Francophonie/40e: Vers la dénationalisation du français? (Denationalizing French?)

31 mars, 2010
https://i2.wp.com/whiteafrican.com/wp-content/uploads/2008/04/francophone_map.jpgBienvenue dans le club des Etats qui ne laissent pas tomber les gens malades (…) L’idée que les plus pauvres d’entre vous ne soient pas laissés dans la rue, seuls, sans un centime face à la maladie, excusez-moi, nous, ça fait que 50 ans qu’on a résolu le problème. (…) Si vous venez en France, s’il vous arrive quelque chose sur le trottoir, on ne vous demandera pas votre carte de crédit avant de vous accepter à l’hôpital. Nicolas Sarkozy (Columbia university)
Le français a fini par devenir une langue africaine à part entière. Achille Mbembe
Bien que j’écrive en français, je me sens plus proche d’un Saint-Lucien anglophone ou d’un Cubain hispanophone. Les affinités littéraires sont avant tout celle de l’imagination et de l’espace qu’on partage. Patrick Chamoiseau
Plus d’un écrivain dit francophone est déjà parti, au moins une fois, rencontrer la presse française comme d’autres vont à l’abattoir, redoutant la question qui coupe net tout élan : « Pourquoi écrivez-vous en français ? » Et notre écrivain de ressasser : « Quel stress ! Je vais encore bafouiller des banalités sur mes origines, sur ma couleur, l’histoire des miens, l’état du monde, les griefs contre la colonisation ou sur mes rapports avec la langue… » Résultat des courses : une partie de ping-pong stérile, avec la formule de Bernard Pivot en clou final : «Formidable, vous vous exprimez fort bien dans notre belle langue. Ah si tous les Français… !» […] Il est des compliments plus lourds, à l’estomac, que sacs de sable mouillé, se remémore notre écrivain francophoniquement essoufflé. Abdourahman Wabéri
Pour renaître au monde qui se construit sous nos yeux, et qui est très différent du monde ancien, chaque grande langue est appelée à se dénationaliser ou, si vous voulez, à se vernaculariser. Or, de ce point de vue, le plus grand obstacle au développement de la langue française dans le monde aujourd’hui est ce qu’il faut bien appeler le narcissisme culturel français et son corollaire, le parisianisme. Je veux dire que la France a toujours pensé le français en relation avec une géographie imaginaire qui faisait de la France le centre du monde. Au cœur de cette géographie mythique, la langue française était supposée véhiculer, par nature et par essence, des valeurs universelles. Sa tache était de représenter la pensée qui, se mettant à distance d’elle-même, se réfléchit et se pense elle-même. Dans cet éclat lumineux devait se manifester une certaine démarche de l’esprit – celle qui, dans un mouvement ininterrompu, devait conduire au triomphe de la raison humaine. On le sait, ce rapport quasi-métaphysique à la langue s’explique par la double contradiction sur laquelle repose l’Etat-nation français. Il s’agit de la tension entre le cosmopolitisme et l’universalisme. Cette tension, je pense, est au fondement du narcissisme culturel français. Or, le triomphe de l’anglo-américain comme langue dominante du monde contemporain devrait entraîner la réalisation selon laquelle à trop nationaliser le français, on finit nécessairement par faire de cette langue un idiome local, sans grand intérêt pour le monde au large. Il est tout à fait significatif qu’à Paris, à la télévision, dans les grandes maisons d’édition et dans les grandes institutions culturelles, l’on continue de penser et d’agir comme si la France avait l’exclusive propriété d’une langue dont on sait par ailleurs qu’elle est aujourd’hui davantage parlée hors de France que dans l’Hexagone. L’on tarde donc à comprendre qu’elle est désormais une langue au pluriel qui, en se déployant hors de l’Hexagone, s’est enrichie, s’est infléchie et a pris du champ par rapport à ses origines. Je crois donc que si l’on veut aller loin et ouvrir un futur à la langue française, il faut définitivement sortir de l’illusion selon laquelle elle appartient à la France. Il faut, par exemple, ouvrir l’Académie française à des non Français. Il faut dénationaliser les instances qui accordent les grands prix littéraires aux meilleures œuvres du genre. Il faut inviter aux grandes émissions littéraires les Alain Mabanckou, Véronique Tadjo, Ken Bugul, Abdourahman Waberi, Samy Tchak, Efoui Kossi et ainsi de suite – les auteurs des banlieues, ceux et celles de la Réunion, de la Martinique, de la Guadeloupe. Il faut décloisonner non seulement les prix, mais aussi les genres artistiques francophones, favoriser les métissages et les collaborations entre créateurs français et francophones ; en matière cinématographique, donner la voix autant à un Basseck ba Kobhio qu’à une Eliane de la Tour au lieu de continuer de les opposer quand il s’agit des mécanismes de financement. Faisons donc comme les Anglais avec le Booker Prize par exemple ! Que les grands quotidiens et hebdomadaires et les grandes institutions culturelles accordent toute l’attention qu’il faut, non pas seulement à la pensée française, mais à la pensée de langue française. Achille Mbembe
Ne nous voilons pas la face (…) la persistance dans un terme d’une représentation historiquement datée va bien souvent de pair avec la persistance des jugements de valeur liés à celle-ci ; qu’on laisse plus ou moins nettement entendre que « la littérature francophone, c’est de la sous-littérature », ou qu’à l’inverse l’on se flatte de lire des écrivains qui contentent notre goût de « world culture. Tristan Leperlier
Littérature française, québécoise, francophone, ‘extra-française’, africaine, maghrébine, antillaise, wallonne suisse, « monde », « world culture » …

Au lendemain de la première visite d’Etat de notre Sarko national sous l’ère du premier président américain prétendument post-racial où, Dieu merci entre deux arrogances bien de chez nous, il nous a épargné le coup du Québec ou du Porto-Rico libres (à la présence française ou corse pourtant non négligeable) …

Et l’heure où, en ce 40e anniversaire de sa création à Nyamey, on n’entend parler de la francophonie qu’à l’occasion des frasques du détenteur du poste du moment (cette fois un voyage en jet privé à 116 000 euros pour une conférence d’un jour à la Martinique) …

c’est hors de France que l’on parle à présent le plus français dans le monde, la majeure partie de ses 250 millions de locuteurs vivant déjà ou étant amenés à vivre très bientôt sur le continent africain (le seul Congo dépassant déjà la France elle-même!) …

Mais où aussi, suite aux dérives du passé (jusqu’au soutien, syndrome de Fachoda oblige, de génocidaires !) ou d’une volonté revancharde, certains pays comme le Rwanda ou l’Algérie (2e pays francophone au monde en termes de locuteurs) quittent ou continuent à refuser le navire …

Pendant que du haut de leurs récompenses et succès, des auteurs franco-africains se paient le luxe de cracher dans la soupe et de vouer aux gémonies le pays qui les honore …

Retour, avec une intéressante tribune du site Mondes francophones, sur les « dessous d’une définition à géométrie variable » susceptible de mener à terme à une véritable « dénationalisation » du français que certains appellent déjà de leurs voeux.

Et notamment, au-delà de l’indifférence dédaigneuse ou de l’appropriation chauvine, sur la perpétuation d’une lecture en termes de centre/périphérie dans laquelle une certaine critique universitaire tend à enfermer, y compris avec les meilleurs intentions du monde, le concept et les auteurs qu’il recoupe dans une problématique exclusivement coloniale ou post-coloniale.

Produisant à son tour, sur fond d’affrontement des mémoires et par une sorte de « survalorisation paradoxale » des victimes, ses propres exclus comme par exemple une littérature québécoise en quelque sorte trop blanche ou pas assez colonisée et esclavagisée, sauvée par son seul accent nécessairement « savoureux » …

Les Français et la francophonie: Perspective postcoloniale sur la représentation des littératures francophones en France
Tristan Leperlier
Mondes francophones
15/02/2010

La manière dont les Français perçoivent la francophonie en général, et les littératures francophones en particulier, est symptomatique d’une conscience postcoloniale : le modèle centre/périphérie issu de la colonisation continue à y jouer à plein, tant chez ses détracteurs (de quelque bord politique qu’ils soient), que chez la plupart de ses promoteurs. La « littérature française », racialisée en littérature blanche européenne, est ainsi communément considérée comme essentiellement distincte du groupe imprécis « littérature francophone » ; la très faible publicité de celles-ci en France montre que cette distinction n’est pas exempte de jugements de valeur. Les « études francophones » ou les « études postcoloniales » contribuent à maintenir cet état de fait en tendant à constituer, en lieu et place d’une problématique comparatiste, par définition partielle et ponctuelle, un corpus de textes aux contours relativement précis, et des départements spécifiques dans les universités, réduisant bien souvent les œuvres à quelques clichés dont le grand public ne peut plus se déprendre. On ne peut qu’appeler à un décentrement des représentations des Français, auquel peut largement contribuer l’école par la définition d’un nouveau canon littéraire, et l’université par la création de départements de littérature francophone qui intègre la littérature française, et qui réserve au comparatisme francophone la place limitée qui lui convient.

On sait l’importance qu’a pris en quelques années le « fait colonial » en France, en particulier autour de la guerre d’Algérie, et de manière vive avec le débat autour de la loi sur le « rôle positif » de la France dans ses anciennes colonies : « retour du refoulé colonial », « crise de conscience postcoloniale » a-t-on pu dire. De fait, la publicité sérieuse des études postcoloniales en France est contemporaine de cette crise. Dans le domaine historico-politique, celles-ci cherchent à mettre en évidence les traces plus ou moins profondes laissées par l’époque coloniale dans une société donnée, et de quelle manière elle est réinvestie dans l’imaginaire collectif. Étudier la représentation que les Français ont de la « francophonie » (dans son acception la plus vague, nullement institutionnelle, puisque celle-ci est quasi inconnue) revient à s’inscrire en très grande partie dans ces interrogations : de fait, peut-être 80 % des pays dits francophones (l’acception la plus vague est là encore de rigueur) sont des pays anciennement colonisés par la France ou la Belgique. Il s’agit plus précisément d’étudier dans quelle mesure le modèle centre/périphérie, dominant à l’époque coloniale dans l’esprit des Français, constitue encore aujourd’hui une représentation très largement partagée, même dans une discipline aussi neuve et utile que les postcolonial studies, les études postcoloniales. Face au problème de méthode posé par la question de la « représentation », nous nous concentrerons sur le domaine littéraire, d’autant plus probant en France que l’on sait l’importance qu’elle y joue depuis la IIIe République dans la formation d’une culture commune, d’une Nation distincte.

« Francophone » : les dessous d’une définition

Rien n’est moins aisé à définir que le terme de « francophone ». Il ne s’agit pas ici de rentrer dans les débats plus ou moins féconds alimentant les écrits spécialisés en terme qualitatif ou quantitatif, invoquant tour à tour la linguistique, l’histoire, la politique (1) ; mais bien plutôt de constater l’écart qui s’est établi entre le dictionnaire et la langue parlée. Le premier nous renverra certes à l’étymologie, « qui parle français », ou encore à la définition qui est de mise à l’OIF : qui est capable de s’exprimer en français dans une situation de communication commune ; la seconde nous avouera qu’un francophone est « quelqu’un qui parle français, mais qui n’est pas français ». Selon cette définition beaucoup plus profondément admise que sincèrement explicitée, Proust n’est pas un écrivain francophone. À l’inverse de Senghor. Voici une des raisons de la parution dans Le Monde du « Manifeste des quarante-quatre pour une littérature-monde en français » en 2007 (2). Ces écrivains récusent, dans le nom même qu’ils ont donné à leur « Manifeste », le terme de « francophone », trop idéologisé pourrait-on dire ; qui véhicule, quoi qu’il en soit, un jugement, une évaluation a priori. On ne peut que constater en effet dans son emploi en France la persistance du schéma issu de la colonisation : centre/périphérie, France/Empire. Et ce alors même que, selon le « Manifeste », une « révolution copernicienne » a eu lieu dans les prix littéraires, puisque ceux-ci récompensent de plus en plus des écrivains francophones non français. Ne nous voilons pas la face, et le « Manifeste » en fait état à sa manière, qu’on a pu à juste titre critiquer : la persistance dans un terme d’une représentation historiquement datée va bien souvent de pair avec la persistance des jugements de valeur liés à celle-ci ; qu’on laisse plus ou moins nettement entendre que « la littérature francophone, c’est de la sous-littérature », ou qu’à l’inverse l’on se flatte de lire des écrivains qui contentent notre goût de « world culture ».

Un centre historiquement daté

La perpétuation de ce schéma mental peut être comprise à la lumière de l’histoire. À l’inverse des autres grands ensembles linguistiques d’origine coloniale (anglophonie, hispanophonie, lusophonie), le centre de gravité de la Francophonie ne s’est pas déplacé vers l’Amérique (ou un autre outre-mer). Les États-Unis ont pris le relais du Royaume-Uni sur les plans démographique, économique, politique, et culturel ; dans une moindre mesure, mais qui tend à s’accentuer, il en va de même pour l’Amérique latine face au Portugal et à l’Espagne. Or, le « grand dérangement » (3) de 1755, la perte du Canada en 1763, puis la vente de la Louisiane en 1803 ont mis un terme à la colonisation de l’Amérique par des francophones. La fuite des Européens d’Algérie après 1962 a signé définitivement l’échec d’une colonisation de peuplement que la démographie française de la fin du XIX siècle avait déjà eu bien du mal à soutenir. Aussi le centre de gravité démographique (plus de 40 % des francophones de langue maternelle), économique, politique, et culturel de la Francophonie est-il resté en France. Pour les Français, cela signifie, près de 50 ans après la fin officielle de la période coloniale, l’absence de nécessité de se remettre en question, puisque la France reste bien le centre, du monde francophone s’entend. À l’inverse de l’exemple français, les autres anciennes métropoles coloniales se sont vues subitement reléguées à la périphérie, par un nouveau centre culturellement dominant, attirant les regards. Quel Espagnol ne lit pas Garcia Marquez ? Quel Anglais ne lit pas Steinbeck ? Certes Salman Rushdie se plaint de ce que son œuvre soit toujours reléguée à l’épithète de « littératures du Commonwealth », n’hésitant pas à parler de « ghetto » (4) : les littératures anglophones sont toujours gouvernées par un modèle centre/périphérie, même si le déplacement du centre vers les États-Unis s’est accompagné d’un changement de nature de cette représentation. Nous y reviendrons.

Les trois cercles de la littérature francophone

On peut soutenir que la perception de la littérature francophone par les Français distingue trois cercles concentriques, axiologiquement hiérarchisés, qui ne recouvrent que partiellement des données d’ordre historique, linguistique, ou raciale, quoique l’on constate une troublante similitude avec cette dernière. Le centre de la littérature francophone est, on s’en doutera, la « littérature française », c’est-à-dire Molière, Rousseau, Hugo, Maeterlinck, Saint-John Perse, Beckett, Camus, Kundera. La « littérature française » s’approprie sans scrupule toutes les littératures européennes francophones : mentionne-t-on dans les anthologies de littérature française que Beckett est irlandais que cela est bien vite oublié. Réflexe assimilateur explicable par le lien pluriséculaire de la langue française à la France (ne serait-ce que dans la construction de l’État-Nation en France), et par la réalité éditoriale qui fait de Paris le centre européen quasi unique de l’édition francophone. S’étonnera-t-on de ce qu’en revanche nulle place ne fût laissée dans ce Panthéon littéraire, ce canon national, à des Césaire, Édouard Glissant ou autres Maryse Condé, plus Français que d’autres pourtant ? Car nul ne soutiendra qu’aborder la « négritude » dans ses grandes lignes, et lire des extraits du Discours sur le colonialisme en cours d’histoire revient à faire de la littérature. On observe ainsi une curieuse racialisation de la littérature nationale : assimilation de tous les Européens blancs, qui perdent toute altérité ; rejet des Français d’outre-mer qualifiés de « francophones », parfois même des écrivains « beurs », relégués au statut d’écrivains « postcoloniaux ».

Les écrivains français d’outre-mer ne font ainsi partie que du deuxième cercle d’intérêt des Français pour la littérature francophone, et ce grâce aux efforts des Nord-américains pour développer depuis trente ans les postcolonial studies. La conscience raciale aux États-Unis depuis les années 1950 est certainement à l’origine de l’attention accordée aux littératures dites « postcoloniales » : les questions du racisme et de l’esclavage se retrouvant transposées dans les combats de l’indépendance contre le colonisateur, très largement thématisés dans les textes des années 50-60, ou encore dans la question de la langue (langue maternelle du dominé/ langue d’écriture qui est celle du maître). Aussi peut-il coexister dans le monde littéraire anglophone un modèle centre/périphérie (« littératures du Commonwealth »), et une survalorisation paradoxale. En contexte francophone, en France, l’intérêt nouveau pour les littératures du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne est sensible, ne serait-ce que dans les prix littéraires attribués. Les critiques laissent toutefois souvent songeur : a-t-on jamais lu un article sur Céline ou Rabelais rabâcher à satiété le caractère « savoureux », mieux, « jubilatoire » de leur langue, comme doivent le subir celles d’un Alain Mabanckou ou d’un Ahmadou Kourouma pour ses « malinkismes » ? Ou encore de s’extasier sur la maîtrise même de la langue française, comme s’en irrite Abdourahman Waberi en parodiant Bernard Pivot (5) ? Quant aux lecteurs, serait-il exagéré de parler à leur propos, bien souvent, d’une perpétuation d’un goût pour l’exotisme ?

Le troisième cercle est le châtiment réservé à la lie de la Francophonie. Une étudiante de UCLA qui voulait travailler sur un auteur québécois s’est vue par exemple rétorquer : « Mais, un écrivain québécois, ce n’est pas un écrivain francophone ! ». Au-delà de l’anecdote plaisante, on constate bien souvent que la survalorisation en contexte états-unien du terme francophone dans son acception « qui écrit en français, mais qui n’est pas français, et qui a souffert ou souffre d’une manière ou d’une autre de la colonisation ou de l’esclavage » a conduit bien souvent à l’éviction de ceux qui commettent le péché de n’être ni Français, ni noir, ou au moins ancien « indigène ». En France, le Québec, les Québécois de manière générale, souffrent de la condescendance la plus éhontée. Pire que des Belges, on ne retient d’eux que leur accent (qu’heureusement certains trouvent « savoureux ») et leurs chemises à carreaux quand ils coupent du bois près des caribous. La crise identitaire des Français, sur fond d’appel à la crise du modèle économique et social, a certes conduit certains à voir dans le Québec les États-Unis de la France. Mais, outre le fait que l’on constate que le Québec ne peut être pris en considération qu’en perdant toute altérité (« les Français d’Amérique »), il ne s’agit que d’un engouement relatif, et qui n’a pas gagné la littérature. Quant aux Québécois eux-mêmes, blessés d’être relégués à la périphérie, leur Université s’est prise à distinguer entre littérature française, québécoise, et francophone. Là-bas aussi, le francophone c’est l’autre.

Entre dédain et rejet

Si l’on analyse plus largement les réactions habituelles des Français face à l’idée de francophonie, on constate que malgré leurs apparentes différences et oppositions, elles se rejoignent toutes dans la même reprise plus ou moins consciente du modèle centre/périphérie. On peut en établir un tableau à quatre termes, selon qu’elle est négativement ou positivement perçue ; et selon le degré d’intérêt qui lui est porté.

Rares sont ceux qui revendiquent cyniquement la francophonie comme le moyen de continuer « l’œuvre », l’exploitation coloniale d’antan. La réaction la plus largement répandue est celle de l’indifférence amusée ou dédaigneuse (qui se traduit donc par l’ironie) : les Français ont appris la leçon du général de Gaulle pour qui se détourner du passé colonial était la voie d’entrée dans la modernité de la construction européenne. Avec la conversation, ce dédain commun évolue de deux manières diamétralement opposées suivant les interlocuteurs. Cette opposition recoupe en grande partie celle, sensible dans l’affrontement des mémoires sur la colonisation, entre partisans et détracteurs de la reconnaissance du « rôle positif de la présence française outre-mer ».

Comme on l’a vu à propos de la représentation du Québec, un écrivain francophone non français peut être revendiqué quand il peut servir le chauvinisme français. On retrouve alors ce réflexe de la représentation de « La plus grande France », assimilatrice, « hétérophobe » (6), qui fait revendiquer à des Français que l’on parle, que l’on écrit en français en Tunisie pour servir les intérêts du centre, son propre chauvinisme. Le terme de « francophone » est donc à géométrie variable : il permet l’assimilation aussi bien que le rejet. Sois assimilé, ou tais-toi.

À l’opposé de cette représentation, le dédain commun peut se résoudre en rejet violent de la francophonie, précisément en réaction à ces réflexes fleurant trop son Exposition Coloniale. Analysons l’argument principal : « continuer à promouvoir le français dans les anciens pays colonisés, c’est légitimer le fait qu’il leur a été imposé par la force, au sacrifice des cultures et langues locales. Un véritable co-développement, un autre monde n’est possible que par l’abandon de nos anciens réflexes de coloniaux », pourrait-on résumer. Cette réaction a priori saine, consciente des ravages de l’acculturation et de la réalité du néo-colonialisme, entend ainsi rompre avec le passé colonial. Or, ce faisant, les tenants de cette position s’y embourbent. Car c’est croire que le français a aujourd’hui dans le monde le même statut qu’il y a 100, ou 50 ans. C’est croire que le français est aujourd’hui la langue de la seule France, quand c’est hors de France que l’on parle le plus français dans le monde. Sur 250 millions de locuteurs, la majeure partie vivra très bientôt en Afrique. Et Achille Mbembe de déclarer « Le français a fini par devenir une langue africaine à part entière » (7). Demandez à un Ivoirien pourquoi il parle français, il vous répondra, interloqué, que c’est sa langue. A l’instar de Tahar Ben Jelloun, irrité d’avoir à « passer [sa] vie à [s]‘expliquer, [à se] justifier pourquoi [il écrit] en français. » (8) Est-ce si inconcevable aujourd’hui ? C’est, paradoxalement, contester qu’un ancien colonisé puisse, voire ait le droit de parler français. Et faire le jeu de ceux qui diraient « Le français aux Français ! »… Contre toute attente, et malgré qu’ils en aient, ces nobles détracteurs gardent inscrits dans leurs discours le schéma centre/périphérie du temps qu’ils rejettent, incapables qu’ils sont de penser le français à l’international autrement que selon l’opposition entre colons dispensateurs illégitimes d’une langue et d’une culture, et colonisés. Se voulant post-coloniaux, ils promeuvent en réalité une représentation de la francophonie typiquement postcoloniale (9).

De bonnes volontés vouées à la reproduction de ces mêmes représentations

Une ‘avant-garde’ intellectuelle cependant, faisant preuve par là d’un intérêt sincère pour les littératures francophones non françaises, a pris à cœur de développer à l’Université française les études dites francophones. Qui ne s’en réjouirait ? Mais, dans ces cas encore trop rares, elle les réunit toutes ensemble dans un même département, « département de littérature francophone », distinguée ainsi de la littérature française. L’une des anthologies actuelles de référence pour les littératures francophones, l’Anthologie de Littérature francophone chez Nathan (10), n’échappe pas, quand bien même elle fait des efforts en la matière, à cette représentation centre/périphérie profondément ancrée. Ainsi, « littérature francophone » y a bien son sens étymologique. La première partie est consacrée aux littératures européennes, et en particulier françaises du XVI au XIXe siècle, considérant tout naturellement Hugo comme un écrivain francophone. Les écrivains non français (Belges…) sont cités également, quoique, remarquons-le d’emblée, à la suite des écrivains français. Mais la deuxième partie, consacrée au XXe siècle distingue deux sous parties : littérature française, puis littérature ‘extra-française’, et où en outre la distinction entre Africain, Antillais ou Wallon disparaît sous l’ordre alphabétique. Selon cette anthologie, la littérature française est donc bien une littérature francophone, mais essentiellement distincte de toutes les autres, auxquelles est conférée subrepticement une unité. Le modèle centre/périphérie continue à jouer à plein, et si la racialisation de la littérature française est moins franche que dans la perception commune, puisque les Européens non français ne sont pas annexés à elle, on persiste en revanche à l’amputer des littératures françaises d’outre-mer.

À l’Université comme dans cette anthologie, on pourra bien sûr invoquer l’argument pédagogique : il s’agit de mettre en valeur des littératures quasi inconnues du public français. On pourrait également parler de la constitution, avec les « départements d’étude francophone », « d’espace d’intéressements » qui amènent les directeurs de ceux-ci à justifier leur existence parce qu’ils en ont la charge. Quoi qu’il en soit, la représentation différentielle qu’ils transmettent ne fera que retarder la prise au sérieux de ces littératures, tant ces représentations sont aujourd’hui liées à des jugements de valeur, ou du moins à des clichés plus ou moins conscients, souvent regrettables. Cette persistance de départements séparés pour les littératures francophones non françaises peut être vue comme une première étape ; mais on ne peut se contenter désormais d’une situation qui n’accorde pas d’unité de département à la littérature francophone en son entier, accordant une juste représentation bien sûr aux séminaires de littérature française. Et qui ne réduise pas les littératures francophones non françaises à des études comparées entre elles…

De la problématique au corpus

En effet, l’un des écueils les plus graves que l’on constate actuellement dans les « études francophones » est de vouloir à tout prix comparer ces littératures entre elles, peut-être sur le modèle des postcolonial studies. Le contexte littéraire autant que politique des années 70-80 a naturellement conduit les chercheurs anglo-américains à étudier un grand nombre de textes selon une problématique postcoloniale, la critique littéraire des études postcoloniales se développant alors dans deux directions différentes. Le corpus le plus pertinent se trouvait être d’une part les textes dits « exotiques » écrits par des écrivains ‘dominants’ (11), et d’autre part les textes écrits en contexte colonial par des écrivains ‘dominés’. L’étude de ces auteurs consistait à mettre en évidence ce qui différenciaient leur écriture du modèle dominant, eux qui peuvent utiliser de manière subversive la langue du maître : « Une langue appartient à celui qui la viole, pas à celui qui la caresse » écrit Kateb Yacine. Développées à un moment où le corpus correspondant était constitué essentiellement de textes écrits pendant la période coloniale, ou par des écrivains l’ayant connue, la problématique des postcolonial studies avait toute sa pertinence, et était justifiée à étudier de manière conjointe des thématiques très politisées de l’époque et des esthétiques ou un usage « de combat » de la langue.

En trente années d’études postcoloniales, on a par malheur assisté à un glissement d’une méthode qui cherche désormais sa pertinence : en effet, d’une problématique postcoloniale on est passé à un « corpus postcolonial », progressivement autonomisé par rapport à la problématique originelle, étudié pour lui-même, et désormais possiblement en dehors de cette seule problématique (12). La comparaison de ces textes peut ainsi donner lieu à des développements esthétiques, sans que cela soit profondément justifié (quelle justification, par exemple, à comparer particulièrement entre eux des textes romanesques maghrébins, antillais et québécois francophones ?). Moins parce que l’on suppose de manière sous-jacente que les conditions historiques d’apparition de ces littératures (par ailleurs très dissemblables) ont conduit nécessairement, des années plus tard, à des esthétiques comparables (postulat en lui-même contestable) ; mais parce qu’ainsi autonomisé le corpus permet, plus que justifie, des comparaisons de toutes sortes. Et assure la raison d’être des départements mis en place pour ces études. Que les textes écrits aujourd’hui, 50 ans après la fin de la colonisation, puissent être encore étudiés de manière pertinente selon la problématique postcoloniale, cela n’est pas même questionné : les littératures des pays ex-colonisés sont-elles condamnées à rester ‘postcoloniales’ ?

