Première conférence de presse de Joe Biden: Parce que je suis un mec sympa (What brave new world of alternative facts and post-truth as protected by a lapdog press, our puppet leaders exploit the migrants for money and power while the rest of us are supposed to celebrate having our countries turned upside down ?)

28 mars, 2021


The number of the beast is 666 (William Blake, 1805)

Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Lettre aux Galates 3: 28)
Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon. Elle exerçait toute l’autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête, dont la blessure mortelle avait été guérie. Elle opérait de grands prodiges, même jusqu’à faire descendre du feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes. Et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l’épée et qui vivait. Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués. Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front, et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom. C’est ici la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la bête. Car c’est un nombre d’homme, et son nombre est six cent soixante-six. Jean (Apocalypse 13: 11-18)
L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. Pascal (1670)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton (1908)
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Martin Luther King (1963)
C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Quand Freud est arrivé aux États-Unis, en voyant New York il a dit: « Je leur apporte la peste. » Il avait tort. Les Américains n’ont eu aucun mal à digérer une psychanalyse vite américanisée. Mais en 1966, nous avons vraiment apporté la peste avec Lacan et la déconstruction… du moins dans les universités! Au point que je me suis senti soudain aussi étranger à Johns Hopkins qu’à Avignon au milieu de mes amis post-surréalistes. Un an plus tard, la déconstruction était déjà à la mode. Cela me mettait mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle je suis parti pour Buffalo en 1968. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège: la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La glorification d’une race et le dénigrement corollaire d’une autre ou d’autres a toujours été et sera une recette de meurtre. Ceci est une loi absolue. Si on laisse quelqu’un subir un traitement particulièrement défavorable à un groupe quelconque d’individus en raison de leur race ou de leur couleur de peau, on ne saurait fixer de limites aux mauvais traitements dont ils seront l’objet et puisque la race entière a été condamnée pour des raisons mystérieuses il n’y a aucune raison pour ne pas essayer de la détruire dans son intégralité. C’est précisément ce que les nazis auraient voulu accomplir (…) J’ai beaucoup à cœur de voir les noirs conquérir leur liberté aux Etats Unis. Mais leur dignité et leur santé spirituelle me tiennent également à cœur et je me dois de m’opposer à toutes tentatives des noirs de faire à d’autres ce qu’on leur a fait. James Baldwin
You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. It is not God-based (some left-wing Christians’ and Jews’ claims notwithstanding), but otherwise it has every characteristic of a religion. The most blatant of those characteristics is dogma. People who believe in leftism have as many dogmas as the most fundamentalist Christian. One of them is material equality as the preeminent moral goal. Another is the villainy of corporations. The bigger the corporation, the greater the villainy. Thus, instead of the devil, the Left has Big Pharma, Big Tobacco, Big Oil, the “military-industrial complex,” and the like. Meanwhile, Big Labor, Big Trial Lawyers, and — of course — Big Government are left-wing angels. And why is that? Why, to be specific, does the Left fear big corporations but not big government? The answer is dogma — a belief system that transcends reason. No rational person can deny that big governments have caused almost all the great evils of the last century, arguably the bloodiest in history. Who killed the 20 to 30 million Soviet citizens in the Gulag Archipelago — big government or big business? Hint: There were no private businesses in the Soviet Union. Who deliberately caused 75 million Chinese to starve to death — big government or big business? Hint: See previous hint. Did Coca-Cola kill 5 million Ukrainians? Did Big Oil slaughter a quarter of the Cambodian population? Would there have been a Holocaust without the huge Nazi state? Whatever bad things big corporations have done is dwarfed by the monstrous crimes — the mass enslavement of people, the deprivation of the most basic human rights, not to mention the mass murder and torture and genocide — committed by big governments. (…) Religious Christians and Jews also have some irrational beliefs, but their irrationality is overwhelmingly confined to theological matters; and these theological irrationalities have no deleterious impact on religious Jews’ and Christians’ ability to see the world rationally and morally. Few religious Jews or Christians believe that big corporations are in any way analogous to big government in terms of evil done. And the few who do are leftists. That the Left demonizes Big Pharma, for instance, is an example of this dogmatism. America’s pharmaceutical companies have saved millions of lives, including millions of leftists’ lives. And I do not doubt that in order to increase profits they have not always played by the rules. But to demonize big pharmaceutical companies while lionizing big government, big labor unions, and big tort-law firms is to stand morality on its head. There is yet another reason to fear big government far more than big corporations. ExxonMobil has no police force, no IRS, no ability to arrest you, no ability to shut you up, and certainly no ability to kill you. ExxonMobil can’t knock on your door in the middle of the night and legally take you away. Apple Computer cannot take your money away without your consent, and it runs no prisons. The government does all of these things. Of course, the Left will respond that government also does good and that corporations and capitalists are, by their very nature, “greedy.” To which the rational response is that, of course, government also does good. But so do the vast majority of corporations, private citizens, church groups, and myriad voluntary associations. On the other hand, only big government can do anything approaching the monstrous evils of the last century. As for greed: Between hunger for money and hunger for power, the latter is incomparably more frightening. It is noteworthy that none of the twentieth century’s monsters — Lenin, Hitler, Stalin, Mao — were preoccupied with material gain. They loved power much more than money. And that is why the Left is much more frightening than the Right. It craves power.  Dennis Prager
Quand j’ai écrit mon livre, je suis retourné à Max Weber et à Alexis de Tocqueville, car tous deux avaient identifié l’importance fondamentale de l’anxiété spirituelle que nous éprouvons tous. Il me semble qu’à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, nous avons oublié la centralité de cette anxiété, de ces démons ou anges spirituels qui nous habitent. Ils nous gouvernent de manière profondément dangereuse. Norman Mailer a dit un jour que toute la sociologie américaine avait été un effort désespéré pour essayer de dire quelque chose sur l’Amérique que Tocqueville n’avait pas dit! C’est vrai! Tocqueville avait saisi l’importance du fait religieux et de la panoplie des Églises protestantes qui ont défini la nation américaine. Il a montré que malgré leur nombre innombrable et leurs querelles, elles étaient parvenues à s’unir pour être ce qu’il appelait joliment «le courant central des manières et de la morale». Quelles que soient les empoignades entre anglicans épiscopaliens et congrégationalistes, entre congrégationalistes et presbytériens, entre presbytériens et baptistes, les protestants se sont combinés pour donner une forme à nos vies: celle des mariages, des baptêmes et des funérailles ; des familles, et même de la politique, en cela même que le protestantisme ne cesse d’affirmer qu’il y a quelque chose de plus important que la politique. Ce modèle a perduré jusqu’au milieu des années 1960. (…) Pour moi, c’est avant tout le mouvement de l’Évangile social qui a gagné les Églises protestantes, qui est à la racine de l’effondrement. Dans mon livre, je consacre deux chapitres à Walter Rauschenbusch, la figure clé. Mais il faut comprendre que le déclin des Églises européennes a aussi joué. L’une des sources d’autorité des Églises américaines venait de l’influence de théologiens européens éminents comme Wolfhart Pannenberg ou l’ancien premier ministre néerlandais Abraham Kuyper, esprit d’une grande profondeur qui venait souvent à Princeton donner des conférences devant des milliers de participants! Mais ils n’ont pas été remplacés. Le résultat de tout cela, c’est que l’Église protestante américaine a connu un déclin catastrophique. En 1965, 50 % des Américains appartenaient à l’une des 8 Églises protestantes dominantes. Aujourd’hui, ce chiffre s’établit à 4 %! Cet effondrement est le changement sociologique le plus fondamental des 50 dernières années, mais personne n’en parle. Une partie de ces protestants ont migré vers les Églises chrétiennes évangéliques, qui dans les années 1970, sous Jimmy Carter, ont émergé comme force politique. On a vu également un nombre surprenant de conversions au catholicisme, surtout chez les intellectuels. Mais la majorité sont devenus ce que j’appelle dans mon livre des «post-protestants», ce qui nous amène au décryptage des événements d’aujourd’hui. Ces post-protestants se sont approprié une série de thèmes empruntés à l’Évangile social de Walter Rauschenbusch. Quand vous reprenez les péchés sociaux qu’il faut selon lui rejeter pour accéder à une forme de rédemption – l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe… vous retrouvez exactement les thèmes que brandissent les gens qui mettent aujourd’hui le feu à Portland et d’autres villes. Ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu! Quand je dis à mes étudiants qu’ils sont les héritiers de leurs grands-parents protestants, ils sont offensés. Mais ils ont exactement la même approche moralisatrice et le même sens exacerbé de leur importance, la même condescendance et le même sentiment de supériorité exaspérante et ridicule, que les protestants exprimaient notamment vis-à-vis des catholiques. (…) Mais ils ne le savent pas. En fait, l’état de l’Amérique a été toujours lié à l’état de la religion protestante. Les catholiques se sont fait une place mais le protestantisme a été le Mississippi qui a arrosé le pays. Et c’est toujours le cas! C’est juste que nous avons maintenant une Église du Christ sans le Christ. Cela veut dire qu’il n’y a pas de pardon possible. Dans la religion chrétienne, le péché originel est l’idée que vous êtes né coupable, que l’humanité hérite d’une tache qui corrompt nos désirs et nos actions. Mais le Christ paie les dettes du péché originel, nous en libérant. Si vous enlevez le Christ du tableau en revanche, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. Bien sûr, les jeunes radicaux n’utilisent pas le mot «péché originel». Mais ils utilisent exactement les termes qui s’y appliquent. (…) Ils parlent d’«une tache reçue en héritage» qui «infecte votre esprit». C’est une idée très dangereuse, que les Églises canalisaient autrefois. Mais aujourd’hui que cette idée s’est échappée de l’Église, elle a gagné la rue et vous avez des meutes de post-protestants qui parcourent Washington DC, en s’en prenant à des gens dans des restaurants pour exiger d’eux qu’ils lèvent le poing. Leur conviction que l’Amérique est intrinsèquement corrompue par l’esclavage et n’a réalisé que le Mal, n’est pas enracinée dans des faits que l’on pourrait discuter, elle relève de la croyance religieuse. On exclut ceux qui ne se soumettent pas. On dérive vers une vision apocalyptique du monde qui n’est plus équilibrée par rien d’autre. Cela peut donner la pire forme d’environnementalisme, par exemple, parce que toutes les autres dimensions sont disqualifiées au nom de «la fin du monde». C’est l’idée chrétienne de l’apocalypse, mais dégagée du christianisme. Il y a des douzaines d’exemples de religiosité visibles dans le comportement des protestataires: ils s’allongent par terre face au sol et gémissent, comme des prêtres que l’on consacre dans l’Église catholique. Ils ont organisé une cérémonie à Portland durant laquelle ils ont lavé les pieds de personnes noires pour montrer leur repentir pour la culpabilité blanche. Ils s’agenouillent. Tout cela sans savoir que c’est religieux! C’est religieux parce que l’humanité est religieuse. Il y a une faim spirituelle à l’intérieur de nous, qui se manifeste de différentes manières, y compris la violence! Ces gens veulent un monde qui ait un sens, et ils ne l’ont pas. (…) Le marxisme est une religion par analogie. Certes, il porte cette idée d’une nouvelle naissance. Certaines personnes voulaient des certitudes et ne les trouvant plus dans leurs Églises, ils sont allés vers le marxisme. Mais en Amérique, c’est différent, car tout est centré sur le protestantisme. Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, avec génie et insolence, prend Marx et le met cul par-dessus tête. Marx avait dit que le protestantisme avait émergé à la faveur de changements économiques. Weber dit l’inverse. Ce n’est pas l’économie qui a transformé la religion, c’est la religion qui a transformé l’économie. Le protestantisme nous a donné le capitalisme, pas l’inverse! Parce que les puritains devaient épargner de l’argent pour assurer leur salut. Le ressort principal n’était pas l’économie mais la faim spirituelle, ce sentiment beaucoup plus profond, selon Weber. Une faim spirituelle a mené les gens vers le marxisme, et c’est la même faim spirituelle qui fait qu’ils sont dans les rues d’Amérique aujourd’hui. (…) Mais je vois potentiellement une guerre civile à feu doux éclater si Trump gagne cette élection! Car les parties sont polarisées sur le plan spirituel. Si Trump gagne, pour les gens qui sont dans la rue, ce ne sera pas le triomphe des républicains, mais celui du mal. Rauschenbusch, dans son Évangile, dit que nous devons accomplir la rédemption de notre personnalité. Ces gens-là veulent être sûrs d’être de «bonnes personnes». Ils savent qu’ils sont de bonnes personnes s’ils sont opposés au racisme. Ils pensent être de bonnes personnes parce qu’ils sont opposés à la destruction de l’environnement. Ils veulent avoir la bonne «attitude», c’est la raison pour laquelle ceux qui n’ont pas la bonne attitude sont expulsés de leurs universités ou de leur travail pour des raisons dérisoires. Avant, on était exclu de l’Église, aujourd’hui, on est exclu de la vie publique… C’est pour cela que les gens qui soutiennent Trump, sont vus comme des «déplorables», comme disait Hillary Clinton, c’est-à-dire des gens qui ne peuvent être rachetés. Ils ont leur bible et leur fusil et ne suivent pas les commandements de la justice sociale. (…) Avant même que Trump ne surgisse, avec Sarah Palin, et même sous Reagan, on a vu émerger à droite le sentiment que tout ce que faisaient les républicains pour l’Amérique traditionnelle, c’était ralentir sa disparition. Il y avait une immense exaspération car toute cette Amérique avait le sentiment que son mode de vie était fondamentalement menacé par les démocrates. Reagan est arrivé et a dit: «Je vais m’y opposer». Et voilà que Trump arrive et dit à son tour qu’il va dire non à tout ça. Je déteste le fait que Trump occupe cet espace, parce qu’il est vulgaire et insupportable. Mais il est vrai que tous ceux qui s’étaient sentis marginalisés ont voté pour Trump parce qu’il s’est mis en travers de la route. C’est d’ailleurs ce que leur dit Trump: «Ils n’en ont pas après moi, mais après vous.» Il faut comprendre que l’idéologie «woke» de la justice sociale a pénétré les institutions américaines à un point incroyable. Je n’imagine pas qu’un professeur ayant une chaire à la Sorbonne soit forcé d’assister à des classes obligatoires organisées pour le corps professoral sur leur «culpabilité blanche», et enseignées par des gens qui viennent à peine de finir le collège. Mais c’est la réalité des universités américaines. Un sondage récent a montré que la majorité des professeurs d’université ne disent rien. Ils abandonnent plutôt toute mention de tout sujet controversé. Pourtant, des études ont montré que la foule des vigies de Twitter qui obtient la tête des professeurs excommuniés, remplirait à peine la moitié d’un terrain de football universitaire! Il y a un manque de courage. (…) La France a fait beaucoup de choses bonnes et glorieuses pour faire avancer la civilisation, mais elle a fait du mal. Si on croit au projet historique français, on peut démêler le bien du mal. Mais mes étudiants, et tous ces post-protestants dont je vous parle, sont absolument convaincus que tous les gens qui ont précédé, étaient stupides et sans doute maléfiques. Ils ne croient plus au projet historique américain. Ils sont contre les «affinités électives» qui, selon Weber, nous ont donné la modernité: la science, le capitalisme, l’État-nation. Si la théorie de la physique de Newton, Principia, est un manuel de viol, comme l’a dit une universitaire féministe, si sa physique est l’invention d’un moyen de violer le monde, cela veut dire que la science est mauvaise. Si vous êtes soupçonneux de la science, du capitalisme, du protestantisme, si vous rejetez tous les moteurs de la modernité la seule chose qui reste, ce sont les péchés qui nous ont menés là où nous sommes. Pour sûr, nous en avons commis. Mais si on ne voit pas que ça, il n’y a plus d’échappatoire, plus de projet. Ce qui passe aujourd’hui est différent de 1968 en France, quand la remise en cause a finalement été absorbée dans quelque chose de plus large. Le mouvement actuel ne peut être absorbé car il vise à défaire les États-Unis dans ses fondements: l’État-nation, le capitalisme et la religion protestante. Mais comme les États-Unis n’ont pas d’histoire prémoderne, nous ne pouvons absorber un mouvement vraiment antimoderne. (…) Il y a une phrase de Heidegger qui dit que «seulement un Dieu pourrait nous sauver»! On a le sentiment qu’on est aux prémices d’une apocalypse, d’une guerre civile, d’une grande destruction de la modernité. Est-ce à cause de la trahison des clercs? Pour moi, l’incapacité des vieux libéraux à faire rempart contre les jeunes radicaux, est aujourd’hui le grand danger. Quand j’ai vu que de jeunes journalistes du New York Times avaient menacé de partir, parce qu’un responsable éditorial avait publié une tribune d’un sénateur américain qui leur déplaisait, j’ai été stupéfait. Je suis assez vieux pour savoir que dans le passé, la direction aurait immédiatement dit à ces jeunes journalistes de prendre la porte s’ils n’étaient pas contents. Mais ce qui s’est passé, c’est que le rédacteur en chef a été limogé. Joseph Bottum
On s’attendait à ce qu’avec le gouvernement du président Biden, il y ait un meilleur traitement des migrants. Et cela a poussé les migrants d’Amérique centrale, et aussi de notre pays, à vouloir traverser la frontière en pensant que c’était plus facile de le faire. Andrés Manuel López Obrador (président mexicain)
S’il y a une reprise aux États-Unis, il est plus facile d’y aller et de trouver du travail. Beaucoup avaient peur de Trump et la plupart ne voulaient pas essayer de traverser la frontière. Mais maintenant, nombreux sont ceux qui envisagent d’émigrer aux États-Unis. Adrián Cahun
Je suppose que je devrais être flatté que les gens viennent parce que je suis un mec sympa; c’est la raison pour laquelle cela arrive – que je suis un homme honnête ou quelle que soit sa formulation. C’est – vous savez, c’est pourquoi ils viennent, parce qu’ils savent que Biden est un bon gars. La vérité est que rien n’a changé. Comme beaucoup de gens sont venus – 28 pour cent d’augmentation du nombre d’enfants à la frontière dans mon administration; 31% au cours de la dernière année de – en 2019, avant la pandémie, dans l’administration Trump. Chaque année, il y a une augmentation importante des arrivées à la frontière pendant les mois d’hiver de janvier, février et mars. Cela arrive chaque année. En plus de cela, il y a un – et personne – et, au fait, est-ce que quelqu’un suggère qu’il y a eu une augmentation de 31% sous Trump parce qu’il était un gars sympa et qu’il faisait de bonnes choses à la frontière? Ce n’est pas la raison pour laquelle ils viennent. La raison pour laquelle ils viennent est que c’est le moment où ils ont le moins de chances de mourir de chaleur dans le désert. Joe Biden
C’est juste un monde différent. C’est triste de les voir ainsi lui servir les questions. C’est des questions faciles. Et son entourage prêt à lui arracher le micro si quelqu’un commençait à se montrer un peu désobligeant. Tout ça est ridicule.[Sur la capitale américaine après le 6 janvier devenue une forteresse avec barbelés] Je pense que c’est honteux – il semble que le monde regarde – absolument, c’est une manœuvre politique qu’ils font. Il y avait zéro menace depuis le début , il n’y avait aucune menace. Ecoutez – ils sont entrés, ils n’auraient pas dû le faire. Certains d’entre eux sont entrés et ils embrassent la police et les gardes. Ils avaient une excellente relation. Et pour beaucoup d’entre eux, on les a laissé rentrer sans problème et puis ils sont entrés et ils sont sortis. Ils persécutent beaucoup de ces gens. Et certains d’entre eux devraient être punis, mais quand je regarde les antifas à Washington même, ce qu’ils ont fait à Washington et ce qu’ils ont fait dans d’autres endroits et la destruction et franchement les meurtres et le passage à tabac des gens … pourquoi ils ne s’en prennent pas aux antifas ? (…) [sur HR1] Ils essaient d’obtenir quelque chose sans pièce d’identité pour voter, pas de vérification de signature, on envoie tous les bulletins de vote qu’on peut. Vous n’aurez plus jamais une élection équitable dans ce pays. Comme pour les dernières élections, c’était honteux. C’était une élection du tiers-monde. (…) Il y a beaucoup de choses qui se sont passées que les législatures n’ont pas approuvé. Notre Cour suprême devrait avoir honte. En vertu de la Constitution, tout ce qu’ils ont fait aurait dû être approuvé par les législatures. Donald Trump
Les Américains ont eu un mérite dès l’été 2020, ils ont dit : « On met le paquet et on y va. » Et donc ils ont plus. Ils ont eu plus d’ambition que nous. Et le quoi qu’il en coûte qu’on a appliqué pour les mesures d’accompagnement, eux l’ont appliqué pour les vaccins et la recherche. Nous, on n’a pas été assez vite, assez fort là-dessus. C’est tout à fait vrai et on a pensé que le vaccin mettrait du temps à décoller. (…) Et donc on a sans doute moins rêvé aux étoiles que certains autres. Et je pense que ça doit être une leçon pour nous-mêmes. On a eu tort de manquer d’ambition, j’allais dire de folie, de dire : « C’est possible et on y va. » On est trop rationnel peut-être. Emmanuel Macron
Écoutez, vous avez un ancien président Trump, qui est raciste, sexiste, homophobe, xénophobe, menteur pathologique, autoritaire, quelqu’un qui ne croit pas à l’état de droit. Il est vraiment dangereux. Mais si vous me demandez si je me sens particulièrement à l’aise que le président, à ce moment-là, des États-Unis, ne puisse exprimer son point de vue sur Twitter ? Je ne me sens pas à l’aise à ce sujet. Maintenant, je n’ai pas la réponse. Vous voulez que les discours de haine et les théories du complot circulent dans tout le pays ? Non. Vous voulez qu’Internet soit utilisé à des fins autoritaires et insurrectionnelles, si vous voulez? Non, bien sûr. Alors, comment trouver le bon équilibre ? Je ne sais pas, mais c’est une question à laquelle nous devons réfléchir.  Parce que s’il y a quelqu’un qu pense qu’hier, c’est Donald Trump qui a été interdit, demain, ça pourrait être quelqu’un d’autre qui a un point de vue très différent et je n’aime donc pas donner autant de pouvoir à une poignée de personnes de la high tech, mais le diable est évidemment dans les détails et c’est quelque chose sur laquelle nous allons devoir réfléchir longuement, et c’est ainsi que vous préservez les droits du premier amendement sans faire basculer ce pays dans une mentalité de mensonge et les théories du complot. Bernie Sanders
Les Américains méritent la vérité sur ce qui se passe à la frontière et ils méritent également une évaluation lucide de l’administration Biden sur la façon dont ils vont gérer cela à l’avenir. Mais les événements d’aujourd’hui ont confirmé que l’équipe Biden ne nous dira jamais la vérité sur la frontière et que le flux humain massif entrant dans notre pays ne s’arrêtera pas tant que les Républicains n’auront pas battu les Démocrates à plate couture en 2022. Juste parce que le pauvre Joe Biden perd le fil de ses pensées, ne pensez pas une seconde que les gens qui tirent ses ficelles ne savent pas ce qu’ils font, ils le savent. Ils ont l’intention d’inonder ce pays d’autant de travailleurs à bas salaires et de futurs électeurs démocrates qu’ils le peuvent, et aussi vite que possible. Les Démocrates, tout comme les cartels, exploitent les migrants pour l’argent et le pouvoir. Quant au reste d’entre nous, nous sommes simplement censés nous réjouir du fait que notre pays soit complètement déstabilisé. Laura Ingraham
The president so far has surprised some of his former colleagues and allies with a largely gaffe-free White House debut after a lifetime of verbal stumbles. Politico
It’s early, but not too early to give Politico the scoop-of-the-year award for this: “The president so far has surprised some of his former colleagues and allies with a largely gaffe-free White House debut after a lifetime of verbal stumbles.” The hoops you have to jump through — and with your eyes closed! — to reach a sweeping conclusion like that is what makes it award-winning. First, you must, at least temporarily, steel your mind to reject any contrary facts, including that President Biden has not held a press conference, meaning the chance for gaffes and inanities is basically zero because he always gets to read from a TelePrompter. You also have to overlook the fact that he is only slightly more willing to agree to interview requests, which also reduces his chances to screw up. Finally, you have to pretend that he didn’t commit the many gaffes he committed when he did venture to talk with the media. Other than that, good job. That’s how you win the big prizes in Washington. Only later, in an on-the-other-hand sequence, do the Politico writers admit the contradictions that obliterate their opening. The most notable is that they point out that after Biden’s lone interview since taking office, with CBS, the White House “had to clarify his comments on whether Trump would receive intelligence briefings, the fate of the $15 minimum wage, and what Iran needed to do in negotiations surrounding the country’s nuclear program.” No wonder he’s hiding — three major “clarifications” after one interview is a good reason not to do another. But hey, no gaffes, no worries. The story is in some ways typical of the big picture that shows, now that Donald Trump is gone, the media are free to return to trivial pursuits to protect their chosen president. For four years, we were assured that journalism was about saving American democracy. Now journalism is about … nothing. That might be reasonable if there were nothing to cover. But the willful blindness illustrates how most of the Washington press corps has put aside the brass knuckles it used on Trump and taken out the pom-poms to cheerlead for another Democrat in the White House. If they were serious about covering Biden seriously, the media would examine the elephant in the room instead of just mentioning it. Why exactly isn’t the president of the United States available for questions? After all, he just signed one of the largest stimulus bills in history, a $1.9 trillion monster that throws money around like a tooth fairy on a drunken binge. It did not get a single GOP vote in either house despite Biden’s claims he wants bipartisanship. (…) Ten Republican senators got the brushoff when they offered to work with him, and then were insulted by the White House. Does he regret that? (…) The stimulus supporters are making wild claims for what it will achieve, saying it will reduce poverty by a third this year and ultimately cut child poverty in half. Can Biden explain and defend those claims, which seem preposterous on their face? Then there’s the border crisis, which is causing Biden’s team to do mental gymnastics to avoid admitting it’s a crisis. Trump had faced similar problems, but a series of measures, including agreements with Mexico and other nations, finally helped stem the tide of caravans. Biden intentionally broke those agreements and effectively invited all of Central America to come on in. A fair and functioning media would demand to hear the president himself discuss the disaster he created, which has put thousands of unaccompanied children in overcrowded custody facilities. Naturally, the press doesn’t bewail the lockdowns as “kids in cages” as they did with Trump. How about the Mideast — what are Biden’s plans? He wants a new deal with Iran and as a sweetener, removed the terrorist designation Trump slapped on the Houthis, an Iranian proxy group attacking Saudi Arabia from Yemen. The Houthis responded with even more sophisticated missile attacks on Saudi oil installations. And who knows what happened to the Hunter Biden story? This is, after all, the president’s son and the FBI has admitted he is a subject in an ongoing criminal tax case, and maybe more. [or] whether there is any reason to be concerned about Biden’s mental acuity. The fact that he’s been largely invisible tells me there is. To deny that is to glibly assume that everything is fine with a 78-year-old man who is obviously not as sharp as he was just a few years ago and who is being hidden from the public in ways that are unprecedented, especially at the start of a new administration. With its timid acquiescence, the media has participated by treating the president’s absence as no big deal. It is a big deal. A very big deal. Michael Goodwin
Three big things stood out in President Biden’s first press conference. 1. The leader of the free world is often lost at sea and says many things that are blatantly false. 2. The media is in the tank and cannot be trusted to hold him accountable. 3. Because of Nos. 1 and 2, America is headed for serious trouble. For this sickening spectacle we had to wait 64 days? Still, the event was meaningful in one distressing way. Now we know beyond all doubt there is no way to deny the terrifying truth. This was Biden’s coming out party, and the nation faces a mess that will only grow worse with time. The man who campaigned on unity is hell-bent on permanent polarization, meaning cancel culture and the supercharged racial climate are here to stay. Biden gave license to the worst instincts on the left with his repeated sneering references to all Republicans and especially Donald Trump. At one point, he actually accused Trump of letting immigrant children “starve to death on the other side” of the Mexican border. He said it in a room full of 30 supposed journalists and not a single one challenged him or even asked whether he meant it literally. In fact, not a single one challenged him on any of his falsehoods. Nor did anyone ask him why he read from prepared talking points during answers to three questions on foreign policy. No recent president has felt the need to do that. There also were moments when he talked himself into dead ends, yet there were no questions about when he would release the health reports he’s been hiding. Regarding his agenda, a report that Biden sees himself as the new FDR gives credence to the idea that he’s all in for every big, crazy idea left-wing Dems can cook up. The Green New Deal, open borders, removing voting safeguards, endless tax hikes, statehood for DC — they’re all on track and bound for glory. The only obstacle is the Senate filibuster, which requires 60 votes to pass legislation, but Biden left no doubt he would be willing to do away with it. (…) The facts of illegal immigration are fairly simple. Trump campaigned on the issue and after false starts and despite unified Democratic opposition, eventually stitched together a series of policies and actions that stemmed the tide. He built large sections of wall, deported criminal aliens and struck an agreement with Mexico that those making asylum claims would have to wait in Mexico. It is also a fact that Biden blew up each of those pillars, yet now claims he inherited a mess. Strangely, he also insisted that the numbers surging now “happens every single, solitary year. Nothing has changed.” He’s either misinformed or lying. Record numbers of arrivals are being reported daily, and NBC recently called the crossings the highest in 20 years. Again, Biden was not challenged. The final proof that the press has abdicated its role was clinched when the president refused to say when he would allow more media access to the border detention facilities. He said it would have to wait until his team got its new programs working. If Trump had said that, the sky would have fallen and democracy would be declared dead. But when Biden says it, the media rolls over. So add transparency to the list of things that don’t matter anymore. Michael Goodwin
HR1 regroupe dans un projet de loi de 791 pages toutes les mauvaises idées en matière d’organisation des élections qui ont fait de l’élection de 2020 un tel désastre, et inclut tous les plus ‘grands succès’ de 2020: l’envoi massif de bulletins de vote par correspondance, l’acceptation de bulletins de vote par correspondance reçus sans cachet de la poste, l’acceptation de bulletins de vote arrivant tardivement, la possibilité de voter dans des circonscriptions où vous ne vivez pas.  Il contient tellement de mauvaises idées qu’aucune publication ne dispose d’un espace satisfaisant pour les couvrir toutes. Le projet de loi d’accompagnement du Sénat, S.1, pourrait être encore pire. Ces projets de loi réorganisent les relations entre les États et le gouvernement fédéral. La Constitution suppose que les États réglementent leurs propres élections, mais la Constitution ajoute un gros «mais» dans ce qu’on appelle la clause électorale. La Constitution dit, « mais le Congrès peut à tout moment par la loi établir ou modifier de tels règlements. » Pendant plus de 200 ans, le Congrès a rarement utilisé ce pouvoir. Après tout, le pouvoir a été mis dans la Constitution uniquement pour empêcher les États d’étouffer le gouvernement fédéral en ne tenant jamais d’élections fédérales. Ne présumez pas que les projets de loi vont s’enliser toutes seules au cours du processus. On les a nommés H.R.1 et S.1 pour une raison. Les projets de loi sont la priorité absolue des Démocrates nouvellement habilités au Congrès. Insatisfait de l’efficacité du dernier mandat fédéral – la loi sur les électeurs automobiles de 1993 – H.R.1 fait fi de l’idée qu’un Américain devrait explicitement s’inscrire pour voter. En 2020, des États tels que le Nevada et le New Jersey ont envoyé des bulletins de vote par courrier à toute personne inscrite sur leurs listes d’inscription malgré des listes électorales pleines d’erreurs. La Public Interest Legal Foundation a documenté des milliers d’inscriptions non éligibles dans le seul Nevada qui ont reçu des bulletins de vote par correspondance. Certains ont été envoyés dans des terrains vagues, des mines abandonnées, des casinos et même des magasins d’alcools. Les États seraient également bloqués par H.R.1 des procédures de vérification de signature. H.R.1 truque le système pour toute action en justice contestant la constitutionnalité de la loi. Toutes les poursuites ne pourraient être déposées que devant un seul tribunal – le tribunal fédéral du district de Columbia. Et toute opposition devraiit être regroupée en un seul mémoire, un seul avocat étant en mesure d’en faire valoir le bien-fondé. Il accorde également une intervention automatique à tout législateur qui souhaite se joindre à la lutte contre la seule opposition. Il interdit aux États de procéder à la mise à jour des listes sur les listes électorales. Cela signifie que le bois mort et les enregistrements obsolètes s’empileraient. (…) L’enregistrement automatique universel des électeurs est, depuis des années, une priorité absolue de la gauche institutionnelle. En fait, H.R.1 supprimerait l’inscription réelle des électeurs et ferait plutôt des listes électorales simplement une copie de toute personne déjà inscrite sur une liste gouvernementale – comme les bénéficiaires de l’aide sociale et d’autres bénéficiaires des services sociaux. Les projets de loi s’étendraient bien au-delà des entités fédérales telles que l’Administration de la sécurité sociale, le ministère de la Défense, des douanes et de l’immigration et des éléments de la santé et des services sociaux. Naturellement, une base de données fédérale géante servirait de foyer à cette liste de personnes qui devraient être automatiquement inscrites pour voter, qu’elles le sachent ou non. Imaginez le nombre de bases de données gouvernementales dans lesquelles vos informations sont contenues. Vos noms et adresses correspondent-ils tous? La sécurité sociale sait-elle que vous avez quitté votre état de naissance? Vos noms de mariée et de jeune fille sont-ils différents? Avez-vous obtenu un permis de conduire avant d’obtenir la citoyenneté américaine? Vous pouvez voir les pièges. Une personne serait «inscrite» pour voter plusieurs fois, avec une légère variation dans les noms, et peut-être une plus grande variation dans les adresses de résidence. Faciliter l’inscription électorale grâce à l’inscription automatique à partir de listes gouvernementales peut sembler attrayant, jusqu’à ce que vous envisagiez le désastre du vote automatique universel comme nous l’avons vu en 2020. HR1 et S.1 obligeraient les États à systémtiser les bulletins de vote dans le courrier. Cela créerait du mou dans le système électoral. Les élections décentralisées par courrier introduisent une erreur en raison de listes remplies d’erreurs. Les bulletins de vote par la poste retardent les résultats, créent de l’incertitude et repoussent les élections dans les cuisines et les chambres à coucher où les responsables électoraux ne peuvent observer le processus de vote et ne peuvent protéger l’électeur de la coercition. H.R.1 prend les pires changements de règles d’urgence absolus de 2020 et les consacre en tant que loi fédérale. Finies les exigences relatives aux témoins d’État et aux notaires lors du processus de demande de vote par correspondance. Les États ne peuvent pas non plus édicter d’exigences d’identification de «quelque forme que ce soit» pour ceux qui demandent un bulletin. Cela signifie qu’il n’y a plus d’identification des électeurs en vertu de la loi fédérale. Pire encore, le projet de loi de 791 pages criminalise également (…) quiconque utilise les lois de contestation des États pour remettre en question l’éligibilité des inscrits. La peine peut aller jusqu’à un an de prison par exemple. Il interdit aux États de procéder à la mise à jour des listes électorales. Cela signifie que le bois mort et les enregistrements obsolètes vont s’empiler. (…) Et au cas où il n’était pas clair que HR1 prétendait démanteler le pouvoir de chaque État de tenir ses propres élections, le projet de loi indique clairement: (…) les lois de l’État qui ont le pouvoir constitutionnel de déterminer l’éligibilité au vote de ses résidents, seront soumis à une norme uniforme fédérale. Ce n’est pas tout. Dans tout le pays, les États devront accepter les bulletins de vote par correspondance plus de 10 jours après le jour du scrutin. Les États seront autorisés à ajouter du temps supplémentaire. Plus de jour d’élection. Ce sera la saison des élections, avec un mois de vote anticipé et des semaines de bulletins de vote arrivant et dépouillés. Et bien sûr, la collecte illimitée des bulletins de vote – l’aide d’un tiers pour remplir et rassembler les bulletins de vote, puis les déposer dans un bureau de vote ou un autre bureau désigné – est garantie. La désinformation, les manifestations, les émeutes et même la violence ont tous été des symptômes du traumatisme de 2020. Les groupes d’activistes et les responsables complices en 2020 ont transformé les tribunaux en armes pour transformer les lois de l’État en procédures électorales favorables à un parti en particulier. H.R.1 finirait le travail et fédéraliserait les politiques et les procédures électorales qui ont fait de 2020 un tel gâchis. (…) Il y a un mandat fédéral, adopté au 19e siècle, pour avoir un seul jour d’élection. Les bureaucrates de Washington chargés de faire appliquer cette loi ignorent cette loi. Les mandats fédéraux sont un cliquet politique à sens unique. Ils aident toujours un seul parti politique. La nation a déjà vu cette ligne de pensée. Comme Obamacare avant lui, H.R.1 fait passer notre République fédéraliste à un autre nouveau meilleur des systèmes qui prétend corriger des générations de torts structurels, tout en renforçant en même temps d’autres torts. Unifier les expériences américaines telles que se rassembler pour voter lors d’un seul jour d’élection, régi par des règles adoptées par les législateurs des États, eh bien, aux auteurs de H.R.1, c’est tout simplement démodé. J. Christian Adams
Joe Biden (…) descendant de migrants irlandais catholiques [et Kamala Harris] fille d’un père jamaïcain et d’une mère indienne (…) ont incarné le camp des minorités américaines, marquant une rupture nette avec le mandat de Donald Trump, accusé par certains démocrates d’être le président des suprémacistes blancs. Le plan a fonctionné, Joe Biden et Kamala Harris ont été élus à la Maison-Blanche. Les Noirs américains ont voté pour eux à près de 90 %, les latinos à plus de 65 % et les Asiatiques à 63 %. Ils ont su s’en souvenir au moment de nommer leurs conseillers et les membres du gouvernement. Le Sénat, qui doit confirmer un à un les membres de la future équipe du président, n’aura jamais vu passer autant de candidats issus de minorités. Une ministre de l’Intérieur amérindienne, un ministre de la Défense noir, un patron de la Sécurité intérieure d’origine cubaine, un ministre des Transports homosexuel, une sous-secrétaire à la Santé transgenre… Chaque minorité à son représentant dans cette administration arc-en-ciel, symbole du creuset américain, de sa diversité et de sa richesse. Mais à vouloir servir tout le monde, on en oublie forcément quelques-uns. À tort ou à raison, les AAPI se sentent lésés. Derrière ce sigle sont regroupés les Américains ayant des origines asiatiques ou venant des îles du Pacifique (Asian Americans/Pacific Islanders). (…) Victimes de préjugés raciaux, les Asio-Américains estiment qu’ils sont mal représentés dans les sphères du pouvoir, en particulier dans le gouvernement Biden. C’est la sénatrice de l’Illinois Tammy Duckworth, d’origine thaïlandaise, qui porte leur combat à Washington, bientôt rejointe par sa collègue de Hawaï, Mazie Hirono. Elles ont signifié à l’establishment démocrate leur refus de voter en faveur de tout nouveau prétendant qui ne serait pas asiatique. De quoi bloquer le processus de nomination au Sénat, puisque la chambre haute du Congrès est plus divisée que jamais depuis les élections de novembre 2020. Elle compte 50 élus démocrates et 50 républicains. Le camp Biden a besoin de faire le plein à chaque fois qu’il veut faire passer une loi ou qu’il souhaite faire valider la nomination d’un officiel. Quand la Maison-Blanche fait valoir aux deux sénatrices que la vice-présidente Kamala Harris est d’origine indienne par sa mère, leur réponse est cinglante. « C’est insultant ! Diraient-ils aux Afro-Américains que Kamala Harris est noire et qu’il n’y a pas besoin d’autres Afro-Américains au sein de l’administration ? » Elles tiennent bon et leur chantage va fonctionner. (…) Sur les 23 membres désignés du cabinet Biden – tous ne sont pas encore confirmés – un seul est d’origine asiatique à ce jour : Katherine Tai, représentante au Commerce, qui a grandi à Taïwan et dont les deux parents sont chinois. Un sur 23, soit environ 4,5 % du cabinet, un nombre assez proche des 5,5 % que les Asiatiques pèsent au sein de la population américaine. Insuffisant pour les leaders d’AAPI. Mais en nommant un nouveau membre d’origine asiatique, le président américain fera passer cette proportion à 18 %… Quelle autre minorité montera alors au créneau en s’estimant sous-représentée ? S’ils permettent de conforter chaque groupe, ces arrangements font peser un soupçon sur l’équipe Biden. Serait-elle davantage un casting politiquement correct qu’une équipe recrutée pour ses compétences ? Ironie de l’histoire, les Asio-Américains comptaient encore récemment sur une porte-drapeau dans l’équipe Biden. Neera Tanden, née de parents indiens, avait été désignée pour occuper la fonction importante de ministre du Budget. Mais d’anciens tweets polémiques retrouvés par la presse ont eu raison de sa candidature. Preuve qu’outre les origines ethniques, les opinions politiques comptent encore en Amérique. Julien Peyron
20 janvier 2021. Joe Biden prête serment et devient 46ème président des États-Unis. La scène est quasiment dépourvue de toute présence humaine. Les rues de Washington DC sont vides. Les habitants de la ville avaient été exhortés à rester chez eux et ceux du reste du pays s’étaient vus demander de ne pas venir. La ville est placée sous la protection de 25.000 membres de la Garde nationale, lourdement armés. De hautes barrières surmontées de barbelés entourent la zone du Capitole. Dans les rues que doit emprunter le défilé inaugural, des barrières séparent les trottoirs de la chaussée. Les seules personnes visibles le long des rues sont des hommes en uniforme portant des fusils. Un jour qui est en général un jour de fête aux États-Unis est, cette année, étrange et triste. L’explication donnée par les responsables de la ville et le FBI est qu’il y avait un risque de perturbation grave. Des inaugurations précédentes ont connu des risques de perturbation, mais la ville n’avait pas été mise en état de siège. Le 20 janvier 2017, lors de l’inauguration du président Donald J.Trump, des manifestants hostiles étaient venus à Washington DC, et avaient brûlé des voitures et brisé des vitres. La police avait protégé la cérémonie, sans barbelés ni soldats. Des centaines de milliers de personnes avaient pu venir applaudir le nouveau président. Le 6 janvier, répondant aux appels du président Trump, une foule immense s’était rassemblée à l’emplacement appelé l’Ellipse, près de la Maison Blanche. Ceux venus écouter le discours de Trump l’avaient fait, puis étaient rentrés chez eux. Pendant que Trump parlait, des milliers de personnes étaient devant le Capitole, à 30 minutes à pied de ceux venus écouter Trump, et un groupe de gens bien organisés a brisé des fenêtres du bâtiment et y est entré. Il n’y a eu aucun saccage, et juste le vol de quelques objets. Une femme non armée a été tuée d’une balle dans la tête par un policier. Deux manifestants sont morts de crises cardiaques. Une personne est tombée au sol et a été piétinée. Un membre de la police du Capitole est décédé le lendemain, apparemment victime d’un accident vasculaire cérébral. Bien que l’incident ait été grave, il n’a ressemblé en rien aux scènes de pillage, aux incendies criminels et aux violences extrêmes qui ont eu lieu dans de nombreuses grandes villes du pays pendant l’été. La différence a été que ce qui s’est passé a touché de près la classe politique. L’incident a été unanimement condamné, y compris par Trump. Ceux qui étaient venus écouter Trump et ceux qui ont perpétré l’incident n’étaient pas les mêmes. Les premiers avaient exercé leurs droits constitutionnels de libre réunion; les seconds avaient commis des actes criminels. La police aurait pu procéder à des arrestations et la justice aurait pu être rendue. La page aurait été tournée. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Des incursions dans le Capitole ont eu lieu plusieurs fois dans le passé: le 1er mars 1954, des Américains d’origine portoricaine avaient tiré à l’arme à feu au sein du bâtiment, et blessé cinq membres du Congrès; le 1er mars 1971, des membres du mouvement radical Weather Underground y avaient placé une bombe ; le 7 novembre 1983, les membres d’un groupe se faisant appeler « l’unité de résistance armée » avaient également placé une bombe dans le bâtiment; le 6 octobre 2018, des personnes étaient venues protester contre le vote de confirmation du juge à la Cour suprême Brett Kavanaugh. Semblant ignorer tout cela, le 7 janvier, Joe Biden a décrit ce qui s’était passé la veille comme une « attaque » très grave et sans précédent: « Ce dont nous avons été témoins hier n’était pas un acte de désaccord. Ce n’était pas un acte de désordre. Ce n’était pas un acte de protestation. C’était un acte de chaos. Ceux qui étaient là n’étaient pas des manifestants. Ne les appelez pas manifestants. C’était une émeute. Une insurrection. Un acte de terrorisme intérieur. C’est fondamental, c’est aussi simple que cela.  » Les grands médias américains ont parlé d’une attaque contre la « citadelle de la démocratie » et du signal d’une « volonté de renverser la république ». Les partisans de Trump – dans leur ensemble – ont été décrits comme des personnes dangereuses. La contestation du résultat des élections du 3 novembre par Trump était déjà présentée depuis des semaines comme une tentative d’inverser le résultat d’une élection parfaitement valide et comme relevant du « grand mensonge ». L’incident a été décrit comme la « transformation des Etats-Unis en une zone de guerre ». Le 8 janvier, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, après avoir demandé au Président Trump de quitter « immédiatement et volontairement » ses fonctions avant l’investiture du président élu Biden, a lancé une procédure de destitution à son encontre. Insinuant que Trump était mentalement inapte, elle a annoncé qu’elle avait parlé au chef d’état-major interarmées, le général Mark Milley, « pour discuter des mesures de précaution disponibles permettant d’empêcher un président instable de déclencher des hostilités militaires ou d’accéder aux codes d’utilisation des armes nucléaires ». Sa demande, qui a enfreint la chaîne de commandement, a été décrite comme séditieuse. Le 13 janvier, violant toute procédure régulière, la Chambre des représentants a voté à la hâte un article de destitution accusant le président Trump d ‘ »incitation à l’insurrection ». Lors de son investiture le 20 janvier, tout en parlant d ‘ »unité », Joe Biden a fait écho aux propos qu’il avait employé le 7 janvier, et a parlé d' »une montée de l’extrémisme politique, de la suprématie blanche, du terrorisme intérieur que nous devons affronter, et que nous vaincrons. « . Depuis, l’administration Biden mène un combat contre ceux que Joe Biden a désignés comme tels. « Le président Biden », a dit très vite un communiqué de la Maison Blanche, « utilisera le Conseil de sécurité nationale pour traquer et combattre l’extrémisme politique et le terrorisme intérieur ». Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, a donné un ordre de pause à l’ensemble de l’armée américaine pour que les officiers s’attaquent à « l’extrémisme » au sein des troupes. « Le suprémacisme blanc », a annoncé John Kirby, principal porte-parole du Pentagone, « pose un problème particulier » à l’armée américaine. Au Sénat, la procédure de destitution contre Trump s’est poursuivie. Les responsables officiels de la mise en accusation ont décrit les événements du 6 janvier comme une « insurrection armée » qui a menacé la vie de représentants du peuple. Ils ont décrit de prétendus « crimes et délits graves » – sans preuves et témoins, bien sûr – et ont déclaré que c’était là le résultat direct du discours de Trump le 6 janvier, et le résultat aussi de sa contestation du résultat de l’élection – qu’ils ont présentée comme une « incitation à la violence ». Ils ont ainsi laissé de coté le fait que les résultats des élections présidentielles sont contestés depuis des décennies sans que cela semble inadmissible. Ils ont également affirmé que les événements du 6 janvier avaient fait cinq morts, et n’ont pas dit qu’un seul décès – celui d’Ashli ​​Babbitt, une manifestante abattue par un policier – pouvait être directement lié à l’événement. Les avocats de Trump n’ont eu aucun mal à réfuter les accusations énoncées. Ils ont rappelé que Trump avait demandé aux gens venus l’écouter le 6 janvier de se rassembler « pacifiquement et patriotiquement » et que le discours qu’il avait prononcé était pleinement protégé par le premier amendement. Ils ont présenté des preuves montrant que ceux qui avaient initié l’irruption dans le Capitole avaient préparé leur action pendant des semaines et avaient agi pendant que Trump parlait encore. Ils ont montré qu’ il n’existait aucune relation de cause à effet entre le discours de Trump du 6 janvier et ce qui s’est passé au Capitole. Ils ont souligné que la procédure de destitution avait été menée en violation de la Constitution, et que le juge en chef de la Cour suprême, John Roberts, avait refusé de superviser la procédure. Ils ont dit que Trump ayant quitté ses fonctions, il n’était plus au moment de la procédure le président Trump, mais seulement le citoyen Trump, et ils ont demandé si les États-Unis voulaient vraiment commencer à « destituer » leurs citoyens. Ils ont souligné que les éléments de « preuve » présentés étaient une fois de plus (comme dans l’affaire de la « pseudo collusion avec la Russie ») des éléments falsifiés. Ils ont affirmé que ce qui s’était passé n’était pas une insurrection – action définie comme une action violente et organisée visant à renverser le pouvoir établi, et rappelé qu’aucun de ceux qui ont pénétré dans le Capitole n’était armé. Sans surprise, Trump a été acquitté. L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits. (…) Les appels à des purges politiques se poursuivent. L’organisation de gauche MoveOn.org a lancé une campagne contre ce qu’elle appelle le « Caucus de la trahison » et demande que des sénateurs, qu’elle décrit comme « complices de l’insurrection meurtrière lancée par Trump », soient expulsés du Congrès. La présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi – tentant apparemment de créer une équivalence entre le 11 septembre 2001, la pire attaque terroriste subie par les États-Unis et les événements du 6 janvier, et tentant aussi, semble-t-il, d’inciter à supprimer la liberté d’expression – a annoncé que le Congrès allait créer une commission du type de celle créée concernant l’attaque du 11 septembre. Un membre du Comité national démocrate, David. O. Atkins, a demandé, « comment serait-il possible de déprogrammer 75 millions de personnes? Par où commencer? » et « Nous devons commencer à penser à ce qui a été fait en Allemagne ou au Japon après la guerre. » « Les suprémacistes blancs », a déclaré le président Biden, « sont la plus grande menace terroriste intérieure aux États-Unis. Le problème est complexe, il est vaste et il est réel. » Le journaliste Kyle Daly, dans un article intitulé « Comment déprogrammer les extrémistes américains », décrit une mesure qui, à ses yeux, « pourrait faire la différence: empêcher les extrémistes d’entrer dans les institutions où ils pourraient faire le plus de dégâts – l’armée, les services de police et les législatures… Les États-Unis ont besoin d’un plan Marshall contre l’extrémisme intérieur.  » Le journaliste Kevin Roose, du New York Times, dans un article appelé « Comment l’administration Biden peut contribuer à résoudre la crise dans laquelle nous sommes », a proposé ce qui ressemble à la création du « Ministère de la vérité » décrit dans le 1984 de George Orwell: « Plusieurs experts avec lesquels j’ai parlé ont recommandé que l’administration Biden mette sur pied un groupe de travail interinstitutions pour lutter contre la désinformation et l’extrémisme intérieur, qui serait dirigé par une sorte de ‘tsar de la réalité ‘. » Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. (…) Dans un long article publié par Time Magazine, « L’histoire secrète de la campagne fantôme qui a sauvé l’élection de 2020″, Molly Ball, correspondante politique nationale de la publication, démontre en détail qu’une coterie très bien financée, composée de gens puissants, venus de secteurs et de courants d’idées différents, travaillant ensemble dans les coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, orienter la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations  » a agi, et elle ajoute que l’action de cette coterie « a touché tous les aspects de l’élection « , y compris les lois électorales, et a constitué une coalition juridique qui est parvenue à modifier les lois et les systèmes électoraux « . Ball, également auteur d’une biographie extrêmement élogieuse de Nancy Pelosi – qu’elle décrit comme une « icône de la résistance » à Trump – a affirmé que le but de la coterie n’était pas de truquer l’élection, mais de la « fortifier « . Les organisations qui ont ravagé les grandes villes américaines pendant l’été, ajoute-t-elle, ont été utilisées par la coterie: « la gauche contrôlait en réalité les activités de groupes tels Antifa, Black Lives Matter ». Dans un autre article, elle a écrit que ce qui a été fait consistait à « sauver la démocratie » et elle dit, donc, que l’utilisation de moyens non démocratiques pour fausser une élection démocratique « sauve » la démocratie. (…) Des opérations ont été menées pour détruire et nier la légitimité de la présidence de Trump et ont été enclenchées avant même qu’il soit élu, ainsi l’opération « Crossfire Hurricane », et les abus du recours à la loi FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act]. Dix-neuf minutes après son investiture, le Washington Post a publié un article intitulé « La campagne pour destituer le président Trump a commencé ». Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État. Trump a été ensuite accusé de « mettre en danger la sécurité du pays », sur la base d’une conversation téléphonique anodine avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Pour que l’accusation paraisse plausible, l’un de ses accusateurs a dû réinventer la conversation. La première tentative de destitution qui a suivi a été décrite, à juste titre, comme une « parodie de justice » et comme « l’équivalent des procès-spectacle menés sous Staline ». Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue. Une large partie des grands médias américains ont cessé d’être des médias d’information et sont devenus des organes militants anti-Trump. La diffusion de fausses nouvelles a valu au New York Times et au Washington Post de recevoir le prix Pulitzer. Quand, pendant l’été 2020, des émeutes destructrices ont eu lieu, et que Trump a évoqué le recours à l’armée pour rétablir l’ordre et protéger les biens et les personnes, ses opposants politiques l’ont comparé à Hitler et à Goebbels, se sont indignés et ont défendu les émeutiers en disant qu’ils étaient essentiellement des « manifestants pacifiques » agissant au nom des griefs légitimes. Ces gens ont apparemment oublié que la loi sur l’insurrection invoquée par Trump avait été invoquée dejà par d’autres présidents, ainsi George H.W. Bush en 1992, qui avait répondu à la demande d’aide du gouverneur de Californie Pete Wilson confronté aux émeutes de Los Angeles. Plusieurs mois avant les élections de 2020, les opposants politiques de Trump ont étrangement anticipé sa défaite et l’ont accusé – par avance, et là encore sans aucune preuve – de se préparer à enfreindre la loi. Nancy Pelosi, suggérant que Trump ne quitterait pas la Maison Blanche, a laissé entendre qu’il serait nécessaire de recourir à une « fumigation ». Joe Biden a prédit que l’armée interviendrait. « Je suis », a-t-il dit, « absolument convaincu qu’ils l’escorteront avec diligence hors de la Maison Blanche « . Les racines de ce qui se passe présentement sont, en fait, plus anciennes. (…) Ce courant s’est inspiré aussi des écrits des principaux penseurs de ce qu’on appelle aux Etats-Unis la « théorie française »: Jacques Derrida et Michel Foucault. Derrida parlait de « déconstruction », et en particulier de la déconstruction de l’idée de vérité. Foucault a défini les structures de pouvoir existantes comme des formes d’oppression, à abolir. (…) Avant son élection, le président Trump avait promis de « drainer le marécage » – qui avait effectivement besoin d’être drainé. Les habitants du marécage l’ont vu comme une menace pour leurs projets. Faire tomber Trump à tout prix et reprendre le pouvoir est devenu un impératif pour eux. Ils ont utilisé tous les moyens à leur disposition – et ils ont atteint leur objectif. Dans les premières semaines de sa présidence, Biden a signé une série de décrets, dont certains violent la Constitution et la Déclaration des droits, et qui ont réduit des milliers de gens au chômage, et aidé la Russie et la Chine. La Chambre des représentants et le Sénat n’ont pas été consultés. 74 millions d’Américains respectueux des lois sont décrits comme des terroristes et des racistes qui ont besoin d’être « rééduqués », et la tolérance pour des idées différentes est clairement en train de disparaître. Des appels sont lancés que soient fermées des chaines de télévision qui offrent une version différente de « la vérité ». La première proposition de loi présentée à la Chambre des représentants pour 2021, HR1, ou la loi « pour le peuple », a été adoptée par la Chambre le 5 mars. (…) Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes électorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. (…)  Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre. Le président Biden a présenté un projet de loi de réforme de l’immigration. Ce projet a été décrit comme un moyen de laisser entrer des étrangers traversant illégalement la frontière américaine, de légaliser leur présence et de les faire accéder à la nationalité, et comme un instrument destiné à tenter de créer une majorité permanente unipartite.  (…) L’une des premières décisions de Biden a été de dissoudre la Commission de 1776, qui avait été créée pour « revenir aux idées fondatrices énoncées dans la Déclaration d’indépendance ». Le projet 1619, qui décrit les États-Unis comme fondés sur l’esclavage, « structurellement racistes », et donc illégitimes, a été critiqué par d’éminents historiens pour son manque total de respect des faits fondamentaux. Bien qu’il soit une distorsion de l’histoire, et ignore totalement ce que l’Amérique a fait de positif, il est désormais enseigné aux enfants dans les écoles publiques et leur apprend dès lors à haïr leur pays. Guy Millière
Notre région, ils veulent la mettre en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux. Que reste-t-il de leurs valeurs lorsque, sans cesse, sans cesse, ils font cette insupportable danse du ventre aux électeurs du FN à grands coups de ‘race blanche? Cette droite n’a plus grand chose de républicain. Claude Bartolone (candidat PS aux régionales d’Ile de France, 2015)
Cette charte, pourquoi on a fait cette charte ? Parce qu’elle est engageante. L’idée, ce n’est pas de mettre sa signature, c’est de dire comment on s’engage pour l’égalité femme-homme, pour la lutte contre l’homophobie. Est-ce que ça veut dire que dans les prêches, on considérera que deux hommes ont le droit de s’aimer, de se marier, que deux femmes ont le droit de s’aimer, de se marier, comme le disent les lois de la République française? C’est cela que dit cette Charte. Marlène Schiappa
Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes. Ce sont deux catégories de la population soupçonnées d’être riches. (…) Il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes, qui s’unissent de fait dans ce combat. Il y a des slogans de La Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues. (…) Les slogans et l’agressivité de la “manif pour tous” ont nourri la recrudescence de violences homophobes : + 64 % l’année dernière. L’homophobie se nourrit des messages de haine proférés par La Manif pour tous. Marlène Schiappa
Il y a tout un pan de cette loi qui vise à protéger la liberté de conscience et lutter contre les dérives sectaires. Par exemple, les certificats de virginité, il y a de plus en plus de famille qui sont influencées par les courants évangélistes venant des Etats-Unis, qui demandent, comme aux Etats-Unis, des certificats de virginité. Marlène Schiappa (France 3)
Nous avons rappelé le principe d’égalité entre tous les êtres humains (…) et nous avons clairement dit que cela impliquait le refus de toute discrimination liée à l’homosexualité. Cette charte est notre affaire et je dénie à un ministre la capacité de dicter les prêches des imams. Que resterait-il de la liberté de religion ? Que resterait-il de la laïcité ? Et puis, il y a une grande différence entre refuser toute discrimination notamment pour un motif d’orientation sexuelle et adhérer au mariage homosexuel. Comme les autres religions monothéistes, l’islam ne reconnaît le mariage qu’entre les personnes de sexe différent. Aucune autorité publique ou politique ne peut dicter une doctrine religieuse. Chems-eddine Hafiz (recteur de la mosquée de Paris)
Le chemin est long en tant que femme noire, le chemin est long en tant que femme grosse, en tant que femme oubliée de la société, oubliée de la culture. Le chemin est long et sinueux, mais on va y arriver. Ça mettra dix ans, ça mettra quinze ans, on ne veut pas nous laisser prendre l’ascenseur, il n’y a pas de souci, on est endurant, on va prendre les escaliers. C’était important de faire cette victoire avec vous, d’être avec des personnes qui me ressemblent, qui sont comme moi, qui m’entendent et qui me comprennent, qui comprennent ma colère. Ma colère qui est légitime, notre colère est légitime, et j’aimerais que ce soir toute la France l’entende. Yseult Onguinet
Nous, les personnes faisant partie des minorités, des personnes racisées, on est dans un délire de devoir quelque chose à la France, mais qu’est-ce que l’on doit en fait ? On leur a pris la dignité, le respect, l’empathie. On est des êtres humains, on a un cœur, je suis une citoyenne à part entière.  Ca me casse les couilles de devoir en permanence être redevable, d’être moi-même dans l’empathie de personnes non-racisées alors que ça devrait être le contraire. Qu’on arrête de nous  chier dessus. Yseult
Au moment de recevoir sa récompense de révélation féminine de l’année samedi 13 février, lors de la 36ème cérémonie des Victoires de la musique, la chanteuse Yseult se lance, sans surprise, dans un discours engagé. La jeune artiste se vit en effet comme l’un des porte-étendard de la lutte contre les discriminations. (…) Épaulée par ses « sœurs » Adèle Haenel, Assa Traoré et Aïssa Maïga, la chanteuse reprend à son compte le vocabulaire et les notions utilisés par le mouvement intersectionnel. Yseult est « woke », éveillée aux enjeux d’une société qui opprimerait systématiquement ses minorités. Si on pardonnera volontiers cette candeur à une chanteuse dont le débat d’idées n’est pas le métier, la sortie d’Yseult aux Victoires de la musique, même pour un spectateur n’ignorant rien de la réalité des phénomènes racistes, sexistes et discriminants, mérite tout de même qu’on s’y attarde. Notamment compte tenu de ses états de service : ancienne finaliste de la Nouvelle Star signée chez Universal, fondatrice de son propre label après le four de son premier album, compositrice pour Jenifer et Chimène Badi, première partie d’Angèle et, finalement, lauréate à 26 ans d’une première Victoire de la musique. On a vu pire chemin de croix. Si bien que, sans minimiser les difficultés qu’elle a pu rencontrer, il n’est pas interdit de demander d’où parle la camarade Yseult. Ni de souligner que son militantisme dans l’ère du temps, communautaire et fondé sur la sacro-sainte subjectivité, tolère des angles morts assez fâcheux eu égard aux principes de la « déconstruction ». Force est de constater qu’il existe une disjonction entre le discours victimaire qui jalonne la carrière d’Yseult d’une part, et son succès au sein de l’industrie musicale d’autre part. Industrie à ce point oppressive et raciste qu’elle a nommé – peut-être pour se donner bonne conscience – trois femmes noires aux Victoires de la musique : Aya Nakamura, Lous and the Yakuza et Yseult. On nous rétorquera que Nakamura et Lous sont les exceptions, qu’Yseult a raison de s’engager en faveur de ceux que le racisme et le sexisme priveraient de carrière. Certes, mais à l’heure où le récit de soi et la mise en scène de sa singularité sont devenus des dimensions incontournables de la communication d’un artiste, c’est bien de sa personne dont parle constamment Yseult. Dès 2015, cette dernière imputait sa défaite en finale du télé-crochet Nouvelle Star à la société, plutôt qu’au talent de son adversaire ou à ses propres défauts : « On n’accepte pas encore les différences des gens. Malheureusement, je suis noire, malheureusement, je suis très forte corporellement », expliquait-elle. (…) Mais est-ce encore la société qui impose ce regard sur elle-même à Yseult, ou est-ce Yseult qui se présente au monde à travers ce prisme ? (…) Que la chanteuse ait souffert du regard des autres, comme tant et tant d’adolescents, est une première chose. Qu’Yseult ait subi le racisme, la grossophobie et le sexisme, c’en est une deuxième. C’est à elle de le dire, de la manière la plus circonstanciée possible, étant donnée la gravité des faits. Il y a toutefois une troisième dimension dans ses propos, directement déduite des deux précédentes : l’idée, pourtant démentie par l’expérience, selon laquelle « on ne v[oudrait] pas nous laisser prendre l’ascenseur » – comprendre : parce que « nous » sommes femmes, noires ou grosses. C’est ainsi que le décalage entre le parcours d’Yseult et le discours « woke » qu’elle porte maladroitement se révèle cruellement : alors qu’il n’y a de vérité que celle du « je » aux yeux de certains militants, la jeune femme, bien qu’elle se décrive en « oubliée de la culture », n’a pas vraiment de quoi se plaindre personnellement en terme d’intégration sociale. (…) « Je pense qu’il faut aussi reconnaître ses privilèges, et au-delà de ses privilèges, faut aussi aider ceux qui n’ont pas les mêmes privilèges », concluait Yseult, reprenant à son compte une notion selon laquelle ceux qui bénéficient d’une situation normale dans un Etat de droit – ne pas subir de discrimination en raison de son sexe ou de sa couleur de peau – jouiraient d’un avantage indu. On pourrait toutefois inviter la chanteuse à faire son propre examen de conscience, en la renvoyant au point aveugle de l’immense majorité de ses prises de parole publique : les inégalités économiques. Eh oui, revoilà la lutte des classes. Et Yseult se classe indéniablement du côté des dominés. Fille d’un cadre supérieur chez Land Rover, Yseult a passé sa scolarité dans le privé, à Agen. « Matériellement, je n’ai pas à me plaindre, mon père gagnait beaucoup d’argent. On changeait de voiture tous les deux jours, on me conduisait à la maternelle en Mercedes. Ma mère s’achetait des sacs griffés », racontait-elle en 2015 dans un entretien au magazine suisse Femina. Une enfance plus que confortable, marqué par des voyages en Jamaïque, aux Etats-Unis, en Indonésie, ou encore à Cuba. Louis Nadau
Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années, écrivait Corneille. Pourtant, Yseult aura étrangement patienté sept longues années, depuis sa participation au télécrochet Nouvelle Star avant d’être opportunément (re)découverte par l’industrie musicale qui vient de la sacrer « révélation féminine » aux victoires de la musique. Pour enfin percer dans le monde de la musique, Yseult a fait de la victimisation son cheval de bataille. Éternelle victime, Yseult est le parfait exemple de ceux qui se vautrent dans la complainte victimaire permanente dans laquelle l’autre est la source exclusive de tous leurs problèmes. Finaliste malheureuse de la Nouvelle Star 2014, Yseult se plaignait (déjà) de l’impossibilité de s’épanouir face à un public qui ne l’acceptait pas. Quand un artiste ne reçoit pas les hommages d’un public, il dispose de deux options : chercher son public ailleurs ou se remettre en question. Mais Yseult a choisi, comme tant d’autres, la carte racialiste et victimaire pour expliquer sa défaite en finale : « On n’accepte pas encore les différences des gens. Malheureusement, je suis noire, malheureusement, je suis très forte corporellement ». Ce qu’elle présentait comme un regret et un handicap en 2014 devient soudain une force et une fierté en 2021. Yseult avait trouvé son crédo : la chanson servirait d’alibi à son militantisme, et son militantisme servirait de faire-valoir à ses chansons. Pourtant, elle avait déjà tout faux. Etre une femme noire n’a jamais empêché le talent de Whitney Houston d’être reconnu, ni Dee Dee Bridgewater, Billie Holiday ou Nina Simone de briller en pleine ségrégation raciale aux Etats-Unis. Etre une femme noire et obèse n’a jamais interdit à Ella Fitzgerald, Ruby Wilson ou Ruth Brown, la Queen du R&B, d’être aimé par un large public. Valeurs actuelles
Si c’est un groupe de travail consacré aux discriminations dont sont l’objet les personnes noires ou métisses (…) Moi, je ne dis pas qu’il faille que ça soit interdit. Mais si il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, etc, etc, j’aurais tendance à dire qu’il n’est pas question de le ou la jeter dehors. En revanche, on peut lui demander de se taire, d’être spectatrice ou spectateur silencieux. Audrey Pulvar (adjointe à la mairie de Paris, candidate aux élections régionales d’Ile de France)
Une tuerie s’est déroulée mi-mars 2021 dans un supermarché à Boulder dans le Colorado (États-unis),10 personnes ont trouvé la mort dans cette tragédie. Les médias de grand chemin se jettent-ils sur l’occasion pour informer en fonction des faits ? Ou pour les déformer ? Sur les premières images, le tueur interpellé est blanc. Le massacre de 10 civils se transforme instantanément en un procès de l’homme blanc armé d’un fusil AR-15. Plusieurs personnalités politiques s’en donnent à cœur joie pour faire de la récupération. Et puis… Dans un premier temps, le meurtrier est blessé à la jambe puis interpellé par la police qui l’emmène. Toutes les caméras ne retiennent alors plus qu’une seule chose : le tueur est blanc. C’est l’information principale que décident de relayer plusieurs grands médias tels que RTL, 20 Minutes ou le Huffington Post et d’autres encore. Dès lors, Twitter va se déchaîner. Avalanche de tweets haineux pour dénoncer la violence de l’homme blanc. Meena Harris, la nièce de Kamala Harris (vice-présidente des États-Unis) tweetait « Violent white men are the greatest terrorist threat to our country » (les hommes blancs violents sont la plus grande menace terroriste pour notre pays). Elle a par la suite rapidement supprimé son tweet. Un journaliste de l’AFP du service « vérification des faits » avait également tweeté « He was only apprehended and not chocked or shot to death because he was not brown, black or muslim” (il a été appréhendé et non tué parce qu’il n’était pas brun, noir ou musulman). Beaucoup d’autres tweets ont relayé que le tueur était un homme blanc et que s’il n’a pas été immédiatement abattu par la police c’était en vertu de sa couleur de peau. Quelques jours plus tôt, en Géorgie, avait eu lieu une autre tuerie où un meurtrier blanc avait pris pour cible des femmes asiatiques dans leur salon de massage. Toute la presse avait crié au racisme mais le coupable, manifestement dérangé, déclarait qu’il souffrait « d’addiction sexuelle » et qu’il voyait ces salons de massage comme une tentation à éliminer. Certains médias surfent sur cette vague pour relancer la machine avec ce nouvel évènement macabre. Problème : le tueur est en réalité un Syrien musulman âgé de 21ans, anti-Trump, Ahmad Al Aliwi Alissa. L’information est tombée comme un coup de tonnerre et a forcé quelques personnalités à réagir par rapport à ce qu’elles avaient d’abord dénoncé. À titre d’exemple, la militante et écrivain américaine (Amy Siskind — sur Twitter) qui avait participé à la première vague de désinformation a déclaré, en apprenant le nom et la religion du tueur, qu’il ne fallait pas répandre cette nouvelle, ne pas lui faire de publicité. La publicité n’est en effet autorisée que si elle va dans le bon sens. Beaucoup d’autres ont simplement arrêté de tweeter à ce sujet lorsqu’ils ne se sont pas simplement enfoncés dans le mensonge. (…) Le président des États-Unis, Joe Biden, s’est exprimé en appelant le congrès à agir « maintenant » pour limiter la circulation des armes à feu dans le pays. Biden sait bien qu’il n’a pas de majorité pour changer quoi que ce soit à ce sujet, il est douteux qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs, mais il est de bon ton de dénoncer le peuple qui pourrait oser prendre la responsabilité de sa propre défense. In fine, une information passe à la trappe au milieu de ce pugilat médiatique : les dix victimes de cet odieux carnage sont tous des blancs. Observatoire du journalisme
None of them mentioned that he killed two white people as well — a weird thing for a white supremacist to do — and injured a Latino. None pointed out that the connection between the spas was that the killer had visited them. None explained why, if he were associating Asian people with Covid19, he would nonetheless expose himself to the virus by having sex with them, or regard these spas as “safer” than other ways to have quick sex. They didn’t because, in their worldview, they didn’t need to. What you see here is social justice ideology insisting, as Dean Baquet temporarily explained, that intent doesn’t matter. What matters is impact. The individual killer is in some ways irrelevant. His intentions are not material. He is merely a vehicle for the structural oppressive forces critical theorists believe in. And this “story” is what the media elites decided to concentrate on: the thing that, so far as we know, didn’t happen. We don’t know all the nuances of this case. Again, we shouldn’t take a killer’s confession at face value. Or his roommates’ memories. We may yet be surprised by some other factor — including perhaps anti-Asian bias that has so far been missing. (One rumor aired in Korean media, but unconfirmed anywhere else, is that the killer conveniently cried “I want to kill all Asians!” before the murder spree.) But notice how CRT operates. The only evidence it needs it already has. Check out the identity of the victim or victims, check out the identity of the culprit, and it’s all you need to know. If the victims are white, they don’t really count. Everything in America is driven by white supremacist hate of some sort or other. You can jam any fact, any phenomenon, into this rubric in order to explain it. The only complexity the CRT crowd will admit is multiple, “intersectional” forms of oppression: so this case is about misogyny and white supremacy. The one thing they cannot see are unique individual human beings, driven by a vast range of human emotions, committing crimes with distinctive psychological profiles, from a variety of motives, including prejudices, but far, far more complicated than that. There’s a reason for this shift. Treating the individual as unique, granting him or her rights, defending the presumption of innocence, relying on provable, objective evidence: these core liberal principles are precisely what critical theory aims to deconstruct. And the elite media is in the vanguard of this war on liberalism. This isn’t in any way to deny increasing bias against Asian-Americans. It’s real and it’s awful. Asians are targeted by elite leftists, who actively discriminate against them in higher education, and attempt to dismantle the merit-based schools where Asian-American students succeed — precisely and only because too many Asians are attending. And Asian-Americans are also often targeted by envious or opportunistic criminal non-whites in their neighborhoods. The more Asian-Americans succeed, the deeper the envy and hostility that can be directed toward them. The National Crime Victimization Survey notes that “the rate of violent crime committed against Asians increased from 8.2 to 16.2 per 1000 persons age 12 or older from 2015 to 2018.” Hate crimes? “Hate crime incidents against Asian Americans had an annual rate of increase of approximately 12% from 2012 to 2014. Although there was a temporary decrease from 2014 to 2015, anti-Asian bias crimes had increased again from 2015 to 2018.” Asians are different from other groups in this respect. “Comparing with Black and Hispanic victims, Asian Americans have relatively higher chance to be victimized by non-White offenders (25.5% vs. 1.0% for African Americans and 18.9% for Hispanics). … Asian Americans have higher risk to be persecuted by strangers … are less likely to be offended in their residence … and are more likely to be targeted at school/college.” Of those committing violence against Asians, you discover that 24 percent such attacks are committed by whites; 24 percent are committed by fellow Asians; 7 percent by Hispanics; and 27.5 percent by African-Americans. Do the Kendi math, and you can see why Kendi’s “White Supremacist domestic terror” is not that useful a term for describing anti-Asian violence. But what about hate crimes specifically? In general, the group disproportionately most likely to commit hate crimes in the US are African-Americans. At 13 percent of the population, African Americans commit 23.9 percent of hate crimes. But hate specifically against Asian-Americans in the era of Trump and Covid? Solid numbers are not yet available for 2020, which is the year that matters here. There’s data, from 1994 to 2014, that finds little racial skew among those committing anti-Asian hate crimes. Hostility comes from every other community pretty equally. The best data I’ve found for 2020, the salient period for this discussion, are provisional data on complaints and arrests for hate crimes against Asians in New York City, one of two cities which seem to have been most affected. They record 20 such arrests in 2020. Of those 20 offenders, 11 were African-American, two Black-Hispanic, two white, and five white Hispanics. Of the black offenders, a majority were women. The bulk happened last March, and they petered out soon after. If you drill down on some recent incidents in the news in California, and get past the media gloss to the actual mugshots, you also find as many black as white offenders. This doesn’t prove much either, of course. Anti-Asian bias, like all biases, can infect anyone of any race, and the sample size is small and in one place. But it sure complicates the “white supremacy” case that the mainstream media simply assert as fact. And, given the headlines, the other thing missing is a little perspective. Here’s a word cloud of the victims of hate crimes in NYC in 2020. You can see that anti-Asian hate crimes are dwarfed by those against Jews, and many other minorities. And when you hear about a 150 percent rise in one year, it’s worth noting that this means a total of 122 such incidents in a country of 330 million, of which 19 million are Asian. Even if we bring this number up to more than 3,000 incidents from unreported and far less grave cases, including “shunning”, it’s small in an aggregate sense. A 50 percent increase in San Francisco from 2019 – 2020, for example, means the number of actual crimes went from 6 to 9. Is it worse than ever? No. 2020 saw 122 such hate incidents. In 1996, the number was 350. Many incidents go unreported, of course, and hideous comments, slurs and abuse don’t count as hate “crimes” as such. But the theory behind hate crimes law is that these crimes matter more because they terrify so many beyond the actual victim. And so it seems to me that the media’s primary role in cases like these is providing some data and perspective on what’s actually happening, to allay irrational fear. Instead they contribute to the distortion by breathlessly hyping one incident without a single provable link to any go this — and scare the bejeezus out of people unnecessarily. The media is supposed to subject easy, convenient rush-to-judgment narratives to ruthless empirical testing. Now, for purely ideological reasons, they are rushing to promote ready-made narratives, which actually point away from the empirical facts. To run sixteen separate pieces on anti-Asian white supremacist misogynist hate based on one possibly completely unrelated incident is not journalism. It’s fanning irrational fear in the cause of ideological indoctrination. And it appears to be where all elite media is headed. » Andrew Sullivan
La croyance en un monde meilleur motive les luttes et les programmes des partis, révolutions et régimes politiques depuis trois siècles. (…) Au stade actuel du « politiquement correct » à l’américaine, les éveillés du mouvement Woke ne s’en doutent pas, mais leur combat s’inscrit dans ce que les spécialistes appellent augustinisme politique (saint Augustin doit se retourner dans sa tombe) : on observe en effet le même genre de comportement, vertueux et vindicatif, chaque fois que des croyants entreprennent d’instaurer ici-bas, sinon la cité de Dieu augustinienne, tout au moins une cité purifiée du mal radical qui affecte la cité des hommes vouée au démon (l’homme blanc, en l’occurrence). (…) Ladite croyance a motivé les « luttes » et les « programmes » des partis, révolutions et régimes politiques qui se sont succédé depuis lors en Occident et dans le reste du monde – étant entendu que le « bien » ou le « juste » visé par l’un ou l’autre ne sont pas les mêmes (ceux des démocraties libérales ne sont pas ceux des régimes totalitaires). Exacerbé par la passion et le ressentiment contre le pécheur originel (blanc), et viralisée par les réseaux sociaux, le mouvement Woke serait comme une caricature finale de ce mouvement général (…) Un monde meilleur, « changer la vie », engendrer un « homme nouveau … ces choses-là sont plutôt, en effet, affaire de religion, fût-ce dans un monde moderne qui se croit affranchi de la religion, sécularisé, laïque… alors qu’il est encore tout imprégné d’une religiosité qui motive encore et toujours le projet d’instaurer le Bien, fût-ce par la guerre, la conquête et la violence quand les prêches et le catéchisme ne suffisent pas… (…) L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… Si bien que les États-Unis désunis expérimentent sur leur propre territoire les déboires rencontrés au Moyen-Orient et ailleurs dans leurs projets d’évangélisation (« démocratisation ») des pays de la région : au lieu de la démocratie libérale espérée sous protectorat du « libérateur », la guerre de tous contre tous ! Paul Soriano

Mensonges sur l’origine d’un bilan vaccinal lancé en fait par son prédécesseur, mensonges sur l’origine de la crise migratoire actuelle à la frontière mexicaine (plus de 42% d’appréhensions par rapport à 2019) , antisèches, nombre de journalistes – pandémie oblige – limité à 25, liste et photos de journalistes à interroger, nombre de questions limité à 20, refus de répondre aux dernières questions, projets liberticides de supprimer le vote qualifié au Sénat et d’entériner la levée de tous les garde-fous qui apermis …

Au lendemain d’une première et longuement attendue conférence de presse du nouveau président américain …

Qui a vu malgré les antisèches apparentes, les mensonges éhontés et les pénibles bafouillages …

Nos journalistes si pointilleux sur ces quatre dernières années …

Rivaliser de complaisance pour saluer les « premiers pas réussis » …

D’un président qui après le holdup du siècle que l’on sait …

Se voit protégé tant par des médias traditionnels aux ordres et l’implacable censure des plateformes numériques pour ses adversaires …

Que sous prétexte d’une menace terroriste intérieure inventée de toutes pièces

Par une véritable armée de soldats en arme et les barbelés qui vont avec dans une capitale littéralement bunkerisée …

Tandis qu’à l’instar d’un Musulman d’origine syrienne qui abat des clients d’un supermarché

Et contre toutes les statistiques qui montrent la sur-représentation des noirs dans les crimes de haine en général et contre les Asiatiques en particulier …

L’auteur d’une fusillade qui tue non seulement deux blancs et un latino, mais s’avère être un client régulier des spas asiatiques pour un « sexe plus sûr  » est présenté comme un suprémaciste blanc anti-asiatique

Alors qu’à l’instar d’une Administration Biden désormais otage de ses minorités

A la fois, inversant totalement l’ancien rêve du pasteur King, par la couleur de peau…

Mais aussi par les opinions (correctement) politiques …

Nos nouveaux damnés de la terre atteignent, à travers à présent l’ensemble de l’Occident, des sommets dans la geignerie communautaire …

Et dans le vomissement du nouveau bouc émissaire que constitue l‘Homme blanc

Pendant que nos gouvernants prétendent à présent dicter les prêches de nos églises …

Ou réduire au silence les paroles dont la couleur ne leur reviendrait pas …

Comment ne pas voir …

Non sans inquiétude …

Dans ce nouveau meilleur des mondes et cette nouvelle post-vérité qui vont apparemment désormais nous tenir lieu de réalité…

L’avènement à la tête même du Monde libre …

Et bientôt de proche en proche à l’ensemble de nos démocraties …

Prophétisé par Chesterton il y a plus d’un siècle …

A l’image de la fameuse bête de notre Pascal national …

Ou de celle, avec ses cornes d’agneau et sa parole de dragon, de l’Apocalypse ….

