Duneton: Attention, un appauvrissement peut en cacher un autre ! (Confessions of an oblate)

1 octobre, 2017
https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/519Z9D1E93L._SX283_BO1,204,203,200_.jpgOn en a marre de parler français normal comme les riches, les petits bourges… parce que c’est la banlieue ici. Élève d’origine maghrébine (Pantin, TF1, 1996)
On parle en français, avec des mots rebeus, créoles, africains, portugais, ritals ou yougoslaves « , puisque  » blacks, gaulois, Chinois et Arabes  » y vivent ensemble.  Raja (21 ans)
Le bavardage grossier, loin de combler l’écart entre les rangs sociaux, le maintient et l’aggrave ; sous couleur d’irrévérence et de liberté, il abonde dans le sens de la dégradation, il est l’auto-confirmation de l’infériorité. Jean Starobinski
Les linguistes ont raison de dire que toutes les langues se valent linguistiquement; ils ont tort de croire qu’elles se valent socialement. P. Bourdieu (Ce que parler veut dire: l’économie des échanges linguistiques, 1982)
J’appelle stratégies de condescendance ces transgressions symboliques de la limite qui permettent d’avoir à la fois les profits de la conformité à la définition et les profits de la transgression : c’est le cas de l’aristocrate qui tape sur la croupe du palefrenier et dont on dira «II est simple», sous-entendu, pour un aristocrate, c’est-à-dire un homme d’essence supérieure, dont l’essence ne comporte pas en principe une telle conduite. En fait ce n’est pas si simple et il faudrait introduire une distinction : Schopenhauer parle quelque part du «comique pédant», c’est-à-dire du rire que provoque un personnage lorsqu’il produit une action qui n’est pas inscrite dans les limites de son concept, à la façon, dit-il, d’un cheval de théâtre qui se mettrait à faire du crottin, et il pense aux professeurs, aux professeurs allemands, du style du Professor Unrat de V Ange bleu, dont le concept est si fortement et si étroitement défini, que la transgression des limites se voit clairement. A la différence du professeur Unrat qui, emporté par la passion, perd tout sens du ridicule ou, ce qui revient au même, de la dignité, le consacré condescendant choisit délibérément de passer la ligne ; il a le privilège des privilèges, celui qui consiste à prendre des libertés avec son privilège. C’est ainsi qu’en matière d’usage de la langue, les bourgeois et surtout les intellectuels peuvent se permettre des formes d’hypocorrection, de relâchement, qui sont interdites aux petits-bourgeois, condamnés à l’hypercorrection. Bref, un des privilèges de la consécration réside dans le fait qu’en conférant aux consacrés une essence indiscutable et indélébile, elle autorise des transgressions autrement interdites : celui qui est sûr de son identité culturelle peut jouer avec la règle du jeu culturel, il peut jouer avec le feu, il peut dire qu’il aime Tchaikovsky ou Gershwin, ou même, question de «culot», Aznavour ou les films de série B. Pierre Bourdieu
 L’argot, dont on a fait la «langue populaire» par excellence, est le produit de ce redoublement qui porte à appliquer à la «langue populaire» elle-même les principes de division dont elle est le produit. Le sentiment obscur que la conformité linguistique enferme une forme de reconnaissance et de soumission, propre à faire douter de la virilité des hommes qui lui sacrifient, joint à la recherche active de l’écart distinctif, qui fait le style, conduisent au refus d’«en faire trop» qui porte à rejeter les aspects les plus fortement marqués du parler dominant, et notamment les prononciations ou les formes syntaxiques les plus tendues, en même temps qu’à une recherche de l’expressivité, fondée sur la transgression des censures dominantes — notamment en matière de sexualité — et sur une volonté de se distinguer des formes d’expression ordinaires. La transgression des normes officielles, linguistiques ou autres, est dirigée au moins autant contre les dominés «ordinaires», qui s’y soumettent, que contre les dominants ou, a fortiori, contre la domination en tant que telle. La licence linguistique fait partie du travail de représentation et de mise en scène que les «durs», surtout adolescents, doivent fournir pour imposer aux autres et à eux-mêmes l’image du «mec» revenu de tout et prêt à tout qui refuse de céder au sentiment et de sacrifier aux faiblesses de la sensibilité féminine. Et de fait, même si elle peut, en se divulguant, rencontrer la propension de tous les dominés à faire rentrer la distinction, c’est-à-dire la différence spécifique, dans le genre commun, c’est-à-dire dans l’universalité du biologique, par l’ironie, le sarcasme ou la parodie, la dégradation systématique des valeurs affectives, morales ou esthétiques, où tous les analystes ont reconnu «l’intention» profonde du lexique argotique, est d’abord une affirmation d’aristocratisme. Forme distinguée — aux yeux mêmes de certains des dominants — de la langue «vulgaire», l’argot est le produit d’une recherche de la distinction, mais dominée, et condamnée, de ce fait, à produire des effets paradoxaux, que l’on ne peut comprendre lorsqu’on veut les enfermer dans l’alternative de la résistance ou de la soumission, qui commande la réflexion ordinaire sur la «langue (ou la culture) populaire». Il suffit en effet de sortir de la logique de la vision mythique pour apercevoir les effets de contre-finalité qui sont inhérents à toute position dominée lorsque la recherche dominée de la distinction porte les dominés à affirmer ce qui les distingue, c’est-à-dire cela même au nom de quoi ils sont dominés et constitués comme vulgaires, selon une logique analogue à celle qui porte les groupes stigmatisés à revendiquer le stigmate comme principe de leur identité, faut-il parler de résistance ? Et quand, à l’inverse, ils travaillent à perdre ce qui les marque comme vulgaires, et à s’approprier ce qui leur permettrait de s’assimiler, faut-il parler de soumission ? (…) C’est évidemment chez les hommes et, parmi eux, chez les plus jeunes et les moins intégrés, actuellement et surtout potentiellement, à l’ordre économique et social, comme les adolescents issus de familles immigrées, que se rencontre le refus le plus marqué de la soumission et de la docilité qu’implique l’adoption des manières de parler légitimes. La morale de la force qui trouve son accomplissement dans le culte de la violence et des jeux quasi-suicidaires, moto, alcool ou drogues dures, où s’affirme le rapport à l’avenir de ceux qui n’ont rien à attendre de l’avenir, n’est sans doute qu’une des manières de faire de nécessité vertu. Le parti-pris affiché de réalisme et de cynisme, le refus du sentiment et de la sensibilité, identifiés à une sensiblerie féminine ou efféminée, cette sorte de devoir de dureté, pour soi comme pour les autres, qui conduit aux audaces désespérées de l’aristocratisme de paria, sont une façon de prendre son parti d’un monde sans issue, dominé par la misère et la loi de la jungle, la discrimination et la violence, où la moralité et la sensibilité ne sont d’aucun profit. La morale qui constitue la transgression en devoir impose une résistance affichée aux normes officielles, linguistiques ou autres, qui ne peut être soutenue en permanence qu’au prix d’une tension extraordinaire et, surtout pour les adolescents, avec le renfort constant du groupe. (…) L’argot, et c’est là, avec l’effet d’imposition symbolique, une des raisons de sa diffusion bien au-delà des limites du «milieu» proprement dit, constitue une des expressions exemplaires et, si l’on peut dire, idéales — avec laquelle l’expression proprement politique devra compter, voire composer — de la vision, pour l’essentiel édifiée contre la «faiblesse» et la «soumission» féminines (ou efféminées), que les hommes les plus dépourvus de capital économique et culturel ont de leur identité virile et d’un monde social tout entier placé sous le signe de la dureté. Il faut toutefois se garder d’ignorer les transformations profondes que subissent, dans leur fonction et leur signification, les mots ou les locutions empruntés lorsqu’ils passent dans le parler ordinaire des échanges quotidiens : c’est ainsi que certains des produits les plus typiques du cynisme aristocratique des «durs» peuvent, dans leur emploi commun, fonctionner comme des sortes de conventions neutralisées et neutralisantes qui permettent aux hommes de dire, dans les limites d’une très stricte pudeur, l’affection, l’amour, l’amitié, ou, tout simplement, de nommer les êtres aimés, les parents, le fils, l’épouse (l’emploi, plus ou moins ironique, de termes de référence comme «la patronne», la «reine-mère», ou «ma bourgeoise» permettant par exemple d’échapper à des tours tels que «ma femme» ou le simple prénom, ressentis comme trop familiers). (…) Nul ne peut ignorer complètement la loi linguistique ou culturelle et toutes les fois qu’ils entrent dans un échange avec des détenteurs de la compétence légitime et surtout lorsqu’ils se trouvent placés en situation officielle, les dominés sont condamnés à une reconnaissance pratique, corporelle, des lois de formation des prix les plus défavorables à leurs productions linguistiques qui les condamne à un effort plus ou moins désespéré vers la correction ou au silence. Il reste qu’on peut classer les marchés auxquels ils sont affrontés selon leur degré d’autonomie, depuis les plus complètement soumis aux normes dominantes (comme ceux qui s’instaurent dans les relations avec la justice, la médecine ou l’école) jusqu’aux plus complètement affranchis de ces lois (comme ceux qui se constituent dans les prisons ou les bandes de jeunes). L’affirmation d’une contre-légitimité linguistique et, du même coup, la production de discours fondée sur l’ignorance plus ou moins délibérée des conventions et des convenances caractéristiques des marchés dominants ne sont possibles que dans les limites des marchés francs, régis par des lois de formation des prix qui leur sont propres, c’est-à-dire dans des espaces propres aux classes dominées, repaires ou refuges des exclus dont les dominants sont de fait exclus, au moins symboliquement, et pour les détenteurs attitrés de la compétence sociale et linguistique qui est reconnue sur ces marchés. L’argot du «milieu», en tant que transgression réelle des principes fondamentaux de la légitimité culturelle, constitue une affirmation conséquente d’une identité sociale et culturelle non seulement différente mais opposée, et la vision du monde qui s’y exprime représente la limite vers laquelle tendent les membres (masculins) des classes dominées dans les échanges linguistiques internes à la classe et, plus spécialement, dans les plus contrôlés et soutenus de ces échanges, comme ceux du café, qui sont complètement dominés par les valeurs de force et de virilité, un des seuls principes de résistance efficace, avec la politique, contre les manières dominantes de parler et d’agir. (…) On comprend que le discours qui a cours sur ce marché ne donne les apparences de la liberté totale et du naturel absolu qu’à ceux qui en ignorent les règles ou les principes : ainsi l’éloquence que la perception étrangère appréhende comme une sorte de verve débridée, n’est ni plus ni moins libre en son genre que les improvisations de l’éloquence académique ; elle n’ignore ni la recherche de l’effet, ni l’attention au public et à ses réactions, ni les stratégies rhétoriques destinées à capter sa bienveillance ou sa complaisance ; elle s’appuie sur des schèmes d’invention et d’expression éprouvés mais propres à donner à ceux qui ne les possèdent pas le sentiment d’assister à des manifestations fulgurantes de la finesse d’analyse ou de la lucidité psychologique ou politique. Pierre Bourdieu
La France est une garce et on s’est fait trahir Le système, voilà ce qui nous pousse à les haïr La haine, c’est ce qui rend nos propos vulgaires On nique la France sous une tendance de musique populaire On est d’accord et on se moque des répressions On se fout de la République et de la liberté d’expression Faudrait changer les lois et pouvoir voir Bientôt à l’Elysée des arabes et des noirs au pouvoir (Nique la France, Sniper, 2010)
La lecture, c’est pour les pédés! Réponse de collégiens français
Le parler «caillera», ce «langage des exclus» longtemps vu comme une contre-culture «voyou», voire une sous-culture, serait-il devenu tendance chez les jeunes nantis ? Un langage pourtant ultra-code, qui mêle vieil argot et verlan, expressions arabes et africaines. Des mots cash, trash, parfois sexistes, souvent décriés parce qu’ils véhiculeraient la «haine» ? L’intéressée hausse les épaules. «Ca fait longtemps que le verlan a dépassé les limites de la cité», explique-t-elle. De la cour de récré aux boîtes de nuit branchées, il se répand comme une traînée de poudre. On ne rit plus, on s’tape des barres ou on s’charrie. En teuf on kiffe sa race sur de la bonne zik, du son chanmé en matant des meufs. Un vrai truc de ouf. Popularisé avec le «Nique ta mère» de Jamel Debbouze et le tube «Mets ta cagoule» de Michaël Youn, démocratisé par les animateurs radio Maurad et Difool, le verlan a définitivement passé le périph. Le Nouvel Observateur
Doit-on se satisfaire de l’affaiblissement du français ? Certainement pas. En même temps, la langue française n’est pas menacée à domicile, même si elle l’est à l’international. Que faire alors ? Pour être constructif, plusieurs idées peuvent être avancées. Il faut par exemple renouveler et redynamiser notre langue en s’appuyant sur le français des quartiers, source permanente d’invention linguistique. On compte aujourd’hui plusieurs milliers de mots en verlan qui enrichissent notre langue. Valorisons-les dans les dictionnaires et les écoles. Frédéric Martel
Les défenseurs de l’éducation bilingue disent qu’il est important d’ enseigner un enfant dans la langue de sa famille. Moi, je dis qu’on ne peut pas utiliser la langue familiale dans la classe – la nature même de la classe exige que vous vous serviez de la langue d’une manière publique. (…) L’intimité n’a rien à faire dans les salles de classe. Richard Rodriguez
Il n’y a rien de surprenant qu’au moment où les universités américaines se sont engagées sérieusement dans la diversité, elles soient devenues des prisons de la pensée. Personne ne parle de la diversité d’aucune manière véritable. On ne parle que de versions brune, noire et blanche de la même idéologie politique. Il est très curieux qu’aux Etats-Unis comme au Canada on réduit la diversité à la race et à l’appartenance ethnique. On ne pense jamais que ça pourrait aussi signifier plus de nazis ou plus de baptistes du sud. Ca aussi, c’est la diversité, vous savez. Pour moi, la diversité n’est pas une valeur. La diversité, c’est l’Irlande du Nord. La diversité, c’est Beyrouth. La diversité, c’est le frère qui massacre son frère. Là où la diversité est partagée – où je partage avec vous ma différence – celle-ci peut avoir une valeur. Mais le simple fait que nous sommes différents est une notion terrifiante. Richard Rodriguez
Par-delà les discours pétris de bonne conscience sur l’égale dignité de toutes les pratiques linguistiques, on oublie de préciser que les exclus de la langue de Molière ont toutes les chances de devenir des exclus tout court. Alain Bentolila
Il y a un réel engouement bourgeois pour cette culture. Mais c’est aussi la marque d’un encanaïllement un peu pervers. Car à la différence d’un jeune des cités, un «fils de» n’aura aucun mal à jongler avec un autre registre de langue lorsqu’il s’agira de reprendre la boîte de papa… (…) L’écrit que pratiquent ces jeunes aujourd’hui a changé de perspective et de nature. C’est un écrit de l’immédiateté, de la rapidité et de la connivence: réduit au minimum, il n’est destiné à être compris que par celui à qui on s’adresse. Or, la spécificité de l’écrit par rapport à l’oral est qu’il permet de communiquer en différé et sur la durée: il est arrivé dans la civilisation pour laisser des traces. (…) Ce qui a changé, c’est que nos enfants, qu’on a cru nourrir de nos mots, utilisent un vocabulaire très restreint, réduit à environ 1 500 mots quand ils parlent entre eux – et à 600 ou 800 mots dans les cités. » Les adolescents les plus privilégiés possèdent, certes, une « réserve » de vocabulaire qui peut être très importante et dans laquelle ils piochent en cas de nécessité (à l’école, avec des adultes, lors d’un entretien d’embauche…), ce qui leur permet une « socialisation » plus importante. Mais globalement, ce bagage de mots que possèdent les jeunes a tendance à s’appauvrir quel que soit leur milieu. (…) Il y a une loi simple en linguistique: moins on a de mots à sa disposition, plus on les utilise et plus ils perdent en précision. On a alors tendance à compenser l’imprécision de son vocabulaire par la connivence avec ses interlocuteurs, à ne plus communiquer qu’avec un nombre de gens restreint. La pauvreté linguistique favorise le ghetto; le ghetto conforte la pauvreté linguistique. En ce sens, l’insécurité linguistique engendre une sorte d’autisme social. Quand les gamins de banlieue ne maîtrisent que 800 mots, alors que les autres enfants français en possèdent plus de 2 500, il y a un déséquilibre énorme. Tout est «cool», tout est «grave», tout est «niqué», et plus rien n’a de sens. Ces mots sont des baudruches sémantiques: ils ont gonflé au point de dire tout et son contraire. «C’est grave» peut signifier «c’est merveilleux» comme «c’est épouvantable». (…) C’est de la démagogie! Ces néologismes sont spécifiques des banlieues et confortent le ghetto. L’effet est toujours centrifuge. Les enfants des milieux aisés vampirisent le vocabulaire des cités, mais ils disposent aussi du langage général qui leur permet d’affronter le monde. L’inverse n’est pas vrai. Arrêtons de nous ébahir devant ces groupes de rap et d’en faire de nouveaux Baudelaire! La spécificité culturelle ne justifie jamais que l’on renonce en son nom à des valeurs universelles. Cela est valable pour l’excision, la langue des sourds comme pour le langage des banlieues. Dans une étude récente en Seine-Saint-Denis, on a demandé à des collégiens ce que représentait pour eux la lecture. Plusieurs ont fait cette réponse surprenante: «La lecture, c’est pour les pédés!» Cela signifie que, pour eux, la lecture appartient à un monde efféminé, qui les exclut et qu’ils rejettent. Accepter le livre et la lecture serait passer dans le camp des autres, ce serait une trahison. (…) Même les aides jardiniers ou les mécaniciens auto doivent maîtriser des catalogues techniques, entrer des données, procéder à des actes de lecture et d’écriture complexes. Or 11,6% des jeunes Français entre 17 et 25 ans comprennent difficilement un texte court, un mode d’emploi ou un document administratif et ne savent pas utiliser un plan ou un tableau. (…) Il y a trente ans, l’école affichait cyniquement sa vocation à reproduire les inégalités sociales: l’examen de sixième éjectait du cursus scolaire deux tiers des enfants, en majorité issus des classes populaires, qui passaient alors leur certificat d’études primaires (avec d’ailleurs une orthographe très supérieure à celle des enfants du même âge aujourd’hui). Or on est passé de ce tri affiché à l’objectif de 80% d’élèves au bac, imposant à une population scolaire qui autrefois aurait suivi la filière courte du certificat d’études de rester au collège et au lycée jusqu’à 16 ans. (…) mais alors il fallait changer complètement les programmes, les méthodes, les structures, les rythmes! Cela n’a pas été fait. A part quelques morceaux de sparadrap appliqués ici et là, l’école est restée la même. Il faut comprendre que l’apprentissage du langage n’est pas aussi naturel qu’il y paraît. C’est un travail. Quand un enfant apprend à parler, il le fait d’abord dans la proximité, dans un cercle étroit de connivence: la langue confirme ce qu’il voit, avec peu de mots. Petit à petit, en élargissant son langage, il quitte ce cocon douillet pour passer à l’inconnu: il va s’adresser à des gens qu’il n’a jamais vus, pour dire des choses dont ces gens n’ont jamais entendu parler. Il faut avoir l’ambition d’élargir le monde pour s’emparer des mots, et il faut s’emparer des mots pour élargir le monde. Mais, pour cela, l’enfant a absolument besoin d’un médiateur adulte à la fois bienveillant et exigeant qui transforme ses échecs en conquêtes nouvelles – «Je n’ai pas compris ce que tu veux me dire; il est important pour moi de te comprendre» – quelqu’un qui manifeste cette dimension essentielle du langage: l’altérité. (…) A cause de l’évolution sociologique de ces trente dernières années, l’activité professionnelle des mères, l’éloignement des grands-parents, l’école a accepté des enfants de 2 ans sans rien changer à sa pratique: ces petits se retrouvent dans des classes de 30, avec une maîtresse et, au mieux, une aide maternelle, à un âge où le langage explose (on passe de 50 à 300 mots et on inaugure les premières combinaisons syntaxiques). Dans ce contexte, ils restent entre eux. Cette réponse de l’école maternelle n’est pas honorable. Elle creuse encore le fossé culturel. C’est une catastrophe pour l’épanouissement psycholinguistique de l’enfant! (…) Pour aggraver les choses, on enseigne le français dans les filières professionnelles comme en maîtrise de linguistique: on leur fait étudier le «schéma narratif», l’«arrière-plan» et l’«avant-plan», le «champ lexical» ou encore les «connecteurs d’argumentation», des concepts de pseudo-analyse sémiotique éloignés de l’univers du bon sens. C’est une forme de désespoir pédagogique qui révèle un vrai renoncement à faire partager à des élèves de culture populaire la vibration intime qu’engendre un beau texte. Alain Bentolila (linguiste et spécialiste de l’illettrisme)
Toute langue possède une dimension argotique ; en effet, toute société humaine fonctionne avec des interdits, des tabous, entre autres, d’ordre social, politique, religieux, moral, qui sont véhiculés par la (ou les) forme(s) légitimée(s) de la langue. Comment peut-il être dès lors imaginé une société au sein de laquelle aucune personne, aucun groupe ne chercherait à se doter de moyens pour contourner ces interdits et ces tabous, ne serait-ce que par transgression langagière ? De telles pratiques sociales et langagières constituent les foyers les plus actifs nécessaires à l’émergence de formes argotiques, qui sont elles-mêmes autant de preuves des stratégies d’évitement, de contournement des interdits et tabous sociaux mises en œuvre par les locuteurs, les groupes de locuteurs qui produisent de telles formes. Une contre-légitimité linguistique peut ainsi s’établir . La situation linguistique française n’échappe pas à ce schéma et des parlers argotiques, plus ou moins spécifiques à tel(s) ou tel(s) groupe(s) ont toujours existé de manière concomitante avec ce que l’on appelle par habitude  » langue populaire ».  (….) Toute langue a bel et bien toujours eu, génère continuellement et aura toujours un registre argotique, qui permet la mise en place de stratégies de contournement, voire aussi de cryptage, de masquage. Au XVe siècle, François Villon a rédigé ses fameuses ballades dans une langue de malfrats, le parler de la Coquille, un argot d’une confrérie de malandrins, qui livrèrent sous la torture une partie de leur vocabulaire. Si l’on considère ce qui s’est passé en France depuis environ cent ans pour l’argot traditionnel, qu’il s’agisse de ses manifestations de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, de celles des années 1920-1930, d’après-guerre ou bien des années 1950-1960, une différence fondamentale doit être notée par rapport à ce que l’on constate aujourd’hui sur le terrain : de nos jours les épices apportées à la langue française sont de plus en plus empruntées à des langues étrangères. Même si l’argot traditionnel a su s’alimenter de termes étrangers, il le faisait à l’époque dans des proportions moindres. Un facteur déterminant est intervenu depuis et s’est amplifié : celui de l’immigration. Au temps de la Mouffe (rue Mouffetard), de la Butte (butte Montmartre), des Fortifs (Fortifications remplacées actuellement par le boulevard périphérique) un brassage de populations avait lieu dans Paris intra-muros, tout comme dans la majeure partie des grandes villes françaises. Les formes argotiques et les formes non légitimées dites  » populaires  » de la langue française se rejoignaient et c’est une des raisons qui ont permis alors aux mots des argotiers, des jargonneux de tel ou tel  » petit  » métier de passer du statut d’argot particulier à celui d’argot commun avant même de transiter par l’intermédiaire de la langue familière vers la langue française circulante, voire la langue académique, celle que l’on peut aussi écrire, y compris à l’école. Cambriole, cambriolage, cambrioler et cambrioleur ne sont plus du tout perçus de nos jours comme des mots d’origine argotique, ce qu’ils sont en réalité, puisque tous proviennent de l’argot cambriole qui désigne la chambre, la pièce que l’on peut voler. (…) Évolution rapide des formes de type argotique ? En voici un exemple : entrer dans un café et demander un casse-dalle avec une petite mousse  » un sandwich avec une bière  » appartient, d’un point de vue linguistique, à une autre époque, qui se termine à la fin des années 60-70 du siècle passé. Ce n’est plus le temps de la gapette  » casquette (à la mode ancienne)  » sur l’œil et de la cibiche  » cigarette  » au coin des lèvres. La casquette, aujourd?hui de marque Nike, est vissée sur le crâne, s’accompagne de baskets de même marque ou avec le logo Adidas aux pieds et les lascars  » jeunes des cités et quartiers français contemporains  » se désignent comme des casquettes-baskets par opposition aux costards-cravates, ceux qui sont en dehors de la cité, ceux qui sont en place, dans la place  » ont un travail, sont arrivés socialement « . De nos jours, au féca  » café, bistrot  » du coin on dame un dwich  » mange un sandwich  » et on tise une teillbou de 8.6  » boit une bouteille de bière titrant 8,6o d’alcool « . Il en va ainsi de l’évolution du lexique oral. Les personnes qui vivent dans des cités de banlieue ou dans des quartiers dits  » défavorisés  » – entre des tours et des barres – parlent de plus en plus fréquemment une forme de français que certaines d’entre elles nomment  » verlan « , d’autres  » argot « , voire  » racaille-mot  » (  » mots de la racaille « ). Cette variété de français, que l’on peut désigner par  » argot des cités  » ou  » argot de banlieue  » est en réalité la manifestation contemporaine la plus importante d’une variété de français, qui au cours des dernières décennies, tout comme les diverses populations qui l’ont parlée, a perdu tout d’abord son caractère rural, par la suite toute indexation ouvrière, voire prolétaire, pour devenir le mode d?expression de groupes sociaux insérés dans un processus d’urbanisation. Progressivement se sont alors développés les parlers urbains français, qui sont pratiqués de manière plus ou moins effective (usages actifs / passifs) par des millions de personnes en France, que celles-ci soient françaises d’origine ou non, issues de l’immigration ou étrangères. Pendant toutes les années 1990, cet argot de cités, désigné plus haut par français contemporain des cités (FCC en abrégé), est sorti d’entre les tours et les barres, qui l’ont vu naître, émerger, exploser au début des années 1980. Les formes lexicales du FCC sont puisées d’une part dans le vieux français et ses variétés régionales, d’autre part dans le vieil argot, celui de Mimile, mais aussi dans les multiples langues des communautés liées à l’immigration. Par ailleurs le FCC comporte aussi un nombre important de créations lexicales spécifiques, qui ne sont pas uniquement du verlan, comme on peut le croire communément. Étant donné les pratiques langagières des communautés d’origines diverses, de cultures et de langues non moins différentes, qui cohabitent dans les cités ou les quartiers des grandes villes françaises une interlangue émerge entre le français véhiculaire dominant, la langue circulante, et l’ensemble des vernaculaires qui compose la mosaïque linguistique des cités : arabe maghrébin, berbère, diverses langues africaines et asiatiques, langues de type tsigane, créoles antillais (à base lexicale française) pour ne citer que ces langues. (…) Dans ces variétés linguistiques se met alors en place un processus de déstructuration de la langue française circulante par ceux-là même qui l’utilisent et y introduisent leurs propres mots, ceux de leur origine, de leur culture. Les formes linguistiques ainsi créées et leurs diverses variantes régionales deviennent dès lors autant de marqueurs, voire des stéréotypes identitaires ; elles exercent de ce fait pleinement leurs fonctions d’indexation. L’instillation d’un grand nombre de traits spécifiques, qui proviennent du niveau identitaire, dans le système linguistique dominant correspond alors à une volonté permanente de créer une diglossie, qui devient la manifestation langagière d’une révolte avant tout sociale. (…) La déstructuration de la langue s’opère aussi par introduction dans les énoncés de formes parasitaires, ce qui constitue une procédure argotique bien connue des linguistes. Ceux et celles qui utilisent de telles formes linguistiques peuvent de ce fait s’approprier la langue française circulante, qui devient alors leur langue ; ils et elles peuvent grâce à elle non seulement se fédérer mais aussi et surtout espérer résister et échapper à toute tutelle en se donnant ainsi un outil de communication qui se différencie des différents parlers familiaux, qu’ils ou elles pratiquent, peu ou prou, par ailleurs mais aussi de la forme véhiculaire de la langue française dominante, par conséquent légitimée. Les normes linguistiques maternelles sont alors développées comme autant de  » contrenormes  » à la langue française, académique, ressentie comme langue  » étrangère  » par rapport à sa propre culture. L’École a une fonction primordiale : elle se doit de fournir aux enfants scolarisés les outils nécessaires pour parvenir à une maîtrise efficace de la langue française tant sous ses diverses manifestations orales que sous sa forme écrite, orthographique par conséquent. Dans le cas de groupes scolaires implantés dans des cités, la langue utilisée par les élèves est à bien des égards distante du français circulant, compte tenu de la multitude des éléments linguistiques identitaires qui y sont instillés. Ceci contribue aussi dans le cadre de l’école à la mise en place de la fracture linguistique. Le rôle des enseignants devient dès lors prépondérant ; il s’agit de pouvoir éviter l’instauration de rapports d’exclusion au nom des sacro-saints  » ils ne parlent pas français « ,  » ils n’expriment que de la violence, leur violence « ,  » il n’y a que des mots grossiers dans ces parlers  » et autres  » on ne sait plus parler français dans les banlieues « . Bien au contraire, c’est un réel foisonnement lexical que l’on constate lors de l’analyse des diverses variétés du FCC. En effet, si les anciens argots de métiers eux-mêmes et l’argot commun traditionnel reflétaient une véritable  » fécondité en matière lexicale « , une  » effervescence du vocabulaire… dans des groupes sociaux mal armés chez lesquels on s’attendrait à un stock lexical réduit »,  il en est de même pour ce qui est des formes langagières actuelles des cités. (…) Les pratiques argotiques contemporaines doivent être resituées dans le temps. En France au cours du XXe siècle les argots de métiers cèdent progressivement la place aux argots sociologiques. Ces deux types d’argots se différencient entre eux par l’importance relative des fonctions qu’ils exercent : pour les argots de métiers les fonctions sont essentiellement cryptiques, voire crypto-ludiques ; les fonctions identitaires, quant à elles, n’occupent qu’une place secondaire. Une inversion des rapports intervient dans le cas des argots sociologiques des cités. Les fonctions identitaires jouent pleinement leur rôle et la revendication langagière de jeunes et de moins jeunes qui  » se situent en marge des valeurs dites légitimes (…) est avant tout l’expression d’une jeunesse confrontée à un ordre socio-économique de plus en plus inégalitaire, notamment en matière d’accès au travail. Jean-Pierre Goudaillier
Duneton’s description of the paradox of working-class kids made good who enter the teaching profession has another echo in Bourdieu’s sociological writings. Bourdieu often uses the term oblate, a word which originated in the Middle Ages to describe a young man of modest means entrusted to a religious foundation to be trained for the priesthood. Bourdieu borrows the term to suggest the intensity of institutional loyalty felt by the teacher of humble origins who owes his whole education and culture to the state educational system. The oblates of the modern world are all teachers. An alternative title for Je suis comme une truie qui doute might be Confessions of an Ex-Oblate. (…) A teacher who becomes sceptical of the very value of schooling and the very value of the culture he is supposed to disseminate is about as much use as a farmyard sow who refuses to eat. This realization is at the heart of Je suis comme une truie qui doute and, of course, explains the text’s surreal title. Duneton doesn’t only stress the linguistic alienation of many working-class and predominantly rural kids. He also emphasises their very real linguistic abilities. These kids are not illiterate they are simply not in possession of the `right’ kind of French accepted within the school system. For Duneton it is important that children from rural areas are encouraged to learn and speak at school the kind of French spoken at home and with peers from their own region. For some children with knowledge of Occitan or other regional languages, this can benefit them in their learning of other foreign languages. Tony McNeill
Ça fausse un peu le jugement d’être une exception. On a tendance à croire que les autres, peuvent en faire autant … Mais ce qui fausse encore plus le jugement, c’est que, si nous avons réussi à sauter les barrières, c’est précisément parce que nous avons assimilé en profondeur les règles du jeu. Ces règles-là conditionnent aujourd’hui notre pensée. On nous a fait jouer aux échecs, blaque à part, et nous avons gagné. Alors nous continuons à faire jouer les autres en espérant que ça se passera bien aussi pour eux. (…) Ben oui. On ne nous avait pas dit que les littérateurs se foutaient de nous. On nous les faisait révérer comme nos grands frères, ces visages pâles! Claude Duneton
… les livres de classe présentent la société sous un angle bien détérminé; sous prétexte de vie quotidienne et de condition moyenne ils offrent aux enfants attentifs un univers essentiellement petit- bourgeois. (…) la langue française, c’était au début du siècle la langue d’une infime minorité de la population française. C’est curieux à dire, mais la France n’est francophone que depuis cinquante ans à peine! … La haute bourgeoisie de notre pays avait, depuis des siècles, une langue à elle, une belle langue, réputée, qu’elle s’était faite toute seule, en secret. Elle en avait déjà fait présent à plusieurs cours d’Europe, quand, tout d’un coup, au début de ce siècle, elle en a fait cadeau aux Français.
Pendant longtemps, lorsque j’entendais le mot culture, je pensais d’abord à un champ de pommes de terre … Oh c’était pas méchant! C’est pas comme l’autre avec son revolver! – Non, j’avais simplement la connotation rustique … Et puis je me rappelais bien vite que c’était pas ça: qu’il s’agissait de la Grande Culture, de l’unique, de la vaste, de la très belle, de la Culture aux grands pieds! `L’ensemble de connaissances acquises qui permettent à l’esprit de développer son sens critique, son goût, son jugement’, comme dit Robert. – Oui mais c’est très orienté tout ça, non? … Le goût, le jugement … L’ensemble de connaissances acquises peut-être, mais ça dépend tout de même lesquelles! On ne dit jamais de quelqu’un par exemple: `Cet homme est très cultivé, il connaît Marx et Lénine sur le bout du doigt.’ Hein? C’est vrai, ça fait curieux comme remarque … A l’oreille, ça ne passe pas. Pas plus que: `Cultivé? Vous pensez, il travaille sur les nouveaux ordinateurs Machin!’ Ce serait choquant à la limite … Non, un homme cultivé ce n’est pas ça. Il connaît d’abord ses classiques. Non pas pour en faire une critique historique circonstanciée, non, comme ça, pour l’ornement de ses pensées. Racine, il en cite deux ou trois vers … Mallarmé. Il sait reconnaître un Breughel, un Beethoven. Il a lu Proust en entier, Balzac … Bref il est cultivé quoi! On dit aussi que la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié. Ben oui. Ce qui reste c’est un sentiment, une impression, une manière de voir les choses – une vision. Comme on a oublié d’où elle vient cette vision, elle nous paraît naturelle, la seule qui soit. C’est comme celui qui porte des lunettes de soleil, il oublie ses verres teintés; ça lui colore l’existence, il cherche pas à en savoir plus long.
Que la manoeuvre de dépassement soit réussie ou non, pour quelqu’un qui fait des études, il reste tout de même une sérieuse dualité entre le parler familial et celui de l’école, du lycée, de l’université.
Combien j’en ai vu des petits garçons taciturnes, qui traînent à longueur de cours, de semaines, d’années scolaires, sans presque desserrer les dents! Et puis on les surprend, un soir du côté du garage à vélos, ou bien dehors, dans un groupe, près du portail. Le gosse est en discussion animée avec les copains. Il a la voix rapide, le geste sec, un vrai harangueur … Il ne vous a pas vu venir. Tout à coup il vous voit: ça s’arrête net dans sa gorge. Il rougit, sourit, gêné … Les autres rigolent. Ils savent, eux, qu’il parle autant qu’un autre. Et ça n’est pas parce que vous n’êtes pas gentil, parce que vous lui faites peur personnellement. C’est autre chose – qu’il ignore d’ailleurs – : c’est qu’il vit mal sa dualité.
Mais toutes les langues sont `de culture’ si on sait les prendre, et si l’on donne à ce mot un sens un peu plus profonde que `source inépuisable d’extraits de morceaux choisis’. A condition de dissocier culture et littérature de classe, sans jeu de mots.
Vieux con. Lui aussi, l’inspecteur, il est souvent l’enfant d’un tâcheron. Le petit fils d’un besogneux des terres occitanes, d’un haveur de charbon presque belge … Le descendant d’un ajusteur. Le fils de bourgeois ne font pas l’enseignement. Ils occupent les ministères. (…) Bref il n’a jamais été question de savoir si j’aimerais enseigner les gosses. La question aurait été aussi saugrenu que pour un prisonnier en cavale qui voit un train démarrer de demander si la direction du train est la bonne, et à quelle heure il arrive là où il va. Il saute dans le premier wagon le type, et voilà! – Vocation? … Vous voulez rire! La vocation générale des prolétaires occitans depuis un demi-siècle était de véhiculer des messages: dans les Postes, cela va de soi, les Chemins de Fer, ou alors le message culturel par excellence: l’Enseignement. Les classes laborieuses n’ont pas de vocation, elles prennent la porte qui se trouve ouverte devant leur nez. (…) Pour un enfant de prolétaire l’apprentissage du langage intellectuel constitue un pas important à franchir. Il n’y a pas que la vision qui doit changer. Ce langage non affectif, cultivé, à la musicalité plus `distinguée’ que la sienne, tend à le couper de son milieu familial. Toute une série de forces inconscientes s’opposent violemment à cette séparation, le retiennent. En fait il s’agit de dépasser le père, de le rejeter, avec la mère, en un mot, dans le symbolique freudienne, de le tuer. Même s’il n’est pas perçu en tant que tel, c’est un rude moment intérieur, souvent autour de la puberté. C’est quelquefois dur à crever un père travailleur manuel. `La rigidité particulière des tissus’, vous savez … Et puis on s’y attache. C’est dur de passer de l’autre bord, de mépriser. En plus de la combine oedipienne commune à tous, il faut renier toute une façon d’être, de sentir, une façon de rire et de pleurer. Certains ont de la peine, ils réussissent moins bien leur assassinat. Ça fait des cancres. Claude Duneton
Personne ne me contredira si j’affirme que le vocabulaire de la jeunesse s’est appauvri depuis trente ans. Et ce ne sont pas les quelques dizaines de mots arrachés par les médias dans les champs de sabir mythifiés appelés «banlieues» qui compensent les pertes. Contrairement à une idée reçue, le parler ordinaire des adolescents s’est rétréci non pas seulement parce que les termes convenus leur échappent (ne disons pas «littéraires») ; leur vocabulaire s’est allégé aussi parce que les mots vulgaires leur manquent! – Je m’entends. On l’ignore généralement, la phraséologie familière traditionnelle que tout Français et la plupart des Françaises utilisaient sans penser à mal au XXe siècle -, ce français d’entre soi, «bas» peut-être, mais rigolo, tellement rejeté par l’école de nos pères, cet «argot» enfin qui faisait la vie et la saveur des palabres, leur fait lui aussi défaut. (…) À quoi le phénomène est-il dû? J’aimerais bien le savoir. Plusieurs causes, dont probablement l’absence de vie familiale intime, absorbée qu’elle est par la télévision. Donc peu d’échanges avec les parents, moins encore avec les grands-parents, jadis gros transmetteurs, quand ce n’est pas avec toute catégorie d’adultes – cette tendance va s’affirmer avec la consommation de portables. La parole n’étant plus transmise, la pénurie s’installe – durablement. Claude Duneton

Attention: un appauvrissement peut en cacher un autre !

Alors que Le Figaro nous ressort une vielle chronique du célèbre défenseur de l’argot et des langues régionales Claude Duneton

Se lamentant de  l’appauvrissement, entre « calendos », « guincher » ou « radiner », non tant du français de nos adolescents …

Que de celui de leur argot …

Comment ne pas s’étonner …

De cette étrange conjonction de contresens et d’aveuglements …
Venant de quelqu’un qui à la fois issu des classes dominées (fils de paysans corréziens) et auteur reconnu (premier de la classe devenu professeur) a consacré sa vie à la question …
Et pourtant semble refuser le processus inexorable, via notamment le verlan, de l’argotisation …
Et ne pas voir que la multi-ethnisisation accrue en plus entre parlers arabe, berbère, africain, antillais ou gitan …
Le même phénomène est à l’oeuvre d’attachement identitaire aux racines qu’il avait voué sa vie à défendre …
Si bien décrit,  dans son livre le plus personnel, comme le « vivre mal de sa dualité » d’une « truie qui doute »
Et comment ne pas voir l’appauvrissement autrement plus conséquent …
Que serait l’apprentissage qu’il semble, à l’instar des impasses américaines de l’ebonics ou de l’enseignement bilingue, appeler de ses voeux …
D’un vocabulaire par définition dépassé …
Pour des jeunes dont le principal problème reste et a toujours été d’intégrer
Via justement la maitrise de la langue légitime
Le marché du travail dont à l’image de leurs quartiers en voie de ghettoïsation …
Ils sont souvent les premiers exclus ?

L’appauvrissement du français est en marche

Claude Duneton

Le Figaro

«Calendos», «guincher», «radiner»… Tous ces mots, jadis présents dans nos conversations ont disparu du langage de nos adolescents. Claude Duneton (1935-2012) notait ce rétrécissement de notre champ lexical il y a quelques années dans une chronique. La voici.

Personne ne me contredira si j’affirme que le vocabulaire de la jeunesse s’est appauvri depuis trente ans. Et ce ne sont pas les quelques dizaines de mots arrachés par les médias dans les champs de sabir mythifiés appelés «banlieues» qui compensent les pertes. Contrairement à une idée reçue, le parler ordinaire des adolescents s’est rétréci non pas seulement parce que les termes convenus leur échappent (ne disons pas «littéraires») ; leur vocabulaire s’est allégé aussi parce que les mots vulgaires leur manquent! – Je m’entends.

On l’ignore généralement, la phraséologie familière traditionnelle que tout Français et la plupart des Françaises utilisaient sans penser à mal au XXe siècle -, ce français d’entre soi, «bas» peut-être, mais rigolo, tellement rejeté par l’école de nos pères, cet «argot» enfin qui faisait la vie et la saveur des palabres, leur fait lui aussi défaut.

Calendos, confiote et burlingue

Voyons cela de près et non pas en rêve. Vous qui savez ce qu’est un calendos, coulant ou plâtreux, (Ah, les pique-niques sur l’herbe!), demandez voir à des gens qui ont entre 13 et 18 ans ce que ce mot veut dire: un seul questionné sur dix évoquera le fromage rond de Normandie ; les neuf autres répondront que c’est… un calendrier! Idem pour le compères auciflard… La même proportion de jeunes n’identifie pas un couteau dans un schlass, de même que le verbe se radiner (Radine-toi en vitesse!), sera plutôt associé à «se vanter, économiser, être radin avec soi-même», au choix. Un sur deux ne connaît pas le mot confiote, ou le mot caoua pour «café».

Neuf gamins sur dix (90 %) ignorent le mot burlingue– ils pensent qu’il s’agit d’une voiture – et bien que tous ces gens fument comme des pompiers, le même pourcentage ne sait pas ce qu’est une sèche (on confond avec «une question à laquelle on ne sait pas répondre», par extrapolation d’antisèche).

« La parole n’étant plus transmise, la pénurie s’installe – durablement »

Je tiens ces statistiques d’un professeur de français que la curiosité titille, Mme Yveline Couf, qui n’enseigne pas à Versailles mais dans une grande ville ouvrière (un peu sinistrée) de province. Cette prof a présenté des listes de mots familiers à des élèves de 4e et de 3e , en leur demandant de donner pour chacun une définition, comme dans le jeu du dictionnaire. Et cela, c’est du concret, pas du rêve bleu. Ce sondage recoupe exactement les observations que j’avais pu faire moi-même sur ce terrain il y a huit ou neuf ans.

Sur vingt-trois participants volontaires – donc intéressés par la langue (qu’eût-ce été sur un échantillon brut de brutes?) – cinq connaissaient le mot pèze ; il est vrai qu’on dit surtout fric, pognon, et thune. Cinq aussi savent le troquet, mais bistro domine. On remarquera que certains termes d’argot sont sortis aussi de l’usage des adultes ; on n’entend guère le mot greffier pour un chat: aucun ne le connaissait (Boileau serait content!). Mais sept seulement identifient le mot colback, ce qui paraît surprenant:«J’lai choppée par le colback, J’lui ai dit: «Tu m’fous les glandes»…» (Renaud, de Marche à l’ombre).

Une absence de vie intime et trop de télévision

Bon, que ce soit les gens d’un certain âge qui parlent de leur palpitant, je veux bien le croire (l’âge des artères), mais qu’il ne fasse sens que pour trois pelés, c’est peu – c’est la coupure avec les grands-pères… Entraver pour «comprendre» n’est saisi que par un seul élève sur vingt-trois – tous les autres pensant que le verbe signifie «passer au travers». Quant à la proportion de 1 sur 23 pour le verbe de joyeuse source populaire guincher, c’est raide! Autrement dit, la perte de vocabulaire par les nouvelles générations ne se limite pas au français châtié, comme on croit: le sens fuit également par le bout roturier.

À quoi le phénomène est-il dû? J’aimerais bien le savoir. Plusieurs causes, dont probablement l’absence de vie familiale intime, absorbée qu’elle est par la télévision. Donc peu d’échanges avec les parents, moins encore avec les grands-parents, jadis gros transmetteurs, quand ce n’est pas avec toute catégorie d’adultes – cette tendance va s’affirmer avec la consommation de portables. La parole n’étant plus transmise, la pénurie s’installe – durablement. Zut alors! C’est mauvais signe… Que veut dire «zut»? – Je parierais que la moitié des vingt-trois cobayes de Mme Yveline ne le sait plus… À vérifier autour de vous. Vous serez surpris, vous direz «Mince alors!» – Mince? Quel «mince»? – Oh flûte!

Retrouvez les chroniques de Claude Duneton (1935-2012) chaque semaine. Écrivain, comédien et grand défenseur de la langue française, il tenait avec gourmandise la rubrique Le plaisir des mots dans les pages du Figaro Littéraire.

Voir aussi:

La fin des truffes
Claude Duneton
On ne peut pas enseigner une chose dont on doute.
ENTREVUE AVEC CLAUDE DUNETON

Claude Duneton a un peu plus de quarante ans. Il a enseigné l’anglais pendant vingt ans. Avant d’apprendre l’anglais il avait dû apprendre le français, sa langue maternelle étant l’occitan. Il est né en Corrèze dans une famille paysanne très humble. Il s’en souvient. Son premier livre, Parler Croquant, a suscité beaucoup d’intérêt, notamment au Québec. Dans son dernier livre, Je suis comme une truie qui doute, il s’est vidé le coeur, sans savoir peut-être qu’il le faisait au nom de dizaines de milliers d’enseignants qui, depuis, lui ont manifesté leur solidarité, soit en lui écrivant, soit en lisant son livre, dont le titre insolite est expliqué ainsi:

Enseigner le doute est une bien cruelle entreprise. Apprendre à chercher la vérité c’est très joli, mais si on ne la trouve pas, ou alors chacun la sienne, parcimonieusement, c’est moins exaltant. Monter tout un système de recherche en ne sachant pas très bien ce que l’on cherche, et surtout ne jamais tomber sur un morceau de trouvaille pour s’encourager les méninges c’est vraiment ardu. C’est plus ardu que de dresser un cochon à chercher la truffe. Parce que le cochon d’abord on lui fait savoir ce qu’il cherche, clairement et sans ambiguïté. On lui fait goûter de la truffe au départ. Ensuite, de temps à autre, on lui en met des morceaux cachés qu’il a la joie de découvrir en poussant la terre du groin. Ça lui remet du coeur à l’ouvrage. Tandis que le môme à qui l’on dit: Cherche! Allez cherche! … sans jamais lui annoncer quoi – c’est peut-être çi, c’est peut-être ça … Il en perd l’allant et l’enthousiasme.

Claude Duneton. Je vous préviens tout de suite, puisque vous êtes venu de loin: je ne parle pas hélas! Comme j’écris. Je n’ai pas la même façon, j’écris pour me consoler de ne pas pouvoir parler comme je le voudrais.

CRITÈRE. Ce qui ne vous empêche pas de marquer des points dans les débats auxquels vous participez.

C.D. J’ai peut-être une supériorité sur les bien parleurs. Pendant qu’ils font de jolies phrases, je cherche péniblement mes mots, ce qui me donne le temps de réfléchir. La réflexion aidant, je pose souvent des questions qui font tout resurgir. Vous pouvez voir là une espèce de revanche sur ces Français dont j’ai dû apprendre la langue.

CRITÈRE. Quand je vous ai téléphoné pour prendre rendez-vous, vous m’avez dit que vous veniez de recevoir une lettre très intéressante d’une québécoise qui enseigne le français.

C.D. C’est ce que je dis sur l’embourgeoisement de la culture qui l’a surtout intéressée. Sa lettre m’a plu parce que j’attache beaucoup d’importance à cette question.

CRITÈRE. En tout cas, vous en parlez sur un ton qui tranche avec l’habituel ronron, comme dans cette réplique silencieuse à un parent d’élève, peiné à la pensée que sa fille n’apprendra pas les belles récitations d’autrefois:

Une société qui bouge tout le temps est une société sur laquelle on ne peut pas danser. C’est à vous donner le mal de mer, à dégueuler tripes et boyaux par-dessus bastingages. C’est vrai. On nous a fauché le petit Jésus, à présent voilà François Coppée qui se barre! Merde on nous prend tout! Les cerises n’ont plus le même goût … Et l’autre Einstein avec sa tête auréolée de frisettes, qui est allé baver de relativité. Que ce qu’on voit ce n’est pas exactement ce qu’on voit … Qu’on est mortel pour tout de bon sur une foutue planète de désespoir, voilà ce qu’il ressent le père au fond de la classe, la figure toute rouge d’émotion. Il en pleurerait que sa fille n’apprenne plus par coeur les belles litanies rassurantes, il en pleurerait comme s’il venait de toucher son cercueil, tout froid. Fossoyeur va! … A quoi ça sert de faire de la peine à ce monsieur? Pour initier sa fille à quoi finalement?

Devons-nous en conclure que vous accepteriez de mettre n’importe quoi au programme?

C.D. Je n’ai rien contre l’admiration. C’est à l’admiration inconditionnelle, à l’admiration sur commande que je m’attaque.

CRITÈRE. Sur commande depuis Paris surtout…

C.D. Nous reviendrons sur ce problème de la colonisation intérieure des Français par les Français. Pourquoi Racine, pourquoi Corneille plutôt que Chrétien de Troyes ou tel de nos auteurs occitans. On ne s’est jamais vraiment posé la question. La réponse est pourtant très simple: on en a décidé ainsi. Par «on», entendez la bourgeoisie française. Il s’agissait de raffiner une langue de classe complètement coupée de 90% des Français.

Croyez-bien que je n’aime pas les mots bourgeois, classes, dominés, dominants. Ils gênent. Je les utilise parce que je n’en connais pas qui conviennent mieux. J’étais récemment au milieu d’un groupe de jeunes qui avaient toujours à la bouche les mots discours dominants, discours dominés. Devant des exemples concrets que j’ai analysés avec eux, ils n’ont pas su comment réagir. Ils se sont trompés. lis avaient les yeux obstrués par les mots qui auraient dû les dessiller.

CRITERE. La pureté de la langue de Racine n’en fait-elle pas un modèle qui s’impose de lui-même, sans l’aide de Paris et de ses bourgeois?

C.D. La pureté pour qui? Pour la bourgeoisie qui a ses belles manières à elle et qui veut les conserver, soit! On est entre nous, si on me passe cette expression, à moi qui n’appartiens à ce monde que par une culture apprise tardivement dans les livres. Mais les règles du jeu ne sont plus du tout les mêmes depuis que les fils d’ouvriers ont commencé à envahir les lycées. Il faudrait des modèles qui ont un rapport direct avec leur vie à eux. Racine n’en a aucun. Je suppose que mes remarques valent aussi pour le Québec, que le peuple chez vous est moins touché par Racine que par Antonine Maillet. Antonine Maillet! Je l’ai vue à la télévision. Quelle admirable leçon d’authenticité et de français elle nous a donnée. Il y aura un texte d’elle dans l’antimanuel que je prépare avec un camarade. Même impression devant René Lévesque. Il parlait directement, sans détours, avec chaleur. Quel contraste avec la rhétorique répétitive de nos hommes politiques.

CRITÈRE. Ai-je bien compris votre position? Si on supprime les classiques, chaque professeur aura-t-il la possibilité de les remplacer par des auteurs dont il estimera qu’ils représentent bien le peuple auquel il s’adresse? Je parle pour la France, bien entendu, car au Québec il y a longtemps que tout est permis.

C.D. Ne vous méprenez pas. Je suis partisan d’une étude très rigoureuse de l’histoire de la littérature. L’auteur qui a eu le plus grand succès au XVIle siècle, c’est Sorel, non Racine. Il faut étudier aussi Sorel si l’on veut comprendre le XVIle siècle. Comprendre une autre époque, c’est l’essentiel.

Je m’intéresse surtout au moyen-âge. La connaissance de cette époque me paraît de première importance pour la compréhension de la nôtre. Les Xle et Xlie siècles furent une période de progrès. Il y eut ensuite stagnation, croissance zéro, bouleversement des mentalités. Où en sommes-nous maintenant? Vu depuis le Xlie, le XXe siècle n’est pas précisément ce qu’on avait pris l’habitude d’imaginer.

Il faut situer les auteurs dans leur siècle Il n’est pas nécessaire de les admirer et de les faire admirer pour cela.

CRITÈRE. Oui, je saisi Sous l’angle critique, tout peut devenir intéressant. Astérix devient l’égal d’Ulysse dans ces conditions. Mais est-ce ainsi qu’on se rapproche du peuple, comme vous le souhaitez. Vous parlez de Sorel. Par rapport au peuple actuel, il a tout de même l’inconvénient d’avoir vécu il y a 300 ans. Pourquoi pas Guy des Cars? Pour ce qui est de la popularité, il est à notre siècle ce que Sorel fut au sien. Au Québec, ce serait Claude-Henri Grignon, l’auteur de Séraphin Poudrier. Malheureusement, l’un et l’autre sont l’objet du mépris unanime des professeurs de français. Quand on parle d’une littérature qui doit être comprise du peuple, de quel peuple s’agit_il? Du peuple réel, dont les goûts sont parfois décevants, ou du peuple idéal, celui qui a été lavé de ses imperfections par des penseurs qui veulent son bien? Il faudrait s’entendre.

C.D. Je vous avouerai que je fais des choses interdites: je vais voir des films de Louis de Funès. Eh bien, à côté des conneries, de la multitude de conneries, il y a des trouvailles dans ses films. Je suis persuadé que, dans vingt ou trente ans, ceux qui feront l’histoire du cinéma compareront ces trouvailles à celles des plus grands cinéastes.

CRITÈRE. Permettez-moi de poursuivre ma chasse aux critères. Si j’avais le choix entre Séraphin et la Sagouine, qui parle aussi au peuple, je choisirais la Sagouine parce que la langue y est plus belle et le contenu plus humain.

C.D. J’admire beaucoup Céline, Voltaire, Chrétien de Troyes, ce qui ne veut pas dire qu’il ne serait pas intéressant d’étudier Guy Des Cars pour comprendre notre siècle.

CRITÈRE. Mais enfin, quel doit être notre premier objectif, rendre les gens plus critiques en leur faisant analyser le passé ou les rendre plus humains en les mettant en contact avec les plus belles oeuvres? Parmi les oeuvres qui font partie de l’arsenal bourgeois, n’y en a-t-il pas qui méritent notre attention parce qu’elles n’ont aucun lien trop étroit avec une époque donnée ou une classe sociale déterminée. Je pense, en particulier, à l’illiade et à l’Odyssée. Il y a aussi le problème du fond commun. Ces dernières années, pendant que les programmes de français achevaient de s’atomiser, de se dissoudre dans la subjectivité, le grand public regardait l’Odyssée à la télévision. Si bien que l’Odyssée est, encore aujourd’hui, l’une des seules oeuvres dans laquelle on puisse puiser des exemples en étant sûr d’être compris d’à peu près tout le monde.

C.D. Je suis d’accord avec vous au sujet d’Homère. On pourrait ajouter la Bible. Il faut lire la Bible, Jérémie, les jérémiades. Que peut-on comprendre de la littérature franaise si on n’a pas lu la Bible.

Mais le problème du fond commun est plus complexe. Le prétendu fond commun de la culture française présente deux inconvénients: il n’est pas commun et ce n’est pas un fond. J’ai déjà dit pourquoi, je vais le dire d’une autre manière. Imaginez un programme de littérature française qui aurait été conçu par et pour des marins pêcheurs de Bretagne. Homère s’il avait été à ce programme aurait sans doute convenu aux savoyards et aux bourguignons, mais sûrement pas la multitude d’histoires de pêche et de poissons qu’on y aurait trouvées. Et bien, l’imposition à toute la rance d’un programme élaboré dans et par la bourgeoisie parisienne est tout aussi insensée.

CRITÈRE. Croyez-vous qu’on pourrait régler le problème que vous soulevez en confiant la responsabilité des programmes à des gouvernements régionaux.

C.D. Sûrement pas à l’heure actuelle. Ce sont les harkis qui prendraient le pouvoir dans les régions. Ils s’empresseraient de refaire les erreurs du gouvernement central.

CRITÈRE. Les harkis?

C.D. Eh oui, les Français sont colonisés par les Français. Les harkis, ce sont les Algériens qui ont pris fait et cause pour la France lors de la guerre l’indépendance. L’élite régionale – je n’aime pas ce mot – est constituée en France de harkis, de notables qui se consolent par des abus de pouvoir de leur impuissance face à l’Etat central. La France, vous savez, n’est pas un pays démocratique.

CRITÈRE. Et si par impossible vous deveniez ministre de l’éducation en Occitanie, y aurait-il un programme? Par qui serait-il établi?

C.D. Il y aurait un programme, bien entendu. Pour l’établir, il faudrait interroger les gens, attendre qu’ils manifestent leurs désirs. L’enseignement de la langue et de la littérature occitane ne serait sûrement pas interdit. Mais je n’ai jamais beaucoup réfléchi à ces problèmes de pouvoir.

CRITÈRE. D’un côté donc, les choses les plus universelles, Homère, la Bible; de l’autre, les choses les plus particulières. Cette élimination de la culture nationale n’évoque-t-elle pas les thèses des fédéralistes européens qui, pour la plupart, sont en même temps régionalistes?

C.D. On peut faire ce rapprochement.

CRITÈRE. Etant donné vos idées sur la colonisation des Français par les Français et sur la démocratie, on s’attend à ce que vous dénonciez les examens qui sont, en France, la façon traditionnelle d’opérer la sélection. Vous écrivez pourtant:

par le respect de l’individu c’est peut-être bien après tout l’examen. Mais alors sérieux, approfondi, pas plie ou face! Pas laissé au hasard de dix minutes d’entretien avec le premier bizarre venu. Un examen qui n’ait pas honte de l’être, avec double et triple correction sur des épreuves très étudiées, et pas en forme de devinettes, qui permettent de dire simplement: un Tel a acquis dans tel domaine tel niveau de connaissance. Un point. Comment les a-t-il acquises? Ça le regarde. Qu’il ait bûché deux ans ou deux mois, selon ses goûts, son temps, ses possibilités, son âge, voire son métier, là n’est pas la question. La seule question est de savoir si oui ou non il faut les contrôler ces fameuses connaissances.

C.D. Le contrôle continu, qui est la solution de remplacement, me paraît dangereux pour la liberté et, par surcroît, plus injuste qu’un bon système d’examen. Etre fiché jour après jour, mois après mois, depuis la maternelle, ce n’est pas supportable. En deux mois de paresse ou d’égarement, vous pouvez compromettre toute une existence. J’aurais sûrement été tué par un tel système.

CRITÈRE. Et l’injustice?

C.D. On en mesure l’ampleur quand on veut bien se rendre à certaines évidences. Le rapport du maître à ses élèves ressemble à s’y méprendre au rapport de l’amant à sa maîtresse, aspects négatifs inclus, bien entendu. Parmi ces aspects négatifs, il y a la jalousie. Le professeur a besoin de penser que ses élèves ont tout appris de lui.

Tel professeur de mathématiques que j’ai très bien connu mettait zéro à tous ses étudiants quand il prenait une nouvelle classe. Comment, disait-il, vous n’avez rien fait dans le passé! Qui donc vous a déformés à ce point? Il les terrorisait de cette façon, puis il relevait leurs notes graduellement pour bien leur faire sentir qu’il était le seul responsable de leurs progrès. Or le collègue qui le précédait était un excellent professeur. La campagne de dénigrement dont il a été l’objet l’a tué littéralement. Hors de moi, point de salut!

Il s’agit d’un cas caricatural, mais l’attitude qu’il trahit est beaucoup plus répandue qu’on ne le croit généralement. Il y a encore beaucoup de salauds dans la profession. Il y a aussi, à l’autre extrême, le cas du professeur séducteur qui fausse tout lui aussi en suscitant chez ses élèves un enthousiasme tel que leur succès est dû plus à un mimétisme sans lendemain qu’à un solide apprentissage. Non vraiment, le professeur est trop engagé, trop amoureusement engagé.

Paradoxalement, il aurait été plus facile d’instaurer le contrôle continu il y a quarante ou cinquante ans, à l’époque où l’on savait ce qu’il fallait savoir.

CRITÈRE. Ne croyez-vous pas qu’en plus de permettre un plus grand respect de l’individu et une plus grande justice, l’examen, tel que vous le concevez, donnerait au professeur une occasion d’être reconnu a sa juste valeur et de prendre lui-même sa véritable mesure?

C.D. C’est vrai aussi pour l’institution à laquelle il appartient. Ce que vous dites est très intéressant. Je n’avais pas pensé à cet aspect de la question. Mais il y a aussi le danger du bachotage. Le baccalauréat dans sa forme actuelle forme des super-caméléons. Pour le réussir, il faut surtout apprendre à être hypocrite, à ruser avec le savoir et avec les examinateurs. Nos hommes politiques sont des produits typiques de ce système.

CRITÈRE. Que dites-vous de la solution qui consiste à séparer complètement les contrôles de la fréquentation de l’école? S’il faut des contrôles, et vous dites vous-mêmes qu’il en faut, cette solution n’est-elle pas celle qui est le plus en conformité avec le respect de l’individu tel que vous le concevez? Le professeur pourrait dans ces conditions devenir un artisan ou un professionnel comme les autres, c’est-à-dire un homme qui rend des services quand on lui en fait la demande.

C.D. Ce serait l’idéal, tout particulièrement pour l’enseignement des langues vivantes, où les voyages sont généralement plus instructifs que les cours. J’ai souvent rêvé de recevoir un à un mes élèves, de trouver avec eux des méthodes adaptées à leur situation.

On attache souvent trop d’importance à la relation maître-élève. J’ai eu au lycée un excellent professeur de physique. Nous n’existions pas pour lui. Il ne nous connaissait pas et ne voulait pas nous connaître. En retour, il ne nous demandait que deux choses: le laisser parler et passer l’examen. Il nous faisait de magnifiques conférences. C’était reposant. Je n’aimais pas les professeurs qui avaient besoin de se sentir aimés de nous, qui pour nous motiver, forçaient notre intimité, nous séduisaient un à un. Le professeur absent comme mon professeur de physique s, améliorait en vieillissant. Il connaissait de mieux en mieux sa matière. Sa tâche lui devenait de plus en plus facile. Pour les professeurs engagés que nous sommes, le vieillissement est devenu un cauchemar.

CRITÈRE. Est-ce la raison pour laquelle vous avez changé de métier?

C.D. Je suis resté dans le domaine de l’enseignement. J’aimais les mômes, je les aime encore. Si j’avais vingt ans je serais enthousiaste, aucun défi ne m’effraierait. Mais maintenant, je n’en puis plus. Des mômes j’en ai aimé trois mille. J’ai atteint mon point de saturation. Puis je me suis adapté à tant de vagues, à tant de nouvelles formes de sensibilité: rock, beattles, bandes dessinées!

CRITÈRE. À propos de la télévision, vous soulignez dans votre livre un phénomène qui, bien qu’il ait été remarqué par d’autres, n’a pas été suffisamment pris en considération. Etonné par l’indiscipline non violente de vos élèves, vous écrivez:

Après bien des récriminations je me suis aperçu qu’ils sont sincères. ils ne comprennent pas que leur bavardage puisse déranger. C’est que leurs habitudes ont changé: ils transportent en classe la manière dont ils regardent la télé … Attention: il ne s’agit pas d’accuser encore une fois la télévision mais d’observer un comportement pratiquement irréversible et le décalage qui en résulte avec nos façons de procéder. Nous avons à présent des générations pour lesquelles le discours plus ou moins continu est apparu pour la première fois de leur vie au petit écran, fût-ce sous la forme de Nounours. Il en résulte qu’ils ont grandi avec le sens de la parole différée et qu’ils n’ont pas acquis le même rapport de personne à personne que nous avions dans le déroulement du discours. Autrement dit, ils confondent quelque part la voix du prof avec celle du type qui cause dans la boîte.

C.D. J’ai moi-même vu la mutation s’opérer. J’enseignais en Corrèze quand la télévision est apparue. D’année en année, j’ai vu les changements S’opérer chez les mômes.

CRITÈRE. Cela n’a pas accru votre optimisme. Des dizaines de milliers d’enseignants vous ont lu. Plusieurs vous écrivent pour vous dire : Vous m’avez ouvert les yeux, j’ai donné ma démission. Partagez-vous les idées d’Illich?

C.D. Certaines. Pas toutes. Dans un pays comme la France, il est absolument nécessaire pour les enfants de travailleur.

CRITERE Vous continuez pourtant de l’attaquer. Avez-vous une solution de remplacement?

C.D. Nous en sommes à la phase du minage. Je ne sais ni quand ni comment la reconstruction se fera.

CRITÈRE. En attendant, le moral des enseignants continuera de se détériorer.

C.D. Les mômes je les adore! Il ne faut pas jouer avec les mômes, il ne faut pas faire semblant. Il ne faut pas être hypocrite. Si on ne croit plus en rien, si on ne sait plus où l’on va, il vaut mieux se l’avouer à soi-même. C’est plus sain et c’est plus respectueux pour les mômes.

CRITÈRE. Un de vos collègues de Bretagne s’apprête à publier un livre qui aura pour titre: Dieu est mort, Marx est mort et moi je ne me porte pas très bien. Vous, comment vous portez-vous?

C.D. Vous savez, je suis désespéré. Êtes-vous chrétien?

CRITÈRE. Il y a deux choses au monde dont je n’ai jamais douté:
Je suis la Vérité et la Vie, la Vérité vous délivrera. Douce ou amère, la vérité est toujours une nourriture. Si j’ai aimé votre livre, c’est parce que vous dites la vérité comme aucun enseignant, à ma connaissance, ne l’a dite avant vous. À l’exception de Simone Weil, il y a déjà quarante ans.

C.D. Tout ça, c’est parce que j’ai beaucoup aimé mon métier et que je l’aime encore. J’aime les mômes.

LE DÉRACINEMENT

Car le second facteur de déracinement est l’instruction telle qu’elle est conçue aujourd’hui. La Renaissance a partout provoqué une coupure entre les gens cultivés et la masse; mais en séparant la culture de la tradition nationale, elle la plongeait du moins dans la tradition grecque. Depuis, les liens avec les traditions nationales n’ont pas été renoués, mais la Grèce a été oubliée. Il en est résulté une culture qui s’est développée dans un milieu très restreint, séparé du monde, dans une atmosphère confinée, une culture considérablement orientée vers la technique et influencée par elle, très teintée de pragmatisme, extrêmement fragmentée par la spécialisation, tout à fait dénuée à la fois de contact avec cet univers-çi et d’ouverture vers l’autre monde.

De nos jours, un homme peut appartenir aux milieux dits cultivés, d’une part sans avoir aucune conception concernant la destinée humaine, d’autre part sans savoir par, exemple, que toutes les constellations ne sont pas visibles en toutes saisons. On croit couramment qu’un petit paysan d’aujourd’hui, élève de I’école primaire, en sait plus que Pythagore, parce qu’il répète docilement que la terre tourne autour soleil. Mais en fait il ne regarde plus les étoiles. Ce soleil ont on lui parle en classe n’a pour lui aucun rapport avec celui qu’il voit. On l’arrache à l’univers qui l’entoure, comme on arrache les petits polynésiens à leur passé en les forçant à répéter : Nos ancêtres Gaulois avaient les cheveux blonds.

Ce qu’on appelle aujourd’hui instruire les masses, c’est prendre cette culture moderne, élaborée dans un milieu tellement fermé, tellement taré, tellement indifférent à la vérité, en ôter tout ce qu’elle peut encore contenir d’or pur, opération qu’on nomme vulgarisation, et enfourner le résidu tel quel dans la mémoire des malheureux qui désirent apprendre, comme on donne la becquée à des oiseaux.

D’ailleurs le désir d’apprendre pour apprendre, le désir de vérité est devenu
très rare. Le prestige de la culture est devenu presque exclusivement social, aussi bien chez le paysan qui rêve d’avoir un fils instituteur ou l’instituteur qui rêve d’avoir un fils normalien, que chez les gens du monde qui flagornent les savants et les écrivains réputés.

Les examens exercent sur la jeunesse des écoles, le même pouvoir d’obsessions que les sous sur les ouvriers qui travaillent aux pièces. Un système social est profondément malade quand un paysan travaille la terre avec la pensée que, s’il est paysan, c’est parce qu’il n’était pas assez intelligent pour devenir instituteur.

Le mélange d’idées confuses et plus ou moins fausses connu sous le nom da marxisme, mélange auquel depuis Marx il n’y a guère eu que des intellectuels bourgeois médiocres qui aient eu part, est aussi pour les ouvriers un apport complètement étranger, inassimilable, et d’ailleurs en soi dénué de valeur nutritive, car on l’a vidé de presque toute la vérité contenue dans les écrits de Marx. On y ajoute parfois une vulgarisation scientifique de qualité encore inférieure. Le tout ne peut que porter le déracinement des ouvriers à son comble.

Simone Weil, L’enracinement, NRF, Gallimard, 1949, pp 64-65.

Voir également:

La linguistique

2002/1 (Vol. 38)

 


1

Toute langue possède une dimension argotique ; en effet, toute société humaine fonctionne avec des interdits, des tabous, entre autres, d’ordre social, politique, religieux, moral, qui sont véhiculés par la (ou les) forme(s) légitimée(s) de la langue. Comment peut-il être dès lors imaginé une société au sein de laquelle aucune personne, aucun groupe ne chercherait à se doter de moyens pour contourner ces interdits et ces tabous, ne serait-ce que par transgression langagière ? De telles pratiques sociales et langagières constituent les foyers les plus actifs nécessaires à l’émergence de formes argotiques, qui sont elles-mêmes autant de preuves des stratégies d’évitement, de contournement des interdits et tabous sociaux mises en œuvre par les locuteurs, les groupes de locuteurs qui produisent de telles formes. Une contre-légitimité linguistique peut ainsi s’établir [1][1]  Cette contre-légitimité linguistique ne peut s?affirmer,…. La situation linguistique française n’échappe pas à ce schéma et des parlers argotiques, plus ou moins spécifiques à tel(s) ou tel(s) groupe(s) ont toujours existé de manière concomitante avec ce que l’on appelle par habitude  » langue populaire «  [2][2]  Comme le rappelle Françoise Gadet,  » La notion de…. Le linguiste descriptiviste est intéressé par l’analyse de ces  » parlures argotiques «  [3][3]  On pourra se reporter, entre autres, à Denise François-Geiger…, qu?elles soient contemporaines ou non, car elles sont particulièrement révélatrices de pratiques linguistiques, qui relèvent de l’oral et sont soumises à des faits d?évolution particulièrement rapides. D’où la nécessité pour le linguiste d?en rendre compte de la manière la plus précise et la plus adéquate possible dans le cadre de l’argotologie définie comme l’étude des procédés linguistiques mis en œuvre pour faciliter l’expression des fonctions crypto-ludiques, conniventielles et identitaires, telles qu’elles peuvent s’exercer dans des groupes sociaux spécifiques qui ont leurs propres parlers, cette approche argotologique étant incluse dans une problématique de sociolinguistique urbaine.

2

À l’échelle du français en particulier et des langues du monde de manière plus générale, l’émergence de pratiques langagières argotiques n’est en aucune manière un phénomène récent. Toute langue a bel et bien toujours eu, génère continuellement et aura toujours un registre argotique, qui permet la mise en place de stratégies de contournement, voire aussi de cryptage, de masquage. Au XVe siècle, François Villon a rédigé ses fameuses ballades dans une langue de malfrats, le parler de la Coquille, un argot d’une confrérie de malandrins, qui livrèrent sous la torture une partie de leur vocabulaire. Plus près de nous, on peut, entre autres, rappeler que pendant le régime communiste pratiquement chaque goulag avait son argot. Univers carcéral oblige ! Il en est souvent ainsi dans de tels univers et on constate à maintes reprises, quelles que soient les langues considérées, l’existence d’argots de prisons, dans lesquels s’exerce pleinement la fonction cryptique du langage. En Tchécoslovaquie, plus particulièrement à partir du Printemps de Prague, certains groupes de dissidents, étudiants et intellectuels, qui constituèrent plus tard le groupe des  » chartistes « , avaient pour habitude de s’exprimer dans un langage crypté, codé donc, dans le seul but de ne pas être compris de la police politique ; ils pouvaient ainsi parler de sujets subversifs tels le voyage ou les pays extérieurs au bloc soviétique. La langue devenait de ce fait un magnifique moyen d?évasion au travers de ses représentations.

3

Si l’on considère ce qui s’est passé en France depuis environ cent ans pour l’argot traditionnel, qu’il s’agisse de ses manifestations de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, de celles des années 1920-1930, d’après-guerre ou bien des années 1950-1960, une différence fondamentale doit être notée par rapport à ce que l’on constate aujourd’hui sur le terrain : de nos jours les épices apportées à la langue française sont de plus en plus empruntées à des langues étrangères. Même si l’argot traditionnel a su s’alimenter de termes étrangers, il le faisait à l’époque dans des proportions moindres [4][4]  Cf. ici-même l’article d’Estelle Liogier à propos…. Un facteur déterminant est intervenu depuis et s’est amplifié : celui de l’immigration. Au temps de la Mouffe (rue Mouffetard), de la Butte (butte Montmartre), des Fortifs (Fortifications remplacées actuellement par le boulevard périphérique) un brassage de populations avait lieu dans Paris intra-muros, tout comme dans la majeure partie des grandes villes françaises. Les formes argotiques et les formes non légitimées dites  » populaires  » de la langue française se rejoignaient et c’est une des raisons qui ont permis alors aux mots des argotiers, des jargonneux de tel ou tel  » petit  » métier de passer du statut d’argot particulier à celui d?argot commun avant même de transiter par l’intermédiaire de la langue familière vers la langue française circulante, voire la langue académique, celle que l’on peut aussi écrire, y compris à l’école. Cambriole, cambriolage, cambrioler et cambrioleur ne sont plus du tout perçus de nos jours comme des mots d’origine argotique, ce qu’ils sont en réalité, puisque tous proviennent de l’argot cambriole qui désigne la chambre, la pièce que l’on peut voler. Le cas de loufoque est tout aussi illustratif. Ce vocable est issu du largonji des loucherbems  » jargon des bouchers  » et correspond à un procédé de formation très caractéristique de ce parler, à savoir le remplacement de la première consonne du mot par un [l], cette première consonne étant déplacée en même temps à la fin du mot, auquel on ajoute un suffixe de type argotique, en -oque dans ce cas : [fu] [luf] [lufôk], lui-même tronqué par apocope en [luf].

4

Évolution rapide des formes de type argotique ? En voici un exemple : entrer dans un café et demander un casse-dalle avec une petite mousse  » un sandwich avec une bière  » appartient, d’un point de vue linguistique, à une autre époque, qui se termine à la fin des années 60-70 du siècle passé. Ce n’est plus le temps de la gapette  » casquette (à la mode ancienne)  » sur l’œil et de la cibiche  » cigarette  » au coin des lèvres. La casquette, aujourd?hui de marque Nike, est vissée sur le crâne, s’accompagne de baskets de même marque ou avec le logo Adidas aux pieds et les lascars  » jeunes des cités et quartiers français contemporains  » se désignent comme des casquettes-baskets par opposition aux costards-cravates, ceux qui sont en dehors de la cité, ceux qui sont en place, dans la place  » ont un travail, sont arrivés socialement « . De nos jours, au féca  » café, bistrot  » du coin on dame un dwich  » mange un sandwich  » et on tise une teillbou de 8.6  » boit une bouteille de bière titrant 8,6o d’alcool « . Il en va ainsi de l’évolution du lexique oral.

