Multiculturalisme: Le problème, c’est qu’on refuse de voir ce à quoi on ne veut pas croire (After the liberals, it’s the bobos’s turn to get mugged by reality)

4 septembre, 2016
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Ban the burka, says majority of the British public
... meanwhile in the UK, Muslim women in traditional dress enjoy the weather on Brighton beachpiege-voilepiege-voile-2
 
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Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas. Thérèse d’Avila
Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. Oscar Wilde
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. G.K. Chesterton
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Charles Péguy
Toute vérité franchit trois étapes. Tout d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été évidente. Arthur Schopenhauer
Nous appelions l’Amérique de nos voeux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde :on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
Un néoconservateur est un homme de gauche qui s’est fait agresser par la réalité. Un néolibéral est un homme de gauche qui s’est fait lui aussi agresser par la réalité, mais n’a pas porté plainte. Irving Kristol
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises. Bourdieu
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée. Bourdieu
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Aujourd’hui, dans le contexte d’un affrontement de civilisations donnant lieu à un conflit armé ayant fait en un an des centaines de victimes sur le territoire national, il est logique que reviennent au premier plan les exigences de l’ordre public, et le juge des référés a d’ailleurs invoqué «le contexte de l’état d’urgence et des récents attentats» pour justifier sa décision en la fondant sur «un risque de troubles à l’ordre public».  (…) L’islam est, par nature, politique. On ne saurait trop le rappeler: l’islam est un système total qui mêle le religieux, le politique, le juridique, la civilisation. L’islam est un code de droit qui prétend remplacer le droit du pays d’accueil. Si bien que toute concession faite à l’islam comme religion est un abandon consenti à l’islam comme système politico-juridique ainsi qu’à la civilisation islamique. Face à l’islam, la laïcité conçue comme neutralité ne suffit pas. Le cas de figure n’est pas le même qu’avec le catholicisme. Notre laïcité s’est certes construite contre l’Église, mais en accord avec les paroles fondatrices du christianisme: rendre à César et à Dieu ce qui leur revient respectivement. L’islam est au contraire l’anti-laïcité par excellence, si bien que notre État laïque devrait le combattre beaucoup plus durement qu’il n’a combattu le catholicisme. [La Corse] C’est un exemple des troubles à l’ordre public que peut entraîner cet étalage sur les plages françaises des pratiques identitaires islamiques. Surtout dans le contexte des récents massacres commis par des islamistes au nom de leur dieu. Par ailleurs, il est clair qu’en Corse où la population est restée plus près de son sol, plus ancrée dans ses villages, elle se montre plus réactive face au processus de la conquête islamiste non dite mais bien réelle dont l’Europe occidentale est l’objet. Cependant, même dans l’Hexagone, de plus en plus de gens ont conscience du lien qui existe entre les carnages des terroristes islamistes et le folklore identitaire arabo-musulman qui est le terreau où se nourrit le djihadisme. (…) Notre pays est actuellement en guerre, et s’il ne veut pas être vaincu dans cette guerre, il doit savoir contre qui et contre quoi il se bat. Pour ne pas perdre une guerre, il faut impérativement nommer l’ennemi. Or, en l’espèce, celui-ci est double: d’une part les djihadistes violents qui massacrent dans notre pays; et d’autre part, les djihadistes «civilisationnels», qui œuvrent inlassablement à rendre toujours plus présents sur notre sol leur civilisation, leurs règles et leur mode de vie. À moyen et long terme, le plus grand danger pour les Français est la conquête feutrée de la France par le djihadisme civilisationnel, conquête qui s’opère au nom des droits de l’homme. Les femmes qui portent des vêtements de bain islamiques sont des militantes de la conquête de notre pays par un groupe humain porteur d’une civilisation antagoniste. Cet été, les plages sont la nouvelle partie de notre territoire que visent à s’approprier les islamistes. Jean-Louis Harouel
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Le 1er août 2016, les ministres de l’Intérieur et du Logement ont publié un communiqué passé totalement inaperçu dans la torpeur de l’été mais d’une importance capitale sur le plan de l’évolution des mentalités et de l’idéologie politique française. Ce texte marque une inflexion de la conception française de l’immigration. Jusqu’alors, celle-ci était fondée sur la distinction entre l’immigration régulière et l’immigration illégale. La première, conforme à la loi, était destinée par exemple à accueillir des travailleurs dont la France peut avoir besoin, à former des étudiants dans l’intérêt de la France ou du pays d’origine, ou bien à assurer le principe d’unité familiale. Elle était évaluée à environ 200 000 personnes par an. En revanche, les migrants en situation irrégulière, entrés ou séjournant en infraction avec la loi, devaient impérativement repartir dans leur pays, volontairement ou par la contrainte. Tel était le principe. Cette différence, pour la première fois depuis que l’immigration est devenue un sujet politique au début des années 1980, semble désormais ni par l’Etat. Le migrant en situation irrégulière n’a plus vocation à être reconduit dans son pays, mais à être accueilli en France et pris en charge par la puissance publique, au même titre qu’un étranger en situation régulière ou qu’un citoyen français en difficulté. (…) Ce communiqué enterre donc de fait toute notion d’immigration irrégulière. Il abolit le clivage entre légalité et illégalité en matière d’immigration. Il va dans le sens de la loi du 7 mars 2016, dont les dispositions reviennent à rendre très difficiles l’application des mesures d’éloignement. Il proclame que la France a le devoir d’accueillir et de prendre en charge tout étranger sur son territoire, qu’il soit autorisé à entrer et à séjourner ou qu’il ne le soit pas. De facto, le principe ainsi proclamé abroge l’idée de frontière ou de respect du droit de l’entrée et de séjour. Les associations humanitaires, les idéologues, les partisans de la liberté totale d’immigrer en rêvaient depuis au moins quarante ans. M. Cazeneuve et Mme Cosse l’ont fait. La question est de savoir quel sera l’ampleur de l’appel d’air que cette transformation profonde de tous les fondements de la politique d’immigration française est susceptible provoquer à terme. Le communiqué annonce une France ouverte, qui n’éloigne plus ses migrants illégaux mais au contraire les accueille. Le potentiel d’émigration est élevé: des centaines de millions de personnes déshéritées et désœuvrées, dans ce monde en ébullition, ne songent qu’à trouver un point d’accueil. Reste à savoir si la France, qui compte cinq millions de chômeurs, de gigantesques problèmes de logement, des centaines de milliers de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, un millier de cités sensibles dévastées par la violence, l’exclusion, le communautarisme, l’islamisme radical, si cette France a les moyens d’accueillir une immigration supplémentaire. Mais pour M. Cazeneuve et Mme Cosse, c’est une autre affaire. Et ce n’est visiblement pas la leur. Alexis Théas
Les policiers incarnent l’Etat, l’ordre public, la loi. Ils sont un symbole de la France traditionnelle. Dans une société en voie de décomposition, gagnée par une pagaille généralisée, la police incarne ce qui reste de l’ordre et de la discipline. Dans les zones de non droit gangrenées par le trafic de drogue, la violence aveugle, le communautarisme islamiste, le policier est le dernier gardien de la civilisation contre la barbarie. Tuer des policiers, pour le terroriste islamiste a une signification suprême: en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français. Le fait que le massacre du couple ait lieu à son domicile a un sens encore plus lourd. La guerre contre le monde occidental et la France est totale, sans concession, sans limites: tuer des personnes jusque dans le plus intime du foyer. La bataille a pour objectif le massacre pour le massacre. Elle est tournée vers une logique d’extermination. Mais la condition du policier français comme cible de la haine ne se limite pas au terrorisme islamiste. D’autres lui ont montré la voie… «A l’unisson, la foule chante: tout le monde déteste la police» rapporte un quotidien national le 5 avril dernier en compte-rendu d’une manifestation lycéenne. Chaque année, près de 8000 policiers et gendarmes sont blessés et une vingtaine tués. Les policiers, les gendarmes, parfois les militaires, sont en première ligne de toutes les expressions du chaos social et de la désintégration de l’autorité: violence des migrants clandestins du Calaisis et dans les squats, émeutes dirigées contre la loi «travail», à Paris comme en province, occupation de la place de la République par Nuit debout, violences lycéennes, déchaînement de hooliganisme à l’occasion de l’euro de football… A ces désordres ponctuels s’ajoute le chaos permanent des zones de non-droit et des cités sensibles: chaque année, près de 10% des policiers exerçant dans les départements les plus difficiles de la région parisienne sont blessés. Comment 120 000 policiers et un peu moins de gendarmes peuvent-ils tenir face à une telle exposition, un tel traitement? Tel est l’un des mystère de la France contemporaine. A la suite des attentats de «Charlie», des manifestations de solidarité avec la police se sont exprimées. Elles apparaissent aujourd’hui éphémères et sans lendemain. Le problème fondamental de la police de France est qu’elle n’est pas soutenue dans sa mission de protection de la société contre la barbarie. Les policiers en service dans les cités sensibles vivent un calvaire quotidien que la société veut ignorer: insultes, crachats, menaces de viol contre les femme policières, violences physiques. Les médias ne parlent jamais de ce sujet. Le réflexe «de la France d’en haut», des élites médiatiques, conditionnées depuis mai 1968 à haïr l’Etat et l’autorité, est de présenter le policier en oppresseur et le trublion ou le délinquant en victime. Les images de manifestants blessés dans l’activité de maintien de l’ordre public abondent dans les unes de la presse et des médias. En revanche, celles de policiers à terre sont soigneusement occultées. On parle abondamment des bavures policières mais jamais du martyre que subissent les policiers. Dans les commissariats les plus exposés, les suicides de policiers ne sont pas rares. De même, la justice a fait le choix de banaliser la police en la traitant sur le même plan que les auteurs d’infraction. En cas de plainte d’un policier blessé, les juridictions le placent sur le même plan que leur agresseur dans le cadre d’un procès à égalité des parties, avec confrontation obligatoire. Le malaise de la police française vient de ce qu’elle ne se sent pas protégée par la justice. Quant au pouvoir socialiste, obnubilé par sa posture de «gauche», et l’obsession de conserver ou reconquérir la sympathie des groupuscules gauchisants, il ne s’empresse pas d’apporter un soutien ferme et résolu à la police devenue le bouc-émissaire de la France du chaos. Policiers blessés ou tués, commissariats pris d’assaut et saccagés, voitures de police incendiées: la police porte aujourd’hui seule le poids du chaos français, dans un climat d’aveuglement et de déni généralisé. Le retour de l’autorité sur le territoire national et le respect de la police sera sans nul doute l’enjeu fondamental des élections de 2017. Pour l’instant, les politiques dans leur ensemble ne l’ont pas encore compris. Alexis Théas
There was a fundamental problem with the decision that you can see rippling now throughout the West. Ms. Merkel had put the entire burden of a huge cultural change not on herself and those like her but on regular people who live closer to the edge, who do not have the resources to meet the burden, who have no particular protection or money or connections. Ms. Merkel, her cabinet and government, the media and cultural apparatus that lauded her decision were not in the least affected by it and likely never would be. Nothing in their lives will get worse. The challenge of integrating different cultures, negotiating daily tensions, dealing with crime and extremism and fearfulness on the street—that was put on those with comparatively little, whom I’ve called the unprotected. They were left to struggle, not gradually and over the years but suddenly and in an air of ongoing crisis that shows no signs of ending—because nobody cares about them enough to stop it. The powerful show no particular sign of worrying about any of this. When the working and middle class pushed back in shocked indignation, the people on top called them “xenophobic,” “narrow-minded,” “racist.” The detached, who made the decisions and bore none of the costs, got to be called “humanist,” “compassionate,” and “hero of human rights.” The larger point is that this is something we are seeing all over, the top detaching itself from the bottom, feeling little loyalty to it or affiliation with it. It is a theme I see working its way throughout the West’s power centers. At its heart it is not only a detachment from, but a lack of interest in, the lives of your countrymen, of those who are not at the table, and who understand that they’ve been abandoned by their leaders’ selfishness and mad virtue-signalling. On Wall Street, where they used to make statesmen, they now barely make citizens. CEOs are consumed with short-term thinking, stock prices, quarterly profits. They don’t really believe that they have to be involved with “America” now; they see their job as thinking globally and meeting shareholder expectations. In Silicon Valley the idea of “the national interest” is not much discussed. They adhere to higher, more abstract, more global values. They’re not about America, they’re about . . . well, I suppose they’d say the future. In Hollywood the wealthy protect their own children from cultural decay, from the sick images they create for all the screens, but they don’t mind if poor, unparented children from broken-up families get those messages and, in the way of things, act on them down the road. From what I’ve seen of those in power throughout business and politics now, the people of your country are not your countrymen, they’re aliens whose bizarre emotions you must attempt occasionally to anticipate and manage. In Manhattan, my little island off the continent, I see the children of the global business elite marry each other and settle in London or New York or Mumbai. They send their children to the same schools and are alert to all class markers. And those elites, of Mumbai and Manhattan, do not often identify with, or see a connection to or an obligation toward, the rough, struggling people who live at the bottom in their countries. In fact, they fear them, and often devise ways, when home, of not having their wealth and worldly success fully noticed. Affluence detaches, power adds distance to experience. I don’t have it fully right in my mind but something big is happening here with this division between the leaders and the led. It is very much a feature of our age. But it is odd that our elites have abandoned or are abandoning the idea that they belong to a country, that they have ties that bring responsibilities, that they should feel loyalty to their people or, at the very least, a grounded respect. I close with a story that I haven’t seen in the mainstream press. This week the Daily Caller’s Peter Hasson reported that recent Syrian refugees being resettled in Virginia, were sent to the state’s poorest communities. Data from the State Department showed that almost all Virginia’s refugees since October “have been placed in towns with lower incomes and higher poverty rates, hours away from the wealthy suburbs outside of Washington, D.C.” Of 121 refugees, 112 were placed in communities at least 100 miles from the nation’s capital. The suburban counties of Fairfax, Loudoun and Arlington—among the wealthiest in the nation, and home to high concentrations of those who create, and populate, government and the media—have received only nine refugees. Some of the detachment isn’t unconscious. Some of it is sheer and clever self-protection. At least on some level they can take care of their own. Peggy Noonan
I have a fund of similar stories from female friends in France. There’s the one who was insulted by two women in headscarves while out jogging because she had on a pair of shorts; the friend who no longer travels on the Paris metro after a certain hour because, as a Muslim, she’s fed up with being insulted by men of her religion because she dares to wear a skirt and blouse; and the one who sold her baby’s car seat through an ad in the local paper. The man met her asking price but refused to shake the hand of a woman. Then there are the cases outside my immediate milieu. On the first day of Ramadan this year a Muslim waitress in a Nice bar was assaulted by two men. ‘Shame on you for serving alcohol during Ramadan,’ one of them screamed, as he attacked her. ‘If I were God, I would have you hanged.’ Last year in Reims a young woman sunbathing in a public park was set upon by a gang of teenage girls. They objected to her bikini, reported the newspapers, although the town’s authorities insisted there was no ‘religious’ aspect to the attack. Few believed them. That’s because such incidents are becoming more common across France. There was a spate of similar confrontations last summer in Lyon This important point is blithely ignored by naive liberal writers, particularly those in Britain, who have little understanding of the extent of extremism in France, where 100 of the country’s 2,500 mosques are controlled by Salafists, the most puritanical Islamic ideology. The Salafists want all women covered, at all times, and the burkini is part of their strategy. It is a symbol of Islamic purity with a clear message: good Muslims wear the burkini, bad ones wear the bikini. Toleration of the burkini will only embolden France’s ‘police of mores’ in their campaign of coercion. The Spectator
You may have noticed that Cannes, Nice, and a dozen other beach towns in France have just now adopted regulations banning the Islamic “burkini,” or full-body female swimsuit, from their beaches. And, as a result, we are right now undergoing a new outbreak of the by-now traditional and even folkloric American consternation over France and its antipathy to certain kinds of Islamic attire—the American consternation that, for a dozen years now, has rested on a single unchanging and unexamined assumption, as if nothing has changed during all these years, and no new information has emerged. The assumption is that France wants to regulate Islamic attire because the French are fundamentally biased against their Muslim minority. The French are frightened of the “Other.” They are unrepentant in their imperialist and colonialist hatreds for the peoples of North Africa. They are, in short, hopelessly racist. (…) Now, the American commentaries are, to be sure, not wrong in every instance. But they are wrong fundamentally, and the ways in which they are wrong seem never to diminish or vary or to yield to new information—which ought to alert us to their folkloric quality—namely, their origin in a folk belief about America. This is the belief that America is the home of the free, and France is not, and any desire to arrange things differently from how we Americans do can only be an aggression against common sense. In reality, the Islamic veil has a history in France. The North African immigrants who began arriving in France after World War II and especially in the 1960s were not fundamentalists, and they were not Islamists, and they did not normally dress in ostentatiously Islamic clothes. In the 1980s, the Islamist movement began to prosper in North Africa, however, and, after a while, a few imams with Islamist affiliations made their way to the French immigrant suburbs and housing projects. The Islamists recruited disciples. And they set about constructing their dreamed-of Quranic community as best they could—their proposed return to an imaginary 7th-century Medina, their effort to keep women out of sight or under wraps, their theory of a supernaturally evil Jewish conspiracy, and everything else. And the first step in their program was, of course, to impose the Islamist dress code on women. This meant obliging women to dress in a style that is indigenous to the Arabian peninsula, though not to North Africa—in clothing that is designed to conceal the female form and face, which the Islamists describe as authentically Islamic. (…) The French controversy over the veil—which, in the French debate, has meant the Islamic headscarf or hijab, too—got underway not with the arrival of the Muslim immigrants, but with the arrival of the Islamists. (…) And the question of how to interpret this dispute became, very quickly, a national debate in France, with plausible arguments on both sides. To wit, pro-veil: Shouldn’t a woman and even a schoolgirl have the right to dress in accordance with her own religious conscience? Isn’t religious attire a matter of individual right and religious freedom? (…) To which the anti-veil argument replied: No, the veil has been brought into the schools as a maneuver by a radical movement to impose its dress code. The veil is a proselytizing device, intended to intimidate the Muslim schoolgirls and to claim a zone of Islamist power within the school. And the dress code is the beginning of something larger, which is the Islamist campaign to impose a dangerous new political program on the public school curriculum in France. This is the campaign that has led students in the suburban immigrant schools to make a series of new demands—the demand that Rousseau and certain other writers no longer be taught; the demand that France’s national curriculum on WWII, with its emphasis on lessons of the Holocaust, be abandoned; the demand that France’s curricular interpretation of Middle Eastern history no longer be taught; the demand that co-ed gym classes no longer be held, and so forth. The wearing of veils in the schools, then—this is the beginning of a larger campaign to impose an Islamist worldview on the Muslim immigrants, and to force the rest of society to step aside and allow the Islamists to have their way. From this standpoint, opposition to the veil is a defense of the schools, and it is a defense of freedom and civilization in France, and it is not an anti-immigrant policy. (…) Naturally, the hearings and the passage of a law (about school dress) and then another law a few years later (about full-face veils in public) and the issuing of various regulations did not bring the argument to an end. That is because these controversies are, by nature, without any obvious resolution. On one side, in France, there is good reason for immigrants and their allies to complain about imperialist holdovers and larger bigotries in the culture, and reason to worry that anti-Islamist laws and regulations may spill over into an anti-immigrant campaign. And there has been no shortage of pious Muslim women willing to say that, in their own instance, they are not victims of the Islamists, and they wish to wear Islamic attire strictly for reasons of individual religious conscience, regardless of what anyone might say. These arguments are unanswerable. Then again, the French public as a whole, ancestral Gauls and new arrivals alike, has had every reason to grow ever more frightened of the Islamist movement, which has grown over the years, until by now it has come to dominate the young generation in entire neighborhoods in the immigrant districts—which means the French as a whole have every reason to look for simple regulatory ways to discourage the movement, beginning with legislation against the Islamist dress code. This argument, too, is unanswerable. Here, then, is a debate that will not come to a close. And yet, to read some of the American reporters and commentators, you would suppose that France has been consumed with these continuing quarrels, and that France’s Muslim population as a whole has been shuddering in resentment over the laws and regulations. But France has not been consumed, and the Muslims as a whole have not been shuddering, even if some have been. The most controversial of the laws was the first one, banning ostentatious religious symbols in the schools—which led a good many people to predict that, once the law was put into effect, the French Muslims were going to react furiously. But only the Americans were furious. President Barack Obama himself denounced the law (in his Cairo speech of 2009). A great many French Muslims appear, on the other hand, to have accepted and approved the law. It was because Muslim parents do not want their children to be drawn into a reactionary medievalist religio-political cult. They want their daughters to grow up to be Muslim Frenchwomen with the rights and privileges of other Frenchwomen. If the Islamists and their dress code are suppressed in the schools, then, this can only be good. But then, some commentators have always found it difficult to remember that Islamists are not the voice of authenticity for the Muslim immigrants in France. The Islamists are a threat to the immigrants, as well as to everyone else. And if the laws and regulations succeed in making life harder for the Islamist movement, the great mass of the French Muslims will be the first to benefit. (…) It is true that, in France, people take their secularism a little further than Americans tend to do, and this is partly on historical grounds. In America, we worry about freedom of religion, but in France, where everyone remembers the Catholic past and the religious wars, people worry about freedom from religion. They do not want to be tyrannized by theological fanatics. The Islamist movement is, from this point of view, all too familiar to the French—one more clericalist current that wishes to imposes its theological doctrines on everyone else. And, in the face of the Islamist fanaticism, the French are grateful for their secularist traditions and laws. Then again, the French take their secularism a little further than we Americans do also because they are willing to grant government a larger administrative role than Americans tend to do. Americans are allergic to government regulation, or pretend to be, but the French do not even pretend to be. I realize that a great many Americans believe that, as a result of the French willingness to accept government regulation, France has become an impoverished Communist despotism. But have you been to France? Perhaps it is true that labor regulations have lately become an obstacle to high employment. Even so, France is, in many respects, a better-run country than the United States. And the French naturally look to the government to apply secularist principles even in areas of life that Americans might regard as outside the zone of government, local or national. The permissibility of religious attire, for instance. And the French see something attractive in their government regulations. (…) The entirely comprehensible and translatable laïcité, which is the secular republican ideal: This is what most French people want—even if some French people are bigots. The secular republican ideal is what most French Muslims want—even if some French Muslims have been seduced by the Islamist manias and hatreds. This is what the immigrants from North Africa came to France in hope of finding. The debate over how best to contain and suppress the Islamist movement has taken place within the framework of that idea. (…) In France, there is an ancient and curious habit of mindless and self-flattering anti-Americanism, and in America, there is an ancient and curious and equivalent habit of sneering mindlessly at the French. This is the American habit that, for a dozen years now, has led the American commentators to see in France’s republican secularism a racist attack on individual freedom, instead of an antiracist defense of individual freedom. Paul Berman
En Syrie, à la guerre contre Daech se superposent d’autres guerres où les alliés d’hier dont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Et inversement. Il n’y a pas une guerre mais des guerres en Syrie. Celle contre Daech, celle contre Bachar al-Assad et celle entre groupes rebelles. Au bout de cinq longues années de guerre civile, le pays est devenu une véritable mosaïque de factions armées. Forces Kurdes, islamistes ou rebelles « modérés », les alliances se font et se défont au gré des agendas politiques et militaires des uns et des autres, du rapport de force en présence ou des enjeux locaux. Les ennemis d’hier peuvent se retrouver les amis du jour et inversement. A cela s’ajoute les stratégies des puissances régionales et occidentales qui s’activent sur le terrain pour atteindre leurs objectifs parfois contradictoires : asseoir son hégémonisme régional ou lutter contre l’expansionnisme de Daech. Les deux pouvant s’entrechoquer. (…) Dans le nord de la Syrie, les Forces de protection du peuple (YPG) du Parti de l’union démocratique (PYD), proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) turc, dominent le terrain. Depuis octobre 2015, les YPG font partie des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), à dominante kurde, qui rassemble Kurdes, combattants arabes, Yézidis ou milices chrétiennes. Les FDS sont soutenus par Washington et Paris qui leur apportent l’appui de leurs aviations, du matériel (missiles, munitions) et formateurs sur le terrain dans leur guerre contre Daech.(…) Les YPG se sont donnés pour objectif la création d’un Kurdistan Syrien (Rojava) réunissant les trois cantons de Djézireh, Kobané et Afrin actuellement séparés des territoires kurdes par une zone de 65 km toujours aux mains de l’EI. Une réalisation que Recep Erdogan, le président Turc, ne veut voir aboutir pour rien au monde. L’opération lancée le 24 août par l’armée turque sur le territoire syrien, sous couvert de frapper des positions de Daech, n’a pour objectif que de stopper l’avancée des YPG  vers le canton d’Afrin, au nord-ouest de la Syrie. Afin d’éviter tout possibilité de constitution de ce Rojava. Marianne
Ce mercredi 24 août, l’armée turque a lancé ses soldats à l’assaut de Jarablos, ville syrienne frontalière de la Turquie, aux mains de l’EI depuis 2013. Sous le nom de code « Bouclier de l’Euphrate », le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a expliqué dans un communiqué que « les forces armées turques et les forces aériennes de la coalition internationale ont lancé une opération militaire visant à nettoyer le district de Jarablos de la province d’Alep de l’organisation terroriste Daech ». De son côté, le président Recep Erdogan, dans un discours à Ankara, a apporté une précision de taille : « Depuis quatre heures nos forces ont lancé une opération contre les groupes terroristes de Daech et du PYD ». Pour Erdogan, l’opération vise donc les combattants d’Abou Bakhr al Baghdadi mais aussi les Kurdes de Syrie de la branche armée du Parti de l’union démocratique (PYD), les Forces de protection du peuple (YPG). Des Kurdes qui se battent pour eux-mêmes sur place contre Daech, ennemi visé par Erdogan. (…) Le nom de l’opération « Bouclier de l’Euphrate » est d’ailleurs loin d’être anodin. Depuis les premières réussites militaires des YPG, Erdogan avait bien signifié que l’Euphrate constituait une « ligne rouge » à ne pas franchir pour les Kurdes. Mais forts de leurs victoires répétées sur le terrain, les YPG, après la formation des FDS en octobre 2015, avaient reçu le soutien des Etats-Unis. Appui de taille qui leur avait permis de franchir le Rubicon. Jusqu’à ce surprenant revirement de l’état-major américain qui se range du côté de cette entrée en guerre de la Turquie contre les YPG. Joe Biden, le vice-président américain, en visite ce 24 août à Ankara, a ainsi déclaré que les kurdes syriens perdraient le soutien des Etats-Unis s’ils ne se retiraient pas de la rive ouest de l’Euphrate. Un tournant d’autant plus surprenant qu’aux côtés des soldats d’Erdogan, à en croire les autorités turques, combattent des supplétifs issus de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Marianne
The Muslim population in Britain has grown by more than 500,000 to 2.4 million in just four years, according to official research collated for The Times. The population multiplied 10 times faster than the rest of society, the research by the Office for National Statistics reveals. In the same period the number of Christians in the country fell by more than 2 million. Experts said that the increase was attributable to immigration, a higher birthrate and conversions to Islam during the period of 2004-2008, when the data was gathered. They said that it also suggested a growing willingness among believers to describe themselves as Muslims because the western reaction to war and terrorism had strengthened their sense of identity. Muslim leaders have welcomed the growing population of their communities as academics highlighted the implications for British society, integration and government resources. David Coleman, Professor of Demography at Oxford University, said: “The implications are very substantial. Some of the Muslim population, by no means all of them, are the least socially and economically integrated of any in the United Kingdom … and the one most associated with political dissatisfaction. You can’t assume that just because the numbers are increasing that all will increase, but it will be one of several reasonable suppositions that might arise.” Professor Coleman said that Muslims would naturally reap collective benefits from the increase in population. “In the growth of any population … [its] voice is regarded as being stronger in terms of formulating policy, not least because we live in a democracy where most people in most religious groups and most racial groups have votes. That necessarily means their opinions have to be taken and attention to be paid to them.” The Times (2009)
De l’attaque de « Charlie Hebdo » et de l’« Hyper casher » en janvier 2015 à la mort du père Jacques Hamel à Saint-Etienne-de-Rouvray, mardi 26 juillet, ce sont 236 personnes qui ont perdu la vie dans des attentats et attaques terroristes, qui ont également fait des centaines de blessés. Les décodeurs
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain». Géraldine Smith
Selon un sondage YouGov publié ce jeudi, la majorité des Britanniques défend une interdiction de la burka, et près de la moitié celle du burkini. Contrairement à la France, aucune loi ne défend en Grande-Bretagne le port du voile intégral. Le débat sur le burkini n’agite pas seulement la France. Tout l’été, entre rixes en Corse et avis du Conseil d’Etat, l’actualité a été accaparée par la polémique sur ces maillots de bain islamiques, qui couvrent l’intégralité du corps. De l’autre côté de la Manche, un sondage YouGov vient d’être dévoilé, qui montre que la majorité des citoyens britanniques sont opposés à la burqa et au burkini dans leur pays. 57% des personnes interrogées se disent ainsi favorables à une interdiction du voile intégral, qui cache également le visage de la femme, contre seulement 25% opposés à cette mesure. Concernant le burkini, 46% des sondés estiment qu’il devrait être interdit sur les plages, quand 30% pensent le contraire. L’institut de sondage précise que plus le sondé est jeune, plus il a tendance à être opposé à l’interdiction. En revanche, le sexe de la personne interrogé n’est pas déterminant dans sa réponse, puisque 56% des femmes soutiennent l’interdiction de la burqa pour 58% de l’ensemble des répondants. Au Royaume-Uni, aucune loi n’interdit pour l’instant le port de la burqa, contrairement à la France. Valeurs actuelles
Here in Britain, banning the burka is a topic of discussion in the UKIP leadership contest after candidate Lisa Duffy called for a ban on wearing them in public places. New research from YouGov suggests this would be a popular policy with a majority of the public (57%) supporting a ban on wearing the burka in the UK, whilst just 25% are against outlawing it. (…) Looking at attitudes to burkinis, again the UK is more in favour of banning them, although less strongly – 46% of people would support a burkini ban and 30% would oppose one. Looking elsewhere, YouGov has found a similar level of support for a burka ban in Germany (62% supporting a ban and 27% opposing), whilst in the US a ban is strongly opposed, with 59% of people opposing the ban and just 27% supporting it. YouGov (2016/08/31)
Vous parlez de Marianne ! Marianne, le symbole de la République ! Elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple ! Elle n’est pas voilée, parce qu’elle est libre ! C’est ça la République ! C’est ça Marianne ! C’est ça que nous devons toujours porter ! Manuel Vals
Y a tout un conflit sur la poitrine dénudée de Marianne…(…) En fait, progressivement, deux images de Marianne co-existent et sont concurrentes, car il y a deux conceptions de la république (…) Il y a la marianne « sage », cheveux attachés, seins couverts, pas d’arme, sagement assise (…) Et la Marianne révolutionnaire, cheveux détachés, bonnet phrygien, poitrine découverte, combattante et armée (…) La première est la Marianne des républicains libéraux conservateurs, la seconde des radicaux révolutionnaires. Mathilde Larrere
Manuel Valls, the Socialist prime minister, called the burkini an “enslavement” of women, and claimed it was part of a political project to impose Islamist rules on France. He noted that Marianne, a female figure symbolising the French nation, is classically depicted bare-breasted. The implication seemed to be that women in burkinis are un-French, while true French women go topless. The Economist
À l’étranger, l’interdiction du burkini sur certaines plages françaises a suscité une vague de critiques dans les pays anglo-saxons, qui perçoivent la mise à l’index de vêtements religieusement connotés comme un frein à l’intégration. «Absurdité française», a lancé l’éditorialiste David Aaronovitch dans le quotidien The Times en estimant que de telles interdictions ne pouvaient qu’être l’œuvre d’«esprits tordus» et créer plus de problèmes. Croiser au Royaume-Uni une femme intégralement voilée dans certaines villes ou quartiers à forte population musulmane n’est pas chose rare et ne déclenche pas les mêmes polémiques qu’en France. (…) Ce clivage entre Britanniques et Français s’explique par les différences culturelles entre les deux pays, entre politique d’assimilation à la française et multiculturalisme britannique, avance le Dr Sara Silvestri, de la City University de Londres. «Ces deux modèles d’intégration sont en crise: ils ne sont plus appliqués ou compris de manière claire et chaque pays regarde ce que fait l’autre pour en tirer des leçons», note-t-elle. La Croix
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent amers et qu’ils s’accrochent à leurs fusils ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ…David Brooks
Well, my joke is that I consider myself a bobo with bad grades. If I’d studied more, I would have gotten into Harvard and I could afford the big kitchen and all that. But I am a bobo in some sense. You know, the essence of bobo life is people who consider themselves sort of artistic or writers or intellectuals but find themselves in the world of making money, in the world of commerce. And so I certainly am in that. You know, I consider myself a writer, and I live for ideas and things like that. But I also want a big house, so I’m caught between money and spirituality. David Brooks
Robert Putnam a découvert que plus la diversité dans une communauté est grande, moins les gens votent et moins ils donnent à des associations caritatives et travaillent à des projets communautaires. (…) Dans une étude récente, Glaeser et son collègue Alberto Alesina ont démontré qu’à peu près la moitié de la différence dans les dépenses sociales entre les Etats-Unis et l’Europe — l’Europe dépense bien plus — peut être attribuée à la diversité ethnique plus grande de la population américaine. Michael Jonas
Pour le chercheur en sciences politiques de l’Université du Michigan, Scoot Page, dans les lieux de travail de haut niveau, les différentes manières de penser parmi des personnes de différentes cultures peuvent être un avantage. “puisqu’elles voient et appréhendent le monde différemment que vous, c’est provocant. Mais la fréquentation de personnes différentes peut stimuler la créativité de tous. Les équipes diverses tendent à être plus productives.” (…) Autrement dit, les membres de communautés plus diverses peuvent faire plus de bowling seuls, mais les tensions créatrices lâchées par ces différences dans le lieu de travail peuvent propulser ces mêmes endroits à la pointe de l’économie et de la culture créatrice. (…) Page appelle ça le “paradoxe de diversité.” Il pense que les effets à la fois positifs et négatifs de la diversité peuvent coexister dans les communautés, mais qu’il doit y avoir une limite.” Si l’investissement civique tombe trop bas, il est facile d’imaginer que les effets positifs de la diversité puissent tout aussi bien commencer à s’affaiblir. Michael Jonas
Si les bobos vantent la diversité, ce sont les ouvriers français qui ont été au contact des immigrés dans la capitale. Ce sont eux qui ont amorti l’intégration. Michèle Tribalat
Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
Ce qui définit cette classe qui se sent menacée de déclassement, c’est son incapacité à ériger des frontières symboliques avec un monde qu’elle juge menaçant. Le bobo de Belleville, qui habite en plein cœur d’un quartier très métissé, peut résider dans un immeuble de lofts, socialement homogène, et contourner la carte scolaire. Les prolétaires de la Picardie, eux, n’ont pas les moyens d’ériger ce type de frontière invisible. C’est pour ça que cette classe populaire exprime aujourd’hui une demande d’Etat fort et de protectionnisme. La question sociale est centrale pour elle, à la condition qu’elle se combine avec une question d’ordre culturel. (…) Sur ces questions culturelles et identitaires, la gauche tient un discours peu clair. Car elle a la trouille de dire les choses. Je pense qu’on vit désormais dans une société multiculturelle sans oser le dire. Pour la première fois dans notre histoire, dans certains espaces, se pose la question d’appartenir à une majorité ou à une minorité relative. C’est ce que révèle l’épisode sur la viande halal : au-delà la question de l’étiquetage, le sentiment diffus de pouvoir devenir, sans le savoir, minoritaire, est très présent. (…) C’est compliqué pour [François Hollande] car il ne faut pas désespérer «Boboland», c’est-à-dire ces classes intellectuelles et supérieures qui vivent en centre-ville, profitent des bienfaits de la mondialisation et votent en majorité pour la gauche. Je dis cela sans mépris. C’est une réalité sociologique importante pour la gauche. Il est difficile de tenir un discours pour cette France des centres-ville et celle rejetée à la périphérie. Christophe Guilluy
Dans Bobo au contraire, il y a bourgeois […] Reste que le principe de générosité connaît ses limites. On peut soutenir les enfants de sans-papiers et contourner discrètement la carte scolaire. Par ailleurs, le bobo a beau se rattacher à la tradition ouvriériste du Paris faubourien, rien ne le déstabilise plus qu’un prolo blanc (…) Le pauvre du bobo, c’est l’étranger fraichement immigré qui vit à ses côtés dans les cités HLM du nord-est parisien. Contrairement au prolo, l’immigré est une personne éminemment sympathique, avec qui vous voudrez entretenir une relation placée sous le signe du rapport interculturel. Christophe Guilluy
Belleville est un territoire à part dans la métropole parisienne. On y retrouve des populations situées aux deux extrêmes de la pyramide sociale. D’un côté donc, les fameux bourgeois-bohèmes, qui investissent les anciens immeubles ouvriers remis à neuf. De l’autre, des familles maghrébines ou noires-africaines, regroupées dans les grands ensembles HLM. D’un côté, la constellation des bars «tendance» et des lofts pour bienheureux. De l’autre, des isolats comme la cité Piat, où se concentrent tous les stigmates de la précarité sociale : 17% de chômage, 22% de familles bénéficiaires d’aides sociales et une petite délinquance suffisamment ancrée pour que le quotidien des habitants soit rythmé par les descentes musclées des flics. (…) De fait, si les bourgeois-bohèmes sont souvent les premiers à se réjouir de la mixité colorée du quartier, leur arrivée massive se solde paradoxalement par l’éviction des classes populaires. (…) Vivre à Belleville n’est pas une punition. Et tous les enfants de la cité, loin s’en faut, ne sont pas dans la conflictualité. Certains tirent même partie des évolutions en cours. De jeunes patrons de bars kabyles ont su ainsi métamorphoser les vieux tripots communautaires de leurs pères pour les adapter au goût des branchés. De l’autre côté, tous les bobos ne vivent pas nécessairement en parias. Raul Velasco s’est fait voler un Nikon et du numéraire il y a quelques mois par une bande extérieure au quartier. Le «caïd du coin» a été contacté, et le Nikon est revenu dans la journée. Le Nouvel Obs
Si on abandonne l’assimilation, il faut également consentir à faire son deuil de la mixité sociale à laquelle les autochtones se plient à condition qu’on ne les oblige pas à voisiner avec des personnes dont le mode de vie est trop différent des leurs. On ne peut pas à la fois désirer respecter les différents usages et empêcher les individus de choisir leur voisinage. Philippe d’Iribarne
Je loue un appartement en face de l’église Saint-Bernard. Je me suis installée dans le quartier en 2004 parce que je voulais un peu d’exotisme. (…) Il y a trop de vandalisme, trop de violences, trop de jeunes encapuchonnés. Sylvia Bourdon
Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national. La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu. Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes. (…) ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente. (…) Pierre Manent (…) a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique. Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger. (…) L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. Christopher Caldwell
Nous avons tous plusieurs identités à la fois, d’où la complexité de s’intégrer, pas seulement pour les immigrés. “Je est un autre”, disait Rimbaud. “Je est une foule”, ai-je découvert rue Jean-Pierre Timbaud. (…) Avec ou sans “je”, on peut être de mauvaise foi. Mon but était d’être radicalement honnête, aussi sincère que je puisse l’être. En plus, l’emploi du “je” m’a libérée de toute prétention à vouloir expliquer globalement ce qui se passe aujourd’hui en France. Chaque école – sociologue, politologue, démographe – a ses certitudes, ses schémas explicatifs. Moi, je suis partie d’une question qui me minait depuis que je m’étais installée en famille dans un coin de Paris qui semblait incarner l’avenir d’une France ouverte et mélangée. Pourquoi ai-je fini par m’y sentir si mal à l’aise que j’étais contente d’en partir ? En l’absence d’une réponse satisfaisante, j’ai cherché le diable dans les détails de la vie quotidienne. (…) L’universel, je ne connais pas ! Je raconte mon expérience de cet échec mais je crois que beaucoup de gens s’y retrouveront, par exemple dans le dilemme que l’on ressent au moment où l’on se débrouille pour déroger à la carte scolaire ou pour mettre ses enfants dans le privé ; ou dans le malaise pour une femme de se promener en short dans un ”coin musulman”, par exemple à Belleville, tout en s’interdisant d’avouer sa gêne d’être gênée… La tolérance masque souvent une forme d’indifférence, ou de démission. Le haut de la rue Jean-Pierre Timbaud n’est un coin sympa où l’on va boire un verre entre potes que pour ceux qui refusent de voir que l’islam radical y a pris le pouvoir, chassant y compris des musulmans modérés ; pour ceux qui ne veulent pas voir que la mixité sociale du quartier est une façade. Je raconte mon rendez-vous avec Kader, 20 ans, que j’attendais dans un bar branché devant lequel il passe tous les jours, quasiment depuis sa naissance. Il n’y était jamais entré et n’osait pas pousser la porte. (…) Si mes rêves n’étaient que des baudruches gonflées à l’air chaud, autant le savoir. Du regret, oui. J’aurais préféré que mes rêves ne soient pas des illusions. Mais ça n’empêche pas de repartir sur de nouvelles bases plus saines, plus réalistes aussi. Il y a 15 ans, quand le boulanger intégriste servait avant moi les hommes qui faisaient la queue derrière moi, je faisais mine de ne pas avoir remarqué. Quand le préposé aux saucisses de la kermesse envoyait paître un parent demandant une merguez Halal avec un : “Oh ! Mais on est en France ici !”, je faisais comme si de rien n’était. Pourquoi ? Ce livre répond aussi à cette interrogation. (…) j’ai mis du temps à me rendre compte, notamment à travers ma propre expérience aux Etats-Unis, qu’un migrant n’est pas un être abstrait, en quelque sorte la plus petite unité des droits humains, mais une personne avec sa langue, sa culture, ses croyances, ses préjugés aussi. Donc, il faut repenser le “creuset”. La diversité, dans toutes ces dimensions, est une source mutuelle d’enrichissement, j’en suis convaincue. Tout le monde ne partage pas mon sentiment, et je comprends cette peur que certains ont de se perdre en s’ouvrant aux autres. Mais voilà, ce n’est pas comme si il y avait un choix. La France est aujourd’hui peuplée de citoyens français de toutes confessions, de “souche ou d’origines”, qui se côtoient avec leurs différences, et qui n’ont pas forcément envie de se couler dans un moule identique. “A Rome fais comme les Romains !”, dit-on. Soit. Mais le petit Bilel est désormais aussi Romain que le petit Edgar ! Nous n’avons donc pas d’autre choix que d’apprendre à vivre ensemble. Or, ce n’est pas facile. (…)  je pensais que ce serait simple de faire abstraction des différences, qu’il suffisait de le vouloir et je me suis trompée. Ce n’est pas une raison pour renoncer. (…) Ce qui m’a le plus frappé, c’est la centralité de “la race” dans la société américaine. Je n’employais jamais ce mot et, comme on sait, il ne correspond à rien scientifiquement. Et soudain, sur chaque formulaire, il me fallait indiquer que j’étais “white” ou “caucasian” ! Mais, au moins, il m’a fait comprendre que notre alpha et oméga à nous Français, c’est à dire le statut socio-économique, “la classe”, est tout aussi réducteur de la “foule” identitaire qu’est chacun d’entre nous. Donc, je pense que le pluralisme vécu, le mélange plus heureux, attend encore la pensée et le langage dans lequel il peut s’exprimer. Géraldine Smith
La rue Jean-Pierre Timbaud a été d’abord le lieu de mes espoirs, puis de ma déception. Raconter son histoire sur vingt ans m’a permis de faire le point, de savoir où j’habite -non plus au propre mais au figuré. Nous avons vécu dans ce coin de Paris entre 1995 et 2007. Nos enfants sont allés à l’école catholique, mitoyenne d’une mosquée salafiste réputée pour son radicalisme et d’un centre pour enfants juifs handicapés. Quand nous nous sommes installés, j’étais enthousiasmée par la diversité sociale, religieuse et culturelle de ce quartier qui ressemblait à la «France plurielle» que j’appelais de mes vœux. Mais au fil des ans, je m’y suis sentie de plus en plus mal à l’aise, au point d’être contente d’en partir. Dans ce livre à la première personne, je décris mon quotidien de mère de famille, celui de nos enfants, les matchs de foot dans la cour de récré, les fêtes d’anniversaire… Les raisons de l’échec, qui m’est resté en travers de la gorge, émergent de ce récit d’une façon très concrète. C’est comme si je donnais à mon problème qui, bien sûr, n’est pas seulement le mien, une adresse à Paris. (…) Avant d’avoir des enfants, j’ai travaillé comme journaliste en Afrique. Mon mari, un Américain ayant appris le français à 25 ans, continue d’y passer le plus clair de son temps en reportage. Nous ne voulions pas élever nos enfants dans une bulle. Donc, nous étions ravis d’habiter des quartiers moins homogènes, à tous points de vue, que, par exemple, ceux de la Rive Gauche. La Seine est une ligne de démarcation bien réelle. Je raconte dans le livre avoir accompagné une sortie de CM1 au parc du Luxembourg: la majorité des enfants de Belleville n’avaient jamais traversé le fleuve. Un dimanche, venant de Pantin pour une promenade dans le Marais, mon propre fils me fait remarquer que, de l’autre côté, «les Blancs sont majoritaires». Il n’en avait pas l’habitude. (…) Les difficultés de l’école publique ou la petite délinquance n’avaient rien de nouveau. C’est ma perception de la rue qui change brusquement. Au moment où j’ouvre enfin les yeux, après un incident mineur – un homme en qamis m’insulte parce que je bois un Coca sur le trottoir -, je découvre tout à la fois des réalités anciennes et nouvelles. J’ai l’impression que la présence d’une mosquée salafiste est pour beaucoup dans la désintégration mais c’est en partie une illusion optique: l’slam radical est lui-même d’abord une conséquence avant de devenir une cause. Il révèle un malaise qu’il va ensuite exacerber. Prenez la cohabitation entre les sexes. Quand un boulanger sert systématiquement les hommes avant les femmes, quand les petits commerces sont remplacés par des librairies islamiques et les magasins de mode ne déclinent plus dans leurs vitrines que la gamme très réduite du voile intégral, l’atmosphère de la rue s’en ressent forcément. De même quand des petits groupes prosélytes abordent des jeunes du quartier pour leur intimer de se joindre à la prière, non pas une fois par semaine mais tous les jours. Les premières victimes de cette évolution ne sont pas les gens comme moi, qui peuvent partir en vacances, obtenir des dérogations à la carte scolaire ou, si rien n’y fait, déménager. Ce sont ceux sans recours ni moyens, comme ce pizzaiolo qui baisse les rideaux parce qu’on lui enjoint de ne plus vendre que du Coca arabe. Ou Malika, une Marocaine vivant là depuis 1987 et qui regrette avec amertume la liberté vestimentaire disparue de sa jeunesse. Mais ce n’est pas forcément dans la nature de l’Islam de devenir ainsi un rouleau compresseur civilisationnel. La religion agressive n’est pas un archaïsme, une survivance ancestrale qui renaîtrait de ses cendres au beau milieu de Paris. Au contraire, c’est une production moderne, made in France, qui sert d’exutoire à ce qui ne va pas chez nous pour trop de gens depuis trop longtemps. Pour certains, c’est la seule issue quand l’ascenseur social est cassé. (…) Parfois cela mène à l’islamisme de la deuxième génération, à force de frustration et de rage. (…) Les couleurs de peau et les religions m’importent peu. J’apprécie les gens pour ce qu’ils sont et, si leur fréquentation devait me changer, pourquoi pas! Personne n’a une identité dans sa poche, comme un passeport, une fois pour toutes. Mais j’ai mis du temps à m’avouer qu’il n’en allait pas ainsi pour tout le monde, que la tolérance n’était pas le bien le mieux partagé dans notre quartier et, de ce fait, que la convivialité n’y était pas au rendez-vous. Par exemple, mon fils et ses camarades ne sont jamais partis en voyage avec leur classe, en sept ans, parce qu’une majorité des parents musulmans ne voulaient pas que leurs filles voyagent avec les garçons. J’ai râlé intérieurement mais je n’ai rien fait, par peur de passer pour «réac» sinon islamophobe. (…) il est vrai que ma génération a biberonné le rejet du «franchouillard» et, par opposition, l’éloge du métissage. À tel point que, jusqu’à très récemment, la Marseillaise et le drapeau français avaient de facto été abandonnés au Front national. En même temps, moi sans doute plus que mes parents, j’ai fermé les yeux sur le fait que le dogme religieux, l’infériorité supposée des femmes, l’homophobie ou le chauvinisme national faisaient partie de la culture de bien des immigrés. Ma génération a transformé en une relique intouchable «la culture de l’Autre» alors que la nôtre devait être librement négociable! J’ai mis du temps à me demander pourquoi un Camerounais raciste ou macho devrait être moins critiquable qu’un Français «de souche» soutenant le FN. Dans ce monde courbe où nous prenons nos désirs pour des réalités, on passe avec un sourire gêné sur le racisme ou la misogynie d’un immigré alors qu’on n’a pas de mots assez durs pour le moindre beauf bien de chez nous. Le problème n’est pas que nous ne soyons pas tous d’accord sur les maux qui rongent notre société. Au contraire, ce serait étonnant voire malsain. Mais qu’on ne soit pas d’accord avec soi-même, qu’on refuse de voir ce à quoi on ne veut pas croire, c’est vraiment problématique. Mon livre dit à chaque page que la «petite» vie quotidienne nous livre une somme de vérités qui valent plus que «la» vérité détachée de notre vécu, celle qu’on porte en bandoulière comme une amulette politique, son fétiche de «bien- pensant». (…) Les réactions sont aussi diverses que la rue mais, très largement, positives. Ceux qui apparaissent dans le récit sont contents que leur témoignage se trouve maintenant sur la place publique. À tort ou à raison, ils avaient l’impression d’être invisibles. (…) Bien entendu, ceux qui ne se reconnaissent pas dans mon récit m’accusent d’avoir caricaturé leur quotidien. Sur les réseaux sociaux, quelques rares personnes disent que «je délire»: pour moi, ceux-là ne voient pas ce qui se passe dans leur rue parce qu’ils «coexistent» avec ceux qui ne leur ressemblent pas, mais ne partagent avec eux aucune forme de convivialité. Autant dire qu’on est dans les jeux de miroirs habituels des perceptions individuelles. Cependant, quand vous travaillez sur vingt ans, quand vous avez vécu sur place et interrogé beaucoup de gens pour croiser les regards, il n’est pas facile de vous reprocher, sérieusement, d’avoir inventé une réalité. Géraldine Smith
J’ai (…) décidé – ça m’a coûté ! – d’écrire comme « la mère de famille » que j’étais aussi, c’est-à-dire au raz du quotidien, dans mon corps-à-corps avec une réalité souvent frustrante, rarement glorieuse. Décrire ma colère après un goûter d’anniversaire qui tourne au fiasco, mon impuissance face à un père de famille algérien au chômage qui désespère de « sauver ses enfants de la racaille », c’est ma façon de dire – j’y vais tout droit – qu’il est plus facile de défendre l’ouverture totale des frontières lors d’un dîner dans le Ve arrondissement que de scolariser ses enfants dans un lycée public du XXe. (…) Grâce à l’Afrique, il n’y avait aucun risque que je confonde l’islam et l’islamisme, un hijab et une burqa, un croyant et un djihadiste. J’étais aussi moins intimidée à l’idée de me faire taxer de raciste ou d’islamophobe. Au début des années 90, j’avais vécu à Dakar dans un studio que me louait un chef traditionnel Lébou, qui était musulman comme la quasi-totalité des Sénégalais. Ma pièce donnait sur sa cour intérieure, qui se remplissait de fidèles au rythme des appels du muezzin. Il m’invitait à boire le thé, nous nous entendions bien. Il est le premier à m’avoir parlé d’une « menace fondamentaliste » dans un pays pourtant pourtant dominé, sur le plan religieux, par les confréries soufies. Sous l’influence de prédicateurs étrangers officiant dans des mosquées souvent bâties avec des fonds saoudiens, le salafisme se développait à cette époque au Sénégal. On voyait au marché les premières femmes portant le voile intégral, des prêcheurs commençaient à s’en prendre à un soufisme jugé trop mou. L’islamisme, l’instrumentalisation de la foi musulmane à des fins politiques, est un problème en Afrique comme à Paris. J’ajoute qu’il est plus facile de comprendre que l’intégration n’est pas un lit de roses quand on est soi-même immigrée – immigrée de luxe, certes, mais immigrée quand même – comme c’est mon cas aux États-Unis. Je m’accroche comme d’autres à ma langue, ma culture, mes habitudes, mes préjugés… Au quotidien, je négocie pied à pied ce qui est « à prendre ou à laisser » dans les deux mondes que je dois réconcilier : ça va de la nourriture au respect dû aux parents en passant par la longueur des jupes… Je n’ai jamais laissé ma fille porter ces shorts ultra-courts et moulants qui sont pourtant la règle aux États-Unis. Mais, venant d’un pays laïque (allez expliquer ce que ça veut dire en cinq minutes !), j’ai pourtant accepté que dieu se glisse dans le contrat social tous les matins quand nos enfants prêtaient allégeance avant de commencer leur journée à l’école publique. Bref, on apprend à faire la part du feu au jour le jour. [Mon fils] a vécu une variation sur le même thème : quand nous nous sommes installés en Caroline du Nord, en 2007, il a découvert qu’on pouvait même revendiquer des origines très lointaines dans le temps. Le premier jour d’école, à la cantine, il y avait des tablées séparées d’enfants noirs, asiatiques, latinos et blancs. Il n’avait jamais connu ça à Belleville. Ne parlant pas bien l’anglais, vulnérable, il s’est assis chez les Noirs, qui l’ont accueilli plutôt sympathiquement. Plus tard, un copain noir lui a expliqué : « On t’aime bien. T’es pas Blanc, t’es Français ». Autant dire qu’il reste du chemin à faire… Aux États-Unis, l’assignation raciale prime sur tout. Plus qu’évidente, elle passe pour « naturelle » alors qu’elle est tout sauf cela. Il n’y pas de « Latino » en dehors des Etats-Unis, aucun rapport entre un Camerounais francophone et un Noir américain, beaucoup de Noirs américains seraient ailleurs vu comme Blancs et, summum de tout, les « Caucasiens » doivent leur nom à un professeur allemand au 18ème siècle, Johann Friedrich Blumenbach, qui a défini une « race » à partir d’un seul crâne qu’il trouvait merveilleux ! Certains amis de Max ou de Lily sont dans des clubs ouvertement “racialisés”, comme Men of Color ou Mixed Race Coalition. J’ai du mal à comprendre de tels choix, qui enferment l’individu dans un seul groupe, une seule facette de son identité. En France, une communauté fondée sur la couleur de la peau est a priori suspecte. Le Conseil représentatif des associations noires, créé en 2005, peine à exister. Les musulmans français sont très peu « communautarisés ». L’idéal républicain français prétend gommer toutes les différences au nom de la fraternité. Y parvient-il dans les faits ? Non, pas plus que le « rêve américain » n’assure l’égalité des chances aux États-Unis. Mais maintenant qu’on n’y croit plus, en France, cet idéal républicain d’assimilation passe pour un leurre, une « arnaque » dont le but réel viserait à faire de tous un « Français moyen » qu’on devine blanc, catholique, amateur de vin et de bonnes chères, vaguement grivois. Bien sûr, ça ne passe plus. Pourquoi serait-on moins « français » parce que l’on est noir ou musulman ? Que signifie « être français » ? Pour moi, en attendant de trouver mieux comme contrat social, est Français qui a la nationalité française. À mes yeux, il n’y ni « Français de souche » ni « Français issu de l’immigration ». Puisque la citoyenneté fait la différence entre eux, on est soit immigré soit Français étant entendu que le passage d’un statut à l’autre est balisé de droits et d’obligations s’imposant à tous. La question de l’origine est différente de celle de la race, un concept qui n’a d’ailleurs aucun fondement scientifique. Aux Etats-Unis, on est fiers de ses origines italienne, irlandais, africaine… En France, dire d’un jeune né en France qu’il est Franco-Algérien ou Franco-Camerounais, c’est le stigmatiser, en faire un citoyen de seconde zone. Qui a raison ? Quand le jeune Kader, dans le livre, me dit qu’il est Franco-Marocain et fier de l’être parce que bien incapable de choisir entre les deux pays, je ne vois pas où est le problème. Il passe ses vacances au Maroc, il parle marocain, il appartient à deux nations et cultures, comme mes propres enfants qui sont franco-américains (et à qui personne n’intime l’ordre de choisir). En revanche, quand la maîtresse oblige Séverin à parler du Cameroun, où il n’a jamais mis les pieds, seulement parce qu’il est noir et son père un immigré camerounais, elle lui assigne une identité qui n’est pas la sienne. (…) En fait, ils ne se confrontent pas, ils s’évitent. Rue Jean-Pierre Timbaud, bobos, barbus, Loubavitch, Polonais, Nord-Africains, artistes et dealers, jeunes et vieux se côtoient sans se rencontrer… Il y a même quelques personnes fortunées, dans des lofts discrets dans les arrière-cours. Mais les uns et les autres ne se connaissent pas, ou mal, il n’y guère de convivialité. Dans mon livre, Malika se fâche lorsque je lui vante mixité sociale de la rue telle que je la perçois au début. Là où un bobo voit un bar sympa, elle voit du bruit et le vomi qu’il faut enjamber sur les trottoirs le matin. Et cette mosquée « qui ne gêne personne », elle la voit comme le lieu qui aspire son fils aîné dans un vortex de radicalisation. Les bobos ont leurs restaurants, leurs boutiques, leurs boulangeries, leurs dérogations à la carte scolaire. Dans le fond, ce qui me dérange, ce n’est pas leur mode de vie, qui est en partie le mien. Ce qui me gêne, c’est que la tolérance est devenue le masque de l’indifférence que portent les uns aux autres. On se prétend ouvert mais, en réalité, on se recroqueville dans son alvéole, quitte à abandonner la place publique aux islamistes, les seuls à avoir encore un projet collectif. (…) Je crains qu’il y ait dans beaucoup de capitales du monde de telles frontières invisibles. À Paris, historiquement, les quartiers  de la rive gauche et à l’Ouest ont été urbanisés le plus tardivement et certains villages, comme Monceau, n’ont été annexés que dans la seconde moitié du 19ème siècle. Plus récemment, la fréquentation de l’espace public a évolué avec l’apparition du RER, le métro de la grande banlieue : les Champs-Elysées, en haut desquels se trouve la station Charles de Gaulle, ou le Forum des Halles, ont ainsi été abandonnés par les « vrais » Parisiens aux « gens des cités », en plus des touristes. Tout cela pour dire qu’en effet, on ne croise pas beaucoup d’ouvriers boulevard Saint-Germain, ni de Noirs dans les jardins du Luxembourg. Que les enfants – nés à Paris – du boulanger de Ménilmontant ne soient jamais montés dans la tour Eiffel, ou que l’un de mes amis d’une grande famille bourgeoise n’ait jamais « passé le périph’» en dit effectivement long sur le cloisonnement social. C’est aussi une question de moyens : au café de Flore, le « petit noir » est à 4,60 euros, alors qu’on boit son expresso pour moins de 2 euros à Belleville. (…) Il ne s’agit pas de racisme. Ce jour là, j’ai honte, l’espace de quelques instants, d’être avec une femme qui hurle en arabe dans les jardins du Luxembourg. Puis, j’ai honte d’avoir honte d’elle et de son enfant. Cela ne fait pas de moi une raciste. Dans le fond, ce qui me gêne à ce moment là, ce n’est pas de me promener dans Paris avec une femme voilée (je viens de passer la journée avec elle), ce qui me gêne c’est qu’elle hurle dans un espace public dont je connais et partage les codes : au Luxembourg, on ne hurle pas… Si elle avait hurlé au Parc de Belleville, je n’y aurai même pas prêté attention. J’ai donc une réaction qui traduit notre différence sociale : ce n’est guère mieux, mais cela n’a rien à voir avec du racisme. Je lui en veux mais pas pour son origine. Je lui en veux parce qu’elle vient de faire éclater ma bulle de rêve. Je m’étais grisé de cette belle journée, des rires devant Guignol, j’avais regardé les gamins et je m’y étais cru, dans cette France cosmopolite de toutes les couleurs. Or, l’incident entre le gardien et la mère de Djed me ramène à la réalité. L’atterrissage est brutal. Je n’exclue pas avoir eu, en d’autres circonstances, un premier réflexe raciste. Par exemple, un Chinois crache dans le métro et je pense in petto: « Y’en a marre de tous ces Chinois qui crachent partout ! ». À mon avis, si l’on veut surmonter le racisme, il faut cesser de le présenter comme un sentiment extraterrestre, quelque chose qui n’arrive qu’aux autres. C’est pour cela que je rapporte dans le livre l’anecdote de Nelson Mandela qui, à peine sorti de 27 ans de prison, monte dans un avion, se rend compte que le pilote est noir et, par réflexe, se dit : « pas de chance ! ». Mandela en parle dans son autobiographie pour mettre en exergue la « banalité du mal », comme dirait Hannah Arendt. Si on avait tous ce courage, on pourrait accomplir un travail collectif pour aller à rebours de nos préjugés. On ne vaincra pas le racisme en mettant des procureurs généraux à tous les coins de rue, ou par auto-flagellation. (…) Des comptes rendus positifs et des interviews sont parues dans la presse de gauche comme de droite, du Figaro au Monde, de Marianne aux Inrockuptibles. On m’avait prédit le pire, que je devais me préparer à être violemment prise à partie mais rien de cela n’est arrivé. Cependant, une rencontre-débat dans une librairie près de la rue Jean-Pierre Timbaud a été annulée à a suite de menaces émanant d’abord de bobos, puis d’islamistes. Et les réactions des internautes sous les recensions ou les interviews sont souvent violentes. A droite, pour certains, je suis une « bobo repentie qui s’aveugle encore ». On devine que les gens qui « commentent » n’ont pas lu le livre, mais y trouvent quand même la preuve, s’il leur en fallait une, que l’islam est incompatible avec la France. A gauche, pour d’autres, je raconte n’importe quoi en « faisant passer le quartier pour une no-go zone alors que tout y est si cool ». Mais, dans l’ensemble, je suis agréablement surprise par l’espace qui est désormais ouvert en France pour débattre sans ambages de notre « vivre ensemble » en panne. (…) Je n’ai pas d’expertise pour juger du succès du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis mais, s’il visait l’émancipation plutôt que le « mélange », une notion assez confuse, un bon bout de chemin a été accompli. En l’absence de statistiques ethniques officielles, qui sont interdites en France, la comparaison entre les deux pays est difficile. À vue de nez,  il me semble effectivement que les villes françaises demeurent, malgré une communautarisation tardive mais croissante, plus mélangées, ethniquement et socialement, que les villes américaines. En revanche, les minorités sont bien plus visibles en Amérique qu’en France (un incontestable acquis de la lutte pour les droits civiques). Pour ne citer que cet exemple, on comptabilise 10 députés « issus de la diversité » sur 577 élus au parlement français. On est loin d’un « caucus » de poids ! Géraldine Smith
Géraldine Smith se lance (…) dans une aventure littéraire qui relève de l’exercice le plus difficile qui soit : l’approche critique de sa propre pensée. (…) Géraldine Smith dévoile honnêtement sa difficulté initiale à admettre l’échec du modèle d’intégration à la française, pensant qu’à force de bonne volonté, il doit être possible d’émousser la haine de certains, au profil de vie difficile. (…) Au départ (…) Géraldine croit au multiculturalisme et à une classe moyenne mélangée. Journaliste, comme son mari Stephen (Américain), elle fut reporter à Jeune Afrique puis rédactrice en chef de L’Autre Afrique. Stephen travaillait au Monde après avoir quitté Libération. Elle choisira de devenir pigiste après la naissance de ses enfants, afin de bénéficier de plus de souplesse. Le couple a tout d’une paire de bobos… Et puis le 11 septembre 2001 survint. Des avions s’encastrent dans les Tours jumelles à New York : les deux colosses, symboles des États-Unis, s’enflamment et s’effondrent. (…) Elle assiste ensuite, lentement mais inexorablement, à la progression de l’intégrisme : à la mosquée Omar, dans la rue Timbaud, dans les commerces. Elle note aussi l’antisémitisme grandissant de certains enfants musulmans. Dès lors, l’auteure constate qu’elle a commis plusieurs erreurs intellectuelles : penser d’abord qu’une tolérance sans bornes permet aux étrangers de mieux s’intégrer : hélas, tolérer de manière excessive vire souvent à la démission. (…) Deuxièmement, Géraldine Smith affirme que les difficultés socio-économiques ne suffisent pas à expliquer la « désintégration ». Troisièmement, le multiculturalisme fait des ravages parce qu’il conduit à penser qu’il existe un droit absolu à la différence autorisant à ne pas respecter la loi et les règles de vie d’une société au nom de sa singularité culturelle ou religieuse. Enfin, elle indique qu’elle a confondu la coexistence et le vivre-ensemble, la cohabitation et la convivialité. Faire nation constitue effectivement une chose bien plus complexe que juxtaposer des communautés. (…) En cette époque vindicative où rares sont ceux qui entendent la parole de l’Autre, c’est un exercice difficile et salutaire. A lire absolument pour jeter un regard humain et pourtant clinique sur un sujet capital. Eric Delbecque
Une journaliste a enquêté sur l’islamisation du quartier où elle a habité, celui de la rue Jean-Pierre-Timbaud, dans le XIe arrondissement de Paris. Une artère sous l’influence de la mosquée Omar. (…) Géraldine Smith (…) disait sa fierté d’habiter ce quartier populaire et mélangé. Ses enfants étaient scolarisés dans une petite école catholique qui accueillait beaucoup de musulmans, un établissement mitoyen de la mosquée Omar. Sous l’influence de ce haut lieu de l’islam radical, elle a vu le haut de la rue évoluer en une dizaine d’années, devenir un coin d’asphalte où les librairies intégristes évincent le petit commerce, où les femmes ne se risquent plus à se promener bras nus. Exilée depuis aux Etats-Unis, cette journaliste a continué à s’intéresser à cette enclave salafiste au cœur du pays des bourgeois bohèmes. En janvier 2015, elle tombe en arrêt devant la photo de la licence de foot des frères Kouachi, les assassins de Charlie Hebdo, des gamins de l’Est parisien. « Les bourreaux, comme les victimes, faisaient partie de mon monde, cela m’a foudroyée », écrit-elle. Pour comprendre et expliquer, elle a retraversé l’Atlantique. Mené une minutieuse enquête à l’ombre de la mosquée, retrouvé ceux qui il y a dix ans jouaient avec ses enfants, interrogé les commerçants. Elle découvre qu’une cohabitation hostile s’est installée entre deux groupes qui s’ignorent ou se défient, c’est selon : les bobos et les barbus. Un récit glaçant, avec pour décor la capitale. Marianne
Le climat se dégrade insidieusement rue Jean-Pierre-Timbaud. […] A cette époque, les voyages scolaires habituellement organisés pour les élèves du CE2 au CM2 sont tout bonnement supprimés. Une majorité de parents musulmans refusant désormais de laisser partir leurs filles, par peur de la promiscuité avec les garçons, l’école ne parvient plus à atteindre le minimum d’élèves requis pour monter une « classe verte », un séjour à la montagne. Et encore moins le voyage en Angleterre que les institutrices faisaient miroiter comme récompense aux enfants depuis le CE1. […] La recomposition des équipes de football, la suppression des voyages ne sont que le reflet, chez les gamins, de la désintégration qui est à l’œuvre dans la rue. Sur fond de crise économique perpétuelle, il y a eu le 11 septembre, l’invasion de l’Irak, les grèves contre la réforme du système des retraites, voire la « canicule » de 2003 et, sans doute, bien d’autres choses encore. La France va mal : elle voulait croire qu’elle avait une « certaine idée » d’elle-même mais, là, elle n’a plus d’idées ni de certitudes du tout ; elle balance entre le grand mélange du « métissage » et la Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules d’un passé plus imaginaire que réel ; Raffarin-le-rond puis Villepin-l’agité sont Premiers ministres ; Sarko-le-Kärcher à l’Intérieur. Bizarrement, dans cet entre-deux où tout vaut tout et son contraire, la crise des banlieues de la fin de l’année 2005 passe quasiment inaperçue à Couronnes. A la lisière du XIe et du XXe, on ne brûle pas de voitures. On y est déjà trop engagés dans un jeu de go, dans le silence. L’enjeu est territorial. De part et d’autre, on pousse ses pions, sans piper mot. A tel point que beaucoup d’entre nous ne s’aperçoivent de rien ou se disent et répètent aux autres, face aux indices s’accumulant : « Mais c’est calme ici. » Avec le recul, cette phrase est devenue pour moi le Kyrie eleison d’un « positivisme » compulsif, l’aveu qu’on ferme les yeux pour mieux ne rien entendre. » Géraldine Smith
Oui, les faits sont têtus. Ayant été de ces quelques journalistes (les doigts d’une main devraient suffire) qui, depuis des décennies, ont alerté isolément sur l’immigration de peuplement, l’islam politique, le multiculturalisme, le somnambulisme des dirigeants, la lâcheté des bons sentiments, l’instrumentalisation des droits de l’homme, je sais ce que ces mises en garde m’ont valu de haussements d’épaules, d’insultes et de kahnneries dans Marianne, de caricatures en franchouillard halluciné, d’exclusions des débats médiatiques bien peignés. Or, jamais la remarque d’Arthur Schopenhauer, que je rappelle dans La guerre civile qui vient, n’a été aussi vraie : « Toute vérité franchit trois étapes. Tout d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été évidente ». La troisième étape n’est pas loin d’être franchie. Quelques exemples, glanés ces derniers jours de vacances d’avril. Le Monde du 27 avril accorde une place de choix au livre de Géraldine Smith dans lequel, femme de gauche, elle déplore son propre aveuglement volontaire face à l’emprise islamiste de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris. Certes, le quotidien s’effraie encore un peu  des « remarques contestables sur l’islam » que la journaliste émet parfois, mais il lui donne néanmoins l’absolution : « Sous-entendre qu’elle est islamophobe (…) serait abusif ».  Dans FigaroVox, Géraldine Smith reconnaît : « Ma génération a transformé en une religion intouchable la « culture de l’Autre » alors que la nôtre devait être librement négociable ». Laurent Joffrin, qui dressait il y a peu des listes de « néo-réacs » et de « néo-fachos » coupables de ne pas se plier devant l’islam et de parler comme Mme Smith, dénonce à son tour (Libération, 29 avril) la « naïveté » de ceux qui ne veulent pas voir dans le voile islamique la marque de la domination masculine sur le corps féminin. Le voilà en soutien de Soufiane Zitouni, ce professeur de philosophe qui reconnaît l’existence d’un « antisémitisme islamique, si présent dans de nombreuses familles musulmanes depuis des siècles, et à notre époque plus que jamais, hélas ». Les lecteurs fidèles de ce blog connaissent aussi cette évidence depuis longtemps… Cependant ces quelques cas anecdotiques, s’ils illustrent bien la déroute des idéologies face aux réalités, ne sont rien en comparaison de la vague de rejet massif par l’opinion de l’immigration de peuplement, de l’islam politique, du multiculturalisme, ces sujets dont il était de bon ton d’assurer naguère qu’ils n’intéressaient personne hormis quelques esprits étriqués et monomaniaques. « Les socialistes, grands déçus de la politique », titrait Le Monde, jeudi. Alors que les « déclinistes », ainsi nommés par le Système pour faire taire leur tocsin,  étaient la cible principale du « progressisme », l’étude 2016 sur les Fractures françaises  fait apparaître que  seulement 31% des sympathisants socialistes pensent que la France « n’est pas en déclin ». Selon cette même étude, 65% des Français estiment qu’il y a trop d’étrangers en France. Le rejet de l’Union européenne, construite justement sur l’immigration de peuplement, procède de ce même refus de cautionner une politique d’immigration sacralisée par des commissaires européens non élus. Le Figaro de vendredi a mis au jour pour sa part l’image dégradée de l’islam, en France et en Allemagne. En France, 63% des sondés estiment que « l’influence et la visibilité de l’islam » sont « trop importants » (48% en Allemagne). Même les sympathisants socialistes se disent, à 55%, opposés au port du voile « dans la rue ». 52% des Français se disent également opposés à la l’édification de mosquées (49% en Allemagne). Quand Barack Obama dit dernièrement d’Angela Merkel que la chancelière allemande « est du bon côté de l’histoire » dans l’accueil des migrants, le président des Etats-Unis affiche son profond mépris pour les peuples européens qui voient très bien les dangers que recèlent, pour l’avenir des cohésions nationales, l’immigration de masse, l’islam conquérant, la confusion entre l’autre et le même. Si l’angélisme des faux gentils perdure jusqu’à attiser les rejets entre communautés, le sens de l’histoire rejoindra l’Autriche dont les citoyens, contre toute attente, ont placé un candidat du FPÖ, Norbert  Hofer, nettement en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Marine Le Pen s’est empressée de féliciter ses « amis du FPÖ » pour ce « résultat magnifique ». La droite officielle, elle, continue de dormir du sommeil du simplet. Ivan Rioufol
« Bobo  », « classe créative  », « branchés  »… Chacune de ces expressions recouvre une réalité un peu honteuse, celle de milieux mi-intellos, mi-artistes, conscients des enjeux politiques et sociaux de ce monde, mais qui, plutôt que de les affronter directement, préfèrent faire un pas de côté, en s’imaginant que des solutions esthétiques suffiront pour les apaiser. Ils investissent par exemple des quartiers populaires, croyant venir ajouter aux « United Colors of Benetton  ». Ils fréquentent des cafés à la mode, où l’on mange forcément bien parce que bio, et croient ainsi aider à réaliser les promesses d’une République fraternelle et solidaire, alors qu’ils viennent en fait profiter du repli communautaire pour s’inventer un monde à eux. Au fil du temps, la bonne conscience bobo ne tient toutefois pas le choc de la réalité. Dans son ouvrage sur la difficile coexistence communautaire rue Jean-Pierre-Timbaud, la journaliste Géraldine Smith ne se décrit pas elle-même comme bobo, même si elle reconnaît qu’elle trouvait « très cool  » d’habiter un quartier aussi bigarré. Après avoir élevé ses deux enfants à proximité, elle revient, plus de dix ans après, dans un quartier où l’islam intégriste et les petits vendeurs de drogue prospèrent, où la République n’arrive plus à intégrer ses enfants, et où les incivilités seraient devenues insupportables. Ces retrouvailles se font alors que c’est précisément ce Paris-là qui est devenu une scène d’attentats, en 2015. Avec son époux, Stephen Smith, ancien journaliste au Monde, Géraldine Smith a déjà fait paraître un ouvrage, Noir et français  ! (Ed. du Panama, 2006), sur la tentation identitaire qui traverse la communauté noire de France. Elle propose maintenant une enquête intime pour mieux comprendre comment elle s’est autopersuadée qu’« une tolérance sans borne était la meilleure manière d’aider les étrangers et leurs enfants français à s’intégrer  ». Ce n’est donc pas tant la transformation de ce quartier qui l’intéresse que sa propre réaction, ou son absence de réaction, aux changements qui se sont opérés quotidiennement autour d’elle. Car il y avait un pas à ne pas franchir  :« Pour nous, admettre qu’il y a un problème, c’est déjà faire un pas en ­direction du camp des “conservateurs”. » (…) Dans son roman La Vie devant soi, paru en 1975, Romain Gary inventait un Belleville, une France, régis par un ordre postcolonial où l’on sait se jouer des identités, où l’on peut tricher avec le regard des autres, se dire juif, puis musulman, ou bien français, puis africain, sans que cela porte à conséquence, parce que chacun veille à entretenir les réseaux de solidarité. Le livre de Géraldine Smith fait penser à ce ­roman, mais dans une version cauchemardesque. Son fils Max énonce avec ses mots d’enfant, sur un ton proche de celui du petit Momo imaginé par Romain Gary, des vérités que les adultes peinent à voir. « Je ne sais pas ce qui leur prend tout d’un coup  ; ils se prennent tous pour leur origine  », dit-il un jour en rentrant d’une partie de foot qui a opposé la « France  » au « reste du monde  », entre ceux qui se sont trouvés assimilés ce jour-là à l’ancien colonisateur et ceux qui revendiquent désormais leurs racines africaines et arabes. Le quartier aurait basculé au tournant des années 2000, dans cette nouvelle époque qui s’amorce avec les attaques contre le World Trade Center. Sous les traits de cette journaliste, il serait tentant de découvrir l’un de ces « catholiques zombies  » fustigés par Emmanuel Todd dans son essai Qui est Charlie  ? (Seuil, 2015). Le démographe visait ainsi cette frange de l’opinion de gauche qui a reçu une éducation catholique, mais qui, sans avoir la foi, en a gardé les réflexes xénophobes, notamment à l’égard des musulmans. Géraldine Smith, qui ne cache pas son éducation religieuse, pourrait entrer dans cette catégorie, mais ce serait sous-entendre qu’elle est islamophobe, ce qui serait abusif. Il est vrai qu’elle a parfois des remarques ­contestables sur l’islam, comme lorsqu’elle le compare à un « anticorps  » produit par les immigrés « dans un milieu français à haut risque de contagion  ». Mais Géraldine Smith porte un regard aussi sévère sur l’école. La mise en cause est générale, et surtout personnelle. Elle se réserve les plus durs reproches et, à travers elle, c’est bien la « classe créative  » qui est visée. Bobos, branchés et hipsters se retrouvent au Cannibale, un café bien connu de la rue Jean-Pierre-Timbaud. Les plus démonstratifs d’entre eux se font tatouer, portent la barbe et la chemise à carreaux. La toilette recherchée de ces coquets bûcherons est leur véritable habitat. Qu’ils résident rue Jean-Pierre-Timbaud ou dans le 5e arrondissement n’y change rien. Il y a encore autre chose qui définit « hipster  » et « bobo  ». C’est leur rôle dans les industries créatives, publicité, édition, télévision, etc. Parce qu’ils détiennent le capital intellectuel, si ce n’est le capital tout court, ils participent activement à définir le monde, à forger le discours dominant. Le temps du constat passé, on peut espérer qu’ils trouvent l’humour et la dérision nécessaires pour imaginer un quartier digne du Belleville de Romain Gary. Le Monde

Après les neocons, les bobos !