De ce « monde moderne rempli d’idées chrétiennes devenues folles » ?

« Le mouvement woke, dernière croisade : et si on arrêtait enfin de rendre le monde meilleur ? »
Paul Soriano
Marianne
26/03/2021

« L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… » explique, par la médiologie, Paul Soriano.

La croyance en un monde meilleur motive les luttes et les programmes des partis, révolutions et régimes politiques depuis trois siècles. Au vu du bilan, l’état du monde suggère d’en finir avec l’empire du Bien pour en revenir au seul bien des nations : la vertu civique, tendue vers la paix civile. Une Realpolitik, intégralement « laïque », à l’égard des croyances religieuses avouées ou clandestines (les idéologies).

Au stade actuel du « politiquement correct » à l’américaine, les éveillés du mouvement Woke ne s’en doutent pas, mais leur combat s’inscrit dans ce que les spécialistes appellent augustinisme politique (saint Augustin doit se retourner dans sa tombe) : on observe en effet le même genre de comportement, vertueux et vindicatif, chaque fois que des croyants entreprennent d’instaurer ici-bas, sinon la cité de Dieu augustinienne, tout au moins une cité purifiée du mal radical qui affecte la cité des hommes vouée au démon (l’homme blanc, en l’occurrence). Ce fut le cas au XVIe siècle dans la Genève de Calvin et en Allemagne, pendant la Guerre des paysans, ou un peu plus tard, en Amérique. Entre autres…

Au XVIIIe siècle, c’est dans toute l’Europe que des hommes éclairés se sont mis à croire en un monde meilleur gouverné par la Raison et tendu vers le Progrès, et ont assigné cet objectif au politique ; car ce siècle de la Raison est aussi le siècle de la Morale : comme dans la philosophie de Kant, la raison « pratique » (morale) suit de près la raison pure. Auparavant on entendait plus modestement gouverner par le sens commun, tendu vers le bien commun, raisonnablement plutôt que rationnellement.

Lutte contre le péché l’originel

Ladite croyance a motivé les « luttes » et les « programmes » des partis, révolutions et régimes politiques qui se sont succédé depuis lors en Occident et dans le reste du monde – étant entendu que le « bien » ou le « juste » visé par l’un ou l’autre ne sont pas les mêmes (ceux des démocraties libérales ne sont pas ceux des régimes totalitaires). Exacerbé par la passion et le ressentiment contre le pécheur originel (blanc), et viralisée par les réseaux sociaux, le mouvement Woke serait comme une caricature finale de ce mouvement général : il a le mérite de nous éclairer sur nous-mêmes et sur le bilan de trois siècles de « progrès », deux guerres mondiales, des « crimes contre l’humanité », et des tyrannies comme on n’en avait jamais connu…

Les premiers penseurs de la politique la définissent pour leur part comme une activité destinée à assurer la pérennité de la cité et, à cette fin, la paix civile, face aux divisions qui résultent de la diversité des opinions et des intérêts ; ils ne se préoccupent nullement d’instaurer le règne de la vertu, sinon de la seule vertu civique, requise par ladite paix civile. Cette définition n’est pas amorale, mais elle vise le bien commun plutôt que le Bien (majuscule), et s’inspire du sens commun plutôt que de la Raison (majuscule… L’idée saugrenue de convertir le reste du monde lui est étrangère.

C’est le christianisme qui va tout changer, au risque de subordonner la politique à la morale, le pouvoir temporel au pouvoir spirituel, inventant du même coup la « théocratie », absente de la liste des régimes politiques recensés par Aristote.

Un monde meilleur, « changer la vie », engendrer un « homme nouveau … ces choses-là sont plutôt, en effet, affaire de religion, fût-ce dans un monde moderne qui se croit affranchi de la religion, sécularisé, laïque… alors qu’il est encore tout imprégné d’une religiosité qui motive encore et toujours le projet d’instaurer le Bien, fût-ce par la guerre, la conquête et la violence quand les prêches et le catéchisme ne suffisent pas…

L’Empire du Bien

En d’autres termes, alors que la politique selon les Anciens est « laïque » par définition (et n’a donc pas besoin de mot pour le dire), nos libres penseurs fanatisés (radicalisés ?) vont devoir inventer une « laïcité » sur mesure qui ne guette que les signes extérieurs (la croix, le voile, etc.) et ne voit donc pas mais cette religion intériorisée qui vous possède inconsciemment, en dépit des exorcismes critiques ou psychanalytiques ; d’où les difficultés d’application, notamment dans nos vertueuses républiques.

L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… Si bien que les États-Unis désunis expérimentent sur leur propre territoire les déboires rencontrés au Moyen-Orient et ailleurs dans leurs projets d’évangélisation (« démocratisation ») des pays de la région : au lieu de la démocratie libérale espérée sous protectorat du « libérateur », la guerre de tous contre tous !

La bonne nouvelle, peut-être, c’est que la décomposition accélérée du théologico-politique, la fin de la « fin l’histoire » entendue comme conversion définitive du monde aux « valeurs occidentales », pourrait annoncer un retour de la politique à l’ancienne, la politique tout court, dans un monde multipolaire, où la notion même d’Occident n’aurait plus cours, un monde toujours conflictuel mais assurément moins « fanatique ».

Après la funeste mondialisation, l’inter-national sera enfin le genre humain !

Voir aussi:

Ingraham: Biden press conference a continuation of campaign strategy to protect from tough questions

‘Team Biden will never tell us the truth about the border’

Fox News host Laura Ingraham opened her show « The Ingraham Angle » on Thursday reacting to President Biden’s news conference performance and the White House’s efforts to protect him from tough questioning.

INGRAHAM: The White House used the excuse of COVID, of course, to limit the number of reporters in attendance — never mind that they could have held the event outside in the Rose Garden, wouldn’t have had to worry about any of that. And of course Biden’s handlers didn’t dare open the president up to a question from our own Peter Doocy. So this is basically a continuation of Biden’s basement strategy on the campaign trail — limit the off the cuff interactions, keep him on note cards, stay away from numbers unless scripted.  

Ingraham also slammed Biden for his continued lack of transparency on the immigration crisis at the southern border.

INGRAHAM: The American people deserve the truth about what’s happening at the border and they also deserve a clear-eyed assessment from the Biden administration on how they’re going to handle this going forward. But the events of today confirmed that Team Biden will never tell us the truth about the border and that the massive flow of humanity entering our country will not stop until Republicans beat Democrats like a drum in 2022.  

Voir également:

Biden lies, and the media doesn’t question it

Three big things stood out in President Biden’s first press conference.

 

1. The leader of the free world is often lost at sea and says many things that are blatantly false.

2. The media is in the tank and cannot be trusted to hold him accountable.

3. Because of Nos. 1 and 2, America is headed for serious trouble.

For this sickening spectacle we had to wait 64 days?

Still, the event was meaningful in one distressing way. Now we know beyond all doubt there is no way to deny the terrifying truth.

This was Biden’s coming out party, and the nation faces a mess that will only grow worse with time. The man who campaigned on unity is hell-bent on permanent polarization, meaning cancel culture and the supercharged racial climate are here to stay.

Biden gave license to the worst instincts on the left with his repeated sneering references to all Republicans and especially Donald Trump. At one point, he actually accused Trump of letting immigrant children “starve to death on the other side” of the Mexican border.

He said it in a room full of 30 supposed journalists and not a single one challenged him or even asked whether he meant it literally. In fact, not a single one challenged him on any of his falsehoods.

Nor did anyone ask him why he read from prepared talking points during answers to three questions on foreign policy. No recent president has felt the need to do that.

There also were moments when he talked himself into dead ends, yet there were no questions about when he would release the health reports he’s been hiding.

Regarding his agenda, a report that Biden sees himself as the new FDR gives credence to the idea that he’s all in for every big, crazy idea left-wing Dems can cook up.

The Green New Deal, open borders, removing voting safeguards, endless tax hikes, statehood for DC — they’re all on track and bound for glory. The only obstacle is the Senate filibuster, which requires 60 votes to pass legislation, but Biden left no doubt he would be willing to do away with it.

“I want to get things done,” he said.

Each piece of his party’s planned utopia is unprecedentedly radical in its own way, but not nearly radical enough for the media. Their performance was pathetic not just in what questions they asked and didn’t ask, but how they asked them. The dominant theme was that Biden and his team are not moving fast enough to turn America upside down and inside out.

Why don’t you, when will you, why haven’t you? Over and over, the aim was not to ask a question but to speed up an agenda.

Naturally, this was the complete opposite of the way some of the same people behaved during the Trump presidency. Then the questions were outraged expressions that aimed at stopping the administration. Now they are pleas aimed at pushing this one forward faster.

As such, the 10 people Biden called on generally followed the script laid out in the Washington Post and elsewhere. Columnist Margaret Sullivan had warned reporters not to try to “show how tough” they were being on Biden to please “Trump allies.” She even downplayed the border crisis, suggesting it was getting too much attention.

It got the most attention Thursday, but only in ways that reinforced the idea that it is the milk of human compassion to invite Central Americans to make the long trek north. Violence is rampant and coyotes, human traffickers and the cartels are making a mint, but not a peep about that from the president or his media helpers.

Nor was there any hint that perhaps stricter enforcement was compassionate to Americans in border towns and taxpayers everywhere. Instead, the underlying assumption seemed to be that any suffering experienced by migrants once they got to the border was proof of heartlessness and had to be remedied as quickly as possible.

As for the pandemic, apparently it’s no longer a problem. Pictures showing migrants crowded together in cages and reports that many are released despite testing positive for COVID never came up. No sense spoiling the good vibes.

The facts of illegal immigration are fairly simple. Trump campaigned on the issue and after false starts and despite unified Democratic opposition, eventually stitched together a series of policies and actions that stemmed the tide. He built large sections of wall, deported criminal aliens and struck an agreement with Mexico that those making asylum claims would have to wait in Mexico.

It is also a fact that Biden blew up each of those pillars, yet now claims he inherited a mess. Strangely, he also insisted that the numbers surging now “happens every single, solitary year. Nothing has changed.”

He’s either misinformed or lying. Record numbers of arrivals are being reported daily, and NBC recently called the crossings the highest in 20 years.

Again, Biden was not challenged.

The final proof that the press has abdicated its role was clinched when the president refused to say when he would allow more media access to the border detention facilities. He said it would have to wait until his team got its new programs working.

If Trump had said that, the sky would have fallen and democracy would be declared dead. But when Biden says it, the media rolls over.

So add transparency to the list of things that don’t matter anymore.

Voir de même:

Men Looking for Work Drive Surge in Illegal Crossings at the U.S. Border

Most of those apprehended are men in search of jobs, with the pandemic easing in the U.S. and fewer opportunities at home

Juan Montes and Alicia J. Caldwell

The surge in illegal immigration across the southern U.S. border is shaping up to be the biggest in 20 years. Unlike migrant surges in 2019 and 2014, which were predominantly made up of Central American families and unaccompanied children, so far this one is being driven by individual adults.

Most of the migrants are Mexicans, often men in search of work with the pandemic easing and the U.S. economy set to boom. Apprehensions at the southern border totaled 382,000 from the beginning of the fiscal year in October through February, up 42% compared to the same period of 2019—a year that saw the highest number of apprehensions since 2007. In 2020, the influx of migrants plummeted due to the pandemic.

Migrants detained at the Mexican border

Single adults account for 82% of the apprehensions so far this fiscal year, according to U.S. Customs and Border Protection data. Some 60% of all single adults apprehended were Mexicans. Border patrol agents say the majority of single adults they catch are men, entering to look for work such as picking fruits and vegetables, roofing and dishwashing.

The influx of children arriving alone at the border has captured broad attention. While apprehensions of mostly Central American families and unaccompanied minors have grown in the past few months, their numbers overall are still much smaller than those of adults.

The number of families caught trying to cross the border rose to 39,000 during the first five months of this fiscal year, from just over 37,000 during the same period in 2020. During the same period in 2019, more than 136,000 families were arrested at the border.

Some are camping out at the border in hopes that the Biden administration will soon allow them the chance to come into the U.S. legally.

José Antonio Cruz had lived in the U.S. illegally for 18 years before he was deported after being detained for speeding in 2018. He left his hometown in central Mexico last week in hopes of crossing the border in coming weeks and restarting his small construction business in Texas.

“The economy is going to reactivate very quickly in the U.S. They are already reopening, so it is a very good moment to be there,” Mr. Cruz, 41, said by telephone from a Catholic shelter in northern Mexico.

It’s unclear how many people are making it into the U.S. by crossing the border illegally. Estimates compared with how many are apprehended vary widely. A 2017 Homeland Security report estimated that between 55% to 85% of immigrants crossing the border illegally in 2016 were apprehended.

During the past seven days, border officials estimated that about 6,500 people evaded detection while entering the U.S., according to a person familiar with the government’s internal estimates. A week ago, border agents had recently averaged about 5,000 arrests a day, according to internal Homeland Security documents reviewed by The Wall Street Journal.

Migrants and immigration analysts offer several explanations for this year’s surge. The U.S. is hiring after a long and brutal pandemic, while Mexico lost some 2.4 million jobs last year.

Additionally, some migrants say there is a widespread perception that it’s become easier—and more inviting—to enter the U.S. under President Biden than under former President Donald Trump.

“Expectations were created that with the government of President Biden there would be a better treatment of migrants,” Mexican President Andrés Manuel López Obrador said at his daily press conference on Tuesday. “And this has caused Central American migrants, and also from our country, wanting to cross the border thinking that it is easier to do so.”

The Department of Homeland Security said in a statement, “There is no change in policy: the border remains closed. Families and single adults are being expelled under Title 42 and should not attempt to cross illegally.” The department added that some families will be released into the U.S. if Mexico doesn’t accept their return and there is no bed space available at Immigration and Customs Enforcement facilities.

Title 42 refers to a public-health law used by the Trump administration at the beginning of the pandemic to turn nearly all single adults back at the border rather than detaining or formally deporting them. That makes it easier to try to cross again—leading to another factor in the increase.

The Biden administration has curtailed many of the Trump administration’s enforcement policies focused on those already in the U.S. Immigration and Customs Enforcement officers and agents have been told to focus their resources on recent border crossers, serious criminals and those who pose a threat to national security or public safety.

The pandemic and stay-at-home policies throughout the region have created pent-up demand to migrate, said Theresa Cardinal Brown, director of immigration and cross-border policy at the Bipartisan Policy Center, a Washington think tank. She said the factors that cause people to migrate, such as poverty, have only gotten worse during the pandemic.

“The policies at the border have come and gone and changed, but the migrants keep coming,” she said.

Adrián Cahun, who came to the U.S. illegally and worked in San Francisco restaurants as a dishwasher and bartender for six years before returning to his rural hometown of Oxkutzcab in 2008, said he plans to again cross the border as soon as the pandemic ends.

“If there’s a recovery in the U.S., it’s easier to go there and find work,” said Mr. Cahun. He had saved enough money while he was in the U.S. to build a house and open a cafeteria in Oxkutzcab. With few affluent customers there, he said, he closed the cafeteria a few years ago. He currently works filling shelves at a supermarket.

“Many were afraid of Trump and most didn’t want to try to cross the border,” he added. “But now many here are thinking of emigrating to the U.S.”

Last March, as the pandemic took hold, the Trump administration invoked a 1944 public-health law, Title 42, to immediately expel any migrant caught crossing the border back to Mexico without processing them at cramped detention facilities, where Covid could spread.

The change, particularly for single adult males, marked a departure from border policies under former presidents since George W. Bush.

Before the 2000s, most Mexicans caught at the border had been allowed to return home with little consequence, and other migrants were typically allowed into the U.S. with orders to report back to immigration authorities later.

Then the U.S. started formally deporting most migrants caught at the border. In some Border Patrol sectors, adult crossers were charged with a criminal offense and often spent weeks or months in jail before being deported. Any further attempt to cross could result in more jail time in the U.S.

During the Obama administration, migrants from Mexico were often sent to border cities far from where they had been caught, or flown to the interior of Mexico. Migrants from countries other than Mexico were often flown back home.

Under Title 42, nearly all single adult migrants remain at the border after being turned away. Many try to re-enter. The percentage of migrants caught at the border who had already been caught once grew to nearly 40% during the past six months, compared with 7% in 2019.

“That’s the wonderful thing now. You have the opportunity to bat again and again. That’s better for us,” said Lucio Portillo, a 44-year-old Honduran migrant who is now in Mexico planning to cross to the U.S. in search of work.

Sara Abdala, who manages a shelter in Altar, a migrant hub some 70 miles from the Arizona border, said she knew a Honduran migrant who recently tried six times in two weeks until he managed to enter the U.S. without being detected.

“The town has come back to life in recent months after it was almost empty during the pandemic. The business of migration has become hot again,” she said.

Victor Manjarrez, a former chief patrol agent in both El Paso and Tucson, said reports from the border remind him of his days patrolling southern Arizona in the early 2000s, when that sector was the border’s busiest. The majority of illegal border crossers then were single adults from Mexico.

“There isn’t that idea of an impact, of a consequence,” said Mr. Manjarrez, now an associate director at the University of Texas and El Paso’s Center for Law & Human Behavior. “That’s what I would be telling my troops—that consequences work.”

The Biden administration hasn’t announced plans for the fate of Title 42. The American Civil Liberties Union has sued the government, arguing the practice illegally blocks migrants from asking for asylum or other protections in the U.S. Both sides are trying to negotiate a settlement.

The Biden administration had initially followed the Trump administration approach of returning families caught at the border back to Mexico, too. But that changed after Mexico’s government, at the request of Unicef, barred the practice of holding the children and families at Mexican federal detention centers, handing them over instead to a family welfare agency that has far less capacity.

Though some families are still being returned to Mexico, most are being released into the U.S., where federal law prohibits families with children from being held more than about 20 days. Space in family detention centers has been limited because of the pandemic, though Immigration and Customs Enforcement announced this week a new $86.9 million contract for about 1,200 beds.

Acting ICE Director Tae D. Johnson said in a statement that the contract includes money for Covid-19 testing and other health screenings.

Most released migrants are given orders to return to an immigration court at a later date and face possible deportation. But because the flow of families has increased in recent weeks, border agents in the Rio Grande Valley are now releasing some families with children age 6 or younger without a court date, leaving them effectively free to move within the U.S.

Analysts often describe factors that “pull” migrants north—such as a strong U.S. economy or lax U.S. immigration enforcement—and “push” factors that drive them out of their own countries, such as poverty and violence.

Illegal immigration from Mexico to the U.S. peaked in 2001 at an estimated 1.6 million, after years of steady growth, according to Border Patrol statistics. But migration began to slow under a combination of stricter border enforcement, a more stable Mexican economy and demographic changes in Mexico that meant fewer younger males entering the workforce every year.

Now, not only is the U.S. economy expected to grow about 6% to 7% this year, but Mexico’s economy is also in particularly bad shape amid the pandemic. The country’s economy contracted about 8% last year. Mexico’s populist president has implemented the smallest stimulus of any major developing economy.

While the U.S. has vaccinated roughly a third of its population, Mexico has inoculated under 5%, which means the pandemic is likely to last far longer.

Illegal border crossings by adult males are often an indicator of a U.S. economic recovery. Over the past three decades, links between communities in Mexico and the U.S. have strengthened through networks of relatives and acquaintances who have emigrated from rural villages. So when a restaurant in San Francisco is hiring, word gets back quickly to Mexico.

Friends and relatives in the U.S. provide lodging to newcomers and help finance the $10,000 that coyotes currently charge for a trip that is likely to cross the Sonoran Desert, which stretches from Mexico through Arizona and California.

Some who settled in the U.S. decades ago and were deported are also trying to reunite with their families.

That includes Mr. Cruz, who said his wife and American-born 9-year-old daughter are waiting for him in San Antonio. He said he has been in regular contact with a dozen relatives in Texas, some of them undocumented, who have encouraged him to come. Two young cousins have recently been hired at a local restaurant after being unemployed for months, he said. A 55-year-old brother-in-law was vaccinated last week and has restarted his work at a shopping mall in Dallas.

He said migration to the U.S. won’t ever change unless Mexico develops economically.

“Your work doesn’t yield much in Mexico,” he said. “In the U.S. you work hard, but you see the benefits quickly. That’s why I want to return.”

Voir de même:

Une tempête sur la République américaine
Guy Millière
Gatestone institute
26 mars 2021
Traduction du texte original: A Storm Over the American Republic

    • L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits.
    • Le droit de contester et de critiquer, qui est partie intégrante de la liberté de parole garantie par le premier amendement, semble sérieusement menacé. Le droit de se défendre contre des accusations semble lui aussi menacé, et la profession d’avocat devenir dangereuse à exercer.
    • Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. L’économiste américain Peter Navarro, à titre privé, a rédigé trois analyses minutieuses de ce qui s’est passé: « La tromperie immaculee », « L’art du vol » et « Le rapport Navarro ». Ces analyses ont été décrites comme absurdes, douteuses, et discréditées –de manière sans aucun doute arbitraire.
    • Certains analystes décrivent ce qui se passe comme un glissement vers l’autoritarisme. Ils notent que de nombreux Américains, tout en se comportant, eux, d’une manière de plus en plus autoritaire, accusent leurs adversaires de se comporter de manière autoritaire – et blâment donc leurs adversaires pour ce dont ils sont eux-mêmes coupables.
    • Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État.
    • Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue.
    • Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes electorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. Comme le concluait un rapport bipartisan de 2005 établi par la Commission fédérale de réforme électorale, présidée par l’ancien président Jimmy Carter et l’ancien secrétaire d’État James Baker III: les bulletins de vote par correspondance « restent la principale source de fraude électorale potentielle ». Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre.

20 janvier 2021. Joe Biden prête serment et devient 46ème président des États-Unis. La scène est quasiment dépourvue de toute présence humaine. Les rues de Washington DC sont vides. Les habitants de la ville avaient été exhortés à rester chez eux et ceux du reste du pays s’étaient vus demander de ne pas venir. La ville est placée sous la protection de 25.000 membres de la Garde nationale, lourdement armés. De hautes barrières surmontées de barbelés entourent la zone du Capitole. Dans les rues que doit emprunter le défilé inaugural, des barrières séparent les trottoirs de la chaussée. Les seules personnes visibles le long des rues sont des hommes en uniforme portant des fusils. Un jour qui est en général un jour de fête aux États-Unis est, cette année, étrange et triste.

L’explication donnée par les responsables de la ville et le FBI est qu’il y avait un risque de perturbation grave. Des inaugurations précédentes ont connu des risques de perturbation, mais la ville n’avait pas été mise en état de siège. Le 20 janvier 2017, lors de l’inauguration du président Donald J.Trump, des manifestants hostiles étaient venus à Washington DC, et avaient brûlé des voitures et brisé des vitres. La police avait protégé la cérémonie, sans barbelés ni soldats. Des centaines de milliers de personnes avaient pu venir applaudir le nouveau président.

Le 6 janvier, répondant aux appels du président Trump, une foule immense s’était rassemblée à l’emplacement appelé l’Ellipse, près de la Maison Blanche. Ceux venus écouter le discours de Trump l’avaient fait, puis étaient rentrés chez eux.

Pendant que Trump parlait, des milliers de personnes étaient devant le Capitole, à 30 minutes à pied de ceux venus écouter Trump, et un groupe de gens bien organisés a brisé des fenêtres du bâtiment et y est entré. Il n’y a eu aucun saccage, et juste le vol de quelques objets. Une femme non armée a été tuée d’une balle dans la tête par un policier. Deux manifestants sont morts de crises cardiaques. Une personne est tombée au sol et a été piétinée. Un membre de la police du Capitole est décédé le lendemain, apparemment victime d’un accident vasculaire cérébral.

Bien que l’incident ait été grave, il n’a ressemblé en rien aux scènes de pillage, aux incendies criminels et aux violences extrêmes qui ont eu lieu dans de nombreuses grandes villes du pays pendant l’été. La différence a été que ce qui s’est passé a touché de près la classe politique.

L’incident a été unanimement condamné, y compris par Trump.

Ceux qui étaient venus écouter Trump et ceux qui ont perpétré l’incident n’étaient pas les mêmes. Les premiers avaient exercé leurs droits constitutionnels de libre réunion; les seconds avaient commis des actes criminels.

La police aurait pu procéder à des arrestations et la justice aurait pu être rendue. La page aurait été tournée. Ce n’est pas ce qui s’est passé.

Des incursions dans le Capitole ont eu lieu plusieurs fois dans le passé: le 1er mars 1954, des Américains d’origine portoricaine avaient tiré à l’arme à feu au sein du bâtiment, et blessé cinq membres du Congrès; le 1er mars 1971, des membres du mouvement radical Weather Underground y avaient placé une bombe ; le 7 novembre 1983, les membres d’un groupe se faisant appeler « l’unité de résistance armée » avaient également placé une bombe dans le bâtiment; le 6 octobre 2018, des personnes étaient venues protester contre le vote de confirmation du juge à la Cour suprême Brett Kavanaugh. Semblant ignorer tout cela, le 7 janvier, Joe Biden a décrit ce qui s’était passé la veille comme une « attaque » très grave et sans précédent:

« Ce dont nous avons été témoins hier n’était pas un acte de désaccord. Ce n’était pas un acte de désordre. Ce n’était pas un acte de protestation. C’était un acte de chaos. Ceux qui étaient là n’étaient pas des manifestants. Ne les appelez pas manifestants. C’était une émeute. Une insurrection. Un acte de terrorisme interieur. C’est fondamental, c’est aussi simple que cela. « 

Les grands médias américains ont parlé d’une attaque contre la « citadelle de la démocratie » et du signal d’une « volonté de renverser la républiqe ». Les partisans de Trump – dans leur ensemble – ont été décrits comme des personnes dangereuses. La contestation du résultat des élections du 3 novembre par Trump était déjà présentée depuis des semaines comme une tentative d‘inverser le résultat d’une élection parfaitement valide et comme relevant du « grand mensonge« . L’incident a été décrit comme la « transformation des Etats-Unis en une zone de guerre ».

Le 8 janvier, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, après avoir demandé au Président Trump de quitter « immédiatement et volontairement » ses fonctions avant l’investiture du président élu Biden, a lancé une procédure de destitution à son encontre. Insinuant que Trump était mentalement inapte, elle a annoncé qu’elle avait parlé au chef d’état-major interarmées, le général Mark Milley, « pour discuter des mesures de précaution disponibles permettant d’empêcher un président instable de déclencher des hostilités militaires ou d’accéder aux codes d’utilisation des armes nucléaires ». Sa demande, qui a enfreint la chaîne de commandement, a été décrite comme séditieuse. Le 13 janvier, violant toute procédure régulière, la Chambre des représentants a voté à la hâte un article de destitution accusant le président Trump d ‘ »incitation à l’insurrection ».

Lors de son investiture le 20 janvier, tout en parlant d ‘ »unité », Joe Biden a fait écho aux propos qu’il avait employé le 7 janvier, et a parlé d' »une montée de l’extrémisme politique, de la suprématie blanche, du terrorisme intérieur que nous devons affronter, et que nous vaincrons. « .

Depuis, l’administration Biden mène un combat contre ceux que Joe Biden a désignés comme tels. « Le président Biden », a dit très vite un communiqué de la Maison Blanche, « utilisera le Conseil de sécurité nationale pour traquer et combattre l’extrémisme politique et le terrorisme intérieur ».

Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, a donné un ordre de pause à l’ensemble de l’armée américaine pour que les officiers s’attaquent à « l’extrémisme » au sein des troupes. « Le suprémacisme blanc », a annoncé John Kirby, principal porte-parole du Pentagone, « pose un problème particulier » à l’armée américaine.

Au Sénat, la procédure de destitution contre Trump s’est poursuivie. Les responsables officiels de la mise en accusation ont décrit les événements du 6 janvier comme une « insurrection armée » qui a menacé la vie de représentants du peuple. Ils ont décrit de prétendus « crimes et délits graves » – sans preuves et témoins, bien sûr – et ont déclaré que c’était là le résultat direct du discours de Trump le 6 janvier, et le résultat aussi de sa contestation du résultat de l’élection – qu’ils ont présentée comme une « incitation à la violence ». Ils ont ainsi laissé de coté le fait que les résultats des élections présidentielles sont contestés depuis des décennies sans que cela semble inadmissible.

Ils ont également affirmé que les événements du 6 janvier avaient fait cinq morts, et n’ont pas dit qu’un seul décès – celui d’Ashli ​​Babbitt, une manifestante abattue par un policier – pouvait être directement lié à l’événement.

Les avocats de Trump n’ont eu aucun mal à réfuter les accusations énoncées. Ils ont rappelé que Trump avait demandé aux gens venus l’écouter le 6 janvier de se rassembler « pacifiquement et patriotiquement » et que le discours qu’il avait prononcé était pleinement protégé par le premier amendement. Ils ont présenté des preuves montrant que ceux qui avaient initié l’irruption dans le Capitole avaient préparé leur action pendant des semaines et avaient agi pendant que Trump parlait encore. Ils ont montré qu’ il n’existait aucune relation de cause à effet entre le discours de Trump du 6 janvier et ce qui s’est passé au Capitole.

Ils ont souligné que la procédure de destitution avait été menée en violation de la Constitution, et que le juge en chef de la Cour suprême, John Roberts, avait refusé de superviser la procédure. Ils ont dit que Trump ayant quitté ses fonctions, il n’était plus au moment de la procédure le président Trump, mais seulement le citoyen Trump, et ils ont demandé si les États-Unis voulaient vraiment commencer à « destituer » leurs citoyens. Ils ont souligné que les éléments de « preuve » présentés étaient une fois de plus (comme dans l’affaire de la « pseudo collusion avec la Russie ») des éléments falsifiés.

Ils ont affirmé que ce qui s’était passé n’était pas une insurrection – action définie comme une action violente et organisée visant à renverser le pouvoir établi, et rappelé qu’aucun de ceux qui ont pénétré dans le Capitole n’était armé.

Sans surprise, Trump a été acquitté.

L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits (ici, ici et ici).

Les actions contre le prétendu « extrémisme intérieur » et le « terrorisme intérieur » – autrement dit les 74 millions de personnes soutenant Trump – se poursuivent. Et les personnes qualifiées d' »extrémistes » et de « terroristes » font face à des menaces constantes. Les avocats de la défense de Trump ont reçu des menaces. Michael van der Veen, par exemple, a déclaré qu’il avait dû engager des gardes du corps armés et envoyer sa famille dans un lieu inconnu. Sa maison a été vandalisée.

Le droit de contester et de critiquer, qui est partie intégrante de la liberté de parole garantie par le premier amendement, semble sérieusement menacé. Le droit de se défendre contre des accusations semble lui aussi menace, et la profession d’avocat devenir dangereuse à exercer.

Les appels à des purges politiques se poursuivent. L’organisation de gauche MoveOn.org a lancé une campagne contre ce qu’elle appelle le « Caucus de la trahison » et demande que des sénateurs, qu’elle décrit comme « complices de l’insurrection meurtrière lancée par Trump », soient expulsés du Congrès. La présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi – tentant apparemment de créer une équivalence entre le 11 septembre 2001, la pire attaque terroriste subie par les États-Unis et les événements du 6 janvier, et tentant aussi, semble-t-il, d’inciter à supprimer la liberté d’expression – a annoncé que le Congrès allait créer une commission du type de celle créée concernant l’attaque du 11 septembre.

Un membre du Comité national démocrate, David. O. Atkins, a demandé, « comment serait-il possible de déprogrammer 75 millions de personnes? Par où commencer? » et « Nous devons commencer à penser à ce qui a été fait en Allemagne ou au Japon après la guerre. »

« Les suprémacistes blancs », a déclaré le président Biden, « sont la plus grande menace terroriste intérieure aux États-Unis. Le problème est complexe, il est vaste et il est réel. »

Le journaliste Kyle Daly, dans un article intitulé « Comment déprogrammer les extrémistes américains », décrit une mesure qui, à ses yeux, « pourrait faire la différence: empêcher les extrémistes d’entrer dans les institutions où ils pourraient faire le plus de dégâts – l’armée, les services de police et les législatures… Les États-Unis ont besoin d’un plan Marshall contre l’extrémisme intérieur.  »

Le journaliste Kevin Roose, du New York Times, dans un article appelé « Comment l’administration Biden peut contribuer à résoudre la crise dans laquelle nous sommes », a proposé ce qui ressemble à la création du « Ministère de la vérité » décrit dans le 1984 de George Orwell:

« Plusieurs experts avec lesquels j’ai parlé ont recommandé que l’administration Biden mette sur pied un groupe de travail interinstitutions pour lutter contre la désinformation et l’extrémisme intérieur, qui serait dirigé par une sorte de ‘tsar de la réalité ‘. »

Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. L’économiste américain Peter Navarro, à titre privé, a rédigé trois analyses minutieuses de ce qui s’est passé: « La tromperie immaculée« , « L’art du vol » et « Le rapport Navarro« . Ces analyses ont décrites comme absurdes, douteuses, et discréditées –de manière sans aucun doute arbitraire (voir ici, ici et ici).

Dans un long article publié par Time Magazine, « L’histoire secrète de la campagne fantôme qui a sauvé l’élection de 2020″, Molly Ball, correspondante politique nationale de la publication, démontre en détail qu’une coterie très bien financée, composée de gens puissants, venus de secteurs et de courants d’idées différents, travaillant ensemble dans les coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, orienter la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations  » a agi, et elle ajoute que l’action de cette coterie « a touché tous les aspects de l’élection « , y compris les lois électorales, et a constitué une coalition juridique qui est parvenue à modifier les lois et les systèmes électoraux « .

Ball, également auteur d’une biographie extrêmement élogieuse de Nancy Pelosi – qu’elle décrit comme une « icône de la résistance » à Trump – a affirmé que le but de la coterie n’était pas de truquer l’élection, mais de la « fortifier « .

Les organisations qui ont ravagé les grandes villes américaines pendant l’été, ajoute-t-elle, ont été utilisées par la coterie: « la gauche contrôlait en réalité les activités de groupes tels Antifa, Black Lives Matter ». Dans un autre article, elle a écrit que ce qui a été fait consistait à « sauver la démocratie » et elle dit, donc, que l’utilisation de moyens non démocratiques pour fausser une élection démocratique « sauve » la démocratie.

Une dérive inquiétante semble éloigner les États-Unis des institutions qui en ont fait une république et de ce que l’on peut attendre d’une démocratie digne de ce nom. Certains analystes décrivent ce qui se passe comme un glissement vers l’autoritarisme. Ils notent que de nombreux Américains, tout en se comportant, eux, d’une manière de plus en plus autoritaire, accusent leurs adversaires de se comporter de manière autoritaire – et blâment donc leurs adversaires pour ce dont ils sont eux-mêmes coupables.

Des opérations ont été menées pour détruire et nier la légitimité de la présidence de Trump et ont été enclenchées avant même qu’il soit élu, ainsi l’opération « Crossfire Hurricane« , et les abus du recours à la loi FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act]. Dix-neuf minutes après son investiture, le Washington Post a publié un article intitulé « La campagne pour destituer le président Trump a commencé ».

Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État.

Trump a été ensuite accusé de « mettre en danger la sécurité du pays », sur la base d’une conversation téléphonique anodine avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Pour que l’accusation paraisse plausible, l’un de ses accusateurs a dû réinventer la conversation. La première tentative de destitution qui a suivi a été décrite, à juste titre, comme une « parodie de justice » et comme « l’équivalent des procès-spectacle menés sous Staline ».

Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue.

Une large partie des grands médias américains ont cessé d’être des médias d’information et sont devenus des organes militants anti-Trump. La diffusion de fausses nouvelles a valu au New York Times et au Washington Post de recevoir le prix Pulitzer.

Quand, pendant l’été 2020, des émeutes destructrices ont eu lieu, et que Trump a évoqué le recours à l’armée pour rétablir l’ordre et protéger les biens et les personnes, ses opposants politiques l’ont comparé à Hitler et à Goebbels, se sont indignés et ont défendu les émeutiers en disant qu’ils étaient essentiellement des « manifestants pacifiques » agissant au nom des griefs légitimes. Ces gens ont apparemment oublié que la loi sur l’insurrection invoquée par Trump avait été invoquée dejà par d’autres présidents, ainsi George H.W. Bush en 1992, qui avait répondu à la demande d’aide du gouverneur de Californie Pete Wilson confronté aux émeutes de Los Angeles.

Plusieurs mois avant les élections de 2020, les opposants politiques de Trump ont étrangement anticipé sa défaite et l’ont accusé – par avance, et là encore sans aucune preuve – de se préparer à enfreindre la loi. Nancy Pelosi, suggérant que Trump ne quitterait pas la Maison Blanche, a laissé entendre qu’il serait nécessaire de recourir à une « fumigation« . Joe Biden a prédit que l’armée interviendrait. « Je suis », a-t-il dit, « absolument convaincu qu’ils l’escorteront avec diligence hors de la Maison Blanche « .

Les racines de ce qui se passe présentement sont, en fait, plus anciennes.

Le Parti communiste américain n’a jamais réussi à obtenir une large influence politique. Il a semblé gagner du terrain après la Seconde Guerre mondiale, mais a été écrasé dans les années 1950, après que soit découvert le fait que certains de ses membres avaient espionné le pays pour l’Union soviétique.

Un courant politique a pris forme dans les années 1960 et a recouru à une stratégie définie par un activiste allemand, Rudi Dutschke – disciple du marxiste italien Antonio Gramsci – comme « la longue marche à travers les institutions ». Comme l’a écrit l’essayiste Roger Kimball, ce courant s’est progressivement emparé du secteur des sciences humaines dans les universités, puis s’est répandu dans tout le système éducatif, le secteur de la culture, les grands médias, puis la sphère politique.

Il s’est inspiré des écrits du philosophe Herbert Marcuse, qui parlait de la nécessité d’un « grand refus » et d’une « protestation contre ce qui est ». Marcuse suggérait de pratiquer ce qu’il a appelé la « tolérance repressive » – qui consiste en une « intolérance envers les mouvements de droite », menée jusqu’à ce qu’ils soient réduits à l’inexistence. Marcuse ajoutait que les « forces des minorités non intégrées » devaient être utilisées.

Ce courant s’est inspiré aussi des écrits des principaux penseurs de ce qu’on appelle aux Etats-Unis la « théorie française« : Jacques Derrida et Michel Foucault. Derrida parlait de « déconstruction« , et en particulier de la déconstruction de l’idée de vérité. Foucault a défini les structures de pouvoir existantes comme des formes d’oppression, à abolir.

Les méthodes utilisées ont été celles du théoricien politique Saul Alinsky, qui recommandait que les radicaux deviennent des « organisateurs de communauté ». « Le travail de l’organisateur de communauté », ajoutait-il, « est de manœuvrer et d’appâter les gens au pouvoir ». Alinsky a publié en 1971 Rules for Radicals, un livre décrivant comment les radicaux peuvent s’emparer du pouvoir en utilisant treize règles. Il disait qu’accuser ses ennemis de ce dont on est coupable peut se révéler extrêmement efficace.

Ce courant a agi pour répandre le « grand refus » défini par Marcuse, a disséminé les idées de la « théorie française » et utilisé les méthodes de Saul Alinsky. Il a recouru à la « tolérance repressive » pour éroder les institutions de l’intérieur et éradiquer l’idée de vérité. Certains de ses adeptes sont devenus des « organisateurs de communauté », ont agi pour abolir les structures de pouvoir et accusé leurs ennemis de faire ce qu’ils faisaient, eux.

Le président Barack Obama, avant d’entrer en politique, a travaillé comme « organisateur de communauté » à Chicago. Peu de temps avant d’être élu président en 2008, il a déclaré: « Nous sommes à cinq jours de la transformation fondamentale des États-Unis d’Amérique ». Il n’a pas dit en quoi la transformation allait consister.

Avant son élection, le président Trump avait promis de « drainer le marécage » – qui avait effectivement besoin d’être drainé. Les habitants du marécage l’ont vu comme une menace pour leurs projets. Faire tomber Trump à tout prix et reprendre le pouvoir est devenu un impératif pour eux. Ils ont utilisé tous les moyens à leur disposition – et ils ont atteint leur objectif.

Dans les premières semaines de sa présidence, Biden a signé une série de décrets, dont certains violent la Constitution et la Déclaration des droits, et qui ont réduit des milliers de gens au chômage, et aidé la Russie et la Chine. La Chambre des représentants et le Sénat n’ont pas été consultés.

74 millions d’Américains respectueux des lois sont décrits comme des terroristes et des racistes qui ont besoin d’être « rééduqués », et la tolérance pour des idées différentes est clairement en train de disparaître. Des appels sont lancés que soient fermées des chaines de télévision qui offrent une version différente de « la vérité ».

La première proposition de loi présentée à la Chambre des représentants pour 2021, HR1, ou la loi « pour le peuple« , a été adoptée par la Chambre le 5 mars. L’ avocat J. Christian Adams, président de la Public Interest Legal Foundation et fondateur du Election Law Center, a noté:

« HR1 regroupe dans un projet de loi de 791 pages toutes les mauvaises idées en matière d’organisation des élections qui ont fait de l’élection de 2020 un tel désastre, et inclut tous les plus ‘grands succès’ de 2020: l’envoi massif de bulletins de vote par correspondance, l’acceptation de bulletins de vote par correspondance reçus sans cachet de la poste, l’acceptation de bulletins de vote arrivant tardivement, la possibilité de voter dans des circonscriptions où vous ne vivez pas. « 

Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes électorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. Comme le concluait un rapport bipartisan de 2005 établi par la Commission fédérale de réforme électorale, présidée par l’ancien président Jimmy Carter et l’ancien secrétaire d’État James Baker III: les bulletins de vote par correspondance « restent la principale source de fraude électorale potentielle ». Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre.

Le président Biden a présenté un projet de loi de réforme de l’immigration. Ce projet a été décrit comme un moyen de laisser entrer des étrangers traversant illégalement la frontière américaine, de légaliser leur présence et de les faire accéder à la nationalité, et comme un instrument destiné à tenter de créer une majorité permanente unipartite. Si le projet est adopté, il pourrait, comme l’a dit l’ancien conseiller principal du président Trump Stephen Miller, « effacer fondamentalement l’essence même de la nation américaine ».

Les propositions économiques telles que l’augmentation du salaire minimum à 15 dollars, si elles sont mises en œuvre, coûteront des centaines de milliers d’emplois, et créeront d’immenses difficultés pour les petites entreprises déjà durement touchées par les fermetures ayant résulté de la pandémie et pour les personnes non qualifiées qui cherchent du travail. Il en résulterait un moins grand nombre d’emplois disponibles et un plus grand nombre de personnes cherchant un emploi – ce sans compter l’effet du flot potentiel de nouveaux arrivants « sans papiers ».

Ce résultat serait peut-être voulu: il conviendrait aux grands entrepreneurs qui sont aussi de grands donateurs à la campagne démocrate, éliminerait leurs concurrents plus petits qui ne pourraient assumer la charge supplémentaire, et créerait davantage de personnes désespérées continuant à tendre la main vers le gouvernement et dépendant de l’aide qu’ils pourront obtenir de lui.

L’une des premières décisions de Biden a été de dissoudre la Commission de 1776, qui avait été créée pour « revenir aux idées fondatrices énoncées dans la Déclaration d’indépendance ». Le projet 1619, qui décrit les États-Unis comme fondés sur l’esclavage, « structurellement racistes », et donc illégitimes, a été critiqué par d’éminents historiens pour son manque total de respect des faits fondamentaux. Bien qu’il soit une distorsion de l’histoire, et ignore totalement ce que l’Amérique a fait de positif, il est désormais enseigné aux enfants dans les écoles publiques et leur apprend dès lors à haïr leur pays.

L’essayiste Dennis Prager a déclaré l’an dernier:

« La civilisation peut être détruite en une seule génération. L’Allemagne était le pays le plus avancé d’Europe en termes d’art et de culture. Des gens se demandent comment le pays qui nous a donné Beethoven et Bach et Schiller et Heine a pu nous donner Auschwitz? C’est une question courante. Ce n’est pas une question qui se trouve posée dans les collèges aujourd’hui parce que ceux qui y sont n’ont jamais entendu parler de Beethoven, Bach, Schiller, Heine ou d’Auschwitz. Néanmoins, ceux qui en ont entendu parler posent la question, et la réponse est que ce qui est arrivé peut arriver n’importe où. Nous assistons à la destruction de la liberté aux Etats-Unis en une génération: dans ce cas, par ceux qui se disent progressistes. »

Après la Convention constitutionnelle de 1787, une certaine Madame Powell, de Philadelphie, a demandé à Benjamin Franklin: « Eh bien, docteur, qu’avons-nous, une république ou une monarchie? » Franklin a répondu: « Une république, si vous pouvez la préserver. »

« Une partie de l’Amérique a « déclaré la guerre » et « a l’intention de détruire la société la plus tolérante, la plus inclusive et la plus égalitaire jamais créée », a écrit récemment l’auteur américain David Horowitz. « La bonne nouvelle », a-t-il ajouté, « est qu’un mouvement patriotique s’est levé, et se tourne à nouveau vers l’idée que tous les hommes sont créés égaux et dotés des droits divins à la vie et à la liberté, et sont prêts à les défendre ».

Une tempête plane actuellement sur les États-Unis. Les mois à venir révéleront si le mouvement patriotique ainsi décrit la dissipera.

Voir de plus:

If You Thought the 2020 Elections Were Chaotic, Just Wait
J. Christian Adams
The Gatestone institute
February 8, 2021

  • H.R.1 packs into one 791-page bill every bad idea about how to run elections and mandates that the states must adopt the very things that made the election of 2020 such a mess. It includes all of the greatest hits of 2020: Mandatory mail ballots, ballots without postmarks, late ballots, voting in precincts where you do not live…. The Senate companion bill, S.1, might be even worse.
  • In 2020, states such as Nevada and New Jersey sent ballots through the mail to anyone on their registration lists despite having voter rolls full of errors. The Public Interest Legal Foundation documented thousands of ineligible registrations in Nevada alone that received mail ballots. Some were sent to vacant lots, abandoned mines, casinos and even liquor stores.
  • States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.
  • H.R.1 rigs the system for any lawsuits challenging the constitutionality of the law. All lawsuits can only be filed in one court — federal court in the District of Columbia. And all opposition must be consolidated into one brief with only one attorney being able to argue the merits.
  • There is a federal mandate, passed in the 19th Century, to have one single election day…. Like Obamacare earlier, H.R.1 transitions our federalist Republic to some other brave new system that purports to right generations of structural wrongs, while at the same time entrenching other wrongs.

H.R.1 packs into one 791-page bill every bad idea about how to run elections and mandates that the states must adopt — the very things that made the election of 2020 such a mess. It includes all of the greatest hits of 2020: Mandatory mail ballots, ballots without postmarks, late ballots and voting in precincts where you don’t live. It includes so many bad ideas that no publication has satisfactory space to cover all of them. The Senate companion bill, S.1, might be even worse.

These bills rearrange the relationship between the states and the federal government. The Constitution presumes that states regulate their own elections, but the Constitution has a big « but » in what is called the Elections Clause. The Constitution says, « but the Congress may at any time by Law make or alter such Regulations. » For over 200 years, Congress rarely used this power. After all, the power was put in the Constitution only to prevent the states from suffocating the federal government out of existence by never holding federal elections.

Do not assume that the bills will stall and wither in the process. They are named H.R.1 and S.1 for a reason. The bills are the top priority of the newly empowered Democrats in Congress.

Dissatisfied with the effectiveness of the last federal mandate — 1993’s Motor Voter law — H.R.1 dispenses with the idea that an American should go affirmatively register to vote.

In 2020, states such as Nevada and New Jersey sent ballots through the mail to anyone on their registration lists despite having voter rolls full of errors. The Public Interest Legal Foundation documented thousands of ineligible registrations in Nevada alone that received mail ballots. Some were sent to vacant lots, abandoned mines, casinos and even liquor stores.

States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.

H.R.1 rigs the system for any lawsuits challenging the constitutionality of the law. All lawsuits can only be filed in one court – federal court in the District of Columbia. And all opposition must be consolidated into one brief with only one attorney being able to argue the merits. It also grants automatic intervention to any legislators who want to join in the fight against the lone opposition.

It prohibits states from conducting list maintenance on the voter rolls. That means deadwood and obsolete registrations will stack up.

HR.1 and S.1 are omnibus bills that would change every American citizen’s — and foreigner’s — relationship to voter registration.

Universal automatic voter registration has, for years, been a top priority of the institutional left. In fact, H.R.1 would do away with actual voter registration and instead make the voter rolls merely a copy of anyone already on a government list — such as welfare recipients and other social service beneficiaries. The bills would expand well beyond to federal entities like the Social Security Administration, Department of Defense, Customs and Immigration, and elements of Health and Human Services.

Naturally, a giant federal database would serve as the home for this list of people who must be automatically registered to vote, whether they know it or not.

Imagine the number of government databases in which your information is contained. Do your names and addresses all match? Does Social Security know you moved out of your birth state? Are your married and maiden names different? Did you get a driver’s license before obtaining American citizenship?

You can see the pitfalls. One person will be « registered » to vote multiple times, with slight variation in names, and perhaps greater variation in residence addresses.

Making it « easier » to get registered to vote through automatic registration from government lists might seem attractive, until you consider the disaster of universal auto-mail voting as we saw in 2020.

H.R.1 and S.1 will force states to push ballots into the mail. It builds slack into the election system. Decentralized mail elections introduce error because of error-filled rolls. Mail-in ballots delay results, create uncertainty and push the elections into kitchens and bedrooms where election officials cannot observe the voting process and cannot protect the voter from coercion.

H.R.1 takes the absolute worst emergency rule changes of 2020 and enshrines them as federal law. Gone also are state witness and notary requirements during the mail ballot application process. Nor may states enact identification requirements of « any form » for those requesting a ballot. That means no more voter ID as a matter of federal law.

States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.

It gets worse. The 791-page bill also includes:

  • « Congress can reduce a state’s representation in Congress when the right to vote is denied. » Without qualification or definition, Congress could rely on this sentence unilaterally to cut the number of House members from any state it claims is denying the right to vote.
  • It criminalizes anyone who uses state challenge laws to question the eligibility of registrants wrongly. The penalty is up to one year in prison per instance.
  • It prohibits states from conducting list maintenance on the voter rolls. That means deadwood and obsolete registrations will stack up.
  • It criminalizes publishing « false statements » about qualifications to vote and « false statements » about which groups have endorsed which candidates. Information banned from being published includes false qualifications to vote and the penalties for doing so. What is a false statement will apparently be in the minds of the Justice Department lawyers who bring the charges. And if they do not act, the law provides a private right of action to individual plaintiffs to drag speakers to court. You can be sure this provision would be used as a merciless weapon against political opponents.
  • And in case it was not clear that H.R.1 was dismantling state power to run their own elections, the bill makes it clear: « The lack of a uniform standard for voting in Federal elections leads to an unfair disparity and unequal participation in Federal elections based solely on where a person lives. » In other words, state laws which have the Constitutional authority to determine the voting eligibility of its residents, will be preempted by a federal uniform standard.

That is not all. Nationwide, states must accept mail ballots on Election Day plus 10 days later. States are allowed to add extra time to the window. No more election day. It will be election season, with a month of early voting and weeks of ballots arriving and being counted.

And of course, unlimited ballot harvesting — having a third party « help » to fill in and gather up ballots, then drop them off at a polling station or other designated station — is guaranteed.

Misinformation, protests, unrest, and even violence were all symptoms of the trauma of 2020. Activist groups and collusive officials in 2020 turned courts into weapons to transform state laws into election procedures that were favorable to one particular party. H.R.1 would finish the job, and federalize the policies and election procedures that made 2020 such a mess.

It is no solution to presume that federal rules, even if they were crafted the right way, would solve the problem. When Washington D.C. gets control over elections, the policy always skews in one direction.

I worked at the Justice Department, where career staff ignored federal laws they didn’t like, and only enforced the ones they thought would help advance their political beliefs. Motor Voter, for example, had a federal mandate that states clean voter rolls. Guess what happened after that rule passed in 1993? No private enforcement actions were brought for two decades until I brought one against Indiana.

There is a federal mandate, passed in the 19th Century, to have one single election day. The bureaucrats in Washington in charge of enforcing that law ignore that law. Federal mandates are a one-way political ratchet. They always and only help one political party.

The nation has seen this line of thinking before. Like Obamacare earlier, H.R.1 transitions our federalist Republic to some other brave new system that purports to right generations of structural wrongs, while at the same time entrenching other wrongs. Unifying American experiences such as coming together to vote on one single Election Day, governed by rules passed by state legislators, well, to the authors of H.R.1, that is just old fashioned.

J. Christian Adams is the President and General Counsel for the Public Interest Legal Foundation and a former Justice Department lawyer. He also served on the Presidential Advisory Commission for Election Integrity and currently is a Presidentially appointed Commissioner on the United States Commission on Civil Rights.

Is Racism Moral Now?

Victor Davis Hanson
American greatness
Whiteness is a public health crisis. It shortens life expediencies, it pollutes air, it constricts equilibrium, it devastates forests, it melts ice caps, it sparks (and funds) wars, it flattens dialects, it infests consciousnesses, and it kills people »… — Damon Young, New York Times contributor
Over the past year, I have, of course, still had to interact with white people on Zoom or watch them on television or worry about whether they would succeed in reelecting a white-supremacist president. But white people aren’t in my face all of the time. I can, more or less, only deal with whiteness when I want to . . . White people haven’t improved; I’ve just been able to limit my exposure to them.
—Elie Mystal, The Nation    
Racism is the deductive bias against, and often hatred of, an entire racial group. It is often birthed by dislike of particular individuals of a given group that supposedly justifies, by extension, disliking or indeed hating all of them. The popular reaction against this widespread toxic pathology shown African Americans birthed the anti-slavery movement, the Civil War, the resistance to Jim Crow, and the modern Civil Rights movement.
But now there grows a strange new ahistorical “antiracism” racism.
One variety encourages holistic hatred, blaming all of one’s own unhappiness, indeed all of the cosmic injustice in the manmade and natural world—the very air, water, and earth—on a white racial collective.
Another constructs a purported racial pathology to encourage segregation and separation from all members of the white race, thereby limiting all “exposure” to a toxic people.
These are not just the idle critical race theory rants of intellectuals. They now are reified in racially segregated graduations and dorms and in systemic racialist reeducation and confessional workshops in government, the military, and private enterprise. In fact, the new antiracism racism is flagrantly directed at “whiteness”—the obsession of an America gone mad.
Barack Obama who, when a senator, filibustered the 2006 Supreme Court nominee Samuel Alito now claims, falsely, the filibuster is a racist relic of Jim Crow, which it predated by at least 30-40 years. On the Senate floor, U.S. Senator Tammy Duckworth (D-Ill.) vowed to block confirmation of nominees based solely on their white skin color.
In violation of the Equal Protection Clause of the 14th Amendment, the mayor of Oakland just announced race-based grants of $500 per month to be given only to poor “BIPOC” (“black, indigenous, and people of color”) families, excluding the white poor.
The latest multibillion-dollar stimulus/farm aid bill is targeted for all those in need—as long as they are not white. The latter are all ineligible.
The new antiracism racism, whatever its original intentions, unfortunately exhibits the historical telltale signs of its noxious genre: an a priori negative stereotyping of all whites that can then be applied to individuals deemed undeserving because they are white. It is a deductive doctrine used to justify racial bias and racial preferences, to enhance careers and profits, and to excuse and contextualize racist language and behavior.
Antiracism’s implicit defense is that the nonwhite have less power to act out their biases than do whites, while it “rights” an historical wrong. Therefore even crude antiracists cannot be harmful racists. Consult the government data on hate crimes, however, and one learns some non-white groups have a greater proportional tendency to commit such crimes against others than so-called whites. And how has a white lower-middle-class generation, born in the post-Civil Rights movement and the age of affirmative action, continued to enjoy so-called white privilege?
The Convenient Vocabularies of Whiteness
Notice how the term “white racism” began metamorphosing into “white supremacy.” The latter is a linguistic means of stating, without evidence, that “they” control everything and thus there is little need for demonstrable examples of white racism.
But “supremacy” itself proves a problematic rubric. What does one do when Asian Americans as a group make far more per capita than do whites? Or the 44th president of the United States was black—as is the current vice president? Or both the recent Democratic and Republican candidates for lieutenant governor in South Carolina, the first slave state to secede from the Union, were black?
After all, a true “Islamic supremacy” state such as Iran or Saudi Arabia, does not allow a Christian or Jew access to such power in their country. A racially supremacist nation such as we see in communist China cannot allow a black or white immigrant to be premier—any more than can North Korea. Even South Korea or Japan may not any day soon see a Korean president or Japanese prime minister of Mexican or Irish ancestry.
And yet “white supremacy” itself is devolving into “white privilege.” The newer term no longer requires proof that all whites are always supreme—only that they all, by use of the collective “white,” enjoyed innately unfair advantages over all others based solely on their race.
But finally “white privilege” will itself prove an unsustainable rubric, given the clear privileges enjoyed by millions of non-white Americans in business, politics, popular culture, sports, entertainment, the professions, and among the elite. Surely one should not have to argue that a white Dayton, Ohio tire-changer is innately blessed in a way an unfortunate Eric Holder or Jay-Z purportedly is not?
So “white privilege” is now morphing into just “whiteness” in a malignant stereotyping hauntingly reminiscent of the 1930 theories of insidious “Jewishness,” a term denoting a mythical and underhanded power that warped and “controlled” Western Europe—even as no believable charge could be leveled against individual Jews.
Infectious “whiteness” supposedly is what explains why the privileged Meghan Markle is unhappy with, or rather furious at, the royal family and the psychodramatic injustices allegedly done to her—as the former royal couple lecture the public on its sins from their $14 million Montecito estate.
The “whiteness” conspiracy similarly explains why multibillionaire Oprah Winfrey, who interviewed the couple from her nearby $90 million estate, not long ago was—or so she complained—treated rudely by a clerk in a Swiss boutique who committed the mortal sin of not recognizing Oprah, and thus not purportedly retrieving a $38,000 crocodile bag out of its secure case quickly enough to Oprah’s liking.
“Whiteness” often towers over even 5’11” Michelle Obama. Even as First Lady, when incognito in a Target store, she complained that a much shorter white woman did not recognize her and asked her, a taller stranger, to help lift down an item from an upper shelf—a phenomenon that millions of Americans encounter weekly.
Racist White Male Mass Shooters Everywhere?
It took the media and the Left about a nanosecond, and without any evidence other than a grainy video, to falsely label the recent Colorado mass shooter—later revealed as a Trump-hating Syrian-born Muslim—a “white supremacist.”
And it only took a second for the online mob and media to use his now falsely assumed identification to fuel a grand indictment against all “white men” in general—in the same old, same old unapologetic Duke lacrosse, Covington Catholic kids, and Jussie Smollett style.
Next, the Colorado mass murderer was immediately lumped in with the recent Georgia mass killer—as if that monstrous shooter was, unquestionably, a similar white supremacist. The two together proved a “pattern” of systemic white violence, most notably against Asian Americans.
All of these narratives, which are still floating around and widely accepted, are false.
It mattered little that the prior Georgia “white supremacist” mass-murderer was a disturbed psychopath and sexual deviant. In an initial questioning, the FBI found him unhinged rather than acting out a racist agenda. Sexual deviance rather than racism more likely fueled his attacks on massage parlors, where he killed six Asian and two white women, and seriously wounded a Hispanic male.
As far as the deviant Atlanta shooter being illustrative of an epidemic of white-inspired, anti-Asian-American crimes, the majority of such hate crimes against Asians have not been found, by a variety of metrics, to have been committed inordinately by whites. Indeed, in many surveys, African American males are proportionally more likely to commit such hate offenses against Asians. Nor do whites commit hate crimes in general disproportionally. Nor in the case of mass shootings, are whites “overrepresented” in the data.
The First Stone
Barack Obama was also quick to inflame the dramas—in the fashion of his unfortunate Trayvon Martin commentaries—by weighing in falsely that racism was one of the Georgia shooter’s stimulants.
Meena Harris—a Dr. Seuss canceller, Kamala Harris’s niece and campaign advisor, and the would-be Harris family memorialist—before the Colorado shooter had even been identified, immediately tweeted out: “The Atlanta shooting was not even a week ago. Violent white men are the greatest terrorist threat to our country”
Note the Harris logic: a suspect mows down ten innocents, and presto “white men are the greatest terrorist threat to our country”—never mind that the shooter turns out to have been a Syrian Muslim who emigrated to America in the early 2000s. The subtext of Harris’ thoughtless comments is something like “and we better do something about those white people.”
Her later “apology” for her judge-jury-executioner disinformation tweet proved far worse than her original libel: “I deleted a previous tweet about the suspect in the Boulder shooting. I made an assumption based on his being taken into custody alive and the fact that the majority of mass shootings in the U.S. are carried out by white men.”
Aside from the fact that Harris offered no apology for her lie, and had no compunction in stereotyping an entire group on the false assumption that the murderer was white, she also was entirely misinformed about her data. Again, according to most information on mass murderers, there is no evidence that whites are more likely proportionally to be the culprits than are members of other racial categories. In terms of interracial violent crime, whites both proportionally and in absolute numbers, are more likely, in comparison to both blacks and Hispanics, to be victims than perpetrators.
Why have we given up on the dream of Martin Luther King, Jr, that content of character rather than the color of our skins will arbitrate how we treat other individual Americans in a multiracial United States? And is the rejection of that vision the foundation of the new racism?
The Utility of Anti-Racism
What is driving this new antiracism racism? Cui bono? After all, a number of ethnic groups enjoy higher per capita income than whites. The number of white poor in absolute numbers is larger than any other impoverished minority group. The two most common interracial marriage profiles are white and Hispanic, and white and Asian.
For one thing, the new antiracism racialism is driven mostly by elite, white, progressive, careerists. Yet why, in white bastions like Silicon Valley or Manhattan, is there an explosion of elite private academies and a mass flight from the public schools? Is there real integration inside the nation’s richest and bluest ZIP codes, where support for public charter schools is low but high for teachers’ unions?
Medievalism offers some guidance. If a guilty party still wishes to enter woke heaven—or more mundanely to get a promotion or avoid being fired—but is reluctant to sacrifice his own privileged and tribal ways, he can still find cosmic recompense through the abstract: our version of a contractual endowment to the Church that once erased away usury or profligacy.
In other words, very privileged, very wealthy white people virtue signal anger over “white supremacy” as both a psychological and practical way of squaring the circle of their own largely unbothered separate and segregated lives. The irony is that by doing so, those with privilege castigate those without it.
By dreaming up an ever-growing vocabulary of clingers, deplorables, irredeemables, chumps, dregs, and Neanderthals for the white underclass, the elite—both black and white—squares the circle of owning an estate on the cliff above Martha’s Vineyard, or a D.C. mansion.
The Clintons, the Bidens, and the Obamas can live guilt-free and in splendor on the metaphorical barricades, faced off against the less virtuous, Bible-thumping, racist losers who never got with it and learned to code or follow the fracking rigs. This morality offset credit is the racial equivalent of the climate activist John Kerry’s carbon-spewing private jet, so necessary to ferry him from one green conference to another.
Call it exemption, penance, indulgence, or any other variety of medieval quid pro quo, but the white elite’s virtue signaling is as easy to spot as it is pretentious, opportunistic, and hypocritical.
Just as deploring whiteness or confessing to “unearned” privilege exempts the concrete behavior of white elites, so too does it exempt elite blacks from addressing existential crises in the black community that transcend white racism.
Or is it more troublesome than that? Do elites claim that it is racist to suggest the elite woke should at least channel some of their outrage and concern to the mass killing of the urban young (so often African American youth), the pandemic of fatherless black households and illegitimacy, and inordinate rates of criminality? Meghan Markle, as one of the new self-appointed voices of the oppressed, seems more fixated on royal insensitivities than she does on the soaring murder rate in Chicago.
There were other catalysts that shipwrecked the King dream and are supplanting it with Balkans-style tribalism and intersectional hatred. Under Barack Obama, the new idea of “diversity” came into its own. The old binary of white/black and the ecumenical effort to heal the legacy wounds of slavery, Jim Crow and de facto discrimination suddenly invited in a host of new participants, many of them with little record of discrimination, economic inequality, or historical grievance.
Diversity, in other words, redefined the victimized as those with a claim on non-whiteness and on the basis of superficial appearance expanded those with purported grievances from 12 percent of the population to over 30 percent.
Suddenly the impoverished undocumented Oaxacan, subject to years of maltreatment in his native Mexico, became a victim deserving American reparatory consideration the moment he crossed by his own volition into the United States.
So did the children of the multimillionaire Punjabi cardiologist, now dubbed “Asian” as if Indians, too, were indistinguishable from Japanese and Chinese-American who had experienced historical discrimination inside the United States. The Brazilian aristocrat, the one-third “this” and the one-eighth “that” brought millions into the equation, including Elizabeth Warren, Rachel Dolezal, Ward Churchill, Alec Baldwin’s wife, and legions of other socially constructed diverse people.
Class: The Forgotten, Ecumenical Divide
The explosive gains in bicoastal wealth in tech, corporations, entertainment, media, the professions, and sports increasingly rendered less important the connections between class and race. A LeBron James, by traditional class definitions, was a privileged near-billionaire elite who often shilled for the Chinese government—not a victimized truth-teller entrusted to lecture us about the pathologies of whiteness. So as the nonwhite were now often elites, racial identity became more, not less emphasized, to avoid the perception that prior racial victims were now class beneficiaries or even oppressors.
Soon some minorities began questioning the racial fides of other, usually more conservative Latinos and blacks—inventing all sorts of philological categories such as “white Hispanic” and “multiracial whites.” They were reminiscent of the old white racists of the past who had strained to detect “white blacks” who successfully passed into white society, and thereby threatened to expose the entire absurdity of racial castes. After claiming that race was not a construct but immutable, the Left began contextualizing and rebranding and re-cataloging Trump-voting Cubans, George Zimmerman, and any who did not meet their own benchmarks for racial authenticity.
Soon we were left with the silliness of multimillionaire CNN anchor Don Lemon pontificating, without evidence, that “the biggest terror threat in this country is white men, or the far richer, Colin Kaepernick, of mixed ancestry, raised by two white parents, and previously fined for using the N-word on the playing field, now scapegoating his athletic descent onto a white racist society that ruined his career, even as “it” enriched him beyond the imagination of 329 million other Americans.
There are inequalities in the United States. Many of them dovetail with racial differences. But 21st-century cause-and-effect remains unclear. And the chief dividing line in the age of bicoastal globalism is now class—the new-old word we dare not speak.
In truth, the Mexican American tractor driver in Gilroy has more in common with the white auto-mechanic, and both with the black truck driver, than any of the three has with the woke Jorge Ramos, Oprah Winfrey, Mark Zuckerberg, or the Antifa and Black Lives Matter hierarchy.

America is not a sinful racist mess, but a great experiment as the only multiracial, self-reflecting, and self-critical democracy in history that did not—yet—descend into tribal chaos and violence.Voir encore:

Le chantage (payant) de deux sénatrices à Joe Biden

Des élues démocrates menaçaient le président américain d’obstruction s’il ne prenait pas plus d’Asiatiques dans son gouvernement.
Julien Peyron
Le Point
27/03/2021

« Quand Joe Biden m’a demandé d’être sa colistière, il s’est engagé à choisir une administration qui ressemble à l’Amérique, qui reflète le meilleur de notre nation. » La confidence est de Kamala Harris, aujourd’hui vice-présidente des États-Unis. C’est ainsi que le futur président américain, descendant de migrants irlandais catholiques, est parvenu à convaincre cette fille d’un père jamaïcain et d’une mère indienne de figurer sur son « ticket ». À eux deux, ils ont incarné le camp des minorités américaines, marquant une rupture nette avec le mandat de Donald Trump, accusé par certains démocrates d’être le président des suprémacistes blancs.

Le plan a fonctionné, Joe Biden et Kamala Harris ont été élus à la Maison-Blanche. Les Noirs américains ont voté pour eux à près de 90 %, les latinos à plus de 65 % et les Asiatiques à 63 %. Ils ont su s’en souvenir au moment de nommer leurs conseillers et les membres du gouvernement. Le Sénat, qui doit confirmer un à un les membres de la future équipe du président, n’aura jamais vu passer autant de candidats issus de minorités. Une ministre de l’Intérieur amérindienne, un ministre de la Défense noir, un patron de la Sécurité intérieure d’origine cubaine, un ministre des Transports homosexuel, une sous-secrétaire à la Santé transgenre… Chaque minorité à son représentant dans cette administration arc-en-ciel, symbole du creuset américain, de sa diversité et de sa richesse.

Mais à vouloir servir tout le monde, on en oublie forcément quelques-uns. À tort ou à raison, les AAPI se sentent lésés. Derrière ce sigle sont regroupés les Américains ayant des origines asiatiques ou venant des îles du Pacifique (Asian Americans/Pacific Islanders). Les Asio-Américains sont au cœur des préoccupations depuis la tuerie d’Atlanta survenue le 16 mars. Ce jour-là, un homme tue huit personnes, dont six femmes asiatiques, dans des salons de massage de la grande ville de Géorgie. Bien qu’on ignore si les motivations de l’assaillant étaient racistes, la minorité asiatique américaine s’émeut et dénonce une recrudescence des attaques contre elle depuis le début de l’épidémie de Covid, appelé « virus chinois » par Donald Trump.

Risque de blocus

Victimes de préjugés raciaux, les Asio-Américains estiment qu’ils sont mal représentés dans les sphères du pouvoir, en particulier dans le gouvernement Biden. C’est la sénatrice de l’Illinois Tammy Duckworth, d’origine thaïlandaise, qui porte leur combat à Washington, bientôt rejointe par sa collègue de Hawaï, Mazie Hirono. Elles ont signifié à l’establishment démocrate leur refus de voter en faveur de tout nouveau prétendant qui ne serait pas asiatique. De quoi bloquer le processus de nomination au Sénat, puisque la chambre haute du Congrès est plus divisée que jamais depuis les élections de novembre 2020. Elle compte 50 élus démocrates et 50 républicains. Le camp Biden a besoin de faire le plein à chaque fois qu’il veut faire passer une loi ou qu’il souhaite faire valider la nomination d’un officiel.

Quand la Maison-Blanche fait valoir aux deux sénatrices que la vice-présidente Kamala Harris est d’origine indienne par sa mère, leur réponse est cinglante. « C’est insultant ! Diraient-ils aux Afro-Américains que Kamala Harris est noire et qu’il n’y a pas besoin d’autres Afro-Américains au sein de l’administration ? » Elles tiennent bon et leur chantage va fonctionner. Avant même d’avoir eu à voter contre leur camp, les deux sénatrices assurent avoir eu l’assurance que Joe Biden allait « faire monter des voix asiatiques » au sein du gouvernement fédéral. Le porte-parole de Tammy Duckworth s’est aussitôt réjoui de la bonne nouvelle : « Comme annoncé, nous ne bloquerons pas la route aux candidats du président Biden, qui comprendront donc davantage de leaders AAPI. »

5,5 % d’Asiatiques dans la population américaine

Sur les 23 membres désignés du cabinet Biden – tous ne sont pas encore confirmés – un seul est d’origine asiatique à ce jour : Katherine Tai, représentante au Commerce, qui a grandi à Taïwan et dont les deux parents sont chinois. Un sur 23, soit environ 4,5 % du cabinet, un nombre assez proche des 5,5 % que les Asiatiques pèsent au sein de la population américaine. Insuffisant pour les leaders d’AAPI. Mais en nommant un nouveau membre d’origine asiatique, le président américain fera passer cette proportion à 18 %… Quelle autre minorité montera alors au créneau en s’estimant sous-représentée ?

S’ils permettent de conforter chaque groupe, ces arrangements font peser un soupçon sur l’équipe Biden. Serait-elle davantage un casting politiquement correct qu’une équipe recrutée pour ses compétences ? Ironie de l’histoire, les Asio-Américains comptaient encore récemment sur une porte-drapeau dans l’équipe Biden. Neera Tanden, née de parents indiens, avait été désignée pour occuper la fonction importante de ministre du Budget. Mais d’anciens tweets polémiques retrouvés par la presse ont eu raison de sa candidature. Preuve qu’outre les origines ethniques, les opinions politiques comptent encore en Amérique.

Voir encore:

Bartolone sur la droite : « Ils veulent mettre l’Ile-de-France en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux »

REPORTAGE – Claude Bartolone a tenu, mercredi soir, son dernier meeting avant un second tour qui s’annonce très serré. Le socialiste et ses nouveaux alliés ont tenté de montrer une unité que la gauche n’a plus au niveau national.

Il y a les applaudissements automatiques des meetings de fin de campagne. Et puis il y a les embrassades et les sourires qu’on ne voyait plus à gauche ces derniers temps. « Ça sent bon », souffle Benoît Hamon dans les couloirs du palais des sports de Créteil pour le dernier meeting de Claude Bartolone. Ici, les socialistes croient de plus en plus à une victoire à l’arrachée dimanche face à Valérie Pécresse.

Pour ce second tour, Bartolone a réussi à rapidement rassembler la gauche. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu côte à côte cette gauche arc-en-ciel allant du chef du PCF Pierre Laurent à celui du PS Jean-Christophe Cambadélis en passant par Benoit Hamon, Christiane Taubira et finissant par les écolos Emmanuelle Cosse et Cécile Duflot. Tous sont là pour soutenir Claude Bartolone, le seul aujourd’hui à gauche à pouvoir rassembler une telle brochette quand le spectre du gouvernement, lui, s’est singulièrement réduit depuis le départ de Jean-Marc Ayrault. Assise au premier rang, Cécile Duflot immortalise l’instant avec son téléphone portable.

« Notre région, ils veulent la mettre en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux »

Dernier à parler, Bartolone s’en prend logiquement à son adversaire Valérie Pécresse. Le résultat s’annonce serré, aucun coup ne sera épargné. « Notre région, ils veulent la mettre en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux », attaque Bartolone qui plus largement pointe l’attitude de la droite.

