The case revolves around Stanley Loam, a 49-year-old auditor from Walton on Thames, Surrey, who was charged with being in possession of 19,000 indecent images of children – the biggest ever haul by the county’s force. Loam claimed he had a genuine interest in artistic material, and that the images in his collection by Hamilton were freely available in books sold by websites run by WHSmith, Tesco, Waterstones and Amazon. Loam said he thought they were not indecent, but lost his defence. Hamilton’s photographs have long been at the forefront of the « is it art or pornography? » debate. Glenn Holland, spokesman for the 71-year-old photographer, who lives in St Tropez, said: « We are deeply saddened and disappointed by this, as David is one of the most successful art photographers the world has ever known. His books have sold millions. « We have known for some time that the law in Britain and the US – our two biggest markets – is becoming tighter each year. But the fact remains that the courts still have to decide on each case. » On Tuesday, WHSmith said it was withdrawing one of Hamilton’s books – The Age of Innocence – from sale on its website, following a discussion with London publishers, Aurum Press. The Guardian (23 June 2005)

Attention: un scandale peut en cacher un autre !

En ces temps étranges où, entre pièces, ballets ou opéras, le premier récit (ou tableau) de pédophilie venu voire de viol de petite fille devient chef d’oeuvre du siècle

Et à l’heure où l’on fustige, pour propos et actes déplacés, le seul candidat républicain

Alors qu’il est de notoriété publique que le principal soutien et conjoint de son adversaire a lui été coupable, entre accusations de viols ou de quasi-viols, de bien plus grave …

Et que la claque médiatique qui vient à point nommé de déterrer une affaire de micro volé de onze ans reconnait elle-même qu’elle efface quotidiennement bien pire à chacune des venues sur ses plateaux de la star du moment …

Pendant qu’en France une ancienne animatrice de télévision se voit contrainte au silence ..

Face au violeur en série supposé qui l’avait violé à l’âge de treize ans …

Et qui comme un certain Polanski et autre pédophile ou plus précisément hébéphile notoire que le Pays des droits de l’homme refuse d’extrader …

Coule dans ledit pays des jours heureux …

Qui rappelle le scandale continu …

Outre ces Rolling Stones, Bowie ou De Niro et Woodie Allen qu’oubliant leurs multiples Lorie Maddox on continue de fêter ou d’enterrer royalement …

Héritiers certes, de Carroll à Gauguin ou Malle et Allen ou Sally Mann, d’une longue tradition

De ces millions d’albums et de photos, sans parler des panoplies, vendus par les plus grands distributeurs de la planète et trônant sur nos tables de salon et dans nos bibliothèques ou s’exposant dans nos galeries …

Alors que, puritanisme anglosaxon oblige, la simple possession des plus problématiques de ses oeuvres peut vous envoyer en prison de l’autre côté de la Manche ?

Hamilton’s naked girl shots ruled ‘indecent’

Chris Warmoll

The Guardian

23 June 2005

In the article below, we say that the books of the photographer, David Hamilton, were declared indecent in a « landmark ruling » at Guildford crown court. This was not a landmark ruling. The defendant had pleaded guilty to specimen charges and this fact was accidentally edited from the original story.

David Hamilton – the photographer whose images hang in the US Library of Congress, Carnegie Hall and the Royal Danish Palace – has had his multi-million-selling images of young, naked women and girls officially branded as indecent in a landmark British ruling.

Anyone owning one of his coffee-table books now risks being « arrested for possession of indecent photographs », following a ruling at Guildford Crown Court.

The case revolves around Stanley Loam, a 49-year-old auditor from Walton on Thames, Surrey, who was charged with being in possession of 19,000 indecent images of children – the biggest ever haul by the county’s force. Loam claimed he had a genuine interest in artistic material, and that the images in his collection by Hamilton were freely available in books sold by websites run by WHSmith, Tesco, Waterstones and Amazon. Loam said he thought they were not indecent, but lost his defence.

Prosecutor Simon Connolly told the court that Loam’s home was raided as part of Operation Ore, after receiving a tip-off from the US Postal Investigation Service.

He argued that the images, including those by Hamilton, « are plainly indecent. The content cannot be described as artistic and is plainly of a sexual nature. » The court heard the images seized were of the lowest indecency rating – category 1.

Speaking after, DC Simon Ledger, of Surrey Police, said: « It is no defence in law to say pictures of naked children are ‘artistic’. » Whether Hamilton’s images are widely available or not, he suggested, they are clearly unlawful.

« The fact he [Loam] has been convicted demonstrates they are not legal. » He added: « Anyone who has David Hamilton’s books can be arrested for the possession of indecent photographs.

« We are liaising with the publishers of his books to explain this. »

Hamilton’s photographs have long been at the forefront of the « is it art or pornography? » debate. Glenn Holland, spokesman for the 71-year-old photographer, who lives in St Tropez, said: « We are deeply saddened and disappointed by this, as David is one of the most successful art photographers the world has ever known. His books have sold millions.

« We have known for some time that the law in Britain and the US – our two biggest markets – is becoming tighter each year. But the fact remains that the courts still have to decide on each case. »

On Tuesday, WHSmith said it was withdrawing one of Hamilton’s books – The Age of Innocence – from sale on its website, following a discussion with London publishers, Aurum Press.

Voir aussi:

Flavie Flament : « J’avais besoin de partager ce secret »

L’animatrice Flavie Flament révèle dans son livre, La Consolation, qu’à 13 ans, elle a été violée par un célèbre photographe dont elle doit pourtant encore taire le nom.

Pourquoi, dans votre récit, ne nommez-vous pas l’homme qui a failli détruire votre vie?
À cause du couperet de la prescription concernant ce type de crime. Aujourd’hui, cet homme est juridiquement hors d’atteinte. Cela n’en fait pas un innocent pour autant. Le bourreau est inattaquable, moi je vivrai avec ça jusqu’à la fin de mes jours. Et je ne suis pas la seule dans ce cas.

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour publier cette histoire?
Il y a six ans, j’ai commencé à écrire pour moi. Garder un secret, c’est épuisant. Puis, je me suis rendu compte que j’avais besoin de partager. On écrit en silence, mais c’est la parole qui libère. C’est terrible de ne pas être entendue. À la lecture de ce récit, Grégoire Delacourt m’a écrit : « Merci pour tous ces enfants saccagés. » C’est pour eux que j’ai écrit.

«Je n’ai pas été la seule à tomber dans ses griffes. À propos de ces jeunes filles, il parlait d' »aller faire son marché ». »

Vous venez d’un milieu modeste. Est-ce que cela vous a rendue plus vulnérable, plus exposée auprès de votre prédateur?
Je n’ai pas été la seule à tomber dans ses griffes. À propos de ces jeunes filles, il parlait d' »aller faire son marché ». On savait qu’il avait une aura mondiale ; moi, je venais d’un petit village de Normandie dont le nom est à peine écrit sur les cartes de France. Par son âge (il avait alors une cinquantaine d’années) et sa notoriété, c’était donc une domination à double titre. Cet écart social lui donnait une grande force dont il a su user, à tel point qu’il payait ma mère avec un pauvre Polaroid. C’est pour cela que j’ai écrit : « Un viol = un Pola. » Quel mépris!

« Pendant des années, votre mémoire s’était nichée dans un endroit insoupçonné de votre corps »

Votre mère était donc complice de cette histoire. Sait-elle que vous avez écrit ce livre?
Elle est vivante. Mais je ne l’ai pas vue depuis très longtemps. Disons qu’on n’a plus de liens du tout. J’ai coupé les ponts avec tous ceux qui pouvaient m’empêcher de me consoler.

Pendant trente ans, vous avez vécu avec cette histoire. Pour survivre, vous dites avoir affiché un masque…
Oui, en psychiatrie, on parle de dissociation. Ça a commencé lors du viol. Votre corps s’abandonne mais votre esprit n’est plus là. Horrible. Quand votre mémoire se réveille, ça tient de la sorcellerie. Pendant des années, elle s’était nichée dans un endroit insoupçonné de votre corps. Quand ça remonte, c’est extraordinaire. Les souvenirs sont intacts, ce ne sont pas des galets qui ont été polis par la mer. C’est le propre de la mémoire traumatique. Ils reviennent avec la même violence que lorsque vous les avez vécus, mêmes sensations d’effroi, de sidération, d’abandon. Trente ans après, je me suis tout repris dans la gueule.

« J’ai une relation farouche à l’intimité »

Ce masque, c’est la jeune femme qu’on voyait à la télévision?
Oui, curieusement, cette dissociation m’a aidée à affronter les projecteurs. J’ai souvent dit que j’étais une vraie petite graine d’animatrice d’émissions de variétés sur TF1. Ça me permettait de donner le change. Et puis, j’avais le sentiment que cette popularité me réchauffait, ça me donnait l’illusion d’une consolation alors que je vivais très mal cette surexposition. Il y a six ans, j’ai décidé d’arrêter d’être cette fille parachutée sur des talons de 12 cm devant un écran de télé.

«J’ai coupé les ponts avec tous ceux qui pouvaient m’empêcher de me consoler.»

Vous n’avez cessé d’attaquer la presse people. Est-ce aussi une intrusion dans votre intimité?
Cela n’a bien évidemment rien à voir, ce n’est pas un viol. Mais mon passé a probablement exacerbé ma réaction. Durant dix ans, je n’ai pas passé une seule de mes vacances sans un téléobjectif braqué sur moi. C’est très violent d’avoir constamment dix types qui vous scrutent de la sorte. J’en souffrais à en chialer. C’était une effraction terrible de mon intimité. Ça m’a fait traverser de vrais moments de dépression. J’ai une relation farouche à l’intimité. Je ne suis pas sur les réseaux sociaux, je sors très peu et pendant longtemps je n’ai pas ouvert la porte de chez moi.

« Il n’y a rien de pire que de récupérer en héritage un chagrin non formulé »

Quels ont été les autres dommages collatéraux de ce viol par ce photographe? L’alcool?
Il est arrivé que je boive deux ou trois verres de vin lors d’attaques de panique. Boire, ça me permettait de ne plus souffrir, de ne plus savoir ; c’était comme une béquille mais jamais au point que ça devienne dangereux. Comme je me suis toujours méfiée des drogues, j’ai toujours tenu l’alcool à distance. Ce sont des stratégies d’évitement qui ne font qu’aggraver la situation. Et moi, je voulais m’en sortir.

Vos enfants sont-ils au courant de cette histoire?
Oui, tout comme l’homme qui partage ma vie. Antoine a 20 ans et Enzo 12 ans. C’est aussi pour eux que j’ai fait ce travail. Car il n’y a rien de pire que de récupérer en héritage un chagrin non formulé. Nos souffrances ne doivent pas justifier nos comportements.

D’où vient la photo de couverture de votre livre?
De cette époque. J’ai mis des années à ouvrir les cartons de photos. Déjà fermés, ils me faisaient peur, alors… C’est mon psy, le Docteur G., qui m’a encouragée à le faire. Celle-ci se trouvait entre une photo de première communion et une de rentrée scolaire. Je craignais de découvrir la vérité. Elle est là, sur cette photo, sur le visage de cette jeune fille qui ressemble à une enveloppe vide. Il n’y a personne derrière son regard, pas d’âme, pas de vie. Je n’ai pas de nostalgie pour cette époque, je n’ai pas connu la tendresse. Je me raccroche à un petit souffle qui vient de mon enfance. Il me reste des moments heureux, au fond de moi, que personne n’est parvenu à voler. Ce sont eux qui m’ont donné mes seuls émois amoureux.

La Consolation, Flavie Flament, JC Lattès, 256 p., 19 euros (en librairies mercredi)

Voir également:

Une époque où l’on faisait poser nues des ados

Yves Jaeglé

 Le Parisien
19 octobre 2016
Le témoignage de Flavie Flament entend lever un voile. L’animatrice de RTL indique « ne pas avoir été la seule victime » d’un photographe de mode « à l’aura mondiale ». Si elle refuse de citer son nom, elle livre dans son récit des indices qui sembleraient le désigner : celui-ci travaillerait au Cap d’Agde, offrirait aux gamines ou aux parents un Polaroid en récompense de leurs pauses. Dès dimanche soir, le nom de David Hamilton, âgé aujourd’hui de 83 ans, circulait sur les réseaux sociaux comme Twitter, puisqu’il a souvent confié lui-même avoir offert des Polaroid à ses modèles et les avoir recrutés sur la plage de cette station balnéaire de l’Hérault, à l’époque où ses albums se vendaient par dizaines, voire centaines de milliers.

Comme « l’Age de l’innocence », dans lequel Flavie Flament, 13 ans à l’époque, apparaît en effet, au détour d’une page et d’un cliché, parmi de nombreuses jeunes ados, parfois très dénudées. Aujourd’hui, ce genre d’images ne passerait plus. « On ne peut plus prendre en photo une jeune fille. Il y a toujours la peur d’un scandale », nous confiait David Hamilton lui-même l’an dernier à l’occasion d’une exposition… sur des fleurs. Aujourd’hui, le photographe, que nous avons contacté, déjà alerté que son nom était cité sur les réseaux sociaux, refuse de s’exprimer.

Pour autant, rien ne permet pour l’heure d’accuser un photographe plutôt qu’un autre. A l’époque, certains étaient peu regardants sur l’âge des modèles, voire sur certaines dérives.

Un sentiment de toute puissance

Les faits dénoncés par l’ancienne star de TF 1 remontent à 1987, mais ils rappellent l’affaire Polanski, le cinéaste et photographe accusé d’avoir violé une jeune fille de 13 ans, elle aussi lors d’une séance de prise de vue, en 1973. Ce dernier, poursuivi aux Etats-Unis d’où il s’est enfui, a fini par s’excuser auprès de sa victime, en 2011. Rattacher ces affaires à une période très permissive, où la nudité s’étalait bien davantage qu’aujourd’hui, tiendrait pourtant du raccourci. Au tout début des années 1980, la joueuse de tennis Isabelle Demongeot, alors âgé de 14 ans, a été victime de viols de la part de son entraîneur Régis de Camaret. Celui-ci a été condamné à dix ans de prison en 2014. A chaque fois, un point commun : un homme beaucoup plus âgé, puissant, connu, face à une très jeune femme.

Voir encore:

The Eye of the Beholder

March 10, 1998
 
About a dozen protesters paraded past the New York Stock Exchange last Friday morning urging brokers to  »sell Barnes & Noble stock. » They were following up on indictments against the nation’s largest bookseller handed down last week in Alabama and Tennessee. The charges involve stocking and improperly displaying two explicit photo books: Radiant Identities by Jock Sturges and The Age of Innocence by David Hamilton.
It might be possible to indict the antichrist in Alabama and Tennessee. But here on Wall Street, the protest against Barnes & Noble fell mostly on deaf ears, though several jaded traders asked for copies of the posters the demonstrators were carrying, perhaps for their private use. These collectables featured three  »examples of child pornography » that can be found at your local bookstore. One shot, by Sturges, showed two nude boys on a beach holding hands; another, by Sally Mann, featured a naked little girl cradled by a man; the third, by Hamilton, showed a young couple who looked to be well over the age of consent, the man hovering over the recumbent woman.

Explicit as these images might be, it was hard to think of them as obscene but for the thick black bars covering the boys’ hairless crotches, the girl’s baby breasts and pudendum, and the couple’s quite mature genitals. These dark swaths were meant to direct the imagination toward what it might not otherwise detect: danger and depravity.

Leading this protest was Randall Terry, the antichoice activist who recently agreed–after years of litigation–to stop his minions from blocking the entrances of abortion clinics. Eager to demonstrate that he cares about children even after they are born, Terry now vows to  »obliterate child pornography. » He is targeting Barnes & Noble because, as Terry told The New York Times,  »if Goliath falls, the whole earth trembles. » So far, Goliath refuses to cave. The only problem is keeping the contested books in stock, given the sudden demand.

Still, Terry must be consoled by the fact that bookstores are a more inviting target than abortion clincs. For one thing, they’re much easier to find; for another, you can often cop a latte prior to burning down the place. And now that Terry has a syndicated radio talk show, he can summon his army of God to storm Barnes & Noble branches all across America. In some places, the faithful are so appalled by what they see that they’re tearing the offending pages out of books. But they’ve been unable to get local prosecutors to join their jihad–until last week.

Now Terry is taking his crusade to the temple of the moneychangers. But just as he’s spieling to a Bloomberg reporter, some troublemaker interrupts.  »Do you find these pictures arousing? » the skeptic asks.

 »No, » Terry replies.  »They make me angry. »

 »So what’s the problem? » the cynic snaps.  »If they’re not arousing, how can they be pornography? »

Terry mutters something about his interrogator being  »morally bankrupt » before informing the Bloomberg reporter that his group has  »a little plan involving the board of directors » at Barnes & Noble. But the troublemaker keeps butting in.  »You better ban the Coppertone ad, » he taunts.

By now, the market is open and humming. Barnes & Noble’s stock will rise about a point today.

As for the three photographers accused by Terry of making child pornography, all have profited from the controversy. But only David Hamilton–who depends largely on the European market–seems unperturbed by his notoriety.  »It’s an Anglo-Saxon problem, » Hamilton told the Voice from his home in Paris.  »I suppose Barnes & Noble are crying all the way to the bank, but I have no idea. There’s not a word about it in the press over here. »

Sturges and Mann are far less insulated from the faithful’s wrath, and both chose not to stoke it further by commenting for this piece. Mann, whose portraits of her three children–often involving casual nudity–have been widely praised for their primal power, is working under the kind of inchoate threat few artists in this country have ever experienced. As veteran civil libertarian Edward de Grazia explained to one reporter,  »Any federal prosecutor anywhere in the country could bring a case against her in Virginia [where Mann lives], and not only seize her photos, her equipment, her Rolodexes, but also seize her children for psychiatric and physical examination. »

Sturges, who specializes in photographing the children of his  »naturist » friends, may be the most persecuted artist in America. After the FBI raided his San Francisco studio in 1990, confiscating photographs and equipment, Sturges spent $100,000 defending himself. A grand jury refused to indict him on child porn charges, but not before he had lost 40 pounds and reached the point of contemplating a leap from the Golden Gate Bridge.

To find his work obscene, Sturges told a reporter last week,  »you’d have to find Homo sapiens between one and 17 obscene, and I find that obscene. » Mann, too, maintains that sexuality–in the coital sense adults understand it–is not what her children project in their portraits. But such assurances don’t determine what the eye of beholder sees.

 »Unholy! » the Middle Tennessee Coalition for the Protection of Children and Families calls this work. Of course, the law presumes to operate on a less consecrated plane. Barnes & Noble is charged with violating Tennessee Statute 39-17-1004, otherwise known as  »aggravated sexual exploitation of a minor. » No doubt this would astonish Sturges and Hamilton, who say they are scrupulous about obtaining parental consent. Sturges even asks his subject’s permission whenever he exhibits an image.

Of course, jurors may conclude that these subjects are incapable of giving consent. Yet if mere nudity in a child is equated with sexual exploitation, every mom or pop who ever snapped their kid in the bathtub or with diapers down is a pornographer. The new laws have already led to a number of arrests of parents who sent film of their children to photo labs. Bruce Taylor, president of the National Law Center for Children and Families, warns parents to  »be careful so that they avoid creating child porn. » If you must take pictures of your naked child, stick to  »the face, arms, legs, buttocks. I would not take a picture of the kid’s genitals. »

Federal law makes it a serious felony to sell or possess  »lascivious » images of the genitals of anyone under 18. The ambiguity of this verbot is even more troubling than its sweeping nature. Just what the word lascivious means when it comes to children is all but impossible to say, since most people would deny having any sexual response to immature genitals–yet we’re supposed to know it when we see it.

This morass of meaning threatens to criminalize an entire tradition in photography, from the 19th-century studies of bare boys at the swimming hole by Thomas Eakins, to the elegaic portraits of naked wraiths in laurel wreaths by Baron Von Gloden, to the Jazz Age images of frolicking lads by Imogen Cunningham and Edward Weston (who photographed the genitals of his own young son). Collectors of these works are now potentially guilty of possessing child pornography. Lest you think the threat is academic, consider the reaction of police in Oklahoma City who decided that the film The Tin Drum is contraband because it shows the sexual initiation of a 14-year-old boy. Cops knocked on doors to confiscate copies of the film, after obtaining the names of people who had rented it from Blockbuster.

What a delicious irony that this issue should come to trial in a state like Tennessee, where the age of consent is only 13. But then, the South is the birthplace of the child pageant, and even in the age of JonBenet, that spectacle remains a rite of passage for many little girls. In this crinoline hothouse, it’s not childhood sexuality that rouses the righteous, but art that forces adults to confront the nature of their own desire.

 »It’s erotic, there’s no question about it, » says David Hamilton.  »That’s my job. » His oeuvre includes everything from Venice to flowers, but as he freely admits,  »My theme is young girls. »

Hamilton’s Web site (www.hamilton-archives.com) offers ruminations on the difference between erotica and pornography. It all comes down to  »good taste »–that and a gauzy lens, a penchant for posing models with flowers in their hair, and a Bartlett’s worth of poetic epigrams. His sensitivity to context–or perhaps an instinct for self-preservation–inspired Hamilton to demand that the Voice crop the picture from his book that appears on the cover of this issue.  »It’s obviously erotic, » he explained,  »so let’s not push it. »

Knowing precisely how to push a certain button is the essence of Hamilton’s art. Everything about his work evokes the arcadian world of pre-Playboy stroke books, from the pastel settings to a text that speaks of  »the essence of virginity; the locked door behind which the young girl keeps the very best of herself: her wonderful daydreams and her eternal search for the perfect male. » With such pretensions, no wonder Hamilton has little modesty about his place in nymphet history.  »There’s only three of us in this business, » he proclaims.  »Nabokov penned it, Balthus painted it, and I photographed it. »

To understand how far Hamilton’s aesthetic is from Mann’s, consider what she has written about her children in her book Immediate Family:  »Their strength and confidence, there to be seen in their eyes, are compelling–for nothing is so seductive as a gift casually possessed. » That Terry can tar these utterly different artists with the same black bar suggests that something more fundamental than a desire to protect children is at work.

What these photographs produce is a complex of emotions that well up from below the surface of arousal. Is it empathy, memory, shame, or lust? The closer these images come to the brink of puberty, the more difficult the question becomes, for what they reveal is the distinction between a moral concept like the age of consent and the boundless contours of desire. Art has the power to rip away the veil of denial, baring the full, forbidden face of what we feel.

Not that these photographers share a common strategy. Hamilton soothes as he arouses, marshaling the cliches of innocence to shield the psyche from any guilt, not to mention awareness. Sturges opts for a starker texture and a more intimate regard, skirting what one critic rightly calls a  »vapid prettiness. » As for Mann, the power of her pictures lies in their radical tangibility. Her children are flesh, blood, and will; if that seems sexual, the artist dares you to accept responsibility.

As the novelist Kathryn Harrison, no stranger to child abuse, put it in a review of one Mann collection,  »The viewer’s distress is central to the power of the work. » Indeed, the viewer’s distress is proof that what keeps many adults from molesting children is not repression but morality. Any picture that produces this sort of insight has redeeming social value.

Research: Nita Rao and Sonja Ryst

Voir par ailleurs:

David Hamil­ton: l’homme qui aimait les jeunes filles en fleurs

Gala a rencon­tré le photo­graphe britan­nique

Sarah Merlino
26 mai 2015

David Hamil­ton photo­gra­phiait ses modèles, souvent dénu­dés, dans un flou artis­tique unique. A 82 ans, l’icône des années 70 revient sur le devant de la scène. Rencontre précieuse.

« J’ai beau­coup de pres­tige, malheu­reu­se­ment, ça ne paie pas », recon­naît David Hamil­ton, tout sourires, le lende­main de son quatre-vingt-deuxième anni­ver­saire. Vêtu d’un costume de Savile Row qu’il possède depuis plusieurs décen­nies, de chaus­sures John Lobb impec­cables, le photo­graphe mondia­le­ment connu pour ses photos de jeunes filles nues est un dandy. Mais désar­genté. Sa montre, type Cartier années trente, ne fonc­tionne même pas. « Je n’ai jamais eu de bon agent, ni une bonne gale­rie… Il y a un tel écart entre mon nom et ma cote! « , se désole l’ar­tiste dont les œuvres ont pour­tant inondé les salons des parti­cu­liers dans les années soixante-dix et quatre-vingt.  »J’ai vendu 40 livres, deux millions d’exem­plaires! « , reven­dique-t-il, toujours un sourire aux lèvres. Sans doute songe-t-il à toutes ces femmes qu’il a rencon­trées et photo­gra­phiées.

Parmi les centaines de blondes, il ne saurait en citer une plutôt qu’une autre, si ce n’est sa première compagne, Mona, et son unique épouse, Gertrude, les seules avec lesquelles il ait gardé contact. Son union aura duré seize ans. Pas d’en­fants,  »C’est trop de respon­sa­bi­li­tés. Mais je ne me sens pas seul: j’ai des milliers d’en­fants! « , dit-il en montrant ses clichés. Gertrude, de plus de trente ans sa cadette, a depuis refait sa vie à New York. Les autres modèles sont rentrées chez elles, en Suède, en Hollande, en Alle­magne ou tous les pays nordiques  »où je faisais mon marché », soutient le photo­graphe sans rougir. À l’époque, David trouve aussi ses jeunes filles sur les plages nudistes du Cap d’Agde. Avec l’ac­cord de leurs parents, elles partent au bout du monde avec la star des objec­tifs: « Elles reve­naient avec un Pola­roid »… et tout le monde était content.

Le photo­graphe couchait-il avec elles? « Ce n’est pas le sujet », balaie-t-il d’un revers de la main en perdant son sourire, « le scan­dale ne m’in­té­resse pas ». Pas de scan­dale, donc, mais de beaux souve­nirs. Le play­boy mondain sort son album de photos person­nelles et montre, entre les nombreuses femmes nues, palma­rès de chas­seur, les grands noms croi­sés au cours de sa vie:Jack Nichol­son, Mick Jagger, Tony Curtis, Helmut Berger, Terence Stamp, Rudolph Noureev, Douglas Fair­banks, Pier Paolo Paso­lini. C’était l’époque folle où, comme le photo­graphe Jean­loup Sieff, il roulait en Aston Martin (« J’en ai eu quatre dont la DB5, la première de James Bond »). Frime ou raffi­ne­ment? Cathe­rine Breillat, la scéna­riste de son premier long-métrage, Bili­tis (avec Bernard Girau­deau), défend Hamil­ton: « Il n’est pas préten­tieux, ni m’as-tu-vu, c’est quelqu’un de très bien. Il travaille comme un peintre, replié sur lui-même. » Pour Macha Méril, qui a joué dans Tendres cousines, son troi­sième film, en 1980, David possé­dait à l’époque « un énorme ego, mais à juste titre. Un artiste doit en avoir un. Et lui, très seul, très isolé, devait déve­lop­per cela pour conti­nuer son travail ».

Hamil­ton, il est vrai, s’est voué à son art: « Je vis dans mes archives. » Chez lui, dans le quar­tier de Mont­par­nasse à Paris l’hi­ver, ou à Rama­tuelle l’été, dans sa maison du XIIe siècle située dans les remparts de la ville, l’An­glais prépare encore des publi­ca­tions, à la recherche d’une bonne maison d’édi­tion. Et caresse l’idée d’une fonda­tion pour léguer son œuvre. Des nus, bien sûr, mais aussi des natures mortes, des paysages et des portraits. En fouillant dans les multiples images, seuls deux « très beaux garçons » appa­raissent, notam­ment pour des cata­logues publi­ci­taires. « Le premier, c’était mon mari, François. La photo a fait la une de L’Ex­press à l’époque », raconte Cathe­rine Breillat. Puis, il y a eu Pierre, devenu acteur à Los Angeles: « On faisait de très beaux voyages, avec des filles superbes », se rappelle le mannequin, aujourd’­hui septua­gé­naire.

Les jeunes filles, à peine sorties de l’en­fance, posaient vêtues de fripes ache­tées par David lui-même aux puces. Surtout des culottes en coton. Sans maquillage, sans acces­soire, sans filtre et sans retouche, Hamil­ton captu­rait « l’in­no­cence, avant que les filles ne deviennent sérieuses ». Son secret de fabri­ca­tion ? Il ne nous le donnera pas, réfu­tant simple­ment la légende du bas résille ou de la vase­line sur l’objec­tif. Il dit n’être qu’un amateur, incom­pé­tent en matière tech­nique mais à l’œil aiguisé. Un regard façonné par des études d’ar­chi­tecte (non vali­dées par un diplôme) et des postes de direc­teur artis­tique dans de grands maga­zines, dont Elle.

Aucun héri­tage fami­lial. Fils unique d’une mère au foyer et d’un père qu’il n’a jamais connu, élevé à la campagne par une famille de lords pendant la Seconde Guerre mondiale (‘des années merveilleuses’), trop éloi­gné de ses jeunes demi-sœurs, l’homme ne devine pas d’où lui vient son talent. Si ce n’est de son quar­tier de nais­sance, à Londres, où ont vécu Char­lie Chaplin et Charles Dickens. Son prénom égale­ment, « Léonardo David. Je suis né le même jour que Léonard de Vinci et comme lui, je suis gaucher ». Tout simple­ment. Ce passionné d’his­toire (la Grèce, Rome et la Renais­sance) connaî­tra-t-il le même destin que le génial inven­teur italien? « Je ne suis pas un visage, je suis un nom », aime-t-il décla­rer. Il n’a pour­tant ni été anobli par la reine d’An­gle­terre ni fait cheva­lier des Arts et des Lettres. « Comme tous les Anglais bons à rien, je suis à Saint-Tropez!  », sourit-il, notam­ment au Club 55, sa cantine. Et Bardot, c’est une amie ? « Je ne la connais pas. Elle n’est pas mon genre. » Son genre n’est pas non plus celui de la belle brune dont la photo appa­raît dans le diapo­rama de la gale­rie de l’Hô­tel Scribe, à Paris (jusqu’au 14 juin). « C’est une commande d’une comtesse italien­ne… Vous savez, toutes les femmes me demandent une photo nue à la fin de la séance », soupire l’ar­tiste, préfé­rant ‘l’har­mo­nie’ des nymphes pubères, blondes, les yeux écar­tés, au long cou, au front haut et aux ‘belles propor­tions’. Jamais souriantes (« Le sourire, c’est bon pour les photos de vacances »), belles (très belles) et jeunes. Très jeunes.  »Les fémi­nistes m’ont toujours laissé tranquille. Et mon travail n’a rien à voir avec la vulga­rité de notre époque actuelle », se défend-il. Oui, les temps ont changé. L’époque où Nina Ricci lui deman­dait une photo par an pour illus­trer ses campagnes de publi­cité est défi­ni­ti­ve­ment révo­lue. Hamil­ton, un cigare Parta­gas à la main et une prune dans son verre, n’a pour­tant aucun regret: « J’ai eu une vie de rêve. »

Voir aussi:

Le blanc dans ses mille et une nuances

Les esquimaux ont, dit-on, cent mots de vocabulaire pour dire toutes les nuances du blanc. David Hamilton n’a pas moins de façons de voir et de montrer cette non-couleur virginale qui incarne et sublime l’émotion. Tuniques blanches immaculées, caracos vaporeux en mousseline de soie, chemisiers en voile de coton, longs jupons en broderie anglaise… Portons-les à la Hamilton-attitude : boutonnières ouvertes, épaules découvertes, chemises XXL aux manches retroussées, portées en mini-robe d’été…

Des attributs de danseuse

Une des grandes passions d’Hamilton, c’est la danse… Et les danseuses! Mettons donc du tulle dans nos tenues : en jupon apparent ou en robe décalée, en bracelet home-made ou en headband. Et portons la ballerine avec des airs ingénus : en rose poudré, en beige vanille, couleur chair… Pourquoi pas avec de jolis rubans satinés à nouer autour de la cheville comme une ballerine un jour de ballet ?

Des sous-vêtements (faussement) innocents

L’univers de David Hamilton, c’est aussi celui d’un érotisme faussement innocent qui joue sur tout ce qui se devine sans se montrer et se dévoile en faisant semblant de se cacher.

Passons au soutien-gorge triangle qui laisse les pointes de seins affleurer sous la toile du chemisier, laissons la bretelle du corsage glisser sur l’épaule et osons la mode dessous-dessus dont je vous ai récemment parlée. Jouons aussi le contraste avec de la lingerie de demoiselle sage et bien élevée : de vraies culottes en coton uni (les petit Bateau sont les plus jolies), des bas de laine qui montent à mi-cuisse, des sous-robes et des jupons semi-transparents…

Des chignons flous et des bijoux de cheveux

Pour se faire une coiffure romantique, on commence par flouter sa chevelure. Pour cela, on essore ses cheveux tête en bas, on vaporise les racines de spray coiffant pour les décoller puis on sèche en froissant les longueurs. Pour un chignon vaporeux : on fait une queue de cheval lâche sur la nuque, on crêpe légèrement les longueurs avant de les ramasser en chignon brouillon à l’aide d’une pince ou deux. On finit en piquant des pâquerettes ou des bijoux de cheveux : fleurs en tissus, fin diadème, headband en perles, mini-tresses postiches…

Un maquillage de néréide

Le look Hamilton, c’est aussi un maquillage anti-bling, tout en transparence et en délicatesse. Le make-up n’est là que pour recréer la coloration naturelle de la peau traversée par les sentiments et les sensations. Le teint est frais et clair comme celui d’une porcelaine. Les joues sont rosées au blush, comme après une balade à l’air pur. Les yeux sont nude, à peine éclairés par une seule couche de mascara recourbant transparent. Quant aux lèvres, elles sont simplement « mordues » avec un rouge à lèvres mat posé en couche extra-fine.

Alors, aimez-vous le style tendrement romantique des nymphes baignées de brume de David Hamilton ?

Voir de même:

Stars de la télé, ex-député… l’Angleterre face à ses pédophiles « VIP »

Plusieurs affaires d’abus sexuels sur enfants mettent en cause d’ex-stars de la télévision, d’anciens parlementaires. La police et les plus hautes autorités sont soupçonnées d’avoir longtemps fermé les yeux.

L’Obs

07 septembre 2014

Il n’y a pas si longtemps encore, quand leurs enfants n’étaient pas sages, les parents de Rochdale, morne ville industrielle du nord-ouest de l’Angleterre, les menaçaient d’une visite chez « Big Cyril ». Le Gros, Cyril Smith de son vrai nom, n’était pas un ogre de légende mais le député local, une figure du Parti libéral, un colosse de 185 kilos – qui avait siégé pendant deux décennies sur les bancs de la Chambre des Communes. L’une de ses activités favorites consistait à écumer les foyers d’enfants défavorisés de sa circonscription.

Au fil des années, près de 144 plaintes ont été déposées contre lui, toutes classées sans suite, malgré les photos pédopornographiques retrouvées dans le coffre de sa voiture. Cyril Smith est mort en 2010, sans jamais avoir été inquiété par la justice.

Il a fallu qu’il soit six pieds sous terre pour que la police du Grand Manchester reconnaisse que des preuves « accablantes » existaient bien contre lui, et qu’il aurait dû être arrêté quarante ans plus tôt. Nick Clegg, le chef des libéraux démocrates (successeurs du Parti libéral) qui avait prononcé l’éloge funèbre de « Big Cyril », il y a quatre ans, se dit aujourd’hui « horrifié ». Et pour cause, il ne fait pas bon avoir été l’ami de Cyril Smith. Il est l’un des principaux protagonistes des affaires de pédophilie qui, ces derniers mois, refluent en Grande-Bretagne. Comme si un gigantesque égout était en train de déborder…

Y a-t-il quelque chose de pourri au royaume de Sa Majesté ? La semaine dernière, alors que feu « Big Cyril » était encore dans toutes les têtes, un nouveau scandale a fait la une des journaux : selon l’enquête menée par une inspectrice des Affaires sociales, 1.400 enfants ont été victimes d’exploitation sexuelle entre 1997 et 2013 à Rotherham, dans le comté du Yorkshire…Tous les jours, d’autres histoires, moins tentaculaires mais tout aussi sordides, alimentent ce que « Private Eye » (l’équivalent anglais du « Canard enchaîné ») appelle la « chaîne info pédophile 24h/24 ».