Les « études francophones », de tendances souvent postcoloniales, suivent cette même tendance. Étudier les textes francophones de manière comparatiste peut, comme toute comparaison, être justifié. En faire une règle de l’étude des littératures francophones, et surtout de celles qui ne sont pas françaises, ne saurait en aucun cas l’être. Cette autonomisation du corpus par rapport à ce qui n’était qu’une problématique comparatiste conduit à des absurdités méthodologiques, au premier rang desquelles la volonté affichée de vouloir intégrer aux études comparatives postcoloniales francophones la littérature québécoise, alors que le Québec est de colonisation plus ancienne, sans guerre de décolonisation, peuplée de blancs, francophones de langue maternelle. Certes un complexe d’infériorité par rapport à l’ancienne métropole a longtemps existé au Québec ; mais voilà plusieurs décennies que la littérature québécoise s’est entièrement autonomisée par rapport à celle de la France, ne serait-ce que d’un point de vue éditorial. Cependant afin de maintenir la littérature québécoise dans la littérature ‘francophone’, c’est-à-dire de maintenir la cohérence de ce corpus, et donc en dernière analyse la distinction rassurante entre celui-ci et le corpus français, on fait appel à des lieux communs de la critique postcoloniale tels que la confrontation à la langue du maître, en ce cas l’anglais. Cet examen a un indéniable intérêt ; mais rappellera-t-on que, dans la problématique postcoloniale, l’idée de langue du maître n’est vraiment pertinente que dans la mesure où il s’agit précisément de la langue employée pour écrire ?… Si la littérature québécoise peut appartenir au « corpus postcolonial », pourquoi ne pas y faire entrer la littérature française, aux prises elle aussi depuis de nombreuses années avec la question de l’identité linguistique, à l’ère de la mondialisation ? Ou la littérature viennoise du tournant du siècle, dominée par le modèle français ?… Certes la littérature québécoise fait partie de la littérature francophone ; mais fait-elle nécessairement partie d’un « corpus francophone » recyclant sans cesse de vieilles problématiques, et surtout l’y enfermant ? Toutes ces remarques pourraient être appliquées également aux littératures belges et suisses, classées dans les départements de littérature francophone, ce que l’on tente de justifier par cette même problématique de la langue (en contexte plurilingue)…

Ce sont ces essais plus ou moins féconds qui sont à l’origine du discrédit porté à toute tentative de penser à nouveaux frais le terme de « francophone ». Patrick Chamoiseau, insupporté par l’idée que son œuvre doive en priorité et à tout prix être rapportée à celle de n’importe quel autre écrivain francophone, quel qu’il soit, déclare : « bien que j’écrive en français, je me sens plus proche d’un Saint-Lucien anglophone ou d’un Cubain hispanophone. Les affinités littéraires sont avant tout celle de l’imagination et de l’espace qu’on partage ». Voilà la raison de son refus du qualificatif « francophone », alourdi qu’il est du sens que lui donnent ces études, alors qu’il ne devrait renvoyer ici qu’au fait d’écrire en français (en effet, remarquons que P. Chamoiseau utilise le terme « anglophone » et « hispanophone », bien moins connotés, mais pas « francophone »). Du classement par la seule langue, incontestable sur le terrain de la littérature, on est passé à une problématique francophone, justifiable dans certaines limites, pour aboutir à un corpus francophone, autonome, et nécessairement réducteur.

La problématique postcoloniale décrit de quelle manière des littératures s’inscrivent et jouent avec le cadre centre/périphérie ; mais la théorie postcoloniale qui essentialise ces textes en corpus postcolonial les perpétue dans une position périphérique de manière durable dans l’inconscient collectif. D’une part en les distinguant systématiquement de la littérature française ; d’autre part en prenant le risque que ces littératures ne soient perçues que sous un angle restrictif (politique, linguistique…), les privant d’un nombre d’études esthétiques (13) centrées sur une œuvre en particulier (ou monographies…) équivalent à celui des études consacrées aux littératures du centre. Un corpus n’est légitime que dans le cadre provisoire d’une problématique ; l’essentialiser est prendre le risque de réduire les œuvres qui les constituent. Les « études francophones » pécheront par le même travers tant que les départements de littérature ne présenteront pas de manière systématique aux côtés de séminaires centrés sur Hugo leur équivalent sur Edouard Glissant ou Gaston Miron, rétablissant les études comparatistes à la place secondaire et ponctuelle qui leur convient.

Un décentrement à l’école

On ne peut ainsi que constater la permanence en France d’une représentation de la littérature francophone dominée par le modèle colonial centre/périphérie. C’est en définitive à un décentrement que nous appelons, une salutaire sortie de cette période postcoloniale qui ne nous fait nullement honneur : quelle gloire à être au centre d’un vide ? Comme le dit Achille Mbembe, « la France a toujours pensé le français en relation avec une géographie imaginaire qui faisait de la France le centre du monde » : il faut enfin « dénationaliser le français » (14). Puisqu’il ne s’est pas fait de lui-même, c’est aux pouvoirs publics d’introduire ce décentrement à l’école (car c’est par là seulement que pourra s’engager une logique éditoriale, à terme économiquement viable, et donc soutenue par des intérêts privés, à plus large publicité). On peut comprendre la nécessité, dans le cadre d’un État-Nation comme la France, de la construction d’une culture nationale commune, à laquelle la littérature a contribué depuis de longues décennies. Que cette culture commune construite de toutes pièces soit inculquée dans les petites classes par la « littérature française », voilà qui peut se justifier ; pour autant que cette culture commune accorde une juste place aux littératures des départements d’outre-mer… Il n’est toutefois plus temps au lycée, et bien moins encore en classes préparatoires et à l’université, de constituer une conscience nationale, mais bien d’étudier notre littérature dans son ensemble (15), la littérature francophone : faut-il rappeler cette banalité, que la littérature est avant tout un fait de langue, et qu’il vaut mieux, à qualité égale, lire un poème écrit dans sa propre langue, plutôt qu’une traduction ? (16)

Les arguments que l’on oppose à l’enseignement en France des littératures francophones dans leur ensemble peinent à justifier un état de fait qui correspond au désir profond de conserver la distinction rassurante centre/périphérie. La ‘culture’ de l’auteur peut-elle être un trait discriminant, surtout au XXe et XXIe siècle que les migrations internationales ont rendu ce concept moins pertinent ? Saint-John Perse, Camus, ou même Barrès n’ont pas la même ‘culture’ qu’un Parisien : la ‘culture’ de l’auteur est un trait contextuel fondamental à prendre en considération dans l’étude, mais au même titre que la perspective historique. La langue française serait-elle devenue au XX et XXIe siècles cette bien triste marâtre incapable de donner naissance à des écrivains aussi dignes d’être lus en France que ceux, anglophones, hispanophones, que l’on se plaît sans cesse, et à juste titre, à citer ? N’a-t-on pas à avoir honte que Sony Labou Tansi, Mohammed Dib, ou Réjean Ducharme ne soient pas des classiques en France, comme ils le sont ailleurs ? Par la même occasion se constituera une ‘culture’ en partie commune entre nombre de peuples dits francophones dans le monde, de manière plus forte encore qu’entre Européens (lecture de Joyce, Kafka, Primo Levi…).

La reconnaissance par la nouvelle génération de l’égalité possible entre des écrivains francophones français et non français, ou encore l’utilisation du terme de francophone (17) dans son sens étymologique, serait un signe important de ‘dépassement de l’histoire’, de sortie de l’ère postcoloniale, si cela se peut. Il ne s’agit pas de nier nombre d’aspects que l’on peut qualifier de postcoloniaux de nos sociétés ; mais de ne pas contribuer à en perpétuer les représentations malheureuses : analyser de manière postcoloniale si cela se révèle pertinent, en évitant d’être soi-même ‘postcolonial’. Par le sentiment d’appartenance à une constellation de centres, reconnus à égalité proportionnelle dans le champ littéraire, à égalité stricte sur le plan humain, nous entrons quoi qu’il en soit dans une époque « post-postcoloniale » réconciliée, avec le passé comme avec le présent, débarrassée de relents racistes et de ses taies condescendantes, ouvrant sur les autres et sur nous-mêmes. Et donnons au français une chance d’exister encore.

*****************

(1) Par exemple : quelle maîtrise du français faut-il atteindre pour être considéré comme francophone ? L’Algérie, deuxième pays francophone au monde en termes de locuteurs, est-elle un pays francophone alors qu’elle refuse officiellement d’intégrer l’Organisation Internationale de la Francophonie ?…
(2) Le Monde, 16 mars 2007
(3) Expulsion des Acadiens qui refusaient de prêter serment à la Couronne d’Angleterre.
(4) Patries Imaginaires, Paris, C. Bourgois, 10/18, 1993, p.79
(5) « Plus d’un écrivain dit francophone est déjà parti, au moins une fois, rencontrer la presse française comme d’autres vont à l’abattoir, redoutant la question qui coupe net tout élan : « Pourquoi écrivez-vous en français ? » Et notre écrivain de ressasser : « Quel stress ! Je vais encore bafouiller des banalités sur mes origines, sur ma couleur, l’histoire des miens, l’état du monde, les griefs contre la colonisation ou sur mes rapports avec la langue… » Résultat des courses : une partie de ping-pong stérile, avec la formule de Bernard Pivot en clou final : «Formidable, vous vous exprimez fort bien dans notre belle langue. Ah si tous les Français… !» […] Il est des compliments plus lourds, à l’estomac, que sacs de sable mouillé, se remémore notre écrivain francophoniquement essoufflé. » Abdourahman Wabéri, in Pour une littérature-monde, sous la direction de Michel Le Bris et Jean Rouaud Paris, Gallimard, 2007
(6) Pierre-André Taguieff, La Force du Préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles. La Découverte, Paris, 1987.
(7) A. Mbembe, « La République désœuvrée. La France à l’ère postcoloniale », Le Débat, 137, novembre-décembre 2005, p.165
(8) La Quinzaine Littéraire, 1985.
(9) « Post-colonial désigne donc le fait d’être postérieur à la période coloniale, tandis que « postcolonial » se réfère à des pratiques de lecture et d’écriture intéressées par les phénomènes de domination, et plus précisément par les stratégies de mises en évidence, d’analyse et d’esquive du fonctionnement binaire des idéologies impérialistes. » Jean-Marc Moura, Littératures francophones et théorie postcoloniale, Quadrige/PUF, 1999, p.11.
(10) Anthologie de littérature francophone, sous la direction de Jean-Louis Joubert, Nathan, Paris, 1992
(11) Par exemple les écrits de romantiques découvrant la Méditerranée. Le texte fondateur de cette pensée critique est sans conteste L’Orientalisme d’Edward Saïd.
(12) Certains critiques, tout en reconnaissant le danger méthodologique, ne s’en détournent toutefois pas. Témoin cet extrait de la fin de l’essai par ailleurs central de Jean-Paul Moura, qui n’a cessé de convoquer le « corpus » francophone ou postcolonial : « Il est délicat de définir les éléments communs de cet ensemble d’œuvres sinon, sur le plan très général, par la polyphonie née de la multitude des registres culturels convoqués […] ». Jean-Marc Moura : Littératures francophones et théorie postcoloniale, PUF, Paris, 1999, p.155.
(13) Si la littérarité d’un texte ne peut se comprendre en dehors de son contexte ou de son ancrage énonciatif (et à ce titre, la dimension « coloniale » est tout aussi autant à prendre en ligne de compte que le contexte absolutiste pour une tragédie classique), on ne peut non plus le réduire à des problématiques générales, et généralement politisées ou linguistiques, qui sont chaque fois comme une nouvelle manière de prouver la validité de la problématique postcoloniale appliquée.
(14) « Dénationaliser la langue française », http ://multitudes.samizdat.net/article.php3 ?id_article=2330, février 2006
(15) Par exemple par région, afin de simplifier les contextualisations culturelles.
(16) Ce qui signifie que, dans l’ordre du canon (et non des choix et goûts individuels qui s’étendent, fort heureusement, bien au-delà), Joyce sera toujours à privilégier par rapport à Jean Amrouche, pourtant relativement important dans la littérature francophone (mais la place de ce dernier pourrait être revalorisée en contexte national algérien, par exemple). Mais dans un contexte où les littératures francophones non françaises sont comparativement moins lues, moins présentes dans les librairies que les autres (encore une fois, à qualité égale), et ce alors que la proximité linguistique devrait nous inviter logiquement au contraire, nous nous voyons contraints ici d’insister sur ce point. Il faut reconnaître, à l’inverse, que le système scolaire français accorde trop peu de place au « canon littéraire international ».
(17) Nous n’entendons pas en effet renoncer à ce terme pour celui, trop sec, « d’expression française », applicable au seul champ littéraire, et qui empêche de penser d’autres formes de relations avec les autres pays et nations dits francophones : dans le champ culturel, éducatif, mais aussi économique, voire politique : pourrait-on jamais parler par exemple d’un ERASMUS d’expression française ?…

Auteur: Tristan Leperlier
Tristan Leperlier est élève de l’Ecole Normale Supérieure de Paris, étudiant en littérature à la Sorbonne-Paris IV où il rédige un mémoire sur Mohammed Dib et Salim Bachi (sous la direction de Beida Chikhi), et à l’IEP de Paris (Sciences Po) où il commence un doctorat en Théorie du politique sur la question des relations entre langue et nation, dans le cadre francophone. Président de l’association « francophonie-ens » (francophonie-ens.fr), il organise la « Semaine de la francophonie à l’Ecole Normale Supérieure » (du 15 au 21 mars 2010), grâce à laquelle il entend contribuer à un décentrement des représentations des étudiants parisiens sur la francophonie, et par là-même à une véritable prise en considération de celle-ci.

Voir aussi:

Multitudes Web

Dénationaliser la langue française
Achille Mbembe
22 février 2006

Le Salon du Livre de Paris aura lieu cette année du 17 au 22 mars. Il est consacré au thème de la Francophonie. À cette occasion, Didier Jacob du Nouvel Observateur a recueilli les propos d’Achille Mbembe. Notre collaborateur a jugé utile de partager cette réflexion sur le statut du français dans le monde avec nos lecteurs. Une chronique pas comme les autres sur la forme, mais dont on appréciera sans doute le fond et la pertinence

Les écrivains francophones sont-ils, à votre avis, de plus en plus isolés, voire pénalisés, dans un monde où domine l’anglais ?

Le développement d’une langue étant fonction de la puissance politique, militaire et économique des peuples qui la parlent, les écrivains francophones et les penseurs de langue française dont les œuvres ne sont pas traduites en anglais sont, de fait, de plus en plus isolés sur la scène mondiale. Aujourd’hui, la langue des affaires multinationales, des transports, des états-majors, de la finance, de la publicité, des organisations internationales est l’anglo-américain. L’anglo-américain est également la langue des images, du cinéma, des grands médias électroniques, de la world music. Elle est le véhicule privilégié de la seule culture populaire dont le rayonnement aujourd’hui est véritablement global. C’est aussi la langue des grands sports de masse, à l’exemple du basket-ball, voire, plus près de nous, du football, du cricket ou du rugby. Mais par anglo-américain, il faut bien comprendre tous les dialectes de transaction qui, sous l’appellation générique de l’anglais, participent à la création d’un immense monde créole et cosmopolite de Mumbai en Inde à Kingston en Jamaïque, du Bronx (New York) à Lagos au Nigeria, de Karachi (Pakistan) à Toronto (Canada), de Sydney en Australie à Johannesburg (Afrique du Sud) et Nairobi (Kenya).

La francophonie, de votre point de vue, se porte-t-elle bien ? Son avenir est-il menacé ?

Pour bien appréhender les difficultés auxquelles fait face la langue française dans le monde aujourd’hui, il faut se démarquer des problématiques bureaucratico-institutionnelles. Le projet officiel francophone est une affaire de chefs d’État – et donc de politique politicienne – qui, par définition, n’intéresse personne de sérieux. Les institutions de la Francophonie sont, quant à elles, au service de petits réseaux très fermés de clients qui vivent d’une rente juteuse – la rente linguistique. La véritable interrogation est de savoir comment faire de la présence du français au monde un projet véritablement intellectuel – philosophique, artistique et esthétique. Pour renaître au monde qui se construit sous nos yeux, et qui est très différent du monde ancien, chaque grande langue est appelée à se dénationaliser ou, si vous voulez, à se vernaculariser. Or, de ce point de vue, le plus grand obstacle au développement de la langue française dans le monde aujourd’hui est ce qu’il faut bien appeler le narcissisme culturel français et son corollaire, le parisianisme. Je veux dire que la France a toujours pensé le français en relation avec une géographie imaginaire qui faisait de la France le centre du monde. Au cœur de cette géographie mythique, la langue française était supposée véhiculer, par nature et par essence, des valeurs universelles. Sa tache était de représenter la pensée qui, se mettant à distance d’elle-même, se réfléchit et se pense elle-même. Dans cet éclat lumineux devait se manifester une certaine démarche de l’esprit – celle qui, dans un mouvement ininterrompu, devait conduire au triomphe de la raison humaine. On le sait, ce rapport quasi-métaphysique à la langue s’explique par la double contradiction sur laquelle repose l’Etat-nation français. Il s’agit de la tension entre le cosmopolitisme et l’universalisme. Cette tension, je pense, est au fondement du narcissisme culturel français. Or, le triomphe de l’anglo-américain comme langue dominante du monde contemporain devrait entraîner la réalisation selon laquelle à trop nationaliser le français, on finit nécessairement par faire de cette langue un idiome local, sans grand intérêt pour le monde au large. Il est tout à fait significatif qu’à Paris, à la télévision, dans les grandes maisons d’édition et dans les grandes institutions culturelles, l’on continue de penser et d’agir comme si la France avait l’exclusive propriété d’une langue dont on sait par ailleurs qu’elle est aujourd’hui davantage parlée hors de France que dans l’Hexagone. L’on tarde donc à comprendre qu’elle est désormais une langue au pluriel qui, en se déployant hors de l’Hexagone, s’est enrichie, s’est infléchie et a pris du champ par rapport à ses origines. Je crois donc que si l’on veut aller loin et ouvrir un futur à la langue française, il faut définitivement sortir de l’illusion selon laquelle elle appartient à la France. Il faut, par exemple, ouvrir l’Académie française à des non Français. Il faut dénationaliser les instances qui accordent les grands prix littéraires aux meilleures œuvres du genre. Il faut inviter aux grandes émissions littéraires les Alain Mabanckou, Véronique Tadjo, Ken Bugul, Abdourahman Waberi, Samy Tchak, Efoui Kossi et ainsi de suite – les auteurs des banlieues, ceux et celles de la Réunion, de la Martinique, de la Guadeloupe. Il faut décloisonner non seulement les prix, mais aussi les genres artistiques francophones, favoriser les métissages et les collaborations entre créateurs français et francophones ; en matière cinématographique, donner la voix autant à un Basseck ba Kobhio qu’à une Eliane de la Tour au lieu de continuer de les opposer quand il s’agit des mécanismes de financement. Faisons donc comme les Anglais avec le Booker Prize par exemple ! Que les grands quotidiens et hebdomadaires et les grandes institutions culturelles accordent toute l’attention qu’il faut, non pas seulement à la pensée française, mais à la pensée de langue française.

Malheureusement, ce ne sont guère ces orientations qui semblent prévaloir pour l’instant. Fouettée par sa Bête (le racisme), la France semble plutôt s’engluer dans une période de glaciation culturelle. Comme on le sait, ce sont des périodes qui commencent, en général, par le déclin de la langue.

L’influence des auteurs écrivant habituellement en français serait-elle plus grande s’ils passaient à l’anglais (à supposer qu’ils parlent couramment cette langue) ? Et pensez-vous que les écrivains d’origine francophone pourraient être tentés de faire le choix d’une autre langue (je sais que vous écrivez aussi en anglais), espérant ainsi pour leur style, et leur univers, une diffusion plus large ? Chaque fois que le meilleur de la pensée de langue française est traduit en anglais ou dans d’autres langues, l’impact est immédiat. On l’a vu avec la philosophie et les humanités. Aux Etats-Unis par exemple, l’influence de Foucault, Derrida, Bourdieu, Deleuze et bien d’autres sur la pensée mondiale est immesurable. Je ne voudrais pas me citer moi-même en exemple. Mais l’impact de mon livre On the Postcolony dans le renouvellement du discours post-colonial dans les milieux anglo-saxons ne saurait être sous-estimé. Cela n’a été possible que parce que l’ouvrage a fait l’objet d’une traduction en anglais. Il y a donc quelque chose que permet la langue, et qui serait totalement perdu si nous nous mettions tous à l’anglo-américain. Mais j’insiste sur le travail interne de dé-balkanisation de la créativité de langue française, des arts et des humanités de langue française. La France porte, à ce sujet, une lourde responsabilité. Il faut qu’elle arrête de se regarder le nombril ; qu’elle s’ouvre à la diversité du monde, à sa propre diversité.

Vous-même, pensez-vous écrire toujours en français, ou bien envisagez-vous d’abandonner complètement le français dans l’avenir ?

Par la force des choses, je m’exprime en plusieurs langues – africaines et européennes. Aujourd’hui encore, mon instinct premier est d’écrire en français et de me faire traduire en anglo-américain. Mon sujet de réflexion privilégié est l’Afrique, ce signe obscur dans l’économie symbolique de notre monde. Pour arracher ce signe à la mort (surtout celle qu’une certaine violence linguistique lui fait subir) et le rendre à la vie, j’ai besoin de m’exprimer totalement, dans une langue ouverte et disposée elle-même à la réanimation. Pour moi, le français continue de jouer cette fonction. Car pour écrire l’Afrique, il est absolument nécessaire de pouvoir expérimenter avec la langue. Pas nécessairement à la manière à mes yeux bon banania, petit nègre, d’un Ahmadou Kourouma. Je veux dire qu’il faut procéder à une sorte de travail de démolition de la langue, comme s’y sont essayés les meilleurs de nos auteurs – Yambo Ouologuem, Sony Labou Tansi, et avant eux, Frantz Fanon, Aimé Césaire, Senghor. J’ai moi-même tenté un tel geste dans mon dernier ouvrage, de la postcolonie, par le biais d’une écriture faite de raccourcis, de répétitions, d’inventions – une manière de raconter qui fait usage tant de souvenirs et de digressions que de phrases qui se veulent claires. Mon écriture de l’Afrique en langue française, je la veux tantôt ouverte, tantôt hermétique, faite de rythme, de mélodies et de sonorités, d’une certaine musique, à la manière d’un chant qu’il faudrait non pas l’ouie seulement, mais tous les sens pour capter, pour entendre véritablement. Pour moi, les rapports de l’écriture et de la langue se situent donc à cette interface. Il s’agit d’une écriture et d’un usage de la langue qui cherche à conduire le lecteur à la rencontre de ses propres sens. Mais ces rencontres, elles ne m’intéressent qu’en ce qu’elles sont fragmentaires, évanescentes, hachées, quelques fois ratées. Il s’agit de rencontres avec des zones surchargées de la mémoire et du présent africains – des zones que l’on doit faire parler de manière telles qu’on puisse se faire entendre au loin, au large.

Voir enfin:

EspacesTemps
Post-Francophonie?
Olivier Milhaud

Résumé

Cet article entend élaborer une lecture postcoloniale et critique de la Francophonie. Celle-ci est envisagée au long de l’article dans ses aspects institutionnels, linguistiques, géographiques et comme espace d’appartenance. Que l’Organisation Internationale de la Francophonie vienne d’un désir né hors de France et prétende dépasser le colonialisme n’exonère pas la France de pratiques néo-coloniales en son sein. Et l’allégeance à la langue française que proclame la Francophonie s’articule mal à la quête postcoloniale d’une décolonisation de la pensée. Enfin, la signification géographique de la Francophonie — l’espace d’une universalité culturelle atteinte par la célébration de la diversité linguistique — est peu convaincante dans l’homogénéisation d’espaces trop différents, qui en découle. La Francophonie ne parvient pas à transcender la dichotomie impériale entre la France et les autres. On peut dès lors s’interroger sur le sentiment d’appartenance qu’entend promouvoir la Francophonie.

Abstract

This article intends to construct a postcolonial reading of Francophonie. Considered through its institutional, linguistic and geographical dimensions, and as a sense of belonging, Francophonie is critically evaluated throughout the paper. Even if the International Organisation of Francophonie has non-metropolitan origins and claims to go beyond colonialism, France cannot be fully acquitted of negative neo-colonial ramifications. The difficult articulation between the allegiance to the French language and the postcolonial quest for ‘decolonising the mind’ is underlined. Finally, the geographical meaning of Francophonie – as a space of cultural universality through linguistic diversity – is not convincing in its attempts to homogenise spaces that are too different. Francophonie does not fully transcend the imperial dichotomy between France and the others. One can then question the sense of belonging promoted by Francophonie.

Du même auteur, un point de vue sur l’Atlas mondial de la francophonie.

Image1Every year, on March 20th1, Francophonie is celebrated throughout the world, even if no one is able to clearly define what this institution/space/community refers to. It perhaps seems strange to raise the Francophone issue in English. Yet, it seems to me that it is the easiest way to stand back from the inevitable French bias that pervades debates about Francophonie. Furthermore, writing in English is also a way to draw the attention of some French readers, who easily denounce Anglo-American colonialism but fail to acknowledge a potential French colonialism through Francophonie.

According to Léopold Sédar Senghor,

‘Francophonie is a complete Humanism, weaving its way around the world: a symbiosis of the ‘‘latent energies’’ of all the continents, of all the races, reawaken by their complementary warmth’ (1962: 844).

This quote reveals the ‘great ambiguity’ (Léger, 1987) of Francophonie: it is almost always presented as a positive universalism, a utopian vision of a world where the French language is shared and not imposed; but this universalism is rarely questioned. Francophonie refers to a space where people speak French since colonisation and to an organisation created during decolonisation whose aim is to promote the French language and a certain culture. Thus one can question its very post-colonial nature. Is it a simple conceit, a groundless claim of turning away from colonisation? Or is it actually a witty expression, an elaborate way towards a ‘complete Humanism’? Does that notion overlook any neo-colonialist practice? In a word, how does Francophonie go beyond colonialism?

To construct a postcolonial reading of Francophonie, one has to avoid at least four traps. First, reducing present Francophonie to a mere legacy of colonial past would reassert a colonial vision and ignore contemporary rapid evolutions (Parker, 2003). The aim is to avoid ‘that all that came before colonialism becomes its own prehistory and whatever comes after can only be lived as infinite aftermath’ (Ahmad, 1995: 6-7). Secondly, the lyricism and the optimistic rhetoric of Francophonie’s advocates have to be deconstructed so as not to overlook any neo-colonial dimension. Thirdly, the adjective ‘francophone’ has to be decolonised, since it is often used in France for everything that is written in French but that is not French, reinstating an imperial dichotomy between France and ‘the rest’. Fourthly, the huge diversity of Francophone spaces needs to be taken into account to avoid any imperial homogenisation.

In order to explore the question, the four meanings of Francophonie identified by Deniau (1998) — its institutional, linguistic, geographical, and what Deniau calls ‘mystical’, dimensions — are scrutinized. The first part of the article questions the institutional meaning, Francophonie as an organisation. Historical and political lenses are adopted to evaluate the legacy of colonisation in Francophonie’s history, objectives and practices. The second part, based on linguistic lenses, focuses on the allegiance to a language promoted by Francophonie. That linguistic dimension of Francophonie raises the question of bringing together this allegiance to a language and the quest for ‘decolonising the mind’ (Ngugi, 1986). The third part scrutinizes the geographical meaning — Francophonie as the space of French speakers. Cultural lenses allow us to highlight the ambiguities of the universal space of diversity claimed by Francophone ideology. In the conclusion the mystical meaning of Francophonie, that is to say the sense of belonging it promotes, is questioned.
The Organisation of Francophonie: evaluating the legacy of colonisation.

Many reasons strengthen the idea that Francophonie is clearly post-colonial. Obviously the spread of the French language is a legacy of French colonisation in America in the sixteenth and seventeenth centuries and of Belgian and French colonisations in Africa, Indochina and Polynesia during the nineteenth and twentieth centuries. French, spoken by colonists and local elites, was quickly imposed on the rest of the population; today, 113 million people across the five continents speak French. Interestingly, it was also during colonisation that the geographer Onésime Reclus (1880) coined the very word ‘Francophonie’ to name the space where people speak French, a linguistic and geographical group (Tétu, 1988). However, the website of the French Foreign Office mentions that ‘today Francophonie is free from such a colonial connotation’ (Quai d’Orsay, 2006: 1). It recalls Boutros Boutros-Ghali’s assertion: ‘Francophonie is born from a desire felt outside France’ by former colonised themselves (Le Monde, 2 December 1995). The African presidents Léopold Sédar Senghor (Senegal), Hamani Diori (Niger) and Habib Bourguiba (Tunisia) both fought for the independence of their countries and became the main instigators of Francophonie by calling for a conference of Francophone countries in Niamey on March 20th 1970 (hence Francophonie Day every year on March 20th). At that time, France — the former coloniser — was even reluctant to promote a Francophone community. It would be unfair to reduce Francophonie to a mere colonial legacy. Moreover, among the 49 member states of the Organisation of Francophonie, all of them are not former French or Belgian colonies; Bulgaria, Canada and Egypt, for instance, are full members.