A l’heure où la polémique aussi piégée que savamment orchestrée qui avait tant agité nos plages …

Et valu au pays européen qui, possédant la plus grande minorité de musulmans et une frontière directe avec le Monde musulman, vient d’offrir en à peine 18 mois des centaines de ses ressortissants à la fureur sacrificielle de nos djihadistes …

La condamnation quasi-unanime de la bien-pensance de pays qui n’en ont respectivement que moins de 5 % pour les Britanniques et moins d’1% pour les Américains …

Semble repartir chez nos voisins britanniques (mais aussi allemands) avec un sondage révélant une majorité favorable à l’interdiction du port de la burka (contre 27% aux EU) et près de la moitié à celle de sa version plage …

Pendant qu’avec le triple jeu de nos amis turcs, pourrait bien repartir de plus belle l’invasion arabe de l’Europe tant célébrée par ceux là mêmes qui en sont les plus protégés

Comment ne pas repenser à l’accueil pour le moins mitigé juste avant l’été d’un livre dont l’auteure se voyait quasiment traiter de « catholique zombie » et d’islamophobe  …

Pour avoir reconnu suite à son émigration aux Etats-unis et à l’instar de ces gens de gauche que leur agression par la réalité avaient convertis en néoconservateurs  …

Sa foi exagérée au multiculturalisme et pris acte de l’échec du modèle d’intégration à la française

Et surtout, trahissant les secrets de la tribu, de n’avoir pas su trouver « l’humour et la dérision nécessaires pour imaginer un quartier digne du Belleville de Romain Gary » ?

Les ratés de la mixité sociale dans l’Est parisien
Marc-Olivier Bherer
Le Monde
26.04.2016

« Bobo   », « classe créative  », « branchés  »… Chacune de ces expressions recouvre une réalité un peu honteuse, celle de milieux mi-intellos, mi-artistes, conscients des enjeux politiques et sociaux de ce monde, mais qui, plutôt que de les affronter directement, préfèrent faire un pas de côté, en s’imaginant que des solutions esthétiques suffiront pour les apaiser. Ils investissent par exemple des quartiers populaires, croyant venir ajouter aux « United Colors of Benetton  ». Ils fréquentent des cafés à la mode, où l’on mange forcément bien parce que bio, et croient ainsi aider à réaliser les promesses d’une République fraternelle et solidaire, alors qu’ils viennent en fait profiter du repli communautaire pour s’inventer un monde à eux.

Au fil du temps, la bonne conscience bobo ne tient toutefois pas le choc de la réalité. Dans son ouvrage sur la difficile coexistence communautaire rue Jean-Pierre-Timbaud, la journaliste Géraldine Smith ne se décrit pas elle-même comme bobo, même si elle reconnaît qu’elle trouvait « très cool  » d’habiter un quartier aussi bigarré. Après avoir élevé ses deux enfants à proximité, elle revient, plus de dix ans après, dans un quartier où l’islam intégriste et les petits vendeurs de drogue prospèrent, où la République n’arrive plus à intégrer ses enfants, et où les incivilités seraient devenues insupportables. Ces retrouvailles se font alors que c’est précisément ce Paris-là qui est devenu une scène d’attentats, en 2015.

Avec son époux, Stephen Smith, ancien journaliste au Monde, Géraldine Smith a déjà fait paraître un ouvrage, Noir et français  ! (Ed. du Panama, 2006), sur la tentation identitaire qui traverse la communauté noire de France. Elle propose maintenant une enquête intime pour mieux comprendre comment elle s’est autopersuadée qu’« une tolérance sans borne était la meilleure manière d’aider les étrangers et leurs enfants français à s’intégrer  ». Ce n’est donc pas tant la transformation de ce quartier qui l’intéresse que sa propre réaction, ou son absence de réaction, aux changements qui se sont opérés quotidiennement autour d’elle. Car il y avait un pas à ne pas franchir  :« Pour nous, admettre qu’il y a un problème, c’est déjà faire un pas en ­direction du camp des “conservateurs”. »

Elle fait donc le récit de sa vie dans ces rues. On croise amis et connaissances, parents d’élèves, directeurs d’école publique ou privée, cafetiers, mais aussi les enfants laissés à eux-­mêmes, les dealers, les mamans voilées, les boulangers musulmans qui servent les femmes en dernier, le tout dans une ambiance qui s’alourdit sous le poids d’un islam de plus en plus intolérant, qui flique et quadrille le quartier grâce à la tristement célèbre mosquée Omar, au coin des rues Jean-Pierre-Timbaud et Morand, et aux librairies des alentours.

Un tournant après le 11-Septembre

Dans son roman La Vie devant soi, paru en 1975, Romain Gary inventait un Belleville, une France, régis par un ordre postcolonial où l’on sait se jouer des identités, où l’on peut tricher avec le regard des autres, se dire juif, puis musulman, ou bien français, puis africain, sans que cela porte à conséquence, parce que chacun veille à entretenir les réseaux de solidarité.

Le livre de Géraldine Smith fait penser à ce ­roman, mais dans une version cauchemardesque. Son fils Max énonce avec ses mots d’enfant, sur un ton proche de celui du petit Momo imaginé par Romain Gary, des vérités que les adultes peinent à voir. « Je ne sais pas ce qui leur prend tout d’un coup  ; ils se prennent tous pour leur origine  », dit-il un jour en rentrant d’une partie de foot qui a opposé la « France  » au « reste du monde  », entre ceux qui se sont trouvés assimilés ce jour-là à l’ancien colonisateur et ceux qui revendiquent désormais leurs racines africaines et arabes. Le quartier aurait basculé au tournant des années 2000, dans cette nouvelle époque qui s’amorce avec les attaques contre le World Trade Center.

Sous les traits de cette journaliste, il serait tentant de découvrir l’un de ces « catholiques zombies  » fustigés par Emmanuel Todd dans son essai Qui est Charlie  ? (Seuil, 2015). Le démographe visait ainsi cette frange de l’opinion de gauche qui a reçu une éducation catholique, mais qui, sans avoir la foi, en a gardé les réflexes xénophobes, notamment à l’égard des musulmans. Géraldine Smith, qui ne cache pas son éducation religieuse, pourrait entrer dans cette catégorie, mais ce serait sous-entendre qu’elle est islamophobe, ce qui serait abusif.

Des remarques contestables sur l’islam

Il est vrai qu’elle a parfois des remarques ­contestables sur l’islam, comme lorsqu’elle le compare à un « anticorps  » produit par les immigrés « dans un milieu français à haut risque de contagion  ». Mais Géraldine Smith porte un regard aussi sévère sur l’école. La mise en cause est générale, et surtout personnelle. Elle se réserve les plus durs reproches et, à travers elle, c’est bien la « classe créative  » qui est visée.

Bobos, branchés et hipsters se retrouvent au Cannibale, un café bien connu de la rue Jean-Pierre-Timbaud. Les plus démonstratifs d’entre eux se font tatouer, portent la barbe et la chemise à carreaux. La toilette recherchée de ces coquets bûcherons est leur véritable habitat. Qu’ils résident rue Jean-Pierre-Timbaud ou dans le 5e arrondissement n’y change rien.

Il y a encore autre chose qui définit « hipster  » et « bobo  ». C’est leur rôle dans les industries créatives, publicité, édition, télévision, etc. Parce qu’ils détiennent le capital intellectuel, si ce n’est le capital tout court, ils participent activement à définir le monde, à forger le discours dominant. Le temps du constat passé, on peut espérer qu’ils trouvent l’humour et la dérision nécessaires pour imaginer un quartier digne du Belleville de Romain Gary.

Voir aussi:
Le sens de l’histoire contrarie les idéologues
Ivan Rioufol
1 mai 2016

Oui, les faits sont têtus. Ayant été de ces quelques journalistes (les doigts d’une main devraient suffire) qui, depuis des décennies, ont alerté isolément sur l’immigration de peuplement, l’islam politique, le multiculturalisme, le somnambulisme des dirigeants, la lâcheté des bons sentiments, l’instrumentalisation des droits de l’homme, je sais ce que ces mises en garde m’ont valu de haussements d’épaules, d’insultes et de kahnneries dans Marianne, de caricatures en franchouillard halluciné, d’exclusions des débats médiatiques bien peignés. Or, jamais la remarque d’Arthur Schopenhauer, que je rappelle dans La guerre civile qui vient, n’a été aussi vraie : « Toute vérité franchit trois étapes. Tout d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été évidente ». La troisième étape n’est pas loin d’être franchie. Quelques exemples, glanés ces derniers jours de vacances d’avril. Le Monde du 27 avril accorde une place de choix au livre de Géraldine Smith dans lequel, femme de gauche, elle déplore son propre aveuglement volontaire face à l’emprise islamiste de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris. Certes, le quotidien s’effraie encore un peu  des « remarques contestables sur l’islam » que la journaliste émet parfois, mais il lui donne néanmoins l’absolution : « Sous-entendre qu’elle est islamophobe (…) serait abusif ».  Dans FigaroVox, Géraldine Smith reconnaît : « Ma génération a transformé en une religion intouchable la « culture de l’Autre » alors que la nôtre devait être librement négociable ». Laurent Joffrin, qui dressait il y a peu des listes de « néo-réacs » et de « néo-fachos » coupables de ne pas se plier devant l’islam et de parler comme Mme Smith, dénonce à son tour (Libération, 29 avril) la « naïveté » de ceux qui ne veulent pas voir dans le voile islamique la marque de la domination masculine sur le corps féminin. Le voilà en soutien de Soufiane Zitouni, ce professeur de philosophe qui reconnaît l’existence d’un « antisémitisme islamique, si présent dans de nombreuses familles musulmanes depuis des siècles, et à notre époque plus que jamais, hélas ». Les lecteurs fidèles de ce blog connaissent aussi cette évidence depuis longtemps…

Cependant ces quelques cas anecdotiques, s’ils illustrent bien la déroute des idéologies face aux réalités, ne sont rien en comparaison de la vague de rejet massif par l’opinion de l’immigration de peuplement, de l’islam politique, du multiculturalisme, ces sujets dont il était de bon ton d’assurer naguère qu’ils n’intéressaient personne hormis quelques esprits étriqués et monomaniaques. « Les socialistes, grands déçus de la politique », titrait Le Monde, jeudi. Alors que les « déclinistes », ainsi nommés par le Système pour faire taire leur tocsin,  étaient la cible principale du « progressisme », l’étude 2016 sur les Fractures françaises  fait apparaître que  seulement 31% des sympathisants socialistes pensent que la France « n’est pas en déclin ». Selon cette même étude, 65% des Français estiment qu’il y a trop d’étrangers en France. Le rejet de l’Union européenne, construite justement sur l’immigration de peuplement, procède de ce même refus de cautionner une politique d’immigration sacralisée par des commissaires européens non élus. Le Figaro de vendredi a mis au jour pour sa part l’image dégradée de l’islam, en France et en Allemagne. En France, 63% des sondés estiment que « l’influence et la visibilité de l’islam » sont « trop importants » (48% en Allemagne). Même les sympathisants socialistes se disent, à 55%, opposés au port du voile « dans la rue ». 52% des Français se disent également opposés à la l’édification de mosquées (49% en Allemagne). Quand Barack Obama dit dernièrement d’Angela Merkel que la chancelière allemande « est du bon côté de l’histoire » dans l’accueil des migrants, le président des Etats-Unis affiche son profond mépris pour les peuples européens qui voient très bien les dangers que recèlent, pour l’avenir des cohésions nationales, l’immigration de masse, l’islam conquérant, la confusion entre l’autre et le même. Si l’angélisme des faux gentils perdure jusqu’à attiser les rejets entre communautés, le sens de l’histoire rejoindra l’Autriche dont les citoyens, contre toute attente, ont placé un candidat du FPÖ, Norbert  Hofer, nettement en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Marine Le Pen s’est empressée de féliciter ses « amis du FPÖ » pour ce « résultat magnifique ». La droite officielle, elle, continue de dormir du sommeil du simplet.

Voir également:

Rue Jean-Pierre Timbaud ou la République effacée…
Eric Delbecque
Tribune littéraire d’Eric Delbecque
25 août 2016

Rue Jean-Pierre Timbaud. Une vie de famille entre barbus et bobos (Stock, 2016) est un beau livre. D’abord parce que l’intention qui fait vivre l’ouvrage s’abreuve à une source de générosité intellectuelle et morale. Géraldine Smith se lance en effet dans une aventure littéraire qui relève de l’exercice le plus difficile qui soit : l’approche critique de sa propre pensée. En faisant le récit de la progression de l’islamisation radicale de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris, c’est-à-dire de sa prise en main au fil des années par des intégristes nullement désireux de faire progresser le « vivre-ensemble ». Elle raconte la radicalisation de la mosquée Omar (avec Mohamed Hammami), la progression du Tabligh (un courant religieux fondamentaliste), l’éviction des petits commerces non islamiques, l’implantation des librairies intégristes, etc. Elle pèse ses mots, tente d’évaluer les choses au plus juste en se montrant la plus bienveillante possible. Géraldine Smith dévoile honnêtement sa difficulté initiale à admettre l’échec du modèle d’intégration à la française, pensant qu’à force de bonne volonté, il doit être possible d’émousser la haine de certains, au profil de vie difficile. Elle a le souvenir d’une enfance où les origines ne comptaient pas autant.

Son intention initiale dans ces pages ? Savoir si une autre voie était possible. Si d’autres choix auraient pu favoriser la cohésion sociale plutôt qu’une cohabitation mêlant au fur et à mesure l’indifférence, l’hostilité et la rancœur ? Au départ, son quartier témoigne d’une diversité souriante. Quelques adolescents turbulents, mais rien de grave. Géraldine croit au multiculturalisme et à une classe moyenne mélangée. Journaliste, comme son mari Stephen (Américain), elle fut reporter à Jeune Afrique puis rédactrice en chef de L’Autre Afrique. Stephen travaillait au Monde après avoir quitté Libération. Elle choisira de devenir pigiste après la naissance de ses enfants, afin de bénéficier de plus de souplesse. Le couple a tout d’une paire de bobos… Mais Géraldine se met à observer avec de plus en plus d’attention, sans que sa probité intellectuelle ne soit altérée par sa bienveillance à l’égard de ses voisines et de son environnement quotidien. Elle s’affirme convaincue que la tolérance, l’ouverture d’esprit, finira par voir raison des malentendus, de l’incompréhension culturelle entre les différentes classes sociales et les communautés.

Et puis le 11 septembre 2001 survint. Des avions s’encastrent dans les Tours jumelles à New York : les deux colosses, symboles des États-Unis, s’enflamment et s’effondrent. Des mots s’imposent alors dans le vocabulaire, en particulier Al-Qaïda et Oussama Ben Laden. Géraldine Smith écrit avec tristesse que ce dernier, dans son quartier, fascine autant qu’il suscite le rejet. L’ambiance change dans la rue et la religion devient un sujet de conversation. Sa nouvelle fille au pair, une australienne de 17 ans, qui passe pour une américaine, sera agressée par un groupe de quatre jeunes beurettes s’enivrant de slogans anti-américains. Elle assiste ensuite, lentement mais inexorablement, à la progression de l’intégrisme : à la mosquée Omar, dans la rue Timbaud, dans les commerces. Elle note aussi l’antisémitisme grandissant de certains enfants musulmans.

Dès lors, l’auteure constate qu’elle a commis plusieurs erreurs intellectuelles : penser d’abord qu’une tolérance sans bornes permet aux étrangers de mieux s’intégrer : hélas, tolérer de manière excessive vire souvent à la démission. Comme elle l’explique parfaitement, on glisse vite de l’un à l’autre : lorsqu’on laissa les fidèles de la mosquée Omar prier dans la rue, un trouble à l’ordre public devint une habitude et encouragea les islamistes à menacer des commerçants, à mettre l’alcool à l’index ou à insulter les femmes qui refusaient de se plier à leurs exigences. Ce qu’il est important de saisir, c’est que l’intégrisme islamiste forme un programme totalitaire, un univers holistique (où le Tout s’impose aux individus) qui méprise le libre arbitre et vient combler une attente identitaire en valorisant la violence politique dans sa forme terminale.

Deuxièmement, Géraldine Smith affirme que les difficultés socio-économiques ne suffisent pas à expliquer la « désintégration ». Troisièmement, le multiculturalisme fait des ravages parce qu’il conduit à penser qu’il existe un droit absolu à la différence autorisant à ne pas respecter la loi et les règles de vie d’une société au nom de sa singularité culturelle ou religieuse. Enfin, elle indique qu’elle a confondu la coexistence et le vivre-ensemble, la cohabitation et la convivialité. Faire nation constitue effectivement une chose bien plus complexe que juxtaposer des communautés.

Il jaillit de tout cela un livre émouvant, calme et nuancé, s’interrogeant avec bienveillance et goût de l’exactitude sur l’avenir de la France, son identité et son modèle d’intégration. En cette époque vindicative où rares sont ceux qui entendent la parole de l’Autre, c’est un exercice difficile et salutaire. A lire absolument pour jeter un regard humain et pourtant clinique sur un sujet capital.

Eric Delbecque, Chef du département intelligence stratégique de SIFARIS et Président de l’ACSE– Auteur de : Idéologie sécuritaire et société de surveillance (Vuibert) Site : intelligences-croisees.com

Voir encore:

Entre bobos et barbus, la rue Jean-Pierre-Timbaud, enclave salafiste au coeur de Paris
Soazig Quéméner
Marianne
22 Avril 2016

Une journaliste a enquêté sur l’islamisation du quartier où elle a habité, celui de la rue Jean-Pierre-Timbaud, dans le XIe arrondissement de Paris. Une artère sous l’influence de la mosquée Omar. Entre bobos et barbus, un récit édifiant, émouvant et glaçant.

Géraldine Smith a longtemps arpenté la rue Jean-Pierre-Timbaud, cette longue artère parisienne qui court du sud du boulevard de Belleville jusqu’au boulevard du Temple, entre le XIe et le XXe arrondissement de Paris. Elle disait sa fierté d’habiter ce quartier populaire et mélangé. Ses enfants étaient scolarisés dans une petite école catholique qui accueillait beaucoup de musulmans, un établissement mitoyen de la mosquée Omar. Sous l’influence de ce haut lieu de l’islam radical, elle a vu le haut de la rue évoluer en une dizaine d’années, devenir un coin d’asphalte où les librairies intégristes évincent le petit commerce, où les femmes ne se risquent plus à se promener bras nus.

Exilée depuis aux Etats-Unis, cette journaliste a continué à s’intéresser à cette enclave salafiste au cœur du pays des bourgeois bohèmes. En janvier 2015, elle tombe en arrêt devant la photo de la licence de foot des frères Kouachi, les assassins de Charlie Hebdo, des gamins de l’Est parisien. « Les bourreaux, comme les victimes, faisaient partie de mon monde, cela m’a foudroyée », écrit-elle. Pour comprendre et expliquer, elle a retraversé l’Atlantique. Mené une minutieuse enquête à l’ombre de la mosquée, retrouvé ceux qui il y a dix ans jouaient avec ses enfants, interrogé les commerçants. Elle découvre qu’une cohabitation hostile s’est installée entre deux groupes qui s’ignorent ou se défient, c’est selon : les bobos et les barbus. Un récit glaçant, avec pour décor la capitale.

Le silence de 2005« Le climat se dégrade insidieusement rue Jean-Pierre-Timbaud. […] A cette époque, les voyages scolaires habituellement organisés pour les élèves du CE2 au CM2 sont tout bonnement supprimés. Une majorité de parents musulmans refusant désormais de laisser partir leurs filles, par peur de la promiscuité avec les garçons, l’école ne parvient plus à atteindre le minimum d’élèves requis pour monter une « classe verte », un séjour à la montagne. Et encore moins le voyage en Angleterre que les institutrices faisaient miroiter comme récompense aux enfants depuis le CE1. […] La recomposition des équipes de football, la suppression des voyages ne sont que le reflet, chez les gamins, de la désintégration qui est à l’œuvre dans la rue. Sur fond de crise économique perpétuelle, il y a eu le 11 septembre, l’invasion de l’Irak, les grèves contre la réforme du système des retraites, voire la « canicule » de 2003 et, sans doute, bien d’autres choses encore.

La France va mal : elle voulait croire qu’elle avait une « certaine idée » d’elle-même mais, là, elle n’a plus d’idées ni de certitudes du tout ; elle balance entre le grand mélange du « métissage » et la Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules d’un passé plus imaginaire que réel ; Raffarin-le-rond puis Villepin-l’agité sont Premiers ministres ; Sarko-le-Kärcher à l’Intérieur. Bizarrement, dans cet entre-deux où tout vaut tout et son contraire, la crise des banlieues de la fin de l’année 2005 passe quasiment inaperçue à Couronnes. A la lisière du XIe et du XXe, on ne brûle pas de voitures. On y est déjà trop engagés dans un jeu de go, dans le silence. L’enjeu est territorial. De part et d’autre, on pousse ses pions, sans piper mot. A tel point que beaucoup d’entre nous ne s’aperçoivent de rien ou se disent et répètent aux autres, face aux indices s’accumulant : « Mais c’est calme ici. » Avec le recul, cette phrase est devenue pour moi le Kyrie eleison d’un « positivisme » compulsif, l’aveu qu’on ferme les yeux pour mieux ne rien entendre. »

Voir de plus:

”Nous avons tous plusieurs identités à la fois, d’où la complexité de s’intégrer”
Journaliste française ayant émigré aux Etats-Unis, Géraldine Smith publie ”Rue Jean-Pierre Timbaud” pour raconter son expérience à Belleville, entre obsession du vivre-ensemble et désillusions du modèle d’intégration français
Les Inrocks
27/04/2016

Dans son livre, Rue Jean-Pierre Timbaud, Géraldine Smith revient sur ses vingt années passées dans le quartier de Belleville à Paris pour tenter d’expliquer ses désillusions et l’échec du ‘’modèle d’intégration français’’ auquel elle croyait. Journaliste émigrée aux Etats-Unis, elle raconte comment les attentats contre Charlie Hebdo l’ont convaincue d’écrire sur sa propre expérience. Cette chronique, racontée à la première personne, décrit avec honnêteté la métamorphose d’une rue emblématique d’un Paris mixte mais victime de ségrégation. L’influence de l’islamisme radical, les déceptions, les exils et les craintes d’habitants ponctuent le récit qui met en perspective un certain vivre-ensemble condamné à l’échec puisque mal appréhendé.

Vous avouez avoir été “très émue” en travaillant à ce récit. Ce livre est-il le travail d’une journaliste, d’une romancière ou d’un témoin ?

Géraldine Smith : C’est le fond de mon livre : nous avons tous plusieurs identités à la fois, d’où la complexité de s’intégrer, pas seulement pour les immigrés. “Je est un autre”, disait Rimbaud. “Je est une foule”, ai-je découvert rue Jean-Pierre Timbaud.

Concrètement, j’ai écrit un récit, le témoignage d’une mère de famille, d’une habitante du quartier qui se trouve être journaliste. Bien sûr, ma profession et ses réflexes m’ont aidée : j’ai l’habitude d’observer et de prendre des notes. Par exemple, les mères africaines qui s’en prennent aux Asiatiques dans un conseil d’école. Ou la bérézina de l’anniversaire de Max, dans tous ses détails. Rien n’est romancé. En complément d’enquête, j’ai revu des amis perdus de vue et des jeunes que je connaissais quand ils avaient quatre ans. J’ai aussi interviewé d’autres riverains. Beaucoup m’ont émue par leur histoire, leurs mots, leur façon de raconter. Parmi eux, Lucette, bimbelotière dans la rue depuis 1941. Ou Malika, une amie marocaine, nostalgique d’une France de son enfance qu’elle idéalisait.

C’est un récit à la première personne, pourtant il y a une vraie ambition d’objectivité. Pourquoi avoir décidé de mener ce travail sous cette forme et ne pas avoir fait une enquête journalistique plus classique en extirpant votre vécu ?

Avec ou sans “je”, on peut être de mauvaise foi. Mon but était d’être radicalement honnête, aussi sincère que je puisse l’être. En plus, l’emploi du “je” m’a libérée de toute prétention à vouloir expliquer globalement ce qui se passe aujourd’hui en France. Chaque école – sociologue, politologue, démographe – a ses certitudes, ses schémas explicatifs. Moi, je suis partie d’une question qui me minait depuis que je m’étais installée en famille dans un coin de Paris qui semblait incarner l’avenir d’une France ouverte et mélangée. Pourquoi ai-je fini par m’y sentir si mal à l’aise que j’étais contente d’en partir ? En l’absence d’une réponse satisfaisante, j’ai cherché le diable dans les détails de la vie quotidienne.

Avec du recul, pensez-vous être parvenue à raconter ‘’cet échec du modèle d’intégration français’’ ? Qu’est ce qui peut être universel dans votre vécu et dans votre expérience ?

L’universel, je ne connais pas ! Je raconte mon expérience de cet échec mais je crois que beaucoup de gens s’y retrouveront, par exemple dans le dilemme que l’on ressent au moment où l’on se débrouille pour déroger à la carte scolaire ou pour mettre ses enfants dans le privé ; ou dans le malaise pour une femme de se promener en short dans un ”coin musulman”, par exemple à Belleville, tout en s’interdisant d’avouer sa gêne d’être gênée… La tolérance masque souvent une forme d’indifférence, ou de démission. Le haut de la rue Jean-Pierre Timbaud n’est un coin sympa où l’on va boire un verre entre potes que pour ceux qui refusent de voir que l’islam radical y a pris le pouvoir, chassant y compris des musulmans modérés ; pour ceux qui ne veulent pas voir que la mixité sociale du quartier est une façade. Je raconte mon rendez-vous avec Kader, 20 ans, que j’attendais dans un bar branché devant lequel il passe tous les jours, quasiment depuis sa naissance. Il n’y était jamais entré et n’osait pas pousser la porte.

‘’Le souvenir d’un vivre-ensemble entre le métro Couronnes et la rue Saint-Maur (…) des souvenirs fragiles et ambigus qui risquent de s’abîmer dans l’”après-coup”. On décèle une sorte d’amertume. Ce livre est-il une manière d’enterrer ses rêves et ses anciennes valeurs ? Ou justement un moyen pour ne pas que ces souvenirs s’abîment dans l’après coup ?

Pas d’amertume. Si mes rêves n’étaient que des baudruches gonflées à l’air chaud, autant le savoir. Du regret, oui. J’aurais préféré que mes rêves ne soient pas des illusions. Mais ça n’empêche pas de repartir sur de nouvelles bases plus saines, plus réalistes aussi. Il y a 15 ans, quand le boulanger intégriste servait avant moi les hommes qui faisaient la queue derrière moi, je faisais mine de ne pas avoir remarqué. Quand le préposé aux saucisses de la kermesse envoyait paître un parent demandant une merguez Halal avec un : “Oh ! Mais on est en France ici !”, je faisais comme si de rien n’était. Pourquoi ? Ce livre répond aussi à cette interrogation.

Pourquoi était-il si important pour vous de croire à la réussite de ce creuset cosmopolite, à cette mixité sociale et culturelle ?

Pour la même raison pour laquelle, quand on est jeune, c’est-à-dire sans expérience, on croit que l’Onu est forcément meilleure qu’un gouvernement national. Puis, on se rend compte que l’Onu n’est qu’une grande bureaucratie élue par personne. Bref, j’ai mis du temps à me rendre compte, notamment à travers ma propre expérience aux Etats-Unis, qu’un migrant n’est pas un être abstrait, en quelque sorte la plus petite unité des droits humains, mais une personne avec sa langue, sa culture, ses croyances, ses préjugés aussi. Donc, il faut repenser le “creuset”.

La diversité, dans toutes ces dimensions, est une source mutuelle d’enrichissement, j’en suis convaincue. Tout le monde ne partage pas mon sentiment, et je comprend cette peur que certains ont de se perdre en s’ouvrant aux autres. Mais voilà, ce n’est pas comme si il y avait un choix. La France est aujourd’hui peuplée de citoyens français de toutes confessions, de “souche ou d’origines”, qui se côtoient avec leurs différences, et qui n’ont pas forcément envie de se couler dans un moule identique. “A Rome fais comme les Romains !”, dit-on. Soit. Mais le petit Bilel est désormais aussi Romain que le petit Edgar ! Nous n’avons donc pas d’autre choix que d’apprendre à vivre ensemble.

Or, ce n’est pas facile. Je vous donne un exemple tout simple : en 7 ans à l’école de la rue Jean-Pierre Timbaud, les enfants ne sont pas partis une seule fois en voyage avec leur classe. Au dernier moment, tous les ans, le voyage dont la classe avait rêvé toute l année était annulé, parce qu’une majorité de parents refusait de laisser leurs filles voyager avec les garçons. Résultat, une occasion idéale de mieux se connaître, de partager quelque chose, éliminée. C’est ça la vie ordinaire ! Alors oui, je pensais que ce serait simple de faire abstraction des différences, qu’il suffisait de le vouloir et je me suis trompée. Ce n’est pas une raison pour renoncer.

Si la mixité sociale est impossible, est-ce à cause de l’identité ?

La mixité sociale n’est pas impossible, à condition de ne pas l’imaginer comme un interrupteur qui allume ou éteint. C’est quand la mixité est figée, soit comme un absolu ou un interdit, qu’elle échoue. En ce sens elle est en effet liée aux identités – au pluriel – qui, elles aussi, sont forcément fluides. On n’a pas “son” identité dans la poche, une fois pour toutes. Elle change tout le temps, parfois presque imperceptiblement, parfois très vite. Les gens que j’ai croisés ne sont pas quelque chose une fois pour toutes. C’est comme moi en quittant la France et en arrivant aux Etats-Unis. Alors, si c’est effectivement ainsi, le “modèle républicain” ici, ou la foi en la Constitution en Amérique, ne doivent pas renvoyer à des identités prescrites, à prendre ou à laisser. Ce sont des modes d’emploi pour négocier, collectivement, les fluidités des identités individuelles.

Est-il possible de comparer brièvement votre expérience aux Etats-Unis et celle en France ? 

Ce qui m’a le plus frappé, c’est la centralité de “la race” dans la société américaine. Je n’employais jamais ce mot et, comme on sait, il ne correspond à rien scientifiquement. Et soudain, sur chaque formulaire, il me fallait indiquer que j’étais “white” ou “caucasian” ! Mais, au moins, il m’a fait comprendre que notre alpha et oméga à nous Français, c’est à dire le statut socio-économique, “la classe”, est tout aussi réducteur de la “foule” identitaire qu’est chacun d’entre nous. Donc, je pense que le pluralisme vécu, le mélange plus heureux, attend encore la pensée et le langage dans lequel il peut s’exprimer.

Propos recueillis par Hélène Gully

Edité par les éditions stock, Rue Jean-Pierre Timbaud, sera disponible dès le 27 avril.

Voir de même:

«Entre bobos et barbus, ma rue Jean-Pierre Timbaud»
Vincent Tremolet de Villers
29/04/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN- Géraldine Smith vient de publier un passionnant essai sur une rue de Paris, sorte de précipité des fractures françaises. Où l’on mesure le déni d’une partie de la société.


Géraldine Smith est l’auteur de Rue Jean-Pierre Timbaud, une vie de famille entre bobos et barbus (Stock, 2016).


LE FIGARO. – Pourquoi avoir décidé de consacrer un livre à une rue de Paris?

Parce que la rue Jean-Pierre Timbaud a été d’abord le lieu de mes espoirs, puis de ma déception. Raconter son histoire sur vingt ans m’a permis de faire le point, de savoir où j’habite -non plus au propre mais au figuré. Nous avons vécu dans ce coin de Paris entre 1995 et 2007. Nos enfants sont allés à l’école catholique, mitoyenne d’une mosquée salafiste réputée pour son radicalisme et d’un centre pour enfants juifs handicapés. Quand nous nous sommes installés, j’étais enthousiasmée par la diversité sociale, religieuse et culturelle de ce quartier qui ressemblait à la «France plurielle» que j’appelais de mes vœux. Mais au fil des ans, je m’y suis sentie de plus en plus mal à l’aise, au point d’être contente d’en partir. Dans ce livre à la première personne, je décris mon quotidien de mère de famille, celui de nos enfants, les matchs de foot dans la cour de récré, les fêtes d’anniversaire… Les raisons de l’échec, qui m’est resté en travers de la gorge, émergent de ce récit d’une façon très concrète. C’est comme si je donnais à mon problème qui, bien sûr, n’est pas seulement le mien, une adresse à Paris.

À vous lire, le choix de vous installer rue Jean-Pierre Timbaud puis en Seine-Saint-Denis semble orienté par la volonté d’une mixité sociale et culturelle. Cette mixité, était-ce, pour vous, un désir théorique ou réalité vécue?

Avant d’avoir des enfants, j’ai travaillé comme journaliste en Afrique. Mon mari, un Américain ayant appris le français à 25 ans, continue d’y passer le plus clair de son temps en reportage. Nous ne voulions pas élever nos enfants dans une bulle. Donc, nous étions ravis d’habiter des quartiers moins homogènes, à tous points de vue, que, par exemple, ceux de la Rive Gauche. La Seine est une ligne de démarcation bien réelle. Je raconte dans le livre avoir accompagné une sortie de CM1 au parc du Luxembourg: la majorité des enfants de Belleville n’avaient jamais traversé le fleuve. Un dimanche, venant de Pantin pour une promenade dans le Marais, mon propre fils me fait remarquer que, de l’autre côté, «les Blancs sont majoritaires». Il n’en avait pas l’habitude.

La liquéfaction de la sociabilité dans votre quartier semble ne pas avoir de facteur unique. Tout paraît céder en même temps: l’école, la civilité, la sécurité, la sociabilité élémentaire qu’incarnent, dans notre imaginaire, les boulangeries et les cafés. Le développement de l’islam radical est-ce selon vous un symptôme ou la cause profonde de cette liquéfaction?

Tout ne cède pas en même temps. Les difficultés de l’école publique ou la petite délinquance n’avaient rien de nouveau. C’est ma perception de la rue qui change brusquement. Au moment où j’ouvre enfin les yeux, après un incident mineur – un homme en qamis m’insulte parce que je bois un Coca sur le trottoir -, je découvre tout à la fois des réalités anciennes et nouvelles. J’ai l’impression que la présence d’une mosquée salafiste est pour beaucoup dans la désintégration mais c’est en partie une illusion optique: l’slam radical est lui-même d’abord une conséquence avant de devenir une cause. Il révèle un malaise qu’il va ensuite exacerber.

Prenez la cohabitation entre les sexes. Quand un boulanger sert systématiquement les hommes avant les femmes, quand les petits commerces sont remplacés par des librairies islamiques et les magasins de mode ne déclinent plus dans leurs vitrines que la gamme très réduite du voile intégral, l’atmosphère de la rue s’en ressent forcément. De même quand des petits groupes prosélytes abordent des jeunes du quartier pour leur intimer de se joindre à la prière, non pas une fois par semaine mais tous les jours. Les premières victimes de cette évolution ne sont pas les gens comme moi, qui peuvent partir en vacances, obtenir des dérogations à la carte scolaire ou, si rien n’y fait, déménager. Ce sont ceux sans recours ni moyens, comme ce pizzaiolo qui baisse les rideaux parce qu’on lui enjoint de ne plus vendre que du Coca arabe. Ou Malika, une Marocaine vivant là depuis 1987 et qui regrette avec amertume la liberté vestimentaire disparue de sa jeunesse. Mais ce n’est pas forcément dans la nature de l’Islam de devenir ainsi un rouleau compresseur civilisationnel. La religion agressive n’est pas un archaïsme, une survivance ancestrale qui renaîtrait de ses cendres au beau milieu de Paris. Au contraire, c’est une production moderne, made in France, qui sert d’exutoire à ce qui ne va pas chez nous pour trop de gens depuis trop longtemps. Pour certains, c’est la seule issue quand l’ascenseur social est cassé. Je me souviens du père algérien de Massiwan, un camarade de classe de notre fils. Cet homme est l’archétype de l’immigré modèle: poli, travailleur, toujours en costume-cravate… Il inscrit son fils à toutes les activités gratuites de la mairie. Il surveille ses devoirs, l’empêche de trainer avec les racailles. Or, que me dit-il quand je le croise un jour: “Quand mon fils me regarde, il voit quoi? Un père qui a ‘bien travaillé’ toute sa vie et qui ne peut même pas lui offrir un ballon de foot! La vérité, il a honte de ses parents… Vous voyez, je ne sais pas où tout cela va nous emmener”. Parfois cela mène à l’islamisme de la deuxième génération, à force de frustration et de rage.

Alain Finkielkraut (dont le père avait son atelier rue Jean-Pierre Timbaud) aime à citer cette phrase de Charles Péguy, «le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit». Diriez-vous que vous vous êtes volontairement aveuglée?

Oui, tout à fait. J’avais tellement envie que ça marche! Je n’ai jamais eu peur de perdre mon identité en m’ouvrant aux autres. Les couleurs de peau et les religions m’importent peu. J’apprécie les gens pour ce qu’ils sont et, si leur fréquentation devait me changer, pourquoi pas! Personne n’a une identité dans sa poche, comme un passeport, une fois pour toutes. Mais j’ai mis du temps à m’avouer qu’il n’en allait pas ainsi pour tout le monde, que la tolérance n’était pas le bien le mieux partagé dans notre quartier et, de ce fait, que la convivialité n’y était pas au rendez-vous. Par exemple, mon fils et ses camarades ne sont jamais partis en voyage avec leur classe, en sept ans, parce qu’une majorité des parents musulmans ne voulaient pas que leurs filles voyagent avec les garçons. J’ai râlé intérieurement mais je n’ai rien fait, par peur de passer pour «réac» sinon islamophobe. Je racontais cette anecdote il y a quelques jours à une institutrice qui m’a dit: “Nous avons eu le même problème dans mon établissement, et nous l’avons résolu en négociant avec les parents des filles un compromis: deux mères musulmanes pratiquantes, voilées, ont chaperonné le voyage. Au moins, les enfants n’ont pas été pénalisés.” C’est un pis-aller, certainement pas une solution idéale mais au moins, cela a donné une chance aux enfants d’apprendre à «vivre ensemble» pendant une semaine.

Vos parents dans votre livre montrent une grande ouverture dans les gestes et un discours «réac» dans les mots. Diriez-vous qu’une partie de la génération qui a suivi a fait l’inverse: de grands discours mais peu de choses dans les actes? Quel rôle a joué, selon vous, l’antiracisme et la victimisation de «l’Autre» dans ce refus de voir la réalité?

Ce serait sans doute trop abusif de mettre dans le même sac toute une génération, celle de mes parents ou la mienne. Il y a toujours eu des «réacs» à la fois dans leurs mots et dans leurs gestes, et d’autres qui ne l’étaient pas. Mais il est vrai que ma génération a biberonné le rejet du «franchouillard» et, par opposition, l’éloge du métissage. À tel point que, jusqu’à très récemment, la Marseillaise et le drapeau français avaient de facto été abandonnés au Front national. En même temps, moi sans doute plus que mes parents, j’ai fermé les yeux sur le fait que le dogme religieux, l’infériorité supposée des femmes, l’homophobie ou le chauvinisme national faisaient partie de la culture de bien des immigrés. Ma génération a transformé en une relique intouchable «la culture de l’Autre» alors que la nôtre devait être librement négociable! J’ai mis du temps à me demander pourquoi un Camerounais raciste ou macho devrait être moins critiquable qu’un Français «de souche» soutenant le FN. Dans ce monde courbe où nous prenons nos désirs pour des réalités, on passe avec un sourire gêné sur le racisme ou la misogynie d’un immigré alors qu’on n’a pas de mots assez durs pour le moindre beauf bien de chez nous. Le problème n’est pas que nous ne soyons pas tous d’accord sur les maux qui rongent notre société. Au contraire, ce serait étonnant voire malsain. Mais qu’on ne soit pas d’accord avec soi-même, qu’on refuse de voir ce à quoi on ne veut pas croire, c’est vraiment problématique. Mon livre dit à chaque page que la «petite» vie quotidienne nous livre une somme de vérités qui valent plus que «la» vérité détachée de notre vécu, celle qu’on porte en bandoulière comme une amulette politique, son fétiche de «bien- pensant».

Votre fils se désole à un moment que ses camarades de classe «se prennent tous pour leur origine». Comment articuler les racines familiales et culturelles (l’homme n’est pas un voyageur sans bagage) et les ailes de l’universalisme?

On comprend immédiatement ce qu’il a voulu dire mais ce n’est pas si facile de mettre le doigt dessus. Il me semble qu’il pointait la fuite en retraite identitaire de ses camarades de classe. Vous avez évidemment raison, nous partons tous dans la vie avec un «bagage» familial, social, religieux, national, etc. D’ailleurs, précisément pour cette raison, les immigrés ne sont pas toujours un «cadeau» pour les pays où ils s’installent puisqu’ils fuient des lieux où ce «bagage» pose problème d’une façon ou d’une autre. En même temps, ils sont des pionniers prêts à recommencer à zéro, à se réinventer dans un contexte différent. Seulement, si les conditions se prêtent si peu à faire du neuf à partir du vieux que même la deuxième génération ne se sent pas chez elle dans le pays où elle est née, le parcours des parents «en direction de la France» est pour ainsi dire anéanti, il ne compte pour rien. Les copains de Max, en l’occurrence tous nés à Belleville, se réfugient dans un ailleurs imaginaire, leur «origine», un pays où ils n’ont souvent jamais mis les pieds, une langue et une culture qu’ils ne connaissent pas forcément. Ils se prennent pour leur origine à défaut de se sentir acceptés tels qu’ils sont là où ils sont.

Vos enfants vivent-ils à Paris?

Non, ils étudient tous les deux aux Etats-Unis. Leur identité a changé de la façon que je viens de décrire: ils sont maintenant à la fois français et américains, pas seulement du fait de leur double nationalité ou de leur bilinguisme mais de cœur et d’esprit. Leur parcours américain les a changés à bien des égards mais il y a toujours un petit Bellevillois qui sommeille en eux, comme chez leurs anciens copains à Paris qui s’identifient comme «BLV» sur les réseaux sociaux. Mais le vieux et le neuf posent moins de problèmes pour nos enfants aux États-Unis. Leur «francitude» ne vient pas nier leur «américanité» ou s’y opposer comme un paradis perdu. En plus de leurs études, ils se sont inscrits à la fac de français «pour rester dans le bain». Personne ne leur reproche leur origine, ne leur demande de choisir entre deux identités qui ne font qu’une chez eux. Ils seraient bien en peine de le faire. Depuis l’Ohio où il est maintenant, mon fils continue de soutenir le PSG!

Quelles sont les réactions de vos amis qui vivent dans cette rue depuis la sortie de votre livre?

Les réactions sont aussi diverses que la rue mais, très largement, positives. Ceux qui apparaissent dans le récit sont contents que leur témoignage se trouve maintenant sur la place publique. À tort ou à raison, ils avaient l’impression d’être invisibles. D’autres m’écrivent ou m’interpellent pour ajouter leur grain de sel, dans un sens ou dans l’autre. Bien entendu, ceux qui ne se reconnaissent pas dans mon récit m’accusent d’avoir caricaturé leur quotidien. Sur les réseaux sociaux, quelques rares personnes disent que «je délire»: pour moi, ceux-là ne voient pas ce qui se passe dans leur rue parce qu’ils «coexistent» avec ceux qui ne leur ressemblent pas, mais ne partagent avec eux aucune forme de convivialité. Autant dire qu’on est dans les jeux de miroirs habituels des perceptions individuelles. Cependant, quand vous travaillez sur vingt ans, quand vous avez vécu sur place et interrogé beaucoup de gens pour croiser les regards, il n’est pas facile de vous reprocher, sérieusement, d’avoir inventé une réalité.

Voir de plus:

Géraldine Smith : retour à Belleville
Contreligne
juillet 2016

Dans son livre Rue Jean-Pierre Timbaud paru au printemps 2016, Géraldine Smith raconte une vie de famille dans un quartier de Paris qui, par la confrontation de populations très différentes, « bobos et barbus » comme dit son sous-titre, nous semble révélateur d’une certaine France d’aujourd’hui.  La forme de son récit est par ailleurs très intéressante :  sans prétentions sociologiques ou politiques, elle part de ses souvenirs, parents et enfants dans les écoles, amitiés, antipathies, espaces publics et privés….toute la politique de la vie quotidienne. 

Il semble que les débats qui ont suivi la publication de Rue Jean-Pierre Timbaud  aient parfois eu du mal à rendre compte de tant de complexités, et c’est pour cela que nous avons voulu poser à Géraldine Smith, qui réside maintenant aux Etats-Unis, ces quelques questions provoquées par un livre perspicace, courageux, original.   Ndlr —————–

Propos recueillis pour Contreligne par Alice Kaplan

Alice Kaplan – Pourquoi cette envie d’écrire sur ce sujet, et sur le mode autobiographique ?

Géraldine Smith – A l’origine de ce projet, il y a mon incompréhension et ma déception face à un échec personnel. En 1995, quand commence le récit, je suis journaliste, spécialiste de l’Afrique où j’ai vécu plusieurs années. Stephen, mon mari américain, qui est également journaliste, a longtemps vécu au sud du Sahara et continue alors de couvrir l’Afrique depuis Paris. Il est à l’époque le responsable des pages Afrique de Libération, un quotidien de gauche. Quand nous nous installons en famille dans un petit coin de Belleville populaire et très mélangé, socialement et ethniquement, nous sommes convaincus d’avoir trouvé un lieu qui nous ressemble. Rue Jean-Pierre Timbaud, en face de l’ancien siège du syndicat de la métallurgie, l’école catholique est mitoyenne d’une mosquée et d’un centre juif pour enfants handicapés. Ce télescopage me fascine. Il me semble refléter l’image d’une France que j’appelle de mes vœux. Or, dix ans plus tard, je quitte le quartier sans regrets. Plusieurs de nos amis, comme nous désabusés, déménagent aussi. Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ? C’est le sujet de mon livre.

J’ai commencé à l’écrire comme un reportage. Mais je me suis rendue compte que l’exposé des faits, sans implication, ne traduisait ni mes émotions, ni mes erreurs. Plus grave, deux ex machina de mon histoire, j’avais tendance à réinterpréter les événement avec le bénéfice du recul. Le résultat était une narration « édifiante » là où je voulais traquer mon malaise. J’ai alors décidé – ça m’a coûté ! – d’écrire comme « la mère de famille » que j’étais aussi, c’est-à-dire au raz du quotidien, dans mon corps-à-corps avec une réalité souvent frustrante, rarement glorieuse. Décrire ma colère après un goûter d’anniversaire qui tourne au fiasco, mon impuissance face à un père de famille algérien au chômage qui désespère de « sauver ses enfants de la racaille », c’est ma façon de dire – j’y vais tout droit – qu’il est plus facile de défendre l’ouverture totale des frontières lors d’un dîner dans le Ve arrondissement que de scolariser ses enfants dans un lycée public du XXe.

Votre connaissance de l’Afrique vous a-t-elle donné une sensibilité particulière à la vie quotidienne de la rue Jean-Pierre-Timbaud ?

Grâce à l’Afrique, il n’y avait aucun risque que je confonde l’islam et l’islamisme, un hijab et une burqa, un croyant et un djihadiste. J’étais aussi moins intimidée à l’idée de me faire taxer de raciste ou d’islamophobe. Au début des années 90, j’avais vécu à Dakar dans un studio que me louait un chef traditionnel Lébou, qui était musulman comme la quasi-totalité des Sénégalais. Ma pièce donnait sur sa cour intérieure, qui se remplissait de fidèles au rythme des appels du muezzin. Il m’invitait à boire le thé, nous nous entendions bien. Il est le premier à m’avoir parlé d’une « menace fondamentaliste » dans un pays pourtant pourtant dominé, sur le plan religieux, par les confréries soufies. Sous l’influence de prédicateurs étrangers officiant dans des mosquées souvent bâties avec des fonds saoudiens, le salafisme se développait à cette époque au Sénégal. On voyait au marché les premières femmes portant le voile intégral, des prêcheurs commençaient à s’en prendre à un soufisme jugé trop mou. L’islamisme, l’instrumentalisation de la foi musulmane à des fins politiques, est un problème en Afrique comme à Paris.

J’ajoute qu’il est plus facile de comprendre que l’intégration n’est pas un lit de roses quand on est soi-même immigrée – immigrée de luxe, certes, mais immigrée quand même – comme c’est mon cas aux États-Unis. Je m’accroche comme d’autres à ma langue, ma culture, mes habitudes, mes préjugés… Au quotidien, je négocie pied à pied ce qui est « à prendre ou à laisser » dans les deux mondes que je dois réconcilier : ça va de la nourriture au respect dû aux parents en passant par la longueur des jupes… Je n’ai jamais laissé ma fille porter ces shorts ultra-courts et moulants qui sont pourtant la règle aux États-Unis. Mais, venant d’un pays laïque (allez expliquer ce que ça veut dire en cinq minutes !), j’ai pourtant accepté que dieu se glisse dans le contrat social tous les matins quand nos enfants prêtaient allégeance avant de commencer leur journée à l’école publique. Bref, on apprend à faire la part du feu au jour le jour.

J’aime beaucoup la formule de votre fils Max : « Papa, je ne sais pas ce qu’ils ont tout d’un coup : ils se prennent tous pour leur origine. » (p. 122) Là, il s’agit de disputes en classe autour du foot, du petit Kader qui se sent obligé de soutenir l’équipe marocaine et de se désolidariser du PSG. Voilà ce qu’on appelle, dans le contexte américain, « identity politics »… Je voudrais savoir si Max a connu la même situation depuis, aux Etats-Unis.  

Il a vécu une variation sur le même thème : quand nous nous sommes installés en Caroline du Nord, en 2007, il a découvert qu’on pouvait même revendiquer des origines très lointaines dans le temps. Le premier jour d’école, à la cantine, il y avait des tablées séparées d’enfants noirs, asiatiques, latinos et blancs. Il n’avait jamais connu ça à Belleville. Ne parlant pas bien l’anglais, vulnérable, il s’est assis chez les Noirs, qui l’ont accueilli plutôt sympathiquement. Plus tard, un copain noir lui a expliqué : « On t’aime bien. T’es pas Blanc, t’es Français ». Autant dire qu’il reste du chemin à faire… Aux États-Unis, l’assignation raciale prime sur tout. Plus qu’évidente, elle passe pour « naturelle » alors qu’elle est tout sauf cela. Il n’y pas de « Latino » en dehors des Etats-Unis, aucun rapport entre un Camerounais francophone et un Noir américain, beaucoup de Noirs américains seraient ailleurs vu comme Blancs et, summum de tout, les « Caucasiens » doivent leur nom à un professeur allemand au 18ème siècle, Johann Friedrich Blumenbach, qui a défini une « race » à partir d’un seul crâne qu’il trouvait merveilleux !

Certains amis de Max ou de Lily sont dans des clubs ouvertement “racialisés”, comme Men of Color ou Mixed Race Coalition. J’ai du mal à comprendre de tels choix, qui enferment l’individu dans un seul groupe, une seule facette de son identité. En France, une communauté fondée sur la couleur de la peau est a priori suspecte. Le Conseil représentatif des associations noires, créé en 2005, peine à exister. Les musulmans français sont très peu « communautarisés ». L’idéal républicain français prétend gommer toutes les différences au nom de la fraternité. Y parvient-il dans les faits ? Non, pas plus que le « rêve américain » n’assure l’égalité des chances aux États-Unis. Mais maintenant qu’on n’y croit plus, en France, cet idéal républicain d’assimilation passe pour un leurre, une « arnaque » dont le but réel viserait à faire de tous un « Français moyen » qu’on devine blanc, catholique, amateur de vin et de bonnes chères, vaguement grivois. Bien sûr, ça ne passe plus. Pourquoi serait-on moins « français » parce que l’on est noir ou musulman ? Que signifie « être français » ? Pour moi, en attendant de trouver mieux comme contrat social, est Français qui a la nationalité française. À mes yeux, il n’y ni « Français de souche » ni « Français issu de l’immigration ». Puisque la citoyenneté fait la différence entre eux, on est soit immigré soit Français étant entendu que le passage d’un statut à l’autre est balisé de droits et d’obligations s’imposant à tous.

La question de l’origine est différente de celle de la race, un concept qui n’a d’ailleurs aucun fondement scientifique. Aux Etats-Unis, on est fiers de ses origines italienne, irlandais, africaine… En France, dire d’un jeune né en France qu’il est Franco-Algérien ou Franco-Camerounais, c’est le stigmatiser, en faire un citoyen de seconde zone. Qui a raison ? Quand le jeune Kader, dans le livre, me dit qu’il est Franco-Marocain et fier de l’être parce que bien incapable de choisir entre les deux pays, je ne vois pas où est le problème. Il passe ses vacances au Maroc, il parle marocain, il appartient à deux nations et cultures, comme mes propres enfants qui sont franco-américains (et à qui personne n’intime l’ordre de choisir). En revanche, quand la maîtresse oblige Séverin à parler du Cameroun, où il n’a jamais mis les pieds, seulement parce qu’il est noir et son père un immigré camerounais, elle lui assigne une identité qui n’est pas la sienne.

Rue Jean-Pierre Timbaud, des populations différentes les unes des autres se confrontent dans la rue sans jamais vraiment se fréquenter. 

En fait, ils ne se confrontent pas, ils s’évitent. Rue Jean-Pierre Timbaud, bobos, barbus, Loubavitch, Polonais, Nord-Africains, artistes et dealers, jeunes et vieux se côtoient sans se rencontrer… Il y a même quelques personnes fortunées, dans des lofts discrets dans les arrière-cours. Mais les uns et les autres ne se connaissent pas, ou mal, il n’y guère de convivialité. Dans mon livre, Malika se fâche lorsque je lui vante mixité sociale de la rue telle que je la perçois au début. Là où un bobo voit un bar sympa, elle voit du bruit et le vomi qu’il faut enjamber sur les trottoirs le matin. Et cette mosquée « qui ne gêne personne », elle la voit comme le lieu qui aspire son fils aîné dans un vortex de radicalisation. Les bobos ont leurs restaurants, leurs boutiques, leurs boulangeries, leurs dérogations à la carte scolaire. Dans le fond, ce qui me dérange, ce n’est pas leur mode de vie, qui est en partie le mien. Ce qui me gêne, c’est que la tolérance est devenue le masque de l’indifférence que portent les uns aux autres. On se prétend ouvert mais, en réalité, on se recroqueville dans son alvéole, quitte à abandonner la place publique aux islamistes, les seuls à avoir encore un projet collectif.

On découvre, dans votre livre, une géographie parisienne fortement ségréguée.  Beaucoup de camarades de classe de vos enfants, et même leurs parents, n’ont jamais traversé la Seine : l’excursion au jardin du Luxembourg se déroule comme une visite dans un autre pays.  

Je crains qu’il y ait dans beaucoup de capitales du monde de telles frontières invisibles. À Paris, historiquement, les quartiers  de la rive gauche et à l’Ouest ont été urbanisés le plus tardivement et certains villages, comme Monceau, n’ont été annexés que dans la seconde moitié du 19ème siècle. Plus récemment, la fréquentation de l’espace public a évolué avec l’apparition du RER, le métro de la grande banlieue : les Champs-Elysées, en haut desquels se trouve la station Charles de Gaulle, ou le Forum des Halles, ont ainsi été abandonnés par les « vrais » Parisiens aux « gens des cités », en plus des touristes. Tout cela pour dire qu’en effet, on ne croise pas beaucoup d’ouvriers boulevard Saint-Germain, ni de Noirs dans les jardins du Luxembourg. Que les enfants – nés à Paris – du boulanger de Ménilmontant ne soient jamais montés dans la tour Eiffel, ou que l’un de mes amis d’une grande famille bourgeoise n’ait jamais « passé le périph’» en dit effectivement long sur le cloisonnement social. C’est aussi une question de moyens : au café de Flore, le « petit noir » est à 4,60 euros, alors qu’on boit son expresso pour moins de 2 euros à Belleville.

La scène du « convoi vers la rive gauche » est l’un des moments forts de votre livre.  Arrivant au Théâtre des Marionnettes, on sent le doux souffle de l’universalisme : tous les enfants sont impliqués comme spectateurs.  Puis Djed déconne, sa mère hurle. Et le gardien du parc lance, « On n’est pas au souk ici. »  Vous avez alors honte de lui dans « votre » jardin du Luxembourg. Nous, lecteurs, sommes gênés par votre honte, puis nous y identifions.   Vous dites que la reconnaissance de son propre racisme peut être une aubaine, pourrait nous avancer. Reconnaître son propre racisme, son propre sexisme, comment cela marcherait-il ? 

Il ne s’agit pas de racisme. Ce jour là, j’ai honte, l’espace de quelques instants, d’être avec une femme qui hurle en arabe dans les jardins du Luxembourg. Puis, j’ai honte d’avoir honte d’elle et de son enfant. Cela ne fait pas de moi une raciste. Dans le fond, ce qui me gêne à ce moment là, ce n’est pas de me promener dans Paris avec une femme voilée (je viens de passer la journée avec elle), ce qui me gêne c’est qu’elle hurle dans un espace public dont je connais et partage les codes : au Luxembourg, on ne hurle pas… Si elle avait hurlé au Parc de Belleville, je n’y aurai même pas prêté attention. J’ai donc une réaction qui traduit notre différence sociale : ce n’est guère mieux, mais cela n’a rien à voir avec du racisme. Je lui en veux mais pas pour son origine. Je lui en veux parce qu’elle vient de faire éclater ma bulle de rêve. Je m’étais grisé de cette belle journée, des rires devant Guignol, j’avais regardé les gamins et je m’y étais cru, dans cette France cosmopolite de toutes les couleurs. Or, l’incident entre le gardien et la mère de Djed me ramène à la réalité. L’atterrissage est brutal.

Je n’exclue pas avoir eu, en d’autres circonstances, un premier réflexe raciste. Par exemple, un Chinois crache dans le métro et je pense in petto: « Y’en a marre de tous ces Chinois qui crachent partout ! ». À mon avis, si l’on veut surmonter le racisme, il faut cesser de le présenter comme un sentiment extraterrestre, quelque chose qui n’arrive qu’aux autres. C’est pour cela que je rapporte dans le livre l’anecdote de Nelson Mandela qui, à peine sorti de 27 ans de prison, monte dans un avion, se rend compte que le pilote est noir et, par réflexe, se dit : « pas de chance ! ». Mandela en parle dans son autobiographie pour mettre en exergue la « banalité du mal », comme dirait Hannah Arendt. Si on avait tous ce courage, on pourrait accomplir un travail collectif pour aller à rebours de nos préjugés. On ne vaincra pas le racisme en mettant des procureurs généraux à tous les coins de rue, ou par auto-flagellation.

Qu’est-ce que l’aspect autobiographique par lequel vous avez abordé votre sujet vous a permis de voir ou de faire que les spécialistes de l’islam comme Gilles Kepel ou Olivier Roy ne voient pas ? 

J’apprécie et Gilles Kepel et Olivier Roy, je les lis depuis mes années d’étudiante en sciences politiques. Ils ont chacun leur grille de lecture et enrichissent notre compréhension de l’islam en France. Ils en ont fait leur métier. Moi, non. Je chronique mon expérience quotidienne de mère et de femme sur vingt ans dans une rue de Paris, quelques centaines de mètres. Bien sûr, je pense que mes observations peuvent recouper d’autres réalités ailleurs en France. Mais je ne sors pas de mon « terrain ». Je laisse aux lecteurs le soin d’établir des parallèles ou de relever des contradictions, en un mot : de faire le travail de la généralisation, là où cela a un sens.  Pour le meilleur et pour le pire, je les invite à partager mon vécu – et non pas une analyse. Je n’ai pas de magistère mais la liberté d’exprimer ma subjectivité. On s’y retrouve ou pas, dans les deux cas, mon récit ouvre un débat qui est différent du débat habituel autour du « malaise social » en France. Je donne à ce malaise une adresse postale, le visage de quelques dizaines de témoins, un cadre et des circonstances précis. Cela change la conversation.

Que dire de la réception de votre livre ? Comment la jugez-vous ?  Sentiez-vous de la réticence de la part des journalistes ou, au contraire, de l’intérêt ?

Des comptes rendus positifs et des interviews sont parues dans la presse de gauche comme de droite, du Figaro au Monde, de Marianne aux Inrockuptibles. On m’avait prédit le pire, que je devais me préparer à être violemment prise à partie mais rien de cela n’est arrivé. Cependant, une rencontre-débat dans une librairie près de la rue Jean-Pierre Timbaud a été annulée à a suite de menaces émanant d’abord de bobos, puis d’islamistes. Et les réactions des internautes sous les recensions ou les interviews sont souvent violentes. A droite, pour certains, je suis une « bobo repentie qui s’aveugle encore ». On devine que les gens qui « commentent » n’ont pas lu le livre, mais y trouvent quand même la preuve, s’il leur en fallait une, que l’islam est incompatible avec la France. A gauche, pour d’autres, je raconte n’importe quoi en « faisant passer le quartier pour une no-go zone alors que tout y est si cool ». Mais, dans l’ensemble, je suis agréablement surprise par l’espace qui est désormais ouvert en France pour débattre sans ambages de notre « vivre ensemble » en panne.

J’ai le sentiment que la France est plus mélangée que les États-Unis.  Notre mouvement américain des droits civiques déclenché dans les années 60 a-t-il échoué ?

Je n’ai pas d’expertise pour juger du succès du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis mais, s’il visait l’émancipation plutôt que le « mélange », une notion assez confuse, un bon bout de chemin a été accompli. En l’absence de statistiques ethniques officielles, qui sont interdites en France, la comparaison entre les deux pays est difficile.

À vue de nez,  il me semble effectivement que les villes françaises demeurent, malgré une communautarisation tardive mais croissante, plus mélangées, ethniquement et socialement, que les villes américaines. En revanche, les minorités sont bien plus visibles en Amérique qu’en France (un incontestable acquis de la lutte pour les droits civiques). Pour ne citer que cet exemple, on comptabilise 10 députés « issus de la diversité » sur 577 élus au parlement français. On est loin d’un « caucus » de poids !

A lire

Rue Jean-Pierre-Timbaud. Une vie de famille entre barbus et bobos, de Géraldine Smith. Stock, 194 pages, 18,50 euros.

Voir par ailleurs:

Europe

Why the French Ban the Veil
The secular republic debates how best to contain and suppress the Islamist movement
Paul Berman
Tablet
August 29, 2016

You may have noticed that Cannes, Nice, and a dozen other beach towns in France have just now adopted regulations banning the Islamic “burkini,” or full-body female swimsuit, from their beaches. And, as a result, we are right now undergoing a new outbreak of the by-now traditional and even folkloric American consternation over France and its antipathy to certain kinds of Islamic attire—the American consternation that, for a dozen years now, has rested on a single unchanging and unexamined assumption, as if nothing has changed during all these years, and no new information has emerged.

The assumption is that France wants to regulate Islamic attire because the French are fundamentally biased against their Muslim minority. The French are frightened of the “Other.” They are unrepentant in their imperialist and colonialist hatreds for the peoples of North Africa. They are, in short, hopelessly racist. Worse: The French left is just as bad as the French right in these regards, and the Socialist Party, as exemplified lately by the prime minister, Manuel Valls, is especially bad.

And yet, the American interpretation acknowledges a complicating point, which is this: The French, who are hopelessly racist, do not appear to believe they are hopelessly racist. On the contrary, they have talked themselves into the belief that, in setting out to regulate Islamic attire, they are acting in exceptionally high-minded ways—indeed, are acting in accordance with a principle so grand and lofty that French people alone are capable of understanding it.

This principle is a French absurdity that, in its loftiness, cannot even be stated in down-to-earth English, but can only be expressed with an incomprehensible, untranslatable and unpronounceable French locution, which is laïcité. Over the years, the word laïcité has figured repeatedly in the American commentaries. The French, we are told, invoke this word to defend their unjustifiable and racist persecutions. And yet, like all words that are untranslatable and incomprehensible, laïcité turns out merely to be a cover. It is a ten-dollar word employed to justify France’s fear of the “Other”; France’s zeal for maintaining the racial superiority of the non-Muslim French; France’s enduring imperialist and colonialist hatred for native peoples; France’s obsession with telling women what to do; and generally France’s urge to be parochial, petty, ultraconservative, and intolerant.

So argue the American commentators. I invite you to look up a dozen years’ worth of reports and judgments to see for yourself. Now, the American commentaries are, to be sure, not wrong in every instance. But they are wrong fundamentally, and the ways in which they are wrong seem never to diminish or vary or to yield to new information—which ought to alert us to their folkloric quality—namely, their origin in a folk belief about America. This is the belief that America is the home of the free, and France is not, and any desire to arrange things differently from how we Americans do can only be an aggression against common sense.

***

In reality, the Islamic veil has a history in France. The North African immigrants who began arriving in France after World War II and especially in the 1960s were not fundamentalists, and they were not Islamists, and they did not normally dress in ostentatiously Islamic clothes. In the 1980s, the Islamist movement began to prosper in North Africa, however, and, after a while, a few imams with Islamist affiliations made their way to the French immigrant suburbs and housing projects. The Islamists recruited disciples. And they set about constructing their dreamed-of Quranic community as best they could—their proposed return to an imaginary 7th-century Medina, their effort to keep women out of sight or under wraps, their theory of a supernaturally evil Jewish conspiracy, and everything else. And the first step in their program was, of course, to impose the Islamist dress code on women. This meant obliging women to dress in a style that is indigenous to the Arabian peninsula, though not to North Africa—in clothing that is designed to conceal the female form and face, which the Islamists describe as authentically Islamic.

The French controversy over the veil—which, in the French debate, has meant the Islamic headscarf or hijab, too—got underway not with the arrival of the Muslim immigrants, but with the arrival of the Islamists. This was in 1989. Schoolgirls in the town of Creil, outside Paris, began to insist on their right to wear the Islamic veil in school. This was unprecedented, and the school authorities forbade it. The schoolgirls insisted, even so. And the question of how to interpret this dispute became, very quickly, a national debate in France, with plausible arguments on both sides.

To wit, pro-veil: Shouldn’t a woman and even a schoolgirl have the right to dress in accordance with her own religious conscience? Isn’t religious attire a matter of individual right and religious freedom? More: If Muslim schoolgirls are displaying fidelity to their own religion and its traditions, shouldn’t this be deemed an enrichment of the broader French culture? Shouldn’t the French welcome the arrival of a new kind of piety? And if, instead, the French refuse to welcome, shouldn’t their refusal be seen as the actual problem—not the pious immigrant schoolgirls, but the anti-immigrant bigots?

To which the anti-veil argument replied: No, the veil has been brought into the schools as a maneuver by a radical movement to impose its dress code. The veil is a proselytizing device, intended to intimidate the Muslim schoolgirls and to claim a zone of Islamist power within the school. And the dress code is the beginning of something larger, which is the Islamist campaign to impose a dangerous new political program on the public school curriculum in France. This is the campaign that has led students in the suburban immigrant schools to make a series of new demands—the demand that Rousseau and certain other writers no longer be taught; the demand that France’s national curriculum on WWII, with its emphasis on lessons of the Holocaust, be abandoned; the demand that France’s curricular interpretation of Middle Eastern history no longer be taught; the demand that co-ed gym classes no longer be held, and so forth. The wearing of veils in the schools, then—this is the beginning of a larger campaign to impose an Islamist worldview on the Muslim immigrants, and to force the rest of society to step aside and allow the Islamists to have their way. From this standpoint, opposition to the veil is a defense of the schools, and it is a defense of freedom and civilization in France, and it is not an anti-immigrant policy.

The French have engaged in a very vigorous and nuanced public debate over these matters. And yet, for some reason, in the reporting by American journalists and commentators, the nuances tend to disappear, and the dispute is almost always presented in its pro-veil version, as if it were an argument between individual religious freedom and anti-immigrant bigots, and not anything else. To report both sides of the dispute ought not to be so hard, however. The French government held formal hearings on these questions, with both sides represented. It was just that, once the hearings were over, the anti-veil side was deemed to have been more persuasive. Crucially influential were Muslim schoolgirls who, given the chance to speak, testified that, in the schools, Islamist proselytizers had become a menace to girls like themselves. And the National Assembly passed a law banning the Islamic veil, along with all “ostentatious” religious symbols, from the schools. The purpose of this law was not to suppress Islam. Students could continue to wear discreet symbols in school, according to the new law, and anything they wanted, outside of school. But ostentatious symbols were banned from the schools, in the hope of putting a damper on the Islamist proselytizing.

Naturally, the hearings and the passage of a law (about school dress) and then another law a few years later (about full-face veils in public) and the issuing of various regulations did not bring the argument to an end. That is because these controversies are, by nature, without any obvious resolution. On one side, in France, there is good reason for immigrants and their allies to complain about imperialist holdovers and larger bigotries in the culture, and reason to worry that anti-Islamist laws and regulations may spill over into an anti-immigrant campaign. And there has been no shortage of pious Muslim women willing to say that, in their own instance, they are not victims of the Islamists, and they wish to wear Islamic attire strictly for reasons of individual religious conscience, regardless of what anyone might say. These arguments are unanswerable.

Then again, the French public as a whole, ancestral Gauls and new arrivals alike, has had every reason to grow ever more frightened of the Islamist movement, which has grown over the years, until by now it has come to dominate the young generation in entire neighborhoods in the immigrant districts—which means the French as a whole have every reason to look for simple regulatory ways to discourage the movement, beginning with legislation against the Islamist dress code. This argument, too, is unanswerable. Here, then, is a debate that will not come to a close.

And yet, to read some of the American reporters and commentators, you would suppose that France has been consumed with these continuing quarrels, and that France’s Muslim population as a whole has been shuddering in resentment over the laws and regulations. But France has not been consumed, and the Muslims as a whole have not been shuddering, even if some have been. The most controversial of the laws was the first one, banning ostentatious religious symbols in the schools—which led a good many people to predict that, once the law was put into effect, the French Muslims were going to react furiously. But only the Americans were furious. President Barack Obama himself denounced the law (in his Cairo speech of 2009). A great many French Muslims appear, on the other hand, to have accepted and approved the law. It was because Muslim parents do not want their children to be drawn into a reactionary medievalist religio-political cult. They want their daughters to grow up to be Muslim Frenchwomen with the rights and privileges of other Frenchwomen. If the Islamists and their dress code are suppressed in the schools, then, this can only be good.

But then, some commentators have always found it difficult to remember that Islamists are not the voice of authenticity for the Muslim immigrants in France. The Islamists are a threat to the immigrants, as well as to everyone else. And if the laws and regulations succeed in making life harder for the Islamist movement, the great mass of the French Muslims will be the first to benefit.

***

What about laïcité, then—this French concept that gets invoked in the debate, yet cannot even be expressed in English? In reality, laïcité is entirely translatable. It means secularism. There is no reason for English speakers to use the French word. And the concept is perfectly comprehensible. It is the Jeffersonian principle of a wall between church and state, in its French version. The Jeffersonian principle in America means that, regardless of what the churches may do or say, the American state will remain strictly nonreligious. The French version is the same. The public schools, for instance, must not become creatures of the churches—which, in our present situation, means the Islamist imams.

It is true that, in France, people take their secularism a little further than Americans tend to do, and this is partly on historical grounds. In America, we worry about freedom of religion, but in France, where everyone remembers the Catholic past and the religious wars, people worry about freedom from religion. They do not want to be tyrannized by theological fanatics. The Islamist movement is, from this point of view, all too familiar to the French—one more clericalist current that wishes to imposes its theological doctrines on everyone else. And, in the face of the Islamist fanaticism, the French are grateful for their secularist traditions and laws.

Then again, the French take their secularism a little further than we Americans do also because they are willing to grant government a larger administrative role than Americans tend to do. Americans are allergic to government regulation, or pretend to be, but the French do not even pretend to be. I realize that a great many Americans believe that, as a result of the French willingness to accept government regulation, France has become an impoverished Communist despotism. But have you been to France? Perhaps it is true that labor regulations have lately become an obstacle to high employment. Even so, France is, in many respects, a better-run country than the United States. And the French naturally look to the government to apply secularist principles even in areas of life that Americans might regard as outside the zone of government, local or national. The permissibility of religious attire, for instance. And the French see something attractive in their government regulations.

Republican secularism is not, after all, merely a negative concept, useful for fending off religious fanatics. Republican secularism is a positive principle. It offers something to the individual. This is citizenship. In its French version, republican secularism says to every individual: The “rights of man and the citizen” are your own rights, regardless of what some church might say. The aspirations of the French Republic are open to you, as well as to everyone. These are the aspirations of the French Revolution. You have access to political freedom and a modern education and a modern culture and an advanced welfare state. At least, you ought to have access, and, if you find that you do not, you have a right to march in the streets and to vote for the political party that speaks for you. You have a right to be a Muslim, or to adhere to any other religion, or to none, and this right is yours precisely because, as a citizen of France, you enjoy rights on the broadest of scales. The French republican idea, with its secularism—this idea is, in short, grander than anything the Islamists can offer. The Islamist ideal is an ugly and deceptive promise. It is a self-oppression. But the French republican ideal is a liberation—at least, in principle.

The entirely comprehensible and translatable laïcité, which is the secular republican ideal: This is what most French people want—even if some French people are bigots. The secular republican ideal is what most French Muslims want—even if some French Muslims have been seduced by the Islamist manias and hatreds. This is what the immigrants from North Africa came to France in hope of finding. The debate over how best to contain and suppress the Islamist movement has taken place within the framework of that idea. It has been a good debate.

Is it too much to expect the American commentary on France to show a little more respect for how seriously that debate has been conducted? Alas, it is too much to expect. In France, there is an ancient and curious habit of mindless and self-flattering anti-Americanism, and in America, there is an ancient and curious and equivalent habit of sneering mindlessly at the French. This is the American habit that, for a dozen years now, has led the American commentators to see in France’s republican secularism a racist attack on individual freedom, instead of an antiracist defense of individual freedom.

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Voir aussi:

France’s identity politics
Ill-suited
As its presidential race kicks off, France argues over burkinis
The Economist
Sep 3rd 2016

THIS week France came back from the beach for la rentrée, the return to school and work after the August holiday. The summer had been far from restful. It began with two terrorist attacks in Nice and Normandy, followed by a weeks-long political fixation with the “burkini”, a cross between a burqa and a swimsuit, which dozens of mayors of seaside resorts tried to ban from their beaches. The resurgence of identity politics in France, at a time of heightened tension over Islam and security, now looks likely to frame next year’s presidential election.