« Que reste-t-il de leurs valeurs lorsque, sans cesse, sans cesse, ils font cette insupportable danse du ventre aux électeurs du FN à grands coups de ‘race blanche?' » demande-t-il avant de livrer sa réponse. « Cette droite n’a plus grand chose de républicain ». Comme s’il voulait donner des gages à ses alliés de gauche et s’éloigner de ces socialistes qui ne parlent que de redressement économique et de taux de croissance, Bartolone promet vouloir avant tout « donner du sens ». « Nous ne sommes pas des experts comptables en charge d’aligner des colonnes de dépenses à des colonnes de recettes », poursuit-il.

En début de soirée, après ce qui devait être un sketch de Gérald Dahan, le rappeur Rost prend le micro, glisse quelques mots sur les scores élevés du FN qui lui fond mal au coeur puis, le poing levé, se met à chanter Le temps des résistants. La salle pourtant remplie de socialistes se surprend à elle aussi lever le poing, comme au temps où la gauche n’était pas encore social-démocrate. Sur scène, les Yeux Noirs enchaînent et jouent une musique tzigane si entrainante que Cambadélis frétille pendant Jean-Paul Huchon s’adonne à quelques mouvements de air guitar avec en prime un subtil jeu d’épaule.

Gauche francilienne contre gauche nationale

Alors que les communistes et les écologistes ont fusionné avec la liste de Claude Bartolone, c’est à Pierre Laurent qu’est revenu le soin d’entamer le meeting. Jean-Luc Mélenchon veut incarner la gauche d’opposition au PS mais ce mercredi soir son partenaire au sein du Front entonne un autre chant : « Ensemble battre la droite ». Mais s’il souhaite une victoire de « la gauche » – Laurent ne va pas jusqu’à dire « de Bartolone » – le patron du PCF promet qu’il ne s’en tiendra pas là : « Lundi il faudra reconstruire la gauche », « il faudra se dire des choses, se dire des vérités, discuter des responsabilités des uns et des autres ».

Après Laurent, Cosse garde ce même équilibre. Soutien régional, critique nationale. « Si l’Etat a renoncé face aux lobbies à mettre de oeuvre l’écotaxe, nous le mettrons en Ile-de-France avec son juste nom : la pollutaxe », assène-t-elle. Visant, le gouvernement et singulièrement Manuel Valls bien qu’elle se garde de prononcer son nom, elle poursuit : « Le renoncement et l’autoritarisme ne sont pas des mots que conjuguent les Huchon, les Hidalgo, les Bartolone, les Laurent ». En somme, Cosse veut « faire de l’Ile-de-France le creuset d’une nouvelle gauche, qui tient ses engagements, qui n’a pas peur de son ombre ». Jusqu’à dimanche cette gauche avance unie. Lundi sera un autre jour.

Voir aussi:

Observatoire du journalisme

27 mars 2021

Une tuerie s’est déroulée mi-mars 2021 dans un supermarché à Boulder dans le Colorado (États-unis),10 personnes ont trouvé la mort dans cette tragédie. Les médias de grand chemin se jettent-ils sur l’occasion pour informer en fonction des faits ? Ou pour les déformer ? Sur les premières images, le tueur interpellé est blanc. Le massacre de 10 civils se transforme instantanément en un procès de l’homme blanc armé d’un fusil AR-15. Plusieurs personnalités politiques s’en donnent à cœur joie pour faire de la récupération. Et puis…

Homme, blanc, violent

Dans un premier temps, le meurtrier est blessé à la jambe puis interpellé par la police qui l’emmène. Toutes les caméras ne retiennent alors plus qu’une seule chose : le tueur est blanc. C’est l’information principale que décident de relayer plusieurs grands médias tels que RTL, 20 Minutes ou le Huffington Post et d’autres encore. Dès lors, Twitter va se déchaîner. Avalanche de tweets haineux pour dénoncer la violence de l’homme blanc.

Meena Harris, la nièce de Kamala Harris (vice-présidente des États-Unis) tweetait « Violent white men are the greatest terrorist threat to our country » (les hommes blancs violents sont la plus grande menace terroriste pour notre pays). Elle a par la suite rapidement supprimé son tweet.

Un journaliste de l’AFP du service « vérification des faits » avait également tweeté « He was only apprehended and not chocked or shot to death because he was not brown, black or muslim” (il a été appréhendé et non tué parce qu’il n’était pas brun, noir ou musulman).

Beaucoup d’autres tweets ont relayé que le tueur était un homme blanc et que s’il n’a pas été immédiatement abattu par la police c’était en vertu de sa couleur de peau.

Quelques jours plus tôt, en Géorgie, avait eu lieu une autre tuerie où un meurtrier blanc avait pris pour cible des femmes asiatiques dans leur salon de massage. Toute la presse avait crié au racisme mais le coupable, manifestement dérangé, déclarait qu’il souffrait « d’addiction sexuelle » et qu’il voyait ces salons de massage comme une tentation à éliminer.

Le tueur est un syrien musulman, Ahmad Al Aliwi Alissa

Certains médias surfent sur cette vague pour relancer la machine avec ce nouvel évènement macabre. Problème : le tueur est en réalité un Syrien musulman âgé de 21ans, anti-Trump, Ahmad Al Aliwi Alissa.

L’information est tombée comme un coup de tonnerre et a forcé quelques personnalités à réagir par rapport à ce qu’elles avaient d’abord dénoncé.

À titre d’exemple, la militante et écrivain américaine (Amy Siskind — sur Twitter) qui avait participé à la première vague de désinformation a déclaré, en apprenant le nom et la religion du tueur, qu’il ne fallait pas répandre cette nouvelle, ne pas lui faire de publicité. La publicité n’est en effet autorisée que si elle va dans le bon sens.

Beaucoup d’autres ont simplement arrêté de tweeter à ce sujet lorsqu’ils ne se sont pas simplement enfoncés dans le mensonge. À ce propos, le compte Tweeter de Caleb Hull est édifiant, ce militant républicain a relevé un bon nombre des tentatives de récupération et de désinformation au sujet de cette tragédie.

Le président des États-Unis, Joe Biden, s’est exprimé en appelant le congrès à agir « maintenant » pour limiter la circulation des armes à feu dans le pays. Biden sait bien qu’il n’a pas de majorité pour changer quoi que ce soit à ce sujet, il est douteux qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs, mais il est de bon ton de dénoncer le peuple qui pourrait oser prendre la responsabilité de sa propre défense.

In fine, une information passe à la trappe au milieu de ce pugilat médiatique : les dix victimes de cet odieux carnage sont tous des blancs.

Voir de même:

When The Narrative Replaces The News
How the media grotesquely distorted the Atlanta massacres
Andrew Sullivan
Mar 19 2021

The massacres at three massage parlors in the Atlanta area this week, leaving eight human beings dead, others injured, and their families scarred, were horrifying. Read this deeply moving story about the son of one of the women killed to remind yourself of this. It’s brutal. The grief will spread and resonate some more.

But this story has also been deeply instructive about our national discourse and the state of the American mainstream and elite media. This story’s coverage is proof, it seems to me, that American journalists have officially abandoned the habit of attempting any kind of “objectivity” in reporting these stories. We are now in the enlightened social justice world of “moral clarity” and “narrative-shaping.”

Here’s the truth: We don’t yet know why this man did these horrible things. It’s probably complicated, or, as my therapist used to say, “multi-determined.” That’s why we have thorough investigations and trials in America. We only have one solid piece of information as to motive, which is the confession by the mass killer to law enforcement: that he was a religious fundamentalist who was determined to live up to chastity and repeatedly failed, as is often the case. Like the 9/11 bombers or the mass murderer at the Pulse nightclub, he took out his angst on the source of what he saw as his temptation, and committed mass murder. This is evil in the classic fundamentalist sense: a perversion of religion and sexual repression into violence.

We should not take the killer’s confession as definitive, of course. But we can probe it — and indeed, his story is backed up by acquaintances and friends and family. The New York Times originally ran one piece reporting this out. The Washington Post also followed up, with one piece citing contemporaneous evidence of the man’s “religious mania” and sexual compulsion. It appears that the man frequented at least two of the spas he attacked. He chose the spas, his ex roommates said, because he thought they were safer than other ways to get easy sex. Just this morning, the NYT ran a second piece which confirms that the killer had indeed been in rehab for sexual impulses, was a religious fanatic, and his next target was going to be “a business tied to the pornography industry.”

We have yet to find any credible evidence of anti-Asian hatred or bigotry in this man’s history. Maybe we will. We can’t rule it out. But we do know that his roommates say they once asked him if he picked the spas for sex because the women were Asian. And they say he denied it, saying he thought those spas were just the safest way to have quick sex. That needs to be checked out more. But the only piece of evidence about possible anti-Asian bias points away, not toward it.

And yet. Well, you know what’s coming. Accompanying one original piece on the known facts, the NYT ran nine — nine! — separate stories about the incident as part of the narrative that this was an anti-Asian hate crime, fueled by white supremacy and/or misogyny. Not to be outdone, the WaPo ran sixteen separate stories on the incident as an antiAsian white supremacist hate crimeSixteen! One story for the facts; sixteen stories on how critical race theory would interpret the event regardless of the facts. For good measure, one of their columnists denounced reporting of law enforcement’s version of events in the newspaper, because it distracted attention from the “real” motives. Today, the NYT ran yet another full-on critical theory piece disguised as news on how these murders are proof of structural racism and sexism — because some activists say they are.

Mass killers, if they are motivated by bigotry or hate, tend to let the world know:

The suspected attacker in Pittsburgh allegedly said he wanted to “kill Jews” while rampaging inside a synagogue. Police said the man charged with killing people at an El Paso Walmart told them that he was targeting “Mexicans” that day. And the man who massacred Black parishioners inside a Charleston church detailed his racist motivations at length.

This mass murderer in Atlanta actually denied any such motive, and, to repeat myself, there is no evidence for it — and that has been true from the very start. And yet, a friend forwarded me the note swiftly sent to students and faculty at Harvard, which sums up the instant view of our elite:

Many of us woke up yesterday to the horrific news of the vicious and deadly attack in Atlanta, the latest in a wave of increasing violence targeting the Asian, Asian-American, and Pacific Islander community … This violence has a history. From Chinese Exclusion to the nativist rhetoric amplified during the pandemic, anti-Asian hostility has deep roots in American culture.

And on and on. It was almost as if they had a pre-existing script to read, whatever the facts of the case! Nikole Hannah-Jones, the most powerful journalist at the New York Times, took to Twitter in the early morning of March 17 to pronounce: “Last night’s shooting and the appalling rise in anti-Asian violence stem from a sick society where nationalism has been stoked and normalized.” Ibram Kendi tweeted: “Locking arms with Asian Americans facing this lethal wave of anti-Asian terror. Their struggle is my struggle. Our struggle is against racism and White Supremacist domestic terror.”

When the cops reported the killer’s actual confession, left-Twitter went nuts. One gender studies professor recited the litany: “The refusal to name anti-Asianess [sic], racism, white supremacy, misogyny, or class in this is whiteness doing what it always does around justifying its death-dealing … To ignore the deeply racist and misogynistic history of hypersexualization of Asian women in this ‘explication’ from law enforcement of what emboldened this killer is also a willful erasure.”

In The Root, the real reason for the murders was detailed: “White supremacy is a virus that, like other viruses, will not die until there are no bodies left for it to infect. Which means the only way to stop it is to locate it, isolate it, extract it, and kill it.”

Trevor Noah insisted that the killer’s confession was self-evidently false: “You killed six Asian people. Specifically, you went there. Your murders speak louder than your words. What makes it even more painful is that we saw it coming. We see these things happening. People have been warning, people in the Asian communities have been tweeting, they’ve been saying, ‘Please help us. We’re getting punched in the street. We’re getting slurs written on our doors.’” Noah knew the killer’s motive more surely than the killer himself.

None of them mentioned that he killed two white people as well — a weird thing for a white supremacist to do — and injured a Latino. None pointed out that the connection between the spas was that the killer had visited them. None explained why, if he were associating Asian people with Covid19, he would nonetheless expose himself to the virus by having sex with them, or regard these spas as “safer” than other ways to have quick sex.

They didn’t because, in their worldview, they didn’t need to. What you see here is social justice ideology insisting, as Dean Baquet temporarily explained, that intent doesn’t matter. What matters is impact. The individual killer is in some ways irrelevant. His intentions are not material. He is merely a vehicle for the structural oppressive forces critical theorists believe in. And this “story” is what the media elites decided to concentrate on: the thing that, so far as we know, didn’t happe

But notice how CRT operates. The only evidence it needs it already has. Check out the identity of the victim or victims, check out the identity of the culprit, and it’s all you need to know. If the victims are white, they don’t really count. Everything in America is driven by white supremacist hate of some sort or other. You can jam any fact, any phenomenon, into this rubric in order to explain it.

The only complexity the CRT crowd will admit is multiple, “intersectional” forms of oppression: so this case is about misogyny and white supremacy. The one thing they cannot see are unique individual human beings, driven by a vast range of human emotions, committing crimes with distinctive psychological profiles, from a variety of motives, including prejudices, but far, far more complicated than that.

There’s a reason for this shift. Treating the individual as unique, granting him or her rights, defending the presumption of innocence, relying on provable, objective evidence: these core liberal principles are precisely what critical theory aims to deconstruct. And the elite media is in the vanguard of this war on liberalism.

This isn’t in any way to deny increasing bias against Asian-Americans. It’s real and it’s awful. Asians are targeted by elite leftists, who actively discriminate against them in higher education, and attempt to dismantle the merit-based schools where Asian-American students succeed — precisely and only because too many Asians are attending. And Asian-Americans are also often targeted by envious or opportunistic criminal non-whites in their neighborhoods. For Trump to give these forces a top-spin with the “China virus” made things even worse, of course. For a firsthand account of a Chinese family’s experience of violence and harassment, check out this piece.

The more Asian-Americans succeed, the deeper the envy and hostility that can be directed toward them. The National Crime Victimization Survey notes that “the rate of violent crime committed against Asians increased from 8.2 to 16.2 per 1000 persons age 12 or older from 2015 to 2018.” Hate crimes? “Hate crime incidents against Asian Americans had an annual rate of increase of approximately 12% from 2012 to 2014. Although there was a temporary decrease from 2014 to 2015, anti-Asian bias crimes had increased again from 2015 to 2018.”

Asians are different from other groups in this respect. “Comparing with Black and Hispanic victims, Asian Americans have relatively higher chance to be victimized by non-White offenders (25.5% vs. 1.0% for African Americans and 18.9% for Hispanics). … Asian Americans have higher risk to be persecuted by strangers … are less likely to be offended in their residence … and are more likely to be targeted at school/college.” Of those committing violence against Asians, you discover that 24 percent such attacks are committed by whites; 24 percent are committed by fellow Asians; 7 percent by Hispanics; and 27.5 percent by African-Americans. Do the Kendi math, and you can see why Kendi’s “White Supremacist domestic terror” is not that useful a term for describing anti-Asian violence.

But what about hate crimes specifically? In general, the group disproportionately most likely to commit hate crimes in the US are African-Americans. At 13 percent of the population, African Americans commit 23.9 percent of hate crimes. But hate specifically against Asian-Americans in the era of Trump and Covid? Solid numbers are not yet available for 2020, which is the year that matters here. There’s data, from 1994 to 2014, that finds little racial skew among those committing anti-Asian hate crimes. Hostility comes from every other community pretty equally.

The best data I’ve found for 2020, the salient period for this discussion, are provisional data on complaints and arrests for hate crimes against Asians in New York City, one of two cities which seem to have been most affected. They record 20 such arrests in 2020. Of those 20 offenders, 11 were African-American, two Black-Hispanic, two white, and five white Hispanics. Of the black offenders, a majority were women. The bulk happened last March, and they petered out soon after. If you drill down on some recent incidents in the news in California, and get past the media gloss to the actual mugshots, you also find as many black as white offenders.

This doesn’t prove much either, of course. Anti-Asian bias, like all biases, can infect anyone of any race, and the sample size is small and in one place. But it sure complicates the “white supremacy” case that the mainstream media simply assert as fact.

And, given the headlines, the other thing missing is a little perspective. Here’s a word cloud of the victims of hate crimes in NYC in 2020. You can see that anti-Asian hate crimes are dwarfed by those against Jews, and many other minorities. And when you hear about a 150 percent rise in one year, it’s worth noting that this means a total of 122 such incidents in a country of 330 million, of which 19 million are Asian. Even if we bring this number up to more than 3,000 incidents from unreported and far less grave cases, including “shunning”, it’s small in an aggregate sense. A 50 percent increase in San Francisco from 2019 – 2020, for example, means the number of actual crimes went from 6 to 9.

Is it worse than ever? No. 2020 saw 122 such hate incidents. In 1996, the number was 350. Many incidents go unreported, of course, and hideous comments, slurs and abuse don’t count as hate “crimes” as such. I’m not discounting the emotional scars of the kind of harassment this report cites. I’m sure they’ve increased. They’re awful. Despicable. Disgusting.

But the theory behind hate crimes law is that these crimes matter more because they terrify so many beyond the actual victim. And so it seems to me that the media’s primary role in cases like these is providing some data and perspective on what’s actually happening, to allay irrational fear. Instead they contribute to the distortion by breathlessly hyping one incident without a single provable link to any go this — and scare the bejeezus out of people unnecessarily.

The media is supposed to subject easy, convenient rush-to-judgment narratives to ruthless empirical testing. Now, for purely ideological reasons, they are rushing to promote ready-made narratives, which actually point away from the empirical facts. To run sixteen separate pieces on anti-Asian white supremacist misogynist hate based on one possibly completely unrelated incident is not journalism. It’s fanning irrational fear in the cause of ideological indoctrination. And it appears to be where all elite media is headed.

Voir par ailleurs:

Yseult : les angles morts de la nouvelle égérie progressiste
Louis Nadau
Marianne
17/02/2021

Sans minimiser les difficultés que la révélation féminine des dernières Victoires de la musique a pu rencontrer, il n’est pas interdit de demander d’où parle Yseult. Ni de souligner que son militantisme, communautaire et fondé sur la sacro-sainte subjectivité, tolère des angles morts assez fâcheux eu égard aux principes de la « déconstruction ».

« Le chemin est long en tant que femme noire, le chemin est long en tant que femme grosse, en tant que femme oubliée de la société, oubliée de la culture. » Au moment de recevoir sa récompense de révélation féminine de l’année samedi 13 février, lors de la 36ème cérémonie des Victoires de la musique, la chanteuse Yseult se lance, sans surprise, dans un discours engagé. La jeune artiste se vit en effet comme l’un des porte-étendard de la lutte contre les discriminations. « Le chemin est long et sinueux, mais on va y arriver. Ça mettra dix ans, ça mettra quinze ans, on ne veut pas nous laisser prendre l’ascenseur, il n’y a pas de souci, on est endurant, on va prendre les escaliers« , continue-t-elle.

S’adressant à ses amis présents dans le public clairsemé, eux aussi « racisés », elle conclut : « C’était important de faire cette victoire avec vous, d’être avec des personnes qui me ressemblent, qui sont comme moi, qui m’entendent et qui me comprennent, qui comprennent ma colère. Ma colère qui est légitime, notre colère est légitime, et j’aimerais que ce soir toute la France l’entende. » Que défend donc Yseult ? Épaulée par ses « sœurs » Adèle Haenel, Assa Traoré et Aïssa Maïga, la chanteuse reprend à son compte le vocabulaire et les notions utilisés par le mouvement intersectionnel. Yseult est « woke », éveillée aux enjeux d’une société qui opprimerait systématiquement ses minorités.

Rodage

Là où d’autres militantes s’appuient sur un bagage théorique riche et cohérent, la chanteuse est encore, de son propre aveu, en période de rodage. Ça se voit. Morceaux choisis de ce bingo progressiste : « Ma couleur de peau est politique, mes cheveux sont politiques, mon corps est politique, je n’ai donc pas le choix » – Gala le 23 janvier. « On dit ‘minorités’, mais en fait on est beaucoup. Je pense que même le mot minorités… On est minoritaire, mini, ça c’est vraiment quelque chose qui aujourd’hui me pique et m’intrigue beaucoup (…). Je pense qu’on devrait trouver un autre mot » – « 6 à la maison », le 25 novembre 2020. « Aujourd’hui je crois en la sororité, et je crois qu’il faut qu’on s’organise et qu’on aille en urgence dans une convergence des luttes, et qu’on crée une sorte de synergie pour tout péter » – « Clique », le 7 février dernier.

Si on pardonnera volontiers cette candeur à une chanteuse dont le débat d’idées n’est pas le métier, la sortie d’Yseult aux Victoires de la musique, même pour un spectateur n’ignorant rien de la réalité des phénomènes racistes, sexistes et discriminants, mérite tout de même qu’on s’y attarde. Notamment compte tenu de ses états de service : ancienne finaliste de la Nouvelle Star signée chez Universal, fondatrice de son propre label après le four de son premier album, compositrice pour Jenifer et Chimène Badi, première partie d’Angèle et, finalement, lauréate à 26 ans d’une première Victoire de la musique. On a vu pire chemin de croix. Si bien que, sans minimiser les difficultés qu’elle a pu rencontrer, il n’est pas interdit de demander d’où parle la camarade Yseult. Ni de souligner que son militantisme dans l’ère du temps, communautaire et fondé sur la sacro-sainte subjectivité, tolère des angles morts assez fâcheux eu égard aux principes de la « déconstruction ».

Singularité

Force est de constater qu’il existe une disjonction entre le discours victimaire qui jalonne la carrière d’Yseult d’une part, et son succès au sein de l’industrie musicale d’autre part. Industrie à ce point oppressive et raciste qu’elle a nommé – peut-être pour se donner bonne conscience – trois femmes noires aux Victoires de la musique : Aya Nakamura, Lous and the Yakuza et Yseult. On nous rétorquera que Nakamura et Lous sont les exceptions, qu’Yseult a raison de s’engager en faveur de ceux que le racisme et le sexisme priveraient de carrière. Certes, mais à l’heure où le récit de soi et la mise en scène de sa singularité sont devenus des dimensions incontournables de la communication d’un artiste, c’est bien de sa personne dont parle constamment Yseult.

Dès 2015, cette dernière imputait sa défaite en finale du télé-crochet Nouvelle Star à la société, plutôt qu’au talent de son adversaire ou à ses propres défauts : « On n’accepte pas encore les différences des gens. Malheureusement, je suis noire, malheureusement, je suis très forte corporellement« , expliquait-elle. Cinq ans plus tard, ces questions identitaires agitaient toujours Yseult. Interrogée dans l’émission de France 5 6 à la maison, elle expliquait : « Je pense que quand on est unique – parce que je n’ai plus envie de dire qu’on est différent -, ça gêne, ça intrigue, ça provoque, ça excite. C’est vrai que si je dois parler en tant que femme noire, en tant que femme grosse, c’est difficile de faire abstraction de tout ça, parce qu’on est noire et on est grosse et on est unique du lundi au lundi.« 

Mais est-ce encore la société qui impose ce regard sur elle-même à Yseult, ou est-ce Yseult qui se présente au monde à travers ce prisme ? On l’a vu, le discours de la chanteuse manque de cohérence, et il est difficile de trancher la question en se fondant sur ses déclarations. Le 7 févier sur Canal +, elle affirmait tantôt qu’il fallait « qu’on arrête de parler de nous comme des victimes« , tantôt « qu’on arrête de s’acharner sur nous, et qu’on arrête de nous chier dessus« . « On demande du respect, on demande surtout de l’empathie« , insistait-elle.

Que la chanteuse ait souffert du regard des autres, comme tant et tant d’adolescents, est une première chose. Qu’Yseult ait subi le racisme, la grossophobie et le sexisme, c’en est une deuxième. C’est à elle de le dire, de la manière la plus circonstanciée possible, étant donnée la gravité des faits. Il y a toutefois une troisième dimension dans ses propos, directement déduite des deux précédentes : l’idée, pourtant démentie par l’expérience, selon laquelle « on ne v[oudrait] pas nous laisser prendre l’ascenseur » – comprendre : parce que « nous » sommes femmes, noires ou grosses.

Fierté

C’est ainsi que le décalage entre le parcours d’Yseult et le discours « woke » qu’elle porte maladroitement se révèle cruellement : alors qu’il n’y a de vérité que celle du « je » aux yeux de certains militants, la jeune femme, bien qu’elle se décrive en « oubliée de la culture », n’a pas vraiment de quoi se plaindre personnellement en terme d’intégration sociale. Ce qui ne l’empêche pas de le faire, comme dans Clique, le 7 février dernier : « Je ne vais pas bien. Je ne me sens pas bien parce que j’ai l’impression d’être une sorte de vieille âme, et d’être une personne qui est hypersensible et consciente de tout ce qui se passe, des maux de notre société, de l’univers, de tout, et que pour une personne comme moi c’est hyper compliqué de me contrôler émotionnellement (…)« , se lamentait-elle lors d’un long monologue.

Au-delà de ces belles envolées, il y a bien sûr une forme de marketing communautaire, venant d’une artiste pour qui chanter ne suffit plus : comme Beyoncé, il faut devenir une icône. « I’m fucking black, fat, beautiful, and I’m confident, and I’m proud of it, bitch !« , lançait-elle ainsi le 5 février dernier dans la « boîte à questions » de Canal +. A Gala, elle déclarait : « Mon objectif, en toute humilité, est de tenter de créer de nouvelles références pour ma communauté. Dans l’art, comme dans tout le milieu culturel d’ailleurs, les noirs sont toujours représentés de la même manière.« 

Yseult n’échappe pas d’ailleurs à quelques contradictions sur ce sujet : alors qu’une bonne partie de son œuvre parle de son identité et des traumatismes qui y sont liés, elle refuse catégoriquement cette grille de lecture. Oui, son EP s’appelle Noir, oui, sa pochette montre « ses trois bourrelets » – dixit l’intéressée – en gros plan, oui le refrain de la chanson éponyme est « noire et fière de l’être, ça c’est toute ma life« , et oui, son clip montre un homme noir tenant dans ses bras un enfant noir, mais non, il ne faut y voir aucun message : « Moi j’en ai marre qu’on voit comme un symbole le fait de mettre plusieurs danseurs noirs. Pour moi ce n’est pas un symbole, c’est normal. J’ai pas fait ce clip en mode ‘vous allez voir’ (…)« , assurait-elle dans Clique en novembre 2019.

On pourrait applaudir ces propos universalistes, s’ils n’étaient pas totalement contradictoires avec le reste de la démarche d’Yseult. « Moi je veux que les gens le voient comme ça, parce que quand c’est le contraire, il n’y a pas le délire de : ‘Alors du coup c’est un homme blanc avec un enfant blanc. C’est un statement ce qui se passe.’ On aura jamais ce genre de question« , avance la jeune femme. On se demande tout de même comment les médias accueilleraient un artiste chantant « blanc et fier de l’être, ça c’est toute ma life ».

Privilèges

Loin d’envisager qu’elle ait pu bénéficier d’un effet pervers de rattrapage dans l’industrie audiovisuelle et musicale, Yseult brandit sans cesse son CV d’opprimée (et fière de l’être, donc) : « Moi j’avoue que dans ma carrière – maintenant ça va faire huit ans – on m’a toujours reproché quelque chose, c’est mon culot. (…) Autour de moi, on ne comprenait pas pourquoi j’avais cette aigreur, cette rage, cette frustration. Dans mon combat, on est tous sur la ligne de départ, mais dans notre parcours, il y a des embûches. Moi y’a du béton, y’a de l’eau, y’a des trous, et pour d’autres, il n’y a pas tout ça« , se plaignait-t-elle déjà dans 6 à la maison. Rappelons au passage que certains, aussi talentueux qu’Yseult, passent une vie à chanter sans percer.

« Je pense qu’il faut aussi reconnaître ses privilèges, et au-delà de ses privilèges, faut aussi aider ceux qui n’ont pas les mêmes privilèges« , concluait Yseult, reprenant à son compte une notion selon laquelle ceux qui bénéficient d’une situation normale dans un Etat de droit – ne pas subir de discrimination en raison de son sexe ou de sa couleur de peau – jouiraient d’un avantage indu. On pourrait toutefois inviter la chanteuse à faire son propre examen de conscience, en la renvoyant au point aveugle de l’immense majorité de ses prises de parole publique : les inégalités économiques. Eh oui, revoilà la lutte des classes. Et Yseult se classe indéniablement du côté des dominés.

Fille d’un cadre supérieur chez Land Rover, Yseult a passé sa scolarité dans le privé, à Agen. « Matériellement, je n’ai pas à me plaindre, mon père gagnait beaucoup d’argent. On changeait de voiture tous les deux jours, on me conduisait à la maternelle en Mercedes. Ma mère s’achetait des sacs griffés« , racontait-elle en 2015 dans un entretien au magazine suisse Femina. Une enfance plus que confortable, marqué par des voyages en Jamaïque, aux Etats-Unis, en Indonésie, ou encore à Cuba.

En 2019, lors de son premier passage dans l’émission Clique de Canal +, elle affirmait : « Qu’on soit ou pas dans la musique, on court après les thunes. C’est tellement fatiguant. Payer son loyer, on a des enfants, faut les nourrir, faut les machin et tout. Moi y’a que aujourd’hui, depuis que j’ai 25 ans, que je me dis : ‘Mince, donc ma mère elle a vécu tout ça ? Mon père, c’était pour ça ?’ » Certains n’attendent pas 25 pour prendre conscience de ces réalités sociales, mais ceux-là ne semblent pas prioritaires aux yeux d’Yseult.

« La discrimination est partout et touche tout le monde, que l’on soit une femme noire ou blanche, que l’on soit trans, bi, gay, lesbienne, etc.« , professait Yseult dans Gala dernier. Les pauvres, eux, brillent par leur absence, y compris lorsque la chanteuse explique « qu’il faut tendre vers une convergence des luttes« , « que l’on s’allie tous et toutes afin de combattre notre ennemi qui au final nous est commun, celui que je nommerais l’intolérant« . Profiteurs et exploiteurs peuvent donc dormir tranquilles.

Il faut éplucher le fil Twitter d’Yseult pour trouver, à l’égard des pauvres, une once de « l’empathie » qu’elle réclamait pour elle-même à corps et à cri sur le plateau de Clique le 7 février. En quelques mois, on le trouve sur une seule mention, qui remonte au 30 janvier de cette année. « Je pense à ceux et celles qui n’arrive pas à s’en sortir financièrement durant cette période qui est extrêmement difficile sincèrement je pense très très très très très fort à vous courage et force« , écrivait-elle. Il n’est jamais trop tard pour s’y mettre.


Race et sciences sociales: Quand l’antiraciste fait le raciste (What if as with the marxism of old, the new racialization of our social conversation was the latest version of the intellectuals’ secret wish for a hierarchical society where they can again get their hands on the whip ?)

