Ensauvagement: Et si on relisait Elias ? (One is not born, but rather becomes, a civilized person)

22 novembre, 2021

The Course of Empire, destruction (Thomas Cole, 1836)https://i1.wp.com/carolineglick.com/wp-content/uploads/2020/07/Said-rock-thrower.jpg Urooj Rahman, one of the two Brooklyn lawyers who torched an NYPD cruiser in Brooklyn using a Bud Light bottle stuffed with a rag as a Molotov cocktail.

Nous retrouvons une fois de plus ce que nous avons appelé plus haut la “loi fondamentale sociogénétique”. L’histoire d’une société se reflète dans l’histoire interne de chaque individu : chaque individu doit parcourir pour son propre compte en abrégé le processus de civilisation que la société a parcouru dans son ensemble ; car l’enfant ne naît pas “civilisé”. Norbert Elias (la Civilisation des moeurs)
Ainsi s’accomplit dans chaque individu un processus qui, dans l’évolution histori­que et sociale, a duré des siècles. (…) Si l’on tenait à qualifier de “lois” les processus récurrents, on serait en droit de formuler à l’exemple de la “loi fondamentale de la biogenèse” une loi fondamentale de la sociogenèse et de la psychogenèse. Norbert Elias
C’est ainsi que les hommes, sur le plan social, ont parcouru dans leur commerce avec la nature un long chemin dont le point de départ est constitué par ces formes de pensée et de comportement, primaires, naïvement égocentriques et plus fortement chargées d’affectivité, que nous ne voyons plus aujourd’hui se manifester au grand jour que chez les enfants. Tout homme, en tant qu’individu, doit, en grandissant, parcourir en raccourci le même itinéraire. Norbert Elias
When Benjamin Disraeli spoke of the ‘two nations’ in Britain he was perfectly right, only the working classes were not exactly a nation. But the gap in behavioral standards and in outlook, and of course in standards of living, were enormous. And in course of time, at least in countries such as Britain, the working classes more or less adopted and have become assimilated to the standards of the so-called ‘gentle’ classes. That is assimilation.The working class has hardly been able to govern, but they are no longer outsiders in relation to the state as they were before. Norbert Elias
I would like to remind you that both assimilation and integration apply to the working classes in the nineteenth century, at least in Britain and also Germany. Like most outsider groups compared with the establishment, the working classes were treated more or less with the same kind of stigmatization as immigrant groups are treated today. Norbert Elias
Assimilation, a certain uniformity of conduct, is necessary in a multi-party state.This is not only a requirement to the established majority; it is also a requirement to the minorities themselves. Norbert Elias
Perhaps I should say that in general there are three solutions to such a situation. I mean not only in Holland, but everywhere where there are minority groups: in America, in Vietnam with the Chinese. Everywhere there is the same problem. But there are fundamentally three, actually only two possible solutions. A possible solution is that the despised minority is able to establish its own state somewhere else. The other solution is a higher or lesser degree of assimilation. And the third possibility, which is not a solution at all, is the permanence of the tension and conflict over time. Norbert Elias
J’ai touché ici un problème qui est masqué si l’on parle de racisme. Et c’est le fait que les différences majeures entre les gens du dedans et les gens du dehors, qui créent des tensions et des irritations, ne sont pas la forme du visage ou la couleur de la peau mais la forme du comportement : quelque chose qui s’apprend. La forme de comportement et de sentiment, de sentiment, est différente dans les groupes immigrés de celle des groupes établis, et cela peut donner lieu à une énorme irritation. Norbert Elias
La façon dont on se comporte et se sent en tant que Néerlandais et Néerlandaise est le résultat d’un long développement. Ce n’est en aucun cas « la manière naturelle » ou « la manière humaine » de se comporter, c’est un code de comportement particulier qui s’est développé au fil des ans. Et ces gens, les immigrés, viennent d’un groupe où différentes normes de conduite et de comportement se sont développées. Ce qui entre en conflit, c’est ces deux normes de conduite et de comportement. Norbert Elias
I think that one not only has to make demands on the established group, but one also has to make demands on the outsider group. One has to make clear: if you want to leave, please do so. But if you want to stay here, a degree of accommodation to the Dutch outlook, Dutch manners, and a degree of identification with the Netherlands will be expected of you. There is no reason why there cannot be Dutch Turks or Dutch Moroccans. But one can expect from them a degree of identification, some change of their own social identity. Norbert Elias
The integration in Germany was made easier by the fact that I am probably of the third generation. So I have undergone a process of assimilation, of Jews into German society. I lived as a child in Germany, the feeling of being surrounded by people of whom the majority had very strong anti-Semitic sentiments. But there was one very odd thing in the whole milieu in which I lived: no one accepted the stigmatization. It is quite difficult. No one, my father for instance, would ever take it seriously. He would regard anti-Semites as people of no education. Norbert Elias
Very often people who live in a ghetto accept some of the stigmatisation against them. I mention the case of a Japanese minority the Burakumin, which was pure Japanese in descent, but which was concerned with dirty work: leather work, cadavers, and some other things. There was a famous story of an old man who asked: ‘Do you yourself believe you are the same as the Japanese?’ And the outsider said: ‘I do not know, we are dirty.’ This kind of conscience was never there in the surroundings in which I lived. One always felt as someone whom could be proud of, being both German and Jewish. Norbert Elias
One has to give minority groups a kind of reward, an emotional reward, that it is worthwhile assimilating to this particular majority group. And if this majority group looks down on itself … If a minority group is not given some pride in assimilating to the culture of another group then the process is very difficult. Norbert Elias
The heart of assimilation process of absorbing minorities lies in the self-image of a nation. There are, as you will know, big differences for instance between the self-image of the French and the English. And the Germans, in accordance with their rather chequered history, had at least in the past very little capacity for absorbing minorities. Norbert Elias
Le cruel paradoxe, c’est qu [’avec l’Holocausete] l’on en revint à une très efficace monopolisation par l’État des instruments de la violence. Ainsi devons-nous penser les pressions civilisatrices et décivilisatrices sur le mode de pressions contradictoires – tout comme, sous l’influence d’Elias, nous avons appris à penser en termes de forces centrifuges et centripètes opposées les unes aux autres à l’intérieur de processus de formation d’États. Stephen Mennell
Le résultat d’une lutte de concurrence qui fait imiter par les couches bourgeoises les manières d’être aristocratiques et qui, en retour, oblige la noblesse de cour à accroître les exigences de la civilité afin de lui redonner une valeur discriminante. Cette compétition pour l’appropriation ou, au contraire, la confiscation perpétuée de la distinction est le moteur principal du procès de civilisation puisqu’elle conduit à accroître les raffinements du savoir-vivre, à multiplier les interdits, à élever plus encore le seuil des censures. Roger Chartier
C’est là le cœur de cette « théorie de la civilisation » qu’Elias va esquisser (…) passant de l’histoire à l’anthropologie. (…) c’est le passage de la contrainte sociale à l’autocontrainte, autrement dit l’intériorisation du contrôle des émotions et des pulsions, qui tend à raréfier les explosions affectives, à atténuer les écarts émotionnels et les sautes d’humeur. (…) Ce sont essentiellement des phénomènes non concertés de mobilité sociale au niveau collectif qui expliquent le refoulement progressif des pulsions, l’augmentation des sentiments de pudeur et de gêne : tout d’abord, la curialisation des guerriers, remplacés « par une noblesse « domestiquée », habituée à refouler ses émotions, par une noblesse de cour »; puis la concurrence entre couches sociales, amenant les supérieurs à se démarquer des inférieurs par le raffinement de leurs mœurs lorsque leur suprématie n’est plus établie sur le plan du pouvoir ou des biens matériels : c’est pourquoi, de façon générale, « les couches inférieures cèdent plus facilement à leurs émotions et pulsions, leurs comportements sont moins rigoureusement réglés que ceux des couches supérieures correspondantes ; les contraintes qui agissent pendant de longues périodes de l’histoire humaine sur les couches inférieures sont les contraintes de la menace physique, de la torture, de l’extermination par l’épée, la misère, la faim. » (…) Mais parce que les groupes inférieurs cherchent peu à peu à se conformer aux normes d’excellence des supérieurs, l’écart tend à se réduire à mesure que s’étend la civilisation des mœurs, au profit d’« une augmentation des variantes ou des nuances des comportements civilisés. (…) Fidèle à sa méthode, Elias va proposer une explication de la genèse de ces différences : centralisation étatique et concurrence entre noblesse de cour et bourgeoisie, d’un côté ; dispersion et repliement sur eux-mêmes des cercles aristocratiques, de l’autre, ont amené les élites françaises à privilégier un raffinement des manières que la bourgeoisie montante en Allemagne tendit à stigmatiser comme des qualités extérieures, superficielles, mondaines, privilégiant à l’opposé la profondeur, l’authenticité, la sincérité des valeurs de « culture » –  celle-ci s’étendant peu à peu d’une acception sociale, caractérisant une catégorie détentrice de ces qualités, à une acception nationale, englobant l’ensemble du peuple allemand. (…) Ce processus de distinction entre lui-même en tension avec les tendances à la divulgation des conduites « classantes » du haut vers le bas : comme le remarque Roger Chartier, le modèle d’Elias va au-delà d’une simple diffusion des élites vers les couches inférieures, en faisant de la généralisation des conduites de cour « le résultat d’une lutte de concurrence qui fait imiter par les couches bourgeoises les manières d’être aristocratiques et qui, en retour, oblige la noblesse de cour à accroître les exigences de la civilité afin de lui redonner une valeur discriminante. Cette compétition pour l’appropriation ou, au contraire, la confiscation perpétuée de la distinction est le moteur principal du procès de civilisation puisqu’elle conduit à accroître les raffinements du savoir-vivre, à multiplier les interdits, à élever plus encore le seuil des censures ». Ce processus produit lui-même des compétences psychologiques spécifiques : l’art d’observer ses semblables, l’art de manier les hommes, la rationalisation et le contrôle des affects, l’incorporation des règles de civilité – caractéristiques du « processus de civilisation ». (…)  Mais (…) la « civilisation » ainsi décrite relève non d’un état achevé, selon une logique discontinue (une société serait ou ne serait pas « civilisée »), mais d’un processus, selon une logique continue, autorisant des stades inégaux d’avancement, voire de recul : des poussées de civilisation ont pu émerger dans l’Antiquité, régresser, se former à nouveau à la Renaissance ; d’autres encore nous attendent. (…) Ainsi l’existence actuelle de la « société permissive », loin de réfuter le modèle, ne fait que l’exemplifier de façon plus manifeste encore, puisque c’est seulement dans une situation d’extrême autocontrainte qu’émerge la possibilité d’un relatif relâchement des conduites, lequel démontre l’efficacité des contrôles internes. Elias donne à ce sujet l’exemple du maillot de bain : il faut, dit-il, une grande capacité d’autocontrôle de ses pulsions érotiques pour circuler sans risques d’agression parmi des corps à moitié nus – et la démonstration vaut plus encore, bien sûr, pour le naturisme qui, loin de signifier dans nos cultures un rapprochement avec l’état de nature, n’est possible qu’à un stade avancé de « civilisation », au sens où il exige un haut degré de désérotisation du rapport au corps. (…) [De même] l’holocauste a plutôt démontré des capacités d’extrême rationalisation dans l’usage de la violence (ce qui contribue à sa monstruosité), plutôt que de déchaînement aveugle des pulsions. (…) dans la mesure où il prend en compte une multiplicité de formes (commercialisation, urbanisation, croissance démographique, migrations, industrialisation, division du travail), et des mouvements complexes, incluant progressions et régressions : cette théorie « ne pose pas le principe d’une augmentation continue de l’autocontrôle mais plutôt un mouvement de l’Europe occidentale vers une plus grande régularité et stabilité des contrôles des émotions ». (…) Toutefois, la pensée d’Elias peut être qualifiée d’évolutionniste au sens où elle postule une cohérence et, partant, une intelligibilité des phénomènes : « Elias n’en présuppose pas moins une cohérence globale de l’évolution de l’humanité sur le long terme : malgré des phases régressives, la succession des sociétés humaines témoigne d’une différenciation de plus en plus grande des fonctions et de mécanismes d’intégration de plus en plus complexes. Cette complexité croissante s’accompagne d’une transformation de l’économie psychique, marquée par la place grandissante des contraintes intériorisées. Ces deux processus solidaires, psychique et social indissolublement, ont une direction et une orientation générales ». En défendant « l’idée d’un ordre immanent au changement, l’idée d’un procès aveugle, échappant à tout plan délibéré, et qui est cependant intelligible », Elias s’inscrit à contre-courant de la sociologie de son temps, attentive à rompre avec l’évolutionnisme du XIXe  siècle (celui de Comte, de Marx ou de Spencer), imprégné d’idéologies, de postulats axiologiques définissant le progrès en fonction de valeurs politiques ou éthiques. Il se borne à constater une évolution, une structuration intelligible du devenir des sociétés humaines, sans toutefois la juger ni la rapporter à une finalité ; il passe ainsi d’un évolutionnisme théorique et spéculatif à un évolutionnisme empirique et réfutable. Cette question du rapport à l’empirie est centrale dans la pensée d’Elias, qui a toujours fondé ses modèles théoriques, y compris les plus généraux, sur l’analyse de faits observés. (…) cette conjonction des deux niveaux de réflexion, empirique et théorique, est sans doute le plus grand atout de la pensée d’Elias. Son originalité se lit en outre dans son invention d’un objet inédit, à l’articulation de plusieurs disciplines (histoire, sociologie, politologie, psychologie) ; sa modernité, dans sa capacité à travailler sur des formats très différents, du plus « micro » au plus « macro » ; et sa cohérence, dans le fait que son analyse du processus de civilisation, achevée alors qu’il n’avait pas encore quarante ans, contient tout le développement ultérieur de ses recherches : la question des affects, la longue durée, la notion d’interdépendance. Nathalie Heinich
À quoi tient la civilisation? À cette question le sociologue Norbert Elias a tenté de donner une réponse qui n’est pas sans rappeler la grande intuition de Freud dans son fameux livre Le Malaise dans la culture. La civilisation repose sur la sublimation des instincts les plus profonds de l’homme, à commencer par la violence. C’est très progressivement, expliquera Norbert Elias à travers ses principaux livres qui ont marqué l’histoire de la sociologie, notamment La Civilisation des mœurs et La Société de cour, que les classes supérieures diffusent des codes et des valeurs normatives qui, peu à peu, imprègnent la société entière. En France, ce processus s’est incarné à travers un pouvoir monarchique qui a refréné l’arbitraire des féodaux en faisant de l’État le seul dépositaire de la violence légitime. En témoigne, par exemple, l’interdiction des duels, condamnés par l’Église et qui iront se raréfiant. Mais que se passe-t-il si une caste aux mentalités encore féodales, loin de se soumettre à l’État de droit, lui impose ses codes et ses valeurs? Pour Elias, qui a vécu son enfance dans l’Allemagne de Bismarck et a combattu dans les tranchées en 14-18 avant d’assister à la montée du national-socialisme, celui-ci ne serait jamais advenu si la société allemande n’avait entretenu en son sein des formes de domination «archaïques» qui lui étaient spécifiques. Alors qu’en Angleterre l’aristocratie et la bourgeoisie, porteuse de valeurs libérales, passent des compromis, en Allemagne, le culte de la force dont témoigne la valorisation des duels dans les confraternités étudiantes après la victoire sur la France en 1871, deviendra une valeur éminente. Alors qu’en France les idéaux humanistes de l’école républicaine et de l’Église catholique atténuent le mépris des classes supérieures pour le peuple, en Allemagne les aristocrates éprouvent parfois un sentiment de suprématie exacerbée non seulement envers les ouvriers mais aussi envers la bourgeoisie commerçante. Pour étayer sa thèse, Elias (…) a aussi recours à la littérature, ô combien significative des mentalités d’une époque et d’un peuple. Ainsi des Réprouvés d’Ernst von Salomon, roman qui relate l’aventure des corps francs dans les pays Baltes à la fin de la Première Guerre mondiale. Dans ce grand classique, qui influencera Jünger, dont il est d’ailleurs aussi question, les jeunes nationalistes issus d’une armée allemande en décomposition se vivent comme des reîtres qui n’ont plus de compte à rendre à personne. Leurs ennemis ne sont plus les Français ou les Anglais, ce sont les autres Allemands qu’ils considèrent comme des traîtres, à commencer par les Juifs et les sociaux-démocrates. «C’était pour nous qui étions accourus vers les provinces baltes, l’enfantement d’une force nouvelle qui pousse le guerrier sur un sommet plus haut, c’était la rupture de tous les liens qui nous attachaient à un monde corrompu avec lequel le véritable guerrier n’avait plus aucun monde commun», écrit von Salomon. C’est cette rupture de tout lien social qui fait le terroriste pour qui le proche d’hier devient un ennemi potentiel. Plus tard, le nazisme diffusera à l’échelle de tout un peuple cet ethos barbare en le radicalisant à outrance. Au-delà du cas de l’Allemagne, le portrait qu’Elias fait du desperado nihiliste n’est pas sans rappeler la dérive de certains jeunes islamistes occidentaux. «Les hommes des corps francs ne se sentaient au fond aucune obligation envers quiconque sinon envers le groupe qu’ils formaient, écrit-il. Chacun de ces groupes avait son leader charismatique dont la personnalité autoritaire, la promesse tacite de victoire et de butin ainsi qu’un avenir meilleur garantissaient la cohésion et la solidarité au combat. » Paul-François Paoli
Il faut sans doute partir de la dé-civilisation pour comprendre (et mieux apprécier) ce que signifie la civilisation: en Syrie de 2012-2013 quelque 1200 milices fragmentaient le temps et l’espace collectifs et pouvaient agir en toute liberté pour accéder à des ressources militaires et partant économiques et humaines. Mais le prix payé pour cette liberté était la destruction de la vie, d’autrui, mais aussi la sienne, et le règne de la mort. Il en va de même de l’anti-démocratie. Il est extrêmement difficile de définir ce qu’est la démocratie, mais un court détour par la Chine, l’Iran, la Turquie ou la Russie des années 2000-2010 permet aisément de comprendre ce que signifie son absence. (…) Bien sûr, les Lumières ont donné lieu à des multiples interprétations et je reconnais bien volontiers leurs limites et leur potentiel de déclencher des processus de radicalisation par leur simple diffusion dans des contextes qui leur sont postérieurs ou extérieurs.   (…) Limitions-nous à un seul exemple: le jeune démographe nazi Peter-Heinz Seraphim estimait que la guerre lui offrait la possibilité et le droit de corriger les «erreurs» démographiques du dernier millénaire en Europe en éliminant des millions d’Européens. (…) Comme Ernest Bloch, Ernest Cassirer, Norbert Elias, ou Hannah Arendt l’ont remarquablement bien saisi, la dé-civilisation des années 1930-1940 consistait à détruire l’individu pour la fondre dans la « masse ». Sans mémoire, sans réseau, sans tissu social, sans faculté cognitive, ce qui restait de l’individu était obligé de se « massifier », hurler avec les loups pour ne pas être dévoré par eux. Le nazisme, le stalinisme, le khomeynisme, le djihadisme actuel, est la conversion de ce processus de massification en ressource ultime du pouvoir. (…) nous sommes gouvernés par nos intérêts, ce qui devrait en principe nous qualifier pour être rationnels, et par nos passions, qui ont toujours une dimension pulsionnelle. Mais on se constitue en cité, à savoir en communauté plurielle et complexe de citoyens, précisément pour défendre nos intérêts contradictoires tout en laissant une place à l’épanouissement de nos passions. L’histoire nous montre cependant que cet équilibre est fragile et peut s’effondrer, la société devenir morne dans sa rationalité routinière, sans imagination et sans horizon, ou se saborder par ses passions destructrices comme lors de la Guerre de Péloponnèse ou la Première Guerre mondiale. D’où la nécessité de refuser le fatalisme pour permettre aux générations successives d’inventer leurs mondes, mais aussi d’introduire la notion de la responsabilité, individuelle et collective, comme correctrice de nos passions. Hamit Bozarslan
Norbert Elias est surtout connu comme l’auteur d’une vaste fresque consacrée à ce qu’il a appelé « le procès de civilisation ». La civilisation des mœurs et La dynamique de l’Occident forment les deux volets d’une vaste théorie du processus de civilisation en Europe. Il en achève la rédaction en Angleterre où il s’est réfugié à la veille de la deuxième guerre mondiale. Il y mènera une existence précaire d’universitaire jamais reconnu pour le génie qu’il était. Mais c’est grâce à la réédition en allemand de son livre, trente ans plus tard, à la fin des années 60, alors qu’il est à la retraite, qu’il acquiert l’immense notoriété qui est encore aujourd’hui la sienne. Or, ce que Norbert Elias appelle le procès de civilisation c’est une histoire parallèle ; d’un côté celle de la manière dont l’Etat moderne se constitue en se réservant le monopole de la violence, de l’autre, celle de l’autocontrôle exercé, par les individus, sur leur violence spontanée, leurs instincts et leurs affects. La société de cour, que Norbert Elias étudie en utilisant toutes les ressources intellectuelles disponibles, impose une inhibition des passions. Elle prescrit des codes de comportement ritualisés, des formes de dissimulation – dont la pudeur. Progressivement, l’ensemble des sociétés européenne s’en inspirerait, tout en les transformant. De son vivant déjà, bien des lecteurs avaient fait remarquer à Elias que le processus de civilisation par l’autocontrôle des pulsions agressives, qu’il décrit si bien, cadrait assez mal avec le déchaînement de violence auquel ont donné lieu les deux guerres mondiales. Doit-on en conclure que sa thèse était radicalement fausse ? Qu’un processus de dé-civilisation avait succédé à son fameux procès de civilisation ? (…) Premier élément de réponse : Elias relève que, depuis les années 30, a eu lieu une « désinformalisation des rapports sociaux ». Autrefois, les « rapports formels », notamment ceux qu’entretiennent en public des personnes appartenant à des classes sociales ou d’âge différentes obéissaient à des rituels codés. Au cours du XX° siècle, la différence entre ces comportements formels et les comportements informels – ceux qu’on entretient spontanément avec des pairs, comme les discussions de bistrot – s’est progressivement atténuée. Au point d’avoir presque disparu de nos jours. On est « cool » avec ses profs, comme avec ses copains. D’où, relève-t-il, une inquiétude générale sur les statuts sociaux. Cette fluidité déstabilise autant qu’elle émancipe. Sans poser directement la question du rapport qui pourrait exister entre ce relâchement général des normes comportementales « depuis les années trente » et ce qu’il nomme « le grand relâchement de la conscience morale », qui s’est produit en Allemagne à l’époque du national-socialisme, il donne, en note de bas de page la clé de son livre. Je cite : « Je me suis posé au début la question de la civilisation comme un problème tout personnel quant au grand effondrement du comportement civilisé, à la grande poussée de barbarisation, qui se sont produits en Allemagne sous mes yeux, comme quelque chose de tout à fait inattendu. ». Et il poursuit : « Il y eut effectivement dans le national-socialisme, une tendance latente à se laisser aller, au relâchement de la conscience morale, à la grossièreté et à la brutalité. Au début, elle se manifestait surtout au niveau des comportements informels. » Mais, dans la mesure où il était vivement encouragé, voire exigé dans les hautes sphères du parti nazi, ce style de comportement fut adopté dans les relations formelles. Car c’est bien le groupe dirigeant du régime qui donna le signal d’un relâchement général de la contrainte civilisationnelle. On connaît la thèse centrale de La dynamique de l’Occident. Dans les sociétés traditionnelles, agraires, le contrôle social est exercé de l’extérieur, par les autres et par les autorités. Dans les sociétés modernes, les contraintes propres, autrement dit le contrôle de soi, prennent le dessus. Les normes sont intériorisées. Comment une telle inversion du processus de civilisation a-t-il pu se produire en Allemagne ? La réponse générale du livre est : pour des raisons qui tiennent à l’histoire particulière de ce pays. Pour résumer d’une phrase : contrairement à ce qui s’est produit en France ou en Angleterre, la bourgeoisie a perdu face à l’aristocratie. Elle a été incapable de réaliser l’unification de l’Allemagne dans une optique libérale en 1848. C’est le chancelier Bismarck qui l’a réalisée. « Par le fer et par le sang », grâce à deux guerres victorieuses consécutives : contre l’Autriche, d’abord, puis contre la France, 20 ans plus tard. Brice Couturier
Jusqu’à tout récemment, l’argument dominant de la gauche progressiste était que brûler des entreprises pour la justice raciale était à la fois bon et sain. Les incendies permettaient l’expression d’une rage juste, et les entreprises avaient toutes une assurance pour reconstruire. Je suis allé à Kenosha pour voir à ce sujet, et il s’est avéré que ce n’était pas vrai. La partie de Kenosha que les gens brûlait dans les émeutes était le quartier commercial pauvre et multiracial, plein de petits magasins de portables et de parkings sous-assurés. C’était très triste de voir et d’entendre des gens qui souffraient. (…) Il s’est passé quelque chose d’étrange avec cet article après que je l’ai rendu. Il n’a pas été publié. (…) Quelques semaines après, un rédacteur en chef m’a dit: Le Times ne serait pas en mesure de publier mon article sur la débâcle de l’assurance de Kenosha avant les élections de 2020. Désolé. Diverses raisons ont été avancées: espace, calendrier, ajustements ici ou là. Finalement, l’élection est passée. Biden a été élu. Et mon reportage sur Kenosha est sorti. Quelle que soit la raison de la rétention de mon article, couvrir les souffrances des victimes  des émeutes n’était pas une priorité. La réalité qui avait fait sortir Kyle Rittenhouse dans la rue était une réalité que nous, les journalistes, étions censés ignorer.  Nellie Bowles (ancienne journaliste du NYT)
As I’ve watched three separate trials about white male violence unfold across the US these past few weeks — the Kyle Rittenhouse trial, the Ahmaud Arbery death trial and the civil case against organizers of the 2017 Unite the Right rally in Charlottesville — I’ve come to a sobering conclusion: There is nothing more frightening in America today than an angry White man. It’s not the « radical Islamic terrorist » that I fear the most. Nor is it the brown immigrant or the fiery Black Lives Matter protester, or whatever the latest bogeyman is that some politician tells me I should dread. (…) Violent political rhetoric has been escalating among some members of the Republican Party. And while not all of it is fueled by White men, much of it starts at the top — with former President Donald Trump. Trump’s violent and sexist rhetoric has been well-documented. More white men now identify as Republican, and the gender gap between both major parties is as large as it’s ever been in the last two decades. One New York Times columnist, under the headline « The Angry White Male Caucus, » said this anger is driven by white men who fear a changing America « in which the privilege of being a white man isn’t what it used to be. (…) Political violence is not limited to the GOP. A Bernie Sanders supporter who publicly declared his hatred of conservatives shot five people at a Republican baseball practice in 2017. (…) Add to this toxic political atmosphere another element: Laws that not only protect white vigilante violence but, in some cases, seem to embolden vigilantes. Activists hoped that widely seen videos showing white police officers and white men shooting black men like Arbery would inspire the courts and state legislatures to revisit laws that made such actions possible. But even after nationwide protests over the murder of George Floyd by a white police officer, little has changed. A growing number of Americans now want police funding increased. And though Georgia overhauled its citizen’s arrest law, a reform bill called the George Floyd Justice in Policing Act died in Congress two months ago. (…) We have enough problems with White male violence as it is. Mass shootings in the US are committed more often by White men than by any other group. Top law enforcement officials now say the nation’s biggest domestic terror threat comes from White supremacists. And many of the most indelible news images of recent years include angry, red-faced White men, often armed with guns. (….) Consider scenes from the US Capitol riot, which were filled with angry White men wielding crude weapons and pummeling police. Or the snarling faces of young White men holding tiki torches during the 2017 rally in Charlottesville. Or the angry White men who clashed with anti-racist protesters across the US last year. White male anger has become one of the most potent political forces in contemporary America. That anger helped a White man win the White House. Trump’s rise to power is inconceivable without his ability to tap into White male anger and embody it. (…) This White male anger is causing many people — including other White men — to look over their shoulder when they go out in public. The two men who were shot and killed by Rittenhouse in Wisconsin were White, as was the man he wounded. Ijeoma Oluo, author of « Mediocre: The Dangerous Legacy of White Male America, » wrote that she lives with the constant fear that angry White men will turn violent toward her and « countless other black people, brown people, disabled people, queer people, trans people, and women of every demographic. » White male anger could prove to be one of the biggest roadblocks we face in building a successful multiracial democracy. (…) In 1898, for example, a mob of primarily [Democrat] white men staged a coup against the city government of Wilmington, North Carolina, which had elected a multiracial coalition of leaders. More than 60 black people were killed, and black residents of the city were barred from voting, and from elected office, for decades afterward. John Blake (CNN)
Si monsieur Zemmour pense que Pétain a protégé les juifs de France (…), c’est qu’il ne connaît rien à la réalité des choses. Je lui fais une proposition: qu’il vienne me voir! Nous irons dans un petit village, Séranon, dans lequel on verra des maisons détruites par les SS », et dont les habitants ont été « assassinés parce qu’ils avaient protégé des enfants juifs. Si quelqu’un était venu tenir le genre de propos de Zemmour devant nous, je ne sais pas dans quel état il serait ressorti. Charles Pasqua
Entre Zemmour que Pétain et de Gaulle, c’est la même chose. Se foutre du monde au point de dire « je suis un RPR »… Mais monsieur Zemmour, si monsieur Pasqua était là, il te filerait une balle dans la tête. Jean-Christophe Lagarde
Je ne réhabilite rien à propos du régime de Vichy qui était un régime ignoble. Je connais les lois antisémites votées à ce moment-là. La France, avec l’Italie, est l’un des pays où il y a eu le moins de juifs exterminés. Et des historiens comme Robert Paxton ou l’avocat Serge Klarsfeld ont expliqué que cela était dû aux « Justes », ces Français qui ont sauvé les juifs. Je pense que ce n’est pas possible et que c’est le pacte avec le diable de Pétain qui a contribué à sauver les juifs français. Il a sauvé ces juifs français en livrant les juifs étrangers. Eric Zemmour
Ce que les tenants de l’économisme n’ont toujours pas compris, c’est que les classes populaires et moyennes, non seulement étaient le ressort du modèle économique (ils portaient le modèle économique et social, ils finançaient l’État-providence par leur travail), mais ils portaient également un mode de vie majoritaire qui était la référence culturelle pour la classe politique, le monde culturel et les nouveaux arrivants. La question de l’intégration et de l’assimilation n’est pas une question abstraite à laquelle il suffirait de répondre par: «réaffirmons les valeurs républicaines». Si c’était le cas, on n’aurait pas exactement la même question posée en Suède, en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou aux Pays-Bas. Tous ces pays ont des modèles et des valeurs complètement différents qui aboutissent exactement au même résultat: crise identitaire, culturelle, qui balaye tout l’Occident. Cette crise est donc liée à un phénomène économique et culturel qui est la fin de la classe moyenne occidentale. (…) Les gens ne disparaissent pas, ils sont encore là mais ne représentent plus un modèle attractif (non seulement pour l’intelligentsia, mais aussi pour les nouveaux arrivants). On peut discutailler du sexe des anges à l’infini sur ces questions d’intégration. Tant qu’on n’aura pas intégré et réintégré économiquement la majorité, il est vain d’aborder ces sujets. Quand on débarque d’un pays étranger, quelle que soit sa culture, on observe son voisin et on est prêt à s’assimiler seulement si son mode de vie paraît attrayant. Si l’autochtone a un travail et qu’il est respecté culturellement – deux conditions qui ont explosé dans les années 1980 -, alors il serait naturel que le nouvel arrivant se conforme à ce mode de vie. Malheureusement, les classes moyennes et populaires ne sont plus intégrées économiquement et géographiquement ni respectés par le monde politique et le monde culturel. L’essentiel des précepteurs d’opinion considère ces catégories comme des « losers », des »déplorables ». Quand on débarque de l’autre bout du monde, et qu’on nous dit que notre voisin est raciste, à moitié débile, à fond dans la consommation, son objectif de vie étant de bouffer et de regarder la télé, on ne va pas épouser ses valeurs. Le chantier pour les trente ans à venir est de savoir comment réintégrer la majorité de la population. Ils n’ont plus leur place dans le modèle économique qui compte symboliquement, celui des grandes métropoles, de la globalisation économique. Si le projet politique, économique et culturel de demain n’est pas la réintégration de ces populations encore majoritaires, alors il est inutile de parler d’intégration, d’assimilation ou que sais-je encore. C’est un sujet perdu d’avance si l’on ne s’intéresse pas à ce qu’est intrinsèquement une société. (…) Si on regarde les choses froidement et qu’on revient au résultat de Marine Le Pen en 2017, on note que, par rapport à son père, elle est passée de 18 % à 35 %. Ce chiffre constitue le principal socle du bloc populiste. Zemmour connaissant parfaitement les rouages politiques, il parvient à capter une grosse partie de cet électorat, mais cet ensemble reste identique et représente globalement 35 % du corps électoral. Je crois à la permanence de cette géographie électorale qui aujourd’hui se structure globalement autour de la dichotomie grandes métropoles-France périphérique. Les gens à l’écart du modèle économique néolibéral se retrouvent dans cette contestation populiste, et Zemmour, avec un discours plus droitier et intellectuel capte la fraction la mieux intégrée de cet électorat et une part marginale de la bourgeoisie qu’il appelle « bourgeoisie patriote ». (…) Pour les tenants du modèle actuel, l’un des éléments les plus importants est de déconstruire l’idée même d’une majorité, car cela leur permet de s’extraire des conditions de la démocratie. Il n’y a plus besoin d’être en démocratie s’il n’existe que des minorités. (…) La question de la régulation des flux migratoires travaille tout autant les Français d’origine maghrébine ou africaine que ce qu’on appelle de manière condescendante les « petits Blancs ». Les « gilets jaunes » ont ainsi souvent été qualifiés de « petits Blancs ». On oublie un peu rapidement qu’ils étaient par exemple très mobilisés dans les DOM-TOM. C’est se tromper sur le fond du mouvement que d’en faire un mouvement ethnique. C’était un mouvement très puissant composé de gens d’origines diverses mais qui ont intégré le mouvement sans leur étendard identitaire. Je ne dis pas cela pour faire l’éloge hypocrite de la diversité à la manière des publicitaires qui nous gouvernent. Je dis cela car, quand on a des classes populaires en mouvement, respectables, puissantes, fortes, elles redeviennent attractives, y compris pour des personnes de toutes origines. Quand tu es respecté culturellement, tu crées les conditions de l’assimilation des autres. (…) On organise une société avec un modèle économique ultra-inégalitaire qui ne bénéficie qu’aux 20 % les plus aisés. On laisse filer les logiques de marché et, logiquement, les gens achètent leur résidence secondaire là où c’est beau et on se fiche du destin des jeunes issus des catégories populaires, nés sur ce territoire et qui vont devoir déménager. On tiendra des grands discours, on organisera des assises du territoire, des élus locaux diront que c’est scandaleux, mais, comme on ne veut pas bouger sur le fond, on renforcera un ressentiment énorme des catégories populaires. Ce ressentiment alimente in fine le mouvement existentiel et social des classes populaires et moyennes occidentales. Et puisque les élites ne veulent ou ne peuvent pas y répondre, elles tiendront les populations par la peur. La gestion par la peur consiste à promettre l’apocalypse, qu’elle soit démocratique, écologique ou sanitaire. L’apocalypse démocratique consiste par exemple à nous faire croire depuis trente ans à l’arrivée du fascisme. C’est du théâtre et cela permet de rabattre éternellement les indécis ou le gros bloc des retraités vers les partisans du modèle globalisé. Les citoyens auront peur du fascisme, de l’apocalypse sanitaire ou encore de l’apocalypse écologique. Toutes ces peurs permettent à des gouvernements impuissants de rabattre vers eux des citoyens qui ne votent plus par adhésion mais par crainte de l’apocalypse. Il n’y a aucune adhésion au macronisme. Seulement un vote de peur. S’il est réélu, le lendemain il s’effondrera dans les sondages. Christophe Guilluy

Et si on relisait Elias ?

En ces temps d’ensauvagement généralisé de l’Occident …

Entre ces Etats-Unis où tout en censurant les informations embarrassantes, l’on en arrive à jouer les djihadistes

Et la France et l’Europe où on appelle à faire taire ou même à assassiner Eric Zemmour …

Pendant qu’oubliant, comme le rappelle Christophe Guilluy, l’importance de la réhabilitation des classes moyennes pour l’assimilation des nouveaux venus …

Nos élites tentent, entre la menace surjouée du Covid, du climat et du prétendu fascisme, de nous tenir par la peur  …

Retour sur la loi, oubliée, du célèbre sociologue germano-britannique Norbert Elias …

Qui pour expliquer la sociogenèse de nos comportements il y a plus de 80 ans …

Rappelait qu’à l’image de la célèbre et très controversée loi d’Haeckel qui affirme que l’ontogenèse reproduit la phylogenèse…

Comment la psychogenèse d’un individu particulier peut récapituler la sociogénèse de son groupe, tribu, clan, famille ou nation et peut-être bientôt l’humanité entière…

Et comment donc, contre nos rousseauistes attardés, on ne naît pas “civilisé mais on le devient …

Mais aussi si l’on n’y prend pas garde comme il l’avait montré pour l’Allemagne nazie …

Comment le processus peut également s’inverser …

La mystérieuse loi sociogénétique de Norbert Elias
Eugène Michel
Psychologie, éducation & enseignement spécialisé
décembre 2011

« Il est impossible de remonter aux origines d’un processus qui n’en a pas. Où qu’on commence, tout est mouvement et continuation d’un stade précédent. »
La Civilisation des mœurs
Norbert Elias
(1897-1990)

Elias eut une vie mouvementée, en particulier à cause du cauchemar hitlérien. Son livre Über den Prozess der Zivilisation paraît en 1939, il passe inaperçu et doit attendre 1969 pour être réédité et devenir un classique de la sociologie. Il paraît en France en deux volumes, en 1973 pour La Civilisation des mœurs et en 1975 pour La Dynamique de l’Occident (1).

Dès les premières pages de sa synthèse sur Elias (2), Nathalie Heinich cite l’étonnante « loi sociogénétique » qu’Elias promulgue dans La Civilisation des mœurs : « Nous retrouvons une fois de plus ce que nous avons appelé plus haut la “loi fondamentale sociogénétique”. L’histoire d’une société se reflète dans l’histoire interne de chaque individu : chaque individu doit parcourir pour son propre compte en abrégé le processus de civilisation que la société a parcouru dans son ensemble ; car l’enfant ne naît pas “civilisé” » (Pocket, 2010, p. 366).

Elias formule un fonctionnement de l’historicité humaine moderne, ce qu’il nomme le « processus de civilisation » : l’adulte vit en société avec des règles précises dont la transformation lente est automatiquement réinjectée dans le groupe par le fait que les enfants ne peuvent grandir qu’en refaisant le cheminement historique de leur groupe d’appartenance. La question est celle de comprendre comment les nouvelles contraintes extérieures peuvent devenir des autocontraintes. Ici, il s’agit des ablutions : «Il est vrai que de nos jours seuls les enfants se lavent encore sous la contrainte extérieure…/… Pour les adultes, ce comportement correspond en général à une “autocontrainte”… » (op. cité, p. 366).

Cette « loi fondamentale sociogénétique » (sociogenetische Grundgesetz) est un mystère pour ce qui relève de sa démonstration.

Le « plus haut » de la citation ci-dessus d’Heinich renvoie au chapitre de l’usage de la fourchette à table. Des automatismes s’acquièrent qui sont ensuite inculqués plus rapidement chez l’enfant : « Ainsi s’accomplit dans chaque individu un processus qui, dans l’évolution histori­que et sociale, a duré des siècles…/… Si l’on tenait à qualifier de “lois” les processus récurrents, on serait en droit de formuler à l’exemple de la “loi fondamentale de la biogenèse” une loi fondamentale de la sociogenèse et de la psychogenèse » (op. cité, pp. 274 et 275).

Or, il faut se souvenir que la « loi fondamentale biogénétique » n’est autre que la célèbre et très controversée loi d’Haeckel qui affirme que l’ontogenèse reproduit la phylogenèse (3).

Dans un article en ligne sur le web (4), Wolf Feuerhahn mentionne une 3e occurrence de la loi sociogénétique qui est citée dans l’avant-propos rédigé en 1936 (5) : « Elias se risque ainsi à imagi­ner une “loi sociogénétique fondamentale” qui ne pense pas l’évolution de la société sur le modèle de la vie individuelle (de l’enfance à la vieillesse), mais celle de l’individu sur le modèle de l’histoire de la société à laquelle il appartient ».

Il se trouve que cette préface n’a pas été traduite en français ! Regrettable lacune, puisqu’Elias insère une longue note de bas de page pour commenter ladite loi.

Celle-ci est mentionnée une quatrième fois (6) dans La Dynamique de l’Occident : « Il est possible d’observer encore de nos jours, en parfait accord avec la loi sociogénétique fondamentale, dans chaque enfant des processus orientés dans le même sens » (Pocket, 2010, p. 255). Dans ce passage, Elias explique que les nouveaux comportements collectifs deviennent peu à peu des automatismes, de la même façon qu’ils deviennent inconscients chez l’enfant. L’instauration d’un contrôle des pulsions se réalise par une conjonction entre psychogenèse et sociogenèse. Le « condi­tionnement » éducatif des enfants permet à chaque nouvel adulte d’intégrer le processus de civilisation en cours.

Dans leur article « Le procès du “procès de civilisation” ? » (7), Etienne Anheim et Benoît Grévin regrettent que « certaines thèses fondamentales » d’Elias « attendent encore leur critique, comme cette extraordinaire idée que “l’histoire de la société…” » et ils reprennent la citation d’Heinich. Les deux chercheurs ajoutent : « On ne peut qu’être perplexe à l’énoncé péremptoire (Elias l’appelle la “loi fondamentale sociogénétique”) de cette affirmation… »

Elias étudie la relation entre la construction psychique individuelle (psycho­genèse) et la construction sociale collective (sociogenèse). D’une façon surprenante, il emploie le terme très moderne de « plasticité » (8) : « Ce serait une tâche utile que d’exa­miner les effets des processus historiques sur la plasticité de la vie et du compor­tement humains…/… Toutes ces réactions émo­tionnelles sont en quelque sorte des structures de la nature humaine correspondant à des conditions sociales données, qui, par un effet de retour, contribuent au déroulement du processus historico-social » (CM, p. 343).

On aurait pu espérer trouver dans La Dynamique de l’Occident une plus ample explication de la « loi sociogénétique » puisque la 2e partie s’intitule « Esquisse d’une théorie de la civilisa­tion ». Elias y discute effectivement de l’intérêt de rechercher des « lois » dans le domaine de la sociologie, mais il se concentre sur le développement inéluctable des monopoles : «  Les grandes lignes de ce mouvement de civilisation, de la montée successive de couches sans cesse plus larges, sont dans tous les pays occidentaux et tendanciellement aussi dans les autres régions du globe, toujours les mêmes » (DO, p. 292). Pour Elias, il n’y a aucun doute, la civilisation s’oriente « vers l’intégration d’unités sans cesse plus grandes » (DO, p. 300). Les monopoles s’ins­tallent, puis s’élargissent sans cesse en « unités de domination plus englo­bantes » (DO, p. 303). De sorte qu’« on voit se dessiner, par suite du débordement des interdépendances sur d’autres régions, la lutte pour l’hégémonie dans un système englobant toute la terre habitée » (DO, p. 301).

En 1983, Elias publie Engagement und Distanzierung qui est traduit dix ans plus tard en France. On peut y déceler la loi sociogénétique sans qu’elle soit explicitement mentionnée : « Tout homme, en tant qu’individu, doit, en grandissant, parcourir en raccourci le même itinéraire. » Et il ajoute :  « Le chemin lui-même et la raison de cette évolution demeurent , dans leurs détails, largement inexplorés » (Engagement et Distanciation, Fayard, 1993, p. 17).

La loi sociogénétique est-elle indémontrable ou bien enfreint-elle le tabou de la séparation de l’individuel et du collectif ? Dans son texte La civilisation des parents, publié en 1980 (9) – peut-être destiné à un plus large public peu enclin à la théorie –, Elias ne la cite pas, mais on la décèle en filigrane : le temps éducatif est aujourd’hui plus long puisque le développement collectif est devenu, avec les siècles, plus complexe.

En 1987, Elias publie Die Gesellschaft des Individuen, (La Société des individus, Fayard, 1991). L’ouvrage est composé de trois parties de dimensions voisines rédigées à des dates diffé­rentes : en 1939 pour « La société des individus », dans les années 1940-1950 pour « Conscience de soi et image de l’homme », et en 1986 pour « Les transformations de l’équilibre “nous-je” ».

Comme le préfacier Roger Chartier nous l’apprend, cette première partie devait servir de conclusion synthétique à l’ouvrage Über den Prozess… Elias y étudie de près la relation entre les notions d’individu et de société. Pour lui, l’individualisation est rendue possible par la transmission au sein d’une société. « La société n’est pas seulement le facteur de caractérisation et d’unifor­misation, elle est aussi le facteur d’individualisation » (Fayard, 1991, p. 103).

Elias insiste sur l’historicité de la société et l’importance fondamentale de l’édu­cation. L’adulte est ce que son histoire sociale l’a fait devenir : « Et c’est justement parce que l’enfant démuni a besoin de l’empreinte sociale pour devenir un être plus fortement individualisé et distinct des autres, que l’individualité de l’adulte se définit uniquement à partir de son destin relationnel, uniquement dans le contexte de la structure de la société où l’individu a grandi » (Idem, p. 63).

Dans le troisième texte, on trouve une clé pour la description du développement humain. Sans le définir précisément, Elias propose le concept d’unité de survie qui s’élargit progressi­vement à partir de la famille jusqu’à la Nation pour atteindre maintenant la planète entière : « Le groupe familial a été à des stades antérieurs l’unité de survie première et indispensable. Il n’a pas tout à fait perdu cette fonction, en particulier pour l’enfant. Mais à l’époque moderne l’Etat (…) a repris à son compte cette fonction, comme beaucoup d’autres qu’assumait antérieurement la famille » (SI, p. 266). « Parmi toutes les formes de vie collective les Etats sont passés dans le monde entier au premier rang des unités de survie » (SI, p. 267). « L’humanité apparaît effective­ment de plus en plus clairement aujourd’hui comme le niveau d’intégration suprême » (SI. P. 296).

Pour Elias, « il n’y a pas d’identité du je sans identité du nous. Seules la pondéra­tion du rapport je-nous, la configuration de ce rapport changent » (SI, p. 241). Ainsi, la prépondérance du je augmente avec l’âge de la personne aussi bien qu’avec le déve­loppement de la civilisation, mais le nous reste indispensable.

Elias conclut magistralement : « Le passage au primat de l’Etat sur le clan et la tribu a repré­senté une poussée d’individualisation. Comme on peut le voir, le passage à l’humanité comme unité dominante sera aussi marqué par une nouvelle poussée d’individualisation…/… Nous n’en sommes qu’à une toute première phase de ce passage au niveau suprême d’intégration, et l’élaboration de ce qu’on entend par les droits de l’homme n’en est encore qu’à ses débuts » (SI, p. 301).

Dans sa préface à Qu’est-ce que la sociologie, Elias donne le schéma en forme de cercles concentriques habituellement perçu par les citoyens : au centre, le Moi ego, puis la famille, l’école, l’industrie, et enfin l’Etat (Editions de l’Aube, 1991, p. 8). La prise de conscience de l’émergence de l’individualisation opère une sorte d’inversion des valeurs puisque l’individu, par un réflexe existentiel logique, se voit habituelle­ment, dès qu’il prend conscience de lui-même, à l’origine de tout développement.

À juste titre, Elias insiste sur le caractère relationnel de l’être humain. Une partie de ses travaux peut se résumer par l’idée que l’individualisation est un affinement progressif tout au long de l’histoire collective et individuelle des aptitudes rela­tionnelles humaines à partir des groupes originels que sont la tribu et la famille vers la Nation puis vers le monde. L’éducation consiste à faire passer chaque enfant par le même cheminement.

Notes

(1) Calmann-Lévy.

(2) La Sociologie de Norbert Elias, Éditions la Découverte, 1997.

(3) Tous mes remerciements à Wolf Feuerhahn et Claude Blanckaert, chercheurs du Centre Koyré, dont les remarques et conseils m’ont été très précieux.

(4) Une sociologie des habitus nationaux (consulté en décembre 2011).

(5) « Nach einer Art von « sociogenetisches Grundgesetz »… », Suhrkamp, 1977, p.LXXIV).

(6) La table de référence des œuvres complètes publiées chez Suhrkamp indique une 5e occurrence dans une note d’un texte intitulé : « Blick auf das Leben eines Ritter ». Ce texte se trouve, sans les illustrations, dans l’édition originale Suhrkamp de La Civilisation des mœurs : « Der Zivilisation­prozess, den die Gesellschaft Ganzes während vieler Jahrhunderte durchlaufen hat, muss das einzelne Individuun, abgekürtz, von neuem durchlaufen ». (1977, p. 330). Ce texte conclut l’édition française, mais la note n’a pas été traduite.

(7) Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 48-1, 2001.

(8) À moins que ce ne soit le traducteur qui modernise Elias. La vogue du terme date justement des années 1970.

(9) La traduction française vient de paraître dans Au-delà de Freud, textes d’Elias présentés par Marc Joly, La Découverte, 2010.

Voir aussi:

Une sociologie de la civilisation
Nathalie Heinich
La sociologie de Norbert Elias (2010), pages 6 à 26

1Publié à Bâle en 1939, alors que son auteur avait déjà fui l’Allemagne, mais passé quasi inaperçu en raison des événements, le grand ouvrage d’Elias sur le « processus de civilisation » (Über den Prozess der Zivilisation, réédité en 1969) se présente en deux volumes : le premier, traduit en français en 1973 sous le titre La Civilisation des mœurs, est consacré à l’évolution des mœurs dans la société occidentale à partir de la Renaissance ; le second, traduit en 1975 sous le titre La Dynamique de l’Occident, propose une analyse historique et une synthèse anthropologique des phénomènes observés.

La civilisation des mœurs

2 La Civilisation des mœurs présente l’originalité de prendre au sérieux, comme objet d’investigation sociologique, ce sujet apparemment futile que sont les manières de gérer les fonctions corporelles : manières de se tenir à table, de se moucher, de cracher, d’uriner et de déféquer, de se laver, de copuler. Les manuels de civilité de la Renaissance fournissent à Elias un corpus très riche et quasi inexploité, illustrant non seulement l’état de ces « mœurs » à un moment donné, mais aussi leur évolution : une évolution indéniable, qui s’accélère dans le courant du XVIIe  siècle, et dans une direction clairement marquée puisque « les hommes s’appliquent, pendant le « processus de civilisation », à refouler tout ce qu’ils ressentent en eux-mêmes comme relevant de leur « nature animale » ; de la même manière, ils le refoulent dans leurs aliments » [CM, p. 197] [1][1]Les références entre crochets renvoient à la bibliographie en…. Omniprésente en effet est la tendance à augmenter le contrôle sur tout ce qui relève de l’animalité, en le rendant moins visible ou en le refoulant dans l’intimité : la nudité se montre moins, les odeurs corporelles se dissimulent, les fonctions naturelles tendent à s’exercer dans des lieux spécifiques et isolés, on ne crache plus par terre mais dans un crachoir, on ne se mouche plus dans sa manche mais dans un mouchoir, on ne mange plus avec les doigts mais avec une fourchette.

3 Ce constat permet à Elias, tout d’abord, de montrer que ces fonctions dites « naturelles » sont entièrement modelées par le contexte historique et social. En outre, l’évolution des gestes qui définissent ces « mœurs » est indissociable de l’évolution de la sensibilité et, en particulier, de l’intensification progressive et collective du sentiment de dégoût, qui rend insupportables les manifestations corporelles d’autrui, et des sentiments de honte, de gêne, de pudeur, qui incitent à dérober à autrui le spectacle de son propre corps, de ses excrétions et de ses pulsions. Profondément incorporés et ressentis comme naturels, ces sentiments entraînent la formalisation de règles de conduite, qui construisent un consensus sur les gestes qu’il convient ou ne convient pas de faire – gestes qui eux-mêmes contribuent à modeler en retour la sensibilité.

Sociogenèse et psychogenèse

4 Ainsi, « l’étude des formes du savoir-vivre et de ses modifications ne révèle qu’un secteur particulièrement simple et accessible d’un changement plus fondamental de la société considérée » [CM, p. 179] : évolution qui peut s’observer non seulement au niveau collectif – la « sociogenèse »  – mais au niveau individuel – la « psychogenèse » –, puisque « chaque individu doit parcourir pour son propre compte en abrégé le processus de civilisation que la société a parcouru dans son ensemble ; car l’enfant ne naît pas « civilisé » » [CM, p. 278]. C’est là ce qu’Elias, passant ici de l’histoire à l’anthropologie, nomme la « loi fondamentale sociogénétique. L’histoire d’une société se reflète dans l’histoire interne de chaque individu » [CM, p. 278].

5 Cette évolution doit impérativement se comprendre comme un processus de longue durée, avec des mouvements d’accélération (ainsi l’usage de la fourchette s’est imposé dans certains milieux en une ou deux générations) et des moments de stagnation voire de régression. Il ne s’agit pas d’un phénomène perceptible à l’échelle individuelle, mais à l’échelle collective d’un mouvement de société courant sur plusieurs siècles. Aussi le chercheur, historien ou sociologue, est-il le seul à même de le révéler, par la mise en relation de documents de natures et d’époques différentes. On peut d’ailleurs suivre aujourd’hui encore l’évolution de ce processus de refoulement des fonctions corporelles et d’intériorisation des contraintes, y compris sous cette forme paradoxale qu’est le relatif relâchement des mœurs associé à ce qu’on appelle la « société permissive » : ces relâchements actuels, explique Elias, ne sont rien d’autre qu’un jeu avec des normes si profondément intériorisées qu’elles permettent désormais une certaine marge de liberté, laquelle ne remet pas en cause le niveau de sensibilité collectivement atteint.

6 Ayant longuement décrit les modalités du phénomène, par une analyse serrée des témoignages historiques, Elias va s’interroger sur ses causes. Une explication par les conditions matérielles, telles que la diminution de la pauvreté ou l’amélioration des conditions sanitaires, ne suffit pas : les mœurs des plus riches seigneurs du Moyen Âge nous paraîtraient aujourd’hui aussi « sales » que celles des plus pauvres manants. C’est l’élévation du seuil de sensibilité qui explique l’amélioration des lieux d’aisance et l’invention des ustensiles liés aux fonctions corporelles – et non pas l’inverse. Tout aussi insuffisante est l’explication par l’hygiène, qui constitue moins une cause de l’évolution des mœurs qu’une rationalisation de la sensibilité. L’exemple du crachat est à cet égard très parlant : cette pratique est passée en une génération de l’hygiénique (on considérait qu’il était sain d’expectorer) à l’anti-hygiénique (on estime aujourd’hui que cracher augmente les risques de contagion).

Une explication sociologique

7 Qu’est-ce qui, alors, détermine une évolution aussi fondamentale ? Elias se révèle ici pleinement sociologue : c’est, explique-t-il, la dynamique des relations sociales entre inférieurs et supérieurs qui peut en rendre compte. Historiquement, les nouvelles manières, plus « civilisées », ont d’abord été élaborées par l’aristocratie de cour, puis se sont transmises aux autres catégories sociales : « C’est en partie ce mécanisme : mise au point d’usages de cour, diffusion de ces usages vers le bas, légère déformation sociale, dévaluation en tant que signe distinctif, qui a maintenu le mouvement des modes de comportement de la couche supérieure » [CM, p. 167]. Et ce sont en premier lieu les couches de la bourgeoisie amenées à fréquenter l’aristocratie, voire à la concurrencer dans certains domaines, qui ont été engagées dans ce processus de distinction par le degré de « civilisation » : « Les bourgeois sont influencés par le comportement des hommes de cour, les hommes de cour par le comportement des bourgeois » [CM, p. 181].

La fourchette et la pudeur

« Encore au XVIIe  siècle, la fourchette était essentiellement un objet de luxe en or ou en argent dont se servait la couche supérieure. L’accueil que cette société fit à la « nouveauté » met en évidence un autre fait : des hommes qui mangeaient comme les hommes du Moyen Âge, qui prenaient la viande dans le même plat avec les doigts, qui buvaient le vin dans la même coupe, qui lampaient la soupe dans le même bol ou dans la même assiette […] entretenaient entre eux des rapports différents des nôtres ; ces  différences n’affectaient pas seulement leur conscience claire et raisonnée mais également leur vie affective dont la structure et le caractère étaient différents des nôtres. Leur « économie affective » était orientée en fonction de relations et d’attitudes qui, comparées au conditionnement auquel nous sommes soumis, nous paraissent pénibles ou du moins peu attrayantes. Ce qui faisait défaut dans  ce monde « courtois » ou ce qui n’existait pas dans la même mesure qu’aujourd’hui, c’était ce mur invisible de réactions affectives se dressant entre les corps, les repoussant et les isolant, mur dont on ressent de nos jours la présence au simple geste d’un rapprochement physique, au simple contact d’un objet qui a touché les mains ou la bouche d’une autre personne ; il se manifeste déjà dans le sentiment de gêne que nous éprouvons en assistant à certaines fonctions physiques, et très souvent à leur évocation il se manifeste aussi dans le sentiment de honte qui s’empare de nous quand certaines de nos fonctions physiques sont exposées aux regards des autres, et parfois même quand nous prenons conscience de leur existence » [CM, p. 116-117].

8 Enfin, cette augmentation de la sensibilité au sein de l’aristocratie s’explique elle-même par des conditions historiques : l’instauration dans le courant du Moyen Âge d’un pouvoir royal fort, la disparition d’une chevalerie anarchique et violente, la « curialisation » (c’est-à-dire le rapprochement avec la cour) de l’aristocratie ont entraîné ce changement de mœurs qui s’est diffusé peu à peu dans l’ensemble de la société. C’est là qu’intervient la reconstitution de la genèse historique de ce processus de civilisation, qu’Elias va entreprendre dans le second volume de son grand œuvre.

La dynamique de l’Occident

9 C’est à partir de ce qu’il nomme une « sociogenèse de l’État » qu’Elias va reconstituer l’histoire de ce « processus de civilisation » en Europe, de la seigneurie féodale du XIe  siècle au royaume de la Renaissance, jusqu’à son apogée au siècle des Lumières. La dynamique de ce mouvement naît de la constitution de l’État, grâce à l’imposition progressive d’un double monopole royal : le monopole fiscal, qui monétarise les liens entre le souverain et les seigneurs, et le monopole de la violence légitime, qui place dans les seules mains du roi la force militaire et la condition de toute pacification. En mettant en avant cette notion de monopolisation étatique de la violence, Elias va au-delà de la théorie marxiste, qui faisait de la sphère économique la seule ou la plus déterminante des causes, pour se placer dans le sillage de la théorie webérienne ; il y ajoute cependant une double dimension, en s’intéressant à la fois à l’amont du phénomène – la formation de l’État à travers les différents monopoles – et à l’aval – ses effets sur la gestion des affects.

10 L’imposition de ce double monopole royal s’accompagne de la constitution d’une administration : c’est cet « appareil de domination différencié qui garantit la pleine efficacité du monopole militaire et financier, qui en fait une institution durable. Dorénavant, les luttes sociales n’ont plus pour objectif l’abolition du monopole de la domination, mais l’accès à la disposition de l’appareil administratif du monopole et la répartition de ses charges et profits. C’est à la suite de la formation progressive de ce monopole permanent du pouvoir central et d’un appareil de domination spécialisé que les unités de domination prennent le caractère d’États » [DO, p. 30]. À  la « phase de concurrence libre » qui caractérisait le système féodal du XIe au XIIIe  siècle, où la répartition des chances se faisait essentiellement par l’emploi de la force, avait succédé, du XIVe au XVe  siècle, la « phase des apanages », lorsque augmenta l’étendue des terres accordées aux enfants du roi et, avec elle, la désintégration du territoire : c’est là une caractéristique des poussées de féodalisation, corrélatives de la dissolution de tout monopole centralisé, même encore embryonnaire. Et il faudra attendre la fin du XVe  siècle pour que s’impose en réaction la victoire du monopole royal, permettant l’apparition d’une « économie » au sens strict, qui médiatise par l’argent la compétition pour les biens de consommation en évitant le recours à la violence physique, et d’une administration, qui focalise la concurrence pour l’obtention des meilleurs postes.

11 Alors le grand monopole centralisé « prend peu à peu l’aspect d’un instrument au service de la société tout entière, société pratiquant la division des fonctions : autrement dit, il devient l’organe central de cette unité sociale que nous appelons aujourd’hui l’État » [DO, p. 104-105]. Pour bien comprendre ce phénomène, il faut considérer, premièrement, qu’il n’obéit pas à un plan concerté, mais résulte de la logique interne de cette division des fonctions mises au service « de la coopération optimale de tous les individus entre lesquels la répartition des fonctions a tissé des liens » [DO, p. 43-44], donnant naissance « à un phénomène que personne n’a explicitement voulu ou programmé, mais qui découle néanmoins des ambitions et actions d’un grand nombre d’individus » [DO, p. 102] ; et, deuxièmement, qu’il est entièrement modelé par l’interdépendance entre tous ces individus : « Ici comme ailleurs, c’est l’entrelacement d’innombrables intérêts, projets et initiatives de personnes isolées qui convergeait vers un ensemble de lois régissant un réseau d’individus interdépendants et aboutit à un résultat qu’aucun des protagonistes n’avait voulu, l’État français » [DO, p. 102].

Interdépendance et équilibre des tensions

12 Cette interdépendance – notion clé dans la théorie éliasienne – est indissociable de cette autre notion clé qu’est l’équilibre des tensions. Celle-ci est caractéristique de ce qu’il appelle le « mécanisme absolutiste », lorsque l’opposition entre une noblesse déclinante et une bourgeoisie montante (notamment grâce à l’ouverture des fonctions administratives permettant d’assurer le monopole d’État) rend impossible leur coalition contre le souverain, et tend à renforcer la centralisation du pouvoir dans les mains du roi. Mais l’interdépendance concerne alors tout autant le roi, dépendant lui aussi du réseau de rapports de force qu’il contribue à stabiliser : « Les rois n’ont plus la liberté de disposer souverainement de leurs biens et de leurs domaines, comme à l’époque où l’interdépendance sociale était moins prononcée. Le gigantesque réseau humain sur lequel s’étend le pouvoir de Louis XIV a son inertie et ses lois propres, auxquelles même le monarque doit se plier » [DO, p. 152].

Du monopole de la violence à la maîtrise de soi

« La comparaison entre la situation de la noblesse féodale libre et celle de la noblesse de cour est éloquente à cet égard. Pour la noblesse féodale, l’élément qui décide de la conquête des chances est la puissance sociale d’une maison, puissance qui dépend aussi bien de ses moyens économiques que militaires, de la force physique et de l’habileté de chaque seigneur ; dans ce système, l’emploi de la violence physique est un moyen de combat indispensable à la conquête de chances. En effet, le partage des chances dépend en dernière analyse de la victoire armée remportée par telle maison – ou par les générations précédentes –, victoire qui lui a assuré le monopole de l’emploi de la contrainte physique. C’est en raison de ce monopole que, dans la lutte de la noblesse pour les chances distribuées par le prince, le recours à la violence pure et simple est à peu près exclu : les moyens de la compétition se sont raffinés et sublimés ; la dépendance des individus par rapport au détenteur du monopole impose à chacun une plus grande retenue dans ses manifestations émotionnelles ; les individus sont tiraillés entre la résistance contre les contraintes auxquelles ils se trouvent exposés, l’horreur que leur inspirent leur dépendance et leur état de soumission, la nostalgie de la compétition libre et chevaleresque d’une part, et la fierté de la maîtrise de soi qu’ils ont réussi à s’imposer, les plaisirs nouveaux qu’elle leur propose, de l’autre. En d’autres termes, nous avons affaire à un mouvement général vers la civilisation » [DO, p. 41].

13 C’est ainsi qu’« en Occident, entre XIIe et XVIIIe  siècle, les sensibilités et les comportements sont profondément modifiés par deux faits fondamentaux : la monopolisation étatique de la violence qui oblige à la maîtrise des pulsions et pacifie ainsi l’espace social ; le resserrement des relations interindividuelles qui implique nécessairement un contrôle plus sévère des émotions et des affects » [Chartier, 1985, p. XIX]. C’est là le cœur de cette « théorie de la civilisation » qu’Elias va esquisser dans la seconde partie du livre, passant de l’histoire à l’anthropologie.

L’économie psychique

14 « Quel rapport, demande-t-il, peut-on déceler entre l’organisation de la société en État, entre la monopolisation et la centralisation des contributions et de l’emploi de la force d’une part, et la civilisation de l’autre ? » [DO, p. 187] : c’est le passage de la contrainte sociale à l’autocontrainte, autrement dit l’intériorisation du contrôle des émotions et des pulsions, qui tend à raréfier les explosions affectives, à atténuer les écarts émotionnels et les sautes d’humeur. C’est ainsi qu’« au mécanisme de contrôle et de surveillance de la société correspond ici l’appareil de contrôle qui se forme dans l’économie psychique de l’individu » [DO, p. 210] – évolution indissociable d’un accroissement de l’interdépendance, d’un resserrement du réseau des interrelations entre les hommes.

15 Il faut se garder d’une interprétation téléologique, qui supposerait un plan orienté vers un but, une intention rationnelle d’obtenir ce phénomène d’intériorisation du contrôle sur les affects : « Rien dans l’histoire ne semble indiquer que cette modification ait été obtenue par un procédé « rationnel », par un effort d’éducation de quelques personnes isolées ou de groupes humains. Elle s’opère sans aucun plan » [DO, p. 188]. Mais en même temps – et c’est là un point fort de la pensée d’Elias – cette absence de plan concerté n’est nullement incompatible avec l’existence, fût-elle inconsciente, d’une cohérence, d’un ordre, d’une structuration, qu’il appartient au chercheur de mettre en évidence : quoique ne s’expliquant pas « par l’apparition, à un moment donné de l’histoire, d’une idée rationnelle conçue par des individus déterminés, transmise de génération en génération sous la forme d’une motivation consciente, d’un but à atteindre », cette transformation « n’en est pas moins soumise à un ordre spécifique, [et] ne résulte pas d’une modification amorphe et chaotique, [d’une] suite d’apparitions et de disparitions de structures désordonnées » [DO, p. 188].

16 Ce sont essentiellement des phénomènes non concertés de mobilité sociale au niveau collectif qui expliquent le refoulement progressif des pulsions, l’augmentation des sentiments de pudeur et de gêne : tout d’abord, la curialisation des guerriers, remplacés « par une noblesse « domestiquée », habituée à refouler ses émotions, par une noblesse de cour » [DO, p. 227] ; puis la concurrence entre couches sociales, amenant les supérieurs à se démarquer des inférieurs par le raffinement de leurs mœurs lorsque leur suprématie n’est plus établie sur le plan du pouvoir ou des biens matériels : c’est pourquoi, de façon générale, « les couches inférieures cèdent plus facilement à leurs émotions et pulsions, leurs comportements sont moins rigoureusement réglés que ceux des couches supérieures correspondantes ; les contraintes qui agissent pendant de longues périodes de l’histoire humaine sur les couches inférieures sont les contraintes de la menace physique, de la torture, de l’extermination par l’épée, la misère, la faim. Des violences de ce genre n’aboutissent pas à la transformation équilibrée des contraintes extérieures en autocontraintes » [DO, p. 214]. Mais parce que les groupes inférieurs cherchent peu à peu à se conformer aux normes d’excellence des supérieurs, l’écart tend à se réduire à mesure que s’étend la civilisation des mœurs, au profit d’« une augmentation des variantes ou des nuances des comportements civilisés » [DO, p. 220].

Vers une sociologie appliquée

17 Elias suggère en conclusion que, puisque le processus de civilisation, tout en n’étant ni « raisonnable » ni « rationnel », n’en est pas pour autant « irrationnel », il est possible d’intervenir pour l’orienter dans un sens plus adapté aux besoins de l’humanité, de façon à faire en sorte que l’homme trouve « l’équilibre durable ou même l’accord parfait entre ses tâches sociales, l’ensemble des exigences de son existence sociale d’une part et ses penchants et besoins personnels de l’autre » [DO, p. 324]. Ainsi la connaissance sociologique peut trouver une application pratique dans un projet humaniste, visant à améliorer la structure des interrelations et la coopération entre les hommes : « C’est alors seulement, dit-il, que les hommes pourront affirmer avec un peu plus de raison qu’ils sont « civilisés ». Jusque-là, ils sont dans la meilleure des hypothèses engagés dans le processus de la civilisation. Jusque-là, force leur sera de répéter encore souvent : « La civilisation n’est pas encore achevée. Elle est en train de se faire ! » » [DO, p.  324].

Culture et civilisation

18 Cette capacité d’Elias à proposer une vision globale de la condition humaine, élargie à une dimension anthropologique, s’accompagne cependant – et c’est là l’un des atouts majeurs de sa pensée – d’une attention précise aux particularités locales, aux spécificités historiques. Il s’intéresse ainsi, nous allons le voir, aux différences nationales dans l’acception du mot « civilisation », qui font l’objet du long avant-propos du Prozess der Zivilisation ; et à la dynamique des différences de mœurs selon les catégories sociales, analysées dans La Société de cour.

19 Avant de proposer sa propre définition de ce qu’il entend par « civilisation », Elias avait pris soin de décrire les différentes acceptions données à ce terme selon les traditions nationales, notamment entre la France et l’Allemagne. Son avant-propos (publié en français en ouverture de La Civilisation des mœurs) constitue un remarquable exercice de comparatisme, particulièrement pertinent à une époque – le milieu des années trente – où l’affrontement des valeurs nationales de part et d’autre du Rhin n’avait rien d’un simple jeu de l’esprit.

20 Il met en évidence le sens légèrement péjoratif du mot Zivilisation en allemand, associé à la superficialité des apparences, alors que le terme désignant positivement les qualités d’un peuple est celui de Kultur : « Légèreté, cérémonial, conversation superficielle d’un côté, intériorisation, profondeur du sentiment, lecture, formation de la personnalité individuelle de l’autre, c’est la même opposition, appliquée à une situation sociale déterminée, que Kant exprime dans son antithèse « culture »/ »civilisation » » [CM, p. 36]. Au contraire, les Anglais  et les Français font de la « civilisation » un sujet de fierté non seulement nationale, mais s’étendant aux progrès de l’Occident et de l’humanité en général : elle désigne ces formes de « politesse » ou de « civilité » qui s’opposent à la barbarie, voire ces raffinements des mœurs, ces formes de tact et d’égards qui distinguent les élites à l’intérieur d’une même société.

21 Ainsi la notion de « civilisation », prise au sens le plus général, tend à effacer les différences entre les peuples, tandis que la notion allemande de « culture » met au contraire l’accent sur les différences nationales – ce qu’on appellerait aujourd’hui les « cultures nationales ». En outre, la « civilisation » a un sens progressif, désignant un processus évolutif, tandis que la « culture » est plus limitative, désignant des produits finis – « œuvres d’art, livres, systèmes religieux ou philosophiques révélateurs des particularités d’un peuple » [CM, p. 14].

De l’opposition sociale à l’opposition nationale

« La lente montée de la bourgeoisie allemande qui, de couche négligeable, s’était hissée au rang de porte-parole de la conscience nationale et même – plus tard, dans une certaine mesure – à celui de classe dominante, qui après avoir pris ses distances par rapport à l’aristocratie de cour avait fini par fonder sa raison d’être et son action sur une stricte délimitation par rapport aux nations concurrentes, s’accompagnait d’une modification de sens et de fonction de l’antithèse « culture »/ »civilisation » et de son contenu : l’antithèse à prédominance sociale s’était transformée en une antithèse à prédominance nationale.
« Une évolution analogue affecte les caractères passant pour spécifiquement allemands : bien des traits qui, à l’origine, marquaient la classe moyenne et en imprégnaient les membres appartiennent dorénavant au caractère national. Ainsi, la sincérité et la franchise s’opposent en tant que vertus allemandes à la politesse et à la dissimulation. Mais la sincérité ainsi comprise était primitivement l’attitude spécifique de l’homme de la classe moyenne par opposition à l’attitude de l’homme du monde ou de l’homme de cour » [CM, p. 54].

22 Fidèle à sa méthode, Elias va proposer une explication de la genèse de ces différences : centralisation étatique et concurrence entre noblesse de cour et bourgeoisie, d’un côté ; dispersion et repliement sur eux-mêmes des cercles aristocratiques, de l’autre, ont amené les élites françaises à privilégier un raffinement des manières que la bourgeoisie montante en Allemagne tendit à stigmatiser comme des qualités extérieures, superficielles, mondaines, privilégiant à l’opposé la profondeur, l’authenticité, la sincérité des valeurs de « culture » –  celle-ci s’étendant peu à peu d’une acception sociale, caractérisant une catégorie détentrice de ces qualités, à une acception nationale, englobant l’ensemble du peuple allemand.

La société de cour

23 Avant de s’intéresser aux manuels de civilité, Elias avait consacré sa thèse, au début des années trente, à cet autre sujet apparemment futile qu’est l’étiquette de la cour dans la France d’Ancien Régime. Publié seulement en 1969, et traduit en français en 1974, La Société de cour (Die Höfische Gesellschaft) examine sous un autre angle les conséquences de la transformation politique, militaire, économique d’une société féodale en monarchie absolue : la monopolisation étatique de la fiscalité et de l’usage des armes est à l’origine de la formation d’une société de cour, qui consacre l’autonomisation du souverain à l’égard de la noblesse et, corrélativement, la dépendance accrue de celle-ci à l’égard de celui-là. Le monarque absolutiste, régnant sur sa cour, se démarque radicalement du chef charismatique qui met à exécution un bouleversement ou un regroupement social : il s’appuie sur les tensions entre les fractions qui l’entourent pour maintenir un équilibre, auquel contribue notablement l’étiquette de cour qui, en fixant les préséances et les positions hiérarchiques, constitue un « mécanisme de régulation, de consolidation et de surveillance » [SC, p. 134].

24 Mais le roi lui-même est prisonnier de ces règles : autocontrainte et interdépendance jouent là aussi à plein, faisant de l’étiquette « une chaîne qui le [lie] impitoyablement à la  mécanique sociale », puisqu’il ne peut « soumettre les autres  à la contrainte de l’étiquette et de la représentation, instrument de sa domination, sans y prendre part lui-même » [SC, p. 141-142]. C’est ainsi que, « pendant la dernière phase de ce régime, même les plus haut placés sur l’échelle hiérarchique, le roi, la reine, les membres de la maison royale avec ses dames de cour et ses courtisans, étaient tellement prisonniers de leur propre cérémonial et de l’étiquette qu’ils les observaient en ployant littéralement sous leur poids. Étant donné que chaque démarche, chaque geste symbolisait les privilèges de telles personnes ou de telles familles, que chaque entorse à l’étiquette risquait de susciter le mécontentement et la résistance active d’autres groupes et familles privilégiés, on renonçait à la moindre modification de peur qu’en touchant aux privilèges des autres on ne compromît ses propres privilèges. L’étiquette et le cérémonial de la cour symbolisaient en quelque sorte les interrelations des élites de l’Ancien Régime en général » [SC, p. 230].

Les trois paradoxes de la société de cour

25 L’historien Roger Chartier a bien résumé, dans sa préface à la réédition de l’ouvrage, les trois grands principes paradoxaux qui fondent la société de cour. Le premier est le paradoxe de la distance et de la proximité : « La société de cour est une configuration où le plus grand écart social se manifeste dans la plus grande proximité spatiale. Il en va ainsi de l’hôtel aristocratique où se côtoient et se croisent les existences des maîtres et celles des domestiques » [Chartier, 1985, p. XX-XXI]. Elias propose ainsi  une brillante analyse de l’habitat des élites parisiennes à l’âge classique, où il montre comment la configuration des hôtels particuliers de la noblesse et de la grande bourgeoisie reflète la structure des rapports internes à la « maison », entre sexes (mari et femme) et entre catégories sociales (maîtres et serviteurs), en même temps que la structure des rapports avec le milieu d’appartenance.

Structure et signification de l’habitat

« L’habitation de l’aristocratie sert aussi de modèle à l’habitation de la haute bourgeoisie. Ce qui a changé, ce sont  les dimensions de l’ensemble. La cour est petite, de même les « basses-cours » ; par conséquent, les pièces réservées aux travaux du ménage groupées autour des « basses-cours » sont également petites ; on ne trouve, dans ce type de maison, qu’une seule cuisine, un garde-manger, un office minuscule. On a beaucoup rapproché les appartements de Monsieur et de Madame, dont la proximité est le symbole et un des fondements de l’étroitesse relative du ménage bourgeois, mesurée aux vastes espaces dans lesquels se déroule la vie conjugale de l’aristocratie de cour. Ce qui a presque complètement disparu, ce sont les salons et les salles de réception. L' »appartement de parade » fait défaut. Le salon circulaire est maintenu, mais ses dimensions sont plus modestes, il ne comprend qu’un seul étage. Il est flanqué d’un côté d’une pièce rectangulaire qui réunit les fonctions d’un cabinet et d’une galerie ; de l’autre d’un petit boudoir, du troisième d’une « salle de compagnie ». L’antichambre qui précède le salon est en même temps la salle à manger de la famille. Si elle est utilisée à cette fin, on renvoie le personnel dans le vestibule. Il n’y a pas d’autres « locaux de société ».
« La différence entre la structure de la société bourgeoise et celle de la société aristocratique de cour qui se révèle ainsi à nous est riche d’enseignements. Les mondanités prennent beaucoup plus de place et de temps dans la vie des hommes de cour que dans celle de la bourgeoisie professionnelle. L’homme de cour est obligé de recevoir beaucoup plus de monde que le bourgeois, son habitation est aménagée en conséquence. Quant au représentant de la bourgeoisie professionnelle, il reçoit moins de visites privées et ne peut en recevoir autant que l’aristocrate. Ce dernier consacre beaucoup plus de temps à la vie sociale. Son réseau de relations directes a des mailles plus fines, ses contacts sociaux sont plus fréquents, ses liens directs avec la société plus étroits que ceux du bourgeois exerçant une profession, chez lequel les contacts indirects par l’intermédiaire de l’argent et des marchandises ont la priorité » [SC, p. 37-38].

26 Le deuxième principe de la société de cour est la réduction de l’identité à l’apparence : « L’être social de l’individu est totalement identifié avec la représentation qui en est donnée par lui-même ou par les autres. La « réalité » d’une position sociale n’y est que ce que l’opinion juge qu’elle est » [Chartier, 1985, p. XXI]. Dans ces conditions, assurer son rang – notamment par l’habitation – est une finalité en soi, irréductible à toute autre valeur : « Dans la société de l’aristocratie de cour, la grandeur et la magnificence de la maison n’étaient pas en premier lieu une marque de richesse, mais une marque du rang. L’apparence de la maison de pierre dans l’espace est pour le grand seigneur et toute la société seigneuriale le symbole de la position, c’est-à-dire du lignage, dont le maître de la maison est le représentant vivant » [SC, p. 32]. C’est ainsi que la consommation de prestige telle que Thornstein Veblen l’avait analysée à propos de la « classe de loisirs » (autrement dit « la volonté d’accorder les dépenses du ménage et la consommation en général avant toute chose au rang social, au statut, au prestige qu’on détient ou qu’on convoite » [SC, p. 48]) est une condition essentielle de l’appartenance à l’aristocratie, qui s’oppose diamétralement à cette vertu de la bourgeoisie qu’est la capacité à épargner pour s’assurer des gains futurs.

27 Le troisième principe est le paradoxe de la supériorité dans la soumission : « C’est seulement en acceptant sa domestication par le souverain et son assujettissement aux formalités contraignantes de l’étiquette curiale que l’aristocratie peut préserver la distance qui la sépare de sa concurrente pour la domination : la bourgeoisie des officiers » [Chartier, 1985, p. XXII]. L’étiquette est l’instrument par excellence de cette distinction par la soumission : tout comme l’habitation, c’est un « fétiche du prestige », le marqueur fondamental de la distinction, laquelle a acquis « le caractère d’une valeur absolument autonome, d’une fin en soi », faisant du « maintien des distances le mobile décisif du comportement » [SC, p. 96]. Ce phénomène est propre à toute formation élitaire : « Par l’étiquette, la société de cour procède à son autoreprésentation, chacun se distinguant de l’autre, tous ensemble se distinguant des personnes étrangères au groupe, chacun et tous ensemble s’administrant la preuve de la valeur absolue de leur existence » [SC, p. 97].

28 Ce processus de distinction entre lui-même en tension avec les tendances à la divulgation des conduites « classantes » du haut vers le bas : comme le remarque Roger Chartier, le modèle d’Elias va au-delà d’une simple diffusion des élites vers les couches inférieures, en faisant de la généralisation des conduites de cour « le résultat d’une lutte de concurrence qui fait imiter par les couches bourgeoises les manières d’être aristocratiques et qui, en retour, oblige la noblesse de cour à accroître les exigences de la civilité afin de lui redonner une valeur discriminante. Cette compétition pour l’appropriation ou, au contraire, la confiscation perpétuée de la distinction est le moteur principal du procès de civilisation puisqu’elle conduit à accroître les raffinements du savoir-vivre, à multiplier les interdits, à élever plus encore le seuil des censures » [Chartier, 1985, p. XXIV]. Ce processus produit lui-même des compétences psychologiques spécifiques : l’art d’observer ses semblables, l’art de manier les hommes, la rationalisation et le contrôle des affects, l’incorporation des règles de civilité – caractéristiques du « processus de civilisation ».

Une double distanciation

29 Urbanisation, monétarisation, commercialisation, curialisation de la noblesse : ces phénomènes, à l’origine de l’évolution des mœurs advenue au sein de la société de cour et progressivement élargie à l’ensemble de la société, ont également des conséquences sur la structure de la conscience humaine. Peu à peu, en effet, se produit une double distanciation : et par rapport à l’intériorité des émotions, et par rapport au monde extérieur. Ainsi, de plus en plus, les hommes « regardent la « nature » comme « paysage », comme « monde des objets », comme « objet de la connaissance » » [SC, p. 273-274] ; de même, « Descartes doutant de la « réalité » de tout ce qui se passe en dehors de sa propre pensée, l’adoption en peinture d’un style illusionniste, la mise en vedette, dans l’architecture profane et religieuse, d’une « façade » tournée vers l’extérieur, ce sont là autant de symptômes de la transformation structurelle de la société et des humains qui la constituent. Ils attestent que les hommes n’ont plus le sentiment, en raison de la retenue qu’on impose à leurs émotions, de se trouver simplement dans le monde, créatures parmi d’autres créatures, mais qu’ils sont confrontés de plus en plus, en tant qu’individus enfermés dans leur cuirasse, aux choses et aux hommes, à tout ce qui existe en dehors de leur cuirasse, à tout ce qui est séparé de leur « intérieur » par cette même cuirasse » [SC, p. 290].

30 Cette distanciation est également à l’œuvre dans toutes les formes de romantisme : glorification des chevaliers errants, nostalgie pour la bourgeoisie corporative du Moyen Âge, ou encore idéalisation de l’artiste bohème à partir du deuxième tiers du XIXe  siècle. Ces tendances romantiques naissent du décalage entre une situation matériellement privilégiée et des aspirations déçues ou impossibles à satisfaire sans sacrifier cette situation ; aussi s’observent-elles « dans certaines couches supérieures et plus spécialement dans leurs élites, dont les prétentions au pouvoir n’ont pas abouti et ne peuvent aboutir sans la destruction du régime qui leur garantit leur position privilégiée. […] Un des traits essentiels de la mentalité et de l’idéalisation romantiques est la tendance à voir dans le présent une dégradation du passé et à envisager l’avenir – si tant est qu’on s’en préoccupe – comme le rétablissement d’un passé plus beau, plus pur, plus merveilleux. […] C’est l’expression du dilemme devant lequel se trouvent placées des couches supérieures désireuses de briser leurs chaînes sans ébranler l’ordre social établi, garant de leurs privilèges, sans compromettre les fondements de leur philosophie sociale et de leur raison de vivre » [SC, p. 250-251].

31 Enfin, cette analyse de la société de cour permet de mieux comprendre les origines de la Révolution française. En effet, la « disparité entre rang social et puissance sociale », qui oblige à nuancer et à diversifier la notion de « couche dominante », avait entraîné un déséquilibre entre la « répartition effective des chances de puissance » et la « répartition apparente des centres de force figée dans la coque institutionnelle rigide de l’Ancien Régime » [SC, p. 316] : déséquilibre qui finalement ne trouvera de solution que dans un éclatement révolutionnaire, que ne suffisent à expliquer ni des facteurs purement économiques, ni une simple concurrence entre « dominants » et « dominés ».