The row over the burkini will probably abate as the beaches empty. On August 26th France’s highest administrative court suspended a ban imposed in the Mediterranean resort of Villeneuve-Loubet after it was challenged by human-rights groups. The court ruled that the mayor had not proved any risk to public order, and that the ban constituted a “manifestly illegal” infringement of “fundamental liberties”.

Had France not been under a state of emergency, the matter might not have flared up as it did. But the French are hyper-sensitive to signs of overt Muslim religiosity. Politicians, roused from their holiday hide-outs, seized on the burkini row—and not just on the right. Manuel Valls, the Socialist prime minister, called the burkini an “enslavement” of women, and claimed it was part of a political project to impose Islamist rules on France. He noted that Marianne, a female figure symbolising the French nation, is classically depicted bare-breasted. The implication seemed to be that women in burkinis are un-French, while true French women go topless.

France has a long history of trying to keep religion out of public life. A law of 1905 entrenched the principle of laïcité, or strict secularism, after a struggle against authoritarian Catholicism. The country banned the headscarf and other “conspicuous” religious symbols from state schools in 2004, and the face-covering burqa from public places in 2010. Indeed, such laws enjoy broad cross-party support. Yet secular zeal at times overrides common sense, or sensitivity to France’s Muslim minority, estimated to form about 10% of the population. Unlike the burqa, which is banned from the beach, the burkini does not even cover the face. As Olivier Roy, a French scholar of Islam, points out, it also offers a certain modern liberty to Muslim women who otherwise might not swim. Hardline Islamists, he says, would not allow women to bathe in the first place.

The burkini frenzy sets the tone for an election season of culture wars over French identity. Nicolas Sarkozy, a former president vying for the nomination of the conservative Republican party, says he wants to ban the burkini altogether. So does Marine Le Pen, leader of the far-right National Front, who claims that the “soul of France” is at stake. Yet amid this feverish identity politics, some voices are trying to appeal for calm. One is Alain Juppé, a centre-right former prime minister and presidential hopeful. He backed the local burkini bans, but says national legislation would be provocative. Another, on the left, is Emmanuel Macron, who resigned on August 30th as economy minister.

Mr Macron’s departure had been widely expected. In April he launched a new political movement, En Marche! (“On the Move!”). Although he stopped short of declaring this week that he would run for president, that may be a matter of time. A former adviser to President François Hollande, Mr Macron is now an unambiguous rival to his Socialist former mentor, whose own chances of running for re-election dwindle by the day. The ex-minister is trying to build a platform of economic reform to resist populist nationalism.

Post-socialist international

On leaving his ministry, Mr Macron said that his government experience had taught him the limits of the current political system. He now hopes to redraw the partisan map, pulling in support from both left and right for a pro-European, centrist movement that embraces globally-minded progressive politics. This is a daunting challenge, not least because Mr Macron has never stood for election for any office before, is short of money and has little parliamentary support.

It also seems to cut against the national mood. After 18 months of barbaric terrorist attacks, France is leaning towards tightening restrictions on liberty, not loosening them. Freed from the constraints of the economics portfolio, Mr Macron will now be able to speak out on matters such as terrorism and religion. With the country so on edge, France could do with a dose of measured reflection.

Voir aussi:

France is right to ban the burkini

Gavin Mortimer

The Spectator

25 August 2016

May I interrupt, for a moment, the howls of anguish from those liberals in uproar at the news that authorities in France are banning burkinis on their beaches? I’d like to relate an incident that occurred earlier this month in France.

It involved my girlfriend, who was on her way from Paris to visit her grandmother in eastern France. An hour into her journey she pulled into a service station to fill up with petrol. On returning to her car she made a small sign of the cross as she slid into her seat. Navigating one’s way on a French motorway during the height of summer can be a fraught experience, particularly for the nervous driver. Suddenly there was a violent thump on her window. She jumped with fright. A man stooped so his face was level with hers. ‘Why do you make that sign?’ he asked, menacingly. ‘You don’t make the sign of the cross in France.’ The man then ran his eyes over my girlfriend’s summer dress. ‘And next time you go out,’ he sneered, ‘cover yourself up.’ She was still in shock when she phoned moments later. Did you get his number plate? I asked. She hadn’t, she’d been too bewildered. But she’d spotted the headscarved woman in the front passenger seat.

I have a fund of similar stories from female friends in France. There’s the one who was insulted by two women in headscarves while out jogging because she had on a pair of shorts; the friend who no longer travels on the Paris metro after a certain hour because, as a Muslim, she’s fed up with being insulted by men of her religion because she dares to wear a skirt and blouse; and the one who sold her baby’s car seat through an ad in the local paper. The man met her asking price but refused to shake the hand of a woman.

Then there are the cases outside my immediate milieu. On the first day of Ramadan this year a Muslim waitress in a Nice bar was assaulted by two men. ‘Shame on you for serving alcohol during Ramadan,’ one of them screamed, as he attacked her. ‘If I were God, I would have you hanged.’ Last year in Reims a young woman sunbathing in a public park was set upon by a gang of teenage girls. They objected to her bikini, reported the newspapers, although the town’s authorities insisted there was no ‘religious’ aspect to the attack. Few believed them.

That’s because such incidents are becoming more common across France. There was a spate of similar confrontations last summer in Lyon, prompting Jacqueline Costa-Lascoux, a director for the French National Centre for Scientific Research, the largest governmental research organisation in the country, to explain: ‘We’re seeing the emergence of a police of mores who are principally targeting young women on the issue of modesty.’

This important point is blithely ignored by naive liberal writers, particularly those in Britain, who have little understanding of the extent of extremism in France, where 100 of the country’s 2,5000 mosques are controlled by Salafists, the most puritanical Islamic ideology. The Salafists want all women covered, at all times, and the burkini is part of their strategy. It is a symbol of Islamic purity with a clear message: good Muslims wear the burkini, bad ones wear the bikini. Toleration of the burkini will only embolden France’s ‘police of mores’ in their campaign of coercion, a point emphasised by Nicolas Sarkozy in an interview to be published in Friday’s Le Figaro magazine. ‘Wearing a burkini is a political act, it’s militant, a provocation,’ said Sarkozy, styling himself as the uncompromising centre-right candidate ahead of next year’s Presidential elections. ‘If we do not put an end to this, there is a risk that in 10 years, young Muslim girls who do not want to wear the veil or burkini will be stigmatised and peer-pressured.’

The Guardian and the Telegraph are among several British papers to have run articles in recent days shrilly denouncing the ban. The headline in the former was glibly entitled ‘Five reasons to wear a burkini – and not just to annoy the French.’ Thursday’s Evening Standard draws a fatuous comparison between a burkini and a nun’s habit with the writer wondering why Sister Marie isn’t being forced ‘to shed the wimple’.

Many British media organisations have reproduced the series of photographs of policemen on a Nice beach ordering a woman to remove what appears to be a burkini. The pictures – which some believe were staged – have now gone viral and the reaction on social media has been one of predictable childish hysteria. Of course the French authorities don’t consider the burkini a terrorist threat but, as Sarkozy says, allowing it would ‘suggest France appears weak’. Engaged as they are in a bloody struggle with homegrown Islamists , France must stay strong in the ideological war against the Salafists.

One wonders how the twitterati would have reacted had they been in Corsica a fortnight ago when a large Muslim family arrived on a beach. While the women bathed – not in burkinis, as originally reported, but in full Islamic dress – the men set about protecting their modesty by ‘privatising the beach’. When a group of local teenagers refused to leave, they were viciously assaulted by three brothers.

Those Corsican youngsters were courageous in standing up to the swaggering threats of the Islamists, and similar bravery was shown earlier this year by a Muslim organisation called ‘Women Without Veils. Based in Aubervilliers, a suburb of Paris with a reputation for Islamic extremism,  ‘Women Without Veils’ published a statement on 8 March, International Women’s Day, entitled ‘The Veil; denier of liberty and equality’. In the statement they declared: ‘We refuse to wear the veil because it represents a symbolic violence visible in a public space… the Islamists are formalising the inequality of the sexes in the family and social context at the expense of the fundamental values of the Republic.’

These women have a deeper understanding of the Republic than people like Herve Lavisse, a leader in The League of Human Rights, who in condemning the burkini ban on Côte d’Azur beaches, said: ‘It is time for politicians in this region to calm their discriminatory ardour and defend the spirit of the Republic.’ In banning the burkini France is defending the secular spirit of the Republic, and Lavisse and his ilk would see that if only they took their heads out of the sand.

Voir également:

Meurtre de Magnanville : de l’état d’urgence à l’état de chaos
Alexis Théas
Le Figaro
14/06/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE – Un commandant de police et sa compagne ont été assassinés par un homme se revendiquant de l’Etat islamique. Le meurtre de policiers, pour le terroriste islamiste, revient à en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français, estime Alexis Théas.

Alexis Théas est juriste et universitaire.

Le meurtre d’un couple de policiers à son domicile à Magnanville le 13 juin par un terroriste islamiste, revendiqué par l’Etat islamique, Daech est un fait sans précédent historique dans la France contemporaine. Certes trois policiers ont été tués lors des attentats de janvier 2015, mais ils étaient en mission. Cette fois-ci, un palier supplémentaire dans l’atrocité a été franchi. Chez eux, en dehors du service, un homme et une femme ont été pris pour cible et massacrés en tant que policiers.

Cet assassinat est chargé de signification. Les policiers incarnent l’Etat, l’ordre public, la loi. Ils sont un symbole de la France traditionnelle. Dans une société en voie de décomposition, gagnée par une pagaille généralisée, la police incarne ce qui reste de l’ordre et de la discipline. Dans les zones de non droit gangrenées par le trafic de drogue, la violence aveugle, le communautarisme islamiste, le policier est le dernier gardien de la civilisation contre la barbarie. Tuer des policiers, pour le terroriste islamiste a une signification suprême: en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français. Le fait que le massacre du couple ait lieu à son domicile a un sens encore plus lourd. La guerre contre le monde occidental et la France est totale, sans concession, sans limites: tuer des personnes jusque dans le plus intime du foyer. La bataille a pour objectif le massacre pour le massacre. Elle est tournée vers une logique d’extermination.

Tuer des policiers, pour le terroriste islamiste a une signification suprême: en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français.
Mais la condition du policier français comme cible de la haine ne se limite pas au terrorisme islamiste. D’autres lui ont montré la voie… «A l’unisson, la foule chante: tout le monde déteste la police» rapporte un quotidien national le 5 avril dernier en compte-rendu d’une manifestation lycéenne. Chaque année, près de 8000 policiers et gendarmes sont blessés et une vingtaine tués. Les policiers, les gendarmes, parfois les militaires, sont en première ligne de toutes les expressions du chaos social et de la désintégration de l’autorité: violence des migrants clandestins du Calaisis et dans les squats, émeutes dirigées contre la loi «travail», à Paris comme en province, occupation de la place de la République par Nuit debout, violences lycéennes, déchaînement de hooliganisme à l’occasion de l’euro de football… A ces désordres ponctuels s’ajoute le chaos permanent des zones de non-droit et des cités sensibles: chaque année, près de 10% des policiers exerçant dans les départements les plus difficiles de la région parisienne sont blessés. Comment 120 000 policiers et un peu moins de gendarmes peuvent-ils tenir face à une telle exposition, un tel traitement? Tel est l’un des mystère de la France contemporaine.

A la suite des attentats de «Charlie», des manifestations de solidarité avec la police se sont exprimées. Elles apparaissent aujourd’hui éphémères et sans lendemain. Le problème fondamental de la police de France est qu’elle n’est pas soutenue dans sa mission de protection de la société contre la barbarie. Les policiers en service dans les cités sensibles vivent un calvaire quotidien que la société veut ignorer: insultes, crachats, menaces de viol contre les femme policières, violences physiques. Les médias ne parlent jamais de ce sujet. Le réflexe «de la France d’en haut», des élites médiatiques, conditionnées depuis mai 1968 à haïr l’Etat et l’autorité, est de présenter le policier en oppresseur et le trublion ou le délinquant en victime.

Les images de manifestants blessés dans l’activité de maintien de l’ordre public abondent dans les unes de la presse et des médias. En revanche, celles de policiers à terre sont soigneusement occultées.
Les images de manifestants blessés dans l’activité de maintien de l’ordre public abondent dans les unes de la presse et des médias. En revanche, celles de policiers à terre sont soigneusement occultées. On parle abondamment des bavures policières mais jamais du martyre que subissent les policiers. Dans les commissariats les plus exposés, les suicides de policiers ne sont pas rares. De même, la justice a fait le choix de banaliser la police en la traitant sur le même plan que les auteurs d’infraction. En cas de plainte d’un policier blessé, les juridictions le placent sur le même plan que leur agresseur dans le cdre d’un procès à égalité des parties, avec confrontation obligatoire. Le malaise de la police française vient de ce qu’elle ne se sent pas protégée par la justice.

Quant au pouvoir socialiste, obnubilé par sa posture de «gauche», et l’obsession de conserver ou reconquérir la sympathie des groupuscules gauchisants, il ne s’empresse pas d’apporter un soutien ferme et résolu à la police devenue le bouc-émissaire de la France du chaos. Policiers blessés ou tués, commissariats pris d’assaut et saccagés, voitures de police incendiées: la police porte aujourd’hui seule le poids du chaos français, dans un climat d’aveuglement et de déni généralisé. Le retour de l’autorité sur le territoire national et le respect de la police sera sans nul doute l’enjeu fondamental des élections de 2017. Pour l’instant, les politiques dans leur ensemble ne l’ont pas encore compris.

Voir de même:

Christopher Caldwell : «Les intuitions de Houellebecq sur la France sont justes»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
25/03/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Dans son livre, une Révolution sous nos yeux, le journaliste américain Christopher Caldwell annonçait que l’islam allait transformer la France et l’Europe. En exclusivité pour FigaroVox, il réagit aux attentats de bruxelles.

Christopher Caldwell est un journaliste américain. Il est l’auteur de Une Révolution sous nos yeux, comment l’islam va transformer la France et l’Europe paru aux éditions du Toucan en 2011.

Après Paris, Bruxelles est frappée par le terrorisme islamiste. A chaque fois la majeure partie des djihadistes sont nés dans le pays qu’ils attaquent. Cela révèle-t-il l’échec du multiculturalisme?

Peut-être, mais je ne suis pas sûr que le mot «multiculturalisme» signifie encore quelque chose. Il ne faut pas être surpris qu’un homme né européen commette des actes de terrorisme européen. C’est pour l’essentiel une question pratique. Le terrorisme requiert de la familiarité avec le terrain d’opération, le “champ de bataille”. C’est une chose très difficile que de constituer une équipe de terroristes en passant plusieurs frontières pour mener à bien une opération dans un pays étranger – même si cela peut être réalisé, comme les attentats du 11 Septembre l’ont montré.

Au surplus, l’ensemble des droits et libertés constitutionnels de l’Union européenne, en commençant par Schengen, donne un éventail particulièrement large de possibilités à tout jeune Européen en rupture. Regardez ces terroristes belges. L’artificier Najim Laachraoui est allé en Syrie pour se battre aux côtés de Daech, mais personne n’a su comment il était revenu à Bruxelles. Ibrahim el-Bakraoui a été condamné à 9 ans de prison pour avoir tiré sur un policier en 2010. Mais il a également été arrêté plus récemment par la Turquie à Gaziantep, à la frontière syrienne, et identifié comme un combatant de Daech. Et tout cela est resté sans conséquences.

Diriez- vous que derrière l’islamisme guerrier de Daesh, l’Europe est-elle également confrontée à une islamisation douce un peu comme dans le dernier livre de Houellebecq, Soumission ?

Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national.

La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu.

Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes.

Dans votre livre Un révolution sous nos yeux, vous montriez comment l’islam va transformer la France et l’Europe. Sommes-nous en train de vivre cette transformation?

Très clairement.

Celle-ci passe-t-elle forcément par un choc des cultures?

C’est difficile à prévoir, mais ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente.

Certains intellectuels comme Pierre Manent propose de négocier avec l’islam. Est-ce crédible? Les «accommodements raisonnables» peuvent-ils fonctionner?

Situation de la France de Pierre Manent est un livre brillant à plusieurs niveaux. Il a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique.

Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger.

«Entre une culture qui doute d’elle-même et une culture forte, c’est la culture forte qui va l’emporter…» écrivez-vous en conclusion de votre livre. L’Europe des Lumières héritière de la civilisation judéo-chrétienne et gréco-romaine est-elle appelée à disparaître?

L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure.

Voir aussi:

Le burkini, nouvel outil de l’offensive islamiste (1/2)

Analyse d’un projet de conquête

Jean-Claude Allard
est Général de division (2° S).
Causeur
02 septembre 2016

Sous les huées des associations de défense des droits de l’homme, les maires signataires des arrêtés anti-burkini ont montré que ce vêtement n’était pas seulement un attribut religieux ou une contrainte sociétale. Analyse d’un objet éminemment politique.

Dans la chaleur de l’été, quelques maires se sont lancés dans de multiples « batailles du burkini » qui se terminent par des défaites en rase campagne. Conclusion tactique inévitable lorsque l’on ne dispose pas de renforts pour manœuvrer. Ils attendaient Grouchy, ce fut le Conseil d’État1 Soudain, joyeux, il dit : « Grouchy ! » – C’était Blucher », Victor Hugo, Les Châtiments.]! Mais rien ne devrait être perdu car il y a plus de leçons à tirer d’une défaite que d’une victoire.

De quoi le burkini est-il le nom?

Le burkini, comme son nom le suggère, est une adaptation à la baignade des diverses tenues féminines portées par les musulmanes voulant donner une dimension visible à leur pratique religieuse. À cet effet, en 2004, sa créatrice, Aheda Zanetti, a demandé et obtenu la validation de ce concept vestimentaire par le grand mufti de Sydney, Taj-Eldin Hilali.  Le port du burkini parait donc lié à une pratique religieuse exigeant la dissimulation la plus complète possible du corps féminin qui semble remonter aux origines de l’Islam. Dans les Chroniques (Al-Sira)2, il est rapporté qu’après le mariage du Prophète avec Zaynab bint Jahsh, un verset fut révélé qui exigeait que les croyants ne parlent aux épouses du Prophète qu’à travers un voile (XXXIII-53), complété par un verset demandant aux femmes de « ramener sur elles leurs grands voiles » pour être « plus vite reconnues et éviter d’être offensées » (XXXIII-59). Il s’agit ici d’une mesure à portée sociétale.

Il y a donc une importante difficulté à concilier une république laïque qui voudrait confiner la religion à la sphère privée et une religion comme l’islam qui demande des manifestations physiques de piété quasi permanentes et donc nécessairement publiques : ici le costume, mais aussi les cinq prières quotidiennes (voir l’article 2 de la loi travail), le jeûne diurne pendant un mois ou les interdits alimentaires et qui se préoccupe de questions sociétales. Le projet de définition d’un « Islam de France » parait donc une gageure, et ce d’autant plus que la pratique des signes extérieurs se renforce. Il y eut en effet un « Islam de France », manifestement plus spirituel que gestuel, pratiqué par les premières générations de musulmans installés en France. Il disparait3, miné par les politiques conduites depuis le milieu des années 1970, qui ont abandonné toute idée d’assimilation qui pouvait aussi s’entendre de l’assimilation aux pratiques religieuses alors en vigueur.

Un objet politique

Isolés, les maires n’avaient aucune chance de réussite, mais ils ont le mérite d’avoir mis en évidence la lente mais profonde modification de notre société et d’avoir poussé les forces en présence à se manifester. Ils ont rencontré, contre toute attente (ou comme il fallait s’y attendre), l’opposition des associations de défense des droits de l’homme, de défense des droits des musulmans, des militantes féministes, des libres penseurs, d’une assez large partie de la classe politique, y compris au sein du gouvernement.

Les islamistes ont donc désormais une vision consolidée du théâtre d’opération français ouvert par l’esprit « Je suis Charlie » et un nouvel outil stratégique. Le vêtement n’est en effet pas seulement un attribut religieux ou une contrainte sociétale, il est aussi un objet politique et donc un outil stratégique.

Dans tous les pays musulmans au cours des siècles passés, les non croyants avaient un statut particulier (Dhimmi) qui comprenait de nombreuses obligations, notamment vestimentaires (y compris aux bains dans lesquels ils devaient porter un signe distinctif autour du cou) afin d’être bien identifiés comme non-musulman, individus sur lesquels les Musulmans avaient des passe-droits4 que chacun pouvait exercer à sa guise, y compris dans l’espace public. A contrario, dans l’impossibilité présente d’imposer un vêtement aux « mécréants » en France, burkini « religieux » et autres tenues peuvent avoir une utilisation stratégique pour marquer une appartenance politique et donc une force qui monte à laquelle les indécis pourront se rallier. N’oublions pas la promesse du Calife Ibrahim lorsqu’il a restauré la Califat en juin 2014 : « conquérir Cham, restaurer l’Oumma et s’emparer de Rome », afin de permettre aux musulmans de « marcher partout en maitres la tête haute ».

Logique de “caïdat”

Pour atteindre ces buts, les affichages vestimentaires ou comportementaux, tout comme, il faut bien l’avoir à l’esprit, les attentats ne sont pas les buts mais les moyens : exciter l’opinion et les politiques dans une direction pour consolider ailleurs des positions réellement stratégiques, c’est-à-dire indispensables au projet de conquête politique. Ainsi, il était surprenant de voir le soulagement des autorités lorsqu’elles ont pu déclarer que, à Sisco, « le burkini n’était pas en cause ». Ce qui est en cause à Sisco, est bien plus grave, c’est une occupation communautaire d’un espace public, une « logique de caïdat » selon le procureur qui résonne fortement avec la promesse du Calife.

Soulagement compréhensible mais coupable de la part d’un État qui a déjà abandonné des pans entiers de sa souveraineté sur son territoire même, acceptant les stratégies de « déni d’accès »5 opposées aux forces de l’ordre et aux services publics. Car ces territoires érigés en « caïdats » sont indispensables pour préparer les actions puis ensuite offrir un refuge aux terroristes. L’un de ces territoires n’a-t-il pas permis au terroriste le plus recherché d’Europe d’échapper aux policiers pendant quatre mois ? Mais ils sont surtout indispensables pour bâtir une « communauté », donc un groupe s’excluant volontairement du destin républicain commun. Une communauté soudée et tenue en main par des chefs politico-religieux distillant une idéologie conquérante et destinée à jouer un rôle politique. Le droit de vote des étrangers (non membres de l’UE pour qui il est acquis) aux élections municipales en projet fournira un excellent tremplin au projet politique qui, faut-il le rappeler, n’est pas le terrorisme mais la conquête.

à suivre…

  1. « Le soir tombait ; la lutte était ardente et noire. Il avait l’offensive et presque la victoire ; […
  2. Mahmoud Hussein, Al-Sira, tome 2, p.373-374, collection Pluriel.
  3. Gilles Kepel, Terreur dans l’hexagone, Gallimard.
  4. Bernard Lewis, Islam, Quarto Gallimard, p. 472.
  5. Terme militaire employé ici à dessein car il s’agit de prémices d’actions militaires.

Voir également:

Le burkini, nouvel outil de l’offensive islamiste? (2/2)

Comment contrer ce projet de conquête

Jean-Claude Allard
est Général de division (2° S).

02 septembre 2016

Le Conseil d’Etat nous a fait perdre la première bataille du burkini. Mais la guerre n’est pas encore pliée. Pour peu que nous renouions avec nos valeurs émancipatrices, notamment à l’école, nous avons les moyens de vaincre les formes conquérantes de l’islam.

Que faire pour contrer l’offensive islamiste dont le burkini n’est que l’outil vestimentaire ?Reconquérir les cœurs perdus de la République

Cesser de consommer nos armées, nos forces de sécurité et notre justice pour faire appliquer des lois inapplicables et défendre tout et rien. Pour elles, l’urgence absolue est dans la reconquête des « territoires perdues de la République », dans le strict respect de « la ligne rouge des droits de l’homme » (Manuel Valls). Reconquête qui conduira de facto à la reconquête des « cœurs et des esprits » des personnes qui les habitent, trop longtemps laissées sous la domination des bandes de trafiquants, des « grands frères » et désormais des « frères musulmans » et affidés. Plus que du recul de l’État islamique en Irak/Syrie, c’est de l’avancée des idées islamistes en France qu’il faut se préoccuper. La « ligne rouge des droits de l’homme » doit être tracée autour de ceux qui les bafouent par les tueries, par les contraintes religieuses intégristes (contraintes qui s’exercent en premier et fort logiquement sur les musulmans ainsi canalisés dans leur pratique) et offrir à tous, la protection de la République : « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne » (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 3).

 Le respect, ça s’inculque

Cesser de remanier au gré des changements de ministre (trois en quatre ans) organisations et méthodes de l’Education nationale pour se concentrer sur la transmission de savoirs et de savoirs-être. Avant d’être une question de religion, nous faisons face à un problème de multiplication et de normalisation des comportements agressifs à l’égard d’une République qui ne sait plus se faire respecter, y compris par des enfants et adolescents, pourtant simplement en recherche de repères. Ce vieux pays a pourtant un patrimoine immense dans lequel des millions d’immigrés s’étaient jusqu’à fondus et qu’ils ont contribué à valoriser. Pourquoi prétendre que les nouveaux arrivants ne pourraient pas s’y retrouver aussi et vouloir les raccrocher à leur passé alors qu’ils sont venus trouver un nouvel avenir en France ? Notre pays mérite-t-il tant de haine et les immigrants méritent-ils tant de mépris que l’on ne veuille pas partager avec eux notre fierté d’être Français et l’histoire qui a fait la grandeur de notre pays ?

Redonner vie à la liberté d’expression et à la pensée critique telles que nous les ont enseignées les penseurs des Lumières. Un corset législatif et moralisateur sclérose toute réflexion sur les problématiques actuelles. Il empêchera tout travail constructif sur l’islam de France voulu par le gouvernement, comme il empêche déjà toute appréciation de situation stratégique et la désignation claire de l’ennemi. Alors que nos armées se battent au Mali, en Syrie/Irak, sont déployées en armes sur le territoire national, que des Français meurent au cœur de notre capitale, ou le jour de notre fête nationale, un haut fonctionnaire n’a-t-il pas récemment dit craindre une « guerre civile ». Ne serions donc pas déjà en guerre pour défendre notre liberté ?

Sauve qui peut l’Etat

Faire évoluer les règles du droit international et du droit national pour prendre en compte les nouveaux acteurs perturbateurs. Élaborées après 1945, ces règles ne tiennent compte que de deux acteurs : les États et leurs citoyens et présupposent que les premiers sont des oppresseurs potentiels des seconds. Elles tétanisent donc les gouvernements dans leurs combats contre les entités transnationales (grand banditisme comme islamisme). Or, aujourd’hui, les citoyens se retournent vers les États pour demander une protection que ceux-ci ne savent, ne peuvent, voire ne veulent plus leur donner. Là est le grand malaise de l’Union européenne et de chacun de ses États membres. Et ce ne sont pas les projets de relance de l’UE par de nouvelles structures de  Défense qui y changeront quelque chose. La maladie de l’UE, et de la plupart de ses États membres, est d’abord la vacuité politique dans les fonctions régaliennes.

En conclusion, la priorité et l’urgence pour les pouvoirs publics n’est pas de légiférer sur les tenues vestimentaires. Qu’ils laissent les associations de défense des droits et les libres penseurs assumer leurs responsabilités morales et se préoccuper de ce qui n’est, pour l’instant, que discriminations manifestement visibles qu’imposent normes religieuses ou sociétales.

La responsabilité des pouvoirs publics est dans l’exercice de la souveraineté de l’État, et donc du peuple en son entier : « La France est une République indivisible » et non d’une communauté qui se créerait à l’instigation d’idéologues extrémistes : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. 1 La priorité et l’urgence est de faire respecter la Constitution sur tout le territoire national. Ne détournons pas les yeux : il est gravissime d’avoir les représentants de l’État voire les citoyens interdits d’accès ici ou là, il est anecdotique d’avoir des femmes en burkini sur la plage.

  1. Constitution de la République française, articles 1 et 3.

Voir encore:

Burkini : toujours des débats en France, pas à l’étranger
La Croix avec AFP

20/08/2016

Alors que plusieurs stations balnéaires du sud de la France ont pris de nouveaux arrêtés interdisant le burkini, suscitant une controverse dans le pays, le port de ce vêtement ne crée pas les mêmes polémiques dans les pays anglo-saxons.

Les communes balnéaires du sud-est de la France multiplient les arrêtés interdisant le burkini sur leurs plages, dont Nice et Fréjus, en attendant que la justice, saisie par la Ligue des droits de l’Homme (LDH), se prononce lundi 20 août à Nice.

Les arrêtés d’interdiction, pris jusqu’à fin août ou mi-septembre selon les cas, sont semblables à celui qu’avait adopté la municipalité de Mandelieu-la-Napoule, la première à avoir édicté l’interdiction en 2013, renouvelée depuis.

À l’instar des autres municipalités, Nice a interdit, dans son arrêté du 18 août, l’accès aux plages publiques «à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes moeurs et de la laïcité et respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades».

Dans les Alpes-Maritimes, 13 communes ont interdit, après Cannes le 27 juillet, le port de telles tenues de plage couvrant le corps et la tête des baigneuses, parmi lesquelles Menton, Cannes, Villeneuve-Loubet, Saint-Laurent-du-Var, Beaulieu-sur-Mer, Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Six femmes verbalisées

À Cannes, 6 femmes ont été verbalisées à ce jour – sur 12 contrôles effectués – pour s’être baignées vêtues d’un burkini ou de tenues intégrales.

Tandis que cinq communes du Var ( Le Lavandou, Cavalaire-sur-mer, Cogolin, Sainte-Maxime et Fréjus ) ont également pris un arrêté similaire, d’autres municipalités, ailleurs en France, comme Le Touquet et Oye-Plage (Pas-de-Calais), Sisco et Ghisonaccia (Haute-Corse), et Leucate (Aude) ont pris la même initiative.

Toutefois, les burkinis restent extrêmement rares sur les plages françaises. Sur la côte méditerranéenne, une minorité de femmes musulmanes demeurent voilées et couvertes sur la plage ou pendant la baignade.

Décision attendue lundi à Nice

Vendredi 20 août, le tribunal de Nice a examiné la demande de suspension de l’arrêté anti-burkini à Villeneuve-Loubet déposée par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) alors que le premier ministre Manuel Valls a apporté son soutien aux maires de droite ayant pris de tels arrêtés.

Pour l’avocat de la LDH, Me Patrice Spinosi, aucune des justifications avancées ne justifie une telle «atteinte» aux libertés fondamentales.

«Aujourd’hui, ce sont les plages, demain ce seront les rues», a lancé l’avocat, qui craint que cela n’aboutisse à «exacerber les tensions que ces arrêtés prétendent précisément atténuer».

Le tribunal rendra sa décision lundi. À deux reprises il a déjà rejeté, pour des vices de forme, les requêtes contre les arrêtés pris à Cannes et à Villeneuve Loubet.

« Absurdité française »

À l’étranger, l’interdiction du burkini sur certaines plages françaises a suscité une vague de critiques dans les pays anglo-saxons, qui perçoivent la mise à l’index de vêtements religieusement connotés comme un frein à l’intégration.

«Absurdité française», a lancé l’éditorialiste David Aaronovitch dans le quotidien The Times en estimant que de telles interdictions ne pouvaient qu’être l’œuvre d’«esprits tordus» et créer plus de problèmes.

Croiser au Royaume-Uni une femme intégralement voilée dans certaines villes ou quartiers à forte population musulmane n’est pas chose rare et ne déclenche pas les mêmes polémiques qu’en France.

Des musulmanes très critiques

Le sujet n’en intéresse pas moins les Britanniques et la plupart des médias ont consacré ces derniers jours reportages et éditoriaux à l’affaire du burkini français, la BBC en particulier livrant des témoignages très critiques de musulmanes.

Ce clivage entre Britanniques et Français s’explique par les différences culturelles entre les deux pays, entre politique d’assimilation à la française et multiculturalisme britannique, avance le Dr Sara Silvestri, de la City University de Londres.

«Ces deux modèles d’intégration sont en crise: ils ne sont plus appliqués ou compris de manière claire et chaque pays regarde ce que fait l’autre pour en tirer des leçons», note-t-elle.

Un durcissement à l’égard des migrants

Pour Patrick Simon, un expert de l’Institut national d’études démographiques français, «il y a une difficulté dans le modèle français d’intégration à concevoir la visibilité des pratiques culturelles et religieuses dans la vie sociale et en particulier dans l’espace public français».

Il note «un durcissement à l’égard des immigrants, particulièrement les musulmans, en France ces vingt dernières années».

«Tout ce qu’on dit sur le burkini et tout le reste conduit à penser que le problème vient de minorités et pas de l’organisation de la société française», estime-t-il, en soulignant également l’impact des récents attentats en France, qui «tend à favoriser l’idée que cette diversité peut être problématique et menace la cohésion nationale. Cette idée est devenue très forte dans l’opinion publique et est portée par beaucoup de forces politiques», relève-t-il.

Voir par ailleurs:

‘CITIZENS SUPPORT BEACH BAN’

Provocative French writer says ‘If you’re upset by burkini cop image, you’ve have been sucked in by Islamist propaganda

A different view on the pictures of a Muslim mum being forced to take her clothes off on a French beach

THEY are the pictures that whipped the world up into a righteous fury.

One shows a woman wrapped in a DIY burkini on a beach in Nice, France, surrounded and visibly interrogated by no fewer than four armed policemen.

The next shows the woman having to take off her tunic under the watchful eye of the cops, looming threateningly over her.

“Forced to strip”, went one headline, retweeted tens of thousands of times.

The chorus on social media was deafening. The poor woman only wanted a bit of sun and a swim, dressed as she pleased, and is subjected to this disgusting affront.

It has become a frequent collective howl, the outrage at secular France’s decision to ban burkinis on more than a dozen beaches to calm religious tension.

Yet the pictures also tell another story.

Most citizens support burkini ban

Look closer, especially at the photo taken BEFORE the police show up.

One shows the woman seemingly sleeping, alone, lying directly on the sand.

She has no book, no sun cream, no beach bag. Her clothes are not suited to swimming.

Another shows her sitting quietly, looking around, as if waiting for the police to come. Hoping for the police to come?

As one French Muslim journalist, Ahmed Meguini, tweeted under the picture: “It’s 35C! Off to the beach for a nap in the sun in my ski outfit, like, totally normally.”

The pictures — sold worldwide by an agency — are not credited. They are, however, professionally shot.

The photographer was there long before the incident.

A belief shared by many is that this “victim” and the snapper wanted the police to intervene — the photos are brilliant Islamist propaganda.

They will provoke and inflame, foster a resentful mindset among French Muslims and encourage the narrative of “victimisation” that cripples action on Islamic extremism

Among those furious at the pictures is the Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) — an activist outfit that has taken the French State to court in a series of high-profile cases.

Its attempts to have the burkini beach bans declared illegal have lost in local courts but yesterday, it won the right to make a case in front of the Council of State, France’s highest administrative court.

But the truth is that most French citizens at both ends of the political spectrum SUPPORT the bans.

This includes French Muslims, especially women.

They agree with Laurence Rossignol, France’s Socialist women’s minister, who suggested burkinis were designed to “hide women’s bodies in order better to control them”.

To liberal Muslims — still the majority in France, where the burka has been banned since 2010 — the burkini is the latest of encroaching advances made by the ultra-conservative Salafist Muslims.

Other demands include school meals to be halal and for municipal swimming pools to segregate boys and girls.

The French have been the victims of many acts of terrorism in recent years.

Burkinis serve as a painful reminder of an unwanted and extreme take on Islam.

Anne-Elisabeth Moutet is a writer and broadcaster.

Ban the burka, says majority of the British public

By a margin of more than two to one, the public wants to ban people from wearing the burka

Over the last few weeks France has been consumed by a heated debate on Islamic dress after the mayors of more than 30 seaside towns instituted a ban on burkinis at their beaches. The ban was later struck down by the country’s high court, but the debate has exposed significant cultural tensions in French society. Former president, and current presidential candidate, Nicholas Sarkozy promising to change the French constitution to ban burkinis should he be elected next year. Sarkozy instituted a ban on burkas and niqabs while he was in power.

Here in Britain, banning the burka is a topic of discussion in the UKIP leadership contest after candidate Lisa Duffy called for a ban on wearing them in public places. New research from YouGov suggests this would be a popular policy with a majority of the public (57%) supporting a ban on wearing the burka in the UK, whilst just 25% are against outlawing it.

Although proponents of a ban suggest it as a way of helping to promote women’s rights, the research shows that women are about as likely to support a ban as men (56% and 58% respectively). Support for a ban rises as people get older, with just 34% of 18-24 year older supporting the ban, rising to 78% of those aged 65 or older. Working class people are also more likely to support the ban than middle class people (61% vs 54%).

A burka ban is supported by 84% of all 2015 UKIP voters and 66% of Conservatives. Fewer than half of Labour (48%) and Lib Dem (42%) voters support the ban, but it is still a more popular choice than opposing the ban (37% and 30% respectively).

There are only two demographic groups that are more likely to oppose a ban than support it: 18-24 year olds and Remain voters. Even then the numbers are relatively closely – Remain voters are net opposed to the ban by just 3%, whilst 18-24 year olds are 6% net opposed to the ban.

Looking at attitudes to burkinis, again the UK is more in favour of banning them, although less strongly – 46% of people would support a burkini ban and 30% would oppose one.

Looking elsewhere, YouGov has found a similar level of support for a burka ban in Germany (62% supporting a ban and 27% opposing), whilst in the US a ban is strongly opposed, with 59% of people opposing the ban and just 27% supporting it. (Please note that the question asked in Germany and the US was different to the one asked in the UK survey).

Voir aussi:

5 facts about the Muslim population in Europe

Recent killings in Paris as well as the arrival of hundreds of thousands of mostly Muslim refugees in Europe have drawn renewed attention to the continent’s Muslim population. In many European countries, including France, Belgium, Germany, the United Kingdom and the Netherlands, concerns about growing Muslim communities have led to calls for restrictions on immigration. But just how large is Europe’s Muslim population, and how fast is it growing?

Using the Pew Research Center’s most recent population estimates, here are five facts about the size and makeup of the Muslim population in Europe:

1Germany and France have the largest Muslim populations among European Union member countries. As of 2010, there were 4.8 million Muslims in Germany (5.8% of the country’s population) and 4.7 million Muslims in France (7.5%). In Europe overall, however, Russia’s population of 14 million Muslims (10%) is the largest on the continent.

2The Muslim share of Europe’s total population has been increasing steadily. In recent decades, the Muslim share of the population throughout Europe grew about 1 percentage point a decade, from 4% in 1990 to 6% in 2010. This pattern is expected to continue through 2030, when Muslims are projected to make up 8% of Europe’s population.

3Muslims are younger than other Europeans. In 2010, the median age of Muslims throughout Europe was 32, eight years younger than the median for all Europeans (40). By contrast, the median age of religiously unaffiliated people in Europe, including atheists, agnostics and those with no religion in particular, was 37. The median age of European Christians was 42.

4Views of Muslims vary widely across European countries. A Pew Research Center survey conducted this spring in 10 nations found that in eastern and southern Europe, negative views prevailed. However, the majority of respondents in the UK, Germany, France, Sweden and the Netherlands gave Muslims a favorable rating. Views about Muslims are tied to ideology. While 47% of Germans on the political right give Muslims an unfavorable rating, just 17% on the left do so. The gap between left and right is also roughly 30 percentage points in Italy and Greece.

5As of 2010, the European Union was home to about 13 million Muslim immigrants. The foreign-born Muslim population in Germany is primarily made up of Turkish immigrants, but also includes many born in Kosovo, Iraq, Bosnia-Herzegovina and Morocco. The roughly 3 million foreign-born Muslims in France are largely from France’s former colonies of Algeria, Morocco and Tunisia.

Voir aussi:

UK: Muslim population rising 10 times faster than non-Muslim population

“The implications are very substantial. Some of the Muslim population, by no means all of them, are the least socially and economically integrated of any in the United Kingdom … and the one most associated with political dissatisfaction.”

The implications of this are more substantial than that. Among the Muslims in Britain are a substantial number who believe that Sharia ought ultimately to be imposed upon that nation. The growing number of Muslims in the U.K. will make that call increasingly harder to ignore or resist.

Demographic Jihad. “Muslim population ‘rising 10 times faster than rest of society,’” by Richard Kerbaj for The Times, January 30 (thanks to all who sent this in):

The Muslim population in Britain has grown by more than 500,000 to 2.4 million in just four years, according to official research collated for The Times.

The population multiplied 10 times faster than the rest of society, the research by the Office for National Statistics reveals. In the same period the number of Christians in the country fell by more than 2 million.

Experts said that the increase was attributable to immigration, a higher birthrate and conversions to Islam during the period of 2004-2008, when the data was gathered. They said that it also suggested a growing willingness among believers to describe themselves as Muslims because the western reaction to war and terrorism had strengthened their sense of identity.

Muslim leaders have welcomed the growing population of their communities as academics highlighted the implications for British society, integration and government resources.

David Coleman, Professor of Demography at Oxford University, said: “The implications are very substantial. Some of the Muslim population, by no means all of them, are the least socially and economically integrated of any in the United Kingdom … and the one most associated with political dissatisfaction. You can’t assume that just because the numbers are increasing that all will increase, but it will be one of several reasonable suppositions that might arise.”

Professor Coleman said that Muslims would naturally reap collective benefits from the increase in population. “In the growth of any population … [its] voice is regarded as being stronger in terms of formulating policy, not least because we live in a democracy where most people in most religious groups and most racial groups have votes. That necessarily means their opinions have to be taken and attention to be paid to them.” […]

Muhammad Abdul Bari, general secretary of the Muslim Council of Britain, predicted that the number of mosques in Britain would multiply from the present 1,600 in line with the rising Islamic population. He said the greater platform that Muslims would command in the future should not be perceived as a threat to the rest of society.

“We each have our own set of beliefs. This should really be a source of celebration rather than fear as long as we all clearly understand that we must abide by the laws of this country regardless of the faith we belong to,” he said.

The Cohesion Minister, Sadiq Khan, told The Times: “We in central Government and local authorities need to continue our work to ensure that our communities are as integrated and cohesive as possible.”…

Voir enfin:

Casse-tête syrien
Bruno Rieth
Marianne
En Syrie, à la guerre contre Daech se superposent d’autres guerres où les alliés d’hier dont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Et inversement.

Il n’y a pas une guerre mais des guerres en Syrie. Celle contre Daech, celle contre Bachar al-Assad et celle entre groupes rebelles. Au bout de cinq longues années de guerre civile, le pays est devenu une véritable mosaïque de factions armées. Forces Kurdes, islamistes ou rebelles « modérés », les alliances se font et se défont au gré des agendas politiques et militaires des uns et des autres, du rapport de force en présence ou des enjeux locaux. Les ennemis d’hier peuvent se retrouver les amis du jour et inversement. A cela s’ajoute les stratégies des puissances régionales et occidentales qui s’activent sur le terrain pour atteindre leurs objectifs parfois contradictoires : asseoir son hégémonisme régional ou lutter contre l’expansionnisme de Daech. Les deux pouvant s’entrechoquer. Décryptage.

► Bachar al-Assad contre l’opposition (et Daech)

Influencée par la vague des printemps arabes, la Syrie, à partir de 2011, voit l’apparition d’un mouvement d’ampleur de contestation du régime en place. Mais face aux manifestations pacifistes, Bachar al-Assad fait le choix de la force, dans un premier temps, en réprimant par les armes cette opposition politique qui se constitue. Après avoir tenté de calmer le jeu en proposant un certain nombre de réformes, Assad se retrouve face à un mouvement qui se militarise peu à peu. C’est le début d’une guerre civile dont le nombre de morts est particulièrement dur à évaluer. Mais depuis cinq ans, on estime au bas mot que plus de 400 000 personnes ont péri sur le territoire syrien.

Bachar al-Assad porte une lourde responsabilité dans la situation actuelle. Notamment lorsqu’en mai 2011, il décide de libérer des centaines d’islamistes de ses geôles pour qu’ils viennent grossir les rangs de l’opposition. La formation de Katibas (bataillons) islamistes puis djihadistes, aux côtés des autres groupes rebelles, lui permet de désigner à l’Occident un autre ennemi que sa simple personne. La Russie saute sur l’occasion et lui apporte tout son soutien.

Et grâce à l’appui indéféctible de l’Iran, du Hezbollah libanais et de l’entrée en jeu récente de l’aviation Russe, Bachar al-Assad a repris du terrain. Contre l’opposition surtout, et contre les forces de l’EI un peu. Dernier exemple en date, la reprise de Palmyre aux mains de Daech depuis 2015. Mais pour l’universitaire Jean-Pierre Filiu, homme de terrain et ancien diplomate, Bachar al-Assad « est absolument incapable de reprendre des territoires stratégiques à Daech » car « 95% de la violence d’Assad, de la Russie et de l’Iran, est concentrée contre l’opposition Syrienne et une part marginale contre Daech. »

► L’Armée Syrienne Libre sur tous les fronts

A Alep, dans le nord-ouest du pays, ce n’est pas une guerre contre Daech qui se déroule. Mais celle qui voit s’affronter les forces armées de Bachar al-Assad aux différentes factions de l’opposition. Le groupe Etat islamique, lui, se tient pour le moment à l’écart et compte les points.

On retrouve l’Armée Syrienne libre (ASL), créée en 2011, qui, au fil des années, faute de moyens, a rapidement était détrônée par des groupes djihadistes et salafistes financés par l’Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie. Encore bien présente dans le sud du pays, l’ASL se retrouve sur trois fronts. Contre les forces loyales à Assad, contre Daech et contre les groupes islamistes de l’opposition. Alors que dans le sud, l’ASL peut se retrouver aux côtés du Front Fatah al Cham – anciennement Front al Nosra -dans le nord, . Dans un , Jamal Maarouf, ancien commandant du Front des révolutionnaires syriens, réfugié en Turquie, affirme même qu’ » aujourd’hui, l’ASL est sous la coupe de Nosra (…) Les principaux chefs de l’ASL (…) sont obligés de se faire tout petits ».

► L’ex-Front al Nosra rival de Daech

Le Front Fatah al-Cham, qui a récemment rompu (sur le papier en tout cas) avec la maison mère Al Qaïda, est la force djihadiste, après Daech, la plus importante de Syrie. Eux aussi multiplient les fronts, principalement contre les troupes d’Assad, mais aussi contre celles de l’ASL et contre Daech.

Le groupe a bénéficié longtemps de la mansuétude des chancelleries occidentales. Laurent Fabius, en décembre 2012, alors ministre des Affaires étrangères, avait ainsi estimé que le groupe « faisait du bon boulot sur le terrain » contre Daech. Le Canard enchainé affirmait même en 2015 que « les pilotes américains et alliés ont, voilà plus d’un an, reçu l’ordre de ne jamais balancer le moindre missile sur ces héritiers de Ben Laden. Une interdiction encore valable aujourd’hui« . Mais depuis cet été, un accord de coopération militaire en Syrie entre les Etats-Unis et Vladimir Poutine contre les groupes djihadistes, Etat islamique et Front Fatah al-Cham compris, est sur la table. Un projet qui explique en grande partie le changement de nom du groupe.

Aux côtés des anciens du Front al Nosra, gravitent plusieurs groupes. Parmi eux, le groupe salafiste Ahar al-Cham ou les combattants de Jaich al-Islam.

Le 29 janvier dernier, , lors de très officiels pourparlers organisés par l’ONU sur la Syrie. Pourtant, ces factions ont été impliquées à plusieurs reprises dans des affrontements avec les Kurdes des YPG comme à Alep, pour le contrôle d’un quartier du nord de la ville. Autre groupe, le mouvement Nour al-Din al-Zenki s’est lui , à l’arrière d’un pick-up, un jeune palestinien de 13 ans soupçonné de renseigner les forces loyalistes au régime. Des groupes soutenus par l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. Soit financièrement, soit militairement.

► Les Kurdes contre Daech et pour l’établissement d’un Kurdistan syrien

Dans le nord de la Syrie, les Forces de protection du peuple (YPG) du Parti de l’union démocratique (PYD), proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) turc, dominent le terrain. Depuis octobre 2015, les YPG font partie des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), à dominante kurde, qui rassemble Kurdes, combattants arabes, Yézidis ou milices chrétiennes. Les FDS sont soutenus par Washington et Paris qui leur apportent l’appui de leurs aviations, du matériel (missiles, munitions) et formateurs sur le terrain dans leur guerre contre Daech. Particulièrement aguerris au combat, les Kurdes des YPG et des YPJ (les sections féminines Kurdes) apparaissent dans le radar médiatique des pays occidentaux fin 2014 lorsqu’ils réussissent l’exploit de tenir tête aux tentatives de Daech de prendre la ville de Kobané, dans le nord du pays. Assiégés par les soldats d’Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife » autoproclamé de l’Etat islamique, les Kurdes finissent par les déloger de la ville fin janvier 2015.

Les YPG se sont aussi distingués lors de la bataille de Sinjar, dans le nord-ouest de l’Irak, en réussissant à ouvrir un corridor humanitaire aux Yézidis qui s’étaient réfugiés sur le mont Sinjar après la débandade des peshmergas, les forces armées du président du Kurdistan irakien Massoud Barzani, face aux troupes de l’Etat islamique. Naîtront les unités de résistance de Sinjar (YBS), milice yézidie formée et alliée par les YPG. Dans un récent entretien à Marianne, le Général Dominique Trinquand les qualifiait Ils viennent ainsi de, ville du province d’Alep dans le nord-ouest de la Syrie, des griffes de l’EI. Les YPG se sont donnés pour objectif la création d’un Kurdistan Syrien (Rojava) réunissant les trois cantons de Djézireh, Kobané et Afrin actuellement séparés des territoires kurdes par une zone de 65 km toujours aux mains de l’EI. Une réalisation que Recep Erdogan, le président Turc, ne veut voir aboutir pour rien au monde.

, sous couvert de frapper des positions de Daech, n’a pour objectif que de stopper l’avancée des YPG  vers le canton d’Afrin, au nord-ouest de la Syrie. Afin d’éviter tout possibilité de constitution de ce Rojava.


Euro 2016: Il est des immigrations heureuses (Model minority: With Portugal’s Euro win, France rediscovers its Portuguese-French community)

11 juillet, 2016

PARIS, FRANCE - JULY 10: Cristiano Ronaldo of Portugal lies injured as teammate Adrien Silva of Portugal (L) checks on him during the UEFA EURO 2016 Final match between Portugal and France at Stade de France on July 10, 2016 in Paris, France. (Photo by Laurence Griffiths/Getty Images)

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Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. Jésus (Matthieu 10: 16)
La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
Mais si cette équipe ne représente pas la France, hélas, elle la reflète: avec ses clans, ses divisions ethniques, sa persécution du premier de la classe, Yoann Gourcuff. Elle nous tend un miroir terrible. Ce qui est arrivé à Domenech est le lot quotidien de nombreux éducateurs et de professeurs dans les cités dites sensibles. Cette équipe renvoie à la France le spectacle de sa désunion et de son implacable déliquescence. (…) On a voulu confier l’équipe de France à des voyous opulents et pour certains inintelligents, il faudra maintenant sélectionner des gentlemen. Alain Finkielkraut (juin 2010)
 Il y a trente ans, quand je jouais avec l’équipe de France, la Marseillaise était sifflée sur tous les terrains. Mais à l’époque, les politiques ne s’intéressaient pas au football et ça ne choquait personne. Aujourd’hui, c’est devenu une obligation pour un homme politique, en fonction de son étiquette, de se positionner. Une fois encore, le football est pris en otage par le monde politique car cette histoire de sifflets est devenue une affaire politique qui n’a rien à voir avec le sport. […] Je ne vois pas dans les sifflets qu’on a entendus au Stade de France un manque de respect ou une insulte à la France mais simplement des manifestations contre un adversaire d’un soir, en l’occurrence l’équipe de France, que l’on veut battre.  Michel Platini (Le Monde, 2008)
Le football était une composante essentielle de ce qu’un sociologue, Nobert Elias, a appelé le ’’processus de civilisation’’. […] Là, nous le voyons depuis un certain temps, un processus de décivilisation est à l’œuvre, et le football, le sport, est l’un de ses théâtres, comme aussi l’école. Et il y a dans tous ces événements une sorte de grand dévoilement qui se produit. On ne peut plus se mentir : on voit l’esprit de la Cité se laisser dévorer par l’esprit des cités. Alain Finkielkraut
Voyant que 25 % des médailles gagnées par les Etats-Unis [aux JO de Berlin de 1936] l’avaient été par des Afro-Américains, les autorités sportives françaises de l’époque et L’Auto [ancêtre de L’Equipe] se sont dit qu’il serait stupide de ne pas faire la même chose. Une mission en Afrique occidentale française a été organisée, des milliers de gamins ont été réunis torse nu dans des stades. Cela n’a rien rapporté sur le coup, mais cela a semé une idée. Des clubs pro ont vite compris l’intérêt de regarder en direction de ce potentiel composé de joueurs coûtant peu cher. Une dynamique s’est installée. Dont l’équipe de France a ensuite profité. Pascal Blanchard
Les spectateurs étaient surpris. Ils imaginaient l’équipe de France… différente. Lilian Thuram (après un match de l’équipe de France en Afrique du Sud,  2000)
Foot français: les dirigeants veulent moins de noirs et d’arabes Moins de noirs et moins d’arabes sur les terrains de foot ! Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale de la Fédération française de football, dont le sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation et les écoles de foot du pays. Objectif: limiter le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains. Pour les plus hautes instances du football français, l’affaire est entendue: il y a trop de noirs, trop d’arabes et pas assez de blancs sur les terrains. Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale (DTN) de la Fédération française de football (FFF), dont le sélectionneur des Bleus en personne, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation de la fédération, les écoles de foot du pays, selon une enquête de Mediapart. L’objectif avoué au sein de la DTN, mais inavouable au grand public, est de limiter, en les triant dès l’âge de 12-13 ans, le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains. Une authentique ségrégation appliquée au football. Mediapart
Même fermement démenties, les intentions prêtées par Mediapart aux instances dirigeantes du football français n’auront malheureusement pas surpris les amateurs de cuir, témoins traumatisés de la crise traversée par les Bleus lors du Mondial sud-africain. Pire que le fond de jeu, fadasse, offert par l’équipe nationale, c’est le fond de sauce, nauséabond, dans lequel elle aura été contrainte d’évoluer qui aura, de fait, durablement marqué les esprits. Le sociologue Stéphane Beaud l’a brillamment déglacé dans un essai récent, réhabilitant du même coup ces «traîtres à la nation» qui avaient osé se mettre en grève. Ce fond de l’air moisi ne date pas d’hier, et dépasse de loin les lignes blanches des rectangles engazonnés. Il est le produit d’une série de dérapages et de tacles, de hors-jeu malsains menés au nom de l’anti-politiquement correct par tous ceux qui voudraient nous faire croire que l’antiracisme est devenu un problème plus grave que le racisme, ou que le racisme anti-Blanc serait désormais autrement préoccupant que celui qui vise les Noirs et les Arabes. Loin d’être l’apanage des classes populaires, le racisme est sans doute l’une des choses les mieux partagées dans ce pays. Et, de ce point de vue, la responsabilité de certains segments des élites politiques, intellectuelles et télévisuelles apparaissait déjà décisive. Si ces révélations se confirment, il faudra se rendre à l’évidence : le football, autrefois creuset efficace et visible de l’intégration à la française, sera devenu une marmite peu ragoûtante. Libération
Je ne retire rien aux propos que j’ai tenus hier. Que certains termes employés au cours d’une réunion de travail, sur un sujet sensible et à bâtons rompus, puissent prêter à équivoque, sortis de leur contexte, je l’admets et si, pour ce qui me concerne, j’ai heurté certaines sensibilités, je m’en excuse. Mais être soupçonné de racisme ou de xénophobie, moi qui suis contre toute forme de discrimination, je ne le supporte pas. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir que le débat auquel j’ai participé n’avait évidemment pas pour objectif de « diminuer le nombre de noirs et d’arabes dans le football français » comme voulait le laisser entendre le titre outrancier de l’article, mais uniquement d’envisager le futur du football français et donc d’aborder, par voie de conséquence, le lourd et délicat problème des joueurs à double nationalité ainsi que les modalités de détection/sélection pour un nouveau projet de jeu. Que cela ait des incidences, à moyen ou long terme, sur les différents profils de joueurs en préformation ou en formation, c’est l’évidence, mais il n’y a là aucun lien, strictement aucun, avec une préférence ou un rejet de telle ou telle nationalité. Mon seul souci est d’avoir de bons joueurs pour une bonne équipe de France, qu’ils soient petits ou grands, quels que soient leur lieu de naissance ou leurs ascendances. C’est assez facile à comprendre sauf, apparemment, pour ceux qui, pour des motifs qui m’échappent, mais avec des procédés douteux, mélangent tout et font un mal considérable, et pas seulement au football français. Laurent Blanc
C’est le problème des sélections avec des joueurs à double ou triple nationalité: ce sont des nombres qui augmentent et qui font qu’on ne peut plus assurer le fonctionnement des sélections. C’est bien pour eux de pouvoir choisir, mais ça pose un problème de gestion des effectifs. Quand on voit sur une génération entre 10 et 30% de joueurs de 18 à 21 ans nous quitter, c’est un problème. On a 45% de joueurs dans les sélections qui ont la possibilité de nous quitter, on pense que c’est beaucoup. On veut essayer de le réduire. C’est un problème dans la gestion de l’effectif. (…) L’idée était de dire: ‘Faites attention à ne pas avoir trop de joueurs binationaux’. On s’est aperçu que ce n’était pas une bonne solution: cette histoire nous aurait amenés à éliminer des joueurs d’avenir. On a envisagé de limiter cette situation pour ne pas nous mettre en danger, mais à partir du moment où ce n’est pas une bonne solution, on l’a éliminée. On va travailler sur l’accompagnement relationnel pour évaluer la motivation des joueurs à jouer pour l’équipe de France et les accompagner éventuellement pour faire leur choix. Nous avons abandonné cette idée de pourcentage, mais nous avons demandé d’être vigilants sur la motivation des joueurs. François Blaquart
La FIFA s’est copieusement vendue aux nations africaines. Ce sont des enjeux électoraux. Ces pays se sont débrouillés pour qu’il y ait beaucoup plus de souplesse et d’ouverture au niveau de la réglementation. (…) Actuellement, en moyenne, 50 % des jeunes des sélections nationales sont des binationaux. (…) En France, on reproche aux joueurs de ne pas chanter la Marseillaise. Mais là, ils ne connaissent même pas l’hymne. (…) Ce qui me choque, c’est que nous faisons un gros travail, et ils viennent prendre ce travail tel qu’il est fait. C’est un rôle facile. (…) Un joueur de 20 ans comme Boudebouz qui joue dans un club pro en France va devoir attendre cinq ans pour gagner sa place en équipe de France. Là, le pays l’appelle et lui propose de jouer une Coupe du monde tout de suite. Derrière, il y a aussi l’agent et la famille qui peuvent mettre une pression. (…) Jusque-là, on avait pas trop bougé, parce que les cas étaient particuliers et rares. Aujourd’hui, le système s’amplifie, donc ça nous pose des problèmes. (…) Il faut que l’on travaille avec ceux dont on est sûr. Il s’agit pour nous de réguler l’approche, mais sans être discriminant. (…) C’est très prononcé en France [car le pays] a été une terre d’immigration, à une époque où d’autres grandes nations du foot ne l’étaient pas. (…) Ces dernières années, l’Espagne a accueilli massivement des immigrés marocains et roumains. Et la sélection allemande des moins de 17 ans, par exemple, compte 7-8 joueurs d’origine turque. François Blaquart (directeur technique national)
Vendredi, c’est le nouveau DTN, François Blaquart, qui est venu expliquer une idée qui aurait été mal interprétée. Pour lui, la fameuse formation à la française, encensée du temps où ça rigolait pour les Bleus, se serait en fait fourvoyée, en privilégiant chez les gamins les capacités physiques aux facilités techniques. Dans les centres de formation des clubs, il est de fait interdit de dribbler. D’où la volonté de revenir sur cette doxa. D’autant que les succès de l’Espagne et du FC Barcelone, avec des joueurs de poche, prouvent que l’on peut gagner au foot sans aligner des équipes de Golgoths. En France, les Barcelonais Xavi (1,70 m) et Iniesta (1,69 m) se seraient sans doute vus claquer au nez la porte des centres de formation, a reconnu Laurent Blanc. «Nos critères de sélection doivent désormais être liés au potentiel des joueurs, défend Blaquart. Nous estimons qu’il y a des joueurs qui passent à côté, trop souvent à cause du gabarit et d’une maturité physique moins précoce. Ce retard dans leur formation physique les pénalise. Je rappelle qu’avant l’âge de 16 ou 17 ans, on ne sait rien d’un joueur. Alors imaginez à 12 ou 13 ans… c’est un moment où on leur dit surtout d’être patients… » Libération
Vouloir changer le type de joueur qui sort des centres de formation, très bonne initiative, parce que tout le foot français en a marre des grands bourrins (…) à cause des centres de formations français qui ont pendant des années, après la coupe du monde 98, privilégié ce type de joueur « noir costaud » (la couleur de peau faisant parti du profil (…) suite aux succès des Desailly, Thuram, Viera, Henry, etc) Le petit noir technique il passait à la trappe autant que le petit blanc technique. Ali (forum arrêt sur images)
L’Espagne est fougueuse, l’Espagne joue remarquablement au football (61% de possession du ballon, selon la Fifa), mais l’Espagne ne bat jamais l’équipe de France dans les compétitions qui comptent. L’Equipe (juin 2006)
En France, on s’est aperçu que les clubs s’étaient trop attachés à former des athlètes pour les transformer en footballeurs privilégiant ainsi le physique sur la technique, contrairement à ce que fait le Brésil ou l’Espagne. En se privant de joueurs très techniques qui n’avaient pas un gabarit assez imposant, on a mis à la trappe d’excellents jeunes. En France, Messi ne serait peut-être pas devenu professionnel. (…) On a remarqué, après avoir décortiqué les images à la vidéo, que certains buts de l’Espagne pendant la Coupe du monde en Afrique du Sud étaient clairement d’inspiration futsal de par le jeu de passes rapides, les mouvements et les centres en retrait notamment. Franck Ferrier (FFF)
Depuis vingt ans, une des caractéristiques principales de l’équipe de France est la puissance physique et athlétique de ses joueurs, développée de manière consciente et volontaire dès le plus jeune âge. Un atout unanimement souligné par les observateurs après la victoire contre l’Espagne et ses petits gabarits techniques en huitième de finale de la Coupe du monde 2006. Mais cinq ans plus tard, deux fiascos consécutifs des Français et deux victoires indiscutables de l’Espagne en 2008 et 2010 ont bouleversé les certitudes. Les responsables du football français se demandent désormais si des joueurs comme Xavi ou Iniesta, grands artisans des succès espagnols, auraient eu leur chance dans le système de formation français où le physique est le critère de sélection numéro un. Pour remédier à cette situation, François Blaquart cherche à rendre obligatoire des séances de futsal, discipline très pratiquée chez les jeunes en Espagne et au Brésil et qui fait travailler la technique, au programme des clubs formateurs. Slate.fr
« Islamistes », « gris », « sarrasins »: selon Mediapart, il ne serait pas rare d’entendre ainsi désigner les joueurs maghrébins dans les couloirs de la Fédération. Où, toujours selon le site, nombreux sont ceux qui imputent le fiasco du Mondial aux Blacks et/ou aux musulmans : les Evra, Abidal, Anelka, Ribéry, supposés être les meneurs de la mutinerie. Les problèmes de la FFF avec les Bleus ne sont pas récents. En 2008, après un Euro piteux, la fédé reprochait aux internationaux qui snobaient la Marseillaise, d’être «peu attachés à leur identité française». A tel point qu’on avait même imaginé leur faire signer une charte rappelant «les devoirs qu’impose l’appartenance à une équipe de France et cela dès les premières sélections de jeunes : respect du maillot, de l’arbitre, de l’adversaire, du public, et de l’hymne national. » Libération
Mediapart mêle deux sujets : la question de la discrimination selon des critères ethniques et celle de la binationalité des joueurs et du choix du pays d’origine de leurs parents comme équipe nationale. Ils n’ont, à mon avis, rien à voir. Le fait que la FFF, conformément au vœu tôt formulé par Laurent Blanc, s’empare de ce problème posé par le départ en nombre croissant de jeunes joueurs français très doués, formés dans les meilleurs clubs formateurs français, qui ont joué pour les équipes françaises de jeunes, ne me paraît pas illégitime : ce n’est pas faire preuve de nationalisme étroit que de clarifier cette question, d’encadrer le choix de cette nationalité sportive et de les inciter à jouer pour leur pays de naissance (la France). (…) Cette grève des Bleus a provoqué un séisme non seulement dans le football professionnel, mais pour l’ensemble du football amateur. En 2010-2011, il y aurait 8% de licenciés en moins. C’est considérable. La DTN a dû se demander à la hâte comment, à l’avenir, éviter un tel fiasco. Le vrai problème que doivent aujourd’hui affronter à tous les niveaux (amateur comme professionnel) les dirigeants et éducateurs de foot, ce n’est pas la couleur de la peau des joueurs, mais la difficulté croissante d’adapter ces joueurs, venus pour beaucoup de cités, aux contraintes du football en club. Et c’est un travail de tous les jours, ingrat, difficile, qui renvoie aux conditions de socialisation des jeunes de milieux populaires. (…) J’ai du mal à imaginer que ces personnes qui ont consacré leur vie professionnelle au foot, qui ont passé des heures et des heures avec ces différentes générations de joueurs plus ou moins «colorés» puissent tenir des discours, au sens propre du terme, «racistes». Qu’ils puissent être exaspérés par certains comportements, qu’ils reprennent parfois des expressions discutables («sarrasins», dans quel contexte est-ce dit ?….), certes ! Mais de là à les accuser de racisme, c’est un pas que je ne franchirai certainement pas. (…) si on pouvait cesser d’instrumentaliser le football et surtout de «projeter» à ce point sur cette équipe de France de foot les graves problèmes sociaux et politiques de notre nation en crise… Stéphane Beau
Sans doute même les plus chauds supporters des Bleus étaient un peu gênés, et surtout frustrés : la partie venait de perdre subitement et rapidement le sel du grand affrontement annoncé, le choc des titans, la superbe affiche de gladiateurs placardée sur tous les écrans depuis trois jours : Cristiano contre Antoine, le champion consacré contre le champion naissant, le roi multi-couronné contre le petit prince, l’âme du Portugal contre l’âme de la France. Des commentateurs, plus embarrassés, évoquaient l’hypothèse dérangeante d’un « contrat sur Ronaldo » comme il en existait, paraît-il, jadis au football : éliminer d’emblée le meilleur joueur adverse est évidemment une solution tentante dans un match aussi capital qu’incertain. Mais, juré-craché, ces temps sont révolus… Et la version « footballistiquement correcte » s’est imposée très vite, tant les enjeux commerciaux et nationaux étaient considérables : « Ronaldo sorti sur blessure à la 25ème minute » ; « coup dur pour Ronaldo » etc. Et de verser des larmes de crocodile sur la « sortie prématurée du meilleur joueur du monde ». A entendre ces commentaires, si l’on n’avait pas vu le début de la première mi-temps, l’on pouvait croire à une glissade malheureuse, à un genou tordu dans un crochet manqué, à une chute mal amortie sur ces maudites pelouses… Ah oui certes, il y avait eu un » « gros contact » (sic) avec Payet (et Evra, coutumier des chocs rudes et curieusement oublié dans le récit) à la 8e minute. Un accident sans responsable en somme. La fatalité pour tout dire. En rhétorique cela s’appelle un euphémisme ou plutôt un déni. Déni d’image aussi, tant l’action coupable sera la grande oubliée des innombrables « replay » : toujours et partout le spectacle d’un Ronaldo en larmes ; mais rien sur ce qui les aura causées. Les images – qu’il fallait aller chercher sur les chaînes étrangères –  ne laissent hélas aucun doute sur l’agression caractérisée contre Ronaldo. Le football en donne encore trop souvent l’exemple. Mais l’on croyait au moins que l’arbitre était là pour sanctionner. Eh bien non, rien. Ni carton, pas plus jaune que rouge, ni même coup-franc. L’on ne comprend toujours pas le refus têtu de la vidéo, qui rend tant service au tennis et plus encore au rugby où « les gros contacts » ne manquent pas. A moins que cette absence ne permette justement les grands et les petits arrangements ? L’arbitraire en lieu et place de l’arbitrage, en somme ? En tout cas l’on ne s’y prendrait pas autrement si l’on voulait revenir au calamiteux catenaccio d’autrefois, dont cet Euro 2016 semble d’ailleurs annoncer le triste retour. L’affaire laisse un goût d’autant plus amer que la France est hantée depuis plus de 30 ans par le souvenir d’un autre « gros contact », lui aussi non sanctionné : celui de Schumacher avec Battiston lors de la coupe du monde 1982. De ce choc-là, les images continuent à tourner en boucle. (…) En tout cas la fête a été gâchée … le beau football n’est pas revenu avec lui. Comme parti en même temps que l’un de ses héros. Comme si les Dieux du sport se détournaient d’un match qui ne respectait pas les règles. Il est vrai, dira-t-on, que le football n’est pas vraiment un sport mais une forme adoucie de la guerre : l’aveuglement chauvin qui s’est emparé du public et de certains commentateurs pour qui « ce qui est arrivé à Ronaldo fait, hélas, partie du jeu » n’en est-il pas la preuve ? Mais même la guerre a ses règles : Achille ne faisait pas de croche-pied à Hector et David, de tacle par derrière à Goliath. Les Dieux ont donc fini par se fâcher contre la France : en prenant un malin plaisir à dévier les tirs les mieux cadrés ; en accordant leur toute-puissance au gardien portugais qui ne touchait plus terre. Et en donnant in extremis le but de la victoire à l’équipe victime. Christophe de Voogd

Parfois, il faut savoir être pragmatique pour gagner un match. Nous aimerions jouer de façon plus spectaculaire, mais ce n’est pas toujours de cette manière que vous gagnez un tournoi. Fernando Santos (sélectionneur du Portugal et précédemment de la Grèce)