Même le palais de Buckingham – où un ancien aide personnel du duc d’Edimbourg est soupçonné d’avoir commis un attentat à la pudeur sur une fillette de 12 ans – n’est pas épargné. La vague de scandales, qui atteint aujourd’hui la classe politique et les plus hautes autorités de l’Etat, semble vouloir tout renverser sur son passage. Aucune institution n’est à l’abri.

« Le plus grand prédateur sexuel de tous les temps »

C’est d’abord le monde du showbiz qui a été submergé. Les stupéfiantes révélations sur Jimmy Savile, le présentateur vedette de la BBC, mort impuni en 2011, et qualifié depuis de « plus grand prédateur sexuel de tous les temps » (l’âge de ses victimes allait de 5 à 75 ans, et il ne se passe pas une semaine sans que l’on mette à son actif de nouvelles monstruosités) ont tétanisé l’Angleterre.

Elles ont aussi préparé les Britanniques à envisager l’impensable : l’existence d’un influent réseau, au sein même du Parlement de Westminster et du gouvernement, qui, dans les années 1980 et 1990, aurait intrigué dans l’ombre pour couvrir ce que les tabloïds appellent désormais « les VIP pédophiles ». Jimmy Savile, Cyril Smith (les deux se connaissaient) mais aussi d’autres personnalités dont les noms circulent sous le manteau ont-ils bénéficié de protections ? Des ex-ministres des gouvernements Thatcher ont-ils participé à cette omerta ?

Ce n’est pas seulement un mauvais roman destiné à vendre du papier. Les journaux les plus sérieux s’interrogent et enquêtent. Des députés d’opposition ont interpellé le Premier ministre David Cameron à la Chambre des Communes. Même l’un des plus grands barons de l’ère Thatcher, l’ancien président du Parti conservateur Norman Tebbit, a confié son trouble lorsqu’en plein mois de juillet le ministère de l’Intérieur a annoncé qu’une centaine de documents liés à des abus sur enfants – commis, entre autres, par Cyril Smith avaient disparu des archives.

Il pourrait s’agir d’une opération de camouflage, a dit Tebbit. A une époque, la majorité des gens estimaient qu’il était plus important de protéger le système que d’aller fouiller trop loin. »

A ce jour, le Home Office n’a toujours pas expliqué comment ces documents ont pu se perdre dans les méandres de son administration. C’est d’autant plus ennuyeux que ces pièces auraient permis d’arrêter Smith dès le début des années 1980. Du moins si l’on en croit certains témoins qui les ont vues avant qu’elles ne s’évaporent dans la nature.

Impunité

L’auteur de ces documents ? Un certain Geoffrey Dickens, ex-député conservateur aujourd’hui décédé et militant de la protection de l’enfance. En 1983, il aurait consigné noir sur blanc – dans un rapport officiellement transmis au ministre de l’Intérieur, sir Leon Brittan (futur commissaire européen) – les méfaits de Cyril Smith mais aussi ceux de sept autres parlementaires. Tous fréquentaient Elm Guest House, une maison de rendez-vous du sud-ouest de Londres, où des jeunes hommes prostitués étaient livrés par chauffeur pour des parties fines.

Dickens aurait aussi évoqué dans son rapport les agissements du Paedophile Information Exchange (PIE), un lobby qui oeuvrait, dans les années 1970, pour la légalisation des rapports sexuels entre mineurs et adultes. L’un de ses fondateurs, Peter Righton, avait été chargé par le gouvernement d’une étude sur la réorganisation… des foyers pour enfants. Pour mener son audit, Righton visitait très régulièrement ces foyers partout dans le pays. Notamment à Rochdale, sur les terres de Cyril Smith.

Smith et Righton sont morts tranquillement dans leurs lits sans même avoir été interrogés (le deuxième a été cependant verbalisé en 1992, pour possession d’images pédophiles). Pourquoi une telle impunité ? Des enquêtes ont-elles été étouffées pour éviter l’opprobre à certains membres de l’establishment ? Cette idée s’installe évidemment jour après jour dans l’opinion britannique. Thatcher était au courant des abus sur les enfants, affirment les tabloïds, partis à la chasse aux témoignages (« J’ai fourni des garçons prostitués très jeunes à des ministres conservateurs »). Difficile dans cet emballement de faire la part des fantasmes que génère toujours ce type de scandales, surtout quand ils concernent des « notables », et la réalité.

Déni

Il y a un paradoxe de toute cette histoire. Malgré sa presse réputée si pugnace, sinon carrément « trash », l’Angleterre semble avoir vécu, pendant trente ans, dans une forme de déni. Est-ce parce que la maltraitance des enfants reste un sujet tabou outre-Manche ? Parce que – comme l’expliquent certains responsables d’associations – l’élite du pays a été formée dans des pensionnats, où les sévices corporels et sexuels étaient monnaie courante, et que cette élite aurait tendance à reproduire ces abus d’une génération à l’autre ou du moins à les excuser ?

Ce qui s’est passé en Grande-Bretagne est bien plus qu’un complot, affirme l’écrivain et éditorialiste Laurie Penny, du magazine « The New Statesman ». C’est une culture de complicité, qui traverse toutes les grandes institutions de la vie publique, des médias aux organisations caritatives, des écoles aux foyers pour enfants défavorisés… Ce scandale révèle dans toute sa crudité comment la société britannique se définit. Ce qui lie tous ces prédateurs sexuels sur mineurs, qu’ils soient seulement accusés ou condamnés, c’est leur puissance, leur accès facilité aux enfants, et leur certitude que leur réputation les mettrait à l’abri de toute poursuite… Très souvent, les enquêtes lancées par les autorités concernées étaient délibérément détournées. »

Jimmy Savile, rappelle l’éditorialiste, était un ami proche de Margaret Thatcher.

Jimmy Savile. Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Grande-Bretagne, c’est encore à lui qu’il faut revenir. Sa chute (posthume) a été le catalyseur et aussi, en partie, le fil rouge de toutes les affaires qui ressortent aujourd’hui. Jimmy Savile était plus qu’une star de la télévision. Pendant des décennies, il fut l’une des figures les plus aimées du Royaume-Uni. La quintessence de l’excentricité so British. Avec son éternel cigare en bouche, son jogging lamé, ses longs cheveux blonds et ses lunettes rouges, il a animé pendant des années « Top of the Pops », l’émission de hit-parades de la BBC. Son look destroy ne l’empêchait pas de réveillonner avec « Maggie », dont il était un intime. Quand il n’était pas sous les sunlights, il collectait des fonds pour des causes humanitaires. Ce qui lui avait valu d’être décoré par la reine. En 1988, le ministère de la Santé l’avait même désigné comme chef d’un groupe de travail sur la prison-hôpital de Broadmoor.

450 victimes identifiées

Quand il est mort en 2011, à l’âge de 84 ans, tout le pays lui a rendu hommage. Un an plus tard pourtant, un documentaire diffusé sur la chaîne privée ITV (rivale de la BBC) déchirait le voile et laissait entrevoir le vrai visage de « Jimmy ». Celui d’un homme qui avait commis des viols et des abus sexuels à répétition. Aussitôt la police fut submergée d’appels et de témoignages. Aujourd’hui, Scotland Yard a identifié 450 victimes (la première agressée en 1955, la dernière en 2009). Des enfants, filles ou garçons, des groupies qui se bousculaient dans les studios de la BBC, des personnes âgées, des malades, des internés dans des asiles psychiatriques.

Savile profitait de ses activités caritatives pour « chasser » dans les maisons de retraite, les hôpitaux, les foyers pour mineurs, et même les morgues. Cet été, les enquêteurs ont découvert sa passion pour les cadavres, qu’il se targuait d’aller régulièrement « honorer ». Last but not least, Jimmy Savile était lié à Cyril Smith, qui était même venu pousser la chansonnette dans l’un de ses shows télévisés.

Le choc pour les Anglais n’a pas été seulement de découvrir la face hideuse de celui qui agrémentait depuis si longtemps leurs soirées télé, mais aussi d’apprendre que, depuis un demi-siècle, près de 250 plaintes avaient été déposées contre lui, auprès d’une trentaine de services de police à travers le pays, et qu’elles étaient toutes restées lettre morte. Comme pour Cyril Smith. Depuis, la police a essayé de se rattraper. La diffusion du documentaire a provoqué l’ouverture d’une enquête baptisée « Operation Yewtree » (« Opération If », comme l’arbre) sur Savile et sur plusieurs célébrités, toutes septuagénaires, voire octogénaires.

Présentateurs télé, ex-chanteur de rock, gourou de la com…

Plusieurs d’entre elles viennent d’être condamnées : Stuart Hall, présentateur des Jeux sans Frontières britanniques, Gary Glitter, ex-chanteur de rock, Max Clifford, agent des stars (Sinatra, Joe Cocker, Mohamed Ali, Marlon Brando), gourou de la com et informateur de tabloïds, Rolf Harris, chansonnier, présentateur d’émissions pour enfants, artiste-peintre (on lui doit l’un des plus célèbres portraits de la reine, pour qui il avait aussi chanté en solo, à Buckingham Palace). En 1985, le même Harris apparaissait sur une vidéo, dans le cadre d’une campagne contre les abus sexuels, au milieu de bambins qui fredonnaient en choeur :

Mon corps m’appartient de la tête aux orteils, laisse-le tranquille si tu m’entends dire non. »

Il vient d’être condamné à cinq ans et neuf mois de prison pour « attentat à la pudeur » sur quatre jeunes filles – dont la meilleure amie de sa fille alors qu’elle n’avait que 13 ans.

Il n’y a pas si longtemps encore, quand leurs enfants n’étaient pas sages, les parents de Rochdale, morne ville industrielle du nord-ouest de l’Angleterre, les menaçaient d’une visite chez « Big Cyril ». Le Gros, Cyril Smith de son vrai nom, n’était pas un ogre de légende mais le député local, une figure du Parti libéral, un colosse de 185 kilos – qui avait siégé pendant deux décennies sur les bancs de la Chambre des Communes. L’une de ses activités favorites consistait à écumer les foyers d’enfants défavorisés de sa circonscription.

Au fil des années, près de 144 plaintes ont été déposées contre lui, toutes classées sans suite, malgré les photos pédopornographiques retrouvées dans le coffre de sa voiture. Cyril Smith est mort en 2010, sans jamais avoir été inquiété par la justice.

Il a fallu qu’il soit six pieds sous terre pour que la police du Grand Manchester reconnaisse que des preuves « accablantes » existaient bien contre lui, et qu’il aurait dû être arrêté quarante ans plus tôt. Nick Clegg, le chef des libéraux démocrates (successeurs du Parti libéral) qui avait prononcé l’éloge funèbre de « Big Cyril », il y a quatre ans, se dit aujourd’hui « horrifié ». Et pour cause, il ne fait pas bon avoir été l’ami de Cyril Smith. Il est l’un des principaux protagonistes des affaires de pédophilie qui, ces derniers mois, refluent en Grande-Bretagne. Comme si un gigantesque égout était en train de déborder…

Y a-t-il quelque chose de pourri au royaume de Sa Majesté ? La semaine dernière, alors que feu « Big Cyril » était encore dans toutes les têtes, un nouveau scandale a fait la une des journaux : selon l’enquête menée par une inspectrice des Affaires sociales, 1.400 enfants ont été victimes d’exploitation sexuelle entre 1997 et 2013 à Rotherham, dans le comté du Yorkshire…Tous les jours, d’autres histoires, moins tentaculaires mais tout aussi sordides, alimentent ce que « Private Eye » (l’équivalent anglais du « Canard enchaîné ») appelle la « chaîne info pédophile 24h/24 ».

Même le palais de Buckingham – où un ancien aide personnel du duc d’Edimbourg est soupçonné d’avoir commis un attentat à la pudeur sur une fillette de 12 ans – n’est pas épargné. La vague de scandales, qui atteint aujourd’hui la classe politique et les plus hautes autorités de l’Etat, semble vouloir tout renverser sur son passage. Aucune institution n’est à l’abri.

« Le plus grand prédateur sexuel de tous les temps »

C’est d’abord le monde du showbiz qui a été submergé. Les stupéfiantes révélations sur Jimmy Savile, le présentateur vedette de la BBC, mort impuni en 2011, et qualifié depuis de « plus grand prédateur sexuel de tous les temps » (l’âge de ses victimes allait de 5 à 75 ans, et il ne se passe pas une semaine sans que l’on mette à son actif de nouvelles monstruosités) ont tétanisé l’Angleterre.

Elles ont aussi préparé les Britanniques à envisager l’impensable : l’existence d’un influent réseau, au sein même du Parlement de Westminster et du gouvernement, qui, dans les années 1980 et 1990, aurait intrigué dans l’ombre pour couvrir ce que les tabloïds appellent désormais « les VIP pédophiles ». Jimmy Savile, Cyril Smith (les deux se connaissaient) mais aussi d’autres personnalités dont les noms circulent sous le manteau ont-ils bénéficié de protections ? Des ex-ministres des gouvernements Thatcher ont-ils participé à cette omerta ?

Ce n’est pas seulement un mauvais roman destiné à vendre du papier. Les journaux les plus sérieux s’interrogent et enquêtent. Des députés d’opposition ont interpellé le Premier ministre David Cameron à la Chambre des Communes. Même l’un des plus grands barons de l’ère Thatcher, l’ancien président du Parti conservateur Norman Tebbit, a confié son trouble lorsqu’en plein mois de juillet le ministère de l’Intérieur a annoncé qu’une centaine de documents liés à des abus sur enfants – commis, entre autres, par Cyril Smith avaient disparu des archives.

Il pourrait s’agir d’une opération de camouflage, a dit Tebbit. A une époque, la majorité des gens estimaient qu’il était plus important de protéger le système que d’aller fouiller trop loin. »

A ce jour, le Home Office n’a toujours pas expliqué comment ces documents ont pu se perdre dans les méandres de son administration. C’est d’autant plus ennuyeux que ces pièces auraient permis d’arrêter Smith dès le début des années 1980. Du moins si l’on en croit certains témoins qui les ont vues avant qu’elles ne s’évaporent dans la nature.

Impunité

L’auteur de ces documents ? Un certain Geoffrey Dickens, ex-député conservateur aujourd’hui décédé et militant de la protection de l’enfance. En 1983, il aurait consigné noir sur blanc – dans un rapport officiellement transmis au ministre de l’Intérieur, sir Leon Brittan (futur commissaire européen) – les méfaits de Cyril Smith mais aussi ceux de sept autres parlementaires. Tous fréquentaient Elm Guest House, une maison de rendez-vous du sud-ouest de Londres, où des jeunes hommes prostitués étaient livrés par chauffeur pour des parties fines.

Dickens aurait aussi évoqué dans son rapport les agissements du Paedophile Information Exchange (PIE), un lobby qui oeuvrait, dans les années 1970, pour la légalisation des rapports sexuels entre mineurs et adultes. L’un de ses fondateurs, Peter Righton, avait été chargé par le gouvernement d’une étude sur la réorganisation… des foyers pour enfants. Pour mener son audit, Righton visitait très régulièrement ces foyers partout dans le pays. Notamment à Rochdale, sur les terres de Cyril Smith.

Smith et Righton sont morts tranquillement dans leurs lits sans même avoir été interrogés (le deuxième a été cependant verbalisé en 1992, pour possession d’images pédophiles). Pourquoi une telle impunité ? Des enquêtes ont-elles été étouffées pour éviter l’opprobre à certains membres de l’establishment ? Cette idée s’installe évidemment jour après jour dans l’opinion britannique. Thatcher était au courant des abus sur les enfants, affirment les tabloïds, partis à la chasse aux témoignages (« J’ai fourni des garçons prostitués très jeunes à des ministres conservateurs »). Difficile dans cet emballement de faire la part des fantasmes que génère toujours ce type de scandales, surtout quand ils concernent des « notables », et la réalité.

Déni

Il y a un paradoxe de toute cette histoire. Malgré sa presse réputée si pugnace, sinon carrément « trash », l’Angleterre semble avoir vécu, pendant trente ans, dans une forme de déni. Est-ce parce que la maltraitance des enfants reste un sujet tabou outre-Manche ? Parce que – comme l’expliquent certains responsables d’associations – l’élite du pays a été formée dans des pensionnats, où les sévices corporels et sexuels étaient monnaie courante, et que cette élite aurait tendance à reproduire ces abus d’une génération à l’autre ou du moins à les excuser ?

Ce qui s’est passé en Grande-Bretagne est bien plus qu’un complot, affirme l’écrivain et éditorialiste Laurie Penny, du magazine « The New Statesman ». C’est une culture de complicité, qui traverse toutes les grandes institutions de la vie publique, des médias aux organisations caritatives, des écoles aux foyers pour enfants défavorisés… Ce scandale révèle dans toute sa crudité comment la société britannique se définit. Ce qui lie tous ces prédateurs sexuels sur mineurs, qu’ils soient seulement accusés ou condamnés, c’est leur puissance, leur accès facilité aux enfants, et leur certitude que leur réputation les mettrait à l’abri de toute poursuite… Très souvent, les enquêtes lancées par les autorités concernées étaient délibérément détournées. »

Jimmy Savile, rappelle l’éditorialiste, était un ami proche de Margaret Thatcher.

Jimmy Savile. Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Grande-Bretagne, c’est encore à lui qu’il faut revenir. Sa chute (posthume) a été le catalyseur et aussi, en partie, le fil rouge de toutes les affaires qui ressortent aujourd’hui. Jimmy Savile était plus qu’une star de la télévision. Pendant des décennies, il fut l’une des figures les plus aimées du Royaume-Uni. La quintessence de l’excentricité so British. Avec son éternel cigare en bouche, son jogging lamé, ses longs cheveux blonds et ses lunettes rouges, il a animé pendant des années « Top of the Pops », l’émission de hit-parades de la BBC. Son look destroy ne l’empêchait pas de réveillonner avec « Maggie », dont il était un intime. Quand il n’était pas sous les sunlights, il collectait des fonds pour des causes humanitaires. Ce qui lui avait valu d’être décoré par la reine. En 1988, le ministère de la Santé l’avait même désigné comme chef d’un groupe de travail sur la prison-hôpital de Broadmoor.

450 victimes identifiées

Quand il est mort en 2011, à l’âge de 84 ans, tout le pays lui a rendu hommage. Un an plus tard pourtant, un documentaire diffusé sur la chaîne privée ITV (rivale de la BBC) déchirait le voile et laissait entrevoir le vrai visage de « Jimmy ». Celui d’un homme qui avait commis des viols et des abus sexuels à répétition. Aussitôt la police fut submergée d’appels et de témoignages. Aujourd’hui, Scotland Yard a identifié 450 victimes (la première agressée en 1955, la dernière en 2009). Des enfants, filles ou garçons, des groupies qui se bousculaient dans les studios de la BBC, des personnes âgées, des malades, des internés dans des asiles psychiatriques.

Savile profitait de ses activités caritatives pour « chasser » dans les maisons de retraite, les hôpitaux, les foyers pour mineurs, et même les morgues. Cet été, les enquêteurs ont découvert sa passion pour les cadavres, qu’il se targuait d’aller régulièrement « honorer ». Last but not least, Jimmy Savile était lié à Cyril Smith, qui était même venu pousser la chansonnette dans l’un de ses shows télévisés.

Le choc pour les Anglais n’a pas été seulement de découvrir la face hideuse de celui qui agrémentait depuis si longtemps leurs soirées télé, mais aussi d’apprendre que, depuis un demi-siècle, près de 250 plaintes avaient été déposées contre lui, auprès d’une trentaine de services de police à travers le pays, et qu’elles étaient toutes restées lettre morte. Comme pour Cyril Smith. Depuis, la police a essayé de se rattraper. La diffusion du documentaire a provoqué l’ouverture d’une enquête baptisée « Operation Yewtree » (« Opération If », comme l’arbre) sur Savile et sur plusieurs célébrités, toutes septuagénaires, voire octogénaires.

Présentateurs télé, ex-chanteur de rock, gourou de la com…

Plusieurs d’entre elles viennent d’être condamnées : Stuart Hall, présentateur des Jeux sans Frontières britanniques, Gary Glitter, ex-chanteur de rock, Max Clifford, agent des stars (Sinatra, Joe Cocker, Mohamed Ali, Marlon Brando), gourou de la com et informateur de tabloïds, Rolf Harris, chansonnier, présentateur d’émissions pour enfants, artiste-peintre (on lui doit l’un des plus célèbres portraits de la reine, pour qui il avait aussi chanté en solo, à Buckingham Palace). En 1985, le même Harris apparaissait sur une vidéo, dans le cadre d’une campagne contre les abus sexuels, au milieu de bambins qui fredonnaient en choeur :

Mon corps m’appartient de la tête aux orteils, laisse-le tranquille si tu m’entends dire non. »

Il vient d’être condamné à cinq ans et neuf mois de prison pour « attentat à la pudeur » sur quatre jeunes filles – dont la meilleure amie de sa fille alors qu’elle n’avait que 13 ans.

Le « réseau Savile » était-il lié au « réseau Smith » ?

D’autres interpellations de personnalités de premier plan » vont suivre, assure l’ex-policier Mark Williams-Thomas.

C’est lui qui est à l’origine du documentaire d’ITV sur l’ancien présentateur de la BBC.

Les temps ont changé, se réjouit l’enquêteur qui a fondé sa propre société et qui suit de très près les affaires en cours. Après avoir préféré regarder ailleurs pendant des décennies – par facilité, ou parce qu’elles étaient directement impliquées -, les autorités ouvrent enfin la boîte de Pandore. Cela touche l’administration, les services sociaux, la police… Et le gouvernement. »

Pour Williams Thomas, il y a clairement un avant et un après-Savile.

« Défaillance totale »

La preuve ? Le Premier ministre David Cameron a promis de « faire toute la lumière » sur les derniers rebondissements liés à l’affaire Cyril Smith. La ministre de l’Intérieur, Theresa May, a diligenté deux enquêtes d’envergure (en plus de la vingtaine d’enquêtes criminelles déjà lancées). L’une doit essayer d’élucider le mystère des documents « perdus » (le rapport Dickens). L’autre, de plus longue haleine, doit se pencher sur le dysfonctionnement endémique de la police et de la justice dans la gestion des affaires de pédocriminalité sur les trente dernières années.

Question la plus angoissante : des foyers censés protéger les enfants vulnérables sont-ils devenus, de façon presque systématique, des viviers de proies faciles pour des « hommes puissants » ? La députée travailliste Yvette Cooper n’hésite pas à dénoncer « une faillite institutionnelle, qui a fait que beaucoup de victimes ont été ignorées ou ont dû souffrir en silence ».

Pour Peter Wanless, le directeur de la Société nationale de Protection de l’Enfance (NSPCC), « l’ampleur des abus qui se sont faits jour au cours des deux dernières années met en lumière une défaillance totale ». Un enfant sur vingt subit des abus sexuels en Grande-Bretagne, souligne un rapport. Selon Wanless, il faut renforcer d’urgence tous les dispositifs sociaux, policiers ou judiciaires.

Risque d’hystérie collective

C’est d’autant plus nécessaire que les affaires Savile puis Smith ont déclenché une avalanche de plaintes et de témoignages. Réels ou inventés. Ces derniers mois, plusieurs hommes âgés ont été accusés d’abus sexuels, et crucifiés par la presse tabloïd – puis innocentés devant les juges (notamment Dave Lee Travis, DJ vétéran de la BBC, acquitté en février dernier). En 2000, déjà, l’hebdomadaire « News of the World » avait lancé une « campagne antipédophilie » en publiant les registres officiels de délinquants sexuels. Certains d’entre eux, mais aussi plusieurs innocents, avaient failli se faire lyncher.

Aujourd’hui, ceux qui tirent la sonnette d’alarme sur les risques d’hystérie collective sont à peine écoutés, quand ils ne sont pas conspués comme l’avocate Barbara Hewson. Il est vrai qu’elle y est allée assez fort : elle surnomme l’opération Yewtree la « Savile Inquisition », affirme que le pays est en train de céder à la « panique morale » et s’insurge contre la « persécution de vieillards ».

Du passé, toutes ces affaires de pédophilie ? Le souvenir d’une époque où la « libération des moeurs » justifiait toutes les dérives ? A la mi-juillet, un gigantesque coup de filet de l’Agence nationale contre le Crime a permis d’appréhender 660 personnes soupçonnées de pédophilie à travers tout le pays. Parmi elles, six profs, quatre membres du personnel scolaire et autant travaillant dans la police, sans oublier un médecin et un employé des services sociaux !

L’Omerta de Rotherham
« Il est difficile de décrire la nature effroyable des abus dont ces petites victimes ont souffert. » C’est la conclusion du terrible rapport d’une inspectrice des Affaires sociales, Alexis Jay, rendu public le 26 août. Fillettes de 11 ans violées en réunion, adolescents drogués et prostitués, jeune fille aspergée d’essence par ses bourreaux… Selon l’inspectrice, 1.400 mineurs ont été sexuellement abusés et exploités entre 1997 et 2013 à Rotherham, ville du nord-est de l’Angleterre. Pis, ces faits, signalés à trois reprises entre 2002 et 2006, ont été « ignorés » ou minorés par les autorités. Un procès a bien eu lieu en 2010 (quatre hommes condamnés pour des abus sur trois mineures). Mais l’affaire a été largement sous-estimée. Selon l’inspectrice, les victimes – dont beaucoup étaient connues des services de protection de l’enfance – étaient « envoyées pour être exploitées dans d’autres villes du nord de l’Angleterre, enlevées, battues et intimidées ». Elles ont été « violées par de nombreux hommes » pour la plupart d’origine pakistanaise. Mais « la police n’a pas traité leur abus comme un crime ». Dans deux cas, les policiers ont même rappelé à l’ordre des pères qui essayaient d’extraire leurs filles des griffes de leurs prédateurs. Les services sociaux, quant à eux, ont été « réticents à identifier les origines ethniques des coupables par crainte d’être traités de racistes ». Dans son rapport, Alexis Jay dénonce aussi les échecs collectifs « flagrants » des élus locaux qui n’ont pas voulu se mettre à dos la communauté pakistanaise.

Voir encore:

Yasmine, 12 ans, et sa prof, 30 ans : récit d’une passion interdite

Une enseignante d’un collège de Lille entretenait une relation amoureuse avec une élève de 12 ans. Elle a été suspendue et est convoquée devant la justice.

François Caviglioli
L’Obs
22.05.2013

Devant le collège Louise-Michel, une piazzetta méditerranéenne qui surprend dans ce faubourg de Lille. Quelques élèves potassent leurs cours sous un arbre. Des copains et des copines de Yasmine. Pour le moment, la jeune fille a pris quelques jours de vacances. « Elle a peur des photographes », dit Marie-Christine, qui est en troisième avec elle. Yasmine est entrée dans la rubrique people. Sa liaison de deux ans avec sa professeur d’anglais, Mme Amadéo, a fait d’elle une star.

« Elle était gouine. Je n’aime pas les gouines », dit une fille. Elle se reprend avec cette capacité des adolescents à adopter la versatilité des adultes : « Non, elle était sympa. » Un garçon : « Si elle avait voulu faire la même chose avec moi, j’aurais pas dit non. » Un autre, plus dessalé : « Amadéo est lesbienne, et alors ? Normal pour une prof de langue. »

Personne ne porte de jugement. Au fond, tout le monde s’en fout. On en a vu d’autres à Louise-Michel, un établissement classé en zone d’éducation prioritaire. En juin 2010, un élève a frappé un de ses camarades au visage avec un couteau de cuisine. Beaucoup d’enfants vivent dans des familles monoparentales « où le cadrage éducatif est difficile », comme le souligne l’Observatoire des Evolutions sociales. L’Observatoire est sévère avec le collège. Il évalue l’absentéisme des élèves de troisième à un quart des effectifs.

« Elle aimait les élèves »

Ces affirmations indignent Didier Calonne, le principal : « C’est injuste. Nous avons peut-être connu des problèmes dans le passé, mais nous avons redressé la situation. La preuve, c’est que nous avons 75% de réussite au brevet. Bien sûr, il y aura toujours quelques décrocheurs, parce que l’école n’a jamais été ici synonyme de réussite, mais il faut tenir compte des souffrances sociales au coeur de Lille-Sud. » Alors l’affaire Amadéo… Les collègues évitent d’en parler.

Ils ont le calme des vieilles troupes. Leurs confidences sont rares et prudentes. Mais ils disent le plus grand bien des qualités professionnelles de cette enseignante de 30 ans, aujourd’hui en perdition. « Elle avait une pédagogie innovante », dit l’un. « Elle aimait les élèves », ajoute étourdiment une autre qui se mord aussitôt les lèvres et rougit. Nommée à Lille-Sud, Mme Amadéo se plaît tout de suite à Louise-Michel. Pourtant, Lille-Sud, séparée de la métropole par le sillon d’une autoroute comme si elle était frappée par la peste, est une banlieue aux briques noircies pendant plus d’un siècle par les cheminées d’usine aujourd’hui défuntes.

Le taux de chômage dépasse les 20%. La population est exaspérée par le camp rom installé cité du Broutet, au sud des portes d’Arras et des Postes, un camp d’autant plus turbulent, malgré les barbelés qui tentent en vain de le contenir, qu’il est harcelé par la brigade de sûreté urbaine. Une vingtaine de Roms, dont plusieurs enfants, ont été récemment expulsés sans être relogés. Le camp est devenu un hypermarché de la drogue, protégé par des guetteurs cagoulés de 11 ans, payés 80 euros par jour. Sébastien, le patron d’un bistrot, la Dame blanche, s’est résigné : « Martine Aubry a envoyé un courrier à tout le monde, en disant que la situation allait s’arranger, et que les Roms allaient être bientôt relogés. C’est du vent. » Les fleurs qui ornent le rebord des fenêtres, comme dans toutes les villes flamandes, les boubous que portent certaines mères africaines et le collège Louise-Michel, avec ses briques d’ocre rouge qui rappellent l’Italie, éclairent un peu ce recoin oublié des Flandres.

De la tentation au passage à l’acte et au désastre

Mme Amadéo prend ses fonctions avec enthousiasme, peut-être, qui sait, parce que l’entrée du collège est située rue André-Gide, un parrainage topologique qui n’incite guère à l’orthodoxie sexuelle. Elle arrive avec une idée neuve : « Elle nous apprenait l’anglais par le rythme et la musique », dit une de ses anciennes élèves. Un beau jour, elle décide de perfectionner sa méthode : elle se met à danser. Le but est, bien sûr, de faciliter et de rendre attrayant l’apprentissage de l’anglais. Mais quel était le message caché derrière les sept voiles de cette danse initiatique qui parlait sans doute d’autre chose que de verbes irréguliers, de postpositions et d’accent tonique ?

Peut-être évoquait-elle des batailles perdues, des espoirs envolés, des désirs inassouvis. On ne saura jamais. Ce sont des secrets qui n’intéressent pas un tribunal. A travers les confidences hachées et souvent contradictoires de ses élèves, on peut néanmoins reconstituer l’évolution qui l’a conduite de la tentation au passage à l’acte et au désastre.

Au début, c’est une danse pédagogique. Elle s’adresse à l’ensemble de ses classes. Mais bientôt, Mme Amadéo ne va plus danser que pour l’élève qu’elle a élue entre toutes. C’est une danse nuptiale. Elle est destinée à la jeune Yasmine qui ne le sait pas encore : elle a 12 ans. Mais elle regarde de tous ses yeux cette chorégraphie qui se fait de jour en jour plus sensuelle.

Les appels du désir

Mme Amadéo envoie à Yasmine un premier texto où elle l’assure de son amitié. La jeune élève est d’abord stupéfaite. Elle n’a pas l’habitude de telles attentions. C’est une vraie gamine de Lille-Sud. Elle n’habite pas loin du Broutet et du camp des Roms. Son horizon, ce sont les vieilles bagnoles cabossées, les cabanons de fortune qui tombent en ruine, les poubelles éventrées. Elle appartient à une famille modeste aux traditions patriarcales. Elle doute d’elle-même. Les SMS de Mme Amadéo lui apportent ce qu’elle n’a jamais connu, une confiance en elle, et la métamorphosent peu à peu. Bientôt ils passent de l’amitié à l’affection.

Elles se retrouvent au domicile de l’enseignante, mais leur ardeur et leur impatience sensuelle sont telles qu’elles ne craignent pas de se livrer à l’intérieur du collège à des étreintes furtives pimentées par le risque d’être surprises.

Mise en examen

Leur liaison prend fin brutalement lorsque la mère de Yasmine découvre les textos reçus par sa fille et leur contenu de plus en plus explicite. Elle ne sait pas trop quoi faire. Elle alerte le centre médico-psychologique de son quartier qui prévient à son tour les infirmières du collège. Le principal porte l’affaire devant le procureur de la République. Mme Amadéo est convoquée par les services de police, placée quarante-huit heures en garde à vue. Elle ne cache rien de sa liaison avec sa jeune élève, comme si elle ne pouvait s’empêcher d’en être fière. Yasmine, elle, reste obstinément silencieuse. L’enseignante est mise en examen pour « atteinte sexuelle sur un mineur de moins de 15 ans par une personne ayant autorité ». C’est la formule officielle. La justice applique la loi.

« La justice sera peut-être clémente, dit un magistrat. Cette histoire est différente de la pédophilie masculine, associée à la violence de la pénétration et qui accable les jeunes garçons abusés. » Laissée en liberté sous contrôle judiciaire, avec obligation de soins et interdiction d’entrer en contact avec son collège et son ancienne élève, Mme Amadéo est convoquée devant le tribunal correctionnel le 3 juin.

Pédophilie féminine : des précédents, un peu différents

Les femmes seraient moins sujettes que les hommes à la pédophilie, si on en croit les exemples connus. Mais elles y succombent parfois.

– 1969 : Gabrielle Russier, professeur de lettres à Marseille, se suicide au gaz à la suite d’une liaison amoureuse avec un élève de seconde rencontré en 1968. Sa liaison lui vaut d’être incarcérée cinq semaines à la maison d’arrêt des Baumettes, puis condamnée à un an de prison avec sursis et à 500 francs d’amende. Le parquet avait fait appel.

– 2010 : Une enseignante vendéenne exerçant dans une école catholique est condamnée à six mois de prison ferme par le tribunal de La Roche-sur-Yon pour des relations sexuelles avec un de ses élèves âgé de 12 ans. Son mari était venu la soutenir. Pour lui, le garçonnet n’était pas un rival, mais un jouet de sa femme.

NOTE AUX LECTEURS

Chercher à éclairer ce qui s’est passé entre cette collégienne et cette enseignante, tenter d’expliquer la nature d’une relation, même si la loi la réprime, n’est pas faire l’éloge de la pédophilie. Ceux qui savent encore lire ne me font pas ce reproche.

Dans ce quartier de Lille-Sud dont les habitants se plaignent d’être abandonnés, et dans un collège où il est difficile d’accorder à chaque enfant l’attention qu’il mérite, une jeune élève s’est sentie pour la première fois exister sous le regard d’une enseignante qui ne ressemblait pas aux autres. La suite est l’affaire de la justice, mais je ne suis ni législateur, ni magistrat.

Je laisse la loi à ceux qui ont pour redoutable mission de la dire et de l’appliquer. Ce qui m’intéresse, c’est la singularité irréductible de la personne, cet espace qui existera toujours entre la loi et la vie. Il ne relève d’aucun tribunal, mais seulement de notre conscience et de notre compassion.