10 février, 2021
https://api.agone.org/img/470/470/resize/media/original_images/Agone_Epreuves_Race_Com.jpg
Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Quand Freud est arrivé aux États-Unis, en voyant New York il a dit: « Je leur apporte la peste. » Il avait tort. Les Américains n’ont eu aucun mal à digérer une psychanalyse vite américanisée. Mais en 1966, nous avons vraiment apporté la peste avec Lacan et la déconstruction… du moins dans les universités! Au point que je me suis senti soudain aussi étranger à Johns Hopkins qu’à Avignon au milieu de mes amis post-surréalistes. Un an plus tard, la déconstruction était déjà à la mode. Cela me mettait mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle je suis parti pour Buffalo en 1968. René Girard
C’est l’antisémite qui fait le juif. Sartre
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Attention, l’Amérique a la rage (…) La science se développe partout au même rythme et la fabrication des bombes est affaire de potentiel industriel. En tuant les Rosenberg, vous avez tout simplement essayé d’arrêter les progrès de la science. (…) Vous nous avez déjà fait le coup avec Sacco et Vanzetti et il a réussi. Cette fois, il ne réussira pas. Vous rappelez-vous Nuremberg et votre théorie de la responsabilité collective. Eh bien ! C’est à vous aujourd’hui qu’il faut l’appliquer. Vous êtes collectivement responsables de la mort des Rosenberg, les uns pour avoir provoqué ce meurtre, les autres pour l’avoir laissé commettre. Jean-Paul Sartre (« Les animaux malades de la rage », Libération, 22 juin 1953)
Cette violence irrépressible il le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité, nous l’avons sue, je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux « Damnés de la terre », 1961)
Je pense que Sartre est une baudruche et je vais lui donner un bon coup de pied. George Orwell (Lettre privée)
Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : « La liberté, c’est de dire que deux et deux font quatre. Quand cela est accordé, le reste suit. George Orwell
La théorie de Burnham n’est qu’une variante […] du culte de la puissance qui exerce une telle emprise sur les intellectuels. Le communisme en est une variante plus courante, du moins en Angleterre. Si l’on étudie le cas des personnes qui, tout en ayant une idée de la véritable nature du régime soviétique, sont fermement russophiles, on constate que, dans l’ensemble, elles appartiennent à cette classe des « organisateurs » à laquelle Burnham consacre ses écrits. En fait, ce ne sont pas des « organisateurs » au sens étroit, mais des scientifiques, des techniciens, des enseignants, des bureaucrates, des politiciens de métier : de manière générale, des représentants des couches moyennes qui se sentent brimés par un système qui est encore partiellement aristocratique, et qui ont soif de pouvoir et de prestige. Ils se tournent vers l’URSS et y voient – ou croient y voir – un système qui élimine la classe supérieure, maintient la classe ouvrière à sa place et confère un pouvoir illimité à des gens qui leur sont très semblables. C’est seulement après que le régime soviétique est devenu manifestement totalitaire que les intellectuels anglais ont commencé à s’y intéresser en grand nombre. L’intelligentsia britannique russophile désavouerait Burnham, et pourtant il formule en réalité son vœu secret : la destruction de la vieille version égalitaire du socialisme et l’avènement d’une société hiérarchisée où l’intellectuel puisse enfin s’emparer du fouet. George Orwell
Le polémiste, lui, s’avance bardé de privilèges qu’il détient d’avance et que jamais il n’accepte de remettre en question. Il possède, par principe, les droits qui l’autorisent à la guerre et qui font de cette lutte une entreprise juste ; il n’a pas en face de lui un partenaire dans la recherche de la vérité, mais un adversaire, un ennemi qui a tort, qui est nuisible et dont l’existence même constitue une menace. Le jeu pour lui ne consiste donc pas à le reconnaître comme sujet ayant droit à la parole, mais à l’annuler comme interlocuteur de tout dialogue possible, et son objectif final ne sera pas d’approcher autant qu’il se peut d’une difficile vérité, mais de faire triompher la juste cause dont il est depuis le début le porteur manifeste. Le polémiste prend appui sur une légitimité dont son adversaire, par définition, est exclu. Michel Foucault
Les chercheurs sur la race, l’islamophobie et le post-colonialisme sont motivés par “la haine de l’Occident, en tant que civilisation blanche. Le programme commun de ces ennemis de la civilisation européenne tient en trois mots: décoloniser, démasculiniser, déseuropéaniser. Le ‘mâle blanc hétérosexuel’, voilà le coupable à condamner et l’ennemi à éliminer. Pierre-André Taguieff
Les questions autour de l’identité prennent une importance capitale et contribuent aussi au sentiment de stigmatisation que peuvent ressentir beaucoup de gens aujourd’hui. Sans arrêt, on met en avant leur couleur de peau, leur religion, etc. Alors que la majorité des gens voudrait qu’on leur fiche la paix et qu’on les laisse vivre normalement comme d’autres citoyens. Gérard Noiriel
Dans certaines recherches, c’est pertinent, mais on ne peut pas en faire la clé qui ouvrirait toutes les serrures. Le chercheur, en fonction de l’objet qu’il veut étudier, doit mobiliser sa boîte à outils, doit combiner les choses. Gérard Noiriel
Nous ne cherchons évidemment pas à montrer, dans ce livre, que ceux qui préfèrent combattre au nom de leur “race” plutôt que de leur “classe” se trompent sur leur propre identité. Nous insistons sur le fait que nous ne nous prononçons pas sur la légitimité de ce type de combat politique car c’est aux militants, et pas aux chercheurs, d’en décider. Mais nous affirmons en revanche qu’il s’agit là de questions d’ordre civique, qu’il ne faut pas confondre avec les problèmes scientifiques. Stéphane Beaud et Gérard Noiriel
Pour les marxistes, les ouvriers qui manquaient de « conscience de classe » étaient aliénés, victimes de l’idéologie dominante. Grâce aux intellectuels qui disposaient de la bonne théorie révolutionnaire, ils retrouveraient leur véritable identité. À l’opposé, Bourdieu défend l’idée que c’est en respectant l’autonomie de la science que le sociologue peut échapper aux travers de l’intellectuel engagé et la sociologie jouer un rôle utile dans la cité. Car produire des connaissances sur les acteurs du monde social, ce n’est pas parler à leur place, ni leur dire comment se comporter. Là où règnent les injustices, les inégalités et les discriminations, c’est avant tout à mettre en lumière ces vérités que la science sociale doit s’attacher. La « question raciale » occupe désormais la place publique. Les auteurs de ce livre ont voulu sortir de l’agenda médiatique et politique et mettre le débat sur le terrain de l’autonomie des sciences sociales. Ils reviennent sur l’histoire des enjeux politiques et savants qui se sont noués au xixe siècle autour de la notion de race, pour éclairer les débats actuels et les inscrire dans la continuité de la science sociale telle que la concevaient Durkheim, Weber et Bourdieu. Pour ne pas s’en tenir à des visions trop générales ou théoriques, ils proposent aussi l’analyse d’un « scandale racial » particulier, celui des « quotas » dans le football. Race et sciences sociales (présentation de l’éditeur)
A Washington le second procès en destitution de Donald Trump s’ouvre. Cette procédure pourrait durer quelques jours, ou plusieurs semaines, voire plusieurs mois ! Mais on en connaît déjà l’issue, un acquittement de l’ancien président. (…) Tout simplement parce qu’une condamnation nécessiterait le vote d’au moins soixante-sept sénateurs (sur cent), alors que le Sénat compte cinquante Démocrates et cinquante Républicains et que parmi ces derniers, quarante-cinq ont indiqué qu’ils considéraient la procédure comme inconstitutionnelle et qu’ils ne vont donc pas l’avaliser en votant pour condamner l’ancien président ! Néanmoins le procès aura bien lieu. Il est sans précédent. Aucun président avant Trump n’a été destitué deux fois, encore moins jugé deux fois. Son enjeu est d’éliminer une fois pour toutes Donald Trump de la scène politique américaine, de diviser et d’affaiblir le parti Républicain et de réduire au silence les millions d’Américains toujours fidèles à l’ancien président. Sur deux points au moins ce procès échouera. Un, Donald Trump survivra à ce nouvel assaut contre sa personne et sa légitimité. Deux, ses supporters lui garderont leur confiance et seront même galvanisés par ce qui constitue à leurs yeux un abus de pouvoir flagrant et un détournement des institutions par le parti Démocrate maitre des appareils législatif et exécutif. (…) Toutefois cela pose ici un premier problème majeur. La destitution, comme son nom l’indique, est destinée à déchoir un président de sa fonction. Or Donald Trump n’est plus président. Son mandat s’est achevé le 20 janvier. Il a quitté sa fonction. De façon pacifique. Joe Biden est le président en place. Pourquoi et surtout comment destituer un ancien président qui n’est plus en place. Sauf à se complaire dans une forme d’acharnement politique ? Aucun président américain n’a jamais été poursuivi en destitution après avoir quitté sa fonction. Pas même Richard Nixon. La question se pose donc de la « constitutionnalité » même de la procédure. Le sénateur Républicain du Kentucky Rand Paul estime que ce procès est inconstitutionnel. Il est suivi par tous les sénateurs Républicains, sauf cinq. Le président de la Cour Suprême, le juge John Roberts, a également mis en doute la constitutionnalité de cette procédure en refusant de présider au procès de Donald Trump. La Constitution indique que « le président de la Cour Suprême » fera office de président du tribunal, lors du procès du président devant le sénat. Mais Donald Trump étant désormais un simple citoyen, Roberts a estimé que la Constitution ne justifiait pas sa présence et a décliné le rôle. A sa place, c’est le sénateur du Vermont, Patrick Leahy, un Démocrate âgé de 80 ans et « président pro tempore » du sénat qui a endossé ce rôle. De par son affiliation politique, la question de sa neutralité se pose ainsi que celle de la légitimité d’une procédure où le juge, est à la fois juge et parti…  Les fautes imputées à l’ancien président Trump sont contestées par nombre d’experts. Son discours du 6 janvier est couvert par le Premier Amendement à la Constitution, celui qui garantit et protège la liberté d’expression (entre autres). De nombreux autres discours, beaucoup plus incendiaires que celui de Donald Trump le 6 janvier, ont été délivrés au cours de l’histoire américaine, sans entrainer la destitution de leurs auteurs. Certains de ces discours impliquent le chef de la majorité Démocrate au Sénat, Chuck Schumer, qui en 2018, au sujet de la confirmation du juge Kavannaugh à la Cour Suprême avait menacé ses collègues Républicains au son de « vous avez soulevé une tempête pour laquelle vous allez devoir payer… Vous ne saurez pas d’où vient le coup » ! Ou bien encore la vice-présidente en place Kamala Harris qui, il y a moins d’un an, justifiait les émeutes qui avaient réduit en cendres des dizaines de centre-villes aux Etats-Unis, ruiné des milliers d’entreprises, et causé la mort de dizaines de personnes, dont celle d’un policier noir à la retraite David Dorn, en disant que « rien dans notre pays n’a été obtenu sans qu’il faille combattre ». Dans la foulée elle avait levé des fonds pour payer la caution permettant de libérer les personnes arrêtées lors de ces émeutes. Un acte dénoncé comme une incitation à la violence, mais pour lequel elle n’a fait l’objet d’aucune poursuite. Par ailleurs, la jurisprudence américaine ne reconnaît pas nécessairement de lien de cause à effet, et encore moins celui de « responsabilité pénale » entre les propos d’une personne A et les actions d’une personne B, ayant écouté ces propos. La première règle pénale aux Etats-Unis est que chacun est responsable de ses actes. Enfin, plusieurs éléments de preuve existent, notamment des écoutes du FBI et des messages sur les réseaux sociaux, indiquant que l’action du 6 janvier avait été préméditée et planifiée à l’avance, ce qui disculpe Donald Trump d’en avoir été l’instigateur. Certains estiment même que le FBI et la police du Capitole portent en partie la responsabilité de ce qui s’est passé pour n’avoir pas pris les mesures nécessaires afin de l’éviter… L’acte d’accusation des Démocrates est donc contestable sur le fond et sur la forme. (…) Donald Trump souhaitait transformer son procès en destitution en un procès de l’élection du 3 novembre, une élection dont il a toujours contesté le résultat, ce qui a mené à son discours du 6 janvier et aux évènements qui ont suivi. Ses avocats ont rejeté cette stratégie, la jugeant suicidaire. Car, à sa base, elle constitue une contestation de la légitimité institutionnelle du résultat électoral et donc un acte séditieux… Quelle que soit la réalité des fraudes qui ont pu émailler le scrutin du 3 novembre 2020, ce scrutin est désormais clos, son résultat a été certifié et validé par les institutions américaines et il doit donc être respecté ! Donald Trump devra suivre une autre stratégie. Dès lors deux possibilités s’offrent à lui. La première est d’opter pour un procès court, moins d’une semaine, invitant les sénateurs à voter rapidement avec à l’issue le résultat attendu d’un acquittement par 45 voix contre 55 ! La seconde est, au contraire, de faire durer la procédure et de transformer son procès en un procès de la majorité Démocrate au Congrès en évoquant tous les propos des élus actuellement en place et les nombreux cas d’incitation à la violence. En gros tourner la table contre ses accusateurs et faire que l’arroseur se retrouve arrosé.  Cette stratégie est plus risquée. Mais elle peut-être beaucoup plus embarrassante pour les Démocrates. Car ce procès va être retransmis par les grandes chaines de télévision et suivi par des dizaines de millions d’Américains, y compris sur les réseaux sociaux. Non seulement cela pourrait apporter un éclairage défavorable à des nombreux élus et nouveaux membres de l’administration Biden, mais cela constituera inévitablement une distraction par rapport aux activités de l’administration Biden. Donald Trump, même s’il n’apparaîtra pas en personne, lors de ce procès, va à nouveau dominer l’actualité de toute sa stature. Son ombre va recouvrir les premiers jours de la présidence de Joe Biden alors que ce dernier tente désespérément d’asseoir sa légitimité auprès des électeurs. Une stratégie sur la durée comporte aussi le risque de diviser ouvertement le camp Républicain. L’un des objectifs de la majorité Démocrate à travers cette procédure est évidemment de mettre les élus Républicains au pied du mur. Les obliger à prendre position pour un président dont ils estiment qu’il a menacé les institutions, ou au contraire contre ce président et dès lors à contester sa main mise sur le parti. C’est l’autre enjeu de cette parodie de procès. Favoriser la division du parti adverse pour assurer sa propre domination politique. Pour l’instant la manœuvre a échoué. Les Républicains restent très majoritairement fidèles à Donald Trump mais quelques voix se sont élevées contre lui, celle de Liz Cheney, la fille de l’ancien vice-président Dick Cheney à la Chambre, ou celle du Sénateur Ben Sasse du Nebraska. Une prolongation des débats ne ferait que favoriser des dissensions… Qu’elle soit brève ou prolongée, il n’est pas dit que cette mascarade – car c’en est bien une, ce procès étant une affaire strictement politique et non pas judiciaire – ne se retourne contre ses auteurs. Les Américains pourraient voir d’un mauvais œil que leurs élus gaspillent leur temps et leurs impôts à financer de futiles actions motivées par des fins de politique partisane. Cela alors que la pandémie de coronavirus pour laquelle Joe Biden avait prétendu avoir « un plan » continue de tuer les Américains en nombres records et de pénaliser l’économie, donc de menacer la survie même des ménages américains. Après tout, les prochaines échéances législatives sont dans vingt mois et les Américains ont, certes, la mémoire courte, mais pas forcément à ce point. Gérald Olivier
Pour expliquer l’aggravation de son état de santé « inhabituellement rapide », les médecins évoquent deux possibles facteurs: les « manoeuvres momentanées de contrainte » des gendarmes et, « dans une plus faible mesure », les « états pathologiques sous-jacents » du jeune homme. Adama Traoré souffrait d’une maladie génétique, la drépanocytose, associée à une pathologie rare, la sarcoïdose. En 2018, un premier collège d’experts, aux conclusions balayées par les médecins de la famille, avait retenu ces maladies parmi les causes principales du décès. Au terme de leur rapport d’une centaine de pages signé le 13 janvier, les médecins belges concluent que « cette évolution » fatale du coup de chaleur « n’aurait probablement pas eu lieu sans l’intervention de ces facteurs aggravants ». (…) Pour leurs avocats, « les gestes réglementaires opérés par les trois gendarmes l’ont été au regard de la rébellion d’Adama Traoré ». « Ces trois agents étaient dans l’ignorance la plus complète des antécédents médicaux de cet homme et de ce qui pouvait s’être produit physiologiquement pour lui » avant leur arrivée, poursuivent Mes Rodolphe Bosselut, Pascal Rouiller et Sandra Chirac Kollarik. Le Point
En français ou en anglais, de drôles de mentions apparaissent, ces temps-ci, dans les « bios », ces quelques lignes de présentation sur les réseaux sociaux. Dans les signatures de mails, aussi, comme sur les cartes de visite ou les badges accrochés aux sacs à dos des étudiants. « il/lui », « they/them », « elle/elle », « she/her/hers », « il/they », « il/elle » : toute une flopée de pronoms personnels sujets et compléments (et d’adjectifs possessifs) s’affichent. Sur son compte personnel Twitter, la vice-présidente des Etats-Unis, Kamala Harris, précise les siens, du genre féminin : « she/her ». Déroutant, à première vue… Pourquoi ce besoin soudain d’exposer les pronoms que l’on souhaite voir utilisés par ceux qui parlent de nous ou s’adressent à nous ? Question de genre. Plus précisément de hiatus entre identité de genre et expression de genre. Et de solidarité entre personnes transgenres ou non binaires et personnes cisgenres. Pardon ? On vous l’accorde, il y a de quoi se perdre dans ce vocabulaire tout neuf de la transidentité que les dictionnaires n’ont pas eu le temps d’intégrer. Qui emploie encore l’adjectif « transsexuel » trahit d’ailleurs son âge : trop médical, il renvoie à une transition physique qui n’est plus nécessairement souhaitée. (…) Les personnes transgenres (dont le genre ressenti diffère du sexe de naissance) ou non binaires (qui ne s’identifient ni au genre masculin ni au genre féminin) ont besoin d’indiquer à leurs interlocuteurs de quelle manière, donc avec quels pronoms, ils peuvent les désigner sans commettre d’impair – au masculin, au féminin ou de façon neutre. Car l’apparence physique (« l’expression de genre », disent les concernés) peut se révéler trompeuse, ne pas correspondre à l’identité de genre – le genre auquel la personne s’identifie. Bref, impossible de deviner qui est homme, femme, encore moins non binaire, en jetant un coup d’œil à la photo d’un profil sur les réseaux sociaux. (…) Etre mégenré ? Autre invention lexicale : se voir attribuer un genre erroné. « Que ce soit par malveillance ou par maladresse, c’est une claque, décrypte Karine Espineira, sociologue des médias et femme transgenre. Pour une personne en début de parcours de transition, cela représente un retour en arrière. Et même une violence, lorsque cela se répète. C’est lui dire : je ne te reconnais pas tel que tu affirmes être. » D’où la publicité faite aux pronoms. Né dans les milieux militants gay et trans, l’usage se répand chez les féministes, les étudiants en sciences sociales et, plus largement, dans la génération du millénaire. « Le mouvement transgenre a pris de l’ampleur aux Etats-Unis à partir de 2006, grâce aux jeunes trans, résume Karine Espineira. Puis, au milieu des années 2010, on a assisté à l’explosion médiatique du sujet de la non-binarité, avec des coming out de pop stars, ou de leurs enfants. Une nouvelle terminologie s’est diffusée dans toute la société. » Rachel Levine, la ministre adjointe de la santé tout juste nommée par le président Joe Biden, est une pédiatre transgenre. Sur la page contact du site de la Maison Blanche, on peut sélectionner les pronoms neutres « they/them » et le titre de civilité « Mx », pour échapper au dilemme « Mr » ou « Mrs ».  La France est à 3 000 milles marins de tout cela, de l’autre côté de l’Atlantique. « Le genre est omniprésent dans la langue française, remarque Eric Fassin, sociologue au département d’études de genre de l’université Paris-VIII. Dès l’école primaire, c’est tout l’apprentissage des accords, surtout à la première personne. A chaque phrase, on doit décliner son identité de genre. Et pour l’éviter, c’est un véritable gymkhana. » Le pronom personnel neutre (comme le « they » anglo-saxon employé au singulier, ou le «hen » suédois) n’existe pas, « on » ayant d’autres fonctions. D’où les néologismes « iel », « ielle » (ou « ille, ul, ulle, ol, olle, ellui, ael, aelle »…), encore très peu usités. Si la langue française fait barrage au «trouble dans le genre », comme le nomme Eric Fassin, citant l’essai de la philosophe américaine Judith Butler (La Découverte, 2005), ces questionnements prennent de plus en plus d’importance, à l’en croire. « C’est la fin de l’évidence qu’on veut croire naturelle. Avec le pacs, puis le mariage pour tous, les nouvelles générations ont pu constater qu’il n’y a pas une nature des choses immuable. Les générations précédentes ont expérimenté dans le domaine de la sexualité, celles d’aujourd’hui explorent leur identité de genre. » En novembre 2020, 22 % des 18-30 ans interrogés par l’IFOP pour Marianne affirmaient ne pas se reconnaître dans les catégories homme ou femme. Le Monde
La critique fondamentale que j’adresse à la gauche identitaire porte sur le repli sur soi qu’elle promeut. A force d’inciter chacun à s’interroger sur les différentes identités qui le traversent, de race, d’orientation sexuelle, etc., cette gauche est moins en mesure de remporter des élections là où il le faudrait pour, ensuite, défendre les droits des minorités, ou atteindre tout autre objectif. Rappelons que les Etats-Unis sont une fédération qui laisse de larges pouvoirs aux Etats. Ces derniers ont la liberté d’adopter leurs propres lois et d’interpréter les textes fédéraux comme ils l’entendent. Si vous voulez aider les gays et les Afro-Américains en Iowa, un Etat blanc et profondément religieux, il faut y gagner des élections, et pas seulement en Californie ou à New York. Et pour cela, il faut développer une vision du bien commun et de l’avenir du pays susceptible d’inspirer autant de gens que possible et de les rassembler. Se concentrer de façon obsessive sur les « différences sociales » est l’exact contraire de ce qu’il faudrait faire. Les mouvements sociaux opposés à Donald Trump sont incorrigibles tant ils répètent cette erreur, mais je suis heureux de constater que les choses se sont un peu améliorées au sein du Parti démocrate cette année. La menace du trumpisme a attiré de nombreux nouveaux candidats, venant de différents groupes sociaux. Et ceux qui sont en bonne position pour l’emporter lors des élections de mi-mandat du 6 novembre ne mettent pas l’accent sur leurs identités personnelles, ou celles des autres. Ils se concentrent sur des problèmes politiques concrets et sont animés d’une véritable envie de rassembler. (…) Depuis l’effondrement du mouvement étudiant dans les années 1960, il y a eu deux développements importants au sein de la gauche américaine. Premièrement, un retrait de la politique institutionnelle (des partis et des élections) pour s’investir plutôt dans des mouvements sociaux mobilisés en faveur de causes justes portées par des groupes identitaires précis : les femmes, les Afro-Américains, les gays, etc. Deuxièmement, la gauche ne cherche plus à mobiliser la classe ouvrière autour d’enjeux économiques, préférant lutter pour une réforme culturelle conduite par des élites diplômées. Elle a deux objectifs en tête : amener les Américains à être plus tolérants et placer les groupes marginalisés au cœur du récit national. Ces deux projets ont été couronnés de succès. Mais le prix à payer s’est avéré élevé. La gauche identitaire domine largement sur le plan culturel, mais elle est dépourvue de pouvoir politique. Ce déséquilibre s’explique par le fait qu’elle a perdu tout contact avec une grande partie du pays. Par exemple, 20 % des Américains sont évangéliques, tandis que moins de 0,5 % se déclarent transgenres. La gauche identitaire a beaucoup de choses à dire à propos de la cause transgenre, mais elle ne sait pas comment s’adresser aux évangéliques, qu’elle regarde généralement avec mépris. Il ne s’agit pas de flatter un groupe ou l’autre. Ce qu’il faut, c’est une gauche capable d’avancer une vision politique du bien commun à laquelle des citoyens appartenant à ces deux groupes peuvent adhérer et qu’ils seront prêts à défendre au sein de nos institutions. Aujourd’hui, la classe ouvrière est peut-être conservatrice sur le plan culturel ; il n’empêche qu’elle souffre des effets de la mondialisation et qu’elle n’est représentée ni par les démocrates obsédés par l’identité ni par les républicains néolibéraux. Ils sont donc susceptibles de se laisser séduire par un démagogue délirant comme Donald Trump. Voilà ce que j’entends par la démission de la gauche. (…) La réponse d’Eric Fassin est typique de la gauche identitaire, de son refus de prendre ses responsabilités politiques. « Influer sur la société, infléchir les élections ? », les ambitions de la gauche aujourd’hui se limitent-elles à cela ? Pauvre Jaurès ! Le mouvement identitaire aux Etats-Unis ne vise plus véritablement à étendre les droits légaux des minorités, cet objectif a été largement atteint, grâce aux mouvements sociaux du passé. Le défi est maintenant de s’assurer que ces droits sont respectés, ce qui demande de pouvoir s’appuyer sur nos institutions démocratiques, ce qui signifie qu’il faut gagner des élections. Le mouvement identitaire ne vise plus que la découverte de soi et la reconnaissance sociale de l’identité choisie par chacun. La conscience identitaire a remplacé la conscience politique, particulièrement auprès des jeunes gens. Ce courant de pensée a d’abord transformé nos universités et en a fait des théâtres pseudo-politiques où se mettent en scène des mélodrames moralisateurs. Il s’attaque maintenant à la presse et l’édition : de stricts contrôles sont désormais exercés pour déterminer ce qui peut être dit, comment cela peut être dit et par qui. Récemment, la grande institution du journalisme de gauche radicale, l’hebdomadaire The Nation, a présenté des excuses pour avoir publié un poème qui utilisait le mot cripple (« handicapé »), un terme considéré discriminatoire. L’auteur a aussi exprimé des regrets absolument abjects. Toute cette énergie gâchée ! La gauche identitaire ne souhaite pas prendre part à la dure tâche qui consiste à dialoguer avec ses concitoyens et à tenter de les convaincre de rejoindre une large entreprise de réorientation de la société. Elle n’a que mépris pour ceux qu’elle juge insuffisamment éveillés, elle préfère se replier dans des enclaves où ils peuvent se sentir en sécurité. Son geste politique le plus audacieux est de cliquer. Tweetons enfants de la patrie… (…) moi, je m’étonne qu’au moment où le droit à l’avortement est mis en cause aux Etats-Unis, la gauche américaine et Eric Fassin refusent de reconnaître la priorité absolue de gagner les élections et de prendre le pouvoir institutionnel. Pour quoi le juge Kavanaugh est-il candidat à la Cour suprême ? Parce qu’il nous manquait des manifs à Brooklyn et à Berkeley ? Non. C’est parce que les Républicains contrôlent le vaste centre de mon pays et que la gauche identitaire manque d’une vision de notre destin commun. Manifestations, piège à cons, dirais-je pour détourner la formule de Sartre. La gauche s’est-elle désintéressée des classes populaires ? Entre le centre gauche et la gauche identitaire ou minoritaire, qui est responsable du sentiment d’abandon qui s’est diffusé dans les milieux ouvriers ? (…) Eric Fassin le sociologue nous donne une image extrêmement primaire de nos sociétés : il y a des riches et des pauvres, les néolibéraux et les socialistes, les racistes et les minorités, les pentecôtistes et les profs. Faire la politique est chose facile : il ne faut que choisir votre camp. Le simplisme bourdieusien se porte bien en France. Je ne fais pas un fétiche des classes populaires blanches, dont je suis issu. Je les connais trop bien. Je veux tout simplement sortir du jeu à somme nulle dans lequel la gauche américaine se trouve. Eric Fassin a tronqué une citation de mon livre, où je dis qu’au fond ce n’était pas une dérive à droite qui a fait perdre les démocrates. La cause, dis-je, est qu’ils « se sont retranchés dans des grottes qu’ils ont eux-mêmes creusées dans le flanc de ce qui était autrefois une magnifique montagne. » Et quelle était cette montagne ? C’était la grande coalition d’ouvriers et de paysans, de catholiques et de protestants, de résidents du Nord et du Sud, qui entre les années 1930 et les années 1960 ont lutté pour des protections sociales et des droits constitutionnels, pour que toutes les familles américaines pussent vivre dignement. C’était un mouvement rassemblé autour d’un programme d’ambition universaliste, que Franklin Delano Roosevelt appelait « les quatre libertés » : liberté d’expression, liberté de religion, liberté de vivre à l’abri du besoin et liberté de vivre à l’abri de la peur. Pas autour de notre diversité ou différence. Eric Fassin a tout à fait raison d’attirer notre attention sur l’aveuglement de ce mouvement, qui en grande partie a laissé les femmes et surtout les Noirs sur le bas-côté de la route. Mais le remède est de tenir et d’étendre les promesses de cette tradition : il faut nous rassembler pour faire face aux nouveaux défis de l’ère néolibérale. Et non pas nous disperser dans des groupuscules avec des revendications non négociables. (…) La seule façon de protéger les exclus est d’insister sur le fait qu’ils font déjà partie de « nous », et par conséquent que leur exclusion est injuste. S’il n’y a pas de « nous », comment motiver les uns d’être solidaires avec les autres ? Plus nos sociétés deviennent individualistes et diverses, plus nous avons besoin d’établir des liens de sympathie et de devoir politique parmi nous. La rhétorique de la gauche identitaire en Amérique, qui nie l’existence d’un « nous » social, fait tout le contraire. Sans le savoir, elle renforce l’idéologie néolibérale, qui veut nous convaincre que nous ne sommes que des « acteurs économiques», des particules élémentaires qui travaillent, consomment, et meurent seules. C’est pour cela que je parle de « reaganisme pour gauchistes » : les années 1990 étaient le berceau et du néolibéralisme, et de la politique de l’identité. Une main lave l’autre. Je mets l’accent sur la citoyenneté parce que c’est un statut strictement politique, qui n’est en aucune façon en contradiction avec d’autres appartenances ou affinités électives : ethniques, religieuses, de genre. Je ne suis pas nationaliste et n’ai pas peur du multiculturalisme. Je m’en réjouis même – tant que le lien de citoyenneté est assez fort pour garantir la solidarité et le bien commun. Une citoyenneté ouverte, accueillante, combative – c’est ça dont nos démocraties ont besoin et que je tiens à promouvoir avec ce livre. Mark Lilla
En réalité, Mark Lilla va plus loin dans la polémique que cette simple critique pragmatique. Au lendemain de la victoire de Donald Trump, dans une tribune qui fit grand bruit, il en rendait responsable ce qu’il appelle la « gauche identitaire » : « Quand on joue au jeu de l’identité, il faut s’attendre à perdre. » Aujourd’hui, dans l’essai qui prolonge cet article, il redouble l’attaque : « La politique identitaire, c’est du reaganisme pour gauchistes. » Il ranime la querelle lancée par les néoconservateurs, au début des années 1990, contre le « politiquement correct ». Or il y a là un biais « ethnocentrique » : voilà un universitaire qui traduit son exaspération contre les « radicaux de chaire » en explication de l’élection du président des Etats-Unis. Pour Salvador Dali, la gare de Perpignan était le centre du monde. Pour Mark Lilla, c’est l’université Columbia. Cette illusion sociologique est redoublée par un problème politique. Il est vrai que Donald Trump a surfé sur le racisme et le sexisme pour attiser le ressentiment contre Barack Obama et Hillary Clinton. Imputer son triomphe aux universitaires qui parlent de genre et de race, n’est-ce pas inverser les causes et les effets ? C’est faire comme ceux qui, en France, accusent les antiracistes d’être responsables de la montée du racisme. (…) Je parlerais plutôt d’une gauche minoritaire. A la différence des communautés, les minorités n’ont pas forcément une culture commune ; mais elles ont en partage une expérience de discrimination. Les femmes n’ont pas toutes la même identité ; mais toutes savent ce qu’est le sexisme, #metoo l’a bien montré. L’homophobie, la transphobie ou le racisme constituent pareillement des minorités d’expérience. Bref, « c’est l’antisémite qui fait le juif » (Sartre). En France, dès que les minorités se font entendre, on les taxe de communautarisme ; aux Etats-Unis, on se récrie : « politique identitaire ». Mais pourquoi l’égalité demandée par des minorités ne serait-elle pas universaliste ? Le mouvement Black Lives Matter [créé contre les violences policières envers les Noirs] pose des questions à toute une société aveugle au racisme ordinaire. En quoi est-il identitaire ? En France, quand des hommes noirs ou arabes meurent sous les coups de la police, cette violence d’Etat n’est-elle pas l’affaire de tout le monde ? D’un côté, Mark Lilla dénonce l’individualisme ; de l’autre, il n’aime les mouvements sociaux qu’au passé, à l’époque de Martin Luther King. C’est réduire la politique aux seules élections. Cette logique majoritaire l’amène à juger que les revendications transgenres ne pèsent pas grand-chose dans les urnes. Certes, mais qui eût cru qu’aux Etats-Unis le mariage s’ouvrirait si vite aux couples de même sexe ? Qu’ils aient un pied dans l’université ou pas, les mouvements sociaux peuvent influer sur la société et infléchir les élections. Aux Etats-Unis, 1992 fut « l’année de la femme » : plusieurs furent élues [au Sénat], portées par une vague d’indignation après la nomination à la Cour suprême d’un juge accusé de harcèlement sexuel… (…) Je m’étonne qu’à l’heure où le juge Brett Kavanaugh devrait faire basculer la Cour suprême des Etats-Unis très à droite, Mark Lilla considère que la question des droits est réglée aux Etats-Unis. En effet, on peut s’attendre par exemple à une remise en cause du droit à l’avortement. Je ne partage pas non plus sa sévérité à l’égard de la jeunesse. Les mobilisations pour inciter à s’inscrire sur les listes électorales et à voter ne trouvent-elles pas grâce à ses yeux ? Et encore une fois, pourquoi opposer l’élection à la manifestation, comme si manifester n’était pas aujourd’hui un enjeu démocratique ? Mark Lilla semble croire que plus on manifeste, moins on vote. En réalité, la mobilisation dans la rue est aussi une condition de la mobilisation électorale. En tout cas, les suprémacistes blancs, eux, n’hésitent pas à manifester – rappelons-nous les manifestations Unite the Right en 2017 à Charlottesville [en Virginie, lors desquelles une contre-manifestante avait perdu la vie dans l’attaque à la voiture bélier d’un militant d’extrême droite] – et Donald Trump les renvoie dos à dos avec la jeunesse antifasciste qui a le courage de leur faire face ; ne sont-ils pas en train de défendre la démocratie, au risque de leur vie ? En France, lorsque Génération identitaire bloque la frontière franco-italienne, ce sont les contre-manifestants qui s’exposent à la justice. Contre le délit de solidarité, ils parviennent à faire reconnaître le principe de fraternité par le Conseil constitutionnel : ne faut-il pas applaudir cette victoire démocratique ? Pourquoi railler le « narcissisme » d’une jeunesse qui fait reculer l’Etat [sur le projet d’aéroport de] Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), et avancer la cause écologique ? (…) Partout, la conversion des sociaux-démocrates au néolibéralisme s’est faite aux dépens des classes populaires, et au bénéfice des plus riches. C’est ce qui fragilise la démocratie : comment croire aux élections quand leur résultat ne change rien ? Les ouvriers de gauche sont tentés par l’abstention, ceux de droite par l’extrême droite. Hillary Clinton n’a pas trop courtisé les minorités, ni trop rejeté les « déplorables » : racistes, sexistes et homophobes n’auraient jamais voté pour elle. C’est la continuité des politiques néolibérales, de Bill à Hillary Clinton, en passant par Barack Obama, qui explique la désaffection populaire. Or cette interprétation est balayée en une phrase : « Si les démocrates ont perdu du terrain, ce n’est pas, nous dit Mark Lilla, parce qu’ils ont trop dérivé à droite, notamment en matière économique. » Il a beau citer Marx, il n’a donc que faire de l’économie : tout serait culturel ! Quand il invite la gauche à « créer un lien », ce n’est pas avec les ouvriers au chômage de la Rust Belt [« ceinture de la rouille », soit l’ancien nord-est industriel des Etats-Unis] ; c’est avec « les pentecôtistes du Sud et les propriétaires d’armes à feu des Rocheuses ». Non pas les classes populaires, mais le peuple de droite. En France, on aime croire qu’il faudrait choisir : les ouvriers ou les minorités ? C’est une fausse alternative : les minorités sont surreprésentées dans les classes populaires (et inversement !) ; et il n’y a aucune raison d’opposer les politiques de reconnaissance et de redistribution. Il faut donc cesser d’opposer le social au sociétal. Ce sont Trump et Le Pen qui jouent la race contre la classe – pas les minorités, qui ont trop à perdre à ce jeu. Parler d’intersectionnalité, soit de la pluralité des logiques de domination qui se cumulent ou se compensent, ce n’est pas creuser des clivages ; c’est penser l’articulation du sexe, de la race et de la classe. (…) Tout se passe comme si le racisme, en France, émanait principalement de celles et de ceux qui le subissent ! On oublie que les féministes, de longue date, recourent à la non-mixité sans faire scandale : regardez le collectif La Barbe. Ensuite, on occulte le fait que l’on se retrouve très souvent entre hommes blancs – comme pour notre débat – sans y prêter attention. Qui s’inquiète du communautarisme blanc ? Revendiquer la non-mixité minoritaire, c’est une provocation qui met le doigt sur l’aveuglement majoritaire. Enfin, la non-mixité n’est pas une philosophie ; c’est une technique : se retrouver pour échanger sur l’expérience du racisme ou du sexisme, sans avoir à se justifier devant ceux qui ne la partagent pas. Ce n’est pas la fin du monde ! (…) Contre la gauche minoritaire, Mark Lilla se présente comme un liberal (de gauche). Demander d’être à l’écoute de la droite, est-ce vraiment un programme de gauche ? Dans la traduction, leftist est d’ailleurs rendu par « gauchiste » – ce qui n’est pas très positif… Mark Lilla n’a donc rien d’un radical. Est-il pour autant liberal ? Il dénonce sans cesse l’individualisme et la bataille pour les droits. Or fustiger, avec Houellebecq, les « particules élémentaires », c’est plutôt anti-libéral ! En fait, il est républicain. On peut donc regretter que, pour parler de la citoyenneté, il évite délibérément la question qui fâche : l’immigration. Parlons de « nous », pas d’« eux » ? En réalité, l’immigration nous rappelle que la démocratie, ce n’est pas le consensus ; c’est le dissensus. Sinon, quelle différence avec les régimes non démocratiques ? Faire de la politique, c’est défendre des valeurs contre d’autres valeurs, une vision du monde contre une autre. Comment l’oublier quand Trump est au pouvoir ? Pour ma part, si je m’engage dans des combats minoritaires sans appartenir moi-même à une minorité, c’est que je suis convaincu que tout le monde est concerné : les discriminations minent nos sociétés. Ce qui menace le « nous », ce n’est pas que des gens dénoncent les discriminations ; c’est que tant d’autres s’en accommodent. Il ne suffit pas de proclamer que nous sommes tous citoyens. Encore faut-il que ce soit vrai. Or beaucoup se sentent dans leur propre pays comme des citoyennes ou des citoyens de deuxième zone – au mieux. Eviter d’en parler trop pour ne pas fâcher les électeurs d’extrême droite, ce n’est pas combattre, mais reculer devant ceux-ci. Ce ne sont pas les revendications des minorités qui fragmentent la société ; c’est leur relégation. Les opposer aux classes populaires, c’est encore les exclure du peuple. Soyons pragmatiques : il faut gagner les élections ! Nous sommes bien d’accord. Certes, il n’est pas sûr qu’une stratégie de gauche soit efficace. Mais il est certain que le virage à droite a été un échec. Eric Fassin
Je prendrai à nouveau comme point de départ la polémique sur la « gauche identitaire » qui a opposé Mark Lilla et Eric Fassin dans le Monde du 1er octobre 2018 car, comme je l’ai dit dans mon dernier blog, elle illustrait clairement la confusion entre le savant et le politique que je déplore depuis longtemps. Cela n’empêche pas, qu’en tant que citoyen, j’étais plutôt d’accord avec les arguments avancés dans cette polémique par Eric Fassin. Je rappelle, pour que les choses soient claires, que je suis un militant antiraciste depuis le début des années 1970. (…) C’est justement parce que j’ai poussé jusqu’au bout ma réflexion sur les relations de pouvoir que j’ai pris mes distances avec les intellectuels marxistes (dont les successeurs sont les intellectuels critiques d’aujourd’hui), qui reprenaient à leur compte le slogan « tout est politique », très en vogue en 68. La sociologie m’a fait mieux comprendre en effet le phénomène que j’avais souvent observé de mes propres yeux concernant les formes de domination qu’exercent sur le peuple ceux qui prétendent parler en son nom. La polémique qui a opposé Lilla et Fassin dans le Monde avait pour thème : « la gauche s’occupe-t-elle trop des minorités ? ». Il s’agissait donc d’une question d’ordre politique à laquelle ces deux éminents universitaires étaient invités à répondre en raison de leurs compétences savantes. Mais à aucun moment les lecteurs n’ont eu la possibilité de savoir sur quels travaux scientifiques précis les débatteurs s’appuyaient pour étayer leurs arguments. Le langage utilisé par ces deux collègues était celui de la politique, truffé de jugements de valeur et d’approximations. Par exemple, quand Eric Fassin écrit : « en France, on aime croire qu’il faudrait choisir les ouvriers ou les minorités », le lecteur est en droit de se demander ce que désigne ce « on » ? Est-ce qu’il s’agit des chercheurs en sciences sociales, des militants politiques, des intellectuels, des journalistes, du peuple français ? Et quand j’ai lu que Mark Lilla prétendait « réfuter » Fassin en affirmant : « le simplisme bourdieusien se porte bien en France », j’avoue que la moutarde m’est montée au nez comme on dit. Comment pouvait-on donner au public non spécialiste une image aussi caricaturale de la recherche en sciences sociales ? (…) Contrairement à ce qu’affirme Lilla, c’est Foucault bien plus que Bourdieu qui constitue la principale référence théorique d’Eric Fassin. Dans un article ancien, intitulé « “L’intellectuel spécifique” et le PaCS : politiques des savoirs» (Mouvements, janvier-février 2000), Fassin avait convoqué l’autorité de Foucault pour affirmer que « le savoir est devenu, en même temps qu’un enjeu, un des lieux du politique ». Il a reproduit ensuite ce genre d’argument dans tous les domaines sur lesquels il est intervenu. Récemment encore, lors d’une polémique sur le « blackface », il écrivait dans une tribune donnée au quotidien Libération : « La politique n’est pas extérieure à l’esthétique (…). Le monde de la culture, s’il réclame une autonomie radicale pour faire abstraction des enjeux politiques de la création, risque de payer d’insignifiance cette liberté. » (…) Je me suis présenté pendant longtemps comme un « intellectuel spécifique » en me référant moi aussi à Michel Foucault, parce que j’ai compris autrement que Fassin ce qu’il a écrit à ce sujet. (…) Foucault a constamment oscillé entre plusieurs postures intellectuelles. On peut donc interpréter ses écrits sur ce sujet de différentes manières. Néanmoins, s’appuyer sur sa définition de l’intellectuel spécifique pour affirmer que le savoir est « un des lieux du politique », c’est confondre à mon sens, le politique et le pouvoir. (…) Il est vrai que Foucault a repris à son compte, en quelques occasions, la formule « tout est politique ». (…) Foucault joue ici sur la polysémie du mot « politique » qui vient du grec « polis » et qui désigne, au sens large, l’ensemble des pratiques et des institutions d’une communauté de citoyens. Cela n’empêche pas que Foucault a maintes fois souligné que ce qu’il appelait « les rapports de force dans une société donnée » étaient en réalité des relations de pouvoir qui pouvaient être politisées, mais ne l’étaient pas toujours. Je me suis inspiré de ces analyses dans mes propres travaux de socio-histoire en partant du principe qu’on pouvait envisager les liens sociaux comme des relations de pouvoir à condition de renoncer à la vision dénonciatrice du pouvoir (conception dénonciatrice que Foucault a lui-même rejetée lorsqu’il a produit le concept de « gouvernementalité »). Certes, les relations de pouvoir peuvent engendrer des formes de domination sociale, mais elles cimentent aussi des liens de solidarité (par exemple, les parents qui veulent éduquer leurs enfants pour qu’ils puissent devenir des adultes autonomes doivent entrer avec eux dans des relations de pouvoir). La confusion entre pouvoir et politique occulte donc un phénomène fondamental qu’on appelle la politisation. Confusion à laquelle échappe Foucault quand il écrit : « le problème n’est pas tellement de définir une position politique (ce qui nous ramène à un choix sur un échiquier déjà constitué), mais d’imaginer et de faire exister de nouveaux schèmes de politisation ». Le mot « politisation » est ici essentiel car il s’agit d’un processus qui permet de rendre visible dans l’espace public des relations de pouvoir qui n’avaient rien de politique au départ. C’est ce processus qu’il faut prendre en compte pour comprendre le rôle que jouent ceux que j’appelle « les professionnels de la parole publique » (politiciens, journalistes, experts, intellectuels) dans le champ politique. C’est aussi à ce niveau que peut intervenir l’universitaire en diffusant, au-delà des cercles spécialisés, les résultats de ses recherches pour rendre publiques des souffrances, des formes de domination ou de solidarité qui étaient invisibles jusque là, ce qui permet aux acteurs du champ politique de s’en emparer pour défendre de nouvelles causes. Cela n’a évidemment rien à voir avec les polémiques d’actualité visant à savoir si « la gauche s’occupe trop ou pas assez des « minorités » ». C’est justement pour se démarquer de ce type d’intervention que Foucault a proposé le terme d’intellectuel « spécifique ». Si je me suis toujours élevé contre le slogan « tout est politique », c’est surtout parce qu’il masque le rôle que jouent les intellectuels dans le processus de politisation des rapports sociaux. Comme tous les autres acteurs du monde social, les intellectuels sont pris, eux aussi, dans des relations de pouvoir qu’il faut mettre au jour si l’on veut pousser l’analyse du champ politique jusqu’au bout. L’article de Foucault sur lequel s’appuie Fassin pour affirmer que le savoir est un des lieux du politique, commence par cette phrase : « Pendant longtemps, l’intellectuel dit « de gauche » a pris la parole et s’est vu reconnaître le droit de parler en tant que maître de vérité et de justice ». (…). La cible de Foucault, à ce moment-là, c’était l’intellectuel universel qu’avait incarné Jean-Paul Sartre dans les décennies d’après-guerre. C’est lui qui est visé quand Foucault écrit : « J’ai toujours tenu à ne pas jouer le rôle de l’intellectuel prophète qui dit à l’avance aux gens ce qu’ils doivent faire et leur prescrit des cadres de pensée, des objectifs et des moyens qu’il a tirés de sa propre cervelle en travaillant enfermé dans son bureau parmi les livres ». (…) Il oppose à cette figure de l’intellectuel universel, celle de l’intellectuel spécifique pour souligner que la seule légitimité qu’un universitaire peut avancer pour justifier son intervention dans le débat politique tient à la compétence spécialisée qu’il a acquise dans un domaine de la recherche savante. Foucault a lui-même donné de multiples exemples de cette posture, puisque la plupart de ses propos publics s’appuyaient sur ses propres recherches empiriques que ce soit sur la folie, la prison, la sexualité, etc. Quand Foucault écrit que « le travail de l’intellectuel n’est pas de modeler la volonté politique des autres » (…), c’est bien la fonction de porte-parole que s’attribuent fréquemment les intellectuels qui est interpellée. C’est pour répondre à cette interrogation qu’il a forgé la notion de « problématisation ». L’universitaire peut mobiliser les connaissances qu’ils a acquises grâce à ses travaux spécialisés pour intervenir dans l’espace public comme un intellectuel spécifique, afin de « dégager les systèmes de pensée qui nous sont devenus familiers, qui nous paraissent évidents et qui font corps avec nos perceptions, nos attitudes, nos comportements ». (…). « Problématiser » les questions d’actualité ne consiste donc pas à multiplier dans les médias des commentaires critiques. Il s’agit au contraire d’appréhender ces questions autrement, en prenant une distance par rapport à la sphère politico-médiatique et sa façon de fabriquer de faux-problèmes (comme l’immigration, le communautarisme, etc). L’intellectuel spécifique intervient dans l’espace public afin de « poser des problèmes, les faire travailler », de façon à ce « qu’au sein même de la société les données du problème soient modifiées et que les impasses se débloquent. En somme, en finir avec les porte-parole ». (…) Foucault explique en effet que « sa critique a pour objectif de permettre aux autres de parler, sans mettre de limites au droit qu’ils ont de parler ». (…) C’est ici qu’apparaît la divergence principale entre l’intellectuel spécifique (tel que je le conçois) et l’intellectuel critique. Alors que ce dernier critique tous les pouvoirs, sauf celui qu’il détient, Foucault définit l’intellectuel spécifique comme celui qui est capable de se critiquer lui-même. Il a fréquemment reconnu les points faibles de ses propres recherches, les réponses inadéquates qu’il avait parfois apportées aux questions qu’il se posait. (…) A la différence de Foucault, qui a toujours refusé d’être défini par son identité d’universitaire, Bourdieu a d’emblée présenté la sociologie comme un « métier », s’inscrivant ainsi dans le sillage de Marc Bloch et de son livre célèbre sur le « métier d’historien ». Affirmer cet ancrage socio-professionnel, c’était déjà une manière de plaider pour une séparation du savant et du politique. Tout au long de sa vie, Bourdieu n’a cessé en effet de défendre l’autonomie de la sociologie contre ceux qui, à l’instar d’Eric Fassin aujourd’hui, la voyait comme une manière parmi d’autres de faire de la politique. (…) Cela n’a pas empêché qu’il ait été constamment préoccupé par la question de l’utilité sociale de la science sociale. Il le redit clairement dans le petit ouvrage des PUL que j’ai cité plus haut : « C’est une sorte de devoir civique de rendre à l’Etat qui me paye et à mes concitoyens ce que je crois être le savoir sur le monde social ». Et il enchaîne aussitôt en faisant référence aux nombreux travaux empiriques qu’il a produits avec ses équipes de recherche sur les musées, sur l’école, etc. Dans cette citation, le mot essentiel c’est « devoir civique ». Aux yeux de Bourdieu, il existe en effet une différence majeure entre le politique et le civique. Affirmer que « tout est politique » c’est une manière, selon lui, d’occulter la domination qu’exercent les professionnels de la parole publique dans le champ politique. Il considère que cette occultation est une dimension du pouvoir que détiennent les producteurs de biens symboliques car, comme le dit Philippe Fritsch dans l’introduction à ce volume, ce pouvoir suppose « la méconnaissance de la violence symbolique qui s’exerce à travers lui ». Le premier problème que rencontre le sociologue qui sort de son laboratoire pour s’exprimer sur des questions politiques tient au fait que « l’accès à l’espace public est contrôlé presque complètement aujourd’hui par les journalistes ». Ceux d’entre eux qui occupent le pôle dominant du champ médiatique imposent chaque jour ce qu’on appelle « l’actualité ». Etant donné que l’actualité est « ce qui se donne à comprendre de manière immédiate » affirme Bourdieu en faisant référence à Walter Benjamin, le sociologue doit rompre avec cette illusion, non seulement pour avoir de bonnes réponses, mais aussi pour poser de bonnes questions. Malheureusement, le sociologue ne parvient pratiquement jamais à faire accepter ses questionnements savants car, ajoute Bourdieu, « pour être en désaccord sur une formule politique il faut être d’accord sur le terrain du désaccord ». Autrement dit, tant que le sociologue répond aux questions qui sont acceptées dans le champ politico-médiatique, il peut y trouver sa place, mais s’il pose d’autres questions il n’a guère de chance d’être entendu. Voilà pourquoi Bourdieu a livré ce constat désabusé dans ses Méditations pascaliennes : « une proposition scientifique, c’est comme une bulle du pape sur la régulation des naissances, çà ne prêche que les convaincus ». Les seuls qui parviennent à se faire entendre, ajoute-t-il, ce sont « les représentants les plus divulgués de la corporation, qui ne peuvent hélas, que renforcer l’image politico-journalistique de la discipline ». Un autre obstacle auquel se heurte le sociologue soucieux d’assumer son rôle civique tient à l’usage qu’un certain nombre de journalistes font de ses travaux scientifiques. « Un des problèmes est de savoir comment on peut se protéger contre cette instrumentalisation ». (…) Bourdieu part du principe que les inégalités sociales s’ancrent dans les rapports économiques, mais qu’elles s’étendent à tous les niveaux d’une société. Il insiste sur le fait que le rapport au langage est le lieu d’une inégalité fondamentale. Dans la Distinction, il avait déjà fait ce constat : « on peut être en mesure de résister à l’argumentation sans être capable d’argumenter la résistance et moins encore d’en formuler explicitement les principes ». C’est pourquoi le passage entre expérience et expression passe nécessairement par les professionnels du discours. Il ne s’agit pas, là non plus, d’une dénonciation, puisque la délégation de parole est le seul moyen dont les démunis disposent pour espérer se faire entendre. Néanmoins, une telle inégalité pose le problème du type de pouvoir que détiennent les privilégiés du langage. Bourdieu estime que c’est l’une des principales questions que la sociologie du champ politique doit élucider. Elle concerne au premier chef les dirigeants des partis qui sont en concurrence entre eux pour le monopole du droit de parler et d’agir au nom des profanes. L’irruption du Front national dans l’espace public français à partir des années 1980 est vue par Bourdieu sous l’angle d’une « lutte de classement ». Si j’arrive à faire croire que le clivage principal de la société française oppose les nationaux et les étrangers, j’obtiens une structure du champ politique complètement différente de celle qui découle du clivage opposant les riches et les pauvres. C’est pourquoi l’un des enjeux majeurs de la politique est l’imposition légitime de principes de vision et de division du monde social. Les intellectuels – y compris les sociologues quand ils interviennent dans le débat public – contribuent à la redéfinition des formes de classement et de catégorisation publiques ; ce qui les expose « au problème très difficile » dit Bourdieu «  d’entrer dans la politique sans devenir des politiques ». Comme Foucault, Bourdieu était convaincu que pour clarifier ce problème, les intellectuels devaient commencer par utiliser les armes de la critique pour se critiquer eux-mêmes. « Il est certain » affirme-t-il « que ceux que Max Weber classait dans « l’intelligentsia prolétaroïde », c’est à dire les intellectuels mineurs, les demi-savants, ont souvent trouvé dans l’intervention politique, au cours de l’histoire, l’occasion d’une revanche contre ceux qui dominent le monde intellectuel ». Cela a été le cas avec le nazisme, le stalinisme, ou la Révolution chinoise. Voilà pourquoi, ajoute Bourdieu, « la critique sociologique de l’institution intellectuelle » est fondamentale. Il la juge nécessaire aussi si l’on veut combattre ce qu’il appelle le « racisme de l’intelligence » dont font souvent preuve les « détenteurs du capital culturel » quand ils oublient qu’ils sont eux-mêmes « les héritiers des familles cultivées ».  (…) A partir de 1995, et de son engagement au côté des cheminots en grève, Bourdieu a quelque peu infléchi sa position. Dans un cheminement inverse à celui de Foucault, il a renoncé partiellement au principe d’autonomie de la sociologie pour s’investir plus directement dans le champ politique. Néanmoins, il vaut mieux parler d’élargissement plutôt que de renoncement car Bourdieu s’est alors lancé dans une vaste entreprise visant à construire un intellectuel collectif, à l’échelle européenne, regroupant des universitaires, des journalistes, des artistes qui partageaient les mêmes idéaux civiques, mais dans le respect des compétences de chacun. C’est à ce moment-là qu’il a proposé la mise en place de « réseaux critiques, rassemblant des « intellectuels spécifiques» (au sens de Foucault) dans un véritable intellectuel collectif (souligné dans le texte) capable de définir lui-même les objets et les fins de sa réflexion et de son action, bref autonome ». Tel fut l’enjeu principal du réseau « Raisons d’agir » auquel j’ai apporté ma modeste contribution. Dans l’un de ses tout derniers entretiens, Pierre Bourdieu a proposé une ultime définition de l’intellectuel : « On dit ‘intellectuel engagé’, moi je dis : ‘responsable’. C’est un peu vieillot, ça fait un peu durkheimien. C’est une grande responsabilité si on croit que la sociologie est une science ; or je le crois ». Plutôt que d’alimenter des débats stériles sur la « véritable » définition de l’intellectuel spécifique, je pense que ceux qui se reconnaissent dans les réflexions que j’ai développées ici pourraient se retrouver autour de cette notion d’ « intellectuel responsable ». Même s’ils n’ont pas vécu à l’âge des réseaux sociaux, les réflexions de Foucault et de Bourdieu sur l’articulation du savant et du politique restent précieuses pour comprendre les transformations qui ont affecté notre espace public depuis une quinzaine d’années. Foucault avait noté qu’en raison de la démocratisation de l’université, du développement de la télévision, etc., le type d’intellectuel que seul Sartre pouvait incarner au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avait été mis à la portée de tout le monde dans les années 1970. Cette démocratisation avait donné aux travaux universitaires un écho qui débordait largement désormais le cercle des spécialistes. L’inconvénient de cette « entropie » ajoutait Foucault, c’est qu’elle avait engendré ce qu’il appelait « le toboggan de la pensée philosophique ». Les recherches savantes finissaient en slogan et la philosophie était en train de devenir une « matière de consommation courante ». La multiplication des chaînes d’information en continu et l’irruption des réseaux sociaux ont accéléré dans des proportions que Foucault n’aurait même pas imaginées, ce processus d’entropie. Les sciences sociales sont devenues, à leur tour, une « matière de consommation courante ». Nous avons pu constater, Stéphane Beaud et moi, que notre ouvrage Race et sciences sociales avait été immédiatement pris dans la spirale de ce fameux « toboggan ». Nos analyses ont ainsi été converties en slogan, ou en sondage d’opinion, du genre : « Etes-vous pour la classe ou pour la race ? Cochez la bonne case ». Comme je l’ai déjà dit dans mon dernier blog, les réseaux sociaux ont permis la formation d’un espace public intermédiaire. Conjugué à l’élévation constante du niveau scolaire des nouvelles générations, ce phénomène a accéléré la démocratisation de notre vie publique. Des gens qui n’ont aucune compétence spécifique en sciences sociales, et qui ont donc tendance à voir le monde uniquement à l’aide des catégories que leur fournissent ceux qui dominent la sphère médiatico-politique, peuvent désormais participer aux débats publics. Beaucoup d’entre eux, souvent pour des raisons qui sont en lien avec leur histoire personnelle, sont particulièrement sensibles à la question du racisme. Cet engagement civique est puissamment stimulé par les médias qui placent constamment ce sujet au centre de l’actualité car c’est l’un des meilleurs moyens aujourd’hui de mobiliser les affects du grand public et donc de booster l’audimat pour engranger des recettes publicitaires. Ce contexte rend particulièrement difficile le travail des chercheurs. Le simple fait de s’interroger sur le type de pouvoir que détiennent les porte-parole des mouvements antiracistes est vu comme une « dénonciation ». Mettre en doute l’idée que la question du racisme serait encore « taboue », alors qu’elle fait constamment la une des grands médias, est pris par certains comme une manière de minimiser, voire même de cautionner, le racisme. Alors que je suis convaincu, pour ma part, qu’il faut aborder ces questions de front si l’on veut lutter plus efficacement contre le racisme et contre les formes de domination symbolique qu’elles charrient. La violence verbale qui s’exprime aujourd’hui à jets continus sur les réseaux sociaux reflète, paradoxalement, la pacification des rapports sociaux. Les « intellectuels prolétaroïdes » dont parlaient Max Weber et Pierre Bourdieu se contentent désormais, pour la plupart, d’insulter sur ces plate-forme numériques ceux qui croient encore utile de transmettre au plus grand nombre les connaissances qu’ils ont produites au cours de longues années de travail, alors qu’auparavant il arrivait souvent que les affrontements se déroulent dans la rue, à coups de poings ou à coups de fusil. Je ne trouve pas scandaleux pour ma part que celles et ceux qui se sentent heurtés dans leurs convictions par ce que j’ai pu écrire, puissent réagir de façon agressive. Mais au lieu de me situer sur le même terrain qu’eux, en empruntant à mon tour des chemins qui ne mènent nulle part, je préfère mobiliser les ressources que nous offrent aujourd’hui les réseaux sociaux pour expliquer en quoi consiste notre travail de chercheur, ce qui suppose de refuser énergiquement la confusion entre le savant et le politique. Gérard Noiriel
La menace serait existentielle. Elle nourrit le séparatisme. Ronge l’unité nationale. Encourage l’islamisme. Porte atteinte au patrimoine intellectuel et culturel de la France. Quelle menace ? “Certaines théories en sciences sociales totalement importées des États-Unis d’Amérique”, affirme le président Emmanuel Macron. Certains politiciens, d’éminents intellectuels et nombre de journalistes français avertissent que les idées progressistes américaines — notamment sur la race, le genre, le post-colonialisme — sont en train de saper leur société. “Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines”, prévient le ministre de l’éducation de M. Macron. Enhardis par ces propos, des intellectuels de renom se regroupent pour contrecarrer ce qu’ils perçoivent comme une contamination par le mouvement “woke” gauchiste et incontrôlé venu des campus américains, et la “cancel culture” qui l’accompagne. Ils font face à une jeune garde plus diversifiée pour qui ces théories sont des outils aidant à éclairer les angles morts d’une nation de plus en plus diversifiée qui rechigne encore à faire mention de la race, qui ne s’est toujours pas confrontée à son passé colonial et qui associe souvent les aspirations des minorités à des politiques identitaires. Ces conflits qui n’auraient autrement pas attiré beaucoup d’attention ont pris de l’ampleur dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le nouveau directeur de l’Opéra de Paris, qui a annoncé lundi son intention de diversifier le recrutement du personnel et d’interdire le “blackface”, s’est vu vivement critiqué non seulement par la cheffe de l’extrême droite Marine Le Pen, mais aussi dans les colonnes du Monde car, bien qu’étant allemand, il a travaillé 10 ans à Toronto et aurait “baigné dix ans dans la culture américaine ». Dans un livre paru ce mois-ci, Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, spécialistes chevronnés en sciences sociales, critiquent le principe des études raciales. L’ouvrage s’est attiré les foudres de jeunes universitaires et a fait l’objet d’une large couverture médiatique. Pour M. Noiriel, la race est devenue un “bulldozer” qui écrase les autres sujets. Dans une réponse par courriel, ce dernier ajoute que l’étude de ce sujet à l’université en France est discutable car la race n’est pas officiellement reconnue par les institutions et n’est qu’une “donnée subjective”. Alors qu’on assiste au déclin progressif de l’influence américaine dans de nombreux coins du monde, la virulence du débat autour d’une poignées de disciplines universitaires enseignées sur les campus américains peut surprendre. D’une certaine manière, c’est un combat par procuration autour de questions qui sont parmi les plus brûlantes au sein de la société française, celles notamment de l’identité nationale et du partage du pouvoir. Dans un pays où les intellectuels ont toujours une place centrale, les enjeux sont importants. Si cette bataille qui reflète les guerres culturelles américaines a commencé dans les universités françaises, elle prend désormais de l’ampleur dans les médias. Les hommes politiques s’y engagent de façon croissante, d’autant plus que l’année écoulée a été mouvementée, marquée par une série d’événements qui ont remis en cause les principes de la société française. En France, des manifestations de grande ampleur contre les violences policières, suscitées par l’assassinat [sic] de George Floyd, remettaient en cause la non-reconnaissance institutionnelle de la race et le racisme systémique. Une génération #MeToo de féministes s’est dressée à la fois contre le pouvoir masculin et contre les féministes plus âgées. La répression qui a suivi une série d’attaques islamistes a soulevé des interrogations sur le modèle français de laïcité et l’intégration des immigrés des anciennes colonies de la France. Certains y voient un écho des politiques identitaires et des théories des sciences sociales américaines. Des parlementaires de centre-droite ont appelé à l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les “excès idéologiques” dans les universités et ciblé sur Twitter des universitaires “coupables”. M. Macron — qui manifestait jusque-là peu d’intérêt pour ces questions mais courtise la droite à l’approche des élections de l’année prochaine — est intervenu en juin dernier, reprochant aux universités d’encourager “l’ethnicisation de la question sociale”, qui reviendrait à “casser la République en deux”. “(…) Pour Mme Heinich, les événements de l’année dernière sont venus s’ajouter au militantisme qui a importé dans les universités française des controverses nées à l’étranger sur l’appropriation culturelle et le black-face. À la Sorbonne, des militants ont empêché la représentation d’une pièce d’Eschyle car ils y contestaient le port de masques et le maquillage en noir d’acteurs blancs; ailleurs, des conférenciers renommés ont vu leur invitation annulée suite à la pression des étudiants. (…) Pour d’autres, s’en prendre à ce qu’ils perçoivent comme l’influence américaine a révélé encore autre chose, à savoir que l’establishment français serait incapable de se confronter à un monde en mutation, surtout dans un contexte où la mauvaise gestion par le gouvernement de la pandémie de coronavirus vient renforcer un sentiment de déclin inéluctable de ce qui fut autrefois une grande puissance. (…) La France a longtemps revendiqué une identité nationale fondée sur une culture commune, des droits fondamentaux et des valeurs essentielles comme l’égalité et la liberté, rejetant les principes de diversité et de multiculturalisme. Les Français considèrent souvent les États-Unis comme une société fracturée en guerre contre elle-même. Mais nombre des principaux penseurs à l’origine des théories des genres, de la race, du post-colonialisme et de la théorie queer, loin d’être des Américains, venaient de la France — ainsi que du reste de l’Europe, d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Inde, explique Anne Garréta, une écrivaine française qui enseigne la littérature dans des universités en France et à Duke University, aux Etats-Unis. “C’est tout un monde d’idées qui circule à l’échelle mondiale”, precise-t-elle. “Il se trouve que les campus qui sont les plus cosmopolites et les plus mondialisés à ce stade de l’histoire sont les campus américains. ’’ L’État français ne recueille pas de statistiques raciales, illégales, dans le cadre de son engagement affiché en faveur de l’universalisme et du traitement égal de tous les citoyens au regard de la loi. Mais pour nombre de spécialistes de la question raciale, cette réticence s’inscrit dans une longue histoire de négation du racisme en France, du passé colonial et de la traite négrière du pays. (…) L’historien Pap Ndiaye, qui s’efforce de faire établir un cursus de Black Studies en France, estime que ce n’était pas une coïncidence si la vague actuelle de rhétorique anti-américaine est apparue au moment même où se tenaient les premières manifestations contre le racisme et les violences policières, en juin dernier. “Il y a bien cette idée qu’on parle trop des questions de race en France,” dit-il. “Ça suffit. » Les trois attentats islamistes à l’automne dernier sont venus rappeler que le terrorisme reste une menace en France. Ils ont également fait porter l’attention sur un autre domaine de recherche très sensible, l’islamophobie, et comment l’hostilité envers l’islam en France, ancrée dans son expérience coloniale du monde musulman, continue de marquer la vie des musulmans français. Abdellali Hajjat, un expert en islamophobie, dit qu’il est de plus en plus difficile de se consacrer à son sujet depuis 2015, date des attaques terroristes dévastatrices qui avaient frappé Paris. Le financement public de la recherche s’est tari. Les chercheurs sur cette matière se voient accusés de faire l’apologie des islamistes et même des terroristes. Il y a deux ans, fuyant l’ambiance qu’il trouvait oppressante, M. Hajjat est parti enseigner à l’Université libre de Bruxelles, en Belgique, où il dit jouir d’une plus grande liberté académique. (…) Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation de M. Macron, a accusé les universités, sous influence américaine, d’être complices des terroristes en fournissant une légitimation intellectuelle de leurs actes. Dans une lettre ouverte de soutien au ministre publiée dans Le Monde, un groupe de 100 universitaires réputés a fustigé les théories “transférées des campus nord-américains”. L’un des signataires, l’expert de l’islam Gilles Kepel, considère que l’influence américaine a conduit à “une sorte d’interdiction dans les universités de réfléchir au phénomène de l’islam politique au nom d’une idéologie de gauche qui le considère comme la religion des défavorisés ». Avec l’islamophobie, c’est par “l’importation totalement artificielle” en France de la “question noire à l’américaine” que certains tentent de présenter une fausse image d’une France coupable de “racisme systémique” et de “privilège blanc”, renchérit de son côté Pierre-André Taguieff, historien et grand critique de l’influence américaine. (…) Derrière les attaques contre les universités américaines — menées par des intellectuels hommes, blancs, âgés — se cachent les tensions d’une société où le pouvoir établi est bousculé, estime de son côté Éric Fassin, un sociologue qui a été l’un des premiers chercheurs, il y a une quinzaine d’années, à s’intéresser à la question raciale et au racisme en France. À l’époque, les spécialistes des questions raciales étaient généralement des hommes blancs comme lui, explique-t-il. Il ajoute qu’il est souvent traité de traître et a été la cible récemment d’un extrémiste de droite condamné à quatre mois de prison avec sursis pour avoir menacé de le décapiter. Mais l’émergence de jeunes intellectuels — dont certains sont Noirs (sic) ou musulmans — nourrit l’assaut contre ce que M. Fassin appelle “l’épouvantail américain”. NYT
Le livre que co-signent le sociologue Stéphane Beaud et l’historien Gérard Noiriel, et qui sort ce 5 février chez Agone, s’intitule finalement : Race et sciences sociales. Sous-titre : “Essai sur les usages publics d’une catégorie”. La “race”, plutôt que “l’identité” ? Le mot est polysémique et spectaculaire, il ramasse à la fois l’histoire de la pensée raciste et racialiste (qui table sur l’inégalité des races, contrairement à ce qui peut parfois circuler dans les médias) et les travaux de ceux qui l’envisagent désormais comme un outil pour mettre au jour des discriminations ou un sort spécifique. Sujet au grand écart, le terme est inflammable, et justement propice à bien des procès parce qu’il charrie cette histoire paradoxale et pas mal de culs-de-sac interprétatifs. Bien qu’il figure en titre, nulle part dans le livre, on ne trouve de définition précise et explicite du concept de race tel que Stéphane Beaud et Gérard Noiriel annoncent en réfuter l’usage en sciences sociales. Cette absence interpelle. Interrogés dans le cadre d’un séminaire universitaire à deux jours de la sortie de leur livre, ils convenaient qu’il s’agissait d’abord d’un titre parce qu’il en fallait bien un ; et arguaient, surtout, qu’ils n’entendaient pas nécessairement proposer de définition bien léchée du concept – évoquant même le spectre des procès en tectonique lexicale des années où le marxisme régnait en maître sur leurs disciplines. Hasardeux ? En fait, Gérard Noiriel et Stéphane Beaud répondent qu’ils entendent travailler depuis la façon dont les gens peuvent se décrire eux-mêmes. Et se méfier des étiquettes que des chercheurs pourraient distribuer vu du dessus. Expéditif ? Que le mot race ne soit pas davantage défini conceptuellement a aussi à voir avec l’ambition du livre, et son statut. (…) Un climat avec lequel le mot “identitaire” n’a pas rien à voir – notamment parce qu’on peut lui faire dire beaucoup, et qu’il embarque quelque chose d’un peu indigne, et surtout d’assez peu scientifique. Ils écrivent que c’est par exemple parce que les “polémiques identitaires” ont pris cette place prépondérante dans le débat public que “des jeunes”, qui se trouvent privés de l’espoir d’émancipation porté jadis par le communisme, finissent par privilégier “les éléments de leur identité personnelle que sont la religion, l’origine ou la race (définie par la couleur de peau)” – et rejeter « la société”. Revisitant la place allouée à l’identité individuelle et à l’identité collective selon les époques, les deux chercheurs écrivent que _“malheureusement, les plus démunis d’entre eux sont privés, pour des raisons socio-économiques, des ressources qui leur permettraient de diversifier leurs appartenances et leurs affiliations. C’est ce qui explique qu’ils puissent se représenter le monde social de manière binaire et ethnicisée : le « nous » (de la cité, des jeunes Noirs ou Arabes, des exclus, mais aussi de plus en plus, semble-t-il, le « nous » musulman) versus le « eux » (des bourgeois, des « céfrans », des « gaulois », des Blancs, ou des athées, etc.).”_ Un “enfermement identitaire”, écrivent Stéphane Beaud et Gérard Noiriel dès les premières pages de leur livre. Mais un enfermement dont les deux auteurs laissent entendre qu’il a directement lien avec l’activité scientifique de certains de leurs collègues qui assignent et qui essentialisent. Là où Gérard Noiriel rappelle qu’un des axes majeurs de son travail en socio-histoire a toujours consisté à déconstruire des catégories. A charge et parfois ad hominem, leur livre s’avance comme une entreprise destinée à mettre au jour comment les sciences sociales ont pu se laisser aller à une forme d’errance épistémologique. Comment ? En laissant la variable raciale ou “identitaire” écraser, telle « un bulldozer », la classe, un niveau de vie, la valeur d’un diplôme, la fluidité d’une scolarité ou de meilleures chances… Au point d’imposer des grilles de lecture qui forcent le réel et contraignent tout un chacun à se définir comme malgré soi. (…) Pour les deux auteurs, le fait de prendre comme focale la race et, au-delà, tout ce qui devrait au contraire rester de l’ordre d’une identité privée, n’est pas seulement simpliste. C’est aussi abusif parce qu’à cet endroit-là, le ou la scientifique sortira de son rôle. En devenant un militant, un porte-parole, un agitateur, un bon client des médias… La position du chercheur dans la société, est au fond un vieux débat, que les deux auteurs revisitent à nouveaux frais : Pierre Bourdieu et quelques autres, ont déjà beaucoup écrit sur la place de l’intellectuel (à quoi Gérard Noiriel a d’ailleurs consacré récemment des billets sur son blog). Mais ça reste ici un débat un peu sinueux : leur position pourra paraître sibylline quand, au paragraphe suivant, les deux auteurs annoncent justement se considérer eux-mêmes comme des “chercheurs engagés” depuis des dizaines d’années à travailler notamment sur les discriminations. Ou quand ils s’abstiennent de définir la race, et n’engagent pas toujours une discussion scientifique avec les travaux qu’ils entendent étriller. Mais c’est surtout un débat à charge, où le mot “identitaire” peut être regardé à la fois comme un carburant polémique, et le marqueur qui nous renseigne sur le registre dans lequel se déploie ce livre signé par deux chercheurs qui ont beaucoup fait pour leurs disciplines respectives – mais qui, jusqu’alors, publiaient des travaux qui relevaient plutôt d’un autre registre. Car ce mot “identitaire” a quelque chose de déshonorant pour l’adversaire. Au mieux, c’est le scotch du capitaine Haddock. Au pire, c’est la marque au fer rouge qui vient en fait sceller l’absence de scientificité de travaux malhonnêtes, et des alliances politiques suspectes. Le mot « race », dont le titre définitif est réhaussé, vous semble à la fois plus fort, et aussi plus incendiaire, que le mot “identitaire” ? C’est possible qu’il fasse davantage sursauter. Pourtant, “race” est un mot utilisé par des universitaires qui l’ont en fait revisité, revitalisé, et redessiné. Ces chercheurs et ces chercheuses-là ne sont pas majoritaires, et l’usage de cette catégorie ne fait pas consensus. Mais c’est celui qu’ils mettent en circulation eux-mêmes. Qu’ils écrivent pour explorer un cadre théorique, qu’ils interrogent et dont ils fixent les contours. Et duquel ils entendent souvent tirer un usage pédagogique, comme par exemple Sarah Mazouz avec le livre Race paru chez Anamosa en 2020 dans la collection “Le Mot est faible” (…) depuis des années, le mot “identitaire” est d’abord celui qu’utilisent la droite et l’extrême-droite françaises pour disqualifier les sciences sociales et, en particulier, la sociologie. Il a une connotation militante et obscurantiste, et embarque avec lui l’idée que les chercheurs manipuleraient grosso modo leurs positions académiques pour nourrir des croisades. Et parfois, des offensives communautaires arrimées aussi bien au genre qu’à l’origine ethnique. Or le livre de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel paraît justement dans un double timing qui voit à la fois l’université brocardée tous azimuts et comme jamais ; et, en parallèle, un texte de loi sur les “séparatismes” faire son chemin. Dans ce contexte de discrédit qui affleure jusqu’au sommet de l’Etat et dans de très nombreux médias, les mots “indigéniste”, “identitaire”, “racialiste”, “communautaire” sont souvent interchangeables. Il suffit de voir, parmi de nombreux autres, un article du Point fin janvier 2021, titré “Quand la fièvre identitaire frappe l’université” (sous-titre : “Indigénistes, déboulonneurs de statues, gauche racialiste, écriture inclusive… Comment ces militants étendent leur emprise et verrouillent les débats”). Dans un contexte de baisse des crédits à la recherche et de dévalorisation de l’université, tous ces mots contribuent à déstabiliser des pans entiers du monde universitaire – sans d’ailleurs que le plus grand nombre ne s’y retrouve nulle part. Ils charrient aussi un goût amer chez tous ceux qu’on accuse soudain de porter d’abord une cause plutôt que de contribuer à la recherche. Ou qu’on soupçonne carrément de faire justice à une histoire personnelle. Même s’ils hissent le terme “identitaire” bien haut sans toujours trier son usage militant de son usage académique, les deux auteurs écrivent cependant, sans ambiguïté : « On ne voit pas au nom de quel principe ce genre de recherches devrait être banni de l’université française. » Le mot “identitaire” est aussi un truc collant sous la chaussure parce qu’il croise le registre politique et polémique et l’idée d’identité. Or l’identité est une notion tardive dans les sciences sociales, et elle n’a pas toujours fait l’objet d’un ancrage théorique et conceptuel à même de le légitimer. Avant les années 80, en France, on ne parlait guère d’identité en histoire ou en sociologie (mais beaucoup plus, en Allemagne ou aux Etats-Unis, et notamment en psychologie sociale).(…) Historiquement, surtout, l’identité est plutôt de droite : avant même d’être happée par l’extrême-droite dans le “Bloc identitaire” (en 2002) puis “Génération identitaire” (en 2012), elle se construit un peu comme une réponse à ce que la classe peut représenter à gauche. A contrario, dans les années 50 et 60, le camp progressiste et le monde universitaire sont plutôt assimilationnistes. A partir de la fin des années 70, la gauche reprendra à son compte l’idée d’identité, et même la construction d’une “identité nationale”. Mais plutôt pour vanter ce que le chercheur Vincent Martigny décrit comme une France mosaïque. C’est-à-dire, un récit, accolé à ce qui restera comme “le droit à la différence”, mais qui entre en friction avec l’idée d’une France homogène qui charpentait l’imaginaire collectif. C’est quand l’extrême-droite s’emparera de l’identité nationale que l’on verra naître les accusations de communautarisme. A l’époque, il s’agit déjà, essentiellement, de saisir (et disqualifier) l’expression d’un sentiment d’appartenance qui a directement prise dans l’histoire coloniale – et pas d’une identité provençale ou berrichonne. Depuis cette date, dire à quelqu’un qu’il verse dans “l’identitaire” n’a jamais été un hommage. Sauf erreur, on ne trouve ainsi personne à se définir soi-même de cette étiquette bizarre de “chercheur identitaire”. Ni d’ailleurs des travaux que leurs auteurs désigneraient comme des recherches “identitaires”. Quand des textes académiques mobilisent le mot “identité”, leurs auteurs sont bien plus souvent du côté de ceux qui veulent s’en défier. Même à des chercheurs intersectionnels qui croisent, selon leurs objets et leurs terrains de recherche, le genre, la classe et la race, l’identité apparaît parfois trop artificielle ou, tout simplement, trop vague. Elle reste aussi un terrain miné qui ouvre à toute une foule de critiques qui émanent de ceux qui estiment que mobiliser l’identité, c’est essentialiser un groupe, le figer dans une appartenance prédéfinie, le couper de toute une histoire en tensions dans laquelle les trajectoires s’enracinent, prennent corps, et parfois divergent. Aujourd’hui, l’identité est, pour beaucoup, un terme extérieur au champ scientifique. Si on trouve des travaux qui mobilisent, évaluent, interrogent ou remodèlent la notion d’identité (qui, elle non plus, ne fait pas consensus), c’est souvent un mot à la fois trop lâche et trop élastique pour voyager tel quel. C’est d’ailleurs en partie pour ça que la race a davantage sédimenté : elle est devenue cet outil lexical et conceptuel pour exprimer l’idée d’une stigmatisation. Mais d’abord un mot pour parler de celui qui regarde, plutôt qu’un mot pour dire la revendication identitaire de celui qui est regardé – comme Sartre disait hier que c’est l’antisémitisme qui fait le Juif. A défaut de “chercheurs identitaires”, il existe dans le débat public l’idée d’une “gauche identitaire”, à laquelle on renvoie plus particulièrement certains universitaires. Mais l’expression surgit toujours dans les mots de la partie adverse. En 2018, lorsqu’un violent débat avait opposé Mark Lilla et Eric Fassin, le mot “identitaire” fonctionnait déjà comme un blâme, et pas comme une étiquette qu’on prendrait pour soi. Dans un entretien croisé que Le Monde avait proposé aux deux chercheurs, Eric Fassin avait d’ailleurs répondu qu’il parlerait “plutôt d’une gauche minoritaire”. Le cœur du débat était déjà là quand le sociologue argumentait : « A la différence des communautés, les minorités n’ont pas forcément une culture commune ; mais elles ont en partage une expérience de discrimination. » En disant “identitaire” aussi bien pour des polémiques médiatiques, des affrontements à hauteur de réseaux sociaux que pour des travaux universitaires, on contribue en fait à oxyder le débat intellectuel en floutant ses frontières. On corrode aussi, au passage, quantité de travaux qui à la fois sont bien plus précis sur les mots et les catégories qu’ils mobilisent, et qui souvent les mettent en tension et les problématisent. Mais ce qui frappe en lisant le livre de Stéphane Beaud et de Gérard Noiriel, c’est que pour quelques pages consacrées à moins d’une demie-douzaine de chercheurs en sciences sociales qu’ils estiment responsables de cette offensive “identitaire” sur le champ académique et qu’ils nomment (Colette Guillaumin, la seule femme parmi les références évoquées, qui soutenait en 1969 la première thèse sur le racisme et l’altérité et revisitait le concept de “race”, puis Eric et Didier Fassin, Pap Ndiaye, Patrick Simon et Pascal Blanchard), on ne trouve guère d’analyses des travaux qui, depuis quinze ans, mettent vraiment au travail les concepts et les grilles de lecture que les auteurs brocardent. Dénonçant le “business postcolonial” de ces auteurs dont on pourrait objecter qu’ils sont loin de parler d’une même voix, ils brocardent un filon aussi juteux que conceptuellement pauvre. Mais ils ne mobilisent guère de travaux récents produits depuis moins de dix ans, et ne discutent par exemple ni Sarah Mazouz, ni Silyane Larcher, et citent à peine (hormis une note de bas de page) Abdellali Hajjat dont Stéphane Beaud fut pourtant le directeur de thèse (en 2009) et qui a justement montré que, dans les revues académiques françaises, les concepts de genre et de race n’ont pas occulté le concept de classe. Ils n’évoquent pas non plus l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, dont on ne peut pas dire que le travail depuis quarante ans évacue la classe. Bon nombre de chercheurs et de chercheuses qui furent pourtant formés par Beaud et Noiriel sont aussi éclipsés à présent qu’ils en renouvellent l’approche ; et quant à elle Elsa Dorlin, à qui on doit la première occurrence du mot “intersectionnalité” à la radio française et qui croise le genre et la race dans ses travaux depuis pas loin de vingt ans, disparaît pratiquement : elle apparaît une fois, dans un comptage en note de bas de page, pour un passage dans un séminaire universitaire en 2007 – mais pas pour une lecture critique de ses travaux. L’intersectionnalité, quant à elle, est toujours mentionnée entre guillemets – mais Gérard Noiriel dit explicitement que, pour lui, la polémique sur l’intersectionnalité est « un faux problème ». L’ampleur de cette absence tranche avec l’usage massif du terme “identitaire” (125 occurrences pour “identitaire” dans le livre, plus 81 du mot “identité”, parfois chevillé à l’expression “identité nationale” toutefois). Le contraste pousse lui aussi à se poser la question du registre de la discussion, et à s’interroger sur le statut du livre. Avant que les deux auteurs ne discutent, ensemble, de la pertinence de la variable raciale qui encombrerait la recherche et génèrerait des erreurs d’aiguillage, Gérard Noiriel consacre les trois premiers chapitres à une socio-histoire de la question raciale dans l’espace public. Mais il n’est pas sûr que Race et sciences sociales ne soit pas, d’abord, un texte polémique et politique. Un livre qui vise à répliquer à une poignée de collègues mais pas forcément à objecter à l’usage, ou au mésusage, d’un concept, d’une variable, et aux travaux qui s’en réclament. Un livre qui, finalement, porte avant tout sur ce qu’ils pensent de l’état du débat public – trêve de suspense : les auteurs le trouvent déplorable. On peut se le dire en voyant que les auteurs n’envisagent pas vraiment qu’on puisse tenir ensemble question sociale et question raciale comme pourtant bien des recherches le font (et même certains mouvements antiracistes plus récents). On le perçoit mieux en lisant la troisième et dernière partie d’un livre à la construction très disparate. On doit cette dernière partie à Stéphane Beaud, et elle est consacrée aux quotas dans le football français (surgis en 2011 dans les médias après que Médiapart avait annoncé « moins de Noirs et d’Arabes » en sélection nationale). C’est-à-dire, en fait, à la construction de problèmes médiatiques comme autant d' »affaires », réductrices et mal ficelées. Le sociologue y décrit la lourdeur médiatique et l’incapacité des journalistes à penser les questions raciales autrement qu’en se faisant intoxiquer par ce qui relèverait d’une entreprise décoloniale à la fois démagogique et hors sol. Une entreprise à laquelle contribuent des chercheurs et qui sature l’espace public. (…) Or, à la lecture de nombreux travaux récents, on peut aussi se dire que bien des chercheuses et des chercheurs qui mobilisent l’intersectionnalité pour appréhender l’idée d’un sort spécifique fait à certains groupes plutôt qu’à d’autres ne seraient pas loin d’y retrouver leurs petits – même si elles et eux n’écriraient jamais « théorie du genre ». Mais ça reste difficile à confronter dès lors que tous ces travaux demeurent les grands absents du débat – ou de la polémique.  Dans leur livre, Stéphane Beaud et Noiriel écrivent que « l’histoire de la France a montré que la lutte contre le racisme (au sens large du terme) avait connu des succès significatifs sur le plan politique lorsqu’elle avait été reliée au combat social, de façon à unifier les différentes composantes du peuple français. » A l’heure où s’empilent les procès en sorcellerie contre les sciences sociales, on pourrait aussi penser qu’éviter de s’agonir entre chercheurs en fagotant les autres en épouvantails est une bonne base stratégique. Chloé Leprince (France Culture)
Dans l’ouvrage Dire la vérité au pouvoir. Les intellectuels en question (Agone, 2010), j’avais tenté de montrer (en me limitant au monde universitaire) que trois grands types d’intellectuels s’étaient imposés à l’issue de l’Affaire Dreyfus. Ceux que j’ai appelé, par référence à Charles Péguy, les « intellectuels de gouvernement » occupent une position dominante dans le champ médiatique (la presse de masse d’hier, les chaînes télévisées d’aujourd’hui). Ils accèdent souvent à l’Académie française et certains d’entre eux deviennent parfois ministre de l’Education nationale ou de la Culture. Ils défendent mordicus la nation française, ses traditions, l’ordre établi, mobilisant leur intelligence pour dénoncer toute forme de pensée subversive. Après avoir vaillamment combattu le « totalitarisme », ils sont aujourd’hui vent debout contre « l’islamisme ». Face à eux se dressent les « intellectuels critiques », qui sont les héritiers des « intellectuels révolutionnaires » de la grande époque du mouvement ouvrier. Certains d’entre eux prônent encore la lutte des classes, mais leur principal cheval de bataille aujourd’hui, c’est le combat contre le « racisme d’Etat » et « les discriminations » ; les « racisé-e-s » ayant remplacé le prolétariat. Ces deux pôles antagonistes peuvent s’affronter continuellement dans l’espace public parce qu’ils parlent le même langage. Les uns et les autres sont persuadés que leur statut d’universitaire leur donne une légitimité pour intervenir sur tous les sujets qui font la une de l’actualité. Ils font comme s’il n’existait pas de séparation stricte entre le savant et le politique. Les intellectuels de gouvernement ne se posent même pas la question car ils sont convaincus que leur position sociale, et les diplômes qu’ils ont accumulés, leur fournissent une compétence spéciale pour traiter des affaires publiques. Quant aux intellectuels critiques, comme ils estiment que « tout est politique », ils se sentent autorisés à intervenir dans les polémiques d’actualité en mettant simplement en avant leur statut d’universitaire. Le troisième type d’intellectuels que j’avais retenu dans cet ouvrage est celui que Michel Foucault appelait « l’intellectuel spécifique ». Il tranche avec les deux autres parce qu’il part du principe que la science et la politique sont des activités très différentes. Le fait d’avoir une compétence dans le domaine des sciences sociales peut certes nous aider à éclairer les relations de pouvoir qui régissent nos sociétés, mais le mot pouvoir n’est pas synonyme du mot politique (au sens commun du terme) et la critique scientifique n’est pas du même ordre que la critique politique. Cette conviction explique pourquoi l’intellectuel spécifique ne peut intervenir dans l’espace public que sur des questions qu’il a lui-même étudiées pendant de longues années. Ces questions sont d’ordre scientifique, ce qui fait qu’elles ne se confondent pas avec celles auxquelles les journalistes et les politiciens voudraient qu’il réponde. Voilà pourquoi l’intellectuel spécifique doit « problématiser » (comme disait Foucault) les questions d’actualité dans le but de produire des vérités sur le monde social qui ne peuvent être obtenues qu’en se tenant à distance des passions et des intérêts du moment. Cela ne signifie pas que l’intellectuel spécifique se désintéresse de la fonction civique de son métier. Toutefois, ce qui le distingue des autres types d’intellectuels, c’est qu’il refuse de jouer les experts ou les porte-parole de telle ou telle catégorie de victimes. Il estime que l’intellectuel de gouvernement, mais aussi l’intellectuel critique, commettent un abus de pouvoir en intervenant constamment dans le débat public sur des questions qui concernent tous les citoyens. Voilà pourquoi, depuis Max Weber jusqu’à Pierre Bourdieu, les intellectuels spécifiques ont mobilisé les outils que propose la science sociale pour combattre le pouvoir symbolique que détiennent les intellectuels. Mais comme ils deviennent eux aussi des intellectuels quand ils interviennent dans le débat public, ils doivent retourner contre eux-mêmes les armes de la critique. Ce qui caractérise le véritable intellectuel spécifique, c’est donc sa capacité à se mettre lui-même en question, ce que j’ai appelé la faculté de « se rendre étranger à soi-même », alors que chez les autres intellectuels, le pouvoir de la critique s’arrête toujours devant leur porte. C’est cette propension à s’interroger sur lui-même qui a poussé Pierre Bourdieu à écrire, dans l’un de ses derniers ouvrages : « Je ne me suis jamais vraiment senti justifié d’exister en tant qu’intellectuel », ou encore « je n’aime pas en moi l’intellectuel » (Méditations pascaliennes, Seuil, 1997, p. 16). Comme je l’avais souligné dans mon livre, ce malaise chronique de l’intellectuel spécifique tient aussi au fait que, pour être entendu dans l’espace public, il est parfois amené à dépasser la limite entre le savant et le politique qu’il s’était promis de ne pas franchir. Ce fut le cas pour Durkheim pendant la Première Guerre mondiale, pour Foucault dans les années 1970, et aussi pour Bourdieu à la fin de sa vie. Les trois types d’intellectuels que je viens de citer se sont imposés en France au tournant des XIXe et XXe siècles, c’est-à-dire au moment où la presse de masse a restructuré complètement l’espace public en y intégrant la fraction des classes populaires qui en était exclue jusque là. Depuis une vingtaine d’années, l’irruption des chaînes d’information en continu et des « réseaux sociaux » a provoqué une nouvelle révolution de la communication à distance. Ces réseaux sont des entreprises privées, gouvernées par la loi du profit, qui mobilisent leurs adeptes en jouant sur leurs émotions. Toute personne peut y intervenir, de façon spontanée et souvent anonyme, en tenant le genre de propos qui s’échangeaient auparavant au « café du commerce », c’est-à-dire dans un espace d’interconnaissance directe, régi par la communication orale. La montée en puissance des réseaux sociaux a donc abouti à l’émergence d’un espace public intermédiaire entre la sphère des relations personnelles fondées sur la parole, et la sphère nationale, voire internationale, structurée par les médias de masse. Les journalistes se sont adaptés à cette nouvelle situation de la même manière qu’ils s’étaient adaptés aux sondages. Ils nous font croire que les réseaux sociaux expriment « l’opinion publique », alors qu’ils sélectionnent, dans les milliards de propos échangés chaque jour sur Twitter ou Facebook, ceux qui peuvent leur servir dans le traitement de l’actualité. Les chaînes d’information en continu, dont la logique repose sur ce qu’on pourrait appeler « une économie de la palabre », obéissent aux mêmes principes que les réseaux sociaux : il faut mobiliser les émotions des téléspectateurs pour booster les audiences, et donc les recettes publicitaires. Voilà pourquoi ces chaînes accordent une place essentielle aux polémiques, aux « clashs », aux insultes qui sont immédiatement relayés sur les réseaux sociaux. Dans le même temps, pour donner un peu de crédibilité à leur entreprise, ils sollicitent constamment des « experts », le plus souvent des universitaires, transformés en chasseurs de « fake news », qui acceptent de jouer ce jeu pour en tirer quelques profits en terme de notoriété, de droits d’auteurs, etc. Les journalistes de la presse écrite se sont adaptés eux aussi à ce nouveau contexte en proposant des éditions en ligne, qui font une place de plus en plus grande à ce qu’on appelait autrefois « le courrier des lecteurs ». Les plus hardis se sont lancés dans l’édition entièrement numérique ; Médiapart ayant innové en allant jusqu’à abriter les « blogs » tenus par certains de ses abonnés. Comme toute innovation technologique, cette révolution numérique a eu des conséquences contradictoires. On peut y voir un progrès de la démocratie car elle a élargi le cercle de ceux qui peuvent désormais participer aux échanges publics. Malheureusement, dans le même temps, la révolution numérique a considérablement affaibli l’autonomie des sciences sociales. Un nombre croissant d’universitaires ont été intégrés dans le jeu médiatique pour commenter l’actualité, pour livrer leur expertise, pour critiquer le gouvernement dans leurs blogs ou les tribunes que leur propose la presse. En pénétrant de plus en plus intensément dans la vie quotidienne des individus, les nouveaux instruments de la communication de masse ont donc fortement aggravé la confusion du savant et du politique. Les intellectuels de gouvernement et les intellectuels critiques se sont facilement adaptés à cette nouvelle situation, étant donné qu’ils ne séparent pas strictement les deux sphères. En revanche, la position déjà fragile des intellectuels spécifiques, s’en est trouvée très affaiblie. Les chaînes télévisées, les radios et les réseaux sociaux convergent pour marteler 24 heures sur 24 un discours d’actualité construit sur la défense des victimes et la dénonciation des coupables. Ce matraquage permanent a ancré dans l’esprit des citoyens que toute réflexion sur notre société consistait à dénoncer, réhabiliter, expertiser, dire aux gens ce qu’ils sont et comment ils doivent se comporter. Cette façon de penser est tellement intériorisée par ceux qui s’activent sur les réseaux sociaux qu’elle devient la norme même pour les universitaires, y compris en sciences sociales. Cette confusion entre le savant et le politique a pris une telle ampleur qu’elle a été cautionnée ces dernières années jusqu’au sommet de l’Etat. Après les attentats de 2015, le Premier ministre Manuel Valls n’a pas hésité à affirmer : « expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser ». En juin 2020, au moment des mobilisations d’une partie de la jeunesse contre les violences policières, le président de la République a affirmé que « le monde universitaire (…) a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon ». Les représentants de nos professions ont répliqué en reprochant au chef de l’Etat de généraliser à l’ensemble de la communauté scientifique des prises de position politiques qui restent très minoritaires. Effectivement, le président a confondu les universitaires avec les intellectuels, c’est-à-dire avec la petite fraction des enseignants-chercheurs qui interviennent dans les polémiques politico-médiatiques en mettant en avant leur fonction universitaire. Mais qui peut croire que la meilleure manière de lutter contre un gouvernement qui s’en prend aujourd’hui frontalement aux sciences sociales soit de confondre le savant et le politique, en rupture avec toute la tradition de la sociologie critique depuis Max Weber jusqu’à Pierre Bourdieu, comme le fait Eric Fassin quand il écrit que « le savoir est devenu, en même temps qu’un enjeu, un des lieux du politique » ? Je suis convaincu que nos disciplines courent un grave danger si les universitaires n’ont pas le courage d’aborder de front ce genre de questions. Telle est la raison qui m’a poussé à évoquer dans un de mes blogs, la polémique entre le sociologue Eric Fassin et le sociologue américain Mark Lilla. J’ai montré qu’au-delà de leurs divergences, ils étaient d’accord au moins sur un point, à savoir que leur statut d’universitaire les autorisait à donner leur opinion en matière politique comme si cela allait de soi. C’est le même genre de critiques sur le pouvoir symbolique que s’arrogent les intellectuels que j’ai adressé à Patrick Boucheron dans un autre blog, qui prolongeait ce que j’avais déjà écrit, à propos de Jacques Julliard ou de François Furet, dans mon livre sur les intellectuels. Le blog sur la polémique Lilla/Fassin a suscité des réactions qui montrent quelques unes des armes rhétoriques que mobilisent aujourd’hui les intellectuels critiques pour échapper à la critique. La revue Mouvement qui est un exemple typique de publication mi-savante, mi-militante, confondant fréquemment la science, l’expertise et l’engagement politique, a cru bon de consacrer tout un numéro pour « réfuter » mon texte, en faisant comme si la divergence était d’ordre scientifique. J’ai été à la fois flatté de l’importance accordée à ce petit blog et consterné par la manière dont les contributeurs ont argumenté pour éviter le problème de fond que j’avais mis sur la table. Au lieu d’aborder la question des rapports entre le savant et le politique, les auteurs de ce numéro ont préféré se focaliser sur « l’intersectionnalité ». Ce qui est pour moi l’exemple type d’un faux problème qu’on nous avait déjà servi il y a vingt ans avec la « déconstruction » de Jacques Derrida. Je ne suis ni pour ni contre « l’intersectionnalité », étant donné qu’à mes yeux, c’est toujours l’objet précis d’une recherche scientifique qui doit guider le chercheur dans le choix de ses concepts et de ses méthodes. Il est tout à fait légitime, dans le cadre d’une étude empirique précise, de discuter pour savoir s’il est pertinent de croiser les critères de classe, de genre et de race (à condition de s’entendre sur le sens qu’on donne à ce dernier terme) comme le prétendent les tenants de l’intersectionnalité. Des discussions intéressantes ont eu eu lieu parmi les chercheurs sur l’intérêt heuristique de ce concept en sociologie. Si j’ai parlé, dans mon blog, de « régression » par rapport à la tradition des sciences sociales, c’est uniquement parce que les adeptes de l’intersectionnalité en font la clé qui ouvrirait toutes les serrures de la connaissance, alors qu’on a appris jusqu’ici à nos étudiants qu’il n’était pas possible de dire a priori quelles étaient les variables les plus pertinentes pour expliquer le problème scientifique que l’on veut résoudre. Mes divergences portent donc sur l’usage qui est fait de l’intersectionnalité par ceux qui brandissent ce terme comme un étendard à la fois politique et scientifique, car le vrai clivage oppose d’un côté les théoriciens – qui ne font jamais de travaux de terrain ou qui généralisent abusivement leurs résultats en présentant l’intersectionnalité comme une théorie universelle – et d’un autre côté, les chercheurs qui établissent et conjuguent leurs variables pour répondre aux questions concrètes qui ont surgi au cours de leur enquête. Les intellectuels critiques ne sont bien sûr pas les seuls à entreprendre ces opérations de « traduction » pour discréditer ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. J’ai subi le même genre d’avanies de la part des intellectuels de gouvernement, qui prétendent défendre la « laïcité » au nom du « printemps républicain ». Ceux-là ont jugé « stupide » l’ouvrage intitulé le Venin dans la plume dans lequel je compare, textes en main, la rhétorique d’Edouard Drumont à la fin du XIXe siècle et celle d’Eric Zemmour aujourd’hui. Ils n’ont pas supporté que j’utilise le mot « islamophobie » pour désigner les discours de haine que subissent les musulmans aujourd’hui car, selon eux, en reprenant ce terme à mon compte, j’aurais « fait le jeu » des islamistes qui menacent les « valeurs républicaines ». Dans ce type de polémiques, la traduction du langage savant dans le langage politico-médiatique permet de combiner les deux arguments majeurs qu’utilisent les intellectuels de gouvernement et les intellectuels critiques pour discréditer leurs concurrents : les dégrader en tant que savant tout en les accusant de complicité avec les ennemis du peuple au nom duquel ils parlent. Les extraits, récemment publiés dans le Monde Diplomatique, du livre Race et sciences sociales (Agone, 2021) que j’ai co-écrit avec Stéphane Beaud, ont suscité une avalanche de commentaires qui reproduisent exactement la même rhétorique. Les intellectuels de gouvernement tentent de nous récupérer en nous embarquant dans leur croisade contre les « islamo-gauchistes », ce qui constitue, aux yeux des intellectuels critiques, la preuve manifeste que nous avons rejoint le camp ennemi. Comme pourront le vérifier tous ceux qui auront le courage de lire cette prose souvent insultante, nous sommes à la fois disqualifiés en tant que chercheurs et accusés de « faire le jeu » des racistes en ne voyant que la classe sociale. Même si le titre qu’a choisi la rédaction du Monde Diplomatique (« Impasses des politiques identitaires ») a pu inciter une partie des lecteurs à penser que notre propos était politique, ce que je regrette pour ma part, il suffit de le lire sérieusement pour comprendre que notre but est justement d’échapper à ce genre de polémiques stériles. Nous reprocher d’occulter la race au profit de la classe, c’est se tromper complètement de combat, soit par ignorance, soit par intérêt. Nous montrons en effet dans cet ouvrage que les intellectuels critiques qui réifient aujourd’hui la race raisonnent exactement comme les intellectuels révolutionnaires des générations précédentes. qui réifiaient la classe (en l’occurrence le prolétariat). Dans son livre Ce que parler veut dire, Pierre Bourdieu avait déjà constaté que ces philosophes marxistes s’efforçaient de discréditer leurs concurrents en conjuguant les deux types d’arguments scientifiques et civiques que les intellectuels critiques nous opposent aujourd’hui. Il avait alors mis en cause la violence symbolique qui consistait à cumuler « deux principes de légitimation : l’autorité universitaire et l’autorité politique » pour échapper à la critique. A la même époque Michel Foucault avait, lui aussi, pris ses distances avec les intellectuels qui parlaient au nom du prolétariat en leur reprochant de confondre l’insulte et l’argumentation (…) Foucault n’avait rien à répondre en effet aux amateurs de polémiques parce qu’il ne parlait pas leur langage. (…) Il n’est pas sans intérêt de rappeler également qu’un petit nombre de journalistes ont combattu eux aussi le pouvoir symbolique que s’arrogent une grande partie des intellectuels. Le meilleur exemple est sans contexte celui de George Orwell. Pour saluer la nouvelle édition de 1984 qui sort aujourd’hui aux éditions Agone (avec une postface de Thierry Discepolo et Celia Izoard), je partirai de la distinction qu’Orwell a établie entre « l’intellectuel totalitaire » et « l’intellectuel ordinaire », en suivant l’analyse qu’en a proposée Jean-Jacques Rosat (…) Contrairement à une lecture simpliste de 1984, le terme « totalitaire » est utilisé dans ce roman au sens large, pour désigner un certain type d’idéologie. « Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou plus exactement sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire » et le transformer en « homme totalitaire ». Orwell utilise cette expression, ajoute Rosat, pour désigner « l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires ». Orwell en conclut qu’il « vaut mieux ne pas oublier que le pouvoir sur les esprits est un pouvoir intellectuel et qu’il est exercé par des intellectuels ». Ce qui l’amène à s’interroger sur la fonction de « l’intellectuel engagé », car en prétendant défendre la cause des opprimés, il « court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes ». Ces quelques citations montrent bien que ce qui a été souvent présenté comme une critique des intellectuels staliniens concerne en réalité tous les intellectuels. Pour reprendre le langage d’Orwell, je dirai que les intellectuels qui passent leur temps sur les réseaux sociaux à insulter ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, en mettant en cause leur compétence professionnelle et leur comportement civique, contribuent à fabriquer « l’homme totalitaire », c’est-à-dire un « individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante ». Grâce à Facebook ou Twitter, des citoyens qui avaient été jusque là exclus du débat public ont désormais la possibilité d’y accéder. Malheureusement, ils sont le plus souvent placés dans une situation qui les empêchent « d’exercer leur jugement de manière indépendante », étant donné que le langage politico-médiatique est le seul auquel ils ont accès, ce qui les incite constamment à juger, condamner, dénoncer, réhabiliter au lieu d’essayer d’apprendre pour comprendre. Tous ceux qui refusent la « trumpisation » de la vie intellectuelle française devraient pouvoir coordonner leurs efforts pour consolider le front de la résistance. C’est en tout cas une tâche qui s’impose si l’on veut adapter l’éducation populaire aux exigences de notre temps. Gérard Noiriel

Attention: une peste peut en cacher une autre ! (Et si comme pour le marxisme de leurs ainés, l’actuelle racialisation du social n’était que la dernière version du souhait secret des intellectuels d’une société hiérarchisée où ils puissent à nouveau mettre la main sur le fouet ?)

Au lendemain de la publication d’un nouveau rapport indépendant sur l’Affaire Adama Traoré …

Qui comme pour celle de George Floyd qui a relancé la furie Black Lives Matter de cet été aux Etats-Unis comme dans le reste du monde …

Démonte l’hypothèse de l’assassinat répétée par tous les médias …

Et en pointe, entre la forte chaleur et les états pathologiques sous-jacents de la victime, les causes accidentelles

Et à l’heure où au terme d’une chasse aux sorcières de quatre ans, une élection volée et en cet instant même un véritable procès de Moscou d’un président qui ne l’est même plus

Et où un New York Times lui-même dépassé par ses nouveaux gardes rouges

S’inquiète du début de rejet de la part d’un nombre croissant de politiques et intellectuels français …

De la version américaine, entre théories sur la race, le genre et le post-colonialisme, de notre propre French theory

Pendant qu’entre écriture inclusive et pronoms non-genrés, la prétendue « transidentité » menace de mettre une orthographe française déjà problématique définitivement hors de portée de la plupart de ses usagers ordinaires …

Comme ne pas voir avec Orwell …

Sans compter l’immense ironie, sur fond d’épidémie réelle, d’un véritable cas d’école de contamination croisée

Le vieux rêve réalisé des intellectuels de s’emparer enfin du fouet ?

Et avec le nouveau livre de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel

Cette tentation toujours renouvelée d’un certain pouvoir intellectuel de vouloir imposer …

Comme autrefois leurs ainés avec le marxisme mais cette fois à travers le « racisme antiraciste » théorisé par notre propre Sartre dès 1948 …

Et via les médias traditionnels comme les nouveaux médias numériques …

Leur magistère moral et politique à la fois aux citoyens ordinaires et à la recherche elle-même ?

Les intellectuels à l’heure des réseaux sociaux.

Gérard Noiriel

J’ai mis ce blog en sommeil depuis le mois de mars pour plusieurs raisons. La première résulte de l’effet de sidération qu’a provoqué en moi cet événement inouï que constitue l’épidémie du coronavirus et la mobilisation mondiale des Etats pour tenter de l’enrayer. Ne l’ayant pas prévu, même pas comme hypothèse de travail, et me sentant incapable de l’analyser sur le moment, je me suis appliqué à moi-même le conseil « wittgensteinien » que j’avais adressé, dans l’un de mes précédents blogs, à Patrick Boucheron, lorsqu’il avait donné, sur France Inter, son opinion à propos des gilets jaunes : « ce dont on ne peut parler, il faut le taire ». L’actualité de ces derniers mois m’a conforté dans cette attitude. J’ai préféré subir en silence le spectacle affligeant d’une actualité où les experts défilent chaque jour, pour comptabiliser les morts, pour nous marteler doctement leurs injonctions contradictoires sur les masques, les « gestes barrière », la « distanciation sociale » ; sans compter les litanies d’un gouvernement se retranchant constamment derrière les « scientifiques », au moment même où il concoctait un projet de loi portant des coups mortels à la recherche publique.

La deuxième raison de ce silence, c’est que je me suis interrogé sur l’utilité de ce blog. La façon dont ont été interprétés plusieurs des textes que j’ai publiés ici m’a fait réaliser l’ampleur du fossé qui me séparait de la plupart des adeptes de Twitter ou de Facebook. Comment convaincre des gens quand on ne parle pas la même langue ? Chemin faisant, je me suis rendu compte que j’avais ma part de responsabilité dans cette situation parce que je n’avais pas suffisamment expliqué les raisons qui pouvaient inciter un chercheur en sciences sociales, comme moi, à tenir un blog. Je l’ai conçu non pas comme une revue savante, ni comme une tribune politique, mais comme un outil pour transmettre à un public plus large que les spécialistes, des connaissances en sciences sociales et aussi comme un moyen de réfléchir collectivement au rôle que peuvent jouer les universitaires dans l’espace public quand ils se comportent comme des intellectuels. Ces neuf mois d’abstinence m’ayant permis de mûrir ma réflexion sur ce point, je me sens aujourd’hui en état de relancer ce blog.

Dans l’ouvrage Dire la vérité au pouvoir. Les intellectuels en question (Agone, 2010), j’avais tenté de montrer (en me limitant au monde universitaire) que trois grands types d’intellectuels s’étaient imposés à l’issue de l’Affaire Dreyfus. Ceux que j’ai appelé, par référence à Charles Péguy, les « intellectuels de gouvernement » occupent une position dominante dans le champ médiatique (la presse de masse d’hier, les chaînes télévisées d’aujourd’hui). Ils accèdent souvent à l’Académie française et certains d’entre eux deviennent parfois ministre de l’Education nationale ou de la Culture. Ils défendent mordicus la nation française, ses traditions, l’ordre établi, mobilisant leur intelligence pour dénoncer toute forme de pensée subversive. Après avoir vaillamment combattu le « totalitarisme », ils sont aujourd’hui vent debout contre « l’islamisme ». Face à eux se dressent les « intellectuels critiques », qui sont les héritiers des « intellectuels révolutionnaires » de la grande époque du mouvement ouvrier. Certains d’entre eux prônent encore la lutte des classes, mais leur principal cheval de bataille aujourd’hui, c’est le combat contre le « racisme d’Etat » et « les discriminations » ; les « racisé-e-s » ayant remplacé le prolétariat.

Ces deux pôles antagonistes peuvent s’affronter continuellement dans l’espace public parce qu’ils parlent le même langage. Les uns et les autres sont persuadés que leur statut d’universitaire leur donne une légitimité pour intervenir sur tous les sujets qui font la une de l’actualité. Ils font comme s’il n’existait pas de séparation stricte entre le savant et le politique. Les intellectuels de gouvernement ne se posent même pas la question car ils sont convaincus que leur position sociale, et les diplômes qu’ils ont accumulés, leur fournissent une compétence spéciale pour traiter des affaires publiques. Quant aux intellectuels critiques, comme ils estiment que « tout est politique », ils se sentent autorisés à intervenir dans les polémiques d’actualité en mettant simplement en avant leur statut d’universitaire.

Le troisième type d’intellectuels que j’avais retenu dans cet ouvrage est celui que Michel Foucault appelait « l’intellectuel spécifique ». Il tranche avec les deux autres parce qu’il part du principe que la science et la politique sont des activités très différentes. Le fait d’avoir une compétence dans le domaine des sciences sociales peut certes nous aider à éclairer les relations de pouvoir qui régissent nos sociétés, mais le mot pouvoir n’est pas synonyme du mot politique (au sens commun du terme) et la critique scientifique n’est pas du même ordre que la critique politique.

Cette conviction explique pourquoi l’intellectuel spécifique ne peut intervenir dans l’espace public que sur des questions qu’il a lui-même étudiées pendant de longues années. Ces questions sont d’ordre scientifique, ce qui fait qu’elles ne se confondent pas avec celles auxquelles les journalistes et les politiciens voudraient qu’il réponde. Voilà pourquoi l’intellectuel spécifique doit « problématiser » (comme disait Foucault) les questions d’actualité dans le but de produire des vérités sur le monde social qui ne peuvent être obtenues qu’en se tenant à distance des passions et des intérêts du moment.

Cela ne signifie pas que l’intellectuel spécifique se désintéresse de la fonction civique de son métier. Toutefois, ce qui le distingue des autres types d’intellectuels, c’est qu’il refuse de jouer les experts ou les porte-parole de telle ou telle catégorie de victimes. Il estime que l’intellectuel de gouvernement, mais aussi l’intellectuel critique, commettent un abus de pouvoir en intervenant constamment dans le débat public sur des questions qui concernent tous les citoyens.

Voilà pourquoi, depuis Max Weber jusqu’à Pierre Bourdieu, les intellectuels spécifiques ont mobilisé les outils que propose la science sociale pour combattre le pouvoir symbolique que détiennent les intellectuels. Mais comme ils deviennent eux aussi des intellectuels quand ils interviennent dans le débat public, ils doivent retourner contre eux-mêmes les armes de la critique. Ce qui caractérise le véritable intellectuel spécifique, c’est donc sa capacité à se mettre lui-même en question, ce que j’ai appelé la faculté de « se rendre étranger à soi-même », alors que chez les autres intellectuels, le pouvoir de la critique s’arrête toujours devant leur porte. C’est cette propension à s’interroger sur lui-même qui a poussé Pierre Bourdieu à écrire, dans l’un de ses derniers ouvrages : « Je ne me suis jamais vraiment senti justifié d’exister en tant qu’intellectuel », ou encore « je n’aime pas en moi l’intellectuel » (Méditations pascaliennes, Seuil, 1997, p. 16).

Comme je l’avais souligné dans mon livre, ce malaise chronique de l’intellectuel spécifique tient aussi au fait que, pour être entendu dans l’espace public, il est parfois amené à dépasser la limite entre le savant et le politique qu’il s’était promis de ne pas franchir. Ce fut le cas pour Durkheim pendant la Première Guerre mondiale, pour Foucault dans les années 1970, et aussi pour Bourdieu à la fin de sa vie.

Les trois types d’intellectuels que je viens de citer se sont imposés en France au tournant des XIXe et XXe siècles, c’est-à-dire au moment où la presse de masse a restructuré complètement l’espace public en y intégrant la fraction des classes populaires qui en était exclue jusque là. Depuis une vingtaine d’années, l’irruption des chaînes d’information en continu et des « réseaux sociaux » a provoqué une nouvelle révolution de la communication à distance. Ces réseaux sont des entreprises privées, gouvernées par la loi du profit, qui mobilisent leurs adeptes en jouant sur leurs émotions. Toute personne peut y intervenir, de façon spontanée et souvent anonyme, en tenant le genre de propos qui s’échangeaient auparavant au « café du commerce », c’est-à-dire dans un espace d’interconnaissance directe, régi par la communication orale. La montée en puissance des réseaux sociaux a donc abouti à l’émergence d’un espace public intermédiaire entre la sphère des relations personnelles fondées sur la parole, et la sphère nationale, voire internationale, structurée par les médias de masse.

Les journalistes se sont adaptés à cette nouvelle situation de la même manière qu’ils s’étaient adaptés aux sondages. Ils nous font croire que les réseaux sociaux expriment « l’opinion publique », alors qu’ils sélectionnent, dans les milliards de propos échangés chaque jour sur Twitter ou Facebook, ceux qui peuvent leur servir dans le traitement de l’actualité.

Les chaînes d’information en continu, dont la logique repose sur ce qu’on pourrait appeler « une économie de la palabre », obéissent aux mêmes principes que les réseaux sociaux : il faut mobiliser les émotions des téléspectateurs pour booster les audiences, et donc les recettes publicitaires. Voilà pourquoi ces chaînes accordent une place essentielle aux polémiques, aux « clashs », aux insultes qui sont immédiatement relayés sur les réseaux sociaux. Dans le même temps, pour donner un peu de crédibilité à leur entreprise, ils sollicitent constamment des « experts », le plus souvent des universitaires, transformés en chasseurs de « fake news », qui acceptent de jouer ce jeu pour en tirer quelques profits en terme de notoriété, de droits d’auteurs, etc.

Les journalistes de la presse écrite se sont adaptés eux aussi à ce nouveau contexte en proposant des éditions en ligne, qui font une place de plus en plus grande à ce qu’on appelait autrefois « le courrier des lecteurs ». Les plus hardis se sont lancés dans l’édition entièrement numérique ; Médiapart ayant innové en allant jusqu’à abriter les « blogs » tenus par certains de ses abonnés.

Comme toute innovation technologique, cette révolution numérique a eu des conséquences contradictoires. On peut y voir un progrès de la démocratie car elle a élargi le cercle de ceux qui peuvent désormais participer aux échanges publics. Malheureusement, dans le même temps, la révolution numérique a considérablement affaibli l’autonomie des sciences sociales. Un nombre croissant d’universitaires ont été intégrés dans le jeu médiatique pour commenter l’actualité, pour livrer leur expertise, pour critiquer le gouvernement dans leurs blogs ou les tribunes que leur propose la presse.

En pénétrant de plus en plus intensément dans la vie quotidienne des individus, les nouveaux instruments de la communication de masse ont donc fortement aggravé la confusion du savant et du politique. Les intellectuels de gouvernement et les intellectuels critiques se sont facilement adaptés à cette nouvelle situation, étant donné qu’ils ne séparent pas strictement les deux sphères. En revanche, la position déjà fragile des intellectuels spécifiques, s’en est trouvée très affaiblie.

Les chaînes télévisées, les radios et les réseaux sociaux convergent pour marteler 24 heures sur 24 un discours d’actualité construit sur la défense des victimes et la dénonciation des coupables. Ce matraquage permanent a ancré dans l’esprit des citoyens que toute réflexion sur notre société consistait à dénoncer, réhabiliter, expertiser, dire aux gens ce qu’ils sont et comment ils doivent se comporter. Cette façon de penser est tellement intériorisée par ceux qui s’activent sur les réseaux sociaux qu’elle devient la norme même pour les universitaires, y compris en sciences sociales. Cette confusion entre le savant et le politique a pris une telle ampleur qu’elle a été cautionnée ces dernières années jusqu’au sommet de l’Etat. Après les attentats de 2015, le Premier ministre Manuel Valls n’a pas hésité à affirmer : « expliquer c’est déjà vouloir un peu excuser ». En juin 2020, au moment des mobilisations d’une partie de la jeunesse contre les violences policières, le président de la République a affirmé que « le monde universitaire (…) a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon ». Les représentants de nos professions ont répliqué en reprochant au chef de l’Etat de généraliser à l’ensemble de la communauté scientifique des prises de position politiques qui restent très minoritaires.

Effectivement, le président a confondu les universitaires avec les intellectuels, c’est-à-dire avec la petite fraction des enseignants-chercheurs qui interviennent dans les polémiques politico-médiatiques en mettant en avant leur fonction universitaire. Mais qui peut croire que la meilleure manière de lutter contre un gouvernement qui s’en prend aujourd’hui frontalement aux sciences sociales soit de confondre le savant et le politique, en rupture avec toute la tradition de la sociologie critique depuis Max Weber jusqu’à Pierre Bourdieu, comme le fait Eric Fassin quand il écrit que « le savoir est devenu, en même temps qu’un enjeu, un des lieux du politique » (« ‘L’intellectuel spécifique’ et le PaCS : politiques des savoirs », Mouvement, 7, janvier-février 2000) ?

Je suis convaincu que nos disciplines courent un grave danger si les universitaires n’ont pas le courage d’aborder de front ce genre de questions. Telle est la raison qui m’a poussé à évoquer dans un de mes blogs, la polémique entre le sociologue Eric Fassin et le sociologue américain Mark Lilla. J’ai montré qu’au-delà de leurs divergences, ils étaient d’accord au moins sur un point, à savoir que leur statut d’universitaire les autorisait à donner leur opinion en matière politique comme si cela allait de soi. C’est le même genre de critiques sur le pouvoir symbolique que s’arrogent les intellectuels que j’ai adressé à Patrick Boucheron dans un autre blog, qui prolongeait ce que j’avais déjà écrit, à propos de Jacques Julliard ou de François Furet, dans mon livre sur les intellectuels.

Le blog sur la polémique Lilla/Fassin a suscité des réactions qui montrent quelques unes des armes rhétoriques que mobilisent aujourd’hui les intellectuels critiques pour échapper à la critique. La revue Mouvement qui est un exemple typique de publication mi-savante, mi-militante, confondant fréquemment la science, l’expertise et l’engagement politique, a cru bon de consacrer tout un numéro pour « réfuter » mon texte, en faisant comme si la divergence était d’ordre scientifique. J’ai été à la fois flatté de l’importance accordée à ce petit blog et consterné par la manière dont les contributeurs ont argumenté pour éviter le problème de fond que j’avais mis sur la table. Au lieu d’aborder la question des rapports entre le savant et le politique, les auteurs de ce numéro ont préféré se focaliser sur « l’intersectionnalité ». Ce qui est pour moi l’exemple type d’un faux problème qu’on nous avait déjà servi il y a vingt ans avec la « déconstruction » de Jacques Derrida.

Je ne suis ni pour ni contre « l’intersectionnalité », étant donné qu’à mes yeux, c’est toujours l’objet précis d’une recherche scientifique qui doit guider le chercheur dans le choix de ses concepts et de ses méthodes. Il est tout à fait légitime, dans le cadre d’une étude empirique précise, de discuter pour savoir s’il est pertinent de croiser les critères de classe, de genre et de race (à condition de s’entendre sur le sens qu’on donne à ce dernier terme) comme le prétendent les tenants de l’intersectionnalité. Des discussions intéressantes ont eu eu lieu parmi les chercheurs sur l’intérêt heuristique de ce concept en sociologie. Si j’ai parlé, dans mon blog, de « régression » par rapport à la tradition des sciences sociales, c’est uniquement parce que les adeptes de l’intersectionnalité en font la clé qui ouvrirait toutes les serrures de la connaissance, alors qu’on a appris jusqu’ici à nos étudiants qu’il n’était pas possible de dire a priori quelles étaient les variables les plus pertinentes pour expliquer le problème scientifique que l’on veut résoudre.

Mes divergences portent donc sur l’usage qui est fait de l’intersectionnalité par ceux qui brandissent ce terme comme un étendard à la fois politique et scientifique, car le vrai clivage oppose d’un côté les théoriciens – qui ne font jamais de travaux de terrain ou qui généralisent abusivement leurs résultats en présentant l’intersectionnalité comme une théorie universelle – et d’un autre côté, les chercheurs qui établissent et conjuguent leurs variables pour répondre aux questions concrètes qui ont surgi au cours de leur enquête.

Les intellectuels critiques ne sont bien sûr pas les seuls à entreprendre ces opérations de « traduction » pour discréditer ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. J’ai subi le même genre d’avanies de la part des intellectuels de gouvernement, qui prétendent défendre la « laïcité » au nom du « printemps républicain ». Ceux-là ont jugé « stupide » l’ouvrage intitulé le Venin dans la plume (La Découverte, 2018) dans lequel je compare, textes en main, la rhétorique d’Edouard Drumont à la fin du XIXe siècle et celle d’Eric Zemmour aujourd’hui. Ils n’ont pas supporté que j’utilise le mot « islamophobie » pour désigner les discours de haine que subissent les musulmans aujourd’hui car, selon eux, en reprenant ce terme à mon compte, j’aurais « fait le jeu » des islamistes qui menacent les « valeurs républicaines ». Dans ce type de polémiques, la traduction du langage savant dans le langage politico-médiatique permet de combiner les deux arguments majeurs qu’utilisent les intellectuels de gouvernement et les intellectuels critiques pour discréditer leurs concurrents : les dégrader en tant que savant tout en les accusant de complicité avec les ennemis du peuple au nom duquel ils parlent.