But the idea that Francophonie goes beyond colonialism can still be questioned, especially in the ways the Organisation of Francophonie works. Officially the Organisation promotes the French language, democracy and Human Rights, development and cultural diversity, and other praiseworthy intentions such as peace and education. In practice, the attitude of France has changed since 1986 with the First Francophonie International Summit in Paris. Firstly, France is the main financial backer: she provides two thirds of the Multilateral Funds (Tavernier, 2000: 91), and therefore she controls the main funds of Francophonie. Moreover France has imposed the last two Secretary-Generals against the wishes of a majority of members, even if Francophonie claims to promote democracy:

‘The imposition of Boutros-Boutros Ghali as ‘‘elected’’ Secretary-General [in 1997], and the withdrawal of the alternative candidate (former President Zinsou of Benin), provoked a near rebellion by African countries, who saw Chirac’s realisation of his personal promise to the former Secretary-General of the United Nations as one more proof of the continuing strength of the ‘‘old ways’’ ’ (Ager, 1999: 189).

In 2002, again, France imposed Abdou Diouf as the new Secretary-General in spite of the candidacy of Henri Lopes (Congo) backed by the majority of African countries. France appears to be too big a ‘partner’ for the other members, who often depend on her (Jones et alii, 1996: 37). To avoid accusations of neo-colonialism, France strongly backs the New Partnership for Africa’s Development (Nepad) since it is presented as an African initiative: ‘We are determined to contribute actively toward the implementation of the New Partnership for Africa’s Development’ (Quai d’Orsay, 2002: 6). But Nepad’s liberal framework is blurred by promoting increased global integration and rapid private sector growth as ‘the answer to overcoming poverty, and by its failure to engage with Africa’s people to transform the continent’ (South African Council of Churches, 2002: 2). Lastly, the scheme of development promoted by Francophonie strengthens the idea that the West knows best, that western countries have solutions for the countries of the South. Thus the Organisation considers that: ‘northern countries have managed to develop a rational use of energy after the oil crisis, whereas countries from the South have not reacted at all in an appropriate way’ (Agence de la Francophonie, 2002: 139, emphasis added). A French official report also concludes, about a project in Lebanon where France sends an expert to develop vineyards in Bekaa, that: ‘a developed Francophonie fosters the settling of our [sic] companies’ (Tavernier, 2000: 113)!

Thus, historical and political perspectives adopted here enable us to evaluate the legacy of colonisation in Francophonie’s history, objectives and practices. Even if the Organisation has non-metropolitan origins and claims to go beyond colonialism, France cannot be fully acquitted of negative neo-colonial ramifications. Yet Francophonie bases its claim to be post-colonial on its refusal of any allegiance to a sovereign, preferring an allegiance to a language.
Swearing allegiance to a language or ‘decolonising the mind’?

How is it possible to unite this allegiance to the French language and the postcolonial quest for ‘decolonising the mind’? On the one hand, Senghor, Césaire and Francophone writers consider the French language as ‘a marvellous tool’ (Senghor, 1962: 844) to bring together different cultures and to let them communicate. On the other hand one cannot ignore that such allegiance appears alienating.

Francophonie is sometimes presented as a French Commonwealth. Indeed, the Congolese linguist Ntole Kazadi opposes the Commonwealth, defined as ‘a community of allegiance to a sovereign’ — the British monarch — and Francophonie, considered as ‘a community of allegiance to a language’ (Kazadi, 1991: 56, quoted in Parker, 2003: 94). Others add that the Commonwealth is not based on a linguistic dimension, that economic or political issues largely overlook linguistic questions (Tétu, 1988: 246), and that the Commonwealth is composed of only former territories of the British Empire. This attractive comparison for Francophonie can be criticized in two ways. Firstly, the British monarch is more the symbolic head of the Commonwealth than the ‘sovereign’ of this association; and the organisation is no longer limited to former territories of the British Empire since the accession of Mozambique in 1997. Secondly, the advocates of Francophonie seem to forget that allegiance to a language appears alienating. During colonisation, French was used as a tool of subjection as expressed by the French socialist leader Jean Jaurès in 1884:

‘Our colonies will only be French in their understanding and their heart when they understand French… For France above all, language is the necessary instrument of colonisation… More new French schools, to which we shall invite the natives, must come to help the French settlers, in their difficult task of moral conquest and assimilation… when we take possession of a country, we should take with us the glory of France, and be sure that we will be well received, for she is pure as well as great, imbued with justice and goodness’ (quoted in Ager, 1999: 238).

This quote is particularly close to the assertion of Ngugi wa Thiong’o: ‘the domination of a people’s language by the languages of the colonizing nations was crucial to the domination of the mental universe of the colonized’ (Ngugi, 1986: 16). Today, Francophonie is criticised because of this mental domination due to the fact that the inhabitants of Francophone countries cannot define themselves as they want. The Francophonie Organisation gathers together very different countries according to their use of French, whatever the language represents to them:

‘To be considered ‘‘French-speaking’’, it suffices that you come from a country ‘‘where French is spoken’’, even if, personally, you do not use that language… Here we are, forever confined within the wall of French. No further possibility of defining ourselves in relation to ourselves. To move towards others, and to move towards ourselves, francophonie is the road we have to take. It is our present and our future… Yes, francophonie expects from each ‘‘francophone’’ in Africa that he should proclaim painlessly at all times and in all places: ‘‘My Motherland is the French language’’. As can be seen, for us Africans, it is truly a matter of denial’ (Midiohouan, 2000: 3).

Nevertheless, Senghor and Césaire celebrated French language through négritude, asserting Black identity through French. Beyond the racialist ambiguities of négritude (Ahluwalia, 2001), it must be admitted that Senghor and Césaire rejected any alienation through language. That is maybe why the question of alienation through language is strangely rarely raised in debates on Francophonie. Senghor and Césaire were able to transcend the language of the coloniser from its metropolitan origins and to appropriate it thoroughly. It is particularly clear in Return to My Native Land when Césaire claims: ‘Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre’2 (Césaire, 1956: 21).

To conclude on this linguistic dimension, allegiance to French cannot be reduced to a question of alienation. Of course, it is true that language maybe is not the absolute origin of alienation, but it is a powerful support: ‘to speak is to exist absolutely for the other… The Negro of the Antilles will be proportionately whiter — that is, he will come closer to being a real human being — in direct ratio to his mastery of the French language’ (Fanon, 1967: 17-18). However, the sometimes alienating rhetoric of the Francophonie Organisation can still be distinguished from the personal freedom to adopt a language. The question of alienation through language is maybe raised less according to a metropolitan/colonial dichotomy than to a dichotomy between state membership to Francophonie and personal allegiance to a language. Moreover, Francophonie aims at promoting cultural and linguistic diversity throughout a universal and diverse world space, thus partly avoiding criticisms of linguistic imperialism.
A space of ‘francopolyphony’: universality questioned.

This section explores the geographical meaning of Francophonie. Francophonie is presented as the space of French speakers, which contributes to promoting a universal space of cultural and linguistic diversity. Such an idea is not free from ambiguities, because the very notion of a space of universality does not fit easily with the assertion of a space of diversity.

The Francophonie Organisation claims that French is a universal language, spread around the world, and carrying universal values, such as democracy and cultural diversity. Of course democracy can be promoted in English or in Wolof and, although it is often repeated that the Rights of Man were first proclaimed in French, there are notorious dictatorships among the Francophone countries. It is more difficult to disagree with the notion of a universal cultural diversity. How can one be opposed to a culturally diverse world? ‘Francophonie […] deserves to be defended; it sustains cultural diversity’ (Tavernier, 2000: 184). But France backs cultural diversity mainly to protect her own culture and language, seen as dangerously threatened by English and American culture (Ager, 1999). Against an Anglo-Saxon globalisation, France uses Francophonie to promote universality, ‘the pedigree of French’ (Parker, 2003: 98). It is a way to construct a postcolonial reading: rather than focusing on past French colonialism, let us focus on today’s American cultural imperialism and promote the French language, since it has a tactical position, ‘strong enough to gather, weak enough not to be world dominating’ (Cerquiglini et al., 2000: 396). Thus the French Foreign Office rejoices that Francophonie ‘helps the countries from the South to structure their mind [sic]’ (Quai d’Orsay, 2006: 4) to back the French position on cultural diversity!

Despite the official francophone claim for cultural and linguistic diversity in the world, that very diversity is refuted in French and especially in France. The French Academy controls the French language and refuses, for instance, words accepted in Belgium or Quebec, or words from African contexts. For example, the Academy has refused the African verb ‘girafer’ (to giraffe), which refers to a tall pupil copying the work of a smaller one by looking over him or her. Moreover, a strict unilinguism has been applied in France during decades: regional languages are not officially accepted, even in the overseas departments. Thus there is a scale conflict: linguistic diversity is proclaimed by the Francophonie Organisation throughout the world but is not fully accepted in France. An imperial dichotomy between France and other Francophone countries is reinstated. However, France has started to slightly modify her policy towards regional languages because of Francophonie, to put Francophonie arguments into practice (Parker, 2003). However, this is a work in progress.

To find the lost purity of Francophonie ambition, new concepts have emerged, such as ‘francopolyphony’ or ‘diversality’ (Parker, 2003: 100) — a mix of diversity and universality. Some writers want to promote a forthcoming and truly open French language, a ‘plural Francophonie’ (Diagne-Bonané, 2000: 384). But it may be seen as a new intellectual utopia, which overlooks neo-colonial hegemonies. To conclude, the geographical meaning of Francophonie is problematic, because it homogenises very different spaces under an ambiguous statement of cultural universality through linguistic diversity. One can then question the sense of belonging promoted by Francophonie, known as its ‘mystical’ meaning (Deniau, 1998).
Francophonie and the notion of ‘power’.

Has the sharing of a language the power to found a sense of belonging? Can a collective identity and a ‘mystical’ meaning be predicated on a notion such as Francophonie? The problem is that using language as a universally essential element of identity would reduce national identities to their past colonial experience: ‘To claim the English-speaking or French-speaking heritage, as is done in Cameroon for example, seems… absurd because one then wonders whether it is possible to define Cameroonity beyond various imperialisms’ (Kom, 2000: 4). Some authors thus propose to distinguish ‘francités’ and ‘Francophonies’ (Cahen, 1998: 128), the latter referring to spaces where French language is just a tool of communication (African countries…), the former to entities where the use of French is a strong element of national, ethnic or communal identity (Quebec, France, Brussels…). It is clear that other members of Francophonie absolutely do not share the French ideology of a coincidence of linguistic and cultural identity with political spaces. For most of them French is only one language among others and they experience diverse modalities of hybridity.

How does Francophonie go beyond colonialism? Institutionally, the Francophonie Organisation is not free from neo-colonial practices, in spite of its non-metropolitan origins and its original praiseworthy ambitions. From a linguistic point of view, the Senghorian idea of going beyond colonialism through a shared language seems to remain more an intellectual utopia than a rooted reality among the peoples. The geographical meaning of Francophonie — as a space of cultural universality through linguistic diversity — is not convincing in its attempts to homogenise spaces that are too different, and it does not fully transcend the imperial dichotomy between France and the others. The word francophone remains to be decolonised.

At the same time, Francophonie can be a spur to a postcolonial framework being ‘sensitive to its limits, its absences and to the possibility of its displacement’ (Sidaway, 2000: 606), especially concerning the notion of power used. If one considers power relations, a neo-colonial interpretation is easily adopted. Power is understood as strength, and Francophonie appears as a postcolonial conceit, a perverted pretension to go beyond colonialism. However if one focuses on the evolution of Francophonie, on a positive ideology in process, it offers an original way of going beyond colonialism if languages are freely chosen and identities freely articulated. Power is then understood as an ability to go beyond traditional dichotomies. In this sense Francophonie is a witty expression to fight cultural uniformity and to create a space of dialogue. But such a perspective fits with difficulty into a postcolonial framework. How could any attempt to go beyond colonialism — which is still spread over several continents — not be trapped by suspicions of neo-colonialism? The limitations of Francophonie reflect those of post-colonial theories.

Bibliographie

Agence de la Francophonie, Programmation de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie 2002-2003, Paris: Aif, 2002.

Dennis Ager, Francophonie in the 1990s. Problems and Opportunities, Clevedon: Multilingual Matters, 1996.

Dennis Ager, Identity, insecurity and image. France and language, Clevedon: Multilingual Matters, 1999.

Pal Ahluwalia, Politics and Post-Colonial Theory. African Inflections, London: Routledge, 2001.

Aijaz Ahmad, ‘The Politics of Literary Postcoloniality’ in Race and Class (36) 1-20, 1995.

Michel Cahen, ‘La Francophonie contre la France’ in Politique Africaine (70) 127-130, 1998.

Bernard Cerquiglini, Jean-Claude Corbeil, Jean-Marie Klinkenberg, Benoît Peeters (eds.), « Tu parles!? Le français dans tous ses états, Paris: Flammarion, 2000.

Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, Paris: Présence Africaine, 1956.

Xavier Deniau, La Francophonie, Paris:Puf, 1998.

Andrée-Marie Diagne-Bonané, ‘Z comme Zab des monts du Zab au lac Albert: le français et l’Afrique’ in Bernard Cerquiglini, Jean-Claude Corbeil, Jean-Marie Klinkenberg, Benoît Peeters (eds.) in « Tu parles!? Le français dans tous ses états, pp. 373-390, Paris : Flammarion, 2000.

Frantz Fanon, Black Skin, White Masks, New York: Grove Press, 1967.

Charles Forsdick, David Murphy (eds.), Francophone Postcolonial Studies, London: Arnold, 2003.

Lise Gauvin, L’Écrivain francophone et les langues, Paris: Karthala, 1997.

Bridget Jones, Arnauld Miguet, Patrick Corcoran (eds.), Francophonie: Mythes, Masques et Réalités. Enjeux politiques et culturels, Paris: Publisud, 1996.

Ntole Kazadi, L’Afrique afro-francophone, Paris: Didier Erudition, 1991.

Ambroise Kom, ‘Knowledge and legitimation’, in Mots pluriels, (June) 5 p., 2000.

Jean-Marc Léger, La Francophonie: grand dessein, grande ambiguïté, Paris: Nathan, 1987.

Le Monde, ‘Une présence sur les cinq continents’, 02 December 1995.

Guy Ossito Midiohouan, ‘Knowledge and alienation in the French-speaking world’, in Mots pluriels, (June) 4 p., 2000.

Ngugi wa Thiong’o, Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature, London: James Currey, 1986.

Gabrielle Parker, ‘‘‘Francophonie’’ and ‘‘universalité’’: evolution of two notions conjoined’ in Charles Forsdick and David Murphy (eds.), pp. 91-101, 2003.

Quai d’Orsay, La déclaration de Beyrouth, page Internet, 7 p., 2002.

Quai d’Orsay, Francophonie, page Internet, 5 p., 2006.

Léopold-Sédar Senghor, ‘Le français, langue de culture’ in Esprit (311) 837-844, 1962.

James Derrick Sidaway, ‘Postcolonial geographies: an exploratory essay’ in Progress in Human Geography (24) 591-612, 2000.

South African Council of Churches, Un-blurring the vision: An Assessment of the New Partnership for Africa’s Development, 22 p., 2002.

Yves Tavernier, Rapport d’information sur les moyens et les structures de diffusion de la francophonie. 2592, Paris: Librairies-Imprimeries réunies, 2000.

Michel Tétu, La Francophonie. Histoire, Problématique, Perspectives, Paris: Hachette, 1988.

Notes
1 The International Francophonie Day (Journée mondiale de la Francophonie) is organised every year, on the 20th of March, in memory of the Niamey conference. This conference, held on the 20th of March 1970, led to the creation of the Acct (Agence de coopération culturelle et technique) ancestor of the International Organisation of Francophonie. The International Francophonie Day gives the opportunity to celebrate French language and the International organisation of Francophonie throughout the world.
2 ‘Whoever would not understand me would not understand any better the roaring of tigers’ (own translation from Césaire, 1956: 21).

Olivier Milhaud

Former student at the Ens Lettres et Sciences Humaines (Lyon), he holds an agrégation in geography. He has taught at the University of Stockholm and received a M.Sc. in Society and Space from the University of Bristol. After his study of the Americano-Canadian border, he has worked on the circulation of knowledge between French-speaking and English-speaking geographies. He is currently studying at the University of Bordeaux 3 for a Ph.D. “envisioning” prisons as a geographical imagination.


Polémique Zemmour: La preuve par les chiffres

30 mars, 2010
French race riotsLes Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. Eric Zemmour
Je connais trop la souffrance réelle de mes compatriotes «Arabes et noirs», honnêtes travailleurs, parents intègres, qui se sentent «salis» par les exactions des bandes de jeunes gens qui ont la même origine qu’eux. Je le sais d’autant mieux qu’avec mon patronyme, je me souviens du temps pas si lointain – les années 70- où une bande de truands célèbres – les frères Zemour – défrayaient la chronique criminelle, la honte dans les yeux de mon grand-père; et accessoirement, l’attente interminable dans les aéroports pour la vérification vétilleuse – et sans ordinateur- de mon identité. Mon grand-père souffrait en silence pour «son nom traîné dans la boue», mais il n’a jamais prétendu que nos homonymes n’étaient pas des brigands de grand chemin! Eric Zemmour
Je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce “fait”, la justesse de cette intuition qui, aujourd’hui, confirment un mouvement né il y a quelques années. Tous les Noirs et tous les Arabes ne sont pas des trafiquants, mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes. Philippe Bliger (Avocat général près la cour d’appel de Paris)
Je confirme que pour les audiences de “service général”, vols, violences et petit trafic de stupéfiant, les prévenus ont des noms qui évoquent les sommets de l’Atlas, l’immensité du Sahara ou les grands fleuves serpentant dans d’impénétrables forêts. Curieusement, c’est nettement moins le cas aux audiences économiques et financières ; il n’y avait qu’un arabe dans l’affaire Clearstream, et ce n’était même pas un maghrébin, mais ce doit être une décimale flottante qui fausse les statistiques. (…) Regardez donc les grands criminels, ceux qui peuplent les assises, ceux qui violent ou tuent. Marc Dutroux est-il arabe ? Michel Fourniret et Monique Olivier sont-ils noirs ? Francis Heaulme ? Didier Gentil ? Marcel Petiot ? Patrick henry ? Yvan Colonna ? Les tueurs de l’ETA ? Ou sans aller chercher les grands criminels, Céline Lesage, Véronique Courjault, Marc Cécillon puisqu’il faut bien que je parle encore un peu de rugby ? On me rétorquera Youssouf Fofana et Omar Radad ; mais je n’affirme nullement que les noirs et les arabes sont à l’abri du crime. Mais ôtez le moteur de la pauvreté et du désespoir social (et le crime de Fofana, avant d’être raciste, est avant tout crapuleux), et miracle, la part de la population pauvre diminue instantanément. Il n’y a pas de gène de la criminalité. En est-on à devoir rappeler de telles évidences ? (…) Les box des tribunaux correctionnels ne sont pas remplis de noirs ou d’arabes. Ils sont remplis de pauvres désespérés. C’était déjà le cas il y a un siècle, quand le blanc était la couleur dominante. Maitre Eolas
Beaucoup de raisons expliquent pourquoi il y a plus de « bronzés » que de blancs dans les centres de jeunes détenus, mais ce ne sont pas des éléments culturels ; ce ne sont pas des sourates du Coran ni leurs parents qui les poussent. Il faut même faire très attention dans les discours lorsqu’on insiste sur la responsabilité des parents. Que se passe-t-il lorsqu’on a des parents très sévères dans le quartier ? En dernier ressort, quand ils n’en peuvent plus, ils mettent le gosse à la porte, donc à la rue. (…) Par ailleurs, dans les familles d’immigrés, les enfants prennent très vite le pouvoir. Déjà, d’une manière générale en France, le rapport au savoir a tendance à s’inverser en raison des modifications technologiques, des nouveaux rapports urbains, et les jeunes générations ont parfois une meilleure connaissance que leurs parents de la société. Alors, chez les immigrés, imaginez !… Malek Boutih (ex-président de SOS racisme)
Certes, 80% des jeunes délinquants d’origine maghrébine ont des parents ouvriers ou employés. Mais, à niveau socio-économique équivalent, les enfants d’immigrés sont plus délinquants que les autres. Sébastian Roché
La surreprésentation des jeunes d’origine étrangère dans la délinquance n’est un mystère pour personne, mais cette donnée est peu renseignée, et elle n’est jamais débattue dans l’espace public. (…) Nous sommes face à une justice qui concentre son énergie à condamner des jeunes d’origine étrangère. (…) Comment expliquer à ces jeunes que la loi est essentiellement tournée vers eux ? Comment éviter qu’ils croient à une lecture communautaire de la justice ? Sébastian Roché
Les mineurs délinquants cumulent les handicaps, expliquent Monique Dagnaud et Sebastian Roché. L’immigration de fraîche date, associée aux difficultés à trouver un emploi ou à la ghettoïsation de l’habitat, en fait partie, sans qu’il soit possible de mesurer l’importance respective des différents facteurs qui peuvent éclairer les parcours délictueux. D’une façon générale, la pauvreté économique concerne 60 % des familles. Les pères sont, à 26 %, inactifs. Ceux qui ont un travail sont en majorité des ouvriers (59 %), les mères des employées (46 %). Le contexte familial, difficile, éclaire aussi les parcours des mineurs. Les deux tiers sont issus de fratries de quatre frères et soeurs ou plus. Près de 40 % des dossiers judiciaires font état de violence familiale ; 20 % évoquent un père alcoolique. Seuls 54,5 % de ces mineurs vivent avec leurs deux parents ; 11 % sont hébergés en foyer. Dans 9,3 % des cas, ces adolescents ont un de leurs parents décédé. Enfin, leur situation scolaire est sinistrée : 79 % ont redoublé, 55 % plusieurs fois et près de 60 % ont fait l’objet d’une ou de plusieurs exclusions. Les mineurs d’origine étrangère « cumulent encore plus que les autres les traits de désavantage socio-économique », notent les chercheurs. Le Monde
La société est devenue d’abord plus tolérante vis-à-vis des déviances mineures. Nous sommes de plus en plus individualistes; le contrôle social s’est affaibli, on ne vit plus sous le regard d’une seule communauté comme autrefois. Et puis, l’opinion des parents sur la conduite de leurs enfants est devenue plus indulgente. Ils sont plus laxistes sur la morale quotidienne, et ce dans tous les milieux. (…) Pour être efficace, la réparation doit être immédiate. Or, dans les lycées, la norme veut que l’on ne répare les casiers abîmés qu’au troisième. Au prétexte que le coût unitaire est trop élevé. De même, tous les offices d’HLM ne sont pas convaincus de l’utilité des poubelles ignifugées ou des produits antitags. Sébastian Roché
N’est-on pas allé jusqu’à interpréter les tags qui maculaient les trains de banlieue comme « une revendication de vie », voire comme « une agression carnavalesque contre l’ordre établi »? Le Point
Le fait qu’une merde de chien soit ramassée par une motocrotte légitime à leurs yeux le préjudice. Puisqu’il y a des employés payés pour nettoyer, pourquoi se gêner ? J’ai même entendu des passants qui applaudissaient à l’initiative, en disant : « Au moins, ça donne du travail aux jeunes » ! La réponse technique est indolore – sauf pour les contribuables – mais elle esquive l’aspect civique et moral, alors qu’il s’agit tout de même d’apprendre la propreté. » On retrouve d’ailleurs le même syndrome de « délégation passive aux pouvoirs publics » dans la gestion des immeubles. (…) Preuve qu’en matière de comportement il n’y a pas de fatalité. C’est sans rechigner qu’au McDo 95 % des clients vident leurs plateaux. Par le jeu des effets d’entraînement. Et aussi parce que le personnel veille à ce que les sacs-poubelle ne soient jamais pleins. André Midol (patron d’une agence de conseil en maîtrise des comportements)
Hier, la concierge qui entretenait les escaliers était redoutée des locataires, qui s’efforçaient de ne pas trop lui alourdir la tâche. Aujourd’hui, le personnel de nettoyage est anonyme, personne ne se sent responsable des dégradations. Nous avons trop souvent affaire à des consommateurs de propreté et de sécurité qui nous appellent et nous demandent de régler les problèmes à leur place. Le soir, on appelle le commissariat parce qu’on n’ose pas dire à ses voisins de mettre des chaussons ! Pour être sûr que nous allons venir dans un immeuble où des gamins sont assis par terre à écouter de la musique, on nous dit qu’il y a un trafic de drogue ! Nous sommes d’accord pour lutter contre les incivilités, mais que les gens aient le courage de porter plainte. Après tout, les graffitis sont passibles d’une amende de 25 000 francs, l’injure raciste de 5 000 francs, les jets de détritus de 1 000 francs. Bertrand Michelin (policier)
Je passe moi-même beaucoup de temps dehors. J’encourage les gens à se prendre en charge. Beaucoup de marginaux se sont par exemple procuré des clés PTT pour entrer dans les halls, et les propriétaires laissent faire. La société dérape, car elle n’est pas capable de signifier suffisamment tôt des règles d’autorité aux plus jeunes. Les parents ne le font plus. Et les policiers le font trop tard. Commissaire Roland Maucourant (Paris, 18e)

—————————————————————————————-

Petite histoire vécue: il y a 3 jours notre nouveau voisin de palier, style gentil petit étudiant français de souche, voit un Africain d’une trentaine d’années couper l’antivol du vélo pliable hypersophistiqué que ma femme vient d’acheter et d’entreposer, même pas encore essayé, dans le hall d’entrée de notre petit immeuble de 4 étages et 8 copropriétaires de la partie petit-bobo du XIe arrondissement de Paris.

Et que croyez-vous qu’il fait?

Non, il ne lui propose pas de lui donner un coup de main!

Il se contente juste de passer tranquillement son chemin, se disant qu’il n’a jamais vu ledit monsieur dans l’immeuble mais que le pauvre doit être bien malheureux de devoir couper son antivol tout neuf pour récupérer son vélo suite à la perte de sa clé …

—————————————————————————————-

Plus de la moitié, voire 60 ou 70%, des suspects répertoriés dans les synthèses quotidiennes des Directions de la police, pic dans la rubrique des « violences volontaires » et des « vols à main armée », près de la moitié des mis en cause pour vol à la tire, surreprésentation en matière d’homicide et de tentative d’homicide », 12 241 sur une population carcérale de 55 355 personnes au 1er janvier 2004, 85 % des auteurs de violences urbaines, 42,4 % des adolescents à deux parents d’origine maghrébine contre 30,2 % auraient commis au moins trois petits délits dans leur vie, 9,7 % contre 3,9 % d’origine française pour les agressions, vols de voiture, cambriolages, vols avec violence, 46,9% contre 39,5 % pour les jeunes jugés par le tribunal des mineurs en quinze ans dans l’Isère, 87 % des parents ouvriers ou employés contre seulement 42 % des parents « français », jeunes des HLM plus délinquants quelle que soit leur origine, mais différence infime pour seulement les jeunes d’origine étrangère 66,5 % des mineurs jugés ont un père né à l’étranger (pour 49,8 % dans un pays du Maghreb), 60 % ont une mère également née hors de France., 40 % des détenus français avaient un père né à l’étranger, dont 25 % au Maghreb (Insee, 2000) …

Suite à la polémique Zemmour, à présent assigné en justice, malgré ses explications, par SOS Racisme

Pendant que l’avocat général de la cour de Paris est convoqué par sa hiérarchie pour propos malpensants …

Et que nos belles âmes bottent en touche en évoquant la criminalité en col blanc …

Retour, avec un article du Point de 2007 et notamment un entretien du criminologue grenoblois Sébastian Roché, sur le secret de polichinelle de la surréprésentation des étrangers et des Français d’origine étrangère récente dans les statistiques de la délinquance et de la criminalité

Et confirmation, preuves statistiques à l’appui, de ladite surreprésentation, principalement masculine et surtout pour les délits les plus graves, pour laquelle Roché pointe, outre les facteurs habituels (plus faible supervision parentale, résidence plus fréquente dans le parc HLM hors centre-ville, niveau de revenu et de scolarisation faible des parents, absentéisme scolaire plus élevé),  la différence de perception de l’autorité (police, père) …

Délinquance
Les statistiques qui dérangent
Le Point
17/01/2007

Le sujet est l’un des tabous les plus forts de la République : 60 à 70 % des délinquants sont issus de l’immigration. C’est ce que révèlent les synthèses de la police national

La scène se déroule à la cour d’appel de Douai. Le président de chambre demande son identité à un prévenu : « Abdelkrim ». Le juge de rétorquer : « Vous avez un nom prédestiné ! » Le président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), Mohamed Bechari, a raconté cette anecdote à un cénacle de députés en soulignant le caractère scandaleux du propos. La boutade du magistrat a beau être très douteuse, elle révèle la triste impression donnée par le défilé dans les prétoires.