5

Suivent quelques exemples d’énoncés en français contemporain des cités (FCC en abrégé) avec leurs traductions en argot traditionnel (précédées de v.a. pour vieil argot) [5][5]  D?autres exemples sont présentés dans J.-P. Goudaillier,… ; il est intéressant de noter à partir de ces exemples l’évolution survenue en deux, trois décennies tant en ce qui concerne le lexique utilisé que le type de phraséologie mise en œuvre.

6

FCC : il a roulé à donf avec la seucai. L’est dangereux c’te keum ! L’est complètement ouf !

7

v.a. : y?est allé le champignon à fond avec la tire. Complètement louf le mec !

8

 » il est allé très vite avec la voiture. C’est un vrai danger public. Il est fou de rouler si vite ! « 

9

FCC : choume l’hamster, l’arrête pas de béflan d’vant les taspèches

10

v.a. : zyeute moi c’te mec qu?arrête pas d’rouler des biscotos d’vant les grognasses

11

 » regarde voir ce gars-là ; il n’arrête pas de faire le beau devant les filles « 

12

FCC : quand tu l’chouffes le luice, t’vois bien qu’il arrive direct d’son bled

13

v.a. : pas b’soin d’le mater cinq plombes pour voir qu’il débarque d’sa cambrouse

14

 » rien qu’à le voir, tu comprends qu?il arrive tout droit de son village natal « 

15

FCC : c’te keum, l’a qu’des blèmes !

16

v.a. : à croire qu’ce mec-là et les problocs ça ne fait qu’un !

17

 » c’est un gars, qui ne connaît que des problèmes « 

18

FCC : le patron, i capte qu?tchi à ma tchatche

19

v.a. : ma jactance, mon dab y entrave qu’dalle

20

 » mon père ne comprend pas du tout mon langage « 

21

FCC : plus de vailtra je deale le techi chanmé

22

v.a. : plus de turbin je fourgue du hasch à toute berzingue

23

 » plus de travail je passe tout mon temps à vendre du haschisch « 

24

FCC : quand les chtars raboulent, on s’nachave dans toute la téci

25

v.a. : qu’les bourres rappliquent et c?est la grand’ caval’ dans la cité

26

 » quand les policiers arrivent, on s?enfuit dans toute la cité « 

27

FCC : l’est chtarbé hypergrave !

28

v.a. : il est vraiment agité du bocal

29

 » il est complètement fou ! « 

30

FCC : on y va en caisse ou à iep ?

31

v.a. : on prend la bagnole ou on y va à pinces ?

32

 » nous y allons en voiture ou à pied ? « 

33

FCC : on galère à la téci ou on va au manès à Ripa

34

v.a. : on glandouille ici ou on va au cinoche à Pantruche

35

 » on reste à rien faire à la cité ou bien on va au cinéma à Paris « 

36

Les personnes qui vivent dans des cités de banlieue ou dans des quartiers dits  » défavorisés  » – entre des tours et des barres – parlent de plus en plus fréquemment une forme de français que certaines d’entre elles nomment  » verlan « , d’autres  » argot « , voire  » racaille-mot  » (  » mots de la racaille « ). Cette variété de français, que l’on peut désigner par  » argot des cités  » ou  » argot de banlieue  » est en réalité la manifestation contemporaine la plus importante d’une variété de français, qui au cours des dernières décennies, tout comme les diverses populations qui l’ont parlée, a perdu tout d’abord son caractère rural, par la suite toute indexation ouvrière, voire prolétaire, pour devenir le mode d?expression de groupes sociaux insérés dans un processus d’urbanisation [6][6]  Pour Pierre Guiraud (Argot, Encyclopedia Universalis,…. Progressivement se sont alors développés les parlers urbains français, qui sont pratiqués de manière plus ou moins effective (usages actifs / passifs) par des millions de personnes en France, que celles-ci soient françaises d’origine ou non, issues de l’immigration ou étrangères [7][7]  Pour P. Bourdieu  » … ce qui s?exprime avec l’habitus…. Bien souvent ces personnes subissent au quotidien une  » galère  » (ou violence) sociale, que reflète leur expression verbale, au même titre que leur  » violence réactive «  [8][8]   » … l’argot assume souvent une fonction expressive ;….

37

Pendant toutes les années 1990, cet argot de cités, désigné plus haut par français contemporain des cités (FCC en abrégé), est sorti d’entre les tours et les barres, qui l’ont vu naître, émerger, exploser au début des années 1980 [9][9]  Voir à ce sujet Christian Bachman et Luc Basier, 1984,…. Les formes lexicales du FCC sont puisées d’une part dans le vieux français et ses variétés régionales, d?autre part dans le vieil argot, celui de Mimile, mais aussi dans les multiples langues des communautés liées à l’immigration [10][10]  Geneviève Vermes et Josiane Boutet (sous la dir. de),…. Par ailleurs le FCC comporte aussi un nombre important de créations lexicales spécifiques, qui ne sont pas uniquement du verlan, comme on peut le croire communément.

38

Étant donné les pratiques langagières des communautés d’origines diverses, de cultures et de langues non moins différentes, qui cohabitent dans les cités ou les quartiers des grandes villes françaises une interlangue émerge entre le français véhiculaire dominant, la langue circulante, et l’ensemble des vernaculaires qui compose la mosa ïque linguistique des cités : arabe maghrébin, berbère, diverses langues africaines et asiatiques, langues de type tsigane, créoles antillais (à base lexicale française) pour ne citer que ces langues.

39

Dans Paroles de banlieues de Jean-Michel Décugis et Aziz Zemouri [11][11]  Jean-Michel Décugis et Aziz Zemouri, 1995, Paroles…, Raja (21 ans) précise que dans les cités  » on parle en français, avec des mots rebeus, créoles, africains, portugais, ritals ou yougoslaves « , puisque  » blacks, gaulois, Chinois et Arabes  » y vivent ensemble (p. 104). Des ressortissants de nationalités étrangères, des Français d’origine étrangère et des céfrans aussi appelés des de souches  » français de souche  » communiquent grâce à un parler véhiculaire interethnique [12][12]  Cf. Jacqueline Billiez, 1990, Le parler véhiculaire… et le brassage des communautés permet l’émergence de diverses formes de FCC.

40

Dans ces variétés linguistiques se met alors en place un processus de déstructuration de la langue française circulante par ceux-là même qui l’utilisent et y introduisent leurs propres mots, ceux de leur origine, de leur culture. Les formes linguistiques ainsi créées et leurs diverses variantes régionales deviennent dès lors autant de marqueurs, voire des stéréotypes [13][13]  Pour les notions de marqueurs, de stéréotypes (et… identitaires ; elles exercent de ce fait pleinement leurs fonctions d’indexation. L’instillation d’un grand nombre de traits spécifiques, qui proviennent du niveau identitaire, dans le système linguistique dominant correspond alors à une volonté permanente de créer une diglossie, qui devient la manifestation langagière d’une révolte avant tout sociale [14][14]  Voir aussi David Lepoutre, 1997, Cœur de banlieue….. L’environnement socio-économique immédiat des cités et autres quartiers vécu au quotidien est bien souvent défavorable et parallèlement à la fracture sociale une autre fracture est apparue : la fracture linguistique [15][15]  J.-P. Goudaillier, 1996, Les mots de la fracture linguistique,…. De nombreuses personnes se sentent de ce fait déphasées par rapport à l’univers de la langue circulante, d’autant que l’accès au monde du travail, qui utilise cette autre variété langagière, leur est barré. Elles en sont exclues. Le sentiment de déphasage, d’exclusion est d’autant plus fort, qu’une part importante de ces personnes subissent de véritables situations d’échec scolaire ; il ne leur reste plus qu?à faire usage d’une langue française qu’elles tordent dans tous les sens et dont elles modifient les mots en les coupant, en les renversant [16][16]  Il s?agit d?établir, ainsi que le rappelle Louis-Jean…. La déstructuration de la langue s’opère aussi par introduction dans les énoncés de formes parasitaires, ce qui constitue une procédure argotique bien connue des linguistes.

41

Ceux et celles qui utilisent de telles formes linguistiques peuvent de ce fait s’approprier la langue française circulante, qui devient alors leur langue ; ils et elles peuvent grâce à elle non seulement se fédérer mais aussi et surtout espérer résister et échapper à toute tutelle en se donnant ainsi un outil de communication qui se différencie des différents parlers familiaux, qu’ils ou elles pratiquent, peu ou prou, par ailleurs mais aussi de la forme véhiculaire de la langue française dominante, par conséquent légitimée [17][17]  Pour ce qui est des cas de déplacements en intercation,…. Les normes linguistiques maternelles sont alors développées comme autant de  » contrenormes  » à la langue française, académique, ressentie comme langue  » étrangère  » par rapport à sa propre culture [18][18]   » On en a marre de parler français normal comme les….

42

L’École a une fonction primordiale : elle se doit de fournir aux enfants scolarisés les outils nécessaires pour parvenir à une maîtrise efficace de la langue française tant sous ses diverses manifestations orales que sous sa forme écrite, orthographique par conséquent. Dans le cas de groupes scolaires implantés dans des cités, la langue utilisée par les élèves est à bien des égards distante du français circulant, compte tenu de la multitude des éléments linguistiques identitaires qui y sont instillés. Ceci contribue aussi dans le cadre de l’école à la mise en place de la fracture linguistique. Le rôle des enseignants devient dès lors prépondérant ; il s’agit de pouvoir éviter l’instauration de rapports d?exclusion au nom des sacro-saints  » ils ne parlent pas français « ,  » ils n’expriment que de la violence, leur violence « ,  » il n’y a que des mots grossiers dans ces parlers  » et autres  » on ne sait plus parler français dans les banlieues « .

43

Bien au contraire, c’est un réel foisonnement lexical que l’on constate lors de l’analyse des diverses variétés du FCC. En effet, si les anciens argots de métiers eux-mêmes et l’argot commun traditionnel reflétaient une véritable  » fécondité en matière lexicale « , une  » effervescence du vocabulaire… dans des groupes sociaux mal armés chez lesquels on s?attendrait à un stock lexical réduit «  [19][19]  Denise François-Geiger, 1988, Les paradoxes des argots,…, il en est de même pour ce qui est des formes langagières actuelles des cités.

44

L’émergence de rapports d?exclusion, qui permettent par ailleurs de refuser de manière systématique tout ce qui émane du quartier, de la cité dans lequel se trouve l’établissement scolaire, aurait pour seule conséquence l’effet contraire de celui qui est recherché. Or,  » la réussite scolaire des enfants de milieu populaire dépend de la nature des interactions entre l’école et le quartier. Le développement et l’image d’un quartier populaire dépendent de la qualité de ses établissements scolaires et des actions éducatives qui y sont menées «  [20][20]  Gérard Chauveau et Lucile Duro-Courdesses (sous la…. Ainsi, parmi d’autres, l’expérience qui a été menée par Boris Seguin et Frédéric Teillard [21][21]  Boris Seguin et Frédéric Teillard, 1996, Les céfrans… dans le collège de la Cité des Courtillères à Pantin (Seine-Saint-Denis) est à notre sentiment de ce point de vue exemplaire. Ces enseignants de français ont conduit leurs élèves à réfléchir sur leur propre variété de français, au travers de ses modes de fonctionnement. Ces élèves ont ainsi été à même d’analyser leur propre parler et de rendre compte des résultats de cette analyse dans un dictionnaire, qu’ils ont rédigé avec l’aide de leurs enseignants. C’est de toute évidence la meilleure façon possible d?apprendre à se servir du dictionnaire de langue, cet outil indispensable à toute progression scolaire.

45

L?erreur du début de ce siècle qui a consisté à mettre au ban de l’école mais aussi de la Cité, de la société tout enfant qui parlait une autre langue que le français, ne doit pas être répétée. Prendre en compte l’altérité de la langue de l’autre, par conséquent l’identité de celui-ci, doit être le maître mot. Si une telle prise en compte a lieu, l’accès à la langue circulante, celle du travail et de l’ascension sociale, peut dès lors être ouvert aux jeunes qui parlent tout autre chose qu’une langue normée, légitimée. C?est dans ce sens qu?un travail pédagogique important doit être non seulement initié mais véritablement mis en place. Au sein de l’école, les formes non légitimées du langage à l’école doivent être acceptées et il faut pouvoir les reconnaître, les analyser, d’autant plus que certains enfants et adolescents ne dominent bien souvent ni la langue française ni la langue de leurs parents, car l’insécurité sociale environnante vient renforcer leur insécurité linguistique.

46

Les pratiques argotiques contemporaines doivent être resituées dans le temps. En France au cours du XXe siècle les argots de métiers cèdent progressivement la place aux argots sociologiques. Ces deux types d’argots se différencient entre eux par l’importance relative des fonctions qu?ils exercent : pour les argots de métiers les fonctions sont essentiellement cryptiques, voire crypto-ludiques ; les fonctions identitaires, quant à elles, n’occupent qu’une place secondaire. Une inversion des rapports intervient dans le cas des argots sociologiques des cités. Les fonctions identitaires jouent pleinement leur rôle et la revendication langagière de jeunes et de moins jeunes qui  » se situent en marge des valeurs dites légitimes (…) est avant tout l’expression d’une jeunesse confrontée à un ordre socio-économique de plus en plus inégalitaire, notamment en matière d’accès au travail «  [22][22]  Fabienne Melliani, 2000, La langue du quartier. Appropriation…. Les fonctions crypto-ludiques n’occupent plus désormais la première place, ce que récapitule le tableau ci-après.

47

Importances des fonctions linguistiques exercées [23][23]  Cf. aussi à ce sujet J.-P. Goudaillier, 1997, Quelques… Argots de métiers / argots sociologiques contemporains

Tableau 1

48

D’un point de vue sociolinguistique, cette inversion de l’ordre d?importance des fonctions a lieu parallèlement à un phénomène qu’il convient de rappeler : la disparition progressive de toute référence d?appartenance à un groupe pratiquant la langue dite populaire. Lors des dernières décennies du XXe siècle, cette disparition est allée de paire avec l’émergence des classes moyennes au détriment de la classe ouvrière. Contrairement à ce que l’on peut constater aujourd?hui ces mutations ont abouti à une homogénéisation des comportements à la fois sociaux et linguistiques. L’argotier traditionnel se sentait lié au lieu où il vivait, travaillait, par voie de conséquence à la variété dite populaire – non légitimée de ce fait – de la langue française qui y était parlée ; les locuteurs des cités, banlieues et quartiers d’aujourd’hui ne peuvent trouver de refuge linguistique, identitaire que dans leurs propres productions linguistiques, coupées de toute référence à une langue française  » nationale  » qui vaudrait pour l’ensemble du territoire.

49

Compte tenu du caractère éphémère d’un grand nombre de mots, les personnes qui pratiquent le FCC font un usage important des multiples procédés de formation lexicale à leur disposition pour parvenir à un renouvellement constant des mots.

50

Parmi les procédés les plus productifs, que l’on peut relever, existent des procédés sémantiques tels que l’emprunt à diverses langues ou parlers, l’utilisation de mots issus du vieil argot français, le recours à la métaphore et à la métonymie et des procédés formels tels que la déformation de type verlanesque, la troncation avec ou sans resuffixation et le redoublement hypocoristique. Plusieurs de ces procédés peuvent bien entendu être utilisés à la fois pour la formation d?un seul et même mot.

51

Les procédés formels et sémantiques utilisés en FCC ne lui sont pas propres ; il s?agit en fait d’une accumulation – trait caractéristique de toute pratique argotique – de procédés relevés par ailleurs dans la langue française circulante et non de procédés particuliers à cette variété de français.

52

La déstructuration de la langue française circulante apparaît bien au travers des formes linguistiques de type verlanesque et de celles formées par troncation. Comme en argot traditionnel, beaucoup de mots du FCC sont construits par apocope, ce qu’illustrent les exemples ci-après :

53

brelic ( brelica, verlan de calibre  » revolver « ) ;

54

dèk ( dékis, verlan de kisdé  » policier, flic « ) ;

55

djig ( djiga, verlan de gadji  » fille, femme « ) ;

56

lique ( liquide abrév. d?argent liquide) ;

57

painc ( painco, verlan de copain) ;

58

pet ( pétard pour joint  » cigarette de haschisch « ) ;

59

pouc ( poucav  » indicateur de police, balance « ) ;

60

reuf ( reufré, verlan de frère) ;

61

séropo ( séropositif) ;

62

stonb ( stonba, verlan de baston  » bagarre « ) ;

63

tasse ( taspé, verlan de pétasse) ;

64

téç ( téci, verlan de cité) ;

65

teush ( teushi, verlan de shit  » haschisch « ) ;

66

tox ( toxicomane) ;

67

turve ( turvoi, verlan de voiture) ;

68

trom ( tromé, verlan de métro[politain]).

69

Fait nouveau et particulièrement notable : l’aphérèse prend de plus en plus d’importance par rapport à l’apocope ; sur ce point précis, le FCC se différencie très nettement du français circulant, comme le montrent les exemples suivants :

70

blème ( problème) ; caille ( racaille) ; cil ( facile) ;

71

dic ( indic[ateur de police]) dicdic (par redoublement) ;

72

dwich ( sandwich) ; fan ( enfant) fanfan ;

73

gen ( argent) gengen ; gine ( frangine  » sœur « ) ;

74

gol ( mongol) ; leur ( contrôleur) leurleur ;

75

pouiller ( dépouiller  » voler « ) ; tasse ( pétasse )  » fille  » [péjoratif]) ;

76

teur ( inspecteur de police) teurteur ;

77

vail ( travail) ; zic ( musique) ziczic ;

78

zesse ( gonzesse) ; zon ( prison) zonzon.

79

La resuffixation après troncation est un procédé formel typiquement argotique et l’argot traditionnel connaît des resuffixations en -asse (conasse, grognasse, etc.), -os (musicos, crados, etc.), -ard (nullard, conard, etc.), etc. En FCC on peut relever, entre autres, les cas de resuffixations suivants :

80

chichon (resuffixation en -on de chicha, verlan de haschisch)

81

[acic] [cica] (verlan) [cic] (troncation) [cic] (resuffixation) ;

82

bombax (resuffixation en -ax de bombe)  » très belle fille « )

83

[bbe] [bb] (troncation) [bbaks] (resuffixation) ;

84

couillav (resuffixation en -av de couillonner  » tromper quelqu?un « )

85

[kujone] [kuj] (troncation) [kujav] (resuffixation) ;

86

fillasse (resuffixation en -asse de fille)

87

[fije] [fij] (troncation) [[@ ijas](resuffixation) ;

88

pourav (resuffixation en -ave de pourri)

89

[pui] [pu] (troncation) [puav] (resuffixation) ;

90

rabzouille (resuffixation en -ouille de rabza, verlan de les arabes)

91

[abza] [abz] (troncation) [abzuj] (resuffixation) ;

92

reunous (resuffixation en -ous de reunoi, verlan de noir)

93

[nwa] [n] (troncation) [nus] (resuffixation) ;

94

taspèche (resuffixation en -èche de taspé, verlan de pétasse)

95

[taspe] [tasp] (troncation) [taspèc] (resuffixation).

96

Même si le procédé linguistique de verlanisation est très abondamment utilisé en langue des cités, tous les mots ne se prêtent pas à la verlanisation et aucun énoncé n’est construit avec la totalité des mots en verlan. Lorsque l’on transforme un mot monosyllabique en son correspondant verlanisé, le passage d?une structure de type C(C)V(C)C à sa forme verlanisée nécessite un passage obligé par un mot de type dissyllabique avant même que ce mot ne devienne à nouveau du fait d’une troncation (apocope) un monosyllabique, toujours de type C(C)V(C)C ; ainsi à partir des mots :

97

femme, flic, père, faire, nègre, mec, sac, mère,

98

on obtient respectivement :

99

meuf, keuf, reup, reuf, greun, keum, keuss, reum,

100

après être passé par deux mots dissyllabiques (attestés ou non), le premier avant que ne s’opère la verlanisation et le deuxième après verlanisation :

101

*fameu *meufa ; *flikeu *keufli ; *pèreu *reupé ;

102

*frèreu *reufré ; *nègreu *greuné ; mèkeu *keumé ;

103

*sakeu *keusa ; *mèreu *reumé.

104

* Indique que cette forme a pu ou peut être ou non attestée ; par exemple meufa et keufli sont des formes attestées, qui ont progressivement laissé la place à meuf et keuf.

105

Phonétiquement ces tranformations par le procédé du verlan peuvent être récapitulées comme suit :

106

femme [fam] [fam] [mfa] [mœf] meuf ;

107

flic [flik] [flik] [kfli] [kœf] keuf ;

108

père [pè] [pè] [pe] [œp] reup ;

109

frère [fè] [fè] [fE] [œf] reuf ;

110

nègre [nèg] [nèg] [gne] [gœn] greun ;

111

mec [mèk] [mèk] [kme] [kœm] keum ;

112

sac [sak] [sak] [ksa] [œs] keuss ;

113

mère [mè] [mè] [me] [œm] reum.

114

Ce procédé de verlanisation ne fonctionne pas, lorsque la structure syllabique du mot est de type CV, ce qui est par exemple le cas pour des mots tels là, ça, etc. Dans de tels cas on permute entre elles la voyelle et la consonne ; ce verlan de type  » monosyllabique  » ne nécessite pas de passage par une phase dissyllabique et occasionne par conséquent une modification de la structure syllabique du mot qui sert de base et qui est de structure de type CV ; le mot en verlan est, quant à lui, de structure de type VC. La structure syllabique du mot verlanisé est le  » miroir  » (VC) du mot de départ (CV). Variante de ce verlan : lorsque la structure est de type C1C2V, la forme qui est dérivée est de type C2VC1. Suivent quelques exemples de ce verlan de type  » monosyllabique  » :

115

 » ça  » ; ainf  » faim  » ; àl  » là  » ; ap  » pas  » ; auch  » chaud  » ;

116

dèp ( pèd pédéraste) ; eins  » sein  » ; iech  » chier  » ;

117

ienb  » bien  » ; iench  » chien  » ; ienv  » [je, tu] viens, [il] vient  » ; iep  » pied  » ; ieuv  » vieux, vieille  » ; ieuvs  » vieux, parents  » ;

118

og ( wollof go  » fille « ) ; oid  » doigt  » ; oilp  » poil  » à oilp  » à poil  » ; oinj  » joint  » ; onc  » con  » ; ouak  » quoi  » ; ouam  » moi  » ; ouat  » toi  » ; ouc  » coup  » ; ouf  » fou  » ; uc  » cul  » ; uil  » lui  » ; ur  » rue « .

119

Ces exemples peuvent être notés phonétiquement de la manière suivante :

120

[sa] [as] ; [f ï] [ ïf] ; [pa] [ap] ;

121

[co] [ôc] ; [pèd] [dèp] ; [ ïs] [s ï] ;

122

[cje] [jèc] ; [bj ï] [j ïb] ; [cj ï] [j ïc] ;

123

[vj ï] [j ïv] ; [pje] [jèp] ; [vj] [jœv] ;

124

[go] [ôg] ; [dwa] [wad] ; [pwal] [walp] ;

125

[apwal] [awalp] ; [jw ï] [w ïj] ; [k] [k] ;

126

[kwa] [wak] ; [mwa] [wam] ; [twa] [wat] ;

127

[ku] [uk] ; [fu] [uf] ; [l9i] [9il] ; [y] [y].

128

Les transformations de type verlanesque peuvent être opérées de manière intersyllabique et/ou intrasyllabique : lorsque l’on transforme chinois en noichi, il s’agit d’un changement de place des deux syllabes [ci] et [nwa]. Par contre, lorsque l’on forme oinich à partir de chinois, ceci nécessite non seulement le déplacement des syllabes [wa] et [nic] (verlan intersyllabique) mais aussi une interversion des deux consonnes de [cin] pour obtenir [nic] (verlan intrasyllabique). C?est ce même type de modification intrasyllabique qui fournit peuoch à partir de peucho ( verlan de v.a. choper  » attraper « ).

129

Il convient de mentionner, en plus de ces exemples de verlan  » phonétique « , une autre tendance dans le processus de verlanisation. Les cas suivants de verlan  » orthographique  » sont basés sur la graphie des mots et non pas sur leur phonie :

130

à donf  » à fond  » ; ulc  » cul  » ; zen  » nez « 

131

(prononcés respectivement : [adöf] ; [ylk] ; [zèn]).

132

L’utilisation importante du procédé de verlanisation est particulièrement caractéristique des types de pratiques linguistiques rencontrées dans les cités, plus précisément en région parisienne [24][24]   » … le Marseillais, il parle pas verlan, c?est le…. On peut supposer que le verlan est une pratique langagière qui vise à établir une distanciation effective par rapport à la dure réalité du quotidien, ceci dans le but de pouvoir mieux la supporter. Le lien au référent serait plus lâche et la prégnance de celui-ci moins forte, lorsque le signifiant est inversé, verlanisé : parler du togué, de la téci, du tierquar et non pas du ghetto, de la cité, du quartier, où l’on habite, serait un exemple parmi d’autres de cette pratique. Les situations relevées en région parisienne et à Marseille ne sont pas comparables. À Marseille, qui est une ville structurée en quartiers, une osmose peut s’opèrer entre d?une part des parlers liés à l’immigration la plus récente dans diverses parties de cette ville et d’autre part les langues romanes (italien, espagnol, portugais, etc.) des immigrés les plus anciens et ce qui reste des anciens parlers locaux et/ou régionaux (provençal, corse, etc.). Une telle situation liée à l’existence de quartiers populaires à forte concentration de personnes issues de l’immigration (le Panier en plein centre, la Savine au nord, etc.) est caractéristique de Marseille. Elle n?est en aucune manière comparable à ce qui peut se passer dans les grandes conurbations françaises et plus particulièrement dans la région parisienne, où la notion même de banlieues, dans lesquelles vivent des populations  » au ban du lieu  » est une réalité. Ceci n’est pas sans incidence sur les formes linguistiques et divers indices amènent à penser que les pratiques langagières faisant appel au verlan sont d?autant plus fortes qu’une fracture géographique importante existe par rapport aux espaces urbains extérieurs à celui, dans lequel on vit [25][25]  À propos des modes d?appropriation de l’espace, se….

133

Les divers types de formations linguistiques de type verlanesque présentés plus haut tendent à montrer que les variétés langagières relevées dans les cités françaises ont un mode de fonctionnement  » en miroir  » par rapport à ce que l’on constate généralement dans la langue française :

134

— le verlan  » monosyllabique  » permet de créer des mots qui, du point de vue syllabique, sont autant de miroirs (structure de type VC) des mots avant même que ne s’opère la verlanisation (structure de type CV) ;

135

— l’émergence de l’aphérèse au détriment de l’apocope est un autre exemple de ce fonctionnement  » en miroir  » ; la langue française procède en règle générale par apocope pour abréger les mots, ce qui est de moins en moins le cas pour le français contemporain des cités.

136

D’autres faits, qui n’ont pas été présentés ici même, viennent conforter l’hypothèse de ce fonctionnement  » en miroir  » :

137

— les mots verlanisés, surtout ceux qui sont formés par verlanisation avec phase dissyllabique (procédé le plus fréquent, qui est d?ailleurs employé pour la reverlanisation), ne présentent dans la majeure partie des cas qu?un seul timbre de voyelle, à savoir [œ]. Une neutralisation de l’ensemble des timbres vocaliques au bénéfice de cette voyelle [œ] s’opère dans de tels cas. Ceci ne correspond nullement aux règles habituelles du fonctionnement phonologique du français et met en valeur plutôt les schèmes consonantiques, de toute évidence au détriment des voyelles ;

138

— d’un point de vue accentuel, on note de plus en plus fréquemment un déplacement systématique de l’accent vers la première syllabe, ce qui ne correspond évidemment pas aux règles accentuelles communément utilisées en français.

139

L’identité linguistique affirmée (  » le français, c?est une langue, c’est pas la mienne « ,  » l’arabe c’est ma langue « ,  » l’espagnol c’est ma langue mais c’est pas ce que je parle  » ), elle-même corrélée de manière très forte à l’identité ethnique, va pouvoir être exprimée par les locuteurs qui pratiquent le FCC grâce à l’utilisation de termes empruntés aux langues de leur culture d?origine. Ceci peut s’opérer non seulement de manière intercommunautaire (étrangers et personnes issues de l’immigration / Français de souche ; Maghrébins/Africains/Antillais/Asiatiques, etc. ; strates d?immigration plus anciennes / nouveaux arrivants) mais aussi par rapport à l’extérieur de la cité, du quartier où l’on réside. On note ce type de comportements plus particulièrement chez les jeunes issus de l’immigration, qui tiennent à se distinguer de ceux qui ont un mode de socialisation lié au travail, alors qu’eux-mêmes se sentent exclus du monde du travail et marginalisés [26][26]  J.-P. Goudaillier, 1998, La langue des cités françaises…. Pour les jeunes issus de l’immigration  » la langue d?origine acquiert une valeur symbolique indéniable… cette représentation lignagière de la langue d’origine ne va pas obligatoirement de pair avec un usage intensif de cette langue ni même sa connaissance  » ainsi que le précisent Louise Dabène et Jacqueline Billiez [27][27]  Louise Dabène et Jacqueline Billiez, 1987, Le parler…, qui rappellent par ailleurs que les jeunes d »origine étrangère  » sont encore plus défavorisés que les jeunes de souche française, appartenant à la même couche sociale… Le déroulement de leur scolarité est marqué par l’échec scolaire… Ces jeunes en situation d’échec se retrouvent à l’adolescence massivement au chômage et sont confrontés à une véritable crise d’identité «  [28][28]  Louise Dabène et Jacqueline Billiez, 1987, Le parler….

140

Pour laisser leur marque identitaire dans la langue, les locuteurs des cités et quartiers vont utiliser des mots d’origine arabe (parlers maghrébins essentiellement) ou d’origine berbère, tels

141

ahchouma  » honte  » ( arabe hacma  » honte « ) ; arhnouch  » policier  » ( arabe hnaec  » serpent, policier « ) ; casbah  » maison  » ( arabe qasba ; maison) ; choune  » sexe féminin  » ( berbère haetcun / htun  » sexe féminin « ) ; haram  » péché  » ( arabe hraem  » péché « ) ; heps  » prison  » ( arabe haebs  » prison « ) ; hralouf  » porc  » ( arabe hluf  » porc « ) ; kif  » mélange de canabis et de tabac  » ; maboul  » fou, idiot  » ( arabe mahbûl  » fou « ) ; mesquin  » pauvre type, idiot  » ( arabe miskin  » pauvre « ) ; msrot  » fou, dingue  » ; roloto  » quelqu?un de nul  » ; roumi  » Français de souche  » ( arabe rumi  » homme européen « ) ; shitan  » diable  » ( arabe cetan ou citan  » diable « ) ; toubab  » Français de souche  » ( arabe tebib  » savant  » / arabe maghrébin algérien tbîb  » sorcier « ) ; zetla [29][29]  Il s?agit de la forme phonétique relevée, entre autres,…  » haschisch « .

142

Des mots d’origine tzigane tels :

143

bédo  » cigarette de haschisch  » ; bicrav  » vendre en participant à des actions illicites  » ; bouillav  » posséder sexuellement ; tromper quelqu?un  » ; chafrav  » travailler  » ; choucard  » bien, bon  » ; chourav  » voler  » ; craillav  » manger  » ; gadji  » fille, femme  » ; gadjo  » gars, homme  » ; gavali  » fille, femme  » ; marav  » battre, tuer  » ; minch  » petite amie  » ; racli  » fille, femme  » ; raclo  » gars, homme  » ; rodav  » regarder, repérer  » ; schmitt  » policier «  [30][30]  Les mots bédo, chafrav, choucard, chourav, gadjo,….

144

Voire des faux mots tziganes (les six verbes suivants, malgré leur terminaison verbale en -av(e) caractéristique des verbes d’origine tzigane, sont en fait des constructions ad hoc liées aux pratiques linguistiques des locuteurs de FCC et doivent être considérés comme des faux mots tziganes) :

145

bédav  » fumer  » ; carnav  » arnaquer  » ; couillav  » tromper quelqu?un  » ; graillav  » manger  » ; pourav  » puer  » ; tirav  » voler à la tire « .

146

Des mots d?origine africaine tels :

147

go  » fille, femme  » ; gorette  » fille, jeune femme  » (du wolof go:r  » homme « ).

148

Des mots d’origine antillaise tels :

149

maconmé  » homosexuel  » (français ma commère) ; timal  » homme, gars  » (français petit mâle).

150

Et des mots issus du vieil argot français tels :

151

artiche(s)  » argent  » ; baston  » bagarre  » ; bastos  » balle [arme à feu]  » ; biffeton  » billet  » ; blase  » nom  » ; caisse  » voiture  » ; calibre  » arme ([de poing]  » ; condé  » policier  » ; fafiot  » billet  » ; flag  » flagrant délit  » ; mastoc  » costaud, fort  » ; poudre (+ verlan dreupou)  » héro ïne, coca ïne  » ; serrer  » attraper, arrêter quelqu?un  » ; taf  » travail  » ; taule  » maison  » ; tune  » argent  » ; daron  » père  » ; taupe  » fille, femme  » ; tireur (+ verlan reurti)  » voleur à la tire « .

152

Compte tenu de l’importance sans cesse croissante de la part que représente en français l’ensemble des productions linguistiques élaborées en FCC, il importe que soient développées, dans une perspective de sociolinguistique urbaine, des études qui utilisent une approche argotologique. Il peut être ainsi rendu compte de pratiques langagières, qui nécessitent la mise en œuvre de divers procédés linguistiques permettant l’expression de fonctions essentiellement identitaires, tels que ceux-ci peuvent être mis au jour dans des groupes de locuteurs identifiés par ailleurs d?un point de vue sociologique. Le Centre de recherches argotologiques (CARGO) [31][31]  Directeur : Jean-Pierre Gouudaillier. de l’Université René-Descartes – Paris 5, produit des travaux de recherche qui s’inscrivent dans ce schéma et analysent non seulement les productions mais aussi les attitudes, les représentations des locuteurs pratiquant à des degrés divers le FCC [32][32]  On pourra se reporter, entre autres, à Alma Sokolija-Brouillard,…. L?époque qui voit l’argot perdre son individualité par rapport à la langue  » populaire  » en donnant ses épices à celle-ci, qui l’influence en retour, est révolue [33][33]   » … argot et langue populaire ont dû, à la fin du…. Les deux dernières décennies du siècle passé ont été celles de l’effondrement des formes  » traditionnelles  » du français dit populaire et de l’émergence d?un ensemble de parlers identitaires tout d?abord périurbains avant de devenir urbains. La situation actuelle, celle du français contemporain des cités (FCC) ou argot des banlieues, est bel et bien différente : les éléments linguistiques qui constituent ce type de français, essentiellement lexicaux mais appartenant aussi à d’autres niveaux tels que la phonologie, la morphologie et la syntaxe, sont le réservoir principal des formes linguistiques du français du XXIe siècle qui se construit à partir de formes argotiques, identitaires. Il convient par conséquent de rendre compte de cette situation par une analyse sociolinguistique des pratiques langagières et des procédés linguistiques qui les sous-tendent pour mieux apprécier les phénomènes d’ordre synchronique dynamique qui existent en français contemporain.

 

Notes

[1]

Cette contre-légitimité linguistique ne peut s?affirmer, conformément à ce qu’indique Pierre Bourdieu, que  » dans les limites des marchés francs, c’est-à-dire dans des espaces propres aux classes dominées, repères ou refuges des exclus dont les dominants sont de fait exclus, au moins symboliquement  » (P. Bourdieu, 1983, Vous avez dit  » populaire « , Actes de la recherche en sciences sociales, Paris, Minuit, no 46, p. 98-105, p. 103).

[2]

Comme le rappelle Françoise Gadet,  » La notion de français populaire est plus interprétative que descriptive : la qualification de « populaire » nous apprend davantage sur l’attitude envers un phénomène que sur le phénomène lui-même « , Le français populaire, 1992, Paris, PUF,  » Que sais-je ? « , no 1172, p. 122.

[3]

On pourra se reporter, entre autres, à Denise François-Geiger et J.-P. Goudaillier, 1991, Parlures argotiques, Langue française, Paris, Larousse, no 90, 125 p.

[4]

Cf. ici-même l’article d’Estelle Liogier à propos de la description du français parlé par les jeunes de cités, plus particulièrement le paragraphe intitulé  » Un mélange de codes « .

[5]

D’autres exemples sont présentés dans J.-P. Goudaillier, 2001, Comment tu tchatches ! Dictionnaire du français contemporain des cités, Paris, Maisonneuve & Larose (1re éd., 1997), 305 p.

[6]

Pour Pierre Guiraud (Argot, Encyclopedia Universalis, p. 934)  » … les parlers populaires des grandes villes… se muent en argots modernes soumis aux changements accélérés par la société « .

[7]

Pour P. Bourdieu  » … ce qui s’exprime avec l’habitus linguistique, c’est tout l’habitus de classe dont il est une dimension, c’est-à-dire, en fait, la position occupée, synchroniquement et diachroniquement, dans la structure sociale  » (P. Bourdieu, 1984, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1re éd., 1982, p. 85).

[8]

 » … l’argot assume souvent une fonction expressive ; il est le signe d’une révolte, un refus et une dérision de l’ordre établi incarné par l’homme que la société traque et censure. Non plus la simple peinture d’un milieu exotique et pittoresque, mais le mode d’expression d’une sensibilité  » (P. Guiraud, Argot, Encyclopedia Universalis, p. 934).

[9]

Voir à ce sujet Christian Bachman et Luc Basier, 1984, Le verlan : argot d’école ou langue des keums, Mots, no 8, p. 169-185.

[10]

Geneviève Vermes et Josiane Boutet (sous la dir. de), 1987, France, pays multilingue, Paris, L?Harmattan, coll.  » Logiques sociales « , t. I : Les langues en France, un enjeu historique et social, 204 p. et t. II : Pratiques des langues en France, 209 p.

[11]

Jean-Michel Décugis et Aziz Zemouri, 1995, Paroles de banlieues, Paris, Plon, 231 p.

[12]

Cf. Jacqueline Billiez, 1990, Le parler véhiculaire interethnique de groupes d’adolescents en milieu urbain, Actes du Colloque  » Des langues et des villes «  (Dakar, 15-17 décembre 1990, p. 117-126).

[13]

Pour les notions de marqueurs, de stéréotypes (et d?indicateurs) en sociolinguistique, on se reportera, entre autres, à William Labov, 1976, Sociolinguistique, Paris, Minuit.

[14]

Voir aussi David Lepoutre, 1997, Cœur de banlieue. Codes, rites et langages, Paris, Éditions Odile Jacob, 362 p.

[15]

J.-P. Goudaillier, 1996, Les mots de la fracture linguistique, La Revue des Deux-Mondes, mars 1996, p. 115-123.

[16]

Il s?agit d’établir, ainsi que le rappelle Louis-Jean Calvet  » si les langues des banlieues ne constituent que de la variation (…) ou si, au contraire, la cassure sociale est telle qu’elle produit sous nos yeux une cassure linguistique  » (Louis-Jean Calvet, 1997, Le langage des banlieues : une forme identitaire, Colloque Touche pas à ma langue ! [ ?] / Les langages des banlieues (Marseille, IUFM, 26-28 septembre 1996), Skholê (Cahiers de la recherche et du développement, IUFM de l’Académie d?Aix-Marseille, numéro hors série, p. 151-158, p. 157).

[17]

Pour ce qui est des cas de déplacements en intercation, cf. Caroline Juillard, 2001, Une ou deux langues ? Des positions et des faits, La Linguistique, Paris, PUF, vol. 37, fasc. 2, p. 3-31, p. 10-11 et s.

[18]

 » On en a marre de parler français normal comme les riches, les petits bourges… parce que c’est la banlieue ici  » (Élève d’origine maghrébine du Groupe scolaire Jean-Jaurès de Pantin dans un reportage diffusé lors du journal télévisé de 20 heures sur TF1 le 14 février 1996).

[19]

Denise François-Geiger, 1988, Les paradoxes des argots, Actes du Colloque  » Culture et pauvretés « , Tourette (L’Arbresle), 13-15 décembre 1985, édités par Antoine Lion et Pedro de Meca, La Documentation française, p. 17-24.

[20]

Gérard Chauveau et Lucile Duro-Courdesses (sous la dir. de), 1989, Écoles et quartiers ; des dynamiques éducatives locales, Paris, L?Harmattan, coll.  » Cresas « , no 8, p. 183.

[21]

Boris Seguin et Frédéric Teillard, 1996, Les céfrans parlent aux Français. Chronique de la langue des cités, Paris, Calmann-Lévy, 230 p.

[22]

Fabienne Melliani, 2000, La langue du quartier. Appropriation de l’espace et identités urbaines chez des jeunes issus de l’immigration maghrébine en banlieue rouennaise, Paris, L?Harmattan, coll.  » Espaces discursifs « , 220 p., p. 50. Ceci  » nécessite cependant des locuteurs qu’ils se situent sur un autre marché, plus restreint, que celui sur lequel évolue la variété légitime  » (p. 50).

[23]

Cf. aussi à ce sujet J.-P. Goudaillier, 1997, Quelques procédés de formation lexicale de la langue des banlieues (verlan monosyllabique, aphérèse, resuffixation), Colloque Touche pas à ma langue ! [ ?] / Les langages des banlieues, Marseille, IUFM, 26-28 septembre 1996, Skholê (Cahiers de la recherche et du développement, IUFM de l’Académie d?Aix-Marseille), numéro hors série, p. 75-86, p. 78. Divers cas d’alternances et de ruptures linguistiques en interaction sont analysés par Fabienne Melliani. De tels cas sont à différencier de ceux présentés par Caroline Juillard, cf. n. 17.

[24]

 » … le Marseillais, il parle pas verlan, c’est le Parisien qui parle verlan… Le Marseillais, il emprunte des mots dans certaines langues…  » (Ali Ibrahima du Groupe B-Vice, Émission La Grande Famille, Canal+, 24 janvier 1996 à propos de la langue de La Savine, quartier situé au nord de Marseille).

[25]

À propos des modes d?appropriation de l’espace, se reporter, entre autres, à D. Lepoutre, Cœur de banlieue…, chap. 1 et plus précisément p. 57-63. D. Lepoutre indique par ailleurs que  » les meilleurs locuteurs de verlan sont généralement les adolescents les plus intégrés au groupe des pairs et à sa culture  » (p. 122).

[26]

J.-P. Goudaillier, 1998, La langue des cités françaises comme facteur d?intégration ou de non-intégration, Rapport de la Commission nationale  » Culture, facteur d?intégration  » de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture, Paris, Conseil économique et social, 16 février 1996, in  » Culture et intégration : expériences et mode d?emploi « , Voiron, Éditions de  » La lettre du cadre territorial « , février 1998, p. 3-14.

[27]

Louise Dabène et Jacqueline Billiez, 1987, Le parler des jeunes issus de l’immigration, France, pays multilingue (sous la dir. de Geneviève Vermes et Josiane Boutet), Paris, L?Harmattan, t. II, p. 62-77, p. 65.

[28]

Louise Dabène et Jacqueline Billiez, 1987, Le parler des jeunes…, p. 63-64.

[29]

Il s?agit de la forme phonétique relevée, entre autres, à Tunis pour désigner la SEITA (Société des tabacs français) pendant la période de la colonisation française. Ce terme a successivement désigné le tabac à priser, le tabac à chiquer, avant même de désigner la cigarette de haschisch puis le haschisch lui-même.

[30]

Les mots bédo, chafrav, choucard, chourav, gadjo, gadji et gavali existent déjà en argot traditionnel.

[31]

Directeur : Jean-Pierre Gouudaillier.

[32]

On pourra se reporter, entre autres, à Alma Sokolija-Brouillard, 2001, Comparaison des argots de la région de Sarajevo et de la région parisienne, Thèse de doctorat de linguistique (sous la dir. de J.-P. Goudaillier), Université René-Descartes – Paris 5, 2 vol., 598 p. + annexe et plus particulièrement p. 58 et s., 160 et s.

[33]

 » … argot et langue populaire ont dû, à la fin du XIXe siècle et au début de ce siècle avoir des affinités qui ont peut-être disparu ou se sont atténuées aujourd?hui. Cela tient sans nul doute à un nivellement des couches sociales qui entraîne un relatif nivellement langagier  » (Denise François-Geiger, 1991, Panorama des argots contemporains, Parlures argotiques, Langue française, Paris, Larousse, no 90, p. 5-9, p. 6).

 

 

Publicités

Tombeau des Patriarches: Vous avez dit orwellien ? (Between truthful lies and respectable murder, what first casualty of war ?)

12 juillet, 2017
firstmonument
https://i1.wp.com/s1.lprs1.fr/images/2017/03/23/6790170_361d2da0-0fd7-11e7-9596-a5ef1fbae542-1.jpghttps://i0.wp.com/www.francesoir.fr/sites/francesoir/files/images/36446d584304ecac68fc1702bb62d35214a98a6a_field_image_rdv_dossier.jpghttps://i0.wp.com/s1.lprs1.fr/images/2017/04/24/6885261_a92068b2-28f0-11e7-9cf1-79a722e2680f-1.jpghttps://i1.wp.com/www.contre-info.com/wp-content/uploads/2017/07/sondage.jpg https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2017/05/1er-tour-2017-2.jpgMalheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretés. Jésus
Le tombeau, ce n’est jamais que le premier monument humain à s’élever autour de la victime émissaire, la première couche des significations, la plus élémentaire, la plus fondamentale, la première couche des significations, la plus élémentaire, la plus fondamentale. Pas de culture sans tombeau, pas de tombeau sans culture. A la limite, le tombeau est le premier et seul symbole culturel. René Girard
On ne veut pas savoir que l’humanité entière est fondée sur l’escamotage mythique de sa propre violence, toujours projetée sur de nouvelles victimes. Toutes les cultures, toutes les religions, s’édifient autour de ce fondement qu’elles dissimulent, de la même façon que le tombeau s’édifie autour du mort qu’il dissimule. Le meurtre appelle le tombeau et le tombeau n’est que le prolongement et la perpétuation du meurtre. La religion- tombeau n’est rien d’autre que le devenir invisible de son propre fondement, de son unique raison d’être. Autrement dit, l’homme tue pour ne pas savoir qu’il tue. (…) Les hommes tuent pour mentir aux autres et se mentir à eux-mêmes au sujet de la violence et de la mort. René Girard
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La première victime d’une guerre, c’est toujours la vérité. Eschyle
Comme une réponse, les trois slogans inscrits sur la façade blanche du ministère de la Vérité lui revinrent à l’esprit. La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. 1984 (George Orwell)
La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit. George Orwell (1984)
Les intellectuels sont portés au totalitarisme bien plus que les gens ordinaires. George Orwell
Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. George Orwell
Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. George Orwell
Une autre décision délirante de l’Unesco. Cette fois-ci, ils ont estimé que le tombeau des Patriarches à Hébron est un site palestinien, ce qui veut dire non juif, et que c’est un site en danger. Pas un site juif ? Qui est enterré là ? Abraham, Isaac et Jacob. Sarah, Rebecca, et Léa. Nos pères et nos mères (bibliques). Benjamin Netanyahou
Au nom du gouvernement du Canada, nous souhaitons présenter nos excuses à Omar Khadr pour tout rôle que les représentants canadiens pourraient avoir joué relativement à l’épreuve qu’il a subie à l’étranger ainsi que tout tort en résultant. Ralph Goodale et Chrystia Freeland
Ça n’a rien à voir avec ce que Khadr a fait, ou non. Lorsque le gouvernement viole les droits d’un Canadien, nous finissons tous par payer. La Charte protège tous les Canadiens, chacun d’entre nous, même quand c’est inconfortable. Justin Trudeau
Même si je vais devoir quitter mon poste, je ne compromettrai pas le salaire d’un martyr (Shahid) où d’un prisonnier, car je suis le président de l’ensemble du peuple palestinien, y compris les prisonniers, les martyrs, les blessés, les expulsés et les déracinés. Mahmoud Abbas
Je sais votre engagement constant en faveur de la non-violence. Emmanuel Macron
Voulez-vous devenir une vedette dans la presse algérienne arabophone? C’est facile. Prêchez la haine des Juifs […]. Je suis un rescapé de l’école algérienne. On m’y a enseigné à détester les Juifs. Hitler y était un héros. Des professeurs en faisaient l’éloge. Après le Coran, Mein Kampf et Les Protocoles des sages de Sion sont les livres les plus lus dans le monde musulman.  Karim Akouche
Après le mois sacré, les imams sont épuisés et doivent se reposer. Ils n’ont que le mois de juillet ou d’août pour le faire. Ce moment est très mal choisi pour la marche. Fathallah Abdessalam (conseiller islamique de prison belge)
65 % des Français estiment ainsi qu’« il y a trop d’étrangers en France », soit un niveau identique à 2016 et pratiquement constant depuis 2014. Sur ce point au moins, le clivage entre droites et gauches conserve toute sa pertinence : si 95 % des sympathisants du Front national partagent cette opinion, ils sont presque aussi nombreux chez ceux du parti Les Républicains (83 %, + 7 points en un an) ; à l’inverse, ce jugement est minoritaire chez les partisans de La France insoumise (30 %), du PS (46 %) et d’En marche ! (46 %). De même, les clivages sociaux restent un discriminant très net : 77 % des ouvriers jugent qu’il y a trop d’étrangers en France, contre 66 % des employés, 57 % des professions intermédiaires et 46 % des cadres. Dans des proportions quasiment identiques, 60 % des Français déclarent que, « aujourd’hui, on ne se sent plus chez soi comme avant ». Enfin, 61 % des personnes interrogées estiment que, « d’une manière générale, les immigrés ne font pas d’efforts pour s’intégrer en France », même si une majorité (54 %) admet que cette intégration est difficile pour un immigré. L’évolution du regard porté sur l’islam est tout aussi négative. Seulement 40 % des Français considèrent que la manière dont la religion musulmane est pratiquée en France est compatible avec les valeurs de la société française. Ce jugement était encore plus minoritaire en 2013 et 2014 (26 % et 37 %), mais, de manière contre-intuitive, il avait fortement progressé (47 %) au lendemain des attentats djihadistes de Paris en janvier 2015. Depuis, il s’est donc à nouveau dégradé. Le Monde
“Comme des millions de gens à travers le globe ces dernières années, les deux auteurs ont attaqué le colonialisme et le système capitaliste et impérialiste. Comme beaucoup d’entre nous, ils dénoncent une idéologie toujours très en vogue : le racisme, sous ses formes les plus courantes mais aussi les plus décomplexées”, expliquaient-ils, en exigeant l’abandon des poursuites engagées à la suite d’une plainte de l’Agrif. (…) Renaud, Saïdou et Saïd Bouamama ont choisi d’assumer leur “devoir d’insolence” afin d’interpeller et de faire entendre des opinions qui ont peu droit de cité au sein des grands canaux de diffusion médiatique.” Pétition signée par Danièle Obono (porte-parole de JL Mélenchon)
Faisons du défi migratoire une réussite pour la France. Anne Hidalgo
Aucun principe de droit international n’oblige les Français déjà surendettés, à hauteur de plus de 2000 milliards, à financer par leurs impôts et leurs cotisations sociales des soins gratuits pour tous les immigrés illégaux présents sur notre sol… en 2016, l’octroi du statut de demandeur d’asile est devenu un moyen couramment utilisé par des autorités dépassées pour vider les camps de migrants, à Paris bien sûr, mais aussi par exemple, à Calais, dans la fameuse «jungle» qui, avant son démantèlement, comptait environ 14 000 «habitants». Ces derniers, essentiellement des migrants économiques, ont été qualifiés de réfugiés politiques dans l’unique but de pouvoir les transférer vers d’autres centres, dénommés CAO ou CADA en province. De telles méthodes relèvent d’une stratégie digne du mythe de Sisyphe: plus ils sont vidés, plus ils se remplissent à nouveau… Pierre Lellouche
Madame Hidalgo prétend vouloir améliorer l’intégration des nouveaux migrants. Ses amis n’ont pas réussi en deux décennies à intégrer des populations culturellement et socialement plus aisément intégrables. À aucun moment Anne Hidalgo n’a eu le mauvais goût d’évoquer la question de l’islam. Madame Hidalgo n’aurait pas songé à demander aux riches monarques du golfe, à commencer par celui du Qatar, à qui elle tresse régulièrement des couronnes, de faire preuve de générosité à l’égard de leurs frères de langue, de culture et de religion. Madame le maire n’est pas très franche. Dans sa proposition, elle feint de séparer les réfugiés éligibles au droit d’asile et les migrants économiques soumis au droit commun. Elle fait semblant de ne pas savoir que ces derniers pour leur immense majorité ne sont pas raccompagnés et que dès lors qu’ils sont déboutés , ils se fondent dans la clandestinité la plus publique du monde. (…) À la vérité, c’est bien parce que les responsables français démissionnaires n’ont pas eu la volonté et l’intelligence de faire respecter les lois de la république souveraine sur le contrôle des flux migratoires , et ont maintenu illégalement sur le sol national des personnes non désirées, que la France ne peut plus se permettre d’accueillir des gens qui mériteraient parfois davantage de l’être. Qui veut faire l’ange fait la bête. Mais le premier Français, n’aura pas démérité non plus à ce concours de la soumission auquel il semble aussi avoir soumissionné. C’est ainsi que cette semaine encore, le président algérien a, de nouveau, réclamé avec insistance de la France qu’elle se soumette et fasse repentance . Cela tourne à la manie. La maladie chronique macronienne du ressentiment ressassé de l’Algérie faillie. À comparer avec l’ouverture d’esprit marocaine. En effet, Monsieur Bouteflika a des circonstances atténuantes. Son homologue français lui aura tendu la verge pour fouetter la France. On se souvient de ses propos sur cette colonisation française coupable de crimes contre l’humanité. Je n’ai pas noté que Monsieur Macron, le 5 juillet dernier, ait cru devoir commémorer le massacre d’Oran de 1962 et le classer dans la même catégorie juridique de droit pénal international. Il est vrai que ce ne sont que 2000 Français qui furent sauvagement assassinés après pourtant que l’indépendance ait été accordée. (…) Au demeurant, Monsieur Macron a depuis récidivé: accueillant cette semaine son homologue palestinien Abbou Abbas, il a trouvé subtil de déclarer: «l’absence d’horizon politique nourrit le désespoir et l’extrémisme» . Ce qui est la manière ordinaire un peu surfaite d’excuser le terrorisme. À dire le vrai, le président français, paraît-il moderne, n’a cessé de trouver de fausses causes sociales éculées à ce terrorisme islamiste qui massacre les Français depuis deux années. Gilles-William Goldnadel
L’indifférence apparente des Français à la situation peut sembler étrange, s’assimiler à du déni, à la volonté de ne pas voir. Elle peut aussi se comprendre comme une stratégie de survie analogue à ce qui se passe depuis de nombreuses années en Israël. Les terroristes et leurs alliés wahabites, salafistes ou frères musulmans espéraient non seulement semer la mort mais tétaniser les populations, tarir les foules dans les salles de spectacle, les restaurants, nous contraindre à vivre comme dans ces pays obscurantistes dont ils se réclament. Or c’est l’inverse : les Français continuent à vivre presque comme d’habitude, ils sortent, vont au café, partent en vacances, acceptent de se soumettre à des procédures de sécurité renforcées. (…) Depuis les attentats de 1995, chacun de nous devient malgré soi une sorte d’agent de sécurité : entrer dans une rame de métro nous contraint à regard circulaire pour détecter un suspect éventuel. Un colis abandonné nous effraie. Dans une salle de cinéma ou de musique, nous calculons la distance qui nous sépare de la sortie en cas d’attaques surprises. Nous nous mettons à la place d’un djihadiste éventuel pour déjouer ses plans. (…) Pour comprendre ce scandaleux silence [concernant le meurtre de Sarah Halimi], il faut partir d’un constat fait par un certain nombre de nos têtes pensantes de gauche et d’extrême gauche : l’antisémitisme, ça suffit. C’est une vieille rengaine qu’on ne veut plus entendre. Il faut s’attaquer maintenant au vrai racisme, l’islamophobie qui touche nos amis musulmans. Bref, comme le disent beaucoup, le musulman en 2017 est le Juif des années 30, 40. On oublie au passage que l’antisémitisme ne s’est jamais adressé à la religion juive en tant que telle mais au peuple juif coupable d’exister et qu’enfin dans les années 40 il n’y avait pas d’extrémistes juifs qui lançaient des bombes dans les gares ou les lieux de culte, allaient égorger les prêtres dans leurs églises. Juste une remarque statistique : depuis Ilan Halimi, kidnappé et torturé par le Gang des Barbares jusqu’à Mohammed Mehra, l’Hyper casher de Vincennes et Sarah Halimi, pas moins de dix Français juifs ont été tués ces dernières années parce que juifs par des extrémistes de l’islam. Cela n’empêche pas les radicaux du Coran de se plaindre de l’islamophobie officielle de l’Etat français. Ce serait à hurler de rire si ça n’était pas tragique ! Dans la doxa officielle de la gauche, seule l’extrême droite souffre d’antisémitisme. Que le monde arabo musulman soit, pour une large part, rongé par la haine des Juifs, ces inférieurs devenus des égaux, est impensable pour eux. (…) Soutenir les Indigènes de la République en 2017, ce Ku Klux Klan islamiste, antisémite et fascisant est pour le moins problématique. Beaucoup à gauche pensent que les anciens dominés ou colonisés ne peuvent être racistes puisqu’ils ont été eux-mêmes opprimés. C’est d’une naïveté confondante. Il y a même ce que j’avais appelé il y a dix ans “un racisme de l’antiracisme” où les nouvelles discriminations à l’égard des Juifs, des Blancs, des Européens s’expriment au nom d’un antiracisme farouche. Le suprématisme noir ou arabe n’est pas moins odieux que le suprématisme blanc dont ils ne sont que le simple décalque. Les déclarations de Madame Obono relèvent d’une stratégie de la provocation que le Front de gauche partage avec le Front national, ce qui est normal puisque ce sont des frères ennemis mais jumeaux. Lancer une polémique, c’est chercher la réprobation pour se poser en victimes. Multiplier les transgressions va constituer la ligne politique de ceux qui s’appellent “Les insoumis”, nom assez cocasse quand on connaît l’ancien notable socialiste, le paria pépère qui est à leur tête et dont le patrimoine déclaré se monte à 1 135 000 euros, somme coquette pour un ennemi des riches. Pascal Bruckner
Le sujet n’a pas été abordé pendant la campagne présidentielle, pas davantage que les enjeux, plus larges, du «commun», de ce que c’est aujourd’hui qu’être Français, des frontières du pays, de notre «identité nationale». Et que cette occultation n’a pas fait disparaître cet enjeu fondamental pour nos concitoyens, contrairement à ce qu’ont voulu croire certains observateurs ou certains responsables politiques. (…) il y a la crainte d’aborder des enjeux tels que l’immigration ou la place de la religion dans la société par exemple. Crainte de «faire le jeu du FN» dans le langage politique de ces 20 dernières années suivant un syllogisme impeccable: le FN est le seul parti qui parle de l’immigration dans le débat public, le FN explique que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale», donc parler de l’immigration, c’est dire que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale»! La seule forme acceptable d’aborder le sujet étant de «lutter contre le FN» en expliquant que «l’immigration est une chance pour la France» et non une menace. Ce qui interdit tout débat raisonnable et raisonné sur le sujet. Enfin, les partis et responsables politiques qui avaient prévu d’aborder la question ont été éliminés ou dans l’incapacité concrète de le faire: songeons ici à Manuel Valls et François Fillon. Et notons que le FN lui-même n’a pas joué son rôle pendant la campagne, en mettant de côté cette thématique de campagne pour se concentrer sur le souverainisme économique, notamment avec la proposition de sortie de l’euro. Tout ceci a déséquilibré le jeu politique et la campagne, et n’a pas réussi au FN d’ailleurs qui s’est coupé d’une partie de son électorat potentiel. (…) L’opinion majoritairement négative de l’islam de la part de nos compatriotes vient de l’accumulation de plusieurs éléments. Le premier, ce sont les attentats depuis le début 2015, à la fois sur le sol national et de manière plus générale. Les terroristes qui tuent au nom de l’islam comme la guerre en Syrie et en Irak ou les actions des groupes djihadistes en Afrique font de l’ensemble de l’islam une religion plus inquiétante que les autres. Même si nos compatriotes font la part des choses et distinguent bien malgré ce climat islamisme et islam. On n’a pas constaté une multiplication des actes antimusulmans depuis 2015 et les musulmans tués dans des attaques terroristes depuis cette date l’ont été par les islamistes. Un deuxième élément, qui date d’avant les attentats et s’enracine plus profondément dans la société, tient à la visibilité plus marquée de l’islam dans le paysage social et politique français, comme ailleurs en Europe. En raison essentiellement de la radicalisation religieuse (pratiques alimentaires et vestimentaires, prières, fêtes, ramadan…) d’une partie des musulmans qui vivent dans les sociétés européennes – l’enquête réalisée par l’Institut Montaigne l’avait bien montré. Enfin, troisième élément de crispation, de nombreuses controverses de nature très différentes mais toutes concernant la pratique visible de l’islam ont défrayé la chronique ces dernières années, faisant l’objet de manipulations politiques tant de la part de ceux qui veulent mettre en accusation l’islam, que d’islamistes ou de partisans de l’islam politique qui les transforment en combat pour leur cause. On peut citer la question des menus dans les cantines, celle du fait religieux en entreprise, le port du voile ou celui du burkini, la question des prières de rue, celle de la présence de partis islamistes lors des élections, les controverses sur le harcèlement et les agressions sexuelles de femmes lors d’événements ou dans des quartiers où sont concentrées des populations musulmanes, etc. (…) Aujourd’hui, cette défiance s’étend à de multiples sujets, notamment aux enjeux sur l’identité commune et à l’immigration. Et, de ce point de vue, l’occultation de ces enjeux à laquelle on a pu assister pendant ces derniers mois, pendant la campagne dont cela aurait dû être un des points essentiels, est une très mauvaise nouvelle. Cela va encore renforcer cette défiance aux yeux de nos concitoyens car non seulement les responsables politiques ne peuvent ou ne veulent plus agir sur l’économie mais en plus ils tournent la tête dès lors qu’il s’agit d’immigration ou de définition d’une identité commune pour le pays et ses citoyens. Laurent Bouvet
Une partie du pays a eu le sentiment que la campagne avait été détournée de son sens et accaparée, à dessein, par les «affaires» que l’on sait, la presse étant devenue en la matière moins un contre-pouvoir qu’un anti-pouvoir, selon le mot de Marcel Gauchet. Cette nouvelle force politique pêche par sa représentativité dérisoire, doublée d’un illusoire renouvellement sociologique, quand 75 % des candidats d’En marche appartiennent à la catégorie «cadres et professions intellectuelles supérieures». Le seul véritable renouvellement est générationnel, avec l’arrivée au pouvoir d’une tranche d’âge plus jeune évinçant les derniers tenants du «baby boom». Pour une «disparue», la lutte de classe se porte bien. Pour autant, elle a rarement été aussi occultée. Car cette victoire, c’est d’abord celle de l’entre-soi d’une bourgeoisie qui ne s’assume pas comme telle et se réfugie dans la posture morale (le fameux chantage au fascisme devenu, comme le dit Christophe Guilluy, une «arme de classe» contre les milieux populaires). Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire, les questions qui nourrissent l’angoisse française ont été laissées de côté pour les mêmes raisons que l’antisémitisme, dit «nouveau», demeure indicible. C’est là qu’il faut voir l’une des causes de la dépression collective du pays, quand la majorité sent son destin confisqué par une oligarchie de naissance, de diplôme et d’argent. Une sorte de haut clergé médiatique, universitaire, technocratique et culturellement hors sol. Toutefois, le plus frappant demeure à mes yeux la façon dont le gauchisme culturel s’est fait l’allié d’une bourgeoisie financière qui a prôné l’homme sans racines, le nomade réduit à sa fonction de producteur et de consommateur. Un capitalisme financier mondialisé qui a besoin de frontières ouvertes mais dont ni lui ni les siens, toutefois, retranchés dans leur entre-soi, ne vivront les conséquences. (…) Dans un autre ordre d’idées, peut-on déconnecter la constante progression du taux d’abstention et l’évolution de notre société vers une forme d’anomie, de repli sur soi et d’individualisme triste? Comme si l’exaltation ressassée du «vivre-ensemble» disait précisément le contraire. Cette évolution, elle non plus, n’est pas sans lien à ce retournement du clivage de classe qui voit une partie de la gauche morale s’engouffrer dans un ethos méprisant à l’endroit des classes populaires, qu’elle relègue dans le domaine de la «beauferie» méchante des «Dupont Lajoie». Certains analystes ont déjà lumineusement montré (je pense à Julliard, Le Goff, Michéa, Guilluy, Bouvet et quelques autres), comment le mouvement social avait été progressivement abandonné par une gauche focalisée sur la transformation des mœurs. (…) Par le refus de la guerre qu’on nous fait dès lors que nous avons décidé qu’il n’y avait plus de guerre («Vous n’aurez pas ma haine» ) en oubliant, selon le mot de Julien Freund, que «c’est l’ennemi qui vous désigne». En privilégiant cette doxa habitée par le souci grégaire du «progrès» et le permanent désir d’«être de gauche», ce souci dont Charles Péguy disait qu’on ne mesurera jamais assez combien il nous a fait commettre de lâchetés. (…) Le magistère médiatico-universitaire de cette bourgeoisie morale (Jean-Claude Michéa parlait récemment dans la Revue des deux mondes, (avril 2017) d’une «représentation néocoloniale des classes populaires […] par les élites universitaires postmodernes», affadit les joutes intellectuelles. Chacun sait qu’il lui faudra rester dans les limites étroites de la doxa dite de l’«ouverture à l’Autre». De là une censure intérieure qui empêche nos doutes d’affleurer à la conscience et qui relègue les faits derrière les croyances. «Une grande quantité d’intelligence peut être investie dans l’ignorance lorsque le besoin d’illusion est profond», notait jadis l’écrivain américain Saul Bellow. (…) La chape de plomb qui pèse sur l’expression publique détourne le sens des mots pour nous faire entrer dans un univers orwellien où le blanc c’est le noir et la vérité le mensonge. (…) il s’agit aussi, et en partie, d’un antijudaïsme d’importation. Que l’on songe simplement au Maghreb, où il constitue un fond culturel ancien et antérieur à l’histoire coloniale. L’anthropologie culturelle permet le décryptage du soubassement symbolique de toute culture, la mise en lumière d’un imaginaire qui sous-tend une représentation du monde. (…) Mais, pour la doxa d’un antiracisme dévoyé, l’analyse culturelle ne serait qu’un racisme déguisé.En juillet 2016, Abdelghani Merah (le frère de Mohamed) confiait à la journaliste Isabelle Kersimon que lorsque le corps de Mohamed fut rendu à la famille, les voisins étaient venus en visite de deuil féliciter ses parents, regrettant seulement, disaient-ils, que Mohamed «n’ait pas tué plus d’enfants juifs»(sic). Cet antisémitisme est au mieux entouré de mythologies, au pire nié. Il serait, par exemple, corrélé à un faible niveau d’études alors qu’il demeure souvent élevé en dépit d’un haut niveau scolaire. On en fait, à tort, l’apanage de l’islamisme seul. Or, la Tunisie de Ben Ali, longtemps présentée comme un modèle d’«ouverture à l’autre», cultivait discrètement son antisémitisme sous couvert d’antisionisme (cfNotre ami Ben Ali, de Beau et Turquoi, Editions La Découverte). Et que dire de la Syrie de Bachar el-Assad, à la fois violemment anti-islamiste et antisémite, à l’image d’ailleurs du régime des généraux algériens? Ou, en France, de l’attitude pour le moins ambiguë des Indigènes de la République sur le sujet comme celle de ces autres groupuscules qui, sans lien direct à l’islamisme, racialisent le débat social et redonnent vie au racisme sous couvert de «déconstruction postcoloniale»? (…) Les universitaires et intellectuels signataires font dans l’indigénisme comme leurs prédécesseurs faisaient jadis dans l’ouvriérisme. Même mimétisme, même renoncement à la raison, même morgue au secours d’une logorrhée intellectuelle prétentieuse (c’est le parti de l’intelligence, à l’opposé des simplismes et des clichés de la «fachosphère»). Un discours qui fait fi de toute réalité, à l’instar du discours ouvriériste du PCF des années 1950, expliquant posément la «paupérisation de la classe ouvrière». De cette «parole raciste qui revendique l’apartheid», comme l’écrit le Comité laïcité république à propos de Houria Bouteldja, les auteurs de cette tribune en défense parlent sans ciller à son propos de «son attachement au Maghreb […] relié aux Juifs qui y vivaient, dont l’absence désormais créait un vide impossible à combler».Une absence, ajoutent-ils, qui rend l’auteur «inconsolable». Cette forme postcoloniale de la bêtise, entée par la culpabilité compassionnelle, donne raison à George Orwell, qui estimait que les intellectuels étaient ceux qui, demain, offriraient la plus faible résistance au totalitarisme, trop occupés à admirer la force qui les écrasera. Et à préférer leur vision du monde à la réalité qui désenchante. Nous y sommes. (…) L’islam radical use du droit pour imposer le silence. Cela, on le savait déjà. Mais mon procès a mis en évidence une autre force d’intimidation, celle de cette «gauche morale» qui voit dans tout contradicteur un ennemi contre lequel aucun procédé ne saurait être jugé indigne. Pas même l’appel au licenciement, comme dans mon cas. Un ordre moral qui traque les mauvaises pensées et les sentiments indignes, qui joue sur la mauvaise conscience et la culpabilité pour clouer au pilori. Et exigera (comme la Licra à mon endroit) repentance et «excuses publiques», à l’instar d’une cérémonie d’exorcisme comme dans une «chasse aux sorcières» du XVIIe siècle. (…)  En se montrant incapable de voir le danger qui vise les Juifs, une partie de l’opinion française se refuse à voir le danger qui la menace en propre. Georges Bensoussan

Attention: un tombeau peut en cacher un autre !

Président palestinien au mandat expiré depuis huit ans et financier revendiqué du terrorisme salué par son homologue français pour son « engagement en faveur de la non-violence »; terroriste notoire se voyant gratifié pour cause de détention d’excuses officielles et d’une dizaine de millions de dollars de compensation financière; pétition de la première lycéenne venue contre le racisme de Victor Hugo; associations humanitaires apportant leur soutien explicite à l’un des pires trafics d’êtres humains de l’histoire; ministres de la République française soutenant, entre deux frasques ou démissions pour affaires de corruption, le droit à « niquer » la France ou célébrant, via l’écriture anonyme de romans érotiques l’encanaillement des bourgeoises dans les  » banlieues chaudes »occultation du thème de l’immigration et du terrorisme islamique tout au long d’une campagne ayant abouti, via un véritable hold up et l’élimination ou la stigmatisation des principaux candidats de l’opposition à l’élection d’un président n’ayant recueilli que 17% des inscrits au premier tour, alors que le sujet est censé être une importante préoccupation des Français et qu’on en est à la 34e évacuation en deux ans de quelque 2 800 migrants clandestins en plein Paris, installation dans la quasi-indifférence générale depuis plus d’un an de quasi-favelas de gitans le long d’une route nationale à la sortie de Paris; dénonciation ou censure de ceux qui osent nommer, sur fond d’israélisation toujours plus grande, le nouvel antisémitisme d’origine musulmane ou d’extrême-gauche, marche d’imams européens contre le terrorisme peinant, pour cause de fatigue post-ramadan et malgré pourtant un bilan récent de quelque centaines de victimes, à réunir les participants; peuple américain contraint, après les huit années de l’accident industriel Obama, de se choisir un président américain issu du monde de l’immobilier et de la télé-réalité (monde du catch compris où le bougre a littéralement risqué sa peau sans répétitions !); informations sur la véritable cabale des services secrets comme des médias contre ledit président américain disponibles que sur le seul site d’un des plus grands complotistes de l’histoire

A l’heure où un  tombeau de 4 000 ans entouré d’une enceinte de 2 000 ans …

Se voit magiquement transmué après l’an dernier un Temple lui aussi bimillénaire …

En propriété d’une religion d’à peine 1 100 ans …

Comment ne pas repenser

Vieille comme le monde dans ce nouveau tombeau du politiquement correct …

A cette propension humaine dont parlaient Eschyle comme Orwell ou Girard …

A toujours ensevelir comme première victime de la violence et de la guerre…

La simple vérité ?

Georges Bensoussan : «Nous entrons dans un univers orwellien où la vérité c’est le mensonge»

Alexandre Devecchio
Le Figaro

07/07/2017

ENTRETIEN – L’auteur des Territoires perdus de la République (Fayard) et d’Une France soumise (Albin Michel) revisite la campagne présidentielle. Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire : pour l’historien, les questions qui nourrissent l’angoisse française ont été laissées de côté.

En 2002, Georges Bensoussan publiait Les Territoires perdus de la République, un recueil de témoignages d’enseignants de banlieue qui faisait apparaître l’antisémitisme, la francophobie et le calvaire des femmes dans les quartiers dits sensibles.«Un livre qui faisait exploser le mur du déni de la réalité française», se souvient Alain Finkielkraut, l’un des rares défenseurs de l’ouvrage à l’époque.

Une France soumise, paru cette année, montrait que ces quinze dernières années tout s’était aggravé. L’élection présidentielle devait répondre à ce malaise. Mais, pour Georges Bensoussan, il n’en a rien été. Un voile a été jeté sur les questions qui fâchent. Un symbole de cet aveuglement? Le meurtre de Sarah Halimi, défenestrée durant la campagne aux cris d’«Allah Akbar» sans qu’aucun grand média ne s’en fasse l’écho. Une chape de plomb médiatique, intellectuelle et politique qui, selon l’historien, évoque de plus en plus l’univers du célèbre roman de George Orwell, 1984.
Selon un sondage du JDD paru cette semaine, le recul de l’islam radical est l’attente prioritaire des Français (61 %), loin devant les retraites (43 %), l’école (36 %), l’emploi (36 %) ou le pouvoir d’achat (30 %). D’après une autre étude, 65 % des sondés considèrent qu’«il y a trop d’étrangers en France» et 74 % que l’islam souhaite «imposer son mode de fonctionnement aux autres».

LE FIGARO. – Des résultats en décalage avec les priorités affichées par le nouveau pouvoir: moralisation de la vie politique, loi travail, construction européenne… Les grands enjeux de notre époque ont- ils été abordés durant la campagne présidentielle?

Georges BENSOUSSAN. – Une partie du pays a eu le sentiment que la campagne avait été détournée de son sens et accaparée, à dessein, par les «affaires» que l’on sait, la presse étant devenue en la matière moins un contre-pouvoir qu’un anti-pouvoir, selon le mot de Marcel Gauchet. Cette nouvelle force politique pêche par sa représentativité dérisoire, doublée d’un illusoire renouvellement sociologique, quand 75 % des candidats d’En marche appartiennent à la catégorie «cadres et professions intellectuelles supérieures». Le seul véritable renouvellement est générationnel, avec l’arrivée au pouvoir d’une tranche d’âge plus jeune évinçant les derniers tenants du «baby boom».

Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire, les questions qui nourissent l’angoisse française ont été laissées de côté
Pour une «disparue», la lutte de classe se porte bien. Pour autant, elle a rarement été aussi occultée. Car cette victoire, c’est d’abord celle de l’entre-soi d’une bourgeoisie qui ne s’assume pas comme telle et se réfugie dans la posture morale (le fameux chantage au fascisme devenu, comme le dit Christophe Guilluy, une «arme de classe» contre les milieux populaires). Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire, les questions qui nourrissent l’angoisse française ont été laissées de côté pour les mêmes raisons que l’antisémitisme, dit «nouveau», demeure indicible.
C’est là qu’il faut voir l’une des causes de la dépression collective du pays, quand la majorité sent son destin confisqué par une oligarchie de naissance, de diplôme et d’argent. Une sorte de haut clergé médiatique, universitaire, technocratique et culturellement hors sol.
Toutefois, le plus frappant demeure à mes yeux la façon dont le gauchisme culturel s’est fait l’allié d’une bourgeoisie financière qui a prôné l’homme sans racines, le nomade réduit à sa fonction de producteur et de consommateur. Un capitalisme financier mondialisé qui a besoin de frontières ouvertes mais dont ni lui ni les siens, toutefois, retranchés dans leur entre-soi, ne vivront les conséquences.