Nous avons été simples comme des colombes mais prudents comme des serpents. Fernando Santos
Dans la nuit de dimanche à lundi, sur les Champs-Elysées, la célébration de la victoire du Portugal a été perturbée par divers incidents et marquée par une grande confusion. Après la finale, des centaines de supporters portugais ont afflué vers l’Arc de Triomphe : à pied ou en voiture, ils ont fait retentir leurs chants, brandi leurs drapeaux et allumé fumigènes et feux d’artifice pour fêter le premier titre international de leur équipe. Mais comme un peu plus tôt autour de la fan-zone de Paris, puis près du Trocadéro, plusieurs incidents ont éclaté et les forces de l’ordre sont intervenues à diverses reprises, suite notamment à des jets de projectiles, de pétards et d’engins pyrotechniques ainsi que des incendies de poubelles. D’incessants mouvements de foule ont gâché la fête. Plusieurs individus ont été interpellés, et au moins une personne a été blessée. En plus des supporters portugais, la foule était composée de nombreux supporters français et de groupes de jeunes habillés aux couleurs du PSG et de clubs anglais, certains brandissant des drapeaux algériens et marocains. L’Equipe
Je vois là la marque du succès récent de l’Atlético Madrid. Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions. Forcément, ça a donné des idées à toutes les petites équipes de l’Euro. Nestor Subiat
Donc, la France espère en Griezmann. « Attaquant, option gendre idéal » titrait même M le magazine ce week end. Griezmann, espoir d’une France du football qui désespère de Cantona, Benzema et les autres. Griezmann, ce brave petit, bien chez nous. Griezmann, sérieux, appliqué, travailleur, sympathique, courageux, tenace, volontaire et talentueux. Griezmann, ce joueur si Français. La France aime Griezmann. De quoi Griezmann est-il le nom ? Du footballeur idéal à la française. Seulement voilà. Griezmann est un paradoxe. Si l’on parle football, seulement football, culture football, Griezmann est tout sauf un produit de l’école française. Et pire encore, il est le symbole de tous les échecs possibles de la formation à la française du début des années 2000. On explique. Quand il est âgé de 13 ans, pas un centre de formation français de futurs footballeurs professionnels ne veut de Griezmann. Trop petit. Trop fragile. Trop frêle. Trop technique. (…) Par hasard, un recruteur de la Real San Sebastian croise la route du gamin. Eric Olhats (c’est le nom du recruteur) prend le pari. Et voilà Griezmann en Espagne. A l’école du football espagnol. Formé comme un espagnol. Eduqué comme un espagnol. Il finit par humilier le pauvre OL d’Aulas en Ligue des Champions, avec la Real Sociedad (quelle revanche) et s’en va pour l’Atlético, grandir encore avec Simeone. Et jouer une finale de Ligue des Champions. Et devenir le grand espoir du football français. Ainsi se mesure le paradoxe Griezmann. Benzema, Nasri, Menez et les autres ont naufragé, Ben Arfa n’a pas su convaincre Deschamps de la réalité de sa rédemption, et voici que Griezmann est célébré comme l’incarnation des valeurs du football français alors qu’il est le produit le plus achevé des valeurs espagnoles du football, entre rage de vaincre et soif de victoires, détermination et travail, tenacité et volonté. (…) La France du football est étonnante, qui ne parait même pas réaliser qu’en célébrant Griezmann, à le voir si beau, si grand, si fort, elle confesse un aveu d’échec considérable. Elle se berce d’illusions. Nous avons Griezmann, tout est possible, sans admettre qu’elle n’est pour rien dans l’accomplissement de Griezmann. Cet aveuglement, en forme de déni de réalité, laisse pantois tant il signe les symptomes de ce mal français qui consiste, en tous lieux et toutes époques, à se voir plus beau que l’on est. Et à ne tirer aucune conséquence des échecs avérés et répétés. Hélas ! Balzac s’est trompé, la France n’est toujours pas le pays des illusions perdues. Bruno Roger-Petit
Bravo, mais que c’est laid ! (…) Les avocats autoproclamés de la très décriée sélection portugaise la défendent d’une curieuse manière. (…) Jamais une équipe nationale n’avait remporté un titre majeur en alignant trois matches nuls en phase de groupe. Qui eût cru que les héritiers d’Eusébio, Luís Figo et Rui Costa allaient prendre pour modèle l’équipe qui les a privés du titre en finale de l’Euro 2004, leur Euro organisé chez eux, en terre lusitanienne ? La rancoeur est tenace, et pourtant, ils ont tout fait comme eux. Sauf que cette Grèce ne comptait pas dans ses rangs un joueur de la trempe de Cristiano Ronaldo, ni même de celle de Nani et de Renato Sanches. La stratégie était claire : on bétonne littéralement en défense, quitte à broyer la dimension spectaculaire du football, et on compte sur l’individualité et la réussite pour marquer, en prolongation le plus souvent – contre la Croatie et la France –, une fois que l’adversaire est usé de faire le jeu, seul, et contre un mur. Sinon, on s’en remet à la loterie des tirs au but, comme ce fut le cas contre la Pologne en quart de finale de cet Euro. Comme la Grèce en 2004, le Portugal de 2016 a défait l’hôte de la compétition en finale sur le score de 1-0, mais au terme des prolongations, confirmant par là sa propension dans cet Euro à ne gagner aucun match dans le temps réglementaire, exception faite de la demi-finale contre le pays de Galles. Le hasard faisant bien les choses, le sélectionneur portugais Fernando Santos a entraîné de nombreuses équipes dans sa carrière, dont Porto, Benfica et – eurêka ! – l’équipe de Grèce entre 2010 et 2014. L’homme est un fin connaisseur du football grec puisqu’il a entraîné trois clubs grecs au total : l’AEK Athènes, le Panathinaïkos et le PAOK Salonique. On comprend mieux pourquoi les champions d’Europe 2016 ressemblent autant aux champions d’Europe 2004. Joli coup signé Fernando Santos ! C’est tant mieux pour le Portugal et c’est tant pis pour le football. Le Point
S’il y a bien un enseignement à tirer de cet Euro à vingt-quatre, c’est qu’il n’y a plus de «petites» équipes. À l’image de l’Islande quart de finaliste, qui aurait cru avant la compétition que le pays de Galles intégrerait le dernier carré ? Personne. Et pourtant, il n’y a rien de plus logique quand on analyse le jeu des Gallois. Organisé en 3-5-2, le pays de Galles fait preuve de discipline tactique et de rigueur défensive, une des clés pour pouvoir rivaliser avec les «grandes» nations. Même s’ils laissent majoritairement le ballon à leurs adversaires (47% de possession de balle en moyenne, le plus petit total des demi-finalistes), les Gallois respectent leur position. Leur bloc équipe est compact, coulissant parfaitement de gauche à droite et inversement. Les Britanniques n’ont pas peur d’aller au duel, au sol et dans les airs, dans le plus pur style anglo-saxon (dix-sept duels aériens gagnés par match en moyenne, seule la France fait mieux dans le dernier carré). Bref, les hommes du sélectionneur Chris Coleman sont solides. De plus, ils se connaissent parfaitement. Huit joueurs ont démarré tous les matches du pays de Galles dans cet Euro. Les automatismes sont nombreux et renforcent leur solidarité. «La star, c’est l’équipe. On lutte ensemble, on tacle et on s’entend comme des frères», avouait Gareth Bale en conférence de presse lundi. (…)  Au pays de Galles, il y a un collectif mais aussi des individualités. Parmi celles-ci, il y a bien sûr Gareth Bale. Le Madrilène est capable de faire la différence sur une attaque rapide, grâce à sa pointe de vitesse ; sur une attaque placée grâce à sa qualité de passe et de centre, et aussi sur coup de pied arrêté (déjà deux buts sur les trois à son actif) grâce à sa frappe de balle flottante. Il a cadré treize tirs, le total le plus élevé de la compétition. Juste derrière lui, Aaron Ramsey oriente chaque offensive galloise. Son aisance technique offre des temps de conservation de balle importants, qui soulagent ses partenaires. Il est toujours proche des attaquants pour leur délivrer des caviars (meilleur passeur du tournoi avec quatre passes décisives en cinq matches, à égalité avec Eden Hazard). Le Figaro
L’Islande, c’est l’équipe hype de cet Euro. Un petit pays exotique qui se qualifie pour les 8es de finale, un public qui suit en nombre et des joueurs qui ont un bon look. Un bon look au point d’ériger l’Islande au rang d’équipe la plus stylée de la compétition. (…) Ils ont de belles barbes (…) Ils ont des coiffures soignées (…) Ils aiment les tatouages et bien se saper. 20 minutes
Tout plaidait en faveur d’un succès de l’équipe de France dans son jardin, à Saint-Denis. Ses triomphes à domicile à l’Euro 1984 et au Mondial 1998. Ses performances depuis le début du tournoi (meilleure attaque avec treize buts marqués). La forme de ses leaders (Antoine Griezmann, six buts pendant le tournoi dont cinq à partir des huitièmes de finale). L’alignement des planètes semblait parfait, à un petit détail près: depuis le début, la compétition affichait un visage singulier, une logique propre. Et la finale remportée dimanche soir par le Portugal résume parfaitement toutes les grandes tendances observées en un mois intensif de football. La fin de l’efficacité du jeu de possession à l’espagnole, qui a permis à la Roja de remporter un Mondial et deux Euros entre 2008 et 2012, est un thème récurrent depuis quelques années. A la Coupe du monde 2014, les champions du monde en titre avaient été éliminés dès le premier tour, mais l’Allemagne – qui allait lui succéder – prolongeait son influence en ajoutant à sa palette tactique une capacité à changer de rythme pour mener des attaques très directes. Cet été en France, les équipes qui gardaient le ballon n’ont pas nécessairement gagné, à l’instar des Bleus en finale (53% de possession de balle). Elargi à 24 équipes, l’Euro accueillait de nombreuses équipes peu habituées aux grands rendez-vous. Elles ne nourrissaient pas l’ambition de soulever le trophée Henri Delauney promis au vainqueur, mais clairement celle de traverser le tournoi sans être ridicule. Et elles ont fait d’un football sans prise de risque le paradigme de l’été.  Conséquences: les stars les plus attendues ont eu mille peines à briller dans le ciel de l’Euro. Tout un symbole, la blessure et la sortie dès la 25e minute de jeu de Cristiano Ronaldo – qui n’avait pas quitté le terrain une minute jusqu’alors – n’ont pas empêché le Portugal de remporter le premier titre majeur de son histoire. Décisif lors de la demi-finale contre le Pays de Galles, l’attaquant du Real Madrid avait été plutôt en retrait jusque-là. Il y a quelques exceptions au relatif mutisme des footballeurs européens les plus en vue du moment, dont le très remarqué Antoine Griezmann (six buts, meilleur joueur du tournoi aux yeux de l’UEFA) ou Gareth Bale. Mais l’ailier du Pays de Galles a moins fait l’unanimité par ses trois buts que parce qu’il s’est mis corps et âme au service de son équipe. A l’instar du Portugal en finale, de nombreuses formations se sont montrées bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal. Les équipes d’Islande, d’Irlande du Nord et de République d’Irlande ont, par leur vaillante résistance opposée aux «grandes» équipes, offert à ce tournoi de belles histoires. Elles ont été reçues de manière assez paradoxale par les amateurs de football, qui d’un côté se prenaient de passion pour les besogneux «Vikings» de Reykjavik tout en regrettant de l’autre un Euro trop fermé, trop défensif, pas assez enlevé. (…) Mais au cours de la compétition, les surprises se sont succédé, la loi des séries a été mise à mal et les bookmakers ont dû s’en arracher les cheveux. L’Euro 2016 a rappelé que le football est un sport qui se joue à onze contre onze et qu’à la fin, on ne sait jamais vraiment qui va gagner. Le Temps
Après le drame d’Orlando, inutile de chercher dans les oraisons présidentielles la raison islamiste. Le «la» du diapason était ainsi donné aux médias bien disposés pour l’unisson: la faute aux armes à feu, à l’homophobie (et tant pis pour les orientations sexuelles du terroriste) mais pas question de réclamer des comptes à l’Autre es qualité de musulman radical. Après le carnage cruel de Dallas, un mot manquait cruellement au discours du premier Américain: «raciste». Un Noir, adepte du suprématisme noir, déclarait avoir massacré des policiers blancs pour venger des crimes commis par d’autres policiers blancs. Mais le mot qui serait venu naturellement aux lèvres de n’importe qui si, par exemple improbable, un Français voulait tuer un musulman intégriste pour venger le 13 novembre ou un délinquant noir parce qu’il aurait été volé par un autre Noir, manquait. Comme si, ici, l’évocation du racisme d’un noir, forcément victime par essence, était impossible à dire. Et comme si le blanc, par essence raciste, n’était jamais totalement innocent. (…) À ce stade du devoir parler vrai et sans crainte, les mots sont impuissants pour dire l’échec calamiteux du premier président noir des États-Unis d’Amérique dans sa tentative alléguée d’avoir voulu apaiser les tensions raciales. Sans doute, le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire incontestable, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentiellement essentialiste de la couleur de sa peau. Et ce président n’aura eu de cesse depuis le début de sa présidence d’accuser la police d’être raciste envers les noirs et de s’en prendre particulièrement aux policiers blancs ou, plus largement, à tous les blancs susceptibles de se défendre contre des criminels. (…) À chaque fois qu’une polémique a défrayé la chronique policière et criminelle (Trayvon Martin à Stanford en Floride, Michael Brown à Ferguson dans le Missouri ou Freddy Gray à Baltimore), à chaque fois Obama, pour le plus grand plaisir de la presse de gauche et des démocrates gauchisants, a pris parti systématiquement contre la police. On a vu plus tard que la justice voyait les choses moins simplement et moins systématiquement. (…) Et pourtant, dans l’hypothèse spéculative, on affirme le racisme, et dans le cas indiscutable, on le passe sous silence… (…) par une dynamique perverse et dialectique, une sorte de choc en retour et d’un excès l’autre, les vecteurs principaux d’agrandissement du cercle vicieux se nomment racialisme obsessionnel et antiracisme professionnel, avec leur cortège de culture de l’excuse et de victimisation systématiques a priori. (…) Mais on aurait tort de penser que ces deux fléaux n’ont pas franchi allègrement l’Atlantique. Que penser par exemple, puisqu’il faut parler vrai, de cet article publié sans le moindre recul le 5 juillet dans notre vespéral national et intitulé: «Dans les banlieues populaires, l’absence de Benzema ne passe (toujours) pas»?: «On veut pas de reubeus en équipe de France, on l’entend beaucoup. Il y a une identification aux joueurs exclus» (…) «Bien sûr, il y a Sissoko, Pogba qui viennent de la région parisienne, mais ma génération est déçue qu’il n’y ait pas de reubeus des quartiers, des mecs qui nous ressemblent» fait dire la journaliste à des figures de l’immigration arabo-maghrébine. Bref de l’ethnicisme tranquille et assumé: c’est bien qu’il y ait des Noirs mais il faudrait aussi des Arabes. Quant à savoir la répartition quantitative entre marocains et algériens, l’article ne le dit pas. Heureusement, il n’y a pas que cela. Le Portugal a battu la France. Les Franco-Portugais n’ont pas caché, pour leur majorité, leur préférence lusitanienne. Et pourquoi non? Une intégration réussie n’impose pas une assimilation forcée. Battus, ils ne se seraient certainement pas vengés sur le matériel urbain. Il est des immigrations heureuses quand elles sont légales, paisibles et librement acceptées par la population d’accueil. L’immigration portugaise est une chance pour la France. Gilles William Goldnadel
Après l’épisode Domenech-Ribery-Anelka, comment expliquer que nos compatriotes se reconnaissent à nouveau dans une équipe qui leur fait plaisir ? Nul ne peut nier que les joueurs choisis par Didier Deschamps sont des garçons polis, bien élevés, respectueux, même s’il faut sans doute surveiller Paul Pogba comme le lait sur le feu. Ils ont compris (ou on leur a fait comprendre) que La Marseillaise était un symbole incontournable, pour le public français. L’attitude méprisante, pendants les hymnes, des Ribery-Benzema-Nasri ne passait plus, quand les Italiens chantaient à tue-tête « Fratelli d’Italia », et que toutes les autres équipes montraient leur attachement à leur pays. Ils ont fait cet effort, même si on sent que La Marseillaise, pour Giroud, Griezmann ou Matuidi, c’est autre chose que pour Pogba, mais ce dernier fait tout de même l’effort. Et puis, sachons le dire, la victoire contre l’Allemagne, jeudi dernier, a fait plaisir à toute la France, et à de nombreux anciens qui n’oublieront jamais le formidable match de Séville, en 1982, et son issue aussi cruelle qu’injuste. Pour dire les choses crûment, les Français en avaient marre de toujours perdre, en compétition officielle, contre les « casques à pointe », et ils sont contents que les hommes de Deschamps aient mis fin à cette malédiction. N’oublions pas un autre phénomène : la vedette de l’équipe, c’est Antoine Griezmann. Il a 25 ans, il est humble, il ramène toujours ses performances à celles du collectif, à celles de l’équipe. Quand il avait 15 ans, personne n’en voulait, en France. C’était la dictature du gabarit, du physique, donc de ce qu’on appelle « les gros Blacks ». Griezmann, jugé trop fluet, n’intéressait aucun recruteur français. C’est pour avoir osé remettre en cause ces critères, et le phénomène de la double nationalité, que certains dirigeants du football français ont été, en 2011, qualifiés de racistes par Thuram et Plenel. Moins stupides, moins dogmatiques, les Espagnols ne sont pas passés à côté d’un tel joyau. Aujourd’hui à l’Atletico de Madrid, Griezmann est considéré comme un des meilleurs joueurs du monde. Et cela fait plaisir aux Français. Les journaleux, qui marquent une préférence pour la diversité, ont beau rabaisser de manière scandaleuse les exploits de Koscielny (pourtant le vrai patron de la défense) et de Giroud (coupable d’avoir remplacé, avantageusement, leur chouchou Benzema), les Français sont ravis de constater que, même minoritaires, les « tauliers » de l’équipe leur ressemblent. Une fois qu’on a dit tout cela, faut-il vraiment pleurer de cette énorme déception ? En cas de victoire, les crapules socialistes auraient instrumentalisé cet événement pour faire oublier leurs brillants résultats à la tête de la France. Ils nous auraient fait le coup de la société multiculturelle, et nous auraient expliqué que c’est grâce à notre diversité (où les « Beurs » sont absents) que la France est championne d’Europe. Et ce Guignol de Hollande aurait été capable de gagner quelques points de popularité, comme au lendemain d’attentats islamistes. Mais il y a une contradiction majeure, autour d’un football mondialisé, souvent pratiqué par des mercenaires. Nos dirigeants ont eu beau vouloir remplacer le nom de « Coupe d’Europe des Nations » par « Euro » (quel symbole), le patriotisme des peuples européens n’a jamais été aussi fort, et le football y contribue. Il suffisait, à chaque match, de voir le nombre de drapeaux dans les tribunes, et la ferveur des hymnes nationaux, pour mieux s’en rendre compte. On n’a pas vu un drapeau européen pendant un mois, dans aucun stade. Nos dirigeants ont beau nous raconter que l’Europe, c’est la diversité et le multiculturalisme, mis à part la France et quelques pays d’Europe de l’ouest, la plupart des équipes étaient homogènes, blanches, avec, parfois, une ou deux exceptions. Et les sympathiques Islandais ont envoyé une image identitaire et patriotique qui est juste le contraire du discours dominant des dirigeants européens. N’en déplaise aux enseignants gauchistes, des millions d’enfants ont entendu leurs parents chanter La Marseillaise, et l’ont apprise à cette occasion. Conclusion : le pas regretté Rocard, Attali, Hollande, Merkel et autres traîtres qui dirigent nos pays ont beau raconter, au lendemain du Brexit, qu’il faut davantage d’Europe, et donc moins de souveraineté et de nations, il demeure, chez une grande partie des peuples européens, une appartenance identitaire qui va compliquer la vie de ceux qui veulent en finir avec nos pays, et la France en premier. Cela s’appelle l’amour charnel de notre pays, de sa civilisation et de sa terre. Tout ce qu’ils veulent détruire. Mais à condition, pour les fêtards, qui ont sorti les drapeaux bleu-blanc-rouge et chanté La Marseillaise durant un mois, de virer Hollande, à la prochaine présidentielle, sans remettre à la place ses clones républicains… Sinon, à quoi servirait d’honorer la France, le temps d’un match de football, pour élire, dix mois plus tard, ses pires fossoyeurs… Riposte laïque

Où l’on redécouvre qu’il y  a des immigrations heureuses …

Au lendemain du premier trophée européen, acquis dans la douleur que l’on sait, de nos amis portugais …

A l’heure où, comme vient de le démontrer le Brexit, nombre d’Européens n’en peuvent plus du mépris et de l’irresponsabilité de certaines de nos élites européennes …

Et où, de l’autre côté de l’Atlantique, un président post-racial auto-proclamé et chasseur d’ambulances patenté qui ne perd pas une occasion d’agiter la question raciale au premier incident venu (quand il s’agit de blancs) …

Déploie des trésors d’éloquence pour la dissimuler quand elle est indiscutable (quand il s’agit de noirs ou de musulmans) …

Comment bouder son plaisir avec l’avocat Gilles William Goldnadel ou le site Riposte laïque …

Au-delà de l’amère déception de la défaite et après les frasques d’une génération de racailles et de donneurs de leçons …

Devant le talent comme l’humilité bienvenue, après une suspension d’un an pour virée nocturne non autorisée à la veille d’un match perdu, d’un joueur que son gabarit avait contraint à s’expatrier en Espagne …

Mais aussi derrière le « football d’épiciers » tour à tour décrié ou encensé par nos médias (l’effet de l’arrivée de petites nations avec l’extension de la compétition à 24 équipes ?) …

La tranquille fierté d’une « immmigration heureuse » parce que « légale, paisible et librement acceptée par la population d’accueil » …

De toute une génération de Franco-Portugais qui n’ont jamais senti le besoin, eux, toutes les fois qu’ils ont été battus, de siffler l’hymne national, envahir le terrain ou « se venger sur le matériel urbain » ?

Après Dallas, la consternante absence du mot «racisme»
Gilles William Goldnadel
Le Figaro

11/07/2016

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Pour Gilles-William Goldnadel, le drame de Dallas est révélateur d’une racialisation inquiétante des rapports sociaux accompagnée d’un antiracisme à géométrie variable.
Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.
Ceux qui veulent bien me lire chaque semaine dans ces colonnes savent que je suis de ceux qui pensent que non seulement toute vérité est bonne à dire, mais encore que le mal à dire aggrave la maladie.

Autrement dit, en matière de non-dits, les lois de la psychologie collective sont identiques à celles de la psychologie individuelle.

Commençons par les non-dits de Monsieur Obama. Il est des mots qui lui écorcheraient sa bouche pourtant prolixe.

Après le drame d’Orlando, inutile de chercher dans les oraisons présidentielles la raison islamiste. Le «la» du diapason était ainsi donné aux médias bien disposés pour l’unisson: la faute aux armes à feu, à l’homophobie (et tant pis pour les orientations sexuelles du terroriste) mais pas question de réclamer des comptes à l’Autre es qualité de musulman radical.

Après le carnage cruel de Dallas, un mot manquait cruellement au discours du premier Américain: «raciste». Un Noir, adepte du suprématisme noir, déclarait avoir massacré des policiers blancs pour venger des crimes commis par d’autres policiers blancs. Mais le mot qui serait venu naturellement aux lèvres de n’importe qui si, par exemple improbable, un Français voulait tuer un musulman intégriste pour venger le 13 novembre ou un délinquant Noir parce qu’il aurait été volé par un autre Noir, manquait.

Comme si, ici, l’évocation du racisme d’un noir, forcément victime par essence, était impossible à dire. Et comme si le blanc, par essence raciste, n’était jamais totalement innocent.

C’est dans le creux vertigineux de ce manque que niche une grande partie du drame racial qui enlaidit la vie.

À ce stade du devoir parler vrai et sans crainte, les mots sont impuissants pour dire l’échec calamiteux du premier président noir des États-Unis d’Amérique dans sa tentative alléguée d’avoir voulu apaiser les tensions raciales.

Sans doute, le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire incontestable, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentiellement essentialiste de la couleur de sa peau.

Le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentialiste de la couleur de sa peau.
Et ce président n’aura eu de cesse depuis le début de sa présidence d’accuser la police d’être raciste envers les noirs et de s’en prendre particulièrement aux policiers blancs ou, plus largement, à tous les blancs susceptibles de se défendre contre des criminels. Comme le rappelle Guy Milliere dans un article du 9 juillet (Dreuz), Obama s’est appuyé pour cela sur les professionnels de la tension raciale tel Al Sharpton, et a accordé ces derniers mois son soutien à des organisations extrémistes ouvertement anti policières telles que Black Lives Matter.

À chaque fois qu’une polémique a défrayé la chronique policière et criminelle (Trayvon Martin à Stanford en Floride, Michael Brown Ferguson dans le Missouri ou Freddy Gray à Baltimore), à chaque fois Obama, pour le plus grand plaisir de la presse de gauche et des démocrates gauchisants, a pris parti systématiquement contre la police. On a vu plus tard que la justice voyait les choses moins simplement et moins systématiquement.

Je ne veux pas caricaturer ma propre pensée: je ne sous-estime pas la violence de la police américaine, à l’image de la société américaine. Je ne sous-estime pas le racisme de certains policiers blancs, pas plus que je ne sous-estime le racisme de certains délinquants noirs.

Mais j’affirme que considérer l’ensemble des faits divers précités comme le résultat d’un racisme évident plutôt que celui de l’instinct de peur ou même de la défense légitime relève d’une spéculation intellectuelle infiniment plus oiseuse que lorsqu’il s’agit de caractériser l’acte d’un criminel qui fait un carton sur des policiers blancs uniquement parce qu’ils sont blancs.

Et pourtant, dans l’hypothèse spéculative, on affirme le racisme, et dans le cas indiscutable, on le passe sous silence…

De même, je réfute par principe l’évidence propagée ad nauseam de ce que la justice américaine aurait, à chaque fois qu’elle a relaxé un policier mis en cause, fait montre de partialité. Après tout, en France aussi, des politiciens spéculant façon Benoît Hamon ont critiqué des décisions bien fondées en droit comme en fait comme dans l’affaire Ziad et Bounia.

À la suite de ces spéculations médiatiques et politiques, on imagine avec quelle sérénité intellectuelle les prochains juges américains appréhenderont les prochains «dérapages policiers» qui seront déférés devant eux.

L’opinion publique, cette catin, n’a rien à faire dans le prétoire déclarait autrefois mon confrère Moro-Giafferi… C’est loin.

Dans ce cadre intellectuel vicié, un cercle culturel vicieux s’est agrandi sans fin. Bien sûr que la question noire américaine a été mal réglée.

Les préjugés contre les noirs, pendant des années et contrairement à ce qu’on pouvait espérer se sont envenimées après la suppression de l’esclavagisme. Les stigmates anti- noirs se sont renforcés et ont été traduits en un système de lois et de normes dites «Jim Crow» destiné à préserver l’ordre racial. Interdiction faite aux noirs de voter, d’étudier dans les écoles blanches, d’aller dans les magasins, les restaurants fréquentés par les blancs. Comme l’indique pertinemment Yuval N. Harari (Sapiens, une brève histoire de l’humanité, Albin-Michel): «au milieu du XXe siècle, la ségrégation dans les anciens états confédérés était probablement pire qu’à la fin du XIXe siècle. Clennon King, l’étudiant noir qui voulut entrer à l’université du Mississippi en 1958, fut interné de force dans un

Les préjugés contre les noirs, pendant des années et contrairement à ce qu’on pouvait espérer se sont envenimées après la suppression de l’esclavagisme.
asile psychiatrique. Le juge trancha qu’un noir était forcément fou s’il imaginait pouvoir y être admis».

Il n’en demeure pas moins que le sort des Noirs américains, leur situation sociale et culturelle se sont, depuis les années 60, très considérablement améliorés.

J’affirme qu’aujourd’hui, que par une dynamique perverse et dialectique, une sorte de choc en retour et d’un excès l’autre, les vecteurs principaux d’agrandissement du cercle vicieux se nomment racialisme obsessionnel et antiracisme professionnel, avec leur cortège de culture de l’excuse et de victimisation systématiques a priori.

De ce point de vue, Barack Obama en aura été à la fois le triste héros et la victime consentante.

Mais on aurait tort de penser que ces deux fléaux n’ont pas franchi allègrement l’Atlantique.

Que penser par exemple, puisqu’il faut parler vrai, de cet article publié sans le moindre recul le 5 juillet dans

Barack Obama en aura été à la fois le triste héros et la victime consentante.
notre vespéral national et intitulé: «Dans les banlieues populaires, l’absence de Benzema ne passe (toujours) pas»?: «On veut pas de reubeus en équipe de France, on l’entend beaucoup. Il y a une identification aux joueurs exclus» (…) «Bien sûr, il y a Sissoko, Pogba qui viennent de la région parisienne, mais ma génération est déçue qu’il n’y ait pas de reubeus des quartiers, des mecs qui nous ressemblent» fait dire la journaliste à des figures de l’immigration arabo-maghrébine.

Bref de l’ethnicisme tranquille et assumé: c’est bien qu’il y ait des Noirs mais il faudrait aussi des Arabes. Quant à savoir la répartition quantitative entre marocains et algériens, l’article ne le dit pas.

Les mêmes qui n’avaient pas de mots assez durs pour Nadine Morano…

Heureusement, il n’y a pas que cela. Le Portugal a battu la France. Les Franco-Portugais n’ont pas caché, pour leur majorité, leur préférence lusitanienne. Et pourquoi non? Une intégration réussie n’impose pas une assimilation forcée. Battus, ils ne se seraient certainement pas vengés sur le matériel urbain. Il est des immigrations heureuses quand elles sont légales, paisibles et librement acceptées par la population d’accueil. L’immigration portugaise est une chance pour la France.

C’est dit.

Voir aussi:

Quand le football mondialisé réhabilite le patriotisme français
Cyrano

Riposte laïque

10 juillet 2016

Grosse déception, l’équipe de France n’a pas été capable de battre le Portugal, en finale de l’Euro foot 2016, malgré la blessure de la vedette Ronaldo. Même si nombre de lecteurs, voire de contributeurs, de Riposte Laïque, comme Paul Le Poulpe, Josiane Filio ou Gérard Brazon, ont essayé d’expliquer les enjeux de cet Euro 2016 de football, et son instrumentalisation par le pouvoir et ses propagandistes, il est un phénomène incontournable : les Français aiment le foot, et préfèrent voir la France gagner que perdre ! D’où l’énorme déception de tout le pays.

Certains diront, à juste titre, que cette équipe, d’aspect très africaine, ne ressemble pas à la réalité de la vraie France. C’est sans doute vrai, mais elle est proche, hélas, de nombreuses écoles de la région parisienne et de périphéries urbaines. On pourrait, malgré tout, ajouter que ces joueurs, souvent possesseurs d’une double nationalité, ont choisi de jouer pour la France, sont passés par des centres de formation de notre pays, et sont donc tous assimilés, ce qui est devenu tellement rare qu’il faut le faire remarquer. D’autres affirmeront, ce qui n’est pas faux, qu’aucun joueur de cette équipe ne joue en France, à l’exception de Blaise Matuidi, qui joue au Paris Saint-Germain (appelé le Paris Qatar), et de Samuel Umtiti, lyonnais cette année, mais barcelonais l’an prochain. On pourrait encore évoquer les salaires exorbitants des footballeurs français, et constater que ce magnifique sport échappe à présent, dans les stades, aux classes populaires, vu le prix des places. C’est encore vrai. Et les sponsors de l’épreuve s’appellent, entre autres, McDonalds, Coca Cola ou Turkish Airlines… Les Français savent tout cela, mais aux yeux d’une majorité d’entre eux, le plus important, c’est que la France gagne, que les Bleus leur fassent plaisir et les rendent fiers d’une France qui gagne. D’où encore l’énorme déception.

Il n’y a eu qu’une seule période où les Français souhaitaient viscéralement la défaite de leur pays : celle de la période Domenech, quand les islamo-racailles Ribery et Anelka avaient pris le contrôle des vestiaires, avec la complicité d’un sélectionneur, militant de la diversité, entre les années 2006 et 2010. Cela se termina par la mascarade de l’Afrique du Sud. Les années suivantes, celle de Laurent Blanc et des racailles Ribery-Benzema-Nasri, n’arrangèrent pas ce profond désamour.

Historiquement, les Français ont connu trois grands champions : Raymond Kopa, fils de mineur polonais, Michel Platini, fils d’un footballeur italien, et Zinedine Zidane, fils d’un immigré algérien. Tous trois sont nés en France. Mais les deux premiers ont des prénoms français, pas le troisième. Quand les deux premiers rencontraient leur pays d’origine, ils n’y avait aucune ambiguïté, ils étaient français avant d’être polonais ou italiens. Le troisième disait qu’il souhaitait un match nul. Les enfants de Polonais et d’Italiens chantaient La Marseillaise, les enfants d’Algériens la siffleront en 2001, au Stade de France, comme les Marocains et les Tunisiens quelques années plus tard.

Zidane fut champion du monde, en 1998. On parlait, de manière propagandiste, d’une équipe black-blanc-beur. Mais c’était avant tout encore l’équipe de l’assimilation. Les chefs s’appelaient Aimé Jacquet et Roger Lemerre, ils avaient été ouvriers. Sur le terrain, les patrons s’appelaient Didier Deschamps et Laurent Blanc. Les Français se retrouvaient encore en eux.

Après l’épisode Domenech-Ribery-Anelka, comment expliquer que nos compatriotes se reconnaissent à nouveau dans une équipe qui leur fait plaisir ? Nul ne peut nier que les joueurs choisis par Didier Deschamps sont des garçons polis, bien élevés, respectueux, même s’il faut sans doute surveiller Paul Pogba comme le lait sur le feu. Ils ont compris (ou on leur a fait comprendre) que La Marseillaise était un symbole incontournable, pour le public français. L’attitude méprisante, pendants les hymnes, des Ribery-Benzema-Nasri ne passait plus, quand les Italiens chantaient à tue-tête « Fratelli d’Italia », et que toutes les autres équipes montraient leur attachement à leur pays. Ils ont fait cet effort, même si on sent que La Marseillaise, pour Giroud, Griezmann ou Matuidi, c’est autre chose que pour Pogba, mais ce dernier fait tout de même l’effort.

Et puis, sachons le dire, la victoire contre l’Allemagne, jeudi dernier, a fait plaisir à toute la France, et à de nombreux anciens qui n’oublieront jamais le formidable match de Séville, en 1982, et son issue aussi cruelle qu’injuste. Pour dire les choses crûment, les Français en avaient marre de toujours perdre, en compétition officielle, contre les « casques à pointe », et ils sont contents que les hommes de Deschamps aient mis fin à cette malédiction.

N’oublions pas un autre phénomène : la vedette de l’équipe, c’est Antoine Griezmann. Il a 25 ans, il est humble, il ramène toujours ses performances à celles du collectif, à celles de l’équipe. Quand il avait 15 ans, personne n’en voulait, en France. C’était la dictature du gabarit, du physique, donc de ce qu’on appelle « les gros Blacks ». Griezmann, jugé trop fluet, n’intéressait aucun recruteur français. C’est pour avoir osé remettre en cause ces critères, et le phénomène de la double nationalité, que certains dirigeants du football français ont été, en 2011, qualifiés de racistes par Thuram et Plenel. Moins stupides, moins dogmatiques, les Espagnols ne sont pas passés à côté d’un tel joyau. Aujourd’hui à l’Atletico de Madrid, Griezmann est considéré comme un des meilleurs joueurs du monde. Et cela fait plaisir aux Français. Les journaleux, qui marquent une préférence pour la diversité, ont beau rabaisser de manière scandaleuse les exploits de Koscielny (pourtant le vrai patron de la défense) et de Giroud (coupable d’avoir remplacé, avantageusement, leur chouchou Benzema), les Français sont ravis de constater que, même minoritaires, les « tauliers » de l’équipe leur ressemblent.

Une fois qu’on a dit tout cela, faut-il vraiment pleurer de cette énorme déception ? En cas de victoire, les crapules socialistes auraient instrumentalisé cet événement pour faire oublier leurs brillants résultats à la tête de la France. Ils nous auraient fait le coup de la société multiculturelle, et nous auraient expliqué que c’est grâce à notre diversité (où les « Beurs » sont absents) que la France est championne d’Europe. Et ce Guignol de Hollande aurait été capable de gagner quelques points de popularité, comme au lendemain d’attentats islamistes.

Mais il y a une contradiction majeure, autour d’un football mondialisé, souvent pratiqué par des mercenaires. Nos dirigeants ont eu beau vouloir remplacer le nom de « Coupe d’Europe des Nations » par « Euro » (quel symbole), le patriotisme des peuples européens n’a jamais été aussi fort, et le football y contribue. Il suffisait, à chaque match, de voir le nombre de drapeaux dans les tribunes, et la ferveur des hymnes nationaux, pour mieux s’en rendre compte. On n’a pas vu un drapeau européen pendant un mois, dans aucun stade.

Nos dirigeants ont beau nous raconter que l’Europe, c’est la diversité et le multiculturalisme, mis à part la France et quelques pays d’Europe de l’ouest, la plupart des équipes étaient homogènes, blanches, avec, parfois, une ou deux exceptions.

Et les sympathiques Islandais ont envoyé une image identitaire et patriotique qui est juste le contraire du discours dominant des dirigeants européens.

N’en déplaise aux enseignants gauchistes, des millions d’enfants ont entendu leurs parents chanter La Marseillaise, et l’ont apprise à cette occasion.

Conclusion : le pas regretté Rocard, Attali, Hollande, Merkel et autres traîtres qui dirigent nos pays ont beau raconter, au lendemain du Brexit, qu’il faut davantage d’Europe, et donc moins de souveraineté et de nations, il demeure, chez une grande partie des peuples européens, une appartenance identitaire qui va compliquer la vie de ceux qui veulent en finir avec nos pays, et la France en premier. Cela s’appelle l’amour charnel de notre pays, de sa civilisation et de sa terre. Tout ce qu’ils veulent détruire.

Mais à condition, pour les fêtards, qui ont sorti les drapeaux bleu-blanc-rouge et chanté La Marseillaise durant un mois, de virer Hollande, à la prochaine présidentielle, sans remettre à la place ses clones républicains…

Sinon, à quoi servirait d’honorer la France, le temps d’un match de football, pour élire, dix mois plus tard, ses pires fossoyeurs…

Voir par  ailleurs:

Euro : le paradoxe Griezmann, quand la France adore un pur produit du foot espagnol
Bruno Roger-Petit

Les blogs du Figaro

6 juin 2016

Donc, la France espère en Griezmann. « Attaquant, option gendre idéal » titrait même M le magazine ce week end. Griezmann, espoir d’une France du football qui désespère de Cantona, Benzema et les autres. Griezmann, ce brave petit, bien chez nous. Griezmann, sérieux, appliqué, travailleur, sympathique, courageux, tenace, volontaire et talentueux. Griezmann, ce joueur si Français. La France aime Griezmann. De quoi Griezmann est-il le nom ? Du footballeur idéal à la française.

Seulement voilà. Griezmann est un paradoxe. Si l’on parle football, seulement football, culture football, Griezmann est tout sauf un produit de l’école française. Et pire encore, il est le symbole de tous les échecs possibles de la formation à la française du début des années 2000.

On explique. Quand il est âgé de 13 ans, pas un centre de formation français de futurs footballeurs professionnels ne veut de Griezmann. Trop petit. Trop fragile. Trop frêle. Trop technique. Le grand OL de l’arrogant Aulas n’en veut pas. Et le FC Metz non plus, club qui aura réussi l’exploit de manquer en quarante ans et Platini et Griezmann. Par hasard, un recruteur de la Real San Sebastian croise la route du gamin. Eric Olhats (c’est le nom du recuteur) prend le pari. Et voilà Griezmann en Espagne. A l’école du football espagnol. Formé comme un espagnol. Eduqué comme un espagnol. Il finit par humilier le pauvre OL d’Aulas en Ligue des Champions, avec la Real Sociedad (quelle revanche) et s’en va pour l’Atlético, grandir encore avec Simeone. Et jouer une finale de Ligue des Champions. Et devenir le grand espoir du football français.

Ainsi se mesure le paradoxe Griezmann. Benzema, Nasri, Menez et les autres ont naufragé, Ben Arfa n’a pas su convaincre Deschamps de la réalité de sa rédemption, et voici que Griezmann est célébré comme l’incarnation des valeurs du football français alors qu’il est le produit le plus achevé des valeurs espagnoles du football, entre rage de vaincre et soif de victoires, détermination et travail, tenacité et volonté.

Oui, en reportant sur Griezmann sa volonté de célébrer un footballeur bien sous tous rapports, la France du football applaudit un chef d’oeuvre issu de l’école espagnole du football. Et acte, par contre coup, que les centres de formation à la française, entre conceptions tactiques à côté de la plaque et incapacité à former des hommes émancipés, ont été à la ramasse. L’Espagne a fait Griezmann, la France a fait Benzema. Ce qui nous inclinerait à penser que Benzema n’est pas le seul responsable de la dérive de Benzema et qu’à ce titre, quelques circonstances atténuantes doivent lui être accordées (ce qui n’excuse pas l’inexcusable).

La France du football est étonnante, qui ne parait même pas réaliser qu’en célébrant Griezmann, à le voir si beau, si grand, si fort, elle confesse un aveu d’échec considérable. Elle se berce d’illusions. Nous avons Griezmann, tout est possible, sans admettre qu’elle n’est pour rien dans l’accomplissement de Griezmann. Cet aveuglement, en forme de déni de réalité, laisse pantois tant il signe les symptomes de ce mal français qui consiste, en tous lieux et toutes époques, à se voir plus beau que l’on est. Et à ne tirer aucune conséquence des échecs avérés et répétés. Hélas ! Balzac s’est trompé, la France n’est toujours pas le pays des illusions perdues.

Voir encore:

Euro 2016 : le Portugal a oublié le football
La Selecção das Quinas a déviergé son palmarès hier en faisant main basse sur le trophée Henri Delaunay, au terme d’un parcours éminemment critiquable.
Emmanuel Amma

Le Point

11/07/2016

Bravo, mais que c’est laid ! Le Portugal n’a pas « volé » cet Euro, ni lésé quiconque, sauf peut-être la totalité des amateurs de football et des esthètes du sport. Si la légalité sportive de ce succès paraît indiscutable, sa légitimité demeure contestable pour ceux qui se font une certaine idée du mérite. Quand on prend le parti de mépriser le jeu, on se doit au moins de gagner, même petitement, la victoire étant le seul juge de paix du football s’il y en a un. La troupe de Fernando Santos ne s’est pas embarrassée un seul instant de ces considérations puisqu’elle a trouvé le moyen de mettre la main sur un trophée majeur en remportant à peine plus de la moitié de ses rencontres dans cet Euro. Et il faut voir de quelle façon !

7 matches, 4 victoires
Les avocats autoproclamés de la très décriée sélection portugaise la défendent d’une curieuse manière. Cette équipe serait, paraît-il, devenue une gagnante cynique pour conjurer son passé de perdante magnifique. Encore faut-il gagner pour mériter cette étiquette. Pour rappel, les coéquipiers de Cristiano Ronaldo se sont hissés en phase finale de la compétition sans compter le moindre succès dans une poule facilissime et grâce à une troisième place étonnamment qualificative. Et il leur a fallu trois électrochocs – l’Autriche, l’Islande, puis la Hongrie – pour commencer à gagner… en prolongation contre la Croatie en huitième de finale et hériter par la même occasion d’une partie de tableau en forme de boulevard jusqu’en finale avec un dernier carré rêvé contre les néophytes gallois.

D’ordinaire, les compétitions internationales exigent d’être performant d’entrée de jeu pour qui prétend à la victoire finale, et il n’y a pas de séance de rattrapage. Le hasard des chiffres et la bizarrerie du système de qualification pour les huitièmes dicté par l’UEFA pour cet Euro ont permis au Portugal de déroger à la norme. Jamais une équipe nationale n’avait remporté un titre majeur en alignant trois matches nuls en phase de groupe.

Le Portugal se prend pour la Grèce de 2004
Qui eût cru que les héritiers d’Eusébio, Luís Figo et Rui Costa allaient prendre pour modèle l’équipe qui les a privés du titre en finale de l’Euro 2004, leur Euro organisé chez eux, en terre lusitanienne ? La rancoeur est tenace, et pourtant, ils ont tout fait comme eux. Sauf que cette Grèce ne comptait pas dans ses rangs un joueur de la trempe de Cristiano Ronaldo, ni même de celle de Nani et de Renato Sanches. La stratégie était claire : on bétonne littéralement en défense, quitte à broyer la dimension spectaculaire du football, et on compte sur l’individualité et la réussite pour marquer, en prolongation le plus souvent – contre la Croatie et la France –, une fois que l’adversaire est usé de faire le jeu, seul, et contre un mur. Sinon, on s’en remet à la loterie des tirs au but, comme ce fut le cas contre la Pologne en quart de finale de cet Euro.

Comme la Grèce en 2004, le Portugal de 2016 a défait l’hôte de la compétition en finale sur le score de 1-0, mais au terme des prolongations, confirmant par là sa propension dans cet Euro à ne gagner aucun match dans le temps réglementaire, exception faite de la demi-finale contre le pays de Galles. Le hasard faisant bien les choses, le sélectionneur portugais Fernando Santos a entraîné de nombreuses équipes dans sa carrière, dont Porto, Benfica et – eurêka ! – l’équipe de Grèce entre 2010 et 2014. L’homme est un fin connaisseur du football grec puisqu’il a entraîné trois clubs grecs au total : l’AEK Athènes, le Panathinaïkos et le PAOK Salonique. On comprend mieux pourquoi les champions d’Europe 2016 ressemblent autant aux champions d’Europe 2004. Joli coup signé Fernando Santos ! C’est tant mieux pour le Portugal et c’est tant pis pour le football.

Voir de plus:

Les secrets gagnants du pays de Galles
Alexandre Kotowski

Sport 24-Figaro

05/07/2016

Le pays de Galles, l’une des surprises de cet Euro 2016, défie le Portugal ce mercredi à Lyon (21h) et peut légitimement rêver à une place en finale.

S’il y a bien un enseignement à tirer de cet Euro à vingt-quatre, c’est qu’il n’y a plus de «petites» équipes. À l’image de l’Islande quart de finaliste, qui aurait cru avant la compétition que le pays de Galles intégrerait le dernier carré ? Personne. Et pourtant, il n’y a rien de plus logique quand on analyse le jeu des Gallois.

Une organisation bien huilée
Organisé en 3-5-2, le pays de Galles fait preuve de discipline tactique et de rigueur défensive, une des clés pour pouvoir rivaliser avec les «grandes» nations. Même s’ils laissent majoritairement le ballon à leurs adversaires (47% de possession de balle en moyenne, le plus petit total des demi-finalistes), les Gallois respectent leur position. Leur bloc équipe est compact, coulissant parfaitement de gauche à droite et inversement. Les Britanniques n’ont pas peur d’aller au duel, au sol et dans les airs, dans le plus pur style anglo-saxon (dix-sept duels aériens gagnés par match en moyenne, seule la France fait mieux dans le dernier carré). Bref, les hommes du sélectionneur Chris Coleman sont solides.

De plus, ils se connaissent parfaitement. Huit joueurs ont démarré tous les matches du pays de Galles dans cet Euro. Les automatismes sont nombreux et renforcent leur solidarité. «La star, c’est l’équipe. On lutte ensemble, on tacle et on s’entend comme des frères», avouait Gareth Bale en conférence de presse lundi. Il suffit de voir la triple occasion de la Belgique dans les premières minutes du quart de finale (3-1). Derrière le portier Hennessey sorti devant Ferreira Carrasco, ils sont six quasiment sur leur ligne de but pour empêcher le ballon d’entrer. Le seul point négatif, c’est un temps de cadrage parfois trop long sur le porteur de balle adverse. C’était le cas sur le deuxième but encaissé contre l’Angleterre mais aussi celui contre la Belgique. Une frappe lointaine de Radja Nainggolan, spécialiste du genre et pourtant seul dans l’axe aux trente mètres.

Des individualités qui subliment l’équipe
Au pays de Galles, il y a un collectif mais aussi des individualités. Parmi celles-ci, il y a bien sûr Gareth Bale. Le Madrilène est capable de faire la différence sur une attaque rapide, grâce à sa pointe de vitesse ; sur une attaque placée grâce à sa qualité de passe et de centre, et aussi sur coup de pied arrêté (déjà deux buts sur les trois à son actif) grâce à sa frappe de balle flottante. Il a cadré treize tirs, le total le plus élevé de la compétition.

Juste derrière lui, Aaron Ramsey oriente chaque offensive galloise. Son aisance technique offre des temps de conservation de balle importants, qui soulagent ses partenaires. Il est toujours proche des attaquants pour leur délivrer des caviars (meilleur passeur du tournoi avec quatre passes décisives en cinq matches, à égalité avec Eden Hazard). Suspendu pour la demi-finale, tout comme le défenseur Ben Davies, il va manquer à ses coéquipiers. Mais c’est l’occasion pour d’autres joueurs de se révéler, à l’instar d’Hal Robson-Kanu, buteur face à la Belgique au prix d’une magnifique feinte, ou du capitaine Ashley Williams. À n’en pas douter, les Gallois n’ont pas fini de montrer leurs talents.

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Euro 2016: Barbes, tatouages… Pourquoi l’Islande est l’équipe la plus stylée de la compétition
Marc Nouaux

20 minutes

27.06.2016

L’Islande, c’est l’équipe hype de cet Euro. Un petit pays exotique qui se qualifie pour les 8es de finale, un public qui suit en nombre et des joueurs qui ont un bon look. Un bon look au point d’ériger l’Islande au rang d’équipe la plus stylée de la compétition. Avant son match historique face à l’Angleterre (lundi à 21h), on vous explique pourquoi.

Ils ont de belles barbes
Ils n’ont pas tous une pilosité hors du commun mais certains joueurs se distinguent par de belles barbes. Exemple avec le capitaine, Aron Gunnarsson, symbole de la combativité de l’équipe. Derrière sa barbe, le milieu de terrain dégage une agressivité et un côté assez rugueux qui peut avoir tendance à « effrayer » l’adversaire. Du côté de Runar Sigurjonsson ou de Birkir Bjarnason, on n’est pas en reste non plus.

Ils ont des coiffures soignées
Hipsters, les Islandais ? Si on se dégage du mot au sens strict du terme (qui qualifie des habitudes culturelles, vestimentaires, de style ou de consommation…), on peut se dire que les Islandais en ont en tout cas des allures. « C’est sans doute l’équipe la plus hipster de la compétition, sourit Guillaume qui a effectué plusieurs [longs] séjours en Islande. Mais attention, la Belgique aussi c’est pas mal mais l’Islande plus que tout. » A l’image de leurs coiffures telle celle du jeune Hordur Magnusson.

Gunnar, supporter islandais de 30 ans nous éclaire sur cette pratique. « Une grande partie de la jeune génération islandaise suit cette tendance mais ce n’est pas la majorité de la population. » A l’image du vieux, Eidur Gudjohnsen (37 ans), qui lui, préfère rester classique.

Ils aiment les tatouages et bien se saper
Les Islandais ont vraiment de la gueule. Si on a tendance à remarquer que nombreux sont les footballeurs tatoués, en Islande, il y a un vrai phénomène de mode. Les joueurs dégagent un vrai style viking avec leurs tatouages et les affichent sur les bras. Ainsi, Ari Skulason, le défenseur, est plutôt impressionnant.

Le bras tatoué d’Hordur Magnusson, le jeune défenseur de l’Islande. – B. Horvar / AFP
Niveau sape, on aime aussi se démarquer chez les Vikings. « Vous pouvez le voir en France pendant l’Euro. Les Islandais sont avant-gardistes en termes de tenues vestimentaires et de look. Tous les jours de la semaine ils portent des costumes sur mesure. » C’est sûr que ça contraste avec les costards mal taillés de Wayne Rooney…

Voir enfin:

Islande, Pays de Galles, Roumanie… En Europe, ce sont les « petites nations » qui font la loi
Alessandro Pitzus
Eurosport

04/09/2015

QUALIFICATIONS EURO 2016 – Plusieurs équipes inattendues jouent les premiers rôles depuis le début des éliminatoires. L’Islande, le Pays de Galles, la Slovaquie ou encore la Roumanie sont proches d’obtenir un aller direct pour la France en juillet prochain et ils ne l’ont pas volé.
Il fut un temps où se qualifier pour l’Euro était beaucoup plus difficile qu’obtenir sa place en Coupe du monde. Mais ça, c’était avant. En ouvrant la porte à 24 nations contre 16 lors des précédentes éditions, l’UEFA a choisi d’être moins élitiste. Les deux premiers de chaque groupe composteront leur billet, le meilleur troisième aussi et pour les autres trainards, il y aura une séance de rattrapage sous forme de barrages traditionnels.

La nouvelle formule a ouvert la porte mais le règlement novateur n’est pas forcément surexploité par les « petites nations ». Les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne n’occupent pas les premières places de leurs groupes respectifs à trois journées de la fin. Relâchements inconscients, mises en route difficiles, il y a plusieurs raisons pour expliquer les défaillances relatives des grands d’Europe. Ils s’appellent Islande, Pays de Galles, Pologne, Roumanie ou encore Autriche et ils sont proches de décrocher un aller simple amplement mérité pour l’Euro 2016.

L’Islande cartonne devant les Tchèques et les Néerlandais
C’était l’une des grosses côtes au début des éliminatoires et l’Islande joue parfaitement son rôle de trublion dans le groupe A. Quinze points dans la besace, une première place, des succès bien construits, les Nordiques n’en espéraient pas tant. En battant pour la première fois de son histoire les Pays-Bas, l’équipe islandaise, guidée par un irréprochable Gylfi Sigurdsson (4 buts) s’est donnée les moyens de ses ambitions.

Petite particularité : l’Islande est la seule sélection dirigée par deux sélectionneurs. Ce n’est peut-être pas qu’un détail. Le tandem Heimir Hallgrimsson – Lars Lagerbäck pourrait offrir à l’Islande sa première participation à une grande compétition majeure. Une qualification serait synonyme de continuité pour cette équipe qui aligne les bons résultats internationaux depuis trois ans et qui avait échoué en barrages lors des derniers éliminatoires du Mondial.

Pour le moment, le Pays de Galles de Bale effectue un sans faute
Avec la nouvelle réforme, voir le Pays de Galle à l’Euro était une possibilité tout à fait envisageable. Aujourd’hui, elle est en passe de se réaliser. L’équipe de Chris Coleman est toujours invaincue (14 points, 4 victoires, 2 nul). En revanche, pas grand monde n’imaginait les Gallois devant les Belges dans un groupe B où les Bosniens se sont écroulés.
Sous l’impulsion d’un Gareth Bale toujours plus impressionant (5 buts en 6 matches), le Pays de Galles n’enchaine pas les scores fleuves (8 buts marqués) mais il fait le « job » sobrement. Sa dernière victoire contre la Belgique à Cardiff (1-0 but de Bale) lui a permis de faire un pas important vers une éventuelle première qualification de son histoire pour un championnat d’Europe.

Carton plein pour la Slovaquie
Difficile de faire mieux que la Slovaquie (6 victoires). Les hommes de Jan Kozak présentent un bilan parfait en tête du groupe C devant l’Espagne. A défaut d’être spectaculaires, les Slovaques font preuve d’une efficacité redoutable. Leur victoire inattendue contre l’Espagne (2-1) lors de la 2e journée a lancé la machine. Elle ne s’est pas arrêtée depuis.

La grande force de cette équipe est aussi sa plus grande faiblesse : Marek Hamsik. Dans ses bons jours, le milieu offensif napolitain peut faire la pluie et le beau temps (3 buts en 6 matches). Pour l’instant, le joueur de 28 ans est régulier et ça paye.

Invaincue, la Pologne continue de tenir tête à l’Allemagne
L’époque où la Pologne prenait des fessés contre l’Allemagne semble révolue. Son succès contre la Mannschaft (2-0, 2e journée) a complètement décomplexé la bande à Robert Lewandowski. Le meilleur buteur des qualifications (7 buts) a inscrit l’intégralité de ses buts en deux rencontres. Contre Gibraltar (4) et la Géorgie (3).

La Pologne, attaque la plus prolifique des éliminatoires, a suivi l’exemple de son artificier bavarois en marquant 15 de ses 20 buts contre les deux bonnets d’âne du groupe D. Avec un point d’avance sur l’Allemagne, les Polonais auront du mal à conserver leur première place mais ils ont toutes les chances de décrocher un aller simple pour l’Euro.

La Roumanie en position idéale, l’Irlande du Nord en embuscade
Dans le groupe le moins relevé (et le moins attractif) de ces qualifications, la Roumanie et l’Irlande du Nord sont en train de tirer leur épingle du jeu. Pendant que les Grecs et les Finlandais sombraient, les Roumains faisaient le plein (14 points et invaincus) s’appuyant sur une défense de fer (la meilleure de la zone Euro avec un but encaissé).

Côté nord-irlandais (13 points), on s’accroche à Kyle Lafferty. Le buteur de Norwich est impliqué sur 6 des 8 buts de son équipe (5 buts, 1 passe). La formation de Michael O’Neill jouera sa qualification directe contre la Hongrie (3e avec 11 points). Dans le pire des cas, elle passera par la case barrages pour tenter de participer au premier Euro de son histoire.

L’Autriche touche au but
Absente des grandes compétitions depuis 2008 et l’Euro co-organisé sur ses terres, l’Autriche est proche de la délivrance. Son effectif, plus mature, a parfaitement géré l’adversité. Les Autrichiens ont profité des faux pas à répétition de la Suède de Zlatan Ibrahimovic et de la Russie pour s’installer confortablement en tête du groupe G (16 points).

La polyvalence et le leadership de David Alaba (3 buts) sont des atouts précieux. Mais il n’y a pas que ça. Quand le latéral du Bayern s’est retrouvé sur le flanc, les Autrichiens ont pris leur responsabilité, comme Marc Janko (3 buts), afin d’enregistrer deux succès sans leur leader.

L’Albanie a encore son mot à dire
D’habitude, l’Albanie fait de la figuration lors des qualifications continentales. La donne va bientôt changer. Assurée de terminer au moins à la 3e place d’un groupe I qui ne comptabilise que cinq équipes, la bande à Lorik Cana sera au pire barragiste. Un minimum pour une sélection qui présente le même nombre de points que le Danemark (2e avec 10 points) et seulement deux longueurs de retard sur le Portugal (1er).

Les Albanais ne sont pas arrivés là par hasard. La série de matches amicaux face aux Bleus (1 victoire, 1 nul) à montrer à quel point cette équipe était difficile à manœuvrer. Leur victoire contre le Portugal (1-0) en ouverture est là aussi pour le rappeler.

COMPLEMENT:

Le Portugal signe la victoire d’un football sans prise de risque
Peu spectaculaire, remportée par l’équipe qui avait moins le ballon au bout du suspense, la finale gagnée dimanche par le Portugal contre la France a parfaitement résumé le tournoi. Les équipes bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal ont été à l’honneur

Lionel Pittet
Le Temps

12 juillet 2016

«Les Portugais sont champions. S’ils ont gagné ce tournoi, c’est qu’ils le méritent. Après, on peut toujours discuter de la manière dont ils jouent mais ça reste efficace et il faut les féliciter.» Pour le gardien des Bleus Hugo Lloris comme pour ses coéquipiers et leurs supporters, la défaite en finale de l’Euro (1-0 après prolongations, but d’Eder) était difficile à accepter. Tout plaidait en faveur d’un succès de l’équipe de France dans son jardin, à Saint-Denis. Ses triomphes à domicile à l’Euro 1984 et au Mondial 1998. Ses performances depuis le début du tournoi (meilleure attaque avec treize buts marqués). La forme de ses leaders (Antoine Griezmann, six buts pendant le tournoi dont cinq à partir des huitièmes de finale).

L’alignement des planètes semblait parfait, à un petit détail près: depuis le début, la compétition affichait un visage singulier, une logique propre. Et la finale remportée dimanche soir par le Portugal résume parfaitement toutes les grandes tendances observées en un mois intensif de football.

La marque de l’Atletico Madrid
La fin de l’efficacité du jeu de possession à l’espagnole, qui a permis à la Roja de remporter un Mondial et deux Euros entre 2008 et 2012, est un thème récurrent depuis quelques années. A la Coupe du monde 2014, les champions du monde en titre avaient été éliminés dès le premier tour, mais l’Allemagne – qui allait lui succéder – prolongeait son influence en ajoutant à sa palette tactique une capacité à changer de rythme pour mener des attaques très directes. Cet été en France, les équipes qui gardaient le ballon n’ont pas nécessairement gagné, à l’instar des Bleus en finale (53% de possession de balle). L’équipe de Suisse en sait aussi quelque chose. Elle a eu le ballon 55% du temps ou plus lors de chacune de ses quatre rencontres, ce qui n’a pas empêché son élimination en huitièmes de finale contre la Pologne (5-4 aux tirs au but).

Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions.
Elargi à 24 équipes, l’Euro accueillait de nombreuses équipes peu habituées aux grands rendez-vous. Elles ne nourrissaient pas l’ambition de soulever le trophée Henri Delauney promis au vainqueur, mais clairement celle de traverser le tournoi sans être ridicule. Et elles ont fait d’un football sans prise de risque le paradigme de l’été. «Je vois là la marque du succès récent de l’Atlético Madrid. Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions. Forcément, ça a donné des idées à toutes les petites équipes de l’Euro», estimait l’ancien attaquant international Nestor Subiat dans Le Temps, après le premier tour.

Conséquences: les stars les plus attendues ont eu mille peines à briller dans le ciel de l’Euro. Tout un symbole, la blessure et la sortie dès la 25e minute de jeu de Cristiano Ronaldo – qui n’avait pas quitté le terrain une minute jusqu’alors – n’ont pas empêché le Portugal de remporter le premier titre majeur de son histoire. Décisif lors de la demi-finale contre le Pays de Galles, l’attaquant du Real Madrid avait été plutôt en retrait jusque-là. Il y a quelques exceptions au relatif mutisme des footballeurs européens les plus en vue du moment, dont le très remarqué Antoine Griezmann (six buts, meilleur joueur du tournoi aux yeux de l’UEFA) ou Gareth Bale. Mais l’ailier du Pays de Galles a moins fait l’unanimité par ses trois buts que parce qu’il s’est mis corps et âme au service de son équipe

Le paradoxe viking
A l’instar du Portugal en finale, de nombreuses formations se sont montrées bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal. Les équipes d’Islande, d’Irlande du Nord et de République d’Irlande ont, par leur vaillante résistance opposée aux «grandes» équipes, offert à ce tournoi de belles histoires. Elles ont été reçues de manière assez paradoxale par les amateurs de football, qui d’un côté se prenaient de passion pour les besogneux «Vikings» de Reykjavik tout en regrettant de l’autre un Euro trop fermé, trop défensif, pas assez enlevé.

Lire aussi: L’Islande, sensation de l’Euro 2016

«Parfois, il faut savoir être pragmatique pour gagner un match. Nous aimerions jouer de façon plus spectaculaire, mais ce n’est pas toujours de cette manière que vous gagnez un tournoi», déclarait le sélectionneur du Portugal Fernando Santos après le huitième de finale chichement gagné par son équipe contre la Croatie (1-0 après prolongations). Ses protégés ont enchaîné avec une qualification via les tirs au but contre la Pologne, puis une victoire contre le Pays de Galles en demi-finale. La seule acquise par les Portugais en 90 minutes lors de l’Euro 2016. Au premier tour, ils avaient concédé trois matches nuls (1-1 contre l’Islande, 0-0 contre l’Autriche, 3-3 contre la Hongrie) qui ne laissaient en rien présager de leur succès en finale.

Mais au cours de la compétition, les surprises se sont succédé, la loi des séries a été mise à mal et les bookmakers ont dû s’en arracher les cheveux. L’Euro 2016 a rappelé que le football est un sport qui se joue à onze contre onze et qu’à la fin, on ne sait jamais vraiment qui va gagner.


Les émeutes raciales de Chicago: Attention, un racisme peut en cacher un autre (France gets long overdue translation of Sandburg’s 1919 Chicago race riot but still no answer as to why it managed to avoid for so long the anti-black racism it loves to denounce in the US)

7 juillet, 2016

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affiche-expo-coloniale-parisbal negreBanjoRedSummerChicago-race-riotChicago_Race_Riot_Walgreenschicago-race-riot-starts-red-summer-1919-old-newspaper-Slave-tableIf we must die, let it not be like hogs
Hunted and penned in an inglorious spot,
While round us bark the mad and hungry dogs,
Making their mock at our accursèd lot.
If we must die, O let us nobly die,
So that our precious blood may not be shed
In vain; then even the monsters we defy
Shall be constrained to honor us though dead!
O kinsmen! we must meet the common foe!
Though far outnumbered let us show us brave,
And for their thousand blows deal one death-blow!
What though before us lies the open grave?
Like men we’ll face the murderous, cowardly pack,
Pressed to the wall, dying, but fighting back!
If We Must Die (Claude McKay, 1922)
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Barack Hussein Obama
There is nothing more painful to me at this stage in my life than to walk down the street and hear footsteps and start thinking about robbery. Then look around and see somebody white and feel relieved. . . . After all we have been through. Just to think we can’t walk down our own streets, how humiliating. Jesse Jackson
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Les gens pensaient que parce que nous avions élu Obama, la société américaine était devenue post-raciale, que la couleur de la peau n’avait plus aucune importance. Avec l’affaire Trayvon Martin, nous assistons à un réveil et à une mobilisation.  Geraldine Thompson (historienne et représentante démocrate de l’Etat de Floride)
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Drame raciste aux Etats-Unis : les stars dénoncent le meurtre d’Alton Sterling Une vidéo d’une violence inouïe tourne sur la Toile depuis ce mardi 5 juillet. On y voit deux policiers de Bâton-Rouge, en Louisiane, brutalement interpeller un Afro-Américain, Alton Sterling, et lui tirer une balle dans la tête. Des images insoutenables qui ont choqué à travers la planète. En première ligne aux Etats-Unis : Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont réagi. Il y a quelques jours, le discours édifiant de Jesse Williams, acteur de la série « Grey’s Anatomy » avait fait un tollé aux États-Unis. Celui qui dénonçait sur la scène des BET Awards les bavures policières contre les Afro-Américains avait fini par être accusé de racisme anti-blanc. Une pétition demandait même son renvoi des écrans télé. Mardi 5 juillet, la donne avait déjà changé outre-Atlantique, alors que l’on apprenait que la police américaine avait fait sa 558ème victime aux États-Unis (source The Guardian). La victime s’appelle Alton Sterling, âgé de 37 ans, et c’est encore un Afro-Américain. Il a trouvé la mort après une altercation brutale avec les forces de l’ordre. La police avait été alertée sur place par un témoin qui avait assuré que cet homme portant un t-shirt rouge et vendant des CD devant un magasin, l’avait menacé avec une arme à feu. Une vidéo de la scène a été tournée et partagée sur la Toile, on y voit le suspect malmené par la police. Le suspect se débat pendant quelques secondes avant d’être mis à terre et qu’un policier n’ouvre le feu sur lui « à quatre ou six reprises » rapporte la presse. Un « lynchage légal » ont commenté de nombreux internautes horrifiés qui ont repris les mots dièses #AltonSterling et #BlackLivesMatter pour dire toute leur émotion et leur colère sur les réseaux sociaux. Parmi eux, Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont envoyé leurs prières et ont appelé à une réaction massive du grand public. Public.fr
The offender said, ‘I hate white people’ and threw a punch. There is no evidence either way about what the offender meant or whether . . . she holds or promotes an ideology which would explain why this assault was aimed at this victim. I am not satisfied beyond a reasonable doubt that this offence was, even in part, motivated by racial bias. Provincial court Judge Harry Van Harten (Calgary, Canada)
Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck. (…) La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe. (…) L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions. (…) La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. (…) J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main. Alain Finkielkraut
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain ». Géraldine Smith
Un jour j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. Joséphine Baker
La position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française. Georges Mauco (1945)
Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. (….) Afin d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans, de réduire nos taux absurdes de mortalité et de morbidité infantile et juvénile, d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française, un grand plan est tracé […] pour qu’à tout prix soit obtenu le résultat vital et sacré. Charles de Gaulle (3 mars 1945)
Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration. Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments. b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines. c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.  [Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.] d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux. Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables. Général de Gaulle (lettre à Pierre-Henri Teitgen, garde des Sceaux, 12 juin 1945 – sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle)
C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leur djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !  Ch. de Gaulle (Conversation rapportée par Alain Peyrefitte le 5 mars 1959 suite aux événements d’Algérie)
Marseille offrait cependant un charme barbare et international qui incarnait de façon étonnante le grand flux de la vie moderne. Peu étendue, avec une population manifestement trop nombreuse, porte de service de l’Europe, chargeant et déchargeant son commerce avec l’Orient et l’Afrique, port préféré des matelots en bordée sans permission, infestée de toute la racaille des pays méditerranéens, grouillante de guides, de putes, de maquereaux, repoussante et attirante dans son abjection aux longs crocs sous ses dehors pittoresques, cette ville semblait proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse de la vie moderne était le bordel. Claude McKay (Banjo)
Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut. Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… » Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable. Marianne (2015)
Banjo: A Story without a Plot was published by Claude McKay in 1929, between the World Wars. In the novel, McKay draws on his personal experiences living in France to depict dockworkers and drifters in the port town of Marseilles. The novel follows one group of “beach boys,” combining semi-autobiographical accounts of their pleasure-seeking lifestyle with their conversations about race relations and race politics, in France and abroad. The men in the novel represent various positions on race politics. Below are the four most prominent categories of positions in the novel—remember that each character nuances his views differently, and there are many distinctions to be made within these categories. (You might recognize some of the oppositions between these positions from later conflicts within the Civil Rights movement; they have some features in common with, for example, the political disagreements between Martin Luther King, Jr., and Malcolm X.) – Black Internationalism—This political culture linked blacks from around the world by connecting struggles against slavery, colonialism, and racism. Many of these connections are made in Banjo, like when Ray notes the similarities between the list of atrocities the French were committing in the colonies and the treatment endured by blacks in the United States. – Racial Assimilationism/Integrationism—During the early 20th century, assimilation was one possible answer to the question of how black people were to recover their full humanity: by being fully integrated into existing white society. Assimilation might include pursuing higher education and joining the professions, two things that were seen as allowing blacks to move out of their marginal position and into the respectable middle classes, as discussed in Banjo. – Black Nationalism—Opposed to assimilationists, black nationalists argued that black people should affirm and fight for their own culture and values, demanding their rights on their own terms rather than gaining a place in the existing system that had excluded them. W.E.B. Du Bois was associated with this position, which reflects the views of many of the characters in Banjo. – Black Separatism and Garveyism—These two positions are subsets of black nationalism that advocate the creation of essentially separate societies for black and white people. Whereas some black separatists thought that these two nations could be created within the United States, Marcus Garvey sought to bring blacks “Back to Africa,” a position represented in the novel by Taloufa. Berkeley university
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France n’a pas fait appel à ses territoires d’outre-mer, colonies et DOM confondus, pour combler son déficit de main-d’oeuvre bon marché. Pourquoi ? la réponse à cette question, rarement soulevée, est moins évidente qu’il n’y parait. Pour sa reconstruction, l’hexagone n’avait-il pas besoin de bras valides, de gens – de préférence francophones – taillables et corvéables ? dès lors pourquoi se priver de la « Force noire », qui venait de faire ses preuves sur le champ de bataille ? En raison d’un présupposé censément « naturel », d’un sous-entendu qui est alors au coeur des débat public sur l’immigration sans remonter à la surfacce explicite du discours: la question raciale. Quand le 3 mars 1945 devant l’Assemblée consultative, de Gaulle invoque « l’impératif migratoire », quand il précise qu’ « il faut introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française », il n’est pas dit mais entendu que ces « bons éléments » ne sauraient être des Africains ou des Antillais – des Noirs. Géraldine Faès et Stephen Smith
They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history. For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1. Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot. The Chicago Tribune
En avril 1919, les forces de police arrêtent un complot visant à l’envoi 36 bombes à des membres éminents de l’establishment américain politique et économique : JP Morgan, John D. Rockefeller, le juge de la Cour suprême Oliver Wendell Holmes ou encore le procureur général des États-Unis Alexander Mitchell Palmer. Le 2 juin 1919, dans sept villes du Nord-Est des États-Unis, huit bombes de fortes puissances ont explosé quasi simultanément à la même heure (une église catholique de Philadelphie étant la cible de deux bombes). L’un des objectifs était la maison, à Washington, D.C., du procureur général Palmer. L’explosion tue le poseur de bombe, qui sera la seule victime, et des témoignages confirment qu’il s’agit d’une organisation radicale d’origine italienne dont l’antenne américaine se trouverait à Philadelphie, mais l’affaire n’a jamais été résolue. C’est après, entre 1919 et 1921, que le procureur général lance les Palmer Raids. Des avocats notables dénoncent l’inconstitutionnalité de ces mesures, dont le futur juge à la Cour suprême Felix Frankfurter (notamment les quatrième, cinquième, sixième et huitième de la Constitution des États-Unis). Palmer perd de sa crédibilité lorsqu’il annonce qu’un risque de révolution est possible, le 1er mai 1920. Dès 1918, le président Woodrow Wilson avait fait pression sur le Congrès afin qu’il légifère contre les immigrés anarchistes (concrétisé par le Sedition Act of 1918 (en)) afin de protéger le moral du pays pendant la guerre. Le 1er septembre 1920, des bombes explosent à Wall Street, près de Federal Hall et de la Banque JP Morgan. Bien que deux anarchistes et des communistes soient soupçonnés d’être responsables de l’attentat, aucun n’est inculpé. On dénombre 38 morts et 141 blessés. En conséquence, l’opinion publique évolue et des organisations de gauche telles que l’Industrial Workers of the World et le Parti communiste des États-Unis perdent plusieurs de leurs militants. Entre 1919 et 1920, plusieurs états ont jugé le syndicalisme « criminel ». Cela implique alors des restrictions de la liberté d’expression. Des procès ont lieu (dont la célèbre affaire Sacco et Vanzetti), ainsi que des déportations hors du territoire américain. Wikipedia
La grande migration afro-américaine est le mouvement qui a conduit six millions d’Afro-Américains du Sud des États-Unis vers le Middle West, le Nord-Est et l’Ouest de 1910 à 1930. Les estimations du nombre de migrants varient selon les repères temporels choisis. Les Afro-Américains émigraient pour échapper au racisme et essayer de trouver du travail dans les villes industrielles. Certains historiens font une distinction entre la Première Grande Migration (de 1910 à 1940), et qui a porté sur environ 1,6 million migrants, et la Seconde Grande Migration, de 1940 à 1970. (…) Entre 1910 et 1930, la population afro-américaine s’accrut d’environ 40 % dans les États du Nord, principalement dans les grandes villes. Des villes comme Chicago, Détroit, New York et Cleveland connurent quelques-unes des plus fortes hausses dans la première partie du siècle. Du fait que cette évolution se concentrait dans les villes, les tensions urbaines augmentèrent à mesure que les Afro-Américains et les immigrants européens nouveaux ou récents, groupes qui tous les deux étaient issus de sociétés rurales, entraient en concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine. Les tensions étaient souvent les plus vives entre les Irlandais ethniques, soucieux de défendre leurs positions, et les immigrants récents et les noirs. Les Afro-Américains migraient individuellement ou en petits groupes familiaux. Ils ne recevaient aucune aide du gouvernement, mais souvent les industries du Nord, comme les chemins de fer, le conditionnement de la viande et l’élevage du bétail, avaient besoin de main-d’œuvre. Le principal facteur de la migration était le climat raciste dans le Sud et la violence généralisée qui se manifestait par des lynchages. Dans le Nord, on pouvait trouver de meilleures écoles et les hommes adultes avaient le droit de vote (ainsi que les femmes après 1920). L’essor des industries montrait qu’il y avait possibilité de trouver des emplois. (…) L’énorme expansion des industries de guerre créa pour les noirs des possibilités d’emploi, non dans les usines, mais dans les postes laissés vacants par les ouvriers appelés à y travailler. La Première Guerre mondiale et la Loi d’immigration Johnson-Reed de 1924 mirent brutalement un terme à l’afflux d’immigrants européens vers les centres industriels qui apparaissaient au Nord-Est et dans le Middle West, ce qui provoqua une pénurie de main-d’œuvre dans les usines. (…) La Grande Migration des Afro-Américains a créé les premières grandes communautés noires urbaines dans le Nord. On estime traditionnellement à 400 000 le nombre de ceux qui ont quitté le Sud pendant la période de deux années allant de 1916 à 1918, pour profiter de la pénurie de main-d’œuvre qu’avait créée la Première Guerre mondiale. (…) En 1910, la population afro-américaine de Détroit était de 6 000. Dès le début de la Grande Dépression en 1929, ce chiffre était monté à 120 000. En 1900, Chicago avait une population totale de 1 698 575 habitants. En 1920 elle avait augmenté de plus d’un million d’habitants. (…) Alors que la Grande Migration aidait les Afro-Américains instruits à obtenir des emplois, permettant à terme de mesurer la mobilité sociale, les migrants se heurtaient à des discriminations importantes. Du fait qu’un si grand nombre de personnes avaient migré dans un laps de temps assez bref, les migrants afro-américains se heurtaient souvent au ressentiment de la classe ouvrière américaine d’origine européenne, craignant que ses salaires ou la sécurité de ses emplois fût menacée par l’afflux de nouveaux travailleurs qui lui ferait concurrence. Les plus craintifs ou les plus hostiles étaient parfois les derniers en date des immigrants du XIXe siècle et les nouveaux immigrants du XXe siècle. Dans de nombreuses villes, la classe ouvrière a essayé de défendre ce qu’elle considérait comme « son » territoire. Néanmoins, les Afro-Américains ont pu gagner suffisamment d’argent dans les emplois industriels, en particulier dans la sidérurgie, l’automobile, la construction navale et les industries de préparation de la viande. Entre 1910 et 1920, le nombre de noirs employés dans l’industrie a presque doublé passant de 500 000 à 901 00010. (…) Les migrants ont découvert la discrimination raciale dans le Nord, même si elle se présentait parfois de façon plus subtile que dans le Sud. La population avait augmenté si rapidement tant chez les migrants afro-américains que chez les nouveaux immigrants venant d’Europe, qu’il y avait pénurie de logements, et les nouveaux groupes devaient rivaliser, même pour obtenir les logements les plus anciens, délabrés la plupart du temps. Les groupes ethniques se créaient des territoires qu’ils défendaient contre le changement. Souvent la discrimination forçait les Afro-Américains à rester dans les quartiers surpeuplés, comme à Chicago. Dans les villes, les populations plus à l’aise avaient tendance à se déplacer vers de nouveaux logements qui se développaient dans la périphérie. Les refus de prêts et les discriminations liées à l’habitat limitaient pour les Afro-Américains arrivés le plus récemment la possibilité de choisir leur propre logement, ou de l’obtenir à un prix raisonnable. (…) Pour de nombreux Afro-Américains cette période a marqué un profond changement dans le mode de vie : de travailleurs ruraux ils sont devenus ouvriers des industries installées dans les villes. La migration a donc eu pour eux un double effet : d’une part ils se sont intégrés de plus en plus dans la société, d’autre part le fait de vivre et de travailler en contact plus étroit avec les Américains d’origine européenne n’a cessé d’élargir le fossé qui existait entre eux. De fait, lors de la migration, les migrants se heurtaient souvent à des discriminations dans l’habitat car les propriétaires de race blanche et les agents immobiliers essayaient de les empêcher d’acheter des maisons ou de louer des appartements dans les quartiers blancs. En outre, quand des noirs allaient s’installer dans de tels quartiers, il arrivait souvent que les blancs réagissent violemment contre ces nouveaux voisins, par exemple avec une foule en émeute qui venait devant leurs domiciles, et qui allait jusqu’au jet de pierres et même jusqu’à l’assassinat. Ces tendances ont contribué à maintenir la « fracture raciale » dans le Nord et peut-être même à l’accentuer. Dans des villes comme Chicago et Omaha, le boom immobilier d’après-guerre a développé la création de banlieues réservées aux populations blanches. Le résultat est qu’à la fin des années 1950 et 1960, les Afro-Américains se sont retrouvés hyper-urbanisés et concentrés de façon beaucoup plus dense que les autres groupes dans les quartiers défavorisés. Du fait que les migrants afro-américaine avaient conservé un grand nombre de traits culturels et linguistiques du Sud, ces différences de culture ont créé chez ceux qui les avaient précédé dans les villes le sentiment qu’ils étaient des étrangers. Les stéréotypes attribués aux personnes noires au cours cette période et pendant les générations remontent souvent aux traditions culturelles rurales des migrants afro-américains, qui s’opposaient à l’environnement urbain dans lequel ils résidaient. Wikipedia
Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers. (…) Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance. (…) De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud. (…) Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion. Carl Sandburg
Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée. (…) Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. Walter Lippmann (août 1919)
Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction. Kenneth Clark (1968)
Sandburg … prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître. (…) mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre. (…) Les émeutes raciales, on le comprend mieux, ne sont pas un passage dans l’histoire américaine. Elles n’ont rien, pas plus hier qu’aujourd’hui, d’un dérèglement passager de l’ordre ordinaire des choses. Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalité, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent. Christophe Granger
Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales. Carl Sandburg prend le parti d’expliquer. Il décrit l’oppression organisée des Noirs, l’immigration imposée, la ségrégation ordinaire, les logements de seconde zone et l’habitude des lynchages. A l’heure où les émeutes raciales tenaillent toujours les Etats-Unis, ce petit livre oublié éclaire l’une des périodes les plus troublées de l’Amérique – celle qui, tenaillée par la question raciale, accompagne la recrudescence du Ku Klux Klan. Il éclaire aussi une pratique journalistique, celle du reportage, qui ne cède jamais au voyeurisme de la violence, d’un auteur et poète qui, par la suite, a obtenu le prix Pulitzer. Babelio

Vous avez dit deux poids deux mesures ?