Les extraits, récemment publiés dans le Monde Diplomatique, du livre Race et sciences sociales (Agone, 2021) que j’ai co-écrit avec Stéphane Beaud, ont suscité une avalanche de commentaires qui reproduisent exactement la même rhétorique. Les intellectuels de gouvernement tentent de nous récupérer en nous embarquant dans leur croisade contre les « islamo-gauchistes », ce qui constitue, aux yeux des intellectuels critiques, la preuve manifeste que nous avons rejoint le camp ennemi. Comme pourront le vérifier tous ceux qui auront le courage de lire cette prose souvent insultante, nous sommes à la fois disqualifiés en tant que chercheurs et accusés de « faire le jeu » des racistes en ne voyant que la classe sociale. Même si le titre qu’a choisi la rédaction du Monde Diplomatique (« Impasses des politiques identitaires ») a pu inciter une partie des lecteurs à penser que notre propos était politique, ce que je regrette pour ma part, il suffit de le lire sérieusement pour comprendre que notre but est justement d’échapper à ce genre de polémiques stériles.

Nous reprocher d’occulter la race au profit de la classe, c’est se tromper complètement de combat, soit par ignorance, soit par intérêt. Nous montrons en effet dans cet ouvrage que les intellectuels critiques qui réifient aujourd’hui la race raisonnent exactement comme les intellectuels révolutionnaires des générations précédentes. qui réifiaient la classe (en l’occurrence le prolétariat). Dans son livre Ce que parler veut dire (Fayard, 1982, p. 218), Pierre Bourdieu avait déjà constaté que ces philosophes marxistes s’efforçaient de discréditer leurs concurrents en conjuguant les deux types d’arguments scientifiques et civiques que les intellectuels critiques nous opposent aujourd’hui. Il avait alors mis en cause la violence symbolique qui consistait à cumuler « deux principes de légitimation : l’autorité universitaire et l’autorité politique » pour échapper à la critique. A la même époque Michel Foucault avait, lui aussi, pris ses distances avec les intellectuels qui parlaient au nom du prolétariat en leur reprochant de confondre l’insulte et l’argumentation : « Si j’ouvre un livre où l’auteur taxe un adversaire de « gauchiste puéril », aussitôt je le referme. Ces manières de faire ne sont pas les miennes ; je n’appartiens pas au monde de ceux qui en usent. À cette différence, je tiens comme à une chose essentielle : il y va de toute une morale, celle qui concerne la recherche de la vérité et la relation à l’autre » (Michel Foucault, « Polémique, politique et problématisations » ; entretien avec P. Rabinow, mai 1984 ; repris dans Dits et Ecrits, Gallimard, tome IV, 1980-1988, texte n°342).

Foucault n’avait rien à répondre en effet aux amateurs de polémiques parce qu’il ne parlait pas leur langage. « Le polémiste, lui, s’avance bardé de privilèges qu’il détient d’avance et que jamais il n’accepte de remettre en question. Il possède, par principe, les droits qui l’autorisent à la guerre et qui font de cette lutte une entreprise juste ; il n’a pas en face de lui un partenaire dans la recherche de la vérité, mais un adversaire, un ennemi qui a tort, qui est nuisible et dont l’existence même constitue une menace. Le jeu pour lui ne consiste donc pas à le reconnaître comme sujet ayant droit à la parole, mais à l’annuler comme interlocuteur de tout dialogue possible, et son objectif final ne sera pas d’approcher autant qu’il se peut d’une difficile vérité, mais de faire triompher la juste cause dont il est depuis le début le porteur manifeste. Le polémiste prend appui sur une légitimité dont son adversaire, par définition, est exclu ».

Il n’est pas sans intérêt de rappeler également qu’un petit nombre de journalistes ont combattu eux aussi le pouvoir symbolique que s’arrogent une grande partie des intellectuels. Le meilleur exemple est sans contexte celui de George Orwell. Pour saluer la nouvelle édition de 1984 qui sort aujourd’hui (14 janvier 2021) aux éditions Agone (avec une postface de Thierry Discepolo et Celia Izoard), je partirai de la distinction qu’Orwell a établie entre « l’intellectuel totalitaire » et « l’intellectuel ordinaire », en suivant l’analyse qu’en a proposée Jean-Jacques Rosat (« Quand les intellectuels s’emparent du fouet. Orwell et la défense de l’homme ordinaire », Agone, 2005, no 34, p. 89-109). Contrairement à une lecture simpliste de 1984, le terme « totalitaire » est utilisé dans ce roman au sens large, pour désigner un certain type d’idéologie. « Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou plus exactement sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire » et le transformer en « homme totalitaire ». Orwell utilise cette expression, ajoute Rosat, pour désigner « l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires ». Orwell en conclut qu’il « vaut mieux ne pas oublier que le pouvoir sur les esprits est un pouvoir intellectuel et qu’il est exercé par des intellectuels ». Ce qui l’amène à s’interroger sur la fonction de « l’intellectuel engagé », car en prétendant défendre la cause des opprimés, il « court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes ».

Ces quelques citations montrent bien que ce qui a été souvent présenté comme une critique des intellectuels staliniens concerne en réalité tous les intellectuels. Pour reprendre le langage d’Orwell, je dirai que les intellectuels qui passent leur temps sur les réseaux sociaux à insulter ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, en mettant en cause leur compétence professionnelle et leur comportement civique, contribuent à fabriquer « l’homme totalitaire », c’est-à-dire un « individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante ». Grâce à Facebook ou Twitter, des citoyens qui avaient été jusque là exclus du débat public ont désormais la possibilité d’y accéder. Malheureusement, ils sont le plus souvent placés dans une situation qui les empêchent « d’exercer leur jugement de manière indépendante », étant donné que le langage politico-médiatique est le seul auquel ils ont accès, ce qui les incite constamment à juger, condamner, dénoncer, réhabiliter au lieu d’essayer d’apprendre pour comprendre.

Tous ceux qui refusent la « trumpisation » de la vie intellectuelle française devraient pouvoir coordonner leurs efforts pour consolider le front de la résistance. C’est en tout cas une tâche qui s’impose si l’on veut adapter l’éducation populaire aux exigences de notre temps.

Voir aussi:

Identité et race : le débat peut-il être autre chose qu’un champ de mines ?
Après la « gauche identitaire », les « chercheurs identitaires » ? Retour sur une étiquette qui fonctionne comme une tare.
Chloé Leprince
France Culture
05/02/2021

Le livre que co-signent le sociologue Stéphane Beaud et l’historien Gérard Noiriel, et qui sort ce 5 février chez Agone, s’intitule finalement : Race et sciences sociales. Sous-titre : “Essai sur les usages publics d’une catégorie”. La “race”, plutôt que “l’identité” ? Le mot est polysémique et spectaculaire, il ramasse à la fois l’histoire de la pensée raciste et racialiste (qui table sur l’inégalité des races, contrairement à ce qui peut parfois circuler dans les médias) et les travaux de ceux qui l’envisagent désormais comme un outil pour mettre au jour des discriminations ou un sort spécifique. Sujet au grand écart, le terme est inflammable, et justement propice à bien des procès parce qu’il charrie cette histoire paradoxale et pas mal de culs-de-sac interprétatifs.

Bien qu’il figure en titre, nulle part dans le livre, on ne trouve de définition précise et explicite du concept de race tel que Stéphane Beaud et Gérard Noiriel annoncent en réfuter l’usage en sciences sociales. Cette absence interpelle. Interrogés dans le cadre d’un séminaire universitaire à deux jours de la sortie de leur livre, ils convenaient qu’il s’agissait d’abord d’un titre parce qu’il en fallait bien un ; et arguaient, surtout, qu’ils n’entendaient pas nécessairement proposer de définition bien léchée du concept – évoquant même le spectre des procès en tectonique lexicale des années où le marxisme régnait en maître sur leurs disciplines. Hasardeux ? En fait, Gérard Noiriel et Stéphane Beaud répondent qu’ils entendent travailler depuis la façon dont les gens peuvent se décrire eux-mêmes. Et se méfier des étiquettes que des chercheurs pourraient distribuer vu du dessus. Expéditif ?

Que le mot race ne soit pas davantage défini conceptuellement a aussi à voir avec l’ambition du livre, et son statut. On y accède un peu mieux quand on a en tête que, longtemps, l’ouvrage des deux chercheurs s’est préparé sous le titre « Socio-histoire de la raison identitaire ». Puis, c’est avec ce sous-titre qu’une couverture a circulé, par exemple pour pré-commander le livre en ligne. Attendu et guetté, il a aussi été annoncé sous le titre “La Raison identitaire” tout court – voire “Le Gêne identitaire”. Précédé par ces titres piquants qui donnaient le ton, le livre tel qu’il paraît en librairie comme on sortirait du bois à découvert est déjà devancé par une vive polémique et une rare litanie d’invectives. Un climat avec lequel le mot “identitaire” n’a pas rien à voir – notamment parce qu’on peut lui faire dire beaucoup, et qu’il embarque quelque chose d’un peu indigne, et surtout d’assez peu scientifique. Ils écrivent que c’est par exemple parce que les “polémiques identitaires” ont pris cette place prépondérante dans le débat public que “des jeunes”, qui se trouvent privés de l’espoir d’émancipation porté jadis par le communisme, finissent par privilégier “les éléments de leur identité personnelle que sont la religion, l’origine ou la race (définie par la couleur de peau)” – et rejeter « la société”. Revisitant la place allouée à l’identité individuelle et à l’identité collective selon les époques, les deux chercheurs écrivent que _“malheureusement, les plus démunis d’entre eux sont privés, pour des raisons socio-économiques, des ressources qui leur permettraient de diversifier leurs appartenances et leurs affiliations. C’est ce qui explique qu’ils puissent se représenter le monde social de manière binaire et ethnicisée : le « nous » (de la cité, des jeunes Noirs ou Arabes, des exclus, mais aussi de plus en plus, semble-t-il, le « nous » musulman) versus le « eux » (des bourgeois, des « céfrans« , des « gaulois », des Blancs, ou des athées, etc.).”_ Un “enfermement identitaire”, écrivent Stéphane Beaud et Gérard Noiriel dès les premières pages de leur livre. Mais un enfermement dont les deux auteurs laissent entendre qu’il a directement lien avec l’activité scientifique de certains de leurs collègues qui assignent et qui essentialisent. Là où Gérard Noiriel rappelle qu’un des axes majeurs de son travail en socio-histoire a toujours consisté à déconstruire des catégories. A charge et parfois ad hominem, leur livre s’avance comme une entreprise destinée à mettre au jour comment les sciences sociales ont pu se laisser aller à une forme d’errance épistémologique. Comment ? En laissant la variable raciale ou “identitaire” écraser, telle « un bulldozer« , la classe, un niveau de vie, la valeur d’un diplôme, la fluidité d’une scolarité ou de meilleures chances… Au point d’imposer des grilles de lecture qui forcent le réel et contraignent tout un chacun à se définir comme malgré soi. Ils écrivent ainsi :

Nous ne cherchons évidemment pas à montrer, dans ce livre, que ceux qui préfèrent combattre au nom de leur “race” plutôt que de leur “classe” se trompent sur leur propre identité. Nous insistons sur le fait que nous ne nous prononçons pas sur la légitimité de ce type de combat politique car c’est aux militants, et pas aux chercheurs, d’en décider. Mais nous affirmons en revanche qu’il s’agit là de questions d’ordre civique, qu’il ne faut pas confondre avec les problèmes scientifiques.

Invité des Matins sur France culture le 2 février 2021, Gérard Noiriel revenait sur cette part d’assignation et le risque d’imposer aux intéressés des cases qu’ils ne convoquent pas eux mêmes :

Les questions autour de l’identité prennent une importance capitale et contribuent aussi au sentiment de stigmatisation que peuvent ressentir beaucoup de gens aujourd’hui. Sans arrêt, on met en avant leur couleur de peau, leur religion, etc. Alors que la majorité des gens voudrait qu’on leur fiche la paix et qu’on les laisse vivre normalement comme d’autres citoyens.

Pour les deux auteurs, le fait de prendre comme focale la race et, au-delà, tout ce qui devrait au contraire rester de l’ordre d’une identité privée, n’est pas seulement simpliste. C’est aussi abusif parce qu’à cet endroit-là, le ou la scientifique sortira de son rôle. En devenant un militant, un porte-parole, un agitateur, un bon client des médias… La position du chercheur dans la société, est au fond un vieux débat, que les deux auteurs revisitent à nouveaux frais : Pierre Bourdieu et quelques autres, ont déjà beaucoup écrit sur la place de l’intellectuel (à quoi Gérard Noiriel a d’ailleurs consacré récemment des billets sur son blog). Mais ça reste ici un débat un peu sinueux : leur position pourra paraître sibylline quand, au paragraphe suivant, les deux auteurs annoncent justement se considérer eux-mêmes comme des “chercheurs engagés” depuis des dizaines d’années à travailler notamment sur les discriminations. Ou quand ils s’abstiennent de définir la race, et n’engagent pas toujours une discussion scientifique avec les travaux qu’ils entendent étriller. Mais c’est surtout un débat à charge, où le mot “identitaire” peut être regardé à la fois comme un carburant polémique, et le marqueur qui nous renseigne sur le registre dans lequel se déploie ce livre signé par deux chercheurs qui ont beaucoup fait pour leurs disciplines respectives – mais qui, jusqu’alors, publiaient des travaux qui relevaient plutôt d’un autre registre.

Stigmate

Car ce mot “identitaire” a quelque chose de déshonorant pour l’adversaire. Au mieux, c’est le scotch du capitaine Haddock. Au pire, c’est la marque au fer rouge qui vient en fait sceller l’absence de scientificité de travaux malhonnêtes, et des alliances politiques suspectes. Le mot « race », dont le titre définitif est réhaussé, vous semble à la fois plus fort, et aussi plus incendiaire, que le mot “identitaire” ? C’est possible qu’il fasse davantage sursauter. Pourtant, “race” est un mot utilisé par des universitaires qui l’ont en fait revisité, revitalisé, et redessiné. Ces chercheurs et ces chercheuses-là ne sont pas majoritaires, et l’usage de cette catégorie ne fait pas consensus. Mais c’est celui qu’ils mettent en circulation eux-mêmes. Qu’ils écrivent pour explorer un cadre théorique, qu’ils interrogent et dont ils fixent les contours. Et duquel ils entendent souvent tirer un usage pédagogique, comme par exemple Sarah Mazouz avec le livre Race paru chez Anamosa en 2020 dans la collection “Le Mot est faible” , et que vous pouvez réécouter le 22 septembre 2020 dans Le Temps du débat :

A l’inverse, depuis des années, le mot “identitaire” est d’abord celui qu’utilisent la droite et l’extrême-droite françaises pour disqualifier les sciences sociales et, en particulier, la sociologie. Il a une connotation militante et obscurantiste, et embarque avec lui l’idée que les chercheurs manipuleraient grosso modo leurs positions académiques pour nourrir des croisades. Et parfois, des offensives communautaires arrimées aussi bien au genre qu’à l’origine ethnique. Or le livre de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel paraît justement dans un double timing qui voit à la fois l’université brocardée tous azimuts et comme jamais ; et, en parallèle, un texte de loi sur les “séparatismes faire son chemin. Dans ce contexte de discrédit qui affleure jusqu’au sommet de l’Etat et dans de très nombreux médias, les mots “indigéniste”, “identitaire”, “racialiste”, “communautaire” sont souvent interchangeables. Il suffit de voir, parmi de nombreux autres, un article du Point fin janvier 2021, titré “Quand la fièvre identitaire frappe l’université” (sous-titre : “Indigénistes, déboulonneurs de statues, gauche racialiste, écriture inclusive… Comment ces militants étendent leur emprise et verrouillent les débats”). Dans un contexte de baisse des crédits à la recherche et de dévalorisation de l’université, tous ces mots contribuent à déstabiliser des pans entiers du monde universitaire – sans d’ailleurs que le plus grand nombre ne s’y retrouve nulle part. Ils charrient aussi un goût amer chez tous ceux qu’on accuse soudain de porter d’abord une cause plutôt que de contribuer à la recherche. Ou qu’on soupçonne carrément de faire justice à une histoire personnelle. Même s’ils hissent le terme “identitaire” bien haut sans toujours trier son usage militant de son usage académique, les deux auteurs écrivent cependant, sans ambiguïté :

On ne voit pas au nom de quel principe ce genre de recherches devrait être banni de l’université française.

Le mot “identitaire” est aussi un truc collant sous la chaussure parce qu’il croise le registre politique et polémique et l’idée d’identité. Or l’identité est une notion tardive dans les sciences sociales, et elle n’a pas toujours fait l’objet d’un ancrage théorique et conceptuel à même de le légitimer. Avant les années 80, en France, on ne parlait guère d’identité en histoire ou en sociologie (mais beaucoup plus, en Allemagne ou aux Etats-Unis, et notamment en psychologie sociale). Or dans le journal Le Monde, le 28 janvier 1994, Alfred Grosser écrira :

Peu de mots sont autant galvaudés ces temps-ci que celui d’identité.

« Capituler devant le mot identité »

Entre les deux, le terme voyage, se cherche, s’installe sans toujours convaincre : en 2001, un article de la revue Actes de la recherche en sciences sociales signé Rogers Brubaker, cingle et cite George Orwell :

La pire chose qu’on puisse faire avec les mots, c’est de capituler devant eux.

Si la langue doit être “un instrument pour exprimer, et non pour dissimuler ou faire obstacle à la pensée”, poursuivait-il, _“[on doit] laisser le sens choisir le mot, et non l’inverse. L’objet de cet article est de dire que les sciences sociales et humaines ont capitulé devant le mot “identité” ; que cela a un coût, à la fois intellectuel et politique ; et que nous pouvons mieux faire._”

Brubaker (qui dit “nous”) développe :

Le terme “identité”, pensons-nous, a tendance à signifier trop (quand on l’entend au sens fort), trop peu (quand on l’entend au sens faible), ou à ne rien signifier du tout (à cause de son ambiguïté intrinsèque). Nous ferons le point sur le travail conceptuel et théorique que le mot “identité” est censé accomplir, et suggérons que d’autres termes, moins ambigus, et désencombrés des connotations réifiantes que comporte le terme “identité” seraient mieux à même de remplir cette tâche.

A l’époque, déjà, le mot “identité” est un chantier qui doit se justifier. Ceux qui le mobilisent alors l’approchent déjà davantage comme une construction, un objet d’histoire fluide. Pas comme une case figée, une étiquette qui enferme : dans les années 1980, quand l’histoire des représentations s’attèle à l’identité masculine ou féminine, il s’agit d’abord de regarder comment s’est construite l’idée qu’on s’en fait. En fait, les chercheurs qui utilisent l’idée d’identité dans les années 80 cherchent -déjà- à échapper aux accusations d’essentialisme, alors que la toute première thèse consacrée à un groupe social en tant que tel (en l’occurrence, la bourgeoisie parisienne au XIXe siècle) date tout juste de 1963 – elle est signée Adeline Daumard. Mais ils sont à la peine avec un terme qui souvent, dans le monde intellectuel, fleurait davantage le patrimoine que l’éclairage de réalités complexes. En 1988, Gérard Noiriel avait déjà entrepris de déconstruire l’usage que faisait Fernand Braudel de “l’identité de la France” deux ans plus tôt. A peu près à la même époque, un autre chercheur, le sociologue Jean-Claude Chamboredon (à qui le livre est dédié), essayait de remplacer l’idée d’identité, trop folklorique en substance, par celle “d’image sociale” – sans vraiment gagner.

Historiquement, surtout, l’identité est plutôt de droite : avant même d’être happée par l’extrême-droite dans le “Bloc identitaire” (en 2002) puis “Génération identitaire” (en 2012), elle se construit un peu comme une réponse à ce que la classe peut représenter à gauche. A contrario, dans les années 50 et 60, le camp progressiste et le monde universitaire sont plutôt assimilationnistes. A partir de la fin des années 70, la gauche reprendra à son compte l’idée d’identité, et même la construction d’une “identité nationale”. Mais plutôt pour vanter ce que le chercheur Vincent Martigny décrit comme une France mosaïque. C’est-à-dire, un récit, accolé à ce qui restera comme “le droit à la différence”, mais qui entre en friction avec l’idée d’une France homogène qui charpentait l’imaginaire collectif. C’est quand l’extrême-droite s’emparera de l’identité nationale que l’on verra naître les accusations de communautarisme. A l’époque, il s’agit déjà, essentiellement, de saisir (et disqualifier) l’expression d’un sentiment d’appartenance qui a directement prise dans l’histoire coloniale – et pas d’une identité provençale ou berrichonne. Depuis cette date, dire à quelqu’un qu’il verse dans “l’identitaire” n’a jamais été un hommage.

Sauf erreur, on ne trouve ainsi personne à se définir soi-même de cette étiquette bizarre de “chercheur identitaire”. Ni d’ailleurs des travaux que leurs auteurs désigneraient comme des recherches “identitaires”. Quand des textes académiques mobilisent le mot “identité”, leurs auteurs sont bien plus souvent du côté de ceux qui veulent s’en défier. Même à des chercheurs intersectionnels qui croisent, selon leurs objets et leurs terrains de recherche, le genre, la classe et la race, l’identité apparaît parfois trop artificielle ou, tout simplement, trop vague. Elle reste aussi un terrain miné qui ouvre à toute une foule de critiques qui émanent de ceux qui estiment que mobiliser l’identité, c’est essentialiser un groupe, le figer dans une appartenance prédéfinie, le couper de toute une histoire en tensions dans laquelle les trajectoires s’enracinent, prennent corps, et parfois divergent.

Aujourd’hui, l’identité est, pour beaucoup, un terme extérieur au champ scientifique. Si on trouve des travaux qui mobilisent, évaluent, interrogent ou remodèlent la notion d’identité (qui, elle non plus, ne fait pas consensus), c’est souvent un mot à la fois trop lâche et trop élastique pour voyager tel quel. C’est d’ailleurs en partie pour ça que la race a davantage sédimenté : elle est devenue cet outil lexical et conceptuel pour exprimer l’idée d’une stigmatisation. Mais d’abord un mot pour parler de celui qui regarde, plutôt qu’un mot pour dire la revendication identitaire de celui qui est regardé – comme Sartre disait hier que c’est l’antisémitisme qui fait le Juif.

« Gauche identitaire » vs « gauche minoritaire »

A défaut de “chercheurs identitaires”, il existe dans le débat public l’idée d’une “gauche identitaire”, à laquelle on renvoie plus particulièrement certains universitaires. Mais l’expression surgit toujours dans les mots de la partie adverse. En 2018, lorsqu’un violent débat avait opposé Mark Lilla et Eric Fassin, le mot “identitaire” fonctionnait déjà comme un blâme, et pas comme une étiquette qu’on prendrait pour soi. Dans un entretien croisé que Le Monde avait proposé aux deux chercheurs, Eric Fassin avait d’ailleurs répondu qu’il parlerait “plutôt d’une gauche minoritaire”. Le cœur du débat était déjà là quand le sociologue argumentait :

A la différence des communautés, les minorités n’ont pas forcément une culture commune ; mais elles ont en partage une expérience de discrimination.

En disant “identitaire” aussi bien pour des polémiques médiatiques, des affrontements à hauteur de réseaux sociaux que pour des travaux universitaires, on contribue en fait à oxyder le débat intellectuel en floutant ses frontières. On corrode aussi, au passage, quantité de travaux qui à la fois sont bien plus précis sur les mots et les catégories qu’ils mobilisent, et qui souvent les mettent en tension et les problématisent. Mais ce qui frappe en lisant le livre de Stéphane Beaud et de Gérard Noiriel, c’est que pour quelques pages consacrées à moins d’une demie-douzaine de chercheurs en sciences sociales qu’ils estiment responsables de cette offensive “identitaire” sur le champ académique et qu’ils nomment (Colette Guillaumin, la seule femme parmi les références évoquées, qui soutenait en 1969 la première thèse sur le racisme et l’altérité et revisitait le concept de “race”, puis Eric et Didier Fassin, Pap Ndiaye, Patrick Simon et Pascal Blanchard), on ne trouve guère d’analyses des travaux qui, depuis quinze ans, mettent vraiment au travail les concepts et les grilles de lecture que les auteurs brocardent.

Dénonçant le “business postcolonial” de ces auteurs dont on pourrait objecter qu’ils sont loin de parler d’une même voix, ils brocardent un filon aussi juteux que conceptuellement pauvre. Mais ils ne mobilisent guère de travaux récents produits depuis moins de dix ans, et ne discutent par exemple ni Sarah Mazouz, ni Silyane Larcher, et citent à peine (hormis une note de bas de page) Abdellali Hajjat dont Stéphane Beaud fut pourtant le directeur de thèse (en 2009) et qui a justement montré que, dans les revues académiques françaises, les concepts de genre et de race n’ont pas occulté le concept de classe. Ils n’évoquent pas non plus l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, dont on ne peut pas dire que le travail depuis quarante ans évacue la classe. Bon nombre de chercheurs et de chercheuses qui furent pourtant formés par Beaud et Noiriel sont aussi éclipsés à présent qu’ils en renouvellent l’approche ; et quant à elle Elsa Dorlin, à qui on doit la première occurrence du mot “intersectionnalité” à la radio française et qui croise le genre et la race dans ses travaux depuis pas loin de vingt ans, disparaît pratiquement : elle apparaît une fois, dans un comptage en note de bas de page, pour un passage dans un séminaire universitaire en 2007 – mais pas pour une lecture critique de ses travaux. L’intersectionnalité, quant à elle, est toujours mentionnée entre guillemets – mais Gérard Noiriel dit explicitement que, pour lui, la polémique sur l’intersectionnalité est « un faux problème« .

L’ampleur de cette absence tranche avec l’usage massif du terme “identitaire” (125 occurrences pour “identitaire” dans le livre, plus 81 du mot “identité”, parfois chevillé à l’expression “identité nationale” toutefois). Le contraste pousse lui aussi à se poser la question du registre de la discussion, et à s’interroger sur le statut du livre. Avant que les deux auteurs ne discutent, ensemble, de la pertinence de la variable raciale qui encombrerait la recherche et génèrerait des erreurs d’aiguillage, Gérard Noiriel consacre les trois premiers chapitres à une socio-histoire de la question raciale dans l’espace public. Mais il n’est pas sûr que Race et sciences sociales ne soit pas, d’abord, un texte polémique et politique. Un livre qui vise à répliquer à une poignée de collègues mais pas forcément à objecter à l’usage, ou au mésusage, d’un concept, d’une variable, et aux travaux qui s’en réclament. Un livre qui, finalement, porte avant tout sur ce qu’ils pensent de l’état du débat public – trêve de suspens : les auteurs le trouvent déplorable. On peut se le dire en voyant que les auteurs n’envisagent pas vraiment qu’on puisse tenir ensemble question sociale et question raciale comme pourtant bien des recherches le font (et même certains mouvements antiracistes plus récents). On le perçoit mieux en lisant la troisième et dernière partie d’un livre à la construction très disparate. On doit cette dernière partie à Stéphane Beaud, et elle est consacrée aux quotas dans le football français (surgis en 2011 dans les médias après que Médiapart avait annoncé « moins de Noirs et d’Arabes » en sélection nationale). C’est-à-dire, en fait, à la construction de problèmes médiatiques comme autant d' »affaires« , réductrices et mal ficelées. Le sociologue y décrit la lourdeur médiatique et l’incapacité des journalistes à penser les questions raciales autrement qu’en se faisant intoxiquer par ce qui relèverait d’une entreprise décoloniale à la fois démagogique et hors sol. Une entreprise à laquelle contribuent des chercheurs et qui sature l’espace public.

Venu le 2 février 2021 sur France Culture défendre le livre à paraître, Gérard Noiriel affirmait par exemple dans Les Matins que “les partisans de l’intersectionnalité considèrent qu’il faut combiner trois critères : la race, le genre et la classe”. A l’antenne, l’historien déplorait :

Dans certaines recherches, c’est pertinent, mais on ne peut pas en faire la clé qui ouvrirait toutes les serrures. Le chercheur, en fonction de l’objet qu’il veut étudier, doit mobiliser sa boîte à outils, doit combiner les choses.

Or, à la lecture de nombreux travaux récents, on peut aussi se dire que bien des chercheuses et des chercheurs qui mobilisent l’intersectionnalité pour appréhender l’idée d’un sort spécifique fait à certains groupes plutôt qu’à d’autres ne seraient pas loin d’y retrouver leurs petits – même si elles et eux n’écriraient jamais « théorie du genre ». Mais ça reste difficile à confronter dès lors que tous ces travaux demeurent les grands absents du débat – ou de la polémique.  Dans leur livre, Stéphane Beaud et Noiriel écrivent que « l’histoire de la France a montré que la lutte contre le racisme (au sens large du terme) avait connu des succès significatifs sur le plan politique lorsqu’elle avait été reliée au combat social, de façon à unifier les différentes composantes du peuple français. » A l’heure où s’empilent les procès en sorcellerie contre les sciences sociales, on pourrait aussi penser qu’éviter de s’agonir entre chercheurs en fagotant les autres en épouvantails est une bonne base stratégique.

Voir également:

Venues des États-Unis, les théories sur la race, le genre et le post-colonialisme sont un affront à l’identité de la France et la république françaises, selon certains politiques et des intellectuels de renom.

The New York Times

PARIS — La menace serait existentielle. Elle nourrit le séparatisme. Ronge l’unité nationale. Encourage l’islamisme. Porte atteinte au patrimoine intellectuel et culturel de la France.

Quelle menace ? “Certaines théories en sciences sociales totalement importées des États-Unis d’Amérique”, affirme le président Emmanuel Macron.

Certains politiciens, d’éminents intellectuels et nombre de journalistes français avertissent que les idées progressistes américaines — notamment sur la race, le genre, le post-colonialisme — sont en train de saper leur société. Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines”, prévient le ministre de l’éducation de M. Macron.

Enhardis par ces propos, des intellectuels de renom se regroupent pour contrecarrer ce qu’ils perçoivent comme une contamination par le mouvement “woke” gauchiste et incontrôlé venu des campus américains, et la “cancel culture” qui l’accompagne.

Ils font face à une jeune garde plus diversifiée pour qui ces théories sont des outils aidant à éclairer les angles morts d’une nation de plus en plus diversifiée qui rechigne encore à faire mention de la race, qui ne s’est toujours pas confrontée à son passé colonial et qui associe souvent les aspirations des minorités à des politiques identitaires.

Ces conflits qui n’auraient autrement pas attiré beaucoup d’attention ont pris de l’ampleur dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le nouveau directeur de l’Opéra de Paris, qui a annoncé lundi son intention de diversifier le recrutement du personnel et d’interdire le “blackface”, s’est vu vivement critiqué non seulement par la cheffe de l’extrême droite Marine Le Pen, mais aussi dans les colonnes du Monde car, bien qu’étant allemand, il a travaillé 10 ans à Toronto et aurait “baigné dix ans dans la culture américaine ».

Dans un livre paru ce mois-ci, Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, spécialistes chevronnés en sciences sociales, critiquent le principe des études raciales. L’ouvrage s’est attiré les foudres de jeunes universitaires et a fait l’objet d’une large couverture médiatique. Pour M. Noiriel, la race est devenue un “bulldozer” qui écrase les autres sujets. Dans une réponse par courriel, ce dernier ajoute que l’étude de ce sujet à l’université en France est discutable car la race n’est pas officiellement reconnue par les institutions et n’est qu’une “donnée subjective”.

Alors qu’on assiste au déclin progressif de l’influence américaine dans de nombreux coins du monde, la virulence du débat autour d’une poignées de disciplines universitaires enseignées sur les campus américains peut surprendre. D’une certaine manière, c’est un combat par procuration autour de questions qui sont parmi les plus brûlantes au sein de la société française, celles notamment de l’identité nationale et du partage du pouvoir. Dans un pays où les intellectuels ont toujours une place centrale, les enjeux sont importants.

Si cette bataille qui reflète les guerres culturelles américaines a commencé dans les universités françaises, elle prend désormais de l’ampleur dans les médias. Les hommes politiques s’y engagent de façon croissante, d’autant plus que l’année écoulée a été mouvementée, marquée par une série d’événements qui ont remis en cause les principes de la société française.

En France, des manifestations de grande ampleur contre les violences policières, suscitées par l’assassinat de George Floyd, remettaient en cause la non-reconnaissance institutionnelle de la race et le racisme systémique. Une génération #MeToo de féministes s’est dressée à la fois contre le pouvoir masculin et contre les féministes plus âgées. La répression qui a suivi une série d’attaques islamistes a soulevé des interrogations sur le modèle français de laïcité et l’intégration des immigrés des anciennes colonies de la France.

Certains y voient un écho des politiques identitaires et des théories des sciences sociales américaines. Des parlementaires de centre-droite ont appelé à l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les “excès idéologiques” dans les universités et ciblé sur Twitter des universitaires “coupables”.

M. Macron — qui manifestait jusque-là peu d’intérêt pour ces questions mais courtise la droite à l’approche des élections de l’année prochaine — est intervenu en juin dernier, reprochant aux universités d’encourager “l’ethnicisation de la question sociale”, qui reviendrait à “casser la République en deux”.

“J’ai été agréablement étonnée”, dit Nathalie Heinich, une sociologue qui a participé le mois dernier à la création d’un “observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires”. Réunissant des personnalités de renom, dont beaucoup sont à la retraite, le groupe a lancé des mises en garde contre les théories sociales d’inspiration américaine dans des grands médias comme Le Point et Le Figaro.

Pour Mme Heinich, les événements de l’année dernière sont venus s’ajouter au militantisme qui a importé dans les universités française des controverses nées à l’étranger sur l’appropriation culturelle et le black-face. À la Sorbonne, des militants ont empêché la représentation d’une pièce d’Eschyle car ils y contestaient le port de masques et le maquillage en noir d’acteurs blancs; ailleurs, des conférenciers renommés ont vu leur invitation annulée suite à la pression des étudiants.

C’est une série d’incidents qui ont été extrêmement traumatisants pour notre communauté et qui tous relèvent de ce qu’on appelle la cancel culture”, regrette Mme Heinich.

Pour d’autres, s’en prendre à ce qu’ils perçoivent comme l’influence américaine a révélé encore autre chose, à savoir que l’establishment français serait incapable de se confronter à un monde en mutation, surtout dans un contexte où la mauvaise gestion par le gouvernement de la pandémie de coronavirus vient renforcer un sentiment de déclin inéluctable de ce qui fut autrefois une grande puissance.

“C’est le symptôme d’une petite république effrayée, déclinante, provincialisée, mais qui par le passé et encore aujourd’hui a cru à sa mission universelle et qui donc cherche les coupables de son déclin,’’ estime François Cusset, expert de la civilisation américaine à l’université de Paris Nanterre.

La France a longtemps revendiqué une identité nationale fondée sur une culture commune, des droits fondamentaux et des valeurs essentielles comme l’égalité et la liberté, rejetant les principes de diversité et de multiculturalisme. Les Français considèrent souvent les États-Unis comme une société fracturée en guerre contre elle-même.

Mais nombre des principaux penseurs à l’origine des théories des genres, de la race, du post-colonialisme et de la théorie queer, loin d’être des Américains, venaient de la France — ainsi que du reste de l’Europe, d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Inde, explique Anne Garréta, une écrivaine française qui enseigne la littérature dans des universités en France et à Duke University, aux Etats-Unis.

“C’est tout un monde d’idées qui circule à l’échelle mondiale”, precise-t-elle. “Il se trouve que les campus qui sont les plus cosmopolites et les plus mondialisés à ce stade de l’histoire sont les campus américains. ’’

L’État français ne recueille pas de statistiques raciales, illégales, dans le cadre de son engagement affiché en faveur de l’universalisme et du traitement égal de tous les citoyens au regard de la loi. Mais pour nombre de spécialistes de la question raciale, cette réticence s’inscrit dans une longue histoire de négation du racisme en France, du passé colonial et de la traite négrière du pays.

“Qu’est-ce qu’il y a de plus français que la question raciale dans un pays qui s’est construit autour de ces questions-là?”, s’interroge Mame-Fatou Niang, qui partage son temps entre la France et les États-Unis, où elle enseigne les études françaises à l’université Carnegie Mellon.

Mme Niang a mené campagne pour faire retirer, à l’Assemblée Nationale, une fresque où figurent deux personnages Noirs dépeints avec de grosses lèvres rouges et des yeux globuleux. Les opinions qu’elle exprime en public au sujet de la race ont souvent fait d’elle une cible sur les réseaux sociaux, notamment de la part d’un des législateurs qui a fait pression pour une enquête sur les “excès idéologiques” dans les universités.

L’historien Pap Ndiaye, qui s’efforce de faire établir un cursus de Black Studies en France, estime que ce n’était pas une coïncidence si la vague actuelle de rhétorique anti-américaine est apparue au moment même où se tenaient les premières manifestations contre le racisme et les violences policières, en juin dernier.

“Il y a bien cette idée qu’on parle trop des questions de race en France,” dit-il. “Ça suffit. »

Les trois attentats islamistes à l’automne dernier sont venus rappeler que le terrorisme reste une menace en France. Ils ont également fait porter l’attention sur un autre domaine de recherche très sensible, l’islamophobie, et comment l’hostilité envers l’islam en France, ancrée dans son expérience coloniale du monde musulman, continue de marquer la vie des musulmans français.

Abdellali Hajjat, un expert en islamophobie, dit qu’il est de plus en plus difficile de se consacrer à son sujet depuis 2015, date des attaques terroristes dévastatrices qui avaient frappé Paris. Le financement public de la recherche s’est tari. Les chercheurs sur cette matière se voient accusés de faire l’apologie des islamistes et même des terroristes.

Il y a deux ans, fuyant l’ambiance qu’il trouvait oppressante, M. Hajjat est parti enseigner à l’Université libre de Bruxelles, en Belgique, où il dit jouir d’une plus grande liberté académique.

“Sur la question de l’islamophobie, il n’y a qu’en France qu’il y a une telle violence des discours pour rejeter le terme”, affirme-t-il.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation de M. Macron, a accusé les universités, sous influence américaine, d’être complices des terroristes en fournissant une légitimation intellectuelle de leurs actes.

Dans une lettre ouverte de soutien au ministre publiée dans Le Monde, un groupe de 100 universitaires réputés a fustigé les théories “transférées des campus nord-américains”.

L’un des signataires, l’expert de l’islam Gilles Kepel, considère que l’influence américaine a conduit à “une sorte d’interdiction dans les universités de réfléchir au phénomène de l’islam politique au nom d’une idéologie de gauche qui le considère comme la religion des défavorisés ».

Avec l’islamophobie, c’est par “l’importation totalement artificielle” en France de la “question noire à l’américaine” que certains tentent de présenter une fausse image d’une France coupable de “racisme systémique” et de “privilège blanc”, renchérit de son côté Pierre-André Taguieff, historien et grand critique de l’influence américaine.

Dans ses réponses envoyées par courriel, M. Taguieff écrit que les chercheurs sur la race, l’islamophobie et le post-colonialisme sont motivés par “la haine de l’Occident, en tant que civilisation blanche”.

“Le programme commun de ces ennemis de la civilisation européenne tient en trois mots: décoloniser, démasculiniser, déseuropéaniser,” résume M. Taguief. “Le ‘mâle blanc hétérosexuel’, voilà le coupable à condamner et l’ennemi à éliminer.”

Derrière les attaques contre les universités américaines — menées par des intellectuels hommes, blancs, âgés — se cachent les tensions d’une société où le pouvoir établi est bousculé, estime de son côté Éric Fassin, un sociologue qui a été l’un des premiers chercheurs, il y a une quinzaine d’années, à s’intéresser à la question raciale et au racisme en France.

À l’époque, les spécialistes des questions raciales étaient généralement des hommes blancs comme lui, explique-t-il. Il ajoute qu’il est souvent traité de traître et a été la cible récemment d’un extrémiste de droite condamné à quatre mois de prison avec sursis pour avoir menacé de le décapiter.

Mais l’émergence de jeunes intellectuels — dont certains sont Noirs ou musulmans — nourrit l’assaut contre ce que M. Fassin appelle “l’épouvantail américain”.

“C’est ça qui fait basculer les choses,” résume-t-il. “C’est pas simplement les objets dont on parle, mais c’est aussi les sujets qui parlent.”

Voir de même:

De l’intellectuel spécifique à l’intellectuel responsable.

Gérard Noiriel

Le populaire dans tous ses états


« C’est alors qu’enseigner l’art de résister aux paroles devient utile, l’art de ne dire que ce que l’on veut dire. Apprendre à chacun l’art de fonder sa propre rhétorique est une œuvre de salut public ».

Francis Ponge, « Le Parti pris des choses », 1935 (cité par Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Minuit, 1980, p. 17).

J’ai débuté mon blog d’aujourd’hui par cette citation du poète Francis Ponge, que j’ai découverte dans un ouvrage de Bourdieu, parce que ce fut un moment décisif dans ma conversion à la sociologie, au début des années 80. Je n’insisterai pas aujourd’hui sur les raisons personnelles qui peuvent expliquer l’importance que j’ai accordée dans mes travaux à cette forme de résistance. Disons simplement que j’ai compris au fil du temps pourquoi ce genre de préoccupations n’intéressait pas grand monde dans le champ intellectuel. Je reste néanmoins convaincu que ceux qui se tournent vers les sciences sociales en espérant qu’elles les aideront à penser par eux-mêmes trouveront une utilité à ce que je vais leur raconter.

Je prendrai à nouveau comme point de départ la polémique sur la « gauche identitaire » qui a opposé Mark Lilla et Eric Fassin dans le Monde du 1er octobre 2018 car, comme je l’ai dit dans mon dernier blog, elle illustrait clairement la confusion entre le savant et le politique que je déplore depuis longtemps. Cela n’empêche pas, qu’en tant que citoyen, j’étais plutôt d’accord avec les arguments avancés dans cette polémique par Eric Fassin. Je rappelle, pour que les choses soient claires, que je suis un militant antiraciste depuis le début des années 1970. Pour ne pas limiter cet engagement à des discours critiques, je suis parti à l’âge de 25 ans à Brazzaville, comme Volontaire du Service National afin d’apporter ma contribution au combat anti-impérialiste et pour aider une république que je croyais « populaire ». J’ai écrit mon premier livre en collaboration avec un OS immigré marocain pour qu’il puisse lui-même expliquer les formes de discriminations qu’il subissait au sein de la CGT. Ce qui m’a valu d’être exclu du PCF en 1980. Pendant plus de dix ans, j’ai été aussi président du Comité d’Aide aux Intellectuels Réfugiés. Je pourrais continuer à dérouler longuement la liste de mes engagements civiques, mais ces quelques exemples suffiront, je pense, pour faire comprendre que je n’ai de leçon à recevoir de personne en la matière.

C’est justement parce que j’ai poussé jusqu’au bout ma réflexion sur les relations de pouvoir que j’ai pris mes distances avec les intellectuels marxistes (dont les successeurs sont les intellectuels critiques d’aujourd’hui), qui reprenaient à leur compte le slogan « tout est politique », très en vogue en 68. La sociologie m’a fait mieux comprendre en effet le phénomène que j’avais souvent observé de mes propres yeux concernant les formes de domination qu’exercent sur le peuple ceux qui prétendent parler en son nom.

La polémique qui a opposé Lilla et Fassin dans le Monde avait pour thème : « la gauche s’occupe-t-elle trop des minorités ? ». Il s’agissait donc d’une question d’ordre politique à laquelle ces deux éminents universitaires étaient invités à répondre en raison de leurs compétences savantes. Mais à aucun moment les lecteurs n’ont eu la possibilité de savoir sur quels travaux scientifiques précis les débatteurs s’appuyaient pour étayer leurs arguments. Le langage utilisé par ces deux collègues était celui de la politique, truffé de jugements de valeur et d’approximations. Par exemple, quand Eric Fassin écrit : « en France, on aime croire qu’il faudrait choisir les ouvriers ou les minorités », le lecteur est en droit de se demander ce que désigne ce « on » ? Est-ce qu’il s’agit des chercheurs en sciences sociales, des militants politiques, des intellectuels, des journalistes, du peuple français ? Et quand j’ai lu que Mark Lilla prétendait « réfuter » Fassin en affirmant : « le simplisme bourdieusien se porte bien en France », j’avoue que la moutarde m’est montée au nez comme on dit. Comment pouvait-on donner au public non spécialiste une image aussi caricaturale de la recherche en sciences sociales ?

Je reviendrai plus loin sur les arguments que Mark Lilla aurait pu mobiliser s’il avait vraiment lu Bourdieu, mais je voudrais commencer en évoquant un philosophe qui m’a beaucoup aidé, lui aussi, à mieux comprendre les formes de domination qu’exercent les intellectuels. Il s’agit de Michel Foucault. Contrairement à ce qu’affirme Lilla, c’est Foucault bien plus que Bourdieu qui constitue la principale référence théorique d’Eric Fassin. Dans un article ancien, intitulé « “L’intellectuel spécifique” et le PaCS : politiques des savoirs» (Mouvements, janvier-février 2000), Fassin avait convoqué l’autorité de Foucault pour affirmer que « le savoir est devenu, en même temps qu’un enjeu, un des lieux du politique ». Il a reproduit ensuite ce genre d’argument dans tous les domaines sur lesquels il est intervenu. Récemment encore, lors d’une polémique sur le « blackface », il écrivait dans une tribune donnée au quotidien Libération : « La politique n’est pas extérieure à l’esthétique (…). Le monde de la culture, s’il réclame une autonomie radicale pour faire abstraction des enjeux politiques de la création, risque de payer d’insignifiance cette liberté. » (Eric Fassin, « « Blackface» ou le théâtre de la question raciale », Libération, 6/5/2019).

Je me suis présenté pendant longtemps comme un « intellectuel spécifique » en me référant moi aussi à Michel Foucault, parce que j’ai compris autrement que Fassin ce qu’il a écrit à ce sujet. Comme j’avais tenté de l’expliquer dans ma contribution au livre dirigé par Marie-Christine Granjon (« Michel Foucault : les trois figures de l’intellectuel engagé », in  Penser avec Michel Foucault, Karthala, 2005), Foucault a constamment oscillé entre plusieurs postures intellectuelles. On peut donc interpréter ses écrits sur ce sujet de différentes manières. Néanmoins, s’appuyer sur sa définition de l’intellectuel spécifique pour affirmer que le savoir est « un des lieux du politique » c’est confondre à mon sens, le politique et le pouvoir. C’est ce que je voudrais montrer en m’appuyant sur divers textes de Foucault réunis dans les quatre volumes de ses Dits et écrits (Gallimard, 1994 ).

Il est vrai que Foucault a repris à son compte, en quelques occasions, la formule « tout est politique ». Par exemple, dans un interview donné à la Quinzaine littéraire en 1977, il écrit que « l’ensemble des rapports de force dans une société donnée constitue le domaine de la politique » et plus loin il ajoute : « dire que « tout est politique », c’est dire cette omniprésence des rapports de force et leur immanence à un champ politique ; mais c’est se donner la tâche encore à peine esquissée de débrouiller cet écheveau indéfini » (D et E, vol. 3, p. 233 sq). Foucault joue ici sur la polysémie du mot « politique » qui vient du grec « polis » et qui désigne, au sens large, l’ensemble des pratiques et des institutions d’une communauté de citoyens. Cela n’empêche pas que Foucault a maintes fois souligné que ce qu’il appelait « les rapports de force dans une société donnée » étaient en réalité des relations de pouvoir qui pouvaient être politisées, mais ne l’étaient pas toujours.

Je me suis inspiré de ces analyses dans mes propres travaux de socio-histoire en partant du principe qu’on pouvait envisager les liens sociaux comme des relations de pouvoir à condition de renoncer à la vision dénonciatrice du pouvoir (conception dénonciatrice que Foucault a lui-même rejetée lorsqu’il a produit le concept de « gouvernementalité »). Certes, les relations de pouvoir peuvent engendrer des formes de domination sociale, mais elles cimentent aussi des liens de solidarité (par exemple, les parents qui veulent éduquer leurs enfants pour qu’ils puissent devenir des adultes autonomes doivent entrer avec eux dans des relations de pouvoir).

La confusion entre pouvoir et politique occulte donc un phénomène fondamental qu’on appelle la politisation. Confusion à laquelle échappe Foucault quand il écrit : « le problème n’est pas tellement de définir une position politique (ce qui nous ramène à un choix sur un échiquier déjà constitué), mais d’imaginer et de faire exister de nouveaux schèmes de politisation ». Le mot « politisation » est ici essentiel car il s’agit d’un processus qui permet de rendre visible dans l’espace public des relations de pouvoir qui n’avaient rien de politique au départ. C’est ce processus qu’il faut prendre en compte pour comprendre le rôle que jouent ceux que j’appelle « les professionnels de la parole publique » (politiciens, journalistes, experts, intellectuels) dans le champ politique. C’est aussi à ce niveau que peut intervenir l’universitaire en diffusant, au-delà des cercles spécialisés, les résultats de ses recherches pour rendre publiques des souffrances, des formes de domination ou de solidarité qui étaient invisibles jusque là, ce qui permet aux acteurs du champ politique de s’en emparer pour défendre de nouvelles causes.

Cela n’a évidemment rien à voir avec les polémiques d’actualité visant à savoir si « la gauche s’occupe trop ou pas assez des « minorités » ». C’est justement pour se démarquer de ce type d’intervention que Foucault a proposé le terme d’intellectuel « spécifique ».

Si je me suis toujours élevé contre le slogan « tout est politique », c’est surtout parce qu’il masque le rôle que jouent les intellectuels dans le processus de politisation des rapports sociaux. Comme tous les autres acteurs du monde social, les intellectuels sont pris, eux aussi, dans des relations de pouvoir qu’il faut mettre au jour si l’on veut pousser l’analyse du champ politique jusqu’au bout.

L’article de Foucault sur lequel s’appuie Fassin pour affirmer que le savoir est un des lieux du politique, commence par cette phrase : « Pendant longtemps, l’intellectuel dit « de gauche » a pris la parole et s’est vu reconnaître le droit de parler en tant que maître de vérité et de justice ». (Michel Foucault, « La fonction politique de l’intellectuel », Politique-Hebdo, 29/11/1976, repris dans D et E, II, p. 109 sq). La cible de Foucault, à ce moment-là, c’était l’intellectuel universel qu’avait incarné Jean-Paul Sartre dans les décennies d’après-guerre. C’est lui qui est visé quand Foucault écrit : « J’ai toujours tenu à ne pas jouer le rôle de l’intellectuel prophète qui dit à l’avance aux gens ce qu’ils doivent faire et leur prescrit des cadres de pensée, des objectifs et des moyens qu’il a tirés de sa propre cervelle en travaillant enfermé dans son bureau parmi les livres ». (D et E, IV, p. 638).

Il oppose à cette figure de l’intellectuel universel, celle de l’intellectuel spécifique pour souligner que la seule légitimité qu’un universitaire peut avancer pour justifier son intervention dans le débat politique tient à la compétence spécialisée qu’il a acquise dans un domaine de la recherche savante. Foucault a lui-même donné de multiples exemples de cette posture, puisque la plupart de ses propos publics s’appuyaient sur ses propres recherches empiriques que ce soit sur la folie, la prison, la sexualité, etc.

Quand Foucault écrit que « le travail de l’intellectuel n’est pas de modeler la volonté politique des autres », (D et E, IV, p. 676), c’est bien la fonction de porte-parole que s’attribuent fréquemment les intellectuels qui est interpellée. C’est pour répondre à cette interrogation qu’il a forgé la notion de « problématisation ». L’universitaire peut mobiliser les connaissances qu’ils a acquises grâce à ses travaux spécialisés pour intervenir dans l’espace public comme un intellectuel spécifique, afin de « dégager les systèmes de pensée qui nous sont devenus familiers, qui nous paraissent évidents et qui font corps avec nos perceptions, nos attitudes, nos comportements ». (D et E, IV, p. 676). « Problématiser » les questions d’actualité ne consiste donc pas à multiplier dans les médias des commentaires critiques. Il s’agit au contraire d’appréhender ces questions autrement, en prenant une distance par rapport à la sphère politico-médiatique et sa façon de fabriquer de faux-problèmes (comme l’immigration, le communautarisme, etc).

L’intellectuel spécifique intervient dans l’espace public afin de « poser des problèmes, les faire travailler », de façon à ce « qu’au sein même de la société les données du problème soient modifiées et que les impasses se débloquent. En somme, en finir avec les porte-parole ». (D et E, IV, p. 86). On voit clairement ici le lien avec la citation de Francis Ponge que j’ai placée en exergue de ce blog. Foucault explique en effet que « sa critique a pour objectif de permettre aux autres de parler, sans mettre de limites au droit qu’ils ont de parler ». (D et E, II, p. 815-16). C’est d’ailleurs sur ce point qu’avait tout particulièrement insisté Gilles Deleuze dans son entretien avec Foucault paru le 4 mars 1972 dans l’Arc sous le titre : « les intellectuels et le pouvoir » (D et E, II, p. 306 sq) : «  Vous avez été le premier à nous apprendre quelque chose de fondamental (…) : l’indignité de parler pour les autres ».

C’est ici qu’apparaît la divergence principale entre l’intellectuel spécifique (tel que je le conçois) et l’intellectuel critique. Alors que ce dernier critique tous les pouvoirs, sauf celui qu’il détient, Foucault définit l’intellectuel spécifique comme celui qui est capable de se critiquer lui-même. Il a fréquemment reconnu les points faibles de ses propres recherches, les réponses inadéquates qu’il avait parfois apportées aux questions qu’il se posait. Cette posture auto-critique correspondait à ce qu’il a appelé « l’éthique de l’intellectuel » qui consiste à « se rendre capable en permanence de se déprendre de soi-même » (D et E, IV, p. 675).

Pour en terminer avec la définition foucaldienne de l’intellectuel spécifique, je voudrais souligner le rôle que Foucault a joué, dans les dernières années de sa vie, pour défendre l’autonomie de la recherche savante. Il s’est fermement opposé aux intellectuels médiatiques comme Jacques Attali auquel il reprochait de « brouiller les sources » pour faire croire qu’on pouvait être à la fois un savant et le conseiller du prince. Symbole d’un « irrespect pour le travail qui précisément m’étonne » disait-il (D et E, IV, p. 366). C’est pour lutter contre cette confusion des genres qu’il a lancé la collection « Des travaux » (1983) dont le but était d’établir des relations « de ceux qui travaillent à ceux qui travaillent. Il est bon que la lecture se généralise, mais il ne faut pas que les différents mode d’édition soient confondus » (D et E, IV, p. 366).

J’en viens maintenant à ce que Mark Lilla affirmait dans sa polémique avec Eric Fassin en disant : « le simplisme bourdieusien se porte bien en France ». Pour ne pas être « simpliste », je vais devoir rappeler aux lecteurs de ce blog comment Pierre Bourdieu a abordé la question des rapports entre le savant et le politique. On peut suivre l’évolution de sa réflexion sur ce sujet dans le remarquable petit livre intitulé Propos sur le champ politique (PUL, 2000) publié par les Presses Universitaires de Lyon, qui rassemble des études, des conférences et des interviewes de Bourdieu à différents moments de sa carrière.

A la différence de Foucault, qui a toujours refusé d’être défini par son identité d’universitaire, Bourdieu a d’emblée présenté la sociologie comme un « métier », s’inscrivant ainsi dans le sillage de Marc Bloch et de son livre célèbre sur le « métier d’historien » (Armand Colin, 1949). Affirmer cet ancrage socio-professionnel, c’était déjà une manière de plaider pour une séparation du savant et du politique. Tout au long de sa vie, Bourdieu n’a cessé en effet de défendre l’autonomie de la sociologie contre ceux qui, à l’instar d’Eric Fassin aujourd’hui, la voyait comme une manière parmi d’autres de faire de la politique. « Certains sociologues se sentent tenus de servir. Servir qui et quoi ? La sociologie doit d’abord affirmer son autonomie ; elle doit toujours être aussi pointilleuse et vigilante sur la question de son indépendance ». (Pierre Bourdieu, Réponses, Le Seuil, 1992, p. 161).

Cela n’a pas empêché qu’il ait été constamment préoccupé par la question de l’utilité sociale de la science sociale. Il le redit clairement dans le petit ouvrage des PUL que j’ai cité plus haut : « C’est une sorte de devoir civique de rendre à l’Etat qui me paye et à mes concitoyens ce que je crois être le savoir sur le monde social » (p. 44). Et il enchaîne aussitôt en faisant référence aux nombreux travaux empiriques qu’il a produits avec ses équipes de recherche sur les musées, sur l’école, etc. Dans cette citation, le mot essentiel c’est « devoir civique ». Aux yeux de Bourdieu, il existe en effet une différence majeure entre le politique et le civique. Affirmer que « tout est politique » c’est une manière, selon lui, d’occulter la domination qu’exercent les professionnels de la parole publique dans le champ politique. Il considère que cette occultation est une dimension du pouvoir que détiennent les producteurs de biens symboliques car, comme le dit Philippe Fritsch dans l’introduction à ce volume, ce pouvoir suppose « la méconnaissance de la violence symbolique qui s’exerce à travers lui » (p. 21).

Le premier problème que rencontre le sociologue qui sort de son laboratoire pour s’exprimer sur des questions politiques tient au fait que « l’accès à l’espace public est contrôlé presque complètement aujourd’hui par les journalistes » (p. 74). Ceux d’entre eux qui occupent le pôle dominant du champ médiatique imposent chaque jour ce qu’on appelle « l’actualité ». Etant donné que l’actualité est « ce qui se donne à comprendre de manière immédiate » affirme Bourdieu en faisant référence à Walter Benjamin, le sociologue doit rompre avec cette illusion, non seulement pour avoir de bonnes réponses, mais aussi pour poser de bonnes questions (p. 27).

Malheureusement, le sociologue ne parvient pratiquement jamais à faire accepter ses questionnements savants car, ajoute Bourdieu, « pour être en désaccord sur une formule politique il faut être d’accord sur le terrain du désaccord ». Autrement dit, tant que le sociologue répond aux questions qui sont acceptées dans le champ politico-médiatique, il peut y trouver sa place, mais s’il pose d’autres questions il n’a guère de chance d’être entendu. Voilà pourquoi Bourdieu a livré ce constat désabusé dans ses Méditations pascaliennes (Seuil, 1997, p. 230) : « une proposition scientifique, c’est comme une bulle du pape sur la régulation des naissances, çà ne prêche que les convaincus ». Les seuls qui parviennent à se faire entendre, ajoute-t-il, ce sont « les représentants les plus divulgués de la corporation, qui ne peuvent hélas, que renforcer l’image politico-journalistique de la discipline ». (Ibid, p. 16).

Un autre obstacle auquel se heurte le sociologue soucieux d’assumer son rôle civique tient à l’usage qu’un certain nombre de journalistes font de ses travaux scientifiques. « Un des problèmes est de savoir comment on peut se protéger contre cette instrumentalisation » (Propos …, p. 42).

L’importance que Pierre Bourdieu accorde au pouvoir symbolique explique que la question des porte-parole ait occupé dans son œuvre une place encore plus grande que dans celle de Michel Foucault. Bourdieu part du principe que les inégalités sociales s’ancrent dans les rapports économiques, mais qu’elles s’étendent à tous les niveaux d’une société. Il insiste sur le fait que le rapport au langage est le lieu d’une inégalité fondamentale. Dans la Distinction (Minuit, 1979, p. 537), il avait déjà fait ce constat : « on peut être en mesure de résister à l’argumentation sans être capable d’argumenter la résistance et moins encore d’en formuler explicitement les principes ». C’est pourquoi le passage entre expérience et expression passe nécessairement par les professionnels du discours. Il ne s’agit pas, là non plus, d’une dénonciation, puisque la délégation de parole est le seul moyen dont les démunis disposent pour espérer se faire entendre.

Néanmoins, une telle inégalité pose le problème du type de pouvoir que détiennent les privilégiés du langage. Bourdieu estime que c’est l’une des principales questions que la sociologie du champ politique doit élucider. Elle concerne au premier chef les dirigeants des partis qui sont en concurrence entre eux pour le monopole du droit de parler et d’agir au nom des profanes. L’irruption du Front national dans l’espace public français à partir des années 1980 est vue par Bourdieu sous l’angle d’une « lutte de classement ». Si j’arrive à faire croire que le clivage principal de la société française oppose les nationaux et les étrangers, j’obtiens une structure du champ politique complètement différente de celle qui découle du clivage opposant les riches et les pauvres. C’est pourquoi l’un des enjeux majeurs de la politique est l’imposition légitime de principes de vision et de division du monde social.

Les intellectuels – y compris les sociologues quand ils interviennent dans le débat public – contribuent à la redéfinition des formes de classement et de catégorisation publiques ; ce qui les expose « au problème très difficile » dit Bourdieu «  d’entrer dans la politique sans devenir des politiques » (Propos…, p. 68).

Comme Foucault, Bourdieu était convaincu que pour clarifier ce problème, les intellectuels devaient commencer par utiliser les armes de la critique pour se critiquer eux-mêmes. « Il est certain » affirme-t-il « que ceux que Max Weber classait dans « l’intelligentsia prolétaroïde », c’est à dire les intellectuels mineurs, les demi-savants, ont souvent trouvé dans l’intervention politique, au cours de l’histoire, l’occasion d’une revanche contre ceux qui dominent le monde intellectuel ». Cela a été le cas avec le nazisme, le stalinisme, ou la Révolution chinoise. Voilà pourquoi, ajoute Bourdieu, « la critique sociologique de l’institution intellectuelle » est fondamentale. Il la juge nécessaire aussi si l’on veut combattre ce qu’il appelle le « racisme de l’intelligence » dont font souvent preuve les « détenteurs du capital culturel » quand ils oublient qu’ils sont eux-mêmes « les héritiers des familles cultivées ». « En un mot, qui sera le mot de la fin, je dirai seulement que nul ne doit être à l’abri de la critique sociologique, même et surtout pas les intellectuels critiques » (Propos…, p. 107).

A partir de 1995, et de son engagement au côté des cheminots en grève, Bourdieu a quelque peu infléchi sa position. Dans un cheminement inverse à celui de Foucault, il a renoncé partiellement au principe d’autonomie de la sociologie pour s’investir plus directement dans le champ politique. Néanmoins, il vaut mieux parler d’élargissement plutôt que de renoncement car Bourdieu s’est alors lancé dans une vaste entreprise visant à construire un intellectuel collectif, à l’échelle européenne, regroupant des universitaires, des journalistes, des artistes qui partageaient les mêmes idéaux civiques, mais dans le respect des compétences de chacun. C’est à ce moment-là qu’il a proposé la mise en place de « réseaux critiques, rassemblant des « intellectuels spécifiques» (au sens de Foucault) dans un véritable intellectuel collectif (souligné dans le texte) capable de définir lui-même les objets et les fins de sa réflexion et de son action, bref autonome » (Contre-Feux, 2, Raison d’agir éditions, 2001, p. 35). Tel fut l’enjeu principal du réseau « Raisons d’agir » auquel j’ai apporté ma modeste contribution.

Dans l’un de ses tout derniers entretiens (« À contre-pente », Vacarme, n° 14, Hiver 2000), Pierre Bourdieu a proposé une ultime définition de l’intellectuel : « On dit ‘intellectuel engagé’, moi je dis : ‘responsable’. C’est un peu vieillot, ça fait un peu durkheimien. C’est une grande responsabilité si on croit que la sociologie est une science ; or je le crois ».

Plutôt que d’alimenter des débats stériles sur la « véritable » définition de l’intellectuel spécifique, je pense que ceux qui se reconnaissent dans les réflexions que j’ai développées ici pourraient se retrouver autour de cette notion d’ « intellectuel responsable ». Même s’ils n’ont pas vécu à l’âge des réseaux sociaux, les réflexions de Foucault et de Bourdieu sur l’articulation du savant et du politique restent précieuses pour comprendre les transformations qui ont affecté notre espace public depuis une quinzaine d’années. Foucault avait noté qu’en raison de la démocratisation de l’université, du développement de la télévision, etc., le type d’intellectuel que seul Sartre pouvait incarner au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avait été mis à la portée de tout le monde dans les années 1970. Cette démocratisation avait donné aux travaux universitaires un écho qui débordait largement désormais le cercle des spécialistes. L’inconvénient de cette « entropie » ajoutait Foucault, c’est qu’elle avait engendré ce qu’il appelait « le toboggan de la pensée philosophique ». Les recherches savantes finissaient en slogan et la philosophie était en train de devenir une « matière de consommation courante ». (D et E, IV, p. 454 sq).

La multiplication des chaînes d’information en continu et l’irruption des réseaux sociaux ont accéléré dans des proportions que Foucault n’aurait même pas imaginées, ce processus d’entropie. Les sciences sociales sont devenues, à leur tour, une « matière de consommation courante ». Nous avons pu constater, Stéphane Beaud et moi, que notre ouvrage Race et sciences sociales (Agone, 2021) avait été immédiatement pris dans la spirale de ce fameux « toboggan ». Nos analyses ont ainsi été converties en slogan, ou en sondage d’opinion, du genre : « Etes-vous pour la classe ou pour la race ? Cochez la bonne case ».

Comme je l’ai déjà dit dans mon dernier blog, les réseaux sociaux ont permis la formation d’un espace public intermédiaire. Conjugué à l’élévation constante du niveau scolaire des nouvelles générations, ce phénomène a accéléré la démocratisation de notre vie publique. Des gens qui n’ont aucune compétence spécifique en sciences sociales, et qui ont donc tendance à voir le monde uniquement à l’aide des catégories que leur fournissent ceux qui dominent la sphère médiatico-politique, peuvent désormais participer aux débats publics. Beaucoup d’entre eux, souvent pour des raisons qui sont en lien avec leur histoire personnelle, sont particulièrement sensibles à la question du racisme. Cet engagement civique est puissamment stimulé par les médias qui placent constamment ce sujet au centre de l’actualité car c’est l’un des meilleurs moyens aujourd’hui de mobiliser les affects du grand public et donc de booster l’audimat pour engranger des recettes publicitaires. Ce contexte rend particulièrement difficile le travail des chercheurs. Le simple fait de s’interroger sur le type de pouvoir que détiennent les porte-parole des mouvements antiracistes est vu comme une « dénonciation ». Mettre en doute l’idée que la question du racisme serait encore « taboue », alors qu’elle fait constamment la une des grands médias, est pris par certains comme une manière de minimiser, voire même de cautionner, le racisme. Alors que je suis convaincu, pour ma part, qu’il faut aborder ces questions de front si l’on veut lutter plus efficacement contre le racisme et contre les formes de domination symbolique qu’elles charrient.

La violence verbale qui s’exprime aujourd’hui à jets continus sur les réseaux sociaux reflète, paradoxalement, la pacification des rapports sociaux. Les « intellectuels prolétaroïdes » dont parlaient Max Weber et Pierre Bourdieu se contentent désormais, pour la plupart, d’insulter sur ces plate-forme numériques ceux qui croient encore utile de transmettre au plus grand nombre les connaissances qu’ils ont produites au cours de longues années de travail, alors qu’auparavant il arrivait souvent que les affrontements se déroulent dans la rue, à coups de poings ou à coups de fusil. Je ne trouve pas scandaleux pour ma part que celles et ceux qui se sentent heurtés dans leurs convictions par ce que j’ai pu écrire, puissent réagir de façon agressive. Mais au lieu de me situer sur le même terrain qu’eux, en empruntant à mon tour des chemins qui ne mènent nulle part, je préfère mobiliser les ressources que nous offrent aujourd’hui les réseaux sociaux pour expliquer en quoi consiste notre travail de chercheur, ce qui suppose de refuser énergiquement la confusion entre le savant et le politique.

Voir de plus:

Débat : la gauche s’occupe-t-elle trop des minorités ?

L’essayiste américain Mark Lilla estime que l’obsession des identités occulte la notion de bien commun. Le sociologue français Eric Fassin conteste cette thèse.

Propos recueillis par Marc-Olivier Bherer

Le Monde

01 octobre 2018

Si Mark Lilla et Eric Fassin se connaissent depuis les années 1990, alors qu’ils enseignaient à la New York University, et se revendiquent tous deux de la gauche, ils entretiennent pourtant des points de vue farouchement opposés.

Mark Lilla, essayiste et professeur de sciences humaines à l’université de Columbia (New York), publie début octobre La Gauche identitaire (Stock, 160 pages, 16 euros) une dure critique du progressisme américain, selon lui englué aujourd’hui dans des luttes culturelles en faveur des minorités.

Eric Fassin est quant à lui sociologue et codirige le département d’études de genre à l’université Paris-VIII-Vincennes-Saint-Denis. Il a notamment publié Populisme : le grand ressentiment (Textuel, 2017) et Gauche : l’avenir d’une désillusion (Textuel, 2014).

La gauche américaine s’est enferrée, selon Mark Lilla, sur la question identitaire, renvoyant chacun à ses « appartenances personnelles » pour mieux défendre les minorités. Mark Lilla, pouvez-vous nous en dire davantage ? Eric Fassin, ce diagnostic vous convainc-t-il ?

Mark Lilla : La critique fondamentale que j’adresse à la gauche identitaire porte sur le repli sur soi qu’elle promeut. A force d’inciter chacun à s’interroger sur les différentes identités qui le traversent, de race, d’orientation sexuelle, etc., cette gauche est moins en mesure de remporter des élections là où il le faudrait pour, ensuite, défendre les droits des minorités, ou atteindre tout autre objectif.

Rappelons que les Etats-Unis sont une fédération qui laisse de larges pouvoirs aux Etats. Ces derniers ont la liberté d’adopter leurs propres lois et d’interpréter les textes fédéraux comme ils l’entendent. Si vous voulez aider les gays et les Afro-Américains en Iowa, un Etat blanc et profondément religieux, il faut y gagner des élections, et pas seulement en Californie ou à New York. Et pour cela, il faut développer une vision du bien commun et de l’avenir du pays susceptible d’inspirer autant de gens que possible et de les rassembler.

Se concentrer de façon obsessive sur les « différences sociales » est l’exact contraire de ce qu’il faudrait faire. Les mouvements sociaux opposés à Donald Trump sont incorrigibles tant ils répètent cette erreur, mais je suis heureux de constater que les choses se sont un peu améliorées au sein du Parti démocrate cette année.

La menace du trumpisme a attiré de nombreux nouveaux candidats, venant de différents groupes sociaux. Et ceux qui sont en bonne position pour l’emporter lors des élections de mi-mandat du 6 novembre ne mettent pas l’accent sur leurs identités personnelles, ou celles des autres. Ils se concentrent sur des problèmes politiques concrets et sont animés d’une véritable envie de rassembler.

Eric Fassin : En réalité, Mark Lilla va plus loin dans la polémique que cette simple critique pragmatique. Au lendemain de la victoire de Donald Trump, dans une tribune qui fit grand bruit, il en rendait responsable ce qu’il appelle la « gauche identitaire » : « Quand on joue au jeu de l’identité, il faut s’attendre à perdre. »

Aujourd’hui, dans l’essai qui prolonge cet article, il redouble l’attaque : « La politique identitaire, c’est du reaganisme pour gauchistes. » Il ranime la querelle lancée par les néoconservateurs, au début des années 1990, contre le « politiquement correct ». Or il y a là un biais « ethnocentrique » : voilà un universitaire qui traduit son exaspération contre les « radicaux de chaire » en explication de l’élection du président des Etats-Unis.

Pour Salvador Dali, la gare de Perpignan était le centre du monde. Pour Mark Lilla, c’est l’université Columbia. Cette illusion sociologique est redoublée par un problème politique. Il est vrai que Donald Trump a surfé sur le racisme et le sexisme pour attiser le ressentiment contre Barack Obama et Hillary Clinton. Imputer son triomphe aux universitaires qui parlent de genre et de race, n’est-ce pas inverser les causes et les effets ? C’est faire comme ceux qui, en France, accusent les antiracistes d’être responsables de la montée du racisme.

Comment la gauche en est-elle venue à adopter ce point de vue identitaire ?

M. L. : Depuis l’effondrement du mouvement étudiant dans les années 1960, il y a eu deux développements importants au sein de la gauche américaine.

Premièrement, un retrait de la politique institutionnelle (des partis et des élections) pour s’investir plutôt dans des mouvements sociaux mobilisés en faveur de causes justes portées par des groupes identitaires précis : les femmes, les Afro-Américains, les gays, etc.

Deuxièmement, la gauche ne cherche plus à mobiliser la classe ouvrière autour d’enjeux économiques, préférant lutter pour une réforme culturelle conduite par des élites diplômées. Elle a deux objectifs en tête : amener les Américains à être plus tolérants et placer les groupes marginalisés au cœur du récit national. Ces deux projets ont été couronnés de succès. Mais le prix à payer s’est avéré élevé.

La gauche identitaire domine largement sur le plan culturel, mais elle est dépourvue de pouvoir politique. Ce déséquilibre s’explique par le fait qu’elle a perdu tout contact avec une grande partie du pays. Par exemple, 20 % des Américains sont évangéliques, tandis que moins de 0,5 % se déclarent transgenres. La gauche identitaire a beaucoup de choses à dire à propos de la cause transgenre, mais elle ne sait pas comment s’adresser aux évangéliques, qu’elle regarde généralement avec mépris.

Il ne s’agit pas de flatter un groupe ou l’autre. Ce qu’il faut c’est une gauche capable d’avancer une vision politique du bien commun à laquelle des citoyens appartenant à ces deux groupes peuvent adhérer et qu’ils seront prêts à défendre au sein de nos institutions. Aujourd’hui, la classe ouvrière est peut-être conservatrice sur le plan culturel ; il n’empêche qu’elle souffre des effets de la mondialisation et qu’elle n’est représentée ni par les démocrates obsédés par l’identité ni par les républicains néolibéraux. Ils sont donc susceptibles de se laisser séduire par un démagogue délirant comme Donald Trump. Voilà ce que j’entends par la démission de la gauche.

Eric Fassin, sans doute voyez-vous la « gauche identitaire » d’un meilleur œil. Comment la nommeriez-vous ?

E. F. : Je parlerais plutôt d’une gauche minoritaire. A la différence des communautés, les minorités n’ont pas forcément une culture commune ; mais elles ont en partage une expérience de discrimination.

Les femmes n’ont pas toutes la même identité ; mais toutes savent ce qu’est le sexisme, #metoo l’a bien montré. L’homophobie, la transphobie ou le racisme constituent pareillement des minorités d’expérience. Bref, « c’est l’antisémite qui fait le juif » (Sartre).

En France, dès que les minorités se font entendre, on les taxe de communautarisme ; aux Etats-Unis, on se récrie : « politique identitaire ». Mais pourquoi l’égalité demandée par des minorités ne serait-elle pas universaliste ?

Le mouvement Black Lives Matter [créé contre les violences policières envers les Noirs] pose des questions à toute une société aveugle au racisme ordinaire. En quoi est-il identitaire ? En France, quand des hommes noirs ou arabes meurent sous les coups de la police, cette violence d’Etat n’est-elle pas l’affaire de tout le monde ?

D’un côté, Mark Lilla dénonce l’individualisme ; de l’autre, il n’aime les mouvements sociaux qu’au passé, à l’époque de Martin Luther King. C’est réduire la politique aux seules élections. Cette logique majoritaire l’amène à juger que les revendications transgenres ne pèsent pas grand-chose dans les urnes. Certes, mais qui eût cru qu’aux Etats-Unis le mariage s’ouvrirait si vite aux couples de même sexe ? Qu’ils aient un pied dans l’université ou pas, les mouvements sociaux peuvent influer sur la société et infléchir les élections.

Aux Etats-Unis, 1992 fut « l’année de la femme » : plusieurs furent élues [au Sénat], portées par une vague d’indignation après la nomination à la Cour suprême d’un juge accusé de harcèlement sexuel…

M. L. : La réponse d’Eric Fassin est typique de la gauche identitaire, de son refus de prendre ses responsabilités politiques. « Influer sur la société, infléchir les élections ? », les ambitions de la gauche aujourd’hui se limitent-elles à cela ? Pauvre Jaurès !

Le mouvement identitaire aux Etats-Unis ne vise plus véritablement à étendre les droits légaux des minorités, cet objectif a été largement atteint, grâce aux mouvements sociaux du passé. Le défi est maintenant de s’assurer que ces droits sont respectés, ce qui demande de pouvoir s’appuyer sur nos institutions démocratiques, ce qui signifie qu’il faut gagner des élections. Le mouvement identitaire ne vise plus que la découverte de soi et la reconnaissance sociale de l’identité choisie par chacun.

La conscience identitaire a remplacé la conscience politique, particulièrement auprès des jeunes gens. Ce courant de pensée a d’abord transformé nos universités et en a fait des théâtres pseudo-politiques où se mettent en scène des mélodrames moralisateurs.

Il s’attaque maintenant à la presse et l’édition : de stricts contrôles sont désormais exercés pour déterminer ce qui peut être dit, comment cela peut être dit et par qui. Récemment, la grande institution du journalisme de gauche radicale, l’hebdomadaire The Nation, a présenté des excuses pour avoir publié un poème qui utilisait le mot cripple (« handicapé »), un terme considéré discriminatoire. L’auteur a aussi exprimé des regrets absolument abjects.