Ce gauchisme culturel est moins l’«idiot utile» de l’islamisme que celui de ce capitalisme déshumanisé qui, en faisant de l’intégration démocratique à la nation un impensé, empêche d’analyser l’affrontement qui agite souterrainement notre société. De surcroît, l’avenir de la nation France n’est pas sans lien à la démographie des mondes voisins quand la machine à assimiler, comme c’est le cas aujourd’hui, fonctionne moins bien.

Dans un autre ordre d’idées, peut-on déconnecter la constante progression du taux d’abstention et l’évolution de notre société vers une forme d’anomie, de repli sur soi et d’individualisme triste? Comme si l’exaltation ressassée du «vivre-ensemble» disait précisément le contraire. Cette évolution, elle non plus, n’est pas sans lien à ce retournement du clivage de classe qui voit une partie de la gauche morale s’engouffrer dans un ethos méprisant à l’endroit des classes populaires, qu’elle relègue dans le domaine de la «beauferie» méchante des «Dupont Lajoie».Certains analystes ont déjà lumineusement montré (je pense à Julliard, Le Goff, Michéa, Guilluy, Bouvet et quelques autres), comment le mouvement social avait été progressivement abandonné par une gauche focalisée sur la transformation des mœurs.

La France que vous décrivez semble au bord de l’explosion. Dès lors, comment expliquez-vous le déni persistant d’une partie des élites?

Par le refus de la guerre qu’on nous fait dès lors que nous avons décidé qu’il n’y avait plus de guerre («Vous n’aurez pas ma haine» ) en oubliant, selon le mot de Julien Freund, que «c’est l’ennemi qui vous désigne». En privilégiant cette doxa habitée par le souci grégaire du «progrès» et le permanent désir d’«être de gauche», ce souci dont Charles Péguy disait qu’on ne mesurera jamais assez combien il nous a fait commettre de lâchetés. Enfin, en éprouvant, c’est normal, toutes les difficultés du monde à reconnaître qu’on s’est trompé, parfois même tout au long d’une vie. Comment oublier à cet égard les communistes effondrés de 1956?
Quant à ceux qui jouent un rôle actif dans le maquillage de la réalité, ils ont, eux, prioritairement le souci de maintenir une position sociale privilégiée. La perpétuation de la doxa est inséparable de cet ordre social dont ils sont les bénéficiaires et qui leur vaut reconnaissance, considération et avantages matériels.
Le magistère médiatico-universitaire de cette bourgeoisie morale (Jean-Claude Michéa parlait récemment dans la Revue des deux mondes, (avril 2017) d’une «représentation néocoloniale des classes populaires […] par les élites universitaires postmodernes», affadit les joutes intellectuelles. Chacun sait qu’il lui faudra rester dans les limites étroites de la doxa dite de l’«ouverture à l’Autre». De là une censure intérieure qui empêche nos doutes d’affleurer à la conscience et qui relègue les faits derrière les croyances. «Une grande quantité d’intelligence peut être investie dans l’ignorance lorsque le besoin d’illusion est profond», notait jadis l’écrivain américain Saul Bellow.

Avec 16 autres intellectuels, dont Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Elisabeth Badinter, Michel Onfray ou encore Marcel Gauchet, vous avez signé une tribune pour que la vérité soit dite sur le meurtre de Sarah Halimi. Cette affaire est-elle un symptôme de ce déni que vous dénoncez?

La chape de plomb qui pèse sur l’expression publique détourne le sens des mots pour nous faire entrer dans un univers orwellien où le blanc c’est le noir et la vérité le mensonge. Nous avons signé cette tribune pour tenter de sortir cette affaire du silence qui l’entourait, comme celui qui avait accueilli, en 2002, la publication des Territoires perdus de la République.

C’était il y a quinze ans et vous alertiez déjà sur la montée d’un antisémitisme dit «nouveau»…

Faut-il parler d’un «antisémitisme nouveau»? Je ne le crois pas. Non seulement parce que les premiers signes en avaient été détectés dès la fin des années 1980. Mais plus encore parce qu’il s’agit aussi, et en partie, d’un antijudaïsme d’importation. Que l’on songe simplement au Maghreb, où il constitue un fond culturel ancien et antérieur à l’histoire coloniale. L’anthropologie culturelle permet le décryptage du soubassement symbolique de toute culture, la mise en lumière d’un imaginaire qui sous-tend une représentation du monde.

Mais, pour la doxa d’un antiracisme dévoyé, l’analyse culturelle ne serait qu’un racisme déguisé. En septembre 2016, le dramaturge algérien Karim Akouche déclarait: «Voulez-vous devenir une vedette dans la presse algérienne arabophone? C’est facile. Prêchez la haine des Juifs […]. Je suis un rescapé de l’école algérienne. On m’y a enseigné à détester les Juifs. Hitler y était un héros. Des professeurs en faisaient l’éloge. Après le Coran, Mein Kampf et Les Protocoles des sages de Sion sont les livres les plus lus dans le monde musulman.» En juillet 2016, Abdelghani Merah (le frère de Mohamed) confiait à la journaliste Isabelle Kersimon que lorsque le corps de Mohamed fut rendu à la famille, les voisins étaient venus en visite de deuil féliciter ses parents, regrettant seulement, disaient-ils, que Mohamed «n’ait pas tué plus d’enfants juifs»(sic).

Cet antisémitisme est au mieux entouré de mythologies, au pire nié. Il serait, par exemple, corrélé à un faible niveau d’études alors qu’il demeure souvent élevé en dépit d’un haut niveau scolaire. On en fait, à tort, l’apanage de l’islamisme seul. Or, la Tunisie de Ben Ali, longtemps présentée comme un modèle d’«ouverture à l’autre», cultivait discrètement son antisémitisme sous couvert d’antisionisme (cfNotre ami Ben Ali, de Beau et Turquoi, Editions La Découverte). Et que dire de la Syrie de Bachar el-Assad, à la fois violemment anti-islamiste et antisémite, à l’image d’ailleurs du régime des généraux algériens? Ou, en France, de l’attitude pour le moins ambiguë des Indigènes de la République sur le sujet comme celle de ces autres groupuscules qui, sans lien direct à l’islamisme, racialisent le débat social et redonnent vie au racisme sous couvert de «déconstruction postcoloniale»?

Justement, le 19 juin dernier, un collectif d’intellectuels a publié dans Le Monde un texte de soutien à Houria Bouteldja, la chef de file des Indigènes de la République.

Que penser de l’évolution sociétale d’une partie des élites françaises quand le même quotidien donne la parole aux détracteurs de Kamel Daoud, aux apologistes d’Houria Bouteldja et offre une tribune à Marwan Muhammad, du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qualifié par ailleurs de «porte-parole combatif des musulmans»?

Les universitaires et intellectuels signataires font dans l’indigénisme comme leurs prédécesseurs faisaient jadis dans l’ouvriérisme. Même mimétisme, même renoncement à la raison, même morgue au secours d’une logorrhée intellectuelle prétentieuse (c’est le parti de l’intelligence, à l’opposé des simplismes et des clichés de la «fachosphère»). Un discours qui fait fi de toute réalité, à l’instar du discours ouvriériste du PCF des années 1950, expliquant posément la «paupérisation de la classe ouvrière». De cette «parole raciste qui revendique l’apartheid», comme l’écrit le Comité laïcité république à propos de Houria Bouteldja, les auteurs de cette tribune en défense parlent sans ciller à son propos de «son attachement au Maghreb […] relié aux Juifs qui y vivaient, dont l’absence désormais créait un vide impossible à combler».Une absence, ajoutent-ils, qui rend l’auteur «inconsolable». Cette forme postcoloniale de la bêtise, entée par la culpabilité compassionnelle, donne raison à George Orwell, qui estimait que les intellectuels étaient ceux qui, demain, offriraient la plus faible résistance au totalitarisme, trop occupés à admirer la force qui les écrasera. Et à préférer leur vision du monde à la réalité qui désenchante. Nous y sommes.

Vous vous êtes retrouvé sur le banc des accusés pour avoir dénoncé l’antisémitisme des banlieues dans l’émission «Répliques» sur France Culture. Il a suffi d’un signalement du CCIF pour que le parquet décide de vous poursuivre cinq mois après les faits. Contre toute attente, SOS-Racisme, la LDH, le Mrap mais aussi la Licra s’étaient associés aux poursuites.

En dépit de la relaxe prononcée le 7 mars dernier, et brillamment prononcée même, le mal est fait: ce procès n’aurait jamais dû se tenir. Car, pour le CCIF, l’objectif est atteint: intimider et faire taire. Après mon affaire, comme après celle de tant d’autres, on peut parier que la volonté de parler ira s’atténuant.

A-t-on remarqué d’ailleurs que, depuis l’attentat de Charlie Hebdo, on n’a plus vu une seule caricature du Prophète dans la presse occidentale?

L’islam radical use du droit pour imposer le silence. Cela, on le savait déjà. Mais mon procès a mis en évidence une autre force d’intimidation, celle de cette «gauche morale» qui voit dans tout contradicteur un ennemi contre lequel aucun procédé ne saurait être jugé indigne. Pas même l’appel au licenciement, comme dans mon cas. Un ordre moral qui traque les mauvaises pensées et les sentiments indignes, qui joue sur la mauvaise conscience et la culpabilité pour clouer au pilori. Et exigera (comme la Licra à mon endroit) repentance et «excuses publiques», à l’instar d’une cérémonie d’exorcisme comme dans une «chasse aux sorcières» du XVIIe siècle.

Comment entendre la disproportion entre l’avalanche de condamnations qui m’a submergé et les mots que j’avais employés au micro de France Culture?

J’étais entré de plain-pied, je crois, dans le domaine d’un non-dit massif, celui d’un antisémitisme qui, en filigrane, pose la question de l’intégration et de l’assimilation. Voire, en arrière-plan, celle du rejet de la France. En se montrant incapable de voir le danger qui vise les Juifs, une partie de l’opinion française se refuse à voir le danger qui la menace en propre.

Une France soumise. Les voix du refus,collectif dirigé par Georges Bensoussan. Albin Michel, 672 p., 24,90 €. Préface d’Elisabeth Badinter

Voir aussi:

http://www.valeursactuelles.com/societe/pour-la-doxa-officielle-le-seul-antisemitisme-est-dextreme-droite-86190

“Pour la doxa officielle, le seul antisémitisme est d’extrême-droite”
Interview. Terrorisme, communautarisme, délires antiracistes : le philosophe et essayiste Pascal Bruckner décrypte les dernières polémiques et ce qu’elles disent de la société française.

Mickaël Fonton
Valeurs actuellles

10 juillet 2017

Le 19 juin dernier, une agression terroriste se produisait sur les Champs-Elysées. L’opinion s’en est trouvée agitée quelques heures, puis la vie a repris son cours. Alors qu’approche la commémoration de l’attentat du 14 juillet à Nice, croyez-vous que les Français aient pris la mesure exacte de la menace qui pèse sur le pays ?
L’indifférence apparente des Français à la situation peut sembler étrange, s’assimiler à du déni, à la volonté de ne pas voir. Elle peut aussi se comprendre comme une stratégie de survie analogue à ce qui se passe depuis de nombreuses années en Israël. Les terroristes et leurs alliés wahabites, salafistes ou frères musulmans espéraient non seulement semer la mort mais tétaniser les populations, tarir les foules dans les salles de spectacle, les restaurants, nous contraindre à vivre comme dans ces pays obscurantistes dont ils se réclament. Or c’est l’inverse : les Français continuent à vivre presque comme d’habitude, ils sortent, vont au café, partent en vacances, acceptent de se soumettre à des procédures de sécurité renforcées.

La présence de policiers armés les rassure. Mais la peur reste latente. Depuis les attentats de 1995, chacun de nous devient malgré soi une sorte d’agent de sécurité : entrer dans une rame de métro nous contraint à regard circulaire pour détecter un suspect éventuel. Un colis abandonné nous effraie. Dans une salle de cinéma ou de musique, nous calculons la distance qui nous sépare de la sortie en cas d’attaques surprises. Nous nous mettons à la place d’un djihadiste éventuel pour déjouer ses plans. Nous sommes devenus malgré nous la victime et le tueur. Nous sommes bien en guerre civile larvée mais avec un sang- froid étonnant dont ne font preuve ni les Nord-américains ni les Britanniques.
Sur le même sujet
Arte diffusera finalement le documentaire sur l’antisémitisme musulman

Comment expliquez-vous le silence médiatique qui a entouré le meurtre de Sarah Halimi ? Indifférence, lassitude, volonté de ne pas “faire le jeu” de tel ou tel parti à l’approche de la présidentielle ?
Pour comprendre ce scandaleux silence, il faut partir d’un constat fait par un certain nombre de nos têtes pensantes de gauche et d’extrême gauche : l’antisémitisme, ça suffit. C’est une vieille rengaine qu’on ne veut plus entendre. Il faut s’attaquer maintenant au vrai racisme, l’islamophobie qui touche nos amis musulmans. Bref, comme le disent beaucoup, le musulman en 2017 est le Juif des années 30, 40. On oublie au passage que l’antisémitisme ne s’est jamais adressé à la religion juive en tant que telle mais au peuple juif coupable d’exister et qu’enfin dans les années 40 il n’y avait pas d’extrémistes juifs qui lançaient des bombes dans les gares ou les lieux de culte, allaient égorger les prêtres dans leurs églises.

Juste une remarque statistique : depuis Ilan Halimi, kidnappé et torturé par le Gang des Barbares jusqu’à Mohammed Mehra, l’Hyper casher de Vincennes et Sarah Halimi, pas moins de dix Français juifs ont été tués ces dernières années parce que juifs par des extrémistes de l’islam. Cela n’empêche pas les radicaux du Coran de se plaindre de l’islamophobie officielle de l’Etat français. Ce serait à hurler de rire si ça n’était pas tragique ! Dans la doxa officielle de la gauche, seule l’extrême droite souffre d’antisémitisme. Que le monde arabo musulman soit, pour une large part, rongé par la haine des Juifs, ces inférieurs devenus des égaux, est impensable pour eux.

Que vous inspire la polémique autour de Danièle Obono, députée de la France insoumise qui réitère son soutien à des personnes qui insultent la France ?
Soutenir les Indigènes de la République en 2017, ce Ku Klux Klan islamiste, antisémite et fascisant est pour le moins problématique. Beaucoup à gauche pensent que les anciens dominés ou colonisés ne peuvent être racistes puisqu’ils ont été eux-mêmes opprimés. C’est d’une naïveté confondante. Il y a même ce que j’avais appelé il y a dix ans “un racisme de l’antiracisme” où les nouvelles discriminations à l’égard des Juifs, des Blancs, des Européens s’expriment au nom d’un antiracisme farouche. Le suprématisme noir ou arabe n’est pas moins odieux que le suprématisme blanc dont ils ne sont que le simple décalque. Les déclarations de Madame Obono relèvent d’une stratégie de la provocation que le Front de gauche partage avec le Front national, ce qui est normal puisque ce sont des frères ennemis mais jumeaux. Lancer une polémique, c’est chercher la réprobation pour se poser en victimes. Multiplier les transgressions va constituer la ligne politique de ceux qui s’appellent “Les insoumis”, nom assez cocasse quand on connaît l’ancien notable socialiste, le paria pépère qui est à leur tête et dont le patrimoine déclaré se monte à 1 135 000 euros, somme coquette pour un ennemi des riches.

Gilles-William Goldnadel : « Anne Hidalgo et les migrants, la grande hypocrisie »

  • Gilles William Goldnadel
  • Le Figaro
  • 10/07/2017

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Dans sa chronique, l’avocat Gilles-William Goldnadel dénonce la mauvaise gestion d’Anne Hidalgo de l’afflux de migrants vers la capitale. Pour elle, en proposant une loi sur le sujet, la maire de Paris montre sa volonté de rejeter la responsabilité de cette catastrophe humaine et sécuritaire sur l’État.


Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.


Je soumets cette question: y aurait-il une manière de concours de soumission entre la première magistrate de Paris et le premier magistrat de France? À celui ou celle qui aurait la soumission la plus soumise?

Ainsi, cette semaine, Madame Hidalgo a-t-elle proposé une loi sur les migrants qu’on ne lui demandait pas et pour laquelle on ne lui connaît aucune compétence particulière.

C’est le moins que l’on puisse écrire. En réalité, un esprit chagrin soupçonnerait l’édile municipal, dépassé par des événements migratoires dans sa ville qu’elle aura pourtant accueillis extatiquement, de vouloir faire porter le chapeau aux autres villes et à l’État.

Les responsables socialistes comme elle ont bien raison de ne pas être complexés. Personne ne leur a demandé raison d’une irresponsabilité qui aura accouché d’une catastrophe démographique et sécuritaire dont on ne perçoit pas encore toute la gravité. Dans un monde normal, ils devraient raser les murs, mais dans le monde virtuel ils peuvent se permettre de construire sur la comète des ponts suspendus. L’idéologie esthétique qui les porte et supporte considère la réalité comme une obscénité.

Et les arguments les plus gênants comme des grossièretés. C’est ainsi, que faire remarquer que toutes les belles âmes, les artistes généreux (pardon pour le pléonasme), les citoyens aériens du monde, prêts à accueillir l’humanité entière sans accueillir un seul enfant dans mille mètres au carré, relève d’une insupportable vulgarité.

Madame Hidalgo s’exclame: «faisons du défi migratoire une réussite pour la France» sur le même ton assuré que ses amis chantaient il y a 20 ans: «L’immigration, une chance pour la France». Décidément, ils ne manquent pas d’air.

Madame Hidalgo prétend vouloir améliorer l’intégration des nouveaux migrants. Ses amis n’ont pas réussi en deux décennies à intégrer des populations culturellement et socialement plus aisément intégrables. À aucun moment Anne Hidalgo n’a eu le mauvais goût d’évoquer la question de l’islam.

Madame Hidalgo n’aurait pas songé à demander aux riches monarques du golfe, à commencer par celui du Qatar, à qui elle tresse régulièrement des couronnes, de faire preuve de générosité à l’égard de leurs frères de langue, de culture et de religion.

Madame le maire n’est pas très franche. Dans sa proposition, elle feint de séparer les réfugiés éligibles au droit d’asile et les migrants économiques soumis au droit commun. Elle fait semblant de ne pas savoir que ces derniers pour leur immense majorité ne sont pas raccompagnés et que dès lors qu’ils sont déboutés , ils se fondent dans la clandestinité la plus publique du monde.

Comme l’écrit Pierre Lellouche dans Une guerre sans fin (Cerf) que je recommande: «Aucun principe de droit international n’oblige les Français déjà surendettés, à hauteur de plus de 2000 milliards, à financer par leurs impôts et leurs cotisations sociales des soins gratuits pour tous les immigrés illégaux présents sur notre sol… en 2016, l’octroi du statut de demandeur d’asile est devenu un moyen couramment utilisé par des autorités dépassées pour vider les camps de migrants, à Paris bien sûr, mais aussi par exemple, à Calais, dans la fameuse «jungle» qui, avant son démantèlement, comptait environ 14 000 «habitants». Ces derniers, essentiellement des migrants économiques, ont été qualifiés de réfugiés politiques dans l’unique but de pouvoir les transférer vers d’autres centres, dénommés CAO ou CADA en province. De telles méthodes relèvent d’une stratégie digne du mythe de Sisyphe: plus ils sont vidés, plus ils se remplissent à nouveau…»

Surtout, Madame Hidalgo n’est pas très courageuse: elle n’ose pas dire le fond de sa pensée: Que l’on ne saurait sans déchoir dire «Non» à l’Autre , «ici c’est chez moi, ce n’est pas chez toi».

J’ai moi-même posé la question, au micro de RMC, à son adjoint chargé du logement, le communiste Iann Brossat: «Oui ou non, faut-il expulser les déboutés du droit d’asile? Réponse du collaborateur: «non bien sûr».

Madame Hidalgo n’a pas le courage de dire le fond de sa pensée soumise .

À la vérité, c’est bien parce que les responsables français démissionnaires n’ont pas eu la volonté et l’intelligence de faire respecter les lois de la république souveraine sur le contrôle des flux migratoires , et ont maintenu illégalement sur le sol national des personnes non désirées, que la France ne peut plus se permettre d’accueillir des gens qui mériteraient parfois davantage de l’être. Qui veut faire l’ange fait la bête.

Mais le premier Français, n’aura pas démérité non plus à ce concours de la soumission auquel il semble aussi avoir soumissionné.

C’est ainsi que cette semaine encore, le président algérien a, de nouveau, réclamé avec insistance de la France qu’elle se soumette et fasse repentance .

Cela tourne à la manie. La maladie chronique macronienne du ressentiment ressassé de l’Algérie faillie. À comparer avec l’ouverture d’esprit marocaine.

En effet, Monsieur Bouteflika a des circonstances atténuantes. Son homologue français lui aura tendu la verge pour fouetter la France. On se souvient de ses propos sur cette colonisation française coupable de crimes contre l’humanité.

Je n’ai pas noté que Monsieur Macron, le 5 juillet dernier, ait cru devoir commémorer le massacre d’Oran de 1962 et le classer dans la même catégorie juridique de droit pénal international. Il est vrai que ce ne sont que 2000 Français qui furent sauvagement assassinés après pourtant que l’indépendance ait été accordée.

On serait injuste de penser que cette saillie un peu obscène n’aurait que des raisons bassement électoralistes. Je crains malheureusement que Jupiter ne soit sincère. Enfant de ce siècle névrotiquement culpabilisant , il a dans ses bagages tout un tas d’ustensiles usagés qui auront servi à tourmenter les Français depuis 30 ans et à inoculer dans les quartiers le bacille mortel de la détestation pathologique de l’autochtone.

Au demeurant, Monsieur Macron a depuis récidivé: accueillant cette semaine son homologue palestinien Abbou Abbas, il a trouvé subtil de déclarer: «l’absence d’horizon politique nourrit le désespoir et l’extrémisme» . Ce qui est la manière ordinaire un peu surfaite d’excuser le terrorisme.

À dire le vrai, le président français, paraît-il moderne, n’a cessé de trouver de fausses causes sociales éculées à ce terrorisme islamiste qui massacre les Français depuis deux années.

Pour vaincre l’islamisme radical, il préfère à présent soumettre le thermomètre.

C’est à se demander si la pensée complexe de Jupiter n’est pas un peu simpliste.

1er juillet 2017 

Le journaliste James O’Keffe (photo) réalise depuis plusieurs années des vidéos en caméra cachée. Il y filme les commentaires, voire les aveux, de personnalités politiques sur les scandales du moment. Proche de Breibart et du président Trump, il vient de réaliser trois vidéos sur le traitement par CNN des possibles ingérences russes dans la campagne présidentielle états-unienne.

La première partie, diffusée le 26 juin 2017, montre un producteur-en-chef de CNN, John Bonifield, responsable de séquences non-politiques, affirmer que les accusations de collusion entre la Russie et l’équipe Trump ne sont que « des conneries » diffusées « pour l’audience ».

La seconde partie, diffusée le 28 juin, montre le présentateur de CNN Anthony Van Jones (ancien collaborateur de Barack Obama licencié de la Maison-Blanche pour avoir publiquement mis en cause la version officielle des attentats du 11-Septembre) affirmant que cette histoire d’ingérence russe est une nullité.

La troisième partie, diffusée le 30 juin, montre le producteur associé de CNN, Jimmy Carr, déclarer que le président Donald Trump est un malade mental et que ses électeurs sont stupides comme de la merde.

CNN a accusé le Project Veritas de James O’Keefe d’avoir sorti ces déclarations de leur contexte plus général. Ses collaborateurs ont tenté de minimiser leurs propos enregistrés. Cependant, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a souligné le caractère scandaleux de ces déclarations et appelé tous les États-uniens à voir ces vidéos et à en juger par eux-mêmes.

L’enquête de CNN sur la possible ingérence russe est devenue l’obsession de la chaîne. Elle l’a abordée plus de 1 500 fois au cours des deux derniers mois. Personne n’a à ce jour le moindre début de commencement de preuve pour étayer l’accusation de la chaîne d’information contre Moscou.

Voir également:

10 juillet 2017

La majorité républicaine de la Commission sénatoriale de la Sécurité de la patrie et des Affaires gouvernementales dénonce les conséquences désastreuses des fuites actuelles de l’Administration.

Ce phénomène, qui était très rare sous les présidences George Bush Jr. et Barack Obama, s’est soudain développé contre la présidence Donald Trump causant des dommages irréversibles à la Sécurité nationale.

Au cours des 126 premiers jours de la présidence Trump, 125 informations classifiées ont été illégalement transmises à 18 organes de presse (principalement CNN). Soit environ une par jour, c’est-à-dire 7 fois plus que durant la période équivalente des 4 précédents mandats. La majorité de ces fuites concernait l’enquête sur de possibles ingérences russes durant la campagne électorale présidentielle.

Le président de la Commission, Ron Johnson (Rep, Wisconsin) (photo) a saisi l’Attorney General, Jeff Sessions.

L’existence de ces fuites répétées laisse penser à un complot au sein de la haute administration dont 98% des fonctionnaires ont voté Clinton contre Trump.

Voir de plus:

10 juillet 2017

L’ex-directeur du FBI, James Comey, dont le témoignage devant le Congrès devait permettre de confondre le président Trump pour haute trahison au profit de la Russie, est désormais lui-même mis en cause.

James Comey avait indiqué par deux fois lors de son audition qu’il remettait au Congrès ses notes personnelles sur ses relations avec le président. Or, selon les parlementaires qui ont pu consulter ces neuf documents, ceux-ci contiennent des informations classifiées.

Dès lors se pose la question de savoir comment l’ex-directeur du FBI a pu violer son habilitation secret-défense et faire figurer des secrets d’État dans des notes personnelles, ou si ces notes sont des documents officiels qu’il aurait volés.

Comey’s private memos on Trump conversations contained classified material”, John Solomon, The Hill, July 9, 2017.

Voir encore:

En s’arrogeant le titre de « 4ème Pouvoir », la presse états-unienne s’est placée à égalité avec les trois Pouvoirs démocratiques, bien qu’elle soit dénuée de légitimité populaire. Elle mène une vaste campagne, à la fois chez elle et à l’étranger, pour dénigrer le président Trump et provoquer sa destitution ; une campagne qui a débuté le soir de son élection, c’est-à-dire bien avant son arrivée à la Maison-Blanche. Elle remporte un vif succès parmi l’électorat démocrate et dans les États alliés, dont la population est persuadée que le président des États-Unis est dérangé. Mais les électeurs de Donald Trump tiennent bon et il parvient efficacement à lutter contre la pauvreté.

Damas (Syrie)

4 juillet 2017

+
JPEG - 30.7 ko

La campagne de presse internationale visant à déstabiliser le président Trump se poursuit. La machine à médire, mise en place par David Brock durant la période de transition [1], souligne autant qu’elle le peut le caractère emporté et souvent grossier des Tweets présidentiels. L’Entente des médias, mise en place par la mystérieuse ONG First Draft [2], répète à l’envie que la Justice enquête sur les liens entre l’équipe de campagne du président et les sombres complots attribués au Kremlin.

Une étude du professeur Thomas E. Patterson de l’Harvard Kennedy School a montré que la presse US, britannique et allemande, a cité trois fois plus Donald Trump que les présidents précédents. Et que, au cours des 100 premiers jours de sa présidence, 80% des articles lui étaient clairement défavorables [3].

Durant la campagne du FBI [4] visant à contraindre le président Nixon à la démission, la presse états-unienne s’était attribuée le qualificatif de « 4ème Pouvoir », signifiant par là que leurs propriétaires avaient plus de légitimité que le Peuple. Loin de céder à la pression, Donald Trump, conscient du danger que représente l’alliance des médias et des 98% de hauts fonctionnaires qui ont voté contre lui, déclara « la guerre à la presse », lors de son discours du 22 janvier 2017, une semaine après son intronisation. Tandis que son conseiller spécial, Steve Bannon, déclarait au New York Times que, de fait, la presse était devenue « le nouveau parti d’opposition ».

Quoi qu’il en soit, les électeurs du président ne lui ont pas retiré leur confiance.

Rappelons ici comment cette affaire a débuté. C’était durant la période de transition, c’est-à-dire avant l’investiture de Donald Trump. Une ONG, Propaganda or Not ?, lança l’idée que la Russie avait imaginé des canulars durant la campagne présidentielle de manière à couler Hillary Clinton et à faire élire Donald Trump. À l’époque, nous avions souligné les liens de cette mystérieuse ONG avec Madeleine Albright et Zbigniew Brzeziński [5]. L’accusation, longuement reprise par le Washington Post, dénonçait une liste d’agents du Kremlin, dont le Réseau Voltaire. Cependant à ce jour, rien, absolument rien, n’est venu étayer cette thèse du complot russe.

Chacun a pu constater que les arguments utilisés contre Donald Trump ne sont pas uniquement ceux que l’on manie habituellement dans le combat politique, mais qu’ils ressortent clairement de la propagande de guerre [6].

La palme de la mauvaise foi revient à CNN qui traite cette affaire de manière obsessionnelle. La chaîne a été contrainte de présenter ses excuses à la suite d’un reportage accusant un des proches de Trump, le banquier Anthony Scaramucci, d’être indirectement payé par Moscou. Cette imputation étant inventée et Scaramucci étant suffisamment riche pour poursuivre la chaîne en justice, CNN présenta ses excuses et les trois journalistes de sa cellule d’enquête « démissionnèrent ».
Puis, le Project Veritas du journaliste James O’Keefe publia trois séquences vidéos tournées en caméra cachée [7]. Dans la première, l’on voit un superviseur de la chaîne rire dans un ascenseur en déclarant que ces accusations de collusion du président avec la Russie ne sont que « des conneries » diffusées « pour l’audience ». Dans la seconde, un présentateur vedette et ancien conseiller d’Obama affirme que ce sont des « nullités ». Tandis que dans la troisième, un producteur déclare que Donald Trump est un malade mental et que ses électeurs sont « stupides comme de la merde » (sic).
En réponse, le président posta une vidéo-montage réalisée à partir d’images, non pas extraites d’un western, mais datant de ses responsabilités à la Fédération états-unienne de catch, la WWE. On peut le voir mimer casser la figure de son ami Vince McMahon (l’époux de sa Secrétaire aux petites entreprises) dont le visage a été recouvert du logo de CNN. Le tout se termine avec un logo altéré de CNN en Fraud News Network, c’est-à-dire le Réseau escroc d’information.

Outre que cet événement montre qu’aux États-Unis le président n’a pas l’exclusivité de la grossièreté, il atteste que CNN —qui a abordé la question de l’ingérence russe plus de 1 500 fois en deux mois— ne fait pas de journalisme et se moque de la vérité. On le savait depuis longtemps pour ses sujets de politique internationale, on le découvre pour ceux de politique intérieure.

Bien que ce soit beaucoup moins significatif, une nouvelle polémique oppose les présentateurs de l’émission matinale de MSNBC, Morning Joe, au président. Ceux-ci le critiquent vertement depuis des mois. Il se trouve que Joe Scarborough est un ancien avocat et parlementaire de Floride qui lutte contre le droit à l’avortement et pour la dissolution des ministères « inutiles » que sont ceux du Commerce, de l’Éducation, de l’Énergie et du Logement. Au contraire, sa partenaire (au sens propre et figuré) Mika Brzeziński est une simple lectrice de prompteur qui soutenait Bernie Sanders. Dans un Tweet, le président les a insulté en parlant de « Joe le psychopathe » et de « Mika au petit quotient intellectuel ». Personne ne doute que ces qualificatifs ne sont pas loin de la vérité, mais les formuler de cette manière vise uniquement à blesser l’amour-propre des journalistes. Quoi qu’il en soit, les deux présentateurs rédigèrent une tribune libre dans le Washington Post pour mettre en doute la santé mentale du président.

Mika Brzeziński est la fille de Zbigniew Brzeziński, un des tireurs de ficelles de Propaganda or not ?, décédé il y a un mois.

La grossièreté des Tweets présidentiels n’a rien à voir avec de la folie. Dwight Eisenhower et surtout Richard Nixon étaient bien plus obscènes que lui, ils n’en furent pas moins de grands présidents.

De même leur caractère impulsif ne signifie pas que le président le soit. En réalité, sur chaque sujet, Donald Trump réagit immédiatement par des Tweets agressifs. Puis, il lance des idées dans tous les sens, n’hésitant pas à se contredire d’une déclaration à l’autre, et observe attentivement les réactions qu’elles suscitent. Enfin, s’étant forgé une opinion personnelle, il rencontre la partie opposée et trouve généralement un accord avec elle.

Donald Trump n’a certes pas la bonne éducation puritaine de Barack Obama ou d’Hillary Clinton, mais la rudesse du Nouveau Monde. Tout au long de sa campagne électorale, il n’a cessé de se présenter comme le nettoyeur des innombrables malhonnêtetés que cette bonne éducation permet de masquer à Washington. Il se trouve que c’est lui et non pas Madame Clinton que les États-uniens ont porté à la Maison-Blanche.

Bien sûr, on peut prendre au sérieux les déclarations polémiques du président, en trouver une choquante et ignorer celles qui disent le contraire. On ne doit pas confondre le style Trump avec sa politique. On doit au contraire examiner précisément ses décisions et leurs conséquences.

Par exemple, on a pris son décret visant à ne pas laisser entrer aux États-Unis des étrangers dont le secrétariat d’État n’a pas la possibilité de vérifier l’identité.

On a observé que la population des sept pays dont il limitait l’accès des ressortissants aux États-Unis est majoritairement musulmane. On a relié ce constat avec des déclarations du président lors de sa campagne électorale. Enfin, on a construit le mythe d’un Trump raciste. On a mis en scène des procès pour faire annuler le « décret islamophobe », jusqu’à ce que la Cour suprême confirme sa légalité. On a alors tourné la page en affirmant que la Cour s’était prononcée sur une seconde mouture du décret comportant divers assouplissements. C’est exact, sauf que ces assouplissement figuraient déjà dans la première mouture sous une autre rédaction.

Arrivant à la Maison-Blanche, Donald Trump n’a pas privé les États-uniens de leur assurance santé, ni déclaré la Troisième Guerre mondiale. Au contraire, il a ouvert de nombreux secteurs économiques qui avaient été étouffés au bénéfice de multinationales. En outre, on assiste à un reflux des groupes terroristes en Irak, en Syrie et au Liban, et à une baisse palpable de la tension dans l’ensemble du Moyen-Orient élargi, sauf au Yémen.

Jusqu’où ira cet affrontement entre la Maison-Blanche et les médias, entre Donald Trump et certaines puissances d’argent ?

[1] « Le dispositif Clinton pour discréditer Donald Trump », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 février 2017.

[2] « Le nouvel Ordre Médiatique Mondial », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 mars 2017.

[3] « News Coverage of Donald Trump’s First 100 Days », Thomas E. Patterson, Harvard Kennedy School, May 18, 2017.

[4] On apprit trente ans plus tard que la mystérieuse « Gorge profonde » qui alimenta le scandale du Watergate n’était autre que W. Mark Felt, l’ancien adjoint de J. Edgard Hoover et lui-même numéro 2 du Bureau fédéral.

[5] « La campagne de l’Otan contre la liberté d’expression », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 décembre 2016.

[6] « Contre Donald Trump : la propagande de guerre », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 février 2017.

[7] « Project Veritas dévoile une campagne de mensonges de CNN », Réseau Voltaire, 1er juillet 2017.

Voir enfin:

The Definitive History Of That Time Donald Trump Took A Stone Cold Stunner

A decade ago, Trump literally tussled with a wrestling champ. The people who were there are still shocked he did it.

Photo illustration: Damon Dahlen/HuffPost; Photos: Getty/Reuters

Stone Cold Steve Austin was waiting calmly in the bowels of Detroit’s Ford Field when a frantic Vince McMahon turned the corner.

WrestleMania 23’s signature event was just minutes away. Austin and McMahon would soon bound into the stadium, where they’d be greeted by fireworks, their respective theme songs and 80,000 people pumped for “The Battle of the Billionaires,” a match between two wrestlers fighting on behalf of McMahon and real estate mogul Donald Trump.

McMahon, the founder and most prominent face of World Wrestling Entertainment, had spent months before the April 1, 2007, event putting the storyline in place. Trump, then known primarily as the bombastic host of “The Apprentice,” had appeared on a handful of WWE broadcasts to sell the idea that his two-decade friendship with McMahon had collapsed into a bitter “feud.” They had spent hours rehearsing a match with many moving parts: two professional wrestlers in the ring, two camera-thirsty characters outside it, and in the middle, former champ Stone Cold serving as the referee.

The selling point of The Battle of the Billionaires was the wager that Trump and McMahon had placed on its outcome a month earlier during “Monday Night Raw,” WWE’s signature prime time show. Both Trump and McMahon took great pride in their precious coifs, and so the winner of the match, they decided, would shave the loser’s head bald right there in the middle of the ring.

But now, at the last possible moment, McMahon wanted to add another wrinkle.

“Hey, Steve,” McMahon said, just out of Trump’s earshot. “I’m gonna see if I can get Donald to take the Stone Cold stunner.”

Austin’s signature move, a headlock takedown fueled by Stone Cold’s habit of chugging cheap American beer in the ring, was already part of the plan for the match. But Trump wasn’t the intended target.

Austin and McMahon approached Trump and pitched the idea.

“I briefly explained how the stunner works,” Austin said. “I’m gonna kick him in the stomach ― not very hard ― then I’m gonna put his head on my shoulder, and we’re gonna drop down. That’s the move. No rehearsal, [decided] right in the dressing room, 15 minutes before we’re gonna go out in front of 80,000 people.”

Trump’s handler was appalled, Austin said. Trump wasn’t a performer or even a natural athlete. Now, the baddest dude in wrestling, a former Division I college football defensive end with tree trunks for biceps, wanted to drop him with his signature move? With no time to even rehearse it? That seemed … dangerous.

“He tried to talk Donald out of it a million ways,” Austin said.

But Trump, without hesitation, agreed to do it.

The man who became the 45th president of the United States in January has a history with Vince McMahon and WWE that dates back more than two decades, to when his Trump Plaza hotel in Atlantic City hosted WrestleManias IV and V in 1988 and 1989. The relationship has continued into Trump’s presidency. On Tuesday, the Senate confirmed the nomination of Linda McMahon ― Vince’s wife, who helped co-found WWE and served as its president and chief executive for 12 years ― to head the Small Business Administration.

After Trump launched his presidential campaign with an escalator entrance straight out of the wrestling playbook, journalists began pointing to his two-decade WWE career to help explain his political appeal. WWE, in one telling, was where Trump first discovered populism. According to another theory, wrestling was where he learned to be a heel ― a villainous performer loved by just enough people to rise to the top, despite antics that make many people hate him.

To those who were present, though, The Battle of the Billionaires is more an outrageous moment in wrestling history than an explanation of anything that happened next. No one in the ring that night thought Trump would one day be president. But now that he is, they look back and laugh about the time the future commander-in-chief ended up on the wrong side of a Stone Cold stunner.

Jamie McCarthy/WireImage via Getty Images
Donald Trump, Stone Cold Steve Austin and Vince McMahon spent months promoting The Battle of the Billionaires.

‘To Get To The Crescendo, You’ve Got To Go On A Journey’

Professional wrestling is, at its core, a soap opera and a reality TV spectacle, and its best storylines follow the contours of both: A hero squares off with a heel as the masses hang on their fates.

The Battle of the Billionaires was the same tale, played out on wrestling’s biggest stage. WrestleMania is WWE’s annual mega-event. It commands the company’s largest pay-per-view audiences and biggest crowds. At WrestleMania, WWE’s stars compete in high-stakes matches ― including the WWE Championship ― and wrap up loose ends on stories developed during weekly broadcasts of “Monday Night Raw” and special events over the previous year. Even before Trump, WrestleMania had played host to a number of celebrity interlopers, including boxer Mike Tyson and NFL linebacker Lawrence Taylor.

Building a story ― and, for Trump, a character ― fit for that stage required months of work that started with Trump’s initial appearance on “Monday Night Raw” in January 2007. He would show up on “Raw” at least two more times over the next two months, with each appearance raising the stakes of his feud with McMahon and setting up their battle at WrestleMania on April 1.

“The Battle of the Billionaires, and all the hyperbole, was the crescendo,” said Jim Ross, the longtime voice of WWE television commentary. “But to get to the crescendo, you’ve got to go on a journey and tell an episodic story. That’s what we did with Donald.”

Creating a feud between Trump and McMahon, and getting wrestling fans to take Trump’s side, wasn’t actually a huge challenge. McMahon “was the big-shot boss lording over everybody,” said Jerry “The King” Lawler, a former wrestler and Ross’ sidekick in commentary. It was a role McMahon had long embraced: He was the dictator wrestling fans loved to hate.

Leon Halip/WireImage via Getty Images
Bobby Lashley, Trump’s wrestler in the match, was a rising star who’d go on to challenge for the WWE championship after The Battle of the Billionaires.

Trump was never going to pull off the sort of character that McMahon’s most popular foes had developed. He wasn’t Austin’s beer-chugging, south Texas everyman. And vain and cocky as he might be, he never possessed the sexy swagger that made Shawn Michaels one of the greatest in-ring performers in pro wrestling history.

But rain money on people’s heads, and they’ll probably love you no matter who you are. So that’s what Trump did.

Trump’s first appearance on “Monday Night Raw” came during an episode that centered on McMahon, who was throwing himself the sort of self-celebratory event that even The Donald might find overly brash. As McMahon showered the crowd with insults and they serenaded him with boos, Trump’s face appeared on the jumbotron and money began to fall from the sky.

“Look up at the ceiling, Vince,” Trump said as fans grasped at the falling cash. “Now that’s the way you show appreciation. Learn from it.”

In true Trump fashion, the money wasn’t actually his. It was McMahon’s. But the fans didn’t know that.

The folks with slightly fatter wallets than they’d had moments before loved the contrast between the two rich guys. One was the pompous tyrant. The other might have been even wealthier and just as prone to outlandish behavior, but Trump was positioned as the magnanimous billionaire, the one who understood what they wanted.

“That went over pretty well, as you can imagine, dropping money from the sky,” said Scott Beekman, a wrestling historian and author. “Trump was the good guy, and he got over because of how hated McMahon was. Vince McMahon played a fantastic evil boss and was absolutely hated by everyone. So anyone who stood up to McMahon at that point was going to get over well.”

The wrestlers that each billionaire chose to fight for them also bolstered the narrative. Umaga, McMahon’s representative, was an emerging heel who had gone undefeated for most of 2006. “A 400-pound carnivore,” as Ross described him on TV, he was a mountainous Samoan whose face bore war paint and who barely spoke except to scream at the crowd.

Trump’s guy, on the other hand, was Bobby Lashley, a former Army sergeant who might have been cut straight from a granite slab. Lashley was the good-looking, classically trained college wrestler, the reigning champion of ECW (a lower-level WWE property). Even his cue-ball head seemed to have muscles.

Another selling point for the match: the wrestler who won would likely emerge as a top contender to challenge for the WWE title.

Then McMahon added another twist ― as if the match needed it. He enlisted Austin, a multi-time champion who had retired in 2003, as a guest referee.

“It sounded like an easy gig, sounded like a fun gig,” Austin said. “It didn’t take a whole lot of convincing. The scope of Donald Trump … would bring a lot of eyeballs. A chance to do business with a high-profile guy like that sounded like a real fun deal.”

The minute Austin signed up, Trump should have known that despite his “good guy” posture, he, too, was in trouble. When Stone Cold entered the ring at “Raw” to promote the match, he introduced himself to The Donald with a stern warning.

“You piss me off,” Austin said, “I’ll open up an $8 billion can of whoop ass and serve it to ya, and that’s all I got to say about that.”

‘We Thought We Were Shittin’ The Bed’

The opening lines of the O’Jays’ 1973 hit “For the Love of Money” ― also the theme song for Trump’s “Celebrity Apprentice” ― rang out of Ford Field’s loudspeakers a few minutes after Trump and Austin’s impromptu meeting backstage. It was time for Trump to make his way to the ring.

“Money, money, money, money, money,” the speakers blared. Trump emerged. The crowd erupted, and cash, even more than had fallen during his previous appearances, cascaded from the ceiling like victory confetti.

“There was a ton of money that had been dropped during Donald Trump’s entrance,” said Haz Ali, who, under the name Armando Estrada, served as Umaga’s handler. “There was about $20, $25,000 that they’d dropped. … Every denomination ― 1s, 5s, 10s, 20s.”

Lashley appeared next, bounding into the ring without the help of the stairs the others had needed.

For months, McMahon and Trump had sold the story of this match. Now, as Umaga and Lashley stood face to face in the ring, it was time to deliver.

The match started fairly routinely, perhaps even a bit slowly.

“I’m seeing it the same as anyone else who’s watching it,” said Ross, the commentator, who regularly skipped rehearsals to ensure matches would surprise him. “The entire arena was emotionally invested in the storyline. Once they got hooked in it months earlier, now they want the payout.”

On the TV broadcast, it’s obvious that the crowd was hanging on every twist, eager to see which of the two billionaires would lose his hair and how Austin ― famous for intervening in matches and now at the dead center of this one ― might shape it.

But Ford Field, an NFL stadium, is massive compared to the arenas that had hosted previous WrestleManias. Even with 80,000 people packed in, it was difficult to read the crowd from inside the ring.

“Me and Vince keep looking back and forth at each other like, ‘Man, this match is not successful because the crowd is not reacting,’” Austin recalled. “We thought we were shittin’ the bed.”

Trump, for all his usual braggadocio, wasn’t helping.

From outside the ring, McMahon ― a professional performer if there ever was one ― was selling even the most minor details of the match. He was haranguing Austin, instructing Umaga and engaging the crowd all at once. Trump was stiff. His repeated cries of “Kick his ass, Bobby!” and “Come on, Bobby!” came across as stale and unconvincing.

“It’s very robotic, it’s very forced, and there’s no genuine emotion behind it,” said Ali, who had been power-slammed by Lashley early in the match and was watching from the dressing room. “He was just doing it to do it. Hearing him say, ‘Come on, Bobby!’ over and over again ― it didn’t seem like he cared whether Bobby won or lost. That’s the perspective of a former wrestler and entertainer.”

‘He Punched Me As Hard As He Could’

The match turned when Vince’s son, Shane McMahon, entered the fray. Shane and Umaga ganged up on Austin, knocking the guest ref from the ring. Then they turned their attention to Lashley, slamming his head with a metal trash can as he lay on the ground opposite Trump ― whose golden mane, it seemed, might soon be lying on the floor next to his wrestler.

But just as Umaga prepared to finish Lashley off, Austin rebounded, dragging Shane McMahon from the ring and slamming him into a set of metal stairs. Trump ― who moments before had offered only a wooden “What’s going on here?” ― sprang into action.

Out of nowhere, Trump clotheslined Vince McMahon to the ground and then sat on top of him, wailing away at his skull.

“[Ross] and I were sitting right there about four feet from where Vince landed,” Lawler said. “The back of Vince’s head hit the corner of the ring so hard that I thought he was gonna be knocked out for a week.”

Professional wrestling is fake. Trump’s punches weren’t.

Hours before the match, WWE officials had roped the participants into one final walk-through. Vince McMahon was busy handling the production preparations and didn’t attend. So when it came time to rehearse Trump’s attack on WWE’s top man, Ali stood in for McMahon.

Ali gave Trump instructions on how to hit him on the head to avoid actual injury. Because it was just a rehearsal, he figured Trump would go easy. He figured wrong.

“He proceeds to punch me in the top of the head as if he was hammering a nail in the wall. He punched me as hard as he could,” Ali said. “His knuckle caught me on the top of my head, and the next thing I know, I’ve got an egg-sized welt on the top of my head. He hit me as hard as he could, one, two, three. I was like, ‘Holy shit, this guy.’”

“He actually hit Vince, too,” Ali said. “Which made it even funnier. That’s how Vince would want it.”

Back in the ring, Austin ducked under a punch from Umaga and then made him the match’s first victim of a Stone Cold stunner. Umaga stumbled toward the center of the ring, where Lashley floored him with a move called a running spear. Lashley pinned Umaga, Austin counted him out, Trump declared victory, and McMahon began to cry as he ran his fingers through hair that would soon be gone.

“I don’t think Donald’s hair was ever truly in jeopardy,” Lawler said.

Bill Pugliano/Getty Images
Even as he was shaving McMahon’s head, Trump knew that he’d soon join the list of the match’s losers.

‘It May Be One Of The Uglier Stone Cold Stunners In History’

Moments after the match ended, before he raised Trump and Lashley’s arms in victory, Austin handed out his second stunner of the night to Shane McMahon. Vince McMahon tried to escape the same fate. But Lashley chased him down, threw him over his shoulder and hauled McMahon back to the ring, where he, too, faced the stunner.

Trump’s reaction in this moment was a little disappointing. He offered only the most rigid of celebrations, his feet nailed to the floor as his knees flexed and his arms flailed in excitement. It’s as if he knew his joy would be short-lived. He, too, would end up the one thing he never wants to be: a loser.

“Woo!” Trump yelled, before clapping in McMahon’s face while Austin and Lashley strapped their boss into a barber’s chair. “How ya doin’, man, how ya doin’?” he asked, taunting McMahon with a pair of clippers. Then he and Lashley shaved the WWE chairman bald.

As a suitably humiliated McMahon left the ring, Austin launched his typical celebration, raising his outstretched hands in a call for beers that someone ringside was supposed to toss his way. Trump is a famous teetotaler, but Austin shoved a beer can into his hand anyway.

“I didn’t know that Donald Trump didn’t drink,” Austin said. “I didn’t know that back then.”

It didn’t matter. For veteran wrestling fans, the beers were a sign that Stone Cold had a final treat to deliver.

“I threw beer to everybody I got in the ring with,” he said. “Here’s the bait, and it’s the hook as well. Long as I get him holding those beers, everybody knows that anybody who … takes one of my beers is gonna get stunned.”

As McMahon trudged away, Austin climbed to the top rope, saluted the crowd and dumped the full contents of a can into his mouth. Then he hopped down ― and blew the roof off Ford Field.

He turned, kicked Trump in the stomach and stunned him to the floor.

“Austin stunned The Donald!” Ross screamed.

Trump failed to fully execute the move. He didn’t quite get his chin all the way to Austin’s shoulder; then he halfway pulled out of the move before falling to his knees and lying flat on his back.

“It may be one of the uglier Stone Cold stunners in history,” Ross said.

“He’s not a natural-born athlete,” Austin said. “I just remember the stunner didn’t come off as smooth as it would have had he been one of the guys. But we never rehearsed it. He didn’t even know what it was. Vince botched half the ones I gave him [and] Vince is a great athlete. So that’s no knock on Donald Trump.”

And despite Trump’s less-than-stellar wrestling and acting in the ring, those who were close to the action at WrestleMania 23 were impressed by his willingness to even take the stunner.

“We put him in some very unique positions that a lot of people ― big-name actors in Hollywood ― wouldn’t do because they didn’t want to risk looking bad,” Ross said. “He had the balls to do it.”

George Napolitano/FilmMagic via Getty Images
Trump didn’t sell the Stone Cold stunner all that well, but at least, commentator Jim Ross said, “he had the balls to do it.”

‘You Could Argue That Nothing In Wrestling Has Any Meaning’

For almost a decade, the stunning of Donald Trump remained a relic of WWE lore, a moment rehashed occasionally by diehard wrestling fans but forgotten otherwise.

WWE’s ratings tumbled later in 2007, amid congressional scrutiny of steroid use and wrestler deaths. That June, wrestler Chris Benoit murdered his wife and son and then killed himself. He was 40 years old.

Edward Smith Fatu, the wrestler known as Umaga, died from a heart attack in 2009. He was 36.

Lashley, who did not respond to interview requests, left WWE in 2008 after a failed pursuit of the WWE title and an injury that sidelined him for months. He is now a mixed martial arts fighter and the champion of Total Nonstop Action Wrestling.

In 2009, Trump returned to “Monday Night Raw” with a proposal to buy it from McMahon, promising fans that he would run the first Trump-owned episode without commercials. WWE and the USA Network, which broadcast “Raw,” even sent out a press release announcing the sale. When WWE’s stock price plummeted, it was forced to admit that the whole thing was a publicity ploy. The faux sale raised questions about whether everyone involved had violated federal law, but the Securities and Exchange Commission apparently had better things to investigate.

Trump was inducted into the WWE Hall of Fame in 2013, over a chorus of boos from the fans at Madison Square Garden. The Battle of the Billionaires was, at the time, WWE’s highest-grossing pay-per-view broadcast, drawing 1.2 million pay-per-view buys and $24.3 million in global revenue, according to WWE’s estimates. It’s also the most notorious of Trump’s interactions with the company. But that’s about all the significance it really holds.

“You could argue that nothing in wrestling has any meaning,” said Beekman, the historian. The feud between Trump and McMahon “was an angle, and it was a successful angle, and then they moved on to the next one.”

Vince and Linda McMahon together donated $7.5 million to super PACs that backed Trump’s winning presidential campaign. Linda McMahon had earlier spent nearly $100 million on two failed efforts, in 2010 and 2012, to get herself elected to the U.S. Senate. In December, Trump nominated her to head the Small Business Administration, a Cabinet-level job potentially at odds with the methods she and her husband had used to build WWE into a wrestling empire ― but one to which she was easily confirmed. (Neither the McMahons nor the president chose to comment on the president’s WWE career.)

Linda McMahon once took a Stone Cold stunner, too, so Steve Austin is responsible for stunning at least two top Trump administration officials. But he has doled out thousands of those in his career, and until he was reminded, he didn’t even remember what year he had laid Trump out.

“I’ve stunned a couple members of the Cabinet,” Austin said. “But I don’t think about it like that. It was so long ago. I don’t know Donald Trump. We did business together, we shook hands, and I appreciated him taking that. But I don’t sit here in my house, rubbing my hands together thinking, ‘Aw, man, I was the only guy that ever stunned a United States president.’”

“Yeah, it’s pretty cool,” Stone Cold said. “But it was part of what I did. To me, hey, man, it’s just another day at the office.”


Multiculturalisme: Le problème, c’est qu’on refuse de voir ce à quoi on ne veut pas croire (After the liberals, it’s the bobos’s turn to get mugged by reality)

4 septembre, 2016
wite flight.1187642110.jpg
Ban the burka, says majority of the British public
... meanwhile in the UK, Muslim women in traditional dress enjoy the weather on Brighton beachpiege-voilepiege-voile-2
 
https://i1.wp.com/www.pewresearch.org/files/2015/01/FT_15.01.14_MuslimPopulation420px.png