Voir de plus:

« Une liaison particulière » : Causette s’explique et s’excuse


Nos ancêtres les Gaulois: Attention, une ignorance peut en cacher une autre ! (Our ancestors the Gauls: With the growing challenges of globalization, mass immigration and terrorism, France rediscovers its own version of the Mayflower story)

22 septembre, 2016
francais_gaulois des-supporters-finisteriens-au-bresil
supporter-equipe-de-france-18333789-1-fre-frFrench fans sporting gauls' helmets sing prior to the men's semifinal handball match France vs Germany for the Rio 2016 Olympics Games at the Future Arena in Rio on August 19, 2016. / AFP / afp / JAVIER SORIANO (Photo credit should read JAVIER SORIANO/AFP/Getty Images)France supporters watch on giant screen the Euro 2016 final football match between Portugal and France at the Marseille Fan Zone, on July 10, 2016. / AFP PHOTO / BORIS HORVATBORIS HORVAT/AFP/Getty Images ORIG FILE ID: 553893376Et ne prétendez pas dire en vous-mêmes: Nous avons Abraham pour père! Car je vous déclare que de ces pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham. Jésus (Matthieu 3: 9)
BluewhiteredNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
I was riding on the Mayflower when I thought I spied some land … Robert Zimmerman (alias Bob Dylan)
Pourquoi le Tiers-Etat ne renverrait-il pas dans les forêts de Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des conquérants …? Abbé Sieyès
La Révolution (…) a affranchi les Gaulois de la conquête des Francs. Napoléon
Nous croyons être une nation, et nous sommes deux nations sur la même terre, deux nations ennemies dans leurs souvenirs, inconciliables dans leurs projets : l’une a autrefois conquis l’autre ; et ses desseins, ses vœux éternels sont le rajeunissement de cette vieille conquête énervée par le temps, par le courage des vaincus et par la raison humaine. (…) Tout ce qu’avait produit, dans l’ordre politique, la succession des événements arrivés en Gaule depuis la chute de l’empire romain, cessa d’exister par la révolution française. Augustin Thierry (1835)
Et puis, je crois que ce n’est pas le seul cas d’invention d’un peuple. Je pense par exemple qu’à la fin du XIXe siècle, on a inventé le peuple français. Le peuple français n’existe pas en tant que tel depuis plus de 500 ans, comme on a alors essayé de le faire croire. Shlomo Sand
Il y a deux mille ans, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois. Ernest Lavisse (cours élémentaire, 1, 1884)
le président du Front national, candidat pour le deuxième tour de l'élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen, salue des militants, le 01 mai 2002 place de l'Opéra à Paris, lors de son discours à l'occasion du défilé du FN. AFP PHOTO MAXIMILIEN LAMYIl y a dans le passé le plus lointain une poésie qu’il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons-leur aimer nos ancêtres les Gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroi de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc, Bayard, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes car c’est un malheur que nos légendes s’oublient, que nous n’ayons plus de contes du foyer, et que, sur tous les points de la France, on entende pour toute poésie que les refrains orduriers et bêtes, venus de Paris. Un pays comme la France ne peut vivre sans poésie. Ernest Lavisse (Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, 1887)
SarkoBlackBlancbeurtunisie-publicZwastiskaRepubliqueparis-is-burningPar un épais brouillard de septembre, deux enfants, deux frères, sortaient de la ville de Phalsbourg en Lorraine. Augustine Fouillée  (alias G. Bruno, Le Tour de France par deux enfants, 1877)
Pour moi, l’histoire de France commence avec Clovis, choisi comme roi de France par la tribu des Francs, qui donnèrent leur nom à la France. Avant Clovis, nous avons la Préhistoire gallo-romaine et gauloise. L’élément décisif pour moi, c’est que Clovis fut le premier roi à être baptisé chrétien. Mon pays est un pays chrétien et je commence à compter l’histoire de France à partir de l’accession d’un roi chrétien qui porte le nom des Francs. Charles De Gaulle (1959)
Nous sommes français: « Nos ancêtres les Gaulois ».  Un peu romains, un peu germains, un peu juifs, un peu italiens, un peu espagnols, de plus en plus portugais, peut-être qui sait polonais et …je me demande si déjà nous ne sommes pas un peu arabes. Voici une phrase imprudente, c’est celle qui sera épinglée … François Mitterrand (1987)
Nos ancêtres les Gaulois, cheveux blonds et têtes de bois, longues moustaches et gros dadas (…) Nos ancêtres les Gaulois eurent le tort d’être grand papas et c’est pour ça qu’on est là … Boris Vian-Henri Salvador (Faut rigoler)
Vous savez la France, historiquement, a une origine plurielle. Nous revendiquons en permanence nos origines judeo-chrétiennes, latines, le fait que nous descendons des gaulois, ce qui n’a rien à voir. Et nous avons un pays, dont le nom, la France, est emprunté à d’autres tribus, les Francs. Ce qui était très différent. Il y a donc un ensemble partagé qui fait que la France était peut être le pays qui a le mieux ressenti, compris, la nécessité de l’intégration. Jacques Chirac (14 juillet 1998)
Oui, il y a parmi nos ancêtres des Gaulois. Il y a aussi des Romains, des Normands, des Celtes, des Burgondes, (…) des Niçois, des Corses, des Franc-Comtois, la Guadeloupe, la Martinique, des Arabes, des Italiens, des Espagnols… C’est ça la France. La ministre de l’Éducation que je suis connaît parfaitement les premières phrases de ce livre, Tour de France par deux enfants, d’Ernest Lavisse, sous la IIIe République : Autrefois, notre pays s’appelait la Gaule et les habitants les Gaulois. Depuis la IIIe République, on sait que ça n’est pas un roman que l’on doit raconter aux enfants, c’est l’histoire véridique telle qu’elle est. Faut-il faire un cours d’histoire à monsieur Sarkozy qui visiblement en a besoin ? Najat Vallaud-Belkacem (ministre français de l’Education nationale)
La France est bien plus qu’une identité, c’est une idée, un projet. François Hollande
Quand j’étais écolier, nos maîtres nous parlaient de nos ancêtres les Gaulois. Ni les maîtres, ni les élèves n’étaient dupes. Chacun savait bien qu’à Arles, à Nîmes, à Narbonne ou à Perpignan il n’y avait pas eu beaucoup d’ancêtres gaulois. A Oran, à Tunis ou à Dakar encore moins. Mais c’était un acte de foi. Nicolas Sarkozy
 (Nimes, 9 mai 2006)
Je veux rendre hommage à Achille Peretti, grand résistant, qui me confia mon premier mandat de conseiller municipal. Comme je veux dire mon amitié à Edouard Balladur qui m’a fait confiance en me donnant mes premières responsabilités ministérielles alors que j’étais si jeune encore. Je veux dire mon respect à Jacques CHIRAC qui en 1975 à Nice m’a offert mon premier discours. Ils m’ont enseigné, à moi petit Français au sang mêlé, l’amour de la France et la fierté d’être français. (…) A Tibhirine, j’ai compris ce qu’est la force invincible de l’amour et le sens véritable du mot  » tolérance « . A Tibhirine, le frère Christian m’a enseigné, par-delà la mort, que ce que les grandes religions peuvent engendrer de meilleur est plus grand ce qu’elles peuvent engendrer de pire, que les extrémismes et les intégrismes ne doivent jamais être confondus avec le sentiment religieux qui porte une part de l’espérance humaine. Opposer ce sentiment religieux à la morale laïque serait absurde. Nous sommes les héritiers de deux mille ans de chrétienté et d’un patrimoine de valeurs spirituelles que la morale laïque a incorporé. La laïcité à laquelle je crois, ce n’est pas le combat contre la religion. C’est le respect de toutes les religions. (…) La France (…) elle a 56 ans, le visage noir d’un petit-fils d’esclave devenu gouverneur du Tchad et premier résistant de la France d’Outre-Mer. Elle s’appelle Félix Eboué. (…) Ma France, c’est celle de tous les Français sans exception. C’est la France de Saint-Louis et celle de Carnot, celle des croisades et de Valmy. Celle de Pascal et de Voltaire. Celles des cathédrales et de l’Encyclopédie. Celle d’Henri IV et de l’Edit de Nantes. Celle des droits de l’homme et de la liberté de conscience. (…) Ma France, c’est une nation ouverte, accueillante, c’est la patrie des droits de l’homme. C’est elle qui m’a fait ce que je suis. J’aime passionnément le pays qui m’a vu naître. Je n’accepte pas de le voir dénigrer. Je n’accepte pas qu’on veuille habiter en France sans respecter et sans aimer la France. Je n’accepte pas qu’on veuille s’installer en France sans se donner la peine de parler et d’écrire le Français. Je respecte toutes les cultures à travers le monde. Mais qu’il soit entendu que si on vit en France alors on respecte les valeurs et les lois de la République. La soumission de la femme c’est le contraire de la République, ceux qui veulent soumettre leurs femmes n’ont rien à faire en France. La polygamie c’est le contraire de la République. Les polygames n’ont rien à faire en France. L’excision c’est une atteinte à la dignité de la femme, c’est le contraire de la République, ceux qui veulent la pratiquer sur leurs enfants ne sont pas les bienvenus sur le territoire de la République française. Ma France, c’est une nation qui revendique son identité, qui assume son histoire. On ne construit rien sur la haine des autres, mais on ne construit pas davantage sur la haine de soi. On ne construit rien en demandant aux enfants d’expier les fautes de leurs pères. (…) Au peuple de notre ancien empire nous devons offrir non l’expiation mais la fraternité. A tous ceux qui veulent devenir Français nous offrons non de nous repentir mais de partager la liberté, l’égalité et la fierté d’être Français. Gardons-nous de juger trop sévèrement le passé avec les yeux du présent. (…) Comment penser que l’on pourra un jour faire aimer ce que l’on aura appris à détester ? Au bout du chemin de la repentance et de la détestation de soi il y a, ne nous y trompons pas, le communautarisme et la loi des tribus. Je refuse le communautarisme qui réduit l’homme à sa seule identité visible. Je combats la loi des tribus parce que c’est la loi de la force brutale et systématique. (…)  Il ne s’agit pour personne d’oublier sa propre histoire. Les enfants des républicains espagnols parqués dans des camps de réfugiés, les enfants des Juifs persécutés par la Milice, les descendants des camisards des Cévennes, les fils des harkis n’ont rien oublié de leur histoire. Mais ils ont pris, comme moi, fils d’immigré, la culture, la langue et l’histoire de la France en partage, pour pouvoir mieux vivre une destinée commune. (…) La République de Jules Ferry n’était pas celle de Danton. Celle du Général De Gaulle n’était pas celle de Jules Ferry. Mais c’était toujours le même idéal poursuivi par des moyens différents. La République n’est pas une religion. La République n’est pas un dogme. La République est un projet toujours inachevé. Nicolas Sarkozy
Nous devons relancer une vaste politique d’assimilation des populations récemment issues de l’immigration et cette politique passe par l’Ecole de la République.Entendons-nous, il ne peut pas être question de faire réciter à tous les enfants de France, « nos ancêtres les gaulois », selon l’expression chère à Ernest Lavisse, mais il n’est plus acceptable de laisser effacer l’histoire de la Gaule au profit de l’Histoire des premiers empires éloignés du continent européen car cette histoire, aussi intéressante qu’elle soit, n’est pas l’Histoire de la France. Nicolas Sarkozy (colloque France fière, mai 2016)
La France, c’est un miracle, auquel chacun d’entre nous a décidé de croire. Un miracle millénaire, qui aurait pu dix fois, cent fois, être brisé par l’histoire. Un miracle qui a fait de la beauté un cadre de vie et de la liberté une raison de vivre. C’est quoi l’identité de la France?Ce sont d’abord ses paysages, une langue le français, ciment culturel de notre nation. C’est une histoire épique, glorieuse, tragique, dont le récit a construit la nation, c’est l’accumulation d’un héritage qui va du Mont-Saint Michel à la Sainte Chapelle. Nous ne sommes pas une page blanche. (…) Il n’est pas nécessaire d’avoir son nom sur un monument aux morts pour vibrer au récit de l’identité nationale. Il n’est pas nécessaire d’être baptisé pour aimer Bossuet, Péguy, Bernanos, et Mauriac. Il n’est pas nécessaire d’être gaulliste pour aimer Malraux, ni communiste pour aimer Aragon, c’est ça l’identité nationale. Aucun idéologue ne peut comprendre ça. (…) Tout est à reconstruire. Cette fierté d’habiter la France doit retrouver le chemin de l’école. Les manuels scolaires ne sont pas là pour dénigrer la France. Mais pour la faire connaître et aimer. Dans quel pays pourrait-on accepter que l’école enseigne autre chose que la fierté? Refuser cette civilisation, c’est s’exclure de la communauté nationale. La France, ce n’est pas un self-service. L’assimilation n’est pas une possibilité, c’est une condition à tout séjour de longue durée et à toute naturalisation. Nicolas Sarkozy (colloque France fière, mai 2016)
Il y a dans le passé le plus lointain une poésie qu’il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons leur aimer les Gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroy de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc, Bayard, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes. Nicolas Sarkozy
Pendant des décennies, l’intégration, c’était le devoir pour le nouvel arrivant sur notre territoire de se fondre dans la communauté nationale, d’adopter notre langue, notre culture, nos mœurs. Le minoritaire s’intégrait dans la majorité et devenait à son tour le légataire de la mémoire et de l’histoire collectives. Nous n’étions pas tous les héritiers directs de Clovis, mais tous nous nous reconnaissions dans cet ancêtre commun parce que tous, nous étions Français. Nicolas Sarkozy
Si on veut devenir français, bienvenue ! Mais dans ce cas, on aime la France, on parle français, on épouse l’histoire de la France, on vit comme un Français et on n’essaie pas de changer le mode de vie qui est le nôtre depuis tant d’années. Si l’on veut devenir français, on parle français, on vit comme un Français. (…) Mon père est hongrois, on ne m’a pas appris l’histoire de la Hongrie. Mon grand-père maternel est grec, on ne m’a pas appris l’histoire de la Grèce. Au moment où je suis Français, j’aime la France, j’apprends l’histoire de France, je parle le français et mes ancêtres sont les ancêtres de la France, c’est ça l’assimilation. Nicolas Sarkozy
La fraternité, c’est la politique de la main tendue, du rejet du rejet à l’heure des tentations de repli sur soi, des pulsions identitaires, à l’heure où notre société souffre de fractures sociales avec des inégalités de plus en plus fortes mais également de fractures culturelles se cristallisant autour de l’islam. (…) On n’en a jamais fait un projet politique. Elle devrait en être la première valeur. Abdennour Bidar
Pour la première fois, en novembre, on va fêter la fraternité. Un mot symbole de la République et qu’on connaît tous. Mais une valeur dont on a besoin de rappeler qu’elle est essentielle. C’est un mot qui, au même titre que la liberté et l’égalité, est inscrit en lettres capitales sur les frontons des mairies et des écoles. Partie intégrante de notre devise nationale, la fraternité est un principe républicain qu’un mouvement apolitique baptisé Fraternité générale ! entend promouvoir et surtout « incarner  ». Mise à mal ces derniers mois par les attentats, la fraternité va, en effet, s’inviter chaleureusement en novembre prochain dans nombre d’événements culturels et citoyens ouverts à tous lors d’une opération nationale dévoilée ce matin et dont « le Parisien » – « Aujourd’hui en France » est partenaire. L’initiative, présidée par le philosophe Abdennour Bidar, compte parmi ses ambassadeurs l’écrivain Alexandre Jardin, le sociologue Edgar Morin ou l’astrophysicien Hubert Reeves. L’objectif, c’est de « mettre en acte  » une notion parfois abstraite aux yeux du grand public. Unissez vous pour la célébrer Du 2 au 10 novembre, le mouvement Fraternité générale proposera des centaines d’événements culturels, sportifs et citoyens pour lutter contre les peurs et encourager la tolérance. Cafés et restaurants offriront leurs terrasses aux musiciens, slameurs et artistes de rue. Sur les murs, des graffeurs célébreront le vivre-ensemble. Des chaînes de télé, des cinémas et des stades diffuseront, dès le 15 octobre, une série de vidéoclips « Fraternité ». Cet événement national appartient à tout le monde. Sur un site Internet dédié (www.fraternite-generale.fr), particuliers, mairies, écoles… sont invités à annoncer dès maintenant leurs actions et à illustrer l’opération au travers d’ « une image pour la fraternité ». Le Parisien
Désormais, il ne saurait y avoir de fraternité pour les ennemis de la fête. La Fraternité Générale passe par l’expression culturelle. Elle n’est pas une devise morale mais une injonction artistique. Fraterniser, c’est adhérer à la festivalisation du pays, changé pour une semaine en une gigantesque Fête de l’Huma, Fête de la Musique ou Nuit Debout. (…) Pas une seule fois la patrie n’est citée par les promoteurs du mouvement. La fraternité selon Bidar peut très bien s’en passer car elle n’est pas nationale mais universelle. Sa fraternité à lui n’est pas celle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mais celle de la religion des droits de l’homme. Cette solidarité souriante et antiraciste revendiquée par le milieu culturel semble relever de la pensée magique. Assister à un concert tribal ou à un slam urbain produirait mécaniquement un sentiment fraternel. Pourtant, la fraternité républicaine est autrement plus farouche et plus exigeante. Si la fratrie familiale est une évidence de naissance, la fratrie nationale se construit. On ne nait pas frère de nation, on le devient. Et souvent par la violence – celle des guerres révolutionnaires ou celle de l’assimilation, qui est toujours un renoncement contraignant à l’identité première dans le but de se fondre dans l’identité nationale, qui seule est capable de produire une fraternité publique pérenne. Fustigeant le « repli identitaire », Abdennadour Bidar exalte au contraire la différence et l’ouverture. Elles sont pourtant les deux plus grandes ennemies de l’idéal fraternel de la Nation qui a toujours cherché à définir ses contours identitaires et territoriaux, ayant compris depuis toujours que les différences sont fratricides. Ainsi, au lieu de chercher le dénominateur commun que seule la patrie peut incarner, le mouvement cultive les particularismes, qui sont toujours source de conflit. Rechercher la concorde grâce à nos seules différences est une gageure. Au fond, pour Abdennour Bidar, nous devrions être frères par le simple fait de n’avoir rien en commun. Fraternité générale ressemble davantage à un réflexe antiraciste qu’une réflexion civique sérieuse. Alors que la grande interrogation nationale consiste à savoir si l’Oumma est oui ou non plus forte que la communauté nationale aux yeux des musulmans, une poignée d’intellectuels nous divertissent avec un projet du niveau d’une campagne publicitaire Benetton. Thomas Clavel
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
Si on avait fait une autre campagne, si on avait adopté une autre stratégie, Sarkozy était à 22 %, Marine Le Pen à 23 %, et c’était un 21 avril à l’envers ! Il n’y a pas besoin d’être un expert en politologie pour comprendre cela. Comment voulez-vous que des électeurs qui hésitent entre Le Pen et Sarkozy le choisissent, lui, s’il ne fait pas campagne au peuple ? On a eu la bonne stratégie. On a bien senti ce qui se passait dans le pays. (…) Ce sont les couillons qui ont parlé de nommer Bayrou Premier ministre. Vous savez bien : Juppé, Raffarin et Pécresse…(…) Le président a perdu du terrain quand il s’est mis à parler d’ouverture. Tout ça nous a fait perdre 2 points. (..)  On ne peut pas se faire élire sur un programme de droite décomplexée et prétendre gouverner avec des socialistes. Patrick Buisson (09.05.12)
Les «élites» françaises, sous l’inspiration et la domination intellectuelle de François Mitterrand, on voulu faire jouer au Front National depuis 30 ans, le rôle, non simplement du diable en politique, mais de l’Apocalypse. Le Front National représentait l’imminence et le danger de la fin des Temps. L’épée de Damoclès que se devait de neutraliser toute politique «républicaine». Cet imaginaire de la fin, incarné dans l’anti-frontisme, arrive lui-même à sa fin. Pourquoi? Parce qu’il est devenu impossible de masquer aux Français que la fin est désormais derrière nous. La fin est consommée, la France en pleine décomposition, et la république agonisante, d’avoir voulu devenir trop bonne fille de l’Empire multiculturel européen. Or tout le monde comprend bien qu’il n’a nullement été besoin du Front national pour cela. Plus rien ou presque n’est à sauver, et c’est pourquoi le Front national fait de moins en moins peur, même si, pour cette fois encore, la manœuvre du «front républicain», orchestrée par Manuel Valls, a été efficace sur les électeurs socialistes. Les Français ont compris que la fin qu’on faisait incarner au Front national ayant déjà eu lieu, il avait joué, comme rôle dans le dispositif du mensonge généralisé, celui du bouc émissaire, vers lequel on détourne la violence sociale, afin qu’elle ne détruise pas tout sur son passage. Remarquons que le Front national s’était volontiers prêté à ce dispositif aussi longtemps que cela lui profitait, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Le parti anti-système a besoin du système dans un premier temps pour se légitimer. Nous approchons du point où la fonction de bouc émissaire, théorisée par René Girard va être entièrement dévoilée et où la violence ne pourra plus se déchaîner vers une victime extérieure. Il faut bien mesurer le danger social d’une telle situation, et la haute probabilité de renversement qu’elle secrète: le moment approche pour ceux qui ont désigné la victime émissaire à la vindicte du peuple, de voir refluer sur eux, avec la vitesse et la violence d’un tsunami politique, la frustration sociale qu’ils avaient cherché à détourner. Les élections régionales sont sans doute un des derniers avertissements en ce sens. Les élites devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Y-a-t-il une solution pour échapper à une telle issue? Avouons que cette responsabilité est celle des élites en place, ayant entonné depuis 30 ans le même refrain. A supposer cependant que nous voulions les sauver, nous pourrions leur donner le conseil suivant: leur seule possibilité de survivre serait d’anticiper la violence refluant sur elles en faisant le sacrifice de leur innocence. Elles devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Pour cela, elles devraient admettre de déconstruire la gigantesque hallucination collective produite autour du Front national, hallucination revenant aujourd’hui sous la forme inversée du Sauveur. Ce faisant, elles auraient tort de se priver au passage de souligner la participation du Front national au dispositif, ce dernier s’étant prêté de bonne grâce, sous la houlette du Père, à l’incarnation de la victime émissaire. Il faut bien avouer que nos élites du PS comme de Les Républicains ne prennent pas ce chemin, démontrant soit qu’elles n’ont strictement rien compris à ce qui se passe dans ce pays depuis 30 ans, soit qu’elles l’ont au contraire trop bien compris, et ne peuvent plus en assumer le dévoilement, soit qu’elles espèrent encore prospérer ainsi. Il n’est pas sûr non plus que le Front national soit prêt à reconnaître sa participation au dispositif. Il y aurait intérêt pourtant pour pouvoir accéder un jour à la magistrature suprême. Car si un tel aveu pourrait lui faire perdre d’un côté son «aura» anti-système, elle pourrait lui permettre de l’autre, une alliance indispensable pour dépasser au deuxième tour des présidentielles le fameux «plafond de verre». Il semble au contraire après ces régionales que tout changera pour que rien ne change. Deux solutions qui ne modifient en rien le dispositif mais le durcissent au contraire se réaffirment. La première solution, empruntée par le PS et désirée par une partie des Républicains, consiste à maintenir coûte que coûte le discours du front républicain en recherchant un dépassement du clivage gauche/droite. Une telle solution consiste à aller plus loin encore dans la désignation de la victime émissaire, et à s’exposer à un retournement encore plus dévastateur. (…) Car sans même parler des effets dévastateurs que pourrait avoir, a posteriori, un nouvel attentat, sur une telle déclaration, comment ne pas remarquer que les dernières décisions du gouvernement sur la lutte anti-terroriste ont donné rétrospectivement raison à certaines propositions du Front national? On voit mal alors comment on pourrait désormais lui faire porter le chapeau de ce dont il n’est pas responsable, tout en lui ôtant le mérite des solutions qu’il avait proposées, et qu’on n’a pas hésité à lui emprunter! La deuxième solution, défendue par une partie des Républicains suivant en cela Nicolas Sarkozy, consiste à assumer des préoccupations communes avec le Front national, tout en cherchant à se démarquer un peu par les solutions proposées. Mais comment faire comprendre aux électeurs un tel changement de cap et éviter que ceux-ci ne préfèrent l’original à la copie? Comment les électeurs ne remarqueraient-ils pas que le Front national, lui, n’a pas changé de discours, et surtout, qu’il a précédé tout le monde, et a eu le mérite d’avoir raison avant les autres, puisque ceux-ci viennent maintenant sur son propre terrain? Comment d’autre part concilier une telle proximité avec un discours diabolisant le Front national et cherchant l’alliance au centre? Curieuses élites, qui ne comprennent pas que la posture «républicaine», initiée par Mitterrand, menace désormais de revenir comme un boomerang les détruire. Christopher Lasch avait écrit La révolte des élites, pour pointer leur sécession d’avec le peuple, c’est aujourd’hui le suicide de celles-ci qu’il faudrait expliquer, dernière conséquence peut-être de cette sécession. Vincent Coussedière
Aujourd’hui, dès que l’on ose parler de récit national cela provoque des polémiques sans fin. En effet je pense avec Nicolas Sarkozy qu’un récit national se proposant d’apprendre à tous à aimer la France, en faisant découvrir la permanence de nos héritages doublement millénaire est possible. Et cet enseignement est indispensable à l’intelligence du temps présent et au fameux «vivre ensemble». Le récit national est une part importante et même décisive de la conscience civique. Un récit se doit d’être objectif et de restituer l’Histoire, avec ses lumières, mais aussi avec ses ombres. Malheureusement, face à nous les tenants d’une Histoire de France en perpétuelle mutation tiennent le haut de pavé que ce soit à l’université (très marquée à gauche) ou bien dans l’entourage du président Hollande. (…) La politique d’assimilation vise à inclure les étrangers dans une République universaliste fondée sur l’émancipation individuelle. À ce terme aujourd’hui dévalorisé, on préfère celui d’intégration qui vise à absorber chaque individu dans la société d’accueil par le brassage de l’école, de l’emploi, du mariage. Comme le sous-entend si bien Nicolas Sarkozy le système d’intégration «à la française» a été une grande réussite pendant 200 ans. C’est avant tout notre culture française qui est la base de notre vivre ensemble et cette culture est fondée sur la connaissance de l’Histoire du pays qui vous accueille, celui où vous vivez et travaillez et dont vous possédez la nationalité quelle que soit votre origine géographique. La bonne connaissance de l’Histoire est donc une garantie d’intégration car elle est un moyen d’accéder aux modes de compréhension de notre société française. On peut donc véritablement parler d’un creuset français qui a réussi à amalgamer en une création originale les migrations successives avec les populations les plus anciennes. (…) Là ou Sarkozy a raison c’est qu’il faut effectivement créer un grand récit national, fédérateur et équilibré, qui rassemble toutes les composantes de notre nouvelle société et lui redonne confiance. Il faut apprendre à tous la permanence de nos héritages, chrétien et monarchique d’une part, républicain et laïc d’autre part pour pouvoir avoir de nouveau confiance en l’avenir et ressouder au sein d’une communauté de destin. Si l’on veut marcher vers le futur il faut toujours retourner à ses racines… Donnons aux nouveaux venus l’amour et la passion de notre histoire et nous leur ferons aimer la France au lieu de la détester, nous réglerons ainsi bien des problèmes. (…) Ce phénomène date d’une trentaine d’années depuis que la montée du communautarisme et du fondamentalisme ronge de l’intérieur la nation française. Championne de l’autoflagellation, en proie à la déliquescence de son école, à la repentance coloniale et au danger du multiculturalisme, la France s’enfonce dans une perte d’identité totale. L’intelligentsia française très orientée à gauche à l’échiquier politique a imposé obstinément, une idéologie dominante: le paradigme de la repentance coloniale et de la pensée unique. On le voit à cette hargne qu’ont nos élites à déconstruire notre passé pour faire croire à nos enfants que les Français ont tous été d’horribles esclavagistes au XVIIIe siècle, d’infâmes colonisateurs au XIXe siècle et uniquement des collabos au XXe siècle… On joue la carte de la culpabilisation, voire de la criminalisation de l’Histoire de France. À l’effacement de notre culture classique, du grec et du latin, vient s’ajouter le saccage des derniers pans d’histoire de France à tenir encore debout après les réformes scolaires catastrophiques du dernier quinquennat. (…) Ce que l’on critique aujourd’hui comme étant un enseignement colonialiste qui voulait faire oublier aux peuples colonisés leur passé en cherchant à les assimiler de force n’a tout bonnement pas existé. Cette repentance qualifiant de «génocide culturel» l’œuvre éducative des colonies fait l’impasse sur les dernières recherches historiques qui montrent les efforts d’adaptation systématique réalisés par les instituteurs colons, appelés officiellement à valoriser l’héritage autochtone. Rappelons les travaux poursuivis par l’École française d’Extrême-Orient et par l’École des hautes études berbères de Rabat qui réapprirent leur propre histoire aux Annamites et aux Marocains. L’objectif des dirigeants français de la IIIe République tel qu’Albert Sarraut était de «changer l’homme» par l’éducation, de le faire accéder à une partie du savoir et de l’univers européen… Dimitri Casali
La question n’est pas de savoir si les Français sont ethniquement d’origine gauloise. Tout le monde sait que pour la plupart des Français ne sont pas d’origine gauloise, et qu’il y a eu dans l’Histoire des mélanges. De même, les Américains en sont pas tous descendants ethniquement des Pères pèlerins, cela ne les empêche pas de fêter Thanksgiving, pour remercier les Indiens de les avoir accueillis. De même, cela n’empêche pas les Italiens d’apprendre l’histoire de Romulus et Remus ou les Mexicains l’histoire des populations indiennes. La, nous créons un grand récit parce que nous en avons besoin. C’est le récit de l’Histoire de France qui correspond à notre nation civique qui justement n’est pas fondée sur le sang mais sur une histoire et des valeurs communes. Ces valeurs doivent être incarnées et intégrées dans cette histoire. Il ne peut y avoir de valeurs abstraites, c’est d’ailleurs un peu le problème de la gauche actuelle qui parle de république, de liberté et d’égalité mais n’accroche pas ces termes à une histoire. La question des Gaulois est absolument fondamentale. Elle signifie qu’on donne à notre nation une racine historique commune. Et une origine orientée, on ne parle pas de nos ancêtres anthropophages par exemple, pourtant c’est aussi la vérité, oui de nos ancêtres qui ont collaboré avec les nazis. Il faut que tout le monde participe à l’apprentissage de ces racines communes qui font sens. Tous ceux qui ne comprennent pas ça ne comprennent rien à la nation civique française, et je dirais même à la politique. Il est assez inquiétant de voir qu’une partie du personnel politique soit à ce point ignorante de la nécessité de construire un récit commun pour maintenir une unité nationale. La nation civique française a même besoin d’avoir un grand récit plus fort, qui remonte loin, justement parce qu’elle n’est pas fondée sur le sang, parce qu’elle n’est pas ethnique. C’est ce que pensait d’ailleurs Napoléon, qui n’hésitait pas à rappeler ces origines gauloises ou le général de Gaulle. En dérogeant à cette tradition qui avait le soutien de gens aussi différents que Clémenceau ou les révolutionnaires de 1789, François Mitterrand montrait seulement qu’il était la victime du politiquement correct laxiste et multi-culturaliste qui dominait en France au début des années 80, et qui a fait tant de mal au pays. Cet imaginaire que nous construisons par l’école, par le grand récit, par la fable, est d’ailleurs loin d’être arbitraire. Il est inscrit sur une réalité historique. Même dans notre langage, même dans les autres symboles, nous avons cette puissance de l’imaginaire gaulois. Par exemple, l’idée-même du coq, ce fameux coq que nous présentons comme le symbole de la France, vient en réalité de la Gaule et des Gaulois. Dans le vocabulaire ancien, les partenaires commerciaux des Gaulois les appelaient « Gau », ce qui signifie « coq ». Le coq se retrouve sur la monnaie, sur des médailles, des statues, des vases, dans la Gaule préromaine. On a donc une sorte de grande tradition. Le coq reste la représentation de la France, jusqu’au Saint-Empire romain germanique qui représente la France par ce « coq ») ce « gau », cette gauloiserie. L’idée donc qu’affirmer « nos ancêtres les Gaulois » serait la preuve d’une inculture est totalement sidérante. Cela prouve au contraire à quel point ceux qui critiquent ont peu de culture. Car ce grand récit est profondément républicain Il faut savoir que lorsque les Francs arrivent, ils inventèrent un autre grand récit pour maintenir l’unité du pays : « nos ancêtres les François ». Évidemment, on savait bien aussi alors qu’il y avait pléthore de Burgondes, de Gallo-Romains, d’Ostrogoths, de basques, de Wisigoths, etc. On savait bien que ce n’était pas vrai au sens ethnique du terme, mais au sens civique Clovis voulait absolument fondre cette nation dans une même unité. Ce récit des François est arrêté au XVIIIe siècle car les aristocrates d’alors inventèrent sous l’influence de l’aristocratie espagnole l’idée d’une « race française », qui aurait le sang bleu. Du coup, il y a eu une sorte d’opposition entre « François » et « Gaulois ». Quand la Révolution Française est arrivée, on a supprimé la référence aux « François et on a commencé à construire ce discours « gaulois », ce qui est devenu la référence de la IIIème République puis de la IVème. L’influence de la Gaule est d’ailleurs très forte dans l’esprit et l’imaginaire. Nous avons hérité d’eux la liberté et l’égalité. Leur esprit de liberté et d’égalité était tellement fort que le père de Vercingétorix, Celtillos, a été mis à mort par sa propre tribu parce qu’ils craignaient qu’ils veuillent devenir roi. Ce sentiment de liberté et d’égalité très puissant a d’ailleurs été noté par Suétone puis Jules César. De même, les banquets, la fabrication du vin, l’organisation de la structure du paysage français en pays sont tous un héritage gaulois. Dans les tribus, qui étaient elles-mêmes des mélanges ethniques, chacun était membre de la tribu à partir du moment où ils partageaient les valeurs de la tribu. Les Tardelli par exemple étaient ainsi un mélange de Basques et de Celtes, et étaient très fiers d’être des Tardelli, sans se préoccuper de l’origine d’untel ou d’untel. Nous avons hérité de ça. Et cet héritage, aucune autre nation du monde ne le possède même si nous trouvons chez les Gallois (le terme vient d’ailleurs de « gau » aussi) et les Ecossais des similitudes. Il est dommage que des politiques ne comprennent pas l’importance de construire un imaginaire, comme toutes les populations du monde le font. Et d’imposer une histoire commune. Nous sommes en crise et nous avons besoin de reconstruire le récit et de remettre du liant à l’intérieur de la société française. Je pense donc que c’est un mauvais procès fait à Nicolas Sarkozy. Et une preuve de l’incompétence de nos politiques à être des politiques. Yves Roucaute
Il est très frappant de constater que cette question de l’apprentissage du grand récit ne posait aucun problème aux gens qui arrivaient en France avant les années 1960. Sous l’influence du tournant des années 1960-1970, au nom du respect de la différence, c’est devenu soudainement un problème. Et, dans les années 80, les « demi-habiles » se sont emparés du pays avec le politiquement correct. Nous avons alors vu des gens qui ont commencé à dire qu’il fallait accepter les différences de ces gens-là, qu’on ne pouvait pas imposer un modèle unique aux immigrés et qu’il fallait respecter au même titre toutes les civilisations. Je note en passant qu’aucun autre pays d’où venaient ces migrants ne tient ce discours-là ! Dans ces pays, on part du principe qu’il y a des histoires propres, et on demande à ces gens d’apprendre et d’assimiler l’histoire de ces pays pour devenir des citoyens. En France, nous avons eu ce courant déstabilisant depuis les années 1970, où l’on a demandé aux Français un effort pour accepter des cultures qui n’étaient pas assimilables. Qu’un Algérien musulman ne mange pas de porc ou qu’un Hindouiste ne mange pas de viande ne pose aucun problème aux Français. Ce qui pose problème aux Français, c’est qu’on veuille imposer son mode de vie sur le leur et que l’on viole les valeurs sur lesquelles est fondée leur civilisation, telle que l’égale dignité des hommes et des femmes. Les Français considèrent qu’on doit globalement vivre en français. Ils ne veulent pas qu’on leur impose des modes de vie qui ne sont pas les leurs. Et ils comprennent parfaitement que la femme qui porte un burkini, qui met un niqab, est dans une position cde provocation et d‘agression de la France. Aujourd’hui, nous confondons un peu tout. Il faut donc hiérarchiser. Il y a des choses fondamentales où l’on ne peut pas négocier : l’égalité homme-femme, le respect de la dignité humaine, les droits individuels, le mode d’organisation sociale, etc. Le problème du multiculturalisme, c’est qu’il ne différencie rien. il mélange tout, les différences acceptables de celles qui ne le sont pas et le fait qu’il existe un mode de vie français, avec ses obligations et ses sanctions. Nous avons eu ce phénomène pendant 40 ans, surtout à gauche, mais la droite, par peur de la gauche et d’être traitée de raciste ou d’islamophobe, a suivi un peu le mouvement – et on le voit aujourd’hui encore. Il est temps qu’on apprenne à un certain nombre de gens vivant en France qu’il y a des règles à respecter en France. Et, ceux qui n’aiment pas la France doivent soit partir, si c’est possible, soit se plier à nos règles, par la force si possible. Nous manquons d’un Clémenceau. Yves Roucaute
Comme souvent, le buzz masque la teneur exacte du propos, qui est pourtant dans le cas présent assez limpide. Nicolas Sarkozy fait référence à un cliché du « roman national » – lequel a pour vertu de « parler » à tout le monde – afin d’afficher un parti-pris en faveur de l’assimilation. Il s’inscrit dans un débat en effet nécessaire, qui n’est toutefois pas le débat « récit historique ou valeurs communes » mais celui qui oppose multiculturalisme et assimilationnisme. Si on veut donner sens aux termes du débat en circulation, il faut considérer que l’assimilation et le multiculturalisme sont les deux modèles d’intégration entre lesquels il faut nécessairement choisir. Ensuite, se pose évidemment la question des modalités et, dans le cas de l’assimilation, de la conception de l’identité nationale qui fonde le projet d’assimilation. On peut vouloir l’assimilation à une conception ethnique de la nation ou l’assimilation à une conception républicaine, qui associe identité nationale et principes universels. Je suis d’ordinaire plutôt « Sarkophobe », mais je dois avouer que je suis consterné par la malveillance et la bêtise des réactions que suscite un propos dont le seul tort est d’être impeccablement républicain. Nicolas Sarkozy est peut-être inculte, mais tout de même pas au point de penser qu’un néo-Français issue de l’immigration subsaharienne descend en ligne directe des Gaulois ! Son propos est parfaitement républicain et antiraciste puisqu’il signifie qu’être Français n’est pas une question de race, d’ethnie, de racines, de souche ou que sais-je, mais exclusivement une affaire d’engagement personnel par lequel on s’inscrit volontairement dans un nouveau destin collectif. Paradoxalement (mais le paradoxe n’est qu’apparent), ce sont les réactions critiques qui véhiculent une conception raciste ou ethnique de l’identité, en évoquant notamment la notion de « racines » ou en interprétant la formule toute faite « nos ancêtres les Gaulois » dans le sens d’une lignée génétique ou culturelle. Ces réactions témoignent d’une adhésion plus ou moins confuse à un modèle multiculturaliste qui conçoit la France comme une identité informe ou métissée composée de multiples souches, races ou ethnies. Il est intéressant d’observer, à travers les réactions provoquées par un propos pourtant clair et net, à quel point les esprits sont embrouillés sur cette question de l’identité. Que l’histoire de France (comment qu’on la conçoive) soit l’histoire de tous les Français, ou le devienne s’il s’agit de nouveaux arrivants, quoi de plus incontestable ! Bien entendu, les immigrés arrivent avec dans leur bagage une histoire, une culture, des traditions. On est cependant en droit de considérer que la volonté de vivre en France et de devenir Français vaut adhésion à l’identité collective de la France. Ou alors, mais il faut l’assumer clairement, c’est qu’on considère la France comme un territoire neutre, sans identité, une nation sans histoire ni destin, exclusivement destinée à accueillir une multiplicité de traditions, d’identités ethniques et de modes de vie venus d’ailleurs. Eric Deschavanne
Comme beaucoup de Français je pense, la question de l’intégration ne me paraît pas insoluble pour peu qu’on fasse preuve d’un peu de bon sens. En effet, l’intégration n’est possible que par un effort conjoint de la population qui intègre et de celle qui s’intègre. Le débat porte aujourd’hui principalement sur l’islam. Il est évident que si l’on s’arqueboute sur une conception ethnique de la nation en considérant l’islam comme une religion par essence incompatible avec les valeurs de la République ou définitivement étrangère, l’intégration des musulmans devient impensable et impossible. Il est également évident que les musulmans qui choisissent une interprétation de l’islam et un mode de vie en rupture avec les valeurs et les moeurs françaises peuvent difficilement espérer s’intégrer sans heurts. Être équitable consiste à mes yeux à refuser aussi bien la xénophobie des identitaires que la xénophilie débile de ceux qui vous expliquent que le burkini est un vêtement comme un autre. L’argument multiculturaliste le plus dangereux, fort bien exploité par les islamistes, est celui qui consiste, en récusant la problématique de l’intégration, à affirmer que c’est la carte d’identité qui fait le Français, de sorte que si on peut montrer que les salafistes sont des Français de troisième génération (parfois, on le sait, ce sont même des convertis), cela implique de considérer désormais le salafisme comme une tradition française ou une partie de la culture française. C’est là qu’on mesure l’importance et l’intérêt de défendre l’idée qu’il existe une identité culturelle de la France. Ce qui n’a rien à voir avec le racisme, lequel consiste à estimer que seuls les Français de souche sont aptes à assimiler cette identité. Eric Deschavanne
Le mythe des Gaulois est en effet inventé par « la gauche », si on veut, ou, plus exactement, il est d’origine révolutionnaire : les aristocrates descendant des Francs, il fallait que le peuple eût une autre origine, ancrée dans un passé plus ancien, et donc une légitimité historique plus grande. La question n’est cependant pas là. On se trompe si on imagine que l’on réussira l’intégration en réactivant le roman national du 19e siècle ou en ressuscitant le service militaire. Ces billevesées polluent de débat. On peut être assimilationniste sans être bêtement réactionnaire. L’histoire de France doit être enseignée à tous, sous la forme d’un récit, certes, mais pas d’un « roman » – ni roman national, ni roman anti-national du reste. On peut et on doit faire – comme le suggère Mara Goyet dans la lignée des « Lieux de mémoire » de Pierre Nora – la pédagogie du « roman national » (lequel fait partie de l’histoire de France), afin par exemple de comprendre la place des « Gaulois » dans l’imaginaire national. Mais l’enseignement doit absolument faire prévaloir la vérité historique sur les considérations morales, idéologiques et politiques. Najat Vallaud-Belkacem, qui vient dire aujourd’hui à la télévision que l’histoire doit être véridique, avait au début du quinquennat co-signé avec Vincent Peillon un appel à rectifier les manuels d’histoire pour y faire figurer davantage de femmes – non pas par souci de vérité historique, mais pour faire progresser la cause de l’égalité hommes/femmes, pour donner aux petites filles davantage de supports d’identification. L’enseignement de l’histoire n’a pas à être progressiste ou réactionnaire, il doit se garder d’être édifiant, de prétendre cultiver l’amour de la patrie ou celui de l’égalité. Le culte de la science et de son idéal de vérité est un des marqueurs de l’identité française, héritage des Lumières, de Condorcet et du positivisme. Il faut y tenir car la vérité, par définition universelle, est une valeur commune, un Bien commun qui rassemble les hommes, tandis que l’idéologie divise. Où l’on voit que l’identité française est inséparable du culte de l’universel. Le gouvernement algérien vient de faire retirer des écoles un manuel de géographie au motif qu’il contenait non pas une erreur factuelle, mais au contraire un fait indéniable, une carte où figurait l’État d’Israël. Une telle conception idéologique du savoir scolaire s’inscrit dans un roman national, mais elle est en rupture avec l’idée d’humanité. Un tel modèle ne peut être ni multiculturaliste ni assimilationniste : il rend purement et simplement l’intégration de l’étranger impossible. L’assimilation, il ne faut pas l’oublier, est l’assimilation de l’autre, ce qui suppose l’ouverture et la reconnaissance du commun. On ne peut assimiler en opposant le particulier au particulier, en se coupant de l’universel. Nous assimilerons d’autant mieux si nous récusons la tentation du particularisme ethnique et de la partialité idéologique. Eric Deschavanne