Toute cette énergie gâchée ! La gauche identitaire ne souhaite pas prendre part à la dure tâche qui consiste à dialoguer avec ses concitoyens et à tenter de les convaincre de rejoindre une large entreprise de réorientation de la société. Elle n’a que mépris pour ceux qu’elle juge insuffisamment éveillés, elle préfère se replier dans des enclaves où ils peuvent se sentir en sécurité. Son geste politique le plus audacieux est de cliquer. Tweetons enfants de la patrie…

E. F. : Je m’étonne qu’à l’heure où le juge Brett Kavanaugh devrait faire basculer la Cour suprême des Etats-Unis très à droite, Mark Lilla considère que la question des droits est réglée aux Etats-Unis. En effet, on peut s’attendre par exemple à une remise en cause du droit à l’avortement. Je ne partage pas non plus sa sévérité à l’égard de la jeunesse. Les mobilisations pour inciter à s’inscrire sur les listes électorales et à voter ne trouvent-elles pas grâce à ses yeux ? Et encore une fois, pourquoi opposer l’élection à la manifestation, comme si manifester n’était pas aujourd’hui un enjeu démocratique ?

Mark Lilla semble croire que plus on manifeste, moins on vote. En réalité, la mobilisation dans la rue est aussi une condition de la mobilisation électorale.

En tout cas, les suprémacistes blancs, eux, n’hésitent pas à manifester – rappelons-nous les manifestations Unite the Right en 2017 à Charlottesville [en Virginie, lors desquelles une contre-manifestante avait perdu la vie dans l’attaque à la voiture bélier d’un militant d’extrême droite] – et Donald Trump les renvoie dos à dos avec la jeunesse antifasciste qui a le courage de leur faire face ; ne sont-ils pas en train de défendre la démocratie, au risque de leur vie ?

En France, lorsque Génération identitaire bloque la frontière franco-italienne, ce sont les contre-manifestants qui s’exposent à la justice. Contre le délit de solidarité, ils parviennent à faire reconnaître le principe de fraternité par le Conseil constitutionnel : ne faut-il pas applaudir cette victoire démocratique ? Pourquoi railler le « narcissisme » d’une jeunesse qui fait reculer l’Etat [sur le projet d’aéroport de] Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), et avancer la cause écologique ?

M. L. : Et moi, je m’étonne qu’au moment où le droit à l’avortement est mis en cause aux Etats-Unis, la gauche américaine et Eric Fassin refusent de reconnaître la priorité absolue de gagner les élections et de prendre le pouvoir institutionnel.

Pour quoi le juge Kavanaugh est-il candidat à la Cour suprême ? Parce qu’il nous manquait des manifs à Brooklyn et à Berkeley ? Non. C’est parce que les Républicains contrôlent le vaste centre de mon pays et que la gauche identitaire manque d’une vision de notre destin commun. Manifestations, piège à cons, dirais-je pour détourner la formule de Sartre.

La gauche s’est-elle désintéressée des classes populaires ? Entre le centre gauche et la gauche identitaire ou minoritaire, qui est responsable du sentiment d’abandon qui s’est diffusé dans les milieux ouvriers ?

E. F. : Partout, la conversion des sociaux-démocrates au néolibéralisme s’est faite aux dépens des classes populaires, et au bénéfice des plus riches. C’est ce qui fragilise la démocratie : comment croire aux élections quand leur résultat ne change rien ?

Les ouvriers de gauche sont tentés par l’abstention, ceux de droite par l’extrême droite. Hillary Clinton n’a pas trop courtisé les minorités, ni trop rejeté les « déplorables » : racistes, sexistes et homophobes n’auraient jamais voté pour elle. C’est la continuité des politiques néolibérales, de Bill à Hillary Clinton, en passant par Barack Obama, qui explique la désaffection populaire.

Or cette interprétation est balayée en une phrase : « Si les démocrates ont perdu du terrain, ce n’est pas, nous dit Mark Lilla, parce qu’ils ont trop dérivé à droite, notamment en matière économique. » Il a beau citer Marx, il n’a donc que faire de l’économie : tout serait culturel ! Quand il invite la gauche à « créer un lien », ce n’est pas avec les ouvriers au chômage de la Rust Belt [« ceinture de la rouille », soit l’ancien nord-est industriel des Etats-Unis] ; c’est avec « les pentecôtistes du Sud et les propriétaires d’armes à feu des Rocheuses ». Non pas les classes populaires, mais le peuple de droite.

En France, on aime croire qu’il faudrait choisir : les ouvriers ou les minorités ? C’est une fausse alternative : les minorités sont surreprésentées dans les classes populaires (et inversement !) ; et il n’y a aucune raison d’opposer les politiques de reconnaissance et de redistribution. Il faut donc cesser d’opposer le social au sociétal.

Ce sont Trump et Le Pen qui jouent la race contre la classe – pas les minorités, qui ont trop à perdre à ce jeu. Parler d’intersectionnalité, soit de la pluralité des logiques de domination qui se cumulent ou se compensent, ce n’est pas creuser des clivages ; c’est penser l’articulation du sexe, de la race et de la classe.

M. L. : Eric Fassin le sociologue nous donne une image extrêmement primaire de nos sociétés : il y a des riches et des pauvres, les néolibéraux et les socialistes, les racistes et les minorités, les pentecôtistes et les profs. Faire la politique est chose facile : il ne faut que choisir votre camp. Le simplisme bourdieusien se porte bien en France.

Je ne fais pas un fétiche des classes populaires blanches, dont je suis issu. Je les connais trop bien. Je veux tout simplement sortir du jeu à somme nulle dans lequel la gauche américaine se trouve. Eric Fassin a tronqué une citation de mon livre, où je dis qu’au fond ce n’était pas une dérive à droite qui a fait perdre les démocrates. La cause, dis-je, est qu’ils « se sont retranchés dans des grottes qu’ils ont eux-mêmes creusées dans le flanc de ce qui était autrefois une magnifique montagne. »

Et quelle était cette montagne ? C’était la grande coalition d’ouvriers et de paysans, de catholiques et de protestants, de résidents du Nord et du Sud, qui entre les années 1930 et les années 1960 ont lutté pour des protections sociales et des droits constitutionnels, pour que toutes les familles américaines pussent vivre dignement. C’était un mouvement rassemblé autour d’un programme d’ambition universaliste, que Franklin Delano Roosevelt appelait « les quatre libertés » : liberté d’expression, liberté de religion, liberté de vivre à l’abri du besoin et liberté de vivre à l’abri de la peur. Pas autour de notre diversité ou différence.

Eric Fassin a tout à fait raison d’attirer notre attention sur l’aveuglement de ce mouvement, qui en grande partie a laissé les femmes et surtout les Noirs sur le bas-côté de la route. Mais le remède est de tenir et d’étendre les promesses de cette tradition : il faut nous rassembler pour faire face aux nouveaux défis de l’ère néolibérale. Et non pas nous disperser dans des groupuscules avec des revendications non négociables.

Que vous inspirent les débats en France sur les espaces non mixtes, les camps « décoloniaux » ou les revendications des Indigènes de la République ? Faut-il y voir une salutaire importation américaine ou une dérive ?

E. F. : Je trouve fascinante la fascination publique pour la non-mixité raciale : en 2016, quand un petit groupe de personnes racisées organise dans mon université alors occupée, Paris-VIII, des journées de « paroles non blanches » (ouvertes à tous, sauf un atelier en non-mixité), interpellée, la ministre de l’éducation nationale [Najat Vallaud-Belkacem] le dénonce à l’Assemblée nationale.

Or la polémique escamotait un point essentiel : c’était une mobilisation contre la « loi travail ». En 2017, l’actuel ministre de l’éducation [Jean-Michel Blanquer] a fait applaudir par tout l’Hémicycle, Marine Le Pen en tête, sa plainte « républicaine » – heureusement classée sans suite – contre le racisme d’un syndicat qui parle de racisés et de racisme d’Etat… Tout se passe comme si le racisme, en France, émanait principalement de celles et de ceux qui le subissent !

On oublie que les féministes, de longue date, recourent à la non-mixité sans faire scandale : regardez le collectif La Barbe. Ensuite, on occulte le fait que l’on se retrouve très souvent entre hommes blancs – comme pour notre débat – sans y prêter attention. Qui s’inquiète du communautarisme blanc ? Revendiquer la non-mixité minoritaire, c’est une provocation qui met le doigt sur l’aveuglement majoritaire. Enfin, la non-mixité n’est pas une philosophie ; c’est une technique : se retrouver pour échanger sur l’expérience du racisme ou du sexisme, sans avoir à se justifier devant ceux qui ne la partagent pas. Ce n’est pas la fin du monde !

M. L. : Je ne suis ces développements que de loin. Mais en discutant avec des étudiants en France, en Angleterre, en Espagne et en Allemagne l’été dernier, ils m’ont donné l’impression que ces pratiques sont de plus en plus répandues dans le monde universitaire européen. Leur contribution potentielle à la relance de la gauche m’échappe complètement.

Comment reconstruire du collectif, sans que cela revienne à imposer aux exclus de taire leurs revendications ?

M. L. : La seule façon de protéger les exclus est d’insister sur le fait qu’ils font déjà partie de « nous », et par conséquent que leur exclusion est injuste. S’il n’y a pas de « nous », comment motiver les uns d’être solidaires avec les autres ?

Plus nos sociétés deviennent individualistes et diverses, plus nous avons besoin d’établir des liens de sympathie et de devoir politique parmi nous. La rhétorique de la gauche identitaire en Amérique, qui nie l’existence d’un « nous » social, fait tout le contraire.

Sans le savoir, elle renforce l’idéologie néolibérale, qui veut nous convaincre que nous ne sommes que des « acteurs économiques», des particules élémentaires qui travaillent, consomment, et meurent seules. C’est pour cela que je parle de « reaganisme pour gauchistes » : les années 1990 étaient le berceau et du néolibéralisme, et de la politique de l’identité. Une main lave l’autre.

Je mets l’accent sur la citoyenneté parce que c’est un statut strictement politique, qui n’est en aucune façon en contradiction avec d’autres appartenances ou affinités électives : ethniques, religieuses, de genre. Je ne suis pas nationaliste et n’ai pas peur du multiculturalisme. Je m’en réjouis même – tant que le lien de citoyenneté est assez fort pour garantir la solidarité et le bien commun. Une citoyenneté ouverte, accueillante, combative – c’est ça dont nos démocraties ont besoin et que je tiens à promouvoir avec ce livre.

E. F. : Contre la gauche minoritaire, Mark Lilla se présente comme un liberal (de gauche). Demander d’être à l’écoute de la droite, est-ce vraiment un programme de gauche ? Dans la traduction, leftist est d’ailleurs rendu par « gauchiste » – ce qui n’est pas très positif… Mark Lilla n’a donc rien d’un radical. Est-il pour autant liberal ? Il dénonce sans cesse l’individualisme et la bataille pour les droits. Or fustiger, avec Houellebecq, les « particules élémentaires », c’est plutôt anti-libéral !

En fait, il est républicain. On peut donc regretter que, pour parler de la citoyenneté, il évite délibérément la question qui fâche : l’immigration. Parlons de « nous », pas d’« eux » ? En réalité, l’immigration nous rappelle que la démocratie, ce n’est pas le consensus ; c’est le dissensus. Sinon, quelle différence avec les régimes non démocratiques ? Faire de la politique, c’est défendre des valeurs contre d’autres valeurs, une vision du monde contre une autre. Comment l’oublier quand Trump est au pouvoir ?

Pour ma part, si je m’engage dans des combats minoritaires sans appartenir moi-même à une minorité, c’est que je suis convaincu que tout le monde est concerné : les discriminations minent nos sociétés. Ce qui menace le « nous », ce n’est pas que des gens dénoncent les discriminations ; c’est que tant d’autres s’en accommodent. Il ne suffit pas de proclamer que nous sommes tous citoyens. Encore faut-il que ce soit vrai. Or beaucoup se sentent dans leur propre pays comme des citoyennes ou des citoyens de deuxième zone – au mieux. Eviter d’en parler trop pour ne pas fâcher les électeurs d’extrême droite, ce n’est pas combattre, mais reculer devant ceux-ci. Ce ne sont pas les revendications des minorités qui fragmentent la société ; c’est leur relégation. Les opposer aux classes populaires, c’est encore les exclure du peuple. Soyons pragmatiques : il faut gagner les élections ! Nous sommes bien d’accord. Certes, il n’est pas sûr qu’une stratégie de gauche soit efficace. Mais il est certain que le virage à droite a été un échec.

Voir encore:

« He/she », « il/elle », « iel » : la transidentité bouscule les façons de se présenter

Les personnes transgenres indiquent dans leur « bio » sur les réseaux sociaux les pronoms par lesquels elles souhaitent être désignées. Par solidarité, des femmes et des hommes adoptent cette innovation langagière.

Pascale Krémer

Le Monde
05 février 2021

En français ou en anglais, de drôles de mentions apparaissent, ces temps-ci, dans les « bios », ces quelques lignes de présentation sur les réseaux sociaux. Dans les signatures de mails, aussi, comme sur les cartes de visite ou les badges accrochés aux sacs à dos des étudiants. « il/lui », « they/them », « elle/elle », « she/her/hers », « il/they », « il/elle » : toute une flopée de pronoms personnels sujets et compléments (et d’adjectifs possessifs) s’affichent. Sur son compte personnel Twitter, la vice-présidente des Etats-Unis, Kamala Harris, précise les siens, du genre féminin : « she/her ».

Déroutant, à première vue… Pourquoi ce besoin soudain d’exposer les pronoms que l’on souhaite voir utilisés par ceux qui parlent de nous ou s’adressent à nous ? Question de genre. Plus précisément de hiatus entre identité de genre et expression de genre. Et de solidarité entre personnes transgenres ou non binaires et personnes cisgenres.

Pardon ? On vous l’accorde, il y a de quoi se perdre dans ce vocabulaire tout neuf de la transidentité que les dictionnaires n’ont pas eu le temps d’intégrer. Qui emploie encore l’adjectif « transsexuel » trahit d’ailleurs son âge : trop médical, il renvoie à une transition physique qui n’est plus nécessairement souhaitée. « Vous voulez que je vous envoie la nomenclature du langage inclusif ? », nous propose-t-on aimablement avant interview…

« Autodétermination »

Mais revenons à nos pronoms. Les personnes transgenres (dont le genre ressenti diffère du sexe de naissance) ou non binaires (qui ne s’identifient ni au genre masculin ni au genre féminin) ont besoin d’indiquer à leurs interlocuteurs de quelle manière, donc avec quels pronoms, ils peuvent les désigner sans commettre d’impair – au masculin, au féminin ou de façon neutre. Car l’apparence physique (« l’expression de genre », disent les concernés) peut se révéler trompeuse, ne pas correspondre à l’identité de genre – le genre auquel la personne s’identifie. Bref, impossible de deviner qui est homme, femme, encore moins non binaire, en jetant un coup d’œil à la photo d’un profil sur les réseaux sociaux.

« Au début de ma transition, j’ai mis mes pronoms sur Twitter pour signifier que j’attendais qu’on s’adresse à moi comme à un homme, que je n’étais pas forcément ce qu’on voyait » Charlie, 23 ans, scénariste

« Ce qui est premier, c’est l’autodétermination, la manière dont on se définit », assure Charlie, alias « Météolol », 23 ans, grand échalas aux longs cheveux bouclés. Né fille, désormais « homme trans », ce scénariste diplômé d’un master d’études de genre s’est librement choisi pour pronoms « il/lui » en français, « they/them/he/him » en anglais.

« Au début de ma transition, j’ai mis mes pronoms sur Twitter pour signifier que j’attendais qu’on s’adresse à moi comme à un homme, que je n’étais pas forcément ce qu’on voyait. Quand je me présente dans une réunion, je dis que je suis Charlie, que j’utilise le pronom il et les accords au masculin. » Que veulent dire, alors, ces pronoms anglais pluriels « they/them » ? Dans le monde anglo-saxon, ils ont été préemptés par les personnes non binaires en quête de neutre, décode-t-on pour nous. « Je me reconnais de moins en moins dans la binarité genrée », conclut Charlie.

Le hic, c’est que, dans ce monde imparfait, exposer ses pronoms revient à s’exposer tout court. Alors, pour limiter stigmatisation et harcèlement en ligne, du soutien arrive, côté cisgenre : nullement concernées par la transidentité, des personnes à l’aise avec leur genre de naissance tentent de banaliser cette communication des pronoms en adoptant la pratique. Comme Justine, 21 ans, étudiante en éducation spécialisée, qui se définit d’un « she/her » sur Twitter : « Je mets mes pronoms en avant parce que certains, que cela dérange dans leur confort, reprochent aux personnes trans de le faire. »

Ingénieure et docteure en chimie des matériaux, Gala Chevaillier, 26 ans, @GalaMolecules sur Twitter, s’y présente comme « elle/she/her ». « Je suis cis, précise-t-elle, mais j’ai vu sur Twitter des amis transgenres qui avaient affiché leurs pronoms se prendre des remarques transphobes… Ajouter ses pronoms à sa bio, c’est faire en sorte que les personnes trans pour qui cela peut être très important soient moins ciblées. Cela crée un effet parapluie. »

Cela confère même un « sentiment de sécurité » à Kelsi Phung (« they/them » en anglais, « Iel » en français, contraction d’« il » et « elle »), 27 ans, activiste non binaire qui réalise des films d’animation : « J’ai travaillé avec des producteurs cisgenres qui indiquent leurs pronoms dans leur signature professionnelle, en bas des mails, par respect. Cela nous montre qu’ils sont un minimum renseignés sur l’identité de genre, qu’ils ne nous mégenreront pas. »

Etre mégenré ? Autre invention lexicale : se voir attribuer un genre erroné. « Que ce soit par malveillance ou par maladresse, c’est une claque, décrypte Karine Espineira, sociologue des médias et femme transgenre. Pour une personne en début de parcours de transition, cela représente un retour en arrière. Et même une violence, lorsque cela se répète. C’est lui dire : je ne te reconnais pas tel que tu affirmes être. »

Ministre transgenre

D’où la publicité faite aux pronoms. Né dans les milieux militants gay et trans, l’usage se répand chez les féministes, les étudiants en sciences sociales et, plus largement, dans la génération du millénaire.

« Il déborde du cadre militant, selon Arnaud Alessandrin, sociologue à l’université de Bordeaux. On observe un glissement de soutien, une prise de conscience que les questions d’identité de genre concernent tout un chacun. Très clairement, cela vient des Etats-Unis. » Dans les années 1950, la notion d’identité de genre y a émergé. Soixante-dix ans plus tard, des badges portant pronoms ou « Ask about my pronouns » (« Demandez-moi mes pronoms ») sont distribués dans certaines universités, à la rentrée, ou fièrement arborés par les serveurs des cafés branchés.

Une journée des pronoms (International Pronouns Day) est célébrée fin octobre. Succédant à « Google » et « Web », le pronom neutre « they » a été élu « mot de la décennie » (2010-2020) par l’American Dialect Society, qui scrute l’évolution du langage.

Lorsqu’ils sont sondés, la moitié des Américains de moins de 35 ans considèrent le genre comme un continuum plutôt que comme une notion binaire (étude « Fusion’s Massive Millennial Poll », 2015). Si demande leur est faite de se situer sur ce continuum, ils évoquent une cinquantaine d’identités de genre distinctes.

« C’est la fin de l’évidence qu’on veut croire naturelle. Les générations précédentes ont expérimenté dans le domaine de la sexualité, celles d’aujourd’hui explorent leur identité de genre » Eric Fassin, sociologue

« Le mouvement transgenre a pris de l’ampleur aux Etats-Unis à partir de 2006, grâce aux jeunes trans, résume Karine Espineira. Puis, au milieu des années 2010, on a assisté à l’explosion médiatique du sujet de la non-binarité, avec des coming out de pop stars, ou de leurs enfants. Une nouvelle terminologie s’est diffusée dans toute la société. »

Rachel Levine, la ministre adjointe de la santé tout juste nommée par le président Joe Biden, est une pédiatre transgenre. Sur la page contact du site de la Maison Blanche, on peut sélectionner les pronoms neutres « they/them » et le titre de civilité « Mx », pour échapper au dilemme « Mr » ou « Mrs ».

La France est à 3 000 milles marins de tout cela, de l’autre côté de l’Atlantique. « Le genre est omniprésent dans la langue française, remarque Eric Fassin, sociologue au département d’études de genre de l’université Paris-VIII. Dès l’école primaire, c’est tout l’apprentissage des accords, surtout à la première personne. A chaque phrase, on doit décliner son identité de genre. Et pour l’éviter, c’est un véritable gymkhana. » Le pronom personnel neutre (comme le « they » anglo-saxon employé au singulier, ou le « hen » suédois) n’existe pas, « on » ayant d’autres fonctions. D’où les néologismes « iel », « ielle » (ou « ille, ul, ulle, ol, olle, ellui, ael, aelle »…), encore très peu usités.

Si la langue française fait barrage au « trouble dans le genre », comme le nomme Eric Fassin, citant l’essai de la philosophe américaine Judith Butler (La Découverte, 2005), ces questionnements prennent de plus en plus d’importance, à l’en croire. « C’est la fin de l’évidence qu’on veut croire naturelle. Avec le pacs, puis le mariage pour tous, les nouvelles générations ont pu constater qu’il n’y a pas une nature des choses immuable. Les générations précédentes ont expérimenté dans le domaine de la sexualité, celles d’aujourd’hui explorent leur identité de genre. » En novembre 2020, 22 % des 18-30 ans interrogés par l’IFOP pour Marianne affirmaient ne pas se reconnaître dans les catégories homme ou femme.

Hausse du cyberharcèlement

Transidentité et non-binarité diffusent leurs innovations langagières. Se fraient aussi un chemin dans les médias, les séries, le showbiz. Et jusqu’en politique.

Elue en juin 2020 maire de Tilloy-lez-Marchiennes, dans le Nord, Marie Cau, femme transgenre, s’est émue de devenir « symbole d’une normalité possible ». « La honte a changé de camp, note Arnaud Alessandrin. Au printemps 2019, l’agression, à Paris, de Julia Boyer, une jeune femme trans, a marqué une rupture. L’opinion l’a majoritairement soutenue. Les discriminations transphobes sont pénalisées depuis 2016, des formations apparaissent dans les rectorats, les associations se multiplient… »

Mais la visibilité se paie, tempère-t-il, d’une hausse du cyberharcèlement. « Et la transphobie reste élevée dans notre pays. J’ai observé, à Bordeaux, que 88 % des personnes trans avaient subi au moins un acte de transphobie dans la rue, durant l’année 2018. »

En décembre 2020, Fouad, élève de terminale transgenre, a mis fin à ses jours, deux semaines après un différend avec la direction de son lycée lillois, qui s’opposait à sa venue en jupe. Andréa Valienne, responsable du « pôle trans » à l’Inter-LGBT, qui organise la Marche des fiertés, mesure le gouffre entre « les médias et le terrain » : « Les sphères sont assez étanches » Confusion des genres, androgynie reine, négation de la biologie, suprématie du ressenti, mode, lubie, surenchère délirante du politiquement correct : mettre en avant ses pronoms ou le hashtag #pronounsday sur Twitter suscite un monceau de réactions, souvent peu amènes.

« On n’est pas tous obligés d’aller communier à la chapelle des foldingues LGBT », a rétorqué un internaute au message de Gala Chevaillier justifiant sa démarche solidaire. L’« effet parapluie » censé protéger ses amis trans ne lui a pas épargné l’averse.

Voir enfin:

Impeachment 2 : Comment et Pourquoi Trump sera acquitté

Gérald Olivier

France-Amérique

8 février 2021

A Washington le second procès en destitution de Donald Trump s’ouvre. Cette procédure pourrait durer quelques jours, ou plusieurs semaines, voire plusieurs mois ! Mais on en connaît déjà l’issue, un acquittement de l’ancien président.

Comment le sait-on ?

Tout simplement parce qu’une condamnation nécessiterait le vote d’au moins soixante-sept sénateurs (sur cent), alors que le Sénat compte cinquante Démocrates et cinquante Républicains et que parmi ces derniers, quarante-cinq ont indiqué qu’ils considéraient la procédure comme inconstitutionnelle et qu’ils ne vont donc pas l’avaliser en votant pour condamner l’ancien président !

Néanmoins le procès aura bien lieu. Il est sans précédent. Aucun président avant Trump n’a été destitué deux fois, encore moins jugé deux fois. Son enjeu est d’éliminer une fois pour toutes Donald Trump de la scène politique américaine, de diviser et d’affaiblir le parti Républicain et de réduire au silence les millions d’Américains toujours fidèles à l’ancien président. Sur deux points au moins ce procès échouera. Un, Donald Trump survivra à ce nouvel assaut contre sa personne et sa légitimité. Deux, ses supporters lui garderont leur confiance et seront même galvanisés par ce qui constitue à leurs yeux un abus de pouvoir flagrant et un détournement des institutions par le parti Démocrate maitre des appareils législatif et exécutif.

Rappel des faits.

A la suite de l’envahissement du Capitole par certains supporters du président Trump, le 6 janvier, lors de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 3 novembre 2020, la Chambre des Représentants a voté la destitution (impeachment) du président Trump pour « incitation à l’insurrection » contre les institutions qu’il s’était engagé par serment à défendre. Le vote fut de 232 voix pour et 197 contre. Tous les élus Démocrates ont soutenu la motion (222) rejoints par dix élus Républicains.

Selon la Constitution des Etats-Unis, un vote à la majorité simple de la Chambre des Représentant suffit à « destituer » le président. Ce vote doit être suivi d’un procès devant le Sénat, conclu par un vote à la majorité des deux tiers pour que cette destitution soit confirmée. Le vote de la Chambre ne sert qu’à valider des « articles de destitution », équivalents de chefs d’accusation dans une procédure judiciaire classique. Le parti majoritaire à la Chambre peut voter la destitution du président, sur une base partisane, quand bon lui semble. C’est le cas des Démocrates depuis 2018.

Toutefois cela pose ici un premier problème majeur. La destitution, comme son nom l’indique, est destinée à déchoir un président de sa fonction. Or Donald Trump n’est plus président. Son mandat s’est achevé le 20 janvier. Il a quitté sa fonction. De façon pacifique. Joe Biden est le président en place. Pourquoi et surtout comment destituer un ancien président qui n’est plus en place. Sauf à se complaire dans une forme d’acharnement politique ?

Aucun président américain n’a jamais été poursuivi en destitution après avoir quitté sa fonction. Pas même Richard Nixon. La question se pose donc de la « constitutionnalité » même de la procédure. Le sénateur Républicain du Kentucky Rand Paul estime que ce procès est inconstitutionnel. Il est suivi par tous les sénateurs Républicains, sauf cinq.

Le président de la Cour Suprême, le juge John Roberts, a également mis en doute la constitutionnalité de cette procédure en refusant de présider au procès de Donald Trump. La Constitution indique que « le président de la Cour Suprême » fera office de président du tribunal, lors du procès du président devant le sénat. Mais Donald Trump étant désormais un simple citoyen, Roberts a estimé que la Constitution ne justifiait pas sa présence et a décliné le rôle. A sa place c’est le sénateur du Vermont, Patrick Leahy, un Démocrate âgé de 80 ans et « président pro tempore » du sénat qui a endossé ce rôle. De par son affiliation politique, la question de sa neutralité se pose ainsi que celle de la légitimité d’une procédure où le juge, est à la fois juge et parti…

Les fautes imputées à l’ancien président Trump sont contestées par nombre d’experts. Son discours du 6 janvier est couvert par le Premier Amendement à la Constitution, celui qui garantit et protège la liberté d’expression (entre autres). De nombreux autres discours, beaucoup plus incendiaires que celui de Donald Trump le 6 janvier, ont été délivrés au cours de l’histoire américaine, sans entrainer la destitution de leurs auteurs.

Certains de ces discours impliquent le chef de la majorité Démocrate au Sénat, Chuck Schumer, qui en 2018, au sujet de la confirmation du juge Kavannaugh à la Cour Suprême avait menacé ses collègues Républicains au son de « vous avez soulevé une tempête pour laquelle vous allez devoir payer… Vous ne saurez pas d’où vient le coup » ! Ou bien encore la vice-présidente en place Kamala Harris qui, il y a moins d’un an, justifiait les émeutes qui avaient réduit en cendres des dizaines de centre-villes aux Etats-Unis, ruiné des milliers d’entreprises, et causé la mort de dizaines de personnes, dont celle d’un policier noir à la retraite David Dorn, en disant que « rien dans notre pays n’a été obtenu sans qu’il faille combattre ». Dans la foulée elle avait levé des fonds pour payer la caution permettant de libérer les personnes arrêtées lors de ces émeutes. Un acte dénoncé comme une incitation à la violence, mais pour lequel elle n’a fait l’objet d’aucune poursuite.

Par ailleurs, la jurisprudence américaine ne reconnaît pas nécessairement de lien de cause à effet, et encore moins celui de « responsabilité pénale » entre les propos d’une personne A et les actions d’une personne B, ayant écouté ces propos. La première règle pénale aux Etats-Unis est que chacun est responsable de ses actes.

Enfin, plusieurs éléments de preuve existent, notamment des écoutes du FBI et des messages sur les réseaux sociaux, indiquant que l’action du 6 janvier avait été préméditée et planifiée à l’avance, ce qui disculpe Donald Trump d’en avoir été l’instigateur. Certains estiment même que le FBI et la police du Capitole portent en partie la responsabilité de ce qui s’est passé pour n’avoir pas pris les mesures nécessaires afin de l’éviter…

L’acte d’accusation des Démocrates est donc contestable sur le fond et sur la forme. Néanmoins le président se doit de préparer une défense et il a constitué une équipe d’avocats pour cela.

Donald Trump sera représenté par David Schoen et Bruce Castor, le premier est un avocat de l’Alabama, spécialiste des droits civiques, le second est un ancien procureur de Pennsylvanie. Les deux avocats, dont les firmes n’ont pas travaillé ensemble par le passé, ont eu très peu de temps pour se préparer. Moins de dix jours. Car ils ne sont au service de Donald Trump que depuis le 30 janvier après qu’il ait renvoyé ses anciens avocats…

En effet Donald Trump souhaitait transformer son procès en destitution en un procès de l’élection du 3 novembre, une élection dont il a toujours contesté le résultat, ce qui a mené à son discours du 6 janvier et aux évènements qui ont suivi.

Ses avocats ont rejeté cette stratégie, la jugeant suicidaire. Car, à sa base, elle constitue une contestation de la légitimité institutionnelle du résultat électoral et donc un acte séditieux… Quelle que soit la réalité des fraudes qui ont pu émailler le scrutin du 3 novembre 2020, ce scrutin est désormais clos, son résultat a été certifié et validé par les institutions américaines et il doit donc être respecté !

Donald Trump devra suivre une autre stratégie. Dès lors deux possibilités s’offrent à lui. La première est d’opter pour un procès court, moins d’une semaine, invitant les sénateurs à voter rapidement avec à l’issue le résultat attendu d’un acquittement par 45 voix contre 55 ! La seconde est, au contraire, de faire durer la procédure et de transformer son procès en un procès de la majorité Démocrate au Congrès en évoquant tous les propos des élus actuellement en place et les nombreux cas d’incitation à la violence. En gros tourner la table contre ses accusateurs et faire que l’arroseur se retrouve arrosé.

Cette stratégie est plus risquée. Mais elle peut-être beaucoup plus embarrassante pour les Démocrates. Car ce procès va être retransmis par les grandes chaines de télévision et suivi par des dizaines de millions d’Américains, y compris sur les réseaux sociaux. Non seulement cela pourrait apporter un éclairage défavorable à des nombreux élus et nouveaux membres de l’administration Biden, mais cela constituera inévitablement une distraction par rapport aux activités de l’administration Biden. Donald Trump, même s’il n’apparaîtra pas en personne, lors de ce procès, va à nouveau dominer l’actualité de toute sa stature. Son ombre va recouvrir les premiers jours de la présidence de Joe Biden alors que ce dernier tente désespérément d’asseoir sa légitimité auprès des électeurs.

Une stratégie sur la durée comporte aussi le risque de diviser ouvertement le camp Républicain. L’un des objectifs de la majorité Démocrate à travers cette procédure est évidemment de mettre les élus Républicains au pied du mur. Les obliger à prendre position pour un président dont ils estiment qu’il a menacé les institutions, ou au contraire contre ce président et dès lors à contester sa main mise sur le parti. C’est l’autre enjeu de cette parodie de procès. Favoriser la division du parti adverse pour assurer sa propre domination politique. Pour l’instant la manœuvre a échoué. Les Républicains restent très majoritairement fidèles à Donald Trump mais quelques voix se sont élevées contre lui, celle de Liz Cheney, la fille de l’ancien vice-président Dick Cheney à la Chambre, ou celle du Sénateur Ben Sasse du Nebraska. Une prolongation des débats ne ferait que favoriser des dissensions…

Qu’elle soit brève ou prolongée, il n’est pas dit que cette mascarade – car c’en est bien une, ce procès étant une affaire strictement politique et non pas judiciaire – ne se retourne contre ses auteurs. Les Américains pourraient voir d’un mauvais œil que leurs élus gaspillent leur temps et leurs impôts à financer de futiles actions motivées par des fins de politique partisane.

Cela alors que la pandémie de coronavirus pour laquelle Joe Biden avait prétendu avoir « un plan » continue de tuer les Américains en nombres records et de pénaliser l’économie, donc de menacer la survie même des ménages Américains.

Après tout, les prochaines échéances législatives sont dans vingt mois et les Américains ont, certes, la mémoire courte, mais pas forcément à ce point.

Voir par ailleurs:

Quand les intellectuels s’emparent du fouet

Orwell et la défense de l’homme ordinaire

Jean-Jacques Rosat

Chronique 2/ Chroniques orwelliennes

2004

Ce texte a pour origine une communication présentée au colloque « Le politique et l’ordinaire » organisé à l’université de Picardie (Amiens) les 5 et 6 avril 2004 par Sandra Laugier, Laurent Bove et Claude Gauthier. Il est paru sous ce même titre dans la revue Agone, 2005, no 34, Domestiquer les masses, p. 89-109 (http://revueagone.revues.org/96). On y a juste ajouté ici des intertitres. (Une version légèrement différente et sensiblement réduite est parue dans Sandra Laugier et Claude Gauthier, L’ordinaire et le politique, PUF, 2006, sous le titre « Orwell, l’homme ordinaire, les intellectuels et le pouvoir ».)

On trouvera dans la bibliographie qui figure à la fin de ces Chroniques les références complètes des livres d’Orwell cités, ainsi que celles des abréviations utilisées en notes.

1La question décisive en politique n’est pas de savoir si l’on dispose de la théorie vraie : comme toutes les théories, les théories politiques sont faillibles et partielles ; et parce qu’elles sont politiques, elles peuvent facilement devenir des instruments de pouvoir et de domination. La question politique décisive est de savoir comment, dans le monde moderne, chacun, même s’il est un intellectuel, peut rester un homme ordinaire, comment il peut conserver sa capacité de se fier à son expérience et à son jugement, comment il peut préserver son sens du réel et son sens moral.

2Cette idée est clairement formulée dans une page célèbre de 1984 :

  • 1 Orwell, 1984, p. 119.

Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : « La liberté, c’est de dire que deux et deux font quatre. Quand cela est accordé, le reste suit1.

Il y a donc un monde ordinaire. Les pierres y sont dures, et deux plus deux y font quatre.

  • 2 Orwell, Lettre à Henry Miller, 26 août1936, EAL-1, p. 292.
  • 3 Orwell, « Recension de Black Spring de Henry Miller » (1936), EAL-1, p. 296.

3Cette caractérisation du monde ordinaire à partir des jugements de perception et des jugements arithmétiques remonte, dans la pensée d’Orwell à l’année 1936 au moins, soit treize ans avant la publication de 1984. Dans une lettre à l’écrivain américain Henry Miller, l’auteur de Tropique du cancer, il déclare : « J’ai en moi une sorte d’attitude terre à terre solidement ancrée qui fait que je me sens mal à l’aise dès que je quitte ce monde ordinaire où l’herbe est verte, la pierre dure, etc.2 » Et dans une recension strictement contemporaine de Printemps noir, un roman du même Miller, Orwell explique que « le mot écrit perd son pouvoir s’il s’éloigne trop ou, plus exactement, s’il demeure trop longtemps éloigné du monde ordinaire où deux et deux font quatre3 ». Comme le fait observer le philosophe américain James Conant, les jugements de perception et les jugements arithmétiques élémentaires ont un point commun :

  • 4 James Conant, « Freedom, Cruelty, and Truth », in Robert B. Brandom, Rorty and his Critics, Blackwe (…)

Une fois qu’un membre de notre communauté linguistique est devenu compétent dans l’application des concepts appropriés (perceptuels ou arithmétiques), ce sont deux types de jugements dont il peut facilement établir, individuellement et par lui-même, la vérité ou la fausseté. Une fois qu’il a acquis les concepts appropriés et qu’il les a complètement maîtrisés, ce sont des domaines où il est capable de prononcer un verdict sans s’occuper de ce que devient, au sein de sa communauté, le consensus les concernant. […] Quand le verdict concerne, par exemple, quelque chose que vous êtes le seul à avoir vu, vous avez d’excellentes raisons a priori de vous fier davantage à votre propre vision de l’événement qu’à une version contradictoire, parue, disons, dans le journal4.

L’existence du monde ordinaire repose donc sur la capacité de chacun de nous à établir la vérité d’un certain nombre d’affirmations par lui-même, indépendamment de ce que peuvent affirmer les autres et, plus encore, indépendamment de tout pouvoir. Cette capacité est la caractéristique première de l’homme ordinaire. En se cramponnant à ces affirmations, Winston, le personnage central de 1984, lutte pour rester un homme ordinaire, pour penser et agir en sorte que le monde ordinaire continue d’exister.

4Car le monde ordinaire peut disparaître. C’est la découverte terrifiante qu’a faite Orwell en 1937 – un choc qui va déterminer pour le reste de sa vie aussi bien son activité politique que son travail d’écrivain. De retour d’Espagne après avoir combattu le fascisme dans la milice du POUM et après avoir dû s’enfuir pour échapper d’extrême justesse à son arrestation par les communistes, il est abasourdi par la manière dont la presse de gauche anglaise rend compte des événements espagnols et par le degré auquel les intellectuels de gauche ne veulent rien savoir de la liquidation systématique des anarchistes et des militants du POUM par les staliniens. Voici comment, dans ses « Réflexions sur la guerre d’Espagne » écrites cinq ans plus tard, en 1942, à Londres et sous les bombes allemandes, il évoque sa prise de conscience de ce qui est pour lui le trait essentiel, totalement neuf et totalement terrifiant, du totalitarisme.

  • 5 Orwell, « Réflexions sur la guerre d’Espagne » (1942), EAL-2, p. 322-325.

Tôt dans ma vie, je m’étais aperçu qu’un journal ne rapporte jamais correctement aucun événement, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu rapporter dans les journaux des choses qui n’avaient plus rien à voir avec les faits, pas même le genre de relation que suppose un mensonge ordinaire. J’ai vu rapporter de grandes batailles là où aucun combat n’avait eu lieu et un complet silence là où des centaines d’hommes avaient été tués. […] J’ai vu les journaux de Londres débiter ces mensonges et des intellectuels zélés bâtir des constructions émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. J’ai vu, en fait, l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé, mais en fonction de ce qui aurait dû se passer selon les diverses « lignes de parti ». […] Ce genre de chose m’effraie, car il me donne souvent le sentiment que le concept même de vérité objective est en voie de disparaître du monde. […] Je suis prêt à croire que l’histoire est la plupart du temps inexacte et déformée, mais, ce qui est propre à notre époque, c’est l’abandon de l’idée que l’histoire pourrait être écrite de façon véridique. Dans le passé, les gens mentaient délibérément, coloraient inconsciemment ce qu’ils écrivaient, ou cherchaient la vérité à grand-peine, tout en sachant bien qu’ils commettraient inévitablement un certain nombre d’erreurs. Mais, dans tous les cas, ils croyaient que les « faits » existent, et qu’on peut plus ou moins les découvrir. Et, dans la pratique, il y avait toujours tout un ensemble de faits sur lesquels à peu près tout le monde pouvait s’accorder. Si vous regardez l’histoire de la dernière guerre [la Première Guerre mondiale], dans l’Encyclopedia Britannica par exemple, vous vous apercevrez qu’une bonne partie des données sont empruntées à des sources allemandes. Un historien allemand et un historien anglais seront en profond désaccord sur bien des points, et même sur des points fondamentaux, mais il y aura toujours cet ensemble de faits neutres, pourrait-on dire, à propos desquels aucun des deux ne contestera sérieusement ce que dit l’autre. C’est précisément cette base d’accord […] que détruit le totalitarisme. […] L’objectif qu’implique cette ligne de pensée est un monde de cauchemar où le Chef, ou une clique dirigeante, ne contrôle pas seulement l’avenir, mais aussi le passé. Si le Chef dit de tel ou tel événement « cela n’a jamais eu lieu » – eh bien, cela n’a jamais eu lieu. S’il dit que deux et deux font cinq – eh bien, deux et deux font cinq. Cette perspective me terrifie beaucoup plus que les bombes – et après ce que ce que nous avons vécu ces dernières années, ce ne sont pas là des propos en l’air5.

2. Qui est l’homme ordinaire ?

5Qui donc est l’homme ordinaire, ce « dernier homme en Europe » (c’était le titre initial de 1984), dont dépend rien moins que l’avenir de la liberté et de la civilisation ?

  • 6 Orwell, « Dans le ventre de la baleine » (1940), EAL-1, p. 624.

6L’homme ordinaire n’est ni le militant ni le citoyen. L’horizon de ses jugements n’est ni l’histoire de l’humanité ni la nation, mais le monde concret et particulier de son expérience, celui sur lequel il a prise et où ses actes ont un sens pour lui. Dans son essai intitulé « Dans le ventre de la baleine », Orwell crédite Henry Miller d’avoir donné dans un roman comme Tropique du cancer une image plus juste de l’homme ordinaire que bien des romanciers engagés. « Parce qu’il est passif par rapport à l’expérience, Miller peut s’approcher davantage de l’homme ordinaire que des auteurs plus soucieux d’engagement. L’homme ordinaire est passif. À l’intérieur d’un cercle étroit (sa vie familiale, et peut-être le syndicat ou la politique locale), il se sent maître de son destin ; mais, face aux grands événements majeurs, il est tout aussi démuni que face aux éléments. Bien loin de tenter d’agir sur l’avenir, il file doux et attend que les choses se passent. » On le rencontre par exemple dans « les livres écrits sur la Grande Guerre [qui] sont l’œuvre de simples soldats ou d’officiers subalternes, qui ne prétendaient même pas comprendre de quoi il retournait — des livres comme À l’ouest rien de nouveau, Le Feu, [ou] L’Adieu aux armes […] écrits non par des propagandistes, mais par des victimes6 ».

L’homme ordinaire, ajoute Orwell, est « apolitique et amoral », non pas au sens où il ignorerait tout code moral et ne voterait jamais aux élections, mais au sens où ni les doctrines morales ni les idéologies politiques ne sont les véritables ressorts de sa conduite. Mais cette passivité rend l’homme ordinaire plus sensible et plus réceptif aux événements qui bouleversent notre monde et à leur véritable signification que celui qui les appréhende essentiellement à travers les doctrines et les mots.

7Dans Un peu d’air frais – le roman qu’Orwell écrit dans l’ambiance de l’avant deuxième guerre mondiale –, le héros et narrateur, Georges Bowling, ancien combattant de 14-18 et vendeur d’assurances dans le civil, est le prototype de l’homme ordinaire. Mieux qu’un intellectuel ou un militant, il voit littéralement non seulement la nouvelle guerre qui vient mais surtout l’après-guerre :

  • 7 Orwell, Un peu d’air frais (1939), p. 210.

Je ne suis pas un imbécile, mais je ne suis pas non plus un intellectuel (a highbrow). En temps normal, mon horizon ne dépasse pas celui du type moyen de mon âge, qui gagne sept livres par semaines et qui a deux gosses à élever. Et pourtant, j’ai assez de bon sens pour voir que l’ancienne vie à laquelle nous sommes accoutumés est en voie d’être détruite jusque dans ses racines. Je sens que ça vient. Je vois la guerre qui approche et l’après-guerre, les queues devant les magasins d’alimentation, la police secrète et les hauts-parleurs qui vous disent ce qu’il faut penser. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Il y en a des millions comme moi. Les types ordinaires (ordinary chaps) que je croise partout, les types que je rencontre dans les pubs, les conducteurs d’autobus, les représentants en quincailleries – tous se rendent compte que le monde va mal7.

  • 8 Ibid., p. 199-200.

8Bowling pense que l’instauration d’un régime fasciste en Angleterre ne changerait pas grand-chose à sa vie quotidienne, puisqu’il n’est pas politiquement engagé. Et pourtant, cette perspective lui est insupportable. « Qu’adviendra-t-il de gens comme moi si nous devons avoir le fascisme en Angleterre ? La vérité est que ça ne fera probablement pas la moindre différence. […] Le type ordinaire comme moi, celui qui passe inaperçu, suivra son train-train habituel. Et pourtant, ça me terrifie – je vous dis que ça me terrifie.8 » En janvier 1940, pendant la « drôle de guerre », Orwell écrit à son éditeur, Victor Gollancz :

  • 9 Orwell, Lettre à Victor Gollancz, 8 janvier 1940, EAL-1, p. 511.

Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si, dans des pays comme l’Angleterre, les gens ordinaires (the ordinary people) font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité, les gens ordinaires (the common people) s’avèrent être plus intelligents que les gens intelligents (more intelligent than the clever ones)9. []

En somme, George Orwell a plutôt confiance dans les réactions de George Bowling.

  • 10 John Newsinger, La politique selon Orwell (1999), traduit par Bernard Gensane, Agone, 2006, p. 62-6 (…)

9Un des épisodes les plus remarquables d’Un peu d’air frais est celui où Bowling se rend à une réunion du Club du Livre de Gauche. Ce Club a réellement existé : créé en mai 1936 par l’éditeur Victor Gollancz, c’était un club de diffusion de livres militants (le premier titre proposé à ses membres fut un livre de Maurice Thorez, La France d’aujourd’hui et le Front populaire) et, en même temps, un réseau de cercles qui organisaient des conférences et qui compta jusqu’à 1 200 groupes et 57 000 membres à travers toute l’Angleterre. C’est d’ailleurs par le Club du Livre de Gauche que fut publié et diffusé, en 1937, le premier livre d’Orwell à connaître le succès, Le quai de Wigan (44 000 exemplaires), un reportage sur la vie des ouvriers dans le nord de l’Angleterre10. Cela n’empêcha pas Orwell de combattre vigoureusement la ligne « Front Populaire » défendue à cette époque par Gollancz et par le Club du Livre de Gauche. Orwell y voyait une stratégie visant à placer le mouvement ouvrier européen sous la coupe des partis communistes, donc à le subordonner aux exigences de la politique extérieure de l’Union Soviétique, et, par conséquent, à stériliser toutes ses potentialités révolutionnaires.

10Bowling, l’homme ordinaire, assiste donc à une conférence de dénonciation du fascisme et d’Hitler prononcée par un propagandiste et activiste officiel du Front Populaire, « un type venu de Londres ». Mais il n’y entend que des mots vides et de la haine. L’orateur lui-même est creux, hormis sa haine.

  • 11 Orwell, Un peu d’air frais, p. 194-198.

Vous connaissez le refrain. Ces types-là peuvent vous le moudre pendant des heures, comme un gramophone. Tournez la manivelle, pressez le bouton, et ça y est. Démocratie, fascisme, démocratie. Je trouvais quand même un certain intérêt à l’observer. Un petit homme assez minable, chauve et blanc comme un linge, debout sur l’estrade, à lâcher des slogans. Qu’est-ce qu’il fait là ? Ouvertement, de façon délibérée, il attise la haine. Il se démène pour vous faire haïr certains étrangers qu’il appelle fascistes. Drôle de chose, je me disais, être « M. Untel, l’antifasciste bien connu ». Drôle d’affaire, l’antifascisme. Ce type, je suppose qu’il gagne sa croûte en écrivant des livres contre Hitler. Qu’est-ce qu’il faisait avant Hitler ? Et qu’est-ce qu’il fera si Hitler disparaît ? […] Il essaie d’attiser la haine chez ceux qui l’écoutent, mais ce n’est rien à côté de la haine qu’il éprouve personnellement. […] Si vous le fendiez en deux pour l’ouvrir, tout ce que vous y trouveriez ce serait démocratie — fascisme — démocratie. Ce serait intéressant de connaître la vie privée d’un type pareil. Mais a-t-il seulement une vie privée ? Ou se répand-il d’estrade en estrade, en attisant la haine. ? Peut-être même rêve-t-il en slogans ? […] Je vis la vision qui était la sienne. […] Ce qu’il voit […] c’est une image de lui-même frappant des visages avec une clé anglaise, des visages fascistes, bien entendu. […] Frappe ! Au beau milieu ! Les os se brisent comme une coquille d’œuf, et le visage de tout à l’heure n’est plus qu’un gros pâté de confiture de fraise […] C’est ce qu’il a en tête, qu’il dorme ou qu’il veille, et plus il y pense, plus il aime ça. Et tout est très bien du moment que les visages écrabouillés sont des visages fascistes. C’est ce que vous pouviez entendre au son même de sa voix11.

On ne saurait soupçonner Orwell de faiblesse à l’égard du fascisme : dès décembre 1936, il partit le combattre en Espagne les armes à la main, et la balle qui, en mai 1937, lui traversa la gorge et faillit lui coûter la vie venait d’une tranchée fasciste. Orwell-Bowling déteste donc le fascisme au moins autant que le propagandiste à la tribune. Mais il ne le déteste pas de la même manière. Et la manière ici est essentielle. Il le déteste comme un homme ordinaire, pas comme un intellectuel activiste. Qu’est-ce qu’Orwell-Bowling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure, en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire.

3. L’homme totalitaire

11L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture :

  • 12 Orwell, 1984, p. 362.

Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes12.

  • 13 Conant, op. cit., p. 293.

12Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et de sentiments humains13 ». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola qui écrivait en avril 1923 :

  • 14 Giovanni Amendola, Il Mondo, 1er avril 1923 ; cité dans Emilio Gentile, Qu’est-ce que le fascisme ? (…)

Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens14.

  • 15 Conant, op. cit., p. 293.

L’usage orwellien du terme totalitaire, poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques, mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires”, mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne15 ».

13Quelles idées ? La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou plus exactement sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai » et je ne peux plus l’utiliser.

14Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même :

  • 16 Orwell, 1984, p. 118.

Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience, mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi16 ?

De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même.

  • 17 Ibid.

Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord)17.

  • 18 Stanley Cavell, Le déni de savoir, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Maquerlot, Le Seuil, p. 152 (…)

Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique, mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.18 » Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire.

  • 19 Orwell, « Recension de Black Spring de Henry Miller » (1936), EAL-1, p. 294.
  • 20 Orwell, Et vive l’aspidistra ! (1936).

15À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences. Dans sa recension de Printemps noir d’Henry Miller en 1936, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Les livres sur des gens ordinaires qui se comportent d’une manière ordinaire sont rarissimes parce qu’il faut pour les écrire quelqu’un qui soit capable de se placer à l’intérieur et à l’extérieur de l’homme ordinaire (ordinary man) – tel Joyce simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de Bloom. Mais cela revient à admettre qu’on est soi-même, les neuf dixièmes du temps, une personne ordinaire (an ordinary person), chose qu’aucun intellectuel ne veut justement s’avouer19 ». C’est le problème qu’il pose dans son roman Et vive l’aspidistra ! où un jeune poète fauché met toute son énergie à rater sa vie par refus de l’ordinaire20.

  • 21 Cavell, op. cit., p. 54.

16Bien qu’Orwell ne le dise pas expressément, cette difficulté des intellectuels à s’assumer comme des gens ordinaires est évidemment liée à leur rapport au langage. L’intellectuel est, par définition, l’homme des mots, l’homme qui vit par les mots, dans les mots, et dont le rapport au monde passe davantage par les mots que par le regard, l’action ou plus généralement l’expérience. Si le scepticisme, au sens où l’entend Cavell, « est la faculté, que possède et désire quiconque possède le langage, de s’exiler, de s’excommunier de la communauté qui, par consensus ou consentement mutuel, fonde l’existence du langage21 », les intellectuels sont plus vulnérables au scepticisme que les gens ordinaires. Ils peuvent alors, à la manière de Descartes, s’enfermer dans leur « poêle » pour douter de l’existence du monde extérieur et même de celle de leur propre corps, en utilisant les mots, coupés de leur usage ordinaire, dans des méditations métaphysiques. Mais ils peuvent aussi les faire fonctionner, tout aussi coupés du monde ordinaire, comme des instruments de déformation de la réalité (dans la propagande, par exemple) et comme des instruments d’exercice du pouvoir sur les esprits. Une des leçons de 1984 est que ces deux usages ne sont pas sans rapport l’un avec l’autre, et que des arguments produits dans les jeux apparemment inoffensifs de la spéculation peuvent, quand ils sont maniés par des intellectuels de pouvoir, devenir de puissants moyens de destruction de la liberté de penser. Par exemple, pour convaincre Winston que le Parti peut se rendre maître du passé, O’Brien utilise l’arsenal des arguments classiques de l’idéalisme qui tendent à prouver que le passé n’existe pas en tant que tel, mais seulement dans les archives et dans l’esprit des hommes.

17Il vaut mieux ne pas oublier que le pouvoir sur les esprits est un pouvoir intellectuel et qu’il est exercé par des intellectuels. C’est pourquoi il est essentiel dans l’économie de 1984 qu’O’Brien, l’adversaire de Winston, celui qui finira par le briser intellectuellement, affectivement et moralement, soit lui-même un intellectuel, et que les séances de torture de la troisième partie du roman soient entrecoupées de discussions philosophiques où il l’emporte à tout coup. O’Brien n’est pas un intellectuel au service d’une classe dominante. La caste dominante, c’est lui.

4. Le totalitarisme, « vœu secret de l’intelligentsia »

18Selon Orwell, en effet, le totalitarisme est le vœu secret de l’intelligentsia. Dans un essai intitulé « James Burnham et l’ère des organisateurs » qui date de mai 1946, c’est-à-dire de l’époque où il entreprend d’écrire 1984, Orwell met en lumière le lien qui existe entre les prédictions de Burnham – selon lesquelles le pouvoir dans les sociétés modernes va passer des propriétaires capitalistes aux organisateurs (aux managers) – et l’attirance d’une fraction non négligeable des intellectuels anglais pour la Russie de Staline (attirance d’autant plus étrange à première vue que le communisme et le stalinisme n’en ont exercé que très peu sur la classe ouvrière anglaise).

  • 22 Orwell, « James Burnham et l’ère des organisateurs », EAL-4, p. 218-219.

La théorie de Burnham n’est qu’une variante […] du culte de la puissance qui exerce une telle emprise sur les intellectuels. Le communisme en est une variante plus courante, du moins en Angleterre. Si l’on étudie le cas des personnes qui, tout en ayant une idée de la véritable nature du régime soviétique, sont fermement russophiles, on constate que, dans l’ensemble, elles appartiennent à cette classe des « organisateurs » à laquelle Burnham consacre ses écrits. En fait, ce ne sont pas des « organisateurs » au sens étroit, mais des scientifiques, des techniciens, des enseignants, des bureaucrates, des politiciens de métier : de manière générale, des représentants des couches moyennes qui se sentent brimés par un système qui est encore partiellement aristocratique, et qui ont soif de pouvoir et de prestige. Ils se tournent vers l’URSS et y voient – ou croient y voir – un système qui élimine la classe supérieure, maintient la classe ouvrière à sa place et confère un pouvoir illimité à des gens qui leur sont très semblables. C’est seulement après que le régime soviétique est devenu manifestement totalitaire que les intellectuels anglais ont commencé à s’y intéresser en grand nombre. L’intelligentsia britannique russophile désavouerait Burnham, et pourtant il formule en réalité son vœu secret : la destruction de la vieille version égalitaire du socialisme et l’avènement d’une société hiérarchisée où l’intellectuel puisse enfin s’emparer du fouet22.

  • 23 Orwell, 1984, p. 105.
  • 24 Judith Shklar, « Nineteen Eigthy-Four : Should Political Theory Care ? », in Stanley Hoffmann (dir. (…)

19On trouve sans doute ici l’explication d’une caractéristique importante et souvent négligée du type de totalitarisme décrit dans 1984 : le contrôle des esprits et l’endoctrinement permanents n’y concernent que les membres du Parti, les organisateurs au sens large. Tous les autres, les prolétaires, soit 85% de la population, sont considérés comme « des inférieurs naturels, qui doivent être tenus en état de dépendance, comme les animaux, par l’application de quelques règles simples. Laissés à eux-mêmes comme le bétail dans les plaines de l’Argentine, ils étaient revenus à un style de vie qui leur paraissait naturel selon une sorte de canon ancestral23 ». La société que décrit 1984 n’est ainsi pas tant une parodie du stalinisme – ou d’un mixte de stalinisme et de fascisme comme on le dit souvent – qu’une satire du rêve secret de l’intelligentsia de gauche britannique. Comme l’écrit Judith Shklar, « l’intellectuel qui ne peut pas supporter les intellectuels n’est pas une espèce rare ; mais ce qui singularise Orwell, c’est qu’il a traduit son mépris dans la vision d’une société gouvernée par les objets de son dédain. L’État totalitaire qu’il a imaginé n’est pas tout à fait celui de Staline, non plus que celui d’Hitler. Le Parti Intérieur, qui dispense l’Angsoc et dirige l’aire n°1 dans 1984, est composé d’intellectuels radicaux anglo-américains24 ».

  • 25 Michael Walzer, « George Orwell’s England », in Michael Walzer, The Company of Critics : Social Cri (…)
  • 26 Ibid., p. 196.
  • 27 Orwell, « Recension de The Freedom of the Street de Jack Common » (1938), EAL-1, p. 424.
  • 28 Ibid., p. 423
  • 29 Ibid., p. 424]

20Si Orwell concentre ainsi l’essentiel de ses critiques sur « les intelligentsias politique et technique, [sur] les maîtres de la vérité idéologique et [sur]ceux du savoir scientifique », c’est parce que, comme le souligne Michael Walzer, il craint qu’« une fois les capitalistes vaincus, ces deux groupes sociaux ne fassent obstacle à une révolution démocratique ou ne l’usurpent25 ». La critique d’Orwell, rappelle Walzer, est « une critique interne au socialisme26 » et l’affrontement entre l’intellectuel et l’homme ordinaire passe ainsi à l’intérieur du mouvement socialiste. Rendant compte, en 1938, d’un recueil d’essais du romancier socialiste et d’origine ouvrière, Jack Common, Orwell avertit le lecteur qu’il y apprendra « beaucoup moins de choses sur le socialisme en tant que théorie économique que dans le banal manuel de propagande, mais infiniment plus sur le socialisme en tant qu’article de foi et, pourrait-on presque dire, comme mode de vie. […] On entend ici la voix authentique de l’homme ordinaire (the authentic voice of the ordinary man), de cet homme qui introduirait une nouvelle honnêteté (a new decency) dans la gestion des affaires, si seulement il y accédait, au lieu de ne jamais sortir des tranchées, de l’esclavage salarié et de la prison27 ». Il loue l’auteur d’avoir « mis le doigt sur l’une des principales difficultés auxquelles se heurte le mouvement socialiste – à savoir que le mot “socialisme” a pour un travailleur une signification toute différente de celle qu’il revêt aux yeux d’un marxiste originaire de la classe moyenne. Pour ceux qui tiennent effectivement entre leurs mains les destinées du mouvement socialiste, la quasi-totalité de ce qu’un travailleur manuel entend par “socialisme” est soit absurde soit hérétique. […] Les travailleurs manuels acquièrent dans une civilisation machiniste, de par les conditions mêmes dans lesquels ils vivent, un certain nombre de traits de caractère : droiture, imprévoyance, générosité, haine des privilèges. C’est à partir de ces dispositions précises qu’ils forgent leur conception de la société future, au point que l’idée d’égalité fonde la mystique du socialisme prolétarien. C’est là une conception très différente de celle du socialiste de la classe moyenne, qui vénère en Marx un prophète28 ». Ainsi, c’est la mainmise des intellectuels sur le mouvement ouvrier qui explique pourquoi « ce à quoi on assiste chaque fois, c’est à un soulèvement prolétarien très vite canalisé et trahi par les malins qui se trouvent au sommet, et donc à la naissance d’une nouvelle classe dirigeante. Ce qui ne se réalise jamais, c’est l’égalité29 ».

5. « Honnêteté commune » et politique

  • 30 Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Le Seuil, 1997, p. 10.
  • 31 On trouvera dans le petit livre de Bruce Bégout, De la décence ordinaire (Allia, 2008), une synthès (…)

21Orwell n’est pas ouvriériste. Son attitude ressemble plutôt à la « sollicitude, dénuée de toute naïveté populiste, pour « le commun des hommes » et « les opinions du peuple saines » que Bourdieu admire chez Pascal30. D’abord, l’idée d’attribuer à la classe ouvrière, parce qu’elle est la classe exploitée, un rôle dirigeant ou messianique est totalement étrangère à Orwell. Et surtout, les dispositions morales qu’Orwell reconnaît aux ouvriers ordinaires – droiture, générosité, haine des privilèges, soif d’égalité – ne sont pas spécifiquement ouvrières : elles relèvent de l’honnêteté commune, de ce qu’il appelle lui-même la common decency : cette morale déclarée « bourgeoise » par les intellectuels de gauche et, à ce titre, décriée par eux – morale qui est simplement celle des gens ordinaires31.

22Dans son essai sur Dickens, qui est un de ses chefs d’œuvre, Orwell exalte ce qu’il tient pour « un des traits caractéristiques de la culture populaire occidentale » :

  • 32 Orwell, « Charles Dickens » (1939), EAL-1, p. 573-574.

Il est présent dans les contes et les chansons humoristiques, dans des figures mythiques comme Mickey Mouse ou Popeye (deux avatars de Jack le Tueur de Géants), dans l’histoire du socialisme ouvrier. […] C’est le sentiment qu’il faut toujours être du côté de l’opprimé, prendre le parti du faible contre le fort. […] [L]’homme ordinaire (the common man) vit toujours dans l’univers psychologique de Dickens, [alors que] la plupart des intellectuels, pour ne pas dire tous, se sont ralliés à une forme de totalitarisme ou à une autre. D’un point de vue marxiste ou fasciste, la quasi-totalité des valeurs défendues par Dickens peuvent être assimilées à la « morale bourgeoise » et honnies à ce titre. Mais, pour ce qui est des conceptions morales, il n’y a rien de plus « bourgeois » que la classe ouvrière anglaise. Les gens ordinaires (the ordinary people), dans les pays occidentaux, n’ont pas encore accepté l’univers mental du « réalisme » et de la politique de la Force. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man) Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme « ordinaires (common) ». Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romain, par exemple32.

23Cet éloge de la common decency (l’honnêteté commune) appelle quelques remarques.

(1) Bien que Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain, et Orwell l’associe au christianisme et à la révolution française. Mais, si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines.

(2) « L’honnêteté commune » a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences. – On peut aller plus loin : c’est cette « honnêteté commune » qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergeront une humanité nouvelle et, par conséquent, une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre.

  • 33 Orwell, Lettre à Humphry House, 11 avril 1940, EAL-1, p. 663.

Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques33.

  • 34 Orwell, « Raffles et Miss Blandish » (1944), EAL-3, p. 284.

(3) En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » la doctrine qui veut que la force prime le droit, et il voit dans « la montée du “réalisme” … le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque »34.

24Les effets moralement corrupteurs de ce réalisme, Orwell ne les discerne pas seulement dans la presse ou les écrits politiques mais dans la littérature et jusque dans la poésie.

Dans son essai Dans le ventre de la baleine, il cite un poème de W.H. Auden, intitulé Spain, dont il dit que c’est à son avis « une des seules choses à peu près convenables inspirées par la guerre d’Espagne ».

Demain, pour la jeunesse, les poètes explosant comme des bombes,
Les promenades autour du lac, les semaines d’étroite communion ;
Demain les courses de vélo
À travers les banlieues par les soirs d’été : mais aujourd’hui la lutte.

Aujourd’hui l’inévitable montée des chances de mourir,
Le nécessaire assassinat et sa culpabilité assumée
Aujourd’hui le gaspillage de ses forces
Dans des tracts éphémères et des meetings rasants.

Orwell en donne le commentaire ironique suivant.

  • 35 Orwell, « Dans le ventre de la baleine » (1940), EAL-1, p. 643-644.

La deuxième strophe représente une sorte de croquis sur le vif de la journée d’un « bon militant ». Le matin, un ou deux assassinats politiques, dix minutes d’interlude pour « étouffer le remords bourgeois », puis un déjeuner rapide et un après-midi plus une soirée occupés à écrire des slogans sur les murs et à distribuer des tracts. Tout cela est très édifiant. Mais remarquez l’expression « le nécessaire assassinat » (necessary murder) : elle ne peut avoir été employée que par quelqu’un pour qui l’assassinat est tout au plus un mot. En ce qui me concerne, je ne parlerais pas aussi légèrement de l’assassinat. Il se trouve que j’ai vu quantité de corps d’hommes assassinés – je ne dis pas tués au combat, mais bien assassinés. J’ai donc quelque idée de ce qu’est un assassinat – la terreur, la haine, les gémissements des parents, les autopsies, le sang, les odeurs. Pour moi, l’assassinat doit être évité. C’est aussi l’opinion des gens ordinaires. […] Le type d’amoralisme de M. Auden est celui des gens qui s’arrangent toujours pour n’être pas là quand on appuie sur la détente35.

L’importance de cette page tient à la relation étroite qu’elle établit entre la fascination des intellectuels pour la puissance et la corruption du langage : l’une et l’autre découlent de la perte de l’ordinaire.

5. Le patriotisme des déracinés

25Comment un poète de l’envergure d’Auden – mais on pourrait poser la même question bien plus encore pour Aragon – a-t-il pu être attiré vers le « réalisme » et trahir ainsi les valeurs libérales qui sont la condition d’existence d’une littérature authentique ?

  • 36 Ibid., p. 641.

Comment des écrivains ont-ils pu être attirés par une forme de socialisme qui rend impossible toute honnêteté intellectuelle36 ?

26C’est la question que pose Orwell dans un long essai publié en 1940 et intitulé « Dans le ventre de la baleine », où il analyse la littérature anglaise de l’entre-deux-guerres et, plus particulièrement, la différence quant à leur rapport à la société et à la politique entre les écrivains des années 1920 (Joyce, Eliot, Pound, Lawrence, entre autres) et ceux des années 1930 (Auden et Spender notamment). Sa réponse est qu’en 1930 la crise morale et spirituelle de la société anglaise (et de la civilisation occidentale) était telle que les fonctions et les engagements habituels des intellectuels, ceux par lesquels ils étaient traditionnellement reliés à la communauté nationale, avaient perdu toute signification. Orwell lui-même a vécu cette crise. Né en 1903 et ancien élève d’Eton, il a démissionné en 1927 des fonctions d’officier de police qu’il exerçait depuis cinq ans en Birmanie parce qu’il a pris conscience que l’Empire britannique exalté par Kipling n’était en réalité qu’un sordide système d’exploitation économique, totalement inhumain où, comme le dit un personnage de son roman Une Histoire birmane, « les fonctionnaires maintiennent les Birmans à terre pendant que les hommes d’affaires leur font les poches ». Mais il est resté malgré tout profondément attaché à l’Angleterre, alors que beaucoup d’intellectuels de sa génération se sont donc cherché une autre patrie qu’ils ont cru trouver dans celle du socialisme.

  • 37 Ibid., p. 642.

En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche, à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le « désenchantement » était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennent éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous la houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : Russie. […] Dans ces conditions, le « communisme » de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés37.

27On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc.

  • 38 Orwell, Le lion et la licorne (1941), EAL-2, p. 133.

28Si dans Le Lion et la Licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé » jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.38 » En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale, mais comme un anglais socialiste, solidaire des espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne.

  • 39 Orwell, « Lettre de Londres à Partisan Review » (datée du 15 avril 1941, parue dans le volume de ju (…)
  • 40 Ibid.

29Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, mais aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa Lettre de Londres à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people) à comprendre ce qu’on attendrait d’eux.39 » Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant-guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable. 40»

Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagnés au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger.

6. Devenir des intellectuels ordinaires

30Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci, selon le modèle sartrien, se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances Georges Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole.

On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate.

Notes

1 Orwell, 1984, p. 119.

2 Orwell, Lettre à Henry Miller, 26 août1936, EAL-1, p. 292.

3 Orwell, « Recension de Black Spring de Henry Miller » (1936), EAL-1, p. 296.

4 James Conant, « Freedom, Cruelty, and Truth », in Robert B. Brandom, Rorty and his Critics, Blackwell, 2000, p. 299. Traduction française à paraître : James Conant, Orwell ou le pouvoir de la vérité, Agone, 2012.

5 Orwell, « Réflexions sur la guerre d’Espagne » (1942), EAL-2, p. 322-325.

6 Orwell, « Dans le ventre de la baleine » (1940), EAL-1, p. 624.

7 Orwell, Un peu d’air frais (1939), p. 210.

8 Ibid., p. 199-200.

9 Orwell, Lettre à Victor Gollancz, 8 janvier 1940, EAL-1, p. 511.

10 John Newsinger, La politique selon Orwell (1999), traduit par Bernard Gensane, Agone, 2006, p. 62-64.

11 Orwell, Un peu d’air frais, p. 194-198.

12 Orwell, 1984, p. 362.

13 Conant, op. cit., p. 293.

14 Giovanni Amendola, Il Mondo, 1er avril 1923 ; cité dans Emilio Gentile, Qu’est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation, Gallimard, 2004, p. 112.

15 Conant, op. cit., p. 293.

16 Orwell, 1984, p. 118.

17 Ibid.

18 Stanley Cavell, Le déni de savoir, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Maquerlot, Le Seuil, p. 152. Sur la philosophie politique de Cavell, on peut lire les chapitres IV et V (« Conversation et démocratie » et « Quelle communauté ? ») de Sandra Laugier, Recommencer la philosophie. La philosophie américaine aujourd’hui, PUF, 1999.

19 Orwell, « Recension de Black Spring de Henry Miller » (1936), EAL-1, p. 294.

20 Orwell, Et vive l’aspidistra ! (1936).

21 Cavell, op. cit., p. 54.

22 Orwell, « James Burnham et l’ère des organisateurs », EAL-4, p. 218-219.

23 Orwell, 1984, p. 105.

24 Judith Shklar, « Nineteen Eigthy-Four : Should Political Theory Care ? », in Stanley Hoffmann (dir.), Political Thought and Political Thinkers, Chicago UP, 1998, p. 342-343 ; cité dans Conant, op. cit., p. 329, n. 116.

25 Michael Walzer, « George Orwell’s England », in Michael Walzer, The Company of Critics : Social Criticism and Political Commitment in the Twentieth Century, London, 1989 ; repris in Graham Holderness, Bryan Loughrey & Nahem Yousaf (dir.), George Orwell, Macmillan, 1998, p. 195.

26 Ibid., p. 196.

27 Orwell, « Recension de The Freedom of the Street de Jack Common » (1938), EAL-1, p. 424.

28 Ibid., p. 423

29 Ibid., p. 424]

30 Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Le Seuil, 1997, p. 10.

31 On trouvera dans le petit livre de Bruce Bégout, De la décence ordinaire (Allia, 2008), une synthèse pertinente et fort utile des multiples usages qu’Orwell fait de cette notion.

32 Orwell, « Charles Dickens » (1939), EAL-1, p. 573-574.

33 Orwell, Lettre à Humphry House, 11 avril 1940, EAL-1, p. 663.

34 Orwell, « Raffles et Miss Blandish » (1944), EAL-3, p. 284.

35 Orwell, « Dans le ventre de la baleine » (1940), EAL-1, p. 643-644.

36 Ibid., p. 641.

37 Ibid., p. 642.

38 Orwell, Le lion et la licorne (1941), EAL-2, p. 133.

39 Orwell, « Lettre de Londres à Partisan Review » (datée du 15 avril 1941, parue dans le volume de juillet-août 1941 de la revue), EAL-2, p. 152-153.

40 Ibid.


Présidentielle américaine: Quels débats biaisés et déséquilibrés ? (What if for a change questions were NOT primarily aimed at asking Trump about things that paint him poorly, then asking Biden how he would fix it ?)