bobos_barbus
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas. Thérèse d’Avila
Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. Oscar Wilde
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. G.K. Chesterton
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Charles Péguy
Toute vérité franchit trois étapes. Tout d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été évidente. Arthur Schopenhauer
Nous appelions l’Amérique de nos voeux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde :on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
Un néoconservateur est un homme de gauche qui s’est fait agresser par la réalité. Un néolibéral est un homme de gauche qui s’est fait lui aussi agresser par la réalité, mais n’a pas porté plainte. Irving Kristol
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises. Bourdieu
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée. Bourdieu
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Aujourd’hui, dans le contexte d’un affrontement de civilisations donnant lieu à un conflit armé ayant fait en un an des centaines de victimes sur le territoire national, il est logique que reviennent au premier plan les exigences de l’ordre public, et le juge des référés a d’ailleurs invoqué «le contexte de l’état d’urgence et des récents attentats» pour justifier sa décision en la fondant sur «un risque de troubles à l’ordre public».  (…) L’islam est, par nature, politique. On ne saurait trop le rappeler: l’islam est un système total qui mêle le religieux, le politique, le juridique, la civilisation. L’islam est un code de droit qui prétend remplacer le droit du pays d’accueil. Si bien que toute concession faite à l’islam comme religion est un abandon consenti à l’islam comme système politico-juridique ainsi qu’à la civilisation islamique. Face à l’islam, la laïcité conçue comme neutralité ne suffit pas. Le cas de figure n’est pas le même qu’avec le catholicisme. Notre laïcité s’est certes construite contre l’Église, mais en accord avec les paroles fondatrices du christianisme: rendre à César et à Dieu ce qui leur revient respectivement. L’islam est au contraire l’anti-laïcité par excellence, si bien que notre État laïque devrait le combattre beaucoup plus durement qu’il n’a combattu le catholicisme. [La Corse] C’est un exemple des troubles à l’ordre public que peut entraîner cet étalage sur les plages françaises des pratiques identitaires islamiques. Surtout dans le contexte des récents massacres commis par des islamistes au nom de leur dieu. Par ailleurs, il est clair qu’en Corse où la population est restée plus près de son sol, plus ancrée dans ses villages, elle se montre plus réactive face au processus de la conquête islamiste non dite mais bien réelle dont l’Europe occidentale est l’objet. Cependant, même dans l’Hexagone, de plus en plus de gens ont conscience du lien qui existe entre les carnages des terroristes islamistes et le folklore identitaire arabo-musulman qui est le terreau où se nourrit le djihadisme. (…) Notre pays est actuellement en guerre, et s’il ne veut pas être vaincu dans cette guerre, il doit savoir contre qui et contre quoi il se bat. Pour ne pas perdre une guerre, il faut impérativement nommer l’ennemi. Or, en l’espèce, celui-ci est double: d’une part les djihadistes violents qui massacrent dans notre pays; et d’autre part, les djihadistes «civilisationnels», qui œuvrent inlassablement à rendre toujours plus présents sur notre sol leur civilisation, leurs règles et leur mode de vie. À moyen et long terme, le plus grand danger pour les Français est la conquête feutrée de la France par le djihadisme civilisationnel, conquête qui s’opère au nom des droits de l’homme. Les femmes qui portent des vêtements de bain islamiques sont des militantes de la conquête de notre pays par un groupe humain porteur d’une civilisation antagoniste. Cet été, les plages sont la nouvelle partie de notre territoire que visent à s’approprier les islamistes. Jean-Louis Harouel
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Le 1er août 2016, les ministres de l’Intérieur et du Logement ont publié un communiqué passé totalement inaperçu dans la torpeur de l’été mais d’une importance capitale sur le plan de l’évolution des mentalités et de l’idéologie politique française. Ce texte marque une inflexion de la conception française de l’immigration. Jusqu’alors, celle-ci était fondée sur la distinction entre l’immigration régulière et l’immigration illégale. La première, conforme à la loi, était destinée par exemple à accueillir des travailleurs dont la France peut avoir besoin, à former des étudiants dans l’intérêt de la France ou du pays d’origine, ou bien à assurer le principe d’unité familiale. Elle était évaluée à environ 200 000 personnes par an. En revanche, les migrants en situation irrégulière, entrés ou séjournant en infraction avec la loi, devaient impérativement repartir dans leur pays, volontairement ou par la contrainte. Tel était le principe. Cette différence, pour la première fois depuis que l’immigration est devenue un sujet politique au début des années 1980, semble désormais ni par l’Etat. Le migrant en situation irrégulière n’a plus vocation à être reconduit dans son pays, mais à être accueilli en France et pris en charge par la puissance publique, au même titre qu’un étranger en situation régulière ou qu’un citoyen français en difficulté. (…) Ce communiqué enterre donc de fait toute notion d’immigration irrégulière. Il abolit le clivage entre légalité et illégalité en matière d’immigration. Il va dans le sens de la loi du 7 mars 2016, dont les dispositions reviennent à rendre très difficiles l’application des mesures d’éloignement. Il proclame que la France a le devoir d’accueillir et de prendre en charge tout étranger sur son territoire, qu’il soit autorisé à entrer et à séjourner ou qu’il ne le soit pas. De facto, le principe ainsi proclamé abroge l’idée de frontière ou de respect du droit de l’entrée et de séjour. Les associations humanitaires, les idéologues, les partisans de la liberté totale d’immigrer en rêvaient depuis au moins quarante ans. M. Cazeneuve et Mme Cosse l’ont fait. La question est de savoir quel sera l’ampleur de l’appel d’air que cette transformation profonde de tous les fondements de la politique d’immigration française est susceptible provoquer à terme. Le communiqué annonce une France ouverte, qui n’éloigne plus ses migrants illégaux mais au contraire les accueille. Le potentiel d’émigration est élevé: des centaines de millions de personnes déshéritées et désœuvrées, dans ce monde en ébullition, ne songent qu’à trouver un point d’accueil. Reste à savoir si la France, qui compte cinq millions de chômeurs, de gigantesques problèmes de logement, des centaines de milliers de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, un millier de cités sensibles dévastées par la violence, l’exclusion, le communautarisme, l’islamisme radical, si cette France a les moyens d’accueillir une immigration supplémentaire. Mais pour M. Cazeneuve et Mme Cosse, c’est une autre affaire. Et ce n’est visiblement pas la leur. Alexis Théas
Les policiers incarnent l’Etat, l’ordre public, la loi. Ils sont un symbole de la France traditionnelle. Dans une société en voie de décomposition, gagnée par une pagaille généralisée, la police incarne ce qui reste de l’ordre et de la discipline. Dans les zones de non droit gangrenées par le trafic de drogue, la violence aveugle, le communautarisme islamiste, le policier est le dernier gardien de la civilisation contre la barbarie. Tuer des policiers, pour le terroriste islamiste a une signification suprême: en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français. Le fait que le massacre du couple ait lieu à son domicile a un sens encore plus lourd. La guerre contre le monde occidental et la France est totale, sans concession, sans limites: tuer des personnes jusque dans le plus intime du foyer. La bataille a pour objectif le massacre pour le massacre. Elle est tournée vers une logique d’extermination. Mais la condition du policier français comme cible de la haine ne se limite pas au terrorisme islamiste. D’autres lui ont montré la voie… «A l’unisson, la foule chante: tout le monde déteste la police» rapporte un quotidien national le 5 avril dernier en compte-rendu d’une manifestation lycéenne. Chaque année, près de 8000 policiers et gendarmes sont blessés et une vingtaine tués. Les policiers, les gendarmes, parfois les militaires, sont en première ligne de toutes les expressions du chaos social et de la désintégration de l’autorité: violence des migrants clandestins du Calaisis et dans les squats, émeutes dirigées contre la loi «travail», à Paris comme en province, occupation de la place de la République par Nuit debout, violences lycéennes, déchaînement de hooliganisme à l’occasion de l’euro de football… A ces désordres ponctuels s’ajoute le chaos permanent des zones de non-droit et des cités sensibles: chaque année, près de 10% des policiers exerçant dans les départements les plus difficiles de la région parisienne sont blessés. Comment 120 000 policiers et un peu moins de gendarmes peuvent-ils tenir face à une telle exposition, un tel traitement? Tel est l’un des mystère de la France contemporaine. A la suite des attentats de «Charlie», des manifestations de solidarité avec la police se sont exprimées. Elles apparaissent aujourd’hui éphémères et sans lendemain. Le problème fondamental de la police de France est qu’elle n’est pas soutenue dans sa mission de protection de la société contre la barbarie. Les policiers en service dans les cités sensibles vivent un calvaire quotidien que la société veut ignorer: insultes, crachats, menaces de viol contre les femme policières, violences physiques. Les médias ne parlent jamais de ce sujet. Le réflexe «de la France d’en haut», des élites médiatiques, conditionnées depuis mai 1968 à haïr l’Etat et l’autorité, est de présenter le policier en oppresseur et le trublion ou le délinquant en victime. Les images de manifestants blessés dans l’activité de maintien de l’ordre public abondent dans les unes de la presse et des médias. En revanche, celles de policiers à terre sont soigneusement occultées. On parle abondamment des bavures policières mais jamais du martyre que subissent les policiers. Dans les commissariats les plus exposés, les suicides de policiers ne sont pas rares. De même, la justice a fait le choix de banaliser la police en la traitant sur le même plan que les auteurs d’infraction. En cas de plainte d’un policier blessé, les juridictions le placent sur le même plan que leur agresseur dans le cadre d’un procès à égalité des parties, avec confrontation obligatoire. Le malaise de la police française vient de ce qu’elle ne se sent pas protégée par la justice. Quant au pouvoir socialiste, obnubilé par sa posture de «gauche», et l’obsession de conserver ou reconquérir la sympathie des groupuscules gauchisants, il ne s’empresse pas d’apporter un soutien ferme et résolu à la police devenue le bouc-émissaire de la France du chaos. Policiers blessés ou tués, commissariats pris d’assaut et saccagés, voitures de police incendiées: la police porte aujourd’hui seule le poids du chaos français, dans un climat d’aveuglement et de déni généralisé. Le retour de l’autorité sur le territoire national et le respect de la police sera sans nul doute l’enjeu fondamental des élections de 2017. Pour l’instant, les politiques dans leur ensemble ne l’ont pas encore compris. Alexis Théas
There was a fundamental problem with the decision that you can see rippling now throughout the West. Ms. Merkel had put the entire burden of a huge cultural change not on herself and those like her but on regular people who live closer to the edge, who do not have the resources to meet the burden, who have no particular protection or money or connections. Ms. Merkel, her cabinet and government, the media and cultural apparatus that lauded her decision were not in the least affected by it and likely never would be. Nothing in their lives will get worse. The challenge of integrating different cultures, negotiating daily tensions, dealing with crime and extremism and fearfulness on the street—that was put on those with comparatively little, whom I’ve called the unprotected. They were left to struggle, not gradually and over the years but suddenly and in an air of ongoing crisis that shows no signs of ending—because nobody cares about them enough to stop it. The powerful show no particular sign of worrying about any of this. When the working and middle class pushed back in shocked indignation, the people on top called them “xenophobic,” “narrow-minded,” “racist.” The detached, who made the decisions and bore none of the costs, got to be called “humanist,” “compassionate,” and “hero of human rights.” The larger point is that this is something we are seeing all over, the top detaching itself from the bottom, feeling little loyalty to it or affiliation with it. It is a theme I see working its way throughout the West’s power centers. At its heart it is not only a detachment from, but a lack of interest in, the lives of your countrymen, of those who are not at the table, and who understand that they’ve been abandoned by their leaders’ selfishness and mad virtue-signalling. On Wall Street, where they used to make statesmen, they now barely make citizens. CEOs are consumed with short-term thinking, stock prices, quarterly profits. They don’t really believe that they have to be involved with “America” now; they see their job as thinking globally and meeting shareholder expectations. In Silicon Valley the idea of “the national interest” is not much discussed. They adhere to higher, more abstract, more global values. They’re not about America, they’re about . . . well, I suppose they’d say the future. In Hollywood the wealthy protect their own children from cultural decay, from the sick images they create for all the screens, but they don’t mind if poor, unparented children from broken-up families get those messages and, in the way of things, act on them down the road. From what I’ve seen of those in power throughout business and politics now, the people of your country are not your countrymen, they’re aliens whose bizarre emotions you must attempt occasionally to anticipate and manage. In Manhattan, my little island off the continent, I see the children of the global business elite marry each other and settle in London or New York or Mumbai. They send their children to the same schools and are alert to all class markers. And those elites, of Mumbai and Manhattan, do not often identify with, or see a connection to or an obligation toward, the rough, struggling people who live at the bottom in their countries. In fact, they fear them, and often devise ways, when home, of not having their wealth and worldly success fully noticed. Affluence detaches, power adds distance to experience. I don’t have it fully right in my mind but something big is happening here with this division between the leaders and the led. It is very much a feature of our age. But it is odd that our elites have abandoned or are abandoning the idea that they belong to a country, that they have ties that bring responsibilities, that they should feel loyalty to their people or, at the very least, a grounded respect. I close with a story that I haven’t seen in the mainstream press. This week the Daily Caller’s Peter Hasson reported that recent Syrian refugees being resettled in Virginia, were sent to the state’s poorest communities. Data from the State Department showed that almost all Virginia’s refugees since October “have been placed in towns with lower incomes and higher poverty rates, hours away from the wealthy suburbs outside of Washington, D.C.” Of 121 refugees, 112 were placed in communities at least 100 miles from the nation’s capital. The suburban counties of Fairfax, Loudoun and Arlington—among the wealthiest in the nation, and home to high concentrations of those who create, and populate, government and the media—have received only nine refugees. Some of the detachment isn’t unconscious. Some of it is sheer and clever self-protection. At least on some level they can take care of their own. Peggy Noonan
I have a fund of similar stories from female friends in France. There’s the one who was insulted by two women in headscarves while out jogging because she had on a pair of shorts; the friend who no longer travels on the Paris metro after a certain hour because, as a Muslim, she’s fed up with being insulted by men of her religion because she dares to wear a skirt and blouse; and the one who sold her baby’s car seat through an ad in the local paper. The man met her asking price but refused to shake the hand of a woman. Then there are the cases outside my immediate milieu. On the first day of Ramadan this year a Muslim waitress in a Nice bar was assaulted by two men. ‘Shame on you for serving alcohol during Ramadan,’ one of them screamed, as he attacked her. ‘If I were God, I would have you hanged.’ Last year in Reims a young woman sunbathing in a public park was set upon by a gang of teenage girls. They objected to her bikini, reported the newspapers, although the town’s authorities insisted there was no ‘religious’ aspect to the attack. Few believed them. That’s because such incidents are becoming more common across France. There was a spate of similar confrontations last summer in Lyon This important point is blithely ignored by naive liberal writers, particularly those in Britain, who have little understanding of the extent of extremism in France, where 100 of the country’s 2,500 mosques are controlled by Salafists, the most puritanical Islamic ideology. The Salafists want all women covered, at all times, and the burkini is part of their strategy. It is a symbol of Islamic purity with a clear message: good Muslims wear the burkini, bad ones wear the bikini. Toleration of the burkini will only embolden France’s ‘police of mores’ in their campaign of coercion. The Spectator
You may have noticed that Cannes, Nice, and a dozen other beach towns in France have just now adopted regulations banning the Islamic “burkini,” or full-body female swimsuit, from their beaches. And, as a result, we are right now undergoing a new outbreak of the by-now traditional and even folkloric American consternation over France and its antipathy to certain kinds of Islamic attire—the American consternation that, for a dozen years now, has rested on a single unchanging and unexamined assumption, as if nothing has changed during all these years, and no new information has emerged. The assumption is that France wants to regulate Islamic attire because the French are fundamentally biased against their Muslim minority. The French are frightened of the “Other.” They are unrepentant in their imperialist and colonialist hatreds for the peoples of North Africa. They are, in short, hopelessly racist. (…) Now, the American commentaries are, to be sure, not wrong in every instance. But they are wrong fundamentally, and the ways in which they are wrong seem never to diminish or vary or to yield to new information—which ought to alert us to their folkloric quality—namely, their origin in a folk belief about America. This is the belief that America is the home of the free, and France is not, and any desire to arrange things differently from how we Americans do can only be an aggression against common sense. In reality, the Islamic veil has a history in France. The North African immigrants who began arriving in France after World War II and especially in the 1960s were not fundamentalists, and they were not Islamists, and they did not normally dress in ostentatiously Islamic clothes. In the 1980s, the Islamist movement began to prosper in North Africa, however, and, after a while, a few imams with Islamist affiliations made their way to the French immigrant suburbs and housing projects. The Islamists recruited disciples. And they set about constructing their dreamed-of Quranic community as best they could—their proposed return to an imaginary 7th-century Medina, their effort to keep women out of sight or under wraps, their theory of a supernaturally evil Jewish conspiracy, and everything else. And the first step in their program was, of course, to impose the Islamist dress code on women. This meant obliging women to dress in a style that is indigenous to the Arabian peninsula, though not to North Africa—in clothing that is designed to conceal the female form and face, which the Islamists describe as authentically Islamic. (…) The French controversy over the veil—which, in the French debate, has meant the Islamic headscarf or hijab, too—got underway not with the arrival of the Muslim immigrants, but with the arrival of the Islamists. (…) And the question of how to interpret this dispute became, very quickly, a national debate in France, with plausible arguments on both sides. To wit, pro-veil: Shouldn’t a woman and even a schoolgirl have the right to dress in accordance with her own religious conscience? Isn’t religious attire a matter of individual right and religious freedom? (…) To which the anti-veil argument replied: No, the veil has been brought into the schools as a maneuver by a radical movement to impose its dress code. The veil is a proselytizing device, intended to intimidate the Muslim schoolgirls and to claim a zone of Islamist power within the school. And the dress code is the beginning of something larger, which is the Islamist campaign to impose a dangerous new political program on the public school curriculum in France. This is the campaign that has led students in the suburban immigrant schools to make a series of new demands—the demand that Rousseau and certain other writers no longer be taught; the demand that France’s national curriculum on WWII, with its emphasis on lessons of the Holocaust, be abandoned; the demand that France’s curricular interpretation of Middle Eastern history no longer be taught; the demand that co-ed gym classes no longer be held, and so forth. The wearing of veils in the schools, then—this is the beginning of a larger campaign to impose an Islamist worldview on the Muslim immigrants, and to force the rest of society to step aside and allow the Islamists to have their way. From this standpoint, opposition to the veil is a defense of the schools, and it is a defense of freedom and civilization in France, and it is not an anti-immigrant policy. (…) Naturally, the hearings and the passage of a law (about school dress) and then another law a few years later (about full-face veils in public) and the issuing of various regulations did not bring the argument to an end. That is because these controversies are, by nature, without any obvious resolution. On one side, in France, there is good reason for immigrants and their allies to complain about imperialist holdovers and larger bigotries in the culture, and reason to worry that anti-Islamist laws and regulations may spill over into an anti-immigrant campaign. And there has been no shortage of pious Muslim women willing to say that, in their own instance, they are not victims of the Islamists, and they wish to wear Islamic attire strictly for reasons of individual religious conscience, regardless of what anyone might say. These arguments are unanswerable. Then again, the French public as a whole, ancestral Gauls and new arrivals alike, has had every reason to grow ever more frightened of the Islamist movement, which has grown over the years, until by now it has come to dominate the young generation in entire neighborhoods in the immigrant districts—which means the French as a whole have every reason to look for simple regulatory ways to discourage the movement, beginning with legislation against the Islamist dress code. This argument, too, is unanswerable. Here, then, is a debate that will not come to a close. And yet, to read some of the American reporters and commentators, you would suppose that France has been consumed with these continuing quarrels, and that France’s Muslim population as a whole has been shuddering in resentment over the laws and regulations. But France has not been consumed, and the Muslims as a whole have not been shuddering, even if some have been. The most controversial of the laws was the first one, banning ostentatious religious symbols in the schools—which led a good many people to predict that, once the law was put into effect, the French Muslims were going to react furiously. But only the Americans were furious. President Barack Obama himself denounced the law (in his Cairo speech of 2009). A great many French Muslims appear, on the other hand, to have accepted and approved the law. It was because Muslim parents do not want their children to be drawn into a reactionary medievalist religio-political cult. They want their daughters to grow up to be Muslim Frenchwomen with the rights and privileges of other Frenchwomen. If the Islamists and their dress code are suppressed in the schools, then, this can only be good. But then, some commentators have always found it difficult to remember that Islamists are not the voice of authenticity for the Muslim immigrants in France. The Islamists are a threat to the immigrants, as well as to everyone else. And if the laws and regulations succeed in making life harder for the Islamist movement, the great mass of the French Muslims will be the first to benefit. (…) It is true that, in France, people take their secularism a little further than Americans tend to do, and this is partly on historical grounds. In America, we worry about freedom of religion, but in France, where everyone remembers the Catholic past and the religious wars, people worry about freedom from religion. They do not want to be tyrannized by theological fanatics. The Islamist movement is, from this point of view, all too familiar to the French—one more clericalist current that wishes to imposes its theological doctrines on everyone else. And, in the face of the Islamist fanaticism, the French are grateful for their secularist traditions and laws. Then again, the French take their secularism a little further than we Americans do also because they are willing to grant government a larger administrative role than Americans tend to do. Americans are allergic to government regulation, or pretend to be, but the French do not even pretend to be. I realize that a great many Americans believe that, as a result of the French willingness to accept government regulation, France has become an impoverished Communist despotism. But have you been to France? Perhaps it is true that labor regulations have lately become an obstacle to high employment. Even so, France is, in many respects, a better-run country than the United States. And the French naturally look to the government to apply secularist principles even in areas of life that Americans might regard as outside the zone of government, local or national. The permissibility of religious attire, for instance. And the French see something attractive in their government regulations. (…) The entirely comprehensible and translatable laïcité, which is the secular republican ideal: This is what most French people want—even if some French people are bigots. The secular republican ideal is what most French Muslims want—even if some French Muslims have been seduced by the Islamist manias and hatreds. This is what the immigrants from North Africa came to France in hope of finding. The debate over how best to contain and suppress the Islamist movement has taken place within the framework of that idea. (…) In France, there is an ancient and curious habit of mindless and self-flattering anti-Americanism, and in America, there is an ancient and curious and equivalent habit of sneering mindlessly at the French. This is the American habit that, for a dozen years now, has led the American commentators to see in France’s republican secularism a racist attack on individual freedom, instead of an antiracist defense of individual freedom. Paul Berman
En Syrie, à la guerre contre Daech se superposent d’autres guerres où les alliés d’hier dont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Et inversement. Il n’y a pas une guerre mais des guerres en Syrie. Celle contre Daech, celle contre Bachar al-Assad et celle entre groupes rebelles. Au bout de cinq longues années de guerre civile, le pays est devenu une véritable mosaïque de factions armées. Forces Kurdes, islamistes ou rebelles « modérés », les alliances se font et se défont au gré des agendas politiques et militaires des uns et des autres, du rapport de force en présence ou des enjeux locaux. Les ennemis d’hier peuvent se retrouver les amis du jour et inversement. A cela s’ajoute les stratégies des puissances régionales et occidentales qui s’activent sur le terrain pour atteindre leurs objectifs parfois contradictoires : asseoir son hégémonisme régional ou lutter contre l’expansionnisme de Daech. Les deux pouvant s’entrechoquer. (…) Dans le nord de la Syrie, les Forces de protection du peuple (YPG) du Parti de l’union démocratique (PYD), proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) turc, dominent le terrain. Depuis octobre 2015, les YPG font partie des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), à dominante kurde, qui rassemble Kurdes, combattants arabes, Yézidis ou milices chrétiennes. Les FDS sont soutenus par Washington et Paris qui leur apportent l’appui de leurs aviations, du matériel (missiles, munitions) et formateurs sur le terrain dans leur guerre contre Daech.(…) Les YPG se sont donnés pour objectif la création d’un Kurdistan Syrien (Rojava) réunissant les trois cantons de Djézireh, Kobané et Afrin actuellement séparés des territoires kurdes par une zone de 65 km toujours aux mains de l’EI. Une réalisation que Recep Erdogan, le président Turc, ne veut voir aboutir pour rien au monde. L’opération lancée le 24 août par l’armée turque sur le territoire syrien, sous couvert de frapper des positions de Daech, n’a pour objectif que de stopper l’avancée des YPG  vers le canton d’Afrin, au nord-ouest de la Syrie. Afin d’éviter tout possibilité de constitution de ce Rojava. Marianne
Ce mercredi 24 août, l’armée turque a lancé ses soldats à l’assaut de Jarablos, ville syrienne frontalière de la Turquie, aux mains de l’EI depuis 2013. Sous le nom de code « Bouclier de l’Euphrate », le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a expliqué dans un communiqué que « les forces armées turques et les forces aériennes de la coalition internationale ont lancé une opération militaire visant à nettoyer le district de Jarablos de la province d’Alep de l’organisation terroriste Daech ». De son côté, le président Recep Erdogan, dans un discours à Ankara, a apporté une précision de taille : « Depuis quatre heures nos forces ont lancé une opération contre les groupes terroristes de Daech et du PYD ». Pour Erdogan, l’opération vise donc les combattants d’Abou Bakhr al Baghdadi mais aussi les Kurdes de Syrie de la branche armée du Parti de l’union démocratique (PYD), les Forces de protection du peuple (YPG). Des Kurdes qui se battent pour eux-mêmes sur place contre Daech, ennemi visé par Erdogan. (…) Le nom de l’opération « Bouclier de l’Euphrate » est d’ailleurs loin d’être anodin. Depuis les premières réussites militaires des YPG, Erdogan avait bien signifié que l’Euphrate constituait une « ligne rouge » à ne pas franchir pour les Kurdes. Mais forts de leurs victoires répétées sur le terrain, les YPG, après la formation des FDS en octobre 2015, avaient reçu le soutien des Etats-Unis. Appui de taille qui leur avait permis de franchir le Rubicon. Jusqu’à ce surprenant revirement de l’état-major américain qui se range du côté de cette entrée en guerre de la Turquie contre les YPG. Joe Biden, le vice-président américain, en visite ce 24 août à Ankara, a ainsi déclaré que les kurdes syriens perdraient le soutien des Etats-Unis s’ils ne se retiraient pas de la rive ouest de l’Euphrate. Un tournant d’autant plus surprenant qu’aux côtés des soldats d’Erdogan, à en croire les autorités turques, combattent des supplétifs issus de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Marianne
The Muslim population in Britain has grown by more than 500,000 to 2.4 million in just four years, according to official research collated for The Times. The population multiplied 10 times faster than the rest of society, the research by the Office for National Statistics reveals. In the same period the number of Christians in the country fell by more than 2 million. Experts said that the increase was attributable to immigration, a higher birthrate and conversions to Islam during the period of 2004-2008, when the data was gathered. They said that it also suggested a growing willingness among believers to describe themselves as Muslims because the western reaction to war and terrorism had strengthened their sense of identity. Muslim leaders have welcomed the growing population of their communities as academics highlighted the implications for British society, integration and government resources. David Coleman, Professor of Demography at Oxford University, said: “The implications are very substantial. Some of the Muslim population, by no means all of them, are the least socially and economically integrated of any in the United Kingdom … and the one most associated with political dissatisfaction. You can’t assume that just because the numbers are increasing that all will increase, but it will be one of several reasonable suppositions that might arise.” Professor Coleman said that Muslims would naturally reap collective benefits from the increase in population. “In the growth of any population … [its] voice is regarded as being stronger in terms of formulating policy, not least because we live in a democracy where most people in most religious groups and most racial groups have votes. That necessarily means their opinions have to be taken and attention to be paid to them.” The Times (2009)
De l’attaque de « Charlie Hebdo » et de l’« Hyper casher » en janvier 2015 à la mort du père Jacques Hamel à Saint-Etienne-de-Rouvray, mardi 26 juillet, ce sont 236 personnes qui ont perdu la vie dans des attentats et attaques terroristes, qui ont également fait des centaines de blessés. Les décodeurs
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain». Géraldine Smith
Selon un sondage YouGov publié ce jeudi, la majorité des Britanniques défend une interdiction de la burka, et près de la moitié celle du burkini. Contrairement à la France, aucune loi ne défend en Grande-Bretagne le port du voile intégral. Le débat sur le burkini n’agite pas seulement la France. Tout l’été, entre rixes en Corse et avis du Conseil d’Etat, l’actualité a été accaparée par la polémique sur ces maillots de bain islamiques, qui couvrent l’intégralité du corps. De l’autre côté de la Manche, un sondage YouGov vient d’être dévoilé, qui montre que la majorité des citoyens britanniques sont opposés à la burqa et au burkini dans leur pays. 57% des personnes interrogées se disent ainsi favorables à une interdiction du voile intégral, qui cache également le visage de la femme, contre seulement 25% opposés à cette mesure. Concernant le burkini, 46% des sondés estiment qu’il devrait être interdit sur les plages, quand 30% pensent le contraire. L’institut de sondage précise que plus le sondé est jeune, plus il a tendance à être opposé à l’interdiction. En revanche, le sexe de la personne interrogé n’est pas déterminant dans sa réponse, puisque 56% des femmes soutiennent l’interdiction de la burqa pour 58% de l’ensemble des répondants. Au Royaume-Uni, aucune loi n’interdit pour l’instant le port de la burqa, contrairement à la France. Valeurs actuelles
Here in Britain, banning the burka is a topic of discussion in the UKIP leadership contest after candidate Lisa Duffy called for a ban on wearing them in public places. New research from YouGov suggests this would be a popular policy with a majority of the public (57%) supporting a ban on wearing the burka in the UK, whilst just 25% are against outlawing it. (…) Looking at attitudes to burkinis, again the UK is more in favour of banning them, although less strongly – 46% of people would support a burkini ban and 30% would oppose one. Looking elsewhere, YouGov has found a similar level of support for a burka ban in Germany (62% supporting a ban and 27% opposing), whilst in the US a ban is strongly opposed, with 59% of people opposing the ban and just 27% supporting it. YouGov (2016/08/31)
Vous parlez de Marianne ! Marianne, le symbole de la République ! Elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple ! Elle n’est pas voilée, parce qu’elle est libre ! C’est ça la République ! C’est ça Marianne ! C’est ça que nous devons toujours porter ! Manuel Vals
Y a tout un conflit sur la poitrine dénudée de Marianne…(…) En fait, progressivement, deux images de Marianne co-existent et sont concurrentes, car il y a deux conceptions de la république (…) Il y a la marianne « sage », cheveux attachés, seins couverts, pas d’arme, sagement assise (…) Et la Marianne révolutionnaire, cheveux détachés, bonnet phrygien, poitrine découverte, combattante et armée (…) La première est la Marianne des républicains libéraux conservateurs, la seconde des radicaux révolutionnaires. Mathilde Larrere
Manuel Valls, the Socialist prime minister, called the burkini an “enslavement” of women, and claimed it was part of a political project to impose Islamist rules on France. He noted that Marianne, a female figure symbolising the French nation, is classically depicted bare-breasted. The implication seemed to be that women in burkinis are un-French, while true French women go topless. The Economist
À l’étranger, l’interdiction du burkini sur certaines plages françaises a suscité une vague de critiques dans les pays anglo-saxons, qui perçoivent la mise à l’index de vêtements religieusement connotés comme un frein à l’intégration. «Absurdité française», a lancé l’éditorialiste David Aaronovitch dans le quotidien The Times en estimant que de telles interdictions ne pouvaient qu’être l’œuvre d’«esprits tordus» et créer plus de problèmes. Croiser au Royaume-Uni une femme intégralement voilée dans certaines villes ou quartiers à forte population musulmane n’est pas chose rare et ne déclenche pas les mêmes polémiques qu’en France. (…) Ce clivage entre Britanniques et Français s’explique par les différences culturelles entre les deux pays, entre politique d’assimilation à la française et multiculturalisme britannique, avance le Dr Sara Silvestri, de la City University de Londres. «Ces deux modèles d’intégration sont en crise: ils ne sont plus appliqués ou compris de manière claire et chaque pays regarde ce que fait l’autre pour en tirer des leçons», note-t-elle. La Croix
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent amers et qu’ils s’accrochent à leurs fusils ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ…David Brooks
Well, my joke is that I consider myself a bobo with bad grades. If I’d studied more, I would have gotten into Harvard and I could afford the big kitchen and all that. But I am a bobo in some sense. You know, the essence of bobo life is people who consider themselves sort of artistic or writers or intellectuals but find themselves in the world of making money, in the world of commerce. And so I certainly am in that. You know, I consider myself a writer, and I live for ideas and things like that. But I also want a big house, so I’m caught between money and spirituality. David Brooks
Robert Putnam a découvert que plus la diversité dans une communauté est grande, moins les gens votent et moins ils donnent à des associations caritatives et travaillent à des projets communautaires. (…) Dans une étude récente, Glaeser et son collègue Alberto Alesina ont démontré qu’à peu près la moitié de la différence dans les dépenses sociales entre les Etats-Unis et l’Europe — l’Europe dépense bien plus — peut être attribuée à la diversité ethnique plus grande de la population américaine. Michael Jonas
Pour le chercheur en sciences politiques de l’Université du Michigan, Scoot Page, dans les lieux de travail de haut niveau, les différentes manières de penser parmi des personnes de différentes cultures peuvent être un avantage. “puisqu’elles voient et appréhendent le monde différemment que vous, c’est provocant. Mais la fréquentation de personnes différentes peut stimuler la créativité de tous. Les équipes diverses tendent à être plus productives.” (…) Autrement dit, les membres de communautés plus diverses peuvent faire plus de bowling seuls, mais les tensions créatrices lâchées par ces différences dans le lieu de travail peuvent propulser ces mêmes endroits à la pointe de l’économie et de la culture créatrice. (…) Page appelle ça le “paradoxe de diversité.” Il pense que les effets à la fois positifs et négatifs de la diversité peuvent coexister dans les communautés, mais qu’il doit y avoir une limite.” Si l’investissement civique tombe trop bas, il est facile d’imaginer que les effets positifs de la diversité puissent tout aussi bien commencer à s’affaiblir. Michael Jonas
Si les bobos vantent la diversité, ce sont les ouvriers français qui ont été au contact des immigrés dans la capitale. Ce sont eux qui ont amorti l’intégration. Michèle Tribalat
Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
Ce qui définit cette classe qui se sent menacée de déclassement, c’est son incapacité à ériger des frontières symboliques avec un monde qu’elle juge menaçant. Le bobo de Belleville, qui habite en plein cœur d’un quartier très métissé, peut résider dans un immeuble de lofts, socialement homogène, et contourner la carte scolaire. Les prolétaires de la Picardie, eux, n’ont pas les moyens d’ériger ce type de frontière invisible. C’est pour ça que cette classe populaire exprime aujourd’hui une demande d’Etat fort et de protectionnisme. La question sociale est centrale pour elle, à la condition qu’elle se combine avec une question d’ordre culturel. (…) Sur ces questions culturelles et identitaires, la gauche tient un discours peu clair. Car elle a la trouille de dire les choses. Je pense qu’on vit désormais dans une société multiculturelle sans oser le dire. Pour la première fois dans notre histoire, dans certains espaces, se pose la question d’appartenir à une majorité ou à une minorité relative. C’est ce que révèle l’épisode sur la viande halal : au-delà la question de l’étiquetage, le sentiment diffus de pouvoir devenir, sans le savoir, minoritaire, est très présent. (…) C’est compliqué pour [François Hollande] car il ne faut pas désespérer «Boboland», c’est-à-dire ces classes intellectuelles et supérieures qui vivent en centre-ville, profitent des bienfaits de la mondialisation et votent en majorité pour la gauche. Je dis cela sans mépris. C’est une réalité sociologique importante pour la gauche. Il est difficile de tenir un discours pour cette France des centres-ville et celle rejetée à la périphérie. Christophe Guilluy
Dans Bobo au contraire, il y a bourgeois […] Reste que le principe de générosité connaît ses limites. On peut soutenir les enfants de sans-papiers et contourner discrètement la carte scolaire. Par ailleurs, le bobo a beau se rattacher à la tradition ouvriériste du Paris faubourien, rien ne le déstabilise plus qu’un prolo blanc (…) Le pauvre du bobo, c’est l’étranger fraichement immigré qui vit à ses côtés dans les cités HLM du nord-est parisien. Contrairement au prolo, l’immigré est une personne éminemment sympathique, avec qui vous voudrez entretenir une relation placée sous le signe du rapport interculturel. Christophe Guilluy
Belleville est un territoire à part dans la métropole parisienne. On y retrouve des populations situées aux deux extrêmes de la pyramide sociale. D’un côté donc, les fameux bourgeois-bohèmes, qui investissent les anciens immeubles ouvriers remis à neuf. De l’autre, des familles maghrébines ou noires-africaines, regroupées dans les grands ensembles HLM. D’un côté, la constellation des bars «tendance» et des lofts pour bienheureux. De l’autre, des isolats comme la cité Piat, où se concentrent tous les stigmates de la précarité sociale : 17% de chômage, 22% de familles bénéficiaires d’aides sociales et une petite délinquance suffisamment ancrée pour que le quotidien des habitants soit rythmé par les descentes musclées des flics. (…) De fait, si les bourgeois-bohèmes sont souvent les premiers à se réjouir de la mixité colorée du quartier, leur arrivée massive se solde paradoxalement par l’éviction des classes populaires. (…) Vivre à Belleville n’est pas une punition. Et tous les enfants de la cité, loin s’en faut, ne sont pas dans la conflictualité. Certains tirent même partie des évolutions en cours. De jeunes patrons de bars kabyles ont su ainsi métamorphoser les vieux tripots communautaires de leurs pères pour les adapter au goût des branchés. De l’autre côté, tous les bobos ne vivent pas nécessairement en parias. Raul Velasco s’est fait voler un Nikon et du numéraire il y a quelques mois par une bande extérieure au quartier. Le «caïd du coin» a été contacté, et le Nikon est revenu dans la journée. Le Nouvel Obs
Si on abandonne l’assimilation, il faut également consentir à faire son deuil de la mixité sociale à laquelle les autochtones se plient à condition qu’on ne les oblige pas à voisiner avec des personnes dont le mode de vie est trop différent des leurs. On ne peut pas à la fois désirer respecter les différents usages et empêcher les individus de choisir leur voisinage. Philippe d’Iribarne
Je loue un appartement en face de l’église Saint-Bernard. Je me suis installée dans le quartier en 2004 parce que je voulais un peu d’exotisme. (…) Il y a trop de vandalisme, trop de violences, trop de jeunes encapuchonnés. Sylvia Bourdon
Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national. La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu. Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes. (…) ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente. (…) Pierre Manent (…) a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique. Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger. (…) L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. Christopher Caldwell
Nous avons tous plusieurs identités à la fois, d’où la complexité de s’intégrer, pas seulement pour les immigrés. “Je est un autre”, disait Rimbaud. “Je est une foule”, ai-je découvert rue Jean-Pierre Timbaud. (…) Avec ou sans “je”, on peut être de mauvaise foi. Mon but était d’être radicalement honnête, aussi sincère que je puisse l’être. En plus, l’emploi du “je” m’a libérée de toute prétention à vouloir expliquer globalement ce qui se passe aujourd’hui en France. Chaque école – sociologue, politologue, démographe – a ses certitudes, ses schémas explicatifs. Moi, je suis partie d’une question qui me minait depuis que je m’étais installée en famille dans un coin de Paris qui semblait incarner l’avenir d’une France ouverte et mélangée. Pourquoi ai-je fini par m’y sentir si mal à l’aise que j’étais contente d’en partir ? En l’absence d’une réponse satisfaisante, j’ai cherché le diable dans les détails de la vie quotidienne. (…) L’universel, je ne connais pas ! Je raconte mon expérience de cet échec mais je crois que beaucoup de gens s’y retrouveront, par exemple dans le dilemme que l’on ressent au moment où l’on se débrouille pour déroger à la carte scolaire ou pour mettre ses enfants dans le privé ; ou dans le malaise pour une femme de se promener en short dans un ”coin musulman”, par exemple à Belleville, tout en s’interdisant d’avouer sa gêne d’être gênée… La tolérance masque souvent une forme d’indifférence, ou de démission. Le haut de la rue Jean-Pierre Timbaud n’est un coin sympa où l’on va boire un verre entre potes que pour ceux qui refusent de voir que l’islam radical y a pris le pouvoir, chassant y compris des musulmans modérés ; pour ceux qui ne veulent pas voir que la mixité sociale du quartier est une façade. Je raconte mon rendez-vous avec Kader, 20 ans, que j’attendais dans un bar branché devant lequel il passe tous les jours, quasiment depuis sa naissance. Il n’y était jamais entré et n’osait pas pousser la porte. (…) Si mes rêves n’étaient que des baudruches gonflées à l’air chaud, autant le savoir. Du regret, oui. J’aurais préféré que mes rêves ne soient pas des illusions. Mais ça n’empêche pas de repartir sur de nouvelles bases plus saines, plus réalistes aussi. Il y a 15 ans, quand le boulanger intégriste servait avant moi les hommes qui faisaient la queue derrière moi, je faisais mine de ne pas avoir remarqué. Quand le préposé aux saucisses de la kermesse envoyait paître un parent demandant une merguez Halal avec un : “Oh ! Mais on est en France ici !”, je faisais comme si de rien n’était. Pourquoi ? Ce livre répond aussi à cette interrogation. (…) j’ai mis du temps à me rendre compte, notamment à travers ma propre expérience aux Etats-Unis, qu’un migrant n’est pas un être abstrait, en quelque sorte la plus petite unité des droits humains, mais une personne avec sa langue, sa culture, ses croyances, ses préjugés aussi. Donc, il faut repenser le “creuset”. La diversité, dans toutes ces dimensions, est une source mutuelle d’enrichissement, j’en suis convaincue. Tout le monde ne partage pas mon sentiment, et je comprends cette peur que certains ont de se perdre en s’ouvrant aux autres. Mais voilà, ce n’est pas comme si il y avait un choix. La France est aujourd’hui peuplée de citoyens français de toutes confessions, de “souche ou d’origines”, qui se côtoient avec leurs différences, et qui n’ont pas forcément envie de se couler dans un moule identique. “A Rome fais comme les Romains !”, dit-on. Soit. Mais le petit Bilel est désormais aussi Romain que le petit Edgar ! Nous n’avons donc pas d’autre choix que d’apprendre à vivre ensemble. Or, ce n’est pas facile. (…)  je pensais que ce serait simple de faire abstraction des différences, qu’il suffisait de le vouloir et je me suis trompée. Ce n’est pas une raison pour renoncer. (…) Ce qui m’a le plus frappé, c’est la centralité de “la race” dans la société américaine. Je n’employais jamais ce mot et, comme on sait, il ne correspond à rien scientifiquement. Et soudain, sur chaque formulaire, il me fallait indiquer que j’étais “white” ou “caucasian” ! Mais, au moins, il m’a fait comprendre que notre alpha et oméga à nous Français, c’est à dire le statut socio-économique, “la classe”, est tout aussi réducteur de la “foule” identitaire qu’est chacun d’entre nous. Donc, je pense que le pluralisme vécu, le mélange plus heureux, attend encore la pensée et le langage dans lequel il peut s’exprimer. Géraldine Smith
La rue Jean-Pierre Timbaud a été d’abord le lieu de mes espoirs, puis de ma déception. Raconter son histoire sur vingt ans m’a permis de faire le point, de savoir où j’habite -non plus au propre mais au figuré. Nous avons vécu dans ce coin de Paris entre 1995 et 2007. Nos enfants sont allés à l’école catholique, mitoyenne d’une mosquée salafiste réputée pour son radicalisme et d’un centre pour enfants juifs handicapés. Quand nous nous sommes installés, j’étais enthousiasmée par la diversité sociale, religieuse et culturelle de ce quartier qui ressemblait à la «France plurielle» que j’appelais de mes vœux. Mais au fil des ans, je m’y suis sentie de plus en plus mal à l’aise, au point d’être contente d’en partir. Dans ce livre à la première personne, je décris mon quotidien de mère de famille, celui de nos enfants, les matchs de foot dans la cour de récré, les fêtes d’anniversaire… Les raisons de l’échec, qui m’est resté en travers de la gorge, émergent de ce récit d’une façon très concrète. C’est comme si je donnais à mon problème qui, bien sûr, n’est pas seulement le mien, une adresse à Paris. (…) Avant d’avoir des enfants, j’ai travaillé comme journaliste en Afrique. Mon mari, un Américain ayant appris le français à 25 ans, continue d’y passer le plus clair de son temps en reportage. Nous ne voulions pas élever nos enfants dans une bulle. Donc, nous étions ravis d’habiter des quartiers moins homogènes, à tous points de vue, que, par exemple, ceux de la Rive Gauche. La Seine est une ligne de démarcation bien réelle. Je raconte dans le livre avoir accompagné une sortie de CM1 au parc du Luxembourg: la majorité des enfants de Belleville n’avaient jamais traversé le fleuve. Un dimanche, venant de Pantin pour une promenade dans le Marais, mon propre fils me fait remarquer que, de l’autre côté, «les Blancs sont majoritaires». Il n’en avait pas l’habitude. (…) Les difficultés de l’école publique ou la petite délinquance n’avaient rien de nouveau. C’est ma perception de la rue qui change brusquement. Au moment où j’ouvre enfin les yeux, après un incident mineur – un homme en qamis m’insulte parce que je bois un Coca sur le trottoir -, je découvre tout à la fois des réalités anciennes et nouvelles. J’ai l’impression que la présence d’une mosquée salafiste est pour beaucoup dans la désintégration mais c’est en partie une illusion optique: l’slam radical est lui-même d’abord une conséquence avant de devenir une cause. Il révèle un malaise qu’il va ensuite exacerber. Prenez la cohabitation entre les sexes. Quand un boulanger sert systématiquement les hommes avant les femmes, quand les petits commerces sont remplacés par des librairies islamiques et les magasins de mode ne déclinent plus dans leurs vitrines que la gamme très réduite du voile intégral, l’atmosphère de la rue s’en ressent forcément. De même quand des petits groupes prosélytes abordent des jeunes du quartier pour leur intimer de se joindre à la prière, non pas une fois par semaine mais tous les jours. Les premières victimes de cette évolution ne sont pas les gens comme moi, qui peuvent partir en vacances, obtenir des dérogations à la carte scolaire ou, si rien n’y fait, déménager. Ce sont ceux sans recours ni moyens, comme ce pizzaiolo qui baisse les rideaux parce qu’on lui enjoint de ne plus vendre que du Coca arabe. Ou Malika, une Marocaine vivant là depuis 1987 et qui regrette avec amertume la liberté vestimentaire disparue de sa jeunesse. Mais ce n’est pas forcément dans la nature de l’Islam de devenir ainsi un rouleau compresseur civilisationnel. La religion agressive n’est pas un archaïsme, une survivance ancestrale qui renaîtrait de ses cendres au beau milieu de Paris. Au contraire, c’est une production moderne, made in France, qui sert d’exutoire à ce qui ne va pas chez nous pour trop de gens depuis trop longtemps. Pour certains, c’est la seule issue quand l’ascenseur social est cassé. (…) Parfois cela mène à l’islamisme de la deuxième génération, à force de frustration et de rage. (…) Les couleurs de peau et les religions m’importent peu. J’apprécie les gens pour ce qu’ils sont et, si leur fréquentation devait me changer, pourquoi pas! Personne n’a une identité dans sa poche, comme un passeport, une fois pour toutes. Mais j’ai mis du temps à m’avouer qu’il n’en allait pas ainsi pour tout le monde, que la tolérance n’était pas le bien le mieux partagé dans notre quartier et, de ce fait, que la convivialité n’y était pas au rendez-vous. Par exemple, mon fils et ses camarades ne sont jamais partis en voyage avec leur classe, en sept ans, parce qu’une majorité des parents musulmans ne voulaient pas que leurs filles voyagent avec les garçons. J’ai râlé intérieurement mais je n’ai rien fait, par peur de passer pour «réac» sinon islamophobe. (…) il est vrai que ma génération a biberonné le rejet du «franchouillard» et, par opposition, l’éloge du métissage. À tel point que, jusqu’à très récemment, la Marseillaise et le drapeau français avaient de facto été abandonnés au Front national. En même temps, moi sans doute plus que mes parents, j’ai fermé les yeux sur le fait que le dogme religieux, l’infériorité supposée des femmes, l’homophobie ou le chauvinisme national faisaient partie de la culture de bien des immigrés. Ma génération a transformé en une relique intouchable «la culture de l’Autre» alors que la nôtre devait être librement négociable! J’ai mis du temps à me demander pourquoi un Camerounais raciste ou macho devrait être moins critiquable qu’un Français «de souche» soutenant le FN. Dans ce monde courbe où nous prenons nos désirs pour des réalités, on passe avec un sourire gêné sur le racisme ou la misogynie d’un immigré alors qu’on n’a pas de mots assez durs pour le moindre beauf bien de chez nous. Le problème n’est pas que nous ne soyons pas tous d’accord sur les maux qui rongent notre société. Au contraire, ce serait étonnant voire malsain. Mais qu’on ne soit pas d’accord avec soi-même, qu’on refuse de voir ce à quoi on ne veut pas croire, c’est vraiment problématique. Mon livre dit à chaque page que la «petite» vie quotidienne nous livre une somme de vérités qui valent plus que «la» vérité détachée de notre vécu, celle qu’on porte en bandoulière comme une amulette politique, son fétiche de «bien- pensant». (…) Les réactions sont aussi diverses que la rue mais, très largement, positives. Ceux qui apparaissent dans le récit sont contents que leur témoignage se trouve maintenant sur la place publique. À tort ou à raison, ils avaient l’impression d’être invisibles. (…) Bien entendu, ceux qui ne se reconnaissent pas dans mon récit m’accusent d’avoir caricaturé leur quotidien. Sur les réseaux sociaux, quelques rares personnes disent que «je délire»: pour moi, ceux-là ne voient pas ce qui se passe dans leur rue parce qu’ils «coexistent» avec ceux qui ne leur ressemblent pas, mais ne partagent avec eux aucune forme de convivialité. Autant dire qu’on est dans les jeux de miroirs habituels des perceptions individuelles. Cependant, quand vous travaillez sur vingt ans, quand vous avez vécu sur place et interrogé beaucoup de gens pour croiser les regards, il n’est pas facile de vous reprocher, sérieusement, d’avoir inventé une réalité. Géraldine Smith
J’ai (…) décidé – ça m’a coûté ! – d’écrire comme « la mère de famille » que j’étais aussi, c’est-à-dire au raz du quotidien, dans mon corps-à-corps avec une réalité souvent frustrante, rarement glorieuse. Décrire ma colère après un goûter d’anniversaire qui tourne au fiasco, mon impuissance face à un père de famille algérien au chômage qui désespère de « sauver ses enfants de la racaille », c’est ma façon de dire – j’y vais tout droit – qu’il est plus facile de défendre l’ouverture totale des frontières lors d’un dîner dans le Ve arrondissement que de scolariser ses enfants dans un lycée public du XXe. (…) Grâce à l’Afrique, il n’y avait aucun risque que je confonde l’islam et l’islamisme, un hijab et une burqa, un croyant et un djihadiste. J’étais aussi moins intimidée à l’idée de me faire taxer de raciste ou d’islamophobe. Au début des années 90, j’avais vécu à Dakar dans un studio que me louait un chef traditionnel Lébou, qui était musulman comme la quasi-totalité des Sénégalais. Ma pièce donnait sur sa cour intérieure, qui se remplissait de fidèles au rythme des appels du muezzin. Il m’invitait à boire le thé, nous nous entendions bien. Il est le premier à m’avoir parlé d’une « menace fondamentaliste » dans un pays pourtant pourtant dominé, sur le plan religieux, par les confréries soufies. Sous l’influence de prédicateurs étrangers officiant dans des mosquées souvent bâties avec des fonds saoudiens, le salafisme se développait à cette époque au Sénégal. On voyait au marché les premières femmes portant le voile intégral, des prêcheurs commençaient à s’en prendre à un soufisme jugé trop mou. L’islamisme, l’instrumentalisation de la foi musulmane à des fins politiques, est un problème en Afrique comme à Paris. J’ajoute qu’il est plus facile de comprendre que l’intégration n’est pas un lit de roses quand on est soi-même immigrée – immigrée de luxe, certes, mais immigrée quand même – comme c’est mon cas aux États-Unis. Je m’accroche comme d’autres à ma langue, ma culture, mes habitudes, mes préjugés… Au quotidien, je négocie pied à pied ce qui est « à prendre ou à laisser » dans les deux mondes que je dois réconcilier : ça va de la nourriture au respect dû aux parents en passant par la longueur des jupes… Je n’ai jamais laissé ma fille porter ces shorts ultra-courts et moulants qui sont pourtant la règle aux États-Unis. Mais, venant d’un pays laïque (allez expliquer ce que ça veut dire en cinq minutes !), j’ai pourtant accepté que dieu se glisse dans le contrat social tous les matins quand nos enfants prêtaient allégeance avant de commencer leur journée à l’école publique. Bref, on apprend à faire la part du feu au jour le jour. [Mon fils] a vécu une variation sur le même thème : quand nous nous sommes installés en Caroline du Nord, en 2007, il a découvert qu’on pouvait même revendiquer des origines très lointaines dans le temps. Le premier jour d’école, à la cantine, il y avait des tablées séparées d’enfants noirs, asiatiques, latinos et blancs. Il n’avait jamais connu ça à Belleville. Ne parlant pas bien l’anglais, vulnérable, il s’est assis chez les Noirs, qui l’ont accueilli plutôt sympathiquement. Plus tard, un copain noir lui a expliqué : « On t’aime bien. T’es pas Blanc, t’es Français ». Autant dire qu’il reste du chemin à faire… Aux États-Unis, l’assignation raciale prime sur tout. Plus qu’évidente, elle passe pour « naturelle » alors qu’elle est tout sauf cela. Il n’y pas de « Latino » en dehors des Etats-Unis, aucun rapport entre un Camerounais francophone et un Noir américain, beaucoup de Noirs américains seraient ailleurs vu comme Blancs et, summum de tout, les « Caucasiens » doivent leur nom à un professeur allemand au 18ème siècle, Johann Friedrich Blumenbach, qui a défini une « race » à partir d’un seul crâne qu’il trouvait merveilleux ! Certains amis de Max ou de Lily sont dans des clubs ouvertement “racialisés”, comme Men of Color ou Mixed Race Coalition. J’ai du mal à comprendre de tels choix, qui enferment l’individu dans un seul groupe, une seule facette de son identité. En France, une communauté fondée sur la couleur de la peau est a priori suspecte. Le Conseil représentatif des associations noires, créé en 2005, peine à exister. Les musulmans français sont très peu « communautarisés ». L’idéal républicain français prétend gommer toutes les différences au nom de la fraternité. Y parvient-il dans les faits ? Non, pas plus que le « rêve américain » n’assure l’égalité des chances aux États-Unis. Mais maintenant qu’on n’y croit plus, en France, cet idéal républicain d’assimilation passe pour un leurre, une « arnaque » dont le but réel viserait à faire de tous un « Français moyen » qu’on devine blanc, catholique, amateur de vin et de bonnes chères, vaguement grivois. Bien sûr, ça ne passe plus. Pourquoi serait-on moins « français » parce que l’on est noir ou musulman ? Que signifie « être français » ? Pour moi, en attendant de trouver mieux comme contrat social, est Français qui a la nationalité française. À mes yeux, il n’y ni « Français de souche » ni « Français issu de l’immigration ». Puisque la citoyenneté fait la différence entre eux, on est soit immigré soit Français étant entendu que le passage d’un statut à l’autre est balisé de droits et d’obligations s’imposant à tous. La question de l’origine est différente de celle de la race, un concept qui n’a d’ailleurs aucun fondement scientifique. Aux Etats-Unis, on est fiers de ses origines italienne, irlandais, africaine… En France, dire d’un jeune né en France qu’il est Franco-Algérien ou Franco-Camerounais, c’est le stigmatiser, en faire un citoyen de seconde zone. Qui a raison ? Quand le jeune Kader, dans le livre, me dit qu’il est Franco-Marocain et fier de l’être parce que bien incapable de choisir entre les deux pays, je ne vois pas où est le problème. Il passe ses vacances au Maroc, il parle marocain, il appartient à deux nations et cultures, comme mes propres enfants qui sont franco-américains (et à qui personne n’intime l’ordre de choisir). En revanche, quand la maîtresse oblige Séverin à parler du Cameroun, où il n’a jamais mis les pieds, seulement parce qu’il est noir et son père un immigré camerounais, elle lui assigne une identité qui n’est pas la sienne. (…) En fait, ils ne se confrontent pas, ils s’évitent. Rue Jean-Pierre Timbaud, bobos, barbus, Loubavitch, Polonais, Nord-Africains, artistes et dealers, jeunes et vieux se côtoient sans se rencontrer… Il y a même quelques personnes fortunées, dans des lofts discrets dans les arrière-cours. Mais les uns et les autres ne se connaissent pas, ou mal, il n’y guère de convivialité. Dans mon livre, Malika se fâche lorsque je lui vante mixité sociale de la rue telle que je la perçois au début. Là où un bobo voit un bar sympa, elle voit du bruit et le vomi qu’il faut enjamber sur les trottoirs le matin. Et cette mosquée « qui ne gêne personne », elle la voit comme le lieu qui aspire son fils aîné dans un vortex de radicalisation. Les bobos ont leurs restaurants, leurs boutiques, leurs boulangeries, leurs dérogations à la carte scolaire. Dans le fond, ce qui me dérange, ce n’est pas leur mode de vie, qui est en partie le mien. Ce qui me gêne, c’est que la tolérance est devenue le masque de l’indifférence que portent les uns aux autres. On se prétend ouvert mais, en réalité, on se recroqueville dans son alvéole, quitte à abandonner la place publique aux islamistes, les seuls à avoir encore un projet collectif. (…) Je crains qu’il y ait dans beaucoup de capitales du monde de telles frontières invisibles. À Paris, historiquement, les quartiers  de la rive gauche et à l’Ouest ont été urbanisés le plus tardivement et certains villages, comme Monceau, n’ont été annexés que dans la seconde moitié du 19ème siècle. Plus récemment, la fréquentation de l’espace public a évolué avec l’apparition du RER, le métro de la grande banlieue : les Champs-Elysées, en haut desquels se trouve la station Charles de Gaulle, ou le Forum des Halles, ont ainsi été abandonnés par les « vrais » Parisiens aux « gens des cités », en plus des touristes. Tout cela pour dire qu’en effet, on ne croise pas beaucoup d’ouvriers boulevard Saint-Germain, ni de Noirs dans les jardins du Luxembourg. Que les enfants – nés à Paris – du boulanger de Ménilmontant ne soient jamais montés dans la tour Eiffel, ou que l’un de mes amis d’une grande famille bourgeoise n’ait jamais « passé le périph’» en dit effectivement long sur le cloisonnement social. C’est aussi une question de moyens : au café de Flore, le « petit noir » est à 4,60 euros, alors qu’on boit son expresso pour moins de 2 euros à Belleville. (…) Il ne s’agit pas de racisme. Ce jour là, j’ai honte, l’espace de quelques instants, d’être avec une femme qui hurle en arabe dans les jardins du Luxembourg. Puis, j’ai honte d’avoir honte d’elle et de son enfant. Cela ne fait pas de moi une raciste. Dans le fond, ce qui me gêne à ce moment là, ce n’est pas de me promener dans Paris avec une femme voilée (je viens de passer la journée avec elle), ce qui me gêne c’est qu’elle hurle dans un espace public dont je connais et partage les codes : au Luxembourg, on ne hurle pas… Si elle avait hurlé au Parc de Belleville, je n’y aurai même pas prêté attention. J’ai donc une réaction qui traduit notre différence sociale : ce n’est guère mieux, mais cela n’a rien à voir avec du racisme. Je lui en veux mais pas pour son origine. Je lui en veux parce qu’elle vient de faire éclater ma bulle de rêve. Je m’étais grisé de cette belle journée, des rires devant Guignol, j’avais regardé les gamins et je m’y étais cru, dans cette France cosmopolite de toutes les couleurs. Or, l’incident entre le gardien et la mère de Djed me ramène à la réalité. L’atterrissage est brutal. Je n’exclue pas avoir eu, en d’autres circonstances, un premier réflexe raciste. Par exemple, un Chinois crache dans le métro et je pense in petto: « Y’en a marre de tous ces Chinois qui crachent partout ! ». À mon avis, si l’on veut surmonter le racisme, il faut cesser de le présenter comme un sentiment extraterrestre, quelque chose qui n’arrive qu’aux autres. C’est pour cela que je rapporte dans le livre l’anecdote de Nelson Mandela qui, à peine sorti de 27 ans de prison, monte dans un avion, se rend compte que le pilote est noir et, par réflexe, se dit : « pas de chance ! ». Mandela en parle dans son autobiographie pour mettre en exergue la « banalité du mal », comme dirait Hannah Arendt. Si on avait tous ce courage, on pourrait accomplir un travail collectif pour aller à rebours de nos préjugés. On ne vaincra pas le racisme en mettant des procureurs généraux à tous les coins de rue, ou par auto-flagellation. (…) Des comptes rendus positifs et des interviews sont parues dans la presse de gauche comme de droite, du Figaro au Monde, de Marianne aux Inrockuptibles. On m’avait prédit le pire, que je devais me préparer à être violemment prise à partie mais rien de cela n’est arrivé. Cependant, une rencontre-débat dans une librairie près de la rue Jean-Pierre Timbaud a été annulée à a suite de menaces émanant d’abord de bobos, puis d’islamistes. Et les réactions des internautes sous les recensions ou les interviews sont souvent violentes. A droite, pour certains, je suis une « bobo repentie qui s’aveugle encore ». On devine que les gens qui « commentent » n’ont pas lu le livre, mais y trouvent quand même la preuve, s’il leur en fallait une, que l’islam est incompatible avec la France. A gauche, pour d’autres, je raconte n’importe quoi en « faisant passer le quartier pour une no-go zone alors que tout y est si cool ». Mais, dans l’ensemble, je suis agréablement surprise par l’espace qui est désormais ouvert en France pour débattre sans ambages de notre « vivre ensemble » en panne. (…) Je n’ai pas d’expertise pour juger du succès du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis mais, s’il visait l’émancipation plutôt que le « mélange », une notion assez confuse, un bon bout de chemin a été accompli. En l’absence de statistiques ethniques officielles, qui sont interdites en France, la comparaison entre les deux pays est difficile. À vue de nez,  il me semble effectivement que les villes françaises demeurent, malgré une communautarisation tardive mais croissante, plus mélangées, ethniquement et socialement, que les villes américaines. En revanche, les minorités sont bien plus visibles en Amérique qu’en France (un incontestable acquis de la lutte pour les droits civiques). Pour ne citer que cet exemple, on comptabilise 10 députés « issus de la diversité » sur 577 élus au parlement français. On est loin d’un « caucus » de poids ! Géraldine Smith
Géraldine Smith se lance (…) dans une aventure littéraire qui relève de l’exercice le plus difficile qui soit : l’approche critique de sa propre pensée. (…) Géraldine Smith dévoile honnêtement sa difficulté initiale à admettre l’échec du modèle d’intégration à la française, pensant qu’à force de bonne volonté, il doit être possible d’émousser la haine de certains, au profil de vie difficile. (…) Au départ (…) Géraldine croit au multiculturalisme et à une classe moyenne mélangée. Journaliste, comme son mari Stephen (Américain), elle fut reporter à Jeune Afrique puis rédactrice en chef de L’Autre Afrique. Stephen travaillait au Monde après avoir quitté Libération. Elle choisira de devenir pigiste après la naissance de ses enfants, afin de bénéficier de plus de souplesse. Le couple a tout d’une paire de bobos… Et puis le 11 septembre 2001 survint. Des avions s’encastrent dans les Tours jumelles à New York : les deux colosses, symboles des États-Unis, s’enflamment et s’effondrent. (…) Elle assiste ensuite, lentement mais inexorablement, à la progression de l’intégrisme : à la mosquée Omar, dans la rue Timbaud, dans les commerces. Elle note aussi l’antisémitisme grandissant de certains enfants musulmans. Dès lors, l’auteure constate qu’elle a commis plusieurs erreurs intellectuelles : penser d’abord qu’une tolérance sans bornes permet aux étrangers de mieux s’intégrer : hélas, tolérer de manière excessive vire souvent à la démission. (…) Deuxièmement, Géraldine Smith affirme que les difficultés socio-économiques ne suffisent pas à expliquer la « désintégration ». Troisièmement, le multiculturalisme fait des ravages parce qu’il conduit à penser qu’il existe un droit absolu à la différence autorisant à ne pas respecter la loi et les règles de vie d’une société au nom de sa singularité culturelle ou religieuse. Enfin, elle indique qu’elle a confondu la coexistence et le vivre-ensemble, la cohabitation et la convivialité. Faire nation constitue effectivement une chose bien plus complexe que juxtaposer des communautés. (…) En cette époque vindicative où rares sont ceux qui entendent la parole de l’Autre, c’est un exercice difficile et salutaire. A lire absolument pour jeter un regard humain et pourtant clinique sur un sujet capital. Eric Delbecque
Une journaliste a enquêté sur l’islamisation du quartier où elle a habité, celui de la rue Jean-Pierre-Timbaud, dans le XIe arrondissement de Paris. Une artère sous l’influence de la mosquée Omar. (…) Géraldine Smith (…) disait sa fierté d’habiter ce quartier populaire et mélangé. Ses enfants étaient scolarisés dans une petite école catholique qui accueillait beaucoup de musulmans, un établissement mitoyen de la mosquée Omar. Sous l’influence de ce haut lieu de l’islam radical, elle a vu le haut de la rue évoluer en une dizaine d’années, devenir un coin d’asphalte où les librairies intégristes évincent le petit commerce, où les femmes ne se risquent plus à se promener bras nus. Exilée depuis aux Etats-Unis, cette journaliste a continué à s’intéresser à cette enclave salafiste au cœur du pays des bourgeois bohèmes. En janvier 2015, elle tombe en arrêt devant la photo de la licence de foot des frères Kouachi, les assassins de Charlie Hebdo, des gamins de l’Est parisien. « Les bourreaux, comme les victimes, faisaient partie de mon monde, cela m’a foudroyée », écrit-elle. Pour comprendre et expliquer, elle a retraversé l’Atlantique. Mené une minutieuse enquête à l’ombre de la mosquée, retrouvé ceux qui il y a dix ans jouaient avec ses enfants, interrogé les commerçants. Elle découvre qu’une cohabitation hostile s’est installée entre deux groupes qui s’ignorent ou se défient, c’est selon : les bobos et les barbus. Un récit glaçant, avec pour décor la capitale. Marianne
Le climat se dégrade insidieusement rue Jean-Pierre-Timbaud. […] A cette époque, les voyages scolaires habituellement organisés pour les élèves du CE2 au CM2 sont tout bonnement supprimés. Une majorité de parents musulmans refusant désormais de laisser partir leurs filles, par peur de la promiscuité avec les garçons, l’école ne parvient plus à atteindre le minimum d’élèves requis pour monter une « classe verte », un séjour à la montagne. Et encore moins le voyage en Angleterre que les institutrices faisaient miroiter comme récompense aux enfants depuis le CE1. […] La recomposition des équipes de football, la suppression des voyages ne sont que le reflet, chez les gamins, de la désintégration qui est à l’œuvre dans la rue. Sur fond de crise économique perpétuelle, il y a eu le 11 septembre, l’invasion de l’Irak, les grèves contre la réforme du système des retraites, voire la « canicule » de 2003 et, sans doute, bien d’autres choses encore. La France va mal : elle voulait croire qu’elle avait une « certaine idée » d’elle-même mais, là, elle n’a plus d’idées ni de certitudes du tout ; elle balance entre le grand mélange du « métissage » et la Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules d’un passé plus imaginaire que réel ; Raffarin-le-rond puis Villepin-l’agité sont Premiers ministres ; Sarko-le-Kärcher à l’Intérieur. Bizarrement, dans cet entre-deux où tout vaut tout et son contraire, la crise des banlieues de la fin de l’année 2005 passe quasiment inaperçue à Couronnes. A la lisière du XIe et du XXe, on ne brûle pas de voitures. On y est déjà trop engagés dans un jeu de go, dans le silence. L’enjeu est territorial. De part et d’autre, on pousse ses pions, sans piper mot. A tel point que beaucoup d’entre nous ne s’aperçoivent de rien ou se disent et répètent aux autres, face aux indices s’accumulant : « Mais c’est calme ici. » Avec le recul, cette phrase est devenue pour moi le Kyrie eleison d’un « positivisme » compulsif, l’aveu qu’on ferme les yeux pour mieux ne rien entendre. » Géraldine Smith
Oui, les faits sont têtus. Ayant été de ces quelques journalistes (les doigts d’une main devraient suffire) qui, depuis des décennies, ont alerté isolément sur l’immigration de peuplement, l’islam politique, le multiculturalisme, le somnambulisme des dirigeants, la lâcheté des bons sentiments, l’instrumentalisation des droits de l’homme, je sais ce que ces mises en garde m’ont valu de haussements d’épaules, d’insultes et de kahnneries dans Marianne, de caricatures en franchouillard halluciné, d’exclusions des débats médiatiques bien peignés. Or, jamais la remarque d’Arthur Schopenhauer, que je rappelle dans La guerre civile qui vient, n’a été aussi vraie : « Toute vérité franchit trois étapes. Tout d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été évidente ». La troisième étape n’est pas loin d’être franchie. Quelques exemples, glanés ces derniers jours de vacances d’avril. Le Monde du 27 avril accorde une place de choix au livre de Géraldine Smith dans lequel, femme de gauche, elle déplore son propre aveuglement volontaire face à l’emprise islamiste de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris. Certes, le quotidien s’effraie encore un peu  des « remarques contestables sur l’islam » que la journaliste émet parfois, mais il lui donne néanmoins l’absolution : « Sous-entendre qu’elle est islamophobe (…) serait abusif ».  Dans FigaroVox, Géraldine Smith reconnaît : « Ma génération a transformé en une religion intouchable la « culture de l’Autre » alors que la nôtre devait être librement négociable ». Laurent Joffrin, qui dressait il y a peu des listes de « néo-réacs » et de « néo-fachos » coupables de ne pas se plier devant l’islam et de parler comme Mme Smith, dénonce à son tour (Libération, 29 avril) la « naïveté » de ceux qui ne veulent pas voir dans le voile islamique la marque de la domination masculine sur le corps féminin. Le voilà en soutien de Soufiane Zitouni, ce professeur de philosophe qui reconnaît l’existence d’un « antisémitisme islamique, si présent dans de nombreuses familles musulmanes depuis des siècles, et à notre époque plus que jamais, hélas ». Les lecteurs fidèles de ce blog connaissent aussi cette évidence depuis longtemps… Cependant ces quelques cas anecdotiques, s’ils illustrent bien la déroute des idéologies face aux réalités, ne sont rien en comparaison de la vague de rejet massif par l’opinion de l’immigration de peuplement, de l’islam politique, du multiculturalisme, ces sujets dont il était de bon ton d’assurer naguère qu’ils n’intéressaient personne hormis quelques esprits étriqués et monomaniaques. « Les socialistes, grands déçus de la politique », titrait Le Monde, jeudi. Alors que les « déclinistes », ainsi nommés par le Système pour faire taire leur tocsin,  étaient la cible principale du « progressisme », l’étude 2016 sur les Fractures françaises  fait apparaître que  seulement 31% des sympathisants socialistes pensent que la France « n’est pas en déclin ». Selon cette même étude, 65% des Français estiment qu’il y a trop d’étrangers en France. Le rejet de l’Union européenne, construite justement sur l’immigration de peuplement, procède de ce même refus de cautionner une politique d’immigration sacralisée par des commissaires européens non élus. Le Figaro de vendredi a mis au jour pour sa part l’image dégradée de l’islam, en France et en Allemagne. En France, 63% des sondés estiment que « l’influence et la visibilité de l’islam » sont « trop importants » (48% en Allemagne). Même les sympathisants socialistes se disent, à 55%, opposés au port du voile « dans la rue ». 52% des Français se disent également opposés à la l’édification de mosquées (49% en Allemagne). Quand Barack Obama dit dernièrement d’Angela Merkel que la chancelière allemande « est du bon côté de l’histoire » dans l’accueil des migrants, le président des Etats-Unis affiche son profond mépris pour les peuples européens qui voient très bien les dangers que recèlent, pour l’avenir des cohésions nationales, l’immigration de masse, l’islam conquérant, la confusion entre l’autre et le même. Si l’angélisme des faux gentils perdure jusqu’à attiser les rejets entre communautés, le sens de l’histoire rejoindra l’Autriche dont les citoyens, contre toute attente, ont placé un candidat du FPÖ, Norbert  Hofer, nettement en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Marine Le Pen s’est empressée de féliciter ses « amis du FPÖ » pour ce « résultat magnifique ». La droite officielle, elle, continue de dormir du sommeil du simplet. Ivan Rioufol
« Bobo  », « classe créative  », « branchés  »… Chacune de ces expressions recouvre une réalité un peu honteuse, celle de milieux mi-intellos, mi-artistes, conscients des enjeux politiques et sociaux de ce monde, mais qui, plutôt que de les affronter directement, préfèrent faire un pas de côté, en s’imaginant que des solutions esthétiques suffiront pour les apaiser. Ils investissent par exemple des quartiers populaires, croyant venir ajouter aux « United Colors of Benetton  ». Ils fréquentent des cafés à la mode, où l’on mange forcément bien parce que bio, et croient ainsi aider à réaliser les promesses d’une République fraternelle et solidaire, alors qu’ils viennent en fait profiter du repli communautaire pour s’inventer un monde à eux. Au fil du temps, la bonne conscience bobo ne tient toutefois pas le choc de la réalité. Dans son ouvrage sur la difficile coexistence communautaire rue Jean-Pierre-Timbaud, la journaliste Géraldine Smith ne se décrit pas elle-même comme bobo, même si elle reconnaît qu’elle trouvait « très cool  » d’habiter un quartier aussi bigarré. Après avoir élevé ses deux enfants à proximité, elle revient, plus de dix ans après, dans un quartier où l’islam intégriste et les petits vendeurs de drogue prospèrent, où la République n’arrive plus à intégrer ses enfants, et où les incivilités seraient devenues insupportables. Ces retrouvailles se font alors que c’est précisément ce Paris-là qui est devenu une scène d’attentats, en 2015. Avec son époux, Stephen Smith, ancien journaliste au Monde, Géraldine Smith a déjà fait paraître un ouvrage, Noir et français  ! (Ed. du Panama, 2006), sur la tentation identitaire qui traverse la communauté noire de France. Elle propose maintenant une enquête intime pour mieux comprendre comment elle s’est autopersuadée qu’« une tolérance sans borne était la meilleure manière d’aider les étrangers et leurs enfants français à s’intégrer  ». Ce n’est donc pas tant la transformation de ce quartier qui l’intéresse que sa propre réaction, ou son absence de réaction, aux changements qui se sont opérés quotidiennement autour d’elle. Car il y avait un pas à ne pas franchir  :« Pour nous, admettre qu’il y a un problème, c’est déjà faire un pas en ­direction du camp des “conservateurs”. » (…) Dans son roman La Vie devant soi, paru en 1975, Romain Gary inventait un Belleville, une France, régis par un ordre postcolonial où l’on sait se jouer des identités, où l’on peut tricher avec le regard des autres, se dire juif, puis musulman, ou bien français, puis africain, sans que cela porte à conséquence, parce que chacun veille à entretenir les réseaux de solidarité. Le livre de Géraldine Smith fait penser à ce ­roman, mais dans une version cauchemardesque. Son fils Max énonce avec ses mots d’enfant, sur un ton proche de celui du petit Momo imaginé par Romain Gary, des vérités que les adultes peinent à voir. « Je ne sais pas ce qui leur prend tout d’un coup  ; ils se prennent tous pour leur origine  », dit-il un jour en rentrant d’une partie de foot qui a opposé la « France  » au « reste du monde  », entre ceux qui se sont trouvés assimilés ce jour-là à l’ancien colonisateur et ceux qui revendiquent désormais leurs racines africaines et arabes. Le quartier aurait basculé au tournant des années 2000, dans cette nouvelle époque qui s’amorce avec les attaques contre le World Trade Center. Sous les traits de cette journaliste, il serait tentant de découvrir l’un de ces « catholiques zombies  » fustigés par Emmanuel Todd dans son essai Qui est Charlie  ? (Seuil, 2015). Le démographe visait ainsi cette frange de l’opinion de gauche qui a reçu une éducation catholique, mais qui, sans avoir la foi, en a gardé les réflexes xénophobes, notamment à l’égard des musulmans. Géraldine Smith, qui ne cache pas son éducation religieuse, pourrait entrer dans cette catégorie, mais ce serait sous-entendre qu’elle est islamophobe, ce qui serait abusif. Il est vrai qu’elle a parfois des remarques ­contestables sur l’islam, comme lorsqu’elle le compare à un « anticorps  » produit par les immigrés « dans un milieu français à haut risque de contagion  ». Mais Géraldine Smith porte un regard aussi sévère sur l’école. La mise en cause est générale, et surtout personnelle. Elle se réserve les plus durs reproches et, à travers elle, c’est bien la « classe créative  » qui est visée. Bobos, branchés et hipsters se retrouvent au Cannibale, un café bien connu de la rue Jean-Pierre-Timbaud. Les plus démonstratifs d’entre eux se font tatouer, portent la barbe et la chemise à carreaux. La toilette recherchée de ces coquets bûcherons est leur véritable habitat. Qu’ils résident rue Jean-Pierre-Timbaud ou dans le 5e arrondissement n’y change rien. Il y a encore autre chose qui définit « hipster  » et « bobo  ». C’est leur rôle dans les industries créatives, publicité, édition, télévision, etc. Parce qu’ils détiennent le capital intellectuel, si ce n’est le capital tout court, ils participent activement à définir le monde, à forger le discours dominant. Le temps du constat passé, on peut espérer qu’ils trouvent l’humour et la dérision nécessaires pour imaginer un quartier digne du Belleville de Romain Gary. Le Monde

Après les neocons, les bobos !

A l’heure où la polémique aussi piégée que savamment orchestrée qui avait tant agité nos plages …

Et valu au pays européen qui, possédant la plus grande minorité de musulmans et une frontière directe avec le Monde musulman, vient d’offrir en à peine 18 mois des centaines de ses ressortissants à la fureur sacrificielle de nos djihadistes …

La condamnation quasi-unanime de la bien-pensance de pays qui n’en ont respectivement que moins de 5 % pour les Britanniques et moins d’1% pour les Américains …

Semble repartir chez nos voisins britanniques (mais aussi allemands) avec un sondage révélant une majorité favorable à l’interdiction du port de la burka (contre 27% aux EU) et près de la moitié à celle de sa version plage …

Pendant qu’avec le triple jeu de nos amis turcs, pourrait bien repartir de plus belle l’invasion arabe de l’Europe tant célébrée par ceux là mêmes qui en sont les plus protégés

Comment ne pas repenser à l’accueil pour le moins mitigé juste avant l’été d’un livre dont l’auteure se voyait quasiment traiter de « catholique zombie » et d’islamophobe  …

Pour avoir reconnu suite à son émigration aux Etats-unis et à l’instar de ces gens de gauche que leur agression par la réalité avaient convertis en néoconservateurs  …

Sa foi exagérée au multiculturalisme et pris acte de l’échec du modèle d’intégration à la française

Et surtout, trahissant les secrets de la tribu, de n’avoir pas su trouver « l’humour et la dérision nécessaires pour imaginer un quartier digne du Belleville de Romain Gary » ?

Les ratés de la mixité sociale dans l’Est parisien
Marc-Olivier Bherer
Le Monde
26.04.2016

« Bobo   », « classe créative  », « branchés  »… Chacune de ces expressions recouvre une réalité un peu honteuse, celle de milieux mi-intellos, mi-artistes, conscients des enjeux politiques et sociaux de ce monde, mais qui, plutôt que de les affronter directement, préfèrent faire un pas de côté, en s’imaginant que des solutions esthétiques suffiront pour les apaiser. Ils investissent par exemple des quartiers populaires, croyant venir ajouter aux « United Colors of Benetton  ». Ils fréquentent des cafés à la mode, où l’on mange forcément bien parce que bio, et croient ainsi aider à réaliser les promesses d’une République fraternelle et solidaire, alors qu’ils viennent en fait profiter du repli communautaire pour s’inventer un monde à eux.

Au fil du temps, la bonne conscience bobo ne tient toutefois pas le choc de la réalité. Dans son ouvrage sur la difficile coexistence communautaire rue Jean-Pierre-Timbaud, la journaliste Géraldine Smith ne se décrit pas elle-même comme bobo, même si elle reconnaît qu’elle trouvait « très cool  » d’habiter un quartier aussi bigarré. Après avoir élevé ses deux enfants à proximité, elle revient, plus de dix ans après, dans un quartier où l’islam intégriste et les petits vendeurs de drogue prospèrent, où la République n’arrive plus à intégrer ses enfants, et où les incivilités seraient devenues insupportables. Ces retrouvailles se font alors que c’est précisément ce Paris-là qui est devenu une scène d’attentats, en 2015.

Avec son époux, Stephen Smith, ancien journaliste au Monde, Géraldine Smith a déjà fait paraître un ouvrage, Noir et français  ! (Ed. du Panama, 2006), sur la tentation identitaire qui traverse la communauté noire de France. Elle propose maintenant une enquête intime pour mieux comprendre comment elle s’est autopersuadée qu’« une tolérance sans borne était la meilleure manière d’aider les étrangers et leurs enfants français à s’intégrer  ». Ce n’est donc pas tant la transformation de ce quartier qui l’intéresse que sa propre réaction, ou son absence de réaction, aux changements qui se sont opérés quotidiennement autour d’elle. Car il y avait un pas à ne pas franchir  :« Pour nous, admettre qu’il y a un problème, c’est déjà faire un pas en ­direction du camp des “conservateurs”. »

Elle fait donc le récit de sa vie dans ces rues. On croise amis et connaissances, parents d’élèves, directeurs d’école publique ou privée, cafetiers, mais aussi les enfants laissés à eux-­mêmes, les dealers, les mamans voilées, les boulangers musulmans qui servent les femmes en dernier, le tout dans une ambiance qui s’alourdit sous le poids d’un islam de plus en plus intolérant, qui flique et quadrille le quartier grâce à la tristement célèbre mosquée Omar, au coin des rues Jean-Pierre-Timbaud et Morand, et aux librairies des alentours.

Un tournant après le 11-Septembre

Dans son roman La Vie devant soi, paru en 1975, Romain Gary inventait un Belleville, une France, régis par un ordre postcolonial où l’on sait se jouer des identités, où l’on peut tricher avec le regard des autres, se dire juif, puis musulman, ou bien français, puis africain, sans que cela porte à conséquence, parce que chacun veille à entretenir les réseaux de solidarité.

Le livre de Géraldine Smith fait penser à ce ­roman, mais dans une version cauchemardesque. Son fils Max énonce avec ses mots d’enfant, sur un ton proche de celui du petit Momo imaginé par Romain Gary, des vérités que les adultes peinent à voir. « Je ne sais pas ce qui leur prend tout d’un coup  ; ils se prennent tous pour leur origine  », dit-il un jour en rentrant d’une partie de foot qui a opposé la « France  » au « reste du monde  », entre ceux qui se sont trouvés assimilés ce jour-là à l’ancien colonisateur et ceux qui revendiquent désormais leurs racines africaines et arabes. Le quartier aurait basculé au tournant des années 2000, dans cette nouvelle époque qui s’amorce avec les attaques contre le World Trade Center.

Sous les traits de cette journaliste, il serait tentant de découvrir l’un de ces « catholiques zombies  » fustigés par Emmanuel Todd dans son essai Qui est Charlie  ? (Seuil, 2015). Le démographe visait ainsi cette frange de l’opinion de gauche qui a reçu une éducation catholique, mais qui, sans avoir la foi, en a gardé les réflexes xénophobes, notamment à l’égard des musulmans. Géraldine Smith, qui ne cache pas son éducation religieuse, pourrait entrer dans cette catégorie, mais ce serait sous-entendre qu’elle est islamophobe, ce qui serait abusif.

Des remarques contestables sur l’islam

Il est vrai qu’elle a parfois des remarques ­contestables sur l’islam, comme lorsqu’elle le compare à un « anticorps  » produit par les immigrés « dans un milieu français à haut risque de contagion  ». Mais Géraldine Smith porte un regard aussi sévère sur l’école. La mise en cause est générale, et surtout personnelle. Elle se réserve les plus durs reproches et, à travers elle, c’est bien la « classe créative  » qui est visée.

Bobos, branchés et hipsters se retrouvent au Cannibale, un café bien connu de la rue Jean-Pierre-Timbaud. Les plus démonstratifs d’entre eux se font tatouer, portent la barbe et la chemise à carreaux. La toilette recherchée de ces coquets bûcherons est leur véritable habitat. Qu’ils résident rue Jean-Pierre-Timbaud ou dans le 5e arrondissement n’y change rien.

Il y a encore autre chose qui définit « hipster  » et « bobo  ». C’est leur rôle dans les industries créatives, publicité, édition, télévision, etc. Parce qu’ils détiennent le capital intellectuel, si ce n’est le capital tout court, ils participent activement à définir le monde, à forger le discours dominant. Le temps du constat passé, on peut espérer qu’ils trouvent l’humour et la dérision nécessaires pour imaginer un quartier digne du Belleville de Romain Gary.

Voir aussi:
Le sens de l’histoire contrarie les idéologues
Ivan Rioufol
1 mai 2016

Oui, les faits sont têtus. Ayant été de ces quelques journalistes (les doigts d’une main devraient suffire) qui, depuis des décennies, ont alerté isolément sur l’immigration de peuplement, l’islam politique, le multiculturalisme, le somnambulisme des dirigeants, la lâcheté des bons sentiments, l’instrumentalisation des droits de l’homme, je sais ce que ces mises en garde m’ont valu de haussements d’épaules, d’insultes et de kahnneries dans Marianne, de caricatures en franchouillard halluciné, d’exclusions des débats médiatiques bien peignés. Or, jamais la remarque d’Arthur Schopenhauer, que je rappelle dans La guerre civile qui vient, n’a été aussi vraie : « Toute vérité franchit trois étapes. Tout d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été évidente ». La troisième étape n’est pas loin d’être franchie. Quelques exemples, glanés ces derniers jours de vacances d’avril. Le Monde du 27 avril accorde une place de choix au livre de Géraldine Smith dans lequel, femme de gauche, elle déplore son propre aveuglement volontaire face à l’emprise islamiste de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris. Certes, le quotidien s’effraie encore un peu  des « remarques contestables sur l’islam » que la journaliste émet parfois, mais il lui donne néanmoins l’absolution : « Sous-entendre qu’elle est islamophobe (…) serait abusif ».  Dans FigaroVox, Géraldine Smith reconnaît : « Ma génération a transformé en une religion intouchable la « culture de l’Autre » alors que la nôtre devait être librement négociable ». Laurent Joffrin, qui dressait il y a peu des listes de « néo-réacs » et de « néo-fachos » coupables de ne pas se plier devant l’islam et de parler comme Mme Smith, dénonce à son tour (Libération, 29 avril) la « naïveté » de ceux qui ne veulent pas voir dans le voile islamique la marque de la domination masculine sur le corps féminin. Le voilà en soutien de Soufiane Zitouni, ce professeur de philosophe qui reconnaît l’existence d’un « antisémitisme islamique, si présent dans de nombreuses familles musulmanes depuis des siècles, et à notre époque plus que jamais, hélas ». Les lecteurs fidèles de ce blog connaissent aussi cette évidence depuis longtemps…

Cependant ces quelques cas anecdotiques, s’ils illustrent bien la déroute des idéologies face aux réalités, ne sont rien en comparaison de la vague de rejet massif par l’opinion de l’immigration de peuplement, de l’islam politique, du multiculturalisme, ces sujets dont il était de bon ton d’assurer naguère qu’ils n’intéressaient personne hormis quelques esprits étriqués et monomaniaques. « Les socialistes, grands déçus de la politique », titrait Le Monde, jeudi. Alors que les « déclinistes », ainsi nommés par le Système pour faire taire leur tocsin,  étaient la cible principale du « progressisme », l’étude 2016 sur les Fractures françaises  fait apparaître que  seulement 31% des sympathisants socialistes pensent que la France « n’est pas en déclin ». Selon cette même étude, 65% des Français estiment qu’il y a trop d’étrangers en France. Le rejet de l’Union européenne, construite justement sur l’immigration de peuplement, procède de ce même refus de cautionner une politique d’immigration sacralisée par des commissaires européens non élus. Le Figaro de vendredi a mis au jour pour sa part l’image dégradée de l’islam, en France et en Allemagne. En France, 63% des sondés estiment que « l’influence et la visibilité de l’islam » sont « trop importants » (48% en Allemagne). Même les sympathisants socialistes se disent, à 55%, opposés au port du voile « dans la rue ». 52% des Français se disent également opposés à la l’édification de mosquées (49% en Allemagne). Quand Barack Obama dit dernièrement d’Angela Merkel que la chancelière allemande « est du bon côté de l’histoire » dans l’accueil des migrants, le président des Etats-Unis affiche son profond mépris pour les peuples européens qui voient très bien les dangers que recèlent, pour l’avenir des cohésions nationales, l’immigration de masse, l’islam conquérant, la confusion entre l’autre et le même. Si l’angélisme des faux gentils perdure jusqu’à attiser les rejets entre communautés, le sens de l’histoire rejoindra l’Autriche dont les citoyens, contre toute attente, ont placé un candidat du FPÖ, Norbert  Hofer, nettement en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Marine Le Pen s’est empressée de féliciter ses « amis du FPÖ » pour ce « résultat magnifique ». La droite officielle, elle, continue de dormir du sommeil du simplet.

Voir également:

Rue Jean-Pierre Timbaud ou la République effacée…
Eric Delbecque
Tribune littéraire d’Eric Delbecque
25 août 2016

Rue Jean-Pierre Timbaud. Une vie de famille entre barbus et bobos (Stock, 2016) est un beau livre. D’abord parce que l’intention qui fait vivre l’ouvrage s’abreuve à une source de générosité intellectuelle et morale. Géraldine Smith se lance en effet dans une aventure littéraire qui relève de l’exercice le plus difficile qui soit : l’approche critique de sa propre pensée. En faisant le récit de la progression de l’islamisation radicale de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris, c’est-à-dire de sa prise en main au fil des années par des intégristes nullement désireux de faire progresser le « vivre-ensemble ». Elle raconte la radicalisation de la mosquée Omar (avec Mohamed Hammami), la progression du Tabligh (un courant religieux fondamentaliste), l’éviction des petits commerces non islamiques, l’implantation des librairies intégristes, etc. Elle pèse ses mots, tente d’évaluer les choses au plus juste en se montrant la plus bienveillante possible. Géraldine Smith dévoile honnêtement sa difficulté initiale à admettre l’échec du modèle d’intégration à la française, pensant qu’à force de bonne volonté, il doit être possible d’émousser la haine de certains, au profil de vie difficile. Elle a le souvenir d’une enfance où les origines ne comptaient pas autant.

Son intention initiale dans ces pages ? Savoir si une autre voie était possible. Si d’autres choix auraient pu favoriser la cohésion sociale plutôt qu’une cohabitation mêlant au fur et à mesure l’indifférence, l’hostilité et la rancœur ? Au départ, son quartier témoigne d’une diversité souriante. Quelques adolescents turbulents, mais rien de grave. Géraldine croit au multiculturalisme et à une classe moyenne mélangée. Journaliste, comme son mari Stephen (Américain), elle fut reporter à Jeune Afrique puis rédactrice en chef de L’Autre Afrique. Stephen travaillait au Monde après avoir quitté Libération. Elle choisira de devenir pigiste après la naissance de ses enfants, afin de bénéficier de plus de souplesse. Le couple a tout d’une paire de bobos… Mais Géraldine se met à observer avec de plus en plus d’attention, sans que sa probité intellectuelle ne soit altérée par sa bienveillance à l’égard de ses voisines et de son environnement quotidien. Elle s’affirme convaincue que la tolérance, l’ouverture d’esprit, finira par voir raison des malentendus, de l’incompréhension culturelle entre les différentes classes sociales et les communautés.

Et puis le 11 septembre 2001 survint. Des avions s’encastrent dans les Tours jumelles à New York : les deux colosses, symboles des États-Unis, s’enflamment et s’effondrent. Des mots s’imposent alors dans le vocabulaire, en particulier Al-Qaïda et Oussama Ben Laden. Géraldine Smith écrit avec tristesse que ce dernier, dans son quartier, fascine autant qu’il suscite le rejet. L’ambiance change dans la rue et la religion devient un sujet de conversation. Sa nouvelle fille au pair, une australienne de 17 ans, qui passe pour une américaine, sera agressée par un groupe de quatre jeunes beurettes s’enivrant de slogans anti-américains. Elle assiste ensuite, lentement mais inexorablement, à la progression de l’intégrisme : à la mosquée Omar, dans la rue Timbaud, dans les commerces. Elle note aussi l’antisémitisme grandissant de certains enfants musulmans.

Dès lors, l’auteure constate qu’elle a commis plusieurs erreurs intellectuelles : penser d’abord qu’une tolérance sans bornes permet aux étrangers de mieux s’intégrer : hélas, tolérer de manière excessive vire souvent à la démission. Comme elle l’explique parfaitement, on glisse vite de l’un à l’autre : lorsqu’on laissa les fidèles de la mosquée Omar prier dans la rue, un trouble à l’ordre public devint une habitude et encouragea les islamistes à menacer des commerçants, à mettre l’alcool à l’index ou à insulter les femmes qui refusaient de se plier à leurs exigences. Ce qu’il est important de saisir, c’est que l’intégrisme islamiste forme un programme totalitaire, un univers holistique (où le Tout s’impose aux individus) qui méprise le libre arbitre et vient combler une attente identitaire en valorisant la violence politique dans sa forme terminale.

Deuxièmement, Géraldine Smith affirme que les difficultés socio-économiques ne suffisent pas à expliquer la « désintégration ». Troisièmement, le multiculturalisme fait des ravages parce qu’il conduit à penser qu’il existe un droit absolu à la différence autorisant à ne pas respecter la loi et les règles de vie d’une société au nom de sa singularité culturelle ou religieuse. Enfin, elle indique qu’elle a confondu la coexistence et le vivre-ensemble, la cohabitation et la convivialité. Faire nation constitue effectivement une chose bien plus complexe que juxtaposer des communautés.

Il jaillit de tout cela un livre émouvant, calme et nuancé, s’interrogeant avec bienveillance et goût de l’exactitude sur l’avenir de la France, son identité et son modèle d’intégration. En cette époque vindicative où rares sont ceux qui entendent la parole de l’Autre, c’est un exercice difficile et salutaire. A lire absolument pour jeter un regard humain et pourtant clinique sur un sujet capital.

Eric Delbecque, Chef du département intelligence stratégique de SIFARIS et Président de l’ACSE– Auteur de : Idéologie sécuritaire et société de surveillance (Vuibert) Site : intelligences-croisees.com

Voir encore:

Entre bobos et barbus, la rue Jean-Pierre-Timbaud, enclave salafiste au coeur de Paris
Soazig Quéméner
Marianne
22 Avril 2016

Une journaliste a enquêté sur l’islamisation du quartier où elle a habité, celui de la rue Jean-Pierre-Timbaud, dans le XIe arrondissement de Paris. Une artère sous l’influence de la mosquée Omar. Entre bobos et barbus, un récit édifiant, émouvant et glaçant.

Géraldine Smith a longtemps arpenté la rue Jean-Pierre-Timbaud, cette longue artère parisienne qui court du sud du boulevard de Belleville jusqu’au boulevard du Temple, entre le XIe et le XXe arrondissement de Paris. Elle disait sa fierté d’habiter ce quartier populaire et mélangé. Ses enfants étaient scolarisés dans une petite école catholique qui accueillait beaucoup de musulmans, un établissement mitoyen de la mosquée Omar. Sous l’influence de ce haut lieu de l’islam radical, elle a vu le haut de la rue évoluer en une dizaine d’années, devenir un coin d’asphalte où les librairies intégristes évincent le petit commerce, où les femmes ne se risquent plus à se promener bras nus.

Exilée depuis aux Etats-Unis, cette journaliste a continué à s’intéresser à cette enclave salafiste au cœur du pays des bourgeois bohèmes. En janvier 2015, elle tombe en arrêt devant la photo de la licence de foot des frères Kouachi, les assassins de Charlie Hebdo, des gamins de l’Est parisien. « Les bourreaux, comme les victimes, faisaient partie de mon monde, cela m’a foudroyée », écrit-elle. Pour comprendre et expliquer, elle a retraversé l’Atlantique. Mené une minutieuse enquête à l’ombre de la mosquée, retrouvé ceux qui il y a dix ans jouaient avec ses enfants, interrogé les commerçants. Elle découvre qu’une cohabitation hostile s’est installée entre deux groupes qui s’ignorent ou se défient, c’est selon : les bobos et les barbus. Un récit glaçant, avec pour décor la capitale.