C’est Buisson qui avait raison, imbécile !

A l’heure où sous la double menace de la mondialisation et de l’immigration de masse …

Et dans la foulée de leur lot de violence islamique …

Pendant que pour ce qui est des flux migratoires, l’actualité confirme chaque jour un peu plus les analyses tant du Front national que de l’ancien conseiller honni de Nicolas Sarkozy …

La France semble peu à peu redécouvrir les bienfaits oubliés de l’Etat-nation …

Comme de ses expressions concrètes jusqu’ici abandonnées à la seule extrême-droite ou aux tribunes de nos stades …

Après s’en être si longtemps gaussé chez nos alliés américains avec leurs histoires de Mayflower, Thanksgiving ou serments d’allégence au drapeau …

Tout en continuant à la dénier à nos seuls amis israéliens qualifiés systématiquement de « colons » pour leur volonté de continuer à vivre sur leurs terres ancestrales …

Comment ne pas voir …

Dans la levée de boucliers qui a suivi la reprise par l’ancien chef de l’Etat et actuel candidat à la primaire de la droite pour 2017 …

De la fameuse phrase, après l’avoir quelque peu oubliée lui-même lors de sa première campagne de 2007, des manuels d’histoire de la IIIème République « nos ancêtres les Gaulois »

Tant l’insuffisance et l’abstraction creuse des mantras politiquement corrects avec lesquels on nous bassine depuis plus de 30 ans (laïcité, républicain, métissage, culture) …

Que la continuation comme le rappellent avec le politologue Yves Roucaute et le philosophe Eric Deschavane …

De la longue et si coûteuse ignorance …

De la nécessité et de l’importance du récit national dans la construction de l’identité française ?

« Nos ancêtres les Gaulois » ou le redoutable piège tendu par Nicolas Sarkozyx à ses adversaires de tout poil
En faisant référence dans une réunion publique à l’héritage historique de nos ancêtres gaulois, Nicolas Sarkozy s’est attiré une pluie de critiques venues du monde politique. Des critiques qui oublient bien vite l’importance du récit national dans la construction de l’identité française.

Atlantico : En déclarant ce lundi à Franconville qu’à partir du moment où l’on est français, « on vit comme un Français et nos ancêtres sont les Gaulois« , Nicolas Sarkozy s’est attiré de nombreuses critiques, certains l’accusant d’inculture voire de racisme. Pourtant, cette « polémique » ne révèle-t-elle pas simplement deux conceptions de l’identité nationale française, l’une basée sur le mythe du récit historique et national comme ciment du vivre-ensemble, et l’autre basée sur l’acceptation de valeurs communes ? Ce débat n’est-il pas nécessaire dans notre démocratie ? Opposer nécessairement récit et valeurs a-t-il vraiment du sens ?

Yves Roucaute : Terrible puissance des demi-habiles ou demi-savants, dont se moquait Pascal. Les propos de Nicolas Sarkozy n’auraient pas dû soulever une telle polémique. Il est étonnant d’ailleurs que cette polémique ait été en particulier soulevée par la gauche. Historiquement, la gauche (radicale et socialiste) a toujours soutenu la thèse qu’il fallait donner aux enfants de France dans les écoles une culture commune au centre de laquelle se trouvait un grand récit, celui des origines, en particulier celui de nos ancêtres les Gaulois. Les instituteurs de la IIIème République ne se posaient pas la question de savoir s’ils avaient en face d’eux des enfants d’origine italienne, portugaise, basque, créole, maghrébine, ils se posaient la question de savoir comment ils allaient cimenter l’unité de la nation et ils avaient à leur disposition des manuels qui disaient eux aussi cette histoire de la Guyane à La Rochelle.

Il est assez facile de rire en se disant qu’un enfant noir ne peut pas être d’origine gauloise ou qu’un enfant venu d’une famille maghrébine n’a rien à voir avec les Gaulois. Mais ce ricanement montre seulement l’étendue de l’ignorance d’une grande partie de notre personnel politique qui aurait mieux fait d’apprendre comment fonctionne la politique et l’imaginaire au lieu de se croire intelligents parce qu’ils manquent d’intelligence politique.

La question n’est pas de savoir si les Français sont ethniquement d’origine gauloise. Tout le monde sait que pour la plupart des Français ne sont pas d’origine gauloise, et qu’il y a eu dans l’Histoire des mélanges.  De même, les Américains en sont pas tous descendants ethniquement des Pères pèlerins, cela ne les empêche pas de fêter Thanksgiving, pour remercier les Indiens de les avoir accueillis.  De même, cela n’empêche pas les Italiens d’apprendre l’histoire de Romulus et Remus ou les Mexicains l’histoire des populations indiennes.

La, nous créons un grand récit parce que nous en avons besoin. C’est le récit de l’Histoire de France qui correspond à notre nation civique qui justement n’est pas fondée sur le sang mais sur une histoire et des valeurs communes. Ces valeurs doivent être incarnées et intégrées dans cette histoire. Il ne peut y avoir de valeurs abstraites, c’est d’ailleurs un peu le problème de la gauche actuelle qui parle de république, de liberté et d’égalité mais n’accroche pas ces termes à une histoire.

La question des Gaulois est absolument fondamentale. Elle signifie qu’on donne à notre nation une racine historique commune. Et une origine orientée, on ne parle pas de nos ancêtres anthropophages par exemple, pourtant c’est aussi la vérité, oui de nos ancêtres qui ont collaboré avec les nazis. Il faut que tout le monde participe à l’apprentissage de ces racines communes qui font sens. Tous ceux qui ne comprennent pas ça ne comprennent rien à la nation civique française, et je dirais même à la politique. Il est assez inquiétant de voir qu’une partie du personnel politique soit à ce point ignorante de la nécessité de construire un récit commun pour maintenir une unité nationale. La nation civique française a même besoin d’avoir un grand récit plus fort, qui remonte loin, justement parce qu’elle n’est pas fondée sur le sang, parce qu’elle n’est pas ethnique. C’est ce que pensait d’ailleurs Napoléon, qui n’hésitait pas à rappeler ces origines gauloises ou le général de Gaulle. En dérogeant à cette tradition qui avait le soutien de gens aussi différents que Clémenceau ou les révolutionnaires de 1789, François Mitterrand montrait seulement qu’il était la victime du politiquement correct laxiste et multi-culturaliste qui dominait en France au début des années 80, et qui a fait tant de mal au pays.

Cet imaginaire que nous construisons par l’école, par le grand récit, par la fable, est d’ailleurs loin d’être arbitraire. Il est inscrit sur une réalité historique. Même dans notre langage, même dans les autres symboles, nous avons cette puissance de l’imaginaire gaulois. Par exemple, l’idée-même du coq, ce fameux coq que nous présentons comme le symbole de la France, vient en réalité de la Gaule et des Gaulois. Dans le vocabulaire ancien, les partenaires commerciaux des Gaulois les appelaient « Gau », ce qui signifie « coq ». Le coq se retrouve sur la monnaie, sur des médailles, des statues, des vases, dans la Gaule préromaine. On a donc une sorte de grande tradition. Le coq reste la représentation de la France, jusqu’au Saint-Empire romain germanique qui représente la France par ce « coq ») ce « gau », cette gauloiserie.

L’idée donc qu’affirmer « nos ancêtres les Gaulois » serait la preuve d’une inculture est totalement sidérante. Cela prouve au contraire à quel point ceux qui critiquent ont peu de culture.

Car ce grand récit est profondément républicain

Il faut savoir que lorsque les Francs arrivent, ils inventèrent un autre grand récit pour maintenir l’unité du pays : « nos ancêtres les François ». Évidemment, on savait bien aussi alors qu’il y avait pléthore de Burgondes, de Gallo-Romains, d’Ostrogoths, de basques, de Wisigoths, etc. On savait bien que ce n’était pas vrai au sens ethnique du terme, mais au sens civique Clovis voulait absolument fondre cette nation dans une même unité. Ce récit des François est arrêté au XVIIIe siècle car les aristocrates d’alors inventèrent sous l’influence de l’aristocratie espagnole l’idée d’une « race française », qui aurait le sang bleu. Du coup, il y a eu une sorte d’opposition entre « François » et « Gaulois ». Quand la Révolution Française est arrivée, on a supprimé la référence aux « François et on a commencé à construire ce discours « gaulois », ce qui est devenu la référence de la IIIème République puis de la IVème.

L’influence de la Gaule est d’ailleurs très forte dans l’esprit et l’imaginaire. Nous avons hérité d’eux la liberté et l’égalité. Leur esprit de liberté et d’égalité était tellement fort que le père de Vercingétorix, Celtillos, a été mis à mort par sa propre tribu parce qu’ils craignaient qu’ils veuillent devenir roi. Ce sentiment de liberté et d’égalité très puissant a d’ailleurs été noté par Suétone puis Jules César.

De même, les banquets, la fabrication du vin, l’organisation de la structure du paysage français en pays sont tous un héritage gaulois. Dans les tribus, qui étaient elles-mêmes des mélanges ethniques, chacun était membre de la tribu à partir du moment où ils partageaient les valeurs de la tribu. Les Tardelli par exemple étaient ainsi un mélange de Basques et de Celtes, et étaient très fiers d’être des Tardelli, sans se préoccuper de l’origine d’untel ou d’untel. Nous avons hérité de ça.

Et cet héritage, aucune autre nation du monde ne le possède même si nous trouvons chez les Gallois (le terme vient d’ailleurs de « gau » aussi) et les Ecossais des similitudes.

Il est dommage que des politiques ne comprennent pas l’importance de construire un imaginaire, comme toutes les populations du monde le font. Et d’imposer une histoire commune. Nous sommes en crise et nous avons besoin de reconstruire le récit et de remettre du liant à l’intérieur de la société française. Je pense donc que c’est un mauvais procès fait à Nicolas Sarkozy. Et une preuve de l’incompétence de nos politiques à être des politiques.

 Voir aussi:

Sarkozy et les Gaulois : pourquoi le récit national est devenu tabou
Le Figaro
20/09/2016
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Nicolas Sarkozy a créé une polémique en évoquant le mythe de «nos ancêtres les Gaulois» pour justifier le modèle de l’assimilation. Pour Dimitri Casali, les deux mille ans d’histoire de France sont indispensables à l’intelligence du temps présent.

Historien, ancien professeur en «ZEP», Dimitri Casali a notamment publié Notre histoire: tout ce que nos enfants devraient apprendre à l’école (éd. La Martinière, préface de J.P. Chevènement) ; L’altermanuel d’histoire de France (éd. Perrin, 2011) ; L’histoire de France interdite (éd. JC Lattès, 2013) et dernièrement Désintégration française (éd. JC Lattès, 2016).

FIGAROVOX. – Nicolas Sarkozy a déclenché une polémique en déclarant: «Dès que l’on devient français, nos ancêtres sont gaulois». Le roman national est-il devenu un tabou?

Dimitri CASALI. – Tout à fait, mais j’utiliserai plutôt le terme plus juste scientifiquement de «récit national». La France n’a pas besoin de «romancer» son Histoire, elle est suffisamment riche telle qu’elle est. Oui aujourd’hui, dès que l’on ose parler de récit national cela provoque des polémiques sans fin. En effet je pense avec Nicolas Sarkozy qu’un récit national se proposant d’apprendre à tous à aimer la France, en faisant découvrir la permanence de nos héritages doublement millénaire est possible. Et cet enseignement est indispensable à l’intelligence du temps présent et au fameux «vivre ensemble». Le récit national est une part importante et même décisive de la conscience civique. Un récit se doit d’être objectif et de restituer l’Histoire, avec ses lumières, mais aussi avec ses ombres. Malheureusement, face à nous les tenants d’une Histoire de France en perpétuelle mutation tiennent le haut de pavé que ce soit à l’université (très marquée à gauche) ou bien dans l’entourage du président Hollande.

L’ancien président de la République a continué: «Mon père est hongrois, on ne m’a pas appris l’histoire de la Hongrie. Mon grand-père maternel est grec, on ne m’a pas appris l’histoire de la Grèce. Au moment où je suis Français, j’aime la France, j’apprends l’histoire de France, je parle le français et mes ancêtres sont les ancêtres de la France, c’est ça l’assimilation». Est-ce une bonne définition du modèle de l’assimilation?

La politique d’assimilation vise à inclure les étrangers dans une République universaliste fondée sur l’émancipation individuelle. À ce terme aujourd’hui dévalorisé, on préfère celui d’intégration qui vise à absorber chaque individu dans la société d’accueil par le brassage de l’école, de l’emploi, du mariage. Comme le sous-entend si bien Nicolas Sarkozy le système d’intégration «à la française» a été une grande réussite pendant 200 ans. C’est avant tout notre culture française qui est la base de notre vivre ensemble et cette culture est fondée sur la connaissance de l’Histoire du pays qui vous accueille, celui où vous vivez et travaillez et dont vous possédez la nationalité quelle que soit votre origine géographique. La bonne connaissance de l’Histoire est donc une garantie d’intégration car elle est un moyen d’accéder aux modes de compréhension de notre société française. On peut donc véritablement parler d’un creuset français qui a réussi à amalgamer en une création originale les migrations successives avec les populations les plus anciennes.

Certains ont considéré les propos de Nicolas Sarkozy comme la marque d’une identité biologique. Ne s’agit-il pas au contraire d’une identité davantage politique fondée sur la volonté d’un peuple de se réunir autour d’un passé mythologique commun?

Là ou Sarkozy a raison c’est qu’il faut effectivement créer un grand récit national, fédérateur et équilibré, qui rassemble toutes les composantes de notre nouvelle société et lui redonne confiance. Il faut apprendre à tous la permanence de nos héritages, chrétien et monarchique d’une part, républicain et laïc d’autre part pour pouvoir avoir de nouveau confiance en l’avenir et ressouder au sein d’une communauté de destin. Si l’on veut marcher vers le futur il faut toujours retourner à ses racines… Donnons aux nouveaux venus l’amour et la passion de notre histoire et nous leur ferons aimer la France au lieu de la détester, nous réglerons ainsi bien des problèmes.

Votre dernier essai* est sous-titré: «Pourquoi notre pays renie son histoire et nos enfants perdent leurs repères». De quand date ce phénomène de reniement?

Ce phénomène date d’une trentaine d’années depuis que la montée du communautarisme et du fondamentalisme ronge de l’intérieur la nation française. Championne de l’autoflagellation, en proie à la déliquescence de son école, à la repentance coloniale et au danger du multiculturalisme, la France s’enfonce dans une perte d’identité totale. L’intelligentsia française très orientée à gauche à l’échiquier politique a imposé obstinément, une idéologie dominante: le paradigme de la repentance coloniale et de la pensée unique. On le voit à cette hargne qu’ont nos élites à déconstruire notre passé pour faire croire à nos enfants que les Français ont tous été d’horribles esclavagistes au XVIIIe siècle, d’infâmes colonisateurs au XIXe siècle et uniquement des collabos au XXe siècle… On joue la carte de la culpabilisation, voire de la criminalisation de l’Histoire de France. À l’effacement de notre culture classique, du grec et du latin, vient s’ajouter le saccage des derniers pans d’histoire de France à tenir encore debout après les réformes scolaires catastrophiques du dernier quinquennat.

Quand «Nos ancêtres les Gaulois» ont-ils disparu des manuels scolaires?

La formule exacte est issue du manuel d’histoire primaire Le Petit Lavisse écrit par le grand historien Ernest Lavisse, édité en 1884 et réédité cinquante fois jusqu’en 1950: «Il y a deux mille ans, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois». Cependant les petits indigènes des colonies récitant par cœur cette formule ne correspond pas du tout à la réalité historique de l’époque. Ce que l’on critique aujourd’hui comme étant un enseignement colonialiste qui voulait faire oublier aux peuples colonisés leur passé en cherchant à les assimiler de force n’a tout bonnement pas existé. Cette repentance qualifiant de «génocide culturel» l’œuvre éducative des colonies fait l’impasse sur les dernières recherches historiques qui montrent les efforts d’adaptation systématique réalisés par les instituteurs colons, appelés officiellement à valoriser l’héritage autochtone. Rappelons les travaux poursuivis par l’École française d’Extrême-Orient et par l’École des hautes études berbères de Rabat qui réapprirent leur propre histoire aux Annamites et aux Marocains. L’objectif des dirigeants français de la IIIe République tel qu’Albert Sarraut était de «changer l’homme» par l’éducation, de le faire accéder à une partie du savoir et de l’univers européen…

* Dimitri CASALI, Désintégration française, éd. Jean-Claude Lattès, 2016.

Voir également:

Nos ancêtres les Gaulois » ou le redoutable piège tendu par Nicolas Sarkozyx à ses adversaires de tout poil

En faisant référence dans une réunion publique à l’héritage historique de nos ancêtres gaulois, Nicolas Sarkozy s’est attiré une pluie de critiques venues du monde politique. Des critiques qui oublient bien vite l’importance du récit national dans la construction de l’identité française.

Atlantico : En déclarant ce lundi à Franconville qu’à partir du moment où l’on est français, « on vit comme un Français et nos ancêtres sont les Gaulois« , Nicolas Sarkozy s’est attiré de nombreuses critiques, certains l’accusant d’inculture voire de racisme. Pourtant, cette « polémique » ne révèle-t-elle pas simplement deux conceptions de l’identité nationale française, l’une basée sur le mythe du récit historique et national comme ciment du vivre-ensemble, et l’autre basée sur l’acceptation de valeurs communes ? Ce débat n’est-il pas nécessaire dans notre démocratie ? Opposer nécessairement récit et valeurs a-t-il vraiment du sens ?

Yves Roucaute : Terrible puissance des demi-habiles ou demi-savants, dont se moquait Pascal. Les propos de Nicolas Sarkozy n’auraient pas dû soulever une telle polémique. Il est étonnant d’ailleurs que cette polémique ait été en particulier soulevée par la gauche. Historiquement, la gauche (radicale et socialiste) a toujours soutenu la thèse qu’il fallait donner aux enfants de France dans les écoles une culture commune au centre de laquelle se trouvait un grand récit, celui des origines, en particulier celui de nos ancêtres les Gaulois. Les instituteurs de la IIIème République ne se posaient pas la question de savoir s’ils avaient en face d’eux des enfants d’origine italienne, portugaise, basque, créole, maghrébine, ils se posaient la question de savoir comment ils allaient cimenter l’unité de la nation et ils avaient à leur disposition des manuels qui disaient eux aussi cette histoire de la Guyane à La Rochelle.

Il est assez facile de rire en se disant qu’un enfant noir ne peut pas être d’origine gauloise ou qu’un enfant venu d’une famille maghrébine n’a rien à voir avec les Gaulois. Mais ce ricanement montre seulement l’étendue de l’ignorance d’une grande partie de notre personnel politique qui aurait mieux fait d’apprendre comment fonctionne la politique et l’imaginaire au lieu de se croire intelligents parce qu’ils manquent d’intelligence politique.

La question n’est pas de savoir si les Français sont ethniquement d’origine gauloise. Tout le monde sait que pour la plupart des Français ne sont pas d’origine gauloise, et qu’il y a eu dans l’Histoire des mélanges.  De même, les Américains en sont pas tous descendants ethniquement des Pères pèlerins, cela ne les empêche pas de fêter Thanksgiving, pour remercier les Indiens de les avoir accueillis.  De même, cela n’empêche pas les Italiens d’apprendre l’histoire de Romulus et Remus ou les Mexicains l’histoire des populations indiennes.

La, nous créons un grand récit parce que nous en avons besoin. C’est le récit de l’Histoire de France qui correspond à notre nation civique qui justement n’est pas fondée sur le sang mais sur une histoire et des valeurs communes. Ces valeurs doivent être incarnées et intégrées dans cette histoire. Il ne peut y avoir de valeurs abstraites, c’est d’ailleurs un peu le problème de la gauche actuelle qui parle de république, de liberté et d’égalité mais n’accroche pas ces termes à une histoire.

La question des Gaulois est absolument fondamentale. Elle signifie qu’on donne à notre nation une racine historique commune. Et une origine orientée, on ne parle pas de nos ancêtres anthropophages par exemple, pourtant c’est aussi la vérité, oui de nos ancêtres qui ont collaboré avec les nazis. Il faut que tout le monde participe à l’apprentissage de ces racines communes qui font sens. Tous ceux qui ne comprennent pas ça ne comprennent rien à la nation civique française, et je dirais même à la politique. Il est assez inquiétant de voir qu’une partie du personnel politique soit à ce point ignorante de la nécessité de construire un récit commun pour maintenir une unité nationale. La nation civique française a même besoin d’avoir un grand récit plus fort, qui remonte loin, justement parce qu’elle n’est pas fondée sur le sang, parce qu’elle n’est pas ethnique. C’est ce que pensait d’ailleurs Napoléon, qui n’hésitait pas à rappeler ces origines gauloises ou le général de Gaulle. En dérogeant à cette tradition qui avait le soutien de gens aussi différents que Clémenceau ou les révolutionnaires de 1789, François Mitterrand montrait seulement qu’il était la victime du politiquement correct laxiste et multi-culturaliste qui dominait en France au début des années 80, et qui a fait tant de mal au pays.

Cet imaginaire que nous construisons par l’école, par le grand récit, par la fable, est d’ailleurs loin d’être arbitraire. Il est inscrit sur une réalité historique. Même dans notre langage, même dans les autres symboles, nous avons cette puissance de l’imaginaire gaulois. Par exemple, l’idée-même du coq, ce fameux coq que nous présentons comme le symbole de la France, vient en réalité de la Gaule et des Gaulois. Dans le vocabulaire ancien, les partenaires commerciaux des Gaulois les appelaient « Gau », ce qui signifie « coq ». Le coq se retrouve sur la monnaie, sur des médailles, des statues, des vases, dans la Gaule préromaine. On a donc une sorte de grande tradition. Le coq reste la représentation de la France, jusqu’au Saint-Empire romain germanique qui représente la France par ce « coq ») ce « gau », cette gauloiserie.

L’idée donc qu’affirmer « nos ancêtres les Gaulois » serait la preuve d’une inculture est totalement sidérante. Cela prouve au contraire à quel point ceux qui critiquent ont peu de culture.

Car ce grand récit est profondément républicain

Il faut savoir que lorsque les Francs arrivent, ils inventèrent un autre grand récit pour maintenir l’unité du pays : « nos ancêtres les François ». Évidemment, on savait bien aussi alors qu’il y avait pléthore de Burgondes, de Gallo-Romains, d’Ostrogoths, de basques, de Wisigoths, etc. On savait bien que ce n’était pas vrai au sens ethnique du terme, mais au sens civique Clovis voulait absolument fondre cette nation dans une même unité. Ce récit des François est arrêté au XVIIIe siècle car les aristocrates d’alors inventèrent sous l’influence de l’aristocratie espagnole l’idée d’une « race française », qui aurait le sang bleu. Du coup, il y a eu une sorte d’opposition entre « François » et « Gaulois ». Quand la Révolution Française est arrivée, on a supprimé la référence aux « François et on a commencé à construire ce discours « gaulois », ce qui est devenu la référence de la IIIème République puis de la IVème.

L’influence de la Gaule est d’ailleurs très forte dans l’esprit et l’imaginaire. Nous avons hérité d’eux la liberté et l’égalité. Leur esprit de liberté et d’égalité était tellement fort que le père de Vercingétorix, Celtillos, a été mis à mort par sa propre tribu parce qu’ils craignaient qu’ils veuillent devenir roi. Ce sentiment de liberté et d’égalité très puissant a d’ailleurs été noté par Suétone puis Jules César.

De même, les banquets, la fabrication du vin, l’organisation de la structure du paysage français en pays sont tous un héritage gaulois. Dans les tribus, qui étaient elles-mêmes des mélanges ethniques, chacun était membre de la tribu à partir du moment où ils partageaient les valeurs de la tribu. Les Tardelli par exemple étaient ainsi un mélange de Basques et de Celtes, et étaient très fiers d’être des Tardelli, sans se préoccuper de l’origine d’untel ou d’untel. Nous avons hérité de ça.

Et cet héritage, aucune autre nation du monde ne le possède même si nous trouvons chez les Gallois (le terme vient d’ailleurs de « gau » aussi) et les Ecossais des similitudes.

Il est dommage que des politiques ne comprennent pas l’importance de construire un imaginaire, comme toutes les populations du monde le font. Et d’imposer une histoire commune. Nous sommes en crise et nous avons besoin de reconstruire le récit et de remettre du liant à l’intérieur de la société française. Je pense donc que c’est un mauvais procès fait à Nicolas Sarkozy. Et une preuve de l’incompétence de nos politiques à être des politiques.

Eric Deschavanne : Comme souvent, le buzz masque la teneur exacte du propos, qui est pourtant dans le cas présent assez limpide. Nicolas Sarkozy fait référence à un cliché du « roman national » – lequel a pour vertu de « parler » à tout le monde – afin d’afficher un parti-pris en faveur de l’assimilation. Il s’inscrit dans un débat en effet nécessaire, qui n’est toutefois pas le débat « récit historique ou valeurs communes » mais celui qui oppose multiculturalisme et assimilationnisme. Si on veut donner sens aux termes du débat en circulation, il faut considérer que l’assimilation et le multiculturalisme sont les deux modèles d’intégration entre lesquels il faut nécessairement choisir. Ensuite, se pose évidemment la question des modalités et, dans le cas de l’assimilation, de la conception de l’identité nationale qui fonde le projet d’assimilation. On peut vouloir l’assimilation à une conception ethnique de la nation ou l’assimilation à une conception républicaine, qui associe identité nationale et principes universels.

Je suis d’ordinaire plutôt « Sarkophobe », mais je dois avouer que je suis consterné par la malveillance et la bêtise des réactions que suscite un propos dont le seul tort est d’être impeccablement républicain. Nicolas Sarkozy est peut-être inculte, mais tout de même pas au point de penser qu’un néo-Français issue de l’immigration subsaharienne descend en ligne direct des Gaulois ! Son propos est parfaitement républicain et antiraciste puisqu’il signifie qu’être Français n’est pas une question de race, d’ethnie, de racines, de souche ou que sais-je, mais exclusivement une affaire d’engagement personnel par lequel on s’inscrit volontairement dans un nouveau destin collectif. Paradoxalement (mais le paradoxe n’est qu’apparent), ce sont les réactions critiques qui véhiculent une conception raciste ou ethnique de l’identité, en évoquant notamment la notion de « racines » ou en interprétant la formule toute faite « nos ancêtres les Gaulois » dans le sens d’une lignée génétique ou culturelle. Ces réactions témoignent d’une adhésion plus ou moins confuse à un modèle multiculturaliste qui conçoit la France comme une identité informe ou métissée composée de multiples souches, races ou ethnies. Il est intéressant d’observer, à travers les réactions provoquées par un propos pourtant clair et net, à quel point les esprits sont embrouillés sur cette question de l’identité. Que l’histoire de France (comment qu’on la conçoive) soit l’histoire de tous les Français, ou le devienne s’il s’agit de nouveaux arrivants, quoi de plus incontestable ! Bien entendu, les immigrés arrivent avec dans leur bagage une histoire, une culture, des traditions. On est cependant en droit de considérer que la volonté de vivre en France et de devenir Français vaut adhésion à l’identité collective de la France. Ou alors, mais il faut l’assumer clairement, c’est qu’on considère la France comme un territoire neutre, sans identité, une nation sans histoire ni destin, exclusivement destinée à accueillir une multiplicité de traditions, d’identités ethniques et de modes de vie venus d’ailleurs.