A l’heure où sort enfin pour la première fois en France avec près d’un siècle de retard …

La traduction des fameuses chroniques de l’écrivain suédo-américain Carl Sandberg pour le Chicago news sur la première émeute noire de l’histoire américaine …

Les treize jours de terreur qui avant de s’étendre à des dizaines de villes dans tous les Etats-Unis (le tristement fameux « été rouge ») feront 23 victimes noires et 15 blanches sans compter les centaines de blessés et dévasteront des quartiers entiers suite à la noyade provoquée d’un jeune Noir au large d’une plage du lac Michigan réservée aux Blancs …

Sur fond de migration massive de noirs issus du sud (500 000 en quelques années), concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine, utilisation de briseurs de grève noirs, surpeuplement suite au doublement de la population noire en deux ans, plus grand activisme de soldats noirs revenus du front « pour préserver la démocratie », série d’attentats anarchistes et grèves massives suite à la Révolution bolchévique

Publication accompagnée comme il se doit des habituels couplets de nos chasseurs d’ambulances patentés sur « les brutalités policières et émeutes qui embrasent toujours aussi fréquemment le pays » et « viennent de rappeler »,  pour ceux qui « aiment se bercer d’illusions sur l’Amérique ‘post-raciale’, « la triste réalité de ce problème sans fin » …

Pendant que mis à part les groupes protégés, la moindre agression ou brutalité policière sont dénoncées comme racistes face à des suspects qui refusent souvent d’optempérer par les mêmes qui font et vivent confortablement de l’apologie de la violence à longueur de séries télé et de films …

Et qu’avec tant le référendum britannique que la candidature d’un Donald Trump le déni de réalité de nos belles âmes et de nos bons esprits et la véritable invasion migratoire qu’ils ont provoquée viennent de recevoir la réponse que l’on sait …

Qui se souvient …

Que la France « négrophile » qui allait célébrer, sur fond d’exposition coloniale et de zoos humains et à moitié nue dans sa ceinture de sauvageonne, l’égérie des cubistes

Ou les bas fonds si pittoresques du port de Marseille décrits comme un « petit Harlem » « de la citoyenneté et du vivre-ensemble » par  le « clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste » Claude McKay …

Et qui ne trouvait pas, loin de ses anciens esclaves parqués discrètement dans ses DOMTOM (1, 6 million quand même: 14% vs. 500 000 pour les Etats-Unis: 4% et 4 millions pour le Brésil: 35% !) et entre deux massacres coloniaux (dans les deux sens), de mots assez durs déjà pour fustiger le « racisme américain » …

Ne comptait alors pas plus de 5.000 Noirs sur son territoire métropolitain ?

Et qui rappelle …

Les raisons pour lesquelles une France saignée 25 ans plus tard par une nouvelle guerre mondiale …

Avait décidé de « se priver » pour sa reconstruction de « la Force noire » de ses territoires d’outre-mer qui « venait de faire ses preuves sur le champ de bataille » …

A savoir, comme l’avait souligné le général de Gaulle lui-même, qu’il fallait « introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française » ?

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919 publiées chez Anamosa
Mohamed
Addict-Culture
9 mai 2016

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919, est le troisième livre de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa. Il s’agit là de la première traduction française (effectuée par Morgane Saysana) des articles que Carl Sandburg a consacré à Chicago avant et après le Red Summer de 1919.

Dans cette série d’articles, Sandburg fait moins oeuvre de journalisme que de sociologie, comme l’indique Christophe Granger dans la préface :

“Il prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître”

Et c’est ainsi que l’on déambule dans les rues de Chicago pour découvrir pas à pas la condition des Noirs Américains.

Depuis 1916 les États-Unis doivent faire face à la Grande Migration des Noirs du sud vers les grandes villes industrielles du nord. Ce mouvement est qualifié par Loic Wacquant comme “le plus important de l’Histoire contemporaine”. Ce dernier écrit par ailleurs :

“Ce transfert de population a alimenté la formation des grands ghettos urbains et la première poussée des revendications pour l’accès à la pleine citoyenneté des Américains de couleurs”.

Il ne dit rien d’autre que ce que Sandburg avait écrit un siècle plus tôt :

“Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers.”

et un peu plus loin :

“Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance.”

Chicago, tout comme d’autres villes du nord, représente pour les Noirs une terre promise loin des agressions raciales et semble aussi incarner une promesse d’emploi.

“De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son  vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud.”

Carl Sandburg constate donc au fil de ses enquêtes que les villes du nord ne sont pas aussi tolérantes que les Noirs eux-mêmes auraient pu le croire. La ségrégation, même si elle n’est pas aussi démonstrative que dans les villes du sud, n’en n’est pas moins réelle et plus pernicieuse. A commencer dans l’immobilier, où l’accession à la propriété n’est pas chose aisée :

“Vous autres, vous n’êtes pas admis dans notre société. Personnellement je n’ai rien contre eux (…) mais, vous savez on prévoit de rénover les abords du lac, le réseau de chemins de fer de l’Illinois, et pour le reste ; on ne peut pas se permettre de laisser ces gens là s’installer ici. (…)Loin de nous l’idée de lancer des menaces, mais il faut faire quelque chose, nous tenons à le signaler”

Ce sont ici les mots du porte-parole des intérêts immobiliers.

Sur le marché de l’emploi, les Noirs ne sont pas mieux traités. La ville profite de cette arrivée massive de travailleurs pour remplacer ceux qui sont parti en Europe. Cependant ils n’ont d’autres choix que d’occuper les métiers pénibles que les Blancs refusent d’accomplir.

Donc, dès 1919, Carl Sandburg démontre la dimension tragique, à travers cet environnement social des grandes villes, Chicago en particulier, que les Noirs doivent affronter. Il montre que cette communauté cherche à s’implanter durablement dans une société qui ne les désire pas. Ils nous parle des ces personnes de couleurs qui réussissent, certes, mais aussi des marginaux, de ceux qui demeurent dans les pires conditions de vie et ceux qui s’adonnent aux activités criminelles.

Sandburg démontre aussi la responsabilité de la presse qui n’a de cesse de colporter des rumeurs sans réel fondement sur des agressions, alimentant ainsi la haine envers les Noirs :

“Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion.”

Carl Sandburg aborde donc tous les aspects de la vie des afro-américains : de l’emploi en passant par la vie religieuse et associative. Il met l’accent sur une vie qui semble paisible mais qui repose sur un équilibre fragile. Autrement dit, si les Noirs restent à leur place… tout va bien. Il traite aussi les dangers de s’aventurer hors de la “black belt”, ce territoire aux frontières imaginaires et pourtant si bien défini dans la pensée des Blancs. Pour preuve, lorsque le jeune Eugène Williams se retrouve sur un bout de plage qui n’est pas celui qui revient aux Noirs, il est alors assassiné à coup de jets de pierres par la jeunesse blanche. L’équilibre factice est rompu. Toutes ces tensions inhérentes à cette société inégalitaire finissent par devenir de fortes émeutes qui ont pour résultats des centaines de victimes et d’immenses dégâts.

Le travail de Carl Sandburg est particulièrement éclairant sur une situation qui se répète encore de nos jours, non seulement aux États-Unis mais aussi dans d’autres parties du monde où l’étranger est mal ou peu considéré.

Lors d’une allocution devant la commission Kerner sur les émeutes raciales de 1968 à Chicago, le sociologue Kenneth Clark déclare :

“Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction»

Chicago, Washington, New York 1919, Harlem 1935, Harlem 1943, New York 1964, Philadelphie 1964, Watts 1965, Detroit 1967, Washington, Chicago, Baltimore 1968, Los Angeles 1992, Baltimore 2015.

Voilà donc depuis presque un siècle la ritournelle des soulèvements de la population Afro-Américaine et démontre que la question raciale est toujours présente aux Etats-Unis.

Lorsque Walter Lippman  rédige son introduction à propos du travail de Carl Sandburg il en arrive à la même conclusion :

“Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée.”

Carl Sandburg a accompli un travail d’enquête d’une grande justesse, dans un style précis étayé par les chiffres mais aussi une réflexion pleine d’humanisme.

Il parvient à “émouvoir non seulement pour susciter l’indignation, bien que cela soit nécessaire, mais aussi pour faire réfléchir”.

Voir aussi:

LES ÉMEUTES RACIALES DE CHICAGO JUILLET 1919 de Carl Sandburg / Editions Anamosa.
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Nyctalopes

juin 2, 2016

Traduction: Morgane Saysana.

Troisième publication de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa spécialisée dans les sciences humaines « les émeutes raciales de Chicago » de 1919 est un bien bel ouvrage inédit puisque l’ensemble des textes de Carl Sandburg n’avait jamais été traduit en français.

Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales.

L’ouvrage qui se décline en plusieurs parties forme un beau livre où préface, texte proprement dit, puis cahier annexe de fin d’ouvrage avec cartes, photographies et mémorial des victimes offrent un panorama complet des tragiques événements de juillet 1919 à Chicago qui ne sont néanmoins qu’une petite partie des émeutes qui ont secoué et endeuillé le pays cet été là.

La partie centrale et majeure du livre est bien sûr l’écrit de Carl Sandburg qui décrit la condition des Afro-Américains à Chicago au sortir de la guerre. Ils arrivent en grand nombre en pensant que la vie au Nord sera moins difficile que dans le terrible Sud où ils ne sont que les descendants d’esclaves et où les droits minimum ne leur sont pas garantis sans compter l’accès au travail et à la même éducation que la population blanche. Cet afflux à Chicago et dans les grandes métropoles industrielles du Nord se fait sans aucune organisation des autorités qui se contrefoutent bien des conditions de vie des arrivants qui seront forcément mieux lotis dans l’ Illinois que dans le Mississipi ou autres états moyen-moyenâgeux où les lynchages sont monnaie courante. Carl Sandburg explique d’ailleurs que chaque cas de lynchage dans un état du sud est suivi d’arrivées massives en gare de Chicago dans les jours qui suivent.

Carl Sandburg va ainsi montrer les différents aspects de la vie sociale et économique de ces arrivants qui s’ils ne sont pas haïs et méprisés comme en dessous de la ligne Mason-Dixon sont néanmoins largement exploités dans leurs conditions de vie,de travail et dans leurs accès à la propriété ou à un logement décent. Cette partie du livre qui date de l’époque fera le bonheur, bien sûr, des historiens et des sociologues mais aussi de toutes les personnes intéressées par l’Amérique, ses maux, ses fractures et ses paradoxes.

Profane, je vais sûrement faire hurler les puristes mais la partie inoubliable, brillante, c’est l’introduction écrite en février 2016 par Christophe Granger historien, membre du centre d’Histoire sociale du XXème siècle qui réussit un formidable travail de didactique pour les béotiens comme moi en démarrant son propos intitulé « L’Amérique et le démon de la race » par cette phrase : « mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre ».Un siècle plus tard, on ne compte plus les émeutes raciales qui ont ensanglanté l’histoire des USA avec toujours les mêmes raisons, la ghettoïsation, les différences économiques entre les groupes, le laxisme des autorités, les inégalités sociales, la volonté universelle de médiocres d’écraser pour montrer qu’ils existent.

Si Sandburg, dans cette compilation d’articles qu’il avait écrits pour le Chicago Daily News à l’époque, explique, démontre les conditions qui ont permis l’horreur, Granger, lui, tout en nous apprenant à apprendre de l’Histoire montre les événements avec le recul de l’Historien et donne ainsi des clés indispensables à la compréhension des écrits de Sandburg et du déroulement des jours d’effroi.

On pourrait se dire que ce n’est qu’un phénomène ricain et pourtant l’universalité des maux saute aux yeux.

« Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. »Walter Lippmann août 1919.

Très belle initiative des éditions Anamosa, ouvrage essentiel.

Voir également:

Les émeutes de Chicago en 1919
Zones subversives

3 Juillet 2016

En 1919, des émeutes raciales éclatent à Chicago. Mais les Noirs se révoltent surtout contre leurs conditions de vie. Cet épisode historique fait écho à la situation actuelle.

Les émeutes de Ferguson et de Baltimore s’inscrivent dans une histoire longue. Celle de la révolte des ghettos noirs des Etats-Unis. Le journaliste Carl Sandburg analyse Les émeutes raciales de Chicago de juillet 1919. Ce texte réédité décrit une situation qui n’a pas changé : misère, ségrégation, violence et injustice sociale. Carl Sandburg ne se contente pas de décrire, il analyse les émeutes et leurs causes sociales.

L’historien Christophe Granger présente le contexte d’un récit qui conserve toute son actualité. Durant le « Red Summer », les agressions racistes se multiplient. Des jeunes Blancs attaquent aveuglement des passants noirs. Les émeutes de Chicago sont déclenchées par la noyade d’un jeune Noir agressé par des Blancs. Le policier présent ne réagit pas. Dans les jours qui viennent, les affrontements se multiplient. Les Blancs et les Noirs se battent, avec des morts de chaque côté. L’émeute prend l’allure d’une « guerre raciale ».

Ce Red Summer s’inscrit dans une histoire longue des violences raciales. Les Etats du Sud ont longtemps pratiqué l’esclavage. Des émeutes raciales éclatent pendant la guerre de Sécession. Dans les années 1870, cette violence raciale participe au maintien de la ségrégation et des rapports sociaux. Ces agressions visent à faire fuir les élites noires.

Dans les années 1910, Chicago devient le centre de la « question raciale ». Cette métropole accueille les familles noires qui fuient les Etats ségrégationnistes du Sud. Mais la « terre promise » devient le ghetto noir de Chicago. La misère, des logements dégradés et des mauvaises conditions de travail installent les Noirs dans une marginalité. Ils intériorisent une infériorité par rapport aux Blancs.

Racisme et exploitation

Au début du XXe siècle, la population noire fuit les Etats du Sud avec leur racisme et leur passé esclavagiste. Les gens de couleurs se réfugient dans les grandes villes du Nord comme Chicago. Ils fuient la misère et le racisme. « Pour beaucoup de ceux qui ont gagné le Nord, la promesse d’un salaire et d’un emploi vient après le désir de fuir les lynchages », décrit Carl Sandburg. Les population noire espère trouver davantage d’égalité et d’opportunités dans les villes du Nord.

Les populations noires ont des difficultés d’accès au logement. Leur arrivée massive peut influencer le prix de l’immobilier. Les propriétaires rénovent les logements pour augmenter les prix. Inversement, l’arrivée massive d’une population noire peut contribuer à la diminution des loyers dans un quartier. Les agents immobiliers peuvent alors s’opposer à la présence des Noirs. Ils instrumentalisent l’antagonisme racial à des fins commerciales.

Les personnes de couleur doivent se contenter d’accepter les emplois les moins qualifiés et rémunérés. Les postes à pourvoir se situent dans les fonderies, les aciéries, le bâtiment et les usines qui demandent en permanence des travailleurs peu qualifiés. Les travailleurs immigrés issus des pays européens aspirent à revenir dans leur pays d’origine pour retrouver leur famille. Pour reconstituer la main d’œuvre à exploiter, le patronat doit désormais puiser dans la population noire. « L’essentiel de ce qu’on considère comme une question raciale est au fond un problème de main d’œuvre », analyse Carl Sandburg. L’accès au marché de l’emploi et l’égalité salariale pour les travailleurs noirs se situent au cœur de la « question raciale ».

Les écrits des personnes de couleur insistent sur l’importance de l’égalité économique pour régler le problème racial. Les gens de couleur insistent sur l’accès à l’emploi et à un revenu décent. « Ils tiennent en horreur la ségrégation dans les transports issue des lois Jim Crow, mais aussi les lynchages et tous les actes de discrimination raciale, parce que derrière cela, ils savent bien que, même dans le Nord, hommes et femmes de couleur ont peu de chances d’obtenir des emplois qualifiés, et même non qualifiés », observe Carl Sandburg.

Race et inégalités sociales

Les femmes de couleur travaillent surtout dans l’industrie manufacturière. « Les chapeaux de poupée, les abat-jour, la mercerie : voilà trois branches de l’industrie manufacturière où la main d’œuvre de couleur s’est introduite dans les usines et s’est aussi mise à travailler à domicile », décrit Carl Sandburg. Les hôtels et les restaurants embauchent également des aides de cuisine, des serveuses et des femmes de ménage. L’industrie de la viande emploie aussi des travailleuses de couleur. Les femmes noires doivent souvent se contenter des travaux mécanisés ou manuels. « Les ouvrières de couleur interviennent aux étapes de fabrication que les femmes blanches refusent d’effectuer », commente un observateur du monde industriel. Les femmes de couleur effectuent les tâches les plus ingrates et les moins bien rémunérées.

Les propriétaires des logements augmentent les loyers lorsque leurs locataires sont noirs. Quelles que soient les causes économiques, « le Nègre à Chicago, moins bien payé que les travailleurs blancs et plus limité dans les emplois qui s’offrent à lui, paie un loyer relativement plus élevé », indique une enquête sur le logement. Des travailleurs noirs s’organisent dans des syndicats et luttent pour l’égalité économique. « Leur hypothèse est que, une fois l’égalité des races admise sur le plan économique, elle s’imposera ensuite sans difficultés aux plans social, immobilier, dans les transports, le logement et l’éducation », souligne Carl Sandburg.

Ce livre montre bien les causes sociales de la révolte. Ces émeutes ne s’expliquent donc pas par une dimension raciale. « On le voit : invoquer la « race » pour expliquer les émeutes de Chicago, et toutes celles qui leur ressemble, c’est prendre l’effet pour la cause », analyse Christophe Granger. Une racialisation des relations sociales s’impose. C’est la façon « dont les différences raciales, loin de relever de vérités biologiques ou naturelles, ont été érigées en principe légitime d’organisation, de description et de classification des faits sociaux », observe Christophe Granger.

La race est devenue un problème pour mieux occulter les inégalités sociales. Une enquête sociologique montre au contraire les causes sociales et politiques des émeutes. Le maire de Chicago, lié à la mafia, a mis en place un véritable système clientéliste pour attribuer les logements et les emplois. Ces émeutes s’expliquent également par les gangs de jeunes blancs qui saisissent l’occasion pour se déchaîner. Mais la dimension ouvertement raciste n’est pas évidente.

Révolte sociale contre racialisation

La description de Carl Sandburg tranche avec le bavardage postmoderne des racialisateurs qui dominent désormais l’extrême gauche. Toute une mouvance sous-gauchiste, incarnée par le Parti des Indigènes de la République (PIR), insiste sur une vision raciale de la société à travers une idéologie identitaire. L’esclavage et le colonialisme suffisent alors à expliquer la situation des quartiers populaires. Les « racisés » sont simplement les victimes de représentations postcoloniales. Mais, dans le monde réel, ce sont les inégalités sociales qui expliquent les émeutes dans les quartiers populaires.

Le PIR et ses amis gauchistes gomment les clivages sociaux et les rapports de classe pour ne voir que des différences entre les races. Le PIR comprend surtout une petite bourgeoisie intellectuelle qui a trouvé un créneau pour obtenir des postes de pouvoir et de reconnaissance dans les partis de gauche. Ils n’évoquent jamais les problèmes concrets des quartiers populaires comme la précarité ou le mal-logement. Ils préfèrent pérorer sur une affirmation identitaire. Mais la véritable révolte reste toujours sociale.

L’approche identitaire du PIR ne débouche logiquement vers aucune lutte sociale. Ils proposent uniquement une Marche de la dignité pour affirmer un statut de « racisé ». La posture postmoderne consiste surtout à pleurnicher sur son sort et à cumuler les oppressions pour organiser un colloque sur l’intersectionalité. En revanche, il existe aussi de véritables révoltes comme à Ferguson ou à Baltimore, mais aussi en région parisienne en 2005. Les analyses de Carl Sandburg peuvent s’appliquer également à ces émeutes récentes. La misère, la précarité, le mépris des institutions, le mal-logement, la ségrégation sociale expliquent la colère.

Les émeutes et les révoltes ne relèvent pas uniquement de l’évènement ponctuel voué à l’oubli. « Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalités, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent », analyse Christophe Granger. Des mouvements de révolte spontanée vont éclater à nouveau. Mais cette contestation doit embraser l’ensemble des classes populaires. Les races servent aussi à diviser les prolétaires qui ont pourtant le même intérêt à abattre la société marchande. Une solidarité de classe, au-delà des races, se construit dans les révoltes sociales.

Source : Carl Sandburg, Les émeutes raciales de Chicago. Juillet 1919, traduit par Morgane Saysana, Anamosa, 2016

Voir encore:

Trois romans et quelques centaines de poèmes seulement auront suffi à Claude McKay, écrivain noir américain d’origine jamaïquaine, pour devenir l’une des figures de proue du mouvement Harlem Renaissance, qui dans l’entre-deux-guerres amorça l’émancipation culturelle et politique de la communauté afro-américaine et influença le courant de la négritude d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor.

Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut.

Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… »

Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable.

Banjo, de Claude McKay, L’Olivier, 380 p., 14,90 €.

Voir de plus:

Etats-Unis : deux Afro-Américains tués par la police en deux jours
Euronews

07/07/16

Les tensions raciales sont une fois encore exacerbées aux Etats-Unis après de nouvelles bavures policières. Deux jours seulement après le drame survenu en Louisiane, un autre Afro-Américain a été tué par la police dans le Minesota. Arrêté après avoir passé un feu rouge, Philando Castile, un homme de 32 ans a été abattu dans sa voiture. Selon sa compagne, qui a commencé à filmer avec son téléphone portable juste après le tir, le conducteur venait d’avertir l’agent qu’il détenait une arme avec licence et cherchait ses papiers.

Dans la ville de Bâton-Rouge, en Louisiane, l‘émotion et l’indignation sont tout aussi fortes. C’est sur le parking d’un centre commercial qu’un vendeur à la sauvette afro-américain a été abattu de plusieurs balles par des policiers. Des dizaines de personnes ont manifesté pour réclamer justice.

“Nous allons prier pour la paix, pour l’unité. Mais je veux que vous sachiez que cela ne s’arrêtera pas là, leur a promis Denise Marcelle, une élue de la chambre des Représentants. Nous voulons que justice soit faite, nous voulons de la transparence. Je n’arrêterai pas jusqu‘à ce que je découvre ce qui s’est passé, et les responsables seront poursuivis.”

Sans attendre une enquête locale, le département américain de la Justice a ouvert une enquête à l‘échelle fédérale pour déterminer les responsabilités des deux policiers, qui ont été suspendus.

Les forces de l’ordre avaient été alertées par un appel indiquant qu’un homme brandissait une arme sur le parking. Interpellé et plaqué au sol, Alton Sterling, un vendeur ambulant de 37 ans, a tenté de résister et a été tué à bout portant.

Dans la vidéo-amateur, on entend l’un des policiers s‘écrier “il est armé !” avant que son collègue n’abatte l’homme de plusieurs coups de feu.

Voir de plus:

Un réfugié nigérian battu à mort en Italie lors d’une agression raciste
Europe 1

07 juillet 2016

Emmanuel Chidi, 36 ans, a été pris à partie et battu à mort à Formi par un supporter « ultra » du club de football local.
Un réfugié nigérian, âgé de 36 ans, a été battu à mort lors d’une agression racisteà Fermo dans le centre de l’Italie, a indiqué mercredi le maire de la ville Paolo Calcinaro.

Le maire effondré. « En tant que maire d’une ville accueillante et ouverte depuis toujours à l’intégration, j’ai l’impression de plonger dans un cauchemar », a déclaré le maire peu après l’annonce de la mort de ce jeune réfugié, Emmanuel Chidi. Ce dernier se promenait mardi dans le centre de cette petite ville des Marches, accompagné de sa fiancée âgée de 24 ans, lorsqu’il a été violemment pris à partie par un homme identifié comme un supporter « ultra » de l’équipe de football local, selon l’agence italienne Agi.

Frappé à la tête. Insulté par des propos racistes, lui et sa jeune compagne, il a répondu verbalement à ces provocations, avant d’être frappé à la tête par cet homme dont l’identité n’a pas été révélée. Ce dernier a continué à le frapper alors que le jeune Nigérian se trouvait à terre. Hospitalisé dans un état grave, ce dernier est mort mercredi sans avoir repris connaissance.

Soutenu par une ONG catholique. Emmanuel Chidi et sa compagne se trouvaient à Fermo depuis huit mois, accueillis dans un centre de réfugiés de la Caritas, ONG catholique. Ils avaient fuit leur pays et la jeune femme avait perdu son bébé juste après une difficile traversée de la Méditerranée. Des centaines de réfugiés arrivent presque chaque jour sur les côtes italiennes, dont de nombreux Nigérians.

Sur le même sujet :
Royaume-Uni : les incidents racistes en hausse depuis le référundum
Insultes racistes dans un tram de Manchester, la vidéo qui choque l’Angleterre

Voir enfin:

La France après la guerre

La politique de la France en matière de naturalisation

L’abrogation des lois de Vichy suscite de nombreuses polémiques sur la conception des textes à adopter, sur les critères de leur mise en œuvre et sur la détermination des autorités compétentes. Dans les débats sur la politique d’immigration et de naturalisation, l’approche ethnique reste souvent présente et s’oppose aux conceptions égalitaires.

La loi qui avait permis de déchoir de la nationalité les résistants (dont de Gaulle…) est abrogée dès avril 1943 par la France Libre, et les personnes déchues sont réintégrées. L’abrogation de la loi de dénaturalisation provoque davantage de controverses. Le ministre de la Justice de la France Libre, de Menthon, considère en 1943 que l’annulation des dénaturalisations « pourrait dans certains cas présenter les plus sérieux inconvénients… Les naturalisations trop nombreuses, dans les années qui ont immédiatement précédé la guerre, d’éléments israélites douteux, ont donné prétexte à un antisémitisme qui peut poser au jour du retour un certain problème. Ce ne serait pas y parer par avance que d’annuler a priori toutes les mesures de retrait qui sont intervenues. »

Le Comité juridique de la France Libre adopte début 1944 un texte qui contredit ce point de vue et propose l’abrogation pure et simple des textes de Vichy. Les allers-retours entre les structures débouchent finalement sur un texte le 24 mai 1944 qui va dans le sens du Comité juridique et tous les dossiers de dénaturalisation sont réexaminés.

Les points de vue sur les nouvelles naturalisations sont encore plus contradictoires. Les dossiers s’accumulent (200 000 en 1944) dans les préfectures et le Garde des Sceaux demande leur remontée au ministère. Une Commission interministérielle est créée le 17 mars 1945 pour dégager les principes à adopter.

Se mêlent les débats sur les naturalisations et sur l’immigration. De Gaulle déclare en 1945 que « Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. » Il trace un grand plan afin « d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans … et d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française. » Un Haut Comité consultatif de la population et de la famille est créé en avril 1945. Il est dirigé par Mauco, qui s’est distingué avant et surtout pendant la guerre par ses points de vue racistes et antisémites. Aux principes égalitaires de la politique de l’immigration de la Troisième République, il oppose la nécessité d’un objectif de protection ethnique. Il collabore à L’Ethnie française jusqu’en 1943, où il publie en 1942 un article hallucinant sur les caractéristiques ethniques des Russes, des Arméniens et des Juifs – qui les rendent bien sûr inassimilables1 –, avant de rejoindre les FFI au début de 1944. Il est désormais chargé de mettre en place la nouvelle politique de l’immigration. Il utilise des études anthropologiques pour déterminer l’assimilabilité et donc la sélection des immigrés selon leur origine. Il conclut que puisqu’il est impossible de mener avec certitude une politique d’immigration totalement objective, « la position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française », c’est-à-dire celle de 1881-1891, considérée comme équilibrée ! Le Haut Comité décide que l’entrée des immigrés se fera selon un ordre de « désirabilité » déterminé, selon les nationalités, et des pourcentages sont fixés pour chacune d’entre elles. Les réfugiés politiques et les fugitifs sont considérés comme suspects.

En matière de naturalisation, il prône les mêmes principes. Le bureau du Sceau naturalise en priorité les résistants et les combattants de la France Libre. Mauco envoie une note pour souligner que cela conduit à naturaliser une proportion considérable de Méditerranéens, Arméniens et Israélites russes ou polonais. Il faut au contraire une politique d’ensemble qui privilégie les Nordiques, les travailleurs agricoles et les mineurs. De Gaulle tranche en faveur d’une politique d’ensemble et s’adresse en juin 1945 au nouveau garde des sceaux, Teitgen, « pour que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude de cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. »

Lettre adressée par le Général de Gaulle à Pierre-Henri Teitgen,
garde des Sceaux, le 12 juin 1945

Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration.
Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique.

a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments.

b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines.

c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.
[Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.]

d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux.
Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables.

Ch. de Gaulle

* Sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle.

La Commission interministérielle fixe à 45 000 le nombre de naturalisations, soit 130 000 acquisitions de nationalité en incluant les procédures automatiques ou déclaratives. Cela correspond au nombre de nouveaux immigrés, de sorte que la proportion Français/étrangers reste identique… Elle tente de dégager les principes d’attribution. Chaque ministère pondère différemment les critères de situation de famille, de profession ou de nationalité d’origine. Finalement, les instructions publiques données aux préfectures fixent une priorité pour :

  • Les anciens combattants de 1939-45 et ceux qui ont joué un rôle dans la résistance.
  • Les parents de trois enfants et étrangers et âgés de moins de 25 ans aptes au service militaire.
  • Les parents de deux enfants et étrangers et âgés de 25 à 30 ans aptes au service militaire.

Un critère complémentaire de nationalité d’origine est ajouté.

Une circulaire du Haut Comité demande au ministère de la Justice d’accélérer les naturalisations particulièrement désirables et utiles : éléments nordiques, travailleurs directement productifs, en limitant l’étude des candidatures moins désirables : professions commerciales, libérales, artisanales, urbaines, en particulier des grandes villes.
Circulaires, instructions, notes et réponses traduisent la poursuite des débats entre Mauco, du Haut Comité, et Teitgen, du ministère de la Justice.

Un nouveau code de la nationalité est élaboré en 1945 et remplace celui de 1927. Très détaillé, il reflète les préoccupations démographiques et la volonté de renforcer le contrôle préalable de l’Etat sur les acquisitions de nationalité. Le délai de résidence est porté de trois à cinq ans (sauf exceptions), et quatre critères de recevabilité s’ajoutent : résidence effective, moralité, assimilation et bon état de santé. La gestion des naturalisations est retirée au ministère de la Justice et attribuée au ministère de la Population, créé en décembre 1945.

À cette date, il y a :
200 000 dossiers de naturalisations en instance
500 000 dossiers de déclaration en instance
90 000 dossiers à instruire annuellement
36 000 consultations juridiques
30 000 changements de noms
plus les interventions des cabinets, des parlementaires, etc.

Le rythme des naturalisations s’accélère considérablement : 17 351 en 1946, 83 317 en 1947, année-record, 58 823 en 1948. Le total des acquisitions de la nationalité française atteint 38 869 en 1946, 111 736 en 1947, 70 925 en 1948. Priorité absolue est donnée aux résistants, aux mineurs polonais, puis aux travailleurs agricoles. Mais l’impératif démographique conduit à des naturalisations massives. Les dossiers sont traités par les préfectures, puis transmis au ministère de la Population qui les traite selon l’ordre de priorité établi par le Haut Comité. D’abord ceux des ouvriers mineurs, des combattants et des familles de trois enfants, puis les autres selon l’âge, la situation familiale et professionnelle. En 1947, le taux de décision positive s’élève à 93,3 %. Cette même année, les industriels, commerçants et ouvriers de la petite industrie représentent 42,2 % du total des hommes naturalisés, les agriculteurs et ouvriers agricoles 17,2 %, les mineurs 9 %.

Le rythme se ralentit à partir de 1947-48. Au début des années cinquante, la Guerre froide et la réintégration du critère ethnique (favoriser les ressortissants d’Europe septentrionale) conduisent à faire chuter le taux de décision positive : 80 % en 1950-51 ; 63,5 % en 1952-53-54. À partir de 1953 cependant, de nouvelles directives plus libérales (abandon du critère de l’origine nationale) sont données et le taux d’acceptation remonte.

Les documents sur la naturalisation de Mendel et Mirla Milewski sont visibles dans la section documents.

Sources :
La France et ses étrangers. L’aventure d’une politique de l’immigration de 1938 à nos jours, Patrick Weil, Folio actuel, 1995.
Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Patrick Weil, Grasset, 2002.

1. Voir Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Grasset, 2002

Voir par ailleurs:

The 1919 race riots

Ken Armstrong

The Chicago Tribune

They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history.

For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1.Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot.

One of the riot’s great mysteries is whether the city’s future boss of bosses, Richard J. Daley, participated in the violence. At the time, Daley belonged to the Hamburgs, a Bridgeport neighborhood club whose members figured prominently in the fighting. In later years, Daley repeatedly was asked what he did during the riots. He always refused to answer.

Voir aussi:

“Chicago and Its Eight Reasons”: Walter White Considers the Causes of the 1919 Chicago Race Riot

History matters

As U.S. soldiers returned from Europe in the aftermath of World War I, scarce housing and jobs heightened racial and class antagonisms across urban America. African-American soldiers, in particular, came home from the war expecting to enjoy the full rights of citizenship that they had fought to defend overseas. In the spring and summer of 1919, murderous race riots erupted in 22 American cities and towns. Chicago experienced the most severe of these riots. The Crisis, published by the NAACP, responded to the Chicago race riot with a major article in October 1919, “Chicago and Its Eight Reasons.” Author Walter White, then assistant executive secretary of the NAACP, described eight causes of the riot and concluded that tensions had increased in the city partially in response to the influx of African Americans. Though sympathetic to the new migrants’ plight, White’s article criticized both African-American newcomers to Chicago and the city’s black politicians. White also concluded, approvingly, that some black citizens, with a newfound spirit of independence, chose to retaliate against the pervasive attacks by white Chicagoans rather than remain passive victims. In this October 1919 article in the Crisis, the NAACP national magazine, the organization’s assistant executive secretary, Walter White, asserts that the black population had been made the scapegoat in the wake of the violence. He lists eight causes for the riot, with “race prejudice” being the foremost.

Many causes have been assigned for the three days of race rioting, from July 27 to 30 in Chicago, each touching some particular phase of the general condition that led up to the outbreak. Labor union officials attribute it to the action of the packers, while the packers are equally sure that the unions themselves are directly responsible. The city administration feels that the riots were brought on to discredit the [William Hale] Thompson forces, while leaders of the anti-Thompson forces, prominent among them being State’s Attorney Maclay Hoyne, are sure that the administration is directly responsible. In this manner charges and counter-charges are made, but, as is usually the case, the Negro is made to bear the brunt of it all—to be “the scapegoat.” A background of strained race relations brought to a head more rapidly through political corruption, economic competition and clashes due to the overflow of the greatly increased colored population into sections outside of the so-called “Black Belt,” embracing the Second and Third Wards, all of these contributed, aided by magnifying of Negro crime by newspapers, to the formation of a situation where only a spark was needed to ignite the flames of racial antagonism. That spark was contributed by a white youth when he knocked a colored lad off a raft at the 29th Street bathing beach and the colored boy was drowned.

Four weeks spent in studying the situation in Chicago, immediately following the outbreaks, seem to show at least eight general causes for the riots, and the same conditions, to a greater or less degree, can be found in almost every large city with an appreciable Negro population. These causes, taken after a careful study in order of their prominence, are:

1. Race Prejudice.

2. Economic Competition.

3. Political Corruption and Exploitation of Negro Voters.

4. Police Inefficiency.

5. Newspaper Lies about Negro Crime

6. Unpunished Crimes Against Negroes.

7. Housing.

8. Reaction of Whites and Negroes from War.

Some of these can be grouped under the same headings, but due to the prominence of each they are listed as separate causes.

Prior to 1915, Chicago had been famous for its remarkably fair attitude toward colored citizens. Since that time, when the migratory movement from the South assumed large proportions, the situation has steadily grown more and more tense. This was due in part to the introduction of many Negroes who were unfamiliar with city ways and could not, naturally, adapt themselves immediately to their new environment. Outside of a few sporadic attempts, little was done to teach them the rudimentary principles of sanitation, of conduct or of their new status as citizens under a system different from that in the South. During their period of absorption into the new life, their care-free, at times irresponsible and sometimes even boisterous, conduct caused complications difficult to adjust. But equally important, though seldom considered, is the fact that many Southern whites have also come into the North, many of them to Chicago, drawn by the same economic advantages that attracted the colored workman. The exact figure is unknown, but it is estimated by men who should know that fully 20,000 of them are in Chicago. These have spread the virus of race hatred and evidences of it can be seen in Chicago on every hand. This same cause underlies each of the other seven causes.

With regard to economic competition, the age-long dispute between capital and labor enters. Large numbers of Negroes were brought from the South by the packers and there is little doubt that this was done in part so that the Negro might be used as a club over the heads of the unions. John Fitzpatrick and Ed Nockels, president and secretary, respectively, of the Chicago Federation of Labor, and William Buck, editor of the New Majority, a labor organ, openly charge that the packers subsidized colored ministers, politicians and Y. M. C. A. secretaries to prevent the colored workmen at the stockyards from entering the unions. On the other hand, the Negro workman is not at all sure as to the sincerity of the unions themselves. The Negro in Chicago yet remembers the waiters’ strike some years ago, when colored union workers walked out at the command of the unions and when the strike was settled, the unions did not insist that Negro waiters be given their jobs back along with whites, and, as a result, colored men have never been able to get back into some of the hotels even to the present day. The Negro is between “the devil and the deep blue sea.” He feels that if he goes into the unions, he will lose the friendship of the employers. He knows that if he does not, he is going to be met with the bitter antagonism of the unions. With the exception of statements made by organizers, who cannot be held to accountability because of their minor official connection, no statements have been made by the local union leaders, outside of high sounding, but meaningless, protestations of friendship for the Negro worker. He feels that he has been given promises too long already. In fact, he is “fed up” on them. What he wants are binding statements and guarantees that cannot be broken at will.

With the possible exception of Philadelphia, there is probably no city in America with more of political trickery, chicanery and exploitation than Chicago. Against the united and bitter opposition of every daily newspaper in Chicago, William Hale Thompson was elected again as mayor, due, as was claimed, to the Negro and German vote. While it is not possible to state that the anti-Thompson element deliberately brought on the riots, yet it is safe to say that they were not averse to its coming. The possibility of such a clash was seen many months before it actually occurred, yet no steps were taken to prevent it. The purpose of this was to secure a two-fold result. First, it would alienate the Negro set from Thompson through a belief that was expected to grow among the colored vote when it was seen that the police force under the direction of the mayor was unable or unwilling to protect the colored people from assault by mobs. Secondly, it would discourage the Negroes from registering and voting and thus eliminate the powerful Negro vote in Chicago. Whether or not this results remains to be seen. In talking with a prominent colored citizen of Chicago, asking why the Negroes supported Thompson so unitedly, his very significant reply was:

“The Negro in Chicago, as in every other part of America, is fighting for the fundamental rights of citizenship. If a candidate for office is wrong on every other public question except this, the Negroes are going to vote for that man, for that is their only way of securing the things they want and that are denied them.”

The value of the Negro vote to Thompson can be seen in a glance at the recent election figures. His plurality was 28,000 votes. In the second ward it was 14,000 and in the third 10,000. The second and third wards constitute most of what is known as the “Black Belt.”

The fourth contributing cause was the woeful inefficiency and criminal negligence of the police authorities of Chicago, both prior to and during the riots. Prostitution, gambling and the illicit sale of whisky flourish openly and apparently without any fear whatever of police interference. In a most dangerous statement, State’s Attorney Maclay Hoyne, on August 25, declared that the riots were due solely to vice in the second ward. He seemed either to forget or to ignore the flagrant disregard of law and order and even of the common principles of decency in city management existing in many other sections of the city.

All of this tended to contribute to open disregard for law and almost contempt for it. Due either to political “pull” or to reciprocal arrangements, many notorious dives run and policemen are afraid to arrest the proprietors.

During the riots the conduct of the police force as a whole was equally open to criticism. State’s Attorney Hoyne openly charged the police with arresting colored rioters and with an unwillingness to arrest white rioters. Those who were arrested were at once released. In one case a colored man who was fair enough to appear to be white was arrested for carrying concealed weapons, together with five white men and a number of colored men. All were taken to a police station; the light colored man and the five whites being put into one cell and the other colored men in another. In a few minutes the light colored man and the five whites were released and their ammunition given back to them with the remark, “You’ll probably need this before the night is over.”

Fifth on the list is the effect of newspaper publicity concerning Negro crime. With the exception of the Daily News, all of the papers of Chicago have played up in prominent style with glaring, prejudice-breeding headlines every crime or suspected crime committed by Negroes. Headlines such as “Negro Brutally Murders Prominent Citizen,” « Negro Robs House“ and the like have appeared with alarming frequency and the news articles beneath such headlines have been of the same sort. During the rioting such headlines as ”Negro Bandits Terrorize Town,“ « Rioters Burn 100 Homes—Negroes Suspected of Having Plotted Blaze” appeared. In the latter case a story was told of witnesses seeing Negroes in automobiles applying torches and fleeing. This was the story given to the press by Fire Attorney John R. McCabe after a casual and hasty survey. Later the office of State Fire Marshall Gamber proved conclusively that the fires were not caused by Negroes, but by whites. As can easily be seen such newspaper accounts did not tend to lessen the bitterness of feeling between the conflicting groups. Further, many wild and unfounded rumors were published in the press—incendiary and inflammatory to the highest degree, a few of them being given below in order to show their nature. Some are:

Over 1,000 Negroes had been slain and their bodies thrown in “Bubbly Creek” and the Chicago River.

A Negro had been lynched and hanged from a “Loop” building overlooking Madison Street.

A white woman had been attacked and mutilated by a Negro on State Street.

A Negro woman had been slain, her breasts cut off and her infant had been killed by having its brains dashed out against a wall.

A white child had been outraged by a colored man.

A white child had been kidnapped by a band of colored men and its body later found, badly mutilated and dismembered.

Immediately following the riots, a white woman was murdered in Evanston, Ill. Immediately the crime was laid at the door of a colored man with whom the woman had been intimate a number of years. Pitiful stories were told of the woman waiting for hours on street corners for “just one look at her Billiken-like, mulatto lover.” played up under headlines such as “Confession Expected Today From Negro Suspect,” « Negro Suspect Rapidly Weakening“ and the like which clearly led one to believe that the colored man was guilty. A few days later, in an obscure item on an inside page, a short account was given of the release of the colored suspect ”because insufficient evidence to hold him » existed. A long period of such publicity had inflamed the minds of many people against Negroes who otherwise would have been unprejudiced. Much of the blame for the riots can be laid to such sources.

For a long period prior to the riots, organized gangs of white hoodlums had been perpetrating crimes against Negroes for which no arrests had been made. These gangs in many instances masqueraded under the name of “Athletic and Social Clubs” and later direct connection was shown between them and incendiary fires started during the riots. Colored men, women and children had been beaten in the parks, most of them in Jackson and Lincoln Parks. In one case a young colored girl was beaten and thrown into a lagoon. In other cases Negroes were beaten so severely that they had to be taken to hospitals. All of these cases had caused many colored people to wonder if they could expect any protection whatever from the authorities. Particularly vicious in their attacks was an organization known locally as “Regan’s Colts.”

Much has been written and said concerning the housing situation in Chicago and its effect on the racial situation. The problem is a simple one. Since 1915 the colored population of Chicago has more than doubled, increasing in four years from a little over 50,000 to what is now estimated to be between 125,000 and 150,000. Most of them lived in the area bounded by the railroad on the west, 30th Street on the north, 40th Street on the south and Ellis Avenue on east. Already overcrowded this so-called “Black Belt” could not possibly hold the doubled colored population. One cannot put ten gallons of water in a five-gallon pail. Although many Negroes had been living in “white” neighborhoods, the increased exodus from the old areas created an hysterical group of persons who formed “Property Owners‘ Association” for the purpose of keeping intact white neighborhoods. Prominent among these was the Kenwood-Hyde Park Property Owners’ Improvement Association, as well as the Park Manor Improvement Association. Early in June the writer, while in Chicago, attended a private meeting of the first named at the Kenwood Club House, at Lake Park Avenue and 47th Street. Various plans were discussed for keeping the Negroes in “their part of the town,” such as securing the discharge of colored persons from positions they held when they attempted to move into “white” neighborhoods, purchasing mortgages of Negroes buying homes and ejecting them when mortgage notes fell due and were unpaid, and many more of the same calibre. The language of many speakers was vicious and strongly prejudicial and had the distinct effect of creating race bitterness.

In a number of cases during the period from January, 1918, to August, 1919, there were bombings of colored homes and houses occupied by Negroes outside of the “Black Belt.” During this period no less than twenty bombings took place, yet only two persons have been arrested and neither of the two has been convicted, both cases being continued.

Finally, the new spirit aroused in Negroes by their war experiences enters into the problem. From Local Board No. 4, embracing the neighborhood in the vicinity of State and 35th Streets, containing over 30,000 inhabitants of which fully ninety per cent are colored, over 9,000 men registered and 1,850 went to camp. These men, with their new outlook on life, injected the same spirit of independence into their companions, a thing that is true of many other sections of America. One of the greatest surprises to many of those who came down to “clean out the niggers” is that these same “niggers” fought back. Colored men saw their own kind being killed, heard of many more and believed that their lives and liberty were at stake. In such a spirit most of the fighting was done.

Source: Walter F. White, “N.A.A.C.P.—Chicago and Its Eight Reasons,” Crisis 18 (October 1919): 293–297.

See Also: »Says Lax Conditions Caused Race Riots »: Chicago Daily News and Carl Sandburg Report the Chicago Race Riot of 1919
« A Crowd of Howling Negroes »: The Chicago Daily Tribune Reports the Chicago Race Riot, 1919
« Ghastly Deeds of Race Rioters Told »: The Chicago Defender Reports the Chicago Race Riot, 1919
« The Problem » and « Family Histories »: Charles Johnson Analyzes the Causes of the Chicago Race Riot

Voir enfin:

Race Riots

Chicago developed a reputation as a cauldron of specifically “racial” conflict and violence largely in the twentieth century. The determination of many whites to deny African Americans equal opportunities in employment, housing, and political representation has frequently resulted in sustained violent clashes, particularly during periods of economic crisis or postwar tension.
Chicago’s most famous race riot of this type occurred between July 27 and August 3, 1919. The violence was precipitated by the drowning of an African American teenager who had crossed an invisible line at 29th Street separating customarily segregated “white” and “black” beaches. Soon, white and black Chicagoans, especially in the South Side residential areas surrounding the stockyards, engaged in a seven-day orgy of shootings, arsons, and beatings that resulted in the deaths of 15 whites and 23 blacks with an additional 537 injured (342 black, 195 white). The police force, owing both to understaffing and the open sympathy of many officers with the white rioters, was ineffective; only the long-delayed intervention of the state militia brought the violence to a halt, and heavenly intervention in the form of rain was probably an important factor as well. The passions of this outbreak were rooted in pent-up tensions surrounding the massive migration of southern blacks during World War I: sometimes hired as strikebreakers, their increased industrial presence was viewed by many white workers as a threat to their own livelihoods, fueling attempts to impose rigid physical boundaries beyond which blacks could not penetrate.

The aftermath of World War II saw a revival of white attacks on black mobility, mostly on the city’s South and Southwest Sides, but also in the western industrial suburb of Cicero. Aspiring African American professionals seeking to obtain improved housing beyond the increasingly overcrowded South Side ghetto, whether in private residences or in the new public housing developments constructed by the Chicago Housing Authority, were frequently greeted by attempted arsons, bombings, and angry white mobs often numbering into the thousands. The 1951 Cicero riot, in particular, lasting several nights and involving roughly two to five thousand white protesters, attracted worldwide condemnation. By the end of the 1950s, with black residential presence somewhat more firmly established, the battleground in many South Side neighborhoods shifted to clashes over black attempts to gain unimpeded access to neighborhood parks and beaches.Since the mid-1960s, the nature of race riots in Chicago (as elsewhere) has significantly shifted. Although violent black/white clashes continued into the mid-1970s, the term’s use shifted during the 1960s to refer to the uprisings of poorer blacks (or Latinos) protesting ghetto conditions, especially police brutality. Chicago has experienced several noteworthy outbreaks of this type, including the confrontation between police and the largely Puerto Rican communities of West Town and Humboldt Park during the summer of 1966, but most notably the massive 1968 West Side riots following the assassination of Martin Luther King. No clashes of this magnitude have occurred since (even following the 1992 Rodney King verdict in Los Angeles), but the continued salience of many of the protesters’ expressed grievances—inferior housing, lack of meaningful employment, and inequitable law enforcement—suggests that the issues surrounding racial violence are by no means a finished chapter in Chicago history.Steven EssigBibliographyGrossman, James R. Land of Hope: Chicago, Black Southerners, and the Great Migration. 1989.Hirsch, Arnold R. Making the Second Ghetto: Race and Housing in Chicago, 1940–1960. 1983.Tuttle, William M., Jr. Race Riot: Chicago in the Red Summer of 1919. 1970.


Présidentielle américaine: Attention, un extrémisme peut en cacher un autre ! (Trump stays in the news by taking extreme positions on issues that are already extreme)

9 juin, 2016

NaziTrumpmexicanillegalhandbook IllegalManual IllegalManual2 IllegalManual3 sanctuary-cities-illegal-immigrationBarbariansAtSea
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les coeurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts. Ce, parce qu’ils ont désobéi à barbariansAllah et à Son messager. Le Coran (sourate 8: 12-13)
Ramadan, mois de la conquête et du djihad. Préparez-vous, soyez prêts… pour en faire un mois de calamité partout pour les non-croyants … Surtout vous, les combattants et les soutiens  du caliphat en Europe et en Amérique. Abou Mohammed al Adnani (porte-parole de l’Etat islamique, 22 mai 2016)
Le nom Ramadan a été le nom du neuvième mois dans le monde arabe bien avant l’arrivée de l’islam ; le mot lui-même est dérivé de la racine rmḍ, comme dans les mots ramiḍa ou ar-ramâḍ, dénotant une chaleur intense, un sol brûlant, le manque de rations. Dans le Coran, Dieu proclame que le jeûne a été prescrit aux musulmans, comme il le fut auparavant aux Juifs, se référant ainsi à la pratique du jeûne durant Yom Kippour. Wikipedia
L’opération Badr (عملية بدر ; Amaliyat Badr), ou le plan Badr (خطة بدر ; Khitat Badr), est une opération militaire lancée par l’Égypte le 6 octobre 1973 avec pour objectif la reconquête d’une partie du désert du Sinaï grâce à une traversée du canal de Suez et la prise des fortifications israéliennes de la ligne Bar-Lev. Elle est lancée en parallèle avec une offensive syrienne sur le plateau du Golan, et marque ainsi le début de la guerre israélo-arabe de 1973. (…) La date coïncide avec le Yom kippour, le jour du Grand Pardon pour les Juifs. C’est un des facteurs importants dans le choix de la date car les Juifs jeûnent durant la journée et s’abstiennent d’utiliser le feu ou l’électricité (ce qui veut dire que les transports sont à l’arrêt). De plus, une grande partie de l’armée israélienne est démobilisée. Octobre coïncide aussi avec le mois du Ramadan dans le calendrier musulman, ce qui signifie que les soldats musulmans engagés dans l’armée israélienne jeûnent aussi — c’est en effet pendant le Ramadan que les musulmans ont gagné leur première victoire à la bataille de Badr en l’an 634. Optant pour quelque chose de plus significatif que le mot « Minarets », les commandants égyptiens choisissent le nom d’« opération Badr » (pleine lune en arabe) pour nommer l’assaut sur le canal de Suez et le Sinaï. Wikipedia
Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire. Il devait subvenir aux ressources de la nouvelle communauté (umma) que formaient les émigrés (muhadjirun) mekkois et les « auxiliaires » (ansar) médinois qui se joignaient à eux. Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie où la notion d’État était inconnue. Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin. En mars 624, il remporta devant les puits de Badr une grande victoire sur une colonne mekkoise venue à la rescousse d’une caravane en danger. Cela parut à Muhammad une marque évidente de la faveur d’Allah. Elle l’encouragea sans doute à la rupture avec les juifs, qui se fit peu à peu. Le Prophète avait pensé trouver auprès d’eux un accueil sympathique, car sa doctrine monothéiste lui semblait très proche de la leur. La charte précisant les droits et devoirs de chacun à Médine, conclue au moment de son arrivée, accordait une place aux tribus juives dans la communauté médinoise. Les musulmans jeûnaient le jour de la fête juive de l’Expiation. Mais la plupart des juifs médinois ne se rallièrent pas. Ils critiquèrent au contraire les anachronismes du Coran, la façon dont il déformait les récits bibliques. Aussi Muhammad se détourna-t-il d’eux. Le jeûne fut fixé au mois de ramadan, le mois de la victoire de Badr, et l’on cessa de se tourner vers Jérusalem pour prier. Maxime Rodinson
Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Paul (2T hessaloniciens 3: 10)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec une gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays. Et nous terminons une guerre non avec une bataille filnale, mais avec une dernière marche du retour. C’est une réussite extraordinaire, qui a pris presque neuf ans. Et aujourd’hui nous nous souvenons de tout ce que vous avez fait pour le rendre possible. (…) Dur travail et sacrifice. Ces mots décrivent à peine le prix de cette guerre, et le courage des hommes et des femmes qui l’ont menée. Nous ne connaissons que trop bien le prix élevé de cette guerre. Plus d’1,5 million d’Américains ont servi en Irak. Plus de 30.000 Américains ont été blessés, et ce sont seulement les blessés dont les blessures sont visibles. Près de 4.500 Américains ont perdu la vie, dont 202 héros tombés au champ d’honneur venus d’ici, Fort Bragg. (…) Les dirigeants et les historiens continueront à analyser les leçons stratégiques de l’Irak. Et nos commandants prendront en compte des leçons durement apprises lors de campagnes militaires à l’avenir. Mais la leçon la plus importante que vous nous apprenez n’est pas une leçon en stratégie militaire, c’est une leçon sur le caractère de notre pays, car malgré toutes les difficultés auxquelles notre pays fait face, vous nous rappelez que rien n’est impossible pour les Américains lorsqu’ils sont solidaires. Obama (14.12.11)
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama
L’establishment républicain pense que Donald manque trop d’expérience en politique étrangère pour être président. Mais il faut rappeler qu’il a passé des années à rencontrer des dirigeants du monde entier : Miss Suède, Miss Argentine, Miss Azerbaïdjan… » [Donald Trump a présidé les concours Miss Univers pendant 20 ans] (…) Je ne voudrais pas en faire trop. Car on est d’accord que depuis le début, il [Trump] a reçu juste ce qu’il faut de couverture médiatique, une couverture adaptée au sérieux de cette candidature… [silence] Vous pouvez être fiers de vous. Le mec voulait juste donner un coup de pouce à son business immobilier, et maintenant tout le monde prie pour qu’il ne passe pas le mois de juillet ! » (…)  Je voudrais ici rendre hommage à plusieurs journalistes récompensés présents ici ce soir : Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Liev Schreiber… [les acteurs du film oscarisé « Spotlight »] Merci pour tout ce que vous avez fait. (…) Je plaisante. Comme vous le savez, ‘Spotlight’ est un film. Un film sur des journalistes d’investigation dont le talent et l’indépendance leur ont permis de traquer la vérité et de faire tomber des têtes… Meilleur film de science-fiction depuis « Star Wars ». Barack Hussein Obama
All these newspapers used to have foreign bureaus. Now they don’t. They call us to explain to them what’s happening in Moscow and Cairo. Most of the outlets are reporting on world events from Washington. The average reporter we talk to is 27 years old, and their only reporting experience consists of being around political campaigns. That’s a sea change. They literally know nothing. Ben Rhodes
There are sort of these force multipliers. We have our compadres, I will reach out to a couple people.(…) And I’ll give them some color, and the next thing I know, lots of these guys are in the dot-com publishing space, and have huge Twitter followings, and they’ll be putting this message out on their own. Ned Price (Rhodes’s assistant)
Rhodes’s innovative campaign to sell the Iran deal is likely to be a model for how future administrations explain foreign policy to Congress and the public. The way in which most Americans have heard the story of the Iran deal presented — that the Obama administration began seriously engaging with Iranian officials in 2013 in order to take advantage of a new political reality in Iran, which came about because of elections that brought moderates to power in that country — was largely manufactured for the purpose for selling the deal. Even where the particulars of that story are true, the implications that readers and viewers are encouraged to take away from those particulars are often misleading or false. Obama’s closest advisers always understood him to be eager to do a deal with Iran as far back as 2012, and even since the beginning of his presidency. David Samuels
C’est le mois sacré du ramadan, un moment où les mosquées ouvrent leurs portes, les centres communautaires accueillent leurs voisins, et même les églises et les synagogues offrent leurs espaces aux musulmans pour la rupture du jeûne et les gens de toutes les religions ainsi que ceux qui n’en ont pas sont souvent invités à s’y joindre […]   Continuons de nous réunir pour l’iftar et les événements communautaires.  Célébrons la fierté, la multi-race et la multi-foi de la démocratie ! David Cameron
A tous les citoyens musulmans, je souhaite un ramadan béni et paisible. Angela Merkel
A l’heure où  les Américains musulmans célèbrent le mois sacré, je me rappelle que nous sommes une famille américaine. Comme les communautés musulmanes américaines, je rejette fermement les voix qui cherchent à nous diviser ou limiter nos libertés religieuses. Nous continuerons d’accueillir des immigrants et des réfugiés dans notre pays, y compris ceux qui sont musulmans. Barack Hussein Obama
Le ramadan nous rappelle à tous de témoigner de notre reconnaissance pour les innombrables bénédictions dont nous jouissons et de faire passer les besoins des autres avant les nôtres. Prenons le temps de reconnaître, et de montre notre gratitude pour les contributions inestimables de nos communautés musulmanes qui enrichissent notre tissu national chaque jour. La diversité culturelle du Canada est l’une de nos plus grandes forces et sources de fierté. Au nom de notre famille, Sophie et moi souhaitons à tous ceux qui observent ce mois sacré un ramadan béni et paisible. Justin Trudeau
« Commencé le 6 juin et s’achevant aux alentours du 5 juillet, le ramadan (période de jeûne annuel des musulmans) ne sera pas pratiqué par les Bleus durant leur parcours à l’Euro. La décision a été prise par le staff en accord avec les joueurs concernés (dont Paul Pogba, N’Golo Kanté, Bacary Sagna). En effet, les joueurs étant confrontés à une activité physique intense, leur alimentation doit être régulière, de même que l’hydratation. Ils pourront «rattraper» cette période après l’Euro » rapporte le site sport24.com. Rappelons que la jurisprudence musulmane qui a toujours fait montre d’une grande souplesse, permet des adaptations en autorisant la rupture du jeûne dans certaines situations. Dans une autre situation, le Conseil Théologique Musulman de France a émis récemment une fatwa (avis religieux) permettant la rupture du jeûne du mois de Ramadan aux élèves candidats aux différents examens, en été pour le rattraper plus tard. Oummah.com
Contrairement aux fausses idées, les joueurs des équipes nationales ne jeunent pas si les compétitions internationnales concident avec ramadan, c’est comme pour l’armée au front. Hassan Nejjar (Le Petit-Paris, France)
To the ayatollahs of Iran and every terrorist you enable: Listen up. You might have met our fresh-faced flower child president and his weak-kneed, Ivy League friends. But you haven’t met America… Charlie Daniels
En politique américaine, le terme ville sanctuaire désigne une ville des États-Unis appliquant une politique de protection des migrants sans-papiers. Ces pratiques peuvent être définie par la loi (de jure) ou simplement dans les fait (de facto). Dans la pratique, ces villes ne permettent pas que les fonds municipaux servent à faire respecter les lois fédérales sur l’immigration, ni que la police ou les employés municipaux interrogent une personne sur la légalité de sa présence sur le territoire national. En 1979, Los Angeles fut la première ville à empêcher la police d’enquêter sur le statut migratoire des personnes arrêtées. En 2012, une trentaine de ville sont qualifiées de sanctuaire : Washington, D.C., New York, Los Angeles, Chicago, San Francisco, Santa Ana, San Diego, San Jose, Salt Lake City, El Paso, Houston, Détroit, Jersey City, Minneapolis, Miami, Denver, Baltimore, Seattle, Portland, New Haven, Somerville, Cambridge et Portland. Wikipedia
Just last year over 300 Mexicans died in their attempt to enter the United States, the vast majority if not all of them in search of a job. The Mexican government obviously has an obligation to take all actions possible in order to avoid the loss of life. It is a natural and fair response to consider this as an attempt to promote undocumented immigration, but that is absolutely not the intent of the Mexican government. Gerónimo Gutiérrez (Sous-secrétaire d’Etat mexicain pour les Affaires nord-américaines)
From a distance, Donald Trump and Barack Obama have very different outlooks on the world. The president is a hyper-rational « Spockian, » to borrow Jeffrey Goldberg’s phrase from his new Atlantic article on the president’s foreign policy. He calmly lectures on the limits of U.S. power and the importance of the American moral example. Trump is bombastic. He threatens the families of terrorists and only belatedly revoked his promise to bring back waterboarding and « much worse. » Obama regards his nuclear agreement with Iran as a great achievement. Trump calls it the dumbest deal in the history of deal-making. Obama has pushed for the Trans-Pacific Partnership free-trade deal. Trump threatens to bring back tariffs. These differences are real. But Goldberg’s deeply reported essay shows that for all their differences, Trump and Obama share similar foreign policy instincts. Both men, for example don’t think much of America’s traditional alliances. Nor do they think much of the U.S. foreign policy establishment. Both also profess to have a soft spot for the bloodless foreign policy realism of George H.W. Bush. Obama is a fan of Bush’s national security adviser, Brent Scowcroft. Trump says he admires Richard Haass, a protégé of Scowcroft and currently the president of the Council on Foreign Relations. (…) Trump’s disdain for foreign policy eminences is less literate than Obama’s. While Obama could talk for hours, it seems, about the subtle distinctions between liberal internationalism and realpolitik, Trump can’t be bothered with such nuance. His campaign does not put out policy papers. When asked over the summer who he turns to for foreign policy advice, Trump said he watches the 24-hour news channels. And yet Trump, like Obama, is still opposing the last war. Obama sold his Iran deal by attacking its critics for supporting the Iraq invasion. Trump dismisses criticism from Republican Senators Lindsey Graham and John McCain by ridiculing their advocacy for the Iraq war.  Trump and Obama also have similar approaches to Russia. Obama did nothing this summer as the Kremlin moved military personnel and equipment to Syria to begin its air war on the Islamic State. Trump has asked why the U.S. should object to this campaign that Obama’s inaction helped enable. Goldberg reports how Obama rejected Secretary of State John Kerry’s recommendations for air strikes against Syrian dictator Bashar al-Assad. Trump, too, has questioned why the U.S. should stand in the way of Assad’s war against what he sees as a dangerous opposition. (At the same time, he has mused that Obama’s reluctance to intervene earlier has been a cause of the current refugee crisis for Europe). Like Obama in 2008, Trump has proposed a reset with Russia.  (…) Trump’s promise to start over with Putin must sting Obama. After all, the president has little to show in 2016 for the reset he enacted in 2009. Then again, Obama has little to show for most of his foreign policy: Despite his best intentions, the world has become more dangerous during Obama’s presidency. The state system in the Middle East is collapsing. Many of America’s traditional alliances have frayed. Jihadists have established more safe havens in ungoverned spaces. (…) Like demagogues before him, Trump is happy to be inconsistent.  Obama, too, has been inconsistent. Goldberg concludes that the president today does not think the Middle East is worth much American blood and treasure. Despite the protests of allies and experts, Obama still doesn’t think the crisis in Syria is a more serious national security challenge than climate change. Obama made a point of saying how his decision to walk away from his own red line on Syria’s use of chemical weapons was one of the proudest moments of his presidency. And yet, Obama’s successor will inherit U.S. military campaigns in Iraq, Syria and Afghanistan, and possibly even Libya if Obama’s generals get their way. For all the talk of ending dumb wars, Obama is still fighting them. Trump promises that he would win them, but he never says how. Perhaps he should talk to some of the foreign policy experts and allies that he and Obama so disdain. Eli Lake
In 2008 it was gauche to bring up the vicious racist Rev. Jeremiah Wright, whose trite cast-off slogan “audacity of hope” inspired the title of Barack Obama’s campaign primer. In 2012, it would have apparently been rude for Mitt Romney to have fired back at Candy Crowley, “How dare you hijack a presidential debate!” Yes, Trump may be creepy, but the reluctance to challenge our present naked emperors is just as creepy. Is the so-called establishment going to warn us that Trump would be capable of running up $10 trillion in debt, socializing our medical system, unleashing the IRS and EPA on perceived enemies, and weakening friends and empowering enemies abroad, as he offers the world historically challenged pop riffs on Islam, Hiroshima, and global geography? For each take-down of NeverTrump, can we at least have commensurate analysis of how and why a monstrosity like the Clinton cash operation was allowed to thrive without audit; or how it is that the secretary of state and her minions snubbed the law and behaved in a fashion that would have put any other federal employees in jail (…) Turn on an evening cable show and ask which interviewer is married to which anchor on another channel, or which of the pundits are former politicos, or how many in the White House worked for Big News or are married or related to someone who does. How many pundits were advisers to political candidates or related to someone who was? How does Ben Rhodes do an interview on CBS News or George Stephanopoulos interview Hillary Clinton or a writer expound on the primaries when he is also an adviser to a particular campaign? The problem is not just that all this is incestuous or unethical, but that it blinds a tiny elite to what millions of quite different Americans value and experience. (…) I wish that the high IQs of the establishment class had taken Murray’s sage advice eight years ago and just listened to what Obama had said in denigration of the Pennsylvania working classes or the “typical white person” grandmother who raised him; or to his pseudo-macho references to guns and knives, and “get in their face”; or to the hokey promises to lower global temperatures and stop the seas from rising; and all the other Vero possumus tripe. Or that they had used their presumably formidable mental powers to review Obama’s public record as a state legislator and a U.S. senator — which presaged everything from Obamacare and the unconstitutional undermining of federal law to the apology tours and the near-destruction of 70 years of bipartisan foreign policy. (…) Did a high IQ prevent an infatuated David Brooks (whom he quotes approvingly) from fathoming presidential success as if he were a sartorial seancer, from the crease of Senator Obama pants leg? What was the IQ of the presidential historian who declared Obama the smartest man ever to be elevated to the White House? Or the Newsweek editor who envisioned an apotheosized Obama? Or the MSNBC host who motor-mouthed about the tingle in his leg at the sound of an Obama speech? Or, yes, the conservative policy analyst (and self-confessed “Starry-eyed Obama groupie”) who wrote approvingly (“flat-out plain brilliant”) of the Obama race speech in March 2008, in which Obama revealed to the world that his own grandmother — the sole steady working breadwinner of Obama’s extended family, whose labors sent him to prep school — was a supposedly “typical white person” in her prejudices, while he further contextualized the abject racism and anti-Semitism of the Rev. Jeremiah Wright — a speech renounced by Obama himself when Wright later felt empowered to double down on his racism. Or perhaps the conservative wit who once wrote that Obama has a “first-class temperament and a first-class intellect,” and that he is the rare politician who “writes his own books,” which were “first rate”? Victor Davis Hanson
Many Middle Easterners want to relocate to Europe for its material and civilizational advantages over their homes in Algeria, Iraq, Libya, Morocco, or Syria. Yet many new arrivals are highly critical of Western popular culture, permissiveness, and religion — to the extent of not wanting to assimilate into the very culture into which they rushed. Apparently, like their ancient counterparts, modern migrants on the poorer or less stable side of a border are ambiguous about what they want. They seek out the security and bounty of mostly Western systems — whether European or American — but not necessarily to surrender their own cultural identities and values.(…) Mexico is often critical of the United States and yet encourages millions of its own people to emigrate to a supposedly unattractive America. Some protesters in turn wave the flag of the country that they do not wish to return to more often than the flag of the country they are terrified of being deported from. Signs at rallies trash the United States but praise Mexico (…) Rome worked when foreigners crossed through its borders to become Romans. It failed when newcomers fled into the empire and adhered to their own cultures, which were at odds with the Roman ones they had ostensibly chosen. (…) There were no walls between provinces of the Roman Empire — just as there are no walls between the individual states of America — because common language, values, and laws made them all similar. But fortifications gradually arose all over the outer ring of the Roman world, once Rome could no longer afford to homogenize societies antithetical to their own. Victor Davis Hanson
Trump stays in the news not just by taking extreme positions, but also by taking extreme positions on issues that are already extreme. When Mexico prints comic books advising its own citizens on how to enter the U.S. illegally, when the major illegal-alien lobbying group is called The National Council of La Raza (“The Race”), and when major U.S. cities, in Confederate-style, declare themselves “sanctuaries” in which U.S. federal immigration law does not apply, then we long ago entered zones of extremism. (…) Trump sounds crazy—and dangerous—in his idiotic idea to ban entry into the U.S. on the basis of religion. But is that inanity any less extreme than the administration’s European-style wish to welcome in tens of thousands of mostly young males from the war-torn Middle East without any proper method of identification and audit—at a time of spikes in radical Islamic terrorism in the West? Again, Trump cannot predicate immigration on the basis of religion, but he certainly could place a temporary moratorium of all immigration from particular Middle East countries like Syria, Iraq, Yemen, and Libya, in the way that we do not open our arms to mass influxes of Iranians and North Koreans. (…) Ignoring candidate Trump’s crude bombast for conservatives is analogous to liberals tuning out Obama’s campaign calls for supporters to take their knives to a gun fight or to get in their opponents’ faces, or his arrogant put-downs of lower middle-class Pennsylvanians or his flat-out prevarications about his relationship with mentor and personal pastor, the racist and anti-Semitic Rev. Jeremiah Wright. Trump’s memoirs are often vulgar; Obama’s largely fictional. Trump’s selfish womanizing was consensual; former President Bill Clinton’s often allegedly coerced. Victor Davis Hanson

Attention: un extrémisme peut en cacher un  autre !

A l’heure où après avoir appelé à sa propre invasion par des migrants illégaux et leur avoir appris la position du missionnaire, l’Allemagne propose l‘exemption de taxes des commerces musulmans pour le ramadan …

Et où après la bénédiction papale de ladite invasion, c’est directement en haute mer que les flottes européennes vont prendre leurs livraisons desdits migrants illégaux que leur apportent quotidiennement les réseaux de passeurs turcs et pour lesquels Ankara encaisse les milliards censés les empêcher de partir …

Pendant qu’après la bénédiction Washington, Londres et Ottawa, les fidèles de Mahomet ouvrent, comme vient le rappeler l’Etat islamique, le « mois de la conquête et de la guerre sainte » avec des attaques sur Amman, Istanbul et Tel Aviv

Et que sur fond de prise en otage des citoyens et de saccage des établissements bancaires par le premier militant ou syndicaliste venu et après le mariage et les enfants, nos belles âmes proposent rien de moins que le revenu garanti pour tous

Comment encore s’étonner avec l’éditorialiste et historien militaire américain Victor Davis Hanson …

Face à une Administration américaine qui se vante de ses abandons de l’Irak et de la Syrie ou d’avoir trompé la presse pour l’accord sur le nucléaire iranien …

Et à un Etat mexicain qui il y a encore quelques années publiait un manuel du migrant illégal

Pendant qu’au mépris des lois fédérales sur l’immigration illégale des villes entières se déclarent villes-sanctuaires

D’une candidature aux élections présidentielles américaines aussi extrémiste que celle d’un Trump ?

Why Republicans Will Vote For Trump
Victor Davis Hanson
Hoover.org
May 24, 2016

If Donald Trump manages to curb most of his more outrageous outbursts by November, most Republicans who would have preferred that he did not receive the nomination will probably hold their noses and vote for him.

How could that be when a profane Trump has boasted that he would limit Muslim immigration into the United States, talked cavalierly about torturing terrorist suspects and executing their relatives, promised to deport all eleven-million Mexican nationals who are residing illegally in the U.S., and threatened a trade war with China by slapping steep tariffs on their imports?

A number of reasons come to mind.

First, Trump stays in the news not just by taking extreme positions, but also by taking extreme positions on issues that are already extreme. When Mexico prints comic books advising its own citizens on how to enter the U.S. illegally, when the major illegal-alien lobbying group is called The National Council of La Raza (“The Race”), and when major U.S. cities, in Confederate-style, declare themselves “sanctuaries” in which U.S. federal immigration law does not apply, then we long ago entered zones of extremism.

Of course, Trump would be wiser to become both more specific and reasonable about solutions to illegal immigration. “Making Mexico pay for the wall” could be finessed not by a trade war, but perhaps by slapping surcharges on remittances sent to Mexico, at higher rates for those in the U.S. who could not prove legal residency. Deportation certainly sounds like a reasonable punishment for the likely more than 1 million illegal aliens who either have committed serious crimes inside the United States or who have no history of being employed—then, once the border is secure, he could propose granting green card status to the illegal aliens who are employed, long-time residents, without criminal convictions, and willing to pay a fine and learn English.

Trump sounds crazy—and dangerous—in his idiotic idea to ban entry into the U.S. on the basis of religion. But is that inanity any less extreme than the administration’s European-style wish to welcome in tens of thousands of mostly young males from the war-torn Middle East without any proper method of identification and audit—at a time of spikes in radical Islamic terrorism in the West? Again, Trump cannot predicate immigration on the basis of religion, but he certainly could place a temporary moratorium of all immigration from particular Middle East countries like Syria, Iraq, Yemen, and Libya, in the way that we do not open our arms to mass influxes of Iranians and North Koreans.

Trump was bashed for suggesting NATO’s tenure is nearing an end—again another ridiculous and dangerous idea. But that trial balloon remains an unhinged corrective to the present unhinged nature of the alliance, in which few members honor their contractual defense spending obligations, and the alliance has both expanded far beyond anything that its founders envisioned, and conducted optional and sometimes failed operations abroad that had nothing to do with trans-Atlantic security. During the Cold War, we sometimes forgot that NATO members occasionally allowed fly-over rights to Soviet Union air lifts headed to the Middle East, while denying fellow NATO member the United States the use of European NATO air space to resupply Israel.

Many conservatives tune out Trump’s adolescent solutions, but not necessarily the haywire issues he has raised. Most believe that he will back down from his original, headline-grabbing positions, and eventually offer more studied and reasonable solutions to an ignored problem that otherwise might not have been aired. And though the results may not be what his supporters have cheered on in rallies or what his critics have hoped for, they will, to many Republican voters, be preferable to President Obama’s current and Hillary Clinton’s future positions. Ignoring candidate Trump’s crude bombast for conservatives is analogous to liberals tuning out Obama’s campaign calls for supporters to take their knives to a gun fight or to get in their opponents’ faces, or his arrogant put-downs of lower middle-class Pennsylvanians or his flat-out prevarications about his relationship with mentor and personal pastor, the racist and anti-Semitic Rev. Jeremiah Wright. Trump’s memoirs are often vulgar; Obama’s largely fictional. Trump’s selfish womanizing was consensual; former President Bill Clinton’s often allegedly coerced.

A second reason why many conservatives will vote for Trump is that they, like everyone else, are cynical about what candidates say and what they, as presidents, actually do. In 2000, George W. Bush ran as the realist alternative to neocon interventionist John McCain. Obama in 2008 never uttered the word “transgendered.” Instead, he ran against gay marriage, outlined a health plan to the right of Hillary’s that protected patients’ existing coverage and physicians, predicted a new era of presidential transparency, promised post-racial reconciliation, insisted that he could not subvert immigration law or grant amnesties by executive orders, harked on balancing the budget and reducing the national debt, and, as a former law lecturer, vowed to confine the presidency within its constitutional limits.

Third, we have become so inured to the outrageous, that many conservatives are not quite sure whether Trump is just a more in-your-face version of current politicians or if he truly is an outlier in his vulgarity. Consider, after all, the last month in politics. Recently, news stories noted that a White House guest rapper, paroled on a pending felony charge, had his ankle bracelet go off. The White House deputy national security advisor and senior speechwriter Ben Rhodes bragged about how he more or less lied and perpetuated a con to ram through the Iran deal without Senate oversight. Former Obama speechwriters joked on television about writing the lie, “If you like your insurance, you can keep it.” Obama himself threatened to cut off federal funds to states that did not share his reinterpretation of the 1972 Title IX Amendments to include bathroom access of their choice for the transgendered. Meanwhile, the FBI weighs a federal felony indictment against Hillary Clinton, just as stories have resurfaced of Bill Clinton’s frequent and unescorted flights on convicted sex offender Jeffrey Epstein notorious “Lolita Express.” If that is a typical month in the life of the current administration and ongoing presidential campaign, then what exactly are the norms by which we can judge Trump as a renegade?  The proper critique of Trump is that he would not restore decorum to political discourse and behavior that long ago were debased.