Un modèle discuté

32 Cette théorie extrêmement ambitieuse de la « civilisation » par l’intériorisation des contraintes et l’autocontrôle des pulsions, sous l’effet des transformations entraînées par la formation de l’État et la curialisation des élites, a été évidemment soumise à discussions et critiques (répertoriées pour la plupart in Mennell [1989], Fletcher [1997] et Heinich [2000]). Elles permettent de mieux cerner la pensée d’Elias, même lorsqu’elles proviennent de contresens ou de malentendus.

Extension dans l’espace : l’universalisme

33 Une première critique repose sur l’argument du relativisme culturel, défendant la pluralité des « cultures » et niant, par conséquent, que toute « civilisation » passe forcément par les formes répertoriées dans les sociétés occidentales. Cette critique de l’ethnocentrisme du modèle est révélatrice de la confusion, trop fréquente, entre le registre descriptif du constat, qui est celui imparti au chercheur, et le registre normatif du jugement de valeur, en usage dans le monde ordinaire. Or, si le terme de « civilisation » est bien doté d’une connotation élogieuse, il est clair pour Elias que son usage scientifique doit être soigneusement dépouillé de toute valorisation, et considéré comme « un mot technique, utilisé sans aucune connotation en termes de valeur » [Dunning, 1997, p. 133] : ce n’est pas parce qu’une société a atteint un stade avancé dans le processus de « civilisation » qu’elle doit être considérée comme unilatéralement supérieure – ne serait-ce que parce que ce processus entraîne des contreparties en termes de refoulement des émotions, de distance au corps ou de bridage des capacités d’expression émotionnelle. Et même si un constat de différence est interprété comme constat d’inégalité, celui-ci n’en devient pas pour autant discrimination : l’énoncé d’un état de fait n’est pas un acte perpétuant cet état de fait, de même que, inversement, sa dénégation en paroles – « politiquement correcte »  – n’entraîne nullement son annulation en actes. En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’on constate des inégalités de « civilisation » entre cultures, entre stades d’une même société ou à l’intérieur d’un même individu, qu’on valorise forcément ce seul et unique modèle d’évolution, ni qu’on opère une discrimination à l’égard d’autres modèles possibles, ou d’autres niveaux d’avancement dans ce modèle-là.

34 Quoique irrecevable, cette critique a l’intérêt de poser la question de l’universalisme du modèle éliasien : le processus de civilisation est-il généralisable à l’ensemble des sociétés humaines, ou n’est-il qu’un phénomène spécifique des sociétés occidentales ? La position d’Elias est ambiguë  : s’il a pu étayer l’interprétation universaliste (par exemple en déclarant que « la curialisation des guerriers est un phénomène qu’on n’observe pas seulement en Occident, mais –  pour autant que nos connaissances permettent d’en juger  – dans tous les processus de civilisation de quelque importance » [DO, p.  127]), toute sa méthode en revanche repose sur une attention aux contextes, aux situations spatio-temporelles, qui l’ancre davantage dans la mouvance de l’observation empirique –  fût-elle hautement généralisée  – que dans celle de la spéculation sur les universaux. D’ailleurs la prétention à l’universalité du modèle paraît contredite, comme l’ont remarqué des anthropologues, par l’existence de phénomènes de civilisation analogues dans des sociétés primitives sans État. On peut répondre à cela que la formation d’un État n’est qu’un moment d’accélération et de systématisation d’un processus qui peut connaître bien d’autres manifestations. Mais il est également possible de refuser toute prétention à l’universalité a priori du modèle, de façon à éviter tout risque d’ethnocentrisme, qui étendrait spontanément un point de vue spécifique à l’ensemble de l’humanité : dès lors la théorie d’Elias ne peut être considérée comme universelle que pour autant qu’on n’a pas découvert de cultures échappant totalement à ce phénomène.

35 Une façon opposée d’instruire le procès de l’universalisme consiste au contraire à plaider que le modèle éliasien n’est pas assez universaliste, car il historiciserait une donnée propre à toute société humaine  : c’est la thèse de l’historien allemand Hans-Peter Duerr dans son essai sur l’histoire de la pudeur (1998). Partant de deux erreurs d’interprétation des images commises par Elias, il tente d’invalider l’ensemble de la théorie du processus de civilisation (négligeant pour ce faire bien d’autres catégories d’indices utilisés par Elias), en essayant de montrer que la pudeur est un invariant dans toute l’histoire de l’humanité. Mais il lui faut pour cela raisonner de façon totalement décontextualisée, et en termes d’états de l’évolution et non pas, comme le fait Elias, en termes de processus  : ce en quoi sa thèse, loin de contredire celle d’Elias, ne fait qu’en illustrer sa radicale incompréhension, témoignant d’une pratique assez régressive de la discipline historique.

Extension dans le temps : l’évolutionnisme

36 Une autre catégorie de critiques porte sur l’extension non plus spatiale mais temporelle du modèle : extension dans le passé, avec l’existence de phénomènes de « civilisation » bien avant le Moyen Âge ; extension au présent – et, corrélativement, prédictibilité dans l’avenir – avec l’apparent abaissement des contraintes dans la dernière génération, marquée par la « société permissive ». Mais de telles critiques ignorent que la « civilisation » ainsi décrite relève non d’un état achevé, selon une logique discontinue (une société serait ou ne serait pas « civilisée »), mais d’un processus, selon une logique continue, autorisant des stades inégaux d’avancement, voire de recul : des poussées de civilisation ont pu émerger dans l’Antiquité, régresser, se former à nouveau à la Renaissance ; d’autres encore nous attendent. C’est que le processus de civilisation n’a ni début ni fin : « La civilisation n’est pas encore terminée », affirme Elias.

37 Ainsi l’existence actuelle de la « société permissive », loin de réfuter le modèle, ne fait que l’exemplifier de façon plus manifeste encore, puisque c’est seulement dans une situation d’extrême autocontrainte qu’émerge la possibilité d’un relatif relâchement des conduites, lequel démontre l’efficacité des contrôles internes. Elias donne à ce sujet l’exemple du maillot de bain : il faut, dit-il, une grande capacité d’autocontrôle de ses pulsions érotiques pour circuler sans risques d’agression parmi des corps à moitié nus – et la démonstration vaut plus encore, bien sûr, pour le naturisme qui, loin de signifier dans nos cultures un rapprochement avec l’état de nature, n’est possible qu’à un stade avancé de « civilisation », au sens où il exige un haut degré de désérotisation du rapport au corps.

38 De ces malentendus sur la progression temporelle du phénomène relève également l’argument de la « barbarisation » : l’histoire contemporaine, et notamment le nazisme, montrerait qu’il n’y a pas « civilisation » mais, bien plutôt, « décivilisation ». Or, un tel argument n’aurait de sens que si le processus était linéaire – alors qu’il ne s’agit pas d’une évolution régulière mais d’une progression par étapes, autorisant des sauts et des régressions. En outre, l’holocauste a plutôt démontré des capacités d’extrême rationalisation dans l’usage de la violence (ce qui contribue à sa monstruosité), plutôt que de déchaînement aveugle des pulsions. « Le cruel paradoxe, c’est que l’on en revint à une très efficace monopolisation par l’État des instruments de la violence », remarque Stephen Mennell. « Ainsi devons-nous penser les pressions civilisatrices et décivilisatrices sur le mode de pressions contradictoires – tout comme, sous l’influence d’Elias, nous avons appris à penser en termes de forces centrifuges et centripètes opposées les unes aux autres à l’intérieur de processus de formation d’États » [Mennell, 1997, p. 223 et 213].

39 Là encore, le malentendu permet de poser la question de l’évolutionnisme : ce modèle s’inscrit-il dans la tradition évolutionniste, postulant une progression uniforme, linéaire, continue ? Non, dans la mesure où il prend en compte une multiplicité de formes (commercialisation, urbanisation, croissance démographique, migrations, industrialisation, division du travail), et des mouvements complexes, incluant progressions et régressions : cette théorie « ne pose pas le principe d’une augmentation continue de l’autocontrôle mais plutôt un mouvement de l’Europe occidentale vers une plus grande régularité et stabilité des contrôles des émotions » [Dunning, 1997, p. 135]. Toutefois, la pensée d’Elias peut être qualifiée d’évolutionniste au sens où elle postule une cohérence et, partant, une intelligibilité des phénomènes : « Elias n’en présuppose pas moins une cohérence globale de l’évolution de l’humanité sur le long terme : malgré des phases régressives, la succession des sociétés humaines témoigne d’une différenciation de plus en plus grande des fonctions et de mécanismes d’intégration de plus en plus complexes. Cette complexité croissante s’accompagne d’une transformation de l’économie psychique, marquée par la place grandissante des contraintes intériorisées. Ces deux processus solidaires, psychique et social indissolublement, ont une direction et une orientation générales » [Colliot-Thélène, 1997, p. 68]. En défendant « l’idée d’un ordre immanent au changement, l’idée d’un procès aveugle, échappant à tout plan délibéré, et qui est cependant intelligible » [ibid., 1997, p. 67], Elias s’inscrit à contre-courant de la sociologie de son temps, attentive à rompre avec l’évolutionnisme du XIXe  siècle (celui de Comte, de Marx ou de Spencer), imprégné d’idéologies, de postulats axiologiques définissant le progrès en fonction de valeurs politiques ou éthiques. Il se borne à constater une évolution, une structuration intelligible du devenir des sociétés humaines, sans toutefois la juger ni la rapporter à une finalité ; il passe ainsi d’un évolutionnisme théorique et spéculatif à un évolutionnisme empirique et réfutable.

Empirie et réfutabilité

40 Cette question du rapport à l’empirie est centrale dans la pensée d’Elias, qui a toujours fondé ses modèles théoriques, y compris les plus généraux, sur l’analyse de faits observés. Mais c’est, paradoxalement, dans cette ressource que se situent sans doute ses points faibles, les défauts de la cuirasse qui peuvent donner prise à une critique pertinente. D’une part, en effet, le statut du matériel empirique qu’il utilise n’est pas toujours clair : dans quelle mesure s’agit-il de pratiques décrites ou de pratiques prescrites ? Par exemple, l’habitat analysé dans La Société de cour était-il effectivement celui des nobles et des bourgeois de l’âge classique, ou était-ce l’habitat idéal reconstitué par les penseurs de l’Encyclopédie ?

41 D’autre part, la question reste posée de la réfutabilité d’un modèle dont la souplesse, nous venons de le voir, permet d’intégrer des données apparemment contradictoires. Comme le suggère Catherine Colliot-Thélène, son anthropologie, quoique « fascinante », échappe à la vérification empirique : « Rien ne prouve que ces procès soient cumulatifs, rien ne nous autorise à traiter les périodes de recul comme des parenthèses qui n’affectent pas fondamentalement la progression générale de la rationalisation des conduites » [ibid., 1997, p. 70]. Mais cette question vaut pour tout modèle général de description dans les sciences sociales : ce pour quoi elle excède largement le cadre de notre propos.

42 Reste que cette conjonction des deux niveaux de réflexion, empirique et théorique, est sans doute le plus grand atout de la pensée d’Elias. Son originalité se lit en outre dans son invention d’un objet inédit, à l’articulation de plusieurs disciplines (histoire, sociologie, politologie, psychologie) ; sa modernité, dans sa capacité à travailler sur des formats très différents, du plus « micro » au plus « macro » ; et sa cohérence, dans le fait que son analyse du processus de civilisation, achevée alors qu’il n’avait pas encore quarante ans, contient tout le développement ultérieur de ses recherches : la question des affects, la longue durée, la notion d’interdépendance. C’est ce que nous allons voir à présent.

Voir également:

Christophe Guilluy: « On nous fait craindre depuis trente ans le retour du fascisme… C’est du théâtre! »
Alexandre Devecchio
Le Figaro
21 novembre 2021

ENTRETIEN – À quelques mois de l’élection présidentielle, le géographe, révélé par Fractures françaises, dresse un tableau du paysage politique et social actuel.

Pour le géographe, le grand clivage de notre époque demeure l’opposition entre la France périphérique, qui rassemble les perdants économiques et culturels du modèle globalisé, et la France des grandes métropoles, composée parles gagnants de la mondialisation. Emmanuel Macron reste le champion incontesté de ces derniers, tandis que Marine Le Pen et Éric Zemmour se disputent les classes moyennes et populaires. À eux deux, ils représentent un bloc électoral d’au moins 35 %, note Guilluy. S’il constate que celui-ci peine à trouver un débouché, le géographe note cependant sa solidité et sa détermination. Continuer à ignorer ses aspirations ne peut que conduire à une impasse politique.

LE FIGARO. – À quelques mois de l’élection présidentielle, comment appréhendez-vous la situation politique actuelle?

Christophe GUILLUY. – Au fond, il ne s’est pas passé grand-chose depuis 2017. Nous avions fait une interview sur le duel Macron-Le Pen où je disais que c’était un clivage chimiquement pur: classes populaires contre CSP+, métropole contre France périphérique. Tout cela n’a absolument pas changé. Le noyau de l’électorat de Macron est toujours constitué des bourgeoisies de droite et de gauche, des boomers, des retraités, des gens intégrés. Et pour cause, c’est le seul candidat qui défend le modèle économique et culturel de ces vingt dernières années. Par conséquent, l’électorat qui va le suivre est celui qui est intégré à ce modèle, en bénéficie ou en est protégé, comme les retraités par exemple. Partant de là, il bénéficie d’un socle hypersolide, avec ces 25 % qui ne bougent pas depuis son élection.

En face, il y a les désaffiliés, ceux qui ne sont plus intégrés économiquement, ce qu’on appelait hier la classe moyenne.

Ces derniers sont, selon vous, en révolte contre le modèle existant. Pourquoi?

La division internationale du travail est le point de départ d’une crise culturelle, sociale, économique et géographique. Le travail est parti en Chine, en Inde et partout dans le monde.

Mais cette question de délocalisation n’est pas seulement économique. Ce que les tenants de l’économisme n’ont toujours pas compris, c’est que les classes populaires et moyennes, non seulement étaient le ressort du modèle économique (ils portaient le modèle économique et social, ils finançaient l’État-providence par leur travail), mais ils portaient également un mode de vie majoritaire qui était la référence culturelle pour la classe politique, le monde culturel et les nouveaux arrivants.

La question de l’intégration et de l’assimilation n’est pas une question abstraite à laquelle il suffirait de répondre par: «réaffirmons les valeurs républicaines». Si c’était le cas, on n’aurait pas exactement la même question posée en Suède, en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou aux Pays-Bas. Tous ces pays ont des modèles et des valeurs complètement différents qui aboutissent exactement au même résultat: crise identitaire, culturelle, qui balaye tout l’Occident. Cette crise est donc liée à un phénomène économique et culturel qui est la fin de la classe moyenne occidentale.

Cette classe moyenne est-elle en train de disparaître?

Les gens ne disparaissent pas, ils sont encore là mais ne représentent plus un modèle attractif (non seulement pour l’intelligentsia, mais aussi pour les nouveaux arrivants). On peut discutailler du sexe des anges à l’infini sur ces questions d’intégration. Tant qu’on n’aura pas intégré et réintégré économiquement la majorité, il est vain d’aborder ces sujets.

Quand on débarque d’un pays étranger, quelle que soit sa culture, on observe son voisin et on est prêt à s’assimiler seulement si son mode de vie paraît attrayant. Si l’autochtone a un travail et qu’il est respecté culturellement – deux conditions qui ont explosé dans les années 1980 -, alors il serait naturel que le nouvel arrivant se conforme à ce mode de vie. Malheureusement, les classes moyennes et populaires ne sont plus intégrées économiquement et géographiquement ni respectés par le monde politique et le monde culturel. L’essentiel des précepteurs d’opinion considère ces catégories comme des losers, des «déplorables». Quand on débarque de l’autre bout du monde, et qu’on nous dit que notre voisin est raciste, à moitié débile, à fond dans la consommation, son objectif de vie étant de bouffer et de regarder la télé, on ne va pas épouser ses valeurs.

Le chantier pour les trente ans à venir est de savoir comment réintégrer la majorité de la population. Ils n’ont plus leur place dans le modèle économique qui compte symboliquement, celui des grandes métropoles, de la globalisation économique. Si le projet politique, économique et culturel de demain n’est pas la réintégration de ces populations encore majoritaires, alors il est inutile de parler d’intégration, d’assimilation ou que sais-je encore. C’est un sujet perdu d’avance si l’on ne s’intéresse pas à ce qu’est intrinsèquement une société.

Y a-t-il une volonté politique de réintégrer ces catégories?

L’impasse politique du moment c’est qu’on a un monde politique et médiatique qui ne veut pas lâcher le modèle des grandes métropoles et de la globalisation économique. Ils nous expliquent depuis le Covid qu’il est possible de concevoir qu’ils soient allés trop loin sur le libre-échange. La main sur le cœur, ils ont honte de détruire la planète. Je dis toujours que la première mesure écologique est d’arrêter de faire venir des produits de Chine en cargo. Or les écolos ne sont pas en faveur de la fin du libre-échange.

Le gros problème, c’est que les constats sont faits, les diagnostics sont posés, mais nous sommes dans un moment religieux où il est impossible d’abandonner le dogme du libre-échange. Cela crée des politiques à la petite semaine, c’est-à-dire un peu de péréquations, des politiques très catégorielles, morcelées. Cette représentation morcelée de la société empêche de mener des réflexions sur le devenir de la population majoritaire.

Mais la France n’est-elle pas réellement de plus en plus morcelée?

Pour les tenants du modèle actuel, l’un des éléments les plus importants est de déconstruire l’idée même d’une majorité, car cela leur permet de s’extraire des conditions de la démocratie. Il n’y a plus besoin d’être en démocratie s’il n’existe que des minorités. Les élites entreprennent ainsi une gestion des représentations. C’est ce que j’appelle la «netflixisation». Netflix crée des séries en s’attachant à des panels. Il s’agit de créer une narration qui va satisfaire une catégorie spécifique. Toute la classe politique est là-dedans, alimentée par Netflix et Hollywood. Nous sommes aujourd’hui dans la lutte entre un monde fictionnel et une réalité existentielle. C’est pourquoi, quand on décrit la France comme un pays anomique, dispersé, en perte de valeur, cela me crispe. Il suffit de discuter avec des gens pour voir que ce qu’ils veulent est très précis. Ils sont majoritairement attachés à leur territoire, hyperattachés au fait que l’État-providence est lié au travail. Ils veulent juste préserver leur mode de vie. Les gens n’ont pas bougé d’un iota. Quand on s’étonne du potentiel électoral des populistes, pour ma part, je suis avant tout surpris qu’on s’en étonne. Il y a une permanence, une rationalité, une solidité qui dit tout le contraire d’une représentation d’une France anomique, atomisée, etc. Ces gens n’ont pas encore trouvé un débouché politique. Mais ils ont tout à fait conscience de la fragilité de leur existence. Les trois insécurités: physique, sociale, culturelle, ils les vivent. Il y a une mécanique que j’appelle le soft power des classes populaires. La question de l’immigration, par exemple, pourquoi ressurgit-elle? Ces questions-là sont présentes au plus profond des classes populaires quelles que soient leurs origines. La question de la régulation des flux migratoires travaille tout autant les Français d’origine maghrébine ou africaine que ce qu’on appelle de manière condescendante les «petits Blancs».

Les «gilets jaunes» ont ainsi souvent été qualifiés de «petits Blancs». On oublie un peu rapidement qu’ils étaient par exemple très mobilisés dans les DOM-TOM. C’est se tromper sur le fond du mouvement que d’en faire un mouvement ethnique. C’était un mouvement très puissant composé de gens d’origines diverses mais qui ont intégré le mouvement sans leur étendard identitaire. Je ne dis pas cela pour faire l’éloge hypocrite de la diversité à la manière des publicitaires qui nous gouvernent. Je dis cela car, quand on a des classes populaires en mouvement, respectables, puissantes, fortes, elles redeviennent attractives, y compris pour des personnes de toutes origines. Quand tu es respecté culturellement, tu crées les conditions de l’assimilation des autres.

Sur le plan politique, ce que vous appelez la «majorité ordinaire» apparaît cependant divisé. La percée d’Éric Zemmour ne vient-elle pas contredire l’idée d’un affrontement entre France périphérique et France des métropoles?

Tous ces débats de salon, conjoncturels, ne touchent pas ou peu la société. La mécanique des gens ordinaires, ce que j’appelle le temps des gens ordinaires, est plus importante, elle s’inscrit dans le temps long et produit des effets sociaux et politiques. Qui a cassé le clivage gauche-droite? On dit que c’est Macron grâce à son intelligence hors du commun. C’est faux, cela fait vingt ans que les classes moyennes et populaires ne se réfèrent plus au clivage gauche-droite, notamment les classes populaires allant de la gauche vers l’extrême droite ou se dirigeant vers l’abstention. C’est le mouvement de cette majorité ordinaire qui tue la gauche, renforce l’abstention ou les partis populistes. Si on regarde les choses froidement et qu’on revient au résultat de Marine Le Pen en 2017, on note que, par rapport à son père, elle est passée de 18 % à 35 %. Ce chiffre constitue le principal socle du bloc populiste. Zemmour connaissant parfaitement les rouages politiques, il parvient à capter une grosse partie de cet électorat, mais cet ensemble reste identique et représente globalement 35 % du corps électoral. Je crois à la permanence de cette géographie électorale qui aujourd’hui se structure globalement autour de la dichotomie grandes métropoles-France périphérique. Les gens à l’écart du modèle économique néolibéral se retrouvent dans cette contestation populiste, et Zemmour, avec un discours plus droitier et intellectuel capte la fraction la mieux intégrée de cet électorat et une part marginale de la bourgeoisie qu’il appelle «bourgeoisie patriote».

Sur le fond, la question matérielle reste déterminante. Si une partie de la bourgeoisie de droite ou de gauche peut faire le constat des échecs de la mondialisation et du modèle multiculturel, la différence essentielle, avec les 70 % qui gagne moins de 2000 euros par mois, tient toujours à sa capacité de se protéger des effets négatifs de ce modèle. À 5000 euros par mois, la bourgeoisie aura toujours la capacité d’effectuer des choix résidentiels et scolaires qui la protège. Par ailleurs, il ne faut jamais oublier que ces catégories supérieures bénéficient depuis plusieurs décennies du modèle en renforçant la valeur de leur patrimoine. La valeur de leur appartement à Paris a été multipliée par 10. Leur résidence secondaire, par 3. In fine, Macron est leur assurance-vie. Du côté des classes moyennes et populaires, les gens ont au contraire besoin d’un état qui régule, qui protège, puisqu’elles n’en ont pas les moyens. Mais, actuellement, l’offre politique ne permet pas de répondre à cette attente.

La majorité ordinaire a besoin d’un champion qui dépasse l’extrême droite. Boris Johnson ou Donald Trump n’étaient pas des hommes seuls, ils se sont appuyés sur des partis.

La pandémie a-t-elle bouleversé le clivage que vous décrivez? Le «monde d’après» sera-t-il caractérisé par un exode urbain?

En effet, le marché immobilier des villes moyennes, près des grandes métropoles, frémit un peu. Cela n’est cependant pas synonyme de rupture totale avec les grandes métropoles. Ces personnes mobiles sont majoritairement des CSP+ qui investissent dans des territoires déjà convoités. Quand on voit les marchés immobiliers qui frémissent, ce sont les zones déjà gentrifiées, notamment les littoraux atlantiques, les beaux villages, etc.

Ce qui me fascine autour de cette interrogation sur l’exode urbain, c’est le biais qu’il révèle. On se fiche de savoir ce qu’est le devenir de ceux qui vivent déjà dans la France périphérique (entre 60 % et 70 % des Français). Les élites pensent que l’avenir de ces territoires dépend de l’arrivée du bobo parisien, bordelais ou lyonnais. En réalité, l’arrivée de CSP+ par exemple sur les littoraux et dans les beaux villages de France fait qu’aujourd’hui les jeunes issus de milieux populaires ne pourront pas vivre là où ils sont nés. Ils sont obligés de se délocaliser le plus loin possible du littoral dans ce qu’on nomme le rétro-littoral, voire plus loin encore. Propriétaire à la mer, c’est fini pour les classes populaires. La vue sur la mer sera demain réservée aux catégories supérieures qui se seront rendues propriétaires de l’ensemble des littoraux. Cette violence invisible, cette appropriation, rappelle celle qu’ont connue les grandes villes hier et il n’y aura pas de retour en arrière.

On organise une société avec un modèle économique ultra-inégalitaire qui ne bénéficie qu’aux 20 % les plus aisés. On laisse filer les logiques de marché et, logiquement, les gens achètent leur résidence secondaire là où c’est beau et on se fiche du destin des jeunes issus des catégories populaires, nés sur ce territoire et qui vont devoir déménager. On tiendra des grands discours, on organisera des assises du territoire, des élus locaux diront que c’est scandaleux, mais, comme on ne veut pas bouger sur le fond, on renforcera un ressentiment énorme des catégories populaires. Ce ressentiment alimente in fine le mouvement existentiel et social des classes populaires et moyennes occidentales. Et puisque les élites ne veulent ou ne peuvent pas y répondre, elles tiendront les populations par la peur. La gestion par la peur consiste à promettre l’apocalypse, qu’elle soit démocratique, écologique ou sanitaire. L’apocalypse démocratique consiste par exemple à nous faire croire depuis trente ans à l’arrivée du fascisme. C’est du théâtre et cela permet de rabattre éternellement les indécis ou le gros bloc des retraités vers les partisans du modèle globalisé. Les citoyens auront peur du fascisme, de l’apocalypse sanitaire ou encore de l’apocalypse écologique. Toutes ces peurs permettent à des gouvernements impuissants de rabattre vers eux des citoyens qui ne votent plus par adhésion mais par crainte de l’apocalypse. Il n’y a aucune adhésion au macronisme. Seulement un vote de peur. S’il est réélu, le lendemain il s’effondrera dans les sondages.

Voir de même:

Norbert Elias et la « dé-civilisation » allemande
Paul-François Paoli
Le Figaro
03/05/2017

Dans un texte encore inédit en France, le grand sociologue des moeurs et de la civilisation éclaire d’une lumière originale la montée du national-socialisme.

À quoi tient la civilisation? À cette question le sociologue Norbert Elias a tenté de donner une réponse qui n’est pas sans rappeler la grande intuition de Freud dans son fameux livre Le Malaise dans la culture. La civilisation repose sur la sublimation des instincts les plus profonds de l’homme, à commencer par la violence. C’est très progressivement, expliquera Norbert Elias à travers ses principaux livres qui ont marqué l’histoire de la sociologie, notamment La Civilisation des mœurs et La Société de cour, que les classes supérieures diffusent des codes et des valeurs normatives qui, peu à peu, imprègnent la société entière. En France, ce processus s’est incarné à travers un pouvoir monarchique qui a refréné l’arbitraire des féodaux en faisant de l’État le seul dépositaire de la violence légitime. En témoigne, par exemple, l’interdiction des duels, condamnés par l’Église et qui iront se raréfiant. Mais que se passe-t-il si une caste aux mentalités encore féodales, loin de se soumettre à l’État de droit, lui impose ses codes et ses valeurs?

Pour Elias, qui a vécu son enfance dans l’Allemagne de Bismarck et a combattu dans les tranchées en 14-18 avant d’assister à la montée du national-socialisme, celui-ci ne serait jamais advenu si la société allemande n’avait entretenu en son sein des formes de domination «archaïques» qui lui étaient spécifiques. Alors qu’en Angleterre l’aristocratie et la bourgeoisie, porteuse de valeurs libérales, passent des compromis, en Allemagne, le culte de la force dont témoigne la valorisation des duels dans les confraternités étudiantes après la victoire sur la France en 1871, deviendra une valeur éminente. Alors qu’en France les idéaux humanistes de l’école républicaine et de l’Église catholique atténuent le mépris des classes supérieures pour le peuple, en Allemagne les aristocrates éprouvent parfois un sentiment de suprématie exacerbée non seulement envers les ouvriers mais aussi envers la bourgeoisie commerçante. Pour étayer sa thèse, Elias a recours à des explications parfois fastidieuses à la lecture. Mais il a aussi recours à la littérature, ô combien significative des mentalités d’une époque et d’un peuple.

Ethos barbare

Ainsi des Réprouvés d’Ernst von Salomon, roman qui relate l’aventure des corps francs dans les pays Baltes à la fin de la Première Guerre mondiale. Dans ce grand classique, qui influencera Jünger, dont il est d’ailleurs aussi question, les jeunes nationalistes issus d’une armée allemande en décomposition se vivent comme des reîtres qui n’ont plus de compte à rendre à personne. Leurs ennemis ne sont plus les Français ou les Anglais, ce sont les autres Allemands qu’ils considèrent comme des traîtres, à commencer par les Juifs et les sociaux-démocrates. «C’était pour nous qui étions accourus vers les provinces baltes, l’enfantement d’une force nouvelle qui pousse le guerrier sur un sommet plus haut, c’était la rupture de tous les liens qui nous attachaient à un monde corrompu avec lequel le véritable guerrier n’avait plus aucun monde commun», écrit von Salomon. C’est cette rupture de tout lien social qui fait le terroriste pour qui le proche d’hier devient un ennemi potentiel. Plus tard, le nazisme diffusera à l’échelle de tout un peuple cet ethos barbare en le radicalisant à outrance.

Au-delà du cas de l’Allemagne, le portrait qu’Elias fait du desperado nihiliste n’est pas sans rappeler la dérive de certains jeunes islamistes occidentaux. «Les hommes des corps francs ne se sentaient au fond aucune obligation envers quiconque sinon envers le groupe qu’ils formaient, écrit-il. Chacun de ces groupes avait son leader charismatique dont la personnalité autoritaire, la promesse tacite de victoire et de butin ainsi qu’un avenir meilleur garantissaient la cohésion et la solidarité au combat.»

«Les Allemands», de Norbert Elias, Seuil, 592 p., 35 €.

CRITIQUE – Une relecture moderne, banale et discutable de l’histoire de France.

Norbert Elias et la «dé-civilisation» allemande

Voir de plus:

Sommes-nous à l’ère de la « dé-civilisation »?
Etienne Campion
Le Figaro
22/02/2019

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – L’historien Hamit Bozarslan publie Crise, violence et dé-civilisation. Essai sur les angles morts de la cité (CNRS, 2019). Il analyse l’histoire du monde et interroge son avenir à l’aune de la violence et des crises, angle mort de la recherche scientifique.


Hamit Bozarslan est historien et maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales. Spécialiste de la Turquie et de la question kurde, il est l’auteur, notamment, de Crise, Révolution et état de violence. Moyen-Orient 2011-2015 (CNRS, 2015), Histoire de la Turquie. De l’Empire à nos jours (Tallandier, 2013), Une histoire de la violence au Moyen-Orient. De la fin de l’Empire ottoman à al-Qaida (La Découverte, 2008). Il publie en ce début d’année Crise, violence et dé-civilisation. Essai sur les angles morts de la cité (CNRS, 2019).


FIGAROVOX.- Vous évoquez dans vos travaux un processus de «dé-civilisation», mais, d’abord, que dire à propos du terme «civilisation» au XXIe siècle?

Hamit BOZARSLAN.- De Thucydide à Norbert Elias et Sigmund Freud, en passant par Ibn Khaldûn (penseur maghrébin du 14ème siècle) et les Lumières, la définition de la civilisation n’a pas changé: la civilisation est la confiance dans le temps et dans l’espace, dans le fait qu’on puisse porter un regard réflexif sur le passé, maîtriser le présent et se projeter dans l’avenir, se mouvoir dans l’espace sans le craindre et sans le brutaliser. La civilisation est la capacité d’exister en tant que particulier, individuel ou collectif, mais aussi se penser comme universel. Elle est aisance, mais cette aisance se paye: il faut accepter la dépendance d’autrui, la pacification et l’«adoucissement des mœurs» qui exigent la soumission à un ordre et aux conduites et normes qu’il impose, la restriction de ses propres libertés, le renoncement au pouvoir de ses muscles. Il faut sans doute partir de la dé-civilisation pour comprendre (et mieux apprécier) ce que signifie la civilisation: en Syrie de 2012-2013 quelque 1200 milices fragmentaient le temps et l’espace collectifs et pouvaient agir en toute liberté pour accéder à des ressources militaires et partant économiques et humaines. Mais le prix payé pour cette liberté était la destruction de la vie, d’autrui, mais aussi la sienne, et le règne de la mort. Il en va de même de l’anti-démocratie. Il est extrêmement difficile de définir ce qu’est la démocratie, mais un court détour par la Chine, l’Iran, la Turquie ou la Russie des années 2000-2010 permet aisément de comprendre ce que signifie son absence.

Les tragédies qui ont ponctué l’histoire des deux derniers siècles ne s’expliquent pas par les Lumières, mais bien par l’abandon de leur potentiel critique, par le passage à un régime de « certitude ».

On s’interroge souvent sur le rôle des Lumières quant au processus historique de radicalisation et de rationalisation. Quelles sont leurs influences réelles?

Bien sûr, les Lumières ont donné lieu à des multiples interprétations et je reconnais bien volontiers leurs limites et leur potentiel de déclencher des processus de radicalisation par leur simple diffusion dans des contextes qui leur sont postérieurs ou extérieurs. Mais on ne peut jamais établir un lien de causalité entre les Lumières et les tragédies des XIXe et XXe siècles, pas plus qu’on ne peut expliquer le régime des Khmers rouges par Le Capital de Marx, qui fut avant tout un humaniste. Les Lumières étaient pour Kant la capacité de sortir de sa condition de mineur pour accéder à la «majorité». Ce nouveau statut garantit la liberté, mais la conjugue aussitôt à la responsabilité. Les Lumières, c’est la capacité de critiquer le monde tel qu’il est donné, mais aussi de se maintenir dans une posture critique, s’exposer soi-même à la critique, se penser dans la pluralité et dans la complexité. Les tragédies qui ont ponctué l’histoire des deux derniers siècles ne s’expliquent pas par les Lumières, mais bien par l’abandon de leur potentiel critique, par le passage à un régime de «certitude», de classe, de race, ou de Raison créatrice, par la quête chiliastique qui voulait détruire ce que le Chronos avait institué par la simple volonté de Kairos. Limitions-nous à un seul exemple: le jeune démographe nazi Peter-Heinz Seraphim estimait que la guerre lui offrait la possibilité et le droit de corriger les «erreurs» démographiques du dernier millénaire en Europe en éliminant des millions d’Européens.

L’individualisme libéral est-il le produit de ce processus de dé-civilisation, ou bien son origine?

Je suis étonné, voire choqué, d’observer qu’on associe facilement le terme de «libéralisme» au «néolibéralisme» des Chicago Boys ou de Thatcher («la société n’existe pas»), ou au capitalisme sanguinaire de Pinochet. Je ne me définirai pas comme «individualiste» ou «libéral», mais je ferai une nette distinction entre le libéralisme et la dé-civilisation. Comme Ernest Bloch, Ernest Cassirer, Norbert Elias, ou Hannah Arendt l’ont remarquablement bien saisi, la dé-civilisation des années 1930-1940 consistait à détruire l’individu pour la fondre dans la «masse». Sans mémoire, sans réseau, sans tissu social, sans faculté cognitive, ce qui restait de l’individu était obligé de se «massifier», hurler avec les loups pour ne pas être dévoré par eux. Le nazisme, le stalinisme, le khomeynisme, le djihadisme actuel, est la conversion de ce processus de massification en ressource ultime du pouvoir.

La théorie du complot est relativement facile à analyser du point de vue des sciences sociales : il faut répondre à la perte des repères, mettre le « monde en sens » et trouver l’intrigue aux origines occultes, aux voies sinueuses…

Vous interrogez longuement la rationalité des individus: les êtres humains sont-ils rationnels?

Je dirai que nous sommes gouvernés par nos intérêts, ce qui devrait en principe nous qualifier pour être rationnels, et par nos passions, qui ont toujours une dimension pulsionnelle. Mais on se constitue en cité, à savoir en communauté plurielle et complexe de citoyens, précisément pour défendre nos intérêts contradictoires tout en laissant une place à l’épanouissement de nos passions. L’histoire nous montre cependant que cet équilibre est fragile et peut s’effondrer, la société devenir morne dans sa rationalité routinière, sans imagination et sans horizon, ou se saborder par ses passions destructrices comme lors de la Guerre de Péloponnèse ou la Première Guerre mondiale. D’où la nécessité de refuser le fatalisme pour permettre aux générations successives d’inventer leurs mondes, mais aussi d’introduire la notion de la responsabilité, individuelle et collective, comme correctrice de nos passions.

La théorie du complot peut-elle être comprise à l’aune de ces processus que vous décrivez?

La théorie du complot est relativement facile à analyser du point de vue des sciences sociales: il faut répondre à la perte des repères, mettre le «monde en sens» et trouver l’intrigue aux origines occultes, aux voies sinueuses, aux desseins maléfiques qui nous explique ce qui se passe. La machination en cours est suffisamment bien rodée pour se faire énigme, mais pas assez puisqu’elle laisse quelques traces qui conduisent à elle et permettent de la mettre à nu à… «minuit moins cinq». C’est parce que nous sommes tous intrigués par cette fabrique à intrigues que nous nous jetons sur les Dan Brown et les Daniel Easterman.

Mais la cité démocratique ne peut s’arrêter sur ce constat qui est, comme je l’ai dit, facile à établir. Du génocide des Arméniens à celui des Tutsis en passant par la Shoah, de la terreur stalinienne aux purges et procès hallucinants de la Turquie d’Erdogan en passant par le maccarthysme, il n’y a pas une seule phase funeste de l’histoire humaine qui n’ait pas puisé dans la théorie du complot. Comme l’avait saisi l’épistémologue Karl Popper, les pouvoirs qui s’épuisent à défaire des complots qui les viseraient, finissent eux-mêmes par devenir de vastes machinations de complot.

Un dernier exemple, de 2019, montre que la théorie du complot est une menace pour la démocratie, mais aussi pour la construction européenne: les courants anti-européens allemand et français, qui s’entendent par ailleurs parfaitement, peuvent accuser Macron d’avoir «vendu Alsace-Lorraine» à l’Allemagne ou, inversement, calomnier Merkel d’avoir imposé la domination française sur le Ruhr comme… en 1923.

Les pouvoirs publics, mais aussi l’action citoyenne doivent intervenir pour contrer ces théories, qui trouvent leur force avant dans leur capacité à détruire la rationalité elle-même.

À regarder la production cinématographique, on a l’impression que le rêve a pénétré l’industrie autant que l’industrie a pénétré le rêve, il s’est fait résistance, par l’industrie, mais souvent aussi contre elle.

Vous rappelez à quel point Sainte-Beuve déplorait que «l’industrie pénètre le rêve» et citez la pensée d’Adorno et d’Horkeimer sur l’«industrie culturelle». Est-ce une bonne grille d’analyse de la crise actuelle?

Sainte-Beuve et le couple Adorno-Horkheimer s’expriment avec un siècle d’écart et dans des conditions qui sont radicalement différentes. Il est cependant frappant de voir la peur d’un monde sans culture et par conséquent vide de sens qui les habite. Je les cite, certes avec admiration et empathie, mais aussi pour m’en démarquer, pour suggérer que l’histoire n’est pas close, que la civilisation ne se réduit pas à sa technicité, et que la culture n’est pas morte. Sainte-Beuve concluait sa phrase par un constat mélancolique: «la librairie se meurt!» Or, deux siècles après, dans le tout petit périmètre où j’habite il y a trois libraires absolument magnifiques avec des libraires très raffinés. À regarder la production cinématographique dans la pluralité de ses langues et ses langages artistiques, on a l’impression que le rêve a pénétré l’industrie autant que l’industrie a pénétré le rêve, il s’est fait résistance, par l’industrie, mais souvent aussi contre elle. Il est peut-être temps qu’on mise sur la vie plutôt que sur l’épuisement de nos ressorts.

Comment analysez-vous le phénomène des Gilets jaunes?

Comme beaucoup d’observateurs, je suis également effaré par ce qui s’exprime aux marges du mouvement des Gilets jaunes. Hélas, les vérités profondes d’une société se manifestent plus souvent dans ses marges que dans son cœur ouvert. Les Gilets jaunes sont un catalyseur de la tension entre la passion d’égalité et la passion de liberté, que Tocqueville saisissait en son temps: la démocratie ne peut être prospère qu’à condition que ces deux passions se maintiennent en tant que passions, mais trouvent aussi des réponses concrètes. Malgré leurs nombreuses insuffisances, les démocraties contemporaines protègent largement les libertés (du moins de ceux qui disposent d’un statut légal), mais en est-il de même de l’égalité?

Comme le craignait Tocqueville, le refus, légitime, des inégalités, peut se faire liberticide, déboucher sur la recherche des boucs émissaires, les «nantis», les «intellos», les mariés du même sexe, les femmes qui «dévirilisent» les hommes, les «immigrés», et bien sûr, le «juif», toujours «argenté», mais coupable avant tout de son crime de naissance. Il faut répondre à ces stigmatisations avant tout en défendant l’individu, les libertés et la vie, mais aussi par le social. Je ne suis pas certain que prises individuellement les sociétés démocratiques européennes disposent assez de ressources pour mettre en œuvre cette double réponse.

Les Gilets jaunes sont un catalyseur de la tension entre la passion d’égalité et la passion de liberté, que Tocqueville saisissait en son temps.

On ne peut plus penser une démocratie à la fois de liberté et d’égalité sans passer par l’Europe, sans transformer l’Europe, sans qu’il y ait une politique européenne égalitaire dans les domaines de taxation, de redistribution, d’aménagement des territoires, des solidarités interclasses, inter-genres et inter-générations. Passer à l’échelle européenne exige à son tour qu’on habilite l’Europe comme projet mais aussi comme action citoyenne en deçà et au-delà des États, qu’on refuse le choix, parfaitement stérile, entre d’un côté le fatalisme, de l’autre côté le refus de représentation démocratique, de toute représentation démocratique, y compris la sienne.

Voir encore:

Norbert Elias et le processus de « décivilisation »
Brice Couturier
France Culture
22/05/2017

Dans son oeuvre ultime, le grand sociologue allemand enquête sur les causes profondes de l’aberration nationale-socialiste.

Vient de paraître, au Seuil, la traduction du tout dernier livre écrit par Norbert Elias. Il est titré Les Allemands. Sous-titre : « évolution de l’habitus et luttes de pouvoir aux XIX° et XX° siècles. Un ouvrage passionnant. Pourquoi ?

Parce que cet ultime effort, accompli à la veille de sa mort : le livre est paru en allemand en 1989 et Elias est disparu l’année suivante – apparaît comme une espèce de réponse à tous ceux qui avaient critiqué ses ouvrages fondateurs. Et aussi comme une interrogation très personnelle de ce Juif allemand sur les phénomènes sociaux et culturels à l’origine de l’idéologie qui a causé la mort de de ses parents. Son père a été tué à Breslau ; sa mère a disparu dans le camp d’Auschwitz. Le livre entreprend de répondre à la question lancinante : pourquoi le nazisme ? Pourquoi en Allemagne ?

Norbert Elias est surtout connu comme l’auteur d’une vaste fresque consacrée à ce qu’il a appelé « le procès de civilisation ». La civilisation des mœurs et La dynamique de l’Occident forment les deux volets d’une vaste théorie du processus de civilisation en Europe. Il en achève la rédaction en Angleterre où il s’est réfugié à la veille de la deuxième guerre mondiale. Il y mènera une existence précaire d’universitaire jamais reconnu pour le génie qu’il était. Mais c’est grâce à la réédition en allemand de son livre, trente ans plus tard, à la fin des années 60, alors qu’il est à la retraite, qu’il acquiert l’immense notoriété qui est encore aujourd’hui la sienne.

Or, ce que Norbert Elias appelle le procès de civilisation c’est une histoire parallèle ; d’un côté celle de la manière dont l’Etat moderne se constitue en se réservant le monopole de la violence, de l’autre, celle de l’autocontrôle exercé, par les individus, sur leur violence spontanée, leurs instincts et leurs affects. La société de cour, que Norbert Elias étudie en utilisant toutes les ressources intellectuelles disponibles, impose une inhibition des passions. Elle prescrit des codes de comportement ritualisés, des formes de dissimulation – dont la pudeur. Progressivement, l’ensemble des sociétés européenne s’en inspirerait, tout en les transformant.

De son vivant déjà, bien des lecteurs avaient fait remarquer à Elias que le processus de civilisation par l’autocontrôle des pulsions agressives, qu’il décrit si bien, cadrait assez mal avec le déchaînement de violence auquel ont donné lieu les deux guerres mondiales. Doit-on en conclure que sa thèse était radicalement fausse ? Qu’un processus de dé-civilisation avait succédé à son fameux procès de civilisation ?

Hé bien, ce livre, Les Allemands est extraordinaire, précisément parce qu’il constitue la réponse de Norbert Elias à ces questions qui revêtaient, pour lui, une importance existentielle.

Premier élément de réponse : Elias relève que, depuis les années 30, a eu lieu une « désinformalisation des rapports sociaux ». Autrefois, les « rapports formels », notamment ceux qu’entretiennent en public des personnes appartenant à des classes sociales ou d’âge différentes obéissaient à des rituels codés. Au cours du XX° siècle, la différence entre ces comportements formels et les comportements informels – ceux qu’on entretient spontanément avec des pairs, comme les discussions de bistrot – s’est progressivement atténuée. Au point d’avoir presque disparu de nos jours. On est « cool » avec ses profs, comme avec ses copains. D’où, relève-t-il, une inquiétude générale sur les statuts sociaux. Cette fluidité déstabilise autant qu’elle émancipe.

Sans poser directement la question du rapport qui pourrait exister entre ce relâchement général des normes comportementales « depuis les années trente » et ce qu’il nomme « le grand relâchement de la conscience morale », qui s’est produit en Allemagne à l’époque du national-socialisme, il donne, en note de bas de page la clé de son livre. Je cite : « Je me suis posé au début la question de la civilisation comme un problème tout personnel quant au grand effondrement du comportement civilisé, à la grande poussée de barbarisation, qui se sont produits en Allemagne sous mes yeux, comme quelque chose de tout à fait inattendu. ». Et il poursuit : « Il y eut effectivement dans le national-socialisme, une tendance latente à se laisser aller, au relâchement de la conscience morale, à la grossièreté et à la brutalité. Au début, elle se manifestait surtout au niveau des comportements informels. »

Mais, dans la mesure où il était vivement encouragé, voire exigé dans les hautes sphères du parti nazi, ce style de comportement fut adopté dans les relations formelles. Car c’est bien le groupe dirigeant du régime qui donna le signal d’un relâchement général de la contrainte civilisationnelle.

On connaît la thèse centrale de La dynamique de l’Occident. Dans les sociétés traditionnelles, agraires, le contrôle social est exercé de l’extérieur, par les autres et par les autorités. Dans les sociétés modernes, les contraintes propres, autrement dit le contrôle de soi, prennent le dessus. Les normes sont intériorisées. Comment une telle inversion du processus de civilisation a-t-il pu se produire en Allemagne ?

La réponse générale du livre est : pour des raisons qui tiennent à l’histoire particulière de ce pays. Pour résumer d’une phrase : contrairement à ce qui s’est produit en France ou en Angleterre, la bourgeoisie a perdu face à l’aristocratie. Elle a été incapable de réaliser l’unification de l’Allemagne dans une optique libérale en 1848. C’est le chancelier Bismarck qui l’a réalisée. « Par le fer et par le sang », grâce à deux guerres victorieuses consécutives : contre l’Autriche, d’abord, puis contre la France, 20 ans plus tard.

Voir par ailleurs:

Une sociologie des habitus nationaux. Norbert Elias et l’héritage de Heidelberg

Wolf Feuerhahn

Norbert Elias revendique la légitimité du concept d’ « habitus national » de façon provocatrice, conscient qu’il lève un tabou, l’idéologie national-socialiste ayant abusé de la caractérisation nationale des peuples. Nous chercherons à comprendre pourquoi Norbert Elias accorde une place centrale à ce concept dispositionnaliste et quel sens il lui attribue. Ce faisant, nous interrogerons la place dans son œuvre de l’héritage de la sociologie de Heidelberg.

Vu d’aujourd’hui, proposer une sociologie des habitus nationaux dans l’Allemagne fédérale des années soixante peut paraître paradoxal à deux titres au moins. On peut d’abord s’interroger sur le fait qu’un auteur de confession juive, contraint à l’exil après l’accession de Hitler au pouvoir en 1933, dont la mère a été exterminée par les nationaux-socialistes, utilise des caractérisations nationales dans le livre qu’il consacre à cette tragédie de l’histoire du XXesiècle. En effet, la psychologie des peuples paraît à beaucoup indissociablement liée à la pensée raciste et antisémite et notamment à celle promue par le IIIe Reich. Au point que certains voient même dans le développement de cette forme de psychologie l’une des racines intellectuelles de l’avènement du nazisme. Si l’historiographie récente nous a appris à nous méfier de ce genre de raccourcis, cet avis a longtemps été répandu en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, soit à l’époque où Norbert Elias rédige les Studien über die Deutschen1. Il est un second paradoxe, qui est peut-être plus délicat encore puisqu’il touche au concept d’habitus lui-même, et qui tient au fait que les années soixante correspondent à une époque phare du développement du paradigme behavioriste, dont la caractéristique a été de rejeter tout usage de termes dispositionnels comme ceux d’habitus ou d’ethos et de manière générale d’affirmer que seuls les comportements empiriquement observables sont des objets scientifiquement légitimes. Il est donc surprenant que les remarques théoriques de Norbert Elias sur les notions d’habitus et d’habitus national soient très rares dans son œuvre. Celles que l’on peut trouver sont très disséminées. C’est particulièrement étonnant en ce qui concerne la notion d’habitus que, rétrospectivement, les historiens de la sociologie associent pourtant souvent à la pensée d’Elias. Cela donne l’impression que, pour Elias, ces notions auraient présenté un certain caractère d’évidence, comme si elles avaient déjà fait partie des acquis de la toute jeune science sociologique.

Pour éprouver cette impression et comprendre la genèse et la fonction du concept d’habitus national chez Elias, je propose de revenir sur sa formation initiale et notamment sa confrontation avec les sciences humaines telles qu’elles se sont développées à Heidelberg depuis le début du XXe siècle. En effet, bien qu’étudiant en philosophie et en médecine à Breslau à partir de 1918, Elias étudie lors du semestre d’été 1919 à Heidelberg et y suit notamment le séminaire de deux amis de Max Weber : le néokantien Heinrich Rickert et Karl Jaspers (Elias 2005b : 25 ; traduction française : Elias 1991a : 119). Ce dernier l’entretient dès cette époque de Max Weber, mais ce n’est qu’après la grande crise inflationniste, lorsque Elias s’installe durablement en 1925 à Heidelberg pour préparer une thèse d’habilitation en sociologie qu’il se familiarise avec les œuvres principales de cette nouvelle science (Elias 2005b : 11, 227 ; traduction française : Elias 1991a : 49, 105). Selon Norbert Elias lui-même, le décès de Max Weber était loin d’avoir relégué l’importance de Heidelberg. Elle était au contraire devenue « une sorte de Mecque de la sociologie » (Elias 1991a : 49 ; original allemand : Elias 2005b : 227), dont Max Weber était la figure centrale sinon le prophète : L’une des particularités de l’université de Heidelberg était alors que la sociologie y avait un statut élevé. Le souvenir de Max Weber y contribuait beaucoup. Alfred Weber ne se contentait pas de gérer son héritage spirituel, mais donnait à sa manière de nouvelles impulsions à ce domaine scientifique. Et la veuve de Max Weber, Marianne, jouait un rôle important en tant que légataire de la tradition (Elias 1991a : 117)2. À la lecture des œuvres d’Elias, on perçoit cette domination de la référence à Max Weber y compris sur ceux dont il était proche : Alfred Weber, auprès duquel il avait amorcé une thèse d’habilitation sur le rôle de la société et de la culture florentines dans la naissance de la science (Elias 1991a : 122 ; original allemand : Elias 2005b : 28), et Karl Mannheim, dont il devint l’assistant à Francfort à partir de 1930 et qui finalement dirigea sa thèse d’habilitation sur l’homme de cour (Elias 1991a : 119-120 ; original allemand : Elias 2005b : 26). Si Elias se sent plus proche de Mannheim dans la querelle sur la sociologie du savoir qui l’oppose à Alfred Weber au cours du sixième congrès de sociologie en 1928 (cf. Raulet 2001), il ramène toutefois cette opposition à « une continuation et une nouvelle version de la querelle […] qui opposait Thomas [Mann], le conservateur, et son frère, Heinrich, plus à gauche », querelle qu’il avait analysée dès 1919 dans le cadre du séminaire de Karl Jaspers (Elias 1991a : 138 ; original allemand : Elias 2005b : 45-46)3. La reconstitution de la genèse de l’opposition entre « culture » et « civilisation » dans Über den Prozess der Zivilisation fut donc une manière pour Elias d’objectiver un inconscient d’école allemand qui était subrepticement passé dans la sociologie et qu’Alfred Weber comme Karl Mannheim reproduisaient sans le savoir4. Plus que ses contemporains vivants, Elias s’est donc surtout confronté, parmi les sociologues de Heidelberg, à Max Weber5. Cela explique pourquoi nous chercherons à élucider le sens du concept d’habitus national en le confrontant, pour l’essentiel, à la pensée de Max Weber.

1. Lever un tabou

Norbert Elias reconnaît, dès la première page des Studien über die Deutschen, que pour des citoyens de la République fédérale d’Allemagne, s’interroger sur l’habitus national relève d’un tabou. La question du caractère national rappelle trop l’idéologie national-socialiste pour pouvoir même être abordée : À cela s’ajoute que, dans le cas des Allemands de la République fédérale, le fait de s’occuper de l’habitus national conduit dans une zone taboue. La sensibilité accrue vis-à-vis de tout ce qui rappelle des doctrines national-socialistes a pour conséquence que le problème d’un « caractère national » continue à être frappé de silence. (Elias 1992 : 7-8)6 Cette concession masque toutefois mal la critique. En remarquant que cette question relève d’un tabou, Elias la restreint à un problème moral reconduit à sa genèse psychologique : il parle en effet de « sensibilité accrue » vis-à-vis de tout ce qui rappelle les doctrines national-socialistes. Il légitime à vrai dire de la sorte et par avance sa théorie de l’habitus national puisque, si les citoyens de la République fédérale d’Allemagne éprouvent une sensibilité accrue à tout ce qui évoque l’idéologie du IIIe Reich, c’est, comme il le montre dans la dernière partie du livre, parce que s’est formé « un nouvel ethos » largement partagé au sein de la population et qui rejette tout ce qui rappelle l’autoritarisme7. Les réticences vis-à-vis de toute recherche d’un habitus national seraient elles-mêmes l’effet de l’habitus national allemand postérieur à 1945. Elias cherche donc à rompre ce silence en l’expliquant et en prônant le recours aux sciences de l’homme, des sciences « détendues » [gelassen], dont le critère semble être qu’elles sont affranchies des tabous. Une fois cet obstacle levé, il énonce le critère d’un usage légitime du concept d’« habitus national » : On voit ensuite de façon suffisamment rapide que l’habitus national d’un peuple n’est pas biologiquement fixé une fois pour toutes. Il est bien plutôt lié de la façon la plus étroite avec le processus de formation de l’État qui lui correspond. (Elias 1992 : 8 ; Elias 2005a : 8)8 Le tabou associé à la notion d’habitus national serait ainsi tout entier lié à l’interprétation biologisante de ce concept. Celle-ci empêcherait de mettre en évidence le caractère processuel de la constitution des habitus nationaux. Pour Elias, les sciences de l’homme sont avant tout des sciences historiques qui ont vocation à mettre au jour la genèse des phénomènes qu’elles étudient9 et, si elles font des habitus nationaux un objet d’investigation légitime, c’est parce qu’elles supposent la distinction entre race et habitus national. À la fixité de la race, Elias oppose l’historicité de l’habitus national. Ce propos liminaire frappe avant tout par son caractère lapidaire. Une fois le tabou levé, Norbert Elias passe, sans plus attendre et dès l’introduction des Studien über die Deutschen, à une analyse des causes qui expliquent la spécificité de l’habitus national des Allemands et ne reviendra plus, sinon de façon subreptice, à des considérations théoriques sur ce concept. Il ne reconnaît pas non plus sur ce point de filiation théorique. Seule la comparaison des usages de ce concept peut permettre de mettre au jour ce qui serait une théorie éliasienne de l’habitus national. Nous avancerons donc prudemment et garderons en tête que notre travail cherche avant tout à proposer quelques hypothèses de lecture.

2. L’habitus national : un concept évident ?

2.1. L’héritage de la critique heidelbergienne du Volksgeist

La notion historiste de Volksgeist a connu dans l’Allemagne du XIXe siècle une fortune considérable. Mouvement multiforme et complexe, né en réaction aux théories modernes du droit naturel, l’historisme prétendait mettre au jour et expliquer la singularité des devenirs historiques des différentes nations. Celles-ci, conçues sur le modèle romantique du « génie », requéraient un type d’approche spécifique car, à l’image de l’acte humain de création, les textes, les monuments, les événements historiques ayant marqué l’histoire d’une nation étaient compris comme les productions intentionnelles d’une instance ayant une vie propre, le peuple. La science historique des nations se devait donc de prendre en compte l’intention objectivée et dès lors d’être interprétative, c’est-à-dire de montrer la genèse, dans l’« esprit du peuple » [Volksgeist], du droit, de l’économie, de la langue ou de l’art (Wittkau 1994). Heidelberg fut au tournant des XIXe et XXe siècles l’un des bastions d’une critique des pensées du Volksgeist. Le premier article épistémologique de Weber – « Roscher et Knies et les problèmes logiques de l’économie politique historique » –, publié entre 1903 et 1906, constitue ainsi l’une des critiques les plus précoces et les plus virulentes de l’interprétation historique en termes de Volksgeist10. Dans la pensée du Volksgeist, Weber voit à l’œuvre ce qu’il nomme, à la suite de son collègue philosophe de Heidelberg, Emil Lask, une logique émanatiste11. Dans son ouvrage Fichtes Idealismus und die Geschichte (L’Idéalisme de J. G. Fichte et l’histoire), ce dernier distingue en effet deux théories du concept : une logique analytique et une logique émanatiste. [La première] considère ce qui est empirique comme la réalité unique et entière, et le concept comme une partie artificiellement séparée, incapable d’une existence propre, […] et qui s’avère n’être qu’un produit de la pensée. La conceptualisation s’accomplit ici par l’analyse du donné immédiat ; nous pouvons nommer logique analytique celle qui défend ce point de vue. […] Dans le cas [des] théories [émanatistes], le concept doit toujours nécessairement apparaître doté d’un contenu plus riche que la réalité empirique, il ne faut pas le penser comme une partie de la réalité empirique, mais au contraire se le représenter englobant cette dernière en tant qu’elle est une partie de lui-même, une émanation de son essence supra-réelle [überwirklich]. […] Puisque le concept délivre pour ainsi dire chacune de ses réalisations à partir de sa richesse extrême, une conception qui promeut de tels résultats peut être qualifiée de logique émanatiste. (Lask 1923 : 29-30) Lask considère les philosophies de Kant et de Hegel respectivement comme les représentantes les plus typiques de la logique analytique et de la logique émanatiste. Mais cette distinction a vocation à être bien plus générale et à rendre compte de l’ensemble des théories conceptuelles dont témoigne l’histoire de la philosophie. Lask la prépare en opposant, quelques pages auparavant, deux conceptions de l’individualisme. Une première qui « affirme l’autonomie de l’individu isolé vis-à-vis de tous les contextes (historiques comme sociaux) » et dont le rationalisme des Lumières est l’un des meilleurs représentants ; une deuxième qui « combat la signification autonome de l’individualité de valeur vis-à-vis de toutes les valeurs simplement abstraites, mais affirme au contraire son incorporation dans une totalité de valeur » (Lask 1923 : 21). Les exemples choisis par Lask pour illustrer cette deuxième conception permettent de comprendre pourquoi Weber a interprété les travaux des économistes Wilhelm Roscher et Karl Knies en ce sens. Les représentants de cette seconde conception de l’individualisme sont, selon Lask, « le christianisme (la valeur de l’âme de chacun, à côté de cela l’idée de communauté), la conception historique et moderne du monde (une énonciation dans différents domaines : l’école historique du droit, l’école historique en économie nationale etc. ; leur polémique commune contre le rationalisme abstrait et l’ ‘atomisme’), enfin des philosophes comme Schleiermacher » (Lask 1923 : 21). L’inscription organiciste [Eingliederung] de l’individu dans une totalité – conçue de façon holiste comme différente de la somme de ses parties – est donc partagée, selon Lask, par l’historisme, par Schleiermacher et par Hegel. Cette lecture va certes à l’encontre de la manière dont les différentes écoles historiques allemandes présentent leur épistémologie puisqu’elles définissaient leur projet dans le cadre d’un rejet de la pensée hégélienne. Mais ce rejet était motivé surtout par une vision de Hegel comme continuateur du droit naturel abstrait des Lumières, un philosophe négligeant la contingence au profit de ce que Weber nommera un « panlogisme », et déterminant a priori un sens objectif de l’histoire (Cf. Colliot-Thélène 1990 : 11-12).

L’école historique du droit présente, peut-être parce qu’elle l’a créée, un exemple paradigmatique de l’explication en termes d’« esprit du peuple », et un bon aperçu de ses attendus épistémologiques et métaphysiques. Max Weber, qui concède par ailleurs la diversité des positions au sein de cette école (Weber 1988b : 9 n 1), y pointe ainsi, malgré tout, la récurrence d’une conception organiciste du peuple [Volksleben], qui a pour conséquence « l’hypostase du concept – nécessairement irrationnel et individuel – d’« esprit du peuple », créateur du droit, de la langue et des autres biens culturels des peuples » (Weber 1988b : 9). En saisissant la langue, le droit, l’art ou l’économie d’un peuple donné comme des « expressions » de l’esprit de ce peuple, a été forgée une psychologie métaphysique attribuant des intentions à un esprit collectif objectivé. La diversité des monuments, œuvres d’art, textes juridiques ou productions littéraires produits sur un même territoire est interprétée comme procédant d’une raison réelle unique, l’« esprit du peuple ». L’émanatisme se présente donc comme un avatar métaphysique du déductivisme et prétend surmonter le hiatus entre concept et réalité. Combinée à la pensée de l’« esprit du peuple », la logique émanatiste conduit à placer une psychologie métaphysique au fondement des sciences des productions humaines. Entité réelle, riche d’un contenu en attente d’actualisation, l’« esprit du peuple » est déjà gros de ses virtualités. Travaillée par une finalité interne, la psyché de l’« esprit du peuple » constitue l’essence de cet esprit. Dans l’ordre de la découverte, l’herméneute part certes de la diversité des phénomènes culturels historiques, mais guidé par la raison réelle qu’est l’« esprit du peuple », il les déchiffre comme les actualisations de son essence. On trouve parallèlement dans les Grenzen der naturwissenschaftlichen Begriffsbildung (1902) de Rickert, directeur de thèse de Lask et ami de Weber, une critique de la notion de Volksseele. Dénoncée comme une hypostase métaphysique, elle n’est, pour le philosophe qui reprend ainsi l’expression spinoziste, qu’un « asile de l’ignorance » (Rickert 1902 : 428). Dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Weber reprend d’ailleurs quasiment la même expression pour critiquer ceux qui auraient tendance à expliquer la spécificité du sérieux puritain « consistant à donner à la vie [intramondaine] la valeur d’une tâche » en ayant recours à la notion de Volkscharakter : Faire appel au « caractère national » n’est pas seulement, d’une manière générale, un simple aveu de non-savoir ; c’est aussi, dans notre cas, tout à fait dépourvu de pertinence. Attribuer aux Anglais du XVIIe siècle un « caractère national » unitaire serait tout simplement erroné historiquement. (Weber 2003 : 87 ; original allemand : Weber 1988a : 81)12 Chez Weber, ces critiques des notions historistes de Volksgeist ou de Volkscharaktern’impliquent nullement le refus de toute question relative à la spécificité nationale des dispositions à l’action. Sa réserve porte sur la fonction d’origine attribuée à ces notions par l’historisme. Les « caractères nationaux » – si jamais l’on veut conserver l’expression – ne sont pas le point origine de l’explication, ils doivent eux-mêmes être appréhendés génétiquement. Voici comment Weber résout la question des caractéristiques nationales : Ce que l’on ressent chez les Allemands comme de la « cordialité » et du « naturel », à l’opposé de l’atmosphère – qui s’étend jusqu’à la physionomie des personnes – anglo-américaine, […] et qui déconcerte habituellement les Allemands qui y voient de l’[étroitesse], un [manque de liberté] et une inhibition intérieure – ce sont là des oppositions dans la conduite de vie qui proviennent [pour une part tout à fait essentielle aussi] de cette moindre pénétration ascétique de la vie par le luthéranisme que par le calvinisme. (Weber 2003 : 150)

2.2. «Habitus national » et « caractère national »

Elias semble tout à fait conscient des critiques que l’on a pu adresser à la notion de « caractère national ». Il les évoque d’ailleurs dans un texte tardif (1987) où il distingue le « caractère national » de l’« habitus social » : La notion d’habitus social permet de soumettre à un examen scientifique des données de la réalité sociale qui s’y sont jusqu’à présent dérobées. Que l’on songe par exemple au problème de ce que l’on recouvrait à un stade préscientifique par la notion de caractère national – c’est un problème d’habitus par excellence (Elias 1991b : 238 ; original allemand : Elias 2001 : 244). Comme dans L’éthique protestante, garantir la scientificité de sa démarche suppose de prendre conscience que ce que l’on nomme communément « caractère national » recouvre la constitution d’un habitus. De même que Weber expliquait l’impression d’étroitesse et d’inhibition intérieure que laissent les Anglo-Saxons aux Allemands en expliquant sa genèse par la conduite de vie ascétique, Elias nous fait entrer dans la science en passant du vocable de « caractère national » à celui d’habitus. À vrai dire, Elias ne renonce pas à ce concept puisqu’il en limite simplement la portée : le « caractère national » est un des niveaux d’intégration de l’habitus social. Il n’existe à proprement parler que « chez les représentants d’une société au stade d’évolution de l’État moderne » (Elias 1991b : 240 ; original allemand : Elias 2001 : 245). Voilà qui explique sans doute que – contrairement à Weber qui renonce définitivement aux notions de Volksgeist et de Volkscharakter13 – Elias n’a cessé d’employer le concept de Nationalcharakter. Dans les Studien über die Deutschen, on trouve même davantage d’occurrences de la notion de Nationalcharakter (12) que de celle de nationaler Habitus (10). Mais le plus surprenant est qu’Elias ne renvoie jamais à Weber quand il est question de la critique de la notion de Nationalcharakter ou de la promotion du concept dispositionnaliste d’habitus.

2.3. Max Weber, un individualiste méthodologique ?

La plupart des passages de ses œuvres où Elias parle de Max Weber sont très critiques. Parmi les reproches qu’il lui adresse, celui qui revient le plus souvent consiste à en faire le parfait représentant de ce qu’il nomme la théorie de l’homo clausus. Cette expression désigne un schème de pensée qui considère « l’homme singulier […comme] un petit monde pour soi, qui, en dernier ressort, existe tout à fait indépendamment du grand monde » (Elias 1997a : 52). Selon cette conception, le véritable moi d’un homme est intérieur, séparé de tout ce qui est extérieur à lui par un mur. Ce schème très général connaît ainsi des avatars dans de multiples domaines : homo philosophicus, homo economicus, homo psychologicus, homo historicus et surtout homo sociologicus que vise prioritairement la critique d’Elias. En adoptant cette vision monadique et asociale de l’homme, Weber reprendrait une anthropologie héritée de Descartes14. Bien qu’Elias lui préfère l’expression d’homo clausus, l’interprétation qu’il propose de la sociologie wébérienne n’a rien d’original, elle correspond à celle qui en fait un défenseur de « l’individualisme méthodologique » opposé au « holisme » durkheimien. Was ist Soziologie ? reprend d’ailleurs l’opposition entre les deux pères fondateurs de la sociologie. Alors que Weber tenterait de « faire rentrer de force dans un cadre théorique l’‛individu absolu’ considéré comme la réalité sociale véritable »15, qu’il considèrerait la société comme une abstraction sans réalité propre, Durkheim tendrait symétriquement à une position inverse mettant l’accent sur l’autonomie de la société par rapport à la conscience des individus16. La solution proposée par Elias à cette aporie témoigne à mon avis du fait que sa connaissance de l’œuvre de Weber restait peu approfondie et surtout dépendait de cette grille interprétative opposant l’individualisme au holisme17. On trouve en effet dans La société des individus le passage suivant : En particulier la notion d’habitus social, que j’ai définie, occupe dans ce contexte une position clef. Alliée à la notion d’individualisation croissante ou décroissante, elle augmente les chances d’échapper à l’alternative brutale que présentent souvent les analyses sociologiques du rapport entre individu et société. (Elias 1991b : 239)18 La notion d’habitus apparaît donc à Elias comme une solution à l’aporie présentée. Si l’on veut pallier l’absence de définition positive de l’habitus chez Elias, il faut au moins noter qu’il est conçu comme un concept permettant de dépasser des alternatives unilatérales. Il permet surtout de penser la présence du social en l’homme. Quand on sait quelle place occupe le concept d’habitus dans l’œuvre wébérienne, on ne peut qu’être étonné qu’elle ne serve que de repoussoir à Elias. Les raisonnements de Weber mobilisent en effet toute une panoplie de termes dispositionnalistes comme « habitus », « ethos », « disposition » [Gesinnung] ou encore « conduite de vie » [Lebensführung]. Ainsi peut-on dire que Weber défend une position dispositionnaliste qui, pour expliquer les conduites humaines, souligne la nécessité de recourir à des entités non directement observables : facultés, aptitudes, tendances, propensions à faire quelque chose, à se comporter ou à réagir d’une façon caractéristique dans certaines situations.

Les partisans de l’individualisme méthodologique récusent au contraire l’emploi de telles notions illégitimes à leurs yeux. Ils défendent une position actualiste qui consiste à ne considérer que les entités actuelles comme réellement existantes. En sociologie, cela implique que l’analyse porte sur les actions attestées, avérées ou observables. Toute hypothèse concernant l’effet causal, sur le comportement, de dispositions dont l’agent serait porteur est repoussée sous prétexte de ne pas être vérifiable. Tout se passe donc comme si Norbert Elias avait d’une part bien hérité inconsciemment du dispositionnalisme wébérien, de sa critique de l’hypostase de la notion de Volksgeist et de sa promotion de celle d’habitus, mais comme si d’autre part sa lecture consciente de Weber s’était faite selon les grilles interprétatives de l’individualisme méthodologique.
2.4. Norbert Elias sourd aux critiques du dispositionnalisme ?
Plus surprenant encore, Elias semble avoir développé sa sociologie de l’habitus indépendamment d’une bonne part du contexte scientifique qui l’entourait. Il paraît être resté sourd aux critiques du dispositionnalisme. Celles-ci auraient pourtant pu le conduire à justifier son usage de ce type de concepts. À partir des années vingt, le dispositionnalisme se voit en effet critiqué de plusieurs parts : l’individualisme méthodologique actualiste dont nous avons parlé, mais surtout le positivisme logique et le behaviorisme. Ils réactualisent tous la critique cartésienne des qualités ainsi que son évocation populaire par Molière dans le IIIe Intermède du Malade imaginaire, où le bachelier se ridiculise en affirmant que l’opium ferait dormir parce qu’il a une vertu dormitive. Les représentants du behaviorisme rejettent toute forme d’introspection et restreignent la tâche de la psychologie à l’étude des comportements observables. Leur objectif est de réduire tout comportement à la réponse à une stimulation externe initiale. Dépourvu d’intériorité, le sujet behavioriste ne saurait donc présenter de qualités latentes, de dispositions. En sciences de l’homme, le vocabulaire traditionnel des passions, des humeurs (colérique, flegmatique, mélancolique…), des tendances, constitue un héritage historique très important. Si cet héritage n’est en rien une garantie de scientificité, les recherches qui ont tenté d’éliminer ces termes, comme les travaux behavioristes, permettent difficilement de rendre compte du spectre très étendu des modalités de conduites, qui vont du pur réflexe à l’action rationnelle en finalité. Elles ne permettent pas non plus de rendre compte de la constitution historique de traditions d’actions ; enfin, les croyances semblent exclues du domaine comportemental. Je n’ai trouvé que deux passages dans ses œuvres où Elias débat avec le behaviorisme. Dans l’introduction de 1969 à Über den Prozess der Zivilisation (Elias 1997a : 49) et dans Was ist Soziologie ? (Elias 1970 : 143-145 ; traduction française : Elias 1991c : 159-161). Pour Elias, l’image behavioriste de la black box pour qualifier l’intériorité inaccessible par la science n’est qu’un héritage de la théorie de l’homo clausus qui en reste à l’opposition entre intériorité et extériorité. La restriction de l’investigation au comportement est une façon de réduire la sociologie à la psychologie, de nier l’interdépendance entre les hommes et de ne pas tenir compte des processus historiques de grande ampleur qui structurent la vie des hommes. Si Elias rejette l’approche behavioriste, les rares critiques qu’il en propose ne l’amènent toutefois pas plus à préciser sa compréhension de la notion d’habitus ou d’habitus national.
3. De l’habitus social à l’habitus national
Concept servant à dépasser l’opposition entre individu et société, l’habitus est d’emblée un habitus social. L’habitus national n’est ni l’extrapolation d’une psychologie individuelle ni une hypostase métaphysique dont les comportements individuels seraient une émanation, il est un indicateur du fait que les hommes intériorisent, souvent inconsciemment, des normes comportementales [Verhaltensstandard], mais aussi le « destin de leur peuple » (Elias 1992 : 27 ; Elias 2005a : 30) et que leurs comportements en sont ensuite une actualisation. L’individualisation n’est que seconde, elle se fait sur le fond du partage d’un habitus social commun (Elias 1991b : 239 ; Elias 2001 : 244). Le passage de l’habitus social à l’habitus national est ainsi plus aisé à comprendre. Ils ne sont pas de nature différente. Elias montre ainsi dès Über den Prozess der Zivilisation que ce que nous considérons comme un trait typique du caractère national allemand, la valorisation de la Kultur et le dédain pour la Zivilisation associée aux mondanités typiquement françaises était en réalité au départ une spécificité sociale : La lente montée de la bourgeoisie allemande qui, de couche négligeable, s’était hissée au rang de porte-parole de la conscience nationale et même – plus tard, dans une certaine mesure – à celui de classe dominante, qui après avoir pris ses distances par rapport à l’aristocratie de cour avait fini par fonder sa raison d’être et son action sur une stricte délimitation par rapport aux nations concurrentes, s’accompagnait d’une modification de sens et de fonction de l’antithèse « culture » – « civilisation » et de son contenu : l’antithèse à prédominance sociale s’était transformée en une antithèse à prédominance nationale. (Elias 1973 : 54)19 Cette explication de la genèse de l’habitus national allemand, celui que l’on verra prospérer pendant une longue partie du XIXe siècle et dont l’idéalisme culturel sera le symbole national et international – Land der Dichter und Denker – rappelle fortement les analyses de la sociologie wébérienne des religions. Le concept de Trägerschichten occupe ainsi, chez Elias comme chez Weber, une place centrale. Ce dernier justifiait en effet, dans l’avant-propos à son recueil d’étude de sociologie des religions, l’absence d’exhaustivité de ses analyses sur la religiosité asiatique en précisant : Nous nous sommes cru autorisé à ne pas le faire, essentiellement parce que notre analyse devait porter ici sur la structure de l’éthique, déterminée par la religion, propre aux couches sociales qui ont été des « porteurs de culture » dans leurs aires respectives. (Weber 1996 : 506)20 Si Weber focalise son attention sur les couches porteuses, c’est parce qu’elles ont déterminé la conduite de vie de l’ensemble des hommes de la région étudiée. L’ethos d’un groupe social déterminé devient ainsi la norme pour toute une nation. Mais s’il est un point où l’impact de la lecture de Weber sur la pensée éliasienne de l’habitus national semble avoir été particulièrement important, c’est la question du monopole par l’État de l’usage légitime de la violence. Chez Elias, il joue un rôle cardinal pour expliquer la civilisation précoce des mœurs à la cour de France. Sur ce point, il reconnaît d’ailleurs sa dette envers Weber dans l’avant-propos à Über den Prozess der Zivilisation (Elias 1976a : LXXVIII ; Elias 1997a : 81) et considère que son apport spécifique est de proposer une explication historique de la formation de ce monopole dont Weber s’était limité à faire un critère définitionnel de l’État. Surtout, bien plus que Weber, il en fait un « point nodal » [Knotenpunkt] permettant d’expliquer la formation de l’habitus social et « du type d’angoisses qui jouent un rôle dans la vie de l’individu » (Elias 1976a : LXXVIII ; Elias 1997a : 82). Ce dernier point sera capital pour expliquer ce qu’Elias nomme, dans Studien über die Deutschen, « le manque d’assurance relative à la valeur et au sens qu’il y a à être un Allemand»21.
Toutefois, c’est précisément ce point par lequel il semble si proche de Weber qui, à mon avis, indique combien sa pensée s’en distingue nettement. Dans son « Esquisse d’une théorie de la civilisation », Elias récapitule son propos de la façon suivante : Le refoulement des impulsions spontanées, la maîtrise des émotions, l’élargissement de l’espace mental, c’est-à-dire l’habitude de songer aux causes passées et aux conséquences futures de ses actes, voilà quelques aspects de la transformation qui suit nécessairement la monopolisation de la violence et l’élargissement du réseau des interdépendances. Il s’agit donc bien d’une transformation du comportement dans le sens de la « civilisation ». (Elias 1975 : 189-190)22 Ce qui importe ici, c’est l’adverbe utilisé – « nécessairement » [notwendigerweise]. La théorie éliasienne débouche sur une explication nécessitariste de l’articulation entre monopolisation de l’usage de la violence par l’État et pacification des affects. Weber, au contraire, ne cesse de souligner le caractère contingent des causalités historiques et sociales. C’est d’ailleurs très certainement ce qui explique, qu’à la différence d’Elias, il n’a jamais produit de « théorie du changement social »23.
4. La « mécanique sociale » [Gesellschaftsmechanik] de Norbert Elias
De façon générale, ce qui frappe à la lecture d’Elias, c’est la récurrence du vocabulaire « mécanique », qu’on peut relever dans Über den Prozess der Zivilisation : Entwicklungsmechanik der Gesellschaft, Mechanismen der Feudalisierung, Monopolmechanismus, Königsmechanismus, Gesellschaftsmechanik. Dans les multiples entretiens qu’il a donnés, Elias a souvent souligné son désir de garantir la scientificité de la sociologie. Il semble que cela se soit traduit par la volonté de mettre en évidence des mécanismes sociaux structurels et universels. À ce titre, le cas allemand ne présente pas une exception, un Sonderweg, par rapport à la théorie de la civilisation esquissée en 1939, il semble, bien au contraire, en confirmer la pertinence. Si le monopole de la violence légitime exercé par l’État explique l’intériorisation des contraintes extérieures et le refoulement des pulsions agressives parmi les citoyens, Elias souligne au contraire que : Les sociétés au sein desquelles la violence n’est pas monopolisée sont toujours des sociétés où la division des fonctions est peu développée, où les chaînes d’actions qui lient leurs membres les uns aux autres sont courtes. (Elias 1975 : 189)24 L’usage de l’adverbe « toujours » [immer] montre au fond que, par-delà la diversité historique et nationale, l’objectif d’Elias est de dégager une mécanique anhistorique valable, indépendamment de tout autre facteur que le monopole de la violence légitime par l’État. Dans les Studien über die Deutschen, Elias ne reviendra pas sur ce point. Il soulignera, et ce jusqu’à la fin de sa vie, que la faiblesse structurelle de l’État allemand suscita en réaction l’idéalisation d’un habitus militariste : La faiblesse structurelle de l’État allemand, qui a toujours incité de nouvelles troupes appartenant à des États voisins à l’envahir, suscitait en réaction parmi les Allemands une estime souvent idéalisée de postures militaires et d’actions guerrières. (Elias 1992 :13-14 ; Elias 2005a : 15)25 Tant le souci de construire une théorie universelle et anhistorique que celui de la mise en évidence de rapports de nécessité témoignent de l’écart entre la pensée d’Elias et celle de Weber. Le vocabulaire mécaniste lui-même est tout à fait étranger à Weber, sinon lorsqu’il critique ceux qui cherchent à expliquer les phénomènes sociaux par un déterminisme mécaniste. L’expression wébérienne est faite de constantes corrections et nuances qui cherchent au contraire à échapper à toute conception monocausale de l’histoire et ne prétend jamais dégager d’invariants. Son intérêt va, au contraire, à la contingence des processus historiques singuliers. Quand il s’efforce de systématiser, c’est sous une forme idéaltypique, une pratique qu’Elias critique au contraire (Elias 1976b : 457 ; Elias 1997b : 468). L’insistance d’Elias sur le vocabulaire mécanique et nomologique [Gesetzmäßigkeit] peut sans doute être interprétée comme une critique implicite de la tradition sociologique de Heidelberg.
5. L’économie psychique de l’habitus national
Le vocabulaire mécaniste d’Elias témoigne à mon sens bien moins d’un héritage de Heidelberg que de celui de Freud, dont il reconnaît d’ailleurs plus souvent positivement l’apport. Il fait l’objet de plusieurs éloges, dont le plus éloquent26 se trouve dans Über den Prozess der Zivilisation ; il contraste fortement avec les jugements sévères à l’encontre de Max Weber : Il est inutile de relever ici les éléments dont nous sommes redevables à Freud et à l’école psychanalytique (mais nous avons tenu à en faire état en passant). Tous les familiers de la littérature psychanalytique n’auront aucune peine à discerner les points de convergence ; nous avons renoncé à mettre en évidence les éléments communs, d’autant plus que cela n’eût pu se faire sans une étude détaillée. (Elias 1973 : 387 n 75)27 Elias fut incontestablement un grand lecteur de Freud, ce qui transparaît nettement dans son vocabulaire : Trieb- (Affekt) Kontrolle, Über-Ich Bildung, Wir-Ideal, psychische Apparatur. Il a d’ailleurs adressé une première impression de son opus magnum au psychanalyste dès 193728. Par la suite, il reviendra à plusieurs reprises sur l’apport mutuel de la sociologie et de la psychanalyse29 et collaborera pendant de nombreuses années aux travaux du fondateur de la psychothérapie de groupe, Steven Foulkes qu’il avait connu à Francfort30.

La dynamique freudienne qui conçoit le rapport entre les instances psychiques sur le modèle physique du parallélogramme des forces31 irrigue la théorie éliasienne de la civilisation et explique qu’une telle théorie soit possible. En réduisant à deux les facteurs principaux en jeu – d’un côté les pulsions, de l’autre le surmoi – Elias peut espérer ramener le développement de l’économie psychique de toute nation à deux possibilités fondamentales : ou bien l’État possède le monopole de la violence légitime ; en quel cas la contrainte extérieure qu’il exerce se transforme en autocontrainte et permet la pacification des affects ; ou bien l’État reste faible et alors l’autocontrainte ne peut se développer et les pulsions agressives s’expriment (Cf. Elias 1975 : 189 ; Elias 1976b : 322 ; Elias 1997b : 333). On voit ainsi comment, en articulant la psychogenèse individuelle à la sociogenèse de l’État, Elias peut prétendre développer une théorie de l’habitus national. Il souhaite par là échapper au reproche adressé à la psychologie des peuples d’hypostasier un caractère singulier en caractère général. Il inverse au contraire le rapport. Dans l’avant-propos de 1939 à Über den Prozess der Zivilisation, il se risque ainsi à imaginer une « loi sociogénétique fondamentale » qui ne pense pas l’évolution de la société sur le modèle de la vie individuelle (de l’enfance à la vieillesse), mais celle de l’individu sur le modèle de l’histoire de la société à laquelle il appartient. L’imposition par l’État d’une contrainte à l’égard de tous les citoyens explique la généralisation de certaines dispositions. Toutefois, en réduisant cette genèse au conflit entre l’énergie pulsionnelle et le surmoi constitué par les contraintes imposées par l’État, Elias réduit considérablement la contingence historique. On pourrait même dire qu’il la ramène à deux possibilités fondamentales. Les enfants, les primitifs et les Allemands seraient ainsi trois incarnations analogues d’un même habitus possible : celui qui – faute d’être refoulées par un surmoi fort – voit l’expression des pulsions prendre le dessus sur l’autocontrôle des affects32. À l’inverse, l’habitus national anglais et le célèbre détachement qui caractérise son way of lifeserait l’effet d’une fierté nationale indissociable d’un État fort et centralisé de longue date33. Le modèle freudien offre ainsi la possibilité de développer une mécanique – ou plutôt une dynamique – des habitus nationaux34 qui transcende la diversité des situations historiques. Surtout, en insistant sur le rôle fondamental du monopole par l’État de la violence légitime, Elias semble ôter toute complexité aux dispositions et en faire de simples fonctions de l’état social35. Enfin, en lissant le concept freudien de surmoi et en gommant tout à fait sa dimension mortifère au profit de sa fonction « civilisatrice », Elias simplifie encore sa théorie de l’histoire. La parenté entre la sociologie des habitus nationaux d’Elias et la sociologie de Max Weber s’avère en fait plus apparente que réelle. La recherche par Elias d’une mécanique sociale capable de rendre compte de la spécificité des habitus nationaux le conduit, en réalité, à s’écarter profondément du projet de Max Weber. Son modèle de référence semble être bien plutôt la dynamique psychique freudienne. Parmi les critiques qu’ont suscitées les travaux d’Elias, les plus fréquentes portent sur son supposé évolutionnisme. Ses partisans ont alors beau jeu de brandir les Studien über die Deutschen. À mon sens, si l’on veut émettre des réserves à l’égard de la théorie d’Elias, elles devraient plutôt porter sur le paradoxe suivant : Elias ne cesse de souligner que la spécificité de sa sociologie est d’avoir pris en compte des processus historiques de longue durée. L’analyse met toutefois en évidence que son objectif ultime est de dépasser le point de vue de l’historien – dont Weber s’est contenté – pour mettre au jour une mécanique universelle et anhistorique du changement social et de la formation des habitus nationaux.