Autre décor. Un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur rentre à son domicile avec une liasse de rapports sous le bras. Son épouse, qui ne connaît rien à la police, a la curiosité de jeter un oeil sur les documents. Réaction offusquée de madame : « Mais vous n’arrêtez que les étrangers ! » Lui est obligé de se justifier, de répondre : « Mais non, ma chérie, nous ne faisons pas de tri en fonction des origines.»

Le sujet est des plus sensibles. C’est même l’un des tabous les plus ancrés de la République. La part des enfants de l’immigration dans la criminalité et la délinquance ressortit au secret d’Etat. La lecture des synthèses quotidiennes de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP) et de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), où sont recensés une partie des faits perpétrés en France, laisse sidérés les très rares initiés qui y ont accès.

Le Point a pu consulter ces notes, dans lesquelles il apparaît que plus de la moitié, voire 60 ou 70%, des suspects répertoriés ont des noms à consonance étrangère. Cet élément est délicat à manipuler. En aucun cas l’on ne saurait déduire avec certitude une origine d’un patronyme. Il ne s’agit pas non plus de tirer des conclusions absurdes sur un caractère « culturel » de la criminalité. Mais écarter ces constatations d’un revers de manche est une grave erreur qui occulte l’échec de l’intégration.

« La vérité est révolutionnaire », disait Lénine. L’on ne saurait résorber que les problèmes que l’on connaît. Une analyse de la « surreprésentation » des Français d’origine étrangère dans la commission d’infractions est d’autant plus éclairante que l’explication avancée en règle générale est erronée. On a coutume de considérer que la corrélation se fait seulement entre la pauvreté et la délinquance. Le propos ne suffit pas à rendre compte de la réalité (voir interview de Sebastian Roché).

En aucun cas, il ne s’agit d’apposer des tampons « immigré » sur des Français. Cela serait plus que tendancieux. En revanche, analyser un fait social n’est pas dépourvu d’intérêt. Les synthèses quotidiennes de la DCSP et de la DCPJ attestent que le pourcentage d’auteurs issus de l’immigration est surtout élevé à la rubrique des « violences volontaires » et des « vols à main armée ». Quand il était ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy a parfois fulminé sur le sujet. En réunions restreintes.

Au 1er janvier 2004, les étrangers représentaient 12 241 détenus dans les prisons françaises, sur une population carcérale de 55 355 personnes. Comme l’observe Laurent Mucchielli, directeur du Cesdip, dans un article publié par la revue Criminologie, « près de la moitié des mis en cause pour vol à la tire sont des étrangers » et « les étrangers sont nettement surreprésentés en matière d’homicide et de tentative d’homicide ». Selon l’auteur, il y a là « une version moderne de la sur- délinquance traditionnelle des milieux sociaux les plus précarisés dans une société industrielle ».

Mais les questions du jour ne concernent pas tant les étrangers que les Français issus de l’immigration. La situation est infiniment plus complexe. D’abord, les fichiers mentionnant les origines des Français sont interdits et empêchent des travaux statistiques fouillés. Ensuite, la délinquance dépend de facteurs psychologiques très ténus. Le criminologue Alain Bauer, par ailleurs président de l’Observatoire de la délinquance, explique qu’on ne sait rien des facteurs qui font un délinquant, sinon une chose : « Un auteur d’agression est souvent quelqu’un qui a été battu et dont le cas n’a pas été traité.»

Cela vaut-il pour les violences abstraites ? Laurent Mucchielli invoque une « victimisation collective » des populations d’origine immigrée, la « perspective d’un destin social misérable » qui induit « d’intenses sentiments de frustration et d’exclusion ». A tort ou à raison, le syndrome du colonisé est toujours vivace. Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la Direction centrale des RG, relevait que 85 % de leurs auteurs sont d’origine maghrébine et qu’ils agissent en raison d’une sorte de « paranoïa » vis-à-vis de la société française. « J’ai vu une liste de 3 000 auteurs de violences urbaines établie par les RG parisiens, et il n’y avait que 59 noms « gaulois » », relate le criminologue Xavier Raufer. Qui ajoute : « Etant donné qu’il ne s’agit que de garçons, c’est bien la preuve que ce n’est pas un problème racial.»

Le 2 juin, lors d’un comité interministériel à l’intégration présidé par Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin se lance dans un discours sur l’intégration avec le lyrisme dont il a le secret. L’actuel ministre de l’Intérieur, soucieux de la « cohésion nationale », s’alarme de la propagation d’idéologies néfastes dans les banlieues ; il note la défiance vis-à-vis des autorités et considère qu’il ne faut pas dissocier les schémas mentaux et les actes.

Déracinement

Comment faire pour savoir ce qu’il se passe dans les cours d’immeuble ? Faut-il tenir compte des origines des Français pour mieux cerner certains problèmes ? Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, pense qu’il serait judicieux d’approfondir la connaissance de la réalité, pour étudier les difficultés propres aux populations d’origine immigrée, surtout en matière de discrimination à l’emploi. Le 3 décembre 2003, à l’occasion du 20e anniversaire de la Marche des beurs, Raffarin expliquait que « nous avons besoin d’une grande enquête statistique et sociologique sur la question de l’intégration et des inégalités, parce qu’il n’y a rien de complet aujourd’hui ».

Le 2 juillet, le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, installera un observatoire des statistiques, mis en place par le Haut Conseil à l’intégration (HCI). L’instance, qui sera dirigée par Jacqueline Costa-Lascoux, est censée coordonner tous les chiffres disponibles. Peut-être permettra-t-elle de mieux cerner les effets du « déracinement », géographique ou culturel, de certains Français. « Il n’est ni prévu ni exclu de travailler sur la question de la délinquance » , assure-t-on prudemment au HCI. L’état des lieux ne sera pas facile à établir. Un chercheur, Laurent Lagrange, a observé une surdélinquance des enfants de l’immigration dans un quartier de Mantes-la-Jolie, mais pas dans un quartier comparable d’Amiens. Ce n’est pas avec des idées fixes, bien ou mal-pensantes, que l’on épuise la réalité

« Mon grand-père était face à l’uniforme en Algérie, moi, je suis face aux policiers. »

Le Point: Les jeunes d’origine étrangère sont-ils surreprésentés dans la délinquance?

Sebastian Roché : J’ai mené une étude à Grenoble et à Saint-Etienne sur un échantillon de près de 2 300 jeunes de 13 à 19 ans qui prouve que les jeunes d’origine étrangère commettent plus de délits que les autres, et surtout des délits plus graves. Parmi les adolescents dont les deux parents sont français, 30,2 % ont commis au moins trois petits délits dans leur vie, alors que le chiffre s’élève à 42,4 % pour les adolescents d’origine maghrébine.

Et pour les actes graves ?

La différence est plus importante. S’agissant des agressions, des vols de voiture, cambriolages, vols avec violence, 3,9 % des jeunes d’origine française en ont commis au moins trois, contre 9,7 % des jeunes Maghrébins. J’ai, par ailleurs, fait dépouiller tous les dossiers des jeunes jugés par le tribunal des mineurs en quinze ans dans l’Isère. J’ai trouvé que 39,5 % des auteurs sont issus de parents français, et 46,9% d’origine étrangère.

L’explication est-elle relative au niveau social ?

En fait, 87 % des parents des jeunes d’origine étrangère sont ouvriers ou employés, alors que seulement 42 % des parents « français » le sont. Mais la prise en compte du statut socio-économique n’explique pas tout. Comparons, par exemple, les chiffres de la délinquance des jeunes qui habitent en HLM et de ceux qui n’y habitent pas. Quelle que soit leur origine, les jeunes des HLM sont plus délinquants que les autres. Mais la différence est infime si l’on s’intéresse seulement aux jeunes d’origine étrangère. Il y a donc un facteur spécifique.

Quel est-il ?

Il est difficile de déterminer les variables pertinentes. La perception des autorités semble importante. Ceux qui ont une image positive de la police et de leur père acceptent plus facilement les normes de la société. Les voyous raisonnent ainsi : « Mon grand-père était face à l’uniforme en Algérie, mon père s’est retrouvé bêtement à l’usine, je suis, moi, face aux policiers. » Plus les jeunes ressentent l’indifférence des pouvoirs publics, plus ils sont impliqués dans la délinquance. A tort ou à raison, il y a une mémoire collective d’un exercice de l’oppression française.

Voir aussi:

Selon une étude menée en Isère, deux tiers des mineurs délinquants sont d’origine étrangère
Nathalie Guibert
Le Monde
16.04.04
Deux sociologues ont étudié l’environnement des jeunes jugés pour des faits graves à Grenoble. Ils cumulent les handicaps : pauvreté, alcoolisme d’un parent, échec scolaire, immigration récente

PAUVRETÉ, échec scolaire, violence familiale, immigration récente : les mineurs délinquants ont un profil de « damnés de la Terre ». Telle est la conclusion à laquelle sont parvenus Sebastian Roché et Monique Dagnaud. Ces deux sociologues du CNRS ont réalisé une étude originale sur les dossiers des mineurs jugés par le tribunal de Grenoble (Isère) entre 1985 et 2000. Financée par France 5, cette recherche menée fin 2002, dont les résultats n’avaient pas encore été publiés, apporte des résultats inédits sur l’environnement social des jeunes auteurs de crimes ou de délits graves.

La nouveauté tient dans la mise au jour de ce que les auteurs nomment « la dimension ethnique » de la délinquance : 66,5 % des mineurs jugés ont un père né à l’étranger (pour 49,8 % dans un pays du Maghreb), et 60 % ont une mère également née hors de France. Contrairement aux études habituellement menées, qui s’attachent au seul critère de la nationalité des individus, les deux chercheurs ont choisi, sur la base des informations figurant dans les dossiers judiciaires, d’éclairer ainsi plus complètement l’environnement de ces adolescents. « La surreprésentation des jeunes d’origine étrangère dans la délinquance n’est un mystère pour personne, mais cette donnée est peu renseignée, et elle n’est jamais débattue dans l’espace public », justifie M. Roché, pour qui la réflexion sur l’intégration ne devrait pas être séparée de celle sur la violence.

« ÉCHEC DE L’INTÉGRATION »

De précédentes enquêtes fondées sur les déclarations des adolescents avaient déjà fait apparaître une « suractivité » délictuelle des jeunes issus de l’immigration. La recherche menée dans l’Isère le confirme, avec une ampleur qui a surpris les chercheurs. Car, dans la région Rhône-Alpes, selon l’Insee, l’Isère n’est pas un département particulièrement marqué par l’immigration : celle-ci représente 6,1 % de la population (7,5 % dans le Rhône par exemple). « Nous sommes face à une justice qui concentre son énergie à condamner des jeunes d’origine étrangère », conclut Sebastian Roché. Pour le sociologue, cette constatation, « résultante du système que personne n’a voulue », remet en cause un des fondements de la légitimité républicaine. « Comment expliquer à ces jeunes que la loi est essentiellement tournée vers eux ? », souligne-t-il. Comment éviter qu’ils croient à une lecture communautaire de la justice ? « Ces résultats signent l’échec d’une politique d’intégration », analyse pour sa part Monique Dagnaud.

Cette origine étrangère n’est « pas spécifique aux délinquants de l’Isère », remarquent les auteurs. En 2000, l’Insee a en effet montré que 40 % des détenus français avaient un père né à l’étranger, dont 25 % au Maghreb. De ce point de vue, la situation française semble se rapprocher de celle des Etats-Unis, où les minorités sont surreprésentées. En revanche, si auteurs et victimes ont souvent la même appartenance communautaire outre-Atlantique, ce n’est pas le cas en France.

Les mineurs délinquants cumulent les handicaps, expliquent Monique Dagnaud et Sebastian Roché. L’immigration de fraîche date, associée aux difficultés à trouver un emploi ou à la ghettoïsation de l’habitat, en fait partie, sans qu’il soit possible de mesurer l’importance respective des différents facteurs qui peuvent éclairer les parcours délictueux.

D’une façon générale, la pauvreté économique concerne 60 % des familles. Les pères sont, à 26 %, inactifs. Ceux qui ont un travail sont en majorité des ouvriers (59 %), les mères des employées (46 %). Le contexte familial, difficile, éclaire aussi les parcours des mineurs. Les deux tiers sont issus de fratries de quatre frères et soeurs ou plus. Près de 40 % des dossiers judiciaires font état de violence familiale ; 20 % évoquent un père alcoolique. Seuls 54,5 % de ces mineurs vivent avec leurs deux parents ; 11 % sont hébergés en foyer. Dans 9,3 % des cas, ces adolescents ont un de leurs parents décédé. Enfin, leur situation scolaire est sinistrée : 79 % ont redoublé, 55 % plusieurs fois et près de 60 % ont fait l’objet d’une ou de plusieurs exclusions. Les mineurs d’origine étrangère « cumulent encore plus que les autres les traits de désavantage socio-économique », notent les chercheurs.

Le tableau n’est cependant pas uniforme. Paradoxalement, l’environnement familial est décrit, dans la grande majorité des dossiers judiciaires, comme « affectueux » et « soucieux de l’éducation du mineur ». Ecartelés, les adolescents délinquants de l’Isère « ont la particularité d’être à la fois dans la culture de la modernité et dans les difficultés de l’intégration sociale », ajoute Monique Dagnaud. Près de la moitié pratiquent un sport, dont un tiers de façon intensive. Une majorité fait état d’activités de loisirs, principalement tournées vers l’audiovisuel. « Repli de l’exclusion et culture de masse : leur personnalité se construit à partir de ces univers opposés, dont le mélange peut se révéler détonant », conclut l’étude.

Voir également:
Délinquance des mineurs: la République en quête de respect (rapport de la commission d’enquête sur la délinquance des mineurs)UNE SURDÉLINQUANCE DES JEUNES ISSUS DE L’IMMIGRATIONJusqu’il y a peu, il était difficile d’évoquer la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration sans qu’une telle attitude passe pour une stigmatisation. Il y a quelques mois, M. Christian Delorme, le « curé des Minguettes » évoquait ainsi cette situation : « En France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses, parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration, qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas comment en parler »27(*).

L’enquête de délinquance autorapportée conduite en 2000 par M. Sébastian Roché a apporté des précisions sur cette question. Elle montre que la majorité des délits peu graves sont commis par des adolescents dont un parent ou les deux parents sont nés en France (68 %). Une forte minorité des actes peu graves sont commis par des personnes dont les deux parents sont nés hors de France (32 %).

Pour les actes graves, la situation est un peu différente. Les adolescents dont les deux parents sont nés hors de France commettent 46 % des actes graves.

Lorsque la question est posée aux adolescents qui vivent dans les HLM, les jeunes d’origine maghrébine représentent 39 % des actes peu graves et 47 % des actes graves.

Ces chiffres mettent en relief le fait que les actes de délinquance des adolescents maghrébins sont fréquents. Toutefois, ils ne permettent pas de statuer sur la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration car ils ne tiennent pas compte du poids relatif des différentes populations en fonction de leurs origines.

Cette analyse complémentaire a cependant été faite par Sébastian Roché et confirme une surdélinquance des jeunes d’origine maghrébine par rapport à ceux d’origine française, comme en témoignent les graphiques suivants.

Actes peu graves commis suivant les origines ethniques

Actes graves commis suivant les origines ethniques

Pour expliquer ce phénomène, le sociologue constate que ces jeunes cumulent certains facteurs associés à la délinquance : une plus faible supervision parentale, une résidence plus fréquente dans le parc HLM hors centre-ville, un niveau de revenu et de scolarisation faible des parents, un absentéisme scolaire plus élevé.

Lors de son audition par la commission, M.Thierry Baranger, Président de l’association française des magistrats de la jeunesse et de la famille, a évoqué le handicap culturel dont souffriraient les jeunes d’origine maghrébine : « Ce n’est pas un hasard si une partie très importante des jeunes que nous avons à traiter et qui se retrouvent en prison sont issus de l’immigration. Il s’agit bien souvent, me semble t-il, de familles fragiles, de parents qui ne peuvent pas dialoguer avec l’école et ne trouvent pas leur place au sein des institutions ».

M. Malek Boutih, président de SOS racisme, a évoqué ainsi la question devant la commission d’enquête :

« Beaucoup de raisons expliquent pourquoi il y a plus de « bronzés » que de blancs dans les centres de jeunes détenus, mais ce ne sont pas des éléments culturels ; ce ne sont pas des sourates du Coran ni leurs parents qui les poussent. Il faut même faire très attention dans les discours lorsqu’on insiste sur la responsabilité des parents. Que se passe-t-il lorsqu’on a des parents très sévères dans le quartier ? En dernier ressort, quand ils n’en peuvent plus, ils mettent le gosse à la porte, donc à la rue. (…)

« Par ailleurs, dans les familles d’immigrés, les enfants prennent très vite le pouvoir. Déjà, d’une manière générale en France, le rapport au savoir a tendance à s’inverser en raison des modifications technologiques, des nouveaux rapports urbains, et les jeunes générations ont parfois une meilleure connaissance que leurs parents de la société. Alors, chez les immigrés, imaginez !…

« Je n’ai pas envie que les enfants d’immigrés, qui constituent ce que j’appelle la nouvelle génération de Français, deviennent les noirs américains de notre société, qui ne soient bons qu’à faire du sport ou des films et, pour le reste, passage par la case « prison ». Je sais que la vie est dure, que la société est dure, qu’il y a beaucoup d’injustice. Mais je ne crois pas que les comportements de violence aident à s’en sortir. A l’inverse, ces comportements structurent, organisent la violence et l’implantent définitivement dans la société ».

Certains interlocuteurs de la commission d’enquête ont mis en avant, parmi les causes de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration, un sentiment d’hostilité à l’égard des institutions, notamment de la police, ainsi qu’un sentiment d’injustice lié au marché du travail. Les responsables de l’association « Agir ensemble » visitée par la commission lors de son déplacement au Havre ont ainsi noté que les jeunes qui réussissaient leurs études se voyaient souvent écartés des entretiens d’embauche lorsqu’ils annonçaient leur nom ou celui de leur quartier.

A cet égard, le président de SOS racisme s’est opposé à toute idée de quotas pour favoriser l’intégration des jeunes issus de l’immigration en observant que la tradition française se fondait sur la notion d’égalité et que celle-ci n’avait jamais empêché la République d’avoir des pratiques inégalitaires ou promotionnelles quand elle souhaitait remédier à certains déséquilibres sociaux.

* 27 Le Monde, 4 décembre 2001.

Voir par ailleurs:

Eric Zemmour ou le trublion officiel
Philippe Bilger
Avocat général
Justice au singulier
17 mars 2010

Si Eric Zemmour n’existait pas, il faudrait l’inventer, il manquerait chaque jour à notre univers médiatique.

Il a encore frappé et, comme il l’espérait sans doute, des foudres judiciaires sont annoncées et on a même saisi, couronnement suprême, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de son cas.

Dans deux émissions : Salut les terriens sur Canal + et L’Hebdo sur France O, Eric Zemmour a soutenu que « les français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C’est un fait » (nouvelobs.com).

Levée de boucliers. Indignation. Morale brandie. Quelle honte ! Consensus de la dénonciation. En réalité, du vent.

En effet, je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce « fait », la justesse de cette intuition qui, aujourd’hui, confirment un mouvement né il y a quelques années. Tous les noirs et tous les arabes ne sont pas des trafiquants mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes. Je précise car rien dans ce domaine n’est inutile : qu’il y ait aussi des « trafiquants » ni noirs ni arabes est une évidence et ne me rend pas plus complaisant à leur égard. Il n’est point besoin d’aller chercher des consolations dans les statistiques officielles dont la finalité presque exclusive est de masquer ce qui crève les yeux et l’esprit si on accepte de regarder.

Je regrette qu’Alain Jakubowicz, président de la Licra et personnalité de valeur, ait décidé de poursuivre pour ces propos Eric Zemmour et qu’il ait ajouté que ce dernier avait franchi « un cran ». Je regrette que Rachid Arhab, du CSA, se soit égaré en répliquant à Eric Zemmour qu’il était « arabe, pas trafiquant mais au CSA », comme si ce dernier avait été assez stupide pour généraliser absurdement sa perception. Nous sommes tous très heureux que Rachid Arhab soit au CSA mais précisément parce qu’il n’est jamais tombé dans les travers dénoncés par Zemmour.

La Licra, le MRAP et, avec retard, le CRAN ont invité le CSA à réfléchir sur les « dérapages » d’Eric Zemmour, comme si d’une part ceux-ci méritaient d’être qualifiés ainsi et que d’autre part un éventuel avertissement à Eric Zemmour pouvait avoir un autre effet que d’amplifier le caractère infiniment « porteur » du soufre relatif distillé à intervalles réguliers par ce polémiste.

En réalité – et ce n’est pas la première fois -, personne n’a pris la peine d’examiner le fond du propos. L’indignation quasi unanime n’a donc pas été suscitée par la teneur de l’appréciation ni son éventuelle vérité ou fausseté mais par le simple fait qu’Eric Zemmour avait OSE DIRE cela. Comment quelqu’un avait-il pu aborder de front une telle matière sans prendre les précautions d’usage et en n’ayant pour obsession que de rendre acceptable par et pour tous ce que la nudité cruelle de l’exactitude précisément n’aurait pas permis ! Eric Zemmour n’est pas en tort pour avoir exprimé ce qu’il a déclaré mais pour s’être affranchi de la censure qui interdisait d’aborder clairement un tel sujet. Il doit être puni pour cause d’audace et non pour mensonge. Il n’a pas franchi « un cran » mais dépassé une ligne que la bienséance et l’hypocrisie considèrent comme absolue.

Qu’Eric Zemmour ne se rassure pas trop vite : d’autres dangers le guettent, dont Renaud Dély, dans Marianne, a pointé le principal dans un lucide portrait. Celui d’être aujourd’hui « ingurgité », absorbé par le système qu’il prétend subvertir grâce à une parole libre et apparemment inconoclaste. En effet, Eric Zemmour est devenu « un trublion officiel », « un fou des médias » comme il y a eu des « fous du roi », avec cette conséquence subtile mais perceptible qu’un léger contentement de soi semble l’habiter (Voici). De plus en plus, il y a dans sa démarche une alliance contradictoire entre une aspiration affichée au dialogue et un ton péremptoire. La liberté de pensée qu’heureusement il s’octroie ne va plus tout à fait jusqu’à supporter celle des autres. Dorénavant il s’écoute plus qu’il n’écoute, trop facilement ravi par sa propre mécanique. J’avais perçu des indices de cette solitude satisfaite, dans sa volonté à plusieurs reprises de « judiciariser » les réactions d’autrui quand il les estimait intolérables. Il se serait honoré, à mon sens, en les prenant pour l’inévitable rançon d’une expression qui ne s’assignait pas de limites. Attention, danger !

D’autant plus que ce n’est pas lui qui a gagné. Eric Naulleau, moins omniprésent, est plus épargné mais tout de même affecté par cette défaite. Comme il était prévisible à la longue, l’hilarité promotionnelle de Laurent Ruquier, sur France 2, a étouffé le miracle de ces deux intelligences caustiques et souvent pertinentes qui croyaient pouvoir réaliser ce rêve d’une télévision digne et vraie au milieu d’un océan de rires et de saillies programmés, d’hyperboles ridicules. Le bas, à force, s’approprie le haut et le dénature.

A mon sens, Eric Zemmour est à la croisée des chemins. Aujourd’hui, son discours et ses écrits – c’est le risque fondamental de la liberté : si elle se répète, elle meurt – sont marqués du sceau du prévisible. On peut les imaginer par avance parce que « le style Zemmour » est devenu une sorte de marque déposée. Mais rien ne vaut la modestie d’une parole qui se cherche, s’invente et parfois même s’étonne. Rien ne vaut les jaillissements de l’imprévisible, les surgissements d’une pensée capable, quand il le faut, de se battre autant contre elle-même que contre les opinions majoritaires, les surprises qu’une personnalité veut bien offrir à ceux qui ont besoin d’elle dans un monde planifié.

A l’évidence, pour et par toutes les bonnes consciences avides de stéréotypes. Qu’au moins les esprits libres tentent d’échapper à cette malédiction !

________________________________________________________

Tout a été dit, grâce à la multitude de réponses, sur ce billet consacré à Eric Zemmour. Aussi vous me pardonnerez d’estimer que le débat est clos et donc de fermer l’accès aux commentaires sur ce post précis. Pas de censure, juste un afflux impossible à gérer sauf à y passer jour et nuit.

Voir également:

On ne voit que ce qu’on regarde
Eolas
25 mars 2010

Les sciences exactes ne servent pas qu’à empêcher les adolescents d’être heureux au collège. Elles apprennent la rigueur. Et l’économie, si elle n’est pas une science exacte, utilise ces sciences pour étudier le comportement humain avec cette rigueur.

Et s’il est une leçon que l’économie donne à tous, c’est précisément de se méfier des fausses évidences, des erreurs de corrélation (croire que si A et b augmentent simultanément c’est que A et B sont liés), et de rechercher les vraies causes d’un phénomène.

Deux ouvrages vous en feront la démonstration : “Freakonomics”, de Steven D. Levitt et Stephen J. Dubner, traduction Anatole Muchnik (qui notamment vous démontrera que la plus spectaculaire baisse de la criminalité aux États-Unis n’a rien à voir avec la politique de “tolérance zéro” de M. Giuliani, mais doit tout à une jeune fille de 21 ans qui ne voulait pas être enceinte), et “Sexe, drogue… et économie : Pas de sujet tabou pour les économistes !”, par mes amis Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia, auteurs du blog “Econoclaste”.

Cette sagesse des économistes est fort utile au juriste, plus intéressé aux conséquences du comportement des hommes qu’à ses causes. Et même les plus estimables d’entre eux peuvent parfois s’égarer.

Et c’est à mon sens ce que fait l’avocat général Philippe Bilger, dont mes lecteurs savent le respect teinté d’admiration que j’ai pour lui, respect et admiration que ce désaccord laisse intacts, tout comme je sais qu’il goûte trop au plaisir de la contradiction pour me tenir rigueur de la lui porter ici.

Tout commence avec les déclarations à l’emporte-pièce, pardonnez le pléonasme, d’Éric Zemmour à l’émission produite et présentée par Thierry Ardisson sur canal+, “Salut les Terriens”. Le polémiste déclarait qu’il était normal que la police controlât plus volontiers l’identité d’individus typés noirs ou maghrébins, car “la majorité des trafiquants de drogue sont eux-même noirs ou maghrébins, c’est un fait”. J’attire votre attention sur ces quatre derniers mots, qui constituent l’intégralité de la démonstration de M. Zemmour, et probablement une des argumentations les plus développées qu’il ait jamais produite.

Les propos ont fait scandale, c’était d’ailleurs leur but. Le CSA a réagi, mal, comme d’habitude, la LICRA a menacé d’un procès, comme d’habitude, avant d’y renoncer après avoir reçu une lettre d’excuse, comme d’habitude.

Mais c’est avec un certain regret que j’ai vu un esprit d’une autre envergure voler à son secours, en la personne de monsieur Philippe Bilger, avocat général à la cour d’appel de Paris.

Un petit mot ici pour rappeler qu’un avocat général n’est pas plus avocat qu’il n’est général. C’est un magistrat du parquet d’une cour d’appel, dont les fonctions consistent plus particulièrement à requérir aux audiences et spécialement devant la cour d’assises. On ne l’appelle donc pas “maître”, mais monsieur, comme tous les magistrats, sauf les dames, bien évidemment.

Dans un billet sur son blog, l’avocat général vole au secours du polémiste qui en a bien besoin, en tenant, sur l’affirmation litigieuse, les propos suivants :

En effet, je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce “fait”, la justesse de cette intuition qui, aujourd’hui, confirment un mouvement né il y a quelques années. Tous les noirs et tous les arabes ne sont pas des trafiquants mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes. Je précise car rien dans ce domaine n’est inutile : qu’il y ait aussi des “trafiquants” ni noirs ni arabes est une évidence et ne me rend pas plus complaisant à leur égard. Il n’est point besoin d’aller chercher des consolations dans les statistiques officielles dont la finalité presque exclusive est de masquer ce qui crève les yeux et l’esprit si on accepte de regarder.