Trump should release all his tax records, but probably will not because they would show he pays taxes at a low rate, is not quite the philanthropist he poses to be, and is certainly not worth $10-11 billion. Candidates do not release data that they know prove they are lying or hypocritical—including Hillary Clinton, who has not released thousands of her now deleted emails she claimed were personal and the transcripts of her Wall Street speeches that earned her millions of dollars in campaign quid-pro-quo donations. Obama was never going to release his college transcripts, his personal medical records, or a video clip of his encomium of Rashid Khalidi, former PLO advisor to Yasser Arafat—most likely because he was a lackadaisical B- student who would have never been accepted to law schools without affirmative action, could have been embarrassed about prior medical issues, and at one time might have sounded as if he were a rabid Palestinian supporter. In other words, the shady Trump is now caught gambling in Casablanca.

Fourth, most Republicans do not quite buy the #NeverTrump argument that Trump is running to the left of Hillary Clinton. His critique of Bush’s nation-building is not analogous to Obama’s outreach to Iran and Cuba, and it will not lead to another Benghazi or an apology tour. Rather, his opportunistic attacks on nation-building is more akin to Jacksonian realism—dangerous perhaps in the fragile U.S.-led postwar world and lacking in idealism, but a position to the right, not to the left, of George W. Bush. He is also a crude nationalist on trade and immigration, not a naïve utopian. Deporting some illegal aliens is seen as preferable to never deporting any or protecting criminals in sanctuary cities. Insisting, for example, that Japan treats imported California rice or beef in the manner that the U.S. handles Hondas, is not protectionism or inherently anti-free-trade.

On other issues, such as Supreme Country appointments, the military, abortion, or the budget, Trump will likely be judged as more conservative than Hillary Clinton. After the shock wears off for most Republicans that Trump is only half or two-thirds conservative, they will probably shrug and see him as preferable to Clinton, who has little to no conservative propensities whatsoever.  Trump may have moved the Republican Party to the center, but Clinton moved the Democratic Party much farther from the center—and to the left. The campaign will be long, heated, and polarizing, and Clinton will be attacking conservative positions far more than will Trump. The #NeverTrump crowd will increasingly have nowhere to go, given that their criticism of the Republican nominee will only empower the liberal Clinton as the race grows close. As Republican fence-sitters and dissenters in the next five months watch conservative values serially trashed by the Clinton campaign, their patience will probably wear thin by November.

Finally, Republicans might embrace a democratic fatalism—or the opinion, in other words, that “if that’s what the people want, that’s what the people get.” They may well vote for Trump as loyal party members, but also retreat to the fallback position that they never wished him to win the nomination in the first place. Some Republicans who vow to stay home in November will—but the vast majority will bite their lip and likely vote Trump.

Voir aussi:

Class, Trump, and the Election
If the ‘high IQs’ of the establishment have let America down, where is a voter to turn?
Victor Davis Hanson
National Review Online
May 31, 2016

Donald Trump seems to have offended almost every possible identity group. But the New York billionaire still also seems to appeal to the working classes (in part no doubt precisely because he has offended so many special-interest factions; in part because he was seen in the primaries as an outsider using his own money; in part because he seems a crude man of action who dislikes most of those of whom Middle America is tired). At this point, his best hope in November, to the extent such a hope exists, rests on turning 2016 into a referendum on class and a collective national interest that transcends race and gender — and on emphasizing the sad fact that America works now mostly for an elite, best epitomized by Clinton, Inc.

We should not underestimate the opportunities for approaching traditional issues from radically different perspectives. The National Rifle Association is running the most effective ads in its history, hitting elites who wish to curtail gun ownership on the part of those who are not afforded the security blankets of the wealthy. Why should not an inner-city resident wish to buy a legal weapon, when armed security guards patrol America’s far safer gated communities? For most of the Clintons’ adult lives, they have been accompanied by men and women with concealed weapons to ensure their safety — on the premise that firearms, not mace, not Tasers, not knives or clubs, alone would ultimately keep the two safe.

Fracking provides jobs and cheaper fuel; the elites of the Democratic party care about neither. Indeed, Barack Obama and Energy Secretary Steven Chu proclaimed their desire for spiraling gas and electricity prices. Boutique environmentalism is a losing issue for the Democrats. The very wealthy can afford to be more concerned for a three-inch smelt than for irrigation water that will ensure that there are jobs for tractor drivers and affordable food for the less-well-off. When Hillary Clinton talks about putting miners out of work, she’s talking about people she has no desire to see unless she needs their votes.

Illegal immigration is another issue that offers class leverage. Middle-class Mexican-Americans cannot afford to put their kids in private schools when local districts are overwhelmed with non-English-speaking students. Trying to provide parity for 11 million or more illegal aliens naturally comes at the expense of fewer safety-net protections for minority citizens, just as driving down wages is good for the employer but hardly for the citizen who competes with illegal aliens for entry-level jobs. And what about lower-middle-class communities that are overwhelmed with foreign nationals whose backgrounds were never checked.

Outsourcing jobs affects predominantly the lower middle classes; no pundit, D.C. staffer, or New York lawyer is replaced by some cheaper English-speaker from the Punjab. Obamacare follows the same pattern. Elites who praise it to the skies either have the money or the Cadillac plans to navigate around it. I doubt that Rahm Emanuel and his brothers queue up at a surgery center, hoping to win five minutes with an ophthalmologist who now treats 70 patients a day to survive under Obamacare.

Donald Trump is unlikely to defeat Hillary Clinton unless he, an insider billionaire with little political knowledge, can appeal to the concerns of millions that cut across the Democratic firewalls of race and class. If a mom in Orange County thinks that Benghazi did make a difference and ISIS is a murderous Islamic terrorist enterprise, if an African-American youth believes that someone should try to hire him on a building site in preference to an illegal alien, and if a cosmetician believes that one violation of a federal law will land her in jail while many violations may land Hillary in the White House, then class trumps identity politics.

The entire establishments of both political parties are losing the illusion that they are clothed. The Clintons and their appendages famously became rich by monetizing their public positions through shakedowns of the international corporate set, under the patina of egalitarian progressivism. No one in the media for a decade has said a word about their criminal enterprise; commentators were more likely to donate to the Clinton Foundation as a sort of business investment or indemnity insurance. And how in the world does a middle-class ex-teacher and congressman with a 20-year tenure like Dennis Hastert end up with millions to pay hush money to the victims of his alleged pederastic assaults? How did a Harry Reid become a Nevada multimillionaire? How many middle-class workers’ annual incomes does Hillary Clinton trump in a single 20-minute Wall Street speech, whose content is vacuous? Where, then, is Occupy Wall Street?

Why the NeverTrump movement has so far failed is in part a matter of class as well, defined not so much in terms of cash, as of influence, education, and lifestyle. In 2008 it was gauche to bring up the vicious racist Rev. Jeremiah Wright, whose trite cast-off slogan “audacity of hope” inspired the title of Barack Obama’s campaign primer. In 2012, it would have apparently been rude for Mitt Romney to have fired back at Candy Crowley, “How dare you hijack a presidential debate!” Yes, Trump may be creepy, but the reluctance to challenge our present naked emperors is just as creepy. Is the so-called establishment going to warn us that Trump would be capable of running up $10 trillion in debt, socializing our medical system, unleashing the IRS and EPA on perceived enemies, and weakening friends and empowering enemies abroad, as he offers the world historically challenged pop riffs on Islam, Hiroshima, and global geography? For each take-down of NeverTrump, can we at least have commensurate analysis of how and why a monstrosity like the Clinton cash operation was allowed to thrive without audit; or how it is that the secretary of state and her minions snubbed the law and behaved in a fashion that would have put any other federal employees in jail; or how it is that 155 years after the start of the Civil War over 300 cities, counties, and states have declared federal law null and void in their jurisdictions — and with complete impunity?

Turn on an evening cable show and ask which interviewer is married to which anchor on another channel, or which of the pundits are former politicos, or how many in the White House worked for Big News or are married or related to someone who does. How many pundits were advisers to political candidates or related to someone who was? How does Ben Rhodes do an interview on CBS News or George Stephanopoulos interview Hillary Clinton or a writer expound on the primaries when he is also an adviser to a particular campaign? The problem is not just that all this is incestuous or unethical, but that it blinds a tiny elite to what millions of quite different Americans value and experience.

Charles Murray recently wrote in anger, addressing those who would vote for Trump because “Hillary is even worse”: “I know that I am unlikely to persuade any of my fellow Establishmentarians to change their minds. But I cannot end without urging you to resist that sin to which people with high IQs (which most of you have) are unusually prone: Using your intellectual powers to convince yourself of something despite the evidence plainly before you. Just watch and listen to the man. Don’t concoct elaborate rationalizations. Just watch and listen.”

I wish that the high IQs of the establishment class had taken Murray’s sage advice eight years ago and just listened to what Obama had said in denigration of the Pennsylvania working classes or the “typical white person” grandmother who raised him; or to his pseudo-macho references to guns and knives, and “get in their face”; or to the hokey promises to lower global temperatures and stop the seas from rising; and all the other Vero possumus tripe. Or that they had used their presumably formidable mental powers to review Obama’s public record as a state legislator and a U.S. senator — which presaged everything from Obamacare and the unconstitutional undermining of federal law to the apology tours and the near-destruction of 70 years of bipartisan foreign policy.

Murray has a point that Trump’s crudity and buffoonery should be taken seriously, but when he says establishmentarians have “high IQs,” what exactly does he mean? Did a high IQ prevent an infatuated David Brooks (whom he quotes approvingly) from fathoming presidential success as if he were a sartorial seancer, from the crease of Senator Obama pants leg? What was the IQ of the presidential historian who declared Obama the smartest man ever to be elevated to the White House? Or the Newsweek editor who envisioned an apotheosized Obama? Or the MSNBC host who motor-mouthed about the tingle in his leg at the sound of an Obama speech? Or, yes, the conservative policy analyst (and self-confessed “Starry-eyed Obama groupie”) who wrote approvingly (“flat-out plain brilliant”) of the Obama race speech in March 2008, in which Obama revealed to the world that his own grandmother — the sole steady working breadwinner of Obama’s extended family, whose labors sent him to prep school — was a supposedly “typical white person” in her prejudices, while he further contextualized the abject racism and anti-Semitism of the Rev. Jeremiah Wright — a speech renounced by Obama himself when Wright later felt empowered to double down on his racism. Or perhaps the conservative wit who once wrote that Obama has a “first-class temperament and a first-class intellect,” and that he is the rare politician who “writes his own books,” which were “first rate”?

Establishmentarian high IQs? The point is not to castigate past poor judgment, but to offer New Testament reminders about hubris and the casting of first stones — and why hoi polloi are skeptical of their supposed intellectual betters.

So how did a blond comb-over real-estate dealer destroy an impressive and decent Republican field and find himself near dead even with Hillary Clinton — to the complete astonishment, and later fury, of the Washington establishment?

Simply because lots of people have become exhausted by political and media elites who have thought very highly of themselves — but on what grounds it has become increasingly impossible to figure out.

Voir également:

A Mexican Manual for Illegal Migrants Upsets Some in U.S.
James C. Mckinley jr.

The NYT

Jan. 6, 2005

MEXICO CITY, Jan. 5 – The Mexican government drew fire from American advocates of tighter borders on Wednesday for publishing a pamphlet that instructs migrants how to safely enter the United States illegally and live there without being detected.

Officials here say the small booklet, illustrated in comic-book style, is not intended to encourage illegal immigration, but to reduce the loss of life. Last year, more than 300 migrants died while crossing rivers and deserts to reach the United States.

The guidebook also advises would-be migrants to avoid hiring professional immigrant-smugglers and to refuse to carry packages for others. It also instructs people never to lie to border officials, carry false documents or resist arrest.

But groups favoring stricter immigration controls said the pamphlet amounted to a how-to manual for illegal immigrants. The booklet gives advice on what clothes to wear when fording a river and how to cross a desert without getting dehydrated.

It also counsels migrants to keep a low profile once in the United States, telling them, for instance, to stay away from loud parties or discos that might be raided by the police and to stay out of domestic disputes, which might lead to an arrest. Finally, it lists what rights migrants have if caught, among them safe transport home, medical care, food and water.

« This is not the action of a friendly neighbor, » said Representative Tom Tancredo, the Colorado Republican who chairs the Congressional Immigration Reform Caucus. « What would the Mexican government say if we encouraged our citizens to violate Mexican law? »

Mexico’s Foreign Ministry, however, said its intent in publishing the « Guide for the Mexican Migrant » was to warn migrants of the dangers they might face if they choose to slip illegally into the United States.

Gerónimo Gutiérrez, Mexico’s under secretary for North American affairs, said the guide was written to dissuade people from making a clandestine journey or at least to warn them of the perils and legal risks should they decide to go. About 1.5 million copies of the guide were printed and distributed throughout the country in December.

« Just last year over 300 Mexicans died in their attempt to enter the United States, the vast majority if not all of them in search of a job, » Mr. Gutiérrez said. « The Mexican government obviously has an obligation to take all actions possible in order to avoid the loss of life. »

He added, « It is a natural and fair response to consider this as an attempt to promote undocumented immigration, but that is absolutely not the intent of the Mexican government. »

But groups seeking stricter immigration laws argued that Mexican officials were being disingenuous in asserting that the pamphlet does not encourage illegal migration. They say that Mexico wants to continue exporting unemployed people and reaping the benefits of money sent home to their families.

« If the Mexican government were really very concerned about their citizens dying in the desert, why doesn’t it use its army and police to prevent people from crossing in those areas? » said Steven Camarota, director of research at the Center for Immigration Studies, which favors tighter borders.

Others said the pamphlet only highlighted the need to revamp the American immigration system, which seems to have no effective response to the yearly flood of Mexican migrants seeking jobs. « The publication is nothing more than another symptom of a broken immigration system, » said Paul L. Zulkie, president of American Immigration Lawyers Association.

Voir encore:

The Aspiring Novelist Who Became Obama’s Foreign-Policy Guru

How Ben Rhodes rewrote the rules of diplomacy for the digital age.

David Samuel

The NYT

May 5, 2016

Picture him as a young man, standing on the waterfront in North Williamsburg, at a polling site, on Sept. 11, 2001, which was Election Day in New York City. He saw the planes hit the towers, an unforgettable moment of sheer disbelief followed by panic and shock and lasting horror, a scene that eerily reminded him, in the aftermath, of the cover of the Don DeLillo novel “Underworld.”

Everything changed that day. But the way it changed Ben Rhodes’s life is still unique, and perhaps not strictly believable, even as fiction. He was in the second year of the M.F.A. program at N.Y.U., writing short stories about losers in garden apartments and imagining that soon he would be published in literary magazines, acquire an agent and produce a novel by the time he turned 26. He saw the first tower go down, and after that he walked around for a while, until he ran into someone he knew, and they went back to her shared Williamsburg apartment and tried to find a television that worked, and when he came back outside, everyone was taking pictures of the towers in flames. He saw an Arab guy sobbing on the subway. “That image has always stayed with me,” he says. “Because I think he knew more than we did about what was going to happen.” Writing Frederick Barthelme knockoffs suddenly seemed like a waste of time.

“I immediately developed this idea that, you know, maybe I want to try to write about international affairs,” he explained. “In retrospect, I had no idea what that meant.” His mother’s closest friend growing up ran the Carnegie Endowment for International Peace, which then published Foreign Policy. He sent her a letter and included what would wind up being his only piece of published fiction, a short story that appeared in The Beloit Fiction Journal. It was titled “The Goldfish Smiles, You Smile Back.” The story still haunts him, he says, because “it foreshadowed my entire life.”

It’s the day of President Obama’s final State of the Union address, Jan. 12, and the news inside the White House is not good. Luckily, the reporters on the couch in the West Wing waiting room don’t know it yet. The cream of the crop are here this early p.m. for a private, off-the-record lunch with the president, who will preview his annual remarks to Congress over a meal that is reported to be among the best in the White House chef’s repertoire.

“Blitzer!” a man calls out. A small figure in a long navy cashmere overcoat turns around, in mock surprise.

“You don’t write, you don’t call,” Wolf Blitzer, the CNN anchorman, parries.

“Well, you can call,” shoots back his former colleague Roland Martin. Their repartee thus concluded, they move on to the mutually fascinating subject of Washington traffic jams. “I used to have a 9:30 hit on CNN,” Martin reminisces. “The office was 8.2 miles from my home. It took me 45 minutes.” The CBS News anchor Scott Pelley tells a story about how members of the press destroyed the lawn during the Monica Lewinsky scandal and were told that they would be allowed back once the grass was replanted. The National Park Service replanted the grass outside the White House, but the journalists weren’t allowed back on the lawn.

Unnoticed by the reporters, Ben Rhodes walks through the room, a half-beat behind a woman in leopard-print heels. He is holding a phone to his ear, repeating his mantra: “I’m not important. You’re important.”

The Boy Wonder of the Obama White House is now 38. He heads downstairs to his windowless basement office, which is divided into two parts. In the front office, his assistant, Rumana Ahmed, and his deputy, Ned Price, are squeezed behind desks, which face a large television screen, from which CNN blares nonstop. Large pictures of Obama adorn the walls. Here is the president adjusting Rhodes’s tie; presenting his darling baby daughter, Ella, with a flower; and smiling wide while playing with Ella on a giant rug that says “E Pluribus Unum.”

For much of the past five weeks, Rhodes has been channeling the president’s consciousness into what was imagined as an optimistic, forward-looking final State of the Union. Now, from the flat screens, a challenge to that narrative arises: Iran has seized two small boats containing 10 American sailors. Rhodes found out about the Iranian action earlier that morning but was trying to keep it out of the news until after the president’s speech. “They can’t keep a secret for two hours,” Rhodes says, with a tone of mild exasperation at the break in message discipline.

As the deputy national security adviser for strategic communications, Rhodes writes the president’s speeches, plans his trips abroad and runs communications strategy across the White House, tasks that, taken individually, give little sense of the importance of his role. He is, according to the consensus of the two dozen current and former White House insiders I talked to, the single most influential voice shaping American foreign policy aside from Potus himself. The president and Rhodes communicate “regularly, several times a day,” according to Denis McDonough, Obama’s chief of staff, who is known for captaining a tight ship. “I see it throughout the day in person,” he says, adding that he is sure that in addition to the two to three hours that Rhodes might spend with Obama daily, the two men communicate remotely throughout the day via email and phone calls. Rhodes strategized and ran the successful Iran-deal messaging campaign, helped negotiate the opening of American relations with Cuba after a hiatus of more than 50 years and has been a co-writer of all of Obama’s major foreign-policy speeches. “Every day he does 12 jobs, and he does them better than the other people who have those jobs,” Terry Szuplat, the longest-tenured member of the National Security Council speechwriting corps, told me. On the largest and smallest questions alike, the voice in which America speaks to the world is that of Ben Rhodes.

Like Obama, Rhodes is a storyteller who uses a writer’s tools to advance an agenda that is packaged as politics but is often quite personal. He is adept at constructing overarching plotlines with heroes and villains, their conflicts and motivations supported by flurries of carefully chosen adjectives, quotations and leaks from named and unnamed senior officials. He is the master shaper and retailer of Obama’s foreign-policy narratives, at a time when the killer wave of social media has washed away the sand castles of the traditional press. His ability to navigate and shape this new environment makes him a more effective and powerful extension of the president’s will than any number of policy advisers or diplomats or spies. His lack of conventional real-world experience of the kind that normally precedes responsibility for the fate of nations — like military or diplomatic service, or even a master’s degree in international relations, rather than creative writing — is still startling.

Part of what accounts for Rhodes’s influence is his “mind meld” with the president. Nearly everyone I spoke to about Rhodes used the phrase “mind meld” verbatim, some with casual assurance and others in the hushed tones that are usually reserved for special insights. He doesn’t think for the president, but he knows what the president is thinking, which is a source of tremendous power. One day, when Rhodes and I were sitting in his boiler-room office, he confessed, with a touch of bafflement, “I don’t know anymore where I begin and Obama ends.”

Standing in his front office before the State of the Union, Rhodes quickly does the political math on the breaking Iran story. “Now they’ll show scary pictures of people praying to the supreme leader,” he predicts, looking at the screen. Three beats more, and his brain has spun a story line to stanch the bleeding. He turns to Price. “We’re resolving this, because we have relationships,” he says.

Price turns to his computer and begins tapping away at the administration’s well-cultivated network of officials, talking heads, columnists and newspaper reporters, web jockeys and outside advocates who can tweet at critics and tweak their stories backed up by quotations from “senior White House officials” and “spokespeople.” I watch the message bounce from Rhodes’s brain to Price’s keyboard to the three big briefing podiums — the White House, the State Department and the Pentagon — and across the Twitterverse, where it springs to life in dozens of insta-stories, which over the next five hours don formal dress for mainstream outlets. It’s a tutorial in the making of a digital news microclimate — a storm that is easy to mistake these days for a fact of nature, but whose author is sitting next to me right now.

Rhodes logs into his computer. “It’s the middle of the [expletive] night in Iran,” he grumbles. Price looks up from his keyboard to provide a messaging update: “Considering that they have 10 of our guys in custody, we’re doing O.K.”

With three hours to go until the president’s address to Congress, Rhodes grabs a big Gatorade and starts combing through the text of the State of the Union address. I peek over his shoulder, to get a sense of the meta-narrative that will shape dozens of thumb-suckers in the days and weeks to follow. One sentence reads: “But as we focus on destroying ISIL, over-the-top claims that this is World War III just play into their hands.” He retypes a word, then changes it back, before continuing with his edit. “Masses of fighters on the back of pickup trucks, twisted souls plotting in apartments or garages — they pose an enormous danger to civilians; they have to be stopped. But they do not threaten our national existence.”

Watching Rhodes work, I remember that he is still, chiefly, a writer, who is using a new set of tools — along with the traditional arts of narrative and spin — to create stories of great consequence on the biggest page imaginable. The narratives he frames, the voices of senior officials, the columnists and reporters whose work he skillfully shapes and ventriloquizes, and even the president’s own speeches and talking points, are the only dots of color in a much larger vision about who Americans are and where we are going that Rhodes and the president have been formulating together over the past seven years. When I asked Jon Favreau, Obama’s lead speechwriter in the 2008 campaign, and a close friend of Rhodes’s, whether he or Rhodes or the president had ever thought of their individual speeches and bits of policy making as part of some larger restructuring of the American narrative, he replied, “We saw that as our entire job.”

Having recently spent time working in Hollywood, I realize during our conversations that the role Rhodes plays in the White House bears less resemblance to any specific character on Beltway-insider TV shows like “The West Wing” or “House of Cards” than it does to the people who create those shows. And like most TV writers, Rhodes clearly prefers to imagine himself in the company of novelists.

“What novel is this that you are living in now and will exit from in eight months and be like, ‘Oh, my God’?” I ask him.

“Who would be the author of this novel?” he asks.

“The one you are a character in now?”

“Don DeLillo, I think,” Rhodes answers. “I don’t know how you feel about Don DeLillo.”

“I love Don DeLillo,” I answer.

“Yeah,” Rhodes answers. “That’s the only person I can think of who has confronted these questions of, you know, the individual who finds himself negotiating both vast currents of history and a very specific kind of power dynamics. That’s his milieu. And that’s what it’s like to work in the U.S. foreign-policy apparatus in 2016.”

It has been rare to find Ben Rhodes’s name in news stories about the large events of the past seven years, unless you are looking for the quotation from an unnamed senior official in Paragraph 9. He is invisible because he is not an egotist, and because he is devoted to the president. But once you are attuned to the distinctive qualities of Rhodes’s voice — which is often laced with aggressive contempt for anyone or anything that stands in the president’s way — you can hear him everywhere.

Rhodes’s mother and father are not interested in talking about Rhodes. Neither is his older brother, David, who is president of CBS News, an organization that recently revived the effort to declassify the contents of the redacted 28 pages of the Sept. 11 report on the eve of Obama’s visit to Saudi Arabia, on which Rhodes, as usual, accompanied the president. The brothers are close, but they often go months without seeing each other. “He was like the kid who carried the briefcase to school,” Ben says of his brother, who worked at Fox News and Bloomberg before moving to CBS. “I actually didn’t do that great in high school because I was drinking and smoking pot and hanging out in Central Park.”

Rhodes’s impassioned yet depressive vibe, which I feel in his stray remarks and in the strangeness of his decision to allow me to roam around the White House, stems in part from feeling overloaded; he wishes he had more time to think and write. His mother is Jewish from the Upper East Side, and worships John Updike, and reads The New Yorker. His father is a Texan lawyer who took his sons to St. Thomas Episcopal Church once a month, where Rhodes felt like the Jewish kid in church, the same way he felt like a “Jewish Christian” at Passover Seders. His New York City prep-school-kid combination of vulnerability, brattiness and passionate hatred for phonies suggests an only slightly updated version of what Holden Caulfield might have been like if he grew up to work in the West Wing.
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Rhodes at a nuclear-security summit meeting in March, where President Obama met with President Xi Jinping of China. Credit Doug Mills/The New York Times

Rhodes’s windowless back office, which doesn’t have a TV screen, is an oasis of late-night calm in a building devoted to the performance of power. The walls are painted a soft creamy color, which gives it the feel of an upscale hotel room with the drapes closed. He arrives here every morning between 8 and 9 from a modest two-bedroom apartment in a grad-student-type building in an unpretentious Washington neighborhood around the corner from his favorite post-collegiate bar. Before coming to work, he walks his 1-year-old daughter to day care. Then he drives to work in his Beamer, which appears to be the one grown-up luxury he and his wife, Ann Norris, who works in the State Department and longs to return to her childhood home of California, can afford. When his wife takes the car, he rides the bus, which offers him a touch of the anonymity he craves. His days at the White House start with the president’s daily briefing, which usually includes the vice president, National Security Adviser Susan Rice, Deputy National Security Adviser Avril Haines and Homeland Security Adviser Lisa Monaco.

The books on his shelves are a mix of DeLillo novels, history books, recondite tomes on Cuba and Burma and adventure-wonk stuff like Mark Mazzetti’s “The Way of the Knife.” C. S. Lewis makes an appearance here, alongside a volume of Lincoln speeches (Obama tells all his speechwriters to read Lincoln) and George Orwell’s “All Art Is Propaganda.” I have seen the same books on the shelves of plenty of Brooklyn apartments. Yet some large part of the recent history of America and its role in the world turns on the fact that the entirely familiar person sitting at the desk in front of me, who seems not unlike other weed-smokers I know who write Frederick Barthelme-type short stories, has achieved a “mind meld” with President Obama and used his skills to help execute a radical shift in American foreign policy.

So I wonder: How did he get from there to here?

The story that Rhodes published in The Beloit Fiction Journal is a good place to start.

The goldfish idea, I’m told, had been Ms. Wellberg’s.
“Why?” I ask. She is dyed blond, slim, petite, attractive.
“You take meticulous notes,” she slurs.

The editor at Foreign Policy who read “Goldfish,” which Rhodes attached with his query letter, said that the young M.F.A. would be bored with fact-checking. Instead, he suggested that he apply for a job with Lee Hamilton, the onetime congressman from Indiana, who was looking for a speechwriter.

“I was surprised,” Hamilton remembered. “What the hell does a guy who wanted to write fiction come to me for?” But he had always found writers useful, and Rhodes’s writing sample was the best in the pile. So he hired him on at the Wilson Center, a nonpartisan think tank. Though Rhodes never said a word in meetings, Hamilton says, he had a keen understanding of what was going on and a talent for putting the positions of distinguished participants down on paper. “I immediately understood that it’s a very important quality for a staffer,” Hamilton explained, “that he could come into a meeting and decide what was decided.” I suggested that the phrase “decide what was decided” is suggestive of the enormous power that might accrue to someone with Rhodes’s gifts. Hamilton nodded. “Absolutely,” he said.

The notes go on and on. They have ideas with subsets of ideas and reactions to ideas indented beneath the original ideas. The handwriting is perfect. The representation of what happened in the meetings immaculate, like a mirror’s reflection after it has been scrubbed clean. I have a reputation for my notes.

Rhodes served as Hamilton’s staff member on the 9/11 Commission, where he met Denis McDonough, another Hamilton protégé, who had gone on to work for Tom Daschle in the Senate. Rhodes then became the chief note-taker for the Iraq Study Group, the bipartisan commission that excoriated George Bush’s war in Iraq. He accompanied Hamilton and his Republican counterpart on the group, former secretary of state and Bush family intimate James Baker, to their meetings with Colin Powell, Condoleezza Rice, Stephen Hadley, David Petraeus and many others (Vice President Dick Cheney met with the group but didn’t say a word). According to both Hamilton and Edward Djerejian, Baker’s second on the I.S.G., Rhodes’s opinions were helpful in shaping the group’s conclusions — a scathing indictment of the policy makers responsible for invading Iraq. For Rhodes, who wrote much of the I.S.G. report, the Iraq war was proof, in black and white, not of the complexity of international affairs or the many perils attendant on political decision-making but of the fact that the decision-makers were morons.

One result of this experience was that when Rhodes joined the Obama campaign in 2007, he arguably knew more about the Iraq war than the candidate himself, or any of his advisers. He had also developed a healthy contempt for the American foreign-policy establishment, including editors and reporters at The New York Times, The Washington Post, The New Yorker and elsewhere, who at first applauded the Iraq war and then sought to pin all the blame on Bush and his merry band of neocons when it quickly turned sour. If anything, that anger has grown fiercer during Rhodes’s time in the White House. He referred to the American foreign-policy establishment as the Blob. According to Rhodes, the Blob includes Hillary Clinton, Robert Gates and other Iraq-war promoters from both parties who now whine incessantly about the collapse of the American security order in Europe and the Middle East.

Boost thinks very highly of me. My notes are so impressive that they have taken on the form of ideas, he feels. I capture other people’s words in a manner that not only organizes them, but inserts a clarity and purpose that was not present in the original idea. Connections are made between two opposing ideas that were not apparent in the meeting. I have gotten at not only the representation of things, but the way that the mind actually works.

Jon Favreau, then the campaign’s lead speechwriter, felt as if he could use a foreign-affairs expert who could write. “Foreign-policy advisers kept changing all the language that made Obama sound like he wasn’t part of the Democratic foreign-policy establishment,” he remembers. “The idea of someone with a masters in fiction who had also co-authored the Iraq Study Group and 9/11 Commission reports seemed perfect for a candidate who put so much emphasis on storytelling.” The two young speechwriters quickly found themselves to be in sync. “He truly gives zero [expletive] about what most people in Washington think,” Favreau says admiringly of Rhodes. “I think he’s always seen his time there as temporary and won’t care if he’s never again invited to a cocktail party, or asked to appear on ‘Morning Joe,’ or inducted into the Council on Foreign Relations hall of fame or whatever the hell they do there.”

I sit next to Boost in the meetings. The ideas fly like radio waves. I am silent in these meetings, taking notes.

“He was easily underestimatable,” Samantha Power recalls, of Rhodes’s arrival on the Obama campaign in 2007. Herself a writer, whose history of America’s responses to genocide, “A Problem From Hell,” won the Pulitzer Prize, Power went to work in Obama’s Senate office in 2005. Power is now the American ambassador to the United Nations. Her attire suggests a disingenuous ambivalence about her role in government that appears to be common among her cohort in the Obama administration, with a cardigan made of thick, expensive-looking cashmere worn over a simple frock, along with silver spray-painted rock ’n’ roll sneakers. See, I’m sympatico, the sneakers proclaim.

Early on, what struck her about Rhodes was how strategic he was. “He was leading quietly, initially, and mainly just through track changes, like what to accept and reject,” she says. When I ask her where Rhodes’s control over drafts of the candidate’s speeches came from, she immediately answers, “Obama,” but then qualifies her answer. “But it was Hobbesian,” she adds. “He had the pen. And he understood intuitively that having the pen gave him that control.” His judgment was superior to that of his rivals, and he refused to ever back down. “He was just defiant,” she recalls. “He was like: ‘No, I’m not. That’s bad. Obama wouldn’t want that.’ ”

Obama relies on Rhodes for “an unvarnished take,” in part, she says, because “Ben just has no poker face,” and so it’s easy to see when he is feeling uncomfortable. “The president will be like, ‘Ben, something on your mind?’ And then Ben will have this incredibly precise lay-down of why the previous half-hour has been an utter waste of time, because there’s a structural flaw to the entire direction of the conversation.”

The literary character that Rhodes most closely resembles, Power volunteers, is Holden Caulfield. “He hates the idea of being phony, and he’s impetuous, and he has very strong views.”

In Afghanistan the Taliban dynamites enormous statues of Buddha, the ancient material imploding and crumbling to the ground, small specks of men can be seen watching in the foreground. This is somewhere else. Far away.

On his first day in the West Wing, Rhodes remembers thinking how remarkably small the space was, and noticing that the same few dozen people he worked with at campaign headquarters in Chicago were now wearing suits instead of jeans. The enormousness of the endeavor sank in on that first day, and he realized that for all the prep work, there was no manual for how to be on the staff of the person who is running the country, particularly at a time when the global economy was in free fall and 180,000 Americans were fighting in Iraq and Afghanistan. He became aware of two things at once: the weight of the issues that the president was confronted with, and the intense global interest in even the most mundane presidential communications.

‘He truly gives zero [expletive] about what most people in Washington think. I think he’s always seen his time there as temporary and won’t care if he’s never again invited to a cocktail party.’

The job he was hired to do, namely to help the president of the United States communicate with the public, was changing in equally significant ways, thanks to the impact of digital technologies that people in Washington were just beginning to wrap their minds around. It is hard for many to absorb the true magnitude of the change in the news business — 40 percent of newspaper-industry professionals have lost their jobs over the past decade — in part because readers can absorb all the news they want from social-media platforms like Facebook, which are valued in the tens and hundreds of billions of dollars and pay nothing for the “content” they provide to their readers. You have to have skin in the game — to be in the news business, or depend in a life-or-death way on its products — to understand the radical and qualitative ways in which words that appear in familiar typefaces have changed. Rhodes singled out a key example to me one day, laced with the brutal contempt that is a hallmark of his private utterances. “All these newspapers used to have foreign bureaus,” he said. “Now they don’t. They call us to explain to them what’s happening in Moscow and Cairo. Most of the outlets are reporting on world events from Washington. The average reporter we talk to is 27 years old, and their only reporting experience consists of being around political campaigns. That’s a sea change. They literally know nothing.”

In this environment, Rhodes has become adept at ventriloquizing many people at once. Ned Price, Rhodes’s assistant, gave me a primer on how it’s done. The easiest way for the White House to shape the news, he explained, is from the briefing podiums, each of which has its own dedicated press corps. “But then there are sort of these force multipliers,” he said, adding, “We have our compadres, I will reach out to a couple people, and you know I wouldn’t want to name them — ”

“I can name them,” I said, ticking off a few names of prominent Washington reporters and columnists who often tweet in sync with White House messaging.

Price laughed. “I’ll say, ‘Hey, look, some people are spinning this narrative that this is a sign of American weakness,’ ” he continued, “but — ”

“In fact it’s a sign of strength!” I said, chuckling.

“And I’ll give them some color,” Price continued, “and the next thing I know, lots of these guys are in the dot-com publishing space, and have huge Twitter followings, and they’ll be putting this message out on their own.”

This is something different from old-fashioned spin, which tended to be an art best practiced in person. In a world where experienced reporters competed for scoops and where carrying water for the White House was a cause for shame, no matter which party was in power, it was much harder to sustain a “narrative” over any serious period of time. Now the most effectively weaponized 140-character idea or quote will almost always carry the day, and it is very difficult for even good reporters to necessarily know where the spin is coming from or why.

When I later visited Obama’s former campaign mastermind David Axelrod in Chicago, I brought up the soft Orwellian vibe of an information space where old media structures and hierarchies have been erased by Silicon Valley billionaires who convinced the suckers that information was “free” and everyone with access to Google was now a reporter. Axelrod, a former newspaperman, sighed. “It’s not as easy as standing in front of a press conference and speaking to 70 million people like past presidents have been able to do,” he said. The bully pulpit by and large doesn’t exist anymore, he explained. “So more and more, over the last couple of years, there’s been an investment in alternative means of communication: using digital more effectively, going to nontraditional sources, understanding where on each issue your constituencies are going to be found,” he said. “I think they’ve approached these major foreign-policy challenges as campaign challenges, and they’ve run campaigns, and those campaigns have been very sophisticated.”

Rhodes’s innovative campaign to sell the Iran deal is likely to be a model for how future administrations explain foreign policy to Congress and the public. The way in which most Americans have heard the story of the Iran deal presented — that the Obama administration began seriously engaging with Iranian officials in 2013 in order to take advantage of a new political reality in Iran, which came about because of elections that brought moderates to power in that country — was largely manufactured for the purpose for selling the deal. Even where the particulars of that story are true, the implications that readers and viewers are encouraged to take away from those particulars are often misleading or false. Obama’s closest advisers always understood him to be eager to do a deal with Iran as far back as 2012, and even since the beginning of his presidency. “It’s the center of the arc,” Rhodes explained to me two days after the deal, officially known as the Joint Comprehensive Plan of Action, was implemented. He then checked off the ways in which the administration’s foreign-policy aims and priorities converged on Iran. “We don’t have to kind of be in cycles of conflict if we can find other ways to resolve these issues,” he said. “We can do things that challenge the conventional thinking that, you know, ‘AIPAC doesn’t like this,’ or ‘the Israeli government doesn’t like this,’ or ‘the gulf countries don’t like it.’ It’s the possibility of improved relations with adversaries. It’s nonproliferation. So all these threads that the president’s been spinning — and I mean that not in the press sense — for almost a decade, they kind of all converged around Iran.”

In the narrative that Rhodes shaped, the “story” of the Iran deal began in 2013, when a “moderate” faction inside the Iranian regime led by Hassan Rouhani beat regime “hard-liners” in an election and then began to pursue a policy of “openness,” which included a newfound willingness to negotiate the dismantling of its illicit nuclear-weapons program. The president set out the timeline himself in his speech announcing the nuclear deal on July 14, 2015: “Today, after two years of negotiations, the United States, together with our international partners, has achieved something that decades of animosity has not.” While the president’s statement was technically accurate — there had in fact been two years of formal negotiations leading up to the signing of the J.C.P.O.A. — it was also actively misleading, because the most meaningful part of the negotiations with Iran had begun in mid-2012, many months before Rouhani and the “moderate” camp were chosen in an election among candidates handpicked by Iran’s supreme leader, the Ayatollah Ali Khamenei. The idea that there was a new reality in Iran was politically useful to the Obama administration. By obtaining broad public currency for the thought that there was a significant split in the regime, and that the administration was reaching out to moderate-minded Iranians who wanted peaceful relations with their neighbors and with America, Obama was able to evade what might have otherwise been a divisive but clarifying debate over the actual policy choices that his administration was making. By eliminating the fuss about Iran’s nuclear program, the administration hoped to eliminate a source of structural tension between the two countries, which would create the space for America to disentangle itself from its established system of alliances with countries like Saudi Arabia, Egypt, Israel and Turkey. With one bold move, the administration would effectively begin the process of a large-scale disengagement from the Middle East.

The nerve center for the selling of the Iran deal to Congress, which took place in a concentrated three-month period between July and September of last year, was located inside the White House, and is referred to by its former denizens as “the war room.” Chad Kreikemeier, a Nebraskan who had worked in the White House Office of Legislative Affairs, helped run the team, which included three to six people from each of several agencies, he says, which were the State Department, Treasury, the American delegation to the United Nations (i.e., Samantha Power), “at times D.O.D.” (the Department of Defense) and also the Department of Energy and the National Security Council. Rhodes “was kind of like the quarterback,” running the daily video conferences and coming up with lines of attack and parry. “He was extremely good about immediately getting to a phrase or a way of getting the message out that just made more sense,” Kreikemeier remembers. Framing the deal as a choice between peace and war was Rhodes’s go-to move — and proved to be a winning argument.

The person whom Kreikemeier credits with running the digital side of the campaign was Tanya Somanader, 31, the director of digital response for the White House Office of Digital Strategy, who became known in the war room and on Twitter as @TheIranDeal. Early on, Rhodes asked her to create a rapid-response account that fact-checked everything related to the Iran deal. “So, we developed a plan that was like: The Iran deal is literally going to be the tip of everything that we stand up online,” Somanader says. “And we’re going to map it onto what we know about the different audiences we’re dealing with: the public, pundits, experts, the right wing, Congress.” By applying 21st-century data and networking tools to the white-glove world of foreign affairs, the White House was able to track what United States senators and the people who worked for them, and influenced them, were seeing online — and make sure that no potential negative comment passed without a tweet.
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Rhodes (center) and Josh Earnest, the White House press secretary, listening as President Obama spoke to reporters during an off-the-record discussion. Credit Stephen Crowley/The New York Times

As she explained how the process worked, I was struck by how naïve the assumption of a “state of nature” must seem in an information environment that is mediated less and less by experienced editors and reporters with any real prior knowledge of the subjects they write about. “People construct their own sense of source and credibility now,” she said. “They elect who they’re going to believe.” For those in need of more traditional-seeming forms of validation, handpicked Beltway insiders like Jeffrey Goldberg of The Atlantic and Laura Rozen of Al-Monitor helped retail the administration’s narrative. “Laura Rozen was my RSS feed,” Somanader offered. “She would just find everything and retweet it.”

Rhodes’s messaging campaign was so effective not simply because it was a perfectly planned and executed example of digital strategy, but also because he was personally involved in guiding the deal itself. In July 2012, Jake Sullivan, a close aide to Hillary Clinton, traveled to Muscat, Oman, for the first meeting with the Iranians, taking a message from the White House. “It was, ‘We’re prepared to open a direct channel to resolve the nuclear agreement if you are prepared to do the same thing and authorize it at the highest levels and engage in a serious discussion on these issues,’ ” Sullivan remembers. “Once that was agreed to, it was quickly decided that we resolve the nuclear agreement in two steps, the interim agreement and the final agreement.” Subsequent meetings with the Iranians followed, during which he was joined by Deputy Secretary of State Bill Burns. “Bill and I had a huge amount of license to explore what the terms would look like, within the negotiating parameters,” Sullivan says. “What the precise trade-offs would be, between forms of sanctions relief and forms of restraints on their programs, that was left to us to feel out.”

The fact that the president largely let his surrogates do the talking and the selling of the Iran deal — and even now, rarely talks about it in public — does not reflect his level of direct engagement. Sullivan and Burns spent hours before and after every session in Oman with the president and his closest advisers in the White House. When the president wasn’t present, Rhodes always was. “Ben and I, in particular, the two of us, spent a lot of time thinking through all the angles,” Sullivan says. “We spent three, four, five hours together in Washington talking things through before the meetings.” In March 2013, a full three months before the elections that elevated Hassan Rouhani to the office of president, Sullivan and Burns finalized their proposal for an interim agreement, which became the basis for the J.C.P.O.A.

The White House point person during the later stage of the negotiations was Rob Malley, a favored troubleshooter who is currently running negotiations that could keep the Syrian dictator Bashar al-Assad in power. During the course of the Iran talks, Malley told me, he always kept in close contact with Rhodes. “I would often just call him and say, ‘Give me a reality check,’ ” Malley explained. “He could say, ‘Here is where I think the president is, and here is where I think he will be.’ ” He continued, “Ben would try to anticipate: Does it make sense policywise? But then he would also ask himself: How do we sell it to Congress? How do we sell it to the public? What is it going to do to our narrative?”

Malley is a particularly keen observer of the changing art of political communication; his father, Simon Malley, who was born in Cairo, edited the politics magazine Afrique Asie and proudly provided a platform for Fidel Castro and Yasir Arafat, in the days when the leaders’ words might take weeks to travel from Cuba or Cairo to Paris. “The Iran experience was the place where I saw firsthand how policy, politics and messaging all had to be brought together, and I think that Ben is really at the intersection of all three,” Malley says. “He reflects and he shapes at the same time.”

As Malley and representatives of the State Department, including Wendy Sherman and Secretary of State John Kerry, engaged in formal negotiations with the Iranians, to ratify details of a framework that had already been agreed upon, Rhodes’s war room did its work on Capitol Hill and with reporters. In the spring of last year, legions of arms-control experts began popping up at think tanks and on social media, and then became key sources for hundreds of often-clueless reporters. “We created an echo chamber,” he admitted, when I asked him to explain the onslaught of freshly minted experts cheerleading for the deal. “They were saying things that validated what we had given them to say.”

When I suggested that all this dark metafictional play seemed a bit removed from rational debate over America’s future role in the world, Rhodes nodded. “In the absence of rational discourse, we are going to discourse the [expletive] out of this,” he said. “We had test drives to know who was going to be able to carry our message effectively, and how to use outside groups like Ploughshares, the Iran Project and whomever else. So we knew the tactics that worked.” He is proud of the way he sold the Iran deal. “We drove them crazy,” he said of the deal’s opponents.

Yet Rhodes bridled at the suggestion that there has been anything deceptive about the way that the agreement itself was sold. “Look, with Iran, in a weird way, these are state-to-state issues. They’re agreements between governments. Yes, I would prefer that it turns out that Rouhani and Zarif” — Mohammad Javad Zarif, Iran’s foreign minister — “are real reformers who are going to be steering this country into the direction that I believe it can go in, because their public is educated and, in some respects, pro-American. But we are not betting on that.”

In fact, Rhodes’s passion seems to derive not from any investment in the technical specifics of sanctions or centrifuge arrays, or any particular optimism about the future course of Iranian politics and society. Those are matters for the negotiators and area specialists. Rather, it derived from his own sense of the urgency of radically reorienting American policy in the Middle East in order to make the prospect of American involvement in the region’s future wars a lot less likely. When I asked whether the prospect of this same kind of far-reaching spin campaign being run by a different administration is something that scares him, he admitted that it does. “I mean, I’d prefer a sober, reasoned public debate, after which members of Congress reflect and take a vote,” he said, shrugging. “But that’s impossible.”

Getting Rhodes to speak directly about the man whose gestalt he channels is a bit like asking someone to look into a mirror while describing someone else’s face. The Obama he talks about in public is, in part, a character that he has helped to create — based on a real person, of course — and is embedded in story lines that he personally constructs and manages. At the same time, he believes very deeply in Obama, the man and the president, and in the policies that he has helped to structure and sell on his behalf.

Obama’s particular revulsion against a certain kind of global power politics is a product, Rhodes suggests, of his having been raised in Southeast Asia. “Indonesia was a place where your interaction at that time with power was very intimate, right?” Rhodes asks. “Tens or hundreds of thousands of people had just been killed. Power was not some abstract thing,” he muses. “When we sit in Washington and debate foreign policy, it’s like a Risk game, or it’s all about us, or the human beings disappear from the decisions. But he lived in a place where he was surrounded by people who had either perpetrated those acts — and by the way, may not have felt great about that — or else knew someone who was a victim. I don’t think there’s ever been an American president who had an experience like that at a young age of what power is.”

The parts of Obama’s foreign policy that disturb some of his friends on the left, like drone strikes, Rhodes says, are a result of Obama’s particular kind of globalism, which understands the hard and at times absolute necessity of killing. Yet, at the same time, they are also ways of avoiding more deadly uses of force — a kind of low-body-count spin move.

‘We created an echo chamber,’ he admitted, when I asked him to explain the onslaught of freshly minted experts cheerleading for the deal. ‘They were saying things that validated what we had given them to say.’

He leans back and opens a drawer in the file cabinet behind his desk, and removes a folder. “I was going to show you something,” he says, removing a sheaf of yellow legal paper covered in longhand. “Just to confirm for you that he really is a writer.” He shows me the president’s copy of his Nobel Peace Prize acceptance speech, a revision of an original draft by Favreau and Rhodes whose defining tension was accepting a prize awarded before he had actually accomplished anything. In his longhand notes, Obama relocated the speech’s tension in the fact that he was accepting a peace prize a week after ordering 30,000 more troops to Afghanistan. King and Gandhi were the author’s heroes, yet he couldn’t act as they did, because he runs a state. The reason that the author had to exercise power was because not everyone in the world is rational.

We sit for a while, and I examine the president’s thoughts unfolding on the page, and the lawyerly, abstract nature of his writing process. “Moral imagination, spheres of identity, but also move beyond cheap lazy pronouncements,” one note reads. Here was the new American self — rational, moral, not self-indulgent. No longer one thing but multiple overlapping spheres or circles. Who is described here? As usual, the author is describing himself.

Valerie Jarrett has been called the president’s work wife and is the only member of the West Wing staff who knew Obama before he began contemplating a run for the presidency. What I want to understand better, I tell her, are the swirls of the president’s emotional fingerprint, which I saw in the longhand draft of his Nobel speech. We talk for a while about being American and at the same time being from somewhere else, and the split-screen experience of reality that experience allows. Jarrett was born in Iran and spent her early childhood there.

“Was it a point of connection between you and the president that you had each spent some substantial part of your childhoods living in another country?” I ask. Her face lights up.

“Absolutely,” she answers. The question is important to her. “The first conversation we had over dinner, when we first met, was about what it was like for both of us to live in countries that were predominantly Muslim countries at formative parts of our childhood and the perspective it gave us about the United States and how uniquely excellent it is,” she says. “We talked about what it was like to be children, and how we played with children who had totally different backgrounds than our own but you would find something in common.” She recalls her very first dinner together with the new fiancé of her protégée Michelle Robinson. “I remember him asking me questions that I felt like no one else has ever asked me before,” she says, “and he asked me from a perspective of someone who knew the same experience that I had. So it felt really good. I was like, ‘Oh, finally someone who gets it.’ ”

Barack Obama is not a standard-issue liberal Democrat. He openly shares Rhodes’s contempt for the groupthink of the American foreign-policy establishment and its hangers-on in the press. Yet one problem with the new script that Obama and Rhodes have written is that the Blob may have finally caught on.

“He is a brilliant guy, but he has a real problem with what I call the assignment of bad faith,” one former senior official told me of the president. “He regards everyone on the other side at this point as being a bunch of bloodthirsty know-nothings from a different era who play by the old book. He hears arguments like, ‘We should be punching Iran in the nose on its shipments of arms, and do it publicly,’ or ‘We should sanction the crap out of them for their ballistic-missile test and tell them that if they do it again we’re going to do this or we’re going to do that,’ and he hears Dick Cheney in those arguments.”

Another official I spoke to put the same point more succinctly: “Clearly the world has disappointed him.” When I asked whether he believed that the Oval Office debate over Syria policy in 2012 — resulting in a decision not to support the uprising against Assad in any meaningful way — had been an honest and open one, he said that he had believed that it was, but has since changed his mind. “Instead of adjusting his policies to the reality, and adjusting his perception of reality to the changing realities on the ground, the conclusions he draws are exactly the same, no matter what the costs have been to our strategic interests,” he says. “In an odd way, he reminds me of Bush.” The comparison is a startling one — and yet, questions of tone aside, it is uncomfortably easy to see the similarities between the two men, American presidents who projected their own ideas of the good onto an indifferent world.

One of the few charter members of the Blob willing to speak on the record is Leon Panetta, who was Obama’s head of the C.I.A. and secretary of defense and also enough of a product of a different culture to give honest answers to what he understands to be questions of consequence. At his institute at the old Fort Ord in Seaside, Calif., where, in the days before he wore Mr. Rogers sweaters, he served as a young Army intelligence officer, I ask him about a crucial component of the administration’s public narrative on Iran: whether it was ever a salient feature of the C.I.A.’s analysis when he ran the agency that the Iranian regime was meaningfully divided between “hard-line” and “moderate” camps.

“No,” Panetta answers. “There was not much question that the Quds Force and the supreme leader ran that country with a strong arm, and there was not much question that this kind of opposing view could somehow gain any traction.”

I ask Panetta whether, as head of the C.I.A., or later on, as secretary of defense, he ever saw the letters that Obama covertly sent to Khamenei, in 2009 and in 2012, which were only reported on by the press weeks later.

“No,” he answers, before saying he would “like to believe” that Tom Donilon, national security adviser since 2010, and Hillary Clinton, then secretary of state, had a chance to work on the offer they presented.
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Rhodes in his White House office. Credit Doug Mills/The New York Times

As secretary of defense, he tells me, one of his most important jobs was keeping Prime Minister Benjamin Netanyahu of Israel and his defense minister, Ehud Barak, from launching a pre-emptive attack on Iran’s nuclear facilities. “They were both interested in the answer to the question, ‘Is the president serious?’ ” Panetta recalls. “And you know my view, talking with the president, was: If brought to the point where we had evidence that they’re developing an atomic weapon, I think the president is serious that he is not going to allow that to happen.”

Panetta stops.

“But would you make that same assessment now?” I ask him.

“Would I make that same assessment now?” he asks. “Probably not.”

He understands the president’s pivot toward Iran as the logical result of a deeply held premise about the negative effects of use of American military force on a scale much larger than drone strikes or Special Forces raids. “I think the whole legacy that he was working on was, ‘I’m the guy who’s going to bring these wars to an end, and the last goddamn thing I need is to start another war,’ ” he explains of Obama. “If you ratchet up sanctions, it could cause a war. If you start opposing their interest in Syria, well, that could start a war, too.”

In Panetta’s telling, his own experience at the Pentagon under Obama sometimes resembled being installed in the driver’s seat of a car and finding that the steering wheel and brakes had been disconnected from the engine. Obama and his aides used political elders like him, Robert Gates and Hillary Clinton as cover to end the Iraq war, and then decided to steer their own course, he suggests. While Panetta pointedly never mentions Rhodes’s name, it is clear whom he is talking about.

“There were staff people who put themselves in a position where they kind of assumed where the president’s head was on a particular issue, and they thought their job was not to go through this open process of having people present all these different options, but to try to force the process to where they thought the president wanted to be,” he says. “They’d say, ‘Well, this is where we want you to come out.’ And I’d say ‘[expletive], that’s not the way it works. We’ll present a plan, and then the president can make a decision.’ I mean, Jesus Christ, it is the president of the United States, you’re making some big decisions here, he ought to be entitled to hear all of those viewpoints and not to be driven down a certain path.”

But that can’t be true, I tell Panetta, because the aides he is talking about had no independent power aside from the authority that the president himself gave them.

“Well, that’s a good question,” Panetta allows. “He’s a smart guy, he’s not dumb.” It’s all part of the Washington blame game. Just as Panetta can blame young aides in order to avoid blaming the president for his actual choices, the president used his aides to tell Panetta to take a hike. Perhaps the president and his aides were continually unable to predict the consequences of their actions in Syria, and made mistake after mistake, while imagining that it was going to come out right the next time. “Another read, which isn’t necessarily opposed to that,” I continue, “is that their actual picture is entirely coherent. But if they put it in blunt, unnuanced terms — ”

Panetta completes my sentence: “ — they’d get the [expletive] kicked out of them.” He looks at me curiously. “Let me ask you something,” he says. “Did you present this theory to Ben Rhodes?”

“Oh, God,” Rhodes says. “The reason the president has bucked a lot of establishment thinking is because he does not agree with establishment thinking. Not because I or Denis McDonough are sitting here.” He pushes back in his chair. “The complete lack of governance in huge swaths of the Middle East, that is the project of the American establishment,” he declares. “That as much as Iraq is what angered me.”

There is something dangerously naïve about this kind of talk, in which words like “balance,” “stakeholders” and “interests” are endlessly reshuffled like word tiles in a magnetic-poetry set, with little regard for the immutable contingencies that shaped America’s role in the world. But that’s hardly fair. Ben Rhodes wanted to do right, and maybe, when the arc of history lands, it will turn out that he did. At least, he tried. Something scared him, and made him feel as if the grown-ups in Washington didn’t know what they were talking about, and it’s hard to argue that he was wrong.

What has interested me most about watching him and his cohort in the White House over the past seven years, I tell him, is the evolution of their ability to get comfortable with tragedy. I am thinking specifically about Syria, I add, where more than 450,000 people have been slaughtered.

“Yeah, I admit very much to that reality,” he says. “There’s a numbing element to Syria in particular. But I will tell you this,” he continues. “I profoundly do not believe that the United States could make things better in Syria by being there. And we have an evidentiary record of what happens when we’re there — nearly a decade in Iraq.”

Iraq is his one-word answer to any and all criticism. I was against the Iraq war from the beginning, I tell Rhodes, so I understand why he perpetually returns to it. I also understand why Obama pulled the plug on America’s engagement with the Middle East, I say, but it was also true as a result that more people are dying there on his watch than died during the Bush presidency, even if very few of them are Americans. What I don’t understand is why, if America is getting out of the Middle East, we are apparently spending so much time and energy trying to strong-arm Syrian rebels into surrendering to the dictator who murdered their families, or why it is so important for Iran to maintain its supply lines to Hezbollah. He mutters something about John Kerry, and then goes off the record, to suggest, in effect, that the world of the Sunni Arabs that the American establishment built has collapsed. The buck stops with the establishment, not with Obama, who was left to clean up their mess.

It is clearly time for me to go. Rhodes walks me out into the sunlight of the West Wing parking lot, where we are treated to the sight of the aged Henry Kissinger, who has come to pay a visit. I ask Rhodes if he has ever met the famous diplomat before, and he tells me about the time they were seated together at a state dinner for the president of China. It was an interesting encounter to imagine, between Kissinger, who made peace with Mao’s China while bombing Laos to bits, and Rhodes, who helped effect a similar diplomatic volte-face with Iran but kept the United States out of a civil war in Syria, which has caused more than four million people to become refugees. I ask Rhodes how it felt being seated next to the embodiment of American realpolitik. “It was surreal,” he says, looking off into the middle distance. “I told him I was going to Laos,” he continues. “He got a weird look in his eye.”

There is nothing snarky about his delivery. Rhodes just was bothered by seeing legless kids and unexploded cluster bombs in the jungle. He is not Henry Kissinger, or so his logic runs, even as the underlying realist suspicion — or contempt — for the idea of America as a moral actor is eerily similar. He is torn. As the president himself once asked, how are we supposed to weigh the tens of thousands who have died in Syria against the tens of thousands who have died in Congo? What power means is that the choice is yours, no matter who is telling the story.

David Samuels last wrote for the magazine about Susan Lindauer, an activist who tried to stop the Iraq war by serving as an intermediary between Saddam Hussein and George W. Bush.

International
Non massif à un revenu minimum garanti en Suisse
Radio Canada

5 juin 2016

Une grande majorité des électeurs suisses ont rejeté dimanche l’idée d’imposer un revenu minimum garanti, un concept d’aide sociale étudié par de nombreux pays.
Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Quelque 76,9 % des citoyens ont voté non, selon les résultats définitifs d’un référendum au taux de participation de 46 %.

Avec le « revenu de base inconditionnel », le gouvernement aurait versé un montant mensuel à tous les Suisses et à tous les étrangers vivant au pays depuis au moins 5 ans. Les adultes auraient reçu chaque mois 2500 francs suisses (3309 $) et les mineurs, 625 francs (827 $), dans un pays où le salaire médian est de 6000 francs (7941 $).

Le revenu de base inconditionnel avait suscité de vifs débats en Suisse, où, en 2012, les électeurs ont rejeté l’idée de faire passer leurs congés payés de 4 à 6 semaines. Le projet, d’initiative populaire, était uniquement soutenu par le parti des Verts. Les autres formations, dont le gouvernement, y voyaient un projet utopique et trop coûteux.

Les organisateurs de la consultation ont célébré ce qu’ils ont vu comme une « demi-victoire. » Seuls quelques communes et certains quartiers de Genève et de Zurich ont appuyé la proposition.

En Finlande et au Canada

La Suisse est le premier pays à tenir un référendum national sur l’idée d’avoir un revenu minimum garanti pour tous.

D’autres pays, comme la Finlande, étudient des projets de ce genre. Au Canada, un projet-pilote a eu lieu dans les années 1970 à Dauphin, au Manitoba. L’Ontario a promis dans son budget de février dernier d’en lancer un. Le Québec entend étudier la question.
Demandes d’asile et sélection d’embryons

D’autres sujets faisaient aussi l’objet d’une consultation populaire dimanche, dont l’idée d’accélérer les procédures d’asile et celle d’autoriser le « diagnostic préimplantatoire ». Il s’agit d’une technique de sélection et de congélation d’embryons réservée aux couples porteurs de maladies héréditaires graves ou incapables d’enfanter par voie naturelle.

Les électeurs ont appuyé à 66,8 % le projet de loi qui propose d’achever les procédures d’asile en 140 jours maximum, au lieu de 400 actuellement. Ils ont aussi dit oui à 62,4 % au diagnostic préimplantatoire, une loi qualifiée d’eugéniste par ses adversaires.

Grâce à leur système de démocratie directe, les Suisses se prononcent trois à quatre fois l’an sur diverses questions. Celles-ci sont proposées par le gouvernement, ou à travers des initiatives populaires qui ont cumulé un minimum de 100 000 signatures.

Voir de même:

La France oppose son silence à la célébration du Ramadan, hormis Alain Juppé qui porte plainte contre X…

Oumma.com

7 juin 2016

Alors que l’on a vainement tendu l’oreille pour percevoir, depuis l’Elysée, les vœux de Bon Ramadan du président Hollande, et que l’on a cherché en pure perte le moindre communiqué ou encore vidéo qui aurait illustré en images cette scène en tout point mémorable, à Londres, Berlin, Washington ou encore Ottawa, les homologues de notre chef de l’Etat ne se sont pas fait prier pour saluer l’arrivée de ce mois béni dans leur contrée respective.

Cette singulière posture, laïque à l’extrême, de notre monarchie républicaine n’est pas du meilleur effet à l’échelle internationale, et tandis que David Cameron, Angela Merkel, Barack Obama et Justin Trudeau, pour ne citer que ceux-là, ont rivalisé de paroles bienveillantes, François Hollande s’est muré dans un silence assourdissant des plus éloquents…

« C’est le mois sacré du ramadan, un moment où les mosquées ouvrent leurs portes, les centres communautaires accueillent leurs voisins, et même les églises et les synagogues offrent leurs espaces aux musulmans pour la rupture du jeûne et les gens de toutes les religions ainsi que ceux qui n’en ont pas sont souvent invités à s’y joindre […]   Continuons de nous réunir pour l’iftar et les événements communautaires.  Célébrons la fierté, la multi-race et la multi-foi de la démocratie ! », a déclaré le Premier ministre britannique, pendant qu’au même moment la chancelière allemande tweetait « A tous les citoyens musulmans, je souhaite un ramadan béni et paisible », après avoir annoncé sa décision d’exempter les propriétaires des marchés et des restaurants islamiques des impôts tout au long du mois sacré.

Depuis son bureau ovale et alors qu’il amorce la dernière ligne droite de son mandat, Barack Obama s’est fait un devoir de perpétuer la grande tradition des voeux adressés à ses concitoyens musulmans, en ces termes : « A l’heure où  les Américains musulmans célèbrent le mois sacré, je me rappelle que nous sommes une famille américaine. Comme les communautés musulmanes américaines, je rejette fermement les voix qui cherchent à nous diviser ou limiter nos libertés religieuses. Nous continuerons d’accueillir des immigrants et des réfugiés dans notre pays, y compris ceux qui sont musulmans », a-t-il insisté, en soulignant qu’avec son épouse, ils ont  « hâte d’ouvrir les portes de la Maison Blanche pour les Américains musulmans pendant cette occasion spéciale ».

Propulsé au sommet du pays de l’érable depuis un an, Justin Trudeau, le Premier ministre canadien qui s’inscrit dans la lignée des autres dirigeants cités précédemment, s’est empressé de renouveler par écrit les vœux formulés l’année  dernière, en y apportant sa touche toute personnelle  : « Le ramadan nous rappelle à tous de témoigner de notre reconnaissance pour les innombrables bénédictions dont nous jouissons et de faire passer les besoins des autres avant les nôtres. Prenons le temps de reconnaître, et de montre notre gratitude pour les contributions inestimables de nos communautés musulmanes qui enrichissent notre tissu national chaque jour. La diversité culturelle du Canada est l’une de nos plus grandes forces et sources de fierté », a-t-il assuré, avant d’ajouter : « Au nom de notre famille, Sophie et moi souhaitons à tous ceux qui observent ce mois sacré un ramadan béni et paisible ».

Dans ce désert de souhaits ramadaniens si typiquement français, le seul et unique communiqué officiel ayant trait au mois béni a pris la forme d’une plainte contre X signée Alain Juppé !  En effet, le maire de Bordeaux, outré par la diffusion d’un faux tweet (voir ci-dessous) dans lequel on lui a prêté des vœux qu’il n’a jamais formulés, a réagi promptement en saisissant la justice de ce « piratage », tout en rassurant le bon peuple sur son inclination spirituelle : «  Je vous confirme que je suis toujours catholique, même si je ne suis pas très pratiquant ! », a-t-il affirmé avec une pointe d’ironie.

Ce sont bien là les seuls mots de la langue Molière qui auront rompu le vœu de silence officiel à l’égard du Ramadan, et il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser à la lueur des vœux présentés dans toutes les langues et depuis différents centres névralgiques du pouvoir politique, aux quatre coins du globe !

Voir encore:

Declassified

The Obama-Trump Doctrine

Bloomber
Eli Lake
March 11, 2016

From a distance, Donald Trump and Barack Obama have very different outlooks on the world. The president is a hyper-rational « Spockian, » to borrow Jeffrey Goldberg’s phrase from his new Atlantic article on the president’s foreign policy. He calmly lectures on the limits of U.S. power and the importance of the American moral example.

Trump is bombastic. He threatens the families of terrorists and only belatedly revoked his promise to bring back waterboarding and « much worse. »

Obama regards his nuclear agreement with Iran as a great achievement. Trump calls it the dumbest deal in the history of deal-making. Obama has pushed for the Trans-Pacific Partnership free-trade deal. Trump threatens to bring back tariffs.

These differences are real. But Goldberg’s deeply reported essay shows that for all their differences, Trump and Obama share similar foreign policy instincts. Both men, for example don’t think much of America’s traditional alliances. Nor do they think much of the U.S. foreign policy establishment. Both also profess to have a soft spot for the bloodless foreign policy realism of George H.W. Bush. Obama is a fan of Bush’s national security adviser, Brent Scowcroft. Trump says he admires Richard Haass, a protégé of Scowcroft and currently the president of the Council on Foreign Relations.

Let’s start with freeloading allies. Speaking of the U.K.’s cuts to its military budget, the president told Goldberg, « free riders bother me. » It’s a theme for Obama: Longtime U.S. allies, particularly in the Middle East, take advantage of their superpower friend and try to enlist the U.S. to support their narrow sectarian agendas. He says, for example, that Saudi Arabia needs to learn how to share the Middle East with Iran. He was angry that King Abdullah of Jordan allegedly told members of Congress that he had more faith in U.S. power than Obama does.

On Libya, the president has reflected on the U.S. intervention and concluded his mistake was in trusting European and Gulf allies to do more to rebuild the country after Muammar Qaddafi’s regime was toppled. « When I go back and I ask myself what went wrong,” the president told Goldberg. « There’s room for criticism, because I had more faith in the Europeans, given Libya’s proximity, being invested in the follow-up. »

Trump would also like America’s allies to pay their fair financial share. He has proposed making Japan pay the U.S. more for the privilege of hosting its military in Okinawa. He promises at nearly every campaign appearance that Mexico will pay for a wall along America’s southern border. In the first debate after Super Tuesday, Trump said he would get U.S. Gulf allies to pay for a combat force to stop the Islamic State.

Trump and Obama also share a similar disdain for the expert class. Goldberg recounts that one White House official refers to Massachusetts Avenue in Washington, where most of the major think tanks are, as « Arab-occupied territory, » because of the money Gulf states have invested in these institutions.

Critics of his foreign policy bewilder Obama. When pressed about the view that his decision to back away from his red line on Syria’s use of chemical weapons may have persuaded Putin that he would pay no real price for invading Ukraine, Obama sounded petulant. « Look, this theory is so easily disposed of that I’m always puzzled by how people make the argument, » he said, recounting how Russia invaded Georgia in George W. Bush’s last year in office, while the U.S. was surging troops in Iraq.

Trump’s disdain for foreign policy eminences is less literate than Obama’s. While Obama could talk for hours, it seems, about the subtle distinctions between liberal internationalism and realpolitik, Trump can’t be bothered with such nuance. His campaign does not put out policy papers. When asked over the summer who he turns to for foreign policy advice, Trump said he watches the 24-hour news channels.

And yet Trump, like Obama, is still opposing the last war. Obama sold his Iran deal by attacking its critics for supporting the Iraq invasion. Trump dismisses criticism from Republican Senators Lindsey Graham and John McCain by ridiculing their advocacy for the Iraq war.

Trump and Obama also have similar approaches to Russia. Obama did nothing this summer as the Kremlin moved military personnel and equipment to Syria to begin its air war on the Islamic State. Trump has asked why the U.S. should object to this campaign that Obama’s inaction helped enable.

Goldberg reports how Obama rejected Secretary of State John Kerry’s recommendations for air strikes against Syrian dictator Bashar al-Assad. Trump, too, has questioned why the U.S. should stand in the way of Assad’s war against what he sees as a dangerous opposition. (At the same time, he has mused that Obama’s reluctance to intervene earlier has been a cause of the current refugee crisis for Europe).

Like Obama in 2008, Trump has proposed a reset with Russia. In a debate in September, he promised that when he was president, « We won’t have the kind of problems our country has right now with Russia and many other nations. »

Trump’s promise to start over with Putin must sting Obama. After all, the president has little to show in 2016 for the reset he enacted in 2009. Then again, Obama has little to show for most of his foreign policy: Despite his best intentions, the world has become more dangerous during Obama’s presidency. The state system in the Middle East is collapsing. Many of America’s traditional alliances have frayed. Jihadists have established more safe havens in ungoverned spaces.

This will be Trump’s problem if his campaign for the presidency succeeds. And it’s hard to know exactly what Trump would do about it. In the last month, he has reversed himself on torture, on visas for highly skilled workers and on ground troops for Syria. Like demagogues before him, Trump is happy to be inconsistent.

Obama, too, has been inconsistent. Goldberg concludes that the president today does not think the Middle East is worth much American blood and treasure. Despite the protests of allies and experts, Obama still doesn’t think the crisis in Syria is a more serious national security challenge than climate change. Obama made a point of saying how his decision to walk away from his own red line on Syria’s use of chemical weapons was one of the proudest moments of his presidency.

And yet, Obama’s successor will inherit U.S. military campaigns in Iraq, Syria and Afghanistan, and possibly even Libya if Obama’s generals get their way. For all the talk of ending dumb wars, Obama is still fighting them. Trump promises that he would win them, but he never says how. Perhaps he should talk to some of the foreign policy experts and allies that he and Obama so disdain.

Voir par ailleurs:

Pragmatisme ou abandon?

Violette Soriano

Le gouvernement mexicain a publié un guide illustré à l’usage des migrants illégaux !…

« Le but de ce guide est de te donner quelques conseils pratiques qui pourraient être utiles au cas où tu aurais pris la décision difficile de rechercher de nouvelles opportunités d’emploi hors de ton pays”

Certains mouvements politiques modernes parlent d’un système qui serait plus proche de ce que l’on appelle le “sens commun” ou le “pragmatisme”. En effet, on pourrait se demander pourquoi tout doit toujours être compliqué lorsqu’on en vient à la politique. L’Afrique a besoin de nourriture, nous en avons trop, le problème devrait être simple, mais il ne l’est pas. La première fois que j’ai été confrontée au « Guide du migrant », publié en 2004 par le gouvernement Mexicain, j’ai pensé qu’il pourrait être le résultat d’une nouvelle sorte de politique pragmatique qui aiderait les citoyens à arriver sains et saufs dans un autre pays et non pas à essayer de les garder à tout prix, quand ils veulent partir. Il m’a semblé qu’il pourrait s’agir d’une tentative assez intelligente. Les citoyens Mexicains essaient toujours de passer la frontière américaine, presque dix ans après la publication de ce guide…donc, peut être que leur fuite est inévitable ? Cela pourrait être un acte courageux, une confrontation à la dure vérité.
Mais après une lecture plus attentive, j’ai été frappée par le fait que ce guide était en fait un acte d’abandon, le signe d’un gouvernement qui ne se concentre pas sur la bonne question. Le gouvernement ne devrait pas s’intéresser au “comment” les mexicains quittent le pays, mais à la question de savoir pourquoi ils fuient. Là devrait être leur attention. Ce document inspire donc deux sentiments contradictoires. Quoiqu’il en soit, il possède indéniablement une qualité unique et en dit beaucoup sur l’Amérique Latine d’aujourd’hui. Le guide du migrant est symbolique de ces gens dépourvus de mobilité économique, des différences grandissantes entre les riches et les pauvres en Amérique Latine. Le néo-libéralisme, la globalisation, le libre échange, ont certes été bénéfiques dans une certaine mesure à l’Amérique Latine, mais ils sont surtout synonymes d’une répartition inégale de la richesse.
La première étape de la destruction des communautés agricoles qui est à l’origine de la fuite des sud-américains aux Etats Unis sont les accords sur le libre échange. La signature du NAFTA ( North American Free Trade Agreements) le 1er Janvier 1994 a promis beaucoup de choses à l’Amérique Latine, mais l’ égalité et une distribution égale de la richesse n’était certainement pas l’une d’entre elle. Après l’implantation du NAFTA et la crise économique, les agriculteurs mexicains ne pouvaient plus vivre de manière stable et se contentaient de survivre dans les villages . L’introduction du NAFTA et du néolibéralisme au Mexique a été une catastrophe économique pour un grand nombre des habitants des zone rurales. L’urbanisation et l’industrialisation ont aussi contribué à affaiblir la capacité économique des fermiers ruraux. C’est ainsi que les paysans et les fermiers mexicains sont partis au Nord en quête d’une vie meilleure. Cela n’est pas arrivé seulement au Mexique mais dans une grande partie de l’Amérique centrale également. Les effets du NAFTA ont complètement déstabilisé le système économique de l’Amérique Latine et il est indispensable de comprendre le rôle qu’il a joué sur la communauté agricole et les communautés rurales qui ont été forcées de migrer vers le Nord. Pour bien appréhender ce guide, il faut également comprendre que si 10,6 millions de mexicains n’avaient pas tenté de migrer aux Etats Unis, la situation économique du Mexique aurait été catastrophique.

Le guide du Migrant est écrit en forme d’historieta, une forme bon marché de bande dessinée souvent destinée à une population pauvre et illettrée. D’une certaine façon, ce guide pourrait être compris comme un autoportrait social du Mexique et peut-être d’une partie de l’Amérique Latine. Les migrants mexicains sont représentés de façon très sexuée, ce qui témoigne d’une vision encore très traditionnelle des genres. Les hommes sont des caricatures, forts, musclés, larges, traversant de dangereuses rivières, comme dans les contes héroïques. Les femmes sont représentées cambrées, avec des courbes et des chemises échancrées révélant leurs poitrines et leurs fesses saillantes. Il me semble que c’est assez révélateur de la culture populaire latine. En outre, tout est mis en oeuvre par le gouvernement mexicain pour faire apparaitre favorablement cette quête du pays nouveau . La traversée est présentée comme excitante, presque amusante, un conte, une aventure dans laquelle le migrant se bat pour une vie pleine de succès et d’argent. Le ton infantilisant du guide (“ traverser la rivière peut être dangereux”) me semble complètement déplacé. Des Mexicains meurent tous les jours en traversant la frontière, ce n’est pas une aventure. La mort peut être le prix à payer du départ.

L’histoire du guide du migrant, c’est l’histoire d’un peuple qui fait face à l’incapacité de son gouvernement de lui fournir assez d’espoir en un lendemain meilleur et en des conditions matérielles meilleures. C’est ce que révèle vraiment ce guide. Un gouvernement dos au mur, incapable de fournir les moyens matériels nécessaires à ces situations. Le fait qu’il se concentre sur le “comment” n’a en fait rien à voir avec le pragmatisme. C’est une mesure désespérée, qui montre l’abandon du gouvernement, qui préfère envoyer ses citoyens à l’abattoir. Face à cette réalité, ils n’ont en effet plus qu’ à imprimer ce petit guide pour espérer que certains survivent dans l’illégalité aux Etats-Unis. Voeux pieux pour un Etat, qui connait parfaitement les risques encourus par les candidats à la traversée.