Références bibliographiques

Agard, Olivier (1998). « Norbert Elias et le projet d’une “psychologie socio-historique” », in : Revue germanique internationale, 10/1998, 117-140. Colliot-Thélène, Catherine (1990). Max Weber et l’histoire, Paris : PUF. Colliot-Thélène, Catherine (2001). Etudes wébériennes. Rationalités, histoires, droits, Paris : PUF. Delzescaux, Sabine (2001). Norbert Elias. Une sociologie des processus, Paris : L’Harmattan. Delzescaux, Sabine (2002). Norbert Elias. Civilisation et décivilisation, Paris : L’Harmattan. Elias, Norbert (1970). Was ist Soziologie?, 2 Bände, München : Juventa Verlag. Elias, Norbert (1973). La civilisation des moeurs, Paris : Calmann-Lévy. Elias, Norbert (1975). La dynamique de l’Occident, Paris : Calmann-Lévy. Elias, Norbert (1976a). Über den Prozess der Zivilisation, 1. Band, Frankfurt am Main : Suhrkamp. Elias, Norbert (1976b). Über den Prozess der Zivilisation, 2. Band, Frankfurt am Main : Suhrkamp. Elias, Norbert (1991a). Norbert Elias par lui-même, Paris : Fayard. Elias, Norbert (1991b). La société des individus, Paris : Fayard. Elias, Norbert (1991c). Qu’est-ce que la sociologie ?, La Tour d’Aigues : Editions de l’Aube. Elias, Norbert (1992). Studien über die Deutschen. Machtkämpfe und Habitusentwicklung im 19. und 20. Jahrhundert, Frankfurt am Main : Suhrkamp. Elias, Norbert (1997a). Über den Prozess der Zivilisation. Erster Band (= Gesammelte Schriften, Band 3.1), Frankfurt am Main : Suhrkamp. Elias, Norbert (1997b). Über den Prozess der Zivilisation. Zweiter Band (= Gesammelte Schriften, Band 3.2), Frankfurt am Main : Suhrkamp. Elias, Norbert (2001). Die Gesellschaft der Individuen (= Gesammelte Schriften, Band 10), Frankfurt am Main : Suhrkamp. Elias, Norbert (2002). Frühschriften (= Gesammelte Schriften, Band 1), Frankfurt am Main : Suhrkamp. Elias, Norbert (2005a). Studien über die Deutschen. Machtkämpfe und Habitusentwicklung im 19. und 20. Jahrhundert (= Gesammelte Schriften, Band 11), Frankfurt am Main : Suhrkamp. Elias, Norbert (2005b). Autobiographisches und Interviews (= Gesammelte Schriften, Band 17), Frankfurt am Main : Suhrkamp. Elias, Norbert (2006). « Soziologie und Psychiatrie » in : Elias, Norbert (2006). Aufsätze und andere Schriften I, 287-330. Feuerhahn, Wolf (2005). « Max Weber et l’explication compréhensive », article précédé de la traduction des pages 42 à 47 et 64 à 70 (Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre) d’un essai épistémologique de Max Weber inédit en français et intitulé « Roscher et Knies et les problèmes logiques de l’économie politique historique » (1903-1906), in : Philosophie n° 85, 3-41. Jellinek, Georg (1900, 1914, ND 1960). Allgemeine Staatslehre, Berlin : O. Häring. Korte, Hermann (1988). Über Norbert Elias, Frankurt : Suhrkamp. Lask, Emil (1923). Gesammelte Schriften I, Tübingen : Mohr-Siebeck. Raulet, Gérard (2001). « La « querelle de la sociologie du savoir » – Introduction au texte de Mannheim », in : L’homme et la société, n°140-141, 9-25. Rickert, Heinrich (1902). Die Grenzen der naturwissenschaftlichen Begriffsbildung, Tübingen : Mohr. Weber, Max (1988a). Gesammelte Aufsätze zur Religionssoziologie I, Tübingen : Mohr-Siebeck (UTB). Weber, Max (1988b). Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre, Tübingen : Mohr-Siebeck (UTB). Weber, Max (1996). Sociologie des religions, Paris : Gallimard. Weber, Max (2003). L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme suivi d’autres essais, Paris : Gallimard. Wittkau, Annette (19942). Historismus. Zur Geschichte des Begriffs und des Problems, Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht.

Individu & nation, vol. 3
2009
Presse universitaire de l’Université de Bourgogne

Dans son livre intitulé Studien über die Deutschen, Norbert Elias note que le problème essentiel que soulève [le] meurtre de masse perpétré au nom d’une nation contre des hommes, des femmes et des enfants par un groupe étranger ne réside pas tout bien considéré, dans l’acte en soi, mais dans son inconciliabilité avec les normes que l’on est accoutumé à regarder comme la marque distinctive des sociétés les plus hautement développées de notre temps (Elias 1989 : 394).

Si une telle assertion montre combien sa réflexion sur les processus de « décivilisation » s’inscrit dans le prolongement de sa théorie première du « processus de civilisation », cette dernière, cependant, ne va pas sans susciter un certain étonnement. Comment interpréter, en effet, l’hypothèse d’un processus spécifique de formation de l’« habitus social » et « national allemand » développée dans les différents textes qui composent l’ouvrage, alors même que se trouve implicitement mise en jeu la problématique phare de l’« habitus civilisé » dont Elias nous dit qu’il s’est effondré ?

1Il aura fallu très précisément un demi-siècle à Norbert Elias pour rendre publique son analyse, non pas du régime national-socialiste en tant que tel, mais de « l’entreprise de destruction » perpétrée sous son égide. « Qu’est-ce qui rend possible une telle entreprise ? », c’est cette question de fond que pose le sociologue allemand. Il publie Über den Prozeß der Zivilisation en 1939 et ses Studien über die Deutschen en 1989, mais quoique cinquante ans séparent ces deux études, on ne saurait dissocier aujourd’hui leur lecture. Ou plus précisément, on ne saurait appréhender le corpus de textes réunis dans Studien über die Deutschen  sans avoir en mémoire la théorie de la civilisation qu’il développe dès 1936. Elias lui-même nous engage à établir un tel lien en assimilant la politique mise en œuvre par le parti national-socialiste à une « poussée de décivilisation ». S’il convient de le suivre dans cette voie, ce parti pris, toutefois, ne va pas sans soulever des interrogations. La première concerne l’hypothèse selon laquelle on ne peut pas comprendre « l’entreprise de destruction » national-socialiste si on ne procède pas à une analyse approfondie du processus spécifique de formation de l’« habitus national allemand ». Si tel est le cas, on peut se demander en quoi ou jusqu’à quel point la thèse développée dans Über den Prozeß der Zivilisation se trouve engagée. La deuxième interrogation est étroitement liée à la première. Compte tenu des voies réflexives empruntées par Elias dans Studien über die Deutschen, on peut aussi s’interroger sur la pertinence du dualisme conceptuel « civilisation/barbarie » ou « civilisation/décivilisation » ?

1. Position du problème

2Sans doute est-il nécessaire, dans un premier temps, de revenir sur les termes dans lesquels Elias formule la problématique qu’il entend traiter dans le cadre de cet ouvrage. Cette dernière met fondamentalement en jeu la question de la « barbarie », Elias parlant à propos du « meurtre de masse » perpétré sous le régime national-socialiste de « profonde régression vers la barbarie », de « poussée de barbarisation » [Barbarisierungsschub] ou encore de « poussée de déformalisation » [Informalisierungsschub], de « décivilisation ». S’il faut porter attention à cette terminologie, c’est qu’elle trace véritablement les contours du cadre réflexif dans lequel Elias entend inscrire son analyse et ce sont ceux qui sont déjà circonscrits dans Über den Prozeß der Zivilisation. Ce cadre réflexif, en effet, nous engage à penser l’« entreprise de destruction » national-socialiste, non pas en termes de « folie », et en particulier de « folie des masses », pour reprendre l’expression d’Hermann Broch (Broch 2008), mais en termes de « régression », d’« effondrement des contrôles civilisateurs », un effondrement dont il est d’autant plus nécessaire de comprendre les ressorts qu’une « telle éruption de brutalité et de barbarie » peut, nous dit-il, « directement provenir de tendances qui sont inhérentes à la structure des sociétés industrielles modernes » (Elias 1989 : 395).

  • 1 On peut évoquer à titre d’exemple celles qu’exercent des institutions comme l’armée ou la police.

3Pour ressaisir les implications de cette formulation, il est nécessaire de rappeler préalablement et brièvement en quoi consiste le procès de civilisation dont Elias soutient qu’il constitue l’un des faits les plus significatifs de la modernité. Disons, tout d’abord, que ce processus correspond à un processus séculaire de formation de puissants mécanismes d’autocontraintes qui s’imposent avec force aux individus des sociétés européennes occidentales. En effet, la régulation de leurs affects et de leurs pulsions devient moins tributaire, au fil des siècles, de l’exercice d’une contrainte extérieure forte que de la pression exercée par les « instances de la personnalité » et en particulier par l’« instance surmoïque » dont Elias souligne qu’elle est devenue à la fois plus stable, plus différenciée et plus généralisée (Delzescaux 2007 : 201-212). On a donc assisté, selon lui, à une véritable modification de l’équilibre entre les « contraintes extérieures » qui pèsent sur les individus (via l’exercice d’un contrôle familial ou social spécifique1) et leurs « autocontraintes », les normes de comportements étant désormais plus fortement assujetties au joug des secondes que des premières. En d’autres termes, ce qui marque la modernité, c’est une transformation profonde de l’économie psychique et pulsionnelle des individus, la formation d’un « habitus civilisé » garantissant un lien social pacifié, c’est-à-dire l’exclusion du recours à l’exercice de la violence physique comme mode privilégié de résolution des conflits. Pour comprendre ce processus de transformation de l’économie psychique, Elias nous enjoint d’examiner avec lui le processus de formation de l’État, et notamment de l’État français, la société de cour ayant joué, à son sens, un rôle clé dans ce processus. Ainsi met-il l’accent sur l’analyse de la dynamique des relations entre la noblesse, la bourgeoisie et la royauté qui, sous le règne de Louis XIV, a impulsé de manière déterminante la formation de cet habitus. En faisant de la société de cour une « structure de domination » destinée à consolider son pouvoir, Louis XIV a été l’un des principaux artisans de cette transformation de l’économie psychique et pulsionnelle. La contrainte extérieure que constituait en effet l’étiquette – à laquelle tous les courtisans étaient sommés de se soumettre sous peine d’entrer en disgrâce et de perdre leur prestige social et leur rang – s’est trouvée progressivement incorporée à la structure de la personnalité des individus, la maîtrise de soi (qui implique la maîtrise des affects et des pulsions et qui forme la pierre angulaire de cette étiquette) devenant, pour ainsi dire, partie intégrante de l’« habitus social » des individus engagés dans ce processus « à long terme, aveugle et non planifié ».

4Ayant clarifié ce point, nous pouvons revenir à la question de la « poussée de barbarisation » qui s’accomplit sous le Troisième Reich, « poussée » dont Elias cherche à comprendre les fondements. Dans le texte intitulé Der Zusammenbruch der Zivilisation (L’effondrement de la civilisation, 1961-1962), il revient très précisément sur ce qui constitue, pour lui, le cœur du problème :

Le problème essentiel que soulève [le] meurtre de masse perpétré, au nom d’une nation, contre des hommes, des femmes et des enfants par un groupe étranger, ne réside pas, tout bien considéré, dans l’acte en soi, mais dans son inconciliabilité avec les normes que l’on est accoutumé à regarder comme la marque distinctive des sociétés les plus hautement développées de notre temps (Elias 1989 : 394).

5Comment comprendre, par conséquent, l’affaiblissement, chez ce « peuple hautement civilisé » qu’incarnait le peuple allemand, des instances surmoïques et des mécanismes identificatoires et l’effondrement corrélatif des mécanismes d’autocontrôles ? Tout comme il l’avait fait pour le « procès de civilisation », Elias va procéder à une historicisation radicale du problème et nous ramener, pour répondre à cette question, à l’analyse des conditions sociales et historiques de production de la « barbarie ». Autrement dit, si l’on veut comprendre la « poussée de barbarie » qui se produit sous l’égide du national-socialisme, il est nécessaire d’analyser les conditions sociales et historiques de formation de l’habitus qui en accepte la perpétuation. D’où les voies de réflexion empruntées par Elias dans les études réunies dans Studien über die Deutschen qui ont pour objectif, ainsi qu’il le rappelle, en introduction, de mettre en relief « les développements de l’habitus national des Allemands qui ont rendu possible, à l’époque d’Hitler, une poussée de décivilisation et de mettre [ces derniers] en lien avec le processus à long terme de formation de l’État allemand » (Elias 1989 : 7).

2. Le processus de formation de l’« habitus national » allemand

  • 2 Elias parlera aussi d’un « processus de décomposition de la conscience » (Elias 1989 : 259).

6Pour comprendre l’« effondrement de la norme de la conscience civilisée » (Elias 1989 : 45)2, Elias nous ramène donc à la problématique de l’« habitus social » des individus et de sa formation, un « habitus multistratifié » dont il souligne le caractère éminemment « modelable », plastique, ce qui explique le fait qu’il ne puisse être ressaisi que dans son épaisseur historique. D’où aussi la proposition d’Elias d’étudier ce processus « à long terme, aveugle et non planifié » de formation de l’« habitus national » des Allemands qui constitue l’une des strates de leur « habitus social ».

  • 3 L’« idéal national » correspond, pour Elias, à une forme spécifique d’« identité du nous ».

7Pour étudier ce processus, c’est une nouvelle fois à l’analyse du processus de formation de l’État qu’il nous ramène. Mais alors que l’analyse socio-historique du processus de formation de l’État français l’avait amené à mettre l’accent sur les effets civilisateurs de la tradition centralisatrice via l’interpénétration des codes de comportements aristocratiques et bourgeois, l’analyse socio-historique du processus de formation de l’État allemand le conduit, à l’inverse, à mettre en relief les effets délétères de la « dislocation du pouvoir central sur l’habitus national allemand ». On ne peut comprendre, selon lui, l’extrême valorisation des modèles « autocratiques » de gouvernement si on ne tient pas compte des effets « traumatiques » sur les Allemands et leur « image du nous » du morcellement territorial et des expériences récurrentes, sur le plan intérieur, des guerres et de la « désunion ». Ce n’est qu’en 1871 que Bismarck réalise l’« unification nationale » et Elias rappelle que jusqu’alors les cours féodales régionales entretenaient de puissants liens de rivalités et qu’elles maintenaient des barrières très étanches entre les différentes couches sociales. Là où, en France, la société de cour avait permis le brassage des normes de comportements aristocratiques et bourgeoises, l’existence, en Allemagne, d’une pluralité de cours princières et l’exclusion de la bourgeoisie des fonctions de gouvernement, interdisait un tel brassage. Et lorsque, enfin, les élites bourgeoises avaient pu intégrer les « bonnes sociétés », cette intégration s’était faite par le biais des « associations combatives d’étudiants » [schlagende Verbindungen], dont Elias rappelle qu’elles valorisaient les modèles militaires de comportement. Il revient très longuement sur la pérennisation de la pratique du duel en Allemagne, le « droit de demander réparation par les armes » [Satisfaktionsfähigkeit] dont disposaient ces associations d’étudiants n’ayant pas seulement une fonction d’éducation pour les jeunes recrues, mais également une fonction de « distinction ». Le recours à l’exercice de la violence physique est donc perçu, dans ces cercles, comme un modèle de comportement désirable puisqu’il confère à ceux qui disposent de ce droit « honneur », « prestige », « charisme de groupe », bref, il leur permet de se constituer en groupe « établi » et vient étayer leur « estime de soi ». Au même titre donc que l’étiquette, qui a joué un rôle majeur dans le processus de formation de l’ « habitus civilisé », la pratique du duel a contribué, selon Elias, au façonnage d’un « habitus humain » qu’il qualifie de « sans pitié » [ohne Mitleid]. Ce point est pour lui important car, une fois « l’unité nationale » réalisée, et alors qu’une fraction des couches sociales bourgeoises restait portée par des valeurs humanistes et un idéalisme culturel proche des Lumières, une autre fraction de plus en plus importante allait reprendre à son compte l’« ethos guerrier » cher à l’aristocratie, mais dans une version « bourgeoisifiée », c’est-à-dire une version marquée par « une déformation sociale » des codes de comportements aristocratiques. C’est là la spécificité du processus de « démocratisation fonctionnelle » en Allemagne, ce processus renvoyant à la « réduction des différentiels de pouvoir » entre les « gouvernants » et les « gouvernés », et notamment entre les couches sociales aristocratiques et les couches sociales bourgeoises. Autrement dit, la « romantisation du pouvoir » et « de la violence » en Allemagne et l’attrait corrélatif d’une grande partie du peuple allemand envers un modèle « autocratique de pouvoir » trouvent là, selon Elias, un de leurs plus puissants étayages. Dès lors, l’espoir de voir restaurer « la grandeur perdue » de l’Allemagne, « grandeur » dont le Saint Empire était le symbole, put aisément être réactivé consécutivement d’abord à l’« unification nationale » mais aussi, plus tard, avec l’avènement de Hitler au pouvoir. Elias insiste tout particulièrement sur le fait que l’« idéal national allemand »3 a été profondément marqué par la « tradition autocratique », la restauration de la « grandeur perdue » émanant toujours de ce type de pouvoir. Or ce développement socio-historique ne va pas sans conséquence pour la formation de l’« habitus social » dans la mesure où les « autocontraintes » restent, dans un tel contexte, fortement tributaires de l’exercice d’une « contrainte extérieure » toujours prédominante. C’est donc aussi à la lumière de ce processus que l’on peut comprendre le « désir ardent de soumission au maître », ainsi que la véritable « identification à l’agresseur » qu’Elias considère comme une « disposition récurrente » de l’« habitus social allemand », et que l’on peut comprendre aussi le rejet dont la République de Weimar a fait l’objet. Elias rappelle que l’effondrement du monopole étatique de la violence sous la République de Weimar et l’exacerbation de la « violence extra-parlementaire » s’inscrivent dans le droit fil de cette histoire.

8On pourrait dire, en résumé, que le surgissement de la violence et la perpétration d’un meurtre de masse tel qu’il a été réalisé sous l’égide du parti national-socialiste restent incompréhensibles si l’on méconnaît l’importance du processus à long terme d’intégration des normes d’autocontraintes et leur prévalence nécessaire par rapport aux contraintes extérieures. C’est un point tout à fait fondamental car, pour Elias, l’émergence et la pérennisation de formes démocratiques d’exercice du pouvoir dépendent de la constitution d’un tel équilibre.

3. Les apories de l’analyse

  • 4 L’anthropologue A. Blok, en particulier, avait qualifié sa théorie de « raciste » (Delzescaux 2002 (…)

9Ayant apporté des précisions tant sur le « procès de civilisation » que sur l’analyse déployée dans le corpus de textes qui composent Studien über die Deutschen, nous pouvons maintenant essayer de cerner davantage le caractère aporétique des voies de réflexion ouvertes par Elias. Il convient tout d’abord de réexaminer les implications de ce positionnement bien spécifique du problème que propose d’entrée de jeu Elias. On ne saurait, en effet, ignorer le hiatus qui existe entre la problématisation du sujet lui-même et l’orientation théorique que développe Elias pour le traiter. Concernant la problématisation du sujet, ce dernier nous dit en substance que l’exercice du pouvoir national-socialiste ne saurait correspondre à une forme permanente d’exercice du pouvoir, d’où le terme de « poussée de décivilisation ». Il nous dit également que cette « poussée » constitue une véritable « régression », c’est-à-dire qu’elle opère dans un mouvement inverse au processus plus large de civilisation dont il s’est efforcé de montrer qu’il constituait un des faits marquants de l’évolution des sociétés européennes occidentales. Si donc on suit Elias dans ce raisonnement, il faut faire l’hypothèse que les Allemands étaient dotés d’un « habitus civilisé », la « structure sociale de leur personnalité » se caractérisant précisément par une stabilité des instances surmoïques et une prévalence de ces instances dans le processus de régulation des pulsions. Or, ce que met à jour l’étude du processus de formation de « l’habitus national allemand », c’est au contraire la prévalence continuelle des « contraintes extérieures » sur les « autocontraintes », ces dernières restant assujetties au mode autocratique d’exercice du pouvoir. En attirant, par conséquent, notre attention sur la singularité de cet habitus façonné dans le cadre d’un processus de formation de l’État tout à fait spécifique lui aussi, Elias met à mal l’articulation qu’il établit spontanément avec le cadre conceptuel mobilisé dans Über den Prozeß der Zivilisation. D’un point de vue théorique, on voit mal comment maintenir cette articulation. Soit le terme « décivilisation » est un terme purement descriptif qui renvoie à la transgression de l’interdit de tuer, et plus largement au recours à l’exercice de la violence physique comme mode privilégié de résolution des conflits, et dans ce cas de figure, son acception ne peut être que très étroite et elle n’a aucune valeur analytique. Soit le terme « décivilisation » renvoie effectivement à un processus d’effondrement des contrôles civilisateurs et, dans ce cas de figure, la question à laquelle il renvoie est celle de la « solidité » et de la « permanence des mécanismes d’autocontrainte ». Le cadre conceptuel développé dans Über den Prozeß der Zivilisation peut être pris, dans ce cas de figure, comme cadre réflexif, mais si l’on prend l’exemple de l’Allemagne, ce cadre est difficilement mobilisable dans la mesure où les analyses développées par Elias dans Studien über die Deutschen montrent que l’habitus social des Allemands ne présentait pas les caractéristiques de l’« habitus civilisé ». Est-ce à dire qu’il faut récuser ce cadre conceptuel pour analyser l’entreprise de destruction national-socialiste ? Si on maintient l’hypothèse qu’à l’instar d’autres nations européennes comme la France ou l’Angleterre, l’Allemagne s’est trouvée elle aussi engagée dans un processus de civilisation au sens où l’entend Elias, alors c’est la question du rythme auquel se déroule un tel processus qui se trouve posée et non plus celle de la vulnérabilité des mécanismes d’autocontrainte. Autrement dit, ce à quoi nous renvoie implicitement Elias, c’est au fait que l’Allemagne ne se trouvait pas vraisemblablement au même niveau d’intégration par rapport au processus de civilisation que d’autres nations comme la France ou l’Angleterre. On voit bien là comment se produit un glissement de la pensée car ce qui se trouve engagé dans cette assertion, c’est bien l’idée de stades spécifiques et successifs du processus de civilisation, cette idée étant d’ailleurs présente dans Über den Prozeß der Zivilisation. Elle fut même l’objet de controverses avec les anthropologues4, qui précisément reprochaient à Elias le caractère à tout le moins normatif de sa théorie. On touche ici à la difficulté qu’a toujours eue Elias d’ériger le terme même de « civilisation » au rang de « concept », c’est-à-dire d’en faire un terme pour ainsi dire « technique » rendant compte d’un processus spécifique. En parlant d’« effondrement de la civilisation » et en parlant de « poussée de barbarisation », on peut se demander s’il ne ravive pas, à son insu, la dimension normative de ce terme qui, dans son acception courante ou « populaire », pour reprendre l’expression de S. Mennell, mettait justement en jeu l’opposition « civilisation/barbarie ». Le choix de J. Goudsblom (Goudsblom 1997), un des héritiers de la pensée d’Elias, d’utiliser l’expression « processus de civilisation » comme un « équivalent ‘dynamique’ du concept de ‘culture’ » chez les anthropologues, donc dans un sens plutôt descriptif, montre bien les difficultés que soulève la théorisation d’Elias. Est-ce à dire qu’elle ne peut pas être mobilisée pour penser le lien social et notamment sa destruction ? Nous ne le pensons pas. En soulignant la spécificité du processus de formation de l’« habitus social et national » des Allemands et en mettant l’accent sur l’importance des conditions sociales et historiques de production d’un habitus, la question, fondamentale nous semble-t-il, qu’il pose en creux est aussi celle de la capacité à résister, individuellement et collectivement, aux injonctions meurtrières de l’État. On revient là au cœur de ses préoccupations intellectuelles, la question, pour Elias – dont, rappelons-le, la mère est décédée à Auschwitz en 1941 – étant toujours de comprendre l’occurrence de la violence et du meurtre de masse. Or, plutôt que de rabattre sur les individus et leur personnalité propre cette capacité à résister et à rester « civilisé » au sens où il l’entend, il nous engage à nouveau à toujours considérer l’ « empreinte sociale » dont l’économie psychique et pulsionnelle des individus porte la marque, une empreinte façonnée par la structure des interdépendances au niveau social, cette dernière devant toujours être, de surcroît, considérée d’un point de vue diachronique. Le caractère aporétique de sa théorisation ne doit donc pas nous amener à méconnaître les prolongements des voies de réflexions qu’il ouvre dans Studien über die Deutschen. S’il paraît difficile de maintenir l’opposition civilisation/barbarie que suggère la formulation de sa problématique, il convient en revanche de porter attention à la spécificité des processus de formation des « habitus sociaux ». Si l’on revient à la question de l’ « habitus civilisé » qui correspond à une structuration spécifique de la « personnalité sociale » des individus – et nous conclurons sur ce point qui permet d’ouvrir le débat –, il apparaît qu’il répond à une structuration spécifique du pouvoir et de sa « répartition sociale » au sein d’un groupe social donné, l’évolution de cette structuration du pouvoir et des « interdépendances relationnelles » qui en découlent ayant joué un rôle décisif dans l’affermissement et la stabilisation des mécanismes d’autocontraintes. Le fait que le processus de formation de l’ « habitus social » des Allemands ouvre à d’autres caractéristiques en termes de mécanismes d’autocontraintes peut nous conduire à prolonger la réflexion d’Elias et à nous interroger plus spécifiquement et plus finement sur les conditions sociales et historiques d’émergence du « sujet démocratique ».

Bibliographie

Broch, Hermann (2008). Théorie de la folie des masses, (1979), Paris : Éditions de l’éclat..

Delzescaux, Sabine (2001). Norbert Elias. Une sociologie des processus, Paris : L’Harmattan.

Delzescaux, Sabine (2002). Norbert Elias. Civilisation et décivilisation, Paris : L’Harmattan.

Delzescaux Sabine (2007), « Autocontrainte et instance surmoïque : éléments de réflexion sur la référence d’Elias à la psychanalyse freudienne », in : Nouvelle revue de psychosociologie, N°4, 201-212.

Elias, Norbert (1976). Über den Prozeß der Zivilisation. Soziogenetische und Psychogenetische Untersuchungen, 2 Bände, (1939), Frankfurt am Main : Suhrkamp.

Elias, Norbert (1989). Studien über die Deutschen. Machtkämpfe und Habitusentwicklung in 19. und 20. Jahrhundert, Frankfurt am Main : Suhrkamp.

Goudsblom, Johan (1997). « Penser avec Elias », in : Garrigou, Alain, Lacroix, Bernard, dir. Norbert Elias, la politique et l’Histoire, Paris : Éditions La Découverte, 302-310.

Haut de page

Notes

1 On peut évoquer à titre d’exemple celles qu’exercent des institutions comme l’armée ou la police.

2 Elias parlera aussi d’un « processus de décomposition de la conscience » (Elias 1989 : 259).

3 L’« idéal national » correspond, pour Elias, à une forme spécifique d’« identité du nous ».

4 L’anthropologue A. Blok, en particulier, avait qualifié sa théorie de « raciste » (Delzescaux 2002).

Auteur

Sabine Delzescaux

Maître de Conférences, Laboratoire IRISSO, Université Paris-Dauphine, Place du Maréchal de Lattre de Tassigny 75016 Paris – sabine.delzescaux [at] dauphine.fr

Voir enfin:

Businesses Trying to Rebound After Unrest Face a Challenge: Not Enough Insurance
Some activists have downplayed the damage to businesses from looting and arson in racial justice protests around the country. But some small entrepreneurs are struggling.
Nellie Bowles
The New York Times
Nov. 9, 2020

KENOSHA, Wis. — It’s a prominent refrain these days from activists in the aftermath of arson and looting — businesses have insurance. Buildings can be repaired. Broken glass is a small price to pay in a movement for justice.

One new book, “In Defense of Looting,” for example, argued that looting was an essential tactic against a racist capitalist society, and a largely victimless crime — again, because stores will be made whole through insurance. The top editor of The Philadelphia Inquirer resigned amid an outcry for publishing the headline, “Buildings Matter, Too.”

“‘People over property’ is great as a rhetorical slogan,” the paper’s architecture critic, Inga Saffron, wrote in that piece. “But as a practical matter, the destruction of downtown buildings in Philadelphia — and in Minneapolis, Los Angeles and a dozen other American cities — is devastating for the future of cities.”

On the burned-out blocks hit by unrest since the killing George Floyd, an unarmed Black man, in Minneapolis in late spring, the reality is complicated. Mr. Floyd’s death was the start of months of protests for racial justice led by the Black Lives Matter movement that have left long-term economic damage, especially in lower-income business districts.

While large chains like Walmart and Best Buy have excellent insurance, many small businesses that have been burned down in the riots lack similar coverage. And for them, there is no easy way to replace all that they lost.

In Kenosha, more than 35 small businesses were destroyed, and around 80 were damaged, according to the city’s business association. Almost all are locally owned and many are underinsured or struggling to manage.

“It’s a common problem, businesses being underinsured, and the consequences can be devastating,” said Peter Kochenburger, executive director of the Insurance Law LL.M. Program and a University of Connecticut law professor.

“We can’t call corporate,” said Ricardo Tagliapietra, who owns three restaurants in Kenosha. “There’s no backup.”

When people started burning down buildings in Kenosha after the police shooting of Jacob Blake on Aug. 23, Tony Farhan prayed that his electronics shop would be left alone.

The Farhans have struggled economically in recent years. Mr. Farhan, his wife and their four sons moved in with his parents while their savings went to one son’s health care. Mr. Farhan’s ambition for a better life was tied up in the shop. So were many of his family’s belongings. They couldn’t fit all the clothes and toys for their boys in the crowded house they shared with his parents, so they tucked things away into the shop storage room. “Half my house was in there,” said Mr. Farhan, 36, who grew up in Kenosha.

The shop, which sells cellphones, charging cords, headphones and speakers, was looted on the night Mr. Blake was shot and burned the next. So was his brother’s shoe and clothing shop next door. The apartment units upstairs burned with them, as did many other buildings in the working-class neighborhood of Uptown Kenosha, a historic and bustling multicultural neighborhood. Weeks later it remained a scene of char and rubble.

They have insurance, though they say it is not enough, and now they are tangling to get the money. But personal items they stored in the shops were not insured, they said. Mr. Farhan does not know how he will pay to replace his children’s winter clothes that were in a storage room.

“I have no job, and I’m using credit cards,” said Mr. Farhan, who is of Palestinian descent. “I’m going into debt, and I just got out of debt.”

Mr. Farhan’s brother Vinnie, 40, who had the shoe and clothing shop next door, said the logistics of wrestling the insurance companies and restarting his life were overwhelming. “People don’t see behind the scenes. I put everything into starting this business.”

In the units above the Farhans’ shops, all the tenants made it out alive, but several family pets died in the fires, the brothers said. One upstairs resident started an online fund-raiser the brothers highlighted: “My mom and I lost everything and our 2 cats and now my mom is homeless and I would like to try to raise money to help her with getting a place,” the tenant’s daughter, Ashley Powell, wrote on the GoFundMe page.

Mr. Farhan, hoping some of the insurance and redevelopment grants will come his way soon, said he recently borrowed $20,000 to buy a new storefront nearby to start again.

It is unclear if the looters and rioters in this town — or the ones that tore through the commercial districts of Minneapolis, Los Angeles and Chicago — were genuinely committed to the Black Lives Matter movement or just taking advantage of a chaotic situation after the police shooting of Mr. Blake, which is now being investigated by the U.S. Department of Justice.

But the topic is a difficult one to broach even for the riots’ victims: Many on the left decry anyone who criticizes looting, arguing that it is a justifiable expression of rage, widely quoting (out of context) the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. that “a riot is the language of the unheard.”

At a recent antifa gathering in Portland, Ore., protesters shared literature arguing for the righteousness of property destruction with titles like “Why Break Windows.”

In a media critique earlier this year published on the website Refinery29, Britni de la Cretaz wrote: “Putting the focus on stealing objects from a store (during a pandemic, no less!) rather than on the injustice behind the looting, the horrific loss of life and racial violence that Black folks live with every day, is sending the message that property matters more than people. It just demonstrates the way that white supremacy sees more value in a TV set than in the life of a Black man.”

And Preston Mitchum, an adjunct professor at Georgetown University Law Center, said in an interview: “Businesses will be OK. You can revive a business. You can’t bring back people who are killed by the cops.”

Within the argument that looting is a minor issue is the assumption that property owners can easily replace what was lost. But many of the small businesses in Kenosha’s lower- and middle-income Uptown neighborhood will not receive enough in insurance proceeds to fully replace destroyed property. And many business owners across Kenosha describe the losses in more personal ways.

“We lived here, basically,” said Scott Carpenter, the owner of office furniture supply shop B&L Furniture, whose family has run the shop for 40 years and which is just a few blocks away from the Farhans’ stores. “It was our home away from home.”

It is now burned out, a couple walls still standing around the melted core. The office furniture is gone, of course. And so is the play area in the corner with games and old NASCAR memorabilia he and his father built for local kids. His family owned the building and has insurance, and he estimates the cost to rebuild will be $1.5 million. He plans on reopening in a rented location four miles away in a neighborhood he thinks is safer.

One pattern that emerged in the aftermath of the riots in Kenosha: Many white-owned businesses like Mr. Carpenter’s had better, more comprehensive insurance and records than those owned by people of color, according to several leaders in the business community.

Still, the pain was broadly felt. At the local used tire shop, the owner, Linda Tolliver, who is white, is waiting for new windows to replace those broken in the riots (her landlord’s insurance is covering it). In the meantime, she estimated she was paying $800 extra each month to heat the shop, which now lacks proper windows, and she is working all day behind plywood without natural light. So Ms. Tolliver said she was making do with less — cutting back on employee hours and forgoing the new winter uniforms her workers need.

The night after her shop was broken into, she stayed inside to guard it and watch what was happening. She was shocked, she said, to see so many white protesters destroying property in the name of Black lives. And they seemed to be well-off young people, with little sense of what a storefront means to a family like hers.

“It’s some blue-haired, latte-drinking hippie in Seattle coming here to raise hell while they go home to their nice beds,” said Ms. Tolliver, who is in her late 50s. “They don’t care about any of us.”

Few city leaders fault the business owners for not buying more comprehensive insurance policies.

“Nobody expected this in little Kenosha,” said Jennifer Dooley-Hogan, a local marketer who is the president of Downtown Kenosha Inc., which is working to raise $300,000 in grants to help businesses damaged during the riots.
A season of downturn and pain

A city of about 100,000 built along Lake Michigan, Kenosha has seen hard times. In 1988, most operations of the local Chrysler plant were shut down, and the city lost 5,500 jobs. But it slowly came back to life, with companies like Haribo candy, Uline shipping specialists and Nexus pharmaceuticals opening or expanding in town.

This summer, Mr. Tagliapietra, the restaurant owner, and his partners had opened a high-end downtown attraction, a symbol of its economic rise: the Apis Hotel and Restaurant, with entrees like coriander braised lamb shoulder ($20) and raviolo al’uovo ($18).

Then two forces hit: the pandemic, and the economic damage to the budding hospitality and shopping district.

On Aug. 23, Mr. Blake was shot by a white officer. The video showed the officer shooting him in the back seven times as he got into his car. News spread that he had been trying to break up a fight and that he was unarmed. The facts that ultimately emerged about the encounter were more complex, but the viral video of the shooting was damning. Another unarmed Black man had been attacked by the police.

Kenosha erupted. That night, antiracism protests turned into riots that lasted for days.

The city’s lower- and middle-class business owners were ultimately hit harder than the more affluent. When the riots started on a Sunday night, Kenosha’s wealthier and whiter Downtown organized quickly to board up the storefronts, thanks to a longstanding tight-knit business association. By the next morning at 7, hundreds of volunteers were gathering with hammers and nails. Those who couldn’t hammer came with water and sandwiches. Several shops had already been looted and damaged. But mostly, the area was protected.

Uptown Kenosha, a less affluent area, did not have a well-resourced tight-knit business association. Many shop owners could not afford to buy the plywood boards to protect their businesses in time, though Downtown quickly came to help both financially and physically with volunteers. Still, block after block burned over the course of the week. Protests continued long after the nights of fire and looting, but they became more quiet and peaceful. Now, old exterior walls of stores still stand uptown, but inside many shops are just piles of bricks, melted plastic and twisted chairs.

This is why the insurance question is key.

One company that became an iconic local scene of the destruction is Car Source, which sells used cars. Some 140 vehicles in its lot were destroyed by arson. The family that owns the lot, of Indian descent, estimates the damage at $2.5 million. They have been fighting with their insurer, which initially attempted to classify the damage as the result of a domestic terrorism incident — an event not covered by their plan, said Anmol Khindri, whose family owns the business. Most of their business records were destroyed in the fire, and many of the car VIN numbers were burned off, making it hard to prove how much was lost. The family hired a lawyer to help (the lawyer takes a percentage of whatever is paid out).

“I’m keeping my expectations low,” Mr. Khindri said. “I’m already broke. I’ve got no money. It’s been total loss.”

Even many of the businesses with good insurance will not be able to rebuild without outside donations or loans.

“There’s a huge divide between the replacement cost and the insured cost,” said Heather Wessling Grosz, the vice president of the Kenosha Area Business Alliance. “The ability to replace those buildings on those blocks will be very difficult. It is out of reach for most of them.”

Many small businesses choose insurance that covers the cash value of their building or products rather than the actual replacement cost, which can be considerably higher.

“Let’s say you have a 10-year-old washing machine, and maybe it was $500 to buy and a new one would cost $600, but it’s depreciated, so now it would have a value of $50,” said Mr. Kochenburger, the insurance law professor. “So you’re not getting either the cost you paid for it or what it would cost to replace it. That’s what happens.

“It costs more to get replacement coverage, so this issue is going to bear more of an impact on lower-income folks where every dime really counts, and they opted for the less expensive plan,” Mr. Kochenburger said. “It is not intuitive how this works.”

The government is sending $4 million in aid to be distributed by the Kenosha Area Business Association, but the city’s Fire Department estimates that damages from the late August riots are $11 million. Local accountants are volunteering to help business owners navigate the daunting insurance bureaucracy.

“Larger businesses have risk managers who tell them exactly what type of coverage to buy, what the risks are, what liability insurance to have,” said Loretta Worters, a vice president at the Insurance Information Institute, a nonprofit industry association. “A small business has to be their own risk manager, and they don’t know the right stuff, and that’s a big problem.”

The Rev. Jonathan Barker, who is a pastor at Grace Lutheran Church, said the riots hit Kenosha’s most vulnerable population. And he added that they tapped into an existing racial tension in the neighborhood.

Although there are many Black residents, most of the shops are owned by Middle Eastern, Asian and Latino families.

Some businesses will never bounce back, said Mr. Tagliapietra, who has been involved in citywide discussions on redevelopment. He has seen plans to fully redevelop Uptown and the surrounding area, an idea that existed before the riots but which now is more feasible.

“When you look at Uptown, no matter how it gets rebuilt, businesses there are never going to be able to afford it again,” he said. “It’s instant gentrification.”

Nowadays, at the Uptown site where the Farhans had their shops, there are just high piles of charred objects and melted plastic: cellphone cases, electronics cords, appliances and brightly colored pieces of children’s clothing sticking out among piles of blackened wood and bricks.

At the Car Source lot, the vehicles are now just rusted pieces of metal, with seats completely burned through to their frames. On the hood of four cars, someone has written in graffiti: Black — Lives — Matter — ♥.


Première conférence de presse de Joe Biden: Parce que je suis un mec sympa (What brave new world of alternative facts and post-truth as protected by a lapdog press, our puppet leaders exploit the migrants for money and power while the rest of us are supposed to celebrate having our countries turned upside down ?)

28 mars, 2021


The number of the beast is 666 (William Blake, 1805)

Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Lettre aux Galates 3: 28)
Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon. Elle exerçait toute l’autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête, dont la blessure mortelle avait été guérie. Elle opérait de grands prodiges, même jusqu’à faire descendre du feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes. Et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l’épée et qui vivait. Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués. Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front, et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom. C’est ici la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la bête. Car c’est un nombre d’homme, et son nombre est six cent soixante-six. Jean (Apocalypse 13: 11-18)
L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. Pascal (1670)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton (1908)
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Martin Luther King (1963)
C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Quand Freud est arrivé aux États-Unis, en voyant New York il a dit: « Je leur apporte la peste. » Il avait tort. Les Américains n’ont eu aucun mal à digérer une psychanalyse vite américanisée. Mais en 1966, nous avons vraiment apporté la peste avec Lacan et la déconstruction… du moins dans les universités! Au point que je me suis senti soudain aussi étranger à Johns Hopkins qu’à Avignon au milieu de mes amis post-surréalistes. Un an plus tard, la déconstruction était déjà à la mode. Cela me mettait mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle je suis parti pour Buffalo en 1968. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège: la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La glorification d’une race et le dénigrement corollaire d’une autre ou d’autres a toujours été et sera une recette de meurtre. Ceci est une loi absolue. Si on laisse quelqu’un subir un traitement particulièrement défavorable à un groupe quelconque d’individus en raison de leur race ou de leur couleur de peau, on ne saurait fixer de limites aux mauvais traitements dont ils seront l’objet et puisque la race entière a été condamnée pour des raisons mystérieuses il n’y a aucune raison pour ne pas essayer de la détruire dans son intégralité. C’est précisément ce que les nazis auraient voulu accomplir (…) J’ai beaucoup à cœur de voir les noirs conquérir leur liberté aux Etats Unis. Mais leur dignité et leur santé spirituelle me tiennent également à cœur et je me dois de m’opposer à toutes tentatives des noirs de faire à d’autres ce qu’on leur a fait. James Baldwin
You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. It is not God-based (some left-wing Christians’ and Jews’ claims notwithstanding), but otherwise it has every characteristic of a religion. The most blatant of those characteristics is dogma. People who believe in leftism have as many dogmas as the most fundamentalist Christian. One of them is material equality as the preeminent moral goal. Another is the villainy of corporations. The bigger the corporation, the greater the villainy. Thus, instead of the devil, the Left has Big Pharma, Big Tobacco, Big Oil, the “military-industrial complex,” and the like. Meanwhile, Big Labor, Big Trial Lawyers, and — of course — Big Government are left-wing angels. And why is that? Why, to be specific, does the Left fear big corporations but not big government? The answer is dogma — a belief system that transcends reason. No rational person can deny that big governments have caused almost all the great evils of the last century, arguably the bloodiest in history. Who killed the 20 to 30 million Soviet citizens in the Gulag Archipelago — big government or big business? Hint: There were no private businesses in the Soviet Union. Who deliberately caused 75 million Chinese to starve to death — big government or big business? Hint: See previous hint. Did Coca-Cola kill 5 million Ukrainians? Did Big Oil slaughter a quarter of the Cambodian population? Would there have been a Holocaust without the huge Nazi state? Whatever bad things big corporations have done is dwarfed by the monstrous crimes — the mass enslavement of people, the deprivation of the most basic human rights, not to mention the mass murder and torture and genocide — committed by big governments. (…) Religious Christians and Jews also have some irrational beliefs, but their irrationality is overwhelmingly confined to theological matters; and these theological irrationalities have no deleterious impact on religious Jews’ and Christians’ ability to see the world rationally and morally. Few religious Jews or Christians believe that big corporations are in any way analogous to big government in terms of evil done. And the few who do are leftists. That the Left demonizes Big Pharma, for instance, is an example of this dogmatism. America’s pharmaceutical companies have saved millions of lives, including millions of leftists’ lives. And I do not doubt that in order to increase profits they have not always played by the rules. But to demonize big pharmaceutical companies while lionizing big government, big labor unions, and big tort-law firms is to stand morality on its head. There is yet another reason to fear big government far more than big corporations. ExxonMobil has no police force, no IRS, no ability to arrest you, no ability to shut you up, and certainly no ability to kill you. ExxonMobil can’t knock on your door in the middle of the night and legally take you away. Apple Computer cannot take your money away without your consent, and it runs no prisons. The government does all of these things. Of course, the Left will respond that government also does good and that corporations and capitalists are, by their very nature, “greedy.” To which the rational response is that, of course, government also does good. But so do the vast majority of corporations, private citizens, church groups, and myriad voluntary associations. On the other hand, only big government can do anything approaching the monstrous evils of the last century. As for greed: Between hunger for money and hunger for power, the latter is incomparably more frightening. It is noteworthy that none of the twentieth century’s monsters — Lenin, Hitler, Stalin, Mao — were preoccupied with material gain. They loved power much more than money. And that is why the Left is much more frightening than the Right. It craves power.  Dennis Prager
Quand j’ai écrit mon livre, je suis retourné à Max Weber et à Alexis de Tocqueville, car tous deux avaient identifié l’importance fondamentale de l’anxiété spirituelle que nous éprouvons tous. Il me semble qu’à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, nous avons oublié la centralité de cette anxiété, de ces démons ou anges spirituels qui nous habitent. Ils nous gouvernent de manière profondément dangereuse. Norman Mailer a dit un jour que toute la sociologie américaine avait été un effort désespéré pour essayer de dire quelque chose sur l’Amérique que Tocqueville n’avait pas dit! C’est vrai! Tocqueville avait saisi l’importance du fait religieux et de la panoplie des Églises protestantes qui ont défini la nation américaine. Il a montré que malgré leur nombre innombrable et leurs querelles, elles étaient parvenues à s’unir pour être ce qu’il appelait joliment «le courant central des manières et de la morale». Quelles que soient les empoignades entre anglicans épiscopaliens et congrégationalistes, entre congrégationalistes et presbytériens, entre presbytériens et baptistes, les protestants se sont combinés pour donner une forme à nos vies: celle des mariages, des baptêmes et des funérailles ; des familles, et même de la politique, en cela même que le protestantisme ne cesse d’affirmer qu’il y a quelque chose de plus important que la politique. Ce modèle a perduré jusqu’au milieu des années 1960. (…) Pour moi, c’est avant tout le mouvement de l’Évangile social qui a gagné les Églises protestantes, qui est à la racine de l’effondrement. Dans mon livre, je consacre deux chapitres à Walter Rauschenbusch, la figure clé. Mais il faut comprendre que le déclin des Églises européennes a aussi joué. L’une des sources d’autorité des Églises américaines venait de l’influence de théologiens européens éminents comme Wolfhart Pannenberg ou l’ancien premier ministre néerlandais Abraham Kuyper, esprit d’une grande profondeur qui venait souvent à Princeton donner des conférences devant des milliers de participants! Mais ils n’ont pas été remplacés. Le résultat de tout cela, c’est que l’Église protestante américaine a connu un déclin catastrophique. En 1965, 50 % des Américains appartenaient à l’une des 8 Églises protestantes dominantes. Aujourd’hui, ce chiffre s’établit à 4 %! Cet effondrement est le changement sociologique le plus fondamental des 50 dernières années, mais personne n’en parle. Une partie de ces protestants ont migré vers les Églises chrétiennes évangéliques, qui dans les années 1970, sous Jimmy Carter, ont émergé comme force politique. On a vu également un nombre surprenant de conversions au catholicisme, surtout chez les intellectuels. Mais la majorité sont devenus ce que j’appelle dans mon livre des «post-protestants», ce qui nous amène au décryptage des événements d’aujourd’hui. Ces post-protestants se sont approprié une série de thèmes empruntés à l’Évangile social de Walter Rauschenbusch. Quand vous reprenez les péchés sociaux qu’il faut selon lui rejeter pour accéder à une forme de rédemption – l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe… vous retrouvez exactement les thèmes que brandissent les gens qui mettent aujourd’hui le feu à Portland et d’autres villes. Ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu! Quand je dis à mes étudiants qu’ils sont les héritiers de leurs grands-parents protestants, ils sont offensés. Mais ils ont exactement la même approche moralisatrice et le même sens exacerbé de leur importance, la même condescendance et le même sentiment de supériorité exaspérante et ridicule, que les protestants exprimaient notamment vis-à-vis des catholiques. (…) Mais ils ne le savent pas. En fait, l’état de l’Amérique a été toujours lié à l’état de la religion protestante. Les catholiques se sont fait une place mais le protestantisme a été le Mississippi qui a arrosé le pays. Et c’est toujours le cas! C’est juste que nous avons maintenant une Église du Christ sans le Christ. Cela veut dire qu’il n’y a pas de pardon possible. Dans la religion chrétienne, le péché originel est l’idée que vous êtes né coupable, que l’humanité hérite d’une tache qui corrompt nos désirs et nos actions. Mais le Christ paie les dettes du péché originel, nous en libérant. Si vous enlevez le Christ du tableau en revanche, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. Bien sûr, les jeunes radicaux n’utilisent pas le mot «péché originel». Mais ils utilisent exactement les termes qui s’y appliquent. (…) Ils parlent d’«une tache reçue en héritage» qui «infecte votre esprit». C’est une idée très dangereuse, que les Églises canalisaient autrefois. Mais aujourd’hui que cette idée s’est échappée de l’Église, elle a gagné la rue et vous avez des meutes de post-protestants qui parcourent Washington DC, en s’en prenant à des gens dans des restaurants pour exiger d’eux qu’ils lèvent le poing. Leur conviction que l’Amérique est intrinsèquement corrompue par l’esclavage et n’a réalisé que le Mal, n’est pas enracinée dans des faits que l’on pourrait discuter, elle relève de la croyance religieuse. On exclut ceux qui ne se soumettent pas. On dérive vers une vision apocalyptique du monde qui n’est plus équilibrée par rien d’autre. Cela peut donner la pire forme d’environnementalisme, par exemple, parce que toutes les autres dimensions sont disqualifiées au nom de «la fin du monde». C’est l’idée chrétienne de l’apocalypse, mais dégagée du christianisme. Il y a des douzaines d’exemples de religiosité visibles dans le comportement des protestataires: ils s’allongent par terre face au sol et gémissent, comme des prêtres que l’on consacre dans l’Église catholique. Ils ont organisé une cérémonie à Portland durant laquelle ils ont lavé les pieds de personnes noires pour montrer leur repentir pour la culpabilité blanche. Ils s’agenouillent. Tout cela sans savoir que c’est religieux! C’est religieux parce que l’humanité est religieuse. Il y a une faim spirituelle à l’intérieur de nous, qui se manifeste de différentes manières, y compris la violence! Ces gens veulent un monde qui ait un sens, et ils ne l’ont pas. (…) Le marxisme est une religion par analogie. Certes, il porte cette idée d’une nouvelle naissance. Certaines personnes voulaient des certitudes et ne les trouvant plus dans leurs Églises, ils sont allés vers le marxisme. Mais en Amérique, c’est différent, car tout est centré sur le protestantisme. Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, avec génie et insolence, prend Marx et le met cul par-dessus tête. Marx avait dit que le protestantisme avait émergé à la faveur de changements économiques. Weber dit l’inverse. Ce n’est pas l’économie qui a transformé la religion, c’est la religion qui a transformé l’économie. Le protestantisme nous a donné le capitalisme, pas l’inverse! Parce que les puritains devaient épargner de l’argent pour assurer leur salut. Le ressort principal n’était pas l’économie mais la faim spirituelle, ce sentiment beaucoup plus profond, selon Weber. Une faim spirituelle a mené les gens vers le marxisme, et c’est la même faim spirituelle qui fait qu’ils sont dans les rues d’Amérique aujourd’hui. (…) Mais je vois potentiellement une guerre civile à feu doux éclater si Trump gagne cette élection! Car les parties sont polarisées sur le plan spirituel. Si Trump gagne, pour les gens qui sont dans la rue, ce ne sera pas le triomphe des républicains, mais celui du mal. Rauschenbusch, dans son Évangile, dit que nous devons accomplir la rédemption de notre personnalité. Ces gens-là veulent être sûrs d’être de «bonnes personnes». Ils savent qu’ils sont de bonnes personnes s’ils sont opposés au racisme. Ils pensent être de bonnes personnes parce qu’ils sont opposés à la destruction de l’environnement. Ils veulent avoir la bonne «attitude», c’est la raison pour laquelle ceux qui n’ont pas la bonne attitude sont expulsés de leurs universités ou de leur travail pour des raisons dérisoires. Avant, on était exclu de l’Église, aujourd’hui, on est exclu de la vie publique… C’est pour cela que les gens qui soutiennent Trump, sont vus comme des «déplorables», comme disait Hillary Clinton, c’est-à-dire des gens qui ne peuvent être rachetés. Ils ont leur bible et leur fusil et ne suivent pas les commandements de la justice sociale. (…) Avant même que Trump ne surgisse, avec Sarah Palin, et même sous Reagan, on a vu émerger à droite le sentiment que tout ce que faisaient les républicains pour l’Amérique traditionnelle, c’était ralentir sa disparition. Il y avait une immense exaspération car toute cette Amérique avait le sentiment que son mode de vie était fondamentalement menacé par les démocrates. Reagan est arrivé et a dit: «Je vais m’y opposer». Et voilà que Trump arrive et dit à son tour qu’il va dire non à tout ça. Je déteste le fait que Trump occupe cet espace, parce qu’il est vulgaire et insupportable. Mais il est vrai que tous ceux qui s’étaient sentis marginalisés ont voté pour Trump parce qu’il s’est mis en travers de la route. C’est d’ailleurs ce que leur dit Trump: «Ils n’en ont pas après moi, mais après vous.» Il faut comprendre que l’idéologie «woke» de la justice sociale a pénétré les institutions américaines à un point incroyable. Je n’imagine pas qu’un professeur ayant une chaire à la Sorbonne soit forcé d’assister à des classes obligatoires organisées pour le corps professoral sur leur «culpabilité blanche», et enseignées par des gens qui viennent à peine de finir le collège. Mais c’est la réalité des universités américaines. Un sondage récent a montré que la majorité des professeurs d’université ne disent rien. Ils abandonnent plutôt toute mention de tout sujet controversé. Pourtant, des études ont montré que la foule des vigies de Twitter qui obtient la tête des professeurs excommuniés, remplirait à peine la moitié d’un terrain de football universitaire! Il y a un manque de courage. (…) La France a fait beaucoup de choses bonnes et glorieuses pour faire avancer la civilisation, mais elle a fait du mal. Si on croit au projet historique français, on peut démêler le bien du mal. Mais mes étudiants, et tous ces post-protestants dont je vous parle, sont absolument convaincus que tous les gens qui ont précédé, étaient stupides et sans doute maléfiques. Ils ne croient plus au projet historique américain. Ils sont contre les «affinités électives» qui, selon Weber, nous ont donné la modernité: la science, le capitalisme, l’État-nation. Si la théorie de la physique de Newton, Principia, est un manuel de viol, comme l’a dit une universitaire féministe, si sa physique est l’invention d’un moyen de violer le monde, cela veut dire que la science est mauvaise. Si vous êtes soupçonneux de la science, du capitalisme, du protestantisme, si vous rejetez tous les moteurs de la modernité la seule chose qui reste, ce sont les péchés qui nous ont menés là où nous sommes. Pour sûr, nous en avons commis. Mais si on ne voit pas que ça, il n’y a plus d’échappatoire, plus de projet. Ce qui passe aujourd’hui est différent de 1968 en France, quand la remise en cause a finalement été absorbée dans quelque chose de plus large. Le mouvement actuel ne peut être absorbé car il vise à défaire les États-Unis dans ses fondements: l’État-nation, le capitalisme et la religion protestante. Mais comme les États-Unis n’ont pas d’histoire prémoderne, nous ne pouvons absorber un mouvement vraiment antimoderne. (…) Il y a une phrase de Heidegger qui dit que «seulement un Dieu pourrait nous sauver»! On a le sentiment qu’on est aux prémices d’une apocalypse, d’une guerre civile, d’une grande destruction de la modernité. Est-ce à cause de la trahison des clercs? Pour moi, l’incapacité des vieux libéraux à faire rempart contre les jeunes radicaux, est aujourd’hui le grand danger. Quand j’ai vu que de jeunes journalistes du New York Times avaient menacé de partir, parce qu’un responsable éditorial avait publié une tribune d’un sénateur américain qui leur déplaisait, j’ai été stupéfait. Je suis assez vieux pour savoir que dans le passé, la direction aurait immédiatement dit à ces jeunes journalistes de prendre la porte s’ils n’étaient pas contents. Mais ce qui s’est passé, c’est que le rédacteur en chef a été limogé. Joseph Bottum
One high-level takeaway is that the 2020 electorate had a very similar partisan composition to the 2016 electorate. When the polls turned out to be wrong — and Trump turned out to be much stronger than they predicted — a lot of people concluded that turnout models must have been off: Trump must have inspired higher Republican turnout than expected. But that looks wrong. It really seems like the electorate was slightly more Democratic than it had been in 2016, largely due to demographic change (because there’s such a large partisan gap between younger and older voters, every four years the electorate gets something like 0.4 percent more Democratic just through generational churn). So Trump didn’t exceed expectations by inspiring higher-than-anticipated Republican turnout. He exceeded them mostly through persuasion. A lot of voters changed their minds between 2016 and 2020. At the subgroup level, Democrats gained somewhere between half a percent to one percent among non-college whites and roughly 7 percent among white college graduates (which is kind of crazy). Our support among African Americans declined by something like one to 2 percent. And then Hispanic support dropped by 8 to 9 percent. The jury is still out on Asian Americans. We’re waiting on data from California before we say anything. But there’s evidence that there was something like a 5 percent decline in Asian American support for Democrats, likely with a lot of variance among subgroups. There were really big declines in Vietnamese areas, for example. Anyway, one implication of these shifts is that education polarization went up and racial polarization went down. (…) White voters as a whole trended toward the Democratic Party, and nonwhite voters trended away from us. So we’re now somewhere between 2004 and 2008 in terms of racial polarization. Which is interesting. I don’t think a lot of people expected Donald Trump’s GOP to have a much more diverse support base than Mitt Romney’s did in 2012. But that’s what happened. (…) One important thing to know about the decline in Hispanic support for Democrats is that it was pretty broad. This isn’t just about Cubans in South Florida. It happened in New York and California and Arizona and Texas. Really, we saw large drops all over the country. But it was notably larger in some places than others. In the precinct-level data, one of the things that jumps out is that places where a lot of voters have Venezuelan or Colombian ancestry saw much larger swings to the GOP than basically anywhere else in the country. The Colombian and Venezuelan shifts were huge. One of my favorite examples is Doral, which is a predominantly Venezuelan and Colombian neighborhood in South Florida. One precinct in that neighborhood went for Hillary Clinton by 40 points in 2016 and for Trump by ten points in 2020. One thing that makes Colombia and Venezuela different from much of Latin America is that socialism as a brand has a very specific, very high salience meaning in those countries. It’s associated with FARC paramilitaries in Colombia and the experience with President Maduro in Venezuela. So I think one natural inference is that the increased salience of socialism in 2020 — with the rise of AOC and the prominence of anti-socialist messaging from the GOP — had something to do with the shift among those groups. As for the story with Hispanics overall, one thing that really comes out very clearly in survey data that we’ve done is that it really comes down to ideology. So when you look at self-reported ideology — just asking people, “Do you identify as liberal, moderate, or conservative” — you find that there aren’t very big racial divides. Roughly the same proportion of African American, Hispanic, and white voters identify as conservative. But white voters are polarized on ideology, while nonwhite voters haven’t been. Something like 80 percent of white conservatives vote for Republicans. But historically, Democrats have won nonwhite conservatives, often by very large margins. What happened in 2020 is that nonwhite conservatives voted for Republicans at higher rates; they started voting more like white conservatives. (…) What we found is that Clinton voters with conservative views on crime, policing, and public safety were far more likely to switch to Trump than voters with less conservative views on those issues. And having conservative views on those issues was more predictive of switching from Clinton to Trump than having conservative views on any other issue-set was. This lines up pretty well with trends we saw during the campaign. In the summer, following the emergence of “defund the police” as a nationally salient issue, support for Biden among Hispanic voters declined. So I think you can tell this microstory: We raised the salience of an ideologically charged issue that millions of nonwhite voters disagreed with us on. And then, as a result, these conservative Hispanic voters who’d been voting for us despite their ideological inclinations started voting more like conservative whites. (…) The decline that we saw was very large. Nine percent or so nationwide, up to 14 or 15 percent in Florida. Roughly one in ten Hispanic voters switched their vote from Clinton to Trump. That is beyond the margin of what can plausibly be changed by investing more in Spanish media. (…) Over the last four years, white liberals have become a larger and larger share of the Democratic Party. (…) Highly educated people tend to have more ideologically coherent and extreme views than working-class ones. We see this in issue polling and ideological self-identification. College-educated voters are way less likely to identify as moderate. So as Democrats have traded non-college-educated voters for college-educated ones, white liberals’ share of voice and clout in the Democratic Party has gone up. And since white voters are sorting on ideology more than nonwhite voters, we’ve ended up in a situation where white liberals are more left wing than black and Hispanic Democrats on pretty much every issue: taxes, health care, policing, and even on racial issues or various measures of “racial resentment.” So as white liberals increasingly define the party’s image and messaging, that’s going to turn off nonwhite conservative Democrats and push them against us. (…) In liberal circles, racism has been defined in highly ideological terms. And this theoretical perspective on what racism means and the nature of racial inequality have become a big part of the group identity of college-educated Democrats, white and nonwhite. But it’s not necessarily how most nonwhite, working-class people understand racism. (…) if you look at the concrete questions, white liberals are to the left of Hispanic Democrats, but also of black Democrats, on defunding the police and those ideological questions about the source of racial inequity. Regardless, even if a majority of nonwhite people agreed with liberals on all of these issues, the fundamental problem is that Democrats have been relying on the support of roughly 90 percent of black voters and 70 percent of Hispanic voters. So if Democrats elevate issues or theories that a large minority of nonwhite voters reject, it’s going to be hard to keep those margins. Because these issues are strongly correlated with ideology. And black conservatives and Hispanic conservatives don’t actually buy into a lot of these intellectual theories of racism. They often have a very different conception of how to help the black or Hispanic community than liberals do. And I don’t think we can buy our way out of this trade-off. Most voters are not liberals. If we polarize the electorate on ideology — or if nationally prominent Democrats raise the salience of issues that polarize the electorate on ideology — we’re going to lose a lot of votes. (…) I (…) think liberals sometimes take the ambiguities of ideology too far. A lot of progressives insist that ideological self-identification means nothing. And we know that isn’t true. One of the big patterns of the last 40 years is that ideological self-description has become increasingly correlated with partisanship and increasingly correlated to views on issues. But there is still a large universe of policy questions — mostly economic but not exclusively — where a large majority of the public agrees with us. A $15 minimum wage polls above 60 percent; that couldn’t happen without a lot of “moderates” and “conservatives” supporting the policy. What I take from that is: Ideological polarization is a dead end. If we divide the electorate on self-described ideology, we lose — both because there are more conservatives than liberals and because conservatives are structurally overrepresented in the House, Senate, and Electoral College. So the way we get around that is by talking a lot about progressive goals that are not ideologically polarizing, goals that we share with self-described conservatives and moderates. Even among nonwhite voters, those tend to be economic issues. In test after test that we’ve done with Hispanic voters, talking about immigration commonly sparks backlash: Asking voters whether they lean toward Biden and Trump, and then emphasizing the Democratic position on immigration, often caused Biden’s share of support among Latino respondents to decline. Meanwhile, Democratic messaging about investing in schools and jobs tended to move Latino voters away from Trump. (…) I think (…) the extent to which Hispanic voters have liberal views on immigration is exaggerated. If you look at, for example, decriminalizing border crossings, that’s not something that a majority of Hispanic voters support. Pew’s done a lot of polling on immigration reform, and if you ask things like, “Should we deport the undocumented population, should we give them a path to permanent residency, or should we give them a path to citizenship?” citizenship only gets a little over 50 percent support among Hispanic voters. So I think liberals really essentialize Hispanic voters and project views about immigration onto them that the data just doesn’t support. (…) As a baseline, midterms are usually very bad for the party in power. In the past 70 years, the incumbent party has gained seats in the House and Senate maybe once or twice. The last one was in 2002. The regularity of how bad midterm environments are for the president’s party is one of the most striking findings in political science. Generally speaking, over the last 30 to 40 years, the party that controls the presidency gets about 47 percent of the vote nationwide. Add in the fact that the House already has a fairly substantial pro-Republican bias — the median House seat is something like three points to the right of the country overall — it means that in the base scenario, Democrats are headed for near-certain doom. (…) The good news is that there’s a strong case for thinking this time might be different. I’m not a macroeconomist, but it seems like Joe Biden might preside over a post-corona economic boom. Already, Biden’s approval rating is very strong. The best predictor of how a midterm is going to shake out is how popular the president is. So, for now, everything looks about as good as you could hope for. But we have no margin for error. If we conduct ourselves the way we did after 2008, we’re definitely going to lose. And due to the way that our electoral system works, we really could be locked out of power for a very long time, just like we were after 2010. So that means the need for messaging discipline is stronger than ever. But keeping the national conversation focused around popular economic issues probably won’t be enough. Since the maps in the House of Representatives are so biased against us, if we don’t pass a redistricting reform, our chance of keeping the House is very low. And then the Senate is even more biased against us than the House. So, it’s also very important that we add as many states as we can. Currently, even if we have an exceptionally good midterm, the most likely outcome is that we lose one or two Senate seats. And then, going into 2024, we have something like seven or eight Democrats who are in states that are more Republican than the country overall. Basically, we have this small window right now to pass redistricting reform and create states. And if we don’t use this window, we will almost certainly lose control of the federal government and not be in a position to pass laws again potentially for a decade. In terms of putting numbers on things, I think that if we implemented D.C. and Puerto Rican statehood and passed redistricting reform, that would roughly triple our chance of holding the House in 2022 and roughly the same in the Senate. The fact that it’s possible to triple those odds is a testament to how bleak the baseline case is. So we need to pass those reforms and we need Biden to remain popular. If his approval rating is below 50 by the end of the year, we’re probably fucked. (…) I can’t claim to know exactly what the electoral effects would be of doing these things. But all of the polling I’ve seen suggests that things like HR 1 and adding states are above water. They’re not as popular as a lot of economic issues, but they’re above 50 percent. Electoral backlash doesn’t typically come from doing things that poll at 53 or 54 percent. It comes from doing things that poll at 30 or 40 percent. And so I think that the downside of this stuff is low. I think the level of voter interest in procedural issues is low. If we lived in a world where voters punished politicians for playing procedural hardball, we would have a lot fewer Republicans in office. And actually, in some ways, pursuing procedural reforms that don’t concern voters much — but which do get the other party all worked up — could be electorally beneficial. If you can get the other party to talk about something that voters don’t care about, that’s good. People don’t always think about media attention as a fixed quantity. But it is. To the extent that the coronavirus impacted the 2020 election, I think one positive political effect it had for Democrats was that whenever the media was talking about the coronavirus, they weren’t talking about Hunter Biden or immigration. And I think that kind of blocked Republicans from creating and inserting wedge issues. If Republicans decide to make 2022 into a referendum on independent redistricting, that will eat up space that could have otherwise gone to effective attacks. We should dare them to do it. (…) In 2016, non-college-educated whites swung roughly 10 percent against the Democratic Party. And then, in 2018, roughly 30 percent of those Obama-Trump voters ended up supporting Democrats down ballot. In 2020, only 10 percent of Obama-Trump voters came home for Biden. So I think what this shows: There is a long-term trend of increasing education polarization here and in every other country in the West. But the fact that education polarization declined significantly in 2018 — when Trump wasn’t on the ballot — and picked up again in 2020 suggests that Trump is personally responsible for a significant portion of America’s education polarization. I think that there’s a really strong case that this transition was specifically about Donald Trump. A lot of people theorized that we first alienated Obama-Trump voters during the fight over comprehensive immigration reform and that their rightward movement was already apparent in 2014. But if you actually look at panel data, it seems really clear that these people didn’t start identifying as Republicans until Trump won the GOP nomination. I think there’s a very strong empirical argument that Donald Trump was the main driver of the polarization we’ve seen since 2016. He just personally embodies this large cultural divide between cosmopolitan college-educated voters and a large portion of non-college-educated voters. Those divides take a lot of different forms: attitudes toward race, attitudes toward gender, opinions on what kinds of things you’re allowed to say, or how you should conduct yourself. And you know, as Trump became the nominee, and as the media made politics the Donald Trump Show for the last four years, that led to increasing political polarization on attitudes toward Donald Trump specifically. I think the reason why we saw less education-based voting in 2018 is that Trump was a smaller part of the media environment than he had been in 2016 or would be in 2020. Looking ahead to 2022, and just thinking about the next four years, the big question is how much is Donald Trump going to shape media coverage of the Republican Party or the Republican Party’s own branding? And I don’t know the answer to that question. If Trump fades out of the spotlight, I’d expect some level of education depolarization, particularly if Democrats show ideological discipline. (…) in 2016, Hillary Clinton got 51.1 percent of the two-party vote. Obama got 52 percent in 2012. In just about any other country, retaining 51.1 percent support would have been enough to keep power. But in this country, between 2012 and 2016, the Electoral College bias changed from being one percent biased toward Democrats to 3 percent biased toward Republicans, mainly because of education polarization. So Donald Trump is unpopular. And he does pay a penalty for that relative to a generic Republican. But the voters he’s popular with happen to be extremely efficiently distributed in political-geography terms. (…) So I think the Trump era has been very good for the Republican Party, even if they now, momentarily, have to accept this very, very, very thin Democratic trifecta. Because if these coalition changes are durable, the GOP has very rosy long-term prospects for dominating America’s federal institutions. The question is: Can they get all of the good parts of Trumpism without the bad parts? And I don’t know the answer to that question. But when I look at the 2020 election, I see that we ran against the most unpopular Republican ever to run for president — and we ran literally the most popular figure in our party whose last name is not Obama — and we only narrowly won the Electoral College. If Biden had done 0.3 percent worse, then Donald Trump would have won reelection with just 48 percent of the two-party vote. We can’t control what Trump or Republicans do. But we can add states, we can ban partisan redistricting, and we can elevate issues that appeal to both college-educated liberals and a lot of working-class “conservatives.” If we don’t, things could get very bleak, very fast. David Shor (stratège démocrate)
On s’attendait à ce qu’avec le gouvernement du président Biden, il y ait un meilleur traitement des migrants. Et cela a poussé les migrants d’Amérique centrale, et aussi de notre pays, à vouloir traverser la frontière en pensant que c’était plus facile de le faire. Andrés Manuel López Obrador (président mexicain)
S’il y a une reprise aux États-Unis, il est plus facile d’y aller et de trouver du travail. Beaucoup avaient peur de Trump et la plupart ne voulaient pas essayer de traverser la frontière. Mais maintenant, nombreux sont ceux qui envisagent d’émigrer aux États-Unis. Adrián Cahun
Je suppose que je devrais être flatté que les gens viennent parce que je suis un mec sympa; c’est la raison pour laquelle cela arrive – que je suis un homme honnête ou quelle que soit sa formulation. C’est – vous savez, c’est pourquoi ils viennent, parce qu’ils savent que Biden est un bon gars. La vérité est que rien n’a changé. Comme beaucoup de gens sont venus – 28 pour cent d’augmentation du nombre d’enfants à la frontière dans mon administration; 31% au cours de la dernière année de – en 2019, avant la pandémie, dans l’administration Trump. Chaque année, il y a une augmentation importante des arrivées à la frontière pendant les mois d’hiver de janvier, février et mars. Cela arrive chaque année. En plus de cela, il y a un – et personne – et, au fait, est-ce que quelqu’un suggère qu’il y a eu une augmentation de 31% sous Trump parce qu’il était un gars sympa et qu’il faisait de bonnes choses à la frontière? Ce n’est pas la raison pour laquelle ils viennent. La raison pour laquelle ils viennent est que c’est le moment où ils ont le moins de chances de mourir de chaleur dans le désert. Joe Biden
C’est juste un monde différent. C’est triste de les voir ainsi lui servir les questions. C’est des questions faciles. Et son entourage prêt à lui arracher le micro si quelqu’un commençait à se montrer un peu désobligeant. Tout ça est ridicule.[Sur la capitale américaine après le 6 janvier devenue une forteresse avec barbelés] Je pense que c’est honteux – il semble que le monde regarde – absolument, c’est une manœuvre politique qu’ils font. Il y avait zéro menace depuis le début , il n’y avait aucune menace. Ecoutez – ils sont entrés, ils n’auraient pas dû le faire. Certains d’entre eux sont entrés et ils embrassent la police et les gardes. Ils avaient une excellente relation. Et pour beaucoup d’entre eux, on les a laissé rentrer sans problème et puis ils sont entrés et ils sont sortis. Ils persécutent beaucoup de ces gens. Et certains d’entre eux devraient être punis, mais quand je regarde les antifas à Washington même, ce qu’ils ont fait à Washington et ce qu’ils ont fait dans d’autres endroits et la destruction et franchement les meurtres et le passage à tabac des gens … pourquoi ils ne s’en prennent pas aux antifas ? (…) [sur HR1] Ils essaient d’obtenir quelque chose sans pièce d’identité pour voter, pas de vérification de signature, on envoie tous les bulletins de vote qu’on peut. Vous n’aurez plus jamais une élection équitable dans ce pays. Comme pour les dernières élections, c’était honteux. C’était une élection du tiers-monde. (…) Il y a beaucoup de choses qui se sont passées que les législatures n’ont pas approuvé. Notre Cour suprême devrait avoir honte. En vertu de la Constitution, tout ce qu’ils ont fait aurait dû être approuvé par les législatures. Donald Trump
Les Américains ont eu un mérite dès l’été 2020, ils ont dit : « On met le paquet et on y va. » Et donc ils ont plus. Ils ont eu plus d’ambition que nous. Et le quoi qu’il en coûte qu’on a appliqué pour les mesures d’accompagnement, eux l’ont appliqué pour les vaccins et la recherche. Nous, on n’a pas été assez vite, assez fort là-dessus. C’est tout à fait vrai et on a pensé que le vaccin mettrait du temps à décoller. (…) Et donc on a sans doute moins rêvé aux étoiles que certains autres. Et je pense que ça doit être une leçon pour nous-mêmes. On a eu tort de manquer d’ambition, j’allais dire de folie, de dire : « C’est possible et on y va. » On est trop rationnel peut-être. Emmanuel Macron
Écoutez, vous avez un ancien président Trump, qui est raciste, sexiste, homophobe, xénophobe, menteur pathologique, autoritaire, quelqu’un qui ne croit pas à l’état de droit. Il est vraiment dangereux. Mais si vous me demandez si je me sens particulièrement à l’aise que le président, à ce moment-là, des États-Unis, ne puisse exprimer son point de vue sur Twitter ? Je ne me sens pas à l’aise à ce sujet. Maintenant, je n’ai pas la réponse. Vous voulez que les discours de haine et les théories du complot circulent dans tout le pays ? Non. Vous voulez qu’Internet soit utilisé à des fins autoritaires et insurrectionnelles, si vous voulez? Non, bien sûr. Alors, comment trouver le bon équilibre ? Je ne sais pas, mais c’est une question à laquelle nous devons réfléchir.  Parce que s’il y a quelqu’un qu pense qu’hier, c’est Donald Trump qui a été interdit, demain, ça pourrait être quelqu’un d’autre qui a un point de vue très différent et je n’aime donc pas donner autant de pouvoir à une poignée de personnes de la high tech, mais le diable est évidemment dans les détails et c’est quelque chose sur laquelle nous allons devoir réfléchir longuement, et c’est ainsi que vous préservez les droits du premier amendement sans faire basculer ce pays dans une mentalité de mensonge et les théories du complot. Bernie Sanders
Les Américains méritent la vérité sur ce qui se passe à la frontière et ils méritent également une évaluation lucide de l’administration Biden sur la façon dont ils vont gérer cela à l’avenir. Mais les événements d’aujourd’hui ont confirmé que l’équipe Biden ne nous dira jamais la vérité sur la frontière et que le flux humain massif entrant dans notre pays ne s’arrêtera pas tant que les Républicains n’auront pas battu les Démocrates à plate couture en 2022. Juste parce que le pauvre Joe Biden perd le fil de ses pensées, ne pensez pas une seconde que les gens qui tirent ses ficelles ne savent pas ce qu’ils font, ils le savent. Ils ont l’intention d’inonder ce pays d’autant de travailleurs à bas salaires et de futurs électeurs démocrates qu’ils le peuvent, et aussi vite que possible. Les Démocrates, tout comme les cartels, exploitent les migrants pour l’argent et le pouvoir. Quant au reste d’entre nous, nous sommes simplement censés nous réjouir du fait que notre pays soit complètement déstabilisé. Laura Ingraham
The president so far has surprised some of his former colleagues and allies with a largely gaffe-free White House debut after a lifetime of verbal stumbles. Politico
It’s early, but not too early to give Politico the scoop-of-the-year award for this: “The president so far has surprised some of his former colleagues and allies with a largely gaffe-free White House debut after a lifetime of verbal stumbles.” The hoops you have to jump through — and with your eyes closed! — to reach a sweeping conclusion like that is what makes it award-winning. First, you must, at least temporarily, steel your mind to reject any contrary facts, including that President Biden has not held a press conference, meaning the chance for gaffes and inanities is basically zero because he always gets to read from a TelePrompter. You also have to overlook the fact that he is only slightly more willing to agree to interview requests, which also reduces his chances to screw up. Finally, you have to pretend that he didn’t commit the many gaffes he committed when he did venture to talk with the media. Other than that, good job. That’s how you win the big prizes in Washington. Only later, in an on-the-other-hand sequence, do the Politico writers admit the contradictions that obliterate their opening. The most notable is that they point out that after Biden’s lone interview since taking office, with CBS, the White House “had to clarify his comments on whether Trump would receive intelligence briefings, the fate of the $15 minimum wage, and what Iran needed to do in negotiations surrounding the country’s nuclear program.” No wonder he’s hiding — three major “clarifications” after one interview is a good reason not to do another. But hey, no gaffes, no worries. The story is in some ways typical of the big picture that shows, now that Donald Trump is gone, the media are free to return to trivial pursuits to protect their chosen president. For four years, we were assured that journalism was about saving American democracy. Now journalism is about … nothing. That might be reasonable if there were nothing to cover. But the willful blindness illustrates how most of the Washington press corps has put aside the brass knuckles it used on Trump and taken out the pom-poms to cheerlead for another Democrat in the White House. If they were serious about covering Biden seriously, the media would examine the elephant in the room instead of just mentioning it. Why exactly isn’t the president of the United States available for questions? After all, he just signed one of the largest stimulus bills in history, a $1.9 trillion monster that throws money around like a tooth fairy on a drunken binge. It did not get a single GOP vote in either house despite Biden’s claims he wants bipartisanship. (…) Ten Republican senators got the brushoff when they offered to work with him, and then were insulted by the White House. Does he regret that? (…) The stimulus supporters are making wild claims for what it will achieve, saying it will reduce poverty by a third this year and ultimately cut child poverty in half. Can Biden explain and defend those claims, which seem preposterous on their face? Then there’s the border crisis, which is causing Biden’s team to do mental gymnastics to avoid admitting it’s a crisis. Trump had faced similar problems, but a series of measures, including agreements with Mexico and other nations, finally helped stem the tide of caravans. Biden intentionally broke those agreements and effectively invited all of Central America to come on in. A fair and functioning media would demand to hear the president himself discuss the disaster he created, which has put thousands of unaccompanied children in overcrowded custody facilities. Naturally, the press doesn’t bewail the lockdowns as “kids in cages” as they did with Trump. How about the Mideast — what are Biden’s plans? He wants a new deal with Iran and as a sweetener, removed the terrorist designation Trump slapped on the Houthis, an Iranian proxy group attacking Saudi Arabia from Yemen. The Houthis responded with even more sophisticated missile attacks on Saudi oil installations. And who knows what happened to the Hunter Biden story? This is, after all, the president’s son and the FBI has admitted he is a subject in an ongoing criminal tax case, and maybe more. [or] whether there is any reason to be concerned about Biden’s mental acuity. The fact that he’s been largely invisible tells me there is. To deny that is to glibly assume that everything is fine with a 78-year-old man who is obviously not as sharp as he was just a few years ago and who is being hidden from the public in ways that are unprecedented, especially at the start of a new administration. With its timid acquiescence, the media has participated by treating the president’s absence as no big deal. It is a big deal. A very big deal. Michael Goodwin
Three big things stood out in President Biden’s first press conference. 1. The leader of the free world is often lost at sea and says many things that are blatantly false. 2. The media is in the tank and cannot be trusted to hold him accountable. 3. Because of Nos. 1 and 2, America is headed for serious trouble. For this sickening spectacle we had to wait 64 days? Still, the event was meaningful in one distressing way. Now we know beyond all doubt there is no way to deny the terrifying truth. This was Biden’s coming out party, and the nation faces a mess that will only grow worse with time. The man who campaigned on unity is hell-bent on permanent polarization, meaning cancel culture and the supercharged racial climate are here to stay. Biden gave license to the worst instincts on the left with his repeated sneering references to all Republicans and especially Donald Trump. At one point, he actually accused Trump of letting immigrant children “starve to death on the other side” of the Mexican border. He said it in a room full of 30 supposed journalists and not a single one challenged him or even asked whether he meant it literally. In fact, not a single one challenged him on any of his falsehoods. Nor did anyone ask him why he read from prepared talking points during answers to three questions on foreign policy. No recent president has felt the need to do that. There also were moments when he talked himself into dead ends, yet there were no questions about when he would release the health reports he’s been hiding. Regarding his agenda, a report that Biden sees himself as the new FDR gives credence to the idea that he’s all in for every big, crazy idea left-wing Dems can cook up. The Green New Deal, open borders, removing voting safeguards, endless tax hikes, statehood for DC — they’re all on track and bound for glory. The only obstacle is the Senate filibuster, which requires 60 votes to pass legislation, but Biden left no doubt he would be willing to do away with it. (…) The facts of illegal immigration are fairly simple. Trump campaigned on the issue and after false starts and despite unified Democratic opposition, eventually stitched together a series of policies and actions that stemmed the tide. He built large sections of wall, deported criminal aliens and struck an agreement with Mexico that those making asylum claims would have to wait in Mexico. It is also a fact that Biden blew up each of those pillars, yet now claims he inherited a mess. Strangely, he also insisted that the numbers surging now “happens every single, solitary year. Nothing has changed.” He’s either misinformed or lying. Record numbers of arrivals are being reported daily, and NBC recently called the crossings the highest in 20 years. Again, Biden was not challenged. The final proof that the press has abdicated its role was clinched when the president refused to say when he would allow more media access to the border detention facilities. He said it would have to wait until his team got its new programs working. If Trump had said that, the sky would have fallen and democracy would be declared dead. But when Biden says it, the media rolls over. So add transparency to the list of things that don’t matter anymore. Michael Goodwin
HR1 regroupe dans un projet de loi de 791 pages toutes les mauvaises idées en matière d’organisation des élections qui ont fait de l’élection de 2020 un tel désastre, et inclut tous les plus ‘grands succès’ de 2020: l’envoi massif de bulletins de vote par correspondance, l’acceptation de bulletins de vote par correspondance reçus sans cachet de la poste, l’acceptation de bulletins de vote arrivant tardivement, la possibilité de voter dans des circonscriptions où vous ne vivez pas.  Il contient tellement de mauvaises idées qu’aucune publication ne dispose d’un espace satisfaisant pour les couvrir toutes. Le projet de loi d’accompagnement du Sénat, S.1, pourrait être encore pire. Ces projets de loi réorganisent les relations entre les États et le gouvernement fédéral. La Constitution suppose que les États réglementent leurs propres élections, mais la Constitution ajoute un gros «mais» dans ce qu’on appelle la clause électorale. La Constitution dit, « mais le Congrès peut à tout moment par la loi établir ou modifier de tels règlements. » Pendant plus de 200 ans, le Congrès a rarement utilisé ce pouvoir. Après tout, le pouvoir a été mis dans la Constitution uniquement pour empêcher les États d’étouffer le gouvernement fédéral en ne tenant jamais d’élections fédérales. Ne présumez pas que les projets de loi vont s’enliser toutes seules au cours du processus. On les a nommés H.R.1 et S.1 pour une raison. Les projets de loi sont la priorité absolue des Démocrates nouvellement habilités au Congrès. Insatisfait de l’efficacité du dernier mandat fédéral – la loi sur les électeurs automobiles de 1993 – H.R.1 fait fi de l’idée qu’un Américain devrait explicitement s’inscrire pour voter. En 2020, des États tels que le Nevada et le New Jersey ont envoyé des bulletins de vote par courrier à toute personne inscrite sur leurs listes d’inscription malgré des listes électorales pleines d’erreurs. La Public Interest Legal Foundation a documenté des milliers d’inscriptions non éligibles dans le seul Nevada qui ont reçu des bulletins de vote par correspondance. Certains ont été envoyés dans des terrains vagues, des mines abandonnées, des casinos et même des magasins d’alcools. Les États seraient également bloqués par H.R.1 des procédures de vérification de signature. H.R.1 truque le système pour toute action en justice contestant la constitutionnalité de la loi. Toutes les poursuites ne pourraient être déposées que devant un seul tribunal – le tribunal fédéral du district de Columbia. Et toute opposition devraiit être regroupée en un seul mémoire, un seul avocat étant en mesure d’en faire valoir le bien-fondé. Il accorde également une intervention automatique à tout législateur qui souhaite se joindre à la lutte contre la seule opposition. Il interdit aux États de procéder à la mise à jour des listes sur les listes électorales. Cela signifie que le bois mort et les enregistrements obsolètes s’empileraient. (…) L’enregistrement automatique universel des électeurs est, depuis des années, une priorité absolue de la gauche institutionnelle. En fait, H.R.1 supprimerait l’inscription réelle des électeurs et ferait plutôt des listes électorales simplement une copie de toute personne déjà inscrite sur une liste gouvernementale – comme les bénéficiaires de l’aide sociale et d’autres bénéficiaires des services sociaux. Les projets de loi s’étendraient bien au-delà des entités fédérales telles que l’Administration de la sécurité sociale, le ministère de la Défense, des douanes et de l’immigration et des éléments de la santé et des services sociaux. Naturellement, une base de données fédérale géante servirait de foyer à cette liste de personnes qui devraient être automatiquement inscrites pour voter, qu’elles le sachent ou non. Imaginez le nombre de bases de données gouvernementales dans lesquelles vos informations sont contenues. Vos noms et adresses correspondent-ils tous? La sécurité sociale sait-elle que vous avez quitté votre état de naissance? Vos noms de mariée et de jeune fille sont-ils différents? Avez-vous obtenu un permis de conduire avant d’obtenir la citoyenneté américaine? Vous pouvez voir les pièges. Une personne serait «inscrite» pour voter plusieurs fois, avec une légère variation dans les noms, et peut-être une plus grande variation dans les adresses de résidence. Faciliter l’inscription électorale grâce à l’inscription automatique à partir de listes gouvernementales peut sembler attrayant, jusqu’à ce que vous envisagiez le désastre du vote automatique universel comme nous l’avons vu en 2020. HR1 et S.1 obligeraient les États à systémtiser les bulletins de vote dans le courrier. Cela créerait du mou dans le système électoral. Les élections décentralisées par courrier introduisent une erreur en raison de listes remplies d’erreurs. Les bulletins de vote par la poste retardent les résultats, créent de l’incertitude et repoussent les élections dans les cuisines et les chambres à coucher où les responsables électoraux ne peuvent observer le processus de vote et ne peuvent protéger l’électeur de la coercition. H.R.1 prend les pires changements de règles d’urgence absolus de 2020 et les consacre en tant que loi fédérale. Finies les exigences relatives aux témoins d’État et aux notaires lors du processus de demande de vote par correspondance. Les États ne peuvent pas non plus édicter d’exigences d’identification de «quelque forme que ce soit» pour ceux qui demandent un bulletin. Cela signifie qu’il n’y a plus d’identification des électeurs en vertu de la loi fédérale. Pire encore, le projet de loi de 791 pages criminalise également (…) quiconque utilise les lois de contestation des États pour remettre en question l’éligibilité des inscrits. La peine peut aller jusqu’à un an de prison par exemple. Il interdit aux États de procéder à la mise à jour des listes électorales. Cela signifie que le bois mort et les enregistrements obsolètes vont s’empiler. (…) Et au cas où il n’était pas clair que HR1 prétendait démanteler le pouvoir de chaque État de tenir ses propres élections, le projet de loi indique clairement: (…) les lois de l’État qui ont le pouvoir constitutionnel de déterminer l’éligibilité au vote de ses résidents, seront soumis à une norme uniforme fédérale. Ce n’est pas tout. Dans tout le pays, les États devront accepter les bulletins de vote par correspondance plus de 10 jours après le jour du scrutin. Les États seront autorisés à ajouter du temps supplémentaire. Plus de jour d’élection. Ce sera la saison des élections, avec un mois de vote anticipé et des semaines de bulletins de vote arrivant et dépouillés. Et bien sûr, la collecte illimitée des bulletins de vote – l’aide d’un tiers pour remplir et rassembler les bulletins de vote, puis les déposer dans un bureau de vote ou un autre bureau désigné – est garantie. La désinformation, les manifestations, les émeutes et même la violence ont tous été des symptômes du traumatisme de 2020. Les groupes d’activistes et les responsables complices en 2020 ont transformé les tribunaux en armes pour transformer les lois de l’État en procédures électorales favorables à un parti en particulier. H.R.1 finirait le travail et fédéraliserait les politiques et les procédures électorales qui ont fait de 2020 un tel gâchis. (…) Il y a un mandat fédéral, adopté au 19e siècle, pour avoir un seul jour d’élection. Les bureaucrates de Washington chargés de faire appliquer cette loi ignorent cette loi. Les mandats fédéraux sont un cliquet politique à sens unique. Ils aident toujours un seul parti politique. La nation a déjà vu cette ligne de pensée. Comme Obamacare avant lui, H.R.1 fait passer notre République fédéraliste à un autre nouveau meilleur des systèmes qui prétend corriger des générations de torts structurels, tout en renforçant en même temps d’autres torts. Unifier les expériences américaines telles que se rassembler pour voter lors d’un seul jour d’élection, régi par des règles adoptées par les législateurs des États, eh bien, aux auteurs de H.R.1, c’est tout simplement démodé. J. Christian Adams
Joe Biden (…) descendant de migrants irlandais catholiques [et Kamala Harris] fille d’un père jamaïcain et d’une mère indienne (…) ont incarné le camp des minorités américaines, marquant une rupture nette avec le mandat de Donald Trump, accusé par certains démocrates d’être le président des suprémacistes blancs. Le plan a fonctionné, Joe Biden et Kamala Harris ont été élus à la Maison-Blanche. Les Noirs américains ont voté pour eux à près de 90 %, les latinos à plus de 65 % et les Asiatiques à 63 %. Ils ont su s’en souvenir au moment de nommer leurs conseillers et les membres du gouvernement. Le Sénat, qui doit confirmer un à un les membres de la future équipe du président, n’aura jamais vu passer autant de candidats issus de minorités. Une ministre de l’Intérieur amérindienne, un ministre de la Défense noir, un patron de la Sécurité intérieure d’origine cubaine, un ministre des Transports homosexuel, une sous-secrétaire à la Santé transgenre… Chaque minorité à son représentant dans cette administration arc-en-ciel, symbole du creuset américain, de sa diversité et de sa richesse. Mais à vouloir servir tout le monde, on en oublie forcément quelques-uns. À tort ou à raison, les AAPI se sentent lésés. Derrière ce sigle sont regroupés les Américains ayant des origines asiatiques ou venant des îles du Pacifique (Asian Americans/Pacific Islanders). (…) Victimes de préjugés raciaux, les Asio-Américains estiment qu’ils sont mal représentés dans les sphères du pouvoir, en particulier dans le gouvernement Biden. C’est la sénatrice de l’Illinois Tammy Duckworth, d’origine thaïlandaise, qui porte leur combat à Washington, bientôt rejointe par sa collègue de Hawaï, Mazie Hirono. Elles ont signifié à l’establishment démocrate leur refus de voter en faveur de tout nouveau prétendant qui ne serait pas asiatique. De quoi bloquer le processus de nomination au Sénat, puisque la chambre haute du Congrès est plus divisée que jamais depuis les élections de novembre 2020. Elle compte 50 élus démocrates et 50 républicains. Le camp Biden a besoin de faire le plein à chaque fois qu’il veut faire passer une loi ou qu’il souhaite faire valider la nomination d’un officiel. Quand la Maison-Blanche fait valoir aux deux sénatrices que la vice-présidente Kamala Harris est d’origine indienne par sa mère, leur réponse est cinglante. « C’est insultant ! Diraient-ils aux Afro-Américains que Kamala Harris est noire et qu’il n’y a pas besoin d’autres Afro-Américains au sein de l’administration ? » Elles tiennent bon et leur chantage va fonctionner. (…) Sur les 23 membres désignés du cabinet Biden – tous ne sont pas encore confirmés – un seul est d’origine asiatique à ce jour : Katherine Tai, représentante au Commerce, qui a grandi à Taïwan et dont les deux parents sont chinois. Un sur 23, soit environ 4,5 % du cabinet, un nombre assez proche des 5,5 % que les Asiatiques pèsent au sein de la population américaine. Insuffisant pour les leaders d’AAPI. Mais en nommant un nouveau membre d’origine asiatique, le président américain fera passer cette proportion à 18 %… Quelle autre minorité montera alors au créneau en s’estimant sous-représentée ? S’ils permettent de conforter chaque groupe, ces arrangements font peser un soupçon sur l’équipe Biden. Serait-elle davantage un casting politiquement correct qu’une équipe recrutée pour ses compétences ? Ironie de l’histoire, les Asio-Américains comptaient encore récemment sur une porte-drapeau dans l’équipe Biden. Neera Tanden, née de parents indiens, avait été désignée pour occuper la fonction importante de ministre du Budget. Mais d’anciens tweets polémiques retrouvés par la presse ont eu raison de sa candidature. Preuve qu’outre les origines ethniques, les opinions politiques comptent encore en Amérique. Julien Peyron
20 janvier 2021. Joe Biden prête serment et devient 46ème président des États-Unis. La scène est quasiment dépourvue de toute présence humaine. Les rues de Washington DC sont vides. Les habitants de la ville avaient été exhortés à rester chez eux et ceux du reste du pays s’étaient vus demander de ne pas venir. La ville est placée sous la protection de 25.000 membres de la Garde nationale, lourdement armés. De hautes barrières surmontées de barbelés entourent la zone du Capitole. Dans les rues que doit emprunter le défilé inaugural, des barrières séparent les trottoirs de la chaussée. Les seules personnes visibles le long des rues sont des hommes en uniforme portant des fusils. Un jour qui est en général un jour de fête aux États-Unis est, cette année, étrange et triste. L’explication donnée par les responsables de la ville et le FBI est qu’il y avait un risque de perturbation grave. Des inaugurations précédentes ont connu des risques de perturbation, mais la ville n’avait pas été mise en état de siège. Le 20 janvier 2017, lors de l’inauguration du président Donald J.Trump, des manifestants hostiles étaient venus à Washington DC, et avaient brûlé des voitures et brisé des vitres. La police avait protégé la cérémonie, sans barbelés ni soldats. Des centaines de milliers de personnes avaient pu venir applaudir le nouveau président. Le 6 janvier, répondant aux appels du président Trump, une foule immense s’était rassemblée à l’emplacement appelé l’Ellipse, près de la Maison Blanche. Ceux venus écouter le discours de Trump l’avaient fait, puis étaient rentrés chez eux. Pendant que Trump parlait, des milliers de personnes étaient devant le Capitole, à 30 minutes à pied de ceux venus écouter Trump, et un groupe de gens bien organisés a brisé des fenêtres du bâtiment et y est entré. Il n’y a eu aucun saccage, et juste le vol de quelques objets. Une femme non armée a été tuée d’une balle dans la tête par un policier. Deux manifestants sont morts de crises cardiaques. Une personne est tombée au sol et a été piétinée. Un membre de la police du Capitole est décédé le lendemain, apparemment victime d’un accident vasculaire cérébral. Bien que l’incident ait été grave, il n’a ressemblé en rien aux scènes de pillage, aux incendies criminels et aux violences extrêmes qui ont eu lieu dans de nombreuses grandes villes du pays pendant l’été. La différence a été que ce qui s’est passé a touché de près la classe politique. L’incident a été unanimement condamné, y compris par Trump. Ceux qui étaient venus écouter Trump et ceux qui ont perpétré l’incident n’étaient pas les mêmes. Les premiers avaient exercé leurs droits constitutionnels de libre réunion; les seconds avaient commis des actes criminels. La police aurait pu procéder à des arrestations et la justice aurait pu être rendue. La page aurait été tournée. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Des incursions dans le Capitole ont eu lieu plusieurs fois dans le passé: le 1er mars 1954, des Américains d’origine portoricaine avaient tiré à l’arme à feu au sein du bâtiment, et blessé cinq membres du Congrès; le 1er mars 1971, des membres du mouvement radical Weather Underground y avaient placé une bombe ; le 7 novembre 1983, les membres d’un groupe se faisant appeler « l’unité de résistance armée » avaient également placé une bombe dans le bâtiment; le 6 octobre 2018, des personnes étaient venues protester contre le vote de confirmation du juge à la Cour suprême Brett Kavanaugh. Semblant ignorer tout cela, le 7 janvier, Joe Biden a décrit ce qui s’était passé la veille comme une « attaque » très grave et sans précédent: « Ce dont nous avons été témoins hier n’était pas un acte de désaccord. Ce n’était pas un acte de désordre. Ce n’était pas un acte de protestation. C’était un acte de chaos. Ceux qui étaient là n’étaient pas des manifestants. Ne les appelez pas manifestants. C’était une émeute. Une insurrection. Un acte de terrorisme intérieur. C’est fondamental, c’est aussi simple que cela.  » Les grands médias américains ont parlé d’une attaque contre la « citadelle de la démocratie » et du signal d’une « volonté de renverser la république ». Les partisans de Trump – dans leur ensemble – ont été décrits comme des personnes dangereuses. La contestation du résultat des élections du 3 novembre par Trump était déjà présentée depuis des semaines comme une tentative d’inverser le résultat d’une élection parfaitement valide et comme relevant du « grand mensonge ». L’incident a été décrit comme la « transformation des Etats-Unis en une zone de guerre ». Le 8 janvier, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, après avoir demandé au Président Trump de quitter « immédiatement et volontairement » ses fonctions avant l’investiture du président élu Biden, a lancé une procédure de destitution à son encontre. Insinuant que Trump était mentalement inapte, elle a annoncé qu’elle avait parlé au chef d’état-major interarmées, le général Mark Milley, « pour discuter des mesures de précaution disponibles permettant d’empêcher un président instable de déclencher des hostilités militaires ou d’accéder aux codes d’utilisation des armes nucléaires ». Sa demande, qui a enfreint la chaîne de commandement, a été décrite comme séditieuse. Le 13 janvier, violant toute procédure régulière, la Chambre des représentants a voté à la hâte un article de destitution accusant le président Trump d ‘ »incitation à l’insurrection ». Lors de son investiture le 20 janvier, tout en parlant d ‘ »unité », Joe Biden a fait écho aux propos qu’il avait employé le 7 janvier, et a parlé d' »une montée de l’extrémisme politique, de la suprématie blanche, du terrorisme intérieur que nous devons affronter, et que nous vaincrons. « . Depuis, l’administration Biden mène un combat contre ceux que Joe Biden a désignés comme tels. « Le président Biden », a dit très vite un communiqué de la Maison Blanche, « utilisera le Conseil de sécurité nationale pour traquer et combattre l’extrémisme politique et le terrorisme intérieur ». Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, a donné un ordre de pause à l’ensemble de l’armée américaine pour que les officiers s’attaquent à « l’extrémisme » au sein des troupes. « Le suprémacisme blanc », a annoncé John Kirby, principal porte-parole du Pentagone, « pose un problème particulier » à l’armée américaine. Au Sénat, la procédure de destitution contre Trump s’est poursuivie. Les responsables officiels de la mise en accusation ont décrit les événements du 6 janvier comme une « insurrection armée » qui a menacé la vie de représentants du peuple. Ils ont décrit de prétendus « crimes et délits graves » – sans preuves et témoins, bien sûr – et ont déclaré que c’était là le résultat direct du discours de Trump le 6 janvier, et le résultat aussi de sa contestation du résultat de l’élection – qu’ils ont présentée comme une « incitation à la violence ». Ils ont ainsi laissé de coté le fait que les résultats des élections présidentielles sont contestés depuis des décennies sans que cela semble inadmissible. Ils ont également affirmé que les événements du 6 janvier avaient fait cinq morts, et n’ont pas dit qu’un seul décès – celui d’Ashli ​​Babbitt, une manifestante abattue par un policier – pouvait être directement lié à l’événement. Les avocats de Trump n’ont eu aucun mal à réfuter les accusations énoncées. Ils ont rappelé que Trump avait demandé aux gens venus l’écouter le 6 janvier de se rassembler « pacifiquement et patriotiquement » et que le discours qu’il avait prononcé était pleinement protégé par le premier amendement. Ils ont présenté des preuves montrant que ceux qui avaient initié l’irruption dans le Capitole avaient préparé leur action pendant des semaines et avaient agi pendant que Trump parlait encore. Ils ont montré qu’ il n’existait aucune relation de cause à effet entre le discours de Trump du 6 janvier et ce qui s’est passé au Capitole. Ils ont souligné que la procédure de destitution avait été menée en violation de la Constitution, et que le juge en chef de la Cour suprême, John Roberts, avait refusé de superviser la procédure. Ils ont dit que Trump ayant quitté ses fonctions, il n’était plus au moment de la procédure le président Trump, mais seulement le citoyen Trump, et ils ont demandé si les États-Unis voulaient vraiment commencer à « destituer » leurs citoyens. Ils ont souligné que les éléments de « preuve » présentés étaient une fois de plus (comme dans l’affaire de la « pseudo collusion avec la Russie ») des éléments falsifiés. Ils ont affirmé que ce qui s’était passé n’était pas une insurrection – action définie comme une action violente et organisée visant à renverser le pouvoir établi, et rappelé qu’aucun de ceux qui ont pénétré dans le Capitole n’était armé. Sans surprise, Trump a été acquitté. L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits. (…) Les appels à des purges politiques se poursuivent. L’organisation de gauche MoveOn.org a lancé une campagne contre ce qu’elle appelle le « Caucus de la trahison » et demande que des sénateurs, qu’elle décrit comme « complices de l’insurrection meurtrière lancée par Trump », soient expulsés du Congrès. La présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi – tentant apparemment de créer une équivalence entre le 11 septembre 2001, la pire attaque terroriste subie par les États-Unis et les événements du 6 janvier, et tentant aussi, semble-t-il, d’inciter à supprimer la liberté d’expression – a annoncé que le Congrès allait créer une commission du type de celle créée concernant l’attaque du 11 septembre. Un membre du Comité national démocrate, David. O. Atkins, a demandé, « comment serait-il possible de déprogrammer 75 millions de personnes? Par où commencer? » et « Nous devons commencer à penser à ce qui a été fait en Allemagne ou au Japon après la guerre. » « Les suprémacistes blancs », a déclaré le président Biden, « sont la plus grande menace terroriste intérieure aux États-Unis. Le problème est complexe, il est vaste et il est réel. » Le journaliste Kyle Daly, dans un article intitulé « Comment déprogrammer les extrémistes américains », décrit une mesure qui, à ses yeux, « pourrait faire la différence: empêcher les extrémistes d’entrer dans les institutions où ils pourraient faire le plus de dégâts – l’armée, les services de police et les législatures… Les États-Unis ont besoin d’un plan Marshall contre l’extrémisme intérieur.  » Le journaliste Kevin Roose, du New York Times, dans un article appelé « Comment l’administration Biden peut contribuer à résoudre la crise dans laquelle nous sommes », a proposé ce qui ressemble à la création du « Ministère de la vérité » décrit dans le 1984 de George Orwell: « Plusieurs experts avec lesquels j’ai parlé ont recommandé que l’administration Biden mette sur pied un groupe de travail interinstitutions pour lutter contre la désinformation et l’extrémisme intérieur, qui serait dirigé par une sorte de ‘tsar de la réalité ‘. » Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. (…) Dans un long article publié par Time Magazine, « L’histoire secrète de la campagne fantôme qui a sauvé l’élection de 2020″, Molly Ball, correspondante politique nationale de la publication, démontre en détail qu’une coterie très bien financée, composée de gens puissants, venus de secteurs et de courants d’idées différents, travaillant ensemble dans les coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, orienter la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations  » a agi, et elle ajoute que l’action de cette coterie « a touché tous les aspects de l’élection « , y compris les lois électorales, et a constitué une coalition juridique qui est parvenue à modifier les lois et les systèmes électoraux « . Ball, également auteur d’une biographie extrêmement élogieuse de Nancy Pelosi – qu’elle décrit comme une « icône de la résistance » à Trump – a affirmé que le but de la coterie n’était pas de truquer l’élection, mais de la « fortifier « . Les organisations qui ont ravagé les grandes villes américaines pendant l’été, ajoute-t-elle, ont été utilisées par la coterie: « la gauche contrôlait en réalité les activités de groupes tels Antifa, Black Lives Matter ». Dans un autre article, elle a écrit que ce qui a été fait consistait à « sauver la démocratie » et elle dit, donc, que l’utilisation de moyens non démocratiques pour fausser une élection démocratique « sauve » la démocratie. (…) Des opérations ont été menées pour détruire et nier la légitimité de la présidence de Trump et ont été enclenchées avant même qu’il soit élu, ainsi l’opération « Crossfire Hurricane », et les abus du recours à la loi FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act]. Dix-neuf minutes après son investiture, le Washington Post a publié un article intitulé « La campagne pour destituer le président Trump a commencé ». Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État. Trump a été ensuite accusé de « mettre en danger la sécurité du pays », sur la base d’une conversation téléphonique anodine avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Pour que l’accusation paraisse plausible, l’un de ses accusateurs a dû réinventer la conversation. La première tentative de destitution qui a suivi a été décrite, à juste titre, comme une « parodie de justice » et comme « l’équivalent des procès-spectacle menés sous Staline ». Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue. Une large partie des grands médias américains ont cessé d’être des médias d’information et sont devenus des organes militants anti-Trump. La diffusion de fausses nouvelles a valu au New York Times et au Washington Post de recevoir le prix Pulitzer. Quand, pendant l’été 2020, des émeutes destructrices ont eu lieu, et que Trump a évoqué le recours à l’armée pour rétablir l’ordre et protéger les biens et les personnes, ses opposants politiques l’ont comparé à Hitler et à Goebbels, se sont indignés et ont défendu les émeutiers en disant qu’ils étaient essentiellement des « manifestants pacifiques » agissant au nom des griefs légitimes. Ces gens ont apparemment oublié que la loi sur l’insurrection invoquée par Trump avait été invoquée dejà par d’autres présidents, ainsi George H.W. Bush en 1992, qui avait répondu à la demande d’aide du gouverneur de Californie Pete Wilson confronté aux émeutes de Los Angeles. Plusieurs mois avant les élections de 2020, les opposants politiques de Trump ont étrangement anticipé sa défaite et l’ont accusé – par avance, et là encore sans aucune preuve – de se préparer à enfreindre la loi. Nancy Pelosi, suggérant que Trump ne quitterait pas la Maison Blanche, a laissé entendre qu’il serait nécessaire de recourir à une « fumigation ». Joe Biden a prédit que l’armée interviendrait. « Je suis », a-t-il dit, « absolument convaincu qu’ils l’escorteront avec diligence hors de la Maison Blanche « . Les racines de ce qui se passe présentement sont, en fait, plus anciennes. (…) Ce courant s’est inspiré aussi des écrits des principaux penseurs de ce qu’on appelle aux Etats-Unis la « théorie française »: Jacques Derrida et Michel Foucault. Derrida parlait de « déconstruction », et en particulier de la déconstruction de l’idée de vérité. Foucault a défini les structures de pouvoir existantes comme des formes d’oppression, à abolir. (…) Avant son élection, le président Trump avait promis de « drainer le marécage » – qui avait effectivement besoin d’être drainé. Les habitants du marécage l’ont vu comme une menace pour leurs projets. Faire tomber Trump à tout prix et reprendre le pouvoir est devenu un impératif pour eux. Ils ont utilisé tous les moyens à leur disposition – et ils ont atteint leur objectif. Dans les premières semaines de sa présidence, Biden a signé une série de décrets, dont certains violent la Constitution et la Déclaration des droits, et qui ont réduit des milliers de gens au chômage, et aidé la Russie et la Chine. La Chambre des représentants et le Sénat n’ont pas été consultés. 74 millions d’Américains respectueux des lois sont décrits comme des terroristes et des racistes qui ont besoin d’être « rééduqués », et la tolérance pour des idées différentes est clairement en train de disparaître. Des appels sont lancés que soient fermées des chaines de télévision qui offrent une version différente de « la vérité ». La première proposition de loi présentée à la Chambre des représentants pour 2021, HR1, ou la loi « pour le peuple », a été adoptée par la Chambre le 5 mars. (…) Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes électorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. (…)  Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre. Le président Biden a présenté un projet de loi de réforme de l’immigration. Ce projet a été décrit comme un moyen de laisser entrer des étrangers traversant illégalement la frontière américaine, de légaliser leur présence et de les faire accéder à la nationalité, et comme un instrument destiné à tenter de créer une majorité permanente unipartite.  (…) L’une des premières décisions de Biden a été de dissoudre la Commission de 1776, qui avait été créée pour « revenir aux idées fondatrices énoncées dans la Déclaration d’indépendance ». Le projet 1619, qui décrit les États-Unis comme fondés sur l’esclavage, « structurellement racistes », et donc illégitimes, a été critiqué par d’éminents historiens pour son manque total de respect des faits fondamentaux. Bien qu’il soit une distorsion de l’histoire, et ignore totalement ce que l’Amérique a fait de positif, il est désormais enseigné aux enfants dans les écoles publiques et leur apprend dès lors à haïr leur pays. Guy Millière
Notre région, ils veulent la mettre en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux. Que reste-t-il de leurs valeurs lorsque, sans cesse, sans cesse, ils font cette insupportable danse du ventre aux électeurs du FN à grands coups de ‘race blanche? Cette droite n’a plus grand chose de républicain. Claude Bartolone (candidat PS aux régionales d’Ile de France, 2015)
Cette charte, pourquoi on a fait cette charte ? Parce qu’elle est engageante. L’idée, ce n’est pas de mettre sa signature, c’est de dire comment on s’engage pour l’égalité femme-homme, pour la lutte contre l’homophobie. Est-ce que ça veut dire que dans les prêches, on considérera que deux hommes ont le droit de s’aimer, de se marier, que deux femmes ont le droit de s’aimer, de se marier, comme le disent les lois de la République française? C’est cela que dit cette Charte. Marlène Schiappa
Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes. Ce sont deux catégories de la population soupçonnées d’être riches. (…) Il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes, qui s’unissent de fait dans ce combat. Il y a des slogans de La Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues. (…) Les slogans et l’agressivité de la “manif pour tous” ont nourri la recrudescence de violences homophobes : + 64 % l’année dernière. L’homophobie se nourrit des messages de haine proférés par La Manif pour tous. Marlène Schiappa
Il y a tout un pan de cette loi qui vise à protéger la liberté de conscience et lutter contre les dérives sectaires. Par exemple, les certificats de virginité, il y a de plus en plus de famille qui sont influencées par les courants évangélistes venant des Etats-Unis, qui demandent, comme aux Etats-Unis, des certificats de virginité. Marlène Schiappa (France 3)
Nous avons rappelé le principe d’égalité entre tous les êtres humains (…) et nous avons clairement dit que cela impliquait le refus de toute discrimination liée à l’homosexualité. Cette charte est notre affaire et je dénie à un ministre la capacité de dicter les prêches des imams. Que resterait-il de la liberté de religion ? Que resterait-il de la laïcité ? Et puis, il y a une grande différence entre refuser toute discrimination notamment pour un motif d’orientation sexuelle et adhérer au mariage homosexuel. Comme les autres religions monothéistes, l’islam ne reconnaît le mariage qu’entre les personnes de sexe différent. Aucune autorité publique ou politique ne peut dicter une doctrine religieuse. Chems-eddine Hafiz (recteur de la mosquée de Paris)
Le chemin est long en tant que femme noire, le chemin est long en tant que femme grosse, en tant que femme oubliée de la société, oubliée de la culture. Le chemin est long et sinueux, mais on va y arriver. Ça mettra dix ans, ça mettra quinze ans, on ne veut pas nous laisser prendre l’ascenseur, il n’y a pas de souci, on est endurant, on va prendre les escaliers. C’était important de faire cette victoire avec vous, d’être avec des personnes qui me ressemblent, qui sont comme moi, qui m’entendent et qui me comprennent, qui comprennent ma colère. Ma colère qui est légitime, notre colère est légitime, et j’aimerais que ce soir toute la France l’entende. Yseult Onguinet
Nous, les personnes faisant partie des minorités, des personnes racisées, on est dans un délire de devoir quelque chose à la France, mais qu’est-ce que l’on doit en fait ? On leur a pris la dignité, le respect, l’empathie. On est des êtres humains, on a un cœur, je suis une citoyenne à part entière.  Ca me casse les couilles de devoir en permanence être redevable, d’être moi-même dans l’empathie de personnes non-racisées alors que ça devrait être le contraire. Qu’on arrête de nous  chier dessus. Yseult
Au moment de recevoir sa récompense de révélation féminine de l’année samedi 13 février, lors de la 36ème cérémonie des Victoires de la musique, la chanteuse Yseult se lance, sans surprise, dans un discours engagé. La jeune artiste se vit en effet comme l’un des porte-étendard de la lutte contre les discriminations. (…) Épaulée par ses « sœurs » Adèle Haenel, Assa Traoré et Aïssa Maïga, la chanteuse reprend à son compte le vocabulaire et les notions utilisés par le mouvement intersectionnel. Yseult est « woke », éveillée aux enjeux d’une société qui opprimerait systématiquement ses minorités. Si on pardonnera volontiers cette candeur à une chanteuse dont le débat d’idées n’est pas le métier, la sortie d’Yseult aux Victoires de la musique, même pour un spectateur n’ignorant rien de la réalité des phénomènes racistes, sexistes et discriminants, mérite tout de même qu’on s’y attarde. Notamment compte tenu de ses états de service : ancienne finaliste de la Nouvelle Star signée chez Universal, fondatrice de son propre label après le four de son premier album, compositrice pour Jenifer et Chimène Badi, première partie d’Angèle et, finalement, lauréate à 26 ans d’une première Victoire de la musique. On a vu pire chemin de croix. Si bien que, sans minimiser les difficultés qu’elle a pu rencontrer, il n’est pas interdit de demander d’où parle la camarade Yseult. Ni de souligner que son militantisme dans l’ère du temps, communautaire et fondé sur la sacro-sainte subjectivité, tolère des angles morts assez fâcheux eu égard aux principes de la « déconstruction ». Force est de constater qu’il existe une disjonction entre le discours victimaire qui jalonne la carrière d’Yseult d’une part, et son succès au sein de l’industrie musicale d’autre part. Industrie à ce point oppressive et raciste qu’elle a nommé – peut-être pour se donner bonne conscience – trois femmes noires aux Victoires de la musique : Aya Nakamura, Lous and the Yakuza et Yseult. On nous rétorquera que Nakamura et Lous sont les exceptions, qu’Yseult a raison de s’engager en faveur de ceux que le racisme et le sexisme priveraient de carrière. Certes, mais à l’heure où le récit de soi et la mise en scène de sa singularité sont devenus des dimensions incontournables de la communication d’un artiste, c’est bien de sa personne dont parle constamment Yseult. Dès 2015, cette dernière imputait sa défaite en finale du télé-crochet Nouvelle Star à la société, plutôt qu’au talent de son adversaire ou à ses propres défauts : « On n’accepte pas encore les différences des gens. Malheureusement, je suis noire, malheureusement, je suis très forte corporellement », expliquait-elle. (…) Mais est-ce encore la société qui impose ce regard sur elle-même à Yseult, ou est-ce Yseult qui se présente au monde à travers ce prisme ? (…) Que la chanteuse ait souffert du regard des autres, comme tant et tant d’adolescents, est une première chose. Qu’Yseult ait subi le racisme, la grossophobie et le sexisme, c’en est une deuxième. C’est à elle de le dire, de la manière la plus circonstanciée possible, étant donnée la gravité des faits. Il y a toutefois une troisième dimension dans ses propos, directement déduite des deux précédentes : l’idée, pourtant démentie par l’expérience, selon laquelle « on ne v[oudrait] pas nous laisser prendre l’ascenseur » – comprendre : parce que « nous » sommes femmes, noires ou grosses. C’est ainsi que le décalage entre le parcours d’Yseult et le discours « woke » qu’elle porte maladroitement se révèle cruellement : alors qu’il n’y a de vérité que celle du « je » aux yeux de certains militants, la jeune femme, bien qu’elle se décrive en « oubliée de la culture », n’a pas vraiment de quoi se plaindre personnellement en terme d’intégration sociale. (…) « Je pense qu’il faut aussi reconnaître ses privilèges, et au-delà de ses privilèges, faut aussi aider ceux qui n’ont pas les mêmes privilèges », concluait Yseult, reprenant à son compte une notion selon laquelle ceux qui bénéficient d’une situation normale dans un Etat de droit – ne pas subir de discrimination en raison de son sexe ou de sa couleur de peau – jouiraient d’un avantage indu. On pourrait toutefois inviter la chanteuse à faire son propre examen de conscience, en la renvoyant au point aveugle de l’immense majorité de ses prises de parole publique : les inégalités économiques. Eh oui, revoilà la lutte des classes. Et Yseult se classe indéniablement du côté des dominés. Fille d’un cadre supérieur chez Land Rover, Yseult a passé sa scolarité dans le privé, à Agen. « Matériellement, je n’ai pas à me plaindre, mon père gagnait beaucoup d’argent. On changeait de voiture tous les deux jours, on me conduisait à la maternelle en Mercedes. Ma mère s’achetait des sacs griffés », racontait-elle en 2015 dans un entretien au magazine suisse Femina. Une enfance plus que confortable, marqué par des voyages en Jamaïque, aux Etats-Unis, en Indonésie, ou encore à Cuba. Louis Nadau
Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années, écrivait Corneille. Pourtant, Yseult aura étrangement patienté sept longues années, depuis sa participation au télécrochet Nouvelle Star avant d’être opportunément (re)découverte par l’industrie musicale qui vient de la sacrer « révélation féminine » aux victoires de la musique. Pour enfin percer dans le monde de la musique, Yseult a fait de la victimisation son cheval de bataille. Éternelle victime, Yseult est le parfait exemple de ceux qui se vautrent dans la complainte victimaire permanente dans laquelle l’autre est la source exclusive de tous leurs problèmes. Finaliste malheureuse de la Nouvelle Star 2014, Yseult se plaignait (déjà) de l’impossibilité de s’épanouir face à un public qui ne l’acceptait pas. Quand un artiste ne reçoit pas les hommages d’un public, il dispose de deux options : chercher son public ailleurs ou se remettre en question. Mais Yseult a choisi, comme tant d’autres, la carte racialiste et victimaire pour expliquer sa défaite en finale : « On n’accepte pas encore les différences des gens. Malheureusement, je suis noire, malheureusement, je suis très forte corporellement ». Ce qu’elle présentait comme un regret et un handicap en 2014 devient soudain une force et une fierté en 2021. Yseult avait trouvé son crédo : la chanson servirait d’alibi à son militantisme, et son militantisme servirait de faire-valoir à ses chansons. Pourtant, elle avait déjà tout faux. Etre une femme noire n’a jamais empêché le talent de Whitney Houston d’être reconnu, ni Dee Dee Bridgewater, Billie Holiday ou Nina Simone de briller en pleine ségrégation raciale aux Etats-Unis. Etre une femme noire et obèse n’a jamais interdit à Ella Fitzgerald, Ruby Wilson ou Ruth Brown, la Queen du R&B, d’être aimé par un large public. Valeurs actuelles
Si c’est un groupe de travail consacré aux discriminations dont sont l’objet les personnes noires ou métisses (…) Moi, je ne dis pas qu’il faille que ça soit interdit. Mais si il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, etc, etc, j’aurais tendance à dire qu’il n’est pas question de le ou la jeter dehors. En revanche, on peut lui demander de se taire, d’être spectatrice ou spectateur silencieux. Audrey Pulvar (adjointe à la mairie de Paris, candidate aux élections régionales d’Ile de France)
Une tuerie s’est déroulée mi-mars 2021 dans un supermarché à Boulder dans le Colorado (États-unis),10 personnes ont trouvé la mort dans cette tragédie. Les médias de grand chemin se jettent-ils sur l’occasion pour informer en fonction des faits ? Ou pour les déformer ? Sur les premières images, le tueur interpellé est blanc. Le massacre de 10 civils se transforme instantanément en un procès de l’homme blanc armé d’un fusil AR-15. Plusieurs personnalités politiques s’en donnent à cœur joie pour faire de la récupération. Et puis… Dans un premier temps, le meurtrier est blessé à la jambe puis interpellé par la police qui l’emmène. Toutes les caméras ne retiennent alors plus qu’une seule chose : le tueur est blanc. C’est l’information principale que décident de relayer plusieurs grands médias tels que RTL, 20 Minutes ou le Huffington Post et d’autres encore. Dès lors, Twitter va se déchaîner. Avalanche de tweets haineux pour dénoncer la violence de l’homme blanc. Meena Harris, la nièce de Kamala Harris (vice-présidente des États-Unis) tweetait « Violent white men are the greatest terrorist threat to our country » (les hommes blancs violents sont la plus grande menace terroriste pour notre pays). Elle a par la suite rapidement supprimé son tweet. Un journaliste de l’AFP du service « vérification des faits » avait également tweeté « He was only apprehended and not chocked or shot to death because he was not brown, black or muslim” (il a été appréhendé et non tué parce qu’il n’était pas brun, noir ou musulman). Beaucoup d’autres tweets ont relayé que le tueur était un homme blanc et que s’il n’a pas été immédiatement abattu par la police c’était en vertu de sa couleur de peau. Quelques jours plus tôt, en Géorgie, avait eu lieu une autre tuerie où un meurtrier blanc avait pris pour cible des femmes asiatiques dans leur salon de massage. Toute la presse avait crié au racisme mais le coupable, manifestement dérangé, déclarait qu’il souffrait « d’addiction sexuelle » et qu’il voyait ces salons de massage comme une tentation à éliminer. Certains médias surfent sur cette vague pour relancer la machine avec ce nouvel évènement macabre. Problème : le tueur est en réalité un Syrien musulman âgé de 21ans, anti-Trump, Ahmad Al Aliwi Alissa. L’information est tombée comme un coup de tonnerre et a forcé quelques personnalités à réagir par rapport à ce qu’elles avaient d’abord dénoncé. À titre d’exemple, la militante et écrivain américaine (Amy Siskind — sur Twitter) qui avait participé à la première vague de désinformation a déclaré, en apprenant le nom et la religion du tueur, qu’il ne fallait pas répandre cette nouvelle, ne pas lui faire de publicité. La publicité n’est en effet autorisée que si elle va dans le bon sens. Beaucoup d’autres ont simplement arrêté de tweeter à ce sujet lorsqu’ils ne se sont pas simplement enfoncés dans le mensonge. (…) Le président des États-Unis, Joe Biden, s’est exprimé en appelant le congrès à agir « maintenant » pour limiter la circulation des armes à feu dans le pays. Biden sait bien qu’il n’a pas de majorité pour changer quoi que ce soit à ce sujet, il est douteux qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs, mais il est de bon ton de dénoncer le peuple qui pourrait oser prendre la responsabilité de sa propre défense. In fine, une information passe à la trappe au milieu de ce pugilat médiatique : les dix victimes de cet odieux carnage sont tous des blancs. Observatoire du journalisme
None of them mentioned that he killed two white people as well — a weird thing for a white supremacist to do — and injured a Latino. None pointed out that the connection between the spas was that the killer had visited them. None explained why, if he were associating Asian people with Covid19, he would nonetheless expose himself to the virus by having sex with them, or regard these spas as “safer” than other ways to have quick sex. They didn’t because, in their worldview, they didn’t need to. What you see here is social justice ideology insisting, as Dean Baquet temporarily explained, that intent doesn’t matter. What matters is impact. The individual killer is in some ways irrelevant. His intentions are not material. He is merely a vehicle for the structural oppressive forces critical theorists believe in. And this “story” is what the media elites decided to concentrate on: the thing that, so far as we know, didn’t happen. We don’t know all the nuances of this case. Again, we shouldn’t take a killer’s confession at face value. Or his roommates’ memories. We may yet be surprised by some other factor — including perhaps anti-Asian bias that has so far been missing. (One rumor aired in Korean media, but unconfirmed anywhere else, is that the killer conveniently cried “I want to kill all Asians!” before the murder spree.) But notice how CRT operates. The only evidence it needs it already has. Check out the identity of the victim or victims, check out the identity of the culprit, and it’s all you need to know. If the victims are white, they don’t really count. Everything in America is driven by white supremacist hate of some sort or other. You can jam any fact, any phenomenon, into this rubric in order to explain it. The only complexity the CRT crowd will admit is multiple, “intersectional” forms of oppression: so this case is about misogyny and white supremacy. The one thing they cannot see are unique individual human beings, driven by a vast range of human emotions, committing crimes with distinctive psychological profiles, from a variety of motives, including prejudices, but far, far more complicated than that. There’s a reason for this shift. Treating the individual as unique, granting him or her rights, defending the presumption of innocence, relying on provable, objective evidence: these core liberal principles are precisely what critical theory aims to deconstruct. And the elite media is in the vanguard of this war on liberalism. This isn’t in any way to deny increasing bias against Asian-Americans. It’s real and it’s awful. Asians are targeted by elite leftists, who actively discriminate against them in higher education, and attempt to dismantle the merit-based schools where Asian-American students succeed — precisely and only because too many Asians are attending. And Asian-Americans are also often targeted by envious or opportunistic criminal non-whites in their neighborhoods. The more Asian-Americans succeed, the deeper the envy and hostility that can be directed toward them. The National Crime Victimization Survey notes that “the rate of violent crime committed against Asians increased from 8.2 to 16.2 per 1000 persons age 12 or older from 2015 to 2018.” Hate crimes? “Hate crime incidents against Asian Americans had an annual rate of increase of approximately 12% from 2012 to 2014. Although there was a temporary decrease from 2014 to 2015, anti-Asian bias crimes had increased again from 2015 to 2018.” Asians are different from other groups in this respect. “Comparing with Black and Hispanic victims, Asian Americans have relatively higher chance to be victimized by non-White offenders (25.5% vs. 1.0% for African Americans and 18.9% for Hispanics). … Asian Americans have higher risk to be persecuted by strangers … are less likely to be offended in their residence … and are more likely to be targeted at school/college.” Of those committing violence against Asians, you discover that 24 percent such attacks are committed by whites; 24 percent are committed by fellow Asians; 7 percent by Hispanics; and 27.5 percent by African-Americans. Do the Kendi math, and you can see why Kendi’s “White Supremacist domestic terror” is not that useful a term for describing anti-Asian violence. But what about hate crimes specifically? In general, the group disproportionately most likely to commit hate crimes in the US are African-Americans. At 13 percent of the population, African Americans commit 23.9 percent of hate crimes. But hate specifically against Asian-Americans in the era of Trump and Covid? Solid numbers are not yet available for 2020, which is the year that matters here. There’s data, from 1994 to 2014, that finds little racial skew among those committing anti-Asian hate crimes. Hostility comes from every other community pretty equally. The best data I’ve found for 2020, the salient period for this discussion, are provisional data on complaints and arrests for hate crimes against Asians in New York City, one of two cities which seem to have been most affected. They record 20 such arrests in 2020. Of those 20 offenders, 11 were African-American, two Black-Hispanic, two white, and five white Hispanics. Of the black offenders, a majority were women. The bulk happened last March, and they petered out soon after. If you drill down on some recent incidents in the news in California, and get past the media gloss to the actual mugshots, you also find as many black as white offenders. This doesn’t prove much either, of course. Anti-Asian bias, like all biases, can infect anyone of any race, and the sample size is small and in one place. But it sure complicates the “white supremacy” case that the mainstream media simply assert as fact. And, given the headlines, the other thing missing is a little perspective. Here’s a word cloud of the victims of hate crimes in NYC in 2020. You can see that anti-Asian hate crimes are dwarfed by those against Jews, and many other minorities. And when you hear about a 150 percent rise in one year, it’s worth noting that this means a total of 122 such incidents in a country of 330 million, of which 19 million are Asian. Even if we bring this number up to more than 3,000 incidents from unreported and far less grave cases, including “shunning”, it’s small in an aggregate sense. A 50 percent increase in San Francisco from 2019 – 2020, for example, means the number of actual crimes went from 6 to 9. Is it worse than ever? No. 2020 saw 122 such hate incidents. In 1996, the number was 350. Many incidents go unreported, of course, and hideous comments, slurs and abuse don’t count as hate “crimes” as such. But the theory behind hate crimes law is that these crimes matter more because they terrify so many beyond the actual victim. And so it seems to me that the media’s primary role in cases like these is providing some data and perspective on what’s actually happening, to allay irrational fear. Instead they contribute to the distortion by breathlessly hyping one incident without a single provable link to any go this — and scare the bejeezus out of people unnecessarily. The media is supposed to subject easy, convenient rush-to-judgment narratives to ruthless empirical testing. Now, for purely ideological reasons, they are rushing to promote ready-made narratives, which actually point away from the empirical facts. To run sixteen separate pieces on anti-Asian white supremacist misogynist hate based on one possibly completely unrelated incident is not journalism. It’s fanning irrational fear in the cause of ideological indoctrination. And it appears to be where all elite media is headed. » Andrew Sullivan
La croyance en un monde meilleur motive les luttes et les programmes des partis, révolutions et régimes politiques depuis trois siècles. (…) Au stade actuel du « politiquement correct » à l’américaine, les éveillés du mouvement Woke ne s’en doutent pas, mais leur combat s’inscrit dans ce que les spécialistes appellent augustinisme politique (saint Augustin doit se retourner dans sa tombe) : on observe en effet le même genre de comportement, vertueux et vindicatif, chaque fois que des croyants entreprennent d’instaurer ici-bas, sinon la cité de Dieu augustinienne, tout au moins une cité purifiée du mal radical qui affecte la cité des hommes vouée au démon (l’homme blanc, en l’occurrence). (…) Ladite croyance a motivé les « luttes » et les « programmes » des partis, révolutions et régimes politiques qui se sont succédé depuis lors en Occident et dans le reste du monde – étant entendu que le « bien » ou le « juste » visé par l’un ou l’autre ne sont pas les mêmes (ceux des démocraties libérales ne sont pas ceux des régimes totalitaires). Exacerbé par la passion et le ressentiment contre le pécheur originel (blanc), et viralisée par les réseaux sociaux, le mouvement Woke serait comme une caricature finale de ce mouvement général (…) Un monde meilleur, « changer la vie », engendrer un « homme nouveau … ces choses-là sont plutôt, en effet, affaire de religion, fût-ce dans un monde moderne qui se croit affranchi de la religion, sécularisé, laïque… alors qu’il est encore tout imprégné d’une religiosité qui motive encore et toujours le projet d’instaurer le Bien, fût-ce par la guerre, la conquête et la violence quand les prêches et le catéchisme ne suffisent pas… (…) L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… Si bien que les États-Unis désunis expérimentent sur leur propre territoire les déboires rencontrés au Moyen-Orient et ailleurs dans leurs projets d’évangélisation (« démocratisation ») des pays de la région : au lieu de la démocratie libérale espérée sous protectorat du « libérateur », la guerre de tous contre tous ! Paul Soriano

Mensonges sur l’origine d’un bilan vaccinal lancé en fait par son prédécesseur, mensonges sur l’origine de la crise migratoire actuelle à la frontière mexicaine (plus de 42% d’appréhensions par rapport à 2019) , antisèches, nombre de journalistes – pandémie oblige – limité à 25, liste et photos de journalistes à interroger, nombre de questions limité à 20, refus de répondre aux dernières questions, projets liberticides de supprimer le vote qualifié au Sénat et d’entériner la levée de tous les garde-fous qui apermis …

Au lendemain d’une première et longuement attendue conférence de presse du nouveau président américain …

Qui a vu malgré les antisèches apparentes, les mensonges éhontés et les pénibles bafouillages …

Nos journalistes si pointilleux sur ces quatre dernières années …

Rivaliser de complaisance pour saluer les « premiers pas réussis » …

D’un président qui après le holdup du siècle que l’on sait …

Se voit protégé tant par des médias traditionnels aux ordres et l’implacable censure des plateformes numériques pour ses adversaires …

Que sous prétexte d’une menace terroriste intérieure inventée de toutes pièces

Par une véritable armée de soldats en arme et les barbelés qui vont avec dans une capitale littéralement bunkerisée …

Tandis qu’à l’instar d’un Musulman d’origine syrienne qui abat des clients d’un supermarché

Et contre toutes les statistiques qui montrent la sur-représentation des noirs dans les crimes de haine en général et contre les Asiatiques en particulier …

L’auteur d’une fusillade qui tue non seulement deux blancs et un latino, mais s’avère être un client régulier des spas asiatiques pour un « sexe plus sûr  » est présenté comme un suprémaciste blanc anti-asiatique

Alors qu’à l’instar d’une Administration Biden désormais otage de ses minorités

A la fois, inversant totalement l’ancien rêve du pasteur King, par la couleur de peau…

Mais aussi par les opinions (correctement) politiques …

Nos nouveaux damnés de la terre atteignent, à travers à présent l’ensemble de l’Occident, des sommets dans la geignerie communautaire …

Et dans le vomissement du nouveau bouc émissaire que constitue l‘Homme blanc

Pendant que nos gouvernants prétendent à présent dicter les prêches de nos églises …

Ou réduire au silence les paroles dont la couleur ne leur reviendrait pas …

Comment ne pas voir …

Malgré quelques petis signes d’espoir, notamment du côté desdites minorités …

Dans ce nouveau meilleur des mondes et cette nouvelle post-vérité qui vont apparemment désormais nous tenir lieu de réalité…

L’avènement à la tête même du Monde libre …

Et bientôt de proche en proche à l’ensemble de nos démocraties …

Prophétisé par Chesterton il y a plus d’un siècle …

A l’image de la fameuse bête de notre Pascal national …

Ou de celle, avec ses cornes d’agneau et sa parole de dragon, de l’Apocalypse ….

De ce « monde moderne rempli d’idées chrétiennes devenues folles » ?

« Le mouvement woke, dernière croisade : et si on arrêtait enfin de rendre le monde meilleur ? »
Paul Soriano
Marianne
26/03/2021

« L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… » explique, par la médiologie, Paul Soriano.

La croyance en un monde meilleur motive les luttes et les programmes des partis, révolutions et régimes politiques depuis trois siècles. Au vu du bilan, l’état du monde suggère d’en finir avec l’empire du Bien pour en revenir au seul bien des nations : la vertu civique, tendue vers la paix civile. Une Realpolitik, intégralement « laïque », à l’égard des croyances religieuses avouées ou clandestines (les idéologies).

Au stade actuel du « politiquement correct » à l’américaine, les éveillés du mouvement Woke ne s’en doutent pas, mais leur combat s’inscrit dans ce que les spécialistes appellent augustinisme politique (saint Augustin doit se retourner dans sa tombe) : on observe en effet le même genre de comportement, vertueux et vindicatif, chaque fois que des croyants entreprennent d’instaurer ici-bas, sinon la cité de Dieu augustinienne, tout au moins une cité purifiée du mal radical qui affecte la cité des hommes vouée au démon (l’homme blanc, en l’occurrence). Ce fut le cas au XVIe siècle dans la Genève de Calvin et en Allemagne, pendant la Guerre des paysans, ou un peu plus tard, en Amérique. Entre autres…

Au XVIIIe siècle, c’est dans toute l’Europe que des hommes éclairés se sont mis à croire en un monde meilleur gouverné par la Raison et tendu vers le Progrès, et ont assigné cet objectif au politique ; car ce siècle de la Raison est aussi le siècle de la Morale : comme dans la philosophie de Kant, la raison « pratique » (morale) suit de près la raison pure. Auparavant on entendait plus modestement gouverner par le sens commun, tendu vers le bien commun, raisonnablement plutôt que rationnellement.

Lutte contre le péché l’originel

Ladite croyance a motivé les « luttes » et les « programmes » des partis, révolutions et régimes politiques qui se sont succédé depuis lors en Occident et dans le reste du monde – étant entendu que le « bien » ou le « juste » visé par l’un ou l’autre ne sont pas les mêmes (ceux des démocraties libérales ne sont pas ceux des régimes totalitaires). Exacerbé par la passion et le ressentiment contre le pécheur originel (blanc), et viralisée par les réseaux sociaux, le mouvement Woke serait comme une caricature finale de ce mouvement général : il a le mérite de nous éclairer sur nous-mêmes et sur le bilan de trois siècles de « progrès », deux guerres mondiales, des « crimes contre l’humanité », et des tyrannies comme on n’en avait jamais connu…

Les premiers penseurs de la politique la définissent pour leur part comme une activité destinée à assurer la pérennité de la cité et, à cette fin, la paix civile, face aux divisions qui résultent de la diversité des opinions et des intérêts ; ils ne se préoccupent nullement d’instaurer le règne de la vertu, sinon de la seule vertu civique, requise par ladite paix civile. Cette définition n’est pas amorale, mais elle vise le bien commun plutôt que le Bien (majuscule), et s’inspire du sens commun plutôt que de la Raison (majuscule… L’idée saugrenue de convertir le reste du monde lui est étrangère.

C’est le christianisme qui va tout changer, au risque de subordonner la politique à la morale, le pouvoir temporel au pouvoir spirituel, inventant du même coup la « théocratie », absente de la liste des régimes politiques recensés par Aristote.

Un monde meilleur, « changer la vie », engendrer un « homme nouveau … ces choses-là sont plutôt, en effet, affaire de religion, fût-ce dans un monde moderne qui se croit affranchi de la religion, sécularisé, laïque… alors qu’il est encore tout imprégné d’une religiosité qui motive encore et toujours le projet d’instaurer le Bien, fût-ce par la guerre, la conquête et la violence quand les prêches et le catéchisme ne suffisent pas…

L’Empire du Bien

En d’autres termes, alors que la politique selon les Anciens est « laïque » par définition (et n’a donc pas besoin de mot pour le dire), nos libres penseurs fanatisés (radicalisés ?) vont devoir inventer une « laïcité » sur mesure qui ne guette que les signes extérieurs (la croix, le voile, etc.) et ne voit donc pas mais cette religion intériorisée qui vous possède inconsciemment, en dépit des exorcismes critiques ou psychanalytiques ; d’où les difficultés d’application, notamment dans nos vertueuses républiques.

L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… Si bien que les États-Unis désunis expérimentent sur leur propre territoire les déboires rencontrés au Moyen-Orient et ailleurs dans leurs projets d’évangélisation (« démocratisation ») des pays de la région : au lieu de la démocratie libérale espérée sous protectorat du « libérateur », la guerre de tous contre tous !

La bonne nouvelle, peut-être, c’est que la décomposition accélérée du théologico-politique, la fin de la « fin l’histoire » entendue comme conversion définitive du monde aux « valeurs occidentales », pourrait annoncer un retour de la politique à l’ancienne, la politique tout court, dans un monde multipolaire, où la notion même d’Occident n’aurait plus cours, un monde toujours conflictuel mais assurément moins « fanatique ».

Après la funeste mondialisation, l’inter-national sera enfin le genre humain !

Voir aussi:

Ingraham: Biden press conference a continuation of campaign strategy to protect from tough questions

‘Team Biden will never tell us the truth about the border’

Fox News host Laura Ingraham opened her show « The Ingraham Angle » on Thursday reacting to President Biden’s news conference performance and the White House’s efforts to protect him from tough questioning.

INGRAHAM: The White House used the excuse of COVID, of course, to limit the number of reporters in attendance — never mind that they could have held the event outside in the Rose Garden, wouldn’t have had to worry about any of that. And of course Biden’s handlers didn’t dare open the president up to a question from our own Peter Doocy. So this is basically a continuation of Biden’s basement strategy on the campaign trail — limit the off the cuff interactions, keep him on note cards, stay away from numbers unless scripted.  

Ingraham also slammed Biden for his continued lack of transparency on the immigration crisis at the southern border.

INGRAHAM: The American people deserve the truth about what’s happening at the border and they also deserve a clear-eyed assessment from the Biden administration on how they’re going to handle this going forward. But the events of today confirmed that Team Biden will never tell us the truth about the border and that the massive flow of humanity entering our country will not stop until Republicans beat Democrats like a drum in 2022.  

Voir également:

Biden lies, and the media doesn’t question it

Three big things stood out in President Biden’s first press conference.

 

1. The leader of the free world is often lost at sea and says many things that are blatantly false.

2. The media is in the tank and cannot be trusted to hold him accountable.

3. Because of Nos. 1 and 2, America is headed for serious trouble.

For this sickening spectacle we had to wait 64 days?

Still, the event was meaningful in one distressing way. Now we know beyond all doubt there is no way to deny the terrifying truth.

This was Biden’s coming out party, and the nation faces a mess that will only grow worse with time. The man who campaigned on unity is hell-bent on permanent polarization, meaning cancel culture and the supercharged racial climate are here to stay.

Biden gave license to the worst instincts on the left with his repeated sneering references to all Republicans and especially Donald Trump. At one point, he actually accused Trump of letting immigrant children “starve to death on the other side” of the Mexican border.

He said it in a room full of 30 supposed journalists and not a single one challenged him or even asked whether he meant it literally. In fact, not a single one challenged him on any of his falsehoods.

Nor did anyone ask him why he read from prepared talking points during answers to three questions on foreign policy. No recent president has felt the need to do that.

There also were moments when he talked himself into dead ends, yet there were no questions about when he would release the health reports he’s been hiding.

Regarding his agenda, a report that Biden sees himself as the new FDR gives credence to the idea that he’s all in for every big, crazy idea left-wing Dems can cook up.

The Green New Deal, open borders, removing voting safeguards, endless tax hikes, statehood for DC — they’re all on track and bound for glory. The only obstacle is the Senate filibuster, which requires 60 votes to pass legislation, but Biden left no doubt he would be willing to do away with it.

“I want to get things done,” he said.

Each piece of his party’s planned utopia is unprecedentedly radical in its own way, but not nearly radical enough for the media. Their performance was pathetic not just in what questions they asked and didn’t ask, but how they asked them. The dominant theme was that Biden and his team are not moving fast enough to turn America upside down and inside out.

Why don’t you, when will you, why haven’t you? Over and over, the aim was not to ask a question but to speed up an agenda.

Naturally, this was the complete opposite of the way some of the same people behaved during the Trump presidency. Then the questions were outraged expressions that aimed at stopping the administration. Now they are pleas aimed at pushing this one forward faster.

As such, the 10 people Biden called on generally followed the script laid out in the Washington Post and elsewhere. Columnist Margaret Sullivan had warned reporters not to try to “show how tough” they were being on Biden to please “Trump allies.” She even downplayed the border crisis, suggesting it was getting too much attention.

It got the most attention Thursday, but only in ways that reinforced the idea that it is the milk of human compassion to invite Central Americans to make the long trek north. Violence is rampant and coyotes, human traffickers and the cartels are making a mint, but not a peep about that from the president or his media helpers.

Nor was there any hint that perhaps stricter enforcement was compassionate to Americans in border towns and taxpayers everywhere. Instead, the underlying assumption seemed to be that any suffering experienced by migrants once they got to the border was proof of heartlessness and had to be remedied as quickly as possible.

As for the pandemic, apparently it’s no longer a problem. Pictures showing migrants crowded together in cages and reports that many are released despite testing positive for COVID never came up. No sense spoiling the good vibes.

The facts of illegal immigration are fairly simple. Trump campaigned on the issue and after false starts and despite unified Democratic opposition, eventually stitched together a series of policies and actions that stemmed the tide. He built large sections of wall, deported criminal aliens and struck an agreement with Mexico that those making asylum claims would have to wait in Mexico.

It is also a fact that Biden blew up each of those pillars, yet now claims he inherited a mess. Strangely, he also insisted that the numbers surging now “happens every single, solitary year. Nothing has changed.”

He’s either misinformed or lying. Record numbers of arrivals are being reported daily, and NBC recently called the crossings the highest in 20 years.

Again, Biden was not challenged.

The final proof that the press has abdicated its role was clinched when the president refused to say when he would allow more media access to the border detention facilities. He said it would have to wait until his team got its new programs working.

If Trump had said that, the sky would have fallen and democracy would be declared dead. But when Biden says it, the media rolls over.

So add transparency to the list of things that don’t matter anymore.

Voir de même:

Men Looking for Work Drive Surge in Illegal Crossings at the U.S. Border

Most of those apprehended are men in search of jobs, with the pandemic easing in the U.S. and fewer opportunities at home

Juan Montes and Alicia J. Caldwell

The surge in illegal immigration across the southern U.S. border is shaping up to be the biggest in 20 years. Unlike migrant surges in 2019 and 2014, which were predominantly made up of Central American families and unaccompanied children, so far this one is being driven by individual adults.

Most of the migrants are Mexicans, often men in search of work with the pandemic easing and the U.S. economy set to boom. Apprehensions at the southern border totaled 382,000 from the beginning of the fiscal year in October through February, up 42% compared to the same period of 2019—a year that saw the highest number of apprehensions since 2007. In 2020, the influx of migrants plummeted due to the pandemic.

Migrants detained at the Mexican border

Single adults account for 82% of the apprehensions so far this fiscal year, according to U.S. Customs and Border Protection data. Some 60% of all single adults apprehended were Mexicans. Border patrol agents say the majority of single adults they catch are men, entering to look for work such as picking fruits and vegetables, roofing and dishwashing.

The influx of children arriving alone at the border has captured broad attention. While apprehensions of mostly Central American families and unaccompanied minors have grown in the past few months, their numbers overall are still much smaller than those of adults.

The number of families caught trying to cross the border rose to 39,000 during the first five months of this fiscal year, from just over 37,000 during the same period in 2020. During the same period in 2019, more than 136,000 families were arrested at the border.

Some are camping out at the border in hopes that the Biden administration will soon allow them the chance to come into the U.S. legally.

José Antonio Cruz had lived in the U.S. illegally for 18 years before he was deported after being detained for speeding in 2018. He left his hometown in central Mexico last week in hopes of crossing the border in coming weeks and restarting his small construction business in Texas.

“The economy is going to reactivate very quickly in the U.S. They are already reopening, so it is a very good moment to be there,” Mr. Cruz, 41, said by telephone from a Catholic shelter in northern Mexico.

It’s unclear how many people are making it into the U.S. by crossing the border illegally. Estimates compared with how many are apprehended vary widely. A 2017 Homeland Security report estimated that between 55% to 85% of immigrants crossing the border illegally in 2016 were apprehended.

During the past seven days, border officials estimated that about 6,500 people evaded detection while entering the U.S., according to a person familiar with the government’s internal estimates. A week ago, border agents had recently averaged about 5,000 arrests a day, according to internal Homeland Security documents reviewed by The Wall Street Journal.

Migrants and immigration analysts offer several explanations for this year’s surge. The U.S. is hiring after a long and brutal pandemic, while Mexico lost some 2.4 million jobs last year.

Additionally, some migrants say there is a widespread perception that it’s become easier—and more inviting—to enter the U.S. under President Biden than under former President Donald Trump.

“Expectations were created that with the government of President Biden there would be a better treatment of migrants,” Mexican President Andrés Manuel López Obrador said at his daily press conference on Tuesday. “And this has caused Central American migrants, and also from our country, wanting to cross the border thinking that it is easier to do so.”

The Department of Homeland Security said in a statement, “There is no change in policy: the border remains closed. Families and single adults are being expelled under Title 42 and should not attempt to cross illegally.” The department added that some families will be released into the U.S. if Mexico doesn’t accept their return and there is no bed space available at Immigration and Customs Enforcement facilities.

Title 42 refers to a public-health law used by the Trump administration at the beginning of the pandemic to turn nearly all single adults back at the border rather than detaining or formally deporting them. That makes it easier to try to cross again—leading to another factor in the increase.

The Biden administration has curtailed many of the Trump administration’s enforcement policies focused on those already in the U.S. Immigration and Customs Enforcement officers and agents have been told to focus their resources on recent border crossers, serious criminals and those who pose a threat to national security or public safety.

The pandemic and stay-at-home policies throughout the region have created pent-up demand to migrate, said Theresa Cardinal Brown, director of immigration and cross-border policy at the Bipartisan Policy Center, a Washington think tank. She said the factors that cause people to migrate, such as poverty, have only gotten worse during the pandemic.

“The policies at the border have come and gone and changed, but the migrants keep coming,” she said.

Adrián Cahun, who came to the U.S. illegally and worked in San Francisco restaurants as a dishwasher and bartender for six years before returning to his rural hometown of Oxkutzcab in 2008, said he plans to again cross the border as soon as the pandemic ends.

“If there’s a recovery in the U.S., it’s easier to go there and find work,” said Mr. Cahun. He had saved enough money while he was in the U.S. to build a house and open a cafeteria in Oxkutzcab. With few affluent customers there, he said, he closed the cafeteria a few years ago. He currently works filling shelves at a supermarket.

“Many were afraid of Trump and most didn’t want to try to cross the border,” he added. “But now many here are thinking of emigrating to the U.S.”

Last March, as the pandemic took hold, the Trump administration invoked a 1944 public-health law, Title 42, to immediately expel any migrant caught crossing the border back to Mexico without processing them at cramped detention facilities, where Covid could spread.

The change, particularly for single adult males, marked a departure from border policies under former presidents since George W. Bush.

Before the 2000s, most Mexicans caught at the border had been allowed to return home with little consequence, and other migrants were typically allowed into the U.S. with orders to report back to immigration authorities later.

Then the U.S. started formally deporting most migrants caught at the border. In some Border Patrol sectors, adult crossers were charged with a criminal offense and often spent weeks or months in jail before being deported. Any further attempt to cross could result in more jail time in the U.S.

During the Obama administration, migrants from Mexico were often sent to border cities far from where they had been caught, or flown to the interior of Mexico. Migrants from countries other than Mexico were often flown back home.

Under Title 42, nearly all single adult migrants remain at the border after being turned away. Many try to re-enter. The percentage of migrants caught at the border who had already been caught once grew to nearly 40% during the past six months, compared with 7% in 2019.

“That’s the wonderful thing now. You have the opportunity to bat again and again. That’s better for us,” said Lucio Portillo, a 44-year-old Honduran migrant who is now in Mexico planning to cross to the U.S. in search of work.

Sara Abdala, who manages a shelter in Altar, a migrant hub some 70 miles from the Arizona border, said she knew a Honduran migrant who recently tried six times in two weeks until he managed to enter the U.S. without being detected.

“The town has come back to life in recent months after it was almost empty during the pandemic. The business of migration has become hot again,” she said.

Victor Manjarrez, a former chief patrol agent in both El Paso and Tucson, said reports from the border remind him of his days patrolling southern Arizona in the early 2000s, when that sector was the border’s busiest. The majority of illegal border crossers then were single adults from Mexico.

“There isn’t that idea of an impact, of a consequence,” said Mr. Manjarrez, now an associate director at the University of Texas and El Paso’s Center for Law & Human Behavior. “That’s what I would be telling my troops—that consequences work.”

The Biden administration hasn’t announced plans for the fate of Title 42. The American Civil Liberties Union has sued the government, arguing the practice illegally blocks migrants from asking for asylum or other protections in the U.S. Both sides are trying to negotiate a settlement.

The Biden administration had initially followed the Trump administration approach of returning families caught at the border back to Mexico, too. But that changed after Mexico’s government, at the request of Unicef, barred the practice of holding the children and families at Mexican federal detention centers, handing them over instead to a family welfare agency that has far less capacity.

Though some families are still being returned to Mexico, most are being released into the U.S., where federal law prohibits families with children from being held more than about 20 days. Space in family detention centers has been limited because of the pandemic, though Immigration and Customs Enforcement announced this week a new $86.9 million contract for about 1,200 beds.

Acting ICE Director Tae D. Johnson said in a statement that the contract includes money for Covid-19 testing and other health screenings.

Most released migrants are given orders to return to an immigration court at a later date and face possible deportation. But because the flow of families has increased in recent weeks, border agents in the Rio Grande Valley are now releasing some families with children age 6 or younger without a court date, leaving them effectively free to move within the U.S.

Analysts often describe factors that “pull” migrants north—such as a strong U.S. economy or lax U.S. immigration enforcement—and “push” factors that drive them out of their own countries, such as poverty and violence.

Illegal immigration from Mexico to the U.S. peaked in 2001 at an estimated 1.6 million, after years of steady growth, according to Border Patrol statistics. But migration began to slow under a combination of stricter border enforcement, a more stable Mexican economy and demographic changes in Mexico that meant fewer younger males entering the workforce every year.

Now, not only is the U.S. economy expected to grow about 6% to 7% this year, but Mexico’s economy is also in particularly bad shape amid the pandemic. The country’s economy contracted about 8% last year. Mexico’s populist president has implemented the smallest stimulus of any major developing economy.

While the U.S. has vaccinated roughly a third of its population, Mexico has inoculated under 5%, which means the pandemic is likely to last far longer.

Illegal border crossings by adult males are often an indicator of a U.S. economic recovery. Over the past three decades, links between communities in Mexico and the U.S. have strengthened through networks of relatives and acquaintances who have emigrated from rural villages. So when a restaurant in San Francisco is hiring, word gets back quickly to Mexico.

Friends and relatives in the U.S. provide lodging to newcomers and help finance the $10,000 that coyotes currently charge for a trip that is likely to cross the Sonoran Desert, which stretches from Mexico through Arizona and California.

Some who settled in the U.S. decades ago and were deported are also trying to reunite with their families.

That includes Mr. Cruz, who said his wife and American-born 9-year-old daughter are waiting for him in San Antonio. He said he has been in regular contact with a dozen relatives in Texas, some of them undocumented, who have encouraged him to come. Two young cousins have recently been hired at a local restaurant after being unemployed for months, he said. A 55-year-old brother-in-law was vaccinated last week and has restarted his work at a shopping mall in Dallas.

He said migration to the U.S. won’t ever change unless Mexico develops economically.

“Your work doesn’t yield much in Mexico,” he said. “In the U.S. you work hard, but you see the benefits quickly. That’s why I want to return.”

Voir de même:

Une tempête sur la République américaine
Guy Millière
Gatestone institute
26 mars 2021
Traduction du texte original: A Storm Over the American Republic

    • L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits.
    • Le droit de contester et de critiquer, qui est partie intégrante de la liberté de parole garantie par le premier amendement, semble sérieusement menacé. Le droit de se défendre contre des accusations semble lui aussi menacé, et la profession d’avocat devenir dangereuse à exercer.
    • Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. L’économiste américain Peter Navarro, à titre privé, a rédigé trois analyses minutieuses de ce qui s’est passé: « La tromperie immaculee », « L’art du vol » et « Le rapport Navarro ». Ces analyses ont été décrites comme absurdes, douteuses, et discréditées –de manière sans aucun doute arbitraire.
    • Certains analystes décrivent ce qui se passe comme un glissement vers l’autoritarisme. Ils notent que de nombreux Américains, tout en se comportant, eux, d’une manière de plus en plus autoritaire, accusent leurs adversaires de se comporter de manière autoritaire – et blâment donc leurs adversaires pour ce dont ils sont eux-mêmes coupables.
    • Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État.
    • Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue.
    • Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes electorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. Comme le concluait un rapport bipartisan de 2005 établi par la Commission fédérale de réforme électorale, présidée par l’ancien président Jimmy Carter et l’ancien secrétaire d’État James Baker III: les bulletins de vote par correspondance « restent la principale source de fraude électorale potentielle ». Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre.

20 janvier 2021. Joe Biden prête serment et devient 46ème président des États-Unis. La scène est quasiment dépourvue de toute présence humaine. Les rues de Washington DC sont vides. Les habitants de la ville avaient été exhortés à rester chez eux et ceux du reste du pays s’étaient vus demander de ne pas venir. La ville est placée sous la protection de 25.000 membres de la Garde nationale, lourdement armés. De hautes barrières surmontées de barbelés entourent la zone du Capitole. Dans les rues que doit emprunter le défilé inaugural, des barrières séparent les trottoirs de la chaussée. Les seules personnes visibles le long des rues sont des hommes en uniforme portant des fusils. Un jour qui est en général un jour de fête aux États-Unis est, cette année, étrange et triste.

L’explication donnée par les responsables de la ville et le FBI est qu’il y avait un risque de perturbation grave. Des inaugurations précédentes ont connu des risques de perturbation, mais la ville n’avait pas été mise en état de siège. Le 20 janvier 2017, lors de l’inauguration du président Donald J.Trump, des manifestants hostiles étaient venus à Washington DC, et avaient brûlé des voitures et brisé des vitres. La police avait protégé la cérémonie, sans barbelés ni soldats. Des centaines de milliers de personnes avaient pu venir applaudir le nouveau président.

Le 6 janvier, répondant aux appels du président Trump, une foule immense s’était rassemblée à l’emplacement appelé l’Ellipse, près de la Maison Blanche. Ceux venus écouter le discours de Trump l’avaient fait, puis étaient rentrés chez eux.

Pendant que Trump parlait, des milliers de personnes étaient devant le Capitole, à 30 minutes à pied de ceux venus écouter Trump, et un groupe de gens bien organisés a brisé des fenêtres du bâtiment et y est entré. Il n’y a eu aucun saccage, et juste le vol de quelques objets. Une femme non armée a été tuée d’une balle dans la tête par un policier. Deux manifestants sont morts de crises cardiaques. Une personne est tombée au sol et a été piétinée. Un membre de la police du Capitole est décédé le lendemain, apparemment victime d’un accident vasculaire cérébral.

Bien que l’incident ait été grave, il n’a ressemblé en rien aux scènes de pillage, aux incendies criminels et aux violences extrêmes qui ont eu lieu dans de nombreuses grandes villes du pays pendant l’été. La différence a été que ce qui s’est passé a touché de près la classe politique.

L’incident a été unanimement condamné, y compris par Trump.

Ceux qui étaient venus écouter Trump et ceux qui ont perpétré l’incident n’étaient pas les mêmes. Les premiers avaient exercé leurs droits constitutionnels de libre réunion; les seconds avaient commis des actes criminels.

La police aurait pu procéder à des arrestations et la justice aurait pu être rendue. La page aurait été tournée. Ce n’est pas ce qui s’est passé.

Des incursions dans le Capitole ont eu lieu plusieurs fois dans le passé: le 1er mars 1954, des Américains d’origine portoricaine avaient tiré à l’arme à feu au sein du bâtiment, et blessé cinq membres du Congrès; le 1er mars 1971, des membres du mouvement radical Weather Underground y avaient placé une bombe ; le 7 novembre 1983, les membres d’un groupe se faisant appeler « l’unité de résistance armée » avaient également placé une bombe dans le bâtiment; le 6 octobre 2018, des personnes étaient venues protester contre le vote de confirmation du juge à la Cour suprême Brett Kavanaugh. Semblant ignorer tout cela, le 7 janvier, Joe Biden a décrit ce qui s’était passé la veille comme une « attaque » très grave et sans précédent:

« Ce dont nous avons été témoins hier n’était pas un acte de désaccord. Ce n’était pas un acte de désordre. Ce n’était pas un acte de protestation. C’était un acte de chaos. Ceux qui étaient là n’étaient pas des manifestants. Ne les appelez pas manifestants. C’était une émeute. Une insurrection. Un acte de terrorisme interieur. C’est fondamental, c’est aussi simple que cela. « 

Les grands médias américains ont parlé d’une attaque contre la « citadelle de la démocratie » et du signal d’une « volonté de renverser la républiqe ». Les partisans de Trump – dans leur ensemble – ont été décrits comme des personnes dangereuses. La contestation du résultat des élections du 3 novembre par Trump était déjà présentée depuis des semaines comme une tentative d‘inverser le résultat d’une élection parfaitement valide et comme relevant du « grand mensonge« . L’incident a été décrit comme la « transformation des Etats-Unis en une zone de guerre ».

Le 8 janvier, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, après avoir demandé au Président Trump de quitter « immédiatement et volontairement » ses fonctions avant l’investiture du président élu Biden, a lancé une procédure de destitution à son encontre. Insinuant que Trump était mentalement inapte, elle a annoncé qu’elle avait parlé au chef d’état-major interarmées, le général Mark Milley, « pour discuter des mesures de précaution disponibles permettant d’empêcher un président instable de déclencher des hostilités militaires ou d’accéder aux codes d’utilisation des armes nucléaires ». Sa demande, qui a enfreint la chaîne de commandement, a été décrite comme séditieuse. Le 13 janvier, violant toute procédure régulière, la Chambre des représentants a voté à la hâte un article de destitution accusant le président Trump d ‘ »incitation à l’insurrection ».

Lors de son investiture le 20 janvier, tout en parlant d ‘ »unité », Joe Biden a fait écho aux propos qu’il avait employé le 7 janvier, et a parlé d' »une montée de l’extrémisme politique, de la suprématie blanche, du terrorisme intérieur que nous devons affronter, et que nous vaincrons. « .

Depuis, l’administration Biden mène un combat contre ceux que Joe Biden a désignés comme tels. « Le président Biden », a dit très vite un communiqué de la Maison Blanche, « utilisera le Conseil de sécurité nationale pour traquer et combattre l’extrémisme politique et le terrorisme intérieur ».

Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, a donné un ordre de pause à l’ensemble de l’armée américaine pour que les officiers s’attaquent à « l’extrémisme » au sein des troupes. « Le suprémacisme blanc », a annoncé John Kirby, principal porte-parole du Pentagone, « pose un problème particulier » à l’armée américaine.

Au Sénat, la procédure de destitution contre Trump s’est poursuivie. Les responsables officiels de la mise en accusation ont décrit les événements du 6 janvier comme une « insurrection armée » qui a menacé la vie de représentants du peuple. Ils ont décrit de prétendus « crimes et délits graves » – sans preuves et témoins, bien sûr – et ont déclaré que c’était là le résultat direct du discours de Trump le 6 janvier, et le résultat aussi de sa contestation du résultat de l’élection – qu’ils ont présentée comme une « incitation à la violence ». Ils ont ainsi laissé de coté le fait que les résultats des élections présidentielles sont contestés depuis des décennies sans que cela semble inadmissible.

Ils ont également affirmé que les événements du 6 janvier avaient fait cinq morts, et n’ont pas dit qu’un seul décès – celui d’Ashli ​​Babbitt, une manifestante abattue par un policier – pouvait être directement lié à l’événement.

Les avocats de Trump n’ont eu aucun mal à réfuter les accusations énoncées. Ils ont rappelé que Trump avait demandé aux gens venus l’écouter le 6 janvier de se rassembler « pacifiquement et patriotiquement » et que le discours qu’il avait prononcé était pleinement protégé par le premier amendement. Ils ont présenté des preuves montrant que ceux qui avaient initié l’irruption dans le Capitole avaient préparé leur action pendant des semaines et avaient agi pendant que Trump parlait encore. Ils ont montré qu’ il n’existait aucune relation de cause à effet entre le discours de Trump du 6 janvier et ce qui s’est passé au Capitole.

Ils ont souligné que la procédure de destitution avait été menée en violation de la Constitution, et que le juge en chef de la Cour suprême, John Roberts, avait refusé de superviser la procédure. Ils ont dit que Trump ayant quitté ses fonctions, il n’était plus au moment de la procédure le président Trump, mais seulement le citoyen Trump, et ils ont demandé si les États-Unis voulaient vraiment commencer à « destituer » leurs citoyens. Ils ont souligné que les éléments de « preuve » présentés étaient une fois de plus (comme dans l’affaire de la « pseudo collusion avec la Russie ») des éléments falsifiés.

Ils ont affirmé que ce qui s’était passé n’était pas une insurrection – action définie comme une action violente et organisée visant à renverser le pouvoir établi, et rappelé qu’aucun de ceux qui ont pénétré dans le Capitole n’était armé.

Sans surprise, Trump a été acquitté.

L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits (ici, ici et ici).

Les actions contre le prétendu « extrémisme intérieur » et le « terrorisme intérieur » – autrement dit les 74 millions de personnes soutenant Trump – se poursuivent. Et les personnes qualifiées d' »extrémistes » et de « terroristes » font face à des menaces constantes. Les avocats de la défense de Trump ont reçu des menaces. Michael van der Veen, par exemple, a déclaré qu’il avait dû engager des gardes du corps armés et envoyer sa famille dans un lieu inconnu. Sa maison a été vandalisée.

Le droit de contester et de critiquer, qui est partie intégrante de la liberté de parole garantie par le premier amendement, semble sérieusement menacé. Le droit de se défendre contre des accusations semble lui aussi menace, et la profession d’avocat devenir dangereuse à exercer.

Les appels à des purges politiques se poursuivent. L’organisation de gauche MoveOn.org a lancé une campagne contre ce qu’elle appelle le « Caucus de la trahison » et demande que des sénateurs, qu’elle décrit comme « complices de l’insurrection meurtrière lancée par Trump », soient expulsés du Congrès. La présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi – tentant apparemment de créer une équivalence entre le 11 septembre 2001, la pire attaque terroriste subie par les États-Unis et les événements du 6 janvier, et tentant aussi, semble-t-il, d’inciter à supprimer la liberté d’expression – a annoncé que le Congrès allait créer une commission du type de celle créée concernant l’attaque du 11 septembre.

Un membre du Comité national démocrate, David. O. Atkins, a demandé, « comment serait-il possible de déprogrammer 75 millions de personnes? Par où commencer? » et « Nous devons commencer à penser à ce qui a été fait en Allemagne ou au Japon après la guerre. »

« Les suprémacistes blancs », a déclaré le président Biden, « sont la plus grande menace terroriste intérieure aux États-Unis. Le problème est complexe, il est vaste et il est réel. »

Le journaliste Kyle Daly, dans un article intitulé « Comment déprogrammer les extrémistes américains », décrit une mesure qui, à ses yeux, « pourrait faire la différence: empêcher les extrémistes d’entrer dans les institutions où ils pourraient faire le plus de dégâts – l’armée, les services de police et les législatures… Les États-Unis ont besoin d’un plan Marshall contre l’extrémisme intérieur.  »

Le journaliste Kevin Roose, du New York Times, dans un article appelé « Comment l’administration Biden peut contribuer à résoudre la crise dans laquelle nous sommes », a proposé ce qui ressemble à la création du « Ministère de la vérité » décrit dans le 1984 de George Orwell:

« Plusieurs experts avec lesquels j’ai parlé ont recommandé que l’administration Biden mette sur pied un groupe de travail interinstitutions pour lutter contre la désinformation et l’extrémisme intérieur, qui serait dirigé par une sorte de ‘tsar de la réalité ‘. »

Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. L’économiste américain Peter Navarro, à titre privé, a rédigé trois analyses minutieuses de ce qui s’est passé: « La tromperie immaculée« , « L’art du vol » et « Le rapport Navarro« . Ces analyses ont décrites comme absurdes, douteuses, et discréditées –de manière sans aucun doute arbitraire (voir ici, ici et ici).

Dans un long article publié par Time Magazine, « L’histoire secrète de la campagne fantôme qui a sauvé l’élection de 2020″, Molly Ball, correspondante politique nationale de la publication, démontre en détail qu’une coterie très bien financée, composée de gens puissants, venus de secteurs et de courants d’idées différents, travaillant ensemble dans les coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, orienter la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations  » a agi, et elle ajoute que l’action de cette coterie « a touché tous les aspects de l’élection « , y compris les lois électorales, et a constitué une coalition juridique qui est parvenue à modifier les lois et les systèmes électoraux « .

Ball, également auteur d’une biographie extrêmement élogieuse de Nancy Pelosi – qu’elle décrit comme une « icône de la résistance » à Trump – a affirmé que le but de la coterie n’était pas de truquer l’élection, mais de la « fortifier « .