Le discours d’acceptation de valeurs communes est-il équitablement adressé à tous les Français selon vous ? Alors qu’une partie de la gauche semble demander des efforts d’acceptation d’autrui, qu’en est-il de la population française issue de l’immigration ? En fait-elle assez pour s’inscrire justement dans ce « moule républicain », dans le respect de ces valeurs qui contribuent à façonner l’identité française ?

Yves Roucaute : Il est très frappant de constater que cette question de l’apprentissage du grand récit ne posait aucun problème aux gens qui arrivaient en France avant les années 1960. Sous l’influence du tournant des années 1960-1970, au nom du respect de la différence, c’est devenu soudainement un problème.  Et, dans les années 80, les « demi-habiles » se sont emparés du pays avec le politiquement correct.

Nous avons alors vu des gens qui ont commencé à dire qu’il fallait accepter les différences de ces gens-là, qu’on ne pouvait pas imposait un modèle unique aux immigrés et qu’il fallait respecter au même titre toutes les civilisations.

Je note en passant qu’aucun autre pays d’où venaient ces migrants ne tient ce discours-là ! Dans ces pays, on part du principe qu’il y a des histoires propres, et on demande à ces gens d’apprendre et d’assimiler l’histoire de ces pays pour devenir des citoyens.

En France, nous avons eu ce courant déstabilisant depuis les années 1970, où l’on a demandé aux Français un effort pour accepter des cultures qui n’étaient pas assimilables. Qu’un Algérien musulman ne mange pas de porc ou qu’un Hindouiste ne mange pas de viande ne pose aucun problème aux Français. Ce qui pose problème aux Français, c’est qu’on veuille imposer son mode de vie sur le leur et que l’on viole les valeurs sur lesquelles est fondée leur civilisation, telle que l’égale dignité des hommes et des femmes. Les Français considèrent qu’on doit globalement vivre en français. Ils ne veulent pas qu’on leur impose des modes de vie qui ne sont pas les leurs. Et ils comprennent parfaitement que la femme qui porte un burkini, qui met un niqab, est dans une position cde provocation et d‘agression de la France.

Aujourd’hui, nous confondons un peu tout. Il faut donc hiérarchiser. Il y a des choses fondamentales où l’on ne peut pas négocier : l’égalité homme-femme, le respect de la dignité humaine, les droits individuels, le mode d’organisation sociale, etc. Le problème du multiculturalisme, c’est qu’il ne différencie rien. il mélange tout, les différences acceptables de celles qui ne le sont pas et le fait qu’il existe un mode de vie français, avec ses obligations et ses sanctions.

Nous avons eu ce phénomène pendant 40 ans, surtout à gauche, mais la droite, par peur de la gauche et d’être traitée de raciste ou d’islamophobe, a suivi un peu le mouvement – et on le voit aujourd’hui encore. Il est temps qu’on apprenne à un certain nombre de gens vivant en France qu’il y a des règles à respecter en France. Et, ceux qui n’aiment pas la France doivent soit partir, si c’est possible, soit se plier à nos règles, par la force si possible. Nous manquons d’un Clémenceau.

Voir encore:

Pour Nicolas Sarkozy, «dès que l’on devient Français, nos ancêtres sont Gaulois»
Le Figaro/AFP
19/09/2016

LE SCAN POLITIQUE – En campagne pour la primaire Les Républicains, l’ancien chef de l’État a tenu un discours depuis Franconville, dans le Val-d’Oise, dans lequel il promet d’être le président de «la communauté nationale» contre la «tyrannie des minorités».

Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire Les Républicains, s’est fendu d’une phrase qui risque de faire du bruit. Lors d’un meeting à Franconville, dans le Val-d’Oise, ce lundi, l’ancien chef de l’État a affirmé qu’à partir du moment où l’on devient Français, «l’on vit comme un Français et nos ancêtres sont les Gaulois». L’ex-président de la République a également dénoncé «l’islam extrémiste et politique», dont le but est de «provoquer la République», lors d’une réunion publique.

Promettant de mener «une guerre impitoyable» au terrorisme islamiste, Nicolas Sarkozy a promis qu’il serait, s’il est élu, «le président de l’action», et a ajouté qu’il n’acceptait pas «les 238 morts», victimes des attentats depuis janvier 2015. «Je n’accepterai pas les comportements moyenâgeux qui veulent qu’un homme se baigne en maillot de bain, quand les femmes sont enfermées» dans des burkinis, a-t-il également affirmé.

Dénonçant à nouveau «la tyrannie des minorités», il a assuré que s’il gagnait en 2017, il serait «le président de la communauté nationale car en France, la seule communauté qui vaille est la communauté française». «Si l’on veut devenir français, on parle français, on vit comme un Français. Nous ne nous contenterons plus d’une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l’assimilation. Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois. J’aime la France, j’apprends l’histoire de France, je vis comme un Français», doit se dire celui qui devient français, a-t-il ajouté.

«Le porte-parole de la majorité silencieuse»

«La situation de la France est grave. C’est un combat extraordinairement difficile. Nous avons à combattre la gauche, qui fera de moi son adversaire habituel, nous avons à combattre l’extrême droite qui fera de moi son adversaire privilégié. Elle a compris que j’étais le plus dangereux», a-t-il également déclaré. Selon lui, il faut donc «combattre la pensée unique dans ce qu’elle a de plus insupportable (…) Si on dit que l’islam pose un problème d’intégration, comme à l’époque, les catholiques ont posé un problème à la République, on est islamophobe. C’est insupportable. Si on dit qu’on ne peut plus continuer avec l’immigration (…) alors on est traité de raciste. C’est insupportable».

«Quand on dit qu’on n’est pas de gauche, on se demande si vous avez un cœur qui bat. Si vous avez des questions à me poser, France Télévisions, posez-les!», a-t-il ironisé, faisant allusion à L’Émission politique, sur France 2, dont il a été le premier invité jeudi. «Je veux être le porte-parole de la majorité silencieuse», a-t-il ajouté, sous les applaudissements du public.

Voir encore:

«Nos ancêtres les Gaulois», un vieux credo de Nicolas Sarkozy
Aymeric Misandeau
Le Figaro
20/09/2016

LE SCAN POLITIQUE/VIDÉOS – Une partie du discours prononcé par le candidat à la primaire de la droite lundi soir a créé la polémique. Ça n’est pourtant pas la première fois que l’ancien chef de l’Etat invoque le roman national lorsqu’il donne sa version de l’assimilation.

«Dès que l’on devient Français, nos ancêtres sont Gaulois», a asséné Nicolas Sarkozy à Franconville, dans le Val d’Oise lundi soir. Une manière de défendre l’assimilation plutôt que l’intégration. Si la phrase a connu un important retentissement, force est de constater que l’ancien chef de l’Etat a fait de nombreuses assertions similaires depuis au moins 2006 et sa première candidature à l’élection présidentielle.

Pour trouver une évocation récente des Gaulois dans les discours de Nicolas Sarkozy, pas besoin de chercher bien loin. Lors d’un colloque organisé par le think-tank «France fière» en mai dernier, celui qui n’était pas encore candidat reprenait le dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire publié en 1887 par Ernest Lavisse: «Il y a dans le passé le plus lointain une poésie qu’il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons leur aimer les Gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroy de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc, Bayard, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes», reprenait l’ancien chef de l’Etat.

En juin dernier, face aux militants rassemblés à Saint-André-lez-Lille, dans la banlieue lilloise, pour un discours sur l’identité nationale, l’ancien président des Républicains avait fait appel à une autre grande figure du roman national, Clovis, pour faire passer la même idée. «Pendant des décennies, l’intégration, c’était le devoir pour le nouvel arrivant sur notre territoire de se fondre dans la communauté nationale, d’adopter notre langue, notre culture, nos mœurs, expliquait Nicolas Sarkozy. Le minoritaire s’intégrait dans la majorité et devenait à son tour le légataire de la mémoire et de l’histoire collectives. Nous n’étions pas tous les héritiers directs de Clovis, mais tous nous nous reconnaissions dans cet ancêtre commun parce que tous, nous étions Français».

Mais la rhétorique est bien plus ancienne: dans un discours du 9 mai 2006, à Nîmes, celui qui était encore ministre de l’Intérieur rôdait déjà ses arguments. «Quand j’étais écolier, nos maîtres nous parlaient de nos ancêtres les Gaulois. Ni les maîtres, ni les élèves n’étaient dupes. Chacun savait bien qu’à Arles, à Nîmes, à Narbonne ou à Perpignan il n’y avait pas eu beaucoup d’ancêtres gaulois. A Oran, à Tunis ou à Dakar encore moins. Mais c’était un acte de foi», avait alors expliqué le rival de Dominique de Villepin.

L’argument du «petit Français de sang-mêlé»

Pour appuyer son propos, Nicolas Sarkozy s’est aussi servi de son vécu de «petit Français de sang-mêlé», comme il se définissait lui même lors de son discours d’investiture de 2007. «Mon père est hongrois, on ne m’a pas appris l’histoire de la Hongrie. Mon grand-père maternel est grec, on ne m’a pas appris l’histoire de la Grèce. Au moment où je suis Français, j’aime la France, j’apprends l’histoire de France, je parle le français et mes ancêtres sont les ancêtres de la France, c’est ça l’assimilation», expliquait-il. Une référence à son propre passé qu’on retrouve dans son discours à Nîmes en 2006. «Fils d’immigré hongrois, je sais ce que cela signifie de prendre en partage une histoire qui n’est pas celle de ses ancêtres et d’épouser la cause de la France comme une évidence qui s’impose d’elle-même», disait-il déjà.

Là encore, rien de nouveau dans l’argumentaire sarkozyste. Le 9 juin, invité de la matinale d’Europe 1, Nicolas Sarkozy avait déjà récité: «Mon père est hongrois, mon grand-père maternel était grec. On ne m’a pas appris le hongrois et je n’ai pas appris l’histoire de la Hongrie, ni l’histoire de la Grèce. J’ai appris l’histoire de France. Et quand on a des parents d’origine étrangère, notamment maghrébine, on n’apprend pas l’histoire de l’Algérie ou du Maroc. Quand on vient en France, on adopte le mode de vie français. L’identité française, nous ne voulons pas que ça disparaisse».

Voir par ailleurs:

Sarkozy fustige les «idéologues du multiculturalisme»
Eugénie Bastié
Le Figaro
24/05/2016

Invité mardi soir au colloque organisé par «France Fière», un think-tank de droite qui veut s’adresser aux quartiers populaires, l’ex-président de la République a donné sa définition de l’identité française.

«Hier encore, affirmer publiquement qu’il existait une identité française était considéré comme une insupportable provocation. Aujourd’hui, la fierté de la France est un drapeau. On peut organiser un colloque sur ce sujet. Nous avons gagné un combat culturel et politique majeur» a commencé Nicolas Sarkozy, invité par le think-tank «France Fière» qui consacrait mardi soir un colloque ayant pour thème l’identité française. Dans le sous-sol des Invalides, à quelques mètres du tombeau de Napoléon, une centaine de personnes, pour la plupart issues de la «diversité» était présente pour débattre sur le thème de l’identité française, dont Nicolas Sarkozy avait fait un cheval de bataille en 2007 et 2012.

«La France, c’est un miracle, auquel chacun d’entre nous a décidé de croire. Un miracle millénaire, qui aurait pu dix fois, cent fois, être brisé par l’histoire. Un miracle qui a fait de la beauté un cadre de vie et de la liberté une raison de vivre.», a-t-il commencé. «C’est quoi l’identité de la France?» s’est interrogé le patron des Républicains: «Ce sont d’abord ses paysages, une langue le français, ciment culturel de notre nation. C’est une histoire épique, glorieuse, tragique, dont le récit a construit la nation, c’est l’accumulation d’un héritage qui va du Mont-Saint Michel à la Sainte Chapelle. Nous ne sommes pas une page blanche.»

Un discours aux tonalités buissoniennes

Nicolas Sarkozy, qui a tenu à rappeler ses origines de «Français de sang-mêlé» a poursuivi dans un discours aux tonalités buissoniennes, plaidant pour le «culte de la transmission de l’identité», à travers notamment «l’école de la République». «Il n’est pas nécessaire d’avoir son nom sur un monument aux morts pour vibrer au récit de l’identité nationale. Il n’est pas nécessaire d’être baptisé pour aimer Bossuet, Péguy, Bernanos, et Mauriac. Il n’est pas nécessaire d’être gaulliste pour aimer Malraux, ni communiste pour aimer Aragon, c’est ça l’identité nationale», a-t-il martelé. «Aucun idéologue ne peut comprendre ça.»

Fustigeant les «idéologues du multiculturalisme», et «les sociologues des inégalités», il a qualifié d’«erreur monumentale» le fait d’avoir renoncé à l’assimilation. «Tout est à reconstruire», a-t-il affirmé. «Cette fierté d’habiter la France doit retrouver le chemin de l’école. Les manuels scolaires ne sont pas là pour dénigrer la France. Mais pour la faire connaître et aimer. Dans quel pays pourrait-on accepter que l’école enseigne autre chose que la fierté?» «Refuser cette civilisation, c’est s’exclure de la communauté nationale, a-t-il poursuivi. La France, ce n’est pas un self-service. L’assimilation n’est pas une possibilité, c’est une condition à tout séjour de longue durée et à toute naturalisation.»

L’ex-président a plaidé pour «un nouveau pacte d’assimilation». «Je n’ai pas changé. L’addition des différences s’inscrit dans le temps long.» Il s’est mis du côté des «récents Français qui l’aiment sans doute plus que les autres.» . Dans son discours d’une trentaine de minutes, il a évité soigneusement toute référence à la «laïcité».

Plusieurs personnalités issues de la «diversité» étaient conviés à ce colloque, parmi lesquelles l’historien Mohamed Mekada, l’ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances Yazid Sabeg, ou encore l’imam de Bordeaux Tareq Oubrou. La maire du 7ème arrondissement de Paris, Rachida Dati, avait ouvert la soirée en rappelant que son «élection dans cet arrondissement est l’illustration de ce colloque.». Elle s’est dite personnellement «pas favorable à l’assimilation» «A l’identité heureuse, je préfère l’identité de conviction», a-t-elle affirmé. Parmi les politiques, on trouvait aussi l’entrepreneur Charles Beigbeder, l’adjoint à la mairie de Versailles François Xavier Bellamy, le député Olivier Marleix et le candidat aux primaires Hervé Mariton.

«On vise l’ISF, pas le RSA»

Cette soirée était organisée par le think-tank «France Fière» qui se dit lui «patriote, libéral et laïc». Il a été fondé par Hayette Hamidi et Yassin Lamaoui en juin 2015. «Nous voulons être un espace de réflexion pour proposer des solutions concrètes aux quartiers populaires» tient à rappeler, au Figaro, Hayette Hamidi, actuellement secrétaire nationale des Républicains. Cette jeune femme de 32 ans appartient au mouvement Sens commun issu de la Manif pour Tous. Élue du Blanc-Mesnil en Seine Saint-Denis et avocate de formation, cette native de Drancy, petite fille d’Algériens et fille de Français ambitionne d’attirer l’électorat musulman dans le giron de la droite. «Depuis 30 ans on assiste à un échec de la gauche qui se sentait propriétaire d’un certain électorat de banlieue», diagnostique-t-elle. «Le basculement a eu lieu lors des municipales de 2014. L’électorat des quartiers populaires a découvert qu’il n’était pas de gauche, ni sur le plan sociétal ni sur le plan économique». «L’identité française n’est pas multiculturelle. Il faut transmettre une culture française forte pour une intégration sereine», ajoute celle qui a eu «la chance» d’effectuer sa scolarité dans un établissement catholique qui lui a transmis «l’amour de la France.»
«France Fière» se veut aussi résolument libéral. Comme le résume Yassin Lamaoui, son vice-président: «On vise l’ISF, pas le RSA».

Ce think-tank revendique 300 membres, pour la plupart élus locaux ou entrepreneurs. Il ne choisira pas de poulain pour les primaires ni pour la présidentielle, se contentant de faire des propositions que tout le monde pourra reprendre. Le groupe, soutenu à ses débuts par Alain Juppé, a rencontré aussi Jean-François Copé et aimerait bien rencontrer Emmanuel Macron.

Voir par ailleurs:

Fraternité générale: Sans patrie ni frontières?

Bidar et Jardin sur un chemin pavé de bonnes intentions

Thomas Clavel

Causeur

22 septembre 2016

Alexandre Jardin et Abdennour Bidar lancent le mouvement « Fraternité générale » qui espère ressouder la société à coups de projections de films, concours de poésie et affiches exaltant les différences. La fraternité s’appuie pourtant sur un socle culturel commun, non sur la base d’un antiracisme hors-sol.

Présidé par le philosophe Abdennour Bidar, le projet Fraternité Générale prévoit une semaine d’animations culturelles partout en France en novembre prochain afin de mettre en acte « cette grande oubliée de la devise républicaine » a précisé l’auteur de Self Islam sur BFM TV et RMC le 20 septembre dernier. L’association, qui compte parmi ses ambassadeurs l’écrivain Alexandre Jardin, le sociologue Edgar Morin et des personnalités du monde audiovisuel se revendique comme un mouvement « apolitique et participatif » visant une « mobilisation générale » suite aux attentats qui ont ensanglanté la France afin que le peuple fraternise et se réapproprie la troisième vertu nationale. Selon son président, « on n’a jamais eu l’audace de faire de la fraternité un vrai projet politique ». Le philosophe en donne d’ailleurs une définition légèrement remaniée: « C’est la politique de la main tendue, du rejet du rejet à l’heure des tentations de repli sur soi, des pulsions identitaires, à l’heure où notre société souffre de fractures sociales avec des inégalités de plus en plus fortes mais également de fractures culturelles se cristallisant autour de l’islam ». En somme, il s’agit de chanter « l’ouverture à l’autre » et la « tolérance vis-à-vis de toutes les différences ».

Une fraternité culturelle

Ainsi, du 2 au 10 novembre, le mouvement Fraternité générale proposera des centaines d’événements culturels et sportifs pour  « lutter contre les peurs ». Cafés et restaurants ouvriront leurs terrasses aux musiciens, slameurs et artistes de rue. Sur les murs offerts par les municipalités des graffeurs célébreront le vivre-ensemble. Des chaînes de télévision diffuseront une série de vidéoclips. L’école ne sera pas épargnée avec force projections de films, concours de poésie et réalisation d’affiches qui exalteront les différences. Toutes ces initiatives sont recensées sur un site consacré.

En France, la fraternité républicaine s’est toujours faite à coups d’épée. Ou plutôt de sabres, de canonnades et de guillotines tandis que la Commune de Paris imposait d’inscrire en 1793 sur tous les édifices publics « La République une et indivisible – Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort ». A chaque fois que le terme de fraternité est brandi, c’est que la nation est au bord de la guerre civile. En ce sens, l’intuition d’Abdennour Bidar n’est peut-être pas mauvaise.

Mais pour le philosophe, la fraternité sera désormais festive ou ne sera pas. En effet, « ce mouvement spontané, issu d’un groupe d’amis et de cinéastes veut largement promouvoir la solidarité à travers la culture, le lien le puisant entre les gens ». Ainsi, le philosophe nous apprend que la chose culturelle serait le vrai ciment de la chose publique et de la fraternité nationale.

Il est certain que le programme de la huitaine s’annonce moins sanglant qu’une pleine semaine place de Révolution.

En décembre 1790, dans un discours à l’Assemblée Nationale, Robespierre déclarait: « Voyez comme partout, à la place de l’esprit de domination ou de servitude, naissent les sentiments de l’égalité, de la fraternité, de la confiance, et toutes vertus douces et généreuses qu’ils doivent nécessairement enfanter. » En matière de douceur, les années qui suivirent ne furent probablement pas les plus fécondes. Car il ne pouvait pas y avoir de fraternité pour les ennemis de l’égalité et les adversaires de la liberté.

Désormais, il ne saurait y avoir de fraternité pour les ennemis de la fête. La Fraternité Générale passe par l’expression culturelle. Elle n’est pas une devise morale mais une injonction artistique. Fraterniser, c’est adhérer à la festivalisation du pays, changé pour une semaine en une gigantesque Fête de l’Huma, Fête de la Musique ou Nuit Debout.

Culte des différences, l’impossible fraternité 

Pas une seule fois la patrie n’est citée par les promoteurs du mouvement. La fraternité selon Bidar peut très bien s’en passer car elle n’est pas nationale mais universelle. Sa fraternité à lui n’est pas celle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mais celle de la religion des droits de l’homme. Cette solidarité souriante et antiraciste revendiquée par le milieu culturel semble relever de la pensée magique. Assister à un concert tribal ou à un slam urbain produirait mécaniquement un sentiment fraternel.

Pourtant, la fraternité républicaine est autrement plus farouche et plus exigeante. Si la fratrie familiale est une évidence de naissance, la fratrie nationale se construit. On ne nait pas frère de nation, on le devient. Et souvent par la violence – celle des guerres révolutionnaires ou celle de l’assimilation, qui est toujours un renoncement contraignant à l’identité première dans le but de se fondre dans l’identité nationale, qui seule est capable de produire une fraternité publique pérenne.

Fustigeant le « repli identitaire », Abdennadour Bidar exalte au contraire la différence et l’ouverture. Elles sont pourtant les deux plus grandes ennemies de l’idéal fraternel de la Nation qui a toujours cherché à définir ses contours identitaires et territoriaux, ayant compris depuis toujours que les différences sont fratricides.

Ainsi, au lieu de chercher le dénominateur commun que seule la patrie peut incarner, le mouvement cultive les particularismes, qui sont toujours source de conflit.

Rechercher la concorde grâce à nos seules différences est une gageure. Au fond, pour Abdennour Bidar, nous devrions être frères par le simple fait de n’avoir rien en commun.

Fraternité générale ressemble davantage à un réflexe antiraciste qu’une réflexion civique sérieuse. Alors que la grande interrogation nationale consiste à savoir si l’Oumma est oui ou non plus forte que la communauté nationale aux yeux des musulmans, une poignée d’intellectuels nous divertissent avec un projet du niveau d’une campagne publicitaire Benetton.

La fraternité, c’est quoi au juste ?
Vincent Mongaillard

Le Parisien

20 septembre 2016

Pour la première fois, en novembre, on va fêter la fraternité. Un mot symbole de la République et qu’on connaît tous. Mais une valeur dont on a besoin de rappeler qu’elle est essentielle.

C’est un mot qui, au même titre que la liberté et l’égalité, est inscrit en lettres capitales sur les frontons des mairies et des écoles. Partie intégrante de notre devise nationale, la fraternité est un principe républicain qu’un mouvement apolitique baptisé Fraternité générale ! entend promouvoir et surtout « incarner  ».

Mise à mal ces derniers mois par les attentats, la fraternité va, en effet, s’inviter chaleureusement en novembre prochain dans nombre d’événements culturels et citoyens ouverts à tous lors d’une opération nationale dévoilée ce matin (lire l’encadré) et dont « le Parisien » – « Aujourd’hui en France » est partenaire.

L’initiative, présidée par le philosophe Abdennour Bidar, compte parmi ses ambassadeurs l’écrivain Alexandre Jardin, le sociologue Edgar Morin ou l’astrophysicien Hubert Reeves. L’objectif, c’est de « mettre en acte  » une notion parfois abstraite aux yeux du grand public.

Parce que la fraternité, c’est quoi au juste ? « C’est la politique de la main tendue, du rejet du rejet à l’heure des tentations de repli sur soi, des pulsions identitaires, à l’heure où notre société souffre de fractures sociales avec des inégalités de plus en plus fortes mais également de fractures culturelles se cristallisant autour de l’islam  », analyse Abdennour Bidar.

Du latin fraternitas, qui désigne les relations entre frères, entre peuples, la fraternité est, selon le Petit Larousse illustré 2016, le « lien de solidarité et d’amitié entre des êtres humains, entre les membres d’une société  ».

C’est lors de la Révolution française que cette notion est entrée dans le langage courant : entre citoyens, le bonjour d’alors se dit « Salut et fraternité ». Pour autant, elle est absente de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

Mais lors de la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, à l’occasion du premier anniversaire de la prise de la Bastille, La Fayette, commandant de la garde nationale, la consacre lorsqu’il prête serment : « Nous jurons de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité.  » Il faudra attendre 1848 et la constitution de la Deuxième République pour que cette valeur donne naissance au triptyque Liberté, Egalité, Fraternité.

« De cette idée de fraternité découle celle des droits sociaux du citoyen à qui la République doit un travail et une assistance », décrypte l’historien Jean Guarrigues.

Ces dernières semaines, ce spécialiste a observé dans les débats un retour en force de cette valeur. « La fraternité, c’est tout le contraire du clivage communautaire, il y a l’idée de rassemblement et d’obligation d’une solidarité collective  », explique-t-il.

Abdennour Bidar, chef d’orchestre de l’association Fraternité générale !, regrette, lui, qu’elle soit devenue « un idéal un peu vide », qu’elle soit « la grande oubliée » de notre devise républicaine. « On n’en a jamais fait un projet politique. Elle devrait en être la première valeur  », prône l’intellectuel, favorable à la création d’un ministère de la Fraternité.

Unissez vous pour la célébrer
Du 2 au 10 novembre, le mouvement Fraternité générale proposera des centaines d’événements culturels, sportifs et citoyens pour lutter contre les peurs et encourager la tolérance. Cafés et restaurants offriront leurs terrasses aux musiciens, slameurs et artistes de rue. Sur les murs, des graffeurs célébreront le vivre-ensemble. Des chaînes de télé, des cinémas et des stades diffuseront, dès le 15 octobre, une série de vidéoclips « Fraternité ». Cet événement national appartient à tout le monde. Sur un site Internet dédié (www.fraternite-generale.fr), particuliers, mairies, écoles… sont invités à annoncer dès maintenant leurs actions et à illustrer l’opération au travers d’« une image pour la fraternité  ».

SARKOZY, UN ÉMIGRÉ QUI S’ASSIMILE MAIS N’ASSIMILE PAS L’HISTOIRE

 Toussain Sauveur Felix

Cabrinato

21 Septembre 2016

Nous le savions peu cultivé, mais là il est inculte à moins qu’il ne veuille, aujourd’hui, favoriser une vision simpliste de l’Histoire qu’hier il vilipendait.

Tout historien sait que nos ancêtres n’étaient pas les Gaulois. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de Gaulois. La Gaulle de cette époque était peuplée de tribus et peuplades diverses. Ce n’était pas encore une nation mais un territoire d’invasion. La notion de France-nation date du XI ème siècle. Et le nom même de notre pays vient, évidemment, des Francs qui n’étaient pas des Gaulois. La Gaule ne fut la Gaule que parce que les Romains, qui l’envahirent à leur tour, la nommaient ainsi et leurs habitants furent appelés d’un terme générique les Gaulois pour regrouper une ensemble hétéroclite venu d’ailleurs, et notamment de ce que ces mêmes Romains, nommaient Germanie, mais aussi d’Helvétie, de la péninsule italienne…. (Jules César « de bello galico » ). Sous l’ancien régime la monarchie cherchait en permanence ses origines Franques, jamais ses origines gauloises. Sous les premiers Capétiens encore, on aspirait au mariage avec des « princesses de bonne race franque ».

C’est pour accélérer une unité républicaine et nationale que la troisième République réécrit l’Histoire, comme elle tua les langues locales aussi. Ce fut le fameux manuel d’Ernest Lavisse* qui créa la notion de « nos ancêtres les Gaulois ». Il fallait une origine simple et assimilable (décidément) pour les petits français. Une origine aussi moins centrée sur la mythologie d’une monarchie plus « franque » que gauloise. Une origine qui ne s’oppose pas au développement de l’idée républicaine à une époque ou la République renaissait à peine et avait à combattre les survivances d’une domination religieuse et conservatrice de l’ancien régime. La « Gueuse »** devait se défendre et fit donner les « hussards noirs de la République » qu’étaient les instituteurs.

On se rappellera que dans un accès de lucidité le petit Nicolas dit un jour à Libération
« Entendons-nous, il ne peut être question de faire réciter à tous les enfants , « nos ancêtres les Gaulois », selon l’expression chère à Ernest Lavisse……..».

C’était en mai 2016 !

Oui mais aujourd’hui il faut revaloriser la notion d’identité nationale, qui était l’apanage du Front National, fut-ce au prix de la reprise de mensonges historiques. Mais si ces mensonges étaient condamnables ils avaient, tout de même, un but louable : l’unité nationale et la consolidation de l’idée répubicaine. Aujourd’hui leur utilisation n’a qu’un but tristement électoral.

Sarkozy ne sera jamais un homme d’État. Tout au plus un bateleur de foire.

* Mathilde Larrère / Maitre de conférence en histoire et Laurence de Cock / professeure d’histoire et chercheuse en sciences de l’éducation

** Nom donné à la République par ses adversaires

 


Héritage Obama: Attention, une tribalisation peut en cacher une autre ! (Revenge of the Deplorables: It’s “hope and change” which begat “make America great again”, stupid !)

18 septembre, 2016

etats unis hymne national

KAEPERNICK REID

COLUMBUS, OH - SEPTEMBER 15: Megan Rapinoe #15 of the U.S. Women's National Team kneels during the playing of the U.S. National Anthem before a match against Thailand on September 15, 2016 at MAPFRE Stadium in Columbus, Ohio. Jamie Sabau/Getty Images/AFP

Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises. Bourdieu
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain ». Géraldine Smith
America is coming apart. For most of our nation’s history, whatever the inequality in wealth between the richest and poorest citizens, we maintained a cultural equality known nowhere else in the world—for whites, anyway. (…) But t’s not true anymore, and it has been progressively less true since the 1960s. People are starting to notice the great divide. The tea party sees the aloofness in a political elite that thinks it knows best and orders the rest of America to fall in line. The Occupy movement sees it in an economic elite that lives in mansions and flies on private jets. Each is right about an aspect of the problem, but that problem is more pervasive than either political or economic inequality. What we now face is a problem of cultural inequality. When Americans used to brag about « the American way of life »—a phrase still in common use in 1960—they were talking about a civic culture that swept an extremely large proportion of Americans of all classes into its embrace. It was a culture encompassing shared experiences of daily life and shared assumptions about central American values involving marriage, honesty, hard work and religiosity. Over the past 50 years, that common civic culture has unraveled. We have developed a new upper class with advanced educations, often obtained at elite schools, sharing tastes and preferences that set them apart from mainstream America. At the same time, we have developed a new lower class, characterized not by poverty but by withdrawal from America’s core cultural institutions. (…) Why have these new lower and upper classes emerged? For explaining the formation of the new lower class, the easy explanations from the left don’t withstand scrutiny. It’s not that white working class males can no longer make a « family wage » that enables them to marry. The average male employed in a working-class occupation earned as much in 2010 as he did in 1960. It’s not that a bad job market led discouraged men to drop out of the labor force. Labor-force dropout increased just as fast during the boom years of the 1980s, 1990s and 2000s as it did during bad years. (…) As I’ve argued in much of my previous work, I think that the reforms of the 1960s jump-started the deterioration. Changes in social policy during the 1960s made it economically more feasible to have a child without having a husband if you were a woman or to get along without a job if you were a man; safer to commit crimes without suffering consequences; and easier to let the government deal with problems in your community that you and your neighbors formerly had to take care of. But, for practical purposes, understanding why the new lower class got started isn’t especially important. Once the deterioration was under way, a self-reinforcing loop took hold as traditionally powerful social norms broke down. Because the process has become self-reinforcing, repealing the reforms of the 1960s (something that’s not going to happen) would change the trends slowly at best. Meanwhile, the formation of the new upper class has been driven by forces that are nobody’s fault and resist manipulation. The economic value of brains in the marketplace will continue to increase no matter what, and the most successful of each generation will tend to marry each other no matter what. As a result, the most successful Americans will continue to trend toward consolidation and isolation as a class. Changes in marginal tax rates on the wealthy won’t make a difference. Increasing scholarships for working-class children won’t make a difference. The only thing that can make a difference is the recognition among Americans of all classes that a problem of cultural inequality exists and that something has to be done about it. That « something » has nothing to do with new government programs or regulations. Public policy has certainly affected the culture, unfortunately, but unintended consequences have been as grimly inevitable for conservative social engineering as for liberal social engineering. The « something » that I have in mind has to be defined in terms of individual American families acting in their own interests and the interests of their children. Doing that in Fishtown requires support from outside. There remains a core of civic virtue and involvement in working-class America that could make headway against its problems if the people who are trying to do the right things get the reinforcement they need—not in the form of government assistance, but in validation of the values and standards they continue to uphold. The best thing that the new upper class can do to provide that reinforcement is to drop its condescending « nonjudgmentalism. » Married, educated people who work hard and conscientiously raise their kids shouldn’t hesitate to voice their disapproval of those who defy these norms. When it comes to marriage and the work ethic, the new upper class must start preaching what it practices. Charles Murray
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent amers et qu’ils s’accrochent à leurs fusils ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Part of the reason that our politics seems so tough right now, and facts and science and argument does not seem to be winning the day all the time, is because we’re hard-wired not to always think clearly when we’re scared. Barack Obama
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
La nuit dernière j’ai ‘généralisé en gros’, et ce n’est jamais une bonne idée. Je regrette avoir dit ‘la moitié’, c’était mal. Hillary Clinton
Notre code vestimentaire du district interdit les couvre-chefs, sauf lorsque les élèves les portent pour des raisons religieuses. (…) De plus, il interdit notamment les bandanas et les bandeaux car certains gangs de la zone les utilisent pour se reconnaitre entre eux. Mais chaque chef d’établissement est libre de l’adapter selon les communautés spécifiques de son école. Dans ce cas-ci, le principal du lycée de Gibbs permet aux jeunes filles de porter des foulards africains aussi longtemps qu’elles ont une autorisation parentale. Donc, pour nous, le problème est résolu et nous n’envisageons pas de modifier notre politique globale. Lisa Wolf (chargée de communication du district)
Les «élites» françaises, sous l’inspiration et la domination intellectuelle de François Mitterrand, on voulu faire jouer au Front National depuis 30 ans, le rôle, non simplement du diable en politique, mais de l’Apocalypse. Le Front National représentait l’imminence et le danger de la fin des Temps. L’épée de Damoclès que se devait de neutraliser toute politique «républicaine». Cet imaginaire de la fin, incarné dans l’anti-frontisme, arrive lui-même à sa fin. Pourquoi? Parce qu’il est devenu impossible de masquer aux Français que la fin est désormais derrière nous. La fin est consommée, la France en pleine décomposition, et la république agonisante, d’avoir voulu devenir trop bonne fille de l’Empire multiculturel européen. Or tout le monde comprend bien qu’il n’a nullement été besoin du Front national pour cela. Plus rien ou presque n’est à sauver, et c’est pourquoi le Front national fait de moins en moins peur, même si, pour cette fois encore, la manœuvre du «front républicain», orchestrée par Manuel Valls, a été efficace sur les électeurs socialistes. Les Français ont compris que la fin qu’on faisait incarner au Front national ayant déjà eu lieu, il avait joué, comme rôle dans le dispositif du mensonge généralisé, celui du bouc émissaire, vers lequel on détourne la violence sociale, afin qu’elle ne détruise pas tout sur son passage. Remarquons que le Front national s’était volontiers prêté à ce dispositif aussi longtemps que cela lui profitait, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Le parti anti-système a besoin du système dans un premier temps pour se légitimer. Nous approchons du point où la fonction de bouc émissaire, théorisée par René Girard  va être entièrement dévoilée et où la violence ne pourra plus se déchaîner vers une victime extérieure. Il faut bien mesurer le danger social d’une telle situation, et la haute probabilité de renversement qu’elle secrète: le moment approche pour ceux qui ont désigné la victime émissaire à la vindicte du peuple, de voir refluer sur eux, avec la vitesse et la violence d’un tsunami politique, la frustration sociale qu’ils avaient cherché à détourner. Les élections régionales sont sans doute un des derniers avertissements en ce sens. Les élites devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Y-a-t-il une solution pour échapper à une telle issue? Avouons que cette responsabilité est celle des élites en place, ayant entonné depuis 30 ans le même refrain. A supposer cependant que nous voulions les sauver, nous pourrions leur donner le conseil suivant: leur seule possibilité de survivre serait d’anticiper la violence refluant sur elles en faisant le sacrifice de leur innocence. Elles devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Pour cela, elles devraient admettre de déconstruire la gigantesque hallucination collective produite autour du Front national, hallucination revenant aujourd’hui sous la forme inversée du Sauveur. Ce faisant, elles auraient tort de se priver au passage de souligner la participation du Front national au dispositif, ce dernier s’étant prêté de bonne grâce, sous la houlette du Père, à l’incarnation de la victime émissaire. Il faut bien avouer que nos élites du PS comme de Les Républicains ne prennent pas ce chemin, démontrant soit qu’elles n’ont strictement rien compris à ce qui se passe dans ce pays depuis 30 ans, soit qu’elles l’ont au contraire trop bien compris, et ne peuvent plus en assumer le dévoilement, soit qu’elles espèrent encore prospérer ainsi. Il n’est pas sûr non plus que le Front national soit prêt à reconnaître sa participation au dispositif. Il y aurait intérêt pourtant pour pouvoir accéder un jour à la magistrature suprême. Car si un tel aveu pourrait lui faire perdre d’un côté son «aura» anti-système, elle pourrait lui permettre de l’autre, une alliance indispensable pour dépasser au deuxième tour des présidentielles le fameux «plafond de verre». Il semble au contraire après ces régionales que tout changera pour que rien ne change. Deux solutions qui ne modifient en rien le dispositif mais le durcissent au contraire se réaffirment. La première solution, empruntée par le PS et désirée par une partie des Républicains, consiste à maintenir coûte que coûte le discours du front républicain en recherchant un dépassement du clivage gauche/droite. Une telle solution consiste à aller plus loin encore dans la désignation de la victime émissaire, et à s’exposer à un retournement encore plus dévastateur. (…) Car sans même parler des effets dévastateurs que pourrait avoir, a posteriori, un nouvel attentat, sur une telle déclaration, comment ne pas remarquer que les dernières décisions du gouvernement sur la lutte anti-terroriste ont donné rétrospectivement raison à certaines propositions du Front national? On voit mal alors comment on pourrait désormais lui faire porter le chapeau de ce dont il n’est pas responsable, tout en lui ôtant le mérite des solutions qu’il avait proposées, et qu’on n’a pas hésité à lui emprunter! La deuxième solution, défendue par une partie des Républicains suivant en cela Nicolas Sarkozy, consiste à assumer des préoccupations communes avec le Front national, tout en cherchant à se démarquer un peu par les solutions proposées. Mais comment faire comprendre aux électeurs un tel changement de cap et éviter que ceux-ci ne préfèrent l’original à la copie? Comment les électeurs ne remarqueraient-ils pas que le Front national, lui, n’a pas changé de discours, et surtout, qu’il a précédé tout le monde, et a eu le mérite d’avoir raison avant les autres, puisque ceux-ci viennent maintenant sur son propre terrain? Comment d’autre part concilier une telle proximité avec un discours diabolisant le Front national et cherchant l’alliance au centre? Curieuses élites, qui ne comprennent pas que la posture «républicaine», initiée par Mitterrand, menace désormais de revenir comme un boomerang les détruire. Christopher Lasch avait écrit La révolte des élites, pour pointer leur sécession d’avec le peuple, c’est aujourd’hui le suicide de celles-ci qu’il faudrait expliquer, dernière conséquence peut-être de cette sécession. Vincent Coussedière
We’re in the midst of a rebellion. The bottom and middle are pushing against the top. It’s a throwing off of old claims and it’s been going on for a while, but we’re seeing it more sharply after New Hampshire. This is not politics as usual, which by its nature is full of surprise. There’s something deep, suggestive, even epochal about what’s happening now. I have thought for some time that there’s a kind of soft French Revolution going on in America, with the angry and blocked beginning to push hard against an oblivious elite. It is not only political. Yes, it is about the Democratic National Committee, that house of hacks, and about a Republican establishment owned by the donor class. But establishment journalism, which for eight months has been simultaneously at Donald Trump’s feet (“Of course you can call us on your cell from the bathtub for your Sunday show interview!”) and at his throat (“Trump supporters, many of whom are nativists and nationalists . . .”) is being rebelled against too. Their old standing as guides and gatekeepers? Gone, and not only because of multiplying platforms. (…) All this goes hand in hand with the general decline of America’s faith in its institutions. We feel less respect for almost all of them—the church, the professions, the presidency, the Supreme Court. The only formal national institution that continues to score high in terms of public respect (72% in the most recent Gallup poll) is the military (…) we are in a precarious position in the U.S. with so many of our institutions going down. Many of those pushing against the system have no idea how precarious it is or what they will be destroying. Those defending it don’t know how precarious its position is or even what they’re defending, or why. But people lose respect for a reason. (…) It’s said this is the year of anger but there’s a kind of grim practicality to Trump and Sanders supporters. They’re thinking: Let’s take a chance. Washington is incapable of reform or progress; it’s time to reach outside. Let’s take a chance on an old Brooklyn socialist. Let’s take a chance on the casino developer who talks on TV. In doing so, they accept a decline in traditional political standards. You don’t have to have a history of political effectiveness anymore; you don’t even have to have run for office! “You’re so weirdly outside the system, you may be what the system needs.” They are pouring their hope into uncertain vessels, and surely know it. Bernie Sanders is an actual radical: He would fundamentally change an economic system that imperfectly but for two centuries made America the wealthiest country in the history of the world. In the young his support is understandable: They have never been taught anything good about capitalism and in their lifetimes have seen it do nothing—nothing—to protect its own reputation. It is middle-aged Sanders supporters who are more interesting. They know what they’re turning their backs on. They know they’re throwing in the towel. My guess is they’re thinking something like: Don’t aim for great now, aim for safe. Terrorism, a world turning upside down, my kids won’t have it better—let’s just try to be safe, more communal. A shrewdness in Sanders and Trump backers: They share one faith in Washington, and that is in its ability to wear anything down. They think it will moderate Bernie, take the edges off Trump. For this reason they don’t see their choices as so radical. (…) The mainstream journalistic mantra is that the GOP is succumbing to nativism, nationalism and the culture of celebrity. That allows them to avoid taking seriously Mr. Trump’s issues: illegal immigration and Washington’s 15-year, bipartisan refusal to stop it; political correctness and how it is strangling a free people; and trade policies that have left the American working class displaced, adrift and denigrated. Mr. Trump’s popularity is propelled by those issues and enabled by his celebrity. (…) Mr. Trump is a clever man with his finger on the pulse, but his political future depends on two big questions. The first is: Is he at all a good man? Underneath the foul mouthed flamboyance is he in it for America? The second: Is he fully stable? He acts like a nut, calling people bimbos, flying off the handle with grievances. Is he mature, reliable? Is he at all a steady hand? Political professionals think these are side questions. “Let’s accuse him of not being conservative!” But they are the issue. Because America doesn’t deliberately elect people it thinks base, not to mention crazy. Peggy Noonan
Many of the more privileged Americans who frequent fancy restaurants, stay in hotels and depend on hired help for lawn and pool maintenance, home repair and childcare don’t think illegal immigration is that big of a deal. Those in the higher-paid professions do not fear low-wage competition for their jobs in law, medicine, academia, the media, government or the arts. And many who have no problem with the present influx live in affluent communities with good schools insulated from the immediate budgetary consequences of meeting the needs of the offspring of the 11 million here illegally. These wealthier people aren’t so much liberal in their tolerance of illegal immigration as they are self-interested and cynical. In contrast, the far more numerous poor and lower middle classes of America, especially in the Southwest, are sincerely worried — and angry. (…) For the broad middle class, the poor and minorities — people who dine mostly at home, travel infrequently, mow their own lawns and change their children’s diapers — inexpensive service labor is not seen as much of a boon to them. Plus, lower- and middle-class Americans live in communities where schools are more impacted by an influx of Spanish-only speakers. And as janitors, maids, groundskeepers, carpenters, factory workers and truckers, they fear competition from lower-wage illegal alien laborers. Legal immigrants who wait years in line to enter the United States legally can be particularly unsympathetic to others who cut in front — in violation of the law. Victor Davis Hanson (October 6, 2006)

Why should not an inner-city resident wish to buy a legal weapon, when armed security guards patrol America’s far safer gated communities? For most of the Clintons’ adult lives, they have been accompanied by men and women with concealed weapons to ensure their safety — on the premise that firearms, not mace, not Tasers, not knives or clubs, alone would ultimately keep the two safe. Fracking provides jobs and cheaper fuel; the elites of the Democratic party care about neither. Indeed, Barack Obama and Energy Secretary Steven Chu proclaimed their desire for spiraling gas and electricity prices. Boutique environmentalism is a losing issue for the Democrats. The very wealthy can afford to be more concerned for a three-inch smelt than for irrigation water that will ensure that there are jobs for tractor drivers and affordable food for the less-well-off. When Hillary Clinton talks about putting miners out of work, she’s talking about people she has no desire to see unless she needs their votes. Illegal immigration is another issue that offers class leverage. Middle-class Mexican-Americans cannot afford to put their kids in private schools when local districts are overwhelmed with non-English-speaking students. Trying to provide parity for 11 million or more illegal aliens naturally comes at the expense of fewer safety-net protections for minority citizens, just as driving down wages is good for the employer but hardly for the citizen who competes with illegal aliens for entry-level jobs. And what about lower-middle-class communities that are overwhelmed with foreign nationals whose backgrounds were never checked. Outsourcing jobs affects predominantly the lower middle classes; no pundit, D.C. staffer, or New York lawyer is replaced by some cheaper English-speaker from the Punjab. Obamacare follows the same pattern. Elites who praise it to the skies either have the money or the Cadillac plans to navigate around it. I doubt that Rahm Emanuel and his brothers queue up at a surgery center, hoping to win five minutes with an ophthalmologist who now treats 70 patients a day to survive under Obamacare. Victor Davis Hanson (National Review, May 31, 2016)

Since 2012, the U.S. has basically ceased policing its southern border. The populist pushback against the opening of the border with Mexico gave rise to the presidential candidacy of Donald Trump—predicated on the candidate’s promise to build an impenetrable border wall—much as the flood of migrants into Germany fueled opposition to Chancellor Angela Merkel. Driving the growing populist outrage in Europe and North America is the ongoing elite push for a borderless world. (…) Few escape petty hypocrisy when preaching the universal gospel of borderlessness. (…) While elites can build walls or switch zip codes to insulate themselves, the consequences of their policies fall heavily on the nonelites who lack the money and influence to navigate around them. (…) Facebook founder Mark Zuckerberg offers another case study. The multibillionaire advocates for a fluid southern border and lax immigration enforcement, but he has also stealthily spent $30 million to buy up four homes surrounding his Palo Alto estate. They form a sort of no-man’s-land defense outside his own Maginot Line fence, presumably designed against hoi polloi who might not share Zuckerberg’s taste or sense of privacy. Zuckerberg’s other estate in San Francisco is prompting neighbors’ complaints because his security team takes up all the best parking spaces. Walls and border security seem dear to the heart of the open-borders multibillionaire—when it’s his wall, his border security. (…) Mexico, in general, furiously opposes enforcing the U.S.–Mexican border and, in particular, the proposed Trump wall that would bar unauthorized entry into the U.S.—not on any theory of borders discourse but rather because Mexico enjoys fiscal advantages in exporting its citizens northward, whether in ensuring nearly $30 billion in remittances, creating a powerful lobby of expatriates in the U.S., or finding a safety valve for internal dissent. Note that this view does not hold when it comes to accepting northward migrations of poorer Central Americans. In early 2016, Mexico ramped up its border enforcement with Guatemala, adding more security forces, and rumors even circulated of a plan to erect occasional fences to augment the natural barriers of jungle and rivers. Apparently, Mexican officials view poorer Central Americans as quite distinct from Mexicans—and thus want to ensure that Mexico remains separate from a poorer Guatemala.. Victor Davis Hanson (August 7, 2016)

The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Barack Obama is the Dr. Frankenstein of the supposed Trump monster. If a charismatic, Ivy League-educated, landmark president who entered office with unprecedented goodwill and both houses of Congress on his side could manage to wreck the Democratic Party while turning off 52 percent of the country, then many voters feel that a billionaire New York dealmaker could hardly do worse. If Obama had ruled from the center, dealt with the debt, addressed radical Islamic terrorism, dropped the politically correct euphemisms and pushed tax and entitlement reform rather than Obamacare, Trump might have little traction. A boring Hillary Clinton and a staid Jeb Bush would most likely be replaying the 1992 election between Bill Clinton and George H.W. Bush — with Trump as a watered-down version of third-party outsider Ross Perot. But America is in much worse shape than in 1992. And Obama has proved a far more divisive and incompetent president than George H.W. Bush. Little is more loathed by a majority of Americans than sanctimonious PC gobbledygook and its disciples in the media. And Trump claims to be PC’s symbolic antithesis. Making Machiavellian Mexico pay for a border fence or ejecting rude and interrupting Univision anchor Jorge Ramos from a press conference is no more absurd than allowing more than 300 sanctuary cities to ignore federal law by sheltering undocumented immigrants. Putting a hold on the immigration of Middle Eastern refugees is no more illiberal than welcoming into American communities tens of thousands of unvetted foreign nationals from terrorist-ridden Syria. In terms of messaging, is Trump’s crude bombast any more radical than Obama’s teleprompted scripts? Trump’s ridiculous view of Russian President Vladimir Putin as a sort of « Art of the Deal » geostrategic partner is no more silly than Obama insulting Putin as Russia gobbles up former Soviet republics with impunity. Obama callously dubbed his own grandmother a « typical white person, » introduced the nation to the racist and anti-Semitic rantings of the Rev. Jeremiah Wright, and petulantly wrote off small-town Pennsylvanians as near-Neanderthal « clingers. » Did Obama lower the bar for Trump’s disparagements? Certainly, Obama peddled a slogan, « hope and change, » that was as empty as Trump’s « make America great again. » (…) How does the establishment derail an out-of-control train for whom there are no gaffes, who has no fear of The New York Times, who offers no apologies for speaking what much of the country thinks — and who apparently needs neither money from Republicans nor politically correct approval from Democrats? Victor Davis Hanson
In 1978, the eminent sociologist William Julius Wilson argued confidently that class would soon displace race as the most important social variable in American life. As explicit legal barriers to minority advancement receded farther into the past, the fates of the working classes of different races would converge. By the mid 2000s, Wilson’s thesis looked pretty good: The black middle class was vibrant and growing as the average black wealth nearly doubled from 1995 to 2005. Race appeared to lose its salience as a political predictor: More and more blacks were voting Republican, reversing a decades-long trend, and in 2004 George W. Bush collected the highest share of the Latino (44 percent) vote of any Republican ever and a higher share of the Asian vote (43 percent) than he did in 2000. Our politics grew increasingly ideological and less racial: Progressives and the beneficiaries of a generous social-welfare state generally supported the Democratic party, while more prosperous voters were more likely to support Republicans. Stable majorities expressed satisfaction with the state of race relations. It wasn’t quite a post-racial politics, but it was certainly headed in that direction. But in the midst of the financial crisis of 2007, something happened. Both the white poor and the black poor began to struggle mightily, though for different reasons. And our politics changed dramatically in response. It’s ironic that the election of the first black president marked the end of our brief flirtation with a post-racial politics. By 2011, William Julius Wilson had published a slight revision of his earlier thesis, noting the continued importance of race. The black wealth of the 1990s, it turned out, was built on the mirage of house values. Inner-city murder rates, which had fallen for decades, began to tick upward in 2015. In one of the deadliest mass shootings in recent memory, a white supremacist murdered nine black people in a South Carolina church. And the ever-present antagonism between the police and black Americans — especially poor blacks whose neighborhoods are the most heavily policed — erupted into nationwide protests. Meanwhile, the white working class descended into an intense cultural malaise. Prescription-opioid abuse skyrocketed, and deaths from heroin overdoses clogged the obituaries of local papers. In the small, heavily white Ohio county where I grew up, overdoses overtook nature as the leading cause of death. A drug that for so long was associated with inner-city ghettos became the cultural inheritance of the southern and Appalachian white: White youths died from heroin significantly more often than their peers of other ethnicities. Incarceration and divorce rates increased steadily. Perhaps most strikingly, while the white working class continued to earn more than the working poor of other races, only 24 percent of white voters believed that the next generation would be “better off.” No other ethnic group expressed such alarming pessimism about its economic future. And even as each group struggled in its own way, common forces also influenced them. Rising automation in blue-collar industries deprived both groups of high-paying, low-skill jobs. Neighborhoods grew increasingly segregated — both by income and by race — ensuring that poor whites lived among poor whites while poor blacks lived among poor blacks. As a friend recently told me about San Francisco, Bull Connor himself couldn’t have designed a city with fewer black residents. Predictably, our politics began to match this new social reality. In 2012, Mitt Romney collected only 27 percent of the Latino vote. Asian Americans, a solid Republican constituency even in the days of Bob Dole, went for Obama by a three-to-one margin — a shocking demographic turn of events over two decades. Meanwhile, the black Republican became an endangered species. Republican failures to attract black voters fly in the face of Republican history. This was the party of Lincoln and Douglass. Eisenhower integrated the school in Little Rock at a time when the Dixiecrats were the defenders of the racial caste system.(…) For many progressives, the Sommers and Norton research confirms the worst stereotypes of American whites. Yet it also reflects, in some ways, the natural conclusions of an increasingly segregated white poor. (…) The reality is not that black Americans enjoy special privileges. In fact, the overwhelming weight of the evidence suggests that the opposite is true. Last month, for instance, the brilliant Harvard economist Roland Fryer published an exhaustive study of police uses of force. He found that even after controlling for crime rates and police presence in a given neighborhood, black youths were far likelier to be pushed, thrown to the ground, or harassed by police. (Notably, he also found no racial disparity in the use of lethal force.) (…) Getting whipped into a frenzy on conspiracy websites, or feeling that distant, faceless elites dislike you because of your white skin, doesn’t compare. But the great advantages of whiteness in America are invisible to the white poor, or are completely swallowed by the disadvantages of their class. The young man from West Virginia may be less likely to get questioned by Yale University police, but making it to Yale in the first place still requires a remarkable combination of luck and skill. In building a dialogue around “checking privilege,” the modern progressive elite is implicitly asking white America — especially the segregated white poor — for a level of social awareness unmatched in the history of the country. White failure to empathize with blacks is sometimes a failure of character, but it is increasingly a failure of geography and socialization. Poor whites in West Virginia don’t have the time or the inclination to read Harvard economics studies. And the privileges that matter — that is, the ones they see — are vanishing because of destitution: the privilege to pay for college without bankruptcy, the privilege to work a decent job, the privilege to put food on the table without the aid of food stamps, the privilege not to learn of yet another classmate’s premature death. (…) Because of this polarization, the racial conversation we’re having today is tribalistic. On one side are primarily white people, increasingly represented by the Republican party and the institutions of conservative media. On the other is a collection of different minority groups and a cosmopolitan — and usually wealthier — class of whites. These sides don’t even speak the same language: One side sees white privilege while the other sees anti-white racism. There is no room for agreement or even understanding. J. D. Vance
Est-ce le plus beau cadeau qu’Hillary Clinton ait fait à son adversaire ? En traitant “la moitié” des électeurs de Trump de “basket of deplorables”, Hillary a donné à l’équipe Trump un nouveau slogan de campagne : Les Deplorables (en français sur l’affiche avec le “e” sans accent, et aussi sur les t-shirts, sur les pots à café, dans la salle, etc.) ; avec depuis hier une affiche empruntée au formidable succès de scène de 2012 à Broadway Les Misérables (avec le “é” accentué, ou Les Mis’, tout cela en français sur l’affiche et sur la scène), et retouchée à la mesure-Trump (drapeau US à la place du drapeau français, bannière avec le nom de Trump). Grâce soit rendue à Hillary, le mot a une certaine noblesse et une signification à la fois, – étrangement, – précise et sophistiqué, dont le sens négatif peut aisément être retourné dans un contexte politique donné (le mot lui-même a, également en anglais, un sens négatif et un sens positif), surtout avec la référence au titre du livre de Hugo devenu si populaire aux USA depuis 2012…  L’équipe Trump reprend également la chanson-standard de la comédie musicale “Do You Hear the People Sing”, tout cela à partir d’une idée originale d’un partisan de Trump, un artiste-graphiste qui se désigne sous le nom de Keln : il a réalisé la composition graphique à partir de l’affiche des Misérables et l’a mise en ligne en espérant qu’elle serait utilisée par Trump. Depuis quelques jours déjà, les partisans de Trump se baptisent de plus en plus eux-mêmes Les Deplorables (comme l’on disait il y a 4-5 ans “les indignés”) et se reconnaissent entre eux grâce à ce mot devenu porte-drapeau et slogan et utilisé sur tous les produits habituels (“nous sommes tous des Deplorables”, comme d’autres disaient, dans le temps, “Nous sommes tous des juifs allemands”). De l’envolée de Clinton, – dont elle s’est excusée mais sans parvenir à contenir l’effet “déplorable” pour elle, ni l’effet-boomerang comme on commence à le mesurer, –nous écrivions ceci le 15 septembre : « L’expression (“panier” ou “paquet de déplorables”), qui qualifie à peu près une moitié des électeurs de Trump, est assez étrange, sinon arrogante et insultante, voire sophistiquée et devrait être très en vogue dans les salons progressistes et chez les milliardaires d’Hollywood ; elle s’accompagne bien entendu des autres qualificatifs classiques formant le minimum syndical de l’intellectuel-Système, dits explicitement par Hillary, de “racistes”, xénophobes”, et ajoutons comme sous-entendus “crétins absolus” ou bien “sous-hommes”, et ajoutons encore implicitement “irrécupérables” et de la sorte “à liquider” ou à envoyer en camp de rééducation ou plutôt à l’asile, comme l’éclairé Bacri conseille de faire avec Zemmour. » Récupéré par les électeurs de Trump eux-mêmes puis par l’équipe Trump, le slogan peu résonner comme un cri de révolte qui pourrait donner un formidable rythme et un atout considérable de communication à la campagne du candidat républicain. Philippe Grasset
In another eerie ditto of his infamous 2008 attack on the supposedly intolerant Pennsylvania “clingers,” Obama returned to his theme that ignorant Americans “typically” become xenophobic and racist: “Typically, when people feel stressed, they turn on others who don’t look like them.” (“Typically” is not a good Obama word to use in the context of racial relations, since he once dubbed his own grandmother a “typical white person.”) Too often Obama has gratuitously aroused racial animosities with inflammatory rhetoric such as “punish our enemies,” or injected himself into the middle of hot-button controversies like the Trayvon Martin case, the Henry Louis Gates melodrama, and the “hands up, don’t shoot” Ferguson mayhem. Most recently, Obama seemed to praise backup 49ers quarterback and multimillionaire Colin Kaepernick for his refusal to stand during the National Anthem, empathizing with Kaepernick’s claims of endemic American racism. (…) Even presidential nominee and former Secretary of State Hillary Clinton is not really defending the Obama administration’s past “red line” in Syria, the “reset” with Vladimir Putin’s Russia, the bombing of Libya, the Benghazi tragedy, the euphemistic rebranding of Islamic terrorism as mere “violent extremism,” the abrupt pullout from (and subsequent collapse of) Iraq, or the Iran nuclear deal that so far seems to have made the theocracy both rich and emboldened. (…) Racial relations in this country seem as bad as they have been in a half-century. (…) Following the Clinton model, a post-presidential Obama will no doubt garner huge fees as a “citizen of the world” — squaring the circle of becoming fabulously rich while offering sharp criticism of the cultural landscape of the capitalist West on everything from sports controversies to pending criminal trials. What, then, is the presidential legacy of Barack Obama? It will not be found in either foreign- or domestic-policy accomplishment. More likely, he will be viewed as an outspoken progressive who left office loudly in the same manner that he entered it — as a critic of the culture and country in which he has thrived. But there may be another, unspoken legacy of Obama, and it is his creation of the candidacy of Donald J. Trump. Trump is running as an angry populist, fueled by the promise that whatever supposed elites such as Obama have done to the country, he will largely undo. Obama’s only legacy seems to be that “hope and change” begat “make America great again.” Victor Davis Hanson
Hillary Clinton’s comment that half of Donald Trump’s supporters are “racist, sexist, homophobic, xenophobic, Islamophobic”—a heck of a lot of phobia for anyone to lug around all day—puts back in play what will be seen as one of the 2016 campaign’s defining forces: the revolt of the politically incorrect. They may not live at the level of Victor Hugo’s “Les Misérables,” but it was only a matter of time before les déplorables—our own writhing mass of unheard Americans—rebelled against the intellectual elites’ ancien régime of political correctness. (…) Mrs. Clinton’s (…) dismissal, at Barbra Streisand’s LGBT fundraiser, of uncounted millions of Americans as deplorables had the ring of genuine belief. Perhaps sensing that public knowledge of what she really thinks could be a political liability, Mrs. Clinton went on to describe “people who feel that the government has let them down, the economy has let them down, nobody cares about them . . . and they’re just desperate for change.” She is of course describing the people in Charles Murray’s recent and compelling book on cultural disintegration among the working class, “Coming Apart: The State of White America, 1960-2010.” This is indeed the bedrock of the broader Trump base. Mrs. Clinton is right that they feel the system has let them down. There is a legitimate argument over exactly when the rising digital economy started transferring income away from blue-collar workers and toward the “creative class” of Google and Facebook employees, no few of whom are smug progressives who think the landmass seen from business class between San Francisco and New York is pocked with deplorable, phobic Americans. Naturally, they’ll vote for the status quo, which is Hillary. But in the eight years available to Barack Obama to do something about what rankles the lower-middle class—white, black or brown—the non-employed and underemployed grew. A lot of them will vote for Donald Trump because they want a radical mid-course correction. (…) The progressive Democrats, a wholly public-sector party, have disconnected from the realities of the private economy, which exists as a mysterious revenue-producing abstraction. Hillary’s comments suggest they now see much of the population has a cultural and social abstraction. (…) Donald Trump’s appeal, in part, is that he cracks back at progressive cultural condescension in utterly crude terms. Nativists exist, and the sky is still blue. But the overwhelming majority of these people aren’t phobic about a modernizing America. They’re fed up with the relentless, moral superciliousness of Hillary, the Obamas, progressive pundits and 19-year-old campus activists. Evangelicals at last week’s Values Voter Summit said they’d look past Mr. Trump’s personal résumé. This is the reason. It’s not about him. The moral clarity that drove the original civil-rights movement or the women’s movement has degenerated into a confused moral narcissism. (…) It is a mistake, though, to blame Hillary alone for that derisive remark. It’s not just her. Hillary Clinton is the logical result of the Democratic Party’s new, progressive algorithm—a set of strict social rules that drives politics and the culture to one point of view. (…) Her supporters say it’s Donald Trump’s rhetoric that is “divisive.” Just so. But it’s rich to hear them claim that their words and politics are “inclusive.” So is the town dump. They have chopped American society into so many offendable identities that only a Yale freshman can name them all. If the Democrats lose behind Hillary Clinton, it will be in part because America’s les déplorables decided enough of this is enough. Bret Stephens

Attention: une tribalisation peut en cacher une autre !

Alors que des Etats-Unis volontiers donneurs de leçons redécouvrent après la France et la Belgique …

Les attaques terroristes que subissent depuis près d’un an et dans l’indifférence générale les citoyens israéliens

Et que des élèves afro-américaines manifestent contre l’interdiction du port non-religieux du foulard africain

Pendant que l’autre côté de l’Atlantique c’est au nom de la laïcité que les jeunes Français se voient interdire tout couvre-chef ou signe religieux visible …

Comment ne pas voir avec les plus lucides des commentateiurs américains tels que David Henninger ou Victor Davis Hanson …

Derrière ce « panier de pitoyables » que, gala LGBT aidant, la candidate démocrate vient – avant de s’excuser elle aussi – d’asséner aux « accros aux armes à feu ou à la religion » dénoncés en son temps par son prédécesseur  …

Et à l’instar de ces stars multimillionnaires du sport refusant de saluer le drapeau national …

La véritable tribalisation d’une élite toujours plus coupée de la réalité et du reste du pays

Mais aussi, incarnée par leur rival républicain tant honni, la révolte qui gronde …

Contre ceux qui sont les premiers responsables de la polarisation de la société américaine qu’ils dénoncent  ?

Les Déplorables
Hillary Clinton names the five phobias of Donald Trump’s political supporters.
Daniel Henninger
The WSJ
Sept. 14, 2016

Hillary Clinton’s comment that half of Donald Trump’s supporters are “racist, sexist, homophobic, xenophobic, Islamophobic”—a heck of a lot of phobia for anyone to lug around all day—puts back in play what will be seen as one of the 2016 campaign’s defining forces: the revolt of the politically incorrect.

They may not live at the level of Victor Hugo’s “Les Misérables,” but it was only a matter of time before les déplorables—our own writhing mass of unheard Americans—rebelled against the intellectual elites’ ancien régime of political correctness.

It remains to be seen what effect Hillary’s five phobias will have on the race, which tightened even before these remarks and Pneumonia-gate. The two events produced one of Mrs. Clinton’s worst weeks in opposite ways.

As with the irrepressible email server, Mrs. Clinton’s handling of her infirmity—“I feel great,” the pneumonia-infected candidate said while hugging a little girl—deepened the hole of distrust she lives in. At the same time, her dismissal, at Barbra Streisand’s LGBT fundraiser, of uncounted millions of Americans as deplorables had the ring of genuine belief.

Perhaps sensing that public knowledge of what she really thinks could be a political liability, Mrs. Clinton went on to describe “people who feel that the government has let them down, the economy has let them down, nobody cares about them . . . and they’re just desperate for change.”

She is of course describing the people in Charles Murray’s recent and compelling book on cultural disintegration among the working class, “Coming Apart: The State of White America, 1960-2010.” This is indeed the bedrock of the broader Trump base.

Mrs. Clinton is right that they feel the system has let them down. There is a legitimate argument over exactly when the rising digital economy started transferring income away from blue-collar workers and toward the “creative class” of Google and Facebook employees, no few of whom are smug progressives who think the landmass seen from business class between San Francisco and New York is pocked with deplorable, phobic Americans. Naturally, they’ll vote for the status quo, which is Hillary.

But in the eight years available to Barack Obama to do something about what rankles the lower-middle class—white, black or brown—the non-employed and underemployed grew. A lot of them will vote for Donald Trump because they want a radical mid-course correction. Which Mrs. Clinton isn’t and never will be.

This is not the Democratic Party of Bill Clinton. The progressive Democrats, a wholly public-sector party, have disconnected from the realities of the private economy, which exists as a mysterious revenue-producing abstraction. Hillary’s comments suggest they now see much of the population has a cultural and social abstraction.

To repeat: “racist, sexist, homophobic, xenophobic, Islamophobic.”

Those are all potent words. Or once were. The racism of the Jim Crow era was ugly, physically cruel and murderous. Today, progressives output these words as reflexively as a burp. What’s more, the left enjoys calling people Islamophobic or homophobic. It’s bullying without personal risk.

Donald Trump’s appeal, in part, is that he cracks back at progressive cultural condescension in utterly crude terms. Nativists exist, and the sky is still blue. But the overwhelming majority of these people aren’t phobic about a modernizing America. They’re fed up with the relentless, moral superciliousness of Hillary, the Obamas, progressive pundits and 19-year-old campus activists.

Evangelicals at last week’s Values Voter Summit said they’d look past Mr. Trump’s personal résumé. This is the reason. It’s not about him.

The moral clarity that drove the original civil-rights movement or the women’s movement has degenerated into a confused moral narcissism. One wonders if even some of the people in Mrs. Clinton’s Streisandian audience didn’t feel discomfort at the ease with which the presidential candidate slapped isms and phobias on so many people.

Presidential politics has become hyper-focused on individual personalities because the media rubs them in our face nonstop. It is a mistake, though, to blame Hillary alone for that derisive remark. It’s not just her. Hillary Clinton is the logical result of the Democratic Party’s new, progressive algorithm—a set of strict social rules that drives politics and the culture to one point of view. A Clinton victory would enable and entrench the forces her comment represents.

Her supporters say it’s Donald Trump’s rhetoric that is “divisive.” Just so. But it’s rich to hear them claim that their words and politics are “inclusive.” So is the town dump. They have chopped American society into so many offendable identities that only a Yale freshman can name them all.

If the Democrats lose behind Hillary Clinton, it will be in part because America’s les déplorables decided enough of this is enough.

Voir aussi:

The Legacies of Barack Obama
Without policy achievements to hang his hat on, Obama’s rhetoric will be how he’s remembered – and the results have been ugly.
Victor Davis Hanson
National Review Online
9/16/2016

On his recent Asian tour, President Obama characterized his fellow Americans (the most productive workers in the world) as “lazy.”

In fact, he went on to deride Americans for a list of supposed transgressions ranging from the Vietnam War to environmental desecration to the 19th century treatment of Native Americans.

“If you’re in the United States,” the president said, “sometimes you can feel lazy and think we’re so big we don’t have to really know anything about other people.”

The attack on supposedly insular Americans was somewhat bizarre, given that Obama himself knows no foreign languages. He often seems confused about even basic world geography. (His birthplace of Hawaii is not “Asia,” Austrians do not speak “Austrian,” and the Falkland Islands are not the Maldives).

Obama’s sense of history is equally weak. Contrary to his past remarks, the Islamic world did not spark either the Western Renaissance or the Enlightenment. Cordoba was not, as he once suggested, an Islamic center of “tolerance” during the Spanish Inquisition; in fact, its Muslim population had been expelled during the early Reconquista over two centuries earlier.

In another eerie ditto of his infamous 2008 attack on the supposedly intolerant Pennsylvania “clingers,” Obama returned to his theme that ignorant Americans “typically” become xenophobic and racist: “Typically, when people feel stressed, they turn on others who don’t look like them.” (“Typically” is not a good Obama word to use in the context of racial relations, since he once dubbed his own grandmother a “typical white person.”)

Too often Obama has gratuitously aroused racial animosities with inflammatory rhetoric such as “punish our enemies,” or injected himself into the middle of hot-button controversies like the Trayvon Martin case, the Henry Louis Gates melodrama, and the “hands up, don’t shoot” Ferguson mayhem.

Most recently, Obama seemed to praise backup 49ers quarterback and multimillionaire Colin Kaepernick for his refusal to stand during the National Anthem, empathizing with Kaepernick’s claims of endemic American racism.

What is going on in Obama’s home stretch?

But divisive sermonizing and the issuing of executive orders are not the same as successfully reforming our health-care system. The Affordable Care Act, born of exaggeration and untruth, is now in peril as insurers pull out and the costs of premiums and deductibles soar.