24 octobre, 2020

Rukmini Callimachi interviewée par MSNBC en 2017The 1619 Project | 1APolitical Cartoons by Bob Gorrell

Soudain, Norman se sentit fier. Tout s’imposait à lui, avec force. Il était fier. Dans ce monde imparfait, les citoyens souverains de la première et de la plus grande Démocratie Electronique avaient, par l’intermédiaire de Norman Muller (par lui), exercé une fois de plus leur libre et inaliénable droit de vote. Le Votant (Isaac Asimov, 1955)
Yes. The media is biased. Biased against hatred, sexism, racism, incompetence, belligerence, inequality, To name a few. Jim Roberts (New York Times, 2016)
The first episode of Caliphate appeared on April 19, 2018, marking a major step toward The Times’s realization of its multimedia ambitions. It was promoted with a glossy marketing campaign that featured an arresting image, with the rubble of Mosul on one side and Ms. Callimachi’s face on the other. The series was 10 parts in all, including a new, sixth episode released on May 24 of that year detailing doubts about Abu Huzayfah’s story and The Times’s efforts to confirm it. The presentation carried an obvious, if implicit assumption: the central character of the narrative wasn’t making the whole story up. That assumption appeared to blow up a couple of weeks ago, on Sept. 25, when the Canadian police announced that they had arrested the man who called himself Abu Huzayfah, whose real name is Shehroze Chaudhry, under the country’s hoax law. The details of the Canadian investigation aren’t yet public. But the recriminations were swift among those who worked with Ms. Callimachi at The Times in the Middle East. “Maybe the solution is to change the podcast name to #hoax?” tweeted Margaret Coker, who left as The Times’s Iraq bureau chief in 2018 after a bitter dispute with Ms. Callimachi and now runs an investigative journalism start-up in Georgia. The Times has assigned a top editor, Dean Murphy, who heads the investigations reporting group, to review the reporting and editing process behind Caliphate and some of Ms. Callimachi’s other stories, and has also assigned an investigative correspondent with deep experience in national security reporting, Mark Mazzetti, to determine whether Mr. Chaudhry ever set foot in Syria and other questions opened by the arrest in Canada. The crisis now surrounding the podcast is as much about The Times as it is about Ms. Callimachi. She is, in many ways, the new model of a New York Times reporter. She combines the old school bravado of the parachuting, big foot reporter of the past, with a more modern savvy for surfing Twitter’s narrative waves and spotting the sorts of stories that will explode on the internet. She embraced audio as it became a key new business for the paper, and linked her identity and her own story of fleeing Romania as a child to her work. And she told the story of ISIS through the eyes of its members. Ms. Callimachi’s approach and her stories won her the support of some of the most powerful figures at The Times: early on, from Joe Kahn, who was foreign editor when Ms. Callimachi arrived and is now managing editor and viewed internally as the likely successor to the executive editor, Dean Baquet; and later, an assistant managing editor, Sam Dolnick, who oversees the paper’s successful audio team and is a member of the family that controls The Times. She was seen as a star — a standing that helped her survive a series of questions raised over the last six years by colleagues in the Middle East, including the bureau chiefs in Beirut, Anne Barnard, and Iraq, Ms. Coker, as well as the Syrian journalist who interpreted for her on a particularly contentious story about American hostages in 2014, Karam Shoumali. And it helped her weather criticism of specific stories from Arabic-speaking academics and other journalists. Many of those arguments have been re-examined in recent days in The Daily Beast, The Washington Post, and The New Republic. C.J. Chivers, an experienced war correspondent, clashed particularly bitterly with Mr. Kahn over Ms. Callimachi’s work, objecting to her approach to reporting on Western hostages taken by Islamic militants. Mr. Chivers warned editors of what he saw as her sensationalism and inaccuracy, and told Mr. Slackman, three Times people said, that turning a blind eye to problems with her work would “burn this place down.” Ms. Callimachi’s approach to storytelling aligned with a more profound shift underway at The Times. The paper is in the midst of an evolution from the stodgy paper of record into a juicy collection of great narratives, on the web and streaming services. And Ms. Callimachi’s success has been due, in part, to her ability to turn distant conflicts in Africa and the Middle East into irresistibly accessible stories. She was hired in 2014 from The Associated Press after she obtained internal Al Qaeda documents in Mali and shaped them into a darkly funny account of a penny-pinching terrorist bureaucracy. But the terror beat lends itself particularly well to the seductions of narrative journalism. Reporters looking for a terrifying yarn will find terrorist sources eager to help terrify. And journalists often find themselves relying on murderous and untrustworthy sources in situations where the facts are ambiguous. If you get something wrong, you probably won’t get a call from the ISIS press office seeking a correction. “If you scrutinized anyone’s record on reporting at Syria, everyone made grave, grave errors,” said Theo Padnos, a freelance journalist held hostage for two years and now working on a book, who said that The Times’s coverage of his cellmate’s escape alerted his captors to his complicity in it. “Rukmini is on the hot seat at the moment, but the sins were so general.” Terrorism coverage can also play easily into popular American hostility toward Muslims. Ms. Callimachi at times depicted terrorist supersoldiers, rather than the alienated and dangerous young men common in many cultures. That hype shows up in details like The Times’s description of the Charlie Hebdo shooters acting with “military precision.” By contrast, The Washington Post’s story suggested that the killers were, in fact, untrained, and noted a video showing them “cross each other’s paths as they advance up the street — a type of movement that professional military personnel are trained to avoid.” On Twitter, where she has nearly 400,000 followers, Ms. Callimachi speculated on possible ISIS involvement in high-profile attacks, including the 2017 Las Vegas shooting, which has not been attributed to the group. At one moment in the Caliphate podcast, Ms. Callimachi hears the doorbell ring at home and panics that ISIS has come for her, an effective dramatic flourish but not something American suburbanites had any reason to fear. Ms. Callimachi told me in an email that she’d received warnings from the F.B.I. of credible threats against her, and that in any event, that moment in the podcast “is not about ISIS or its presence in the suburbs, but about how deeply they had seeped into my mind.” Her work had impact at the highest levels. A former Trump aide, Sebastian Gorka, a leading voice for the White House’s early anti-Muslim immigration policies, quoted Ms. Callimachi’s work to reporters to predict a wave of ISIS attacks in the United States. Two Canadian national security experts wrote in Slate that the podcast “profoundly influenced the policy debate” and pushed Canada to leave the wives and children of ISIS fighters in Kurdish refugee camps. The haziness of the terrorism beat also raises the question of why The Times chose to pull this particular tale out of the chaotic canvas of Syria’s collapse. “The narrative her work perpetuates sensationalizes violence committed by Arabs or Muslims by focusing almost exclusively on — even pathologizing — their culture and religion,” said Alia Malek, the director of international reporting at the Newmark Graduate School of Journalism at CUNY and the author of a book about Syria. That narrative, she said, often ignores individuals’ motives and a geopolitical context that includes decades of American policy. “That might make for much more uncomfortable listening, but definitely more worthwhile.” Ms. Callimachi told me that she has been focused on “just how ordinary ISIS members are” and that her work “has always made a hard distinction between the faith practiced by over a billion people and the ideology of extremism.” Mr. Baquet declined to comment on the specifics of Ms. Callimachi’s reporting or the internal complaints about it, but he defended the sweep of her work on ISIS. “I don’t think there’s any question that ISIS was a major important player in terrorism,” he said, “and if you look at all of The Times’s reporting over many years, I think it’s a mix of reporting that helps you understand what gives rise to this.” (Mr. Baquet and Mr. Kahn, I should note here, are my boss’s boss’s boss and my boss’s boss, respectively, and my writing about The Times while on its payroll brings with it all sorts of potential conflicts of interest and is generally a bit of a nightmare.) While some of her colleagues in the Middle East and Washington found Ms. Callimachi’s approach to ISIS coverage overzealous, others admired her relentless work ethic. “Is she aggressive? Yes, and so are the best reporters,” said Adam Goldman, who covers the F.B.I. for The Times and has argued in favor of the kind of reporting on hostages that alienated Ms. Callimachi from other colleagues like Mr. Chivers. “None of us are infallible.” What is clear is that The Times should have been alert to the possibility that, in its signature audio documentary, it was listening too hard for the story it wanted to hear — “rooting for the story,” as The Post’s Erik Wemple put it on Friday. And while Mr. Baquet emphasized in an interview last week that the internal review would examine whether The Times wasn’t keeping to its standards in the audio department, the troubling patterns surrounding Ms. Callimachi’s reporting were clear before Caliphate. (…) Last month, that same cloud of doubt descended on Caliphate. And Ms. Callimachi now faces intense criticism from inside The Times and out — for her style of reporting, for the cinematic narratives in her writing and for The Times’s place in larger arguments about portrayals of terrorism. But while some of the coverage has portrayed her as a kind of rogue actor at The Times, my reporting suggests that she was delivering what the senior-most leaders of the news organization asked for, with their support. Ben Smith
La reporter Rukmini Callimachi, spécialiste de Daech, voit sa déontologie journalistique contestée. Son employeur, le New York Times, lance une enquête interne. (…) C’est un article d’un format très rare, que publiait hier le grand quotidien new-yorkais, puisqu’il émet des doutes sur certains articles et podcasts de Rukmini Callimachi, une pointure dans le journalisme international cette dernière décennie, particulièrement réputée pour sa couverture du groupe Etat islamique en Syrie et en Irak. « Il y a bien un problème Callimachi, et c’est un problème qui met en cause directement le New York Times », reconnaît donc son collègue Ben Smith qui signe l’article d’hier dont on sent bien que chaque mot a été savamment pesé. Rukmini Callimachi est contestée suite à l’arrestation au Canada d’un homme, un Canadien, qui prétendait avoir été combattant de Daech en Syrie et dont le témoignage avait alimenté le podcast de la journaliste du Times diffusé depuis deux ans, 10 épisodes de reportage audio intitulé « Califat » centrés justement sur des récits d’anciens djihadistes. Sauf que la justice canadienne a de bonnes raisons de croire que l’homme qu’elle a arrêté est un mythomane, qui n’a jamais mis les pieds au Moyen-Orient ni combattu pour le groupe Etat islamique. A partir de là, la question se pose : « Comment une journaliste censée avoir documenté d’aussi près l’horreur de Daech, et connaître son idéologie, son fonctionnement dans les moindres détails, a-t-elle pu se faire piéger par un faux terroriste ? » Cette question est formulée par Jacob Silvermann, dans The New Republic. Loin de conclure que Callimachi a sciemment fait confiance au Canadien malgré les zones d’ombres assez évidentes que présentait son témoignage, il s’interroge sur son rapport à ses sources et à ces histoires, vivantes, humaines, cette quête des récits incarnés au cœur du chaos qui a fait la signature et la gloire de la journaliste ces sept dernières années. Depuis l’arrestation du soi-disant djihadiste au Canada, le New York Times a lancé une enquête interne confiée à l’un de ses plus prestigieux enquêteurs qui va donc disséquer tout le travail de Rukimini Callimachi pour déterminer si elle a pu manquer de prudence et de déontologie sur d’autres reportages. Et si aucune conclusion n’est encore tirée de cette enquête, le quotidien peut faire autrement que d’entendre ce qu’il avait essayé d’ignorer jusque-là, les critiques émises depuis des années déjà par d’autres journalistes spécialistes du Moyen-Orient sur les méthodes de sa reporter-vedette : critiques sur sa quête effrénée et parfois « agressive » de l’histoire la plus édifiante ; critiques pour avoir sorti discrètement d’Irak, en 2018, des tonnes de documents récupérés dans les archives de Daech ; doutes sur le fait qu’elle ne maîtrisait pas la langue arabe ; sur l’hyper-personnalisation de ses reportages qui la mettaient très souvent en scène pour accentuer l’aspect sensationnel des sujets. Autant d’alertes qui n’avaient pas réussi à égratigner à l’époque l’aura de Rukmini Callimachi, mais qui trouvent, forcément, un écho à présent. La réaction du New York Times, qui ne cache rien aujourd’hui de cette crise, nous montre à quel point le journal prend la chose au sérieux et accepte de se remettre en question et notamment sur les travers de ce « journalisme narratif » qui s’impose depuis quelques années mais qui pose de vrais défis en terme de vérification des sources, sur des terrains de conflits complexes et dangereux, face à des personnages et des organisations aux motivations troubles, et connaissant l’habileté perverse avec laquelle Daech détourne nos codes et nos fantasmes journalistiques occidentaux. « Le travail de Rukmini Callimachi perpétue un récit qui sensationnalise la violence commise par des Arabes et des Musulmans, en mettant l’accent presque exclusivement, et maladivement, sur les dimensions religieuses et culturelles de cette violence » : c’est la responsable d’une prestigieuse école de journalisme new-yorkaise qui formule ainsi les reproches fait à la journaliste-star… laquelle, reconnaît enfin le New York Times, a « toujours travaillé avec l’approbation totale de son employeur ». Voilà au moins un quotidien qui n’élude pas (mais certes, a posteriori) sa part de responsabilité dans la tourmente. France Culture
Octobre 2020 restera dans l’histoire du « New York Times », fondé 169 ans plus tôt, comme l’un des mois les plus éprouvants pour la crédibilité de cette institution de la presse américaine. Shehroze Chaudhry, un Canadien de 25 ans qui prétendait avoir combattu dans les rangs de Daech en Syrie sous le surnom d’Abou Huzayfa, a en effet été arrêté par la police fédérale, non loin de Toronto. Mis en examen pour « incitation à craindre des activités terroristes » sur la base d’informations fabriquées (hoax), il risque jusqu’à cinq ans de prison pour ses affabulations. Or Abou Huzayfa a été, avec ses récits glaçants de décapitation et ses témoignages « de l’intérieur » de Daech, une des sources principales de reportages du « New York Times » sur l’organisation alors dirigée par Abou Bakr al-Baghdadi. Rukmini Callimachi est depuis 2014 la spécialiste des enquêtes du « New York Times » sur la mouvance jihadiste. Journaliste expérimentée, elle a débuté sa carrière comme freelance en Inde en 2001 et a, entre autres, dirigé le bureau de l’Associated Press pour l’Afrique occidentale (son travail sur des documents internes à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), découverts à Tombouctou en 2013, lui avait alors valu une nomination au prix Pulitzer).  En 2016, elle avait été la première à publier une investigation approfondie sur l’Emni, le service de « sécurité » de Daech, chargé entre autres d’organiser des attentats sur le continent européen. Deux ans plus tard, le podcast « Caliphate » de Callimachi, diffusé sur dix épisodes, est une des émissions-phares censées marquer le tournant du « New York Times » vers de nouveaux supports multimédias. Shehroze Chaudhry, alias Abou Huzayfa, est l’un des témoins les plus retentissants de cette série sur les horreurs perpétrées par Daech. Il est vrai qu’il fournit complaisamment tous les détails qui permettent à l’auditeur américain de mieux se figurer une telle barbarie. L’importance accordée à cette seule source avait conduit la direction du « New York Times », peu avant le lancement de « Caliphate », à mobiliser des ressources conséquentes pour s’assurer de la fiabilité d’Abou Huzayfa. C’est ainsi que le journaliste indépendant Derek Henry Flood fut envoyé dans la ville de Manbij, pourtant libérée de l’emprise jihadiste par les forces kurdes dès 2016, et qu’il y prit la photo ci-dessus. Ni Flood, ni les autres journalistes sollicités ne purent confirmer l’engagement effectif de Chaudhry dans Daech, ce qui n’empêcha pas la série « Caliphate » d’être diffusée et de recueillir un grand succès. Deux ans et demi après le lancement de cette série, la mise en examen de Chaudhry a conduit la direction du « New York Times » à diligenter une enquête interne, toujours en cours. Elle a par ailleurs publié un sévère exercice d’introspection, confié à Ben Smith, un des spécialistes média du quotidien. Smith ne cache pas que « toutes sortes de conflits d’intérêt » sont ouverts par une telle investigation sur son propre journal. Il révèle que des vétérans du terrain moyen-oriental au « New York Times », dont les correspondantes à Beyrouth et à Bagdad, avaient alerté leur hiérarchie sur les méthodes de Callimachi. Un journaliste syrien qui fut son interprète en arabe pour un reportage sur des otages de Daech témoigne: « elle recherchait quelqu’un pour lui dire ce qu’elle croyait déjà ». Forte de ses 400.000 abonnés sur Twitter, Callimachi laisse ainsi planer le doute sur la responsabilité de Daech dans la tuerie de Las Vegas, en 2017, alors que cette revendication est à l’évidence mensongère. Certes, l’officier canadien chargé du suivi de la « déradicalisation » de Chaudhry avoue avoir été, lui aussi, dupe de son imposture. L’immersion du pseudo-repenti dans les réseaux sociaux a apparemment entraîné un tel dédoublement de sa personnalité que le mythe d’Abou Huzayfa en est sorti conforté. Les macabres affabulations de Chaudhry ont même pesé dans le débat public au Canada, où le gouvernement a décidé de refuser tout rapatriement de ses ressortissants liés à Daech au Moyen-Orient, y compris les femmes et les enfants.  Mais c’est bel et bien le « New York Times » qui a permis à Abou Huzayfa d’acquérir une aussi formidable aura médiatique. Et Ben Smith conclut son enquête en refusant de tenir Callimachi pour seule responsable d’avoir « produit (deliver) ce que les plus hauts dirigeants (du « New York Times ») demandaient, avec leur soutien ». Qu’une telle polémique éclate dans la dernière phase d’une campagne présidentielle où Donald Trump et ses partisans ont banalisé les « fake news » n’en est que plus troublant. Jean-Pierre Filiu
Peu d’événements façonneront le monde à venir plus que le résultat de la prochaine élection présidentielle des États-Unis. Pour souligner ce moment historique, qui est sans doute une décision comme n’importe lequel d’entre nous l’a jamais prise dans les urnes, nous avons pour la première fois en presque 100 ans remplacé notre logo sur la couverture de notre édition américaine pour faire comprendre qu’il est impératif pour nous tous d’exercer le droit de vote. Edward Felsenthal (rédacteur en chef et président du Time)
Je suis désolé d’être le porteur de mauvaises nouvelles, mais je crois avoir été assez clair l’été dernier lorsque j’ai affirmé que Donald Trump serait le candidat républicain à la présidence des États-Unis. Cette fois, j’ai des nouvelles encore pires à vous annoncer: Donald J. Trump va remporter l’élection du mois de novembre. Ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein va devenir notre prochain président. (…) Jamais de toute ma vie n’ai-je autant voulu me tromper. (…) Voici 5 raisons pour lesquelles Trump va gagner : 1. Le poids électoral du Midwest, ou le Brexit de la Ceinture de rouille 2. Le dernier tour de piste des Hommes blancs en colère 3. Hillary est un problème en elle-même 4. Les partisans désabusés de Bernie Sanders 5. L’effet Jesse Ventura. Michael Moore
Je vous préviens presque 10 semaines à l’avance. Le niveau d’enthousiasme pour les 60 millions de la base de Trump FAIT EXPLOSER TOUS LES COMPTEURS ! Michael Moore (Aug. 28, 2020)
The polls are badly skewed for several reasons. Once adjustments are made for oversampling Democrats and polling ‘all adults’ instead of ‘likely voters’, the polls are actually much closer than the published results. The second part is that polls are a snapshot. We watch the movie. Where we are today does not necessarily bear much resemblance to where things will end up in November. (…) The same is true in the favourability ratings. (…) The Democrats do look stronger in the national average polls. They had a 4.3-point lead in 2016 and today that lead is wider at 7.6 points. Still, it’s important to bear in mind that national polls don’t matter because the US does not have national elections. Instead, it has 51 separate elections in the 50 states, plus the District of Columbia. The national poll lead reflects huge voter support for Biden in states like California and New York. Hillary Clinton beat Donald Trump by four million votes in California in 2016. Biden may beat Trump by an even wider amount in California in 2020. The problem is you can’t win California twice. You can only win it once, no matter how many extra votes you receive. Every vote for Biden in California over 50.1% is a wasted vote; the same is true in New York. It does seem highly likely that Biden will win California and New York, but the huge excess popular vote in those states won’t do him any good in battlegrounds like Michigan, Ohio, and Pennsylvania. That’s why national polls don’t matter while battleground state polls matter a lot. Looking just at the battleground states, Trump is polling better today than he was at this stage in the 2016 race. That’s a very good sign for Trump. The other aspect of the polls that is good news for Trump is that the gap between Biden and Trump is narrowing and moving in Trump’s direction. While Biden maintains a lead by most measures, Trump is gaining and is within the margin of error in many of the battleground states where Biden is ahead. This trend towards Trump has been noticeable in the past two weeks. Polls will likely move more in Trump’s favour because polling works with a lag. (…) a well-constructed and valid poll can take two weeks from start to finish. The results may be solid, but they are out of date by the time they are final. This means that polls we are seeing today may have been conducted weeks ago. If the trend was moving in Trump’s direction two weeks ago, don’t be surprised to see much better results for Trump a week or two from now. (…) in October and early November 2016, I predicted Donald Trump would defeat Hillary Clinton in the presidential election. (…) My forecast came at a time when Hillary was ahead in all the polls, when betting markets were giving her a 90% chance of winning, and when pundits like Nate Silver and those at The New York Times were giving Hillary odds of winning at 93%. The TV anchors would turn pale or gasp for breath when I gave my predictions, but they were kind enough to give me time to explain why the polls were skewed, why betting markets are not good predictors of political outcomes, and why anecdotal evidence — which I had gathered on road trips in Spokane, Washington, and the Ozark Mountains — all pointed in Trump’s favour. Jim Rickards
Les jours sont comptés pour les sondages politiques traditionnels en Amérique et la divergence entre les votes réels de mardi et ce qui était attendu dans les sondages semble indiquer qu’ils ont probablement fait leur temps. Le fait que les sondages n’ont apparemment pas réussi à repérer les préférences d’une grande partie de l’électorat américain indique un problème plus vaste et plus systématique, qui ne sera probablement pas réglé de sitôt. Le problème fondamental – et la raison pour laquelle les sondeurs sont inquiets à propos de ce type d’échec des sondages à grande échelle – vient des faibles taux de réponse qui ont affecté même les meilleurs sondages depuis l’utilisation généralisée de la technologie d’identification des appelants [dite « présentation du numéro » en France]. L’identification de l’appelant, plus que tout autre facteur unique, signifie que moins d’Américains décrochent le téléphone lorsqu’un sondeur appelle. Cela signifie qu’il faut plus d’appels pour qu’un sondage atteigne suffisamment de répondants pour constituer un échantillon valide, mais cela signifie également que les Américains s’auto-sélectionnent avant de décrocher le téléphone. Ainsi, même si notre capacité à analyser les données s’est améliorée de plus en plus, grâce à l’informatique avancée et à une augmentation de la quantité de données disponibles pour les analystes, notre capacité à collecter des données s’est détériorée. Et si les données d’entrée sont mauvaises, l’analyse ne sera pas non plus bonne. Cette auto-sélectio est extrêmement problématique pour les sondeurs. Un échantillon n’est valide que dans la mesure où les individus atteints sont un échantillon aléatoire de la population globale en question. Il n’est pas du tout problématique pour certaines personnes de refuser de décrocher le téléphone, tant que leur refus est motivé par un processus aléatoire. Si celui-ci est aléatoire, les personnes qui décrochent le téléphone seront toujours un échantillon représentatif de la population globale, et le sondeur devra simplement passer plus d’appels. De même, ce n’est pas un problème sérieux pour les sondeurs si les gens refusent de répondre au téléphone selon des caractéristiques connues. Par exemple, les sondeurs savent que les Afro-Américains sont moins susceptibles de répondre à une enquête que les Américains blancs et que les hommes sont moins susceptibles de décrocher le téléphone que les femmes. Grâce au recensement américain, nous savons quelle proportion de ces groupes est censée être dans notre échantillon, donc lorsque la proportion d’hommes, ou d’Afro-Américains, est insuffisante dans l’échantillon, les sondeurs peuvent utiliser des techniques de pondération pour corriger le déficit. Le vrai problème survient lorsque les répondants potentiels à un sondage refusent systématiquement de décrocher le téléphone en fonction de caractéristiques que les sondeurs ne mesurent ou ne peuvent ajuster pour correspondre à la population. (…) Rien de tout cela ne poserait de problème si les taux de réponse étaient au niveau où ils étaient dans les années 80, voire 90. Mais avec les taux de réponse aux sondages téléphoniques modernes stagnant en dessous de 15%, il devient de plus en plus difficile de déterminer si on a même affaire ou non à des problèmes de non-réponse systématiques. Mais ces problèmes deviennent carrément inquiétants lorsque les caractéristiques qui poussent les gens à s’exclure des sondages sont corrélées avec le principal résultat que le sondage tente de mesurer. Par exemple, si les électeurs de Donald Trump étaient plus susceptibles de décider de ne pas participer aux sondages parce qu’ils sont truqués, et ce d’une manière qui n’était pas corrélée avec des caractéristiques connues comme la race et le sexe, les sondeurs n’auraient aucun moyen de le savoir. Bien sûr, si la non-réponse non observée entraîne des erreurs de sondage, il est nécessaire de se demander comment les sondages se sont si bien déroulés jusqu’à présent. Après tout, les taux de réponse ont été tout aussi bas au moins lors des quatre dernières élections présidentielles, et les sondages se sont assez bien comportés dans ces élections. Une partie du problème, et ce qui rend cette élection différente, est un échec apparent des modèles d’électeurs probables. L’une des tâches les plus difficiles auxquelles doit faire face tout enquêteur électoral est de déterminer qui votera et qui ne votera pas le jour du scrutin. Les gens ayant tendance à dire qu’ils vont voter même quand ils ne le feront pas, il est donc nécessaire de poser plus de questions. Chaque grand institut de sondage a sa propre série de questions pour repérer les électeurs probables, mais elles incluent généralement des éléments sur l’intérêt pour l’élection, le comportement de vote passé et la connaissance de l’emplacement d’un bureau de vote. Utiliser ces questions pour repérer qui votera et qui ne votera pas est une affaire délicate; l’échec d’un modèle d’électeur probable complexe est la raison pour laquelle Gallup a quitté les sondages électoraux. (…) Il se peut que les techniques standard d’échantillonnage et de pondération soient capables de corriger les problèmes d’échantillonnage lors d’une élection normale – une élection dans laquelle les modèles de participation électorale restent prévisibles – mais échouent lorsque les sondages n’arrivent plus à repérer des parties de l’électorat susceptibles de participer à une élection mais pas aux précédentes. Imaginez qu’il existe un groupe d’électeurs qui ne votent généralement pas et qui sont systématiquement moins susceptibles de répondre à un sondage. Tant qu’ils continuent de ne pas voter, il n’y a pas de problème. Mais si un candidat arrive à mobiliser ces électeurs, les sondages sous-estimeront systématiquement le soutien au candidat, ce qui semble s’être passé mardi soir. Dan Cassino (2016)
Alors que Joe Biden est le favori des sondages dans la course à la Maison-Blanche, les commentateurs politiques rivalisent de prudence quatre ans après la victoire surprise de Donald Trump. Pour le Time, l’enjeu est d’abord de préserver la démocratie américaine en appelant au vote et à l’unité nationale. Quatre lettres qui n’avaient pas bougé depuis près de cent ans. “Time”, ancré en haut de la couverture du prestigieux hebdomadaire américain depuis 1923, a été remplacé par “Vote”, quatre autres lettres qui se veulent un rempart à l’effondrement démocratique tant redouté aux États-Unis. Dessous, un immense portrait de femme, bas du visage masqué, regard inquiet, humblement tourné vers le passé. (…) Pour illustrer ce numéro “historique”, le magazine a choisi l’artiste Shepard Fairey. Connu sous le nom d’Obey, il est notamment célèbre pour son affiche Hope, réalisée pour la campagne de Barack Obama en 2008 ou pour sa Marianne réalisée en hommage à la France après les attentats de 2015. Il propose cette fois un portrait de femme aux yeux légèrement bridés, un clin d’œil à l’électorat issu de l’immigration, déterminant dans l’élection en cours. Elle est vêtue d’un débardeur rouge étoilé et masquée d’un bandana bleu. (…) Après plusieurs mois de pandémie, la rédaction du Time présente le moment comme “une occasion de changer de cap comme cela n’arrive qu’une fois tous les vingt ans” et de faire société. Dans une tribune, le journaliste politique Molly Ball espère que “le 3 novembre (ou peu après, espérons-le), nous saurons enfin ce que signifiaient ces quatre années incompréhensibles […] Désireux de se montrer rassembleur en cette période de crise sanitaire et politique, le Time évacue le nom des candidats et des partis pour n’incarner la république qu’à travers son expression démocratique. “Vote” donc, tout simplement. Courrier international
L’heure est grave pour les États-Unis à l’approche de l’élection présidentielle qui aura lieu le 3 novembre prochain. À tel point que pour la première fois en près d’un siècle d’existence, le célèbre magazine Time a décidé de changer son titre en remplaçant « TIME » par « VOTE ». Créé en 1923, le magazine généraliste est devenu une véritable institution dans le monde entier grâce à ses articles fouillés et ses reportages particulièrement bien documentés, mais aussi pour sa Une son titre charismatique. De nos jours, le prestigieux hebdomadaire est également ancré dans l’inconscient collectif pour l’imposant cadre rouge qui entoure sa photo de couverture. Et pour la première fois donc, la rédaction a fait le choix symbolique de changer son titre dans l’objectif d’inciter chaque Américain à voter le mardi 3 novembre prochain, soit dans moins de 10 jours. Si au premier abord cet appel au vote peut sembler dénué de toute orientation politique, à lire entre les lignes, on se rend rapidement compte du candidat que soutient le magazine. En effet, la réponse se cache derrière l’artiste qui a réalisé le visuel présent en couverture. Il s’agit d’une création originale de l’artiste Shepard Fairey, le même qui avait dessiné la très populaire affiche « HOPE » de la campagne d’un certain Barack Obama, candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine de 2008. On y voit une femme porter un bandana orné d’une urne accompagnée du message « VOTE! » en guise de masque. Subtilement, le Time affiche donc sa préférence envers Joe Biden (Parti démocrate) qui affrontera le président sortant : Donald Trump (Parti républicain). Pour l’occasion, les lecteurs de ce numéro une édition spéciale sur les derniers rebondissements de cette campagne présidentielle 2020 et un guide pour voter en toute sécurité à l’heure du coronavirus. Démotivateur
Le fait même de poser une question peut inventer un résultat car elle fait appel à l’imaginaire du sondé qui n’y avait pas encore réfléchi. Alain Garrigou
D’après les journaux, les sondages montrent que la plupart des gens croient les journaux qui déclarent que la plupart des gens croient les sondages qui montrent que la plupart des gens ont lu les journaux qui conviennent que les sondages montrent qu’il va gagner. Mark Steyn
Une fois de plus, les médias ont péché par une couverture triviale des débats et une crédulité manifeste face à la propagande de John McCain. La tactique des républicains consiste à taper sans relâche sur la presse sous prétexte qu’elle pencherait « naturellement » à gauche. Cette stratégie d’intimidation explique l’obséquiosité de certains journalistes face à McCain, même si une petite lueur d’espoir est apparue récemment avec les reportages d’investigation publiés sur Sarah Palin, la colistière du candidat républicain. (…) le journalisme bien compris est un militantisme ! En clarifiant le monde, il construit une image sur laquelle les citoyens pourront agir. Todd Gitlin (ancien gauchiste et professeur de sociologie et journalisme à l’université Columbia)
La polarisation sur les sondages est dangereuse. Les sondages ont cet impact insidieux du goutte-à-goutte quotidien. L’effet cumulatif est de créer autant que refléter l’opinion publique. C’est d’ailleurs pour cette raison que certains pays interdisent les sondages dans les deux dernières semaines qui précèdent une élection. (…) Les médias essayent de prouver qu’Obama est tellement en avance que cela l’aide à récolter de l’argent, à obtenir plus de soutiens et démoralise les conservateurs. Ce qui se passe, c’est que les journalistes se servent maintenant des sondages pour conforter leurs articles comme pour dire aux gens: Regardez, 52% du pays votent pour Obama, pourquoi pas vous ? Allez-vous voter contre un homme de couleur ? Allez-vous voter pour un vieux type ? Pourquoi n’êtes-vous pas dans l’air du temps? (…) Ils vous demandent de réagir à une phraséologie bien-pensante au lieu de sonder votre idéologie fondamentale. Ainsi ils posent des questions comme, Etes-vous pour ou contre l’amélioration de la qualité de l’éducation publique ? Etes-vous pour ou contre des soins de santé universels ? Etes-vous pour ou contre la protection de l’environnement? Et vous voyez ces sondages qui indiquent 88 % d’Américains pour la protection de l’environnement. Mais bigre, qui peuvent bien être les 12 autres pour cent ? Autrement dit, qui ne veut pas que tous les enfants aient une éducation de qualité et mangent à leur faim? Et que l’air et l’eau ne soient pas pollués ? Mais alors ces gens-là regardent ces résultats de sondage et disent : vous voyez? Le réchauffement climatique est le problème numéro un. Vous voyez? (…) ACORN et Wright sont des questions plus pertinentes pour les gens qu’Ayers, parce que ACORN, c’est ici et maintenant. Les gens ont vu les images de Wright dénonçant l’Amérique. Les gens seraient incapables de reconnaitre Ayers dans une file de suspects. Les gens n’apprécient pas trop l’idée d’être privés par qui que ce soit de leur droit de vote. La campagne de McCain a gaspillé trois semaines sur Ayers, au lieu de chercher à toucher les électeurs sur l’économie. L’impôt est toujours un gros mot. (…) Joe le plombier et Sarah Palin étaient des moments inattendus et imprévisibles pour la campagne d’Obama. Mais ce que Joe le plombier et Sarah Palin ont en commun, c’est qu’ils ont ce lien intangible avec la plupart des gens qui n’est pas facile à surmonter. Et ils représentent également la classe moyenne qu’Obama dit représenter, mais au sein de laquelle il n’a pas vécu depuis des années. Je crois que cette élection est beaucoup plus serrée que certains dans les médias sont disposés à l’admettre. Les ouvriers blancs, qui tendent à aimer Joe le plombier et Sarah Palin, seront décisifs. Si les conservateurs ne sont pas contents du manque d’équité et d’objectivité de la couverture médiatique, pourquoi regardent-ils ces sondages ? Pourquoi leur permettent-ils de dicter ce qu’ils pensent de l’élection présidentielle avant qu’un seul vote soit déposé dans l’urne? Kellyanne Conway
Comme je l’ai dit depuis le début, notre campagne n’en était pas simplement une, mais plutôt un grand mouvement incroyable, composé de millions d’hommes et de femmes qui travaillent dur, qui aiment leur pays, et qui veulent un avenir plus prospère et plus radieux pour eux-mêmes et leur famille. C’est un mouvement composé d’Américains de toutes races, de toutes religions, de toutes origines, qui veulent et attendent que le gouvernement serve le peuple. Ce gouvernement servira le peuple. J’ai passé toute ma vie dans le monde des affaires et j’ai observé le potentiel des projets et des personnes partout dans le monde. Aujourd’hui, c’est ce que je veux faire pour notre pays. Il y a un potentiel énorme, je connais bien notre pays, il y a potentiel incroyable, ce sera magnifique. Chaque Américain aura l’opportunité de vivre pleinement son potentiel. Ces hommes et ces femmes oubliés de notre pays, ces personnes ne seront plus oubliées. Donald Trump (2016)
Je suis désolé d’être le porteur de mauvaises nouvelles, mais je crois avoir été assez clair l’été dernier lorsque j’ai affirmé que Donald Trump serait le candidat républicain à la présidence des États-Unis. Cette fois, j’ai des nouvelles encore pires à vous annoncer: Donald J. Trump va remporter l’élection du mois de novembre. Ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein va devenir notre prochain président. (…) Jamais de toute ma vie n’ai-je autant voulu me tromper. (…) Voici 5 raisons pour lesquelles Trump va gagner : 1. Le poids électoral du Midwest, ou le Brexit de la Ceinture de rouille 2. Le dernier tour de piste des Hommes blancs en colère 3. Hillary est un problème en elle-même 4. Les partisans désabusés de Bernie Sanders 5. L’effet Jesse Ventura. Michael Moore
L’effet Bradley (en anglais Bradley effect) (…) est le nom donné aux États-Unis au décalage souvent observé entre les sondages électoraux et les résultats des élections américaines quand un candidat blanc est opposé à un candidat non blanc (noir, hispanique, latino, asiatique ou océanien). Le nom du phénomène vient de Tom Bradley, un Afro-Américain qui perdit l’élection de 1982 au poste de gouverneur de Californie, à la surprise générale, alors qu’il était largement en tête dans tous les sondages. L’effet Bradley reflète une tendance de la part des votants, noirs aussi bien que blancs, à dire aux sondeurs qu’ils sont indécis ou qu’ils vont probablement voter pour le candidat noir ou issu de la minorité ethnique mais qui, le jour de l’élection, votent pour son opposant blanc. Une des théories pour expliquer l’effet Bradley est que certains électeurs donnent une réponse fausse lors des sondages, de peur qu’en déclarant leur réelle préférence, ils ne prêtent le flanc à la critique d’une motivation raciale de leur vote. Cet effet est similaire à celui d’une personne refusant de discuter de son choix électoral. Si la personne déclare qu’elle est indécise, elle peut ainsi éviter d’être forcée à entrer dans une discussion politique avec une personne partisane. La réticence à donner une réponse exacte s’étend parfois jusqu’aux sondages dits de sortie de bureau de vote. La façon dont les sondeurs conduisent l’interview peut être un déterminant dans la réponse du sondé. Wikipedia
The phenomenon of voters telling pollsters what they think they want to hear, however, actually has a name: the Bradley Effect, a well-studied political phenomenon. In 1982, poll after poll showed Tom Bradley, Los Angeles’ first black mayor and a Democrat, with a solid lead over George Deukmejian, a white Republican, in the California gubernatorial race. Instead, Bradley narrowly lost to Deukmejian, a stunning upset that led experts to wonder how the polls got it wrong. Pollsters, and some political scientists, later concluded that voters didn’t want to say they were voting against Bradley, who would have been the nation’s first popularly-elected African-American governor, because they didn’t want to appear to be racist. (…) In December, a Morning Consult poll examined whether Trump supporters were more likely to say they supported him in online polls than in polls conducted by live questioners. Their finding was surprising: « Trump performs about six percentage points better online than via live telephone interviewing, » according to the study. At the same time, « his advantage online is driven by adults with higher levels of education, » the study says, countering data showing Trump’s bedrock support comes from voters without college degrees. « Importantly, the differences between online and live telephone [surveys] persist even when examining only highly engaged, likely voters. » But Galston says while the study examines « a legitimate question, » the methodology is unclear, and « it’s really important to compare apples to apples. You need to be sure that the online community has the same demographic profile » as phone polling. « It may also be the case that people who are online and willing to participate in that study are already, in effect, a self-selected sample » of pro-Trump voters, Galston says. (…) Ultimately, Trump’s claim « is more of a way to try to explain poor polling numbers. Trump is losing at the moment and he’s trying to explain it off, » Skelley says. « This doesn’t really hold up under scrutiny. » US News & world report (July 2016)
Silicon Valley these days is a very intolerant place for people who do not hold so called ‘socially liberal’ ideas. In Silicon Valley, because of the high prevalence of highly smart people, there is a general stereotype that voting Republican is for dummies. So many people see considering supporting Republican candidates, particularly Donald Trump, anathema to the whole Silicon Valley ethos that values smarts and merit. A couple of friends thought that me supporting Trump made me unworthy of being part of the Silicon Valley tribe and stopped talking to me. At the end of the day, we choose our politics the way we choose our lovers and our friends — not so much out a rational analysis, but based on impressions and our own personal backgrounds. My main reason for supporting Trump is that I basically agree with the notion that unless the trend is stopped, our country is going to hell … The Silicon Valley elite is highly hypocritical on this matter. One of the reasons, I assume, they don’t like Trump is because on this area, as in many others, he is calling a spade a spade. I believe Trump is right in this case. … supporting Trump only offers [an] upside. Electing Hillary Clinton would keep the status quo. If Trump wins, there’s a whole set of new possibilities that would emerge for the nation. Even if it remains socially liberal, it would be good for it if the president were to be a Republican so that the Valley could recover a little bit of its rebel spirit (that was the case during the Bush years for instance). I believe that the increased relevance in national politics of companies like Google (whose Chairman [Eric] Schmidt has been very cozy with the Obama administration) and Apple (at the center of several political disputes) has been bad for the Valley. A Trump presidency would allow the Valley to focus on what it does best: dreaming and building the technology of the future, leaving politics for DC types. Silicon valley software engineer
Many people are saying to maybe their friends while they’re having a sip of Chardonnay in Washington or Boston, ‘Oh, I would never vote for him, he’s so – not politically correct,’ or whatever, but then they’re going to go and vote for him. Because he’s saying things that they would like to say, but they’re not politically courageous enough to say it and I think that’s the real question in this election. Trump is kind of a combination of the gun referendum, because he’s an emotional energy source for people who want to make sure that they’re voicing their concerns about all these issues – immigration, et cetera – but then I think there’s this other piece. They don’t find it to be correct or acceptable to a lot of their friends, but when push comes to shove, they’re going to vote for him. Gregory Payne (Emerson College)
Donald Trump performs consistently better in online polling where a human being is not talking to another human being about what he or she may do in the election. It’s because it’s become socially desirable, if you’re a college educated person in the United States of America, to say that you’re against Donald Trump. Kellyanne Conway (Trump campaign manager)
They’ll go ahead and vote for that candidate in the privacy of a [voting] booth But they won’t admit to voting for that candidate to somebody who’s calling them for a poll. Joe Bafumi (Dartmouth College)
Trump’s advantage in online polls compared with live telephone polling is eight or nine percentage points among likely voters. Kyle A. Dropp
It’s easier to express potentially ‘unacceptable’ responses on a screen than it is to give them to a person. Kathy Frankovic
This may be due to social desirability bias — people are more willing to express support for this privately than when asked by someone else. Douglas Rivers
In a May 2015 report, Pew Research analyzed the differences between results derived from telephone polling and those from online Internet polling. Pew determined that the biggest differences in answers elicited via these two survey modes were on questions in which social desirability bias — that is, “the desire of respondents to avoid embarrassment and project a favorable image to others” — played a role. In a detailed analysis of phone versus online polling in Republican primaries, Kyle A. Dropp, the executive director of polling and data science at Morning Consult, writes: Trump’s advantage in online polls compared with live telephone polling is eight or nine percentage points among likely voters. This difference, Dropp notes, is driven largely by more educated voters — those who would be most concerned with “social desirability.” These findings suggest that Trump will head into the general election with support from voters who are reluctant to admit their preferences to a live person in a phone survey, but who may well be inclined to cast a ballot for Trump on Election Day. The NYT (May 2016)
Les analystes politiques, les sondeurs et les journalistes ont donné à penser que la victoire d’Hillary Clinton était assurée avant l’élection. En cela, c’est une surprise, car la sphère médiatique n’imaginait pas la victoire du candidat républicain. Elle a eu tort. Si elle avait su observer la société américaine et entendre son malaise, elle n’aurait jamais exclu la possibilité d’une élection de Trump. Pour cette raison, ce n’est pas une surprise. (…) Sans doute, ils ont rejeté Donald Trump car ils le trouvaient – et c’est le cas – démagogue, populiste et vulgaire. Je n’ai d’ailleurs jamais vu une élection américaine avec un tel parti pris médiatique. Même le très réputé hebdomadaire britannique « The Economist » a fait un clin d’oeil à Hillary Clinton. Je pense que la stigmatisation sans précédent de Donald Trump par les médias a favorisé chez les électeurs américains la dissimulation de leur intention de vote auprès des instituts de sondage. En clair, un certain nombre de votants n’a pas osé admettre qu’il soutenait le candidat américain. Ce phénomène est classique en politique. Souvenez du 21 avril 2002 et de la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen, leader du Front national, au second tour de l’élection présidentielle française. Dominique Reynié
Biden now has gone full-circle: last year bragging about banning fracking and ending fossil fuels, then in the general campaign denying that, and now reaffirming it. Biden also hurt himself with his base, by blaming Obama for not getting more crime reform for drug sentencing while accusing Bernie Sanders of pushing a socialist health plan and suggesting his own opposition to it had boosted him over his leftwing rivals in the primaries (perhaps true, but not wise to ensure the base turns out). Americans know by now that treatments are improving on COVID-19, that death rates are declining, and that it is true that about 99.8 percent of the infected under 65 will survive the virus. Trump did well in pointing all that out. (…) Trump, then, after four years in the White House, nonetheless successfully returned to his role as the outsider cleanser of Biden’s Augean insider stables. His theme was can-do Americanism, Biden’s was timidity and caution and worries that there is little hope anywhere to be found, an attitude consistent with his own hibernation. Final thoughts on the debate: The moderator Kristen Welker was far better than the prior debate and town-hall moderators, in avoiding the scripted stuff like the Charlottesville distortions and ‘when did you stop beating your wife’ questions. That said, she interrupted Trump far more than she did Biden, and focused more on Biden-friendly questions. But most importantly, Trump kept his cool, was deferential to Welker, and was tough but not cruel to Biden. The final question is not whether Trump won and will be seen to have won bigly by next week, but to what degree Biden’s suicidal talk of ending fossil fuels and denial of the Hunter Biden evidence that cannot be denied implode his campaign early next week or not until Election Day. Victor Davis Hanson
Robert Cahaly, stratège principal du groupe Trafalgar, s’est fait un nom en 2016  pour avoir été le seul sondeur à correctement repérer l’avance de Donald Trump au Michigan et en Pennsylvanie – deux États clés qu’il a emportés – à l’approche du jour du scrutin. (Il n’a pas sondé le Wisconsin, une autre victoire surprenante pour Trump.) Cahaly a également repéré l’avance de Trump en Caroline du Nord et en Floride, qu’il a toutes deux gagnées, assurant sa victoire improbable 304-227 au collège électoral sur Hillary Clinton. Après avoir demandé aux électeurs qui ils soutenaient en 2016, le sondeur a poursuivi en leur demandant qui, selon eux, leurs voisins soutenaient, Trump ou Clinton. Cahaly a constamment constaté un degré élevé de variance entre les personnes pour lesquelles les répondants ont déclaré voter et celles pour lesquelles ils pensaient que leurs voisins votaient, ce qui suggère qu’il y avait en fait un «effet Trump » en jeu. Deux ans plus tard, la méthode de Cahaly s’est une fois de plus révélée solide. Dans l’une des courses les plus sondées du cycle, Trafalgar était la seule société de sondage à montrer correctement une victoire au poste de gouverneur de Ron DeSantis en Floride – ainsi que Rick Scott y remportant la course au Sénat. Real Clear politics
L’enquête est conçue pour être représentative des électeurs inscrits qui ont regardé le débat de mardi, elle ne représente pas les vues de tous les Américains. Les électeurs qui ont regardé le débat étaient plus partisans que les Américains dans leur ensemble – 36% se sont identifiés comme indépendants ou non-partisans contre environ 40% dans le grand public, et le groupe d’observateurs du débat était plus démocrate qu’un sondage typique de tous. adultes, avec 39% s’identifiant comme démocrates et 25% comme républicains. (..) Le sondage post-débat de CNN a été mené par le SSRS par téléphone et comprend des entretiens avec 568 électeurs inscrits qui ont regardé le débat du 29 septembre. Les résultats parmi les observateurs du débat ont une marge d’erreur d’échantillonnage de plus ou moins 6,3 points de pourcentage. CNN
Vous savez quoi? Je suis blanc. Je suis juif. Quand j’étais enfant, ma mère avait aussi « La Conversation » avec moi: ‘Dov, tu dois toujours montrer du respect à un policier, même quand il a tort. Ne leur réponds jamais. Fais ce qu’ils te disent. S’ils se trompent, nous pourrons le dire au juge plus tard. Mais ne t’énerve jamais avec un flic. » Trente ans plus tard, j’ai également eu cette conversation avec mes enfants: ‘Si jamais vous êtes arrêté par un flic dans la circulation et qu’il ou elle vous demande votre immatriculation ou votre assurance auto, n’ouvrez tout simplement pas la boîte à gants ou ne mettez pas la main dans votre veste pour la chercher. Le flic est peut-être fou, peut-être même antisémite, sait-on jamais et peut penser que vous allez chercher une arme. Alors, demandez d’abord au flic: « Officier, puis-je fouiller dans ma poche ou ma boîte à gants parce que c’est là que se trouvent les papiers? » Et puis laissez le flic vous dire quoi faire.  » Si un flic vous dit de rester assis dans la voiture, restez assis. Si un flic vous dit de vous taire, alors taisez-vous. (Il ne m’est jamais venu à l’esprit d’ajouter, comme il faut l’ajouter en cet « Age de Ferguson et de Michael Brown: «Ne luttez pas contre un flic pour son arme. Ne tirez pas avec un pistolet Taser sur un flic.») Dov Fischer
President Trump, before the terrible COVID pandemic arrived from China, you had created the strongest economy with the lowest unemployment numbers in history for Blacks, Latinos, and Asian Americans. How will you return us to the economic powerhouse you brought about before the plague? President Trump, can you share with us how in the heck you ever got two Arab Muslim countries to sign peace deals with Israel, the first in a quarter century, and are any more coming in soon? President Trump, how did you feel when New York’s Governor Cuomo praised your leadership in helping New York fight the coronavirus? What was it like getting those military hospital ships to New York and California, and how did you ever manage to turn our peace-time economy into a war-time footing that got more ventilators manufactured than we ever needed? President Trump, polls are showing that your approval numbers among Black and Hispanic voters are the highest that any Republican president has seen in recent memory. How do you explain that turn-around? President Trump, since you already have fulfilled your pledge to build 400 miles of border wall so far, how has that impacted the efforts to control immigration? Vice President Biden, do you have anything you would like to say to Black voters to apologize for calling their school districts a “jungle,” for working with former Ku Klux Klan Exalted Cyclops Robert Byrd, for saying that Black mothers do not give their children a working vocabulary, and for telling African Americans that, if they do not vote as you want them to, then they “ain’t Black”? Vice President Biden, the President has released all his medical records. When will you disclose to the American people the state of medical assessment of your cognitive functions and whether you are being treated medically for that purpose? And will you be disclosing to the American people all pharmaceuticals and other medications you take or that have been injected into you during the past twelve months? Dov Fischer

Et si, pour changer, les questions ne visaient PAS principalement à interroger Trump sur des choses qui le montrent sous un mauvais jour, puis à demander à Biden comment il réglerait le problème ?

En ces temps étranges …

Où avec l’aide de la censure ouverte des réseaux sociaux

A l’image du magazine Time qui pour la première fois de son histoire bientôt centenaire

Fait pour sa couverture de la semaine de l’élection une entorse à sa règle et change en « VOTE » son légendaire logo

Via, on ne peut plus subtilement, le portrait par le créateur des célébrissimes affiches « Hope » et « Change » de la première campagne Obama d’une jeune membre des minorités dûment encagoulé d’un bandana à la antifa

Ou du prétendu quotidien de référence américain, réécrivant, entre un faux reportage et un dessin antisémite, rien de moins que l’histoire américaine

Le journalisme bien compris est, désormais ouvertement, devenu un militantisme

Et au lendemain, après le premier débat très controversé que l’on sait, d’un brillant débat du Président Trump …

Où, surprise selon un sondage d’après débat CNN repris par la plupart de nos médias …
Si Trump améliore son score de 11 points (de 28 à 39), Biden est à nouveau donné large gagnant et améliore même son score …
Comment ne pas s’étonner que personne ne semble s’étonner …
Sans compter leur effet « ventriloque » par leur goutte à goutte permanent tout au long de la campagne …
Que de tels sondages puissent être repris comme véritable information par tous les médias américains comme internationaux …
Quand on sait que comme le précise la chaine elle-même en bas de ses articles que personne ne lit …
Ils sont fondés sur une surdistribution de Démocrates dans l’échantillon (39% contre 25%) …
Et que leur marge d’erreur sur un échantillon de moins de 600 personnes, dépasse, excusez du peu, les 6% pour le  premier et 5% pour le dernier …
Comment ne pas s’étonner …
Que parmi les prétendus historiens ou spécialistes des Etats-Unis invités d’une émission d’information dite de qualité comme C dans l’air composée …
Tous étrangement, quand une rare vraie professionnelle comme Laure Mandeville n’est pas disponible, alignés à gauche …
Personne ne tique quand l’une d’entre eux observe cette remarquable continuité de résultats entre les deux débats …
Que bien sûr personne ne prenne la peine de mentionner ces problèmes d’échantillon …
Que, relayant allègrement les accusations démocrates de prétendues tentatives de suppression du votre noir par les Républicains, personne ne rappelle que nombre d’états américains n’exigent même pas de pièce d’identité avec photo pour voter …
Que, dénonçant régulièrement le système du Collège électoral, personne ne signale que sans celui-ci, les candidats n’auraient même plus besoin de se déplacer dans les petits états …
Que, ramenant systématiquement les accusations démocrates de non-paiement d’impôts du président Trump, personne ne tente non plus d’expliquer, notamment dans l’immobilier, le système des impôts pré-payés  …
Que, minimisant tout aussi systématiquement les inquiétudes républicaines par rapport au vote massif par correspondance, personne ne mentionne que l’autorisation, par la Cour suprême,  des dépouillements de votes plusieurs jours APRES le jour du scrutin dans nombre d’états, ne peut qu’augmenter les risques de contestations …
Que, nous rebattant les oreilles avec des écarts invraisemblables dans les sondages offiiciels (de 0 à 14 points !) …
Malgré les avertissements à nouveau du réalisateur Michael Moore
Personne ne rappelle même l’existence d’instituts de sondage moins connus (Zogby, Trafalgar, Democracy Institute ou Rasmussen) mais qui notamment en 2016 s’étaient beaucoup moins trompés …
Et qui aujourd’hui ont des écarts bien plus raisonnables (mais qui prendra la peine d’expliquer l’effet Bradley, autrement dit, dissimulation d’intention de vote pour cause de pression sociale oblige, de la question des « électeurs cachés » de Trump ?) voire pour certains une prédiction de victoire du président américain …
Et enfin, sans parler le silence radio sur l’immense mensonge de Biden sur la fracturation hydraulique …
Que personne ne s’inquiète, sans compter l’éviction pour le moins inhabituelle de la politique étrangère, de l’incroyable biais, la plupart du temps, des questions du débat elles-mêmes …
Alors qu’il suffirait d’imaginer pour s’en convaincre …
Comme le fait brillamment l’avocat Dov Fischer dans l’American Spectator …
Ce que pourraient donner des questions comme les suivantes :
– Président Trump, avant l’arrivée de la terrible pandémie COVID de Chine, vous aviez créé l’économie la plus forte avec le taux de chômage le plus bas de l’histoire pour les Noirs, les Latinos et les Américains d’origine asiatique. Comment allez-vous nous ramener à la puissance économique que vous avez créée avant la peste?
– Président Trump, pouvez-vous nous dire comment diable vous êtes-vous arrivé à ce que deux pays arabo-musulmans signent des accords de paix avec Israël, le premier depuis un quart de siècle, et que d’autres arriveront bientôt?
– Président Trump, qu’avez-vous ressenti lorsque le gouverneur de New York Cuomo a salué votre leadership pour aider New York à lutter contre le coronavirus? Comment était-ce de déplacer ces navires-hôpitaux militaires à New York et en Californie, et comment avez-vous réussi à transformer notre économie en temps de paix en une base de guerre qui a fabriqué plus de respirateurs que nous n’en avions jamais besoin?
– Président Trump, les sondages montrent que votre taux d’approbation parmi les électeurs noirs et hispaniques est le plus élevé que tout président républicain a jamais vu de mémoire récente. Comment expliquez-vous ce revirement?
– Président Trump, puisque vous avez déjà rempli votre promesse de construire jusqu’à présent 600 km de mur frontalier, comment cela a-t-il eu un impact sur les efforts de contrôle de l’immigration?
– Vice-président Biden, avez-vous quelque chose à dire aux électeurs noirs pour vous excuser d’avoir qualifié leurs districts scolaires de « jungle », d’avoir travaillé avec l’ancien chef exalté du Ku Klux Klan, Robert Byrd, pour avoir dit que les mères noires ne donnent pas à leurs enfants un vocabulaire fonctionnel, et pour avoir dit aux Afro-Américains que s’ils ne votent pas comme vous le souhaitez, alors ils « ne sont pas noirs »?
– Vice-président Biden, le président a publié tous ses dossiers médicaux. Quand allez-vous divulguer au peuple américain l’état de l’évaluation médicale de vos fonctions cognitives et si vous êtes traité médicalement à cette fin? Et allez-vous divulguer au peuple américain tous les produits pharmaceutiques et autres médicaments que vous prenez ou qui vous ont été injectés au cours des douze derniers mois?
For the first debate, the question was whether Joe Biden is now so senile that he would implode on stage. Would he call Blacks people of “the jungle” as he has before? Would he speak derisively of people from India as he has before? Would he forget why he was on the stage: Running for U.S. Senate? Trying out for a school play? Lost in space? To his credit, he made it through very coherently, partly because he was not allowed to speak for four minutes straight, his usual implosion point. That ostensible coherence alone boosted his numbers. The thing is, now that he established at the first debate that his senility has not left him unable to speak in two-minute sound-bites, his appearance at the second debate was not as impressive. We knew he could make it through two minutes. And he did have moments of brief faltering, but nothing to move the dial.
By contrast, the President came in with a different question mark lingering on his head: Can this guy engage in a debate with a gentlemanly etiquette? Is he even capable of controlling himself — ever — and especially when insulted? Besides being a so-called blustering blowhard who tries to mow down his opponent, does he have it in him, if push comes to shove, to debate masterfully, to pause, to contemplate, to abide by rules … and nevertheless to beat his opponent by mastering data, history, facts, and polemic — all in a charming tone? If so, can he maintain a focus on the big stuff and not get side-tracked on the petty? That was President Trump’s task, and he could not have done better.
Yes, he missed inserting one or two unplanned solid zingers he might have thrown in, but every debater misses something. I have been in debates and on TV panels for thirty years, and no matter how well I have prepared I always kick myself afterwards for missing something. So when Biden, towards the end, spoke of “growing up in Delaware,” I wanted Trump to ask: “But Joe, I thought you told the Pennsylvania union workers whose jobs you shipped overseas, and whose high-paying energy jobs you have promised to kill, that you grew up in Pennsylvania? So where was it, Joe — Delaware or Pennsylvania? — or are you still changing your life’s fables every day like the time you stole the biography of that Labour Party leader in England and were forced to withdraw from a presidential race because of your constant plagiarizing?”
But Trump was great. I loved that he asked Biden: “Who built the cages, Joe?” And when Biden would not respond, I love that Trump asked it again: “Who built the cages, Joe?” And a third time. And when Biden just would not respond, I loved that Trump asked the moderator to ask Biden who built the cages.
Of course she was not going to put Biden on the spot. Like all the “moderators,” she is a leftist Democrat. But Trump got the point in. As he did, again and again, reminding viewers that Biden had 47 years in Washington to perform the initiatives he now says he will undertake. And Trump likewise pounded in, again and again, that Biden was just recently Vice President for eight years. Just very recently. Indeed, not only did Biden fail to do any of the things he now promises to do, but Trump even brought home that he sought the presidency in 2016 out of disgust over Biden’s failures.
Trump got in that Biden failed on H1N1, a much less devastating illness. He got in that, on the issue of taxes, he may have paid $750 in the last phase of tax filing because he previously had paid tens of millions of dollars in advance tax payments. Americans can understand that; we just had not heard it before. As Biden went after Trump on Putin and on whether Trump profits from hotels in China, the door was opened for Trump to get into the Biden Family Criminal Enterprise: the son and siblings who all have profited in the many millions by leveraging their Biden Family Enterprise connections to extort millions implicitly from China and Russia and Ukraine. He had Biden lying all over the place — denying they had made millions from the wife of the Moscow mayor, from China, and even from Burisma. I listened carefully as Biden denied that he benefited corruptly from Burisma, but did not deny as explicitly that Hunter did. Trump even got Biden to lie about his oft-repeated pledge to kill hydraulic fracturing (“fracking”).
Biden was good and at times strong, too. He was prepared. He did not shoot whoppers. But Trump had more to prove this time, and Trump aced it. That is why this debate moves the needle in Trump’s direction.
Sure, the debate was tilted and imbalanced. A darned shame, but that is going to happen forever until the GOP standard bearer pays more attention in advance to getting the debates conducted fairly. So the questions primarily were aimed at asking Trump about things that paint him poorly, then asking Biden how he would fix it. And the topics — climate change? Y’know what? If you are so concerned about heat, how about California’s annual forest fires that result from crazy and irresponsible liberal Democrat forestry practices that ban removal of dead leaves, dry branches, and that ban lumber companies from clearing out wide swaths of trees — both to reduce fire spread and to allow sufficient width for emergency fire-fighting vehicles to reach hot points? If you are concerned about heat, what about Antifa and Black Lives Matter riots that see whole neighborhoods set ablaze? That was not on the agenda. Instead, the President was asked what he would tell Black parents who have “The Talk” with their children.
Y’know what? I am White. I am Jewish. When I was a boy, my Mother had “The Talk” with me, too: “Dov, you must always show respect to a police officer, even when they are wrong. Don’t ever talk back to them. Do what they tell you. If they are wrong, then we can tell it to the judge later. But don’t ever start up with a cop.” Thirty years later I had that talk with my kids, too: “If you ever get stopped by a cop in traffic, and he or she asks you for your auto registration or insurance, do not just open the glove compartment or reach into your jacket to get it. The cop may be crazy, maybe even a Jew-hater for all you know, and may think you are going for a gun. So first ask the cop: ‘Officer, may I reach into my pocket or glove compartment because that is where the papers are?’ And then let the cop tell you what to do.” If a cop tells you to stay seated in the car, stay seated. If a cop tells you to shut up, then shut up. (It never occurred to me to add, as should be added in the Age of Ferguson’s Michael Brown: “Don’t wrestle a cop for his gun. Don’t shoot a taser gun at a cop.”)
But this is the Left media, and Trump was asked. He answered exceptionally well. He has done more for Blacks than have most presidents other, maybe, than Lincoln. Could be. Prison reform. Criminal reform. Enterprise zones. Ten-year grants to Historically Black Universities and Colleges. Lowest Black unemployment numbers — ever. Compare that to Biden’s 47 years of incompetence and mediocrity. When Biden responded that he had been hampered by a Republican Congress, I wanted Trump to say: “You had complete Democrat control of the House, the Senate, and the White House for two whole years — how about that, Joe?” But Trump still retorted well: I got criminal reform done by negotiating with the other side; that’s how it’s done, Joe.
Finally, I was glad that, by my count, Trump repeated three times that he will guarantee covering pre-existing conditions in any health-insurance program that emerges. He always says that, just as he always says that he opposes racism, White Supremacists, and neo-Nazis. Indeed, it was refreshing to hear an entire debate go by without a single lie about — or even reference to — Charlottesville.
Sure, I would have loved some questions like these:
President Trump, before the terrible COVID pandemic arrived from China, you had created the strongest economy with the lowest unemployment numbers in history for Blacks, Latinos, and Asian Americans. How will you return us to the economic powerhouse you brought about before the plague?
President Trump, can you share with us how in the heck you ever got two Arab Muslim countries to sign peace deals with Israel, the first in a quarter century, and are any more coming in soon?
President Trump, how did you feel when New York’s Governor Cuomo praised your leadership in helping New York fight the coronavirus? What was it like getting those military hospital ships to New York and California, and how did you ever manage to turn our peace-time economy into a war-time footing that got more ventilators manufactured than we ever needed?
President Trump, polls are showing that your approval numbers among Black and Hispanic voters are the highest that any Republican president has seen in recent memory. How do you explain that turn-around?
President Trump, since you already have fulfilled your pledge to build 400 miles of border wall so far, how has that impacted the efforts to control immigration?
Vice President Biden, do you have anything you would like to say to Black voters to apologize for calling their school districts a “jungle,” for working with former Ku Klux Klan Exalted Cyclops Robert Byrd, for saying that Black mothers do not give their children a working vocabulary, and for telling African Americans that, if they do not vote as you want them to, then they “ain’t Black”?
Vice President Biden, the President has released all his medical records. When will you disclose to the American people the state of medical assessment of your cognitive functions and whether you are being treated medically for that purpose? And will you be disclosing to the American people all pharmaceuticals and other medications you take or that have been injected into you during the past twelve months?
In the end, Trump occasionally had to grab an extra moment or two, but he did it properly. His mike never had to be cut off. There were falsehoods that had to be corrected. Biden did it also, and that was fair.
Finally, I continue to resent how, every time the two candidates really get into a serious substantive disagreement, laying out two contrasting visions, the moderator always intercedes and says: “I have to get to new questions on a new topic.” Frankly, I suspect that most Americans do not give a rat’s patootie about what next topic the moderator wants to move to. They want to let the two guys talk, debate, and lay out their plans. One of these days…
Voir aussi:

Twitter et Facebook accusés de censurer un article gênant pour Biden, Trump monte au créneau
Depuis mercredi matin, la campagne est agitée par les révélations du New York Post qui publie des emails qu’aurait écrits Hunter Biden, le fils du candidat démocrate Joe Biden.
Julie Cloris
Le Parisien
15 octobre 2020

À chaque élection son affaire de piratage… Quatre ans après la publication de mails de Hillary Clinton, piratés par des hackers russes et diffusés par WikiLeaks – une bourde dont son adversaire Trump avait fait son miel -, c’est au tour de Joe Biden d’être au cœur d’une polémique, à deux semaines et demi de l’élection présidentielle. Des mails qu’aurait écrits son fils ont été publiés par un journal et ils relancent l’affaire ukrainienne, qui a été le cœur de la tentative d’impeachment contre le président Trump.

L’affaire ukrainienne

Pour comprendre, il faut remonter un peu le temps. Été 2019 : Donald Trump s’entretient avec son homologue ukrainien et il conditionne le versement d’une importante aide financière à l’Ukraine de Volodymyr Zelensky : Trump lui demande de trouver des éléments peu reluisants sur Hunter Biden, le fils de Joe Biden, que tous les pronostics annoncent comme son rival de la présidentielle de 2020. Hunter Biden, membre du conseil de surveillance du groupe gazier ukrainien Burisma pendant cinq ans, aurait permis au groupe d’échapper à des enquêtes pour corruption. Les leaders démocrates lancent une procédure de destitution contre le président Trump.

Devant le Congrès, le président est mis en accusation pour abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès. Les auditions de diplomates se succèdent, elles révèlent le fonctionnement de Trump en matière d’affaires étrangères, s’appuyant sur un cercle ultra-restreint, dont son avocat personnel Rudy Giuliani. Début février, le Sénat, en votant contre la destitution, clôt l’affaire.

Le New York Post publie des messages du fils Biden

Mais l’histoire a donc rebondi ce mercredi à l’aube. Le New York Post publie des e-mails récupérés illégalement sur un ordinateur présenté comme celui d’Hunter Biden. Ces messages proviennent du disque dur d’un ordinateur portable saisi en décembre dernier par le FBI chez un réparateur. Il contient des messages, des photos et des vidéos personnelles de Hunter Biden. Un courriel prouverait, selon le quotidien conservateur, que le jeune homme a présenté à son père un responsable du groupe gazier Burisma. Dans un courriel daté du 17 avril 2015, Vadim Pojarskïi, un membre de la direction, remercie Hunter Biden d’une invitation à Washington lui « donnant l’occasion de rencontrer votre père et de passer du temps ensemble ».

« Dear Hunter, thank you for inviting me to DC and giving me an opportunity to meet your father and spent some time together. » Vadim Pozharzkyi

L’ancien vice-président a toujours nié avoir discuté avec son fils de ses activités à l’étranger quand il était en poste. Mercredi, un porte-parole de Joe Biden a démenti les allégations du tabloïd, affirmant qu’aucune rencontre avec M. Pojarskïi n’avait eu lieu, selon son programme officiel de l’époque.

Le NY Post raconte aussi avoir découvert que le disque dur contient aussi une vidéo de 12 minutes dans laquelle on voit Hunter Biden fumer du crack tout en ayant une relation sexuelle, et d’autres documents explicites. Il explique aussi comment il a récupéré la copie du disque dur : selon le quotidien, le propriétaire du magasin de réparation d’ordinateurs qui a sollicité le FBI avait, avant de transmettre l’ordinateur, copié le disque dur et donné la copie à Robert Costello, l’avocat de l’ancien maire Rudy Giuliani. Steve Bannon, ancien conseiller sulfureux du président Trump, a parlé au Post de l’existence du disque dur fin septembre et Giuliani en a fourni une copie dimanche.

Twitter bloque le partage de l’article

L’article a été très lu et partagé sur les réseaux sociaux. Mais de nombreux internautes se sont retrouvés sous la menace d’une fermeture de leur compte Twitter. La responsable des relations presse de la Maison Blanche, Kayleigh McEnany, a ainsi été exclue mercredi de son compte Twitter personnel pour avoir partagé l’article. Pour déverrouiller le compte, elle devait supprimer son tweet renvoyant vers le Post. Le compte de Kayleigh McEnany est suivi par plus d’un million d’abonnés.

Après une journée de tempête médiatique, Twitter a expliqué dans la soirée avoir bloqué le partage de l’article parce qu’il contient des documents qui enfreignent deux de ses règles : ne pas publier de données personnelles (e-mails, numéros de téléphone) et ne pas publier d’éléments piratés. « Nous ne voulons pas encourager le piratage en autorisant la diffusion de documents obtenus illégalement », a expliqué l’entreprise via son compte dédié à la sécurité, rappelant que discuter de l’article n’était pas interdit, seulement le partage.

L’un des dirigeants de Facebook, Andy Stone, a mis en doute la véracité des mails publiés et annoncé que les informations du quotidien allaient faire l’objet d’une vérification. En attendant ses résultats, leur visibilité serait réduite sur la plateforme.

Le New York Post et Trump crient à la censure

Dans un éditorial, le journal, l’un des quotidiens les plus lus dans le pays, dénonce ce jeudi la « censure de Facebook pour aider la campagne de Joe Biden ». « Censurez d’abord, poser les questions après : c’est une attitude scandaleuse pour l’une des plateformes les plus puissantes aux Etats-Unis », poursuit l’éditorial, accusant Facebook d’être devenu « une machine de propagande ».

Cette histoire sert le camp Trump qui peut, dans un même élan, dénoncer les « mensonges » de Joe Biden et la connivence des « médias mainstream » avec lui, deux arguments qui font mouche auprès des partisans de l’actuel président.

« Affreux que Twitter et Facebook aient retiré l’article sur les courriels […] liés à Sleepy Joe Biden et son fils, Hunter, dans le New York Post », s’est indigné Donald Trump sur son réseau favori, avant d’y consacrer de longues minutes lors d’un meeting dans l’Iowa.

« Joe Biden doit immédiatement divulguer tous les courriels, réunions, appels téléphoniques, transcriptions et documents liés à sa participation aux affaires de sa famille et au trafic d’influence dans le monde entier – y compris en Chine », a-t-il martelé.

« Notre communication sur nos actions concernant l’article du New York Post n’a pas été super. Et bloquer le partage de l’adresse Internet de l’article avec zéro contexte expliquant pourquoi : inacceptable », a reconnu Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, mercredi soir, pour tenter de calmer l’incendie. Mais les flammes brûlent encore.

Chinese citizens watched President Xi Jinping deliver an important speech this week not far from Hong Kong. Well, not the whole speech: Xi apparently is ill, and every time he went into coughing spasms, China’s state media cut away so that he would be shown only in perfect health.

Xi’s coughs came to mind as Twitter and Facebook prevented Americans from being able to read the New York Post’s explosive allegations of influence-peddling by Hunter Biden. The articles cited material reportedly recovered from a laptop; it purportedly showed requests for Hunter Biden to use his influence on his father, then-Vice President Joe Biden, as well as embarrassing photos of Hunter Biden.

Many of us have questioned the sketchy details of how the laptop reportedly was left by Hunter Biden with a nearly blind computer repairman and then revealed just weeks before the presidential election. There are ample reasons to question whether this material was the product of a foreign intelligence operation, which the FBI apparently is investigating.

Yet the funny thing about kompromat — a Russian term for compromising information — is that often it is true. Indeed, it is most damaging and most useful when it is true; otherwise, you deny the allegations and expose the lie. Hunter Biden has yet to deny these were his laptop, his emails, his images. If thousands of emails and images were fabricated, then serious crimes were committed. But if the emails and images are genuine, then the Bidens appear to have lied for years as a raw influence-peddling scheme worth millions stretched from China to Ukraine to Russia. Moreover, these countries likely have had the compromising information all along while the Bidens — and the media — were denying reports of illicit activities.

Either way, this was major news.

The response of Twitter and Facebook, however, was to shut it all down. Major media companies also imposed a virtual blackout on the allegations. It didn’t matter that thousands of emails were available for review or that the Bidens did not directly address the material. It was all declared to be fake news.

The tech companies’ actions are an outrageous example of open censorship and bias. It shows how private companies effectively can become state media working for one party. This, of course, was more serious than deleting coughs, but it was based on the same excuse of “protecting” the public from distractions or distortions. Indeed, it was the realization of political and academic calls that have been building for years.

Democratic leaders from Hillary Clinton to Rep. Adam Schiff (D-Calif.) have long demanded such private censorship from social media companies, despite objections from some of us in the free speech community; Joe Biden himself demanded that those companies remove President Trump’s statements about voting fraud as fake news. Academics have lined up to support calls for censorship, too. Recently, Harvard law professor Jack Goldsmith and University of Arizona law professor Andrew Keane Woods called for Chinese-style internet censorship and declared that “in the great debate of the past two decades about freedom versus control of the network, China was largely right and the United States was largely wrong.”

It turns out traditional notions of journalism and a free press are outdated, too, and China again appears to be the model for the future. Recently, Stanford communications Professor Emeritus Ted Glasser publicly denounced the notion of objectivity in journalism as too constraining for reporters seeking “social justice.” In an interview with The Stanford Daily, Glasser insisted that journalism needed to “free itself from this notion of objectivity to develop a sense of social justice.” He said reporters must embrace the role of “activists” and that it is “hard to do that under the constraints of objectivity.” Problem solved.

Such views make Twitter and Facebook’s censorship of the Post not simply justified but commendable — regardless of whether the alleged Biden material proves to be authentic. As Twitter buckled under criticism of its actions, it shifted its rationale from combating fake news to barring hacked or stolen information. (Putting aside that the information allegedly came from a laptop, not hacking, this rule would block the public from reviewing any story based on, say, whistleblowers revealing nonpublic information, from the Pentagon Papers to Watergate. Moreover, Twitter seemingly had no qualms about publishing thousands of stories based on the same type of information about the Trump family or campaign.) Twitter now says it will allow hacked information if not posted by the hacker.

Social media companies have long enjoyed protection, under Section 230 of the federal Communications Decency Act, from liability over what users post or share. The reason is that those companies are viewed as neutral platforms, a means for people to sign up to read the views or thoughts of other people. Under Section 230, a company such as Twitter was treated as merely providing the means, not the content. Yet for Twitter to tag tweets with warnings or block tweets altogether is akin to the telephone company cutting into a line to say it doesn’t like what two callers are discussing.

Facebook and Twitter have now made the case against themselves for stripping social media companies of immunity. That would be a huge loss not only to these companies but to free speech as well. We would lose the greatest single advance in free speech via an unregulated internet.

At the same time, we are seeing a rejection of journalistic objectivity in favor of activism. The New York Times apologized for publishing a column by a conservative U.S. senator on using national guardsmen to quell rioting — yet it later published a column by a Chinese official called “Beijing’s enforcer” who is crushing protests in Hong Kong. The media spent years publishing every wacky theory of alleged Trump-Russia collusion; thousands of articles detailed allegations from the Steele dossier, which has been not only discredited but also shown to be based on material from a known Russian agent.

When the Steele dossier was revealed, many of us agreed on the need to investigate because, even if it was the work of foreign intelligence, the underlying kompromat could be true. Today, in contrast, the media is not only dismissing the need to investigate the Biden emails, but ABC News’s George Stephanopoulos didn’t ask Biden about the allegations during a two-hour town hall event on Thursday.

This leaves us with a Zen-like question: If social media giants prevent the sharing of a scandal and the media refuses to cover it, did a scandal ever occur? After all, an allegation is a scandal only if it is damaging. No coverage, no damage, no scandal. Just deleted coughs lost in the ether of a controlled media and internet.

Jonathan Turley is the Shapiro Professor of Public Interest Law at George Washington University. You can find his updates online @JonathanTurley.

Voir aussi:

Google whistleblower says the company IS politically biased and says bosses’ claims that they are neutral are ‘ridiculous’ as he warns ‘algorithms don’t write themselves’

  • Greg Coppola, who says he has worked for Google for five years, spoke to Project Veritas 
  • Coppola has worked for Google since 2014 and he says it was fine until the 2016 presidential election when the site turned against Trump  
  • He says he ‘just knows how algorithms are’ and said it was ‘ridiculous’ to suggest that Google is unbiased
  • He says there are people whose jobs are dedicated to promoting certain sites 
  • Coppola works on Google Assistant which he insists has no bias 
  • He however wanted to speak out, he said, after listening to his company deny that it influences what people see 
  • He said it had made his job less ‘fun’ because he does not ‘buy’ that it’s unbiased  

A Google whistle blower has spoken out to expose the company’s ‘biased’ algorithms and insist that it is politically motivated despite bosses’ repeated claims that it is neutral.

Greg Coppola spoke to Project Veritas to share his views and said that while he ‘respects’ his manager, Google CEO Sundar Pichai, his comments on bias are inaccurate.

He claims to be based in New York and says he has worked for Google since 2014.

Coppola said that there were a ‘small number’ of people whose jobs were dedicated to promoting certain news sites over others and that the bias is left-leaning, favoring CNN and The New York Times.

‘A small number of people do work on making sure that certain new sites are promoted.  And in fact, I think it would only take a couple out of an organization of 100,000, you know, to make sure that the product is a certain way,’ he said.

Coppola added: ‘I think it’s, you know, ridiculous to say that there’s no bias.

‘I think everyone who supports anything other than the Democrats, anyone who’s pro-Trump or in any way deviates from what CNN and the New York Times are pushing, notices how bad it is,’ he said.

‘I’m very concerned to see big tech and big media merge basically with a political party, with the Democrat party. I know how algorithms are.

‘They don’t write themselves. We write them to do what we want them to do,’ he said.

‘I look at search and I look at Google News and I see what it’s doing and I see Google executives go to Congress and say that it’s not manipulated. It’s not political. And I’m just so sure that’s not true,’ he said.

‘We are seeing tech use its power to manipulate people…. it’s time to decide – do we run the tech or does the tech run us?

 ‘We are seeing tech use its power to manipulate people…. it’s time to decide – do we run the tech or does the tech run us?’

‘Are we going to just let the biggest tech companies decide who wins every election from now on?’ he said.

Though he works on Google Assistant – which he insists truly does not have a bias – he said he ‘just knows’ how the algorithms work.

For the last 10 years, he said, the company operated on a fairly unbiased basis however that has changed recently.

‘I started in 2014. 2014 was an amazing time to be at Google. We didn’t talk about politics. No one talked about politics.

‘You know, it was just a chance to work with the best computer scientists in the world, the best facilities, the best computers and free food.

‘I think as the election started to ramp up, the angle that the Democrats and the media took was that anyone who liked Donald Trump was a racist…

‘And that got picked up everywhere. I mean, every tech company, everybody in New York, everybody in the field of computer science basically believed that.

‘I think we had a long period, of ten years, let’s say, where we had search and social media that didn’t have a political bias and we kind of got used to the idea that the top search results at Google is probably the answer.’

He said what was worrying, given the company’s history for being unbiased, was that now people had come to trust what it pushes to the top of its search results as the most likely to be true.

‘And Robert Epstein who testified before Congress last week, um, looked into it and showed that, you know, the vast majority of people think that if something is higher rated on Google Search than another story, that it would be more important and more correct.

‘And you know, we haven’t had time to absorb the fact that tech might have an agenda.

‘I mean, it’s something that we’re only starting to talk about now,’ he said.

Coppola’s credentials could not be immediately verified by DailyMail.com.

He claims to have started working for Google as an engineer in 2014.

His LinkedIn page says he worked before that for Business Objects, in Vancouver.

He studied in the UK in London and Edinburgh, it says.

Google has come under intense scrutiny in recent months over its algorithms and how they select what people see.

CEO Sundar Pichai has been questioned by members of Congress over the company’s systems and insisted that despite what critics say, it does not promote left-leaning, Democratic news over that of more Conservative outlets or merely outlets it does not rate.

In December, he painstakingly testified before Congress that the algorithms were driven by the popularity of things on the internet and not engineers or employees’s personal beliefs.

The company is under a magnifying glass, along with other tech giants, and is facing an antitrust investigation which will examine whether they have too much power.

Voir également:

Mr. Flood didn’t know it at the time, but he was part of a frantic effort at The New York Times to salvage the high-profile project the paper had just announced. Days earlier, producers had sent draft scripts of the series, called Caliphate, to the international editor, Michael Slackman, for his input. But Mr. Slackman instead called the podcast team into the office of another top Times editor, Matt Purdy, a deputy managing editor who often signs off on investigative projects. The editors warned that the whole story seemed to depend on the credibility of a single character, the Canadian, whose vivid stories of executing men while warm blood “sprayed everywhere” were as lurid as they were uncorroborated. (This scene and others were described to me in interviews with more than two dozen people at The Times, many of whom spoke on condition of anonymity because of the sensitive internal politics.)

The Times was looking for one thing: evidence that the Canadian’s story was true. In Manbij, Mr. Flood wandered the marketplace until a gold merchant warned him that his questions were attracting dangerous attention, prompting him to quickly board a bus out of town. Across the Middle East, other Times reporters were also asked to find confirmation of the source’s ties to ISIS, and communicated in WhatsApp channels with names like “Brilliant Seekers” and “New emir search.” But instead of finding Abu Huzayfah’s emir, they found that ISIS defectors had never heard of him.

In New York, Malachy Browne, a senior producer of visual investigations at The Times, managed to confirm that an image from Abu Huzayfah’s phone had been taken in Syria — but not that he had traveled there.