Les organisations qui ont ravagé les grandes villes américaines pendant l’été, ajoute-t-elle, ont été utilisées par la coterie: « la gauche contrôlait en réalité les activités de groupes tels Antifa, Black Lives Matter ». Dans un autre article, elle a écrit que ce qui a été fait consistait à « sauver la démocratie » et elle dit, donc, que l’utilisation de moyens non démocratiques pour fausser une élection démocratique « sauve » la démocratie.

Une dérive inquiétante semble éloigner les États-Unis des institutions qui en ont fait une république et de ce que l’on peut attendre d’une démocratie digne de ce nom. Certains analystes décrivent ce qui se passe comme un glissement vers l’autoritarisme. Ils notent que de nombreux Américains, tout en se comportant, eux, d’une manière de plus en plus autoritaire, accusent leurs adversaires de se comporter de manière autoritaire – et blâment donc leurs adversaires pour ce dont ils sont eux-mêmes coupables.

Des opérations ont été menées pour détruire et nier la légitimité de la présidence de Trump et ont été enclenchées avant même qu’il soit élu, ainsi l’opération « Crossfire Hurricane« , et les abus du recours à la loi FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act]. Dix-neuf minutes après son investiture, le Washington Post a publié un article intitulé « La campagne pour destituer le président Trump a commencé ».

Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État.

Trump a été ensuite accusé de « mettre en danger la sécurité du pays », sur la base d’une conversation téléphonique anodine avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Pour que l’accusation paraisse plausible, l’un de ses accusateurs a dû réinventer la conversation. La première tentative de destitution qui a suivi a été décrite, à juste titre, comme une « parodie de justice » et comme « l’équivalent des procès-spectacle menés sous Staline ».

Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue.

Une large partie des grands médias américains ont cessé d’être des médias d’information et sont devenus des organes militants anti-Trump. La diffusion de fausses nouvelles a valu au New York Times et au Washington Post de recevoir le prix Pulitzer.

Quand, pendant l’été 2020, des émeutes destructrices ont eu lieu, et que Trump a évoqué le recours à l’armée pour rétablir l’ordre et protéger les biens et les personnes, ses opposants politiques l’ont comparé à Hitler et à Goebbels, se sont indignés et ont défendu les émeutiers en disant qu’ils étaient essentiellement des « manifestants pacifiques » agissant au nom des griefs légitimes. Ces gens ont apparemment oublié que la loi sur l’insurrection invoquée par Trump avait été invoquée dejà par d’autres présidents, ainsi George H.W. Bush en 1992, qui avait répondu à la demande d’aide du gouverneur de Californie Pete Wilson confronté aux émeutes de Los Angeles.

Plusieurs mois avant les élections de 2020, les opposants politiques de Trump ont étrangement anticipé sa défaite et l’ont accusé – par avance, et là encore sans aucune preuve – de se préparer à enfreindre la loi. Nancy Pelosi, suggérant que Trump ne quitterait pas la Maison Blanche, a laissé entendre qu’il serait nécessaire de recourir à une « fumigation« . Joe Biden a prédit que l’armée interviendrait. « Je suis », a-t-il dit, « absolument convaincu qu’ils l’escorteront avec diligence hors de la Maison Blanche « .

Les racines de ce qui se passe présentement sont, en fait, plus anciennes.

Le Parti communiste américain n’a jamais réussi à obtenir une large influence politique. Il a semblé gagner du terrain après la Seconde Guerre mondiale, mais a été écrasé dans les années 1950, après que soit découvert le fait que certains de ses membres avaient espionné le pays pour l’Union soviétique.

Un courant politique a pris forme dans les années 1960 et a recouru à une stratégie définie par un activiste allemand, Rudi Dutschke – disciple du marxiste italien Antonio Gramsci – comme « la longue marche à travers les institutions ». Comme l’a écrit l’essayiste Roger Kimball, ce courant s’est progressivement emparé du secteur des sciences humaines dans les universités, puis s’est répandu dans tout le système éducatif, le secteur de la culture, les grands médias, puis la sphère politique.

Il s’est inspiré des écrits du philosophe Herbert Marcuse, qui parlait de la nécessité d’un « grand refus » et d’une « protestation contre ce qui est ». Marcuse suggérait de pratiquer ce qu’il a appelé la « tolérance repressive » – qui consiste en une « intolérance envers les mouvements de droite », menée jusqu’à ce qu’ils soient réduits à l’inexistence. Marcuse ajoutait que les « forces des minorités non intégrées » devaient être utilisées.

Ce courant s’est inspiré aussi des écrits des principaux penseurs de ce qu’on appelle aux Etats-Unis la « théorie française« : Jacques Derrida et Michel Foucault. Derrida parlait de « déconstruction« , et en particulier de la déconstruction de l’idée de vérité. Foucault a défini les structures de pouvoir existantes comme des formes d’oppression, à abolir.

Les méthodes utilisées ont été celles du théoricien politique Saul Alinsky, qui recommandait que les radicaux deviennent des « organisateurs de communauté ». « Le travail de l’organisateur de communauté », ajoutait-il, « est de manœuvrer et d’appâter les gens au pouvoir ». Alinsky a publié en 1971 Rules for Radicals, un livre décrivant comment les radicaux peuvent s’emparer du pouvoir en utilisant treize règles. Il disait qu’accuser ses ennemis de ce dont on est coupable peut se révéler extrêmement efficace.

Ce courant a agi pour répandre le « grand refus » défini par Marcuse, a disséminé les idées de la « théorie française » et utilisé les méthodes de Saul Alinsky. Il a recouru à la « tolérance repressive » pour éroder les institutions de l’intérieur et éradiquer l’idée de vérité. Certains de ses adeptes sont devenus des « organisateurs de communauté », ont agi pour abolir les structures de pouvoir et accusé leurs ennemis de faire ce qu’ils faisaient, eux.

Le président Barack Obama, avant d’entrer en politique, a travaillé comme « organisateur de communauté » à Chicago. Peu de temps avant d’être élu président en 2008, il a déclaré: « Nous sommes à cinq jours de la transformation fondamentale des États-Unis d’Amérique ». Il n’a pas dit en quoi la transformation allait consister.

Avant son élection, le président Trump avait promis de « drainer le marécage » – qui avait effectivement besoin d’être drainé. Les habitants du marécage l’ont vu comme une menace pour leurs projets. Faire tomber Trump à tout prix et reprendre le pouvoir est devenu un impératif pour eux. Ils ont utilisé tous les moyens à leur disposition – et ils ont atteint leur objectif.

Dans les premières semaines de sa présidence, Biden a signé une série de décrets, dont certains violent la Constitution et la Déclaration des droits, et qui ont réduit des milliers de gens au chômage, et aidé la Russie et la Chine. La Chambre des représentants et le Sénat n’ont pas été consultés.

74 millions d’Américains respectueux des lois sont décrits comme des terroristes et des racistes qui ont besoin d’être « rééduqués », et la tolérance pour des idées différentes est clairement en train de disparaître. Des appels sont lancés que soient fermées des chaines de télévision qui offrent une version différente de « la vérité ».

La première proposition de loi présentée à la Chambre des représentants pour 2021, HR1, ou la loi « pour le peuple« , a été adoptée par la Chambre le 5 mars. L’ avocat J. Christian Adams, président de la Public Interest Legal Foundation et fondateur du Election Law Center, a noté:

« HR1 regroupe dans un projet de loi de 791 pages toutes les mauvaises idées en matière d’organisation des élections qui ont fait de l’élection de 2020 un tel désastre, et inclut tous les plus ‘grands succès’ de 2020: l’envoi massif de bulletins de vote par correspondance, l’acceptation de bulletins de vote par correspondance reçus sans cachet de la poste, l’acceptation de bulletins de vote arrivant tardivement, la possibilité de voter dans des circonscriptions où vous ne vivez pas. « 

Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes électorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. Comme le concluait un rapport bipartisan de 2005 établi par la Commission fédérale de réforme électorale, présidée par l’ancien président Jimmy Carter et l’ancien secrétaire d’État James Baker III: les bulletins de vote par correspondance « restent la principale source de fraude électorale potentielle ». Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre.

Le président Biden a présenté un projet de loi de réforme de l’immigration. Ce projet a été décrit comme un moyen de laisser entrer des étrangers traversant illégalement la frontière américaine, de légaliser leur présence et de les faire accéder à la nationalité, et comme un instrument destiné à tenter de créer une majorité permanente unipartite. Si le projet est adopté, il pourrait, comme l’a dit l’ancien conseiller principal du président Trump Stephen Miller, « effacer fondamentalement l’essence même de la nation américaine ».

Les propositions économiques telles que l’augmentation du salaire minimum à 15 dollars, si elles sont mises en œuvre, coûteront des centaines de milliers d’emplois, et créeront d’immenses difficultés pour les petites entreprises déjà durement touchées par les fermetures ayant résulté de la pandémie et pour les personnes non qualifiées qui cherchent du travail. Il en résulterait un moins grand nombre d’emplois disponibles et un plus grand nombre de personnes cherchant un emploi – ce sans compter l’effet du flot potentiel de nouveaux arrivants « sans papiers ».

Ce résultat serait peut-être voulu: il conviendrait aux grands entrepreneurs qui sont aussi de grands donateurs à la campagne démocrate, éliminerait leurs concurrents plus petits qui ne pourraient assumer la charge supplémentaire, et créerait davantage de personnes désespérées continuant à tendre la main vers le gouvernement et dépendant de l’aide qu’ils pourront obtenir de lui.

L’une des premières décisions de Biden a été de dissoudre la Commission de 1776, qui avait été créée pour « revenir aux idées fondatrices énoncées dans la Déclaration d’indépendance ». Le projet 1619, qui décrit les États-Unis comme fondés sur l’esclavage, « structurellement racistes », et donc illégitimes, a été critiqué par d’éminents historiens pour son manque total de respect des faits fondamentaux. Bien qu’il soit une distorsion de l’histoire, et ignore totalement ce que l’Amérique a fait de positif, il est désormais enseigné aux enfants dans les écoles publiques et leur apprend dès lors à haïr leur pays.

L’essayiste Dennis Prager a déclaré l’an dernier:

« La civilisation peut être détruite en une seule génération. L’Allemagne était le pays le plus avancé d’Europe en termes d’art et de culture. Des gens se demandent comment le pays qui nous a donné Beethoven et Bach et Schiller et Heine a pu nous donner Auschwitz? C’est une question courante. Ce n’est pas une question qui se trouve posée dans les collèges aujourd’hui parce que ceux qui y sont n’ont jamais entendu parler de Beethoven, Bach, Schiller, Heine ou d’Auschwitz. Néanmoins, ceux qui en ont entendu parler posent la question, et la réponse est que ce qui est arrivé peut arriver n’importe où. Nous assistons à la destruction de la liberté aux Etats-Unis en une génération: dans ce cas, par ceux qui se disent progressistes. »

Après la Convention constitutionnelle de 1787, une certaine Madame Powell, de Philadelphie, a demandé à Benjamin Franklin: « Eh bien, docteur, qu’avons-nous, une république ou une monarchie? » Franklin a répondu: « Une république, si vous pouvez la préserver. »

« Une partie de l’Amérique a « déclaré la guerre » et « a l’intention de détruire la société la plus tolérante, la plus inclusive et la plus égalitaire jamais créée », a écrit récemment l’auteur américain David Horowitz. « La bonne nouvelle », a-t-il ajouté, « est qu’un mouvement patriotique s’est levé, et se tourne à nouveau vers l’idée que tous les hommes sont créés égaux et dotés des droits divins à la vie et à la liberté, et sont prêts à les défendre ».

Une tempête plane actuellement sur les États-Unis. Les mois à venir révéleront si le mouvement patriotique ainsi décrit la dissipera.

Voir de plus:

If You Thought the 2020 Elections Were Chaotic, Just Wait
J. Christian Adams
The Gatestone institute
February 8, 2021

  • H.R.1 packs into one 791-page bill every bad idea about how to run elections and mandates that the states must adopt the very things that made the election of 2020 such a mess. It includes all of the greatest hits of 2020: Mandatory mail ballots, ballots without postmarks, late ballots, voting in precincts where you do not live…. The Senate companion bill, S.1, might be even worse.
  • In 2020, states such as Nevada and New Jersey sent ballots through the mail to anyone on their registration lists despite having voter rolls full of errors. The Public Interest Legal Foundation documented thousands of ineligible registrations in Nevada alone that received mail ballots. Some were sent to vacant lots, abandoned mines, casinos and even liquor stores.
  • States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.
  • H.R.1 rigs the system for any lawsuits challenging the constitutionality of the law. All lawsuits can only be filed in one court — federal court in the District of Columbia. And all opposition must be consolidated into one brief with only one attorney being able to argue the merits.
  • There is a federal mandate, passed in the 19th Century, to have one single election day…. Like Obamacare earlier, H.R.1 transitions our federalist Republic to some other brave new system that purports to right generations of structural wrongs, while at the same time entrenching other wrongs.

H.R.1 packs into one 791-page bill every bad idea about how to run elections and mandates that the states must adopt — the very things that made the election of 2020 such a mess. It includes all of the greatest hits of 2020: Mandatory mail ballots, ballots without postmarks, late ballots and voting in precincts where you don’t live. It includes so many bad ideas that no publication has satisfactory space to cover all of them. The Senate companion bill, S.1, might be even worse.

These bills rearrange the relationship between the states and the federal government. The Constitution presumes that states regulate their own elections, but the Constitution has a big « but » in what is called the Elections Clause. The Constitution says, « but the Congress may at any time by Law make or alter such Regulations. » For over 200 years, Congress rarely used this power. After all, the power was put in the Constitution only to prevent the states from suffocating the federal government out of existence by never holding federal elections.

Do not assume that the bills will stall and wither in the process. They are named H.R.1 and S.1 for a reason. The bills are the top priority of the newly empowered Democrats in Congress.

Dissatisfied with the effectiveness of the last federal mandate — 1993’s Motor Voter law — H.R.1 dispenses with the idea that an American should go affirmatively register to vote.

In 2020, states such as Nevada and New Jersey sent ballots through the mail to anyone on their registration lists despite having voter rolls full of errors. The Public Interest Legal Foundation documented thousands of ineligible registrations in Nevada alone that received mail ballots. Some were sent to vacant lots, abandoned mines, casinos and even liquor stores.

States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.

H.R.1 rigs the system for any lawsuits challenging the constitutionality of the law. All lawsuits can only be filed in one court – federal court in the District of Columbia. And all opposition must be consolidated into one brief with only one attorney being able to argue the merits. It also grants automatic intervention to any legislators who want to join in the fight against the lone opposition.

It prohibits states from conducting list maintenance on the voter rolls. That means deadwood and obsolete registrations will stack up.

HR.1 and S.1 are omnibus bills that would change every American citizen’s — and foreigner’s — relationship to voter registration.

Universal automatic voter registration has, for years, been a top priority of the institutional left. In fact, H.R.1 would do away with actual voter registration and instead make the voter rolls merely a copy of anyone already on a government list — such as welfare recipients and other social service beneficiaries. The bills would expand well beyond to federal entities like the Social Security Administration, Department of Defense, Customs and Immigration, and elements of Health and Human Services.

Naturally, a giant federal database would serve as the home for this list of people who must be automatically registered to vote, whether they know it or not.

Imagine the number of government databases in which your information is contained. Do your names and addresses all match? Does Social Security know you moved out of your birth state? Are your married and maiden names different? Did you get a driver’s license before obtaining American citizenship?

You can see the pitfalls. One person will be « registered » to vote multiple times, with slight variation in names, and perhaps greater variation in residence addresses.

Making it « easier » to get registered to vote through automatic registration from government lists might seem attractive, until you consider the disaster of universal auto-mail voting as we saw in 2020.

H.R.1 and S.1 will force states to push ballots into the mail. It builds slack into the election system. Decentralized mail elections introduce error because of error-filled rolls. Mail-in ballots delay results, create uncertainty and push the elections into kitchens and bedrooms where election officials cannot observe the voting process and cannot protect the voter from coercion.

H.R.1 takes the absolute worst emergency rule changes of 2020 and enshrines them as federal law. Gone also are state witness and notary requirements during the mail ballot application process. Nor may states enact identification requirements of « any form » for those requesting a ballot. That means no more voter ID as a matter of federal law.

States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.

It gets worse. The 791-page bill also includes:

  • « Congress can reduce a state’s representation in Congress when the right to vote is denied. » Without qualification or definition, Congress could rely on this sentence unilaterally to cut the number of House members from any state it claims is denying the right to vote.
  • It criminalizes anyone who uses state challenge laws to question the eligibility of registrants wrongly. The penalty is up to one year in prison per instance.
  • It prohibits states from conducting list maintenance on the voter rolls. That means deadwood and obsolete registrations will stack up.
  • It criminalizes publishing « false statements » about qualifications to vote and « false statements » about which groups have endorsed which candidates. Information banned from being published includes false qualifications to vote and the penalties for doing so. What is a false statement will apparently be in the minds of the Justice Department lawyers who bring the charges. And if they do not act, the law provides a private right of action to individual plaintiffs to drag speakers to court. You can be sure this provision would be used as a merciless weapon against political opponents.
  • And in case it was not clear that H.R.1 was dismantling state power to run their own elections, the bill makes it clear: « The lack of a uniform standard for voting in Federal elections leads to an unfair disparity and unequal participation in Federal elections based solely on where a person lives. » In other words, state laws which have the Constitutional authority to determine the voting eligibility of its residents, will be preempted by a federal uniform standard.

That is not all. Nationwide, states must accept mail ballots on Election Day plus 10 days later. States are allowed to add extra time to the window. No more election day. It will be election season, with a month of early voting and weeks of ballots arriving and being counted.

And of course, unlimited ballot harvesting — having a third party « help » to fill in and gather up ballots, then drop them off at a polling station or other designated station — is guaranteed.

Misinformation, protests, unrest, and even violence were all symptoms of the trauma of 2020. Activist groups and collusive officials in 2020 turned courts into weapons to transform state laws into election procedures that were favorable to one particular party. H.R.1 would finish the job, and federalize the policies and election procedures that made 2020 such a mess.

It is no solution to presume that federal rules, even if they were crafted the right way, would solve the problem. When Washington D.C. gets control over elections, the policy always skews in one direction.

I worked at the Justice Department, where career staff ignored federal laws they didn’t like, and only enforced the ones they thought would help advance their political beliefs. Motor Voter, for example, had a federal mandate that states clean voter rolls. Guess what happened after that rule passed in 1993? No private enforcement actions were brought for two decades until I brought one against Indiana.

There is a federal mandate, passed in the 19th Century, to have one single election day. The bureaucrats in Washington in charge of enforcing that law ignore that law. Federal mandates are a one-way political ratchet. They always and only help one political party.

The nation has seen this line of thinking before. Like Obamacare earlier, H.R.1 transitions our federalist Republic to some other brave new system that purports to right generations of structural wrongs, while at the same time entrenching other wrongs. Unifying American experiences such as coming together to vote on one single Election Day, governed by rules passed by state legislators, well, to the authors of H.R.1, that is just old fashioned.

J. Christian Adams is the President and General Counsel for the Public Interest Legal Foundation and a former Justice Department lawyer. He also served on the Presidential Advisory Commission for Election Integrity and currently is a Presidentially appointed Commissioner on the United States Commission on Civil Rights.

Is Racism Moral Now?

Victor Davis Hanson
American greatness
Whiteness is a public health crisis. It shortens life expediencies, it pollutes air, it constricts equilibrium, it devastates forests, it melts ice caps, it sparks (and funds) wars, it flattens dialects, it infests consciousnesses, and it kills people »… — Damon Young, New York Times contributor
Over the past year, I have, of course, still had to interact with white people on Zoom or watch them on television or worry about whether they would succeed in reelecting a white-supremacist president. But white people aren’t in my face all of the time. I can, more or less, only deal with whiteness when I want to . . . White people haven’t improved; I’ve just been able to limit my exposure to them.
—Elie Mystal, The Nation    
Racism is the deductive bias against, and often hatred of, an entire racial group. It is often birthed by dislike of particular individuals of a given group that supposedly justifies, by extension, disliking or indeed hating all of them. The popular reaction against this widespread toxic pathology shown African Americans birthed the anti-slavery movement, the Civil War, the resistance to Jim Crow, and the modern Civil Rights movement.
But now there grows a strange new ahistorical “antiracism” racism.
One variety encourages holistic hatred, blaming all of one’s own unhappiness, indeed all of the cosmic injustice in the manmade and natural world—the very air, water, and earth—on a white racial collective.
Another constructs a purported racial pathology to encourage segregation and separation from all members of the white race, thereby limiting all “exposure” to a toxic people.
These are not just the idle critical race theory rants of intellectuals. They now are reified in racially segregated graduations and dorms and in systemic racialist reeducation and confessional workshops in government, the military, and private enterprise. In fact, the new antiracism racism is flagrantly directed at “whiteness”—the obsession of an America gone mad.
Barack Obama who, when a senator, filibustered the 2006 Supreme Court nominee Samuel Alito now claims, falsely, the filibuster is a racist relic of Jim Crow, which it predated by at least 30-40 years. On the Senate floor, U.S. Senator Tammy Duckworth (D-Ill.) vowed to block confirmation of nominees based solely on their white skin color.
In violation of the Equal Protection Clause of the 14th Amendment, the mayor of Oakland just announced race-based grants of $500 per month to be given only to poor “BIPOC” (“black, indigenous, and people of color”) families, excluding the white poor.
The latest multibillion-dollar stimulus/farm aid bill is targeted for all those in need—as long as they are not white. The latter are all ineligible.
The new antiracism racism, whatever its original intentions, unfortunately exhibits the historical telltale signs of its noxious genre: an a priori negative stereotyping of all whites that can then be applied to individuals deemed undeserving because they are white. It is a deductive doctrine used to justify racial bias and racial preferences, to enhance careers and profits, and to excuse and contextualize racist language and behavior.
Antiracism’s implicit defense is that the nonwhite have less power to act out their biases than do whites, while it “rights” an historical wrong. Therefore even crude antiracists cannot be harmful racists. Consult the government data on hate crimes, however, and one learns some non-white groups have a greater proportional tendency to commit such crimes against others than so-called whites. And how has a white lower-middle-class generation, born in the post-Civil Rights movement and the age of affirmative action, continued to enjoy so-called white privilege?
The Convenient Vocabularies of Whiteness
Notice how the term “white racism” began metamorphosing into “white supremacy.” The latter is a linguistic means of stating, without evidence, that “they” control everything and thus there is little need for demonstrable examples of white racism.
But “supremacy” itself proves a problematic rubric. What does one do when Asian Americans as a group make far more per capita than do whites? Or the 44th president of the United States was black—as is the current vice president? Or both the recent Democratic and Republican candidates for lieutenant governor in South Carolina, the first slave state to secede from the Union, were black?
After all, a true “Islamic supremacy” state such as Iran or Saudi Arabia, does not allow a Christian or Jew access to such power in their country. A racially supremacist nation such as we see in communist China cannot allow a black or white immigrant to be premier—any more than can North Korea. Even South Korea or Japan may not any day soon see a Korean president or Japanese prime minister of Mexican or Irish ancestry.
And yet “white supremacy” itself is devolving into “white privilege.” The newer term no longer requires proof that all whites are always supreme—only that they all, by use of the collective “white,” enjoyed innately unfair advantages over all others based solely on their race.
But finally “white privilege” will itself prove an unsustainable rubric, given the clear privileges enjoyed by millions of non-white Americans in business, politics, popular culture, sports, entertainment, the professions, and among the elite. Surely one should not have to argue that a white Dayton, Ohio tire-changer is innately blessed in a way an unfortunate Eric Holder or Jay-Z purportedly is not?
So “white privilege” is now morphing into just “whiteness” in a malignant stereotyping hauntingly reminiscent of the 1930 theories of insidious “Jewishness,” a term denoting a mythical and underhanded power that warped and “controlled” Western Europe—even as no believable charge could be leveled against individual Jews.
Infectious “whiteness” supposedly is what explains why the privileged Meghan Markle is unhappy with, or rather furious at, the royal family and the psychodramatic injustices allegedly done to her—as the former royal couple lecture the public on its sins from their $14 million Montecito estate.
The “whiteness” conspiracy similarly explains why multibillionaire Oprah Winfrey, who interviewed the couple from her nearby $90 million estate, not long ago was—or so she complained—treated rudely by a clerk in a Swiss boutique who committed the mortal sin of not recognizing Oprah, and thus not purportedly retrieving a $38,000 crocodile bag out of its secure case quickly enough to Oprah’s liking.
“Whiteness” often towers over even 5’11” Michelle Obama. Even as First Lady, when incognito in a Target store, she complained that a much shorter white woman did not recognize her and asked her, a taller stranger, to help lift down an item from an upper shelf—a phenomenon that millions of Americans encounter weekly.
Racist White Male Mass Shooters Everywhere?
It took the media and the Left about a nanosecond, and without any evidence other than a grainy video, to falsely label the recent Colorado mass shooter—later revealed as a Trump-hating Syrian-born Muslim—a “white supremacist.”
And it only took a second for the online mob and media to use his now falsely assumed identification to fuel a grand indictment against all “white men” in general—in the same old, same old unapologetic Duke lacrosse, Covington Catholic kids, and Jussie Smollett style.
Next, the Colorado mass murderer was immediately lumped in with the recent Georgia mass killer—as if that monstrous shooter was, unquestionably, a similar white supremacist. The two together proved a “pattern” of systemic white violence, most notably against Asian Americans.
All of these narratives, which are still floating around and widely accepted, are false.
It mattered little that the prior Georgia “white supremacist” mass-murderer was a disturbed psychopath and sexual deviant. In an initial questioning, the FBI found him unhinged rather than acting out a racist agenda. Sexual deviance rather than racism more likely fueled his attacks on massage parlors, where he killed six Asian and two white women, and seriously wounded a Hispanic male.
As far as the deviant Atlanta shooter being illustrative of an epidemic of white-inspired, anti-Asian-American crimes, the majority of such hate crimes against Asians have not been found, by a variety of metrics, to have been committed inordinately by whites. Indeed, in many surveys, African American males are proportionally more likely to commit such hate offenses against Asians. Nor do whites commit hate crimes in general disproportionally. Nor in the case of mass shootings, are whites “overrepresented” in the data.
The First Stone
Barack Obama was also quick to inflame the dramas—in the fashion of his unfortunate Trayvon Martin commentaries—by weighing in falsely that racism was one of the Georgia shooter’s stimulants.
Meena Harris—a Dr. Seuss canceller, Kamala Harris’s niece and campaign advisor, and the would-be Harris family memorialist—before the Colorado shooter had even been identified, immediately tweeted out: “The Atlanta shooting was not even a week ago. Violent white men are the greatest terrorist threat to our country”
Note the Harris logic: a suspect mows down ten innocents, and presto “white men are the greatest terrorist threat to our country”—never mind that the shooter turns out to have been a Syrian Muslim who emigrated to America in the early 2000s. The subtext of Harris’ thoughtless comments is something like “and we better do something about those white people.”
Her later “apology” for her judge-jury-executioner disinformation tweet proved far worse than her original libel: “I deleted a previous tweet about the suspect in the Boulder shooting. I made an assumption based on his being taken into custody alive and the fact that the majority of mass shootings in the U.S. are carried out by white men.”
Aside from the fact that Harris offered no apology for her lie, and had no compunction in stereotyping an entire group on the false assumption that the murderer was white, she also was entirely misinformed about her data. Again, according to most information on mass murderers, there is no evidence that whites are more likely proportionally to be the culprits than are members of other racial categories. In terms of interracial violent crime, whites both proportionally and in absolute numbers, are more likely, in comparison to both blacks and Hispanics, to be victims than perpetrators.
Why have we given up on the dream of Martin Luther King, Jr, that content of character rather than the color of our skins will arbitrate how we treat other individual Americans in a multiracial United States? And is the rejection of that vision the foundation of the new racism?
The Utility of Anti-Racism
What is driving this new antiracism racism? Cui bono? After all, a number of ethnic groups enjoy higher per capita income than whites. The number of white poor in absolute numbers is larger than any other impoverished minority group. The two most common interracial marriage profiles are white and Hispanic, and white and Asian.
For one thing, the new antiracism racialism is driven mostly by elite, white, progressive, careerists. Yet why, in white bastions like Silicon Valley or Manhattan, is there an explosion of elite private academies and a mass flight from the public schools? Is there real integration inside the nation’s richest and bluest ZIP codes, where support for public charter schools is low but high for teachers’ unions?
Medievalism offers some guidance. If a guilty party still wishes to enter woke heaven—or more mundanely to get a promotion or avoid being fired—but is reluctant to sacrifice his own privileged and tribal ways, he can still find cosmic recompense through the abstract: our version of a contractual endowment to the Church that once erased away usury or profligacy.
In other words, very privileged, very wealthy white people virtue signal anger over “white supremacy” as both a psychological and practical way of squaring the circle of their own largely unbothered separate and segregated lives. The irony is that by doing so, those with privilege castigate those without it.
By dreaming up an ever-growing vocabulary of clingers, deplorables, irredeemables, chumps, dregs, and Neanderthals for the white underclass, the elite—both black and white—squares the circle of owning an estate on the cliff above Martha’s Vineyard, or a D.C. mansion.
The Clintons, the Bidens, and the Obamas can live guilt-free and in splendor on the metaphorical barricades, faced off against the less virtuous, Bible-thumping, racist losers who never got with it and learned to code or follow the fracking rigs. This morality offset credit is the racial equivalent of the climate activist John Kerry’s carbon-spewing private jet, so necessary to ferry him from one green conference to another.
Call it exemption, penance, indulgence, or any other variety of medieval quid pro quo, but the white elite’s virtue signaling is as easy to spot as it is pretentious, opportunistic, and hypocritical.
Just as deploring whiteness or confessing to “unearned” privilege exempts the concrete behavior of white elites, so too does it exempt elite blacks from addressing existential crises in the black community that transcend white racism.
Or is it more troublesome than that? Do elites claim that it is racist to suggest the elite woke should at least channel some of their outrage and concern to the mass killing of the urban young (so often African American youth), the pandemic of fatherless black households and illegitimacy, and inordinate rates of criminality? Meghan Markle, as one of the new self-appointed voices of the oppressed, seems more fixated on royal insensitivities than she does on the soaring murder rate in Chicago.
There were other catalysts that shipwrecked the King dream and are supplanting it with Balkans-style tribalism and intersectional hatred. Under Barack Obama, the new idea of “diversity” came into its own. The old binary of white/black and the ecumenical effort to heal the legacy wounds of slavery, Jim Crow and de facto discrimination suddenly invited in a host of new participants, many of them with little record of discrimination, economic inequality, or historical grievance.
Diversity, in other words, redefined the victimized as those with a claim on non-whiteness and on the basis of superficial appearance expanded those with purported grievances from 12 percent of the population to over 30 percent.
Suddenly the impoverished undocumented Oaxacan, subject to years of maltreatment in his native Mexico, became a victim deserving American reparatory consideration the moment he crossed by his own volition into the United States.
So did the children of the multimillionaire Punjabi cardiologist, now dubbed “Asian” as if Indians, too, were indistinguishable from Japanese and Chinese-American who had experienced historical discrimination inside the United States. The Brazilian aristocrat, the one-third “this” and the one-eighth “that” brought millions into the equation, including Elizabeth Warren, Rachel Dolezal, Ward Churchill, Alec Baldwin’s wife, and legions of other socially constructed diverse people.
Class: The Forgotten, Ecumenical Divide
The explosive gains in bicoastal wealth in tech, corporations, entertainment, media, the professions, and sports increasingly rendered less important the connections between class and race. A LeBron James, by traditional class definitions, was a privileged near-billionaire elite who often shilled for the Chinese government—not a victimized truth-teller entrusted to lecture us about the pathologies of whiteness. So as the nonwhite were now often elites, racial identity became more, not less emphasized, to avoid the perception that prior racial victims were now class beneficiaries or even oppressors.
Soon some minorities began questioning the racial fides of other, usually more conservative Latinos and blacks—inventing all sorts of philological categories such as “white Hispanic” and “multiracial whites.” They were reminiscent of the old white racists of the past who had strained to detect “white blacks” who successfully passed into white society, and thereby threatened to expose the entire absurdity of racial castes. After claiming that race was not a construct but immutable, the Left began contextualizing and rebranding and re-cataloging Trump-voting Cubans, George Zimmerman, and any who did not meet their own benchmarks for racial authenticity.
Soon we were left with the silliness of multimillionaire CNN anchor Don Lemon pontificating, without evidence, that “the biggest terror threat in this country is white men, or the far richer, Colin Kaepernick, of mixed ancestry, raised by two white parents, and previously fined for using the N-word on the playing field, now scapegoating his athletic descent onto a white racist society that ruined his career, even as “it” enriched him beyond the imagination of 329 million other Americans.
There are inequalities in the United States. Many of them dovetail with racial differences. But 21st-century cause-and-effect remains unclear. And the chief dividing line in the age of bicoastal globalism is now class—the new-old word we dare not speak.
In truth, the Mexican American tractor driver in Gilroy has more in common with the white auto-mechanic, and both with the black truck driver, than any of the three has with the woke Jorge Ramos, Oprah Winfrey, Mark Zuckerberg, or the Antifa and Black Lives Matter hierarchy.

America is not a sinful racist mess, but a great experiment as the only multiracial, self-reflecting, and self-critical democracy in history that did not—yet—descend into tribal chaos and violence.Voir encore:

Le chantage (payant) de deux sénatrices à Joe Biden

Des élues démocrates menaçaient le président américain d’obstruction s’il ne prenait pas plus d’Asiatiques dans son gouvernement.
Julien Peyron
Le Point
27/03/2021

« Quand Joe Biden m’a demandé d’être sa colistière, il s’est engagé à choisir une administration qui ressemble à l’Amérique, qui reflète le meilleur de notre nation. » La confidence est de Kamala Harris, aujourd’hui vice-présidente des États-Unis. C’est ainsi que le futur président américain, descendant de migrants irlandais catholiques, est parvenu à convaincre cette fille d’un père jamaïcain et d’une mère indienne de figurer sur son « ticket ». À eux deux, ils ont incarné le camp des minorités américaines, marquant une rupture nette avec le mandat de Donald Trump, accusé par certains démocrates d’être le président des suprémacistes blancs.

Le plan a fonctionné, Joe Biden et Kamala Harris ont été élus à la Maison-Blanche. Les Noirs américains ont voté pour eux à près de 90 %, les latinos à plus de 65 % et les Asiatiques à 63 %. Ils ont su s’en souvenir au moment de nommer leurs conseillers et les membres du gouvernement. Le Sénat, qui doit confirmer un à un les membres de la future équipe du président, n’aura jamais vu passer autant de candidats issus de minorités. Une ministre de l’Intérieur amérindienne, un ministre de la Défense noir, un patron de la Sécurité intérieure d’origine cubaine, un ministre des Transports homosexuel, une sous-secrétaire à la Santé transgenre… Chaque minorité à son représentant dans cette administration arc-en-ciel, symbole du creuset américain, de sa diversité et de sa richesse.

Mais à vouloir servir tout le monde, on en oublie forcément quelques-uns. À tort ou à raison, les AAPI se sentent lésés. Derrière ce sigle sont regroupés les Américains ayant des origines asiatiques ou venant des îles du Pacifique (Asian Americans/Pacific Islanders). Les Asio-Américains sont au cœur des préoccupations depuis la tuerie d’Atlanta survenue le 16 mars. Ce jour-là, un homme tue huit personnes, dont six femmes asiatiques, dans des salons de massage de la grande ville de Géorgie. Bien qu’on ignore si les motivations de l’assaillant étaient racistes, la minorité asiatique américaine s’émeut et dénonce une recrudescence des attaques contre elle depuis le début de l’épidémie de Covid, appelé « virus chinois » par Donald Trump.

Risque de blocus

Victimes de préjugés raciaux, les Asio-Américains estiment qu’ils sont mal représentés dans les sphères du pouvoir, en particulier dans le gouvernement Biden. C’est la sénatrice de l’Illinois Tammy Duckworth, d’origine thaïlandaise, qui porte leur combat à Washington, bientôt rejointe par sa collègue de Hawaï, Mazie Hirono. Elles ont signifié à l’establishment démocrate leur refus de voter en faveur de tout nouveau prétendant qui ne serait pas asiatique. De quoi bloquer le processus de nomination au Sénat, puisque la chambre haute du Congrès est plus divisée que jamais depuis les élections de novembre 2020. Elle compte 50 élus démocrates et 50 républicains. Le camp Biden a besoin de faire le plein à chaque fois qu’il veut faire passer une loi ou qu’il souhaite faire valider la nomination d’un officiel.

Quand la Maison-Blanche fait valoir aux deux sénatrices que la vice-présidente Kamala Harris est d’origine indienne par sa mère, leur réponse est cinglante. « C’est insultant ! Diraient-ils aux Afro-Américains que Kamala Harris est noire et qu’il n’y a pas besoin d’autres Afro-Américains au sein de l’administration ? » Elles tiennent bon et leur chantage va fonctionner. Avant même d’avoir eu à voter contre leur camp, les deux sénatrices assurent avoir eu l’assurance que Joe Biden allait « faire monter des voix asiatiques » au sein du gouvernement fédéral. Le porte-parole de Tammy Duckworth s’est aussitôt réjoui de la bonne nouvelle : « Comme annoncé, nous ne bloquerons pas la route aux candidats du président Biden, qui comprendront donc davantage de leaders AAPI. »

5,5 % d’Asiatiques dans la population américaine

Sur les 23 membres désignés du cabinet Biden – tous ne sont pas encore confirmés – un seul est d’origine asiatique à ce jour : Katherine Tai, représentante au Commerce, qui a grandi à Taïwan et dont les deux parents sont chinois. Un sur 23, soit environ 4,5 % du cabinet, un nombre assez proche des 5,5 % que les Asiatiques pèsent au sein de la population américaine. Insuffisant pour les leaders d’AAPI. Mais en nommant un nouveau membre d’origine asiatique, le président américain fera passer cette proportion à 18 %… Quelle autre minorité montera alors au créneau en s’estimant sous-représentée ?

S’ils permettent de conforter chaque groupe, ces arrangements font peser un soupçon sur l’équipe Biden. Serait-elle davantage un casting politiquement correct qu’une équipe recrutée pour ses compétences ? Ironie de l’histoire, les Asio-Américains comptaient encore récemment sur une porte-drapeau dans l’équipe Biden. Neera Tanden, née de parents indiens, avait été désignée pour occuper la fonction importante de ministre du Budget. Mais d’anciens tweets polémiques retrouvés par la presse ont eu raison de sa candidature. Preuve qu’outre les origines ethniques, les opinions politiques comptent encore en Amérique.

Voir encore:

Bartolone sur la droite : « Ils veulent mettre l’Ile-de-France en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux »

REPORTAGE – Claude Bartolone a tenu, mercredi soir, son dernier meeting avant un second tour qui s’annonce très serré. Le socialiste et ses nouveaux alliés ont tenté de montrer une unité que la gauche n’a plus au niveau national.

Il y a les applaudissements automatiques des meetings de fin de campagne. Et puis il y a les embrassades et les sourires qu’on ne voyait plus à gauche ces derniers temps. « Ça sent bon », souffle Benoît Hamon dans les couloirs du palais des sports de Créteil pour le dernier meeting de Claude Bartolone. Ici, les socialistes croient de plus en plus à une victoire à l’arrachée dimanche face à Valérie Pécresse.

Pour ce second tour, Bartolone a réussi à rapidement rassembler la gauche. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu côte à côte cette gauche arc-en-ciel allant du chef du PCF Pierre Laurent à celui du PS Jean-Christophe Cambadélis en passant par Benoit Hamon, Christiane Taubira et finissant par les écolos Emmanuelle Cosse et Cécile Duflot. Tous sont là pour soutenir Claude Bartolone, le seul aujourd’hui à gauche à pouvoir rassembler une telle brochette quand le spectre du gouvernement, lui, s’est singulièrement réduit depuis le départ de Jean-Marc Ayrault. Assise au premier rang, Cécile Duflot immortalise l’instant avec son téléphone portable.

« Notre région, ils veulent la mettre en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux »

Dernier à parler, Bartolone s’en prend logiquement à son adversaire Valérie Pécresse. Le résultat s’annonce serré, aucun coup ne sera épargné. « Notre région, ils veulent la mettre en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux », attaque Bartolone qui plus largement pointe l’attitude de la droite.

« Que reste-t-il de leurs valeurs lorsque, sans cesse, sans cesse, ils font cette insupportable danse du ventre aux électeurs du FN à grands coups de ‘race blanche?' » demande-t-il avant de livrer sa réponse. « Cette droite n’a plus grand chose de républicain ». Comme s’il voulait donner des gages à ses alliés de gauche et s’éloigner de ces socialistes qui ne parlent que de redressement économique et de taux de croissance, Bartolone promet vouloir avant tout « donner du sens ». « Nous ne sommes pas des experts comptables en charge d’aligner des colonnes de dépenses à des colonnes de recettes », poursuit-il.

En début de soirée, après ce qui devait être un sketch de Gérald Dahan, le rappeur Rost prend le micro, glisse quelques mots sur les scores élevés du FN qui lui fond mal au coeur puis, le poing levé, se met à chanter Le temps des résistants. La salle pourtant remplie de socialistes se surprend à elle aussi lever le poing, comme au temps où la gauche n’était pas encore social-démocrate. Sur scène, les Yeux Noirs enchaînent et jouent une musique tzigane si entrainante que Cambadélis frétille pendant Jean-Paul Huchon s’adonne à quelques mouvements de air guitar avec en prime un subtil jeu d’épaule.

Gauche francilienne contre gauche nationale

Alors que les communistes et les écologistes ont fusionné avec la liste de Claude Bartolone, c’est à Pierre Laurent qu’est revenu le soin d’entamer le meeting. Jean-Luc Mélenchon veut incarner la gauche d’opposition au PS mais ce mercredi soir son partenaire au sein du Front entonne un autre chant : « Ensemble battre la droite ». Mais s’il souhaite une victoire de « la gauche » – Laurent ne va pas jusqu’à dire « de Bartolone » – le patron du PCF promet qu’il ne s’en tiendra pas là : « Lundi il faudra reconstruire la gauche », « il faudra se dire des choses, se dire des vérités, discuter des responsabilités des uns et des autres ».

Après Laurent, Cosse garde ce même équilibre. Soutien régional, critique nationale. « Si l’Etat a renoncé face aux lobbies à mettre de oeuvre l’écotaxe, nous le mettrons en Ile-de-France avec son juste nom : la pollutaxe », assène-t-elle. Visant, le gouvernement et singulièrement Manuel Valls bien qu’elle se garde de prononcer son nom, elle poursuit : « Le renoncement et l’autoritarisme ne sont pas des mots que conjuguent les Huchon, les Hidalgo, les Bartolone, les Laurent ». En somme, Cosse veut « faire de l’Ile-de-France le creuset d’une nouvelle gauche, qui tient ses engagements, qui n’a pas peur de son ombre ». Jusqu’à dimanche cette gauche avance unie. Lundi sera un autre jour.

Voir aussi:

Observatoire du journalisme

27 mars 2021

Une tuerie s’est déroulée mi-mars 2021 dans un supermarché à Boulder dans le Colorado (États-unis),10 personnes ont trouvé la mort dans cette tragédie. Les médias de grand chemin se jettent-ils sur l’occasion pour informer en fonction des faits ? Ou pour les déformer ? Sur les premières images, le tueur interpellé est blanc. Le massacre de 10 civils se transforme instantanément en un procès de l’homme blanc armé d’un fusil AR-15. Plusieurs personnalités politiques s’en donnent à cœur joie pour faire de la récupération. Et puis…

Homme, blanc, violent

Dans un premier temps, le meurtrier est blessé à la jambe puis interpellé par la police qui l’emmène. Toutes les caméras ne retiennent alors plus qu’une seule chose : le tueur est blanc. C’est l’information principale que décident de relayer plusieurs grands médias tels que RTL, 20 Minutes ou le Huffington Post et d’autres encore. Dès lors, Twitter va se déchaîner. Avalanche de tweets haineux pour dénoncer la violence de l’homme blanc.

Meena Harris, la nièce de Kamala Harris (vice-présidente des États-Unis) tweetait « Violent white men are the greatest terrorist threat to our country » (les hommes blancs violents sont la plus grande menace terroriste pour notre pays). Elle a par la suite rapidement supprimé son tweet.

Un journaliste de l’AFP du service « vérification des faits » avait également tweeté « He was only apprehended and not chocked or shot to death because he was not brown, black or muslim” (il a été appréhendé et non tué parce qu’il n’était pas brun, noir ou musulman).

Beaucoup d’autres tweets ont relayé que le tueur était un homme blanc et que s’il n’a pas été immédiatement abattu par la police c’était en vertu de sa couleur de peau.

Quelques jours plus tôt, en Géorgie, avait eu lieu une autre tuerie où un meurtrier blanc avait pris pour cible des femmes asiatiques dans leur salon de massage. Toute la presse avait crié au racisme mais le coupable, manifestement dérangé, déclarait qu’il souffrait « d’addiction sexuelle » et qu’il voyait ces salons de massage comme une tentation à éliminer.

Le tueur est un syrien musulman, Ahmad Al Aliwi Alissa

Certains médias surfent sur cette vague pour relancer la machine avec ce nouvel évènement macabre. Problème : le tueur est en réalité un Syrien musulman âgé de 21ans, anti-Trump, Ahmad Al Aliwi Alissa.

L’information est tombée comme un coup de tonnerre et a forcé quelques personnalités à réagir par rapport à ce qu’elles avaient d’abord dénoncé.

À titre d’exemple, la militante et écrivain américaine (Amy Siskind — sur Twitter) qui avait participé à la première vague de désinformation a déclaré, en apprenant le nom et la religion du tueur, qu’il ne fallait pas répandre cette nouvelle, ne pas lui faire de publicité. La publicité n’est en effet autorisée que si elle va dans le bon sens.

Beaucoup d’autres ont simplement arrêté de tweeter à ce sujet lorsqu’ils ne se sont pas simplement enfoncés dans le mensonge. À ce propos, le compte Tweeter de Caleb Hull est édifiant, ce militant républicain a relevé un bon nombre des tentatives de récupération et de désinformation au sujet de cette tragédie.

Le président des États-Unis, Joe Biden, s’est exprimé en appelant le congrès à agir « maintenant » pour limiter la circulation des armes à feu dans le pays. Biden sait bien qu’il n’a pas de majorité pour changer quoi que ce soit à ce sujet, il est douteux qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs, mais il est de bon ton de dénoncer le peuple qui pourrait oser prendre la responsabilité de sa propre défense.

In fine, une information passe à la trappe au milieu de ce pugilat médiatique : les dix victimes de cet odieux carnage sont tous des blancs.

Voir de même:

When The Narrative Replaces The News
How the media grotesquely distorted the Atlanta massacres
Andrew Sullivan
Mar 19 2021

The massacres at three massage parlors in the Atlanta area this week, leaving eight human beings dead, others injured, and their families scarred, were horrifying. Read this deeply moving story about the son of one of the women killed to remind yourself of this. It’s brutal. The grief will spread and resonate some more.

But this story has also been deeply instructive about our national discourse and the state of the American mainstream and elite media. This story’s coverage is proof, it seems to me, that American journalists have officially abandoned the habit of attempting any kind of “objectivity” in reporting these stories. We are now in the enlightened social justice world of “moral clarity” and “narrative-shaping.”

Here’s the truth: We don’t yet know why this man did these horrible things. It’s probably complicated, or, as my therapist used to say, “multi-determined.” That’s why we have thorough investigations and trials in America. We only have one solid piece of information as to motive, which is the confession by the mass killer to law enforcement: that he was a religious fundamentalist who was determined to live up to chastity and repeatedly failed, as is often the case. Like the 9/11 bombers or the mass murderer at the Pulse nightclub, he took out his angst on the source of what he saw as his temptation, and committed mass murder. This is evil in the classic fundamentalist sense: a perversion of religion and sexual repression into violence.

We should not take the killer’s confession as definitive, of course. But we can probe it — and indeed, his story is backed up by acquaintances and friends and family. The New York Times originally ran one piece reporting this out. The Washington Post also followed up, with one piece citing contemporaneous evidence of the man’s “religious mania” and sexual compulsion. It appears that the man frequented at least two of the spas he attacked. He chose the spas, his ex roommates said, because he thought they were safer than other ways to get easy sex. Just this morning, the NYT ran a second piece which confirms that the killer had indeed been in rehab for sexual impulses, was a religious fanatic, and his next target was going to be “a business tied to the pornography industry.”

We have yet to find any credible evidence of anti-Asian hatred or bigotry in this man’s history. Maybe we will. We can’t rule it out. But we do know that his roommates say they once asked him if he picked the spas for sex because the women were Asian. And they say he denied it, saying he thought those spas were just the safest way to have quick sex. That needs to be checked out more. But the only piece of evidence about possible anti-Asian bias points away, not toward it.

And yet. Well, you know what’s coming. Accompanying one original piece on the known facts, the NYT ran nine — nine! — separate stories about the incident as part of the narrative that this was an anti-Asian hate crime, fueled by white supremacy and/or misogyny. Not to be outdone, the WaPo ran sixteen separate stories on the incident as an antiAsian white supremacist hate crimeSixteen! One story for the facts; sixteen stories on how critical race theory would interpret the event regardless of the facts. For good measure, one of their columnists denounced reporting of law enforcement’s version of events in the newspaper, because it distracted attention from the “real” motives. Today, the NYT ran yet another full-on critical theory piece disguised as news on how these murders are proof of structural racism and sexism — because some activists say they are.

Mass killers, if they are motivated by bigotry or hate, tend to let the world know:

The suspected attacker in Pittsburgh allegedly said he wanted to “kill Jews” while rampaging inside a synagogue. Police said the man charged with killing people at an El Paso Walmart told them that he was targeting “Mexicans” that day. And the man who massacred Black parishioners inside a Charleston church detailed his racist motivations at length.

This mass murderer in Atlanta actually denied any such motive, and, to repeat myself, there is no evidence for it — and that has been true from the very start. And yet, a friend forwarded me the note swiftly sent to students and faculty at Harvard, which sums up the instant view of our elite:

Many of us woke up yesterday to the horrific news of the vicious and deadly attack in Atlanta, the latest in a wave of increasing violence targeting the Asian, Asian-American, and Pacific Islander community … This violence has a history. From Chinese Exclusion to the nativist rhetoric amplified during the pandemic, anti-Asian hostility has deep roots in American culture.

And on and on. It was almost as if they had a pre-existing script to read, whatever the facts of the case! Nikole Hannah-Jones, the most powerful journalist at the New York Times, took to Twitter in the early morning of March 17 to pronounce: “Last night’s shooting and the appalling rise in anti-Asian violence stem from a sick society where nationalism has been stoked and normalized.” Ibram Kendi tweeted: “Locking arms with Asian Americans facing this lethal wave of anti-Asian terror. Their struggle is my struggle. Our struggle is against racism and White Supremacist domestic terror.”

When the cops reported the killer’s actual confession, left-Twitter went nuts. One gender studies professor recited the litany: “The refusal to name anti-Asianess [sic], racism, white supremacy, misogyny, or class in this is whiteness doing what it always does around justifying its death-dealing … To ignore the deeply racist and misogynistic history of hypersexualization of Asian women in this ‘explication’ from law enforcement of what emboldened this killer is also a willful erasure.”

In The Root, the real reason for the murders was detailed: “White supremacy is a virus that, like other viruses, will not die until there are no bodies left for it to infect. Which means the only way to stop it is to locate it, isolate it, extract it, and kill it.”

Trevor Noah insisted that the killer’s confession was self-evidently false: “You killed six Asian people. Specifically, you went there. Your murders speak louder than your words. What makes it even more painful is that we saw it coming. We see these things happening. People have been warning, people in the Asian communities have been tweeting, they’ve been saying, ‘Please help us. We’re getting punched in the street. We’re getting slurs written on our doors.’” Noah knew the killer’s motive more surely than the killer himself.

None of them mentioned that he killed two white people as well — a weird thing for a white supremacist to do — and injured a Latino. None pointed out that the connection between the spas was that the killer had visited them. None explained why, if he were associating Asian people with Covid19, he would nonetheless expose himself to the virus by having sex with them, or regard these spas as “safer” than other ways to have quick sex.

They didn’t because, in their worldview, they didn’t need to. What you see here is social justice ideology insisting, as Dean Baquet temporarily explained, that intent doesn’t matter. What matters is impact. The individual killer is in some ways irrelevant. His intentions are not material. He is merely a vehicle for the structural oppressive forces critical theorists believe in. And this “story” is what the media elites decided to concentrate on: the thing that, so far as we know, didn’t happe

But notice how CRT operates. The only evidence it needs it already has. Check out the identity of the victim or victims, check out the identity of the culprit, and it’s all you need to know. If the victims are white, they don’t really count. Everything in America is driven by white supremacist hate of some sort or other. You can jam any fact, any phenomenon, into this rubric in order to explain it.

The only complexity the CRT crowd will admit is multiple, “intersectional” forms of oppression: so this case is about misogyny and white supremacy. The one thing they cannot see are unique individual human beings, driven by a vast range of human emotions, committing crimes with distinctive psychological profiles, from a variety of motives, including prejudices, but far, far more complicated than that.

There’s a reason for this shift. Treating the individual as unique, granting him or her rights, defending the presumption of innocence, relying on provable, objective evidence: these core liberal principles are precisely what critical theory aims to deconstruct. And the elite media is in the vanguard of this war on liberalism.

This isn’t in any way to deny increasing bias against Asian-Americans. It’s real and it’s awful. Asians are targeted by elite leftists, who actively discriminate against them in higher education, and attempt to dismantle the merit-based schools where Asian-American students succeed — precisely and only because too many Asians are attending. And Asian-Americans are also often targeted by envious or opportunistic criminal non-whites in their neighborhoods. For Trump to give these forces a top-spin with the “China virus” made things even worse, of course. For a firsthand account of a Chinese family’s experience of violence and harassment, check out this piece.

The more Asian-Americans succeed, the deeper the envy and hostility that can be directed toward them. The National Crime Victimization Survey notes that “the rate of violent crime committed against Asians increased from 8.2 to 16.2 per 1000 persons age 12 or older from 2015 to 2018.” Hate crimes? “Hate crime incidents against Asian Americans had an annual rate of increase of approximately 12% from 2012 to 2014. Although there was a temporary decrease from 2014 to 2015, anti-Asian bias crimes had increased again from 2015 to 2018.”

Asians are different from other groups in this respect. “Comparing with Black and Hispanic victims, Asian Americans have relatively higher chance to be victimized by non-White offenders (25.5% vs. 1.0% for African Americans and 18.9% for Hispanics). … Asian Americans have higher risk to be persecuted by strangers … are less likely to be offended in their residence … and are more likely to be targeted at school/college.” Of those committing violence against Asians, you discover that 24 percent such attacks are committed by whites; 24 percent are committed by fellow Asians; 7 percent by Hispanics; and 27.5 percent by African-Americans. Do the Kendi math, and you can see why Kendi’s “White Supremacist domestic terror” is not that useful a term for describing anti-Asian violence.

But what about hate crimes specifically? In general, the group disproportionately most likely to commit hate crimes in the US are African-Americans. At 13 percent of the population, African Americans commit 23.9 percent of hate crimes. But hate specifically against Asian-Americans in the era of Trump and Covid? Solid numbers are not yet available for 2020, which is the year that matters here. There’s data, from 1994 to 2014, that finds little racial skew among those committing anti-Asian hate crimes. Hostility comes from every other community pretty equally.

The best data I’ve found for 2020, the salient period for this discussion, are provisional data on complaints and arrests for hate crimes against Asians in New York City, one of two cities which seem to have been most affected. They record 20 such arrests in 2020. Of those 20 offenders, 11 were African-American, two Black-Hispanic, two white, and five white Hispanics. Of the black offenders, a majority were women. The bulk happened last March, and they petered out soon after. If you drill down on some recent incidents in the news in California, and get past the media gloss to the actual mugshots, you also find as many black as white offenders.

This doesn’t prove much either, of course. Anti-Asian bias, like all biases, can infect anyone of any race, and the sample size is small and in one place. But it sure complicates the “white supremacy” case that the mainstream media simply assert as fact.

And, given the headlines, the other thing missing is a little perspective. Here’s a word cloud of the victims of hate crimes in NYC in 2020. You can see that anti-Asian hate crimes are dwarfed by those against Jews, and many other minorities. And when you hear about a 150 percent rise in one year, it’s worth noting that this means a total of 122 such incidents in a country of 330 million, of which 19 million are Asian. Even if we bring this number up to more than 3,000 incidents from unreported and far less grave cases, including “shunning”, it’s small in an aggregate sense. A 50 percent increase in San Francisco from 2019 – 2020, for example, means the number of actual crimes went from 6 to 9.

Is it worse than ever? No. 2020 saw 122 such hate incidents. In 1996, the number was 350. Many incidents go unreported, of course, and hideous comments, slurs and abuse don’t count as hate “crimes” as such. I’m not discounting the emotional scars of the kind of harassment this report cites. I’m sure they’ve increased. They’re awful. Despicable. Disgusting.

But the theory behind hate crimes law is that these crimes matter more because they terrify so many beyond the actual victim. And so it seems to me that the media’s primary role in cases like these is providing some data and perspective on what’s actually happening, to allay irrational fear. Instead they contribute to the distortion by breathlessly hyping one incident without a single provable link to any go this — and scare the bejeezus out of people unnecessarily.

The media is supposed to subject easy, convenient rush-to-judgment narratives to ruthless empirical testing. Now, for purely ideological reasons, they are rushing to promote ready-made narratives, which actually point away from the empirical facts. To run sixteen separate pieces on anti-Asian white supremacist misogynist hate based on one possibly completely unrelated incident is not journalism. It’s fanning irrational fear in the cause of ideological indoctrination. And it appears to be where all elite media is headed.

Voir par ailleurs:

Yseult : les angles morts de la nouvelle égérie progressiste
Louis Nadau
Marianne
17/02/2021

Sans minimiser les difficultés que la révélation féminine des dernières Victoires de la musique a pu rencontrer, il n’est pas interdit de demander d’où parle Yseult. Ni de souligner que son militantisme, communautaire et fondé sur la sacro-sainte subjectivité, tolère des angles morts assez fâcheux eu égard aux principes de la « déconstruction ».

« Le chemin est long en tant que femme noire, le chemin est long en tant que femme grosse, en tant que femme oubliée de la société, oubliée de la culture. » Au moment de recevoir sa récompense de révélation féminine de l’année samedi 13 février, lors de la 36ème cérémonie des Victoires de la musique, la chanteuse Yseult se lance, sans surprise, dans un discours engagé. La jeune artiste se vit en effet comme l’un des porte-étendard de la lutte contre les discriminations. « Le chemin est long et sinueux, mais on va y arriver. Ça mettra dix ans, ça mettra quinze ans, on ne veut pas nous laisser prendre l’ascenseur, il n’y a pas de souci, on est endurant, on va prendre les escaliers« , continue-t-elle.

S’adressant à ses amis présents dans le public clairsemé, eux aussi « racisés », elle conclut : « C’était important de faire cette victoire avec vous, d’être avec des personnes qui me ressemblent, qui sont comme moi, qui m’entendent et qui me comprennent, qui comprennent ma colère. Ma colère qui est légitime, notre colère est légitime, et j’aimerais que ce soir toute la France l’entende. » Que défend donc Yseult ? Épaulée par ses « sœurs » Adèle Haenel, Assa Traoré et Aïssa Maïga, la chanteuse reprend à son compte le vocabulaire et les notions utilisés par le mouvement intersectionnel. Yseult est « woke », éveillée aux enjeux d’une société qui opprimerait systématiquement ses minorités.

Rodage

Là où d’autres militantes s’appuient sur un bagage théorique riche et cohérent, la chanteuse est encore, de son propre aveu, en période de rodage. Ça se voit. Morceaux choisis de ce bingo progressiste : « Ma couleur de peau est politique, mes cheveux sont politiques, mon corps est politique, je n’ai donc pas le choix » – Gala le 23 janvier. « On dit ‘minorités’, mais en fait on est beaucoup. Je pense que même le mot minorités… On est minoritaire, mini, ça c’est vraiment quelque chose qui aujourd’hui me pique et m’intrigue beaucoup (…). Je pense qu’on devrait trouver un autre mot » – « 6 à la maison », le 25 novembre 2020. « Aujourd’hui je crois en la sororité, et je crois qu’il faut qu’on s’organise et qu’on aille en urgence dans une convergence des luttes, et qu’on crée une sorte de synergie pour tout péter » – « Clique », le 7 février dernier.

Si on pardonnera volontiers cette candeur à une chanteuse dont le débat d’idées n’est pas le métier, la sortie d’Yseult aux Victoires de la musique, même pour un spectateur n’ignorant rien de la réalité des phénomènes racistes, sexistes et discriminants, mérite tout de même qu’on s’y attarde. Notamment compte tenu de ses états de service : ancienne finaliste de la Nouvelle Star signée chez Universal, fondatrice de son propre label après le four de son premier album, compositrice pour Jenifer et Chimène Badi, première partie d’Angèle et, finalement, lauréate à 26 ans d’une première Victoire de la musique. On a vu pire chemin de croix. Si bien que, sans minimiser les difficultés qu’elle a pu rencontrer, il n’est pas interdit de demander d’où parle la camarade Yseult. Ni de souligner que son militantisme dans l’ère du temps, communautaire et fondé sur la sacro-sainte subjectivité, tolère des angles morts assez fâcheux eu égard aux principes de la « déconstruction ».

Singularité

Force est de constater qu’il existe une disjonction entre le discours victimaire qui jalonne la carrière d’Yseult d’une part, et son succès au sein de l’industrie musicale d’autre part. Industrie à ce point oppressive et raciste qu’elle a nommé – peut-être pour se donner bonne conscience – trois femmes noires aux Victoires de la musique : Aya Nakamura, Lous and the Yakuza et Yseult. On nous rétorquera que Nakamura et Lous sont les exceptions, qu’Yseult a raison de s’engager en faveur de ceux que le racisme et le sexisme priveraient de carrière. Certes, mais à l’heure où le récit de soi et la mise en scène de sa singularité sont devenus des dimensions incontournables de la communication d’un artiste, c’est bien de sa personne dont parle constamment Yseult.

Dès 2015, cette dernière imputait sa défaite en finale du télé-crochet Nouvelle Star à la société, plutôt qu’au talent de son adversaire ou à ses propres défauts : « On n’accepte pas encore les différences des gens. Malheureusement, je suis noire, malheureusement, je suis très forte corporellement« , expliquait-elle. Cinq ans plus tard, ces questions identitaires agitaient toujours Yseult. Interrogée dans l’émission de France 5 6 à la maison, elle expliquait : « Je pense que quand on est unique – parce que je n’ai plus envie de dire qu’on est différent -, ça gêne, ça intrigue, ça provoque, ça excite. C’est vrai que si je dois parler en tant que femme noire, en tant que femme grosse, c’est difficile de faire abstraction de tout ça, parce qu’on est noire et on est grosse et on est unique du lundi au lundi.« 

Mais est-ce encore la société qui impose ce regard sur elle-même à Yseult, ou est-ce Yseult qui se présente au monde à travers ce prisme ? On l’a vu, le discours de la chanteuse manque de cohérence, et il est difficile de trancher la question en se fondant sur ses déclarations. Le 7 févier sur Canal +, elle affirmait tantôt qu’il fallait « qu’on arrête de parler de nous comme des victimes« , tantôt « qu’on arrête de s’acharner sur nous, et qu’on arrête de nous chier dessus« . « On demande du respect, on demande surtout de l’empathie« , insistait-elle.

Que la chanteuse ait souffert du regard des autres, comme tant et tant d’adolescents, est une première chose. Qu’Yseult ait subi le racisme, la grossophobie et le sexisme, c’en est une deuxième. C’est à elle de le dire, de la manière la plus circonstanciée possible, étant donnée la gravité des faits. Il y a toutefois une troisième dimension dans ses propos, directement déduite des deux précédentes : l’idée, pourtant démentie par l’expérience, selon laquelle « on ne v[oudrait] pas nous laisser prendre l’ascenseur » – comprendre : parce que « nous » sommes femmes, noires ou grosses.

Fierté

C’est ainsi que le décalage entre le parcours d’Yseult et le discours « woke » qu’elle porte maladroitement se révèle cruellement : alors qu’il n’y a de vérité que celle du « je » aux yeux de certains militants, la jeune femme, bien qu’elle se décrive en « oubliée de la culture », n’a pas vraiment de quoi se plaindre personnellement en terme d’intégration sociale. Ce qui ne l’empêche pas de le faire, comme dans Clique, le 7 février dernier : « Je ne vais pas bien. Je ne me sens pas bien parce que j’ai l’impression d’être une sorte de vieille âme, et d’être une personne qui est hypersensible et consciente de tout ce qui se passe, des maux de notre société, de l’univers, de tout, et que pour une personne comme moi c’est hyper compliqué de me contrôler émotionnellement (…)« , se lamentait-elle lors d’un long monologue.

Au-delà de ces belles envolées, il y a bien sûr une forme de marketing communautaire, venant d’une artiste pour qui chanter ne suffit plus : comme Beyoncé, il faut devenir une icône. « I’m fucking black, fat, beautiful, and I’m confident, and I’m proud of it, bitch !« , lançait-elle ainsi le 5 février dernier dans la « boîte à questions » de Canal +. A Gala, elle déclarait : « Mon objectif, en toute humilité, est de tenter de créer de nouvelles références pour ma communauté. Dans l’art, comme dans tout le milieu culturel d’ailleurs, les noirs sont toujours représentés de la même manière.« 

Yseult n’échappe pas d’ailleurs à quelques contradictions sur ce sujet : alors qu’une bonne partie de son œuvre parle de son identité et des traumatismes qui y sont liés, elle refuse catégoriquement cette grille de lecture. Oui, son EP s’appelle Noir, oui, sa pochette montre « ses trois bourrelets » – dixit l’intéressée – en gros plan, oui le refrain de la chanson éponyme est « noire et fière de l’être, ça c’est toute ma life« , et oui, son clip montre un homme noir tenant dans ses bras un enfant noir, mais non, il ne faut y voir aucun message : « Moi j’en ai marre qu’on voit comme un symbole le fait de mettre plusieurs danseurs noirs. Pour moi ce n’est pas un symbole, c’est normal. J’ai pas fait ce clip en mode ‘vous allez voir’ (…)« , assurait-elle dans Clique en novembre 2019.

On pourrait applaudir ces propos universalistes, s’ils n’étaient pas totalement contradictoires avec le reste de la démarche d’Yseult. « Moi je veux que les gens le voient comme ça, parce que quand c’est le contraire, il n’y a pas le délire de : ‘Alors du coup c’est un homme blanc avec un enfant blanc. C’est un statement ce qui se passe.’ On aura jamais ce genre de question« , avance la jeune femme. On se demande tout de même comment les médias accueilleraient un artiste chantant « blanc et fier de l’être, ça c’est toute ma life ».

Privilèges

Loin d’envisager qu’elle ait pu bénéficier d’un effet pervers de rattrapage dans l’industrie audiovisuelle et musicale, Yseult brandit sans cesse son CV d’opprimée (et fière de l’être, donc) : « Moi j’avoue que dans ma carrière – maintenant ça va faire huit ans – on m’a toujours reproché quelque chose, c’est mon culot. (…) Autour de moi, on ne comprenait pas pourquoi j’avais cette aigreur, cette rage, cette frustration. Dans mon combat, on est tous sur la ligne de départ, mais dans notre parcours, il y a des embûches. Moi y’a du béton, y’a de l’eau, y’a des trous, et pour d’autres, il n’y a pas tout ça« , se plaignait-t-elle déjà dans 6 à la maison. Rappelons au passage que certains, aussi talentueux qu’Yseult, passent une vie à chanter sans percer.

« Je pense qu’il faut aussi reconnaître ses privilèges, et au-delà de ses privilèges, faut aussi aider ceux qui n’ont pas les mêmes privilèges« , concluait Yseult, reprenant à son compte une notion selon laquelle ceux qui bénéficient d’une situation normale dans un Etat de droit – ne pas subir de discrimination en raison de son sexe ou de sa couleur de peau – jouiraient d’un avantage indu. On pourrait toutefois inviter la chanteuse à faire son propre examen de conscience, en la renvoyant au point aveugle de l’immense majorité de ses prises de parole publique : les inégalités économiques. Eh oui, revoilà la lutte des classes. Et Yseult se classe indéniablement du côté des dominés.

Fille d’un cadre supérieur chez Land Rover, Yseult a passé sa scolarité dans le privé, à Agen. « Matériellement, je n’ai pas à me plaindre, mon père gagnait beaucoup d’argent. On changeait de voiture tous les deux jours, on me conduisait à la maternelle en Mercedes. Ma mère s’achetait des sacs griffés« , racontait-elle en 2015 dans un entretien au magazine suisse Femina. Une enfance plus que confortable, marqué par des voyages en Jamaïque, aux Etats-Unis, en Indonésie, ou encore à Cuba.

En 2019, lors de son premier passage dans l’émission Clique de Canal +, elle affirmait : « Qu’on soit ou pas dans la musique, on court après les thunes. C’est tellement fatiguant. Payer son loyer, on a des enfants, faut les nourrir, faut les machin et tout. Moi y’a que aujourd’hui, depuis que j’ai 25 ans, que je me dis : ‘Mince, donc ma mère elle a vécu tout ça ? Mon père, c’était pour ça ?’ » Certains n’attendent pas 25 pour prendre conscience de ces réalités sociales, mais ceux-là ne semblent pas prioritaires aux yeux d’Yseult.

« La discrimination est partout et touche tout le monde, que l’on soit une femme noire ou blanche, que l’on soit trans, bi, gay, lesbienne, etc.« , professait Yseult dans Gala dernier. Les pauvres, eux, brillent par leur absence, y compris lorsque la chanteuse explique « qu’il faut tendre vers une convergence des luttes« , « que l’on s’allie tous et toutes afin de combattre notre ennemi qui au final nous est commun, celui que je nommerais l’intolérant« . Profiteurs et exploiteurs peuvent donc dormir tranquilles.

Il faut éplucher le fil Twitter d’Yseult pour trouver, à l’égard des pauvres, une once de « l’empathie » qu’elle réclamait pour elle-même à corps et à cri sur le plateau de Clique le 7 février. En quelques mois, on le trouve sur une seule mention, qui remonte au 30 janvier de cette année. « Je pense à ceux et celles qui n’arrive pas à s’en sortir financièrement durant cette période qui est extrêmement difficile sincèrement je pense très très très très très fort à vous courage et force« , écrivait-elle. Il n’est jamais trop tard pour s’y mettre.

Voir enfin:

David Shor on Why Trump Was Good for the GOP and How Dems Can Win in 2022
Eric Levitz
The Intelligencer
Mar. 3, 2021

In the United States, every season is campaign season. Four months after America last went to the polls, Democrats are still refining their autopsies of the 2020 race and already governing with an eye toward the 2022 midterms.Meanwhile, on the other side of the aisle, Republicans are trying to figure out just how firm Donald Trump’s grip on their party really is — and debating whether that grip should be stronger or weaker. 

To gain some insight into these matters, Intelligencer turned to our favorite socialist proponent of ruthlessly poll-driven campaigning, David Shor. A veteran of the 2012 Obama campaign, Shor is currently head of data science at OpenLabs, a progressive nonprofit. We spoke with him last week about how his analysis of the 2020 election has changed since November, what Democrats need to do to keep Congress after 2022, and why he thinks the Trump era was great for the Republican Party (in strictly electoral terms).

What are the most important things you’ve learned about the 2020 election between the last time we spoke and today?

What’s changed since November is that we now have individual-level vote-history data in a bunch of states. And we also have a lot more precinct-level data. And people have had more time to run surveys. So the picture has gotten clearer.

One high-level takeaway is that the 2020 electorate had a very similar partisan composition to the 2016 electorate. When the polls turned out to be wrong — and Trump turned out to be much stronger than they predicted — a lot of people concluded that turnout models must have been off: Trump must have inspired higher Republican turnout than expected. But that looks wrong. It really seems like the electorate was slightly more Democratic than it had been in 2016, largely due to demographic change (because there’s such a large partisan gap between younger and older voters, every four years the electorate gets something like 0.4 percent more Democratic just through generational churn). So Trump didn’t exceed expectations by inspiring higher-than-anticipated Republican turnout. He exceeded them mostly through persuasion. A lot of voters changed their minds between 2016 and 2020.

At the subgroup level, Democrats gained somewhere between half a percent to one percent among non-college whites and roughly 7 percent among white college graduates (which is kind of crazy). Our support among African Americans declined by something like one to 2 percent. And then Hispanic support dropped by 8 to 9 percent. The jury is still out on Asian Americans. We’re waiting on data from California before we say anything. But there’s evidence that there was something like a 5 percent decline in Asian American support for Democrats, likely with a lot of variance among subgroups. There were really big declines in Vietnamese areas, for example. Anyway, one implication of these shifts is that education polarization went up and racial polarization went down.

In other words, a voter’s level of educational attainment — whether they had a college degree — became more predictive of which party they voted for in 2020 than it had been in 2016, while a voter’s racial identity became less predictive?

Yeah. White voters as a whole trended toward the Democratic Party, and nonwhite voters trended away from us. So we’re now somewhere between 2004 and 2008 in terms of racial polarization. Which is interesting. I don’t think a lot of people expected Donald Trump’s GOP to have a much more diverse support base than Mitt Romney’s did in 2012. But that’s what happened.

Does the available data give us any insight into why? Do you have any sense what was behind the large rightward shift among Hispanic voters?

One important thing to know about the decline in Hispanic support for Democrats is that it was pretty broad. This isn’t just about Cubans in South Florida. It happened in New York and California and Arizona and Texas. Really, we saw large drops all over the country. But it was notably larger in some places than others. In the precinct-level data, one of the things that jumps out is that places where a lot of voters have Venezuelan or Colombian ancestry saw much larger swings to the GOP than basically anywhere else in the country. The Colombian and Venezuelan shifts were huge.

One of my favorite examples is Doral, which is a predominantly Venezuelan and Colombian neighborhood in South Florida. One precinct in that neighborhood went for Hillary Clinton by 40 points in 2016 and for Trump by ten points in 2020. One thing that makes Colombia and Venezuela different from much of Latin America is that socialism as a brand has a very specific, very high salience meaning in those countries. It’s associated with FARC paramilitaries in Colombia and the experience with President Maduro in Venezuela. So I think one natural inference is that the increased salience of socialism in 2020 — with the rise of AOC and the prominence of anti-socialist messaging from the GOP — had something to do with the shift among those groups.

As for the story with Hispanics overall, one thing that really comes out very clearly in survey data that we’ve done is that it really comes down to ideology. So when you look at self-reported ideology — just asking people, “Do you identify as liberal, moderate, or conservative” — you find that there aren’t very big racial divides. Roughly the same proportion of African American, Hispanic, and white voters identify as conservative. But white voters are polarized on ideology, while nonwhite voters haven’t been. Something like 80 percent of white conservatives vote for Republicans. But historically, Democrats have won nonwhite conservatives, often by very large margins. What happened in 2020 is that nonwhite conservatives voted for Republicans at higher rates; they started voting more like white conservatives.

And so this leads to a question of why. Why did nonwhite voters start sorting more by ideology? And that’s a hard thing to know. But my organization, and our partner organizations, have done extensive post-election surveys of 2020 voters. And we looked specifically at those voters who switched from supporting Hillary Clinton in 2016 to Donald Trump in 2020 to see whether anything distinguishes this subgroup in terms of their policy opinions. What we found is that Clinton voters with conservative views on crime, policing, and public safety were far more likely to switch to Trump than voters with less conservative views on those issues. And having conservative views on those issues was more predictive of switching from Clinton to Trump than having conservative views on any other issue-set was.

This lines up pretty well with trends we saw during the campaign. In the summer, following the emergence of “defund the police” as a nationally salient issue, support for Biden among Hispanic voters declined. So I think you can tell this microstory: We raised the salience of an ideologically charged issue that millions of nonwhite voters disagreed with us on. And then, as a result, these conservative Hispanic voters who’d been voting for us despite their ideological inclinations started voting more like conservative whites.

Are these problems with Democratic positioning or with “disinformation”? Obviously, Joe Biden didn’t campaign on police abolition and worker control of the means of production. So there was a disconnect between the reality of the party’s platform and how it was perceived. Closing that gap, through a “Latino Anti-Disinformation Lab,” appears to be a focus of Democrats’ postelection efforts to fix their problem with Hispanic voters. Does that make sense as a path forward?

I’d say this: The decline that we saw was very large. Nine percent or so nationwide, up to 14 or 15 percent in Florida. Roughly one in ten Hispanic voters switched their vote from Clinton to Trump. That is beyond the margin of what can plausibly be changed by investing more in Spanish media. And I don’t think a shift that large can be plausibly attributed to what was said in WhatsApp groups or not buying enough in YouTube ads. I think the problem is more fundamental.

Over the last four years, white liberals have become a larger and larger share of the Democratic Party. There’s a narrative on the left that the Democrats’ growing reliance on college-educated whites is pulling the party to the right (Matt Karp had an essay on this recently). But I think that’s wrong. Highly educated people tend to have more ideologically coherent and extreme views than working-class ones. We see this in issue polling and ideological self-identification. College-educated voters are way less likely to identify as moderate. So as Democrats have traded non-college-educated voters for college-educated ones, white liberals’ share of voice and clout in the Democratic Party has gone up. And since white voters are sorting on ideology more than nonwhite voters, we’ve ended up in a situation where white liberals are more left wing than Black and Hispanic Democrats on pretty much every issue: taxes, health care, policing, and even on racial issues or various measures of “racial resentment.” So as white liberals increasingly define the party’s image and messaging, that’s going to turn off nonwhite conservative Democrats and push them against us.

When you say that white liberals are to the left of the typical Black Democrat on racial issues, how much does that depend on the definition of a racial issue? For example, one policy fight that often pits the interests of white liberal Democrats against those of the Black working class is housing and school integration. There are a lot of highly educated, white, liberal areas — full of “Black Lives Matter” lawn signs — which nevertheless oppose affordable-housing projects or school-redistricting plans that would bring less wealthy, less white students to their kids’ classrooms. The white liberals who oppose efforts to end de facto segregation may know the enlightened answer to abstract questions about the nature of racial inequality, but I’m not sure that puts them to the left of nonwhite voters on racial issues, properly defined. 

Yeah, no, absolutely. White liberals do give more progressive responses across a wide battery of traditional racial resentment questions like, “Do you believe that the reason why African Americans can’t get ahead is due to discrimination or due to other factors?” But I think it’s important to put “racial resentment” in quotes whenever you talk about it. I’m not claiming that white liberals are somehow less racist than people of color, to the extent that question even makes sense. And I do think if you asked about affirmative action and inclusionary zoning, rather than these more abstract questions that political scientists use for measuring racial resentment, you could find a different breakdown.

But I think the split on those abstract questions captures something real. In liberal circles, racism has been defined in highly ideological terms. And this theoretical perspective on what racism means and the nature of racial inequality have become a big part of the group identity of college-educated Democrats, white and nonwhite. But it’s not necessarily how most nonwhite, working-class people understand racism.

How do they differ? 

I don’t think I can answer that comprehensively. But if you look at the concrete questions, white liberals are to the left of Hispanic Democrats, but also of Black Democrats, on defunding the police and those ideological questions about the source of racial inequity.

Regardless, even if a majority of nonwhite people agreed with liberals on all of these issues, the fundamental problem is that Democrats have been relying on the support of roughly 90 percent of Black voters and 70 percent of Hispanic voters. So if Democrats elevate issues or theories that a large minority of nonwhite voters reject, it’s going to be hard to keep those margins. Because these issues are strongly correlated with ideology. And Black conservatives and Hispanic conservatives don’t actually buy into a lot of these intellectual theories of racism. They often have a very different conception of how to help the Black or Hispanic community than liberals do. And I don’t think we can buy our way out of this trade-off. Most voters are not liberals. If we polarize the electorate on ideology — or if nationally prominent Democrats raise the salience of issues that polarize the electorate on ideology — we’re going to lose a lot of votes.

Don’t these ideological self-descriptions carry similar definitional problems as “racial resentment”? Most voters may not identify as liberals. But judging from opinion polls, most voters do reject the lion’s share of the conservative movement’s governing priorities. In Congress, a “conservative” is typically a lawmaker who supports tax cuts for the rich and funding cuts for Medicaid, while opposing a higher minimum wage and another round of stimulus checks. Those are all extremely unpopular positions. 

Absolutely.

It seems important then to get clarity on what these ideological labels do and don’t mean. If taken at face value, the data looks pretty ominous for Democrats: They’ve built a coalition premised on overwhelming support from these nonwhite groups, but that support was rooted in historically contingent social conditions — not substantive agreement — and now those conditions are eroding, clearing the way for an emerging “conservative” majority. On the other hand, if you look at the polling of the biggest policy debates in Congress over the past eight years, you might conclude that there’s a natural liberal majority in this country and that the GOP is the party whose coalition is an “unnatural” agglomeration of groups held together by accidents of history.

I agree with everything you said. I do think that liberals sometimes take the ambiguities of ideology too far. A lot of progressives insist that ideological self-identification means nothing. And we know that isn’t true. One of the big patterns of the last 40 years is that ideological self-description has become increasingly correlated with partisanship and increasingly correlated to views on issues.

But there is still a large universe of policy questions — mostly economic but not exclusively — where a large majority of the public agrees with us. A $15 minimum wage polls above 60 percent; that couldn’t happen without a lot of “moderates” and “conservatives” supporting the policy. What I take from that is: Ideological polarization is a dead end. If we divide the electorate on self-described ideology, we lose — both because there are more conservatives than liberals and because conservatives are structurally overrepresented in the House, Senate, and Electoral College. So the way we get around that is by talking a lot about progressive goals that are not ideologically polarizing, goals that we share with self-described conservatives and moderates. Even among nonwhite voters, those tend to be economic issues. In test after test that we’ve done with Hispanic voters, talking about immigration commonly sparks backlash: Asking voters whether they lean toward Biden and Trump, and then emphasizing the Democratic position on immigration, often caused Biden’s share of support among Latino respondents to decline. Meanwhile, Democratic messaging about investing in schools and jobs tended to move Latino voters away from Trump.

Is that primarily a function of the fact that the marginal Hispanic voter — the one who’s least attached to the Democratic Party — is to the right of the typical Hispanic voter? Like, it isn’t the case that a majority of Hispanic voters respond negatively to immigration messaging, is it?

No. I mean, Hispanic voters are more liberal on immigration than white voters. But I think that, for one thing, the extent to which Hispanic voters have liberal views on immigration is exaggerated. If you look at, for example, decriminalizing border crossings, that’s not something that a majority of Hispanic voters support. Pew’s done a lot of polling on immigration reform, and if you ask things like, “Should we deport the undocumented population, should we give them a path to permanent residency, or should we give them a path to citizenship?” citizenship only gets a little over 50 percent support among Hispanic voters. So I think liberals really essentialize Hispanic voters and project views about immigration onto them that the data just doesn’t support.

Now, how we should campaign and what we should do once in office are different questions. Our immigration system is a humanitarian crisis, and we should do something about that. But the point of public communication should be to win votes. And the way that you do that is to not trigger ideological polarization.

What’s your (way too early) assessment of Democrats’ odds of retaining Congress after the midterm? What do they need to achieve, in statistical terms, to pull that off? And then, from a substantive point of view, are there things that they can do in office to make hitting those marks easier?

As a baseline, midterms are usually very bad for the party in power. In the past 70 years, the incumbent party has gained seats in the House and Senate maybe once or twice. The last one was in 2002. The regularity of how bad midterm environments are for the president’s party is one of the most striking findings in political science. Generally speaking, over the last 30 to 40 years, the party that controls the presidency gets about 47 percent of the vote nationwide. Add in the fact that the House already has a fairly substantial pro-Republican bias — the median House seat is something like three points to the right of the country overall — it means that in the base scenario, Democrats are headed for near-certain doom. If we replicate the GOP’s post-9/11, 2002 midterm performance, we have a chance. If we replicate the second-best presidential-party midterm from the past 40 years, we lose.

The good news is that there’s a strong case for thinking this time might be different. I’m not a macroeconomist, but it seems like Joe Biden might preside over a post-corona economic boom. Already, Biden’s approval rating is very strong. The best predictor of how a midterm is going to shake out is how popular the president is. So, for now, everything looks about as good as you could hope for.