On voit d’entrée l’habileté du rhéteur, qui d’emblée laisse entendre que toute personne qui contesterait cette affirmation serait de mauvaise foi. Ça tombe bien, je suis avocat, la mauvaise foi, ça me connaît, et les audiences correctionnelles, j’y assiste, sans doute plus souvent qu’un avocat général, et je suis même pas trop mal placé.

Et je confirme que pour les audiences de “service général”, vols, violences et petit trafic de stupéfiant, les prévenus ont des noms qui évoquent les sommets de l’Atlas, l’immensité du Sahara ou les grands fleuves serpentant dans d’impénétrables forêts. Curieusement, c’est nettement moins le cas aux audiences économiques et financières ; il n’y avait qu’un arabe dans l’affaire Clearstream, et ce n’était même pas un maghrébin, mais ce doit être une décimale flottante qui fausse les statistiques.

Car le vice du raisonnement saute d’emblée aux yeux. S’il semble acquis, puisque ni le grand magistrat ni le petit polémiste ne contestent que la police contrôle plus volontiers noirs et arabes -et je confirme que sur ces trente dernières années, je n’ai fait l’objet que de deux contrôles d’identité sur la voie publique ou dans l’enceinte du métro, tandis qu’un estimable confrère d’origine martiniquaise a remarqué qu’il devait exhiber sa carte d’identité une fois par mois-, il ne faut pas s’étonner qu’ils soient plus nombreux dans le box. C’est confondre cause et conséquence.

En outre, il faut rappeler une autre évidence : n’est prévenu que celui que le parquet décide de poursuivre. Il n’y a pas tirage au sort dans une population homogène : chaque dossier est étudié, au pas de charge, par un parquetier débordé qui en quelques minutes va décider en cochant une case s’il y a lieu à classement après rappel à la loi, alternative aux poursuites, CRPC ou citation devant le tribunal (je mentionne pour mémoire l’ouverture d’une instruction tant qu’elle existe). Il y a donc un filtre totalement subjectif : cette décision repose sur des critères qui n’ont jamais à être motivés, certains objectifs (existence d’antécédents judiciaires au casier, gravité exceptionnelle des faits), d’autres moins (instructions générales du chef du parquet : mettre la pression sur tel type de délits plutôt que tels autres), et les derniers enfin beaucoup moins : le pifomètre qui va diriger le stylo ver telle ou telle case après un bref moment d’hésitation les sourcils froncés.

Je ne dis pas que les parquetiers soient mus par des réflexes xénophobes : simplement ils prennent rapidement une décision non motivée. Tirer des conclusions de données statistiques passés par un tel filtre ne peut que mener à des erreurs.

Donc tout citoyen de bonne foi se rendant à une audience correctionnelle, exercice que je lui conseille ardemment, saura qu’il ne doit rien déduire de la couleur dominante dans le box.

Car c’est triste mais c’est ainsi, il y a des détails qui sautent aux yeux, et la couleur de la peau en fait hélas partie, mais d’autres auxquels on ne fait pas attention. Je pense en effet que les deux tiers des prévenus à une audience ordinaire sont typés noirs ou maghrébins (ce qui ne les empêche pas d’être le plus souvent français). Une prédominance de 66%, nonobstant les biais qui faussent la population statistique que je viens de détailler, peut sembler néanmoins pertinente et représentative, du moins dans les juridictions des grandes villes où se trouvent les population d’origine immigrée depuis les Trente Glorieuses (je pense que le tribunal correctionnel de Guéret voit moins de prévenus noirs que celui de Bobigny, tandis que celui de Fort-de-France en verra sans doute plus).

Soit, mais il y a une autre prédominance, que je pense supérieure à 95%, qui a fortiori apparaît encore plus pertinente et dont personne, et spécialement M. Zemmour, ne semble vouloir tirer de conclusion.

95% des prévenus, et c’est un minimum, sont des hommes. Le sexe semble être un critère beaucoup plus pertinent pour repérer les délinquants potentiels, mais M. Zemmour ayant pour les hommes les yeux de Chimène, il semble balayer ce critère d’un revers de main. La sociologie juridique a des limites.

Mais il demeure ce fait : en région parisienne et dans les grandes villes, la population noire et maghrébine se taille la part du lion dans le box des prévenus, avec les gitans pour les juridictions du sud de la France. Aucune statistique fiable n’existe, puisque tout traitement de données sur des bases ethniques est interdit comme contraire à la Constitution (CC, décision n° 2007-557 DC du 15 novembre 2007), ce qui laisse, effet pervers, la part belle aux préjugés et à l’argumentation selon laquelle les bien-pensants préfèrent se voiler la face.

Admettons le principe de cette sur-représentation et demandons-nous pourquoi elle existe.

C’est là que mes modestes connaissances peuvent servir. Ces prévenus, je les défends. J’ai accès au dossier, je m’entretiens avec eux, je fouille un peu dans leur vie pour chercher des moyens d’éviter la détention. Et pour le passage à l’acte, je constate que les mêmes critères réapparaissent avec une constance inébranlable.

Et d’emblée, le cliché du parasite cynique, qui hait la France et se croit tous les droits de s’emparer de ce que bon lui chante parce que nous sommes trop gentils avec lui, est tout simplement inexistant.

Le délinquant type gibier de correctionnelle (en excluant la délinquance routière qui est un cas à part, une délinquance d’honnêtes gens, bien intégrés et ayant un métier, et qui d’ailleurs est traitée différemment) est un homme, je l’ai déjà dit, plutôt jeune, pauvre, issu d’une famille pauvre, sans formation, ayant souvent abandonné l’école dès 16 ans, au chômage ou connaissant la précarité du travail, trimballé de “plate-forme de mobilisation” (oui, c’est un terme tout à fait authentique de la novlangue de Pôle Emploi) en formations inadaptées. Quand il a le droit de travailler, ce qui n’est pas le cas d’un étranger en situation irrégulière (soit dit en passant, dépouiller un homme de son droit de travailler est une des plus grandes atteintes à sa dignité qui se puisse commettre, et c’est l’État qui le commet en notre nom). L’alcool ou la drogue (le cannabis, le plus souvent) sont souvent présents, pour l’aider à tenir dans cette vie sans espoir de s’en sortir, et sont parfois la cause de la délinquance (énormément de petits dealers font ça uniquement pour financer leur consommation, et ce sont ces amateurs qui sont des proies faciles pour la police).

Allez à une audience de comparutions immédiates, vous entendrez la litanie des enquêtes de personnalité, vous verrez si je dis vrai (à Paris, du lundi au vendredi à 13h30, 23e chambre, escalier B, rez de chaussée, le samedi à 13h30 dans les locaux de la 25e chambre, escalier Y, rez de chaussée, entrée libre, c’est gratuit).

Mettez un homme, quelle que soit son origine, sa race, ou sa religion, dans cette situation, et vous en ferez probablement un délinquant. Or ce portrait robot correspond majoritairement à des personnes issues de familles noires et arabes, venues travailler en France dans la seconde moitié du XXe siècle où la France manquait de main d’œuvre et touchées de plein fouet par la crise.

Et tout ce que retiennent Eric Zemmour et Philippe Bilger, c’est l’origine ethnique des délinquants, comme si elle était pertinente. C’est s’arrêter à la surface. Et pointer du doigt toute une population qui partage ce trait physique majoritaire chez les délinquants. Comme si elle avait besoin de ça.

Regardez donc les grands criminels, ceux qui peuplent les assises, ceux qui violent ou tuent. Marc Dutroux est-il arabe ? Michel Fourniret et Monique Olivier sont-ils noirs ? Francis Heaulme ? Didier Gentil ? Marcel Petiot ? Patrick henry ? Yvan Colonna ? Les tueurs de l’ETA ? Ou sans aller chercher les grands criminels, Céline Lesage, Véronique Courjault, Marc Cécillon puisqu’il faut bien que je parle encore un peu de rugby ? On me rétorquera Youssouf Fofana et Omar Radad ; mais je n’affirme nullement que les noirs et les arabes sont à l’abri du crime. Mais ôtez le moteur de la pauvreté et du désespoir social (et le crime de Fofana, avant d’être raciste, est avant tout crapuleux), et miracle, la part de la population pauvre diminue instantanément. Il n’y a pas de gène de la criminalité. En est-on à devoir rappeler de telles évidences ?

C’est aussi à mon sens des facteurs sociaux qui expliquent la si faible part des femmes dans la délinquance. La société repose encore sur l’image qu’un homme doit gagner sa vie voire celle de sa famille. Une femme qui gagne sa vie a du mérite, un homme, non, c’est ce qu’on attend de lui, depuis la préhistoire où il partait chasser le mammouth. Pour un homme, ne pas avoir cette perspective est humiliant : cela pousse au mépris de soi, et quand on se méprise on ne peut respecter les autres, et à trouver des expédients pour avoir de l’argent. Les femmes d’une part n’ont pas cette pression sociale, et d’autre part ont immédiatement à l’esprit que pour avoir un travail, elle devront étudier. D’où leurs meilleurs résultats à l’école dès le primaire et leur part de plus en plus importantes dans les études supérieures (les écoles d’ingénieurs étant le dernier bastion des mâles, mais les murs s’effritent chaque année, courage mesdames !). La faculté de droit est tombée depuis longtemps, pour mon plus grand bonheur (Ah, les amphis au printemps, quand les beaux jours reviennent : comment s’intéresser aux servitudes et à l’exception de litispendance dans ces conditions…?)

Les box des tribunaux correctionnels ne sont pas remplis de noirs ou d’arabes. Ils sont remplis de pauvres désespérés. C’était déjà le cas il y a un siècle, quand le blanc était la couleur dominante.

La France n’a pas échoué à intégrer les populations qu’elle a fait venir d’Afrique ces cinquante dernières années. Elle n’a même pas essayé. C’est cela que la couleur des prévenus nous rappelle à chaque audience. C’est que pas un seul d’entre eux, bien que né en France, n’a pensé une seule seconde qu’il avait une chance de devenir lui aussi médecin, avocat, juge, journaliste au Figaro ou avocat général.

La honte est sur nous et pas sur eux.

Voir enfin:

L’esprit de Voltaire
Gascogne
mars 2010

Je n’aime pas ce qu’écrit Philippe BILGER. J’ai commenté dés les premiers jours de son blog son premier article, en faisant déjà montre d’un certain pessimisme, trop vite conforté, pour avoir lu quelques unes de ses œuvres. J’ai rapidement arrêté de le lire, voyant que le mal était trop profond. Trop d’égocentrisme. Trop de certitudes. Trop de plaisir à cracher dans la soupe. Ou comme disait ma grand mère, trop de bonheur à pisser contre le sens du vent. Je ne suis même pas d’accord avec le Maître des lieux lorsqu’il ne le critique qu’avec un respect teinté d’admiration, mais vous savez comment j’ai pu rater mon UV diplomatie, à la faculté. Je ne respecte que peu les gens qui vous regardent de haut, enrobés de leurs certitudes. En bref, ceux qui se pensent supérieurs, mais qui enrobent leurs analyses cruelles d’une fort belle plume.

Je ne suis pas pour autant persuadé que cela me donne un quelconque crédit pour le défendre, et pourtant, c’est bien ce que je souhaite aujourd’hui faire. Car une fois de plus, j’ai survolé son article (je les lis rarement en entier, mais lorsque je vois sur mes fils RSS un article sur la justice, j’ai du mal à résister). Et une fois de plus, j’étais en désaccord quasi complet avec lui. Son propos souffre à mon sens, et sans aller aussi loin dans les analyses qu’Eolas ou SLL, de deux défauts majeurs : il applique, comme à son habitude, une analyse parisiano-parisienne à l’ensemble de la justice française, et il nous ressort l’habituel argument du Front National : le chroniqueur radio est puni car il ose dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Alors pourquoi faire un billet sur mon nouvel ami P. BILGER ? Parce que je viens d’apprendre qu’il était convoqué par son supérieur hiérarchique pour son billet sur Eric ZEMMOUR.

Et là, je dois reconnaître que je ne comprends plus. Depuis le temps qu’il écrit sur internet (5 ans, si je ne m’abuse), il a marqué de tous les défauts que je lui reconnais l’empreinte de son blog. N’avait-il pas affirmé que l’ancienne Garde des Sceaux n’avait pas été engagée pour ses compétences ? N’avait-il pas tenu des propos plus qu’indignes sur les compétences des magistrats, qui hormis lui, étaient tout sauf aptes à s’exprimer, voire à exercer ? Et je ne vous parle même pas du scandaleux corporatisme des magistrats et de leurs syndicats représentatifs (c’est vrai, de quel droit un syndicat intervient-il dans l’intérêt professionnel de ses membres ?).

Et y avait-il eu la moindre réaction de la Chancellerie ? Non, arrei, queutchi, nada, nenni, rien… Certes, il prenait bien souvent la défense du Président de la République, mais tout de même…

Et aujourd’hui, il tient, dans des termes comme d’habitude fort bien écrits, et surtout très aménagés à la susceptibilité de ses lecteurs, des propos qui déplaisent au pouvoir, ou à tout le moins à sa hiérarchie, et d’un coup, celle-ci redécouvre tous les bienfaits du devoir de réserve ? L’association des jeunes magistrats avait d’ailleurs en son temps édité un très bon article sur le devoir de réserve des magistrats, mais on ne le trouve malheureusement plus sur le site (si un des membres de l’association me lit…). Et il se déduisait assez naturellement de leur analyse que le devoir de réserve ne devait pas se confondre avec un droit de censure absolu.

Dans une période où je reste persuadé que l’on tente de museler au maximum les magistrats, qu’ils soient judiciaires, administratifs ou financiers, où les réformes, sur la suppression du juge d’instruction, sur la prescription, sur la nouvelle procédure pénale, n’ont pour but que de tenir un peu plus encore un corps d’État qui n’est pourtant pas réputé pour son esprit révolutionnaire, faire taire un magistrat qui s’exprime haut et fort me semble un bien mauvais signe. Un de plus.

Car après mon ami Justicier Ordinaire, il me semble que la Chancellerie, sans l’accord de laquelle j’ai du mal à imaginer l’intervention du procureur Général de Paris, poursuit son grand nettoyage. Et j’ai beau ne pas apprécier la voix si particulière de Philippe BILGER, j’apprécie encore moins qu’on la fasse taire.

Alors oui, M. BILGER, je suis sans doute à l’opposé de vos conceptions de la justice, de ses membres, de vos conceptions politiques, de votre amour pour ceux qui ne vivent que de la provocation. Mais pour plagier nos lointains aïeux, je ne pense pas comme vous, mais je ferai tout pour que vous puissiez continuer à exprimer vos idées (encore que la citation soit, paraît-il, apocryphe).


Affaire de Dubai: Plus débutants que nous, tu meurs! (A much too-perfectly framed assassination?)

28 mars, 2010
Mahmoud al-Mabhouh (Hamas)Le problème avec Dubaï, qui devrait être péniblement évident pour Tel Aviv, c’est que ce n’est pas la Cisjordanie. Ni Paris maintenant avec son réseau de caméras de surveillance et la capacité des Français à décrypter les téléphones à cartes prépayées. L’art de l’assassinat, vu et revu dans les films de Hollywood, est peut être aussi dépassé que tuer les gens à l’arsenic ou avec une cordelette. Ce n’est tout simplement plus possible. Robert Baer
Une « taupe » infiltrée au sein du Hamas a-t-elle permis l’élimination de Mahmud Mabhuh ? Les services de sécurité syriens ont arrêté un haut responsable de la branche militaire de l’organisation soupçonné d’être impliqué dans l’assassinat à Dubaï. (…) Le gouvernement jordanien a confirmé hier avoir extradé il y a quelques jours deux Palestiniens vers Dubaï. Selon le commandant de la police de Dubaï, l’un des deux hommes a avoué avoir fourni une aide logistique au groupe responsable de l’assassinat. Maariv
Et si le haut cadre du Hamas récemment assassiné à Dubaï avait tout simplement été victime d’un règlement de comptes?

Alors que nos médias ou d’anciens agents rivaux se gaussent du Dubaïgate et des agents en culottes courtes du Mossad …

Et que notre télévision d’Etat programme encore ce soir même un nouveau documenteur d’un cinéaste appellant au boycott des produits israéliens …

Pendant que l’ex-pire président américain s’apprête à demander au prochain de retirer la ligue de vertu et de bonnes oeuvres plus connue sous son acronyme Hamas de la liste des organisations terroristes ..

Prenez un terroriste de haut niveau, cofondateur du bras armé du Hamas les Brigades Izzedine al-Qassam, recherché par au moins trois pays pour terrorisme et subversion et intermédiaire notoire pour le trafic d’armes entre les Gardiens de la Révolution iraniens, les services secrets syriens et le Hamas qui meurt dans les règles de l’art …

Ajoutez, pour la galerie, une vingtaine d’agents à passeports binationaux européens-israéliens qui, en un notoire nid d’espions, passent leur temps (645 heures: excusez du peu !) à sourire aux caméras de surveillance sans la moindre preuve d’actes illégitimes mise à part leurs fausses identités …

Pimentez généreusement avec deux suspects repartant en bateau via l’Iran plus deux autres se trouvant travaillant pour l’OLP, l’ennemi juré du Hamas ainsi qu’un 5e reparti juste avant l’assassinat à Damas

Mélangez le tout dans la plaque tournante de la finance et du renseignement du monde arabe et accessoirement le point de transit principal pour le trafic d’armes entre l’Iran et le Hamas et la principale tire-lire pour les trafics en tous genres des Gardiens de la révolution du principal Etat-voyou et commanditaire du terrorisme mondial …

Et vous avez, grâce au courageux et tout particulièrement zélé chef de la police d’une petite-ville-Etat à la réputation quelque peu sulfureuse …

Le pire fiasco d’un des services secrets censés être les plus performants de la planète dont les agents se font prendre comme des petits écoliers pour le plus grand plaisir de Youtube …

Ou… une mission si étrangement importante qu’un agent de ce niveau (dont les caméras de surveillance dernier cri du lieu perdent la trace pendant plusieurs heures !), se retrouve juste avant son départ de Damas privé de l’escorte de gardes du corps armés dont il est généralement entouré sous prétexte qu’il n’y avait plus de place dans l’avion!

More Questions About the Dubai Assassination
What was a senior Hamas figure doing in a city infamous for Iranian arms trade?
Edward Jay Epstein
The WSJ
March 27, 2010

James Jesus Angleton, the legendary CIA counterintelligence chief, once discussed a series of suspicious deaths in Germany with me. « Any gang of thugs could murder someone, » he said, « but it took an intelligence services to make a murder appear to be a suicide or natural death. »

According to this precept, the assassination of Mahmoud al-Mabhouh in Dubai on the evening of Jan. 19, 2010, was almost certainly the work of an intelligence service. When Mabhouh’s body was discovered the next day in his room in the five-star Al Bustan Rotana hotel, it appeared he’d died in bed of natural causes. There were no wounds, bruises or other signs of foul play.

Room 230 had no balcony or windows that could be opened, and the electronic door latch appeared to have been locked from the inside. If an ordinary tourist died under such nonsuspicious circumstances, investigators would routinely assume he had died in his sleep from natural causes.

But Mabhouh was no ordinary tourist. He was a senior commander and a co-founder of Hamas’s military wing, Izzedine al-Qassam Brigades. His activities included the abduction of Israeli soldiers, and he was wanted in three countries: Israel, Egypt (where he had been imprisoned for almost a year for his Muslim Brotherhood activities and was wanted on suspicion of subversion) and Jordan, on suspicion of terrorism.

Based in Damascus, Syria, Mabhouh was also a key intermediary in the covert arms traffic between Iran’s Revolutionary Guard, the Syrian intelligence service, the Hamas government in Gaza, and other militants. He was ordinarily protected by a team of armed bodyguards. But they had not been allowed to accompany him to Dubai on Jan. 19 because there was no room on the flight, according to a Hamas spokesman in Damascus, Talal Nasser. So whether by design or accident, he was stripped of his protection, making his assassination easier to accomplish.

When the Dubai police, under pressure from Hamas, looked more closely into the crime scene, they found that the electronic lock on the door of his room had been reprogrammed to allow others to enter. The electronic lock can be accessed directly at the hotel room door by a sophisticated hacker.

Then a Dubai forensic lab retesting his body fluids discovered traces of succinylcholine. This is a quick-acting, depolarizing, paralytic drug that, by rendering Mabhouh incapable of resisting, could account for the lack of bruise marks on the body.

In February, Dubai’s chief coroner, Fawzi Benomran, reversed his verdict of a natural death. Instead, describing the death as « one of the most challenging cases » in the history of the emirate, he concluded it was a disguised homicide « meant to look like death from natural causes during sleep. »

Meanwhile, Dubai investigators examined 645 hours of videos from surveillance cameras at the hotel and elsewhere. They saw that, after Mabhouh left his hotel room, four suspicious-looking individuals got out of the elevator on the second floor near his room. Several hours later, at 8:25 p.m., Mabhouh returned to his room (according to the electronic lock). Shortly afterwards, the four men were seen via the cameras leaving the floor.

The police theorized that these men had surreptitiously entered Mabhouh’s room while he was out, incapacitated him with the paralytic drug on his return, induced a heart attack by suffocating him with a pillow, and reprogrammed the electric lock to make it appear it had been locked from the inside.

With the aid of facial recognition software, Dubai police then identified 26 suspects. All had been in Dubai at the time of Mabhouh’s brief visit. All had entered Dubai using fake or fraudulently obtained passports from countries not requiring a Dubai visa, including Britain, Ireland, France, Germany and Australia.

All the passports turned out to be stolen identities with faked passport photos. The charge cards, airline tickets and pre-paid phone cards these suspects used were also in the name of their stolen identities. The only real clue to their real identities was that eight of the identities had been stolen from people with dual Israeli citizenship. Since Mossad, Israel’s national intelligence agency, had previously used dual citizens’ passports to fake identities, Dubai authorities concluded the suspects were from Mossad.

Dahi Khalfan Tamim, the head of the Dubai police force, stated on a government-owned Web site, that he « is 99 percent, if not 100 percent, that Mossad is standing behind the murder. » While this authoritative finger-pointing was largely accepted as an « aha » moment by the media, Dubai is not exactly an uninterested party in the Mabhouh affair. It is, after all, the principal transshipment points for the lethal arms trade between Iran and Hamas—and Mabhouh had been one of the major players in this trade.

The much-publicized hotel surveillance videos, while highly diverting on YouTube, do not show any of the 26 suspects engaging in any illegal activities other than using false identities, a practice which is not unknown in Dubai. (Mabhouh himself reportedly had five different passports.) Even if all 26 identity thieves were intelligence operatives, as seems the case, it does not necessarily follow that they were all in Dubai on the same business, or even working for the same side.

Since Iran maintains its largest offshore financing facility in Dubai—which is used by the Revolutionary Guard, among others, to support its traffic in covert weapons— more than one intelligence service might be interested in Mabhouh’s trip. Consider, for example, the peculiar fact that two of the 26 Dubai suspects exited by boat to Iran, according to Dubai authorities; this is not a likely escape route for Mossad agents.

Two other individuals whom the Dubai police had named as suspects worked for the Palestinian Authority, an arch-enemy of Hamas. (They were arrested in Jordan and turned over to Dubai.) Another person wanted by Dubai for questioning returned to Damascus just prior to the killing. And then there is the question of who in Syria played a role in stripping Mabhouh of his protection just hours before his flight to Dubai.

The key missing piece in the jigsaw remains Mabhouh’s mission to Dubai—apparently important enough for him to travel there without his normal contingent of bodyguards.

Mabhouh arrived from the airport at his hotel shortly before 3 p.m., and after changing his clothes left for an unknown destination. He was gone for several hours. But even with its state-of-the-art surveillance cameras in Dubai, and extensive interviews with all the taxi drivers at the hotel, authorities claim they cannot determine either his whereabouts during these hours or the identity of whom he met.

The world-wide focus on the spooks—whose false identities allowed many of them to vanish in the intelligence netherworld—has diverted attention from the potentially embarrassing mission that brought Mabhouh to Dubai. The real intrigue here is not who killed a wanted terrorist, but what he was up to. Without this missing piece, any rush to judgment about who his killers were may be premature.

Mr. Epstein, who frequently writes on intelligence issues, is the author most recently of « The Hollywood Economist » (Melville, 2010).

Voir aussi:

Le blanchiment de l’argent des mollahs à Dubaï
Iran-Resist
29.12.2005

Dubaï joue le rôle d’une plaque tournante dans le blanchiment des capitaux iraniens … De 1997 à 2004, c’est-à-dire dès l’accession de Khatami au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat, le régime islamique a mis en place des réseaux de blanchiment pour alimenter des caisses noires (terrorsime/achats nucléaires) ou évacuer les fortunes personnelles des dirigeants du régime.

Selon un rapport confidentiel de la Jabal Ali Free Zone (JAFZA), au cours des trois derniers mois, pas moins de 400 sociétés iraniennes se seraient implantées ou auraient étendu leur présence dans la zone franche de l’émirat de Dubaï qui s’est spécialisée dans la réexportation.

Ces sociétés couvrent les secteurs des métaux, des produits pétrochimiques, des accessoires de véhicules et de la haute technologie. Cette délocalisation massive s’accompagnerait d’une fuite de capitaux sans précédent vers les banques émiratis et étrangères implantées essentiellement à Dubaï, mais aussi dans l’émirat voisin de Sarjah. Un expert financier iranien, cité dans le rapport, évalue ces sommes à 12 milliards de dollars !

Parallèlement, l’Office of Forain Assets Control (OFAC) du département du Trésor américain a découvert que Dubaï jouait le rôle d’une plaque tournante dans le blanchiment des capitaux russes et iraniens. L’OFAC a épinglé ABN-AMRO, une des plus grandes banques mondiales, et a découvert que cette banque avait falsifié entre 1997 et 2004, toute une série de documents bancaires avec la Bank Melli d’Iran.

– De 1997 à 2004, c’est-à-dire dès l’accession de Khatami au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat, le régime islamique aurait mis en place ces réseaux pour alimenter des caisses noires ou évacuer les fortunes personnelles des dirigeants du régime et celles de la mafia des « Yazdi », c’est-à-dire l’entourage de Khatami.

Khatami est né à Yazd et dès son accession au pouvoir, il a imposé ses amis à tous les postes clefs des secteurs industriels et économiques. Avant lui Rafsandjani en avait fait de même et aujourd’hui Ahmadinejad en fait autant et il remplace les « Yazdi » par ses amis des Pasdaran ou par ses beaux-frères. Mais il a agi si maladroitement que les nominations ont fait grand bruit au point que le porte-parole du Gouvernement a été obligé de faire une déclaration officielle : « Selon le Président, les beaux-frères ne peuvent être considérés comme des membres de la famille du président ! »

– La fuite récente de 12 milliards de dollars des gros bonnets du régime n’est pas sans rapport avec le changement de personnel politique en Iran. Les amis de Khatami, après le blanchiment bancaire, blanchissent leurs capitaux en investissant dans les soi-disant industries des pays du Golfe. Rafsandjani est aussi impliqué et malgré son mandat d’arrêt international, il se risque à faire de discrètes visites privées dans le Golfe.

On dit que les hommes d’affaires iraniens sont également très actifs sur les deux bourses émiratis, l’Abu Dhabi Securities Market (ADSM) et le Dubai Financial Market (DFM). Ce brusque surplus de liquidités a même poussé les autorités des Émirats Arabes Unis à intervenir pour limiter cet afflux.

En outre, l’importante communauté iranienne émigrée dans le Golfe, qui a investi au total près de 200 milliards de $ entre 1979 et 2004, est à présent suspecte de collusion avec le régime des mollahs et de tentative d’ingérence dans les affaires intérieures des pétromonarchies et de Dubaï plus spécialement.

Et la suspicion se porte aussi bien sur les véritables réfugiés que sur les plus récents installés souvent avec la bénédiction du régime de Téhéran. En effet, à terme les autorités visent à faire de Dubaï un état moderne et libéré des contraintes religieuses pour attirer des millions de visiteurs en prévision de la baisse des ressources pétrolières. La communauté iranienne est la première communauté de Dubaï et les Iraniens sont plus nombreux que les ressortissants locaux. Leur présence fait craindre à beaucoup et peut être à juste raison que Téhéran aurait dans l’idée de contrecarrer ces plans et projetterait de faire de Dubai un émirat des plus islamisant sur le modèle iranien.


Délinquance: Même nos problèmes, désormais, sont israéliens (Obama intifada: In a neighborhood soon near you?)