Le silence de 2005« Le climat se dégrade insidieusement rue Jean-Pierre-Timbaud. […] A cette époque, les voyages scolaires habituellement organisés pour les élèves du CE2 au CM2 sont tout bonnement supprimés. Une majorité de parents musulmans refusant désormais de laisser partir leurs filles, par peur de la promiscuité avec les garçons, l’école ne parvient plus à atteindre le minimum d’élèves requis pour monter une « classe verte », un séjour à la montagne. Et encore moins le voyage en Angleterre que les institutrices faisaient miroiter comme récompense aux enfants depuis le CE1. […] La recomposition des équipes de football, la suppression des voyages ne sont que le reflet, chez les gamins, de la désintégration qui est à l’œuvre dans la rue. Sur fond de crise économique perpétuelle, il y a eu le 11 septembre, l’invasion de l’Irak, les grèves contre la réforme du système des retraites, voire la « canicule » de 2003 et, sans doute, bien d’autres choses encore.

La France va mal : elle voulait croire qu’elle avait une « certaine idée » d’elle-même mais, là, elle n’a plus d’idées ni de certitudes du tout ; elle balance entre le grand mélange du « métissage » et la Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules d’un passé plus imaginaire que réel ; Raffarin-le-rond puis Villepin-l’agité sont Premiers ministres ; Sarko-le-Kärcher à l’Intérieur. Bizarrement, dans cet entre-deux où tout vaut tout et son contraire, la crise des banlieues de la fin de l’année 2005 passe quasiment inaperçue à Couronnes. A la lisière du XIe et du XXe, on ne brûle pas de voitures. On y est déjà trop engagés dans un jeu de go, dans le silence. L’enjeu est territorial. De part et d’autre, on pousse ses pions, sans piper mot. A tel point que beaucoup d’entre nous ne s’aperçoivent de rien ou se disent et répètent aux autres, face aux indices s’accumulant : « Mais c’est calme ici. » Avec le recul, cette phrase est devenue pour moi le Kyrie eleison d’un « positivisme » compulsif, l’aveu qu’on ferme les yeux pour mieux ne rien entendre. »

Voir de plus:

”Nous avons tous plusieurs identités à la fois, d’où la complexité de s’intégrer”
Journaliste française ayant émigré aux Etats-Unis, Géraldine Smith publie ”Rue Jean-Pierre Timbaud” pour raconter son expérience à Belleville, entre obsession du vivre-ensemble et désillusions du modèle d’intégration français
Les Inrocks
27/04/2016

Dans son livre, Rue Jean-Pierre Timbaud, Géraldine Smith revient sur ses vingt années passées dans le quartier de Belleville à Paris pour tenter d’expliquer ses désillusions et l’échec du ‘’modèle d’intégration français’’ auquel elle croyait. Journaliste émigrée aux Etats-Unis, elle raconte comment les attentats contre Charlie Hebdo l’ont convaincue d’écrire sur sa propre expérience. Cette chronique, racontée à la première personne, décrit avec honnêteté la métamorphose d’une rue emblématique d’un Paris mixte mais victime de ségrégation. L’influence de l’islamisme radical, les déceptions, les exils et les craintes d’habitants ponctuent le récit qui met en perspective un certain vivre-ensemble condamné à l’échec puisque mal appréhendé.

Vous avouez avoir été “très émue” en travaillant à ce récit. Ce livre est-il le travail d’une journaliste, d’une romancière ou d’un témoin ?

Géraldine Smith : C’est le fond de mon livre : nous avons tous plusieurs identités à la fois, d’où la complexité de s’intégrer, pas seulement pour les immigrés. “Je est un autre”, disait Rimbaud. “Je est une foule”, ai-je découvert rue Jean-Pierre Timbaud.

Concrètement, j’ai écrit un récit, le témoignage d’une mère de famille, d’une habitante du quartier qui se trouve être journaliste. Bien sûr, ma profession et ses réflexes m’ont aidée : j’ai l’habitude d’observer et de prendre des notes. Par exemple, les mères africaines qui s’en prennent aux Asiatiques dans un conseil d’école. Ou la bérézina de l’anniversaire de Max, dans tous ses détails. Rien n’est romancé. En complément d’enquête, j’ai revu des amis perdus de vue et des jeunes que je connaissais quand ils avaient quatre ans. J’ai aussi interviewé d’autres riverains. Beaucoup m’ont émue par leur histoire, leurs mots, leur façon de raconter. Parmi eux, Lucette, bimbelotière dans la rue depuis 1941. Ou Malika, une amie marocaine, nostalgique d’une France de son enfance qu’elle idéalisait.

C’est un récit à la première personne, pourtant il y a une vraie ambition d’objectivité. Pourquoi avoir décidé de mener ce travail sous cette forme et ne pas avoir fait une enquête journalistique plus classique en extirpant votre vécu ?

Avec ou sans “je”, on peut être de mauvaise foi. Mon but était d’être radicalement honnête, aussi sincère que je puisse l’être. En plus, l’emploi du “je” m’a libérée de toute prétention à vouloir expliquer globalement ce qui se passe aujourd’hui en France. Chaque école – sociologue, politologue, démographe – a ses certitudes, ses schémas explicatifs. Moi, je suis partie d’une question qui me minait depuis que je m’étais installée en famille dans un coin de Paris qui semblait incarner l’avenir d’une France ouverte et mélangée. Pourquoi ai-je fini par m’y sentir si mal à l’aise que j’étais contente d’en partir ? En l’absence d’une réponse satisfaisante, j’ai cherché le diable dans les détails de la vie quotidienne.

Avec du recul, pensez-vous être parvenue à raconter ‘’cet échec du modèle d’intégration français’’ ? Qu’est ce qui peut être universel dans votre vécu et dans votre expérience ?

L’universel, je ne connais pas ! Je raconte mon expérience de cet échec mais je crois que beaucoup de gens s’y retrouveront, par exemple dans le dilemme que l’on ressent au moment où l’on se débrouille pour déroger à la carte scolaire ou pour mettre ses enfants dans le privé ; ou dans le malaise pour une femme de se promener en short dans un ”coin musulman”, par exemple à Belleville, tout en s’interdisant d’avouer sa gêne d’être gênée… La tolérance masque souvent une forme d’indifférence, ou de démission. Le haut de la rue Jean-Pierre Timbaud n’est un coin sympa où l’on va boire un verre entre potes que pour ceux qui refusent de voir que l’islam radical y a pris le pouvoir, chassant y compris des musulmans modérés ; pour ceux qui ne veulent pas voir que la mixité sociale du quartier est une façade. Je raconte mon rendez-vous avec Kader, 20 ans, que j’attendais dans un bar branché devant lequel il passe tous les jours, quasiment depuis sa naissance. Il n’y était jamais entré et n’osait pas pousser la porte.

‘’Le souvenir d’un vivre-ensemble entre le métro Couronnes et la rue Saint-Maur (…) des souvenirs fragiles et ambigus qui risquent de s’abîmer dans l’”après-coup”. On décèle une sorte d’amertume. Ce livre est-il une manière d’enterrer ses rêves et ses anciennes valeurs ? Ou justement un moyen pour ne pas que ces souvenirs s’abîment dans l’après coup ?

Pas d’amertume. Si mes rêves n’étaient que des baudruches gonflées à l’air chaud, autant le savoir. Du regret, oui. J’aurais préféré que mes rêves ne soient pas des illusions. Mais ça n’empêche pas de repartir sur de nouvelles bases plus saines, plus réalistes aussi. Il y a 15 ans, quand le boulanger intégriste servait avant moi les hommes qui faisaient la queue derrière moi, je faisais mine de ne pas avoir remarqué. Quand le préposé aux saucisses de la kermesse envoyait paître un parent demandant une merguez Halal avec un : “Oh ! Mais on est en France ici !”, je faisais comme si de rien n’était. Pourquoi ? Ce livre répond aussi à cette interrogation.

Pourquoi était-il si important pour vous de croire à la réussite de ce creuset cosmopolite, à cette mixité sociale et culturelle ?

Pour la même raison pour laquelle, quand on est jeune, c’est-à-dire sans expérience, on croit que l’Onu est forcément meilleure qu’un gouvernement national. Puis, on se rend compte que l’Onu n’est qu’une grande bureaucratie élue par personne. Bref, j’ai mis du temps à me rendre compte, notamment à travers ma propre expérience aux Etats-Unis, qu’un migrant n’est pas un être abstrait, en quelque sorte la plus petite unité des droits humains, mais une personne avec sa langue, sa culture, ses croyances, ses préjugés aussi. Donc, il faut repenser le “creuset”.

La diversité, dans toutes ces dimensions, est une source mutuelle d’enrichissement, j’en suis convaincue. Tout le monde ne partage pas mon sentiment, et je comprend cette peur que certains ont de se perdre en s’ouvrant aux autres. Mais voilà, ce n’est pas comme si il y avait un choix. La France est aujourd’hui peuplée de citoyens français de toutes confessions, de “souche ou d’origines”, qui se côtoient avec leurs différences, et qui n’ont pas forcément envie de se couler dans un moule identique. “A Rome fais comme les Romains !”, dit-on. Soit. Mais le petit Bilel est désormais aussi Romain que le petit Edgar ! Nous n’avons donc pas d’autre choix que d’apprendre à vivre ensemble.

Or, ce n’est pas facile. Je vous donne un exemple tout simple : en 7 ans à l’école de la rue Jean-Pierre Timbaud, les enfants ne sont pas partis une seule fois en voyage avec leur classe. Au dernier moment, tous les ans, le voyage dont la classe avait rêvé toute l année était annulé, parce qu’une majorité de parents refusait de laisser leurs filles voyager avec les garçons. Résultat, une occasion idéale de mieux se connaître, de partager quelque chose, éliminée. C’est ça la vie ordinaire ! Alors oui, je pensais que ce serait simple de faire abstraction des différences, qu’il suffisait de le vouloir et je me suis trompée. Ce n’est pas une raison pour renoncer.

Si la mixité sociale est impossible, est-ce à cause de l’identité ?

La mixité sociale n’est pas impossible, à condition de ne pas l’imaginer comme un interrupteur qui allume ou éteint. C’est quand la mixité est figée, soit comme un absolu ou un interdit, qu’elle échoue. En ce sens elle est en effet liée aux identités – au pluriel – qui, elles aussi, sont forcément fluides. On n’a pas “son” identité dans la poche, une fois pour toutes. Elle change tout le temps, parfois presque imperceptiblement, parfois très vite. Les gens que j’ai croisés ne sont pas quelque chose une fois pour toutes. C’est comme moi en quittant la France et en arrivant aux Etats-Unis. Alors, si c’est effectivement ainsi, le “modèle républicain” ici, ou la foi en la Constitution en Amérique, ne doivent pas renvoyer à des identités prescrites, à prendre ou à laisser. Ce sont des modes d’emploi pour négocier, collectivement, les fluidités des identités individuelles.

Est-il possible de comparer brièvement votre expérience aux Etats-Unis et celle en France ? 

Ce qui m’a le plus frappé, c’est la centralité de “la race” dans la société américaine. Je n’employais jamais ce mot et, comme on sait, il ne correspond à rien scientifiquement. Et soudain, sur chaque formulaire, il me fallait indiquer que j’étais “white” ou “caucasian” ! Mais, au moins, il m’a fait comprendre que notre alpha et oméga à nous Français, c’est à dire le statut socio-économique, “la classe”, est tout aussi réducteur de la “foule” identitaire qu’est chacun d’entre nous. Donc, je pense que le pluralisme vécu, le mélange plus heureux, attend encore la pensée et le langage dans lequel il peut s’exprimer.

Propos recueillis par Hélène Gully

Edité par les éditions stock, Rue Jean-Pierre Timbaud, sera disponible dès le 27 avril.

Voir de même:

«Entre bobos et barbus, ma rue Jean-Pierre Timbaud»
Vincent Tremolet de Villers
29/04/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN- Géraldine Smith vient de publier un passionnant essai sur une rue de Paris, sorte de précipité des fractures françaises. Où l’on mesure le déni d’une partie de la société.


Géraldine Smith est l’auteur de Rue Jean-Pierre Timbaud, une vie de famille entre bobos et barbus (Stock, 2016).


LE FIGARO. – Pourquoi avoir décidé de consacrer un livre à une rue de Paris?

Parce que la rue Jean-Pierre Timbaud a été d’abord le lieu de mes espoirs, puis de ma déception. Raconter son histoire sur vingt ans m’a permis de faire le point, de savoir où j’habite -non plus au propre mais au figuré. Nous avons vécu dans ce coin de Paris entre 1995 et 2007. Nos enfants sont allés à l’école catholique, mitoyenne d’une mosquée salafiste réputée pour son radicalisme et d’un centre pour enfants juifs handicapés. Quand nous nous sommes installés, j’étais enthousiasmée par la diversité sociale, religieuse et culturelle de ce quartier qui ressemblait à la «France plurielle» que j’appelais de mes vœux. Mais au fil des ans, je m’y suis sentie de plus en plus mal à l’aise, au point d’être contente d’en partir. Dans ce livre à la première personne, je décris mon quotidien de mère de famille, celui de nos enfants, les matchs de foot dans la cour de récré, les fêtes d’anniversaire… Les raisons de l’échec, qui m’est resté en travers de la gorge, émergent de ce récit d’une façon très concrète. C’est comme si je donnais à mon problème qui, bien sûr, n’est pas seulement le mien, une adresse à Paris.

À vous lire, le choix de vous installer rue Jean-Pierre Timbaud puis en Seine-Saint-Denis semble orienté par la volonté d’une mixité sociale et culturelle. Cette mixité, était-ce, pour vous, un désir théorique ou réalité vécue?

Avant d’avoir des enfants, j’ai travaillé comme journaliste en Afrique. Mon mari, un Américain ayant appris le français à 25 ans, continue d’y passer le plus clair de son temps en reportage. Nous ne voulions pas élever nos enfants dans une bulle. Donc, nous étions ravis d’habiter des quartiers moins homogènes, à tous points de vue, que, par exemple, ceux de la Rive Gauche. La Seine est une ligne de démarcation bien réelle. Je raconte dans le livre avoir accompagné une sortie de CM1 au parc du Luxembourg: la majorité des enfants de Belleville n’avaient jamais traversé le fleuve. Un dimanche, venant de Pantin pour une promenade dans le Marais, mon propre fils me fait remarquer que, de l’autre côté, «les Blancs sont majoritaires». Il n’en avait pas l’habitude.

La liquéfaction de la sociabilité dans votre quartier semble ne pas avoir de facteur unique. Tout paraît céder en même temps: l’école, la civilité, la sécurité, la sociabilité élémentaire qu’incarnent, dans notre imaginaire, les boulangeries et les cafés. Le développement de l’islam radical est-ce selon vous un symptôme ou la cause profonde de cette liquéfaction?

Tout ne cède pas en même temps. Les difficultés de l’école publique ou la petite délinquance n’avaient rien de nouveau. C’est ma perception de la rue qui change brusquement. Au moment où j’ouvre enfin les yeux, après un incident mineur – un homme en qamis m’insulte parce que je bois un Coca sur le trottoir -, je découvre tout à la fois des réalités anciennes et nouvelles. J’ai l’impression que la présence d’une mosquée salafiste est pour beaucoup dans la désintégration mais c’est en partie une illusion optique: l’slam radical est lui-même d’abord une conséquence avant de devenir une cause. Il révèle un malaise qu’il va ensuite exacerber.

Prenez la cohabitation entre les sexes. Quand un boulanger sert systématiquement les hommes avant les femmes, quand les petits commerces sont remplacés par des librairies islamiques et les magasins de mode ne déclinent plus dans leurs vitrines que la gamme très réduite du voile intégral, l’atmosphère de la rue s’en ressent forcément. De même quand des petits groupes prosélytes abordent des jeunes du quartier pour leur intimer de se joindre à la prière, non pas une fois par semaine mais tous les jours. Les premières victimes de cette évolution ne sont pas les gens comme moi, qui peuvent partir en vacances, obtenir des dérogations à la carte scolaire ou, si rien n’y fait, déménager. Ce sont ceux sans recours ni moyens, comme ce pizzaiolo qui baisse les rideaux parce qu’on lui enjoint de ne plus vendre que du Coca arabe. Ou Malika, une Marocaine vivant là depuis 1987 et qui regrette avec amertume la liberté vestimentaire disparue de sa jeunesse. Mais ce n’est pas forcément dans la nature de l’Islam de devenir ainsi un rouleau compresseur civilisationnel. La religion agressive n’est pas un archaïsme, une survivance ancestrale qui renaîtrait de ses cendres au beau milieu de Paris. Au contraire, c’est une production moderne, made in France, qui sert d’exutoire à ce qui ne va pas chez nous pour trop de gens depuis trop longtemps. Pour certains, c’est la seule issue quand l’ascenseur social est cassé. Je me souviens du père algérien de Massiwan, un camarade de classe de notre fils. Cet homme est l’archétype de l’immigré modèle: poli, travailleur, toujours en costume-cravate… Il inscrit son fils à toutes les activités gratuites de la mairie. Il surveille ses devoirs, l’empêche de trainer avec les racailles. Or, que me dit-il quand je le croise un jour: “Quand mon fils me regarde, il voit quoi? Un père qui a ‘bien travaillé’ toute sa vie et qui ne peut même pas lui offrir un ballon de foot! La vérité, il a honte de ses parents… Vous voyez, je ne sais pas où tout cela va nous emmener”. Parfois cela mène à l’islamisme de la deuxième génération, à force de frustration et de rage.

Alain Finkielkraut (dont le père avait son atelier rue Jean-Pierre Timbaud) aime à citer cette phrase de Charles Péguy, «le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit». Diriez-vous que vous vous êtes volontairement aveuglée?

Oui, tout à fait. J’avais tellement envie que ça marche! Je n’ai jamais eu peur de perdre mon identité en m’ouvrant aux autres. Les couleurs de peau et les religions m’importent peu. J’apprécie les gens pour ce qu’ils sont et, si leur fréquentation devait me changer, pourquoi pas! Personne n’a une identité dans sa poche, comme un passeport, une fois pour toutes. Mais j’ai mis du temps à m’avouer qu’il n’en allait pas ainsi pour tout le monde, que la tolérance n’était pas le bien le mieux partagé dans notre quartier et, de ce fait, que la convivialité n’y était pas au rendez-vous. Par exemple, mon fils et ses camarades ne sont jamais partis en voyage avec leur classe, en sept ans, parce qu’une majorité des parents musulmans ne voulaient pas que leurs filles voyagent avec les garçons. J’ai râlé intérieurement mais je n’ai rien fait, par peur de passer pour «réac» sinon islamophobe. Je racontais cette anecdote il y a quelques jours à une institutrice qui m’a dit: “Nous avons eu le même problème dans mon établissement, et nous l’avons résolu en négociant avec les parents des filles un compromis: deux mères musulmanes pratiquantes, voilées, ont chaperonné le voyage. Au moins, les enfants n’ont pas été pénalisés.” C’est un pis-aller, certainement pas une solution idéale mais au moins, cela a donné une chance aux enfants d’apprendre à «vivre ensemble» pendant une semaine.

Vos parents dans votre livre montrent une grande ouverture dans les gestes et un discours «réac» dans les mots. Diriez-vous qu’une partie de la génération qui a suivi a fait l’inverse: de grands discours mais peu de choses dans les actes? Quel rôle a joué, selon vous, l’antiracisme et la victimisation de «l’Autre» dans ce refus de voir la réalité?

Ce serait sans doute trop abusif de mettre dans le même sac toute une génération, celle de mes parents ou la mienne. Il y a toujours eu des «réacs» à la fois dans leurs mots et dans leurs gestes, et d’autres qui ne l’étaient pas. Mais il est vrai que ma génération a biberonné le rejet du «franchouillard» et, par opposition, l’éloge du métissage. À tel point que, jusqu’à très récemment, la Marseillaise et le drapeau français avaient de facto été abandonnés au Front national. En même temps, moi sans doute plus que mes parents, j’ai fermé les yeux sur le fait que le dogme religieux, l’infériorité supposée des femmes, l’homophobie ou le chauvinisme national faisaient partie de la culture de bien des immigrés. Ma génération a transformé en une relique intouchable «la culture de l’Autre» alors que la nôtre devait être librement négociable! J’ai mis du temps à me demander pourquoi un Camerounais raciste ou macho devrait être moins critiquable qu’un Français «de souche» soutenant le FN. Dans ce monde courbe où nous prenons nos désirs pour des réalités, on passe avec un sourire gêné sur le racisme ou la misogynie d’un immigré alors qu’on n’a pas de mots assez durs pour le moindre beauf bien de chez nous. Le problème n’est pas que nous ne soyons pas tous d’accord sur les maux qui rongent notre société. Au contraire, ce serait étonnant voire malsain. Mais qu’on ne soit pas d’accord avec soi-même, qu’on refuse de voir ce à quoi on ne veut pas croire, c’est vraiment problématique. Mon livre dit à chaque page que la «petite» vie quotidienne nous livre une somme de vérités qui valent plus que «la» vérité détachée de notre vécu, celle qu’on porte en bandoulière comme une amulette politique, son fétiche de «bien- pensant».

Votre fils se désole à un moment que ses camarades de classe «se prennent tous pour leur origine». Comment articuler les racines familiales et culturelles (l’homme n’est pas un voyageur sans bagage) et les ailes de l’universalisme?

On comprend immédiatement ce qu’il a voulu dire mais ce n’est pas si facile de mettre le doigt dessus. Il me semble qu’il pointait la fuite en retraite identitaire de ses camarades de classe. Vous avez évidemment raison, nous partons tous dans la vie avec un «bagage» familial, social, religieux, national, etc. D’ailleurs, précisément pour cette raison, les immigrés ne sont pas toujours un «cadeau» pour les pays où ils s’installent puisqu’ils fuient des lieux où ce «bagage» pose problème d’une façon ou d’une autre. En même temps, ils sont des pionniers prêts à recommencer à zéro, à se réinventer dans un contexte différent. Seulement, si les conditions se prêtent si peu à faire du neuf à partir du vieux que même la deuxième génération ne se sent pas chez elle dans le pays où elle est née, le parcours des parents «en direction de la France» est pour ainsi dire anéanti, il ne compte pour rien. Les copains de Max, en l’occurrence tous nés à Belleville, se réfugient dans un ailleurs imaginaire, leur «origine», un pays où ils n’ont souvent jamais mis les pieds, une langue et une culture qu’ils ne connaissent pas forcément. Ils se prennent pour leur origine à défaut de se sentir acceptés tels qu’ils sont là où ils sont.

Vos enfants vivent-ils à Paris?

Non, ils étudient tous les deux aux Etats-Unis. Leur identité a changé de la façon que je viens de décrire: ils sont maintenant à la fois français et américains, pas seulement du fait de leur double nationalité ou de leur bilinguisme mais de cœur et d’esprit. Leur parcours américain les a changés à bien des égards mais il y a toujours un petit Bellevillois qui sommeille en eux, comme chez leurs anciens copains à Paris qui s’identifient comme «BLV» sur les réseaux sociaux. Mais le vieux et le neuf posent moins de problèmes pour nos enfants aux États-Unis. Leur «francitude» ne vient pas nier leur «américanité» ou s’y opposer comme un paradis perdu. En plus de leurs études, ils se sont inscrits à la fac de français «pour rester dans le bain». Personne ne leur reproche leur origine, ne leur demande de choisir entre deux identités qui ne font qu’une chez eux. Ils seraient bien en peine de le faire. Depuis l’Ohio où il est maintenant, mon fils continue de soutenir le PSG!

Quelles sont les réactions de vos amis qui vivent dans cette rue depuis la sortie de votre livre?

Les réactions sont aussi diverses que la rue mais, très largement, positives. Ceux qui apparaissent dans le récit sont contents que leur témoignage se trouve maintenant sur la place publique. À tort ou à raison, ils avaient l’impression d’être invisibles. D’autres m’écrivent ou m’interpellent pour ajouter leur grain de sel, dans un sens ou dans l’autre. Bien entendu, ceux qui ne se reconnaissent pas dans mon récit m’accusent d’avoir caricaturé leur quotidien. Sur les réseaux sociaux, quelques rares personnes disent que «je délire»: pour moi, ceux-là ne voient pas ce qui se passe dans leur rue parce qu’ils «coexistent» avec ceux qui ne leur ressemblent pas, mais ne partagent avec eux aucune forme de convivialité. Autant dire qu’on est dans les jeux de miroirs habituels des perceptions individuelles. Cependant, quand vous travaillez sur vingt ans, quand vous avez vécu sur place et interrogé beaucoup de gens pour croiser les regards, il n’est pas facile de vous reprocher, sérieusement, d’avoir inventé une réalité.

Voir de plus:

Géraldine Smith : retour à Belleville
Contreligne
juillet 2016

Dans son livre Rue Jean-Pierre Timbaud paru au printemps 2016, Géraldine Smith raconte une vie de famille dans un quartier de Paris qui, par la confrontation de populations très différentes, « bobos et barbus » comme dit son sous-titre, nous semble révélateur d’une certaine France d’aujourd’hui.  La forme de son récit est par ailleurs très intéressante :  sans prétentions sociologiques ou politiques, elle part de ses souvenirs, parents et enfants dans les écoles, amitiés, antipathies, espaces publics et privés….toute la politique de la vie quotidienne. 

Il semble que les débats qui ont suivi la publication de Rue Jean-Pierre Timbaud  aient parfois eu du mal à rendre compte de tant de complexités, et c’est pour cela que nous avons voulu poser à Géraldine Smith, qui réside maintenant aux Etats-Unis, ces quelques questions provoquées par un livre perspicace, courageux, original.   Ndlr —————–

Propos recueillis pour Contreligne par Alice Kaplan

Alice Kaplan – Pourquoi cette envie d’écrire sur ce sujet, et sur le mode autobiographique ?

Géraldine Smith – A l’origine de ce projet, il y a mon incompréhension et ma déception face à un échec personnel. En 1995, quand commence le récit, je suis journaliste, spécialiste de l’Afrique où j’ai vécu plusieurs années. Stephen, mon mari américain, qui est également journaliste, a longtemps vécu au sud du Sahara et continue alors de couvrir l’Afrique depuis Paris. Il est à l’époque le responsable des pages Afrique de Libération, un quotidien de gauche. Quand nous nous installons en famille dans un petit coin de Belleville populaire et très mélangé, socialement et ethniquement, nous sommes convaincus d’avoir trouvé un lieu qui nous ressemble. Rue Jean-Pierre Timbaud, en face de l’ancien siège du syndicat de la métallurgie, l’école catholique est mitoyenne d’une mosquée et d’un centre juif pour enfants handicapés. Ce télescopage me fascine. Il me semble refléter l’image d’une France que j’appelle de mes vœux. Or, dix ans plus tard, je quitte le quartier sans regrets. Plusieurs de nos amis, comme nous désabusés, déménagent aussi. Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ? C’est le sujet de mon livre.

J’ai commencé à l’écrire comme un reportage. Mais je me suis rendue compte que l’exposé des faits, sans implication, ne traduisait ni mes émotions, ni mes erreurs. Plus grave, deux ex machina de mon histoire, j’avais tendance à réinterpréter les événement avec le bénéfice du recul. Le résultat était une narration « édifiante » là où je voulais traquer mon malaise. J’ai alors décidé – ça m’a coûté ! – d’écrire comme « la mère de famille » que j’étais aussi, c’est-à-dire au raz du quotidien, dans mon corps-à-corps avec une réalité souvent frustrante, rarement glorieuse. Décrire ma colère après un goûter d’anniversaire qui tourne au fiasco, mon impuissance face à un père de famille algérien au chômage qui désespère de « sauver ses enfants de la racaille », c’est ma façon de dire – j’y vais tout droit – qu’il est plus facile de défendre l’ouverture totale des frontières lors d’un dîner dans le Ve arrondissement que de scolariser ses enfants dans un lycée public du XXe.

Votre connaissance de l’Afrique vous a-t-elle donné une sensibilité particulière à la vie quotidienne de la rue Jean-Pierre-Timbaud ?

Grâce à l’Afrique, il n’y avait aucun risque que je confonde l’islam et l’islamisme, un hijab et une burqa, un croyant et un djihadiste. J’étais aussi moins intimidée à l’idée de me faire taxer de raciste ou d’islamophobe. Au début des années 90, j’avais vécu à Dakar dans un studio que me louait un chef traditionnel Lébou, qui était musulman comme la quasi-totalité des Sénégalais. Ma pièce donnait sur sa cour intérieure, qui se remplissait de fidèles au rythme des appels du muezzin. Il m’invitait à boire le thé, nous nous entendions bien. Il est le premier à m’avoir parlé d’une « menace fondamentaliste » dans un pays pourtant pourtant dominé, sur le plan religieux, par les confréries soufies. Sous l’influence de prédicateurs étrangers officiant dans des mosquées souvent bâties avec des fonds saoudiens, le salafisme se développait à cette époque au Sénégal. On voyait au marché les premières femmes portant le voile intégral, des prêcheurs commençaient à s’en prendre à un soufisme jugé trop mou. L’islamisme, l’instrumentalisation de la foi musulmane à des fins politiques, est un problème en Afrique comme à Paris.

J’ajoute qu’il est plus facile de comprendre que l’intégration n’est pas un lit de roses quand on est soi-même immigrée – immigrée de luxe, certes, mais immigrée quand même – comme c’est mon cas aux États-Unis. Je m’accroche comme d’autres à ma langue, ma culture, mes habitudes, mes préjugés… Au quotidien, je négocie pied à pied ce qui est « à prendre ou à laisser » dans les deux mondes que je dois réconcilier : ça va de la nourriture au respect dû aux parents en passant par la longueur des jupes… Je n’ai jamais laissé ma fille porter ces shorts ultra-courts et moulants qui sont pourtant la règle aux États-Unis. Mais, venant d’un pays laïque (allez expliquer ce que ça veut dire en cinq minutes !), j’ai pourtant accepté que dieu se glisse dans le contrat social tous les matins quand nos enfants prêtaient allégeance avant de commencer leur journée à l’école publique. Bref, on apprend à faire la part du feu au jour le jour.

J’aime beaucoup la formule de votre fils Max : « Papa, je ne sais pas ce qu’ils ont tout d’un coup : ils se prennent tous pour leur origine. » (p. 122) Là, il s’agit de disputes en classe autour du foot, du petit Kader qui se sent obligé de soutenir l’équipe marocaine et de se désolidariser du PSG. Voilà ce qu’on appelle, dans le contexte américain, « identity politics »… Je voudrais savoir si Max a connu la même situation depuis, aux Etats-Unis.  

Il a vécu une variation sur le même thème : quand nous nous sommes installés en Caroline du Nord, en 2007, il a découvert qu’on pouvait même revendiquer des origines très lointaines dans le temps. Le premier jour d’école, à la cantine, il y avait des tablées séparées d’enfants noirs, asiatiques, latinos et blancs. Il n’avait jamais connu ça à Belleville. Ne parlant pas bien l’anglais, vulnérable, il s’est assis chez les Noirs, qui l’ont accueilli plutôt sympathiquement. Plus tard, un copain noir lui a expliqué : « On t’aime bien. T’es pas Blanc, t’es Français ». Autant dire qu’il reste du chemin à faire… Aux États-Unis, l’assignation raciale prime sur tout. Plus qu’évidente, elle passe pour « naturelle » alors qu’elle est tout sauf cela. Il n’y pas de « Latino » en dehors des Etats-Unis, aucun rapport entre un Camerounais francophone et un Noir américain, beaucoup de Noirs américains seraient ailleurs vu comme Blancs et, summum de tout, les « Caucasiens » doivent leur nom à un professeur allemand au 18ème siècle, Johann Friedrich Blumenbach, qui a défini une « race » à partir d’un seul crâne qu’il trouvait merveilleux !

Certains amis de Max ou de Lily sont dans des clubs ouvertement “racialisés”, comme Men of Color ou Mixed Race Coalition. J’ai du mal à comprendre de tels choix, qui enferment l’individu dans un seul groupe, une seule facette de son identité. En France, une communauté fondée sur la couleur de la peau est a priori suspecte. Le Conseil représentatif des associations noires, créé en 2005, peine à exister. Les musulmans français sont très peu « communautarisés ». L’idéal républicain français prétend gommer toutes les différences au nom de la fraternité. Y parvient-il dans les faits ? Non, pas plus que le « rêve américain » n’assure l’égalité des chances aux États-Unis. Mais maintenant qu’on n’y croit plus, en France, cet idéal républicain d’assimilation passe pour un leurre, une « arnaque » dont le but réel viserait à faire de tous un « Français moyen » qu’on devine blanc, catholique, amateur de vin et de bonnes chères, vaguement grivois. Bien sûr, ça ne passe plus. Pourquoi serait-on moins « français » parce que l’on est noir ou musulman ? Que signifie « être français » ? Pour moi, en attendant de trouver mieux comme contrat social, est Français qui a la nationalité française. À mes yeux, il n’y ni « Français de souche » ni « Français issu de l’immigration ». Puisque la citoyenneté fait la différence entre eux, on est soit immigré soit Français étant entendu que le passage d’un statut à l’autre est balisé de droits et d’obligations s’imposant à tous.

La question de l’origine est différente de celle de la race, un concept qui n’a d’ailleurs aucun fondement scientifique. Aux Etats-Unis, on est fiers de ses origines italienne, irlandais, africaine… En France, dire d’un jeune né en France qu’il est Franco-Algérien ou Franco-Camerounais, c’est le stigmatiser, en faire un citoyen de seconde zone. Qui a raison ? Quand le jeune Kader, dans le livre, me dit qu’il est Franco-Marocain et fier de l’être parce que bien incapable de choisir entre les deux pays, je ne vois pas où est le problème. Il passe ses vacances au Maroc, il parle marocain, il appartient à deux nations et cultures, comme mes propres enfants qui sont franco-américains (et à qui personne n’intime l’ordre de choisir). En revanche, quand la maîtresse oblige Séverin à parler du Cameroun, où il n’a jamais mis les pieds, seulement parce qu’il est noir et son père un immigré camerounais, elle lui assigne une identité qui n’est pas la sienne.

Rue Jean-Pierre Timbaud, des populations différentes les unes des autres se confrontent dans la rue sans jamais vraiment se fréquenter. 

En fait, ils ne se confrontent pas, ils s’évitent. Rue Jean-Pierre Timbaud, bobos, barbus, Loubavitch, Polonais, Nord-Africains, artistes et dealers, jeunes et vieux se côtoient sans se rencontrer… Il y a même quelques personnes fortunées, dans des lofts discrets dans les arrière-cours. Mais les uns et les autres ne se connaissent pas, ou mal, il n’y guère de convivialité. Dans mon livre, Malika se fâche lorsque je lui vante mixité sociale de la rue telle que je la perçois au début. Là où un bobo voit un bar sympa, elle voit du bruit et le vomi qu’il faut enjamber sur les trottoirs le matin. Et cette mosquée « qui ne gêne personne », elle la voit comme le lieu qui aspire son fils aîné dans un vortex de radicalisation. Les bobos ont leurs restaurants, leurs boutiques, leurs boulangeries, leurs dérogations à la carte scolaire. Dans le fond, ce qui me dérange, ce n’est pas leur mode de vie, qui est en partie le mien. Ce qui me gêne, c’est que la tolérance est devenue le masque de l’indifférence que portent les uns aux autres. On se prétend ouvert mais, en réalité, on se recroqueville dans son alvéole, quitte à abandonner la place publique aux islamistes, les seuls à avoir encore un projet collectif.

On découvre, dans votre livre, une géographie parisienne fortement ségréguée.  Beaucoup de camarades de classe de vos enfants, et même leurs parents, n’ont jamais traversé la Seine : l’excursion au jardin du Luxembourg se déroule comme une visite dans un autre pays.  

Je crains qu’il y ait dans beaucoup de capitales du monde de telles frontières invisibles. À Paris, historiquement, les quartiers  de la rive gauche et à l’Ouest ont été urbanisés le plus tardivement et certains villages, comme Monceau, n’ont été annexés que dans la seconde moitié du 19ème siècle. Plus récemment, la fréquentation de l’espace public a évolué avec l’apparition du RER, le métro de la grande banlieue : les Champs-Elysées, en haut desquels se trouve la station Charles de Gaulle, ou le Forum des Halles, ont ainsi été abandonnés par les « vrais » Parisiens aux « gens des cités », en plus des touristes. Tout cela pour dire qu’en effet, on ne croise pas beaucoup d’ouvriers boulevard Saint-Germain, ni de Noirs dans les jardins du Luxembourg. Que les enfants – nés à Paris – du boulanger de Ménilmontant ne soient jamais montés dans la tour Eiffel, ou que l’un de mes amis d’une grande famille bourgeoise n’ait jamais « passé le périph’» en dit effectivement long sur le cloisonnement social. C’est aussi une question de moyens : au café de Flore, le « petit noir » est à 4,60 euros, alors qu’on boit son expresso pour moins de 2 euros à Belleville.

La scène du « convoi vers la rive gauche » est l’un des moments forts de votre livre.  Arrivant au Théâtre des Marionnettes, on sent le doux souffle de l’universalisme : tous les enfants sont impliqués comme spectateurs.  Puis Djed déconne, sa mère hurle. Et le gardien du parc lance, « On n’est pas au souk ici. »  Vous avez alors honte de lui dans « votre » jardin du Luxembourg. Nous, lecteurs, sommes gênés par votre honte, puis nous y identifions.   Vous dites que la reconnaissance de son propre racisme peut être une aubaine, pourrait nous avancer. Reconnaître son propre racisme, son propre sexisme, comment cela marcherait-il ? 

Il ne s’agit pas de racisme. Ce jour là, j’ai honte, l’espace de quelques instants, d’être avec une femme qui hurle en arabe dans les jardins du Luxembourg. Puis, j’ai honte d’avoir honte d’elle et de son enfant. Cela ne fait pas de moi une raciste. Dans le fond, ce qui me gêne à ce moment là, ce n’est pas de me promener dans Paris avec une femme voilée (je viens de passer la journée avec elle), ce qui me gêne c’est qu’elle hurle dans un espace public dont je connais et partage les codes : au Luxembourg, on ne hurle pas… Si elle avait hurlé au Parc de Belleville, je n’y aurai même pas prêté attention. J’ai donc une réaction qui traduit notre différence sociale : ce n’est guère mieux, mais cela n’a rien à voir avec du racisme. Je lui en veux mais pas pour son origine. Je lui en veux parce qu’elle vient de faire éclater ma bulle de rêve. Je m’étais grisé de cette belle journée, des rires devant Guignol, j’avais regardé les gamins et je m’y étais cru, dans cette France cosmopolite de toutes les couleurs. Or, l’incident entre le gardien et la mère de Djed me ramène à la réalité. L’atterrissage est brutal.

Je n’exclue pas avoir eu, en d’autres circonstances, un premier réflexe raciste. Par exemple, un Chinois crache dans le métro et je pense in petto: « Y’en a marre de tous ces Chinois qui crachent partout ! ». À mon avis, si l’on veut surmonter le racisme, il faut cesser de le présenter comme un sentiment extraterrestre, quelque chose qui n’arrive qu’aux autres. C’est pour cela que je rapporte dans le livre l’anecdote de Nelson Mandela qui, à peine sorti de 27 ans de prison, monte dans un avion, se rend compte que le pilote est noir et, par réflexe, se dit : « pas de chance ! ». Mandela en parle dans son autobiographie pour mettre en exergue la « banalité du mal », comme dirait Hannah Arendt. Si on avait tous ce courage, on pourrait accomplir un travail collectif pour aller à rebours de nos préjugés. On ne vaincra pas le racisme en mettant des procureurs généraux à tous les coins de rue, ou par auto-flagellation.

Qu’est-ce que l’aspect autobiographique par lequel vous avez abordé votre sujet vous a permis de voir ou de faire que les spécialistes de l’islam comme Gilles Kepel ou Olivier Roy ne voient pas ? 

J’apprécie et Gilles Kepel et Olivier Roy, je les lis depuis mes années d’étudiante en sciences politiques. Ils ont chacun leur grille de lecture et enrichissent notre compréhension de l’islam en France. Ils en ont fait leur métier. Moi, non. Je chronique mon expérience quotidienne de mère et de femme sur vingt ans dans une rue de Paris, quelques centaines de mètres. Bien sûr, je pense que mes observations peuvent recouper d’autres réalités ailleurs en France. Mais je ne sors pas de mon « terrain ». Je laisse aux lecteurs le soin d’établir des parallèles ou de relever des contradictions, en un mot : de faire le travail de la généralisation, là où cela a un sens.  Pour le meilleur et pour le pire, je les invite à partager mon vécu – et non pas une analyse. Je n’ai pas de magistère mais la liberté d’exprimer ma subjectivité. On s’y retrouve ou pas, dans les deux cas, mon récit ouvre un débat qui est différent du débat habituel autour du « malaise social » en France. Je donne à ce malaise une adresse postale, le visage de quelques dizaines de témoins, un cadre et des circonstances précis. Cela change la conversation.

Que dire de la réception de votre livre ? Comment la jugez-vous ?  Sentiez-vous de la réticence de la part des journalistes ou, au contraire, de l’intérêt ?

Des comptes rendus positifs et des interviews sont parues dans la presse de gauche comme de droite, du Figaro au Monde, de Marianne aux Inrockuptibles. On m’avait prédit le pire, que je devais me préparer à être violemment prise à partie mais rien de cela n’est arrivé. Cependant, une rencontre-débat dans une librairie près de la rue Jean-Pierre Timbaud a été annulée à a suite de menaces émanant d’abord de bobos, puis d’islamistes. Et les réactions des internautes sous les recensions ou les interviews sont souvent violentes. A droite, pour certains, je suis une « bobo repentie qui s’aveugle encore ». On devine que les gens qui « commentent » n’ont pas lu le livre, mais y trouvent quand même la preuve, s’il leur en fallait une, que l’islam est incompatible avec la France. A gauche, pour d’autres, je raconte n’importe quoi en « faisant passer le quartier pour une no-go zone alors que tout y est si cool ». Mais, dans l’ensemble, je suis agréablement surprise par l’espace qui est désormais ouvert en France pour débattre sans ambages de notre « vivre ensemble » en panne.

J’ai le sentiment que la France est plus mélangée que les États-Unis.  Notre mouvement américain des droits civiques déclenché dans les années 60 a-t-il échoué ?

Je n’ai pas d’expertise pour juger du succès du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis mais, s’il visait l’émancipation plutôt que le « mélange », une notion assez confuse, un bon bout de chemin a été accompli. En l’absence de statistiques ethniques officielles, qui sont interdites en France, la comparaison entre les deux pays est difficile.

À vue de nez,  il me semble effectivement que les villes françaises demeurent, malgré une communautarisation tardive mais croissante, plus mélangées, ethniquement et socialement, que les villes américaines. En revanche, les minorités sont bien plus visibles en Amérique qu’en France (un incontestable acquis de la lutte pour les droits civiques). Pour ne citer que cet exemple, on comptabilise 10 députés « issus de la diversité » sur 577 élus au parlement français. On est loin d’un « caucus » de poids !

A lire

Rue Jean-Pierre-Timbaud. Une vie de famille entre barbus et bobos, de Géraldine Smith. Stock, 194 pages, 18,50 euros.

Voir par ailleurs:

Europe

Why the French Ban the Veil
The secular republic debates how best to contain and suppress the Islamist movement
Paul Berman
Tablet
August 29, 2016

You may have noticed that Cannes, Nice, and a dozen other beach towns in France have just now adopted regulations banning the Islamic “burkini,” or full-body female swimsuit, from their beaches. And, as a result, we are right now undergoing a new outbreak of the by-now traditional and even folkloric American consternation over France and its antipathy to certain kinds of Islamic attire—the American consternation that, for a dozen years now, has rested on a single unchanging and unexamined assumption, as if nothing has changed during all these years, and no new information has emerged.

The assumption is that France wants to regulate Islamic attire because the French are fundamentally biased against their Muslim minority. The French are frightened of the “Other.” They are unrepentant in their imperialist and colonialist hatreds for the peoples of North Africa. They are, in short, hopelessly racist. Worse: The French left is just as bad as the French right in these regards, and the Socialist Party, as exemplified lately by the prime minister, Manuel Valls, is especially bad.

And yet, the American interpretation acknowledges a complicating point, which is this: The French, who are hopelessly racist, do not appear to believe they are hopelessly racist. On the contrary, they have talked themselves into the belief that, in setting out to regulate Islamic attire, they are acting in exceptionally high-minded ways—indeed, are acting in accordance with a principle so grand and lofty that French people alone are capable of understanding it.

This principle is a French absurdity that, in its loftiness, cannot even be stated in down-to-earth English, but can only be expressed with an incomprehensible, untranslatable and unpronounceable French locution, which is laïcité. Over the years, the word laïcité has figured repeatedly in the American commentaries. The French, we are told, invoke this word to defend their unjustifiable and racist persecutions. And yet, like all words that are untranslatable and incomprehensible, laïcité turns out merely to be a cover. It is a ten-dollar word employed to justify France’s fear of the “Other”; France’s zeal for maintaining the racial superiority of the non-Muslim French; France’s enduring imperialist and colonialist hatred for native peoples; France’s obsession with telling women what to do; and generally France’s urge to be parochial, petty, ultraconservative, and intolerant.

So argue the American commentators. I invite you to look up a dozen years’ worth of reports and judgments to see for yourself. Now, the American commentaries are, to be sure, not wrong in every instance. But they are wrong fundamentally, and the ways in which they are wrong seem never to diminish or vary or to yield to new information—which ought to alert us to their folkloric quality—namely, their origin in a folk belief about America. This is the belief that America is the home of the free, and France is not, and any desire to arrange things differently from how we Americans do can only be an aggression against common sense.

***

In reality, the Islamic veil has a history in France. The North African immigrants who began arriving in France after World War II and especially in the 1960s were not fundamentalists, and they were not Islamists, and they did not normally dress in ostentatiously Islamic clothes. In the 1980s, the Islamist movement began to prosper in North Africa, however, and, after a while, a few imams with Islamist affiliations made their way to the French immigrant suburbs and housing projects. The Islamists recruited disciples. And they set about constructing their dreamed-of Quranic community as best they could—their proposed return to an imaginary 7th-century Medina, their effort to keep women out of sight or under wraps, their theory of a supernaturally evil Jewish conspiracy, and everything else. And the first step in their program was, of course, to impose the Islamist dress code on women. This meant obliging women to dress in a style that is indigenous to the Arabian peninsula, though not to North Africa—in clothing that is designed to conceal the female form and face, which the Islamists describe as authentically Islamic.

The French controversy over the veil—which, in the French debate, has meant the Islamic headscarf or hijab, too—got underway not with the arrival of the Muslim immigrants, but with the arrival of the Islamists. This was in 1989. Schoolgirls in the town of Creil, outside Paris, began to insist on their right to wear the Islamic veil in school. This was unprecedented, and the school authorities forbade it. The schoolgirls insisted, even so. And the question of how to interpret this dispute became, very quickly, a national debate in France, with plausible arguments on both sides.

To wit, pro-veil: Shouldn’t a woman and even a schoolgirl have the right to dress in accordance with her own religious conscience? Isn’t religious attire a matter of individual right and religious freedom? More: If Muslim schoolgirls are displaying fidelity to their own religion and its traditions, shouldn’t this be deemed an enrichment of the broader French culture? Shouldn’t the French welcome the arrival of a new kind of piety? And if, instead, the French refuse to welcome, shouldn’t their refusal be seen as the actual problem—not the pious immigrant schoolgirls, but the anti-immigrant bigots?

To which the anti-veil argument replied: No, the veil has been brought into the schools as a maneuver by a radical movement to impose its dress code. The veil is a proselytizing device, intended to intimidate the Muslim schoolgirls and to claim a zone of Islamist power within the school. And the dress code is the beginning of something larger, which is the Islamist campaign to impose a dangerous new political program on the public school curriculum in France. This is the campaign that has led students in the suburban immigrant schools to make a series of new demands—the demand that Rousseau and certain other writers no longer be taught; the demand that France’s national curriculum on WWII, with its emphasis on lessons of the Holocaust, be abandoned; the demand that France’s curricular interpretation of Middle Eastern history no longer be taught; the demand that co-ed gym classes no longer be held, and so forth. The wearing of veils in the schools, then—this is the beginning of a larger campaign to impose an Islamist worldview on the Muslim immigrants, and to force the rest of society to step aside and allow the Islamists to have their way. From this standpoint, opposition to the veil is a defense of the schools, and it is a defense of freedom and civilization in France, and it is not an anti-immigrant policy.

The French have engaged in a very vigorous and nuanced public debate over these matters. And yet, for some reason, in the reporting by American journalists and commentators, the nuances tend to disappear, and the dispute is almost always presented in its pro-veil version, as if it were an argument between individual religious freedom and anti-immigrant bigots, and not anything else. To report both sides of the dispute ought not to be so hard, however. The French government held formal hearings on these questions, with both sides represented. It was just that, once the hearings were over, the anti-veil side was deemed to have been more persuasive. Crucially influential were Muslim schoolgirls who, given the chance to speak, testified that, in the schools, Islamist proselytizers had become a menace to girls like themselves. And the National Assembly passed a law banning the Islamic veil, along with all “ostentatious” religious symbols, from the schools. The purpose of this law was not to suppress Islam. Students could continue to wear discreet symbols in school, according to the new law, and anything they wanted, outside of school. But ostentatious symbols were banned from the schools, in the hope of putting a damper on the Islamist proselytizing.

Naturally, the hearings and the passage of a law (about school dress) and then another law a few years later (about full-face veils in public) and the issuing of various regulations did not bring the argument to an end. That is because these controversies are, by nature, without any obvious resolution. On one side, in France, there is good reason for immigrants and their allies to complain about imperialist holdovers and larger bigotries in the culture, and reason to worry that anti-Islamist laws and regulations may spill over into an anti-immigrant campaign. And there has been no shortage of pious Muslim women willing to say that, in their own instance, they are not victims of the Islamists, and they wish to wear Islamic attire strictly for reasons of individual religious conscience, regardless of what anyone might say. These arguments are unanswerable.

Then again, the French public as a whole, ancestral Gauls and new arrivals alike, has had every reason to grow ever more frightened of the Islamist movement, which has grown over the years, until by now it has come to dominate the young generation in entire neighborhoods in the immigrant districts—which means the French as a whole have every reason to look for simple regulatory ways to discourage the movement, beginning with legislation against the Islamist dress code. This argument, too, is unanswerable. Here, then, is a debate that will not come to a close.

And yet, to read some of the American reporters and commentators, you would suppose that France has been consumed with these continuing quarrels, and that France’s Muslim population as a whole has been shuddering in resentment over the laws and regulations. But France has not been consumed, and the Muslims as a whole have not been shuddering, even if some have been. The most controversial of the laws was the first one, banning ostentatious religious symbols in the schools—which led a good many people to predict that, once the law was put into effect, the French Muslims were going to react furiously. But only the Americans were furious. President Barack Obama himself denounced the law (in his Cairo speech of 2009). A great many French Muslims appear, on the other hand, to have accepted and approved the law. It was because Muslim parents do not want their children to be drawn into a reactionary medievalist religio-political cult. They want their daughters to grow up to be Muslim Frenchwomen with the rights and privileges of other Frenchwomen. If the Islamists and their dress code are suppressed in the schools, then, this can only be good.

But then, some commentators have always found it difficult to remember that Islamists are not the voice of authenticity for the Muslim immigrants in France. The Islamists are a threat to the immigrants, as well as to everyone else. And if the laws and regulations succeed in making life harder for the Islamist movement, the great mass of the French Muslims will be the first to benefit.

***

What about laïcité, then—this French concept that gets invoked in the debate, yet cannot even be expressed in English? In reality, laïcité is entirely translatable. It means secularism. There is no reason for English speakers to use the French word. And the concept is perfectly comprehensible. It is the Jeffersonian principle of a wall between church and state, in its French version. The Jeffersonian principle in America means that, regardless of what the churches may do or say, the American state will remain strictly nonreligious. The French version is the same. The public schools, for instance, must not become creatures of the churches—which, in our present situation, means the Islamist imams.

It is true that, in France, people take their secularism a little further than Americans tend to do, and this is partly on historical grounds. In America, we worry about freedom of religion, but in France, where everyone remembers the Catholic past and the religious wars, people worry about freedom from religion. They do not want to be tyrannized by theological fanatics. The Islamist movement is, from this point of view, all too familiar to the French—one more clericalist current that wishes to imposes its theological doctrines on everyone else. And, in the face of the Islamist fanaticism, the French are grateful for their secularist traditions and laws.

Then again, the French take their secularism a little further than we Americans do also because they are willing to grant government a larger administrative role than Americans tend to do. Americans are allergic to government regulation, or pretend to be, but the French do not even pretend to be. I realize that a great many Americans believe that, as a result of the French willingness to accept government regulation, France has become an impoverished Communist despotism. But have you been to France? Perhaps it is true that labor regulations have lately become an obstacle to high employment. Even so, France is, in many respects, a better-run country than the United States. And the French naturally look to the government to apply secularist principles even in areas of life that Americans might regard as outside the zone of government, local or national. The permissibility of religious attire, for instance. And the French see something attractive in their government regulations.

Republican secularism is not, after all, merely a negative concept, useful for fending off religious fanatics. Republican secularism is a positive principle. It offers something to the individual. This is citizenship. In its French version, republican secularism says to every individual: The “rights of man and the citizen” are your own rights, regardless of what some church might say. The aspirations of the French Republic are open to you, as well as to everyone. These are the aspirations of the French Revolution. You have access to political freedom and a modern education and a modern culture and an advanced welfare state. At least, you ought to have access, and, if you find that you do not, you have a right to march in the streets and to vote for the political party that speaks for you. You have a right to be a Muslim, or to adhere to any other religion, or to none, and this right is yours precisely because, as a citizen of France, you enjoy rights on the broadest of scales. The French republican idea, with its secularism—this idea is, in short, grander than anything the Islamists can offer. The Islamist ideal is an ugly and deceptive promise. It is a self-oppression. But the French republican ideal is a liberation—at least, in principle.

The entirely comprehensible and translatable laïcité, which is the secular republican ideal: This is what most French people want—even if some French people are bigots. The secular republican ideal is what most French Muslims want—even if some French Muslims have been seduced by the Islamist manias and hatreds. This is what the immigrants from North Africa came to France in hope of finding. The debate over how best to contain and suppress the Islamist movement has taken place within the framework of that idea. It has been a good debate.

Is it too much to expect the American commentary on France to show a little more respect for how seriously that debate has been conducted? Alas, it is too much to expect. In France, there is an ancient and curious habit of mindless and self-flattering anti-Americanism, and in America, there is an ancient and curious and equivalent habit of sneering mindlessly at the French. This is the American habit that, for a dozen years now, has led the American commentators to see in France’s republican secularism a racist attack on individual freedom, instead of an antiracist defense of individual freedom.

***

Voir aussi:

France’s identity politics
Ill-suited
As its presidential race kicks off, France argues over burkinis
The Economist
Sep 3rd 2016

THIS week France came back from the beach for la rentrée, the return to school and work after the August holiday. The summer had been far from restful. It began with two terrorist attacks in Nice and Normandy, followed by a weeks-long political fixation with the “burkini”, a cross between a burqa and a swimsuit, which dozens of mayors of seaside resorts tried to ban from their beaches. The resurgence of identity politics in France, at a time of heightened tension over Islam and security, now looks likely to frame next year’s presidential election.

The row over the burkini will probably abate as the beaches empty. On August 26th France’s highest administrative court suspended a ban imposed in the Mediterranean resort of Villeneuve-Loubet after it was challenged by human-rights groups. The court ruled that the mayor had not proved any risk to public order, and that the ban constituted a “manifestly illegal” infringement of “fundamental liberties”.

Had France not been under a state of emergency, the matter might not have flared up as it did. But the French are hyper-sensitive to signs of overt Muslim religiosity. Politicians, roused from their holiday hide-outs, seized on the burkini row—and not just on the right. Manuel Valls, the Socialist prime minister, called the burkini an “enslavement” of women, and claimed it was part of a political project to impose Islamist rules on France. He noted that Marianne, a female figure symbolising the French nation, is classically depicted bare-breasted. The implication seemed to be that women in burkinis are un-French, while true French women go topless.

France has a long history of trying to keep religion out of public life. A law of 1905 entrenched the principle of laïcité, or strict secularism, after a struggle against authoritarian Catholicism. The country banned the headscarf and other “conspicuous” religious symbols from state schools in 2004, and the face-covering burqa from public places in 2010. Indeed, such laws enjoy broad cross-party support. Yet secular zeal at times overrides common sense, or sensitivity to France’s Muslim minority, estimated to form about 10% of the population. Unlike the burqa, which is banned from the beach, the burkini does not even cover the face. As Olivier Roy, a French scholar of Islam, points out, it also offers a certain modern liberty to Muslim women who otherwise might not swim. Hardline Islamists, he says, would not allow women to bathe in the first place.

The burkini frenzy sets the tone for an election season of culture wars over French identity. Nicolas Sarkozy, a former president vying for the nomination of the conservative Republican party, says he wants to ban the burkini altogether. So does Marine Le Pen, leader of the far-right National Front, who claims that the “soul of France” is at stake. Yet amid this feverish identity politics, some voices are trying to appeal for calm. One is Alain Juppé, a centre-right former prime minister and presidential hopeful. He backed the local burkini bans, but says national legislation would be provocative. Another, on the left, is Emmanuel Macron, who resigned on August 30th as economy minister.

Mr Macron’s departure had been widely expected. In April he launched a new political movement, En Marche! (“On the Move!”). Although he stopped short of declaring this week that he would run for president, that may be a matter of time. A former adviser to President François Hollande, Mr Macron is now an unambiguous rival to his Socialist former mentor, whose own chances of running for re-election dwindle by the day. The ex-minister is trying to build a platform of economic reform to resist populist nationalism.

Post-socialist international

On leaving his ministry, Mr Macron said that his government experience had taught him the limits of the current political system. He now hopes to redraw the partisan map, pulling in support from both left and right for a pro-European, centrist movement that embraces globally-minded progressive politics. This is a daunting challenge, not least because Mr Macron has never stood for election for any office before, is short of money and has little parliamentary support.

It also seems to cut against the national mood. After 18 months of barbaric terrorist attacks, France is leaning towards tightening restrictions on liberty, not loosening them. Freed from the constraints of the economics portfolio, Mr Macron will now be able to speak out on matters such as terrorism and religion. With the country so on edge, France could do with a dose of measured reflection.

Voir aussi:

France is right to ban the burkini

Gavin Mortimer

The Spectator

25 August 2016

May I interrupt, for a moment, the howls of anguish from those liberals in uproar at the news that authorities in France are banning burkinis on their beaches? I’d like to relate an incident that occurred earlier this month in France.

It involved my girlfriend, who was on her way from Paris to visit her grandmother in eastern France. An hour into her journey she pulled into a service station to fill up with petrol. On returning to her car she made a small sign of the cross as she slid into her seat. Navigating one’s way on a French motorway during the height of summer can be a fraught experience, particularly for the nervous driver. Suddenly there was a violent thump on her window. She jumped with fright. A man stooped so his face was level with hers. ‘Why do you make that sign?’ he asked, menacingly. ‘You don’t make the sign of the cross in France.’ The man then ran his eyes over my girlfriend’s summer dress. ‘And next time you go out,’ he sneered, ‘cover yourself up.’ She was still in shock when she phoned moments later. Did you get his number plate? I asked. She hadn’t, she’d been too bewildered. But she’d spotted the headscarved woman in the front passenger seat.

I have a fund of similar stories from female friends in France. There’s the one who was insulted by two women in headscarves while out jogging because she had on a pair of shorts; the friend who no longer travels on the Paris metro after a certain hour because, as a Muslim, she’s fed up with being insulted by men of her religion because she dares to wear a skirt and blouse; and the one who sold her baby’s car seat through an ad in the local paper. The man met her asking price but refused to shake the hand of a woman.

Then there are the cases outside my immediate milieu. On the first day of Ramadan this year a Muslim waitress in a Nice bar was assaulted by two men. ‘Shame on you for serving alcohol during Ramadan,’ one of them screamed, as he attacked her. ‘If I were God, I would have you hanged.’ Last year in Reims a young woman sunbathing in a public park was set upon by a gang of teenage girls. They objected to her bikini, reported the newspapers, although the town’s authorities insisted there was no ‘religious’ aspect to the attack. Few believed them.

That’s because such incidents are becoming more common across France. There was a spate of similar confrontations last summer in Lyon, prompting Jacqueline Costa-Lascoux, a director for the French National Centre for Scientific Research, the largest governmental research organisation in the country, to explain: ‘We’re seeing the emergence of a police of mores who are principally targeting young women on the issue of modesty.’

This important point is blithely ignored by naive liberal writers, particularly those in Britain, who have little understanding of the extent of extremism in France, where 100 of the country’s 2,5000 mosques are controlled by Salafists, the most puritanical Islamic ideology. The Salafists want all women covered, at all times, and the burkini is part of their strategy. It is a symbol of Islamic purity with a clear message: good Muslims wear the burkini, bad ones wear the bikini. Toleration of the burkini will only embolden France’s ‘police of mores’ in their campaign of coercion, a point emphasised by Nicolas Sarkozy in an interview to be published in Friday’s Le Figaro magazine. ‘Wearing a burkini is a political act, it’s militant, a provocation,’ said Sarkozy, styling himself as the uncompromising centre-right candidate ahead of next year’s Presidential elections. ‘If we do not put an end to this, there is a risk that in 10 years, young Muslim girls who do not want to wear the veil or burkini will be stigmatised and peer-pressured.’

The Guardian and the Telegraph are among several British papers to have run articles in recent days shrilly denouncing the ban. The headline in the former was glibly entitled ‘Five reasons to wear a burkini – and not just to annoy the French.’ Thursday’s Evening Standard draws a fatuous comparison between a burkini and a nun’s habit with the writer wondering why Sister Marie isn’t being forced ‘to shed the wimple’.

Many British media organisations have reproduced the series of photographs of policemen on a Nice beach ordering a woman to remove what appears to be a burkini. The pictures – which some believe were staged – have now gone viral and the reaction on social media has been one of predictable childish hysteria. Of course the French authorities don’t consider the burkini a terrorist threat but, as Sarkozy says, allowing it would ‘suggest France appears weak’. Engaged as they are in a bloody struggle with homegrown Islamists , France must stay strong in the ideological war against the Salafists.

One wonders how the twitterati would have reacted had they been in Corsica a fortnight ago when a large Muslim family arrived on a beach. While the women bathed – not in burkinis, as originally reported, but in full Islamic dress – the men set about protecting their modesty by ‘privatising the beach’. When a group of local teenagers refused to leave, they were viciously assaulted by three brothers.

Those Corsican youngsters were courageous in standing up to the swaggering threats of the Islamists, and similar bravery was shown earlier this year by a Muslim organisation called ‘Women Without Veils. Based in Aubervilliers, a suburb of Paris with a reputation for Islamic extremism,  ‘Women Without Veils’ published a statement on 8 March, International Women’s Day, entitled ‘The Veil; denier of liberty and equality’. In the statement they declared: ‘We refuse to wear the veil because it represents a symbolic violence visible in a public space… the Islamists are formalising the inequality of the sexes in the family and social context at the expense of the fundamental values of the Republic.’

These women have a deeper understanding of the Republic than people like Herve Lavisse, a leader in The League of Human Rights, who in condemning the burkini ban on Côte d’Azur beaches, said: ‘It is time for politicians in this region to calm their discriminatory ardour and defend the spirit of the Republic.’ In banning the burkini France is defending the secular spirit of the Republic, and Lavisse and his ilk would see that if only they took their heads out of the sand.

Voir également:

Meurtre de Magnanville : de l’état d’urgence à l’état de chaos
Alexis Théas
Le Figaro
14/06/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE – Un commandant de police et sa compagne ont été assassinés par un homme se revendiquant de l’Etat islamique. Le meurtre de policiers, pour le terroriste islamiste, revient à en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français, estime Alexis Théas.

Alexis Théas est juriste et universitaire.

Le meurtre d’un couple de policiers à son domicile à Magnanville le 13 juin par un terroriste islamiste, revendiqué par l’Etat islamique, Daech est un fait sans précédent historique dans la France contemporaine. Certes trois policiers ont été tués lors des attentats de janvier 2015, mais ils étaient en mission. Cette fois-ci, un palier supplémentaire dans l’atrocité a été franchi. Chez eux, en dehors du service, un homme et une femme ont été pris pour cible et massacrés en tant que policiers.

Cet assassinat est chargé de signification. Les policiers incarnent l’Etat, l’ordre public, la loi. Ils sont un symbole de la France traditionnelle. Dans une société en voie de décomposition, gagnée par une pagaille généralisée, la police incarne ce qui reste de l’ordre et de la discipline. Dans les zones de non droit gangrenées par le trafic de drogue, la violence aveugle, le communautarisme islamiste, le policier est le dernier gardien de la civilisation contre la barbarie. Tuer des policiers, pour le terroriste islamiste a une signification suprême: en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français. Le fait que le massacre du couple ait lieu à son domicile a un sens encore plus lourd. La guerre contre le monde occidental et la France est totale, sans concession, sans limites: tuer des personnes jusque dans le plus intime du foyer. La bataille a pour objectif le massacre pour le massacre. Elle est tournée vers une logique d’extermination.

Tuer des policiers, pour le terroriste islamiste a une signification suprême: en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français.
Mais la condition du policier français comme cible de la haine ne se limite pas au terrorisme islamiste. D’autres lui ont montré la voie… «A l’unisson, la foule chante: tout le monde déteste la police» rapporte un quotidien national le 5 avril dernier en compte-rendu d’une manifestation lycéenne. Chaque année, près de 8000 policiers et gendarmes sont blessés et une vingtaine tués. Les policiers, les gendarmes, parfois les militaires, sont en première ligne de toutes les expressions du chaos social et de la désintégration de l’autorité: violence des migrants clandestins du Calaisis et dans les squats, émeutes dirigées contre la loi «travail», à Paris comme en province, occupation de la place de la République par Nuit debout, violences lycéennes, déchaînement de hooliganisme à l’occasion de l’euro de football… A ces désordres ponctuels s’ajoute le chaos permanent des zones de non-droit et des cités sensibles: chaque année, près de 10% des policiers exerçant dans les départements les plus difficiles de la région parisienne sont blessés. Comment 120 000 policiers et un peu moins de gendarmes peuvent-ils tenir face à une telle exposition, un tel traitement? Tel est l’un des mystère de la France contemporaine.

A la suite des attentats de «Charlie», des manifestations de solidarité avec la police se sont exprimées. Elles apparaissent aujourd’hui éphémères et sans lendemain. Le problème fondamental de la police de France est qu’elle n’est pas soutenue dans sa mission de protection de la société contre la barbarie. Les policiers en service dans les cités sensibles vivent un calvaire quotidien que la société veut ignorer: insultes, crachats, menaces de viol contre les femme policières, violences physiques. Les médias ne parlent jamais de ce sujet. Le réflexe «de la France d’en haut», des élites médiatiques, conditionnées depuis mai 1968 à haïr l’Etat et l’autorité, est de présenter le policier en oppresseur et le trublion ou le délinquant en victime.

Les images de manifestants blessés dans l’activité de maintien de l’ordre public abondent dans les unes de la presse et des médias. En revanche, celles de policiers à terre sont soigneusement occultées.
Les images de manifestants blessés dans l’activité de maintien de l’ordre public abondent dans les unes de la presse et des médias. En revanche, celles de policiers à terre sont soigneusement occultées. On parle abondamment des bavures policières mais jamais du martyre que subissent les policiers. Dans les commissariats les plus exposés, les suicides de policiers ne sont pas rares. De même, la justice a fait le choix de banaliser la police en la traitant sur le même plan que les auteurs d’infraction. En cas de plainte d’un policier blessé, les juridictions le placent sur le même plan que leur agresseur dans le cdre d’un procès à égalité des parties, avec confrontation obligatoire. Le malaise de la police française vient de ce qu’elle ne se sent pas protégée par la justice.

Quant au pouvoir socialiste, obnubilé par sa posture de «gauche», et l’obsession de conserver ou reconquérir la sympathie des groupuscules gauchisants, il ne s’empresse pas d’apporter un soutien ferme et résolu à la police devenue le bouc-émissaire de la France du chaos. Policiers blessés ou tués, commissariats pris d’assaut et saccagés, voitures de police incendiées: la police porte aujourd’hui seule le poids du chaos français, dans un climat d’aveuglement et de déni généralisé. Le retour de l’autorité sur le territoire national et le respect de la police sera sans nul doute l’enjeu fondamental des élections de 2017. Pour l’instant, les politiques dans leur ensemble ne l’ont pas encore compris.

Voir de même:

Christopher Caldwell : «Les intuitions de Houellebecq sur la France sont justes»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
25/03/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Dans son livre, une Révolution sous nos yeux, le journaliste américain Christopher Caldwell annonçait que l’islam allait transformer la France et l’Europe. En exclusivité pour FigaroVox, il réagit aux attentats de bruxelles.

Christopher Caldwell est un journaliste américain. Il est l’auteur de Une Révolution sous nos yeux, comment l’islam va transformer la France et l’Europe paru aux éditions du Toucan en 2011.

Après Paris, Bruxelles est frappée par le terrorisme islamiste. A chaque fois la majeure partie des djihadistes sont nés dans le pays qu’ils attaquent. Cela révèle-t-il l’échec du multiculturalisme?

Peut-être, mais je ne suis pas sûr que le mot «multiculturalisme» signifie encore quelque chose. Il ne faut pas être surpris qu’un homme né européen commette des actes de terrorisme européen. C’est pour l’essentiel une question pratique. Le terrorisme requiert de la familiarité avec le terrain d’opération, le “champ de bataille”. C’est une chose très difficile que de constituer une équipe de terroristes en passant plusieurs frontières pour mener à bien une opération dans un pays étranger – même si cela peut être réalisé, comme les attentats du 11 Septembre l’ont montré.

Au surplus, l’ensemble des droits et libertés constitutionnels de l’Union européenne, en commençant par Schengen, donne un éventail particulièrement large de possibilités à tout jeune Européen en rupture. Regardez ces terroristes belges. L’artificier Najim Laachraoui est allé en Syrie pour se battre aux côtés de Daech, mais personne n’a su comment il était revenu à Bruxelles. Ibrahim el-Bakraoui a été condamné à 9 ans de prison pour avoir tiré sur un policier en 2010. Mais il a également été arrêté plus récemment par la Turquie à Gaziantep, à la frontière syrienne, et identifié comme un combatant de Daech. Et tout cela est resté sans conséquences.

Diriez- vous que derrière l’islamisme guerrier de Daesh, l’Europe est-elle également confrontée à une islamisation douce un peu comme dans le dernier livre de Houellebecq, Soumission ?

Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national.

La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu.

Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes.

Dans votre livre Un révolution sous nos yeux, vous montriez comment l’islam va transformer la France et l’Europe. Sommes-nous en train de vivre cette transformation?

Très clairement.

Celle-ci passe-t-elle forcément par un choc des cultures?

C’est difficile à prévoir, mais ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente.

Certains intellectuels comme Pierre Manent propose de négocier avec l’islam. Est-ce crédible? Les «accommodements raisonnables» peuvent-ils fonctionner?

Situation de la France de Pierre Manent est un livre brillant à plusieurs niveaux. Il a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique.

Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger.

«Entre une culture qui doute d’elle-même et une culture forte, c’est la culture forte qui va l’emporter…» écrivez-vous en conclusion de votre livre. L’Europe des Lumières héritière de la civilisation judéo-chrétienne et gréco-romaine est-elle appelée à disparaître?

L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure.

Voir aussi:

Le burkini, nouvel outil de l’offensive islamiste (1/2)

Analyse d’un projet de conquête

Jean-Claude Allard
est Général de division (2° S).
Causeur
02 septembre 2016

Sous les huées des associations de défense des droits de l’homme, les maires signataires des arrêtés anti-burkini ont montré que ce vêtement n’était pas seulement un attribut religieux ou une contrainte sociétale. Analyse d’un objet éminemment politique.

Dans la chaleur de l’été, quelques maires se sont lancés dans de multiples « batailles du burkini » qui se terminent par des défaites en rase campagne. Conclusion tactique inévitable lorsque l’on ne dispose pas de renforts pour manœuvrer. Ils attendaient Grouchy, ce fut le Conseil d’État1 Soudain, joyeux, il dit : « Grouchy ! » – C’était Blucher », Victor Hugo, Les Châtiments.]! Mais rien ne devrait être perdu car il y a plus de leçons à tirer d’une défaite que d’une victoire.

De quoi le burkini est-il le nom?

Le burkini, comme son nom le suggère, est une adaptation à la baignade des diverses tenues féminines portées par les musulmanes voulant donner une dimension visible à leur pratique religieuse. À cet effet, en 2004, sa créatrice, Aheda Zanetti, a demandé et obtenu la validation de ce concept vestimentaire par le grand mufti de Sydney, Taj-Eldin Hilali.  Le port du burkini parait donc lié à une pratique religieuse exigeant la dissimulation la plus complète possible du corps féminin qui semble remonter aux origines de l’Islam. Dans les Chroniques (Al-Sira)2, il est rapporté qu’après le mariage du Prophète avec Zaynab bint Jahsh, un verset fut révélé qui exigeait que les croyants ne parlent aux épouses du Prophète qu’à travers un voile (XXXIII-53), complété par un verset demandant aux femmes de « ramener sur elles leurs grands voiles » pour être « plus vite reconnues et éviter d’être offensées » (XXXIII-59). Il s’agit ici d’une mesure à portée sociétale.

Il y a donc une importante difficulté à concilier une république laïque qui voudrait confiner la religion à la sphère privée et une religion comme l’islam qui demande des manifestations physiques de piété quasi permanentes et donc nécessairement publiques : ici le costume, mais aussi les cinq prières quotidiennes (voir l’article 2 de la loi travail), le jeûne diurne pendant un mois ou les interdits alimentaires et qui se préoccupe de questions sociétales. Le projet de définition d’un « Islam de France » parait donc une gageure, et ce d’autant plus que la pratique des signes extérieurs se renforce. Il y eut en effet un « Islam de France », manifestement plus spirituel que gestuel, pratiqué par les premières générations de musulmans installés en France. Il disparait3, miné par les politiques conduites depuis le milieu des années 1970, qui ont abandonné toute idée d’assimilation qui pouvait aussi s’entendre de l’assimilation aux pratiques religieuses alors en vigueur.

Un objet politique

Isolés, les maires n’avaient aucune chance de réussite, mais ils ont le mérite d’avoir mis en évidence la lente mais profonde modification de notre société et d’avoir poussé les forces en présence à se manifester. Ils ont rencontré, contre toute attente (ou comme il fallait s’y attendre), l’opposition des associations de défense des droits de l’homme, de défense des droits des musulmans, des militantes féministes, des libres penseurs, d’une assez large partie de la classe politique, y compris au sein du gouvernement.

Les islamistes ont donc désormais une vision consolidée du théâtre d’opération français ouvert par l’esprit « Je suis Charlie » et un nouvel outil stratégique. Le vêtement n’est en effet pas seulement un attribut religieux ou une contrainte sociétale, il est aussi un objet politique et donc un outil stratégique.

Dans tous les pays musulmans au cours des siècles passés, les non croyants avaient un statut particulier (Dhimmi) qui comprenait de nombreuses obligations, notamment vestimentaires (y compris aux bains dans lesquels ils devaient porter un signe distinctif autour du cou) afin d’être bien identifiés comme non-musulman, individus sur lesquels les Musulmans avaient des passe-droits4 que chacun pouvait exercer à sa guise, y compris dans l’espace public. A contrario, dans l’impossibilité présente d’imposer un vêtement aux « mécréants » en France, burkini « religieux » et autres tenues peuvent avoir une utilisation stratégique pour marquer une appartenance politique et donc une force qui monte à laquelle les indécis pourront se rallier. N’oublions pas la promesse du Calife Ibrahim lorsqu’il a restauré la Califat en juin 2014 : « conquérir Cham, restaurer l’Oumma et s’emparer de Rome », afin de permettre aux musulmans de « marcher partout en maitres la tête haute ».

Logique de “caïdat”

Pour atteindre ces buts, les affichages vestimentaires ou comportementaux, tout comme, il faut bien l’avoir à l’esprit, les attentats ne sont pas les buts mais les moyens : exciter l’opinion et les politiques dans une direction pour consolider ailleurs des positions réellement stratégiques, c’est-à-dire indispensables au projet de conquête politique. Ainsi, il était surprenant de voir le soulagement des autorités lorsqu’elles ont pu déclarer que, à Sisco, « le burkini n’était pas en cause ». Ce qui est en cause à Sisco, est bien plus grave, c’est une occupation communautaire d’un espace public, une « logique de caïdat » selon le procureur qui résonne fortement avec la promesse du Calife.