But we have no margin for error. If we conduct ourselves the way we did after 2008, we’re definitely going to lose. And due to the way that our electoral system works, we really could be locked out of power for a very long time, just like we were after 2010. So that means the need for messaging discipline is stronger than ever. But keeping the national conversation focused around popular economic issues probably won’t be enough. Since the maps in the House of Representatives are so biased against us, if we don’t pass a redistricting reform, our chance of keeping the House is very low. And then the Senate is even more biased against us than the House. So, it’s also very important that we add as many states as we can. Currently, even if we have an exceptionally good midterm, the most likely outcome is that we lose one or two Senate seats. And then, going into 2024, we have something like seven or eight Democrats who are in states that are more Republican than the country overall. Basically, we have this small window right now to pass redistricting reform and create states. And if we don’t use this window, we will almost certainly lose control of the federal government and not be in a position to pass laws again potentially for a decade. In terms of putting numbers on things, I think that if we implemented D.C. and Puerto Rican statehood and passed redistricting reform, that would roughly triple our chance of holding the House in 2022 and roughly the same in the Senate. The fact that it’s possible to triple those odds is a testament to how bleak the baseline case is. So we need to pass those reforms and we need Biden to remain popular. If his approval rating is below 50 by the end of the year, we’re probably fucked.

Is there a tension between those two imperatives? In the past, I’ve heard you talk a lot about “thermostatic” public opinion — how voters tend to move right when Democrats are in power, and left when Republicans are in power, and generally display a bias toward the status quo and against policy change. Could adding multiple states to the Union, and changing the way that we go about allocating House representation — specifically in a manner that diminishes the influence of white, rural voters — spur thermostatic backlash? And if so, could maintaining Biden’s current approval, and implementing the reforms necessary for Democrats to stay competitive at the congressional level, present an irresolvable dilemma?

I can’t claim to know exactly what the electoral effects would be of doing these things. But all of the polling I’ve seen suggests that things like HR 1 and adding states are above water. They’re not as popular as a lot of economic issues, but they’re above 50 percent. Electoral backlash doesn’t typically come from doing things that poll at 53 or 54 percent. It comes from doing things that poll at 30 or 40 percent. And so I think that the downside of this stuff is low. I think the level of voter interest in procedural issues is low. If we lived in a world where voters punished politicians for playing procedural hardball, we would have a lot fewer Republicans in office.

And actually, in some ways, pursuing procedural reforms that don’t concern voters much — but which do get the other party all worked up — could be electorally beneficial. If you can get the other party to talk about something that voters don’t care about, that’s good. People don’t always think about media attention as a fixed quantity. But it is. To the extent that the coronavirus impacted the 2020 election, I think one positive political effect it had for Democrats was that whenever the media was talking about the coronavirus, they weren’t talking about Hunter Biden or immigration. And I think that kind of blocked Republicans from creating and inserting wedge issues. If Republicans decide to make 2022 into a referendum on independent redistricting, that will eat up space that could have otherwise gone to effective attacks. We should dare them to do it.

We talked a lot about the rightward drift of Hispanic voters in 2020. But the other big change was a leftward shift among college-educated whites. Understanding the cause of that shift seems pretty important. If these college-educated voters were primarily rejecting Donald Trump, Democrats might not be able to count on their support in 2022 and beyond.

Yeah, it’s a great question. Let’s start with numbers: In 2016, non-college-educated whites swung roughly 10 percent against the Democratic Party. And then, in 2018, roughly 30 percent of those Obama-Trump voters ended up supporting Democrats down ballot. In 2020, only 10 percent of Obama-Trump voters came home for Biden.

So I think what this shows: There is a long-term trend of increasing education polarization here and in every other country in the West. But the fact that education polarization declined significantly in 2018 — when Trump wasn’t on the ballot — and picked up again in 2020 suggests that Trump is personally responsible for a significant portion of America’s education polarization. I think that there’s a really strong case that this transition was specifically about Donald Trump.

A lot of people theorized that we first alienated Obama-Trump voters during the fight over comprehensive immigration reform and that their rightward movement was already apparent in 2014. But if you actually look at panel data, it seems really clear that these people didn’t start identifying as Republicans until Trump won the GOP nomination. I think there’s a very strong empirical argument that Donald Trump was the main driver of the polarization we’ve seen since 2016. He just personally embodies this large cultural divide between cosmopolitan college-educated voters and a large portion of non-college-educated voters. Those divides take a lot of different forms: attitudes toward race, attitudes toward gender, opinions on what kinds of things you’re allowed to say, or how you should conduct yourself. And you know, as Trump became the nominee, and as the media made politics the Donald Trump Show for the last four years, that led to increasing political polarization on attitudes toward Donald Trump specifically. I think the reason why we saw less education-based voting in 2018 is that Trump was a smaller part of the media environment than he had been in 2016 or would be in 2020.

Looking ahead to 2022, and just thinking about the next four years, the big question is how much is Donald Trump going to shape media coverage of the Republican Party or the Republican Party’s own branding? And I don’t know the answer to that question. If Trump fades out of the spotlight, I’d expect some level of education depolarization, particularly if Democrats show ideological discipline.

That speaks to a question I’ve been mulling for a while. During the 2016 campaign, Vox developed this concept of “the Trump Tax,”which was a measure of the electoral penalty that Republicans were paying for picking the most unpopular nominee in polling history. Basically, it took a “fundamentals” model of how one would expect a Republican presidential candidate to perform, given economic conditions and other background factors, and then measured how much lower Trump’s support was than that. And yet, while Trump remained historically unpopular in office, he also helped the GOP increase its structural advantages at every level of government. So I’ve long wondered: Was Donald Trump’s unpopularity with the general public more detrimental to the Republican Party than his gift for deepening education polarization was valuable? 

So, in 2016, Hillary Clinton got 51.1 percent of the two-party vote. Obama got 52 percent in 2012. In just about any other country, retaining 51.1 percent support would have been enough to keep power. But in this country, between 2012 and 2016, the Electoral College bias changed from being one percent biased toward Democrats to 3 percent biased toward Republicans, mainly because of education polarization. So Donald Trump is unpopular. And he does pay a penalty for that relative to a generic Republican. But the voters he’s popular with happen to be extremely efficiently distributed in political-geography terms.

Imagine Hillary Clinton had run against Marco Rubio in 2016. Rubio is a less toxic figure to the public as a whole, so let’s say he performed as a generic Republican would have been expected to, and Hillary Clinton’s share of the two-party vote fell to 49.6 percent. If she had maintained Obama’s coalition — if her 49.6 percent had the same ratio of college-to-non-college-educated voters as Obama had in 2012 — she would have won that election. And then, if you look at the implications that would have had down-ballot, especially in the Senate, Republicans would have been a lot worse off with a narrow majority coalition — that had a Romney-esque split between college and non-college voters — than they were with the Trump coalition.

So I think the Trump era has been very good for the Republican Party, even if they now, momentarily, have to accept this very, very, very thin Democratic trifecta. Because if these coalition changes are durable, the GOP has very rosy long-term prospects for dominating America’s federal institutions.

The question is: Can they get all of the good parts of Trumpism without the bad parts? And I don’t know the answer to that question. But when I look at the 2020 election, I see that we ran against the most unpopular Republican ever to run for president — and we ran literally the most popular figure in our party whose last name is not Obama — and we only narrowly won the Electoral College. If Biden had done 0.3 percent worse, then Donald Trump would have won reelection with just 48 percent of the two-party vote. We can’t control what Trump or Republicans do. But we can add states, we can ban partisan redistricting, and we can elevate issues that appeal to both college-educated liberals and a lot of working-class “conservatives.” If we don’t, things could get very bleak, very fast.


Décapitation de Conflans: Après la Révolution, l’immigration permanente dévore ses propres enfants ! (When immigration like Saturn devours its own children)

19 octobre, 2020

RD0657139: February 2008EM youth bulge: a demographic dividend or time bomb? | Financial TimesImage
Image
Image

Le facteur clé, c’est la démographie. En règle générale, les êtres humains qui se mettent à en tuer d’autres sont en gros des mâles âgés de 16 à 30 ans. [et] dans les années 1960, 1970 et 1980, le monde musulman a connu un fort taux de natalité, d’où un fort surplus de jeunes. Samuel Huntington (2001)
Comment voulez-vous intégrer des enfants dans ma commune puisqu’ils sont 95% alors que les Français sont 5% ? Pierre Bernard (maire de Montfermeil, 1989)
En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Georges Marchais (6 janvier 1981)
Nous pensons que tous les travailleurs sont frères, indépendamment du pays où ils sont nés (…) Mais dans la crise actuelle, elle [l’immigration] constitue pour les patrons et le gouvernement un moyen d’aggraver le chômage, les bas salaires, les mauvaises conditions de travail, la répression contre tous les travailleurs, aussi bien immigrés que français. C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Georges Marchais
Il faut résoudre d’importants problèmes posés dans la vie locale française par l’immigration […] se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient très importante […], la crise du logement s’aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d’aide sociale nécessaire pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes peuplées d’ouvriers et d’employés. L’enseignement est incapable de faire face… Georges Marchais (lettre au recteur de la Mosquée de Paris, 7 juin 1981)
La France ne peut plus être un pays d’immigration, elle n’est pas en mesure d’accueillir de nouveaux immigrants (…) Le regroupement familial pose par son ampleur des problèmes très réels de logement, de scolarisation et d’encadrement so­cial. (…) On ne peut tolérer que des clandestins puissent rester en France. (…) Il faut tout mettre en œuvre pour que les décisions de reconduite à la frontière soient effectives (…) La très grande majorité des dossiers déposés à l’Ofpra s’avère injustifiée (de l’ordre de 90 %), ces demandes n’étant qu’un prétexte pour bénéficier des avantages sociaux français (…) Les élus peuvent intervenir efficacement et les collectivités locales […] doivent avoir leur mot à dire quant au nombre d’immigrés qu’elles accueillent sur leur territoire », afin de « tenir compte du seuil de tolérance qui existe dans chaque immeuble (…) Les cours de “langues et cultures des pays d’origine” doivent être facultatifs et déplacés en dehors des horaires scolaires. (….) l’islam n’apparaît pas conforme à nos fondements sociaux et semble incompatible avec le droit français (…) Il y a bien incompatibilité entre l’islam et nos lois. C’est à l’islam et à lui seul de [s’adapter] afin d’être compatible avec nos règles. (…) ce n’est pas aux pouvoirs publics d’organiser l’islam. On n’intègre pas des communautés mais des individus (…) Il convient de s’opposer (…) à toute tentative communautaire qui viserait à instaurer sur le sol français des statuts personnels propres à certaines communautés. (…) Les activités cultuelles doivent être exclues de la compétence des associations relevant de la loi de 1901. (…) la mainmise de l’étranger sur certaines de ces associations est tout à fait inacceptable. (…) la création de lieux de culte doit se faire dans le respect (…) du patrimoine architectural de la France. Michèle Alliot-Marie, Roselyne Bachelot, Edouard Baladur, François Bayrou, Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing, Alain Juppé, Charles Pasqua, Nicolas Sarkozy, Jacques Toubon (Etats généraux RPR-UDF, Villepinte, 1er avril 1990)
Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler… si vous ajoutez le bruit et l’odeur, hé bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela… Jacques Chirac (19.06.1991)
Quand madame Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 70 – parce que c’est ça en réalité, en pensant qu’on peut fermer les frontières, qu’on peut nationaliser les industries, qu’on peut sortir un certain nombre de capitaux de notre pays sans qu’il y ait de risques. Quand elle parle comme le Parti communiste, ça parle dans cette région-là [le Nord- Pas-de-Calais, ndlr] parce que ça a été, encore aujourd’hui, une région influencée par le Parti communiste. (…) Sauf que le Parti communiste, il ne demandait pas qu’on chasse les étrangers, qu’on fasse la chasse aux pauvres… Il avait des valeurs.. (…) Marine Le Pen parle comme le Parti communiste des années 70 « avec les mêmes références que son propre père quand il s’agit de montrer que c’est l’étranger, que c’est l’Europe, que c’est le monde ». François Hollande (19.04.2015)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Nous accueillons déjà une centaine de mineurs non accompagnés par jour en moyenne depuis le 1er janvier, ce qui laisse à penser que les nouveaux entrants seront, pour la seule année 2020, environ 40.000. À ce stade, les 40.000 mineurs non accompagnés dont s’occupent les départements coûtent déjà 2 milliards d’euros par an. À raison de 50.000 euros de prise en charge annuelle par enfant en moyenne, je vous laisse imaginer le poids pour les finances publiques quand, à la fin de l’année, le stock de dossiers validés avoisinera les 60.000. C’est une charge beaucoup trop lourde pour de nombreux exécutifs départementaux, d’autant que cette situation relève de choix de politique migratoire qui incombent essentiellement au gouvernement. Directeur à l’Association des Départements de France
Parmi les moments terribles qu’a connus le procès encore en cours, je retiendrai deux instants forts, l’un concernant Charlie, l’autre concernant l’hyper qui nous laisse entrevoir à travers le témoignage de deux victimes le pourquoi de la tragédie française. Le journaliste de Charlie hebdo, Fabrice Nicolino, l’a expliqué sans faux-semblants. (…) À la barre, le journaliste ne craint pas de mettre en cause le pape de l’islamo-gauchisme Edwy Plenel: «Plenel ose écrire que Charlie mène une guerre aux musulmans. Il faut savoir ce qu’on écrit, si vraiment Charlie mène une guerre, alors tout est permis en retour! Comment un homme comme lui a mené une infamie pareille». La France est «malade» de cette génération d’intellectuels biberonnés au stalinisme, qui se sont mentis à eux-mêmes sur la nature de cette idéologie-là, qui aujourd’hui «refusent leur responsabilité et nous regardent crever dans notre coin sans broncher». La France est «malade» de cette génération d’intellectuels biberonnés au stalinisme, qui se sont mentis à eux-mêmes sur la nature de cette idéologie-là, qui aujourd’hui «refusent leur responsabilité et nous regardent crever dans notre coin sans broncher». Pour Fabrice Nicolino ces gens-là ont «préparé» le terrain du terreau terroriste. (…) Le second témoignage édifiant a été rapporté par la jeune caissière de l’Hyper Casher Zarie Sibony. Amedy Coulibaly s’adresse ainsi à elle: «vous êtes juifs et français, les deux choses que je déteste le plus». Rapprochez les témoignages et vous comprendrez la responsabilité islamo-gauchiste anti-occidentale, anti- française, antisémite et antisioniste dans la fabrication de la haine en milieu immigrée islamique. Les journalistes de Charlie hebdo luttaient contre l’islam radical, ils étaient aussi français. Les clients de l’Hyper mangeaient casher, ils étaient tout aussi français. Si vous pensez que les grands massacres ont calmé l’islamo-gauchisme français, vous vous trompez lourdement. Celui-ci s’est enrichi de la névrose américaine. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement le français, le chrétien, le juif qui est détesté, c’est aussi, mais de manière cette fois construite et assumée le blanc, raciste systématique. Il paye tous les jours comptant dans les banlieues comme dans les cités périphériques, à coups de couteau reçus. Cela s’appelle pourtant la violence gratuite. Le dernier drame de la tragédie française est survenu vendredi, on l’a dit. Son auteur est donc ce très jeune migrant islamiste, fanatisé et isolé. Il faisait partie il y a quelques semaines encore de cette cohorte grandissante de mineurs supposés, évalués aujourd’hui à 40 000 individus qui causeraient 60 % des crimes et délits en région parisienne. Sur les réseaux sociaux populaires, la chose est dite, mais la plupart du temps, hors drame où les plumes se délient, les médias convenus n’interviennent que pour stigmatiser la France de ne pas savoir traiter convenablement ces gens qu’elle n’a pas invités et dont elle ne sait que faire. Bien entendu, des ONG politisées et que ne renieraient pas les organisations islamo-gauchistes sauce Mélenchon font tout pour que le drame ne cesse. Quant à l’Europe, elle qui hier encore chantait béatement l’air immigrationniste du pacte de Marrakech (ce traité onusien qui rappelez-vous n’existait que dans l’esprit complotiste de la fâcheuse sphère) la voilà qui reconnaît la nécessité de tenter de résister à ce qu’elle ne peut faire autrement que décrire que comme une invasion difficilement résistible. Gageons sans grand risque que derrière les slogans elle demeurera impuissante. Seuls les États-nations le peuvent, encore faut-il que leur gouvernement le veulent, sans craindre de déplaire à l’église cathodique universaliste. La tragédie française, celle de son peuple détesté, à la voix étouffée et à la volonté méprisée, continue. Gilles William Goldnadel (28.09.2020)
Pour rien au monde, je n’aurais mis un bout de mon pied place de la République. Je ne supporte plus le symbolique. République, mot galvaudé, transformé en mantra que l’on utilise en gargarismes. Pour ne pas dire État et encore moins nation. Je ne supporte plus la vue des bougies et le bruit des incantations. Vingt ans à prendre des coups par les petits marquis de la gauche morale sentencieuse qui aurait encore l’indécence de vouloir prendre en charge l’organisation d’une manifestation dont elle a effectivement une grande part de responsabilité morale dans sa survenance. Vous auriez voulu que je marche à côté des cadres sans militants de SOS-Racisme qui auront passé leur temps à traiter de racistes ceux qui il y a dix ans alertaient des dangers de l’islam politique ou radical? Vous auriez voulu que je mêle mes pas avec ces antiracistes de carnaval qui, il y a encore peu, considéraient comme haineux ou injurieux d’évoquer l’antisémitisme islamique et qui ont vainement traîné devant les tribunaux mon ami Georges Bensoussan. C’était évidemment avant les grands massacres. Vous auriez voulu que je me commette avec l’UNEF qui organise des camps racisés? Avec la LDH qui n’avait d’yeux que pour Ramadan et les jeunes filles voilées? Vous auriez voulu sans doute que je défile derrière ces syndicats d’enseignants qui il y a encore peu niaient la difficulté d’enseigner dans les classes la Shoah. Vous avez oublié sans doute qu’il n’y a pas 20 ans certains d’eux expliquaient doctement qu’il ne fallait pas prendre au pied de la lettre les enfants qui en traitaient d’autres de «juifs». À moins que vous ayez imaginé que je puisse faire un petit bout de chemin, au nom de l’union nationale, avec à ma gauche M. Coquerel et Mme Obono. Le premier qui, il n’y a pas encore longtemps, accompagnait une centaine de sans-papiers occuper la basilique Saint-Denis dont il ignorait sans doute qui elle abrite. La seconde qui décernait hier encore des brevets d’antiracisme à la très antisémite Bouteldja, mutique avec ses indigénistes depuis vendredi soir. J’aurais pu également aller bras dessus- bras dessous avec leur lider maximo ou avec la sénatrice Benbassa. Ils m’auraient raconté , yeux embués, l’ambiance qu’il y avait à la grande manifestation constellée d’étoiles jaunes contre cette redoutable islamophobie qui ensanglante la France. Cet évènement organisé par le sieur Majid Messaoudene, élu de Seine-Saint-Denis, boute-en-train irrésistible lorsqu’il s’agit de blaguer sur les massacres de Mohamed Merah. Mais désolé, je ne chemine pas aux côtés des fabricants de cigarettes lorsque je marche contre le cancer. Seulement m’intéressent les actes, et les incantations du type «ils ne passeront pas!», puisées au demeurant inconsciemment dans la geste révolutionnaire marxiste, servent de faux-semblants. Je constate que le dernier angle mort d’une vision du réel qui s’améliore même du côté de chez les myopes demeure la mise en cause de l’immigration illégale, massive et donc invasive. Une réalité tellement éclatante qu’elle en est aveuglante. En quinze jours, un migrant pakistanais et un migrant tchétchène qui n’auraient pas dû se trouver sur le territoire national, l’un avec un hachoir, l’autre avec un couteau à décapiter une tête bien faite, ont voulu venger leur prophète. Fort peu de responsables politiques et médiatiques ont osé incriminer la réalité de la dangerosité de l’immigration islamique massive et illégale. Non pas évidemment que tous les migrants musulmans soient dangereux. Il s’en faut de beaucoup. Mais compte tenu de la dangerosité statistique d’une partie de ceux déjà installés sur le territoire français et qui fait que les services de renseignements antiterroristes sont d’ores et déjà saturés, toute arrivée nouvelle accroît le danger déjà infernal. Le fait que la France officielle demeure hermétique à ce raisonnement purement arithmétique, exclusif de tout essentialisme, prouve à quel point cette fermeture psychologique au réel est de nature suicidaire. Le combat intellectuel et culturel contre l’immigration illégale imposée de force au peuple français est un combat existentiel. Tout le reste n’est que bruit, esquive, hypocrisie, frime et jactance. Vous verrez que dans quinze jours, quand le nom de Paty commencera à être moins sur les lèvres françaises, que cet homme courageux reposera dedans la terre froide, il se trouvera de belles âmes ou des forts en gueule qui nous expliqueront avec hauteur que nous sommes abusés par nos sens, que l’immigration est une aubaine pour la France et que celle-ci n’est pas un coupe-gorge. Pardonne-leur Samuel de leur lâche bêtise, mais moi je ne marche plus. Pierre William Goldnadel
Democratic nominee Joe Biden is attracting more support than Hillary Clinton did among white voters as a whole — especially white women, older white voters and those without a four-year college degree — which has helped him build a substantial lead of around 10 points, according to FiveThirtyEight’s national polling average. However, Trump is performing slightly better than last time among college-educated white voters, and he has gained among voters of color, especially Hispanic voters and younger Black voters. FiveThirtyEight
La police française abat un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue.  New York Times
C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie, et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. Emmanuel Macron (2017)
Pour le Mali, je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d’Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites Sophie, mais c’est Mariam que vous avez devant vous. J’ai fait de la détention une retraite spirituelle. Sophie Pétronin
Il faut avoir le courage de se regarder en face pour comprendre le chemin que prend la France et la perception que certaines minorités peuvent avoir de la situation. Certes, le procès d’un terroriste islamiste capturé vivant peut être sulfureux, créer transitoirement des troubles à l’ordre publique et attiser certaines tensions. Mais on ne peut pas s’indigner de la barbarie terroriste et souscrire dans le même temps à la barbarie policière sans être en contradiction avec soi-même ou tourner le dos, sciemment, à la République Française. Ce jeune de 18 ans n’est, au moment précis de sa mort, qu’un suspect armé d’un jouet et d’un canif. Applaudir une police qui tue de façon aussi sommaire et systématique les individus suspectés de terrorisme, c’est applaudir une barbarie, c’est encourager la spirale mortifère des violences policières et c’est embrasser ce choc des civilisations qui se trouve — depuis plus 30 ans — en haut de l’agenda de toutes les extrêmes-droites du monde. Mediapart
Arnaud Beltrame n’est pas « victime de son héroïsme » mais du terrorisme et des impies qui se prennent pour Dieu. Les auteurs de cette expression, qui célèbre la victime en cachant le bourreau, sont soit des lâches, soit des fourbes, soit des imbéciles, soit des socialistes. Raphaël Enthoven
A l’évidence, Oussama Ben Laden veut provoquer un choc des civilisations entre l’Islam et l’Occident. La priorité pour notre gouvernement est d’empêcher que le conflit n’évolue ainsi. Mais le danger existe bel et bien. L’administration Bush a agi exactement comme il le fallait en s’efforçant de rassembler derrière elle les gouvernements et les peuples musulmans. Aux Etats-Unis même, beaucoup font pression pour que l’on s’attaque à d’autres groupes terroristes et aux Etats qui les soutiennent. Ce qui, à mon sens, pourrait transformer cette crise en un choc des civilisations. (…) Les gens impliqués dans les mouvements fondamentalistes, qu’ils soient islamiques ou autres, sont souvent d’un haut niveau de formation. Bien sûr, la plupart ne deviennent pas des terroristes. Mais ce sont des jeunes gens intelligents, ambitieux, qui veulent profiter de leur éducation dans une économie moderne et développée, et ils finissent par être exaspérés par le chômage et par le manque de possibilités qu’offre la société. Ils sont victimes de pressions contraires, entre les forces de la mondialisation et ce qu’ils considèrent comme l’impérialisme et la domination culturelle de l’Occident. Visiblement, ils sont attirés par la culture occidentale en même temps qu’elle les rebute. (…) Si vous étudiez les frontières du monde musulman, vous vous apercevez qu’il y a toute une série de conflits localisés impliquant musulmans et non-musulmans : la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la région du Caucase, la Tchétchénie, le Tadjikistan, le Cachemire, l’Inde, l’Indonésie, les Philippines, le nord de l’Afrique, le conflit israélo-palestinien. Les musulmans affrontent également d’autres musulmans, bien plus d’ailleurs que ne s’affrontent les représentants d’autres civilisations. (…) Je ne pense pas que l’islam soit plus violent qu’une autre religion, et je me demande si, au bout du compte, les chrétiens n’ont pas massacré plus de gens au fil des siècles que les musulmans. Mais le facteur clé, c’est la démographie. En règle générale, les êtres humains qui se mettent à en tuer d’autres sont en gros des mâles âgés de 16 à 30 ans. Dans les années 1960, 1970 et 1980, le monde musulman a connu un fort taux de natalité, d’où l’importance de la population jeune. Cette importance va décroître. Le taux de natalité des musulmans est en baisse. En fait, il a accusé une baisse considérable dans certains pays. A l’origine, l’islam s’est effectivement répandu par l’épée, mais je ne crois pas que la violence soit inhérente à la théologie islamique. Comme toutes les grandes religions, on peut interpréter l’islam de diverses façons. Les gens comme Ben Laden peuvent se servir d’éléments du Coran comme d’autant de commandements appelant à tuer les infidèles. Mais les papes ont fait exactement la même chose quand ils ont lancé les croisades. (…) [faire plus pour promouvoir la démocratie et les droits de l’homme au Moyen-Orient] est certes souhaitable, mais aussi difficile. Le monde musulman a naturellement tendance à résister à tout ce qui est occidental, ce qui est compréhensible si l’on tient compte de la longue tradition historique des conflits entre l’Islam et la civilisation occidentale. A l’évidence, il y a dans la plupart des sociétés musulmanes des groupes qui penchent en faveur de la démocratie et des droits de l’homme, et nous devrions selon moi les soutenir. Mais c’est là que nous nous heurtons à un paradoxe : beaucoup des groupes qui protestent contre la répression au sein de ces sociétés sont également fondamentalistes et antiaméricains. Nous l’avons vu en Algérie. La défense de la démocratie et des droits de l’homme est un objectif essentiel pour les Etats-Unis, mais nous avons aussi d’autres intérêts. Le président Carter était totalement engagé dans la défense des droits de l’homme et, quand j’ai fait partie de son Conseil de sécurité nationale, nous avons eu d’innombrables débats à ce sujet. Mais, autant que je m’en souvienne, personne n’a jamais évoqué l’idée de favoriser les droits de l’homme en Arabie Saoudite, et ce pour une raison des plus évidentes. (…) La Russie se tourne vers l’Occident dans les circonstances actuelles pour des raisons pragmatiques. Les Russes ont le sentiment d’être gravement menacés par le terrorisme et estiment qu’il est de leur intérêt de s’aligner sur l’Occident et d’acquérir un certain crédit auprès des Etats-Unis, dans l’espoir que nous freinions notre désir d’expansion de l’OTAN dans les Etats baltes et notre programme de défense antimissile. C’est une coïncidence d’intérêts, mais je ne crois pas qu’il faille y voir un réalignement majeur. Je pense néanmoins que les Russes s’inquiètent de l’ascension de la Chine, ce qui les poussera vers l’Ouest. (…) Les musulmans se battent contre les Occidentaux, les orthodoxes, les juifs, les hindouistes, les bouddhistes. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a un milliard de musulmans dans le monde, qui s’étendent sur tout l’hémisphère Est, depuis l’Afrique de l’Ouest jusqu’à l’est de l’Indonésie, et ils sont en interaction avec des dizaines de populations différentes. On peut par conséquent en déduire qu’ils ont davantage de possibilités d’entrer en conflit avec d’autres. (…)  La partie essentielle que je consacre à l’Islam dans mon livre est intitulée Conscience sans cohésion, et j’y aborde les divisions du monde islamique, les conflits entre musulmans. Même dans la crise que nous traversons, ils sont divisés. Ce milliard d’êtres humains constitue une foule de sous-cultures, de tribus. Il n’y a pas de civilisation moins unie que celle de l’Islam. Ce problème, Henry Kissinger l’a exprimé il y a trente ans à propos de l’Europe : “Si je veux appeler l’Europe, quel numéro dois-je composer ?” Si on veut appeler le monde musulman, quel numéro doit-on composer ? Si l’Islam pose des problèmes, c’est du fait de son manque de cohésion. S’il existait un pouvoir dominant au sein du monde musulman, on pourrait traiter avec lui. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est à une compétition entre les différents groupes islamiques. Samuel Huntington (2001)
L’erreur était que personne n’a fait attention à l’explosion de la population palestinienne. La population palestinienne a été multipliée par presque 6 dans les 50 dernières années. (…) au Liban, en Tunisie et en Algérie une femme a moins de deux enfants en moyenne. même si le Hamas devrait décider de tout signer tout, leurs jeunes hommes vont déchirer ces accords en morceaux. (…) La Palestine est un cas particulier. Ils n’ont jamais eu aucune chance de développement parce qu’ils ont toujours été sous soutien international. Gunnar Heinsohn
Une femme tunisienne a 1,7 enfant en moyenne. En France, elle en a bien souvent 6, parce que le gouvernement français la paie pour ça. Bien entendu, l’argent n’a jamais été destiné aux Tunisiennes en particulier, mais les Françaises ne sont pas intéressées par cet argent, tandis que les Tunisiennes ne sont que trop heureuses de le recevoir. (…) Dans les pays occidentaux, nous avons partout ce système d’allocations sociales qui est à peine utilisé par la population locale. D’un autre côté, il y a cette population immigrante dont les femmes ne peuvent être compétitives sur le marché du travail local. Pour les Danoises et les Allemandes, les allocations sont trop faibles pour être attractives. Pas pour les immigrants. Ce que l’on voit donc en Angleterre, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, ce sont des femmes issues de l’immigration qui complètent leur éventuel petit salaire par les deniers publics. Ce n’est pas un revenu extraordinaire, mais ça leur suffit. Et cela crée un genre de « carrière » réservé aux femmes, un modèle que leurs filles suivront. (…) Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. (…) Par contre, au Canada, où je passe une partie de l’année depuis vingt ans, on trouve une politique complètement différente. Ils disent : notre politique d’immigration se fait sur une base simple. Tout nouveau Canadien, né ici ou venu de l’étranger, doit être plus doué que ceux qui l’ont précédé ; parce que seule l’innovation nous permettra de conserver notre position dans la compétition mondiale. Je veux donc que mon fils soit plus intelligent que moi. Et croyez-le ou non : 98% des immigrants canadiens ont de meilleures qualifications professionnelles que la moyenne des Canadiens. En Allemagne et en France, le chiffre est de 10%. Là où nous jouons la quantité, ils jouent la qualité. (…) Et pourquoi ? En Allemagne, parce que les gens avaient peur d’être traités de racistes ; et il semblerait que tous les pays européens souffrent de cette peur de faire des choix. (…) Il n’est pas étonnant que de jeunes gens travailleurs et motivés, de France et d’Allemagne, choisissent d’émigrer. Ainsi, ils n’ont pas seulement à subvenir aux besoins de leur propre population vieillissante. Sur 100 jeunes de 20 ans, les 70 Français et Allemands doivent soutenir aussi 30 immigrants de leur âge ainsi que leur progéniture. Cela est la cause de découragement dans la population locale, en particulier en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. Alors, ils s’enfuient. (…) Le monde anglo-saxon a besoin de 50 millions d’immigrants qualifiés dans les 30-40 ans à venir, les jeunes gens qualifiés d’Europe occidentale seront donc incités à s’y installer au lieu de rester et de se battre. (…) La Californie, qui a fait demi-tour dans les années 1990, ce qui signifie que même la population blanche – à l’exception des Latinos, qui ont un taux de fertilité plus élevé – a pu passer de 1,3 à 1,8 enfant par femme. Ce n’est pas encore le taux de remplacement des générations, mais c’est néanmoins un changement notable. Et c’est énorme parce que la Californie est la région la plus avancée du monde. Vers la fin des années 1980, on pronostiquait que le taux de fertilité continuerait de baisser, mais au début des années 1990 de nouvelles études ont montré que les femmes ne voulaient plus se contenter de leur travail, et peu de temps après on a vu le taux de fertilité progresser. (…) En Europe, on a balayé ça du revers de la main, en l’expliquant par le fait que les Américains sont « tellement conservateurs », mais ce n’est pas vrai en Californie, qui de bien des façons a été la pionnière de l’Occident. Cependant, je ne vois rien de similaire en Europe. Bien sûr, la France a deux enfants par femme, mais sur cinq nouveaux-nés, deux sont déjà arabes ou africains. En Allemagne, 35% de tous les nouveaux-nés sont déjà d’origine non allemande, et les non-Allemands y commettent près de 90% des crimes violents. Comme je l’ai déjà dit – les mères sont payées pour mettre des enfants au monde, ainsi que leurs filles, et les hommes se mettent à la criminalité. Gunnar Heinsohn
Pour Amélie Blom, l’attaque récente relève d' »une forme de violence très différente du terrorisme jihadiste, que ce soit d’Al-Qaïda ou de l’Etat islamique ». La politiste n’y voit pas une « volonté de terroriser la population pour atteindre le gouvernement français ». Il s’agit plutôt, selon elle, « d’une volonté personnelle de faire justice soi-même et de punir au nom de convictions morales ou idéologiques », sans injonction, a priori, d’une organisation quelconque. La démarche relèverait « d’une sorte de vigilantisme que l’on pourrait comparer aux assassinats de médecins pratiquant l’IVG par des militants ultraconservateurs aux Etats-Unis, par exemple ».  « Cela n’a rien à voir avec Al-Qaïda ou les talibans, acquiesce Paul Rollier. Il ne faut pas voir derrière la Dawat-e-Islami une organisation cohérente qui aurait un agenda islamiste. » Selon cet anthropologue, l’agression de vendredi était sans doute « un acte adressé avant tout à une audience pakistanaise, et plus particulièrement à la province du Pendjab, dont la culture populaire considère le fait de venger l’honneur du prophète comme un acte héroïque ». Le chercheur avance l’hypothèse qu’un tel geste pourrait représenter une tentative pour l’assaillant de « retrouver une certaine dignité auprès de sa famille, peut-être après une émigration en France jugée décevante ». Contacté par l’AFP, un homme présenté comme le père du suspect s’est dit « très fier » de l’acte de son fils. Dans un entretien à un média local (vidéo en ourdou), il a appelé, en larmes, le gouvernement pakistanais à rapatrier son fils, qui a, selon lui, « rendu service à la cause de l’islam ». Franceinfo
[Le profil du terroriste] n’est pas le plus fréquent en effet, d’autant que les Tchétchènes sont plutôt sur des actions communautaires qu’individualistes. On a eu, ces dernières années, les frères Tsarnaïev au marathon de Boston en 2013, la prise d’otages du Théâtre de Moscou en 2002 et de l’école de Beslan en 2004, qui a fait 333 morts. Les filières tchétchènes jugées en France en 2006 avaient des projets d’attentat en groupe. Là, c’est un désoeuvré qui a voulu incarner la nécessité de défendre idéologiquement le prophète. Il est alors sous une double emprise : sa fidélité vis-à-vis de l’islam et sa loyauté aux musulmans fondamentalistes. Les ressortissants tchétchènes, prisonniers de leur image de guerriers absolutistes, se sentent dans l’obligation d’être des combattants. On l’a vu lors de l’immense rassemblement à Dijon, ils avaient dit aux forces de l’ordre de ne pas venir. Les plus fragiles sont dans la tranche d’âge 18-25 ans. Eux ont tout à prouver. Jeunes, ils sont protégés par le groupe. Lorsqu’arrive l’émancipation, ils sentent une obligation de se montrer à la hauteur. Même quand on est mince, pas costaud, il est difficile de se dissocier de cette ultraviolence véhiculée par toutes les filmographies, des Tchétchènes guerriers et absolutistes, n’ayant peur de rien. (…) Il est fier d’être un combattant. Jusque-là, il n’était connu que pour des faits de petite délinquance. C’est en somme un suiveur qui devient leader. Et il est dans une démarche mortifère : il s’en va affronter les forces de l’ordre en leur tirant dessus avec un pistolet d’Airsoft. Il se jette sur eux, poignard à la main, sachant très bien qu’il va mourir. Il est dans une impasse cognitive, il n’y a pas d’autre issue que la mort. C’est un « suicide by cop » (suicide par la police, NDLR). Quand j’étais commandant et patron des négociateurs au Raid, j’ai vu plusieurs de ces individus venir affronter l’unité d’intervention, pour se faire tuer. Ils savent que tout est perdu. La mission de tuer est supérieure à sa propre vie. (…) Il a tout sur lui pour aller au bout de son acte, même de quoi provoquer la police. Son arme d’Airsoft n’allait pas l’aider à tuer le professeur. L’impréparation est totale, mais la préméditation est indiscutable. (…) Le couteau de 35 cm fait partie de l’arsenal imaginaire et fantasmatique du personnage. C’est le sabre de Saladin. Il n’avait pas besoin de ça, il faut juste un couteau tranchant pour procéder à une décollation. Peut-être s’est-il motivé en allant voir des vidéos de décapitation de Daesh qui abondent sur le Dark Net. Ce mode opératoire est le meilleur moyen d’effrayer le monde. Quelle image laisse-t-il ? Celle d’un acte horrible, celle de la justice de l’Etat islamique dans son califat, d’une justice moyen-âgeuse. On tranche la tête, on sort l’âme du corps : pour arriver à une telle transgression des freins moraux, il faut déshumaniser sa cible. Dès lors que l’Autre n’est plus humain, il est permis de faire n’importe quoi. Nous, nous avons des freins moraux, mais ce garçon se dit qu’il ne sera pas jugé par la justice des hommes, mais divine. Seul Dieu lui dira si ce qu’il a fait est bien ou non. Dès lors qu’il prépare son acte, il n’appartient plus à la communauté des hommes, c’est fini. (…) Il a suffi que des mentors, des gens malins lui laissent entendre : « Si tu veux faire, fais ». Ces idéologues, qui se sentent une nécessité de faire du prosélytisme partout, sèment. Et à un moment donné, cela pousse quelque part. Là, ça a poussé dans la tête de ce garçon. Car le passage à l’acte seul, isolé, décorrélé de tout contact, est rare. Deux facteurs sont aggravants pour le fonctionnement psychique. Le premier, c’est la famille, qui peut tellement se révolter face à une offense faite à Dieu, que l’enfant se sent obligé d’incarner celui qui va rétablir l’ordre. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas ici. Le second, ce sont les relais immédiats, communautaires ou relationnels, pas nécessairement tchétchènes. Des islamistes influents qui, en tant que mentors, créent une obligation morale à ceux qui les écoutent. Là il est possible que ce garçon ait été révolté par ce qu’on lui racontait, des choses inexactes, partielles… En toute vraisemblance, Anzorov, qui utilisait Twitter, a en effet visionné des vidéos relayées en ligne, qui ont popularisé la polémique liée à la diffusion des caricatures du prophète, au collège de Bois-d’Aulne. Celle du parent d’élève Brahim C., suivie de celles du prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui qui parle d’un professeur « voyou » dont il réclame la « suspension immédiate » parce qu’il aurait « agressé, humilié devant leurs camarades » des « enfants de 12-13 ans, musulmans »… Il a pu se radicaliser tout seul par le visionnage de ces vidéos — celles-ci et d’autres — mais indiscutablement, cette polémique, lancée par Sefrioui, a forcément eu un impact. A partir du moment où on un mentor se positionne, qu’il paraît sincère, l’offense se partage émotionnellement. Pour certains membres de communautés étrangères, qui ne sont pas dans les repères de la communauté nationale classique, offenser Dieu paraît inepte, incompréhensible. Le logiciel est binaire : gentils d’un côté, méchants de l’autre. Il y a les respectueux et les offenseurs, ce qui permet de donner du sens à cette situation. Dans leur concept moral, la laïcité n’existe pas… Christophe Caupenne (ancien négociateur du Raid)
Rien n’est jamais inéluctable. Mais nous sommes en train de perdre la bataille contre l’islamisme. Dans un premier temps, j’ai été sidéré, puis la révolte a succédé à la sidération. J’ai entendu le président de la République parler d’un acte terroriste. Ce terme-là ne définit pas la réalité de cette décapitation, de cette barbarie. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une volonté d’appliquer la charia sur le sol français. C’est un acte de violence mais c’est aussi un acte qui a un sens : la terre de France doit se soumettre. Et c’est la mort pour ceux touchent au prophète ou au dogme. Quant à ceux qui prétendent que c’était inéluctable, ils oublient que l’alerte avait été donnée depuis des jours. Qu’a fait l’institution, l’Éducation nationale, pour protéger ce professeur ? (…) Souvenez-vous de l’attentat dans le cœur du cœur du service anti-terroriste de la préfecture de police de Paris. Il y a eu deux enquêtes administratives. Avez-vous eu connaissance de sanctions ? Non, bien sûr ! Si nous ne l’avions pas encore compris, nous sommes confrontés à un combat global. Bien sûr, nos services ont fait d’énormes progrès. Mais nous perdons la bataille par lâcheté, par renoncement. Il y a des espaces physiques, des enclaves territoriales dans lesquelles l’islam politique peut soumettre les esprits et les territoires à la loi religieuse qui, dans ces endroits, est supérieure à la loi civile. Il y a aussi une colonisation intellectuelle, par exemple le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui utilise le concept d’islamophobie pour faire avancer la cause islamique sous couvert de défense des libertés. Et nous, nous ne luttons pas ! Nous ne nous rendons pas compte qu’aujourd’hui, si ce professeur n’a pas bénéficié d’une protection malgré les alertes, c’est parce que nous avons préféré le silence. Le même silence qu’à la préfecture de police de Paris. Ces silences coupables sont des silences criminels. (…) Le problème ne date pas de ce quinquennat. Mais la faute politique personnelle d’Emmanuel Macron est de ne pas avoir mis tout de suite la priorité sur la lutte contre l’islam politique. Pourtant, il avait été secrétaire général adjoint de l’Elysée, et ministre : il savait ! Par ailleurs, du discours aux actes, il y a encore beaucoup de chemin à franchir. Il semble vouloir faire, mais je crains qu’il fasse semblant. Les mesures qu’il envisage sont des demi-mesures : il n’a pas prévu de traiter la question de l’immigration. Or, c’est un angle mort qui devient un angle mortel. Quand un jeune Pakistanais, soi-disant mineur non accompagné, s’en prend à deux personnes devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, c’est la question de l’immigration qui est posée. Ici, on a affaire à un jeune Russe qui a un statut de réfugié, c’est encore une question d’immigration. Souvenez-vous de ce qu’avait dit Emmanuel Macron au lendemain des rixes des deux bandes à Dijon : il nous avait promis des expulsions. Pouvez-vous me dire combien il y a eu d’expulsions ? Zéro ! Emmanuel Macron lance : « Ils ne passeront pas » Mais ils sont déjà là ! Dans nos quartiers, dans nos institutions, et même dans nos bureaux de vote avec des listes communautaires. Le président de la République grimpe sur une ligne Maginot qui a déjà été enfoncée. Il peut faire les meilleurs discours du monde, mais les mots sans les actes, c’est le mensonge, c’est la faiblesse.(…) Il y a trois niveaux de lutte, trois combats simultanés à mener. Le premier, c’est l’éradication djihadiste. Il faut commencer par refuser les revenants sur le sol français. Ceux qui sont en Irak ou en Syrie doivent rester en Irak ou en Syrie. Et s’il y a des binationaux, on doit les déchoir de la nationalité française. Il faut aussi se pencher sur les prisonniers qui sont en France. Plus de 150 coupables, condamnés pour des faits en relation avec le terrorisme, vont être libérés. Le Sénat avait formulé une proposition pour prolonger les mesures de sécurité, de rétention. Le Conseil constitutionnel a censuré ce texte. C’est un scandale : neuf juges n’ont pas le droit désarmer un peuple. Sur ces questions-là, lorsque la sécurité même des Français est engagée, nous devons recourir au référendum. (…) pour que par exemple les mesures de sureté qui s’appliquent aux délinquants sexuels s’appliquent aussi aux djihadistes. (…) L’erreur à ne pas faire est de raisonner cas par cas. Vous avez un combat qui est global. C’est bien pour cela que j’ai parlé aussi d’immigration. Il faut accueillir moins et expulser plus. Quelqu’un qui est accueilli sur notre territoire et ne respecte pas nos lois doit être expulsé automatiquement, avec sa famille. Il faut remettre à plat le droit des étrangers, limiter au maximum le regroupement familial. Nous sommes le seul pays d’Europe qui n’a pas revu à la hausse ses exigences en matière d’immigration. C’est ce genre de question qui devra être soumise à référendum, sinon la volonté générale sera entravée. Sinon, un jour, les Français se révolteront à ce sujet. On n’aura alors plus que nos yeux pour pleurer. (…) Il faut lutter contre les enclaves territoriales. Créer une task force pour reconquérir les quartiers les uns après les autres, avec des forces de sécurité, mais aussi des magistrats, des services douaniers. Pour organiser le retour massif de l’État pendant une période donnée sur ces territoires qui sont des territoires perdus de la République. Avec Philippe Bas, nous avons proposé d’ajouter à l’article premier de la Constitution cette phrase : « Nul individu, nul groupe ne peut se prévaloir de son origine ou de sa religion pour se soustraire à la règle commune. » C’est la définition de la laïcité telle qu’elle devrait s’imposer à toute personne, le pendant de la loi de 1905, pour régler un certain nombre de questions qui vont du règlement intérieur d’une association, ou d’une entreprise, mais aussi à la question des piscines, des hôpitaux… Enfin, il faut s’intéresser aux lieux de culte. Vous avez vu que la mosquée de Pantin a relayé un appel contre le professeur assassiné. Je demande que cette mosquée soit fermée, comme le permettait le régime de l’état d’urgence de façon plus aisée. Des articles de la loi de 1905 permettent de fermer des lieux de culte dès lors qu’il y a des incitations à la haine ou que l’on tient des discours politiques. Il faut également interdire le financement des mosquées dès lors que l’argent provient de pays ou de groupes qui ne reconnaissent pas la liberté de conscience. Mais le plus dur, c’est la reconquête des esprits, il faut nommer les choses, refuser le piège de l’islamophobie. Interdire le voile à l’université ou dans les sorties scolaires. Il y a un espace symbolique que la République doit réinvestir. Ce qui est en jeu, c’est la défense de notre civilisation qui est attaquée dans ses fondements. Nos libertés et notre sécurité ne sont pas négociables et aucune religion n’est intouchable. Bruno Retailleau
Durant deux semaines, Samuel Paty a été l’objet d’une cabale méthodiquement ourdie, soigneusement organisée. Des militants islamistes l’ont ciblé, persécuté, calomnié. Parmi eux, un «parent d’élève», mais aussi un activiste islamiste, fiché S, membre d’un «conseil des imams de France». Les membres de cette petite bande l’ont dénoncé à sa hiérarchie. Ils l’ont signalé à la police. Ils ont jeté son nom en pâture sur les réseaux sociaux. Ils ont affiché des vidéos injurieuses sur le site internet d’une mosquée. Ils sont allés jusqu’à saisir les autorités académiques! S’ils n’ont pas armé directement la main du tueur (cela, il appartiendra à l’enquête de le dire), ces harceleurs ont indubitablement inspiré son geste. Leur acharnement criminel en dit autant sur l’époque que nous traversons que les circonstances particulièrement atroces de l’assassinat. Aujourd’hui, les fameux «loups solitaires» ne le sont jamais vraiment: ils s’enracinent dans un écosystème islamiste qui les protège et les nourrit. (…) « Ils ne passeront pas!» Ces rodomontades seraient à rire si elles n’étaient à pleurer. La triste vérité, chacun le sait, c’est que, depuis longtemps, ils sont déjà passés. L’influence islamiste pèse de tout son poids sur l’école, où l’inspecteur général Jean-Pierre Obin mesure depuis vingt ans la montée inexorable des «accommodements» concédés à cette funeste idéologie: d’après un récent sondage, 40% des enseignants (50% en ZEP) reconnaissent «s’autocensurer» sur certains sujets (on imagine aisément lesquels) face à leurs élèves pour ne pas créer d’incident. Cette influence, elle pèse (et ô combien!) sur l’université et la recherche. Elle gangrène les services publics comme les entreprises privées. Prisons, police, armée… elle n’épargne quasiment plus aucun service de l’État ni aucun secteur de la société. La vérité, c’est que les islamistes, dans notre pays, ont pignon sur rue. Ils ont, avec le CCIF, leur vitrine officielle ; ils ont aussi leurs boutiques officieuses et leurs officines clandestines. Ils ont leurs représentants légaux, leurs brillants avocats qui ont accès aux plus hautes sphères de l’administration, leurs entrepreneurs qui financent la cause, leurs activistes qui déversent la haine sur les réseaux sociaux, leurs prêcheurs qui remplissent les mosquées, leurs soldats réguliers qui noyautent les cités et leurs sicaires, désavouables à merci, qui prospèrent sur ce terreau. La vérité, c’est aussi que les islamistes peuvent compter, dans l’appareil d’État, les partis politiques et les médias, sur des compagnons de route (ou des idiots utiles) qui soutiennent efficacement la cause. C’est Jean-Louis Bianco et son Observatoire de la laïcité, qui semble avoir été ainsi baptisé par antiphrase. C’est Jean-Luc Mélenchon, qui, toute honte bue, prétend aujourd’hui combattre les amis de ceux avec qui il défilait hier. C’est Edwy Plenel, dont nul n’a oublié qu’il a accusé Charlie d’avoir «déclaré la guerre aux musulmans»! Et, derrière eux, toute une nébuleuse islamo-gauchiste rompue à la rhétorique victimaire (indigénistes, décoloniaux, Unef, SOS-Racisme, LDH…) qui devine du «racisme d’État» chaque fois qu’il est question d’appliquer la loi, dénonce des «violences policières» chaque fois qu’il s’agit de maintenir l’ordre et hurle à l’«islamophobie» chaque fois que l’on fait mine de résister aux diktats des barbus… Que certains de ceux-là se soient retrouvés hier, place de la République ou ailleurs, avec des citoyens sincèrement révoltés par les menées islamistes est une insulte à la décence autant qu’au souvenir des victimes. Et maintenant? Et demain? Après les larmes et les hommages, après les grands discours et les rassemblements, après les hashtags et les bougies, que va-t-il se passer? Allons-nous, face à la menace islamiste, revenir comme si de rien n’était à ces tractations sans gloire, ces compromissions obliques, ces concessions sournoises et ces fermetés équivoques qui nous tiennent lieu de politique depuis si longtemps? Allons-nous nous réveiller, enfin, et opposer à la guerre qui nous a été déclarée une autre guerre, impitoyable et sans merci? C’est en vérité la seule question – mais cette question est vitale – que nous devrions nous poser. (…) Il faudra aussi cesser de tourner autour du pot des fichés S: expulser les radicalisés étrangers (il semble que Gérald Darmanin veuille s’y mettre: bravo!) et interdire de tout emploi sensible (aujourd’hui ils peuvent travailler comme enseignants ou comme éducateurs!) les fichés français. Ce qui suppose là encore de passer outre l’opposition de tous ceux qui estiment qu’on ne peut rien faire au motif qu’«ils n’ont encore commis aucun crime»… Il faudra enfin se décider à aborder sans se voiler la face la question de l’immigration sans contrôle et de ses conséquences pour le pays. Un Tchétchène de 18 ans à qui la justice avait reconnu le statut de réfugié vient de décapiter un enseignant français. Quelques jours plus tôt, un jeune Pakistanais, à qui la justice – toujours elle – avait accordé la protection reconnue aux «mineurs isolés», avait perpétré une attaque au hachoir contre l’ancien immeuble de Charlie. Peut-être cette coïncidence mériterait-elle que l’on s’y arrête un instant: si la France continue d’accueillir chaque année sur son sol près d’un demi-million d’étrangers, dont la grande majorité, de confession musulmane, estime que la charia est supérieure à tout, il est peu probable que l’islamisme recule… Alexis Brézet
On n’a pas de logements en nombre suffisant pour les Réunionnais, et vous voudriez qu’on loge et soigne gratuitement des étrangers ? On n’en a pas les moyens. Joseph Rivière (secrétaire départemental du RN réunionnais)
Deux mois après la tournée de Marine Le Pen, le RN obtient à La Réunion un score historique, 31,2% des suffrages loin devant La France insoumise (19%) et La République en marche (10,4%). (…) le RN arrive en tête en Guyane (27,4%) et en Guadeloupe (23,7%), une première là aussi (…) A Saint-Martin et Saint-Barthélémy, le RN termine également premier avec 28% des suffrages. Dans la petite île de Mayotte, département français au cœur de l’archipel des Comores fragilisé par une crise migratoire, le RN fait encore mieux, recueillant 45,56% des voix. La majorité présidentielle n’arrive en tête qu’en Polynésie (43%) et en Martinique (18,2%) où elle est talonnée par le RN (16%). Libération (27.05.2019)
La Corse est un territoire assez emblématique de la France périphérique. Son organisation économique est caractéristique de cette France-là. Il n’y a pas de grande métropole mondialisée sur l’île, mais uniquement des villes moyennes ou petites et des zones rurales. Le dynamisme économique est donc très faible, mis à part dans le tourisme ou le BTP, qui sont des industries dépendantes de l’extérieur. Cela se traduit par une importante insécurité sociale : précarité, taux de pauvreté gigantesque, chômage des jeunes, surreprésentation des retraités modestes. L’insécurité culturelle est également très forte. Avant de tomber dans le préjugé qui voudrait que « les Corses soient racistes », il convient de dire qu’il s’agit d’une des régions (avec la PACA et après l’Ile-de-France) où le taux de population immigrée est le plus élevé. Il ne faut pas l’oublier. La sensibilité des Corses à la question identitaire est liée à leur histoire et leur culture, mais aussi à des fondamentaux démographiques. D’un côté, un hiver démographique, c’est-à-dire un taux de natalité des autochtones très bas, et, de l’autre, une poussée de l’immigration notamment maghrébine depuis trente ans conjuguée à une natalité plus forte des nouveaux arrivants. Cette instabilité démographique est le principal générateur de l’insécurité culturelle sur l’île. La question qui obsède les Corses aujourd’hui est la question qui hante toute la France périphérique et toutes les classes moyennes et populaires occidentales au XXIe siècle : « Vais-je devenir minoritaire dans mon île, mon village, mon quartier ? » C’est à la lumière de cette angoisse existentielle qu’il faut comprendre l’affaire du burkini sur la plage de Sisco, en juillet 2016, ou encore les tensions dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, en décembre 2015. C’est aussi à l’aune de cette interrogation qu’il faut évaluer le vote « populiste » lors de la présidentielle ou nationaliste aujourd’hui. En Corse, il y a encore une culture très forte et des solidarités profondes. À travers ce vote, les Corses disent : « Nous allons préserver ce que nous sommes. » Il faut ajouter à cela l’achat par les continentaux de résidences secondaires qui participe de l’insécurité économique en faisant augmenter les prix de l’immobilier. Cette question se pose dans de nombreuses zones touristiques en France : littoral atlantique ou méditerranéen, Bretagne, beaux villages du Sud-Est et même dans les DOM-TOM. En Martinique aussi, les jeunes locaux ont de plus en plus de difficultés à se loger à cause de l’arrivée des métropolitains. La question du « jeune prolo » qui ne peut plus vivre là où il est né est fondamentale. Tous les jeunes prolos qui sont nés hier dans les grandes métropoles ont dû se délocaliser. Ils sont les pots cassés du rouleau compresseur de la mondialisation. La violence du marché de l’immobilier est toujours traitée par le petit bout de la lorgnette comme une question comptable. C’est aussi une question existentielle ! En Corse, elle est exacerbée par le contexte insulaire. Cela explique que, lorsqu’ils proposent la corsisation des emplois, les nationalistes font carton plein chez les jeunes. C’est leur préférence nationale à eux. (…) La condition de ce vote, comme de tous les votes populistes, est la réunion de l’insécurité sociale et culturelle. Les électeurs de Fillon, qui se sont majoritairement reportés sur Macron au second tour, étaient sensibles à la question de l’insécurité culturelle, mais étaient épargnés par l’insécurité sociale. À l’inverse, les électeurs de Mélenchon étaient sensibles à la question sociale, mais pas touchés par l’insécurité culturelle. C’est pourquoi le débat sur la ligne que doit tenir le FN, sociale ou identitaire, est stérile. De même, à droite, sur la ligne dite Buisson. L’insécurité culturelle de la bourgeoisie de droite, bien que très forte sur la question de l’islam et de l’immigration, ne débouchera jamais sur un vote « populiste » car cette bourgeoisie estime que sa meilleure protection reste son capital social et patrimonial et ne prendra pas le risque de l’entamer dans une aventure incertaine. Le ressort du vote populiste est double et mêlé. Il est à la fois social et identitaire. De ce point de vue, la Corse est un laboratoire. L’offre politique des nationalistes est pertinente car elle n’est pas seulement identitaire. Elle prend en compte la condition des plus modestes et leur propose des solutions pour rester au pays et y vivre. Au-delà de l’effacement du clivage droite/gauche et d’un rejet du clanisme historique, leur force vient du fait qu’ils représentent une élite et qu’ils prennent en charge cette double insécurité. Cette offre politique n’a jamais existé sur le continent car le FN n’a pas intégré une fraction de l’élite. C’est même tout le contraire. Ce parti n’est jamais parvenu à faire le lien entre l’électorat populaire et le monde intellectuel, médiatique ou économique. Une société, c’est une élite et un peuple, un monde d’en bas et un monde d’en haut, qui prend en charge le bien commun. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vote nationaliste et/ou populiste arrive à un moment où la classe politique traditionnelle a déserté, aussi bien en Corse que sur le continent. L’erreur de la plupart des observateurs est de présenter Trump comme un outsider. Ce n’est pas vrai. S’il a pu gagner, c’est justement parce qu’il vient de l’élite. C’est un membre de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Il fait partie du monde économique, médiatique et culturel depuis toujours, et il avait un pied dans le monde politique depuis des années. Il a gagné car il faisait le lien entre l’Amérique d’en haut et l’Amérique périphérique. Pour sortir de la crise, les sociétés occidentales auront besoin d’élites économiques et politiques qui voudront prendre en charge la double insécurité de ce qu’était hier la classe moyenne. C’est ce qui s’est passé en Angleterre après le Brexit, ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Trump, ce qui se passe en Corse avec les nationalistes. Il y a aujourd’hui, partout dans le monde occidental, un problème de représentation politique. Les électeurs se servent des indépendantismes, comme de Trump ou du Brexit, pour dire autre chose. En Corse, le vote nationaliste ne dit pas l’envie d’être indépendant par rapport à la France. C’est une lecture beaucoup trop simpliste. Si, demain, il y a un référendum, les nationalistes le perdront nettement. D’ailleurs, c’est simple, ils ne le demandent pas.  Christophe Guilluy
Je ne parle plus des « invisibles » et des « oubliés », puisqu’ils sont devenus très visibles – trop, aux yeux de certains. Un seuil a été franchi et c’est pour cela que je suis plutôt optimiste sur la suite des opérations. Une bataille culturelle a été gagnée. On peut observer l’émergence dans les médias, mais aussi dans la recherche ou dans le monde de la culture, de ces catégories dont on ne parlait absolument plus ces vingt dernières années. L’utilisation du concept de « gens ordinaires » permet d’élargir, de dépasser la seule question de la lutte des classes, même si celle-ci est encore très présente. Les gens ordinaires, c’est à peu près tout le monde. Cela suggère qu’il s’agit du groupe majoritaire. Et cette majorité de la population, on ne la découpe plus en classes sociologiques : classes moyennes supérieures, classes moyennes inférieures, classes populaires, etc. Car la bataille politique qui reste à mener est, d’abord et avant tout, une bataille de la représentation. On l’a vu avec les « gilets jaunes » et l’ensemble des derniers mouvements sociaux. Chaque fois qu’émerge politiquement ou socialement ce groupe majoritaire, on va très vite vous expliquer que, en fait, non, ce sont plutôt des marges qui s’expriment, des catégories minoritaires. Les « gens ordinaires » ont désormais émergé et, en utilisant cette expression, il s’agit de dire qu’on ne reviendra pas en arrière. (…) Vous pouvez mettre la poussière sous le tapis, nier la réalité, instrumentaliser les médias, il n’empêche : une majorité existe. Il faut donc prendre cette guerre de représentation pour ce qu’elle est : une guerre politique. La société libérale ne peut perdurer que si elle morcelle. D’où la réussite médiatique de concepts portant sur le morcellement de la société, son « archipellisation », sa complexité. Tout cela vise à imposer une seule idée : le peuple n’existe pas. Et s’il n’existe pas, alors les choses peuvent être gérées de façon segmentée, catégorielle. Ce qui ne pose en fait aucun problème au pouvoir. Mais cette stratégie n’a qu’un temps. Au Royaume-Uni, la working class était totalement invisible jusqu’au Brexit. Pourtant, ses membres, ces « déplorables » – pour reprendre le mot de Hillary Clinton lors de la présidentielle américaine de 2016 – ont utilisé le référendum sur le Brexit pour dire : « Nous existons. » D’un coup, la working class britannique n’est plus à la marge, en voie de disparition. Elle apparaît même plus forte que l’ancienne classe ouvrière. Elle a, de par son poids, la possibilité de renverser la table. Est-ce que Boris Johnson sera la bonne personne pour accomplir cette volonté des électeurs britanniques ? Est-ce qu’il ira jusqu’au bout ? Est-ce qu’il mettra en place une véritable politique de réindustrialisation du pays ? Toutes ces questions restent posées. Mais voilà une majorité capable, quand elle utilise de « bonnes marionnettes », de changer la donne. Idem avec les « gilets jaunes ». Certes, vous n’aviez pas toute la population française dans la rue, mais étaient là des représentants de l’ensemble des catégories modestes : des ouvriers, des employés, des retraités, des jeunes, des vieux, des gens issus de l’immigration. On avait la France dans toute sa diversité : des Blancs, des Noirs, des Maghrébins. Que s’est-il passé ? Majoritairement, la population s’est reconnue dans ce mouvement. Je veux bien que l’on me dise qu’à la fin ce mouvement est devenu autre chose, avec une forte récupération politique. Mais il n’empêche : pourquoi a-t-il autant inquiété nos élites ? Parce que ces dernières ont parfaitement compris que se jouait sur les ronds-points ce qu’ils cherchent à déconstruire depuis trente ans. À savoir : une réunion des catégories modestes qui, depuis toujours, portent l’économie. La période de confinement nous l’a d’ailleurs prouvé : la société repose beaucoup sur ces catégories-là. Face à ce mouvement majoritaire de facto, tout a été fait pour segmenter, morceler à nouveau. C’était le sens même de l’opération « grand débat » avec ces mille thématiques, tous les sujets étant traités les uns après les autres. (…) Des réponses à tout et pour tous, pour chaque segment de la population. Avec, en toile de fond, l’idée que les gens ne demandent que de l’argent. Logiquement, la fin de partie a été sifflée avec un chèque. Ce genre de situation est parfaitement gérable pour les libéraux. Finalement, pour eux, ce n’est pas un gros problème de faire des chèques. Car, dans leur esprit, ce qu’il faut, c’est ne surtout rien changer au système et faire perdurer l’idée que la société est morcelée, « archipellisée ». Il s’est pourtant passé quelque chose sur ces ronds-points, une vraie recomposition sociologique et politique. Les médias n’y ont vu que de la « radicalisation ». Vous savez, ce discours consistant à dire : « Ces gens-là n’écoutent pas, ils sont incapables de réaliser des diagnostics clairs. » Les journalistes interrogeaient des quidams et leur demandaient : « Quel est votre programme économique ? » Il y a là toute la perversité et toute la responsabilité des médias. (…) Pour le moment, l’idée pour le pouvoir, qu’il soit médiatique, politique ou économique, est de préserver l’essentiel. Pour eux, « jusqu’ici tout va bien », comme on dit. Sauf qu’une société n’est durable que si le modèle proposé bénéficie au plus grand nombre. Or, dans la France périphérique et dans beaucoup de territoires, précarisation sociale et désaffiliation politique vont de pair. Vous avez un lien évident entre le processus de désindustrialisation du pays et le fait que les gens n’adhèrent plus au discours politique. L’idée pour le pouvoir est donc de maintenir ce morcellement des Français car il est plus simple et préférable pour lui de gérer par segments la société plutôt que d’avoir à remettre en cause le système dans son ensemble. [Mais] bien sûr (…) si, politiquement, rien ne se passe, on va à la catastrophe. Elle sera économique, culturelle, identitaire. Il est complètement fou d’imaginer que nos représentants politiques n’aient pas comme priorité de répondre aux attentes des gens ordinaires. Cela s’appelle la démocratie. Mais, aujourd’hui, dire : « Répondez aux demandes de la majorité », c’est être immédiatement soupçonné en retour d’être contre les minorités ! En travaillant, comme je l’ai fait, dans le logement social, les quartiers dits sensibles, on se rend compte que toutes les demandes des gens ordinaires ne sont pas clivées ethniquement. En banlieue, tout le monde veut plus de sécurité. Tous : Blancs, Noirs, Maghrébins, etc. D’ailleurs, tous les « petits » – Blancs, Noirs, Maghrébins, catholiques, juifs… – ont un immense problème avec les représentants de leurs communautés respectives. Le clivage petit/gros, haut/bas marche aussi à cette échelle. Aucun ne se sent convenablement représenté. (…) Cette décélération est en train de se faire. Mais pas joyeusement. Ce que l’on voit arriver, c’est une crise sociale, qui sera évidemment plus violente dans la France périphérique que dans les grandes métropoles. Les gens ordinaires ont certes gagné la bataille culturelle, mais économiquement et socialement on est encore loin du compte. Ce qui se prépare, et qui est déjà à l’œuvre, ce sont partout des plans sociaux. Bravo, les technocrates français, d’avoir tout misé sur l’aéronautique, le tourisme, etc. ! Si Jean-Pierre Chevènement se présentait aujourd’hui, il serait élu à 60 %. Son diagnostic est absolument pertinent. Mais il est arrivé trop tôt… À un moment où tout le monde pensait que seule la classe ouvrière allait souffrir. Une classe ouvrière que la gauche avait déjà abandonnée. C’est pourquoi je commence mon livre avec la phrase de Pierre Mauroy qui constate que le mot « ouvrier » a disparu du discours des socialistes. Sauf que, après que les ouvriers ont été touchés, il y a eu les employés, puis les paysans, ensuite les indépendants, les petits retraités… C’était une fusée à plusieurs étages. De sorte que le discours de Chevènement a été perçu initialement comme une sorte d’attachement désuet à un monde industriel appartenant au passé. Tous ces gens, ce bloc qu’ils forment, iraient aujourd’hui à lui. Politiquement, il y a donc un décalage entre la prise de conscience de la population et le seul choix qui leur est proposé aujourd’hui, à savoir départager Macron et l’extrême droite… (…) [Mais] D’abord, il s’agit de ne pas sombrer dans le pessimisme. Tout est fait pour dire aux gens qu’ils ne sont rien. Par ailleurs, nous ne sommes pas dans une période de révolution, mais dans une sorte de guérilla culturelle. C’est long, la guérilla, mais les choses progressent. Même chez ceux qui dénonçaient le concept de France périphérique et qui maintenant utilisent l’expression. Même chez un Macron : il nomme un Premier ministre dont on nous vante l’accent ! Et puis, le totalitarisme, même « adouci », n’est pas durable. Quand la masse n’y croit plus, ça ne tient pas. Et là, déjà, ça craque. Le modèle économique n’est plus durable. Il ne peut perdurer longtemps grâce à ses derniers bastions que sont les métropoles et quelques secteurs d’activité. Prenons le revenu universel : donner aux gens de l’argent pour remplir leur Caddie chez Lidl, ce n’est pas répondre à leurs aspirations. Réindustrialiser, c’est évidemment faire du protectionnisme – un gros mot. Ça prendra du temps, mais ça se fera. La question de l’Europe, c’est pareil. Les choses sont en train de s’écrouler. Plus personne n’y croit. On fait porter aux catégories populaires la défiance de l’Europe. Mais c’est faux. Ils ont joué le jeu. Comme ils ont joué le jeu de la mondialisation. On pourrait même dire qu’ils ont joué le jeu du néolibéralisme, inconsciemment. Et puis, ils font le bilan : le compte n’y est pas, ça ne marche pas. Toutes les croyances anciennes ne fonctionnent plus. On peut aller plus loin : l’instrumentalisation de l’écologie, le diversity washing, les gens voient bien que ça ne repose sur rien. On est donc à la veille d’un renversement culturel. (…) Je connais les techniques de délégitimation. J’en ai été la victime avec le concept de France périphérique. Ça non plus, ça ne fonctionne plus. Les catégories populaires ont fait confiance à leurs élites, elles ont cru aux médias. Les gens sont d’ailleurs prêts à aller vers leurs élites. Il n’y a pas intrinsèquement d’anti-intellectualisme ou d’anti-élitisme, pas de rejet a priori. Il y a juste des gens qui font le constat que les élites d’aujourd’hui n’ont plus le bien commun chevillé au corps. Christophe Guilluy
Pour éviter d’autres Aquarius, la désagrégation des relations coopératives entre Européens, mettre fin à cette infernale partie de mistigri et réduire la pression sur nos sociétés fragiles, il faut prendre le problème à la racine et adopter un plan d’ensemble et des mesures d’urgence. Le sentiment que l’Europe est une passoire, alors même que l’islamisme progresse partout chez les musulmans sunnites et que le terrorisme islamiste sévit sur plusieurs continents, y compris en Europe, est peut-être exagéré ou injuste mais il est obsédant. Il nourrit le « populisme » et alimente les insurrections électorales. Les efforts réels accomplis ces dernières années ou en cours à l’initiative du président français sont occultés par des événements scandaleux ou tragiques et par les pugilats européens. Ceux qui espéraient paralyser les réactions de rejet des migrations de masse à coup d’eau bénite ou de condamnations morales ont dû déchanter. Ceux qui n’ont vu dans l’immigration qu’une nécessité économique (importer de la main-d’œuvre) ou une opportunité démographique (combler des déficits) ont nourri les angoisses des populations européennes. L’état des opinions est maintenant si grave qu’aucun progrès européen dans d’autres domaines, comme les annonces obtenues par la France au château de Meseberg, près de Berlin, sur l’euro, ne suffira à inverser ce mouvement. Croire que le plus dur est passé parce que les flux ont diminué depuis le pic de 2015 est illusoire quand on connaît les prévisions démographiques africaines ; 1,2 milliard d’êtres humains aujourd’hui, 2,5 milliards en 2050 sauf si le planning familial était mis en œuvre partout. Et comment être sûr que d’autres drames atroces ne jetteront pas à nouveau demain sur les routes des familles entières à la recherche d’asiles ? Pour casser cet engrenage dévastateur, il faut donc, dans un cadre et par des mécanismes durables, contrôler ces flux. Dans le cadre d’un Schengen consolidé et renforcé, il faut d’abord vérifier que chacun des vingt-six Etats membres, et nouveaux candidats, en particulier les Etats physiquement frontaliers, sans oublier tous les aéroports, seront capables administrativement, politiquement et géographiquement d’assumer des engagements renforcés grâce à une agence Frontex [l’agence européenne de surveillance des frontières] mieux équipée et transformée en vraie police des frontières parfaitement connectée aux polices nationales. Le droit d’asile pour les gens en danger doit absolument être préservé. Au-delà même des préambules des Constitutions de 1946 et de 1958, il est l’âme même de l’Europe. Mais cela suppose qu’il ne soit pas détourné de son objet ; sans distinction claire d’avec les mouvements migratoires, il finira par être balayé. La distinction, qui n’aurait jamais dû être perdue de vue, entre les demandeurs d’asile, dont certains seront admis en tant que réfugiés, et les migrants économiques, dont certains seront admis comme immigrants légaux, est cruciale. (…) Bien sûr, les critères d’attribution de l’asile dans Schengen devront être complètement harmonisés, et les demandeurs d’asile acceptés devront être beaucoup mieux accueillis et intégrés. Quant aux déboutés, ils devront être pris en charge et reconduits par Frontex en dehors de Schengen, dans leur pays d’origine où ils pourront postuler comme immigrants légaux. On ne peut pas fixer a priori de quotas de réfugiés : étant donné que le nombre des futurs demandeurs d’asile dépend des tragédies futures, il ne peut pas être plafonné artificiellement à l’avance. L’Europe devra rester généreuse, vis-à-vis des personnes persécutées ou menacées, tout en aidant plus les pays voisins qui les accueillent en premier lieu, comme la Turquie, la Jordanie, le Liban. (…) Des quotas d’immigration légale par pays, et par métiers, devront être fixés chaque année au cours d’un sommet entre pays de Schengen, pays de départ et pays de transit. Ces derniers demanderont des compensations et des aides, ce qui conduira à reconsidérer de proche en proche toutes les politiques de codéveloppement. Cette cogestion est indispensable car il est impossible de détruire sans ces pays les réseaux de passeurs et leurs complices qui ont reconstitué une économie de la traite en Afrique ; gérer avec eux, avec l’aide du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans des centres d’accueil au sein de plates-formes régionales, aussi bien les demandes d’asile que les demandes d’immigration en Europe ; lutter contre le trafic de faux papiers dans le Sahel ; et mieux contrôler les frontières entre ces pays. Il ne faudrait pas en être réduit, tout cela ayant échoué, et les garde-côtes libyens étant impuissants, à être obligés de bloquer les ports de Libye ! En même temps, cette gestion plus rigoureuse des flux migratoires permettra de favoriser, comme promis dans le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou, la circulation pour les non-candidats à l’immigration (étudiants, hommes d’affaires, artistes). En attendant, et en urgence, il faut gérer l’héritage du passé et remplacer Dublin, que les ministères de l’intérieur avaient espéré pouvoir garder, par de nouvelles règles. Les pays de Schengen qui ne voudront pas accueillir de réfugiés au titre de la solidarité et de la répartition devront fournir une contribution financière accrue pour la protection des frontières communes ou pour l’accueil et l’intégration des réfugiés dans d’autres pays. Des décisions difficiles devront être prises concernant ceux qui sont déjà en Europe, illégalement, depuis un certain temps : les reconduire dans des centres de retour à l’extérieur, d’où ils pourront tenter leur chance comme immigrants légaux auprès des centres d’accueil, ou essayer de travailler dans leur propre pays (les migrants, pas les demandeurs d’asile) ; ou les régulariser, pour des raisons d’humanité ou autres, mais alors les intégrer vraiment. (…) Il est urgent que les opinions européennes constatent un vrai changement. La répartition des réfugiés, le montant des compensations, la fixation du nombre de migrants légaux, la dénomination et l’organisation du réseau de centres à l’extérieur ou aux frontières, et leur fonction, donneront lieu à des négociations permanentes et difficiles. Mais une partie de l’opinion européenne changera quand elle réalisera que ces flux seront désormais mieux « gérés », que la partie de mistigri sur les réfugiés est finie et qu’il y a une politique claire, à court et long terme. Et même si des flux d’immigration illégaux se poursuivent, ils deviendront quand même moins importants. Néanmoins, il ne faut pas se cacher que plusieurs secteurs de l’opinion, minoritaires mais très actifs et « audibles », continueront à opposer un tir de barrage à la mise en œuvre de cette indispensable politique, pour des raisons opposées – il faut aider tous ceux qui souffrent ; il faut repousser tous les envahisseurs. S’il n’y avait dans le monde que 10 millions de candidats à l’immigration en Europe, cela ne poserait aucun problème ! Les arguments de l’extrême droite (pour tout fermer) doivent être combattus sans ménagement comme étant inhumains, économiquement absurdes et, de toute façon, inapplicables. Il en va de même pour l’extrême gauche qui mise sur les populations issues de l’immigration par calcul militant, activiste ou électoral. En revanche, il faudrait convaincre beaucoup de gens généreux et de bonne foi de réfléchir à leur responsabilité et de modifier leurs positions ne serait-ce que pour sauver l’asile. Ceux que la repentance aveugle ou paralyse. Ceux qui ne voient le problème des migrations qu’en termes de valeurs et de principes généraux. Or, c’est aussi une question de nombre : s’il n’y avait dans le monde que 10 millions de candidats à l’immigration en Europe, cela ne poserait aucun problème ! Ceux qu’un universalisme abstrait et un mépris affiché pour les besoins élémentaires d’identité et de sécurité culturelle des peuples européens ont rendu inaudibles. Ceux qui ne réalisent pas que ce n’est pas être « généreux » que de priver les pays d’Afrique de leurs meilleurs éléments, les émigrants jeunes, dynamiques et entreprenants, en alimentant la nouvelle économie de la traite. Il faudrait même oser questionner le bilan des grandes institutions judiciaires françaises ou européennes chargées d’appliquer des grands textes comme la Convention européenne des droits de l’homme et qui, par effets de cliquet et avec une totale bonne conscience, peuvent donner à la longue aux citoyens le sentiment qu’elles se substituent à la souveraineté et à la démocratie. Alors que le problème numéro un de l’Europe est le fossé élites/peuples ! (…) Quid des pays de Visegrad [un groupe informel composé de la Hongrie, de la Pologne, de la République tchèque et de la Slovaquie] ? De l’Italie ? De l’Espagne à Ceuta et Melilla [enclaves espagnoles au Maroc], etc. ? Mais aussi quid des partenaires extérieurs de l’Est et du Sud ? Vraies questions. Mais il y a le feu ! Paradoxalement, malgré les apparences récentes, il ne devrait pas y avoir d’opposition insurmontable entre les pays européens de l’Ouest et de l’Est. Qui conteste la nécessité absolue d’une meilleure maîtrise des flux vers l’Europe ? Enfin, n’oublions pas l’éléphant dans la pièce : une alliance plus déterminée et plus assumée partout des démocrates et des musulmans modérés contre l’islamisme aiderait à enrayer le glissement des opinions européennes. Tout cela va s’imposer. Faisons-le plutôt ensemble, vite, et en bon ordre. Hubert Védrine
Ceci révèle l’arrière-plan idéologique : qui dit ghettos de banlieue, sous-entend ghettos noirs, relégation, et conclut à l’échec de la République, remettant en cause les fondamentaux de la République. L’Ecole a échoué, les services publics ont échoué et « l’Etat est absent » (dit-on souvent à tort). Il est facile de démentir ce discours en considérant l’investissement public par habitant. On ne voit pas que ces quartiers, en France, ont une fonction de sas entre le Nord et le Sud. Dans les quartiers sensibles se joue la dynamique de la transformation de la société française, ce qui n’est pas la problématique des ghettos noirs américains. Aux États-Unis, les Noirs représentent environ 12% de la population. Ce pourcentage n’a pas évolué depuis plus d’un siècle, on ne peut donc pas parler d’une dynamique. Dans les banlieues françaises, au contraire, on est dans une logique de transformation, ce dont témoigne le taux de mobilité. On nous parle de « relégation », d’« assignation à résidence ». Ce vocabulaire évoque à dessein un univers quasi-concentrationnaire. Or, sur la durée, les populations des territoires de la politique de la ville sont les plus mobiles de France. Hier l’observatoire des ZUS, dans un nouveau rapport, a publié des résultats catastrophiques. Ils le seront encore demain, la photographie d’aujourd’hui est évidemment calquée sur celle d’hier et sur celle de demain et si on ne pense pas ces quartiers en termes de flux, on a l’impression que les taux de chômage s’incrustent, affectant durablement des populations stables. La réalité de ces quartiers n’est pas celle-là. Les chômeurs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et ne seront pas ceux de demain. La négation de cette mobilité amène à conclure à l’échec de la République. En revanche, si on analyse ces quartiers en termes de dynamique, on réalise que la République y est restée vaillante, non, certes, sans difficultés. Le nombre de jeunes diplômés a explosé dans ces quartiers et beaucoup d’entre eux partent. Evidemment, les nouveaux arrivants, qui viennent souvent des pays du Sud, sont plus pauvres et moins formés que ceux qui partent. Les maires des communes concernées – c’est le cas de Sarcelles – n’arrivent pas à retenir les habitants qui veulent partir. Ces quartiers doivent être pensés comme des espaces dynamiques en flux où des gens arrivent tandis que d’autres partent. Mais la République est là, les écoles sont présentes, des diplômés sortent de ces quartiers, certes trop peu, certes avec d’infinies difficultés, la délinquance. Il n’empêche que le bilan de la République est moins désastreux que ce qu’on imagine si on arrête un peu d’analyser à partir d’indicateurs sociaux en stock. Il est donc important de répéter que la problématique des quartiers sensibles n’est pas celle des ghettos mais celle de la transformation de la société française. Je citerai quelques chiffres qui rendent compte de l’évolution de la population dans ces communes. Des études ont été réalisées par l’INED sur les jeunes d’origine étrangère qui ont montré qu’entre 1968 et 2005, on était passé par exemple de 19 % à 57 % de jeunes d’origine étrangère en Seine-Saint-Denis, de 22 à 76 % à Clichy-sous-Bois, de 20 % à 66 % à Sarcelles ou de 41 à 61 % à Vaulx-en-Velin. Ces chiffres expriment bien les flux permanents et la transformation très forte de la population dans ces quartiers. Ils ne parlent pas d’assignation à résidence mais, au contraire, de transformation de la société française. Les gens qui parlent de ghettos nient cette transformation. Nous sommes donc dans des logiques de flux et surtout cette évolution dit que nous sommes passés au temps des minorités et des majorités relatives. On parle beaucoup des minorités dites « visibles » (toujours le background américain !) mais nous ne sommes plus dans cette situation en France. L’évolution de la population se fait selon une logique de transformation en profondeur, faisant émerger des minorités et des majorités relatives en constante et forte évolution. Christophe Guilluy
Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire dix fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’American ou l’European way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ? Christophe Guilluy
Présentée comme illusoire ou anachronique, la demande de régulation des flux migratoires est, sur tous les continents, une demande banale des classes populaires quelles que soient leurs origines. (…) Décrite comme l’illustration d’une dérive xénophobe des « petits blancs », on constate qu’elle concerne en réalité tous les “petits”, quelles que soient leurs origines ethniques ou religieuses. (…) comme les gens ordinaires ne peuvent ériger des frontières invisibles avec l’Autre (comme le font les classes supérieures), ils craignent évidemment plus de devenir minoritaires dans leur immeuble, leur village ou leur quartier. Car être ou devenir minoritaire, c’est dépendre de la bienveillance de la majorité. (…) C’est en cassant le rythme d’une immigration perpétuelle que les pouvoirs publics pourraient agir sur le contexte social (la réduction des arrivées de ménages précaires stopperait la spirale de la paupérisation) mais aussi sécuritaire (la stabilisation puis la baisse du nombre de jeunes assécherait le vivier dans lequel recrutent les milieux délinquants). En reprenant la main sur cet « exercice de souveraineté qui a en partie été délégué à l’échelon européen », les politiques pourraient ainsi jouer sur les flux permanents qui, comme l’explique laurent Chalard, empêche l’assimilation. Cette politique répondrait enfin aux attentes de la population de ces quartiers qui demandent  depuis des décennies une plus grande fermeté de l’Etat à l’égard de l’immigration clandestine mais aussi des dealers qui pourrissent la vie de ces territoires. Christophe Guilluy
Pour un certain nombre d’analystes, le relatif échec de l’assimilation des populations d’origine maghrébine en France par rapport aux vagues migratoires précédentes, se traduisant, entre autres, par le maintien de prénoms spécifiques au sein des deuxième et troisième générations, est relié à un facteur culturel essentiellement considéré sous sa forme religieuse, la pratique de l’islam, qui rendrait impossible à ses membres de devenir complètement des Français comme les autres. Or, si le rôle de ce facteur ne peut être totalement nié, il en existe cependant un autre, d’ordre démographique, renforçant considérablement le phénomène, qui est le non-tarissement des flux. En effet, les immigrés à l’assimilation réussie, que sont les Italiens, les Polonais, les Espagnols ou les Vietnamiens se sont totalement fondus dans la population française parce que, suite aux vagues migratoires très importantes, les flux d’arrivée se sont taris, coupant définitivement les nouveaux arrivants des évolutions récentes de leur culture d’origine. (…) En conséquence, il s’est produit une adaptation rapide à la culture du pays d’accueil puisque ces nouveaux arrivants n’avaient aucun intérêt à maintenir leur culture d’origine. Leurs enfants scolarisés avec les autres petits français, à une époque où l’école était inclusive et le niveau d’enseignement satisfaisant, s’intégraient pleinement conduisant dès la première génération à de nombreux mariages avec la population locale, puisqu’ils n’allaient pas chercher leur conjoint dans le pays de naissance de leurs parents, et à l’adoption de comportements de fécondité semblables aux « autochtones », conduisant à une stabilisation des effectifs. Pour montrer l’influence primordiale de ce facteur, il convient de citer le cas des immigrés vietnamiens et cambodgiens arrivés en une seule vague à la fin des années 1970, sans espoir de retour à l’époque, dont l’intégration dans la société française est particulièrement exemplaire, bien qu’ils ne soient pas de culture européenne, qu’ils pratiquent, en règle générale, une religion différente (le bouddhisme) et que leur apparence physique en fasse une minorité visible! Or, pour les Maghrébins, la situation apparaît différente car les flux migratoires ne se sont jamais arrêtés depuis le début des Trente Glorieuses, soit depuis 70 ans. Il n’y a jamais réellement eu de pause permettant à la population de s’assimiler, la fin de l’immigration de travail sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing laissant place à la politique de regroupement familial, qui va à la fois maintenir un niveau non négligeable du flux d’entrées chaque année et stimuler la natalité de ces populations du fait de la féminisation de l’immigration. En conséquence, pour une large part des Maghrébins, le cordon ombilical n’a pas été coupé avec le pays d’origine, ce qui sous-entend le maintien et la transmission des traditions culturelles d’une génération à l’autre, en particulier sur le plan religieux, et une politique matrimoniale non assimilationniste, privilégiant une certaine endogamie, que ce soit à travers des mariages au sein de la communauté en France ou avec des congénères du pays d’origine, un des principaux moteurs du regroupement familial à l’heure actuelle. Il convient donc de s’interroger sur ce sujet, quitte à poser une question taboue, qui risque de faire débat: l’immigration perpétuelle empêche-t-elle l’assimilation? En effet, il est légitime de se poser la question. Les Français d’origine maghrébine se seraient peut-être plus facilement assimilés et auraient probablement une situation économique meilleure, si les flux d’arrivées s’étaient taris au milieu des années 1990, leur permettant de se tourner complètement vers leur nouveau pays. Dans ce contexte, le fondamentalisme religieux aurait probablement plus difficilement pénétré notre société, puisqu’il est d’abord arrivé en France par l’Algérie. Parallèlement, la natalité serait plus basse, permettant une meilleure réussite scolaire des enfants et les quartiers d’accueil seraient moins homogènes ethniquement, favorisant l’assimilation, car les flux migratoires auraient été moins nombreux. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les jeunes Maghrébins nés en France sont peut-être les premières victimes de l’immigration continue, d’autant plus que les nouveaux arrivants viennent les concurrencer sur le marché du travail. Laurent Chalard

Attention, une victimisation peut en cacher une autre !