Still more Times reporters in Washington tried to find confirmation. And one of them, Eric Schmitt, pulled a thread that appeared to save the project: “What two different officials in the U.S. government at different agencies have told me is that this individual, this Canadian, was a member of ISIS,” he says on the podcast. “They believe that he joined ISIS in Syria.” But Mr. Schmitt and his colleagues, Times journalists told me, never determined why those government officials viewed him as part of ISIS, or if indeed they had any evidence of his ISIS connections other than the professed terrorist’s own social media pronouncements.

A month later, The Times’s audio team moved forward. The first episode of Caliphate appeared on April 19, 2018, marking a major step toward The Times’s realization of its multimedia ambitions. It was promoted with a glossy marketing campaign that featured an arresting image, with the rubble of Mosul on one side and Ms. Callimachi’s face on the other. The series was 10 parts in all, including a new, sixth episode released on May 24 of that year detailing doubts about Abu Huzayfah’s story and The Times’s efforts to confirm it. The presentation carried an obvious, if implicit assumption: the central character of the narrative wasn’t making the whole story up.

That assumption appeared to blow up a couple of weeks ago, on Sept. 25, when the Canadian police announced that they had arrested the man who called himself Abu Huzayfah, whose real name is Shehroze Chaudhry, under the country’s hoax law. The details of the Canadian investigation aren’t yet public. But the recriminations were swift among those who worked with Ms. Callimachi at The Times in the Middle East.

“Maybe the solution is to change the podcast name to #hoax?” tweeted Margaret Coker, who left as The Times’s Iraq bureau chief in 2018 after a bitter dispute with Ms. Callimachi and now runs an investigative journalism start-up in Georgia.

The Times has assigned a top editor, Dean Murphy, who heads the investigations reporting group, to review the reporting and editing process behind Caliphate and some of Ms. Callimachi’s other stories, and has also assigned an investigative correspondent with deep experience in national security reporting, Mark Mazzetti, to determine whether Mr. Chaudhry ever set foot in Syria and other questions opened by the arrest in Canada.

The crisis now surrounding the podcast is as much about The Times as it is about Ms. Callimachi. She is, in many ways, the new model of a New York Times reporter. She combines the old school bravado of the parachuting, big foot reporter of the past, with a more modern savvy for surfing Twitter’s narrative waves and spotting the sorts of stories that will explode on the internet. She embraced audio as it became a key new business for the paper, and linked her identity and her own story of fleeing Romania as a child to her work. And she told the story of ISIS through the eyes of its members.

Ms. Callimachi’s approach and her stories won her the support of some of the most powerful figures at The Times: early on, from Joe Kahn, who was foreign editor when Ms. Callimachi arrived and is now managing editor and viewed internally as the likely successor to the executive editor, Dean Baquet; and later, an assistant managing editor, Sam Dolnick, who oversees the paper’s successful audio team and is a member of the family that controls The Times.

She was seen as a star — a standing that helped her survive a series of questions raised over the last six years by colleagues in the Middle East, including the bureau chiefs in Beirut, Anne Barnard, and Iraq, Ms. Coker, as well as the Syrian journalist who interpreted for her on a particularly contentious story about American hostages in 2014, Karam Shoumali. And it helped her weather criticism of specific stories from Arabic-speaking academics and other journalists. Many of those arguments have been re-examined in recent days in The Daily Beast, The Washington Post, and The New Republic. C.J. Chivers, an experienced war correspondent, clashed particularly bitterly with Mr. Kahn over Ms. Callimachi’s work, objecting to her approach to reporting on Western hostages taken by Islamic militants. Mr. Chivers warned editors of what he saw as her sensationalism and inaccuracy, and told Mr. Slackman, three Times people said, that turning a blind eye to problems with her work would “burn this place down.”

Ms. Callimachi’s approach to storytelling aligned with a more profound shift underway at The Times. The paper is in the midst of an evolution from the stodgy paper of record into a juicy collection of great narratives, on the web and streaming services. And Ms. Callimachi’s success has been due, in part, to her ability to turn distant conflicts in Africa and the Middle East into irresistibly accessible stories. She was hired in 2014 from The Associated Press after she obtained internal Al Qaeda documents in Mali and shaped them into a darkly funny account of a penny-pinching terrorist bureaucracy.

But the terror beat lends itself particularly well to the seductions of narrative journalism. Reporters looking for a terrifying yarn will find terrorist sources eager to help terrify. And journalists often find themselves relying on murderous and untrustworthy sources in situations where the facts are ambiguous. If you get something wrong, you probably won’t get a call from the ISIS press office seeking a correction.

“If you scrutinized anyone’s record on reporting at Syria, everyone made grave, grave errors,” said Theo Padnos, a freelance journalist held hostage for two years and now working on a book, who said that The Times’s coverage of his cellmate’s escape alerted his captors to his complicity in it. “Rukmini is on the hot seat at the moment, but the sins were so general.”

Terrorism coverage can also play easily into popular American hostility toward Muslims. Ms. Callimachi at times depicted terrorist supersoldiers, rather than the alienated and dangerous young men common in many cultures. That hype shows up in details like The Times’s description of the Charlie Hebdo shooters acting with “military precision.” By contrast, The Washington Post’s story suggested that the killers were, in fact, untrained, and noted a video showing them “cross each other’s paths as they advance up the street — a type of movement that professional military personnel are trained to avoid.” On Twitter, where she has nearly 400,000 followers, Ms. Callimachi speculated on possible ISIS involvement in high-profile attacks, including the 2017 Las Vegas shooting, which has not been attributed to the group. At one moment in the Caliphate podcast, Ms. Callimachi hears the doorbell ring at home and panics that ISIS has come for her, an effective dramatic flourish but not something American suburbanites had any reason to fear.

Ms. Callimachi told me in an email that she’d received warnings from the F.B.I. of credible threats against her, and that in any event, that moment in the podcast “is not about ISIS or its presence in the suburbs, but about how deeply they had seeped into my mind.”

Her work had impact at the highest levels. A former Trump aide, Sebastian Gorka, a leading voice for the White House’s early anti-Muslim immigration policies, quoted Ms. Callimachi’s work to reporters to predict a wave of ISIS attacks in the United States. Two Canadian national security experts wrote in Slate that the podcast “profoundly influenced the policy debate” and pushed Canada to leave the wives and children of ISIS fighters in Kurdish refugee camps.

The haziness of the terrorism beat also raises the question of why The Times chose to pull this particular tale out of the chaotic canvas of Syria’s collapse.

“The narrative her work perpetuates sensationalizes violence committed by Arabs or Muslims by focusing almost exclusively on — even pathologizing — their culture and religion,” said Alia Malek, the director of international reporting at the Newmark Graduate School of Journalism at CUNY and the author of a book about Syria. That narrative, she said, often ignores individuals’ motives and a geopolitical context that includes decades of American policy. “That might make for much more uncomfortable listening, but definitely more worthwhile.”

Ms. Callimachi told me that she has been focused on “just how ordinary ISIS members are” and that her work “has always made a hard distinction between the faith practiced by over a billion people and the ideology of extremism.”

Mr. Baquet declined to comment on the specifics of Ms. Callimachi’s reporting or the internal complaints about it, but he defended the sweep of her work on ISIS.

“I don’t think there’s any question that ISIS was a major important player in terrorism,” he said, “and if you look at all of The Times’s reporting over many years, I think it’s a mix of reporting that helps you understand what gives rise to this.” (Mr. Baquet and Mr. Kahn, I should note here, are my boss’s boss’s boss and my boss’s boss, respectively, and my writing about The Times while on its payroll brings with it all sorts of potential conflicts of interest and is generally a bit of a nightmare.)

While some of her colleagues in the Middle East and Washington found Ms. Callimachi’s approach to ISIS coverage overzealous, others admired her relentless work ethic.

“Is she aggressive? Yes, and so are the best reporters,” said Adam Goldman, who covers the F.B.I. for The Times and has argued in favor of the kind of reporting on hostages that alienated Ms. Callimachi from other colleagues like Mr. Chivers. “None of us are infallible.”

What is clear is that The Times should have been alert to the possibility that, in its signature audio documentary, it was listening too hard for the story it wanted to hear — “rooting for the story,” as The Post’s Erik Wemple put it on Friday. And while Mr. Baquet emphasized in an interview last week that the internal review would examine whether The Times wasn’t keeping to its standards in the audio department, the troubling patterns surrounding Ms. Callimachi’s reporting were clear before Caliphate.

Take, for example, one story from 2014.

The article, which led the front page on Dec. 28, describes a Syrian captive of ISIS, who was going by the name of Louai Abo Aljoud, who “made eye contact with the American hostages being held by the Islamic State militant group” at a prison at an abandoned potato chip factory in Aleppo and tried to report them to an indifferent American government.

“I thought that I had truly important information that could be used to save these people,” Ms. Callimachi quoted him as saying. “But I was deeply disappointed.”

The story is told with verve and confidence. As a reader, you feel as if you were there.

But elements of the story were shaky: By the time, in Mr. Abo Aljoud’s telling, that he was trying to alert the U.S. government that he had seen the hostages, the Islamic State no longer controlled the area the prison was said to be in. Mr. Abo Aljoud had told The Wall Street Journal the same story, and The Journal passed on it because journalists there didn’t believe him, two of those involved told me. And the Syrian journalist who assisted Ms. Callimachi on the story and interpreted the interview, Mr. Shoumali, told me that he “warned” her not to trust Mr. Abo Aljoud “before, during and after” the interview, in vain. (Ms. Callimachi said that she didn’t recall the warnings before publication, and noted that they don’t appear in correspondence between her and Mr. Shoumali before publication.)

Mr. Shoumali said he came away from the experience alarmed by her methods.

“I worked for so many reporters, and we were seeking facts. With Rukmini, it felt like the story was pre-reported in her head and she was looking for someone to tell her what she already believed, what she thought would be a great story,” said Mr. Shoumali, who was a reporter for The Times from 2012 to 2019 and had a freelance byline this August. He spoke to me by phone from Berlin, where he is now working on a project for a think tank.

Eight days after the story was published, Mr. Shoumali wrote to Ms. Callimachi and other Times reporters, in an email exchange I obtained, saying that “Syrian contacts are raising more and more questions about the credibility of one of our sources” and that Mr. Abo Aljoud had changed details of the story in a conversation the two men had after the story was published.

Ms. Callimachi emailed back that details of the prison scene were “confirmed independently by European hostages held in the same location or else by the State Department” — a response that seems puzzling, given that the story presented Mr. Abo Aljoud’s observations as his eyewitness account.

The Times was worried enough about that 2014 story to send a different reporter, Tim Arango, back to southern Turkey soon after it was published to re-interview Mr. Abo Aljoud, who gamely repeated his story to him and Mr. Shoumali. I tried again in early October. Like Ms. Callimachi, I don’t speak Arabic and hired another Syrian journalist to ask Mr. Abo Aljoud my questions. In that interview, he told a version of the story that appeared in The Times, but with elements that muddied the clean narrative. He said he had only seen one hostage, not the three The Times suggests. And he said he didn’t realize until after his release that he’d seen any of them — contrary to the impression left by The Times article.

Ms. Callimachi said in an email that she wished that the story had been clearer about the “limitations” of reporting on terrorists. “Looking back, I wish I had added more attribution so that readers could know the steps I took to corroborate details of his account,” she said.

Mr. Kahn, the International editor at the time, continues to stand by the story.

“Questions that were raised about a source in a story Rukmini wrote about American hostages in Syria were thoroughly examined at the time by reporters and editors on the International desk and by The Times’s public editor, and the results of those reviews were published,” he said in an email. “I am not aware of new information that casts doubt on the way it was handled.”

Those questions aside, the article arguably had an impact in Washington, pushing the United States government to reconsider its ban on paying ransom. But the piece itself now rests under an uncomfortable cloud of doubt. It remains on The Times website, with no acknowledgment of the questions surrounding the opening anecdote. The only correction says that the story, when first published, did not make clear that Mr. Abo Aljoud had used a pseudonym.

Last month, that same cloud of doubt descended on Caliphate. And Ms. Callimachi now faces intense criticism from inside The Times and out — for her style of reporting, for the cinematic narratives in her writing and for The Times’s place in larger arguments about portrayals of terrorism.

But while some of the coverage has portrayed her as a kind of rogue actor at The Times, my reporting suggests that she was delivering what the senior-most leaders of the news organization asked for, with their support.

Mousab Alhamadee contributed reporting.

Voir aussi:

Nostalgie: Quand la pierre qui roule n’amassait pas mousse (But that’s not how it used to be: looking back at Don McLean’s classic song about America’s loss of innocence)

3 octobre, 2020


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Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus (Luc 18: 8)
Christianity will go. It will vanish and shrink. I needn’t argue about that; I’m right and I’ll be proved right. We’re more popular than Jesus now; I don’t know which will go first – rock ‘n’ roll or Christianity. Jesus was all right but his disciples were thick and ordinary. It’s them twisting it that ruins it for me. John Lennon (1966)
Who wrote the book of love? Tell me, tell me… I wonder, wonder who … Was it someone from above? The Monotones (1958)
Well, that’ll be the day, when you say goodbye Yes, that’ll be the day, when you make me cry You say you’re gonna leave, you know it’s a lie ‘Cause that’ll be the day when I die. Buddy Holly (1957)
Well, ya know a rolling stone don’t gather no moss. Buddy Holly (1958)
Now, for ten years we’ve been on our own And moss grows fat on a rolling stone But, that’s not how it used to be. (…) The Father, Son, and the Holy Ghost, they caught the last train for the coast, the day the music died. Don McLean
C’était une sorte de Woodstock, le genre de truc qui marchait à l’époque, mais cette mode allait sur sa fin. Si Woodstock a lancé la mode, elle a pris fin ce jour-là. Charlie Watts
Ça a été horrible, vraiment horrible. Tu te sens responsable. Comment cela a-t-il pu déraper de la sorte ? Mais je n’ai pas pensé à tous ces trucs auxquels les journalistes ont pensé : la grande perte de l’innocence, la fin d’une ère… C’était davantage le côté effroyable de la situation, le fait horrible que quelqu’un soit tué pendant un concert, combien c’était triste pour sa famille, mais aussi le comportement flippant des Hell’s Angels. Mick Jagger
J’y suis pas allé pour faire la police. J’suis pas flic. Je ne prétendrai jamais être flic. Ce Mick Jagger, il met tout sur le dos des Angels. Il nous prend pour des nazes. En ce qui me concerne, on s’est vraiment fait entuber par cet abruti. On m’a dit que si je m’asseyais sur le bord de la scène, pour bloquer les gens, je pourrais boire de la bière jusqu’à la fin du concert. C’est pour ça que j’y suis allé. Et tu sais quoi ? Quand ils ont commencé à toucher nos motos, tout a dérapé. Je sais pas si vous pensez qu’on les paie 50 $ ou qu’on les vole, ou que ça coûte cher ou quoi. Personne ne touche à ma moto. Juste parce qu’il y a une foule de 300 000 personnes ils pensent pouvoir s’en sortir. Mais quand je vois quelque chose qui est toute ma vie, avec tout ce que j’y ai investi, la chose que j’aime le plus au monde, et qu’un type lui donne des coups de pied, on va le choper. Et tu sais quoi ? On les a eus. Je ne suis pas un pacifiste minable, en aucun cas. Et c’est peut-être des hippies à fleurs et tout ça. Certains étaient bourrés de drogue, et c’est dommage qu’on ne l’ait pas été, ils descendaient la colline en courant et en hurlant et en sautant sur les gens. Et pas toujours sur des Angels, mais quand ils ont sauté sur un Angel, ils se sont fait mal.  Sonny Barger
SOS Racisme. SOS Baleines. Ambiguïté : dans un cas, c’est pour dénoncer le racisme ; dans l’autre, c’est pour sauver les baleines. Et si dans le premier cas, c’était aussi un appel subliminal à sauver le racisme, et donc l’enjeu de la lutte antiraciste comme dernier vestige des passions politiques, et donc une espèce virtuellement condamnée. Jean Baudrillard (1987)
I had an idea for a big song about America, and I didn’t want to write that this land is your land or some song like that. And I came up with this notion that politics and music flow parallel together forward through history. So the music you get is related somehow to the political environment that’s going on. And in the song, « American Pie, » the verses get somewhat more dire each time until you get to the end, but the good old boys are always there singing and singing, « Bye-bye Miss American Pie » almost like fiddling while Rome is burning. This was all in my head, and it sort of turned out to be true because, you now have a kind of music in America that’s really more spectacle, it owes more to Liberace than it does to Elvis Presley. And it’s somewhat meaningless and loud and bloviating and, and yet — and then we have this sort of spectacle in Washington, this kind of politics, which has gotten so out of control. And so the theory seems to hold up, but again, it was only my theory, and that’s how I wrote the song. That was the principle behind it. Don McLean
For some reason I wanted to write a big song about America and about politics, but I wanted to do it in a different way. As I was fiddling around, I started singing this thing about the Buddy Holly crash, the thing that came out (singing), ‘Long, long time ago, I can still remember how that music used to make me smile.’ I thought, Whoa, what’s that? And then the day the music died, it just came out. And I said, Oh, that is such a great idea. And so that’s all I had. And then I thought, I can’t have another slow song on this record. I’ve got to speed this up. I came up with this chorus, crazy chorus. And then one time about a month later I just woke up and wrote the other five verses. Because I realized what it was, I knew what I had. And basically, all I had to do was speed up the slow verse with the chorus and then slow down the last verse so it was like the first verse, and then tell the story, which was a dream. It is from all these fantasies, all these memories that I made personal. Buddy Holly’s death to me was a personal tragedy. As a child, a 15-year-old, I had no idea that nobody else felt that way much. I mean, I went to school and mentioned it and they said, ‘So what?’ So I carried this yearning and longing, if you will, this weird sadness that would overtake me when I would look at this album, The Buddy Holly Story, because that was my last Buddy record before he passed away. Don McLean
I was headed on a certain course, and the success I got with ‘American Pie’ really threw me off. It just shattered my lifestyle and made me quite neurotic and extremely petulant. I was really prickly for a long time. If the things you’re doing aren’t increasing your energy and awareness and clarity and enjoyment, then you feel as though you’re moving blindly. That’s what happened to me. I seemed to be in a place where nothing felt like anything, and nothing meant anything. Literally nothing mattered. It was very hard for me to wake up in the morning and decide why it was I wanted to get up. Don McLean
I’m very proud of the song. It is biographical in nature and I don’t think anyone has ever picked up on that. The song starts off with my memories of the death of Buddy Holly. But it moves on to describe America as I was seeing it and how I was fantasizing it might become, so it’s part reality and part fantasy but I’m always in the song as a witness or as even the subject sometimes in some of the verses. You know how when you dream something you can see something change into something else and it’s illogical when you examine it in the morning but when you’re dreaming it seems perfectly logical. So it’s perfectly okay for me to talk about being in the gym and seeing this girl dancing with someone else and suddenly have this become this other thing that this verse becomes and moving on just like that. That’s why I’ve never analyzed the lyrics to the song. They’re beyond analysis. They’re poetry. Don McLean
By 1964, you didn’t hear anything about Buddy Holly. He was completely forgotten. But I didn’t forget him, and I think this song helped make people aware that Buddy’s legitimate musical contribution had been overlooked. When I first heard ‘American Pie’ on the radio, I was playing a gig somewhere, and it was immediately followed by ‘Peggy Sue.’ They caught right on to the Holly connection, and that made me very happy. I realized that it was actually gonna perform some good works. Don McLean
It means never having to work again for the rest of my life. Don McLean (1991)
A month or so later I was in Philadelphia and I wrote the rest of the song. I was trying to figure out what this song was trying to tell me and where it was supposed to go. That’s when I realized it had to go forward from 1957 and it had to take in everything that has happened. I had to be a witness to the things going on, kind of like Mickey Mouse in Fantasia. I didn’t know anything about hit records. I was just trying to make the most interesting and exciting record that I could. Once the song was written, there was no doubt that it was the whole enchilada. It was clearly a very interesting, wonderful thing and everybody knew it. Don McLean (2003)
Basically in ‘American Pie’ things are heading in the wrong direction… It is becoming less idyllic. I don’t know whether you consider that wrong or right but it is a morality song in a sense. I was around in 1970 and now I am around in 2015… there is no poetry and very little romance in anything anymore, so it is really like the last phase of ‘American Pie’. Don McLean (2015)
The song has nostalgic themes, stretching from the late 1950s until the late 1960s. Except to acknowledge that he first learned about Buddy Holly’s death on February 3, 1959—McLean was age 13—when he was folding newspapers for his paper route on the morning of February 4, 1959 (hence the line « February made me shiver/with every paper I’d deliver »), McLean has generally avoided responding to direct questions about the song’s lyrics; he has said: « They’re beyond analysis. They’re poetry. » He also stated in an editorial published in 2009, on the 50th anniversary of the crash that killed Holly, Ritchie Valens, and J. P. « The Big Bopper » Richardson (who are alluded to in the final verse in a comparison with the Christian Holy Trinity), that writing the first verse of the song exorcised his long-running grief over Holly’s death and that he considers the song to be « a big song … that summed up the world known as America ». McLean dedicated the American Pie album to Holly. It was also speculated that the song contains numerous references to post-World War II American events (such as the murders of civil rights workers Chaney, Goodman, and Schwerner), and elements of culture, including 1960s culture (e.g. sock hops, cruising, Bob Dylan, The Beatles, Charles Manson, and much more). When asked what « American Pie » meant, McLean jokingly replied, « It means I don’t ever have to work again if I don’t want to. » Later, he stated, « You will find many interpretations of my lyrics but none of them by me … Sorry to leave you all on your own like this but long ago I realized that songwriters should make their statements and move on, maintaining a dignified silence. » He also commented on the popularity of his music, « I didn’t write songs that were just catchy, but with a point of view, or songs about the environment. In February 2015, McLean announced he would reveal the meaning of the lyrics to the song when the original manuscript went for auction in New York City, in April 2015. The lyrics and notes were auctioned on April 7, and sold for $1.2 million. In the sale catalogue notes, McLean revealed the meaning in the song’s lyrics: « Basically in American Pie things are heading in the wrong direction. … It [life] is becoming less idyllic. I don’t know whether you consider that wrong or right but it is a morality song in a sense. » The catalogue confirmed some of the better known references in the song’s lyrics, including mentions of Elvis Presley (« the king ») and Bob Dylan (« the jester »), and confirmed that the song culminates with a near-verbatim description of the death of Meredith Hunter at the Altamont Free Concert, ten years after the plane crash that killed Holly, Valens, and Richardson. Wikipedia
« The Jester » is probably Bob Dylan. It refers to him wearing « A coat he borrowed from James Dean, » and being « On the sidelines in a cast. » Dylan wore a red jacket similar to James Dean’s on the cover of The Freewheeling Bob Dylan, and got in a motorcycle accident in 1966 which put him out of service for most of that year. Dylan also made frequent use of jokers, jesters or clowns in his lyrics. The line, « And a voice that came from you and me » could refer to the folk style he sings, and the line, « And while the king was looking down the jester stole his thorny crown » could be about how Dylan took Elvis Presley’s place as the number one performer. The line, « Eight miles high and falling fast » is likely a reference to The Byrds’ hit « Eight Miles High. » Regarding the line, « The birds (Byrds) flew off from a fallout shelter, » a fallout shelter is a ’60s term for a drug rehabilitation facility, which one of the band members of The Byrds checked into after being caught with drugs. The section with the line, « The flames climbed high into the night, » is probably about the Altamont Speedway concert in 1969. While the Rolling Stones were playing, a fan was stabbed to death by a member of The Hells Angels who was hired for security. The line, « Sergeants played a marching tune, » is likely a reference to The Beatles’ album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. The line, « I met a girl who sang the blues and I asked her for some happy news, but she just smiled and turned away, » is probably about Janis Joplin. She died of a drug overdose in 1970. The lyric, « And while Lenin/Lennon read a book on Marx, » has been interpreted different ways. Some view it as a reference to Vladimir Lenin, the communist dictator who led the Russian Revolution in 1917 and who built the USSR, which was later ruled by Josef Stalin. The « Marx » referred to here would be the socialist philosopher Karl Marx. Others believe it is about John Lennon, whose songs often reflected a very communistic theology (particularly « Imagine »). Some have even suggested that in the latter case, « Marx » is actually Groucho Marx, another cynical entertainer who was suspected of being a socialist, and whose wordplay was often similar to Lennon’s lyrics. « Did you write the book of love » is probably a reference to the 1958 hit « Book Of Love » by the Monotones. The chorus for that song is « Who wrote the book of love? Tell me, tell me… I wonder, wonder who » etc. One of the lines asks, « Was it someone from above? » Don McLean was a practicing Catholic, and believed in the depravity of ’60s music, hence the closing lyric: « The Father, Son, and the Holy Ghost, they caught the last train for the coast, the day the music died. » Some, have postulated that in this line, the Trinity represents Buddy Holly, Ritchie Valens, and the Big Bopper. « And moss grows fat on our rolling stone » – Mick Jagger’s appearance at a concert in skin-tight outfits, displaying a roll of fat, unusual for the skinny Stones frontman. Also, the words, « You know a rolling stone don’t gather no moss » appear in the Buddy Holly song « Early in the Morning, » which is about his ex missing him early in the morning when he’s gone. « The quartet practiced in the park » – The Beatles performing at Shea Stadium. « And we sang dirges in the dark, the day the music died » – The ’60s peace marches. « Helter Skelter in a summer swelter » – The Manson Family’s attack on Sharon Tate and others in California. « We all got up to dance, Oh, but we never got the chance, ’cause the players tried to take the field, the marching band refused to yield » – The huge numbers of young people who went to Chicago for the 1968 Democratic Party National Convention, and who thought they would be part of the process (« the players tried to take the field »), only to receive a violently rude awakening by the Chicago Police Department nightsticks (the commissions who studied the violence after-the-fact would later term the Chicago PD as « conducting a full-scale police riot ») or as McLean calls the police « the marching band. » (…)The line « Jack be nimble, Jack be quick, Jack Flash sat on a candle stick » is taken from a nursery rhyme that goes « Jack be nimble, Jack be quick, Jack jump over the candlestick. » Jumping over the candlestick comes from a game where people would jump over fires. « Jumpin’ Jack Flash » is a Rolling Stones song. Another possible reference to The Stones can be found in the line, « Fire is the devils only friend, » which could be The Rolling Stones « Sympathy For The Devil, » which is on the same Rolling Stones album. (…) McLean wrote the opening verse first, then came up with the chorus, including the famous title. The phrase « as American as apple pie » was part of the lexicon, but « American Pie » was not. When McLean came up with those two words, he says « a light went off in my head. » (…) Regarding the lyrics, « Jack Flash sat on a candlestick, ’cause fire is the devil’s only friend, » this could be a reference to the space program, and to the role it played in the Cold War between America and Russia throughout the ’60s. It is central to McLean’s theme of the blending of the political turmoil and musical protest as they intertwined through our lives during this remarkable point in history. Thus, the reference incorporates Jack Flash (the Rolling Stones), with our first astronaut to orbit the earth, John (common nickname for John is Jack) Glenn, paired with « Flash » (an allusion to fire), with another image for a rocket launch, « candlestick, » then pulls the whole theme together with « ’cause fire is the Devil’s (Russia’s) only friend, » as Russia had beaten America to manned orbital flight. At 8 minutes 32 seconds, this is the longest song in length to hit #1 on the Hot 100. The single was split in two parts because the 45 did not have enough room for the whole song on one side. The A-side ran 4:11 and the B-side was 4:31 – you had to flip the record in the middle to hear all of it. Disc jockeys usually played the album version at full length, which was to their benefit because it gave them time for a snack, a cigarette or a bathroom break. (…) When the original was released at a whopping 8:32, some radio stations in the United States refused to play it because of a policy limiting airplay to 3:30. Some interpret the song as a protest against this policy. When Madonna covered the song many years later, she cut huge swathes of the song, ironically to make it more radio friendly, to 4:34 on the album and under 4 minutes for the radio edit. In 1971, a singer named Lori Lieberman saw McLean perform this at the Troubadour theater in Los Angeles. She claimed that she was so moved by the concert that her experience became the basis for her song « Killing Me Softly With His Song, » which was a huge hit for Roberta Flack in 1973. When we spoke with Charles Fox, who wrote « Killing Me Softly » with Norman Gimbel, he explained that when Lieberman heard their song, it reminded her of the show, and she had nothing to do with writing the song. This song did a great deal to revive interest in Buddy Holly. Says McLean: « By 1964, you didn’t hear anything about Buddy Holly. He was completely forgotten. But I didn’t forget him, and I think this song helped make people aware that Buddy’s legitimate musical contribution had been overlooked. When I first heard ‘American Pie’ on the radio, I was playing a gig somewhere, and it was immediately followed by ‘Peggy Sue.’ They caught right on to the Holly connection, and that made me very happy. I realized that it was actually gonna perform some good works. » In 2002, this was featured in a Chevrolet ad. It showed a guy in his Chevy singing along to the end of this song. At the end, he gets out and it is clear that he was not going to leave the car until the song was over. The ad played up the heritage of Chevrolet, which has a history of being mentioned in famous songs (the line in this one is « Drove my Chevy to the levee »). Chevy used the same idea a year earlier when it ran billboards of a red Corvette that said, « They don’t write songs about Volvos. » Weird Al Yankovic did a parody of this song for his 1999 album Running With Scissors. It was called « The Saga Begins » and was about Star Wars: The Phantom Menace written from the point of view of Obi-Wan Kenobi. Sample lyric: « Bye, bye this here Anakin guy, maybe Vader someday later but now just a small fry. » It was the second Star Wars themed parody for Weird Al – his first being « Yoda, » which is a takeoff on « Lola » by The Kinks. Al admitted that he wrote « The Saga Begins » before the movie came out, entirely based on Internet rumors. (…) This song was enshrined in the Grammy Hall of Fame in 2002, 29 years after it was snubbed for the four categories it was nominated in. At the 1973 ceremony, « American Pie » lost both Song of the Year and Record of the year to « First Time Ever I Saw Your Face. » (…) Fans still make the occasional pilgrimage to the spot of the plane crash that inspired this song. It’s in a location so remote that tourists are few. The song starts in mono, and gradually goes to stereo over its eight-and-a-half minutes. This was done to represent going from the monaural era into the age of stereo. This song was a forebear to the ’50s nostalgia the became popular later in the decade. A year after it was released, Elton John scored a ’50s-themed hit with « Crocodile Rock; in 1973 the George Lucas movie American Graffiti harkened back to that decade, and in 1978 the movie The Buddy Holly Story hit theaters. One of the more bizarre covers of this song came in 1972, when it appeared on the album Meet The Brady Bunch, performed by the cast of the TV show. This version runs just 3:39. This song appears in the films Born on the Fourth of July (1989), Celebrity (1998) and Josie and the Pussycats (2001). Don McLean’s original manuscript of « American Pie » was sold for $1.2 million at a Christie’s New York auction on April 7, 2015. Songfacts

Nostalgie quand tu nous tiens !

En ces jours étranges ….

Où, à l’instar d’une espèce condamnée comme l’avait bien vu Baudrillard …

Le racisme devient « l’enjeu de la lutte antiraciste comme dernier vestige des passions politiques » …

Et SOS racisme attaque à nouveau Eric Zemmour en justice …

Pendant qu’au Sénat ou dans les beaux quartiers parisiens, ses notables de créateurs coulent des jours paisibles …

Comment ne pas repenser …

A la fameuse phrase de la célébrissime chanson de Don McLean …

Qui  entre la mort de Buddy Holly et celle, quatre mois après Woodstock, d’un fan au festival d’Altamont pendant le passage des Rolling Stones ….

Revenait, il y a 50 ans sur la perte d’innocence du rock et de l’Amérique de son adolescence …

Regrettant le temps proverbial …

Où « la pierre qui roule n’amassait pas mousse » ?

What is Don McLean’s song “American Pie” all about?

Dear Cecil:

I’ve been listening to Don McLean sing « American Pie » for twenty years now and I still don’t know what the hell he’s talking about. I know, I know, the « day the music died » is a reference to the Buddy Holly/Ritchie Valens/Big Bopper plane crash, but the rest of the song seems to be chock full of musical symbolism that I’ve never been able to decipher. There are clear references to the Byrds ( » … eight miles high and fallin’ fast … ») and the Rolling Stones (« … Jack Flash sat on a candlestick … »), but the song also mentions the « King and Queen, » the « Jester » (I’ve heard this is either Mick Jagger or Bob Dylan), a « girl who sang the blues » (Janis Joplin?), and the Devil himself. I’ve heard there is an answer key that explains all the symbols. Is there? Even if there isn’t, can you give me a line on who’s who and what’s what in this mediocre but firmly-entrenched-in-my-mind piece of music?

Scott McGough, Baltimore

Cecil replies:

Now, now, Scott. If you can’t clarify the confused, certainly the pinnacle of literary achievement in my mind, history (e.g., the towering rep of James Joyce) instructs us that your next best bet is to obfuscate the obvious. Don McLean has never issued an “answer key” for “American Pie,” undoubtedly on the theory that as long as you can keep ’em guessing, your legend will never die.

He’s probably right. Still, he’s dropped a few hints. Straight Dope musicologist Stefan Daystrom taped the following intro from Casey Kasem’s American Top 40 radio show circa January 1972: “A few days ago we phoned Don McLean for a little help in interpreting his great hit ‘American Pie.’ He was pretty reluctant to give us a straight interpretation of his work; he’d rather let it speak for itself. But he explained some of the specific references that he makes. The most important one is the death of rockabilly singer Buddy Holly in 1959; for McLean, that’s when the music died. The court jester he refers to is Bob Dylan. The Stones and the flames in the sky refer to the concert at Altamont, California. And McLean goes on, painting his picture,” blah blah, segue to record.

Not much to go on, but at least it rules out the Christ imagery. For the rest we turn to the song’s legion of freelance interpreters, whose thoughts were most recently compiled by Rich Kulawiec into a file that I plucked from the Internet. (I love the Internet.) No room to reprint all the lyrics, which you probably haven’t been able to forget anyway, but herewith the high points:

February made me shiver: Holly’s plane crashed February 3, 1959.

Them good ole boys were singing “This’ll be the day that I die”: Holly’s hit “That’ll Be the Day” had a similar line.

The Jester sang for the King and Queen in a coat he borrowed from James Dean: ID of K and Q obscure. Elvis and Connie Francis (or Little Richard)? John and Jackie Kennedy? Or Queen Elizabeth and consort, for whom Dylan apparently did play once? Dean’s coat is the famous red windbreaker he wore in Rebel Without a Cause; Dylan wore a similar one on “The Freewheeling Bob Dylan” album cover.

With the Jester on the sidelines in a cast: On July 29, 1966 Dylan had a motorcycle accident that kept him laid up for nine months.

While sergeants played a marching tune: The Beatles’ “Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band.”

And as I watched him on the stage/ my hands were clenched in fists of rage/ No angel born in hell/ Could break that Satan’s spell/ And as the flames climbed high into the night: Mick Jagger, Altamont.

I met a girl who sang the blues/ And I asked her for some happy news/ But she just smiled and turned away: Janis Joplin OD’d October 4, 1970.

The three men I admire most/ The Father, Son, and Holy Ghost/ They caught the last train for the coast: Major mystery. Holly, Bopper, Valens? Hank Williams, Elvis, Holly? JFK, RFK, ML King? The literal tripartite deity? As for the coast, could be the departure of the music biz for California. Or it simply rhymes, a big determinant of plot direction in pop music lyrics (which may also explain “drove my Chevy to the levee”). Best I can do for now. Just don’t ask me to explain “Stairway to Heaven.”

The last word (probably) on “American Pie”

Dear Cecil:

As you can imagine, over the years I have been asked many times to discuss and explain my song “American Pie.” I have never discussed the lyrics, but have admitted to the Holly reference in the opening stanzas. I dedicated the album American Pie to Buddy Holly as well in order to connect the entire statement to Holly in hopes of bringing about an interest in him, which subsequently did occur.

This brings me to my point. Casey Kasem never spoke to me and none of the references he confirms my making were made by me. You will find many “interpretations” of my lyrics but none of them by me. Isn’t this fun?

Sorry to leave you all on your own like this but long ago I realized that songwriters should make their statements and move on, maintaining a dignified silence.

— Don McLean, Castine, Maine

Cecil Adams

Voir aussi:

It had been a while since I’d seen “Gimme Shelter,” one of the early classics of the Maysles brothers, Albert and David, and I watched it again on the occasion of the passing of Albert Maysles last Thursday. To my surprise, I found that a big part of the story of “Gimme Shelter” is in the end credits, which say that the movie was filmed by “the Maysles Brothers and (in alphabetical order)” the names of twenty-two more camera operators. By way of contrast, the brothers’ previous feature, “Salesman,” credited “photography” solely to Albert Maysles, and “Grey Gardens,” from 1976, was “filmed by” Albert Maysles and David Maysles. The difference is drastic: it’s the distinction between newsgathering and relationships, and relationships are what the Maysleses built their films on.

The Maysleses virtually lived with the Bible peddlers on the road, they virtually inhabited Grey Gardens with Big Edie and Little Edie, but—as Michael Sragow reports in this superb study, from 2000, on the making of “Gimme Shelter”—the Maysleses didn’t and couldn’t move in with the Rolling Stones. Stan Goldstein, a Maysles associate, told Sragow, “In the film there are virtually no personal moments with the Stones—the Maysles were not involved with the Stones’ lives. They did not have unlimited access. It was an outside view.”

It’s a commonplace to consider the documentary filmmaker Frederick Wiseman’s films to be centered on the lives of institutions and those of the Maysleses to be centered on the lives of people, but “Gimme Shelter” does both. Though it’s replete with some exhilarating concert footage—notably, of the Stones performing on the concert tour that led up to the Altamont disaster—its central subject is how the Altamont concert came into being. “Gimme Shelter” is a film about a concert that is only incidentally a concert film. Yet the Maysleses’ vision of the unfolding events is distinctive—and, for that matter, historic—by virtue of their distinctive directorial procedure.

Early on, Charlie Watts, the Stones drummer, is seen in the editing room, watching footage with David Maysles, who tells him that it will take eight weeks to edit the film. Watts asks whether Maysles thinks he can do it in that time, and Maysles answers, waving his arm to indicate the editing room, “This gives us the freedom, you guys watching it.”

Filming in the editing room (which, Sragow reports, was the idea of Charlotte Zwerin, one of the film’s editors and directors, who had joined the project after the rest of the shoot) gave them the freedom to break from the strict chronology of the concert season that went from New York to Altamont while staying within the participatory logic of their direct-cinema program. It’s easy to imagine another filmmaker using a voice-over and a montage to introduce, at the start, the fatal outcome of the Altamont concert and portentously declare the intention to follow the band on their American tour to see how they reached that calamitous result. The Maysleses, repudiating such ex-cathedra interventions, instead create a new, and newly personal, sphere of action for the Stones and themselves that the filmmakers can use to frame the concert footage.

The editing-room sequences render the concert footage archival, making it look like what it is—in effect, found footage of a historical event. The result is to turn the impersonal archive personal and to give the Maysles brothers, as well as the Rolling Stones, a personal implication in even the documentary images that they themselves didn’t film.

Among those images are those of a press conference where Mick Jagger announced his plans for a free concert and his intentions in holding it, which are of a worthy and progressive cast: “It’s creating a microcosmic society which sets examples for the rest of America as to how one can behave at large gatherings.” (Later, though, he frames it in more demotic terms: “The concert is an excuse for everyone to talk to each other, get together, sleep with each other, hold each other, and get very stoned.”)

A strange convergence of interests appears in negotiations filmed by the Maysleses between the attorney Melvin Belli, acting on the Stones’ behalf; Dick Carter, the owner of the Altamont Speedway; and other local authorities. The intense pressure to make the concert happen is suggested in a radio broadcast from the day before the concert, during which the announcer Frank Terry snarks that “apparently it’s one of the most difficult things in the world to give a free concert.” The Stones want to perform; their fans want to see them perform a free concert; the local government wants to deliver that show and not to stand in its way; Belli wants to facilitate it; and the Stones don’t exactly renounce their authority in the process but do, in revealing moments, lay bare to the Maysleses’ cameras their readiness to engage with a mighty system of which they themselves aren’t quite the masters.

Within this convergence of rational interests, one element is overlooked: madness. Jagger approaches the concert with constructive purpose and festive enthusiasm, but he performs like a man possessed, singing with fury of a crossfire hurricane and warning his listeners that to play with him is to play with fire. No, what happened at Altamont is not the music’s fault. Celebrity was already a scene of madness in Frank Sinatra’s first flush of fame and when the Beatles were chased through the train station in “A Hard Day’s Night.” But the Beatles’ celebrity was, almost from the start, their subject as well as their object, and they approached it and managed it with a Warholian consciousness, as in their movies; they managed their music in the same way and became, like Glenn Gould, concert dropouts. By contrast, the Stones were primal and natural performers, whose music seemed to thrive, even to exist, in contact with the audience. That contact becomes the movie’s subject—a subject that surpasses the Rolling Stones and enters into history at large.

The Maysleses and Zwerin intercut the discussions between Belli, Carter, and the authorities with concert footage from the Stones’ other venues along the way. The effect—the music running as the nighttime preparations for the Altamont concert occur, with fires and headlights, a swirling tumult—suggests the forces about to be unleashed on the world at large. A cut from a moment in concert to a helicopter shot of an apocalyptic line of cars winding through the hills toward Altamont and of the crowd already gathered there suggests that something wild has escaped from the closed confines of the Garden and other halls. The Maysleses’ enduring theme of the absent boundary between theatre and life, between show and reality, is stood on its head: art as great as that of the Stones is destined to have a mighty real-world effect. There’s a reason why the crucial adjective for art is “powerful”; it’s ultimately forced to engage with power as such.

What died at Altamont was the notion of spontaneity, of the sense that things could happen on their own and that benevolent spirits would prevail. What ended was the idea of the unproduced. What was born there was infrastructure—the physical infrastructure of facilities, the abstract one of authority. From that point on, concerts were the tip of the iceberg, the superstructure, the mere public face and shining aftermath of elaborate planning. The lawyers and the insurers, the politicians and the police, security consultants and fire-safety experts—the masters and mistresses of management—would be running the show.

The movie ends with concertgoers the morning after, walking away, their backs to the viewer, leaving a blank natural realm of earth and sky; they’re leaving the state of nature and heading back to the city, from which they’ll never be able to leave innocently again. What emerges accursed is the very idea of nature, of the idea that, left to their own inclinations and stripped of the trappings of the wider social order, the young people of the new generation will somehow spontaneously create a higher, gentler, more loving grassroots order. What died at Altamont is the Rousseauian dream itself. What was envisioned in “Lord of the Flies” and subsequently dramatized in such films as “Straw Dogs” and “Deliverance” was presented in reality in “Gimme Shelter.” The haunting freeze-frame on Jagger staring into the camera, at the end of the film, after his forensic examination of the footage of the killing of Meredith Hunter at the concert, reveals not the filmmakers’ accusation or his own sense of guilt but lost illusions.


Anti-américanisme: Vous avez dit ‘étatsunien’ ? (Forget statues – let’s rename the whole map, starting with America’s very name !)

20 juillet, 2020

The 1619 Project | 1A

5 things you need to know now - No agreement on recovery plan yet ...jcdurbant (@jcdurbant) | Twitter
Don’t know much about history (…) Don’t know much about geography … Sam Cooke
Faut-il détruire l’Occident ? Le mettre à feu et à sang pour mieux le reconstruire ou mieux le piétiner dans ses ruines ? Cette géographie, qui participe autant de l’histoire que des imaginaires, partage les avis et divise les ardeurs des anti-tout qui y habitent. Entre ceux qui y craignent la fin du monde et ceux qui la veulent, ceux qui la fabriquent et ceux qui la redoutent. Collapsologues, écologistes messianiques, antiracistes radicaux, populistes, tiers-mondistes nostalgiques et populistes du victimaire, ardents de la « souche » et racialistes inversés : ils sont foule et la foule fait désormais effet d’armées. On aura beau le nier et le relativiser, il y a déjà un instinct de mort dans les airs de la révolution totale imaginée par chacun. L’Occident étant coupable par définition selon certains, on se retrouve non dans la revendication du changement mais, peu à peu, dans celle de la destruction, la restauration d’une barbarie de revanche. Les raisons ? Elles sont diverses. La colère longtemps tue, la culpabilité chez les élites occidentales « de souche », la fin d’un sursis obscur donné aux démocraties traditionnelles, les populismes rageurs et les réseaux sociaux. Il ne faut jamais oublier qu’Internet a réveillé les foules comme le firent les imprimeries il y a des siècles, ou les papyrus il y a si longtemps. On ne change pas de moyens d’impression et de diffusion sans changer la manière de faire les révolutions ou de réveiller les foules. Les armuriers viennent après les écrans, pas avant, rappelons-le. De fait, il y a comme une convergence des luttes pour la meilleure fin d’un monde : victimaires, antiracistes, mais aussi masochistes intellectuels et sceptiques professionnels, suprémacistes et défaitistes esthètes. Le vœu de changer l’Occident se retrouve contaminé, profondément, par celui de le voir mourir dans la souffrance. Et, dans l’élan, on gomme cette conséquence suicidaire que par sa mort on se tuera soi-même, on tuera le rêve d’y vivre ou d’y aller par chaloupes ou par avions, on tue le seul espace où il est justement possible de crier sa colère. D’ailleurs, le fait même de défendre l’Occident comme espace de liberté, certes incomplète et imparfaite, est jugé blasphématoire dans cette nouvelle lutte des classes et des races. Il est interdit de dire que l’Occident est aussi le lieu vers où l’on fuit quand on veut échapper à l’injustice de son pays d’origine, à la dictature, à la guerre, à la faim, ou simplement à l’ennui. Il est de bon ton de dire que l’Occident est coupable de tout pour mieux définir sa propre innocence absolue. L’Occident sera alors crucifié pour notre salut à tous en quelque sorte, confondu, dans le même corps blanc, dans une trinité horizontale, avec les deux autres voleurs à la gauche et à la droite de ce Christ géant. Erreurs et illusions coûteuses. L’Occident est à la fois coupable et innocent. Or, tuer un coupable ne brise pas la chaîne de la douleur. Elle fait échanger les robes des victimes et des bourreaux. On le sait tous, et c’est une banalité utile à remémorer. Il est urgent de rappeler que sur les colères d’aujourd’hui se greffent trop de radicalités pour qu’on puisse éviter la violence si on continue dans le même aveuglement. Brûler l’Occident, ce rêve si facile qu’Internet et ces militants agitateurs des réseaux commercialisent en guise de « néopureté » et de légitimité, est une erreur qui aura de lourdes conséquences. On se retrouvera, dans quelques décennies, à vivre dans ces champs nus, à construire la barbarie qu’on a cru dénoncer. Ces procès anti-Occident à la soviétique, si faciles et si confortables, à peine coûteux quand on ne vit pas dans la dictature qu’on a fuie, menés par les intellectuels du sud en exil confortable en Occident ou par des fourvoyés locaux sont une impasse, une parade ou une lâcheté. Ils n’ont ni courage, ni sincérité, ni utilité. Il n’est même plus besoin de relire les insanités d’un journaliste qui a fui son pays du Maghreb il y a vingt ans, se contentant de dénoncer la dictature « locale » sans y mettre les pieds, tout en passant son temps à fustiger les démocraties qui l’ont accueilli. La règle de ce confort est qu’il est plus facile de déboulonner la statue d’un tyran, au nord, sous les smartphones, que de déboulonner un vrai tyran vivant au « sud ». Et il n’est pas même utile de répondre à ceux qui, lorsque vous tenez ces propos pourtant réalistes, vous accusent de servilité intellectuelle. (…) l’Occident est ce qu’il est : imparfait et à parfaire. Il n’est pas à détruire. Ceux qui en rêvent sont ceux qui n’ont pas su avoir de rêve meilleur que la barbarie de revanche, pas su dépasser des rancunes intimes. C’est, à mon avis, ce qu’il faut rappeler pour éviter aux colères justes des assouvissements faciles et détestables. L’antiracisme est un combat juste. Il ne doit pas devenir un acte de vandalisme intellectuel ou de désordre dans ce monde si fragile. Son but est un avenir meilleur, pas un passé aveuglant. Pour tous. Kamel Daoud
Il faut garder à l’autodafé ses racines : jugement, inquisition, acte de foi, pénitence publique, exécutions d’hérétiques. Il faut encore une fois le rappeler pour alerter des esprits : on ne brûle pas de livres, on ne censure pas des œuvres, on ne déboulonne pas des statues uniquement parce qu’on a raison, mais parce qu’on le croit absolument. Ce qui suffit pour se tromper avec enthousiasme et inaugurer de nouveaux tribunaux d’opinion. Car, avec le grand élan de l’antiracisme, l’autodafé est de retour. On l’a connu, il y a quelques décennies, d’abord sous forme d’un fascisme (ou totalitarisme) qui brûle des livres, puis un demi-siècle après sous celle d’un livre (sacré) qui brûle le monde, aujourd’hui il se fait au nom d’une cause juste avec quelques effets mauvais : celle de la lutte contre le racisme dont certains profitent pour revisiter la littérature et les représentations, mais avec des torches incendiaires et pas avec des consciences calmes. Le chroniqueur est de ceux qui croient que le racisme est un crime et qu’au crime il faut réparation et justice. Mais il croit aussi, pour l’avoir vécu chez lui et pour le subir encore sous forme de meutes idéologiques adverses, qu’on se trompe en imaginant que construire l’avenir, c’est déboulonner les statues du passé et les remplacer par les siennes. Un révisionnisme « culturel » au nom de la lutte antiraciste est dangereux. Il ouvre la voie à des radicalités et pousse à juger les vivants pour le crime des morts, il nourrit du coup une radicalité adverse, mue par la peur. Le déboulonnage des statues, sous les hourras des foules, n’est jamais un moment de sérénité, mais de danger : on sait souvent où il mène. Et pour être un homme du « sud », né entre les enthousiasmes détournés pour les indépendances et l’esprit « décolonial » permanent, il sait de quoi on peut fabriquer des conforts et des facilités puis des féodalités. Autant de raisons qui font qu’aujourd’hui le révisionnisme culturel, l’autodafé des héritages parfois ambigus des siècles passés, l’effet de foule et les contre-inquisitions par l’épiderme provoquent un malaise. Il s’agit pourtant d’illusions à combattre. Celles qui font croire que parce qu’on a une couleur de peau, on est nanti d’une supériorité ou parce qu’on en a une autre, celle de la victime, on est excusé de tout tort et investi d’une grande mission révolutionnaire. Le déboulonnage est un moment d’illusion. Il fait croire qu’en abattant des pierres on est dispensé d’un travail commun sur la mémoire, d’un retour apaisé sur les erreurs monstrueuses du passé. Il fait croire qu’il s’agit d’un acte meilleur que celui de brûler une voiture alors qu’il procède de la même myopie juvénile. Le déboulonnage et l’autodafé sont toujours un fourvoiement : ils perpétuent l’idée que la lecture du passé ne peut se faire que selon la force. On ne sort pas du cycle. Et on ne peut le réussir que par une pédagogie de la mémoire. Le débat sur le racisme est vital. Mais il sera vite rattrapé par les castes et les haines sélectives s’il se limite au procès de l’Occident. Car, à dénoncer aussi le racisme dans le « sud » et à souhaiter un débat sur les histoires locales de l’esclavage, on est vite accusé de vouloir diluer le crime de l’Occident et de participer à l’excuser. Et on se retrouve avec des slogans qui veulent la fin de l’Occident où l’on vit et où, au moins, on rêve de vivre. (…) déboulonner n’est pas construire, censurer n’est pas relire, lutter contre le racisme n’est pas lutter contre l’Occident. Car ce lieu, s’il est coupable de crimes, est aussi l’espace où l’on peut crier sa colère ou transformer ses visions d’avenirs. Il reste l’espace d’une démocratie à parfaire et non à détruire. Car ailleurs, osons le dire, le racisme « n’existe pas », il faut vivre un tant soit peu en démocratie pour pouvoir le dénoncer. Ne l’oublions pas. Il s’agit de construire un monde (meilleur), pas une fin du monde. Kamel Daoud
The 1619 project is a major initiative from The New York Times observing the 400th anniversary of the beginning of American slavery. It aims to reframe the country’s history, understanding 1619 as our true founding, and placing the consequences of slavery and the contributions of black Americans at the very center of our national narrative. 1619 Project (2019)
The 1619 Project is an ongoing initiative from The New York Times Magazine that began in August 2019, the 400th anniversary of the beginning of American slavery. It aims to reframe the country’s history by placing the consequences of slavery and the contributions of black Americans at the very center of our national narrative. 1619 Project (2020)
1619. It is not a year that most Americans know as a notable date in our country’s history. Those who do are at most a tiny fraction of those who can tell you that 1776 is the year of our nation’s birth. What if, however, we were to tell you that this fact, which is taught in our schools and unanimously celebrated every Fourth of July, is wrong, and that the country’s true birth date, the moment that its defining contradictions first came into the world, was in late August of 1619? 1619 Project (2019)
1619 is not a year that most Americans know as a notable date in our country’s history. Those who do are at most a tiny fraction of those who can tell you that 1776 is the year of our nation’s birth. What if, however, we were to tell you that the moment that the country’s defining contradictions first came into the world was in late August of 1619? 1619 Project (2020)
In August of 1619, a ship appeared on this horizon, near Point Comfort, a coastal port in the British colony of Virginia. It carried more than 20 enslaved Africans, who were sold to the colonists. America was not yet America, but this was the moment it began. No aspect of the country that would be formed here has been untouched by the 250 years of slavery that followed. 1619 Project (2019)
In August of 1619, a ship appeared on this horizon, near Point Comfort, a coastal port in the English colony of Virginia. It carried more than 20 enslaved Africans, who were sold to the colonists. No aspect of the country that would be formed here has been untouched by the years of slavery that followed. 1619 Project (2020)
The history of the American Revolution isn’t the only thing the New York Times is revising through its 1619 Project. The “paper of record” has also taken to quietly altering the published text of the project itself after one of its claims came under intense criticism. (…) Throughout the controversy, the line about the year 1619 being “our true founding” continued to haunt the Times. This criticism did not aim to denigrate the project’s titular date or the associated events in the history of slavery. Rather, the passage came to symbolize the Times’s blurring of historical analysis with editorial hyperbole. The announced intention of reframing the country’s origin date struck many readers across the political spectrum as an implicit repudiation of the American revolution and its underlying principles. Rather than address this controversy directly, the Times—it now appears—decided to send it down the memory hole—the euphemized term for selectively editing inconvenient passages out of old newspaper reports in George Orwell’s dystopian novel 1984. Without announcement or correction, the newspaper quietly edited out the offending passage (…) Discovery of this edit came about earlier this week when Nikole Hannah-Jones went on CNN to deny that she had ever sought to displace 1776 with a new founding date of 1619. She repeated the point in a now-deleted tweet: “The #1619Project does not argue that 1619 was our true founding. We know this nation marks its founding at 1776.” It was not the first time that Hannah-Jones had tried to alter her self-depiction of the project’s aims on account of the controversial line. She attempted a similar revision a few months ago during an online spat with conservative commentator Ben Shapiro. But this time the brazen rewriting of her own arguments proved too much. Hannah-Jones’s readers scoured her own Twitter feed and public statements over the previous year, unearthing multiple instances where she had in fact announced an intention to displace 1776 with 1619. The foremost piece of evidence against Hannah-Jones’s spin, of course, came from the opening passage of from the Times’s own website where it originally announced its aim “to reframe the country’s history” around the year “1619 as our true founding.” When readers returned to that website to cite the line however, they discovered to their surprise that it was no longer there. The Times quietly dropped the offending passage at some point during the intervening year, although multiple screencaps of the original exist. The Internet Archive’s Wayback Machine suggests the alteration came around late December 2019, when the 1619 Project was facing an onslaught of criticism over this exact point from several distinguished historians of the American founding. It wasn’t the only edit that the newspaper made to further conceal its previous denigration of 1776. Prompted by the discovery of the first deletion, Twitter users noticed another suspicious change to the project’s text. The print edition of the 1619 Project from August 2019 contained an introductory passage [in which an] additional reference to the 1619 origin point, underlined in the original print version, is no more. Whatever the exact occasion for the changes, the Times did not disclose its edits or how they obscured one of the most controversial claims in the entire 1619 Project. They simply made the problematic passages disappear, hoping that nobody would notice. Phillip W. Magness
As many of you know, my name is Lilith Sinclair. I’m an Afro-indigenous, non-binary local organizer here in Portland, organizing for the abolition of not just the militarized police state, but also the United states as we know it. Lilith Sinclair
Someone from a country that calls itself Ecuador may not be in a very strong position to object to the appropriation of geography in the cause of national identity. John Ryle
J’emploie ici le mot américain au sens « noble ». Animateur de Radio-Canada
Some people would restrict the use of the word « American » to indicate any inhabitant of the Americas (which Europeans tend to consider a single continent, called « America ») rather than specifically a citizen of the United States; and perceive the latter usage of « American » to be potentially ambiguous, and perhaps aggressive in tone or imperialistic, a rather widespread view in Latin America. However, many in the US assert that the word « America » in « United States of America » denotes the country’s proper name, and is not a geographical indicator. They argue that the interpretation of United States of America to mean a country named United States located in the continent of America is mistaken. Instead, they argue that the preposition of is equivalent to the of in Federative Republic of Brazil, Commonwealth of Australia, Federal Republic of Germany. That is, the of indicates the name of the state. In addition, other countries use « United » or « States » in their names as well. Indeed, the formal name of Mexico is Estados Unidos Mexicanos, currently officially translated as « United Mexican States » but in the past translated as « United States of Mexico ». Regardless, many question a nation’s right to formally appropriate the name of a continent for itself, citing the fact that America existed long before the United States of America. Indeed, Amerigo Vespucci (who travelled extensively throughout the Caribbean basin) never set foot on present US territory One counter-argument is that the United States of America is the first sovereign American state to arise from the European colonies, and therefore is perfectly entitled to lay claim to this name for itself, although the appropriation of a continental name by a single country has no historical precedent. The rebellious colonies perceived themselves, in their quest for independence, as moral representatives of all the colonized European inhabitants of the continent. This view is evident in the name of the colonial allied government, the Continental Congress. Another counter-argument is that it is not particularly unusual for a nation or organization to name itself after a geographical feature, even one that it does not uniquely occupy. Ecuador is the Spanish word for the equator, which runs through the country of Ecuador, athough other countries also lie on the equator. In addition, the United States of America is not the only entity which shares a name with a larger entity, yet is considered more well-known than the larger entity. The City of New York lies within the State of New York. However, the term New Yorker is generally used to refer to a resident of New York City. Most proponents of the « US citizen = American » nomenclature have no problem with the simultaneous usage of « American » as an adjective for all inhabitants of the Americas, and make the distinction between the demonym for a country and the demonym for a continent (or continents). They argue that there is no reason the two cannot share the term if it is used in distinct but equally legitimate contexts. In other cases, the motivation is not so much political as it is academic, to avoid a perceived ambiguity. For instance, in legal circles a citizen of the United States is usually referred to as a ‘U.S. citizen’, not an ‘American citizen’, which could arguably apply to citizens of other American nation states as well. Wikipedia
As many people from the various nations throughout the New World consider themselves to be « Americans », some people think the common usage of « American » to refer to only people from the U.S. should be avoided in international contexts where it might be ambiguous. Many neologisms have been proposed to refer to the United States instead of « American ». However, they are virtually unused, and most commentators feel that it is unlikely that they will catch on. Encyclopedia
Il n’y a pas de plus grand monument à l’assujettissement colonial des peuples autochtones que le Mont Rushmore, et le projet du président de profaner davantage ce sol sacré avec des feux d’artifice et sa propre présence sans avoir été convié est un autre affront impardonnable. Il est temps de récupérer ou de démolir tous les monuments racistes. En tant que société, nous devons nous engager à respecter en permanence les populations marginalisées. Lakota People’s Law Project
Over the past month, I have been spellbound by the actions of activists determined to compel America to confront the ugliness of its past. The protests at the Emancipation Memorial, the removal of Teddy Roosevelt’s statue in New York, and now even the bold calls for rethinking Mount Rushmore on the site of Lakota land reveal that our country has more learning to do about what we choose to glorify. But last week, as many celebrated the Supreme Court’s ruling that Oklahoma—almost half of it at least—belongs to the jurisdiction of the Muscogee (Creek) Nation, I have also been thinking about the relics of our past that are so ingrained in our present that we misremember our history. One such relic is the names of the very places in which we live. (…) On July 3, in the shadow of Mt. Rushmore, President Trump said, “As we meet here tonight there is a growing danger that threatens every blessing our ancestors fought so hard for.” He then doubled down, saying, “Our nation is witnessing a merciless campaign to wipe out our history, defame our heroes, erase our values and indoctrinate our children.” Children are being indoctrinated, but not in the way Trump suggests. Instead, they are being fed an uncomplex version of history—one that minimizes the experiences of those on the margins to turn white men who did evil things into heroes. The name Bixby had become so common in my area that we didn’t think about where it came from. That’s why we tear down, rename and rethink. We do it to tell the whole story, not just the parts that make us feel good. Perhaps we need to do this not just for statues and monuments and schools and sports teams but for cities and counties too. Perhaps we should begin again with the full weight of history upon which we stand. (…) People who marginalized and oppressed didn’t just affect those who lived at the time–Bixby’s actions, along with so many others’, caused the Creek Nation to lose the jurisdictional power they just, in part, won back–and the places that bear their names should no longer remain without scrutiny. History demands that we remember all of it or it isn’t true history at all. Caleb Gayle
[L’appellation américain] n’est pas non plus confondante. Lorsqu’on parle des Américains, on sait bien qu’il ne s’agit pas des Canadiens ou des Mexicains. Le français dispose d’ailleurs du terme Nord-Américain, qui englobe tous les habitants de l’Amérique du Nord, et du terme Sud-Américain, qui désigne ceux de l’Amérique du Sud. Paul Roux
Plusieurs ont remarqué que le mot a repris du poil de la bête depuis l’an 2000. Certains pensent qu’il est revenu dans la foulée du 11-Septembre; c’est une possibilité. Il y a six ou sept ans, il était à peine employé. Si Robert Solé a pris la peine d’en parler dans une chronique de langue du Monde le 10 novembre 2003, pour dire que « le terme ne passe pas », c’est que le mot commençait à se rencontrer plus souvent tout en restant assez discret. Si on traçait un graphique de son emploi depuis le début, on verrait le terme monter, atteindre un plateau, descendre un peu plus tard, puis remonter tranquillement après une longue absence. On peut se demander s’il ne connaît pas un regain passager, avant de retomber à nouveau hors d’usage. Bien des facteurs entrent en jeu. Il y a notamment le contraste entre l’usage québécois et l’usage français, et aussi celui entre les grands médias et les sources plus marquées politiquement, notamment sur le Web. (…) Et le mot revient souvent sous la plume des mêmes journalistes. À la Presse, Joneed Khan s’en est fait le champion. Il parle du président états-unien, du Congrès états-unien, du retrait états-unien d’Irak, du projet états-unien de Zone de libre-échange des Amériques. Il est frappant de voir que même lui n’a pas renoncé à américain : il a mentionné le Congrès américain en juillet dernier et le secrétaire d’État américain le 13 septembre. Moments d’inattention? Dans les grandes encyclopédies électroniques comme l’Universalis ou Encarta, les occurrences se comptent sur les doigts de la main. Wikipédia renferme quelque deux mille états-unien, par exemple il est question de la « guerre de sécession états-unienne » à l’article sur le film Le bon, la brute et le truand. Mais ces états-unien font face à cent mille américain. En outre, un bon nombre d’entre eux viennent de pages où les collaborateurs poursuivent justement des discussions, parfois musclées, sur l’opportunité d’accepter le mot dans l’encyclopédie. C’est un peu la cour du roi Pétaud dans cette merveilleuse encyclopédie, mais il n’est pas du tout sûr que le mot s’y imposera. C’est véritablement dans les médias et les sites contestataires ou militants qu’états-unien fleurit. Le réseau Voltaire, « réseau de presse non alignée », est exemplaire à cet égard : les rédacteurs l’emploient deux fois plus souvent qu’américain. On le rencontre souvent sur le site des « Amis de la Terre », groupe de défense de l’environnement, et sur « Grand Soir », « un journal alternatif d’information militante ». Mais américain reste quand même plus fréquent : on continue de parler des élections américaines, on n’en est pas encore aux élections états-uniennes. Il ne fait pas de doute que le mot est marqué à gauche sur l’échiquier politique. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’oeil sur le journal communiste français L’Humanité : 118 occurrences d’états-unien en 2007, un net contraste avec le reste de la presse française. Mais la pente n’est pas à pic là non plus : 127 occurrences en 2005, 105 en 2006 – contre des milliers d’américain. On s’attendrait à le rencontrer souvent dans les pages de publications comme Courrier international, mais l’une des rares occurrences que j’y ai trouvées apparaissait dans un article reproduit du Devoir! Je note enfin qu’un wikipédiste a affirmé que le mot figurait dans certains manuels scolaires de géographie. On peut résumer la situation comme suit. Dans la presse en général, le terme s’est mis à grimper des deux côtés de l’Atlantique il y a quelques années, pour atteindre assez vite un plateau. Il semble avoir déjà amorcé sa descente en France. Il reste plus fréquent chez nous, mais il serait exagéré de dire qu’il a le vent dans les voiles. Pour le reste, l’usage est assez circonscrit. En fait, l’avenir du terme dépendra en grande partie de l’influence qu’exerceront des sites comme ceux que j’ai mentionnés, et ils ne sont pas négligeables, ainsi que de la détermination des blogueurs et autres internautes à l’employer. Il faut avouer que cinquante ans d’allées et venues dans les dictionnaires et une fréquence encore relativement faible dans l’usage lui donnent un peu l’air d’un néologisme attardé. Mais qui sait, peut-être que la diffusion de l’article du New York Times et le blogue du Monde lui donneront un nouvel élan. Avec Internet les choses peuvent changer vite. Il faudrait quand même toute une rééducation pour en généraliser l’emploi. Pensons à tout ce qu’il faudrait rebaptiser. Ne dites pas : la guerre américano-mexicaine, dites : la guerre mexicano-états-unienne. Ne dites pas : la révolution américaine, les relations canado-américaines, le vin américain, etc. Dites : l’armée états-unienne, les Noirs états-uniens, Je me suis acheté une voiture états-unienne. Et n’oublions pas les cinquante États états-uniens. Nul ne contestera que la logique plaide pour états-unien. Mais en face il y a l’histoire, l’usage, la langue, l’euphonie, les habitudes. C’est beaucoup. Pour être efficace, il faudrait en même temps intensifier l’emploi géographiquement correct d’américain, ce qui ferait surgir l’ambiguïté de partout. Remarquons que les États-Uniens continueraient d’être des Américains – comme nous! Combien parmi nous sont prêts à se définir comme « Américains »? On peut prédire une certaine résistance. De plus, s’il y a un brin d’anti-américanisme dans la promotion d’états-unien, forcément il sera lui aussi péjoratif. C’est comme si on remettait chaque fois sous le nez des Américains la carte du continent. Plusieurs ont rappelé qu’il serait abusif d’accuser ces derniers de s’être appelés ainsi à cause de prétentions hégémoniques. Comme le rappelle le Grand dictionnaire terminologique de l’OQLF, ils ont formé leur gentilé à partir du nom de leur pays, États-Unis d’Amérique, de la même manière que, plus tard, les Mexicains à partir d’États-Unis du Mexique. Il faut revenir au point de départ et se demander où est le problème. Nous arrive-t-il souvent de rester perplexes parce que le mot américain devant nos yeux est ambigu? Prend-on les Canadiens pour des habitants des États-Unis? Paul Roux a répondu à la question dans son blogue « Les amoureux du français » sur le site de la Presse le 9 novembre 2006 : (…) « Lorsqu’on parle des Américains, on sait bien qu’il ne s’agit pas des Canadiens ou des Mexicains. Le français dispose d’ailleurs du terme Nord-Américain, qui englobe tous les habitants de l’Amérique du Nord, et du terme Sud-Américain, qui désigne ceux de l’Amérique du Sud. » Les Américains en ont attrapé eux-mêmes un complexe et ont cherché d’autres noms. (…) Quelques exemples des termes qui ont été proposés au fil du temps : Usian, Usanian, USAian, Usonian, Columbard, Fredonian, United Statesian, Colonican, U-S-ian, USAn, etc. Du côté espagnol, la situation est bien différente. Le Diccionario Panhispánico de Dudas de la Real Academia Española, qui recueille l’usage de l’ensemble des pays hispanophones, recommande d’employer estadounidense, et non americano, pour désigner nos voisins du Sud. Dans son Diccionario de la Lengua Española, l’académie précise que estadounidense veut dire « Natural de los Estados Unidos de América », tandis que americano est défini comme « Natural de América ». Mais il est normal que le monde hispanophone et les Latino-Américains en particulier soient plus sensibles à l’emploi du mot americano. Estadounidense est aussi très euphonique. On m’a fait remarquer par ailleurs que l’agence de presse espagnole EFE, qui recommande aussi l’emploi de estadounidense dans son vade-mecum, incline à penser que norteamericano reste plus fréquent dans l’usage (« Norteamericanos es tal vez el más usado, si bien no es el más preciso »). Norteamericano? On dirait que, vu d’Europe ou d’Amérique latine, le Canada se retrouve toujours dans un angle mort. Jacques Desrosiers

Vous avez dit ‘étatsunien’ ?

A l’heure où après l’hystérie collective du virus chinois

Le psychodrame racialiste des Vies noires qui comptent …

Nos nouveaux iconoclastes et flagellants s’attaquent …

Quand ce n’est pas à leurs propres propagandistes

Non seulement à la police …

Mais, entre noms de rue et statues, à notre histoire

Quitte, quand c’est trop gros à l’instar du « quotidien de référence » américain, à supprimer discrètement des passages controversés de leur révisionnisme en espérant que personne ne remarque …

Et à présent à notre géographie

Retour sur ce nouveau tic de nos anti-américains …

Où, entre médias et universitaires, le dernier chic est le barbarisme « étatsunien » …

Nos voisins les « États-Uniens »
Jacques Desrosiers
L’Actualité langagière, volume 4, numéro 4
BTB
2007

Mon collègue André Racicot a discuté du mot états-unien dans sa chronique de L’Actualité terminologique il y a sept ans1. Il arrivait à la conclusion qu’il était trop tard pour renverser un usage solidement établi. Je ne suis pas plus optimiste que lui sur l’avenir de ce drôle de gentilé, mais il est intéressant de revenir sur la question, parce que le mot s’est gagné des partisans depuis l’an 2000, et que le débat a même fait surface l’été dernier dans rien de moins que le New York Times.

L’article du Times – plaisamment intitulé « There’s a Word for People Like You » – était une traduction maison d’un topo que venaient de faire paraître les deux correcteurs du journal Le Monde sur leur blogue « Langue sauce piquante2  ». Ils n’apportaient pas de solution au problème, si problème il y a, mais expliquaient aux lecteurs du Times qu’en français le mot américain désignait les habitants des États-Unis de façon maladroite – n’y a-t-il pas aussi sur le continent « américain » des Canadiens, des Mexicains, des Argentins…? – et qu’un concurrent, états-unien, avait pris place à ses côtés, sans vraiment annoncer sa mort, puisque américain avait une légitimité historique.

Il aurait été audacieux de proposer autre chose que la cohabitation. Leur topo leur avait d’ailleurs valu des volées de bois vert des nombreux internautes qui fréquentent leur site. Beaucoup y décelaient une marque d’anti-américanisme, certains voyaient même se pointer la « machine de guerre altermondialiste ». Difficile de nier qu’états-unien dissimule mal une certaine réserve à l’égard des États-Unis. Récemment un animateur de Radio-Canada précisait en posant une question à son invité au sujet des relations Québec-Mexique : « J’emploie ici le mot américain au sens « noble ». » Il évoquait le continent. Américain au sens courant est presque péjoratif aux yeux de certains. Les correcteurs du Monde s’étaient défendus en affirmant que « les Québécois et les autres francophones canadiens utilisent depuis bien avant la naissance du mouvement altermondialiste le terme « états-uniens » ». C’était beaucoup nous prêter.

Mais l’article avait le singulier mérite de rappeler que le mot a été inventé au Québec il y a une soixantaine d’années, sans donner de source. Sa fréquence a d’ailleurs été plus élevée de ce côté-ci de l’Atlantique. Ce n’est pas étonnant : nous sommes les premiers concernés. Gaston Dulong le fait d’ailleurs figurer dans son Dictionnaire des canadianismes publié chez Larousse, ainsi que Sinclair Robinson et Donald Smith dans le Dictionnaire du français canadien, bien qu’étrangement ces derniers le classent dans la langue « populaire et familière ».

Le mot a eu une présence erratique dans les dictionnaires français depuis quelques décennies. Il a fait une première apparition, sans trait d’union, dans le Grand Larousse encyclopédique en 1961. Pierre Gilbert le notait dans son Dictionnaire des mots nouveaux en 19713. Il en avait trouvé trois occurrences, dont l’une de 1955 dans Esprit, les deux autres des années soixante. Dupré en recommandait l’emploi en 1972 dans l’Encyclopédie du bon français, « lorsque américain serait absurde et ambigu, et qu’on ne peut employer « des États-Unis », par exemple lorsqu’il y a un autre complément par de : la politique états-unienne d’aide à l’Amérique latine ». On ne peut pas dire que cet avis ait provoqué une révolution. Pourquoi d’ailleurs ne pourrait-on dire : la politique d’aide des États-Unis à l’Amérique latine?

Il est absent du Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (le GDEL) publié en 1983, mais réapparaît en 1995 dans son successeur, le Grand Larousse universel. En 1985, la deuxième édition du Grand Robert le donnait encore comme rare. Aujourd’hui il figure à peu près partout, mais je note que le Petit Robert ne l’a pas gardé dans son édition de poche 2008.

Le Petit Robert le fait remonter à 1955. Il s’appuie sans doute sur la citation dénichée par Pierre Gilbert. Un traducteur du Bureau m’avait pourtant signalé que le mot avait été à la mode au Québec aux alentours de la Deuxième Guerre mondiale. Or dans une page d’archives reproduite par le Devoir en mai 2007, je suis tombé sur un article du 7 mai 1945 résumant une conférence d’André Laurendeau, qui déclarait dans un débat sur la langue :

« Vous auriez d’un côté une langue solidement assise, bien enracinée, parlée par huit millions de Canadiens et 140 millions d’États-Uniens, et comprise par trois millions et demi de Canadiens jadis d’expression française4… »

Un wikipédiste a trouvé une occurrence plus vieille encore, dans un article paru en 1942 dans la French Review, « La Vie Intellectuelle au Canada Français », sous la plume de Marine Leland :

« Le roman canadien-français ne peut se comparer, ni du point de vue de la qualité ni de celui de la quantité, à la poésie ou à l’histoire canadienne. Il ne peut se comparer non plus au roman états-unien5. »

Leland, une Franco-Américaine d’origine québécoise, était une éminente spécialiste des études canadiennes-françaises. D’après la page reproduite en fac-similé dans Internet, l’article avait d’abord paru dans Le Travailleur, un hebdo publié au Massachusetts. Le mot était donc connu des Franco-Américains, du moins dans les milieux intellectuels.

Mais la plus vieille référence est celle mentionnée par le Dictionnaire culturel en langue française, publié par les éditions Le Robert en 2005 sous la direction d’Alain Rey, qui a retracé états-unien dans un article d’André Laurendeau (encore lui!) paru en 1941, « L’Enseignement secondaire », sans préciser davantage la source. Il doit s’agir de L’Action nationale, dont Laurendeau était le directeur à l’époque.

Ces références montrent que le mot était en vogue dans les années 40. Pourtant, à ma connaissance, Bélisle ne le fera entrer dans son Dictionnaire général de la langue française au Canada qu’au moment de la deuxième édition en 1971, en le faisant précéder d’une petite fleur de lys pour indiquer que c’était un québécisme, avec l’exemple : la marine états-unienne. Son usage a sans doute été marginal, même pendant la guerre. Laurendeau lui-même était loin de l’employer systématiquement. Plus tard, dans un éditorial du Devoir du 16 mars 1955 portant sur les relations canado-américaines, il emploie exclusivement américain6. La vogue était passée, semble-t-il.

Plusieurs ont remarqué que le mot a repris du poil de la bête depuis l’an 2000. Certains pensent qu’il est revenu dans la foulée du 11-Septembre; c’est une possibilité. Il y a six ou sept ans, il était à peine employé. Si Robert Solé a pris la peine d’en parler dans une chronique de langue du Monde le 10 novembre 2003, pour dire que « le terme ne passe pas », c’est que le mot commençait à se rencontrer plus souvent tout en restant assez discret. Si on traçait un graphique de son emploi depuis le début, on verrait le terme monter, atteindre un plateau, descendre un peu plus tard, puis remonter tranquillement après une longue absence. On peut se demander s’il ne connaît pas un regain passager, avant de retomber à nouveau hors d’usage.

Bien des facteurs entrent en jeu. Il y a notamment le contraste entre l’usage québécois et l’usage français, et aussi celui entre les grands médias et les sources plus marquées politiquement, notamment sur le Web.

Prenons l’usage français. Pour le Monde, les moteurs de recherche relèvent dans les cinq dernières années une vingtaine d’articles où apparaît le terme (en tenant compte du féminin et du pluriel). Ce n’est pas beaucoup. En 2007, de janvier à la fin octobre, on n’en trouve que quelques-uns. Quand on restreint le domaine à lemonde.fr et à l’année écoulée, Google