Even presidential nominee and former Secretary of State Hillary Clinton is not really defending the Obama administration’s past “red line” in Syria, the “reset” with Vladimir Putin’s Russia, the bombing of Libya, the Benghazi tragedy, the euphemistic rebranding of Islamic terrorism as mere “violent extremism,” the abrupt pullout from (and subsequent collapse of) Iraq, or the Iran nuclear deal that so far seems to have made the theocracy both rich and emboldened.

The U.S. economy — with its record-low growth over eight years, near-record labor non-participation rates, record national debt, and record consecutive years of zero interest rates — is not much of a legacy either.

Racial relations in this country seem as bad as they have been in a half-century.

Given the scandal involving Hillary Clinton’s use of a private, unsecured e-mail server for official State Department communications, the politicization of the IRS, the messes at the GSA and VA, and the current ethical confusion at the FBI and Justice Department over Clinton’s violations, Obama has not made good on his promise of a transparent, efficient, and honest government.

Near energy independence through fracking is certainly a revolutionary development, but it arrived largely despite, not because of, the Obama administration.

The sharper the sermon, the more Obama preps himself for his post-presidency as a social justice warrior, akin to the pre-political incarnation of Obama as a community organizer.

Following the Clinton model, a post-presidential Obama will no doubt garner huge fees as a “citizen of the world” — squaring the circle of becoming fabulously rich while offering sharp criticism of the cultural landscape of the capitalist West on everything from sports controversies to pending criminal trials.

What, then, is the presidential legacy of Barack Obama?

It will not be found in either foreign- or domestic-policy accomplishment. More likely, he will be viewed as an outspoken progressive who left office loudly in the same manner that he entered it — as a critic of the culture and country in which he has thrived.

But there may be another, unspoken legacy of Obama, and it is his creation of the candidacy of Donald J. Trump.

Trump is running as an angry populist, fueled by the promise that whatever supposed elites such as Obama have done to the country, he will largely undo.

Obama’s only legacy seems to be that “hope and change” begat “make America great again.”

Voir également:

French Touch : “Nous sommes tous ‘Les Deplorables’”
Philippe Grasset
Dedefensa
17 septembre 2016

Est-ce le plus beau cadeau qu’Hillary Clinton ait fait à son adversaire ? En traitant “la moitié” des électeurs de Trump de “basket of deplorables”, Hillary a donné à l’équipe Trump un nouveau slogan de campagne : Les Deplorables (en français sur l’affiche avec le “e” sans accent, et aussi sur les t-shirts, sur les pots à café, dans la salle, etc.) ; avec depuis hier une affiche empruntée au formidable succès de scène de 2012 à Broadway Les Misérables (avec le “é” accentué, ou Les Mis’, tout cela en français sur l’affiche et sur la scène), et retouchée à la mesure-Trump (drapeau US à la place du drapeau français, bannière avec le nom de Trump). Grâce soit rendue à Hillary, le mot a une certaine noblesse et une signification à la fois, – étrangement, – précise et sophistiqué, dont le sens négatif peut aisément être retourné dans un contexte politique donné (le mot lui-même a, également en anglais, un sens négatif et un sens positif), surtout avec la référence au titre du livre de Hugo devenu si populaire aux USA depuis 2012…  L’équipe Trump reprend également la chanson-standard de la comédie musicale “Do You Hear the People Sing”, tout cela à partir d’une idée originale d’un partisan de Trump, un artiste-graphiste qui se désigne sous le nom de Keln : il a réalisé la composition graphique à partir de l’affiche des Misérables et l’a mise en ligne en espérant qu’elle serait utilisée par Trump.

Depuis quelques jours déjà, les partisans de Trump se baptisent de plus en plus eux-mêmes Les Deplorables (comme l’on disait il y a 4-5 ans “les indignés”) et se reconnaissent entre eux grâce à ce mot devenu porte-drapeau et slogan et utilisé sur tous les produits habituels (“nous sommes tous des Deplorables”, comme d’autres disaient, dans le temps, “Nous sommes tous des juifs allemands”). De l’envolée de Clinton, – dont elle s’est excusée mais sans parvenir à contenir l’effet “déplorable” pour elle, ni l’effet-boomerang comme on commence à le mesurer, –nous écrivions ceci le 15 septembre : « L’expression (“panier” ou “paquet de déplorables”), qui qualifie à peu près une moitié des électeurs de Trump, est assez étrange, sinon arrogante et insultante, voire sophistiquée et devrait être très en vogue dans les salons progressistes et chez les milliardaires d’Hollywood ; elle s’accompagne bien entendu des autres qualificatifs classiques formant le minimum syndical de l’intellectuel-Système, dits explicitement par Hillary, de “racistes”, xénophobes”, et ajoutons comme sous-entendus “crétins absolus” ou bien “sous-hommes”, et ajoutons encore implicitement “irrécupérables” et de la sorte “à liquider” ou à envoyer en camp de rééducation ou plutôt à l’asile, comme l’éclairé Bacri conseille de faire avec Zemmour. » Récupéré par les électeurs de Trump eux-mêmes puis par l’équipe Trump, le slogan peu résonner comme un cri de révolte qui pourrait donner un formidable rythme et un atout considérable de communication à la campagne du candidat républicain.

L’affaire est présentée notamment par le Daily Mail, ce 17 septembre : « Donald Trump unveiled a new visual campaign theme in Miami on Friday – a mashup of the Broadway musical ‘Les Misérables’ and an epithet Hillary Clinton leveled at his supporters one week ago. He took the stage, introduced by former New York City Mayor Rudy Giuliani, as the ‘Les Mis’ anthem ‘Do You Hear the People Sing’ blasted through loudspeakers.

» The video screen behind the podium flashed to an artistic rendering of ‘Les Deplorables,’ complete with USA and ‘Trump’ flags replacing the French colors, and a bald eagle soaring over the revolutionary scene. “Welcome to all of you deplorables!’ Trump boomed as thousands screamed “Trump! Trump! Trump!” and “We love you!” […]

» His supporters have embraced the Clinton label and worn it as a badge of honor, and in the space of just a few days Trump rally-goers have already begun to sport ‘I am deplorable’ t-shirts and signs. […]

» The man who created the artwork [Trump] used Friday, an artist known online as ‘Keln,’ was banned from using Reddit on Saturday, shortly after posting the image there. He first posted it to a right-wing blog called ‘The Conservative Treehouse.’ “I made the Les Deplorables meme on @Reddit last Saturday,” he would later write on Twitter. “Been banned ever since. They won’t respond to tell me why.” He wrote on his blog, NukingPolitics.com, that he suspected Reddit had an anti-Trump bias. […] Just before the Trump rally began, his Reddit account was reinstated. He was pleased the Trump campaign used his artwork. “Thank you @realDonaldTrump for using my meme to stick it to Hillary and her ilk. #MAGA We are just gonna keep winning,” he tweeted. “I made it, I am glad He used it,” he added, insisting the Trump campaign had a right to turn his work into a campaign backdrop. »

Voir encore:

« In the 1960s you had white people who were really scared of change, and who were attracted to Goldwater’s rhetoric and agenda, including his vote against the Civil Rights Act, » says Christopher S. Parker, a political science professor at the University of Washington and author, with Matt Barreto, of « Change They Can’t Believe In: The Tea Party and Reactionary Politics in America.«  Nowadays, white Americans are feeling not only the threat of social change, but the diminished power that comes with the the increased percentages of African-American and Latinos citizens in the U.S., adds Daniel Cox, research director of the nonpartisan Public Religion Research Institute.

« White conservative men are seeing a cultural displacement. Their influence in the culture is being challenged and is receding, » Cox explains.

Obama’s election, far from making Americans more comfortable with minority leadership, in some ways exacerbated those fears, Parker says, giving rise to Trump. « I think that Trump is actually a course correction, probably an over-course correction, » he says. « Obama scared so many white people, it made Trump’s candidacy possible and his nomination plausible. »

The growth of the Latino population has added to the national angst as well, says Pastor Samuel Rodriguez, President of the National Hispanic Christian Leadership Conference. « We’re having this uber, exacerbated moment as it pertains to race and our culture, » he says. « Instead of [racial tension and animus] dying down, or moderating to a degree that it becomes de minimus, we’re actually regressing. It seems like we’re going backwards. »

While Democrats have long captured an overwhelming majority of the African-American vote, Trump (who has gotten less than 1 percent of black voters in some polls) is doing worse against Clinton among those voters than either Mitt Romney or John McCain did against Obama. And while race was always an undercurrent of the Obama-McCain contest in 2008, it was less mainstream ( — racially offensive images and remarks about Obama tended to be contained to extremist websites and niche publications. Nor did McCain personally encourage such talk, famously correcting a woman at a McCain rally who called Obama an « Arab. »

Trump, Parker says, doesn’t even bother with what political specialists call « dog whistle » remarks – statements that seem benign on the surface but act as a subtle signal to certain groups, such as Ronald Reagan’s « welfare queens » comments that appealed to a racist idea but were not explicitly racist. Instead, Trump has been blatant about describing Mexican-American immigrants as « rapists » and « criminals, » has called for a ban on Muslim immigration to thwart terrorism and has described African-American communities as dens of unemployment, poverty, bad education and violent crime. And that message is resonating among many white voters, in part, Cox says, because they resent « politically correct » standards that make them feel they have to censor their own thoughts. « You can see how that would engender the idea that ‘I’m being attacked,' » Cox says.

And unlike Goldwater, who denounced the KKK and refused their endorsement, Trump refused several times to renounce former Klansman David Duke, insisting he knew nothing about him. He later said a faulty earpiece kept him from hearing the question clearly.

Polling shows the races have widely divergent ideas of what life is like for racial and ethnic minorities. A recent Pew Research Center study showed that just 45 percent of whites thought race relations were generally bad, compared to 61 percent of African-Americans and 58 percent of Hispanics. Meanwhile, 41 percent of whites believe too much attention is being paid to racial issues, compared to 25 percent of blacks and 22 percent of Hispanics. The same study showed that African-Americans are about twice as likely as whites to say discrimination is holding back success for black Americans.

A recent PRRI poll also showed a large difference in perception of equality when the question was put to Democrats (who have African-Americans and Latinos in their base of support) and Republicans (who have a bigger portion of the white vote). About 80 percent of Democrats believe that both African-Americans and immigrants face significant discrimination in society, compared to 32 percent of Republicans who think blacks face significant discrimination, and 46 percent who say immigrants suffer from bias. And a Suffolk University poll Sept. 1 showed a drastically different impression of trump’s rhetoric, with 76 percent of Democrats casting trump as a racist, and just 11 percent of Republicans leveling that charge.

When African-Americans have protested against what they see as institutional racism, they have faced aggressive push-back. The Black Lives Matter movement, spurred by suspect police killings of African-Americans, has been vilified by critics including former New York City Mayor Rudy Giuliani, who called the group « inherently racist. » A New York Times-CBS poll this summer found that 70 percent of blacks approve of the BLM movement, compared to just 37 percent of whites.

When mixed-race San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick refused to stand for the national anthem, citing oppression of African-Americans and people of color, critics burned his jersey. Trump said Kaepernick should find another country in which to live.

That disparity in perspective has come to define the views on race relation held, generally, by supporters of the respective presidential candidates. Where one side sees racism, the other sees « the race card, » rhetoric and protests they say make things worse. « From my perspective, I think a lot of this [tension] has to do with President Obama, » says conservative writer Tom Borelli. After delivering campaign speeches about a united America, « President Obama kind of weighed in on local police matters and race issues » such as the George Zimmerman-Trayvon Martin case, Borelli says. « It kind of escalated the racial tension. »

As for statistics showing that African-Americans are far more likely to be shot and killed by police than whites, Borelli points to the same social problems Trump assigns to black communities, saying poverty and unemployment lead to crime. They « go into crime, drug-dealing. That’s a tragedy, » Borelli says. « What we need is better schools, lower taxes. »

Rodriguez says the differing perceptions of the reality of race is due to two factors: anxiety among white Americans over the changing racial and ethnic demographics in the country, and disappointment among African-Americans and Latinos, who had hoped Obama’s presidency would bring immigration reform and more opportunity for blacks. « There’s angst on the majority side, and disappointment on the minority side, » he says.

Whites also don’t have the same personal experiences minorities have, Cox says, noting an earlier PRRI study showing that 70 percent of white Americans did not have people of color in their families or inner social circles. And many also don’t like to acknowledge that America, a nation founded on inclusion and opportunity, is still struggling with racism, he says.

« There’s a desire to point to these big, symbolic events, such as the election of Barack Obama, as a milestone, » Cox says. « It is absolutely a milestone, but it doesn’t mean everything else is changed. »

France 24 Observateurs

Liu Montsho Kwayera

16 septembre 2016

Quand un responsable de leur école leur a demandé « d’ôter les foulards africains » qu’elles portaient sur la tête, des adolescentes noires d’un lycée de Floride ont décidé de ne pas se laisser faire. Malgré les pressions, elles ont lancé un mouvement et arborent tous les mercredis cette coiffe, symbole pour elle de leur identité culturelle.

Dans le lycée Gibbs, à Saint Petersburg en Floride, les règles en matière de couvre-chef sont très strictes : il est interdit de porter casquette, foulard ou bandana, sauf pour raison religieuse. Sur la base de ce règlement, le 25 août dernier, un surveillant a demandé à des jeunes filles d’enlever leurs foulards, noués à l’africaine. Ce geste a fait naître un mouvement baptisé « Black girls wrap Wednesday » (« Les filles noires se couvrent le mercredi »).

« Je n’ai pas besoin de permission pour vivre ma culture »

Liu Montsho Kwayera

Liu Montsho Kwayer a 17 ans et étudie au lycée Gibbs. Elle est l’une des leaders du mouvement.

Les gens voient ces foulards comme un accessoire, mais c’est bien plus que ça. Les femmes noires et africaines les portent depuis longtemps. Cela fait partie intégrante de notre culture et de notre héritage. Pour moi, en porter un, c’est embrasser cet héritage.

Quand nous avons été « volés » sur le continent africain [en référence aux traites négrières des XVIIe et XVIIIe siècles, NDLR], nos ancêtres ont été dépossédés de leur culture, leur nom, leur langue. Pour moi, ceux qui disent que nous ne pouvons pas porter ces foulards nous renvoient à cette époque de répression.

Lorsque l’interdiction a été émise, j’étais désespérée. Particulièrement parce que c’est un policier qui a demandé à la première victime d’enlever son foulard. C’était une situation très humiliante. Voir qu’un policier pouvait intervenir sur ce sujet dans l’enceinte d’un lycée, c’était effrayant.

Je suis rentrée en contact avec des membres du mouvement Uhuru [un mouvement panafricain socialiste radicalinternational centré sur la question des conditions sociales et économiques des populations africaines à travers le monde ; ses bureaux internationaux se trouvent à Saint Petersburg en Floride, NDLR]. Nous avons organisé notre première manifestation le 31 août. Six filles sont venues en portant un foulard ou un dashiki [un vêtement traditionnel d’Afrique de l’Ouest, NDLR]. Les responsables de l’école les ont envoyées au bureau de la vie scolaire et ont appelé leurs parents. C’était très stressant.

Après les premières manifestations, la directrice Reuben Hepburn a accepté que les jeunes filles puissent porter un foulard africain si elles avaient la permission de leurs parents. Mais cette décision n’était pas suffisante pour les leaders du mouvement Uhuru qui a rencontré la directrice pour demander plus de droits pour les jeunes filles. Elles n’ont depuis même plus besoin de l’accord parental.

Contactée par France 24, Lisa Wolf, chargée de communication du district, affirme que l’incident est pour eux clos. Ils précisent : « Notre règlement concernant l’interdiction de se couvrir la tête visait notamment les bandanas et les bandeaux, car certains gangs de la zone utilisent ces objets pour se reconnaitre entre eux. Mais chaque directeur d’école est libre de l’adapter selon les circonstances. »


« C’est une lutte pour toutes les femmes noires »

Selon notre Observatrice Kwayera, le combat n’est pour autant pas terminé.

Parfois, nous nous faisons embêter par l’équipe dirigeante. Tous les mercredis, j’amène un sac rempli de foulards africains pour les jeunes filles qui n’auraient pas pu prendre le leur. Je mets en place comme un petit atelier dans les toilettes pour les nouer aux jeunes filles qui le souhaitent. La semaine dernière, une surveillante s’est rendue compte de ça, et a essayé de faire pression sur moi pour que j’arrête.

Malgré tout ça, nous poursuivons notre mouvement. Nous sommes entre 30 et 40 participantes chaque semaine. Même des jeunes garçons de notre lycée ont commencé à porter des foulards africains, et des amis d’autres lycées m’envoient des messages pour me dire qu’ils ont aussi lancé le mouvement dans leur établissement.
Ce n’est pas juste une question de foulard : pour moi, c’est une lutte pour toutes les femmes noires pour qu’elles aient le droit de vivre leur culture

Le mouvement « Black girls wrap Wednesday » a formulé quatre demandes allant de l’interdiction d’intervention policière dans le lycée pour demander d’enlever un foulard à l’intervention de l’organisation nationale des femmes africaines dans le campus.

Des revendications similaires ont été émises en février dernier à Durham, en Caroline du Nord, mais aussi dans d’autres pays comme cet été en Afrique du Sud où un lycée avait interdit les coupes afro.

Voir également:

Colin Kaepernick a encore boycotté l’hymne américain, la polémique prend de l’ampleur
Claire Digiacomi
Le HuffPost
12/09/2016

INTERNATIONAL – Ce 12 septembre, à 4h du matin heure française, les États-Unis avaient le regard tourné vers le Levi’s Stadium, antre de la franchise de football américain de San Francisco. Au-delà du derby entre deux équipes californiennes, les Rams de Los Angeles et donc les locaux des 49ers, au-delà aussi du fait que LA ait une équipe au plus haut niveau pour la première fois depuis vingt ans, un homme a focalisé l’attention de toute une nation: Colin Kaepernick.

À l’occasion du match du lundi soir, traditionnellement la plus belle affiche de chaque journée de NFL, les États-Unis attendaient de voir si l’homme allait rééditer un geste qui a d’ores et déjà fait couler beaucoup d’encre et qui ne cesse de déchirer le pays. Et sans grande surprise, le footballeur a persisté dans son geste. Mieux, il a été rejoint dans sa démarche par deux de ses adversaires des Rams. Pourtant, cet acte militant divise outre-Atlantique.

Le 26 août dernier, le quarterback de San Francisco avait effectivement décidé de boycotter l’hymne américain en refusant de se lever pendant qu’il était chanté, sa manière de s’opposer aux violences policières qui s’abattent contre la communauté noire aux États-Unis depuis de longs mois. Une posture choc qui a fait des émules, notamment dans la nuit de dimanche à lundi.

Tête baissée, un gant noir sur la main, le poing levé vers le ciel, le joueur des Kansas City Chiefs Marcus Peters a marqué par ce geste le début de la première journée du championnat de football américain de la NFL dimanche, sur la pelouse du Arrowhead Stadium de Kansas City. L’image, hautement symbolique, est en fait un message politique dont l’écho ne cesse de se répandre aux États-Unis ces dernières semaines.

Ce poing levé, qui rappelle ceux de Tommie Smith et John Carlos dénonçant la ségrégation raciale aux Jeux olympiques de Mexico de 1968, a entériné le ralliement du joueur au boycott lancé fin août par Colin Kaepernick, pour protester contre « l’oppression » de la communauté noire aux États-Unis. Ses coéquipiers, les bras joints au moment d’écouter l’hymne américain, interprété aux États-Unis avant chaque compétition sportive, ont eux aussi formé cette chaîne humaine en « signe de solidarité », comme ils l’indiquent dans un communiqué.

D’autres footballeurs ont apporté dimanche leur soutien à Colin Kaepernick: quatre joueurs des Miami Dolphins ont mis un genou à terre pendant l’hymne national lors de leur match à Seattle, trois Tennessee Titans ont imité Marcus Peters en levant le poing, tout comme deux New England Patriots à la fin de l’hymne.

Le 4 septembre, c’est l’internationale américaine Megan Rapinoe qui a fait « un petit geste en direction de Colin Kaepernick » selon ses mots, en posant un genou à terre pendant l’hymne américain avant le match du Championnat professionnel américain entre Seattle et Chicago, son équipe.

Le quinzième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, commémoré dimanche, a pu refréner l’intention de certains de se faire remarquer pour le début de la NFL, ce qui fait dire à Esquire que le mouvement pourrait encore prendre de l’ampleur dans les jours à venir.

Faire entendre la voix des opprimés

À l’origine du boycott entamé mi-août, Colin Kaepernick souhaite contester le symbole d’un pays où, dit-il, l’impunité continue à profiter à des policiers coupables d’homicides contre des Noirs non armés. « Je ne vais pas afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs », a justifié le quarterback, dont le père biologique était noir mais qui a été adopté et élevé par un couple de Blancs.

« Je vois des choses arriver à des gens qui n’ont pas de voix, des gens qui n’ont pas de tribune pour parler, faire entendre leur voix et voir les choses changer. Alors je suis dans cette position où je peux faire cela et je vais le faire pour les gens qui ne peuvent pas », explique-t-il encore.

« Étant homosexuelle, je sais ce que veut dire regarder le drapeau américain en étant consciente qu’il ne protège pas toutes les libertés », a aussi fait valoir Megan Rapinoe, qui explique avoir suivi Kaepernick pour « déclencher une prise de conscience et des conversations ».

Pour Peter Dreier, professeur à l’Occidental College de Los Angeles cité par le LA Times, Colin Kaepernick profite d’un moment unique dans l’histoire américaine pour faire bouger les lignes. « Nous sommes en plein milieu d’une campagne électorale qui ajoute de la tension à l’atmosphère générale. Le mouvement ‘Black lives matter’ fait partie intégrante du discours politique et ne peut être évité. Les meurtres commis par des policiers et les tueries de masse ont suscité une prise de conscience sur la question des armes à feu. Et de plus en plus d’athlètes sont instruits », fait-il valoir.

En seulement quelques semaines, la polémique a enflé au fur et à mesure que le joueur des 49ers de San Francisco continuait d’ignorer la tradition qui veut que joueurs, entraîneurs et spectateurs se lèvent et se découvrent la tête pour entonner « Star-Spangled Banner » (La Bannière étoilée), regard tourné vers le drapeau, dans un moment de communion patriotique.

Chaque geste du meneur de jeu, dont l’action est soutenue par son équipe et le grand patron de la NFL, est désormais scruté à la loupe… jusqu’à ses chaussettes à l’entraînement, où des regards bien affûtés ont repéré des images de porcs en uniforme policier. Le joueur s’est expliqué dans un communiqué, estimant que « les policiers sans scrupules qui se voient confier des postes dans des services de police mettent en danger non seulement la population mais aussi les policiers ayant de bonnes intentions, car ils créent une atmosphère de tension et de défiance ».

Un maillot haï autant qu’adoré

Héros pour certains, traître pour d’autres, Colin Kaepernick est désormais au cœur d’une polémique nationale. Si certains estiment qu’il fait bien d’utiliser sa notoriété pour dénoncer un problème qu’ils jugent réel, en témoignent les récentes bavures choquantes de policiers envers des citoyens afro-américains, d’autres considèrent que ses outrages à l’hymne ou au drapeau américains sont intolérables.

Sur le terrain le 1er septembre, le joueur de 28 ans a été conspué à chacun de ses touchers de ballon par une bonne partie des spectateurs. Des internautes se sont aussi filmés en train de brûler le maillot du quarterback, qui avait pourtant conduit San Francisco jusqu’au Super Bowl 2013 (défaite contre Baltimore 34-31) avant de perdre sa place de titulaire l’an dernier. D’autres ont publié des photos de soldats amputés des jambes, debout sur leurs prothèses, pour rappeler au joueur qu’il a touché à un symbole patriotique

Sa mère biologique, qui a donné naissance à son fils à 19 ans et l’a confié en adoption, a même exprimé sur Twitter son désaccord.

« Il y a des moyens de faire changer les choses sans manquer de respect et faire honte au pays entier et à sa famille, qui vous ont apporté tant de bonheur »

Et son boycott divise jusqu’à la classe politique. Le candidat républicain à la Maison blanche Donald Trump a ainsi qualifié d' »exécrable » son attitude, lui conseillant de « chercher un pays mieux adapté ». Barack Obama a en revanche défendu sa démarche, jugeant qu’il avait réussi à attirer l’attention « sur des sujets qui méritent d’être abordés ».

« Il existe une longue histoire de figures du sport qui ont fait de même. Et il y a différentes façons de le faire », a-t-il ajouté. Et pour cause, dans un pays où la liberté d’expression est protégée par le premier des amendements constitutionnels, Colin Kaepernick a simplement emboîté le pas à d’autres joueurs professionnels luttant contre les discriminations raciales ou la violence par armes à feu, parmi lesquels les stars du basket Dwyane Wade, LeBron James ou Carmelo Anthony.

En France, on se souvient de Christian Karembeu qui a toujours refusé de chanter « La Marseillaise ». Le footballeur, né en Nouvelle-Calédonie, protestait de cette manière contre le sort du peuple kanak. « ‘La Marseillaise’ je l’ai apprise et chantée tout petit. Mon père était enseignant et en Nouvelle-Calédonie, nous apprenions très tôt l’histoire de nos ancêtres les Gaulois. Mais moi, mes ancêtres ce ne sont pas les Gaulois. Mes ancêtres, c’est un peuple qui a souffert pour obtenir sa liberté », confiait-il, comme le rapporte Francetv sport.

Colin Kaepernick est en tout cas parvenu à rassembler des soutiens très divers. Comme le relate Le Journal de Montréal, les ventes de maillot à l’effigie du joueur aux bras tatoués ont explosé depuis début septembre. Sur Instagram, le joueur a d’ores et déjà promis de reverser les bénéfices qu’il touchera de ces ventes à des œuvres de charité.
« J’aimerais remercier toutes les personnes qui m’ont prouvé leur amour et leur soutien, ça veut dire beaucoup pour moi! Je ne m’attendais pas à ce que les ventes de mon maillot explosent après ça, mais ça prouve que les gens pensent que nous pouvons atteindre la justice et l’égalité pour tous! La seule manière pour moi de vous rendre cela est de faire don de tous ces bénéfices à des œuvres de charité! Je crois au peuple, et NOUS pouvons être le changement! »

Voir par ailleurs:

ETATS-UNIS. Roland Fryer, le jeune prodige qui s’attaque aux inégalités raciales

Ce gamin de banlieue, devenu le plus jeune prof noir de Harvard, a créé un laboratoire éducatif pour réduire les inégalités raciales sans idéologie. Un futur prix Nobel ?

Philippe Boulet-Gercourt

L’Obs
02 janvier 2016

Cet économiste-là est moins célèbre que le Français Thomas Piketty, auteur du « Capital au XXIe siècle », moins reconnu que le Britannique Angus Deaton, qui a été couronné par le prix Nobel cette année pour sa recherche sur la pauvreté. Mais, tout autant qu’eux, Roland Fryer bouleverse la réflexion sur les inégalités. Ses pairs l’ont bien compris : en avril dernier, ils ont décerné à ce prof de l’université Harvard la prestigieuse médaille John Bates Clark, réservée aux économistes de moins de 40 ans. Les deux tiers des « Bates Clark » ont par la suite obtenu le prix Nobel. Roland Fryer y pense-t-il ? Pour l’instant, ses préoccupations sont ailleurs. Il veut absolument comprendre et évaluer l’influence des différences raciales dans l’usage de la force par la police, et s’est donc installé à l’arrière des voitures de flics de Camden (New Jersey) et d’Austin (Texas).

Une méthode de recherche empirique de plus en plus à la mode parmi les économistes ? Pour Fryer, c’est plus que cela. L’expérience ressemble à un mauvais souvenir ! Cet universitaire qui n’en finit pas d’aligner les records – devenu le plus jeune prof noir titularisé à Harvard (à 30 ans), élu dans le Top 100 de « Time Magazine » en 2009 – a grandi dans une famille pauvre de Floride : mère envolée quand il avait 4 ans, père violent, cousins et tantes plongés jusqu’au cou dans le trafic de crack… Il a 15 ans quand il se retrouve plaqué contre le capot d’une voiture de police et fouillé sans ménagement.

Je n’avais jamais été arrêté de ma vie, raconte-t-il. Les flics m’ont un peu bousculé, et c’est là que j’ai réalisé que je ne voulais à aucun prix aller en prison. Je rapinais à droite et à gauche, sans jamais dépasser le seuil de 500 dollars qui fait de vous un criminel. Mais cette interpellation musclée m’a fait basculer. J’ai su que je ne voulais pas de ce monde. »

Après quelques heures d’interrogatoire, la police, qui l’avait pris pour un dealer, le relâche.

L’obsession du « truc qui marche »

Sportif accompli, il rejoint l’université du Texas à 18 ans grâce à une bourse d’athlète. Au bout d’un semestre, ses notes sont tellement bonnes qu’il décroche une bourse académique. Il découvre l’économie à l’université d’Etat de Pennsylvanie et finit brillamment ses études à Chicago. A 25 ans, tout le monde s’arrache ce jeune prodige, à commencer par Harvard, qui lui offre un poste de chercheur. « A Harvard, les gens me demandaient : ‘Oh, vous êtes allé à l’école publique ?’ Ou bien : ‘Vous n’avez pas mis les pieds en Europe ? Vous n’étiez pas à Martha’s Vineyard [l’île chic du Tout-Boston] cet été ? Vous n’avez jamais bu un bon bordeaux ?’ Le bordeaux ? Je ne savais pas que cela existait ! »
Il s’est depuis rattrapé sur les plaisirs de France et a même épousé sa femme, une Autrichienne, à Ménerbes dans le Lubéron. Mais il n’a jamais oublié d’où il venait, au contraire >L’inégalité raciale, pour moi, ce n’est pas un problème à résoudre sur un tableau noir. C’est quelque chose de profondément personnel. Et je me moque des partis pris idéologiques, je veux juste des réponses au problème de l’inégalité. Je suis tellement prêt à tout pour trouver ces réponses que je me fiche de savoir si elles proviennent de telle boîte à idées plutôt que de telle autre. »

Cette obsession du « truc qui marche » l’a conduit à mener des expériences iconoclastes, comme celle consistant à donner 50 dollars à un élève de troisième, toutes les cinq semaines, s’il obtient la meilleure note (A) dans une discipline. Ou à présenter des conclusions politiquement incorrectes, comme cette étude expliquant une partie du retard scolaire des Noirs par une peur de « jouer au Blanc » en obtenant de bonnes notes, et d’être de ce fait rejeté par ses pairs. Avec son équipe d’Edlabs, le « labo éducatif » qu’il a créé à Harvard, Fryer teste toutes sortes de solutions, animé de la conviction que « la science économique l’a démontré depuis vingt ans : c’est moins le marché du travail qui est source de discriminations, en traitant différemment des gens à compétences égales, que le fait qu’une partie de la population se présente sur ce marché avec des qualifications inférieures ». Autrement dit, les racines de la pauvreté chez les Noirs – qui n’a « rien d’une fatalité », insiste-t-il – sont moins à chercher dans la discrimination à l’embauche que dans le déficit scolaire. Surtout entre les âges de 14 et 17 ans.

« Les bonnes idées trouveront leur chemin »

Roland Fryer teste et teste encore, avec une rigueur impressionnante. Il veut par exemple comprendre pourquoi les bons élèves de familles pauvres noires ne tentent pas aussi souvent leur chance dans les meilleures universités que les Blancs ou les Asiatiques, et découvrir la meilleure façon de les convaincre de s’inscrire dans une bonne fac à deux heures d’avion de chez eux. Et il passe un temps fou sur le terrain.

Parce qu’il est noir et issu d’une famille pauvre, certains ne manquent pas de noter qu’il peut parler plus librement et tester des hypothèses controversées sans risque d’être taxé de racisme. « C’est peut-être vrai, répond-il. Mais c’est aussi le fait que je m’assieds avec les profs, les pasteurs, les familles, et que je leur parle comme à des êtres humains. C’est peut-être parce que je leur ai payé une bière et que j’ai eu avec eux une conversation normale qu’ils se disent : ‘Ce type est OK, laissons-le faire.' »

A l’arrivée, dit-il, « si une expérience ne marche pas, et cela arrive souvent, nous le disons et passons à autre chose ».

Quand on s’attaque à des sujets aussi explosifs que l’éducation et les inégalités raciales, on finit forcément par être rattrapé par la politique. A Houston, des syndicalistes enseignants mécontents ont fait le siège de l’immeuble où résidait le prof. Dans le Massachusetts, où il a rejoint une commission chargée de choisir la meilleure façon de tester les élèves, certains l’accusent de vouloir faire le lit des ennemis de l’école publique. Fryer lui-même a trempé un orteil dans le monde politique en 2007-2008, comme conseiller du maire de New York, Michael Bloomberg. « Cela devait durer deux ans, j’ai tenu sept mois, sourit-il… Pas pour moi ! » Le pire, à ses yeux, est de voir un responsable éducatif ou politique rejeter une solution à l’efficacité prouvée parce qu’il « ne peut pas la vendre »… « Mais les bonnes idées trouveront leur chemin, prédit Fryer, si ce n’est pas ici, ce sera en France ou ailleurs. Quelqu’un ouvrira le livre de recettes et dira : ‘Qu’est-ce qui marche, et qu’est-ce qui ne marche pas ?' »

John McDermott

The Financial Times/Le Nouvel économiste

 

Adolescent, ses copains appartenaient à des gangs et des membres de sa famille se trouvaient en prison. L’économiste noir nous explique ici que la meilleure façon de lutter contre les violences policières et les ‘mauvaises écoles’ se trouve dans les données, et non dans l’expérience personnelle.

Nous avons commencé notre déjeuner depuis cinq minutes quand Roland Fryer me demande s’il peut utiliser mon carnet de notes et mon stylo pour dessiner un graphique. Le plus jeune Afro-américain titulaire d’une chaire à l’université d’Harvard explique ses dernières recherches sur les inégalités raciales à travers l’utilisation de la force par la police américaine. Adolescent, Fryer s’est retrouvé face aux armes pointées par des policiers “six ou sept” fois. “Mais, dit-il en traçant une courbe descendante de gauche à droite, il y a une tendance inquiétante, les gens parlent des races aux États-Unis en se basant uniquement sur leur expérience personnelle.” Avec sa voix teintée d’un soupçon d’accent du sud des États-Unis, il poursuit : “Je m’en fiche, de mon expérience personnelle, ou de celle des autres. Tout ce que je veux savoir, c’est comment cette expérience nous amène aux données chiffrées, pour nous aider à savoir ce qui se passe vraiment.”

L’année dernière, comprendre ce qui se passe vraiment a conduit Roland Fryer, 38 ans, à remporter la médaille John Bates Clark, récompense annuelle décernée à un économiste américain de moins de 40 ans. La médaille est considérée comme le prix le plus prestigieux en économie, après le prix Nobel. Son travail empirique a lacéré un discours indigeste sur les races, l’éducation et les inégalités. Dans son laboratoire, le Education Innovation Lab, fondé en 2008, Roland Fryer tente de redéfinir comment l’Amérique pense sa politique, statistique après statistique.

C’est aussi la démarche adoptée pour ses travaux les plus récents. À une table calme, dans le caverneux Hawksmoor Seven Dials, un restaurant d’une chaîne chic dans le centre de Londres, le décor est marron et la viande est rouge. Roland Fryer me raconte qu’il a passé deux jours l’an dernier à suivre les policiers durant leurs rondes à Camden, dans le New Jersey (lors du premier jour de patrouille, une femme a succombé à une overdose devant lui). Roland Fryer cherchait à comprendre si les meurtres de Michael Brown et de Eric Garner, deux jeunes Afro-américains dont la mort a provoqué d’énormes manifestations, s’inscrivaient dans un modèle de répétitions identifiable, comme le mouvement activiste Black Lives Matter l’affirmait. Après une semaine de patrouilles, il a collecté plus de six millions de données des autorités, dont celles de la ville de New York, sur les victimes noires, blanches et latino de violences policières.