A l’heure où trois semaines après l’égorgement, pour « retrouver sa dignité » nous dit-on, de deux journalistes français par un réfugié pakistanais au pied de l’ancienne adresse de Charlie hebdo …

C’est la sauvage décapitation d’un professeur de collège, par fidélité à sa foi et loyauté à sa communauté cette fois, par un autre réfugié tchétchène celui-là …

Qui vient nous rappeler après les douze de Charlie hebdo et les quatre otages d’un supermarché juif abattus à la kalachnikov ou au fusil d’assaut par des enfants d’immigrés algériens et maliens  il y a cinq ans …

Sans compter, sur près de 500 victimes pour les 20 premières années de notre siècle, 11 mois plus tard les 129 morts et 354 blessés du Bataclan et des cafés alentour

Le lourd prix à payer pour avoir offensé Mahomet ou ses soldats par la caricature ou les forces armées …

Et où du New York Times à Mediapart, l’hystérisation du souci de la victime continue ses ravages …

Alors que loin de les rassurer aux Etats-Unis, l’avance de Biden inquiète de plus en plus, mauvais souvenirs de 2016 obligent, les Démocrates …

Et que contre toutes leurs prédictions, c’est à présent les minorités qui semblent de plus en plus se reconnaitre en le prétendu Trump raciste …

Tandis qu’un reportage de France 2 sur l’hommage des collègues et élèves du professeur sauvagement assassiné et décapité  …

Coupe pudiquement le chant de notre hymne national juste avant les mots trop objectivement descriptifs  (« Ils viennent juste que dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes ») …

Et que c’est de son « héroïsme » que se retrouve étrangement victime un autre martyr de la même barbarie …

Alors que libérée avec d’autres au prix fort de quelque 200 djihadistes et une dizaine de millions, une otage française transforme sa détention en retraite spirituelle

Pendant qu’après s’être enfin résolu, trois ans après son élection, à mentionner le problème du « séparatisme islamique »

Un président qui à l’instar de son évocation, lors de sa campagne, des crimes contre l’humanité de la France en Algérie …

Est vite revenu à une terminologie beaucoup plus ‘soft » de « projet de loi renforçant la laïcité et les principes républicains »

Et que, sur fond d’incessants procès d’intention ou procès tout cours des lanceurs d’alerte Marine Le Pen ou Zemmour

C’est à nouveau, entre deux « marches des marchands de tabac contre le cancer »,  à l’unique départage entre Macron et l’extrême droite que les électeurs français se voient à nouveau préparés pour la prochaine présidentielle dans 18 mois …

Qui, sauf rares exceptions et après tant de trahisons des clercs répétées, pose la question qui fâche …

Contre les nouveaux racistes de l’antiracisme qui voient tout en noir et blanc

Et ne font en fait qu’enfermer dans leur sacrosainte différence et leurs quartiers et écoles commodément excentrés …

La piétaille bien utile de nounous et livreurs sous-payés …

A savoir celle des flux continus d’immigration régulière et irrégulière …

Qui à l’instar de la révolution, selon le fameux mot du polémiste suisse Jacques Mallet du Plan, finit par dévorer ses propre enfants …

Ou pour prendre une image bien au coeur de la polémique actuelle …

Comme cette interminable noria de terroristes qu’évoque le Mahomet désemparé par son manque de vierges d’une des caricatures danoises …

Empêchent tout simplement toute véritable assimilation …

Au sein de populations majoritairement d’origine musulmane …

Qui contrairement à leurs prédécesseurs n’ont jamais coupé le cordon avec leurs cultures d’origine …

Tout en les maintenant artificiellement, à l’image de ces prétendus mineurs isolés – dont l’égorgeur au hachoir du 28 septembre –  toujours plus nombreux et coûteux, dans un état de jeunesse éternelle …

Le fameux « surplus de jeunes » dont on sait depuis au moins Huntington et pour le plus grand bonheur des caïds de la drogue ou du terrorisme …

La plus grande propension à la violence et à la délinquance …

Mais les vouant aussi, comme l’avait rappelé Georges Marchais avant les Le Pen et aujourd’hui un Trump, à la spirale de la précarisation et du chômage …

Via la pression constante qu’ils exercent au grand bonheur des chefs d’entreprise …

Sur les salaires et les emplois …

Sans compter par l’insécurité physique et culturelle induite …

La disqualification et la fuite de modèles positifs qui entre Français de souche et immigrés intégrés …

Et sans parler de la démobilisation des instances publiques d’éducation et de sociabilisation …

Assuraient autrefois ce travail d’assimilation des nouveaux arrivants …

L’immigration se retournant ainsi paradoxalement au bout du compte …

Contre ceux-là même qu’elle était censée servir ?

L’immigration perpétuelle empêche-t-elle l’assimilation?
FIGAROVOX/TRIBUNE – Les députés débattent de l’immigration ce lundi 7 octobre à l’Assemblée nationale. Pour le géographe Laurent Chalard, les élus doivent comprendre que tant que les flux migratoires ne se tarissent pas, l’assimilation est rendue plus difficile.

Laurent Chalard
Le Figaro
7 octobre 2019

Laurent Chalard est géographe et travaille au European Centre for International Affairs. Retrouvez-le sur son blog personnel.


Pour un certain nombre d’analystes, le relatif échec de l’assimilation des populations d’origine maghrébine en France par rapport aux vagues migratoires précédentes, se traduisant, entre autres, par le maintien de prénoms spécifiques au sein des deuxième et troisième générations, est relié à un facteur culturel essentiellement considéré sous sa forme religieuse, la pratique de l’islam, qui rendrait impossible à ses membres de devenir complètement des Français comme les autres. Or, si le rôle de ce facteur ne peut être totalement nié, il en existe cependant un autre, d’ordre démographique, renforçant considérablement le phénomène, qui est le non-tarissement des flux.

Les flux migratoires de Maghrébins ne se sont jamais arrêtés depuis le début des Trente Glorieuses, soit depuis 70 ans.

En effet, les immigrés à l’assimilation réussie, que sont les Italiens, les Polonais, les Espagnols ou les Vietnamiens se sont totalement fondus dans la population française parce que, suite aux vagues migratoires très importantes, les flux d’arrivée se sont taris, coupant définitivement les nouveaux arrivants des évolutions récentes de leur culture d’origine. Pour les Polonais, la Seconde Guerre mondiale puis la Guerre froide ont radicalement rompu le lien de cette population avec la Pologne, située au-delà du rideau de fer, facilitant mécaniquement leur assimilation. Pour les Italiens, suite au décollage économique de l’Italie après 1945, les flux se tarissent progressivement pendant les Trente Glorieuses. Pour les Espagnols, le ralentissement des arrivées apparaît plus tardif, datant de la fin des années 1970, suite à la chute de la dictature de Franco et à une croissance économique soutenue de l’Espagne. En conséquence, il s’est produit une adaptation rapide à la culture du pays d’accueil puisque ces nouveaux arrivants n’avaient aucun intérêt à maintenir leur culture d’origine. Leurs enfants scolarisés avec les autres petits français, à une époque où l’école était inclusive et le niveau d’enseignement satisfaisant, s’intégraient pleinement conduisant dès la première génération à de nombreux mariages avec la population locale, puisqu’ils n’allaient pas chercher leur conjoint dans le pays de naissance de leurs parents, et à l’adoption de comportements de fécondité semblables aux «autochtones», conduisant à une stabilisation des effectifs. Pour montrer l’influence primordiale de ce facteur, il convient de citer le cas des immigrés vietnamiens et cambodgiens arrivés en une seule vague à la fin des années 1970, sans espoir de retour à l’époque, dont l’intégration dans la société française est particulièrement exemplaire, bien qu’ils ne soient pas de culture européenne, qu’ils pratiquent, en règle générale, une religion différente (le bouddhisme) et que leur apparence physique en fasse une minorité visible!

Or, pour les Maghrébins, la situation apparaît différente car les flux migratoires ne se sont jamais arrêtés depuis le début des Trente Glorieuses, soit depuis 70 ans. Il n’y a jamais réellement eu de pause permettant à la population de s’assimiler, la fin de l’immigration de travail sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing laissant place à la politique de regroupement familial, qui va à la fois maintenir un niveau non négligeable du flux d’entrées chaque année et stimuler la natalité de ces populations du fait de la féminisation de l’immigration. En conséquence, pour une large part des Maghrébins, le cordon ombilical n’a pas été coupé avec le pays d’origine, ce qui sous-entend le maintien et la transmission des traditions culturelles d’une génération à l’autre, en particulier sur le plan religieux, et une politique matrimoniale non assimilationniste, privilégiant une certaine endogamie, que ce soit à travers des mariages au sein de la communauté en France ou avec des congénères du pays d’origine, un des principaux moteurs du regroupement familial à l’heure actuelle.

Les jeunes Maghrébins nés en France sont peut-être les premières victimes de l’immigration continue.

Il convient donc de s’interroger sur ce sujet, quitte à poser une question taboue, qui risque de faire débat: l’immigration perpétuelle empêche-t-elle l’assimilation? En effet, il est légitime de se poser la question. Les Français d’origine maghrébine se seraient peut-être plus facilement assimilés et auraient probablement une situation économique meilleure, si les flux d’arrivées s’étaient taris au milieu des années 1990, leur permettant de se tourner complètement vers leur nouveau pays. Dans ce contexte, le fondamentalisme religieux aurait probablement plus difficilement pénétré notre société, puisqu’il est d’abord arrivé en France par l’Algérie. Parallèlement, la natalité serait plus basse, permettant une meilleure réussite scolaire des enfants et les quartiers d’accueil seraient moins homogènes ethniquement, favorisant l’assimilation, car les flux migratoires auraient été moins nombreux. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les jeunes Maghrébins nés en France sont peut-être les premières victimes de l’immigration continue, d’autant plus que les nouveaux arrivants viennent les concurrencer sur le marché du travail.

Alors que le président Emmanuel Macron lance un grand débat sur l’immigration, il semble indispensable que nos dirigeants prennent en compte le facteur du «tarissement des flux» dans leur réflexion. Souhaite-t-on tenter de pérenniser un modèle assimilationniste fortement mis à mal ces derniers temps (pour certains experts, comme le géographe Christophe Guilluy, il est déjà mort), ce qui passerait par une limitation temporaire des flux migratoires pour permettre l’absorption des populations issues de l’immigration maghrébine, ou alors souhaite-t-on basculer définitivement vers un modèle multiculturaliste à la française, où les flux ayant vocation à se poursuivre, la société s’organise d’une autre manière? Dans ce dernier cas, qui correspond à la tendance actuelle, il ne s’agirait point de singer bêtement ce qui se fait (mal) dans les pays anglo-saxons, où, au nom d’un relativisme culturel exacerbé, toutes les traditions se valent, mais d’inventer une société multiculturelle, actant le caractère pluriethnique du peuplement hexagonal, dans laquelle prédomineraient les normes de la société autochtone majoritaire, que se devraient de respecter les cultures minoritaires.

Voir aussi:

Même Christophe Guilluy, c’était mieux avant…
Le dernier essai du géographe, « Le Temps des gens ordinaires », n’est pas à la hauteur de ses premiers livres. Trop de répétitions et d’idéologie…
Saïd Mahrane
Le Point
12/10/2020

Un livre de Christophe Guilluy est toujours un événement, qui plus est quand celui-ci paraît au moment de la plus grande crise sociale de ces dernières décennies. On doit au géographe d’avoir très tôt compris que la fracture sociale était aussi une fracture territoriale, que la situation géographique d’un individu conditionne, comme jamais depuis l’après-guerre, sa vie et celle de ses enfants. Il a théorisé l’existence d’une France périphérique, éloignée des bassins d’emploi et des bonnes écoles, dépourvue d’infrastructures et d’offre culturelle, tandis qu’une France des métropoles jouissait des services publics et du meilleur de la mondialisation.

Depuis, Guilluy a acquis une aura particulière. À ce titre, il n’est pas qu’un travailleur obsédé par l’intra et l’extra muros des grandes villes, il est aussi une sorte d’éducateur. Il a fait école en France, et même ailleurs. Soit pour le meilleur : la prise de conscience généralisée d’une France fracturée. Soit pour le pire : nombre de commentateurs politiques et médiatiques, par paresse ou par facilité, s’emploient désormais à voir de la périphérie et de la « centralité » dans tous les conflits sociaux et font de cette dichotomie la tranchée depuis laquelle ils canardent les bourgeois, les élites, les néolibéraux, les macronistes…

C’est pourquoi on attendait beaucoup du dernier essai de Guilluy, intitulé Le Temps des gens ordinaires (Flammarion), avec l’espoir que ses recherches mettraient davantage de lumière sur nos complexités sociales et géographiques. Mais il semblerait que le géographe ait fait le choix de parler à la deuxième catégorie de ses lecteurs, les plus idéologues. L’auteur clairvoyant des Fractures françaises emprunte – plus qu’avant – un ton pamphlétaire. Il est dans la bagarre. Pourquoi pas ? Mais dans ce nouvel essai, hormis celles dédiées au « green washing », à « la chute des citadelles » (la fin des métropoles) et au « monde d’après », les analyses ont déjà été formulées par l’auteur en d’autres textes et en d’autres termes : métropole-périphérie, remplacement d’un socle électoral populaire par un autre, composé de minorités, tartufferie des winners, effacement de la conscience de classe, peuple désaffilié de la politique – il ne parle plus de « marronnage » –, volonté des élites « cool » de diaboliser le peuple « raciste », emprise du néolibéralisme, sédentarisation versus mobilité… On passe de Hollywood à la France macroniste et à la Grande-Bretagne du Remain avec la mise à nu de mécanismes supposément identiques. Toute analyse catégorielle du mouvement des Gilets jaunes est perçue par Guilluy comme une volonté, bien sûr non-dite, de fragmenter un bloc dont la force est précisément l’unité. Aux propos détestables d’une élite progressiste méprisant le peuple, Guilluy répond par une idéalisation de ces « gens ordinaires » – d’habitude le propre de ceux qui méconnaissent ledit peuple, mais lui, Guilluy, le connaît. Or, il n’est pas besoin, par exemple, d’être un bourgeois des villes pour voir dans la common decency (une morale commune) forgée par Orwell et reprise par Guilluy un concept séduisant mais fantasmé. «  Reprendre le concept de common decency d’Orwell et de tant d’autres, c’est oublier qu’entre les prolétaires d’autrefois et les ouvriers d’aujourd’hui il y a eu le développement de la consommation de masse, avec salles de bains, Frigidaires automobiles et enfants gâtés », écrit Emmanuel Todd dans Les Luttes de classes en France au XXIe siècle (Seuil). Pierre Sansot, l’auteur du magistral Les Gens de peu, aborde la question différemment : «  Existent-ils bien ces instants magiques et ces êtres hors du commun ? Nous découvrons en eux les mêmes petits calculs, faiblesses, ambitions, que chez les autres individus avec en prime un certain charisme et un sens très poussé de la théâtralité. » Michelet, dans Le Peuple, ose même comparer certains des siens à de «  grossiers personnages », ce qui ne l’a pas empêché d’écrire le plus beau livre qui soit sur le sujet.

Lubies bourgeoises

Le géographe déconstruit, en outre, la thèse du sociologue Zygmunt Bauman, selon lequel nous vivrions dans une « société liquide » marquée par l’individualisme et la consommation. Pour Guilluy, la France d’en bas, si elle baigne en effet dans cette société liquide, est plus qu’ailleurs attachée à la préservation «  d’un capital social et culturel protecteur ». L’Archipel français, de Jérôme Fourquet, a pourtant montré combien ces classes populaires prisaient la World Culture, jusqu’à prénommer ses enfants Dylan ou Jennifer. Sansot notait lui aussi l’admiration des gens de peu pour «  les stars de Hollywood, leurs caprices et leurs baignoires aux robinets d’or » au point de vouloir leur ressembler.

« Small is beaufitul  », nous dit également Guilluy, citant Ernst Friedrich Schumacher. Comme l’économiste anglais, le géographe plaide pour une forme de décroissance alliée à des circuits courts ainsi que pour une «  gouvernance locale ». «  Les gens ordinaires ne sont pas moins sensibles à la question environnementale, aux produits bio ou à la voiture électrique, mais ils n’ont pas les moyens de la révolution verte », affirme-t-il. Est-ce seulement une question de moyens ? La non-adhésion des classes populaires à une forme de décroissance et à un localisme économique, souvent perçus par elles comme des lubies bourgeoises, notamment en raison du coût des produits, est précisément le défi majeur des écologistes politiques. Philippe Moati, auteur d’une récente enquête sur le rapport des Français aux « utopies écologiques », considère que «  les préoccupations quant à la qualité des produits consommés et une consommation responsable concernent principalement les classes dites supérieures ou moyennes supérieures. Dans les classes dites populaires, il y a toujours un élan réel en faveur de la consommation de masse ». Une analyse qui se vérifie également dans l’enquête « La France des valeurs », réalisée tous les dix ans depuis 1981, qui montre que les ménages aux revenus inférieurs sont les moins disposés à s’engager pour l’environnement (17 % contre 35 % pour les hauts revenus).

« Promenades au zoo »

À lire le géographe, tout ce qui s’éloigne des analyses binaires est suspect de vouloir maintenir l’ordre social. Même quand des journalistes et des chercheurs vont à la rencontre de cette France qu’il décrit, il y voit quelque chose de semblable à «  une promenade au zoo ». Pourtant, là aussi, dans la quantité de livres et d’articles parus sur les Gilets jaunes, on peut constater davantage d’empathie que de mépris vis-à-vis de ceux qui seraient vus comme des «  sous-hommes ». Guilluy voit dans les enquêtes sur les modes de vie signifiants (goûts musicaux des Gilets jaunes, préférence pour Le Bon Coin, utilisation de la voiture…) par des sociologues ou des sondeurs une volonté de rabaisser. Comme, peut-être, les sociologues Pinçon-Charlot, qui rabaisseraient les riches par le menu détail de leur train de vie… Où l’on voit que l’analyse est impossible pour peu qu’on mette de la distance avec son sujet et qu’on bride les affects. Après le passage sur les « promenades au zoo », il écrit : «  Si la bourgeoisie “universaliste” fabrique des sous-hommes, elle est par ailleurs fascinée par le mythe du surhomme. On observe ainsi un intérêt croissant des catégories supérieures pour le transhumanisme et pour l’homme augmenté qui n’aurait plus rien en commun avec les gens ordinaires. » Précisément le genre de rapprochement dont étaient exempts ses premiers livres…

Le géographe acte, à raison, le déclin des métropoles, « réinvention de la cité médiévale », asphyxiées par la pollution et sclérosées « par leur manque de diversité sociale ». En matière d’immigration, il défend une plus grande maîtrise des flux. «  C’est en cassant le rythme d’une immigration perpétuelle que les pouvoirs publics pourraient agir sur le contexte social (la réduction des arrivées de ménages précaires stopperait la spirale de la paupérisation) mais aussi sécuritaire (la stabilisation puis la baisse du nombre de jeunes assécherait le vivier dans lequel recrutent les milieux délinquants). » Une demande de contrôle, précise-t-il, qui concerne «  tous les “petits”, quelles que soient leurs origines ethniques ou religieuses ».

Il y a quelque chose de « fixiste » chez Guilluy, qui postule que « les gens ordinaires » veulent désormais préserver l’essentiel et non plus, malgré les difficultés qu’il décrit, se hisser socialement. Cette France périphérique ne se reconnaîtrait pas toujours dans ce portrait qu’il fait d’elle tant on la découvre immobile, sauf lorsqu’elle manifeste, réduite à ses empêchements et sans cesse ramenée à ceux qui la relèguent et l’humilient. Faire la promotion de la mobilité sociale, casser les déterminations, rejoindre le salon, comme il dit, citant Jack London, et mettre les pieds sur la table, serait peut-être déjà, pour Guilluy, parler comme Emmanuel Macron et les dominants…

Le Temps des gens ordinaires, de Christophe Guilluy (Flammarion, 208 p., 19 €).

Voir également:

Christophe Guilluy : « L’idée pour le pouvoir est de maintenir le morcellement des Français »
Entretien exclusif
Emmanuel Lévy et Natacha Polony
Marianne
08/10/2020

Dans son nouveau livre, “le Temps des gens ordinaires” (Flammarion), Christophe Guilluy continue à creuser son sillon. Après avoir réussi à imposer le concept de “France périphérique”, le géographe estime qu’il existe un bloc majoritaire dans le pays et que l’heure est venue pour ses membres de reprendre en main leur destin. Et de mettre fin au séparatisme des élites d’avec le peuple.

Marianne : Vous consacrez votre livre aux « gens ordinaires » ? Qu’entendez-vous montrer avec cette expression ? 

Christophe Guilluy : Je ne parle plus des « invisibles » et des « oubliés », puisqu’ils sont devenus très visibles – trop, aux yeux de certains. Un seuil a été franchi et c’est pour cela que je suis plutôt optimiste sur la suite des opérations. Une bataille culturelle a été gagnée. On peut observer l’émergence dans les médias, mais aussi dans la recherche ou dans le monde de la culture, de ces catégories dont on ne parlait absolument plus ces vingt dernières années. L’utilisation du concept de « gens ordinaires » permet d’élargir, de dépasser la seule question de la lutte des classes, même si celle-ci est encore très présente. Les gens ordinaires, c’est à peu près tout le monde.

Cela suggère qu’il s’agit du groupe majoritaire. Et cette majorité de la population, on ne la découpe plus en classes sociologiques : classes moyennes supérieures, classes moyennes inférieures, classes populaires, etc. Car la bataille politique qui reste à mener est, d’abord et avant tout, une bataille de la représentation. On l’a vu avec les « gilets jaunes » et l’ensemble des derniers mouvements sociaux. Chaque fois qu’émerge politiquement ou socialement ce groupe majoritaire, on va très vite vous expliquer que, en fait, non, ce sont plutôt des marges qui s’expriment, des catégories minoritaires. Les « gens ordinaires » ont désormais émergé et, en utilisant cette expression, il s’agit de dire qu’on ne reviendra pas en arrière.

Vous parlez de « groupe majoritaire » alors même que le morcellement, l’« archipellisation » de la société française fait quasiment consensus dans le débat public…

Vous pouvez mettre la poussière sous le tapis, nier la réalité, instrumentaliser les médias, il n’empêche : une majorité existe. Il faut donc prendre cette guerre de représentation pour ce qu’elle est : une guerre politique. La société libérale ne peut perdurer que si elle morcelle. D’où la réussite médiatique de concepts portant sur le morcellement de la société, son « archipellisation », sa complexité. Tout cela vise à imposer une seule idée : le peuple n’existe pas. Et s’il n’existe pas, alors les choses peuvent être gérées de façon segmentée, catégorielle. Ce qui ne pose en fait aucun problème au pouvoir. Mais cette stratégie n’a qu’un temps. Au Royaume-Uni, la working class était totalement invisible jusqu’au Brexit.

Pourtant, ses membres, ces « déplorables » – pour reprendre le mot de Hillary Clinton lors de la présidentielle américaine de 2016 – ont utilisé le référendum sur le Brexit pour dire : « Nous existons. » D’un coup, la working class britannique n’est plus à la marge, en voie de disparition. Elle apparaît même plus forte que l’ancienne classe ouvrière. Elle a, de par son poids, la possibilité de renverser la table. Est-ce que Boris Johnson sera la bonne personne pour accomplir cette volonté des électeurs britanniques ? Est-ce qu’il ira jusqu’au bout ? Est-ce qu’il mettra en place une véritable politique de réindustrialisation du pays ? Toutes ces questions restent posées. Mais voilà une majorité capable, quand elle utilise de « bonnes marionnettes », de changer la donne.

Idem avec les « gilets jaunes ». Certes, vous n’aviez pas toute la population française dans la rue, mais étaient là des représentants de l’ensemble des catégories modestes : des ouvriers, des employés, des retraités, des jeunes, des vieux, des gens issus de l’immigration. On avait la France dans toute sa diversité : des Blancs, des Noirs, des Maghrébins. Que s’est-il passé ? Majoritairement, la population s’est reconnue dans ce mouvement. Je veux bien que l’on me dise qu’à la fin ce mouvement est devenu autre chose, avec une forte récupération politique.

Mais il n’empêche : pourquoi a-t-il autant inquiété nos élites ? Parce que ces dernières ont parfaitement compris que se jouait sur les ronds-points ce qu’ils cherchent à déconstruire depuis trente ans. À savoir : une réunion des catégories modestes qui, depuis toujours, portent l’économie. La période de confinement nous l’a d’ailleurs prouvé : la société repose beaucoup sur ces catégories-là. Face à ce mouvement majoritaire de facto, tout a été fait pour segmenter, morceler à nouveau. C’était le sens même de l’opération « grand débat » avec ces mille thématiques, tous les sujets étant traités les uns après les autres.

Jusqu’à la réfection du toit de l’église du village…

Des réponses à tout et pour tous, pour chaque segment de la population. Avec, en toile de fond, l’idée que les gens ne demandent que de l’argent. Logiquement, la fin de partie a été sifflée avec un chèque. Ce genre de situation est parfaitement gérable pour les libéraux. Finalement, pour eux, ce n’est pas un gros problème de faire des chèques. Car, dans leur esprit, ce qu’il faut, c’est ne surtout rien changer au système et faire perdurer l’idée que la société est morcelée, « archipellisée ». Il s’est pourtant passé quelque chose sur ces ronds-points, une vraie recomposition sociologique et politique. Les médias n’y ont vu que de la « radicalisation ». Vous savez, ce discours consistant à dire : « Ces gens-là n’écoutent pas, ils sont incapables de réaliser des diagnostics clairs. » Les journalistes interrogeaient des quidams et leur demandaient : « Quel est votre programme économique ? » Il y a là toute la perversité et toute la responsabilité des médias.

On comprend bien votre idée de « bataille culturelle », de « bataille de la représentation » de ces « gens ordinaires ». Vous pointez la responsabilité des médias. Mais à qui profite le crime ?

Pour le moment, l’idée pour le pouvoir, qu’il soit médiatique, politique ou économique, est de préserver l’essentiel. Pour eux, « jusqu’ici tout va bien », comme on dit. Sauf qu’une société n’est durable que si le modèle proposé bénéficie au plus grand nombre. Or, dans la France périphérique et dans beaucoup de territoires, précarisation sociale et désaffiliation politique vont de pair. Vous avez un lien évident entre le processus de désindustrialisation du pays et le fait que les gens n’adhèrent plus au discours politique. L’idée pour le pouvoir est donc de maintenir ce morcellement des Français car il est plus simple et préférable pour lui de gérer par segments la société plutôt que d’avoir à remettre en cause le système dans son ensemble.

La prise de conscience par les classes populaires de leur caractère majoritaire n’est pas évidente, loin de là. Il y a d’ailleurs à l’œuvre dans notre pays des séparatismes qui feraient presque désormais de la France un pays américain comme les autres…

Bien sûr. Et si, politiquement, rien ne se passe, on va à la catastrophe. Elle sera économique, culturelle, identitaire. Il est complètement fou d’imaginer que nos représentants politiques n’aient pas comme priorité de répondre aux attentes des gens ordinaires. Cela s’appelle la démocratie. Mais, aujourd’hui, dire : « Répondez aux demandes de la majorité », c’est être immédiatement soupçonné en retour d’être contre les minorités ! En travaillant, comme je l’ai fait, dans le logement social, les quartiers dits sensibles, on se rend compte que toutes les demandes des gens ordinaires ne sont pas clivées ethniquement. En banlieue, tout le monde veut plus de sécurité. Tous : Blancs, Noirs, Maghrébins, etc. D’ailleurs, tous les « petits » – Blancs, Noirs, Maghrébins, catholiques, juifs… – ont un immense problème avec les représentants de leurs communautés respectives. Le clivage petit/gros, haut/bas marche aussi à cette échelle. Aucun ne se sent convenablement représenté.

Une autre question se pose aux classes populaires. On leur demande désormais de décélérer, de ralentir, de moins consommer. Mais comment ces responsables politiques, qui promeuvent l’adaptabilité permanente et la connectivité généralisée, peuvent-ils être ceux qui organisent et imposent cela ?

Cette décélération est en train de se faire. Mais pas joyeusement. Ce que l’on voit arriver, c’est une crise sociale, qui sera évidemment plus violente dans la France périphérique que dans les grandes métropoles. Les gens ordinaires ont certes gagné la bataille culturelle, mais économiquement et socialement on est encore loin du compte. Ce qui se prépare, et qui est déjà à l’œuvre, ce sont partout des plans sociaux. Bravo, les technocrates français, d’avoir tout misé sur l’aéronautique, le tourisme, etc. ! Si Jean-Pierre Chevènement se présentait aujourd’hui, il serait élu à 60 %. Son diagnostic est absolument pertinent. Mais il est arrivé trop tôt… À un moment où tout le monde pensait que seule la classe ouvrière allait souffrir. Une classe ouvrière que la gauche avait déjà abandonnée.

C’est pourquoi je commence mon livre avec la phrase de Pierre Mauroy qui constate que le mot « ouvrier » a disparu du discours des socialistes. Sauf que, après que les ouvriers ont été touchés, il y a eu les employés, puis les paysans, ensuite les indépendants, les petits retraités… C’était une fusée à plusieurs étages. De sorte que le discours de Chevènement a été perçu initialement comme une sorte d’attachement désuet à un monde industriel appartenant au passé. Tous ces gens, ce bloc qu’ils forment, iraient aujourd’hui à lui. Politiquement, il y a donc un décalage entre la prise de conscience de la population et le seul choix qui leur est proposé aujourd’hui, à savoir départager Macron et l’extrême droite…

Comment changer le cours des choses sans passer par la case violence ?

D’abord, il s’agit de ne pas sombrer dans le pessimisme. Tout est fait pour dire aux gens qu’ils ne sont rien. Par ailleurs, nous ne sommes pas dans une période de révolution, mais dans une sorte de guérilla culturelle. C’est long, la guérilla, mais les choses progressent. Même chez ceux qui dénonçaient le concept de France périphérique et qui maintenant utilisent l’expression. Même chez un Macron : il nomme un Premier ministre dont on nous vante l’accent ! Et puis, le totalitarisme, même « adouci », n’est pas durable. Quand la masse n’y croit plus, ça ne tient pas. Et là, déjà, ça craque. Le modèle économique n’est plus durable. Il ne peut perdurer longtemps grâce à ses derniers bastions que sont les métropoles et quelques secteurs d’activité. Prenons le revenu universel : donner aux gens de l’argent pour remplir leur Caddie chez Lidl, ce n’est pas répondre à leurs aspirations.
Au contraire, les changements attendus sont gigantesques.

Réindustrialiser, c’est évidemment faire du protectionnisme – un gros mot. Ça prendra du temps, mais ça se fera. La question de l’Europe, c’est pareil. Les choses sont en train de s’écrouler. Plus personne n’y croit. On fait porter aux catégories populaires la défiance de l’Europe. Mais c’est faux. Ils ont joué le jeu. Comme ils ont joué le jeu de la mondialisation. On pourrait même dire qu’ils ont joué le jeu du néolibéralisme, inconsciemment. Et puis ils font le bilan : le compte n’y est pas, ça ne marche pas. Toutes les croyances anciennes ne fonctionnent plus. On peut aller plus loin : l’instrumentalisation de l’écologie, le diversity washing, les gens voient bien que ça ne repose sur rien. On est donc à la veille d’un renversement culturel.

On en revient à votre idée de démontrer l’existence d’un bloc populaire majoritaire face à un bloc minoritaire. On va encore vous qualifier de populiste.

Je connais les techniques de délégitimation. J’en ai été la victime avec le concept de France périphérique. Ça non plus, ça ne fonctionne plus. Les catégories populaires ont fait confiance à leurs élites, elles ont cru aux médias. Les gens sont d’ailleurs prêts à aller vers leurs élites. Il n’y a pas intrinsèquement d’anti-intellectualisme ou d’anti-élitisme, pas de rejet a priori. Il y a juste des gens qui font le constat que les élites d’aujourd’hui n’ont plus le bien commun chevillé au corps.

Voir de même:

Goldnadel: « Pourquoi je ne suis pas allé au rassemblement place de la République »

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Selon l’avocat, le rassemblement en mémoire de Samuel Paty était organisé par des responsables politiques hypocrites qui ont laissé prospérer l’islamisme faute d’avoir pris au sérieux cette menace.

Gilles William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Son dernier ouvrage Névroses Médiatiques. Le monde est devenu une foule déchaînée est paru chez Plon.


Pour rien au monde, je n’aurais mis un bout de mon pied place de la République. Je ne supporte plus le symbolique. République, mot galvaudé, transformé en mantra que l’on utilise en gargarismes. Pour ne pas dire État et encore moins nation.

Je ne supporte plus la vue des bougies et le bruit des incantations. Vingt ans à prendre des coups par les petits marquis de la gauche morale sentencieuse qui aurait encore l’indécence de vouloir prendre en charge l’organisation d’une manifestation dont elle a effectivement une grande part de responsabilité morale dans sa survenance.

Vous auriez voulu que je marche à côté des cadres sans militants de SOS-Racisme qui auront passé leur temps à traiter de racistes ceux qui il y a dix ans alertaient des dangers de l’islam politique ou radical? Vous auriez voulu que je mêle mes pas avec ces antiracistes de carnaval qui, il y a encore peu, considéraient comme haineux ou injurieux d’évoquer l’antisémitisme islamique et qui ont vainement traîné devant les tribunaux mon ami Georges Bensoussan. C’était évidemment avant les grands massacres.

Vous auriez voulu que je me commette avec l’UNEF qui organise des camps racisés? Avec la LDH qui n’avait d’yeux que pour Ramadan et les jeunes filles voilées? Vous auriez voulu sans doute que je défile derrière ces syndicats d’enseignants qui il y a encore peu niaient la difficulté d’enseigner dans les classes la Shoah. Vous avez oublié sans doute qu’il n’y a pas 20 ans certains d’eux expliquaient doctement qu’il ne fallait pas prendre au pied de la lettre les enfants qui en traitaient d’autres de «juifs».

Vous auriez voulu que je mêle mes pas avec ces antiracistes de carnaval

À moins que vous ayez imaginé que je puisse faire un petit bout de chemin, au nom de l’union nationale, avec à ma gauche M. Coquerel et Mme Obono. Le premier qui, il n’y a pas encore longtemps, accompagnait une centaine de sans-papiers occuper la basilique Saint-Denis dont il ignorait sans doute qui elle abrite. La seconde qui décernait hier encore des brevets d’antiracisme à la très antisémite Bouteldja, mutique avec ses indigénistes depuis vendredi soir.

J’aurais pu également aller bras dessus- bras dessous avec leur lider maximo ou avec la sénatrice Benbassa. Ils m’auraient raconté , yeux embués ,l’ambiance qu’il y avait à la grande manifestation constellée d’étoiles jaunes contre cette redoutable islamophobie qui ensanglante la France. Cet évènement organisé par le sieur Majid Messaoudene, élu de Seine-Saint-Denis, boute-en-train irrésistible lorsqu’il s’agit de blaguer sur les massacres de Mohamed Merah.

Mais désolé, je ne chemine pas aux côtés des fabricants de cigarettes lorsque je marche contre le cancer. Seulement m’intéressent les actes, et les incantations du type «ils ne passeront pas!», puisées au demeurant inconsciemment dans la geste révolutionnaire marxiste, servent de faux-semblants. Je constate que le dernier angle mort d’une vision du réel qui s’améliore même du côté de chez les myopes demeure la mise en cause de l’immigration illégale, massive et donc invasive.

Une réalité tellement éclatante qu’elle en est aveuglante. En quinze jours, un migrant pakistanais et un migrant tchétchène qui n’auraient pas dû se trouver sur le territoire national, l’un avec un hachoir, l’autre avec un couteau à décapiter une tête bien faite, ont voulu venger leur prophète. Fort peu de responsables politiques et médiatiques ont osé incriminer la réalité de la dangerosité de l’immigration islamique massive et illégale.

Je ne chemine pas aux côtés des fabricants de cigarettes lorsque je marche contre le cancer

Non pas évidemment que tous les migrants musulmans soient dangereux. Il s’en faut de beaucoup. Mais compte tenu de la dangerosité statistique d’une partie de ceux déjà installés sur le territoire français et qui fait que les services de renseignements antiterroristes sont d’ores et déjà saturés, toute arrivée nouvelle accroît le danger déjà infernal. Le fait que la France officielle demeure hermétique à ce raisonnement purement arithmétique, exclusif de tout essentialisme, prouve à quel point cette fermeture psychologique au réel est de nature suicidaire.

Le combat intellectuel et culturel contre l’immigration illégale imposée de force au peuple français est un combat existentiel. Tout le reste n’est que bruit, esquive, hypocrisie, frime et jactance. Vous verrez que dans quinze jours, quand le nom de Paty commencera à être moins sur les lèvres françaises, que cet homme courageux reposera dedans la guerre froide, il se trouvera de belles âmes ou des forts en gueule qui nous expliqueront avec hauteur que nous sommes abusés par nos sens, que l’immigration est une aubaine pour la France et que celle-ci n’est pas un coupe-gorge.

Pardonne-leur Samuel de leur lâche bêtise, mais moi je ne marche plus.

Voir de plus:

Malika Sorel: «La non-assimilation aboutira à la mise en minorité des idéaux français sur notre propre sol»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Malika Sorel s’inscrit en faux contre les propos de Nicole Belloubet, qui a affirmé que «la France s’est toujours constituée, agrégée, autour d’un multiculturalisme séculaire». Elle rappelle la tradition assimilatrice de notre pays.
Alexandre Devecchio
Le Figaro
5 avril 2019

Ingénieur de l’École polytechnique d’Alger, major du MBA de Sciences Po Paris, Malika Sorel est ancien membre du Haut Conseil à l’intégration, institution rattachée au Premier ministre. Elle est l’auteur de Décomposition française (éditions Fayard, 2015) qui a reçu le prix «Honneur et Patrie» des Membres de la Société de la Légion d’honneur.


FIGAROVOX.- “La France s’est toujours constituée, agrégée, autour d’un multiculturalisme séculaire, le nier ce n’est pas comprendre notre histoire”, a déclaré Nicole Belloubet à l’Assemblée nationale. Que vous inspirent ces propos?

Malika SOREL.- Ce qui est énoncé ici, c’est le baratin servi aux foules depuis déjà un certain temps. En réalité, depuis que les élites politiques ne peuvent plus cacher l’ampleur du désastre dont elles sont à l’origine. Madame Belloubet étant nouvelle dans ce milieu, je ne la rends pas co-responsable bien sûr, mais ce qu’elle professe est faux.

Tout d’abord, son «toujours» interroge. À quelle période remonte-t-elle au juste? Comme l’a très bien mis en évidence l’historienne Marie-Claude Blanc-Chaléard, la France, à la fin de l’époque moderne, est un monde plein dont la population a augmenté sur place, et l’immigration naît avec l’arrivée de paysans italiens du Nord à partir des années1860-1870. Au regard de la longue histoire de la France, ce «toujours» de la ministre est donc plus que déplacé.

Ensuite sur le multiculturalisme: en dehors de cas précis hérités de l’histoire et circonscrits à des îles françaises lointaines et peu peuplées, le multiculturalisme n’a jamais été une politique française, et encore moins un objectif. C’est même tout le contraire, comme en atteste le Code civil selon lequel «nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française». Et c’est sur ce point précis du respect du Code civil que les élites de commandement – monde politique et haute administration – ont, pour les uns fauté, et pour les autres trahi.

Le multiculturalisme n’a jamais été une politique française

Pour bien comprendre la complexité de l’assimilation, qui demeure la condition nécessaire pour former un même peuple, il faut inlassablement rappeler que seul un Italien sur trois a fait souche en France, et que 42% des Polonais du flux 1920 1939 sont repartis, alors même qu’aucune amélioration économique substantielle ne pouvait justifier, à première vue, ce retour dans leurs pays. S’imaginer que des flux migratoires de cultures bien plus éloignées puissent faire mieux, cela sort des limites du bon sens.

L’assimilation doit être un choix librement consenti. De toute façon, elle ne peut pas être imposée car elle se joue entièrement sur le registre moral et affectif. Il faut simplement veiller à ne pas la rendre impossible. Lorsque l’on évoque l’immigration et l’intégration culturelle, ce qui est systématiquement passé sous silence, c’est l’épreuve que constitue l’exil et les souffrances qu’il peut causer. Incompréhensible! Quant à l’octroi des papiers d’identité, cela doit correspondre à une assimilation réelle et à rien d’autre.

Que révèlent-ils sur la vision de la France de la majorité? Le président de la République est-il favorable au multiculturalisme sans le dire?

La majorité étant une auberge espagnole, il m’est difficile de porter un jugement global, mais ce que j’en vois m’amène à dire que nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

En ce qui concerne le Président, j’ai eu l’occasion de dire, lors de la campagne présidentielle, que nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. Je persiste à penser qu’Emmanuel Macron ne maîtrise pas ces problématiques. J’observe qu’il cherche, tâtonne, prend des positions, les assène puis rétropédale quelques mois plus tard… J’estime toutefois que cela est moins désespérant que bien des politiques qui campent sur leurs erreurs et s’enfoncent dans leur ignorance.

Ce qui se joue au travers de cette question du multiculturalisme est capital pour le destin du peuple français, de sa civilisation, car c’est notre projet de société qui est en jeu, et que tout projet de société est le reflet de l’identité d’un peuple. Il s’agit de discuter des principes fondamentaux qui structurent l’identité. Que faire de la devise de la République française lorsque l’on se trouve en présence de cultures dans lesquelles l’individu n’a pas droit de cité et n’existe pas pour lui-même? Que faire de l’égalité homme-femme si elle est considérée comme une hérésie? À la poubelle? Quid de la fraternité, si elle est subordonnée aux convictions religieuses?

La non-intégration culturelle ou non-assimilation aboutira tôt ou tard à la mise en minorité sur le sol français des idéaux politiques portés par l’identité française.

La non-intégration culturelle ou non-assimilation, si elle affecte ne serait-ce qu’une faible proportion de flux migratoires par ailleurs conséquents, aboutira tôt ou tard à la mise en minorité sur le sol français des idéaux politiques portés par l’identité française.

Continuez-vous à défendre un modèle d’intégration? En réalité, est-il toujours vraiment applicable dans un contexte d’immigration de masse et de regroupement de communauté dans des quartiers de plus en plus homogènes?

À ce niveau de notre discussion, il convient d’évoquer l’insertion, qui est le simple respect des règles et normes du pays où l’on vit, même si on ne les partage pas en son for intérieur car on adhère soi-même à un autre référentiel culturel. C’est ce à quoi se soumet tout Français lorsqu’il s’expatrie. Ce respect élémentaire est un impératif sur lequel notre société n’aurait jamais dû transiger ; or elle a été entraînée sur le dangereux chemin des accommodements déraisonnables par des politiques dont une part étaient ignorants de la réalité des enjeux, et les autres indifférents.

Pour ce qui est du modèle français d’intégration, qui est en réalité un long processus jalonné de questionnements parfois douloureux, il convient plus que jamais de le réhabiliter, pour peu que l’on soit attaché à œuvrer à un vivre-ensemble harmonieux dans la durée.

Vous me posez également la question de l’immigration de masse. Oui, elle a rendu l’assimilation extrêmement difficile, pour la raison simple que les flux ont persisté à très haut niveau alors même que les pays d’origine amorçaient un retour à des fondamentaux religieux qui heurtent de plein fouet les principes de notre devise républicaine, principes que l’on retrouve au demeurant aussi dans les autres pays européens. Désormais, il est possible d’évoluer sur un territoire sans pour autant vivre à la même heure que son voisin de palier ou les habitants de sa commune. Dans de telles conditions, l’intégration culturelle devient mission quasi-impossible, et ce n’est pas l’école qui pourra, seule, y remédier.

J’ai toujours dit et écrit que la laïcité était la digue qui protégeait la France. Je persiste et signe.

En ce qui concerne la répartition à travers le territoire défendue aussi bien par la gauche que la droite ces dernières décennies, même un élève de CM2 comprendrait au vu des chiffres que cela n’est désormais plus une solution.

Pour mémoire, dès 1981, Georges Marchais, alors Secrétaire général du Parti Communiste Français, demandait à «stopper l’immigration officielle et clandestine». Quand ce sujet sortira-t-il des clivages partisans?

Nicole Belloubet répondait à une question de l’opposition sur la laïcité. La loi de 1905 doit-elle être intouchable? La volonté qu’on prête à Emmanuel Macron de revenir dessus vous inquiète-t-elle? Pourquoi?

J’ai toujours dit et écrit que la laïcité était la digue qui protégeait la France. Je persiste et signe. Chacun sait le sort qui attend les terres lorsqu’une digue vient à rompre. Qu’elles recourent ou non au concept de laïcité, toutes les sociétés occidentales vivent à l’heure de la loi des hommes. Les hommes y exercent le droit de se doter des lois qui vont régir leur cité sans que ces lois soient la transcription de commandements divins, et il y existe par ailleurs une hiérarchie entre le politique et le religieux.

Les coups de boutoir contre la digue sont nombreux, ne sont pas récents et se sont intensifiés avec les années. Je me souviens très bien d’un haut responsable politique que les médias présentaient comme laïque, et qui expliquait au micro de Jean-Jacques Bourdin comment les élus, sur le terrain, pouvaient contourner la laïcité pour financer les lieux de culte par le biais de baux amphytéotiques ainsi que le financement d’associations culturelles. Posez-vous la question: pourquoi des lieux de culte et non pas des écoles, alors même que les enquêtes PISA sont là pour montrer, chiffres à l’appui, de quelle manière la France plonge dans les classements année après année?

La laïcité est-elle aujourd’hui suffisante pour répondre au défi culturel que pose l’islam? À la laïcité juridique doit-on associer une affirmation de notre culture et de notre histoire?

Nombre de situations qui préoccupent notre société ne relèvent pas de la laïcité, mais du principe de l’égalité et de la dignité partagées entre les sexes, pour reprendre l’expression de l’islamologue Abdelwahab Meddeb. Il faut donc cesser d’invoquer la laïcité pour pouvoir mieux la démolir ou la faire démolir. La question, encore et toujours, nous ramène au projet politique collectif, donc au respect de l’identité du peuple français. Lorsque le Président Macron, en avril 2018, s’interroge face à deux journalistes: “Pourquoi le voile nous insécurise? Cela n’est pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays”, il s’apporte lui-même la réponse que la société attend de lui. Pour mémoire, selon le Larousse: civilité = observation des convenances en usage chez les gens qui vivent en société.

Il faut donc cesser d’invoquer la laïcité pour pouvoir mieux la démolir ou la faire démolir.

En Occident, beaucoup de ceux qui s’affirment «progressistes» ne le sont en rien, et ont même participé à entraîner la France dans une approche ethno-raciale des individus ; donc, n’ayons pas peur des mots, dans une approche raciste, alors que le projet français d’intégration républicaine est profondément humaniste. On ne devrait juger l’homme que sur la base de ses seules actions. J’ai connu l’époque bénie où, en France, nul ne s’interrogeait sur l’origine de l’autre, ni n’épiait le contenu de son assiette, ni ne le condamnait sur la base de son seul prénom, prénom que ses parents lui avaient donné. Afin d’éviter toute méprise, je rappellerai ce que j’ai déjà eu l’occasion d’écrire au sujet des prénoms. On ne peut juger une personne sur la base du prénom qu’elle a reçu à sa naissance. Simplement, le prénom qu’elle donne elle-même à ses enfants renseignera sur la trajectoire dans laquelle elle souhaite inscrire sa descendance. Mais encore faudrait-il que les choses aient été clairement exposées! La querelle des prénoms déclenchée par Éric Zemmour illustre à la perfection la crispation croissante et inquiétante de notre société. Pour votre information, beaucoup des élites que j’ai pu croiser dans les allées du pouvoir portaient des prénoms chrétiens. Et alors que je défendais l’identité française, beaucoup la foulaient aux pieds! Nous vivons dans une société qui a versé dans l’hypocrisie. Il est donc naturel qu’une part des descendants de migrants qui ont fait le choix de l’assimilation ne comprennent pas ce qui leur est reproché, et puissent parfois ressentir une intense souffrance.

Très récemment, j’ai assisté à l’hôtel de ville de Paris à la projection du remarquable documentaire L’incroyable histoire du plateau des Glières de Bernard de la Villardière et Géraud Burin des Roziers. Le sens de l’honneur a joué un rôle de première importance pour faire se lever tous ces hommes. Ce sens de l’honneur que résument à la perfection le “We shall never surrender” de Winston Churchill ou le “Vivre libre ou mourir” de Tom Morel. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé Gérard Métral, Président de l’association des Glières, lors des commémorations du 31 mars. Tous ceux des Glières, a-t-il dit, relevèrent la France dans son honneur et sa fierté.

En France, on aurait tort de sous-estimer la portée et la signification du mouvement des Gilets jaunes. La souffrance est réelle et profonde.

Cela doit-il passer par le peuple ou par les classes dirigeantes?

Les deux, mon capitaine. Ce que j’ai vu et entendu m’amène à vous dire qu’il ne faut pas signer de chèque en blanc à nos dirigeants. Voilà maintenant quarante ans que les élites occidentales racontent les mêmes balivernes à leurs peuples. Au départ, il s’agissait d’accueillir des populations pour des raisons humanitaires. À présent, partout, elles leur demandent de faire preuve de tolérance en abandonnant des pans entiers de leur histoire politique et culturelle. Ce n’est pas un jeu car tout cela pourrait fort mal finir, y compris pour les élites qui ont participé à influencer les opinions publiques – donc pas seulement les élites politiques -, et vis-à-vis desquelles la défiance atteint des sommets inédits. On ne bouscule jamais impunément un peuple sur son territoire, et comme l’avait fort bien écrit Victor Hugo: le plus excellent symbole du peuple c’est le pavé, on lui marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête.

En France, on aurait tort de sous-estimer la portée et la signification du mouvement des Gilets jaunes. La souffrance est réelle et profonde. Comme l’avaient relevé des journalistes présents sur les ronds-points dès le début du mouvement, le sujet de l’immigration surgissait très vite dans les discussions. Et pour cause! Beaucoup de citoyens se sentent abandonnés au profit de nouveaux entrants qui se trouvent être plus pauvres, à un moment où l’école peine à remplir la promesse républicaine d’ascension sociale. Le déclassement comme seul horizon pour leurs enfants! Ce qui menace, c’est le non-consentement à l’impôt et la décomposition française, baptisée partition par le Président Hollande.

Certes, Emmanuel Macron hérite de cette situation, mais aujourd’hui c’est lui qui tient le gouvernail. Aussi doit-il se former en accéléré, entendre, comprendre et répondre avec empathie.

Du fait de l’évolution de la composition du corps électoral, nombre d’élus, pour être reconduits, sont contraints – ou se croient contraints – d’adapter leur comportement. D’où un clientélisme ouvert ou larvé. J’ai été aux premières loges pour observer depuis l’intérieur à quel point les hommes et femmes du monde politique sont obsédés, et même terrorisés par la «diversité». Les sommes considérables injectées n’ont pas eu le retour escompté. Pire, elles ont suscité le ressentiment des uns envers les autres. Au lieu de créer de la cohésion, les politiques ont créé de la division.

C’est à l’aune de cette évolution démographique majeure que les Français doivent lire beaucoup des actions politiques qui ont été déployées ces quarante dernières années.

C’est à l’aune de cette évolution démographique majeure que les Français doivent lire beaucoup des actions politiques qui ont été déployées ces quarante dernières années. Les politiques se sont lié les pieds et les poings. C’est pourquoi je n’attends pas grand-chose du Parlement qui nous ressort, à intervalles réguliers, l’idée du vote de quotas annuels d’immigration alors même que la France peine à garantir un avenir décent à tous ses enfants.

Ce dossier doit être directement rattaché au Président de la République, qui en répondra devant les Français et devant l’Histoire. Les petits présidents travailleront pour être réélus, quand les grands, en œuvrant pour l’intérêt général, auront pour ambition d’inscrire leur nom en lettres capitales dans l’Histoire de France et celle de l’Europe.

Le nombre de mineurs isolés étrangers explose en France
Le pays accueille pour la seule année 2020 près de 40.000 mineurs non accompagnés. En 2014, ils étaient à peine 4000 à être pris en charge par l’aide sociale à l’enfance.
Jean-Marc Leclerc
Le Figaro
22 septembre 2020

Plus que jamais, la France marche aux côtés de l’Allemagne pour venir au secours des mineurs isolés étrangers. Depuis l’incendie du camp de Moria, sur l’île de Lesbos, en Grèce, considéré jusqu’alors comme la plus grande structure d’accueil de migrants de toute l’Europe, Berlin a annoncé vouloir mettre à l’abri sur son sol environ 1500 sinistrés. Parmi eux: environ 150 mineurs isolés. Une centaine d’autres seraient accueillis par Paris, même si le ministère de l’Intérieur ne livre, à ce jour, aucun chiffre précis. «Tout est encore en discussion», assure un conseiller de Gérald Darmanin à Beauvau.

Le pays des droits de l’homme s’était de toute façon déjà engagé, avant l’été, à accueillir 350 mineurs isolés étrangers de Grèce, mais aussi plusieurs familles. En août dernier, 49 d’entre eux sont arrivés dans l’Hexagone. Par ailleurs, d’ici à la fin du mois, 175 personnes vulnérables, ou issues de familles déracinées, sont censées avoir rejoint la France.

«Il s’agit bien d’une opération spécifique, liée à l’urgence de la situation dans les camps des îles grecques», explique un préfet très au fait du dossier. Selon lui, «ce contingent vient ainsi en complément du flux habituel et il a un peu valeur de test car, au-delà du contexte émotionnel de l’incendie de Moria, les autorités ne peuvent exclure que, dans d’autres camps, des migrants mettent également le feu aux installations qui les abritent, dans l’espoir que ces événements accélèrent leur prise en charge par les pays d’accueil.»

Pour l’heure, la centaine de mineurs isolés du camp de Moria auxquels la France veut accorder sa protection n’est qu’une goutte d’eau dans le flux des arrivées. «Nous accueillons déjà une centaine de mineurs non accompagnés par jour en moyenne depuis le 1er janvier, ce qui laisse à penser que les nouveaux entrants seront, pour la seule année 2020, environ 40.000», explique un cadre de l’Assemblée des départements de France (ADF), présidée par Dominique Bussereau. De fait, ce sont les exécutifs départementaux qui ont la responsabilité de l’aide sociale à l’enfance (ASE).

Sur le flux de 40.000 mineurs isolés étrangers, la moitié environ aura pu, d’ici à la fin de l’année, intégrer les dispositifs d’aide à la charge des départements, les autres étant considérés comme des majeurs. Ceux qui seront reconnus comme ayant moins de 18 ans (au besoin au moyen d’un test osseux) seront donc environ 20.000. Ils viendront étoffer le «stock» des 40.000 mineurs déjà pris en compte par l’aide sociale à l’enfance les années précédentes.

«À ce stade, les 40.000 mineurs non accompagnés dont s’occupent les départements coûtent déjà 2 milliards d’euros par an. À raison de 50.000 euros de prise en charge annuelle par enfant en moyenne, je vous laisse imaginer le poids pour les finances publiques quand, à la fin de l’année, le stock de dossiers validés avoisinera les 60.000», souligne l’un des meilleurs connaisseurs du sujet à l’ADF. À l’entendre, le seuil des 2,5 à 3 milliards d’euros par an de charge financière se profile, pour ces seuls mineurs. «C’est une charge beaucoup trop lourde pour de nombreux exécutifs départementaux, d’autant que cette situation relève de choix de politique migratoire qui incombent essentiellement au gouvernement», fait remarquer un directeur à l’ADF.

Pierre Henry, le directeur général de l’association France terre d’asile, rappelait récemment que, en 2014, à peine 4000 mineurs non accompagnés étaient pris en charge par l’aide sociale à l’enfance. Ils étaient même seulement un millier en 2012.

Il y a deux ans, Matignon et l’Assemblée des départements de France étaient parvenus à un accord pour rehausser la participation financière de l’État dans l’accueil des nouveaux arrivants. Ce ne sont pas les 100 % de prise en charge promis par le président de la République, Emmanuel Macron, au début de son quinquennat, mais l’effort consenti est tout de même jugé encourageant dans les départements.

Ainsi, outre les 500 euros apportés par l’État lors de la phase d’évaluation du cas de chaque jeune étranger se disant mineur, le gouvernement accorde une participation de 6000 euros par enfant pour les trois quarts du flux des entrants supplémentaires acceptés au titre de l’aide sociale à l’enfance. En clair, si un département protégeait 1000 mineurs isolés en 2018 et qu’il doit en gérer au total 1800 aujourd’hui, l’État s’engage à verser annuellement 6000 euros par mineur pour 600 mineurs.

Les deux tiers des nouveaux arrivants en 2020 viennent d’Afrique subsaharienne. Sur le tiers restant, la plupart des mineurs arrivent du Proche et du Moyen-Orient. Jamais la France n’a eu à traiter autant de cas.

Voir aussi:

« Un coupable presque parfait » : Pascal Bruckner et la tyrannie des identités
Jacques Julliard
Marianne
17/10/2020

La dernière fois que les Français ont été invités à faire pénitence, c’était en juin 1940, au lendemain de l’ar-mistice, par la bouche de Philippe Pétain, le maréchal traître : « Vous souffrez et vous souffrirez longtemps encore, car nous n’avons pas fini de payer toutes nos fautes. » La France avait péché, elle devait expier. Et la plupart des autorités du pays – généraux, évêques, écrivains – de faire chorus, tant la lâcheté est chose communicative. Or voici qu’aujourd’hui, par la voix des principales autorités – homo-sexuelles, indigénistes, décolonialistes – du pays, nous sommes de nouveau requis, et avec quelle véhémence ! , de nous couvrir la tête de cendres. La raison ? Ne sommes-nous pas, pour la majorité mâle d’entre nous, des hétérosexuels, c’est-à-dire des violeurs ? En outre, ne sommes-nous pas, comme héritiers de l’histoire de France, coresponsables d’un long cortège d’usurpations, de violences et de meurtres, dont les peuples coloniaux ont été et restent les principales victimes ? Il ne nous reste qu’à filer doux et à faire repentance.

Voilà, résumé à la hussarde, mais fidèlement, le sens du dernier essai de Pascal Bruckner, Un coupable presque parfait (Grasset), dont le sujet est la construction et la criminalisation de l’homme blanc dans la France d’aujourd’hui. Pascal Bruckner n’est pas seulement l’un de nos meilleurs essayistes. Grâce à la qualité de l’information, la clarté de l’exposition et l’élégance du style qui sont les siennes, il est aussi celui qui, à la faveur de son don pour lire l’événement à l’état naissant, a attiré le premier l’attention sur quelques-uns des traits majeurs de notre modernité, tels que la « mélancolie démocratique », l’obsession du bonheur, les paradoxes de l’amour, la place de l’argent, le nouveau statut de la vieillesse… Il est donc ce que l’on appelait jadis un moraliste, c’est-à-dire un dénonciateur impitoyable de toutes les impostures de la morale appliquée aux autres, quand elle vise à intimider, à stigmatiser, à tyranniser, dans le dessein d’asseoir son pouvoir.

Or le fait est qu’il faut remonter bien haut dans notre histoire nationale pour retrouver à l’œuvre, sous prétexte de bien-pensance, pareille collection d’hypocrites, de donneurs de leçons, de tartuffes et de faux-culs, comme celle qui occupe aujourd’hui le devant de la scène. À gauche, notamment, hélas ! Comme si d’avoir été abandonné par tout le peuple donnait le droit de faire la morale à tout le monde…Je ne puis malheureusement entrer ici dans les détails de cette première partie du livre, qui montre le cheminement de la doxa contemporaine. Sous couvert de lutte contre le viol, on voit, par glissements successifs, cette lutte nécessaire se transformer en une remise en cause de la relation homme-femme, symbolisée par la pénétration sexuelle : même s’il y a consentement, elle est par essence invasive et violente. Rien ni personne n’échappe à ce néopuritanisme, qui fait tomber le soupçon sur tout le processus amoureux, depuis la séduction, la « cour », jusqu’au dénouement érotique. Tous coupables ! Tous violeurs !

Je répondrai par une anecdote. Je me trouvai, il y a bien long-temps, en Kabylie, durant cette affreuse guerre d’Algérie, qui m’a marqué à jamais. Cette guerre qui déposait son empreinte sur tous les actes de la vie courante. Jusqu’au mess des officiers, milieu unisexe, où régnait un certain relâchement viril. Un beau jour y parut une femme, jeune et belle, venue comme assistante sociale. Du jour au lendemain, les mœurs se policèrent. Les officiers, avant de passer à table, se donnaient un rapide coup de peigne. La courtoisie, la correction du langage, les manières de table réapparurent comme par enchantement. Ce jour-là, je compris que le commerce des deux sexes n’était pas, comme le prétendent aujourd’hui nos nouvelles précieuses, une forme dissimulée, voire symbolique de la violence, mais au contraire le fondement incontournable de la civilisation.

La seconde partie du livre est consacrée à cet « antiracisme exterminateur » qui, sous le couvert de la lutte contre toutes les formes du racisme qui sont censées survivre dans le monde occidental blanc, vise à une véritable éradication de la « blanchéité » ; formidable régression culturelle qui fait, en dernière analyse, de la pigmentation de la peau un critère moral et civilisationnel. Cela va du plus pathétique au plus burlesque, témoin cette initiative, en juin 2020, du New York Times, qui a décidé d’écrire le mot Noir avec une majuscule et le mot blanc avec une minuscule pour réparer une injustice historique… Le plus comique, c’est que cette « guerre de sécession » d’un genre nouveau est menée sur le territoire des Blancs eux-mêmes, pas par des intellectuels de couleur sortis du peuple et bien décidés à n’y plus jamais rentrer.

Il n’y a pas aujourd’hui de situation plus confortable ni plus ambiguë que celle d’héritier autoproclamé des esclaves sur les terres repentantes de leurs anciens maîtres. Toute cette agitation peut paraître dérisoire et ne serait en effet que cela si elle ne contribuait au retour d’une certaine vision raciste du monde, aux antipodes de l’universalisme du christianisme et des Lumières, qui demeure la seule solution au problème On connaît la fameuse phrase de Marx selon laquelle tout événement a tendance à se reproduire deux fois, la seconde sous la forme de la parodie. Il y a désormais un certain fémi-nisme, un certain antiracisme qui traduisent essentiellement le regret de toute une génération de n’avoir pas été là pour mener les combats de la précédente. C’est pourquoi Bruckner a raison de conclure : « Ne cédons pas au chantage ! »

P.-S. : Au moment de terminer cet article, je reçois le dernier livre de Douglas Murray, la Grande Déraison. Race, genre, identité (L’Artilleur), qui traite à sa manière le même sujet que Bruckner. Il faudra y revenir.

Voir également:

Hubert Védrine : « Contrôler davantage les flux migratoires »
Ancien ministre des affaires étrangères, 1997-2002
Dans une tribune au « Monde », l’ancien ministre des affaires étrangères (1997-2002) explique qu’il faut instaurer des quotas d’immigration légale par pays.
Le Monde
28 juin 2018

Pour éviter d’autres Aquarius, la désagrégation des relations coopératives entre Européens, mettre fin à cette infernale partie de mistigri et réduire la pression sur nos sociétés fragiles, il faut prendre le problème à la racine et adopter un plan d’ensemble et des mesures d’urgence.

Le sentiment que l’Europe est une passoire, alors même que l’islamisme progresse partout chez les musulmans sunnites et que le terrorisme islamiste sévit sur plusieurs continents, y compris en Europe, est peut-être exagéré ou injuste mais il est obsédant. Il nourrit le « populisme » et alimente les insurrections électorales. Les efforts réels accomplis ces dernières années ou en cours à l’initiative du président français sont occultés par des événements scandaleux ou tragiques et par les pugilats européens.

Le sentiment que l’Europe est une passoire (…) nourrit le « populisme » et alimente les insurrections électorales
Ceux qui espéraient paralyser les réactions de rejet des migrations de masse à coup d’eau bénite ou de condamnations morales ont dû déchanter. Ceux qui n’ont vu dans l’immigration qu’une nécessité économique (importer de la main-d’œuvre) ou une opportunité démographique (combler des déficits) ont nourri les angoisses des populations européennes. L’état des opinions est maintenant si grave qu’aucun progrès européen dans d’autres domaines, comme les annonces obtenues par la France au château de Meseberg, près de Berlin, sur l’euro, ne suffira à inverser ce mouvement.

Casser l’engrenage dévastateur
Croire que le plus dur est passé parce que les flux ont diminué depuis le pic de 2015 est illusoire quand on connaît les prévisions démographiques africaines ; 1,2 milliard d’êtres humains aujourd’hui, 2,5 milliards en 2050 sauf si le planning familial était mis en œuvre partout. Et comment être sûr que d’autres drames atroces ne jetteront pas à nouveau demain sur les routes des familles entières à la recherche d’asiles ? Pour casser cet engrenage dévastateur, il faut donc, dans un cadre et par des mécanismes durables, contrôler ces flux.

La distinction, qui n’aurait jamais dû être perdue de vue, entre les demandeurs d’asile et les migrants économiques, dont certains seront admis comme immigrants légaux, est cruciale
Dans le cadre d’un Schengen consolidé et renforcé, il faut d’abord vérifier que chacun des vingt-six Etats membres, et nouveaux candidats, en particulier les Etats physiquement frontaliers, sans oublier tous les aéroports, seront capables administrativement, politiquement et géographiquement d’assumer des engagements renforcés grâce à une agence Frontex [l’agence européenne de surveillance des frontières] mieux équipée et transformée en vraie police des frontières parfaitement connectée aux polices nationales.

Le droit d’asile pour les gens en danger doit absolument être préservé. Au-delà même des préambules des Constitutions de 1946 et de 1958, il est l’âme même de l’Europe.

Mais cela suppose qu’il ne soit pas détourné de son objet ; sans distinction claire d’avec les mouvements migratoires, il finira par être balayé. La distinction, qui n’aurait jamais dû être perdue de vue, entre les demandeurs d’asile, dont certains seront admis en tant que réfugiés, et les migrants économiques, dont certains seront admis comme immigrants légaux, est cruciale.

Réseau de centres d’accueil
Le traitement, aussi rapide que possible, des demandes d’asile au sein de Schengen, devra se faire dans un véritable réseau de centres d’accueil à créer, sous un nom ou sous un autre, dans les pays extérieurs au plus près des zones de conflits ou de départ, partout où c’est possible (c’est déjà le cas au Niger, mais c’est impossible en Libye).

Mais il faut aussi, comme l’a proposé le président Emmanuel Macron, installer sur le territoire européen, aux frontières extérieures de Schengen, des centres fermés et sécurisés où l’on examinera qui relève ou non du droit d’asile, ce qui relativisera la notion de pays d’arrivée qui est la base de l’accord de Dublin et des controverses qui en découlent.

Bien sûr, les critères d’attribution de l’asile dans Schengen devront être complètement harmonisés, et les demandeurs d’asile acceptés devront être beaucoup mieux accueillis et intégrés. Quant aux déboutés, ils devront être pris en charge et reconduits par Frontex en dehors de Schengen, dans leur pays d’origine où ils pourront postuler comme immigrants légaux.

On ne peut pas fixer a priori de quotas de réfugiés : étant donné que le nombre des futurs demandeurs d’asile dépend des tragédies futures, il ne peut pas être plafonné artificiellement à l’avance. L’Europe devra rester généreuse, vis-à-vis des personnes persécutées ou menacées, tout en aidant plus les pays voisins qui les accueillent en premier lieu, comme la Turquie, la Jordanie, le Liban.

Cogestion indispensable
La question des migrations est différente. Les mouvements de migration économiques vers les pays riches d’Europe, le Canada, les Etats-Unis, l’Australie, mais aussi la Côte d’Ivoire, le Maroc, l’Afrique du Sud, ou d’autres émergents, ne cesseront pas, raison de plus pour s’organiser.

Des quotas d’immigration légale par pays, et par métiers, devront être fixés chaque année au cours d’un sommet entre pays de Schengen, pays de départ et pays de transit. Ces derniers demanderont des compensations et des aides, ce qui conduira à reconsidérer de proche en proche toutes les politiques de codéveloppement.

Cette cogestion est indispensable car il est impossible de détruire sans ces pays les réseaux de passeurs et leurs complices qui ont reconstitué une économie de la traite en Afrique ; gérer avec eux, avec l’aide du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans des centres d’accueil au sein de plates-formes régionales, aussi bien les demandes d’asile que les demandes d’immigration en Europe ; lutter contre le trafic de faux papiers dans le Sahel ; et mieux contrôler les frontières entre ces pays.

Il ne faudrait pas en être réduit, tout cela ayant échoué, et les garde-côtes libyens étant impuissants, à être obligés de bloquer les ports de Libye ! En même temps, cette gestion plus rigoureuse des flux migratoires permettra de favoriser, comme promis dans le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou, la circulation pour les non-candidats à l’immigration (étudiants, hommes d’affaires, artistes).

Des quotas d’immigration légale par pays, et par métiers, devront être fixés chaque année au cours d’un sommet entre pays de Schengen, pays de départ et pays de transit
En attendant, et en urgence, il faut gérer l’héritage du passé et remplacer Dublin, que les ministères de l’intérieur avaient espéré pouvoir garder, par de nouvelles règles. Les pays de Schengen qui ne voudront pas accueillir de réfugiés au titre de la solidarité et de la répartition devront fournir une contribution financière accrue pour la protection des frontières communes ou pour l’accueil et l’intégration des réfugiés dans d’autres pays.

Des décisions difficiles devront être prises concernant ceux qui sont déjà en Europe, illégalement, depuis un certain temps : les reconduire dans des centres de retour à l’extérieur, d’où ils pourront tenter leur chance comme immigrants légaux auprès des centres d’accueil, ou essayer de travailler dans leur propre pays (les migrants, pas les demandeurs d’asile) ; ou les régulariser, pour des raisons d’humanité ou autres, mais alors les intégrer vraiment.

Un premier sommet Schengen-Sahel devrait permettre de commencer à aborder tout cela courageusement et franchement. Si tous les pays de Schengen, ou de départ et de transit, ne sont pas prêts à s’y engager, il faudra commencer avec une coalition de volontaires comme cela a été esquissé dans quelques pays.

Ceux que la repentance aveugle ou paralyse
Il est urgent que les opinions européennes constatent un vrai changement. La répartition des réfugiés, le montant des compensations, la fixation du nombre de migrants légaux, la dénomination et l’organisation du réseau de centres à l’extérieur ou aux frontières, et leur fonction, donneront lieu à des négociations permanentes et difficiles.

Mais une partie de l’opinion européenne changera quand elle réalisera que ces flux seront désormais mieux « gérés », que la partie de mistigri sur les réfugiés est finie et qu’il y a une politique claire, à court et long terme. Et même si des flux d’immigration illégaux se poursuivent, ils deviendront quand même moins importants.

Néanmoins, il ne faut pas se cacher que plusieurs secteurs de l’opinion, minoritaires mais très actifs et « audibles », continueront à opposer un tir de barrage à la mise en œuvre de cette indispensable politique, pour des raisons opposées – il faut aider tous ceux qui souffrent ; il faut repousser tous les envahisseurs.

S’il n’y avait dans le monde que 10 millions de candidats à l’immigration en Europe, cela ne poserait aucun problème !
Les arguments de l’extrême droite (pour tout fermer) doivent être combattus sans ménagement comme étant inhumains, économiquement absurdes et, de toute façon, inapplicables. Il en va de même pour l’extrême gauche qui mise sur les populations issues de l’immigration par calcul militant, activiste ou électoral.

En revanche, il faudrait convaincre beaucoup de gens généreux et de bonne foi de réfléchir à leur responsabilité et de modifier leurs positions ne serait-ce que pour sauver l’asile. Ceux que la repentance aveugle ou paralyse. Ceux qui ne voient le problème des migrations qu’en termes de valeurs et de principes généraux. Or, c’est aussi une question de nombre : s’il n’y avait dans le monde que 10 millions de candidats à l’immigration en Europe, cela ne poserait aucun problème ! Ceux qu’un universalisme abstrait et un mépris affiché pour les besoins élémentaires d’identité et de sécurité culturelle des peuples européens ont rendu inaudibles. Ceux qui ne réalisent pas que ce n’est pas être « généreux » que de priver les pays d’Afrique de leurs meilleurs éléments, les émigrants jeunes, dynamiques et entreprenants, en alimentant la nouvelle économie de la traite.

Fossé élites/peuples
Il faudrait même oser questionner le bilan des grandes institutions judiciaires françaises ou européennes chargées d’appliquer des grands textes comme la Convention européenne des droits de l’homme et qui, par effets de cliquet et avec une totale bonne conscience, peuvent donner à la longue aux citoyens le sentiment qu’elles se substituent à la souveraineté et à la démocratie. Alors que le problème numéro un de l’Europe est le fossé élites/peuples !

Le plan paraît irréaliste ? Une telle politique n’est viable que si tous les pays de ce Schengen confirmé et renforcé, une fois l’accord trouvé, s’engagent à être des partenaires responsables et solides sur l’asile comme sur les migrations.

Quid des pays de Visegrad [un groupe informel composé de la Hongrie, de la Pologne, de la République tchèque et de la Slovaquie] ? De l’Italie ? De l’Espagne à Ceuta et Melilla [enclaves espagnoles au Maroc], etc. ? Mais aussi quid des partenaires extérieurs de l’Est et du Sud ? Vraies questions. Mais il y a le feu !

Paradoxalement, malgré les apparences récentes, il ne devrait pas y avoir d’opposition insurmontable entre les pays européens de l’Ouest et de l’Est. Qui conteste la nécessité absolue d’une meilleure maîtrise des flux vers l’Europe ? Enfin, n’oublions pas l’éléphant dans la pièce : une alliance plus déterminée et plus assumée partout des démocrates et des musulmans modérés contre l’islamisme aiderait à enrayer le glissement des opinions européennes. Tout cela va s’imposer. Faisons-le plutôt ensemble, vite, et en bon ordre.

Hubert Védrine a été ministre des affaires étrangères dans le gouvernement Jospin de 1997 à 2002. Il a publié « Le Monde au défi » (Fayard, 2016) et « Sauver l’Europe ! » (Liana Levi, 2016)

Voir de même:

L’éditorial du Figaro: « Les larmes, les hommages, et après?
Alexis Brézet, directeur des rédactions du Figaro
Le Figaro
18 octobre 2020

Il s’appelait Samuel Paty, et son nom ne doit pas être oublié. Il mérite de rester dans les mémoires parmi les figures de l’école républicaine, entre Louis Germain, le maître d’Albert Camus, et ces hussards noirs «d’un dévouement sans mesure à l’intérêt commun» chantés par Charles Péguy.

Samuel Paty, d’après tous les témoignages, était chaleureux, bienveillant, délicat jusqu’au scrupule, adoré de ses élèves… Le contraire d’un provocateur ou d’un boutefeu. Il est mort – et dans quelles atroces circonstances! – d’avoir voulu appliquer le programme d’éducation morale et civique en classe de quatrième. Mort d’avoir montré à ses élèves deux représentations satiriques de Mahomet. Assassiné pour avoir enseigné la liberté.

Et l’on ne viendra pas nous dire, cette fois, qu’il est tombé par hasard, sans raison, sous les coups d’un «déséquilibré»! Au contraire: tout, dans les jours qui précèdent le crime, semble conduire à cette tragédie. Durant deux semaines, Samuel Paty a été l’objet d’une cabale méthodiquement ourdie, soigneusement organisée. Des militants islamistes l’ont ciblé, persécuté, calomnié. Parmi eux, un «parent d’élève», mais aussi un activiste islamiste, fiché S, membre d’un «conseil des imams de France». Les membres de cette petite bande l’ont dénoncé à sa hiérarchie. Ils l’ont signalé à la police. Ils ont jeté son nom en pâture sur les réseaux sociaux. Ils ont affiché des vidéos injurieuses sur le site internet d’une mosquée. Ils sont allés jusqu’à saisir les autorités académiques! S’ils n’ont pas armé directement la main du tueur (cela, il appartiendra à l’enquête de le dire), ces harceleurs ont indubitablement inspiré son geste. Leur acharnement criminel en dit autant sur l’époque que nous traversons que les circonstances particulièrement atroces de l’assassinat. Aujourd’hui, les fameux «loups solitaires» ne le sont jamais vraiment: ils s’enracinent dans un écosystème islamiste qui les protège et les nourrit.

Allons-nous nous réveiller, enfin, et répliquer à la guerre qui nous a été déclarée?

«Ils ne passeront pas!» Ces rodomontades seraient à rire si elles n’étaient à pleurer. La triste vérité, chacun le sait, c’est que, depuis longtemps, ils sont déjà passés. L’influence islamiste pèse de tout son poids sur l’école, où l’inspecteur général Jean-Pierre Obin mesure depuis vingt ans la montée inexorable des «accommodements» concédés à cette funeste idéologie: d’après un récent sondage, 40% des enseignants (50% en ZEP) reconnaissent «s’autocensurer» sur certains sujets (on imagine aisément lesquels) face à leurs élèves pour ne pas créer d’incident. Cette influence, elle pèse (et ô combien!) sur l’université et la recherche. Elle gangrène les services publics comme les entreprises privées. Prisons, police, armée… elle n’épargne quasiment plus aucun service de l’État ni aucun secteur de la société.

La vérité, c’est que les islamistes, dans notre pays, ont pignon sur rue. Ils ont, avec le CCIF, leur vitrine officielle ; ils ont aussi leurs boutiques officieuses et leurs officines clandestines. Ils ont leurs représentants légaux, leurs brillants avocats qui ont accès aux plus hautes sphères de l’administration, leurs entrepreneurs qui financent la cause, leurs activistes qui déversent la haine sur les réseaux sociaux, leurs prêcheurs qui remplissent les mosquées, leurs soldats réguliers qui noyautent les cités et leurs sicaires, désavouables à merci, qui prospèrent sur ce terreau.

La vérité, c’est aussi que les islamistes peuvent compter, dans l’appareil d’État, les partis politiques et les médias, sur des compagnons de route (ou des idiots utiles) qui soutiennent efficacement la cause. C’est Jean-Louis Bianco et son Observatoire de la laïcité, qui semble avoir été ainsi baptisé par antiphrase. C’est Jean-Luc Mélenchon, qui, toute honte bue, prétend aujourd’hui combattre les amis de ceux avec qui il défilait hier. C’est Edwy Plenel, dont nul n’a oublié qu’il a accusé Charlie d’avoir «déclaré la guerre aux musulmans»! Et, derrière eux, toute une nébuleuse islamo-gauchiste rompue à la rhétorique victimaire (indigénistes, décoloniaux, Unef, SOS-Racisme, LDH…) qui devine du «racisme d’État» chaque fois qu’il est question d’appliquer la loi, dénonce des «violences policières» chaque fois qu’il s’agit de maintenir l’ordre et hurle à l’«islamophobie» chaque fois que l’on fait mine de résister aux diktats des barbus… Que certains de ceux-là se soient retrouvés hier, place de la République ou ailleurs, avec des citoyens sincèrement révoltés par les menées islamistes est une insulte à la décence autant qu’au souvenir des victimes.

Et maintenant? Et demain? Après les larmes et les hommages, après les grands discours et les rassemblements, après les hashtags et les bougies, que va-t-il se passer? Allons-nous, face à la menace islamiste, revenir comme si de rien n’était à ces tractations sans gloire, ces compromissions obliques, ces concessions sournoises et ces fermetés équivoques qui nous tiennent lieu de politique depuis si longtemps? Allons-nous nous réveiller, enfin, et opposer à la guerre qui nous a été déclarée une autre guerre, impitoyable et sans merci? C’est en vérité la seule question – mais cette question est vitale – que nous devrions nous poser.

La loi contre le séparatisme? Il paraît que l’on va durcir le dispositif. Tant mieux! Mais, à dire vrai, ce n’est pas du luxe. Mieux contrôler les associations, mettre un terme définitif à ces cours de «catéchisme coranique» à l’école sous prétexte d’apprentissage des «langues d’origine», imposer aux salariés des transports publics le respect des règles élémentaires qui prohibent le prosélytisme vestimentaire… tout cela est bel et bon (pour autant que cela soit appliqué), mais, chacun l’aura compris, notoirement insuffisant. Plus largement, c’est la philosophie même de cette loi – si pudique qu’il n’est pas prévu que le mot «islamisme» y figure! – qui doit être reconsidérée. Mais à quoi rime, au juste, ce mot de «séparatisme»? Le bourreau de Samuel Paty et les militants islamistes qui ont créé les conditions de son acte ne nourrissent aucunement le rêve de bâtir leur société islamique à côté de notre République, ils ont le projet de la remplacer, territoire après territoire, par un régime «pur» gouverné par la charia. Les islamistes ne sont pas des séparatistes, ce sont des conquérants…

Pour les combattre avec quelque chance de l’emporter, il faudra parler moins et agir plus. Fermer sans tergiverser toutes les mosquées où est enseignée la détestation de la France. Expulser immédiatement les imams étrangers prêcheurs de haine. Dissoudre le CCIF et toutes les organisations qui, sous couvert de lutter contre l’«islamophobie», font le lit de l’islam le plus radical. Et faire entendre raison aux tribunaux administratifs qui trouvent toujours un bon motif pour annuler les (rares) décisions énergiques prises dans ce sens.

Il faudra aussi cesser de tourner autour du pot des fichés S: expulser les radicalisés étrangers (il semble que Gérald Darmanin veuille s’y mettre: bravo!) et interdire de tout emploi sensible (aujourd’hui ils peuvent travailler comme enseignants ou comme éducateurs!) les fichés français. Ce qui suppose là encore de passer outre l’opposition de tous ceux qui estiment qu’on ne peut rien faire au motif qu’«ils n’ont encore commis aucun crime»

Il faudra enfin se décider à aborder sans se voiler la face la question de l’immigration sans contrôle et de ses conséquences pour le pays. Un Tchétchène de 18 ans à qui la justice avait reconnu le statut de réfugié vient de décapiter un enseignant français. Quelques jours plus tôt, un jeune Pakistanais, à qui la justice – toujours elle – avait accordé la protection reconnue aux «mineurs isolés», avait perpétré une attaque au hachoir contre l’ancien immeuble de Charlie. Peut-être cette coïncidence mériterait-elle que l’on s’y arrête un instant: si la France continue d’accueillir chaque année sur son sol près d’un demi-million d’étrangers, dont la grande majorité, de confession musulmane, estime que la charia est supérieure à tout, il est peu probable que l’islamisme recule…

Et qu’on ne vienne pas nous dire, encore une fois, qu’«il ne faut surtout pas prendre le risque de diviser les Français», que «ce serait faire un cadeau aux terroristes, qui n’attendent que cela»! Sous les apparences du bon sens, cette analyse rabâchée chaque fois qu’il est question de mettre en œuvre une politique un peu ferme est le paravent de tous les renoncements.