Soulagement compréhensible mais coupable de la part d’un État qui a déjà abandonné des pans entiers de sa souveraineté sur son territoire même, acceptant les stratégies de « déni d’accès »5 opposées aux forces de l’ordre et aux services publics. Car ces territoires érigés en « caïdats » sont indispensables pour préparer les actions puis ensuite offrir un refuge aux terroristes. L’un de ces territoires n’a-t-il pas permis au terroriste le plus recherché d’Europe d’échapper aux policiers pendant quatre mois ? Mais ils sont surtout indispensables pour bâtir une « communauté », donc un groupe s’excluant volontairement du destin républicain commun. Une communauté soudée et tenue en main par des chefs politico-religieux distillant une idéologie conquérante et destinée à jouer un rôle politique. Le droit de vote des étrangers (non membres de l’UE pour qui il est acquis) aux élections municipales en projet fournira un excellent tremplin au projet politique qui, faut-il le rappeler, n’est pas le terrorisme mais la conquête.

à suivre…

  1. « Le soir tombait ; la lutte était ardente et noire. Il avait l’offensive et presque la victoire ; […
  2. Mahmoud Hussein, Al-Sira, tome 2, p.373-374, collection Pluriel.
  3. Gilles Kepel, Terreur dans l’hexagone, Gallimard.
  4. Bernard Lewis, Islam, Quarto Gallimard, p. 472.
  5. Terme militaire employé ici à dessein car il s’agit de prémices d’actions militaires.

Voir également:

Le burkini, nouvel outil de l’offensive islamiste? (2/2)

Comment contrer ce projet de conquête

Jean-Claude Allard
est Général de division (2° S).

02 septembre 2016

Le Conseil d’Etat nous a fait perdre la première bataille du burkini. Mais la guerre n’est pas encore pliée. Pour peu que nous renouions avec nos valeurs émancipatrices, notamment à l’école, nous avons les moyens de vaincre les formes conquérantes de l’islam.

Que faire pour contrer l’offensive islamiste dont le burkini n’est que l’outil vestimentaire ?Reconquérir les cœurs perdus de la République

Cesser de consommer nos armées, nos forces de sécurité et notre justice pour faire appliquer des lois inapplicables et défendre tout et rien. Pour elles, l’urgence absolue est dans la reconquête des « territoires perdues de la République », dans le strict respect de « la ligne rouge des droits de l’homme » (Manuel Valls). Reconquête qui conduira de facto à la reconquête des « cœurs et des esprits » des personnes qui les habitent, trop longtemps laissées sous la domination des bandes de trafiquants, des « grands frères » et désormais des « frères musulmans » et affidés. Plus que du recul de l’État islamique en Irak/Syrie, c’est de l’avancée des idées islamistes en France qu’il faut se préoccuper. La « ligne rouge des droits de l’homme » doit être tracée autour de ceux qui les bafouent par les tueries, par les contraintes religieuses intégristes (contraintes qui s’exercent en premier et fort logiquement sur les musulmans ainsi canalisés dans leur pratique) et offrir à tous, la protection de la République : « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne » (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 3).

 Le respect, ça s’inculque

Cesser de remanier au gré des changements de ministre (trois en quatre ans) organisations et méthodes de l’Education nationale pour se concentrer sur la transmission de savoirs et de savoirs-être. Avant d’être une question de religion, nous faisons face à un problème de multiplication et de normalisation des comportements agressifs à l’égard d’une République qui ne sait plus se faire respecter, y compris par des enfants et adolescents, pourtant simplement en recherche de repères. Ce vieux pays a pourtant un patrimoine immense dans lequel des millions d’immigrés s’étaient jusqu’à fondus et qu’ils ont contribué à valoriser. Pourquoi prétendre que les nouveaux arrivants ne pourraient pas s’y retrouver aussi et vouloir les raccrocher à leur passé alors qu’ils sont venus trouver un nouvel avenir en France ? Notre pays mérite-t-il tant de haine et les immigrants méritent-ils tant de mépris que l’on ne veuille pas partager avec eux notre fierté d’être Français et l’histoire qui a fait la grandeur de notre pays ?

Redonner vie à la liberté d’expression et à la pensée critique telles que nous les ont enseignées les penseurs des Lumières. Un corset législatif et moralisateur sclérose toute réflexion sur les problématiques actuelles. Il empêchera tout travail constructif sur l’islam de France voulu par le gouvernement, comme il empêche déjà toute appréciation de situation stratégique et la désignation claire de l’ennemi. Alors que nos armées se battent au Mali, en Syrie/Irak, sont déployées en armes sur le territoire national, que des Français meurent au cœur de notre capitale, ou le jour de notre fête nationale, un haut fonctionnaire n’a-t-il pas récemment dit craindre une « guerre civile ». Ne serions donc pas déjà en guerre pour défendre notre liberté ?

Sauve qui peut l’Etat

Faire évoluer les règles du droit international et du droit national pour prendre en compte les nouveaux acteurs perturbateurs. Élaborées après 1945, ces règles ne tiennent compte que de deux acteurs : les États et leurs citoyens et présupposent que les premiers sont des oppresseurs potentiels des seconds. Elles tétanisent donc les gouvernements dans leurs combats contre les entités transnationales (grand banditisme comme islamisme). Or, aujourd’hui, les citoyens se retournent vers les États pour demander une protection que ceux-ci ne savent, ne peuvent, voire ne veulent plus leur donner. Là est le grand malaise de l’Union européenne et de chacun de ses États membres. Et ce ne sont pas les projets de relance de l’UE par de nouvelles structures de  Défense qui y changeront quelque chose. La maladie de l’UE, et de la plupart de ses États membres, est d’abord la vacuité politique dans les fonctions régaliennes.

En conclusion, la priorité et l’urgence pour les pouvoirs publics n’est pas de légiférer sur les tenues vestimentaires. Qu’ils laissent les associations de défense des droits et les libres penseurs assumer leurs responsabilités morales et se préoccuper de ce qui n’est, pour l’instant, que discriminations manifestement visibles qu’imposent normes religieuses ou sociétales.

La responsabilité des pouvoirs publics est dans l’exercice de la souveraineté de l’État, et donc du peuple en son entier : « La France est une République indivisible » et non d’une communauté qui se créerait à l’instigation d’idéologues extrémistes : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. 1 La priorité et l’urgence est de faire respecter la Constitution sur tout le territoire national. Ne détournons pas les yeux : il est gravissime d’avoir les représentants de l’État voire les citoyens interdits d’accès ici ou là, il est anecdotique d’avoir des femmes en burkini sur la plage.

  1. Constitution de la République française, articles 1 et 3.

Voir encore:

Burkini : toujours des débats en France, pas à l’étranger
La Croix avec AFP

20/08/2016

Alors que plusieurs stations balnéaires du sud de la France ont pris de nouveaux arrêtés interdisant le burkini, suscitant une controverse dans le pays, le port de ce vêtement ne crée pas les mêmes polémiques dans les pays anglo-saxons.

Les communes balnéaires du sud-est de la France multiplient les arrêtés interdisant le burkini sur leurs plages, dont Nice et Fréjus, en attendant que la justice, saisie par la Ligue des droits de l’Homme (LDH), se prononce lundi 20 août à Nice.

Les arrêtés d’interdiction, pris jusqu’à fin août ou mi-septembre selon les cas, sont semblables à celui qu’avait adopté la municipalité de Mandelieu-la-Napoule, la première à avoir édicté l’interdiction en 2013, renouvelée depuis.

À l’instar des autres municipalités, Nice a interdit, dans son arrêté du 18 août, l’accès aux plages publiques «à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes moeurs et de la laïcité et respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades».

Dans les Alpes-Maritimes, 13 communes ont interdit, après Cannes le 27 juillet, le port de telles tenues de plage couvrant le corps et la tête des baigneuses, parmi lesquelles Menton, Cannes, Villeneuve-Loubet, Saint-Laurent-du-Var, Beaulieu-sur-Mer, Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Six femmes verbalisées

À Cannes, 6 femmes ont été verbalisées à ce jour – sur 12 contrôles effectués – pour s’être baignées vêtues d’un burkini ou de tenues intégrales.

Tandis que cinq communes du Var ( Le Lavandou, Cavalaire-sur-mer, Cogolin, Sainte-Maxime et Fréjus ) ont également pris un arrêté similaire, d’autres municipalités, ailleurs en France, comme Le Touquet et Oye-Plage (Pas-de-Calais), Sisco et Ghisonaccia (Haute-Corse), et Leucate (Aude) ont pris la même initiative.

Toutefois, les burkinis restent extrêmement rares sur les plages françaises. Sur la côte méditerranéenne, une minorité de femmes musulmanes demeurent voilées et couvertes sur la plage ou pendant la baignade.

Décision attendue lundi à Nice

Vendredi 20 août, le tribunal de Nice a examiné la demande de suspension de l’arrêté anti-burkini à Villeneuve-Loubet déposée par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) alors que le premier ministre Manuel Valls a apporté son soutien aux maires de droite ayant pris de tels arrêtés.

Pour l’avocat de la LDH, Me Patrice Spinosi, aucune des justifications avancées ne justifie une telle «atteinte» aux libertés fondamentales.

«Aujourd’hui, ce sont les plages, demain ce seront les rues», a lancé l’avocat, qui craint que cela n’aboutisse à «exacerber les tensions que ces arrêtés prétendent précisément atténuer».

Le tribunal rendra sa décision lundi. À deux reprises il a déjà rejeté, pour des vices de forme, les requêtes contre les arrêtés pris à Cannes et à Villeneuve Loubet.

« Absurdité française »

À l’étranger, l’interdiction du burkini sur certaines plages françaises a suscité une vague de critiques dans les pays anglo-saxons, qui perçoivent la mise à l’index de vêtements religieusement connotés comme un frein à l’intégration.

«Absurdité française», a lancé l’éditorialiste David Aaronovitch dans le quotidien The Times en estimant que de telles interdictions ne pouvaient qu’être l’œuvre d’«esprits tordus» et créer plus de problèmes.

Croiser au Royaume-Uni une femme intégralement voilée dans certaines villes ou quartiers à forte population musulmane n’est pas chose rare et ne déclenche pas les mêmes polémiques qu’en France.

Des musulmanes très critiques

Le sujet n’en intéresse pas moins les Britanniques et la plupart des médias ont consacré ces derniers jours reportages et éditoriaux à l’affaire du burkini français, la BBC en particulier livrant des témoignages très critiques de musulmanes.

Ce clivage entre Britanniques et Français s’explique par les différences culturelles entre les deux pays, entre politique d’assimilation à la française et multiculturalisme britannique, avance le Dr Sara Silvestri, de la City University de Londres.

«Ces deux modèles d’intégration sont en crise: ils ne sont plus appliqués ou compris de manière claire et chaque pays regarde ce que fait l’autre pour en tirer des leçons», note-t-elle.

Un durcissement à l’égard des migrants

Pour Patrick Simon, un expert de l’Institut national d’études démographiques français, «il y a une difficulté dans le modèle français d’intégration à concevoir la visibilité des pratiques culturelles et religieuses dans la vie sociale et en particulier dans l’espace public français».

Il note «un durcissement à l’égard des immigrants, particulièrement les musulmans, en France ces vingt dernières années».

«Tout ce qu’on dit sur le burkini et tout le reste conduit à penser que le problème vient de minorités et pas de l’organisation de la société française», estime-t-il, en soulignant également l’impact des récents attentats en France, qui «tend à favoriser l’idée que cette diversité peut être problématique et menace la cohésion nationale. Cette idée est devenue très forte dans l’opinion publique et est portée par beaucoup de forces politiques», relève-t-il.

Voir par ailleurs:

‘CITIZENS SUPPORT BEACH BAN’

Provocative French writer says ‘If you’re upset by burkini cop image, you’ve have been sucked in by Islamist propaganda

A different view on the pictures of a Muslim mum being forced to take her clothes off on a French beach

THEY are the pictures that whipped the world up into a righteous fury.

One shows a woman wrapped in a DIY burkini on a beach in Nice, France, surrounded and visibly interrogated by no fewer than four armed policemen.

The next shows the woman having to take off her tunic under the watchful eye of the cops, looming threateningly over her.

“Forced to strip”, went one headline, retweeted tens of thousands of times.

The chorus on social media was deafening. The poor woman only wanted a bit of sun and a swim, dressed as she pleased, and is subjected to this disgusting affront.

It has become a frequent collective howl, the outrage at secular France’s decision to ban burkinis on more than a dozen beaches to calm religious tension.

Yet the pictures also tell another story.

Most citizens support burkini ban

Look closer, especially at the photo taken BEFORE the police show up.

One shows the woman seemingly sleeping, alone, lying directly on the sand.

She has no book, no sun cream, no beach bag. Her clothes are not suited to swimming.

Another shows her sitting quietly, looking around, as if waiting for the police to come. Hoping for the police to come?

As one French Muslim journalist, Ahmed Meguini, tweeted under the picture: “It’s 35C! Off to the beach for a nap in the sun in my ski outfit, like, totally normally.”

The pictures — sold worldwide by an agency — are not credited. They are, however, professionally shot.

The photographer was there long before the incident.

A belief shared by many is that this “victim” and the snapper wanted the police to intervene — the photos are brilliant Islamist propaganda.

They will provoke and inflame, foster a resentful mindset among French Muslims and encourage the narrative of “victimisation” that cripples action on Islamic extremism

Among those furious at the pictures is the Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) — an activist outfit that has taken the French State to court in a series of high-profile cases.

Its attempts to have the burkini beach bans declared illegal have lost in local courts but yesterday, it won the right to make a case in front of the Council of State, France’s highest administrative court.

But the truth is that most French citizens at both ends of the political spectrum SUPPORT the bans.

This includes French Muslims, especially women.

They agree with Laurence Rossignol, France’s Socialist women’s minister, who suggested burkinis were designed to “hide women’s bodies in order better to control them”.

To liberal Muslims — still the majority in France, where the burka has been banned since 2010 — the burkini is the latest of encroaching advances made by the ultra-conservative Salafist Muslims.

Other demands include school meals to be halal and for municipal swimming pools to segregate boys and girls.

The French have been the victims of many acts of terrorism in recent years.

Burkinis serve as a painful reminder of an unwanted and extreme take on Islam.

Anne-Elisabeth Moutet is a writer and broadcaster.

Ban the burka, says majority of the British public

By a margin of more than two to one, the public wants to ban people from wearing the burka

Over the last few weeks France has been consumed by a heated debate on Islamic dress after the mayors of more than 30 seaside towns instituted a ban on burkinis at their beaches. The ban was later struck down by the country’s high court, but the debate has exposed significant cultural tensions in French society. Former president, and current presidential candidate, Nicholas Sarkozy promising to change the French constitution to ban burkinis should he be elected next year. Sarkozy instituted a ban on burkas and niqabs while he was in power.

Here in Britain, banning the burka is a topic of discussion in the UKIP leadership contest after candidate Lisa Duffy called for a ban on wearing them in public places. New research from YouGov suggests this would be a popular policy with a majority of the public (57%) supporting a ban on wearing the burka in the UK, whilst just 25% are against outlawing it.

Although proponents of a ban suggest it as a way of helping to promote women’s rights, the research shows that women are about as likely to support a ban as men (56% and 58% respectively). Support for a ban rises as people get older, with just 34% of 18-24 year older supporting the ban, rising to 78% of those aged 65 or older. Working class people are also more likely to support the ban than middle class people (61% vs 54%).

A burka ban is supported by 84% of all 2015 UKIP voters and 66% of Conservatives. Fewer than half of Labour (48%) and Lib Dem (42%) voters support the ban, but it is still a more popular choice than opposing the ban (37% and 30% respectively).

There are only two demographic groups that are more likely to oppose a ban than support it: 18-24 year olds and Remain voters. Even then the numbers are relatively closely – Remain voters are net opposed to the ban by just 3%, whilst 18-24 year olds are 6% net opposed to the ban.

Looking at attitudes to burkinis, again the UK is more in favour of banning them, although less strongly – 46% of people would support a burkini ban and 30% would oppose one.

Looking elsewhere, YouGov has found a similar level of support for a burka ban in Germany (62% supporting a ban and 27% opposing), whilst in the US a ban is strongly opposed, with 59% of people opposing the ban and just 27% supporting it. (Please note that the question asked in Germany and the US was different to the one asked in the UK survey).

Voir aussi:

5 facts about the Muslim population in Europe

Recent killings in Paris as well as the arrival of hundreds of thousands of mostly Muslim refugees in Europe have drawn renewed attention to the continent’s Muslim population. In many European countries, including France, Belgium, Germany, the United Kingdom and the Netherlands, concerns about growing Muslim communities have led to calls for restrictions on immigration. But just how large is Europe’s Muslim population, and how fast is it growing?

Using the Pew Research Center’s most recent population estimates, here are five facts about the size and makeup of the Muslim population in Europe:

1Germany and France have the largest Muslim populations among European Union member countries. As of 2010, there were 4.8 million Muslims in Germany (5.8% of the country’s population) and 4.7 million Muslims in France (7.5%). In Europe overall, however, Russia’s population of 14 million Muslims (10%) is the largest on the continent.

2The Muslim share of Europe’s total population has been increasing steadily. In recent decades, the Muslim share of the population throughout Europe grew about 1 percentage point a decade, from 4% in 1990 to 6% in 2010. This pattern is expected to continue through 2030, when Muslims are projected to make up 8% of Europe’s population.

3Muslims are younger than other Europeans. In 2010, the median age of Muslims throughout Europe was 32, eight years younger than the median for all Europeans (40). By contrast, the median age of religiously unaffiliated people in Europe, including atheists, agnostics and those with no religion in particular, was 37. The median age of European Christians was 42.

4Views of Muslims vary widely across European countries. A Pew Research Center survey conducted this spring in 10 nations found that in eastern and southern Europe, negative views prevailed. However, the majority of respondents in the UK, Germany, France, Sweden and the Netherlands gave Muslims a favorable rating. Views about Muslims are tied to ideology. While 47% of Germans on the political right give Muslims an unfavorable rating, just 17% on the left do so. The gap between left and right is also roughly 30 percentage points in Italy and Greece.

5As of 2010, the European Union was home to about 13 million Muslim immigrants. The foreign-born Muslim population in Germany is primarily made up of Turkish immigrants, but also includes many born in Kosovo, Iraq, Bosnia-Herzegovina and Morocco. The roughly 3 million foreign-born Muslims in France are largely from France’s former colonies of Algeria, Morocco and Tunisia.

Voir aussi:

UK: Muslim population rising 10 times faster than non-Muslim population

“The implications are very substantial. Some of the Muslim population, by no means all of them, are the least socially and economically integrated of any in the United Kingdom … and the one most associated with political dissatisfaction.”

The implications of this are more substantial than that. Among the Muslims in Britain are a substantial number who believe that Sharia ought ultimately to be imposed upon that nation. The growing number of Muslims in the U.K. will make that call increasingly harder to ignore or resist.

Demographic Jihad. “Muslim population ‘rising 10 times faster than rest of society,’” by Richard Kerbaj for The Times, January 30 (thanks to all who sent this in):

The Muslim population in Britain has grown by more than 500,000 to 2.4 million in just four years, according to official research collated for The Times.

The population multiplied 10 times faster than the rest of society, the research by the Office for National Statistics reveals. In the same period the number of Christians in the country fell by more than 2 million.

Experts said that the increase was attributable to immigration, a higher birthrate and conversions to Islam during the period of 2004-2008, when the data was gathered. They said that it also suggested a growing willingness among believers to describe themselves as Muslims because the western reaction to war and terrorism had strengthened their sense of identity.

Muslim leaders have welcomed the growing population of their communities as academics highlighted the implications for British society, integration and government resources.

David Coleman, Professor of Demography at Oxford University, said: “The implications are very substantial. Some of the Muslim population, by no means all of them, are the least socially and economically integrated of any in the United Kingdom … and the one most associated with political dissatisfaction. You can’t assume that just because the numbers are increasing that all will increase, but it will be one of several reasonable suppositions that might arise.”

Professor Coleman said that Muslims would naturally reap collective benefits from the increase in population. “In the growth of any population … [its] voice is regarded as being stronger in terms of formulating policy, not least because we live in a democracy where most people in most religious groups and most racial groups have votes. That necessarily means their opinions have to be taken and attention to be paid to them.” […]

Muhammad Abdul Bari, general secretary of the Muslim Council of Britain, predicted that the number of mosques in Britain would multiply from the present 1,600 in line with the rising Islamic population. He said the greater platform that Muslims would command in the future should not be perceived as a threat to the rest of society.

“We each have our own set of beliefs. This should really be a source of celebration rather than fear as long as we all clearly understand that we must abide by the laws of this country regardless of the faith we belong to,” he said.

The Cohesion Minister, Sadiq Khan, told The Times: “We in central Government and local authorities need to continue our work to ensure that our communities are as integrated and cohesive as possible.”…

Voir enfin:

Casse-tête syrien
Bruno Rieth
Marianne
En Syrie, à la guerre contre Daech se superposent d’autres guerres où les alliés d’hier dont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Et inversement.

Il n’y a pas une guerre mais des guerres en Syrie. Celle contre Daech, celle contre Bachar al-Assad et celle entre groupes rebelles. Au bout de cinq longues années de guerre civile, le pays est devenu une véritable mosaïque de factions armées. Forces Kurdes, islamistes ou rebelles « modérés », les alliances se font et se défont au gré des agendas politiques et militaires des uns et des autres, du rapport de force en présence ou des enjeux locaux. Les ennemis d’hier peuvent se retrouver les amis du jour et inversement. A cela s’ajoute les stratégies des puissances régionales et occidentales qui s’activent sur le terrain pour atteindre leurs objectifs parfois contradictoires : asseoir son hégémonisme régional ou lutter contre l’expansionnisme de Daech. Les deux pouvant s’entrechoquer. Décryptage.

► Bachar al-Assad contre l’opposition (et Daech)

Influencée par la vague des printemps arabes, la Syrie, à partir de 2011, voit l’apparition d’un mouvement d’ampleur de contestation du régime en place. Mais face aux manifestations pacifistes, Bachar al-Assad fait le choix de la force, dans un premier temps, en réprimant par les armes cette opposition politique qui se constitue. Après avoir tenté de calmer le jeu en proposant un certain nombre de réformes, Assad se retrouve face à un mouvement qui se militarise peu à peu. C’est le début d’une guerre civile dont le nombre de morts est particulièrement dur à évaluer. Mais depuis cinq ans, on estime au bas mot que plus de 400 000 personnes ont péri sur le territoire syrien.

Bachar al-Assad porte une lourde responsabilité dans la situation actuelle. Notamment lorsqu’en mai 2011, il décide de libérer des centaines d’islamistes de ses geôles pour qu’ils viennent grossir les rangs de l’opposition. La formation de Katibas (bataillons) islamistes puis djihadistes, aux côtés des autres groupes rebelles, lui permet de désigner à l’Occident un autre ennemi que sa simple personne. La Russie saute sur l’occasion et lui apporte tout son soutien.

Et grâce à l’appui indéféctible de l’Iran, du Hezbollah libanais et de l’entrée en jeu récente de l’aviation Russe, Bachar al-Assad a repris du terrain. Contre l’opposition surtout, et contre les forces de l’EI un peu. Dernier exemple en date, la reprise de Palmyre aux mains de Daech depuis 2015. Mais pour l’universitaire Jean-Pierre Filiu, homme de terrain et ancien diplomate, Bachar al-Assad « est absolument incapable de reprendre des territoires stratégiques à Daech » car « 95% de la violence d’Assad, de la Russie et de l’Iran, est concentrée contre l’opposition Syrienne et une part marginale contre Daech. »

► L’Armée Syrienne Libre sur tous les fronts

A Alep, dans le nord-ouest du pays, ce n’est pas une guerre contre Daech qui se déroule. Mais celle qui voit s’affronter les forces armées de Bachar al-Assad aux différentes factions de l’opposition. Le groupe Etat islamique, lui, se tient pour le moment à l’écart et compte les points.

On retrouve l’Armée Syrienne libre (ASL), créée en 2011, qui, au fil des années, faute de moyens, a rapidement était détrônée par des groupes djihadistes et salafistes financés par l’Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie. Encore bien présente dans le sud du pays, l’ASL se retrouve sur trois fronts. Contre les forces loyales à Assad, contre Daech et contre les groupes islamistes de l’opposition. Alors que dans le sud, l’ASL peut se retrouver aux côtés du Front Fatah al Cham – anciennement Front al Nosra -dans le nord, . Dans un , Jamal Maarouf, ancien commandant du Front des révolutionnaires syriens, réfugié en Turquie, affirme même qu’ » aujourd’hui, l’ASL est sous la coupe de Nosra (…) Les principaux chefs de l’ASL (…) sont obligés de se faire tout petits ».

► L’ex-Front al Nosra rival de Daech

Le Front Fatah al-Cham, qui a récemment rompu (sur le papier en tout cas) avec la maison mère Al Qaïda, est la force djihadiste, après Daech, la plus importante de Syrie. Eux aussi multiplient les fronts, principalement contre les troupes d’Assad, mais aussi contre celles de l’ASL et contre Daech.

Le groupe a bénéficié longtemps de la mansuétude des chancelleries occidentales. Laurent Fabius, en décembre 2012, alors ministre des Affaires étrangères, avait ainsi estimé que le groupe « faisait du bon boulot sur le terrain » contre Daech. Le Canard enchainé affirmait même en 2015 que « les pilotes américains et alliés ont, voilà plus d’un an, reçu l’ordre de ne jamais balancer le moindre missile sur ces héritiers de Ben Laden. Une interdiction encore valable aujourd’hui« . Mais depuis cet été, un accord de coopération militaire en Syrie entre les Etats-Unis et Vladimir Poutine contre les groupes djihadistes, Etat islamique et Front Fatah al-Cham compris, est sur la table. Un projet qui explique en grande partie le changement de nom du groupe.

Aux côtés des anciens du Front al Nosra, gravitent plusieurs groupes. Parmi eux, le groupe salafiste Ahar al-Cham ou les combattants de Jaich al-Islam.

Le 29 janvier dernier, , lors de très officiels pourparlers organisés par l’ONU sur la Syrie. Pourtant, ces factions ont été impliquées à plusieurs reprises dans des affrontements avec les Kurdes des YPG comme à Alep, pour le contrôle d’un quartier du nord de la ville. Autre groupe, le mouvement Nour al-Din al-Zenki s’est lui , à l’arrière d’un pick-up, un jeune palestinien de 13 ans soupçonné de renseigner les forces loyalistes au régime. Des groupes soutenus par l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. Soit financièrement, soit militairement.

► Les Kurdes contre Daech et pour l’établissement d’un Kurdistan syrien

Dans le nord de la Syrie, les Forces de protection du peuple (YPG) du Parti de l’union démocratique (PYD), proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) turc, dominent le terrain. Depuis octobre 2015, les YPG font partie des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), à dominante kurde, qui rassemble Kurdes, combattants arabes, Yézidis ou milices chrétiennes. Les FDS sont soutenus par Washington et Paris qui leur apportent l’appui de leurs aviations, du matériel (missiles, munitions) et formateurs sur le terrain dans leur guerre contre Daech. Particulièrement aguerris au combat, les Kurdes des YPG et des YPJ (les sections féminines Kurdes) apparaissent dans le radar médiatique des pays occidentaux fin 2014 lorsqu’ils réussissent l’exploit de tenir tête aux tentatives de Daech de prendre la ville de Kobané, dans le nord du pays. Assiégés par les soldats d’Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife » autoproclamé de l’Etat islamique, les Kurdes finissent par les déloger de la ville fin janvier 2015.

Les YPG se sont aussi distingués lors de la bataille de Sinjar, dans le nord-ouest de l’Irak, en réussissant à ouvrir un corridor humanitaire aux Yézidis qui s’étaient réfugiés sur le mont Sinjar après la débandade des peshmergas, les forces armées du président du Kurdistan irakien Massoud Barzani, face aux troupes de l’Etat islamique. Naîtront les unités de résistance de Sinjar (YBS), milice yézidie formée et alliée par les YPG. Dans un récent entretien à Marianne, le Général Dominique Trinquand les qualifiait Ils viennent ainsi de, ville du province d’Alep dans le nord-ouest de la Syrie, des griffes de l’EI. Les YPG se sont donnés pour objectif la création d’un Kurdistan Syrien (Rojava) réunissant les trois cantons de Djézireh, Kobané et Afrin actuellement séparés des territoires kurdes par une zone de 65 km toujours aux mains de l’EI. Une réalisation que Recep Erdogan, le président Turc, ne veut voir aboutir pour rien au monde.

, sous couvert de frapper des positions de Daech, n’a pour objectif que de stopper l’avancée des YPG  vers le canton d’Afrin, au nord-ouest de la Syrie. Afin d’éviter tout possibilité de constitution de ce Rojava.


Euro 2016: Il est des immigrations heureuses (Model minority: With Portugal’s Euro win, France rediscovers its Portuguese-French community)

11 juillet, 2016

PARIS, FRANCE - JULY 10: Cristiano Ronaldo of Portugal lies injured as teammate Adrien Silva of Portugal (L) checks on him during the UEFA EURO 2016 Final match between Portugal and France at Stade de France on July 10, 2016 in Paris, France. (Photo by Laurence Griffiths/Getty Images)

Portugal PortugueseEiffelXilTunisianFlagEuro-2016-incidents
AlgerianFlag
Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. Jésus (Matthieu 10: 16)
La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
Mais si cette équipe ne représente pas la France, hélas, elle la reflète: avec ses clans, ses divisions ethniques, sa persécution du premier de la classe, Yoann Gourcuff. Elle nous tend un miroir terrible. Ce qui est arrivé à Domenech est le lot quotidien de nombreux éducateurs et de professeurs dans les cités dites sensibles. Cette équipe renvoie à la France le spectacle de sa désunion et de son implacable déliquescence. (…) On a voulu confier l’équipe de France à des voyous opulents et pour certains inintelligents, il faudra maintenant sélectionner des gentlemen. Alain Finkielkraut (juin 2010)
 Il y a trente ans, quand je jouais avec l’équipe de France, la Marseillaise était sifflée sur tous les terrains. Mais à l’époque, les politiques ne s’intéressaient pas au football et ça ne choquait personne. Aujourd’hui, c’est devenu une obligation pour un homme politique, en fonction de son étiquette, de se positionner. Une fois encore, le football est pris en otage par le monde politique car cette histoire de sifflets est devenue une affaire politique qui n’a rien à voir avec le sport. […] Je ne vois pas dans les sifflets qu’on a entendus au Stade de France un manque de respect ou une insulte à la France mais simplement des manifestations contre un adversaire d’un soir, en l’occurrence l’équipe de France, que l’on veut battre.  Michel Platini (Le Monde, 2008)
Le football était une composante essentielle de ce qu’un sociologue, Nobert Elias, a appelé le ’’processus de civilisation’’. […] Là, nous le voyons depuis un certain temps, un processus de décivilisation est à l’œuvre, et le football, le sport, est l’un de ses théâtres, comme aussi l’école. Et il y a dans tous ces événements une sorte de grand dévoilement qui se produit. On ne peut plus se mentir : on voit l’esprit de la Cité se laisser dévorer par l’esprit des cités. Alain Finkielkraut
Voyant que 25 % des médailles gagnées par les Etats-Unis [aux JO de Berlin de 1936] l’avaient été par des Afro-Américains, les autorités sportives françaises de l’époque et L’Auto [ancêtre de L’Equipe] se sont dit qu’il serait stupide de ne pas faire la même chose. Une mission en Afrique occidentale française a été organisée, des milliers de gamins ont été réunis torse nu dans des stades. Cela n’a rien rapporté sur le coup, mais cela a semé une idée. Des clubs pro ont vite compris l’intérêt de regarder en direction de ce potentiel composé de joueurs coûtant peu cher. Une dynamique s’est installée. Dont l’équipe de France a ensuite profité. Pascal Blanchard
Les spectateurs étaient surpris. Ils imaginaient l’équipe de France… différente. Lilian Thuram (après un match de l’équipe de France en Afrique du Sud,  2000)
Foot français: les dirigeants veulent moins de noirs et d’arabes Moins de noirs et moins d’arabes sur les terrains de foot ! Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale de la Fédération française de football, dont le sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation et les écoles de foot du pays. Objectif: limiter le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains. Pour les plus hautes instances du football français, l’affaire est entendue: il y a trop de noirs, trop d’arabes et pas assez de blancs sur les terrains. Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale (DTN) de la Fédération française de football (FFF), dont le sélectionneur des Bleus en personne, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation de la fédération, les écoles de foot du pays, selon une enquête de Mediapart. L’objectif avoué au sein de la DTN, mais inavouable au grand public, est de limiter, en les triant dès l’âge de 12-13 ans, le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains. Une authentique ségrégation appliquée au football. Mediapart
Même fermement démenties, les intentions prêtées par Mediapart aux instances dirigeantes du football français n’auront malheureusement pas surpris les amateurs de cuir, témoins traumatisés de la crise traversée par les Bleus lors du Mondial sud-africain. Pire que le fond de jeu, fadasse, offert par l’équipe nationale, c’est le fond de sauce, nauséabond, dans lequel elle aura été contrainte d’évoluer qui aura, de fait, durablement marqué les esprits. Le sociologue Stéphane Beaud l’a brillamment déglacé dans un essai récent, réhabilitant du même coup ces «traîtres à la nation» qui avaient osé se mettre en grève. Ce fond de l’air moisi ne date pas d’hier, et dépasse de loin les lignes blanches des rectangles engazonnés. Il est le produit d’une série de dérapages et de tacles, de hors-jeu malsains menés au nom de l’anti-politiquement correct par tous ceux qui voudraient nous faire croire que l’antiracisme est devenu un problème plus grave que le racisme, ou que le racisme anti-Blanc serait désormais autrement préoccupant que celui qui vise les Noirs et les Arabes. Loin d’être l’apanage des classes populaires, le racisme est sans doute l’une des choses les mieux partagées dans ce pays. Et, de ce point de vue, la responsabilité de certains segments des élites politiques, intellectuelles et télévisuelles apparaissait déjà décisive. Si ces révélations se confirment, il faudra se rendre à l’évidence : le football, autrefois creuset efficace et visible de l’intégration à la française, sera devenu une marmite peu ragoûtante. Libération
Je ne retire rien aux propos que j’ai tenus hier. Que certains termes employés au cours d’une réunion de travail, sur un sujet sensible et à bâtons rompus, puissent prêter à équivoque, sortis de leur contexte, je l’admets et si, pour ce qui me concerne, j’ai heurté certaines sensibilités, je m’en excuse. Mais être soupçonné de racisme ou de xénophobie, moi qui suis contre toute forme de discrimination, je ne le supporte pas. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir que le débat auquel j’ai participé n’avait évidemment pas pour objectif de « diminuer le nombre de noirs et d’arabes dans le football français » comme voulait le laisser entendre le titre outrancier de l’article, mais uniquement d’envisager le futur du football français et donc d’aborder, par voie de conséquence, le lourd et délicat problème des joueurs à double nationalité ainsi que les modalités de détection/sélection pour un nouveau projet de jeu. Que cela ait des incidences, à moyen ou long terme, sur les différents profils de joueurs en préformation ou en formation, c’est l’évidence, mais il n’y a là aucun lien, strictement aucun, avec une préférence ou un rejet de telle ou telle nationalité. Mon seul souci est d’avoir de bons joueurs pour une bonne équipe de France, qu’ils soient petits ou grands, quels que soient leur lieu de naissance ou leurs ascendances. C’est assez facile à comprendre sauf, apparemment, pour ceux qui, pour des motifs qui m’échappent, mais avec des procédés douteux, mélangent tout et font un mal considérable, et pas seulement au football français. Laurent Blanc
C’est le problème des sélections avec des joueurs à double ou triple nationalité: ce sont des nombres qui augmentent et qui font qu’on ne peut plus assurer le fonctionnement des sélections. C’est bien pour eux de pouvoir choisir, mais ça pose un problème de gestion des effectifs. Quand on voit sur une génération entre 10 et 30% de joueurs de 18 à 21 ans nous quitter, c’est un problème. On a 45% de joueurs dans les sélections qui ont la possibilité de nous quitter, on pense que c’est beaucoup. On veut essayer de le réduire. C’est un problème dans la gestion de l’effectif. (…) L’idée était de dire: ‘Faites attention à ne pas avoir trop de joueurs binationaux’. On s’est aperçu que ce n’était pas une bonne solution: cette histoire nous aurait amenés à éliminer des joueurs d’avenir. On a envisagé de limiter cette situation pour ne pas nous mettre en danger, mais à partir du moment où ce n’est pas une bonne solution, on l’a éliminée. On va travailler sur l’accompagnement relationnel pour évaluer la motivation des joueurs à jouer pour l’équipe de France et les accompagner éventuellement pour faire leur choix. Nous avons abandonné cette idée de pourcentage, mais nous avons demandé d’être vigilants sur la motivation des joueurs. François Blaquart
La FIFA s’est copieusement vendue aux nations africaines. Ce sont des enjeux électoraux. Ces pays se sont débrouillés pour qu’il y ait beaucoup plus de souplesse et d’ouverture au niveau de la réglementation. (…) Actuellement, en moyenne, 50 % des jeunes des sélections nationales sont des binationaux. (…) En France, on reproche aux joueurs de ne pas chanter la Marseillaise. Mais là, ils ne connaissent même pas l’hymne. (…) Ce qui me choque, c’est que nous faisons un gros travail, et ils viennent prendre ce travail tel qu’il est fait. C’est un rôle facile. (…) Un joueur de 20 ans comme Boudebouz qui joue dans un club pro en France va devoir attendre cinq ans pour gagner sa place en équipe de France. Là, le pays l’appelle et lui propose de jouer une Coupe du monde tout de suite. Derrière, il y a aussi l’agent et la famille qui peuvent mettre une pression. (…) Jusque-là, on avait pas trop bougé, parce que les cas étaient particuliers et rares. Aujourd’hui, le système s’amplifie, donc ça nous pose des problèmes. (…) Il faut que l’on travaille avec ceux dont on est sûr. Il s’agit pour nous de réguler l’approche, mais sans être discriminant. (…) C’est très prononcé en France [car le pays] a été une terre d’immigration, à une époque où d’autres grandes nations du foot ne l’étaient pas. (…) Ces dernières années, l’Espagne a accueilli massivement des immigrés marocains et roumains. Et la sélection allemande des moins de 17 ans, par exemple, compte 7-8 joueurs d’origine turque. François Blaquart (directeur technique national)
Vendredi, c’est le nouveau DTN, François Blaquart, qui est venu expliquer une idée qui aurait été mal interprétée. Pour lui, la fameuse formation à la française, encensée du temps où ça rigolait pour les Bleus, se serait en fait fourvoyée, en privilégiant chez les gamins les capacités physiques aux facilités techniques. Dans les centres de formation des clubs, il est de fait interdit de dribbler. D’où la volonté de revenir sur cette doxa. D’autant que les succès de l’Espagne et du FC Barcelone, avec des joueurs de poche, prouvent que l’on peut gagner au foot sans aligner des équipes de Golgoths. En France, les Barcelonais Xavi (1,70 m) et Iniesta (1,69 m) se seraient sans doute vus claquer au nez la porte des centres de formation, a reconnu Laurent Blanc. «Nos critères de sélection doivent désormais être liés au potentiel des joueurs, défend Blaquart. Nous estimons qu’il y a des joueurs qui passent à côté, trop souvent à cause du gabarit et d’une maturité physique moins précoce. Ce retard dans leur formation physique les pénalise. Je rappelle qu’avant l’âge de 16 ou 17 ans, on ne sait rien d’un joueur. Alors imaginez à 12 ou 13 ans… c’est un moment où on leur dit surtout d’être patients… » Libération
Vouloir changer le type de joueur qui sort des centres de formation, très bonne initiative, parce que tout le foot français en a marre des grands bourrins (…) à cause des centres de formations français qui ont pendant des années, après la coupe du monde 98, privilégié ce type de joueur « noir costaud » (la couleur de peau faisant parti du profil (…) suite aux succès des Desailly, Thuram, Viera, Henry, etc) Le petit noir technique il passait à la trappe autant que le petit blanc technique. Ali (forum arrêt sur images)
L’Espagne est fougueuse, l’Espagne joue remarquablement au football (61% de possession du ballon, selon la Fifa), mais l’Espagne ne bat jamais l’équipe de France dans les compétitions qui comptent. L’Equipe (juin 2006)
En France, on s’est aperçu que les clubs s’étaient trop attachés à former des athlètes pour les transformer en footballeurs privilégiant ainsi le physique sur la technique, contrairement à ce que fait le Brésil ou l’Espagne. En se privant de joueurs très techniques qui n’avaient pas un gabarit assez imposant, on a mis à la trappe d’excellents jeunes. En France, Messi ne serait peut-être pas devenu professionnel. (…) On a remarqué, après avoir décortiqué les images à la vidéo, que certains buts de l’Espagne pendant la Coupe du monde en Afrique du Sud étaient clairement d’inspiration futsal de par le jeu de passes rapides, les mouvements et les centres en retrait notamment. Franck Ferrier (FFF)
Depuis vingt ans, une des caractéristiques principales de l’équipe de France est la puissance physique et athlétique de ses joueurs, développée de manière consciente et volontaire dès le plus jeune âge. Un atout unanimement souligné par les observateurs après la victoire contre l’Espagne et ses petits gabarits techniques en huitième de finale de la Coupe du monde 2006. Mais cinq ans plus tard, deux fiascos consécutifs des Français et deux victoires indiscutables de l’Espagne en 2008 et 2010 ont bouleversé les certitudes. Les responsables du football français se demandent désormais si des joueurs comme Xavi ou Iniesta, grands artisans des succès espagnols, auraient eu leur chance dans le système de formation français où le physique est le critère de sélection numéro un. Pour remédier à cette situation, François Blaquart cherche à rendre obligatoire des séances de futsal, discipline très pratiquée chez les jeunes en Espagne et au Brésil et qui fait travailler la technique, au programme des clubs formateurs. Slate.fr
« Islamistes », « gris », « sarrasins »: selon Mediapart, il ne serait pas rare d’entendre ainsi désigner les joueurs maghrébins dans les couloirs de la Fédération. Où, toujours selon le site, nombreux sont ceux qui imputent le fiasco du Mondial aux Blacks et/ou aux musulmans : les Evra, Abidal, Anelka, Ribéry, supposés être les meneurs de la mutinerie. Les problèmes de la FFF avec les Bleus ne sont pas récents. En 2008, après un Euro piteux, la fédé reprochait aux internationaux qui snobaient la Marseillaise, d’être «peu attachés à leur identité française». A tel point qu’on avait même imaginé leur faire signer une charte rappelant «les devoirs qu’impose l’appartenance à une équipe de France et cela dès les premières sélections de jeunes : respect du maillot, de l’arbitre, de l’adversaire, du public, et de l’hymne national. » Libération
Mediapart mêle deux sujets : la question de la discrimination selon des critères ethniques et celle de la binationalité des joueurs et du choix du pays d’origine de leurs parents comme équipe nationale. Ils n’ont, à mon avis, rien à voir. Le fait que la FFF, conformément au vœu tôt formulé par Laurent Blanc, s’empare de ce problème posé par le départ en nombre croissant de jeunes joueurs français très doués, formés dans les meilleurs clubs formateurs français, qui ont joué pour les équipes françaises de jeunes, ne me paraît pas illégitime : ce n’est pas faire preuve de nationalisme étroit que de clarifier cette question, d’encadrer le choix de cette nationalité sportive et de les inciter à jouer pour leur pays de naissance (la France). (…) Cette grève des Bleus a provoqué un séisme non seulement dans le football professionnel, mais pour l’ensemble du football amateur. En 2010-2011, il y aurait 8% de licenciés en moins. C’est considérable. La DTN a dû se demander à la hâte comment, à l’avenir, éviter un tel fiasco. Le vrai problème que doivent aujourd’hui affronter à tous les niveaux (amateur comme professionnel) les dirigeants et éducateurs de foot, ce n’est pas la couleur de la peau des joueurs, mais la difficulté croissante d’adapter ces joueurs, venus pour beaucoup de cités, aux contraintes du football en club. Et c’est un travail de tous les jours, ingrat, difficile, qui renvoie aux conditions de socialisation des jeunes de milieux populaires. (…) J’ai du mal à imaginer que ces personnes qui ont consacré leur vie professionnelle au foot, qui ont passé des heures et des heures avec ces différentes générations de joueurs plus ou moins «colorés» puissent tenir des discours, au sens propre du terme, «racistes». Qu’ils puissent être exaspérés par certains comportements, qu’ils reprennent parfois des expressions discutables («sarrasins», dans quel contexte est-ce dit ?….), certes ! Mais de là à les accuser de racisme, c’est un pas que je ne franchirai certainement pas. (…) si on pouvait cesser d’instrumentaliser le football et surtout de «projeter» à ce point sur cette équipe de France de foot les graves problèmes sociaux et politiques de notre nation en crise… Stéphane Beau
Sans doute même les plus chauds supporters des Bleus étaient un peu gênés, et surtout frustrés : la partie venait de perdre subitement et rapidement le sel du grand affrontement annoncé, le choc des titans, la superbe affiche de gladiateurs placardée sur tous les écrans depuis trois jours : Cristiano contre Antoine, le champion consacré contre le champion naissant, le roi multi-couronné contre le petit prince, l’âme du Portugal contre l’âme de la France. Des commentateurs, plus embarrassés, évoquaient l’hypothèse dérangeante d’un « contrat sur Ronaldo » comme il en existait, paraît-il, jadis au football : éliminer d’emblée le meilleur joueur adverse est évidemment une solution tentante dans un match aussi capital qu’incertain. Mais, juré-craché, ces temps sont révolus… Et la version « footballistiquement correcte » s’est imposée très vite, tant les enjeux commerciaux et nationaux étaient considérables : « Ronaldo sorti sur blessure à la 25ème minute » ; « coup dur pour Ronaldo » etc. Et de verser des larmes de crocodile sur la « sortie prématurée du meilleur joueur du monde ». A entendre ces commentaires, si l’on n’avait pas vu le début de la première mi-temps, l’on pouvait croire à une glissade malheureuse, à un genou tordu dans un crochet manqué, à une chute mal amortie sur ces maudites pelouses… Ah oui certes, il y avait eu un » « gros contact » (sic) avec Payet (et Evra, coutumier des chocs rudes et curieusement oublié dans le récit) à la 8e minute. Un accident sans responsable en somme. La fatalité pour tout dire. En rhétorique cela s’appelle un euphémisme ou plutôt un déni. Déni d’image aussi, tant l’action coupable sera la grande oubliée des innombrables « replay » : toujours et partout le spectacle d’un Ronaldo en larmes ; mais rien sur ce qui les aura causées. Les images – qu’il fallait aller chercher sur les chaînes étrangères –  ne laissent hélas aucun doute sur l’agression caractérisée contre Ronaldo. Le football en donne encore trop souvent l’exemple. Mais l’on croyait au moins que l’arbitre était là pour sanctionner. Eh bien non, rien. Ni carton, pas plus jaune que rouge, ni même coup-franc. L’on ne comprend toujours pas le refus têtu de la vidéo, qui rend tant service au tennis et plus encore au rugby où « les gros contacts » ne manquent pas. A moins que cette absence ne permette justement les grands et les petits arrangements ? L’arbitraire en lieu et place de l’arbitrage, en somme ? En tout cas l’on ne s’y prendrait pas autrement si l’on voulait revenir au calamiteux catenaccio d’autrefois, dont cet Euro 2016 semble d’ailleurs annoncer le triste retour. L’affaire laisse un goût d’autant plus amer que la France est hantée depuis plus de 30 ans par le souvenir d’un autre « gros contact », lui aussi non sanctionné : celui de Schumacher avec Battiston lors de la coupe du monde 1982. De ce choc-là, les images continuent à tourner en boucle. (…) En tout cas la fête a été gâchée … le beau football n’est pas revenu avec lui. Comme parti en même temps que l’un de ses héros. Comme si les Dieux du sport se détournaient d’un match qui ne respectait pas les règles. Il est vrai, dira-t-on, que le football n’est pas vraiment un sport mais une forme adoucie de la guerre : l’aveuglement chauvin qui s’est emparé du public et de certains commentateurs pour qui « ce qui est arrivé à Ronaldo fait, hélas, partie du jeu » n’en est-il pas la preuve ? Mais même la guerre a ses règles : Achille ne faisait pas de croche-pied à Hector et David, de tacle par derrière à Goliath. Les Dieux ont donc fini par se fâcher contre la France : en prenant un malin plaisir à dévier les tirs les mieux cadrés ; en accordant leur toute-puissance au gardien portugais qui ne touchait plus terre. Et en donnant in extremis le but de la victoire à l’équipe victime. Christophe de Voogd

Parfois, il faut savoir être pragmatique pour gagner un match. Nous aimerions jouer de façon plus spectaculaire, mais ce n’est pas toujours de cette manière que vous gagnez un tournoi. Fernando Santos (sélectionneur du Portugal et précédemment de la Grèce)

Nous avons été simples comme des colombes mais prudents comme des serpents. Fernando Santos
Dans la nuit de dimanche à lundi, sur les Champs-Elysées, la célébration de la victoire du Portugal a été perturbée par divers incidents et marquée par une grande confusion. Après la finale, des centaines de supporters portugais ont afflué vers l’Arc de Triomphe : à pied ou en voiture, ils ont fait retentir leurs chants, brandi leurs drapeaux et allumé fumigènes et feux d’artifice pour fêter le premier titre international de leur équipe. Mais comme un peu plus tôt autour de la fan-zone de Paris, puis près du Trocadéro, plusieurs incidents ont éclaté et les forces de l’ordre sont intervenues à diverses reprises, suite notamment à des jets de projectiles, de pétards et d’engins pyrotechniques ainsi que des incendies de poubelles. D’incessants mouvements de foule ont gâché la fête. Plusieurs individus ont été interpellés, et au moins une personne a été blessée. En plus des supporters portugais, la foule était composée de nombreux supporters français et de groupes de jeunes habillés aux couleurs du PSG et de clubs anglais, certains brandissant des drapeaux algériens et marocains. L’Equipe
Je vois là la marque du succès récent de l’Atlético Madrid. Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions. Forcément, ça a donné des idées à toutes les petites équipes de l’Euro. Nestor Subiat
Donc, la France espère en Griezmann. « Attaquant, option gendre idéal » titrait même M le magazine ce week end. Griezmann, espoir d’une France du football qui désespère de Cantona, Benzema et les autres. Griezmann, ce brave petit, bien chez nous. Griezmann, sérieux, appliqué, travailleur, sympathique, courageux, tenace, volontaire et talentueux. Griezmann, ce joueur si Français. La France aime Griezmann. De quoi Griezmann est-il le nom ? Du footballeur idéal à la française. Seulement voilà. Griezmann est un paradoxe. Si l’on parle football, seulement football, culture football, Griezmann est tout sauf un produit de l’école française. Et pire encore, il est le symbole de tous les échecs possibles de la formation à la française du début des années 2000. On explique. Quand il est âgé de 13 ans, pas un centre de formation français de futurs footballeurs professionnels ne veut de Griezmann. Trop petit. Trop fragile. Trop frêle. Trop technique. (…) Par hasard, un recruteur de la Real San Sebastian croise la route du gamin. Eric Olhats (c’est le nom du recruteur) prend le pari. Et voilà Griezmann en Espagne. A l’école du football espagnol. Formé comme un espagnol. Eduqué comme un espagnol. Il finit par humilier le pauvre OL d’Aulas en Ligue des Champions, avec la Real Sociedad (quelle revanche) et s’en va pour l’Atlético, grandir encore avec Simeone. Et jouer une finale de Ligue des Champions. Et devenir le grand espoir du football français. Ainsi se mesure le paradoxe Griezmann. Benzema, Nasri, Menez et les autres ont naufragé, Ben Arfa n’a pas su convaincre Deschamps de la réalité de sa rédemption, et voici que Griezmann est célébré comme l’incarnation des valeurs du football français alors qu’il est le produit le plus achevé des valeurs espagnoles du football, entre rage de vaincre et soif de victoires, détermination et travail, tenacité et volonté. (…) La France du football est étonnante, qui ne parait même pas réaliser qu’en célébrant Griezmann, à le voir si beau, si grand, si fort, elle confesse un aveu d’échec considérable. Elle se berce d’illusions. Nous avons Griezmann, tout est possible, sans admettre qu’elle n’est pour rien dans l’accomplissement de Griezmann. Cet aveuglement, en forme de déni de réalité, laisse pantois tant il signe les symptomes de ce mal français qui consiste, en tous lieux et toutes époques, à se voir plus beau que l’on est. Et à ne tirer aucune conséquence des échecs avérés et répétés. Hélas ! Balzac s’est trompé, la France n’est toujours pas le pays des illusions perdues. Bruno Roger-Petit
Bravo, mais que c’est laid ! (…) Les avocats autoproclamés de la très décriée sélection portugaise la défendent d’une curieuse manière. (…) Jamais une équipe nationale n’avait remporté un titre majeur en alignant trois matches nuls en phase de groupe. Qui eût cru que les héritiers d’Eusébio, Luís Figo et Rui Costa allaient prendre pour modèle l’équipe qui les a privés du titre en finale de l’Euro 2004, leur Euro organisé chez eux, en terre lusitanienne ? La rancoeur est tenace, et pourtant, ils ont tout fait comme eux. Sauf que cette Grèce ne comptait pas dans ses rangs un joueur de la trempe de Cristiano Ronaldo, ni même de celle de Nani et de Renato Sanches. La stratégie était claire : on bétonne littéralement en défense, quitte à broyer la dimension spectaculaire du football, et on compte sur l’individualité et la réussite pour marquer, en prolongation le plus souvent – contre la Croatie et la France –, une fois que l’adversaire est usé de faire le jeu, seul, et contre un mur. Sinon, on s’en remet à la loterie des tirs au but, comme ce fut le cas contre la Pologne en quart de finale de cet Euro. Comme la Grèce en 2004, le Portugal de 2016 a défait l’hôte de la compétition en finale sur le score de 1-0, mais au terme des prolongations, confirmant par là sa propension dans cet Euro à ne gagner aucun match dans le temps réglementaire, exception faite de la demi-finale contre le pays de Galles. Le hasard faisant bien les choses, le sélectionneur portugais Fernando Santos a entraîné de nombreuses équipes dans sa carrière, dont Porto, Benfica et – eurêka ! – l’équipe de Grèce entre 2010 et 2014. L’homme est un fin connaisseur du football grec puisqu’il a entraîné trois clubs grecs au total : l’AEK Athènes, le Panathinaïkos et le PAOK Salonique. On comprend mieux pourquoi les champions d’Europe 2016 ressemblent autant aux champions d’Europe 2004. Joli coup signé Fernando Santos ! C’est tant mieux pour le Portugal et c’est tant pis pour le football. Le Point
S’il y a bien un enseignement à tirer de cet Euro à vingt-quatre, c’est qu’il n’y a plus de «petites» équipes. À l’image de l’Islande quart de finaliste, qui aurait cru avant la compétition que le pays de Galles intégrerait le dernier carré ? Personne. Et pourtant, il n’y a rien de plus logique quand on analyse le jeu des Gallois. Organisé en 3-5-2, le pays de Galles fait preuve de discipline tactique et de rigueur défensive, une des clés pour pouvoir rivaliser avec les «grandes» nations. Même s’ils laissent majoritairement le ballon à leurs adversaires (47% de possession de balle en moyenne, le plus petit total des demi-finalistes), les Gallois respectent leur position. Leur bloc équipe est compact, coulissant parfaitement de gauche à droite et inversement. Les Britanniques n’ont pas peur d’aller au duel, au sol et dans les airs, dans le plus pur style anglo-saxon (dix-sept duels aériens gagnés par match en moyenne, seule la France fait mieux dans le dernier carré). Bref, les hommes du sélectionneur Chris Coleman sont solides. De plus, ils se connaissent parfaitement. Huit joueurs ont démarré tous les matches du pays de Galles dans cet Euro. Les automatismes sont nombreux et renforcent leur solidarité. «La star, c’est l’équipe. On lutte ensemble, on tacle et on s’entend comme des frères», avouait Gareth Bale en conférence de presse lundi. (…)  Au pays de Galles, il y a un collectif mais aussi des individualités. Parmi celles-ci, il y a bien sûr Gareth Bale. Le Madrilène est capable de faire la différence sur une attaque rapide, grâce à sa pointe de vitesse ; sur une attaque placée grâce à sa qualité de passe et de centre, et aussi sur coup de pied arrêté (déjà deux buts sur les trois à son actif) grâce à sa frappe de balle flottante. Il a cadré treize tirs, le total le plus élevé de la compétition. Juste derrière lui, Aaron Ramsey oriente chaque offensive galloise. Son aisance technique offre des temps de conservation de balle importants, qui soulagent ses partenaires. Il est toujours proche des attaquants pour leur délivrer des caviars (meilleur passeur du tournoi avec quatre passes décisives en cinq matches, à égalité avec Eden Hazard). Le Figaro
L’Islande, c’est l’équipe hype de cet Euro. Un petit pays exotique qui se qualifie pour les 8es de finale, un public qui suit en nombre et des joueurs qui ont un bon look. Un bon look au point d’ériger l’Islande au rang d’équipe la plus stylée de la compétition. (…) Ils ont de belles barbes (…) Ils ont des coiffures soignées (…) Ils aiment les tatouages et bien se saper. 20 minutes
Tout plaidait en faveur d’un succès de l’équipe de France dans son jardin, à Saint-Denis. Ses triomphes à domicile à l’Euro 1984 et au Mondial 1998. Ses performances depuis le début du tournoi (meilleure attaque avec treize buts marqués). La forme de ses leaders (Antoine Griezmann, six buts pendant le tournoi dont cinq à partir des huitièmes de finale). L’alignement des planètes semblait parfait, à un petit détail près: depuis le début, la compétition affichait un visage singulier, une logique propre. Et la finale remportée dimanche soir par le Portugal résume parfaitement toutes les grandes tendances observées en un mois intensif de football. La fin de l’efficacité du jeu de possession à l’espagnole, qui a permis à la Roja de remporter un Mondial et deux Euros entre 2008 et 2012, est un thème récurrent depuis quelques années. A la Coupe du monde 2014, les champions du monde en titre avaient été éliminés dès le premier tour, mais l’Allemagne – qui allait lui succéder – prolongeait son influence en ajoutant à sa palette tactique une capacité à changer de rythme pour mener des attaques très directes. Cet été en France, les équipes qui gardaient le ballon n’ont pas nécessairement gagné, à l’instar des Bleus en finale (53% de possession de balle). Elargi à 24 équipes, l’Euro accueillait de nombreuses équipes peu habituées aux grands rendez-vous. Elles ne nourrissaient pas l’ambition de soulever le trophée Henri Delauney promis au vainqueur, mais clairement celle de traverser le tournoi sans être ridicule. Et elles ont fait d’un football sans prise de risque le paradigme de l’été.  Conséquences: les stars les plus attendues ont eu mille peines à briller dans le ciel de l’Euro. Tout un symbole, la blessure et la sortie dès la 25e minute de jeu de Cristiano Ronaldo – qui n’avait pas quitté le terrain une minute jusqu’alors – n’ont pas empêché le Portugal de remporter le premier titre majeur de son histoire. Décisif lors de la demi-finale contre le Pays de Galles, l’attaquant du Real Madrid avait été plutôt en retrait jusque-là. Il y a quelques exceptions au relatif mutisme des footballeurs européens les plus en vue du moment, dont le très remarqué Antoine Griezmann (six buts, meilleur joueur du tournoi aux yeux de l’UEFA) ou Gareth Bale. Mais l’ailier du Pays de Galles a moins fait l’unanimité par ses trois buts que parce qu’il s’est mis corps et âme au service de son équipe. A l’instar du Portugal en finale, de nombreuses formations se sont montrées bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal. Les équipes d’Islande, d’Irlande du Nord et de République d’Irlande ont, par leur vaillante résistance opposée aux «grandes» équipes, offert à ce tournoi de belles histoires. Elles ont été reçues de manière assez paradoxale par les amateurs de football, qui d’un côté se prenaient de passion pour les besogneux «Vikings» de Reykjavik tout en regrettant de l’autre un Euro trop fermé, trop défensif, pas assez enlevé. (…) Mais au cours de la compétition, les surprises se sont succédé, la loi des séries a été mise à mal et les bookmakers ont dû s’en arracher les cheveux. L’Euro 2016 a rappelé que le football est un sport qui se joue à onze contre onze et qu’à la fin, on ne sait jamais vraiment qui va gagner. Le Temps
Après le drame d’Orlando, inutile de chercher dans les oraisons présidentielles la raison islamiste. Le «la» du diapason était ainsi donné aux médias bien disposés pour l’unisson: la faute aux armes à feu, à l’homophobie (et tant pis pour les orientations sexuelles du terroriste) mais pas question de réclamer des comptes à l’Autre es qualité de musulman radical. Après le carnage cruel de Dallas, un mot manquait cruellement au discours du premier Américain: «raciste». Un Noir, adepte du suprématisme noir, déclarait avoir massacré des policiers blancs pour venger des crimes commis par d’autres policiers blancs. Mais le mot qui serait venu naturellement aux lèvres de n’importe qui si, par exemple improbable, un Français voulait tuer un musulman intégriste pour venger le 13 novembre ou un délinquant noir parce qu’il aurait été volé par un autre Noir, manquait. Comme si, ici, l’évocation du racisme d’un noir, forcément victime par essence, était impossible à dire. Et comme si le blanc, par essence raciste, n’était jamais totalement innocent. (…) À ce stade du devoir parler vrai et sans crainte, les mots sont impuissants pour dire l’échec calamiteux du premier président noir des États-Unis d’Amérique dans sa tentative alléguée d’avoir voulu apaiser les tensions raciales. Sans doute, le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire incontestable, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentiellement essentialiste de la couleur de sa peau. Et ce président n’aura eu de cesse depuis le début de sa présidence d’accuser la police d’être raciste envers les noirs et de s’en prendre particulièrement aux policiers blancs ou, plus largement, à tous les blancs susceptibles de se défendre contre des criminels. (…) À chaque fois qu’une polémique a défrayé la chronique policière et criminelle (Trayvon Martin à Stanford en Floride, Michael Brown à Ferguson dans le Missouri ou Freddy Gray à Baltimore), à chaque fois Obama, pour le plus grand plaisir de la presse de gauche et des démocrates gauchisants, a pris parti systématiquement contre la police. On a vu plus tard que la justice voyait les choses moins simplement et moins systématiquement. (…) Et pourtant, dans l’hypothèse spéculative, on affirme le racisme, et dans le cas indiscutable, on le passe sous silence… (…) par une dynamique perverse et dialectique, une sorte de choc en retour et d’un excès l’autre, les vecteurs principaux d’agrandissement du cercle vicieux se nomment racialisme obsessionnel et antiracisme professionnel, avec leur cortège de culture de l’excuse et de victimisation systématiques a priori. (…) Mais on aurait tort de penser que ces deux fléaux n’ont pas franchi allègrement l’Atlantique. Que penser par exemple, puisqu’il faut parler vrai, de cet article publié sans le moindre recul le 5 juillet dans notre vespéral national et intitulé: «Dans les banlieues populaires, l’absence de Benzema ne passe (toujours) pas»?: «On veut pas de reubeus en équipe de France, on l’entend beaucoup. Il y a une identification aux joueurs exclus» (…) «Bien sûr, il y a Sissoko, Pogba qui viennent de la région parisienne, mais ma génération est déçue qu’il n’y ait pas de reubeus des quartiers, des mecs qui nous ressemblent» fait dire la journaliste à des figures de l’immigration arabo-maghrébine. Bref de l’ethnicisme tranquille et assumé: c’est bien qu’il y ait des Noirs mais il faudrait aussi des Arabes. Quant à savoir la répartition quantitative entre marocains et algériens, l’article ne le dit pas. Heureusement, il n’y a pas que cela. Le Portugal a battu la France. Les Franco-Portugais n’ont pas caché, pour leur majorité, leur préférence lusitanienne. Et pourquoi non? Une intégration réussie n’impose pas une assimilation forcée. Battus, ils ne se seraient certainement pas vengés sur le matériel urbain. Il est des immigrations heureuses quand elles sont légales, paisibles et librement acceptées par la population d’accueil. L’immigration portugaise est une chance pour la France. Gilles William Goldnadel
Après l’épisode Domenech-Ribery-Anelka, comment expliquer que nos compatriotes se reconnaissent à nouveau dans une équipe qui leur fait plaisir ? Nul ne peut nier que les joueurs choisis par Didier Deschamps sont des garçons polis, bien élevés, respectueux, même s’il faut sans doute surveiller Paul Pogba comme le lait sur le feu. Ils ont compris (ou on leur a fait comprendre) que La Marseillaise était un symbole incontournable, pour le public français. L’attitude méprisante, pendants les hymnes, des Ribery-Benzema-Nasri ne passait plus, quand les Italiens chantaient à tue-tête « Fratelli d’Italia », et que toutes les autres équipes montraient leur attachement à leur pays. Ils ont fait cet effort, même si on sent que La Marseillaise, pour Giroud, Griezmann ou Matuidi, c’est autre chose que pour Pogba, mais ce dernier fait tout de même l’effort. Et puis, sachons le dire, la victoire contre l’Allemagne, jeudi dernier, a fait plaisir à toute la France, et à de nombreux anciens qui n’oublieront jamais le formidable match de Séville, en 1982, et son issue aussi cruelle qu’injuste. Pour dire les choses crûment, les Français en avaient marre de toujours perdre, en compétition officielle, contre les « casques à pointe », et ils sont contents que les hommes de Deschamps aient mis fin à cette malédiction. N’oublions pas un autre phénomène : la vedette de l’équipe, c’est Antoine Griezmann. Il a 25 ans, il est humble, il ramène toujours ses performances à celles du collectif, à celles de l’équipe. Quand il avait 15 ans, personne n’en voulait, en France. C’était la dictature du gabarit, du physique, donc de ce qu’on appelle « les gros Blacks ». Griezmann, jugé trop fluet, n’intéressait aucun recruteur français. C’est pour avoir osé remettre en cause ces critères, et le phénomène de la double nationalité, que certains dirigeants du football français ont été, en 2011, qualifiés de racistes par Thuram et Plenel. Moins stupides, moins dogmatiques, les Espagnols ne sont pas passés à côté d’un tel joyau. Aujourd’hui à l’Atletico de Madrid, Griezmann est considéré comme un des meilleurs joueurs du monde. Et cela fait plaisir aux Français. Les journaleux, qui marquent une préférence pour la diversité, ont beau rabaisser de manière scandaleuse les exploits de Koscielny (pourtant le vrai patron de la défense) et de Giroud (coupable d’avoir remplacé, avantageusement, leur chouchou Benzema), les Français sont ravis de constater que, même minoritaires, les « tauliers » de l’équipe leur ressemblent. Une fois qu’on a dit tout cela, faut-il vraiment pleurer de cette énorme déception ? En cas de victoire, les crapules socialistes auraient instrumentalisé cet événement pour faire oublier leurs brillants résultats à la tête de la France. Ils nous auraient fait le coup de la société multiculturelle, et nous auraient expliqué que c’est grâce à notre diversité (où les « Beurs » sont absents) que la France est championne d’Europe. Et ce Guignol de Hollande aurait été capable de gagner quelques points de popularité, comme au lendemain d’attentats islamistes. Mais il y a une contradiction majeure, autour d’un football mondialisé, souvent pratiqué par des mercenaires. Nos dirigeants ont eu beau vouloir remplacer le nom de « Coupe d’Europe des Nations » par « Euro » (quel symbole), le patriotisme des peuples européens n’a jamais été aussi fort, et le football y contribue. Il suffisait, à chaque match, de voir le nombre de drapeaux dans les tribunes, et la ferveur des hymnes nationaux, pour mieux s’en rendre compte. On n’a pas vu un drapeau européen pendant un mois, dans aucun stade. Nos dirigeants ont beau nous raconter que l’Europe, c’est la diversité et le multiculturalisme, mis à part la France et quelques pays d’Europe de l’ouest, la plupart des équipes étaient homogènes, blanches, avec, parfois, une ou deux exceptions. Et les sympathiques Islandais ont envoyé une image identitaire et patriotique qui est juste le contraire du discours dominant des dirigeants européens. N’en déplaise aux enseignants gauchistes, des millions d’enfants ont entendu leurs parents chanter La Marseillaise, et l’ont apprise à cette occasion. Conclusion : le pas regretté Rocard, Attali, Hollande, Merkel et autres traîtres qui dirigent nos pays ont beau raconter, au lendemain du Brexit, qu’il faut davantage d’Europe, et donc moins de souveraineté et de nations, il demeure, chez une grande partie des peuples européens, une appartenance identitaire qui va compliquer la vie de ceux qui veulent en finir avec nos pays, et la France en premier. Cela s’appelle l’amour charnel de notre pays, de sa civilisation et de sa terre. Tout ce qu’ils veulent détruire. Mais à condition, pour les fêtards, qui ont sorti les drapeaux bleu-blanc-rouge et chanté La Marseillaise durant un mois, de virer Hollande, à la prochaine présidentielle, sans remettre à la place ses clones républicains… Sinon, à quoi servirait d’honorer la France, le temps d’un match de football, pour élire, dix mois plus tard, ses pires fossoyeurs… Riposte laïque

Où l’on redécouvre qu’il y  a des immigrations heureuses …

Au lendemain du premier trophée européen, acquis dans la douleur que l’on sait, de nos amis portugais …

A l’heure où, comme vient de le démontrer le Brexit, nombre d’Européens n’en peuvent plus du mépris et de l’irresponsabilité de certaines de nos élites européennes …

Et où, de l’autre côté de l’Atlantique, un président post-racial auto-proclamé et chasseur d’ambulances patenté qui ne perd pas une occasion d’agiter la question raciale au premier incident venu (quand il s’agit de blancs) …

Déploie des trésors d’éloquence pour la dissimuler quand elle est indiscutable (quand il s’agit de noirs ou de musulmans) …

Comment bouder son plaisir avec l’avocat Gilles William Goldnadel ou le site Riposte laïque …

Au-delà de l’amère déception de la défaite et après les frasques d’une génération de racailles et de donneurs de leçons …

Devant le talent comme l’humilité bienvenue, après une suspension d’un an pour virée nocturne non autorisée à la veille d’un match perdu, d’un joueur que son gabarit avait contraint à s’expatrier en Espagne …

Mais aussi derrière le « football d’épiciers » tour à tour décrié ou encensé par nos médias (l’effet de l’arrivée de petites nations avec l’extension de la compétition à 24 équipes ?) …

La tranquille fierté d’une « immmigration heureuse » parce que « légale, paisible et librement acceptée par la population d’accueil » …

De toute une génération de Franco-Portugais qui n’ont jamais senti le besoin, eux, toutes les fois qu’ils ont été battus, de siffler l’hymne national, envahir le terrain ou « se venger sur le matériel urbain » ?

Après Dallas, la consternante absence du mot «racisme»
Gilles William Goldnadel
Le Figaro

11/07/2016

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Pour Gilles-William Goldnadel, le drame de Dallas est révélateur d’une racialisation inquiétante des rapports sociaux accompagnée d’un antiracisme à géométrie variable.
Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.
Ceux qui veulent bien me lire chaque semaine dans ces colonnes savent que je suis de ceux qui pensent que non seulement toute vérité est bonne à dire, mais encore que le mal à dire aggrave la maladie.

Autrement dit, en matière de non-dits, les lois de la psychologie collective sont identiques à celles de la psychologie individuelle.

Commençons par les non-dits de Monsieur Obama. Il est des mots qui lui écorcheraient sa bouche pourtant prolixe.

Après le drame d’Orlando, inutile de chercher dans les oraisons présidentielles la raison islamiste. Le «la» du diapason était ainsi donné aux médias bien disposés pour l’unisson: la faute aux armes à feu, à l’homophobie (et tant pis pour les orientations sexuelles du terroriste) mais pas question de réclamer des comptes à l’Autre es qualité de musulman radical.

Après le carnage cruel de Dallas, un mot manquait cruellement au discours du premier Américain: «raciste». Un Noir, adepte du suprématisme noir, déclarait avoir massacré des policiers blancs pour venger des crimes commis par d’autres policiers blancs. Mais le mot qui serait venu naturellement aux lèvres de n’importe qui si, par exemple improbable, un Français voulait tuer un musulman intégriste pour venger le 13 novembre ou un délinquant Noir parce qu’il aurait été volé par un autre Noir, manquait.

Comme si, ici, l’évocation du racisme d’un noir, forcément victime par essence, était impossible à dire. Et comme si le blanc, par essence raciste, n’était jamais totalement innocent.

C’est dans le creux vertigineux de ce manque que niche une grande partie du drame racial qui enlaidit la vie.

À ce stade du devoir parler vrai et sans crainte, les mots sont impuissants pour dire l’échec calamiteux du premier président noir des États-Unis d’Amérique dans sa tentative alléguée d’avoir voulu apaiser les tensions raciales.

Sans doute, le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire incontestable, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentiellement essentialiste de la couleur de sa peau.

Le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentialiste de la couleur de sa peau.
Et ce président n’aura eu de cesse depuis le début de sa présidence d’accuser la police d’être raciste envers les noirs et de s’en prendre particulièrement aux policiers blancs ou, plus largement, à tous les blancs susceptibles de se défendre contre des criminels. Comme le rappelle Guy Milliere dans un article du 9 juillet (Dreuz), Obama s’est appuyé pour cela sur les professionnels de la tension raciale tel Al Sharpton, et a accordé ces derniers mois son soutien à des organisations extrémistes ouvertement anti policières telles que Black Lives Matter.

À chaque fois qu’une polémique a défrayé la chronique policière et criminelle (Trayvon Martin à Stanford en Floride, Michael Brown Ferguson dans le Missouri ou Freddy Gray à Baltimore), à chaque fois Obama, pour le plus grand plaisir de la presse de gauche et des démocrates gauchisants, a pris parti systématiquement contre la police. On a vu plus tard que la justice voyait les choses moins simplement et moins systématiquement.

Je ne veux pas caricaturer ma propre pensée: je ne sous-estime pas la violence de la police américaine, à l’image de la société américaine. Je ne sous-estime pas le racisme de certains policiers blancs, pas plus que je ne sous-estime le racisme de certains délinquants noirs.

Mais j’affirme que considérer l’ensemble des faits divers précités comme le résultat d’un racisme évident plutôt que celui de l’instinct de peur ou même de la défense légitime relève d’une spéculation intellectuelle infiniment plus oiseuse que lorsqu’il s’agit de caractériser l’acte d’un criminel qui fait un carton sur des policiers blancs uniquement parce qu’ils sont blancs.

Et pourtant, dans l’hypothèse spéculative, on affirme le racisme, et dans le cas indiscutable, on le passe sous silence…

De même, je réfute par principe l’évidence propagée ad nauseam de ce que la justice américaine aurait, à chaque fois qu’elle a relaxé un policier mis en cause, fait montre de partialité. Après tout, en France aussi, des politiciens spéculant façon Benoît Hamon ont critiqué des décisions bien fondées en droit comme en fait comme dans l’affaire Ziad et Bounia.

À la suite de ces spéculations médiatiques et politiques, on imagine avec quelle sérénité intellectuelle les prochains juges américains appréhenderont les prochains «dérapages policiers» qui seront déférés devant eux.

L’opinion publique, cette catin, n’a rien à faire dans le prétoire déclarait autrefois mon confrère Moro-Giafferi… C’est loin.

Dans ce cadre intellectuel vicié, un cercle culturel vicieux s’est agrandi sans fin. Bien sûr que la question noire américaine a été mal réglée.