“Pour entrer dans un autre pays en toute sécurité, tu devras obtenir ton passeport qui est émis par les Délégations du Secrétariat des Relations Etrangères, ainsi que ton visa, que tu pourras demander à l’Ambassade ou au Consulat du pays où tu désireras te rendre ». Pourtant, nombre de Mexicains essaient de franchir la frontière nord sans les papiers nécessaires, en passant par des zones extrêmement dangereuses, particulièrement dans les régions désertiques ou encore en traversant des rivières avec des courants forts, difficiles à repérer.
Le gouvernement mexicain est en effet parfaitement au courant que le filet de sécurité américain est très dangereux. Et si je devais trouver une image, ce serait celle du mouvement que font les parents quand ils veulent dire quelque chose d’important à leur jeune enfant : ils se mettent à leur hauteur et leur parle dans les yeux et de très près. Le guide du migrant montre que le gouvernement mexicain tente désespérément de se mettre à la hauteur du peuple pour aider le plus possible, à la manière d’une figure patriarcale. Cela montre que L’Amérique Latine a encore beaucoup à faire. Traiter ses citoyens comme des enfants ne semble pas être une solution intelligente et efficace. En fait, cela sonne plus comme une attitude lâche et populiste.
On pourrait donc dire que ce guide est pertinent dans la mesure où il indique à quel point le NAFTA a entamé la souveraineté du Mexique sur ses propres ressortissants et a créé une forte immigration illégale. Puisque comme le dit clairement le guide, l’immigration légale n’est pas une option viable. Ce traité a poussé un gouvernement à promouvoir en quelque sorte l’immigration illégale et cela en dit beaucoup sur la réalité économique de L’Amérique latine moderne et de sa dépendance aux Etats Unis. Ce guide du migrant raconte l’histoire d’un abandon de l’Etat.

Violette Soriano est étudiante en 5ème année de Sciences Politiques à Paris

Voir enfin:

GUIDE FOR THE MEXICAN MIGRANT

Translation into English from Spanish provided by INFOMUNDO.US as a public service.

Original document GUIA DEL MIGRANTE MEXICANO, accessible on the website http://www.sre.gob.mx/tramites/consulares/guiamigrante/default.htm

FIRST PAGE

Audio (Windows Media)

Track 1: Mexican Consulates

Track 2: Services of Mexican Consulates

Track 3: Rights of Migrants

INTRODUCTION, PAGES 0 – 1

Dear fellow citizen:

This guide tries to provide you with some practical advice that may be useful to you in case you have made the difficult decision to seek new work opportunities outside of your own country.

The safe way to enter another country is by first obtaining your passport, which is issued by the Delegations of the Secretariat of Foreign Relations, and your visa, which you request at the Embassy or Consulate of the country to where you wish to travel.

However, we actually see many cases of Mexicans who try to cross the northern border without the necessary documentation, crossing high-risk zones that are very dangerous, especially in desert areas or rivers with strong and not always noticeable currents.

INTRODUCTION, PAGES 2 – 3

As you read this guide you can also learn some basic questions about legal consequences of your stay in the United States of America without appropriate immigration documents, as well as the rights you have in that country once you are there, independent of your immigration status.

Always keep in mind that there are mechanisms for you to enter the United States of America legally.

In any case, if you encounter problems or difficulties, remember that Mexico has 45 Consulates at its disposal in that country, whose contact information you also can find in this publication.

Identify your Consulate and go to it.

RISKS, PAGES 4 – 5

DANGERS OF CROSSING IN HIGH-RISK ZONES

Crossing the river can be very risky, especially if you cross alone and at night..

Thick clothing weighs you down when it’s wet and makes it hard to swim or float.

RISKS, PAGES 6 – 7

If you cross in the desert, try to travel when the heat is not so intense.

Highways and towns are very far apart, so that it could take you several days to find roads and you will not be able to carry food or water for that long. You could even get lost.

Salted water helps you retain body fluids. Although you get more thirsty, if you drink salted water the risk of dehydration is lessened.

Dehydration symptoms are:

  • Little or no perspiration
  • Dryness of eyes and mouth
  • Headache
  • Fatigue and exhaustion
  • Difficulty in walking and reasoning
  • Hallucinations and mirages

If you get lost follow utility poles, railroad tracks or furrows.

BE CAREFUL OF ALIEN SMUGGLERS, PAGES 8 – 09

BE CAREFUL OF “POLLEROS”, “COYOTES” OR “PATEROS” [Various names for alien smugglers)

They can deceive you by assuring you they’ll cross you [smuggle you across the border] at certain times over mountains or through deserts. This is not true! They can put your life in danger leading you through rivers, irrigation canals, desert areas, along railroad tracks or freeways. This has caused the death of hundreds of people.

If you decide to use the services of a “pollero”, “coyote” or “patero” to cross the border, consider the following precautions to take:

Don’t let him out of your sight; remember that he’s the only one that knows the terrain and therefore is the only one that can guide you safely.

Do not trust anyone who offers to cross you over to the “other side” and asks you to drive a vehicle or carry a package for him. Regularly those…

BE CAREFUL OF ALIEN SMUGGLERS, PAGES 10 – 11

…packages contain drugs or other prohibited substances. For that reason many people have ended up in jail.

If you transport other people you can be confused with an alien smuggler and be accused of alien smuggling yourself or even vehicle theft.

Don’t hand over your minor children to strangers that offer to cross them to the United States.

DO NOT USE FALSE DOCUMENTS, PAGES 12 – 13

DO NOT USE FALSE DOCUMENTS OR DOCUMENTS OF OTHER PEOPLE, NOR DECLARE A FALSE NATIONALITY

If you try to cross with documents that are false or that belong to someone else, keep the following in mind:

The use of documents that are false or that belong to someone else is a Federal crime in the United States, for which you can be criminally prosecuted and end up in jail; the same as if you give a false name or say you are a U.S. citizen when you are not.

Do not lie to U.S. border crossing or inspection booth agents.

IF YOU ARE DETAINED, PAGES 14 – 15

Do not resist arrest.

Do not assault or insult the officer.

Do not throw stones or other objects at the officers nor at the patrol cars, because this is considered a form of provocation.

If the officers feel they’ve been assaulted they will probably use force to detain you.

Raise your hands slowly for them to see you’re unarmed.

Do not carry or hold any objects that could be construed as weapons, such as: lanterns, screwdrivers, blades, knives or stones.

IF YOU ARE DETAINED, PAGE 16 / YOUR RIGHTS, PAGE 17

IF YOU ARE DETAINED

Don’t run or try to escape.

Don’t hide in dangerous places.

Don’t cross freeways.

It’s better for you to be detained for a few hours and be repatriated to Mexico than to get lost in the desert.

YOUR RIGHTS

IF YOU ARE ARRESTED, YOU HAVE RIGHTS!

Give your true name.

If you are a minor and are accompanied by an adult, tell the authorities so they do not separate you.

YOUR RIGHTS / YOUR RIGHTS, PAGES 18 – 19

Your rights are:

To know where you are.

To request to speak to the nearest Mexican Consulate representative in order to receive help.

To not make statements or sign documents, especially if they are in English, without the aid of a defense attorney or Mexican Government Consulate representative.

To receive medical attention if you are injured or in poor health.

To receive respectful treatment regardless of your immigration status.

To be transported safely.

To have water and food when you need it.

You are not obligated to disclose your immigration status when you are detained.

YOUR RIGHTS, PAGES 20 – 21

To not be hit or insulted.

To not be held incommunicado.

In case they take away your personal effects, request a voucher in order to claim them when you are released.

If there is any violation of these rights, it’s important for you to inform your attorney or Mexican Consulate representative that visits you or even the nearest Delegation of the Secretariat of Foreign Relations within Mexico.

If you wish more information and you live in Texas or in Ciudad Acuña, Coahuila, tune in to “The Powerful Station” at AM 1570.

IF YOU ARE ARRESTED / DETAINED, PAGES 22 – 23

IF YOU ARE ARRESTED / DETAINED

If you have already been sentenced for some crime or you are in jail facing criminal prosecution, you have the following rights:

To not be discriminated against by the police, the courts or prison authorities.

To receive visits from consular officials and family members.

To receive appropriate legal counsel without conditions or obstructions.

If you being criminally prosecuted and have not yet been sentenced, ask your attorney or consular representative what the “Plea Agreement” consists of.

Do not plead guilty without first consulting your attorney about the possibilities of winning your case if you go to trial.

It’s important they you know the laws of the American state where you live and work, since each state’s laws are different. Bear in mind the following information:

If you drink don’t drive, since if you do not have papers you can be detained and deported [a bit of INFOMUNDO editorializing here: no word about maiming or killing yourself or others as a drunk driver!].

If a legal resident is cited more than two times for drunk driving, he can be deported.

Do not drive without a driver’s license.

Observe traffic signs and signals and use your seatbelt.

Do not drive without auto insurance nor drive an unknown vehicle.

[THINGS TO] AVOID, PAGES 24 – 25

Do not pick up strangers.

If you commit some traffic violation and are detained by the police, place your hands on the steering wheel and do not get out of the car until the officer requests you to do so.

Avoid calling attention to yourself, at least while you are arranging your residence papers to live in the United States.

The best formula is not to alter your routine of going between work and home.

Avoid noisy parties because the neighbors can get upset and call the police, and you could be arrested.

Avoid fighting.

If you go to a bar or night club and a fight starts, leave immediately, since in the confusion you could be arrested even if you did not do anything wrong.

Avoid family or domestic violence. As in Mexico, it is a crime in the United States.

[THINGS TO] AVOID, PAGES 26 – 27

Domestic violence does not consist solely of hitting others but also can be threats, shouting or mistreatment.

If you are accused of domestic violence against your children, your mate or someone else who lives with toy, you could go to jail. In addition, Child Protective Services authorities could take away your children.

Do not carry firearms, bladed weapons or other dangerous objects.

Keep in mind that many Mexicans have died or are in prison because of these things.

If the police enter your house or apartment, do not resist, but ask to see a search warrant. It’s better to cooperate with them and ask to speak to the nearest Mexican Consulate.

CONSULATES, PAGES 28 – 29

The Secretariat of Foreign Relations has 45 consular representatives within the U.S and on its southern border, which are designed to help you. Remember: if you have been detained or are serving a sentence, you have the right to speak with the nearest Mexican Consulate. Always carry your “Guide to Consular Protection” with you at all times.

Get Near to the Consulate…

Embrace Mexico.

It’s your home, fellow countryman!

  • Secretariat of Foreign Relations
  • General Administration of Protection and Consular Matters.

CONSULATES OF MEXICO IN THE UNITED STATES, PAGES 29 – 30

List of U.S. Cities and phone numbers.

STATES – [MEXICAN] STATE GOVERNMENT OFFICES – DIRECTORY OF OFFICES GIVING ATTENTION TO MIGRANTS IN THE REPUBLIC OF MEXICO, PAGES 31 – END

List of Mexican cities and phone numbers.

BOX ON LAST PAGE:

This consular protection guide is not promoting the crossing [of the border] of Mexicans without legal documentation required by the government of the United States; its objective is to make known the risks implied and to inform about the rights of migrants regardless of their legal residence.


Josephine Baker Day/65e: La seule femme – et Française ! – à avoir eu droit à son discours aux côtés de Monsieur I have a dream lui-même (How colonial Paris totem of primeval sex turned March on Washington only woman speaker gave the world its first Rainbow tribe theme park)

20 mai, 2016

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Josephine Baker and the 'rainbow tribe' in the kitchen at Les Milandes
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Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Comment savoir si nous ne sommes pas en train de distraire le public de la même façon que les zoos humains le faisaient ? Intervenant local d’Exhibit B
Comment être certain que ce n’est pas seulement par curiosité de voir des Noirs que viennent les Blancs ? Intervenant local d’Exhibit
What interests me about human zoos is the way people were objectified. Once you objectify people, you can do the most terrible things to them. But what we are doing here is nothing like these shows, where black people were brought from all over Africa and displayed in villages. I’m interested in the way these zoos legitimised colonial policies. But other than that, they are just a catalyst. (…)  It’s very difficult to get it right. The performers are not asked to look with any anger at all. They must work with compassion. (…) People have said, ‘White boy, you are messing with my culture. You have no right to tell the story of our spiritual practices or our history, because you are getting it all wrong.’ And I can’t defend those works today in the same way I could back then. For all I know, I could look back at Exhibit B in 10 years and say, ‘Oh my God, I am doing exactly what they are accusing me of.’ But that’s the risk you take. It comes with the territory. Brett Bailey
Qu’une exposition au Musée du quai Branly s’attache à nommer les créateurs de la cour royale d’Abomey est important du point de vue de la connaissance historique. Mais surtout d’un point de vue politique et moral, parce que c’est l’une des premières fois qu’une telle tentative est osée en France. Le temps de l’indistinction et de l’anonymat s’achèverait-il enfin? (…) Le temps de l’art « nègre » ou « africain » finit; celui des artistes africains commence. Le Monde
Cette nouvelle et passionnante approche peut s’appliquer aux artistes d’Abomey, parce que les collections françaises sont d’une exceptionnelle richesse. Elles le sont parce que la France a envahi et détruit le royaume d’Abomey en deux guerres, en 1890 et en 1892, et forcé le roi Béhanzin à l’exil. Ses palais ont été pillés et c’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt. Le Monde
Vous savez, plus l’Etat et nos adversaires se radicalisent, plus on se radicalise. Sihama Assbague
Le programme est construit autour de l’axe du racisme d’Etat et des outils pour y faire face et construire des résistances. Les ateliers et formations serviront à la transmission de connaissances et de pratiques aussi bien pour les militant.e.s d’organisations que pour les personnes voulant s’impliquer de façon plus ponctuelles. Camp d’été décolonial
La logique folle et prétendument «anti-système» qui préside à l’organisation de ce type d’événement [L’organisation de «Paroles non-blanches à Paris 8] est exactement la même qui conduit les identitaires d’extrême droite à l’affirmation d’une France «blanche»: les extrêmes, chacun à leur manière, organisent le séparatisme et véhiculent la même logique d’apartheid. Sous couvert d’antiracisme, notre pays risque de voir émerger des «Ku Klux Klan inversés» où le seul critère qui vaille sera la couleur de peau. Encore une fois, les identitaires testent la République et, par glissements successifs, tentent d’affaiblir ses fondements et ses valeurs. (…) Si nous nous taisons aujourd’hui, alors dans quelques semaines, dans quelques mois, nous verrons apparaître des conférences interdites aux blancs et aux juifs, des écoles privées réservées aux « colored people ». Avec de prétendus héritiers de cette nature, Rosa Parks va se retourner dans sa tombe. Alain Jakubowicz
Cette transformation des luttes remonte aux années 1970 aux États-Unis avec une radicalisation du mouvement des droits civiques, qui va se transformer en mouvements beaucoup plus violents, comme les Blacks Panters. Cette radicalité va déteindre sur tous les mouvements gauchistes qui vont revendiquer la lutte au nom d’un critère identitaire. Cette dérive identitaire, qui consiste à penser que certains critères de notre identité sont surdéterminants est commune à l’extrême droite et à l’extrême-gauche, qui s’entretiennent dans une surenchère. C’est le signe d’une déstructuration complète de la politique. Laurent Bouvet
Le principe de «non-mixité» provient directement des études féministes et postcoloniales des universités américaines. Elle doit permettre aux «opprimés» de s’«auto-émanciper» sans l’aide, jugée «paternaliste» des «oppresseurs». Elle se pratique aussi bien dans les milieux dit «antiracistes» que dans les mouvements féministes. Ainsi la commission «féminisme» de Nuit Debout revendique ouvertement la non-mixité. Sont exclus de certains débats les hommes cisgenres (hétérosexuels). Les militantes débattent dans un secteur délimité par des ficelles tendues que n’ont pas le droit de franchir les hommes. (…)«La non-mixité choisie, ce n’est pas pour se retrouver entre femmes mais entre personnes socialement dominées et opprimées, explique au Monde Matt, une des organisatrices de «Féminisme debout». «Il faut des espaces pour que les dominés puissent prendre conscience ensemble des pratiques d’oppression et s’exprimer, sans la présence des dominants.» Eugénie Bastié
Si le fait colonial — premier contact de masse entre l’Europe et le reste du monde — induit encore aujourd’hui une relation complexe entre Nous et les Autres ; ces exhibitions en sont le négatif tout aussi prégnant, car composante essentielle du premier contact, ici, entre les Autres et Nous. Un autre importé, exhibé, mesuré, montré, disséqué, spectularisé, scénographié, selon les attentes d’un Occident en quête de certitudes sur son rôle de « guide du monde », de « civilisation supérieure ». Aussi naturellement que le droit de « coloniser », ce droit d’« exhiber » des « exotiques » dans des zoos, des cirques ou des villages se généralise de Hambourg à Paris, de Chicago à Londres, de Milan à Varsovie… Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Éric Deroo et Sandrine Lemaire
Le concept de « zoo humain » est apparu au début des années 2000 pour décrire une attitude culturelle qui a prévalu au temps des empires coloniaux (États-Unis inclus) jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, attitude qui perdure aujourd’hui mais sous d’autres formes. Il a été popularisé par la publication en 2002 de l’ouvrage Zoos humains ; De la Vénus Hottentote aux reality show, sous la direction de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Éric Deroo et Sandrine Lemaire, historiens français spécialistes du phénomène colonial. Sous prétexte d’exotisme, les expositions coloniales, et d’une manière générale, les expositions universelles, ont été l’occasion de présenter aux publics des métropoles occidentales un échantillon des divers peuples non-occidentaux, chacun mis en situation forcée dans leur environnement reconstitué. Le phénomène d’exhibition apparaît dès l’Antiquité (les Grecs ont leurs sauvages, les Égyptiens ramènent des nains du Soudan pour les exhiber) mais le phénomène de spectacle se développe surtout avec les Grandes découvertes. Christophe Colomb ramène en 1492 six Indiens qu’il présente à la cour d’Espagne. En 1550, des Indiens Tupinamba défilent à Rouen devant Henri II, en 1644 des Groenlandais sont enlevés pour être exposés au roi Frédéric III de Danemark. Les ambassadeurs siamois (en) sont présentés comme un spectacle exotique sous Louis XIV en 1686, comme le Tahitien Omai à la cour d’Angleterre en 17743. Le premier « zoo humain », en Amérique, semble avoir été celui de Moctezuma à Mexico, qui, en plus d’exhiber de vastes collections d’animaux, montrait aussi des êtres humains présentant des difformités : albinos, nains, bossus. À partir du XIXe siècle, ces exhibitions ne sont plus réservées aux élites et se démocratisent, devenant extrêmement populaires, sur le modèle des grands spectacles de foire, avec notamment le développement d’attractions calquées sur le plan de la scénographie, sur celui du zoo itinérant des cirques Barnums, puis allant délibérément réinvestir des zoos existants. Les exemples les plus éloquents sont celui du pygmée congolais Ota Benga placé dans le zoo du Bronx en 1906, des Amérindiens employés lors des Wild West Shows) et du « freak show » où furent exhibés William Henry Johnson, et surtout Saartjie Baartman, surnommée la « Vénus hottentote », dont l’exposition marqua un tournant : l’exotisme laisse alors la place au racialisme, lequel s’appuie sur un discours « scientifique ». Une véritable industrie du spectacle se met en place dès cette époque : au bout du compte, plus d’un milliard quatre cent millions de visiteurs ont pu voir 35 000 figurants dans le monde, entre 1800 à 1958, depuis les petites manifestations de cirque jusqu’aux grandes expositions coloniales et universelles pouvant mobiliser plusieurs millions de spectateurs. À la suite de l’exposition coloniale de 1931 organisée à Paris, qui montrait entre autres des villages indigènes reconstitués où leurs habitants étaient obligés d’être leur propres acteurs sous l’œil curieux de millions de visiteurs, des personnalités issues de communautés religieuses et et d’organismes sociaux divers se mobilisèrent et permirent de mettre fin à ces exhibitions que l’on jugeait malsaines. « Le scandale ne tarda pas à éclater. En ce qui concerne les Kanaks, des plaintes se multiplièrent, d’abord de la part des Kanaks eux-mêmes, relayées par tous les familiers de la Nouvelle-Calédonie, les « hommes d’Église, des Calédoniens de Paris et même une bonne partie des Européens de Nouvelle-Calédonie », parmi lesquels on compte le pasteur Maurice Leenhardt, le père Bazin et les Maristes, puis par la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, et par le pasteur Soulier, député de Paris. Par contre, « la presse politique demeura en revanche à peu près muette, à l’image de L’Humanité ». Il en fut de même pour Le Canard enchaîné. Seul le PCF, farouche opposant au colonianisme, organisa aux buttes-Chaumont une contre exposition, mais qui n’eut aucun succès. (…) Depuis 1999, avec entre autres l’émission Big Brother, la télévision est devenu le principal vecteur de création de zoos humains contemporains : c’est la thèse que défendent des chercheurs comme Nicolas Bancel, avec son équipe, mais aussi Olivier Razac. Le principe de ces télés réalité est d’enfermer un groupe d’hommes et de femmes observés en direct par le biais des caméras d’une chaîne de télévision. Les « acteurs » de ces shows sont le plus souvent des jeunes peu éduqués, issus de régions ou de milieux « stigmatisés ». (…) En 2014, Brett Bailey présente Exhibit B, une série de tableaux vivants qui évoquent les zoos humains. L’installation-performance de l’artiste sud-africain, qui tourna dans plus de 15 pays européens, a entraîné à Londres puis à Paris une polémique, certaines personnes jugeant l’œuvre raciste et déshumanisante. Le 28 novembre 2013, la télévision nationale japonaise (NHK) a été condamnée à payer 1 000 000 de yens à la fille d’une membre de l’ethnie Paiwan de Taiwan, qui avait été envoyée par le Japon à l’exposition anglo-japonaise de 1910 ; le juge a estimé que l’emploi répété de l’expression « Zoo humain » (…) dans le programme documentaire Asia no Ittokoku d’avril 2009 était diffamant à l’égard d’elle-même et sa descendance. Wikipedia
La France est le seul pays au monde à utiliser le mot «nègre» dans le sens d’esclave littéraire. Ce terme, dont la connotation raciste est tellement qu’évidente que plus personne n’ose l’utiliser au sens littéraire qu’avec des guillemets, fait en effet allusion au statut d’esclave du collaborateur surexploité qui fait le travail d’un autre. Il est apparu au XVIIIe siècle, au moment où la France surexploitait ses colonies en y déportant des millions d’Africains qui mouraient en quelques années. En ce sens, il véhicule la glorification la plus éhontée de l’esclavage et du racisme le plus primaire, car l’expression «nègre littéraire» est également un terme de mépris, correspondant au mépris qu’on vouait aux esclaves et qui s’attache encore trop souvent aux personnes à la peau noire, bien longtemps après que l’esclavage a été aboli. L’expression «nègre» au sens de collaborateur littéraire a été répandue en France en 1845 par Maison Alexandre Dumas & Cie, fabrique de romans, un pamphlet raciste du prêtre défroqué Jean-Baptiste Jacquot qui se faisait appeler Eugène de Mirecourt. Ce texte ordurier et calomnieux, qui visait Alexandre Dumas, a valu à son auteur, à la demande d’Alexandre Dumas, d’être condamné à six mois de prison et à une forte amende, alors que n’existait même pas encore le délit de diffamation à caractère raciste. Mirecourt éprouvait évidemment une jouissance particulière à utiliser le mot «nègre» à propos d’Alexandre Dumas, homme à la peau colorée et fils d’esclave. On a vu récemment réapparaître la même jouissance dans les textes de journalistes racistes qui défendaient le recours à Gérard Depardieu pour interpréter le rôle de Dumas et prenaient un plaisir évident à colporter les thèses de Mirecourt selon lesquelles Dumas n’aurait pas été capable d’écrire ses livres sans l’aide d’hommes à la peau blanche. On sait que ces débordements, qui font appel aux instincts les plus abjects des Français, ont eu pour effet direct de faire monter de plus de deux points les intentions de vote pour le Front national aux élections régionales. Ces dérives doivent à présent cesser. Près de dix ans après que la France a déclaré l’esclavage crime contre l’humanité, il n’est plus supportable que l’expression de «nègre» soit encore utilisée au sens d’esclave dans un film destiné au grand public, alors que l’usage est d’avoir désormais recours au terme de «plume», de «collaborateur», d’écrivain fantôme ou de «ghost writer». Il me semble qu’au XXIe siècle, il est plus que temps de faire entrer dans la tête des Français que le mot « nègre » ne peut plus, en aucun cas, être utilisé impunément pour désigner un être humain qu’on exploite d’une manière ou d’une autre et qui serait méprisé du fait de cette exploitation. Je demande donc au producteur et au distributeur du film The Ghost Writer d’appliquer aux sous-titres et à la version française la même doctrine que celle qu’ils ont appliquée au titre et de s’abstenir de véhiculer gratuitement en France un racisme qui n’est pas dans l’esprit de l’œuvre dont est tiré le film. Faute de rectification immédiate dans ce sens, j’en appelle toutes celles et tous ceux qui luttent contre le racisme a ne pas aller voir ce film et à lui appliquer le même boycott qu’à L’Autre Dumas qui a été un échec retentissant dès la première semaine. Claude Ribbe
Faut-il se débarrasser du mot « nègre » ? Cette question en appelle d’autres : quel mot « nègre » ? Celui de Théodore Canot ou celui de l’abbé Grégoire ? Celui qu’employait Maurice Barrès, celui utilisé par Simone de Beauvoir, ou encore celui que s’est approprié Aimé Césaire ? Expiera-t-on le passé esclavagiste de la France en se débarrassant d’un mot et de tous ses dérivés ? Rappelons que les Noirs ne sont pas plus noirs que les Blancs sont blancs, et que le premier homme à avoir associé une couleur à la peau des Africains ne l’a pas fait innocemment. Le noir n’est pas n’importe quelle couleur. Notre langue est truffée d’expressions héritées des brutalités de l’Histoire. Peut-on mettre fin aux atrocités du passé tout en continuant à parler leur langue ? Claude Ribbe a le mérite d’engager cette réflexion. Peut-être cherche-t-il un peu trop vite à la clore. David Caviglioli
It isn’t unusual for British or Canadian books to change titles when entering the American market. It happened to JK Rowling – Harry Potter has no « philosopher’s » stone in the USA; and to Alice Munro, whose fabulous collection of short stories went from Who Do You Think You Are? in Canada to The Beggar Maid in the USA. « Negroes » would not fly, or be allowed to fly, in American bookstore. At first, I was irritated, but gradually I’ve come to make my peace with the new title, Someone Knows My Name. Perhaps the best way to examine the issue is to examine the evolution of the word « Negro » in America. I descend (on my father’s side) from African-Americans. My own father, who was born in 1923, fled the United States with my white mother the day after they married in 1953. As my mother is fond of saying, at the time even federal government cafeterias were segregated. It was no place for an interracial couple to live. My parents, who became pioneers of the human rights movement in Canada, used the word Negro as a term of respect and pride. My American relatives all used it to describe themselves. I found it in the literature I began to consume as a teenager: one of the most famous poems by Langston Hughes, for example, is The Negro Speaks of Rivers. When my own father was appointed head of the Ontario Human Rights Commission in 1973, the Toronto Globe and Mail’s headline noted that a « Negro » had been appointed. The term was in vogue right into the 1970s. For a time, the word « Negro » took a back seat in popular language culture to newer terms, such as « Afro-American », « African-Canadian », « people of colour » (a term I have always disliked, for its pomposity) or just plain « black. » (…) In the last 20 or so years in urban America, we have witnessed more changes in racial terminology. For one thing, and regrettably in my view, many hip-hop artists have re-appropriated the word « nigger », tried to tame it, and use it so vocally and frequently as to strip it of its hateful origins. We are all products of our generation. Given that I was born in 1957 and taught to ball my fists against anybody using that N-word, I can’t quite get my head around using it these days in any kind of peaceful or respectful manner. Just as the very word « nigger » has risen in popular usage over the last decade or two, however, the word « Negro » has become viscerally rude. In urban America, to call someone a Negro is to ask to for trouble. It suggests that the designated person has no authenticity, no backbone, no individuality, and is nothing more than an Uncle Tom to the white man. (…) I used The Book of Negroes as the title for my novel, in Canada, because it derives from a historical document of the same name kept by British naval officers at the tail end of the American Revolutionary War. It documents the 3,000 blacks who had served the King in the war and were fleeing Manhattan for Canada in 1783. Unless you were in The Book of Negroes, you couldn’t escape to Canada. My character, an African woman named Aminata Diallo whose story is based on this history, has to get into the book before she gets out. In my country, few people have complained to me about the title, and nobody continues to do so after I explain its historical origins. I think it’s partly because the word « Negro » resonates differently in Canada. If you use it in Toronto or Montreal, you are probably just indicating publicly that you are out of touch with how people speak these days. But if you use it in Brooklyn or Boston, you are asking to have your nose broken. When I began touring with the novel in some of the major US cities, literary African-Americans kept approaching me and telling me it was a good thing indeed that the title had changed, because they would never have touched the book with its Canadian title. I’d rather have the novel read under a different title than not read at all, so perhaps my editor in New York made the right call. After all, she lives in the country, and I don’t. I just have one question. Now that the novel has won the Commonwealth writers’ prize, if it finds a British publisher, what will the title be in the UK? Lawrence Hill
The Book of Negroes is this British, military document, this ledger that the British navy keeps that’s recording details about thousands of blacks who are fleeing Manhattan at the end of the war—the Revolutionary war … and coming to Nova Scotia. This document was just absolutely stunning and riveting and it’s pretty well forgotten. I’m sure there are not more than 50 Canadians who have looked at it. So it’s sitting there waiting to be loved and waiting to be discovered. (…) Some parts of it were totally seductive in their power because the documents spoke for themselves so richly, (…) It’s a history that’s sensational and that’s almost completely unknown and that seems to be what has drawn readers to the story. It’s the story of the black Loyalists who came to Canada after fighting for the British in the American Revolutionary War and who were treated so miserably in Nova Scotia that they turned around and left and went to Africa, forming the first exodus of Africans back to Africa in the history of the world. This was a story I really needed to tell and wanted to tell. … It’s not about attributing blame; it’s about recognizing the drama and the sadness in our own history and bringing it to life. Lawrence Hill
The Eiffel Tower looked very different from the Statue of Liberty, but what did that matter? What was the good of having the statue without the liberty? Joséphine Baker
Un jour j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. Joséphine Baker
When I was a child and they burned me out of my home, I was frightened and I ran away.  Eventually I ran far away.  It was to a place called France.  Many of you have been there, and many have not.  But I must tell you, ladies and gentlemen, in that country I never feared.  It was like a fairyland place. And I need not tell you that wonderful things happened to me there. (…) when I was young in Paris, strange things happened to me.  And these things had never happened to me before.  When I left St. Louis a long time ago, the conductor directed me to the last car.  And you all know what that means. But when I ran away, yes, when I ran away to another country, I didn’t have to do that.  I could go into any restaurant I wanted to, and I could drink water anyplace I wanted to, and I didn’t have to go to a colored toilet either, and I have to tell you it was nice, and I got used to it, and I liked it, and I wasn’t afraid anymore that someone would shout at me and say, “Nigger, go to the end of the line.”  But you know, I rarely ever used that word.  You also know that it has been shouted at me many times. So over there, far away, I was happy, and because I was happy I had some success, and you know that too. Then after a long time, I came to America to be in a great show for Mr. Ziegfeld, and you know Josephine was happy.  You know that.  Because I wanted to tell everyone in my country about myself.  I wanted to let everyone know that I made good, and you know too that that is only natural. But on that great big beautiful ship, I had a bad experience.  A very important star was to sit with me for dinner, and at the last moment I discovered she didn’t want to eat with a colored woman.  I can tell you it was some blow. (…) And when I got to New York way back then, I had other blows—when they would not let me check into the good hotels because I was colored, or eat in certain restaurants.  And then I went to Atlanta, and it was a horror to me.  And I said to myself, My God, I am Josephine, and if they do this to me, what do they do to the other people in America? You know, friends, that I do not lie to you when I tell you I have walked into the palaces of kings and queens and into the houses of presidents.  And much more. But I could not walk into a hotel in America and get a cup of coffee, and that made me mad.  And when I get mad, you know that I open my big mouth.  And then look out, ‘cause when Josephine opens her mouth, they hear it all over the world. So I did open my mouth, and you know I did scream, and when I demanded what I was supposed to have and what I was entitled to, they still would not give it to me. So then they thought they could smear me, and the best way to do that was to call me a communist.  And you know, too, what that meant.  Those were dreaded words in those days, and I want to tell you also that I was hounded by the government agencies in America, and there was never one ounce of proof that I was a communist.  But they were mad.  They were mad because I told the truth.  And the truth was that all I wanted was a cup of coffee.  But I wanted that cup of coffee where I wanted to drink it, and I had the money to pay for it, so why shouldn’t I have it where I wanted it? (…) Ladies and gentlemen, my friends and family, I have just been handed a little note, as you probably say.  It is an invitation to visit the President of the United States in his home, the White House. I am greatly honored.  But I must tell you that a colored woman—or, as you say it here in America, a black woman—is not going there. It is a woman.  It is Josephine Baker. This is a great honor for me.  Someday I want you children out there to have that great honor too.  And we know that that time is not someday.  We know that that time is now. Josephine Baker
I want you to find me a little baby, a pure-bred Japanese, a little boy of two years I can adopt. I will adopt five small boys of two years each,” including a “dark-skinned black” from South Africa, “an Indian from Peru, a Nordic and an Israelite. These small children will be like brothers, live together as a symbol of democracy. Josephine Baker
I will make every effort so that each shows the utmost respect for the opinions and beliefs of the other. I want to show people of colour that not all whites are cruel and mean. I will prove that human beings can respect each other if given the chance. Josephine Baker
 We knew that we were brothers from different countries. [We] had the sense that we had to show the world that the union of races, religions, whatever, was possible. Jarry Bouillon
La famille était un véritable projet pour maman. Elle voulait créer des oppositions : le juif et le musulman, le chrétien et l’animiste, etc.  Akio Bouillon
 Pour éviter des attirances charnelles plus tard, maman et papa avaient décidé de se cantonner à un sexe. Pour Marianne, puis Stellina, elle a transgressé la règle. Brian Bouillon
Bien que peu au courant des exploits de leur mère, ses enfants vivent une enfance hors normes. Quand ils jouent dans la piscine des Milandes, c’est avec Dalida, Bécaud ou Hervé Vilard. Quand ils voyagent, ils sont accueillis par le maréchal Tito, Jackie Kennedy, le pape Paul VI ou la reine de Suède. «  Je revois encore Koffi tirer la barbe de Fidel Castro à Cuba », s’amuse Brian, qui était dans la même classe qu’Albert de Monaco au lycée. Quant à Akio, il se souvient comme si c’était hier de l’enterrement de JFK à Washington. Emportée par une attaque cérébrale le 12 avril 1975, Joséphine Baker a droit à des funérailles nationales. Il y a deux ans, Régis Debray demandait même son entrée au Panthéon. France Dimanche
Après la Deuxième Guerre mondiale, n’ayant pas d’enfant, Joséphine Baker (1906-1975) forme le projet de constituer une famille de toutes les couleurs : « un enfant jaune, un blanc, un noir et un rouge », et de les élever dans la fraternité et l’universalisme. En fait, dans les années 1950, avec son mari Jo Bouillon, elle adopte douze enfants de nationalités, cultures et religions variées : Teruya et Akio ramenés du Japon, Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brahim -devenu Brian- et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela), Stellina (Maroc). (…) En faisant grandir en frères et sœurs tous ces enfants au sein de la « Tribu Arc-en-ciel » comme elle la nommait, Joséphine Baker veut prouver « que toutes les races peuvent vivre ensemble dans une harmonie parfaite ». Son idéal la pousse à transformer le château des Milandes où vit la famille en « Village de la fraternité ». Sur des routes de la Dordogne, des panneaux publicitaires guident les touristes vers le « Village du monde », la « Capitale de la fraternité »… (…) Tous les enfants de la fratrie sont élevés dans le respect de leurs origines et de leurs religions, ce qui suppose plusieurs précepteurs capables de leurs enseigner leurs cultures respectives. A l’adolescence, des troubles de l’identité et des problèmes d’intégration touchent ces enfants de star très médiatisés. Difficultés qui ne semblent pas avoir mis en cause la fraternité et la solidarité créées entre les enfants. Yves Denéchère
Long before Angelina Jolie, Mia Farrow and Madonna made headlines with their adoptive families, 1920s star Josephine Baker tried to combat racism by adopting 12 children of various ethnic backgrounds from around the world. Today the members of her « rainbow tribe » are still searching for their identity. (…) Misfortune often begins with visions, and Josephine Baker had her own vision. She did something that many celebrities would later emulate: She adopted children from poor countries to give them the opportunity of a better life. Adoption is supposed to be an opportunity for children like Maddox, a boy that actress Angelina Jolie adopted in Cambodia, and Mercy, a girl from Malawi the singer Madonna recently adopted after the country’s highest court approved the contested adoption — even though Mercy still has a father in her native village. Madonna told the court that she could offer Mercy a better life — a common argument. The stars want to set an example and use their celebrity status to do good. Sometimes it’s about big ideas, promoting understanding among nations or putting an end to racism. Perhaps Josephine Baker began adopting children as a way to compensate for her own unhappy childhood. (…) In 1926, she bent over in her banana skirt, practically nude, in a revue at the Folies-Bergère in Paris. The audience was ecstatic. It was the roaring 20s, and in Europe’s cities, where people celebrated with abandon, Josephine Baker, as a nude, exotic woman, satisfied their lust for pleasure. Baker was a sex symbol, a role she relished, sleeping with men and women — thousands, as she would later say. But none of this love-making gave her what she wanted most. She married a third time, but she still couldn’t get pregnant. She was infertile. She threw herself into her work, discovering a new passion in World War II. She supported the French resistance movement, and was given a uniform and awarded many decorations. By then, Baker was rich and famous, and yet there was still a gaping hole in her life. The war ended. Baker, now in her 40s, was no longer a sex symbol. She needed a new role. Like Madonna decades later, she felt the need to constantly reinvent herself. In 1947, Baker married her fourth husband, French orchestra leader Jo Bouillon. She bought a Renaissance castle in Périgord, the Château des Milandes, with more than 30 rooms, surrounded by 400 hectares (1,000 acres) of land. She was practically royalty by then, but she was still black. When she visited the United States, she could only enter some hotels through a back entrance. She was determined to fight this racism. And now she owned a chateau. A plan began to take shape in Baker’s mind. In early 1954, she gave a talk in Copenhagen. She wanted to make a gesture of humanity, she said, explaining that she wanted to « adopt five little boys » — one from each continent. (…) Baker (…) took them to Château des Milandes, where more than 100 employees were hired to transform the estate into a center of brotherliness, and a place where celebrities and weekend guests could meet. The main attraction would be Baker’s new family, in its splendid array of skin colors. Baker called the family her « Rainbow Tribe. » It was front-page news. Baker’s husband, Jo Bouillon, managed her affairs at Les Milandes and struggled to raise the children. His wife was constantly on tour, bringing home a new child from practically every trip. But she was only interested in adopting boys, fearing that romantic attachments could develop between the children. (…) A rotating assortment of nannies looked after the children until Baker fired them. She would occasionally storm around the estate, furiously ordering gardeners to replant shrubs, only to slap them afterwards for having done so. She redecorated the chateau, hosted wild parties and took off again. Child number eight, a white boy from France, arrived in 1957. Baker told the press that he was from Israel. She had been missing a Jew in her tribe. In photos taken at the time, the chateau looks more like an orphanage than a real home. The children slept in a room in the attic, in eight small beds lined up in a row. Whenever Baker returned home, even if it happened to be at 3 a.m., she would wake the children and demand affection. (…) On the surface, the children seemed to have a dream childhood. They were living in a castle, like children in a fairy tale. They played with knights’ armor tucked into nooks along the spiral steps to the tower, romped in the gardens, built tree houses and frolicked with the dogs. (…) Every year at Christmas, the presents were piled high to the ceiling in the castle. Monstrous, says Jarry. It was Baker’s way of showing affection for the children. Their duty, in return, was to allow themselves to be shown off to the public. On the occasional Sunday when she was there, Baker would dress the children in white and have them line up in the courtyard, where tourists and the press were waiting behind a fence to take pictures. Jarry says that he and the other children sometimes felt like pet monkeys. Child number 10, a small indigenous boy from Venezuela, came in 1959. The global mother needed to complete her collection. (…) Baker was a star. She had influential friends, like Princess Grace of Monaco, and she had money. Not all of her children were orphans. In some cases, she simply bought babies from their destitute parents. (…) It had all become too much for Baker’s husband. After years of her escapades and their arguments, Bouillon left the chateau, and in 1963 he moved to Buenos Aires. Without him and his business acumen, the estate was doomed to financial ruin. The children lost their father figure, the only person who had given them some structure in Baker’s chaotic world. (…) Baker traveled the world with the children. They met the pope and vacationed with Cuban leader Fidel Castro. The situation at the chateau spun out of control. All the employees, private tutors, monkeys and other animals she had acquired were eating up Baker’s fortune. She managed to fend off bankruptcy for a few more years, stubbornly living her dream, an aging regent who tolerated no back talk and treated the children like subjects. She wrote reports about them, described their characters in detail and drafted plans for their future. Akio was to become a diplomat, Jari a hotelier. Another child was supposed to be a doctor. But none of them were to be artists. She even banned music instruction. After they had received their education and training, the children were to return to the countries where they had come from and make themselves useful there, as Baker’s envoys and as the loyal executors of her ideas. None of the children stuck to the plan. (…) She lost the chateau in 1969, and when she refused to leave she was carried out against her will. She sat on the steps in the rain for two days, covered with only a plaid wool blanket. The photo quickly appeared in newspapers around the world. Baker wanted to make sure that the children would never search for their biological families, and in some cases she even withheld information. (…) Sometimes Bouillon flips through magazines and sees the photos of today’s rainbow tribes, of Madonna with her children from Malawi, of Brad Pitt and Angelina Jolie, traveling around the world with their six small children and their nannies, in the glare of the media spotlight. But he doesn’t feel taken aback by the images. In fact, they make him feel proud. « It’s great, » he says. « These stars are following in my mother’s footsteps. » Of course, he adds, the paparazzi are a problem, as is their constant quest for pictures of the children. But when Jolie adopts a baby from the Third World, says Bouillon, there is also a higher principle at work. « When these children grow up, they’ll understand. » (…) Josephine Baker — the bisexual revue star, darling of gays and drag queens, civil rights activist — banished her son because he loved men. (…) Jean-Claude Baker, 66, was one of Josephine’s companions — a gay man, like many of her friends. They performed together in the last years of her life. She called him her 13th child; he took on her name. But the two had a falling-out before her death. He still lives in her world today. He has named his restaurant after her and decorated it with images of her. He has also written the most detailed biography of Baker to date. Like many who were very close to her, he seems caught in her shadow. Merlind Theile
Before Josephine Baker was 20 years old, she was a totem of primeval sex. On the high-end stages of Paris, wearing a banana skirt or a ring of palm fronds, she arched, shimmied, twisted and smiled all at once. The “wicked Josephine Baker”, as one writer archly described her, was a “lubricious idol”, the embodiment of “carnal splendour” who “drives males to despair”. The poet EE Cummings, a member of the “Lost Generation” of writers drifting across Europe in the Twenties, remembered her as a “wand of golden flesh” to be loved, loathed and feared. At the peak of this sexualised celebrity, she would stroll down the Champs-Élysées with a cheetah on a leash, two exotic creatures, objects of obsession and dread, spectacularly out of place amid the neoclassical buildings that lined the grand boulevard. Baker used her race as a fetish to lure white audiences, got rich fast and became a superstar. Late in life, she decided to change her image and change the world. She did something so unexpected and so dramatic that it still resonates today. In 1953, after a decade of planning, Josephine Baker built a family from scratch. She set out to adopt a cadre of what she imagined as racially diverse children from around the world, bringing them to south-west France in what was the start of an extraordinary experiment. Out of the French countryside, she created a vast theme park-cum-circus – complete with hotels, a collective farm, rides and, of course, singing and dancing – that would focus on the family of the future, which she vaingloriously named the “Rainbow Tribe”. Baker trained the children to be racial exemplars, to represent specific continents, religions and histories. She dispatched them as walking, talking and sometimes costumed icons of racial typecasting, over the sprawling campus surrounding Les Milandes, her name for the 15th-century castle at the centre of this enterprise. And she used them, collectively, as a blunt instrument in her war against racism and prejudice. No one had seen a black woman adopt a white child before. No one had seen a black woman adopt 12 children. Or raise them in a castle. Or house them in a theme park. Or use them in advertisements. Or portray them as soldiers in a struggle for justice. (…) The creation of such a mixed family required diversity that could be easily seen and understood. This was no time for subtlety or nuance. What Baker needed were representative types, human metaphors who could be displayed together for visual contrast, and whose play together could make a bigger point about common humanity and the roots of racism. (…),Baker’s original plans had included a Jewish child, and she laboured to procure one, but these plans got scrambled. Bouillon and Baker ultimately adopted a French orphan – “a dark-skinned baby”, Bouillon recalled — assigned him a Jewish identity and named him Moïse. In 1956, Marianne and Brahim, both from Algeria, arrived. “Look at them, Jo,” Baker exclaimed, composing improbable backstories for them. “He’s a Berber, probably the son of a wet nurse; she undoubtedly is a colonialist’s daughter.” Baker chose to raise one as a Muslim and the other as a Catholic, a perfect example of her use of hardline means to secure utopian ends. (…) All 12 children, in the end, would be stereotypes brought to life. (…) The colourful spectacle of Les Milandes was meant to be seen. Outside, Baker built up the grounds, installed car parks, established facilities for guests and set up an advertising campaign. She installed games and rides for children, and inscribed the entire place with her personality and celebrity. The result was an enclosed, self-contained theme park, a vision of an alternate world in which magic and fantasy were real and thematically organised around a positive vision of the racial future. The entire point of visiting Les Milandes was to see the children. They seemed like outsized Disney characters, performing scripted and rehearsed roles for a public they would never truly meet, escorted around the park by their parents. (…) Visitors came in their thousands, though not, Baker was disappointed to learn, in numbers large enough to ensure the long-term profitability of Les Milandes. (…) Baker did nothing to hide her orchestration of their performance from the children. (…) For Jarry, speaking to the German magazine Der Spiegel in 2009, this meant that the children often felt like “pet monkeys”.  (…) Most of the children were sent to their homelands after Les Milandes. (…) Baker envisioned the family as a United Nations, rich with linguistic, religious, racial and national diversity. Her emphasis was always on extraordinary variety, a diversity that went far beyond skin tone. But by the Seventies, her family was a political liability. Her parenting seemed to trivialise the children, to turn them into rich adornments for their mother. To activists, it was no longer clear what problems were best addressed by the gaudy spectacle of the Rainbow Tribe. The age of idealistic marches was over, and the age of riots, deteriorating cityscapes and white flight had arrived. It wasn’t just that the civil rights consensus had been fractured or that de Gaulle was gone; it was, instead, that the world was drifting toward a future in which Josephine Baker and the Rainbow Tribe seemed like a quaint reminder of the past. Matthew Pratt Guterl

Attention: un zoo humain peut en cacher un autre !

Vénus d’ébène et danse sauvage, plumes et ceinture de bananes, sirène des tropiques et léopard, égérie des cubistes et art nègre, Revue nègre et Renaissance Nègre, Théâtre des Champs Elysées et Folies Bergère, jazz et charleston, mata hari et croix de guerre, fausses couches et hystérectomie, château de Dordogne et gouffre financier,  entrées payantes pour venir lorgner, 40 ans avant Angelina Jolie et Madonna, sa petite tribu-arc-en-ciel de petits orphelins, funérailles nationales télévisées et église de la Madeleine …

En cette 65e Journée Josephine Baker

Dans notre série étranges destinées inversées

Où y compris pour désigner des réalité historiques certains mots se voient systématiquement éradiqués du langage …

En attendant notre premier camp décolonial

Qui se souvient …

Que la petite bête curieuse de 19 ans qui avait toute dénudée dans sa ceinture de sauvageonne …

Conquis le Tout-Paris des Années folles et de l’Exposition coloniale …

Assoiffé, loin de ses anciens esclaves parqués eux discrètement dans les DOMTOM, de jazz et de musiques noires …

Et qui avait finit par ouvrir dans un petit château de Dordogne son propre contre-zoo de la diversité …

Avait aussi été dans une terre natale qui l’avait finalement rejetée

Engoncée près de 40 ans plus tard dans son uniforme des FFI et ses décorations d’ancien combattant …

La seule femme – et la seule Française ! – à avoir eu droit à son discours

Aux côtés de Monsieur I have a dream lui-même ?

Joséphine Baker : “40 ans après sa mort, maman dérange toujours”

Stars inoubliables

Benoît Franquebalme

France Dimanche

26 octobre 2015

La mythique meneuse de “ La revue nègre ”, Joséphine Baker est morte en 1975 d’une attaque cérébrale mettant un terme à une vie de combats et laissant orphelins ses douze enfants adoptés. Souvenirs de deux de ses fils.

Ils nous ont donné rendez-vous à ­l’hôtel Scribe. Quoi de plus normal ? En janvier 1969, ruinée, Joséphine Baker avait installé sa famille dans cet établissement luxueux situé près de l’Opéra Garnier à Paris. À l’époque, la chanteuse et sa tribu viennent d’être expulsées du château des Milandes, leur propriété du Périgord. Magnanime, le Scribe invite l’artiste et ses douze enfants adoptifs.

Grace de Monaco, amie de la chanteuse, leur offrira plus tard l’hospitalité sur le Rocher.

Placés en internat la semaine, les frères et sœurs se retrouvent au Scribe le week-end. « Ici, maman faisait partie des meubles », sourit Akio, dans un couloir du 2e étage, baptisé « étage Joséphine Baker » où trône une grande fresque de la star. « Quand ils ont appris qu’elle était ruinée, ils ont fait un geste. »

La mythique meneuse de La revue nègre commença en effet à fréquenter le Scribe dans les années 50. L’hôtel jouxte l’Olympia où elle connut de si nombreux triomphes.

Confortablement installés dans le bar du palace, Brian (59 ans) et Akio (62 ans) sont là pour nous parler de leur mère, morte il y a quarante ans. Mais par où commencer ?

Née misérable dans le Missouri, Joséphine débarque à Paris en 1925 pour danser dans la scandaleuse Revue nègre. Cinq ans plus tard, elle conquiert définitivement la France en chantant J’ai deux amours (« mon pays et Paris »).

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’ex-maîtresse de Simenon, Hemingway et Colette devient une grande résistante, ce qui lui vaudra plus tard d’être faite chevalier de la Légion d’honneur. Après la guerre, ­l’artiste reprend ses droits (elle était encore sur les planches de Bobino quelques jours avant sa mort) et fonde son incroyable famille.

Ayant subi une ablation de l’utérus pendant le conflit, Joséphine Baker sait qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfants. Avec son mari, le chef d’orchestre Jo Bouillon, ils décident donc de se composer une « tribu arc-en-ciel », pour vivre pleinement leur idéal de fraternité universelle.

Akio est leur premier fils adoptif : « En tournée au Japon en 1954, maman a visité un orphelinat et m’y a trouvé, alors âgé de 18 mois, raconte cet employé de banque. Je ne connais pas mes parents biologiques. Je sais juste que je suis mi-japonais, mi-je-ne-sais-pas-quoi ! » Joséphine rentre en France avec Akio et Teruya, qu’elle a aussi adopté.

Sacré caractère
Dans les dix années suivantes, ils sont rejoints par, dans l’ordre : Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brian et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela) et Stellina (Maroc). Ouf !

« Normalement, les enfants découvrent leurs cadets à la maternité, explique Akio. Moi, je les rencontrais à la gare de Souillac près des Milandes ! La famille était un véritable projet pour maman. Elle voulait créer des oppositions : le juif et le musulman, le chrétien et l’animiste, etc. »

« Moi, je suis né Brahim en Algérie en 1956, poursuit Brian, devenu comédien. Elle a appris que mes parents étaient morts dans des combats entre Français et fellaghas et que j’étais venu au monde le même jour qu’elle. J’avais 6 mois, j’ai souri, elle m’a pris. »

Aux Milandes en 1957, Joséphine Baker et son mari Jo Bouillon, entourés par leur ‘tribu arc-en-ciel » dont Akio, l’aîné et Brian dans les bras de sa mère, entre Jo et Joséphine.

Vous l’aurez noté, les huit premiers membres de la fratrie sont des garçons. Rien d’innocent à cela. « Pour éviter des attirances charnelles plus tard, maman et papa avaient décidé de se cantonner à un sexe, raconte Brian. Pour Marianne, puis Stellina, elle a transgressé la règle. »

Il faut dire que Joséphine Baker – dont Maurice Chevalier disait à Mistinguett : « C’est ta bête noire » – avait un sacré caractère ! Jugeant la carrière artistique trop aléatoire, elle ne dit rien de son passé et de son métier à ses petits, espérant qu’ils deviendront notaires ou avocats.

« Elle s’est plutôt bien débrouillée car je suis le seul artiste, note Brian. Les autres sont hôtelier, inspecteur des impôts, assureur, secrétaire médicale… » À eux douze, ils ont donné naissance à quatorze petits-enfants, dont une Joséphine qui va se marier l’été prochain.

Bien que peu au courant des exploits de leur mère, ses enfants vivent une enfance hors normes. Quand ils jouent dans la piscine des Milandes, c’est avec Dalida, Bécaud ou Hervé Vilard. Quand ils voyagent, ils sont accueillis par le maréchal Tito, Jackie Kennedy, le pape Paul VI ou la reine de Suède.

« Je revois encore Koffi tirer la barbe de Fidel Castro à Cuba », s’amuse Brian, qui était dans la même classe qu’Albert de Monaco au lycée. Quant à Akio, il se souvient comme si c’était hier de l’enterrement de JFK à Washington.

Emportée par une attaque cérébrale le 12 avril 1975, Joséphine Baker a droit à des funérailles nationales. Il y a deux ans, Régis Debray demandait même son entrée au Panthéon. « C’est une mauvaise idée, elle l’aurait refusée, tranche Akio. Ce qui est sûr, c’est qu’elle dérange toujours ceux qui combattent ses idéaux. »

En revanche, les deux frères travaillent actuellement à une adaptation pour le cinéma (ou la télévision) de la vie de leur mère. Dans le passé, on a parlé de Beyoncé ou Sonia Rolland pour interpréter Joséphine Baker. Aujourd’hui, ses petits-enfants rêvent plutôt de Rihanna. Une chose est sûre, le mythe reste intact…

Voir aussi:

Vivre un idéal de fraternité universelle : la « Tribu Arc-en-ciel » de Joséphine Baker / Yves Denéchère

Vivre un idéal de fraternité universelle : la « Tribu Arc-en-ciel » de Joséphine Baker / Yves Denéchère. In « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours« , colloque international organisé par le laboratoire France Méridionale et Espagne: histoire des sociétés, du Moyen Âge à l’époque contemporaine (Framespa) de l’Université Toulouse II-Le Mirail et par le le Centre de recherches historiques de l’Ouest (Cerhio), Toulouse : Université Toulouse II-Le Mirail, 22-23 mars 2012. (Ce colloque de Toulouse constitue la seconde partie d’un double colloque international dont la première partie s’est tenue à Rennes, les 1er et 2 décembre 2011).
Session 4 : Fratrie/fraternité, le lien rêvé, 23 mars 2012.

Après la Deuxième Guerre mondiale, n’ayant pas d’enfant, Joséphine Baker (1906-1975) forme le projet de constituer une famille de toutes les couleurs : « un enfant jaune, un blanc, un noir et un rouge », et de les élever dans la fraternité et l’universalisme. En fait, dans les années 1950, avec son mari Jo Bouillon, elle adopte douze enfants de nationalités, cultures et religions variées : Teruya et Akio ramenés du Japon, Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brahim -devenu Brian- et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela), Stellina (Maroc). Deux filles font donc partie de la fratrie, malgré la volonté initiale de n’avoir que des garçons afin d’éviter tout problème de relation entre frères et sœurs d’adoption. De Belgique, Joséphine ramène une petite Rama d’origine Hindoue pour sa sœur Margaret qui s’occupe de toute la famille. Deux générations de frères et sœurs cohabitent donc, l’une biologique, l’autre constituée au fil des adoptions successives.

En faisant grandir en frères et sœurs tous ces enfants au sein de la « Tribu Arc-en-ciel » comme elle la nommait, Joséphine Baker veut prouver « que toutes les races peuvent vivre ensemble dans une harmonie parfaite ». Son idéal la pousse à transformer le château des Milandes où vit la famille en « Village de la fraternité ». Sur des routes de la Dordogne, des panneaux publicitaires guident les touristes vers le « Village du monde », la « Capitale de la fraternité »… Après la vente dramatique des Milandes, grâce à la princesse de Monaco, la Tribu Arc-en-ciel va trouver refuge sur la Côte d’Azur.

Tous les enfants de la fratrie sont élevés dans le respect de leurs origines et de leurs religions, ce qui suppose plusieurs précepteurs capables de leurs enseigner leurs cultures respectives. A l’adolescence, des troubles de l’identité et des problèmes d’intégration touchent ces enfants de star très médiatisés. Difficultés qui ne semblent pas avoir mis en cause la fraternité et la solidarité créées entre les enfants. Devenus adultes, les « enfants Arc-en-ciel » ont témoigné des plus belles années de la Tribu, que ce soit dans les médias ou par des livres, ce qui permet d’analyser le lien créé entre eux.

Voir également:

JOSEPHINE BAKER
Enfance pauvre

Joséphine Baker, de son vrai nom Freda Joséphine McDonald, naît le 3 juin 1906, à Saint Louis (Missouri). Elle est métisse noire et amérindienne ; ses parents avaient monté un numéro de chant et de danse. Mais, un an après la naissance de Joséphine, son père quitte le domicile familial ; sa mère, Carrie, aura ensuite trois autres enfants, qu’elle élèvera avec Joséphine dans la pauvreté et la sévérité. Après avoir été placée à huit ans dans une famille blanche pour y travailler, Joséphine s’assume dès l’âge de treize ans en gagnant son pain comme serveuse. Parallèlement, elle s’intéresse à la danse, et remporte son premier concours à l’âge de dix ans. Elle rejoint le Jones Family Band, un groupe de musiciens de rue. Les Jones sont embauchés pour combler le vide à l’entracte du spectacle des Dixie Steppers, une troupe en tournée à Saint Louis. Joséphine fait ses premiers pas sur une vraie scène et le directeur des Dixie Steppers l’embauche… comme habilleuse. La jeune fille suit la troupe à travers le pays et apprend réellement le métier du spectacle. En 1921, elle saisit une opportunité : remplaçant une danseuse blessée, elle intègre la revue pour tenir des emplois de «girl » comique. Mais son très jeune âge la freine encore dans ses ambitions : aussi décide-t-elle de tenter sa chance à New York. Elle finit par intégrer le spectacle Shuffle Along, une comédie musicale à succès intégralement interprétée par des Noirs. Multipliant les singeries, Joséphine Baker impose un personnage à la fois comique et sexy : de 1922 à 1924, elle a atteint une vraie notoriété.

La Revue Nègre

En 1925, c’est la grande occasion qui va permettre à Joséphine Baker d’entrer dans la légende : le Théâtre des Champs-Elysées, à la recherche de nouveaux spectacles, met sur pied la « Revue Nègre », interprétée par des artistes noirs américains (dont Sidney Bechet), qui apportent à la scène française le jazz, le ragtime et la fougue d’une musique que l’on n’appelle pas encore « afro-américaine ». Joséphine, désireuse de passer au-delà des emplois de girl comique, se laisse convaincre de s’expatrier. Le 2 octobre 1925, la Revue Nègre, mélange d’imagerie coloniale et de folklore américain, signe le début de Joséphine Baker sur une scène parisienne : vêtue d’une ceinture de bananes qui restera légendaire, elle danse de manière frénétique sur un air de Charleston – musique alors largement inconnue en France. La nouveauté totale de cette apparition dans l’événement artistique de 1925 apporte à la chanteuse une célébrité éclatante : elle est aussitôt l’attraction des cercles artistiques et intellectuels parisiens, allant jusqu’à faire figure d’« égérie des cubistes ». La danse extrêmement suggestive – et pour l’époque, à la limite de l’obscène – de Joséphine Baker, sa coupe de cheveux à la garçonne, en font à la fois une sorte d’emblème du féminisme et de la modernité, en même temps qu’un objet scénique résolument non identifié en France.

Les Folies Bergère

Elle se signale également par une vie privée quelque peu mouvementée, qui inspirera à son secrétaire, le futur écrivain Georges Simenon, un roman quelque peu égrillard. La Revue Nègre réalise une tournée européenne, à l’issue de laquelle sa vedette va tout simplement laisser tomber la troupe : Joséphine Baker a en effet décroché un contrat de meneuse de revue aux Folies-Bergère. Désormais star absolue de la scène parisienne, Joséphine se rend célèbre par ses apparitions sur la scène des Folies-Bergère. Représentée sur d’innombrables illustrations (portraits, cartes postales), la star à la ceinture de bananes, désormais plus emplumée au dernier degré, est devenue une image incontournable des Années Folles. Sur les conseils de son manager Giuseppe « Pepito » Abatino, Joséphine Baker entretient sa popularité par une tournée européenne qui suscite quelque controverse du fait des tenues légères de la vedette. Revenue à Paris, elle est engagée comme meneuse de revue au Casino de Paris, où  elle fait sensation en promenant sur scène, en laisse, un impressionnant léopard. Elle s’impose en rivale très sérieuse pour Mistinguett sur la scène parisienne. Parallèlement, Joséphine se diversifie et se lance dans la chanson : la célèbre chanson « J’ai deux amours », composée par Vincent Scotto, est un grand succès de l’année 1931.

Avec Jean Gabin

Passer du statut de danseuse à celui de chanteuse lui permet d’abandonner progressivement celui de «petite sauvage » pour une image de diva plus prestigieuse et gratifiante. Elle tourne plusieurs films, mais se révèle une comédienne assez médiocre : sur le plateau du film Zouzou, pour pallier à ses insuffisances, le metteur en scène Marc Allégret fait la part belle au partenaire de Joséphine, un jeune premier nommé Jean Gabin, qui bénéficiera très nettement de cette exposition. Mais Joséphine Baker va connaître une rude rebuffade en 1936 : désireuse de s’imposer dans son pays natal, elle participe aux Ziegfeld Follies, mais les critiques sont désastreuses. Privée, aux yeux des américains, de l’exotisme qu’elle représente pour les européens, Joséphine n’est plus qu’une «négresse aux dents de lapin» et son accent, devenu hybride après tant d’années à l’étranger, déconcerte quelque peu. Malgré le succès d’un club qu’elle ouvre en parallèle à New York, elle finit par rentrer en France pour un nouvel engagement comme meneuse de revue aux Folies-Bergère. Elle acquiert la nationalité française en épousant Jean Lion, un riche marchand de sucre dont elle se séparera assez rapidement.

La Légion d’Honneur

En 1939, à la déclaration de guerre, Joséphine Baker est engagée comme agent de renseignement, chargée de surveiller la haute société, par les services secrets français. Réfugiée au Maroc durant l’Occupation, elle continue de transmettre des messages, parfois cachés dans des partitions musicales, pour le compte de la France Libre et de l’Armée de l’air. Elle se verra décerner la Légion d’Honneur pour ses services. En 1947, elle épouse le chef d’orchestre Jo Bouillon et achète avec lui un château en Dordogne, le Domaine des Milandes. En 1951, elle obtient enfin le succès dans son pays natal, avec une série de concerts où elle avait exigé que soit autorisée la mixité raciale du public. Très engagée contre les discriminations, Joséphine Baker, fantasque, se laissera cependant aller peu après à des déclarations politiques malencontreuses qui lui fermeront un temps le public des Etats-Unis.

Les Milandes

Joséphine Baker recueille et élève aux Milandes des enfants de toutes origines, qu’elle appelle sa « tribu arc-en-ciel ». Mais le domaine se révèlera malheureusement au fil des années un gouffre financier, où Joséphine Baker engloutira l’essentiel de sa fortune. En désaccord sur la gestion du domaine, Jo Bouillon et son épouse finissent par se séparer. Joséphine multiplie les concerts pour payer ses dettes et renflouer son domaine. Un temps considérée comme has been, elle se produit régulièrement à l’Olympia dans les années 1950-60 et s’impose, diva toujours vaillante, auprès d’une nouvelle génération de spectateurs. Elle obtient un grand succès en 1959 avec la revue Paris mes amours, qui permet à « The Fabulous Joséphine Baker » de retourner se produire aux Etats-Unis. Mais le stress de la gestion des Milandes et l’éducation de ses très nombreux enfants adoptifs a son effet sur la santé de Joséphine, qui ne cesse de se produire à un rythme accéléré pour éviter de devoir vendre son domaine. Elle obtiendra le soutien de personnalités comme Bruno Coquatrix ou Dalida pour maintenir les Milandes à flot mais finira par en être expulsée en 1969. Elle rebondit grâce à son activité artistique : elle se produit à La Goulue, au bal de la Croix-Rouge Monégasque. Avec l’aide de Grace de Monaco, elle s’installe à Roquebrune avec sa tribu. En 1973, elle se produit avec succès au Carnegie Hall de New York. Le 8 avril 1975, elle entame à Bobino, devant un parterre de personnalités et un public venu en masse, un spectacle célébrant ses cinquante ans de carrière. Mais cette apothéose sera brève : le 12 avril 1975, s’étant endormie pour une sieste, elle ne se réveille pas et meurt d’une hémorragie cérébrale. Ses funérailles, suivies par la télévision, attirent un immense cortège.

Diva aujourd’hui statufiée, Joséphine Baker aura contribué à introduire en Europe, de manière fracassante, la musique noire américaine et une forme de sensualité débridée alors inédite pour le grand public. Au-delà de l’image d’Epinal du régime de bananes, Joséphine Baker aura été, plus encore qu’une chanteuse et danseuse excentrique, une authentique personnalité, dont la portée humaine éclipse le mérite artistique. Elle aura été néanmoins au confluent des modes et des imageries, incarnant une vision idéalisée du nègre, puis une nostalgie du glamour hollywoodien, sans cesser avant tout, de représenter jusqu’au bout, un type de femme de spectacle libre et magistral.

Voir encore:

Would the perfect family contain a child from every race?
Josephine Baker thought so – and adopted a ‘rainbow tribe’ of children to prove her point. This is the story of an extraordinary 20th-century experiment
Matthew Pratt Guterl
The Telegraph
19 Apr 2014

Before Josephine Baker was 20 years old, she was a totem of primeval sex. On the high-end stages of Paris, wearing a banana skirt or a ring of palm fronds, she arched, shimmied, twisted and smiled all at once. The “wicked Josephine Baker”, as one writer archly described her, was a “lubricious idol”, the embodiment of “carnal splendour” who “drives males to despair”. The poet EE Cummings, a member of the “Lost Generation” of writers drifting across Europe in the Twenties, remembered her as a “wand of golden flesh” to be loved, loathed and feared. At the peak of this sexualised celebrity, she would stroll down the Champs-Élysées with a cheetah on a leash, two exotic creatures, objects of obsession and dread, spectacularly out of place amid the neoclassical buildings that lined the grand boulevard.

Baker used her race as a fetish to lure white audiences, got rich fast and became a superstar. Late in life, she decided to change her image and change the world. She did something so unexpected and so dramatic that it still resonates today.

In 1953, after a decade of planning, Josephine Baker built a family from scratch. She set out to adopt a cadre of what she imagined as racially diverse children from around the world, bringing them to south-west France in what was the start of an extraordinary experiment. Out of the French countryside, she created a vast theme park-cum-circus – complete with hotels, a collective farm, rides and, of course, singing and dancing – that would focus on the family of the future, which she vaingloriously named the “Rainbow Tribe”. Baker trained the children to be racial exemplars, to represent specific continents, religions and histories. She dispatched them as walking, talking and sometimes costumed icons of racial typecasting, over the sprawling campus surrounding Les Milandes, her name for the 15th-century castle at the centre of this enterprise. And she used them, collectively, as a blunt instrument in her war against racism and prejudice.

No one had seen a black woman adopt a white child before. No one had seen a black woman adopt 12 children. Or raise them in a castle. Or house them in a theme park. Or use them in advertisements. Or portray them as soldiers in a struggle for justice.

In early 1953, Le Monde reported that Baker was on the verge of becoming “the mother of a family of all colours”. Speaking to the press from Monte Carlo, Baker described her new family of adopted children, drawn to France from around the world, but especially from the global south — south-east Asia, north and west Africa, and Latin America. Describing Baker as “an ardent proselyte of the antiracial struggle”, the paper emphasised the political function of the family, noting that the children would be “raised like brothers”, though each would “maintain the language, the dress, the customs and the religion of his/her country”.

“I will make every effort so that each shows the utmost respect for the opinions and beliefs of the other,” Baker claimed. “I want to show people of colour that not all whites are cruel and mean. I will prove that human beings can respect each other if given the chance.”

Baker’s autobiography suggests that the decision to adopt had nothing to do with radical politics, at least at first. As her former husband Jo Bouillon explained later, she was on a tour of the Americas after the war when her quest to have a child came to an end. The tour had been a triumphant return to the stage, and she had danced and sung her way from Argentina to Peru. “I think I’m pregnant, Jo!” she said one day, bursting with excitement. Bouillon, worried about her health, tried to cancel the tour, but Baker, ever the self-sacrificing star, reminded him that “a contract’s a contract” before adding that she felt “marvellous”.

The talk of babies had put Bouillon in a reflective mood. There were so many needy children in the world, he mused. “Why not adopt?” Baker asked, newly pregnant but also plotting her future quest for more. “Why not, chérie,” the agreeable Bouillon responded, saying: “What we can’t manufacture, we’ll find ready made.”

The innocent dream of a fairy-tale prince (or princess) and his adopted sibling, Bouillon tells us, ended in Mexico. There, Baker enjoyed a day of singing with children who were members of a travelling French choir. “That night the pains began,” he remembered, and by morning, “her hopes of motherhood had been destroyed, probably for good”.

By the end of 1953, Baker had settled the first of her children into her restored chateau in Castelnaud-Fayrac. The eager partnership of her husband, the pliant and accompanying bandleader Bouillon, made it easier for her to adopt.

Writing to her friend Miki Sawada in May that year, Baker outlined her plans to visit Japan in July. Sawada had become involved in the care and adoption of war orphans – chiefly mixed-race children, assumed to be outcasts in Japan because of their impure birth – and, in 1948, she founded the Elizabeth Saunders Home, named after an Englishwoman who had served as a governess in her family.

After addressing some logistics of the trip, Baker got to the heart of the matter: she wanted Sawada to find her a son. “I want you,” she said, with great specificity, “to find me a little baby, a pure-bred Japanese, a little boy of two years I can adopt.” She continued: “I will adopt five small boys of two years each,” including a “dark-skinned black” from South Africa, “an Indian from Peru, a Nordic and an Israelite. These small children will be like brothers, live together as a symbol of democracy.”

A short while later, she was in Sawada’s orphanage, surrounded by “children with straight black hair and dancing, slanting eyes”. Drawn to one young child who was “as supple as a little fish”, she asked about his background and was told that he was Korean and had been “found beneath an open umbrella that sheltered him from the elements”. The child, named Akio, was carrying a decorative plaque “engraved with the precepts of Buddhism”. “You won’t regret it,” Sawada told her, endorsing the selection. “He’s a sweet, loving child.”

Then, turning to leave, Baker spied “a grave-face baby” sitting by a tree. “He was tiny, much smaller than Akio, with solemn eyes,” she remembered. Struck by something in the child’s gaze, she announced: “I’ll take him, too.” Named Teruya, he was part Japanese and of the Shinto religion, a complement to the half-Korean, Buddhist Akio. (Once back in France, however, Baker would change his name to Janot, which she found easier to pronounce.)

As she presented the pair to Bouillon at the Souillac rail station, she was asked by her husband: “Which one is it?” “Both,” she answered. “You were right to order a double helping,” Bouillon replied. After taking a moment to catch his breath, he said: “This way we’ll be twice as happy.”

Soon after adopting Akio and Janot, Josephine found herself on a lecture tour in Scandinavia and hoping for a third child. Miraculously, a “towheaded, chubby, pink- and-white baby boy”, in an orphanage, “kicked back his covers and held his arms out to me”. She had good timing, too, she wrote, because it seemed that the boy was only days away from being turned out of the orphanage.

Another child had been saved. Baker renamed him Jarry and had him baptised a Protestant, then brought him back to Les Milandes. She had great plans to educate the children in their native tongues, but that proved difficult. When Jarry was reunited with his Finnish-speaking birth mother years later, they needed to speak through a translator. Baker’s autobiography gives the story of Jarry’s adoption a veneer of truth. His story, though, was messier than she knew.

One-year-old Jarry had been placed in the orphanage as a temporary matter, a consequence of an infant sister at home who was ill. Baker had been guided to the orphanage by a wealthy friend and driven there by Jarry’s birth father, an ambitious chauffeur in the midst of a marital dispute with his wife. “My father arranged everything,” Jarry later said. He tricked his wife into signing release papers for the boy, presented the infant to Baker as an ideal type and pocketed the cash for the transaction. He made sure that young Jarry was in just the right place at just the right time, ready to kick off those covers and hold out those arms. “I leant over the blue-eyed Finn,” Baker remembered, “certain that he was the one.” Hoodwinked to make her “choice”, she had unwittingly stolen away a child.

The creation of such a mixed family required diversity that could be easily seen and understood. This was no time for subtlety or nuance. What Baker needed were representative types, human metaphors who could be displayed together for visual contrast, and whose play together could make a bigger point about common humanity and the roots of racism. “She wanted a doll,” Jean-Claude Baker, a later addition to the Tribe, said.

Soon Luis joined the family from Colombia. Then, in late 1955, the younger Jean-Claude (originally Phillippe) and Moïse arrived. Baker’s original plans had included a Jewish child, and she laboured to procure one, but these plans got scrambled. Bouillon and Baker ultimately adopted a French orphan – “a dark-skinned baby”, Bouillon recalled — assigned him a Jewish identity and named him Moïse.

In 1956, Marianne and Brahim, both from Algeria, arrived. “Look at them, Jo,” Baker exclaimed, composing improbable backstories for them. “He’s a Berber, probably the son of a wet nurse; she undoubtedly is a colonialist’s daughter.” Baker chose to raise one as a Muslim and the other as a Catholic, a perfect example of her use of hardline means to secure utopian ends.

Then Koffi came from Côte d’Ivoire and Mara from Venezuela. Poor Noël, found in a rubbish dump on Christmas Eve, was brought to Les Milandes in 1959. And the last was little Stellina, the child of a Moroccan émigré to Paris, arriving in 1964. All 12 children, in the end, would be stereotypes brought to life. “Akio,” Bouillon later said, summarising the children once they were adults, was a typical Korean, “almond-eyed, sensitive, serious”. Jarry was possessed of “Nordic fairness and stamina”. Jean-Claude (or Phillippe), “our blond Frenchman”, was “blessed with innate equilibrium”. Brahim, “the son of an Arab”, and Marianne, the granddaughter of a pied-noir, captured the two sides at war in Algeria. Luis, the Colombian, was already married with children by that time, a fecund Latin through and through.

The colourful spectacle of Les Milandes was meant to be seen. Outside, Baker built up the grounds, installed car parks, established facilities for guests and set up an advertising campaign. She installed games and rides for children, and inscribed the entire place with her personality and celebrity. The result was an enclosed, self-contained theme park, a vision of an alternate world in which magic and fantasy were real and thematically organised around a positive vision of the racial future.

The entire point of visiting Les Milandes was to see the children. They seemed like outsized Disney characters, performing scripted and rehearsed roles for a public they would never truly meet, escorted around the park by their parents. “We were living in that castle by ourselves, all together,” Jarry said, “and then suddenly everything is open and everyone is on top of my mother and talking to me.”

Visitors came in their thousands, though not, Baker was disappointed to learn, in numbers large enough to ensure the long-term profitability of Les Milandes.