27 mars, 2010
Hamas Day of rage (March 2010)J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Eric Hoffer
Même no problèmes, désormais, sont israéliens.D’après René Girard
Le grand espoir noir est une référence au président dont les blancs espéraient qu’il battrait finalement Bush. D’après Wikipedia
On ne les appellera pas des “colons”. Ils en seraient horrifiés. D’ailleurs, ils agissent pour le compte de conseils généraux ou de municipalités en quête de jumelages, ou au nom d’associations, forcément “humanitaires”. C’est toute la différence! Christine Clerc
Il semble que le Danemark et tous les autres pays européens auront leurs bandes de Gaza. Etant donné ce trait psychologique fondamental des cultures islamiques -que des cultures et des religions différentes ne peuvent en aucun cas être égales – ces sociétés parallèles ne pourront jamais vivre en harmonie avec leur voisinage. Nicolai Sennels (psychologue danois ayant travaillé dans les quartiers à majorité musulmane)
Les quartiers restent sur le fil du rasoir en matière sécuritaire. Policiers comme élus s’accordent pour souligner que la situation peut dégénérer, à n’importe quel moment, dans la plupart des cités sensibles qui subissent, depuis quelques semaines, une remontée des tensions entre jeunes et policiers.(…) Les syndicats de policiers soulignent la « banalisation » de ces incidents et s’inquiètent du climat « anti-flic ». Le Monde (25.03.10)
Les violences en direction des agents de la force publique deviennent banales et alarmantes. Nicolas Comte (secrétaire général d’Unité Police)

Faiblesse et inefficacité du gouvernement central, contrôle marginal sur son territoire, légitimité contestée, absence de services publics essentiels, corruption généralisée, présence de réfugiés ou déplacement de populations, crise économique, relations conflictuelles avec les pays voisins, économie informelle étendue, rébellion éventuellement armée, haute densité de populations, cycles de violences communautaires, institutionnalisation de l’exclusion politique, ostracisme en direction de groupes accusés d’accaparer richesses et pouvoir, émigration chronique et soutenue, inégalités de développement au niveau de l’éducation, de la répartition des richesses, des emplois, déclin économique, criminalisation et délégitimation de l’État, corruption endémique, pillage institutionnel, détérioration graduelle des services publics (police, éducation, système de santé, transports), violences politiques à l’encontre des populations civiles, milices armées irrégulières pouvant aller jusqu’à la confrontation armée avec les forces régulières, fragmentation communautaire, rhétorique nationaliste ou ethnique (appel au nettoyage ethnique ou à la défense de la foi), sur-dépendance vis-à-vis de l’aide externe ou de missions de maintien de la paix …

.
Alors qu’avec son doigté désormais légendaire, Le Grand Espoir Noir de Chicago semble sur le point de réussir ce que ses prédécesseurs n’avaient pas réussi en 10 ans: relancer l’intifada en Palestine

Et pour ceux qui se réjouissent un peu vite tant de son dernier et universellement salué coup de force législatif que de voir, jusqu’aux plus hauts échelons de l’Etat-major américain, Israël à nouveau qualifié de fauteur de troubles planétaire ou, plus près de chez nous, pour cause de pensée non-conforme, notre Zemmour national cloué au pilori médiatique ……

Retour, avec le site Bivouac, sur une intéressante tribune libre d’un psychologue danois ayant travaillé dans des quartiers à majorité musulmane de son pays.

Qui a le mérite de pointer une potentiellement nouvelle répercussion de l’intifada Obama au sein même des territoires perdus de notre propre république, des véritables « pays faillis » que deviennent peu à peu certains de nos quartiers …

A savoir, l’éventualité que comme en Israël avant nous et « comme au Danemark et dans tous les autres pays européens, nous ayons nous aussi un jour notre propre bande de Gaza ».

Et que, comme en Israël avant nous, nous nous voyons un jour acculés à la (re)colonisation dont nos belles âmes se sont fait une spécialité de reprocher au seul Etat hébreu …

Nicolai Sennels: L’unique chose que les émigrés musulmans craignent est le renvoi au pays
Par Yann
Bivouac
le 23 décembre 2009

Traduction exclusive Bivouac-ID
Nicolai Sennels

Nicolai Sennels est l’auteur du livre « Parmi les criminels musulmans. L’expérience d’un psychologue à Copenhague », publié en 2008. Ce livre a été traduit en anglais, français et suédois. L’auteur est psychologue et a travaillé plusieurs années pour le Gouvernement danois. De 2005 à 2008 il a travaillé dans le quartier des jeunes délinquants de la prison de Sonderbro à Copenhague.

Chaque mois, de nouvelles études, de nouveaux livres sont publiés concernant les problèmes de l’intégration des musulmans en Allemagne et dans toute l’Europe. En France, en Grande Bretagne et aux Pays bas, les problèmes sont les plus évidents mais également au Danemark. Dans la foulée de la crise des caricatures, il y a eu des changements concernant la perception des musulmans, en politique et dans l’opinion publique. La Revue Littéraire Allemande (The German Review of Books) a interviewé Nicolai Sennels, un psychologue ayant observé pendant plusieurs années, dans une prison de Copenhague, de jeunes criminels musulmans.

M. Sennels, depuis la publication en 2008, de votre livre « Parmi les criminels musulmans » et depuis notre dernier entretien, il y a eu quelques changements dans les mesures d’intégration du Danemark. Par exemple, le gouvernement danois vient d’annoncer une augmentation de budget pour encourager une migration dans le sens inverse. C’est l’une de vos principales requêtes : payer les musulmans qui refusent de s’intégrer, afin qu’ils retournent dans leur pays d’origine.

Les partis qui parlent ouvertement des problèmes de l’islam et de l’immigration musulmane sont de plus en plus nombreux et ceux qui les ignorent disparaissent peu à peu.

Nicolai Sennels : C’est évident que mon livre a influencé les débats. Plusieurs politiciens ont cité mon livre, avec pour effet de libérer la parole au Danemark. D’après mes propres expériences à travers de nombreux voyages sur notre continent et selon les médias européens, le Danemark est en avance pour ce qui est de reconnaître les problèmes avec l’islam et l’immigration musulmane. Les partis qui parlent ouvertement de ces problèmes sont de plus en plus nombreux et ceux qui les ignorent disparaissent peu à peu. Même les deux plus grands partis de gauche, le parti social-démocrate et le parti socialiste, acceptent de ne pas changer les lois très strictes sur l’immigration, promulguées par le Parti de Peuple (Dansk Folkeparti).

Bientôt, nous voterons une loi qui permettra d’expulser les immigrés qui bloquent ou gênent le travail de la police. […]. D’après mon expérience, le renvoi au pays est leur seule crainte.

Bientôt, nous voterons une loi qui permettra d’expulser les immigrés qui bloquent ou gênent le travail de la police. Cette loi est cruciale pour reprendre le contrôle des quartiers dominés par les musulmans. Alors que la prison n’empêche pas du tout les immigrés de commettre des crimes graves, il semblerait que perdre la chance de vivre dans notre pays est la seule chose qu’ils craignent. D’après mon expérience, le renvoi au pays est leur seule crainte.

Hélas, les chefs de la police retiennent leurs efforts dans les quartiers musulmans. Ils prétendent qu’ils « ne veulent pas jeter de l’huile sur le feu ». A court terme, cela semble une stratégie raisonnable, mais cela signifie également que chaque jour les lois islamiques s’imposent dans ces quartiers.

Mon travail en tant que psychologue auprès de musulmans m’a convaincu que la culture musulmane trouve difficile de se sentir « égal ». Les relations sont dominant ou dominé : on peut être différent et inégal, mais en aucun cas différent et égal. Les chefs de la police et de nombreux politiciens espèrent encore une sorte « d’acceptation mutuelle » mais c’est impossible pour les cultures développées sous l’islam.

En ce qui concerne les quartiers interdits, même pour la police, et l’influence croissante du clergé islamique, vous écriviez récemment dans votre blog sur le Jyllands Posten que les imams sont une quatrième branche du gouvernement.

Le pouvoir qu’exerce les autorités islamiques sur les musulmans a plus d’influence et est plus respecté que les lois et normes séculières.

Nicolai Sennels : Les prêtres islamiques, les imams, ont une très forte influence sur les adeptes. Pour la plupart des musulmans, la parole de l’imam a force de loi, ils sont des guides pour la vie privée et pour les opinions politiques. Le pouvoir qu’exerce les autorités islamiques sur les musulmans a très souvent plus d’influence et est plus respecté que les lois et normes séculières.

Les représentants des autorités séculières sont souvent attaqués dans les quartiers dominés par les musulmans au Danemark et dans le reste de l’Europe. Ni la police ni les élus politiques ne sont en sécurité dans ces zones. La police y est insultée, reçoit des menaces et est souvent attaquée physiquement. Nous avons récemment observé l’aventure tragi-comique de l’un de nos politiciens très politiquement correct, le maire de l’intégration à Copenhague, Jakob Houggard, qui a failli recevoir des pierres lancées sur lui-même et le journaliste qui faisait un reportage sur le ghetto musulman de Tingbjerg. L’ironie de l’histoire est que Hougaard prend toujours fait et cause pour eux, prétendant qu’il n’y a pas de violence à Tingbjerg et que l’islam n’a rien à voir avec la terreur ou les problèmes d’intégration. Hougaard a même promis dans le magasine islamique « Akhbar » de sponsoriser le festival islamique s’il était réélu comme maire aux élections du 17 novembre 2009, mais finalement il n’a pas été réélu.

Les policiers et les élus ne sont pas les seuls à être attaqués ou à recevoir des pierres. Les ambulanciers, les pompiers, et même des gens ordinaires venus aider des personnes âgées sont attaqués. Le problème avec ces assistants pour les personnes âgées est qu’ils portent le logo de l’Etat.

Alors que ces choses se passent quotidiennement au Danemark, il est clair que les « autorités » islamiques ne se préoccupent pas d’exercer leur influence sur leurs ouailles pour la sécurité des non-musulmans. Les soi-disant « grands-frères », les adultes qui patrouillent dans les rues des quartiers dominés par des musulmans comme Norrebro et Gellerup, peuvent y circuler sans être attaqués. Ils sont respectés et circulent librement, disant à des criminels endurcis, de mieux se comporter, d’aller à l’école etc. Il y a aussi les imams qui prêchent le vendredi. Ces prêches sont religieux mais également politiques. Environ dix mille musulmans assistent à ces prêches au Danemark, chaque vendredi, et y apprennent les opinions politiques qu’ils doivent avoir, les réactions à avoir pour tel ou tel sujet, comment traiter les femmes et les enfants, et se comporter envers les non musulmans, etc.

Le pouvoir de ces imams, qui bien souvent n’ont aucun respect envers les lois séculières, échappe au contrôle des gouvernements européens. Pour les musulmans, ce pouvoir a bien plus d’autorité que les trois pouvoirs de nos démocraties : législatif, exécutif et judiciaire.

Ce quatrième pouvoir semble être de plus en plus accepté par la police et les élus.

Ce quatrième pouvoir semble être de plus en plus accepté par la police et les élus. Les élus de Copenhague paie l’imam converti, Abdul Wahid Pedersen, pour écrire des livres pour enfants sur les « valeurs réelles de l’islam ». Pedersen accepte sans gêne et ouvertement la lapidation des femmes et les crimes d’honneur. Au nom du dialogue, et parce que les élus ont reconnu qu’ils n’ont pas de contrôle sur ces zones, ils ont donné finalement un salaire à Pedersen.

De même, la police recrute des imams pour calmer les musulmans, quand la police vient arrêter des musulmans suspectés de terrorisme. Cette stratégie simplifie un peu le travail de la police à court terme, mais reconnaître les imams en tant qu’autorités officielles en les salariant comme des bergers responsables de leur troupeau est certainement une fausse approche.

Aux élections européennes de juin 2009, le Parti Populiste de Geert Wilders est devenu le deuxième parti au Pays-Bas. Voyez-vous une nouvelle tendance anti-musulmans, anti-immigration se dessiner en Europe ?

De plus en plus d’européens ont ressenti l’impact de l’islam et des musulmans sur leur propre vie.

Nicolai Sennels : Absolument ! De plus en plus d’européens ont ressenti l’impact de l’islam et des musulmans sur leur propre vie. Des danois sont forcés de quitter des zones à prédominance musulmane à forte criminalité, de plus en plus de gens ont des amis ou de la famille qui ont été menacés physiquement ou blessés par des musulmans, les parents voient comment les enfants musulmans ruinent les journées de leurs enfants à l’école, etc. Les femmes font de plus en plus l’expérience des comportements machistes des hommes musulmans, et les gens voient maintenant des images de guerre civile sur leur télévision et en sortant de chez eux.

Les conséquences économiques sont également catastrophiques.

Les conséquences économiques sont également catastrophiques. Un musulman en arrivant au Danemark coûte au contribuable en moyenne 300 000€. De ce fait, écoles, hôpitaux, maisons de retraite, salaires de la fonction publique, subissent une augmentation des dépenses énorme.

Toutes les mises en garde négatives par les critiques de l’islam et de l’immigration musulmane du siècle passé sont maintenant une réalité.[…] Il semble que le Danemark et tous les autres pays européens auront leur bandes de Gaza.

Toutes les mises en garde négatives par les critiques de l’islam et de l’immigration musulmane du siècle passé sont maintenant une réalité. La seule chose qui n’est pas encore arrivée est la création d’un Parti islamique fort. Il est certain que cela va arriver, mais j’ai l’impression que le manque de sympathisants à l’intérieur du Gouvernement empêchera ce parti de devenir trop puissant, en tout cas au Danemark. D’un autre côté, il n’est pas nécessaire qu’ils aient un fort parti politique pour semer la pagaille dans nos villes et détruire la vie sociale de nos sociétés. Il n’est pas non plus nécessaire d’avoir un parti islamique pour créer des sociétés parallèles qui soient hors du contrôle de nos autorités. En effet, il semble que le Danemark et tous les autres pays européens auront leur bandes de Gaza. Etant donné ce trait psychologique fondamental des cultures islamiques -que des cultures et des religions différentes ne peuvent en aucun cas être égales – ces sociétés parallèles ne pourront jamais vivre en harmonie avec leur voisinage.

Nous n’avons pas besoin non plus d’un parti islamique pour appliquer périodiquement ou de façon permanente la loi martiale dans certaines zones d’Europe. La seule chose dont nous ayons besoin, est d’avoir des élus responsables, des forces de police courageuses et des citoyens ordinaires qui envoient des lettres aux éditeurs et parlent librement de leurs opinions sur l’islam et la criminalité musulmane, au travail, en famille et partout.

Source : The German Review of Books
Un grand merci à Suzanne pour cette traduction pour Bivouac-ID

Voir aussi:

Will Obama ignite 3rd intifada?
Daniel Gordis
The Jerusalem Post
26/03/2010
US president gives those seeking another round of violence a powerful excuse.

As I was departing the United States following a brief visit last week, the news being broadcast in the airport was preoccupied with Prime Minister Binyamin’s Netanyahu’s recent and apparently inadvertent snub of Vice President Joe Biden. Some 11 hours later, when I’d landed in Tel Aviv and was listening to the radio in the taxi on the way to Jerusalem, the news was of rioting in Jerusalem, the numbers of police officers injured, and the number of protesters detained during Hamas’s “Day of Rage.” On the American news, Hillary Clinton was calling for more than an apology, demanding “concrete steps” towards peace on Israel’s part. And in Israel, the fluent-Hebrew-speaking Arab protester interviewed on the radio was calling for armed resistance to Israel’s “assault on Jerusalem,” insisting that the time for a third intifada had now arrived.

The radical difference between the broadcasts is an apt metaphor for the wholly different ways in which the current crisis in Israeli-American relations is perceived on the two sides of the ocean. The Americans are quite right to be incensed at the way Biden was treated. Whether Netanyahu was sandbagged by Interior Minister Eli Yishai, or whether this was simply another example of Israeli bureaucratic incompetence is not yet entirely clear. But it should never have happened.

Having said that, however, it is also clear that in the context of a generally positive relationship, Israel’s insult to Biden would have been unfortunate, but it would have blown over almost immediately. The snub has had such massive repercussions because the relationship between the American and Israeli administrations is frayed, and wholly devoid of trust. The important question is why that is the case.

WHILE ISRAEL has obviously made some serious gaffes since Obama entered office, the real cause for this nadir in Washington-Jerusalem relations is the fact that Barack Obama seems to have little comprehension of the region on which he seeks to impose peace. The president’s ignorance of the world in which he is operating is apparent on at least three levels. He seems unaware of how profoundly troubled Israelis are by his indiscriminate use of the word “settlement,” he appears to have little comprehension of the history of Palestinian recalcitrance, and he has apparently learned little from decades of American involvement in the Middle East peace process.

First, there is the issue of the word “settlements.” To the Israeli ear, anyone who would use the same noun for both a small city with tens of thousands of inhabitants and for a tiny hilltop outpost consisting of a trailer and a portable generator simply does not understand the terrain. Gilo, to Israelis, is not a settlement. It is a huge neighborhood of Jerusalem, a part of the capital city. When Obama called Gilo a settlement after Israel announced new housing units there in November, Israelis drew the conclusion that the president of the United States is wholly out of his element.

Similarly, Obama’s demands for an absolute freeze on settlement construction strike Israelis as either foolish or unfair. Why, they ask, did all construction have to cease? Israelis who had planned to add a bedroom to their home for recently married children, who had already poured a foundation and ripped out the back wall of their home, were now told that nothing could proceed. When the president, who does not seem to know a city from an outpost, insists that houses remain open to the elements during the cold Israeli winter because of his desire to appease the very Palestinians who have never been serious about peace efforts, he does not win friends.

Nor, Israelis have noted, did Obama demand any similarly concrete concessions from the Palestinians or their puppet-president. That, too, has served Obama poorly in this country. And despite all this, Israelis believe the world has forgotten, Netanyahu acceded to Obama’s demands for a freeze, at no small political cost.

Thus, when the Americans decided to make the undeniably ill-timed announcement of the Ramat Shlomo housing plans into a cause célèbre, Israelis were hard-pressed to feel contrite about anything beyond the personal hurt caused to Biden. Ramat Shlomo is an enormous neighborhood that is already home to some 20,000 people, and which is situated between the even larger neighborhoods of Ramot and Sanhedria. Ramat Shlomo is Jerusalem, period. Building there may be wise or unwise for a whole array of reasons, but for the Americans to seize on this as a “settlement construction” issue only further confirmed Israeli suspicions that Obama couldn’t locate the neighborhood on a map.

THE SECOND major element that Obama appears not to understand is that the Palestinians’ current refusal to conduct face-to-face negotiations has a long history; their recalcitrance has nothing at all to do with the settlements. The settlements, like the refugee problem (on which Israel will never compromise), and the division of Jerusalem (where some accommodation will almost certainly be forced on Israel), will be addressed when the Israelis and Palestinians sit down for face-to-face negotiations.

But Abbas has agreed only to mediated talks because he is unwilling to countenance the concessions that direct talks might ultimately require of him. The Palestinians have balked at every attempt to sign a substantive agreement with Israel. There remains virtually no Israeli political Left, not because of the Israeli Right, but because Yasser Arafat unleashed the Second Intifada when Ehud Barak called his bluff and offered him just about everything he could have expected, proving beyond any doubt that the Palestinian leadership had no interest in “land for peace.”

For the Obama administration to suggest that the Palestinians cannot negotiate now because of settlement construction strikes Israelis as either hopelessly naïve, or worse, fundamentally hostile to the Jewish state.

And finally, despite his appreciable intellectual capacities, Barack Obama seems to have no appreciation of what America can and cannot do in the Middle East. He believes so deeply in the power of his own rhetoric that he imagines that he can evoke the passions of Grant Park on Election Day, or the Washington Mall on Inauguration Day, in a Muslim world that has disdain for the very democratic values that brought him to power. This is hubris at its most dangerous. Obama’s Cairo speech was rhetorically brilliant, but the president has been snubbed. Iran has yet to grasp Obama’s outstretched hand, and instead, proceeds apace in its quest for a nuclear weapon. The Palestinians have not budged. Yet Obama continues to believe that his eloquence will win the day.

Does Obama really not understand that this conflict has a long and consistent history? The Arabs rejected the UN Partition Plan in 1947, and refused a treaty at the end of Israel’s War of Independence in 1949. After their defeat in June 1967, they gathered in Khartoum and declared “no peace, no recognition and no negotiations.” Arafat said “no” at Camp David in 2000, and Abbas continues in that tradition. Why the American administration cannot or will not acknowledge that is one of the great wonders of this most recent train wreck.

WITH HIS laser focus on the settlements, Obama is ignoring the fact that Abbas wouldn’t negotiate even if not a single settlement existed. In so doing, Obama has not only not moved the process forward, but he has afforded Abbas a refuge from responsibility, and he has given those who would like to ignite a third intifada an empty but symbolically powerful excuse for doing just that. A third intifada remains unlikely at present (though, it’s worth noting, the IAF attacked Gaza targets this week and the IDF killed a Palestinian teenager during a scuffle – precisely the sort of innocuous events that could one day be seen as the first events of the third intifada), but should it happen, it will be, first and foremost, the product of Washington’s naïveté.

Obama would be well-served to recognize that the history of this region is clear. Peace emerges when the two primary sides do the work themselves, with the United States entering late in the process to iron out stubborn details. Sadat went to Jerusalem without American urging, and though Jimmy Carter ultimately brought the two sides together to conclude the deal, the bulk of the work had been done by Sadat and Begin long before Carter entered the picture. The Nobel Committee, which once exercised much more subtle judgment, essentially acknowledged that fact by having Sadat and Begin split the 1978 Nobel Peace Prize, without including Carter.

The same was true with Rabin and Hussein, who worked on the Israeli-Jordanian peace deal. Clinton orchestrated the ceremony; but the principals had done most of the work without him.

And history suggests that only Israeli right-wingers can forge a deal. Israelis do not trust the Left to be security-conscious, and a left-wing government always has a right-wing flank blocking it. Obama may bristle at Netanyahu’s hawkish rhetoric, but the more Obama weakens this prime minister, the less likely a deal will become. The US cannot wish democracy on Iraq, or peace on the Middle East. There will be a settlement of this conflict when the Palestinians are ready, not when Barack Obama decides to impose one.

SO, WHERE do we go from here? To begin to pull out of the present nose-dive, each of the parties will need to shift gears.

The Palestinians have to decide if they will take risks for peace, and if they can elect a president who is more than a figurehead. Last week’s “Day of Rage,” it should be noted, was called by Hamas – yet it unfolded not in Hamas’ Gaza, but in Fatah’s Jerusalem. Fatah needs a genuine leader, perhaps someone like Palestinian Authority Prime Minister Salam Fayyad, who is now saying that the Palestinians should first build the trappings of statehood, and only then declare independence down the road. It is no surprise that Shimon Peres recently compared Fayyad to David Ben-Gurion, the creator of the modern State of Israel.

The Israelis need to learn to play in the major leagues. When the American vice president visits, you need to have your act together. If Israeli leaders continue to act as if they run a banana republic, they will deservedly be so treated. But much more significantly, Netanyahu needs to apprise Israelis of his vision. Does he favor a two-state solution? What are his plans for Jerusalem? For the settlements? Let him tell us, and then we can decide. If we approve, he’ll stay in office. And if we don’t, he’ll be gone. But we deserve to know what our prime minister has in mind.

In some respects, though, Barack Obama has the hardest job, at least in the short term. When he took office, there was no love lost between the Israelis and the Palestinians, and Gaza was still smoldering from the recently concluded Operation Cast Lead. But there was reasonable quiet on the West Bank and in Jerusalem, and a renewed Intifada was nowhere on our radar screen. Obama’s blunderings have now restored the region’s previous tinderbox qualities.

The president needs to back down from his relentless and fruitless focus on settlements, and concentrate more on what he doesn’t yet know than on the power of his rhetoric. Should another intifada erupt, it will have had its seeds in a Washington more interested in the magic of its words than in the painful lessons of a century of history.

The writer is senior vice president of the Shalem Center in Jerusalem. His most recent book, Saving Israel: How the Jewish People Can Win a War That May Never End (Wiley), recently received a 2009 National Jewish Book Award. He blogs at http://danielgordis.org.

Voir aussi:
Dans les cités, les agressions de policiers se multiplient
Luc Bronner
Le Monde
25.03.10

Les quartiers restent sur le fil du rasoir en matière sécuritaire. Policiers comme élus s’accordent pour souligner que la situation peut dégénérer, à n’importe quel moment, dans la plupart des cités sensibles qui subissent, depuis quelques semaines, une remontée des tensions entre jeunes et policiers.

Mardi 23 mars, la ville de Gonesse (Val-d’Oise) a ainsi connu une brutale poussée de fièvre après un accident impliquant une moto volée, sur laquelle se trouvait un jeune homme de 26 ans, et une voiture de police banalisée. Le scénario a même laissé craindre la répétition des violences commises en 2007 dans la ville voisine de Villiers-le-Bel après le décès de deux adolescents dans des conditions similaires.

Par chance, le jeune motard, qui ne portait pas de casque, a été blessé sans que son pronostic vital soit engagé, selon la mairie de Gonesse. Des incidents sporadiques ont immédiatement éclaté dans la ville mais sont restés limités à quelques incendies après le déploiement d’éducateurs et l’annonce que le motard n’était pas décédé. Le maire socialiste, Jean-Pierre Blazy, a lancé un appel au calme mercredi. « Je demande instamment aux parents de mieux surveiller leurs enfants mineurs et de ne pas les laisser seuls sur la voie publique sans surveillance quelle que soit l’heure de la journée », a-t-il déclaré soulignant le caractère « irresponsable » des jeunes mineurs effectuant des « rodéos » en moto.

« Caillassages »

Les jours précédents, des incidents ont touché plusieurs villes des Yvelines. Dimanche, à Chanteloup-les-Vignes, après un contrôle d’identité, plusieurs dizaines de jeunes s’en sont pris à des policiers en patrouille. Selon Le Parisien, les affrontements auraient duré deux heures. Le même soir, à Trappes, c’est un groupe de plusieurs dizaines de jeunes qui a affronté les forces de l’ordre.

La semaine précédente, des « caillassages » sérieux ont aussi été signalés à Melun (Seine-et-Marne), Gennevilliers (Hauts-de-Seine) et aux Mureaux (Yvelines). Le 13 mars, des policiers ont été la cible de jets de pierres et de parpaings tombés – sans les atteindre – du quinzième étage d’un immeuble de Grigny (Essonne).

Des violences ont également touché des villes extérieures à la région parisienne. L’épisode le plus grave a eu lieu à Epernay (Marne) où un policier a été très grièvement blessé, le 8 mars, après avoir reçu un morceau de béton en plein visage alors qu’il tentait de procéder à une interpellation dans le quartier sensible de la ville. A Béziers, cette fois, des policiers ont été victimes de jets de cocktails Molotov deux nuits consécutives, les 12 et 13 mars, comme l’a rapporté la presse locale.

Les syndicats de policiers soulignent la « banalisation » de ces incidents et s’inquiètent du climat « anti-flic ». Dans ses tracts, le syndicat de gardiens de la paix Alliance réclame une « justice intraitable » et demande la mise en place de peines planchers pour les agresseurs.

« Les violences en direction des agents de la force publique deviennent banales et alarmantes », souligne Nicolas Comte, le secrétaire général d’Unité Police. Sollicitées par Le Monde, ni la direction générale de la police nationale, ni la préfecture de police de Paris, compétente pour la capitale et les départements de la petite couronne parisienne, n’ont souhaité s’exprimer.


Présidence Obama: Avec l’européanisation, la nounoufication! (But who’s going to protect our sea lanes?)

26 mars, 2010
Nanny stateMais qui va protéger nos voies de navigation?

Telle est la question qui, comme le rappelle le spécialise des questions de défense américain Max Boot, risque très bientôt de se poser au reste du monde et notamment à l’Europe …

Alors que se profile à l’horizon, avec le tout récent passage de la réforme de l’assurance-maladie salué par l’Europe unanime, un massif recentrage budgétaire du jusqu’ici chef de file et protecteur en chef du Monde libre …

Extraits :

« ObamaCare will likely continue the trend already evident during the first year of the administration—when, thanks to the bank bailout and stimulus bill, federal spending as a share of GDP soared to 24.7%, unprecedented in peacetime. If you add in state and local spending, the government as a whole consumes 37.5% of GDP, up from 34.7% in 2008. Prepare for those figures to climb further as government takes on new health-care obligations.

To consider the implications for defense, look at Europe. Last year government spending in the 27 European Union nations hit 52% of GDP. But most of them struggle to devote even 2% of GDP to defense, compared to more than 4% in the U.S.