Les préjugés contre les noirs, pendant des années et contrairement à ce qu’on pouvait espérer se sont envenimées après la suppression de l’esclavagisme. Les stigmates anti- noirs se sont renforcés et ont été traduits en un système de lois et de normes dites «Jim Crow» destiné à préserver l’ordre racial. Interdiction faite aux noirs de voter, d’étudier dans les écoles blanches, d’aller dans les magasins, les restaurants fréquentés par les blancs. Comme l’indique pertinemment Yuval N. Harari (Sapiens, une brève histoire de l’humanité, Albin-Michel): «au milieu du XXe siècle, la ségrégation dans les anciens états confédérés était probablement pire qu’à la fin du XIXe siècle. Clennon King, l’étudiant noir qui voulut entrer à l’université du Mississippi en 1958, fut interné de force dans un

Les préjugés contre les noirs, pendant des années et contrairement à ce qu’on pouvait espérer se sont envenimées après la suppression de l’esclavagisme.
asile psychiatrique. Le juge trancha qu’un noir était forcément fou s’il imaginait pouvoir y être admis».

Il n’en demeure pas moins que le sort des Noirs américains, leur situation sociale et culturelle se sont, depuis les années 60, très considérablement améliorés.

J’affirme qu’aujourd’hui, que par une dynamique perverse et dialectique, une sorte de choc en retour et d’un excès l’autre, les vecteurs principaux d’agrandissement du cercle vicieux se nomment racialisme obsessionnel et antiracisme professionnel, avec leur cortège de culture de l’excuse et de victimisation systématiques a priori.

De ce point de vue, Barack Obama en aura été à la fois le triste héros et la victime consentante.

Mais on aurait tort de penser que ces deux fléaux n’ont pas franchi allègrement l’Atlantique.

Que penser par exemple, puisqu’il faut parler vrai, de cet article publié sans le moindre recul le 5 juillet dans

Barack Obama en aura été à la fois le triste héros et la victime consentante.
notre vespéral national et intitulé: «Dans les banlieues populaires, l’absence de Benzema ne passe (toujours) pas»?: «On veut pas de reubeus en équipe de France, on l’entend beaucoup. Il y a une identification aux joueurs exclus» (…) «Bien sûr, il y a Sissoko, Pogba qui viennent de la région parisienne, mais ma génération est déçue qu’il n’y ait pas de reubeus des quartiers, des mecs qui nous ressemblent» fait dire la journaliste à des figures de l’immigration arabo-maghrébine.

Bref de l’ethnicisme tranquille et assumé: c’est bien qu’il y ait des Noirs mais il faudrait aussi des Arabes. Quant à savoir la répartition quantitative entre marocains et algériens, l’article ne le dit pas.

Les mêmes qui n’avaient pas de mots assez durs pour Nadine Morano…

Heureusement, il n’y a pas que cela. Le Portugal a battu la France. Les Franco-Portugais n’ont pas caché, pour leur majorité, leur préférence lusitanienne. Et pourquoi non? Une intégration réussie n’impose pas une assimilation forcée. Battus, ils ne se seraient certainement pas vengés sur le matériel urbain. Il est des immigrations heureuses quand elles sont légales, paisibles et librement acceptées par la population d’accueil. L’immigration portugaise est une chance pour la France.

C’est dit.

Voir aussi:

Quand le football mondialisé réhabilite le patriotisme français
Cyrano

Riposte laïque

10 juillet 2016

Grosse déception, l’équipe de France n’a pas été capable de battre le Portugal, en finale de l’Euro foot 2016, malgré la blessure de la vedette Ronaldo. Même si nombre de lecteurs, voire de contributeurs, de Riposte Laïque, comme Paul Le Poulpe, Josiane Filio ou Gérard Brazon, ont essayé d’expliquer les enjeux de cet Euro 2016 de football, et son instrumentalisation par le pouvoir et ses propagandistes, il est un phénomène incontournable : les Français aiment le foot, et préfèrent voir la France gagner que perdre ! D’où l’énorme déception de tout le pays.

Certains diront, à juste titre, que cette équipe, d’aspect très africaine, ne ressemble pas à la réalité de la vraie France. C’est sans doute vrai, mais elle est proche, hélas, de nombreuses écoles de la région parisienne et de périphéries urbaines. On pourrait, malgré tout, ajouter que ces joueurs, souvent possesseurs d’une double nationalité, ont choisi de jouer pour la France, sont passés par des centres de formation de notre pays, et sont donc tous assimilés, ce qui est devenu tellement rare qu’il faut le faire remarquer. D’autres affirmeront, ce qui n’est pas faux, qu’aucun joueur de cette équipe ne joue en France, à l’exception de Blaise Matuidi, qui joue au Paris Saint-Germain (appelé le Paris Qatar), et de Samuel Umtiti, lyonnais cette année, mais barcelonais l’an prochain. On pourrait encore évoquer les salaires exorbitants des footballeurs français, et constater que ce magnifique sport échappe à présent, dans les stades, aux classes populaires, vu le prix des places. C’est encore vrai. Et les sponsors de l’épreuve s’appellent, entre autres, McDonalds, Coca Cola ou Turkish Airlines… Les Français savent tout cela, mais aux yeux d’une majorité d’entre eux, le plus important, c’est que la France gagne, que les Bleus leur fassent plaisir et les rendent fiers d’une France qui gagne. D’où encore l’énorme déception.

Il n’y a eu qu’une seule période où les Français souhaitaient viscéralement la défaite de leur pays : celle de la période Domenech, quand les islamo-racailles Ribery et Anelka avaient pris le contrôle des vestiaires, avec la complicité d’un sélectionneur, militant de la diversité, entre les années 2006 et 2010. Cela se termina par la mascarade de l’Afrique du Sud. Les années suivantes, celle de Laurent Blanc et des racailles Ribery-Benzema-Nasri, n’arrangèrent pas ce profond désamour.

Historiquement, les Français ont connu trois grands champions : Raymond Kopa, fils de mineur polonais, Michel Platini, fils d’un footballeur italien, et Zinedine Zidane, fils d’un immigré algérien. Tous trois sont nés en France. Mais les deux premiers ont des prénoms français, pas le troisième. Quand les deux premiers rencontraient leur pays d’origine, ils n’y avait aucune ambiguïté, ils étaient français avant d’être polonais ou italiens. Le troisième disait qu’il souhaitait un match nul. Les enfants de Polonais et d’Italiens chantaient La Marseillaise, les enfants d’Algériens la siffleront en 2001, au Stade de France, comme les Marocains et les Tunisiens quelques années plus tard.

Zidane fut champion du monde, en 1998. On parlait, de manière propagandiste, d’une équipe black-blanc-beur. Mais c’était avant tout encore l’équipe de l’assimilation. Les chefs s’appelaient Aimé Jacquet et Roger Lemerre, ils avaient été ouvriers. Sur le terrain, les patrons s’appelaient Didier Deschamps et Laurent Blanc. Les Français se retrouvaient encore en eux.

Après l’épisode Domenech-Ribery-Anelka, comment expliquer que nos compatriotes se reconnaissent à nouveau dans une équipe qui leur fait plaisir ? Nul ne peut nier que les joueurs choisis par Didier Deschamps sont des garçons polis, bien élevés, respectueux, même s’il faut sans doute surveiller Paul Pogba comme le lait sur le feu. Ils ont compris (ou on leur a fait comprendre) que La Marseillaise était un symbole incontournable, pour le public français. L’attitude méprisante, pendants les hymnes, des Ribery-Benzema-Nasri ne passait plus, quand les Italiens chantaient à tue-tête « Fratelli d’Italia », et que toutes les autres équipes montraient leur attachement à leur pays. Ils ont fait cet effort, même si on sent que La Marseillaise, pour Giroud, Griezmann ou Matuidi, c’est autre chose que pour Pogba, mais ce dernier fait tout de même l’effort.

Et puis, sachons le dire, la victoire contre l’Allemagne, jeudi dernier, a fait plaisir à toute la France, et à de nombreux anciens qui n’oublieront jamais le formidable match de Séville, en 1982, et son issue aussi cruelle qu’injuste. Pour dire les choses crûment, les Français en avaient marre de toujours perdre, en compétition officielle, contre les « casques à pointe », et ils sont contents que les hommes de Deschamps aient mis fin à cette malédiction.

N’oublions pas un autre phénomène : la vedette de l’équipe, c’est Antoine Griezmann. Il a 25 ans, il est humble, il ramène toujours ses performances à celles du collectif, à celles de l’équipe. Quand il avait 15 ans, personne n’en voulait, en France. C’était la dictature du gabarit, du physique, donc de ce qu’on appelle « les gros Blacks ». Griezmann, jugé trop fluet, n’intéressait aucun recruteur français. C’est pour avoir osé remettre en cause ces critères, et le phénomène de la double nationalité, que certains dirigeants du football français ont été, en 2011, qualifiés de racistes par Thuram et Plenel. Moins stupides, moins dogmatiques, les Espagnols ne sont pas passés à côté d’un tel joyau. Aujourd’hui à l’Atletico de Madrid, Griezmann est considéré comme un des meilleurs joueurs du monde. Et cela fait plaisir aux Français. Les journaleux, qui marquent une préférence pour la diversité, ont beau rabaisser de manière scandaleuse les exploits de Koscielny (pourtant le vrai patron de la défense) et de Giroud (coupable d’avoir remplacé, avantageusement, leur chouchou Benzema), les Français sont ravis de constater que, même minoritaires, les « tauliers » de l’équipe leur ressemblent.

Une fois qu’on a dit tout cela, faut-il vraiment pleurer de cette énorme déception ? En cas de victoire, les crapules socialistes auraient instrumentalisé cet événement pour faire oublier leurs brillants résultats à la tête de la France. Ils nous auraient fait le coup de la société multiculturelle, et nous auraient expliqué que c’est grâce à notre diversité (où les « Beurs » sont absents) que la France est championne d’Europe. Et ce Guignol de Hollande aurait été capable de gagner quelques points de popularité, comme au lendemain d’attentats islamistes.

Mais il y a une contradiction majeure, autour d’un football mondialisé, souvent pratiqué par des mercenaires. Nos dirigeants ont eu beau vouloir remplacer le nom de « Coupe d’Europe des Nations » par « Euro » (quel symbole), le patriotisme des peuples européens n’a jamais été aussi fort, et le football y contribue. Il suffisait, à chaque match, de voir le nombre de drapeaux dans les tribunes, et la ferveur des hymnes nationaux, pour mieux s’en rendre compte. On n’a pas vu un drapeau européen pendant un mois, dans aucun stade.

Nos dirigeants ont beau nous raconter que l’Europe, c’est la diversité et le multiculturalisme, mis à part la France et quelques pays d’Europe de l’ouest, la plupart des équipes étaient homogènes, blanches, avec, parfois, une ou deux exceptions.

Et les sympathiques Islandais ont envoyé une image identitaire et patriotique qui est juste le contraire du discours dominant des dirigeants européens.

N’en déplaise aux enseignants gauchistes, des millions d’enfants ont entendu leurs parents chanter La Marseillaise, et l’ont apprise à cette occasion.

Conclusion : le pas regretté Rocard, Attali, Hollande, Merkel et autres traîtres qui dirigent nos pays ont beau raconter, au lendemain du Brexit, qu’il faut davantage d’Europe, et donc moins de souveraineté et de nations, il demeure, chez une grande partie des peuples européens, une appartenance identitaire qui va compliquer la vie de ceux qui veulent en finir avec nos pays, et la France en premier. Cela s’appelle l’amour charnel de notre pays, de sa civilisation et de sa terre. Tout ce qu’ils veulent détruire.

Mais à condition, pour les fêtards, qui ont sorti les drapeaux bleu-blanc-rouge et chanté La Marseillaise durant un mois, de virer Hollande, à la prochaine présidentielle, sans remettre à la place ses clones républicains…

Sinon, à quoi servirait d’honorer la France, le temps d’un match de football, pour élire, dix mois plus tard, ses pires fossoyeurs…

Voir par  ailleurs:

Euro : le paradoxe Griezmann, quand la France adore un pur produit du foot espagnol
Bruno Roger-Petit

Les blogs du Figaro

6 juin 2016

Donc, la France espère en Griezmann. « Attaquant, option gendre idéal » titrait même M le magazine ce week end. Griezmann, espoir d’une France du football qui désespère de Cantona, Benzema et les autres. Griezmann, ce brave petit, bien chez nous. Griezmann, sérieux, appliqué, travailleur, sympathique, courageux, tenace, volontaire et talentueux. Griezmann, ce joueur si Français. La France aime Griezmann. De quoi Griezmann est-il le nom ? Du footballeur idéal à la française.

Seulement voilà. Griezmann est un paradoxe. Si l’on parle football, seulement football, culture football, Griezmann est tout sauf un produit de l’école française. Et pire encore, il est le symbole de tous les échecs possibles de la formation à la française du début des années 2000.

On explique. Quand il est âgé de 13 ans, pas un centre de formation français de futurs footballeurs professionnels ne veut de Griezmann. Trop petit. Trop fragile. Trop frêle. Trop technique. Le grand OL de l’arrogant Aulas n’en veut pas. Et le FC Metz non plus, club qui aura réussi l’exploit de manquer en quarante ans et Platini et Griezmann. Par hasard, un recruteur de la Real San Sebastian croise la route du gamin. Eric Olhats (c’est le nom du recuteur) prend le pari. Et voilà Griezmann en Espagne. A l’école du football espagnol. Formé comme un espagnol. Eduqué comme un espagnol. Il finit par humilier le pauvre OL d’Aulas en Ligue des Champions, avec la Real Sociedad (quelle revanche) et s’en va pour l’Atlético, grandir encore avec Simeone. Et jouer une finale de Ligue des Champions. Et devenir le grand espoir du football français.

Ainsi se mesure le paradoxe Griezmann. Benzema, Nasri, Menez et les autres ont naufragé, Ben Arfa n’a pas su convaincre Deschamps de la réalité de sa rédemption, et voici que Griezmann est célébré comme l’incarnation des valeurs du football français alors qu’il est le produit le plus achevé des valeurs espagnoles du football, entre rage de vaincre et soif de victoires, détermination et travail, tenacité et volonté.

Oui, en reportant sur Griezmann sa volonté de célébrer un footballeur bien sous tous rapports, la France du football applaudit un chef d’oeuvre issu de l’école espagnole du football. Et acte, par contre coup, que les centres de formation à la française, entre conceptions tactiques à côté de la plaque et incapacité à former des hommes émancipés, ont été à la ramasse. L’Espagne a fait Griezmann, la France a fait Benzema. Ce qui nous inclinerait à penser que Benzema n’est pas le seul responsable de la dérive de Benzema et qu’à ce titre, quelques circonstances atténuantes doivent lui être accordées (ce qui n’excuse pas l’inexcusable).

La France du football est étonnante, qui ne parait même pas réaliser qu’en célébrant Griezmann, à le voir si beau, si grand, si fort, elle confesse un aveu d’échec considérable. Elle se berce d’illusions. Nous avons Griezmann, tout est possible, sans admettre qu’elle n’est pour rien dans l’accomplissement de Griezmann. Cet aveuglement, en forme de déni de réalité, laisse pantois tant il signe les symptomes de ce mal français qui consiste, en tous lieux et toutes époques, à se voir plus beau que l’on est. Et à ne tirer aucune conséquence des échecs avérés et répétés. Hélas ! Balzac s’est trompé, la France n’est toujours pas le pays des illusions perdues.

Voir encore:

Euro 2016 : le Portugal a oublié le football
La Selecção das Quinas a déviergé son palmarès hier en faisant main basse sur le trophée Henri Delaunay, au terme d’un parcours éminemment critiquable.
Emmanuel Amma

Le Point

11/07/2016

Bravo, mais que c’est laid ! Le Portugal n’a pas « volé » cet Euro, ni lésé quiconque, sauf peut-être la totalité des amateurs de football et des esthètes du sport. Si la légalité sportive de ce succès paraît indiscutable, sa légitimité demeure contestable pour ceux qui se font une certaine idée du mérite. Quand on prend le parti de mépriser le jeu, on se doit au moins de gagner, même petitement, la victoire étant le seul juge de paix du football s’il y en a un. La troupe de Fernando Santos ne s’est pas embarrassée un seul instant de ces considérations puisqu’elle a trouvé le moyen de mettre la main sur un trophée majeur en remportant à peine plus de la moitié de ses rencontres dans cet Euro. Et il faut voir de quelle façon !

7 matches, 4 victoires
Les avocats autoproclamés de la très décriée sélection portugaise la défendent d’une curieuse manière. Cette équipe serait, paraît-il, devenue une gagnante cynique pour conjurer son passé de perdante magnifique. Encore faut-il gagner pour mériter cette étiquette. Pour rappel, les coéquipiers de Cristiano Ronaldo se sont hissés en phase finale de la compétition sans compter le moindre succès dans une poule facilissime et grâce à une troisième place étonnamment qualificative. Et il leur a fallu trois électrochocs – l’Autriche, l’Islande, puis la Hongrie – pour commencer à gagner… en prolongation contre la Croatie en huitième de finale et hériter par la même occasion d’une partie de tableau en forme de boulevard jusqu’en finale avec un dernier carré rêvé contre les néophytes gallois.

D’ordinaire, les compétitions internationales exigent d’être performant d’entrée de jeu pour qui prétend à la victoire finale, et il n’y a pas de séance de rattrapage. Le hasard des chiffres et la bizarrerie du système de qualification pour les huitièmes dicté par l’UEFA pour cet Euro ont permis au Portugal de déroger à la norme. Jamais une équipe nationale n’avait remporté un titre majeur en alignant trois matches nuls en phase de groupe.

Le Portugal se prend pour la Grèce de 2004
Qui eût cru que les héritiers d’Eusébio, Luís Figo et Rui Costa allaient prendre pour modèle l’équipe qui les a privés du titre en finale de l’Euro 2004, leur Euro organisé chez eux, en terre lusitanienne ? La rancoeur est tenace, et pourtant, ils ont tout fait comme eux. Sauf que cette Grèce ne comptait pas dans ses rangs un joueur de la trempe de Cristiano Ronaldo, ni même de celle de Nani et de Renato Sanches. La stratégie était claire : on bétonne littéralement en défense, quitte à broyer la dimension spectaculaire du football, et on compte sur l’individualité et la réussite pour marquer, en prolongation le plus souvent – contre la Croatie et la France –, une fois que l’adversaire est usé de faire le jeu, seul, et contre un mur. Sinon, on s’en remet à la loterie des tirs au but, comme ce fut le cas contre la Pologne en quart de finale de cet Euro.

Comme la Grèce en 2004, le Portugal de 2016 a défait l’hôte de la compétition en finale sur le score de 1-0, mais au terme des prolongations, confirmant par là sa propension dans cet Euro à ne gagner aucun match dans le temps réglementaire, exception faite de la demi-finale contre le pays de Galles. Le hasard faisant bien les choses, le sélectionneur portugais Fernando Santos a entraîné de nombreuses équipes dans sa carrière, dont Porto, Benfica et – eurêka ! – l’équipe de Grèce entre 2010 et 2014. L’homme est un fin connaisseur du football grec puisqu’il a entraîné trois clubs grecs au total : l’AEK Athènes, le Panathinaïkos et le PAOK Salonique. On comprend mieux pourquoi les champions d’Europe 2016 ressemblent autant aux champions d’Europe 2004. Joli coup signé Fernando Santos ! C’est tant mieux pour le Portugal et c’est tant pis pour le football.

Voir de plus:

Les secrets gagnants du pays de Galles
Alexandre Kotowski

Sport 24-Figaro

05/07/2016

Le pays de Galles, l’une des surprises de cet Euro 2016, défie le Portugal ce mercredi à Lyon (21h) et peut légitimement rêver à une place en finale.

S’il y a bien un enseignement à tirer de cet Euro à vingt-quatre, c’est qu’il n’y a plus de «petites» équipes. À l’image de l’Islande quart de finaliste, qui aurait cru avant la compétition que le pays de Galles intégrerait le dernier carré ? Personne. Et pourtant, il n’y a rien de plus logique quand on analyse le jeu des Gallois.

Une organisation bien huilée
Organisé en 3-5-2, le pays de Galles fait preuve de discipline tactique et de rigueur défensive, une des clés pour pouvoir rivaliser avec les «grandes» nations. Même s’ils laissent majoritairement le ballon à leurs adversaires (47% de possession de balle en moyenne, le plus petit total des demi-finalistes), les Gallois respectent leur position. Leur bloc équipe est compact, coulissant parfaitement de gauche à droite et inversement. Les Britanniques n’ont pas peur d’aller au duel, au sol et dans les airs, dans le plus pur style anglo-saxon (dix-sept duels aériens gagnés par match en moyenne, seule la France fait mieux dans le dernier carré). Bref, les hommes du sélectionneur Chris Coleman sont solides.

De plus, ils se connaissent parfaitement. Huit joueurs ont démarré tous les matches du pays de Galles dans cet Euro. Les automatismes sont nombreux et renforcent leur solidarité. «La star, c’est l’équipe. On lutte ensemble, on tacle et on s’entend comme des frères», avouait Gareth Bale en conférence de presse lundi. Il suffit de voir la triple occasion de la Belgique dans les premières minutes du quart de finale (3-1). Derrière le portier Hennessey sorti devant Ferreira Carrasco, ils sont six quasiment sur leur ligne de but pour empêcher le ballon d’entrer. Le seul point négatif, c’est un temps de cadrage parfois trop long sur le porteur de balle adverse. C’était le cas sur le deuxième but encaissé contre l’Angleterre mais aussi celui contre la Belgique. Une frappe lointaine de Radja Nainggolan, spécialiste du genre et pourtant seul dans l’axe aux trente mètres.

Des individualités qui subliment l’équipe
Au pays de Galles, il y a un collectif mais aussi des individualités. Parmi celles-ci, il y a bien sûr Gareth Bale. Le Madrilène est capable de faire la différence sur une attaque rapide, grâce à sa pointe de vitesse ; sur une attaque placée grâce à sa qualité de passe et de centre, et aussi sur coup de pied arrêté (déjà deux buts sur les trois à son actif) grâce à sa frappe de balle flottante. Il a cadré treize tirs, le total le plus élevé de la compétition.

Juste derrière lui, Aaron Ramsey oriente chaque offensive galloise. Son aisance technique offre des temps de conservation de balle importants, qui soulagent ses partenaires. Il est toujours proche des attaquants pour leur délivrer des caviars (meilleur passeur du tournoi avec quatre passes décisives en cinq matches, à égalité avec Eden Hazard). Suspendu pour la demi-finale, tout comme le défenseur Ben Davies, il va manquer à ses coéquipiers. Mais c’est l’occasion pour d’autres joueurs de se révéler, à l’instar d’Hal Robson-Kanu, buteur face à la Belgique au prix d’une magnifique feinte, ou du capitaine Ashley Williams. À n’en pas douter, les Gallois n’ont pas fini de montrer leurs talents.

Voir de plus:

Euro 2016: Barbes, tatouages… Pourquoi l’Islande est l’équipe la plus stylée de la compétition
Marc Nouaux

20 minutes

27.06.2016

L’Islande, c’est l’équipe hype de cet Euro. Un petit pays exotique qui se qualifie pour les 8es de finale, un public qui suit en nombre et des joueurs qui ont un bon look. Un bon look au point d’ériger l’Islande au rang d’équipe la plus stylée de la compétition. Avant son match historique face à l’Angleterre (lundi à 21h), on vous explique pourquoi.

Ils ont de belles barbes
Ils n’ont pas tous une pilosité hors du commun mais certains joueurs se distinguent par de belles barbes. Exemple avec le capitaine, Aron Gunnarsson, symbole de la combativité de l’équipe. Derrière sa barbe, le milieu de terrain dégage une agressivité et un côté assez rugueux qui peut avoir tendance à « effrayer » l’adversaire. Du côté de Runar Sigurjonsson ou de Birkir Bjarnason, on n’est pas en reste non plus.

Ils ont des coiffures soignées
Hipsters, les Islandais ? Si on se dégage du mot au sens strict du terme (qui qualifie des habitudes culturelles, vestimentaires, de style ou de consommation…), on peut se dire que les Islandais en ont en tout cas des allures. « C’est sans doute l’équipe la plus hipster de la compétition, sourit Guillaume qui a effectué plusieurs [longs] séjours en Islande. Mais attention, la Belgique aussi c’est pas mal mais l’Islande plus que tout. » A l’image de leurs coiffures telle celle du jeune Hordur Magnusson.

Gunnar, supporter islandais de 30 ans nous éclaire sur cette pratique. « Une grande partie de la jeune génération islandaise suit cette tendance mais ce n’est pas la majorité de la population. » A l’image du vieux, Eidur Gudjohnsen (37 ans), qui lui, préfère rester classique.

Ils aiment les tatouages et bien se saper
Les Islandais ont vraiment de la gueule. Si on a tendance à remarquer que nombreux sont les footballeurs tatoués, en Islande, il y a un vrai phénomène de mode. Les joueurs dégagent un vrai style viking avec leurs tatouages et les affichent sur les bras. Ainsi, Ari Skulason, le défenseur, est plutôt impressionnant.

Le bras tatoué d’Hordur Magnusson, le jeune défenseur de l’Islande. – B. Horvar / AFP
Niveau sape, on aime aussi se démarquer chez les Vikings. « Vous pouvez le voir en France pendant l’Euro. Les Islandais sont avant-gardistes en termes de tenues vestimentaires et de look. Tous les jours de la semaine ils portent des costumes sur mesure. » C’est sûr que ça contraste avec les costards mal taillés de Wayne Rooney…

Voir enfin:

Islande, Pays de Galles, Roumanie… En Europe, ce sont les « petites nations » qui font la loi
Alessandro Pitzus
Eurosport

04/09/2015

QUALIFICATIONS EURO 2016 – Plusieurs équipes inattendues jouent les premiers rôles depuis le début des éliminatoires. L’Islande, le Pays de Galles, la Slovaquie ou encore la Roumanie sont proches d’obtenir un aller direct pour la France en juillet prochain et ils ne l’ont pas volé.
Il fut un temps où se qualifier pour l’Euro était beaucoup plus difficile qu’obtenir sa place en Coupe du monde. Mais ça, c’était avant. En ouvrant la porte à 24 nations contre 16 lors des précédentes éditions, l’UEFA a choisi d’être moins élitiste. Les deux premiers de chaque groupe composteront leur billet, le meilleur troisième aussi et pour les autres trainards, il y aura une séance de rattrapage sous forme de barrages traditionnels.

La nouvelle formule a ouvert la porte mais le règlement novateur n’est pas forcément surexploité par les « petites nations ». Les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne n’occupent pas les premières places de leurs groupes respectifs à trois journées de la fin. Relâchements inconscients, mises en route difficiles, il y a plusieurs raisons pour expliquer les défaillances relatives des grands d’Europe. Ils s’appellent Islande, Pays de Galles, Pologne, Roumanie ou encore Autriche et ils sont proches de décrocher un aller simple amplement mérité pour l’Euro 2016.

L’Islande cartonne devant les Tchèques et les Néerlandais
C’était l’une des grosses côtes au début des éliminatoires et l’Islande joue parfaitement son rôle de trublion dans le groupe A. Quinze points dans la besace, une première place, des succès bien construits, les Nordiques n’en espéraient pas tant. En battant pour la première fois de son histoire les Pays-Bas, l’équipe islandaise, guidée par un irréprochable Gylfi Sigurdsson (4 buts) s’est donnée les moyens de ses ambitions.

Petite particularité : l’Islande est la seule sélection dirigée par deux sélectionneurs. Ce n’est peut-être pas qu’un détail. Le tandem Heimir Hallgrimsson – Lars Lagerbäck pourrait offrir à l’Islande sa première participation à une grande compétition majeure. Une qualification serait synonyme de continuité pour cette équipe qui aligne les bons résultats internationaux depuis trois ans et qui avait échoué en barrages lors des derniers éliminatoires du Mondial.

Pour le moment, le Pays de Galles de Bale effectue un sans faute
Avec la nouvelle réforme, voir le Pays de Galle à l’Euro était une possibilité tout à fait envisageable. Aujourd’hui, elle est en passe de se réaliser. L’équipe de Chris Coleman est toujours invaincue (14 points, 4 victoires, 2 nul). En revanche, pas grand monde n’imaginait les Gallois devant les Belges dans un groupe B où les Bosniens se sont écroulés.
Sous l’impulsion d’un Gareth Bale toujours plus impressionant (5 buts en 6 matches), le Pays de Galles n’enchaine pas les scores fleuves (8 buts marqués) mais il fait le « job » sobrement. Sa dernière victoire contre la Belgique à Cardiff (1-0 but de Bale) lui a permis de faire un pas important vers une éventuelle première qualification de son histoire pour un championnat d’Europe.

Carton plein pour la Slovaquie
Difficile de faire mieux que la Slovaquie (6 victoires). Les hommes de Jan Kozak présentent un bilan parfait en tête du groupe C devant l’Espagne. A défaut d’être spectaculaires, les Slovaques font preuve d’une efficacité redoutable. Leur victoire inattendue contre l’Espagne (2-1) lors de la 2e journée a lancé la machine. Elle ne s’est pas arrêtée depuis.

La grande force de cette équipe est aussi sa plus grande faiblesse : Marek Hamsik. Dans ses bons jours, le milieu offensif napolitain peut faire la pluie et le beau temps (3 buts en 6 matches). Pour l’instant, le joueur de 28 ans est régulier et ça paye.

Invaincue, la Pologne continue de tenir tête à l’Allemagne
L’époque où la Pologne prenait des fessés contre l’Allemagne semble révolue. Son succès contre la Mannschaft (2-0, 2e journée) a complètement décomplexé la bande à Robert Lewandowski. Le meilleur buteur des qualifications (7 buts) a inscrit l’intégralité de ses buts en deux rencontres. Contre Gibraltar (4) et la Géorgie (3).

La Pologne, attaque la plus prolifique des éliminatoires, a suivi l’exemple de son artificier bavarois en marquant 15 de ses 20 buts contre les deux bonnets d’âne du groupe D. Avec un point d’avance sur l’Allemagne, les Polonais auront du mal à conserver leur première place mais ils ont toutes les chances de décrocher un aller simple pour l’Euro.

La Roumanie en position idéale, l’Irlande du Nord en embuscade
Dans le groupe le moins relevé (et le moins attractif) de ces qualifications, la Roumanie et l’Irlande du Nord sont en train de tirer leur épingle du jeu. Pendant que les Grecs et les Finlandais sombraient, les Roumains faisaient le plein (14 points et invaincus) s’appuyant sur une défense de fer (la meilleure de la zone Euro avec un but encaissé).

Côté nord-irlandais (13 points), on s’accroche à Kyle Lafferty. Le buteur de Norwich est impliqué sur 6 des 8 buts de son équipe (5 buts, 1 passe). La formation de Michael O’Neill jouera sa qualification directe contre la Hongrie (3e avec 11 points). Dans le pire des cas, elle passera par la case barrages pour tenter de participer au premier Euro de son histoire.

L’Autriche touche au but
Absente des grandes compétitions depuis 2008 et l’Euro co-organisé sur ses terres, l’Autriche est proche de la délivrance. Son effectif, plus mature, a parfaitement géré l’adversité. Les Autrichiens ont profité des faux pas à répétition de la Suède de Zlatan Ibrahimovic et de la Russie pour s’installer confortablement en tête du groupe G (16 points).

La polyvalence et le leadership de David Alaba (3 buts) sont des atouts précieux. Mais il n’y a pas que ça. Quand le latéral du Bayern s’est retrouvé sur le flanc, les Autrichiens ont pris leur responsabilité, comme Marc Janko (3 buts), afin d’enregistrer deux succès sans leur leader.

L’Albanie a encore son mot à dire
D’habitude, l’Albanie fait de la figuration lors des qualifications continentales. La donne va bientôt changer. Assurée de terminer au moins à la 3e place d’un groupe I qui ne comptabilise que cinq équipes, la bande à Lorik Cana sera au pire barragiste. Un minimum pour une sélection qui présente le même nombre de points que le Danemark (2e avec 10 points) et seulement deux longueurs de retard sur le Portugal (1er).

Les Albanais ne sont pas arrivés là par hasard. La série de matches amicaux face aux Bleus (1 victoire, 1 nul) à montrer à quel point cette équipe était difficile à manœuvrer. Leur victoire contre le Portugal (1-0) en ouverture est là aussi pour le rappeler.

COMPLEMENT:

Le Portugal signe la victoire d’un football sans prise de risque
Peu spectaculaire, remportée par l’équipe qui avait moins le ballon au bout du suspense, la finale gagnée dimanche par le Portugal contre la France a parfaitement résumé le tournoi. Les équipes bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal ont été à l’honneur

Lionel Pittet
Le Temps

12 juillet 2016

«Les Portugais sont champions. S’ils ont gagné ce tournoi, c’est qu’ils le méritent. Après, on peut toujours discuter de la manière dont ils jouent mais ça reste efficace et il faut les féliciter.» Pour le gardien des Bleus Hugo Lloris comme pour ses coéquipiers et leurs supporters, la défaite en finale de l’Euro (1-0 après prolongations, but d’Eder) était difficile à accepter. Tout plaidait en faveur d’un succès de l’équipe de France dans son jardin, à Saint-Denis. Ses triomphes à domicile à l’Euro 1984 et au Mondial 1998. Ses performances depuis le début du tournoi (meilleure attaque avec treize buts marqués). La forme de ses leaders (Antoine Griezmann, six buts pendant le tournoi dont cinq à partir des huitièmes de finale).

L’alignement des planètes semblait parfait, à un petit détail près: depuis le début, la compétition affichait un visage singulier, une logique propre. Et la finale remportée dimanche soir par le Portugal résume parfaitement toutes les grandes tendances observées en un mois intensif de football.

La marque de l’Atletico Madrid
La fin de l’efficacité du jeu de possession à l’espagnole, qui a permis à la Roja de remporter un Mondial et deux Euros entre 2008 et 2012, est un thème récurrent depuis quelques années. A la Coupe du monde 2014, les champions du monde en titre avaient été éliminés dès le premier tour, mais l’Allemagne – qui allait lui succéder – prolongeait son influence en ajoutant à sa palette tactique une capacité à changer de rythme pour mener des attaques très directes. Cet été en France, les équipes qui gardaient le ballon n’ont pas nécessairement gagné, à l’instar des Bleus en finale (53% de possession de balle). L’équipe de Suisse en sait aussi quelque chose. Elle a eu le ballon 55% du temps ou plus lors de chacune de ses quatre rencontres, ce qui n’a pas empêché son élimination en huitièmes de finale contre la Pologne (5-4 aux tirs au but).

Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions.
Elargi à 24 équipes, l’Euro accueillait de nombreuses équipes peu habituées aux grands rendez-vous. Elles ne nourrissaient pas l’ambition de soulever le trophée Henri Delauney promis au vainqueur, mais clairement celle de traverser le tournoi sans être ridicule. Et elles ont fait d’un football sans prise de risque le paradigme de l’été. «Je vois là la marque du succès récent de l’Atlético Madrid. Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions. Forcément, ça a donné des idées à toutes les petites équipes de l’Euro», estimait l’ancien attaquant international Nestor Subiat dans Le Temps, après le premier tour.

Conséquences: les stars les plus attendues ont eu mille peines à briller dans le ciel de l’Euro. Tout un symbole, la blessure et la sortie dès la 25e minute de jeu de Cristiano Ronaldo – qui n’avait pas quitté le terrain une minute jusqu’alors – n’ont pas empêché le Portugal de remporter le premier titre majeur de son histoire. Décisif lors de la demi-finale contre le Pays de Galles, l’attaquant du Real Madrid avait été plutôt en retrait jusque-là. Il y a quelques exceptions au relatif mutisme des footballeurs européens les plus en vue du moment, dont le très remarqué Antoine Griezmann (six buts, meilleur joueur du tournoi aux yeux de l’UEFA) ou Gareth Bale. Mais l’ailier du Pays de Galles a moins fait l’unanimité par ses trois buts que parce qu’il s’est mis corps et âme au service de son équipe

Le paradoxe viking
A l’instar du Portugal en finale, de nombreuses formations se sont montrées bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal. Les équipes d’Islande, d’Irlande du Nord et de République d’Irlande ont, par leur vaillante résistance opposée aux «grandes» équipes, offert à ce tournoi de belles histoires. Elles ont été reçues de manière assez paradoxale par les amateurs de football, qui d’un côté se prenaient de passion pour les besogneux «Vikings» de Reykjavik tout en regrettant de l’autre un Euro trop fermé, trop défensif, pas assez enlevé.

Lire aussi: L’Islande, sensation de l’Euro 2016

«Parfois, il faut savoir être pragmatique pour gagner un match. Nous aimerions jouer de façon plus spectaculaire, mais ce n’est pas toujours de cette manière que vous gagnez un tournoi», déclarait le sélectionneur du Portugal Fernando Santos après le huitième de finale chichement gagné par son équipe contre la Croatie (1-0 après prolongations). Ses protégés ont enchaîné avec une qualification via les tirs au but contre la Pologne, puis une victoire contre le Pays de Galles en demi-finale. La seule acquise par les Portugais en 90 minutes lors de l’Euro 2016. Au premier tour, ils avaient concédé trois matches nuls (1-1 contre l’Islande, 0-0 contre l’Autriche, 3-3 contre la Hongrie) qui ne laissaient en rien présager de leur succès en finale.

Mais au cours de la compétition, les surprises se sont succédé, la loi des séries a été mise à mal et les bookmakers ont dû s’en arracher les cheveux. L’Euro 2016 a rappelé que le football est un sport qui se joue à onze contre onze et qu’à la fin, on ne sait jamais vraiment qui va gagner.


Les émeutes raciales de Chicago: Attention, un racisme peut en cacher un autre (France gets long overdue translation of Sandburg’s 1919 Chicago race riot but still no answer as to why it managed to avoid for so long the anti-black racism it loves to denounce in the US)

7 juillet, 2016

Lawrence_Panel-1migrants_at_Budapest_station

affiche-expo-coloniale-parisbal negreBanjoRedSummerChicago-race-riotChicago_Race_Riot_Walgreenschicago-race-riot-starts-red-summer-1919-old-newspaper-Slave-tableIf we must die, let it not be like hogs
Hunted and penned in an inglorious spot,
While round us bark the mad and hungry dogs,
Making their mock at our accursèd lot.
If we must die, O let us nobly die,
So that our precious blood may not be shed
In vain; then even the monsters we defy
Shall be constrained to honor us though dead!
O kinsmen! we must meet the common foe!
Though far outnumbered let us show us brave,
And for their thousand blows deal one death-blow!
What though before us lies the open grave?
Like men we’ll face the murderous, cowardly pack,
Pressed to the wall, dying, but fighting back!
If We Must Die (Claude McKay, 1922)
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Barack Hussein Obama
There is nothing more painful to me at this stage in my life than to walk down the street and hear footsteps and start thinking about robbery. Then look around and see somebody white and feel relieved. . . . After all we have been through. Just to think we can’t walk down our own streets, how humiliating. Jesse Jackson
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Les gens pensaient que parce que nous avions élu Obama, la société américaine était devenue post-raciale, que la couleur de la peau n’avait plus aucune importance. Avec l’affaire Trayvon Martin, nous assistons à un réveil et à une mobilisation.  Geraldine Thompson (historienne et représentante démocrate de l’Etat de Floride)
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Drame raciste aux Etats-Unis : les stars dénoncent le meurtre d’Alton Sterling Une vidéo d’une violence inouïe tourne sur la Toile depuis ce mardi 5 juillet. On y voit deux policiers de Bâton-Rouge, en Louisiane, brutalement interpeller un Afro-Américain, Alton Sterling, et lui tirer une balle dans la tête. Des images insoutenables qui ont choqué à travers la planète. En première ligne aux Etats-Unis : Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont réagi. Il y a quelques jours, le discours édifiant de Jesse Williams, acteur de la série « Grey’s Anatomy » avait fait un tollé aux États-Unis. Celui qui dénonçait sur la scène des BET Awards les bavures policières contre les Afro-Américains avait fini par être accusé de racisme anti-blanc. Une pétition demandait même son renvoi des écrans télé. Mardi 5 juillet, la donne avait déjà changé outre-Atlantique, alors que l’on apprenait que la police américaine avait fait sa 558ème victime aux États-Unis (source The Guardian). La victime s’appelle Alton Sterling, âgé de 37 ans, et c’est encore un Afro-Américain. Il a trouvé la mort après une altercation brutale avec les forces de l’ordre. La police avait été alertée sur place par un témoin qui avait assuré que cet homme portant un t-shirt rouge et vendant des CD devant un magasin, l’avait menacé avec une arme à feu. Une vidéo de la scène a été tournée et partagée sur la Toile, on y voit le suspect malmené par la police. Le suspect se débat pendant quelques secondes avant d’être mis à terre et qu’un policier n’ouvre le feu sur lui « à quatre ou six reprises » rapporte la presse. Un « lynchage légal » ont commenté de nombreux internautes horrifiés qui ont repris les mots dièses #AltonSterling et #BlackLivesMatter pour dire toute leur émotion et leur colère sur les réseaux sociaux. Parmi eux, Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont envoyé leurs prières et ont appelé à une réaction massive du grand public. Public.fr
The offender said, ‘I hate white people’ and threw a punch. There is no evidence either way about what the offender meant or whether . . . she holds or promotes an ideology which would explain why this assault was aimed at this victim. I am not satisfied beyond a reasonable doubt that this offence was, even in part, motivated by racial bias. Provincial court Judge Harry Van Harten (Calgary, Canada)
Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck. (…) La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe. (…) L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions. (…) La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. (…) J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main. Alain Finkielkraut
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain ». Géraldine Smith
Un jour j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. Joséphine Baker
La position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française. Georges Mauco (1945)
Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. (….) Afin d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans, de réduire nos taux absurdes de mortalité et de morbidité infantile et juvénile, d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française, un grand plan est tracé […] pour qu’à tout prix soit obtenu le résultat vital et sacré. Charles de Gaulle (3 mars 1945)
Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration. Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments. b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines. c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.  [Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.] d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux. Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables. Général de Gaulle (lettre à Pierre-Henri Teitgen, garde des Sceaux, 12 juin 1945 – sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle)
C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leur djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !  Ch. de Gaulle (Conversation rapportée par Alain Peyrefitte le 5 mars 1959 suite aux événements d’Algérie)
Marseille offrait cependant un charme barbare et international qui incarnait de façon étonnante le grand flux de la vie moderne. Peu étendue, avec une population manifestement trop nombreuse, porte de service de l’Europe, chargeant et déchargeant son commerce avec l’Orient et l’Afrique, port préféré des matelots en bordée sans permission, infestée de toute la racaille des pays méditerranéens, grouillante de guides, de putes, de maquereaux, repoussante et attirante dans son abjection aux longs crocs sous ses dehors pittoresques, cette ville semblait proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse de la vie moderne était le bordel. Claude McKay (Banjo)
Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut. Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… » Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable. Marianne (2015)
Banjo: A Story without a Plot was published by Claude McKay in 1929, between the World Wars. In the novel, McKay draws on his personal experiences living in France to depict dockworkers and drifters in the port town of Marseilles. The novel follows one group of “beach boys,” combining semi-autobiographical accounts of their pleasure-seeking lifestyle with their conversations about race relations and race politics, in France and abroad. The men in the novel represent various positions on race politics. Below are the four most prominent categories of positions in the novel—remember that each character nuances his views differently, and there are many distinctions to be made within these categories. (You might recognize some of the oppositions between these positions from later conflicts within the Civil Rights movement; they have some features in common with, for example, the political disagreements between Martin Luther King, Jr., and Malcolm X.) – Black Internationalism—This political culture linked blacks from around the world by connecting struggles against slavery, colonialism, and racism. Many of these connections are made in Banjo, like when Ray notes the similarities between the list of atrocities the French were committing in the colonies and the treatment endured by blacks in the United States. – Racial Assimilationism/Integrationism—During the early 20th century, assimilation was one possible answer to the question of how black people were to recover their full humanity: by being fully integrated into existing white society. Assimilation might include pursuing higher education and joining the professions, two things that were seen as allowing blacks to move out of their marginal position and into the respectable middle classes, as discussed in Banjo. – Black Nationalism—Opposed to assimilationists, black nationalists argued that black people should affirm and fight for their own culture and values, demanding their rights on their own terms rather than gaining a place in the existing system that had excluded them. W.E.B. Du Bois was associated with this position, which reflects the views of many of the characters in Banjo. – Black Separatism and Garveyism—These two positions are subsets of black nationalism that advocate the creation of essentially separate societies for black and white people. Whereas some black separatists thought that these two nations could be created within the United States, Marcus Garvey sought to bring blacks “Back to Africa,” a position represented in the novel by Taloufa. Berkeley university
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France n’a pas fait appel à ses territoires d’outre-mer, colonies et DOM confondus, pour combler son déficit de main-d’oeuvre bon marché. Pourquoi ? la réponse à cette question, rarement soulevée, est moins évidente qu’il n’y parait. Pour sa reconstruction, l’hexagone n’avait-il pas besoin de bras valides, de gens – de préférence francophones – taillables et corvéables ? dès lors pourquoi se priver de la « Force noire », qui venait de faire ses preuves sur le champ de bataille ? En raison d’un présupposé censément « naturel », d’un sous-entendu qui est alors au coeur des débat public sur l’immigration sans remonter à la surfacce explicite du discours: la question raciale. Quand le 3 mars 1945 devant l’Assemblée consultative, de Gaulle invoque « l’impératif migratoire », quand il précise qu’ « il faut introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française », il n’est pas dit mais entendu que ces « bons éléments » ne sauraient être des Africains ou des Antillais – des Noirs. Géraldine Faès et Stephen Smith
They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history. For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1. Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot. The Chicago Tribune
En avril 1919, les forces de police arrêtent un complot visant à l’envoi 36 bombes à des membres éminents de l’establishment américain politique et économique : JP Morgan, John D. Rockefeller, le juge de la Cour suprême Oliver Wendell Holmes ou encore le procureur général des États-Unis Alexander Mitchell Palmer. Le 2 juin 1919, dans sept villes du Nord-Est des États-Unis, huit bombes de fortes puissances ont explosé quasi simultanément à la même heure (une église catholique de Philadelphie étant la cible de deux bombes). L’un des objectifs était la maison, à Washington, D.C., du procureur général Palmer. L’explosion tue le poseur de bombe, qui sera la seule victime, et des témoignages confirment qu’il s’agit d’une organisation radicale d’origine italienne dont l’antenne américaine se trouverait à Philadelphie, mais l’affaire n’a jamais été résolue. C’est après, entre 1919 et 1921, que le procureur général lance les Palmer Raids. Des avocats notables dénoncent l’inconstitutionnalité de ces mesures, dont le futur juge à la Cour suprême Felix Frankfurter (notamment les quatrième, cinquième, sixième et huitième de la Constitution des États-Unis). Palmer perd de sa crédibilité lorsqu’il annonce qu’un risque de révolution est possible, le 1er mai 1920. Dès 1918, le président Woodrow Wilson avait fait pression sur le Congrès afin qu’il légifère contre les immigrés anarchistes (concrétisé par le Sedition Act of 1918 (en)) afin de protéger le moral du pays pendant la guerre. Le 1er septembre 1920, des bombes explosent à Wall Street, près de Federal Hall et de la Banque JP Morgan. Bien que deux anarchistes et des communistes soient soupçonnés d’être responsables de l’attentat, aucun n’est inculpé. On dénombre 38 morts et 141 blessés. En conséquence, l’opinion publique évolue et des organisations de gauche telles que l’Industrial Workers of the World et le Parti communiste des États-Unis perdent plusieurs de leurs militants. Entre 1919 et 1920, plusieurs états ont jugé le syndicalisme « criminel ». Cela implique alors des restrictions de la liberté d’expression. Des procès ont lieu (dont la célèbre affaire Sacco et Vanzetti), ainsi que des déportations hors du territoire américain. Wikipedia
La grande migration afro-américaine est le mouvement qui a conduit six millions d’Afro-Américains du Sud des États-Unis vers le Middle West, le Nord-Est et l’Ouest de 1910 à 1930. Les estimations du nombre de migrants varient selon les repères temporels choisis. Les Afro-Américains émigraient pour échapper au racisme et essayer de trouver du travail dans les villes industrielles. Certains historiens font une distinction entre la Première Grande Migration (de 1910 à 1940), et qui a porté sur environ 1,6 million migrants, et la Seconde Grande Migration, de 1940 à 1970. (…) Entre 1910 et 1930, la population afro-américaine s’accrut d’environ 40 % dans les États du Nord, principalement dans les grandes villes. Des villes comme Chicago, Détroit, New York et Cleveland connurent quelques-unes des plus fortes hausses dans la première partie du siècle. Du fait que cette évolution se concentrait dans les villes, les tensions urbaines augmentèrent à mesure que les Afro-Américains et les immigrants européens nouveaux ou récents, groupes qui tous les deux étaient issus de sociétés rurales, entraient en concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine. Les tensions étaient souvent les plus vives entre les Irlandais ethniques, soucieux de défendre leurs positions, et les immigrants récents et les noirs. Les Afro-Américains migraient individuellement ou en petits groupes familiaux. Ils ne recevaient aucune aide du gouvernement, mais souvent les industries du Nord, comme les chemins de fer, le conditionnement de la viande et l’élevage du bétail, avaient besoin de main-d’œuvre. Le principal facteur de la migration était le climat raciste dans le Sud et la violence généralisée qui se manifestait par des lynchages. Dans le Nord, on pouvait trouver de meilleures écoles et les hommes adultes avaient le droit de vote (ainsi que les femmes après 1920). L’essor des industries montrait qu’il y avait possibilité de trouver des emplois. (…) L’énorme expansion des industries de guerre créa pour les noirs des possibilités d’emploi, non dans les usines, mais dans les postes laissés vacants par les ouvriers appelés à y travailler. La Première Guerre mondiale et la Loi d’immigration Johnson-Reed de 1924 mirent brutalement un terme à l’afflux d’immigrants européens vers les centres industriels qui apparaissaient au Nord-Est et dans le Middle West, ce qui provoqua une pénurie de main-d’œuvre dans les usines. (…) La Grande Migration des Afro-Américains a créé les premières grandes communautés noires urbaines dans le Nord. On estime traditionnellement à 400 000 le nombre de ceux qui ont quitté le Sud pendant la période de deux années allant de 1916 à 1918, pour profiter de la pénurie de main-d’œuvre qu’avait créée la Première Guerre mondiale. (…) En 1910, la population afro-américaine de Détroit était de 6 000. Dès le début de la Grande Dépression en 1929, ce chiffre était monté à 120 000. En 1900, Chicago avait une population totale de 1 698 575 habitants. En 1920 elle avait augmenté de plus d’un million d’habitants. (…) Alors que la Grande Migration aidait les Afro-Américains instruits à obtenir des emplois, permettant à terme de mesurer la mobilité sociale, les migrants se heurtaient à des discriminations importantes. Du fait qu’un si grand nombre de personnes avaient migré dans un laps de temps assez bref, les migrants afro-américains se heurtaient souvent au ressentiment de la classe ouvrière américaine d’origine européenne, craignant que ses salaires ou la sécurité de ses emplois fût menacée par l’afflux de nouveaux travailleurs qui lui ferait concurrence. Les plus craintifs ou les plus hostiles étaient parfois les derniers en date des immigrants du XIXe siècle et les nouveaux immigrants du XXe siècle. Dans de nombreuses villes, la classe ouvrière a essayé de défendre ce qu’elle considérait comme « son » territoire. Néanmoins, les Afro-Américains ont pu gagner suffisamment d’argent dans les emplois industriels, en particulier dans la sidérurgie, l’automobile, la construction navale et les industries de préparation de la viande. Entre 1910 et 1920, le nombre de noirs employés dans l’industrie a presque doublé passant de 500 000 à 901 00010. (…) Les migrants ont découvert la discrimination raciale dans le Nord, même si elle se présentait parfois de façon plus subtile que dans le Sud. La population avait augmenté si rapidement tant chez les migrants afro-américains que chez les nouveaux immigrants venant d’Europe, qu’il y avait pénurie de logements, et les nouveaux groupes devaient rivaliser, même pour obtenir les logements les plus anciens, délabrés la plupart du temps. Les groupes ethniques se créaient des territoires qu’ils défendaient contre le changement. Souvent la discrimination forçait les Afro-Américains à rester dans les quartiers surpeuplés, comme à Chicago. Dans les villes, les populations plus à l’aise avaient tendance à se déplacer vers de nouveaux logements qui se développaient dans la périphérie. Les refus de prêts et les discriminations liées à l’habitat limitaient pour les Afro-Américains arrivés le plus récemment la possibilité de choisir leur propre logement, ou de l’obtenir à un prix raisonnable. (…) Pour de nombreux Afro-Américains cette période a marqué un profond changement dans le mode de vie : de travailleurs ruraux ils sont devenus ouvriers des industries installées dans les villes. La migration a donc eu pour eux un double effet : d’une part ils se sont intégrés de plus en plus dans la société, d’autre part le fait de vivre et de travailler en contact plus étroit avec les Américains d’origine européenne n’a cessé d’élargir le fossé qui existait entre eux. De fait, lors de la migration, les migrants se heurtaient souvent à des discriminations dans l’habitat car les propriétaires de race blanche et les agents immobiliers essayaient de les empêcher d’acheter des maisons ou de louer des appartements dans les quartiers blancs. En outre, quand des noirs allaient s’installer dans de tels quartiers, il arrivait souvent que les blancs réagissent violemment contre ces nouveaux voisins, par exemple avec une foule en émeute qui venait devant leurs domiciles, et qui allait jusqu’au jet de pierres et même jusqu’à l’assassinat. Ces tendances ont contribué à maintenir la « fracture raciale » dans le Nord et peut-être même à l’accentuer. Dans des villes comme Chicago et Omaha, le boom immobilier d’après-guerre a développé la création de banlieues réservées aux populations blanches. Le résultat est qu’à la fin des années 1950 et 1960, les Afro-Américains se sont retrouvés hyper-urbanisés et concentrés de façon beaucoup plus dense que les autres groupes dans les quartiers défavorisés. Du fait que les migrants afro-américaine avaient conservé un grand nombre de traits culturels et linguistiques du Sud, ces différences de culture ont créé chez ceux qui les avaient précédé dans les villes le sentiment qu’ils étaient des étrangers. Les stéréotypes attribués aux personnes noires au cours cette période et pendant les générations remontent souvent aux traditions culturelles rurales des migrants afro-américains, qui s’opposaient à l’environnement urbain dans lequel ils résidaient. Wikipedia
Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers. (…) Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance. (…) De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud. (…) Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion. Carl Sandburg
Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée. (…) Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. Walter Lippmann (août 1919)
Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction. Kenneth Clark (1968)
Sandburg … prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître. (…) mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre. (…) Les émeutes raciales, on le comprend mieux, ne sont pas un passage dans l’histoire américaine. Elles n’ont rien, pas plus hier qu’aujourd’hui, d’un dérèglement passager de l’ordre ordinaire des choses. Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalité, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent. Christophe Granger
Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales. Carl Sandburg prend le parti d’expliquer. Il décrit l’oppression organisée des Noirs, l’immigration imposée, la ségrégation ordinaire, les logements de seconde zone et l’habitude des lynchages. A l’heure où les émeutes raciales tenaillent toujours les Etats-Unis, ce petit livre oublié éclaire l’une des périodes les plus troublées de l’Amérique – celle qui, tenaillée par la question raciale, accompagne la recrudescence du Ku Klux Klan. Il éclaire aussi une pratique journalistique, celle du reportage, qui ne cède jamais au voyeurisme de la violence, d’un auteur et poète qui, par la suite, a obtenu le prix Pulitzer. Babelio

Vous avez dit deux poids deux mesures ?

A l’heure où sort enfin pour la première fois en France avec près d’un siècle de retard …

La traduction des fameuses chroniques de l’écrivain suédo-américain Carl Sandberg pour le Chicago news sur la première émeute noire de l’histoire américaine …

Les treize jours de terreur qui avant de s’étendre à des dizaines de villes dans tous les Etats-Unis (le tristement fameux « été rouge ») feront 23 victimes noires et 15 blanches sans compter les centaines de blessés et dévasteront des quartiers entiers suite à la noyade provoquée d’un jeune Noir au large d’une plage du lac Michigan réservée aux Blancs …

Sur fond de migration massive de noirs issus du sud (500 000 en quelques années), concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine, utilisation de briseurs de grève noirs, surpeuplement suite au doublement de la population noire en deux ans, plus grand activisme de soldats noirs revenus du front « pour préserver la démocratie », série d’attentats anarchistes et grèves massives suite à la Révolution bolchévique

Publication accompagnée comme il se doit des habituels couplets de nos chasseurs d’ambulances patentés sur « les brutalités policières et émeutes qui embrasent toujours aussi fréquemment le pays » et « viennent de rappeler »,  pour ceux qui « aiment se bercer d’illusions sur l’Amérique ‘post-raciale’, « la triste réalité de ce problème sans fin » …

Pendant que mis à part les groupes protégés, la moindre agression ou brutalité policière sont dénoncées comme racistes face à des suspects qui refusent souvent d’optempérer par les mêmes qui font et vivent confortablement de l’apologie de la violence à longueur de séries télé et de films …

Et qu’avec tant le référendum britannique que la candidature d’un Donald Trump le déni de réalité de nos belles âmes et de nos bons esprits et la véritable invasion migratoire qu’ils ont provoquée viennent de recevoir la réponse que l’on sait …

Qui se souvient …

Que la France « négrophile » qui allait célébrer, sur fond d’exposition coloniale et de zoos humains et à moitié nue dans sa ceinture de sauvageonne, l’égérie des cubistes

Ou les bas fonds si pittoresques du port de Marseille décrits comme un « petit Harlem » « de la citoyenneté et du vivre-ensemble » par  le « clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste » Claude McKay …

Et qui ne trouvait pas, loin de ses anciens esclaves parqués discrètement dans ses DOMTOM (1, 6 million quand même: 14% vs. 500 000 pour les Etats-Unis: 4% et 4 millions pour le Brésil: 35% !) et entre deux massacres coloniaux (dans les deux sens), de mots assez durs déjà pour fustiger le « racisme américain » …

Ne comptait alors pas plus de 5.000 Noirs sur son territoire métropolitain ?

Et qui rappelle …

Les raisons pour lesquelles une France saignée 25 ans plus tard par une nouvelle guerre mondiale …

Avait décidé de « se priver » pour sa reconstruction de « la Force noire » de ses territoires d’outre-mer qui « venait de faire ses preuves sur le champ de bataille » …

A savoir, comme l’avait souligné le général de Gaulle lui-même, qu’il fallait « introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française » ?

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919 publiées chez Anamosa
Mohamed
Addict-Culture
9 mai 2016

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919, est le troisième livre de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa. Il s’agit là de la première traduction française (effectuée par Morgane Saysana) des articles que Carl Sandburg a consacré à Chicago avant et après le Red Summer de 1919.

Dans cette série d’articles, Sandburg fait moins oeuvre de journalisme que de sociologie, comme l’indique Christophe Granger dans la préface :

“Il prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître”

Et c’est ainsi que l’on déambule dans les rues de Chicago pour découvrir pas à pas la condition des Noirs Américains.

Depuis 1916 les États-Unis doivent faire face à la Grande Migration des Noirs du sud vers les grandes villes industrielles du nord. Ce mouvement est qualifié par Loic Wacquant comme “le plus important de l’Histoire contemporaine”. Ce dernier écrit par ailleurs :

“Ce transfert de population a alimenté la formation des grands ghettos urbains et la première poussée des revendications pour l’accès à la pleine citoyenneté des Américains de couleurs”.

Il ne dit rien d’autre que ce que Sandburg avait écrit un siècle plus tôt :

“Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers.”

et un peu plus loin :

“Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance.”

Chicago, tout comme d’autres villes du nord, représente pour les Noirs une terre promise loin des agressions raciales et semble aussi incarner une promesse d’emploi.

“De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son  vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud.”

Carl Sandburg constate donc au fil de ses enquêtes que les villes du nord ne sont pas aussi tolérantes que les Noirs eux-mêmes auraient pu le croire. La ségrégation, même si elle n’est pas aussi démonstrative que dans les villes du sud, n’en n’est pas moins réelle et plus pernicieuse. A commencer dans l’immobilier, où l’accession à la propriété n’est pas chose aisée :

“Vous autres, vous n’êtes pas admis dans notre société. Personnellement je n’ai rien contre eux (…) mais, vous savez on prévoit de rénover les abords du lac, le réseau de chemins de fer de l’Illinois, et pour le reste ; on ne peut pas se permettre de laisser ces gens là s’installer ici. (…)Loin de nous l’idée de lancer des menaces, mais il faut faire quelque chose, nous tenons à le signaler”

Ce sont ici les mots du porte-parole des intérêts immobiliers.

Sur le marché de l’emploi, les Noirs ne sont pas mieux traités. La ville profite de cette arrivée massive de travailleurs pour remplacer ceux qui sont parti en Europe. Cependant ils n’ont d’autres choix que d’occuper les métiers pénibles que les Blancs refusent d’accomplir.

Donc, dès 1919, Carl Sandburg démontre la dimension tragique, à travers cet environnement social des grandes villes, Chicago en particulier, que les Noirs doivent affronter. Il montre que cette communauté cherche à s’implanter durablement dans une société qui ne les désire pas. Ils nous parle des ces personnes de couleurs qui réussissent, certes, mais aussi des marginaux, de ceux qui demeurent dans les pires conditions de vie et ceux qui s’adonnent aux activités criminelles.

Sandburg démontre aussi la responsabilité de la presse qui n’a de cesse de colporter des rumeurs sans réel fondement sur des agressions, alimentant ainsi la haine envers les Noirs :

“Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion.”

Carl Sandburg aborde donc tous les aspects de la vie des afro-américains : de l’emploi en passant par la vie religieuse et associative. Il met l’accent sur une vie qui semble paisible mais qui repose sur un équilibre fragile. Autrement dit, si les Noirs restent à leur place… tout va bien. Il traite aussi les dangers de s’aventurer hors de la “black belt”, ce territoire aux frontières imaginaires et pourtant si bien défini dans la pensée des Blancs. Pour preuve, lorsque le jeune Eugène Williams se retrouve sur un bout de plage qui n’est pas celui qui revient aux Noirs, il est alors assassiné à coup de jets de pierres par la jeunesse blanche. L’équilibre factice est rompu. Toutes ces tensions inhérentes à cette société inégalitaire finissent par devenir de fortes émeutes qui ont pour résultats des centaines de victimes et d’immenses dégâts.

Le travail de Carl Sandburg est particulièrement éclairant sur une situation qui se répète encore de nos jours, non seulement aux États-Unis mais aussi dans d’autres parties du monde où l’étranger est mal ou peu considéré.

Lors d’une allocution devant la commission Kerner sur les émeutes raciales de 1968 à Chicago, le sociologue Kenneth Clark déclare :

“Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction»

Chicago, Washington, New York 1919, Harlem 1935, Harlem 1943, New York 1964, Philadelphie 1964, Watts 1965, Detroit 1967, Washington, Chicago, Baltimore 1968, Los Angeles 1992, Baltimore 2015.

Voilà donc depuis presque un siècle la ritournelle des soulèvements de la population Afro-Américaine et démontre que la question raciale est toujours présente aux Etats-Unis.

Lorsque Walter Lippman  rédige son introduction à propos du travail de Carl Sandburg il en arrive à la même conclusion :

“Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée.”

Carl Sandburg a accompli un travail d’enquête d’une grande justesse, dans un style précis étayé par les chiffres mais aussi une réflexion pleine d’humanisme.

Il parvient à “émouvoir non seulement pour susciter l’indignation, bien que cela soit nécessaire, mais aussi pour faire réfléchir”.

Voir aussi:

LES ÉMEUTES RACIALES DE CHICAGO JUILLET 1919 de Carl Sandburg / Editions Anamosa.
clete

Nyctalopes

juin 2, 2016

Traduction: Morgane Saysana.

Troisième publication de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa spécialisée dans les sciences humaines « les émeutes raciales de Chicago » de 1919 est un bien bel ouvrage inédit puisque l’ensemble des textes de Carl Sandburg n’avait jamais été traduit en français.

Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales.

L’ouvrage qui se décline en plusieurs parties forme un beau livre où préface, texte proprement dit, puis cahier annexe de fin d’ouvrage avec cartes, photographies et mémorial des victimes offrent un panorama complet des tragiques événements de juillet 1919 à Chicago qui ne sont néanmoins qu’une petite partie des émeutes qui ont secoué et endeuillé le pays cet été là.

La partie centrale et majeure du livre est bien sûr l’écrit de Carl Sandburg qui décrit la condition des Afro-Américains à Chicago au sortir de la guerre. Ils arrivent en grand nombre en pensant que la vie au Nord sera moins difficile que dans le terrible Sud où ils ne sont que les descendants d’esclaves et où les droits minimum ne leur sont pas garantis sans compter l’accès au travail et à la même éducation que la population blanche. Cet afflux à Chicago et dans les grandes métropoles industrielles du Nord se fait sans aucune organisation des autorités qui se contrefoutent bien des conditions de vie des arrivants qui seront forcément mieux lotis dans l’ Illinois que dans le Mississipi ou autres états moyen-moyenâgeux où les lynchages sont monnaie courante. Carl Sandburg explique d’ailleurs que chaque cas de lynchage dans un état du sud est suivi d’arrivées massives en gare de Chicago dans les jours qui suivent.

Carl Sandburg va ainsi montrer les différents aspects de la vie sociale et économique de ces arrivants qui s’ils ne sont pas haïs et méprisés comme en dessous de la ligne Mason-Dixon sont néanmoins largement exploités dans leurs conditions de vie,de travail et dans leurs accès à la propriété ou à un logement décent. Cette partie du livre qui date de l’époque fera le bonheur, bien sûr, des historiens et des sociologues mais aussi de toutes les personnes intéressées par l’Amérique, ses maux, ses fractures et ses paradoxes.

Profane, je vais sûrement faire hurler les puristes mais la partie inoubliable, brillante, c’est l’introduction écrite en février 2016 par Christophe Granger historien, membre du centre d’Histoire sociale du XXème siècle qui réussit un formidable travail de didactique pour les béotiens comme moi en démarrant son propos intitulé « L’Amérique et le démon de la race » par cette phrase : « mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre ».Un siècle plus tard, on ne compte plus les émeutes raciales qui ont ensanglanté l’histoire des USA avec toujours les mêmes raisons, la ghettoïsation, les différences économiques entre les groupes, le laxisme des autorités, les inégalités sociales, la volonté universelle de médiocres d’écraser pour montrer qu’ils existent.

Si Sandburg, dans cette compilation d’articles qu’il avait écrits pour le Chicago Daily News à l’époque, explique, démontre les conditions qui ont permis l’horreur, Granger, lui, tout en nous apprenant à apprendre de l’Histoire montre les événements avec le recul de l’Historien et donne ainsi des clés indispensables à la compréhension des écrits de Sandburg et du déroulement des jours d’effroi.

On pourrait se dire que ce n’est qu’un phénomène ricain et pourtant l’universalité des maux saute aux yeux.

« Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. »Walter Lippmann août 1919.

Très belle initiative des éditions Anamosa, ouvrage essentiel.

Voir également:

Les émeutes de Chicago en 1919
Zones subversives

3 Juillet 2016

En 1919, des émeutes raciales éclatent à Chicago. Mais les Noirs se révoltent surtout contre leurs conditions de vie. Cet épisode historique fait écho à la situation actuelle.

Les émeutes de Ferguson et de Baltimore s’inscrivent dans une histoire longue. Celle de la révolte des ghettos noirs des Etats-Unis. Le journaliste Carl Sandburg analyse Les émeutes raciales de Chicago de juillet 1919. Ce texte réédité décrit une situation qui n’a pas changé : misère, ségrégation, violence et injustice sociale. Carl Sandburg ne se contente pas de décrire, il analyse les émeutes et leurs causes sociales.

L’historien Christophe Granger présente le contexte d’un récit qui conserve toute son actualité. Durant le « Red Summer », les agressions racistes se multiplient. Des jeunes Blancs attaquent aveuglement des passants noirs. Les émeutes de Chicago sont déclenchées par la noyade d’un jeune Noir agressé par des Blancs. Le policier présent ne réagit pas. Dans les jours qui viennent, les affrontements se multiplient. Les Blancs et les Noirs se battent, avec des morts de chaque côté. L’émeute prend l’allure d’une « guerre raciale ».

Ce Red Summer s’inscrit dans une histoire longue des violences raciales. Les Etats du Sud ont longtemps pratiqué l’esclavage. Des émeutes raciales éclatent pendant la guerre de Sécession. Dans les années 1870, cette violence raciale participe au maintien de la ségrégation et des rapports sociaux. Ces agressions visent à faire fuir les élites noires.

Dans les années 1910, Chicago devient le centre de la « question raciale ». Cette métropole accueille les familles noires qui fuient les Etats ségrégationnistes du Sud. Mais la « terre promise » devient le ghetto noir de Chicago. La misère, des logements dégradés et des mauvaises conditions de travail installent les Noirs dans une marginalité. Ils intériorisent une infériorité par rapport aux Blancs.

Racisme et exploitation

Au début du XXe siècle, la population noire fuit les Etats du Sud avec leur racisme et leur passé esclavagiste. Les gens de couleurs se réfugient dans les grandes villes du Nord comme Chicago. Ils fuient la misère et le racisme. « Pour beaucoup de ceux qui ont gagné le Nord, la promesse d’un salaire et d’un emploi vient après le désir de fuir les lynchages », décrit Carl Sandburg. Les population noire espère trouver davantage d’égalité et d’opportunités dans les villes du Nord.

Les populations noires ont des difficultés d’accès au logement. Leur arrivée massive peut influencer le prix de l’immobilier. Les propriétaires rénovent les logements pour augmenter les prix. Inversement, l’arrivée massive d’une population noire peut contribuer à la diminution des loyers dans un quartier. Les agents immobiliers peuvent alors s’opposer à la présence des Noirs. Ils instrumentalisent l’antagonisme racial à des fins commerciales.

Les personnes de couleur doivent se contenter d’accepter les emplois les moins qualifiés et rémunérés. Les postes à pourvoir se situent dans les fonderies, les aciéries, le bâtiment et les usines qui demandent en permanence des travailleurs peu qualifiés. Les travailleurs immigrés issus des pays européens aspirent à revenir dans leur pays d’origine pour retrouver leur famille. Pour reconstituer la main d’œuvre à exploiter, le patronat doit désormais puiser dans la population noire. « L’essentiel de ce qu’on considère comme une question raciale est au fond un problème de main d’œuvre », analyse Carl Sandburg. L’accès au marché de l’emploi et l’égalité salariale pour les travailleurs noirs se situent au cœur de la « question raciale ».

Les écrits des personnes de couleur insistent sur l’importance de l’égalité économique pour régler le problème racial. Les gens de couleur insistent sur l’accès à l’emploi et à un revenu décent. « Ils tiennent en horreur la ségrégation dans les transports issue des lois Jim Crow, mais aussi les lynchages et tous les actes de discrimination raciale, parce que derrière cela, ils savent bien que, même dans le Nord, hommes et femmes de couleur ont peu de chances d’obtenir des emplois qualifiés, et même non qualifiés », observe Carl Sandburg.

Race et inégalités sociales

Les femmes de couleur travaillent surtout dans l’industrie manufacturière. « Les chapeaux de poupée, les abat-jour, la mercerie : voilà trois branches de l’industrie manufacturière où la main d’œuvre de couleur s’est introduite dans les usines et s’est aussi mise à travailler à domicile », décrit Carl Sandburg. Les hôtels et les restaurants embauchent également des aides de cuisine, des serveuses et des femmes de ménage. L’industrie de la viande emploie aussi des travailleuses de couleur. Les femmes noires doivent souvent se contenter des travaux mécanisés ou manuels. « Les ouvrières de couleur interviennent aux étapes de fabrication que les femmes blanches refusent d’effectuer », commente un observateur du monde industriel. Les femmes de couleur effectuent les tâches les plus ingrates et les moins bien rémunérées.

Les propriétaires des logements augmentent les loyers lorsque leurs locataires sont noirs. Quelles que soient les causes économiques, « le Nègre à Chicago, moins bien payé que les travailleurs blancs et plus limité dans les emplois qui s’offrent à lui, paie un loyer relativement plus élevé », indique une enquête sur le logement. Des travailleurs noirs s’organisent dans des syndicats et luttent pour l’égalité économique. « Leur hypothèse est que, une fois l’égalité des races admise sur le plan économique, elle s’imposera ensuite sans difficultés aux plans social, immobilier, dans les transports, le logement et l’éducation », souligne Carl Sandburg.

Ce livre montre bien les causes sociales de la révolte. Ces émeutes ne s’expliquent donc pas par une dimension raciale. « On le voit : invoquer la « race » pour expliquer les émeutes de Chicago, et toutes celles qui leur ressemble, c’est prendre l’effet pour la cause », analyse Christophe Granger. Une racialisation des relations sociales s’impose. C’est la façon « dont les différences raciales, loin de relever de vérités biologiques ou naturelles, ont été érigées en principe légitime d’organisation, de description et de classification des faits sociaux », observe Christophe Granger.

La race est devenue un problème pour mieux occulter les inégalités sociales. Une enquête sociologique montre au contraire les causes sociales et politiques des émeutes. Le maire de Chicago, lié à la mafia, a mis en place un véritable système clientéliste pour attribuer les logements et les emplois. Ces émeutes s’expliquent également par les gangs de jeunes blancs qui saisissent l’occasion pour se déchaîner. Mais la dimension ouvertement raciste n’est pas évidente.

Révolte sociale contre racialisation

La description de Carl Sandburg tranche avec le bavardage postmoderne des racialisateurs qui dominent désormais l’extrême gauche. Toute une mouvance sous-gauchiste, incarnée par le Parti des Indigènes de la République (PIR), insiste sur une vision raciale de la société à travers une idéologie identitaire. L’esclavage et le colonialisme suffisent alors à expliquer la situation des quartiers populaires. Les « racisés » sont simplement les victimes de représentations postcoloniales. Mais, dans le monde réel, ce sont les inégalités sociales qui expliquent les émeutes dans les quartiers populaires.

Le PIR et ses amis gauchistes gomment les clivages sociaux et les rapports de classe pour ne voir que des différences entre les races. Le PIR comprend surtout une petite bourgeoisie intellectuelle qui a trouvé un créneau pour obtenir des postes de pouvoir et de reconnaissance dans les partis de gauche. Ils n’évoquent jamais les problèmes concrets des quartiers populaires comme la précarité ou le mal-logement. Ils préfèrent pérorer sur une affirmation identitaire. Mais la véritable révolte reste toujours sociale.

L’approche identitaire du PIR ne débouche logiquement vers aucune lutte sociale. Ils proposent uniquement une Marche de la dignité pour affirmer un statut de « racisé ». La posture postmoderne consiste surtout à pleurnicher sur son sort et à cumuler les oppressions pour organiser un colloque sur l’intersectionalité. En revanche, il existe aussi de véritables révoltes comme à Ferguson ou à Baltimore, mais aussi en région parisienne en 2005. Les analyses de Carl Sandburg peuvent s’appliquer également à ces émeutes récentes. La misère, la précarité, le mépris des institutions, le mal-logement, la ségrégation sociale expliquent la colère.

Les émeutes et les révoltes ne relèvent pas uniquement de l’évènement ponctuel voué à l’oubli. « Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalités, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent », analyse Christophe Granger. Des mouvements de révolte spontanée vont éclater à nouveau. Mais cette contestation doit embraser l’ensemble des classes populaires. Les races servent aussi à diviser les prolétaires qui ont pourtant le même intérêt à abattre la société marchande. Une solidarité de classe, au-delà des races, se construit dans les révoltes sociales.

Source : Carl Sandburg, Les émeutes raciales de Chicago. Juillet 1919, traduit par Morgane Saysana, Anamosa, 2016

Voir encore:

Trois romans et quelques centaines de poèmes seulement auront suffi à Claude McKay, écrivain noir américain d’origine jamaïquaine, pour devenir l’une des figures de proue du mouvement Harlem Renaissance, qui dans l’entre-deux-guerres amorça l’émancipation culturelle et politique de la communauté afro-américaine et influença le courant de la négritude d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor.

Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut.

Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… »

Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable.

Banjo, de Claude McKay, L’Olivier, 380 p., 14,90 €.