Car, en vérité, le but ultime des islamistes n’est pas de diviser, il est de s’imposer et d’imposer leur loi partout où vivent des musulmans. La division des Français, qui les dresserait les uns contre les autres, peut certes être considérée par les islamistes radicaux comme un moyen indirect de parvenir à cet objectif de domination, mais il existe à leurs yeux un moyen direct beaucoup plus efficace: la soumission de leur adversaire, le mol acquiescement qui leur permettrait de s’imposer sans combattre. Cette unité-là, c’est le silence des cimetières.

Au fond, comme toujours quand la situation est difficile, revient la seule question qui vaille en politique: celle du courage. Ce courage qui a tant manqué à nos hommes politiques, de droite comme de gauche, depuis quarante ans, c’est celui de Zineb El Rhazoui, de Riss et de bien d’autres, qui, en dépit des menaces, continuent, sous protection policière permanente, de clamer haut et fort leur refus de l’islam politique. Ce courage, ce fut aussi celui d’un homme qui, alors que la meute des islamistes s’acharnait à le salir, ne leur a rien cédé. Il s’appelait Samuel Paty, et son nom ne doit pas être oublié.

Voir de plus:

Bruno Retailleau: « L’immigration est un angle mort qui devient un angle mortel »
Entretien
Propos recueillis par Causeur
18/10/2020

Le président du groupe LR au Sénat propose la tenue d’un référendum sur les sujets régaliens, la création d’une task force de reconquête des quartiers ainsi que la fermeture des lieux de culte, comme la mosquée de Pantin, qui ont relayé l’appel contre le professeur assassiné.

Marianne : Des professeurs estiment qu’un attentat comme celui-ci était inéluctable. Est-ce votre avis ?

Bruno Retailleau : Rien n’est jamais inéluctable. Mais nous sommes en train de perdre la bataille contre l’islamisme. Dans un premier temps, j’ai été sidéré, puis la révolte a succédé à la sidération. J’ai entendu le président de la République parler d’un acte terroriste. Ce terme-là ne définit pas la réalité de cette décapitation, de cette barbarie. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une volonté d’appliquer la charia sur le sol français. C’est un acte de violence mais c’est aussi un acte qui a un sens : la terre de France doit se soumettre. Et c’est la mort pour ceux touchent au prophète ou au dogme. Quant à ceux qui prétendent que c’était inéluctable, ils oublient que l’alerte avait été donnée depuis des jours. Qu’a fait l’institution, l’Éducation nationale, pour protéger ce professeur ?

L’Éducation nationale s’était saisie du problème. Tout comme la police… Le renseignement jugeait même la situation « apaisée ». Cela veut dire que rien ne marche ?

Non ça ne fonctionne pas. Souvenez-vous de l’attentat dans le cœur du cœur du service anti-terroriste de la préfecture de police de Paris. Il y a eu deux enquêtes administratives. Avez-vous eu connaissance de sanctions ? Non, bien sûr ! Si nous ne l’avions pas encore compris, nous sommes confrontés à un combat global. Bien sûr, nos services ont fait d’énormes progrès. Mais nous perdons la bataille par lâcheté, par renoncement. Il y a des espaces physiques, des enclaves territoriales dans lesquelles l’islam politique peut soumettre les esprits et les territoires à la loi religieuse qui, dans ces endroits, est supérieure à la loi civile. Il y a aussi une colonisation intellectuelle, par exemple le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui utilise le concept d’islamophobie pour faire avancer la cause islamique sous couvert de défense des libertés. Et nous, nous ne luttons pas ! Nous ne nous rendons pas compte qu’aujourd’hui, si ce professeur n’a pas bénéficié d’une protection malgré les alertes, c’est parce que nous avons préféré le silence. Le même silence qu’à la préfecture de police de Paris. Ces silences coupables sont des silences criminels.

« Emmanuel Macron lance : « Ils ne passeront pas » Mais ils sont déjà là ! »

Justement, le président de la République avait pris la parole il y a quinze jours pour dénoncer le séparatisme que veut imposer l’islamisme à notre société… De l’avis général, il avait trouvé les mots justes…

Le problème ne date pas de ce quinquennat. Mais la faute politique personnelle d’Emmanuel Macron est de ne pas avoir mis tout de suite la priorité sur la lutte contre l’islam politique. Pourtant, il avait été secrétaire général adjoint de l’Elysée, et ministre : il savait ! Par ailleurs, du discours aux actes, il y a encore beaucoup de chemin à franchir. Il semble vouloir faire, mais je crains qu’il fasse semblant. Les mesures qu’il envisage sont des demi-mesures : il n’a pas prévu de traiter la question de l’immigration. Or, c’est un angle mort qui devient un angle mortel. Quand un jeune Pakistanais, soi-disant mineur non accompagné, s’en prend à deux personnes devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, c’est la question de l’immigration qui est posée. Ici, on a affaire à un jeune Russe qui a un statut de réfugié, c’est encore une question d’immigration. Souvenez-vous de ce qu’avait dit Emmanuel Macron au lendemain des rixes des deux bandes à Dijon : il nous avait promis des expulsions. Pouvez-vous me dire combien il y a eu d’expulsions ? Zéro ! Emmanuel Macron lance : « Ils ne passeront pas » Mais ils sont déjà là ! Dans nos quartiers, dans nos institutions, et même dans nos bureaux de vote avec des listes communautaires. Le président de la République grimpe sur une ligne Maginot qui a déjà été enfoncée. Il peut faire les meilleurs discours du monde, mais les mots sans les actes, c’est le mensonge, c’est la faiblesse.

Vous préparez une candidature à la présidentielle. Vous président, comment auriez-vous agi au lendemain d’un acte comme celui-là ? 

Il y a trois niveaux de lutte, trois combats simultanés à mener. Le premier, c’est l’éradication djihadiste. Il faut commencer par refuser les revenants sur le sol français. Ceux qui sont en Irak ou en Syrie doivent rester en Irak ou en Syrie. Et s’il y a des binationaux, on doit les déchoir de la nationalité française. Il faut aussi se pencher sur les prisonniers qui sont en France. Plus de 150 coupables, condamnés pour des faits en relation avec le terrorisme, vont être libérés. Le Sénat avait formulé une proposition pour prolonger les mesures de sécurité, de rétention. Le Conseil constitutionnel a censuré ce texte. C’est un scandale : neuf juges n’ont pas le droit désarmer un peuple. Sur ces questions-là, lorsque la sécurité même des Français est engagée, nous devons recourir au référendum.

Mais un référendum à quel sujet exactement ? 

Là, il s’agissait des sortants, pour que par exemple les mesures de sureté qui s’appliquent aux délinquants sexuels s’appliquent aussi aux djihadistes.

Mais l’assassin russe de Samuel Paty n’était ni un « entrant », ni un « sortant »…

L’erreur à ne pas faire est de raisonner cas par cas. Vous avez un combat qui est global. C’est bien pour cela que j’ai parlé aussi d’immigration. Il faut accueillir moins et expulser plus. Quelqu’un qui est accueilli sur notre territoire et ne respecte pas nos lois doit être expulsé automatiquement, avec sa famille. Il faut remettre à plat le droit des étrangers, limiter au maximum le regroupement familial. Nous sommes le seul pays d’Europe qui n’a pas revu à la hausse ses exigences en matière d’immigration. C’est ce genre de question qui devra être soumise à référendum, sinon la volonté générale sera entravée. Sinon, un jour, les Français se révolteront à ce sujet. On n’aura alors plus que nos yeux pour pleurer.

Et quelles sont vos autres propositions ? 

Il faut lutter contre les enclaves territoriales. Créer une task force pour reconquérir les quartiers les uns après les autres, avec des forces de sécurité, mais aussi des magistrats, des services douaniers. Pour organiser le retour massif de l’État pendant une période donnée sur ces territoires qui sont des territoires perdus de la République. Avec Philippe Bas, nous avons proposé d’ajouter à l’article premier de la Constitution cette phrase : « Nul individu, nul groupe ne peut se prévaloir de son origine ou de sa religion pour se soustraire à la règle commune. » C’est la définition de la laïcité telle qu’elle devrait s’imposer à toute personne, le pendant de la loi de 1905, pour régler un certain nombre de questions qui vont du règlement intérieur d’une association, ou d’une entreprise, mais aussi à la question des piscines, des hôpitaux…

« Refuser le piège de l’islamophobie »

Enfin, il faut s’intéresser aux lieux de culte. Vous avez vu que la mosquée de Pantin a relayé un appel contre le professeur assassiné. Je demande que cette mosquée soit fermée, comme le permettait le régime de l’état d’urgence de façon plus aisée. Des articles de la loi de 1905 permettent de fermer des lieux de culte dès lors qu’il y a des incitations à la haine ou que l’on tient des discours politiques. Il faut également interdire le financement des mosquées dès lors que l’argent provient de pays ou de groupes qui ne reconnaissent pas la liberté de conscience.

Mais le plus dur c’est la reconquête des esprits, il faut nommer les choses, refuser le piège de l’islamophobie. Interdire le voile à l’université ou dans les sorties scolaires. Il y a un espace symbolique que la République doit réinvestir. Ce qui est en jeu, c’est la défense de notre civilisation qui est attaquée dans ses fondements. Nos libertés et notre sécurité ne sont pas négociables et aucune religion n’est intouchable.

Voir par ailleurs:

Q&A; A Head-On Collision Of Alien Cultures?
The New York Times
Oct. 20, 2001

Is this the clash of civilizations that you have been warning about nearly a decade?

Clearly Osama bin Laden wants it to be a clash of civilizations between Islam and the West. The first priority for our government is to try to prevent it from becoming one. But there is a real danger that it could move in that direction. The administration has acted exactly the right way in attempting to rally support among Muslim governments and people. But there are great pressures here in the United States to attack other terrorist groups and states that support terrorist groups. And that, it seems to me, could broaden it into a clash of civilizations.

Were you surprised the terrorists were all educated, middle-class individuals?

No. The people involved in fundamentalist movements, Islamic or otherwise, are often people with advanced educations. Most of them do not become terrorists, of course. But these are intelligent, ambitious young people who aspire to put their educations to use in a modern, developed economy, and they become frustrated by the lack of jobs, the lack of opportunity. They are cross-pressured as well by the forces of globalization and what they regard as Western imperialism and cultural domination. They are attracted to Western culture, obviously, but they are also repelled by it.

You have written that  »Islam has bloody borders. » What do you mean by this?

If you look around the borders of the Muslim world, you find that there are a whole series of local conflicts involving Muslims and non-Muslims: Bosnia, Kosovo, the Caucuses, Chechnya, Tajikistan, Kashmir, India, Indonesia, the Philippines, North Africa, the Palestinian-Israeli conflict. Muslims also fight Muslims, and much more than the people of other civilizations fight each other.

So are you suggesting that Islam promotes violence?

I don’t think Islam is any more violent than any other religions, and I suspect if you added it all up, more people have been slaughtered by Christians over the centuries than by Muslims. But the key factor is the demographic factor. Generally speaking, the people who go out and kill other people are males between the ages of roughly 16 and 30. During the 1960’s, 70’s and 80’s there were high birthrates in the Muslim world, and this has given rise to a huge youth bulge. But the bulge will fade. Muslim birthrates are going down; in fact, they’ve dropped dramatically in some countries. Islam did spread by the sword originally, but I don’t think there is anything inherently violent in Muslim theology. Islam, like any great religion, can be interpreted in a variety of ways. People like bin Laden can seize on things in the Koran as commands to go out and kill the infidels. But the pope did exactly the same thing when he launched the Crusades.

Should the United States do more to promote democracy and human rights in the Middle East?

It would be desirable but also difficult. In the Islamic world there is a natural tendency to resist the influence of the West, which is understandable given the long history of conflict between Islam and Western civilization. Obviously, there are groups in most Muslim societies that are in favor of democracy and human rights, and I think we should support those groups. But we then get into this paradoxical situation: many of the groups arguing against repression in those societies are fundamentalists and anti-American. We saw this in Algeria. Promoting democracy and human rights are very important goals for the United States, but we also have other interests. President Carter was deeply committed to promoting human rights, and when I served on his National Security Council, we had countless discussions about how to do this. But to the best of my recollection, nobody ever mentioned the idea of trying to promote human rights in Saudi Arabia, and for a very obvious reason.

Apart from our closest allies, no country has lined up more solidly behind the United States than Russia. Is this the moment Russia turns decisively to the West?

Russia is turning to the West in these circumstances for pragmatic and ad hoc reasons. The Russians feel they are seriously threatened by Muslim terrorists and see it as in their interest to line up with the West and to gain some credit with the United States in hopes that we will reduce our push for NATO expansion into the Baltic states and missile defense. It’s a coincidence of interests, but I don’t think we should blow it up into a big realignment. I think, though, that they are very worried about the rise of China, and this will turn them to the West.

India and China, two countries that you said would be at odds with the United States, have joined in this war on terrorism. Instead of the West versus the rest, could the clash shape up to be Islam versus the rest?

Conceivably. You have Muslims fighting Westerners, Orthodox Christians, Jews, Hindus, Buddhists. But one must also recognize that there are a billion Muslims in the world, stretching across the Eastern hemisphere from Western Africa to eastern Indonesia, and they interact with dozens of different people. So you might say they have more opportunity to clash with others.

The most frequent criticism leveled against you is that you portray entire civilizations as unified blocks.

That is totally false. The major section on Islam in my book is called  »Consciousness Without Cohesion, » in which I talk about all the divisions in the Islamic world, about Muslim-on-Muslim fighting. Even in the current crisis, they are still divided. You have a billion people, with all these subcultures, the tribes. Islam is less unified than any other civilization. The problem with Islam is the problem Henry Kissinger expressed three decades ago with regard to Europe:  »If I want to call Europe, what number do I call? » If you want to call the Islamic world, what number do you call? Islam may pose problems because it is less cohesive. If there was a dominant power in the Islamic world, you could deal with them. Now what you see is the different Islamic groups competing with each other.

Voir aussi:

From Casablanca to Kabul, the statistics are stunning.

Well over half the populations of Egypt, Syria, Saudi Arabia, Iran and Iraq are under 25 years old, according to the International Programs Center at the Census Bureau. In Pakistan, the number is 61 percent; in Afghanistan, 62 percent.

The boom in young people coming of age in a broad swath of territory where terrorists recruit might seem to pose one of the United States’ most daunting national security threats. But the picture is more complicated than that.

People who study statistics say the danger posed by such bulges actually depends, sometimes in surprising ways, on how rigidly countries are governed. And the effect on feelings about America can be even more surprising.

For example, the threat of instability is greater in a partly free society like Egypt than in a rigid dictatorship like Iraq. And in Iran these days, the rise of young people actually plays to, not against, America’s interest in seeing that country become more democratic.

Historically, there’s reason for some concern on the part of those who hold power. France experienced a  »youth bulge » in the 1780’s, which increased demand for scarce food supplies; that, in turn, drove up prices, hurt the business classes and helped to create conditions for its revolution in 1789. Iran was in the midst of a youth bulge before its 1979 revolution, when young people took to the streets, helping to bring down the monarchy in favor of a virulently anti-American theocracy.

The political scientist Samuel P. Huntington argues that the large number of unemployed males between the ages of 15 and 30 is  »a natural source of instability and violence » throughout the Muslim world. But the connection is not that direct. Demographers are fond of saying  »demography is destiny, » but in doing so they unsually mean the economic health and social needs of nations, not necessarily riot and rebellion.

 »I would describe demography as a challenge that the state needs to meet, whether it’s developing countries with a youth bulge or developed countries with a graying population, » said Jennifer S. Holmes, a political scientist and author of  »Terrorism and Democratic Stability » (Manchester University Press, 2001).  »It is not going to predetermine the outcome. In general, governments have the upper hand. If they reach out and make a half-hearted effort at placating the masses with economic and social programs, they can usually do it. »

And societies at the political spectrum’s extremes — either open or closed — are less susceptible than those in between.  »Youth cohorts are more likely to cause conflict in countries with intermediate regimes than in countries with fully autocratic or democratic regimes, » wrote Henrik Urdal of Oslo’s International Peace Research Institute in a recent study.

Among the  »in-betweens » are Algeria, where high unemployment, inadequate education, over-dependence on the oil economy and authoritarian rule have produced an explosive environment in which armed Islamic groups maneuver.

EGYPT, with 69 million people, is the Arab world’s most populous state. Unemployment, especially among college graduates, is rising, reform of the planned economy has failed and one-third of the work force earns $70 a month. Meanwhile, the military gets most of the $2 billion in annual American aid.

The countries in the region most vulnerable to the wrath of their youth, according to American intelligence analysts, are Pakistan and Afghanistan. Pakistan, whose population will probably swell from 140 million to about 195 million by 2015,  »will not recover easily from decades of political and economic mismanagement, divisive politics, lawlessness, corruption and ethnic friction, » a Central Intelligence Agency report concluded a year ago. And Afghanistan has known only occupation and war for two decades. The result is a lost generation, much of it indoctrinated in the Taliban’s repressive version of Islam.

The classic profile of a suicide bomber has been an impoverished, uneducated, rootless young man with nothing to lose. But there are exceptions. Most of the Al Qaeda terrorists who struck the World Trade Center and the Pentagon on Sept. 11 were middle-class Saudis. The Palestinian who blew himself up in East Jerusalem on Wednesday was in his mid-40’s and had eight children.

In some cases, politics affects demography as much as demography affects politics. In 2015, Israel’s population is expected to increase by only 20 percent, compared to 56 percent in the West Bank and 72 percent in the Gaza Strip. The Palestinian birth rate is so high that if it continues at current levels, in a decade Jews will be a minority in the combined population of Israel, the West Bank and Gaza.

Paradoxically, because of generous United Nations refugee programs, Palestinian children and adolescents have one of the highest levels of education in the Arab world; most Palestinians live in cities with good health care and have one of the lowest mortality levels in the Arab world. All these factors should contribute to a decline in fertility. But fertility is also a weapon in the Palestinians’ national struggle, and it remains high.

AND then there is Iran. There, a generation of young people were indoctrinated following the 1979 Islamic revolution to become Islamic warriors for God.  »My soldiers are still infants, » Ayatollah Ruhollah Khomeini said, as he encouraged mothers to breed. The official annual growth rate soared to 3.2 percent until the ruling clerics concluded the late 1980’s that the population increase was disastrous for the economy and launched a massive family planning program. The birth rate plummeted.

Today, Khomeini’s generation is not ready to die. In fact, many have rejected their fathers’ revolutionary ideals and strict religious rules. They have been an important part of the reform movement personified by Iran’s elected president, Mohammad Khatami, and his struggle to create a civil society based on the rule of law.

Even anti-American fervor has waned. While some Pakistani youths demonstrated in support of Osama bin Laden after Sept. 11, upper middle class Iranian youths held a candlelight vigil to condemn the attacks and mourn the dead.

In the end, it is not just the number of young people but the degree of their exclusion from economic and political participation that rouses them politically.  »What makes the demographic explosion dangerous is the perception by young people that their elders have failed them, that authority has failed them in all aspects of their lives, » said Farideh Farhi, an adjunct scholar at the Middle East Institute.  »We live in a world that celebrates self-expression and individuality, and when there’s only political despair and humiliation, that’s when the potential for explosion is created. »

Voir encore:

Trump Is Losing Ground With White Voters But Gaining Among Black And Hispanic Americans
Geoffrey Skelley and Anna Wiederkehr
FiveThirtyEight
Oct. 19, 2020

There’s a well-known truth in politics: No one group swings an election.

But that doesn’t mean that the demographic trends bubbling beneath the surface can’t have an outsized effect. Take 2016. President Trump won in large part because he carried white voters without a college degree by a bigger margin than any recent GOP presidential nominee, though there had been signs that this group was shifting rightward for a while.

Likewise in 2018, a strong showing by Democrats in suburban districts and among white voters with a four-year college degree helped the party retake the House, a shift we first saw in 2016 when Trump likely became the first Republican to lose this group in 60 years.1 And this is just scratching the surface. In the past few years, we’ve also seen hints that more women voters are identifying as Democrats and that some nonwhite voters might be getting more Republican-leaning.

The question, then, in 2020 — as it is in every election — is what will the electorate look like this time around? Can we expect a continuation of what we saw in 2016 and 2018, or might some of those trends slow or reverse direction? And, of course, are there any surprises lurking beneath the surface that we haven’t quite identified yet?

We tried to answer this question by comparing data from the 2016 Cooperative Congressional Election Study to 2020 data from Democracy Fund + UCLA Nationscape polling conducted over the past month.2 This comparison is hardly perfect — the 2016 CCES data is based on data from people who were confirmed to have actually voted while the UCLA Nationscape data is a large-scale survey of people who say they have voted or will vote, and the two studies use different methodologies, which could lead to differences in what types of voters were reached and how they were weighted. But this is as close as we can get to a direct comparison before the election, and it did allow us to identify some interesting trends.

First off, Democratic nominee Joe Biden is attracting more support than Hillary Clinton did among white voters as a whole — especially white women, older white voters and those without a four-year college degree — which has helped him build a substantial lead of around 10 points, according to FiveThirtyEight’s national polling average. However, Trump is performing slightly better than last time among college-educated white voters, and he has gained among voters of color, especially Hispanic voters and younger Black voters.

White voters made up more than 7 out of 10 voters in the 2016 electorate according to CCES, so any large shifts in their attitudes could greatly alter the electoral calculus. And as the chart below shows, that’s more or less what has happened: Trump’s edge among white voters is around half of what it was in 2016, which could be especially consequential as this group is overrepresented in the states that are most likely to decide the winner of the Electoral College.

One factor driving this is that Biden looks to be doing better than Clinton among white voters without a college degree, a voting bloc that made up close to half of the overall electorate in 2016 and forms a majority of the population in key swing states such as Michigan, Pennsylvania and Wisconsin.3 While Clinton lost this group by more than 20 points four years ago, Biden is behind by just 12 points in UCLA Nationscape’s polling. This isn’t entirely a surprise: We saw some signs of Biden’s strength with non-college whites in the 2020 Democratic primary, as he did better than Clinton in counties that had larger shares of white Americans without a college degree. It’s hard to pinpoint exactly why we’re seeing this, though. One possible explanation is that as an older white man, Biden just resonates more with these voters than Clinton did in 2016, especially considering the role sexism and racism played in voter attitudes in 2016. But it’s also possible that some of these voters are just turned off by Trump after four years with him in the White House.

Take white women. They backed Trump over Clinton in 2016 but were split pretty evenly between the two parties in the 2018 midterms. And now they favor Biden by 6 points in UCLA Nationscape polling, which would be around a 15-point swing toward the Democrats compared to what CCES found for the 2016 race. Trump has also taken a major hit among older white voters. In 2016, he won white voters age 45 or older by more than 20 points, but according to UCLA Nationscape polling, he now leads by only 4 points.

Trump isn’t losing ground among all white voters, though. White men, for instance, look likely to back Trump by around 20 points again. And Trump is also making inroads with college-educated white voters. Trump lost this group by more than 10 points in 2016, and Republican House and Senate candidates lost it by a similar margin in 2018, but Trump may be running closer to even among them now. As FiveThirtyEight’s Perry Bacon Jr. recently noted, many college-educated white voters are Republican-leaning, especially south of the Mason-Dixon line. The question will be whether Trump can attract support from this group nationally, as he’s already essentially got a lock on many Southern states (although maybe not as many Southern states as he’d like). Trump is currently polling at 49 percent among white, college-educated voters in UCLA Nationscape’s polling, and if he stays there, that could help him hold on to battleground states he carried in 2016, such as Florida, Georgia, North Carolina and Texas, where college-educated white voters are more likely to prefer the GOP.

Trump has also gained real ground among nonwhite voters. To be clear, he still trails Biden considerably with these groups, but in UCLA Nationscape’s polling over the past month, he was down by 39 points with these voters, a double-digit improvement from his 53-point deficit in 2016.

While older Black voters look as if they’ll vote for Biden by margins similar to Clinton’s in 2016, Trump’s support among young Black voters (18 to 44) has jumped from around 10 percent in 2016 to 21 percent in UCLA Nationscape’s polling. Black voters remain an overwhelmingly Democratic-leaning constituency, but a notable reduction in their support could still be a problem for Biden.

Notably, young Black voters don’t seem to feel as negatively about Trump as older Black Americans do. For instance, an early-July African American Research Collaborative poll of battleground states found that 35 percent of 18-to-29-year-old Black adults agreed that although they didn’t always like Trump’s policies, they liked his strong demeanor and defiance of the establishment. Conversely, just 10 percent of those 60 and older said the same.

It’s a similar story with younger Hispanic Americans, a group where Trump has also made gains. According to UCLA Nationscape’s polling, Trump is attracting 35 percent of Hispanic voters under age 45, up from the 22 percent who backed him four years ago in the CCES data.

Most notably, even though Trump stands to gain with nonwhite voters across the board, his support seems to have risen the most among Hispanic voters with a four-year college degree. We don’t want to overstate the influence of this group — they make up about 2 percent of the population age 25 and older nationwide — but they are disproportionately concentrated in one especially vital swing state: Florida. In fact, 24 percent of Hispanic Floridians have a college degree, compared to 16 percent of Hispanic adults nationally.4 So even if Trump isn’t doing as well among older white voters, his gains among Hispanic voters, including highly educated ones, could offer a path to victory in the Sunshine State.

One last point on where Trump has made gains among Black and Hispanic voters: He has done particularly well with Black and Hispanic men, which might speak to how his campaign has actively courted them. For instance, the Republican National Convention featured a number of Black men as speakers this year. And Politico talked with more than 20 Democratic strategists, lawmakers, pollsters and activists who explained that many Black and Latino men are open to supporting Trump as they think the Democratic Party has taken them for granted. The same can’t be said of Black and Hispanic women, though, and the gender gap among nonwhite voters is shaping up to be even bigger than it was in 2016. Ninety percent of Black women supported Biden in UCLA Nationscape polling — unsurprising, as this group is arguably the most staunchly Democratic demographic in the electorate — whereas less than 80 percent of Black men did the same. And among Hispanic voters, 64 percent of women backed Biden compared to 57 percent of men.


In the end, elections are all about margins. That means Biden doesn’t necessarily have to win more white voters than Trump to win the election; he just needs to improve on Clinton’s performance four years ago. By the same token, if Trump can do better among nonwhite voters than he did in 2016 — even if he still doesn’t win them outright — that could open a door for him to win if white voters don’t shift toward Biden as much as the polls currently suggest.

But at the moment, the real margin to keep an eye on is Biden’s double-digit lead in the polls. That kind of advantage will be hard to overcome if Trump is merely chipping away at the edges of Biden’s support, especially when so many of Biden’s gains seem to have come at Trump’s expense.

Voir par ailleurs:

Européennes : le RN bat tous les records en outre-mer
De Mayotte à la Guyane en passant par la Réunion, les départements et collectivités d’outre-mer ont placé le parti de Marine Le Pen soit en tête – une première historique – soit très haut.
Laurent Decloitre, correspondant à La Réunion
Libération
27 mai 2019

Sur l’île de la Réunion, l’emblématique chanteur de maloya Danyèl Waro a pris des cheveux blancs. Lui qui avait été légèrement blessé alors qu’il manifestait contre la venue de Jean-Marie Le Pen en 1994, qui accueillait Marine Le Pen avec une pancarte «rasis déor» (racistes dehors) à sa descente d’avion pendant la campagne présidentielle de 2012, n’a pas pipé mot en mars quand la présidente du Rassemblement national est revenue sur l’île pour les européennes. Un silence qui est tout un symbole de la lente mais sûre dédiabolisation du mouvement d’extrême droite dans ce département d’outre-mer. Deux mois après la tournée de Marine Le Pen, le RN obtient à La Réunion un score historique, 31,2% des suffrages loin devant La France insoumise (19%) et La République en marche (10,4%).

« Vote d’adhésion »

Après une percée historique lors de la présidentielle de 2017, la liste RN récolte en outre-mer les fruits d’une stratégie patiemment mise en place par Marine Le Pen. Pour séduire ces 1,8 million d’électeurs, le RN a publié en début de campagne un programme dédié aux DOM-COM, insistant sur les questions migratoires, la souveraineté nationale ou l’assistanat. Dans la foulée, elle s’est offert une tournée à La Réunion et Mayotte en mars. Jordan Bardella, lui, avait passé six jours cet hiver entre Guyane et Antilles. Résultat : le RN arrive en tête en Guyane (27,4%) et en Guadeloupe (23,7%), une première là aussi, sur fond d’abstention endémique puisqu’elle a atteint près de 86% dans ces deux DOM. A Saint-Martin et Saint-Barthélémy, le RN termine également premier avec 28% des suffrages. Dans la petite île de Mayotte, département français au cœur de l’archipel des Comores fragilisé par une crise migratoire, le RN fait encore mieux, recueillant 45,56% des voix. La majorité présidentielle n’arrive en tête qu’en Polynésie (43%) et en Martinique (18,2%) où elle est talonnée par le RN (16%).

A la Réunion, cette première électorale ravit Joseph Rivière, le nouveau secrétaire départemental du RN : «Toute la Réunion nous a suivis, c’est un vote d’adhésion.» Il veut bien reconnaître que ce qu’il appelle «l’invasion des Sri-Lankais» sur l’île a joué dans les urnes. Depuis mars 2018, des migrants Sri-Lankais fuient leur pays pour tenter d’obtenir l’asile à la Réunion, après avoir traversé l’océan Indien sur près de 4 000 km dans des embarcations précaires. «On n’a pas de logements en nombre suffisant pour les Réunionnais, et vous voudriez qu’on loge et soigne gratuitement des étrangers ? On n’en a pas les moyens», assène Joseph Rivière. Les Réunionnais sont confrontés à un très fort taux de chômage (24% en 2018 selon l’Insee) et un pouvoir d’achat en berne (40% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté). Lors de sa visite, Marine Le Pen avait promis d’alléger l’octroi de mer, une taxe qui frappe les produits importés et contribue donc à leur surcoût.

Ras-le-bol

Pour Jean-Hugues Ratenon, député LFI de la Réunion, ce vote RN est un «appel au secours» voire une «révolution dans les urnes» auxquels le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n’a pas su répondre. Pour lui, les citoyens ont cherché avant tout à «faire barrage à Macron» dimanche. Professeur d’université, spécialiste des questions d’interculturalité, Driss Alaoui n’est pourtant pas surpris que le discours d’exclusion tenu par le RN trouve un écho dans l’île. Il estime que l’image d’Epinal d’une société réunionnaise tolérante, puisque multiculturelle, ne va pas de soi : «On ne veut pas voir la façon dont certains se comportent vis-à-vis des communautés comorienne et mahoraise de la Réunion.»

Sur l’île de Mayotte justement, située à 1 400 km au nord de la Réunion, Marine Le Pen obtient donc près de la moitié des suffrages exprimés (45,5% des voix), très loin devant Les Républicains (16,8%) et La France insoumise (9,2%). Le département français est sclérosé par une immigration clandestine massive en provenance des Comores voisines. En avril 2018, la population avait manifesté son ras-le-bol face à l’insécurité récurrente, s’en prenant physiquement aux réfugiés. Du pain béni pour Marine Le Pen, qui s’y était rendue juste avant son passage à la Réunion, où elle avait été accueillie par deux maires de droite puis invitée par des prêtres hindous. Elle avait en outre pris soin de s’afficher auprès des gilets jaunes. Le mouvement, qui avait complètement paralysé la Réunion fin 2018, dégénérant en émeutes urbaines. Immigration et insécurité, les deux principaux ingrédients du carburant RN.


Médias: Vous avez dit « fake news » ? (What casual, everyday bias of reporters ?)

22 novembre, 2019
Lors d\'une manifestation contre la politique de Donald Trump sur l\'immigration, le 9 juin 2019, à Los Angeles (Etats-Unis).
L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. (…) Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l’hitlérisme? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme? Non, incontestablement, car beaucoup de choses demeuraient incomprises par la masse ou l’ennuyaient, du fait de leur éternelle répétition.[…] Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich)
Parmi les hommes, ce sont ordinairement ceux qui réfléchissent le moins qui ont le plus le talent de l’imitation. Buffon
La tendance à l’imitation est vivace surtout chez les sauvages. Darwin
Comme la faculté d’imitation dépend de la faculté d’observation, elle se développera d’autant plus chez les animaux qu’ils seront plus intelligents. George John Romanes
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Les journalistes moyens à qui nous parlons ont 27 ans et leur seule expérience de journaliste, c’est de suivre les campagnes politiques. C’est un changement radical. Ils ne savent littéralement rien. (…) Nous avons créé une chambre d’écho. Ils disaient des choses qui validaient ce que nous leur avions donné à dire.  Ben Rhodes (conseiller-adjoint à la sécurité extérieure d’Obama)
Media feeding frenzies have become almost commonplace in recent years, as Gary Hart, Oliver North, Vice President Dan Quayle and Speaker of the House Jim Wright, among many others, could readily attest. But in McMartin, the media seemed especially zealous–in large part because of the monstrous, bizarre and seemingly incredible nature of the original accusations. More than most big stories, McMartin at times exposed basic flaws in the way the contemporary news organizations function. Pack journalism. Laziness. Superficiality. Cozy relationships with prosecutors. A competitive zeal that sends reporters off in a frantic search to be first with the latest shocking allegation, responsible journalism be damned. A tradition that often discourages reporters from raising key questions if they aren’t first brought up by the principals in a story. In the early months of the case in particular, reporters and editors often abandoned two of their most cherished and widely trumpeted traditions–fairness and skepticism. As most reporters now sheepishly admit–and as the record clearly shows–the media frequently plunged into hysteria, sensationalism and what one editor calls « a lynch mob syndrome. » On so volatile an issue in an election year, defense attorneys maintain, that helped make it all but inevitable that the case would be prosecuted on a scale greater than the actual evidence warranted. There were stories about child prostitution and massive child pornography rings, stories about children being exchanged between preschools for sexual purposes, stories about a connection between alleged molestation at McMartin and a murder eight years earlier. None of these charges was ultimately proved, but the media largely acted in a pack, as it so often does on big events, and reporters’ stories, in print and on the air, fed on one another, creating an echo chamber of horrors. The LA Times
La presse accréditée à la Maison-Blanche est-elle victime du syndrome de Stockholm? Dans un livre devenu un classique du reportage politique américain, The Boys on the Bus, le reporter de Rolling Stone Timothy Crouse comparait en 1973 le convoi de la presse présidentielle sous Nixon à «un affreux petit camp de prisonniers de guerre, le chouchou du commandant, un officier débutant bien dressé et trop zélé, persécutant les prisonniers, étudiant leurs failles, récompensant leurs échecs, les punissant pour leurs succès et les encourageant à se dénoncer mutuellement». Jean-Marie Pottier
Les experts politiques ne sont pas un groupe très diversifié et ont tendance à accorder beaucoup de confiance aux opinions de leurs confrères et des autres membres de l’establishment politique. Une fois établi, le consensus tend à se renforcer jusqu’à et à moins que ne viennent l’interrompre des preuves absolument irréfutables. Les médias sociaux, Twitter en particulier, ne peuvent qu’aggraver encore le phénomène de pensée de groupe jusqu’à la création d’une véritable chambre d’écho. (…) Depuis au moins l’époque des « Boys on the bus, » le journalisme politique souffre d’une mentalité de meute. Les événements tels que les conventions et les débats rassemblent dans la même salle des milliers de journalistes; il suffit d’assister à l’un de ces événements pour presque littéralement sentir la nouvelle doxa se fabriquer en temps réel.  Nate Silver
Political experts aren’t a very diverse group and tend to place a lot of faith in the opinions of other experts and other members of the political establishment. Once a consensus view is established, it tends to reinforce itself until and unless there’s very compelling evidence for the contrary position. Social media, especially Twitter, can amplify the groupthink further. It can be an echo chamber. James Surowiecki’s book “The Wisdom of Crowds” argues that crowds usually make good predictions when they satisfy these four conditions: Diversity of opinion. “Each person should have private information, even if it’s just an eccentric interpretation of the known facts.” Independence. “People’s opinions are not determined by the opinions of those around them.” Decentralization. “People are able to specialize and draw on local knowledge.” Aggregation. “Some mechanism exists for turning private judgments into a collective decision.” Political journalism scores highly on the fourth condition, aggregation. While Surowiecki usually has something like a financial or betting market in mind when he refers to “aggregation,” the broader idea is that there’s some way for individuals to exchange their opinions instead of keeping them to themselves. And my gosh, do political journalists have a lot of ways to share their opinions with one another, whether through their columns, at major events such as the political conventions or, especially, through Twitter. But those other three conditions? Political journalism fails miserably along those dimensions. Diversity of opinion? For starters, American newsrooms are not very diverse along racial or gender lines, and it’s not clear the situation is improving much. And in a country where educational attainment is an increasingly important predictor of cultural and political behavior, some 92 percent of journalists have college degrees. A degree didn’t used to be a de facto prerequisite for a reporting job; just 70 percent of journalists had college degrees in 1982 and only 58 percent did in 1971. The political diversity of journalists is not very strong, either. As of 2013, only 7 percent of them identified as Republicans (although only 28 percent called themselves Democrats with the majority saying they were independents). And although it’s not a perfect approximation — in most newsrooms, the people who issue endorsements are not the same as the ones who do reporting — there’s reason to think that the industry was particularly out of sync with Trump. Of the major newspapers that endorsed either Clinton or Trump, only 3 percent (2 of 59) endorsed Trump. By comparison, 46 percent of newspapers to endorse either Barack Obama or Mitt Romney endorsed Romney in 2012. Furthermore, as the media has become less representative of right-of-center views — and as conservatives have rebelled against the political establishment — there’s been an increasing and perhaps self-reinforcing cleavage between conservative news and opinion outlets such as Breitbart and the rest of the media. Although it’s harder to measure, I’d also argue that there’s a lack of diversity when it comes to skill sets and methods of thinking in political journalism. Publications such as Buzzfeed or (the now defunct) Gawker.com get a lot of shade from traditional journalists when they do things that challenge conventional journalistic paradigms. But a lot of traditional journalistic practices are done by rote or out of habit, such as routinely granting anonymity to staffers to discuss campaign strategy even when there isn’t much journalistic merit in it. Meanwhile, speaking from personal experience, I’ve found the reception of “data journalists” by traditional journalists to be unfriendly, although there have been exceptions. Independence? This is just as much of a problem. Crowds can be wise when people do a lot of thinking for themselves before coming together to exchange their views. But since at least the days of “The Boys on the Bus,” political journalism has suffered from a pack mentality. Events such as conventions and debates literally gather thousands of journalists together in the same room; attend one of these events, and you can almost smell the conventional wisdom being manufactured in real time. (Consider how a consensus formed that Romney won the first debate in 2012 when it had barely even started, for instance.) Social media — Twitter in particular — can amplify these information cascades, with a single tweet receiving hundreds of thousands of impressions and shaping the way entire issues are framed. As a result, it can be largely arbitrary which storylines gain traction and which ones don’t. What seems like a multiplicity of perspectives might just be one or two, duplicated many times over. Decentralization? Surowiecki writes about the benefit of local knowledge, but the political news industry has become increasingly consolidated in Washington and New York as local newspapers have suffered from a decade-long contraction. That doesn’t necessarily mean local reporters in Wisconsin or Michigan or Ohio should have picked up Trumpian vibrations on the ground in contradiction to the polls. But as we’ve argued, national reporters often flew into these states with pre-baked narratives — for instance, that they were “decreasingly representative of contemporary America” — and fit the facts to suit them, neglecting their importance to the Electoral College. A more geographically decentralized reporting pool might have asked more questions about why Clinton wasn’t campaigning in Wisconsin, for instance, or why it wasn’t more of a problem for her that she was struggling in polls of traditional bellwethers such as Ohio and Iowa. If local newspapers had been healthier economically, they might also have commissioned more high-quality state polls; the lack of good polling was a problem in Michigan and Wisconsin especially. There was once a notion that whatever challenges the internet created for journalism’s business model, it might at least lead readers to a more geographically and philosophically diverse array of perspectives. But it’s not clear that’s happening, either. Instead, based on data from the news aggregation site Memeorandum, the top news sources (such as the Times, The Washington Post and Politico) have earned progressively more influence over the past decade: The share of total exposure for the top five news sources climbed from roughly 25 percent a decade ago to around 35 percent last year, and has spiked to above 40 percent so far in 2017. While not a perfect measure, this is one sign the digital age hasn’t necessarily democratized the news media. Instead, the most notable difference in Memeorandum sources between 2007 and 2017 is the decline of independent blogs; many of the most popular ones from the late ’aughts either folded or (like FiveThirtyEight) were bought by larger news organizations. Thus, blogs and local newspapers — two of the better checks on Northeast Corridor conventional wisdom run amok — have both had less of a say in the conversation. All things considered, then, the conditions of political journalism are poor for crowd wisdom and ripe for groupthink. Likewise, improving diversity is liable to be a challenge, especially because the sort of diversity that Surowiecki is concerned with will require making improvements on multiple fronts (demographic diversity, political diversity, diversity of skill sets). Still, the research Surowiecki cites is emphatic that there are diminishing returns to having too many of the same types of people in small groups or organizations. Teams that consist entirely of high-IQ people may underperform groups that contain a mix of high-IQ and medium-IQ participants, for example, because the high-IQ people are likely to have redundant strengths and similar blind spots. That leaves independence. In some ways the best hope for a short-term fix might come from an attitudinal adjustment: Journalists should recalibrate themselves to be more skeptical of the consensus of their peers. That’s because a position that seems to have deep backing from the evidence may really just be a reflection from the echo chamber. You should be looking toward how much evidence there is for a particular position as opposed to how many people hold that position: Having 20 independent pieces of evidence that mostly point in the same direction might indeed reflect a powerful consensus, while having 20 like-minded people citing the same warmed-over evidence is much less powerful. Obviously this can be taken too far and in most fields, it’s foolish (and annoying) to constantly doubt the market or consensus view. But in a case like politics where the conventional wisdom can congeal so quickly — and yet has so often been wrong — a certain amount of contrarianism can go a long way. Nate Silver
Dans les médias de la communication, une chambre d’écho, ou chambre d’écho médiatique est une description métaphorique d’une situation dans laquelle l’information, les idées, ou les croyances sont amplifiées ou renforcées par la communication et la répétition dans un système défini. Il s’agit d’une analogie avec la chambre d’écho acoustique, ou chambre réverbérante, dans laquelle les sons sont réverbérés par les murs. À l’intérieur d’une chambre d’écho médiatique, les sources ne sont généralement pas remises en question et les points de vues opposés sont censurés ou sous-représentés. John Scruggs, lobbyiste chez le cigarettier Philip Morris, décrit en 1998 deux mécanismes de ce qu’il appelle les «chambres d’écho». Le premier consiste en la répétition d’un même message par différentes sources. Le second mécanisme consiste en la diffusion de messages similaires mais complémentaires par une seule source. Scruggs décrit la chambre d’écho comme stratégie pour augmenter la crédibilité de certaines informations au regard d’une audience cible. Avec la démocratisation de l’internet et l’arrivée des médias sociaux, les chambres d’écho se sont multipliées. Les algorithmes des réseaux sociaux agissent comme des filtres et engendrent ce qu’on a nommé des bulles de filtres. L’utilisateur à l’intérieur d’une telle bulle obtient de l’information triée à son insu en fonction de son activité sur un réseau. L’accessibilité accrue aux informations correspondant aux opinions des individus fait que ces derniers sont moins exposés à des opinions différentes des leurs. Dans les chambres d’échos, les opinions opposées à celles de la majorité sont peu diffusées et, lorsqu’elles le sont, sont souvent la cible d’attaques par cette majorité pour les discréditer. Lorsqu’une information est reprise par de nombreux médias, elle peut être déformée, exagérée, jusqu’à être plus ou moins dénaturée. En augmentant l’exposition à une fausse rumeur, sa crédibilité a tendance à augmenter. À l’intérieur d’une chambre d’écho, il peut ainsi arriver qu’une majorité d’individus croient en une version dénaturée d’une information véridique, ou en une information carrément fausse. Wikipédia
With ten people shot and four killed, this obviously meets the media’s current definition of a mass shooting. So where was the outrage? Where were the calls for new gun control laws? How did this tragedy turn into a non-story? First of all, the victims were all adult males from the Hmong community. And while police said they didn’t find any ties to gang activity among the victims, they were looking into a recent “disturbance” between some of them and members of one of the local Hmong gangs. (Fresno has had problems with gang violence, including Hmong groups, for quite a while now.) Another factor is the fact that police reported the assailants using semiautomatic handguns. The event was reportedly over pretty quickly, so they probably weren’t using collections of extended magazines. In other words, this mass shooting is uninteresting to much of the media because it fails all the normal tests and doesn’t fit in with the narrative. Had the men at least been using “assault rifles” they might have merited a bit more coverage. But those events are vanishingly rare because most gang members are well aware that it’s tough to hide a long gun when walking down the street to attack someone or while fleeing the scene afterward. Further, if initial reports prove accurate, this was an incident of adult Asian people shooting other adult Asian people. And most of the press has about as much interest in that story as one where black gang members are shooting other black people. In short… basically none. It’s reminiscent of the Bunny Friend Park shooting in New Orleans back in 2015. It was the second-largest mass shooting of the year in the United States. Seventeen people were shot in the middle of a public festival but if you didn’t live in New Orleans or subscribe to the Times-Picayune, you probably never heard about it. Why? Because it was two rival gangs composed primarily of African-Americans settling a turf war. Unfortunately, they were such poor marksmen that almost all of the victims were bystanders, including a young boy who was shot through the spine and will likely spend his life in a wheelchair. So the Fresno shooting has effectively already gone down the memory hole, while the last school shooting (that claimed fewer victims) is still popping up in the news a week later. Hot air
Les États-Unis ont « le plus haut taux d’enfants en détention au monde ». Est-ce que ça vaut la peine d’être signalé ? Peut-être, peut-être pas. Néanmoins, l’Agence France-Presse, ou AFP, et Reuters l’ont signalé, attribuant l’information à une « étude des Nations Unies » sur les enfants migrants détenus à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Puis les deux agences sont revenues sur leur déclaration. Supprimée, retirée, démolie. S’ils avaient pu utiliser l’un de ces hommes en noir, ils l’auraient fait. Les deux agences de presse ont expliqué que, voyez-vous, les données de l’ONU dataient de 2015 – dans le cadre d’une répression à la frontière qui avait commencé des années auparavant. Nous savons tous qui était le président en 2015. Ce n’était pas ce monstre maléfique qu’est le président Trump. C’était ce gentil, compatissant, monstre de garderie qu’était le président Barack Obama. Zap. L’histoire a fait passer Obama pour le méchant. Donc l’histoire a été retirée. Pas mise à jour ou corrigée, supprimée. Je sais que c’est un environnement médiatique dense. Qui peut suivre ? Mais essayez de vous souvenir de celle-ci, car elle est instructive. Les gens croient que les organes de presse fabriquent délibérément des fausses nouvelles, mais c’est rarement le cas. Les fausses nouvelles sont un problème qui surgit ici et là, mais les attaques beaucoup plus systématiques et profondément ancrées contre la vérité sont les distorsions quotidiennes et désinvoltes des journalistes. L’AFP et Reuters ont supprimé une histoire qui était, dans un sens strict, vraie – une étude de l’ONU a affirmé que les États-Unis avaient quelque 100 000 enfants en détention liée aux migrations. L’ONU est horriblement partiale contre l’Amérique et l’Occident. Pourtant, sur le plan du journalisme paresseux et axé sur la diffusion de communiqués de presse, l’histoire des enfants enfermés n’avait qu’une validité minimale. Ce que les agences ne semblaient pas apprécier, c’était l’implication de l’histoire : Obama, plutôt que Trump, a enfermé beaucoup d’enfants. C’est ce qui est important : non pas que l’AFP et Reuters aient supprimé une histoire, mais que l’implication de l’histoire signifie quelque chose pour eux. Chaque fois que vous lisez quelque chose de l’AFP et de Reuters (et de CNN et du Washington Post), vous devriez penser non pas ‘C’est une fausse nouvelle’ mais : ‘Quel est l’ordre du jour ?’ Pour paraphraser le commentaire tristement célèbre et instructif de Chuck Schumer sur la CIA, les médias ont six façons de vous faire penser ce qu’ils veulent que vous pensiez, dont aucune ne consiste à inventer des choses. L’une d’elles consiste à ne pas communiquer les choses. Les nouvelles qui ne sont pas mentionnées n’arrivent pas au public. Les cotes d’approbation d’Obama étaient pour la plupart très basses, comparables à celles de Trump, généralement dans les 40%. Les sondages le disaient, et les Ron Burgundy ne le signalaient tout simplement pas. Trump ne bénéficie pas de cette courtoisie. Il ne peut pas non plus être associé à de bonnes nouvelles. Un récent sondage de Newsbusters a révélé que, sur une récente période de six semaines, même pas un pour cent des médias ayant rapporté des nouvelles sur l’administration de Trump ont mentionné des mesures économiques positives. Une autre astuce consiste à rapporter sobrement les propositions politiques du politicien un, mais en se concentrant entièrement sur les mésaventures et les controverses mesquines du politicien deux. Vous pourriez, si vous êtes un consommateur d’actualités, avoir l’impression que la sénatrice Elizabeth Warren a un ensemble de plans sobres et bien raisonnés. Ces plans sont, cependant, si farfelus qu’ils sont à couper le souffle. Elle a promis 20,5 billions de dollars en nouvelles dépenses fédérales, soit une augmentation de 40 % par rapport aux montants actuels. Et pourtant, Warren n’est pas une candidate que les médias dépeignent comme déséquilibrée. Pendant ce temps, les gaffes des démocrates suscitent très peu d’intérêt . (…) Une autre astuce consiste à décider qu’une affaire qui fait avancer le mauvais récit est simplement une « nouvelle locale », et ne mérite donc pas l’attention des grands médias. Tout crime commis par des migrants illégaux peut être ignoré sans problème par CNN, mais tout crime associé à l’aile droite devient une cause de consternation nationale et d’introspection. Cette semaine, CNN a fait un reportage de grande envergure impliquant les talents de cinq reporters après que personne de l’Université de Syracuse ait envoyé un manifeste de la suprématie blanche à « plusieurs » téléphones portables et que des graffitis racistes aient été découverts dans une résidence. Auparavant, des incidents similaires sur le campus s’étaient avérés être basés sur des canulars. En cas de dissipation de cette histoire, CNN peut affirmer avec justesse: nous ne faisions que rapporter que les étudiants étaient effrayés. L’impression créée par un millier de récits de ce genre – que l’Amérique de 2019 est un cauchemar de la suprématie blanche – persistera tout de même. Utiliser ou ignorer les faits selon qu’ils créent ou non l’impression souhaitée est le principal objectif des médias d’aujourd’hui. NY Post
Séparer les enfants de leurs parents, comme cela a été fait par l’administration Trump, même de jeunes enfants, à la frontière avec le Mexique (…) constitue un traitement inhumain à la fois pour les parents et pour l’enfant. Manfred Nowak
Plus de 100 000 enfants sont actuellement détenus en lien avec l’immigration aux Etats-Unis. Ce total comprend les enfants détenus avec leurs parents et les mineurs détenus séparément, a affirmé lundi 18 novembre l’ONU. Plus précisément, « le nombre total des (enfants) détenus est de 103 000 », a déclaré à l’AFP Manfred Nowak, principal auteur de l’Etude globale des Nations unies sur les enfants privés de liberté. Il a qualifié de « prudente » cette estimation, basée sur les chiffres officiels ainsi que sur des sources complémentaires « très fiables ». Au niveau mondial, ce sont au moins 330 000 enfants qui sont détenus dans 80 pays pour des raisons liées aux migrations, selon cette étude. « Un traitement inhumain à la fois pour les parents et pour l’enfant » Selon Manfred Nowak, le nombre de 103 000 enfants détenus aux Etats-Unis comprend les mineurs non accompagnés, ceux qui ont été arrêtés avec leurs proches, et ceux qui ont été séparés de leurs parents avant la détention. L’étude examine notamment les violations de la Convention des droits de l’enfant, qui stipule que la détention des enfants ne doit être utilisée « que comme une mesure de dernier recours et pour la durée possible la plus courte ». Les Etats-Unis sont le seul pays membre des Nations unies à n’avoir pas ratifié la convention, entrée en vigueur en 1990. Mais Manfred Nowak a souligné que cela n’exonérait pas l’administration du président Donald Trump de la responsabilité de ses actes en matière de détention d’enfants migrants à sa frontière avec le Mexique. France info
Étude : 1/3 des enfants immigrés détenus dans le monde le sont aux États-Unis Triste record pour les États-Unis. Alors que l’administration Trump mène une politique unique dans l’histoire des USA en matière d’immigration, l’on apprend via un rapport que le nombre d’enfants détenus dans le cadre de la lutte contre l’immigration atteint un sommet comparé aux statistiques mondiales. Et pour cause, avec un total de 330.000 enfants détenus dans le monde pour des raisons migratoires, les États-Unis de Donald Trump tiennent le haut du pavé avec un total de plus de 100.000 enfants détenus pour les mêmes raisons. La Nouvelle tribune
The Associated Press has withdrawn its story about a claim about the number of children being held in migration-related detention in the United States. The story quoted an independent expert working with the U.N. human rights office saying that over 100,000 children are currently being held. But that figure refers to the total number of U.S. child detentions for the year 2015, according to the U.N. refugee agency. A substitute version will be sent. The AP
AFP is withdrawing this story. The author of the report has clarified that his figures do not represent the number of children currently in migration-related US detention, but the total number of children in migration-related US detention in 2015. We will delete the story. AFP
Correction: Report Withdrawn Because Of Error In Study Data An updated report about the study and the author’s error has been posted here. We have withdrawn this story about U.S. incarceration rates of children because the U.N. study’s author has acknowledged a significant error in the data. We will post a revised article with more complete information as soon as possible. Because of an error by the study’s author, NPR removed its original story about a study of U.S. incarceration rates of children. NPR has published a new story about the study here. NPR

Vous avez dit « fake news » ? (recette incluse)

Sortez un titre choc (« United States has the world’s highest rate of children in detention”, « Les États-Unis, champions du monde de la détention de mineurs », Étude : 1/3 des enfants immigrés détenus dans le monde le sont aux États-Unis) …

Ou plus factuellement subtil (« Plus de 100 000 enfants en détention aux Etats-Unis en lien avec l’immigration« ) …

N’hésitez pas à forcer la dose avec un chiffre ahurissant (en fait, le total accumulé de tous les enfants détenus en une année) …

Attribuez le aux seuls Etats-Unis (Corée du nord comprise !)

Citez un rapport de l’ONU (une étude de 2005 fera l’affaire) …

Sortez l’info massivement dans toutes les agences de presse internationales (AFP, Associated Press, Reuters)

Et même pour faire bonne mesure les organes de presse nationaux (National Public radio, France info) …

Comme les quotidiens de référence (NYT) …

N’oubliez pas une photo bien larmoyante d’enfants manifestants contre ledit traitement inhumain (ou au pire une photo de barbelés) …

Enfin en cas d’impair …

Entre un dessin antisémite et une rétention d’information

Retirez tranquillement l’info (un simple 404 ou au besoin trois lignes de communiqué sur Twitter ou un site de journal) …

Et, le tour est joué, …

Ne rappelez surtout pas …

Qui était président des Etats-Unis en 2015 (pour les mémoires chancelantes, Donald Trump arrive au pouvoir en janvier 2017) !

Plus de 100 000 enfants en détention aux Etats-Unis en lien avec l’immigration

 Au niveau mondial, ce sont au moins 330 000 enfants qui sont détenus dans 80 pays pour des raisons liées aux migrations.

Lors d\'une manifestation contre la politique de Donald Trump sur l\'immigration, le 9 juin 2019, à Los Angeles (Etats-Unis).

Lors d’une manifestation contre la politique de Donald Trump sur l’immigration, le 9 juin 2019, à Los Angeles (Etats-Unis). (DAVID MCNEW / AFP)

Voir aussi:

Then the two agencies retracted the story. Deleted, withdrew, demolished. If they could have used one of those Men in Black memory-zappers on us, they would have. Sheepishly, the two news organizations explained that, you see, the UN data was from 2015 — part of a border crackdown that had begun years earlier.

We all know who the president was in 2015. It wasn’t evil, child-caging monster President Trump. It was that nice, compassionate, child-caging monster President Barack Obama.

Zap. The story made Obama look bad. Hence the story was removed. Not updated or corrected, removed.

I know it’s a heavy news environment. Who can keep up? But try to remember this one, because it’s instructive. People think news organizations flat-out fabricate stories. That isn’t often the case. Fake news is a problem that pops up here and there, but the much more systematic and deeply entrenched attack on truth is the casual, everyday bias of reporters.

AFP and Reuters deleted a story that was, in a narrow sense, true — that a UN study claimed the United States had some 100,000 children in migrant-related detention. The United Nations is horribly biased against America and the West. Still, on the level of lazy, news-release-driven journalism, the locked-up-kids story was minimally valid.

At any rate, what the agencies didn’t seem to like was the story’s changed implication: That Obama, rather than Trump, locked up a lot of children. This is what’s important: Not that AFP and Reuters deleted a story, but that the implication of the story meant everything to them.

Every time you read something from AFP and Reuters (and CNN and the Washington Post), you should be thinking not “This is fake news” but: “What’s the agenda?” To paraphrase Chuck Schumer’s infamous, and instructive, comment on the CIA, news outlets have six ways from Sunday of getting you to think what they want you to think, none of which involve making up stuff.

One is simply not reporting things. News that isn’t mentioned didn’t really happen to that outlet’s consumers. Obama’s approval ratings were mostly really low, comparable to Trump’s, typically in the low to mid-40s. Polls would come out saying this, and the Ron Burgundys would simply not report it.

Using, or ignoring, facts in accordance with whether they create the desired impression is the principal agenda of today’s media.

Trump doesn’t enjoy this courtesy. Nor can he be associated with good news. A recent Newsbusters survey found that, over a recent six-week period, not even 1 percent of network news reporting on the Trump administration even mentioned positive economic news.

Another trick is soberly reporting the policy proposals of Politician One but focusing entirely on the miscues and petty controversies of Politician Two. You might, if you are a news consumer, be under the impression that Sen. Elizabeth Warren has a sober, well-reasoned set of plans. These plans are, however, so far-fetched as to be breathtaking. She has vowed $20.5 trillion in new federal spending, an increase of 40 percent on top of current levels. Yet Warren isn’t the candidate the media habitually portray as unhinged.

Meanwhile, the gaffes of Democrats attract very little interest; network news basically ignored the mini-scandal involving Pete Buttigieg, who promoted a list of black supporters, many of whom either were not black or did not support him. The networks declined to cast Buttigieg as racially insensitive.

Still another trick is deciding that a matter that advances the wrong narrative is simply “local news,” hence not worthy of attention from the major outlets. Any crimes committed by illegal immigrants can be safely ignored by CNN, but any crimes associated with right-wingers become cause for national dismay and soul searching.

CNN did a massive story this week involving the talents of five reporters after someone at Syracuse University sent out a white supremacist manifesto to “several” cellphones and racist graffiti was discovered in a residence hall. Previously, similar outbreaks of campus fear turned out to be based on hoaxes. Yet if this story dissolves, CNN can accurately claim, hey, we were just reporting that students were scared.

The impression created by a thousand stories like this — that America in 2019 is a white supremacist nightmare — will linger all the same. Using, or ignoring, facts in accordance with whether they create the desired impression is the principal agenda of today’s media.

Voir également:

Surprise! Reports claiming US has ‘more than 100,000 children’ currently in migration-related detention facilities are bogus
Becket Adams
The Washington Examiner
November 19, 2019

Various news outlets, including Agence France-Presse, the Associated Press, National Public Radio, and Reuters, reported this week that a United Nations study showed that there are « more than 100,000 children in migration-related U.S. detention.”

That sounds pretty bad. It means America has “the world’s highest rate of children in detention,” in violation of “international law.”

Except, oops! It is total nonsense.

First, the number of minors currently detained in the United States is more like 6,500: 1,500 detained by the Department of Homeland Security and 5,000 detained by the Department of Health and Human Services, as attorney and Washington Examiner contributor Gabriel Malor helpfully notes.

Second, newsrooms wrongly blamed the Trump administration for what was actually a study of the cumulative (not current) number of migration-related detentions for the year 2015. The 100,000 figure cited in the U.N. study includes everything from minors who were held for a day to minors who were held for several months. Further, you might recall — if you are not suffering too severely from « Trump derangement syndrome » — that Trump was not even sworn in to the White House until January 2017. In fact, in 2015, nobody thought Trump would ever be president.

That “100,000” figure should have never made it past the editing process, let alone launch a handful of headlines declaring the U.S. the leader in detained children. That figure requires not just shoddy math but also a total suspension of disbelief regarding what goes on in the darker, more tyrannical corners of the world. To say the U.S. is a world leader in detained minors would mean that America is measured against all countries, including China, Russia, and North Korea. If you believe U.N. investigators have reliable figures from any of those countries, then, oh boy, have I got a bridge to sell you.

To the surprise of absolutely no one with even an ounce of skepticism, the supposedly shocking news report has fallen apart. A few of the outlets that misreported the U.N. study have announced since that they are withdrawing their respective articles.

“AFP is withdrawing this story,” the French newsgroup announced Tuesday. “The author of the report has clarified that his figures do not represent the number of children currently in migration-related U.S. detention, but the total number of children in migration-related U.S. detention in 2015. We will delete the story.”

Voir de plus:

Étude : 1/3 des enfants immigrés détenus dans le monde le sont aux États-Unis
Sam Boton
La Nouvelle tribune (Maroc)
19 novembre 2019

Triste record pour les États-Unis. Alors que l’administration Trump mène une politique unique dans l’histoire des USA en matière d’immigration, l’on apprend via un rapport que le nombre d’enfants détenus dans le cadre de la lutte contre l’immigration atteint un sommet comparé aux statistiques mondiales.

Et pour cause, avec un total de 330.000 enfants détenus dans le monde pour des raisons migratoires, les États-Unis de Donald Trump tiennent le haut du pavé avec un total de plus de 100.000 enfants détenus pour les mêmes raisons.

STORY REMOVED: BC-EU–UN-US-Detained Children

The Associated Press has withdrawn its story about a claim about the number of children being held in migration-related detention in the United States. The story quoted an independent expert working with the U.N. human rights office saying that over 100,000 children are currently being held. But that figure refers to the total number of U.S. child detentions for the year 2015, according to the U.N. refugee agency.

A substitute version will be sent.

The AP

Voir encore:

 

 

Bill Chappell

Posted on Nov. 20 at 5:15 p.m. ET

An updated report about the study and the author’s error has been posted here.

Posted on Nov. 19 at 6:53 p.m. ET

We have withdrawn this story about U.S. incarceration rates of children because the U.N. study’s author has acknowledged a significant error in the data. We will post a revised article with more complete information as soon as possible.

Correction Nov. 20, 2019

Because of an error by the study’s author, NPR removed its original story about a study of U.S. incarceration rates of children. NPR has published a new story about the study here.

Voir par ailleurs:

Why you’re not hearing more about that mass shooting in Fresno

This particular bit of awful news out of Fresno, California broke on Sunday evening and at first, it caused quite a stir in the media. A mass shooting had taken place in the back yard of a family home where a group of people had gathered to watch football. Multiple gunmen entered the yard through a side gate and without saying a word began firing into the crowd. When they fled there were four dead and six more injured. People were justifiably horrified. (Associated Press)

A close-knit Hmong community was in shock after gunmen burst into a California backyard gathering and shot 10 men, killing four.

“We are right now just trying to figure out what to do, what are the next steps. How do we heal, how do we know what’s going on,” said Bobby Bliatout, a community leader…

“Our community is in mourning, and we still don’t know what’s going on, or who are the suspects,” said Pao Yang, CEO of the Fresno Center, a Hmong community group.

This shooting qualified for multiple Breaking News announcements on cable news and announcements arriving in people’s email inboxes. And then a strange thing seemed to happen. By Monday morning there was almost no additional coverage. I think I saw it mentioned briefly twice on CNN, and then it was back to the impeachment hearings pretty much non-stop

With ten people shot and four killed, this obviously meets the media’s current definition of a mass shooting. So where was the outrage? Where were the calls for new gun control laws? How did this tragedy turn into a non-story?

First of all, the victims were all adult males from the Hmong community. And while police said they didn’t find any ties to gang activity among the victims, they were looking into a recent “disturbance” between some of them and members of one of the local Hmong gangs. (Fresno has had problems with gang violence, including Hmong groups, for quite a while now.)

Another factor is the fact that police reported the assailants using semiautomatic handguns. The event was reportedly over pretty quickly, so they probably weren’t using collections of extended magazines.

In other words, this mass shooting is uninteresting to much of the media because it fails all the normal tests and doesn’t fit in with the narrative. Had the men at least been using “assault rifles” they might have merited a bit more coverage. But those events are vanishingly rare because most gang members are well aware that it’s tough to hide a long gun when walking down the street to attack someone or while fleeing the scene afterward.

Further, if initial reports prove accurate, this was an incident of adult Asian people shooting other adult Asian people. And most of the press has about as much interest in that story as one where black gang members are shooting other black people. In short… basically none. It’s reminiscent of the Bunny Friend Park shooting in New Orleans back in 2015. It was the second-largest mass shooting of the year in the United States.

Seventeen people were shot in the middle of a public festival but if you didn’t live in New Orleans or subscribe to the Times-Picayune, you probably never heard about it. Why? Because it was two rival gangs composed primarily of African-Americans settling a turf war. Unfortunately, they were such poor marksmen that almost all of the victims were bystanders, including a young boy who was shot through the spine and will likely spend his life in a wheelchair.

So the Fresno shooting has effectively already gone down the memory hole, while the last school shooting (that claimed fewer victims) is still popping up in the news a week later. There’s no real underlying lesson here that we didn’t already know about. I only bring it up as a useful data point for future reference. The police still have no suspects identified in the Fresno shooting, but hopefully, progress will be made. We should send out our thoughts and prayers to the victims and their families.


Columbus Day/527e: Cherchez le massacre ! (Looking back at the holiday that helped Italians join the white race)

14 octobre, 2019

Chagall-Tabernacles-1916Le premier repas de Thanksgiving (novembre 1621), par Jean Leon Gerome FerrisImage result for Canadian Thanksgiving Oct 14 2019Related imagehttps://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/88/1891_New_Orleans_Italian_lynching.jpg?uselang=frMontgomery Advertiser, Vol. LXXVII, Issue 21, p. 4.https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0c/Biblioteca_del_Senado_de_la_Provincia_-_52_-_Por_una_raza_fuerte%2C_laboriosa%2C_pacifista_y_soberana.jpg

Image result for Columbus day NY 2019Related imageImage result for Columbus day NY 2019Image result for Columbus day NY 2019Image result for Columbus day NY 2019Image result for Columbus day NY 2019
Related imageImage result for Wanted anti Columbus poster genocideImage result for Columbus day Thanksgiving Fourth of July genocideImage result for diseases of the columbian exchange

Graph demonstrating the population collapse in Central Mexico brought on by successive epidemics in the early colonial period.

Le quinzième jour du septième mois, quand vous récolterez les produits du pays, vous célébrerez donc une fête à l’Éternel (…) et vous vous réjouirez devant l’Éternel, votre Dieu, pendant sept jours. (…) Vous demeurerez pendant sept jours sous des tentes … afin que vos descendants sachent que j’ai fait habiter sous des tentes les enfants d’Israël, après les avoir fait sortir du pays d’Égypte. Je suis l’Éternel, votre Dieu. Lévitique 23: 39-43
They all laughed at Columbus when he said the world was round, They all laughed when Edison recorded sound. Ira Gershwin
Je vous diray, que soubs le ciel, il n’y a nation plus liberalle, de ce qui croist en leur païs, que ceux-cy, pourvu que ce ne soient point de leurs ennemys. Thevet
Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé. Il ne faut pas juger à l’aune de nos critères. (…) Je trouve… qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. (…) Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a d’autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu… Ils ne demandent à leurs prisonniers autre rançon que la confession et reconnaissance d’être vaincus ; mais il ne s’en trouve pas un, en tout un siècle, qui n’aime mieux la mort que de relâcher, ni par contenance, ni de parole, un seul point d’une grandeur de courage invincible ; il ne s’en voit aucun qui n’aime mieux être tué et mangé, que de requérir seulement de ne l’être pas. Ils les traitent en toute liberté, afin que la vie leur soit d’autant plus chère ; et les entretiennent communément des menaces de leur mort future, des tourments qu’ils y auront à souffrir, des apprêts qu’on dresse pour cet effet, du détranchement de leurs membres et du festin qui se fera à leurs dépens. Tout cela se fait pour cette seule fin d’arracher de leur bouche parole molle ou rabaissée, ou de leur donner envie de s’enfuir, pour gagner cet avantage de les avoir épouvantés, et d’avoir fait force à leur constance. Car aussi, à le bien prendre, c’est en ce seul point que consiste la vraie victoire. Montaigne
Aux États-Unis, certains musées d’ethnologie amérindienne minimisent, et parfois éliminent, toute violence religieuse et guerrière dans les cultures des native Americans. Pour en revenir aux Tupinambas, il se trouve qu’on est très bien renseigné sur eux. Alfred Métraux a fait le point sur la question, dès 1928, s’appuyant sur plusieurs témoignages distincts de contemporains de Montaigne : capturés par cette peuplade farouche, ils avaient pu s’en sortir, et nous décrivent par le menu les mœurs terribles de ces peuples, qui faisaient des prisonniers afin de se procurer de futures victimes sacrificielles, mises à mort et dévorées après acclimatation à la tribu des vainqueurs ! Métraux ironisait sur le fait que cette tribu fût justement à l’origine du mythe du « bon sauvage » ! Son texte, si contraire à la vague primitiviste qui allait suivre, fut repris plusieurs fois; L’anthropologie rituelle des Tupinambas se trouve aujourd’hui dans Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (Gallimard 1967). (…)  D’une part, on a pu trouver chez de vieux auteurs (imparfaitement christianisés !) la justification de l’offrande du Christ à la messe au titre d’une « efficacité » comparable à celle des sacrifices païens qui obtiennent quelques bons résultats, quand c’est, au cœur du salut, l’efficace de l’amour du Fils qui est à l’œuvre… et vous savez que la Rédemption elle-même a pu être interprétée dans des langages discutables. D’autre part, on rencontre, dans certains rites païens, une espèce d’excuse présentée à la victime, comme si, sachant qu’elle n’était pas vraiment coupable, on lui reprochait seulement son imprudence… (…) Toute la part esthétique de la religion, cette espèce d’amoindrissement du sacrifice que constitue la cérémonie (par rapport au lynchage), nous ne devons pas la négliger. On pourrait peut-être en dessiner le parcours dans une histoire de la danse, qui montrerait qu’elle va des choses les plus sauvages aux figures les plus sereines… En tous cas, l’apaisement obtenu par un rite sacrificiel de plus en plus symbolique, on aurait tort d’en faire fi trop vite, et d’en détruire sans précaution les usages sous prétexte de « lumières », dans un monde qui cherche fiévreusement des « repères ». (…) à Byzance, on jouait Oedipe-Roi comme la Passion du Christ ? Je trouve cela bouleversant; cette lecture naïve illustre, avec une grande force, le regard que le christianisme porte légitimement sur la culture. (…) je m’intéresse de plus en plus à Pascal. Cette œuvre est si puissante ! Mais, pour appliquer ce que vous dites à ce que nous vivons, n’est-il pas clair qu’on met bien à tort sur le dos de « différences » (traditionnelles, ancestrales, culturelles, religieuses…) des phénomènes enracinés au contraire dans la perte de ces traditions ? L’incapacité – par trop de retard pris – à participer à la concurrence avec l’Occident, dont on rêve, qui fait le tourment unique, et dont on a, par imitation, adopté les valeurs, devient le désir brûlant de briser ce qu’on ne peut atteindre. Peut-être Pascal n’a-t-il pas vu pleinement cet entraînement mimétique; mais comment ne pas admirer la mise en cause du désir qu’il opère à travers la notion de « divertissement » ? (…) J’adhère profondément à l’idée chrétienne que notre âme est une passion du divin. Simplement, quand nous le rencontrons, ce désir, il a déjà manqué son objet, il est dévoyé. Gare aux conséquences ! (…) Il semble en effet inconcevable qu’on puisse être jaloux du bien. Et cependant… Vous connaissez cette histoire de monarchie sacrée au Soudan : renversant les anciennes façons, le nouveau roi et son épouse avaient instauré le régime le plus raisonnable qu’il soit possible d’imaginer, et produisant le plus de bien commun. Une telle envie en était résultée que les voisins s’étaient réunis pour le détruire… Sans aucunement idéaliser notre propre histoire, c’est peut-être la fable du destin de l’Occident… (…) C’est justement ce qui justifie « la repentance », que certains catholiques ont bien tort de reprocher au pape. Certes, les non-chrétiens, qui oublient régulièrement de se repentir, n’ont pas moins de choses à se reprocher (souvent, bien davantage : quand je pense que l’on continue à monter en épingle les abus de l’Inquisition, après ce que l’incroyance a fait au XXe siècle !) Mais grâce à la Révélation, les chrétiens auraient dû avancer, et faire avancer le monde plus vite. Nous avons « les paroles de la vie éternelle ». Or, c’est toujours le petit nombre qui a compris, et vécu de l’esprit du Christ. Seulement, aujourd’hui, je ne vois pas d’autre lieu que l’Église pour faire barrière à cette terrible désagrégation de tout, qu’on appelle parfois l’apocalypse. Est-ce pour cela que cette Église devient comme un ultime bouc émissaire, et qu’on emploie tant d’efforts pour discréditer ou empêcher sa parole, alors qu’elle n’a plus de pouvoir que spirituel ? Et parfois de son sein même… On a l’impression d’une force diabolique d’auto-destruction. René Girard
La rapidité de la conquête de l’Amérique ibérique, comme l’ampleur du traumatisme démographique subi par les populations amérindiennes, ont très vite interpellé les contemporains. Deux principales explications fleurissent ainsi dès le XVT siècle. Popularisée par les écrits de Bartholomé de Las Casas, la première insiste sur la cruauté des Espagnols ; une explication aussitôt reprise et amplifiée par les ressortissants des nouvelle puissances coloniales de l’Europe du Nord-Ouest, ennemies plus ou moins acharnées de la très catholique Espagne. Cette « légende noire »: devait ensuite connaître un succès durable, réapparaître avec force lors de la guerre hispano-américaine de 1898, et persister encore, en certains milieux. Inversement, dégageant le colon de toute responsabilité, voire légitimant son intrusion, la seconde explication était religieuse : en favorisant la disparition des populations locales, Dieu avait voulu punir les natifs de leurs crimes réels ou supposés (cannibalisme, sacrifices humains) et faciliter ainsi la mission des Européens qui consistait à édifier un monde nouveau et civilisé. Les pertes, en fait, s’expliquent à 90% par les effets de la maladie. Les natifs sont morts en grand nombre partout où ils ont été mis en contact avec les Européens, quelle que soit la nationalité de ces derniers et la nature du régime colonial imposé. Il a fallu attendre le XX’ siècle et les progrès de la médecine afin de comprendre vraiment et de pouvoir expliquer ce que l’on avait pu jusque-là pressentir. Depuis les travaux de John Duffy, en 1951, les recherches à propos des liens entre maladie et conquête se sont multipliées, sans pour autant conduire à une véritable synthèse. L’ouvrage de N.D. Cook comble donc une réelle lacune. (…) On voit ainsi que le nouveau monde n’était pas exempt de germes pathogènes avant la conquête, mais qu’ils prirent souvent une allure destructive du fait de l’introduction de vecteurs extérieurs. Parmi les forces de mort importées, la variole d’abord, puis la rougeole furent essentielles. Vinrent également la peste, le typhus et choléra, ce dernier de manière tardive, avec le temps de la navigation à vapeur et des voyages transocéaniques écourtés. Leur transmission fut largement involontaire. La plupart de ces maladies existaient dans de nombreuses parties de l’Europe du début de la Renaissance, notamment dans les villes, où des formes endémiques étaient régulièrement réactivées en période de crise (malnutrition, guerre…), comme lors de la prise de Grenade. Des épidémies répétées de variole et rougeole touchaient alors les plus jeunes dans les ports de l’Andalousie. Aux Amériques, la maladie préparait la famine, laquelle touchait également les nouveaux venus, souvent affaiblis par une constitution fragile, le climat et la pratique de nouveaux aliments. Peu à peu, l’on passa du stade des épidémies à celui des endémies, soit de la « visite » de la maladie à la vie avec elle. La succession des vagues mortelles – souvent séparées par le temps d’une génération – explique que ceux ayant résisté à une première ont souvent été conduits au tombeau par une seconde. Ajoutons que de nombreuses maladies opèrent leur travail morbide de manière combinée (…) Il résulte de tout cela que les épidémies ont grandement facilité la conquête, affaiblissant parfois les populations natives des semaines ou des années avant leur véritable confrontation avec les hordes coloniales. Même en l’absence d’échanges importants, l’existence de contacts permanents entre les périphéries de territoires différents (par le biais, par exemple, d’une importante navigation indigène dans les Caraïbes et le long des côtes de l’Amérique andine) facilite en effet la propagation des maladies. Tous les Européens, et non les seuls Espagnols, ont tiré profit des ravages ainsi causés. On oublie souvent que les terres décrites comme vierges par les Français, les Hollandais et les Anglais étaient en fait des territoires dépeuplés, et qu’à l’époque où le Mayflower aborda les côtes américaines la conquête était déjà pratiquement complète. Pour des raisons humanitaires parfois, afin de pouvoir conserver une main d’ œuvre nécessaire souvent, les Ibériques se sont assez vite préoccupés de sort des populations amérindiennes. Au XVI’ siècle ils ont même tenté (et échoué) de s’opposer à la propagation des germes nocifs. Ce ne fut pas le cas des puritains anglais persuadés du caractère divin de leur mission : civiliser un monde sauvage. Aux XVIII’ et XIX’ siècles, les colons anglais ont même parfois utilisé des linges infectés afin de mieux faire le vide autour d’eux ; mode de conquête qui n’a pas disparu au XX’ siècle et que l’on a rencontré dans certaines zones pionnières du Brésil. Face au fléau, les natifs ont réagi de diverses manières. Ils ont fait appel à la médecine traditionnelle, sans succès, et se sont tournés vers leurs sorciers. Les maladies arrivant généralement avec les Européens, et ceux-ci tentant aussitôt de les christianiser, les Amérindiens ont parfois cru que le baptême était un instrument de mort. Cela a conduit à la réactivation de certaines traditions religieuses et au déclenchement de révoltes à caractère messianique. Olivier Pétré-Grenouilleau (Université de Bretagne-Sud à Lorient)
My undergraduate alma mater, UC Santa Cruz, recently agreed to remove a mission bell donated years ago by a local women’s club. (…) Apparently, no one wondered, while considering the list of impediments to the progress of Native Americans, just how high an offending bell at UC Santa Cruz ranks. About the same time, at San Francisco’s Washington High School, it was announced that an 83-year-old mural chronicling George Washington’s life was slated to be removed, destroyed, or covered up, owing to “accusations of racism.” Yet the artist, Victor Arnautoff, was a leftist who in 1936 had sought to offer a realistic view of what he thought was a flawed American history. (…) These examples of destruction or removal could easily be multiplied. (…) Epidemics of iconoclasm (from the Greek “breaking of icons”) erupt often throughout history, usually but not always in a religious context. And is not political correctness our era’s version of religion? In our own time, we remember the Taliban’s recent destruction of the monumental sixth-century “Buddhas of Bamiyan” statues in Afghanistan, or the torching of priceless manuscripts in Timbuktu by Mali Islamists. The arguments for such destruction were not unfamiliar to American leftists and identity-politics activists: Such icons were hurtful to particular marginalized groups and an affront to their dignity and therefore must vanish. The destruction of pictures, books, statues, and icons occurred periodically during Byzantine, Catholic, and Protestant church history, and was usually marked spurts of religious fanaticism, intolerance, and fear. Indeed, in early Byzantine history, iconoclasm was in part driven by frontier Christian towns, terrified that Constantinople’s use of ubiquitous symbols of Christ and Church fathers might provoke their neighboring Muslim adversaries into violence. We forget the role of fear and cowardice in iconoclasm, ancient and modern. Politics of the day of course often determined who or what was defaced or destroyed. Yesterday’s deified Roman emperor was today’s persona non grata. Recently deceased Roman grandees suffered damnatio memoriae (damnation of memory) and so, Soviet-style, had their faces erased from stone imagery — albeit sometimes bodies were left intact as a money-saving gesture, in perhaps history’s first example of the efficacy of interchangeable parts. French revolutionaries, like our modern iconoclasts who topple statues of Confederate soldiers in the night, often went wild destroying monuments, portraits, and names affiliated with the Ancien Régime and the Catholic Church. Like frontier posses who stormed jails to lynch detained suspects, such gangs often relied on numbers and darkness. (…) So iconoclasm of the past and our current social-justice statue-topplers, aggrieved name-changers, and angry image-removers are often predictable. Here are a few of the rules of their ancient and modern wars on the past. The agitators are never democratic and rarely act with any popular mandate or consensus. (…) Instead, in most cases, bureaucrats simply react to the loudest and most bothersome agitation. Their assumption is that political activists can easily smear their résumés, while the silent majority of citizens is mostly too busy to object and will not rally en masse to their sobriety. When the wild demands of a few are made to destroy this or rename that, the race is on among administrators, bureaucrats, and careerist state officials to appease rapidly, and in the most unctuous fashion, usually by employing bureaucratese such as “harmful” and “hurtful” and “impacts” — without any real research into the complexities of the history in question, which so often is paradoxically tragic rather than simplistically melodramatic. (…) Rarely do the revisionists who wage war on history offer any rational and systematic agenda for their otherwise spontaneous tantrums. (…) Note that the university is no more likely to change the name of Stanford to something like Amah Mutsun University to rectify the theft of indigenous peoples’ lands than Yale University is willing to give up the names of its slave-owning founders. The selective outrage is not just because old white Neanderthal alumni love going to Yale or Stanford iconic football games, but rather because tens of thousands of woke nonwhite students and alumni are proud of their tony “Yale” and “Stanford” diplomas. They are not about to destroy their career investments in such a brand name on the altar of systematic and coherent politically correct name-changing. The new iconoclasm is almost as exclusively progressive in the West as it is reactionary in the contemporary Muslim world. But the common thread, past and present, East and West, to epidemics of name-changing, statue-smashing, and mural-erasing is political opportunism fueled by fear and careerist anxiety. Certainly — in the age of #MeToo and heightened awareness of the lifelong damage to women from rape, sexual harassment, and asymmetrical sexual relationships fueled by an imbalance of power — no one is suggesting that thousands of local and state boulevards that were renamed Martin Luther King Jr. in the 1970s should now retransition, given recent disturbing revelations that King might have allowed a rape to occur in his presence, was a serial philanderer, and often, under today’s definitions, pressured sex from younger and more vulnerable females. No one would dare suggest that feminist icon Margaret Sanger’s name be removed from awards, dinners, or monuments, given that by any modern standard she would be classified as a racist eugenicist. She saw abortion on demand, at least partly, as a way of limiting the growth of perceived nonwhite populations. The disproportionate number of African Americans aborted through the agency of Sanger’s legacy, Planned Parenthood, seems a logical consequence of her founding ideology. In my hometown, I certainly have not demanded that the city council remove what I see as a somewhat offensive statue of the Aztec goddess Coatlicue. She is usually portrayed as a hideous clawed mother goddess, decked out in writhing serpents, with a grotesque necklace of dangling human hearts, skulls, and hands. She was an unforgiving goddess for whom tens of thousands of innocent men, women, and especially children, many of them indigenous peoples enslaved by the Aztecs, were sacrificed. Why honor such a monster? In such a vein, one could argue that the San Diego State “Aztecs” glorify triumphalist imperialist mass murderers, even more than the supposedly offensively named Washington Redskins do. Immigrants from Oaxaca and southern Mexico are as likely to be descendants from Tlaxcala, which resisted the Aztec Empire, as they are descendants of the Aztecs themselves. So they could be the progeny of people targeted for extinction and human sacrifice by a neighboring fascist imperialist bully. The truth is that once the statue-smasher and name-changer gets a free hand, we should expect no logic, no respite from zealotry and bigotry. He operates from emotion, not reason, and his currency is intimidation, not persuasion, consistency, and coherence — when no official is willing to just say “No!” Taking down a mural of George Washington makes about as much sense as erasing all the thousands of streets and statues named for Caesar Chavez, who at times operated hand in glove with a nightmarish Synanon cult to denigrate his own members (“Every time we look at them, they want more money,” Chavez said in 1977, complaining about farm workers. “Like pigs, you know. Here w