When Europeans after World War II chose to skimp on defense and spend lavishly on social welfare, they abdicated their claims to great power status. That worked out well for them because their security was subsidized by the U.S.

But what happens if the U.S. switches spending from defense to social welfare? Who will protect what used to be known as the « Free World »? Who will police the sea lanes, stop the proliferation of weapons of mass destruction, combat terrorism, respond to genocide and other unconscionable human rights violations, and deter rogue states from aggression? Those are all responsibilities currently performed by America. But it will be increasingly hard to be globocop and nanny state at the same time. Something will have to give »

ObamaCare and American Power
The lesson of Europe is that the U.S. can’t fund a health entitlement and maintain superpower status.
Max Boot
The Wall Street Journal
March 25, 2010

A lot has been written about the impact of ObamaCare on health care and the economy. I am worried about its impact on our global power.

The United States currently spends roughly as much on defense ($661 billion in fiscal year 2009) as the rest of the world combined. But that’s a pittance compared to what we spend on three major entitlement programs—Social Security, Medicare and Medicaid. Combined, they cost $1.38 trillion or almost 35% of the budget, compared with 17% for defense. And entitlements will only grow dramatically. The current unfunded liability for Social Security and Medicare, according to the 2009 Social Security and Medicare Trustees Report, is nearly $107 trillion—seven times the size of our economy.

It’s hard to remember now, but there was a time when the federal government spent most of its money on the armed forces. In 1962, the total federal budget was $106 billion of which $52 billion—almost half—went for defense. It wasn’t until 1976 that entitlement spending exceeded defense spending. Since then the totals have been getting more lopsided—more for social programs, less, in relative terms, for defense.

In 1935, Franklin Roosevelt assured the public that the new Social Security system would not lead to runaway spending. In 1965, Lyndon Johnson pledged that the fiscal impact of Medicare would be minimal. And now Barack Obama cites a Congressional Budget Office estimate claiming that the vast new health-care entitlement will actually reduce the deficit.

Count me as skeptical. Odds are great that the cost-containment provisions will never be rigorously implemented while the promised subsidies will prove more costly than projected.

In other words, ObamaCare will likely continue the trend already evident during the first year of the administration—when, thanks to the bank bailout and stimulus bill, federal spending as a share of GDP soared to 24.7%, unprecedented in peacetime. If you add in state and local spending, the government as a whole consumes 37.5% of GDP, up from 34.7% in 2008. Prepare for those figures to climb further as government takes on new health-care obligations.

To consider the implications for defense, look at Europe. Last year government spending in the 27 European Union nations hit 52% of GDP. But most of them struggle to devote even 2% of GDP to defense, compared to more than 4% in the U.S.

When Europeans after World War II chose to skimp on defense and spend lavishly on social welfare, they abdicated their claims to great power status. That worked out well for them because their security was subsidized by the U.S.

But what happens if the U.S. switches spending from defense to social welfare? Who will protect what used to be known as the « Free World »? Who will police the sea lanes, stop the proliferation of weapons of mass destruction, combat terrorism, respond to genocide and other unconscionable human rights violations, and deter rogue states from aggression? Those are all responsibilities currently performed by America. But it will be increasingly hard to be globocop and nanny state at the same time. Something will have to give.

President Obama’s budget projects that « core » defense spending (excluding supplemental appropriations for wars) will fall as a percentage of GDP to 3% in 2019 from 3.9% in 2010. Assuming the economy keeps growing, that will still deliver more defense spending in absolute terms—but economic growth may well be endangered by the higher taxes needed to fund ObamaCare. Even if defense spending stays steady, it will be increasingly hard to replace aging weapons systems such as Bradley Fighting Vehicles, Abrams tanks and Black Hawk helicopters, which were purchased during the Reagan defense buildup.

The Air Force, which is responsible for maintaining air and space superiority—a sine que non of American power—faces a particularly big budget crunch. Its aircraft are aging and need to be replaced (KC-135 tankers and B-52 bombers are more than 40 years old), but each new plane is much costlier than its predecessor.

The Navy faces a similar problem. It now has only 283 ships—the smallest number since 1916. Granted, each of those vessels is much more capable than earlier models. But at some point quality cannot substitute for a crippling lack of quantity.

The crunch will not come anytime soon. The U.S. will remain strong for years to come. But if we are looking at major threats to our global standing, we should not look at China, Iran or Russia. We have met the enemy and he is us—specifically, our insatiable demand for entitlement spending, which ObamaCare will only exacerbate.

Mr. Boot is a senior fellow in National Security Studies at the Council on Foreign Relations and author most recently of « War Made New: Technology, Warfare, and the Course of History, 1500 to Today » (Gotham, 2006).


Libertés: Zemmour répond à ses détracteurs (Let’s get real on immigration)

25 mars, 2010
zemmour.jpgEn France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons, impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas encore en parler. Christian Delorme (dit « le curé des Minguettes »)
Osons donc ce que Sopo interdit ; réintroduisons le réel dans le débat récent autour de l’immigration. Selon le ministère des affaires étrangères, 30 % à 80 % des actes d’état civil sont frauduleux en Afrique. Les mariages entre Français et étrangers représentent désormais près de 30 % des mariages transcrits dans notre état civil ; la moitié de ces 90 700 mariages ont été célébrés à l’étranger en 2005 ; la progression en dix ans des mariages de Français au Maghreb et en Turquie a explosé de 731 %. En 1994, ils étaient 1 129 ressortissants algériens à épouser un Français. En 2005, ils sont 12 457. Onze fois plus. L’amour, bien sûr Sopo!
En vérité, c’est l’échec de l’intégration qui nourrit l’immigration d’aujourd’hui. Dans les cours de récréation de nos écoles, les enfants se regroupent par clans ethniques qui s’ignorent ou se détestent : « Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs ou les caifrans ». Et l’insulte suprême est : « Sale Français ! » Les enfants juifs sont interdits d’école publique dans nombre de banlieues et sont contraints de se replier sur les écoles confessionnelles. Les bandes ethniques s’affrontent à la gare du Nord. Lors de la présidentielle, on a vu à l’oeuvre un terrifiant vote ethnique, comme l’a justement noté Jérôme Jaffré (Le Monde du 8 juin) : 94 % des électeurs qui se disent musulmans ont voté Ségolène Royal ; 77 % de ceux qui se disent catholiques pratiquants ont voté Nicolas Sarkozy. Eric Zemmour (2007)
Il y a quelques années, une enquête commandée par le ministère de la justice, pour évaluer le nombre d’imans nécessaires, évaluait le pourcentage de «musulmans dans les prisons» entre 70 et 80%. En 2004, l’islamologue Farhad Khosrokhavar, dans un livre «L’islam dans les prisons ( Balland) confirmait ce chiffre. En 2007, dans un article du Point, qui avait eu accès aux synthèses de la Direction Centrale de la Sécurité Publique ( DCSP) et de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) on évaluait entre 60 et 70% des suspects répertoriés issus de l’immigration. Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la direction centrale des RG relevait que 85% de leurs auteurs sont d’origine maghrébine. Dans un article du Monde, du 16 mars 2010, les rapports des RG sur les bandes violentes, établissaient que 87% étaient de nationalité française; 67% d’origine maghrébine et 17% d’origine africaine. La «plupart» est donc, au regard de ces chiffres, le mot qui convient. Eric Zemmour

Suite aux rumeurs, depuis démenties, de mise à pied du journaliste et chroniqueur Eric Zemmour pour avoir osé mentionner le secret de polichinelle de la surreprésentation des Français d’origine étrangère dans les statistiques de criminalité …

A lire, sa lettre à la LICRA qui avait porté plainte contrer lui, où il rappelle les chiffres existants confirmant son affirmation …

La réponse d’Eric Zemmour à la LICRA: pas d’excuses mais des chiffres!

Rebelles.info
23 mars 2010

Contrairement à un mensonge colporté par le site du Nouvel Observateur et du Parisien Eric Zemmour ne présente aucunement ses excuses à la Licra. Mieux, il répond par des chiffres à la polémique sur l’origine éthnique des délinquants.

Monsieur le Président,

Je fais suite à notre rencontre à l’instigation de mon avocat, Olivier PARDO. Cette rencontre nous a permis de nous rendre compte qu’il y avait bien eu un malentendu et une confusion non seulement dans la reprise de mes propos par les médias, mais également dans l’analyse qui a pu ensuite en être faite et qui a conduit à ce déchainement médiatique à mon encontre.

En effet, je n’ai jamais dit contrairement à ce qui a pu être colporté dans les médias que «tous les délinquants sont Arabes et noirs», mais que «la plupart des délinquants sont Arabes et noirs.»

Ma volonté n’a jamais été de stigmatiser « les noirs ou les arabes » comme des délinquants, mais si cette phrase, sortie de tout contexte, a pu heurter, je le regrette.

La mise en scène tout de gouaille cynique d’un Ardisson sur Canal +, qui prévient d’avance par un panneau comme dans les dessins animés de Tex Avery : «Attention, Zemmour dérape», et qui mime un effarement scandalisé d’autant plus surjoué qu’il est enregistré et inséré a posteriori, tandis que pendant l’émission, il avait pris un air patelin, pour me glisser à l’oreille : «tu as un rôle très important dans la société de dire les vérités qui dérangent…Ne t’inquiète pas, je te protégerai au montage…» Car si mes propos étaient si infâmes à ses yeux, que ne les a-t-il coupés au montage ?

D’autres sont allés plus loin. J’aurais déclaré : «tous les Arabes et noirs sont délinquants.» C’est ainsi que l’a pris – ou a voulu le comprendre- un membre éminent du CSA, Rachid Arhab, qui a rétorqué à la cantonade : «on peut être Arabe et membre du CSA». Mais était-ce le sujet ? Des journalistes m’ont même demandé si j’avais voulu dire qu’ils «étaient délinquants parce qu’arabes et noirs». Et ils se sont étonnés que je refuse de leur répondre.

Je n’ai bien entendu pas voulu dire tout cela. Je connais trop la souffrance réelle de mes compatriotes «Arabes et noirs», honnêtes travailleurs, parents intègres, qui se sentent «salis» par les exactions des bandes de jeunes gens qui ont la même origine qu’eux. Je le sais d’autant mieux qu’avec mon patronyme, je me souviens du temps pas si lointain – les années 70- où une bande de truands célèbres – les frères Zemour – défrayaient la chronique criminelle, la honte dans les yeux de mon grand-père; et accessoirement, l’attente interminable dans les aéroports pour la vérification vétilleuse – et sans ordinateur- de mon identité. Mon grand-père souffrait en silence pour «son nom traîné dans la boue», mais il n’a jamais prétendu que nos homonymes n’étaient pas des brigands de grand chemin !

On a volontairement oublié que ma désormais fameuse phrase n’était qu’une réponse aux arguments développés par les autres intervenants selon laquelle «la police n’arrête que les Arabes et noirs». Cette double «stigmatisation» – et de la police républicaine – et des «Arabes et noirs» ne choque personne. Les «Arabes et noirs» peuvent être distingués du reste «de la communauté nationale» s’ils sont héros ( le livre de Thuram exaltant les héros noirs) ou victimes. Dans tous les autres cas, il est infâme de les distinguer. Cette injonction universaliste conviendrait assez bien à mon tempérament assimilationniste. J’ai tendance à ne voir dans tous les Français que des enfants de la patrie, sans distinction de race ni de religion, comme dit le préambule de notre Constitution.

Mais voilà que l’on me reproche aussi cette position, que l’on juge désuète, très IIIème République, exhalant un fumet néo-colonialiste. Au nom du droit à la différence, de la modernité, on doit pouvoir exalter ses racines et l’enrichissement d’une société multiculturelle. Mais quand vous avez l’outrecuidance de montrer l’envers de ce décor riant, on redevient furieusement universaliste !

J’ai eu le malheur d’ajouter : c’est un fait ! J’aurais sans doute dû ajouter «malheureusement». Je ne me réjouis ni pour eux ni pour la société française; mais l’autruche n’est pas mon modèle. On me rétorque un peu facilement qu’il n’y a pas de statistiques ethniques pour prouver mes dires. Pourtant, devant une commission parlementaire du Sénat, Christian Delorme, surnommé «le curé des Minguettes», ne déclarait il pas : « en France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons, impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas encore en parler.»

Il y a quelques années, une enquête commandée par le ministère de la justice, pour évaluer le nombre d’imans nécessaires, évaluait le pourcentage de «musulmans dans les prisons» entre 70 et 80%. En 2004, l’islamologue Farhad Khosrokhavar, dans un livre «L’islam dans les prisons ( Balland) confirmait ce chiffre. En 2007, dans un article du Point, qui avait eu accès aux synthèses de la Direction Centrale de la Sécurité Publique ( DCSP) et de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) on évaluait entre 60 et 70% des suspects répertoriés issus de l’immigration. Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la direction centrale des RG relevait que 85% de leurs auteurs sont d’origine maghrébine. Dans un article du Monde, du 16 mars 2010, les rapports des RG sur les bandes violentes, établissaient que 87% étaient de nationalité française; 67% d’origine maghrébine et 17% d’origine africaine. La «plupart» est donc, au regard de ces chiffres, le mot qui convient.

Mes contempteurs pourraient d’ailleurs me rétorquer que ces chiffres prouvent bien que les personnes issues de l’immigration sont défavorisées, puisque depuis Victor Hugo, on sait bien que c’est la misère qui crée la délinquance. On pourrait aussi rappeler que dans tous les pays d’immigration, les derniers arrivés donnent souvent les gros effectifs à la délinquance – Irlandais dans l’Amérique du XIXème siècle, Marocains dans l’Israël des années 50, Russes aujourd’hui. Ces arguments ne sont d’ailleurs pas sans fondement, mais on ne me les présente nullement. On exige seulement que je me taise.

On me reproche aussi de contester le principe de «discrimination». Mais je continue de penser que le concept même de «discrimination» est dangereux, qu’il pousse à la délation et l’irresponsabilité. Depuis quand n’a-t-on plus le droit en France de contester le bien fondé d’une loi ? Cette question des discriminations est potentiellement explosive dans un pays égalitaire comme la France. Quand certains grands patrons déclarent qu’ils n’embaucheront plus désormais que «des gens issus de l’immigration, et en tout cas pas des mâles blancs», c’est aussi une discrimination, mais personne ne s’en soucie. C’est pour éviter ces querelles sans fin que j’explique que <la discrimination, c’est la vie>, c’est à dire la liberté de choix. Il faut traiter les problèmes réels autrement. En tout cas, on peut en débattre dans un pays libre.

Il existe aujourd’hui une ambiance délétère dans le débat démocratique français. Le pays de Voltaire :« je ne suis pas d’accord avec vous mais je me battrai pour que vous puisiez le dire » devient le pays de Torquemada qui tue l’hérétique pour sauver son âme. Pourquoi les journalistes qui prétendent faire un portrait de moi, s’empressent ils de demander à mes employeurs s’ils me garderont leur confiance ? Il y a aujourd’hui en France une ambiance Mac Carthyste qui réclame «l’interdiction professionnelle» comme exutoire des dérapages. C’est ma mort sociale qui est réclamée.

Notre rencontre a eu le mérite d’ouvrir un dialogue qui je l’espère pourra se prolonger, hors de l’enceinte d’un tribunal.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de mes sentiments distingués.

Eric ZEMMOUR

Voir aussi:

Immigration: le réel interdit
Eric Zemmour
Le Monde
12.10.07

Réplique d’un « réactionnaire » au président de SOS-Racisme

Il a posé sur son petit bureau ses petites armes de petit flic de la pensée. Il a tiré, dans Le Monde du 29 septembre. Mollement. « Réactionnaire », dit-il ; et puis, « il parle comme Le Pen » ; et puis encore « il a peur, Zemmour ». La routine. Dominique Sopo n’est pas très inventif. Pauvre Sopo, présidence de SOS-Racisme, ça eût payé. Jadis entre Coluche et Simone Signoret ; désormais médiocre collecteur de subventions, et gendarme sifflant les « dérapages sur l’immigration ». Gendarme de Saint-Tropez.

Même pas peur ! Les temps changent. Il s’en plaint. Comme un vulgaire réactionnaire. Mais un réactionnaire préfère les chansons d’Aznavour et Brel à celles de Joey Starr ou Cali. Les rentrées littéraires avec Aragon, Mauriac, ou Jacques Laurent, plutôt qu’avec Christine Angot ou Amélie Nothomb. Déteste l’architecture de l’après-guerre. Donnerait trente années de FIAC pour un seul tableau de Vermeer. Ne croit pas que « le niveau monte à l’école ». N’associe pas spontanément le « langage caillera » à Rimbaud. Ne s’extasie pas devant les familles recomposées. A la nostalgie du temps où la France était « la grande nation ». Bref, un réactionnaire est un homme sans goût ni raison qui mérite les camps de rééducation. Un criminel.

On peut le rassurer, Sopo en est loin. Sa pensée est simple, voire tautologique : ce sera mieux demain. Pourquoi ? Parce que ce sera demain. Sopo est un progressiste. On allait dire à l’ancienne. Mais on ne voudrait pas le vexer. Sopo ne s’est pas aperçu que la religion du progrès était morte dans les tranchées de 1914. Il n’a qu’un siècle de retard. Sopo ne sait pas qu’on a lu Pierre-André Taguieff ; on a bien compris que le progressisme antiraciste n’était que le successeur du communisme, avec les mêmes méthodes totalitaires mises au point par le Komintern dans les années 1930. « Tout anticommuniste est un chien », disait Sartre. Tout adversaire de l’antiracisme est pire qu’un chien. En tout cas, dit Sopo, ne devrait pas être invité à la télé. La télé, c’est important pour Sopo. C’est vrai, on ne l’y voit pas assez. Amis producteurs, faites quelque chose !

Pendant vingt ans, l’antiracisme, Sopo le reconnaît lui-même, a régné en maître sur nos esprits. Alors, faisons son bilan. Le multiculturalisme qui remplace l’assimilation ; l’ethnicisation des questions sociales plutôt que la lutte des classes ; la déconstruction du roman national remplacé par la concurrence victimaire ; la haine institutionnalisée de la France autour de la figure totémique de Dupont Lajoie.

IDIOTS UTILES DU CAPITALISME

L’antiracisme fut le rideau de fumée qui occulta la soumission socialiste aux forces libérales. Les antiracistes ont avec la finance internationale un point commun essentiel : le refus des frontières. Avec les progressistes de tout poil, ils ont détruit les derniers obstacles à la toute-puissance du marché : famille traditionnelle, nation, Etat. Les premiers servent les intérêts de la seconde. Idiots utiles du capitalisme.

Osons donc ce que Sopo interdit ; réintroduisons le réel dans le débat récent autour de l’immigration. Selon le ministère des affaires étrangères, 30 % à 80 % des actes d’état civil sont frauduleux en Afrique. Les mariages entre Français et étrangers représentent désormais près de 30 % des mariages transcrits dans notre état civil ; la moitié de ces 90 700 mariages ont été célébrés à l’étranger en 2005 ; la progression en dix ans des mariages de Français au Maghreb et en Turquie a explosé de 731 %. En 1994, ils étaient 1 129 ressortissants algériens à épouser un Français. En 2005, ils sont 12 457. Onze fois plus. L’amour, bien sûr Sopo !

En vérité, c’est l’échec de l’intégration qui nourrit l’immigration d’aujourd’hui. Dans les cours de récréation de nos écoles, les enfants se regroupent par clans ethniques qui s’ignorent ou se détestent : « Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs ou les caifrans ». Et l’insulte suprême est : « Sale Français ! » Les enfants juifs sont interdits d’école publique dans nombre de banlieues et sont contraints de se replier sur les écoles confessionnelles. Les bandes ethniques s’affrontent à la gare du Nord. Lors de la présidentielle, on a vu à l’oeuvre un terrifiant vote ethnique, comme l’a justement noté Jérôme Jaffré (Le Monde du 8 juin) : 94 % des électeurs qui se disent musulmans ont voté Ségolène Royal ; 77 % de ceux qui se disent catholiques pratiquants ont voté Nicolas Sarkozy.

Mais tout cela n’existe pas. Vous avez rêvé, braves gens. Tout va très bien, Madame la Marquise. C’est Dominique Sopo qui vous le chante. En lisant Sopo, j’ai compris que je n’étais qu’un prétexte. Sopo en veut au peuple français d’avoir voté pour des « députés extrémistes » (il parle d’élus UMP, pas de chemises brunes). Et aussi sans doute, un président extrémiste. Il reproche surtout aux « compagnons de route antiracistes » de rester silencieux. C’est triste de se retrouver seul. Mais peut-être les compagnons de route sont-ils sidérés par cette réalité que je décrivais à gros traits. Naïveté stupide de réactionnaire borné.


Régionales 2010: Ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient plus (France’s voters make the most of their chance to protest in low-stakes regional elections)

25 mars, 2010
Punishment electionsRegional elections (France 2004)Regional elections (France 2010)Les Français ont opté cette année ( ?) pour une forme de cohabitation territoriale avec des régions roses censées équilibrer un pouvoir bleu. Seront-ils bientôt tentés par un retour à la cohabitation politique avec un président de droite et une Assemblée nationale de gauche? Eric Dupin
Je ne vais voter qu’aux présidentielles et aux municipales, car les autres élections ne m’intéressent pas. Auditeur de RTL (mars 2010)
Dans la région Centre, seuls 7% des administrés sont capables de donner le nom de leur président. (…) moins d’un tiers (29%) des Français sont capables d’y répondre spontanément, selon un sondage LH2 rendu public mardi. 6% des sondés citent un autre nom et 65% ne donnent aucun nom. Le Figaro (08.12.09)
En France plus qu’ailleurs, du fait de notre prédilection pour les statuts, les échecs professionnels sont très longs et difficiles à surmonter. Il en résulte une peur de l’avenir qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde, capable de motiver des réactions de repli et de rejet aussi extrêmes qu’un vote FN. Eric Maurin
Toute l’incompréhension française face au libéralisme est là. L’interaction spontanée des acteurs économiques n’est pas vue comme bénéfique pour la prospérité collective, mais comme un égoïsme fauteur de désordre, qu’il faut réprimer ou au moins dépasser. C’est l’esprit du jardin à la française: l’homme doit ordonner la nature, à la façon d’un Le Nôtre traçant des perspectives rectilignes dans la végétation des forêts royales. (…) Mais (…) derrière ces discours idéalistes, il y a, selon Dominique Bourg, «un élan religieux qui vient du christianisme». (…) La politique française demeure infusée d’une aspiration surnaturelle au paradis sur terre. Sylvain Besson
Suite aux résultats des dernières élections régionales que la plupart de nos commentateurs s’obstinent à présenter comme l’échec de la droite et du président Sarkozy …Alors que si du fait de leur manque d’enjeux (leurs pouvoirs se limitant aux transports, écoles et musées et de création récente – moins de 25 ans, un tour les 3 premiers scrutins, 2 tours les 2 derniers – peu de gens connaissent même le nom de leurs conseillers régionaux– de 7, hormis quelques grands ténors comme Ségolène Royal, à 29%!), celles-ci sont surtout effectivement l’occasion de manifester son humeur du moment, le prétendu triomphe de la gauche la fait passer d’une domination de 24 à… 23 régions sur 26 ! (20 métropolitaines et 4 ultramarines contre 21 métropolitaines et 2 ultramarines) …

Tout se passant en fait comme si, comme aux temps bénis des cohabitations Mitterrand-Chirac puis Chirac-Jospin, les Français (et c’est d’ailleurs la carte que jouent explicitement les partis de gauche) s’étaient installés dans une sorte de cohabitation de fait, les régions servant de fait de contrepoids à un Etat perçu comme de plus en plus impuissant face aux menaces de la mondialisation (d’où le contresens total d’un parti gouvernemental alignant jusqu’à 20 ministres – et futurs cumulards jamais là – pour 26 régions !) …

Le tout dans un pays somme toute paradoxalement épargné par la crise par rapport à ses voisins mais qui paie cette protection plus grande par l’aggravation d’un chômage en hausse constante (10%, contre 7.5% et 8% en Allemagne et Grande-Bretagne, mais jusqu’à 26% pour les hommes de moins de 25 ans !) du fait du poids écrasant des charges sociales sur les entreprises qui n’osent plus embaucher (jusqu’à 45% du salaire contre 13% en Grande-Bretagne) …

Intéressant commentaire du sociologue Eric Maurin qui montre en réalité, derrière la hausse de l’abstention (47% contre 35 en 2004 au 2e tour) et du vote Front national, la persistance, depuis au moins une cinquantaine d’années, d’un rejet massif dans le paysage politique français.

Qu’il explique par la peur particulièrement marquée de l’avenir d’une société « parmi les plus fragmentées et les plus inquiètes du monde développé » où, face aux évolutions économiques et du fait de notre « prédilection pour les statuts », « les échecs professionnels sont très longs et difficiles à surmonter ».

D’où un clivage, non pas tant géographique que social, à l’intérieur des classes populaires et moyennes, entre les plus protégés (tous les postes à statuts du public, fonctionnaires et assimilés) et les plus exposés aux évolutions économiques (plutôt dans le privé) et donc au risque de déclassement.

Et ce à chaque grand tournant histoire économique, où tour à tour certains métiers et classes sociales voient leur position s’effondrer, donnant naissance à des mouvements de protestation pour ceux qui ne se sentent plus représentés par les formations politiques traditionnelles.

Du poujadisme des petits commerçants et petits artisans des années 50 au FN des ouvriers des années 1980 et jusqu’à aujourd’hui dans les vieux territoires ouvriers de la désindustrialisation du nord et de l’est du pays.

Mais aussi, avec la globalisation technologique et commerciale actuelle, toute une partie des classes moyennes du secteur privé (représentants de commerce, techniciens, encadrement intermédiaire, contremaîtres, mais aussi agriculteurs, etc. – avant bientôt les cadres du privé ?) menacés par le déclassement tant salarial que résidentiel (avec la flambée des prix de l’immobilier notamment dans les grandes villes).

D’où enfin, par rapport à ces effets structurels et la récession économique actuelle, l’effet relativement marginal des aspects conjoncturels sur lesquels se polarisent nos commentateurs pour stigmatiser le gouvernement en place (débat sur l’identité nationale…), sinon justement comme prétexte ou catalyseur.

Mais un déchirement qui s’aggrave entre les classes moyennes protégées du public arc-boutées sur la défense de leurs statuts qui font le fonds de commerce de la gauche (et qui contrôlent depuis une vingtaine d’années les régions) et les classes moyennes menacées du privé qui, juste avant l’actuelle crise financière et économique, avaient compté sur Sarkozy pour défendre leur niveau de vie, d’où l’actuelle déception.

La question se ramenant ainsi, retraduite par la polarisation droite/gauche, à l’acceptation ou non de l’actuel « mouvement de libéralisation du monde économique tel qu’il se construit », abandonnant les plus démunis au rejet du système incarné par le FN.

Mais aussi, ce que Maurin comme nombre d’analystes et commentateurs bien-pensants semblent étrangement se refuser à voir, à l’impact d’une immigration (régulière ou irrégulière) non seulement en hausse mais surtout, pour les derniers arrivés qui commencent eux-mêmes à progresser dans l’échelle sociale et à revendiquer, sur fond de radicalisation islamiste et de terrorisme, de meilleurs conditions et une plus grande reconnaissance de leur culture et religion, plus visible dans un monde du travail où les places sûres deviennent rares et donc chères.

D’où effectivement la chance nouvelle, pour un FN menacé par l’élèvation générale du niveau d’études et la diminution consécutive de la proportion de non ou peu diplomés qui faisaient traditionnellement son fonds de commerce, de se positionner sur une question qui continue à rester tabou (et qu’avait commencé à prendre en compte un Sarkozy) et d’accéder ainsi, en « agitant, comme on dit, la peur de l’islam » et en se présentant comme défenseur de la laïcité, à des milieux traditionnellement hostiles à l’extrême-droite (comme le monde enseignant ?).

Mais également, deuxième étrange omission de Maurin mais du côté des plus diplomés cette fois, l’autre exception française qu’est ce si caractéristique foisonnement de groupuscules d’extrême-gauche qui agace tant nos voisins (certes en baisse dans les dernières élections régionales du moins du côté du petit facteur de Neuilly mais apparemment récupéré par le front de gauche du stal Mélanchon) que décrit bien dans son dernier article le correspondant du quotidien suisse francophone Le Temps Sylvain Besson.