Voir de plus:

Etats-Unis : deux Afro-Américains tués par la police en deux jours
Euronews

07/07/16

Les tensions raciales sont une fois encore exacerbées aux Etats-Unis après de nouvelles bavures policières. Deux jours seulement après le drame survenu en Louisiane, un autre Afro-Américain a été tué par la police dans le Minesota. Arrêté après avoir passé un feu rouge, Philando Castile, un homme de 32 ans a été abattu dans sa voiture. Selon sa compagne, qui a commencé à filmer avec son téléphone portable juste après le tir, le conducteur venait d’avertir l’agent qu’il détenait une arme avec licence et cherchait ses papiers.

Dans la ville de Bâton-Rouge, en Louisiane, l‘émotion et l’indignation sont tout aussi fortes. C’est sur le parking d’un centre commercial qu’un vendeur à la sauvette afro-américain a été abattu de plusieurs balles par des policiers. Des dizaines de personnes ont manifesté pour réclamer justice.

“Nous allons prier pour la paix, pour l’unité. Mais je veux que vous sachiez que cela ne s’arrêtera pas là, leur a promis Denise Marcelle, une élue de la chambre des Représentants. Nous voulons que justice soit faite, nous voulons de la transparence. Je n’arrêterai pas jusqu‘à ce que je découvre ce qui s’est passé, et les responsables seront poursuivis.”

Sans attendre une enquête locale, le département américain de la Justice a ouvert une enquête à l‘échelle fédérale pour déterminer les responsabilités des deux policiers, qui ont été suspendus.

Les forces de l’ordre avaient été alertées par un appel indiquant qu’un homme brandissait une arme sur le parking. Interpellé et plaqué au sol, Alton Sterling, un vendeur ambulant de 37 ans, a tenté de résister et a été tué à bout portant.

Dans la vidéo-amateur, on entend l’un des policiers s‘écrier “il est armé !” avant que son collègue n’abatte l’homme de plusieurs coups de feu.

Voir de plus:

Un réfugié nigérian battu à mort en Italie lors d’une agression raciste
Europe 1

07 juillet 2016

Emmanuel Chidi, 36 ans, a été pris à partie et battu à mort à Formi par un supporter « ultra » du club de football local.
Un réfugié nigérian, âgé de 36 ans, a été battu à mort lors d’une agression racisteà Fermo dans le centre de l’Italie, a indiqué mercredi le maire de la ville Paolo Calcinaro.

Le maire effondré. « En tant que maire d’une ville accueillante et ouverte depuis toujours à l’intégration, j’ai l’impression de plonger dans un cauchemar », a déclaré le maire peu après l’annonce de la mort de ce jeune réfugié, Emmanuel Chidi. Ce dernier se promenait mardi dans le centre de cette petite ville des Marches, accompagné de sa fiancée âgée de 24 ans, lorsqu’il a été violemment pris à partie par un homme identifié comme un supporter « ultra » de l’équipe de football local, selon l’agence italienne Agi.

Frappé à la tête. Insulté par des propos racistes, lui et sa jeune compagne, il a répondu verbalement à ces provocations, avant d’être frappé à la tête par cet homme dont l’identité n’a pas été révélée. Ce dernier a continué à le frapper alors que le jeune Nigérian se trouvait à terre. Hospitalisé dans un état grave, ce dernier est mort mercredi sans avoir repris connaissance.

Soutenu par une ONG catholique. Emmanuel Chidi et sa compagne se trouvaient à Fermo depuis huit mois, accueillis dans un centre de réfugiés de la Caritas, ONG catholique. Ils avaient fuit leur pays et la jeune femme avait perdu son bébé juste après une difficile traversée de la Méditerranée. Des centaines de réfugiés arrivent presque chaque jour sur les côtes italiennes, dont de nombreux Nigérians.

Sur le même sujet :
Royaume-Uni : les incidents racistes en hausse depuis le référundum
Insultes racistes dans un tram de Manchester, la vidéo qui choque l’Angleterre

Voir enfin:

La France après la guerre

La politique de la France en matière de naturalisation

L’abrogation des lois de Vichy suscite de nombreuses polémiques sur la conception des textes à adopter, sur les critères de leur mise en œuvre et sur la détermination des autorités compétentes. Dans les débats sur la politique d’immigration et de naturalisation, l’approche ethnique reste souvent présente et s’oppose aux conceptions égalitaires.

La loi qui avait permis de déchoir de la nationalité les résistants (dont de Gaulle…) est abrogée dès avril 1943 par la France Libre, et les personnes déchues sont réintégrées. L’abrogation de la loi de dénaturalisation provoque davantage de controverses. Le ministre de la Justice de la France Libre, de Menthon, considère en 1943 que l’annulation des dénaturalisations « pourrait dans certains cas présenter les plus sérieux inconvénients… Les naturalisations trop nombreuses, dans les années qui ont immédiatement précédé la guerre, d’éléments israélites douteux, ont donné prétexte à un antisémitisme qui peut poser au jour du retour un certain problème. Ce ne serait pas y parer par avance que d’annuler a priori toutes les mesures de retrait qui sont intervenues. »

Le Comité juridique de la France Libre adopte début 1944 un texte qui contredit ce point de vue et propose l’abrogation pure et simple des textes de Vichy. Les allers-retours entre les structures débouchent finalement sur un texte le 24 mai 1944 qui va dans le sens du Comité juridique et tous les dossiers de dénaturalisation sont réexaminés.

Les points de vue sur les nouvelles naturalisations sont encore plus contradictoires. Les dossiers s’accumulent (200 000 en 1944) dans les préfectures et le Garde des Sceaux demande leur remontée au ministère. Une Commission interministérielle est créée le 17 mars 1945 pour dégager les principes à adopter.

Se mêlent les débats sur les naturalisations et sur l’immigration. De Gaulle déclare en 1945 que « Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. » Il trace un grand plan afin « d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans … et d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française. » Un Haut Comité consultatif de la population et de la famille est créé en avril 1945. Il est dirigé par Mauco, qui s’est distingué avant et surtout pendant la guerre par ses points de vue racistes et antisémites. Aux principes égalitaires de la politique de l’immigration de la Troisième République, il oppose la nécessité d’un objectif de protection ethnique. Il collabore à L’Ethnie française jusqu’en 1943, où il publie en 1942 un article hallucinant sur les caractéristiques ethniques des Russes, des Arméniens et des Juifs – qui les rendent bien sûr inassimilables1 –, avant de rejoindre les FFI au début de 1944. Il est désormais chargé de mettre en place la nouvelle politique de l’immigration. Il utilise des études anthropologiques pour déterminer l’assimilabilité et donc la sélection des immigrés selon leur origine. Il conclut que puisqu’il est impossible de mener avec certitude une politique d’immigration totalement objective, « la position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française », c’est-à-dire celle de 1881-1891, considérée comme équilibrée ! Le Haut Comité décide que l’entrée des immigrés se fera selon un ordre de « désirabilité » déterminé, selon les nationalités, et des pourcentages sont fixés pour chacune d’entre elles. Les réfugiés politiques et les fugitifs sont considérés comme suspects.

En matière de naturalisation, il prône les mêmes principes. Le bureau du Sceau naturalise en priorité les résistants et les combattants de la France Libre. Mauco envoie une note pour souligner que cela conduit à naturaliser une proportion considérable de Méditerranéens, Arméniens et Israélites russes ou polonais. Il faut au contraire une politique d’ensemble qui privilégie les Nordiques, les travailleurs agricoles et les mineurs. De Gaulle tranche en faveur d’une politique d’ensemble et s’adresse en juin 1945 au nouveau garde des sceaux, Teitgen, « pour que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude de cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. »

Lettre adressée par le Général de Gaulle à Pierre-Henri Teitgen,
garde des Sceaux, le 12 juin 1945

Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration.
Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique.

a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments.

b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines.

c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.
[Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.]

d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux.
Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables.

Ch. de Gaulle

* Sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle.

La Commission interministérielle fixe à 45 000 le nombre de naturalisations, soit 130 000 acquisitions de nationalité en incluant les procédures automatiques ou déclaratives. Cela correspond au nombre de nouveaux immigrés, de sorte que la proportion Français/étrangers reste identique… Elle tente de dégager les principes d’attribution. Chaque ministère pondère différemment les critères de situation de famille, de profession ou de nationalité d’origine. Finalement, les instructions publiques données aux préfectures fixent une priorité pour :

  • Les anciens combattants de 1939-45 et ceux qui ont joué un rôle dans la résistance.
  • Les parents de trois enfants et étrangers et âgés de moins de 25 ans aptes au service militaire.
  • Les parents de deux enfants et étrangers et âgés de 25 à 30 ans aptes au service militaire.

Un critère complémentaire de nationalité d’origine est ajouté.

Une circulaire du Haut Comité demande au ministère de la Justice d’accélérer les naturalisations particulièrement désirables et utiles : éléments nordiques, travailleurs directement productifs, en limitant l’étude des candidatures moins désirables : professions commerciales, libérales, artisanales, urbaines, en particulier des grandes villes.
Circulaires, instructions, notes et réponses traduisent la poursuite des débats entre Mauco, du Haut Comité, et Teitgen, du ministère de la Justice.

Un nouveau code de la nationalité est élaboré en 1945 et remplace celui de 1927. Très détaillé, il reflète les préoccupations démographiques et la volonté de renforcer le contrôle préalable de l’Etat sur les acquisitions de nationalité. Le délai de résidence est porté de trois à cinq ans (sauf exceptions), et quatre critères de recevabilité s’ajoutent : résidence effective, moralité, assimilation et bon état de santé. La gestion des naturalisations est retirée au ministère de la Justice et attribuée au ministère de la Population, créé en décembre 1945.

À cette date, il y a :
200 000 dossiers de naturalisations en instance
500 000 dossiers de déclaration en instance
90 000 dossiers à instruire annuellement
36 000 consultations juridiques
30 000 changements de noms
plus les interventions des cabinets, des parlementaires, etc.

Le rythme des naturalisations s’accélère considérablement : 17 351 en 1946, 83 317 en 1947, année-record, 58 823 en 1948. Le total des acquisitions de la nationalité française atteint 38 869 en 1946, 111 736 en 1947, 70 925 en 1948. Priorité absolue est donnée aux résistants, aux mineurs polonais, puis aux travailleurs agricoles. Mais l’impératif démographique conduit à des naturalisations massives. Les dossiers sont traités par les préfectures, puis transmis au ministère de la Population qui les traite selon l’ordre de priorité établi par le Haut Comité. D’abord ceux des ouvriers mineurs, des combattants et des familles de trois enfants, puis les autres selon l’âge, la situation familiale et professionnelle. En 1947, le taux de décision positive s’élève à 93,3 %. Cette même année, les industriels, commerçants et ouvriers de la petite industrie représentent 42,2 % du total des hommes naturalisés, les agriculteurs et ouvriers agricoles 17,2 %, les mineurs 9 %.

Le rythme se ralentit à partir de 1947-48. Au début des années cinquante, la Guerre froide et la réintégration du critère ethnique (favoriser les ressortissants d’Europe septentrionale) conduisent à faire chuter le taux de décision positive : 80 % en 1950-51 ; 63,5 % en 1952-53-54. À partir de 1953 cependant, de nouvelles directives plus libérales (abandon du critère de l’origine nationale) sont données et le taux d’acceptation remonte.

Les documents sur la naturalisation de Mendel et Mirla Milewski sont visibles dans la section documents.

Sources :
La France et ses étrangers. L’aventure d’une politique de l’immigration de 1938 à nos jours, Patrick Weil, Folio actuel, 1995.
Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Patrick Weil, Grasset, 2002.

1. Voir Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Grasset, 2002

Voir par ailleurs:

The 1919 race riots

Ken Armstrong

The Chicago Tribune

They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history.

For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1.Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot.

One of the riot’s great mysteries is whether the city’s future boss of bosses, Richard J. Daley, participated in the violence. At the time, Daley belonged to the Hamburgs, a Bridgeport neighborhood club whose members figured prominently in the fighting. In later years, Daley repeatedly was asked what he did during the riots. He always refused to answer.

Voir aussi:

“Chicago and Its Eight Reasons”: Walter White Considers the Causes of the 1919 Chicago Race Riot

History matters

As U.S. soldiers returned from Europe in the aftermath of World War I, scarce housing and jobs heightened racial and class antagonisms across urban America. African-American soldiers, in particular, came home from the war expecting to enjoy the full rights of citizenship that they had fought to defend overseas. In the spring and summer of 1919, murderous race riots erupted in 22 American cities and towns. Chicago experienced the most severe of these riots. The Crisis, published by the NAACP, responded to the Chicago race riot with a major article in October 1919, “Chicago and Its Eight Reasons.” Author Walter White, then assistant executive secretary of the NAACP, described eight causes of the riot and concluded that tensions had increased in the city partially in response to the influx of African Americans. Though sympathetic to the new migrants’ plight, White’s article criticized both African-American newcomers to Chicago and the city’s black politicians. White also concluded, approvingly, that some black citizens, with a newfound spirit of independence, chose to retaliate against the pervasive attacks by white Chicagoans rather than remain passive victims. In this October 1919 article in the Crisis, the NAACP national magazine, the organization’s assistant executive secretary, Walter White, asserts that the black population had been made the scapegoat in the wake of the violence. He lists eight causes for the riot, with “race prejudice” being the foremost.

Many causes have been assigned for the three days of race rioting, from July 27 to 30 in Chicago, each touching some particular phase of the general condition that led up to the outbreak. Labor union officials attribute it to the action of the packers, while the packers are equally sure that the unions themselves are directly responsible. The city administration feels that the riots were brought on to discredit the [William Hale] Thompson forces, while leaders of the anti-Thompson forces, prominent among them being State’s Attorney Maclay Hoyne, are sure that the administration is directly responsible. In this manner charges and counter-charges are made, but, as is usually the case, the Negro is made to bear the brunt of it all—to be “the scapegoat.” A background of strained race relations brought to a head more rapidly through political corruption, economic competition and clashes due to the overflow of the greatly increased colored population into sections outside of the so-called “Black Belt,” embracing the Second and Third Wards, all of these contributed, aided by magnifying of Negro crime by newspapers, to the formation of a situation where only a spark was needed to ignite the flames of racial antagonism. That spark was contributed by a white youth when he knocked a colored lad off a raft at the 29th Street bathing beach and the colored boy was drowned.

Four weeks spent in studying the situation in Chicago, immediately following the outbreaks, seem to show at least eight general causes for the riots, and the same conditions, to a greater or less degree, can be found in almost every large city with an appreciable Negro population. These causes, taken after a careful study in order of their prominence, are:

1. Race Prejudice.

2. Economic Competition.

3. Political Corruption and Exploitation of Negro Voters.

4. Police Inefficiency.

5. Newspaper Lies about Negro Crime

6. Unpunished Crimes Against Negroes.

7. Housing.

8. Reaction of Whites and Negroes from War.

Some of these can be grouped under the same headings, but due to the prominence of each they are listed as separate causes.

Prior to 1915, Chicago had been famous for its remarkably fair attitude toward colored citizens. Since that time, when the migratory movement from the South assumed large proportions, the situation has steadily grown more and more tense. This was due in part to the introduction of many Negroes who were unfamiliar with city ways and could not, naturally, adapt themselves immediately to their new environment. Outside of a few sporadic attempts, little was done to teach them the rudimentary principles of sanitation, of conduct or of their new status as citizens under a system different from that in the South. During their period of absorption into the new life, their care-free, at times irresponsible and sometimes even boisterous, conduct caused complications difficult to adjust. But equally important, though seldom considered, is the fact that many Southern whites have also come into the North, many of them to Chicago, drawn by the same economic advantages that attracted the colored workman. The exact figure is unknown, but it is estimated by men who should know that fully 20,000 of them are in Chicago. These have spread the virus of race hatred and evidences of it can be seen in Chicago on every hand. This same cause underlies each of the other seven causes.

With regard to economic competition, the age-long dispute between capital and labor enters. Large numbers of Negroes were brought from the South by the packers and there is little doubt that this was done in part so that the Negro might be used as a club over the heads of the unions. John Fitzpatrick and Ed Nockels, president and secretary, respectively, of the Chicago Federation of Labor, and William Buck, editor of the New Majority, a labor organ, openly charge that the packers subsidized colored ministers, politicians and Y. M. C. A. secretaries to prevent the colored workmen at the stockyards from entering the unions. On the other hand, the Negro workman is not at all sure as to the sincerity of the unions themselves. The Negro in Chicago yet remembers the waiters’ strike some years ago, when colored union workers walked out at the command of the unions and when the strike was settled, the unions did not insist that Negro waiters be given their jobs back along with whites, and, as a result, colored men have never been able to get back into some of the hotels even to the present day. The Negro is between “the devil and the deep blue sea.” He feels that if he goes into the unions, he will lose the friendship of the employers. He knows that if he does not, he is going to be met with the bitter antagonism of the unions. With the exception of statements made by organizers, who cannot be held to accountability because of their minor official connection, no statements have been made by the local union leaders, outside of high sounding, but meaningless, protestations of friendship for the Negro worker. He feels that he has been given promises too long already. In fact, he is “fed up” on them. What he wants are binding statements and guarantees that cannot be broken at will.

With the possible exception of Philadelphia, there is probably no city in America with more of political trickery, chicanery and exploitation than Chicago. Against the united and bitter opposition of every daily newspaper in Chicago, William Hale Thompson was elected again as mayor, due, as was claimed, to the Negro and German vote. While it is not possible to state that the anti-Thompson element deliberately brought on the riots, yet it is safe to say that they were not averse to its coming. The possibility of such a clash was seen many months before it actually occurred, yet no steps were taken to prevent it. The purpose of this was to secure a two-fold result. First, it would alienate the Negro set from Thompson through a belief that was expected to grow among the colored vote when it was seen that the police force under the direction of the mayor was unable or unwilling to protect the colored people from assault by mobs. Secondly, it would discourage the Negroes from registering and voting and thus eliminate the powerful Negro vote in Chicago. Whether or not this results remains to be seen. In talking with a prominent colored citizen of Chicago, asking why the Negroes supported Thompson so unitedly, his very significant reply was:

“The Negro in Chicago, as in every other part of America, is fighting for the fundamental rights of citizenship. If a candidate for office is wrong on every other public question except this, the Negroes are going to vote for that man, for that is their only way of securing the things they want and that are denied them.”

The value of the Negro vote to Thompson can be seen in a glance at the recent election figures. His plurality was 28,000 votes. In the second ward it was 14,000 and in the third 10,000. The second and third wards constitute most of what is known as the “Black Belt.”

The fourth contributing cause was the woeful inefficiency and criminal negligence of the police authorities of Chicago, both prior to and during the riots. Prostitution, gambling and the illicit sale of whisky flourish openly and apparently without any fear whatever of police interference. In a most dangerous statement, State’s Attorney Maclay Hoyne, on August 25, declared that the riots were due solely to vice in the second ward. He seemed either to forget or to ignore the flagrant disregard of law and order and even of the common principles of decency in city management existing in many other sections of the city.

All of this tended to contribute to open disregard for law and almost contempt for it. Due either to political “pull” or to reciprocal arrangements, many notorious dives run and policemen are afraid to arrest the proprietors.

During the riots the conduct of the police force as a whole was equally open to criticism. State’s Attorney Hoyne openly charged the police with arresting colored rioters and with an unwillingness to arrest white rioters. Those who were arrested were at once released. In one case a colored man who was fair enough to appear to be white was arrested for carrying concealed weapons, together with five white men and a number of colored men. All were taken to a police station; the light colored man and the five whites being put into one cell and the other colored men in another. In a few minutes the light colored man and the five whites were released and their ammunition given back to them with the remark, “You’ll probably need this before the night is over.”

Fifth on the list is the effect of newspaper publicity concerning Negro crime. With the exception of the Daily News, all of the papers of Chicago have played up in prominent style with glaring, prejudice-breeding headlines every crime or suspected crime committed by Negroes. Headlines such as “Negro Brutally Murders Prominent Citizen,” « Negro Robs House“ and the like have appeared with alarming frequency and the news articles beneath such headlines have been of the same sort. During the rioting such headlines as ”Negro Bandits Terrorize Town,“ « Rioters Burn 100 Homes—Negroes Suspected of Having Plotted Blaze” appeared. In the latter case a story was told of witnesses seeing Negroes in automobiles applying torches and fleeing. This was the story given to the press by Fire Attorney John R. McCabe after a casual and hasty survey. Later the office of State Fire Marshall Gamber proved conclusively that the fires were not caused by Negroes, but by whites. As can easily be seen such newspaper accounts did not tend to lessen the bitterness of feeling between the conflicting groups. Further, many wild and unfounded rumors were published in the press—incendiary and inflammatory to the highest degree, a few of them being given below in order to show their nature. Some are:

Over 1,000 Negroes had been slain and their bodies thrown in “Bubbly Creek” and the Chicago River.

A Negro had been lynched and hanged from a “Loop” building overlooking Madison Street.

A white woman had been attacked and mutilated by a Negro on State Street.

A Negro woman had been slain, her breasts cut off and her infant had been killed by having its brains dashed out against a wall.

A white child had been outraged by a colored man.

A white child had been kidnapped by a band of colored men and its body later found, badly mutilated and dismembered.

Immediately following the riots, a white woman was murdered in Evanston, Ill. Immediately the crime was laid at the door of a colored man with whom the woman had been intimate a number of years. Pitiful stories were told of the woman waiting for hours on street corners for “just one look at her Billiken-like, mulatto lover.” played up under headlines such as “Confession Expected Today From Negro Suspect,” « Negro Suspect Rapidly Weakening“ and the like which clearly led one to believe that the colored man was guilty. A few days later, in an obscure item on an inside page, a short account was given of the release of the colored suspect ”because insufficient evidence to hold him » existed. A long period of such publicity had inflamed the minds of many people against Negroes who otherwise would have been unprejudiced. Much of the blame for the riots can be laid to such sources.

For a long period prior to the riots, organized gangs of white hoodlums had been perpetrating crimes against Negroes for which no arrests had been made. These gangs in many instances masqueraded under the name of “Athletic and Social Clubs” and later direct connection was shown between them and incendiary fires started during the riots. Colored men, women and children had been beaten in the parks, most of them in Jackson and Lincoln Parks. In one case a young colored girl was beaten and thrown into a lagoon. In other cases Negroes were beaten so severely that they had to be taken to hospitals. All of these cases had caused many colored people to wonder if they could expect any protection whatever from the authorities. Particularly vicious in their attacks was an organization known locally as “Regan’s Colts.”

Much has been written and said concerning the housing situation in Chicago and its effect on the racial situation. The problem is a simple one. Since 1915 the colored population of Chicago has more than doubled, increasing in four years from a little over 50,000 to what is now estimated to be between 125,000 and 150,000. Most of them lived in the area bounded by the railroad on the west, 30th Street on the north, 40th Street on the south and Ellis Avenue on east. Already overcrowded this so-called “Black Belt” could not possibly hold the doubled colored population. One cannot put ten gallons of water in a five-gallon pail. Although many Negroes had been living in “white” neighborhoods, the increased exodus from the old areas created an hysterical group of persons who formed “Property Owners‘ Association” for the purpose of keeping intact white neighborhoods. Prominent among these was the Kenwood-Hyde Park Property Owners’ Improvement Association, as well as the Park Manor Improvement Association. Early in June the writer, while in Chicago, attended a private meeting of the first named at the Kenwood Club House, at Lake Park Avenue and 47th Street. Various plans were discussed for keeping the Negroes in “their part of the town,” such as securing the discharge of colored persons from positions they held when they attempted to move into “white” neighborhoods, purchasing mortgages of Negroes buying homes and ejecting them when mortgage notes fell due and were unpaid, and many more of the same calibre. The language of many speakers was vicious and strongly prejudicial and had the distinct effect of creating race bitterness.

In a number of cases during the period from January, 1918, to August, 1919, there were bombings of colored homes and houses occupied by Negroes outside of the “Black Belt.” During this period no less than twenty bombings took place, yet only two persons have been arrested and neither of the two has been convicted, both cases being continued.

Finally, the new spirit aroused in Negroes by their war experiences enters into the problem. From Local Board No. 4, embracing the neighborhood in the vicinity of State and 35th Streets, containing over 30,000 inhabitants of which fully ninety per cent are colored, over 9,000 men registered and 1,850 went to camp. These men, with their new outlook on life, injected the same spirit of independence into their companions, a thing that is true of many other sections of America. One of the greatest surprises to many of those who came down to “clean out the niggers” is that these same “niggers” fought back. Colored men saw their own kind being killed, heard of many more and believed that their lives and liberty were at stake. In such a spirit most of the fighting was done.

Source: Walter F. White, “N.A.A.C.P.—Chicago and Its Eight Reasons,” Crisis 18 (October 1919): 293–297.

See Also: »Says Lax Conditions Caused Race Riots »: Chicago Daily News and Carl Sandburg Report the Chicago Race Riot of 1919
« A Crowd of Howling Negroes »: The Chicago Daily Tribune Reports the Chicago Race Riot, 1919
« Ghastly Deeds of Race Rioters Told »: The Chicago Defender Reports the Chicago Race Riot, 1919
« The Problem » and « Family Histories »: Charles Johnson Analyzes the Causes of the Chicago Race Riot

Voir enfin:

Race Riots

Chicago developed a reputation as a cauldron of specifically “racial” conflict and violence largely in the twentieth century. The determination of many whites to deny African Americans equal opportunities in employment, housing, and political representation has frequently resulted in sustained violent clashes, particularly during periods of economic crisis or postwar tension.
Chicago’s most famous race riot of this type occurred between July 27 and August 3, 1919. The violence was precipitated by the drowning of an African American teenager who had crossed an invisible line at 29th Street separating customarily segregated “white” and “black” beaches. Soon, white and black Chicagoans, especially in the South Side residential areas surrounding the stockyards, engaged in a seven-day orgy of shootings, arsons, and beatings that resulted in the deaths of 15 whites and 23 blacks with an additional 537 injured (342 black, 195 white). The police force, owing both to understaffing and the open sympathy of many officers with the white rioters, was ineffective; only the long-delayed intervention of the state militia brought the violence to a halt, and heavenly intervention in the form of rain was probably an important factor as well. The passions of this outbreak were rooted in pent-up tensions surrounding the massive migration of southern blacks during World War I: sometimes hired as strikebreakers, their increased industrial presence was viewed by many white workers as a threat to their own livelihoods, fueling attempts to impose rigid physical boundaries beyond which blacks could not penetrate.

The aftermath of World War II saw a revival of white attacks on black mobility, mostly on the city’s South and Southwest Sides, but also in the western industrial suburb of Cicero. Aspiring African American professionals seeking to obtain improved housing beyond the increasingly overcrowded South Side ghetto, whether in private residences or in the new public housing developments constructed by the Chicago Housing Authority, were frequently greeted by attempted arsons, bombings, and angry white mobs often numbering into the thousands. The 1951 Cicero riot, in particular, lasting several nights and involving roughly two to five thousand white protesters, attracted worldwide condemnation. By the end of the 1950s, with black residential presence somewhat more firmly established, the battleground in many South Side neighborhoods shifted to clashes over black attempts to gain unimpeded access to neighborhood parks and beaches.Since the mid-1960s, the nature of race riots in Chicago (as elsewhere) has significantly shifted. Although violent black/white clashes continued into the mid-1970s, the term’s use shifted during the 1960s to refer to the uprisings of poorer blacks (or Latinos) protesting ghetto conditions, especially police brutality. Chicago has experienced several noteworthy outbreaks of this type, including the confrontation between police and the largely Puerto Rican communities of West Town and Humboldt Park during the summer of 1966, but most notably the massive 1968 West Side riots following the assassination of Martin Luther King. No clashes of this magnitude have occurred since (even following the 1992 Rodney King verdict in Los Angeles), but the continued salience of many of the protesters’ expressed grievances—inferior housing, lack of meaningful employment, and inequitable law enforcement—suggests that the issues surrounding racial violence are by no means a finished chapter in Chicago history.Steven EssigBibliographyGrossman, James R. Land of Hope: Chicago, Black Southerners, and the Great Migration. 1989.Hirsch, Arnold R. Making the Second Ghetto: Race and Housing in Chicago, 1940–1960. 1983.Tuttle, William M., Jr. Race Riot: Chicago in the Red Summer of 1919. 1970.


Présidentielle américaine: Attention, un extrémisme peut en cacher un autre ! (Trump stays in the news by taking extreme positions on issues that are already extreme)

9 juin, 2016

NaziTrumpmexicanillegalhandbook IllegalManual IllegalManual2 IllegalManual3 sanctuary-cities-illegal-immigrationBarbariansAtSea
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les coeurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts. Ce, parce qu’ils ont désobéi à barbariansAllah et à Son messager. Le Coran (sourate 8: 12-13)
Ramadan, mois de la conquête et du djihad. Préparez-vous, soyez prêts… pour en faire un mois de calamité partout pour les non-croyants … Surtout vous, les combattants et les soutiens  du caliphat en Europe et en Amérique. Abou Mohammed al Adnani (porte-parole de l’Etat islamique, 22 mai 2016)
Le nom Ramadan a été le nom du neuvième mois dans le monde arabe bien avant l’arrivée de l’islam ; le mot lui-même est dérivé de la racine rmḍ, comme dans les mots ramiḍa ou ar-ramâḍ, dénotant une chaleur intense, un sol brûlant, le manque de rations. Dans le Coran, Dieu proclame que le jeûne a été prescrit aux musulmans, comme il le fut auparavant aux Juifs, se référant ainsi à la pratique du jeûne durant Yom Kippour. Wikipedia
L’opération Badr (عملية بدر ; Amaliyat Badr), ou le plan Badr (خطة بدر ; Khitat Badr), est une opération militaire lancée par l’Égypte le 6 octobre 1973 avec pour objectif la reconquête d’une partie du désert du Sinaï grâce à une traversée du canal de Suez et la prise des fortifications israéliennes de la ligne Bar-Lev. Elle est lancée en parallèle avec une offensive syrienne sur le plateau du Golan, et marque ainsi le début de la guerre israélo-arabe de 1973. (…) La date coïncide avec le Yom kippour, le jour du Grand Pardon pour les Juifs. C’est un des facteurs importants dans le choix de la date car les Juifs jeûnent durant la journée et s’abstiennent d’utiliser le feu ou l’électricité (ce qui veut dire que les transports sont à l’arrêt). De plus, une grande partie de l’armée israélienne est démobilisée. Octobre coïncide aussi avec le mois du Ramadan dans le calendrier musulman, ce qui signifie que les soldats musulmans engagés dans l’armée israélienne jeûnent aussi — c’est en effet pendant le Ramadan que les musulmans ont gagné leur première victoire à la bataille de Badr en l’an 634. Optant pour quelque chose de plus significatif que le mot « Minarets », les commandants égyptiens choisissent le nom d’« opération Badr » (pleine lune en arabe) pour nommer l’assaut sur le canal de Suez et le Sinaï. Wikipedia
Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire. Il devait subvenir aux ressources de la nouvelle communauté (umma) que formaient les émigrés (muhadjirun) mekkois et les « auxiliaires » (ansar) médinois qui se joignaient à eux. Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie où la notion d’État était inconnue. Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin. En mars 624, il remporta devant les puits de Badr une grande victoire sur une colonne mekkoise venue à la rescousse d’une caravane en danger. Cela parut à Muhammad une marque évidente de la faveur d’Allah. Elle l’encouragea sans doute à la rupture avec les juifs, qui se fit peu à peu. Le Prophète avait pensé trouver auprès d’eux un accueil sympathique, car sa doctrine monothéiste lui semblait très proche de la leur. La charte précisant les droits et devoirs de chacun à Médine, conclue au moment de son arrivée, accordait une place aux tribus juives dans la communauté médinoise. Les musulmans jeûnaient le jour de la fête juive de l’Expiation. Mais la plupart des juifs médinois ne se rallièrent pas. Ils critiquèrent au contraire les anachronismes du Coran, la façon dont il déformait les récits bibliques. Aussi Muhammad se détourna-t-il d’eux. Le jeûne fut fixé au mois de ramadan, le mois de la victoire de Badr, et l’on cessa de se tourner vers Jérusalem pour prier. Maxime Rodinson
Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Paul (2T hessaloniciens 3: 10)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec une gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays. Et nous terminons une guerre non avec une bataille filnale, mais avec une dernière marche du retour. C’est une réussite extraordinaire, qui a pris presque neuf ans. Et aujourd’hui nous nous souvenons de tout ce que vous avez fait pour le rendre possible. (…) Dur travail et sacrifice. Ces mots décrivent à peine le prix de cette guerre, et le courage des hommes et des femmes qui l’ont menée. Nous ne connaissons que trop bien le prix élevé de cette guerre. Plus d’1,5 million d’Américains ont servi en Irak. Plus de 30.000 Américains ont été blessés, et ce sont seulement les blessés dont les blessures sont visibles. Près de 4.500 Américains ont perdu la vie, dont 202 héros tombés au champ d’honneur venus d’ici, Fort Bragg. (…) Les dirigeants et les historiens continueront à analyser les leçons stratégiques de l’Irak. Et nos commandants prendront en compte des leçons durement apprises lors de campagnes militaires à l’avenir. Mais la leçon la plus importante que vous nous apprenez n’est pas une leçon en stratégie militaire, c’est une leçon sur le caractère de notre pays, car malgré toutes les difficultés auxquelles notre pays fait face, vous nous rappelez que rien n’est impossible pour les Américains lorsqu’ils sont solidaires. Obama (14.12.11)
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama
L’establishment républicain pense que Donald manque trop d’expérience en politique étrangère pour être président. Mais il faut rappeler qu’il a passé des années à rencontrer des dirigeants du monde entier : Miss Suède, Miss Argentine, Miss Azerbaïdjan… » [Donald Trump a présidé les concours Miss Univers pendant 20 ans] (…) Je ne voudrais pas en faire trop. Car on est d’accord que depuis le début, il [Trump] a reçu juste ce qu’il faut de couverture médiatique, une couverture adaptée au sérieux de cette candidature… [silence] Vous pouvez être fiers de vous. Le mec voulait juste donner un coup de pouce à son business immobilier, et maintenant tout le monde prie pour qu’il ne passe pas le mois de juillet ! » (…)  Je voudrais ici rendre hommage à plusieurs journalistes récompensés présents ici ce soir : Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Liev Schreiber… [les acteurs du film oscarisé « Spotlight »] Merci pour tout ce que vous avez fait. (…) Je plaisante. Comme vous le savez, ‘Spotlight’ est un film. Un film sur des journalistes d’investigation dont le talent et l’indépendance leur ont permis de traquer la vérité et de faire tomber des têtes… Meilleur film de science-fiction depuis « Star Wars ». Barack Hussein Obama
All these newspapers used to have foreign bureaus. Now they don’t. They call us to explain to them what’s happening in Moscow and Cairo. Most of the outlets are reporting on world events from Washington. The average reporter we talk to is 27 years old, and their only reporting experience consists of being around political campaigns. That’s a sea change. They literally know nothing. Ben Rhodes
There are sort of these force multipliers. We have our compadres, I will reach out to a couple people.(…) And I’ll give them some color, and the next thing I know, lots of these guys are in the dot-com publishing space, and have huge Twitter followings, and they’ll be putting this message out on their own. Ned Price (Rhodes’s assistant)
Rhodes’s innovative campaign to sell the Iran deal is likely to be a model for how future administrations explain foreign policy to Congress and the public. The way in which most Americans have heard the story of the Iran deal presented — that the Obama administration began seriously engaging with Iranian officials in 2013 in order to take advantage of a new political reality in Iran, which came about because of elections that brought moderates to power in that country — was largely manufactured for the purpose for selling the deal. Even where the particulars of that story are true, the implications that readers and viewers are encouraged to take away from those particulars are often misleading or false. Obama’s closest advisers always understood him to be eager to do a deal with Iran as far back as 2012, and even since the beginning of his presidency. David Samuels
C’est le mois sacré du ramadan, un moment où les mosquées ouvrent leurs portes, les centres communautaires accueillent leurs voisins, et même les églises et les synagogues offrent leurs espaces aux musulmans pour la rupture du jeûne et les gens de toutes les religions ainsi que ceux qui n’en ont pas sont souvent invités à s’y joindre […]   Continuons de nous réunir pour l’iftar et les événements communautaires.  Célébrons la fierté, la multi-race et la multi-foi de la démocratie ! David Cameron
A tous les citoyens musulmans, je souhaite un ramadan béni et paisible. Angela Merkel
A l’heure où  les Américains musulmans célèbrent le mois sacré, je me rappelle que nous sommes une famille américaine. Comme les communautés musulmanes américaines, je rejette fermement les voix qui cherchent à nous diviser ou limiter nos libertés religieuses. Nous continuerons d’accueillir des immigrants et des réfugiés dans notre pays, y compris ceux qui sont musulmans. Barack Hussein Obama
Le ramadan nous rappelle à tous de témoigner de notre reconnaissance pour les innombrables bénédictions dont nous jouissons et de faire passer les besoins des autres avant les nôtres. Prenons le temps de reconnaître, et de montre notre gratitude pour les contributions inestimables de nos communautés musulmanes qui enrichissent notre tissu national chaque jour. La diversité culturelle du Canada est l’une de nos plus grandes forces et sources de fierté. Au nom de notre famille, Sophie et moi souhaitons à tous ceux qui observent ce mois sacré un ramadan béni et paisible. Justin Trudeau
« Commencé le 6 juin et s’achevant aux alentours du 5 juillet, le ramadan (période de jeûne annuel des musulmans) ne sera pas pratiqué par les Bleus durant leur parcours à l’Euro. La décision a été prise par le staff en accord avec les joueurs concernés (dont Paul Pogba, N’Golo Kanté, Bacary Sagna). En effet, les joueurs étant confrontés à une activité physique intense, leur alimentation doit être régulière, de même que l’hydratation. Ils pourront «rattraper» cette période après l’Euro » rapporte le site sport24.com. Rappelons que la jurisprudence musulmane qui a toujours fait montre d’une grande souplesse, permet des adaptations en autorisant la rupture du jeûne dans certaines situations. Dans une autre situation, le Conseil Théologique Musulman de France a émis récemment une fatwa (avis religieux) permettant la rupture du jeûne du mois de Ramadan aux élèves candidats aux différents examens, en été pour le rattraper plus tard. Oummah.com
Contrairement aux fausses idées, les joueurs des équipes nationales ne jeunent pas si les compétitions internationnales concident avec ramadan, c’est comme pour l’armée au front. Hassan Nejjar (Le Petit-Paris, France)
To the ayatollahs of Iran and every terrorist you enable: Listen up. You might have met our fresh-faced flower child president and his weak-kneed, Ivy League friends. But you haven’t met America… Charlie Daniels
En politique américaine, le terme ville sanctuaire désigne une ville des États-Unis appliquant une politique de protection des migrants sans-papiers. Ces pratiques peuvent être définie par la loi (de jure) ou simplement dans les fait (de facto). Dans la pratique, ces villes ne permettent pas que les fonds municipaux servent à faire respecter les lois fédérales sur l’immigration, ni que la police ou les employés municipaux interrogent une personne sur la légalité de sa présence sur le territoire national. En 1979, Los Angeles fut la première ville à empêcher la police d’enquêter sur le statut migratoire des personnes arrêtées. En 2012, une trentaine de ville sont qualifiées de sanctuaire : Washington, D.C., New York, Los Angeles, Chicago, San Francisco, Santa Ana, San Diego, San Jose, Salt Lake City, El Paso, Houston, Détroit, Jersey City, Minneapolis, Miami, Denver, Baltimore, Seattle, Portland, New Haven, Somerville, Cambridge et Portland. Wikipedia
Just last year over 300 Mexicans died in their attempt to enter the United States, the vast majority if not all of them in search of a job. The Mexican government obviously has an obligation to take all actions possible in order to avoid the loss of life. It is a natural and fair response to consider this as an attempt to promote undocumented immigration, but that is absolutely not the intent of the Mexican government. Gerónimo Gutiérrez (Sous-secrétaire d’Etat mexicain pour les Affaires nord-américaines)
From a distance, Donald Trump and Barack Obama have very different outlooks on the world. The president is a hyper-rational « Spockian, » to borrow Jeffrey Goldberg’s phrase from his new Atlantic article on the president’s foreign policy. He calmly lectures on the limits of U.S. power and the importance of the American moral example. Trump is bombastic. He threatens the families of terrorists and only belatedly revoked his promise to bring back waterboarding and « much worse. » Obama regards his nuclear agreement with Iran as a great achievement. Trump calls it the dumbest deal in the history of deal-making. Obama has pushed for the Trans-Pacific Partnership free-trade deal. Trump threatens to bring back tariffs. These differences are real. But Goldberg’s deeply reported essay shows that for all their differences, Trump and Obama share similar foreign policy instincts. Both men, for example don’t think much of America’s traditional alliances. Nor do they think much of the U.S. foreign policy establishment. Both also profess to have a soft spot for the bloodless foreign policy realism of George H.W. Bush. Obama is a fan of Bush’s national security adviser, Brent Scowcroft. Trump says he admires Richard Haass, a protégé of Scowcroft and currently the president of the Council on Foreign Relations. (…) Trump’s disdain for foreign policy eminences is less literate than Obama’s. While Obama could talk for hours, it seems, about the subtle distinctions between liberal internationalism and realpolitik, Trump can’t be bothered with such nuance. His campaign does not put out policy papers. When asked over the summer who he turns to for foreign policy advice, Trump said he watches the 24-hour news channels. And yet Trump, like Obama, is still opposing the last war. Obama sold his Iran deal by attacking its critics for supporting the Iraq invasion. Trump dismisses criticism from Republican Senators Lindsey Graham and John McCain by ridiculing their advocacy for the Iraq war.  Trump and Obama also have similar approaches to Russia. Obama did nothing this summer as the Kremlin moved military personnel and equipment to Syria to begin its air war on the Islamic State. Trump has asked why the U.S. should object to this campaign that Obama’s inaction helped enable. Goldberg reports how Obama rejected Secretary of State John Kerry’s recommendations for air strikes against Syrian dictator Bashar al-Assad. Trump, too, has questioned why the U.S. should stand in the way of Assad’s war against what he sees as a dangerous opposition. (At the same time, he has mused that Obama’s reluctance to intervene earlier has been a cause of the current refugee crisis for Europe). Like Obama in 2008, Trump has proposed a reset with Russia.  (…) Trump’s promise to start over with Putin must sting Obama. After all, the president has little to show in 2016 for the reset he enacted in 2009. Then again, Obama has little to show for most of his foreign policy: Despite his best intentions, the world has become more dangerous during Obama’s presidency. The state system in the Middle East is collapsing. Many of America’s traditional alliances have frayed. Jihadists have established more safe havens in ungoverned spaces. (…) Like demagogues before him, Trump is happy to be inconsistent.  Obama, too, has been inconsistent. Goldberg concludes that the president today does not think the Middle East is worth much American blood and treasure. Despite the protests of allies and experts, Obama still doesn’t think the crisis in Syria is a more serious national security challenge than climate change. Obama made a point of saying how his decision to walk away from his own red line on Syria’s use of chemical weapons was one of the proudest moments of his presidency. And yet, Obama’s successor will inherit U.S. military campaigns in Iraq, Syria and Afghanistan, and possibly even Libya if Obama’s generals get their way. For all the talk of ending dumb wars, Obama is still fighting them. Trump promises that he would win them, but he never says how. Perhaps he should talk to some of the foreign policy experts and allies that he and Obama so disdain. Eli Lake
In 2008 it was gauche to bring up the vicious racist Rev. Jeremiah Wright, whose trite cast-off slogan “audacity of hope” inspired the title of Barack Obama’s campaign primer. In 2012, it would have apparently been rude for Mitt Romney to have fired back at Candy Crowley, “How dare you hijack a presidential debate!” Yes, Trump may be creepy, but the reluctance to challenge our present naked emperors is just as creepy. Is the so-called establishment going to warn us that Trump would be capable of running up $10 trillion in debt, socializing our medical system, unleashing the IRS and EPA on perceived enemies, and weakening friends and empowering enemies abroad, as he offers the world historically challenged pop riffs on Islam, Hiroshima, and global geography? For each take-down of NeverTrump, can we at least have commensurate analysis of how and why a monstrosity like the Clinton cash operation was allowed to thrive without audit; or how it is that the secretary of state and her minions snubbed the law and behaved in a fashion that would have put any other federal employees in jail (…) Turn on an evening cable show and ask which interviewer is married to which anchor on another channel, or which of the pundits are former politicos, or how many in the White House worked for Big News or are married or related to someone who does. How many pundits were advisers to political candidates or related to someone who was? How does Ben Rhodes do an interview on CBS News or George Stephanopoulos interview Hillary Clinton or a writer expound on the primaries when he is also an adviser to a particular campaign? The problem is not just that all this is incestuous or unethical, but that it blinds a tiny elite to what millions of quite different Americans value and experience. (…) I wish that the high IQs of the establishment class had taken Murray’s sage advice eight years ago and just listened to what Obama had said in denigration of the Pennsylvania working classes or the “typical white person” grandmother who raised him; or to his pseudo-macho references to guns and knives, and “get in their face”; or to the hokey promises to lower global temperatures and stop the seas from rising; and all the other Vero possumus tripe. Or that they had used their presumably formidable mental powers to review Obama’s public record as a state legislator and a U.S. senator — which presaged everything from Obamacare and the unconstitutional undermining of federal law to the apology tours and the near-destruction of 70 years of bipartisan foreign policy. (…) Did a high IQ prevent an infatuated David Brooks (whom he quotes approvingly) from fathoming presidential success as if he were a sartorial seancer, from the crease of Senator Obama pants leg? What was the IQ of the presidential historian who declared Obama the smartest man ever to be elevated to the White House? Or the Newsweek editor who envisioned an apotheosized Obama? Or the MSNBC host who motor-mouthed about the tingle in his leg at the sound of an Obama speech? Or, yes, the conservative policy analyst (and self-confessed “Starry-eyed Obama groupie”) who wrote approvingly (“flat-out plain brilliant”) of the Obama race speech in March 2008, in which Obama revealed to the world that his own grandmother — the sole steady working breadwinner of Obama’s extended family, whose labors sent him to prep school — was a supposedly “typical white person” in her prejudices, while he further contextualized the abject racism and anti-Semitism of the Rev. Jeremiah Wright — a speech renounced by Obama himself when Wright later felt empowered to double down on his racism. Or perhaps the conservative wit who once wrote that Obama has a “first-class temperament and a first-class intellect,” and that he is the rare politician who “writes his own books,” which were “first rate”? Victor Davis Hanson
Many Middle Easterners want to relocate to Europe for its material and civilizational advantages over their homes in Algeria, Iraq, Libya, Morocco, or Syria. Yet many new arrivals are highly critical of Western popular culture, permissiveness, and religion — to the extent of not wanting to assimilate into the very culture into which they rushed. Apparently, like their ancient counterparts, modern migrants on the poorer or less stable side of a border are ambiguous about what they want. They seek out the security and bounty of mostly Western systems — whether European or American — but not necessarily to surrender their own cultural identities and values.(…) Mexico is often critical of the United States and yet encourages millions of its own people to emigrate to a supposedly unattractive America. Some protesters in turn wave the flag of the country that they do not wish to return to more often than the flag of the country they are terrified of being deported from. Signs at rallies trash the United States but praise Mexico (…) Rome worked when foreigners crossed through its borders to become Romans. It failed when newcomers fled into the empire and adhered to their own cultures, which were at odds with the Roman ones they had ostensibly chosen. (…) There were no walls between provinces of the Roman Empire — just as there are no walls between the individual states of America — because common language, values, and laws made them all similar. But fortifications gradually arose all over the outer ring of the Roman world, once Rome could no longer afford to homogenize societies antithetical to their own. Victor Davis Hanson
Trump stays in the news not just by taking extreme positions, but also by taking extreme positions on issues that are already extreme. When Mexico prints comic books advising its own citizens on how to enter the U.S. illegally, when the major illegal-alien lobbying group is called The National Council of La Raza (“The Race”), and when major U.S. cities, in Confederate-style, declare themselves “sanctuaries” in which U.S. federal immigration law does not apply, then we long ago entered zones of extremism. (…) Trump sounds crazy—and dangerous—in his idiotic idea to ban entry into the U.S. on the basis of religion. But is that inanity any less extreme than the administration’s European-style wish to welcome in tens of thousands of mostly young males from the war-torn Middle East without any proper method of identification and audit—at a time of spikes in radical Islamic terrorism in the West? Again, Trump cannot predicate immigration on the basis of religion, but he certainly could place a temporary moratorium of all immigration from particular Middle East countries like Syria, Iraq, Yemen, and Libya, in the way that we do not open our arms to mass influxes of Iranians and North Koreans. (…) Ignoring candidate Trump’s crude bombast for conservatives is analogous to liberals tuning out Obama’s campaign calls for supporters to take their knives to a gun fight or to get in their opponents’ faces, or his arrogant put-downs of lower middle-class Pennsylvanians or his flat-out prevarications about his relationship with mentor and personal pastor, the racist and anti-Semitic Rev. Jeremiah Wright. Trump’s memoirs are often vulgar; Obama’s largely fictional. Trump’s selfish womanizing was consensual; former President Bill Clinton’s often allegedly coerced. Victor Davis Hanson

Attention: un extrémisme peut en cacher un  autre !

A l’heure où après avoir appelé à sa propre invasion par des migrants illégaux et leur avoir appris la position du missionnaire, l’Allemagne propose l‘exemption de taxes des commerces musulmans pour le ramadan …

Et où après la bénédiction papale de ladite invasion, c’est directement en haute mer que les flottes européennes vont prendre leurs livraisons desdits migrants illégaux que leur apportent quotidiennement les réseaux de passeurs turcs et pour lesquels Ankara encaisse les milliards censés les empêcher de partir …

Pendant qu’après la bénédiction Washington, Londres et Ottawa, les fidèles de Mahomet ouvrent, comme vient le rappeler l’Etat islamique, le « mois de la conquête et de la guerre sainte » avec des attaques sur Amman, Istanbul et Tel Aviv

Et que sur fond de prise en otage des citoyens et de saccage des établissements bancaires par le premier militant ou syndicaliste venu et après le mariage et les enfants, nos belles âmes proposent rien de moins que le revenu garanti pour tous

Comment encore s’étonner avec l’éditorialiste et historien militaire américain Victor Davis Hanson …

Face à une Administration américaine qui se vante de ses abandons de l’Irak et de la Syrie ou d’avoir trompé la presse pour l’accord sur le nucléaire iranien …

Et à un Etat mexicain qui il y a encore quelques années publiait un manuel du migrant illégal

Pendant qu’au mépris des lois fédérales sur l’immigration illégale des villes entières se déclarent villes-sanctuaires

D’une candidature aux élections présidentielles américaines aussi extrémiste que celle d’un Trump ?

Why Republicans Will Vote For Trump
Victor Davis Hanson
Hoover.org
May 24, 2016

If Donald Trump manages to curb most of his more outrageous outbursts by November, most Republicans who would have preferred that he did not receive the nomination will probably hold their noses and vote for him.

How could that be when a profane Trump has boasted that he would limit Muslim immigration into the United States, talked cavalierly about torturing terrorist suspects and executing their relatives, promised to deport all eleven-million Mexican nationals who are residing illegally in the U.S., and threatened a trade war with China by slapping steep tariffs on their imports?

A number of reasons come to mind.

First, Trump stays in the news not just by taking extreme positions, but also by taking extreme positions on issues that are already extreme. When Mexico prints comic books advising its own citizens on how to enter the U.S. illegally, when the major illegal-alien lobbying group is called The National Council of La Raza (“The Race”), and when major U.S. cities, in Confederate-style, declare themselves “sanctuaries” in which U.S. federal immigration law does not apply, then we long ago entered zones of extremism.

Of course, Trump would be wiser to become both more specific and reasonable about solutions to illegal immigration. “Making Mexico pay for the wall” could be finessed not by a trade war, but perhaps by slapping surcharges on remittances sent to Mexico, at higher rates for those in the U.S. who could not prove legal residency. Deportation certainly sounds like a reasonable punishment for the likely more than 1 million illegal aliens who either have committed serious crimes inside the United States or who have no history of being employed—then, once the border is secure, he could propose granting green card status to the illegal aliens who are employed, long-time residents, without criminal convictions, and willing to pay a fine and learn English.

Trump sounds crazy—and dangerous—in his idiotic idea to ban entry into the U.S. on the basis of religion. But is that inanity any less extreme than the administration’s European-style wish to welcome in tens of thousands of mostly young males from the war-torn Middle East without any proper method of identification and audit—at a time of spikes in radical Islamic terrorism in the West? Again, Trump cannot predicate immigration on the basis of religion, but he certainly could place a temporary moratorium of all immigration from particular Middle East countries like Syria, Iraq, Yemen, and Libya, in the way that we do not open our arms to mass influxes of Iranians and North Koreans.

Trump was bashed for suggesting NATO’s tenure is nearing an end—again another ridiculous and dangerous idea. But that trial balloon remains an unhinged corrective to the present unhinged nature of the alliance, in which few members honor their contractual defense spending obligations, and the alliance has both expanded far beyond anything that its founders envisioned, and conducted optional and sometimes failed operations abroad that had nothing to do with trans-Atlantic security. During the Cold War, we sometimes forgot that NATO members occasionally allowed fly-over rights to Soviet Union air lifts headed to the Middle East, while denying fellow NATO member the United States the use of European NATO air space to resupply Israel.

Many conservatives tune out Trump’s adolescent solutions, but not necessarily the haywire issues he has raised. Most believe that he will back down from his original, headline-grabbing positions, and eventually offer more studied and reasonable solutions to an ignored problem that otherwise might not have been aired. And though the results may not be what his supporters have cheered on in rallies or what his critics have hoped for, they will, to many Republican voters, be preferable to President Obama’s current and Hillary Clinton’s future positions. Ignoring candidate Trump’s crude bombast for conservatives is analogous to liberals tuning out Obama’s campaign calls for supporters to take their knives to a gun fight or to get in their opponents’ faces, or his arrogant put-downs of lower middle-class Pennsylvanians or his flat-out prevarications about his relationship with mentor and personal pastor, the racist and anti-Semitic Rev. Jeremiah Wright. Trump’s memoirs are often vulgar; Obama’s largely fictional. Trump’s selfish womanizing was consensual; former President Bill Clinton’s often allegedly coerced.

A second reason why many conservatives will vote for Trump is that they, like everyone else, are cynical about what candidates say and what they, as presidents, actually do. In 2000, George W. Bush ran as the realist alternative to neocon interventionist John McCain. Obama in 2008 never uttered the word “transgendered.” Instead, he ran against gay marriage, outlined a health plan to the right of Hillary’s that protected patients’ existing coverage and physicians, predicted a new era of presidential transparency, promised post-racial reconciliation, insisted that he could not subvert immigration law or grant amnesties by executive orders, harked on balancing the budget and reducing the national debt, and, as a former law lecturer, vowed to confine the presidency within its constitutional limits.

Third, we have become so inured to the outrageous, that many conservatives are not quite sure whether Trump is just a more in-your-face version of current politicians or if he truly is an outlier in his vulgarity. Consider, after all, the last month in politics. Recently, news stories noted that a White House guest rapper, paroled on a pending felony charge, had his ankle bracelet go off. The White House deputy national security advisor and senior speechwriter Ben Rhodes bragged about how he more or less lied and perpetuated a con to ram through the Iran deal without Senate oversight. Former Obama speechwriters joked on television about writing the lie, “If you like your insurance, you can keep it.” Obama himself threatened to cut off federal funds to states that did not share his reinterpretation of the 1972 Title IX Amendments to include bathroom access of their choice for the transgendered. Meanwhile, the FBI weighs a federal felony indictment against Hillary Clinton, just as stories have resurfaced of Bill Clinton’s frequent and unescorted flights on convicted sex offender Jeffrey Epstein notorious “Lolita Express.” If that is a typical month in the life of the current administration and ongoing presidential campaign, then what exactly are the norms by which we can judge Trump as a renegade?  The proper critique of Trump is that he would not restore decorum to political discourse and behavior that long ago were debased.

Trump should release all his tax records, but probably will not because they would show he pays taxes at a low rate, is not quite the philanthropist he poses to be, and is certainly not worth $10-11 billion. Candidates do not release data that they know prove they are lying or hypocritical—including Hillary Clinton, who has not released thousands of her now deleted emails she claimed were personal and the transcripts of her Wall Street speeches that earned her millions of dollars in campaign quid-pro-quo donations. Obama was never going to release his college transcripts, his personal medical records, or a video clip of his encomium of Rashid Khalidi, former PLO advisor to Yasser Arafat—most likely because he was a lackadaisical B- student who would have never been accepted to law schools without affirmative action, could have been embarrassed about prior medical issues, and at one time might have sounded as if he were a rabid Palestinian supporter. In other words, the shady Trump is now caught gambling in Casablanca.

Fourth, most Republicans do not quite buy the #NeverTrump argument that Trump is running to the left of Hillary Clinton. His critique of Bush’s nation-building is not analogous to Obama’s outreach to Iran and Cuba, and it will not lead to another Benghazi or an apology tour. Rather, his opportunistic attacks on nation-building is more akin to Jacksonian realism—dangerous perhaps in the fragile U.S.-led postwar world and lacking in idealism, but a position to the right, not to the left, of George W. Bush. He is also a crude nationalist on trade and immigration, not a naïve utopian. Deporting some illegal aliens is seen as preferable to never deporting any or protecting criminals in sanctuary cities. Insisting, for example, that Japan treats imported California rice or beef in the manner that the U.S. handles Hondas, is not protectionism or inherently anti-free-trade.

On other issues, such as Supreme Country appointments, the military, abortion, or the budget, Trump will likely be judged as more conservative than Hillary Clinton. After the shock wears off for most Republicans that Trump is only half or two-thirds conservative, they will probably shrug and see him as preferable to Clinton, who has little to no conservative propensities whatsoever.  Trump may have moved the Republican Party to the center, but Clinton moved the Democratic Party much farther from the center—and to the left. The campaign will be long, heated, and polarizing, and Clinton will be attacking conservative positions far more than will Trump. The #NeverTrump crowd will increasingly have nowhere to go, given that their criticism of the Republican nominee will only empower the liberal Clinton as the race grows close. As Republican fence-sitters and dissenters in the next five months watch conservative values serially trashed by the Clinton campaign, their patience will probably wear thin by November.

Finally, Republicans might embrace a democratic fatalism—or the opinion, in other words, that “if that’s what the people want, that’s what the people get.” They may well vote for Trump as loyal party members, but also retreat to the fallback position that they never wished him to win the nomination in the first place. Some Republicans who vow to stay home in November will—but the vast majority will bite their lip and likely vote Trump.

Voir aussi:

Class, Trump, and the Election
If the ‘high IQs’ of the establishment have let America down, where is a voter to turn?
Victor Davis Hanson
National Review Online
May 31, 2016

Donald Trump seems to have offended almost every possible identity group. But the New York billionaire still also seems to appeal to the working classes (in part no doubt precisely because he has offended so many special-interest factions; in part because he was seen in the primaries as an outsider using his own money; in part because he seems a crude man of action who dislikes most of those of whom Middle America is tired). At this point, his best hope in November, to the extent such a hope exists, rests on turning 2016 into a referendum on class and a collective national interest that transcends race and gender — and on emphasizing the sad fact that America works now mostly for an elite, best epitomized by Clinton, Inc.

We should not underestimate the opportunities for approaching traditional issues from radically different perspectives. The National Rifle Association is running the most effective ads in its history, hitting elites who wish to curtail gun ownership on the part of those who are not afforded the security blankets of the wealthy. Why should not an inner-city resident wish to buy a legal weapon, when armed security guards patrol America’s far safer gated communities? For most of the Clintons’ adult lives, they have been accompanied by men and women with concealed weapons to ensure their safety — on the premise that firearms, not mace, not Tasers, not knives or clubs, alone would ultimately keep the two safe.

Fracking provides jobs and cheaper fuel; the elites of the Democratic party care about neither. Indeed, Barack Obama and Energy Secretary Steven Chu proclaimed their desire for spiraling gas and electricity prices. Boutique environmentalism is a losing issue for the Democrats. The very wealthy can afford to be more concerned for a three-inch smelt than for irrigation water that will ensure that there are jobs for tractor drivers and affordable food for the less-well-off. When Hillary Clinton talks about putting miners out of work, she’s talking about people she has no desire to see unless she needs their votes.

Illegal immigration is another issue that offers class leverage. Middle-class Mexican-Americans cannot afford to put their kids in private schools when local districts are overwhelmed with non-English-speaking students. Trying to provide parity for 11 million or more illegal aliens naturally comes at the expense of fewer safety-net protections for minority citizens, just as driving down wages is good for the employer but hardly for the citizen who competes with illegal aliens for entry-level jobs. And what about lower-middle-class communities that are overwhelmed with foreign nationals whose backgrounds were never checked.

Outsourcing jobs affects predominantly the lower middle classes; no pundit, D.C. staffer, or New York lawyer is replaced by some cheaper English-speaker from the Punjab. Obamacare follows the same pattern. Elites who praise it to the skies either have the money or the Cadillac plans to navigate around it. I doubt that Rahm Emanuel and his brothers queue up at a surgery center, hoping to win five minutes with an ophthalmologist who now treats 70 patients a day to survive under Obamacare.

Donald Trump is unlikely to defeat Hillary Clinton unless he, an insider billionaire with little political knowledge, can appeal to the concerns of millions that cut across the Democratic firewalls of race and class. If a mom in Orange County thinks that Benghazi did make a difference and ISIS is a murderous Islamic terrorist enterprise, if an African-American youth believes that someone should try to hire him on a building site in preference to an illegal alien, and if a cosmetician believes that one violation of a federal law will land her in jail while many violations may land Hillary in the White House, then class trumps identity politics.

The entire establishments of both political parties are losing the illusion that they are clothed. The Clintons and their appendages famously became rich by monetizing their public positions through shakedowns of the international corporate set, under the patina of egalitarian progressivism. No one in the media for a decade has said a word about their criminal enterprise; commentators were more likely to donate to the Clinton Foundation as a sort of business investment or indemnity insurance. And how in the world does a middle-class ex-teacher and congressman with a 20-year tenure like Dennis Hastert end up with millions to pay hush money to the victims of his alleged pederastic assaults? How did a Harry Reid become a Nevada multimillionaire? How many middle-class workers’ annual incomes does Hillary Clinton trump in a single 20-minute Wall Street speech, whose content is vacuous? Where, then, is Occupy Wall Street?

Why the NeverTrump movement has so far failed is in part a matter of class as well, defined not so much in terms of cash, as of influence, education, and lifestyle. In 2008 it was gauche to bring up the vicious racist Rev. Jeremiah Wright, whose trite cast-off slogan “audacity of hope” inspired the title of Barack Obama’s campaign primer. In 2012, it would have apparently been rude for Mitt Romney to have fired back at Candy Crowley, “How dare you hijack a presidential debate!” Yes, Trump may be creepy, but the reluctance to challenge our present naked emperors is just as creepy. Is the so-called establishment going to warn us that Trump would be capable of running up $10 trillion in debt, socializing our medical system, unleashing the IRS and EPA on perceived enemies, and weakening friends and empowering enemies abroad, as he offers the world historically challenged pop riffs on Islam, Hiroshima, and global geography? For each take-down of NeverTrump, can we at least have commensurate analysis of how and why a monstrosity like the Clinton cash operation was allowed to thrive without audit; or how it is that the secretary of state and her minions snubbed the law and behaved in a fashion that would have put any other federal employees in jail; or how it is that 155 years after the start of the Civil War over 300 cities, counties, and states have declared federal law null and void in their jurisdictions — and with complete impunity?

Turn on an evening cable show and ask which interviewer is married to which anchor on another channel, or which of the pundits are former politicos, or how many in the White House worked for Big News or are married or related to someone who does. How many pundits were advisers to political candidates or related to someone who was? How does Ben Rhodes do an interview on CBS News or George Stephanopoulos interview Hillary Clinton or a writer expound on the primaries when he is also an adviser to a particular campaign? The problem is not just that all this is incestuous or unethical, but that it blinds a tiny elite to what millions of quite different Americans value and experience.

Charles Murray recently wrote in anger, addressing those who would vote for Trump because “Hillary is even worse”: “I know that I am unlikely to persuade any of my fellow Establishmentarians to change their minds. But I cannot end without urging you to resist that sin to which people with high IQs (which most of you have) are unusually prone: Using your intellectual powers to convince yourself of something despite the evidence plainly before you. Just watch and listen to the man. Don’t concoct elaborate rationalizations. Just watch and listen.”

I wish that the high IQs of the establishment class had taken Murray’s sage advice eight years ago and just listened to what Obama had said in denigration of the Pennsylvania working classes or the “typical white person” grandmother who raised him; or to his pseudo-macho references to guns and knives, and “get in their face”; or to the hokey promises to lower global temperatures and stop the seas from rising; and all the other Vero possumus tripe. Or that they had used their presumably formidable mental powers to review Obama’s public record as a state legislator and a U.S. senator — which presaged everything from Obamacare and the unconstitutional undermining of federal law to the apology tours and the near-destruction of 70 years of bipartisan foreign policy.

Murray has a point that Trump’s crudity and buffoonery should be taken seriously, but when he says establishmentarians have “high IQs,” what exactly does he mean? Did a high IQ prevent an infatuated David Brooks (whom he quotes approvingly) from fathoming presidential success as if he were a sartorial seancer, from the crease of Senator Obama pants leg? What was the IQ of the presidential historian who declared Obama the smartest man ever to be elevated to the White House? Or the Newsweek editor who envisioned an apotheosized Obama? Or the MSNBC host who motor-mouthed about the tingle in his leg at the sound of an Obama speech? Or, yes, the conservative policy analyst (and self-confessed “Starry-eyed Obama groupie”) who wrote approvingly (“flat-out plain brilliant”) of the Obama race speech in March 2008, in which Obama revealed to the world that his own grandmother — the sole steady working breadwinner of Obama’s extended family, whose labors sent him to prep school — was a supposedly “typical white person” in her prejudices, while he further contextualized the abject racism and anti-Semitism of the Rev. Jeremiah Wright — a speech renounced by Obama himself when Wright later felt empowered to double down on his racism. Or perhaps the conservative wit who once wrote that Obama has a “first-class temperament and a first-class intellect,” and that he is the rare politician who “writes his own books,” which were “first rate”?

Establishmentarian high IQs? The point is not to castigate past poor judgment, but to offer New Testament reminders about hubris and the casting of first stones — and why hoi polloi are skeptical of their supposed intellectual betters.

So how did a blond comb-over real-estate dealer destroy an impressive and decent Republican field and find himself near dead even with Hillary Clinton — to the complete astonishment, and later fury, of the Washington establishment?

Simply because lots of people have become exhausted by political and media elites who have thought very highly of themselves — but on what grounds it has become increasingly impossible to figure out.

Voir également:

A Mexican Manual for Illegal Migrants Upsets Some in U.S.
James C. Mckinley jr.

The NYT

Jan. 6, 2005

MEXICO CITY, Jan. 5 – The Mexican government drew fire from American advocates of tighter borders on Wednesday for publishing a pamphlet that instructs migrants how to safely enter the United States illegally and live there without being detected.

Officials here say the small booklet, illustrated in comic-book style, is not intended to encourage illegal immigration, but to reduce the loss of life. Last year, more than 300 migrants died while crossing rivers and deserts to reach the United States.

The guidebook also advises would-be migrants to avoid hiring professional immigrant-smugglers and to refuse to carry packages for others. It also instructs people never to lie to border officials, carry false documents or resist arrest.

But groups favoring stricter immigration controls said the pamphlet amounted to a how-to manual for illegal immigrants. The booklet gives advice on what clothes to wear when fording a river and how to cross a desert without getting dehydrated.

It also counsels migrants to keep a low profile once in the United States, telling them, for instance, to stay away from loud parties or discos that might be raided by the police and to stay out of domestic disputes, which might lead to an arrest. Finally, it lists what rights migrants have if caught, among them safe transport home, medical care, food and water.

« This is not the action of a friendly neighbor, » said Representative Tom Tancredo, the Colorado Republican who chairs the Congressional Immigration Reform Caucus. « What would the Mexican government say if we encouraged our citizens to violate Mexican law? »

Mexico’s Foreign Ministry, however, said its intent in publishing the « Guide for the Mexican Migrant » was to warn migrants of the dangers they might face if they choose to slip illegally into the United States.

Gerónimo Gutiérrez, Mexico’s under secretary for North American affairs, said the guide was written to dissuade people from making a clandestine journey or at least to warn them of the perils and legal risks should they decide to go. About 1.5 million copies of the guide were printed and distributed throughout the country in December.

« Just last year over 300 Mexicans died in their attempt to enter the United States, the vast majority if not all of them in search of a job, » Mr. Gutiérrez said. « The Mexican government obviously has an obligation to take all actions possible in order to avoid the loss of life. »

He added, « It is a natural and fair response to consider this as an attempt to promote undocumented immigration, but that is absolutely not the intent of the Mexican government. »

But groups seeking stricter immigration laws argued that Mexican officials were being disingenuous in asserting that the pamphlet does not encourage illegal migration. They say that Mexico wants to continue exporting unemployed people and reaping the benefits of money sent home to their families.

« If the Mexican government were really very concerned about their citizens dying in the desert, why doesn’t it use its army and police to prevent people from crossing in those areas? » said Steven Camarota, director of research at the Center for Immigration Studies, which favors tighter borders.

Others said the pamphlet only highlighted the need to revamp the American immigration system, which seems to have no effective response to the yearly flood of Mexican migrants seeking jobs. « The publication is nothing more than another symptom of a broken immigration system, » said Paul L. Zulkie, president of American Immigration Lawyers Association.

Voir encore:

The Aspiring Novelist Who Became Obama’s Foreign-Policy Guru

How Ben Rhodes rewrote the rules of diplomacy for the digital age.

David Samuel

The NYT

May 5, 2016

Picture him as a young man, standing on the waterfront in North Williamsburg, at a polling site, on Sept. 11, 2001, which was Election Day in New York City. He saw the planes hit the towers, an unforgettable moment of sheer disbelief followed by panic and shock and lasting horror, a scene that eerily reminded him, in the aftermath, of the cover of the Don DeLillo novel “Underworld.”

Everything changed that day. But the way it changed Ben Rhodes’s life is still unique, and perhaps not strictly believable, even as fiction. He was in the second year of the M.F.A. program at N.Y.U., writing short stories about losers in garden apartments and imagining that soon he would be published in literary magazines, acquire an agent and produce a novel by the time he turned 26. He saw the first tower go down, and after that he walked around for a while, until he ran into someone he knew, and they went back to her shared Williamsburg apartment and tried to find a television that worked, and when he came back outside, everyone was taking pictures of the towers in flames. He saw an Arab guy sobbing on the subway. “That image has always stayed with me,” he says. “Because I think he knew more than we did about what was going to happen.” Writing Frederick Barthelme knockoffs suddenly seemed like a waste of time.

“I immediately developed this idea that, you know, maybe I want to try to write about international affairs,” he explained. “In retrospect, I had no idea what that meant.” His mother’s closest friend growing up ran the Carnegie Endowment for International Peace, which then published Foreign Policy. He sent her a letter and included what would wind up being his only piece of published fiction, a short story that appeared in The Beloit Fiction Journal. It was titled “The Goldfish Smiles, You Smile Back.” The story still haunts him, he says, because “it foreshadowed my entire life.”

It’s the day of President Obama’s final State of the Union address, Jan. 12, and the news inside the White House is not good. Luckily, the reporters on the couch in the West Wing waiting room don’t know it yet. The cream of the crop are here this early p.m. for a private, off-the-record lunch with the president, who will preview his annual remarks to Congress over a meal that is reported to be among the best in the White House chef’s repertoire.

“Blitzer!” a man calls out. A small figure in a long navy cashmere overcoat turns around, in mock surprise.

“You don’t write, you don’t call,” Wolf Blitzer, the CNN anchorman, parries.

“Well, you can call,” shoots back his former colleague Roland Martin. Their repartee thus concluded, they move on to the mutually fascinating subject of Washington traffic jams. “I used to have a 9:30 hit on CNN,” Martin reminisces. “The office was 8.2 miles from my home. It took me 45 minutes.” The CBS News anchor Scott Pelley tells a story about how members of the press destroyed the lawn during the Monica Lewinsky scandal and were told that they would be allowed back once the grass was replanted. The National Park Service replanted the grass outside the White House, but the journalists weren’t allowed back on the lawn.

Unnoticed by the reporters, Ben Rhodes walks through the room, a half-beat behind a woman in leopard-print heels. He is holding a phone to his ear, repeating his mantra: “I’m not important. You’re important.”

The Boy Wonder of the Obama White House is now 38. He heads downstairs to his windowless basement office, which is divided into two parts. In the front office, his assistant, Rumana Ahmed, and his deputy, Ned Price, are squeezed behind desks, which face a large television screen, from which CNN blares nonstop. Large pictures of Obama adorn the walls. Here is the president adjusting Rhodes’s tie; presenting his darling baby daughter, Ella, with a flower; and smiling wide while playing with Ella on a giant rug that says “E Pluribus Unum.”

For much of the past five weeks, Rhodes has been channeling the president’s consciousness into what was imagined as an optimistic, forward-looking final State of the Union. Now, from the flat screens, a challenge to that narrative arises: Iran has seized two small boats containing 10 American sailors. Rhodes found out about the Iranian action earlier that morning but was trying to keep it out of the news until after the president’s speech. “They can’t keep a secret for two hours,” Rhodes says, with a tone of mild exasperation at the break in message discipline.

As the deputy national security adviser for strategic communications, Rhodes writes the president’s speeches, plans his trips abroad and runs communications strategy across the White House, tasks that, taken individually, give little sense of the importance of his role. He is, according to the consensus of the two dozen current and former White House insiders I talked to, the single most influential voice shaping American foreign policy aside from Potus himself. The president and Rhodes communicate “regularly, several times a day,” according to Denis McDonough, Obama’s chief of staff, who is known for captaining a tight ship. “I see it throughout the day in person,” he says, adding that he is sure that in addition to the two to three hours that Rhodes might spend with Obama daily, the two men communicate remotely throughout the day via email and phone calls. Rhodes strategized and ran the successful Iran-deal messaging campaign, helped negotiate the opening of American relations with Cuba after a hiatus of more than 50 years and has been a co-writer of all of Obama’s major foreign-policy speeches. “Every day he does 12 jobs, and he does them better than the other people who have those jobs,” Terry Szuplat, the longest-tenured member of the National Security Council speechwriting corps, told me. On the largest and smallest questions alike, the voice in which America speaks to the world is that of Ben Rhodes.

Like Obama, Rhodes is a storyteller who uses a writer’s tools to advance an agenda that is packaged as politics but is often quite personal. He is adept at constructing overarching plotlines with heroes and villains, their conflicts and motivations supported by flurries of carefully chosen adjectives, quotations and leaks from named and unnamed senior officials. He is the master shaper and retailer of Obama’s foreign-policy narratives, at a time when the killer wave of social media has washed away the sand castles of the traditional press. His ability to navigate and shape this new environment makes him a more effective and powerful extension of the president’s will than any number of policy advisers or diplomats or spies. His lack of conventional real-world experience of the kind that normally precedes responsibility for the fate of nations — like military or diplomatic service, or even a master’s degree in international relations, rather than creative writing — is still startling.

Part of what accounts for Rhodes’s influence is his “mind meld” with the president. Nearly everyone I spoke to about Rhodes used the phrase “mind meld” verbatim, some with casual assurance and others in the hushed tones that are usually reserved for special insights. He doesn’t think for the president, but he knows what the president is thinking, which is a source of tremendous power. One day, when Rhodes and I were sitting in his boiler-room office, he confessed, with a touch of bafflement, “I don’t know anymore where I begin and Obama ends.”

Standing in his front office before the State of the Union, Rhodes quickly does the political math on the breaking Iran story. “Now they’ll show scary pictures of people praying to the supreme leader,” he predicts, looking at the screen. Three beats more, and his brain has spun a story line to stanch the bleeding. He turns to Price. “We’re resolving this, because we have relationships,” he says.

Price turns to his computer and begins tapping away at the administration’s well-cultivated network of officials, talking heads, columnists and newspaper reporters, web jockeys and outside advocates who can tweet at critics and tweak their stories backed up by quotations from “senior White House officials” and “spokespeople.” I watch the message bounce from Rhodes’s brain to