Le croquis qu’il me passe entre le sel et le poivre présente ses résultats préliminaires. L’axe horizontal est l’échelle de la gravité des faits : de la bousculade, à gauche, jusqu’aux tirs d’armes à feu, à droite. La courbe démarre en haut, ce qui suggère de grandes différences entre incidents mineurs, puis descend vers zéro, là où les faits deviennent plus violents. En d’autres mots, une fois les facteurs de contexte pris en compte, les Noirs ne sont pas plus susceptibles selon ces données d’être abattus par la police. Ce qui soulève la question : pourquoi ce tollé en 2014 à Ferguson, dans le Missouri, où le jeune Michael Brown a été abattu ?

“Mon garçon, tu commences ta vie avec un 10 et tu grandis dans la pauvreté, alors, enlevons 3. Et si tu vas dans une mauvaise école, enlevons encore 3. Et si tu es élevé par une mère seule, soustrayons encore 3. Mais tu sais ce qu’il reste ? La dignité’.””

“Ce sont les données” dit Fryer. “Maintenant, une hypothèse pour expliquer ce qui est arrivé à Ferguson – pas la fusillade, mais la réaction d’indignation – : ce n’était pas parce que les gens faisaient une déduction statistique, pas à propos de l’innocence ou de la culpabilité de Michael, mais parce qu’ils détestent cette putain de police.” Il poursuit : “la raison pour laquelle ils détestent la police est que si vous avez passé des années être fouillés, jetés à terre, menottés sans motif réel, et ensuite, vous entendez qu’un policier a tiré dans votre ville, comment pouvez-vous croire que c’était autre chose que de la discrimination ?”

“Je pense que cela a à voir avec les incentives et les récompenses” ajoute Fryer. Les officiers de police, explique-t-il, reçoivent souvent les mêmes récompenses indépendamment de la gravité des crimes qu’ils traitent, et ils ne sont pas sanctionnés pour l’utilisation de “la force de bas niveau” sans raison valable [aux États-Unis, les moyens de pression de la police sont classés du plus bas niveau (injonction verbale) au plus haut niveau (arme létale), ndt]. Cela encourage un comportement agressif.

Voilà ce que lui ont révélé les données, mais il admet que cela correspond à son expérience personnelle aussi. Depuis qu’il travaille à Harvard, en 2003, il répugne à parler de son passé. Il souhaite être jugé sur les résultats de son travail sur les données. Il est cependant évident que Fryer n’est pas seulement poussé par sa formation ; ses expériences personnelles ont nourri ses recherches jusqu’ici.

Il est né en Floride en 1977. Sa mère est partie quand il était bébé et à l’âge de quatre ans, Fryer et son père ont déménagé au Texas. Son père buvait beaucoup et battait ses partenaires. Adolescent, les copains de Fryer appartenaient à des gangs. Huit membres de sa proche famille sont soit morts jeunes, soit ont été en prison, souvent pour avoir vendu de la cocaïne au crack.

“Je n’ai jamais cru qu’aller en prison c’était cool”, dit-il. C’est une bourse sportive (sa carrure d’athlète parle de son passé de footballeur américain dans une université américaine) qui l’a arraché à une “mauvaise école” et amené à l’université du Texas, où il a découvert l’économie.

“Mon grand-père n’était pas très éduqué”, explique Fryer. “Il avait pour habitude de parler par énigmes. Il me disait de petites choses, il disait ‘Mon garçon, tu commences ta vie avec un 10 et tu grandis dans la pauvreté, alors, enlevons 3. Et si tu vas dans une mauvaise école, enlevons encore 3. Et si tu es élevé par une mère seule, soustrayons encore 3. Mais tu sais ce qu’il reste ? La dignité’.”

“C’est pour ça que je peux utiliser ma propre expérience” dit-il. Son passé lui a donné des pistes sur les théories à tester, mais c’est uniquement par les données qu’il peut atteindre des conclusions fermes. “Je connais le danger qu’il y a à enlever leur dignité aux gens. Mais l’expérience seule n’aide pas à élaborer des politiques qui vont marcher.”

L’approche qu’a Fryer du menu est brutale. “Je vais y aller à fond” avertit-il, en émettant un de ses petits rires graves et fréquents. Il commande un steak tartare pour commencer, puis un faux-filet et des frites à la graisse de bœuf. J’opte pour le faux-filet et les frites aussi, mais avec une entrée au crabe. Je ne réussis pas à le persuader de se joindre à moi pour un verre de vin rouge. Il préfère un pot de thé anglais de petit-déjeuner.

Il est à Londres pour donner une conférence à la Banque d’Angleterre en hommage à Sir Arthur Lewis, feu le prix Nobel originaire de Sainte-Lucie, l’un des plus grands chercheurs en développement économique. “Il était vraiment concret, comme les économistes de ma génération ne le sont plus” souligne Fryer. Il me dit que son discours évoquera ses propres “efforts – et ce n’est probablement pas le bon mot – pour être un ingénieur social. Essayer d’être terre à terre, faire des politiques dont la théorie dira qu’elles seront efficaces pour donner leur chance aux gens défavorisés.”

Alors que les entrées arrivent, nous passons de son travail sur la justice criminelle à la majeure de Fryer : l’éducation. Son premier essai, co-écrit avec Steven Levitt, célèbre pour son livre ‘Freakonomics’, a été publié en 2002 avant qu’il n’achève sa thèse à la Penn State University. Il tentait d’expliquer l’“écart blancs-noirs dans les résultats des tests scolaires”, ou encore pourquoi les élèves noirs réussissent en moyenne moins bien à l’école que les blancs.

Pour faire une distinction un peu crue, à l’époque, deux interprétations étaient souvent données pour expliquer l’écart des résultats. La première, couramment utilisée par la gauche, était que tout s’explique par la pauvreté. Les Afro-américains étaient plus susceptibles d’être pauvres et de ce fait, étaient moins susceptibles de réussir à l’école. La deuxième thèse, plus prisée des conservateurs, soulignait le taux de “rupture familiale” chez les Afro-américains.

La première publication de Fryer, et les suivantes, transcendait ces interprétations en démontrant le rôle important de la scolarité dans les inégalités. De fait, les élèves noirs réussissaient moins bien parce qu’ils fréquentaient de mauvaises écoles. Fryer posait l’hypothèse que, à l’inverse, de bonnes écoles réduiraient peut-être cet écart.

Après de nombreuses visites de très bonnes “charter schools” [écoles pilotes privées sous contrat, ndt] – celles qui échappent dans une certaine mesure aux contrôles du gouvernement de leur État –, et des térabytes de données plus tard, il est arrivé aux cinq points communs définissant une bonne école : une journée et une année scolaire plus longues ; des enseignants qui utilisent les données ; une culture d’exigence élevée ; du tutorat en petits groupes ; et un “engagement à un capital humain de grande qualité” (des enseignants très compétents).

“Nous devons comprendre comment enseigner à ces enfants” dit Fryer. “Bien entendu, les parents comptent, bien entendu, la démographie compte. La question est : est-ce qu’ils peuvent surmonter ? Est-ce que nous pouvons donner à ces gamins la vitesse de libération ?” demande-t-il, utilisant un terme de physique qui décrit la vitesse minimum nécessaire pour qu’un objet échappe à l’attraction de la gravitation. “Je pense vraiment, peut-être que c’est naïf, mais je crois à la grâce de Dieu quand je vois ces gamins dans ces écoles.”

Pour une fois, le torrent d’idées s’arrête. Il se tait. “Ça m’empêche de dormir la nuit.”

“Je suis tellement fatigué d’écouter l’argument que c’est juste la pauvreté” reprend-il. “Les écoles suffisent, réellement, si ce sont de bonnes écoles.”

Je lui demande si ce n’est pas trop simpliste, s’il ne néglige pas les raisons systémiques des inégalités. Non, répond-il. Il connaît déjà bien l’histoire, rappelle-t-il. Par exemple, la partie oubliée du discours de Martin Luther King ‘I have a dream’, en 1963, qui évoquait l’effet corrosif des brutalités policières de cette époque.

Mais il admet que le plus important pour lui est ce qui marche. “La question est : comment pouvons-nous progresser ?”

Cette volonté de progression a conduit Fryer en terrain miné. Je l’interroge sur son hypothèse du “faire comme les Blancs”. Elle pose que certains enfants noirs sont bridés par la pression de leur groupe à ne pas travailler dur, ou encore à ne pas “faire comme les Blancs”. Fryer admet avoir “tenté de pousser les gens à franchir la frontière raciale” quand il était plus jeune, mais “c’était principalement à propos de la musique. L’idée qu’une personne noire puisse écouter un orchestre comme le Dave Matthews Band [orchestre blanc, ndt], je pense que c’était le truc le plus dingue que j’ai jamais entendu.”

C’est le problème du “faire comme les Blancs” qui explique pourquoi Fryer défend une culture d’exigence scolaire élevée et veut travailler plus sur le développement du caractère. Les meilleures écoles font mentir le fatalisme de certains conservateurs, qui affirment qu’il ne peut y avoir de progrès sans une “meilleure” éducation parentale. “Je leur dis : les parents vous envoient les meilleurs enfants qu’ils ont. Ils ne cachent pas les meilleurs à la maison”.

Il est “immensément optimiste” pour le futur. L’écart dans les résultats aux tests scolaires s’est réduit de moitié au cours de la dernière décennie, en partie, dit-il, grâce à l’émergence de ce qu’il voit comme des “super-écoles”, comme la Harlem Children’s Zone, un projet éducatif respecté lancé dans les années 70 à New York. “Il y a eu une série d’écoles qui ont fait des choses remarquables pour les enfants. Vraiment des choses merveilleuses. La question est : comment pouvons-nous mettre ça en bouteille et le reproduire à plus grande échelle ?”

Ce challenge a une dimension personnelle aussi, comme me l’explique Fryer une fois que les steaks arrivent. De grands steaks succulents et d’un prix qui exige d’être reconnaissant envers le ‘Financial Times’, qui règle l’addition…

Je lui demande si c’est difficile de convaincre les gens de la nécessité de fournir un grand effort pour transformer les mauvaises écoles, quand le chercheur superstar qui le demande est lui-même un produit de ce système.

“Ça craint d’être regardé et considéré comme une exception parce que vous sentez que vous n’êtes jamais l’un des leurs. L’une de mes préoccupations premières, avec ma fille, est de juste faire en sorte qu’elle se sente à l’aise.”

Fryer est marié avec Franziska Michor, une mathématicienne de Harvard avec un doctorat en biologie de l’évolution. Ils se sont rencontrés voici dix ans quand ils étaient tous deux membres de la prestigieuse Society of Fellows, un groupe de jeunes chercheurs dispensés des obligations pratiques de la vie d’enseignant. Il l’a courtisée en faisant un pari : un dîner avec lui s’il trouvait des preuves que fumer réduit les risques de cancer. À la grande stupéfaction de Franziska, il lui a envoyé une étude produite par un lobby du tabac. Au lendemain de ce rendez-vous, ils ont emménagé ensemble à Cambridge, où ils vivent actuellement avec leur fille de 2 ans.

Ont-ils adopté une approche par les données pour l’éducation de leur fille, me demandé-je ? Fryer confesse qu’il a ouvert un compte Dropbox nommé “La science des enfants”, avec des données à ressortir durant les disputes sur l’heure du coucher. Ils ont aussi analysé la courbe de poids de leur fille sur un fichier Excel pendant quelques semaines. “Mais c’était trop fatiguant. Il n’y a rien de mieux que votre propre enfant pour vous donner envie de jeter les données par la fenêtre” plaisante-t-il.

Il admet qu’il a ralenti le rythme depuis sa phase d’accro au travail, mais je soupçonne que cela ne joue que sur des marges minimes.

Tandis que nous réglons leur sort à nos steaks, je lui demande s’il a une liste d’expériences à tenter pour lui permettre d’y parvenir.

“Vous ne voulez pas voir ma ‘to do list’. La liste de choses à faire est dingue.” Fryer mentionne un travail parallèle, conduire des essais contrôlés pour découvrir comment améliorer la gestion des mauvaises écoles. Il veut essayer les “comptes de formation” : donner de l’argent directement aux parents, à investir dans l’éducation de leur enfant (les parents les plus pauvres recevant davantage d’argent). Et il achève une recherche sur les moyens d’améliorer l’assiduité scolaire dans les années cruciales de la petite enfance, en donnant aux parents des bonus en cash. Ce qui s’est déjà révélé efficace dans des contextes similaires et dans des pays comme le Mexique.

L’économiste tente aussi d’imaginer de nouvelles façons de rémunérer les professeurs. L’une de ses recherches a prouvé que les rémunérer aux résultats ne fait pas grande différence, à moins de les payer automatiquement puis de les menacer de reprendre l’argent si les résultats ne s’améliorent pas. Ce qui illustre le pouvoir d’un phénomène qualifié par les psychologues d’“aversion pour la perte”. Il veut maintenant tester de nouvelles grilles de rémunération pour les professeurs principaux afin de les empêcher d’être débauchés pour des tâches administratives, “moins utiles”.

Et la technologie ? “Les données montrent que ça ne change rien [pour réduire l’écart].” Un jour, dit-il, l’utilisation de tablettes, l’enseignement à distance, ou encore les analyses quantitatives poussées pourront aider les enseignants les moins bons à s’améliorer, mais “en ce moment, la technologie exacerbe l’écart de qualité entre enseignants, parce que les bons professeurs en font un complément à ce qu’ils font déjà”. Donc ce qui vaut pour le marché du travail au sens large vaut aussi pour les enseignants ? “Exactement”, dit Fryer.

Après avoir refusé un autre plat à base de viande, Fryer et moi déclinons le dessert. Lui prend un autre thé et moi un café macchiato. Que pense-t-il des réformes de l’éducation de Barack Obama et de celles proposées par les candidats à la présidentielle de 2016 ?

“Je pense qu’Obama s’en est pas mal tiré avec l’éducation. J’ai eu le grand plaisir de le rencontrer deux fois à ce sujet lors d’un déjeuner” se souvient-il, avant d’ajouter : “Le steak n’était pas aussi bon que celui-ci !”

Il dit être en accord avec la plupart des choses qu’a faites le président à travers son programme ‘Race to the Top initiative’, qui a soutenu par des incitations le type d’écoles privées sous contrat saluées par les recherches de Fryer, rencontrant souvent l’opposition des gouvernements locaux et des syndicats d’enseignants, des forces avec lesquelles il faut compter dans le parti démocrate. Fryer dit que la moitié des écoles qui étaient des “usines à déscolarisation” ont disparu sous le contrôle d’Obama.

“Je crains qu’avec la prochaine loi sur l’éducation, nous ne régressions au lieu de progresser.” Hillary Clinton, qui était initialement en faveur des écoles privées sous contrat, les a inondées de critiques sous la pression de la compétition avec son concurrent, le candidat démocrate Bernie Sanders.

“Les politiques doivent dire des choses auxquelles ils ne croient pas, et je n’arrive pas à comprendre pourquoi c’est une bonne chose. Je n’arrive pas à croire que tous les républicains croient vraiment dans ces trucs sur les armes à feu. Ils sont probablement indifférents, mais ils doivent réaliser qu’il n’y a pas d’espace pour progresser dans leur parti. Hillary a fait certaines déclarations sur les écoles à charte l’autre jour, et je ne suis pas sûr qu’elle croie en ce qu’elle a dit non plus.”

L’addition arrive, et je lui demande s’il envisagerait un jour la politique : secrétaire à l’Éducation, peut-être ? “Je pense que le secrétariat à l’Éducation sous le bon président serait super”, répond-il. “Heureusement, ça ne dépend pas de moi. Je suis juste un type qui tente d’être l’expert en chef, pas le commandant en chef.”

 Voir enfin:

The Research Is Only As Good As the Data

Rosa Li

July 15, 2016

A new study found no evidence of racial bias in police shootings. But last year, a study came to the opposite conclusion. Why?

Why did these two papers reach such different conclusions? Because they drew on different data sources and consequently relied on different statistical methods. Right now, there is no comprehensive official federal database documenting shootings by U.S. law enforcement officers.* Instead, researchers must read through thousands of 50+ page police reports from a few cooperative cities, as Fryer’s team quite impressively did, or use alternative databases compiled by nongovernment groups, as Ross did. With incomplete and imperfect datasets, researchers are limited in the analyses that they can perform.

Right now, there is no official federal database documenting shootings by U.S. law enforcement officers.

Fryer’s study compared all 500 police shootings that occurred in Houston from 2000–2015 to a random sample of Houston cases from the same time period in which lethal force could have been justified but was not used.* With these data, he was able to use the statistical method of logistic regression to determine how much a suspect’s race affected whether he or she would be shot by police during a heated encounter. Fryer found that black Houstonites, compared to white Houstonites, were actually almost 25 percent less likely to be shot by police in such encounters. Fryer was quite explicit about the fact that his data were specific to Houston and more data are needed in order to understand whether police shootings are racially biased in other parts of the country.

Ross, a Ph.D. student, probably did not have an army of research assistants at his disposal, which may explain why he used Deadspin’s crowd-sourced U.S. Police-Shooting Database. This database has the lofty goal of tracking every police shooting in the U.S. by calling on everyday people to Google and log police shootings for every calendar day from 2011 to 2014. The idea is that this might eliminate inadvertent bias that plays out in how police reports are made, but of course, it also introduces all kinds of new biases, too, such as what the media chooses to report and how Google’s search algorithm prioritizes search results. Importantly, at the time of Ross’ analyses, only about half of the days had been searched, and out of the nearly 2,000 records, just over 700 contained enough location and race data to be useable for Ross’s analyses. Thus, while Fryer’s Houston police shooting dataset had painstakingly complete coverage (though only for a single city), Ross’ dataset was less thorough and reliable, though it did draw on reports from across the U.S.

Because the Deadspin dataset also only recorded media-reported shootings and not all police encounters in which shootings could have happened, Ross used Bayesian statistics to ask a different question from Fryer’s: “For people shot by the police, what is the relative likelihood that they are black versus white and armed versus unarmed?” According Ross’ analyses, people are three times more likely to be black, unarmed, and shot by police than they are to be white, unarmed, and shot by police. (This type of analysis yields risk ratios that compare relative probabilities rather than exact values.) For those who questioned how Philando Castile’s gun-carrying affected his risk of being shot, Ross finds that black Americans shot by police are 2.8 times more likely to be armed than unarmed. (White Americans shot by police are 3.3 times more likely to be armed than unarmed.)

It makes sense that Fryer’s study received more attention—its data were more comprehensive, and his team uniquely investigated a comparison group of nonshooting police encounters. But even though Ross’ study used a less reliable dataset, there still may be useful findings. For example, he was able to identify counties in which racial biases may be especially strong. (He specifically calls out Miami-Dade in Florida, Los Angeles, and New Orleans.) Applying Fryer’s method of thoroughly combing police reports to the cities Ross’ paper identified as being especially biased would be a smart way to proceed.

The most important takeaway here is to remember that each study is not a definitive reflection of the truth but an assessment of the data available to a researcher. The researchers know this. Fryer notes that his paper just “takes first steps into the treacherous terrain of understanding the extent of racial differences in police use of force,” and Ross writes that the Deadspin database is incomplete and needs thorough verification. Both authors agree on the need for more readily available and complete data on U.S. police shootings so that more research can be conducted.

Our current state of scattered record-keeping on police violence only allows researchers to extrapolate limited conclusions that come with many caveats. A comprehensive central database that tracks all instances of police shootings would allow researchers to draw more accurate conclusions. Until then, we have to remember that a conclusion is only as strong as the data it pulls from—and our data on this issue are weak.

Voir enfin:

Le FN, René Girard et la théorie du bouc émissaire Vincent Coussedière
18/12/2015

FIGAROVOX/TRIBUNE – Vincent Coussedière estime que le Front national est en passe de fracturer un système qui l’a érigé en bouc-émissaire.

Vincent Coussedière est agrégé de philosophie et auteur d’Éloge du populisme (Elya éditions).

Les «élites» françaises, sous l’inspiration et la domination intellectuelle de François Mitterrand, on voulu faire jouer au Front National depuis 30 ans, le rôle, non simplement du diable en politique, mais de l’Apocalypse. Le Front National représentait l’imminence et le danger de la fin des Temps. L’épée de Damoclès que se devait de neutraliser toute politique «républicaine».

Cet imaginaire de la fin, incarné dans l’anti-frontisme, arrive lui-même à sa fin. Pourquoi? Parce qu’il est devenu impossible de masquer aux français que la fin est désormais derrière nous. La fin est consommée, la France en pleine décomposition, et la république agonisante, d’avoir voulu devenir trop bonne fille de l’Empire multiculturel européen. Or tout le monde comprend bien qu’il n’a nullement été besoin du Front national pour cela. Plus rien ou presque n’est à sauver, et c’est pourquoi le Front national fait de moins en moins peur, même si, pour cette fois encore, la manœuvre du «front républicain», orchestrée par Manuel Valls, a été efficace sur les électeurs socialistes. Les Français ont compris que la fin qu’on faisait incarner au Front national ayant déjà eu lieu, il avait joué, comme rôle dans le dispositif du mensonge généralisé, celui du bouc émissaire, vers lequel on détourne la violence sociale, afin qu’elle ne détruise pas tout sur son passage. Remarquons que le Front national s’était volontiers prêté à ce dispositif aussi longtemps que cela lui profitait, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Le parti anti-système a besoin du système dans un premier temps pour se légitimer.

Nous approchons du point où la fonction de bouc émissaire, théorisée par René Girard (1) va être entièrement dévoilée et où la violence ne pourra plus se déchaîner vers une victime extérieure. Il faut bien mesurer le danger social d’une telle situation, et la haute probabilité de renversement qu’elle secrète: le moment approche pour ceux qui ont désigné la victime émissaire à la vindicte du peuple, de voir refluer sur eux, avec la vitesse et la violence d’un tsunami politique, la frustration sociale qu’ils avaient cherché à détourner.

Les élections régionales sont sans doute un des derniers avertissements en ce sens.

Les élites devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française.

Y-a-t-il une solution pour échapper à une telle issue? Avouons que cette responsabilité est celle des élites en place, ayant entonné depuis 30 ans le même refrain. A supposer cependant que nous voulions les sauver, nous pourrions leur donner le conseil suivant: leur seule possibilité de survivre serait d’anticiper la violence refluant sur elles en faisant le sacrifice de leur innocence. Elles devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Pour cela, elles devraient admettre de déconstruire la gigantesque hallucination collective produite autour du Front national, hallucination revenant aujourd’hui sous la forme inversée du Sauveur. Ce faisant, elles auraient tort de se priver au passage de souligner la participation du Front national au dispositif, ce dernier s’étant prêté de bonne grâce, sous la houlette du Père, à l’incarnation de la victime émissaire.

Il faut bien avouer que nos élites du PS comme de Les Républicains ne prennent pas ce chemin, démontrant soit qu’elles n’ont strictement rien compris à ce qui se passe dans ce pays depuis 30 ans, soit qu’elles l’ont au contraire trop bien compris, et ne peuvent plus en assumer le dévoilement, soit qu’elles espèrent encore prospérer ainsi. Il n’est pas sûr non plus que le Front national soit prêt à reconnaître sa participation au dispositif. Il y aurait intérêt pourtant pour pouvoir accéder un jour à la magistrature suprême. Car si un tel aveu pourrait lui faire perdre d’un côté son «aura» anti-système, elle pourrait lui permettre de l’autre, une alliance indispensable pour dépasser au deuxième tour des présidentielles le fameux «plafond de verre». Il semble au contraire après ces régionales que tout changera pour que rien ne change. Deux solutions qui ne modifient en rien le dispositif mais le durcissent au contraire se réaffirment.

La première solution, empruntée par le PS et désirée par une partie des Républicains, consiste à maintenir coûte que coûte le discours du front républicain en recherchant un dépassement du clivage gauche/droite. Une telle solution consiste à aller plus loin encore dans la désignation de la victime émissaire, et à s’exposer à un retournement encore plus dévastateur. Car le Front national aura un boulevard pour dévoiler qu’il a été la victime émissaire d’une situation catastrophique dont tout montre de manière de plus en plus éclatante qu’il n’y est strictement pour rien. En ce sens, si à court terme, la déclaration de Valls sur le Front national, fauteur de guerre civile, a semblé efficace, elle s’avérera sans doute à plus ou moins long terme, comme le stade ultime de l’utilisation du dispositif de la victime émissaire, avant que celui-ci ne s’écroule sur ses promoteurs mêmes. Car sans même parler des effets dévastateurs que pourrait avoir, a posteriori, un nouvel attentat, sur une telle déclaration, comment ne pas remarquer que les dernières décisions du gouvernement sur la lutte anti-terroriste ont donné rétrospectivement raison à certaines propositions du Front national? On voit mal alors comment on pourrait désormais lui faire porter le chapeau de ce dont il n’est pas responsable, tout en lui ôtant le mérite des solutions qu’il avait proposées, et qu’on n’a pas hésité à lui emprunter!

La deuxième solution, défendue par une partie de Les Républicains suivant en cela Nicolas Sarkozy, consiste à assumer des préoccupations communes avec le Front national, tout en cherchant à se démarquer un peu par les solutions proposées. Mais comment faire comprendre aux électeurs un tel changement de cap et éviter que ceux-ci ne préfèrent l’original à la copie? Comment les électeurs ne remarqueraient-ils pas que le Front national, lui, n’a pas changé de discours, et surtout, qu’il a précédé tout le monde, et a eu le mérite d’avoir raison avant les autres, puisque ceux-ci viennent maintenant sur son propre terrain? Comment d’autre part concilier une telle proximité avec un discours diabolisant le Front national et cherchant l’alliance au centre?

Curieuses élites, qui ne comprennent pas que la posture «républicaine», initiée par Mitterrand, menace désormais de revenir comme un boomerang les détruire. Christopher Lasch avait écrit La révolte des élites, pour pointer leur sécession d’avec le peuple, c’est aujourd’hui le suicide de celles-ci qu’il faudrait expliquer, dernière conséquence peut-être de cette sécession.

(1) René Girard: La violence et le sacré


Les émeutes raciales de Chicago: Attention, un racisme peut en cacher un autre (France gets long overdue translation of Sandburg’s 1919 Chicago race riot but still no answer as to why it managed to avoid for so long the anti-black racism it loves to denounce in the US)

7 juillet, 2016

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affiche-expo-coloniale-parisbal negreBanjoRedSummerChicago-race-riotChicago_Race_Riot_Walgreenschicago-race-riot-starts-red-summer-1919-old-newspaper-Slave-tableIf we must die, let it not be like hogs
Hunted and penned in an inglorious spot,
While round us bark the mad and hungry dogs,
Making their mock at our accursèd lot.
If we must die, O let us nobly die,
So that our precious blood may not be shed
In vain; then even the monsters we defy
Shall be constrained to honor us though dead!
O kinsmen! we must meet the common foe!
Though far outnumbered let us show us brave,
And for their thousand blows deal one death-blow!
What though before us lies the open grave?
Like men we’ll face the murderous, cowardly pack,
Pressed to the wall, dying, but fighting back!
If We Must Die (Claude McKay, 1922)
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Barack Hussein Obama
There is nothing more painful to me at this stage in my life than to walk down the street and hear footsteps and start thinking about robbery. Then look around and see somebody white and feel relieved. . . . After all we have been through. Just to think we can’t walk down our own streets, how humiliating. Jesse Jackson
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Les gens pensaient que parce que nous avions élu Obama, la société américaine était devenue post-raciale, que la couleur de la peau n’avait plus aucune importance. Avec l’affaire Trayvon Martin, nous assistons à un réveil et à une mobilisation.  Geraldine Thompson (historienne et représentante démocrate de l’Etat de Floride)
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Drame raciste aux Etats-Unis : les stars dénoncent le meurtre d’Alton Sterling Une vidéo d’une violence inouïe tourne sur la Toile depuis ce mardi 5 juillet. On y voit deux policiers de Bâton-Rouge, en Louisiane, brutalement interpeller un Afro-Américain, Alton Sterling, et lui tirer une balle dans la tête. Des images insoutenables qui ont choqué à travers la planète. En première ligne aux Etats-Unis : Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont réagi. Il y a quelques jours, le discours édifiant de Jesse Williams, acteur de la série « Grey’s Anatomy » avait fait un tollé aux États-Unis. Celui qui dénonçait sur la scène des BET Awards les bavures policières contre les Afro-Américains avait fini par être accusé de racisme anti-blanc. Une pétition demandait même son renvoi des écrans télé. Mardi 5 juillet, la donne avait déjà changé outre-Atlantique, alors que l’on apprenait que la police américaine avait fait sa 558ème victime aux États-Unis (source The Guardian). La victime s’appelle Alton Sterling, âgé de 37 ans, et c’est encore un Afro-Américain. Il a trouvé la mort après une altercation brutale avec les forces de l’ordre. La police avait été alertée sur place par un témoin qui avait assuré que cet homme portant un t-shirt rouge et vendant des CD devant un magasin, l’avait menacé avec une arme à feu. Une vidéo de la scène a été tournée et partagée sur la Toile, on y voit le suspect malmené par la police. Le suspect se débat pendant quelques secondes avant d’être mis à terre et qu’un policier n’ouvre le feu sur lui « à quatre ou six reprises » rapporte la presse. Un « lynchage légal » ont commenté de nombreux internautes horrifiés qui ont repris les mots dièses #AltonSterling et #BlackLivesMatter pour dire toute leur émotion et leur colère sur les réseaux sociaux. Parmi eux, Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont envoyé leurs prières et ont appelé à une réaction massive du grand public. Public.fr
The offender said, ‘I hate white people’ and threw a punch. There is no evidence either way about what the offender meant or whether . . . she holds or promotes an ideology which would explain why this assault was aimed at this victim. I am not satisfied beyond a reasonable doubt that this offence was, even in part, motivated by racial bias. Provincial court Judge Harry Van Harten (Calgary, Canada)
Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck. (…) La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe. (…) L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions. (…) La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. (…) J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main. Alain Finkielkraut
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain ». Géraldine Smith
Un jour j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. Joséphine Baker
La position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française. Georges Mauco (1945)
Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. (….) Afin d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans, de réduire nos taux absurdes de mortalité et de morbidité infantile et juvénile, d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française, un grand plan est tracé […] pour qu’à tout prix soit obtenu le résultat vital et sacré. Charles de Gaulle (3 mars 1945)
Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration. Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments. b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines. c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.  [Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.] d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux. Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables. Général de Gaulle (lettre à Pierre-Henri Teitgen, garde des Sceaux, 12 juin 1945 – sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle)
C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leur djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !  Ch. de Gaulle (Conversation rapportée par Alain Peyrefitte le 5 mars 1959 suite aux événements d’Algérie)
Marseille offrait cependant un charme barbare et international qui incarnait de façon étonnante le grand flux de la vie moderne. Peu étendue, avec une population manifestement trop nombreuse, porte de service de l’Europe, chargeant et déchargeant son commerce avec l’Orient et l’Afrique, port préféré des matelots en bordée sans permission, infestée de toute la racaille des pays méditerranéens, grouillante de guides, de putes, de maquereaux, repoussante et attirante dans son abjection aux longs crocs sous ses dehors pittoresques, cette ville semblait proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse de la vie moderne était le bordel. Claude McKay (Banjo)
Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut. Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… » Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable. Marianne (2015)
Banjo: A Story without a Plot was published by Claude McKay in 1929, between the World Wars. In the novel, McKay draws on his personal experiences living in France to depict dockworkers and drifters in the port town of Marseilles. The novel follows one group of “beach boys,” combining semi-autobiographical accounts of their pleasure-seeking lifestyle with their conversations about race relations and race politics, in France and abroad. The men in the novel represent various positions on race politics. Below are the four most prominent categories of positions in the novel—remember that each character nuances his views differently, and there are many distinctions to be made within these categories. (You might recognize some of the oppositions between these positions from later conflicts within the Civil Rights movement; they have some features in common with, for example, the political disagreements between Martin Luther King, Jr., and Malcolm X.) – Black Internationalism—This political culture linked blacks from around the world by connecting struggles against slavery, colonialism, and racism. Many of these connections are made in Banjo, like when Ray notes the similarities between the list of atrocities the French were committing in the colonies and the treatment endured by blacks in the United States. – Racial Assimilationism/Integrationism—During the early 20th century, assimilation was one possible answer to the question of how black people were to recover their full humanity: by being fully integrated into existing white society. Assimilation might include pursuing higher education and joining the professions, two things that were seen as allowing blacks to move out of their marginal position and into the respectable middle classes, as discussed in Banjo. – Black Nationalism—Opposed to assimilationists, black nationalists argued that black people should affirm and fight for their own culture and values, demanding their rights on their own terms rather than gaining a place in the existing system that had excluded them. W.E.B. Du Bois was associated with this position, which reflects the views of many of the characters in Banjo. – Black Separatism and Garveyism—These two positions are subsets of black nationalism that advocate the creation of essentially separate societies for black and white people. Whereas some black separatists thought that these two nations could be created within the United States, Marcus Garvey sought to bring blacks “Back to Africa,” a position represented in the novel by Taloufa. Berkeley university
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France n’a pas fait appel à ses territoires d’outre-mer, colonies et DOM confondus, pour combler son déficit de main-d’oeuvre bon marché. Pourquoi ? la réponse à cette question, rarement soulevée, est moins évidente qu’il n’y parait. Pour sa reconstruction, l’hexagone n’avait-il pas besoin de bras valides, de gens – de préférence francophones – taillables et corvéables ? dès lors pourquoi se priver de la « Force noire », qui venait de faire ses preuves sur le champ de bataille ? En raison d’un présupposé censément « naturel », d’un sous-entendu qui est alors au coeur des débat public sur l’immigration sans remonter à la surfacce explicite du discours: la question raciale. Quand le 3 mars 1945 devant l’Assemblée consultative, de Gaulle invoque « l’impératif migratoire », quand il précise qu’ « il faut introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française », il n’est pas dit mais entendu que ces « bons éléments » ne sauraient être des Africains ou des Antillais – des Noirs. Géraldine Faès et Stephen Smith
They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history. For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1. Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot. The Chicago Tribune
En avril 1919, les forces de police arrêtent un complot visant à l’envoi 36 bombes à des membres éminents de l’establishment américain politique et économique : JP Morgan, John D. Rockefeller, le juge de la Cour suprême Oliver Wendell Holmes ou encore le procureur général des États-Unis Alexander Mitchell Palmer. Le 2 juin 1919, dans sept villes du Nord-Est des États-Unis, huit bombes de fortes puissances ont explosé quasi simultanément à la même heure (une église catholique de Philadelphie étant la cible de deux bombes). L’un des objectifs était la maison, à Washington, D.C., du procureur général Palmer. L’explosion tue le poseur de bombe, qui sera la seule victime, et des témoignages confirment qu’il s’agit d’une organisation radicale d’origine italienne dont l’antenne américaine se trouverait à Philadelphie, mais l’affaire n’a jamais été résolue. C’est après, entre 1919 et 1921, que le procureur général lance les Palmer Raids. Des avocats notables dénoncent l’inconstitutionnalité de ces mesures, dont le futur juge à la Cour suprême Felix Frankfurter (notamment les quatrième, cinquième, sixième et huitième de la Constitution des États-Unis). Palmer perd de sa crédibilité lorsqu’il annonce qu’un risque de révolution est possible, le 1er mai 1920. Dès 1918, le président Woodrow Wilson avait fait pression sur le Congrès afin qu’il légifère contre les immigrés anarchistes (concrétisé par le Sedition Act of 1918 (en)) afin de protéger le moral du pays pendant la guerre. Le 1er septembre 1920, des bombes explosent à Wall Street, près de Federal Hall et de la Banque JP Morgan. Bien que deux anarchistes et des communistes soient soupçonnés d’être responsables de l’attentat,