Qui explique « toute l’incompréhension française face au libéralisme » par une vision négative (toute catholique ?) de « l’interaction spontanée des acteurs économiques vue non pas comme bénéfique pour la prospérité collective mais comme un fauteur de désordre qu’il faut réprimer ou au moins dépasser »

Derrière laquelle se cacherait rien de moins qu’un « élan religieux qui vient du christianisme » « depuis la Révolution qui voulait remplacer le Dieu de la Bible par l’Être suprême, en passant par la croyance marxiste dans un avenir rendu radieux par la science et l’émancipation des travailleurs, « la foi dans des lendemains meilleurs, l’engagement passionné au service du progrès social (…) présentés comme des substituts nécessaires et possibles à la foi dans le salut de l’âme ». Autrement dit, « la politique française demeure infusée d’une aspiration surnaturelle au paradis sur terre ».

Sauf qu’outre la «déprime post-messianique» d’un pays orphelin entrainée par l’effondrement de l’Union soviétique et le « discrédit plus global des espérances révolutionnaires » et les « trois chocs fondateurs du sarkozysme » (Le Pen au 2e tour de la présidentielle de 2002, rejet de la Constitution européenne et émeutes des banlieues de 2005), ce « mythe d’une nation communiant dans la ‘passion de l’égalité’ » est naturellement « démenti par les faits: fossé grandissant entre élites diplômées, qui s’auto-reproduisent, et lumpenprolétariat de travailleurs pauvres; régime pyramidal où le peuple vote peu et décide peu; ségrégation des quartiers HLM dont les noms -cité des Poètes, des Musiciens, Pablo-Picasso… – apparaissent comme autant d’appellations mensongères, plaquées sur une réalité laide ».

Doublé d’un autre « formidable contresens français », « celui d’un pays qui peste volontiers contre ‘la dictature des marchés’, tout en dépendant d’eux depuis trente ans pour financer ses dépenses courantes, au point d’accumuler une dette de 140 milliards d’euros ».

Pendant que ses philosophes les plus en vogue comme le néostal Alain Badiou (73 ans au compteur) rêve[nt] de la révolution mais vi[ven]t pépère[s], comme un fonctionnaire de l’Etat» (il enseigne à l’Ecole normale supérieure) ou ses intellectuels radicaux «se réfugient dans une sorte de nihilisme ludique» (« saccage des vitrines et du mobilier urbain de Poitiers par un collectif anti-carcéral, en octobre, ou dans les coupures sauvages d’électricité pratiquées à l’occasion d’une grève chez EDF, en avril ») …

Eric Maurin, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)
« En France, la peur de l’avenir n’a pas d’équivalent ailleurs »
Propos recueillis par Luc Bronner
Le Monde
24.03.10

Eric Maurin, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), est l’auteur de La Peur du déclassement (Le Seuil).

Comment analyser les résultats de l’élection régionale ?

Les scrutins se suivent et se ressemblent, sourdement dominés par l’abstention et le vote Front national. Beaucoup de commentateurs insistent sur le caractère volatil des électeurs mais ce qui me frappe, c’est plutôt la persistance d’un rejet massif. Toute une partie de la population vit aujourd’hui dans la peur du lendemain et ne se sent pas représentée. Les régionales sont à bien des égards une réplique de scrutins antérieurs, comme 2002 ou 2004, même si la défiance peut prendre des visages différents selon la conjoncture politique. Ce climat est installé depuis longtemps dans le paysage politique français. Il est caractéristique d’une société parmi les plus fragmentées et les plus inquiètes du monde développé.

La géographie des comportements protestataires a-t-elle évolué ?

Pour moi, la première clé de lecture n’est pas géographique mais sociale. Le clivage central de la société se situe entre ceux dont l’avenir est protégé et ceux que menace la violence du marché du travail et des évolutions économiques. Ce clivage traverse les classes populaires et les classes moyennes. Il n’y a pas une seule « classe moyenne », une seule « France d’en bas », mais plusieurs, très inégalement exposées au risque de déclassement, les unes défendant des statuts chèrement acquis, les autres bataillant pour en obtenir, souvent en vain.

De fait, à chaque grand tournant de notre histoire économique, comme celui que nous vivons actuellement, certains métiers, certaines classes sociales voient leur position s’effondrer. Dans les années 1950, avec l’avènement de la société salariale, cela a été le cas du monde des petits commerçants, des petits artisans – ce qui a donné naissance au poujadisme. Dans les années 1980, c’est la classe ouvrière, celle du monde industriel traditionnel, qui a pris la mutation économique de plein fouet – d’où l’explosion initiale du Front national et sa persistance aujourd’hui dans les vieux territoires ouvriers de la désindustrialisation, comme le Nord-Pas-de-Calais ou l’est de la France.

Avec la globalisation technologique et commerciale, nous assistons désormais à un nouveau tournant : toute une partie des classes moyennes du secteur privé – les représentants de commerce, les techniciens, l’encadrement intermédiaire, les contremaîtres, mais aussi les agriculteurs, etc. – se retrouvent en grande difficulté, tant sur le plan du pouvoir d’achat que sur le plan résidentiel.

Ce mouvement de déclassement reste, pour l’heure, relativement contenu. Mais la question, c’est de savoir ce qui se passera, d’un point de vue électoral, si la crise s’étend encore aux cadres du privé par exemple. Jusqu’où, alors, progressera le discours de rejet ?

Cela signifie que les aspects conjoncturels (débat sur l’identité nationale…) n’ont en réalité qu’un effet limité sur les votes ?

Probablement. Les éléments structurels sont toujours déterminants. Et s’il existe un élément conjoncturel, c’est avant tout la récession économique : elle accroît le déchirement entre les classes moyennes du public, qui perçoivent la remise en cause de leurs statuts comme injuste, et les classes moyennes du privé, qui se sentent plus que jamais abandonnées face aux destructions d’emplois. Les classes sociales les plus menacées dans leurs statuts sont traditionnellement les plus proches de l’abstention ou du FN.

Dans sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy avait stigmatisé les fonctionnaires et promis qu’il défendrait le niveau de vie des catégories les plus affectées par la désindustrialisation. Or M. Sarkozy, pas plus qu’un autre, ne peut faire face à la concurrence de la Chine sur l’industrie européenne par exemple. D’où la déception d’une partie de son électorat, tant idéologique qu’économique. Le débat sur l’identité nationale a juste contribué à réactiver la répulsion qu’opère M. Sarkozy chez beaucoup de gens de gauche.

Le FN a-t-il retrouvé un espace politique ?

L’économie moderne postfordiste rejette en permanence une partie de la population sur le bord de la route, plus ou moins durablement déclassée. Du coup, les scrutins ne sont plus simplement polarisés entre droite et gauche, mais également par le clivage entre ceux qui adhèrent et ceux qui rejettent le monde économique tel qu’il se construit, autour des valeurs libérales notamment. Comme toute formation qui prône le rejet du système, l’extrême droite tire profit de cette polarisation fondamentale de l’électorat.

En France plus qu’ailleurs, du fait de notre prédilection pour les statuts, les échecs professionnels sont très longs et difficiles à surmonter. Il en résulte une peur de l’avenir qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde, capable de motiver des réactions de repli et de rejet aussi extrêmes qu’un vote FN.

Dans un sondage publié par « Le Monde » en janvier, les valeurs du FN (peine de mort, immigration…) apparaissaient en recul. Comment le comprendre ?

La cible traditionnelle du FN est principalement constituée d’électeurs peu diplômés. Elle a tendance à se réduire parce que la proportion de diplômés augmente. Le FN fait donc évoluer ses idées. En agitant la peur de l’islam, ses dirigeants se positionnent sur la laïcité, ce qui leur permet sans doute d’avoir un écho dans des milieux qui, traditionnellement, votent peu pour l’extrême droite. Je suis curieux, par exemple, de voir si le FN progresse dans des milieux comme le monde enseignant.

Voir aussi:

France, les derniers utopistes
Sylvain Besson
Le Temps
22 mars 2010

Insatisfaits du capitalisme, les Français continuent de nourrir une espérance quasi religieuse en la politique. Ce trait de caractère, qui agace à l’étranger, retrouvera-t-il sa raison d’être à la faveur de la crise? Avec cet article, Sylvain Besson quitte son poste de correspondant à Paris. Il prendra d’autres fonctions au sein de la rédaction du «Temps» en avril

Le village gaulois existe encore, dans les têtes et dans les sondages. En novembre 2009, pour les vingt ans de la chute du mur de Berlin, la BBC a demandé aux habitants de 27 pays leur jugement sur le capitalisme. Comme presque toujours dans ce genre d’enquête, la France est sortie du lot: 43% des personnes interrogées y répondaient que «le capitalisme est fondamentalement vicié, il faut un système économique différent».

Dans le monde, seul le Mexique, avec 38%, approchait ce score. En Europe occidentale, 29% des Espagnols – autres grands sceptiques sur
les vertus du marché – jugent le capitalisme «fondamentalement vicié», et à peine 8% des Allemands.

Ce n’est pas tout: en plus de rejeter le modèle économique dominant, les Français sont aussi le peuple le plus critique sur sa propre organisation sociale. En septembre 2009, dans un autre sondage de la BBC, 84% d’entre eux affirmaient que la richesse était répartie injustement dans leur pays, un résultat sans équivalent sur la planète.

Malgré bientôt trois ans de sarkozysme, l’exception française demeure bien vivante. Le dirigeant du plus grand syndicat du pays, Bernard Thibault de la CGT, reste encarté au Parti communiste. La principale formation de gauche, le Parti socialiste, continue de revendiquer l’héritage des communards qui voulurent renverser l’Etat et brûler les monuments de Paris en 1871. Le président de la République se réclame toujours d’un document de 1944, le programme du Conseil national de la Résistance, qui prévoit «une organisation rationnelle de l’économie, assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général».
Publicité

Toute l’incompréhension française face au libéralisme est là. L’interaction spontanée des acteurs économiques n’est pas vue comme bénéfique pour la prospérité collective, mais comme un égoïsme fauteur de désordre, qu’il faut réprimer ou au moins dépasser. C’est l’esprit du jardin à la française: l’homme doit ordonner la nature, à la façon d’un Le Nôtre traçant des perspectives rectilignes dans la végétation des forêts royales. Le 4 décembre dernier, lors d’un colloque à l’Ecole militaire de Paris, le premier ministre François Fillon a érigé cette propension à mêler «l’esprit de géométrie avec le sens de l’utopie» en trait constitutif de «l’identité nationale».

Dans cette optique, il ne peut y avoir d’ordre naturellement juste, seulement des situations imparfaites qui peuvent être améliorées – à condition de le vouloir. C’est le fameux «volontarisme», dont tous les candidats à la présidence doivent se réclamer pour être élus.

(…)

Chez les voisins d’Europe du Nord, qui se considèrent comme plus pragmatiques et performants, cette prétention française à dompter le chaos est source d’infinis sarcasmes. Dans le domaine économique, on y voit une preuve de naïveté, d’archaïsme, d’ignorance face à la globalisation.

Mais il y a une autre manière de voir ce trait de caractère: comme une soif inassouvie d’utopie, une recherche d’alternative à un système dont on sait qu’il ne peut être le dernier mot de l’histoire humaine. Un refus orgueilleux, aussi, des évidences du monde.

«C’est quelque chose que j’apprécierais plutôt chez les Français, commente Dominique Bourg, figure française de la pensée écologique, qui enseigne à l’Université de Lausanne. D’une certaine façon, je préfère cette constante de râleur international à la façon dont beaucoup de peuples se sont couchés devant un système où 2% de la population mondiale possède 50% des richesses, et où 50% se partagent 1%.»

Même assourdis, les échos de cette quête d’absolu continuent de traverser la classe politique. On l’a vu le week-end dernier, au premier tour des élections régionales, lorsque Martine Aubry du PS et Cécile Duflot des Verts ont souhaité l’avènement d’une «société plus douce».

Derrière ces discours idéalistes, il y a, selon Dominique Bourg, «un élan religieux qui vient du christianisme». Dans un essai paru en 2006, Fragments d’un discours réformiste (Ed. de L’Aube), le socialiste Laurent Baumel en a retracé la filiation. Depuis la Révolution, qui voulait remplacer le Dieu de la Bible par l’Etre suprême, en passant par la croyance marxiste dans un avenir rendu radieux par la science et l’émancipation des travailleurs, «la foi dans des lendemains meilleurs, l’engagement passionné au service du progrès social se sont présentés comme des substituts nécessaires et possibles à la foi dans le salut de l’âme». La politique française demeure infusée d’une aspiration surnaturelle au paradis sur terre.

Voilà qui explique le foisonnement de groupuscules communistes dans les grandes manifestations, ou le fait que la gauche radicale recueille encore plus de 10% des voix aux élections. Aberrantes vues de l’étranger, ces spécificités françaises ont le mérite, selon Laurent Baumel, d’empêcher que la politique ne se réduise à une simple alternance gestionnaire, entre réformisme de centre droit et réformisme de centre gauche. Mais l’effondrement de l’Union soviétique, et le discrédit plus global des espérances révolutionnaires, a laissé son pays orphelin. Ou, comme il le dit, en proie à une «déprime post-messianique».

Tout le problème, bien sûr, est de savoir quel serait le contenu d’une alternative française au capitalisme dominant. Les trois chocs fondateurs du sarkozysme – Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, le rejet de la Constitution européenne et les émeutes des banlieues en 2005 – ont accrédité l’idée d’un ébranlement irrémédiable du «modèle républicain» traditionnel. Son postulat central, le mythe d’une nation communiant dans la «passion de l’égalité», est démenti par les faits: fossé grandissant entre élites diplômées, qui s’auto-reproduisent, et lumpenprolétariat de travailleurs pauvres; régime pyramidal où le peuple vote peu et décide peu; ségrégation des quartiers HLM dont les noms -cité des Poètes, des Musiciens, Pablo-Picasso… – apparaissent comme autant d’appellations mensongères, plaquées sur une réalité laide ».

Le plus formidable de ces contresens français reste celui d’un pays qui peste volontiers contre la «dictature des marchés» – un mot des altermondialistes d’Attac, repris par Nicolas Sarkozy –, tout en dépendant d’eux depuis trente ans pour financer ses dépenses courantes, au point d’accumuler une dette de 1400 milliards d’euros (plus de 2000 milliards de francs).

Devant tant de contradictions, on comprend que les radicaux d’aujourd’hui se soient réfugiés dans les bois (lire LT du 23.04.2009), ou dans des villages du Massif central, où de petites communautés réapprennent le travail de la terre. A l’instar du groupe de Tarnac, accusé par les autorités de sabotage de lignes TGV, et dont le livre L’insurrection qui vient a connu un succès quasi planétaire. Mais cette contestation par le mode de vie vise à fuir le monde, faute de pouvoir le changer. «C’est plus raisonnable, juge Dominique Bourg, on ne pense plus que la Jérusalem céleste va descendre sur terre.»

Dans la sphère intellectuelle, la quête d’alternatives tourne à vide. Le plus en vogue des philosophes français du moment, le communiste Alain Badiou, 73 ans, est sans doute le dernier à proposer un changement radical de système par la révolution. Et même si son éditeur, La Fabrique, est aussi celui de L’insurrection qui vient, lui semble peu goûter la frugalité de la vie à la ferme et des potagers cultivés à la main. «C’est typique de la gauche française, estime Dominique Bourg. Badiou rêve de la révolution mais vit pépère, comme un fonctionnaire de l’Etat» (il enseigne à l’Ecole normale supérieure).
Publicité

Selon le professeur lausannois, «même l’hypergauche ne croit plus aux lendemains qui chantent», et les intellectuels radicaux «se réfugient dans une sorte de nihilisme ludique». Cette tendance s’est manifestée dans le saccage des vitrines et du mobilier urbain de Poitiers par un collectif anti-carcéral, en octobre, ou dans les coupures sauvages d’électricité pratiquées à l’occasion d’une grève chez EDF, en avril. Dans tout cela, on cherche en vain une école de pensée, ou une personnalité capable de structurer un projet de civilisation différent.

La France étant ce qu’elle est – insatisfaite, dissidente à l’ordre établi, en pensée sinon en actes – il y a fort à parier que d’autres, quelque part, continuent de chercher. L’idéal des Lumières, «le progrès par la liberté de la raison», garde son actualité, écrivait le philosophe Marcel Gauchet en 2008 dans sa revue Le Débat. Avec la crise financière, et le discrédit au moins partiel du libéralisme, la vieille utopie française d’une humanité prenant en main son destin, pour inventer une société meilleure, peut retrouver sa raison d’être. A condition de lui donner un contenu qui soit autre chose qu’un pâle reflet des illusions du passé.

Voir également:

France’s regional elections
The strange unpopularity of Nicolas Sarkozy
The Economist
Mar 11th 2010

The ruling party of Nicolas Sarkozy is bracing itself for a bad result in France’s regional elections

THIS ought to be a buoyant time for Nicolas Sarkozy. France’s economy is holding up better than its neighbours’: GDP rose by 0.6% in the fourth quarter of 2009 over the previous quarter, whereas it was flat in Germany. No big French bank has had to be rescued, nor has there been a wave of mortgage repossessions. The top 40 quoted companies have just reported combined profits of €47 billion ($64 billion) for 2009. The French president has a big parliamentary majority and faces no credible opposition leader. He even has a popular prime minister, François Fillon.

Yet Mr Sarkozy faces an imminent political humiliation, as disillusioned voters snub him in regional elections. The two-round poll, being held on March 14th and 21st, will elect governments in France’s 22 mainland regions (plus four overseas). All the opinion polls agree that the results will be terrible for Mr Sarkozy’s ruling UMP party. As it is, the party runs only Alsace and Corsica. With turnout likely to be low, and uncertainty over the vote for the far-right National Front, there could still be a surprise. But even the UMP has resigned itself to at best one region gained—and, at worst, Corsica and even Alsace lost.

In part this is just mid-term blues. At the previous regional poll in 2004, when Jacques Chirac was president, the Socialists also swept the board. Regional elections offer a chance to register a protest vote or an abstention, since for most voters the stakes are low. Despite winning more autonomy, French regions, which run services like transport, schools and museums, do not have the powers of German states. Their combined budget of some €28 billion in 2009 is little over a third of the combined budget of France’s departments—the level of government below regions.

Few voters feel attached to their regions, which were created only in 1986; fewer still know who runs them. Just 29% of respondents could name their regional president, according to LH2, a polling group. The best-known, identified by 85%, was Ségolène Royal, the defeated Socialist ex-presidential candidate who is president of Poitou-Charentes. François Bonneau, president of Centre, was correctly named by a paltry 7% of his own electorate.

Another factor is the strange disconnect between the Socialist Party at local level, where it is credible, and on the national stage, where it is not. Martine Aubry, the party’s boss, has criss-crossed France on the campaign trail, but it is local candidates who seem to count more. In Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, the incumbent president, looks like being re-elected, despite being kicked out of the party for an anti-Semitic slur. On this basis the regional elections may have little bearing on the prospects for the 2012 presidential election.

Why are the French so fed up and so ready to protest at the ballot box? One reason is that it is little comfort, in the midst of an economic slump, to be told that life is even harder next door. The French may have been spared the worst of the speculative bubble, but they have been badly battered by unemployment, the economy’s longstanding weak spot. The jobless rate is now above 10%, its highest for over ten years, compared with 7.5% in Germany and 8% in Britain.

Unemployment among men under 26 is as high as 25%. Night after night, French television news seems to announce yet more job losses and factory closures. Last year, protesting workers went in for “boss-napping” in protest. The cumulative effect is to spread fearfulness.

Mindful of this, Mr Sarkozy has tried to apply his interventionist, action-man approach to industry. In a speech after visiting a helicopter factory near Marseille earlier this month, he announced that the state would keep a closer watch on the strategy of any company in which it had a stake. He also repeated that he “would not accept” such firms making cars outside France that are intended for the French market. He has summoned bosses to the Elysée, squeezing out concessions just in time for the evening news. When Total recently said that it would close an oil refinery employing 370 workers in Dunkirk, its boss, Christophe de Margerie, had to fly back from New York to meet the president. Total then promised not to make any compulsory redundancies and to keep another five refineries open for the next five years.

The trouble is that, as time passes, all such efforts seem palliative at best. Mr Sarkozy has pledged to keep factories open before, only for them to close once the TV cameras move on. When it comes to jobs and industry, the French seem to doubt his ability to keep his promises. This is upsetting voters who elected Mr Sarkozy precisely because of his energetic, can-do approach. Among his personal qualities, he is still considered “determined” by 76% and “authoritative” by 70% of respondents, says a survey by Ipsos, a pollster. Yet only 42% find him “efficient”.

The underlying flaw in French industrial policy is not a lack of strategic oversight by the state, but the crushing weight of payroll charges for employees who are paid above the minimum wage. For employers, these add up to 45% of salary in France, against 13% in Britain. They deter firms from hiring or expanding. Mr Sarkozy knows this full well. He even mutters periodically about doing something to remedy it. Yet, in today’s restless popular mood, he seems to calculate that he cannot push the trade unions too far.

The same may hold for pension reform, which Mr Sarkozy has vowed to pursue after the regional elections. He wants to raise the retirement age from 60, which is well below Germany’s level. Yet this is likely to trigger fierce resistance on the streets, with protesters no doubt emboldened by the government’s poor regional results.

Maybe Mr Sarkozy will have to turn, for once, to his prime minister. The man whom Elysée staff used to nickname “Mr Nobody” has a higher popularity rating than the president, and a glowing press. One recent news magazine even splashed “President Fillon” on its cover. Mr Sarkozy has already suggested that there will be no ministerial reshuffle, however bad the regional results are. So Mr Fillon may be his best weapon for taking on tough reform. If he fails, Mr Sarkozy could at least copy Mr Chirac’s old tactic of blaming his prime minister—and then sacking him.

Voir enfin :

http://www.directgestion.com/sinformer/dgmag/5656-les-classes-moyennes-sont-mal-dans-leur-bien

DG Mag
Les classes moyennes sont mal dans leur bien

18/02/2010

La propriété n’est plus un aboutissement, ni même une garantie.

La question du logement est généralement peu évoquée dans le monde de l’entreprise. Les besoins des salariés en la matière sont mal connus. Pour remédier à ce déficit de diagnostic, la Confédération Française de l’Encadrement-CGC, au travers de l’Association pour la promotion et l’étude du logement des salariés, a demandé à l’Université Paris-Dauphine de réaliser un état des lieux du logement des classes moyennes

Un malaise perceptible dans les opinions des ménages
Selon l’étude menée par questionnaire auprès de quatre mille ménages représentatifs de la population active française, les classes moyennes ne manquent pas de motifs d’insatisfaction vis-à-vis de leur situation résidentielle. Elles déplorent principalement le manque d’espace (25% le déclarent comme motif d’insatisfaction), la cherté de leur logement (16%) et leur exposition au bruit (15%). Elles sont aussi insatisfaites vis-à-vis de leur quartier (9%) et de l’inconfort de leur habitation (7%). Enfin, elles se disent confrontées à de réelles difficultés d’accès aux transports (20%) et au lieu de travail (13%) ainsi qu’aux commerces (12%), aux espaces verts (11%) et aux écoles (6%), bref à tout ce qui fait le quotidien.

Le logement, facteur d’éclatement des classes moyennes ?
Les classes moyennes ont longtemps été associées à un imaginaire de progrès et à l’idée de démocratisation de la société. En matière de logement, elles ont connu pendant les Trente glorieuses des trajectoires résidentielles ascendantes massivement marquées par l’amélioration des conditions de logement et l’accession à la propriété. Une communauté de destin et d’aspirations semblait alors les unir.
Après avoir été secouées par trois décennies de mutations économiques, les classes moyennes risquent aujourd’hui l’éclatement. Le logement en témoigne : autrefois garant et marqueur d’une distinction de « classe », il est désormais un puissant facteur de différenciation interne. C’est aussi la source de décalages inédits entre statut social et conditions matérielles de vie. Le malaise résidentiel qui en découle alimente de nombreuses frustrations et insatisfactions. Il trouve un de ses symptômes les plus aigus dans les difficultés d’accès à la propriété que rencontre une part croissante de ménages.

Qui sont les principales victimes du malaise résidentiel ?
Le mal-logement est un problème saillant mais l’onde de choc du malaise résidentiel se propage jusqu’aux classes moyennes, en tous cas jusqu’à ses franges les plus modestes qui, en matière de logement, ont peu à envier aux classes populaires. Le phénomène touche en premier lieu le tiers « inférieur » des classes moyennes, c’est-à-dire des professions intermédiaires, voire ces cadres qui gagnent moins de 1800 euros nets par mois. Il révèle le risque de déclassement qui pèse sur cette fraction des classes moyennes marquée par une nette surreprésentation des femmes, jeunes, célibataires et familles monoparentales. Les principales causes de décrochage trouvent leur explication dans la fragilisation des parcours professionnels, avec son lot de chômeurs, salariés précaires et travailleurs déclarant un temps partiel subi. La baisse du pouvoir d’achat aussi est en cause. Elle résulte de la faible progression des revenus et de la hausse des dépenses contraintes, en particulier de l’augmentation du coût du logement. Sur le plan résidentiel comme sur le plan professionnel, l’ascenseur n’est pas seulement en panne, pour certains, il descend.

Les difficultés d’accès à la propriété, un symptôme du malaise résidentiel
Le malaise résidentiel des classes moyennes trouve un de ses symptômes les plus aigus dans les difficultés d’accès à la propriété que rencontre une part croissante de ménages. Ces difficultés sont principalement liées à un problème de pouvoir d’achat qui résulte de la faible progression des revenus et de la hausse des dépenses contraintes, en particulier de l’augmentation du coût du logement, après dix années de flambée des prix immobiliers qui ont porté le taux d’effort des ménages à près de 40%, soit à un niveau supérieur aux seuils tolérés par les banquiers pour l’accès à un prêt immobilier.
Les difficultés d’accès à la propriété touchent à un symbole. La propriété en effet, après avoir justement été le symbole de l’émancipation des classes moyennes, reste, pour tous, un symbole de réussite. C’est bien plus qu’un investissement patrimonial. C’est un véritable statut social. Un statut social, et c’est un phénomène nouveau, qui vient aujourd’hui différencier les classes moyennes entre elles alors qu’il était autrefois un des dénominateurs de leur destin commun. Face à la propriété en effet, les classes moyennes n’apparaissent plus égales. En particulier, la classe moyenne inférieure décroche. Elle va même jusqu’à partager le sort des classes populaires, avec son taux de propriété inférieur à 40%, contre respectivement 54% et 63% pour les classes moyennes intermédiaire et supérieure.

La perte du statut de propriétaire, signe et facteur de décrochage
Lorsqu’elle peut finalement accéder à la propriété, la classe moyenne inférieure apparaît particulièrement mise à l’épreuve. Le dernier Rapport sur le Mal-Logement de la Fondation Abbé Pierre fait état de ses difficultés à payer ses charges et ses remboursements de prêts. Ce rapport, de son côté, va jusqu’à pointer ses difficultés à conserver son statut même de propriétaire en révélant un taux de près de 30% de ménages confrontés à la perte du statut de propriétaire lors de leur dernier déménagement.
Avec ce taux record, la classe moyenne inférieure non seulement décroche de nouveau par rapport aux classes moyennes intermédiaire et supérieure, mais elle s’avère encore plus sensible que les classes populaires aux aléas de la vie, en l’occurrence à l’instabilité professionnelle et familiale qui, avec l’insuffisance des ressources et la perte d’emploi, sont au motif de la perte de la propriété.
Le phénomène est nouveau par son ampleur. Il révèle un fait de taille : à savoir que la propriété n’est plus un aboutissement, ni même une garantie. C’est le signe que les classes moyennes peuvent désormais connaître des parcours résidentiels descendants, alors que la principale caractéristique de leurs trajectoires était justement qu’elles suivaient une pente ascendante, c’est-à-dire que chacune de leurs étapes marquait un pas vers plus de confort et de sécurité.

Vers des parcours descendants ?
Les classes moyennes sont 40% à avoir le sentiment de ne pas avoir amélioré leurs conditions de logement lors de leur dernier déménagement et près de 10% à avoir connu une dégradation de ces conditions. Ce constat aussi est symptomatique si l’on considère que la stabilité, autant que le recul, vont contre le principe d’aspirations croissantes qui est caractéristique des classes moyennes. C’est le signe que le moteur est grippé.

Contribution : Université Paris Dauphine. Confédération française de l’encadrement-CGC au titre de l’Association pour la promotion et l’étude du logement des salariés.


%d blogueurs aiment cette page :