If a family is a collection of individuals, Baker’s assemblage presented itself as something quite distinct. But it also worked differently. “I was one in the family,” Jarry remembered. “There was no independence. It was everybody or nobody.” In Monaco, years after Les Milandes, when the older boys wanted to see a movie, they had to choose a film that would also satisfy five-year-old Stellina.

Baker did nothing to hide her orchestration of their performance from the children. One morning, she brought them into the dorm for a family meeting. “I adopted you because I cannot have children,” she began. “I united all of you,” Jarry recalled her saying, because “in the world they are always fighting between countries and races, coloured, white and black”. Going around the room, she told each child the reason for their adoption, citing abandonment or, in Jarry’s case, the divorce of his parents. “That is why I want you to be a family,” she continued, turning them into stakeholders in her project. “We knew that we were brothers from different countries,” Jarry said. “[We] had the sense that we had to show the world that the union of races, religions, whatever, was possible.”

For Jarry, speaking to the German magazine Der Spiegel in 2009, this meant that the children often felt like “pet monkeys”. Sometimes they would be at the big metal gates of the chateau. Sometimes they would sneak away to a lower tier of the garden, though there was often a wall of faces above, watching and taking pictures. Sometimes they would be with their mother inside the brasserie, greeting their public through a glass door. “We grew in Les Milandes like a regular family,” Jarry said. “We had fights. When you are kid, when you are obliged to do things, you go out with your mother and father, and suddenly you have all these people taking pictures, you get tired.” Being a “family” was one thing, he said, but “show business” was different. At Les Milandes, he said, the family was show business. And it was endlessly tiring.

Most of the children were sent to their homelands after Les Milandes. Koffi’s return to Côte d’Ivoire was supposed to last for two years. Arriving from France, he was labelled a “faux noir”, his only connection to the cultures and peoples of his homeland coming from books. Mara, for his part, had not been back to Venezuela since he was two months old. On the flight to Caracas, Baker explained soberly that if Mara wanted “to stay with them” – with his family – she would understand. Landing at the newly opened La Chinita airport, Mara found the runway mobbed with relatives and friends of relatives. Like Koffi, he walked away from the experience with a profound sense of the vast distance between his life and that of his birth family. He noted the “obvious poverty” of his relatives and his shock at their repeated requests for money. “You can’t blame them,” Baker explained, “they’re desperate.”

Jarry’s story was different. When he was discovered one afternoon in the bathtub with another boy, Baker marched the teenager out in front of the Tribe. Raising the problem of “contamination”, she asked for a family vote on whether he could stay, since queerness was a serious crime for Baker. And then, the court martial complete, she shipped him off to Buenos Aires.

The tumultuous Seventies featured a rebelliousness of affect and aesthetic, slogans and symbols. Knowing this, Baker policed her children’s sexuality, homing in on the clothing, moustaches and long hair of the boys. However, they refused to bend to her will. She imported male authority figures, without any luck. She declined to discuss her own youthful rebellions. She drew lines in the sand, fought for authority on every issue and engaged in extreme parental brinkmanship. And eventually, after one too many arguments and fights, she just plain old “gave up”.

Baker envisioned the family as a United Nations, rich with linguistic, religious, racial and national diversity. Her emphasis was always on extraordinary variety, a diversity that went far beyond skin tone. But by the Seventies, her family was a political liability. Her parenting seemed to trivialise the children, to turn them into rich adornments for their mother. To activists, it was no longer clear what problems were best addressed by the gaudy spectacle of the Rainbow Tribe. The age of idealistic marches was over, and the age of riots, deteriorating cityscapes and white flight had arrived. It wasn’t just that the civil rights consensus had been fractured or that de Gaulle was gone; it was, instead, that the world was drifting toward a future in which Josephine Baker and the Rainbow Tribe seemed like a quaint reminder of the past.

‘Josephine Baker and the Rainbow Tribe’ by Matthew Pratt Guterl (Harvard University Press, RRP £21.95) is available to order from Telegraph Books at £19.95 + £1.35 p&p.

Voir de plus:

Adopting the World

Josephine Baker’s Rainbow Tribe

Merlind Theile

Der Spiegel online

10/02/2009

Long before Angelina Jolie, Mia Farrow and Madonna made headlines with their adoptive families, 1920s star Josephine Baker tried to combat racism by adopting 12 children of various ethnic backgrounds from around the world. Today the members of her « rainbow tribe » are still searching for their identity.

He is trying to describe what it was like to grow up here, to trace the vestiges of his childhood, but not much of that remains in this chateau that was once his home.

Today Akio Bouillon, a slight, affable man of Japanese origin, can only serve as a guide through an exhibit that pays tribute to his dead mother. In the former living room, a dozen of her robes are now displayed on headless mannequins, and in the study lies a semi-nude wax figure of Bouillon’s mother, with a string of flowers draped around the neck. The « banana skirt » that made her famous hangs in a glass case; strips of gold material in the shape of bananas are attached to a narrow belt. His mother was the singer and entertainer Josephine Baker.

Bouillon, her oldest adopted son, turned 57 in July. He walks across creaking floorboards and into Baker’s bathroom, with its black tiles and Dior bottles, and then into a series of rooms filled with photos, posters and her jewelry. Somewhere in this labyrinth is the small room where Bouillon slept as a child. Today, the bed is cordoned off from the hallway with a velvet rope, and a sign admonishes visitors not to touch anything.

He stands in front of the bed, smiles faintly and says that it was a nice childhood, for him and his 11 siblings.

Bouillon points to a poster on the wall, made from an old, black-and-white photo. It depicts little Akio, age 6, smiling at the camera, holding a white cat on his arm.

It is the only image visitors see of Baker’s 12 adopted children, and Bouillon is the only one of them who still travels, once a year, to Château des Milandes in France’s southwestern Périgord region. One of his brothers has already died, and the other 10 siblings avoid the chateau, which was purchased by strangers long ago. They don’t want their photos to be exhibited here. They are tired of being put on display.

Vision of a Better Life

Jarry Baker, the third adopted son, hasn’t been to the chateau in two decades. Now 55, he is a short, blonde man of Finnish descent with reddish cheeks. He moved far away, to New York, because it was the place where he could be himself.

Every day at noon, he takes the train from New Jersey to the Port Authority station in Manhattan, and walks a few blocks to « Chez Josephine » on 42nd Street, where he works as a waiter. The restaurant pays tribute to his dead mother, with pictures, photos and posters on its walls. The restaurant is near Broadway, and many of its customers are artists and gays.

Jarry Baker, who is also gay, likes the place. He was the opposite of what his adoptive mother had expected, and that was his undoing.

Misfortune often begins with visions, and Josephine Baker had her own vision. She did something that many celebrities would later emulate: She adopted children from poor countries to give them the opportunity of a better life.

Adoption is supposed to be an opportunity for children like Maddox, a boy that actress Angelina Jolie adopted in Cambodia, and Mercy, a girl from Malawi the singer Madonna recently adopted after the country’s highest court approved the contested adoption — even though Mercy still has a father in her native village. Madonna told the court that she could offer Mercy a better life — a common argument. The stars want to set an example and use their celebrity status to do good. Sometimes it’s about big ideas, promoting understanding among nations or putting an end to racism.

Looking for a Way Out

Perhaps Josephine Baker began adopting children as a way to compensate for her own unhappy childhood. Her life offered her many reasons to yearn for fame and family. Her mother, a black laundress from St. Louis, Missouri, was impregnated by a white man, and she kept his identity a secret. In the United States in 1906, a relationship, let alone marriage, with Josephine’s father would have been unthinkable.

The mother had three more children and raised them on her own. From the age of eight, Josephine had to work, for example in kitchens where she cleaned and washed dishes. At 11, she witnessed race riots directed against African-Americans in which dozens of people were murdered, the sort of thing that was not uncommon in the southern United States at the time. When she was 13, her mother found her a husband so that she would be taken care of.

But Josephine wanted a way out of her life in St. Louis. She had taught herself to dance and sing as a child, and she wanted to be on stage.

She joined a vaudeville troupe at 14, and at 15 she married her second husband, William Baker, the son of a Philadelphia restaurant owner.

She would later keep his name, because she wanted to be known as Josephine Baker. She worked hard, danced on Broadway and was determined to become a star.

The Lust for Pleasure

In 1926, she bent over in her banana skirt, practically nude, in a revue at the Folies-Bergère in Paris. The audience was ecstatic. It was the roaring 20s, and in Europe’s cities, where people celebrated with abandon, Josephine Baker, as a nude, exotic woman, satisfied their lust for pleasure.

Baker was a sex symbol, a role she relished, sleeping with men and women — thousands, as she would later say. But none of this love-making gave her what she wanted most. She married a third time, but she still couldn’t get pregnant. She was infertile.

She threw herself into her work, discovering a new passion in World War II. She supported the French resistance movement, and was given a uniform and awarded many decorations. By then, Baker was rich and famous, and yet there was still a gaping hole in her life.

The war ended. Baker, now in her 40s, was no longer a sex symbol. She needed a new role. Like Madonna decades later, she felt the need to constantly reinvent herself.

In 1947, Baker married her fourth husband, French orchestra leader Jo Bouillon. She bought a Renaissance castle in Périgord, the Château des Milandes, with more than 30 rooms, surrounded by 400 hectares (1,000 acres) of land.

Fighting Racism

She was practically royalty by then, but she was still black. When she visited the United States, she could only enter some hotels through a back entrance.

She was determined to fight this racism. And now she owned a chateau. A plan began to take shape in Baker’s mind.

In early 1954, she gave a talk in Copenhagen. She wanted to make a gesture of humanity, she said, explaining that she wanted to « adopt five little boys » — one from each continent.

When Baker traveled to Japan in the spring to pick up her first child, Akio had been in an orphanage for 18 months. He had been abandoned in Yokohama shortly after birth, on a rainy day in September 1952. A woman had walked into a small shop carrying a bundle in her arms and asked if she could leave the baby there for a moment so that she could get an umbrella.

Baker adopted Akio and another baby and took them to Château des Milandes, where more than 100 employees were hired to transform the estate into a center of brotherliness, and a place where celebrities and weekend guests could meet. The main attraction would be Baker’s new family, in its splendid array of skin colors. Baker called the family her « Rainbow Tribe. » It was front-page news.

In that same year, she adopted her third child, a 12-year-old Finnish boy from Helsinki with pale skin and light-blonde hair. His name was Jari, but he would later call himself Jarry after she rejected him.

Child number four was a black baby from Columbia. Child number five: a white baby from France.

Growing Family

Baker’s husband, Jo Bouillon, managed her affairs at Les Milandes and struggled to raise the children. His wife was constantly on tour, bringing home a new child from practically every trip. But she was only interested in adopting boys, fearing that romantic attachments could develop between the children.

Then, in 1956, came the sixth and seventh children: a male baby and the first female infant, both from Algeria.

Enough, Bouillon told his wife. Who is going to raise them all? he asked.

A rotating assortment of nannies looked after the children until Baker fired them. She would occasionally storm around the estate, furiously ordering gardeners to replant shrubs, only to slap them afterwards for having done so. She redecorated the chateau, hosted wild parties and took off again.

Child number eight, a white boy from France, arrived in 1957. Baker told the press that he was from Israel. She had been missing a Jew in her tribe.

Demanding Affection

In photos taken at the time, the chateau looks more like an orphanage than a real home. The children slept in a room in the attic, in eight small beds lined up in a row. Whenever Baker returned home, even if it happened to be at 3 a.m., she would wake the children and demand affection.

Jari, the Finn, was a quiet boy, but Akio, the eldest, was the quietest of them all, not speaking at all until he was four.

Today, he knows quite a lot about the trauma of adopted children, and about the special care they need, especially if they are from faraway countries. They are doubly homeless from the beginning, not knowing where they belong, and some crumble under the strain. They are more susceptible to addiction and emotional disorders than children who grow up with their biological parents.

Every adopted child needs the full attention of his or her new parents. By this time, Baker had eight children, and there were more to come.

The ninth child, a black baby from the Ivory Coast, came in 1958.

A Dream Childhood?

On the surface, the children seemed to have a dream childhood. They were living in a castle, like children in a fairy tale. They played with knights’ armor tucked into nooks along the spiral steps to the tower, romped in the gardens, built tree houses and frolicked with the dogs. Akio remembers that he and his brothers often caught flying beetles and tied them to strings to keep them from flying away. The children carried them around like balloons.

Every year at Christmas, the presents were piled high to the ceiling in the castle. Monstrous, says Jarry. It was Baker’s way of showing affection for the children. Their duty, in return, was to allow themselves to be shown off to the public.

On the occasional Sunday when she was there, Baker would dress the children in white and have them line up in the courtyard, where tourists and the press were waiting behind a fence to take pictures. Jarry says that he and the other children sometimes felt like pet monkeys.

Child number 10, a small indigenous boy from Venezuela, came in 1959. The global mother needed to complete her collection.

Financial Ruin

Today there are regulations governing international adoptions. Before a child is given up for adoption, authorities must verify that all options to keep the child from being removed from the country have been exhausted. This is always seen as the better solution.

The situation was different half a century ago. Besides, Baker was a star. She had influential friends, like Princess Grace of Monaco, and she had money. Not all of her children were orphans. In some cases, she simply bought babies from their destitute parents. For example, to adopt blonde Jari, the diminutive Finn, she simply paid his parents in Helsinki a few thousand dollars and the deal was sealed.

In 1960, she got child number 11: a white infant from France.

It had all become too much for Baker’s husband. After years of her escapades and their arguments, Bouillon left the chateau, and in 1963 he moved to Buenos Aires. Without him and his business acumen, the estate was doomed to financial ruin. The children lost their father figure, the only person who had given them some structure in Baker’s chaotic world.

In 1964, child number 12, the last child, was acquired: a little girl from Morocco.

Vacations with Castro

Baker traveled the world with the children. They met the pope and vacationed with Cuban leader Fidel Castro.

The situation at the chateau spun out of control. All the employees, private tutors, monkeys and other animals she had acquired were eating up Baker’s fortune. She managed to fend off bankruptcy for a few more years, stubbornly living her dream, an aging regent who tolerated no back talk and treated the children like subjects.

She wrote reports about them, described their characters in detail and drafted plans for their future. Akio was to become a diplomat, Jari a hotelier. Another child was supposed to be a doctor. But none of them were to be artists. She even banned music instruction. After they had received their education and training, the children were to return to the countries where they had come from and make themselves useful there, as Baker’s envoys and as the loyal executors of her ideas.

None of the children stuck to the plan.

Teenage Rebellion

They rebelled when they reached puberty. Baker had acquired 10 sons, with only seven years separating the youngest and the oldest, and they turned into a horde of hyperactive teenagers — going out at night, falling in love, staying away for days at a time, rattling around the neighborhood on their mopeds, getting drunk, taking drugs, stealing and wearing hippy clothes that their mother didn’t like. But her slaps no longer intimidated them. They were as wild and unruly as a pack of young wolves, and Baker had little experience as a mother.

She lost the chateau in 1969, and when she refused to leave she was carried out against her will. She sat on the steps in the rain for two days, covered with only a plaid wool blanket. The photo quickly appeared in newspapers around the world.

The children went to boarding schools or, like Akio and Jari, moved to Buenos Aires to live with their adoptive father, whose surname most of them have kept. Akio had a falling out with his mother a few months before Baker’s sudden death in 1975. His Christmas present had arrived too late, causing an argument that the two would never resolve. Akio was the only child not to attend the funeral in Monaco, which was hosted by Princess Grace.

‘Nobody’s Perfect’

Akio now lives in an apartment building on the outskirts of Paris, works in a bank, smokes large numbers of cigarillos and likes to watch animated films. He relates information about streets and squares as we walk through the city. He often walks around aimlessly, without any destination in mind, he says.

And he is often alone. He was in a relationship with an alcoholic for 15 years, until she finally left him, and he has been single since then. He knows nothing about his Japanese mother. Baker wanted to make sure that the children would never search for their biological families, and in some cases she even withheld information.

A Japanese journalist who recently investigated Akio’s story found the woman who had worked in the small shop in Yokohama where he was left as a baby in 1952. He gave Bouillon the information and suggested that the woman might know something about his biological mother. All he had to do was contact her, perhaps by writing her a letter. Bouillon has been carrying around the address for a year now. He says he doesn’t know how to begin the letter.

Did Baker do the right thing? « She was a great artist, and she was our mother, » says Akio Bouillon. « Mothers make mistakes. Nobody’s perfect. »

Bouillon says that his mother proved that people of different skin colors could live together as equals. « I love my brothers and sisters, » says Bouillon. They all keep in touch by telephone. He says he feels closest to Jarry, because they were together when their adoptive father died in 1984.

Ordinary Lives

The last time all 12 children were together in one place was in 1976, shortly after the death of their famous mother. Even in the last year of her life, Baker, to earn money, performed on a Paris stage, wearing a sequined dress and a towering feather headdress.

The children never wanted to be celebrities. They live ordinary lives — working as gardeners, greengrocers or insurance agents. Child number eight died of cancer 10 years ago. Child number 11 became schizophrenic and now lives in an institution. Some of the siblings married and had children, while others remained single.

None of them adopted children.

« We are completely normal people, » says Akio Bouillon. He and his siblings want to feel like a family, not a project.

Media Spotlight

Sometimes Bouillon flips through magazines and sees the photos of today’s rainbow tribes, of Madonna with her children from Malawi, of Brad Pitt and Angelina Jolie, traveling around the world with their six small children and their nannies, in the glare of the media spotlight. But he doesn’t feel taken aback by the images. In fact, they make him feel proud.

« It’s great, » he says. « These stars are following in my mother’s footsteps. » Of course, he adds, the paparazzi are a problem, as is their constant quest for pictures of the children. But when Jolie adopts a baby from the Third World, says Bouillon, there is also a higher principle at work. « When these children grow up, they’ll understand. »

Bouillon feels that his adoptive mother made a great and enduring contribution, and that our impression of Josephine Baker should not be clouded by her weaknesses. She was, as he says, a child of her time, a time when even stricter morals applied. That helps to explain why she and Jari didn’t get along, he says.

The Banished Son

Jarry Baker is sitting in Chez Josephine in New York, talking about his dead mother, a subject that makes him visibly uncomfortable. Although it is still morning and the air-conditioned room is cold, Baker’s cheeks are flushed and his hands are trembling.

« She was too possessive, » he says. « We weren’t allowed to develop the way we wanted to. » He knew he was gay by the time he was seven or eight. When Jari was 15, Baker caught him in the bathtub with another boy. She called together the family, reprimanded him in front of everyone else and sent him to live with his father in Buenos Aires. She was afraid that he could infect his brothers.

Josephine Baker — the bisexual revue star, darling of gays and drag queens, civil rights activist — banished her son because he loved men.

When asked whether he has forgiven her, Jarry Baker waves his hand dismissively and says: « Yes, who cares. She didn’t want us to grow. Maybe she was afraid that we would out-grow her. » At times he seems almost thankful for having been rejected by his mother. « It was like being liberated. »

Caught in Baker’s Shadow

In New York, restaurateur Jean-Claude Baker gave him a job and a place to stay. Most of all, Jarry was now living somewhere where he could openly kiss his lover on the street. He doesn’t mind working in the restaurant, says Baker. In fact, he says, he is pleased that the owner is preserving Josephine’s memory.

Jean-Claude Baker, 66, was one of Josephine’s companions — a gay man, like many of her friends. They performed together in the last years of her life. She called him her 13th child; he took on her name. But the two had a falling-out before her death.

He still lives in her world today. He has named his restaurant after her and decorated it with images of her. He has also written the most detailed biography of Baker to date. Like many who were very close to her, he seems caught in her shadow.

Child of a Rainbow Tribe

On a hot Sunday in July in New York, the city’s annual Gay Pride Parade slowly makes its way south along Fifth Avenue. At the front of the parade are lesbians on their Harleys, followed by gay police officers, firefighters and doctors, and above it all flies the rainbow flag, the symbol of the gay and lesbian movement.

Jarry Baker, the child of a rainbow tribe, stands on the sidewalk with a flag in his hand. He likes watching the parade — not every year, as he did at the start, but once in a while. He watches the floats, listens to the music and waves to the hooting, beaming parade-goers as they pass by.

He doesn’t know how much longer he will stay in New York. He says he would like to move to Australia or New Zealand and set up a farm. Then he says that he’d like to return to Argentina. And then, later, he says that he feels very comfortable in Finland, where he has family.

A Finnish journalist tracked down Jarry Baker’s mother and his siblings and flew with him to Helsinki. It was 14 years ago. Jarry says that they got along marvelously, and that he felt close to them. He has visited them twice since then. Three visits in 14 years.

The last of the floats pass by. « Those people look so happy, » says Jarry Baker, as he stands on the sidewalk, looking down the street at the parade, waving his rainbow flag.

Translated from the German by Christopher Sultan

Voir encore:

Josephine Baker’s Rainbow Tribe

To prove that racial harmony was possible, the dancer adopted 12 children from around the globe—and charged admission to watch them coexist.

Rebecca Onion
Slate
April 18 2014

Beginning in 1953, almost 30 years after her first successful performances on the Paris stage, the singer and dancer Josephine Baker adopted 12 children from different countries, ranging from Finland to Venezuela. She installed what she called her “Rainbow Tribe” in a 15th-century chateau in the South of France and charged admission to tourists who came to hear them sing, to tour their home, or to watch them play leapfrog in their garden.

This little-known chapter in Baker’s life is an uncomfortable one. “I would begin to tell the story of Josephine Baker, and people would start to laugh,” says Matthew Pratt Guterl, the author of a new book on Baker’s later life, Josephine Baker and the Rainbow Tribe. “And I would start to wonder what that laughter signified.” Guterl, a professor of Africana studies and American studies at Brown University, has in essence written two books in one: the story of Baker’s family, and a meditation on the meaning of that laughter.

Baker was born in St. Louis but moved to France in 1925. Her danse sauvage, famously performed in a banana skirt, brought her international fame. During World War II, she worked for the Red Cross and gathered intelligence for the French Resistance. After the war, married to her fourth husband, Jo Bouillon, she struggled to conceive a child. Meanwhile, her career waned. Guterl’s book is about this period of Baker’s life, as she built her large adopted family, became ever more active on behalf of the nascent civil rights movement in the United States, and re-emerged into fame.

Baker purchased her estate, known as Les Milandes, after marrying Bouillon in 1947. In addition to the chateau, the property boasted a motel, a bakery, cafés, a jazz club, a miniature golf course, and a wax museum telling the story of Baker’s life. As Guterl makes clear, the place was over-the-top, but its ostentation was a political statement. Les Milandes, with its fairy-tale setting, announced to the world that African-American girls born poor could transcend nation and race and find wealth and happiness.

At the center of the attractions were Baker’s adopted children, from Finland, Japan, France, Belgium, Venezuela. During their school-age years, the 10 boys and two girls grew up in public. Just by existing as a multiracial, multinational family, they demonstrated Baker’s belief in the possibility of equality. They sang songs for paying visitors, appeared in print advertisements, gave interviews to curious press, and played in a courtyard in full view of what Guterl describes as “a wall of faces, watching and taking pictures.”

You can see why this chapter of Baker’s story provokes laughter. First, there’s a deep discomfort at her unapologetic marshaling of children to act out her own utopian racial narrative. Second, we think we understand what’s going on here; we see early incarnations of celebrity eccentricities from our own time. In the big adoptive family, we see Angelina or Madonna; in the celebrity theme park, we see Michael Jackson’s Neverland Ranch. “The language of the strange and famous is readily available to us,” Guterl writes in the book’s prologue. “This same easy familiarity makes it harder to understand Les Milandes, not easier, because we rarely allow celebrity egocentrism to be serious or important.”

What would the Rainbow Tribe look like if we took it seriously? Guterl steps back, seeing the Tribe from Baker’s point of view. Baker was always an activist, wielding her international fame in the service of the civil rights movement in the United States. When she visited the States in the 1950s, she demanded that she be allowed to stay at the best hotels and play to integrated audiences.

Another bit of context: The Rainbow Tribe wasn’t the first, or the only, project of its kind. As Guterl notes, large, public, transracial families were a Cold War phenomenon in the United States. At a time when Americans worried about spreading communist influence in Asia, Africa, and Latin America, these “U.N. families,” featuring members from all continents, showed that “everyone, really, could be brought into the Western system.”

Guterl points to 1951 Life magazine coverage of the family of Helen and Carl Doss, a religious couple who adopted nine children, many of whom were from Asian countries; the story of the novelist Pearl S. Buck, who adopted seven children of different races and became a public advocate for interracial adoption; even the early history of the infamous Rev. Jim Jones, who adopted an interracial group that he nicknamed the Rainbow Family and that formed the core of his utopian cult.

Like these groups, Baker’s Rainbow Tribe was the product of careful planning for symbolic value. Children were renamed and raised in different religious traditions so they could be more typical of the racial and national types that Baker had decided should be represented in the Tribe. Some kids received new backstories. Baker wanted an Israeli child, but the Israeli welfare minister refused (telling her, “We cannot sanction taking a child away from Israel when great efforts are being made to bring children to Israel”). Undaunted, Baker adopted a French orphan, named him Moïse (French for “Moses”), and decided that he would be raised Jewish.

By dressing the children up in strong national, ethnic, and religious identities, Baker could make a political point about the human capacity to get along despite differences. In reading the historical record—Baker’s correspondence, contemporary media coverage, other documentation—Guterl found it hard to discern the children’s individuality. “Their voices were significantly less important,” he writes, “than their performance as an ensemble, their presentation as part of a single object.”

The performance was difficult to sustain, however. As her adoptive children aged, Baker ran out of money and was forced to sell Les Milandes. The last few chapters of Guterl’s book, which tell the story of what happened to the Tribe as they grew older, are tinged with tragedy. Baker struggled with health problems and became less relevant to the American civil rights movement as it moved into high visibility in the late 1960s. She still performed, but any kind of rigorous schedule was a strain, and her career couldn’t generate enough money to sustain the large family she had created.

As Baker’s finances crumbled, she moved the Rainbow Tribe to Monaco to live in a less grand home paid for by Baker’s friend and patron Princess Grace. Here the kids, now entering their teenage years and, in some cases, chafing at their public lives, began to resist Baker’s authority. Baker looked for ways to farm the children out to others. Bouillon, Baker’s husband at the time of the adoptions, was now her latest ex; some of the kids went to live with him. Others went to boarding schools. Baker sent a small group—including Marianne (adopted from France), whose teenage love affairs drove Baker to distraction—to live with a longtime Baker fan in the U.K. In perhaps the saddest and most puzzling outcome, when Baker found out that Jarry (adopted from Finland) was gay, she chastised him in front of his siblings before sending him away to live with Bouillon in Buenos Aires.

But Guterl’s is not a book to read if you want to revel in the downfall of what seems like an ill-conceived experiment. The author, who told me that he grew up in a large, multiracial adopted family himself, is close to the subject matter. “This was a very hard book to write,” he told me. While Guterl did interview three members of the Tribe, he resists offering up all of the gory details.

In Guterl’s book, and in other interviews they’ve given, the grown-up adoptees generally remember their childhoods at Les Milandes with fondness. As for their relationships with their mother, they are reluctant to comment. Interviewed by Der Spiegel in 2009, Jarry said, “She was too possessive. We weren’t allow to develop the way we wanted to.” Akio (adopted from Japan) offered a more charitable assessment: “She was a great artist, and she was our mother. Mothers make mistakes. Nobody’s perfect.”

Voir enfin:

(1963) Josephine Baker, “Speech at the March on Washington”
Josephine Baker is remembered by most people as the flamboyant African American entertainer who earned fame and fortune in Paris in the 1920s.  Yet through much of her later life, Baker became a vocal opponent of  segregation and discrimination, often initiating one-woman protests against racial injustice.  In 1963, at the age of 57, Baker flew in from France, her adopted homeland, to appear before the largest audience in her career, the 250,000 gathered at the March on Washington.  Wearing her uniform of the French Resistance, of which she was active in World War II, she was the only woman to address the audience.  What she said appears below.

Friends and family…you know I have lived a long time and I have come a long way.  And you must know now that what I did, I did originally for myself.  Then later, as these things began happening to me, I wondered if they were happening to you, and then I knew they must be.  And I knew that you had no way to defend yourselves, as I had.

And as I continued to do the things I did, and to say the things I said, they began to beat me.  Not beat me, mind you, with a club—but you know, I have seen that done too—but they beat me with their pens, with their writings.  And friends, that is much worse.

When I was a child and they burned me out of my home, I was frightened and I ran away.    Eventually I ran far away.  It was to a place called France.  Many of you have been there, and many have not.  But I must tell you, ladies and gentlemen, in that country I never feared.  It was like a fairyland place.

And I need not tell you that wonderful things happened to me there.  Now I know that all you children don’t know who Josephine Baker is, but you ask Grandma and Grandpa and they will tell you.  You know what they will say.  “Why, she was a devil.”  And you know something…why, they are right.  I was too.  I was a devil in other countries, and I was a little devil in America too.

But I must tell you, when I was young in Paris, strange things happened to me.  And these things had never happened to me before.  When I left St. Louis a long time ago, the conductor directed me to the last car.  And you all know what that means.

But when I ran away, yes, when I ran away to another country, I didn’t have to do that.  I could go into any restaurant I wanted to, and I could drink water anyplace I wanted to, and I didn’t have to go to a colored toilet either, and I have to tell you it was nice, and I got used to it, and I liked it, and I wasn’t afraid anymore that someone would shout at me and say, “Nigger, go to the end of the line.”  But you know, I rarely ever used that word.  You also know that it has been shouted at me many times.

So over there, far away, I was happy, and because I was happy I had some success, and you know that too.

Then after a long time, I came to America to be in a great show for Mr. Ziegfeld, and you know Josephine was happy.  You know that.  Because I wanted to tell everyone in my country about myself.  I wanted to let everyone know that I made good, and you know too that that is only natural.

But on that great big beautiful ship, I had a bad experience.  A very important star was to sit with me for dinner, and at the last moment I discovered she didn’t want to eat with a colored woman.  I can tell you it was some blow.

And I won’t bother to mention her name, because it is not important, and anyway, now she is dead.

And when I got to New York way back then, I had other blows—when they would not let me check into the good hotels because I was colored, or eat in certain restaurants.  And then I went to Atlanta, and it was a horror to me.  And I said to myself, My God, I am Josephine, and if they do this to me, what do they do to the other people in America?

You know, friends, that I do not lie to you when I tell you I have walked into the palaces of kings and queens and into the houses of presidents.  And much more. But I cold not walk into a hotel in America and get a cup of coffee, and that made me mad.  And when I get mad, you know that I open my big mouth.  And then look out, ‘cause when Josephine opens her mouth, they hear it all over the world.

So I did open my mouth, and you know I did scream, and when I demanded what I was supposed to have and what I was entitled to, they still would not give it to me.

So then they thought they could smear me, and the best way to do that was to call me a communist.  And you know, too, what that meant.  Those were dreaded words in those days, and I want to tell you also that I was hounded by the government agencies in America, and there was never one ounce of proof that I was a communist.  But they were mad.  They were mad because I told the truth.  And the truth was that all I wanted was a cup of coffee.  But I wanted that cup of coffee where I wanted to drink it, and I had the money to pay for it, so why shouldn’t I have it where I wanted it?

Friends and brothers and sisters, that is how it went.  And when I screamed loud enough, they started to open that door just a little bit, and we all started to be able to squeeze through it.  Not just the colored people, but the others as well, the other minorities too, the Orientals, and the Mexicans, and the Indians, both those here in the United States and those from India.

Now I am not going to stand in front of all of you today and take credit for what is happening now.  I cannot do that.  But I want to take credit for telling you how to do the same thing, and when you scream, friends, I know you will be heard.  And you will be heard now.

But you young people must do one thing, and I know you have heard this story a thousand times from your mothers and fathers, like I did from my mama.  I didn’t take her advice.  But I accomplished the same in another fashion.  You must get an education.  You must go to school, and you must learn to protect yourself.  And you must learn to protect yourself with the pen, and not the gun.  Then you can answer them, and I can tell you—and I don’t want to sound corny—but friends, the pen really is mightier than the sword.

I am not a young woman now, friends.  My life is behind me.  There is not too much fire burning inside me.  And before it goes out, I want you to use what is left to light that fire in you.  So that you can carry on, and so that you can do those things that I have done.  Then, when my fires have burned out, and I go where we all go someday, I can be happy.

You know I have always taken the rocky path.  I never took the easy one, but as I get older, and as I knew I had the power and the strength, I took that rocky path, and I tried to smooth it out a little.  I wanted to make it easier for you.  I want you to have a chance at what I had.  But I do not want you to have to run away to get it.  And mothers and fathers, if it is too late for you, think of your children.  Make it safe here so they do mot have to run away, for I want for you and your children what I had.

Ladies and gentlemen, my friends and family, I have just been handed a little note, as you probably say.  It is an invitation to visit the President of the United States in his home, the White House.

I am greatly honored.  But I must tell you that a colored woman—or, as you say it here in America, a black woman—is not going there. It is a woman.  It is Josephine Baker.

This is a great honor for me.  Someday I want you children out there to have that great honor too.  And we know that that time is not someday.  We know that that time is now.

I thank you, and may god bless you.  And may He continue to bless you long after I am gone.

Sources:

Stephen Papich, Remembering Josephine (New York: The Bobbs-Mererill Company, Inc.: 1976), 210-213.

– See more at: http://www.blackpast.org/1963-josephine-baker-speech-march-washington#sthash.uepYA0eM.dpuf

Voir par ailleurs:

Raciste, « Exhibit B » ? Visite guidée d’une œuvre controversée

L’oeuvre de Brett Bailey sur le colonialisme et les zoos humains fait polémique. Mercredi soir, au 104, les spectateurs ont ressenti une véritable gifle.
L’Obs

11 décembre 2014

Ce soir, je suis « Numéro 16″. Comme les autres spectateurs d' »Exhibit B », le spectacle du sud-africain Brett Bailey sur le thème des zoos humains et du colonialisme, je suis devenue un chiffre le temps de la représentation. En silence, j’attends que l’on me convoque pour découvrir l’oeuvre – accueillie au Centquatre du 7 au 12 décembre – qui a fait l’objet de nombreuses critiques et fantasmes depuis son retour en France fin novembre. Une œuvre qualifiée de raciste à l’encontre de la communauté noire, par ses détracteurs, qui ont vainement tenté d’obtenir son interdiction en justice.

Le dispositif de sécurité déployé à l’entrée du Centquatre depuis le début des représentations – en concertation avec la préfecture de police de Paris – plonge le spectateur dans une ambiance anxiogène avant même qu’il ne mette un pied dans l’espace culturel du XIXe arrondissement. Quatre personnes se relayent pour amener le public de la grille d’entrée jusqu’au sous-sol, où a lieu la représentation. Il faut alors se séparer de ses affaires au vestiaire et passer par un détecteur de métaux, semblable à ceux que l’on trouve dans les aéroports.

Derrière, un petit groupe d’une vingtaine de personnes attend les instructions dans la froideur d’une pièce tout en béton. « Sur chaque chaise il y a un numéro. Asseyez-vous sur une chaise et attendez que l’on appelle votre numéro. » J’avance à tâtons dans un bunker obscur, prête à découvrir cette œuvre. L’expérience commence.

« Vous ne pourrez pas revenir en arrière »
La voix solennelle, une femme d’une trentaine d’années, explique à un public intimidé le déroulement de la représentation.

Ne faites pas attention à la personne qui se tiendra derrière vous. Vous pouvez prendre tout le temps qu’il vous faudra. Seul contrainte : vous ne pourrez pas revenir en arrière. »
Le spectateur-numéro évolue à son rythme de performance en performance dans une lumière tamisée. Chaque « tableau vivant » est pensé comme une oeuvre à part entière, racontant les corps d’hommes et de femmes meurtris par l’histoire.

Larmes, visages figés, malaise
La première performance frappe comme une gifle. Sur la droite, dès l’entrée, un homme et une femme sont mis en scène, immobiles, parmi des têtes d’animaux empaillés. Leur regard glaçant, presque défiant, est difficilement soutenable.

Arrivée à la troisième installation vivante, une spectatrice d’une trentaine d’années a les larmes aux yeux. A chaque ligne descriptive qu’elle lit devant l’œuvre, l’effroi fige un peu plus son visage. La violence du silence des acteurs contraste avec les horreurs décrites sur les pancartes.

Parfois même deux mots suffisent. « #Objet trouvé », peut-on sobrement lire devant une performance d’une femme assise sur une chaise, les mains sur les genoux, le regard toujours transperçant.

Les spectateurs sont muets eux aussi, comme abasourdis par ce qu’ils voient.

Une dizaine de performances s’enchaînent sans que l’on puisse s’y habituer. Chaque instant passé devant un acteur est un échange. Certains restent même des dizaines de minutes devant une performance, qu’ils finissent par quitter douloureusement. Des chants namibiens interprétés par des acteurs, invisibles jusqu’à la dernière pièce, occupent l’espace sonore.

Les Noirs ne sont pas en cage
Au fur et à mesure que l’on découvre « Exhibit B », les arguments avancés par ses détracteurs s’effondrent. L’esthétisme de l’oeuvre ne laisse aucun doute sur l’aspect artistique du travail de Brett Bailey, à 1.000 lieux de celui d’un historien.

Pas une seule cage, si ce n’est un grillage ouvert qui entoure le spectateur sur une des performances. Pas d’approximation historique non plus, mais des panneaux explicatifs qui replacent chaque oeuvre dans son contexte. Les Noirs d' »Exhibit B » ne sont pas des sous-hommes mis en cage et réduits au silence. Les acteurs incarnent ces corps autrefois meurtris et déshumanisés, avec une présence telle, qu’il est impossible de considérer qu’ils puissent êtres passifs.

D’ailleurs, s’ils sont silencieux durant la représentation, ils expriment à l’écrit leur démarche artistique, leur analyse de l’oeuvre et les raisons qui les ont poussé à jouer pour « Exhibit B », sur des feuilles disposées dans la pièce qui clôture la représentation. Les descendants des colonisés ne sont pas privés de leur histoire, mais ont au contraire une opportunité de l’incarner pour mieux en mesurer le poids. «  »Exhibit B » est un processus de guérison », explique un acteur noir.

Le spectateur, resté à son tour silencieux pendant toute la performance, peut aussi s’exprimer à la fin du spectacle. Dans la même salle, les visiteurs se servent en papier et en stylos pour laisser couler leur pensée librement et anonymement. « Pour la première fois je me suis rendue compte de la souffrance causée », peut-on lire sur une des feuilles.

Il faut voir « Exhibit B » avant de prendre position
A la sortie, les spectateurs restent muets pendant plusieurs secondes, incapables de verbaliser l’expérience qu’ils viennent de vivre. Après avoir repris leurs esprits, un petit groupe débat. Ils ont entre 13 et 25 ans et font partis du conseil local des jeunes d’Aubervilliers. Tous sont touchés et émus par ce qu’ils viennent de voir.

« Moi qui suis Sri Lankaise d’origine, je suis choquée d’avoir vu le nom d’un Sri Lankais dans la liste des esclaves tués », raconte Subhatha T., une lycéenne de 18 ans.

L’apartheid : on a un petit peu étudié ça en anglais. Mais là c’est différent, on se rend vraiment compte que ça a existé. On se retrouve dans des conditions proches du réel », explique Sheima, 16 ans.
« J’ai appris beaucoup de choses et puis ce n’est pas une question de blanc ou noir, c’est universel », renchérit Samy 24 ans. Le jeune homme considère qu’interdire ce spectacle reviendrait à se voiler la face.

Clément, un graphiste breton de 29 ans venu avec des amis, reconnait avoir ressenti une gêne :

Je me suis positionné en Blanc. J’avais honte. »
« Le spectacle m’a dérangée », affirme quant à elle Khadi Cissaka, une étudiante en marketing et négociations de 21 ans. La jeune femme ajoute :

En tant que Noire, on a du mal à se dire que l’on a fait l’objet d’études destinées à prouver que l’on était moins intelligents que les Blancs. Que l’on a été déshumanisés à ce point. »
« Je comprends les détracteurs », poursuit Khadi. « Moi-même j’y allais avec un peu d’appréhension. Mais je suis partie du principe qu’il fallait que je voie l’oeuvre avant de me rallier à une cause ». L’étudiante conclut :

Je ne pense pas que ceux qui sont contre « Exhibit B » puissent le rester une fois sortis de l’exposition. »

Voir encore:

Edinburgh’s most controversial show: Exhibit B, a human zoo
South Africa’s fearless theatre-maker Brett Bailey has made a career out of tackling the most difficult aspects of race. His new show features black people in cages, in reference to real 19th-century human zoos – and even some of the performers are uneasy about it
Brett Bailey human zoo show Exhibit B

John O’Mahony

The Guardian

11 August 2014

It’s the first Edinburgh rehearsal of Exhibit B and there’s mutiny in the air. The work, a highly controversial installation by the South African theatre-maker Brett Bailey, is based on the grotesque phenomenon of the human zoo, in which African tribespeople were displayed for the titillation of European and American audiences under the guise of “ethnological enlightenment”.

The zoos, which blossomed in the 19th century and continued right up to the first world war, sometimes took place in entirely transplanted tribal villages, but also in the freak show context of local fairs, where the infamous Hottentot Venus, as Sara Baartman was called, was poked and gawked at because of her large buttocks and “exotic” physical form. Perhaps the most extreme case was that of the Congolese pygmy Ota Benga who, in 1906, was put on display at the Bronx zoo in New York alongside the apes and giraffes. Bailey’s installation aims to subvert the premise of the zoos by replacing its exhibits with powerful living snapshots depicting racism and colonialism: a black woman chained to the bed of a French colonial officer; a Namibian Herero woman scraping brain tissue out of human skulls; the slowly revolving silhouette of Baartman.

The only problem is that the young black performers, cast locally at every stop along the tour, aren’t quite getting it. “How do you know we are not entertaining people the same way the human zoos did?” asks one. “How can you be sure that it’s not just white people curious about seeing black people?” adds another. As the temperature in the room begins to rise, the group cries out in unison: “How is this different?”

As a director who has courted controversy at almost every step of his career, Bailey is no stranger to this kind of confrontation. A white South African from an affluent background, his only early contact with his black countrymen was as servants. But after the collapse of apartheid in 1994, he trekked off alone into the rural Xhosa villages where Nelson Mandela had grown up. Living for three months among sangoma shamans, he drew on African ritual and music as the inspiration for his first works: Ipi Zombie, in 1996, based on a witchhunt that followed the death of 12 black schoolboys in a minibus crash; and iMumbo Jumbo, a year later, about the quest of an African chieftain to recover the skull of his ancestor from a Scottish trophy-hunter.

His 2001 work Big Dada, which drew comparisons between the regimes of Robert Mugabe and Idi Amin, marked a shift into darker, grainier territory; and in 2006, with the unflinching Orfeus, he bussed his audience off to a post-colonial underworld of sweatshops and human trafficking. That was when he began to shun conventional spaces. “Theatres feel to me pretty antiseptic,” he says. “Working in a deserted factory or a Nazi concentration camp, the associations are deeper and wider.”

All this has led to a reputation as “Africa’s most fearless theatre-maker”, and eventually to Exhibit B, which will fill the vast cloistered space of the Edinburgh University library, not just with searing visions of past racism, but also with contemporary tableaux that Bailey calls “found objects”. These are representations of refugees and asylum-seekers that link today’s “deportation centres, racial profiling and reduction of people to numbers” to the dehumanising ethos of the human zoos.

Already seen in various European capitals, the work has proved incendiary, particularly in Berlin, where it caused fury among leftwing anti-racism campaigners, who questioned the authority of a white director to tackle the story of black exploitation. Bailey seems to relish the entire spectrum of reaction: “I’m creating a journey that’s embracing and immersive, in which you can be delighted and disturbed, but I’d like you to be disturbed more than anything.”

Back in the rehearsal room, sporting a striped beanie hat and a very pointy, ginger-flecked beard, the director looks somewhere between a new-age wizard and a children’s TV presenter. His entrance is suitably dramatic, sweeping into the room unannounced to fix each performer in turn with a gimlet-eyed gaze. There follows a gruelling programme of psychological exercises to perfect the show’s single dramatic device: the steely stare that each performer locks on to the spectator. “It’s very difficult to get it right,” he explains. “The performers are not asked to look with any anger at all. They must work with compassion.”

All the while, Bailey is an uneasy, almost abrasive presence, making unhelpful comments about the revealing nature of the costumes and spouting the n-word provocatively in his clipped South African intonation. “He’s a badass! He gets it done,” says Cole Verhoeven, a previous performer, hinting that his spikiness may be a strategy to weed out the non-committal. “His intention is clear. And our intentions had to be clear in order to do the work with any authenticity.”

But when one of the female performers breaks down in tears due to the intensity of the process, Bailey is quick to move in with gentle reassurance. And as the mutinous insubordination and squabbling reach fever pitch, his response is firm and decisive. “What interests me about human zoos,” he tells the group, “is the way people were objectified. Once you objectify people, you can do the most terrible things to them. But what we are doing here is nothing like these shows, where black people were brought from all over Africa and displayed in villages. I’m interested in the way these zoos legitimised colonial policies. But other than that, they are just a catalyst.”

To craft each living image in the installation, Bailey conducted intensive research, sometimes taking three months or more to build a single tableau from photos, letters, biographies, official documents, paintings. One of the most harrowing, titled A Place in the Sun, was extrapolated from an account he came across of a French colonial officer who kept black women chained to his bed, exchanging food for sexual services. “It’s a picture of unimaginable suffering,” says Bailey. “She is sitting there looking in the mirror and waiting to be raped. It’s the only way she can feed her family.”

Perhaps the most chilling, though, is Dutch Golden Age, which combined Bailey’s interest in still-life paintings with a court document detailing the horrific punishments meted out to escaped slaves. “Among the overflowing bowls of fruit,” says Bailey, “we have a slave forced to wear a perforated metal mask covering his face and a pin going through his tongue. It is about the silencing of marginalised black voices, the silencing of histories.”

And it was while sifting through thousands of photographs in the Namibian National Archives that Bailey found the subject that would be the climax of his work – the four singing decapitated heads of Nama tribesmen. “After the heads were cut off,” says Bailey, “they were mounted on these strange little tripods that were custom-made. Then I found these songs that referenced the genocide of the 1920s. So it became a set of four heads singing songs and lamentations.”

Bailey does not consider any of the pieces complete without the addition of the spectator – the labels on each work even mention “spectator/s” as one of their “materials”. And they have found audience interaction to be a profound element. “We were playing a festival in Poland,” says Berthe Njole, who had the part of Sara Baartman. “A bunch of guys came in. They were laughing and making comments about my boobs and my body. They didn’t realise I was a human being. They thought I was a statue. Later, they returned and each one apologised to me in turn.”

Bailey is unsure how the piece will go down in the UK, which has its own long and chequered colonial history. Cole Verhoeven certainly believes in Bailey’s right to ruffle feathers in telling these uncomfortable stories. “Exhibit B is monumental,” he says. “And Brett’s whiteness perhaps gives him a degree of distance necessary for wading around in this intensely painful material.”

But, looking back at some of his earlier work, Bailey is now the first to admit that pushing too hard and being too bold is an occupational hazard. “People have said, ‘White boy, you are messing with my culture. You have no right to tell the story of our spiritual practices or our history, because you are getting it all wrong.’ And I can’t defend those works today in the same way I could back then. For all I know, I could look back at Exhibit B in 10 years and say, ‘Oh my God, I am doing exactly what they are accusing me of.’ But that’s the risk you take. It comes with the territory.”

• Exhibit B is at the Playfair Library Hall, University of Edinburgh, until 25 August; then at the Barbican, London EC2, 23-27 September.

Voir de plus:

Why I’m not allowed my book title
It’s called The Book of Negroes in Canada – but Americans won’t buy that term

Lawrence Hill

The Guardian

20 May 2008

It isn’t unusual for British or Canadian books to change titles when entering the American market. It happened to JK Rowling – Harry Potter has no « philosopher’s » stone in the USA; and to Alice Munro, whose fabulous collection of short stories went from Who Do You Think You Are? in Canada to The Beggar Maid in the USA.

But I didn’t think it would happen to me. When my novel, The Book of Negroes, came out last year with HarperCollins Canada, I was assured by my American publisher that the original title would be fine by them. However, several months later, I got a nervous email from my editor in New York.
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She mentioned that the book cover would soon be going to the printer and that the title had to change. « Negroes » would not fly, or be allowed to fly, in American bookstore. At first, I was irritated, but gradually I’ve come to make my peace with the new title, Someone Knows My Name.

Perhaps the best way to examine the issue is to examine the evolution of the word « Negro » in America. I descend (on my father’s side) from African-Americans. My own father, who was born in 1923, fled the United States with my white mother the day after they married in 1953. As my mother is fond of saying, at the time even federal government cafeterias were segregated. It was no place for an interracial couple to live.

My parents, who became pioneers of the human rights movement in Canada, used the word Negro as a term of respect and pride. My American relatives all used it to describe themselves. I found it in the literature I began to consume as a teenager: one of the most famous poems by Langston Hughes, for example, is The Negro Speaks of Rivers. When my own father was appointed head of the Ontario Human Rights Commission in 1973, the Toronto Globe and Mail’s headline noted that a « Negro » had been appointed.

The term was in vogue right into the 1970s. For a time, the word « Negro » took a back seat in popular language culture to newer terms, such as « Afro-American », « African-Canadian », « people of colour » (a term I have always disliked, for its pomposity) or just plain « black. »

In the last 20 or so years in urban America, we have witnessed more changes in racial terminology. For one thing, and regrettably in my view, many hip-hop artists have re-appropriated the word « nigger », tried to tame it, and use it so vocally and frequently as to strip it of its hateful origins. We are all products of our generation.
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Given that I was born in 1957 and taught to ball my fists against anybody using that N-word, I can’t quite get my head around using it these days in any kind of peaceful or respectful manner. Just as the very word « nigger » has risen in popular usage over the last decade or two, however, the word « Negro » has become viscerally rude. In urban America, to call someone a Negro is to ask to for trouble. It suggests that the designated person has no authenticity, no backbone, no individuality, and is nothing more than an Uncle Tom to the white man.

I used The Book of Negroes as the title for my novel, in Canada, because it derives from a historical document of the same name kept by British naval officers at the tail end of the American Revolutionary War. It documents the 3,000 blacks who had served the King in the war and were fleeing Manhattan for Canada in 1783. Unless you were in The Book of Negroes, you couldn’t escape to Canada. My character, an African woman named Aminata Diallo whose story is based on this history, has to get into the book before she gets out.

In my country, few people have complained to me about the title, and nobody continues to do so after I explain its historical origins. I think it’s partly because the word « Negro » resonates differently in Canada. If you use it in Toronto or Montreal, you are probably just indicating publicly that you are out of touch with how people speak these days. But if you use it in Brooklyn or Boston, you are asking to have your nose broken. When I began touring with the novel in some of the major US cities, literary African-Americans kept approaching me and telling me it was a good thing indeed that the title had changed, because they would never have touched the book with its Canadian title.

I’d rather have the novel read under a different title than not read at all, so perhaps my editor in New York made the right call. After all, she lives in the country, and I don’t. I just have one question. Now that the novel has won the Commonwealth writers’ prize, if it finds a British publisher, what will the title be in the UK?

Voir de même:

La supercherie antiraciste

Lutter contre le racisme, c’est défendre l’universalité de nos valeurs, l’unité du genre humain. A l’exact opposé de l’offensive antirépublicaine actuellement à l’œuvre.

Alain Jakubowicz, Président de la Licra

Libération

11 avril 2016

Il y a encore trente ans, la cartographie de la haine était simple à établir : le racisme et l’antisémitisme étaient d’extrême droite. D’un côté, les héritiers de la Résistance, et de l’autre, ceux de Vichy. L’antiracisme avait son propre «mur de Berlin».

Depuis, le monde a changé, les murs sont tombés, les fronts se sont multipliés. Le mouvement antiraciste est resté figé dans des réflexes et des pratiques datées. Faute d’avoir mesuré ces changements profonds, il a manqué la mise à jour de son logiciel et son adaptation aux nouvelles frontières de la haine. A contrario de ses adversaires, il n’a pas su s’adapter à la révolution numérique. Il a tardé à comprendre que l’extrême droite n’avait plus le monopole du racisme et de l’antisémitisme et a laissé le champ libre à l’expression de nouvelles radicalités. Ce retard à l’allumage tient aussi à la mystification, qui s’est présentée à l’opinion sous les traits d’un antiracisme adapté aux identités plurielles – issues de l’immigration, marquées par la mémoire de l’esclavage, la colonisation – et affilié à la gauche. C’est sous ce masque pervers que la haine a, par effraction, trouvé refuge.

Le 4 avril, Libération consacrait justement son numéro aux «Visages contestés de l’antiracisme». L’éditorial de Laurent Joffrin a parfaitement analysé «le piège grossier» qui nous est tendu. Pourtant, à la faveur de cette «plongée chez les nouveaux antiracistes», on comprend facilement comment l’appropriation d’un combat peut conduire à son détournement et à sa dénaturation. Si l’on n’y prend pas garde, on risque d’attribuer sans discernement à ces faussaires des brevets d’antiracisme. Le moment est venu de bien nommer les choses, de cesser de faire capituler le langage devant des évidences et dire clairement que ces gens-là ne sont rien d’autre que des racistes et des antisémites. Il est temps de rappeler que la politisation de l’antiracisme est une imposture et une impasse derrière laquelle se cachent «l’anticapitaliste, l’anticolonialisme, l’anti-impérialisme», «l’antisionisme», «la lutte des races sociales». Elle porte en elle les ferments d’un nouveau totalitarisme, reconstruisant des murs que nous avions détruits de haute lutte.

Le racisme et l’antisémitisme ont changé. Face à nous désormais, des cumulards de la haine des juifs, des homosexuels, des Blancs et, d’une certaine manière, des femmes. Désigner «le Blanc» comme symbole dominateur d’un prétendu «racisme d’Etat» qui sévirait en France, c’est être raciste. Quitter une réunion féministe en raison du trop grand nombre «de meufs blanches et assimilationnistes», c’est aussi être raciste. Revendiquer le communautarisme et accueillir à bras ouverts le fondamentalisme religieux pour «guérir la France de l’islamophobie», c’est offrir à l’extrême droite un boulevard pour promouvoir une conception contre-nature de la laïcité.

Une offensive antirépublicaine est à l’œuvre. Elle est puissante car elle bénéficie de la montée des populismes et des communautarismes qui exploitent, chacun de leur côté, le business de la peur et du repli identitaire. Ces deux extrémismes sont les deux faces d’une même pièce, celle de la haine qui conduit à la division et à l’affrontement. Elle appelle la même réprobation et les mêmes réponses.

Etre antiraciste, c’est défendre l’universalité de nos valeurs et l’unité du genre humain. C’est défendre le caractère indivisible de la Nation. Il n’existe pas d’antiracisme à la découpe ou à la carte. Etre antiraciste, c’est savoir être «de la couleur de ceux qu’on persécute» (Lamartine). L’idée qu’il faudrait être concerné par une discrimination pour la combattre est la négation même du combat antiraciste. Le silence assourdissant de ces prétendus «nouveaux visages» face à la condamnation de l’antisémitisme est l’aveu de leur supercherie «antiraciste». Il suffit de les voir applaudir les charlatans du négationnisme ou théoriser le «philosémitisme de l’Etat» pour s’en rendre compte.

Le mouvement antiraciste, le vrai, a désormais fait son aggiornamento en allant, pour reprendre Jaurès, vers son idéal en comprenant le réel. Sur les réseaux sociaux et sur le terrain, aux côtés des victimes, de toutes les victimes, black, blanc, ou beur, juive, athée, chrétienne, musulmane, de banlieue, des beaux quartiers ou d’un village rural, hétérosexuelle ou homosexuelle. Qu’on se le dise une fois pour toutes : l’antiracisme est universel, il vaut pour tous ou il ne vaut rien.

Alain Jakubowicz Président de la Licra

Voir enfin:

« La non-mixité racisée » : un racisme qui ne dit pas son nom

Alain Jakubowicz

14 April 2016

Je dénonçais mardi dans une tribune publiée dans Libération « les nouveaux visages du racisme et de l’antisémitisme ». Nous y sommes. Cette semaine, un nouveau palier a encore été franchi par ces pseudos-antiracistes. En effet, depuis lundi 11 avril se tient à Saint-Denis dans les murs de l’Université Paris 8 un événement au nom évocateur : « Paroles non-blanches : rencontres autour des questions de race. Travail et mobilisation » organisé par le collectif « Groupe de réflexion non-mixité racisée ». Au programme, une obsession de « la blanchité des médias » et de « l’islamophobie », le prétendu « racisme d’Etat », de la République et de l’Ecole, le tout baignant dans une sémantique coloniale absolument délirante.

La logique folle et prétendument « anti-système » qui préside à l’organisation de ce type d’événement est exactement la même qui conduit les identitaires d’extrême-droite à l’affirmation d’une France « blanche » : les extrêmes, chacun à leur manière, organisent le séparatisme et véhiculent la même logique d’apartheid. Sous couvert d’antiracisme, notre pays risque de voir émerger des « Ku Klux Klan inversés » où le seul critère qui vaille sera la couleur de peau.

Encore une fois, les identitaires testent la République et, par glissements successifs, tentent d’affaiblir ses fondements et ses valeurs. L’initiative de ce groupuscule n’est pas acceptable et doit nous faire prendre conscience de la gravité de la situation. Si nous nous taisons aujourd’hui, alors dans quelques semaines, dans quelques mois, nous verrons apparaître des conférences interdites aux blancs et aux juifs, des écoles privées réservées aux « colored people ». Avec de prétendus héritiers de cette nature, Rosa Parks va se retourner dans sa tombe.


RELIGION 101: La continuation de la religion par d’autres moyens (Assume the position: German website teaches migrants the missionary position)

8 mars, 2016
missionaryposition

homo

Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris. François Hollande (janvier 2012, Le Bourget)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
We see, then, that the sexual practices of a people are indeed prototypical and that from their position in coitus their whole psychic attitude may be inferred. Geza Roheim (« Psycho-analysis of Primitive Cultural Types, » 1932)
Mother Teresa, the ghoul of Calcutta. I always had real doubt in my mind as to whether there really was this saintly person. If you ask people why they think Mother Teresa’s so great, they’ll always say, « Isn’t it true that she spends her time always helping out the poor of Calcutta? » But if you really push them, they don’t know anything about her at all. They just take it on faith, as saints always are taken. So I went to Calcutta, actually for another reason. I thought while I was there I’d go and look her up, and I was rather appalled by what I found. She showed me around her mission and announced that the purpose of the mission to run the campaign in Calcutta and Bengal against abortion and conception. As it happens, I have my doubts about abortion. I find I’m very squeamish on the subject, but one thing that Calcutta definitely does not need is a campaign waged by an Albanian Catholic missionary against the limitation of the population. It rather, to me, spoiled the effect of her charitable work. She was saying, actually, this is not charity; it’s really just propaganda. I think the Vatican policy on population control is calamitous. So that aroused my curiosity anyway. It had been a bit of a disappointment meeting her then, and I didn’t like her manners particularly, either, as she went around among the poor. Then I found her turning up as the defender of the Duvalier family in Haiti, saying how lovely they were and how gentle and beautiful. I found her turning up as Charles Keating’s personal best friend in the Lincoln Savings & Loan scandal, taking a lot of money from his for a private plane, giving him blessings and crucifixes in return. I found her turning up in Albania where she’s a supporter of a very extreme right nationalist party. And quite a few other such things. I thought, hey, I don’t like any of these things singly or together, and, second, when does she ever get time for the poor old poor of Calcutta. She’s forever on some, « scumbag’s, » Lear jet going around cashing in on everyone else’s belief that she’s a saint. I think this is probably how medieval religion was worked. You took the faithful as credulous, and you reckoned that they would believe whatever you said. I don’t think it’s necessary for someone who is supposedly consecrated to the mission of charity and who’s world famous for it to ever have to beg for money. If she ever wanted it, she knows where to go for it. People would open their pockets and, I think, their hearts. The fact is, I don’t know if she got any money from the Duvaliers. What she was doing was defending them as a dynasty in Haiti, and everyone knows what the record of the Duvalier family is. She did get money from Keating, and I actually ask in my piece, you know, would she care, would anyone care to say that they know where it’s gone because she must have known or should have known that that money doesn’t belong to Keating and doesn’t belong to her. It’s stolen money. (…) But the fact is she was giving him in return various kinds of absolution in his campaigns, and I think this is because he started off life as morals cop. He was another of the prohibitionists who began his career as an anti-pornography person. She’s evidently, it seems, on call for people with dubious characters of this kind. I just thought it was worth pointing out. I can’t tell you the mail I got about it. If you touch the idea of sainthood, especially in this country, people feel you’ve taken something from them personally. I’m fascinated because we like to look down on other religious beliefs as being tribal and superstitious but never dare criticize our own. Christopher Hitchens
Bashing an elderly nun under an obscene label does not seem to be a particularly brave or stylish thing to do. Besides, it appears that the attacks which are being directed at Mother Teresa all boil down to one single crime: she endeavors to be a Christian, in the most literal sense of the word—which is (and always was, and will always remain) a most improper and unacceptable undertaking in this world. Indeed, consider her sin: 1. She occasionally accepts the hospitality of crooks, millionaires, and criminals. But it is hard to see why, as a Christian, she should be more choosy in this respect than her Master, whose bad frequentations were notorious, and shocked all the Hitchenses of His time. 2. Instead of providing efficient and hygienic services to the sick and dying destitutes, she merely offers them her care and her love. When I am on my death bed, I think I should prefer to have one of her Sisters by my side, rather than a modern social worker. 3. She secretly baptizes the dying. The material act of baptism consists in shedding a few drops of water on the head of a person, while mumbling a dozen simple ritual words. Either you believe in the supernatural effect of this gesture—and then you should dearly wish for it. Or you do not believe in it, and the gesture is as innocent and well-meaningly innocuous as chasing a fly away with a wave of the hand. If a cannibal who happens to love you presents you with his most cherished possession—a magic crocodile tooth that should protect you forever—will you indignantly reject his gift for being primitive and superstitious, or would you gratefully accept it as a generous mark of sincere concern and affection? Jesus was spat upon—but not by journalists, as there were none in His time. It is now Mother Teresa’s privilege to experience this particular updating of her Master’s predicament.Simon Leys
Since the letter from Simon Leys [“In Defense of Mother Teresa,” NYR, September 19] is directed at myself rather than at your reviewer, may I usurp the right to reply? In my book, The Missionary Position: Mother Teresa In Theory and Practice, I provide evidence that Mother Teresa has consoled and supported the rich and powerful, allowing them all manner of indulgence, while preaching obedience and resignation to the poor. In a classic recent instance of what I mean—an instance that occurred too late for me to mention it—she told the April 1996 Ladies’ Home Journal that her new friend Princess Diana would be better off when free of her marriage. (“It is good that it is over. Nobody was happy anyhow.”) When Mother Teresa said this, she had only just finished advising the Irish electorate to vote “No” in a national referendum that proposed the right of civil divorce and remarriage. (That vote, quite apart from its importance in separating Church from State in the Irish Republic, had an obvious bearing on the vital discussion between Irish Catholics and Protestants as to who shall make law in a possible future cooperative island that is threatened by two kinds of Christian fundamentalism.) Evidence and argument of this kind, I have discovered, make no difference to people like Mr. Leys. Such people do not exactly deny Mother Teresa’s complicity with earthly powers. Instead, they make vague allusions to the gospels. Here I can claim no special standing. The gospels do not agree on the life of the man Jesus, and they make assertions—such as his ability to cast demonic spells on pigs—that seem to reflect little credit upon him. However, when Mr. Leys concedes that Mother Teresa “occasionally accepts the hospitality of crooks, millionaires, and criminals” and goes on to say, by way of apologetics, that her Master’s “bad frequentations were notorious,” I still feel entitled to challenge him. Was his Jesus ever responsible for anything like Mother Teresa’s visit to the Duvaliers in Haiti, where she hymned the love of Baby Doc and his wife for the poor, and the reciprocal love of the poor for Baby Doc and his wife? Did he ever accept a large subvention of money, as did Mother Teresa from Charles Keating, knowing it to have been stolen from small and humble savers? Did he ever demand a strict clerical control over, not just abortion, but contraception and marriage and divorce and adoption? These questions are of no hermeneutic interest to me, but surely they demand an answer from people like Leys who claim an understanding of the Bible’s “original intent.” On my related points—that Mother Teresa makes no real effort at medical or social relief, and that her mission is religious and propagandistic and includes surreptitious baptism of unbelievers—I notice that Mr. Leys enters no serious dissent. It is he and not I who chooses to compare surreptitious baptism to the sincere and loving gesture of an innocent “cannibal” (his term) bestowing a fetish. Not all that inexact as a parallel, perhaps—except that the “cannibal” is not trying to proselytize. Mr. Leys must try and make up his mind. At one point he says that the man called Jesus “shocked all the Hitchenses of His time”: a shocking thought indeed to an atheist and semi-Semitic polemicist like myself, who can discover no New Testament authority for the existence of his analogue in that period. Later he says, no less confidently, that “Jesus was spat upon—but not by journalists, as there were none in His [sic] time.” It is perhaps in this confused light that we must judge his assertion that the endeavor to be a Christian “is (and always was, and will always remain)” something “improper and unacceptable.” The public career of Mother Teresa has been almost as immune from scrutiny or criticism as any hagiographer could have hoped—which was my point in the first place. To represent her as a woman defiled with spittle for her deeds or beliefs is—to employ the term strictly for once—quite incredible. But it accords with the Christian self-pity that we have to endure from so many quarters (Justice Scalia, Ralph Reed, Mrs. Dole)these days. Other faiths are taking their place in that same queue, to claim that all criticism is abusive, blasphemous, and defamatory by definition. Mr. Leys may not care for some of the friends that he will make in this line. Or perhaps I misjudge him? Finally, I note that he describes the title of my book as “obscene,” and complains that it attacks someone who is “elderly.” Would he care to say where the obscenity lies? Also, given that I have been criticizing Mother Teresa since she was middle-aged (and publicly denounced the senile Khomeini in his homicidal dotage), can he advise me of the age limit at which the faithful will admit secular criticism as pardonable? Not even the current occupant of the Holy See has sought protection from dissent on the ground of anno domini.Christopher Hitchens
If Mr. Hitchens were to write an essay on His Holiness the Dalai Lama, being a competent journalist, he would no doubt first acquaint himself with Buddhism in general and with Tibetan Buddhism in particular. On the subject of Mother Teresa, however, he does not seem to have felt the need to acquire much information on her spiritual motivations—his book contains a remarkable number of howlers on elementary aspects of Christianity (and even now, in the latest ammunition he drew from The Ladies’ Home Journal, he displayed a complete ignorance of the position of the Catholic Church on the issues of marriage, divorce, and remarriage). In this respect, his strong and vehement distaste for Mother Teresa reminds me of the indignation of the patron in a restaurant, who, having been served caviar on toast, complained that the jam had a funny taste of fish. The point is essential—but it deserves a development which would require more space and more time than can be afforded to me, here and now. (However, I am working on a full-fledged review of his book, which I shall gladly forward to him once it comes out in print.) Finally, Mr. Hitchens asked me to explain what made me say that The Missionary Position is an obscene title. His question, without doubt, bears the same imprint of sincerity and good faith that characterized his entire book. Therefore, I owe him an equally sincere and straightforward answer: my knowledge of colloquial English being rather poor, I had to check the meaning of this enigmatic title in The New Shorter Oxford English Dictionary (Oxford University Press, 1993, 2 vols.—the only definition of the expression can be found in Vol. I, p. 1794). But Mr. Hitchens having no need for such a tool in the exercise of his trade probably does not possess a copy of it. It will therefore be a relief for his readers to learn that his unfortunate choice of a title was totally innocent: when he chose these words, how could he possibly have guessed what they actually meant?Simon Leys
In the late 1960s and early 1970s « the missionary position » became widespread as a technical expression for face-to-face man-on-top sexual intercourse. It was accompanied by standard (and undocumented) stories as to the origin of the expression, stories featuring missionaries and either Polynesians, Africans, Chinese, Native Americans, or Melanesians. By the late 1980s and 1990s the expression had become a core symbol in modernist and postmodernist moral discourses, appearing in dozens of titles such as The missionary position: Mother Theresa in theory and practice (Hitchins 1995) or (Un)doing the missionary position: gender asymmetry in Asian American Women’s writing (Kafka 1997). My book, tentatively titled Missionary Positions: Christian, Modernist, Postmodernist will examine published accounts of the origin of the expression « missionary position » and will provide evidence that the expression and accompanying legend originated in Alfred Kinsey’s (mis)reading of Malinowski. Robert J. Priest

Attention: une position du missionnaire peut en cacher une autre !

A l’heure où le pape lui-même reconnait les bienfaits de l’invasion arabe à laquelle est actuellement soumise l’Europe et bientôt l’ensemble du monde occidental …

Et où en Allemagne un site officiel se dévoue pour expliquer à nos chers envahisseurs  le BA-ABA de la mécanique et de l’étiquette sexuelle pour assurer la meilleure pénétration possible de ladite invasion  …

Pendant qu’au Pays autoproclamé des droits de l’homme (sic), on continue de plus belle, entre tapis rouge et légions d’honneur, à danser avec les décapiteurs et lapideurs  …

Comment en cette journée mondiale de la femme ne pas repenser …

A la fameuse position du missionnaire qui avait fait les beaux jours de nos chers croisés de la contreculture des années 60 ?

Missionary Positions: Christian, Modernist, Postmodernist

Robert J. Priest
Current Anthropology
Vol. 42, No. 1 (February 2001), pp. 29-68
In the late 1960s and early 1970s « the missionary position » became widespread as a technical expression for face-to-face man-on-top sexual intercourse. It was accompanied by standard (and undocumented) stories as to the origin of the expression, stories featuring missionaries and either Polynesians, Africans, Chinese, Native Americans, or Melanesians. By the late 1980s and 1990s the expression had become a core symbol in modernist and post-modernist moral discourses. This paper examines accounts of the origin of the expression, provides evidence that it originated in Kinsey’s (mis)reading of Malinowski, analyzes the symbolic elements of the missionary-position narrative as synthesizing modernist objections to Christian morality, analyzes the « missionary position » in postmodernist narratives as synthesizing postmodernist objections to modernist morality, and explores some of the functions of this myth within the academy.

Three years ago I was invited, as an anthropologist and a seminary professor, to give a lecture on morality and postmodernism to the faculty of another seminary. Intrigued, I accepted. This invitation led me not only to visit another institution to which I had strong connections as an academic and as a Christian hut also to travel down a complex intellectual path. My initial goal was to compare conservative Christian, modernist, and post-modernist moral discourses. Rather than focus on explicit propositions or grand abstractions, I chose to search the moral discourses of each movement for distinctive metaphors, myths, and symbols. One trope which I first observed in postmodernist writings was that of « the missionary position. » This trope appears, for example, in dozens of titles such as « Postmodernism and the Missionary Position » (Wilde 1988), « Pomosexualities: Challenging the Missionary Position » (in Rogers et al. 1995), and « (Un)doing the Missionary Position » (Kafka 1997). Eventually I collected hundreds of usages of the expression both in contexts marking the postmodernist break with modernism and in contexts marking modernist breaks with Christian morality. A single symbol occurs at two different boundaries, employed by two different movements on behalf of their moral visions.

As I explored the image of « the missionary position » I discovered a history quite different from that imagined by many people, and this discovery reinforced my desire to examine its meanings and functions as a discursive symbol. This examination, in turn, led me to consider some troubling issues of openness and closure in con-temporary academic discourse. In this article, I offer a guided tour through this terrain.

The American Heritage Dictionary defines « missionary position » as « a position for sexual intercourse in which a woman and man lie facing each other, with the woman on the bottom and the man on the top. » Merriam Webster’s Collegiate explains the term as arising from the idea that « missionaries insisted that this coital position is the only acceptable one. » Modernist and post-modernist usages of this trope clearly draw on this imagery but employ the phrase in contexts in which coital kinesics is not directly the subject. Before analyzing this trope in moral discourse, an excursus on the origins of the expression is needed.

The Random House Unabridged Dictionary (second edition) explains that it was « so-called because it was allegedly favored by Christian missionaries working among indigenous peoples, in preference to positions in which the man approaches the woman from behind. » Westheimer (1995:171) writes: « South Pacific folk didn’t limit themselves to one position, and . . . missionaries . . . were shocked by this ‘sinful’ behavior. . . . Missionaries . . . advocated the use of the male-superior position, and that’s how it got its name. » She explains (1994:76) that « the term was first used by indigenous peoples of the South Pacific to describe the preferences of missionaries, who considered other positions sinful. » Similar ac-counts are given in Richter (1993:143), Goldenson and Anderson (1986:172), Holder (1995:2,41], Wilson (1972: 194), Carrera (r99T:ia’^l, Tuleja (1987:45), Adams (1994:216), Hooper (1992:28), Stoppard (1998:74), Comfort (1972), Graves and Patai (1963:69), Camphausen (1991), Allen and Martin (r97i:TO9), Francoeur (1991), Haeberle (1978:216), Masters (1962:63), Partridge (1984), Harrar and Vantine (1999:71), Block (1999:69), Cox (1998:62), Calderone and Johnson (1981), Gotwald and Golden (1981), the Encarta World English Dictionary, and the Reader’s Digest Guide to Love and Sex (1998:78).

Some locate the origin of the expres.sion in the South Pacific (Westheimer 1994, 1995) or among Pacific Is-landers (Tuleja T987; Reinisch 1990:123; Block 1999). Others pinpoint Polynesia {Comfort 1972, Wilson 1972, Calderone and Johnson 1981, Goldenson and Anderson 1986, Holder 1995, George and Caine 1998, Reader’s Di-gest 1998) or Melanesia (Graves and Patai 1963:69; Cam-phausen 1991). Partridge (1984) ptjints to the South Sea islands and China andFrancoeur (1991) to Africa and the South Pacific, while Haeberle (1978:216) simply states, « The less inhibited ‘heathens’ of Africa, Asia, and the Pacific Islands used to ridicule it as the ‘missionary po-sition. »‘Allen and Martin (1971:109) assert that « inmost of the world this position is ridiculed as the ‘missionary position. »‘ Other sources point to unidentified native peoples as the original users of the expression (Masters 1962:63; Adams 1994; Hooper 1992,- Riehter 1993).

Similarly, sources are unelear as to when the expres-sion was eoined. Partridge (1984) and Richter (199^) date its origin to the 19th century, but Wilson’s (1972) sexual dictionary appears to be the first reference work to include it. The Oxford English Dictionary included it in 1976 but gave a date of 1969 as the first usage it was able to document. The Random House Unabridged in-dicates that the term first showed up ca. 1965-70. Many sources prefaee their aeeount by phrases (« it is thought that, » « allegedly ») indicating that they are repeating an undocumented story. Other sources present it straight-forwardly as historical fact hut without documentation.

I asked for help in documenting its origin from various Internet diseussion groups. Those who responded seemed sure of their faets but could not remember their sources. On every lead they suggested (Malinowski, Micbener, Mead, the Human Relations Area Files) 1 drew a blank.

Initially tbe earliest references to the expression I could find were in 1962 and 1963. Masters (1962:63) writes that this position « is sometimes referred to as the ‘missionary position’ by natives of primitive lands. » Graves and Patai (1963:69) state: « Malinowski writes that Melanesian girls ridicule what they call ‘the mis-sionary position.' » Unlike later references, these report a native expression but do not assume that it is part of the English language, though Masters seems to believe

that readers will have heard the story before. Graves and Patai pinpoint a specific source. No such reference oc-curs in Malinowski, but three other authorities (Gotwald and Golden 1981:339; Camphausen 1991; Westheimer 1995) refer to Malinowski as the source and a fourth (Partridge 1984) references an unnamed ethnographer. In published sources on tbe topie, Malinowski is the only name given. It seemed obvious that each was depending on some as yet unidentified further source which itself cited Malinowski.

Further searching turned up sucb a source. Alfred Kin-sey, in Sexual Behavior in the Human Male (Kinsey, Pomeroy, and Martin 1948), documents an American preference for face-to-face man-on-top woman-below in-tercourse, wbieh be ealls « the English-American posi-tion. » He writes (p. 373), « It will be recalled that Mali-nowski (1929) records the nearly universal use of a totally different position among the Trobrianders . . . [and] . . . that caricatures of the English-American position are performed around . . , campfires, to the great amusement of the natives who refer to the position as